Orwell/70e: Hommage à la décence commune (My country right or wrong: rediscovering with Orwell the spiritual need for truth and patriotism for which no substitute has yet been found)

21 février, 2020

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S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Government cannot be conducted on “pure” pacifist lines, because any government which refused in all circumstances to use force could be overthrown by anyone, even any individual, who was willing to use force. . . . As to the conquest of England, Gandhi would certainly advise us to let Germans rule here rather than fight against them—in fact he did advocate just that. And if Hitler conquered England he would, I imagine, try to bring into being a nationwide pacifist movement, which would prevent serious resistance and therefore make it easier for him to rule. George Orwell
What would Gandhi do if he wasn’t given a shelf [of freedom by the British] to stand on?. . . The fact is that Gandhi’s political methods were almost irrelevant to the present situation, because they depended on publicity. As Mr. Fischer admits, Gandhi never had to deal with a totalitarian Power. He was dealing with an old-fashioned and rather shaky despotism which treated him in a fairly chivalrous way and allowed him to appeal to world opinion at every step. (…) It is difficult to see how his strategy of fasting and civil disobedience could be applied in a country where political opponents simply disappear and the public never hears anything that the Government does not want it to hear. Moreover, it appears that when Mr. Fischer tellsus that we should follow Gandhi’s teachings he. . . wants to prevent the expansion of Russian imperialism, nonviolently if we can, but violently if we must; whereas Gandhi’s central tenant was that you must not use violence even if the alternative is defeat. Asked to give an opinion on the German Jews, Gandhi apparently answered that they should have committed mass suicide, and thus “arouse the world”—an answer which seems to embarrass even Mr. Fischer. George Orwell
In this yogi-ridden age, it is too readily assumed that “non-attachment” is not only better than a full acceptance of earthly life, but that the ordinary man only rejects it because it is too difficult: in other words, that the average human being is a failed saint. It is doubtful whether this is true. Many people genuinely do not wish to be saints, and it is probable that some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings. (…) We live in a lunatic world in which opposites are constantly changing into one another, in which pacifists find themselves worshipping Hitler, Socialists become Nationalists, patriots become quislings, Buddhistspray for the success of the Japanese Army, and the Stock Market takes an upward turn when the Russians stage an offensive. The creeds [pacifism, Anarchism, Stalinism] have the advantage that they aim at the impossible and therefore in effect demand very little. If you throw in a touch of oriental mysticism and Buchmanite raptures over Gandhi, you have everything that a disaffected intellectual needs. The life of an English gentleman and the moral attitude of a saint can be enjoyed simultaneously. By merely transferring your allegiance from England to India (it used to be Russia), you can indulge to the full in allthe chauvinistic sentiments which would be totally impossible if you recognized them for what they were. In the name of pacifism you can compromise with Hitler, and in the name of spirituality you can keep your money. . . There is indeed a sort of apocalyptic truth in the statement of the German radio that the teachings of Hitler and Gandhi are the same. George Orwell
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. George Orwell
La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. George Orwell
Une part de nous veut être un héros ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. George Orwell
George Orwell n’imaginait probablement pas que ce qu’il écrivait finirait par être la réalité de la Chine. Etudiant pékinois (décembre 2010)
I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. Rebecca Solnit
La barbarie commence dans les discours de haine, elle commence dans l’encouragement au discours qui théorise sur ce fameux grand remplacement qui est en réalité un mythe raciste et xénophobe. Nous sommes de ce fait face à une grande responsabilité. Je ne peux pas ne pas le dire sur ce plateau. Quand des médias salarisent des personnes comme Eric Zemmour, on est complice de ce climat. Benjamin Lucas (Génération.S)
On met tous les flics dans des quartiers des minorités. Oui, c’est vrai. Pourquoi on fait ça? Parce que c’est là où il y a toute la criminalité. Comment on les désarme ? Eh bien, on les jette contre le mur et on les fouille. Michael Bloomberg (2015)
Eh bien, pendant longtemps, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire, mais les Noirs et les Latinos obtiennent de très mauvais résultats aux tests scolaires par rapport aux Blancs et aux Asiatiques. Si vous regardez nos prisons, ce sont principalement des minorités. Si vous regardez là où se trouve la criminalité, c’est dans les quartiers des minorités. Si vous regardez qui sont les victimes et les criminels, c’est pratiquement tous des minorités. C’est quelque chose qui dure depuis longtemps. Je suppose que c’est répandu ailleurs mais c’est certainement vrai à New York. Et pendant de nombreuses années, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire. Néanmoins, il y a cette énorme cohorte d’hommes noirs et latinos, disons, de 16 à 25 ans qui n’ont pas d’emploi, de perspectives, ne savent pas comment trouver un emploi, ne savent pas quelles sont leurs compétences, ne savent pas comment se comporter sur le lieu de travail où ils doivent travailler en collaboration et collectivement. Il y aura des emplois, si nous pouvons les obtenir pour ces enfants – ou leurs familles – même si leurs pères ne vivent pas avec leur mère, ou n’ont jamais été mariés, ou même s’ils sont en prison, engager les pères. Beaucoup de statistiques montrent que si le père est impliqué, cela donne à l’enfant une certaine compréhension qu’il se dirige sur le mauvais chemin – et leur assigne des mentors. Beaucoup de ces enfants – ce n’est pas qu’ils soient de mauvais enfants – c’est qu’une fois qu’ils ont fait une erreur, il leur est très difficile de s’en sortir. Mais nous avons une obligation envers eux – sinon pour des raisons de compassion, juste pour des raisons égoïstes. Les trois quarts de tous les enfants de New York qui vont en prison purgent une période et en sortent, retournent immédiatement en prison. Les trois quarts d’entre eux. … Nous devons juste rompre ce cycle. Michael Bloomberg (2011)
Avec le temps, j’ai fini par comprendre quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à admettre : j’ai eu tort sur un point important. Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d’innocents ont été arrêtés et une immense majorité d’entre eux étaient noirs ou latinos. Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d’entre vous qui sont ici aujourd’hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches. Michael Bloomberg
Si votre conversation lors d’une élection présidentielle concerne un gars vêtu d’une robe et s’il peut aller au vestiaire avec leur fille, ce n’est pas une formule gagnante pour la plupart des gens. La plupart des gens se soucient des soins de santé, ils se soucient de l’éducation, de la sécurité et de tout ce genre de choses. Nous nous concentrons sur beaucoup de choses qui ont peu de pertinence pour les gens qui essaient de vivre dans un monde qui change à cause de la technologie et des communications et des choses comme ça, et donc vous pouvez comprendre d’où vient quelqu’un comme le président Trump. Aujourd’hui, pratiquement tous les candidats à la présidence du Parti démocrate ont été si progressistes – je ne sais pas ce que signifie progressiste – mais ils sont dans un endroit où se trouve une partie du public américain et il reste à voir si une majorité de l’électorat l’est. Michael Bloomberg
J’aimerais parler de qui nous combattons. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. Elizabeth Warren
Qui peut battre Donald Trump ? Et qui peut faire le travail s’il arrive à la Maison Blanche ? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses. Bloomberg
Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do. It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum. You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.” Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.”  (…) Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances? (…) American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! (…) The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire. Kyle Smith
The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon. From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory. But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism. Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism. First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations. Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.” (…) Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself. Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population? All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.” (…) Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021. George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton. The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. Victor Davis Hanson
The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large. China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation? The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols. Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind. Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings. Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists. To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way. In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas. But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions. China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine. No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food. It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest country, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations. China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods. For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven. Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984. All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way. If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules? The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late. Victor Davis Hanson
Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale. Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation.  (…) Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission. (…) Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise. Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier. Figaro
Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. George Orwell
En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés. » George Orwell
L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (…) Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline. Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. » L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tort ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible. En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi. Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936). Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. (…) Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne.  (…) Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. » Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé. Bernard Gensane
L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ transfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe)  (…) La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. (…) De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes. Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ». De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris. Bernard Gensane
Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire. L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.» Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.» L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne». La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser. Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ? » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).» Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.» Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire. À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple». Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques. Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines. La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques. » En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque ». (…) On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc. Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.» En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne. Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux. Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.» Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger. Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances George Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole. On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate. Jean-Jacques Rosat

C’est la décence commune, imbécile !

En ces temps de politiquement correct et de novlangue généralisés …

Comme de mensonge entériné par la loi même, entre « mariage pour tous », « enfants pour tous » et sportives transgenres qui gagnent toutes les courses, sur l’origine de la vie ….

Où les débats politiques se transforment en procès staliniens …

Sommant leurs victimes publiquement de faire leur propre autocritique …

Et où face à un camp démocrate

Complètement déconnecté de la réalité …

L’ancien maire de New York et multimilliardaire Michael Bloomberg …

Se voit contraint de renier son franc-parler proprement trumpien …

Jusqu’à s’excuser d’avoir réduit de moitié le nombre de meurtres de sa ville …

Et où avec la technologie occidentale et les conséquences internationales que l’on sait, la Chine ressemble de plus en plus à 1984

Alors que par la voie plus « douce » de la servitude volontaire, l’Occident que nous sommes se livre de plus en plus allègrement au Big brother des GAFAM …

Pendant qu’en Europe, les mêmes dirigeants qui ont imposé à leur population des millions de clandestins musulmans …

Dont nombre d’auteurs d’actes dits « de déséquilibrés » …

N’hésitent pas à dénoncer comme « poison raciste »

Les réactions de rejet qu’ils ont eux-mêmes provoquées …

Comment ne pas repenser …

Contre la réduction au populisme et au fascisme …

De toute parole libre ou d’amour de son pays …

Aux avertissements désormais prophétiques d’un George Orwell …

Dont on fêtait le 70e anniversaire de la mort il y a tout juste un mois…

Contre cette singulière propension, béatification de Gandhi comprise, à l’aveuglement de nos intellectuels …

Qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou » …

Et ne pas se remémorer sa dévotion à la vérité et à sa défense de « l’homme ordinaire » …

Autrement dit à sa fameuse « décence commune » …

Sans laquelle « le reste ne peut suivre » ?

 

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell & la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

p. 89-109

revue Agone

Numéro 34 | 2005

Notes de la rédaction

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier.

La collection « Banc d’essais », que dirige Jean-Jacques Rosat aux éditions Agone, fera paraître en 2006 un essai de John Newsinger, traduit de l’anglais par Bernard Gensane et consacré à La Politique selon Orwell ; également en projet dans cette collection, préfacé et traduit par Jean-Jacques Rosat, un essai de James Conant, Orwell ou le Pouvoir de la vérité.

La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 : « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.”1 »

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell, à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du Cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun : « Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal.4 »

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

Car le monde ordinaire peut disparaître.

C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne », écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme : « Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les “faits” existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement “cela n’a jamais eu lieu” – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air.5 »

I —

Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984) dont dépend rien de moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé Dans le ventre de la baleine, Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du Cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés : « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent.6 » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait – des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu [ou] L’Adieu aux armes […], écrits non par des propagandistes, mais par des victimes7 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant-Deuxième Guerre mondiale –, le héros et narrateur, George Bowling, ancien combattant de 1914-1918 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre : « Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincaillerie – tous se rendent compte que le monde va mal.8 »

Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.9 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz : « Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones).10 »

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé en 1937 le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le Quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre11. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et de Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine. « Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être “M. Untel, l’antifasciste bien connu”. Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie-fascisme-démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […], c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise. […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix.12 »

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

II —

L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.13 »

Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains14 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.15 » L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne16 ».

Quelles idées ?

La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser.

Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ?17 » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).18 » Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.19 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences.

Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer.20 » C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire21.

Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage22 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

III —

Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le rêve secret de l’intelligentsia.

Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise). « La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des “organisateurs” à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des “organisateurs” au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet.23 »

On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85 % de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral24 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’état totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire numéro 1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains25 ».

Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur] ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent »26. La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme27 », et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison28 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète29 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité30 ».

IV —

Orwell n’est pas ouvriériste. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’il reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée “bourgeoise” par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires.

Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs-d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale. Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. [… L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la “morale bourgeoise” et honnies à ce titre. Mais pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus “bourgeois” que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du “réalisme” et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple31 ».

Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques.

Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

32 Ibid., p. 663.

La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences.

On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques.32 »

33 Ibid., tome III, p. 284.

En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »33.

33Les effets moralement corrupteur de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie. À propos d’un poème d’Auden intitulé Spain, il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,

Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;

Demain les courses de vélo

À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,

Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée

Aujourd’hui le gaspillage de ses forces

Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Mais il en donne le commentaire ironique suivant : « La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un “bon militant”. Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour “étouffer le remords bourgeois”, puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression “le nécessaire assassinat (necessary murder)” : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente.34 »

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

V —

Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ? « Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle ?35 »

C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans la Russie soviétique.

« En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés.36 » On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.37 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people)à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.38 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.39 »

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 George Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard “folio”, p. 119. (Cette traduction a été modifiée chaque fois que cela a paru nécessaire.)

2 George Orwell, Essais, articles et lettres, traduit de l’anglais par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun, Ivrea-Encyclopédie des nuissances, tome I, p. 292.

3 Ibid., p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth : Rorty versus Orwell », in Robert Brandom (dir.), Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299.

5 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome II, p. 322-325.

6 Ibid., tome I, p. 624.

7 Ibid.

8 George Orwell, Un peu d’air frais (1939), traduit de l’anglais par Richard Prêtre, Ivrea, 1983, p. 210.

9 Ibid., p. 199-200.

10 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 511.

11 Lire John Newsinger, Orwell’s Politics, Palgrave, 1999, p. 32-33 (La Politique selon Orwell, traduit par Bernard Gensane, Agone, à paraître).

12 George Orwell, Un peu d’air frais, op. cit., p. 194-198.

13 George Orwell, 1984, op. cit., p. 362.

14 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

15 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923, cité in Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

16 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

17 George Orwell, 1984, op. cit., p. 118.

18 Ibid.

19 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999, chap. IV et V.

20 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 294.

21 George Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936), traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Ivrea, 1982.

22 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, op. cit., p. 54.

23 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome IV, p. 218-219.

24 George Orwell, 1984, op. cit., p. 105

25 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? » in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, University of Chicago Press, 1998, p. 342-343, cité in James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 329, n. 116.

26 Michael Walzer, « George Orwell’s England », inThe Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, Halban, Londres, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey and Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

27 Ibid., p. 196.

28 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 424.

29 Ibid., p. 423.

30 Ibid., p. 424.

31 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 573-574.

32 Ibid., p. 663.

33 Ibid., tome III, p. 284.

34 Ibid., tome I, p. 643-644.

35 Ibid., p. 641.

36 Ibid., p. 642.

37 Ibid., tome II, p. 133.

38 Ibid., p. 152-153.

39 Ibid.

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Jacques Rosat, « Quand les intellectuels s’emparent du fouet », revue Agone, 34 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/106. Consulté le 08 avril 2012.

Auteur

Jean-Jacques Rosat

Voir aussi:

George Orwell patriote (I)

Bernard Gensane

8 oct. 2017

L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre sur Orwell “ vie et écriture ” : (George Orwell, vie et écriture), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1994). Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline.

Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. »

L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tord ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible.

En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi.

Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936).

Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. Il combat avec courage au sein de la milice internationale du P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificación Marxista), d’inspiration trotskiste, et rencontrera des hommes et femmes conscients, fraternels, tendus ver un objectif, bref l’image inversée des futurs proles de 1984. Il perçoit ces citoyens en armes comme un maillon dans l’immense chaîne fraternelle du genre humain, succédant aux soldats de Verdun, de Waterloo, des Thermopyles, souffrant de la même vermine, vivant et mourant sur des champs de bataille où l’on n’entend jamais chanter les oiseaux (Homage to catalonia, 1938. Version française : La Catalogne libre).

Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne. Dans sa thèse (“ Orwell : l’engagement ”), Gilbert Bonifias posera que : « Il ne fait […] aucun doute que les événements d’Espagne contribuèrent puissamment à pousser [Orwell]  dans cette direction qui se voulait à la fois révolutionnaire et pacifique », et qu’« il n’est donc pas étonnant de l’entendre proclamer dans ses écrits son opposition à toute guerre avec l’Allemagne et à la formation d’un Front populaire en Angleterre ».

Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. »

Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé.

Tout cela n’ira pas sans contradictions ni difficultés.

Plus tard, on verra que le seul moment de vrai bonheur que connaît Winston Smith dans 1984 sont les heures passées avec Julia dans le magasin d’antiquités – lieu ô combien symbolique – qui lui rappelle l’Angleterre d’avant la dictature (2ème partie, chapitre 4). Mais en 1938-9, George Bowling éprouve bien des désillusions. En simplifiant, on pourrait résumer Coming up for Air en disant que cette œuvre est l’image d’une apocalypse qui anéantirait une vision rêvée de l’enfance. Bowling n’idéalise cependant pas la tradition. Le regard qu’il porte vers le passé, le voyage qu’il entreprend vers les lieux de son enfance, lui permettent de se repérer dans le présent, d’essayer de respirer, de se régénérer. Lucide, le personnage expose comment la bourgeoisie anglaise est prisonnière de sa propre idéologie, à quel point la manière de pensée de la middle-class est appauvrissante. Il raille la nostalgie qu’éprouvent les colons revenus des Indes : comme son créateur, mais à l’inverse d’un Kipling, il sait l’illusion de vivre au centre de l’Empire avec les valeurs de la périphérie. Il ne croit pas en l’aptitude des militants – ceux de gauche en particulier qu’il caricature à l’envi – à se mobiliser dans le cadre d’une riposte nationale face à l’ennemi. Il ressent jusque dans ses fibres la possibilité d’une disparition de son pays, avec ses valeurs, sa culture.

Voir de plus:

George Orwell patriote (2)

Bernard Gensane

10 octobre 2017

En 1936, lors de son enquête du côté du Quai de Wigan, Orwell s’était assuré qu’il y avait bien deux Angleterre et il avait fait son choix. Il serait toujours aux côtés de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Vis-à-vis de la working class et des indigents en général, il prendrait donc l’exact contre-pied de Baden Powell, fondateur du mouvement scout, qui les décrivait comme anti-patriotiques et anti-sociaux. En 1940, face au danger totalitaire et à la guerre, Orwell croit de moins en moins en l’urgence, voire en la nécessité, de la révolution nationale ou internationale par la violence, et il souhaite que sa patrie soit une dans la lutte. Alors qu’en 1936 la bourgeoisie, impériale ou non, était responsable de tous les maux, elle est dédouanée en 1940, et Orwell en brosse un portrait bizarrement touchant. Depuis soixante-quinze ans, écrit-il dans Coming Up for Air, la classe dirigeante a perdu de son aptitude à gouverner. Autrefois, dans les colonies, il faisait bon vivre dans le perpétuel été d’avant la guerre des Boers, mais depuis 1920 les fonctionnaires de Whitehall surveillent « chaque pouce de l’Empire » et brident l’initiative. L’horizon impérialiste se rétrécissant, cette bourgeoisie de l’outremer n’a pu se réadapter en métropole. Étant intrinsèquement « moraux », les hommes d’affaires anglais n’ont pu, comme leurs confrères américains (« de vrais bandits ») devenir millionnaires. Et ces malheureux bourgeois, par manque de compétence intellectuelle, n’ont pas sérieusement lutté contre le nazisme dans les années trente car ils n’avaient pas «compris » ce phénomène. Orwell croit d’ailleurs inférer qu’ils n’auraient pas non plus compris le communisme s’il avait frappé à leur porte. Les grands responsables du déclin de l’Empire et de l’essoufflement de la bourgeoisie ne sont pas des gestionnaires surannés à la tête d’un outil de production inefficace se débattant dans un nouveau rapport de forces international défavorable mais, tout simplement, les intellectuels de gauche. Ils ont sapé « le moral des britanniques », ils se sont répandus en attitudes « négatives et récriminatrices » sans faire de « suggestions concrètes ». Et, surtout, ils se sont contentés d’évoluer (ô, surprise, pour des intellectuels !) dans un « monde d’idées ». Mais, Dieu merci, l’Angleterre est désormais, n’en déplaise au Dr Goebbels, une grande famille victorienne, un peu «collet monté », mais unie avec bien peu de « brebis galeuses » en son sein.

Tout en admettant après 1940 que la Home Guard (dont il fit partie) était organisée de telle manière que seuls les riches commandaient, il persiste à croire que la guerre a des vertus égalitaires car elle atténue les antagonismes de classe : « La guerre est le plus formidable facteur de changements. Elle accélère tous les mécanismes, elle efface les différences de surface. Par dessus tout, elle fait comprendre à l’individu qu’il n’est pas tout à fait un individu. »

Qu’auront les Anglais à opposer aux divisions blindées allemandes et à la Luftwaffe? Hormis un potentiel militaire non négligeable et une aide américaine qui viendra forcément, Orwell fait confiance aux qualités du peuple anglais. Tout d’abord, la bonne humeur et la sérénité. Comme Bertrand Russel qui, pour Orwell, incarnait moins l’archétype de l’intellectuel anglais que celui de l’Anglais intelligent, ses compatriotes sauront faire preuve de décence et d’esprit chevaleresque (le mot “intellectual ” est quasiment une insulte outre-Manche ; Orwell utilisait “intelligentsia ”, un mot russe d’origine polonaise, donc un peu barbare). Et puis la solidarité, l’honnêteté, le respect de la légalité feront le reste.

Mais il faut dire que la douceur de vivre que connaissait la classe moyenne avant-guerre avait débouché sur une certaine indolence. Désormais, Orwell est persuadé de la victoire car elle sera celle des gens ordinaires qui auront su se dépasser tout en restant eux-mêmes. Il apprécie que, malgré les circonstances exceptionnelles, les Anglais sont restés civiques, légalistes, respectueux des droits de l’individu, et il aimera que Churchill perde les élections de 1945, preuve que ses compatriotes, gens ordinaires, se méfient des hommes forts trop doués … et trop réactionnaires.

Dans les premiers chapitres de Homage to Catalonia, Orwell avait magnifiquement saisi une lutte révolutionnaire, pensant que l’enthousiasme populaire devait suffire à faire vaincre la révolution. Avec “ The Lion and the Unicorn ” (Le Lion et la licorne), son grand texte théorique sur l’Angleterre en guerre, Orwell propose une synthèse enthousiaste du patriotisme et du socialisme. Ces pages sont contemporaines de la Bataille d’Angleterre : l’heure est au drame et à l’espoir en une victoire à court terme. Bien que nous soyons ici dans un essai franchement politique, le narrateur s’affiche dès la première phrase : Orwell écrit ce texte au moment précis et parce que des avions ennemis lui passent au-dessus de la tête : « Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. »

Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus le statu quo social ou la révolution, mais la civilisation ou la barbarie. Mieux vaut Chamberlain que Hitler. Le narrateur de Down and Out in Paris and London avait découvert certains de ses compatriotes dans leur étrangeté. Burmese Days (Tragédie birmane) fleurait bon son exotisme. Dans The Road to Wigan Pier, Orwell était allé à la rencontre des ouvrières du textile et des mineurs dans leur différence. Désormais, il va à la recherche des autres dans leur ressemblance avec lui-même et ceux de sa classe d’origine, la frange inférieure de la bonne bourgeoisie (the lower-upper-middle class). Ce qui unit les Anglais, postule-t-il, est plus important que ce qui les sépare. Et il pose également que ce qu’il raillait à la fin de Homage to Catalonia, ces caractéristiques d’une Albion aveugle et assoupie (« les pâtures bien grasses, les hommes coiffés de leur chapeau melon, les bus rouges, les policiers en uniforme bleu ») c’est justement ce qui fait la beauté, mais aussi la force de l’Angleterre éternelle. Il existe un caractère national anglais, comme il existe un patrimoine et une « culture commune » que, bizarrement, comme s’il en avait un peu honte, il délimite par la négative : «Les Anglais sont très différents des autres. Il y a une sorte d’acceptation ambiguë de ce fait dans l’aversion éprouvée par presque tous les étrangers pour notre mode de vie national. Peu d’Européens supportent de vivre en Angleterre, et même les Américains se sentent davantage chez eux en Europe. »

Dans “ The Lion and the Unicorn ”, Orwell avance que l’affaiblissement de l’impérialisme dans les années trente a été provoqué en grande partie par l’intelligentsia de gauche, ce groupe s’étant lui-même renforcée grâce à la stagnation de l’Empire. Il pense qu’une alliance objective s’est nouée entre les colonels en retraite (les “ Blimps ”) pour qui un individu trop intelligent ne pouvait être patriote, et les intellectuels pour qui un patriote ne pouvait décidément pas être intelligent. Ce paradoxe déroutant ne peut surprendre dans la mesure où il venait en bout de chaîne après d’autres considérations tout aussi étonnantes sur les intellectuels. Orwell pose tout d’abord que du pessimisme à une vision réactionnaire des choses il n’y a qu’un pas vite franchi par une fraction importante de la classe dominante. Il estime également qu’il eût été possible de susciter un mouvement pacifiste authentiquement populaire en Angleterre, loin de la « gauche de salon ». Mais, dans les années trente, l’intelligentsia s’est déconsidérée dans des activités indignes, dans le domaine de l’esprit comme dans la politique. Elle s’est coupée du reste de la société en dénigrant systématiquement la civilisation occidentale et en cultivant un sentiment négatif de « désillusion ». La « vraie question », se demande Orwell, n’est pas de savoir pourquoi des bourgeois sont devenus staliniens, mais pourquoi ils ont viré à gauche. A première vue, c’est parce que les puissances de l’Axe menaçaient l’Empire britannique, l’antifascisme et l’impérialisme se rejoignant dans un même combat (dans une correspondance de décembre 1938, il explicitait ce postulat. Il estimait que si un « grand mouvement pro-Arabe » voyait le jour, il serait « fatalement pro-fasciste ».)

C’est à cette époque qu’Orwell va définir petit à petit ce qu’est pour lui l’Anglais idéal. George Bowling, son narrateur de Coming Up For Air, en était une esquisse aux traits assurément appuyés, permettant à l’auteur de considérer avec plus de commisération que jamais tous ceux qui ne correspondaient pas au moule. « Un type comme moi est incapable de ressembler à un gentleman », reconnaissait Bowling sans vraiment le regretter. « Les vêtements que je porte », poursuivait-il, sont «l’uniforme de la tribu ». En peignant cet homme ordinaire, Orwell s’adressait à ceux qui, comme son personnage, cultivaient la nostalgie de leur passé et aspiraient à un socialisme non dogmatique, un peu proudhonien. Petit-bourgeois, Bowling ne prône pas l’émancipation de la femme, il n’a pas de l’amour une approche très romantique, il s’indigne des inégalités sociales et déplore que le salarié se voit privé du produit de son travail par le système capitaliste. Il se méfie de la bureaucratie qui empiète sur la liberté individuelle, tout comme le capitalisme qui, par le système de crédit, empêche le salarié d’être jamais propriétaire. Le monde de Bowling converge avec celui de “ The Lion and the Unicorn ” : « C’est votre civilisation. C’est vous. » Ce monde que je décris, dit Orwell, c’est toujours le vôtre. Que vous l’aimiez ou non, il vous manque dès que vous le quittez. Comme vous, il est moyen, ni le joyau chanté par Shakespeare, ni l’enfer décrit par Goebbels. Vous êtes, nous sommes, les membres d’une famille victorienne empesée, avec son lot inévitable de squelettes dans le placard. Chez nous, les jeunes n’ont pas la parole, ce sont les vieux oncles irresponsables qui monopolisent le pouvoir, mais nous sommes une famille unie, avec sa langue, sa culture, ses souvenirs, son esprit de solidarité. Vous et moi sommes peut-être des médiocres, mais au moins saurons-nous, en vrais patriotes, nous unir face à l’adversité extérieure et débusquer l’ennemi intérieur. Nous pourrons toujours nous arc-bouter sur un impérialisme qui n’est pas à dénigrer en bloc : seule sa dimension morale est à redouter quand il détruit la conscience de l’oppresseur et de l’opprimé.

“ The Lion and the Unicorn ” donne donc une idée assez précise de l’image que se fait alors Orwell de son pays. Ces pages sont un mélange d’observations pénétrantes, de gentilles banalités et de généralisations désarmantes : « Les Anglais ne sont pas doués en matière artistique. Ils ne sont pas aussi musiciens que les Italiens ou les Allemands ; la peinture et la sculpture ne se sont pas développés chez nous comme en Fance. Les Anglais ont en horreur la pensée abstraite. Bien que constituant un peuple somnambule, ils sont capables, au paroxysme d’une crise, de dégainer et d’agir par une espèce d’instinct, à dire vrai un code de conduite compris pratiquement de tous quoique jamais formulé. »

Ce qu’Orwell apprécie alors au premier chef chez ses compatriotes, c’est leur réserve, leur politesse : ils font la queue patiemment dans l’ordre, sans se bousculer. Si les ouvriers ne sont pas toujours très gracieux, du moins font-ils toujours preuve de beaucoup d’attentions. La modération de ses compatriotes invite Orwell à penser que le fascisme ne prendra jamais dans son pays : « les purges hitlériennes n’auraient pu exister en Angleterre », affirme-t-il, sans s’interroger le moins du monde sur les conditions historiques qui ont permis à la barbarie de se déchaîner au pays de Goethe. Les Anglais sont trop raisonnables, ils croient trop en la justice pour se laisser entraîner dans le vertige de la terreur et des abus de pouvoir. L’Angleterre est protégée par ses traditions et son histoire, par son essence. La vision d’Orwell est donc très déterministe. La société peut changer, mais jusqu’à un certain point : « on n’obtient pas un panais avec une graine de navet ». Orwell pouvait bien, à l’orée de la guerre, énoncer de telles banalités, le fait est là : le pays n’a pas plié et les traîtres ne furent qu’une poignée. Un solide pragmatisme, une volonté exceptionnelle de croire en soi et de vaincre ont permis de tenir. L’Angleterre a gagné la guerre parce que les vertus typiques chères à Orwell n’étaient pas l’apanage de la classe dirigeante. En était dépositaire le peuple, constitué à ses yeux par la classe ouvrière consciente et la frange inférieure de la bourgeoisie. Et, à long terme, seul cet ensemble social saurait, selon lui, résister à l’envahissement de la culture populaire par le modernisme réducteur et nivelant.

L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ tranfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe) ; une variante négative qui incluait pour lui l’anglophobie, l’antisémitisme, le trotskisme.

Orwell a longtemps cru, au moins jusqu’à la rédaction de 1984, que toute guerre pouvait avoir des vertus salutaires, au niveau humain et politique. A l’inverse de ceux qui estimaient que la guerre est la continuation d’un état de chose par d’autres moyens, il voyait en elle une brisure, un moment paroxystique où les individus et les communautés vivent dans un état supérieur, sont révélés par l’épreuve et où, en d’autres termes, Dieu peut reconnaître les siens. Et c’est en Espagne qu’il a commencé à réfléchir au rapport entre la guerre et la révolution. Il pensait alors, contrairement, par exemple, à de nombreux trotskistes anglais, qu’il fallait d’abord se débarrasser du fascisme avant de faire la révolution dans les démocraties bourgeoises. Il semble moins dogmatique sur ce point en 1940. Une révolution et la guerre peuvent être concomitantes. Et il estime alors qu’une révolution (anti-bourgeoise évidemment) pourrait surgir de la guerre grâce aux qualités intrinsèques du peuple anglais. La guerre et la révolution pourront remettre les choses en place. Les inutiles, les inefficaces, les privilégiés disparaîtront. Les compétences populaires pourront s’exprimer. Le peuple en sortira humainement enrichi : « Nous avons avancé aussi lentement que des glaciers et nous n’avons appris que dans les désastres. »

Dans la lutte, il n’y a pas la droite et la gauche, la bourgeoisie et la classe ouvrière, mais les combattants et les partisans de la démission. Le peuple victorieux saura être magnanime. Pas de procès pour les criminels de guerre demande, dès 1943, Orwell lucide et visionnaire : « Les tyrans doivent être mis à mort uniquement par leurs propres sujets ; ceux qui sont punis par une autorité étrangère, par exemple Napoléon, deviennent des martyrs et des légendes. »

La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. L’Angleterre ne devrait plus être « une famille avec les médiocres aux commandes ». Mais il reproche, cela dit, au gouvernement de Clement Attlee de ne pas avoir suffisamment nationalisé.

Orwell pose donc presque tous les problèmes en termes moraux, en termes d’individualités. De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes.

Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ».

De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris.

Bref retour sur Orwell (III)

Bernard GENSANE
21 mars 2016

Ce qui distingue les grands créateurs des autres, c’est que, à partir de la réalité, ils élaborent des modèles plus prégnants que celle-ci en nous la faisant comprendre et ressentir comme jamais auparavant. Essayez d’imaginer un gamin de Paris des années 1830 sans penser à Gavroche. Essayez de vous représenter Mozart sans vous remémorer celui d’Amadeus et son rire jamais envisagé jusque là. Le “ Guernica ” de Picasso occulte la vraie ville dont on ne sait, en fait, pas grand chose. Quant à Emma Bovary, elle écrase votre cousine rêveuse.

Dans 1984, Orwell invente un monde et sa langue officielle, la Novlangue (Newspeak). Elle a ceci de particulier qu’elle est conçue pour mourir, Orwell partant du principe que, plus on élimine des mots (on garde “ chaise ” et on supprime “ fauteuil ” “ tabouret ”), plus on réduit leur champ sémantique (“ liberté ” n’est utilisé que dans des phrases comme « j’ai la liberté de choisir entre des pommes de terre et du chou »), plus on réduit une pensée qui devient sans cesse davantage binaire, manichéenne.

Cette invention n’est pas arrivée comme un cheveu sur la soupe dans la vie d’Orwell et sa carrière d’écrivain et de journaliste. Il connaissait sept langues étrangères : le latin et le grec, qu’il avait très bien maîtrisés dans son école privée, le français, qu’il pratiquait avec aisance (il lisait Villon dans le texte, et lorsqu’il enseigna le français dans une école secondaire pendant quelques mois, ses cours se déroulaient entièrement dans la langue), l’hindustani, l’ourdou (deux versions d’une même langue) et le birman, appris lors de son séjour de cinq ans dans la police impériale, le castillan et le catalan, assimilés au contact des Républicains durant la guerre civile. Avant de créer la Novlangue, il s’intéressa, de 1942 à 1944, au Basic English du linguiste Charles Kay Ogden avant d’écarter l’utilisation d’une langue artificielle : il trouvait contre-culturelle une langue fabriquée – simplifiée ou pas – à vocation universelle. Mais il est clair que ce Basic English fut une source d’inspiration pour la Novlangue. Enfin, il avait des notions d’esperanto, que parlait couramment une de ses tantes, mais il s’en méfiait en tant que langue factice (« Les langues ne se peuvent se développer que lentement, comme des fleurs », disait-il).

Bien avant 1984, les premiers livres d’Orwell avaient révélé son grand intérêt pour les questions de langue. Dans la dèche à Paris et à Londres, une autofiction de 1933, montre qu’Orwell s’engoue pour les lois sociales de construction du langage. Tragédie birmane (1934) présente la Birmanie comme une société multilingue, les colons empêchant les autochtones d’apprendre l’anglais dans toutes ses finesses et les contraignant à l’utilisation d’un pidgin. Dans Une fille de pasteur (1935), Orwell reproduit, en s’inspirant de Joyce, un dialogue de théâtre entre les miséreux et la fille du pasteur. Dans Le quai de Wigan (1937), ce magistral essai devenu classique sur le monde des mineurs de charbon dans les années trente, Orwell offre quelques exemples d’anglais du Lancashire et du Yorkshire. Dans La Catalogne libre (1938), il utilise sa connaissance du catalan et du castillan. Dans Un peu d’air frais (1939), il présente les variétés de l’anglais selon les classes et commence à dénoncer ce qu’il appelle le “ jargon ” des hommes politiques. Etrangement, peut-être, la dictature de La ferme des animaux ne connaît pas de problèmes langagiers.

Toute la réflexion d’Orwell sur la langue repose sur une idée-force, que la linguistique récusait déjà à son époque, selon laquelle les mots sont autonomes par rapport à la pensée. Et il lui a échappé, comme le proposait fortement Roman Jakobson, que « de même qu’en peinture la géométrie se superpose à la couleur, la puissance d’abstraction de la pensée humaine surimpose des figures grammaticales au mot. » Il affirme pour sa part que la pensée est tellement dépendante des mots que ceux-ci peuvent régir celle-là. Il croit que parler c’est choisir des mots en toute souveraineté, ignorant qu’on ne saurait conceptualiser sans l’appui du langage. Comment dire “ la glace ” en bambara, langue de contrées où il fait trente degrés toute l’année ? En contradiction totale avec le concept d’arbitrarité du signe (voir comment le coq chante en anglais, en espagnol, en allemand, en français et en chinois), il suppose une corrélation entre le sens d’un mot et sa configuration sonore. Dans le monde de 1984, des fonctionnaires de la langue suppriment des mots du dictionnaire et confèrent aux vocables épargnés un sens unique, ce qui n’est pas soutenable dans la mesure où la pensée et les mots n’existent pas dans des sphères distinctes, Orwell pensant peut-être qu’à un mot pourrait correspondre automatiquement une seule pensée.

Dans ses essais majeurs sur la langue comme “ La politique et la langue anglaise ”, il estime que la langue dégénère quand elle sert le discours politique. Il s’inscrit dès lors dans la tradition idéaliste : « Bien écrire ou bien parler est un art. » Ecrire en anglais, c’est « se battre contre le flou, l’obscurité, les pièges tendus par les adjectifs décoratifs et les empiètements du latin et du grec ». Revendiquant son anglicité, Orwell préférait les mots d’origine saxonne aux mots d’origine franco-latine : freedom à liberty, brotherhood à fraternity, tout en sachant que plus de la moitié des mots de l’anglais venaient du français et de latin. A de nombreuses reprises, il décrit sa langue comme « défigurée », « violentée ».

Mais, à sa manière, Orwell a repris l’idéal de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : « Une prose de qualité est transparente comme une vitre ». Ce cristal lui était nécessaire pour mieux faire passer la réalité confuse, violente et terrorisante. Stylistiquement parlant, sa plus grande réussite aura été de faire croire qu’il écrivait “ naturellement ” dans la langue parlée d’un anglais éduqué. D’où son obsession de ne pas pouvoir glisser « la lame d’un couteau métaphorique » entre les mots et le sens. Sa règle – pas toujours applicable – était que le sens décide du mot. Il s’efforça toujours, cela dit, de faire coïncider la forme et le fond.

Pour Orwell, les différences langagières étaient régies par les antagonismes de classe. Les classes éduquées ayant perdu le contact avec le monde ouvrier, il urgeait que les prolétaires redonnent du souffle à la langue anémiée de la classe dirigeante. Son idéalisme l’amena à proposer, pour que les accents régionaux ne disparaissent pas (ils sont toujours bien présents aujourd’hui), un accent « national » (pas le sien, lui l’ancien élève d’Eton), un « cockney modifié » ou alors un des accents du Nord. Mais dans 1984, non seulement les Proles ne régénèrent pas la langue du Parti intérieur, mais il n’existe aucun phénomène de contact entre leur langue et celle des maîtres.

Bien que polyglotte, Orwell n’affectionnait pas les emprunts entre langues. Il n’admit jamais que, si le vocabulaire anglais était très riche, c’est justement parce que la langue anglaise avait deux racines principales. De plus, alors que dans 1984 chaque continent possède une seule langue officielle, Orwell n’a rien écrit sur un fait déjà bien présent à son époque : le nouveau statut de l’anglais en tant que première langue véhiculaire mondiale. Conscient de la fin de la suprématie de l’Angleterre en tant que puissance planétaire, il redoutait le contact avec la culture d’outre-Atlantique. Plutôt conservateur en matière langagière, il n’en a pas moins créé de nombreux néologismes. Par exemple la “ nancytude ” (tapettitude), la “ scotchification ” (de l’Angleterre) (écossification), “ sub-faecal ” (sous-fécal), la “ blimpocracy ” (culotte de peaucratie). Bien que jungien, Orwell n’avait pas perçu que l’inconscient était structuré comme un langage. Il voyait dans les mots une substance pâteuse, fuyant indéfiniment devant les réalités de la pensée (« Quelqu’un a-t-il jamais écrit une lettre d’amour dans laquelle il a exprimé exactement ce qu’il voulait dire ? »). D’où cette proposition d’inventer des nouveaux mots (ou des mots neufs), aussi tranquillement que s’il s’agissait de « pièces pour moteur d’auto ». Mais il n’a pas pu (ou n’a pas eu le temps) de réfléchir à ses propres maniérismes. Il abusait d’adverbes de fréquences (“ rarement ”, “ toujours ”) parce qu’il avait tendance à généraliser. Il utilisait souvent la préposition “ comme ”, des adjectifs comme “ différent ”, “ identique ”, des verbes comme “ comparer ” parce qu’il pensait très souvent de manière analogique. Il s’efforça, cela dit, de s’imposer une hygiène d’écriture consistant, par exemple, à éviter les métaphores rebattues (pas une seule dans La ferme des animaux). Et il proposa cinq règles de bonne écriture et une sixième dirimante, dont il n’est pas stupide de s’inspirer, même si elles trahissent son souci névrotique de propreté :

Ne jamais utiliser une métaphore déjà vue sous la plume d’un autre.
Ne jamais utiliser un mot long quand un court fait l’affaire.
Supprimer un mot lorsqu’il est possible de le supprimer.
Ne pas utiliser la voix passive [beaucoup plus fréquente en anglais qu’en français] quand l’actif convient.
Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou du jargon s’il existe un équivalent en anglais de tous les jours.
Ne pas appliquer ces règles dès lors que le résultat est franchement malsonnant.

Dans 1984, le statut de la langue n’est pas toujours très cohérent. Un seul personnage (membre du Parti Extérieur) parle naturellement en Novlangue. Les enfants de Mrs Parson, pourtant militant zélés de la Ligue de la Jeunesse, s’expriment en anglais ordinaire. Orwell a toujours pensé que le manque de démocratie ou la dictature du prolétariat aggraveraient les antagonismes de classe. Aux trois classes d’Océania correspond une organisation linguistique gouvernée par le chiffre trois. Dans le Parti Intérieur, la Novlangue est censée être la norme ; dans le Parti Extérieur, elle se diffuse progressivement ; elle est inconnue des Proles qui parlent cockney, un idiome qui est d’avantage une recréation orwellienne que du cockney authentique. La Novlangue n’est pas généralisée dans le roman parce que le livre n’est pas une prophétie mais une satire dystopique. Elle ne peut être parlée par des personnages qui ressemblent aux gens qu’Orwell a côtoyés sa vie durant. A la fin du roman, Orwell estime que la Novlangue ne sera pas utilisé par tous avant 2050, malgré les moyens de coercition considérables dont dispose le système. Ce qui semble peut-être le plus pertinent dans la création de la Novlangue, c’est cette idée, aujourd’hui banale, qu’un discours officiel peut fort bien parler pour ne rien dire. Nous sommes en effet dans la destruction du sens. Le personnel politique étasunien a atteint cet idéal : souvenons-nous de Reagan se contenant de murmurer devant ses supporters « Read my lips » ou Hillary Clinton proposant un petit jappement chaque fois que Donald Trump proférerait un ânerie. Orwell postule par ailleurs que la langue fait naître la faute, le sentiment de culpabilité, notion que reprendra plus tard Roland Barthes expliquant que le fascisme n’empêche pas de dire mais oblige à dire.

L’écrivain au style translucide qu’était Orwell avait senti dans les années trente que la langue ne serait plus jamais un moyen de communication innocent. Winston finissait par “ aimer ” Big Brother parce que le mot “ amour ”, tout en ayant perdu sa signification d’origine, existait toujours bel et bien sous son horrible travestissement. Cratyle, dans le dialogue de Platon, avait décidé de se taire (« si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix »). Orwell choisit de travailler la simplicité de son expression (pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, il est l’un des auteurs les plus faciles à lire) et de renforcer le pouvoir de ses propres mots.

Voir par ailleurs:

How Being Politically Incorrect Could Help Bloomberg

Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do.It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum.

You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.”

Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.” (Fact check: Prince Charles is not an architect, merely an architectural enthusiast.)

Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances?

Reading about what Democratic voters have to say, it’s evident that all principles and policies are negotiable. The only thing that matters to them is defeating Donald Trump. Medicare for All, Medicare for All Who Want It, continue the status quo? Whatever. As long as someone other than Trump is in charge. Democratic voters have discarded Elizabeth Warren because they don’t think she can defeat Trump, and they are having severe misgivings about Joe Biden because they’re not sure he’s still vigorous enough for battle, or indeed vigorous enough to make it through a sentence without taking a break for a nap. Bernie Sanders, too, has to be making Democratic voters nervous: Hey, we just want Trump gone, we don’t want to be annexed by Denmark. Most Democrats are aware that Sanders is extreme, and more important, most Democrats are aware that swing voters in Michigan and Wisconsin are aware of this.

American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! Instead of choosing a parody of an earnest loser in a rumpled sweater who has a garage full of Eugene V. Debs filmstrips, the Dems could go with a swashbuckling, trash-talking, don’t-give-a-fig capitalist buccaneer who is prepared to rain insults on Trump, not just gently shake his head and say, “That’s not who we are.” Instead of having a pathetic old schmuck in a subcompact who seems like he should be teaching bored high schoolers, they could have a fiercely combative alpha male who could buy and sell Trump 20 times over. Why not dump Walter White and go with Heisenberg?

The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire.

Voir de même:

Reaching Peak Progressivism
« The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. »>The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.
Victor Davis Hanson
American greatness
February 16th, 2020

In 2020 we have finally hit peak progressivism. The adjective “peak”—apex or summit— is often used to describe something that has reached its maximum extent but thereafter will insidiously decline—like supposed U.S. domestic oil production in 2000 when more oil was purportedly taken out of, rather than still in the ground. While the idea of peak oil in the days before fracking and horizontal drilling proved vastly premature, we likely are witnessing something like “peak progressivism” today.

By that I mean the hard-left takeover of the Democratic Party and the accompanying progressive agenda now have reached an extreme—beyond which will only result in the steady erosion of radical ideology altogether.

The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon.

From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory.

But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism.

Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism.

First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations.

Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.”

Universities Lead the Way In the Revolution Eating Itself

Outside of the political sphere, peak progressivism had reinvented the university, rejecting Martin Luther King, Jr’s vision of racial integration and assimilation, by demanding racially obsessed dorms, safe spaces, and applications.

There is hardly a First Amendment on campuses anymore. Speakers with unpopular views are shouted down with impunity by student activists. “Trigger warnings” seek to censor required texts. The mere accusation of sexual harassment on campus is synonymous with the suspension of the Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments. Skepticism over abortion, “climate change,” or identity politics can cancel out a faculty career.

It is hard to imagine where universities go after peak progressivism, since it would be the pure nihilism of abolishing grades, admissions standards, and student fees.

Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself.

Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population?

All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.”

The Cycles of Cultish Extremism

There are certain historical characteristics of the current peak progressivism that are typical of past cycles of cultish extremism.

Iconoclasm—the destruction of statues and icons deemed reactionary—is typical.

So is Trotskyization, the renaming of buildings, streets, and institutions on the theory that current correct ideology makes past iconic figures no longer deserving of recognition and thus erased from history.

Puritanism is also typical, as correct speech extends to thoughts and behavior. Peak progressivism now includes Victorian prudery. Flattery, traditional flirting, and praise of physical beauty are proof of counter-revolutionary barbarism and toxic masculinity. The Internet allows instant cancel culture searches of one’s entire past thoughts, conduct, and expression in efforts to erase impure personas.

Tribal factionalism is a final symptom that peak ideology is already degenerating into chaos. In the Democratic primary, candidates could agree that white privilege and whiteness were toxic but no one quite could define whether black, Latino, Asian, gay, female upper-middle class, or wealthy candidates were the most victimized by America and thus the most deserving of reparatory considerations.

The much-discussed “intersectionality” is a construct, a myth. The history of ideological extremism is instead a war of all factions against one another.

We see just that in the peak progressive primaries. Michael Bloomberg is deemed a racist and sexist. But then so is Joe Biden. Bernie Sanders supposedly hires racists and sexists and won’t honor minimum wage laws. Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) thinks Bernie is condescending to women and minorities. Pete Buttigieg thinks he is the victim of Joe Biden’s subtle anti-gay political adds, and feels, but does not articulate, that the black community is inherent anti-homosexual. The race to tag others as victimizers and selves as victimized is endless.

Radicals also vie to make rivals look counter-revolutionary, as they advance ever more incoherent and unhinged schemes without a clue that they are losing not just moderate support but even liberal followers. The more Warren feels she must become the purest peak progressive on the debate stage and the most radical in the U.S. Senate, the more her former supporters feel she is either a conniving opportunist or nuts or both.

Impossible Demands, Even of Their Own

Peak progressives cannot possibly live up to their rhetoric fantasies and so suffer from rank hypocrisies. Redistributionists like Warren and Sanders either fly on private jets or choose non-egalitarian first-class commercial. Hollywood stars who mouth crazy Oscar and Grammy ceremony platitudes vie with each other to wear multi-thousand-dollar clothes, live in mansions, and own yachts—as they drive down ratings to historic lows.

Not long ago, progressive pundits on CNN and MSNBC declared the current indicted lawyer Michael Avenatti presidential material for his fabrications and lies that were used to smear Justice Brett Kavanaugh. Where does a network go after that?

Racial quota advocates demand proportional representations and cry out about disparate impact but soon discover that they have no plans or desire to appoint candidates of color to be included on the Democrat debate stage (or to reserve slots for Asian-American basketball forwards, or to ensure blacks make up only 12 percent of the coveted billets of the U.S. Postal Service.) Peak progressives never imagine that they, too, can become prisoners of their ridiculous ideologies.

Peak progressives also live in cocoons. They have no inkling how their ever more radical talk alienates the public. How odd to see Mike Bloomberg repudiate many of his mayoral policies that once were popular with even liberal New Yorkers. (Or is Bloomberg’s Machiavellian team leaking past politically incorrect statements about crime and the housing collapse to show that in comparison with his current rivals’ professed lunacies that he once sounded pragmatic and sane?)

To prove he is not a racist, Joe Biden sounds like an incendiary radical, only further turning off his once-sizable moderate block of supporters. As Democratic candidates careen ever farther to the left, their crowds shrink, and Donald Trump’s rallies expand.

Peak progressivism even scares the diehard NeverTrump right, which fears imploding by voting for a whacked-out Bernie Sanders as the only alternative to the hated Trump.

Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021.

George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton.

The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.

Voir de plus:

China’s Government Is Like Something out of 1984

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship.The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large.

China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation?

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols.

Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind.

Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings.

Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists.

To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way.

In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas.

But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions.

China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine.

No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food.

It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest county, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations.

China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods.

For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven.

Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984.

All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way.

If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules?

The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late.

Voir encore:

Des employés d’Amazon écoutent les conversations des utilisateurs avec Alexa

Pour améliorer les performances de reconnaissance vocale de son assistant intelligent Alexa, des milliers de salariés d’Amazon écoutent des extraits de conversations réelles. Il n’est pas mentionné explicitement dans ses conditions d’utilisation que des humains peuvent y accéder.

Kesso Diallo

Plusieurs personnes hésitent à introduire des enceintes connectées chez eux par crainte d’être écoutés. D’une certaine façon, c’est bien le cas. Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale.

La vie privée des utilisateurs chez Amazon

Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation. Pourtant le géant affirme que «des procédures ont été mises en place» pour ce genre de situation. Enfin, lorsque les employés entendent des données personnelles telles que les coordonnées bancaires, ils cochent simplement une boîte de dialogue indiquant «données critiques» avant de passer au fichier audio suivant.

Selon un porte-parole d’Amazon, seul «un très faible échantillon des enregistrements» est utilisé pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il précise également que les employés ne peuvent pas accéder directement aux informations d’identification des personnes ou des comptes associés aux enregistrements. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité et nous utilisons l’authentification multifacteurs pour restreindre l’accès, le chiffrement des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger». Pourtant, les captures d’écran fournies par les employés à Bloomberg montrent qu’à défaut d’indiquer le nom complet et l’adresse d’un utilisateur, les enregistrements sont tout de même associés à un numéro de compte, ainsi qu’au prénom de l’utilisateur et le numéro de série de l’appareil.

Paramètres de confidentialité

Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission.

Alexa est conçue pour enregistrer en continu des extraits audio dès qu’elle entend le mot d’activation, soit «Alexa» par défaut. Ce mot peut être modifié. Une fois qu’il est détecté, l’anneau de lumière situé au-dessus de l’enceinte devient bleu, indiquant que le périphérique enregistre et transmet une commande aux serveurs d’Amazon. Le site du géant affirme qu’aucun son n’est stocké à moins que l’enceinte connectée Echo ne détecte le mot d’activation ou ne soit allumée en appuyant sur un bouton. Mais, il arrive qu’Alexa commence un enregistrement sans aucune demande de la part de l’utilisateur ou par accident. L’assistant vocal peut en effet se tromper, notamment avec d’autres langues que l’anglais. En français, il peut confondre «sa» avec «Alexa», soit son mot d’activation. Chaque auditeur transcrit ainsi jusqu’à 100 enregistrements par jour dans ces situations selon une source de Bloomberg.

Améliorer les assistants vocaux

Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise.

Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier.

Voir enfin:

Primaires américaines : à Las Vegas, le milliardaire Michael Bloomberg aiguise les rivalités démocrates
L’ancien maire de New York a participé à son premier débat des primaires et fait l’unanimité contre lui parmi les autres candidats.

Corine Lesnes

Le Monde

20 février 2020

Michael Bloomberg avait beaucoup d’explications à fournir. Sur ses déclarations méprisantes à l’égard des femmes, son passé républicain, et surtout sa politique de « stop and frisk » ou contrôle au faciès quand il était maire de New York de 2002 à 2013. Dès la deuxième minute du débat des primaires démocrates de Las Vegas, mercredi 19 février, Bernie Sanders a attaqué frontalement le nouveau venu dans la campagne, expliquant qu’il n’avait aucune chance de battre Donald Trump, en raison de son soutien passé à cette pratique raciste.

Le milliardaire a encaissé le coup. « Euh », a-t-il balbutié. Elizabeth Warren s’est précipitée pour le tailler en pièces : « J’aimerais parler de qui nous combattons, a-t-elle lancé. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

Dans l’assistance, il y a eu un moment d’effroi puis des applaudissements. La candidate, en perte de vitesse depuis des semaines dans les sondages, faisait référence à une compilation satirique concoctée en 1990 par un cadre de la société Bloomberg et offerte au PDG pour son 48e anniversaire : la recension de quelques « maximes » d’un homme réputé pour ses jugements corrosifs. Bloomberg a préféré ne pas relever. « Je suis New-Yorkais, a-t-il répondu d’une voix atone. Je sais comment m’y prendre avec un imposteur new-yorkais de l’arrogance de Donald Trump. »

Effet Bloomberg ? Sursaut de combativité parmi les concurrents distancés dans les sondages ? Le neuvième débat démocrate, mercredi 19 février, le premier pour l’ancien maire de New York, a été le plus brutal depuis le début de la compétition pour la succession de Donald Trump. Pendant la première heure, le casino Paris Las Vegas s’est transformé en arène où les six candidats-gladiateurs ont déversé attaques et insultes – des plus conséquentes aux plus mesquines. NBC News a totalisé 75 tirs dans les 60 premières minutes. Et dans toutes les directions.

Ascension fulgurante

Amy Klobuchar, l’accrocheuse sénatrice du Minnesota, s’est vu longuement reprocher d’avoir été incapable de citer le nom du président mexicain dans une interview, alors qu’elle a multiplié les excuses et pris soin de mentionner Andres Manuel Lopez Obrador (après un coup d’œil à ses notes). Avec son air de premier de la classe, le polyglotte Pete Buttigieg, qui court sur les mêmes terres centristes du Midwest, l’a énervée plusieurs fois : « J’aimerais que tout le monde soit aussi parfait que toi, Pete. »

Rien n’a été épargné aux spectateurs. Pas même la crise cardiaque subie, en octobre 2019 dans cette même ville de Las Vegas, par Bernie Sanders. Pete Buttigieg, le premier, mais pas le seul, lui a reproché de ne pas publier davantage d’informations sur son dossier médical. Bernie Sanders, la figure rouge depuis son premier emportement contre Michael Bloomberg, a répondu qu’il avait donné toutes les garanties. Avant de botter en direction de Bloomberg : « Je crois qu’on partage le fait d’avoir deux stents », a-t-il glissé. « C’était il y a 25 ans », a soupiré l’ancien maire de New York.

L’ascension fulgurante de ce dernier a fait l’effet d’un électrochoc dans le camp démocrate. Plusieurs sondages l’ont maintenant placé dans le trio de tête, voire en deuxième position. Dans le dernier calcul de la moyenne des sondages établie par le site Realclearpolitics, Bernie Sanders arrive en première position avec 29 %, Joe Biden est deuxième avec 18 %, talonné par Michael Bloomberg à 16 %. Le sondage NBC News-Wall Street Journal, publié à la veille du débat, a lui aussi placé le socialiste-démocrate en tête avec 27 %, devant Joe Biden, en recul de 11 points. L’ancien vice-président, qui joue gros lors des caucus du Nevada samedi, a tenu son rang dans le débat, mais sans éclat.

Neuvième fortune mondiale

Depuis qu’il s’est lancé en novembre 2019, Michael Bloomberg, 55 milliards de dollars (50 milliards d’euros), la 9e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes en 2019, a déployé des moyens sans précédent. Il a déjà dépensé 409 millions de dollars, dont un million par jour sur Facebook selon NBC News, soit plus que les candidats encore en lice pendant toute l’année 2019.

Lui qui a fait sa fortune dans l’information financière a mis en place un dispositif sophistiqué sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à payer des influenceurs pour publier des mèmes. Il a recruté des auteurs d’émissions satiriques pour calibrer des Tweet susceptibles de déclencher la rage de Donald Trump – lequel mord régulièrement à l’hameçon. Sans avoir participé aux caucus de l’Iowa ou aux primaires du New Hampshire, sans se présenter aux caucus du Nevada samedi 22 ou aux primaires de Caroline du Sud le 29 février, Michael Bloomberg s‘est hissé devant des candidats qui battent la campagne depuis plus d’un an.

Ceux-ci ont-ils réussi à enrayer la dynamique ? Bloomberg, qui n’avait pas participé à un débat politique depuis plus de dix ans, n’a pas manifesté de talent oratoire particulier, hésitant dans sa défense. Sur les contrôles au faciès, il s’est de nouveau excusé, plaidant l’ignorance de l’impact sur les minorités, tout en répétant que, de 650, le nombre de meurtres à New York avait été réduit de 50 %. Il ne s’est animé que dans la partie consacrée au climat, l’une de ses causes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, sa présence a entraîné un débat supplémentaire chez les démocrates. Tous les candidats se sont déclarés scandalisés qu’il « achète » l’élection à coups de publicités (une telle fortune, équivalente à ce que possèdent 125 millions d’Américains, est « immorale », a jugé Bernie Sanders). Mais Bloomberg, un self-made-man, ingénieur de formation qui a inventé une plate-forme de trading, n’est pas vu comme un épouvantail par toute la gauche, où sévit ce qu’un éditorialiste a appelé « la tentation de Bloomberg », l’anti-Bernie Sanders.

Le milliardaire a reçu le soutien de dizaines de maires et d’élus afro-américains, dont il aide les projets sociaux depuis des années. Il a investi 500 millions de dollars dans la campagne de l’organisation écologiste Sierra Club « Beyond coal », qui a contribué à fermer la moitié des centrales au charbon du pays. Pas une cause progressiste – du planning familial à l’Emily’s List, qui aide les femmes en politique – qui n’ait bénéficié de subventions de sa fondation. « J’ai eu beaucoup de chance, j’ai gagné beaucoup d’argent et je suis en train de le dépenser pour débarrasser le pays de Donald Trump. Et d’ailleurs, une bonne partie de cet argent va au Parti démocrate », a-t-il rappelé.

Voir enfin:

Poison Apples
Rebecca Solnit
Harper’s
Dec. 2014

Thirty years ago, Apple Computer launched a new product with a messianic commercial in which legions of blank-faced, coverall-clad workers march, as if in a trance, through a strange industrial world. They arrive at a bright screen, which they sit in front of in homogeneous rows to watch a Big Brother–like figure announce the triumph of a mind-controlling monoculture. An athlete speeds toward the massive hall. Her sprinting power, her golden skin and bright red shorts, and even her gender stand in contrast to the zombie shuffle of the male figures.

The ad cuts back and forth between this vivid, supercharged woman in color and the bald ghost-workers in black and white. Pursued by faceless police in riot helmets intent on stopping her, she nevertheless finds time to spin her sledgehammer round and round before hurling it at the screen, where it smashes the image of Big Brother. The screen explodes in brightness, like an atomic blast, before the video cuts to a shot of the audience’s illuminated faces, their mouths open in shock. Then comes the famous tagline: “On January 24th, Apple Computer will introduce Macintosh. And you’ll see why 1984 won’t be like ‘1984.’ ” It’s perhaps Silicon Valley’s first announcement that they don’t just make tools; they make culture. But what kind of culture?

This minute-long movie was made in an era of considerable anxiety about the future. Alien (1979) postulated the usual hostile invaders, with better effects; Mad Max 2: The Road Warrior (1981) showed a chaotic world of post-peak-oil car mania; Blade Runner (1982) was set in a Los Angeles that was a weird mix of post-human and post-white, two qualities that were regarded with what seemed like equal dismay; and The Terminator (1984) worried about smart machines. This little Apple film was made to pep you up about the future, not to scare you, back in the days when the power of computers was puny compared with now, and nuclear threats were huge.

I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. »


Messianisme homosexuel: Quand le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût (What moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment », the newest semantic heirs to « love »?)

11 février, 2020

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Si toutes les valeurs sont relatives, alors le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût. Leo Strauss (?)
Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme. C’est une abomination. Lévitique 18:22
Il n’y aura aucune prostituée parmi les filles d’Israël, et il n’y aura aucun prostitué parmi les fils d’Israël. Tu n’apporteras point dans la maison de l’Éternel, ton Dieu, le salaire d’une prostituée ni le prix d’un chien, pour l’accomplissement d’un voeu quelconque; car l’un et l’autre sont en abomination à l’Éternel, ton Dieu. Deutéronome 23: 17-18
La vertu même devient vice, étant mal appliquée, et le vice est parfois ennobli par l’action. Frère Laurent (Roméo et Juliette, Shakespeare)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit. George Orwell (1984)
Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Les enfants adoptés ou nés sous X revendiquent aujourd’hui le droit de connaître leur histoire. Nul n’échappe à son destin, l’inconscient vous rattrape toujours. (…)  les enfants adoptés ou issus de la PMA ne sortent jamais indemnes des perturbations liées à leur naissance. Il faut rester ouvert, être attentif à leurs questions, s’ils en posent, et surtout ne pas chercher à cacher la vérité. L’idéal serait de trouver une position équilibrée entre le système de transparence absolue à l’américaine et le système de dissimulation à la française, lequel, ne l’oublions pas, reposait autrefois sur une intention généreuse d’égalité des droits entre les enfants issus de différentes filiations. Evelyne Roudinesco
1936, dans les quartiers bourgeois de Tokyo. Sada Abe, ancienne prostituée devenue domestique, aime épier les ébats amoureux de ses maîtres et soulager de temps à autre les vieillards vicieux. Son patron Kichizo, bien que marié, va bientôt manifester son attirance pour elle et va l’entraîner dans une escalade érotique qui ne connaîtra plus de bornes. Kichizo a désormais deux maisons : celle qu’il partage avec son épouse et celle qu’il partage avec Sada. Les rapports amoureux et sexuels entre Sada et Kichizo sont désormais épicés par des relations annexes, qui sont pour eux autant de célébrations initiatiques. Progressivement, ils vont avoir de plus en plus de mal à se passer l’un de l’autre, et Sada va de moins en moins tolérer l’idée qu’il puisse y avoir une autre femme dans la vie de son compagnon. Kichizo demande finalement à Sada, pendant un de leurs rapports sexuels, de l’étrangler sans s’arrêter, quitte à le tuer. Sada accepte, l’étrangle jusqu’à ce qu’il meure, avant de l’émasculer, dans un geste ultime de mortification ; puis elle écrit sur la poitrine de Kichizo, avec le sang de ce dernier : ‘Sada et Kichi, maintenant unis’. Wikipedia
Il nous arriverait, si nous savions mieux analyser nos amours, de voir que souvent les femmes ne nous plaisent qu’à cause du contrepoids d’hommes à qui nous avons à les disputer (…) ce contrepoids supprimé, le charme de la femme tombe. On en a un exemple dans l’homme qui, sentant s’affaiblir son goût pour la femme qu’il aime, applique spontanément les règles qu’il a dégagées, et pour être sûr qu’il ne cesse pas d’aimer la femme, la met dans un milieu dangereux où il faut la protéger chaque jour. Proust (La Prisonnière)
C’est déjà ou presque de l’homosexualité, en vérité, que nous parlons puisque le modèle-rival se trouve normalement un individu du même sexe, du fait même que l’objet est hétérosexuel. Toute rivalité sexuelle est donc structurellement homosexuelle. Ce que nous appelons homosexualité, c’est la subordination complète, cette fois, de l’appétit sexuel aux effets du jeu mimétique qui concentre toutes les puissances d’attention et d’absorption du sujet sur l’individu responsable du double bind, le modèle en tant que rival, le rival en tant que modèle. Pour rendre cette genèse plus évidente, il faut évoquer ici un fait curieux observé par l’éthologie. Chez certains singes, quand un mâle se reconnaît battu par un rival et renonce à la femelle qu’il lui disputait, il se met, vis à vis de ce vainqueur, en position, nous dit-on, d’ ‘offre homosexuelle’. (…) S’il n’y a pas d’homosexualité ‘véritable’ chez les animaux, c’est parce que le mimétisme, chez eux, n’est pas assez intense pour infléchir durablement l’appétit sexuel vers le rival. Il est déjà assez intense, pourtant, au paroxysme des rivalités mimétiques, pour ébaucher cet infléchissement. Si j’ai raison, on devrait trouver dans les formes rituelles, le chaînon manquant entre la vague ébauche animale et l’homosexualité proprement dite. Et effectivement, l’homosexualité rituelle est un phénomène assez fréquent; elle se situe au paroxysme de la crise et on la trouve dans des cultures qui ne font aucune place, semble-t-il, à l’homosexualité, en dehors des rites religieux. Une fois de plus, en somme, c’est dans un contexte de rivalité aigüe qu’apparait l’homosexualité. Une comparaison du phénomène animal, de l’homosexualité rituelle, et de l’homosexualité moderne ne peut manquer de signaler que c’est le mimétisme qui entraine la sexualité et non l’inverse. De cette l’homosexualité rituelle, il faut rapprocher, je pense, un certain cannibalisme rituel qui se pratique dans des cultures , également, où le cannibalisme n’existe pas en temps ordinaire. Dans ce cas comme dans l’autre, il me semble, l’appétit instinctuel, alimentaire ou sexuel, se détache de l’objet que les hommes se disputent pour se fixer sur celui ou ceux qui nous le disputent. (…) Un des avantages de la genèse par la rivalité, c’est qu’elle se présente de façon absolument symétrique chez les deux sexes. Autrement dit, toute rivalité sexuelle est de structure homosexuelle chez la femme comme chez l’homme, aussi longtemps toutefois que l’objet reste hétérosexuel, c’est-à-dire qu’il reste l’objet prescrit par le montage instinctuel hérité de la vie animale. (…) C’est sur ce parallélisme que se base Proust pour affirmer qu’on peut transcrire une expérience homosexuelle en termes hétérosexuels sans jamais trahir la vérité de l’un ou l’autre désir. René Girard
La lisibilité de la filiation, qui est dans l’intérêt de l’enfant, est sacrifiée au profit du bon vouloir des adultes et la loi finit par mentir sur l’origine de la vieConférence des évêques
C’est au nom de l’égalité, de l’ouverture d’esprit, de la modernité et de la bien-pensance dominante qu’il nous est demandé d’accepter la mise en cause de l’un des fondements de notre société. (…) Ce n’est pas parce que des gens s’aiment qu’ils ont systématiquement le droit de se marier. Des règles strictes délimitent et continueront de délimiter les alliances interdites au mariage. Un homme ne peut pas se marier avec une femme déjà mariée, même s’ils s’aiment. De même, une femme ne peut pas se marier avec deux hommes. (…) « le mariage pour tous est uniquement un slogan car l’autorisation du mariage homosexuel maintiendrait des inégalités et des discriminations à l’encontre de tous ceux qui s’aiment, mais dont le mariage continuerait d’être interdit. (…) L’enjeu n’est pas ici l’homosexualité qui est un fait, une réalité, quelle que soit mon appréciation de Rabbin à ce sujet (…)  c’est l’institution qui articule l’alliance de l’homme et de la femme avec la succession des générations. C’est l’institution d’une famille, c’est-à-dire d’une cellule qui crée une relation de filiation directe entre ses membres. C’est un acte fondamental dans la construction et dans la stabilité tant des individus que de la société. (…) résumer le lien parental aux facettes affectives et éducatives, c’est méconnaître que le lien de filiation est un vecteur psychique et qu’il est fondateur pour le sentiment d’identité de l’enfant. (…) l’enfant ne se construit qu’en se différenciant, ce qui suppose d’abord qu’il sache à qui il ressemble. Il a besoin, de ce fait, de savoir qu’il est issu de l’amour et de l’union entre un homme, son père, et une femme, sa mère, grâce à la différence sexuelle de ses parents. (…) Le droit à l’enfant n’existe ni pour les hétérosexuels ni pour les homosexuels. Aucun couple n’a droit à l’enfant qu’il désire, au seul motif qu’il le désire. L’enfant n’est pas un objet de droit mais un sujet de droit. Gilles Bernheim
Ce qui pose problème dans la loi envisagée, c’est le préjudice qu’elle causerait à l’ensemble de notre société au seul profit d’une infime minorité, une fois que l’on aurait brouillé de façon irréversible trois choses:  les généalogies en substituant la parentalité à la paternité et à la maternité;  le statut de l’enfant, passant de sujet à celui d’un objet auquel chacun aurait droit; les identités où la sexuation comme donnée naturelle serait dans l’obligation de s’effacer devant l’orientation exprimée par chacun, au nom d’une lutte contre les inégalités, pervertie en éradication des différences. Ces enjeux doivent être clairement posés dans le débat sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité. Ils renvoient aux fondamentaux de la société dans laquelle chacun d’entre nous a envie de vivre. Gilles Bernheim (Grand rabbin de France)
He said, ‘Look Juan Carlos, the pope loves you this way. God made you like this and he loves you. Juan Carlos Cruz
The pope is saying what every reputable biologist and psychologist will tell you, which is that people do not choose their sexual orientation. A great failing of the church is that many Catholics have been reluctant to say so, which then “makes people feel guilty about something they have no control over. Rev. James Martin (Jesuit)
The Vatican declined to confirm or deny the remarks in keeping with its policy not to comment on the pope’s private conversations. The comments first were reported by Spain’s El Pais newspaper. Official church teaching calls for gay men and lesbians to be respected and loved, but considers homosexual activity “intrinsically disordered.” Francis, though, has sought to make the church more welcoming to gays, most famously with his 2013 comment “Who am I to judge?” He also has spoken of his own ministry to gay and transgender people, insisting they are children of God, loved by God and deserving of accompaniment by the church. As a result, some sought to downplay the significance of the comments as merely being in line with Francis’ pastoral-minded attitude. In addition, there was a time not so long ago when the Catholic Church officially taught that sexual orientation was not something people choose, the implication being it was how God made them. The first edition of the Catechism of the Catholic Church, the dense summary of Catholic teaching published by St. John Paul II in 1992, said gay individuals “do not choose their homosexual condition; for most of them it is a trial.” The updated edition, which is the only edition available online and on the Vatican website, was revised to remove the reference to homosexuality not being a choice. The revised edition says: “This inclination, which is objectively disordered, constitutes for most of them a trial.” Francis DeBernardo, executive director of New Ways Ministry, which advocates for equality for LGBTQ Catholics, said the pope’s comments were “tremendous” and would do a lot of good. “It would do a lot better if he would make these statements publicly, because LGBT people need to hear that message from religious leaders, from Catholic leaders,” he said. The Rev. James Martin, a Jesuit whose book “Building a Bridge” called for the church to find new pastoral ways of ministering to gays, noted that the pope’s comments were in a private conversation, not a public pronouncement or document. But citing the original version of the Catechism of the Catholic Church, Martin said they were nevertheless significant. Martin’s book is being published this week in Italian, with a preface by the Francis-appointed bishop of Bologna, Monsignor Matteo Zuppi, a sign that the message of acceptance is being embraced even in traditionally conservative Italy. NBC news
Why did god make me this way? Why did god make me wrong? Mia Lamay
The doctor said that we had a girl coming, so we started thinking of girl names. » « ‘Mia’ was born in 2010. » « Mia constantly wanted to change her clothes, like 12 times a day. » »Then the dog sweater came and she became obsessed with wearing one garment for six months straight. In hindsight I think she was trying to dispel a sense of discomfort in her image that was being shown to the world. » »She would take on boy personas and always want to play with boy things, we thought we had a tomboy on our hands. » « She didn’t fit in with the boys and she didn’t fit in with the girls. It was obvious to her and to the other kids. » « Her need to play boy roles and to be seen or spoken to as a boy at home became very persistent, and very consistent. Those are the hallmarks of a possibly transgender child — consistence, persistence, and insistence. And she was meeting all of those markers. » « A mother’s heart knows when her child is suffering, » says Jacob’s mom. « He was talking about hating his body, I found him angrily poking at himself one day, wanting to be something different. He would say ‘Why did god make me this way? Why did god make me wrong?' »One day after a near car accident, Jacob’s mom realized that if something were to happen, she didn’t want to « force her to be Mia for that one last day. At that point, my mind was made up. » In April of last year, the family took a trip and bought Jacob a Prince Charming costume. « We hadn’t yet transitioned Jacob, but he had short hair and was wearing almost entirely boy clothes… and he just glowed. Something clicked. » « There had been a video that had gone viral of an adorable little boy in California, Ryland Whittington, and his parents had made a video of him explaining transitioning and clearly this boy is so happy now. We were struck by that. » Jacob’s parents showed him the video of the boy, asking if he wanted to be like Ryland, but he said: « I can’t, I can be what I like at home, but I have to be Mia at school. » Jacob’s parents explained that he could start at a new school where everyone would know him as a boy from the beginning, and he immediately said « That’s what I want. I want to be a boy always. I want to be a boy named Jacob. » « Before the transition, he didn’t smile a lot. I had never seen him throw his head back and laugh. He’s a different person, he’s becoming himself. » »He started looking people in the eye, talking to people, and striking up conversations. I realized how much he had come out of his shell and how much being Jacob suited him. » »I couldn’t ask for a better son, » concludes Jacob’s dad. His mom agrees: « I want him to know how proud of him I am, how brave I believe he is, how no matter what I am in his corner, and I will always love him — because he’s my son. » Business insider
It’s not how you act, or what you wear, or anything like that. It’s just how you really are inside. … You just feel like you just got put in the wrong body. Jacob Lemay
Fourth grader Jacob Lemay knew he was a boy before he could properly pronounce the word “transgender.” His whole family now advocates for trans rights. Now, Mimi Lemay has written a memoir titled “What We Will Become” about love, acceptance and change. Jacob is now in fourth grade. He has a pet hedgehog named Trinket, and he loves hockey, jumping on his backyard trampoline and playing with his sisters. He is a typical 9-year-old boy in every way, except for being transgender. He said some of his friends know and some don’t. But to most kids, it’s just not that big a deal. Over the last five years, he has grown and matured, and he is more sophisticated now when he talks about what it means to him to be transgender. And since he has reached the early stages of puberty, Jacob has opted to take a puberty blocker. This is a completely reversible step endorsed by the medical community. It is also the very kind of treatment that some state lawmakers are looking to stop. More than half a dozen states, most recently Ohio, have introduced bills seeking to ban gender-affirming health care for minors. This type of care, Mimi Lemay said, will save the lives of children like Jacob. More than half a dozen states, most recently Ohio, have introduced bills seeking to ban gender-affirming health care for minors. This type of care, Mimi Lemay said, will save the lives of children like Jacob. Mimi and Joe Lemay said their entire family now advocates for transgender rights. In fact, Jacob recently asked presidential hopeful Sen. Elizabeth Warren, D-Mass., a question at a televised town hall. The Lemays said they want to keep sharing their story to help other families with trans kids. “Your child will be OK as long as you support them,” Mimi Lemay said. “There is no harm in saying to your child, ‘I see you … and believe you, and you are who you say you are.’ NBC news
Je suis un prêtre clandestin. (…) À 18 ans, j’ai fait mon coming-out. Cela ne s’est pas bien passé. Au point que j’en suis venu à cette alternative : le suicide ou l’exil. (…) J’ai été accusé d’être un activiste homosexuel infiltré dans l’Église. Tout récemment, un archevêque a même voulu me défroquer. (…) Le point de départ a été la découverte de l’œuvre de René Girard. Avec sa lecture rigoureusement anthropologique du texte biblique, il a montré que l’on n’est face ni à une mythologie ni même à une théologie humaine mais, au contraire, à une anthropologie divine. (…) René Girard m’a aidé à prendre conscience que ce n’est pas Dieu qui est violent mais l’homme. Par exemple, le Christ n’est pas sacrifié par les hommes pour payer le prix exigé par un dieu sanguinaire. Que signifie alors la mort de Jésus ? Que les hommes sont violents. Et, ne se rebellant pas, Jésus s’est donné au milieu d’un de nos typiques épisodes de lynchage comme incarnant le pardon en tant que valeur divine. (…) La haine des autres est réelle mais je n’ai pas à me laisser définir par elle. Je cherche toujours à enseigner comment vivre au-delà du ressentiment. Devenir soi et pardonner, voici quelque chose au cœur de la foi chrétienne. (…) Si le rejet de l’homosexualité au sein de l’Église est si fort, c’est aussi parce qu’il y a tellement de gays mal à l’aise au sein du clergé (…) Cette parole est trop rare et pourtant indispensable pour que les positions dogmatiques sur la famille ou sur l’homosexualité évoluent au sein de l’Église et de la société. James Alison
In general, despite what those who try to conflate “gay” with “paedophile” would have you believe, a knowing clerical gay milieu is genuinely shocked and baffled when minors are involved. In all these cases, in as far as the behaviour was adult-related, plenty of people in authority sort-of-knew what was going on, and had known throughout the clerics’ respective careers. However the informal rule among the Catholic Clergy – the last remaining outpost of enforced homosociality in the Western world – is strictly “don’t ask, don’t tell.” Typically, blind eyes are turned to the active sex lives of those clerics who have them, only two things being beyond the pale: whistle-blowing on the sex lives of others, or public suggestions that the Church’s teaching in this area is wrong. These lead to marginalisation, whether formal or informal. Given all this, it seems to me entirely reasonable that people should now be asking “How deep does this go?” If such careers were the result of blind eyes being turned, legal settlements made, and these clerics themselves were in positions of influence and authority, how much more are we going to learn about those who promoted and protected them? Or about those whom they promoted? So it is that voices like Rod Dreher – keenly followed blogger at The American Conservative – are resuscitating talk of the “Lavender Mafia”, and the demand, which became popular in conservative circles from 2002 onwards, that the priesthood be purged of gay men. Investigative journalists are being encouraged to lay bare the informal gay networks of friendship, patronage, and potential for blackmail which structure clerical life (or are being excoriated for their politically correct cowardice in failing to do so). The aim is to weed out the gays, especially the treasonous bishops who have perpetuated the system. Ross Douthat – the New York Times columnist – has called for a papally mandated investigation into the American Church (I guess along the lines of Mgr Charles Scicluna’s in Chile) in order to restore its moral authority. Others, like Robert Mickens, The Tablet’s Rome correspondent for many years, are equally aware of the “elephant in the sacristy” which is the massively disproportionate number of gay men in the clergy, but highlight the refusal of the Roman authorities to engage in any kind of publicly accountable, adult discussion about this fact. Their refusal reinforces collective dishonesty and perpetuates the psychosexual immaturity of all gay clergy, whether celibate, partnered or practitioners of so-called “serial celibacy”. How to approach this issue in a healthy way? As a gay priest myself I am obviously more in agreement with Mickens than with Dreher or Douthat. However I would like to record my complete sympathy with the passion of the latter two as well as with their rage at a collective clerical dishonesty which renders farcical the claim to be teachers of anything at all, let alone divine truth. Jesus becomes credible through witnesses, not corrupt party-line pontificators. Having said that, I suspect that particular interventions, whether by civil authority or Papal mandate, are always going to run aground on the fact that they can only deal with, and bring to light specific bad acts, usually ones that rise to the level of criminality. I cannot imagine a one-off legal intervention in this sphere that would be able to make appropriate distinctions where there are so many fine lines: between innocent friendship, sexually charged admiration, abusive sexual suggestion, emotional blackmail, financial blackmail, recognition of genuine talent, genuine love lived platonically, genuine love lived with sexual intimacy, sexual favours granted with genuine freedom, sexual favours granted out of fear or in exchange for promotion, covering peccadillos for a friend, covering graver matters for a rival in exchange for some benefit, not wanting to know too much about other people’s lives, or obsessively wanting to know too much about them. Let alone the usual rancours of break-ups, career disappointments, petty jealousies, bitterness, revenge and so on. All of these tend to shade into or out of each other over time, making effective outside assessment, even if it were desirable, impossible. (…) An anecdotal illustration: a few years ago, I found myself leading a retreat for Italian gay priests in Rome. Of the nearly fifty participants some were single, some partnered, for others it was the first time they had ever been able to talk honestly with other priests outside the confessional. Among them there were seven or eight mid-level Vatican officials. I asked one from the Congregation for the Clergy what he made of those attending with their partners. He smiled and said, “Of course, we know that the partnered ones are the healthy ones.” Let that sink in. In the clerical closet, dishonesty is functional, honesty is dysfunctional, and the absence or presence of circumspect sexual practice between adult males is irrelevant. And so to some systemic dimensions of “The elephant in the sacristy”. The first is its size. A far, far greater proportion of the clergy, particularly the senior clergy, is gay than anyone has been allowed to understand, even the bishops and cardinals themselves. Harvard Professor Mark Jordan’s phrase “a honeycomb of closets”, in which each enclosed participant has very little access to the overall picture, is exactly right. But the proportion is going to become more and more self-evident thanks to social media and the generalized expectations of gay honesty and visibility in the civil sphere. This despite many years of bishops resisting accurate sociological clergy surveys. At the time of the last papal election in 2013 we did have hints that the Vatican and the cardinal electors were shocked at discovering from reports commissioned by Benedict how many of them were gay. Part of their shock has to have been their fear at how the faithful would be scandalized if they had any idea. They were right to be afraid, and the faithful are going to have an idea as the implosion of the closet accelerates. (…) A second dimension is grasped when you understand the general rule that the heterosexuality of a cleric is inversely proportional to the stridency of his homophobia. This is one of the reasons why I am sceptical of all attempts to “weed out the gays”. The principal clerical crusaders in this area turn out to be gay themselves – in some cases, so deeply in denial that they don’t know it. And in some cases knowingly so. My own experience, which has since been confirmed by hundreds of echoes worldwide, is that there are proportionately few straight men in the clergy (leaving aside rural dioceses in some countries, where heterosexual concubinage is the customary norm) and they do not, as a rule, persecute gay men. It is closeted men who are the worst persecutors. Some are very sadly disturbed souls who cannot but try to clean outwardly what they cannot admit to being inwardly. These can’t be helped since Church teaching reinforces their hell. For others the lure of upward mobility leads them to strategic displays of enthusiasm for the enforcement of the house rules. A third dimension is that banning gay men from the seminary never works. In practise, the ban means that those “tempted” by honesty will be weeded out, or will weed themselves out, uncomfortable with the inducements to a double life. Those unconcerned by honesty, and happy to swim in the wake of the double lives of those doing the weeding, will learn how to look the part. The only seminaries that might avoid this are those that differentiate on the basis not of sexual orientation, but of honesty, which is a primary requisite for any form of psycho-sexual maturity. And there are some that do, presumably with the permission of wise Bishops, but in quiet contravention of the official line. These of course are instantly vulnerable to accusations of being liberal, of promoting homosexuality or whatever, when in practical terms, the reverse is true. For honesty is effectively forbidden by a Church teaching, which tells you that you are an intrinsically heterosexual person who is inexplicably suffering from a grave objective disorder called “same-sex attraction”. And so we get seminaries in which there are no gay seminarians, but whose rectors nevertheless push programmes like those of “Courage” on their oh-so-non-gay-but-transitorily-same-sex-attracted charges. A fourth dimension: no attempt to view this issue through culture war lenses will be helpful. The clerical closet is not the result of some 1960s liberal conspiracy. It is a systemic structure in which, absent scandal, all of its survivors are functional. (…) This is not a matter of left or right, traditional or progressive, good or bad, chaste or practising; nor even a matter of twenty five years of Karol Wojtyla’s notoriously poor judgment of character, though all these feed into it. It is a systemic structural trap, and if we are to get out of it, it must be described in such a way as to recognise that unknowing innocence as much as knowing guilt, well-meaning error as well as malice, has been, and is, involved in both its constitution and its maintenance. (…) What is to be done, and what is quietly happening? In my view the first thing is for the laity to be encouraged in their fast growing majority acceptance of being gay as a normal part of life. This, despite fierce resistence from elements of the clerical closet. Pope Francis’ reported conversation with Juan Carlos Cruz (a gay man abused in his youth by the Chilean priest, Fr Karadima) is a gem in this area: “Look Juan Carlos, the pope loves you this way. God made you like this and he loves you”. This remark led to much spluttering and explaining away from those who realise that the moment you say “God made you like this” then the game is up as regards the “intrinsic evil” of the acts. Nevertheless, it is only when straightforward, and obviously true, Christian messaging like Francis’ becomes normal among the laity themselves that honesty can become the norm among the clergy. Otherwise we will continue with the absurd and pharisaical current situation in which there is one rule for the clergy (“doesn’t matter what you do so long as you don’t say so in public or challenge the teaching”) and another for the laity, passed off as “the teaching of the Church”, and brutally enforced, for instance, among employees of Catholic schools, parish organists, softball coaches and the like. Only when it is clear (as it is increasingly) that the laity are quite confident in the (obviously true) view that “if you are this way, then learning to love appropriately is going to flow from, not despite, this” will it be possible to change, without scandal, the formal rules regarding the clergy. I bring this out since much was made of Francis’ reported answer to the Italian Bishops when asked if they should admit gay men to the seminary: “if you are in any doubt, no”. This was read as Francis being against gay men. I read the remark differently: that of a wise and merciful man addressing a group of men, a significant proportion of whom are gay, and telling them, in effect, that only those among them who are capable of honesty in dealing with their future charges should induct people like themselves into the clergy. “Are you yourself going to vacillate in standing up publicly for the honesty of the young man? If so, don’t make his future dependent on your cowardice”. James Alison
Aucune religion n’interdit le cannibalisme. Je ne trouve pas non plus de loi qui nous empêche de manger des gens. J’ai profité de l’espace entre la morale et la loi et c’est là-dessus que j’ai basé mon travail. Zhu Yu 
Sur internet : les gens racontent beaucoup de choses. Des choses pour se faire peur, ou pour se faire jouir, et parfois les deux se confondent. Il suffit de fouiller un peu sur le web pour s’en rendre compte. Commençons par le vore, une « paraphilie » (ce qu’on appelait autrefois « perversion », une pratique ou attirance considérée comme « anormale ») qui consiste à avaler ou être avalé par un animal ou un individu, sans effusion de sang ni violence. On se fait engloutir d’un coup, gloups, comme le Petit Chaperon rouge, fantasme du retour au ventre de la mère, avant de ressortir indemne. La plupart des sites pornos en proposent quelques vidéos, souvent une mauvaise 3D, le reste se passe dans la tête. Variantes : les giant vore, où des hommes minuscules se font ingurgiter par d’immenses maîtresses plantureuses ; ou le cock vore, lorsque la proie se fait avaler par un urètre géant, souvent à grands traits de style manga et avec des personnages indéterminés, quelque part entre l’humain et l’animal. Loin de ces supports masturbatoires, d’autres préfèrent une version plus réaliste : des vidéos façon snuff movies, où des membres plus vrais que nature grillent sur des barbecues. Devant lesquelles on se demande si c’est pour de faux, ou pas. Ils ont un rapport sexuel, puis décident ensemble de couper le pénis de Bernd, de le faire flamber, de le goûter. Puis ils le font sauter à la poêle avant de le terminer. Dans les Google Groupes, des topics spécialisés recensent les annonces de milliers de personnes « sérieuses » qui veulent manger, ou se faire manger, au milieu de dessins et montages grossiers de femmes avec une pomme dans la bouche et d’hommes avec une broche dans le derrière. Mais pour remonter à la source de l’imaginaire cannibale, il faut se rendre sur le forum DolcettGirls : fondé par un dessinateur canadien sous le pseudo de Perro Loco, il rassemble une communauté qui s’échange bons plans pornos, nouvelles érotiques, comics mordants et recettes. C’est à Perro Loco, aussi, qu’on doit le Cannibal Cafe Forum, institution fermée après un « terrible fait divers » : c’est là que l’informaticien allemand Armin Meiwes (aka le cannibale de Rotenbourg) a posté ses annonces pour trouver sa victime. En 2001, il reçoit la réponse de Bernd Jürgen Brandes, un Berlinois de 43 ans à la recherche de « l’excitation ultime ». Armin, qui rêve de « quelqu’un qui serait pour toujours avec lui », le reçoit. Ils ont un rapport sexuel, puis décident ensemble de couper le pénis de Bernd, de le faire flamber, de le goûter. Puis ils le font sauter à la poêle avant de le terminer. Armin tue ensuite Bernd de plusieurs coups de couteau, en découpe 30 kg et met « les meilleurs morceaux » au congélateur. « Ce qui a le plus choqué n’est pas le fait que Meiwes ait mangé une partie de Brandes, mais que Brandes ait consenti à être mangé », note le psychologue Mark Grifths, de la Nottingham Trent University : « On connaît peu la prévalence de ce type de comportements, bien que Meiwes affirme qu’au moins 800 personnes partageaient sa passion. » Alors Perro Loco a fermé le Cannibal Cafe et ouvert DolcettGirls, spécialisé dans les trips trash. Depuis cette affaire, il affirme que son site n’est qu’une plate-forme d’échanges de fantasmes, pas de rencontres meurtrières. Condamné à perpétuité, Armin est aujourd’hui en prison. Et végétarien. (…) Comme l’explique Bill Schutt dans son livre Cannibalism, a Perfectly Natural History, la nature abonde de cas de cannibalisme. Les araignées Amaurobius ferox pondent dans l’unique but de nourrir leur portée. Quand les bébés deviennent trop gros et que les œufs viennent à manquer, maman se laisse dévorer, dernière étape avant que sa progéniture, une fois adulte, puisse reproduire le schéma. En se faisant cannibaliser, les mantes religieuses produisent plus de sperme. Et on ne vous parle pas des requins : les fœtus s’entredévorent dans l’utérus de la mère et seul naît le plus fort, ragaillardi par toutes ces protéines avalées. Difficile pourtant de généraliser : d’une région à une autre, ou même d’un groupe à un autre au sein d’une même espèce, le cannibalisme apparaît ou disparaît. Pas de déterminisme, simplement une stratégie contingente de survie et d’évolution. Il en fut de même chez les humains : chez nous non plus, le cannibalisme n’a jamais été ancré, jamais des « sauvages » n’ont mangé leur prochain comme ils auraient savouré un steak d’élan. Chez nos ancêtres préhistoriques, on ne soupçonne que des cas isolés ; d’ailleurs l’espèce n’aurait pas survécu à un cannibalisme généralisé. Partout où l’anthropophagie s’est développée, elle était encadrée et liée à un contexte précis. Plus souvent, elle ne se résumait en réalité qu’à des fantasmes d’Occidentaux ou à des arguments inventés pour mieux éradiquer des populations (coucou Christophe Colomb). « Le cannibalisme survient toujours dans des sociétés en proie à des crises historiques, démographiques ou écologiques terribles. En plus, dès que les Européens arrivaient, ils décuplaient les crises, et vingt ans après les premiers contacts, le phénomène avait pris des proportions monumentales », explique l’anthropologue et chercheur au CNRS Georges Guille-Escuret. Parfois autorisé, voire valorisé (pour honorer un ancêtre ou saluer le courage d’un ennemi), le cannibalisme a très vite été rejeté par ceux qui ne le pratiquaient pas. « Nous vivons dans des sociétés qui ont décrété une rupture entre le monde de la nature et celui de la culture, analyse l’anthropologue. Dans la vision chinoise par exemple, cette césure n’existe pas : le cannibalisme va être progressivement prohibé pour maintenir les rapports sociaux, mais une anthropophagie pour raisons médicales ou sexuelles perdure encore, ce n’est pas un tabou ultime. » Chez nous, si. La faute aux Grecs, tout d’abord, qui jugeaient le cannibalisme incompatible avec le fonctionnement d’une cité, au même titre qu’un gouvernement de femmes. « Deux sociétés les effrayaient : les cannibales et les Amazones. D’ailleurs, partout où on a trouvé les premiers, on a subodoré les secondes. » Plus tard vient s’ajouter la phobie chrétienne : le fait de consommer de la chair humaine devient un sacrilège, l’homme ayant été créé « à l’image de Dieu ». « Il y a aussi la règle de l’interdiction du “redoublement du même” : on ne peut pas mettre l’identique sur l’identique », développe l’anthropologue. En clair : on ne couche pas avec sa sœur car c’est le même sang, on ne mange pas un membre de notre espèce car c’est la même chair. « En Polynésie, on considère même que le cannibalisme est un inceste alimentaire. Mais le double tabou, la phobie politique grecque et la phobie cosmogonique chrétienne, peut créer une double fascination. Toute prohibition implique une contestation fantasmatique. On n’interdit pas sans provoquer le désir de transgression. » Alors, dès qu’un cas est connu, tout le monde fait « beurk », mais tout le monde veut savoir. L’histoire du vol 571, où les survivants du crash ont dû manger leurs congénères pendant les deux mois qu’ont duré les recherches dans les Andes, a été adaptée au cinéma. Luka Rocco Magnotta, le dépeceur de Montréal, a son fan-club et va bientôt se marier. Issei Sagawa, l’étudiant japonais qui a mangé une Néerlandaise à Paris en 1981 (jugé irresponsable et libéré depuis), a écrit une douzaine de livres et tourné des pubs pour des restaurants de viande. Il a même participé à quelques pornos. « Il n’y a rien de plus excitant qu’une jolie fille en train de manger, quoi qu’elle mange. » Au restaurant, si Appetizing Kid en voit une en train de ronger une cuisse de poulet « ou une saucisse » avec les mains, le Croate de 28 ans reconnaît qu’il doit masquer son trouble avec sa serviette. « Je suis sûr que beaucoup imaginent pire, mais ils ne l’admettront jamais. » « La sexualité et l’alimentation sont des zones de métaphore l’une pour l’autre : c’est universel, comme Levi-Strauss l’avait remarqué, confirme Georges Guille-Escuret. Dans le cannibalisme, beaucoup de métaphores sexuelles s’expriment. Le va-et-vient est permanent. » Ne dit-on pas qu’il/elle est « à croquer » ? Au lit, qui ne s’est jamais fait mordiller une oreille ou un téton ? Et ce bébé joufflu, pourquoi mémé dit-elle qu’« on le mangerait » en embrassant ses petits petons ? « Bien sûr, je trouve excitant une cannibale qui mange une jambe ou la masculinité d’un mec, mais je préfère encore plus le vore classique, précise Appetizing Kid : un requin qui avale un surfeur, une géante qui mange un homme… » Alors quand Dinoshark ou Shark Attack passe à la télé, il sort le Sopalin. Des cannibales, des vrais, il affirme en avoir croisé. Il a vu des photos (je recevrai moi-même quelques images où le montage est difficile à prouver). Des gens dont il se tient éloigné. « J’aime l’art, l’imaginaire du cannibalisme, mais ça reste virtuel pour la plupart d’entre nous. On estime plus nos vies que nos fantasmes. » Ce désir, le psychologue américain Steven J. Scher et son équipe l’ont analysé. Résultat : le degré d’horreur que nous ressentons vis-à-vis de l’anthropophagie dépend de notre attirance pour la victime. En demandant à leurs cobayes de choisir, parmi plusieurs personnes, qui ils embrasseraient et qui ils mangeraient, ils ont remarqué qu’on trouve moins dégoûtant de manger une personne de l’autre sexe, soit un potentiel partenaire. On trouve aussi moins répugnant de manger une personne « sexuellement attirante » qu’une moche, un adulte qu’un enfant. « La corrélation [entre désir et cannibalisme] est proche de 90 %, écrivent-ils dans leur étude. En général, ce qui provoque le dégoût à l’idée de manger une personne est aussi ce qui provoque le dégoût lorsqu’il s’agit de choisir un partenaire sexuel. » A quel moment peut-on switcher de « tiens, si on faisait l’amour » à « tiens, si on se grignotait l’oignon » ? D’un point de vue purement sadomasochiste, on peut imaginer le fait de cannibaliser comme l’acte ultime de domination, et le fait d’être mangé comme celui de la soumission. Neon
L’oppression mentale totalitaire est faite de piqûres de moustiques et non de grands coups sur la tête. (…) Quel fut le moyen de propagande le plus puissant de l’hitlérisme? Etaient-ce les discours isolés de Hitler et de Goebbels, leurs déclarations à tel ou tel sujet, leurs propos haineux sur le judaïsme, sur le bolchevisme? Non, incontestablement, car beaucoup de choses demeuraient incomprises par la masse ou l’ennuyaient, du fait de leur éternelle répétition.[…] Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. Victor Klemperer (LTI, la langue du IIIe Reich)
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
Dénoncé en direct comme un quasi-pédophile appelé à répondre de ses actes devant la justice pour les outrages imposés à des  jeunes filles flétries», «Gab’la rafale» tint le choc, mais ce lynchage télévisuel laissa des traces. En avouant son penchant pour des jouvencelles, Matzneff fut la proie d’un néopuritanisme conquérant qui, paradoxalement, accompagnerait, les années suivantes, le déferlement d’une pornographie «chic» sévissant aussi bien dans le cinéma, la publicité que la littératureLe Figaro (2009)
 Matzneff est un personnage public. Lui permettre d’exprimer au grand jour ses viols d’enfants sans prendre les mesures nécessaires pour que cela cesse, c’est donner à la pédophilie une tribune, c’est permettre à des adultes malades de violenter des enfants au nom de la littérature. Marie-France Botte et Jean-Paul Mari
Un écrivain comme Gabriel Matzneff n’hésite pas à faire du prosélytisme. Il est pédophile et s’en vante dans des récits qui ressemblent à des modes d’emploi. Or cet écrivain bénéficie d’une immunité qui constitue un fait nouveau dans notre société. Il est relayé par les médias, invité sur les plateaux de télévision, soutenu dans le milieu littéraire. Souvenez-vous, lorsque la Canadienne Denise Bombardier l’a interpellé publiquement chez Pivot, c’est elle qui, dès le lendemain, essuya l’indignation des intellectuels. Lui passa pour une victime : un comble ! (…) Je ne dis pas que ce type d’écrits sème la pédophilie. Mais il la cautionne et facilite le passage du fantasme à l’acte chez des pédophiles latents. Ces écrits rassurent et encouragent ceux qui souffrent de leur préférence sexuelle, en leur suggérant qu’ils ne sont pas les seuls de leur espèce. D’ailleurs, les pédophiles sont très attentifs aux réactions de la société française à l’égard du cas Matzneff. Les intellectuels complaisants leur fournissent un alibi et des arguments: si des gens éclairés défendent cet écrivain, n’est-ce pas la preuve que les adversaires des pédophiles sont des coincés, menant des combats d’arrière-garde? Bernard Cordier (psychiatre, 1995)
Nous considérons qu’il y a une disproportion manifeste entre la qualification de ‘crime’ qui justifie une telle sévérité, et la nature des faits reprochés; d’autre part, entre le caractère désuet de la loi et la réalité quotidienne d’une société qui tend à reconnaître chez les enfants et les adolescents l’existence d’une vie sexuelle (si une fille de 13 ans a droit à la pilule, c’est pour quoi faire ?), TROIS ANS DE PRISON POUR DES CARESSES ET DES BAISERS, CELA SUFFIT !” Nous ne comprendrions pas que, le 29 janvier, Dejager, Gallien et Bruckardt ne retrouvent pas la liberté.  Aragon, Ponge, Barthes, Beauvoir, Deleuze, Glucksmann,  Hocquenghem, Kouchner, Lang, Gabriel Matzneff, Catherine Millet,  Sartre, Schérer et Sollers (Pétition de soutien à trois accusés de pédophilie, Le Monde, 1977)
Presidents run for re-election against real opponents, not public perceptions. For all the media hype, voters often pick the lesser of two evils, not their ideals of a perfect candidate. Victor Davis Hanson
How can evangelicals support Donald Trump? That question continues to befuddle and exasperate liberals. How, they wonder, can a man who is twice divorced, a serial liar, a shameless boaster (including about alleged sexual assault) and an unrepentant xenophobe earn the enthusiastic backing of so many devout Christians? About 80% of evangelicals voted for Trump in 2016; according to a recent poll, almost 70% of white evangelicals approve of how he has handled the presidency – far more than any other religious group. To most Democrats, such support seems a case of blatant hypocrisy and political cynicism. Since Trump is delivering on matters such as abortion, the supreme court and moving the US embassy in Israel to Jerusalem, conservative Christians are evidently willing to overlook the president’s moral failings. In embracing such a one-dimensional explanation, however, liberals risk falling into the same trap as they did in 2016, when their scorn for evangelicals fed evangelicals’ anger and resentment, contributing to Trump’s huge margin among this group. Bill Maher fell into this trap during a biting six-minute polemic he delivered on his television show in early March. Evangelicals, he said, “needed to solve this little problem” – they want to support a Republican president, but this particular one “happens to be the least Christian person ever”. “How to square the circle?” he asked. “Say that Trump is like King Cyrus.” According to Isaiah 45, God used the non-believer Cyrus as a vessel for his will; many evangelicals today believe that God is similarly using the less-than-perfect Trump to achieve Christian aims. But Trump isn’t a vessel for God’s will, Maher said, and Cyrus “wasn’t a fat, orange-haired, conscience-less scumbag”. Trump’s supporters “don’t care”, he ventured, because “that’s religion. The more it doesn’t make sense the better, because it proves your faith.” Maher portrayed evangelical Christians as a dim-witted group willing to make the most ludicrous theological leaps to advance their agenda. As I watched, I tried to imagine how evangelicals would view this routine. I think they would see a secular elitist eager to assert what he considers his superior intelligence. They would certainly sense his contempt for the many millions of Americans who believe fervently in God, revere the Bible and see Trump as representing their interests. Maher’s diatribe reminded me of a pro-Trump acquaintance from Ohio who now lives in Manhattan and who says that New York liberals are among the most intolerant people he has ever met. Liberals have good cause to decry the ideology of conservative Christians, given their relentless assault on abortion rights, same-sex marriage, transgender rights and climate science. But the disdain for Christians common among the credentialed class can only add to the sense of alienation and marginalization among evangelicals. Many evangelicals feel themselves to be under siege. In a 2016 survey, 41% said it was becoming more difficult to be an evangelical. And many conservative Christians see the national news media as unrelievedly hostile to them. Most media coverage of evangelicals falls into a few predictable categories. One is the exotic and titillating – stories of ministers who come out as transgender, or stories of evangelical sexual hypocrisies. Another favorite subject is progressive evangelicals who challenge the Christian establishment. (…) In 2016, [ the Times’ Nicholas Kristof,] wrote a column criticizing the pervasive discrimination toward Christians in liberal circles. He quoted Jonathan Walton, a black evangelical and professor of Christian morals at Harvard, who compared the common condescension toward evangelicals to that directed at racial minorities, with both seen as “politically unsophisticated, lacking education, angry, bitter, emotional, poor”. Strangely, the group most overlooked by the press is the people in the pews. It would be refreshing for more reporters to travel through the Bible belt and talk to ordinary churchgoers about their faith and values, hopes and struggles. Such reporting would no doubt show that the world of American Christianity is far more varied and complex than is generally thought. It would reveal, for instance, a subtle but important distinction between the Christian right and evangelicals in general, who tend to be less political (though still largely conservative). This kind of deep reporting would probably also highlight the enduring power of a key tenet of the founder of Protestantism. “Faith, not works,” was Martin Luther’s watchword. In his view, it is faith in Christ that truly matters. If one believes in Christ, then one will feel driven to do good works, but such works are always secondary. Trump’s own misdeeds are thus not central; what he stands for – the defense of Christian interests and values – is. Luther also preached the doctrine of original sin, which holds that all humans are tainted by Adam’s transgression in the Garden of Eden and so remain innately prone to pride, anger, lust, vengeance and other failings. Many evangelicals have themselves struggled with divorce, broken families, addiction and abuse. We are thus all sinners – the president included. (…) I can hear the reactions of some readers to this column: Enough! Enough trying to understand a group that helped put such a noxious man in the White House. Yet such a reaction is both ungenerous and shortsighted. Liberals take pride in their empathy for “the other” and their efforts to understand the perspective of groups different from themselves. They should apply that principle to evangelicals. If liberals continue to scoff, they risk reinforcing the rage of evangelicals – and their support for Trump. Michael Massing
Comment les évangéliques peuvent-ils soutenir Donald Trump? Cette question continue de brouiller et d’exaspérer les progressistes. Comment, se demandent-ils, un homme qui est divorcé deux fois, un menteur en série, un fanfaron éhonté (y compris au sujet d’une agression sexuelle présumée) et un xénophobe impénitent peut-il obtenir le soutien enthousiaste de tant de chrétiens dévots? Environ 80% des évangéliques ont voté pour Trump en 2016; selon un récent sondage, près de 70% des évangéliques blancs approuvent la façon dont il a géré la présidence – bien plus que tout autre groupe religieux. Pour la plupart des démocrates, un tel soutien semble être un cas d’hypocrisie flagrante et de cynisme politique. Étant donné que Trump se prononce sur des questions telles que l’avortement, la Cour suprême et le déplacement de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem, les chrétiens conservateurs sont évidemment prêts à ignorer les défauts moraux du président. Cependant, en adoptant une telle explication unidimensionnelle, les libéraux risquent de tomber dans le même piège qu’en 2016, lorsque leur mépris pour les évangéliques a nourri la colère et le ressentiment des évangéliques, contribuant à l’énorme marge de Trump parmi ce groupe. Bill Maher est tombé dans ce piège dans la diatribe mordante de six minutes qu’il a prononcée lors de son émission de télévision début mars. Les évangéliques, a-t-il dit, « devaient résoudre ce petit problème » – ils veulent soutenir un président républicain, mais celui-ci « se trouve être le moins chrétien de tous les temps ». « Comment résoudre cette quadrature du cercle? », a-t-il demandé. « Dire que Trump est comme le roi Cyrus. » Selon Ésaïe 45, Dieu a utilisé le non-croyant Cyrus comme véhicule de sa volonté; de nombreux évangéliques croient aujourd’hui que Dieu utilise de la même manière un Trump moins que parfait pour atteindre les objectifs chrétiens. Mais Trump n’est pas un vaisseau pour la volonté de Dieu, a déclaré Maher, et Cyrus « n’était pas un nul gras, aux cheveux orange et sans conscience ». Les partisans de Trump « ne s’en soucient pas », s’est-il aventuré, parce que « c’est la religion. Moins cela a de sens, mieux c’est, car cela prouve votre foi. »Maher a dépeint les chrétiens évangéliques comme un groupe humble disposé à faire les sauts théologiques les plus ridicules pour faire avancer leur programme. Pendant que je regardais, j’ai essayé d’imaginer comment les évangéliques verraient cette routine. Je pense qu’ils verraient un élitiste laïc désireux d’affirmer ce qu’il considère comme son intelligence supérieure. Ils ressentiraient certainement son mépris pour les millions d’Américains qui croient ardemment en Dieu, vénèrent la Bible et considèrent Trump comme représentant leurs intérêts. La diatribe de Maher m’a rappelé une connaissance pro-Trump de l’Ohio qui vit maintenant à Manhattan et qui dit que les libéraux de New York sont parmi les personnes les plus intolérantes qu’il ait jamais rencontrées. Les libéraux ont de bonnes raisons de dénoncer l’idéologie des chrétiens conservateurs, étant donné leur assaut incessant contre les droits à l’avortement, le mariage homosexuel, les droits des transgenres et la science du climat. Mais le mépris pour les chrétiens, commun à la classe diplômée, ne peut qu’ajouter au sentiment d’aliénation et de marginalisation des évangéliques. De nombreux évangéliques se sentent assiégés. Dans une enquête de 2016, 41% ont déclaré qu’il devenait plus difficile d’être évangélique. Et de nombreux chrétiens conservateurs considèrent les médias nationaux comme hostiles à leur égard. La plupart des reportages médiatiques sur les évangéliques se répartissent en quelques catégories prévisibles. L’une est les histoires exotiques et émouvantes – des histoires de pasteurs qui se révèlent transgenres, ou des histoires d’hypocrisies sexuelles évangéliques. Un autre sujet de prédilection est celui des évangélistes progressistes qui défient l’establishment chrétien. (…) En 2016, [léditorialiste du NYT Nicholas Kristof] a écrit une chronique critiquant la discrimination omniprésente envers les chrétiens dans les milieux de gauche. Il a cité Jonathan Walton, un évangélique noir et professeur de morale chrétienne à Harvard, qui a comparé la condescendance commune envers les évangéliques à celle dirigée contre les minorités raciales, les deux étant considérées comme «politiquement peu sophistiquées, manquant d’éducation, en colère, amères, émotionnelles, pauvres». Étrangement, le groupe le plus négligé par la presse est celui des blancs. Il serait rafraîchissant que davantage de journalistes parcourent la « Bible belt » et parlent aux fidèles ordinaires de leur foi et de leurs valeurs, de leurs espoirs et de leurs luttes. De tels reportages montreraient sans aucun doute que le monde du christianisme américain est beaucoup plus varié et complexe qu’on ne le pense généralement. Cela révélerait, par exemple, une distinction subtile mais importante entre la droite chrétienne et les évangéliques en général, qui ont tendance à être moins politiques (quoique encore largement conservateurs). Ce genre de reportage approfondi mettrait probablement également en évidence le pouvoir durable d’un principe clé du fondateur du protestantisme.«La foi, pas les œuvres», était le mot d’ordre de Martin Luther. Selon lui, c’est la foi en Christ qui compte vraiment. Si l’on croit en Christ, on se sent poussé à faire de bonnes œuvres, mais ces œuvres sont toujours secondaires. Les propres manquements de Trump ne sont donc pas centraux; mais c’est ce qu’il représente – la défense des intérêts et des valeurs chrétiennes – qui l’est. Luther a également prêché la doctrine du péché originel, selon laquelle tous les humains sont entachés par la transgression d’Adam dans le jardin d’Eden et restent donc naturellement enclins à l’orgueil, la colère, la luxure, la vengeance et d’autres défauts. De nombreux évangéliques ont eux-mêmes lutté contre le divorce, la rupture dans leurs familles, la toxicomanie et les abus. Nous sommes donc tous pécheurs – y compris le président. (…) J’entends les réactions de certains lecteurs à cette chronique: Il y en assez d’essayer de comprendre un groupe qui a permis l’arrivée d’un homme aussi nocif à la Maison Blanche. Pourtant, une telle réaction est à la fois peu généreuse et à courte vue. Les libéraux sont fiers de leur empathie pour ‘l’autre’ et de leurs efforts pour comprendre la perspective de groupes différents d’eux. Ils devraient appliquer ce principe aux évangéliques. Si la gauche continue ses moqueries, elle risque de renforcer la rage des évangéliques – et leur soutien à Trump. » Michael Massing
C’est au nom de la liberté, bien entendu, mais aussi au nom de l’ « amour, de la fidélité, du dévouement » et de la nécessité de « ne pas condamner des personnes à la solitude » que la Cour suprême des Etats-Unis a finalement validé le mariage entre personnes de même sexe. Tels furent en tout cas les mots employés au terme de cette longue décision rédigée par le Juge Kennedy au nom de la Cour. (…) Le mariage gay est entré dans le droit américain non par la loi, librement débattue et votée au niveau de chaque Etat, mais par la jurisprudence de la plus haute juridiction du pays, laquelle s’impose à tous les Etats américains. Mais c’est une décision politique. Eminemment politique à l’instar de celle qui valida l’Obamacare, sécurité sociale à l’américaine, reforme phare du Président Obama, à une petite voix près. On se souviendra en effet que cette Cour a ceci de particulier qu’elle prétend être totalement transparente. Elle est composée de neuf juges, savants juristes, et rend ses décisions à la suite d’un vote. Point de bulletins secrets dans cette enceinte ; les votants sont connus. A se fier à sa composition, la Cour n’aurait jamais dû valider le mariage homosexuel : cinq juges conservateurs, quatre progressistes. Cinq a priori hostiles, quatre a priori favorables. Mais le sort en a décidé autrement ; le juge Kennedy, le plus modéré des conservateurs, fit bloc avec les progressistes, basculant ainsi la majorité en faveur de ces derniers. C’est un deuxième coup dur pour les conservateurs de la Cour en quelques mois : l’Obamacare bénéficia également de ce même coup du sort ; à l’époque ce fut le président, le Juge John Roberts, qui permit aux progressistes de l’emporter et de valider le système. (…) La spécificité de l’évènement est que ce sont des juges qui, forçant l’interprétation d’une Constitution qui ne dit rien du mariage homosexuel, ont estimé que cette union découlait ou résultait de la notion de « liberté ». C’est un « putsch judiciaire » selon l’emblématique juge Antonin Scalia, le doyen de la Cour. Un pays qui permet à un « comité de neuf juges non-élus » de modifier le droit sur une question qui relève du législateur et non du pouvoir judiciaire, ne mérite pas d’être considéré comme une « démocratie ». Mais l’autre basculement désormais acté, c’est celui d’une argumentation dont le centre de gravité s’est déplacé de la raison vers l’émotion, de la ratio vers l’affectus. La Cour Suprême des Etats-Unis s’est en cela bien inscrite dans une tendance incontestable au sein de la quasi-totalité des juridictions occidentales. L’idée même de raisonnement perd du terrain : énième avatar de la civilisation de l’individu, les juges éprouvent de plus en plus de mal à apprécier les arguments en dehors de la chaleur des émotions. Cette décision fait en effet la part belle à la médiatisation des revendications individualistes, rejouées depuis plusieurs mois sur le modèle de la « lutte pour les droits civiques ». Ainsi la Cour n’hésite pas à comparer les lois traditionnelles du mariage à celles qui, à une autre époque, furent discriminatoires à l’égard des afro-américains et des femmes. (…) La Maison Blanche s’est instantanément baignée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la « gay pride ». Les réseaux sociaux ont été inondés de ces mêmes couleurs en soutien à ce qui est maintenant connu sous le nom de la cause gay. (…) Comme le relève un autre juge de la Cour ayant voté contre cette décision, il est fort dommage que cela se fasse au détriment du droit et de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique. Yohann Rimokh
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
Nine in 10 Americans are satisfied with the way things are going in their personal life, a new high in Gallup’s four-decade trend. The latest figure bests the previous high of 88% recorded in 2003. Gallup
The Rasmussen Reports daily Presidential Tracking Poll for Monday shows that 50% of Likely U.S. Voters approve of President Trump’s job performance. Forty-eight percent (48%) disapprove. Rasmussen (Feb. 10, 2020)
The turnout in the Iowa caucus was below what we expected, what we wanted. Trump’s approval rating is probably as high as it’s been. This is very bad. And now it appears the party can’t even count votes. (…) We have candidates on the debate stage talking about open borders and decriminalizing illegal immigration. They’re talking about doing away with nuclear energy and fracking. You’ve got Bernie Sanders talking about letting criminals and terrorists vote from jail cells. It doesn’t matter what you think about any of that, or if there are good arguments — talking about that is not how you win a national election. It’s not how you become a majoritarian party. For fuck’s sake, we’ve got Trump at Davos talking about cutting Medicare and no one in the party has the sense to plaster a picture of him up there sucking up to the global elites, talking about cutting taxes for them while he’s talking about cutting Medicare back home. Jesus, this is so obvious and so easy and I don’t see any of the candidates taking advantage of it. The Republicans have destroyed their party and turned it into a personality cult, but if anyone thinks they can’t win, they’re out of their damn minds. (…) Bernie Sanders isn’t a Democrat. He’s never been a Democrat. He’s an ideologue. And I’ve been clear about this: If Bernie is the nominee, I’ll vote for him. No question. I’ll take an ideological fanatic over a career criminal any day. But he’s not a Democrat. (…) what I’m saying is the Democratic Party isn’t Bernie Sanders, whatever you think about Sanders. (…) First, a lot of people don’t trust the Democratic Party, don’t believe in the party, for reasons you’ve already mentioned, and so they just don’t care about that. They want change. And I guess the other thing I’d say is, 2016 scrambled our understanding of what’s possible in American politics. (…) Sanders might get 280 electoral votes and win the presidency and maybe we keep the House. But there’s no chance in hell we’ll ever win the Senate with Sanders at the top of the party defining it for the public. Eighteen percent of the country elects more than half of our senators. That’s the deal, fair or not. So long as McConnell runs the Senate, it’s game over. There’s no chance we’ll change the courts, and nothing will happen, and he’ll just be sitting up there screaming in the microphone about the revolution. The purpose of a political party is to acquire power. All right? Without power, nothing matters. (…) [The answer is] framing, repeating, and delivering a coherent, meaningful message that is relevant to people’s lives and having the political skill not to be sucked into every rabbit hole that somebody puts in front of you. The Democratic Party is the party of African Americans. It’s becoming a party of educated suburbanites, particularly women. It’s the party of Latinos. We’re a party of immigrants. Most of the people aren’t into all this distracting shit about open borders and letting prisoners vote. They don’t care. They have lives to lead. They have kids. They have parents that are sick. That’s what we have to talk about. That’s all we should talk about. It’s not that this stuff doesn’t matter. And it’s not that we shouldn’t talk about race. We have to talk about race. It’s about how you deliver and frame the message. (…) They’ve tacked off the damn radar screen. And look, I don’t consider myself a moderate or a centrist. I’m a liberal. But not everything has to be on the left-right continuum. (…) Here’s another stupid thing: Democrats talking about free college tuition or debt forgiveness. I’m not here to debate the idea. What I can tell you is that people all over this country worked their way through school, sent their kids to school, paid off student loans. They don’t want to hear this shit. And you saw Warren confronted by an angry voter over this. It’s just not a winning message. The real argument here is that some people think there’s a real yearning for a left-wing revolution in this country, and if we just appeal to the people who feel that, we’ll grow and excite them and we’ll win. But there’s a word a lot of people hate that I love: politics. It means building coalitions to win elections. It means sometimes having to sit back and listen to what people think and framing your message accordingly. That’s all I care about. (…) We can’t win the Senate by looking down at people. The Democratic Party has to drive a narrative that doesn’t give off vapors that we’re smarter than everyone or culturally arrogant. (…) With a lot of these candidates, their consultants are telling them, “If you doubt it, just go left. We got to get the nomination.” (…) I’m hoping that someone gets knocked off their horse on the road to Damascus. (…) Mayor Pete has to demonstrate over the course of a campaign that he can excite and motivate arguably the most important constituents in the Democratic Party: African Americans. These voters are a hell of a lot more important than a bunch of 25-year-olds shouting everyone down on Twitter. James Carville
Progressive candidates and new Democratic representatives have offered lots of radical new proposals lately about voting and voters. They include scrapping the 215-year-old Electoral College. Progressives also talk of extending the vote to 16- or 17-year-olds and ex-felons. They wish to further relax requirements for voter identification, same-day registration and voting, and undocumented immigrants voting in local elections.The 2016 victory of Donald Trump shocked the left. It was entirely unexpected, given that experts had all but assured a Hillary Clinton landslide. Worse still for those on the left, Trump, like George W. Bush in 2000 and three earlier winning presidential candidates, lost the popular vote.  From 2017 on, Trump has sought to systematically dismantle the progressive agenda that had been established by his predecessor, Barack Obama — often in a controversial and unapologetic style. The furor over the 2016 Clinton loss and thenew Trump agenda, the fear that Trump could be re-elected, and anger about the Electoral College have mobilized progressives to demand changes to the hallowed traditions of electing presidents. (…) Most Americans are skeptical of reparations. They do not favor legalizing infanticide. They do not want open borders, sanctuary cities, or blanket amnesties. They are troubled by the idea of wealth taxes and top marginal tax rates of 70 percent or higher. Many Americans certainly fear the Green New Deal. Many do not favor abolishing all student debt, U.S. Immigration and Customs Enforcement, or the Electoral College. Nor do many Americans believe in costly ideas such as Medicare for All and free college tuition. The masses do not unanimously want to stop pipeline construction or scale back America’s booming natural gas and oil production. A cynic might suggest that had Hillary Clinton actually won the 2016 Electoral College vote but lost the popular vote to Trump, progressives would now be praising our long-established system of voting. Had current undocumented immigrants proved as conservative as past waves of legal immigrants from Hungary and Cuba, progressives would now likely wish to close the southern border and perhaps even build a wall. If same-day registration and voting meant that millions of new conservatives without voter IDs were suddenly showing their Trump support at the polls, progressives would insist on bringing back old laws that required voters to have previously registered and to show valid identification at voting precincts. If felons or 16-year-old kids polled conservative, then certainly there would be no progressive push to let members of these groups vote. Expanding and changing the present voter base and altering how we vote is mostly about power, not principles. Without these radical changes, a majority of American voters, in traditional and time-honored elections, will likely not vote for the unpopular progressive agenda. Victor Davis Hanson
When candidate Donald Trump campaigned on calling China to account for its trade piracy, observers thought he was either crazy or dangerous. Conventional Washington wisdom had assumed that an ascendant Beijing was almost preordained to world hegemony. Trump’s tariffs and polarization of China were considered about the worst thing an American president could do. The accepted bipartisan strategy was to accommodate, not oppose, China’s growing power. The hope was that its newfound wealth and global influence would liberalize the ruling communist government. Four years later, only a naif believes that. Instead, there is an emerging consensus that China’s cutthroat violations of international norms were long ago overdue for an accounting. China’s re-education camps, its Orwellian internal surveillance, its crackdown on Hong Kong democracy activists and its secrecy about the deadly coronavirus outbreak have all convinced the world that China has now become a dangerous international outlier. Trump courted moderate Arab nations in forming an anti-Iranian coalition opposed to Iran’s terrorist and nuclear agendas. His policies utterly reversed the Obama administration’s estrangement from Israel and outreach to Tehran. Last week, Trump nonchalantly offered the Palestinians a take-it-or-leave-it independent state on the West Bank, but without believing that a West Bank settlement was the key to peace in the entire Middle East. Trump’s cancellation of the Iran deal, in particular, was met with international outrage. More global anger followed after the targeted killing of Iranian terrorist leader Gen. Qassem Soleimani. In short, Trump’s Middle East recalibrations won few supporters among the bipartisan establishment. But recently, Europeans have privately started to agree that more sanctions are needed on Iran, that the world is better off with Soleimani gone, and that the West Bank is not central to regional peace. Iran has now become a pariah. U.S.-sponsored sanctions have reduced the theocracy to near-bankruptcy. Most nations understand that if Iran kills Americans or openly starts up its nuclear program, the U.S. will inflict disproportional damage on its infrastructure — a warning that at first baffled, then angered and now has humiliated Iran. In other words, there is now an entirely new Middle East orthodoxy that was unimaginable just three years ago. Suddenly the pro-Iranian, anti-Western Palestinians have few supporters. Israel and a number of prominent Arab nations are unspoken allies of convenience against Iran. And Iran itself is seemingly weaker than at any other time in the theocracy’s history. Stranger still, instead of demanding that the U.S. leave the region, many Middle Eastern nations privately seem eager for more of a now-reluctant U.S. presence. (…) Trump got little credit for these revolutionary changes because he is, after all, Trump — a wheeler-dealer, an ostentatious outsider, unpredictable in action and not shy about rude talk. But his paradoxical and successful policies — the product of conservative, antiwar and pro-worker agendas — are gradually winning supporters and uniting disparate groups. (…) The result of the new orthodoxy is that the U.S. has become no better friend to an increasing number of allies and neutrals, and no worse an adversary to a shrinking group of enemies. And yet Trump’s paradox is that America’s successful new foreign policy is as praised privately as it is caricatured publicly — at least for now. Victor Davis Hanson
Une cote de popularité au plus bas, des cafouillages dans la majorité, une étude qui remet en question sa politique économique… Les obstacles se multiplient pour le président de la République française. Cela pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la suite, explique la presse étrangère. “Pas de repos pour Emmanuel Macron”, souligne le quotidien espagnol El País. En effet, si “le président a survécu à la plus longue grève de ces dernières décennies en France, il ne cesse d’accumuler les problèmes”. Le conflit autour des retraites, d’une part, n’est pas totalement réglé. Certes, les transports ont repris et les dernières manifestations ont rassemblé moins de monde qu’au début du mouvement. Mais “les ennuis de Macron ne sont pas terminés”, prévient le site britannique The Article. “Beaucoup s’attendent à ce que le printemps à Paris soit, eh bien, le printemps à Paris.” D’autant que de nombreux secteurs, habituellement peu prompts à protester, ont rejoint la grogne. Aujourd’hui, avec les 22 000 amendements déposés en parallèle au projet de réforme, le processus législatif est encore loin d’être terminé. Des journées de mobilisations sont d’ailleurs déjà prévues à la RATP le 17 février et partout en France le 20 février. Dans sa majorité aussi, Emmanuel Macron rencontre des difficultés. À un mois des municipales, La République en marche multiplie les faux pas et fait preuve de division. Avec bien sûr, le duel fraticide entre les candidats, Benjamin Griveaux (tête d’affiche officielle) et Cédric Villani (dissident qui refuse de reculer) pour la mairie de Paris. Mais les récents cafouillages des ministres macronistes, au sujet du droit au blasphème ou de la durée d’allongement du congé en cas de perte d’un enfant, n’arrangent pas non plus les choses pour Macron. Résultat ? Le gouvernement est “qualifié d’amateur” et l’image du président se retrouve toujours plus entachée, relate ABC. Au point que le jeune chef d’État rivalise désormais avec “François Hollande pour le titre de président le plus impopulaire de l’histoire de la Vème République”. Selon les derniers sondages, 73 % des Français auraient une mauvaise opinion d’Emmanuel Macron. Ce n’est assurément pas le rapport publié le 5 février par l’OFCE [Observatoire français des conjonctures économiques] qui va changer la donne. Après l’abrogation partielle de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), le chef d’État avait très vite “hérité du surnom de ‘président des riches’”, rappelle le quotidien Suisse Le Temps. Or, la récente publication des économistes “juge qu’il correspond à la réalité”. Plus aucun doute : “La théorie macronienne du ‘ruissellement’ – selon laquelle l’attractivité fiscale conçue pour inciter les entreprises et les ménages les plus aisés à investir engendre à terme une hausse de revenus pour tous – ne fonctionne pas.” Pire encore, ajoute le quotidien suisse, “l’OFCE souligne une détérioration de la fracture sociale” puisque, assurent les experts : Les ménages appartenant aux 20 % les plus modestes, c’est-à-dire ceux ayant un niveau de vie individuel inférieur à 1 315 euros par mois, devraient perdre en 2020.” Ces difficultés pourraient avoir de lourdes conséquences sur l’avenir politique de Macron, prévient donc The Financial Times. Un an à peine après le “grand débat national”, “son attitude hautaine et son manque de finesse psychologique le rendent vulnérable”, et Marine Le Pen entend profiter de la situation pour la prochaine présidentielle. Or, sa potentielle arrivée à l’Élysée, en 2022, incarnerait un “séisme politique” dont les “ondes de choc seraient ressenties bien au-delà des frontières de la France”. Toutefois, si “le ciel s’assombrit pour le Roi Soleil français, il est beaucoup trop tôt pour affirmer que c’en est fait des espoirs de Macron”, rassure le FT. Ceux qui prédisent aujourd’hui sa chute, sont les mêmes qui se sont souvent trompés en 2017 sur sa capacité à briser l’ancien système” du bipartisme français. En somme, personne n’est capable de dire si la crise actuelle que rencontre le chef de l’État s’envenimera pour le reste de son quinquennat, conclut El País.“Mais en tout cas, elle envoie un signal inquiétant pour le président.” Courrier international
La dauphine désignée d’Angela Merkel en Allemagne, Annegret Kramp-Karrenbauer, a décidé de renoncer à lui succéder et va abandonner la présidence du parti conservateur, a indiqué à l’AFP ce lundi 10 février une source proche du mouvement. Lors d’une réunion ce matin de la direction du parti démocrate-chrétien CDU de la chancelière, Kramp-Karrenbauer a notamment justifié sa décision par les événements de Thuringe et la tentation d’une frange du parti de s’allier avec le mouvement d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Elle a expliqué qu’«une partie de la CDU a une relation non clarifiée avec l’AfD» mais aussi avec le parti de gauche radicale Die Linke, alors qu’elle même rejette clairement toute alliance avec l’une ou l’autre de ces formations, a indiqué à l’AFP une source proche du mouvement. Dans la mesure où la candidature à la chancellerie doit aller de pair avec la présidence du parti à ses yeux, AKK a en conséquence décidé de renoncer dans les mois qui viennent à cette présidence. «AKK va organiser cet été le processus de sélection de la candidature à la chancellerie» pour succéder à Angela Merkel au plus tard fin 2021, a indiqué cette source. «Elle va continuer à préparer le parti pour affronter l’avenir et ensuite abandonner la présidence», a-t-elle ajouté. Elle doit en revanche conserver son poste de ministre de la Défense. AKK avait été élue en décembre 2018 à la présidence de la CDU, en remplacement d’Angela Merkel qui avait à l’époque renoncé en raison de son impopularité croissante après une série de revers électoraux et la poussée dans les urnes de l’extrême droite. AKK n’a toutefois jamais réussi à s’imposer à la présidence de la CDU. Elle a été en particulier très critiquée après l’alliance surprise nouée la semaine dernière entre des élus CDU de Thuringe et l’extrême droite pour élire un nouveau dirigeant pour cet Etat régional. AKK s’est vu reprocher de ne pas tenir son parti, tiraillé entre adversaires et partisans d’une coopération avec l’AfD, surtout dans les Etats de l’ex-RDA, où l’extrême droite est très puissante et complique la formation des majorités régionales. Le Figaro
Buttigieg is a gay Episcopalian veteran in a party torn between identity politics and heartland appeals. He’s also a fresh face in a year when millennials are poised to become the largest eligible voting bloc. Many Democrats are hungry for generational change, and the two front runners are more than twice his age. (…) In many ways, Buttigieg is Trump’s polar opposite: younger, dorkier, shorter, calmer and married to a man. His success may depend on whether Democrats want a fighter to match Trump, or whether Americans want to ‘change the channel,’ as Buttigieg puts it. ‘People already have a leader who screams and yells,’ he says. ‘How do you think that’s working out for us?’Time
Le 16 juin 2015, Buttigieg annonce dans une publication qu’il est homosexuel. Il est le premier homme politique ouvertement gay de l’Indiana. Le 28 décembre 2017, Buttigieg annonce ses fiançailles avec Chasten Glezman (né en 1989), professeur de pédagogie Montessori dans un collège privé de l’Indiana. Le couple se marie le 16 juin 2018 lors d’une cérémonie à la cathédrale de Saint-James de South Bend et fait en 2019 la couverture du magazine Time. En plus de l’anglais, Pete Buttigieg parle le norvégien, le français, l’espagnol, l’italien, le maltais, l’arabe et le dari, soit un total de huit langues. Buttigieg est chrétien et a déclaré que sa foi avait fortement influencé sa vie. Wikipedia
Va-t-il transformer l’essai? Après ses résultats inespérés dans l’Iowa (toujours contestés par Bernie Sanders), Pete Buttigieg espère bien récolter les fruits de l’énorme coup de pouce médiatique dont il a bénéficié tout au long de cette semaine chaotique. Le jeune candidat, encore inconnu il y a un an, croise donc les doigts ce mardi 11 février pour à nouveau s’imposer -ou du moins décrocher un score plus qu’honorable- dans le New Hampshire, deuxième État à voter aux primaires démocrates.  Si créer la surprise au cours des prochains scrutins et finir par décrocher la nomination du parti cet été est actuellement le rêve de tous les candidats, la seule vraie prouesse sera la suivante: battre Donald Trump lors de l’élection générale du 3 novembre et le sortir de la Maison Blanche. Pete Buttigieg est-il le meilleur candidat pour cette périlleuse mission? Le HuffPost a rassemblé plusieurs forces (et faiblesses) du candidat pour tenter d’y voir plus clair. Comme il aime souvent le rappeler en campagne, Pete Buttigieg a un atout majeur face à Donald Trump: son CV. Il faut dire qu’on pourrait difficilement imaginer un curriculum plus à l’opposé de celui du président républicain. Contrairement à l’occupant actuel de la Maison Blanche, le démocrate a tout d’abord de l’expérience politique. Alors que le magnat de l’immobilier était l’hôte d’une téléréalité avant de se présenter à la présidence, Pete Buttigieg vient lui de terminer son 2e mandat de maire. Trump s’est construit dans la plus grande ville du pays qu’est New York, Buttiegieg a fait décoller sa carrière à South Bend, 100.000 habitants, dans l’État de l’Indiana. Buttigieg met aussi régulièrement en avant son expérience dans l’armée. Il a passé sept mois en Afghanistan, un avantage sur tous ses concurrents démocrates et surtout sur Trump. Ce dernier a en effet réussi à échapper pas mois de cinq fois à la guerre du Vietnam: quatre reports grâce aux études qu’il suivait puis une dispense médicale pour une excroissance osseuse au pied dont les médias n’ont jamais retrouvé de trace. Diplômé de grandes universités, le candidat a aussi montré qu’il était polyglotte. En plus de l’anglais, il peut parler en norvégien, espagnol, italien, arabe, dari ou encore français comme il l’a montré en commentant l’incendie de Notre-Dame. Face à un président qui est parfois pointé du doigt pour la faiblesse du vocabulaire qu’il emploie dans son anglais natal. Pete Buttigieg se présente aussi aux antipodes de Donald Trump sur des aspects plus personnels. Là où Trump s’emporte et est devenu le roi du surnom mesquin, Buttigieg apparaît dans ses interventions comme calme, confiant et au point sur ses dossiers. Alors que les Américains LGBT ont vu leurs droits régresser sous la présidence républicaine, Buttigieg est le premier candidat démocrate ouvertement gay et apparaît régulièrement au bras de son mari Chasten. Âgé de seulement 38 ans, il est de loin le plus jeune de la course. Il n’hésite pas non plus à mettre l’accent sur sa foi chrétienne, un sujet généralement accaparé par les républicains. Quant à son programme, il ne renferme pas (encore?) de mesure phare, mais sa position modérée sur les impôts et la couverture santé pourrait bien attirer de précieux électeurs indépendants qui avaient penché pour Donald Trump en 2016. Au sein de ce groupe-clé pour départager une élection, la question du système de santé sera en effet la priorité numéro un pour faire son choix en novembre 2020, selon un sondage Gallup paru en janvier. Si la réussite de Pete Buttigieg dans l’Iowa et un très bon score dans le New Hampshire ce mardi serait un énorme tremplin, le candidat traîne cependant un énorme problème de popularité auprès d’électorats-clés pour un démocrate dans une élection présidentielle. Comme le montrent de nombreux sondages, l’ancien maire n’enregistre pour l’heure qu’un soutien très faible auprès des deux minorités ethniques principales aux États-Unis: les électeurs afro-américains et hispaniques. La présence de ces derniers, qui ont peu voté républicain en 2016, sera cruciale dans les bureaux de vote en novembre 2020 face à Trump. Les difficultés ne s’arrêtent pas là. Buttigieg pourrait aussi avoir une mauvaise surprise avec les jeunes, potentiel sous-exploité en 2016. Bien qu’il se vante d’incarner le renouveau politique du haut de ses 38 ans, le candidat n’est à l’heure actuelle pas très populaire avec les démocrates de moins de 38 ans, un groupe d’âge qui englobera 25% des électeurs en novembre. Son approche trop modérée ne fait pas le poids face à la politique autrement plus radicale de Sanders, qui lui a gagné le soutien massif des générations Y et Z. Buttigieg pourrait donc avoir bien du mal à donner envie à ce réservoir de voix démocrates de participer au scrutin. Reste enfin la faible notoriété de l’ancien maire de South Bend. The Huffington post
Il est déjà assez sûr de déduire des recherches en laboratoire et des parallèles éthologiques que les différentes manières dont les hommes et les femmes sont câblés sont directement liées à nos rôles sexuels traditionnels … Freud a dramatiquement déclaré que notre anatomie est notre destinée. Les scientifiques qui frémissent devant une formulation aussi dramatique, quelle que soit sa justesse, pourraient le reformuler ainsi: l’anatomie est fonctionnelle, les fonctions corporelles ont des significations psychologiques profondes pour les gens, et l’anatomie et la fonction sont souvent élaborées socialement. Arno Karlen
Les questions morales nous entraînent dans le bourbier de perpétuelles recherches philosophiques de nature fondamentale. D’une certaine manière, cela facilite le problème pour celui qui cherche une opinion juive. Le judaïsme n’accepte pas le type de relativisme poussé utilisé pour justifier le mode de vie homosexuel comme un simple mode de vie alternatif. Et tandis que la question de l’autonomie humaine mérite certainement d’être prise en considération dans le domaine de la sexualité, il faut se méfier des conséquences de tout argument quand il est poussé jusqu’à sa logique extrême. Le judaïsme chérit clairement la sainteté comme une valeur supérieure à la liberté ou à la santé. De plus, si l’autonomie de chaque individu nous amène à conférer une légitimité morale à toute forme d’expression sexuelle que celui-ci désire, nous devons être prêts à tirer la couverture de cette validité morale sur presque tout le catalogue de la perversion décrit par Krafft-Ebing, puis, par le tour de passe-passe consistant à accorder des droits civiques aux pratiques moralement non répréhensibles ou à autoriser le prosélytisme public aux défenseurs de la sodomie, du fétichisme ou de n’importe autre pratique. Dans ce cas, pourquoi pas dans le système scolaire? Et si le consentement est obtenu avant la mort d’un partenaire, pourquoi pas la nécrophilie ou le cannibalisme? Sûrement, si nous déclarons que la pédérastie est simplement idiosyncrasique et non une « abomination », quel droit avons-nous de condamner le cannibalisme sexuel – simplement parce que la plupart des gens réagiraient avec répulsion et dégoût? «L’affection aimante et désintéressée» et les «relations personnelles significatives» – les grands slogans de la Nouvelle Moralité et les représentants de l’éthique de la situation – sont devenus la litanie de la sodomie à notre époque. Une logique simple devrait nous permettre d’utiliser les mêmes critères pour excuser l’adultère ou tout autre acte considéré jusqu’ici comme immoral: et c’est exactement ce qui a été fait, et il a reçu la sanction non seulement des progressistes et des humanistes, mais de certains les religieux aussi. « Amour », « épanouissement », « exploiteur », « significatif » – la liste elle-même ressemble à un lexique de termes chargés d’émotions tirés au hasard des sources disparates des cercles agnostiques à la fois chrétiens et psychologiquement orientés. Logiquement, nous devons nous poser la question suivante: quelles dépravations morales ne peuvent pas être excusées par le seul critère des «relations humaines chaleureuses et significatives» ou de «l’accomplissement», les nouveaux héritiers sémantiques de «l’amour»? L’amour, l’épanouissement et le bonheur peuvent également être atteints dans les contacts incestueux – et certainement dans les relations polygames. N’y a-t-il plus rien qui soit « pécheur », « contre nature » ou « immoral » s’il est pratiqué « entre deux adultes consentants? » Pour les groupes religieux, établir qu’une relation homosexuelle doit être jugée selon les mêmes critères qu’une relation hétérosexuelle – c’est-à-dire «si elle vise à entretenir une relation d’amour permanente» – revient à abandonner la dernière prétention de représenter le « judéo-chrétien ». Dr. Norman Lamm
The moral issues lead us into the quagmire of perennial philosophical disquisitions of a fundamental nature. In a way, this facilitates the problem for one seeking a Jewish view. Judaism does not accept the kind of thoroughgoing relativism used to justify the gay life as merely an alternate lifestyle And while the question of human autonomy is certainly worthy of consideration in the area of sexuality, one must beware of the consequences of taking the argument to its logical extreme. Judaism clearly cherishes holiness as a greater value than either freedom or health. Furthermore, if every individual’s autonomy leads us to lend moral legitimacy to any form of sexual expression he may desire, we must be ready to pull the blanket of this moral validity over almost the whole catalogue of perversion described by Krafft-Ebing, and then, by the legerdemain of granting civil rights to the morally non-objectionable, permit the advocates of buggery, fetishism, or whatever to proselytize in public. In that case, why not in the school system? And if consent is obtained before the death of one partner, why not necrophilia or cannibalism? Surely, if we declare pederasty to be merely idiosyncratic and not an « abomination, » what right have we to condemn sexually motivated cannibalism – merely because most people would react with revulsion and disgust? « Loving, selfless concern » and « meaningful personal relationships » – the great slogans of the New Morality and the exponents of situation ethics – have become the litany of sodomy in our times. Simple logic should permit us to use the same criteria for excusing adultery or any other act heretofore held to be immoral: and indeed, that is just what has been done, and it has received the sanction not only of liberals and humanists, but of certain religionists as well. « Love, » « fulfillment, » « exploitative, » « meaningful » – the list itself sounds like a lexicon of emotionally charged terms drawn at random from the disparate sources of both Christian and psychologically-orientated agnostic circles. Logically, we must ask the next question: what moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment, » the newest semantic heirs to « love »? Love, fulfillment, and happiness can also be attained in incestuous contacts -and certainly in polygamous relationships. Is there nothing at all left that is « sinful, » « unnatural, » or « immoral » if it is practiced « between two consenting adults? » For religious groups to aver that a homosexual relationship should be judged by the same criteria as a heterosexual one – i.e., « whether it is intended to foster a permanent relationship of love » – is to abandon the last claim of representing the « Judeo-Christian tradition. »Clearly, while Judaism needs no defense or apology in regard to its esteem for neighborly love and compassion for the individual sufferer, it cannot possibly abide a wholesale dismissal of its most basic moral principles on the grounds that those subject to its judgments find them repressive. All laws are repressive to some extent -they repress illegal activities- and all morality is concerned with changing man and improving him and his society. Homosexuality imposes on one an intolerable burden of differentness, of absurdity, and of loneliness, but the Biblical commandment outlawing pederasty cannot be put aside solely on the basis of sympathy for the victim of these feelings. Morality, too, is an element which each of us, given his sensuality, his own idiosyncracies, and his immoral proclivities, must take into serious consideration before acting out his impulses. Several years ago I recommended that Jews regard homosexual deviance as a pathology, thus reconciling the insights of Jewish tradition with the exigencies of contemporary life and scientific information, such as it is, on the nature of homosexuality. (…) The proposal that homosexuality be viewed as an illness will immediately be denied by three groups of people. Gay militants object to this view as an instance of heterosexual condescension. Evelyn Hooker and her group of psychologists maintain that homosexuals are no more pathological in their personality structures than heterosexuals. And psychiatrists Thomas Szasz in the U.S. and Ronald Laing in England reject all traditional ideas of mental sickness and health as tools of social repressiveness or, at best, narrow conventionalism. While granting that there are indeed unfortunate instances where the category of mental disease is exploited for social or political reasons, we part company with all three groups and assume that there are significant number of pederasts and lesbians who, by the criteria accepted by most psychologists and psychiatrists, can indeed be termed pathological. (…) Of course, one cannot say categorically that all homosexuals are sick – any more than one can casually define all thieves as kleptomaniacs. In order to develop a reasonable Jewish approach to the problem and to seek in the concept of illness some mitigating factor, it is necessary first to establish the main types of homosexuals. Dr. Judd Marmor speaks of four categories. « Genuine homosexuality » is based on strong preferential erotic feelings for members of the same sex. « Transitory homosexual behavior » occurs among adolescents who would prefer heterosexual experiences but are denied such opportunities because of the social, cultural, or psychological reasons. « Situational homosexual exchanges » are characteristic of prisoners, soldiers and others who are heterosexual but are denied access to women for long periods of time. « Transitory and opportunistic homosexuality » is that of delinquent young men who permit themselves to be used by pederasts in order to make money or win other favors, although their primary erotic interests are exclusively heterosexual. To these may be added, for purposes of our analysis, two other types. The first category, that of genuine homosexuals, may be said to comprehend two sub-categories: those who experience their condition as one of duress or uncontrollable passion which they would rid themselves of if they could, and those who transform their idiosyncrasy into an ideology, i.e., the gay militants who assert the legitimacy and validity of homosexuality as an alternative way to heterosexuality. The sixth category is based on what Dr. Rollo May has called « the New Puritanism », the peculiarly modern notion that one must experience all sexual pleasures, whether or not one feels inclined to them, as if the failure to taste every cup passed at the sumptuous banquet of carnal life means that one has not truly lived. Thus, we have transitory homosexual behavior not of adolescents, but of adults who feel that: they must « try everything » at least once or more than once in their lives. (…) Clearly, genuine homosexuality experienced under duress (Hebrew: ones) most obviously lends itself to being termed pathological especially where dysfunction appears in other aspects of personality. Opportunistic homosexuality, ideological homosexuality, and transitory adult homosexuality are at the other end of the spectrum, and appear most reprehensible. As for the intermediate categories, while they cannot be called illness, they do have a greater claim on our sympathy than the three types mentioned above. (…) To apply the Halakhah strictly in this case is obviously impossible; to ignore it entirely is undesirable, and tantamount to regarding Halakhah as a purely abstract, legalistic system which can safely be dismissed where its norms and prescriptions do not allow full formal implementation. Admittedly, the method is not rigorous, and leaves room to varying interpretations as well as exegetical abuse, but it is the best we can do. Hence there are types of homosexuality that do not warrant any special considerateness, because the notion of ones or duress (i.e., disease) in no way applies. Where the category of mental illness does apply, the act itself remains to´evah (an abomination), but the fact of illness lays upon us the obligation of pastoral compassion, psychological understanding, and social sympathy. In these senses, homosexuality is no different from any other social or anti-halakhic act, where it is legitimate to distinguish between the objective itself including its social and moral consequences, and the mentality and inner development of the person who perpetrates the act. For instance, if a man murders in a cold and calculating fashion for reasons of profit, the act is criminal and the transgressor is criminal. If, however, a psychotic murders, the transgressor is diseased rather than criminal, but the objective act itself remains a criminal one. The courts may therefore treat the perpetrator of the crime as they would a patient, with all the concomitant compassion and concern for therapy, without condoning the act as being morally neutral. To use halakhic terminology, the objective crime remains a ma´aseh averah, whereas a person who transgresses is considered innocent on the grounds of ones. In such case, the transgressor is spared the full legal consequences of his culpable act, although the degree to which he may be held responsible varies from case to case. (…) By the same token, in orienting ourselves to certain types of homosexuals as patients rather than criminals, we do not condone the act but attempt to help the homosexual. Under no circumstances can Judaism suffer homosexuality to become respectable. Were society to give its open or even tacit approval to homosexuality, it would invite more aggressiveness on the part of adult pederasts toward young people. Indeed, in the currently permissive atmosphere, the Jewish view would summon us to the semantic courage of referring to homosexuality not as « deviance » with the implication of moral neutrality and non-judgmental idiosyncrasy, but as « perversion » – a less clinical and more old-fashioned word, perhaps, but one that is more in keeping with the Biblical to´evah. (…) There is nothing in the Jewish law’s letter or spirit that should incline us toward advocacy of imprisonment for homosexuals. The Halakhah did not, by and large, encourage the denial of freedom as a recommended form of punishment. Flogging is, from a certain perspective, far less cruel and far more enlightened. Since capital punishment is out of the question, and since incarceration is not an advisable substitute, we are left with one absolute minimum: strong disapproval of the proscribed act. But we are not bound to any specific penological instrument that has no basis in Jewish law or tradition. (…) As long as violence and the seduction of children are not involved, it would best to abandon all laws on homosexuality and leave it to the inevitable social sanctions to control, informally,what can be controlled. However, this approach is not consonant with Jewish tradition. The repeal of anti-homosexual laws implies the removal of the stigma from homosexuality, and this diminution of social censure weakens society in its training of the young toward acceptable patterns of conduct. The absence of adequate social reproach may well encourage the expression of homosexual tendencies by those in whom they might otherwise be suppressed. Law itself has an educative function, and the repeal of laws, no matter how justifiable such repeal may be from one point of view, does have the effect of signaling the acceptability of greater permissiveness. Perhaps all that has been said above can best be expressed in the proposals that follow. First, society and government must recognize the distinctions between the various categories enumerated earlier in this essay. We must offer medical and psychological assistance to those whose homosexuality is an expression of pathology, who recognize it as such, and are willing to seek help. We must be no less generous to the homosexual than to the drug addict, to whom the government extends various forms of therapy upon request. Second, jail sentences must be abolished for all homosexuals, save those who are guilty of violence, seduction of the young, or public solicitation. Third, the laws must remain on the books, but by mutual consent of judiciary and police, be unenforced. This approximates to what lawyers call « the chilling effect », and is the nearest one can come to the category so well known in the Halakhah, whereby strong disapproval is expressed by affirming a halakhic prohibition, yet no punishment is mandated. It is a category that bridges the gap between morality and law. In a society where homosexuality is so rampant, and where incarceration is so counterproductive, the hortatory approach may well be a way of formalizing society’s revulsion while avoiding the pitfalls in our accepted penology. (…) Regular congregations and other Jewish groups should not hesitate to accord hospitality and membership, on an individual basis, to those « visible » homosexuals who qualify for the category of the ill. Homosexuals are no less in violation of Jewish norms than Sabbath desecrators or those who disregard the laws of kashrut. But to assent to the organization of separate « gay » groups under Jewish auspices makes no more sense, Jewishly, than to suffer the formation of synagogues that care exclusively to idol worshipers, adulterers, gossipers, tax evaders, or Sabbath violators. Indeed, it makes less sense, because it provides, under religious auspices, a ready-made clientele from which the homosexual can more easily choose his partners. In remaining true to the sources of Jewish tradition. Jews are commanded to avoid the madness that seizes society at various times and in many forms, while yet retaining a moral composure and psychological equilibrium sufficient to exercise that combination of discipline and charity that is the hallmark of Judaism. Dr. Norman Lamm

Quand le cannibalisme n’est plus qu’une affaire de goût…

A l’heure où l’actualité se charge de nous rappeler chaque jour …

Les ravages dans tous les secteurs de la société, entre « mariage » et « enfants pour tous », du dérèglement des moeurs que nous vivons …

Pendant que devant le retour du réel le costume messianique de nos Obama français ou allemand semble lui aussi sérieusement prendre l’eau …

Et où face à l’insubmersible Donald Trump …

Et la confirmation de plus en plus éclatante par la réalité et les faits  …

De la justesse, face aux tigres de papier iraniens, chinois ou palestiniens, de nombre de ses intuitions et décisions …

Les Démocrates et progressistes américains semblent au contraire redoubler dans la caricature et dans l’aberration

Entre soutien aux villes-sanctuaire et appels à l’extension du droit de vote aux mineurs, repris de justice et immigrés illégaux comme à la suppression du collège électoral, des contrôles d’identité pour les électeurs et des frontières …

Et où profitant de la campagne présidentielle américaine …

Les lobbies homosexuels et leur claque médiatique …

Tentent contre toute évidence …

De nous imposer la candidature de ce qui serait …

Jeune, ancien militaire, surdiplômé d’Harvard, malto-américain, polyglotte, dûment marié à l’église et revendiquant sa foi chrétienne, s’il vous plait !

Le premier président ouvertement homosexuel et, putsch judiciaire et couverture de Time aidant, de son éventuelle « première famille » …

Petit retour avec le président de la Yeshiva university, le Dr. Norman Lamm

Et contre les nouveaux diktats de la pensée unique et du politiquement correct …

A la réalité non seulement biblique mais concrète de tous les jours …

Des nombreux problèmes moraux et sociaux que, sauf rares exceptions, posent …

Le véritable messianisme homosexuel qui, par médias et show biz interposés, nous est actuellement imposé …

Et qui au nom des nouveaux impératifs catégoriques de l »amour », de « l’épanouissement » et du « bonheur » …

Pourrait en arriver à nous faire avaliser …

A condition bien sûr d’être pratiqué « entre deux adultes consentants » et avec la « visée d’une relation d’amour permanente »…

Sans compter, dès l’âge de deux ans, le choix de sa propre assignation sexuelle …

Tant les contacts incestueux que les relations polygames …

Voire la nécrophilie ou le cannibalisme sexuel ?

Judaism and the Modern Attitude to Homosexuality
Dr. Norman Lamm
Jonah web
March 30, 2007

Dr. Norman Lamm presently serves as President of Yeshiva University.

Popular wisdom has it that our society is wildly hedonistic, with the breakdown of family life, rampant immorality, and the world, led by the United States, in the throes of a sexual revolution. The impetus of this latest revolution is such that new ground is constantly being broken, while bold deviations barely noticed one year are glaringly more evident the year following and become the norm for the « younger generation » the year after that.

Some sex researchers accept this portrait of a steady deterioration in sex inhibitions and of increasing permissiveness. Opposed to them are the « debunkers » who hold that this view is mere fantasy and that, while there may have been a significant leap in verbal sophistication, there has probably been only a short hop in actual behavior. They point to statistics which confirm that now, as in Kinsey’s day, there has been no reported increase in sexual frequencies along with alleged de-inhibition to rhetoric and dress. The « sexual revolution » is, for them, largely a myth. Yet others maintain that there is in Western society a permanent revolution against moral standards, but that the form and style of the revolt keeps changing.

The determination of which view is correct will have to be left to the sociologists and statisticians -or, better, to historians of the future who will have the benefit of hindsight. But certain facts are quite clear. First, the complaint that moral restraints are crumbling has a two or three thousand year history in Jewish tradition and in continuous history of Western civilization. Second, there has been a decided increase at least in the area of sexual attitudes, speech, and expectations, if not in practice. Third, such social and psychological phenomena must sooner or later beget changes in mores and conduct. And finally, it is indisputable that most current attitudes are profoundly at variance with traditional Jewish views on sex and sex morality.

Of all the current sexual fashions, the one most notable for its militancy, and which most conspicuously requires illumination from the sources of Jewish tradition, is that of sexual deviancy. This refers primarily to homosexuality, male or female, along with a host of other phenomena such as transvestism and transexualism. They all form part of the newly approved theory of idiosyncratic character of sexuality. Homosexuals have demanded acceptance in society, and this demand has taken various forms -from a plea that they should not be liable to criminal prosecution, to a demand that they should not be subjected to social sanctions, and then to a strident assertion that they represent an « alternative life-style » no less legitimate that « straight heterosexuality. The various forms of homosexual apologetics appear largely in contemporary literature and theater, as well as in the daily press. In the United States, « gay » activists have become increasingly and progressively more vocal and militant.

Legal Position

Homosexuals have, indeed, been suppressed by the law. For instance, the Emperor Valentinian, in 390 C.E., decreed that pederasty be punished by burning at the stake. The sixth-century Code of Justinian ordained that homosexuals be tortured, mutilated, paraded in public, and executed. A thousand years later, Gibbon said of the penalty the Code decreed that « pederasty became the crime of those to whom no crime could be imputed ». In more modern times, however, the Napoleonic Code declared consensual homosexuality legal in France. A century ago, anti-homosexual laws were repealed in Belgium and Holland. In this century, Denmark, Sweden and Switzerland followed suit and, more recently, Czechoslovakia and England. The most severe laws in the West are found in the United States, where they come under the jurisdiction of the various states and are known by a variety of names, usually as « sodomy laws ». Punishment may range from light fines to five or more years in prison (in some cases even life imprisonment), indeterminate detention to a mental hospital, and even to compulsory sterilization. Moreover, homosexuals are, in various states, barred from licensed professions, from many professional societies, from teaching, and from the civil service -to mention only a few of the sanctions encountered by the known homosexual.

More recently, a new tendency has been developing in the United States and elsewhere with regard to homosexuals. Thus, in 1969, the National Institute of Mental Health issued a majority report advocating that adult consensual homosexuality be declared legal. The American Civil Liberties Union concurred. Earlier, Illinois had done so in 1962, and in 1971 the state of Connecticut revised its laws accordingly. Yet despite the increasing legal and social tolerance of deviance, basic feelings toward homosexuals have not really changed. The most obvious example is France, where although legal restraints were abandoned over 150 years ago, the homosexual of today continues to live in shame and secrecy.

Statistics

Statistically, the proportion the proportion of homosexuals in society does not seem to have changed much since Professor Kinsey’s day (his book, Sexual Behavior in the Human Male, was published in 1948, and his volume on the human female in 1953). Kinsey’s studies revealed that hard-core male homosexuals constituted about 4-6% of the population: 10% experienced « problem » behavior during a part of their lives. One man out of three indulges in some form of homosexual behavior from puberty until his early twenties. The dimensions of the problem become quite overwhelming when it is realized that, according to these figures, of 200 million people in the United States some ten million will become or are predominant or exclusive homosexuals, and over 25 million will have at least a few years of significant homosexual experience.

The New Permissiveness

The most dramatic change in our attitudes to homosexuality has taken place in the new mass adolescent subculture -the first such in history- where it is part of the whole new outlook on sexual restraints in general. It is here that the fashionable Sexual Left has had its greatest success on a wide scale, appealing especially to the rejection of Western traditions of sex roles and sex typing. A number of different streams feed into this ideological reservoir from which the new sympathy for homosexuality flows. Freud and his disciples began the modern protest against traditional restraints, and blamed the guilt that follows transgression for the neuroses that plague man. Many psychoanalysts began to overemphasize the importance of sexuality in human life, and this ultimately gave birth to a kind of sexual messianism. Thus, in our own day Wilhelm Reich identifies sexual energy as « vital energy per se » and, in conformity with his Marxist ideology, seeks to harmonize Marx and Freud. For Reich and his followers, the sexual revolution is a machina ultima for the whole Leninist liberation in all spheres of life and society. Rebellion against restrictive moral codes has become, for them, not merely a way to hedonism but a form of sexual mysticism: orgasm is seem not only as the pleasurable climatic release of internal sexual pressure, but as a means to individual creativity and insight as well as to the reconstruction and liberation of society. Finally, the emphasis on freedom and sexual autonomy derives from the Sartrean version of Kant’s view of human autonomy.

It is in this atmosphere that pro-deviationist sentiments have proliferated, reaching into many strata of society. Significantly, religious groups have joined the sociologists and ideologists of deviance to affirm what has been called « man’s birthright of unbounded ambisexuality. » A number of Protestant churches in America, and an occasional Catholic clergyman, have plead for more sympathetic attitudes toward homosexuals. Following the new Christian permissiveness espoused in Sex and Morality (1966), the report of a working party of the British Council of Churches, a group of American Episcopalian clergymen in November 1967 concluded that homosexual acts ought not to be considered wrong, per se. A homosexual relationship is, they implied, no different from a heterosexual marriage: but must be judged by one criterion -« whether it is intended to foster a permanent relation of love. » Jewish apologists for deviationism have been prominent in the Gay Liberation movement and have not hesitated to advocate their position in American journals and in the press. Christian groups began to emerge which catered to a homosexual clientele, and Jews were not too far behind. This latest Jewish exemplification of the principle of wie es sich christelt, so juedelt es sich will be discussed at the end of this essay.

Homosexual militants are satisfied neither with a « mental health » approach nor with demanding civil rights. They are clear in insisting on society’s recognition of sexual deviance as an « alternative lifestyle, » morally legitimate and socially acceptable.
Such are the basic facts and theories of the current advocacy of sexual deviance. What is the classical Jewish attitude to sodomy, and what suggestions may be made to develop a Jewish approach to the complex problem of the homosexual in contemporary society?

Biblical View

The Bible prohibits homosexual intercourse and labels it an abomination: « Thou shalt not lie with a man as one lies with a woman: it is an abomination » (Lev. 18:22). Capital punishment is ordained for both transgressors in Lev. 20:13. In the first passage, sodomy is linked with buggery, and in the second with incest and buggery. (There is considerable terminological confusion with regard to these words. We shall here use « sodomy » as a synonym for homosexuality and « buggery » for sexual relations with animals.)

The city of Sodom had the questionable honor of lending its name to homosexuality because of the notorious attempt at homosexual rape, when the entire population -« both young and old, all the people from every quarter »- surrounded the home of Lot, the nephew of Abraham, and demanded that he surrender his guests to them « that we may know them » (Gen. 19:5). The decimation of the tribe of Benjamin resulted from the notorious incident, recorded in Judges 19, of a group of Benjamites in Gibeah who sought to commit homosexual rape.

Scholars have identified the kadesh proscribed by the Torah (Deut. 23:18) as a ritual male homosexual prostitute. This form of healthen cult penetrated Judea from the Canaanite surroundings in the period of the early monarchy. So Rehoboam, probably under the influence of his Ammonite mother, tolerated this cultic sodomy during his reign (I Kings 14:24). His grandson Asa tried to cleanse the Temple in Jerusalem of the practice (I Kings 15:12), as did his great-grandson Jehoshaphat. But it was not until the days of Josiah and the vigorous reforms he introduced that the kadesh was finally removed from the Temple and the land (II Kings 23:7). The Talmund too (Sanhedrin, 24b) holds that the kadesh was a homosexual functionary. (However, it is possible that the term also alludes to a heterosexual male prostitute. Thus, in II kings 23:7, women are described as weaving garments for the idols in the batei ha-kedeshim (houses of the kadesh): the presence of women may imply that the kadesh was not necessarily homosexual. The Talmudic opinion identifying the kadesh as a homosexual prostitute may be only an asmakhta. Moreover, there are other opinions in Talmudic literature as to the meaning of the verse: see Onkelos, Lev. 23:18, and Nachmanides and Torah Temimah, ad loc.)

Talmudic Approach

Rabbinic exegesis of the Bible finds several other homosexual references in the scriptural narratives. The generation of Noah was condemned to eradication by the Flood because they had sunk so low morally that, according to Midrashic teaching, they wrote out formal marriage contracts for sodomy and buggery -a possible cryptic reference to such practices in the Rome of Nero and Hadrian (Lev. R. 18:13).

Of Ham, the son of Noah, we are told that « he saw the nakedness of his father » and told his two brothers (Gen. 9:22). Why should this act have warranted the harsh imprecation hurled at Ham by his father? The Rabbis offer two answers: one, that the text implied that Ham castrated Noah: second, that the Biblical expression is an idiom for homosexual intercourse (see Rashi, ad loc.). On the scriptural story of Potiphar’s purchase of Joseph as a slave (Gen. 39:1), the Talmund comments that he acquired him for homosexual purposes, but that a miracle occurred and God sent the angel Gabriel to castrate Potiphar (Sotah 13b).

Post-Biblical literature records remarkably few incidents of homosexuality. Herod’s son Alexander, according to Josephus (Wars, I, 24:7), had homosexual contact with a young eunuch. Very few reports of homosexuality have come to us from the Talmudic era (TJ Sanhedrin 6:6, 23c: Jos. Ant., 15:25-30).

The incidence of sodomy among Jews is interestingly reflected in the Halakhah on mishkav zakhur (the Talmudic term for homosexuality: the Bible uses various terms- thus the same term in Num. 31:17 and 35 refers to heterosexual intercourse by a woman, whereas the expression for male homosexual intercourse in Lev. 18:22 and 20:13 is mishkevei ishah). The Mishnah teaches that R. Judah forbade two bachelors from sleeping under the same blanket, for fear that this would lead to homosexual temptation (Kiddushin 4:14). However, the Sages permitted it (ibid.) because homosexuality was so rare among Jews that such preventive legislation was considered unnecessary (Kiddushin 82a). This latter view is codified as Halakhah by Malmonides (Yad, Issurei Bi’ah 22:2). Some 400 years later R. Joseph Caro , who did not codify the law against sodomy proper, nevertheless cautioned against being alone with another male because of the lewdness prevalent « in our times » (Even ha-Ezer 24). About a hundred years later, R. Joel Sirkes reverted to the original ruling, and suspended the prohibition because such obscene acts were unheard of amongst Polish Jewry (Bayit Hadash to Tur, Even ha-Ezer 24). Indeed, a distinguished contemporary of R. Joseph Caro, R. Solomon Luria, went even further and declared homosexuality so very rare that, if one refrains from sharing a blanket with another male as a special act of piety, one is guilty of self-righteous pride or religious snobbism (for the above and additional authorities, see Ozar ha-Posekim, IX, 236-238).

Responsa

As is to be expected, the responsa literature is also very scant in discussions of homosexuality. One of the few such responsa is by the late R. Abraham Isaac Ha-Kohen Kook, when he was still the rabbi of Jaffa. In 1912 he was asked about a ritual slaughterer who had come under suspicion of homosexuality. After weighing all aspects of the case, R. Kook dismissed the charges against the accused, considering them unsupported hearsay. Furthermore, he maintained the man might have repented and therefore could not be subject to sanctions at the present time.

The very scarcity of halakhic deliberations on homosexuality, and the quite explicit insistence of various halakhic authorities, provide sufficient evidence of the relative absence of this practice among Jews from ancient times down to the present. Indeed, Prof. Kinsey found that, while religion was usually an influence of secondary importance on the number of homosexual as well as heterosexual acts by males. Orthodox Jews proved an exception, homosexuality being phenomenally rare among them.

Jewish laws treated the female homosexual more leniently than the male. It considered lesbianism as issur, an ordinary religious violation, rather than arayot, a specifically sexual infraction, regarded much more severely than issur. R. Huna held that lesbianism is the equivalent of harlotry and disqualified the woman from marrying a priest. The Halakhah is, however, more lenient, and decides that while the act is prohibited, the lesbian is not punished and is permitted to marry a priest (Sifra 9:8: Shab. 65a: Yev. 76a). However, the transgression does warrant disciplinary flagellation (Maimonides, Yad, Issurei Bi’ah 21:8). The less punitive attitude of the Halakhah to the female homosexual than to the male does not reflect any intrinsic judgment on one as opposed to the other, but is rather the result of a halakhic technicality: there is no explicit Biblical proscription of lesbianism, and the act does not entail genital intercourse (Maimonides, loc. cit.).

The Halakhah holds that the ban on homosexuality applies universally, to non-Jew as well as to Jew (Sanh 58a: Maimonides, Melakhim 9:5, 6). It is one of the six instances of arayot (sexual transgressions) forbidden to the Noachide (Maimonides, ibid).

Most halakhic authorities – such as Rashba and Ritba – agree with Maimonides. A minority opinion holds that pederasty and buggery are « ordinary » prohibitions rather than arayot – specifically sexual infractions which demand that one submit to martyrdom rather than violate the law – but the Jerusalem Talmud supports the majority opinion. (See D. M. Krozer, Devar Ha-Melekh, I, 22, 23 (1962), who also suggests that Maimonides may support a distinction whereby the « male » or active homosexual partner is held in violation of arayot whereas the passive or « female » partner transgresses issur, an ordinary prohibition.)

Reasons of Prohibition

Why does the Torah forbids homosexuality? Bearing in mind that reasons proferred for the various commandments are not to be accepted as determinative, but as human efforts to explain immutable divine law, the rabbis of the Talmud and later Talmudists did offer a number of illuminating rationales for the law.

As stated, the Torah condemns homosexuality as to’evah, an abomination. The Talmud records the interpretation of Bar Kapparah who, in a play on words, defined to’evah as to’eh attah bah. « You are going astray because of it » (Nedarim 51a). The exact meaning of this passage is unclear, and various explanations have been put forward.

The Pesikta (Zutarta) explains the statement of Bar Kapparah as referring to the impossibility of such a sexual resulting in procreation. One of the major functions (if not the major purpose) of sexuality is reproduction, and this reason for man’s sexual endowment is frustrated by mishkav zakhur (so too Sefer ha-Hinnukh, no. 209).

Another interpretation is that of the Tosafot and R. Asher ben Jehiel (in their commentaries to Ned. 51a) which applies the « going astray » or wandering to the homosexual’s abandoning his wife. In other words, the abomination consists of the danger that a married man with homosexual tendencies may disrupt his family life in order to indulge his perversions. Saadiah Gaon holds the rational basis of most of the Bible’s moral legislation to be the preservation of the family structure (Emunot ve-De’ot 3:1: cf. Yoma 9a). (This argument assumes contemporary cogency in the light of the avowed aim of some gay militants to destroy the family, which they consider an « oppressive institution. »)

A third explanation is given by a modern scholar, Rabbi Baruch Ha-Levi Epstein (Torah Temimah to Lev. 18:22), who emphasizes the unnaturalness of the homosexual liaison: « You are going astray from the foundations of the creation. » Mishkav zakhur defies the very structure of the anatomy of the sexes, which quite obviously was designed for heterosexual relationships.

It may be, however, that the very variety of interpretations of to’evah points to a far more fundamental meaning, namely, that an act characterized as an « abomination » is prima facie disgusting and cannot be further defined or explained. Certain acts are considered to’evah by the Torah, and there the matter rests. It is, as it were, a visceral reaction, an intuitive disqualification of the act, and we run the risk of distorting the Biblical judgment if we rationalize it. To’evah constitutes a category of objectionableness sui generis: it is a primary phenomenon. (This lends additional force to Rabbi David Z. Hoffmann’s contention that to’evah is used by the Torah to indicate the repulsiveness of a proscribed act, no matter how much it may be in vogue among advanced and sophisticated cultures: see his Sefer Va-yikra, II, p. 54.).

Jewish Attitudes

It is on the basis of the above that an effort must be made to formulate a Jewish response to the problems of homosexuality in the conditions under which most Jews live today, namely, those of free and democratic societies and, with the exception of Israel, non-Jewish lands and traditions.

Four general approaches may be adopted:1) Repressive: No leniency toward the homosexual, lest the moral fiber of the rest of society be weakened.2) Practical: Dispense with imprisonment and all forms of social harassment, for eminently practical and prudent reasons.3) Permissive: The same as the above, but for the ideological reasons, viz., the acceptance of homosexuality as a legitimate alternative « lifestyle »4) Psychological: Homosexuality, in at least some forms, should be recognized as a disease and this recognition must determine our attitude toward the homosexual.
Let us consider each of these critically.

Repressive Attitude

Exponents of the most stringent approach hold that pederasts are the vanguard of moral malaise, especially in our society. For on thing, they are dangerous to children. According to a recent work, one third of the homosexuals in the study were seduced in their adolescence by adults. It is best for society that they be imprisoned, and if our present penal institutions are faulty, let them be improved. Homosexuals should certainly not be permitted to function as teachers, group leaders, rabbis, or in any other capacity where they might be models for, and come into close contact with, young people. Homosexuality must not be excused as a sickness. A sane society assumes that its members have free choice, and are therefore responsible for their conduct. Sex offenders, including homosexuals, according to another recent study, operate « at a primate level with the philosophy that necessity is the mother of improvisation. » As Jews who believe that the Torah legislated certain moral laws for all mankind, it is incumbent upon us to encourage all societies, including non-Jewish ones, to implement the Noachide laws. And since, according to the halakhah, homosexuality is prohibited to Noachides as well as to Jews, we must seek to strengthen the moral quality of society by encouraging more restrictive laws against homosexuals. Moreover, if we are loyal to the teachings of Judaism, we cannot distinguish between « victimless » crimes and crimes of violence. Hence, if our concern for the murder, racial oppression, or robbery, we must do no less with regard to sodomy.

This argument is, however, weak on a number of grounds. Practically, it fails to take into cognizance the number of homosexuals of all categories, which, as we have pointed out, is vast. We cannot possibly imprison all offenders, and it is a manifest miscarriage of justice to vent our spleen only on the few unfortunates who are caught by the police. It is inconsistent because there has been no comparable outcry for harsh sentencing of other transgressors of sexual morality, such as those who indulge in adultery or incest. To take consistency to its logical conclusion, this hard line on homosexuality should not stop with imprisonment but demand the death sentence, as is Biblically prescribed. And why not the same death sentence for blasphemy, eating a limb torn from a live animal, idolatry, robbery -all of which are Noachide commandments? And why not capital punishment for Sabbath transgressors in the State of Israel? Why should the pederast be singled out for opprobrium and be made an object lesson while all others escape?

Those who might seriously consider such logically consistent, but socially destructive, strategies had best think back to the fate of that Dominican reformer, the monk Girolamo Savonarola, who in 15th-century Florence undertook a fanatical campaign against vice and all suspected of venal sin, with emphasis on pederasty. The society of that time and place, much like ours, could stand vast improvement. But too much medicine in too strong doses was the monk’s prescription, whereupon the population rioted and the zealot was hanged.

Finally, there is indeed some halakhic warrant for distinguishing between violent and victimless (or consensual and non-consensual) crimes. Thus, the Talmud permits a passer-by to kill a man in pursuit of another man or of a woman when the pursuer is attempting homosexual or heterosexual rape, as the case may be, whereas this is not permitted in the case of a transgressor pursuing an animal to commit buggery or on his way to worship an idol or to violate the Sabbath, (Sanh. 8:7, and v. Rashi to Sanh. 73a, s.v. al ha-behemah).

Practical Attitude

The practical approach is completely pragmatic and attempts to steer clear of any ideology in its judgments and recommendations. It is, according to its advocates, eminently reasonable. Criminal laws requiring punishment for homosexuals are simply unenforceable in society at the present day. We have previously cited the statistics on the extremely high incidence of pederasty in our society. Kinsey once said of the many sexual acts outlawed by the various states, that, were they all enforced, some 95% of men in the United States would be in jail. Furthermore, the special prejudice of law enforcement authorities against homosexuals – rarely does one hear of police entrapment or of jail sentences for non-violent heterosexuals – breeds a grave injustice: namely, it is an invitation to blackmail. The law concerning sodomy has been called « the blackmailer’s charter. » It is universally agreed that prison does little to help the homosexual rid himself of his peculiarity. Certainly, the failure of rehabilitation ought to be of concern to civilized men. But even if it is not, and the crime be considered so serious that incarceration is deemed advisable even in the absence of any real chances of rehabilitation, the casual pederast almost always leaves prison as a confirmed criminal. He has been denied the company of women and forced into society of those whose sexual expression is almost always channeled to pederasty. The casual pederast has become a habitual one: his homosexuality has now been ingrained in him. Is society any safer for having taken an errant man and, in the course of a few years, for having taught him to transform his deviancy into a hard and fast perversion, then turning him loose on the community? Finally, from a Jewish point of view, since it is obviously impossible for us to impose the death penalty for sodomy, we may as well act on purely practical grounds and do away with all legislation and punishment in this area of personal conduct.

This reasoning is tempting precisely because it focuses directly on the problem and is free of any ideological commitments. But the problem with it is that it is too smooth, too easy. By the same reasoning one might, in a reductio ad absurdum do away with all laws on income tax evasion, or forgive, and dispense with all punishment of Nazi murders. Furthermore, the last element leaves us with a novel view of the Halakhah: if it cannot be implemented in its entirely, it ought to be abandoned completely. Surely the Noachide laws, perhaps above all others, place us under clear moral imperatives, over and above purely penological instructions? The very practicality of this position leaves it open to the charge of evading the very real moral issues, and for Jews the halakhic principles, entailed in any discussion of homosexuality.

Permissive Attitude

The ideological advocacy of a completely permissive attitude toward consensual homosexuality and the acceptance of its moral legitimacy is, of course, the « in » fashion in sophisticated liberal circles. Legally, it holds that deviancy is none of the law’s business; the homosexual’s civil rights are as sacred as those of any other « minority group. » From the psychological angle, sexuality must be emancipated from the fetters of guilt induced by religion and code-morality, and its idiosyncratic nature must be confirmed.

Gay Liberationists aver that the usual « straight » attitude toward homosexuality is based on three fallacies or myths: that homosexuality is an illness; that it is unnatural; and that it is immoral. They argue that it cannot be considered an illness, because so many people have been shown to practice it. It is not unnatural, because its alleged unnaturalness derives from the impossibility of sodomy leading to reproduction, whereas our overpopulated society no longer needs to breed workers, soldiers, farmers, or hunters. And it is not immoral, first, because morality is relative, and secondly, because moral behavior is that characterized by « selfless, loving concern. »

Now, we are here concerned with the sexual problem as such, and not with homosexuality as a symbol of the whole contemporary ideological polemic against restraint and tradition. Homosexuality is too important – and too agonizing – a human problem to allow it to be exploited for political aims or entertainment or shock value.

The bland assumption that pederasty cannot be considered an illness because of the large number of people who have or express homosexual tendencies cannot stand up under criticism. No less an authority than Freud taught that a whole civilization can be neurotic. Erich Fromm appeals for the establishment of The Sane Society – because ours is not. If the majority of a nation are struck down by typhoid fever, does this condition, by so curious a calculus of semantics, become healthy? Whether or not homosexuality can be considered an illness is a serious question, and it does depend on one’s definition of health and illness. But mere statistics are certainly not the coup de grâce to the psychological argument, which will be discussed shortly.

The validation of gay life as « natural » on the basis of changing social and economic conditions is an act of verbal obfuscation. Even if we were to concur with the widely held feeling that the world’s population is dangerously large, and that Zero Population Growth is now a desideratum, the anatomical fact remains unchanged: the generative organs are structured for generation. If the words « natural » and « unnatural » have any meaning at all, they must be rooted in the unchanging reality of man’s sexual apparatus rather than in his ephmeral social configurations.

Militant feminists along with the gay activists react vigorously against the implication that natural structure implies the naturalness or unnaturalness of certain acts, but this very view has recently been confirmed by one of the most informed writers on the subject. « It is already pretty safe to infer from laboratory research and ethological parallels that male and female are wired in ways that relate to our traditional sex roles… Freud dramatically said that anatomy is destiny. Scientists who shudder at the dramatic, no matter how accurate, could rephrase this: anatomy is functional, body functions have profound psychological meanings to people, and anatomy and function are often socially elaborated » (Arno Karlen, Sexuality and Homosexuality, p. 501).

The moral issues lead us into the quagmire of perennial philosophical disquisitions of a fundamental nature. In a way, this facilitates the problem for one seeking a Jewish view. Judaism does not accept the kind of thoroughgoing relativism used to justify the gay life as merely an alternate lifestyle And while the question of human autonomy is certainly worthy of consideration in the area of sexuality, one must beware of the consequences of taking the argument to its logical extreme. Judaism clearly cherishes holiness as a greater value than either freedom or health. Furthermore, if every individual’s autonomy leads us to lend moral legitimacy to any form of sexual expression he may desire, we must be ready to pull the blanket of this moral validity over almost the whole catalogue of perversion described by Krafft-Ebing, and then, by the legerdemain of granting civil rights to the morally non-objectionable, permit the advocates of buggery, fetishism, or whatever to proselytize in public. In that case, why not in the school system? And if consent is obtained before the death of one partner, why not necrophilia or cannibalism? Surely, if we declare pederasty to be merely idiosyncratic and not an « abomination, » what right have we to condemn sexually motivated cannibalism – merely because most people would react with revulsion and disgust?

« Loving, selfless concern » and « meaningful personal relationships » – the great slogans of the New Morality and the exponents of situation ethics – have become the litany of sodomy in our times. Simple logic should permit us to use the same criteria for excusing adultery or any other act heretofore held to be immoral: and indeed, that is just what has been done, and it has received the sanction not only of liberals and humanists, but of certain religionists as well. « Love, » « fulfillment, » « exploitative, » « meaningful » – the list itself sounds like a lexicon of emotionally charged terms drawn at random from the disparate sources of both Christian and psychologically-orientated agnostic circles. Logically, we must ask the next question: what moral depravities can not be excused by the sole criterion of « warm, meaningful human relations » or « fulfillment, » the newest semantic heirs to « love »?

Love, fulfillment, and happiness can also be attained in incestuous contacts -and certainly in polygamous relationships. Is there nothing at all left that is « sinful, » « unnatural, » or « immoral » if it is practiced « between two consenting adults? » For religious groups to aver that a homosexual relationship should be judged by the same criteria as a heterosexual one – i.e., « whether it is intended to foster a permanent relationship of love » – is to abandon the last claim of representing the « Judeo-Christian tradition. »

I have elsewhere essayed a criticism of the situationalists, their use of the term « love, » and their objections to traditional morality as exemplified by the Halakhah as « mere legalism » (see my Faith and Doubt, chapter IX, p. 249 ff). Situationalists, such as Joseph Fletcher, have especially attacked « pilpolistic Rabbis » for remaining entangled in the coils of statutory and legalistic hairsplitting. Among the other things this typically Christian polemic reveals is an ignorance of the nature of Halakhah and its place in Judaism, which never held that law was totality of life, pleaded again and again for supererogatory conduct, recognized that individuals may be disadvantaged by the law, and which strove to rectify what could be rectified without abandoning the large majority to legal and moral chaos simply because of the discomfiture of the few.

Clearly, while Judaism needs no defense or apology in regard to its esteem for neighborly love and compassion for the individual sufferer, it cannot possibly abide a wholesale dismissal of its most basic moral principles on the grounds that those subject to its judgments find them repressive. All laws are repressive to some extent -they repress illegal activities- and all morality is concerned with changing man and improving him and his society. Homosexuality imposes on one an intolerable burden of differentness, of absurdity, and of loneliness, but the Biblical commandment outlawing pederasty cannot be put aside solely on the basis of sympathy for the victim of these feelings. Morality, too, is an element which each of us, given his sensuality, his own idiosyncracies, and his immoral proclivities, must take into serious consideration before acting out his impulses.

Psychological Attitudes

Several years ago I recommended that Jews regard homosexual deviance as a pathology, thus reconciling the insights of Jewish tradition with the exigencies of contemporary life and scientific information, such as it is, on the nature of homosexuality (Jewish Life, Jan-Feb. 1968). The remarks that follow are an expansion and modification of that position, together with some new data and notions.

The proposal that homosexuality be viewed as an illness will immediately be denied by three groups of people. Gay militants object to this view as an instance of heterosexual condescension. Evelyn Hooker and her group of psychologists maintain that homosexuals are no more pathological in their personality structures than heterosexuals. And psychiatrists Thomas Szasz in the U.S. and Ronald Laing in England reject all traditional ideas of mental sickness and health as tools of social repressiveness or, at best, narrow conventionalism. While granting that there are indeed unfortunate instances where the category of mental disease is exploited for social or political reasons, we part company with all three groups and assume that there are significant number of pederasts and lesbians who, by the criteria accepted by most psychologists and psychiatrists, can indeed be termed pathological. Thus, for instance, Dr. Albert Ellis, an ardent advocate of the right to deviancy, denies there is such a thing as a well-adjusted homosexual. In an interview, he has stated that whereas he used to believe that most homosexuals were neurotic, he is now convinced that about 50% are borderline psychotics, that the usual fixed male homosexual is a severe phobic, and that lesbians are even more disturbed than male homosexuals (see Karlem, op. cit., p. 223ff.).

No single cause of homosexuality has been established. In all probability, it is based on a conglomeration of a number of factors. There is overwhelming evidence that the condition is developmental, not constitutional. Despite all efforts to discover something genetic in homosexuality, no proof has been adduced, and researchers incline more and more to reject the Freudian concept of fundamental human biological bisexuality and its corollary of homosexual latency. It is now widely believed that homosexuality is the result of a whole family constellation. The passive, dependent, phobic male homosexual is usually the product of an aggressive, covertly seductive mother who is overly rigid and puritanical with her son – thus forcing him into a bond where he is sexually aroused, yet forbidden to express himself in any heterosexual way – and of a father who is absent, remote, emotionally detached, or hostile (I. Bieber et al. Homosexuality, 1962).

Can the homosexual be cured? There is a tradition of therapeutic pessimism that goes back to Freud but a number of psychoanalysis, including Freud’s daughter Anna, have reported successes in treating homosexuals as any other phobics (in this case, fear of the female genitals). It is generally accepted that about a third of all homosexuals can be completely cured: behavioral therapists report an even larger number of cures.

Of course, one cannot say categorically that all homosexuals are sick – any more than one can casually define all thieves as kleptomaniacs. In order to develop a reasonable Jewish approach to the problem and to seek in the concept of illness some mitigating factor, it is necessary first to establish the main types of homosexuals. Dr. Judd Marmor speaks of four categories. « Genuine homosexuality » is based on strong preferential erotic feelings for members of the same sex. « Transitory homosexual behavior » occurs among adolescents who would prefer heterosexual experiences but are denied such opportunities because of the social, cultural, or psychological reasons. « Situational homosexual exchanges » are characteristic of prisoners, soldiers and others who are heterosexual but are denied access to women for long periods of time. « Transitory and opportunistic homosexuality » is that of delinquent young men who permit themselves to be used by pederasts in order to make money or win other favors, although their primary erotic interests are exclusively heterosexual. To these may be added, for purposes of our analysis, two other types. The first category, that of genuine homosexuals, me be said to comprehend two sub-categories: those who experience their condition as one of duress or uncontrollable passion which they would rid themselves of if they could, and those who transform their idiosyncrasy into an ideology, i.e., the gay militants who assert the legitimacy and validity of homosexuality as an alternative way to heterosexuality. The sixth category is based on what Dr. Rollo May has called « the New Puritanism », the peculiarly modern notion that one must experience all sexual pleasures, whether or not one feels inclined to them, as if the failure to taste every cup passed at the sumptuous banquet of carnal life means that one has not truly lived. Thus, we have transitory homosexual behavior not of adolescents, but of adults who feel that: they must « try everything » at least once or more than once in their lives.

A Possible Halakhic Solution

This rubric will now permit us to apply the notion of disease (and, from the halakhic point of view, of its opposite, moral culpability) to the various types of sodomy. Clearly, genuine homosexuality experienced under duress (Hebrew: ones) most obviously lends itself to being termed pathological especially where dysfunction appears in other aspects of personality. Opportunistic homosexuality, ideological homosexuality, and transitory adult homosexuality are at the other end of the spectrum, and appear most reprehensible. As for the intermediate categories, while they cannot be called illness, they do have a greater claim on our sympathy than the three types mentioned above.

In formulating the notion of homosexuality as a disease, we are not asserting the formal halakhic definition of mental illness as mental incompetence, as described in TB Hag. 3b, 4a, and elsewhere. Furthermore, the categorization of a prohibited sex act as ones (duress) because of uncontrolled passions is valid, in a technical halakhic sense, only for a married woman who was ravished and who, in the course of the act, became a willing participant. The Halakhah decides with Rava, against the father of Samuel, that her consent is considered duress because of the passions aroused in her (Ket, 51b). However, this holds true only if the act was initially entered into under physical compulsion (Kesef Mishneh to Yad, Sanh. 20:3). Moreover, the claim of compulsion by one’s erotic passions is not valid for a male, for any erection is considered a token of his willingness (Yev, 53b; Maimonides, Yad, Sanh, 20:3). In the case of a male who was forced to cohabit with a woman forbidden to him, some authorities consider him guilty and punishable, while others hold him guilty but not subject to punishment by the courts (Tos., Yev, 53b; Hinnukh, 556; Kesef Mishneh, loc. cit.: Maggid Mishneh to Issurei Bi´ah, 1:9). Where a male is sexually aroused in a permissible manner, as to begin coitus with his wife and is then forced to conclude the act with another woman, most authorities exonerate him (Rabad and Maggid Mishned, to Issurei Bi´ah, in loc). If, now, the warped family background of the genuine homosexual is considered ones, the homosexual act may possibly lay claim to some mitigation by the Halakhah. (However, see Minhat Hinnukh, 556, end; and M. Feinstein, Iggerot Moshe (1973) on YD, no. 59, who holds, in a different context, that any pleasure derived from a forbidden act performed under duress increases the level of prohibition. This was anticipated by R. Joseph Engel, Atvan de-Oraita, 24). These latter sources indicate the difficulty of exonerating sexual transgressors because of psycho-pathological reasons under the technical rules of the Halakhah.

However, in the absence of a Sanhedrin and since it is impossible to implement the whole halakhic penal system, including capital punishment, such strict applications are unnecessary. What we are attempting is to develop guidelines, based on the Halakhah, which will allow contemporary Jews to orient themselves to the current problems of homosexuality in a manner articulating with the most fundamental insights of the Halakhah in a general sense, and consistent with the broadest world-view that the halakhic commitment instills in its followers. Thus, the aggadic statement that « no man sins unless he is overcome by a spirit of madness » (Sot. 3a) is not an operative halakhic rule, but does offer guidance on public policy and individual pastoral compassion. So in the present case, the formal halakhic strictures do not in any case apply nowadays, and it is our contention that the aggadic principle must lead us to seek out the mitigating halakhic elements so as to guide us in our orientation to homosexuals who, by the standards of modern psychology, may be regarded as acting under compulsion.

To apply the Halakhah strictly in this case is obviously impossible; to ignore it entirely is undesirable, and tantamount to regarding Halakhah as a purely abstract, legalistic system which can safely be dismissed where its norms and prescriptions do not allow full formal implementation. Admittedly, the method is not rigorous, and leaves room to varying interpretations as well as exegetical abuse, but it is the best we can do.

Hence there are types of homosexuality that do not warrant any special considerateness, because the notion of ones or duress (i.e., disease) in no way applies. Where the category of mental illness does apply, the act itself remains to´evah (an abomination), but the fact of illness lays upon us the obligation of pastoral compassion, psychological understanding, and social sympathy. In these sense, homosexuality is no different from any other social or anti-halakhic act, where it is legitimate to distinguish between the objective itself including its social and moral consequences, and the mentality and inner development of the person who perpetrates the act. For instance, if a man murders in a cold and calculating fashion for reasons of profit, the act is criminal and the transgressor is criminal. If, however, a psychotic murders, the transgressor is diseased rather than criminal, but the objective act itself remains a criminal one. The courts may therefore treat the perpetrator of the crime as they would a patient, with all the concomitant compassion and concern for therapy, without condoning the act as being morally neutral. To use halakhic terminology, the objective crime remains a ma´aseh averah, whereas a person who transgresses is considered innocent on the grounds of ones. In such case, the transgressor is spared the full legal consequences of his culpable act, although the degree to which he may be held responsible varies from case to case.

An example of a criminal act that is treated with compassion by the Halakhah, which in practice considers the act pathological rather than criminal, is suicide. Technically, the suicide or attempted suicide is in violation of the law. The Halakhah denies to the suicide the honor of a eulogy, the rending of the garments by relatives or witnesses to the death, and (according to Maimonides) insist that the relatives are not to observe the usual mourning period for the suicide. Yet, in the course of time, the tendency has been to remove the stigma from the suicide on the basis of mental disease. Thus, halakhic scholars do not apply the technical category of intentional (la-da´at) suicide to one who did not clearly demonstrate before performing the act, that he knew what he was doing and was of sound mind, to the extent that there was no hiatus between the act of self-destruction and actual death. If these conditions are not present, we assume that it was an insane act or that between the act and death he experienced pangs of contrition and is therefore repentant, hence excused before the law. There is even one opinion which exonerates the suicide unless he received adequate warning (hatra´ah) before performing the act, and responded in a manner indicating that he was fully aware of what he was doing and that he was lucid (J.M Tykocinski, Gesher ha-Hayyim, I, ch. 25, and Encyclopaedia Judaica, 15:490).

Admittedly, there are differences between the two cases: pederasty is clearly a severe violation of Biblical law, whereas the stricture against suicide is derived exegetically from a verse in the Genesis. Nevertheless, the principle operative in the one is applicable to the other: where one can attribute an act to mental illness, it is done out of simple humanitarian considerations.

The suicide analogy should not, of course, lead one to conclude that there are grounds for a blanket exculpation of homosexuality as mental illness. Not all forms of homosexuality can be so termed, as indicated above, and the act itself remains an « abomination ». With few exceptions, most people do not ordinarily propose that suicide be considered an acceptable and legitimate alternative to the rigors of daily life. No sane and moral person sits passively and watches a fellow man attempt suicide because he « understands » him and because it has been decided that suicide is a « morally neutral » act. By the same token, in orienting ourselves to certain types of homosexuals as patients rather than criminals, we do not condone the act but attempt to help the homosexual. Under no circumstances can Judaism suffer homosexuality to become respectable. Were society to give its open or even tacit approval to homosexuality, it would invite more aggressiveness on the part of adult pederasts toward young people. Indeed, in the currently permissive atmosphere, the Jewish view would summon us to the semantic courage of referring to homosexuality not as « deviance » with the implication of moral neutrality and non-judgmental idiosyncrasy, but as « perversion » – a less clinical and more old-fashioned word, perhaps, but one that is more in keeping with the Biblical to´evah.

Yet, having passed this moral judgment, we cannot in the name of Judaism necessarily demand that we strive for the harshest possible punishment. Even where it was halakhically feasible to execute capital punishment, we have a tradition of leniency. Thus, R. Akiva and R. Tarfon declared that had they lived during the time of the Sanhedrin, they never would have executed a man. Although the Halakhah does not decide in their favor (Mak., end of ch. I), it was rare indeed that the death penalty was actually imposed. Usually, the Biblically mandated penalty was regarded as an index of the severity of the transgression, and the actual execution was avoided by strict insistence upon all technical requirements – such al hatra´ah (forewarning the potential criminal) and rigorous cross-examination of witnesses, etc. In the same spirit, we are not bound to press for the most punitive policy toward contemporary lawbreakers. We are required to lead them to rehabilitation (teshuva). The Halakhah sees no contradiction between condemning a man to death and exercising compassion, even love, toward him (Sanh. 52a). Even a man on the way to his execution was encouraged to repent (Sanh. 6:2). In the absence of a death penalty, the tradition of teshuva and pastoral compassion to the sinner continues.

I do not find any warrant in the Jewish tradition for insisting on prison sentences for homosexuals. The singling-out of homosexuals as victims of society’s righteous indignation is patently unfair. In Western history, anti-homosexual crusades have too often been marked by cruelty, destruction, and bigotry. Imprisonment in modern times has proven to be extremely haphazard. The number of homosexuals unfortunate enough to be apprehended is infinitesimal as compared to the number of known homosexuals; estimates vary from one to 300.000 to one to 6.000.000!. For homosexuals to be singled out for special punishment while all the rest of society indulges itself in every other form of sexual malfeasance (using the definitions of Halakhah, not the New Morality) is a species of double-standard morality that the spirit of Halakhah cannot abide. Thus, the Mishnah declares that the « scroll of the suspected adulteress » (megillat sotah) – whereby a wife suspected of adultery was forced to undergo the test of « bitter waters » – was cancelled when the Sages became aware of the ever-larger number of adulterers in general (Sot. 9:9). The Talmud bases this decision on an aversion to the double standard: if the husband is himself an adulterer, the « bitter waters » will have no effect on his wife, even though she too be guilty of the offense (Sot. 47b). By the same token, a society in which heterosexual immorality is not conspicuously absent has no moral right to sit in stern judgment and mete out harsh penalties to homosexuals.

Furthermore, sending a homosexual to prison is counterproductive if punishment is to contain any element of rehabilitation or teshuva. It has rightly been compared to sending an alcoholic to a distillery. The Talmud records that the Sanhedrin was unwilling to apply the full force of the law where punishment had lost its quality of deterrence; thus, 40 (or four) years before the destruction of the Temple, the Sanhedrin voluntarily left the precincts of the Temple so as not to be able, technically, to impose the death sentence, because it had noticed the increasing rate of homicide (Sanh. 41a, and elsewhere).

There is nothing in the Jewish law’s letter or spirit that should incline us toward advocacy of imprisonment for homosexuals. The Halakhah did not, by and large, encourage the denial of freedom as a recommended form of punishment. Flogging is, from a certain perspective, far less cruel and far more enlightened. Since capital punishment is out of the question, and since incarceration is not an advisable substitute, we are left with one absolute minimum: strong disapproval of the proscribed act. But we are not bound to any specific penological instrument that has no basis in Jewish law or tradition.

How shall this disapproval be expressed? It has been suggested that, since homosexuality will never attain acceptance anyway, society can afford to be humane. As long as violence and the seduction of children are not involved, it would best to abandon all laws on homosexuality and leave it to the inevitable social sanctions to control, informally,what can be controlled.

However, this approach is not consonant with Jewish tradition. The repeal of anti-homosexual laws implies the removal of the stigma from homosexuality, and this diminution of social censure weakens society in its training of the young toward acceptable patterns of conduct. The absence of adequate social reproach may well encourage the expression of homosexual tendencies by those in whom they might otherwise be suppressed. Law itself has an educative function, and the repeal of laws, no matter how justifiable such repeal may be from one point of view, does have the effect of signaling the acceptability of greater permissiveness.

Some New Proposals

Perhaps all that has been said above can best be expressed in the proposals that follow.

First, society and government must recognize the distinctions between the various categories enumerated earlier in this essay. We must offer medical and psychological assistance to those whose homosexuality is an expression of pathology, who recognize it as such, and are willing to seek help. We must be no less generous to the homosexual than to the drug addict, to whom the government extends various forms of therapy upon request.

Second, jail sentences must be abolished for all homosexuals, save those who are guilty of violence, seduction of the young, or public solicitation.

Third, the laws must remain on the books, but by mutual consent of judiciary and police, be unenforced. This approximates to what lawyers call « the chilling effect », and is the nearest one can come to the category so well known in the Halakhah, whereby strong disapproval is expressed by affirming a halakhic prohibition, yet no punishment is mandated. It is a category that bridges the gap between morality and law. In a society where homosexuality is so rampant, and where incarceration is so counterproductive, the hortatory approach may well be a way of formalizing society’s revulsion while avoiding the pitfalls in our accepted penology.

For the Jewish community as such, the same principles, derived from the tradition, may serve as guidelines. Judaism allows for no compromise in its abhorrence of sodomy, but encourages both compassion and efforts at rehabilitation. Certainly, there must be no acceptance of separate Jewish homosexual societies, such as – or specially – synagogues set aside as homosexual congregations. The first such « gay synagogue », apparently, was the « Beth Chayim Chadashim » in Los Angeles. Spawned by that city’s Metropolitan Community Church in March 1972, the founding group constituted itself as a Reform congregation with the help of the Pacific Southwest Council of the Union of American Hebrew Congregations some time in early 1973. Thereafter, similar groups surfaced in New York City and elsewhere. The original group meets on Friday evenings in the Leo Baeck Temple and is searching for a rabbi – who must himself be « gay ». The membership sees itself as justified by « the Philosophy of Reform Judaism ». The Temple president declared that God is « more concerned in our finding a sense of peace in which to make a better world, than He is in whom someone sleeps with » (cited in « Judaism and Homosexuality » C.C.A.R. Journal, summer 1973, p. 38; five articles in this issue of the Reform group’s rabbinic journal are devoted to the same theme, and most of them approve of the Gay Synagogue).

But such reasoning is specious, to say the least. Regular congregations and other Jewish groups should not hesitate to accord hospitality and membership, on an individual basis, to those « visible » homosexuals who qualify for the category of the ill. Homosexuals are no less in violation of Jewish norms than Sabbath desecrators or those who disregard the laws of kashrut. But to assent to the organization of separate « gay » groups under Jewish auspices makes no more sense, Jewishly, than to suffer the formation of synagogues that care exclusively to idol worshipers, adulterers, gossipers, tax evaders, or Sabbath violators. Indeed, it makes less sense, because it provides, under religious auspices, a ready-made clientele from which the homosexual can more easily choose his partners.

In remaining true to the sources of Jewish tradition. Jews are commanded to avoid the madness that seizes society at various times and in many forms, while yet retaining a moral composure and psychological equilibrium sufficient to exercise that combination of discipline and charity that is the hallmark of Judaism.

Voir aussi:

Buttigieg en tête des démocrates dans l’Iowa, une première

Métro

12 novembre 2018

Le jeune maire américain modéré Pete Buttigieg a dépassé pour la première fois les poids lourds de la primaire démocrate dans un sondage publié mardi portant sur l’Iowa, un État-clé dans la course à la Maison-Blanche car il sera le premier à voter.

C’est la première fois que Pete Buttigieg, 37 ans, arrive en tête d’un sondage dans la campagne pour la primaire démocrate.

Le maire enregistre 22% des intentions de vote dans l’Iowa selon un sondage de l’institut de Monmouth University, devant les grands favoris jusqu’ici: l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden (19%), la sénatrice progressiste Elizabeth Warren (18%) et le sénateur indépendant Bernie Sanders (13%).

Encore inconnu du grand public il y a un an, le maire de South Bend, dans l’Indiana, s’est depuis forgé un nom en se posant en modéré capable de rassembler l’Amérique pour battre le républicain Donald Trump en novembre 2020.

Ancien militaire, polyglotte et utra-diplômé, il est le premier grand candidat ouvertement homosexuel à la Maison-Blanche, marié depuis 2018 à un enseignant, Chasten.

Dans l’Iowa, où la primaire sera organisée le 3 février, «Buttigieg émerge comme un choix de premier plan pour un large éventail de démocrates», quel que soit leur niveau d’«éducation ou leur idéologie», a écrit mardi Patrick Murray, directeur de l’institut de sondage Monmouth University, dans un communiqué.

Plus de deux tiers des 451 personnes interrogées –du 7 au 11 novembre– disent pouvoir encore changer d’avis, précise l’institut. La marge d’erreur est importante, à 4,6 points, mais ce nouveau sondage vient confirmer l’ascension de M. Buttigieg dans l’Iowa depuis plusieurs semaines.

Sur les 17 candidats encore en lice pour l’investiture démocrate, Joe Biden reste favori au niveau national mais est en perte de vitesse (26,8%), suivi par Elizabeth Warren (20,8%), Bernie Sanders (17%), avec, loin derrière, Pete Buttigieg (7,5%).

Voir également:

Pete Buttigieg, meilleur candidat pour battre Trump à l’élection présidentielle?

Après avoir brillé dans l’Iowa, l’ancien maire mise sur la primaire dans le New Hampshire pour affronter Donald Trump à l’élection présidentielle américaine.

PRÉSIDENTIELLE AMÉRICAINE – Va-t-il transformer l’essai? Après ses résultats inespérés dans l’Iowa (toujours contestés par Bernie Sanders), Pete Buttigieg espère bien récolter les fruits de l’énorme coup de pouce médiatique dont il a bénéficié tout au long de cette semaine chaotique.

Le jeune candidat, encore inconnu il y a un an, croise donc les doigts ce mardi 11 février pour à nouveau s’imposer -ou du moins décrocher un score plus qu’honorable- dans le New Hampshire, deuxième État à voter aux primaires démocrates.

Si créer la surprise au cours des prochains scrutins et finir par décrocher la nomination du parti cet été est actuellement le rêve de tous les candidats, la seule vraie prouesse sera la suivante: battre Donald Trump lors de l’élection générale du 3 novembre et le sortir de la Maison Blanche.

Pete Buttigieg est-il le meilleur candidat pour cette périlleuse mission? Le HuffPost a rassemblé plusieurs forces (et faiblesses) du candidat pour tenter d’y voir plus clair.

Aux antipodes de Trump

Comme il aime souvent le rappeler en campagne, Pete Buttigieg a un atout majeur face à Donald Trump: son CV. Il faut dire qu’on pourrait difficilement imaginer un curriculum plus à l’opposé de celui du président républicain.

Contrairement à l’occupant actuel de la Maison Blanche, le démocrate a tout d’abord de l’expérience politique. Alors que le magnat de l’immobilier était l’hôte d’une téléréalité avant de se présenter à la présidence, Pete Buttigieg vient lui de terminer son 2e mandat de maire. Trump s’est construit dans la plus grande ville du pays qu’est New York, Buttiegieg a fait décoller sa carrière à South Bend, 100.000 habitants, dans l’État de l’Indiana.

Buttigieg met aussi régulièrement en avant son expérience dans l’armée. Il a passé sept mois en Afghanistan, un avantage sur tous ses concurrents démocrates et surtout sur Trump. Ce dernier a en effet réussi à échapper pas mois de cinq fois à la guerre du Vietnam: quatre reports grâce aux études qu’il suivait puis une dispense médicale pour une excroissance osseuse au pied dont les médias n’ont jamais retrouvé de trace.

Diplômé de grandes universités, le candidat a aussi montré qu’il était polyglotte(vidéo ci-dessous). En plus de l’anglais, il peut parler en norvégien, espagnol, italien, arabe, dari ou encore français comme il l’a montré en commentant l’incendie de Notre-Dame. Face à un président qui est parfois pointé du doigt pour la faiblesse du vocabulaire qu’il emploie dans son anglais natal.

 


Elimination du général Soleimani: Attention, une décision irresponsable peut en cacher une autre ! (Guess who just pulled another decisive blow against Iran’s rogue adventurism ?)

3 janvier, 2020

CA502K5W8AAepmbImage may contain: 2 people"Soleimani is my commander" says the lower graffiti on the U.S. embassy in Baghdad at the very end of 2019LONG LIVE TRUMP ! (On Tehran streets after Soleimani's elimination, Jan. 3, 2019)
Image result for damet garm poeticPersian is a beautifully lyrical and highly emotional language, one that adds a touch of poetry to everyday phrases. Discover these 18 poetic Persian phrases you'll wish English had.

3 a.m. There is a phone in the White House and it’s ringing. Who do you want answering the phone? Hillary Clinton ad (2008)
The assassination of Iran Quds Force chief Qassem Soleimani is an extremely dangerous and foolish escalation. The US bears responsibility for all consequences of its rogue adventurism.  Mohammad Javad Zarif (Iranian Foreign Minister)
Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication. C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse. Joe Biden
Iraqis — Iraqis — dancing in the street for freedom; thankful that General Soleimani is no more. Mike Pompeo
Qassem Soleimani was an arch terrorist with American blood on his hands. His demise should be applauded by all who seek peace and justice. Proud of President Trump for doing the strong and right thing. Nikki Haley
To Iran and its proxy militias: We will not accept the continued attacks against our personnel and forces in the region. Attacks against us will be met with responses in the time, manner and place of our choosing. We urge the Iranian regime to end malign activities. Mark Esper (US Defense Secretary)
At the direction of the President, the U.S. military has taken decisive defensive action to protect U.S. personnel abroad by killing Qasem Soleimani, the head of the Islamic Revolutionary Guard Corps-Quds Force, a U.S.-designated Foreign Terrorist Organization. General Soleimani was actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. General Soleimani and his Quds Force were responsible for the deaths of hundreds of American and coalition service members and the wounding of thousands more. He had orchestrated attacks on coalition bases in Iraq over the last several months – including the attack on December 27th – culminating in the death and wounding of additional American and Iraqi personnel. General Soleimani also approved the attacks on the U.S. Embassy in Baghdad that took place this week. This strike was aimed at deterring future Iranian attack plans. The United States will continue to take all necessary action to protect our people and our interests wherever they are around the world. US state department
In March 2007, Soleimani was included on a list of Iranian individuals targeted with sanctions in United Nations Security Council Resolution 1747. On 18 May 2011, he was sanctioned again by the U.S. along with Syrian president Bashar al-Assad and other senior Syrian officials due to his alleged involvement in providing material support to the Syrian government. On 24 June 2011, the Official Journal of the European Union said the three Iranian Revolutionary Guard members now subject to sanctions had been « providing equipment and support to help the Syrian government suppress protests in Syria ». The Iranians added to the EU sanctions list were two Revolutionary Guard commanders, Soleimani, Mohammad Ali Jafari, and the Guard’s deputy commander for intelligence, Hossein Taeb. Soleimani was also sanctioned by the Swiss government in September 2011 on the same grounds cited by the European Union. In 2007, the U.S. included him in a « Designation of Iranian Entities and Individuals for Proliferation Activities and Support for Terrorism », which forbade U.S. citizens from doing business with him. The list, published in the EU’s Official Journal on 24 June 2011, also included a Syrian property firm, an investment fund and two other enterprises accused of funding the Syrian government. The list also included Mohammad Ali Jafari and Hossein Taeb. On 13 November 2018, the U.S. sanctioned an Iraqi military leader named Shibl Muhsin ‘Ubayd Al-Zaydi and others who allegedly were acting on Soleimani’s behalf in financing military actions in Syria or otherwise providing support for terrorism in the region. Wikipedia
The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative. As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years. Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous. It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation. Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions. Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s. (…) Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm. The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief. And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal. Armin Rosen
This was a combatant. There’s no doubt that he fit the description of ‘combatant.’ He was a uniformed member of an enemy military who was actively planning to kill Americans; American soldiers and probably, as well, American civilians. It was the right thing to do. It was legally justified, and I think we should applaud the president for his decision. We send a very powerful message to the Iranian government that we will not stand by as the American embassy is attacked — which is an act of war — and we will not stand by as plans are being made to attack and kill American soldiers. I think every president who had any degree of courage would do the same thing, and I applaud our president for doing it, and the members of the military who carried it out, risking their own lives and safety. I think this is an action that will have saved lives in the end.  The president doesn’t need congressional authorization, or any legal authorization … The president, as the commander-in-chief of the army is entitled to take preventive actions to save the lives of the American military. This is very similar to what Barack Obama did with Ben Rhodes’s authorization and approval — without Congress’s authorization — in killing Osama bin Laden. In fact, that was worse, in some ways, because that was a revenge act. There was no real threat that Osama bin Laden would carry out any future terrorist acts. Moreover, he was not a member of an official armed forces in uniform, so it’s a fortiori from what Obama did and Rhodes did that President Trump has complete legal authority in a much more compelling way to have taken the military action that was taken today. Alan Dershowitz
Trump in full fascist 101 mode-,steal and lie – untill there’s nothing left and start a war – He’s so idiotic he doesn’t know he just attacked Iran And that’s not like anywhere else. John Cusak
Dear , The USA has disrespected your country, your flag, your people. 52% of us humbly apologize. We want peace with your nation. We are being held hostage by a terrorist regime. We do not know how to escape. Please do not kill us. . Rose McGowan
On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse. Amélie de Montchalin (secrétaire d’État française aux Affaires européennes)
C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique. (…) Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne. (…) Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire. (…) En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime. (…) Donald Trump (…) a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis. (…) [Mais] hélas ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue. Mahnaz Shirali
The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this. In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead. I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But (…) Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change. Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways. (…) in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East. And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies. (…) the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed. Thomas L. Friedman
It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance. The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world? (…) The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response. Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve. This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue. (…) Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done. It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?” (…) We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action. (…) We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications, the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.  (…) Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now. (…) Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this. (…) The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement? This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard. (…) Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions. Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War. (…) The [Iraqi] prime minister has said that he would put forward legislation to [kick the U.S. military out of Iraq], although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles. Gen. David Petraeus
[Qasem Soleimani] was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort. (…)  He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. » And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand. (…) I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate. Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe. (…) I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been. Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi. (…) my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.  And (…) the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world. (…) I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action. (…) I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences? [The flag that Donald Trump posted last night, no words] (…) I think relative to some of his tweets that was quite restrained. Gen. David Petraeus
Washington gave Israel a green light to assassinate Qassem Soleimani, the commander of the Quds Force, the overseas arm of Iran’s Revolutionary Guard, Kuwaiti newspaper Al-Jarida reported on Monday. Al-Jarida, which in recent years had broken exclusive stories from Israel, quoted a source in Jerusalem as saying that « there is an American-Israeli agreement » that Soleimani is a « threat to the two countries’ interests in the region. » It is generally assumed in the Arab world that the paper is used as an Israeli platform for conveying messages to other countries in the Middle East. (…) The agreement between Israel and the United States, according to the report, comes three years after Washington thwarted an Israeli attempt to kill the general. The report says Israel was « on the verge » of assassinating Soleimani three years ago, near Damascus, but the United States warned the Iranian leadership of the plan, revealing that Israel was closely tracking the Iranian general. Haaretz (2018)
Most revered military leader’ now joins ‘austere religious scholar’ and ‘mourners’ trying to storm our embassy as word choices that make normal people wonder whose side the American mainstream media is on. Buck Sexton
Make no mistake – this is bigger than taking out Osama Bin Laden. Ranj Alaaldin
The reported deaths of Iranian General Qassem Suleimani and the Iraqi commander of the militia that killed an American last week was a bold and decisive military action made possible by excellent intelligence and the courage of America’s service members. His death is a huge loss for Iran’s regime and its Iraqi proxies, and a major operational and psychological victory for the United States. The Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC), led by Suleimani, was responsible for the deaths of more than 600 Americans in Iraq between 2003-2011, and countless more injured. He was a chief architect behind Iran’s continuing reign of terror in the region. This strike against one of the world’s most odious terrorists is no different than the mission which took out Osama bin Laden – it is, in fact, even more justifiable since he was in a foreign country directing terrorist attacks against Americans. Lt. Col. (Ret.) James Carafano (Heritage Foundation)
This is a major blow. I would argue that this is probably the most major decapitation strike the United States has ever carried out. … This is a man who controlled a transnational foreign legion that was controlling governments in numerous different countries. He had a hell of a lot of power and a hell of a lot of control. You have to be a strong leader in order to get these people to work with you, know how and when to play them off one another, and also know which Iranians do I need within the IRGC-QF, which Lebanese do I need, which Iraqis do I need … that’s not something you can just pick up at a local five and dime. It takes decades of experience. (…) It’s an incredible two-fer. This is another one of those old hands. These guys don’t grow on trees. It takes time. Iran has been at war with the United States since the Islamic Revolutionary regime took power in Tehran in 1979. To say that we are going to war or that this is yet another American escalation — I think we need to be a little more detailed. Over the past year, Kata’ib Hizballah, was launching rockets and mortars at Americans in Iraq and eventually killed one. Over the past couple of years we’ve had a number of issues in the Gulf, we’ve had a number of issues in different countries, we’ve had international terrorism issues, you name it, you can throw everything at the wall, and the Iranians have in some way been behind some of it. Even arm supplies to the Taliban … so this didn’t just appear in a vacuum because ‘we didn’t like the Iranians. What the administration must offer now is firm diplomacy backed by the continuing, credible threat of the use of military force. President Trump has wisely shown that he will act with the full powers of his office when American interests are threatened, and the extremist regime in Tehran would be wise to take notice. Phillip Smyth (Washington Institute)
From a military and diplomatic perspective, Soleimani was Iran’s David Petraeus and Stan McChrystal and Brett McGurk all rolled into one. And that’s now the problem Iran faces. I do not know of a single Iranian who was more indispensable to his government’s ambitions in the Middle East. From 2015 to 2017, when we were in the heat of the fighting against the Islamic State in both Syria and Iraq, I would watch Soleimani shuttle back and forth between Syria and Iraq. When the war to prop up Bashar al-Assad was going poorly, Soleimani would leave Iraq for Syria. And when Iranian-backed militias in Iraq began to struggle against the Islamic State, Soleimani would leave Syria for Iraq. That’s now a problem for Iran. Just as the United States often faces a shortage of human capital—not all general officers and diplomats are created equal, sadly, and we are not exactly blessed with a surplus of Arabic speakers in our government—Iran also doesn’t have a lot of talent to go around. One of the reasons I thought Iran erred so often in Yemen—giving strategic weapons such as anti-ship cruise missiles to a bunch of undertrained Houthi yahoos, for example—was a lack of adult supervision. Qassem Soleimani was the adult supervision. He was spread thin over the past decade, but he was nonetheless a serious if nefarious adversary of the United States and its partners in the region. And Iran and its partners will now feel his loss greatly. Soleimani was at least partially, and in many cases directly, responsible for dozens if not hundreds of attacks on U.S. forces in Iraq going back to the height of the Iraq War. Andrew Exum
Soleimani is responsible for the Iranian military terror reign across the Middle East. Many Arab Muslims across the region are celebrating today. Unfortunately, many US Democrats are not. Instead, they are criticizing President Trump. If the death of Soleimani leads to any escalation, it is the Islamic regime of Iran that is to blame. The same Islamic terror regime that past President Obama wanted to align as the US closest ally in the Middle East, handing them the disastrous nuclear deal, as well as billions of dollars in cash. As Iran considers the US “big satan” and Israel as “little satan”, Israel is on high alert for any Iranian attacks in retaliation. Iran has always viewed an attack on Israeli interests as an attack on the USA. Avi Abelow
The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. (…) President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land. The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused. And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently. Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed. Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away. The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. (…) Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer. The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over. Matthew Continetti
D’un point de vue fonctionnel, [Soleimani] était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci. Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani. Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak. (…) Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge. Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis. (…) Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque. (…) Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place. Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer. (…) Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit. Didier Billion

Attention: une décision irresponsable peut en cacher une autre !

A l’heure où …

Après les attaques de pétroliers, la destruction d’installations pétrolières saoudiennes et les roquettes sur des bases américaines ayant entrainé la mort d’un citoyen américain …

Et avant sa brillante élimination par les forces américaines …

Le cerveau du dispositif terroriste des mollahs au Moyen-Orient préparait une possible deuxième attaque de l’ambassade américaine à Bagdad …

Pendant que la rue arabe comme la rue iranienne peinent à cacher leur joie …

Devinez quelle « décision irresponsable » dénoncent le parti démocrate américain, nos médias ou nos prétendus spécialistes ?

Mort du général Soleimani : « C’est une décision irresponsable de Donald Trump », estime un spécialiste de la région
Interrogé par franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégique (Iris), spécialiste du Moyen-Orient, redoute qu’une « ligne rouge » ait été franchie.
Propos recueillis par Thomas Baïetto
France Télévisions
03/01/202

Qassem Soleimani est mort. Cet influent général iranien a été tué, vendredi 3 janvier, par une frappe américaine contre son convoi qui circulait sur l’aéroport de Bagdad (Irak). Cette élimination, ordonnée par le président américain Donald Trump, fait craindre une nouvelle escalade militaire dans la région.

Pour franceinfo, Didier Billion, directeur adjoint de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient, analyse les possibles conséquences de cette mort.

Franceinfo : Pouvez-vous nous rappeler le rôle de Qassem Soleimani dans le régime iranien ?

Didier Billion : D’un point de vue fonctionnel, il était responsable de la force al-Qods des Gardiens de la Révolution, c’est-à-dire de l’ensemble des opérations menées par l’Iran dans toute la région. Cet homme avait beaucoup de secrets. Il était l’un des vecteurs, sinon le vecteur principal, du déploiement de l’influence de l’Iran. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’il y a une volonté expansionniste de l’Iran, mais Téhéran a développé des réseaux d’influence et c’est probablement Soleimani qui avait la haute main sur ceux-ci.

Sur tous les terrains chauds de la région où l’Iran a une influence, on retrouve le général Soleimani.Didier Billion à franceinfo

Il avait été localisé en Syrie ces dernières années, ce qui indique que la coordination des opérations des milices chiites dans le pays était sous sa responsabilité. Le fait qu’il ait été assassiné à Bagdad cette nuit prouve qu’il avait une importance logistique sur la coordination des milices en Irak.

Comment analysez-vous la décision des Etats-Unis de le tuer ?

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de cette décision irresponsable de Donald Trump. Depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire, en mai 2018, les tensions avec l’Iran se sont accrues. Ce qui était très important, c’est que ces tensions étaient mesurées, sous contrôle. Elles avaient un fort impact sur la vie quotidienne des Iraniens. Pour autant, il n’y avait pas beaucoup de dérapages militaires : quelques incidents dans le golfe, le bombardement de sites pétroliers en Arabie-Saoudite. C’était un combat à fleuret moucheté. Personne ne franchissait la ligne rouge.

Je crains fort qu’elle ait été franchie par cette décision, en raison de la qualité de la cible et de son importance dans le dispositif régional iranien. Les tensions s’étaient ravivées au cours des dernières heures, avec le siège de l’ambassade américaine à Bagdad, sans nul doute mené par les milices iraniennes. Il est évident que Soleimani a tenu un rôle. Cette prise d’assaut venait à la suite d’attaques ciblées des Etats-Unis.

Tout indiquait une montée en tension, mais là, ce n’est pas seulement un mort de plus, c’est très important.Didier Billionà franceinfo

Cela s’explique par le manque de sang-froid de Donald Trump. Ce matin, les démocrates s’insurgent, car cette décision a été prise sans concertation. C’est une décision à l’emporte-pièce, il a été sans doute un peu excité par les va-t-en-guerre de son camp, comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, qui prône une ligne dure contre l’Iran. On y est presque.

A quelles réactions peut-on s’attendre de la part de l’Iran ?

Les Iraniens ne vont pas rester les deux pieds dans le même sabot. Je ne sais pas de quelles manières ils réagiront, ni où et quand. Ce ne sera sans doute pas tout de suite, mais nul doute qu’ils réagiront. Nous sommes dans une nouvelle séquence, ouverte par cet assassinat ciblé, réalisé au mépris de toutes les conventions internationales. Je ne maîtrise pas tous les paramètres, mais, à chaud, je peux imaginer qu’il y aura une recrudescence d’action militaire contre des objectifs américains, des bases militaires, des ambassades ou des intérêts sur place.

Il y a également des risques pour Israël, qui sera peut-être une cible. Les milices pro-iraniennes déployées en Syrie ont une capacité de feu contre des villes israéliennes. Dans la région, il va y avoir un regain de mobilisation de toutes les forces proches de l’Iran, en Irak, au Liban et en Syrie. Je ne veux pas dire qu’il y a un risque d’embrasement général, je n’en sais rien, ce n’est pas la peine d’alimenter le fantasme. Mais la situation est infiniment préoccupante. Il y aura des conséquences, même si on ne sait pas bien les mesurer.

Peut-on s’attendre à des conséquences économiques ?

Une action sur le détroit d’Ormuz [où transitent de nombreux pétroliers] peut faire partie des mesures mises en œuvre par les Iraniens. Ils peuvent bloquer ou menacer de bloquer. Je ne pense pas qu’ils feront un blocage complet : les Iraniens font de la politique et ils savent que cela se retournerait contre eux. Mais il peut y avoir quelques arraisonnements de navires pétroliers et les cours du pétrole pourraient monter, même si cela n’avait pas été le cas après les incidents de l’été dernier dans le détroit.

Voir aussi:

Mort de Soleimani : l’Iran menace, la scène internationale s’inquiète
Le puissant général Qassem Soleimani a été tué à Bagdad. L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ».
Le Point/AFP
03/01/2020

C’est certainement un moment clé du conflit qui oppose les États-Unis à l’Iran. Le puissant général Qassem Soleimani a été tué, jeudi 2 janvier, dans un raid américain à Bagdad, trois jours après une attaque inédite contre l’ambassade américaine. Le général Soleimani « n’a eu que ce qu’il méritait », a abondé le sénateur républicain Tom Cotton. Rapidement, des ténors républicains se sont félicités de ce raid ordonné par Trump. Une attaque dénoncée par ses adversaires démocrates, dont son potentiel rival à la présidentielle, Joe Biden.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a interrompu vendredi son voyage officiel en Grèce afin de rentrer en Israël, a indiqué son bureau à l’Agence France-Presse. Benyamin Netanyahou, arrivé à Athènes jeudi où il a signé un accord avec Chypre et la Grèce en faveur d’un projet de gazoduc, devait rester dans ce pays jusqu’à samedi, mais il a écourté son voyage après l’annonce du décès de Qassem Soleimani, chef des forces iraniennes al-Qods souvent accusées par Israël de préparer des attaques contre l’État hébreu.

La France a plaidé pour la « stabilité »

Le chef du mouvement chiite libanais Hezbollah, grand allié de l’Iran, a promis « le juste châtiment » aux « assassins criminels » responsables de la mort du général iranien Qassem Soleimani. « Apporter le juste châtiment aux assassins criminels […] sera la responsabilité et la tâche de tous les résistants et combattants à travers le monde », a promis dans un communiqué le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui utilise généralement le terme de « Résistance » pour désigner son organisation et ses alliés.

De son côté, la France a plaidé pour la « stabilité » au Moyen-Orient estimant, par la voix d’Amélie de Montchalin, secrétaire d’État aux Affaires européennes, que « l’escalade militaire [était] toujours dangereuse ». « On se réveille dans un monde plus dangereux. L’escalade militaire est toujours dangereuse », a-t-elle déclaré au micro de RTL. « Quand de telles opérations ont lieu, on voit bien que l’escalade est en marche alors que nous souhaitons avant tout la stabilité et la désescalade », a-t-elle ajouté.

Le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, a appelé « toutes les parties à la désescalade ». « Nous avons toujours reconnu la menace agressive posée par la force iranienne Qods dirigée par Qassem Soleimani. Après sa mort, nous exhortons toutes les parties à la désescalade. Un autre conflit n’est aucunement dans notre intérêt », a déclaré le chef de la diplomatie britannique dans un communiqué.

Éviter une « escalade des tensions »

La Chine a fait part de sa « préoccupation » et a appelé au « calme ». La Chine est l’un des pays signataires de l’accord sur le nucléaire iranien, dont les États-Unis se sont retirés unilatéralement en 2018, et l’un des principaux importateurs de brut iranien. « Nous demandons instamment à toutes les parties concernées, en particulier aux États-Unis, de garder leur calme et de faire preuve de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions », a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Geng Shuang.

La Russie a mis en garde contre les conséquences de l’assassinat ciblé à Bagdad du général iranien Qassem Soleimani, une frappe américaine « hasardeuse » qui va se traduire par un « accroissement des tensions dans la région ». « L’assassinat de Soleimani […] est un palier hasardeux qui va mener à l’accroissement des tensions dans la région », a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères, cité par les agences RIA Novosti et TASS. « Soleimani servait fidèlement les intérêts de l’Iran. Nous présentons nos sincères condoléances au peuple iranien », a-t-il ajouté.

Les ressortissants américains en Irak appelés à fuir

L’assassinat ciblé du général iranien Qassem Soleimani représente « une escalade dangereuse dans la violence », a déclaré, vendredi, la présidente de la Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi. « L’Amérique et le monde ne peuvent pas se permettre une escalade des tensions qui atteigne un point de non-retour », a estimé Nancy Pelosi dans un communiqué.

Le pouvoir syrien a dénoncé la « lâche agression américaine » y voyant une « grave escalade » pour le Moyen-Orient, a rapporté l’agence officielle Sana. La Syrie est certaine que cette « lâche agression américaine […] ne fera que renforcer la détermination à suivre le modèle de ces chefs de la résistance », souligne une source du ministère des Affaires étrangères à Damas citée par Sana.

L’ambassade américaine à Bagdad a appelé ses ressortissants à quitter l’Irak « immédiatement ». La chancellerie conseille vivement aux Américains en Irak de partir « par avion tant que cela est possible », alors que le raid a eu lieu dans l’enceinte même de l’aéroport de Bagdad, « sinon vers d’autres pays par voie terrestre ». Les principaux postes-frontières de l’Irak mènent vers l’Iran et la Syrie en guerre, alors que d’autres points de passage existent vers l’Arabie saoudite et la Turquie.

« Une guerre dévastatrice en Irak »

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel Mahdi a estimé que le raid allait « déclencher une guerre dévastatrice en Irak ». « L’assassinat d’un commandant militaire irakien occupant un poste officiel est une agression contre l’Irak, son État, son gouvernement et son peuple », affirme Adel Abdel Mahdi dans un communiqué, alors qu’Abou Mehdi al-Mouhandis est le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran intégrée à l’État. « Régler ses comptes contre des personnalités dirigeantes irakiennes ou d’un pays ami sur le sol irakien […] constitue une violation flagrante des conditions autorisant la présence des troupes américaines », ajoute le texte.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est engagé vendredi à « venger » la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, tué plus tôt dans un raid américain à Bagdad, et a décrété un deuil national de trois jours dans son pays. « Le martyre est la récompense de son inlassable travail durant toutes ces années. […] Si Dieu le veut, son œuvre et son chemin ne s’arrêteront pas là, et une vengeance implacable attend les criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », a dit l’ayatollah Khamenei sur son compte Twitter en farsi.

L’Iran promet une vengeance

L’Iran et les « nations libres de la région » se vengeront des États-Unis après la mort du puissant général iranien Qassem Soleimani, a promis le président Hassan Rohani. « Il n’y a aucun doute sur le fait que la grande nation d’Iran et les autres nations libres de la région prendront leur revanche sur l’Amérique criminelle pour cet horrible meurtre », a déclaré Hassan Rohani dans un communiqué publié sur le site du gouvernement.

Qaïs al-Khazali, un commandant de la coalition pro-iranienne en Irak, a appelé « tous les combattants » à se « tenir prêts », quelques heures après l’assassinat par les Américains du général iranien Qassem Soleimani à Bagdad. « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts, car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire », a écrit Qaïs al-Khazali, chef d’Assaïb Ahl al-Haq, l’une des plus importantes factions du Hachd al-Chaabi qui regroupe les paramilitaires pro-Iran sous la tutelle de l’État irakien, dans une lettre manuscrite dont l’Agence France-Presse a pu consulter une copie.

Les républicains serrent les rangs

« J’apprécie l’action courageuse du président Donald Trump contre l’agression iranienne », a salué sur Twitter l’influent sénateur républicain Lindsey Graham, proche allié du président peu après la confirmation par le Pentagone que le locataire de la Maison-Blanche avait donné l’ordre de tuer le général iranien Qassem Soleimani, dans un raid à Bagdad. « Au gouvernement iranien : si vous en voulez plus, vous en aurez plus », a-t-il menacé, avant d’ajouter : « Si l’agression iranienne se poursuit et que je travaillais dans une raffinerie iranienne de pétrole, je songerais à une reconversion. »

Comme cet élu de Caroline du Sud, les républicains serraient les rangs jeudi soir derrière la stratégie du président américain. « Les actions défensives que les États-Unis ont prises contre l’Iran et ses mandataires sont conformes aux avertissements clairs qu’ils ont reçus. Ils ont choisi d’ignorer ces avertissements parce qu’ils croyaient que le président des États-Unis était empêché d’agir en raison de nos divisions politiques internes. Ils ont extrêmement mal évalué », a également salué le sénateur républicain Marco Rubio.

« Un bâton de dynamite »

Dans l’autre camp, les adversaires démocrates du président qui ont approuvé le mois dernier à la Chambre basse du Congrès son renvoi en procès pour destitution ont dénoncé le bombardement et les risques d’escalade avec l’Iran. « Le président Trump vient de jeter un bâton de dynamite dans une poudrière, et il doit au peuple américain une explication », a dénoncé l’ancien vice-président Joe Biden, en lice pour la primaire démocrate en vue de l’élection présidentielle de novembre. « C’est une énorme escalade dans une région déjà dangereuse », a-t-il insisté, dans un communiqué.

« La dangereuse escalade de Trump nous amène plus près d’une autre guerre désastreuse au Moyen-Orient », a dénoncé Bernie Sanders, autre favori de la primaire démocrate. « Trump a promis de terminer les guerres sans fin, mais cette action nous met sur le chemin d’une autre », a poursuivi le sénateur indépendant.

« Un affront aux pouvoirs du Congrès »

Le chef démocrate de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants a déploré que Donald Trump n’ait pas notifié le Congrès américain du raid mené en Irak. « Mener une action de cette gravité sans impliquer le Congrès soulève de graves problèmes légaux et constitue un affront aux pouvoirs du Congrès », a écrit dans un communiqué Eliot Engel.

« D’accord, il ne fait aucun doute que Soleimani a beaucoup de sang sur les mains. Mais c’est un moment vraiment effrayant. L’Iran va réagir et probablement à différents endroits. Pensée à tout le personnel américain dans la région en ce moment », a, quant à lui, estimé Ben Rhodes, ancien proche conseiller de Barack Obama. « Un président qui a juré de tenir les États-Unis à l’écart d’une autre guerre au Moyen-Orient vient dans les faits de faire une déclaration de guerre », a réagi le président de l’organisation International Crisis Group Robert Malley.

Voir également:

Frappe américaine : « Pour l’Iranien lambda, le général Soleimani était un monstre »
Propos recueillis par Alain Léauthier
Marianne
03/01/2020

Le puissant général iranien Qassem Soleimani a été éliminé ce vendredi 3 janvier, dans un raid américain sur l’aéroport de Bagdad. Y’a-t-il un risque d’escalade et de guerre ouverte avec les Etats-Unis ? Décryptage avec Mahnaz Shirali, chercheuse iranienne à Sciences Po.

Au fou ! Quelques heures après l’élimination spectaculaire, tôt dans la matinée de ce vendredi 3 janvier, du général Qassem Soleimani, le chef des opérations extérieures (la force al-Qods) des Gardiens de la Révolution iranienne et pilier du régime des mollahs, nombre de chancelleries étrangères condamnaient à demi-mot le raid aérien ciblé ordonné par Donald Trump. « On se réveille dans un monde plus dangereux (…) et l’escalade militaire est toujours dangereuse », a ainsi benoitement déclaré Amélie de Montchalin, la secrétaire d’État française aux Affaires européennes.

En Irak même, l’ex Premier ministre Adel Abdoul Mahdi, proche de Téhéran et obligé de démissionner en décembre sous la pression de la rue, a dénoncé une « atteinte aux conditions de la présence américaine en Irak et atteinte à la souveraineté du pays », allant jusqu’à qualifier d’ « assassinat » la frappe qui a également coûté la vie à Abou Mehdi al-Mouhandis, le numéro deux du Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires pro-Iran, désormais intégrés à l’Etat irakien et très actifs dans la tentative d’assaut de l’ambassade américaine à Bagdad il y a trois jours. Dans un tweet musclé, le secrétaire d’État Mike Pompéo l’avait clairement désigné comme un des responsables des évènements ainsi que Qaïs al-Khazali, fondateur de la milice chiite Assaïb Ahl al-Haq, une des factions du Hachd al-Chaabi.

Les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région

Ce dernier ne se trouvait pas dans le convoi visé par la frappe létale et a lancé un appel au djihad – « Que tous les combattants résistants se tiennent prêts car ce qui nous attend, c’est une conquête proche et une grande victoire » – relayant une déclaration tonitruante de l’ayatollah Ali Khamenei. Dans un tweet, le guide suprême iranien a promis une « vengeance implacable » aux « criminels qui ont empli leurs mains de son sang et de celui des autres martyrs », menace sur laquelle s’est aussitôt calé le président Hassan Rohani, longtemps présenté comme le chef de file des « modérés » et réformateurs.

Les dignitaires de la République islamique ne pouvaient guère faire moins à l’issue de plusieurs mois de tensions et d’accrochages indirects qui ont culminé vendredi 27 décembre avec la mort d’un sous-traitant américain lors d’une énième attaque à la roquette contre une base militaire, située cette fois à Kirkouk, dans le nord de l’Irak, en pleine zone pétrolière.

Deux jours plus tard, les avions américains avaient répliqué en bombardant des garnisons des brigades du Hezbollah, autre faction pro-iranienne à la solde de Qassem Soleimani, et c’est autour du cortège funéraire des vingt-cinq « martyrs » tombés ce jour-là qu’avait débuté l’assaut contre l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad. En attendant les éventuelles représailles iraniennes, les Etats-Unis ont encouragé leurs ressortissants à quitter au plus vite le sol irakien, tâche qui ne sera pas forcément des plus aisées, et les forces israéliennes ont été placées en état d’alerte maximal. Si une confrontation directe semble pour l’heure exclue, du Yemen au Liban en passant par la Syrie et bien sûr l’Irak, les mollahs disposent d’une grande variété de relais pour semer le chaos dans la région, à l’image du bombardement téléguidé d’installations pétrolières dans l’est de l’Arabie saoudite en septembre dernier.

Aux Etats-Unis, à en croire les commentaires alarmistes de Nancy Pelosi, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, et ceux d’une presse lui reprochant déjà des vacances prolongées en Floride alors qu’il met le feu aux poudres, Donald Trump aurait montré une fois de plus l’incohérence de sa politique étrangère. Traître à la cause des Kurdes un jour mais jouant les apprentis sorciers un autre. Tel n’est pourtant pas tout à fait le sentiment de la chercheuse iranienne Mahnaz Shirali, enseignante à Science-Po, dans l’entretien qu’elle nous accorde ce vendredi.


Marianne : Quelle est votre première réaction après la mort de Qassem Soleimani ?

Mahnaz Shirali : C’est d’abord l’Iranienne qui va vous répondre et celle-là ne peut que se réjouir de ce qui s’est passé. Je parle en mon nom mais je peux vous l’assurer aussi au nom de millions d’Iraniens, probablement la majorité d’entre eux : cet homme était haï, il incarnait le mal absolu ! Je suis révoltée par les commentaires que j’ai entendus venant de certains pseudo-spécialistes de l’Iran, le présentant sur une chaîne de télévision comme un individu charismatique et populaire. Il faut ne rien connaître et ne rien comprendre à ce pays pour tenir ce genre de sottises. Pour l’Iranien lambda, Soleimani était un monstre, ce qui se fait de pire dans la République islamique.

C’est un coup dur pour le régime ?

Évidemment, Soleimani en était un élément essentiel, aussi puissant que Khameini et ce n’est pas de la propagande que d’affirmer que sa mort ne choque presque personne.

A quoi peut-on s’attendre ?

Je ne suis pas dans le secret des généraux iraniens mais une simple observatrice informée. Le régime est aux abois depuis des mois, totalement isolé. Ils savent qu’ils n’ont pas d’avenir, la rue et le peuple n’en veulent plus, ils ne peuvent pas vraiment compter sur l’Union européenne et pas plus sur la Chine. Ils n’ont aucun avenir et c’est ce qui rend la situation particulièrement dangereuse car ils sont dans une logique suicidaire.

Les mollahs ont accumulé des fortunes à l’étranger. Ne voudront-ils pas préserver leurs acquis financiers ?

En réalité, ils ont tout perdu et ne peuvent plus sortir du pays pour s’installer à l’étranger car des mandats ont été lancés contre la plupart d’entre eux. Les sanctions ont asséché la manne des pétrodollars et c’est essentiel car il n’y avait pas d’adhésion idéologique à ce régime.

Est-ce à dire que ligne suivi par Trump sur la question iranienne et durement critiquée par de nombreux experts, peut se révéler positive ?

Je ne suis pas compétente pour juger de la politique de Donald Trump. Je peux juste faire quelques observations. Il a considérablement affaibli ce régime, comme jamais auparavant, et peut-être même a-t-il signé leur arrêt de mort. Nous verrons. Lors des manifestations populaires, à Téhéran et dans d’autre villes, les noms de Khameini, de Rohani, de Soleimani étaient hués. Il n’y a jamais eu de slogans anti-Trump ou contre les Etats-Unis.

Mais la situation désormais est explosive…

Probablement oui, hélas, ils n’abandonneront pas le pouvoir tranquillement, j’en suis convaincue.

Voir de même:

Soleimani : La rue iranienne félicite Trump
Iran Resist
03.01.2020

Trump dit avoir mis à mort le Vador immortel des mollahs, Qassem Soleimani. Les adversaires de Trump le blâment. La France s’est jointe à eux par l’intermédiaire de Malbrunot. Mais les Iraniens sont heureux et se félicitent de cette mort et félicitent Trump comme le montre ce slogan écrit dans un quartier chic de Téhéran : Trump Damet garm ! Trump ! Reste en forme !

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Par ailleurs, à Kermanshâh (Kurdistan iranien), les gens ont fait un gâteau pour une fête en honneur de l’élimination de Hadj Ghassem Soleimani. Dans une vidéo faisant part de cette initiative, un homme qui partage le gâteau fait référence à Soleimani en utilisant son sobriquet de Shash Ghassem (pisseux Ghassem) !

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Il y a d’autres vidéos ou images du même genre.

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D’autres opposants en exil appellent aussi les ambassades du régime pour faire part de leur joie et leurs interlocuteurs ne prennent pas la peine de protester !

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Il y a aussi des scènes de joie en Irak et en Syrie !

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Contrairement aux prédictions des Malbrunot & co (voix du Quai d’Orsay), le Moyen-Orient ne va pas basculer dans le chaos pro-mollahs ! Les Français feraient mieux de changer de discours et suivre les peuples de la région au lieu de suivre leurs ennemis par aversion pour Trump ou par jalousie pour ses succès.

Trump Damet garm !

Voir de plus:

Petraeus Says Trump May Have Helped ‘Reestablish Deterrence’ by Killing Suleimani
The former U.S. commander and CIA director says Iran’s “very fragile” situation may limit its response.
Lara Seligman
Foreign policy
January 3, 2020

As a former commander of U.S. forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is keenly familiar with Qassem Suleimani, the powerful chief of Iran’s Quds Force, who was killed in a U.S. airstrike in Baghdad Friday morning.

After months of a muted U.S. response to Tehran’s repeated lashing out—the downing of a U.S. military drone, a devastating attack on Saudi oil infrastructure, and more—Suleimani’s killing was designed to send a pointed message to the regime that the United States will not tolerate continued provocation, he said.

Petraeus spoke to Foreign Policy on Friday about the implications of an action he called “more significant than the killing of Osama bin Laden.” This interview has been edited for clarity and length.

Foreign Policy: What impact will the killing of Gen. Suleimani have on regional tensions?

David Petraeus: It is impossible to overstate the importance of this particular action. It is more significant than the killing of Osama bin Laden or even the death of [Islamic State leader Abu Bakr] al-Baghdadi. Suleimani was the architect and operational commander of the Iranian effort to solidify control of the so-called Shia crescent, stretching from Iran to Iraq through Syria into southern Lebanon. He is responsible for providing explosives, projectiles, and arms and other munitions that killed well over 600 American soldiers and many more of our coalition and Iraqi partners just in Iraq, as well as in many other countries such as Syria. So his death is of enormous significance.

The question of course is how does Iran respond in terms of direct action by its military and Revolutionary Guard Corps forces? And how does it direct its proxies—the Iranian-supported Shia militia in Iraq and Syria and southern Lebanon, and throughout the world?

FP: Two previous administrations have reportedly considered this course of action and dismissed it. Why did Trump act now?

DP: The reasoning seems to be to show in the most significant way possible that the U.S. is just not going to allow the continued violence—the rocketing of our bases, the killing of an American contractor, the attacks on shipping, on unarmed drones—without a very significant response.

Many people had rightly questioned whether American deterrence had eroded somewhat because of the relatively insignificant responses to the earlier actions. This clearly was of vastly greater importance. Of course it also, per the Defense Department statement, was a defensive action given the reported planning and contingencies that Suleimani was going to Iraq to discuss and presumably approve.

This was in response to the killing of an American contractor, the wounding of American forces, and just a sense of how this could go downhill from here if the Iranians don’t realize that this cannot continue.

FP: Do you think this response was proportionate?

DP: It was a defensive response and this is, again, of enormous consequence and significance. But now the question is: How does Iran respond with its own forces and its proxies, and then what does that lead the U.S. to do?

Iran is in a very precarious economic situation, it is very fragile domestically—they’ve killed many, many hundreds if not thousands of Iranian citizens who were demonstrating on the streets of Iran in response to the dismal economic situation and the mismanagement and corruption. I just don’t see the Iranians as anywhere near as supportive of the regime at this point as they were decades ago during the Iran-Iraq War. Clearly the supreme leader has to consider that as Iran considers the potential responses to what the U.S. has done.

It will be interesting now to see if there is a U.S. diplomatic initiative to reach out to Iran and to say, “Okay, the next move could be strikes against your oil infrastructure and your forces in your country—where does that end?”

FP: Will Iran consider this an act of war?

DP: I don’t know what that means, to be truthful. They clearly recognize how very significant it was. But as to the definition—is a cyberattack an act of war? No one can ever answer that. We haven’t declared war, but we have taken a very, very significant action.

FP: How prepared is the U.S. to protect its forces in the region?

DP: We’ve taken numerous actions to augment our air defenses in the region, our offensive capabilities in the region, in terms of general purpose and special operations forces and air assets. The Pentagon has considered the implications the potential consequences and has done a great deal to mitigate the risks—although you can’t fully mitigate the potential risks.

FP: Do you think the decision to conduct this attack on Iraqi soil was overly provocative?

DP: Again what was the alternative? Do it in Iran? Think of the implications of that. This is the most formidable adversary that we have faced for decades. He is a combination of CIA director, JSOC [Joint Special Operations Command] commander, and special presidential envoy for the region. This is a very significant effort to reestablish deterrence, which obviously had not been shored up by the relatively insignificant responses up until now.

FP: What is the likelihood that there will be an all-out war?

DP: Obviously all sides will suffer if this becomes a wider war, but Iran has to be very worried that—in the state of its economy, the significant popular unrest and demonstrations against the regime—that this is a real threat to the regime in a way that we have not seen prior to this.

FP: Given the maximum pressure campaign that has crippled its economy, the designation of the Islamic Revolutionary Guard Corps as a terrorist organization, and now this assassination, what incentive does Iran have to negotiate now?

DP: The incentive would be to get out from under the sanctions, which are crippling. Could we get back to the Iran nuclear deal plus some additional actions that could address the shortcomings of the agreement?

This is a very significant escalation, and they don’t know where this goes any more than anyone else does. Yes, they can respond and they can retaliate, and that can lead to further retaliation—and that it is clear now that the administration is willing to take very substantial action. This is a pretty clarifying moment in that regard.

FP: What will Iran do to retaliate?

DP: Right now they are probably doing what anyone does in this situation: considering the menu of options. There could be actions in the gulf, in the Strait of Hormuz by proxies in the regional countries, and in other continents where the Quds Force have activities. There’s a very considerable number of potential responses by Iran, and then there’s any number of potential U.S. responses to those actions

Given the state of their economy, I think they have to be very leery, very concerned that that could actually result in the first real challenge to the regime certainly since the Iran-Iraq War.

FP: Will the Iraqi government kick the U.S. military out of Iraq?

DP: The prime minister has said that he would put forward legislation to do that, although I don’t think that the majority of Iraqi leaders want to see that given that ISIS is still a significant threat. They are keenly aware that it was not the Iranian supported militias that defeated the Islamic State, it was U.S.-enabled Iraqi armed forces and special forces that really fought the decisive battles.

Lara Seligman is a staff writer at Foreign Policy.

Voir encore:

Gen. Petraeus on Qasem Soleimani’s killing: ‘It’s impossible to overstate the significance’
The World
January 03, 2020

The United States is sending nearly 3,000 additional troops to the Middle East from the 82nd Airborne Division as a precaution amid rising threats to American forces in the region, the Pentagon said on Friday.

Iran promised vengeance after a US airstrike in Baghdad on Friday killed Qasem Soleimani, Tehran’s most prominent military commander and the architect of its growing influence in the Middle East.

The overnight attack, authorized by US President Donald Trump, was a dramatic escalation in the « shadow war » in the Middle East between Iran and the United States and its allies, principally Israel and Saudi Arabia.

As former commander of US forces in Iraq and Afghanistan and a former CIA director, retired Gen. David Petraeus is very familiar with Soleimani. He spoke to The World’s host Marco Werman about what could happen next.

Marco Werman: How did you know Qasem Soleimani?

Gen. David Petraeus: Well, he was our most significant Iranian adversary during my four years in Iraq, [and] certainly when I was the Central Command commander, and very much so when I was the director of the CIA. He is unquestionably the most significant and important — or was the most significant and important — Iranian figure in the region, the most important architect of the effort by Iran to solidify control of the Shia crescent, and the operational commander of the various initiatives that were part of that effort.

General Petraeus, did you ever interact directly or indirectly with him?

Indirectly. He sent a message to me through the president of Iraq in late March of 2008, during the battle of Basra, when we were supporting the Iraqi army forces that were battling the Shia militias in Basra that were supported, of course, by Qasem Soleimani and the Quds Force. He sent a message through the president that said, « General Petraeus, you should know that I, Qasem Soleimani, control the policy of Iran for Iraq, and also for Syria, Lebanon, Gaza and Afghanistan. »

And the implication of that was, « If you want to deal with Iran to resolve this situation in Basra, you should deal with me, not with the Iranian diplomats. » And his power only grew from that point in time. By the way, I did not — I actually told the president to tell Qasem Soleimani to pound sand.

So why do you suppose this happened now, though?

Well, I suspect that the leaders in Washington were seeking to reestablish deterrence, which clearly had eroded to some degree, perhaps by the relatively insignificant actions in response to these strikes on the Abqaiq oil facility in Saudi Arabia, shipping in the Gulf and our $130 million dollar drone that was shot down. And we had seen increased numbers of attacks against US forces in Iraq. So I’m sure that there was a lot of discussion about what could show the Iranians most significantly that we are really serious, that they should not continue to escalate.

Now, obviously, there is a menu of options that they have now and not just in terms of direct Iranian action against perhaps our large bases in the various Gulf states, shipping in the Gulf, but also through proxy actions — and not just in the region, but even in places such as Latin America and Africa and Europe.

Would you have recommended this course of action right now?

I’d hesitate to answer that just because I am not privy to the intelligence that was the foundation for the decision, which clearly was, as was announced, this was a defensive action, that Soleimani was going into the country to presumably approve further attacks. Without really being in the inner circle on that, I think it’s very difficult to either second-guess or to even think through what the recommendation might have been.

Again, it is impossible to overstate the significance of this action. This is much more substantial than the killing of Osama bin Laden. It’s even more substantial than the killing of Baghdadi.

Final question, General Petraeus, how vulnerable are US military and civilian personnel in the Middle East right now as a result of what happened last night?

Well, my understanding is that we have significantly shored up our air defenses, our air assets, our ground defenses and so forth. There’s been the movement of a lot of forces into the region in months, not just in the past days. So there’s been a very substantial augmentation of our defensive capabilities and also our offensive capabilities.

And, you know, the question Iran has to ask itself is, « Where does this end? » If they now retaliate in a significant way — and considering how vulnerable their infrastructure and forces are at a time when their economy is in dismal shape because of the sanctions. So Iran is not in a position of strength, although it clearly has many, many options available to it, as I mentioned, not just with their armed forces and the Revolutionary Guards Corps, but also with these Quds Force-supported proxy elements throughout the region in the world.

Two short questions for what’s next, Gen. Petraeus — US remaining in Iraq, and war with Iran. What’s your best guess?

Well, I think one of the questions is, « What will the diplomatic ramifications of this be? » And again, there have been celebrations in some places in Iraq at the loss of Qasem Soleimani. So, again, there’s no tears being shed in certain parts of the country. And one has to ask what happens in the wake of the killing of the individual who had a veto, virtually, over the leadership of Iraq. What transpires now depends on the calculations of all these different elements. And certainly the US, I would assume, is considering diplomatic initiatives as well, reaching out and saying, « Okay. Does that send a sufficient message of our seriousness? Now, would you like to return to the table? » Or does Iran accelerate the nuclear program, which would, of course, precipitate something further from the United States? Very likely. So lots of calculations here. And I think we’re still very early in the deliberations on all the different ramifications of this very significant action.

Do you have confidence in this administration to kind of navigate all those calculations?

Well, I think that this particular episode has been fairly impressively handled. There’s been restraint in some of the communications methods from the White House. The Department of Defense put out, I think, a solid statement. It has taken significant actions, again, to shore up our defenses and our offensive capabilities. The question now, I think, is what is the diplomatic initiative that follows this? What will the State Department and the Secretary of State do now to try to get back to the table and reduce or end the battlefield consequences?

The flag that Donald Trump posted last night, no words. Was that restraint, do you think?

I think it was. Certainly all things are relative. And I think relative to some of his tweets that was quite restrained.

Voir enfin:

Iran’s strategic mastermind got a huge boost from the nuclear deal

The historic nuclear accord between a US-led group of countries and Iran was good news for a man who some consider to be the Middle East’s most effective covert operative.As a result of the deal, Qasem Suleimani, the commander of the Iranian Revolutionary Guards Qods Force and the general responsible for overseeing Iran’s network of proxy organizations, will be removed from European Union sanctions lists once the agreement is implemented, and taken off a UN sanctions list after eight or fewer years.

Iran obtained some key concessions as a result of the nuclear agreement, including access to an estimated $150 billion in frozen assets; the lifting of a UN arms embargo, the eventual end to sanctions related to the country’s ballistic missile program; the ability to operate over 5,000 uranium enrichment centrifuges and to run stable elements through centrifuges at the once-clandestine and heavily guarded Fordow facility; nuclear assistance from the US and its partners; and the ability to stall inspections of sensitive sites for as long as 24 days. In light of these accomplishments, the de-listing of a general responsible for coordinating anti-US militia groups in Iraq — someone who may be responsible for the deaths of US soldiers — almost seems gratuitous.

It’s unlikely that the entire deal hinged on a single Iranian officer’s ability to open bank accounts in EU states or travel within Europe. But it got into the deal anyway. So did a reprieve for Bank Saderat, which the US sanctioned in 2006 for facilitating money transfers to Iranian regime-supported terror groups like Hezbollah and Islamic Jihad. As part of the deal, Bank Saderat will leave the EU sanctions list on the same timetable as Suleimani, although it will remain under US designation.

Like Suleimani’s removal, Bank Saderat’s apparent legalization in Europe suggests that for the purposes of the deal, the US and its partners lumped a broad range of restrictions under the heading of « nuclear-related » sanctions.

Suleimani and Bank Saderat are still going to remain under US sanctions related to the Iranian regime’s human rights abuses and support for terrorism. US sanctions have broad extraterritorial reach, and the US Treasury Department has turned into the scourge of compliance desks at banks around the world. But that matters to a somewhat lesser degree inside of the EU, where companies have actually been exempted from complying with certain US « secondary sanctions » on Iran since the mid-1990s.

Any company that transacts with a US-designated individual takes on a certain degree of US legal exposure. That actually creates problem for US allies whose companies operate under less restrictive legal regimes. It’s perfectly legal under domestic law for companies in many EU countries — among the US’s closest allies — to perform transactions for certain US-listed individuals and entities. This has been the cause of some trans-Atlantic tensions in the past, with an upshot that’s of immediate relevance to the nuclear deal reached Tuesday.In 1996, the US Congress passed the Iran-Libya Sanctions Act, targeting entities in two longstanding opponents of the US. But these were countries where European companies had routinely invested. The law didn’t just sanction two unfriendly regimes — it effectively sanctioned US allies where business with both countries was legally tolerated.

The law triggered consultations between the US and the EU under the World Trade Organization’s various dispute mechanisms. Diplomatic protests forced the US and and its European allies to figure out a compromise that wouldn’t expose their companies to additional legal scrutiny or lead to an unnecessary escalation in trans-Atlantic trade barriers.

The result is that the US kept the law on the books, but scaled back their implementation in Europe. Then-President Bill Clinton « negotiated an agreement under which the United States would not impose any ISLA sanctions
on European firms – much to Congress’ dismay. »

And in November 1996, the Council of Europe adopted a resolution protecting European companies from the reach of US law. The resolution authorized « blocking recognition or enforcement of decisions or judgments giving effect to the covered laws, » effectively canceling the extraterritoriality of certain US sanctions on European soil (although legal exposure continued for European companies with enough of a US presence to put them under American jurisdiction). In past disputes, companies inside of Europe have had an EU-authorized waiver for complying with US secondary sanctions.

In a post-deal environment in which European companies are eager investors in a far less diplomatically isolated Iran, the 1996 spat could be a sign of things to come, as well as a guideline for smoothing out disputes over US sanctions enforcement in Europe.

Some time in the next few years, Qasem Suleimani will be able to travel and do business inside the EU, while a bank that’s facilitated the funding of US-listed terror group’s will be allowed to enter the European market. As part of the nuclear deal, the US and its partners bargained away much of the international leverage against some of the more problematic sectors in the Iranian regime, including entities whose wrongdoing went well beyond the nuclear realm.The result is the almost complete reversal of the sanctions regime in Europe. « If you look at the competing annexes, the European list is much more comprehensive and there are going to be significant differences between the designation lists that are maintained, » Jonathan Schanzer, vice president for research at the Foundation for Defense of Democracies, told Business Insider. « The Europeans look as if they’re about to just open up entirely to Iran. »

Iran successfully pushed for a broad definition of « nuclear-related sanctions, » and bargained hard — and effectively — for a maximal degree of sanctions relief.

And the de-listing of Bank Saderat and Qasem Suleimani, along with the late-breaking effort to classify arms trade restrictions as purely nuclear-related, demonstrates just how far the US and its partners were willing to go to close a historic nuclear deal.

Voir par ailleurs:

Iran: le général Soleimani raconte sa guerre israélo-libanaise de 2006
Le Point/AFP
01/10/2019

La télévision d’Etat iranienne a diffusé mardi soir un entretien exclusif avec le général de division Ghassem Soleimani, un haut commandant des Gardiens de la Révolution, consacré à sa présence au Liban lors du conflit israélo-libanais de l’été 2006.

L’entretien est présenté comme la première interview du général Soleimani, homme de l’ombre à la tête de la force Qods, chargée des opérations extérieures –notamment en Irak et en Syrie— des Gardiens, l’armée idéologique de la République islamique.

Au cours des quelque 90 minutes d’entretien diffusées sur la première chaîne de la télévision d’Etat, le général Soleimani explique avoir passé au Liban, avec le Hezbollah chiite libanais, l’essentiel de ce conflit ayant duré 34 jours.

Le général dit être entré au pays du Cèdre au tout début de la guerre à partir de la Syrie avec Imad Moughnieh, haut commandant militaire du Hezbollah (tué en 2008) considéré par le mouvement chiite comme l’artisan de la « victoire » contre Israël lors de ce conflit ayant fait 1.200 morts côté libanais et 160 côté israélien.

Il revient sur l’élément déclencheur de la guerre: l’attaque, le 12 juillet, d’un commando du Hezbollah parvenu « à entrer en Palestine occupée (Israël, NDLR), attaquer un (blindé) sioniste et capturer deux soldats blessés ».

Mis à part une courte mission au bout « d’une semaine » pour rendre compte de la situation au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et revenir au Liban le jour-même avec un message de sa part pour Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, le général dit être resté au Liban pour aider ses compagnons d’armes chiites.

Dans l’entretien, l’officier ne mentionne pas la présence d’autres Iraniens. Il livre le récit d’une expérience avant tout personnelle, au contact de Moughnieh et de M. Nasrallah.

Il raconte comment, pris sous des bombardements israéliens sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, il évacue avec Moughniyeh le cheikh Nasrallah de la « chambre d’opérations » où il se trouve.

Selon son récit, lui et Moughniyeh font passer le chef du Hezbollah cette nuit-là d’abri en cachette avant de revenir tous deux à leur centre de commandement.

La publication de l’interview, réalisée par le bureau de l’ayatollah Khamenei, survient quelques jours après la publication, par ce même bureau, d’une photo inédite montrant Hassan Nasrallah « au-côté » de M. Khamenei et du général Soleimani et accréditant l’idée d’une rencontre récente entre les trois hommes à Téhéran.

Voir aussi:

Trump Calls the Ayatollah’s Bluff

And scores a victory against terrorism
Matthew Continetti
National review
January 3, 2020

The successful operation against Qassem Suleimani, head of the Islamic Revolutionary Guard Corps, is a stunning blow to international terrorism and a reassertion of American might. It will also test President Trump’s Iran strategy. It is now Trump, not Ayatollah Khamenei, who has ascended a rung on the ladder of escalation by killing the military architect of Iran’s Shiite empire. For years, Iran has set the rules. It was Iran that picked the time and place of confrontation. No more.

Reciprocity has been the key to understanding Donald Trump. Whether you are a media figure or a mullah, a prime minister or a pope, he will be good to you if you are good to him. Say something mean, though, or work against his interests, and he will respond in force. It won’t be pretty. It won’t be polite. There will be fallout. But you may think twice before crossing him again.

That has been the case with Iran. President Trump has conditioned his policies on Iranian behavior. When Iran spread its malign influence, Trump acted to check it. When Iran struck, Trump hit back: never disproportionately, never definitively. He left open the possibility of negotiations. He doesn’t want to have the greater Middle East — whether Libya, Syria, Iraq, Iran, Yemen, or Afghanistan — dominate his presidency the way it dominated those of Barack Obama and George W. Bush. America no longer needs Middle Eastern oil. Best to keep the region on the back burner and watch it so it doesn’t boil over. Do not overcommit resources to this underdeveloped, war-torn, sectarian land.

The result was reciprocal antagonism. In 2018, Trump withdrew the United States from the Joint Comprehensive Plan of Action negotiated by his predecessor. He began jacking up sanctions. The Iranian economy turned to a shambles. This “maximum pressure” campaign of economic warfare deprived the Iranian war machine of revenue and drove a wedge between the Iranian public and the Iranian government. Trump offered the opportunity to negotiate a new agreement. Iran refused.

And began to lash out. Last June, Iran’s fingerprints were all over two oil tankers that exploded in the Persian Gulf. Trump tightened the screws. Iran downed a U.S. drone. Trump called off a military strike at the last minute and responded indirectly, with more sanctions, cyber attacks, and additional troop deployments to the region. Last September a drone fleet launched by Iranian proxies in Yemen devastated the Aramco oil facility in Abqaiq, Saudi Arabia. Trump responded as he had to previous incidents: nonviolently.

Iran slowly brought the region to a boil. First it hit boats, then drones, then the key infrastructure of a critical ally. On December 27 it went further: Members of the Kataib Hezbollah militia launched rockets at a U.S. installation near Kirkuk, Iraq. Four U.S. soldiers were wounded. An American contractor was killed.

Destroying physical objects merited economic sanctions and cyber intrusions. Ending lives required a lethal response. It arrived on December 29 when F-15s pounded five Kataib Hezbollah facilities across Iraq and Syria. At least 25 militiamen were killed. Then, when Kataib Hezbollah and other Iran-backed militias organized a mob to storm the U.S. embassy in Baghdad, setting fire to the grounds, America made a show of force and threatened severe reprisals. The angry crowd melted away.

The risk to the U.S. embassy — and the possibility of another Benghazi — must have angered Trump. “The game has changed,” Secretary of Defense Mark Esper said hours before the assassination of Soleimani at Baghdad airport. Indeed it has. The decades-long gray-zone conflict between Iran and the United States manifested itself in subterfuge, terrorism, technological combat, financial chicanery, and proxy forces. Throughout it all, the two sides confronted each other directly only once: in the second half of Ronald Reagan’s presidency. That is about to change.

Deterrence, says Fred Kagan of the American Enterprise Institute, is credibly holding at risk something your adversary holds dear. If the reports out of Iraq are true, President Trump has put at risk the entirety of the Iranian imperial enterprise even as his maximum-pressure campaign strangles the Iranian economy and fosters domestic unrest. That will get the ayatollah’s attention. And now the United States must prepare for his answer.

The bombs over Baghdad? That was Trump calling Khamenei’s bluff. The game has changed. But it isn’t over.

Voir également:

The Shadow Commander
Qassem Suleimani is the Iranian operative who has been reshaping the Middle East. Now he’s directing Assad’s war in Syria.
The New Yorker
September 23, 2013

Last February, some of Iran’s most influential leaders gathered at the Amir al-Momenin Mosque, in northeast Tehran, inside a gated community reserved for officers of the Revolutionary Guard. They had come to pay their last respects to a fallen comrade. Hassan Shateri, a veteran of Iran’s covert wars throughout the Middle East and South Asia, was a senior commander in a powerful, élite branch of the Revolutionary Guard called the Quds Force. The force is the sharp instrument of Iranian foreign policy, roughly analogous to a combined C.I.A. and Special Forces; its name comes from the Persian word for Jerusalem, which its fighters have promised to liberate. Since 1979, its goal has been to subvert Iran’s enemies and extend the country’s influence across the Middle East. Shateri had spent much of his career abroad, first in Afghanistan and then in Iraq, where the Quds Force helped Shiite militias kill American soldiers.

Shateri had been killed two days before, on the road that runs between Damascus and Beirut. He had gone to Syria, along with thousands of other members of the Quds Force, to rescue the country’s besieged President, Bashar al-Assad, a crucial ally of Iran. In the past few years, Shateri had worked under an alias as the Quds Force’s chief in Lebanon; there he had helped sustain the armed group Hezbollah, which at the time of the funeral had begun to pour men into Syria to fight for the regime. The circumstances of his death were unclear: one Iranian official said that Shateri had been “directly targeted” by “the Zionist regime,” as Iranians habitually refer to Israel.

At the funeral, the mourners sobbed, and some beat their chests in the Shiite way. Shateri’s casket was wrapped in an Iranian flag, and gathered around it were the commander of the Revolutionary Guard, dressed in green fatigues; a member of the plot to murder four exiled opposition leaders in a Berlin restaurant in 1992; and the father of Imad Mughniyeh, the Hezbollah commander believed to be responsible for the bombings that killed more than two hundred and fifty Americans in Beirut in 1983. Mughniyeh was assassinated in 2008, purportedly by Israeli agents. In the ethos of the Iranian revolution, to die was to serve. Before Shateri’s funeral, Ayatollah Ali Khamenei, the country’s Supreme Leader, released a note of praise: “In the end, he drank the sweet syrup of martyrdom.”

Kneeling in the second row on the mosque’s carpeted floor was Major General Qassem Suleimani, the Quds Force’s leader: a small man of fifty-six, with silver hair, a close-cropped beard, and a look of intense self-containment. It was Suleimani who had sent Shateri, an old and trusted friend, to his death. As Revolutionary Guard commanders, he and Shateri belonged to a small fraternity formed during the Sacred Defense, the name given to the Iran-Iraq War, which lasted from 1980 to 1988 and left as many as a million people dead. It was a catastrophic fight, but for Iran it was the beginning of a three-decade project to build a Shiite sphere of influence, stretching across Iraq and Syria to the Mediterranean. Along with its allies in Syria and Lebanon, Iran forms an Axis of Resistance, arrayed against the region’s dominant Sunni powers and the West. In Syria, the project hung in the balance, and Suleimani was mounting a desperate fight, even if the price of victory was a sectarian conflict that engulfed the region for years.

Suleimani took command of the Quds Force fifteen years ago, and in that time he has sought to reshape the Middle East in Iran’s favor, working as a power broker and as a military force: assassinating rivals, arming allies, and, for most of a decade, directing a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq. The U.S. Department of the Treasury has sanctioned Suleimani for his role in supporting the Assad regime, and for abetting terrorism. And yet he has remained mostly invisible to the outside world, even as he runs agents and directs operations. “Suleimani is the single most powerful operative in the Middle East today,” John Maguire, a former C.I.A. officer in Iraq, told me, “and no one’s ever heard of him.”

When Suleimani appears in public—often to speak at veterans’ events or to meet with Khamenei—he carries himself inconspicuously and rarely raises his voice, exhibiting a trait that Arabs call khilib, or understated charisma. “He is so short, but he has this presence,” a former senior Iraqi official told me. “There will be ten people in a room, and when Suleimani walks in he doesn’t come and sit with you. He sits over there on the other side of room, by himself, in a very quiet way. Doesn’t speak, doesn’t comment, just sits and listens. And so of course everyone is thinking only about him.”

At the funeral, Suleimani was dressed in a black jacket and a black shirt with no tie, in the Iranian style; his long, angular face and his arched eyebrows were twisted with pain. The Quds Force had never lost such a high-ranking officer abroad. The day before the funeral, Suleimani had travelled to Shateri’s home to offer condolences to his family. He has a fierce attachment to martyred soldiers, and often visits their families; in a recent interview with Iranian media, he said, “When I see the children of the martyrs, I want to smell their scent, and I lose myself.” As the funeral continued, he and the other mourners bent forward to pray, pressing their foreheads to the carpet. “One of the rarest people, who brought the revolution and the whole world to you, is gone,” Alireza Panahian, the imam, told the mourners. Suleimani cradled his head in his palm and began to weep.

The early months of 2013, around the time of Shateri’s death, marked a low point for the Iranian intervention in Syria. Assad was steadily losing ground to the rebels, who are dominated by Sunnis, Iran’s rivals. If Assad fell, the Iranian regime would lose its link to Hezbollah, its forward base against Israel. In a speech, one Iranian cleric said, “If we lose Syria, we cannot keep Tehran.”

Although the Iranians were severely strained by American sanctions, imposed to stop the regime from developing a nuclear weapon, they were unstinting in their efforts to save Assad. Among other things, they extended a seven-billion-dollar loan to shore up the Syrian economy. “I don’t think the Iranians are calculating this in terms of dollars,” a Middle Eastern security official told me. “They regard the loss of Assad as an existential threat.” For Suleimani, saving Assad seemed a matter of pride, especially if it meant distinguishing himself from the Americans. “Suleimani told us the Iranians would do whatever was necessary,” a former Iraqi leader told me. “He said, ‘We’re not like the Americans. We don’t abandon our friends.’ ”

Last year, Suleimani asked Kurdish leaders in Iraq to allow him to open a supply route across northern Iraq and into Syria. For years, he had bullied and bribed the Kurds into coöperating with his plans, but this time they rebuffed him. Worse, Assad’s soldiers wouldn’t fight—or, when they did, they mostly butchered civilians, driving the populace to the rebels. “The Syrian Army is useless!” Suleimani told an Iraqi politician. He longed for the Basij, the Iranian militia whose fighters crushed the popular uprisings against the regime in 2009. “Give me one brigade of the Basij, and I could conquer the whole country,” he said. In August, 2012, anti-Assad rebels captured forty-eight Iranians inside Syria. Iranian leaders protested that they were pilgrims, come to pray at a holy Shiite shrine, but the rebels, as well as Western intelligence agencies, said that they were members of the Quds Force. In any case, they were valuable enough so that Assad agreed to release more than two thousand captured rebels to have them freed. And then Shateri was killed.

Finally, Suleimani began flying into Damascus frequently so that he could assume personal control of the Iranian intervention. “He’s running the war himself,” an American defense official told me. In Damascus, he is said to work out of a heavily fortified command post in a nondescript building, where he has installed a multinational array of officers: the heads of the Syrian military, a Hezbollah commander, and a coördinator of Iraqi Shiite militias, which Suleimani mobilized and brought to the fight. If Suleimani couldn’t have the Basij, he settled for the next best thing: Brigadier General Hossein Hamedani, the Basij’s former deputy commander. Hamedani, another comrade from the Iran-Iraq War, was experienced in running the kind of irregular militias that the Iranians were assembling, in order to keep on fighting if Assad fell.

Late last year, Western officials began to notice a sharp increase in Iranian supply flights into the Damascus airport. Instead of a handful a week, planes were coming every day, carrying weapons and ammunition—“tons of it,” the Middle Eastern security official told me—along with officers from the Quds Force. According to American officials, the officers coördinated attacks, trained militias, and set up an elaborate system to monitor rebel communications. They also forced the various branches of Assad’s security services—designed to spy on one another—to work together. The Middle Eastern security official said that the number of Quds Force operatives, along with the Iraqi Shiite militiamen they brought with them, reached into the thousands. “They’re spread out across the entire country,” he told me.

A turning point came in April, after rebels captured the Syrian town of Qusayr, near the Lebanese border. To retake the town, Suleimani called on Hassan Nasrallah, Hezbollah’s leader, to send in more than two thousand fighters. It wasn’t a difficult sell. Qusayr sits at the entrance to the Bekaa Valley, the main conduit for missiles and other matériel to Hezbollah; if it was closed, Hezbollah would find it difficult to survive. Suleimani and Nasrallah are old friends, having coöperated for years in Lebanon and in the many places around the world where Hezbollah operatives have performed terrorist missions at the Iranians’ behest. According to Will Fulton, an Iran expert at the American Enterprise Institute, Hezbollah fighters encircled Qusayr, cutting off the roads, then moved in. Dozens of them were killed, as were at least eight Iranian officers. On June 5th, the town fell. “The whole operation was orchestrated by Suleimani,” Maguire, who is still active in the region, said. “It was a great victory for him.”

Despite all of Suleimani’s rough work, his image among Iran’s faithful is that of an irreproachable war hero—a decorated veteran of the Iran-Iraq War, in which he became a division commander while still in his twenties. In public, he is almost theatrically modest. During a recent appearance, he described himself as “the smallest soldier,” and, according to the Iranian press, rebuffed members of the audience who tried to kiss his hand. His power comes mostly from his close relationship with Khamenei, who provides the guiding vision for Iranian society. The Supreme Leader, who usually reserves his highest praise for fallen soldiers, has referred to Suleimani as “a living martyr of the revolution.” Suleimani is a hard-line supporter of Iran’s authoritarian system. In July, 1999, at the height of student protests, he signed, with other Revolutionary Guard commanders, a letter warning the reformist President Mohammad Khatami that if he didn’t put down the revolt the military would—perhaps deposing Khatami in the process. “Our patience has run out,” the generals wrote. The police crushed the demonstrators, as they did again, a decade later.

Iran’s government is intensely fractious, and there are many figures around Khamenei who help shape foreign policy, including Revolutionary Guard commanders, senior clerics, and Foreign Ministry officials. But Suleimani has been given a remarkably free hand in implementing Khamenei’s vision. “He has ties to every corner of the system,” Meir Dagan, the former head of Mossad, told me. “He is what I call politically clever. He has a relationship with everyone.” Officials describe him as a believer in Islam and in the revolution; while many senior figures in the Revolutionary Guard have grown wealthy through the Guard’s control over key Iranian industries, Suleimani has been endowed with a personal fortune by the Supreme Leader. “He’s well taken care of,” Maguire said.

Suleimani lives in Tehran, and appears to lead the home life of a bureaucrat in middle age. “He gets up at four every morning, and he’s in bed by nine-thirty every night,” the Iraqi politician, who has known him for many years, told me, shaking his head in disbelief. Suleimani has a bad prostate and recurring back pain. He’s “respectful of his wife,” the Middle Eastern security official told me, sometimes taking her along on trips. He has three sons and two daughters, and is evidently a strict but loving father. He is said to be especially worried about his daughter Nargis, who lives in Malaysia. “She is deviating from the ways of Islam,” the Middle Eastern official said.

Maguire told me, “Suleimani is a far more polished guy than most. He can move in political circles, but he’s also got the substance to be intimidating.” Although he is widely read, his aesthetic tastes appear to be strictly traditional. “I don’t think he’d listen to classical music,” the Middle Eastern official told me. “The European thing—I don’t think that’s his vibe, basically.” Suleimani has little formal education, but, the former senior Iraqi official told me, “he is a very shrewd, frighteningly intelligent strategist.” His tools include payoffs for politicians across the Middle East, intimidation when it is needed, and murder as a last resort. Over the years, the Quds Force has built an international network of assets, some of them drawn from the Iranian diaspora, who can be called on to support missions. “They’re everywhere,” a second Middle Eastern security official said. In 2010, according to Western officials, the Quds Force and Hezbollah launched a new campaign against American and Israeli targets—in apparent retaliation for the covert effort to slow down the Iranian nuclear program, which has included cyber attacks and assassinations of Iranian nuclear scientists.

Since then, Suleimani has orchestrated attacks in places as far flung as Thailand, New Delhi, Lagos, and Nairobi—at least thirty attempts in the past two years alone. The most notorious was a scheme, in 2011, to hire a Mexican drug cartel to blow up the Saudi Ambassador to the United States as he sat down to eat at a restaurant a few miles from the White House. The cartel member approached by Suleimani’s agent turned out to be an informant for the U.S. Drug Enforcement Administration. (The Quds Force appears to be more effective close to home, and a number of the remote plans have gone awry.) Still, after the plot collapsed, two former American officials told a congressional committee that Suleimani should be assassinated. “Suleimani travels a lot,” one said. “He is all over the place. Go get him. Either try to capture him or kill him.” In Iran, more than two hundred dignitaries signed an outraged letter in his defense; a social-media campaign proclaimed, “We are all Qassem Suleimani.”

Several Middle Eastern officials, some of whom I have known for a decade, stopped talking the moment I brought up Suleimani. “We don’t want to have any part of this,” a Kurdish official in Iraq said. Among spies in the West, he appears to exist in a special category, an enemy both hated and admired: a Middle Eastern equivalent of Karla, the elusive Soviet master spy in John le Carré’s novels. When I called Dagan, the former Mossad chief, and mentioned Suleimani’s name, there was a long pause on the line. “Ah,” he said, in a tone of weary irony, “a very good friend.”

In March, 2009, on the eve of the Iranian New Year, Suleimani led a group of Iran-Iraq War veterans to the Paa-Alam Heights, a barren, rocky promontory on the Iraqi border. In 1986, Paa-Alam was the scene of one of the terrible battles over the Faw Peninsula, where tens of thousands of men died while hardly advancing a step. A video recording from the visit shows Suleimani standing on a mountaintop, recounting the battle to his old comrades. In a gentle voice, he speaks over a soundtrack of music and prayers.

“This is the Dasht-e-Abbas Road,” Suleimani says, pointing into the valley below. “This area stood between us and the enemy.” Later, Suleimani and the group stand on the banks of a creek, where he reads aloud the names of fallen Iranian soldiers, his voice trembling with emotion. During a break, he speaks with an interviewer, and describes the fighting in near-mystical terms. “The battlefield is mankind’s lost paradise—the paradise in which morality and human conduct are at their highest,” he says. “One type of paradise that men imagine is about streams, beautiful maidens, and lush landscape. But there is another kind of paradise—the battlefield.”

Suleimani was born in Rabor, an impoverished mountain village in eastern Iran. When he was a boy, his father, like many other farmers, took out an agricultural loan from the government of the Shah. He owed nine hundred toman—about a hundred dollars at the time—and couldn’t pay it back. In a brief memoir, Suleimani wrote of leaving home with a young relative named Ahmad Suleimani, who was in a similar situation. “At night, we couldn’t fall asleep with the sadness of thinking that government agents were coming to arrest our fathers,” he wrote. Together, they travelled to Kerman, the nearest city, to try to clear their family’s debt. The place was unwelcoming. “We were only thirteen, and our bodies were so tiny, wherever we went, they wouldn’t hire us,” he wrote. “Until one day, when we were hired as laborers at a school construction site on Khajoo Street, which was where the city ended. They paid us two toman per day.” After eight months, they had saved enough money to bring home, but the winter snow was too deep. They were told to seek out a local driver named Pahlavan—“Champion”—who was a “strong man who could lift up a cow or a donkey with his teeth.” During the drive, whenever the car got stuck, “he would lift up the Jeep and put it aside!” In Suleimani’s telling, Pahlavan is an ardent detractor of the Shah. He says of the two boys, “This is the time for them to rest and play, not work as a laborer in a strange city. I spit on the life they have made for us!” They arrived home, Suleimani writes, “just as the lights were coming on in the village homes. When the news travelled in our village, there was pandemonium.”

As a young man, Suleimani gave few signs of greater ambition. According to Ali Alfoneh, an Iran expert at the Foundation for Defense of Democracies, he had only a high-school education, and worked for Kerman’s municipal water department. But it was a revolutionary time, and the country’s gathering unrest was making itself felt. Away from work, Suleimani spent hours lifting weights in local gyms, which, like many in the Middle East, offered physical training and inspiration for the warrior spirit. During Ramadan, he attended sermons by a travelling preacher named Hojjat Kamyab—a protégé of Khamenei’s—and it was there that he became inspired by the possibility of Islamic revolution.

In 1979, when Suleimani was twenty-two, the Shah fell to a popular uprising led by Ayatollah Ruhollah Khomeini in the name of Islam. Swept up in the fervor, Suleimani joined the Revolutionary Guard, a force established by Iran’s new clerical leadership to prevent the military from mounting a coup. Though he received little training—perhaps only a forty-five-day course—he advanced rapidly. As a young guardsman, Suleimani was dispatched to northwestern Iran, where he helped crush an uprising by ethnic Kurds.

When the revolution was eighteen months old, Saddam Hussein sent the Iraqi Army sweeping across the border, hoping to take advantage of the internal chaos. Instead, the invasion solidified Khomeini’s leadership and unified the country in resistance, starting a brutal, entrenched war. Suleimani was sent to the front with a simple task, to supply water to the soldiers there, and he never left. “I entered the war on a fifteen-day mission, and ended up staying until the end,” he has said. A photograph from that time shows the young Suleimani dressed in green fatigues, with no insignia of rank, his black eyes focussed on a far horizon. “We were all young and wanted to serve the revolution,” he told an interviewer in 2005.

Suleimani earned a reputation for bravery and élan, especially as a result of reconnaissance missions he undertook behind Iraqi lines. He returned from several missions bearing a goat, which his soldiers slaughtered and grilled. “Even the Iraqis, our enemy, admired him for this,” a former Revolutionary Guard officer who defected to the United States told me. On Iraqi radio, Suleimani became known as “the goat thief.” In recognition of his effectiveness, Alfoneh said, he was put in charge of a brigade from Kerman, with men from the gyms where he lifted weights.

The Iranian Army was badly overmatched, and its commanders resorted to crude and costly tactics. In “human wave” assaults, they sent thousands of young men directly into the Iraqi lines, often to clear minefields, and soldiers died at a precipitous rate. Suleimani seemed distressed by the loss of life. Before sending his men into battle, he would embrace each one and bid him goodbye; in speeches, he praised martyred soldiers and begged their forgiveness for not being martyred himself. When Suleimani’s superiors announced plans to attack the Faw Peninsula, he dismissed them as wasteful and foolhardy. The former Revolutionary Guard officer recalled seeing Suleimani in 1985, after a battle in which his brigade had suffered many dead and wounded. He was sitting alone in a corner of a tent. “He was very silent, thinking about the people he’d lost,” the officer said.

Ahmad, the young relative who travelled with Suleimani to Kerman, was killed in 1984. On at least one occasion, Suleimani himself was wounded. Still, he didn’t lose enthusiasm for his work. In the nineteen-eighties, Reuel Marc Gerecht was a young C.I.A. officer posted to Istanbul, where he recruited from the thousands of Iranian soldiers who went there to recuperate. “You’d get a whole variety of guardsmen,” Gerecht, who has written extensively on Iran, told me. “You’d get clerics, you’d get people who came to breathe and whore and drink.” Gerecht divided the veterans into two groups. “There were the broken and the burned out, the hollow-eyed—the guys who had been destroyed,” he said. “And then there were the bright-eyed guys who just couldn’t wait to get back to the front. I’d put Suleimani in the latter category.”

Ryan Crocker, the American Ambassador to Iraq from 2007 to 2009, got a similar feeling. During the Iraq War, Crocker sometimes dealt with Suleimani indirectly, through Iraqi leaders who shuttled in and out of Tehran. Once, he asked one of the Iraqis if Suleimani was especially religious. The answer was “Not really,” Crocker told me. “He attends mosque periodically. Religion doesn’t drive him. Nationalism drives him, and the love of the fight.”

Iran’s leaders took two lessons from the Iran-Iraq War. The first was that Iran was surrounded by enemies, near and far. To the regime, the invasion was not so much an Iraqi plot as a Western one. American officials were aware of Saddam’s preparations to invade Iran in 1980, and they later provided him with targeting information used in chemical-weapons attacks; the weapons themselves were built with the help of Western European firms. The memory of these attacks is an especially bitter one. “Do you know how many people are still suffering from the effects of chemical weapons?” Mehdi Khalaji, a fellow at the Washington Institute for Near East Policy, said. “Thousands of former soldiers. They believe these were Western weapons given to Saddam.” In 1987, during a battle with the Iraqi Army, a division under Suleimani’s command was attacked by artillery shells containing chemical weapons. More than a hundred of his men suffered the effects.

The other lesson drawn from the Iran-Iraq War was the futility of fighting a head-to-head confrontation. In 1982, after the Iranians expelled the Iraqi forces, Khomeini ordered his men to keep going, to “liberate” Iraq and push on to Jerusalem. Six years and hundreds of thousands of lives later, he agreed to a ceasefire. According to Alfoneh, many of the generals of Suleimani’s generation believe they could have succeeded had the clerics not flinched. “Many of them feel like they were stabbed in the back,” he said. “They have nurtured this myth for nearly thirty years.” But Iran’s leaders did not want another bloodbath. Instead, they had to build the capacity to wage asymmetrical warfare—attacking stronger powers indirectly, outside of Iran.

The Quds Force was an ideal tool. Khomeini had created the prototype for the force in 1979, with the goal of protecting Iran and exporting the Islamic Revolution. The first big opportunity came in Lebanon, where Revolutionary Guard officers were dispatched in 1982 to help organize Shiite militias in the many-sided Lebanese civil war. Those efforts resulted in the creation of Hezbollah, which developed under Iranian guidance. Hezbollah’s military commander, the brilliant and murderous Imad Mughniyeh, helped form what became known as the Special Security Apparatus, a wing of Hezbollah that works closely with the Quds Force. With assistance from Iran, Hezbollah helped orchestrate attacks on the American Embassy and on French and American military barracks. “In the early days, when Hezbollah was totally dependent on Iranian help, Mughniyeh and others were basically willing Iranian assets,” David Crist, a historian for the U.S. military and the author of “The Twilight War,” says.

For all of the Iranian regime’s aggressiveness, some of its religious zeal seemed to burn out. In 1989, Khomeini stopped urging Iranians to spread the revolution, and called instead for expediency to preserve its gains. Persian self-interest was the order of the day, even if it was indistinguishable from revolutionary fervor. In those years, Suleimani worked along Iran’s eastern frontier, aiding Afghan rebels who were holding out against the Taliban. The Iranian regime regarded the Taliban with intense hostility, in large part because of their persecution of Afghanistan’s minority Shiite population. (At one point, the two countries nearly went to war; Iran mobilized a quarter of a million troops, and its leaders denounced the Taliban as an affront to Islam.) In an area that breeds corruption, Suleimani made a name for himself battling opium smugglers along the Afghan border.

In 1998, Suleimani was named the head of the Quds Force, taking over an agency that had already built a lethal résumé: American and Argentine officials believe that the Iranian regime helped Hezbollah orchestrate the bombing of the Israeli Embassy in Buenos Aires in 1992, which killed twenty-nine people, and the attack on the Jewish center in the same city two years later, which killed eighty-five. Suleimani has built the Quds Force into an organization with extraordinary reach, with branches focussed on intelligence, finance, politics, sabotage, and special operations. With a base in the former U.S. Embassy compound in Tehran, the force has between ten thousand and twenty thousand members, divided between combatants and those who train and oversee foreign assets. Its members are picked for their skill and their allegiance to the doctrine of the Islamic Revolution (as well as, in some cases, their family connections). According to the Israeli newspaper Israel Hayom, fighters are recruited throughout the region, trained in Shiraz and Tehran, indoctrinated at the Jerusalem Operation College, in Qom, and then “sent on months-long missions to Afghanistan and Iraq to gain experience in field operational work. They usually travel under the guise of Iranian construction workers.”

After taking command, Suleimani strengthened relationships in Lebanon, with Mughniyeh and with Hassan Nasrallah, Hezbollah’s chief. By then, the Israeli military had occupied southern Lebanon for sixteen years, and Hezbollah was eager to take control of the country, so Suleimani sent in Quds Force operatives to help. “They had a huge presence—training, advising, planning,” Crocker said. In 2000, the Israelis withdrew, exhausted by relentless Hezbollah attacks. It was a signal victory for the Shiites, and, Crocker said, “another example of how countries like Syria and Iran can play a long game, knowing that we can’t.”

Since then, the regime has given aid to a variety of militant Islamist groups opposed to America’s allies in the region, such as Saudi Arabia and Bahrain. The help has gone not only to Shiites but also to Sunni groups like Hamas—helping to form an archipelago of alliances that stretches from Baghdad to Beirut. “No one in Tehran started out with a master plan to build the Axis of Resistance, but opportunities presented themselves,” a Western diplomat in Baghdad told me. “In each case, Suleimani was smarter, faster, and better resourced than anyone else in the region. By grasping at opportunities as they came, he built the thing, slowly but surely.”

In the chaotic days after the attacks of September 11th, Ryan Crocker, then a senior State Department official, flew discreetly to Geneva to meet a group of Iranian diplomats. “I’d fly out on a Friday and then back on Sunday, so nobody in the office knew where I’d been,” Crocker told me. “We’d stay up all night in those meetings.” It seemed clear to Crocker that the Iranians were answering to Suleimani, whom they referred to as “Haji Qassem,” and that they were eager to help the United States destroy their mutual enemy, the Taliban. Although the United States and Iran broke off diplomatic relations in 1980, after American diplomats in Tehran were taken hostage, Crocker wasn’t surprised to find that Suleimani was flexible. “You don’t live through eight years of brutal war without being pretty pragmatic,” he said. Sometimes Suleimani passed messages to Crocker, but he avoided putting anything in writing. “Haji Qassem’s way too smart for that,” Crocker said. “He’s not going to leave paper trails for the Americans.”

Before the bombing began, Crocker sensed that the Iranians were growing impatient with the Bush Administration, thinking that it was taking too long to attack the Taliban. At a meeting in early October, 2001, the lead Iranian negotiator stood up and slammed a sheaf of papers on the table. “If you guys don’t stop building these fairy-tale governments in the sky, and actually start doing some shooting on the ground, none of this is ever going to happen!” he shouted. “When you’re ready to talk about serious fighting, you know where to find me.” He stomped out of the room. “It was a great moment,” Crocker said.

The coöperation between the two countries lasted through the initial phase of the war. At one point, the lead negotiator handed Crocker a map detailing the disposition of Taliban forces. “Here’s our advice: hit them here first, and then hit them over here. And here’s the logic.” Stunned, Crocker asked, “Can I take notes?” The negotiator replied, “You can keep the map.” The flow of information went both ways. On one occasion, Crocker said, he gave his counterparts the location of an Al Qaeda facilitator living in the eastern city of Mashhad. The Iranians detained him and brought him to Afghanistan’s new leaders, who, Crocker believes, turned him over to the U.S. The negotiator told Crocker, “Haji Qassem is very pleased with our coöperation.”

The good will didn’t last. In January, 2002, Crocker, who was by then the deputy chief of the American Embassy in Kabul, was awakened one night by aides, who told him that President George W. Bush, in his State of the Union Address, had named Iran as part of an “Axis of Evil.” Like many senior diplomats, Crocker was caught off guard. He saw the negotiator the next day at the U.N. compound in Kabul, and he was furious. “You completely damaged me,” Crocker recalled him saying. “Suleimani is in a tearing rage. He feels compromised.” The negotiator told Crocker that, at great political risk, Suleimani had been contemplating a complete reëvaluation of the United States, saying, “Maybe it’s time to rethink our relationship with the Americans.” The Axis of Evil speech brought the meetings to an end. Reformers inside the government, who had advocated a rapprochement with the United States, were put on the defensive. Recalling that time, Crocker shook his head. “We were just that close,” he said. “One word in one speech changed history.”

Before the meetings fell apart, Crocker talked with the lead negotiator about the possibility of war in Iraq. “Look,” Crocker said, “I don’t know what’s going to happen, but I do have some responsibility for Iraq—it’s my portfolio—and I can read the signs, and I think we’re going to go in.” He saw an enormous opportunity. The Iranians despised Saddam, and Crocker figured that they would be willing to work with the U.S. “I was not a fan of the invasion,” he told me. “But I was thinking, If we’re going to do it, let’s see if we can flip an enemy into a friend—at least tactically for this, and then let’s see where we can take it.” The negotiator indicated that the Iranians were willing to talk, and that Iraq, like Afghanistan, was part of Suleimani’s brief: “It’s one guy running both shows.”

After the invasion began, in March, 2003, Iranian officials were frantic to let the Americans know that they wanted peace. Many of them watched the regimes topple in Afghanistan and Iraq and were convinced that they were next. “They were scared shitless,” Maguire, the former C.I.A. officer in Baghdad, told me. “They were sending runners across the border to our élite elements saying, ‘Look, we don’t want any trouble with you.’ We had an enormous upper hand.” That same year, American officials determined that Iran had reconfigured its plans to develop a nuclear weapon to proceed more slowly and covertly, lest it invite a Western attack.

After Saddam’s regime collapsed, Crocker was dispatched to Baghdad to organize a fledgling government, called the Iraqi Governing Council. He realized that many Iraqi politicians were flying to Tehran for consultations, and he jumped at the chance to negotiate indirectly with Suleimani. In the course of the summer, Crocker passed him the names of prospective Shiite candidates, and the two men vetted each one. Crocker did not offer veto power, but he abandoned candidates whom Suleimani found especially objectionable. “The formation of the governing council was in its essence a negotiation between Tehran and Washington,” he said.

Voir de même:

Gen. Soleimani: A new brand of Iranian hero for nationalist times
Not a Shiite religious figure and not a martyr, Qassem Soleimani, the living commander of Iran’s elite Qods Force, has been elevated to hero status.
Scott Peterson
The Christian Science Monitor
February 15, 2016

Tehran, Iran
For years the commander of Iran’s elite Qods Force worked from the shadows, conducting the nation’s battles from Afghanistan to Lebanon.

But today Qassem Soleimani is Iran’s celebrity general, a man elevated to hero status by a social media machine that has at least 10 Instagram accounts and spreads photographs and selfies of him at the front lines in Syria and Iraq.

The Islamic Republic long ago turned hero worship into an art form, with its devotion to Shiite religious figures and war martyrs. But the growing personality cult that halos Maj. Gen. Soleimani is different: The gray-haired servant of the Islamic Revolutionary Guard Corps (IRGC) is very much alive, and his ascent to stardom coincides with a growing nationalist trend in Iran.

“Propaganda in Iran is changing, and every nation needs a live hero,” says a conservative analyst in Qom, who asked not to be named.

“The dead heroes now are not useful; we need a live hero now. Iranian people like great commanders, military heroes in history,” he says, ticking off a string of names. “I think Qassem Soleimani is the right person for our new propaganda policy – the right person at the right time.”

Soleimani’s face surged into public view after the self-described Islamic State (IS) swept from Syria into Iraq in June 2014. Frontline photographs of the general mingling with Iranian fighters went viral.

Iranians cite many reasons for his rise, from “saving” Baghdad from IS jihadists and reactivating Shiite militias in Iraq to preserving the rule of Syrian President Bashar al-Assad during nearly six years of war.

Never mind that some analysts suggest that earlier failures to prevent internal upheaval in Iraq and Syria – for years those countries were part of Soleimani’s responsibility – are the reason for Iran’s deep involvement today.

For his part, Soleimani attributes the “collapse of American power in the region” to Iran’s “spiritual influence” in bolstering resistance against the United States, Israel, and their allies.

“It is very extraordinary. Who else can come close?” says a veteran observer in Tehran, Iran, who asked not to be named. “I don’t know how intentional this is; you see people in all walks of life respect him. It shows we can have a very popular hero who is not a cleric.”

“There is no stain on his image,” says the observer.

Indeed, Soleimani has become a source of pride and a symbol for Iranians of all stripes of their nation’s power abroad. At a pro-regime rally, even young Westernized women in makeup pledge to be “soldiers” of Soleimani. At a bodybuilding championship held in his honor, bare-chested men flaunted their muscles beside a huge portrait of him.

Among the Islamic Revolution’s true believers, Soleimani’s exploits are sung by religious storytellers and posted online. His writings about the Iran-Iraq War are steeped in religious language.

In a video from the Syrian front line broadcast on state TV last month, he addressed fighters, saying, of an Iranian volunteer who was killed, “God loves the person who makes holy war his path.”

When erroneous reports of Soleimani’s death recently emerged (Iran has lost dozens of senior IRGC commanders in Syria and Iraq and hundreds of “advisers”), he laughed and said, “This [martyrdom] is something that I have climbed mountains and crossed plains to find.

Some say the hero worship has gone too far; months ago the IRGC ordered Iranian media not to publish frontline selfies. When a young director wanted to make a film inspired by his hero, the general said he was against it and was embarrassed.

Yet Soleimani appears to have relented for Ebrahim Hatamikia, a renowned director of war films.

“Bodyguard” is now premièring at a festival in Tehran. “I made this film for the love of Haj Qassem Soleimani,” the director told an Iranian website, adding that he is “the earth beneath Soleimani’s feet.”

Voir de plus:

The war on ISIS is getting weird in Iraq
Michael B Kelley
Business insider
Mar 25, 2015

The US has started providing « air strikes, airborne intelligence, and Advise & Assist support to Iraqi security forces headquarters » as Baghdad struggles to drive ISIS militants out of Saddam Hussein’s hometown of Tikrit.

The Iraqi assault has heretofore been spearheaded by Maj. Gen. Qassim Suleimani, the head of Iran’s Quds Force, the foreign arm of the Iran Revolutionary Guards Corps (IRGC), and most of the Iraqi forces are members of Shiite militias beholden to Tehran.

The British magazine The Week features Suleimani in bed with Uncle Sam, which is quite striking given that Suleimani directed « a network of militant groups that killed hundreds of Americans in Iraq, » as detailed by Dexter Filkins in The New Yorker.The notion of the US working on the same side Suleimani is confounding to those who consider him a formidable adversary.

« There’s just no way that the US military can actively support an offensive led by Suleimani, » Christopher Harmer, a former aviator in the United States Navy in the Persian Gulf who is now an analyst with the Institute for the Study of War, told Helene Cooper of The New York Times recently. « He’s a more stately version of Osama bin Laden. »

Suleimani’s Iraqi allies — such as the powerful Badr militia — are known for allegedly burning down Sunni villages and using power drills on enemies.

« It’s a little hard for us to be allied on the battlefield with groups of individuals who are unrepentantly covered in American blood, » Ryan Crocker, a career diplomat who served as the US ambassador to Iraq from 2007 to 2009, told US News.

Nevertheless, American warplanes have provided support for the so-called special groups over the past few months.

Badr commander Hadi al-Ameri recently told Eli Lake of Bloomberg that the US ambassador to Iraq offered airstrikes to support the Iraqi army and the Badr ground forces. Ameri added that Suleimani « advises us. He offers us information, we respect him very much. »

The Wall Street Journal noted that « U.S. officials want to ensure that Iran doesn’t play a central role in the fight ahead. U.S. officials want to be certain that the Iraqi military provides strong oversight of the Shiite militias. »

The question is who tells Suleimani to get out of the way but leave his militias behind.

Voir de plus:

Trump Kills Iran’s Most Overrated Warrior
Suleimani pushed his country to build an empire, but drove it into the ground instead.
Thomas L. Friedman
NYT
Jan. 3, 2020

One day they may name a street after President Trump in Tehran. Why? Because Trump just ordered the assassination of possibly the dumbest man in Iran and the most overrated strategist in the Middle East: Maj. Gen. Qassim Suleimani.

Think of the miscalculations this guy made. In 2015, the United States and the major European powers agreed to lift virtually all their sanctions on Iran, many dating back to 1979, in return for Iran halting its nuclear weapons program for a mere 15 years, but still maintaining the right to have a peaceful nuclear program. It was a great deal for Iran. Its economy grew by over 12 percent the next year. And what did Suleimani do with that windfall?

He and Iran’s supreme leader launched an aggressive regional imperial project that made Iran and its proxies the de facto controlling power in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. This freaked out U.S. allies in the Sunni Arab world and Israel — and they pressed the Trump administration to respond. Trump himself was eager to tear up any treaty forged by President Obama, so he exited the nuclear deal and imposed oil sanctions on Iran that have now shrunk the Iranian economy by almost 10 percent and sent unemployment over 16 percent.

All that for the pleasure of saying that Tehran can call the shots in Beirut, Damascus, Baghdad and Sana. What exactly was second prize?

With the Tehran regime severely deprived of funds, the ayatollahs had to raise gasoline prices at home, triggering massive domestic protests. That required a harsh crackdown by Iran’s clerics against their own people that left thousands jailed and killed, further weakening the legitimacy of the regime.

Then Mr. “Military Genius” Suleimani decided that, having propped up the regime of President Bashar al-Assad in Syria, and helping to kill 500,000 Syrians in the process, he would overreach again and try to put direct pressure on Israel. He would do this by trying to transfer precision-guided rockets from Iran to Iranian proxy forces in Lebanon and Syria.

Alas, Suleimani discovered that fighting Israel — specifically, its combined air force, special forces, intelligence and cyber — is not like fighting the Nusra front or the Islamic State. The Israelis hit back hard, sending a whole bunch of Iranians home from Syria in caskets and hammering their proxies as far away as Western Iraq.

Indeed, Israeli intelligence had so penetrated Suleimani’s Quds Force and its proxies that Suleimani would land a plane with precision munitions in Syria at 5 p.m., and the Israeli air force would blow it up by 5:30 p.m. Suleimani’s men were like fish in a barrel. If Iran had a free press and a real parliament, he would have been fired for colossal mismanagement.

But it gets better, or actually worse, for Suleimani. Many of his obituaries say that he led the fight against the Islamic State in Iraq, in tacit alliance with America. Well, that’s true. But what they omit is that Suleimani’s, and Iran’s, overreaching in Iraq helped to produce the Islamic State in the first place.

It was Suleimani and his Quds Force pals who pushed Iraq’s Shiite prime minister, Nuri Kamal al-Maliki, to push Sunnis out of the Iraqi government and army, stop paying salaries to Sunni soldiers, kill and arrest large numbers of peaceful Sunni protesters and generally turn Iraq into a Shiite-dominated sectarian state. The Islamic State was the counterreaction.

Finally, it was Suleimani’s project of making Iran the imperial power in the Middle East that turned Iran into the most hated power in the Middle East for many of the young, rising pro-democracy forces — both Sunnis and Shiites — in Lebanon, Syria and Iraq.

As the Iranian-American scholar Ray Takeyh pointed out in a wise essay in Politico, in recent years “Soleimani began expanding Iran’s imperial frontiers. For the first time in its history, Iran became a true regional power, stretching its influence from the banks of the Mediterranean to the Persian Gulf. Soleimani understood that Persians would not be willing to die in distant battlefields for the sake of Arabs, so he focused on recruiting Arabs and Afghans as an auxiliary force. He often boasted that he could create a militia in little time and deploy it against Iran’s various enemies.”

It was precisely those Suleimani proxies — Hezbollah in Lebanon and Syria, the Popular Mobilization Forces in Iraq, and the Houthis in Yemen — that created pro-Iranian Shiite states-within-states in all of these countries. And it was precisely these states-within-states that helped to prevent any of these countries from cohering, fostered massive corruption and kept these countries from developing infrastructure — schools, roads, electricity.

And therefore it was Suleimani and his proxies — his “kingmakers” in Lebanon, Syria and Iraq — who increasingly came to be seen, and hated, as imperial powers in the region, even more so than Trump’s America. This triggered popular, authentic, bottom-up democracy movements in Lebanon and Iraq that involved Sunnis and Shiites locking arms together to demand noncorrupt, nonsectarian democratic governance.

On Nov. 27, Iraqi Shiites — yes, Iraqi Shiites — burned down the Iranian consulate in Najaf, Iraq, removing the Iranian flag from the building and putting an Iraqi flag in its place. That was after Iraqi Shiites, in September 2018, set the Iranian consulate in Basra ablaze, shouting condemnations of Iran’s interference in Iraqi politics.

The whole “protest” against the United States Embassy compound in Baghdad last week was almost certainly a Suleimani-staged operation to make it look as if Iraqis wanted America out when in fact it was the other way around. The protesters were paid pro-Iranian militiamen. No one in Baghdad was fooled by this.

In a way, it’s what got Suleimani killed. He so wanted to cover his failures in Iraq he decided to start provoking the Americans there by shelling their forces, hoping they would overreact, kill Iraqis and turn them against the United States. Trump, rather than taking the bait, killed Suleimani instead.

I have no idea whether this was wise or what will be the long-term implications. But here are two things I do know about the Middle East.

First, often in the Middle East the opposite of “bad” is not “good.” The opposite of bad often turns out to be “disorder.” Just because you take out a really bad actor like Suleimani doesn’t mean a good actor, or a good change in policy, comes in his wake. Suleimani is part of a system called the Islamic Revolution in Iran. That revolution has managed to use oil money and violence to stay in power since 1979 — and that is Iran’s tragedy, a tragedy that the death of one Iranian general will not change.

Today’s Iran is the heir to a great civilization and the home of an enormously talented people and significant culture. Wherever Iranians go in the world today, they thrive as scientists, doctors, artists, writers and filmmakers — except in the Islamic Republic of Iran, whose most famous exports are suicide bombing, cyberterrorism and proxy militia leaders. The very fact that Suleimani was probably the most famous Iranian in the region speaks to the utter emptiness of this regime, and how it has wasted the lives of two generations of Iranians by looking for dignity in all the wrong places and in all the wrong ways.

The other thing I know is that in the Middle East all important politics happens the morning after the morning after.

Yes, in the coming days there will be noisy protests in Iran, the burning of American flags and much crying for the “martyr.” The morning after the morning after? There will be a thousand quiet conversations inside Iran that won’t get reported. They will be about the travesty that is their own government and how it has squandered so much of Iran’s wealth and talent on an imperial project that has made Iran hated in the Middle East.

And yes, the morning after, America’s Sunni Arab allies will quietly celebrate Suleimani’s death, but we must never forget that it is the dysfunction of many of the Sunni Arab regimes — their lack of freedom, modern education and women’s empowerment — that made them so weak that Iran was able to take them over from the inside with its proxies.

I write these lines while flying over New Zealand, where the smoke from forest fires 2,500 miles away over eastern Australia can be seen and felt. Mother Nature doesn’t know Suleimani’s name, but everyone in the Arab world is going to know her name. Because the Middle East, particularly Iran, is becoming an environmental disaster area — running out of water, with rising desertification and overpopulation. If governments there don’t stop fighting and come together to build resilience against climate change — rather than celebrating self-promoting military frauds who conquer failed states and make them fail even more — they’re all doomed.

Voir encore:

Love is a Battlefield
Jon Stewart takes the U.S.-Iran ‘strange bedfellows’ line literally, imagines Iraq as a love triangle
Peter Weber
The Week
June 17, 2014

Yes, Jon Stewart is a comedian, and no, The Daily Show isn’t a hard news-and-analysis show. But on Monday night’s show, Stewart gave a remarkably cogent and creative explanation of the geopolitical situation in Iraq. The U.S. and Iran are discussing coordinating their efforts in Iraq to defeat a common enemy, the Islamic State of Iraq and Syria (ISIS) militia. Meanwhile, ISIS is getting financial support from one of America’s biggest Arab allies, and Iran’s biggest Muslim enemy, Saudi Arabia.

Forget « strange bedfellows » — this is a romantic Gordian knot. But it makes a lot of sense when Stewart presents the situation as a love triangle. « Sure, you say ‘Death to America’ and burn our flags, but you do it to our face, » Stewart tells Iran. Meanwhile, Saudi Arabia has been funding America’s enemies behind our backs — but what about its sweet, sweet crude oil? Like all good love triangles, this one has a soundtrack — Stewart draws on the hits of the 1980s to great effect. In fact, the only ’80s song Stewart left out that would have tied this all together: « Love Bites. » –Peter Weber

State Department urges U.S. citizens to ‘depart Iraq immediately’ due to ‘heightened tensions’

4:37 a.m.

The State Department on Friday urged « U.S. citizens to depart Iraq immediately, » citing unspecified « heightened tensions in Iraq and the region » and the « Iranian-backed militia attacks at the U.S. Embassy compound. »

Iranian officials have vowed « harsh » retaliation for America’s assassination Friday of Iran’s top regional military commander, Gen. Qassem Soleimani, outside Baghdad International Airport. Syria similarly criticized the « treacherous American criminal aggression » and warned of a « dangerous escalation » in the region.

Iraq’s outgoing prime minister, Adel Abdul-Mahdi, also slammed the the « liquidation operations » against Soleimani and half a dozen Iraqi militiamen killed in the drone strikes as an « aggression against Iraq, » a « brazen violation of Iraq’s sovereignty and blatant attack on the nation’s dignity, » and an « obvious violation of the conditions of U.S. troop presence in Iraq, which is limited to training Iraqi forces. » A senior Iraqi official said Parliament must take « necessary and appropriate measures to protect Iraq’s dignity, security, and sovereignty. »

The Pentagon said President Trump ordered the assassination of Soleimani as a « defensive action to protect U.S. personnel abroad, » claiming the Quds Force commander was « actively developing plans to attack American diplomats and service members in Iraq and throughout the region. » Peter Weber

If President Trump was watching Fox News at Mar-a-Lago on Thursday night, he got a violently mixed messages on his order to assassinate Iranian Gen. Qassem Soleimani, head of the elite Quds Force, national hero, and scourge of U.S. forces.

Sean Hannity called into his own show to tell guest host Josh Chaffetz that the killing of Soleimani was « a huge victory and total leadership by the president » and « the opposite of what happened in Benghazi. » Rep. Michael Waltz (R-Fla.) channeled Ronald Reagan and praised Trump’s « peace through strength. » Oliver North, Karl Rove, and Ari Flesischer also lauded Trump’s decision.

Earlier, fellow host Tucker Carlson saw neither peace nor strength in Trump’s actions. He blamed « official Washington, » though, and suggested Trump had been « out-maneuvered » by more hawkish advisers who might be pushing America « toward war despite what the president wants. »

« There’s been virtually no debate or even discussion about this, but America appears to be lumbering toward a new Middle East war, » Carlson said. « The very people demanding action against Iran tonight » are « liars, and they don’t care about you, they don’t care about your kids, they’re reckless and incompetent. And you should keep all of that in mind as war with Iran looms closer tonight. » Trump, he added, « doesn’t seek war and he’s wary of it, particularly in an election year. » When his guest, Curt Mills of The American Conservative, said war with Iran « would be twice as bad » as the Iraq War and « if Trump does this, he’s cooked, » Carlson sadly concurred: « I think that’s right. »

Media Matters’ Matt Gertz pointed out that Hannity has always been more « bellicose » than Carlson on Iran, and both men informally advise Trump off-air as well as on-air. And « if you pay attention to the impact the Fox News Cabinet has on the president, » he tweeted Thursday night, « Tucker Carlson has been off for the holidays the past few days as tensions with Iran mounted. » Coincidence? Maybe. But on such twists does the fate of our world turn.

Voir enfin:

Le massacre des prisonniers politiques de 1988 en Iran : une mobilisation forclose ?
Henry Sorg
Raisons politiques
2008/2 (n° 30), pages 59 à 87

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux. J’ai décidé afin de me distraire et me calmer l’esprit, sachant qu’il n’y a pas d’issue pour me sauver de cette douleur, de présenter [mes filles] disparues, Leili et Shirine, dans une note pour mes chers petits-enfants qui ignoreront cette histoire et comment elle est arrivée ­ spécialement les enfants de Shirine. D’abord je dois dire que je n’ai pas de savoir pour exprimer correctement tous mes souvenirs et mes observations sur ce qui s’est passé pour moi et mes enfants durant cette période funeste de la Révolution [en Iran]. Je n’ai pris un crayon et une feuille de papier qu’en de rares occasions de ma vie, alors que dire maintenant que je suis un vieillard de 70 ans aux mains tremblantes, aux yeux plein de sang (…). Mais que faire puisque je suis en conflit avec moi-même. Mon appel intérieur m’a tout pris et me crie : â?œnote ce que tu as vu, ce que tu as entendu et ce que tu as vécuâ?. Mon appel intérieur me crie : â?œpuisque c’est vrai, rapporte que Leili était enceinte de huit mois lorsqu’ils l’ont exécutéeâ?Â ; il me crie : â?œEcris au moins que Shirine, après six ans et neuf mois de prison, et après avoir supporté les tortures les plus sauvages et les plus modernes a finalement été exécutée, et ils n’ont pas rendu son corpsâ?. Si ces souvenirs comportent des erreurs d’écriture, on en comprendra l’essentiel du propos à un certain point. Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. »
Carnet de notes retrouvé à T., Iran

1LA RÉVOLUTION IRANIENNE s’est instituée sur la double violence d’une « guerre sainte [2][2]L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et… » contre un ennemi extérieur, l’Irak, et d’une élimination physique des opposants intérieurs, celle notamment des prisonniers politiques en 1988 [3][3]L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et…. Durant l’été 1988, après que l’ayatollah Ruhollah Khomeini eut accepté de mauvaise grâce la résolution 598 de l’ONU mettant fin à la longue guerre contre l’Irak, les prisons du pays ont été purgées de leurs prisonniers politiques. Le nombre exact de prisonniers exécutés et enterrés dans des fosses communes ou des sections de cimetière reste jusqu’à ce jour inconnu. Les rares recherches menées sur la question, les organisations qui ont capitalisé les témoignages de survivants, les groupes politiques dont les membres ont été exécutés, les témoignages individuels, mais aussi certains anciens responsables de l’État islamique s’accordent pour reconnaître que ce bilan se chiffre en plusieurs milliers [4][4]Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons…. Cet événement a non seulement fait l’objet de la part des autorités publiques iraniennes d’un silence orchestré et d’un déni, mais il n’a pas non plus été documenté ou analysé de façon exhaustive. Vingt ans après les faits, on peine encore à mettre au jour cette réalité qui existe de façon fragmentaire, par assemblage d’ouï-dire et de témoignages : matrice à mythes pour certains acteurs politiques exclus du champ national (tel le Parti des Moudjahidines du Peuple dont les membres furent les principales victimes [5][5]Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ;…), drames familiaux couverts d’un silence gêné pour une population iranienne qui ne souhaite pas vraiment connaître ce qu’elle appelle, pudiquement, « ces histoires-là ».

2 Dans le contexte d’une « démocratisation » de la vie sociale et politique [6][6]Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle… à partir des années 1990, les exécutions de 1988 sont absentes du débat initié sur les libertés publiques et, notamment, des revendications exprimées en faveur d’un État de droit et d’une nouvelle société civile [7][7]Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. En effet, le contexte politique autoritaire dans lequel se sont perpétrées les violences d’État ­ de 1979, juste après la Révolution, jusqu’aux massacres de 1988 ­ évolue dans la décennie suivante vers une demande de « réforme » et de libéralisation du régime islamique. Cette transformation procède principalement autour de trois mouvements : d’une part, la réflexion théorique (à la fois politique et théologique) qui occupe le débat publique sur les rapports entre islam et droits de l’homme [8][8]Ibid. ; d’autre part, une série de changements politiques au sein des institutions suite à l’élection du président Khatami en 1997, aux élections municipales de 1999 et celles du 6e Parlement en 2000 ; enfin, l’apparition d’un nouveau rapport au politique dans la société avec l’émergence d’une culture politique qui, en rupture avec l’islamisme révolutionnaire des deux décennies précédentes, se détourne des « concepts identitaires classiques comme “peuple” ou “nation” [vers ceux, nouveaux] de société civile (jâme’e madani), de citoyenneté (shahrvandi) et d’individu (fard)  [9][9]Ibid. ». Ces nouveaux mouvements, s’ils mentionnent éventuellement et discrètement les « événements » de 1988, le font sur le mode de l’allusion et non pas sur celui de la mobilisation.

3 L’étoffe du silence qui entoure les exécutions massives de l’été 1988 est complexe : Qui sont les victimes ? Quelles en sont les raisons ? Quelles en sont les conditions et qui en sont les responsables ? Il s’agit d’abord, en s’appuyant sur la littérature existante ainsi que sur les sources premières accessibles, d’exposer quelques éléments de réponses à ces questions, sur un sujet d’étude inédit en France. D’autre part, il s’agit de réfléchir autour de ces faits connus, mais non reconnus ­ selon la définition que Cohen propose du « déni [10][10]Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and… » ­ en se demandant comment fonctionnent les dispositifs d’invisibilisation mis en place par le pouvoir et comment y répondent des pratiques de souvenir. Le massacre de 1988 est l’enjeu d’une mémoire dont il s’agit pour le pouvoir d’effacer la trace, d’abord, de façon à la fois concrète et symbolique, à travers l’interdit du rituel funéraire pour les victimes. Cette tension mémorielle travaille la société iranienne et oppose depuis deux décennies un passé non « commémorable » à un travail de mémoire qui se cristallise autour des sépultures.

4 Peu de matériaux empiriques et d’analyses sont disponibles sur l’exécution en masse des prisonniers politiques qui a clos la période de consolidation du pouvoir et de suppression de l’opposition au Parti républicain islamique de 1981 à 1988. Les sources, disponibles en persan et en anglais, se composent principalement de témoignages et de quelques travaux d’investigation historiques [11][11]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ;…, sociologiques [12][12]Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During… et juridiques ­ ces derniers s’intéressant à la qualification des exécutions de masse comme « crime contre l’humanité [13][13]Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural… ». Les rapports non-gouvernementaux et internationaux [14][14]Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC),… constituent une autre source, qui, tout comme les travaux scientifiques, se fondent principalement sur des entretiens avec de rares prisonniers témoins exilés à l’étranger et avec les proches des victimes, ainsi que sur des témoignages écrits [15][15]Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E.…. À cet égard, les Mémoires de l’ayatollah Montazeri documentent les faits du point de vue de l’organisation politique et, dans une certaine mesure, de l’organisation administrative. D’un autre côté, plusieurs témoignages ont été publiés sous forme de romans, de lettres écrites depuis la prison ou de mémoires [16][16]Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft…. D’autres témoignages, nombreux, restent encore à découvrir et assembler, comme celui que nous nous proposons d’explorer dans cet article.

5 Lors d’un séjour dans la ville de T. en 2004, nous avons pu prendre connaissance d’un carnet de notes d’une cinquantaine de pages écrites entre 1989 et 1990 par un homme âgé. Ce cahier a été trouvé à sa mort par ses proches dans ses effets personnels. Javad L., retraité d’une compagnie publique résidant à T., était père de six enfants dont les cinq aînés, qui avaient suivi de solides formations universitaires, commençaient leur vie adulte à la fin des années 1970. Dans ces pages, il racontait dans le détail les circonstances de l’arrestation et de l’exécution de ses deux filles à la suite de la Révolution de 1978. Celles-ci avaient pris part de façon active au mouvement d’opposition des Moudjahidines du Peuple [17][17]Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles,…, au cours de la révolution iranienne et dans les premières années de la nouvelle République islamique. Elles ont été arrêtées dans le cadre de la répression politique mise en place à partir de 1980. Le carnet de notes relate des faits qui s’étendent de 1980 à 1988 et détaille l’arrestation, l’emprisonnement et l’exécution des deux jeunes femmes, la première en 1982 et la seconde en 1988. Les destinataires étant de jeunes enfants au moment des faits, l’écriture cherche à faire passer une mémoire qui imbrique généalogie familiale et histoire nationale : « Certainement, les enfants de Shirine veulent savoir qui était leur mère et pourquoi elle a été exécutée. » Le texte poursuit : « Peut-être qu’il leur sera intéressant de connaître les moudjahidines, de quelles franges de la société ils étaient issus, quels étaient leurs buts et leurs intentions et pourquoi ils ont été massacrés sans merci. Je reprends donc depuis le début, du plus loin que vont mes souvenirs. Inhcha’Allah. »

Les moudjahidines : de la révolution à la répression

6 Les membres, et de façon bien plus déterminante en nombre, les proches et sympathisants du Parti des Moudjahidines du peuple (Moudjahidine-e Khalq) sont les principales cibles des vagues de répression successives entre 1981 et 1988 et forment une large majorité des prisonniers exécutés en 1988. Ce parti politique, dont la formation remonte au lendemain des mouvements de mai 1968 dans le monde, se fonde sur une synthèse entre islamisme, gauche radicale et nationalisme anti-impérialiste. À l’origine, le mouvement revendique l’inspiration du Front National (Jebhe-ye Melli) de Mossadeq et Fatemi [18][18]Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant…. Fortement influencés par les écrits de Shariati [19][19]Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres,…, sociologue des religions et figure intellectuelle de l’opposition à la monarchie pahlavie, les moudjahidines articulent la pensée d’un islam chiite politique à une approche socio-économique marxiste et la revendication d’une société sans classe (nezam-e bi tabaghe-ye tawhidi), ainsi qu’une critique de la domination occidentale et un nationalisme révolutionnaire proche des mouvements de libération nationale du Tiers-monde [20][20]Ibid., p. 100-102.. « Quel était leur programme ? écrit Javad, je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que comme la peste et le choléra, en un clin d’ il, tous les jeunes éduqués, engagés et pieux, filles ou garçons, ont commencé à soutenir le programme des moudjahidines, grisés par leur enthousiasme, comme s’ils avaient trouvé réponse à tous leurs manques dans cette école de pensée. (…) Au début, ils se comptaient parmi les partisans de l’ayatolla Khomeini et de feu l’ayatollah Taleghani, et ils considéraient ceux-ci comme les symboles de leur salut. De jour en jour, le nombre de leurs partisans augmentait. Surtout chez les gens éduqués, des professeurs de lycée aux lycéens. » À la différence des autres partis de gauche, et particulièrement l’historique parti communiste (le Tudeh) dirigé par l’élite intellectuelle et bénéficiant d’une certaine base populaire, le parti mobilise une nombreuse population étudiante et lycéenne issue d’une jeunesse non fortunée, mais qui a eu accès à l’éducation [21][21]Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth…. « Les moudjahidines, avec leur combinaison de chiisme, de modernisme et de radicalisme social exerçaient une évidente séduction sur la jeune intelligentsia, composée de plus en plus par les enfants, non pas de l’élite aisée ou des laïques éduqués, mais de la classe moyenne traditionnelle [22][22]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre… », rappelle Abrahamian, qui insiste d’autre part sur l’extrême jeunesse de sa base. Alors que les cadres du parti ont été politisés dans les mouvements étudiants de la fin des années 1960, la base militante a été socialisée et politisée en 1977-79. En 1981, elle se compose principalement de lycéens et d’étudiants radicalisés par l’expérience de la révolution, vivant encore pour la plupart dans le foyer familial.
Présentés comme « islamo-marxistes » et poursuivis dans les dernières années de la monarchie, les moudjahidines prennent une part active au mouvement qui initie la révolution de 1979. Accueillant avec enthousiasme le retour de l’ayatollah Khomeini de son exil français en 1978, les moudjahidines s’opposent pourtant au principe du Velayat-e Faghih (gouvernement du docteur de la loi islamique) [23][23]Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe…, qui est au fondement constitutionnel de la nouvelle République islamique, et soutiennent le président de la République laïque Bani Sadr. Mobilisant d’importantes manifestations d’opposition dans les principales villes, les moudjahidines sont un des seuls partis politiques à présenter des candidats dans tout le pays en vue des élections législatives de 1981. Le mouvement et ses membres sont violemment écartés de la vie publique à partir de l’attentat du 28 juin 1981 au siège du Parti républicain islamiste : officiellement attribué aux moudjahidines, cet attentat à la bombe fait 71 morts parmi les hauts responsables de ce parti qui amorce à cette époque son appropriation exclusive du pouvoir [24][24]Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany,…. Une Fatwa énoncée par Khomeini rend alors les moudjahidines illégaux, en les identifiant comme monafeghins, « hypocrites en matière de religion ». Cette étiquette, télescopant encore une fois l’actualité politique et la tradition musulmane, reprend le nom donné aux polythéistes de Médine qui s’étaient déclarés du côté de Mahommet et ses premiers fidèles, tout en vendant la ville aux assiégeants de la Mecque : le couperet distingue le chiisme « vrai », en condamnant et en discréditant définitivement l’islamisme révolutionnaire inspiré par Chariati. Le 29 juillet 1981, le dirigeant des Moudjahidine-e Kalq, Massoud Rajavi quitte clandestinement le pays en compagnie du président Bani Sadr pour former, en France, le Conseil National de la Résistance. Par la suite, l’ex-président se distancie du mouvement pris en main par le dirigeant moudjahidine qui recompose une structure politique fermée en recrutant de nouveaux sympathisants dans les villes européennes et américaines. Pour les moudjahidines, l’opposition au régime post-révolutionnaire s’est traduite par un anti-patriotisme stratégique qui les a amenés à s’allier avec l’Irak durant le conflit des années 1980 [25][25]Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the…. C’est à cette évolution qu’Abrahamian attribue l’évolution sectaire du parti [26][26]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261. et sa rupture avec la société iranienne dans les années 1980. L’isolement du parti et de ses membres, ses pratiques hiérarchiques, ses prises de position ambiguës depuis 2001 sont dénoncées [27][27]C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No… et semblent l’avoir marginalisé comme acteur politique dans l’espace iranien [28][28]Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times….

7 « Pourquoi les moudjahidines ont-ils réussi à élargir la base de la mobilisation politique [dans les années 1970 et 1980], mais échoué à accéder au pouvoir [29][29]E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre… ? » Cette question, qui guide la recherche historique d’Abrahamian sur le mouvement [30][30]Ibid., Javad cherche lui aussi à l’éclaircir quand il évoque les élections de 1981 : « En fait dans beaucoup de villes iraniennes, les moudjahidines avaient la majorité des voix [31][31]Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en…. Malheureusement, après le décompte des votes, la situation a changé, et la raison en était que les jeunes moudjahidines n’étaient pas faits pour la politique. Ils n’avaient pas commencé la lutte pour avoir des postes de pouvoir et du prestige. Ils pensaient établir une société pieuse [32][32]Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid… et sans classe (…) Quel qu’aient été ces idées en tous cas, elles ont été étouffées dans l’ uf. Par ceux qui s’étaient cachés derrière la Révolution et qui sont apparus tout à coup. »

Le massacre de l’été 1988

8 L’institution d’un État islamique en Iran s’est fondée, à partir de 1981, sur un « régime de terreur » qui a duré aussi longtemps que la guerre contre l’Irak, et s’est traduit concrètement par une élimination physique des opposants politiques potentiels, le recours à la torture et une grande publicité de ces deux pratiques afin de « tenir » la population [33][33]E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.. C’est dans ce contexte que vient en 1988, de l’ayatollah Khomeini, l’ordre de purger les prisons en éliminant les opposants politiques. Les membres les plus actifs de l’opposition au régime islamiste ont déjà été éliminés entre 1981 et 1985 (environ 15 000 exécutions) [34][34]Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine… ou se sont exilés à cette même époque. Les prisonniers politiques et d’opinion en 1988 sont des (ex-)sympathisants ou des membres des moudjahidines pour la grande majorité, du Tudeh (PC), de partis d’extrême gauche minoritaires, du PDKI (parti indépendantiste kurde), ou encore sans affiliation. Cette purge a lieu au terme de procès spéciaux : d’une part, une condamnation à mort doit être signée par le Vali-e Faghih, mais Khomeini donne procuration à une équipe composée de membres du clergé et de divers corps administratifs (Information, Intérieur, autorités pénitentiaires) pour mener ces procès qui prennent en réalité la forme de brefs interrogatoires à la chaîne. D’autre part, l’ayatollah Montazeri, alors numéro deux du régime, cite une Fatwa énoncée par Khomeini à propos des moudjahidines : « Ceux qui sont dans des prisons du pays et restent engagés dans leur soutien aux Monafeghin [Moujahidines], sont en guerre contre Dieu et condamnés à mort (…) Annihilez les ennemis de l’Islam immédiatement. Dans cette affaire, utilisez tous les critères qui accélèrent l’application du verdict [35][35]H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.. » Des témoignages de prisonniers acquittés d’Evin et de Gohar Dasht, à Téhéran, ont été par la suite diffusés dans certains journaux libres de langue iranienne et sur les sites Internet d’ONG iraniennes. Celui de Javad est l’un des rares qui évoque l’événement en province, dans la ville de T. Cet épisode, qui clôt son carnet, commence quand il reçoit un appel le 30 juillet 1988 à 22 h 00, de la prison de D. où sa fille est détenue depuis 1981, lui demandant de venir immédiatement la voir car elle « va partir en voyage demain ». Il est surpris : on est dimanche, or personne ne lui a rien dit lors de la visite hebdomadaire du samedi, qui s’est déroulée normalement la veille. Il se rend à la prison où il rencontre sa fille et lui demande des explications. Shirine raconte : « “Hier soir à 23 heures, alors que tout le monde dormait et que la prison était totalement silencieuse, ils sont venus me chercher, ils m’ont bandé les yeux sans expliquer de quoi il s’agissait et ils m’ont emmenée dans une salle où se tenaient un grand nombre de responsables : le gouverneur municipal, le directeur de la prison, le procureur, le chef du département exécutif et quelques membres [du ministère] de l’Information ainsi que quelques personnes que je n’avais jamais vues auparavant. D’abord, le gouverneur municipal se tourne vers moi et me dit : `D’après ce que nous savons, tu es encore partisane des Monafeghins‘. Je réponds : `S’il n’a pas encore été prouvé pour vous que je ne suis plus dans aucune action et que je n’en soutiens aucune, que faut-il faire pour vous convaincre ?’ Ensuite il demande : `Que penses-tu de la République islamique ?’ Je réponds : `Depuis que la République islamique a vu le jour, il y a de cela sept ans et quelques mois, je suis quant à moi en prison. Je n’ai pas eu de contact avec la société pour pouvoir avoir quelconque aperçu des façons de faire de la République islamique.’ Le gouverneur municipal a ordonné `Emmenez-la’. Il était alors minuit environ. Je ne sais pas quel est le but de cet événement.” Le gardien de prison intervient : “Le but est celui que nous avons dit : ils veulent vous envoyer en voyage, mais j’ignore où”. Moi qui étais le père de la prisonnière, je demande : “Quelle somme d’argent peut-elle avoir avec elle dans ce voyage ?” Il me répond : “Elle peut avoir la somme qu’elle veut”. J’ai donc donné 500 tomans que j’avais sur moi à Shirine. Sa mère lui a donné les habits qu’elle avait apportés. (…) Ensuite, j’ai demandé au responsable de la prison : “Quand pourrons-nous avoir des nouvelles de Shirine et savoir où elle est ?” Il répond “Revenez ici dans quinze jours, peut-être qu’on en saura plus d’ici là.” »
À partir du 19 juillet 1988 à Téhéran, et quelques jours plus tard dans les autres villes, les autorités pénitentiaires isolent les prisons. « Quinze jours plus tard, sa mère et moi nous sommes rendus à la prison. Un grand nombre de proches de prisonniers s’étaient regroupés là, même ceux dont les enfants avaient été libérés il y a un ou deux ans ou quelques mois. Nous leur avons demandé ce qu’ils faisaient là. Ils nous ont répondu qu’ils ne savaient pas eux-mêmes. “Tout ce qu’on sait, c’est que nos enfants sont venus pour leur feuille de présence et ils ne sont pas encore ressortis.” Car la règle était que chaque prisonnier libéré devait se présenter une à deux fois par semaine pour signer une feuille de présence. Des gardiens armés postés sur le trottoir devant la prison ne laissaient personne s’approcher et, de la même façon, des gardiens armés étaient postés devant la porte du tribunal révolutionnaire, situé un peu plus loin, pour empêcher les gens d’approcher. Une grande affiche était placardée au mur : “Pour raison de surcharge de travail, nous ne pouvons accueillir les visiteurs.” » Dans les prisons, les détenus sont isolés par groupes d’affiliation politique et par durée de peine ; les espaces communs sont fermés. À l’extérieur, aucune nouvelle des prisons ne paraît plus dans la presse du pays qui, pour des raisons d’intimidation et de propagande, en est très friande en temps normal : c’est le huis-clos dans lequel s’organisent les exécutions, dont le plus gros se déroule en quelques semaines à la fin août 1988. Selon un prisonnier qui se trouvait alors dans la principale prison d’Evin : « À partir de juillet 1988, pas de journaux, pas de télévision, pas de douche, pas de visite des familles et souvent, pas de nourriture. Dans chaque pièce (d’environ 24 mètres carrés) il y avait plus de 45 prisonniers. Finalement, le 29 ou le 30 juillet, ils ont commencé le massacre [36][36]Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference,….  » Les exécutions ont donc lieu à la suite des « procès » spéciaux menés en quelques jours à l’encontre de milliers de prisonniers. Alors que les questions posées à Shirine sont d’ordre politique et interrogent sa loyauté envers le régime en place, les interrogatoires cités par de nombreuses sources, notamment pour les prisons d’Evin et de Gohar Dasht, indiquent l’usage d’une grammaire religieuse, d’une forme « inquisitoire [37][37]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et… » et d’une certaine vision politique de l’islam qui cherche, à la surprise des prisonniers, non plus à connaître leurs opinions, mais à déterminer s’ils sont de bons musulmans. Au cours d’un échange de quelques minutes, un jury d’autorités religieuses demandait ainsi aux prisonniers communistes s’ils priaient et si leurs parents priaient : en cas de double réponse négative, les prisonniers étaient acquittés (une personne élevée dans l’athéisme ne peut être un « apostat »), si par contre ils étaient athées de parents religieux, ils étaient alors condamnés à mort pour apostasie. Les moudjahidines quant à eux devaient, pour avoir la vie sauve, prouver qu’ils étaient repentants (et donc s’affirmer prêts à étrangler un autre moudjahidine) et loyaux (prêts à nettoyer les champs de mine de l’armée iranienne avec leur corps) : ceux qui répondaient par la négative à ces questions, et ils furent nombreux, étaient condamnés à mort pour « hypocrisie » [38][38]Ibid.. Le processus, qui se déroule de mi-juillet à début septembre, est orchestré dans la discrétion, notamment par le recours aux pendaisons, qui correspondent par ailleurs à l’exécution appropriée pour les non-musulmans (les Kafer, dont il est interdit de faire couler le sang). D’après témoignages, des prisonniers ignoraient que leurs co-détenus étaient en train d’être exécutés par centaines et pensaient qu’ils étaient « transférés ailleurs [39][39]Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…,… ». La forme de ces procès, menés par des autorités ad hoc pour des prisonniers qui ont déjà été jugés une première fois (parfois rejugés plusieurs fois lors de leur peine ou qui l’ont parfois déjà purgée) soulève la question de savoir si l’on doit parler d’« exécution ». Abrahamian parle des « exécutions de masse de 1988 » [40][40]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209. ; le mot avancé par ceux qui ont travaillé sur la qualification juridique des événements comme « crimes contre l’humanité » est celui de « massacre » [41][41]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.….

Pratiques d’invisibilisation

9 À partir du mois de novembre 1988, la nouvelle des exécutions est annoncée aux familles lors de la visite hebdomadaire ; très vite, l’émotion gagne la foule qui se rassemble devant la prison. Face à la volonté de discrétion du pouvoir, d’autres méthodes sont adoptées. « C’est en âbân [octobre-novembre] qu’un jour, contre toute attente, la porte de la prison s’ouvrit et on nous dit d’entrer. Nous ne tenions plus en place de joie, et nous nous reprochions de ne pas avoir amené quelques fruits avec nous au cas où, ou d’avoir pris quelques vêtements. Mais après un moment d’attente et d’impatience, ils nous ont distribué des formulaires en nous ordonnant de les remplir, afin de consigner tous renseignements concernant les prisonniers et leur famille : domicile, lieu de travail, salaire, activités quotidiennes, connaissances. Ceux qui pouvaient remplir ce formulaire le faisaient eux-mêmes, et ceux qui ne savaient pas écrire se faisaient aider. Quand les formulaires ont été remplis, ils ont été collectés un par un (…) puis la porte s’est ouverte et on nous a dit : “C’est bon, vous pouvez partir” (…) Cette situation incertaine se poursuivait. Les jours de visite, nous nous réunissions comme d’habitude devant la prison, et finalement, comme d’habitude, nous nous dispersions bredouille. Jusqu’à un samedi, au début du mois d’âzar [novembre] : j’étais moi-même parti à la prison quand on a appelé à la maison en disant : “Dites au père de Shirine L. de se rendre demain matin à D.” (…) Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vues, je me suis un peu apaisé.(…) Nous étions une centaine ce jour-là, car ils avaient déjà rendu les affaires personnelles d’une trentaine de prisonnières à leur famille. Après un moment d’attente, ils ont appelé la première personne, qui était un vieillard de 60 à 70 ans, comme moi. Tous, nous retenions notre souffle : pourquoi ont-ils appelé cette seule personne ? Nous attendions tous que le vieil homme ressorte afin de lui demander de quoi il retournait. Cela ne dura pas longtemps, peut-être dix minutes, avant que l’on revoie de loin le vieillard, tenant un bout de papier dans la main. Nous nous sommes rués sur lui, mais il était analphabète et ne savait pas de quoi il s’agissait : “Ils m’ont donné ce papier et m’ont dit de partir, et de me le faire lire dehors. Ensuite ils m’ont présenté une lettre et m’ont dit de mettre mes empreintes au bas. Ils m’ont prévenu de ne pas faire le moindre bruit, sans quoi ils viendraient arrêter toute la famille. Ils m’ont recommandé de ne pas perdre le bout de papier.” Ce bout de papier que le vieillard tenait à la main (…) disait ceci : “telle section, tel rang, tel numéro”. Le vieillard s’est assis dans un coin et s’est mis à pleurer. La deuxième et la troisième personne s’en vont et reviennent de la même manière. J’étais le quatrième : un responsable de l’Information venait devant la porte, appelait la personne, l’accompagnait dans le couloir de la prison. Là-bas, on nous faisait entrer dans une pièce pour une fouille complète ; ensuite on entrait dans une deuxième pièce où un jeune de 25 à 30 ans était assis sur une chaise, entouré de deux pasdars[42][42]Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice…. Après des salutations mielleuses, celui-ci nous demandait : “Que pensez-vous de la République islamique ? Quel souvenir gardez-vous du martyre des 72 compagnons de l’Imam [43][43]Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où… ?” Je ne sais pas ce qu’on répondait d’habitude ; quant à moi, j’ai exprimé clairement ma pensée. Puis il me tendit un morceau de papier imprimé en disant : “Lis-le, c’est l’accord qui stipule que vous n’avez aucun droit d’organiser une cérémonie de mise en terre, vous n’avez pas le droit d’organiser de cérémonie religieuse privée, ni dans une mosquée, ni à domicile, ni au cimetière, vous devez vous garder de pleurer à haute voix ou faire réciter le Coran pour les défunts.” Puis il lut lui-même la lettre (…) et me demanda de signer. J’ai déchiré la lettre en morceaux sur sa table. Deux personnes sont entrées dans la pièce et m’ont pris ; elles m’ont emmené par la porte de derrière de la prison et m’ont mis dans une voiture. Elles m’ont conduit jusqu’au carrefour de l’aéroport [à une autre extrémité de la ville] et m’ont fait descendre là-bas, en me mettant dans la poche le bout de papier où était écrit : Cimetière X, section 22, rang 3, tombe no 4. Mais dans cette section du cimetière, il y a beaucoup de tombes recouvertes d’une simple dalle de ciment. Des gens trop curieux ont démontré que ces tombes sont anciennes et ne portent pas de nom ; ou bien c’est en recouvrant la dalle en pierre d’une couche de béton qu’ils les présentaient aux familles comme la tombe des êtres chers qu’ils venaient de perdre. On nous disait : “Ce n’est pas la peine d’aller pleurer sur une tombe vide.” Selon un des gardiens de la prison, il restait 400 prisonniers moudjahidines dans les prisons de D. et du Sepah à T. qui ont été emmenés de nuit avec plusieurs camions spéciaux accompagnés d’un groupe de garde, entre 1 et 3 heures du matin. Ils les ont tous emmenés les yeux bandés, et aucun gardien ordinaire de la prison n’a été engagé pour cette affaire. Où ils les ont emmené et ce qu’ils leur ont fait, Dieu seul le sait. »
Les recherches de Shahrooz [44][44]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… sur la façon dont les familles ont été averties des exécutions confirment le récit de Javad : l’isolement des prisons durant l’été, l’usage du téléphone et l’annonce individuelle des exécutions, la demande d’un engagement écrit au silence, mais aussi la surveillance des familles qui se rendent au cimetière et des interrogatoires hebdomadaires au Komité[45][45]Du français « comité » : désigne les cellules informelles… sur le chemin du retour. Ces stratégies s’inscrivent dans un ensemble de pratiques élaborées par le pouvoir depuis 1981 pour « tenir » les familles, dans un contexte où la grande majorité des prisonniers et des condamnés à mort sont des adolescents ou de jeunes adultes. C’est au niveau de la parenté immédiate qu’agit la répression : les frères et s urs, voisins proches et parents sont souvent incarcérés, pour quelques mois, en même temps que les opposants. Si les parents inquiets parlent trop, s’agitent ou se conduisent de façon bruyante dans les différentes situations administratives (devant le procureur révolutionnaire, le tribunal, etc.) où ils viennent s’enquérir du sort de leurs enfants détenus, une pratique courante du Sepah, d’après Javad, est d’emmener les enfants restant de la famille en représailles. Face aux pratiques de terreur qui prennent appui dans le tissu social immédiat (voisinage, parenté), « personne n’osait respirer fort » remarque Javad, qui se souvient avoir perdu son calme un jour, dans le tribunal, alors qu’on l’y avait envoyé pour demander des nouvelles de sa fille. Quinze jours plus tard, une voiture du Sepah s’arrête chez Javad à minuit et vient chercher la jeune s ur de Shirine « pour un interrogatoire ».

10 Les pratiques d’invisibilisation semblent s’organiser en couches successives : si du cercle témoin de la répression, la famille, peu d’information et d’agitation doit filtrer au-dehors, vers des relais sociaux plus larges, les gardiens s’assurent quant à eux que certaines pratiques de gestion des centres de détention ne soient pas connues des familles. Javad identifie ainsi « trois sortes de morts. Ceux qui meurent sous la torture : leur corps ne sont pas rendus et ils ne disent pas aux proches où ils se trouvent ; ceux qui sont pendus : ils donnent un bout de papier disant qu’ils sont enterrés à tel endroit, mais interdisent les cérémonies et les regroupements autour de la tombe ; ceux qui sont fusillés : ils peuvent rendre le corps à la famille contre une somme de 7 à 10 000 tomans ». Cette distinction s’explique peut-être du fait que la pendaison est réservée aux Kafer, aux non-musulmans, et en l’occurrence aux moudjahidines qui sont considérés tels depuis la Fatwa de 1981. Dès lors, les sépultures doivent être dans les carrés non-musulmans des cimetières, ce qui ne serait pas forcément respecté si le corps était rendu aux familles. En 1988, les corps des victimes ne sont pas rendus aux familles qui refusent de leur côté de reconnaître comme authentiques les tombes indiquées par le pouvoir, en particulier depuis la découverte de charniers qui laissent penser que les prisonniers exécutés ont été enterrés dans des fosses communes [46][46]AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty….

11 Le gouvernement dénie les rumeurs d’exécution massive. Le président de la République, aujourd’hui « Guide suprême de la Révolution », Ali Khamenei, reconnaît que quelques Monafeghins ont été exécutés durant l’été, mais justifie cette action au nom de la sûreté d’État et de la préservation du territoire national [47][47]Ibid.. En 1989, une lettre ouverte de la mission permanente de la République islamique d’Iran à l’ONU répond de manière ambiguë au communiqué d’Amnesty International : « Les autorités de la République islamique d’Iran ont toujours nié l’existence d’exécutions politiques, mais cela ne contredit pas d’autres déclarations postérieures confirmant que des espions et des terroristes ont été exécutés [48][48]UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran :…. » En effet, le 5 juillet 1988, peu après la signature du cessez-le-feu entre l’Iran et l’Irak, l’Organisation des moudjahidines exilée dans une base militaire en Irak lance une offensive armée à la frontière iranienne et pénètre brièvement sur le territoire iranien, avant d’être sévèrement défaite par l’armée adverse. Shahrooz réfute l’idée selon laquelle les exécutions massives de 1988, dont les analystes peinent à saisir clairement l’objectif ou le mobile, seraient une riposte à cette tentative d’attaque militaire, en s’appuyant sur plusieurs témoignages individuels et le rapport du représentant spécial auprès de la Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, selon lesquels les procès et les exécutions de 1988 commencent à partir du mois d’avril, soit avant l’attaque du 5 juillet [49][49]Final Report on the situation of human rights in the Islamic….

12 Il faut mentionner que le pouvoir impliqué dans les violences d’État de 1988, comme dans la gestion de leur héritage, est un corps hétérogène, parcouru de divisions d’au moins deux sortes. D’une part, il comprend des acteurs gouvernementaux, officiels, et différents groupes privés ou paramilitaires liés au Parti républicain islamique (le Hezbollah, le Sepah). D’autre part, le dispositif de répression et l’évolution des pratiques carcérales dans les années 1980 s’inscrivent, au sein même du parti au pouvoir, dans des jeux d’influences et des luttes politiques dont l’enjeu est la succession de Khomeini [50][50]M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art.…. Une analyse des ordres mettant en place le massacre et des réponses aux réticences exprimées dans les rangs du Parti républicain islamique montre que cet événement est l’occasion pour le pouvoir de faire « le tri entre les mitigés et les vrais croyants parmi [l]es partisans [du régime], leur imposant par ailleurs le silence au sujet des droits humains [51][51]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre…  » : les exécutions de masse auraient servi à verrouiller et à assurer la continuité du gouvernement mis en place par Khomeini, qui s’éteint en 1989. L’ayatollah Montazeri ­ dauphin et successeur pressenti de Khomeini à la fonction de Guide suprême de la Révolution depuis 1979 ­ est ainsi écarté de la scène publique et placé en résidence surveillée à partir de 1988, suite à ses prises de positions critiques au sujet des exécutions [52][52]Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution….

13 À défaut de pouvoir s’appuyer sur un recensement officiel ou encore sur des investigations auprès des familles et dans les fosses présumées ­ les gouvernements successifs rendant risquée les mentions ou recherches sur le sujet ­ il est difficile d’estimer le nombre de victimes du massacre. Pour Amnesty International, elles étaient 2 500 en 1990, soit quelques mois après les événements. Depuis, la collecte d’informations auprès des familles, que ce soit par les partis politiques dont les membres étaient concernés ou par des initiatives de droits de l’homme [53][53]H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit…, dresse une liste nominative de 4 000 à 5 000 victimes. Le Parti des Moudjahidine-e Kalq chiffre le massacre à 30 000 [54][54]Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing…, ce qui est bien supérieur aux chiffres avancés ailleurs. Une récente étude qui tente de rassembler les données dans les différentes provinces conclue au chiffre de 12 000 [55][55]Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57,…. Aux pratiques violentes du pouvoir répond le souci de mettre au jour des faits précis et de prendre la mesure de l’ampleur de l’événement.

14 Face à cela, les analyses juridiques du « crime contre l’humanité » de 1988 s’interrogent sur l’impossibilité ou l’absence de volonté politique actuelle en ce qui concerne la mobilisation sur le terrain du droit, et en particulier du droit pénal international [56][56]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Il serait fort utile de confronter les mobilisations du droit dans l’espace publique en Iran depuis la « démocratisation » des années 1990, et les essais de reformulation des exécutions massives de 1988 en un enjeu des droits de l’homme qui n’ont paradoxalement pas connu de relais effectif et de réalisation concrète [57][57]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.…. Ce décalage, ou cette absence, se comprend notamment par le passé révolutionnaire, nezami, et l’implication plus ou moins directe de certains responsables du mouvement réformateur dans les violences d’État durant la mise en place du régime islamique, et, notamment, dans le massacre de 1988. Ainsi, Akbar Ganji, journaliste d’opposition connu pour ses engagements en faveur des libertés civiles, plusieurs fois emprisonné depuis 2000, est-il un ancien commandant des Pasdaran-e Sepah[58][58]Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et…. Saïd Hajarian, autre figure de l’opposition démocrate et directeur du journal réformateur Sobh-e Emrooz, était adjoint du ministre de l’Information Reyshahri 1984 à 1989 [59][59]Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri »,…. Abdullah Nouri, qui s’impose à la fin des années 1990 comme la figure principale du parti réformateur, était ministre de l’Intérieur en 1988 et a fait des déclarations niant les allégations d’exécutions, qu’il attribuait à « une campagne organisée à l’étranger  » tout en affirmant que « la loi islamique et le gouvernement de la République islamique d’Iran respectent la dignité humaine et ont organisé les institutions de la République islamique sur ce principe essentiel [60][60]Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and… ». Si l’évocation des événements de l’été 1988 a été une ligne rouge à ne pas franchir sous les mandats réformateurs des années 1990-2000, les élections présidentielles de 2005 et les cadres conservateurs au pouvoir sous le mandat d’Ahmadinejad éloignent d’autant plus une perspective de reconnaissance ou de publicisation que la responsabilité pénale individuelle des membres actuels du gouvernement est engagée dans les exécutions de 1988 ­ et, plus généralement, dans le système pénitentiaire des années 1980. Selon plusieurs sources, l’actuel ministre de l’Intérieur, Mostafa Pour-Mohammadi, a siégé au sein de la commission chargée des procès-minute de l’été 1988, en tant que représentant du ministère de l’Information [61][61]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ;….

La commémoration

15 Ainsi, en dehors des témoignages mentionnés, les faits dont nous parlons n’ont jamais été évoqués dans l’espace public à un niveau politique ou juridique [62][62]E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari,…. Il s’agit alors de regarder du côté des pratiques mémorielles ­ comme nous le suggère la démarche de Javad. Comment la mémoire intime et familiale acquiert-elle une dimension politique ? Face aux pratiques d’invisibilisation (gestion du deuil, confiscation funéraire, etc.), les rites et les lieux funéraires sont travaillés par l’enjeu d’une commémoration dont il s’agit de saisir la porté et les limites, politiques. Ce mouvement se noue d’abord autour de la référence au « martyre » autour de laquelle s’organise l’Islam révolutionnaire. Face aux exécutions de masse, de 1981 à 1988, la réalité des victimes est revisitée à travers la notion de martyre. L’idée du martyre est présente dans la pensée politique de Chariati [63][63]Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité…, et participe à configurer l’action politique des Moujahidines, qu’il s’agisse de l’engagement révolutionnaire ou, plus tard, de la résistance [64][64]Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op.…. Principal ressort du discours public et de la communication pour l’engagement populaire dans la guerre contre l’Irak, elle est davantage encore une pierre de touche de l’islam chiite à l’aune de l’idéologie révolutionnaire du Parti républicain islamique [65][65]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre…. Autour de ce « culte du martyre », relayé par un art mural prolifique, s’organise la mobilisation nationale, puis la mémoire officielle du conflit [66][66]Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural…. Entre 1981 et 1988, les jeunes bassidjis révolutionnaires ont nettoyé par centaines de milliers les champs de mines de l’armée, dans une utopie mortifère et salvatrice qui les érigeait en nouveaux « martyrs » de l’Islam. Dans le contexte d’une guerre qui laisse la société iranienne exsangue de 600 000 à un million d’hommes, la sépulture chiite, l’anonymat, la célébration du martyr et de la nation sont fondus dans des offices religieux publiques et médiatisés pour les combattants victimes [67][67]Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s…. Comme l’illustrent la production et le souvenir des martyrs, et le rapport qu’ils instituent à la mort et au corps, à la colère et à la vengeance, la République islamique s’appuie sur une idéologie « martyropathe [68][68]F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit. », née d’un effondrement de l’utopie révolutionnaire, qui s’impose comme la clé de voûte de l’action politique et de la raison d’État. Or, tandis qu’elle enserre l’espace public dans un réseau de passions orchestré par un dispositif rhétorique et institutionnel, elle verrouille toute possibilité de saisir le souvenir et l’émotion collective hors de cette grille logique étroite. C’est dans cette canalisation politique et totalitaire de l’émotion et du deuil que va s’inscrire, de manière subvertie et discrète, une mémoire émotive du massacre de 1988.
Le vendredi matin, dans les cimetières de province, dans le carré des promis au paradis, les mères des enfants « martyrs » de la guerre pleurent ensemble leurs morts, alors que dans le carré d’à côté, sur des tombes sans inscriptions, d’autres mères, dans une même sociabilité et un même rituel, pleurent leurs « martyrs » à elles : ceux de 1988. Un jeune bassidji écrit ainsi à ses parents depuis le front : « Jusqu’à présent, on n’a pas trouvé le corps de certains martyrs. Si cela se produit dans mon cas, n’en soyez pas tristes [mes parents] : vous n’avez pas épargné ma vie et vous l’avez donné pour Dieu, alors renoncez à mon corps et quand vous en ressentez le besoin, rendez-vous sur la tombe des autres martyrs [69][69]Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité… ! » Le corps dérobé, disparu, du martyr, qui est une constante de l’idéologie islamique révolutionnaire, se réalise paradoxalement dans le cimetière de Khavaran, dans les fosses communes où ont été enterrés les prisonniers de la prison d’Evin exécutés en 1988. Pour les journalistes de la BBC : « Le cimetière de Khavaran n’est rien d’autre qu’un terrain vague terreux où, ça et là, des familles ont démarqué au hasard et de façon symbolique des tombes à l’aide de pierres. Il y a aussi quelques vraies pierres tombales et les familles affirment les y avoir mises car elles disent que leurs proches exécutés ont été enterrés à cet endroit [70][70]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans…. » Les cadres religieux où s’ancre le travail du deuil dessinent un espace de négociation, de répression et de détournement pour les acteurs : l’État en joue pour étouffer la possibilité d’une mémoire du massacre, les familles les détournent pour pleurer et se souvenir, malgré tout. Dès lors, la mémoire des exécutés de l’été 1988 flotte silencieusement dans l’imaginaire « martyropathe » de la République islamique ­ qui a assis sa domination précisément sur ces morts politiques. La mère d’un prisonnier exécuté écrit à sa fille exilée à l’étranger : « Le vendredi, toutes les mères et d’autres membres de la famille sont allés au cimetière. Quelle journée de deuil ! C’était comme l’Ashura. Des mères sont venues avec des portraits de leurs fils ; l’une d’elles avait perdu cinq fils et belles-filles. Finalement, le Komité est venu et nous a dispersé [71][71]AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre…. »

16 L’Ashura, dans la tradition chiite, est un moment de socialisation et de deuil où chacun pleure pour ses morts et ses peines dans le cadre de la commémoration religieuse du « martyr » d’Hussein. La référence à l’Ashura, et l’idée d’une communauté du deuil qui transparaît dans le témoignage, renvoie à une certaine socialité entre les familles de prisonniers comme le noyau autour duquel s’embraient les pratiques de souvenir. Les exécutions ne sont pas pensées dans le cadre préexistant des partis politiques auxquels appartenaient les victimes, mais à un niveau familial et intime. Toutefois, à partir des proches liés par une communauté d’expérience s’élaborent des pratiques de souvenir à un niveau collectif. Cette socialité est nouée dans l’épreuve qu’a été pour les familles de soutenir les prisonniers durant leur peine et de se tenir informées de leur sort. On trouve la trace de ce lien entre les familles, dans le témoignage de Javad. Ainsi commence le récit de l’annonce des exécutions en automne 1988 : « Le jour suivant, comme indiqué, nous nous sommes rendus devant la prison de D. à 9 heures. Il y avait d’autres personnes attroupées qui avaient reçu le même appel. Quand je les ai vus, je me suis un peu apaisé. Nous nous demandions les uns aux autres : “Et vous, qu’en pensez-vous ?” Chacun donnait son avis, l’un disait : “Ils veulent sûrement accorder une visite”, l’autre : “Ils veulent expliquer pourquoi ils ont interdit les visites”. Bref, dans ce brouhaha, nous étions tous d’accord pour dire que nous allions enfin connaître la fin de cette angoissante incertitude. » Ces moments de rencontre et de socialité jouent une fonction essentielle dans la circulation de l’information. Dans le témoignage de Javad, ce sont les nouvelles données par les familles dont les proches sont transférés d’une ville à l’autre, ou qui ont plusieurs proches prisonniers dans plusieurs villes différentes, qui permettent d’avoir une appréhension plus générale de l’échelle et des procédés de répression politique à un niveau national. La sociabilité des proches apparaît ainsi comme le lieu d’une résistance face aux pratiques du pouvoir, à travers une circulation de l’information qui répond aux stratégies de secret, mais aussi à travers la constitution de solidarités ponctuelles. Après 1988, cette socialité des proches de prisonniers semble avoir été une ressource à partir de laquelle des pratiques collectives de souvenir ont peu à peu vu le jour. La mère d’un prisonnier exécuté à Téhéran et enterré dans le cimetière de Khavaran explique dans un entretien : « Quand nous voulions aller sur sa tombe, on nous emmenait au Komité : “Pourquoi êtes-vous venus ? Et les gens avec qui vous parliez, qui était-ce ?” Un jour par semaine, le Komité nous attendait en chemin et nous emmenait là-bas. Jusqu’en 1989, quand on a organisé une cérémonie avec quelques autres mères pour nos enfants. Le soir, ils sont venus et nous ont dit « Venez à [la prison d’] Evin demain. Le lendemain matin de bonne heure nous sommes allés à Evin. Ils nous ont gardés jusqu’à 14 heures les yeux bandés, puis ils nous ont mis dans une voiture et nous ont emmenés au Komité. Ils nous ont gardés trois jours, et nous ont interrogés individuellement pour savoir comment nous nous connaissions. “Ça fait huit ans que nous allons en visite ensemble, nous avons appris à nous connaître ; ça fait un an que vous avez tué nos enfants, nous avons appris à nous connaître. C’est comme dire bonjour à ses voisins : à force d’aller à Evin, aux Komités, nous avons fini par nous connaître.” Ils ont demandé les noms de famille de toutes les mères. “Je ne les connais pas, ai-je répondu. Je connais leur prénom, c’est tout [72][72]Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de….” » La réponse qui semble émerger dans les décennies suivant l’exécution des prisonniers est celle de pratiques mémorielles qui s’organisent autour de deux choses : la commémoration collective des morts dans le cadre d’une cérémonie rituelle qui est celle du bozorgdasht, et l’identification du massacre de 1988 à un lieu spécifique, qui est le cimetière de Khavaran. Ce dernier point renvoie en effet à l’émergence progressive d’un lieu-symbole, investi d’une mémoire presque narrative de l’événement et des pratiques qui ont orchestré les procès et les exécutions collectives, la confiscation des corps, le silence public. La place qu’a progressivement acquise cet endroit dans la commémoration des exécutions, alors qu’il n’est qu’un lieu parmi les cimetières municipaux et les charniers (dont 21 seraient localisés à ce jour [73][73]Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye…) où les dépouilles ont été enfouies en 1988, semble indiquer qu’au-delà des souvenirs individuels, les pratiques mémorielles tendent à se ressaisir à un niveau collectif. « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” » titrait ainsi un article consacré à une cérémonie de commémoration dans le cimetière en septembre 2005 [74][74]Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne…. Pourquoi et comment ce mot-symbole a-t-il émergé ? Qu’indique-t-il sur la façon dont les enjeux de non-oubli se saisissent en termes collectifs, et éventuellement politiques ?

« Khavaran : un nom qui signifie “ne pas oublier” »

17 Les procès orchestrant le massacre de 1988 témoignent de cet Islam politique particulier réintroduit par Khomeini, qui repose notamment sur le réinvestissement politique des mythes fondateurs et de la tradition historique du chiisme. Les condamnés le sont pour « hypocrisie » ou pour « apostasie » ; c’est donc en « damnés », et en vue d’assurer cette damnation, que leur passage de ce monde à l’autre sera organisé. On enterre les victimes avec leurs habits et même leurs chaussures (le rituel exige un linceul blanc) dans des fosses communes très peu profondes, à fleur de terre (l’islam exige une profondeur minimum de 1,5 mètre) [75][75]E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K.…. Le deuil s’organise dans la société chiite autour de plusieurs étapes de commémoration collectives et de rassemblements funéraires : le troisième jour, le septième jour, le quarantième jour, qui marque la fin officielle des funérailles. En 1988, le quarantième jour était passé lorsque les familles furent informées de la mort de leurs proches. La majorité des exécutions eurent lieu à Téhéran et la gestion des corps semble s’être organisée dans l’obsession des règles du najes (la séparation des musulmans et des non-musulmans, du pur et de l’impur) : des fosses sont apparues, non pas dans le cimetière musulman de Behesht-e-Zara (où même des opposants politiques marxistes exécutés par l’ancien régime furent exhumés et déplacés), mais dans un carré situé dans le cimetière de Khavaran perdu sur une route à 16 km au sud-est de Téhéran, qui est un lieu d’inhumation ba’haie [76][76]Communauté religieuse persécutée.. Le lieu a été renommé Kaferestan (la terre des Kafer, des incroyants) ou encore Lanatabad (le lieu des damnés) ; les familles s’y réfèrent comme Golzar-e Khavaran (le champ de fleurs de Khavaran) car elles y ont planté des fleurs, et qu’une fois par an, à la date anniversaire du massacre, la terre du terrain vague est recouverte de bouquets. Le lieu est même parfois désigné comme golestan (le champ de fleurs), par analogie phonique et retournement du mot gourestan (le cimetière). La guerre des noms en fait en tous cas le lieu d’une mémoire laborieuse, tendue.
C’est dans ce contexte que se sont mises en place à Khavaran des cérémonies de commémoration des morts de 1988, inscrites dans la tradition ritualisée du bozorgdasht, qui est celle d’une visite au cimetière à la date anniversaire de la mort, donnant lieu à un rassemblement laïque des proches pour évoquer le souvenir du défunt. Progressivement, ces visites se sont transformées en cérémonies de commémoration du massacre de 1988. Une fois par an, lors du bozorgdasht, « le cimetière de Khavaran, rapportent les observateurs, est transformé en champs de fleurs et des opposants au régime islamique se mêlent aux familles : on récite des poèmes et on lit des textes sur la vie des disparus, de petites marches de protestation s’organisent même dans le cimetière [77][77]BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir…. » Cependant, deux décennies après les faits, les enjeux de visibilisation du massacre, qui engage la responsabilité individuelle de membres de certaines administrations encore en fonction, restent sensibles. En novembre 2005, une radio américaine en langue persane, Radio Farda, annonce que des pierres tombales du cimetière de Khavaran sont détruites par « des individus non-identifiés [78][78]Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda,… ». En automne 2007, sept personnes ayant participé au bozorgdasht de proches à Khavaran sont arrêtées et détenues dans la « section 209 » de la prison d’Evin à Téhéran, sous autorité du ministère de l’Information [79][79]AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/…. Un rapport de Human Rights Watch avance des témoignages de familles de victimes selon lesquels « des tombes improvisées, placées par les familles ont été détruites. On dit que le gouvernement prépare une intervention importante à [Khavaran] afin de supprimer les traces d’inhumation [80][80]Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre…. »

18 Lors des commémorations, la présence d’« opposants du régime » aux côtés des familles des victimes ­ la manifestation regroupait 2 000 personnes en 2005 ­ et de « petites marches de protestations » semble témoigner d’une politisation des rites mortuaires autour desquels se sont cristallisés les enjeux d’oubli et de souvenir liés à l’événement. Ce qu’on constate, c’est la fonction de catalyse du lieu dans l’organisation d’une action collective qui dépasserait le cercle des intimes. Ainsi, les membres de Kanoon-e Khavaran (l’Association Khavaran) fondée en 1996 par les sympathisants d’un groupe politique marxiste exilés en Europe et Amérique du Nord, s’organisent-ils en un réseau d’information qui a pour objet la constitution d’archives relatives aux exécutions, la production d’une liste nominale des victimes ainsi que la localisation de charniers à travers le pays [81][81]Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).. D’autre part, dans les différents textes lus lors des commémorations, le nom propre, Khavaran, émerge comme une synthèse des événements de 1988 et de leur mémoire. Ainsi de cette chanson qui commence par : « Khavaran ! Khavaran ! Terre des souvenirs. Il y vient parfois des mères… », ou encore de ce poème lu lors d’un bozorgdasht : « Je suis le cri rouge de la liberté / Lis mon nom, ma mère, dans le ciel de Khavaran / Je suis le drapeau sanglant de la liberté / Lis mon nom, mon épouse, dans le ciel de Khavaran / Je suis la bannière rouge de la liberté / Lis mon nom, mon enfant, dans le ciel de Khavaran / Je suis prisonnier sous la terre sèche de Khavaran / Lis mon nom, peuple courageux, dans le ciel de Khavaran [82][82]M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas… ». Si les trois premiers vers opposent le parcours politique des victimes (« le cri rouge de la liberté ») à un lien familial autour duquel se noue le souvenir (la mère, l’épouse, l’enfant), le dernier vers propose la mémoire de l’événement non-publicisé (« prisonnier sous la terre sèche de Khavaran ») comme le levier d’une appropriation politique, et presque la condition de reformation du « peuple courageux », en s’insérant ainsi dans un schème essentiel du discours post-révolutionnaire qui est l’invitation au peuple à réitérer la mobilisation héroïque de la révolution. Or, la difficulté d’une politisation de cette histoire alternative que propose Khavaran se négocie précisément autour de cette référence à l’histoire et la grammaire révolutionnaires, et à son « anachronisme » par rapport à un répertoire contemporain de discours et d’actions centré autour de la revendication de libertés civiles [83][83]F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle…. En effet, la charge mémorielle attribuée à ce charnier signifie-t-elle pour autant la formation d’une mémoire collective à partir de laquelle se reconstruit, dans le contexte iranien actuel, l’enjeu politique des exécutions de masse ? Mais alors, quelle identité se cristallise autour de cette mémoire commune ? C’est avec cette question qu’apparaissent les limites et les tensions liées à la possibilité de « se mobiliser » autour de la constitution des exécutions comme une cause publique.

19 Les enjeux de mémoire et d’identité sont pris dans une relation plastique de réciprocité, rappelle Gillis : « Une dimension fondamentale de toute identité individuelle ou collective, à savoir un sentiment de communauté [a sense of sameness] dans le temps et l’espace, s’élabore à partir du souvenir ; et ce dont on se souvient ainsi est défini par l’identité revendiquée [84][84]John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of…. » Or il y a une tension entre les pratiques mémorielles qui émergent sur des sites comme Khavaran, et l’identification des victimes du massacre au mouvement des moudjahidines (auquel plus de 70 % des prisonniers exécutés étaient en effet affiliés). Si les exécutions de 1988 ne sont pas vraiment un secret au sein de la population iranienne, elles sont directement rapportées à la trajectoire politique des moudjahidines qui semblent avoir été exclus des revendications et des références par lesquelles une identité nationale iranienne s’est négociée dans les pays depuis la Révolution. De leur côté, les moudjahidines entretiennent une mémoire des « martyrs » de 1988 liée aux narrations et aux symboles qui construisent l’identité forte et exclusive du groupe en exil, et pour ce faire relisent l’événement comme une confrontation entre le pouvoir et la résistance (c’est-à-dire les moudjahidines) ; cette interprétation laisse de côté la diversité des appartenances politiques des victimes en 1988, comme le fait que de nombreux prisonniers d’opinion s’étaient, au cours de leur détention, détachés de toute étiquette politique ou militante. Pour Shahrooz, c’est là le principal obstacle politique à une mobilisation par le droit faisant du massacre de 1988 un « crime contre l’humanité [85][85]K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art.… ».

Un enjeu actuel

20 Dans ses analyses sur la non-commémoration et l’oubli dans la cité athénienne, Nicole Loraux identifiait le « deuil inoublieux [86][86]Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire… » comme une passion politique qui lie le familial et la vie de la cité. À l’image de Javad qui a décidé de consigner ses mémoires pour ses petits-enfants, on peut observer que l’enjeu d’une résistance mémorielle face aux événements de 1988 engage les notions d’oubli et de déni face à un silence orchestré du pouvoir. Orchestré, et non total, ni effectif. Cette orchestration, c’est cette attitude ambivalente du pouvoir qui enterre en secret les victimes à fleur de terre, tout en faisant de l’odeur putride qui se dégage du charnier la preuve que ces personnes (qui ne sont officiellement pas là) étaient des non-musulmans ; c’est aussi annoncer la mort des prisonniers aux familles, mais en organisant un dispositif de mise sous silence du deuil (contrats de non-sépulture, annonces différées et au téléphone) ; c’est encore l’énonciation d’une Fatwa de mort de la part du Guide suprême, mais la négation d’exécutions de masse, puisque si l’exécution de prisonniers est reconnue, leur échelle niée. L’émergence d’une commémoration esquisse un réinvestissement politique des rites et des lieux de sépulture là où l’invisibilisation du massacre se fondait sur leur confiscation. Il faudrait pouvoir mener une observation interne, comparée, des structures de mobilisation que révèlent ces commémorations, même si une telle étude s’avère difficile dans le contexte actuel marqué par une nouvelle surveillance du pouvoir, comme le montrent les interventions de 2005 à 2007 sur le site de Khavaran, auprès des familles engagées ou de chercheurs souhaitant explorer le sujet [87][87]Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée…. En se fondant sur les articles scientifiques, les sources médiatiques, les différents témoignages publiés et les sites associatifs consacrés à ce sujet, il apparaît toutefois que les enjeux du non-oubli restent pris dans une tension mémorielle qui enserre les possibilités de mobilisation [88][88]Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi :…. Cette tension ne concerne pas uniquement les écarts entre le travail de commémoration initié par les familles et l’investissement politique et identitaire de l’événement parmi les groupes qui se sont, dans une faible mesure, réorganisés en exil. Elle concerne également l’impossibilité paradoxale de constituer la demande de reconnaissance et de justice comme une cause commune, dans un espace public marqué par la revendication de libertés civiles. L’extériorité des événements de 1988 par rapport à la vie politique et l’étanchéité des revendications civiles face à cette réalité invitent à penser la place singulière qu’occupe le massacre de 1988 dans la complexité des jeux de rupture et de continuité qui tissent l’histoire iranienne contemporaine ­ et donc, les enjeux politiques actuels dont est chargée sa mémoire.

Notes

  • [1]
    Notre traduction.
  • [2]
    L’ayatollah Khomeini qualifie la guerre de Jihad défensif et l’appelle « Défense Sacrée » (Def¯a’e moghaddas) ; au sujet des offensives iraniennes il parle de « Kerbala » en référence à la bataille qui, dans cette ville irakienne, marque en 680 le début de la rupture entre les Chiites et les Sunnites ; la guerre en Irak est appelée « Qadisiyya de Sadam » par référence, ici encore religieuse, à la bataille al-Qadisiyya de Sa’d qui eut lieu en Mésopotamie en 636 entre Musulmans et Perses sassanides, dans le cadre de la conquête musulmane de la Perse (voir à ce sujet Sinan Antoon, « Monumental Disrespect », Middle East Report, no 228, automne 2003, p. 28-30).
  • [3]
    L’auteur remercie Sandrine Lefranc pour sa lecture attentive et ses commentaires.
  • [4]
    Voir notamment Ervand Abrahamian, Tortured Confessions. Prisons and Public Recantations in Modern Iran, Berkeley, University of California Press, 1999 ; Amnesty International (AI), « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », décembre 1990 ; AI, « Iran : Political Executions », décembre 1988 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam » (« J’ai été témoin du massacre des prisonniers politiques »), Cheshmandaz, no 14, hiver 1995 ; Hossein-Ali Montazeri, Khaterat (Mémoires), hhhhttp:// wwww. amontazeri. com(consulté le 7 avril 2008).
  • [5]
    Voir E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 215 ; AI, « Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  » ; Kaveh Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor : A Preliminary Report on The 1988 Massacre of Iran’s Political Prisoners », Harvard Human Rights Journal, vol. 20, 2007, p. 227-261, p. 228.
  • [6]
    Farhad Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », Cahiers internationaux de sociologie, no 111, 2001/2, p. 291-317.
  • [7]
    Ibid., p. 309 et Nouchine Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie : de la nécessité d’une contextualisation  », Cemoti, no spécial, La question démocratique et les sociétés musulmanes. Le militaire, l’entrepreneur et le paysan, no 27, hhhhttp:// cemoti. revues. org/ document656. html(consulté le 20 avril 2008).
  • [8]
    Ibid.
  • [9]
    Ibid.
  • [10]
    Stanley Cohen, States of Denial, Knowing about Atrocities and Suffering, Cambridge, Polity Press, 2001.
  • [11]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229 ; Afshin Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », Middle Eastern Studies, vol. 42, no 5, 2006, p. 689-707.
  • [12]
    Maziar Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System During the Montazeri Years (1985­1988)  », Iran Analysis Quarterly, vol. 2, no 3, 2005, p. 11-24.
  • [13]
    Reza Afshari, Human Rights in Iran : The Abuse of Cultural Relativism, Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2001 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; Raluca Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity : An Iranian Case Study », Hemispheres : The Tufts University Journal of International Affairs, no spécial, State-Building : Risks and Consequences, 2002, hhhhttp:// ase. tufts. edu/ hemispheres/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [14]
    Conseil Économique et Social des Nations Unies (ECOSOC), Commission sur les droits humains, « On the Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran », Situation of Human Rights in the Islamic Republic of Iran, 27, U.N. Doc. A/44/620 (2 novembre 1989) ; Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights, Mr. Reynaldo Galindo Pohl, pursuant to Commission resolution 1992/67 of 4 March 1992, E/CN.4/1993/41 ; Human Rights Watch, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », Ministers of Murder : Iran’s New Security Cabinet, hhhhttp:// wwww. hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran1205/ 2. htm#_Toc121896787(consulté le 7 avril 2008).
  • [15]
    Un impressionnant travail a été accompli sur ce point par E. Abrahambian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209-229, qui reste la principale référence à ce jour.
  • [16]
    Notamment Nima Parvaresh, Nabardi nabarabar : gozareshi az haft sal zendan 1361­68 (Une bataille inégale : rapport de sept ans en prison 1982­1989), Andeesheh va Peykar Publications, 1995 ; Reza Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami (Les mémoires d’un prisonnier dans les prisons de la République Islamique), Stockholm, Arash Forlag, 1998 ; anonyme, « Man shahede ghatle ame zendanyane siyasi boodam », op. cit.
  • [17]
    Nous reprenons, parmi les différentes transcriptions possibles, l’orthographe adoptée par l’organisation aujourd’hui [[[[http:// wwww. maryam-rajavi. com/ fr/ content/ view/ 300/ 66/ (consulté le 7 avril 2008). « Moudjahidines » est le pluriel de « moudjahed ».
  • [18]
    Mohammad Mossadeq a été Premier ministre de 1951 à 1953. Ayant nationalisé l’industrie pétrolière iranienne en 1951, il est renversé en 1953 suite à l’opération « TP-Ajax » (menée par la CIA), condamné à trois ans d’emprisonnement, puis assigné à résidence jusqu’à sa mort en 1967. Hosein Fatemi est le fondateur du Front de Libération exécuté en 1955.
  • [19]
    Ervand Abrahamian, The Iranian Mojahedins, New Haven/Londres, Yale University Press, 1992, p. 115-125.
  • [20]
    Ibid., p. 100-102.
  • [21]
    Ibid., p. 229 ; voir également A. Matin-Asgari, « Twentieth Century Iran’s Political Prisoners », art. cité, p. 690.
  • [22]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 229 (notre traduction).
  • [23]
    Appliqué dans la Constitution iranienne de 1979, ce principe théologique confère aux religieux la primauté sur le pouvoir politique et assure une gestion réelle du pouvoir par le Guide de la Révolution (Vali-e Faghih) qui détermine la direction politique générale du pays, arbitre les conflits entre pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et est chef des armées (régulières et paramilitaires).
  • [24]
    Haleh Afshar (dir.), Iran : A Revolution in Turmoil, Albany, SUNY Press, 1985 ; Shaul Bakhash, The Reign of the ayatollahs : Iran and the Islamic Revolution, New York, Basic Books, 1984.
  • [25]
    Connie Bruck, « Exiles : How Iran’s Expatriates Are Gaming the Nuclear Threat », The New Yorker, 6 Mars 2006, p. 48.
  • [26]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 260-261.
  • [27]
    C. Bruck, « Exiles… », art. cité ; Human Rights Watch, No exit : human rights abuses inside the MKO camps, 2005, [[[http:// hrw. org/ backgrounder/ mena/ iran0505/ ?iran0505.pdf, consulté le 7 avril 2008] ; Human Rights Watch, Statement on Responses to Human Rights Watch Report on Abuses by the Mujahedin-e Khalq Organization (MKO), 15 février 2006, [[[[http:// hrw. org/ mideast/ pdf/ iran021506. pdf(consulté le 7 avril 2008).
  • [28]
    Elizabeth Rubin, « The Cult of Rajavi », New York Times Magazine, 13 juillet 2003, p. 26.
  • [29]
    E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 3 (notre traduction).
  • [30]
    Ibid.
  • [31]
    Le mouvement était le seul à présenter des candidats partout en Iran.
  • [32]
    Le manuscrit dit : « une société Tohidie  », d’après le Tohid qui est le premier principe d’Islam (« Je dis qu’il y a un seul Dieu ») : une société islamique selon la perspective d’Ali Chariati.
  • [33]
    E. Abrahamian, Tortured Confession, op. cit., p. 210.
  • [34]
    Nader Vahabi, « L’obstacle structurel à l’abolition de la peine de mort en Iran », Panagea, « Diritti umani », mars 2007, hhhttp:// wwww. panagea. eu/ web/ index. php? ?option=com_content&task=view&id=150&Itemid=99999999 (consulté le 28 avril 2008).
  • [35]
    H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [36]
    Hossein Mokhtar, Testimony at the September 1st Conference, Mission for Establishment of Human Rights in Iran (MEHR), 1998, en ligne, hhhhttp:// wwww. mehr. org/ massacre_1988. htm(consulté le 7 avril 2008). Notre traduction.
  • [37]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209 et suiv.
  • [38]
    Ibid.
  • [39]
    Témoignage cité dans E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 214 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 238.
  • [40]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 209.
  • [41]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 227 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité. Ces travaux prolongent une recherche initiale d’Amnesty International qui a produit plusieurs rapports quasi contemporains aux événements (« Iran : Violations of Human Rights 1987-1990  », art. cité ; « Iran : Political Executions », art. cité) et adopte aujourd’hui la définition de crime contre l’humanité : « Aux termes du droit international en vigueur en 1988, on entend par crimes contre l’humanité des attaques généralisées ou systématiques dirigées contre des civils et fondées sur des motifs discriminatoires, y compris d’ordre politique. » (AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », 2 novembre 2007, [en ligne hhhhttp:// asiapacific. amnesty. org/ library/ Index/ FRAMDE131282007,consulté le 7 avril 2008]).
  • [42]
    Les pasdaran-e Sepah, gardiens de la Révolution, sont la milice paramilitaire de la République islamique.
  • [43]
    Expression désignant l’attentat terroriste de juin 1981 où 72 cadres du Parti républicain islamique sont morts : le terme renvoie aux « compagnons l’Imam de Hussein » dans la tradition chiite ; l’« Imam » désigne ici Khomeini.
  • [44]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 240-241.
  • [45]
    Du français « comité » : désigne les cellules informelles d’ordre public mises en place par le Hezbollah au début de la Révolution, et qui se solidifient peu à peu en para-forces de l’ordre, surveillant notamment les m urs islamiques.
  • [46]
    AI, « Mass Executions of Political Prisoners », Amnesty International’s Newsletter, février 1989 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 239.
  • [47]
    Ibid.
  • [48]
    UN document A/44/153, ZB février 1989, cité dans AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990. Notre traduction.
  • [49]
    Final Report on the situation of human rights in the Islamic Republic of Iran by the Special Representative of the Commission on Human Rights.
  • [50]
    M. Behrooz, « Reflections on Iran’s Prison System… », art. cité.
  • [51]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 221 (notre traduction).
  • [52]
    Ibid., p. 221-222 ; Azadeh Kian-Thiébaut, « La révolution iranienne à l’heure des réformes », Le Monde diplomatique, janvier 1998 : hhhhttp:// wwww. monde-diplomatique. fr/ 1998/ 01/ KIAN_THIEBAUT/ 9782. html#nh1(consulté le 20 avril 2008).
  • [53]
    H. Mokhtar, Testimony at the September 1 Conference, op. cit (notre traduction) ; Kanoon-e Khavaran hhhhttp:// wwww. khavaran. com/ HTMLs/ Fraxan-Zendanian-Jan3008. htm(consulté le 7 avril 2008) ; Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008) ; OMID, A Memorial in Defense of Human Rights in Iran, [en llllignehttp:// wwww. abfiran. org/ english/ memorial. php,consulté le 7 avril 2008].
  • [54]
    Christina Lamb, The Telegraph, « Khomeini fatwa “led to killing of 30,000 in Iran” », 19 juin 2001 ; Conseil National de la Résistance Iranienne, site des moudjahidines du Peuple en exil, hhhhttp:// wwww. ncr-iran. org/ fr/ content/ view/ 3966/ 89/ ,(consulté le 7 avril 2008).
  • [55]
    Nasser Mohajer, « The Mass Killings in Iran », Aresh, no 57, août 1996, p. 7, cité in E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 212.
  • [56]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [57]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 243-257 ; R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité.
  • [58]
    Voir par exemple N. Yavari d’Hellencourt, « Islam et démocratie… », art. cité.
  • [59]
    Voir par exemple Ahmed Vahdat, « The Spectre of Montazeri », Rouzegar-e-Now, no 8, janvier-février 2003, p. 48.
  • [60]
    Cité dans K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 241.
  • [61]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit., p. 210 ; R. Ghaffari, Khaterate yek zendani az zendanhaye jomhuriyeh islami, op. cit., note 23, p. 248 ; HRW, « Pour-Mohammadi and the 1988 Prison Massacres », op. cit. ; H.-A. Montazeri, Khaterat, op. cit.
  • [62]
    E. Abrahamian, Tortured Confessions…, op. cit. ; R. Afshari, Human Rights in Iran, op. cit.  ; H.-A. Montazeri, Khaterat , op. cit.
  • [63]
    Paul Vieille, « L’institution shi’ite, la religiosité populaire, le martyre et la révolution », Peuples Méditerranéens, no 16, 1981, p. 77-92.
  • [64]
    Voir par exemple E. Abrahamian, The Iranian Mojahedins, op. cit., p. 206 et 243.
  • [65]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort : le martyre révolutionnaire en Iran, Paris, l’Harmattan, 1995 ; F. Khosrokhavar, Anthropologie de la révolution iranienne. Le rêve impossible, Paris, l’Harmattan, 1997.
  • [66]
    Ulrich Marzolph, « The Martyr’s Way to Paradise. Shiite Mural Art in the Urban Context  », Ethnologia Europaea, vol. 33, no 2, 2003, p. 87-98.
  • [67]
    Ali Reza Sheikholeslami, « The Transformation of Iran’s Political Culture », Critique : Critical Middle Eastern Studies, vol. 17, no 9, 2000, p.105-133.
  • [68]
    F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit.
  • [69]
    Témoignage paru dans le journal islamiste Keyhan en 1984, cité par F. Khosrokhavar, L’islamisme et la mort…, op. cit., p. 92.
  • [70]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran : des sépultures sans nom, et la mise au jour des exécutés », 1er septembre 2005, hhhhttp:// wwww. bbc. co. uk/ persian/ iran/ story/ 2005/ 09/ 050902_mf_cemetery. shtml(notre traduction, consulté le 7 avril 2007).
  • [71]
    AI, Iran : Violations of Human Rights 1987-1990, p. 3. Notre traduction.
  • [72]
    Entretien filmé reproduit sur le site internet de l’ONG de défense des droits humains : hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ (consulté le 7 avril 2008).
  • [73]
    Entretien télévisé disponible sur internet : Mosahebe-ye Televisione Internasional ba Babake Yazdi Dar Morede Koshtare Tabestane 67 (interview de la chaîne télévisée Internationale avec Babak Yazdi, concernant les massacres de l’été 88), hhhhttp:// khavaran. com/ Ghatleam(consulté le 7 avril 2007).
  • [74]
    Mohammad Reza Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », Bidaran, hhhhttp:// wwww. bidaran. net/ spip. php? article48(consulté le 7 avril 2008).
  • [75]
    E. Abrahamian, Tortured Confession…, op. cit., p. 218 ; K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 282 ; AI, « Mass Executions of Political Prisoners », art. cité.
  • [76]
    Communauté religieuse persécutée.
  • [77]
    BBC Persia, « Le cimetière de Khavaran… », art. cité ; voir aussi M. R Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [78]
    Nouvelles radiophonique du 19 novembre 2005, Radio Farda, Afrade Nashenas Ghabrhaye Edamyane Siyasiye Daheye 60 ra dar Goorestane Khavaran Takhreeb Kardand (« Des individus non identifiés ont détruit les tombes des prisonniers politiques exécutés dans les années 1980 dans le cimetière de Khavaran »).
  • [79]
    AI, Action Urgente, « Iran : Craintes de mauvais traitements/ Prisonniers d’opinion présumés », op. cit.
  • [80]
    Human Rights Watch, Minister of murders, op. cit. Notre traduction.
  • [81]
    Kanoon-e Khavaran, op. cit. (site internet).
  • [82]
    M. R. Mohini, « Khavaran est un nom qui signifie “ne pas oublier” », art. cité.
  • [83]
    F. Khosrokhavar, « L’Iran, la démocratie et la nouvelle citoyenneté », art. cité.
  • [84]
    John R. Gillis (dir.), Commemorations : The Politics of National Identity, Princeton, Princeton University Press, 1994, p. 3 (notre traduction).
  • [85]
    K. Shahrooz, « With Revolutionary Rage and Rancor… », art. cité, p. 259 ; voir aussi R. Mihaila, « Political Considerations in Accountability for Crimes Against Humanity… », art. cité, en ligne.
  • [86]
    Nicole Loraux, La cité divisée. L’oubli dans la mémoire d’Athène, Paris, Payot-Rivages, 2005, p. 164.
  • [87]
    Nathalie Nougayrède, « Une chercheuse franco-iranienne empêchée de quitter Téhéran », Le Monde, 6 septembre 2007.
  • [88]
    Nader Khoshdel, « Marasem-e bozorgdasht-e zendanian-e siasi : goft-o-gou ba Mihan Rousta » (« La cérémonie de bozorgdasht des prisonniers politiques : entretien avec Mihan Rousta »), Sedaye-ma, 13 octobre 2004, hhhhttp:// wwww. sedaye-ma. org/ web/ show_article. php? file= src/ didgah/ mihanrousta_10132006_1. htm(consulté le 7 avril 2008).

Hanouka/2184e: Trump invente le sionisme antisémite ! (Ultimate sleight of hand: How can opposition to the existence of an apartheid state be called racism ?)

23 décembre, 2019
tied willyPresident Trump at the Israeli American Council National Summit last week in Hollywood, Fla.En ces jours-là surgit d’Israël une génération de vauriens qui séduisirent beaucoup de personnes en disant : “Allons, faisons alliance avec les nations qui nous entourent, car depuis que nous nous sommes séparés d’elles, bien des maux nous sont advenus.” (…) Plusieurs parmi le peuple s’empressèrent d’aller trouver le roi, qui leur donna l’autorisation d’observer les coutumes païennes. Ils construisirent donc un gymnase à Jérusalem, selon les usages des nations, se refirent des prépuces et renièrent l’alliance sainte pour s’associer aux nations. 1 Maccabées 1: 11-15
Il n’était même pas permis de célébrer le sabbat, ni de garder les fêtes de nos pères, ni simplement de confesser que l’on était Juif. On était conduit par une amère nécessité à participer chaque mois au repas rituel, le jour de la naissance du roi et, lorsqu’arrivaient les fêtes dionysiaques, on devait, couronné de lierre, accompagner le cortège de Dionysos. (…) Ainsi deux femmes furent déférées en justice pour avoir circoncis leurs enfants. On les produisit en public à travers la ville, leurs enfants suspendus à leurs mamelles, avant de les précipiter ainsi du haut des remparts. D’autres s’étaient rendus ensemble dans des cavernes voisines pour y célébrer en cachette le septième jour. Dénoncés à Philippe, ils furent brûlés ensemble, se gardant bien de se défendre eux-mêmes par respect pour la sainteté du jour. (…) Eléazar, un des premiers docteurs de la Loi, homme déjà avancé en âge et du plus noble extérieur, était contraint, tandis qu’on lui ouvrait la bouche de force, de manger de la chair de porc. Mais lui, préférant une mort glorieuse à une existence infâme, marchait volontairement au supplice de la roue,non sans avoir craché sa bouchée, comme le doivent faire ceux qui ont le courage de rejeter ce à quoi il n’est pas permis de goûter par amour de la vie. 2 Maccabées 6 : 6-20
On célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C’était l’hiver. Et Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon. Jean 10: 22
La crise maccabéenne n’est pas un affrontement entre un roi grec fanatique et des Juifs pieux attachés à leurs traditions. C’est d’abord une crise interne au judaïsme, d’un affrontement entre ceux qui estiment qu’on peut rester fidèle au judaïsme en adoptant néanmoins certains traits de la civilisation du monde moderne, le grec, la pratique du sport, etc.., et ceux qui au contraire, pensent que toute adoption des mœurs grecques porte atteinte de façon insupportable à la religion des ancêtres. Si le roi Antiochos IV intervient, ce n’est pas par fanatisme, mais bien pour rétablir l’ordre dans une province de son royaume qui, de plus, se place sur la route qu’il emprunte pour faire campagne en Égypte. (…) Là où Antiochos IV commettait une magistrale erreur politique, c’est qu’il n’avait pas compris qu’abolir la Torah ne revenait pas seulement à priver les Juifs de leurs lois civiles, mais conduisait à l’abolition du judaïsme. Maurice Sartre
L’assemblée générale (…) considère que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. Résolution 379 (ONU, le 10 novembre 1975)
L’assemblée générale décide de déclarer nulle la conclusion contenue dans le dispositif de sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. Résolution 4686 (ONU, le 16 décembre 1991)
I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights – the right to freedom of travel, equal treatment. I cannot stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the State of Israel. I love our country’s freedom of speech, madam speaker. Dissent is how we nurture democracy. and grow to be better and more humane and just. This is why I oppose resolution 243. All Americans have a right, a constitutional right guaranteed by the first amendment to freedom of speech. To petition their government and participate in boycotts. Speech in pursuit of civil rights at home and abroad is protected by our first amendment. That is one reason why our first amendment is so powerful. With a few exceptions the government is simply not allowed to discriminate against speech based on its viewpoint or speaker. The right to boycott is deeply rooted in the fabric of our country. What was the Boston tea party but a boycott ? Where would we be now with the civil rights activists in the 1950’s and 1960’s like the united farm workers grape boycott? Some of this country’s most important advances in racial equality and equity and workers’ rights has been achieved through collective action, protected by our constitution. Americans of conscience have long and proud history of participating in boycotts, specifically to advocate for human rights abroad. Americans boycotted nazi Germany in response to dehumanization, imprisonment, and genocide of Jewish people. In the 1980’s, many of us in this very body boycotted South African goods in the fight against apartheid. Our right to free speech is being threatened with this resolution. It sets a dangerous precedent because it attempts to delegitimatize a certain people’s political speech and to send a message that our government can and will take action against speech it doesn’t like. Madam speaker, the Supreme court has time and time again recognized the expressive conduct is protected by the constitution. from burning a flag to baking a cake, efforts to restrict and target that protected speech run the risk of eroding the civil rights that form the foundation of our democracy. All Americans have the right to participate in boycotts, and I oppose all legislative efforts that target speech. I urge congress, state governments, and civil rights leaders from all communities to preserve our constitution, preserve our bill of rights, and preserve the first amendment’s guaranteed of freedom of speech by opposing h. res. 246 and the boycott, anti-boycott efforts wherever they rise. Rashida Tlaib (July 23, 2019)
Melania and I send our warmest wishes to Jewish people in the United States, Israel and across the world as you commence the 8-day celebration of Hanukkah. More than 2,000 years ago, the Maccabees boldly reclaimed the Holy Temple in Jerusalem, securing a victory for the Jewish people and their faith. They proudly lit the menorah to rededicate the Second Temple. Even though there was only enough olive oil to burn for one day, through divine providence, the flames miraculously burned for eight nights. As the Jewish community gathers together to celebrate this special and sacred time of year, we are reminded of God’s message of hope, mercy, and love. Throughout the coming eight days, each candle to be lit on the menorah will signal to the world that freedom and justice will always shine brighter than hate and oppression. Today, the relationship between the United States and Israel, one of our most cherished allies and friends, is stronger than ever. We will continue to stand with the Jewish people in defending the God-given right to worship freely and openly. As our Jewish brothers and sisters gather around the menorah each night, we pray for a memorable and blessed celebration of the Festival of Lights. May the light of the menorah and the fellowship of family and friends fill your hearts with happiness and a renewed sense of faith. Happy Hanukkah! President Trump
Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis. Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale. Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains. (…) Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays. (…) Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires. Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis. 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS). Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie. Ambassade des Etats-Unis en France
États-unis. Quand Trump voit le judaïsme comme une nationalité: Sous prétexte de combattre l’antisémitisme, le président américain signe un décret qui empêche toute critique d’Israël. L’Humanité
Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration. L’ordonnance devrait effectivement interpréter  le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités qui se dérobent à leur responsabilité à favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués. En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël. Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale. Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ». (…) Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision. (…) Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a été critiqué pour ses propos tenus en Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ». Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent. (…) L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains. La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs ». Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ». (…) Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant de le renverser. NYT
President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday. The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. NYT
In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences. But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. (…) That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned. If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind. (…) But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.” I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas. Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves. The Nation
US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians. (…) In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state. One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed. Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. (…)There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy. Ian Buruma
Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.” Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism. To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza. One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. Masha Gessen (New Yorker)
The key point we were making is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination. Sam Bagenstos (University of Michigan Law School)
The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses. Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI? In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.” The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.” On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.” Trump’s executive order mostly just reaffirms the current law. Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.” Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews. But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited. In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Plus raciste que moi, tu meurs !

En cette première journée d’Hanoukah, la Fête des lumières juive célébrant la reconsécration du Temple par les Maccabées en décembre 165 avant notre ère suite à sa désécration par le roi Séleucide (syrien descendant des généraux d’Alexandre) Antiochus (ou Antiochos) IV dit Epiphane …

Qui derrière la tentative d’héllénisation forcée et les mesures d’une sorte de génocide culturel …

Et la véritable crise identitaire que déclencha, avant celle des Romains puis la nôtre aujourd’hui, cette première mondialisation …

Vit en fait au sein même d’Israël non seulement une révolte fiscale…

Mais une véritable guerre civile entre factions opposées du judaïsme (héllenisés contre traditionalistes) …

Les premiers allant jusqu’à faire appel à la puissante occupante des Séleucides pour arbitrer le conflit …

Et au lendemain de la retentissante et réjouissante remise aux poubelles de l’histoire par le peuple britannique …

De la véritable institutionnalisation de l’antisémitisme, derrière le parti de Jeremy Corbyn, de toute une gauche européenne et américaine …

Comment ne pas voir rejouer sous nos yeux, toutes proportions gardées, cette même guerre culturelle …

Au sein même de la communauté juive aussi bien américaine que mondiale …

Et, 70 ans après sa re-création, ce même refus d’une souveraineté juive restaurée

Suite aux premières fuites (d’un toujours aussi zélé NYT ayant conclu un peu hâtivement à une assimilation qui y aurait été faite du judaïsme à une race ou un groupe ethnique) d’un décret que vient de publier le président Trump contre l’antisémitisme  …

Qui, entre appels au boycott d’Israël et intimidation de toute parole pro-israélienne, continue ses ravages sur les campus américains …

Et comment ne pas découvrir horrifié derrière l’interdiction de l’antisionisme …

L’opposition à un « Etat d’apartheid » ne pouvant être, y compris on le sait à coup d’associations au nazisme, qualifié de racisme …

L’abomination de cette nouvelle race de super-racistes …

A savoir celle du… sioniste antisémite ?

Trump’s Racist Ban on Anti-Semitism
To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake.
Ian Buruma
Project syndicate
Dec 13, 2019

NEW YORK – US President Donald Trump thinks that anti-Semitism is a serious problem in America. But Trump is not so much concerned about neo-Nazis who scream that Jews and other minorities “will not replace us,” for he thinks that many white supremacists are “very fine people.” No, Trump is more worried about US college campuses, where students call for boycotts of Israel in support of the Palestinians.

Trump just signed an executive order requiring that federal money be withheld from educational institutions that fail to combat anti-Semitism. Since Jews are identified in this order as a discriminated group on the grounds of ethnic, racial, or national characteristics, an attack on Israel would be anti-Semitic by definition. This is indeed the position of Jared Kushner, Trump’s Jewish son-in-law, who believes that “anti-Zionism is anti-Semitism.”There are, of course, as many forms of anti-Semitism as there are interpretations of what it means to be Jewish. When Trump and his supporters rant in campaign rallies about shadowy cabals of international financiers who undermine the interests of “ordinary, decent people,” some might interpret that as a common anti-Semitic trope, especially when an image of George Soros is brandished to underline this message. Trump even hinted at the possibility that the liberal Jewish human rights promoter and philanthropist was deliberately funding “caravans” of refugees and illegal aliens so that they could spread mayhem in the US. In Soros’s native Hungary, attacks on him as a cosmopolitan enemy of the people are unmistakably anti-Semitic.Conspiracy theories about sinister Jewish power have a long history. The Protocols of the Elders of Zion, a Russian forgery published in 1903, popularized the notion that Jewish bankers and financiers were secretly pulling the strings to dominate the world. Henry Ford was one of the more prominent people who believed this nonsense.The history of extreme anti-Zionism is not so long. In the first years of the Jewish state, Israel was popular among many leftists, because it was built on socialist ideas. Left-wing opinion in Europe and the United States began to turn against Israel after the Six-Day War in 1967, when Arab territories were occupied by Israeli troops. More and more, Israel came to be seen as a colonial power, or an apartheid state.One may or may not agree with that view of Israel. But few would deny that occupation, as is usually the case when civilians are under the thumb of a foreign military power, has led to oppression. So, to be a strong advocate for Palestinian rights and a critic of Israeli policies, on college campuses or anywhere else, does not automatically make one an anti-Semite. But there are extreme forms of anti-Zionism that do. The question is when that line is crossed.

Some would claim that it is anti-Semitic to deny Jews the right to have their own homeland. This is indeed one of the premises of Trump’s presidential order. There are also elements on the radical left, certainly represented in educational institutions, who are so obsessed by the oppression of Palestinians that they see Israel as the world’s greatest evil. Just as anti-Semites in the past often linked Jews with the US, as the twin sources of rootless capitalist malevolence, some modern anti-Zionists combine their anti-Americanism with a loathing for Israel.

In the minds of certain leftists, Israel and its American big brother are not just the last bastions of racist Western imperialism. The idea of a hidden Jewish capitalist cabal can also enter left-wing demonology as readily as it infects the far right. This noxious prejudice has haunted the British Labour Party, something its leader, Jeremy Corbyn, has consistently failed to recognize.In short, anti-Zionism can veer into anti-Semitism, but not all critics of Israel are anti-Zionist, and not all anti-Zionists are prejudiced against Jews.Quite where people stand on this issue depends heavily on how they define a Jew – a source of endless vagueness and confusion. According to Halakha, or Jewish law, anyone with a Jewish mother, or who has converted to Judaism, is Jewish. That is the general Orthodox view. But more liberal Reform Jews allow Jewish identity to pass through the father as well.On the other hand, while most Orthodox Jews consider a person to be Jewish even if they convert to another religion, Reform Jews do not. Israel’s Law of Return grants “every Jew” the right to immigrate, but refrains from defining Jewishness. Since 1970, even people with one Jewish grandparent have been eligible to become Israeli citizens. In the infamous Nuremberg laws, promulgated by the Nazis in 1935, people with only one Jewish parent could retain German citizenship, while “full” Jews could not.The whole thing is so complicated that Amos Oz, the Israeli novelist, once sought to simplify the matter as follows: “Who is a Jew? Everyone who is mad enough to call himself or herself a Jew, is a Jew.”There is, in any case, something ill-conceived about the stress on race and nationhood in Trump’s order on combating anti-Semitism. Israel is the only state claiming to represent all Jews, but not all Jews necessarily identify with Israel. Some even actively dislike it. Trump’s order might suggest that such people are renegades, or even traitors. This idea might please Israel’s current government, but it is far from the spirit of the Halakha, or even from the liberal idea of citizenship.Defining Jews as a “race” is just as much of a problem. Jews come from many ethnic backgrounds: Yemenite, Ethiopian, Russian, Moroccan, and Swedish Jews are hard to pin down as a distinctive ethnic group. Hitler saw Jews as a race, but that is no reason to follow his example.To combat racism, wherever it occurs, is a laudable aim. But singling out anti-Semitism in an executive order, especially when the concept is so intimately linked to views on the state of Israel, is a mistake. Extreme anti-Zionists may be a menace; all extremists are. But they should be tolerated, as long as their views are peacefully expressed. To stifle opinions on campuses by threatening to withhold funds runs counter to the freedom of speech guaranteed by the US Constitution. This is, alas, not the only sign that upholding the constitution is not the main basis of the current US administration’s claim to legitimacy.

Voir aussi:

The Real Purpose of Trump’s Executive Order on Anti-Semitism
The President’s new order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights.
Masha Gessen
The New Yorker
December 12, 2019

Donald Trump has a knack for taking some of humanity’s most problematic ideas and turning them on their head to make them even worse. He has done it again. On Wednesday, he signed an executive order that will allow federal funds to be withheld from colleges where students are not protected from anti-Semitism—using an absurdly defined version of what constitutes anti-Semitism. Recent precedent and the history of legislative efforts that preceded the executive order would suggest that its main targets are campus groups critical of Israeli policies. What the order itself did not make explicit, the President’s son-in-law did: on Wednesday, Jared Kushner published an Op-Ed in the Times in which he stressed that the definition of anti-Semitism used in the executive order “makes clear what our administration has stated publicly on the record: Anti-Zionism is anti-Semitism.”

Both Kushner and the executive order refer to the definition of anti-Semitism that was formulated, in 2016, by the International Holocaust Remembrance Alliance; it has since been adopted by the State Department. The definition supplies examples of anti-Semitism, and Kushner cited the most problematic of these as the most important: “the targeting of the state of Israel, conceived as a Jewish collectivity”; denial to “the Jewish people their right to self-determination, e.g. by claiming that the existence of a state of Israel is a racist endeavor”; and comparing “contemporary Israeli policy to that of the Nazis.” All three examples perform the same sleight of hand: they reframe opposition to or criticism of Israeli policies as opposition to the state of Israel. And that, says Kushner, is anti-Semitism.

To be sure, some people who are critical of Israeli policies are opposed to the existence of the state of Israel itself. And some of those people are also anti-Semites. I am intimately familiar with this brand of anti-Semitism, because I grew up in the Soviet Union, where anti-Zionist rhetoric served as the propaganda backbone of state anti-Semitism. The word “Zionist,” when deployed by Pravda, served as incitement to violence and discrimination against Soviet Jews. All of this can be true at the same time that it is also true that Israel has effectively created an apartheid state, in which some Palestinians have some political rights and the rest have none. Human-rights organizations such as Breaking the Silence and B’Tselem—Israeli groups, founded and run by Jews—continue to document harrowing abuse of Palestinians in Israel, the occupied West Bank, and Gaza.

In August, I went on a tour designed by Breaking the Silence that aims to show Israelis and foreigners what the occupation looks like. This particular tour ended in a Palestinian village which has been largely overtaken by an Israeli settlement that is illegal under international law. One of the Palestinian houses ended up on territory claimed by the settlers, so the settlers built a chain-link cage around the house, the yard, and the driveway. A young Palestinian child, who is growing up in a house inside a cage, waved to us through the fencing. Comparing this sort of approach to Nazi policies may not make for the most useful argument, but it is certainly not outlandish. The memory of the Holocaust stands as a warning to humanity about the dangers of dehumanizing the other—and invoking that warning in Palestine is warranted.

One does not have to be an anti-Semite to be an anti-Zionist, but one certainly can be both an anti-Semite and an anti-Zionist. Trump, however, has inverted this formula by positioning himself as a pro-Zionist anti-Semite. He has proclaimed his support often for the state of Israel. His Administration’s policies, which have included moving the U.S. Embassy to Jerusalem and, more recently, declaring that the U.S. does not view Israeli settlements in the West Bank as illegal, have pleased the state of Israel, especially its most militantly expansionist citizens. Over the weekend, however, at the Israeli American Council National Summit, in Florida, Trump gave a speech that brimmed with Jewish stereotypes: Jews and greed, Jews and money, Jews as ruthless wheeler-dealers. “A lot of you are in the real estate business because I know you very well,” he said. « You’re brutal killers, not nice people at all.” It was the kind of stuff that requires no definitions, op-eds, or explanations—it was plain, easily recognizable anti-Semitism. And it was not the first time that Trump trafficked in anti-Semitic stereotypes. The world view behind these stereotypes, combined with support for Israel, is also recognizable. To Trump, Jews—including American Jews, some of whom vote for him—are alien beings whom he associates with the state of Israel. He finds these alien beings at once distasteful and worthy of a sort of admiration, perhaps because he ascribes to them many of the features that he also recognizes in himself.

It should come as no surprise that anti-Semitic incidents in the U.S. increased by sixty per cent during the first year of Trump’s Presidency, according to the Anti-Defamation League. The current year is on track to set a record for the number of anti-Semitic attacks. The latest appears to have occurred on Tuesday, when shooters reportedly connected to a fringe group targeted a kosher supermarket in Jersey City, killing four people.

The new executive order will not protect anyone against anti-Semitism, and it’s not intended to. Its sole aim is to quash the defense—and even the discussion—of Palestinian rights. Its victim will be free speech.

Voir également:

No, the Trump Administration Is Not Redefining Judaism as a Nationality

Its executive order on anti-Semitism won’t change much at all.

The New York Times published a bombshell report on Tuesday claiming that President Donald Trump planned to sign an executive order that interpreted Judaism “as a race or nationality” under Title VI of the Civil Rights Act of 1964. Title VI governs federally funded educational programs, so the Times warned that the order might be deployed to squelch anti-Israel speech on campus. “Mr. Trump’s order,” the Times further claimed, “will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.”

That turned out to be untrue. The text of the order, which leaked on Wednesday, does not redefine Judaism as a race or nationality. It does not claim that Jews are a nation or a different race. The order’s interpretation of Title VI—insofar as the law applies to Jews—is entirely in line with the Obama administration’s approach. It only deviates from past practice by suggesting that harsh criticism of Israel—specifically, the notion that it is “a racist endeavor”—may be used as evidence to prove anti-Semitic intent. There is good reason, however, to doubt that the order can actually be used to suppress non-bigoted disapproval of Israel on college campuses.

Title VI bars discrimination on the basis of “race, color or national origin” in programs that receive federal assistance—most notably here, educational institutions. It does not prohibit discrimination on the basis of religion, an omission that raises difficult questions about religions that may have an ethnic component. For example, people of all races, ethnicities, and nationalities can be Muslim. But Islamophobia often takes the form of intolerance against individuals of Arab or Middle Eastern origin. If a college permits rampant Islamophobic harassment on campus, has it run afoul of Title VI?

In a 2004 policy statement, Kenneth L. Marcus—then–deputy assistant secretary for enforcement at the Department of Education’s Office of Civil Rights—answered that question. “Groups that face discrimination on the basis of shared ethnic characteristics,” Marcus wrote, “may not be denied the protection” under Title VI “on the ground that they also share a common faith.” Put differently, people who face discrimination because of their perceived ethnicity do not lose protection because of their religion. The Office of Civil Rights, Marcus continued, “will exercise its jurisdiction to enforce the Title VI prohibition against national origin discrimination, regardless of whether the groups targeted for discrimination also exhibit religious characteristics. Thus, for example, OCR aggressively investigates alleged race or ethnic harassment against Arab Muslim, Sikh and Jewish students.”

The Obama administration reaffirmed this position in a 2010 letter written by Assistant Attorney General Thomas E. Perez, who is now the chair of the Democratic National Committee. “We agree,” Perez wrote, with Marcus’ analysis. “Although Title VI does not prohibit discrimination on the basis of religion, discrimination against Jews, Muslims, Sikhs, and members of other religious groups violates Title VI when that discrimination is based on the group’s actual or perceived shared ancestry or ethnic characteristics, rather than its members’ religious practice.” Perez added that Title VI “prohibits discrimination against an individual where it is based on actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

On Wednesday, I asked Perez’s former principal deputy, Sam Bagenstos—now a professor at University of Michigan Law School—whether he felt this reasoning equated any religious group of a nationality or race. “The key point we were making,” he told me, “is that sometimes discrimination against Jews, Muslims, and others is based on a perception of shared race, ethnicity, or national origin, and in those cases it’s appropriate to think of that discrimination as race or national origin discrimination as well as religious discrimination. It doesn’t mean that the government is saying that the group is a racial or national group. The government is saying that the discrimination is based on the discriminator’s perception of race or national origin. That’s a very different matter from saying that anti-Israel or pro-Palestinian speech constitutes discrimination.”

Trump’s EO does not deviate from this understanding of the overlap between discrimination on the basis of race or nationality and discrimination against religion. It only changes the law insofar as it expands the definition of anti-Semitism that may run afoul of Title VI. In assessing potential violations, the order directs executive agencies to look to the International Holocaust Remembrance Alliance’s definition—chiefly “hatred toward Jews” directed at individuals, their property, their “community institutions and religious facilities.”

Agencies must also refer to the IHRA’s “Contemporary Examples of Anti-Semitism.” That list contains a number of obvious, unobjectionable examples. But it also includes two more controversial examples: “Denying the Jewish people their right to self-determination, e.g., by claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor,” and “Applying double standards by requiring of it a behavior not expected or demanded of any other democratic nation.” To the extent that anyone is alarmed by Wednesday’s order, these examples should be the focus of their concern. A tendentious reading of this rule could theoretically get students in trouble for severe condemnation of Israeli policy, even when it does not cross the line into a condemnation of Jews.

But the order only directs agencies to consider the IHRA’s list “to the extent that any examples might be useful as evidence of discriminatory intent.” In other words, applying double standards to Israel alone would not trigger a Title VI investigation. Instead, the IHRA’s list would only come into play after an individual is accused of overt anti-Semitism with an ethnic component, and then only as evidence of bigoted intent. Moreover, the order states that agencies “shall not diminish or infringe upon any right protected under Federal law or under the First Amendment” in enforcing Title VI. Because political criticism of Israel is plainly protected speech, the impact of the order’s revised definition of anti-Semitism will likely be limited.

In fact, it’s unclear whether Wednesday’s order will have any impact, given that it mostly just reaffirms the current law. The New York Times’ reporting provoked anger among many Jews, who feared that an order to “effectively interpret Judaism as a race or nationality” would stoke anti-Semitism. But the order does no such thing. It restates the federal government’s long-standing interpretation of Title VI to encompass some anti-Jewish bias. And it raises the faint possibility that, in some case down the road, a student’s sharp criticism of Israel may be used as evidence of anti-Semitic intent after he has been accused of targeting Jews because of their perceived race or nationality. Is this order red meat for Republicans who believe colleges are increasingly hostile to Jews? Probably. Will it quash the pro-Palestine movement on campuses or impose an unwanted classification on American Jews? Absolutely not.

Voir de même:

In an alternate universe, the idea of a presidential order designed to protect Jews from discrimination on college campuses would not necessarily create a firestorm of mutual recrimination and internecine political warfare. True, there is no consensus on whether “Jewish” is a religious, cultural, ethnic, or national identity. Most often, it is framed as a combination of at least three, but not always and certainly not in the views of all the various denominations and sects that accept the appellation. But there is no question that anti-Semitic acts are increasing across the United States, and they are being undertaken by people who could not care less about these distinctions. And there is nothing inherently objectionable about using the power of the federal government to try to protect people, including college students, from those incidents’ consequences.

But in this universe, the guy who ordered this protection, Donald Trump, has revealed himself repeatedly to be an inveterate anti-Semite. Just a few days before he issued the executive order, he told supporters of the Israeli-American Council, “You’re brutal killers, not nice people at all…. Some of you don’t like me. Some of you I don’t like at all, actually.” He went on to insist nevertheless that the Jews gathered to hear him were “going to be my biggest supporters,” because Democrats were proposing to raise taxes on the superwealthy. In other words, Jews are greedy and care only about their personal fortunes. Trump, of course, was playing to type. He, his party, and his highest-profile supporters have repeatedly demonized Jews in political advertisements, deploying age-old anti-Semitic tropes that have been used to stir up violence against vulnerable Jewish communities in Europe and elsewhere. In addition, Trump frequently implies that Jews are not “real” Americans. He tells Jews that Bibi Netanyahu is “your prime minister” and complains that Jewish Democrats—which is most Jews—are “disloyal to Israel.”

That’s on the one hand. On the other, Trump has been a perfect patsy for Israel’s right-wing government and its supporters in what is misnamed the American “pro-Israel” community. While previous presidents sought, without much success, to restrain Israel on behalf of a hoped-for future peace agreement with the Palestinians, Trump has given that nation’s most corrupt and extremist leadership in its 71-year-history carte blanche—peace and the Palestinians be damned.

If the simultaneous embrace of anti-Semitism at home and philo-Semitism when it comes to Israel strikes one as contradictory, this is a mistake. Trump, like so many of today’s elected “populists,” sees considerable advantage in playing to hometown prejudices for personal gain while boosting Israel as a bulwark against worldwide Islam, which many of the president’s supporters consider an even greater offense to Christian belief than Jews are. Jews may be greedy and disloyal at home, but as long as Israel is out there kicking the shit out of the Arabs, it’s a trade-off that right-wing autocrats and their neofascist followers can get behind.

Most American Jews understandably want no part of this devil’s bargain. They are not interested in having their patriotism questioned. They remain among the most loyal and liberal constituencies in what is left of the decidedly tattered New Deal coalition that Franklin Roosevelt constructed back in the 1930s. And most hold Trump and his alt-right supporters accountable for the atmosphere of menace that has led to horrific attacks on Jews, like the massacre at a Pittsburgh synagogue last year.

But the issue of the executive order is complicated by the fact that it is understood by all to be a means for the federal government to step in and quash the intensifying criticism of Israel on college campuses—most notably, criticism that takes the form of the boycott, divestment, and sanctions movement, or BDS. And it does this in part by insisting, as Jared Kushner recently argued in a New York Times op-ed, that all “anti-Zionism is anti-Semitism.”

I’ve been an outspoken critic of the academic BDS movement for some time now. But if you ask me, the movement has been a spectacular failure in every respect, save one: It has succeeded in turning many college campuses into anti-Israel inculcation centers and therefore has scared the bejesus out of the Jewish parents paying for their kids to attend them. At the same time—even if you allow that occasional anti-Semitic comments and actions by some of BDS’s supporters are outliers and not indicative of most of its followers—I find the idea and, even more so, the practice of an academic boycott to be undeniably contradictory to universities’ philosophical commitment to freedom of expression and ideas.

Nonetheless, the explicit and intellectually indefensible equation of anti-Zionism with actionable anti-Semitism is an obvious offense to the notion of freedom of expression, however much it cheers the tiny hearts of right-wing Jews and other Trump defenders. Jewish students already had all the protections they needed before Trump’s executive order. Title VI of the Civil Rights Act covers discrimination on the basis of a “group’s actual or perceived ancestry or ethnic characteristics” or “actual or perceived citizenship or residency in a country whose residents share a dominant religion or a distinct religious identity.”

The New York Times’ early, inaccurate reporting on the executive order, in which the paper falsely stated that the order would “effectively interpret Judaism as a race or nationality,” deserves special mention here for creating the panic. But the result of the entire episode is that, yet again, the Trump administration has placed a stupid, shiny object before the media, and the hysteria that has ensued has divided Americans, Jews, liberals and conservatives, and free speech and human rights activists, all while the administration continues its relentless assault on our democracy and better selves.

The president’s order would allow the government to withhold money from campuses deemed to be biased, but critics see it as an attack on free speech.

Peter Baker and

NYT

WASHINGTON — President Trump plans to sign an executive order on Wednesday targeting what he sees as anti-Semitism on college campuses by threatening to withhold federal money from educational institutions that fail to combat discrimination, three administration officials said on Tuesday.

The order will effectively interpret Judaism as a race or nationality, not just a religion, to prompt a federal law penalizing colleges and universities deemed to be shirking their responsibility to foster an open climate for minority students. In recent years, the Boycott, Divestment and Sanctions — or B.D.S. — movement against Israel has roiled some campuses, leaving some Jewish students feeling unwelcome or attacked.

In signing the order, Mr. Trump will use his executive power to take action where Congress has not, essentially replicating bipartisan legislation that has stalled on Capitol Hill for several years. Prominent Democrats have joined Republicans in promoting such a policy change to combat anti-Semitism as well as the boycott-Israel movement.

But critics complained that such a policy could be used to stifle free speech and legitimate opposition to Israel’s policies toward Palestinians in the name of fighting anti-Semitism. The definition of anti-Semitism to be used in the order matches the one used by the State Department and by other nations, but it has been criticized as too open-ended and sweeping.

For instance, it describes as anti-Semitic “denying the Jewish people their right to self-determination” under some circumstances and offers as an example of such behavior “claiming that the existence of a State of Israel is a racist endeavor.”

Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights, said Mr. Trump’s order is part of a sustained campaign “to silence Palestinian rights activism” by equating opposition to Israeli treatment of Palestinians with anti-Semitism.

“Israeli apartheid is a very hard product to sell in America, especially in progressive spaces,” Mr. Munayyer said, “and realizing this, many Israeli apartheid apologists, Trump included, are looking to silence a debate they know they can’t win.”

Administration officials, who insisted on anonymity to discuss the order before its official announcement, said it was not intended to squelch free speech. The White House reached out to some Democrats and activist groups that have been critical of the president to build support for the move.

Among those welcoming the order on Tuesday was Jonathan Greenblatt, the chief executive of the Anti-Defamation League, who said the group recorded its third-highest level of anti-Semitic episodes in the United States last year.

“Of course we hope it will be enforced in a fair manner,” he said. “But the fact of the matter is we see Jewish students on college campuses and Jewish people all over being marginalized. The rise of anti-Semitic incidents is not theoretical; it’s empirical.”

David Krone, a former chief of staff to Senator Harry Reid of Nevada when he was Senate Democratic leader, has lobbied for years for such a policy change and praised Mr. Trump for taking action.

“I know people are going to criticize me for saying this,” Mr. Krone said, “but I have to give credit where credit is due.” He added, “It’s too important to let partisanship get in the way.”

Mr. Reid helped push for legislation similar to the order called the Anti-Semitism Awareness Act of 2016. It passed the Senate in December 2016 unanimously but died in the House as that session of Congress ended. It has been reintroduced by Democrats and Republicans but has made little progress to Mr. Trump’s desk.

Mr. Krone continued to work on the issue after Mr. Reid retired and reached out through a mutual friend last summer to Jared Kushner, the president’s son-in-law and senior adviser. The Jewish grandson of Holocaust survivors, Mr. Kushner embraced the idea, which also had been explored over the past year by the president’s domestic policy aides. With Mr. Kushner’s support, the White House drafted the order and Mr. Trump agreed to sign it.

Mr. Trump over the years has been accused of making anti-Semitic remarks, turning a blind eye to anti-Jewish tropes or emboldening white supremacists like those in Charlottesville, Va., in 2017. Just last weekend, he drew criticism for remarks in Florida before the Israeli American Council in which he told the Jewish audience they were “not nice people” but would support his re-election because “you’re not going to vote for the wealth tax.”

But he has also positioned himself as an unflinching supporter of Israel and a champion of Jewish Americans, moving the United States Embassy to Jerusalem, supporting settlements in the West Bank and recognizing the seizure of the Golan Heights. He also assailed Representative Ilhan Omar, Democrat of Minnesota, when she said support for Israel was “all about the Benjamins,” meaning money.

Jeremy Ben-Ami, the president of J Street, a liberal Israel advocacy group, said the president’s order was a cynical effort to crack down on critics, not to defend Jews from bias. “It is particularly outrageous and absurd for President Trump to pretend to care about anti-Semitism during the same week in which he once again publicly spouted anti-Semitic tropes about Jews and money,” he said in a statement.

The president’s action comes soon after the Education Department ordered Duke University and the University of North Carolina at Chapel Hill to remake their joint Middle East studies program on the grounds that it featured a biased curriculum. The move was part of a broader campaign by Betsy DeVos, the education secretary, and her civil rights chief, Kenneth L. Marcus, to go after perceived anti-Israel bias in higher education.

The order to be signed by Mr. Trump would empower the Education Department in such actions. Under Title VI of the Civil Rights Act of 1964, the department can withhold funding from any college or educational program that discriminates “on the ground of race, color, or national origin.” Religion was not included among the protected categories, so Mr. Trump’s order will have the effect of embracing an argument that Jews are a people or a race with a collective national origin in the Middle East, like Italian Americans or Polish Americans.

The definition of anti-Semitism to be adopted from the State Department and originally formulated by the International Holocaust Remembrance Alliance includes “a certain perception of Jews, which may be expressed as hatred toward Jews.” However, it adds that “criticism of Israel similar to that leveled against any other country cannot be regarded as anti-Semitic.”

The American Civil Liberties Union was among the groups that opposed using the definition in the 2016 legislation, deeming it overly broad. “It cannot and must not be that our civil rights laws are used in such a way to penalize political advocacy on the basis of viewpoint,” the group said in a letter to Congress at the time. Kenneth S. Stern, the original lead author of the definition, also objected to using it, saying that “students and faculty members will be scared into silence, and administrators will err on the side of suppressing or censuring speech.”

But Representative Ted Deutch, Democrat of Florida, who was among the sponsors of the 2016 legislation, wrote in an op-ed article in The Times of Israel last week that the definition “was drafted not to regulate free speech or punish people for expressing their beliefs.” Instead, he wrote, “This definition can serve as an important tool to guide our government’s response to anti-Semitism.”

Last week, a group of 80 education, civil rights and religious organizations sent a letter to Ms. DeVos complaining that some Middle East studies centers on college campuses financed by the government under Title VI have sought to boycott Israel or shut down their universities’ study abroad programs in Israel.

“Recent incidents have demonstrated the willingness of faculty across the country to implement the academic boycott of Israel on their campuses,” the letter said.

The president is expected to be joined at the signing by several prominent Republican lawmakers, including Senators Tim Scott of South Carolina and James Lankford of Oklahoma and Representative Doug Collins of Georgia. But Democrats who have advocated the legislation in the past are not expected, including Representative Jerrold Nadler of New York, who on Tuesday released articles of impeachment against Mr. Trump.

While an executive order is not as permanent as legislation and can be overturned by the next president, Mr. Trump’s action may have the effect of extending the policy beyond his administration anyway because his successors may find it politically unappealing to reverse.

Peter Baker reported from Washington, and Maggie Haberman from Hershey, Pa.

Etats-Unis/Antisémitisme – Donald Trump cible l’antisémitisme et le boycott israélien sur les campus universitaires

L’ordonnance du président permettrait au gouvernement de retenir de l’argent sur les campus réputés biaisés, mais les critiques y voient une attaque contre la liberté d’expression.

Publié le 10 décembre dans le New York Times sous le titre Trump Targets Anti-Semitism and Israeli Boycotts on College Campuses

Traduction proposée par le Crif

Le président Trump prévoit de signer mercredi un décret visant à cibler ce qu’il considère comme de l’antisémitisme sur les campus universitaires en menaçant de retenir l’argent fédéral des établissements d’enseignement qui ne parviennent pas à lutter contre la discrimination, ont déclaré mardi trois responsables de l’administration.

L’ordonnance interprétera efficacement le judaïsme comme une race ou une nationalité, et pas seulement comme une religion, pour inciter une loi fédérale pénalisant les collèges et universités réputés pour se dérober à leur responsabilité afin de favoriser un climat ouvert pour les étudiants issus de minorités. Ces dernières années, le boycott, le désinvestissement et les sanctions – ou B.D.S. – le mouvement contre Israël a troublé certains campus, laissant certains étudiants juifs se sentir importuns ou attaqués.

En signant l’ordonnance, M. Trump utilisera son pouvoir exécutif pour agir là où le Congrès ne l’a pas fait, reproduisant essentiellement une législation bipartite bloquée par le Capitol Hill depuis plusieurs années. D’éminents démocrates se sont joints aux républicains pour promouvoir un tel changement de politique afin de combattre l’antisémitisme ainsi que le mouvement de boycott d’Israël.

Mais les critiques se sont plaints qu’une telle politique pourrait être utilisée pour étouffer la liberté d’expression et l’opposition légitime à la politique d’Israël envers les Palestiniens au nom de la lutte contre l’antisémitisme. La définition de l’antisémitisme utilisée dans l’ordonnance correspond à celle utilisée par le Département d’État et par d’autres nations, mais elle a été critiquée comme étant trop ouverte et trop générale.

Par exemple, il y est décrit comme antisémite « nier au peuple juif son droit à l’autodétermination » dans certaines circonstances et offre comme exemple de ce comportement « affirmer que l’existence d’un État d’Israël est une entreprise raciste ».

Yousef Munayyer, directeur exécutif de la Campagne américaine pour les droits des Palestiniens, a déclaré que l’ordonnance de M. Trump faisait partie d’une campagne soutenue « pour faire taire l’activisme pour les droits des Palestiniens » en assimilant l’opposition au traitement israélien des Palestiniens à l’antisémitisme.

« L’apartheid israélien est un produit très difficile à vendre en Amérique, en particulier dans les espaces progressistes« , a déclaré M. Munayyer, « et réalisant cela, de nombreux apologistes de l’apartheid israélien, Trump inclus, cherchent à faire taire un débat qu’ils savent qu’ils ne peuvent pas gagner… « 

Les responsables de l’administration, qui ont insisté sur l’anonymat pour discuter de l’ordonnance avant son annonce officielle, ont déclaré qu’elle n’était pas destiné à étouffer la liberté d’expression. La Maison Blanche a contacté certains démocrates et groupes militants qui ont critiqué le président pour obtenir un soutien à cette décision.

Mardi, Jonathan Greenblatt, directeur général de la Ligue anti-diffamation, a déclaré que le groupe avait enregistré son troisième épisode antisémite aux États-Unis l’année dernière.

« Bien sûr, nous espérons qu’il sera appliqué de manière équitable », a-t-il déclaré. « Mais le fait est que nous voyons des étudiants juifs sur les campus universitaires et des Juifs partout marginalisés. La montée des incidents antisémites n’est pas théorique; c’est empirique. « 

David Krone, ancien chef de cabinet du sénateur Harry Reid du Nevada lorsqu’il était leader démocrate du Sénat, a fait pression pendant des années pour un tel changement de politique et a félicité M. Trump d’avoir pris des mesures.

« Je sais que les gens vont me critiquer pour avoir dit cela », a déclaré M. Krone, « mais je dois donner du crédit là où le mérite est dû ». Il a ajouté: « Il est trop important de laisser la partisanerie faire obstacle. »

M. Reid a aidé à faire pression pour une législation similaire à l’ordonnance appelée Anti-Semitism Awareness Act of 2016. Elle a été adoptée à l’unanimité par le Sénat en décembre 2016, mais est décédée à la Chambre à la fin de cette session du Congrès. Il a été réintroduit par les démocrates et les républicains mais a peu progressé sur le bureau de M. Trump.

M. Krone a continué de travailler sur la question après que M. Reid a pris sa retraite et a contacté l’été dernier un ami commun avec Jared Kushner, gendre du président et conseiller principal. Le petit-fils juif des survivants de l’Holocauste, M. Kushner, a adopté l’idée, qui avait également été explorée au cours de l’année écoulée par les aides à la politique intérieure du président. Avec le soutien de M. Kushner, la Maison-Blanche a rédigé l’ordonnance et M. Trump a accepté de la signer.

Au fil des ans, M. Trump a été accusé de faire des remarques antisémites, de fermer les yeux sur les tropes antisémites ou d’enhardir les suprémacistes blancs comme ceux de Charlottesville, en Virginie, en 2017. Le week-end dernier, il a critiqué les propos tenus dans La Floride devant le Conseil israélo-américain au cours de laquelle il a déclaré au public juif qu’ils n’étaient « pas des gens sympas » mais qu’ils appuieraient sa réélection parce que « vous n’allez pas voter pour l’impôt sur la fortune ».

Mais il s’est également positionné comme un partisan indéfectible d’Israël et un champion des Juifs américains, en déplaçant l’ambassade des États-Unis à Jérusalem, en soutenant les colonies en Cisjordanie et en reconnaissant la saisie des hauteurs du Golan. Il a également agressé la représentante Ilhan Omar, démocrate du Minnesota, lorsqu’elle a déclaré que le soutien à Israël était « tout au sujet des Benjamins », ce qui signifie de l’argent.

Jeremy Ben-Ami, président de J Street, un groupe de défense libéral d’Israël, a déclaré que l’ordre du président était un effort cynique pour réprimer les critiques, pas pour défendre les Juifs contre les préjugés. « Il est particulièrement scandaleux et absurde que le président Trump prétende se préoccuper de l’antisémitisme au cours de la même semaine au cours de laquelle il a de nouveau publiquement jeté des tropes antisémites sur les Juifs et l’argent », a-t-il déclaré dans un communiqué.

L’action du président intervient peu de temps après que le département de l’éducation a ordonné à l’Université Duke et à l’Université de Caroline du Nord à Chapel Hill de refaire leur programme d’études conjointes sur le Moyen-Orient au motif qu’il comportait un programme biaisé. Cette décision faisait partie d’une campagne plus large menée par Betsy DeVos, la secrétaire à l’Éducation, et son chef des droits civiques, Kenneth L. Marcus, pour s’attaquer aux préjugés anti-Israël perçus dans l’enseignement supérieur.

L’ordonnance à signer par M. Trump habiliterait le Département de l’éducation à de telles actions. En vertu du titre VI de la loi sur les droits civils de 1964, le ministère peut retenir le financement de tout collège ou programme éducatif qui établit une discrimination «fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale». La religion n’était pas incluse dans les catégories protégées, donc l’ordre de Donald Trump aura pour effet d’embrasser un argument selon lequel les Juifs sont un peuple ou une race d’origine nationale collective au Moyen-Orient, comme les Italo-Américains ou les Polonais américains.

La définition de l’antisémitisme qui doit être adoptée par le Département d’État et formulée à l’origine par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste comprend « une certaine perception des Juifs, qui peut être exprimée comme de la haine envers les Juifs« . Cependant, elle ajoute que « des critiques d’Israël similaires à ce niveau contre tout autre pays ne peut pas être considéré comme antisémite ».

L’American Civil Liberties Union faisait partie des groupes qui se sont opposés à l’utilisation de la définition dans la législation de 2016, la jugeant trop large. « Il ne peut et ne doit pas être que nos lois sur les droits civils sont utilisées de manière à pénaliser le plaidoyer politique sur la base du point de vue », a déclaré le groupe dans une lettre au Congrès de l’époque. Kenneth S. Stern, l’auteur principal de la définition, s’est également opposé à son utilisation, affirmant que « les étudiants et les professeurs seront effrayés dans le silence, et les administrateurs se tromperont du côté de la suppression ou de la censure du discours. »

Mais le représentant Ted Deutch, démocrate de Floride, qui était parmi les sponsors de la législation de 2016, a écrit dans un article d’opinion dans le Times of Israel la semaine dernière que la définition « avait été rédigée pour ne pas réglementer la liberté d’expression ou punir les gens pour avoir exprimé leur opinion ». Au lieu de cela, il a écrit: « Cette définition peut servir d’outil important pour guider la réponse de notre gouvernement à l’antisémitisme ». 

La semaine dernière, un groupe de 80 organisations de l’éducation, des droits civils et des organisations religieuses a envoyé une lettre à Mme DeVos se plaignant que certains centres d’études du Moyen-Orient sur les campus universitaires financés par le gouvernement au titre VI ont cherché à boycotter Israël ou à fermer les programmes d’études de leurs universités à l’étranger en Israël.

« Les récents incidents ont démontré la volonté des professeurs à travers le pays de mettre en œuvre le boycott universitaire d’Israël sur leurs campus », indique la lettre.

Le président devrait être rejoint lors de la signature par plusieurs éminents législateurs républicains, dont les sénateurs Tim Scott de Caroline du Sud et James Lankford d’Oklahoma et le représentant Doug Collins de Géorgie. Mais les démocrates qui ont préconisé la législation dans le passé ne sont pas attendus, y compris le représentant Jerrold Nadler de New York, qui a publié mardi des articles de destitution contre M. Trump.

Bien qu’un ordre exécutif ne soit pas aussi permanent que la législation et puisse être annulé par le prochain président, l’action de M. Trump peut avoir pour effet d’étendre la politique au-delà de son administration, car ses successeurs peuvent trouver politiquement peu attrayant à renverser.

Voir de plus:

Donald Trump signe un décret controversé pour élargir la définition de l’antisémitisme sur les campus

Alors que le décret présidentiel vise à défendre les étudiants juifs, les détracteurs de Donald Trump dénoncent une atteinte à la liberté d’expression.

Le Monde avec AFP

12 décembre 2019

Le président américain se retrouve au cœur d’une nouvelle controverse. Donald Trump a signé, mercredi 11 décembre, un décret visant à lutter contre l’antisémitisme sur les campus américains. Ce texte élargit la définition de l’antisémitisme utilisée par le ministère de l’éducation lorsqu’il fait appliquer la loi sur les droits civiques de 1964. Il ordonne en particulier d’utiliser la définition de l’antisémitisme donnée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA).

« C’est notre message aux universités : si vous voulez bénéficier des énormes sommes que vous recevez chaque année de la part de l’Etat fédéral, vous devez rejeter l’antisémitisme », a déclaré M. Trump à l’occasion d’une cérémonie à la Maison Blanche pour célébrer Hanouka, la fête des lumières. Avec ce décret, Donald Trump « défend les étudiants juifs » et « indique clairement que l’antisémitisme ne sera pas toléré », a insisté son gendre et conseiller Jared Kushner dans une tribune publiée dans le New York Times.

Un décret pour « limiter » les critiques visant Israël

Mais des défenseurs de la liberté d’expression redoutent qu’une définition trop large et trop vague de l’antisémitisme soit utilisée pour interdire tous les propos critiques envers la politique du gouvernement israélien.

Pour Jeremy Ben-Ami, président de l’organisation progressiste juive J-Street, le décret présidentiel « semble moins destiné à combattre l’antisémitisme qu’à limiter la liberté d’expression et sévir sur les campus contre les critiques visant Israël ».

Voir encore:

Ambassade des Etas-Unis en France

« Le poison vil et haineux de l’antisémitisme doit être condamné et combattu quel que soit le lieu et le moment auquel il surgit. »

Président Donald J. Trump

COMBATTRE L’ANTISÉMITISME : Le président Donald J. Trump prend un décret présidentiel pour renforcer la lutte contre la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.

  • Le décret du président Trump indique clairement que le Titre VI de la loi sur les droits civils de 1964 s’applique à la discrimination antisémite fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale.
  • Dans le cadre de l’application du Titre VI contre la discrimination antisémite dissimulée, les agences se référeront à la définition de l’antisémitisme de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) ainsi que ses exemples contemporains.
  • Le président demande également aux agences fédérales d’identifier d’autres moyens par lesquels le gouvernement peut utiliser ses pouvoirs en matière de lutte contre la discrimination pour combattre l’antisémitisme.
  • Cette action démontre en outre l’engagement indéfectible du président Trump et de son administration à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme.

LUTTER CONTRE LA MONTÉE DE LA HAINE : Ces dernières années, les Américains ont assisté à une augmentation inquiétante des incidents antisémites et à une montée de la rhétorique correspondante dans l’ensemble du pays.

  • Au cours des quelques dernières années, on a assisté à une tendance inquiétante à la montée de l’antisémitisme aux États-Unis.
  • Les incidents antisémites se sont multipliés en Amérique depuis 2013, en particulier dans les écoles et sur les campus universitaires.
  • Il s’agit en particulier d’actes de violence horribles à l’encontre de Juifs américains et de synagogues aux États-Unis.
  • 18 membres démocrates du Congrès ont coparrainé cette année une législation en faveur du mouvement antisémite « Boycott, désinvestissement, sanctions » (BDS).
    • Dans leur résolution, ces membres du Congrès comparaient de manière choquante le soutien à Israël à celui à l’Allemagne nazie.

AGIR : Le président Trump et son administration ont pris des mesures à plusieurs reprises pour lutter contre la haine et soutenir la communauté juive.

  • Lors du discours sur l’état de l’Union de cette année, le président Trump a promis de « ne jamais ignorer le vil poison de l’antisémitisme ou ceux qui répandent cette idéologie venimeuse ».
  • Depuis janvier 2017, la division des droits civils du département de la Justice a obtenu 14 condamnations dans des affaires d’attentats ou de menaces contre des lieux de culte.
    • La division a également obtenu 11 condamnations dans des affaires de crimes motivés par la haine en raison des convictions religieuses des victimes.
  • Le département de la Justice a lancé un nouveau site web complet qui constitue un portail centralisé permettant aux forces de l’ordre, aux médias, aux groupes de défense des droits et à d’autres organismes d’accéder à des ressources sur les crimes motivés par la haine.
  • Le service des relations avec la communauté du département de la Justice a facilité 17 forums axés sur la protection des lieux de culte et la prévention des crimes motivés par la haine depuis septembre 2018.
  • Le président a signé la loi JUST Act en faveur des efforts de restitution à la suite de l’Holocauste.
  • L’administration Trump a expulsé le dernier criminel nazi connu des États-Unis.
    Voir enfin:

    NYT

    WASHINGTON — The House, brushing aside Democratic voices of dissent over American policy in the Middle East, on Tuesday overwhelmingly passed a bipartisan resolution condemning the boycott-Israel movement as one that “promotes principles of collective guilt, mass punishment and group isolation, which are destructive of prospects for progress towards peace.”

    The 398-to-17 vote, with five members voting present, came after a debate that was equally lopsided; no one in either party spoke against the measure. The House’s two most vocal backers of the boycott movement — Representatives Rashida Tlaib of Michigan and Ilhan Omar of Minnesota, freshman Democrats and the first two Muslim women in Congress — did not participate in the floor debate.

    However, earlier in the day, Ms. Tlaib, who is Palestinian-American, delivered an impassioned speech in defense of the boycott movement. She branded Israel’s policies toward Palestinians “racist” and invoked American boycotts of Nazi Germany, among others, as an example of what she described as a legitimate economic protest to advance human rights around the world.

    “I stand before you as the daughter of Palestinian immigrants, parents who experienced being stripped of their human rights, the right to freedom of travel, equal treatment,” Ms. Tlaib said. “So I can’t stand by and watch this attack on our freedom of speech and the right to boycott the racist policies of the government and the state of Israel.”

    The Boycott, Divestment and Sanctions, or B.D.S., movement is intended, among other things, to pressure Israel into ending the occupation of the West Bank, and backed by some who advocate a single state with equal rights for all, instead of a Palestinian state alongside Israel. Opponents warn it would lead to the destruction of Israel as a Jewish state; during Tuesday’s debate, they repeatedly quoted from a founder of the movement, Omar Barghouti, who has argued for the creation of a “secular democratic state” and has called for Israel to “accept the dismantling of its Zionist apartheid regime.”

    “Boycotts have been previously used as tools for social justice in this very country,” said Representative Ted Deutch, Democrat of Florida and a backer of the resolution. “But B.D.S. doesn’t seek social justice. It seeks a world in which the state of Israel doesn’t exist.”

    For months, Ms. Tlaib and Ms. Omar have been the target of intense criticism for statements about Israel and Israel’s supporters that many have regarded as anti-Semitic tropes, including insinuations that Jews have dual loyalty to the United States and Israel. Ms. Omar drew the condemnation of House Democratic leaders, and was forced to apologize after invoking an ancient trope about Jews and money by suggesting that American support for Israel was “all about the Benjamins” — a reference to $100 bills.

    At a hearing last week, Ms. Omar spoke out forcefully against Israel, and the resolution.

    “We should condemn in the strongest terms violence that perpetuates the occupation, whether it is perpetuated by Israel, Hamas or individuals,” she said. “But if we are going to condemn violent means of resisting the occupation, we cannot also condemn nonviolent means.”

    Ms. Tlaib, Ms. Omar and two other freshman Democratic women of color — Representatives Ayanna S. Pressley of Massachusetts and Alexandria Ocasio-Cortez of New York — have lately been under fire from President Trump, who has accused them of being anti-American and suggested they should “go back” to their home countries, even though just one of them, Ms. Omar, was born outside the United States. Ms. Ocasio-Cortez voted against the resolution, as did a number of other progressives; Ms. Pressley voted in favor.

    The timing of the vote drew complaints from Palestinian rights activists and supporters of Ms. Omar and Ms. Tlaib, who said House Democratic leaders were effectively isolating them. Both women have also joined with Representative John Lewis, Democrat of Georgia and a civil rights icon, in introducing a measure affirming that “all Americans have the right to participate in boycotts in pursuit of civil and human rights at home and abroad,” as protected by the First Amendment.

    “They are displaying leadership even as the president is attacking and marginalizing people of color,” said Yousef Munayyer, the executive director of the U.S. Campaign for Palestinian Rights.

    But Democratic backers of Israel were eager to have their votes on record before Congress goes home for its six-week August recess. Earlier Tuesday, Representative Josh Gottheimer, an ardent supporter of Israel, was joined in his home state, New Jersey, by Elan Carr, the State Department’s envoy to combat anti-Semitism, at an event billed to address anti-Semitism.

    The coming vote proved to be a central topic.

    “There is of course nothing wrong about having a robust debate about our foreign policy, as I said, but that debate veers into something much darker when there is talk of dual loyalty or other ancient tropes,” Mr. Gottheimer said. “These are not legitimate opinions about our foreign policy. We have often seen such anti-Semitic tropes and rhetoric when it comes to the global B.D.S. movement.”

    Asked if he thought the timing of the vote was inopportune, Mr. Gottheimer said, “We should look for any moment to stand up to anti-Semitism, and I think, to me, the sooner the better.”

    Backers of the boycott movement say the resolution threatens free speech rights, and they argue that boycotts are a legitimate form of economic protest. In her remarks, Ms. Tlaib cited civil rights boycotts, boycotts of apartheid South Africa and American boycotts of Nazi Germany “in response to dehumanization, imprisonment and genocide of Jewish people” — a comment that raised eyebrows among Republicans.

    Proponents of the resolution argue that nothing in it abridges the right to free speech; indeed, House Democrats rejected a more far-reaching bill, passed by the Republican-led Senate, that would allow state and local government to break ties with companies that participate in the boycott movement.

    The chief sponsor of the Senate bill, Senator Marco Rubio, Republican of Florida, on Tuesday accused Speaker Nancy Pelosi of promoting a watered-down measure and allowing “the radical, anti-Semitic minority in the Democratic Party to dictate the House floor agenda.”

    During Tuesday’s floor debate, many Republicans, including Representative Lee Zeldin of New York and Representative Steve Scalise of Louisiana, the Republican whip, argued for the Rubio measure. But in a rare moment of House comity, both sounded eager to join with Democrats in passing the bipartisan resolution.

    “If a boycott is being used to advance freedom, that’s one we should support,” Mr. Scalise said. “But if a boycott is being used to undermine the very freedoms that exist in the only real elective democracy in the Middle East, we all need to rise up against that.”


When they see us: Dans notre société tout homme qui ne parle pas bien risque d’être condamné à mort (Just in time: Guess why a Netflix series by Obama close friend on the 30-year old Central Park Five wilding case amplifying the theme that Trump is a longtime racist just happened to come out a year and a half away from election time ?)

8 décembre, 2019

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J’ai résumé L’Étranger, il y a longtemps, par une phrase dont je reconnais qu’elle est très paradoxale :“Dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.” Je voulais dire seulement que le héros du livre est condamné parce qu’il ne joue pas le jeu. En ce sens, il est étranger à la société où il vit, où il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. Et c’est pourquoi des lecteurs ont été tentés de le considérer comme une épave. On aura cependant une idée plus exacte du personnage, plus conforme en tout cas aux intentions de son auteur, si l’on se demande en quoi Meursault ne joue pas le jeu. La réponse est simple : il refuse de mentir.  (…) Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. On ne se tromperait donc pas beaucoup en lisant, dans L’Étranger, l’histoire d’un homme qui, sans aucune attitude héroïque, accepte de mourir pour la vérité. Il m’est arrivé de dire aussi, et toujours paradoxalement, que j’avais essayé de figurer, dans mon personnage, le seul Christ que nous méritions. On comprendra, après mes explications, que je l’aie dit sans aucune intention de blasphème et seulement avec l’affection un peu ironique qu’un artiste a le droit d’éprouver à l’égard des personnages de sa création. Albert Camus (préface américaine à L’Etranger, 1955)
Le thème du poète maudit né dans une société marchande (…) s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle soit. Légitime à l’origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre toute chose en général. Albert Camus (discours de Suède, 1957)
Personne ne nous fera croire que l’appareil judiciaire d’un Etat moderne prend réellement pour objet l’extermination des petits bureaucrates qui s’adonnent au café au lait, aux films de Fernandel et aux passades amoureuses avec la secrétaire du patron. René Girard (Critiques dans un souterrain, 1976)
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
What they’re trying to do is what the KGB under Lavrentiy Beria said to Stalin, the dictator — I’m not comparing our country to the Soviet Union — I just want to make sure it never becomes anything like that. Beria, once the Soviet deputy premier and interior minister, famously would reassure Stalin, « Show me the man and I’ll find you the crime. » And that’s what some of the Democrats are doing. They have Trump in their sights. They want to figure out a way of impeaching him and they’re searching for a crime. First, they came up with abuse of power — not a crime — it’s not in the Constitution. So now they’re saying ‘bribery,’ but they’re making it up. There is no case for bribery based on, even if all the allegations against the president were to be proved, which they haven’t been. Alan Dershowitz
I see him as the quintessential bully. Too much power truly does warp a person, even a very brilliant person who was once an authentic idealist. Like some of today’s bullies and Machiavellian politicians, he and his family benefited from the democratic society that he later scorned and tried to overpower. We can look back and use the clarity about the past to raise a warning about the present. You can experience viscerally what we lost when we let corrupt people move unchecked. What is our core national character?  Are we going to make heroes out of bullies and prioritize the achievements of power, or are we going to assert that heroism means having empathy for people’s struggles? Edward Norton
C’est une période au cours de laquelle les choses changeaient. On associe souvent New York à une ville libérale, progressive et cosmopolite. Mais dans les années 50, il y avait énormément d’anti-démocratie, de racisme, ce qui a eu un important impact sur le reste du siècle, jusqu’à aujourd’hui. Et je crois que choisir cette période m’a permis d’évoquer ce qui se passe aujourd’hui sans en parler directement. Edward Norton
In an op-ed from Tuesday’s Wall Street Journal, former New York City prosecutor Linda Fairstein responded to the recent Netflix series on the Central Park Five, and accused its producer, Ava DuVernay, of fabricating words attributed to her character, played by Felicity Huffman, to portray her as a racist who was determined to convict the teens in the face of an alleged lack of evidence against them. Fairstein began the article, titled « Netflix’s False Story of the Central Park Five, » by declaring that the series, When They See Us, is « so full of distortions and falsehoods as to be an outright fabrication, » and complained that it is « an utterly false narrative involving an evil mastermind (me) and the falsely accused (the five). » She added that it « attempts to portray me as an overzealous prosecutor and a bigot, the police as incompetent or worse, and the five suspects innocent of all charges against them. None of this is true. Fairstein listed a number of pieces of misinformation from the series and argued that there was plenty of evidence to reasonably convict them at the time, as she stood by charges that they attacked several other people in the park that same night. Among several pieces of misinformation she claimed were included in the series was that it « portrays the suspects as being held without food, deprived of their parents’ company and advice, and not even allowed to use the bathroom, » and argued that if such accusations were true, they would have come out in the pre-trial hearings or inthe lawsuit that was filed years after their rele