Bilan Johnson: Mission largement accomplie (Hasta la vista BoJo: If populists are just a bunch of shameless manipulators, why do people keep electing them ?)

23 juillet, 2022
Brexit : Pour Donald Trump, il serait « terrible » que le retrait voulu par Boris Johnson n'ait pas lieu

 

Je peux expliquer son triomphe en trois mots: faisons le Brexit.  Il a promis de faire le Brexit, c’est tout ce que le pays voulait entendre. Rachel Johnson (soeur journaliste de Boris Jonhson)
Dire aux électeurs qu’ils sont des ignorants moraux est une mauvaise façon de les faire changer d’avis. Que voyaient-ils que je ne voyais pas? Cela aurait dû être la première question que j’aurais dû me poser. Quand j’ai vu Trump, j’ai vu un fanfaron fanatique multiplier les arguments d’ignorant. Ce que les partisans de Trump voyaient, eux, c’était un candidat dont tout l’être était un doigt d’honneur fièrement levé contre une élite autosatisfaite qui avait produit un statu quo défaillant. J’étais aveugle à cela. Bien que j’aie passé les années de la présidence Obama à dénoncer sa politique, mes objections étaient plus abstraites que personnelles. J’appartenais à une classe sociale que mon amie Peggy Noonan appelait « les protégés ». Ma famille vivait dans un quartier sûr et agréable. Nos enfants étaient dans une excellente école publique. J’étais bien payé, entièrement assuré, isolé contre les difficultés de la vie. L’appel de Trump, selon Noonan, s’adressait en grande partie aux personnes qu’elle appelait « les non protégés ». Leurs quartiers n’étaient pas si sûrs et agréables. Leurs écoles n’étaient pas aussi bonnes. Leurs moyens de subsistance n’étaient pas si sûrs. Leur expérience de l’Amérique était souvent celle d’un déclin culturel et économique, parfois ressenti de la manière la plus personnelle. Ce fut une expérience aggravée par l’insulte d’être traité comme des perdants et des racistes – accros, selon l’expression notoire d’Obama en 2008, aux « armes à feu ou à la religion ou à l’antipathie envers les gens qui ne sont pas comme eux ». Pas étonnant qu’ils soient en colère. La colère peut prendre des tournures stupides ou dangereuses, et avec Trump elles ont souvent pris les deux. Mais cela ne signifiait pas que leur colère était sans fondement ou illégitime, ou qu’elle visait la mauvaise cible. Les électeurs de Trump avaient de solides arguments pour prouver qu’ils avaient été trahis trois fois par les élites de la nation. Tout d’abord, après le 11 septembre, alors qu’ils avaient supporté une grande partie du poids des guerres en Irak et en Afghanistan, seulement pour voir Washington hésiter puis abandonner ses efforts. Deuxièmement, après la crise financière de 2008, lorsque tant de personnes ont été licenciées, alors même que la classe financière était renflouée. Troisièmement, dans la reprise post-crise, au cours de laquelle des années de taux d’intérêt ultra bas ont été une aubaine pour ceux qui avaient des actifs à investir et brutales pour ceux qui n’en avaient pas. Oh, et puis est venue la grande révolution culturelle américaine des années 2010, dans laquelle les pratiques et croyances traditionnelles – concernant le mariage homosexuel, les toilettes séparées, les pronoms personnels, les idéaux méritocratiques, les règles non basées sur la race, le respect des symboles patriotiques, les règles de la vie sentimentale, la présomption d’innocence et la distinction entre l’égalité des chances et le résultat – sont devenus, de plus en plus, non seulement dépassés, mais tabous. C’est une chose que les mœurs sociales évoluent avec le temps, aidées par le respect des différences d’opinion. C’en est une autre qu’elles soient brutalement imposées par un camp à l’autre, avec peu d’apport démocratique mais beaucoup d’intimidation morale. C’était le climat dans lequel la campagne de Trump s’est épanouie. J’aurais pu réfléchir un peu plus au fait que, dans ma condescendance dégoulinante envers ses partisans, je confirmais également leurs soupçons sur des gens comme moi – des gens qui prêchaient la bonne parole sur les vertus de l’empathie mais ne le pratiquaient que de manière sélective ; des gens épargnés par les problèmes du pays mais pas gênés pour proposer des solutions. J’aurais également pu donner aux électeurs de Trump plus de crédit pour la nuance. Pour chaque guerrier MAGA, il y avait en face beaucoup de partisans ambivalents de Trump, doutant de ses capacités et consternés par ses manières, qui étaient prêts à tenter leur chance avec lui parce qu’il avait le culot de défier des piétés conventionnelles profondément imparfaites. Ils n’avaient pas non plus été impressionnés par les critiques de Trump qui avaient leur propre penchant pour l’hypocrisie et la calomnie pure et simple. À ce jour, très peu d’anti-Trumpers ont été honnêtes avec eux-mêmes à propos du canular élaboré – il n’y a pas d’autre mot pour cela – qu’était le dossier Steele et toutes les fausses allégations, crédulement répétées dans les médias grand public, qui en découlaient. Une dernière question pour moi-même : aurais-je tort de fustiger les partisans actuels de Trump, ceux qui veulent qu’il revienne à la Maison Blanche malgré son refus pour accepter sa défaite électorale et l’indignation historique du 6 janvier ? Moralement parlant, non. C’est une chose de miser sur un candidat qui promet de rompre avec le statu quo. C’en est une autre de faire cela avec un ex-président qui a tenté de détruire la République elle-même. Mais j’aborderais aussi ces électeurs dans un esprit très différent de la dernière fois. « Une goutte de miel attrape plus de mouches qu’un gallon de fiel », avait noté Abraham Lincoln au début de sa carrière politique. « Si vous voulez gagner un homme à votre cause, convainquez-le d’abord que vous êtes son ami sincère. » De sages paroles, en particulier pour ceux d’entre nous qui sommes dans le domaine de la persuasion. Bret Stephens
Certains en Occident savourent les images de révolte en provenance du Sri Lanka. Les tweeteurs et les gauchistes s’émerveillent devant les images et les photos montrant des Sri Lankais en colère prenant d’assaut le palais présidentiel et se baignant dans sa somptueuse piscine. Les images sont en effet frappantes et encourageantes : cela fait toujours plaisir de voir des gens rejeter leurs dirigeants incompétents et corrompus. Et pourtant ces observateurs occidentaux pourraient bientôt être surpris, car cette révolte n’est pas seulement une mise en accusation des élites sri lankaises et de leurs légions d’erreurs de jugement. C’est aussi plus largement une mise en accusation des vanités des élites mondiales. Elle remet en question les préjugés et les politiques des establishments mondiaux sous l’emprise de l’alarmisme climatique et de l’autoritarisme Covid. Au Sri Lanka, nous assistons à une rébellion non seulement contre les responsables gouvernementaux corrompus, mais aussi contre la vision du monde dangereusement déconnectée de la technocratie internationale. (…) Le Sri Lanka nous montre ce qui se passe lorsque la politique d’un pays est déterminée par les désirs et les préjugés des nouvelles élites plutôt que par les besoins des gens ordinaires. Les confinements ont peut-être été une aubaine pour les élites du télétravail et pour certains milliardaires, mais il a été incroyablement préjudiciable pour une grande partie de la classe ouvrière occidentale et pour des millions de démunis des pays du Sud. L’idéologie verte peut donner un sens à leur vie aux nouvelles élites, flattant leur illusion narcissique selon laquelle elles sauvent la planète d’une mort provoquée par le réchauffement climatique, mais ce sont les ouvriers occidentaux qui en font les frais et qui paient au bout du compte pour la folie de la neutralité carbone, et cela attise la faim et la misère dans ces parties du monde qui ne sont pas encore aussi développées que l’Occident. Le Sri Lanka représente un cas extrême et inquiétant de ce qui se passe lorsque la politique mondiale est construite sur la peur et le narcissisme d’élites déconnectées, plutôt qu’à partir des besoins des gens pour s’épanouir et sortir de la pauvreté. Mais ce que l’on voit aussi au Sri Lanka, c’est exactement le type de réaction dont nous avons besoin contre tout cela. Les gens n’en peuvent plus. Et ils ne sont pas les seuls. Des routiers canadiens révoltés contre les mesures anti-Covid qui détruisent leurs moyens de subsistance aux agriculteurs néerlandais insurgés contre la folie des  politiques écologiques de leur gouvernement, des protestations des chauffeurs de taxi italiens contre la hausse des prix du carburant aux manifestations de masse albanaises contre la hausse des prix alimentaires et du carburant après le confinement et la guerre en Ukraine, des manifestations populaires éclatent partout à travers le monde. Le gouvernement du Sri Lanka a peut-être été le premier à tomber, mais il semble peu probable qu’il soit le dernier. Les soulèvements manquent de cohérence. Certains refusent les leaders. Les demandes ne sont pas toujours claires. Mais s’il y a une chose évidente, c’est la raison pour laquelle les gens sont en colère – l’irrationalité des décisions d’une nouvelle classe de responsables politiques qui préfèrent les mesures de répression rapides et les démonstrations de vertu à la tâche difficile de trouver comment améliorer matériellement et spirituellement la vie des gens. Ceux qui pensent que le populisme est terminé maintenant que Trump et même Boris Johnson sont partis pourraient bien avoir des surprises. Réveillez-vous, les gars ! Surveillez vos fenêtres ! Faites gaffe à vos piscines ! Brendan O’Neill
Un soulèvement populaire de la classe ouvrière contre les élites et leurs valeurs est en cours – et il traverse le monde. Il y a une résistance croissante de la part des classes moyennes et inférieures contre ce que Rob Henderson a appelé les «croyances de luxe» des élites, alors que les gens ordinaires réalisent le mal que cela leur cause, à eux et à leurs communautés. Il y a eu des premières lueurs en février dernier, lorsque le Convoi de routiers canadiens a opposé les camionneurs de la classe ouvrière à la classe des télétravailleurs exigeant des mesures COVID-19 toujours plus restrictives. On l’a légalement vu dans la victoire du gouverneur de Virginie, Glenn Youngkin, qui s’est présenté au nom des droits des parents à l’éducation et a ensuite remporté à la fois les banlieues et les zones rurales. On peut le voir dans le soutien croissant des électeurs hispaniques à un parti républicain, qui s’identifie de plus en plus comme anti-woke et pro-classe ouvrière. Et maintenant, nous assistons à sa dernière itération aux Pays-Bas sous la forme d’une manifestation d’agriculteurs contre de nouvelles réglementations environnementales qui vont les ruiner. Plus de 30 000 agriculteurs néerlandais se sont levés pour protester contre le gouvernement à la suite des nouvelles limites d’azote qui les obligent les à réduire radicalement jusqu’à 70 % leurs émissions d’azote  au cours des huit prochaines années. Cela les obligerait à utiliser moins d’engrais et même à réduire le nombre de leurs têtes de bétail. Alors que sur le papier, les grandes entreprises agricoles auraient les moyens d’atteindre ces objectifs et pourraient passer à des engrais non azotés, cela est impossible pour les petites exploitations souvent familiales. Les nouvelles réglementations environnementales sont si extrêmes qu’elles obligeraient de nombreuses personnes à mettre la clé sous la porte, y compris des familles qui sont dans l’agriculture depuis trois ou quatre générations. En signe de protestation, les agriculteurs bloquent les rues et refusent de livrer leurs produits aux chaînes de supermarchés. Cela a entraîné de graves pénuries d’œufs et de lait, entre autres produits alimentaires. Mais les effets vont être mondiaux. Les Pays-Bas sont le deuxième exportateur agricole mondial après les États-Unis, faisant du pays d’à peine 17 millions d’habitants une superpuissance alimentaire. Compte tenu des pénuries alimentaires mondiales et de la hausse des prix, le rôle des agriculteurs néerlandais dans la chaîne alimentaire mondiale n’a jamais été aussi important. Mais si vous pensiez que le gouvernement néerlandais allait en tenir compte et veiller à ce que les gens puissent mettre de la nourriture sur la table, vous auriez tort ; lorsqu’on lui a offert le choix entre la sécurité alimentaire et la lutte contre le « changement climatique », c’est cette dernière que le gouvernement néerlandais a choisi.  Ce qui est particulièrement frustrant, c’est que le gouvernement est pleinement conscient que ce qu’il demande aux agriculteurs de faire en fera disparaître un grand nombre. En fait, le gouvernement avait initialement prévu d’avancer à un rythme plus lent, jusqu’à ce qu’un procès intenté par des groupes environnementaux en 2019 le contraigne  à accélérer son calendrier. La réaction des membres du secteur agricole a été massive et continue depuis 2019, mais l’apparition de la pandémie de COVID-19 a permis au gouvernement du Premier ministre Mark Rutte d’interdire les manifestations en 2020 et 2021. Avec la reprise des manifestations cette année, les autorités sont également passés à une approche plus agressive. Il y a eu des arrestations et même des coups de semonce tirés par la police sur les agriculteurs, dont l’un a failli tuer un manifestant de 16 ans. Pourtant, les sympathies des Néerlandais ne vont pas à leur gouvernement ; ils sont solidaires de leurs agriculteurs. Les sondages actuels indiquent que le Parti politique des agriculteurs, formé il y a seulement trois ans en réponse à la nouvelle réglementation, gagnerait 11 sièges au Parlement si des élections avaient lieu aujourd’hui (il n’en détient actuellement qu’un seul). De plus, l’Union des pêcheurs néerlandais s’est publiquement jointe aux manifestations, bloquant les ports avec des équipages de pêche brandissant des pancartes indiquant « Eendracht maakt Kracht »: L’unité fait la force. Mais alors que les Néerlandais sont du côté des agriculteurs, leurs élites se comportent à peu près comme elles l’ont fait au Canada et aux États-Unis, et pas seulement celles du gouvernement. Les médias refusent même de parler des manifestations et, lorsqu’ils le font, ils qualifient les agriculteurs d’extrémistes. Pourquoi la déconnexion ? Chaque sondage fiable des salles de rédaction européennes, de l’Allemagne aux Pays-Bas, montre que le changement climatique est un sujet beaucoup plus important pour les journalistes que pour les gens ordinaires. Ce n’est pas que les citoyens ordinaires ne se soucient pas du changement climatique, mais qu’ils ont le bon sens de savoir que détruire leur ferme afin que les objectifs d’émissions du gouvernement puissent être atteints en 2030 au lieu de 2035 ne changera pas le climat de la planète. Après tout, les Pays-Bas ne représentent que 0,46 % des émissions mondiales de CO2, et bien qu’une nouvelle réduction soit souhaitable, elle ne sera pas décisive dans la lutte contre le changement climatique au cours des huit prochaines années. Cela peut aider faire les élites du pays à se sentir bien dans leur peau, mais cela se traduira également par le fait que de larges pans de la population verront leur niveau de vie baisser et leur existence économique ciblée par l’État pour des raisons idéologiques. Il y a un malaise en Occident actuellement, où les objectifs idéologiques sont poursuivis au détriment des classes moyennes et ouvrières. Qu’il s’agisse des camionneurs au Canada, des agriculteurs aux Pays-Bas, des sociétés pétrolières et gazières aux États-Unis, l’idéologie, et non la science ou les preuves objectives, domine l’ordre du jour, gratifiant les élites tout en appauvrissant la classe ouvrière. En fin de compte, il y a un risque que les politiques climatiques fassent à l’Europe ce que le marxisme a fait à l’Amérique latine. Un continent réunissant toutes les conditions d’une prospérité générale et d’un environnement sain s’appauvrissant et se ruinant pour de pures raisons idéologiques. Et à la fois les gens et le climat moins bien lotis au bout du compte. Ralph Schoellhammer
Surtout, nous avons réaffirmé l’idée sacrée qu’en Amérique, le gouvernement répond au peuple. Notre lumière directrice, notre étoile du Nord, notre conviction inébranlable a été que nous sommes ici pour servir les nobles citoyens américains de tous les jours. Notre allégeance ne va pas aux intérêts spéciaux, aux sociétés ou aux entités mondiales; c’est pour nos enfants, nos citoyens et notre nation elle-même. Ma priorité absolue, ma préoccupation constante, a toujours été l’intérêt supérieur des travailleurs américains et des familles américaines. Je n’ai pas cherché le cours le plus facile; de loin, c’était en fait le plus difficile. Je n’ai pas cherché le chemin qui recevrait le moins de critiques. J’ai engagé les batailles les plus difficiles, les combats les plus durs, les choix les plus difficiles parce que c’est pour cela que vous m’avez élu. (…) Nous avons promu une culture où nos lois seraient respectées, nos héros honorés, notre histoire préservée et les citoyens respectueux des lois jamais méprisés (…) Aucune nation ne peut prospérer longtemps si elle perd la foi en ses propres valeurs, son histoire et ses héros, car ce sont là les sources mêmes de notre unité et de notre vitalité. (…) La clé de la grandeur nationale réside dans le maintien et la transmission de notre identité nationale commune. Cela signifie se concentrer sur ce que nous avons en commun: le patrimoine que nous partageons tous. Au centre de cet héritage se trouve également une solide croyance en la liberté d’expression, la liberté d’expression et le libre débat. Seul l’oubli de qui nous sommes et comment nous sommes arrivés où nous sommes que nous nous nous abandonnerons à la censure politique et à la mise sur liste noire en Amérique. Ce n’est même pas pensable. Mettre fin au débat libre et contradictoire viole nos valeurs fondamentales et nos traditions les plus durables. En Amérique, nous n’insistons pas sur la conformité absolue et n’imposons pas des orthodoxies rigides et une police de la pensée ou de la parole. Ce n’est tout simplement pas ce que nous faisons. L’Amérique n’est pas une nation timide d’âmes dociles qui ont besoin d’être protégées de ceux avec qui nous sommes en désaccord. Ce n’est pas qui nous sommes. Ce ne sera jamais qui nous sommes. (…) En repensant aux quatre dernières années, une image me vient à l’esprit au-dessus de toutes les autres. Chaque fois que je parcourais le parcours du cortège, il y avait des milliers et des milliers de personnes. Ils étaient sortis avec leurs familles pour pouvoir tenir et agiter  fièrement à notre passage notre grand drapeau américain. Cela n’a jamais manqué de m’émouvoir profondément. Je savais qu’ils ne venaient pas simplement me montrer leur soutien; ils venaient me montrer leur soutien et leur amour pour notre pays. C’est une république de fiers citoyens unis par notre conviction commune que l’Amérique est la plus grande nation de toute l’histoire. Nous sommes, et devons toujours être, une terre d’espoir, de lumière et de gloire pour le monde entier. C’est le précieux héritage que nous devons sauvegarder à chaque tournant. C’est exactement ce pourquoi j’ai oeuvré ces quatre dernières années, ça et rien d’autre. D’une grande salle de dirigeants musulmans à Riyad à une grande place de Polonais à Varsovie; d’un discours à l’Assemblée coréenne à la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies; et de la Cité Interdite de Pékin à l’ombre du Mont Rushmore, j’ai combattu pour vous, je me suis battu pour votre famille, je me suis battu pour notre pays. Par-dessus tout, je me suis battu pour l’Amérique et tout ce qu’elle représente – c’est-à-dire sûre, forte, fière et libre. Maintenant, alors que je me prépare à remettre le pouvoir à une nouvelle administration mercredi à midi, je veux que vous sachiez que le mouvement que nous avons lancé ne fait que commencer. Il n’y a jamais rien eu de tel. La conviction qu’une nation doit servir ses citoyens ne diminuera pas, mais ne fera au contraire que se renforcer de jour en jour. Président Trump
Je voudrais utiliser les dernières secondes qui me restent pour donner quelques conseils à mon successeur, quel qu’il ou elle soit. Numéro un : restez proches des Américains, défendez les Ukrainiens, défendez la liberté et la démocratie partout. Réduisez les impôts et déréglementez partout où vous le pouvez pour en faire le meilleur endroit où vivre et investir, ce qu’il est. J’adore le Trésor, mais rappelez-vous que si nous avions toujours écouté le Trésor, nous n’aurions pas construit la M25 [le périphérique londonien de 188 km] ou le tunnel sous la Manche. Concentrez-vous sur la route à suivre, mais n’oubliez pas de vérifier le rétroviseur, et souvenez-vous surtout que ce n’est pas Twitter qui compte, c’est les gens qui nous ont envoyés ici. Et oui, les dernières années ont été le plus grand privilège de ma vie et il est vrai que j’ai aidé à obtenir la plus grande majorité conservatrice depuis 40 ans et un énorme réalignement de la politique britannique. Nous avons transformé notre démocratie et restauré notre indépendance nationale. Nous avons, j’ai aidé ce pays à traverser une pandémie et aidé à sauver un autre pays de la barbarie, et franchement, c’est déjà pas mal comme bilan. Je tiens à vous remercier, M. le speaker. Je veux remercier tout le merveilleux personnel de la Chambre des Communes. Je veux remercier tous mes amis et collègues. Je veux remercier mon vieil ami, en face. Je veux remercier tout le monde ici. Et hasta la vista baby! Boris Johnson
Je ne sais pas combien de temps Éric Zemmour restera en politique. Mais ce dont je suis convaincue, c’est que le mouvement d’espoir et d’enthousiasme bien réel qu’il a réveillé est la manifestation d’une révolte populaire profonde, qui n’a rien d’une bulle. Cette révolte cherche désespérément un leader, et a vu en lui un possible véhicule de ses revendications de renforcement du cadre national, comme protection contre les grands vents de la globalisation. Éric Zemmour a réveillé un patriotisme français à la fois raisonné et émotionnel qui n’osait plus s’exprimer de manière ouverte de peur d’être qualifié de nationalisme raciste et dangereux. L’épisode du vieux militaire qui lui a offert ses décorations de guerre en pleurant, pendant un meeting, n’a rien d’anecdotique. Une partie croissante de la société considère, même si elle est divisée sur les solutions, que le pays est dans une impasse stratégique dangereuse, qui mènera à la disparition de la France en tant que civilisation, si rien n’est fait pour arrêter l’immigration massive et pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants, et notamment celle de communautés musulmanes qui sont soumises à la pression de l’islamisme, et aux particularités politiques de l’islam qui ne fait pas de distinction entre le politique et le religieux. La réalité est que Zemmour a donné voix à une angoisse existentielle sur la transformation démographique et culturelle de notre pays. Le phénomène est transoccidental. Les peuples d’Occident réclament des frontières et sonnent partout l’alarme contre le piège globaliste et multiculturaliste que les élites ont refermé sur eux, avec un mélange d’irénisme et d’aveuglement. Ils ont peur d’une désagrégation du tissu économique et politique national au profit d’intérêts chinois ou autres susceptible d’accélérer notre perte de souveraineté, et d’une communautarisation accélérée qui rendra la vie en commun de plus en plus difficile. En France, il y a aussi une énorme préoccupation due à l’apparition d’une insécurité chronique, d’une grande violence. Le phénomène Zemmour ou ses variantes ne sont pas près selon moi de disparaître, parce que les élites répondent à l’inquiétude en érigeant une grande muraille du déni et de l’excommunication, peignant leurs revendications comme la marque d’un nouveau fascisme au lieu d’y répondre. (…) La révolte zemmouriste et la révolte trumpiste portaient maintes similitudes, dans leurs ressorts antimondialisation et anti-immigration, leur credo conservateur, leur défense de l’Occident chrétien et leur méfiance de l’islam, leur volonté de réalisme en politique étrangère. Toutes ces ressemblances n’empêchent pas les différences de personnalités et de culture abyssales entre les deux. Donald Trump est un fils de famille, héritier d’un promoteur immobilier de Brooklyn, qui a forgé sa personnalité sur les chantiers de construction paternels dans la banlieue de Big Apple, puis fait son chemin dans un monde capitaliste new-yorkais brutal et sans pitié. Éric Zemmour, issu d’un milieu très simple, a fait sa vie dans les livres, le journalisme, l’exploration passionnée de l’histoire et l’observation d’un monde politique dont il connaissait les tours et détours. C’est un intellectuel, qui tend à tout théoriser, quand Trump est un pur intuitif. Mais on trouve aussi des points communs entre les deux hommes: le caractère indomptable, le sens de la formule et la capacité à exprimer, de manière cathartique, ce que pense le peuple. Ce sont de ce point de vue deux hommes de la petite lucarne qu’ils ont utilisée avec maestria pour faire leur célébrité et nouer une relation intime avec le peuple. Tous deux partagent aussi une allergie à l’idéologie du genre et une vision assez macho des relations hommes-femmes, ainsi qu’une conception hobbésienne du monde, basée sur les rapports de force. Leur fascination pour les hommes forts, qui s’est d’ailleurs exprimée dans leur admiration troublante pour Vladimir Poutine, est un autre point commun très frappant. (…) Éric Zemmour n’a pu asseoir sa popularité sur un parti de l’establishment déjà installé contrairement à Trump qui a pris d’assaut le parti républicain. Il n’a pas réussi non plus à séduire les classes populaires, peut-être parce qu’il n’a pas su complètement leur parler, contrairement à Trump et à Marine Le Pen, qui ont su parler de l’insécurité économique et du pouvoir d’achat du «pays périphérique» alors que Zemmour mettait l’accent sur la question de l’immigration et de la survie de la nation. Sans doute a-t-il sous-estimé l’angoisse de «la guerre civile» des Français, qui partagent son inquiétude sur l’avenir de la France, mais craignent sans doute encore plus la menace d’un clash entre communautés. Ils partagent son diagnostic, mais sont terrifiés par ses solutions, ou pas assez convaincus de sa capacité à gérer l’immensité du défi. Au-delà de tous ces points clés, je suis pour ma part persuadée que c’est la guerre de Poutine qui a percuté et détruit la candidature d’Éric Zemmour. Quand celle-ci éclate, le 24 février, il est en ascension, atteignant quelque 16% des intentions de vote, à égalité avec Le Pen, qui semble, elle, sur une pente descendante. Mais la guerre chamboule tout. Ayant répété depuis des années que Poutine est un grand patriote, voire un modèle dont la France devrait s’inspirer pour remettre son pays en ordre, Éric Zemmour est frappé de plein fouet. Sa condamnation trop faible de la guerre, son incapacité à qualifier Poutine de dictateur et sa persistance à dénoncer les responsabilités de l’Occident, au lieu de prendre la mesure de l’impérialisme brutal de Poutine et de la dangerosité d’un pouvoir russe basé sur la violence et le mensonge, ont, je pense, créé un doute béant dans la bourgeoisie qui l’avait soutenu jusque-là, doute dans lequel se sont engouffrés ses adversaires. Les classes populaires, qui soutenaient Le Pen, elles, ont moins réagi à la guerre. Son absence d’empathie vis-à-vis des réfugiés ukrainiens, dont il a jugé la présence peu opportune en France, a également beaucoup choqué. Marine Le Pen, qui avait pourtant un lourd passif sur le sujet, vu sa proximité ancienne et totale avec Poutine, a mieux géré cette situation embarrassante, détournant le tir en parlant «pouvoir d’achat» et révélant une habileté politique que n’a pas su montrer Zemmour, resté très idéologique. Lui qui avait voulu se placer dans le sillage de De Gaulle s’est retrouvé pris à contre-pied, compromis avec un dictateur impérial impitoyable, alors que l’Ukraine incarnait l’esprit de résistance gaullien et churchillien. Cette fascination pour Poutine de la droite national-populiste et de l’extrême droite s’explique par l’habileté avec laquelle l’homme fort de la Russie a instrumentalisé les révoltes national-populistes. Voyant là une opportunité de se constituer une «armée» de partis amis, il les a courtisés, se posant en souverainiste, en rempart de la chrétienté contre l’islamisme et la décadence des mœurs de l’Occident. Il s’agissait d’un trompe-l’œil bien sûr, d’un village Potemkine cachant la déliquescence et l’anomie d’une société russe où domine la loi du plus fort la plus brutale, pas le conservatisme. Mais les voix des experts qui avertissaient contre l’entourloupe ont été ignorées, et les nationalistes de tout poil sont tombés en plein dans le piège. Zemmour comme les autres. (…) Le réveil des nations d’Occident s’exprime de multiples façons, souvent brouillonnes et éphémères, avec un succès très relatif en effet. Ces phénomènes témoignent de la volonté instinctive des peuples d’empêcher des processus de désintégration des nations extrêmement puissants et peut-être irréversibles, liés à l’affaiblissement des États au profit de forces transnationales très puissantes, à la révolution technologique en cours, à l’affaiblissement des classes moyennes, qui, comme le rappelle le politologue Andrew Michta, forment le «demos», l’âme des nations démocratiques. S’agit-il d’un baroud d’honneur? Je ne l’espère pas. L’idéal serait que les revendications des partis populistes entrent peu à peu dans les réflexions des élites gouvernantes, que ces partis contribuent à la solution des problèmes qu’ils pointent. Mais si les élites s’avèrent incapables de faire face, il faut s’attendre à ce que Yascha Mounk appelle un scénario de «guerre civile complexe». Je crains une montée en puissance de tensions communautaires inextricables, d’un scénario de radicalisation des revendications, d’un glissement vers une forme de racialisation et exacerbation des conflits subnationaux si le niveau national devient défaillant ; bref, d’un affaiblissement simultané de la démocratie et de la nation si les élites gouvernantes échouent à intégrer les révoltes actuelles dans le paysage. Un despote pourrait-il alors surgir pour ramasser la mise? Dans mon livre, j’invite à méditer l’évolution américaine. Car l’éviction politique de Trump et l’arrivée de Biden n’ont nullement débouché sur une normalisation de la scène politique. On a vu émerger une véritable sécession mentale et politique d’une partie du camp Trump, sur fond de radicalisation de la gauche identitaire woke. Deux Amérique qui ne se parlent plus et ne se font plus confiance, se sont solidifiées, dans un état de guerre civile tiède. Il faut tout faire pour éviter un tel scénario en France. (….) Car la crise de l’Occident appelle les tempêtes. Nous avons été tellement occupés à nous diviser et à repousser la solution des problèmes posés, tellement obsédés par notre culpabilité historique, tellement absorbés par nos interrogations sur la fluidité du genre et autres débats postmodernes sur le sexe des anges, que nous avons fermé les yeux face aux défis qui fondaient sur nous. Mais nous venons d’être ramenés à la brutalité du réel par la guerre de Poutine en Ukraine. Depuis des années, Vladimir Poutine a constaté nos lâchetés, nos renoncements face à ses agressions, et notre incapacité à nous rassembler. Il a vu dans la faiblesse occidentale, dans sa déliquescence spirituelle et sa sortie de l’Histoire nihiliste et infantile, une occasion rêvée d’avancer ses pions en Ukraine, pour réaliser son grand projet néoimpérial de rassemblement des terres russes et de révolution mondiale anti-occidentale. Il a décidé que nous étions si décadents, si divisés, si vénaux que nous ne bougerions pas. Il s’est en partie trompé puisque nous avons réagi collectivement et entrepris d’aider l’Ukraine. Mais cette crise doit être l’occasion d’une introspection bien plus sérieuse sur la manière dont nous devons viser à reconstruire nos démocraties et l’Europe. Nous devons travailler d’urgence à réconcilier les élites et le peuple, car la guerre civile à petit feu qui gronde est le terreau sur lequel tous nos ennemis s’engouffreront. Nous devons également réarmer nos nations, revenir à la notion de puissance. Nous devons aussi méditer la leçon de la résistance patriotique ukrainienne, qui montre que nous avons besoin de la force et de l’esprit des nations, pour construire une Europe forte et solidaire. Nous avons besoin aussi d’apprendre à garder les yeux ouverts, au lieu de nous concentrer sur «le réel» qui arrange nos postulats idéologiques. En France notamment, la droite nationale doit reconnaître son aveuglement dans l’appréciation du danger russe, et s’interroger sur les raisons pour lesquelles elle s’est laissée abuser. La gauche doit, de son côté, absolument prendre acte du danger stratégique que constitue l’islamisation croissante de notre pays, sujet sur lequel elle reste plongée dans un déni suicidaire. Sinon, dans vingt ans, nous aurons à l’intérieur de nos murs une catastrophe tout aussi grave que celle qui a surgi à l’est de l’Europe. Laure Mandeville
Se poser la question de la fin du populisme est aussi absurde que se poser la question de la fin du peuple. Christophe Guilluy
Dans la défaite, Donald Trump incarne le rôle originel du protagoniste tragique de manière à nous en apprendre plus sur la tragédie que ce que nous pouvons apprendre des lectures habituelles de Shakespeare ou de Sophocle. (…) Aristote définissait la tragédie comme « une imitation de personnes au-dessus du commun », en grec « meilleures que nous-mêmes » (beltionon hemas). Mais dans le vocabulaire d’Aristote, ce ne sont pas que des termes relatifs. Le protagoniste tragique n’est pas « meilleur » parce qu’il est plus intelligent ou plus riche que les citoyens anonymes qui regardent la pièce, mais parce que son rôle est central pour le bien-être de l’État. Il est dans une position de centralité sacrée, mais ontologiquement, simplement un être humain parmi d’autres. Ainsi, il est forcé de fonctionner, comme Barack Obama l’a dit un jour, « au-dessus de mon indice », résolvant des problèmes transcendantaux sur la base faillible de l’intuition individuelle. Si un rôle politique moderne correspond à la description originale d’un protagoniste tragique potentiel, c’est bien celui du président américain, qui combine les rôles de monarque/chef d’État et de leader parlementaire/premier ministre, qui restent séparés dans la plupart des autres démocraties libérales. Notre république a ses racines dans l’agon athénien, et ce n’est pas un hasard si son moment récent le plus agonistique a produit sa figure politique la plus tragique. Aucun président dans toute l’histoire de la république américaine n’a été aussi vilipendé que Donald Trump, tout au long du processus de nomination et de la campagne de 2016, et des près de quatre années de sa présidence. Son mandat a été marqué par un degré sans précédent d’hostilité virulente de tous les coins de l’establishment fédéral, ainsi que des membres du public qui, habitués depuis Reagan aux «syndromes de dérangement» républicains, se sont surpassés dans son cas. Avoir soutenu une « résistance » qui a commencé avec son élection et a nié sa légitimité tout au long de son mandat, avoir été jugé en destitution sur des preuves insignifiantes après avoir soutenu près de trois ans d’enquête approuvée par le Congrès sur l’accusation absurde de « complicité » avec la Russie”, tout en rencontrant le silence hostile de nombreux membres de son propre parti qui se sont abstenus de véritables abus, est loin du statut normal d’une personnalité politique, même dans une démocratie pugnace. Quelle était alors la clé du succès anormal de Trump ? Comme je l’ai souligné depuis le début, Trump était le seul candidat, à l’exception de l’impressionnant mais insuffisamment politique Dr Ben Carson, qui était vraiment invulnérable au « PC », car la pensée victimaire était alors appelée avant de passer à « l’éveil ». Cette résistance a en fait été la distinction la plus significative de Trump, même si ni ses détracteurs ni ses partisans n’ont tendance à s’y référer. Ce n’était pas le fruit d’une réflexion théorique, mais de sa fidélité aux attitudes qui régnaient dans sa jeunesse, attitudes que je partage largement. Que la génération «réveillée» actuelle soit capable de démolir ou de défigurer les statues de pratiquement tous les grands hommes de l’histoire américaine est viscéralement offensant pour nous deux, mais aucun des rivaux de Trump pour la nomination n’a présenté de réelle résistance à la perspective qui a anticipé ces actes. Si nous recherchions une incarnation de notre modèle intemporel du président idéal, sage et indulgent, Trump ne serait guère qualifié. Trump n’est pas un penseur politique, mais un homme d’action, et comme ses détracteurs des deux camps ne manquent jamais d’insister, il n’a pas peur d’exagérer, de fanfaronner, de répéter des idées assez douteuses. Trump a pu battre ses nombreux principaux concurrents et remporter les élections de 2016 parce que, plus encore que sa capacité à conclure des «affaires», son expérience du show-business lui a donné une confiance suprême dans ses «instincts», que ce soit en tant qu’artiste ou président, pour occuper le centre de la scène. Et ces instincts, ces intuitions politiques, étaient hostiles à la pensée victimaire, non pas parce que Trump en est obsédé, mais simplement parce que Trump n’en est pas touché. Mais ce qui comptait en 2016 et qui compte encore aujourd’hui, c’est la constance de Trump à résister à la pression mimétique qui pousse les membres respectables de la classe « Belmont » de Charles Murray à se flageller symboliquement en pénitence pour leur « privilège blanc » – tout en garnissant les poches des membres les plus privilégiés de la société, eux-mêmes compris. Il existe sans aucun doute des moyens plus sophistiqués que ceux de Trump de résister au pouvoir de la culpabilité blanche. Mais sa domination quasi totale sur le monde académique et sur ceux qui y ont été formés, comme les instituteurs dont les leçons antipatriotiques sont diamétralement opposées à celles que j’ai apprises dans ces classes, a rendu la quasi-totalité de la classe éduquée incapable de résister fermement à cette tendance, produit de notre « éveil » forcé au modèle d’égalité morale originaire à l’exclusion de toute autre considération sociale. Seul quelqu’un dont les instincts sociaux se seraient développés avant la constitution actuelle du monde de Belmont pourrait s’opposer de manière crédible à cette configuration, et seul quelqu’un disposant de ressources personnelles – plutôt qu’institutionnelles – considérables aurait la liberté de le faire. Au début de sa campagne en 2015, la principale source de visibilité populaire de Trump était sa présence dans l’émission de télé-réalité The Apprentice, très populaire parmi le public de la classe moyenne inférieure « déplorable » qui allait le porter au pouvoir face au mépris ouvert des politiciens de l’establishment de son propre parti ainsi que des Démocrates. Après sa victoire aux élections de 2016, beaucoup espéraient que les tweets et les dénonciations du style éléphant dans le magasin de porcelaine de Trump allaaient disparaître, ou du moins diminuer. Et en effet, chaque fois qu’il a fait l’effort, Trump s’est montré parfaitement capable de tenir un discours convaincant d’une manière parfaitement digne. Pourtant, il a continué avec le comportement qui, même s’il est efficace en tant que « trolling » pour faire enrager ses ennemis, n’a rien fait pour réparer son éloignement de la classe Belmont. Je pense que pour Trump, c’est une question de principe, même si le principe n’est pas articulé comme une proposition. Ce qui le rend tragique, c’est que, bien que ce comportement ait pu lui coûter sa réélection, il est inséparable de son sens de lui-même. Il semble clair que quelqu’un qui aurait considéré ces bouffonneries simplement comme un stratagème politique n’aurait pas eu le culot d’afficher dès le début son mépris pour la pensée victimaire face à la majorité respectable. Le grain de vérité dans les accusations calomnieuses de «suprématie blanche» et même «d’antisémitisme» est que, seul parmi les politiciens de sa génération, Trump a compris viscéralement que la censure préalable exercée par la Culpabilité Blanche est le véritable coupable qui doit être chassé. Ainsi, même lorsqu’en 2016, Trump a scandaleusement dénoncé le juge né aux États-Unis Gonzalo Curiel comme un « Mexicain » en attaquant son impartialité dans l’affaire du « Mur », son sentiment même que cela ne le condamnait pas comme étant indélébilement « raciste » a confirmé dans son propre esprit son affirmation fréquemment répétée selon laquelle il «est la personne la moins raciste de la pièce». Et en effet, le seul incident de «racisme» sans cesse cité par ses ennemis politiques a été sa déclaration sur les «bonnes personnes des deux côtés» à Charlottesville en référence au déboulonnage de la statue de Robert E. Lee, comme preuve, malgré ses déclarations explicitement contraires, de son soutien aux néo-nazis. Pourtant, le fait demeure que beaucoup de ceux qui ne sont pas émus par ces fausses accusations ont été rebutés par le comportement « non présidentiel » de Trump. Et donc Trump a perdu une élection qu’il aurait bien pu gagner, même face à la pandémie de Covid19. Nul ne peut prétendre savoir quelle formule il aurait dû suivre. Mais ce qui fait de lui une figure tragique, c’est le fait qu’il n’aurait plus été Trump s’il avait cherché une autre formule que d’être simplement Trump. (…) Le protagoniste tragique assume le leadership d’une crise dans laquelle il est obligé de prendre des décisions qui ne peuvent être déduites des normes sociales antérieures. Une fois qu’un être humain vient occuper le centre social originellement réservé au sacré, il est chargé d’une responsabilité à la fois nécessaire et impossible à remplir en connaissance de cause. Par conséquent, chaque dirigeant est potentiellement une figure tragique : Malheur à la tête qui porte la couronne. Mais les personnages tragiques réels et même légendaires sont peu nombreux. (…) La tragédie dépend de la crise. Et bien que, objectivement parlant, les États-Unis aient traversé de nombreuses crises bien plus graves – guerres et dépressions économiques – nous assistons actuellement à l’effondrement le plus grave de notre système politique depuis la guerre civile, celui que l’élection actuelle, quel que soit son résultat, est très peu susceptible de résoudre complètement. Récemment, la représentante démocrate du Michigan, Elissa Slotkin, a donné une appréciation de Trump qui devrait être écoutée par les membres « respectables » des deux partis : (…) « Trump leur parle, parce qu’il les inclut. » Le point de Slotkin est que, comme le vieux Harry Truman, mais contrairement aux Démocrates d’aujourd’hui, Trump parle aux gens ordinaires. Il peut sembler étrange que le parti qui a toujours prétendu représenter « l’homme ordinaire » soit accusé par l’un des siens de « dénigrer » son électorat, alors que les Républicains, supposés être le parti de la ploutocratie, présentent un candidat dont le refus d’un registre élevé gagne son estime malgré son désaccord présumé avec sa politique. Mais ce que Slotkin entend par « parler bas » n’affecte pas tant une supériorité intellectuelle (« bancale ») mais une supériorité morale (« éveillée »). C’est moins traiter les gens comme stupides que comme moralement obtus, non réveillés. En un mot, ce qu’il exige des électeurs blancs « déplorables », c’est d’exhiber, de signaler leur vertu, leur culpabilité blanche. Ce qui nous ramène à notre point de départ. Seul candidat en 2016 capable de résister à la pression victimaire qui domine la gauche mais paralyse aussi la droite, Trump voyait à juste titre sa candidature comme une mission, celle figurée par la descente de l’escalier mécanique de la Trump Tower (désormais confrontée à une fresque de Black Lives Matter peinte dans la rue). Trump avait une mission et, mur ou pas mur, il l’a largement réalisée. Même s’il ne parvient pas à obtenir un second mandat, son exemple aura un effet durable sur la politique américaine. Et j’espère qu’il recevra un jour le respect historique qu’il mérite. Que le médiocre Biden ait pu qualifier Trump de «clown», de «raciste», de «pire président de tous les temps» démontre la tragique vulnérabilité du déni PC de ce dernier. Et ceux de droite qui persistent à voir Trump comme un vulgaire, le jugeant sur ce qu’ils appellent son « caractère » plutôt que sur ses réalisations, sont en tout cas moins excusables. C’est Trump qui a relancé l’économie américaine, réduit le chômage à son minimum à long terme et augmenté les salaires des minorités malgré leur fidélité (décroissante !) aux Démocrates. C’est Trump qui s’est débarrassé de Soleimani et d’Al Baghdadi, a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem et a commencé à construire une coalition d’États arabes avec Israël pour contrer l’influence de l’Iran. Si Trump refuse toujours de concéder (…) ce n’est qu’une manifestation de plus de l’obstination sans laquelle il n’aurait jamais été élu en premier lieu. Puissent au moins les membres de son propre parti avoir la bonne grâce de reconnaître que Trump a réalisé ce qu’aucun d’entre eux n’aurait pu faire et, quel que soit leur style personnel, chercher à apprendre du noyau sain des « instincts » de Trump. Donald Trump a vu plus clairement que quiconque le danger que la représentante Slotkin reconnaît dans la foi « éveillée » dans le ressentiment qui se construit depuis les années 1960. Virus bien plus virulent que le SRAS-CoV-2, cette foi victimaire a infesté nos institutions dans l’éducation, l’information, le divertissement et le gouvernement, et à moins d’être contrôlée rapidement et fermement, elle risque de livrer aux barbares notre démocratie durement gagnée. Eric Gans
Si Trump en est venu à être viscéralement convaincu d’avoir été spolié de l’élection, c’est que durant quatre ans, l’opposition démocrate s’est comportée comme s’il était un président illégitime, une marionnette du Kremlin qui aurait usurpé, par le biais d’une ténébreuse collusion russe, la victoire de Hillary Clinton (en 2019, cette dernière parlait encore d’avoir été «volée»). L’idée obsessionnelle d’une excommunication du «diable Trump», entretenue par le camp libéral, a alimenté la conviction du président d’alors d’être assiégé par un État profond prêt à tout pour l’écarter. Même chose pour ses partisans. (…) l’ensemble du camp démocrate, que seule la haine de Trump a jusqu’ici uni, acceptera-t-il le compromis vis-à-vis des vaincus? Rien n’est moins sûr. Car à côté du volcan trumpien, dont on a vu surgir une «rage blanche» extrémiste très inquiétante le 6 janvier avec force slogans antisémites et drapeaux confédérés que Biden a promis de combattre, bouillonne en Amérique le volcan de la rage identitariste de la gauche radicale, qui a embrasé le pays pendant près de huit mois l’été dernier au nom de la justice sociale et de la défense des minorités ; transformant des manifestations pacifiques de protestation contre des violences policières en entreprise de pillage et destruction du patrimoine architectural et littéraire de l’Amérique, au motif qu’il est entaché de «racisme systémique». «Cette aile gauche du Parti démocrate, qui rêve d’une détrumpification combattante, aura-t-elle gain de cause?», s’interroge Joshua Mitchell, qui observe avec inquiétude «la culture de l’annulation» prônée par les milieux progressistes se déployer depuis le 6 janvier. L’expulsion de Trump de Twitter et celle du réseau social conservateur Parler des plateformes américaines sont des signaux peu encourageants, de même que l’appel lancé par la revue Forbes aux corporations américaines pour qu’elles refusent d’embaucher d’anciens membres de l’Administration Trump, sous peine d’être blacklistées. (…) Le grand historien de la Grèce antique Victor Davis Hanson, qui a pris parti pour Trump contre les élites depuis quatre ans, met, quant à lui, en garde contre un acharnement sur le «cadavre politique» de l’ex-président, comparant l’idée d’une destitution post-présidentielle à l’acharnement d’Achille sur le corps mort d’Hector pendant la guerre de Troie. Poignardé et traîné derrière un char, celui qui n’était qu’un «vaincu fanfaron» allait devenir une figure mythique… Laure Mandeville
Il est toujours tentant de qualifier d’irrationnels ceux qui ne votent pas comme nous, en particulier si ce sont des étrangers. À leur contact, on se sentirait tellement sages, supérieurs. On ne ferait pas le moindre effort pour les écouter et les comprendre. Certains, même s’ils reconnaissent aux trumpistes une sorte de bon sens primitif, les jugent avec paternalisme et attribuent leurs opinions à une forme d’ignorance aussi crasse qu’autodestructrice : des pauvres types. Nous ferions bien de reconnaître au contraire, du moins hypothétiquement, que bon nombre des électeurs de Trump sont aussi intelligents, rationnels et idéalistes que nos voisins. Ni plus, ni moins. Ce qui les distingue, ce sont leurs objectifs et la conviction que le président Trump est le plus à même de les aider à les défendre. (…) Pendant les trois premières années du mandat de Trump, les revenus moyens des foyers sont passés de 63 000 à plus de 68 500 dollars par an, les salaires horaires des classes inférieures ont augmenté de 7 % au total et le chômage est descendu à des seuils jamais vus depuis les années 1960. Parallèlement, la croissance économique que Trump a stimulée par ses baisses d’impôts en 2018 n’a guère modifié les écarts de revenus entre les différentes catégories de population. Et les baisses de revenus ont été très également partagées, ce qui a évité qu’une catégorie ne se sente particulièrement lésée. Mais comment est-ce possible que l’électorat trumpiste n’ait pas tourné le dos à son champion avec la terrible récession provoquée par la pandémie dans le pays ? Une chose est sûre, après ce que nous avons vu dans nos pays, il ne serait pas très étonnant que les partisans de Trump finissent par faire valoir que la crise n’est pas la faute du gouvernement fédéral, ou qu’ils estiment que les gouvernements antérieurs sont coresponsables de la mauvaise gestion, au même titre que les autorités régionales et locales. Sans parler des puissances étrangères comme la Chine, qui a trop tardé à informer sur la gravité du coronavirus et des contaminations. (…) En 2018, Trump a réussi à renégocier l’Alena, le traité de libre-échange avec le Mexique et le Canada, et à arracher à ces deux pays de modestes concessions qui favorisent les géants américains de l’automobile et des produits laitiers. (…) Selon l’institut Pew Research Center, les Américains qui ont une opinion négative de la Chine ne sont plus 47 % comme en 2017, mais désormais 66 % en 2020, et ils s’inquiètent notamment de la puissance de ses multinationales d’innovation technologique. De plus, la moitié des Américains qualifie de “très grave” la disparition d’emplois, délocalisés, et le déficit commercial des États-Unis par rapport à la Chine. Eh bien, le déficit commercial des États-Unis avec la Chine s’est effondré de près de 20 % entre 2018 et 2019, et de presque 30 % pendant les quatre premiers mois de 2020. De plus, au pic de la guerre commerciale (de janvier 2018 à janvier 2020), 300 000 emplois dans l’industrie ont été créés aux États-Unis, et, ne l’oublions pas, le chômage est tombé à un niveau aussi bas que dans les années 1960. Et les salaires des plus pauvres ont nettement augmenté. Il ne sera pas difficile pour des millions d’Américains de faire, à tort, un lien entre la guerre commerciale et leur bonne fortune. (…) Enfin, Trump a non seulement nommé plus de 50 juges dans les cours d’appel du pays, mais il a aussi réussi à placer trois juges conservateurs (Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett) à la Cour suprême. À partir de maintenant, que Joe Biden soit ou non vainqueur de la présidentielle, il faudra vivre avec la majorité conservatrice la plus écrasante qu’ait connue la plus haute juridiction depuis les années 1950. Et les électeurs républicains savent à qui exprimer leur gratitude dans les urnes. Gonzalo Toca (Esglobal, Madrid, 06/11/2020)
Il y avait là des voyous, c’est indéniable. Mais laissez-moi vous parler un peu de ces manifestants que je connais personnellement. Tous sont, sans exception, des Américains ordinaires et des individus honnêtes, qui n’ont pas participé à l’invasion du Capitole et jamais n’oseraient désobéir à un officier de police. Certains parmi eux, mais pas tous, jugent que l’élection a été volée. Ils se trompent, mais cela ne fait pas d’eux des suprémacistes blancs, des terroristes de l’intérieur, des extrémistes religieux – ils ne méritent aucun des noms d’oiseaux lancés depuis une semaine. Ceux que je connais personnellement sont aujourd’hui terrifiés à l’idée d’être identifiés sur les réseaux (par des gauchistes vengeurs qui diffuseraient leurs informations personnelles), voire licenciés si jamais leur participation à la manifestation à Washington venait à se savoir. Certains ne voient aucun problème à ce que les personnes ayant enfreint la loi [le 6 janvier] soient arrêtées et poursuivies en justice. Selon un sondage Reuters/Ipsos, seuls 9 % des Américains considèrent les émeutiers comme des “citoyens inquiets” et 5 % les tiennent pour des “patriotes”. Il y a dans les 90 % restants des millions d’électeurs de Trump. Certes, parmi ces millions de personnes ayant choisi le bulletin Trump, certains, nombreux peut-être, croient à des théories du complot et ne font pas confiance à leur gouvernement. Mais comment cela s’explique-t-il ? Cela aurait-il à voir avec le fait qu’ils entendent de grands médias déclarer fièrement qu’ils ne feront pas même l’effort d’être impartiaux dans leur couverture de Trump et ensuite alimenter, eux aussi, une théorie complotiste, selon laquelle le président serait un agent à la solde des Russes ? Faut-il s’étonner que les gens aillent puiser dans d’autres sources d’information, douteuses pour certaines ? Faut-il s’étonner que la méfiance envers l’État ait augmenté, quand les Américains ont découvert que de hauts responsables du FBI et du ministère de la Justice ont abusé de leurs pouvoirs de police pour interférer dans le résultat d’une élection puis saper la légitimité d’un président élu ? William McGurn
La première fraude provient de la manipulation des électeurs par les médias. Jamais on n’avait vu une telle collusion entre un candidat, d’une part et les grands médias et médias sociaux, d’autre part. On avait cru atteindre le summum en 2016 lorsque par exemple CNN transmettait à l’avance à Hillary Clinton les questions des débats. C’était en réalité bien peu de choses par rapport à 2020. Jamais les sondages commandités par les grands médias n’auront été truqués à ce point en faveur de Joe Biden. Jamais n’avait-on assisté à un tel degré de propagande anti-Trump et pro-Biden tout au long de la campagne. Tout ce qui était positif à propos de Trump et tout ce qui était négatif à propos de Biden aura été caché au public, alors que tout ce qui était négatif à propos de Trump et tout ce qui était positif à propos de Biden aura fait l’objet d’un matraquage médiatique. Sans parler de la fabrication purement et simplement d’histoires mensongères à n’en plus finir contre le président sortant et son entourage. Le point culminant est intervenu lorsque, le 14 octobre 2020, à deux semaines de l’élection, le New York Post révéla le scandale de la corruption de la famille Biden (« the Biden crime family » comme l’appelle Donald Trump). Facebook et Twitter bloquent alors immédiatement les comptes et les pages du quotidien, pour éviter la propagation. « Une erreur de jugement », admettra par la suite Jack Dorsey, le patron de Twitter, qui n’en pense sans doute pas un mot. Les autres médias enterrent l’affaire, s’assurant que le scandale reste confiné. Et pourtant, les preuves sont accablantes. Hunter Biden, le fils de Joe Biden, décrit en détail dans ses emails obtenus par le « New York Post » le modus operandi : 50 % des sommes collectées étaient reversées au « big guy ». Les sondages réalisés après l’élection dévoileront par la suite que 13 % des électeurs de Joe Biden n’auraient pas voté pour lui s’ils avaient été informés de l’existence du scandale en question. Ce qui représente plus de 10 millions de voix ! Quand on sait que Joe Biden a remporté l’élection in fine grâce à un peu moins de 50.000 voix d’avance dans trois États-clefs… (…) La deuxième fraude aura consisté pour la gauche américaine à contourner les lois électorales applicables aux bulletins par correspondance dans les principaux États-clefs, et ce, sous le prétexte de la crise du coronavirus. Par exemple en Géorgie, il a été décidé que les bulletins par correspondance, envoyés à toute la population, seraient pris en compte sans vérification appropriée de la signature des électeurs, alors que la loi est on ne peut plus claire à ce sujet : les bulletins par correspondance doivent, sous peine de nullité, faire l’objet de contrôles stricts. En pratique, cette « relaxation » des standards de contrôle a permis à n’importe qui (des morts, des mineurs, des prisonniers, des non-résidents, des étrangers…) d’envoyer des bulletins, sans grand risque de rejet du vote. Du reste, le taux de rejet des bulletins par correspondance est passé de 3,5 % en 2016 (ce qui correspondait à 90.000 votes) à 0,3 % en 2020, et ce, alors même que le nombre de bulletins par correspondance reçus en 2020 a été multiplié par 5 comparé à 2016. Autrement dit, des dizaines de milliers de bulletins par correspondance illégaux ont été comptabilisés cette année en Géorgie. Qui plus est, ces bulletins ont pu être déposés par les électeurs dans des boîtes (« drop boxes » financées par Mark Zuckerberg, le patron de Facebook), installées spécifiquement dans certains quartiers populaires des grandes villes de l’État afin d’éviter aux électeurs d’acquitter un timbre. Bien évidemment, la collecte des bulletins déposés dans ces boîtes n’a pas pu être supervisée par les assesseurs républicains… Une vidéo prise par des caméras de surveillance a fait sensation. Elle montre comment les employés de la ville d’Atlanta ont géré le dépouillement de ces bulletins dans le centre le plus important de la ville (State Farm Arena). A 23h le soir du 3 novembre, la presse et les assesseurs des deux partis, sous le prétexte d’une fuite d’eau empêchant la poursuite du dépouillement, sont priés de rentrer chez eux et de revenir le lendemain matin. Une fois la scène vidée de ses témoins gênants, quatre employés municipaux extirpent des dizaines de milliers de bulletins de quatre valises qui avaient été placées et cachées dans la salle le matin même, pour être scannés, à de multiples reprises, dans les machines. Au total, 24 000 bulletins comptabilisés en toute illégalité, comme attesté en direct sur le site du New York Times (real time tabulations). Joe Biden a finalement emporté l’État avec… 11 779 voix d’avance. En Pennsylvanie, la loi était claire. Les bulletins par correspondance ne pouvaient être acceptés que si l’électeur apposait sa signature sur l’enveloppe. Mais cette année, le gouverneur démocrate a autorisé les centres de dépouillement à comptabiliser les bulletins sans enveloppe (« naked ballots »), ouvrant ainsi la voie à de la fraude massive. On comprend mieux pourquoi les assesseurs républicains se sont vus barrer l’accès aux centres de dépouillement à Philadelphie, et ce, même en dépit d’injonction obtenues en référé auprès des juges locaux. Par ailleurs, la loi prévoyait que les bulletins par correspondance reçus par la poste après 20h le mardi 3 novembre étaient nuls et ne pouvaient être comptabilisés. Qu’à cela ne tienne, les bulletins collectés jusqu’au vendredi 6 novembre ont été pris en compte, y compris ceux reçus sans cachet de la poste sur l’enveloppe ! N’importe qui a donc pu voter en Pennsylvanie dans les jours qui ont suivi le jour de l’élection … On précisera que 75% des 630 000 bulletins par correspondance « magiques » reçus après le 3 novembre ont été en faveur de Joe Biden. Qui plus est, dans certains comtés en Pennsylvanie, plus de voix ont été comptabilisées que d’inscrits sur les listes électorales ayant voté – 205 000 plus précisément d’après un rapport du Sénat de Pennsylvanie du 29 décembre 2020 dénonçant ce phénomène de « over votes », c’est-à-dire de bulletins comptabilisés qui n’ont pas été imprimés par le gouvernement de la Pennsylvanie. Dans le Wisconsin, la loi prévoyait que seules les personnes bénéficiant du statut de personne confinée indéfiniment (typiquement des personnes grabataires) pouvaient voter par correspondance sans avoir à se déplacer au préalable au bureau de vote pour chercher un bulletin en montrant sa pièce d’identité (un bulletin leur est alors envoyé par la poste chez eux). Mais pour l’occasion, sur ordre du gouverneur (démocrate), le statut a été largement étendu, passant de 70.000 personnes environ aux élections précédentes à 200 000 cette année, en raison du coronavirus. 130 000 votes de plus que les années précédentes ont donc été comptabilisés sans contrôle d’identité à l’échelle de l’État (un peu comme si les bureaux de vote avaient accepté que 200 000 électeurs qui venaient en personne voter ne présentent pas leur pièce d’identité). Précisons que ces 200 000 bulletins furent largement favorables à Joe Biden, lequel a remporté l’État avec 20 682 voix. Les avocats de Donald Trump ont réuni plus de mille témoignages sous serment de personnes attestant d’irrégularités importantes constatées lors des élections du 3 novembre. Chacune de ces personnes risque 5 ans de prison si elle présente un témoignage mensonger. Ainsi, des assesseurs racontent comment ils ont été expulsés des centres de dépouillement du Michigan par la police locale, sous les applaudissements des employés municipaux en train de procéder au dépouillement, des conducteurs de camion expliquent qu’ils ont conduit des chargements de centaines de milliers de bulletins fraîchement imprimés de New York jusqu’en Pennsylvanie, des employés municipaux confirment qu’ils scannaient dans les machines des bulletins par correspondance qui n’avaient pas été pliés (c’est-à-dire qui ne sortaient pas d’enveloppes) ou encore confirment qu’on leur demandait de comptabiliser des bulletins par correspondance sans vérifier les signatures, des postiers révèlent que leur hiérarchie leur demandait d’anti-dater des bulletins par correspondance reçus hors délais, des « white hat hackers » témoignent qu’ils ont réussi à se connecter aux machines des bureaux de vote en Géorgie (dans le comté de Fulton à Atlanta), des électeurs racontent que, se rendant aux urnes pour voter, ils se sont entendus dire qu’ils avaient déjà voté et qu’ils pouvaient rentrer chez eux, etc. Par ailleurs, ces mêmes avocats ont réuni des études et témoignages d’experts en probabilités identifiant les anomalies statistiques du 3 novembre. Par exemple (…) Jamais un candidat républicain n’a perdu l’élection alors qu’il a emporté la Floride et l’Ohio (qui plus avec 5 points de plus qu’en 2016). « Les résultats sont aberrants et absurdes » martèlent les mathématiciens. « Les taux de participation supérieurs à 85 % sont impossibles. Les votes en provenance de bureaux de vote à plus de 75 % en faveur d’un candidat sont la marque d’une fraude » expliquent-ils. Surtout lorsque ces anomalies arithmétiques ne sont constatées que dans les grandes villes des six États-clefs, où Joe Biden a réalisé des scores époustouflants en comparaison aux scores inférieurs de Biden par rapport à Hillary Clinton observés dans les autres grands centres urbains du pays, à commencer par New York City ou Los Angeles… Ainsi, dans le comté de Fulton, à Atlanta en Géorgie, 161 bureaux de vote ont reporté entre 90 % et 100 % de votes en faveur de Joe Biden, totalisant 152 000 voix pour le candidat démocrate. Idem à Philadelphie ou 278 bureaux de vote (16 % des bureaux de la ville), ont reporté 97 % ou plus de voix pour Joe Biden, totalisant 100 200 voix pour Joe Biden contre 2.100 voix pour Donald Trump. Même à New York City, Donald Trump n’a pas été crédité de scores aussi déséquilibrés. Toujours en Pennsylvanie, dans l’un des bureaux de vote du comté d’Allegheny, en Pennsylvanie, 93 % des bulletins par correspondance furent en faveur de Joe Biden, ce qui n’est pas possible d’un point de vue statistique, Joe Biden recevant 23 000 voix contre 1300 pour Donald Trump. Dans le comté de Wayne, le plus important du Michigan, 71 bureaux de vote ont reporté plus de votes que d’inscrits sur les listes électorales, le gouverneur (démocrate) passant outre le refus du comté de certifier les résultats… Par ailleurs, les parlementaires locaux (républicains) d’Arizona, de Géorgie, du Nevada ou encore en Pennsylvanie, qui eux, ont pu enquêter et auditionner de nombreux témoins au cours des mois de novembre et décembre 2020, ont rédigé des rapports accablants contre leurs propres gouverneurs, attestant l’ampleur de la fraude dans leurs États respectifs. En parallèle, on rappellera que le Sénat à Washington DC a lui-même organisé le 16 décembre 2020 des auditions de témoins sur le thème des irrégularités de l’élection du 3 novembre, les avocats de Donald Trump ayant alors eu l’occasion de détailler d’innombrables irrégularités, notamment concernant l’Arizona, le Nevada et le Wisconsin. A l’issue des présentations, plusieurs sénateurs durent reconnaître que de sérieux doutes pesaient sur la légitimité de l’élection de Joe Biden. Mais en dépit de cette montagne de preuves, les juges du pays ont refusé d’écouter les multiples requêtes en annulation des résultats des élections des États concernés. Aucune enquête n’a été diligentée, aucune procédure de « discovery » n’a été intentée (forçant la partie défenderesse de transmettre des informations), aucune saisie de bulletins ou des scans des machines n’a été ordonnée par les juges. Les avocats démocrates bataillèrent furieusement en justice pour qu’aucun audit ne puisse être ordonné, la plupart des requêtes ayant été écartées pour des questions de procédure. Et lorsque les juges ont décidé d’entendre les affaires sur le fond, les débats furent bâclés. La cour suprême du Nevada a par exemple rendu son jugement après avoir accepté seulement 15 dépositions (par écrit, aucun témoin en personne), et a jugé sans enquête, sans délibération, après seulement 2 heures de plaidoirie un dossier constitué de 8 000 pages portant sur 130 000 votes contestés. En fait, les rares juges de différents États qui ont accepté d’écouter les affaires sur le fond ont rapidement conclu – par un raisonnement contestable – que le remède demandé (l’annulation de l’élection) était disproportionné, constatant que les électeurs avaient voté en bonne foi et que ce n’était pas de leur faute si les lois électorales étaient irrégulières… Ce refus du pouvoir judiciaire de s’immiscer dans le contrôle à posteriori des élections culmina lorsque, le 7 décembre 2020, la Cour suprême fut saisie par 18 États et 126 membres de la Chambre des représentants, lui demandant de constater l’illégalité des élections tenues en Arizona, dans le Michigan, en Pennsylvanie et dans le Wisconsin. Quelques jours après, ce fut le coup de grâce. La cour rejeta la requête, considérant que les plaignants n’avaient pas démontré leur intérêt à agir… La messe était dite. Les juges ont créé un précédent qui restera dans l’histoire : il est désormais possible au pouvoir exécutif des 50 États des États-Unis d’organiser des élections à portée fédérale en toute violation des lois électorales adoptées par les parlements de chacun de ces États. Et ce, en contradiction directe avec l’article II section 1 de la Constitution américaine, lequel confie aux seules législatures des États le soin de déterminer les règles du déroulement des élections. Joe Biden sera bien, le 20 janvier 2021, le 46ème président « miraculé » des États-Unis. Il peut compter sur l’appui des médias sociaux, qui veillent au grain. Les posts et vidéos qui évoquent la fraude électorale sont désormais évincés de Facebook et de Youtube, la contestation des résultats étant assimilée à de la sédition. Le compte Twitter de Donald Trump est bloqué, l’interdisant de communiquer avec ses 85 millions de followers. La purge est en cours. Comme l’écrivit l’homme politique anglais Edmund Burke à la fin du XVIII° siècle, « la seule chose nécessaire pour que le mal triomphe, c’est que les hommes du bien ne fassent rien ». En l’occurrence, rien n’a été fait et maintenant, il n’y a plus rien à faire. Anthony Lacoudre
Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saisissants entre les deux hommes, et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite « libérale » de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays « reprenant le contrôle » de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques, pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du « petit peuple », grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leurs partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnisme, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditionnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des Midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique de l’Ohio ou de la Pennsylvanie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit « périphérique » qui est en réalité « majoritaire », rappelle Christophe Guilluy. Laure Mandeville
Après plusieurs décennies d’ostracisation et surtout d’invisibilisation, ces gens ont enfilé un gilet jaune pour être vus. Cette demande de visibilité des catégories populaires des périphéries est la cause essentielle de la contestation populiste, ici, comme en Europe ou ailleurs. (…) Les gilets jaunes brandis en France par les classes populaires pour dire « nous existons » répondent comme en miroir au vote de la working-class en faveur du Brexit pour se rappeler au bon souvenir de la City. Qu’importe le gourdin avec lequel ils cognent sur le système, l’important pour ces perdants de la mondialisation est de faire perdre les gagnants de la globalisation. On peut s’en désoler, mais, en l’absence de politiques publiques qui les protègent, on en est arrivé là. Dès lors Trump, Salvini ou Farage apparaissent pour ce qu’ils sont. Non pas des génies de la politique mais des marionnettes qu’utilisent les classes populaires pour se rendre visibles. Christophe Guilluy
Il y a un certain mépris de classe à prétendre qu’un tel ou untel manipule le cerveau des classes moyennes et populaires, qu’on leur farcit la tête pour leur inventer des problèmes qu’ils n’ont pas. Moi je dis que c’est l’inverse: ce sont eux qui instrumentalisent untel ou untel pour se faire entendre. Ça peut s’appliquer à Zemmour même s’il n’est qu’à 17 %, donc relativisons, ou plutôt à Donald Trump, en effet, ou à Boris Johnson. C’est très intéressant, la Grande-Bretagne : Johnson cartonne dans les bastions travaillistes ! Le type est libéral, conservateur, londonien, intellectuel, il coche toutes les cases de ce que la working class devrait détester… Sauf que ce qu’il dit sur le retour des services publics, sur l’emploi dans le Yorkshire, par exemple, ça leur parle. C’est la working class britannique qui l’utilise pour changer les choses, non l’inverse. Cela prouve bien que les gens ordinaires ne s’inscrivent plus du tout dans le clivage gauche-droite. Ils se moquent bien d’utiliser un type qui est une pure émanation du conservatisme londonien. Ils le prennent. C’est tellurique. Même dans un pays où il n’y a aucun débouché politique, comme la France, cela a donné les gilets jaunes, et il y aura autre chose après. Quoi ? Je n’en sais rien. Mais cela pousse chaque fois, par exemple quand la majorité s’abstient.  (…) La majorité est de fait une puissance d’inertie, c’est un bloc. On ne peut pas penser les nations avec les catégories de Netflix, c’est-à-dire en panélisant la société, en la divisant en tribus, par affinités culturelles, comme le font les scénaristes de Netflix quand ils produisent pour des segments marketing de téléspectateurs. Cette idée que tout est morcelé, que la France serait un « archipel », empêche de généraliser, et donc de comprendre. Conceptualiser, c’est généraliser. L’approche sociologique des fractures françaises, c’est une chose : mais nier le bloc politique que constituent des gens ordinaires, c’est noyer le poisson. A un moment, il faut donner du sens. Même pour nous, pour notre santé mentale. La politique crève de l’absence de projets. Mais pour justifier l’absence de projets, il y a l’idée que, de toute façon, tout est étiolé, atomisé. C’est une vision confortable : pas besoin de penser contre soi, de se dire qu’on fait partie des gagnants et qu’il y a un bloc de perdants. Non, on se dit que chacun aspire à quelque chose de différent et que le tout forme des désirs contradictoires qu’il serait vain de contenter dans une politique majoritaire. Alors on segmente. Un jour, on parle d’islamisation, le lendemain des retraités, etc. Le mouvement woke s’inscrit parfaitement là-dedans, avec cette obsession de la segmentation par genres, par races, par religions… Le capitalisme adore ! Avant, on disait « diviser pour mieux régner ». (…) Aujourd’hui, le discours de Mélenchon s’écrit à Hollywood dans les open spaces des scénaristes de Netflix. Je veux dire par là qu’il s’adresse à des groupes identifiés, et qu’il adapte son discours pour les additionner. C’est d’ailleurs tout le problème en France aujourd’hui : avec leurs segments respectifs, les candidats peuvent espérer faire 15-20 %, donc être au second tour. Puis l’emporter. Mais quand ils arrivent au pouvoir, ils sont de moins en moins légitimes, et la déception est énorme. Il n’y a pas de projet, de mouvement, de sens. Il n’y a rien. Finalement, cette vision « netflixisée » permet d’occulter la question centrale des classes moyennes occidentales, qui demeure « l’éléphant dans la pièce ». Pour moi, la maison mère du narratif politique en Occident, c’est Netflix, à Los Angeles. D’ailleurs, après son stage de formation à la Maison-Blanche, Barack Obama a rejoint Netflix. Et peut-être un jour Emmanuel Macron ? Aujourd’hui, c’est Hollywood qui donne le la de la politique intérieure des nations occidentales. Christophe Guilluy

Et si les manipulateurs n’étaient pas ceux qu’on croit ?

A l’heure où sous les huées de ses adversaires …

Comme les hourras de nos bien-pensants …

Vient de tomber après Trump, Salvini ou Zemmour

L’un des plus iconoclastes premiers ministres britanniques …

D’autant plus controversé qu’il avait donné à son parti conservateur sa plus grande majorité au Parlement depuis Margaret Thatcher il y a près de 40 ans …

Et redonné à la fois à son pays une plus grande part d’indépendance et à son peuple une plus grande voix au chapitre…

Devinez qui …

Comme l’ont montré ou suggéré la journaliste du Figaro Laure Mandeville

Ou le géographe de la France périphérique Christophe Guilluy

Si l’on en croit la mise en difficulté en même temps en France comme en Italie

Des derniers chantres du mondialisme et de l’européisme encore au pouvoir …

Pourrait bien ne pas avoir dit son dernier mot

Et n’aurait en fait cessé pendant tout ce temps pour porter ses revendications si longtemps ignorées …

De se trouver à chaque fois de nouvelles marionnettes ?

Entre le vote Trump et le vote Johnson, un saisissant parallèle »
Laure Mandeville
Le Figaro
16/12/2019

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Les deux hommes appartiennent à l’élite «libérale» de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes.

En juin 2016, le coup de tonnerre du Brexit avait précédé l’ouragan Trump, révélant le caractère transatlantique de la révolte nationaliste et populiste qui souffle sur l’Occident. Trois ans plus tard, la retentissante victoire de Boris Johnson annonce-t-elle à son tour une nouvelle prouesse de Donald Trump en novembre 2020?

Beaucoup en Amérique accueillent l’idée avec horreur, mais certains commencent à envisager sérieusement l’hypothèse, en observant l’obstination avec laquelle ses électeurs lui restent fidèles, de la même manière que les électeurs du Brexit sont restés fidèles à leur désir de «sortir» de l’Union européenne. Les dérapages de Trump et les gigantesques efforts de ses adversaires pour lui ôter toute légitimité sont loin d’avoir fait bouger les lignes, peut-être même le contraire, à en croire de récents sondages favorables au président américain. Au Royaume-Uni, le slogan résolu de Boris Johnson, «Faisons le Brexit», a de son côté fait merveille, malgré tous les efforts des partisans du maintien dans l’Union, qui voient leur rêve de «nouveau référendum» fracassé.

«Le Brexit et Trump étaient inextricablement liés en 2016, et ils sont inextricablement liés aujourd’hui ; Johnson annonce une grande victoire de Trump. Les classes populaires sont fatiguées de leurs élites de New York, de Londres et de Bruxelles, qui leur expliquent comment vivre et comment faire. (…) Si les démocrates n’en tirent pas les leçons, Trump voguera vers une victoire à la Reagan version 1984», déclare l’idéologue du national-populisme américain Steve Bannon à l’éditorialiste du New York Times Roger Cohen, qui semble partager à contrecœur son pronostic.

Même si on fait difficilement plus américain que Donald Trump, ni plus britannique que Boris Johnson, il y a incontestablement des parallèles saisissants entre les deux hommes, et ils sont loin de se limiter à leur tignasse blonde, qui fait le régal des photographes. Premier point commun, les deux hommes appartiennent à l’élite «libérale» de leur pays, mais se sont définis en patriotes réalistes, surfant sur le désir viscéral du retour à la nation de l’électorat et offrant la promesse d’un pays «reprenant le contrôle» de son destin. Tous deux ont également joué de leurs personnalités hétérodoxes et charismatiques, pour passer allègrement le Rubicon du politiquement correct et se poser en défenseurs du «petit peuple», grand perdant de la globalisation et de l’ouverture des frontières à l’immigration. Allant à rebours de la doxa du libre-échange pur et dur, ils ont engagé à la hussarde une redéfinition révolutionnaire de l’ADN de leurs partis respectifs, instaurant un virage à gauche sur la question du commerce et du protectionnisme, tout en se situant à droite sur les questions sociétales et culturelles. La carte de leur électorat s’en trouve alors métamorphosée par le ralliement à la bannière conservatrice de régions traditionnellement acquises au Labour britannique ou au parti démocrate américain. De ce point de vue, l’humeur de la classe ouvrière des Midlands et du nord de l’Angleterre est presque un copié-collé du ressenti des ouvriers déclassés de l’industrie sidérurgique de l’Ohio ou de la Pennsylvanie. Boris comme Donald ont aussi séduit les petites villes et le pays rural, ce pays dit «périphérique» qui est en réalité «majoritaire», rappelle Christophe Guilluy. «Avec Johnson, on se retrouve paradoxalement avec une bonne chance d’avoir une social-démocratie modérée», note l’essayiste David Goodhart.

Comme Steve Bannon, l’intellectuel anglais n’exclut pas que la victoire de Johnson soit, comme le Brexit en 2016, «l’indicateur d’une tendance capable de se répéter à nouveau outre-Atlantique». Dans les deux cas, les deux hommes politiques ont été incroyablement sous-estimés par leurs adversaires et les observateurs, qui les ont volontiers présentés comme des clowns, souligne l’intellectuel. Mais Boris Johnson n’a pas «le caractère brutal de Trump et son côté incontrôlable», insiste Goodhart. Il offre de ce point de vue «un visage optimiste et décent» à la révolte populiste et montre à la droite européenne qu’«il est possible de la chevaucher sans qu’elle dérive vers quelque chose d’illibéral». «C’est une bonne nouvelle», conclut-il.

Guilluy : « Le contrôle de l’immigration n’est pas qu’une demande de l’extrême-droite »

Pour le géographe, la représentation de la société comme un agrégat de segments sociologiques « à la Netflix » empêche la prise en compte politique de diagnostics majoritaires.
Propos recueillis par Anne Rosencher et Thomas Mahler
L’Express
14 octobre 2021

On ne le présente plus : Christophe Guilluy, géographe, inventeur du concept de « France périphérique »ou de celui d’« insécurité culturelle », revient pour L’Express sur les questions qui animent le débat public en ce début fou de campagne présidentielle. Alors que son ouvrage Le Temps des gens ordinaires vient de paraître en poche chez Flammarion, il répond à la question qui taraude beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté : existe-t-il encore une « décence ordinaire », un « bon sens partagé » sur lequel jeter les bases d’une réconciliation sociale et d’une politique majoritaire ?
Chaque fois que la question de l’immigration s’impose dans la conversation publique comme en ce début decampagne présidentielle, un débat fait rage : si, dans certaines enquêtes, elle apparaît comme unepréoccupation prioritaire, elle ne se place qu’en 4e ou 5e position dans d’autres. Qu’en pensez-vous ?
Christophe Guilluy Les Français mettent en priorité n° 1 le fait d’avoir de quoi se nourrir, de pouvoir se loger… Ce n’est pas très surprenant ! Mais enfin, il est évident que les gens peuvent avoir plusieurs angoisses ou besoins en même temps : les segmenter en « panel de préoccupations » dans les enquêtes d’opinion revient à mon sens à noyer le poisson. Une des nouveautés du XXIe siècle par rapport au précédent réside dans le fait que ce que l’on appelle « le mouvement social » n’est plus exclusivement social, justement, mais aussi culturel. La lecture traditionnelle des conflits de classes, du clivage droite-gauche, des pauvres et des riches ne vaut plus. Ces trente dernières années, les classes moyennes et populaires occidentales ont subi un double choc : le déménagement de l’emploi industriel vers les pays à bas coûts (avec toute la reconfiguration géographique que cela a entraînée) d’un côté et, de l’autre, le multiculturalisme qui s’est imposé comme modèle unique mondial. C’est-à-dire un modèle où les cultures et les modes de vie, les us et coutumes coexistent au sein des sociétés. Les gens ordinaires ont été plongés dans cette nouvelle donne sans mode d’emploi, avec la promesse du progrès comme seul message et mantra : « demain, tout ira bien, tout cela c’est le mouvement ». Simplement, après trente ans de mutations, ils font valoir que le compte n’y est pas.
Votre approche de l’immigration est assez déconnectée de la question ethnique. Vous faites valoir que ce n’est pas une crainte de « petits Blancs », mais une angoisse universelle, face à un environnement qui change…
Quand j’ai ciselé la notion d’« insécurité culturelle », l’idée était de forger un concept opérationnel, concret, pour analyser les dynamiques de peuplement dans le logement social. Un bailleur social me demandait d’enquêter sur les raisons pour lesquelles dans des quartiers sans insécurité « physique », de nombreux habitants et notamment des retraités et des familles d’origine maghrébine en phase d’ascension sociale demandaient à être relogés ailleurs. Le point commun était que dans ces quartiers il y avait à ce moment-là une forte immigration subsaharienne, donc une culture différente encore. En fait, quelles que soient leurs origines, les gens perçoivent bien la logique démographique : ils ressentent parfaitement que dans un modèle multiculturel, où toutes les cultures continuent de faire valoir leurs normes, chacun se demande s’il est en voie de « minorisation » dans son quartier ou dans sa ville. C’est logique : quand l’autre ne devient pas soi, on essaie de compter « combien est l’autre ». Tout simplement parce que quand son propre mode de vie devient minoritaire, c’est plus compliqué à gérer au quotidien. Tout cela se fait la plupart du temps dans un contexte non violent : c’est un contexte de réorganisation presque anthropologique.
Au coeur de ces questions se trouve donc le fameux débat sur le modèle d’intégration…
Bien sûr. Mais, la plupart du temps, on se focalise sur la question des valeurs et des principes. Elle est fondamentale, mais il faut aussi parfois être un peu terre à terre. Concrètement, l’intégration, l’assimilation, c’est un homme ou une femme qui débarque dans un environnement un quartier, un village, une ville , qui a comme voisins des « autochtones » au niveau de vie à peu près similaire au sien, et qui se dit « c’est enviable ; j’ai envie d’avoir la même place dans la société, de projeter la même chose ». Cela fonctionnait quand les classes moyennes et populaires étaient « intégrées ». C’est-à-dire intégrées économiquement, et donc aussi intégrées culturellement et politiquement. Mais à partir du moment où ces catégories (qui forment une majorité de la population, en nombre) ont cessé d’être utiles économiquement, parce que l’industrie s’était fait la malle et que l’on pouvait désormais compter sur l’essor du tertiaire pour faire croître le PIB, eh bien, le discours politique acessé de s’intéresser à elles. Elles n’étaient plus le socle auquel s’adressent les paroles et les décisions. J’insiste: tout cela ne relève pas du complot. Je pense que les dirigeants espéraient sincèrement que la tertiarisation de l’économie bénéficierait à tout le monde. Sauf que ça n’a pas été le cas. Les classes moyennes et populaires, qui n’étaient plus au centre du jeu économique, ont perdu dans le même temps le statut de référence culturelle pour les politiques et les médias en devenant peu à peu des « déplorables ». Les figures de losers (type Deschiens), racistes, bêtes, se sont alors imposées, y compris dans l’esprit des immigrés. La figure attractive de l’autochtone, à qui on souhaitait ressembler hier, devient alors celle dont on doit se distinguer. Qui peut avoir envie de ressembler à un déplorable Français, Suédois ou Britannique ? Personne. La machine à intégrer, à assimiler s’est donc cassée. Aujourd’hui, comment peut-on penser l’intégration des minorités quand le modèle n’intègre plus culturellement la majorité ? Comment peut-on penser l’intégration des minorités quand le modèle n’intègre plus culturellement la majorité ?
Concernant l’immigration et les craintes qu’elle suscite, vous dites parfois qu’il faudrait calmer le jeu en « laissant les gens vieillir ». Qu’entendez-vous par là ?
Oui, dans certains quartiers, je préconise un « objectif vieux ». [Rires.] L’un des problèmes provient du fait que ces endroits sont devenus des sas où atterrissent les nouveaux arrivants et d’où partent, dès qu’ils le peuvent,beaucoup de ceux qui sont arrivés avant. Soyons concrets. Si l’on stoppe les flux sur un quartier ou une ville donnés, il va se passer ce qui se passe dans les villages français : la population va vieillir. Et s’apaiser. Je dis souvent que quand on aura des petits vieux qui tapent le carton en bas des tours, la donne changera. C’est un peu décalé de décrire les choses ainsi, alors qu’on prend plus souvent ces maux par le biais de l’insécurité physique, notamment liée aux trafics, ou par celui de la salafisation des quartiers. Bien sûr que cela existe ; bien sûr que la grande majorité des gens ne veulent pas vivre dans de tels quartiers. Mais avez-vous vu le pouvoir régalien réussir sur ces thématiques, vous ? On peut toujours fermer trois ou quatre mosquées salafistes, mais si elles se recréent derrière, à quoi ça sert ? La réduction des flux, la politique de peuplement n’est pas une option, mais un préalable. Les premiers à le savoir sont les habitants eux-mêmes : quelles que soient leurs origines, ils réclament le contrôle des flux d’immigration. Il faut ne jamais mettre les pieds dans ces quartiers pour ignorer que c’est une demande sur place.
Le titre de votre livre, Le Temps des gens ordinaires, fait naturellement penser à la notion de « décence ordinaire» d’Orwell, à l’idée qu’il y aurait une sorte de bon sens populaire partagé. Mais cette notion est-elle encore valable ?
Si les élites ont leur (grande) part de responsabilité dans la fracture sociale, n’est-il pas optimiste de penser qu’une « sagesse » leur fait face sur laquelle jeter les bases d’une politique majoritaire ? La décence, le bon sens populaire, etc., cela ne veut rien dire en réalité. Je ne fais pas de philosophie avec ça ; je ne mythifie pas. Pour moi, c’est une question de rationalité matérielle. Quand on ne peut plus accéder à la grande métropole ou aux zones d’emploi les plus actives, quand on a un revenu qui tourne autour de 1 500 euros par mois, les contraintes dictent un quotidien différent. On est obligé, par exemple, de maintenir un minimum de solidarité, notamment intergénérationnelle. Par exemple, on divorce moins, non parce que les couples seraient plus solides, plus aimants, ou moins libres, mais parce que c’est matériellement moins jouable de payer deux appartements ! On voyage peu en quelque sorte, on est décroissant , et encore moins en TGV, qui est au passage plus cher que l’avion… C’est la même chose avec la question dite identitaire : le multiculturalisme à 1 000 euros, ce n’est pas la même expérience qu’à 5 000 euros. Parce qu’on ne peut pas payer le collège privé pour ses enfants, s’acheter l’appartement dans l’immeuble où il n’y a que des propriétaires, etc. Ce sont les contraintes d’un quotidien partagé par beaucoup de Français « ordinaires » qui façonnent aujourd’hui le diagnostic majoritaire. Il y a quelques items sur lequel les citoyens sont invariablement d’accord à 70 ou 80 % : pour eux, l’Etat providence est essentiel, mais ses largesses doivent être conditionnées au travail, et il faut réduire les flux migratoires. C’est vrai en France, c’est vrai en Allemagne, en Grande-Bretagne, au Brésil – Ipsos a publié les résultats d’enquêtes, passionnants, par pays. Ce n’est pas les lepénistes ou l’extrême droite, c’est 70 % de la population. C’est ça, la majorité.
Pour vous, on peut construire un programme majoritaire sur ces items…
Sans parler de programme, c’est pour moi le minimum qu’on puisse exiger de politiques censés représenter le bien commun de prendre en compte ces demandes. Il n’y aura pas de retour en arrière. Il n’y aura pas de démondialisation l’exemple typique de la discussion de salon ! ni de retour des classes moyennes et populaires dans les métropoles. Si les élites libérales admettent cette vérité-là, alors elles doivent en tirer les conclusions, en faisant évoluer le modèle. Si l’on s’inscrit dans une logique démocratique (donc majoritaire), si on fait une politique pour satisfaire le bien commun, il va falloir commencer de penser « contre soi » et pour les 70 % qui gagnent moins de 2 000 euros. Ça n’est tout de même pas compliqué de voir la majorité ! Ça ne veut pas dire que ces 70 % pensent tous la même chose sur tous les sujets d’ailleurs, ils ne votent pas pareil , mais ils avancent dans le même mouvement.
Vous écrivez que quand les gens ordinaires ne sont pas entendus, ils se saisissent de « marionnettes » : des personnages d’opportunité, comme Trump, qui leur permettent de se faire entendre, comme des ventriloques …Pensez-vous qu’Eric Zemmour soit une de ces « marionnettes » ?
Il y a un certain mépris de classe à prétendre qu’un tel ou untel manipule le cerveau des classes moyennes et populaires, qu’on leur farcit la tête pour leur inventer des problèmes qu’ils n’ont pas. Moi je dis que c’est l’inverse: ce sont eux qui instrumentalisent untel ou untel pour se faire entendre. Ça peut s’appliquer à Zemmour mêmes’il n’est qu’à 17 %, donc relativisons, ou plutôt à Donald Trump, en effet, ou à Boris Johnson. C’est très intéressant, la Grande-Bretagne : Johnson cartonne dans les bastions travaillistes ! Le type est libéral, conservateur, londonien, intellectuel, il coche toutes les cases de ce que la working class devrait détester… Sauf que ce qu’il dit sur le retour des services publics, sur l’emploi dans le Yorkshire, par exemple, ça leur parle. C’est la working class britannique qui l’utilise pour changer les choses, non l’inverse. Cela prouve bien que les gens ordinaires ne s’inscrivent plus du tout dans le clivage gauche-droite. Ils se moquent bien d’utiliser un type qui est une pure émanation du conservatisme londonien. Ils le prennent. C’est tellurique. Même dans un pays où il n’y a aucun débouché politique, comme la France, cela a donné les gilets jaunes, et il y aura autre chose après. Quoi ? Je n’en sais rien. Mais cela pousse chaque fois, par exemple quand la majorité s’abstient.
Les 66 % d’abstention aux régionales seraient un boycott de la majorité ?
On pourrait les analyser aussi comme une désaffiliation civique, un repli individualiste, qui finirait par donner raison à la fameuse phrase de Margaret Thatcher, there is no society… La majorité est de fait une puissance d’inertie, c’est un bloc. On ne peut pas penser les nations avec les catégories de Netflix, c’està-dire en panélisant la société, en la divisant en tribus, par affinités culturelles, comme le font les scénaristes de Netflix quand ils produisent pour des segments marketing de téléspectateurs. Cette idée que tout est morcelé, que la France serait un « archipel », empêche de généraliser, et donc de comprendre. Conceptualiser, c’est généraliser. L’approche sociologique des fractures françaises, c’est une chose : mais nier le bloc politique que constituent des gens ordinaires, c’est noyer le poisson. A un moment, il faut donner du sens. Même pour nous, pour notre santé mentale. La politique crève de l’absence de projets. Mais pour justifier l’absence de projets, il y a l’idée que, de toute façon, tout est étiolé, atomisé. C’est une vision confortable : pas besoin de penser contre soi, de se dire qu’on fait partie des gagnants et qu’il y a un bloc de perdants. Non, on se dit que chacun aspire à quelque chose de différent et que le tout forme des désirs contradictoires qu’il serait vain de contenter dans une politique majoritaire. Alors on segmente. Un jour, on parle d’islamisation, le lendemain des retraités, etc. Le mouvement woke s’inscrit parfaitement là-dedans, avec cette obsession de la segmentation par genres, par races, par religions… Le capitalisme adore ! Avant, on disait « diviser pour mieux régner ».
Les politiques aussi sont dans la « netflixisation » ?
Eux les premiers ! Ils ont tous un segment, tous ! Aujourd’hui, le discours de Mélenchon s’écrit à Hollywood dans les open spaces des scénaristes de Netflix. [Rires.] Je veux dire par là qu’il s’adresse à des groupes identifiés, et qu’il adapte son discours pour les additionner. C’est d’ailleurs tout le problème en France aujourd’hui : avec leurs segments respectifs, les candidats peuvent espérer faire 15-20 %, donc être au second tour. Puis l’emporter. Mais quand ils arrivent au pouvoir, ils sont de moins en moins légitimes, et la déception est énorme. Il n’y a pas de projet, de mouvement, de sens. Il n’y a rien. Finalement, cette vision « netflixisée » permet d’occulter la question centrale des classes moyennes occidentales, qui demeure « l’éléphant dans la pièce ». Pour moi, la maison mère du narratif politique en Occident, c’est Netflix, à Los Angeles. [Rires.] D’ailleurs, après son stage deformation à la Maison-Blanche, Barack Obama a rejoint Netflix. Et peut-être un jour Emmanuel Macron ? Aujourd’hui, c’est Hollywood qui donne le la de la politique intérieure des nations occidentales.
Voir également:

Boris Johnson : un modèle politique pour la France ?
TRIBUNE. L’excentrique Premier ministre britannique est parvenu, notamment grâce au succès de sa stratégie vaccinale, à séduire les Français « d’en bas ».
William Thay et Emeric Guisset *
Le Point

Décrié au début de la crise sanitaire, Boris Johnson a finalement su faire de la campagne de vaccination britannique un exemple. Alors que les stratégies appliquées pour faire face à la crise sanitaire ont été sensiblement différentes en France et au Royaume-Uni, quelle opinion les Français ont-ils du Premier ministre britannique ?

Tout d’abord, le Premier ministre britannique possède un taux de notoriété très important – 85 % –, chez les Français. Il est en particulier très bien identifié par les retraités et par les cadres et professions intermédiaires supérieures. Cette forte notoriété s’explique certainement par la personnalité atypique de l’ancien maire de Londres et de son rôle prépondérant lors de la campagne du Brexit ainsi que pendant les négociations de la sortie de l’Union européenne qui ont suivi.

Le champion de la France d’en bas

Sur l’ensemble des Français, 51 % déclarent avoir une bonne opinion de Boris Johnson. Un score important qui, s’il était un responsable politique français, placerait Boris Johnson quatrième personnalité préférée des Français. Il serait ainsi la quatrième et dernière personnalité politique à dépasser le cap des 50 % d’opinion favorable, derrière Nicolas Hulot, Édouard Philippe et Roselyne Bachelot. Ce taux de popularité est d’autant plus impressionnant que la personnalité du chef du gouvernement britannique est considérée comme très clivante. Une analyse plus fine de sa popularité indique également l’existence de réserves d’opinion favorable (Boris Johnson aurait pu être plus populaire s’il avait été davantage connu). En effet, nous constatons que la catégorie socioprofessionnelle ayant l’avis le plus favorable à son égard (63 % de bonne opinion) est aussi celle auprès de laquelle il possède la notoriété la plus faible (79 %) : les classes populaires.

Du point de vue de la sympathie partisane, Boris Johnson semble agréger le soutien de la France périphérique de Christophe Guilluy. Il obtient en effet ses meilleurs scores chez les sympathisants du Rassemblement national (60 % de bonne opinion, dont 13 % de très bonne), des Républicains (59 % de bonne opinion) et de La France insoumise (55 % de bonne opinion). Ces résultats sont cohérents avec les succès électoraux de Boris Johnson durant les législatives de 2019, où le Parti conservateur est parvenu à conserver ses bastions et conquérir des circonscriptions fortement ancrées à gauche. À l’inverse, il ne parvient pas à séduire les populations urbaines au niveau d’études élevé. Boris Johnson recueille ainsi 57 % de mauvaise opinion dans l’agglomération parisienne et 64 % chez les diplômés du supérieur.

Une gestion volontariste de la crise sanitaire

Concernant la gestion de la crise sanitaire, 74 % des Français estiment que le dirigeant britannique a aussi bien ou mieux géré la crise qu’Emmanuel Macron, et près d’un tiers pensent qu’il a mieux géré la crise que son homologue français. Un score particulièrement élevé alors que le Premier ministre britannique prônait la stratégie de l’immunité collective au début de l’épidémie. Si le nombre de morts par million d’habitants est bien plus important au Royaume-Uni qu’en France, le succès de la stratégie vaccinale de Boris Johnson tend à rapidement resserrer les écarts et a déjà permis de rouvrir les commerces et les bars outre-Manche.

Les chiffres de l’étude semblent également plébisciter la stratégie de Boris Johnson de « reprendre le contrôle » plutôt que de subir la crise sanitaire. Malgré des failles structurelles, comme un système de santé davantage mis en tension au Royaume-Uni qu’en France et l’apparition du variant anglais, il a adopté une stratégie claire basée sur la vaccination pour sortir son pays plus rapidement de la crise. Ainsi, pour 54 % des sympathisants Les Républicains, Boris Johnson a mieux géré la crise qu’Emmanuel Macron. Ce n’est seulement qu’auprès des sympathisants de la majorité présidentielle que Boris Johnson est considéré, en majorité (54 %), comme ayant moins bien géré la crise que le président français. Par ailleurs, c’est chez les populations les plus âgées et, donc, statistiquement, les plus à risque, que les avis sur la gestion de crise de Boris Johnson sont les meilleurs.

Loin des caricatures qui en sont faites, Boris Johnson est finalement parvenu à séduire une majorité de Français en incarnant une ligne politique inhabituelle. C’est en cassant les codes qu’il est parvenu à conquérir des classes sociales désenchantées par la politique.

* William Thay est président du Millénaire, think-tank spécialisé en politiques publiques, portant un projet gaulliste, réformateur et guidé par l’intérêt national.

Émeric Guisset est secrétaire général adjoint du Millénaire.

Voir par ailleurs:

I Was Wrong About Trump Voters
Bret Stephens
NYT
July 21, 2022

The worst line I ever wrote as a pundit — yes, I know, it’s a crowded field — was the first line I ever wrote about the man who would become the 45th president: “If by now you don’t find Donald Trump appalling, you’re appalling.”

This opening salvo, from August 2015, was the first in what would become dozens of columns denouncing Trump as a unique threat to American life, democratic ideals and the world itself. I regret almost nothing of what I said about the man and his close minions. But the broad swipe at his voters caricatured them and blinkered me.

It also probably did more to help than hinder Trump’s candidacy. Telling voters they are moral ignoramuses is a bad way of getting them to change their minds.

What were they seeing that I wasn’t?

That ought to have been the first question to ask myself. When I looked at Trump, I saw a bigoted blowhard making one ignorant argument after another. What Trump’s supporters saw was a candidate whose entire being was a proudly raised middle finger at a self-satisfied elite that had produced a failing status quo.

I was blind to this. Though I had spent the years of Barack Obama’s presidency denouncing his policies, my objections were more abstract than personal. I belonged to a social class that my friend Peggy Noonan called “the protected.” My family lived in a safe and pleasant neighborhood. Our kids went to an excellent public school. I was well paid, fully insured, insulated against life’s harsh edges.

Trump’s appeal, according to Noonan, was largely to people she called “the unprotected.” Their neighborhoods weren’t so safe and pleasant. Their schools weren’t so excellent. Their livelihoods weren’t so secure. Their experience of America was often one of cultural and economic decline, sometimes felt in the most personal of ways.

It was an experience compounded by the insult of being treated as losers and racists —clinging, in Obama’s notorious 2008 phrase, to “guns or religion or antipathy toward people who aren’t like them.”

No wonder they were angry.

Anger can take dumb or dangerous turns, and with Trump they often took both. But that didn’t mean the anger was unfounded or illegitimate, or that it was aimed at the wrong target.

Trump voters had a powerful case to make that they had been thrice betrayed by the nation’s elites. First, after 9/11, when they had borne much of the brunt of the wars in Iraq and Afghanistan, only to see Washington fumble and then abandon the efforts. Second, after the financial crisis of 2008, when so many were being laid off, even as the financial class was being bailed out. Third, in the post-crisis recovery, in which years of ultralow interest rates were a bonanza for those with investable assets and brutal for those without.

Oh, and then came the great American cultural revolution of the 2010s, in which traditional practices and beliefs — regarding same-sex marriage, sex-segregated bathrooms, personal pronouns, meritocratic ideals, race-blind rules, reverence for patriotic symbols, the rules of romance, the presumption of innocence and the distinction between equality of opportunity and outcome — became, more and more, not just passé, but taboo.

It’s one thing for social mores to evolve over time, aided by respect for differences of opinion. It’s another for them to be abruptly imposed by one side on another, with little democratic input but a great deal of moral bullying.

This was the climate in which Trump’s campaign flourished. I could have thought a little harder about the fact that, in my dripping condescension toward his supporters, I was also confirming their suspicions about people like me — people who talked a good game about the virtues of empathy but practice it only selectively; people unscathed by the country’s problems yet unembarrassed to propound solutions.

I also could have given Trump voters more credit for nuance.

For every in-your-face MAGA warrior there were plenty of ambivalent Trump supporters, doubtful of his ability and dismayed by his manner, who were willing to take their chances on him because he had the nerve to defy deeply flawed conventional pieties.

Nor were they impressed by Trump critics who had their own penchant for hypocrisy and outright slander. To this day, precious few anti-Trumpers have been honest with themselves about the elaborate hoax — there’s just no other word for it — that was the Steele dossier and all the bogus allegations, credulously parroted in the mainstream media, that flowed from it.

A final question for myself: Would I be wrong to lambaste Trump’s current supporters, the ones who want him back in the White House despite his refusal to accept his electoral defeat and the historic outrage of Jan. 6?

Morally speaking, no. It’s one thing to take a gamble on a candidate who promises a break with business as usual. It’s another to do that with an ex-president with a record of trying to break the Republic itself.

But I would also approach these voters in a much different spirit than I did the last time. “A drop of honey catches more flies than a gallon of gall,” noted Abraham Lincoln early in his political career. “If you would win a man to your cause, first convince him that you are his sincere friend.” Words to live by, particularly for those of us in the business of persuasion.

Voir encore:

Crise politique en Italie : Si l’extrême droite est élue, il peut y avoir un « risque de contagion » dans l’UE
Après la démission du Premier ministre italien, Mario Draghi, l’Assemblée a été dissoute par le président, provoquant des élections législatives anticipées qui laissent présager une accession au pouvoir des partis les plus à droite
Cécile De Sèze
20 minutes
22/07/22

  • L’Italie est tombée en crise politique jeudi avec la démission de son Premier ministre puis la dissolution de l’Assemblée avec, à la clef, des élections anticipées prévues à l’automne.
  • Les sondages donnent pour le moment comme favori la coalition dite « de centre-droit » qui réunit néanmoins les partis les plus à droite de l’échiquier politique.
  • Si cette coalition arrivait au pouvoir, les répercussions pourraient se propager au-delà des frontières italiennes et avoir des conséquences pour l’Union européenne et la France.

Le moment n’aurait pas pu être plus mal choisi pour qu’éclate une crise politique en Italie. Alors que l’Union européenne s’est montrée unie dans son soutien à l’Ukraine face à son agression par la Russie le 24 février dernier, le dirigeant italien Mario Draghi a été contraint de démissionner jeudi matin après avoir été désavoué par trois partis de sa coalition au Sénat mercredi soir. Le président, Sergio Mattarella, a dans la foulée décidé de dissoudre l’Assemblée déclenchant des élections anticipées.

L’Italie risque désormais de voir les droites les plus à droite prendre le pouvoir. Car l’archifavori du scrutin à venir est la coalition dite « de centre-droit », qui réunit Forza Italia, le parti de droite de Silvio Berlusconi, et l’extrême droite représentée par La Ligue du tribun populiste antimigrants Matteo Salvini et Fratelli d’Italia. Quelles conséquences pour l’Italie, l’Union européenne et la France pourrait avoir cette accession au pouvoir de l’extrême droite ? 20 Minutes a posé la question à Dominique Moïsi, conseiller spécial de l’Institut Montaigne, selon qui « le risque, c’est de créer une contagion à d’autres pays européens », dont la France.

Quel calendrier pour les élections législatives ?

Ces élections anticipées provoquées par la dissolution de l’Assemblée par le chef de l’Etat italien devraient se tenir fin septembre ou début octobre. Les médias italiens avancent plusieurs dates possibles pour ces élections : le 18 et le 25 septembre, ou encore le 2 octobre. Si plusieurs dates sont ainsi évoquées, seule certitude : elles doivent se tenir dans les 70 jours suivant la dissolution du Parlement. Par la suite, le Parlement doit se réunir dans les 20 jours suivant la tenue du scrutin. En attendant, le gouvernement en place continue de gérer les affaires courantes.

La situation est rendue compliquée par le budget, qui doit être présenté au Parlement avant le 15 octobre. L’organisation d’élections, la campagne électorale, la nomination d’un gouvernement puis sa prise de fonctions bousculent ce calendrier. Mais selon Les Echos, cette date pourrait être avancée avant le scrutin et permettre à Mario Draghi un dernier acte au pouvoir.

Quel avenir politique se dessine en Italie ?

S’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, les sondages s’accordent à placer les partis les plus à droite comme favoris de la course, avec, en avant, Frères d’Italie, mené par Giorgia Meloni. Ce dernier est donné en tête avec près de 24 % des intentions de vote, devant le Parti démocrate (22 %) et la Ligue de Matteo Salvini (14 %), selon un sondage de l’institut SWG réalisé le 18 juillet. Le parti de l’ancien Premier ministre sulfureux Silvio Berlusconi, Forza Italia, recueillerait 7,4 % des voix et le Mouvement 5 étoiles (M5S) de Giuseppe Conte 11,2 %.

Veuillez fermer la vidéo flottante pour reprendre la lecture ici.

Selon Dominique Moïsi, « on a quand même des visions de ce qu’il va se passer » et « Giorgia Meloni est citée pour succéder à Mario Draghi », prédit-il. « Cette vision d’une alliance des partis les plus à droite qui prendraient le pouvoir est inquiétante », ajoute-t-il.

Quelles conséquences pour l’Italie ?

En effet, cette ascension des partis extrêmes peut être néfaste pour l’image de l’Italie. Le pays « qui était redevenu sûr de lui, légitime et dirigé d’une main rationnelle et compétente grâce à Mario Draghi va prendre une dimension populiste, avec, pour la première fois, le risque d’une démocratie illibérale parmi les pays fondateurs de l’Union européenne », prédit le conseiller spécial de l’Institut Montaigne.

Pour les Italiens, cela rime aussi avec un changement de politique, notamment sur la question de l’immigration. L’Italie est l’un des pays en première ligne face aux flux de réfugiés qui souhaitent fuir la misère, la guerre ou la répression dans leur pays d’origine. Si Frères d’Italie arrivent en tête avec à leurs côtés Forza Italia et La Ligue, le comportement vis-à-vis des migrants risque d’être différent, « moins humaniste ». « S’il y a déjà eu des populistes au pouvoir en Italie, ils étaient contenus jusqu’ici, là ce sera tout à fait différent », alerte Dominique Moïsi.

Quels changements au niveau économique ?

Par ailleurs, alors que jusqu’ici Mario Draghi était parvenu à imposer un programme de réformes économiques importantes, faisant de l’Italie de nouveau un bon élève de l’Union européenne, cela pourrait rapidement changer. « Si cette coalition accède au pouvoir, ne va-t-elle pas s’engager dans une politique économique populiste ? », s’interroge Dominique Moïsi. Et de développer : « Elle risque d’ouvrir les coffres afin de privilégier le pouvoir d’achat avant toute autre considération, ce qui comporte un risque dans l’équilibre de l’Union européenne, sachant que le pays est la troisième économie de l’UE. »

Et si sur le court terme, cette vision économique peut profiter aux Italiens, sur le long terme en revanche, cela peut être très mauvais, avec une « dette qui va galoper et mettre des doutes sur la stabilité de l’Italie », abonde le spécialiste.

Quelles répercussions à prévoir pour l’Union européenne ?

Si Dominique Moïsi ne croit pas à la possibilité d’un Brexit à l’italienne, « le risque, c’est une contagion. Si les Italiens ont réussi à faire élire l’extrême droite, pourquoi pas la France demain, et d’autres pays après-demain ? C’est le précédent qui est dangereux ».

D’autant qu’il existe aussi le risque d’une alliance des pays membres aux gouvernements d’extrême droite, à l’instar de la Hongrie de Viktor Orban, avec une politique de nationalisme et de populisme. Cela posera alors la question de l’unité de l’UE, notamment dans le dossier brûlant de la guerre en Ukraine. « Giorgia Meloni a suivi les positions de Mario Draghi sur la Russie, mais ce n’est pas le cas de Matteo Salvini ou Sivio Berlusconi, réputés pour leur proximité avec Vladimir Poutine », rappelle Dominique Moïsi.

La France peut-elle également subir ce changement de pouvoir ?

Cette tendance, si elle se confirme à l’automne, « n’est pas une bonne nouvelle pour Emmanuel Macron ». Le président français et l’ancien Premier ministre italien entretenaient une relation privilégiée, ce sont « deux hommes qui se comprennent, qui s’apprécient », souligne le spécialiste. D’autant que le locataire de l’Elysée et Matteo Salvini partagent déjà des anciennes querelles au sujet de la frontière franco-italienne, que certains réfugiés tentent de traverser.

« Il y a donc un risque pour Emmanuel Macron et la relation franco-italienne, et au-delà, pour la cohésion européenne, dans son image et ses choix en matière de politique étrangère », analyse Dominique Moïsi.


Droit à l’avortement aux Etats-Unis: Merci qui ? (Guess who hoping to change rules in their favor over constitutional norms that served America well for so many years, ended up ensuring Trump could overturn almost in one stroke 50 years of a silent revolution of our values and lifestyles ?)

25 juin, 2022
États-Unis : qu'est-ce que l'arrêt "Roe v. Wade", qui garantissait le droit à l'avortement avant la décision de la Cour suprême ? | TF1 INFO
Roe V. Wade Destroyed: Political Cartoons - Omar Zackanne testuz 🌍🌏🌎🇺🇦 (@annetestuz) / TwitterTous ceux qui prendront l’épée périront par l’épée. Jésus (Matthieu 26: 52)
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia (2014)
Vous semblez … considérer les juges comme les arbitres ultimes de toutes les questions constitutionnelles; doctrine très dangereuse en effet, et qui nous placerait sous le despotisme d’une oligarchie. Nos juges sont aussi honnêtes que les autres hommes, et pas plus. Ils ont, avec d’autres, les mêmes passions pour le parti, pour le pouvoir et le privilège de leur corps. Leur maxime est boni judicis est ampliare jurisdictionem [un bon juge élargit sa compétence], et leur pouvoir est d’autant plus dangereux qu’ils détiennent leur fonction à  vie et qu’ils ne sont pas, comme les autres fonctionnaires, responsables devant un corps électoral. La Constitution n’a pas érigé un tribunal unique de ce genre, sachant que, quelles que soient les mains confiées, avec la corruption du temps et du parti, ses membres deviendraient des despotes. Il a plus judicieusement rendu tous les départements co-égaux et co-souverains en eux-mêmes. Thomas Jefferson (lettre à William Charles Jarvis, 28 septembre 1820)
Si le juge avait pu attaquer les lois d’une façon théorique et générale ; s’il avait pu prendre l’initiative et censurer le législateur, il fût entré avec éclat sur la scène politique ; devenu le champion ou l’adversaire d’un parti, il eût appelé toutes les passions qui divisent le pays à prendre part à la lutte. Mais quand le juge attaque une loi dans un débat obscur et sur une application particulière, il dérobe en partie l’importance de l’attaque aux regards du public. Son arrêt n’a pour but que de frapper un intérêt individuel ; la loi ne se trouve blessée que par hasard. Tocqueville
Qu’on y prenne garde, un pouvoir électif qui n’est pas soumis à un pouvoir judiciaire échappe tôt ou tard à tout contrôle ou est détruit. (…) L’extension du pouvoir judiciaire dans le monde politique doit donc être corrélative à l’extension du pouvoir électif. Si ces deux choses ne vont point ensemble, l’État finit par tomber en anarchie ou en servitude. Tocqueville (1835)
J’ai été commis au juge Scalia il y a plus de 20 ans, mais les leçons que j’ai apprises résonnent toujours. Sa philosophie judiciaire est aussi la mienne: un juge doit appliquer la loi telle qu’elle est écrite. Les juges ne sont pas des décideurs politiques, et ils doivent être résolus à mettre de côté toutes les opinions politiques qu’ils pourraient avoir. Amy Coney Barrett
Le traitement par la Cour de l’importante question constitutionnelle soulevée par cette affaire a créé inutilement des conditions qui pourraient conduire à de graves problèmes post-électoraux. La Cour suprême de Pennsylvanie a publié un décret qui modifie complètement une importante disposition législative promulguée par la législature de Pennsylvanie conformément à son autorité en vertu de la Constitution des États-Unis d’établir des règles régissant la conduite des élections pour un poste fédéral. (…) Dans une loi appelée loi 77, le législateur a autorisé tous les électeurs à voter par correspondance, mais a exigé sans ambiguïté que tous les bulletins de vote par correspondance soient reçus avant 20 heures le jour des élections. (…) Il a également précisé que si cette disposition était déclarée invalide, une grande partie du reste de la loi 77, y compris sa libéralisation du vote par correspondance, serait nulle. (…) Le législateur a par la suite précisé que, dans son jugement, la pandémie de COVID-19 n’appelait aucune modification du délai le jour du scrutin. Dans une loi promulguée en mars 2020, le législateur a abordé les problèmes liés aux élections causés par la pandémie, mais il a choisi de ne pas modifier le délai de réception des bulletins de vote par correspondance. (…) Face au délai de la loi 77, la Cour suprême de Pennsylvanie, par quatre voix contre trois, a décrété que les bulletins de vote par correspondance ne devaient pas être reçus avant le jour du scrutin. (…) Au lieu de cela, elle a imposé une règle différente : les bulletins de vote doivent être considérés comme valides s’ils sont oblitérés le jour du scrutin ou avant et sont reçus dans les trois jours qui suivent. (…) En outre, le tribunal a ordonné qu’un bulletin de vote sans cachet de la poste ou illisible soit considéré comme valide s’il est reçu à cette même date. (…) Le tribunal a expressément reconnu que la disposition légale imposant la réception au plus tard le jour du scrutin était sans ambiguïté et que son abrogation de cette règle n’était pas fondée sur une interprétation de la loi. (…) Il a en outre admis que le délai légal était constitutionnel à première vue, mais il a revendiqué un large pouvoir pour faire ce qu’il jugeait nécessaire pour répondre à une ‘catastrophe naturelle’, et il a justifié son décret comme étant nécessaire pour protéger les droits des électeurs en vertu de la clause d’élections libres et égales de la Constitution de l’état. (…) Il y a un mois, le Parti républicain de Pennsylvanie et les dirigeants du Sénat de Pennsylvanie ont demandé à cette Cour de suspendre la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie en attendant le dépôt et le règlement d’une requête en certiorari. (…) Ils ont fait valoir que la décision du tribunal de l’état violait les dispositions constitutionnelles précédemment citées, ainsi que la loi fédérale fixant une date uniforme pour les élections fédérales. (…) Mis en cause, le Parti démocrate de Pennsylvanie (DPP), a convenu que la constitutionnalité de la décision de la Cour suprême de l’état était une question d’importance nationale et nous a exhortés à accorder un examen et à trancher la question avant les élections. (…) Au lieu de faire ce que l’une ou l’autre des parties demandait, la Cour a simplement refusé la suspension. Bien qu’il y ait eu quatre votes pour inscrire une suspension, la demande a échoué à un vote également divisé. Maintenant, dans une ultime tentative pour empêcher les élections en Pennsylvanie de se dérouler sous un nuage, on nous a demandé d’accorder une requête pour un mémoire de certiorari, d’accélérer la révision et de trancher la question constitutionnelle avant les élections. Il serait hautement souhaitable de se prononcer sur la constitutionnalité de la décision de la Cour suprême de l’état avant les élections. Cette question a une importance nationale et il est fort probable que la décision de la Cour suprême de l’état viole la Constitution fédérale. Les dispositions de la Constitution fédérale conférant aux législatures des états, et non aux tribunaux des états, le pouvoir d’établir des règles régissant les élections fédérales n’auraient aucun sens si un tribunal d’état pouvait outrepasser les règles adoptées par le législateur simplement en prétendant qu’une disposition constitutionnelle de l’état donne aux tribunaux l’autorité d’établir les règles qu’il juge appropriées pour la conduite d’une élection équitable. (…) Pour ces raisons, la question posée par la décision de la Cour suprême de Pennsylvanie appelle un examen par cette Cour – comme l’ont convenu les partis républicain et démocrate de l’état lorsque le premier a demandé une suspension. Mais je conclus à contrecœur qu’il n’y a tout simplement pas assez de temps à cette date tardive pour trancher la question avant les élections. Justice Samuel Alito (28 octobre, 2020)
Quelques semaines avant une élection nationale, un juge de district fédéral a décrété que la loi du Wisconsin enfreignait la Constitution en obligeant les électeurs absents à retourner leur bulletin de vote au plus tard le jour du scrutin. Le tribunal a rendu sa décision même si plus de 30 états appliquent depuis longtemps la même date limite de vote par procuration – et pour des raisons compréhensibles: les élections doivent se terminer à un moment donné, une seule date limite fournit un avis clair et l’exigence que les bulletins de vote aient lieu le jour du scrutin met tous les électeurs sur le même pied. «Le bon sens, ainsi que le droit constitutionnel, obligent à la conclusion ce gouvernement doit jouer un rôle actif dans la structuration des élections », et les états ont toujours exigé des électeurs« qu’ils agissent en temps opportun s’ils souhaitent exprimer leur point de vue dans l’isoloir ». Burdick v. Taku-shi, 504 US 428, 433, 438 (1992). Pourquoi le tribunal de district a-t-il cherché à saborder une tradition si ancienne dans ce domaine? COVID. En raison de la pandémie actuelle, le tribunal a suggéré qu’il était libre de substituer sa propre date limite électorale à celle de l’état. Peu importe qu’en réponse à la pandémie, la Commission électorale du Wisconsin ait décidé d’envoyer par courrier aux électeurs inscrits une demande de vote par correspondance et une enveloppe de retour au cours de l’été, de sorte que personne n’ait eu à en demander une. Qu’importe que les électeurs soient également libres de rechercher et de renvoyer les bulletins de vote par correspondance depuis septembre. Peu importe que les électeurs puissent renvoyer leurs bulletins de vote non seulement par la poste, mais aussi en les apportant au bureau du greffier du comté ou dans diverses boîtes de dépôt «sans contact» organisé localement ou dans certains bureaux de vote le jour du scrutin. N’oubliez pas que ceux qui ne sont pas en mesure de voter le jour du scrutin ont encore d’autres options dans le Wisconsin, comme voter en personne pendant une période de vote de deux semaines avant le jour du scrutin. Et n’oubliez pas que le tribunal lui-même a trouvé que la pandémie constituait une menace insuffisante pour la santé et la sécurité des électeurs pour justifier la refonte des procédures du vote en personne de l’état. Il est donc incontestable que le Wisconsin a fait des efforts considérables pour accueillir le vote anticipé et répondre à la COVID. Le seul grief possible du tribunal de district est que l’état n’a pas fait assez. Mais à quel moment en a-t-on fait assez ? Si le délai légal de vote par procuration du Wisconsin peut être écarté du fait du statut de l’état en tant que «hotspot» COVID, qu’en est-il des délais identiques dans 30 autres états? Dans quelle mesure un état (ou peut-être une partie de celui-ci) doit-il être un «point chaud» avant que les juges décident d’improviser une nouvelle législation ? Ensuite, il y a la question de savoir ce que devraient être ces nouvelles échéances ad hoc. Le juge dans cette affaire a ajouté 6 jours à la date limite des élections de l’état, mais pourquoi pas 3, 7 ou 10, et qu’est-ce qui empêcherait différents juges de choisir (comme ils le feraient sûrement) des délais différents dans différentes juridictions? Une politique étatique largement partagée cherchant à concrétiser le jour des élections céderait la place à une Babel de décrets. Et comment empêcher les tribunaux de modifier également les règles du vote en personne? Ce juge a refusé d’aller aussi loin, mais les plaignants pensaient qu’il aurait dû le faire, et il n’est pas difficile d’imaginer que d’autres juges acceptent des invitations à élargir les cartes de la circonscription et à décider si les états devraient ajouter des bureaux de vote, réviser leurs horaires, réorganiser les isoloirs en leur sein, ou peut-être même compléter les protocoles existants de distanciation sociale, de lavage des mains et de ventilation. La Constitution dicte une approche différente de ces questions d’où on met la barre. La Constitution stipule que les législatures des états – et non ni les juges fédéraux, ni les juges des états, ni les gouverneurs des états, ni les autres représentants de l’état – portent la responsabilité principale de l’établissement des règles électorales. Art. I, §4, cl. 1. Et la Constitution offre également un deuxième niveau de protection. Si les règles de l’état doivent être révisées, le Congrès est libre de les modifier. Ibid. («Les heures, les lieux et les modalités de tenue des élections des sénateurs et des représentants sont prescrits dans chaque état par la législature de celui-ci; mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements…»). Rien dans notre document fondateur n’envisage le type d’intervention judiciaire qui a eu lieu en l’espèce, et il n’y a pas non plus de précédent en 230 ans de décisions de cette Cour. Et avec raison. Les législateurs peuvent être tenus responsables par les citoyens des règles qu’ils écrivent ou ne parviennent pas à rédiger; mais généralement, pas les juges. Les législatures élaborent des politiques et mettent en œuvre la sagesse collective de tout le peuple lorsqu’elles le font, tandis que les tribunaux ne rendent le jugement que pour une seule personne ou une poignée d’individus. Les législatures disposent de ressources beaucoup plus importantes pour la recherche et l’établissement des faits sur les questions de science et de sécurité que celles qui peuvent habituellement être réunies dans un litige entre des parties distinctes devant un juge unique. En prenant leurs décisions, les législateurs doivent faire des compromis pour parvenir au large consensus social nécessaire pour promulguer de nouvelles lois, ce qui n’est pas facilement reproductible dans les salles d’audience où généralement une partie doit gagner et l’autre perdre. Bien entendu, les processus démocratiques peuvent s’avérer frustrants. Parce qu’ils ne peuvent pas facilement agir sans un large consensus social, les législatures sont souvent lentes à réagir et tièdes quand elles le font. La clameur pour que les juges interviennent et abordent les problèmes émergents, et la tentation pour les juges individuels de combler le vide de l’inaction perçue peut être grande. Mais ce qui semble parfois être une faute dans la conception constitutionnelle était une caractéristique pour les rédacteurs, un moyen de garantir que tout changement du statu quo ne serait pas fait à la hâte, sans délibération minutieuse, consultation approfondie et consensus social. Nous ne pouvons pas non plus annuler cet arrangement simplement parce que nous pourrions être frustrés. Notre serment de respecter la Constitution est mis à l’épreuve par les temps difficiles, pas par les temps faciles. Et céder à la tentation de contourner les règles constitutionnelles habituelles n’est jamais gratuit. Cela porte atteinte à la foi en la Constitution écrite en tant que loi, au pouvoir du peuple de superviser son propre gouvernement et à l’autorité des législatures, car plus nous assumons leurs devoirs, moins ils sont incités à les remplir. Les modifications de dernière minute des règles électorales de longue date risquent également de générer d’autres problèmes, suscitant la confusion et le chaos et érodant la confiance du public dans les résultats électoraux. Personne ne doute que la tenue d’élections nationales en période de pandémie pose de sérieux défis. Mais rien de tout cela ne signifie que les juges individuels peuvent improviser avec leurs propres règles électorales à la place de celles que les représentants du peuple ont adoptées. Justice Neil Gorsuch (October 26, 2020)
L’avortement ne sera pas interdit aux Etats-Unis. Si « Roe vs Wade » est invalidée, l’avortement sera à nouveau géré par chaque Etat de manière autonome. Comme c’était le cas avant cette décision. Il n’y aura plus une mais cinquante législations différentes sur l’avortement. La procédure restera légale dans des dizaines d’Etats, mais sera restreinte voire prohibée dans d’autres. L’explication de l’embrasement politico-médiatique tient au fait que la question de l’avortement touche à trois sujets sensibles aux Etats-Unis. Le premier est l’interruption de grossesse, proprement dite, avec ses connotations sociales, morales, religieuses, et médicales sur le commencement de la vie. Est-ce que la vie commence à la naissance ? Ou à la conception ? Ou quelque part entre les deux ? Le second sujet est le rôle et le fonctionnement de la Cour Suprême dans les institutions américaines. Troisième branche du pouvoir et ultime arbitre des litiges judiciaires, la Cour Suprême a pris une dimension politique aux cours des dernières décennies du fait de l’influence de ses décisions sur les questions de société. Tant que ces décisions allaient dans le sens souhaité par les Démocrates et la gauche progressiste, cette politisation était bienvenue. Depuis que la direction s’est inversée, cette même gauche conteste la légitimité de la Cour, et sape sans vergogne ce pilier fondamental de la démocratie américaine. Le troisième sujet enfin touche à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les Etats de l’Union. Les Etats-Unis sont une fédération, où le pouvoir du gouvernement fédéral, limité à l’origine, n’a cessé de s’étendre. Certains, chez les Démocrates et à l’extrême gauche voudraient le voir s’étendre encore plus, quitte à éliminer les particularités qui font des Etats-Unis, une nation à part. (…) Il n’existe pas de loi affirmant la légalité de l’avortement aux Etats-Unis. La question n’a jamais été légiférée. Il n’y a jamais eu de débat parlementaire. Il n’y a jamais eu de vote des élus. Pour la bonne raison que le résultat aurait été négatif. En 2009 le Congrès voulut profiter du vent de libéralisme social suscité par l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche pour faire voter une loi légalisant l’avortement. Elle fut rejetée en première lecture… Dès la diffusion du scoop de Politico, le Sénat a organisé un nouveau vote sur un futur texte de loi, légalisant l’avortement. Ce texte a été rejeté à 51 voix contre 49, alors qu’il avait besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix pour avancer. Les Démocrates n’ont même pas fait le plein de leurs propres voix. Il n’y a donc, aux Etats-Unis, aucun équivalent à la loi Weil de 1975 sur l’Interruption Volontaire de Grossesse en France ; loi votée après un long débat parlementaire et devenue un acquis de la Ve République ! Aux Etats-Unis cette question a traditionnellement été laissée à la discrétion de chaque Etat. Jusque dans les années 1960 elle était d’ailleurs peu débattue. (…) Dans les années 1960, les bouleversements culturels et sociaux, en particulier l’intégration des femmes dans la vie active et la diffusion de la pilule contraceptive, à partir de 1962, ont engendré une révolution des mœurs et contribué aux demandes des mouvements féministes bourgeonnants pour l’émancipation des femmes et en particulier pour une libération de ce qu’elles appelaient la « servitude reproductive ». (…) A l’époque, trente Etats américains interdisaient l’avortement et seize l’autorisaient avec des restrictions. Seuls quatre Etats l’autorisaient largement: l’Alaska, Hawaïi, New York et Washington. En 1965, dans l’affaire Griswold v Connecticut, la Cour Suprême avait reconnu l’existence d’un « droit à la vie privée » protégeant la vie maritale des Américains. Le Connecticut, riche Etat de Nouvelle Angleterre, interdisait alors la vente de contraceptifs. Un couple marié demandait la levée de cette interdiction parce qu’elle constituait, selon leurs avocats, une ingérence inacceptable du gouvernement dans la « vie privée » des Américains. Les juges avaient approuvé ce raisonnement à sept contre deux. Toutefois ce « droit à la vie privée » n’est aucunement stipulé dans la Constitution américaine, ni dans ses articles, ni dans les dix amendements qui constituent la « Charte des Droits » (Bill of Rights), ni dans les amendements qui ont suivi. Aussi les juges suprêmes de l’époque ont-ils opiné que ce droit était garanti de manière « implicite » parce qu’il rentre dans le cadre des libertés individuelles protégées par la Constitution. C’est dans « la pénombre et les émanations » (sic) du texte constitutionnel que les juges d’alors ont trouvé la justification du droit à la vie privée… Même si la fragilité du raisonnement fut soulignée alors, la décision allait dans l’air du temps et chacun reconnaissait que l’Etat n’avait pas à fourrer son nez dans la « chambre de couples mariés ». La décision Griswold v Connecticut annonçait celle qui allait suivre. Si le gouvernement ne pouvait dicter leur conduite sexuelle aux couples mariés, il ne pouvait pas non plus la dicter aux personnes célibataires, tout le monde étant égal devant la loi, et ne pouvait pas non plus interdire à une femme d’interrompre une grossesse. Cette conclusion logique fut atteinte six ans plus tard, le 22 janvier 1973 par la fameuse décision « Roe vs Wade ». Jane Roe était le pseudonyme d’une femme attaquant l’Etat du Texas pour le droit d’avorter. Wade était le nom du procureur de Dallas où la plainte avait été déposée. D’appel en appel le dossier parvint jusqu’à la Cour Suprême qui après de longs mois de débats vota en faveur du plaignant à sept voix contre deux. Les juges suprêmes réaffirmèrent alors l’existence du fameux droit à la vie privée, basé plus particulièrement sur le XIVe amendement, garantissant, entre autres, à tous les citoyens américains l’égalité devant la loi. Leur décision équivalait à une légalisation de l’avortement sur l’ensemble du territoire fédéral. La date devint historique. Byron White, l’un des deux juges à rejeter cette décision écrivit alors qu’elle constituait un « abus brutal du pouvoir judiciaire. » La force de cette décision était qu’elle s’appliquait au niveau fédéral. Elle avait force de loi, prenant le pas sur les législations particulières de chacun des cinquante Etats. La faiblesse de cette décision était qu’elle se basait sur une interprétation contestable de la Constitution. D’ailleurs elle n’a cessé d’être contestée depuis. Gérald Olivier
Les Etats-Unis de 1973 comptaient de nombreux Etats conservateurs, marqués par la morale religieuse et le patriarcat. Pour ces Américains-là, la légalisation de l’avortement constituait une révolution culturelle aussi inattendue qu’inacceptable. Quelques leaders religieux, dont le révérend Jerry Falwell, pionnier parmi les télé-évangélistes conservateurs, comprirent l’énorme force politique que constituaient les chrétiens évangéliques, soudés par leur opposition à l’avortement. Ils décidèrent de mettre cette force au service du parti républicain en échange d’un engagement de ses élus à se battre pour invalider Roe v Wade, entre autres façons par la nomination de juges conservateurs à la Cour Suprême. Du jour au lendemain des personnalités politiques qui ne s’étaient pas jusqu’alors engagées dans le débat sur l’avortement prenaient des positions publiques tranchées, et se déclaraient « pro-life » pour se concilier le vote évangélique. Le plus proéminent d’entre eux fut Ronald Reagan. En 1967 alors gouverneur de la Californie, Reagan avait signé une loi légalisant l’avortement, mais à partir de 1978, en tant que candidat à la Maison Blanche, il se déclarait partisan du « caractère sacré de la vie ». Idem plus récemment pour Donald Trump. L’ancien playboy new yorkais, qui avait longtemps fait profession foi de sa tolérance et de son progressisme en la matière, reconnaissant le droit d’une femme à « choisir », se mua en partisan virulent du droit à la vie lors de sa campagne présidentielle de 2016. En 2018, devenu président, il s’adressa, depuis les jardins de la Maison Blanche, aux manifestants qui participent tous les ans, le 22 janvier, à une marche de protestation sur la capitale fédérale Washington D.C. pour commémorer la funeste décision de 1973, et leur déclara qu’il défendrait toujours le premier droit garanti par la Constitution, le « droit à la vie »… Face à ces engagements, les forces pro-avortement se sont mobilisées pour défendre et conforter ce droit jugé fondamental. Les nominations de juges à la cour Suprême sont devenues l’enjeu de batailles féroces qui n’ont fait que s’envenimer avec le temps. La première bataille eut lieu en 1987 quand le président Reagan y présenta la candidature du juge Robert Bork. Bork était un haut magistrat reconnu et expérimenté, professeur à l’université de Yale, qui ne cachait pas son désaccord avec nombres de décisions antérieures de la Cour suprême, dont « Roe vs Wade », conséquences pour lui d’une lecture extrapolative de la Constitution. Sa nomination, médiatisée comme aucune autre jusqu’alors, fut torpillée par le Sénat, à l’incitation de Ted Kennedy, le benjamin des trois frères, alors sénateur du Massachusetts, et du président de la Commission judiciaire, un certain Joe Biden. Bork dénonça « un arbitraire et des mensonges grossiers », mais rien n’y fit. Les Démocrates étaient alors majoritaires au Congrès et il n’était pas question qu’ils admettent à la Cour Suprême, un juge anti-avortement. Bork fut rejeté. A sa place, Reagan nomma Anthony Kennedy, un centriste, acquis au maintien de Roe v Wade. La seconde bataille se déroula en 1991 avec la nomination du juge Clarence Thomas par George Bush père. Thomas, un Noir conservateur, opposé à l’avortement, fut immédiatement attaqué, non pas sur sa philosophie judiciaire, mais sur sa personne et son passé. Les Démocrates mirent en avant une ancienne stagiaire, Anita Hill, qui l’accusa de harcèlement sexuel. L’homme orchestrant ces accusations fut à nouveau le président de la Commission judiciaire du Sénat, Joe Biden. Une enquête du FBI jugea les accusations de Hill « infondées ». Néanmoins elle fut invitée à témoigner lors des audiences de confirmation qui s’étalèrent sur près de deux mois, une durée sans précédent ! Clarence Thomas compara la procédure à une « honte nationale » et un « lynchage médiatique » destiné à « détruire sa réputation » et intimider « tous les Noirs qui oseraient ne pas suivre l’ordre établi et penser par eux-mêmes ». Il fut finalement confirmé par un vote de 52 voix contre 48 au Sénat. Quarante-six sénateurs démocrates sur cinquante-sept votèrent contre lui. Cette bataille fut un prélude à une autre bataille encore plus brutale engagée toujours par les mêmes Démocrates, cette fois contre le juge Brett Kavanaugh en 2018. Kavanaugh était le second juge nommé par Donald Trump, sa nomination pouvait donner à la Cour une majorité conservatrice susceptible d’invalider Roe v Wade. Les démocrates étaient donc prêts à tout pour faire dérailler sa nomination. D’autant que le climat politique était alors particulièrement tendu. 2016, la dernière année du mandat présidentiel de Barack Obama s’était ouverte avec une cour comprenant quatre juges progressistes (Ruth Bader Ginzburg et Stephen Breyer, nommés par Bill Clinton, Sonya Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama) trois juges conservateurs (Antonin Scalia, nommé par Ronald Reagan, Clarence Thomas, nommé par George Bush père et Samuel Alito, nommé par George W. Bush), ainsi que deux juges centristes, nommés par deux présidents républicains mais rejoignant très souvent les positions des quatre juges progressistes, (Anthony Kennedy, nommé par Reagan et John Roberts, le président de la Cour, nommé par George W. Bush). Les progressistes avaient donc la majorité au sein de la cour, mais cette majorité était fragile. Un simple ralliement de Kennedy et Roberts au camp conservateur pouvait donner à celui-ci une majorité de cinq voix contre quatre. La nomination de deux nouveaux juges conservateurs pouvait aussi inverser le rapport de force. En février 2016 Antonin Scalia, le plus conservateur des neuf juges, décéda subitement. Barack Obama s’empressa de proposer pour lui succéder le juge Merrick Garland (aujourd’hui ministre de la Justice du président Biden). C’était l’occasion de consolider la majorité de gauche à la Cour Suprême ! Mais le Sénat, contrôlé par le parti républicain, parvint à repousser les audiences de confirmation jusqu’après l’élection présidentielle de novembre. Garland n’eut jamais l’occasion de défendre sa nomination. La manœuvre fit grincer des dents et valut à son auteur, Mitch Mc Connell, chef de file des Républicains du Sénat, une très mauvaise presse. Mais les Démocrates étaient alors persuadés que Hillary Clinton serait élue présidente en novembre 2016. Elle pourrait nommer Garland ou un autre juge tout aussi progressiste et les Républicains seraient alors obligés de confirmer sa nomination. Ce n’est pas ce qui se produisit ! Le 8 novembre 2016, le candidat républicain Donald Trump fut élu de justesse, créant ainsi la plus grosse surprise électorale de l’histoire présidentielle américaine. Et remportant le droit de nommer le juge de son choix pour succéder à Antonin Scalia. Ce fut Neil Gorsuch. Sa nomination ne changea pas l’équilibre de la Cour. Scalia, le sortant était conservateur, Gorsuch l’entrant l’était aussi. Deux ans plus tard en 2018 le juge Anthony Kennedy, âgé de 82 ans, prit sa retraite, offrant à Donald Trump la possibilité de nommer un deuxième juge à la Cour. Ce fut Brett Kavanaugh. Dans le contexte polarisé de la présidence Trump, les audiences de confirmation de Brett Kavannaugh dégénérèrent dans un chaos sans précédent. (…) Elle ne parvint cependant pas à faire dérailler la nomination de Kavanaugh. La Cour Suprême avait désormais une majorité conservatrice. Et pour rajouter encore à la déconvenue des Démocrates, Ruth Bader Ginzburg, âgée de 87 ans, souffrant d’un cancer depuis des années et qui ne siégeait plus à la Cour que par intermittence à cause de séjours répétés en hôpital, décéda à son tour quelques mois avant la fin du mandat de Donald Trump. La juge la plus à gauche, véritable pilier de l’idéologie progressiste laissait son siège vacant et offrait au président Trump le privilège rare de nommer un troisième juge à la Cour en un seul mandat ! Celui-ci s’empressait de désigner Amy Coney Barrett et le Sénat, toujours contrôlé par les Républicains, s’empressait de confirmer sa nomination. Cette fois la cause était entendue. Le camp progressiste au sein de la Cour Suprême est réduit à trois juges : Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Stephen Breyer (qui sera bientôt remplacé par Katanji Brown Jackson, tout récemment nommée par le président Biden et déjà confirmée). Le camp conservateur en compte cinq : Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavannaugh et Amy Coney Barret). Quatre d’entre eux ont moins de soixante ans et devraient siéger pour des décennies. Le président de la Cour reste le juge John Roberts. Son vote, imprévisible, peut renforcer la majorité conservatrice, à six voix contre trois, ou la réduire à cinq voix contre quatre. Mais cette majorité conservatrice est solidement ancrée. Les Démocrates ont perdu la bataille de la Cour Suprême. Sans surprise, leur stratégie a donc radicalement évolué à son égard. Ils suggèrent désormais de porter le nombre de ses juges à quinze. Cela s’appelle en anglais le « Court Packing ». Autoriser le président, démocrate bien sûr, à nommer d’un coup six juges, pour rendre au camp progressiste le contrôle des débats. Pour y parvenir les Démocrates ont besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix au Sénat. Ils en sont loin. La manœuvre est donc purement symbolique. Ce qui enrage et angoisse les Démocrates. Car la question de l’avortement n’est pas la seule question devant la Cour Suprême. D’autres questions de société peuvent lui être soumises. Leur hantise est de voir les acquis récents – qui ne sont qu’un échafaudage de déconstruction sociétale sans précédent – dont la reconnaissance du mariage homosexuel, de l’agenda LGBT et des droits des immigrants clandestins, à leur tour, battus en brèche. Derrière la question de l’avortement, il y a de vrais enjeux de société aux Etats-Unis. Enjeux pour lesquels la Cour Suprême aura un rôle légitime à jouer. L’annulation de Roe v Wade serait le premier signe de la fin des dérives engagées depuis un demi-siècle et l’amorce d’un retour de balancier, espéré et attendu depuis des décennies par la fameuse majorité silencieuse. Gérald Olivier
La thèse d’Inglehart sur la révolution silencieuse se concentre sur le changement de valeur sur le pôle gauche du spectre politique, en omettant la droite. Dans plusieurs de ses publications, Ronald Inglehart soutient qu’une nouvelle dimension matérialiste/postmatérialiste façonne les attitudes politiques en Occident et au Japon. L’émergence d’un nouvel ensemble de valeurs qui met l’accent sur des valeurs non matérialistes (telles que la liberté, la participation, la réalisation de soi) a donné naissance à la Nouvelle Politique. Pour Inglehart, ce changement du système de valeurs vers une augmentation régulière et progressive du postmatérialisme affecte les préférences partisanes. En particulier, les postmatérialistes penchent massivement en faveur des partis de gauche. En d’autres termes, le changement de valeur a produit de nouveaux alignements politiques et de nouveaux mouvements politiques sur le côté gauche du spectre politique. (…) L’incohérence de la thèse d’Inglehart avec la montée des partis d’extrême droite est encore plus déconcertante. Pourquoi, à une époque de montée du postmatérialisme et de croissance économique, trouvons-nous un nombre croissant d’électeurs de droite ? Et pourquoi l’affirmation de la nouvelle politique n’a-t-elle pas réduit l’espace de l’extrême droite ? Notre hypothèse est que, parallèlement à la diffusion du postmatérialisme, dans les pays occidentaux dans les années 1980, un climat culturel et politique différent, partiellement stimulé par la même « Nouvelle politique », a également pris racine. Ce changement de croyances et d’attitudes s’est partiellement exprimé dans le soi-disant néoconservatisme (et a été partiellement interprété par les partis conservateurs). Mais, dans une large mesure, il est resté souterrain jusqu’à la montée récente des PED. Un tel creuset souterrain d’attitudes et de sentiments comprend l’émergence de nouvelles priorités et questions non traitées par les partis établis, une désillusion à l’égard des partis en général, un manque croissant de confiance dans le système politique et ses institutions, et un pessimisme général quant à l’avenir. En un sens, on pourrait dire que les Verts et les PED sont respectivement les enfants légitimes et les enfants indésirables de la Nouvelle Politique ; comme les Verts sortent de la révolution silencieuse, les PED dérivent d’une réaction à celle-ci, une sorte de « contre-révolution silencieuse ».  Piero Ignazi (1992)
Aujourd’hui, la notion de genre est très attaquée, notamment lorsqu’elle est déployée en milieu scolaire. La rhétorique de l’extrême droite est que les associations procéderaient à du lavage de cerveau envers les jeunes. Et le résultat de ce discours nourri de transphobie, c’est qu’on a 89 députés du RN. Matthieu Gatipon (collectif LGBT)
Des centres LGBT se font attaquer, des personnes LGBT se font agresser tous les jours. On aimerait un peu plus de soutien du gouvernement, qui se dit notre allié mais ne fait pas grand-chose. Elisa Koubi (collectif LGBT)
C’est une décision juridique. C’est juste un renvoi de la décision au peuple. Paul Reen (Republicans in France)
Trump brought about the end of Roe. That is something every prior Republican decidedly couldn’t do or refused to do… One relevant question is whether a different Republican nominee would have yielded as good results, Supreme Court-wise, in 2016 through 2020 as Trump did (…) maybe it took Trump’s unique appeal to the working-class voter in order to carry Michigan, Pennsylvania, and Wisconsin in 2016. Also, once in office, perhaps it took Trump’s unique disdain for the liberal media to place three conservatives on the high court. When the Washington Post and Democratic senators rallied relentlessly behind uncorroborated sexual assault allegations against Brett Kavanaugh, would another Republican president have caved? When the media and Democrats decided that it was somehow foul play to replace Justice Ruth Bader Ginsburg a month before the election in 2020, would another Republican have gone along with that argument? Timothy P. Carney
For the reasons Alito lays out, I believe that Roe was a terribly misguided decision, and that a wiser course would have been for the issue of abortion to have been given a democratic outlet, allowing even the losers “the satisfaction of a fair hearing and an honest fight,” in the words of the late Justice Antonin Scalia. Instead, for nearly half a century, Roe has been the law of the land. But even those who would welcome its undoing should acknowledge that its reversal could convulse the nation. If we are going to debate abortion in every state, given how fractured and angry America is today, we need caution and epistemic humility to guide our approach. We can start by acknowledging the inescapable ambiguities in this staggeringly complicated moral question. No matter one’s position on abortion, each of us should recognize that those who hold views different from our own have some valid points, and that the positions we embrace raise complicated issues. That realization alone should lead us to engage in this debate with a little more tolerance and a bit less certitude. (…) For example, about half of all fertilized eggs are aborted spontaneously—that is, result in miscarriage—usually before the woman knows she is pregnant. Focus on the Family, an influential Christian ministry, is emphatic: “Human life begins at fertilization.” Does this mean that when a fertilized egg is spontaneously aborted, it is comparable—biologically, morally, ethically, or in any other way—to when a 2-year-old child dies? If not, why not? (…) The pro-choice side, for its part, seldom focuses on late-term abortions. Let’s grant that late-term abortions are very rare. But the question remains: Is there any point during gestation when pro-choice advocates would say “slow down” or “stop”—and if so, on what grounds? Or do they believe, in principle, that aborting a child up to the point of delivery is a defensible and justifiable act; that an abortion procedure is, ethically speaking, the same as removing an appendix? If not, are those who are pro-choice willing to say, as do most Americans, that the procedure gets more ethically problematic the further along in a pregnancy? (…) At the same time, even if one believes that the moral needle ought to lean in the direction of protecting the unborn from abortion, that doesn’t mean one should be indifferent to the enormous burden on the woman who is carrying the child and seeks an abortion, including women who discover that their unborn child has severe birth defects. Nor does it mean that all of us who are disturbed by abortion believe it is the equivalent of killing a child after birth. In this respect, my view is similar to that of some Jewish authorities, who hold that until delivery, a fetus is considered a part of the mother’s body, although it does possess certain characteristics of a person and has value. But an early-term abortion is not equivalent to killing a young child. (…) with abortion, we’re dealing with an awesome mystery and insoluble empirical questions. Which means that rather than hurling invective at one another and caricaturing those with whom we disagree, we should try to understand their views, acknowledge our limitations, and even show a touch of grace and empathy. In this nation, riven and pulsating with hate, that’s not the direction the debate is most likely to take. But that doesn’t excuse us from trying. Peter Wehner
Ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour. (…) C’est une très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique. La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts. Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué. Je doute qu’un seul État aille vers une interdiction totale. Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes. Joshua Mitchell (Georgetown)
En annulant la célèbre décision « Roe vs Wade » de 1973 qui instaurait un droit fédéral à l’avortement, et en renvoyant aux États le pouvoir de trancher sur cette question douloureuse, les juges de la Cour suprême américaine de 2022, ont pris, par 6 voix contre 3, une décision historique. Opposant ceux qui se réjouissent d’une «victoire de la vie» à ceux qui veulent défendre la liberté des femmes de «contrôler leur corps», elle va déchirer l’Amérique et constituera un sujet central de la bataille des élections de mi-mandat. Dans un contexte de quasi-guerre civile politique, cela dessine un terrain glissant et dangereux, dont la tentative d’attentat contre le juge conservateur Brett Kavanaugh qui a suivi le vote, illustre le caractère explosif. Mais présenter la décision de la Cour suprême comme « un retour au Moyen Âge » ou une « talibanisation » des États-Unis, comme on le martèle depuis quelques jours, apparaît comme une véritable caricature, très idéologique. Évacuant la question morale, malgré toutes les découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine du fœtus, cette lecture des événements nie toute légitimité à ceux qui n’ont jamais cessé de défendre le droit sacré à la vie, ou veulent – c’est la majorité du camp conservateur – imposer des limites de temps plus strictes, au droit d’avorter, aujourd’hui beaucoup plus permissif aux États-Unis qu’en Europe. Faudrait-il faire comme s’ils n’existaient pas et ne voir le sujet que sous l’angle des féministes, qui a bien sûr sa légitimité? Ou accepter de débattre? À bien y regarder, cette décision n’est pas étonnante. Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’avortement à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus. Pays fédéral toujours très chrétien, les États-Unis restent en réalité très partagés sur l’avortement, même si une majorité de 60 % est aujourd’hui favorable à ce droit, les désaccords portant surtout sur son encadrement. Loin de refléter l’approbation de la majorité de la population, la décision «Roe vs Wade» avait été imposée par le haut au pays en 1973 par une Cour suprême progressiste, évacuant du débat la moitié conservatrice du pays. La décision de vendredi dernier ressemble de ce point de vue à un effet boomerang. Comme le note le professeur de philosophie politique Joshua Mitchell, de l’université de Georgetown, «ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour». Autrement dit, les juges américains s’étaient substitués à la délibération démocratique. Aujourd’hui, ils ne vont pas jusque-là, mais exigent un retour du dossier vers les États, revendication constante des conservateurs. Reflétant ce point de vue, le professeur Mitchell, favorable au droit à l’avortement des femmes dans «des limites raisonnables» de 12 semaines, parle d’une «très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique». «La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts», insiste-t-il. «Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué», analyse Mitchell. Le camp libéral, consterné, s’en inquiète, soulignant, non sans raison, qu’il existe un groupe substantiel d’ «intégralistes conservateurs» qui rêverait d’absolutiser le dossier, et d’interdire tout de go l’avortement, même en cas d’inceste ou de viol. Mais présenter ce camp comme majoritaire brouille la réalité des humeurs de la majorité des républicains, favorables à l’avortement, mais avec une interdiction au-delà de 12 ou 15 semaines. (..) La décision «Roe vs Wade» a en effet permis de pratiquer des avortements, pratiquement jusqu’à la naissance, dans de nombreux États. «Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes», note Mitchell. Des dizaines de millions d’avortements ont été réalisés aux États-Unis depuis 1973. Laure Mandeville
La gauche supposait qu’après 2016, Hillary Clinton, en tant que présidente, nommerait trois ou quatre autres juges militants au cours de son mandat de huit ans presque garanti. Mais l’impensable s’est produit avec l’étonnante élection de Donald Trump en 2016. Trump a maintenant nommé trois juges traditionalistes (et relativement jeunes) à des postes à vie à la Cour suprême. Ironiquement, il a été habilité à le faire après que le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a modifié les règles du Sénat en 2013, réduisant le seuil d’approbation des candidats à l’exécutif et à la magistrature de 60 voix à 51 voix. Reid a pris à tort pour acquis que les Démocrates contrôleraient le Sénat pendant la prochaine décennie dans le cadre d’un continuum Obama-Clinton de 16 ans. Reid souhaitait s’assurer que la minorité républicaine au Sénat n’aurait pas la possibilité d’entraver la nomination de candidats progressistes jusqu’en 2024 au moins. Au lieu de cela, Reid a permis à Trump et à un Sénat contrôlé par les Républicains de nommer des juges conservateurs à volonté selon les nouvelles règles. Victor Davis Hanson
La contre-révolution silencieuse contre-attaque !

Après l’aussi cinglante qu’inattendue remise à sa place …

Aussi bien au niveau extérieur avec l’Ukraine …

Qu’intérieur avec le retour en force d’un parlement depuis cinq ans réduit à faire de la figuration…

D’un président français qui après son casse de 2017 était présenté comme le coup d’arrêt progressiste à la vague de populisme qui traverse l’Occident depuis quelques années …

Et au lendemain d’une décision historique de la Cour suprême américaine …

Qui voit nos médias bien-pensants nous bassiner du matin au soir …

Avec une prétendue « révocation du droit à l’avortement » …

Pour non une privation comme ils le clament …

Mais en fait derrière un désaccord qui porte pour l’essentiel sur la question de l’encadrement

A savoir des limites de temps plus strictes pour une pratique en fait beaucoup plus permissive qu’en Europe …

Un retour des droits à chaque Etat de l’Union …

En cette journée après un mois de propagande intensive ..

Où entre campagne d’affichage de notre Ministère de la santé et appels à étendre l’actuel lavage de cerveau jusque dans les écoles de nos enfants

Le lobby homosexuel va reprendre comme chaque année et dans de plus en plus de pays ses provocations dans nos rues

Devinez qui, contre le respect des normes constitutionnelles et des traditions de longue date qui ont bien servi l’Amérique pendant de si nombreuses années …

Espérant avec Hillary Clinton changer les règles qu’ils estimaient gênantes …
A fini en fait ironie de l’histoire …
Par permettre à Trump et à un Sénat contrôlé par les Républicains…
Via la nomination, avec seulement une majorité de 50 sénateurs et non plus 60, de juges conservateurs relativement jeunes …
 De clore une longue parenthèse de révolution silencieuse
Qui depuis les années 60 aux Etats-Unis …
Avait grâce à la même Cour suprême en ce temps-là ouvertement militante …
D’un putsch judiciaire à un autre …
Et de l’avortement à présent jusqu’à quasiment la naissance à l’aberration du mariage homosexuel…
Sans compter, il y a deux ans sous prétexte d’épidémie, l’avalisation d’une élection manifestement dévoyée
Cru révolutionner pour toujours …
Nos modes de vies et nos moeurs  ?

2020 election is not really about a choice between Trump vs. Biden

Victor Davis Hanson

Fox News

November 3, 2020

In traditional presidential campaigns, the two major parties offer contrasting ideas and policies. The Democratic and Republican candidates barnstorm the nation to make their cases.

Not this year.

Democratic nominee Joe Biden is more or less a virtual candidate, mostly communicating from home via Zoom. He offers few detailed alternatives to the first four years of the Trump administration.

Instead, Biden is running on the idea that Donald Trump caused the COVID-19 pandemic and the resulting economic recession, and that he’s responsible for violence in the streets.

But Biden rarely offers contrasting visions of what he would have done differently than the Trump administration — or, for that matter, major European countries that are now in worse economic shape and fighting another coronavirus spike.

Even in the final days of the race, Biden is making far fewer campaign appearances than Trump. The challenger is outsourcing to the media his defense against allegations that the Biden family has peddled influence to foreign interests for millions of dollars that were routed into family coffers.

An inert Biden is playing the role of good ol’ Joe from Scranton, while his supporters hope not to just to change presidency, but to alter the very rules of how America has been governed for decades and even centuries.

Not long ago, the left favored the Electoral College. California, New York and Illinois gave Democrats more than 100 automatic Electoral College votes.

The left bragged that their “Blue Wall” lock on solidly Democratic, union-heavy Midwestern states had ensured Barack Obama two presidential terms — and in 2016 would guarantee Hillary Clinton the presidency as well.

But in 2016, the Blue wall crumbled — perhaps permanently.

Now, furious progressives plan to end the constitutionally mandated Electoral College by hook or crook. They feel it is no longer serves their election purposes.

Ditto the traditional structure of the Supreme Court. For nearly 60 years, a left-leaning Supreme Court revolutionized American cultural and political life with progressive decisions. The majority on the court advanced liberal agendas that often found little support in referenda, state legislatures and Congress.

Even Republican-appointed judges often flipped from conservative to liberal in the progressive culture of Washington. Once strict constructionist justices such as Harry Blackmun, William Brennan, Lewis F. Powell Jr., David Souter, John Paul Stevens, Potter Stewart and Earl Warren all became activists, delighting the left. Almost no Democratic-appointed justices turned traditional and conservative.

The Supreme Court includes two of Barack Obama’s liberal nominees, Sonia Sotomayor and Elena Kagan. The left assumed that after 2016, Hillary Clinton as president would appoint three or four more activist justices over her almost guaranteed eight-year tenure.

But then the unthinkable happened with the stunning 2016 election of Donald Trump.

Trump now has appointed three traditionalist (and relatively young) justices to lifetime spots on the Supreme Court. Ironically, he was empowered to so after Democratic Senate Majority Leader Harry Reid changed the Senate rules in 2013, reducing the threshold for approval of executive and judicial nominees from 60 votes to 51 votes.

Reid wrongly took for granted that Democrats would control the Senate for the next decade as part of an Obama-Clinton 16-year continuum. Reid wished to ensure that the Republican Senate minority would have no ability to obstruct the appointment of progressive nominees until at least 2024.

Instead, Reid ensured that Trump and a Republican-controlled Senate could appoint conservative judges at will under the new rules.

If elected president, Joe Biden would likely “pack” the Supreme Court with additional slots. That enlargement would ensure new activist left-wing justices.

In other words, the 151-year tradition of a Supreme Court with nine justices would end.

The left also wants to pack the Senate — and change the rules. Puerto Rico and Washington, D.C., would become new states. Their admission would end the tradition of 50-state America and would likely mean another four Democratic senators.

A Biden presidency and Democratic-controlled Senate would also quickly kill off what is left of the filibuster. Democrats wish to ensure that a surviving Republican minority could not impede progressive agendas in the same manner that the Democratic minority has stopped Republican legislation in recent years.

In sum, the 2020 election is not just about Joe Biden sitting on a perceived lead and trying to run out the clock against barnstorming incumbent President Trump.

It is really a choice between changing rules when they are deemed inconvenient and respecting constitutional norms and long-held traditions that have served America well for many years.

Voir aussi:

There’s a Better Way to Debate Abortion
Caution and epistemic humility can guide our approach.
Peter Wehner
The Atlantic
May 17, 2022

If Justice Samuel Alito’s draft majority opinion in Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization becomes law, we will enter a post–Roe v. Wade world in which the laws governing abortion will be legislatively decided in 50 states.

In the short term, at least, the abortion debate will become even more inflamed than it has been. Overturning Roe, after all, would be a profound change not just in the law but in many people’s lives, shattering the assumption of millions of Americans that they have a constitutional right to an abortion.

This doesn’t mean Roe was correct. For the reasons Alito lays out, I believe that Roe was a terribly misguided decision, and that a wiser course would have been for the issue of abortion to have been given a democratic outlet, allowing even the losers “the satisfaction of a fair hearing and an honest fight,” in the words of the late Justice Antonin Scalia. Instead, for nearly half a century, Roe has been the law of the land. But even those who would welcome its undoing should acknowledge that its reversal could convulse the nation.

If we are going to debate abortion in every state, given how fractured and angry America is today, we need caution and epistemic humility to guide our approach.

We can start by acknowledging the inescapable ambiguities in this staggeringly complicated moral question. No matter one’s position on abortion, each of us should recognize that those who hold views different from our own have some valid points, and that the positions we embrace raise complicated issues. That realization alone should lead us to engage in this debate with a little more tolerance and a bit less certitude.

Many of those on the pro-life side exhibit a gap between the rhetoric they employ and the conclusions they actually seem to draw. In the 1990s, I had an exchange, via fax, with a pro-life thinker. During our dialogue, I pressed him on what he believed, morally speaking, should be the legal penalty for a woman who has an abortion and a doctor who performs one.

My point was a simple one: If he believed, as he claimed, that an abortion even moments after conception is the killing of an innocent child—that the fetus, from the instant of conception, is a human being deserving of all the moral and political rights granted to your neighbor next door—then the act ought to be treated, if not as murder, at least as manslaughter. Surely, given what my interlocutor considered to be the gravity of the offense, fining the doctor and taking no action against the mother would be morally incongruent. He was understandably uncomfortable with this line of questioning, unwilling to go to the places his premises led. When it comes to abortion, few people are.

Humane pro-life advocates respond that while an abortion is the taking of a human life, the woman having the abortion has been misled by our degraded culture into denying the humanity of the child. She is a victim of misinformation; she can’t be held accountable for what she doesn’t know. I’m not unsympathetic to this argument, but I think it ultimately falls short. In other contexts, insisting that people who committed atrocities because they truly believed the people against whom they were committing atrocities were less than human should be let off the hook doesn’t carry the day. I’m struggling to understand why it would in this context.

There are other complicating matters. For example, about half of all fertilized eggs are aborted spontaneously—that is, result in miscarriage—usually before the woman knows she is pregnant. Focus on the Family, an influential Christian ministry, is emphatic: “Human life begins at fertilization.” Does this mean that when a fertilized egg is spontaneously aborted, it is comparable—biologically, morally, ethically, or in any other way—to when a 2-year-old child dies? If not, why not? There’s also the matter of those who are pro-life and contend that abortion is the killing of an innocent human being but allow for exceptions in the case of rape or incest. That is an understandable impulse but I don’t think it’s a logically sustainable one.

The pro-choice side, for its part, seldom focuses on late-term abortions. Let’s grant that late-term abortions are very rare. But the question remains: Is there any point during gestation when pro-choice advocates would say “slow down” or “stop”—and if so, on what grounds? Or do they believe, in principle, that aborting a child up to the point of delivery is a defensible and justifiable act; that an abortion procedure is, ethically speaking, the same as removing an appendix? If not, are those who are pro-choice willing to say, as do most Americans, that the procedure gets more ethically problematic the further along in a pregnancy?

Plenty of people who consider themselves pro-choice have over the years put on their refrigerator door sonograms of the baby they are expecting. That tells us something. So does biology. The human embryo is a human organism, with the genetic makeup of a human being. “The argument, in which thoughtful people differ, is about the moral significance and hence the proper legal status of life in its early stages,” as the columnist George Will put it.

These are not “gotcha questions”; they are ones I have struggled with for as long as I’ve thought through where I stand on abortion, and I’ve tried to remain open to corrections in my thinking. I’m not comfortable with those who are unwilling to grant any concessions to the other side or acknowledge difficulties inherent in their own position. But I’m not comfortable with my own position, either—thinking about abortion taking place on a continuum, and troubled by abortions, particularly later in pregnancy, as the child develops.

The question I can’t answer is where the moral inflection point is, when the fetus starts to have claims of its own, including the right to life. Does it depend on fetal development? If so, what aspect of fetal development? Brain waves? Feeling pain? Dreaming? The development of the spine? Viability outside the womb? Something else? Any line I might draw seems to me entirely arbitrary and capricious.

Because of that, I consider myself pro-life, but with caveats. My inability to identify a clear demarcation point—when a fetus becomes a person—argues for erring on the side of protecting the unborn. But it’s a prudential judgment, hardly a certain one.

At the same time, even if one believes that the moral needle ought to lean in the direction of protecting the unborn from abortion, that doesn’t mean one should be indifferent to the enormous burden on the woman who is carrying the child and seeks an abortion, including women who discover that their unborn child has severe birth defects. Nor does it mean that all of us who are disturbed by abortion believe it is the equivalent of killing a child after birth. In this respect, my view is similar to that of some Jewish authorities, who hold that until delivery, a fetus is considered a part of the mother’s body, although it does possess certain characteristics of a person and has value. But an early-term abortion is not equivalent to killing a young child. (Many of those who hold this position base their views in part on Exodus 21, in which a miscarriage that results from men fighting and pushing a pregnant woman is punished by a fine, but the person responsible for the miscarriage is not tried for murder.)

“There is not the slightest recognition on either side that abortion might be at the limits of our empirical and moral knowledge,” the columnist Charles Krauthammer wrote in 1985. “The problem starts with an awesome mystery: the transformation of two soulless cells into a living human being. That leads to an insoluble empirical question: How and exactly when does that occur? On that, in turn, hangs the moral issue: What are the claims of the entity undergoing that transformation?”

That strikes me as right; with abortion, we’re dealing with an awesome mystery and insoluble empirical questions. Which means that rather than hurling invective at one another and caricaturing those with whom we disagree, we should try to understand their views, acknowledge our limitations, and even show a touch of grace and empathy. In this nation, riven and pulsating with hate, that’s not the direction the debate is most likely to take. But that doesn’t excuse us from trying.

Voir de plus:

Le Sénat de New York a voté une loi autorisation l’avortement après 24 semaines de grossesse, si la santé de la mère est en danger, ou que le foetus n’est pas viable. Dans cet Etat, la loi n’avait pas évolué depuis 1970

Robin Andraca

Libération
30 janvier 2019

Question posée le 29/01/2019

Bonjour,

Vous faites référence à plusieurs articles publiés ces derniers jours sur le sujet. «Le Sénat de New York adopte un projet de loi permettant l’avortement jusqu’à la naissance», titrait par exemple le site «Info Chrétienne» ce 23 janvier. Suivi six jours plus tard par Valeurs Actuelles : «A New York, on peut désormais avorter jusqu’à la naissance». Laissant ainsi penser que toutes les femmes, dans l’Etat de New York, pouvaient désormais avorter jusqu’au dernier jour de leur grossesse, sans raison particulière.

La réalité est pourtant plus complexe, comme le concède Valeurs Actuelles dans le premier paragraphe de son article : «Une femme pourra désormais avoir recours à l’avortement jusqu’au dernier jour de sa grossesse, si sa santé ou celle de l’enfant est en danger, ou encore si le fœtus n’est pas jugé viable».

C’est en effet le sens du texte voté le 22 janvier par le Sénat de l’Etat de New York, avec 38 voix pour et 24 contre. Que prévoit ce «Reproductive Health Act», bloqué depuis des années par les Républicains lorsqu’ils contrôlaient encore cette chambre ? Trois choses.

La première : le fait de pouvoir avorter après 24 semaines de grossesse (et jusqu’au terme) lorsque le fœtus n’est pas viable. Jusqu’à présent, pour l’Etat de New York, les avortements tardifs étaient seulement autorisés si la vie de la mère était en danger.

Deuxième point : ce vote étend la liste des professionnels qui peuvent pratiquer cet acte. Il ne concerne désormais plus seulement les médecins, mais aussi les infirmières praticiennes, les sages-femmes habilitées, et les assistants médecins.

Dernier point : l’avortement est retiré du Code pénal de l’Etat de New York, et dépend désormais du code de la santé publique. Réaliser un avortement tarif était jusque-là considéré comme un crime dans l’Etat de New York. et poussait certains médecins à refuser cet acte, de peur d’un procès. Il contraignait aussi les femmes à aller dans d’autres Etats pour interrompre sa grossesse : ainsi, une habitante de l’Etat de New York avait dû se rendre au Colorado pour avorter, après avoir appris après 31 semaines de grossesse que son bébé n’avait aucune chance de survivre après la naissance.

Comme l’explique le New York Times, la législation sur l’avortement n’avait pas évolué depuis 1970 dans cet Etat, et ne comprenait pas certaines dispositions prévues par l’emblématique arrêt Roe v.Wade, rendu par la cour suprême trois ans plus tard, en 1973, et qui a reconnu le droit des femmes à l’avortement aux Etats-Unis.

Voilà, en réalité, deux ans que le gouverneur de New York entendait protéger le droit à l’avortement dans son Etat, en raison du nouveau rapport de force à la cour suprême, où Trump avait nommé en janvier 2017 un juge anti-avortement, menaçant ainsi directement l’arrêt Roe v.Wade.

«Alors que Washington veut restreindre les droits des femmes, nous voulons les protéger, et puisqu’ils menacent les droits reproductifs, je propose un amendement constitutionnel pour inscrire Roe V. Wade dans la Constitution de l’Etat de New York et empêcher toute attaque sur le droit de choisir», déclarait dès janvier 2017 le gouverneur de New York, Andrew Cuomo.

Bien cordialement,

Voir encore:

Etats-Unis : Pourquoi tant d’affolement autour de l’avortement (1)

Gérald Olivier

France Amérique

14 mai 2022

1ere partie: L’avortement ne sera pas interdit

Séisme dans la sphère politique progressiste américaine ! Le site internet Politico a révélé il y a quelques jours, que la Cour Suprême des Etats-Unis était sur le point d’invalider la fameuse décision de 1973 « Roe vs Wade », légalisant l’avortement. Pour preuve de cette affirmation fracassante, Politico affirme détenir le brouillon de cette décision, un document d’une centaine de pages ayant reçu l’aval de cinq des neuf juges de la Cour, soit la majorité !

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe ! Tout y était sensationnel.

Le sujet d’abord, l’avortement, l’un des plus clivants et des plus controversés des cinquante dernières années aux Etats-Unis. Car même s’il y est actuellement légal, l’avortement reste un sujet de divisions aigües.

La méthode par laquelle cette nouvelle a été connue, ensuite : une fuite de document sans précédent. Les débats internes à la Cour Suprême se sont toujours déroulés sous le sceau du secret absolu. Un sceau inviolé pendant deux cent trente-trois ans !Jusqu’au scoop de Politico.

Les enjeux enfin, car à quelques mois des élections de mi-mandat, échéance majeure qui verra le renouvellement de l’ensemble du Congrès et de l’appareil politique de dizaines d’Etats, cette révélation pourrait avoir un impact électoral considérable.

Les réactions ne se sont pas fait attendre.

Les partisans du « droit à la vie » (anti-avortement) ont exprimé une satisfaction retenue quant à l’abrogation annoncée de Roe v Wade, mais ils ont déploré la « fuite historique », illustration, pour eux, d’une volonté d’interférer avec le processus judiciaire et de faire pression sur les juges suprêmes.

Les élus démocrates, les médias dominants et les grandes chaînes de télévision ont unanimement critiqué cette décision annoncée, qualifiée d’assaut intolérable contre une liberté fondamentale.

Quant aux sympathisants du « droit de choisir » et autre militants pro-avortement, ils sont descendus dans la rue pour mettre en scène leur colère devant les caméras de télévision. Ils ont manifesté devant la Cour Suprême, et devant les résidences personnelles de certains juges de la Cour, dont les adresses personnelles ont été communiquées sur les réseaux sociaux. La Maison Blanche refusant de condamner ces comportements, les violences verbales ont dégénéré en violences physiques et depuis plusieurs jours les actes de vandalisme contre des églises, associations et centres de défense du droit à la vie se sont multipliés, aussi bien à New York que dans le Wisconsin, au Texas ou en Californie.

Pour comprendre cet embrasement, il faut rappeler que la question de l’avortement n’a jamais été vraiment résolue aux Etats-Unis. Loin de clore le débat, la décision « Roe vs Wade » de 1973 l’a enflammé, divisant les Américains entre « pro-choice » ou « pro-life », les partisans du droit de choisir contre les partisans du droit à la vie… Le presque demi-siècle écoulé depuis n’a en rien calmé les passions. Le débat demeure brûlant, clivant, parfois violent.

Quoi que décide la Cour Suprême (un « brouillon » n’étant par définition pas un texte définitif) l’avortement ne sera pas interdit aux Etats-Unis. Si « Roe vs Wade » est invalidée, l’avortement sera à nouveau géré par chaque Etat de manière autonome. Comme c’était le cas avant cette décision. Il n’y aura plus une mais cinquante législations différentes sur l’avortement. La procédure restera légale dans des dizaines d’Etats, mais sera restreinte voire prohibée dans d’autres.

L’explication de l’embrasement politico-médiatique tient au fait que la question de l’avortement touche à trois sujets sensibles aux Etats-Unis.

Le premier est l’interruption de grossesse, proprement dite, avec ses connotations sociales, morales, religieuses, et médicales sur le commencement de la vie. Est-ce que la vie commence à la naissance ? Ou à la conception ? Ou quelque part entre les deux ?

Le second sujet est le rôle et le fonctionnement de la Cour Suprême dans les institutions américaines. Troisième branche du pouvoir et ultime arbitre des litiges judiciaires, la Cour Suprême a pris une dimension politique aux cours des dernières décennies du fait de l’influence de ses décisions sur les questions de société. Tant que ces décisions allaient dans le sens souhaité par les Démocrates et la gauche progressiste, cette politisation était bienvenue. Depuis que la direction s’est inversée, cette même gauche conteste la légitimité de la Cour, et sape sans vergogne ce pilier fondamental de la démocratie américaine.

Le troisième sujet enfin touche à la répartition des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les Etats de l’Union. Les Etats-Unis sont une fédération, où le pouvoir du gouvernement fédéral, limité à l’origine, n’a cessé de s’étendre. Certains, chez les Démocrates et à l’extrême gauche voudraient le voir s’étendre encore plus, quitte à éliminer les particularités qui font des Etats-Unis, une nation à part.

Explications.

1 L’avortement :

Il n’existe pas de loi affirmant la légalité de l’avortement aux Etats-Unis. La question n’a jamais été légiférée. Il n’y a jamais eu de débat parlementaire. Il n’y a jamais eu de vote des élus. Pour la bonne raison que le résultat aurait été négatif. En 2009 le Congrès voulut profiter du vent de libéralisme social suscité par l’élection de Barack Obama à la Maison Blanche pour faire voter une loi légalisant l’avortement. Elle fut rejetée en première lecture… Dès la diffusion du scoop de Politico, le Sénat a organisé un nouveau vote sur un futur texte de loi, légalisant l’avortement. Ce texte a été rejeté à 51 voix contre 49, alors qu’il avait besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix pour avancer. Les Démocrates n’ont même pas fait le plein de leurs propres voix.

Il n’y a donc, aux Etats-Unis, aucun équivalent à la loi Weil de 1975 sur l’Interruption Volontaire de Grossesse en France ; loi votée après un long débat parlementaire et devenue un acquis de la Ve République !

Aux Etats-Unis cette question a traditionnellement été laissée à la discrétion de chaque Etat. Jusque dans les années 1960 elle était d’ailleurs peu débattue. Tolérée dans les premières années de la République américaine, la pratique de l’avortement fut progressivement condamnée puis interdite dans la deuxième moitié du XIXe siècle à la demande non pas d’un parti politique mais des médecins. Ceux-ci rechignaient à pratiquer l’avortement car la procédure consiste à supprimer une vie plutôt qu’à la protéger. La procédure était donc confiée à des sages-femmes, ou des « faiseuses d’anges » qui agissaient par conviction mais sans vraie formation médicale, qui opéraient dans le secret, avec des risques considérables pour la mère. C’est donc au nom de la protection des femmes que les médecins ont obtenu des législateurs de chaque Etat qu’ils restreignent ou interdisent l’avortement.

Dans les années 1960, les bouleversements culturels et sociaux, en particulier l’intégration des femmes dans la vie active et la diffusion de la pilule contraceptive, à partir de 1962, ont engendré une révolution des mœurs et contribué aux demandes des mouvements féministes bourgeonnants pour l’émancipation des femmes et en particulier pour une libération de ce qu’elles appelaient la « servitude reproductive ».

L’avortement n’a plus été vu comme une simple procédure médicale aux dimensions émotionnelles et morales complexes, mais plutôt comme une forme de discrimination sociale. Les femmes les plus pauvres, souvent membres de minorités raciales, et à l’instruction la plus limitée étaient les plus fréquentes victimes des conséquences de grossesses non souhaitées. Et pour les autres, ces mêmes grossesses étaient perçues comme un obstacle à leur accomplissement professionnel et un frein à leur ascension sociale. Les revendications pour la reconnaissance d’un droit à l’avortement se sont alors multipliées.

A l’époque, trente Etats américains interdisaient l’avortement et seize l’autorisaient avec des restrictions. Seuls quatre Etats l’autorisaient largement: l’Alaska, Hawaïi, New York et Washington.

En 1965, dans l’affaire Griswold v Connecticut, la Cour Suprême avait reconnu l’existence d’un « droit à la vie privée » protégeant la vie maritale des Américains. Le Connecticut, riche Etat de Nouvelle Angleterre, interdisait alors la vente de contraceptifs. Un couple marié demandait la levée de cette interdiction parce qu’elle constituait, selon leurs avocats, une ingérence inacceptable du gouvernement dans la « vie privée » des Américains. Les juges avaient approuvé ce raisonnement à sept contre deux.

Toutefois ce « droit à la vie privée » n’est aucunement stipulé dans la Constitution américaine, ni dans ses articles, ni dans les dix amendements qui constituent la « Charte des Droits » (Bill of Rights), ni dans les amendements qui ont suivi. Aussi les juges suprêmes de l’époque ont-ils opiné que ce droit était garanti de manière « implicite » parce qu’il rentre dans le cadre des libertés individuelles protégées par la Constitution. C’est dans « la pénombre et les émanations » (sic) du texte constitutionnel que les juges d’alors ont trouvé la justification du droit à la vie privée… Même si la fragilité du raisonnement fut soulignée alors, la décision allait dans l’air du temps et chacun reconnaissait que l’Etat n’avait pas à fourrer son nez dans la « chambre de couples mariés ».

La décision Griswold v Connecticut annonçait celle qui allait suivre. Si le gouvernement ne pouvait dicter leur conduite sexuelle aux couples mariés, il ne pouvait pas non plus la dicter aux personnes célibataires, tout le monde étant égal devant la loi, et ne pouvait pas non plus interdire à une femme d’interrompre une grossesse.

Cette conclusion logique fut atteinte six ans plus tard, le 22 janvier 1973 par la fameuse décision « Roe vs Wade ». Jane Roe était le pseudonyme d’une femme attaquant l’Etat du Texas pour le droit d’avorter. Wade était le nom du procureur de Dallas où la plainte avait été déposée. D’appel en appel le dossier parvint jusqu’à la Cour Suprême qui après de longs mois de débats vota en faveur du plaignant à sept voix contre deux. Les juges suprêmes réaffirmèrent alors l’existence du fameux droit à la vie privée, basé plus particulièrement sur le XIVe amendement, garantissant, entre autres, à tous les citoyens américains l’égalité devant la loi. Leur décision équivalait à une légalisation de l’avortement sur l’ensemble du territoire fédéral. La date devint historique.

Byron White, l’un des deux juges à rejeter cette décision écrivit alors qu’elle constituait un « abus brutal du pouvoir judiciaire. » La force de cette décision était qu’elle s’appliquait au niveau fédéral. Elle avait force de loi, prenant le pas sur les législations particulières de chacun des cinquante Etats.

La faiblesse de cette décision était qu’elle se basait sur une interprétation contestable de la Constitution. D’ailleurs elle n’a cessé d’être contestée depuis. De plus elle tenait à quelques voix, celles de sept juges, tous des hommes. Toute évolution de la composition de la Cour Suprême pouvait remettre en question cette décision. Sans le savoir, la Cour Suprême venait de devenir l’objet d’un combat politique sans merci, ce qu’elle n’avait pas été jusqu’alors…

Etats-Unis : Pourquoi tant d’affolement autour de l’avortement (2)

Gérald Olivier

France Amérique

16 mai 2022

2 La Bataille pour la Cour Suprême

La Cour Suprême des Etats-Unis est le sommet de l’appareil judiciaire. Elle est la troisième branche du pouvoir. Son rôle est d’arbitrer les litiges et d’interpréter la Constitution pour « dire le droit » américain. Ses décisions ont valeur de loi et font jurisprudence. Elle compte neuf juges (six à sa création en 1787, mais ce nombre a été porté à neuf en 1869), nommés à vie par le président avec confirmation du Sénat. Les décisions s’y prennent à la majorité. Cinq juges suffisent donc pour imposer des décisions susceptibles de bouleverser la société, comme ce fut le cas pour « Roe v Wade », la décision de 1973 légalisant l’avortement.

Loin de clore le débat sur le sujet, Roe v Wade en fit un enjeu politique majeur pour les décennies à venir. Le droit à l’avortement est devenu une ligne de démarcation entre l’Amérique progressiste largement Démocrate, et l’Amérique conservatrice proche des Républicains. Il est devenu un critère capital dans la nomination des juges suprêmes.

Les Etats-Unis de 1973 comptaient de nombreux Etats conservateurs, marqués par la morale religieuse et le patriarcat. Pour ces Américains-là, la légalisation de l’avortement constituait une révolution culturelle aussi inattendue qu’inacceptable. Quelques leaders religieux, dont le révérend Jerry Falwell, pionnier parmi les télé-évangélistes conservateurs, comprirent l’énorme force politique que constituaient les chrétiens évangéliques, soudés par leur opposition à l’avortement. Ils décidèrent de mettre cette force au service du parti Républicain en échange d’un engagement de ses élus à se battre pour invalider Roe v Wade, entre autres façons par la nomination de juges conservateurs à la Cour Suprême.

Du jour au lendemain des personnalités politiques qui ne s’étaient pas jusqu’alors engagées dans le débat sur l’avortement prenaient des positions publiques tranchées, et se déclaraient « pro-life » pour se concilier le vote évangélique. Le plus proéminent d’entre eux fut Ronald Reagan. En 1967 alors gouverneur de la Californie, Reagan avait signé une loi légalisant l’avortement, mais à partir de 1978, en tant que candidat à la Maison Blanche, il se déclarait partisan du « caractère sacré de la vie ».

Idem plus récemment pour Donald Trump. L’ancien playboy new yorkais, qui avait longtemps fait profession foi de sa tolérance et de son progressisme en la matière, reconnaissant le droit d’une femme à « choisir », se mua en partisan virulent du droit à la vie lors de sa campagne présidentielle de 2016. En 2018, devenu président, il s’adressa, depuis les jardins de la Maison Blanche, aux manifestants qui participent tous les ans, le 22 janvier, à une marche de protestation sur la capitale fédérale Washington D.C. pour commémorer la funeste décision de 1973, et leur déclara qu’il défendrait toujours le premier droit garanti par la Constitution, le « droit à la vie »…

Face à ces engagements, les forces pro-avortement se sont mobilisées pour défendre et conforter ce droit jugé fondamental. Les nominations de juges à la cour Suprême sont devenues l’enjeu de batailles féroces qui n’ont fait que s’envenimer avec le temps.

La première bataille eut lieu en 1987 quand le président Reagan y présenta la candidature du juge Robert Bork. Bork était un haut magistrat reconnu et expérimenté, professeur à l’université de Yale, qui ne cachait pas son désaccord avec nombres de décisions antérieures de la Cour suprême, dont « Roe vs Wade », conséquences pour lui d’une lecture extrapolative de la Constitution.

Sa nomination, médiatisée comme aucune autre jusqu’alors, fut torpillée par le Sénat, à l’incitation de Ted Kennedy, le benjamin des trois frères, alors sénateur du Massachusetts, et du président de la Commission judiciaire, un certain Joe Biden. Bork dénonça « un arbitraire et des mensonges grossiers », mais rien n’y fit. Les Démocrates étaient alors majoritaires au Congrès et il n’était pas question qu’ils admettent à la Cour Suprême, un juge anti-avortement. Bork fut rejeté. A sa place, Reagan nomma Anthony Kennedy, un centriste, acquis au maintien de Roe v Wade.

La seconde bataille se déroula en 1991 avec la nomination du juge Clarence Thomas par George Bush père. Thomas, un Noir conservateur, opposé à l’avortement, fut immédiatement attaqué, non pas sur sa philosophie judiciaire, mais sur sa personne et son passé. Les Démocrates mirent en avant une ancienne stagiaire, Anita Hill, qui l’accusa de harcèlement sexuel. L’homme orchestrant ces accusations fut à nouveau le président de la Commission judiciaire du Sénat, Joe Biden. Une enquête du FBI jugea les accusations de Hill « infondées ». Néanmoins elle fut invitée à témoigner lors des audiences de confirmation qui s’étalèrent sur près de deux mois, une durée sans précédent !

Clarence Thomas compara la procédure à une « honte nationale » et un « lynchage médiatique » destiné à « détruire sa réputation » et intimider « tous les Noirs qui oseraient ne pas suivre l’ordre établi et penser par eux-mêmes ». Il fut finalement confirmé par un vote de 52 voix contre 48 au Sénat. Quarante-six sénateurs démocrates sur cinquante-sept votèrent contre lui.

Cette bataille fut un prélude à une autre bataille encore plus brutale engagée toujours par les mêmes Démocrates, cette fois contre le juge Brett Kavanaugh en 2018. Kavanaugh était le second juge nommé par Donald Trump, sa nomination pouvait donner à la Cour une majorité conservatrice susceptible d’invalider Roe v Wade. Les démocrates étaient donc prêts à tout pour faire dérailler sa nomination.

D’autant que le climat politique était alors particulièrement tendu.

2016, la dernière année du mandat présidentiel de Barack Obama s’était ouverte avec une cour comprenant quatre juges progressistes (Ruth Bader Ginzburg et Stephen Breyer, nommés par Bill Clinton, Sonya Sotomayor et Elena Kagan, nommées par Barack Obama) trois juges conservateurs (Antonin Scalia, nommé par Ronald Reagan, Clarence Thomas, nommé par George Bush père et Samuel Alito, nommé par George W. Bush), ainsi que deux juges centristes, nommés par deux présidents républicains mais rejoignant très souvent les positions des quatre juges progressistes, (Anthony Kennedy, nommé par Reagan et John Roberts, le président de la Cour, nommé par George W. Bush).

Les progressistes avaient donc la majorité au sein de la cour, mais cette majorité était fragile. Un simple ralliement de Kennedy et Roberts au camp conservateur pouvait donner à celui-ci une majorité de cinq voix contre quatre. La nomination de deux nouveaux juges conservateurs pouvait aussi inverser le rapport de force.

En février 2016 Antonin Scalia, le plus conservateur des neuf juges, décéda subitement. Barack Obama s’empressa de proposer pour lui succéder le juge Merrick Garland (aujourd’hui ministre de la Justice du président Biden). C’était l’occasion de consolider la majorité de gauche à la Cour Suprême ! Mais le Sénat, contrôlé par le parti républicain, parvint à repousser les audiences de confirmation jusqu’après l’élection présidentielle de novembre. Garland n’eut jamais l’occasion de défendre sa nomination.

La manœuvre fit grincer des dents et valut à son auteur, Mitch Mc Connell, chef de file des Républicains du Sénat, une très mauvaise presse. Mais les Démocrates étaient alors persuadés que Hillary Clinton serait élue présidente en novembre 2016. Elle pourrait nommer Garland ou un autre juge tout aussi progressiste et les Républicains seraient alors obligés de confirmer sa nomination.

Ce n’est pas ce qui se produisit ! Le 8 novembre 2016, le candidat républicain Donald Trump fut élu de justesse, créant ainsi la plus grosse surprise électorale de l’histoire présidentielle américaine. Et remportant le droit de nommer le juge de son choix pour succéder à Antonin Scalia. Ce fut Neil Gorsuch. Sa nomination ne changea pas l’équilibre de la Cour. Scalia, le sortant était conservateur, Gorsuch l’entrant l’était aussi.

Deux ans plus tard en 2018 le juge Anthony Kennedy, âgé de 82 ans, prit sa retraite, offrant à Donald Trump la possibilité de nommer un deuxième juge à la Cour. Ce fut Brett Kavanaugh.

Dans le contexte polarisé de la présidence Trump, les audiences de confirmation de Brett Kavannaugh dégénérèrent dans un chaos sans précédent. Emmenés par la jeune sénatrice de Californie Kamala Harris les membres de la Commission refusèrent d’abord de respecter la procédure, puis ils présentèrent le témoignage d’une femme de 52 ans, Christine Blasey Ford, venue accuser Kavanaugh d’avoir tenté de la violer, lors d’une soirée quelques trente-six plus tôt, en 1982, quand tous deux étaient lycéens !

Le FBI fut mandaté pour enquêter et ne trouva rien pour corroborer ses accusations, que personne ne vint confirmer. Plusieurs témoins, au contraire, présents ce fameux soir, nièrent tout incident. Néanmoins Blasey Ford fit la couverture de Time Magazine et devint une héroïne de la cause démocrate. Après son témoignage elle reçut plus d’un million de dollars en donations diverses pour récompenser son « courage »… Elle ne parvint cependant pas à faire dérailler la nomination de Kavanaugh.

La Cour Suprême avait désormais une majorité conservatrice. Et pour rajouter encore à la déconvenue des Démocrates, Ruth Bader Ginzburg, âgée de 87 ans, souffrant d’un cancer depuis des années et qui ne siégeait plus à la Cour que par intermittence à cause de séjours répétés en hôpital, décéda à son tour quelques mois avant la fin du mandat de Donald Trump. La juge la plus à gauche, véritable pilier de l’idéologie progressiste laissait son siège vacant et offrait au président Trump le privilège rare de nommer un troisième juge à la Cour en un seul mandat ! Celui-ci s’empressait de désigner Amy Coney Barrett et le Sénat, toujours contrôlé par les Républicains, s’empressait de confirmer sa nomination.

Cette fois la cause était entendue. Le camp progressiste au sein de la Cour Suprême est réduit à trois juges : Sonia Sotomayor, Elena Kagan et Stephen Breyer (qui sera bientôt remplacé par Katanji Brown Jackson, tout récemment nommée par le président Biden et déjà confirmée). Le camp conservateur en compte cinq : Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavannaugh et Amy Coney Barret). Quatre d’entre eux ont moins de soixante ans et devraient siéger pour des décennies. Le président de la Cour reste le juge John Roberts. Son vote, imprévisible, peut renforcer la majorité conservatrice, à six voix contre trois, ou la réduire à cinq voix contre quatre. Mais cette majorité conservatrice est solidement ancrée.

Les Démocrates ont perdu la bataille de la Cour Suprême.

Sans surprise, leur stratégie a donc radicalement évolué à son égard. Ils suggèrent désormais de porter le nombre de ses juges à quinze. Cela s’appelle en anglais le « Court Packing ». Autoriser le président, Démocrate bien sûr, à nommer d’un coup six juges, pour rendre au camp progressiste le contrôle des débats. Pour y parvenir les Démocrates ont besoin d’une majorité qualifiée de 60 voix au Sénat. Ils en sont loin.

La manœuvre est donc purement symbolique. Ce qui enrage et angoisse les Démocrates. Car la question de l’avortement n’est pas la seule question devant la Cour Suprême. D’autres questions de société peuvent lui être soumises. Leur hantise est de voir les acquis récents – qui ne sont qu’un échafaudage de déconstruction sociétale sans précédent – dont la reconnaissance du mariage homosexuel, de l’agenda LGBT et des droits des immigrants clandestins, à leur tour, battus en brèche.

Derrière la question de l’avortement, il y a de vrais enjeux de société aux Etats-Unis. Enjeux pour lesquels la Cour Suprême aura un rôle légitime à jouer. L’annulation de Roe v Wade serait le premier signe de la fin des dérives engagées depuis un demi-siècle et l’amorce d’un retour de balancier, espéré et attendu depuis des décennies par la fameuse majorité silencieuse.

Voir par ailleurs:

Cinq choses à savoir sur la marche des Fiertés qui a lieu ce samedi à Paris
Le Télégramme
25 juin 2022

Manifestation festive, elle retrouvera toutes ses couleurs après deux années de restrictions en raison de la covid. La marche des Fiertés LGBT + a lieu ce samedi à Paris. Le point sur cet événement emblématique, qui s’est diffusé dans toute la France

1 Une manifestation massive

Le défilé parisien rassemble habituellement 500 000 personnes, ce qui en fait l’un des plus importants événements récurrents de la capitale. Cette année, les participants défileront de la station de métro Michel Bizot, dans le 12e arrondissement, à la place de la République.

Le mot d’ordre fixé est « Nos corps, nos droits, vos gueules ! ». Il s’agit notamment de protester contre la « banalisation » de la « parole LGBTQIphobe et surtout transphobe », trop souvent ignorée des pouvoirs publics, selon le collectif associatif Inter-LGBT, qui organise cette marche.

« Aujourd’hui, la notion de genre est très attaquée, notamment lorsqu’elle est déployée en milieu scolaire », déplore Matthieu Gatipon, l’un de ses porte-parole. « La rhétorique de l’extrême droite est que les associations procéderaient à du lavage de cerveau envers les jeunes. Et le résultat de ce discours nourri de transphobie, c’est qu’on a 89 députés du RN », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse jeudi.« Des centres LGBT se font attaquer, des personnes LGBT se font agresser tous les jours. On aimerait un peu plus de soutien du gouvernement, qui se dit notre allié mais ne fait pas grand-chose », a ajouté Elisa Koubi, coprésidente du collectif.

2 1977 : première marche parisienne

Un mouvement de défense des personnes homosexuelles s’est constitué à partir de 1971 en France et participe d’abord aux défilés du 1er mai. « C’est le moment où l’homosexualité devient une question politique », indique Antoine Idier, sociologue et historien.

La première manifestation homosexuelle indépendante parisienne a lieu en 1977 (sept ans après la première Pride au monde, en 1970 à Chicago). Les participants ferraillent contre la répression et des lois discriminantes.

3 Paillettes et politique

Paillettes, drapeaux arc-en-ciel, chants et danses : les marches des Fiertés sont généralement festives. « Le mouvement homosexuel a toujours revendiqué d’être à la fois politique et festif », souligne Antoine Idier. « La dimension festive permet de rompre avec la politique classique ».

Le mouvement homosexuel revendique « une forme de politisation du corps, de l’intime, de la vie privée, or la fête incarne aussi tous ces éléments », ajoute l’historien.

Samedi, quelque 30 000 personnes sont attendues à l’arrivée de la marche parisienne, pour un spectacle gratuit associant une centaine d’artistes, dont Bilal Hassani.

4 Cortèges alternatifs

Outre la manifestation habituelle, des marches alternatives sont apparues ces dernières années, affichant d’autres slogans et revendications, souvent plus contestataires. Cela démontre « un foisonnement et un enrichissement du militantisme LGBT + », plutôt qu’un « éparpillement », analysait récemment dans Le Monde la sociologue et historienne Ilana Eloit.

Le 4 juin, un millier de personnes ont ainsi défilé à Saint-Denis pour la deuxième « pride des banlieues ». Et le 19 juin, ils étaient quelque 50 000 à Paris à la « Pride radicale » anticapitaliste et antiraciste, selon les estimations des associations organisatrices.

« Il y a toujours eu un débat au sein du mouvement homosexuel pour savoir s’il doit parler uniquement de l’homosexualité ou porter une critique de la société tout entière », décrit Antoine Idier.

Pour Elisa Koubi, de l’inter-LGBT, « c’est très bien qu’il y ait d’autres marches ». « On est toujours le radical de quelqu’un », et les différentes manifestations sont « complémentaires », ajoute-t-elle.

5 Multiplication des marches

Les marches des Fiertés ont lieu dans de nombreux pays. En France, elles sont organisées localement, par des associations, sans coordination au niveau national.

Au début des années 1990, de premières marches ont lieu en régions. « Pendant longtemps, on est resté avec une marche à Paris et quelques autres dans les principales grandes villes », note Denis Quinqueton, codirecteur de l’Observatoire LGBTI +. «On observe depuis quelques années un essaimage ».

Des marches ont ainsi été organisées pour la première fois cette année dans de petites villes comme Châlons-en-Champagne, Carcassonne ou Périgueux, ainsi que dans des départements ruraux, tels que la Lozère et l’Oise.

En Bretagne, celle de Rennes a déjà près de 30 ans : la 28e édition s’est déroulée le 4 juin. Il y a également eu le Festi-Gay à Gourin pendant des années. Mais des collectifs ont aussi organisé de tels événements dans d’autres villes plus récemment, notamment à Brest, Vannes, Lorient, Saint-Brieuc ou encore Quimper.

« La société a beaucoup évolué sur ces sujets. Il y a 30 ans, certaines personnes n’auraient pas osé aller manifester », mais « aujourd’hui, c’est moins le cas », relève Denis Quinqueton.

COMPLEMENT:

ANALYSE – Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’IVG à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus.

Aucun doute. En annulant la célèbre décision «Roe vs Wade» de 1973 qui instaurait un droit fédéral à l’avortement, et en renvoyant aux États le pouvoir de trancher sur cette question douloureuse, les juges de la Cour suprême américaine de 2022, ont pris, par 6 voix contre 3, une décision historique. Opposant ceux qui se réjouissent d’une «victoire de la vie» à ceux qui veulent défendre la liberté des femmes de «contrôler leur corps», elle va déchirer l’Amérique et constituera un sujet central de la bataille des élections de mi-mandat. Dans un contexte de quasi-guerre civile politique, cela dessine un terrain glissant et dangereux, dont la tentative d’attentat contre le juge conservateur Brett Kavanaugh qui a suivi le vote, illustre le caractère explosif.

Mais présenter la décision de la Cour suprême comme «un retour au Moyen Âge» ou une «talibanisation» des États-Unis, comme on le martèle depuis quelques jours, apparaît comme une véritable caricature, très idéologique. Évacuant la question morale, malgré toutes les découvertes scientifiques sur la vie intra-utérine du fœtus, cette lecture des événements nie toute légitimité à ceux qui n’ont jamais cessé de défendre le droit sacré à la vie, ou veulent – c’est la majorité du camp conservateur – imposer des limites de temps plus strictes, au droit d’avorter, aujourd’hui beaucoup plus permissif aux États-Unis qu’en Europe. Faudrait-il faire comme s’ils n’existaient pas et ne voir le sujet que sous l’angle des féministes, qui a bien sûr sa légitimité? Ou accepter de débattre?

À bien y regarder, cette décision n’est pas étonnante. Contrairement aux Français, qui ont accepté collectivement le droit à l’avortement à la faveur d’un vote démocratique, les Américains, court-circuités par les juges, ne sont jamais parvenus à un consensus. Pays fédéral toujours très chrétien, les États-Unis restent en réalité très partagés sur l’avortement, même si une majorité de 60 % est aujourd’hui favorable à ce droit, les désaccords portant surtout sur son encadrement. Loin de refléter l’approbation de la majorité de la population, la décision «Roe vs Wade» avait été imposée par le haut au pays en 1973 par une Cour suprême progressiste, évacuant du débat la moitié conservatrice du pays. La décision de vendredi dernier ressemble de ce point de vue à un effet boomerang. Comme le note le professeur de philosophie politique Joshua Mitchell, de l’université de Georgetown, «ce qui peut vivre par la Cour, peut mourir par la Cour». Autrement dit, les juges américains s’étaient substitués à la délibération démocratique.

Aujourd’hui, ils ne vont pas jusque-là, mais exigent un retour du dossier vers les États, revendication constante des conservateurs. Reflétant ce point de vue, le professeur Mitchell, favorable au droit à l’avortement des femmes dans «des limites raisonnables» de 12 semaines, parle d’une «très bonne nouvelle, car il ne s’agit pas d’interdire l’avortement, mais de renvoyer l’un des sujets les plus sérieux qui soit vers le corps politique». «La politique doit venir en premier, le droit en second. Les juges ne peuvent se substituer au débat démocratique. Nous devons redevenir une nation politique, surmonter nos désaccords profonds par la conversation, même quand elle est extrêmement difficile, au lieu d’abandonner les décisions aux juges ou aux experts», insiste-t-il. «Tout le monde avait conclu que la gauche avait gagné la bataille culturelle. Cette dernière imaginait qu’elle pouvait considérer ceux qui résistaient comme “des accidents historiques” à ignorer, mais cette décision de la Cour, qui résulte de la contre-offensive menée sous Trump, montre que c’est plus compliqué», analyse Mitchell.

Le camp libéral, consterné, s’en inquiète, soulignant, non sans raison, qu’il existe un groupe substantiel d’ «intégralistes conservateurs» qui rêverait d’absolutiser le dossier, et d’interdire tout de go l’avortement, même en cas d’inceste ou de viol. Mais présenter ce camp comme majoritaire brouille la réalité des humeurs de la majorité des républicains, favorables à l’avortement, mais avec une interdiction au-delà de 12 ou 15 semaines. «Je doute qu’un seul État aille vers une interdiction totale», présume Mitchell. Le camp conservateur souhaiterait surtout opposer une logique de responsabilité à la logique de liberté qui prévaut à gauche, affirme-t-on à droite. La décision «Roe vs Wade» a en effet permis de pratiquer des avortements, pratiquement jusqu’à la naissance, dans de nombreux États. «Les changements sociétaux qui se produisent à gauche, notamment dans le mouvement woke, visent à repousser ou ignorer la nature et ses limites. L’attaque contre “Roe vs Wade”, en retour, veut rappeler que la nature existe, et que les bébés, à l’intérieur du corps de la femme, sont réels. Avec le progrès technologique, il est devenu impossible d’ignorer leur souffrance, elle doit faire partie de l’équation au même titre que la souffrance des femmes», note Mitchell. Des dizaines de millions d’avortements ont été réalisés aux États-Unis depuis 1973.


Guerre d’Ukraine: Il a même traité les Alliés de délinquants et l’Allemagne de captive de la Russie ! (Guess who four years ago laughed so hard when they were warned about not paying their military dues and relying on Russian oil and gas ?)

8 mars, 2022

Keith Farrell🇮🇪 (@lonewolfkeith85) / Twitter

FLASHBACK: Trump Ripped Germany's Cozy Relationship With Russia To The NATO General Secretary's Face | The Daily Caller“On commence ?” Tjeerd, Pays-Bas.NATO members' promise of spending 2% of their GDP on defence is proving hard to keep | The Economist

Un message annonce que la chaîne Youtube de RT est indisponible en Europe, le 1er mars 2022. (EYEPRESS NEWS / AFP)

On ne peut comprendre la vie qu’en regardant en arrière; on ne peut la vivre qu’en regardant en avant. Søren Kierkegaard
S’il a fallu repenser de fond en comble la sociologie des intellectuels, c’est que, du fait de l’importance des intérêts en jeu et des investissements consentis, il est suprêmement difficile, pour un intellectuel, d’échapper à la logique de la lutte dans laquelle chacun se fait volontiers le sociologue — au sens le plus brutalement sociologiste — de ses adversaires, en même temps que son propre idéologue, selon la loi des cécités et des lucidités croisées qui règle toutes les luttes sociales pour la vérité. Pierre Bourdieu
Presque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. René Girard
 Il faut se souvenir que le nazisme s’est lui-même présenté comme une lutte contre la violence: c’est en se posant en victime du traité de Versailles que Hitler a gagné son pouvoir. Et le communisme lui aussi s’est présenté comme une défense des victimes. Désormais, c’est donc seulement au nom de la lutte contre la violence qu’on peut commettre la violence. René Girard
Je me souviens très bien de la remilitarisation de la Rhénanie en 1935. Si les Français étaient entrés en Allemagne, ils auraient pu changer le cours des événements : les Allemands étaient incapables de leur opposer la moindre résistance. Seulement Albert Sarraut [président du Conseil] et le gouvernement français seraient passés pour les salopards qui empêchaient le monde de revenir à la normale. Ils n’étaient pas assez forts moralement pour tenir le coup. Par la suite, on a beaucoup reproché à Sarraut sa passivité. Mais il était dans une situation inextricable. René Girard
Les moyens dits pacifiques ne sont pas toujours ni même nécessairement les meilleurs pour préserver une paix existante. On sait aujourd’hui que si les Français et les Anglais avaient eu une autre attitude lors de l’entrée des troupes allemandes dans la zone démilitarisée en 1935, on aurait peut-être réussi à faire tomber Hitler et ainsi empêché la guerre de 1939. Il y a également de fortes chances qu’une action offensive des Alliés les aurait fait passer pour coupables aux yeux de l’opinion mondiale. En général ; on ne connaît qu’après coup l’utilité d’une guerre préventive pour préserver la paix. Julien Freund
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech (2005)
Les responsables c’est l’Otan qui n’a cessé de s’étendre, a-t-il dit, les Français, les Allemands, les Américains, qui n’ont pas fait respecter les accords de Minsk et qui n’ont cessé d’étendre l’Otan pour qu’elle soit autour de la Russie comme une sorte d’encerclement. Eric Zemmour
Je pense que tout a commencé au sommet de l’Otan de Bucarest en 2008, avec l’annonce que la Géorgie et l’Ukraine deviendraient membres de l’Otan. Les Russes ont indiqué à cette époque que cela constituerait pour eux une menace existentielle et qu’ils s’y opposeraient… Néanmoins les occidentaux ont continué de transformer l’Ukraine en bastion occidental à la frontière russe… L’expansion de l’Otan, et l’expansion de l’Union européenne, sont au coeur de cette stratégie, tout comme la volonté de faire de l’Ukraine une démocratie libérale pro-américaine, ce qui du point de vue russe est une menace existentielle. John Mearsheimer (université de Chicago)
L’Alliance atlantique, moribonde il y a quelques années, est redevenue incontournable et va accueillir probablement deux nouveaux membres, la Finlande et la Suède. L’ironie majeure de ce renforcement est que ces deux pays vont doubler la longueur des frontières russes partagées avec l’Otan, alors que c’est, entre autres, pour contrer l’encerclement supposé de son pays par les forces atlantiques que Poutine a déclenché sa guerre… Effet inverse de celui recherché ! Les Etats-Unis qui fournissent à l’Ukraine armes, équipements et entrainement ont fait, sur le terrain, par soldats ukrainiens interposés, la démonstration de la qualité de leur matériel et de leur efficacité militaire. Ils pourront continuer de vendre leurs armes et leur protection aux pays européens, ainsi même que leur gaz naturel, tandis que leur grand rival de la guerre froide se retrouve empêtré dans un conflit durable, isolé sur la scène internationale et ciblé par des sanctions économiques débilitantes à très long terme. Cette nouvelle réalité enrage d’ailleurs les zélés de l’anti-américanisme primaire qui se vengent comme ils peuvent en déversant leur haine de l’Amérique sur les ondes et les réseaux sociaux. Certains n’hésitent pas à prétendre que si l’Amérique sort première gagnante de ce conflit c’est bien sûr parce qu’elle avait tout manigancé à l’avance. Ce conflit serait le résultat d’une « manipulation » américaine ! Il aurait été « orchestré » par les Etats-Unis ! Le vrai responsable, à les croire, c’est le grand satan américain. Ainsi, Vladimir Poutine, l’ex-espion du KGB et du FSB, homme retors, froid et calculateur, se serait fait berner par Joe Biden, le vieux pantin démocrate gaffeur aux capacités cognitives incertaines… Ahurissante analyse qui rassemble dans un même camps les ennemis de l’Amérique, l’extrême gauche radicale, l’extrême droite nationaliste, et même des terroristes islamistes. Gérald Olivier
La série Occupied (Okkupert en norvégien) (…) production franco-suédo-norvégienne tend (…) un miroir bien sombre à l’Europe et à ses voisins sur leur futur proche. Les géopoliticiens savent désormais que la culture populaire en général et les séries télévisées en particulier illustrent et façonnent les représentations collectives qui jouent un rôle essentiel dans les relations internationales. (…) De même que Homeland a révélé aux Américains plusieurs aspects inconnus ou occultés de la « global war on terror », de même, Occupied, diffusée peu après l’annexion de la Crimée par la Russie, peut avoir un effet de révélation sur eux-mêmes pour les Européens. Mais une dystopie est bien souvent l’envers d’une utopie… ou une utopie qui a mal tourné. Occupied n’est ni un réquisitoire radical contre l’Europe ni une déploration sur le sort de la Norvège. L’épisode inaugural de la série donne le ton. Conçu par le romancier norvégien Jo Nesbo, il plonge en quelques minutes le téléspectateur dans le cauchemar de la guerre hybride. Voici les éléments essentiels de cette exposition magistrale : dans un futur proche, les États-Unis ont quitté l’Alliance atlantique et se murent dans l’isolationnisme, comme les premières minutes de l’épisode nous l’apprennent. Les éléments se sont conjurés contre le Royaume de Norvège : le réchauffement climatique vient de produire inondations dans le pays, comme le montrent les images du générique. Ces événements ont conduit à l’élection de Jesper Berg au poste de premier ministre sur un programme de transition énergétique radicale : arrêter complètement la production et l’exportation d’hydrocarbures qui alimentent l’Europe et font la richesse du royaume. L’objectif est de remplacer toutes les énergies fossiles par des centrales au thorium. Le décor géopolitique est planté : le futur de l’Europe est marqué par l’abandon d’États-Unis isolationnistes, par le retrait de l’OTAN et par une transition énergétique rendue drastique par les effets dévastateurs du réchauffement climatique. Les risques structurels inhérents à la présidence Trump constituent la donne géopolitique et géoéconomique de notre continent. Toutefois, l’Union ne reste pas longtemps dans un statut de victime passive : au moment où il inaugure la grande centrale au thorium, le premier ministre Berg est enlevé par des forces spéciales russes et reçoit, lors de cet enlèvement, un avertissement vidéo de la part du commissaire européen français : la Norvège doit reprendre la production et l’exportation d’hydrocarbures vers l’Europe, faute de quoi, l’Union demandera à la Russie d’intervenir militairement en Norvège pour rétablir la production. (…) les forces armées russes s’engagent dans une occupation graduelle, l’Union européenne utilise la menace russe comme instrument de chantage, la population civile norvégienne hésite entre collaboration pour réduire les dommages et résistance armée… la Norvège sombre dans la guerre civile et dans un conflit international. Les origines du cauchemar ne sont donc pas seulement exogènes à l’Europe : elles lui sont internes. C’est la soif de ressources naturelles de l’Europe qui la conduisent à fouler aux pieds le choix souverain des électeurs norvégiens et à sous-traiter la violence militaire envers le territoire du royaume. Victime du réchauffement climatique et de l’abandon américain, l’Europe est elle-même un prédateur écologique, politique et militaire. La dystopie révèle crûment les principaux chefs d’accusation brandis depuis des mois contre l’Europe : mépris pour les souverainetés nationales, politiques de voisinage cyniques, dépendance à l’égard des États-Unis, etc. (…) À première vue, l’Union européenne d’Occupied est la caricature qu’en présentent ses détracteurs. Le Commissaire européen incarné par Hippolyte Girardot a tous les vices imputés à la construction européenne : soumis à une Chancelière allemande dont le nom n’est jamais prononcé, il exécute tous ses ordres destinés à répondre aux besoins de l’industrie allemande ; indifférent au sort d’une démocratie voisine et partenaire, il soumet le premier ministre norvégien à un chantage permanent ; ne visant que l’accroissement de son pouvoir, il utilise la violence militaire russe pour soumettre un État souverain. (…) Technocratie hors sol et méprisante pour les souverainetés nationales et populaire, l’Union semble démasquée. Toutefois (…) le téléspectateur (…) peut découvrir une image inversée de l’Union actuelle où ses faiblesses chroniques ont trouvé leur remède. Régulièrement accusée d’idéalisme, de pacifisme et de naïveté, notamment par Hubert Védrine, l’Union européenne apparaît dans la série comme prête et capable de défendre ses intérêts vitaux. Soucieuse de défendre ses capacités industrielles et ses lignes d’approvisionnement en matière première, l’Union met en œuvre les attributs de la puissance sur la scène internationale en exerçant une pression diplomatique sur ses partenaires et ses voisins. Prenant acte de l’abandon américain, elle se refuse à nourrir la chimère d’une Pax Americana et sous-traite son action extérieure à la seule puissance militaire disponible, la Russie. (…) La figure de la Russie est elle aussi présentée sous une forme apparemment caricaturale : puissance militaire sans égard pour la vie humaine, imperium en reconstruction, elle n’hésite pas à déclencher des opérations clandestines pour occuper les plates-formes pétrolières norvégiennes, traquer les opposants à l’occupation jusque dans les rues d’Oslo et faire disparaître les résistants. (…) Exécutrice des basses œuvres de l’Union européenne, prise dans une spirale impérialiste, la Russie d’Occupied est celle de la guerre dans le Donbass et de l’annexion de la Crimée. Plusieurs autorités publiques russes ont d’ailleurs protesté contre la série. En réalité, [l]es concepteurs de la série rappellent au public européen que Vladimir Poutine peut être perçu comme un centriste dans son propre pays. D’autre part, les forces d’occupation russes sont elles aussi prises dans la spirale et les dilemmes de l’occupation. Soit elles prennent entièrement la maîtrise de la Norvège mais suscitent un rejet complet et manquent leur objectif. Soit elles respectent a minima les institutions du pays et elles risquent d’apparaître comme faibles. Dans la série comme dans la réalité, l’action extérieure de la Russie paraît aventureuse. Loin de la stratégie mondiale qu’on lui prête. La russophobie attribuée à Occupied pourrait bien se révéler plus complexe que prévu : moins qu’un empire en reconstitution, la Russie apparaît comme une puissance fragile, opportuniste et subordonnée aux latitudes laissées par l’Union européenne. (…) Occupied apparaît comme un cauchemar norvégien : longtemps en conflit avec la Russie pour la délimitation de sa zone économique exclusive dans le Grand Nord, poste avancé de l’OTAN durant toute la guerre froide malgré une tradition de neutralisme et de pacifisme, cible d’incursions navales et aériennes, ce pays de 5 millions d’habitants se sait dépendant de l’extérieur pour assurer sa sécurité. Occupied le présente comme une victime de son environnement naturel et politique. Sans le soutien des États-Unis et de l’Union, la Norvège se considère elle-même comme une Ukraine aisément la proie des impérialismes environnants. La série est en réalité bien plus critique envers le royaume nordique que le téléspectateur français ne pourrait le penser. (…) La série pointe la naïveté de cette démocratie opulente et exemplaire. On peut même percevoir dans la mise en scène du personnel politique norvégien une certaine mauvaise conscience : forts de leurs convictions écologiques, assurés de leur prospérité économique et confiants dans les règles de droit, ils négligent l’alliance avec l’Union. Le pays a en effet refusé à deux reprises d’adhérer à l’Union européenne, en 1972 et 1994. Soucieux de préserver tout à la fois le modèle de protection sociale, sa souveraineté nationale et son alliance avec les États-Unis, la Norvège est dans une situation précaire à l’égard de l’Europe : la solidarité ne peut pleinement s’exercer pour un État partenaire mais non membre. La Norvège d’Occupied, victime idéale, ne paie-t-elle pas les conséquences de son refus de l’Europe ? Cyrielle Bret
La collection « 20 H 55 le jeudi » (auparavant  « 20 H 55 le dimanche »), initiée avec des films sur Ben Laden et sur le Vatican, propose des biopics documentés de personnages d’envergure exceptionnelle dont l’histoire épouse celle d’un pays, d’une région, du monde… Vladimir Poutine entre tout naturellement dans cette catégorie. C’est sans conteste un des hommes les plus puissants de la planète. À cela s’ajoute une dimension indéniablement romanesque. Lui consacrer un film permettait de mêler deux enjeux : raconter un pan de l’histoire contemporaine – l’URSS post-stalinienne, l’effondrement du communisme, la réorganisation de la Russie dans les années 90, le fonctionnement du pouvoir, ses coulisses – tout en racontant une trajectoire individuelle fascinante, celle d’un fils d’ouvriers pauvres, sauvé de la délinquance par une de ses institutrices et devenu officier du KGB, le parcours d’un homme de l’ombre qui, lorsqu’il accède au pouvoir, est vu par beaucoup comme une marionnette et qui, au terme d’une ascension fulgurante, concentre entre ses mains un pouvoir immense. L’histoire personnelle de cet homme en dit long sur la Russie d’hier et d’aujourd’hui, sur son rapport à la vie, à la mort, à la dureté et parfois à la cruauté. Et puis, elle nous permet de plonger dans un monde de coulisses, de complots, de manigances, de corruption, de mélange des genres… (…) Nous avons fait une demande de visa et d’autorisation de tournage. Il nous a fallu expliquer aux autorités russes quel était notre projet, en restant suffisamment vagues mais en présentant néanmoins une liste de personnes à interviewer la plus équilibrée possible. Ce n’était pas si difficile puisque notre film ne se veut ni à charge ni à décharge. Nous ne demandions pas aux gens de s’exprimer pour ou contre Poutine, même s’il y a forcément des personnes qui appartiennent à un camp ou à l’autre, voire qui affichent clairement leurs affinités ou inimitiés. Quoi qu’il en soit, on ne nous a pas fait de difficultés. Vous savez, les Russes, on est avec eux ou contre eux. C’est ainsi qu’ils voient les choses. Si nous étions allés enquêter sur des questions très précises, des sujets qui fâchent, la fortune cachée de Poutine, tel ou tel de ses amis, sa famille, les attentats de 1999 qui ont contribué à sa prise du pouvoir, etc., nous aurions eu des soucis, c’est certain. Mais notre démarche a été jugée suffisamment générale et équilibrée, sans doute. Les véritables difficultés sont souvent ailleurs, en fait. Dans la nécessité de faire le tri entre les points de vue, les thèses, les témoignages, la propagande… La notion de vérité est très complexe dans ce pays. Dans les propos des témoins de la jeunesse de Poutine, il y a sans doute pas mal de choses vraies. Mais leur récit cadre aussi très bien avec l’image que Poutine lui-même veut donner, celle d’un homme du peuple. Il est très rare de rencontrer quelqu’un qui dise la vérité ou qui ne dise que la vérité. (…) C’est le mode d’écriture et la grammaire visuelle propres à Magneto Presse et plus particulièrement à cette collection. Des interviews posées – avec quelques principes de réalisation, comme ces photos projetées qui évoquent le personnage –, des archives retravaillées et enfin des séquences d’évocation. Ainsi, pour l’enfance et la jeunesse de Poutine, qui sont évidemment peu ou pas du tout documentées en images, nous avons recréé en studio l’appartement communautaire où il a grandi, ses cours au KGB, son séjour en Allemagne de l’Est en utilisant des « sosies de dos » ou des « sosies flous ». Ces moments qui jouent des codes de la fiction – et qui sont filmés comme tels, avec assistant réalisateur, chef op’, équipe technique, figurants, etc. – donnent une puissance extraordinaire au récit en conviant tout un imaginaire de thriller, d’espionnage, de complots, etc. (…) Faire passer aux téléspectateurs un bon moment en leur apprenant des choses. Pour le reste, chacun se fera ou tentera de se faire sa propre opinion. Il y a des gens pour qui la fin justifie les moyens, ou plutôt pour qui des fins exceptionnelles justifient certains moyens hors normes, y compris par leur violence. Nous donnons cependant des pistes pour dépasser et remettre en question cette image de quasi-smicard incorruptible restaurant la fierté d’un peuple que véhicule la propagande. Elle est très éloignée de la véritable nature du pouvoir de cet homme. Ceux qui ont peur trouveront peut-être de quoi nourrir leur peur. Mais aussi de la relativiser. Il est vrai que Poutine concentre entre ses mains plus de force qu’aucun autre chef d’État car son pouvoir souffre peu de médiation. Mais la force de son pays est moindre qu’on veut bien le dire. Elle repose sur une économie à base d’hydrocarbures (c’est dire si elle est peu armée pour l’avenir), des têtes nucléaires, un siège à l’ONU, l’utilisation habile et opportuniste des faiblesses des autres… L’homme le plus puissant du monde est à la tête d’une puissance, pas d’une superpuissance. Christophe Widemann
As journalism, this is scattershot at best, but as a conversation that covers a vast span of Russian history, culture, and politics as refracted through the mind of Russia’s president – it’s often remarkable. Putin has a lot to say. Stone lets him say it. While the many points he makes are impossible to summarize here, Putin’s motives for this interview are not: He emerges as an intelligent, sane, reasonable leader caught in the vortex of an occasionally feckless, often contradictory superpower called the United States. Touché. Gay Verne (Newsday, June 12, 2017)
I can tell you this, that as head of state today, I believe it’s my duty to uphold traditional values and family values. But why? Because same-sex marriages will not produce any children. God has decided, and we have to care about birth rates in our country. We have to reinforce families. But that doesn’t mean that there should be any persecutions against anyone. (…)There is no longer an Eastern Bloc, no more Soviet Union. Therefore, why does NATO keep existing? My impression is that in order to justify its existence, NATO has a need of an external foe, there is a constant search for the foe, or some acts of provocation to name someone as an adversary. Nowadays, NATO is a mere instrument of foreign policy of the U.S. It has no allies, it has only vassals. Once a country becomes a NATO member, it is hard to resist the pressures of the U.S. And all of a sudden any weapon system can be placed in this country. An anti-ballistic missile system, new military bases, and if need be, new offensive systems. And what are we supposed to do? In this case we have to take countermeasures. We have to aim our missile systems at facilities that are threatening us. The situation becomes more tense. Why are we so acutely responding to the expansion of NATO? Well, as a matter of fact, we understand the value or lack thereof, and the threat of this organization. But what we’re concerned about is the following: We are concerned by the practice of how decisions are taken. I know how decisions are taken there. (…) Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries. That is one of the principles we stick to in our work. Vladimir Putin
Oliver Stone, a revisionist history buff who’s spent the past few decades cozying up to dictators like Fidel Castro, Hugo Chavez, and Putin (…) in addition to qualifying Hitler and claiming the Jews run the media, Stone helmed the 2014 documentary Ukraine on Fire—a bizarre slice of Kremlin propaganda alleging that the CIA orchestrated the 2014 Ukrainian revolution (based on scant evidence), and featuring cameos from Viktor Yanukovych and Putin. If that weren’t enough, in September, the JFK filmmaker posited that the Democratic National Committee hack was an inside job and not, as 17 U.S. intelligence agencies concluded, the work of Russian agents. Stone’s The Putin Interviews, a new four-part series debuting on Showtime on June 12, should thus be viewed as nothing short of hero worship (…) The Putin Interviews, a documentary comprised of conversations with the Russian president that took place between July 2015 and February 2017, is clearly intended to humanize Putin and demonize America.  (…) Stone not only fails to challenge Putin, but essentially cedes him the floor, allowing the cunning ex-KGB operative to spin more than the president’s toupee in a tornado. Putin denies Russia was the aggressor in virtually every global conflict, including the invasions of Georgia and Ukraine. He champions Russia’s economy over that of the U.S., despite his GDP being a little more than half that of California’s. He even blames the Cuban Missile Crisis on the U.S. (…) The lion’s share of The Putin Interviews’ B-roll consists of news clips from RT, the propaganda arm of the Kremlin, and pro-Russia graphics.  (…) Stone suggests that Putin could influence the U.S. election by endorsing a candidate, thereby causing his or her popularity to plummet. “Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries,” replies Putin, smiling wide. “That is one of the principles we stick to in our work.” The Putin Interviews offer, first and foremost, a staggering display of mendacity on the part of both interviewer and interviewee. During a back and forth aboard his jet, Putin claims to have in his possession a letter from the CIA admitting that they provided technical support to the Chechens—including terrorist organizations—during the Second Chechen War. When Stone requests that he provide the letter, Putin responds, “I don’t think it would be appropriate. My words are enough.” For Oliver Stone, they most certainly are. Marlow Stern
Oliver Stone filme Vladimir Poutine, lui donne la parole, comme s’il était un parfait inconnu. Ne connaissant rien à la Russie, le réalisateur américain est incapable de lui apporter la contradiction, ni même de saisir les perches lancées par Poutine, que ce soit sur l’Otan, les oligarques, la Tchétchénie, les pays voisins. Il n’approfondit jamais les thèmes abordés.   Stone se montre tellement inculte que, par contraste, Poutine apparaît modéré, plus fin, plus intelligent -ce qu’il est sans aucun doute. « Vous avez amélioré les salaires… stoppé les privatisations ». « Non, je n’ai pas arrêté les privatisations », le corrige Poutine. Au cours de l’exercice, Poutine ment de nombreuses fois, mais à plusieurs reprises, les mensonges ne sortent même pas de sa bouche. Il se contente d’enchaîner sur les affirmations du cinéaste.   Les compliments de Stone sur les avancées économiques dues au président reprennent sans recul la propagande du Kremlin. Il est vrai que le niveau de vie a augmenté entre 2000 et 2008, mais selon les économistes russes, c’est presque entièrement attribuable à la hausse des prix du baril. Un journal russe a d’ailleurs publié un article livrant 20 exemples de la façon dont Poutine a trompé Oliver Stone, après la sortie de ce film. Il montre notamment que Poutine semble ignorer que les fonds de réserve gouvernementaux sont inclus dans les fonds de réserve de la Banque centrale, sans être contredit par Stone.  (…) Donner la parole à Vladimir Poutine est tout à fait légitime. A condition qu’en face on lui apporte la contradiction. Ce que dit le président russe tout au long de ce film n’a rien de nouveau. On le retrouve intégralement sur RT et Sputnik [les chaines de propagande du Kremlin]. Ce n’est pas un documentaire. C’est un clip publicitaire. Il est surprenant qu’une chaîne publique consacre autant de temps à un tel objet.  (…) D’un bout à l’autre, la complaisance et la vacuité des échanges sont consternants. Cette façon de montrer le président avec son cheval ou faisant du sport… La naïveté de Stone est même parfois drôle. Il découvre étonné que les fidèles ne s’assoient pas dans les églises orthodoxes, avant d’embrayer sur le rôle de l’orthodoxie en Russie. Le décalage entre son ignorance et la question centrale de la religion dans la société russe est troublante. Son ingénuité l’amène à dérouler sans complexe le discours du Kremlin. Par exemple sur la promesse de non-élargissement de l’Otan que les Occidentaux auraient faite à Mikhaïl Gorbatchev à la chute de l’URSS. Gorbatchev lui-même a démenti que de telles promesses lui avaient été faites. Là encore, Poutine est plus subtil que Stone. Il soutient que cette promesse a été donnée par oral, non par écrit. Impossible à vérifier, donc.  Et à aucun moment Stone ne s’interroge sur la raison pour laquelle les pays de l’ex-bloc soviétique ont voulu rejoindre l’Otan. Pourquoi l’opinion ukrainienne qui était, il y a quelques années encore, hostile à l’entrée dans l’Alliance atlantique y est favorable, depuis la guerre dans l’est de son territoire?  (…) Le documentaire ne pêche pas seulement par ce qu’il affirme, mais aussi par ce qu’il élude…  Les exemples ne manquent pas. Aucune question sur sa fortune personnelle, sur les fastes du gouvernement. Il n’aborde pratiquement pas la société russe, à l’exception de l’homosexualité. Aucune mention de l’effondrement du système médical, de l’éducation. Rien sur les grands-mères à qui le gouvernement refuse que leurs retraites soient indexées sur le taux de l’inflation… Le réalisateur ne l’interroge pas non plus sur ce qu’a fait Poutine entre 1991 (la chute de l’URSS) et 1996″, moment où il entre au Kremlin. Ni sur son attitude au moment du putsch d’août 1991 contre Gorbatchev. Rapidement évoquées, la question des oligarques et celle de la privatisation de l’économie russe dans les années 1990, auraient mérité d’être creusées. Stone se contente d’étaler la vision du maître du Kremlin. Rien sur les véritables raisons pour lesquelles certains oligarques ont été adoubés et d’autres jetés derrière les barreaux. La stigmatisation de Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans en prison m’a particulièrement choquée. Stone ne se contente pas de servir la soupe à Poutine, il se fait complice de la persécution de cet homme. Cécile Vaissié
En Italie, aujourd’hui, être un Russe est considéré une faute. Et apparemment, même être un Russe décédé, qui de plus a été condamné à mort en 1849 pour avoir lu une chose interdite. Ce qui est en train d’arriver en Ukraine est une chose horrible qui me donne envie de pleurer, mais ces réactions sont ridicules. Quand j’ai lu ce mail de l’université, je ne pouvais pas y croire. Paolo Nori
Quand on censure des médias, c’est qu’on est en guerre, mais on n’est pas en guerre et il va y avoir une réciprocité des Russes. Vladimir Poutine va frapper nos médias.  Nous avions un média très puissant en Russie, France 24, qui touche à peu près 28,2% de l’espace d’information russe, qui est multilingue, français et anglais. Fragiliser ça pour un petit média comme RT, qui avait très peu d’audience en France, est ridicule. Fabrice D’Almeida (historien et vice-président de l’Université Panthéon-Assas)
Le respect de l’accord de Minsk signifie la destruction du pays. Quand ils ont été signés sous le canon du pistolet russe – et le regard des Allemands et des Français – il était déjà clair pour toutes les personnes rationnelles qu’il était impossible d’appliquer ces documents. (…) S’ils insistent sur le respect des accords de Minsk tels qu’ils sont, ce sera très dangereux pour notre pays. Si la société n’accepte pas ces accords, cela pourrait conduire à une situation interne très difficile et la Russie compte là-dessus. (…) Personne n’a le droit de nous dicter si nous devons ou non rejoindre des alliances. C’est le droit souverain de notre peuple. (…) Malheureusement, [les Allemands] ne se sont pas excusés d’avoir tué des millions de nos concitoyens. Ils s’excusent auprès des Russes comme si nous étions un seul pays. Ils ne devraient pas parler de démocratie et puis dire qu’ils soutiennent des régimes autoritaires et s’associent à eux. Oleksiy Danilov (chef de la sécurité ukrainienne, 31 janvier 2022)
Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire (…) Pour Moscou, en revanche, rétablir le contrôle sur l’Ukraine ― un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire –, c’est s’assurer les moyens de redevenir un État impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie. La fin de l’indépendance ukrainienne aurait des conséquences immédiates pour l’Europe centrale. (…) La Russie peut-elle, dans le même mouvement, être forte et démocratique ? Si elle accroît sa puissance, ne  cherchera-t-elle pas à restaurer son domaine impérial ? Peut-elle prospérer en tant qu’empire et en tant que démocratie ? (…) Et la « réintégration » de l’Ukraine reste, à ce jour, une position de principe qui recueille le consensus de la classe politique. Le refus russe d’entériner le statut d’indépendance de l’Ukraine, pour des raisons historiques et politiques, se heurte frontalement aux vues américaines, selon lesquelles la Russie ne peut être à la fois impériale et démocratique. (…) D’autant que la Russie postsoviétique n’a accompli qu’une rupture partielle avec son passé. Presque tous ses dirigeants « démocratiques », bien que conscients du passif et sans illusions sur la valeur du système, en sont eux-mêmes le produit et y ont accompli leur carrière jusqu’au sommet de la hiérarchie. Ce n’étaient pas des anciens dissidents comme en Pologne ou  en République tchèque. Les institutions clés du pouvoir soviétique ― même affaiblies et frappées par la démoralisation et la corruption ― n’ont pas disparu. À Moscou, sur la place Rouge, le mausolée de Lénine, toujours en place, symbolise cette résistance de l’ordre soviétique. Imaginons un instant une Allemagne gouvernée par d’anciens gauleiters nazis, se gargarisant de slogans démocratiques et entretenant le mausolée d’Hitler au centre de Berlin. Zbigniew Brzezinski (“Le Grand Echiquier”, 1997)
La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)La propagande russe présente la Russie comme un État menacé qui a besoin de toute urgence de « garanties de sécurité » de la part de l’Occident. (…) [Mais] il y a actuellement plus d’ogives nucléaires stockées en Russie que dans l’ensemble des trois États membres de l’OTAN dotés d’armes nucléaires : les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. Moscou dispose d’un large éventail de vecteurs pour ses milliers d’armes nucléaires : des missiles balistiques intercontinentaux aux bombardiers de longue portée en passant par les sous-marins nucléaires. La Russie possède l’une des trois armées conventionnelles les plus puissantes du monde, ainsi qu’un droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. La Fédération de Russie est donc l’un des États les plus protégés du monde sur le plan militaire. Le Kremlin utilise des troupes régulières et irrégulières, ainsi que le potentiel de sa menace nucléaire, pour mener diverses guerres et occuper de manière permanente plusieurs territoires dans les anciennes Républiques soviétiques. Non seulement en Europe orientale, mais aussi en Europe occidentale et sur d’autres continents, le Kremlin revendique sans complexe des droits spéciaux pour faire valoir ses intérêts sur le territoire d’États souverains. Contournant les règles, les traités et les organisations internationales, Moscou chasse des ennemis dans le monde entier. Le Kremlin tente de saper les processus électoraux, l’État de droit et la cohésion sociale dans des pays étrangers par des campagnes de propagande, des fake news et des attaques de pirates informatiques, entre autres. Ces agissements sont réalisés en partie en secret, mais dans le but évident d’entraver ou de discréditer la prise de décision démocratique dans les États pluralistes. Il s’agit en particulier de porter atteinte à l’intégrité politique et territoriale des États post-soviétiques en voie de démocratisation. En tant que première puissance économique d’Europe, l’Allemagne observe ces activités d’un œil critique, mais reste largement passive, depuis maintenant trois décennies. (…) En outre, la politique étrangère et la politique économique de Berlin ont contribué à l’affaiblissement politique et économique des pays d’Europe orientale non dotés d’armes nucléaires et au renforcement géo-économique d’une superpuissance nucléaire de plus en plus expansive. En 2008, l’Allemagne a joué un rôle central pour empêcher la Géorgie et l’Ukraine de rejoindre l’OTAN. (…) Pour les relations ukraino-russes déjà fragiles, la mise en service du premier gazoduc Nord Stream en 2011-2012, totalement superflu en termes énergétiques et économiques, a été une catastrophe. Rétrospectivement, cela semble avoir ouvert la voie à l’invasion de l’Ukraine par la Russie deux ans plus tard. Une grande partie de la capacité existante de transport de gaz entre la Sibérie et l’UE n’a pas été utilisée en 2021. Pourtant, la République fédérale se prépare maintenant à éliminer complètement le dernier levier économique de l’Ukraine sur la Russie avec l’ouverture du gazoduc Nord Stream 2 (…) L’attaque de Poutine contre l’Ukraine en 2014 apparaît comme une conséquence presque logique de la passivité politique allemande des vingt années précédentes vis-à-vis du néo-impérialisme russe. (…) Le Kremlin remet désormais aussi en question la souveraineté politique de pays comme la Suède et la Finlande. Il demande l’interdiction d’une éventuelle adhésion à l’OTAN non seulement pour les pays post-soviétiques mais aussi pour les pays scandinaves. Le Kremlin fait peur à toute l’Europe en lui promettant des réactions « militaro-techniques » au cas où l’OTAN ne répondrait pas « immédiatement », selon Poutine, aux exigences démesurées de la Russie visant à réviser l’ordre de sécurité européen. La Russie brandit la menace d’une escalade militaire si elle n’obtient pas de « garanties de sécurité », c’est-à-dire l’autorisation pour le Kremlin de suspendre le droit international en Europe. (…) Les crimes perpétrés par l’Allemagne nazie sur le territoire de l’actuelle Russie en 1941-1944 ne peuvent justifier l’attitude réservée de l’Allemagne d’aujourd’hui face au revanchisme et au nihilisme juridique international du Kremlin. Lettre ouverte de 73 experts allemands (Die Zeit, 14 janvier 2022)
Bonjour tout le monde. Bonjour aux médias – les médias légitimes et les faux médias. Bonjour à tous les deux. Beaucoup de gens bien  ici. Surprenant. (…) Il suffit de regarder le tableau. Jetez un œil au tableau. C’est public. Et de nombreux pays ne paient pas ce qu’ils devraient. Et, franchement, de nombreux pays nous doivent une énorme somme d’argent depuis de nombreuses années, où ils nous sont débiteurs, en ce qui me concerne, parce que les États-Unis ont dû payer pour eux. Donc, si vous revenez 10 ou 20 ans en arrière, vous additionnez tout cela. Ce sont des sommes énormes qui sont dues. Les États-Unis ont payé et intensifié comme personne. Cela dure depuis des décennies, cela dit en passant. Cela a duré sous de nombreux présidents. Mais aucun autre président n’en a parlé comme moi. Il faut donc faire quelque chose, et le secrétaire général y a travaillé très dur. Cette année, depuis notre dernière réunion, des engagements ont été pris pour plus de 40 milliards de dollars supplémentaires dépensés par d’autres pays. C’est donc un pas, mais c’est un tout petit pas. Cela ressemble à beaucoup d’argent – et c’est le cas – mais c’est une très petite somme d’argent par rapport à ce qu’ils doivent et à ce qu’ils devraient payer. Et c’est un fardeau injuste pour les États-Unis. Nous sommes donc ici pour en parler, et je suis sûr que ce sera résolu. J’ai une grande confiance en le Secrétaire Général. Il a travaillé très, très dur là-dessus, et il sait que c’est un fait. Mais j’ai une grande confiance en lui et en ses représentants. (…) Je pense que c’est très triste quand l’Allemagne conclut un énorme accord pétrolier et gazier avec la Russie, où vous êtes censé vous protéger contre la Russie, et que l’Allemagne sort et paie des milliards et des milliards de dollars par an à la Russie. Nous protégeons donc l’Allemagne. Nous protégeons la France. Nous protégeons tous ces pays. Et puis de nombreux pays vont conclure un accord de gazoduc avec la Russie, où ils versent des milliards de dollars dans les coffres de la Russie. Nous sommes donc censés vous protéger contre la Russie, mais ils versent des milliards de dollars à la Russie, et je pense que c’est très inapproprié. Et l’ancien chancelier d’Allemagne est à la tête de la société de gazoduc qui fournit le gaz. En fin de compte, l’Allemagne aura près de 70 % de son pays contrôlé par la Russie avec du gaz naturel. Alors, dites-moi, est-ce normal ? (…) Je m’en suis plaint depuis que je suis entré. Cela n’aurait jamais dû être autorisé. Mais l’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie, car elle obtiendra de 60 à 70 % de son énergie de la Russie et d’un nouveau gazoduc. Et vous me dites si c’est normal, parce que je pense que ce n’est pas le cas, et je pense que c’est une très mauvaise chose pour l’OTAN et je ne pense pas que cela aurait dû arriver. Et je pense que nous devons en parler avec l’Allemagne. En plus de cela, l’Allemagne ne paie qu’un peu plus de 1 %, alors que les États-Unis, en chiffres réels, paient 4,2 % d’un PIB beaucoup plus important. Donc je pense que c’est inapproprié aussi. Vous savez, nous protégeons l’Allemagne ; nous protégeons la France ; nous protégeons tout le monde, et pourtant nous payons beaucoup d’argent pour protéger. Or, cela dure depuis des décennies. Cela a été soulevé par d’autres présidents. Mais d’autres présidents n’ont jamais rien fait à ce sujet parce que je ne pense pas qu’ils l’aient compris ou qu’ils ne voulaient tout simplement pas s’impliquer. Mais je dois en parler, car je pense que c’est très injuste pour notre pays. C’est très injuste pour notre contribuable. Et je pense que ces pays doivent augmenter leur contribution non pas sur une période de 10 ans ; ils doivent le faire immédiatement. L’Allemagne est un pays riche. Ils disent qu’ils vont l’augmenter un peu d’ici 2030. Eh bien, ils pourraient l’augmenter immédiatement demain et n’avoir aucun problème. Je ne pense pas que ce soit juste pour les États-Unis. Alors il va falloir faire quelque chose parce qu’on ne va pas le supporter. Nous ne pouvons pas supporter ça. Et c’est anormal. Nous devons donc parler des milliards et des milliards de dollars qui sont versés au pays contre lequel nous sommes censés vous protéger. Vous savez, tout le monde est — tout le monde en parle partout dans le monde. Ils diront, eh bien, attendez une minute, nous sommes censés vous protéger de la Russie, mais pourquoi payez-vous des milliards de dollars à la Russie pour l’énergie ? Pourquoi les pays de l’OTAN, à savoir l’Allemagne, ont-ils un grand pourcentage de leurs besoins énergétiques payés, vous savez, à la Russie et pris en charge par la Russie ? Maintenant, si vous regardez cela, l’Allemagne est prisonnière de la Russie parce qu’elle fournit — elle s’est débarrassée de ses centrales au charbon. Ils se sont débarrassés de leur nucléaire. Ils obtiennent une grande partie du pétrole et du gaz de la Russie. Je pense que c’est quelque chose que l’OTAN doit examiner. Je pense que c’est très anormal. Vous et moi avons convenu que c’était anormal. Je ne sais pas ce que vous pouvez faire à ce sujet maintenant, mais cela ne semble certainement pas logique qu’ils aient payé des milliards de dollars à la Russie et maintenant nous devons les défendre contre la Russie. (…) Comment pouvez-vous être ensemble quand un pays tire son énergie de la personne contre laquelle vous voulez être protégé ou du groupe dont vous voulez être protégé ? (…) Cous ne faites que rendre la Russie plus riche. Vous ne traitez pas avec la Russie. Vous rendez la Russie plus riche. (…) Je pense que le commerce est merveilleux. Je pense que l’énergie est une toute autre histoire. Je pense que l’énergie est une histoire très différente du commerce normal. Et vous avez un pays comme la Pologne qui n’accepte pas le gaz [russe]. Vous jetez un coup d’œil à certains pays – ils ne l’accepteront pas, car ils ne veulent pas être captifs de la Russie. Mais l’Allemagne, en ce qui me concerne, est captive de la Russie, car elle tire une grande partie de son énergie de la Russie. Nous sommes donc censés protéger l’Allemagne, mais ils tirent leur énergie de la Russie. Expliquez-moi ça. Et cela ne peut pas être expliqué  et vous le savez. Président Trump (Petit-déjeuner de travail bilatéral de l’OTAN, Bruxelles, 11 juillet 2018)
L’Amérique est gouvernée par les Américains. Nous rejetons l’idéologie du mondialisme et nous embrassons la doctrine du patriotisme. Partout dans le monde, les nations responsables doivent se défendre contre les menaces à la souveraineté non seulement de la gouvernance mondiale, mais aussi d’autres nouvelles formes de coercition et domination. En Amérique, nous croyons fermement en la sécurité énergétique pour nous-mêmes et pour nos alliés. Nous sommes devenus le plus grand producteur d’énergie de la surface de la Terre. Les États-Unis sont prêts à exporter notre approvisionnement abondant et abordable de pétrole, de charbon propre et de gaz naturel. L’OPEP et les nations de l’OPEP, comme d’habitude, arnaquent le reste du monde, et je n’aime pas ça. Personne ne devrait aimer ça. Nous défendons beaucoup de ces nations pour rien, et ensuite ils en profitent. Nous voulons qu’ils arrêtent d’augmenter les prix, nous voulons qu’ils commencent à baisser les prix, et ils doivent désormais contribuer substantiellement à la protection militaire. Nous n’allons pas supporter ça – ces horribles prix — beaucoup plus longtemps. Le recours à un seul fournisseur étranger peut rendre un pays vulnérable à l’extorsion et à l’intimidation. C’est pourquoi nous félicitons les États européens, comme la Pologne, d’avoir dirigé la construction d’un gazoduc baltique afin que les nations ne dépendent pas de la Russie pour répondre à leurs besoins énergétiques. L’Allemagne deviendra totalement dépendante de l’énergie russe si elle ne change pas immédiatement de cap. Ici, dans l’hémisphère occidental, nous nous engageons à maintenir notre indépendance face à l’empiètement des puissances étrangères expansionnistes. Président Trump (ONU, New York, septembre 2018)
J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté. Angela Merkel

Rira bien qui rira le dernier !

A l’heure où sous les yeux de nos caméras, l’un des deux derniers régimes à n’avoir toujours pas eu droit à son procès de Nuremberg pour leurs quelque 100 millions de victimes

Et de ce fait, incapable de faire son deuil d’empire

Le régime kleptocratique de Poutine poursuit sa destruction du peuple ukrainien

Profitant, sans compter l’étrange hémiplégie des plus perspicaces d’entre nous, de l’incroyable faiblesse d’un président américain

Qui après la débâcle militaire afghane et l’arrêt de toute nouvelle production de gaz et de pétrole aux Etats-Unis mêmes …

Comme de la levée des sanctions sur le gazoduc russo-allemand

Annonce enfin l’arrêt de ses faibles importations de pétrole russe

Tout en appelant à un nouvel accord nucléaire avec l’Etat-voyou iranien

Qui sous prétexte de libérer sa production pétrolière ….

Va lui permettre, avant sa sanctuarisation nucléaire, de relancer ses activités terroristes dans tout le Moyen-orient …

Comment ne pas repenser du côté européen …

Comme l’illustre étrangement bien sept ans après la série norvégienne « Occupied » actuellement sur Netflix …

A ces décennies d’apaisement et de compromissions …

Dont l’actuel emballement, entre interdiction contreproductive de médias russes et censure imbécile d’un cours sur Dostoievski,  dans la juste condamnation n’est que l’envers tout aussi mimétique …

Largement compensé néanmoins par la diffusion sur des chaines de télévision publiques à des heures de grande écoute par des publi-reportages à la gloire de Poutine

Après n’avoir cessé d’affaiblir la pauvre Ukraine …

A l’image d’une Allemagne qui après avoir profité du parapluie américain depuis plus de 70 ans  pour accumuler les excédents commerciaux …

Tout en refusant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN …

Et lui imposant des accords inacceptables

A poussé la provocation jusqu’à construire non pas un mais deux gazoducs largement inutiles privant cette dernière de son dernier levier économique sur la Russie …

Mais comment ne pas repenser aussi à ces paroles, rétrospectivement si prophétiques, du président Trump tout au long de son mandat …

Qui avait alors provoqué, de la part de nos médias comme de nos responsables politiques, tant les condamnations que les moqueries …

Jusqu’à la délégation allemande à l’ONU un certain jour de septembre il y a quatre ans ?

FLASHBACK: Trump Warned UN About Relying On Russian Oil, Was Laughed At By German Delegation

Brianna Lyman
The Daily Caller

The German delegation appeared to laugh at former President Donald Trump during a 2018 United Nations (U.N.) speech in which the president warned about relying on Russian oil.

While speaking at the 73rd U.N. General Assembly, Trump criticized Germany for relying on Russian oil exports.

“Reliance on a single foreign supplier can leave a nation vulnerable to extortion and intimidation. That is why we congratulate European states, such as Poland, for leading the construction of a Baltic pipeline so that nations are not dependent on Russia to meet their energy needs,” Trump said. “Germany will become totally dependent on Russian energy if it does not immediately change course.”

“Here in the Western Hemisphere, we are committed to maintaining our independence from the encroachment of expansionist foreign powers,” Trump continued as the camera then panned to the German delegation, who appeared to be laughing.

Trump made similar comments warning about Germany’s energy dependence during a 2018 meeting with German and NATO leaders.

“It’s very sad when Germany makes a massive oil and gas deal with Russia,” Trump said. “Where, you’re supposed to be guarding against Russia and Germany goes out and pays billions and billions of dollars a year to Russia. So we’re supposed to protect you against Russia, but they’re paying billions of dollars to Russia, and I think that’s very inappropriate.”

“Germany is totally controlled by Russia because they will be getting 60-70% of their energy from Russia and a new pipeline, and you tell me if that’s appropriate, and I think it’s not,” he said while addressing NATO Secretary General Jens Stoltenberg.

Trump approved sanctions to deter the completion of the Nord Stream 2 pipeline, which would allow Russia to bypass Ukraine to get gas to Europe and served as a major geopolitical win for Russian President Vladimir Putin.

Upon taking office, President Joe Biden revoked the sanctions, only recently putting them back in place following Russia’s invasion of Ukraine.

Voir aussi:

FLASHBACK: Trump Ripped Germany’s Cozy Relationship With Russia To The NATO General Secretary’s Face

Anders Hagstrom

Former President Donald Trump ripped Germany’s cozy relationship with Russia in 2018, a relationship some argue contributed to Russia’s decision to invade Ukraine.

Numerous current and former German officials have stated that their efforts to create a “special relationship” with Russia since 2014 was a mistake and that Germany’s Russia policy is now in “ruins.” Trump warned Germany that its relationship with Russia could turn sour during a 2018 meeting with German and NATO leaders.

“It’s very sad when Germany makes a massive oil and gas deal with Russia. Where, you’re supposed to be guarding against Russia and Germany goes out and pays billions and billions of dollars a year to Russia,” Trump said at the time. “So we’re supposed to protect you against Russia, but they’re paying billions of dollars to Russia, and I think that’s very inappropriate.”

“Germany is totally controlled by Russia because they will be getting 60-70% of their energy from Russia and a new pipeline, and you tell me if that’s appropriate, and I think it’s not,” he said, addressing NATO Secretary General Jens Stoltenberg.

Trump maintained a critical tone against Germany throughout his presidency, accusing the country of “delinquency” in its NATO payments in 2020.

Germany, Hungary and Italy have reportedly stood in the way of the U.S. and NATO imposing the most stringent sanctions against Russia for its invasion of Ukraine this week. President Joe Biden alluded to the situation Thursday, saying that removing Russia from the international SWIFT banking system “is not a position that the rest of Europe wishes to take.”

Germany has since halted the certification of the Nord Stream 2 pipeline from Russia to Germany following Russian President Vladimir Putin’s decision to move forward with a full-scale invasion of Ukraine.

Biden also announced that the U.S. would sanction Putin personally Friday, one day after reporters pressed the White House on why it hadn’t already taken the step.

Russia carried out coordinated airstrikes on Ukrainian military bases across the country beginning Thursday morning. Ukrainian President Volodymyr Zelensky gave a general call-to-arms to his citizens Thursday, saying the government will provide weapons.

“We will give weapons to anyone who wants to defend the country,” Zelensky tweeted early Thursday. “Be ready to support Ukraine in the squares of our cities.”

Biden’s Thursday sanctions package included blocks on technology exports to Russia, as well as sanctions against four major Russian banks, among other measures.

While the U.S. has ruled out deploying troops directly to Ukraine, Biden has increased the number of U.S. troops in NATO countries near Russia. Biden has threatened that if Putin goes beyond Ukraine and invades a NATO country, Russia will face the full force of American power, a threat he reiterated Thursday.

Voir également:

Sommet de l’Otan : duel entre Donald Trump et Angela Merkel

VIDÉO. Le président américain a accusé Berlin d’être sous le joug de la Russie et de ne pas assez contribuer aux efforts militaires de l’organisation.Source AFP

  • François d’Alançon, envoyé spécial à Bruxelles
  • La Croix

Comment les alliés réagissent au grand chambardement du lien transatlantique orchestré par Donald Trump ? Le sommet de l’Otan, mercredi 11 et jeudi 12 juillet à Bruxelles, a donné un aperçu des stratégies de « coping », adoptées par les uns et les autres, pour maîtriser, réduire ou tolérer les imprécations du président américain, comparé par Robin Niblett, directeur du think tank britannique Chatham House, à un parrain mafieux extorquant des concessions commerciales en échange d’une protection.

Mis sous pression sur la question du partage du fardeau financier, les alliés ont évité de s’opposer frontalement à Donald Trump, certains exhibant leurs efforts quand d’autres faisaient profil bas. Toujours pas satisfait, le président a proposé aux alliés de fixer un nouvel objectif de dépenses militaires à 4 % du PIB. « Chacun s’est demandé s’il était sérieux », a affirmé le président bulgare Roumen Radev. « L’Otan n’est pas un marché où l’on peut acheter la sécurité. » Dans un tweet, Donald Trump a ensuite exigé le respect immédiat de l’objectif des 2 % du PIB, et non en 2024, comme les pays de l’Alliance l’avaient décidé lors d’un sommet en 2014.

Trump attaque Merkel

L’explosion a été presque instantanée, au cours d’un petit-déjeuner de travail à l’ambassade des États-Unis. Donald Trump s’y est livré à un exercice de communication très calculé, tirant à boulets rouges sur sa cible favorite, Angela Merkel, en présence du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg et sous l’œil des caméras des chaînes de télévision américaines. « L’Allemagne est totalement contrôlée par la Russie. Ils tirent 60 % de leur énergie de la Russie, ils lui paient des milliards de dollars et nous devons les défendre contre la Russie. Ce n’est pas normal », a lâché le président américain, comme s’il voulait se dédouaner de toute complicité envers la Russie, à quatre jours de son sommet bilatéral avec Vladimir Poutine à Helsinki.

Cette attaque planifiée lui a également permis d’enfoncer un coin dans l’unité des Européens sur un dossier, – la dépendance énergétique vis-à-vis de Moscou – qui les divise. La Pologne, notamment, estime que l’Europe n’a pas besoin du gazoduc Nord Stream 2 qui vise à doubler d’ici à 2020 les livraisons directes de gaz en Allemagne à partir de la Russie, via la mer Baltique.

Toujours prudente, Angela Merkel a répondu sur un ton courtois mais ferme, laissant entendre qu’elle n’avait pas besoin de leçon sur la façon de traiter avec les régimes autoritaires, compte tenu de son expérience de l’Allemagne de l’Est. « J’ai moi-même vécu dans une partie de l’Allemagne occupée par l’Union soviétique, a déclaré la chancelière. Je suis très heureuse que nous soyons aujourd’hui unis, dans la liberté, en tant que République fédérale d’Allemagne. Nous pouvons par conséquent mener nos propres politiques, nous pouvons prendre des décisions indépendantes ».

La tension a baissé d’un cran au cours d’une rencontre bilatérale en marge du sommet. Visage fermé, Donald Trump a assuré, sans vraiment convaincre, avoir de « très bonnes relations » avec Angela Merkel qui s’est, elle-même, prudemment déclarée satisfaite de leurs échanges de vues.

Macron définit quatre priorités

Autre souffre-douleur de Donald Trump, le premier ministre canadien Justin Trudeau a tenté de se prémunir contre des réprimandes en annonçant que les Forces armées canadiennes commanderont dès l’automne prochain une mission d’entraînement militaire de l’Otan en Irak où le Canada déploiera 250 militaires et quatre hélicoptères.

Dans un registre différent, Emmanuel Macron s’est voulu le bon élève de la classe en définissant quatre priorités pour l’Alliance : la « crédibilité des moyens de défense collective », « l’efficacité dans la lutte contre le terrorisme et dans les opérations », « la modernité dans la gestion des ressources » de l’Otan et « l’unité ». Selon son entourage, le chef de l’État a appelé « à ne pas fragiliser l’Alliance », sachant qu’« un contexte plus incertain serait source de davantage de dépenses militaires ». Le président français a, lui aussi, eu droit à un entretien bilatéral avec Donald Trump. « Nous avons une relation formidable », a assuré son homologue américain.

Dans le rôle d’homme-orchestre, le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg s’est employé à arrondir les angles, en insistant sur la capacité de l’Alliance à prendre des décisions, attribuant à Donald Trump le mérite de l’augmentation des dépenses militaires des alliés, « 6 % en termes réels, en 2017 ». Les différends ont toujours existé au sein de l’Alliance plaide le Norvégien qui s’efforce de maintenir l’unité au sein d’une alliance fracturée entre un pôle autoritaire incarné par Donald Trump, Recep Tayyip Erdogan et Viktor Orban, avec l’appui de la Pologne, et un pôle libéral représenté par Theresa May, Angela Merkel, Justin Trudeau et Emmanuel Macron.

Jens Stoltenberg a, par ailleurs, mis l’accent sur la déclaration de vingt-cinq pages adoptée par les 29 pays membres qui dénonce notamment « les actions agressives de la Russie portant atteinte à l’ordre international fondé sur les règles », condamne son action déstabilisatrice dans l’est de l’Ukraine et son annexion de la Crimée et adopte une série de mesures pour renforcer la réactivité militaire de l’Alliance.

« Dans le monde de Trump, les alliés sont un fardeau »

Les alliés, en particulier les Européens, font-ils le bon choix en s’efforçant de répondre aux exigences de Donald Trump, un partenaire en chef qui prend un malin plaisir à les diviser et distribue bons et mauvais points, comme dans un épisode de The Apprentice, son ancienne émission de téléréalité ?

Rien n’est moins sûr. « Les Européens se considèrent comme des alliés de l’Amérique, ce qui les rend particulièrement vulnérables face à Trump », commente le politologue bulgare Ivan Krastev, président du Center for Liberal Strategies à Sofia. « Dans le monde de Trump, l’Amérique n’est pas une force de stabilité mais un perturbateur et les alliés sont un fardeau. Le défi pour les dirigeants européens est d’apprendre à vivre dans un monde où l’Amérique n’a pas d’alliés en investissant dans une capacité de défense européenne autonome plutôt que dépendre des États-Unis. Le plus grand risque pour l’Union européenne serait de devenir le gardien d’un statu quo qui a cessé d’exister. »

Voir par ailleurs:

L’Organisation du traité de l’Atlantique nord mourra-t-elle sous peu, à l’âge de 70 ans, de la main d’un président américain ? Donald Trump a tant critiqué l’OTAN que le sommet de Londres, les 3 et 4 décembre prochains, pourrait bien commencer son éloge funèbre. Surtout si le président sortant est réélu en 2020 à la magistrature suprême des États-Unis. La tentation serait alors forte, pour lui, de quitter l’organisation et de la remplacer par des alliances bilatérales rénovées. Et un retrait américain de l’OTAN précipiterait assurément l’agonie d’une organisation déclarée en « mort cérébrale » par Emmanuel Macron.

Quel paradoxe ! L’alliance militaire sortie victorieuse de la Guerre froide et de son affrontement avec le Pacte de Varsovie, dissous en 1991, redoutée et critiquée à Moscou, à Téhéran et à Pékin, risque d’être démantelée, de l’intérieur, par son promoteur historique, les États-Unis. Quelle est l’espérance de vie réelle de l’OTAN ? Est-elle promise à la mort tant de fois annoncée ? Ou bien sera-t-elle ressuscitée par la résurgence de la puissance militaire russe ?

Le réquisitoire de Donald Trump contre l’OTAN

En matière d’Alliance atlantique, Donald Trump fait preuve d’une cohérence bien rare. Ses critiques sont constantes. Durant la campagne électorale de 2016, sa première déclaration de politique étrangère a consisté en u netirade contre l’OTAN. Dans son discours au Center for National Interest du 27 avril 2016, il avait été explicite : la clé de voûte de son action, la priorité donnée aux États-Unis (« America First ! »), exige un désengagement à l’égard de l’OTAN.

Depuis, le président n’a pas déjugé le candidat. Déclaration après déclaration, tweet après tweet, le locataire de la Maison Blanche a fustigé l’organisation créée en 1949. Quels sont ses griefs envers une institution où les États-Unis détiennent les leviers de commandement, à commencer par le commandement militaire suprême, le poste de Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) ?

Le principal grief de Donald Trump est budgétaire et financier. Les États-Unis sont le principal contributeur au budget général de l’organisation : leur contribution directe au budget de l’OTAN s’est élevée en 2018 à plus de 22 %, devant l’Allemagne (14 %), la France (10 %) et le Royaume-Uni (9,8 %). Ils sont également le principal fournisseur d’effectifs militaires et civils. La présidence Trump estime que le fardeau est excessif pour les finances publiques américaines. L’effort de défense américain n’est selon elle payé que d’une ingratitude insigne de la part des alliés européens. En un mot, le retour sur investissement paraît trop faible au président-businessman.

La deuxième critique est d’ordre stratégique : les États-Unis de Donald Trump jugent l’OTAN obsolète. La raison d’être de l’Organisation était en effet la lutte contre l’URSS et le Pacte de Varsovie ainsi que le combat contre le communisme. Une fois ces ennemis disparus, l’Alliance a (désespérément) cherché d’autres missions : la principale a été d’intervenir militairement pour rétablir la paix en Bosnie (1995), au Kosovo (1999), en Afghanistan (2003) en solidarité avec les États-Unis pour répondre aux attentats du 11 septembre 2001, puis en Libye en 2011. Mais sa crise de vocation n’est aujourd’hui toujours pas surmontée. Pour Donald Trump, l’OTAN remplit très mal sa principale mission résiduelle, la seule qui vaille à ses yeux : non pas contenir la Russie mais lutter contre le terrorisme.

Un troisième grief essentiel tient à la transformation de la politique extérieure américaine par la présidence Trump : la critique du multilatéralisme ne concerne pas seulement le commerce, les droits de l’homme ou la non-prolifération nucléaire. Elle vise aussi les institutions de sécurité collective comme l’OSCE, l’ONU… et bien entendu l’OTAN. Le président américain a relancé les relations bilatérales en Europe au détriment des structures multilatérales. On le comprend : dans le face-à-face des relations bilatérales, le poids des États-Unis se fait bien mieux sentir que dans des formats multilatéraux ou ce poids est dilué, même s’il reste majeur.

Qu’elles soient tonitruantes ou modérées, les déclarations du président américain ont pour horizon un retrait de l’Alliance. Le réquisitoire viserait un arrêt de mort.

Chronique d’une mort (américaine) annoncée

Les Français aiment à brocarder les transgressions, les dérapages et les saillies du président américain en matière de politique étrangère. Toutefois, concernant l’OTAN, Donald Trump n’est pas profondément disruptif aux États-Unis.

Tout d’abord, le réquisitoire trumpien contre l’OTAN est la caisse de résonance d’un mouvement puissant, ancien et profond parmi les Républicains, qui sont nombreux à voir dans l’Alliance une entrave à la liberté d’action des États-Unis dans le monde. Les plus gaulliens des Français aiment à dépeindre l’OTAN comme un cheval de Troie américain en Europe. Pour bien des Américains, l’OTAN est plutôt une bride imposée à la puissance américaine par des coalitions d’États nettement plus faibles et beaucoup moins responsables stratégiquement. La revanche des nains militaires coalisés contre le géant stratégique américain, en quelque sorte.

La présidence Trump n’est même pas en rupture profonde avec les présidences précédentes malgré les déclarations de Bill Clinton et George Bush Jr. Au contraire, elle prolonge plusieurs critiques traditionnelles visant l’OTAN et les alliés des États-Unis. Le débat passe moins entre isolationnistes et interventionnistes ou entre néo-conservateurs et réalistes qu’entre ceux qui imaginent une vocation à l’OTAN et ceux qui la considèrent comme un fossile périmé. Ainsi, la présidence Clinton a artificiellement maintenu l’Alliance en vie pour l’adapter à la donne post-soviétique. Elle a abouti, en 1999 à la redéfinition du concept stratégique de l’OTAN vers des missions de maintien de la paix, de police des espaces maritimes et d’interventions humanitaires. La présidence Bush a utilisé le dispositif de solidarité entre alliés prévu par l’article 5 du Traité de Washington mais a été peu satisfaite de l’OTAN en raison du son fardeau budgétaire et de sa solidarité plus que limitée en Irak. Quant à la présidence Obama, elle a anémié l’Alliance en mettant en avant la nécessité d’un pivot vers l’Asie.

L’espérance de vie de l’OTAN paraît donc limitée dans la mesure où Donald Trump est loin d’être isolé dans sa posture de défiance à son égard.


À lire aussi : NATO’s future when America comes first


L’OTAN, un zombie régulièrement ressuscité

Le départ des États-Unis de l’OTAN est une dystopie redoutée par toute une partie de l’Europe – déjà imaginée dans la série Occupied comme je l’avais souligné sur The Conversation. Dans cette excellente fiction produite par Arte, le retrait américain de l’OTAN créait un appel d’air pour l’impérialisme russe en Norvège, pilier de l’Alliance en Arctique.

La mort de l’Alliance, tant de fois annoncée, n’est pourtant pas avérée. Plusieurs facteurs concourent à la maintenir en vie, bon an mal an.

Pour de nombreux États parties au traité de l’Atlantique nord, l’OTAN est tout à la fois la principale assurance vie et la colonne vertébrale de leur défense nationale. C’est tout particulièrement le cas des États ayant rejoint l’Alliance après la fin de l’URSS et qui redoutent de retomber dans la sphère d’influence russe. Dans les documents tenant lieu de Livre Blanc de la défense de la Pologne, de la Roumanie et des États baltes mais aussi des Pays-Bas, de la Norvège et de l’Allemagne, la participation à l’Alliance atlantique apparaît comme la raison d’être de l’action des forces armées. Agir en coalition avec l’OTAN et s’intégrer dans ses structures de commandement est le mode normal de ces États en matière militaire.

N’oublions pas à Paris que l’OTAN est également l’horizon stratégique et une véritable Terre promise stratégique pour plusieurs États directement exposés aux nouveaux risques géopolitiques : l’Ukraine et la Géorgie font de l’adhésion à l’Organisation leur objectif diplomatique et militaire cardinal à l’instar du Monténégro, intégré il y a peu.

Des forces de rappel essentielles agissent aussi aux États-Unis eux-mêmes. Pour les industries de défense américaines et donc pour la base industrielle et technologique de défense du pays, l’OTAN constitue un atout commercial essentiel. Pour s’intégrer techniquement dans les actions en coalition et pour solidifier leurs relations avec les États-Unis, plusieurs États membres ou partenaires de l’Alliance ont fait le choix d’équipements américains. Ainsi, la Pologne, la Roumanie et la Suède ont choisi de se procurer des systèmes de défense anti-aérienne Patriot. De même, l’achat d’avions de chasse F35 apparaît comme la garantie d’un soutien américain au sein de l’OTAN.

L’OTAN se trouve aujourd’hui dans une situation clinique bien difficile à définir : d’une part, elle a survécu à sa crise de vocation issue de la Guerre froide en se (re)trouvant un nouvel ennemi dans la Russie. C’est une cure de jeunesse précaire. Mais, d’autre part, elle est critiquée par son principal pilier, les États-Unis, qui menacent de lui couper les vivres. Aujourd’hui, l’organisation a tout d’un zombie de série B : elle est régulièrement mise en pièces, y compris par les administrations présidentielles américaines. Mais elle est incapable de mourir, régulièrement revivifiée par la résurgence de menaces sur la scène internationale. Et par l’incapacité européenne à se doter d’une solution de remplacement.

Voir aussi:

La série « Occupied », une dystopie européenne ?
Cyrille Bret, Géopoliticien et philosophe, Sciences Po

La Conversation

24 mai 2019

A quelques semaines des élections européennes, du 23 au 26 mai 2019, il est particulièrement plaisant et stimulant de voir (ou de revoir) la série Occupied (Okkupert en norvégien) diffusée sur Arte depuis 2015. Cette production franco-suédo-norvégienne tend en effet un miroir bien sombre à l’Europe et à ses voisins sur leur futur proche.

Les géopoliticiens savent désormais que la culture populaire en général et les séries télévisées en particulier illustrent et façonnent les représentations collectives qui jouent un rôle essentiel dans les relations internationales. Depuis La Géopolitique des séries publiée par Dominique Moïsi en 2016, l’analyse géopolitique des séries télévisées a même gagné le grand public. De même que Homeland a révélé aux Américains plusieurs aspects inconnus ou occultés de la « global war on terror », de même, Occupied, diffusée peu après l’annexion de la Crimée par la Russie, peut avoir un effet de révélation sur eux-mêmes pour les Européens. Mais une dystopie est bien souvent l’envers d’une utopie… ou une utopie qui a mal tourné. Occupied n’est ni un réquisitoire radical contre l’Europe ni une déploration sur le sort de la Norvège.

Du cauchemar au réquisitoire

L’épisode inaugural de la série donne le ton. Conçu par le romancier norvégien Jo Nesbo, il plonge en quelques minutes le téléspectateur dans le cauchemar de la guerre hybride. Voici les éléments essentiels de cette exposition magistrale : dans un futur proche, les États-Unis ont quitté l’Alliance atlantique et se murent dans l’isolationnisme, comme les premières minutes de l’épisode nous l’apprennent. Les éléments se sont conjurés contre le Royaume de Norvège : le réchauffement climatique vient de produire inondations dans le pays, comme le montrent les images du générique. Ces événements ont conduit à l’élection de Jesper Berg au poste de premier ministre sur un programme de transition énergétique radicale : arrêter complètement la production et l’exportation d’hydrocarbures qui alimentent l’Europe et font la richesse du royaume. L’objectif est de remplacer toutes les énergies fossiles par des centrales au thorium.

Le décor géopolitique est planté : le futur de l’Europe est marqué par l’abandon d’États-Unis isolationnistes, par le retrait de l’OTAN et par une transition énergétique rendue drastique par les effets dévastateurs du réchauffement climatique. Les risques structurels inhérents à la présidence Trump constituent la donne géopolitique et géoéconomique de notre continent.

Toutefois, l’Union ne reste pas longtemps dans un statut de victime passive : au moment où il inaugure la grande centrale au thorium, le premier ministre Berg est enlevé par des forces spéciales russes et reçoit, lors de cet enlèvement, un avertissement vidéo de la part du commissaire européen français : la Norvège doit reprendre la production et l’exportation d’hydrocarbures vers l’Europe, faute de quoi, l’Union demandera à la Russie d’intervenir militairement en Norvège pour rétablir la production. Le tragique du dilemme est souligné par la violence physique : le commando russe assassine un civil norvégien sur son passage. L’engrenage qui structure la série s’enclenche alors : les forces armées russes s’engagent dans une occupation graduelle, l’Union européenne utilise la menace russe comme instrument de chantage, la population civile norvégienne hésite entre collaboration pour réduire les dommages et résistance armée… la Norvège sombre dans la guerre civile et dans un conflit international.

Les origines du cauchemar ne sont donc pas seulement exogènes à l’Europe : elles lui sont internes. C’est la soif de ressources naturelles de l’Europe qui la conduisent à fouler aux pieds le choix souverain des électeurs norvégiens et à sous-traiter la violence militaire envers le territoire du royaume. Victime du réchauffement climatique et de l’abandon américain, l’Europe est elle-même un prédateur écologique, politique et militaire. La dystopie révèle crûment les principaux chefs d’accusation brandis depuis des mois contre l’Europe : mépris pour les souverainetés nationales, politiques de voisinage cyniques, dépendance à l’égard des États-Unis, etc.

La série n’est toutefois pas seulement un réquisitoire contre l’Europe. Comme toutes les dystopies subtiles, elle évite le manichéisme et révèle les ambiguïtés.

L’Union européenne entre cynisme et revendication de puissance

À première vue, l’Union européenne d’Occupied est la caricature qu’en présentent ses détracteurs. Le Commissaire européen incarné par Hippolyte Girardot a tous les vices imputés à la construction européenne : soumis à une Chancelière allemande dont le nom n’est jamais prononcé, il exécute tous ses ordres destinés à répondre aux besoins de l’industrie allemande ; indifférent au sort d’une démocratie voisine et partenaire, il soumet le premier ministre norvégien à un chantage permanent ; ne visant que l’accroissement de son pouvoir, il utilise la violence militaire russe pour soumettre un État souverain. La suite de la série montre même qu’il n’a que peu d’égards pour l’intégrité physique des dirigeants avec lesquels il négocie. Technocratie hors sol et méprisante pour les souverainetés nationales et populaire, l’Union semble démasquée.

Toutefois, la série n’est pas seulement à charge. Si le téléspectateur surmonte le dégoût qu’il éprouve pour le personnage qui incarne l’Union, il peut découvrir une image inversée de l’Union actuelle où ses faiblesses chroniques ont trouvé leur remède. Régulièrement accusée d’idéalisme, de pacifisme et de naïveté, notamment par Hubert Védrine, l’Union européenne apparaît dans la série comme prête et capable de défendre ses intérêts vitaux. Soucieuse de défendre ses capacités industrielles et ses lignes d’approvisionnement en matière première, l’Union met en œuvre les attributs de la puissance sur la scène internationale en exerçant une pression diplomatique sur ses partenaires et ses voisins. Prenant acte de l’abandon américain, elle se refuse à nourrir la chimère d’une Pax Americana et sous-traite son action extérieure à la seule puissance militaire disponible, la Russie.

Concernant l’Union européenne, la dystopie d’Occupied pourrait bien en réalité répondre au souhait d’une Europe puissance. Reste à savoir si les Européens sont prêts à la promouvoir.

La Russie entre opportunisme et impérialisme

La figure de la Russie est elle aussi présentée sous une forme apparemment caricaturale : puissance militaire sans égard pour la vie humaine, imperium en reconstruction, elle n’hésite pas à déclencher des opérations clandestines pour occuper les plates-formes pétrolières norvégiennes, traquer les opposants à l’occupation jusque dans les rues d’Oslo et faire disparaître les résistants. L’ambassadrice russe à Oslo, incarnée par l’actrice Ingeborga Dapkūnaitė, rendue célèbre par Soleil trompeur de Mikhalkov, reprend avec brio ce mélange de froideur, de calcul, de dureté et de cruauté prêté au président russe (réel) dans les relations internationales. Exécutrice des basses œuvres de l’Union européenne, prise dans une spirale impérialiste, la Russie d’Occupied est celle de la guerre dans le Donbass et de l’annexion de la Crimée. Plusieurs autorités publiques russes ont d’ailleurs protesté contre la série.

En réalité, la série est plus nuancée. D’une part, l’ambassadrice Sidorova, victime d’une tentative d’assassinat durant le premier épisode, n’est pas la plus radicale des impérialistes. La suite de la série souligne qu’elle agit pour un équilibre entre occupation des plates-formes pétrolières et respect minimal des institutions norvégiennes. Les concepteurs de la série rappellent au public européen que Vladimir Poutine peut être perçu comme un centriste dans son propre pays. D’autre part, les forces d’occupation russes sont elles aussi prises dans la spirale et les dilemmes de l’occupation. Soit elles prennent entièrement la maîtrise de la Norvège mais suscitent un rejet complet et manquent leur objectif. Soit elles respectent a minima les institutions du pays et elles risquent d’apparaître comme faibles. Dans la série comme dans la réalité, l’action extérieure de la Russie paraît aventureuse. Loin de la stratégie mondiale qu’on lui prête.

La russophobie attribuée à Occupied pourrait bien se révéler plus complexe que prévu : moins qu’un empire en reconstitution, la Russie apparaît comme une puissance fragile, opportuniste et subordonnée aux latitudes laissées par l’Union européenne.

La Norvège et sa mauvaise conscience européenne

Occupied apparaît comme un cauchemar norvégien : longtemps en conflit avec la Russie pour la délimitation de sa zone économique exclusive dans le Grand Nord, poste avancé de l’OTAN durant toute la guerre froide malgré une tradition de neutralisme et de pacifisme, cible d’incursions navales et aériennes, ce pays de 5 millions d’habitants se sait dépendant de l’extérieur pour assurer sa sécurité. Occupied le présente comme une victime de son environnement naturel et politique. Sans le soutien des États-Unis et de l’Union, la Norvège se considère elle-même comme une Ukraine aisément la proie des impérialismes environnants.

La série est en réalité bien plus critique envers le royaume nordique que le téléspectateur français ne pourrait le penser. La Norvège est victime d’elle-même. En effet, le premier ministre Jesper Berg provoque la crise et l’amplifie par sa naïveté politique. Il décrète unilatéralement la cessation de la production d’hydrocarbures, fort du vote populaire mais sans avoir préparé ses voisins et partenaires internationaux. La série pointe la naïveté de cette démocratie opulente et exemplaire. On peut même percevoir dans la mise en scène du personnel politique norvégien une certaine mauvaise conscience : forts de leurs convictions écologiques, assurés de leur prospérité économique et confiants dans les règles de droit, ils négligent l’alliance avec l’Union. Le pays a en effet refusé à deux reprises d’adhérer à l’Union européenne, en 1972 et 1994. Soucieux de préserver tout à la fois le modèle de protection sociale, sa souveraineté nationale et son alliance avec les États-Unis, la Norvège est dans une situation précaire à l’égard de l’Europe : la solidarité ne peut pleinement s’exercer pour un État partenaire mais non membre.

La Norvège d’Occupied, victime idéale, ne paie-t-elle pas les conséquences de son refus de l’Europe ?

Voir aussi:

 

Guerre en Ukraine : quatre questions sur l’interdiction de diffusion des médias russes RT et Sputnik dans l’Union européenne

La décision a été officialisée au Journal officiel de l’Union européenne, mercredi 2 mars.

Franceinfo

Clap de fin pour RT et Sputnik. Les Vingt-Sept ont approuvé de nouvelles sanctions contre Moscou, mardi 1er mars, avec l’interdiction de diffusion de ces médias russes au sein de l’Union européenne. En réponse à la guerre en Ukraine, les contenus de Sputnik et des chaînes de RT (ex-Russia Today) en anglais, allemand, français et espagnol ne pourront plus être diffusés sur les réseaux de télévision, ni sur internet.

Les deux médias sont les « canaux » des « actions de propagande » et « de déformation des faits » de la Russie, qui « menacent directement et gravement l’ordre et la sécurité publics de l’Union », écrivent les Vingt-Sept. Ces mesures d’interdiction « devraient être maintenues jusqu’à ce que l’agression contre l’Ukraine prenne fin et jusqu’à ce que la Fédération de Russie et ses médias associés cessent de mener des actions de propagande contre l’Union et ses Etats membres ». Franceinfo fait le point sur cette interdiction.

1Quels sont les médias visés ?

RT est une chaîne de télévision lancée en 2005 à l’initiative du Kremlin, sous le nom de « Russia Today », et financée par l’Etat russe. En France, elle emploie 176 salariés dont 100 journalistes. Une autorisation d’émettre dans l’Hexagone lui a été accordée par le CSA en décembre 2015. La France est ainsi le seul Etat membre de l’UE à accueillir sur son sol une filiale de RT et à lui accorder cette licence de diffusion.

Au quotidien, sur sa chaîne télévisée et ses contenus multimédia, RT promeut la position du Kremlin à l’étranger. Sa création résulte d’un besoin pour les élites russes « de repenser leur dispositif d’influence, de reforger un ensemble d’instruments, notamment médiatiques », analyse pour franceinfo Maxime Audinet, docteur en études slaves et auteur du livre Russia Today, un média d’influence au service de l’Etat russe » (éditions de l’INA). Franceinfo, qui a écouté ses programmes durant plusieurs heures, a observé peu de voix dissonantes parmi les invités.

Sputnik est un média web également financé par l’Etat russe. Il possède un site internet, ainsi qu’une déclinaison vidéo sur YouTube et sur les réseaux sociaux.

2Pourquoi cette décision a-t-elle été prise ?

Face à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la présidente de la Commission européenne a estimé qu’il était impératif de lutter contre ce qu’elle appelle « la machine médiatique du Kremlin ». « Les médias d’Etat Russia Today et Sputnik ainsi que leurs filiales (…) ne pourront plus diffuser leurs mensonges pour justifier la guerre de Poutine et pour semer la division dans notre Union. Nous développons donc des outils pour interdire leur désinformation toxique et nuisible en Europe », a déclaré Ursula von der Leyen le 27 février, trois jours après le début du conflit.

Un constat partagé par Pieyre-Alexandre Anglade. « Nous avons été, nous Européens, trop naïfs, trop indulgents avec ces organes de propagande et de désinformation massive », a jugé le porte-parole des députés La République en marche, mardi 1er mars.

3Où en est-on de l’entrée en vigueur de l’interdiction ?

L’interdiction de RT et Sputnik est officiellement entrée en vigueur dans l’UE mercredi 2 mars, à la mi-journée. Ursula von der Leyen avait annoncé le bannissement des chaînes RT dans toute l’UE trois jours plus tôt, sans préciser les contours d’une telle décision.

Chaque Etat membre, via son autorité de régulation des médias et ses opérateurs télécoms, est chargé de faire respecter cette interdiction. En avance sur le reste des Européens, l’Allemagne avait annoncé début février l’interdiction de la chaîne RT, dans un contexte de tensions avec le Kremlin.

En France comme dans le reste de l’Europe, le bannissement est intervenu progressivement après une réunion avec le secrétaire d’Etat au Numérique, Cédric O, lundi 28 février. Dans la foulée, TikTok et Facebook ont annoncé suspendre l’accès à ces comptes en Europe. Mardi, c’était au tour de YouTube de bloquer ces chaînes sur le continent « avec effet immédiat », « compte tenu de la guerre en cours en Ukraine ». Twitter a bloqué les comptes des deux chaînes jeudi, après avoir apposé la mention « Média affilié à un Etat, Russie » aux comptes de leurs journalistes et anciens journalistes. La diffusion à la télévision de RT France a cessé mercredi après-midi chez les différents opérateurs qui proposaient cette chaîne.

4Comment cette mesure est-elle justifiée juridiquement ?

Selon le texte publié au Journal officiel de l’UE« toute licence ou autorisation de diffusion, tout accord de transmission et de distribution conclu avec les personnes morales, entités ou organismes énumérés (…) sont suspendus ». Cela concerne tous les moyens de diffusion, que ce soit « le câble, le satellite, la télévision sur IP, les fournisseurs de services internet, les plateformes ou applications, nouvelles ou préexistantes, de partage de vidéos sur l’internet ». Le texte précise que « ces mesures n’empêchent pas ces médias et leur personnel d’exercer dans l’Union d’autres activités que la diffusion, telles que des enquêtes et des entretiens ».

En France, l’Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) assure que ces décisions ont « pour effet de suspendre la convention et la distribution de RT France ». Elles sont « d’application directe et immédiate par tous les opérateurs concernés », dès le 2 mars.

Cette décision devrait toutefois faire l’objet de recours devant la justice. Mardi, le régulateur russe des médias, Roskomnadzor, a protesté contre ces mesures, estimant qu’elles « violent les principes fondamentaux de la libre circulation de l’information et son accès sans entrave ». RT France a de son côté lancé une pétition sur la plateforme Change.org pour dénoncer cette interdiction, réunissant 10 500 signatures en trois heures.

L’UE réfute toutefois ces accusations. Josep Borrell, le chef de la diplomatie européenne, a estimé que ces médias ne produisaient pas une information libre mais « une désinformation massive »« Nous nous appuyons sur de solides bases juridiques (…) et nous défendrons notre décision devant les tribunaux » européens, a également assuré une source européenne anonyme à l’AFP, tout en admettant que des représailles contre des médias européens en Russie étaient « une possibilité »« Vladimir Poutine va frapper nos médias », a ainsi prévenu Fabrice D’Almeida, historien et vice-président de l’Université Panthéon-Assas.

Voir également:

En Italie, Dostoïevski victime d’une tentative de censure ?

L’écrivain transalpin Paolo Nori, qui devait donner un cours sur le célèbre auteur russe Dostoïevski, a dénoncé une tentative de censure de l’université Milano Bicocca. La direction lui a demandé de reporter ses leçons au vu de l’actualité. L’université affirme qu’il s’agit d’un malentendu, mais Nori refuse désormais de se rendre sur place.

Il s’est exprimé dans une vidéo Instagram où il apparaît au bord des larmes, la voix cassée par l’émotion. Mardi 1er mars, l’écrivain italien Paolo Nori a dénoncé ce qui est à ses yeux une tentative de censure. En effet, l’université Milano Bicocca, où il devait tenir un cours sur Dostoïevski, lui a communiqué par courriel le report de ses leçons pour “éviter toute forme de polémique dans ce moment de forte tension”.

Une décision jugée incompréhensible par l’intéressé, qui a réagi avec des mots très durs :

En Italie, aujourd’hui, être un Russe est considéré une faute. Et apparemment, même être un Russe décédé, qui de plus a été condamné à mort en 1849 pour avoir lu une chose interdite. Ce qui est en train d’arriver en Ukraine est une chose horrible qui me donne envie de pleurer, mais ces réactions sont ridicules. Quand j’ai lu ce mail de l’université, je ne pouvais pas y croire.”

“Un équilibre littéraire en temps de guerre”

Quelques heures plus tard, la polémique rebondissait dans les médias transalpins, poussant l’université milanaise à faire marche arrière. Simple malentendu, s’est-on justifié depuis l’institut, qui a invité Nori à tenir son cours avant que la précision qui a suivi de la part d’un responsable ne ravive la polémique.

“L’intention était de restructurer le cours en ajoutant à Dostoïevski des auteurs ukrainiens”, a expliqué Maurizio Casiraghi, dont les propos sont rapportés par le Corriere della Sera. Une précision qui a fini de persuader Paolo Nori de ne pas se rendre à cette université.

“Un équilibre littéraire en temps de guerre” était donc la solution envisagée par l’institut, poursuit le quotidien milanais, qui, à travers un article signé par un de ses éditorialistes, propose une réflexion plus large sur le comportement à adopter vis-à-vis des Russes en ce moment de tension :

Dostoïevski est sauvé, mais reste le fond du débat : est-il juste d’exiger des Russes contemporains une prise de distance avec Poutine ? Si nous le faisions, le principe selon lequel les personnes se jugent sur la base de leur action et non par leur nationalité viendrait à manquer.”

Toutefois, le journal italien reconnaît une exception à cette règle pour les Russes “célèbres et liés à Poutine” : il est juste d’exiger de leur part une prise de distance de ce conflit.

Une référence à la polémique qui a entouré Valery Guerguiev, le chef d’orchestre considéré proche de Poutine, que le maire de Milan a “banni” du célèbre théâtre de La Scala, faute d’avoir accepté de se déclarer opposé à la guerre.

Une décision qui a fait couler beaucoup d’encre, mais qui rencontre donc l’approbation de l’éditorialiste transalpin.

Voir par ailleurs:

Le film d’Oliver Stone sur Poutine: « un clip publicitaire, pas un documentaire » 

Spécialiste de la Russie, l’universitaire Cécile Vaissié réagit à la diffusion par France 3 du film d’Oliver Stone Conversations avec Poutine.

« Consternant d’ignorance et de complaisance ». France 3 a diffusé lundi soir le premier volet de quatre heures de Conversations avec Poutine, un film réalisé par Oliver Stone, le réalisateur de Platoon et de JFK.

Le metteur en scène trois fois oscarisé, a réalisé ce montage à partir de 12 entretiens filmés entre juillet 2015 et février 2017 avec le président russe. Cécile Vaissié*, professeur en études russes et soviétiques à l’Université Rennes 2, réagit à ce document controversé.

Qu’est-ce qui vous a le plus frappé dans Conversations avec Poutine?

Oliver Stone filme Vladimir Poutine, lui donne la parole, comme s’il était un parfait inconnu. Ne connaissant rien à la Russie, le réalisateur américain est incapable de lui apporter la contradiction, ni même de saisir les perches lancées par Poutine, que ce soit sur l’Otan, les oligarques, la Tchétchénie, les pays voisins. Il n’approfondit jamais les thèmes abordés.

Stone se montre tellement inculte que, par contraste, Poutine apparaît modéré, plus fin, plus intelligent -ce qu’il est sans aucun doute. « Vous avez amélioré les salaires… stoppé les privatisations ». « Non, je n’ai pas arrêté les privatisations », le corrige Poutine. Au cours de l’exercice, Poutine ment de nombreuses fois, mais à plusieurs reprises, les mensonges ne sortent même pas de sa bouche. Il se contente d’enchaîner sur les affirmations du cinéaste.

Les compliments de Stone sur les avancées économiques dues au président reprennent sans recul la propagande du Kremlin. Il est vrai que le niveau de vie a augmenté entre 2000 et 2008, mais selon les économistes russes, c’est presque entièrement attribuable à la hausse des prix du baril. Un journal russe a d’ailleurs publié un article livrant 20 exemples de la façon dont Poutine a trompé Oliver Stone, après la sortie de ce film. Il montre notamment que Poutine semble ignorer que les fonds de réserve gouvernementaux sont inclus dans les fonds de réserve de la Banque centrale, sans être contredit par Stone.

L’objectif de Stone était peut-être de démontrer la vision de monde qu’a Poutine…

Donner la parole à Vladimir Poutine est tout à fait légitime. A condition qu’en face on lui apporte la contradiction. Ce que dit le président russe tout au long de ce film n’a rien de nouveau. On le retrouve intégralement sur RT et Sputnik [les chaines de propagande du Kremlin]. Ce n’est pas un documentaire. C’est un clip publicitaire. Il est surprenant qu’une chaîne publique consacre autant de temps à un tel objet.

Certains points vous ont-ils plus choqué que d’autres?

D’un bout à l’autre, la complaisance et la vacuité des échanges sont consternants. Cette façon de montrer le président avec son cheval ou faisant du sport…

La naïveté de Stone est même parfois drôle. Il découvre étonné que les fidèles ne s’assoient pas dans les églises orthodoxes, avant d’embrayer sur le rôle de l’orthodoxie en Russie. Le décalage entre son ignorance et la question centrale de la religion dans la société russe est troublante.

Son ingénuité l’amène à dérouler sans complexe le discours du Kremlin. Par exemple sur la promesse de non-élargissement de l’Otan que les Occidentaux auraient faite à Mikhaïl Gorbatchev à la chute de l’URSS. Gorbatchev lui-même a démenti que de telles promesses lui avaient été faites. Là encore, Poutine est plus subtil que Stone. Il soutient que cette promesse a été donnée par oral, non par écrit. Impossible à vérifier, donc.

Et à aucun moment Stone ne s’interroge sur la raison pour laquelle les pays de l’ex-bloc soviétique ont voulu rejoindre l’Otan. Pourquoi l’opinion ukrainienne qui était, il y a quelques années encore, hostile à l’entrée dans l’Alliance atlantique y est favorable, depuis la guerre dans l’est de son territoire?

Le seul moment qui aurait pu être intéressant est celui où il visionne Docteur Folamour avec Poutine. Il aurait pu discuter avec lui de cinéma, un sujet que Stone maîtrise, l’interroger sur le cinéma russe.

Le documentaire ne pêche pas seulement par ce qu’il affirme, mais aussi par ce qu’il élude…

Les exemples ne manquent pas. Aucune question sur sa fortune personnelle, sur les fastes du gouvernement. Il n’aborde pratiquement pas la société russe, à l’exception de l’homosexualité. Aucune mention de l’effondrement du système médical, de l’éducation. Rien sur les grands-mères à qui le gouvernement refuse que leurs retraites soient indexées sur le taux de l’inflation…

Le réalisateur ne l’interroge pas non plus sur ce qu’a fait Poutine entre 1991 (la chute de l’URSS) et 1996, moment où il entre au Kremlin. Ni sur son attitude au moment du putsch d’août 1991 contre Gorbatchev.

Rapidement évoquées, la question des oligarques et celle de la privatisation de l’économie russe dans les années 1990, auraient mérité d’être creusées. Stone se contente d’étaler la vision du maître du Kremlin. Rien sur les véritables raisons pour lesquelles certains oligarques ont été adoubés et d’autres jetés derrière les barreaux. La stigmatisation de Mikhaïl Khodorkovski, qui a passé dix ans en prison m’a particulièrement choquée. Stone ne se contente pas de servir la soupe à Poutine, il se fait complice de la persécution de cet homme.

Voir enfin:

 ‘The Putin Interviews’: Oliver Stone’s Wildly Irresponsible Love Letter to Vladimir Putin

TWO PEAS IN A POD

Showtime’s four-part series of interviews between Stone and Putin sees Russia’s authoritarian ruler give his thoughts on NATO, women, gays, Snowden, and more.

Marlow Stern

The Daily Beast

Jun. 06, 2017

When America sends its people to interview Vladimir Putin, they’re not sending their best. They’re not sending an Anderson Cooper or a Christiane Amanpour, intrepid journalists well-versed in geopolitics and the art of the spiel. They’re sending people like Megyn Kelly, a race-baiter who rode the wave of one semi-challenging debate question all the way to a cushy gig at NBC News, or Oliver Stone, a revisionist history buff who’s spent the past few decades cozying up to dictators like Fidel Castro, Hugo Chavez, and Putin.

Yes, in addition to qualifying Hitler and claiming the Jews run the media, Stone helmed the 2014 documentary Ukraine on Fire—a bizarre slice of Kremlin propaganda alleging that the CIA orchestrated the 2014 Ukrainian revolution (based on scant evidence), and featuring cameos from Viktor Yanukovych and Putin. If that weren’t enough, in September, the JFK filmmaker posited that the Democratic National Committee hack was an inside job and not, as 17 U.S. intelligence agencies concluded, the work of Russian agents. Stone’s The Putin Interviews, a new four-part series debuting on Showtime on June 12, should thus be viewed as nothing short of hero worship; the rough equivalent of a Twihard probing Robert Pattinson or Donald Trump interrogating a tacky gold chair.

The Putin Interviews, a documentary comprised of conversations with the Russian president that took place between July 2015 and February 2017, is clearly intended to humanize Putin and demonize America. In the first two parts provided to press, there are scenes of Putin feeding horses and strolling through lush gardens as string instruments sound; footage of the sexagenarian schooling men one-third of his age in hockey; and fawning Stone comments ranging from “You have a lot of discipline, Sir” to “You are a very lucky man” to “What do you bench?” OK, that last one I made up.

Stone not only fails to challenge Putin, but essentially cedes him the floor, allowing the cunning ex-KGB operative to spin more than the president’s toupee in a tornado. Putin denies Russia was the aggressor in virtually every global conflict, including the invasions of Georgia and Ukraine. He champions Russia’s economy over that of the U.S., despite his GDP being a little more than half that of California’s. He even blames the Cuban Missile Crisis on the U.S.

At one point Stone, in an apparent effort to name-drop one of his movies, asks Putin: “Is Wall Street actively working to destroy the Russian economy in the interests of the United States?” He shrugs it off. “Do you think the National Security Agency had gone too far in its eavesdropping?” Of course he does.

Some of the director’s lame questions bear fruit in spite of themselves. When Stone asks Putin, “Do you ever have a bad day?” during a tour of the throne room, the Russian strongman giddily answers, “I’m not a woman so I don’t have bad days.” He then doubles down on the misogyny, explaining that, “There are certain natural cycles which men probably have as well, just less manifested. We are all human beings. It’s normal. But you should never lose control.”

A conversation about whether gays can serve in the military in Russia leads to the Stone question: “If you’re taking a shower in a submarine with a man and you know he’s gay, do they have a problem with that?”

Putin’s answer is not only homophobic, but completely bonkers. “Well, I prefer not to go to shower with him,” exclaims a cackling Putin. “Why provoke him? But you know, I’m a judo master and a SAMBO master as well. And I can tell you this, that as head of state today, I believe it’s my duty to uphold traditional values and family values. But why? Because same-sex marriages will not produce any children. God has decided, and we have to care about birth rates in our country. We have to reinforce families. But that doesn’t mean that there should be any persecutions against anyone.”

The lion’s share of The Putin Interviews’ B-roll consists of news clips from RT, the propaganda arm of the Kremlin, and pro-Russia graphics. Putin admits to never having seen Dr. Strangelove, and, in the first two episodes’ most surreal sequence, the two sit down to watch Stanley Kubrick’s 1964 Cold War satire. “[Kubrick] foresaw some issues even from a technical point of view, things that make us think about real threats that exist,” Putin says in his mini-review. “The thing is that since that time, little has changed. The only difference is that the modern weapons systems have become more sophisticated, more complex. But this idea of a retaliatory weapon, and the inability to control such weapons systems, still hold true to this day. It has become even more difficult, even more dangerous.”

Stone and Putin chat in various locations throughout the doc, from the halls of the Kremlin to the great outdoors. In one exchange aboard Putin’s plane, he reveals his unvarnished thoughts on the North Atlantic Treaty Organization.

“There is no longer an Eastern Bloc, no more Soviet Union. Therefore, why does NATO keep existing? My impression is that in order to justify its existence, NATO has a need of an external foe, there is a constant search for the foe, or some acts of provocation to name someone as an adversary,” says Putin.

“Nowadays, NATO is a mere instrument of foreign policy of the U.S. It has no allies, it has only vassals. Once a country becomes a NATO member, it is hard to resist the pressures of the U.S.,” he continues. “And all of a sudden any weapon system can be placed in this country. An anti-ballistic missile system, new military bases, and if need be, new offensive systems. And what are we supposed to do? In this case we have to take countermeasures. We have to aim our missile systems at facilities that are threatening us. The situation becomes more tense. Why are we so acutely responding to the expansion of NATO? Well, as a matter of fact, we understand the value or lack thereof, and the threat of this organization. But what we’re concerned about is the following: We are concerned by the practice of how decisions are taken. I know how decisions are taken there.”

Huddled inside a car with Putin behind the wheel—in what is without question the worst episode of Carpool Karaoke ever—they discuss the plight of whistleblower Edward Snowden, a former NSA contractor who was granted asylum in Russia after leaking top-secret government documents revealing a complex web of surveillance conducted by the U.S. against its allies and own citizens. Putin claims that the U.S. refused to agree to a deal years back that “stipulated for a mutual extradition of criminals,” and since “Snowden didn’t violate any [Russian] law,” and since “the U.S. has never extradited any criminals to us who have sought asylum there,” they refused to extradite Snowden back to America.

While he doesn’t agree with what Snowden did, Putin refers to him as “courageous” several times and asserts, “Snowden is not a traitor. He didn’t betray the interests of his country. Nor did he transfer any information to any other country which would have been pernicious to his own country or to his own people. The only thing Snowden does he does publicly.”

The 2016 U.S. presidential election is briefly mentioned during a February 2016 chat within the halls of the Kremlin, with Putin maintaining that Russia is “going to be ready to work with whoever gets elected by the people of the United States.” When he adds, “I believe nothing is going to change no matter who gets elected,” he can’t help but unleash a knowing smirk.

Stone suggests that Putin could influence the U.S. election by endorsing a candidate, thereby causing his or her popularity to plummet. “Unlike many partners of ours, we never interfere within the domestic affairs of other countries,” replies Putin, smiling wide. “That is one of the principles we stick to in our work.”

The Putin Interviews offer, first and foremost, a staggering display of mendacity on the part of both interviewer and interviewee. During a back and forth aboard his jet, Putin claims to have in his possession a letter from the CIA admitting that they provided technical support to the Chechens—including terrorist organizations—during the Second Chechen War. When Stone requests that he provide the letter, Putin responds, “I don’t think it would be appropriate. My words are enough.”

For Oliver Stone, they most certainly are.

Voir par ailleurs:

Ukraine security chief: Minsk peace deal may create chaos

Yuras Karmanau

AP News

January 31, 2022

KYIV, Ukraine (AP) — Ukraine’s security chief warned the West on Monday against forcing the country to fulfill a peace deal for eastern Ukraine brokered by France and Germany, charging that an attempt to implement it could trigger internal unrest that would benefit Moscow.

Oleksiy Danilov, the secretary of Ukraine’s National Security and Defense Council, told The Associated Press that Ukraine has the capability to call up to 2.5 million people if Russia invades.

He said that about 120,000 Russian troops are concentrated near Ukraine and Moscow may stage provocations “at any moment,” but argued that launching a full-fledged invasion would require massive preparations that would be easily spotted.

“The preparatory period that will be noticed by the entire world could take from three to seven days,” Danilov said. “We aren’t seeing it yet. We clearly understand what’s going on and we are calmly preparing for it.”

He deplored the decision by the U.S., Britain, Australia, Germany and Canada to withdraw some of their diplomats and dependents from the Ukrainian capital of Kyiv, saying the move “wasn’t pleasant for us” and empasizing that “we don’t think that there is a threat right now.”

U.S. President Joe Biden told Ukrainian President Volodymyr Zelenskyy in a call Thursday that there is a “distinct possibility” that Russia could invade the country in February. But the Ukrainian leader played down the war fears, arguing Friday that the Russian troop buildup could be part of Moscow’s attempts to exert “psychological pressure” and sow panic.

“We can’t allow panic in the country,” Danilov told the AP. “It’s very difficult for us to maintain control over the economic situation when all the media keep saying that the war will start tomorrow. Panic is a sister of defeat.”

Danilov said that Ukraine has the potential to quickly and dramatically beef up its 250,000-strong military in case of a Russian offensive.

“They will face a response from our society, our citizens, our military,” Danilov told the AP. “We can put 2 (million) to 2.5 million people under arms.”

He noted that up to 420,000 Ukrainians have gained combat experience in fighting with Russia-backed separatists in eastern Ukraine and up to 1 million in the nation of 41 million people have hunting licenses.

Danilov pointed at the Ukrainian Interior Ministry’s announcement Monday that it had thwarted a plot to stage riots in Kyiv and other Ukrainian cities, saying that Russian President Vladimir Putin hopes to achieve his goal of destroying Ukraine through internal destabilization even without an invasion.

“Regrettably, we have many agents of influence of the Russian Federation here, who are behind the plans of destabilizing our country from within,” he said pointing at a pro-Russian party that has a sizeable presence in Ukraine’s parliament.

After the 2014 ouster of a Kremlin-friendly president in Kyiv, Moscow annexed Ukraine’s Crimean Peninsula and backed an insurgency in the country’s eastern industrial heartland. Fighting between Ukrainian forces and Russia-backed rebels has killed over 14,000 people, and efforts to reach a settlement there have stalled.

Since the start of the separatist conflict in Ukraine, Russia has been accused of sending troops and weapons to the separatists, something it has denied. It has given out over 700,000 Russian passports to people living in rebel-held areas in eastern Ukraine.

“I have a question: Why the West is not reacting to that?” Danilov said.

He argued that Ukraine needs to revise the 2015 peace deal signed in Minsk that requires Ukraine to provide a broad autonomy to the rebel-held east and a sweeping amnesty to the rebels.

“The fulfillment of the Minsk agreement means the country’s destruction,” Danilov said. “When they were signed under the Russian gun barrel — and the German and the French watched — it was already clear for all rational people that it’s impossible to implement those documents.”

The agreement, which was brokered by France and Germany after a string of Ukrainian military defeats, was widely abhorred by the Ukrainian public as a betrayal of their national interests. Zelenskyy and his officials have made repeated calls for its modification.

Moscow has staunchly refused to amend the Minsk agreement and criticized Ukraine’s Western allies for failing to encourage Ukraine to fulfill its obligations.

Envoys from Russia, Ukraine, France and Germany met Wednesday for more than eight hours in Paris to discuss ways to implement the Minsk agreement. They made no visible progress but agreed to meet again in two weeks in Berlin.

Danilov warned the West against pressuring Ukraine into fulfilling the Minsk deal, saying it would provoke dangerous instability.

“If they insist on the fulfillment of the Minsk agreements as they are it will be very dangerous for our country,” he said. “If the society doesn’t accept those agreements, it could lead to a very difficult internal situation and Russia counts on that.”

He also argued that if Ukraine honors the deal it, that will allow Russia to demand the lifting of Western sanctions that were contingent on progress in implemeting the Minsk agreement.

Danilov called for negotiating a new document that could be realistically implemented, adding that it should force “Putin to simply pull his troops and tanks back.”

He denounced the Russian demands for NATO to bar Ukraine from ever joining the alliance, saying that the country, a former Soviet republic, has made a choice to seek to integrate into NATO and the European Union, which is reflected in its constitution. It is not a member of either bloc at this time.

“No one has the right to dictate to us whether we should or shouldn’t join alliances,” Danilov said. “It’s our people’s sovereign right.”

He also noted that Ukraine needs more Western weapons, saying “it’s our only request to our partners — give us more weapons to defend ourselves.”

He criticized Germany for refusing to provide Ukraine with weapons, charging that Berlin has also failed to properly apologize to Ukrainians for Nazi crimes during World War II when Ukraine was part of the Soviet Union.

“Regrettably, they haven’t apologized for killing millions of our citizens,” he said. “They apologize to the Russians as if we were one country. They shouldn’t talk about democracy then and say that they support authoritarian regimes and partner with them.”

Voir encore:

Guerre en Ukraine: Comment Poutine a fait le jeu des Etats-Unis

Gérald Olivier

France Amérique

2 mai 2022

Vieux de deux mois déjà, le conflit russo-ukrainien ne semble pas près de se conclure. Ni la Russie, ni l’Ukraine, n’ont les moyens militaires de l’emporter. Et aucune solution politique ne se dessine. La guerre est devenue un face à face dévastateur et sanglant dans le Donbass qui pourrait se prolonger des mois, voire des années. Cependant, ce conflit a déjà fait deux vainqueurs: l’Otan et les Etats-Unis !

L’Alliance atlantique, moribonde il y a quelques années, est redevenue incontournable et va accueillir probablement deux nouveaux membres, la Finlande et la Suède. L’ironie majeure de ce renforcement est que ces deux pays vont doubler la longueur des frontières russes partagées avec l’Otan, alors que c’est, entre autres, pour contrer l’encerclement supposé de son pays par les forces atlantiques que Poutine a déclenché sa guerre… Effet inverse de celui recherché !

Les Etats-Unis qui fournissent à l’Ukraine armes, équipements et entrainement ont fait, sur le terrain, par soldats ukrainiens interposés, la démonstration de la qualité de leur matériel et de leur efficacité militaire. Ils pourront continuer de vendre leurs armes et leur protection aux pays européens, ainsi même que leur gaz naturel, tandis que leur grand rival de la guerre froide se retrouve empêtré dans un conflit durable, isolé sur la scène internationale et ciblé par des sanctions économiques débilitantes à très long terme.

Cette nouvelle réalité enrage d’ailleurs les zélés de l’anti-américanisme primaire qui se vengent comme ils peuvent en déversant leur haine de l’Amérique sur les ondes et les réseaux sociaux.

Certains n’hésitent pas à prétendre que si l’Amérique sort première gagnante de ce conflit c’est bien sûr parce qu’elle avait tout manigancé à l’avance. Ce conflit serait le résultat d’une « manipulation » américaine ! Il aurait été « orchestré » par les Etats-Unis ! Le vrai responsable, à les croire, c’est le grand satan américain. Ainsi, Vladimir Poutine, l’ex-espion du KGB et du FSB, homme retors, froid et calculateur, se serait fait berner par Joe Biden, le vieux pantin démocrate gaffeur aux capacités cognitives incertaines… Ahurissante analyse qui rassemble dans un même camps les ennemis de l’Amérique, l’extrême gauche radicale, l’extrême droite nationaliste, et même des terroristes islamistes.

En Chine, le Quotidien du peuple qui est l’organe du Parti Communiste écrit : « Derrière la crise en Ukraine se cache l’ombre de l’hégémonie américaine. L’expansion de l’Otan vers l’est, menée par les États-Unis, est à l’origine de la crise en Ukraine. Les États-Unis sont l’initiateur de la crise. »

La Corée du Nord reprend la voix de son maître : « La cause profonde de la crise ukrainienne réside dans l’autoritarisme et l’arbitraire des États-Unis…(leur) politique de suprématie militaire au mépris de la demande légitime de la Russie pour sa sécurité. Tout est de la faute des États-Unis. »

Au Liban, Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah déclarait récemment « L’Amérique est responsable de ce qui se passe en Ukraine. Elle a fait de la provocation, n’a pas aidé pour trouver une solution diplomatique et n’a rien fait pour arrêter la guerre. »

En Israël, le parti communiste a condamné « l’agression de l’Otan qui sert les États-Unis bellicistes »…« Quiconque ignore la provocation des États-Unis par le biais de l’Otan a tort et se trompe…  » a précisé son représentant à la Knesset, le parlement israélien.

En Italie, l’agence de presse altermondialiste Pressenza ne dit rien d’autre : « Ce dont nous sommes témoins est la conséquence de 30 ans d’agression américaine contre la Russie avec le soutien de l’Europe. »

En France, Éric Zemmour, a estimé Vladimir Poutine «coupable » du déclenchement du conflit, mais «pas le seul responsable». « Les responsables c’est l’Otan qui n’a cessé de s’étendre, a-t-il dit, les Français, les Allemands, les Américains, qui n’ont pas fait respecter les accords de Minsk et qui n’ont cessé d’étendre l’Otan pour qu’elle soit autour de la Russie comme une sorte d’encerclement. »

Nikola Mirkovic, auteur de l’Amérique Empire, ouvrage dénonçant « l’impérialisme américain » a tenu à peu près les mêmes propos au politologue anti-islamiste Alexandre Del Valle : « Les Etats-Unis ont fait monter les tensions avec la Russie… et ont tenté d’utiliser l’Ukraine comme un coin entre la Russie et l’Europe… en Ukraine, l’ingérence des Etats-Unis et d’autres pays européens a été un grand facteur de déstabilisation. »

Le même Alexandre del Valle a développé la thèse du « piège tendu par les Etats-Unis qui ont agité le chiffon rouge d’une Ukraine dans l’Otan pour pousser Poutine à intervenir » dans un long entretien au site suisse Les Observateurs.

Aux Etats-Unis même, la thèse de la responsabilité occidentale a été mise en avant par John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago et tenant de l’école « réaliste » en politique étrangère, dans une interview à l’hebdomadaire de la gauche socio-libérale américaine The New Yorker : « Je pense que tout a commencé au sommet de l’Otan de Bucarest en 2008, avec l’annonce que la Géorgie et l’Ukraine deviendraient membres de l’Otan. Les Russes ont indiqué à cette époque que cela constituerait pour eux une menace existentielle et qu’ils s’y opposeraient… Néanmoins les occidentaux ont continué de transformer l’Ukraine en bastion occidental à la frontière russe… L’expansion de l’Otan, et l’expansion de l’Union européenne, sont au coeur de cette stratégie, tout comme la volonté de faire de l’Ukraine une démocratie libérale pro-américaine, ce qui du point de vue russe est une menace existentielle. »

Nul doute que si la Russie était parvenue à renverser le régime de Kiev en quelques jours, comme elle l’escomptait, ces mêmes analystes auraient loué la stratégie et l’audace du maître du Kremlin. Le « piège américain » n’est invoqué que pour masquer la monumentale erreur de Vladimir Poutine qui a surestimé les capacités de son armée, et sous-estimé celles de son adversaire.

Dans ce conflit, choisi, et provoqué par Moscou, il n’y a pas eu de « piège américain », pas plus qu’il n’y a eu de « responsabilité de l’Otan ». D’ailleurs pour justifier son intervention contre l’Ukraine, la Russie n’a pas parlé de l’Otan. Elle a parlé du besoin de « démilitariser » et « dénazifier » l’Ukraine par une « opération militaire spéciale ». En choisissant un tel motif Poutine a révélé la réalité de sa motivation. Toutes ces années passées l’Otan n’a été qu’un prétexte utilisé par Vladimir Poutine pour préserver à la Russie un droit de regard sur ses voisins proches, « droit de regard » auquel elle n’a justement pas droit… Pas plus qu’aucun autre pays indépendant n’a de « droit de regard » sur la politique intérieure ou étrangère d’un autre pays indépendant, fut-il son voisin.

Voici donc les mythes russes sur les agressions de l’Otan démasqués.

Premier mythe, l’encerclement. La Russie prétend que les puissances occidentales cherchent à « encercler » son territoire et que les bases de l’Otan tout au long de sa frontière ouest n’ont d’autre objectif que de permettre cet encerclement. Il suffit de regarder une carte pour réaliser que cet argument ne tient pas la route. La Russie est le plus vaste pays du monde. Elle couvre a elle seule 11% de la surface terrestre de la planète. Elle est deux fois plus vaste que les Etats-Unis continentaux. Sa superficie est trente fois supérieure à celle de la France et elle compte plus de vingt mille kilomètres de frontières. Elle partage ses frontières terrestres avec quatorze pays, dont seulement cinq sont aujourd’hui membres de l’Otan. Ce qui représente mille deux cents kilomètres de frontières communes avec l’Otan. Soit un vingtième de ses frontières totales. Les trois pays ayant les plus longues frontières avec la Russie sont le Kazakhstan, la Mongolie et la Chine.

Second mythe, l’Otan est une puissance hostile vouée à vassaliser la Russie. L’Otan est une alliance défensive fondée en 1949 pour contenir l’expansionnisme soviétique. Cette alliance a vu son mandat prolongé au-delà de la guerre froide, précisément pour protéger les ex-républiques soviétiques nouvellement indépendantes d’un quelconque revirement politique à Moscou. L’Otan ne s’est pas montré hostile envers la Russie mais l’a, au contraire, incluse dans des actions communes – au Kosovo, en Afghanistan et dans la Corne de l’Afrique, sous mandat de l’Onu – et a cherché à l’intégrer dans un nouvel ensemble eurasiatique et transatlantique allant de San Francisco à Vladivostok. Tentatives d’ouvertures rejetées par la Russie, notamment à partir des années 2000 et l’arrivée à la présidence de Vladimir Poutine.

Troisième mythe, l’Otan serait revenu sur sa promesse de ne pas s’étendre à l’Est. Cette promesse est un vrai mythe. Elle n’existe pas et n’a jamais été faite à la Russie. Elle n’apparait dans aucun texte ou traité ! Les partisans de cette thèse font référence à des discussions ayant eu lieu du temps de l’Union soviétique, entre le président Gorbatchev et le secrétaire d’Etat américain de l’époque James Baker. Ces discussions portaient sur la réunification allemande et remontent au printemps 1991, alors que l’Union soviétique existait encore et qu’un certain nombre de pays d’Europe de l’Est lui étaient liés dans le cadre du Pacte de Varsovie. Tout empiétement sur cet ensemble aurait été une agression. Mais une fois l’Union soviétique dissoute, le pacte de Varsovie également dissout et ses ex-membres devenus des pays indépendants ces derniers avaient toute liberté et légitimité de rechercher des alliances internationales y compris celle de l’Otan. Ce qui fut le cas.

Dans ce contexte, loin de provoquer la Russie, l’Otan a attendu près de dix ans pour laisser rentrer ces pays. Le premier « round » d’intégration d’anciens pays de l’Est est intervenu en 1999, au sommet de Washington, avec l’intégration de la Pologne, de la Hongrie et de la République Tchèque. Cinq ans plus tard, en 2004, au sommet d’Istanbul, sept nouveaux pays européens furent accueillis au sein de l’Alliance atlantique (Bulgarie, Estonie, Lettonie, Lithuanie, Roumanie, Slovaquie et Slovénie ). Certains pays ont alors pris soin de faire approuver cette entrée par référendum auprès de leur population.

Quatrième mythe : L’Otan a cherché à isoler la Russie et à la marginaliser sur la scène internationale. C’est faux. Dès 1991 l’Otan a ouvert un « partenariat pour la paix » avec la Russie. En 1997 la Russie et l’Otan ont signé un Acte fondateur pour des relations mutuelles, pour la coopération et pour la sécurité, établissant un Conseil Permanent Otan-Russie, et initiant une coopération dans le domaine de la lutte anti-terroriste et contre le trafic de drogue. Cette coopération s’est prolongée au-delà de 2008 en dépit de l’invasion de la Géorgie par la Russie. Cette coopération a été suspendue à partir de 2014 suite à l’annexion de la Crimée par la Russie.

Cinquième mythe L’Otan a commencé ses actes d’agression contre la Russie lors du sommet de Bucarest en 2008. La réalité est exactement inverse. Lors de ce sommet, qui s’est tenu au mois d’avril, l’Otan a repoussé les processus d’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine, préférant évoquer une « vocation » à intégrer l’alliance sans toutefois mettre une date sur cette possible entrée. Cette décision fut prise au nom de l’apaisement. Justement pour ne pas froisser Moscou et donner l’impression d’une quelconque agressivité de l’Alliance. En langage diplomatique une promesse d’intégration, non accompagnée d’une date butoir, c’est un report sine die En 2008, l’Otan n’a pas provoqué la Russie de Vladimir Poutine. L’Otan a au contraire plié devant Poutine. Car en tant que pays indépendants, l’Ukraine et la Georgie auraient du avoir toute liberté de déposer leur candidature si tel était leur souhait.

Poutine a d’ailleurs interprété ce report comme un aveu de faiblesse. Quelques mois plus tard, en août 2008, il n’hésitait pas à envahir la Géorgie pour prendre le contrôle d’une partie de son territoire, l’Ossétie du Sud. Cette occupation du territoire géorgien par la Russie est parfaitement illégale mais elle dure toujours et prive la Géorgie d’une véritable indépendance ! C’est exactement la même tactique que celle employée en Ukraine, en Moldavie et ailleurs : soutenir des éléments russophones pour justifier une présence militaire et garder dans le giron russe une ancienne république soviétique officiellement indépendante depuis trente ans… .

Au regard de l’évolution de la guerre russo-ukrainienne, il apparaît de plus en plus clairement que l’Otan ne fut qu’un prétexte et que le véritable objectif de Vladimir Poutine est la reconstitution d’un empire Russe, dont il considère que l’Ukraine fait partie. Au même titre d’ailleurs que les pays Baltes et d’autre pays d’Europe de l’Est… Ce qui laisse augurer d’autres engagements militaires !

Ces pays l’ont bien compris et c’est pour se prémunir contre toute agression russe que, depuis le début du conflit, ils se sont tournés vers les Etats-Unis pour leur protection, leur armement, leur entrainement militaire et même leur approvisionnement énergétique.

Pour commencer, l’Allemagne a passé commande de trente-cinq avions furtifs F-35, construits par la firme Lockheed Martin aux Etats-Unis. Une commande évaluée à 3,5 milliards de dollars. Berlin prévoit d’assortir cette commande de l’achat de quinze appareils euro-fighters construits par une consortium européen avec Airbus en son sein. Olaf Scholz, le chancelier allemand, a également assuré que son pays allait investir plus de cent milliards d’euros et consacrer plus de 2% de son budget à la défense. C’est ce que demandaient les Américains depuis quinze ans, sans être parvenus à l’obtenir (excepté Donald Trump qui avait menacé de quitter l’Otan si les partenaires européens, à commencer par les Allemands, ne payaient pas « leur part » du budget de l’alliance).

La Finlande et la Suisse, deux pays neutres et non-membres de l’Otan, ont également passé commande d’avions F-35. Or cet appareil a l’avantage d’offrir une interopérabilité avec les forces de l’Otan, ce qui souligne de la part de ces pays, notamment la Finlande, une volonté d’intégrer l’alliance atlantique…

De son côté, la Pologne a passé commande de 250 chars M1A2 Abrams aux Etats-Unis. Commande approuvée sans tarder par le Pentagone.

Le président américains Joe Biden a annoncé une hause de 4% du budget militaire américain pour le porter à 812 milliards de dollars, soit 40% de toutes les dépenses militaires dans le monde.

Les Allemands affirment également vouloir se désengager de leur dépendance envers le gaz russe. Le projet de gazoduc sous-marin entre la Russie et l’Allemagne, Nord-Stream 2, a été abandonné. Les Allemands devront trouver du gaz ailleurs. Tout comme la Pologne et la Bulgarie, qui se sont vu supprimer tout approvisionnement russe. Ces pays ont désormais le choix entre plusieurs alternatives : le Qatar, l’Algérie, le Turkménistan et … les Etats-Unis !

Les Etats-Unis sont en effet un nouvel acteur majeur sur le marché du gaz , avec leur gaz naturel liquéfié (GNL), et depuis le début du conflit les Européens sont devenus les premiers importateurs de ce gaz. Les sanctions contre la Russie, qui resteront inévitablement en place à l’issue du conflit, garantissent aux Etats-Unis un marché captif pour des années.

Les Etats-Unis possèdent les cinquièmes plus importantes réserves de gaz naturel au monde (après la Russie, l’Iran, le Qatar et le Turkménistan), et ils sont actuellement le premier producteur mondial de gaz avec près de mille milliards de mètres cubes par an, loin devant la Russie (650 milliards de m3 environ) et l’Iran (250 milliards de m3).

Une partie de cette production est exportée en dépit du fait que les Etats-Unis continuent d’importer d’énormes quantités de gaz et de pétrole pour leur propre consommation. D’ailleurs, à la veille de la guerre en Ukraine, ils importaient près d’un million de barils de pétrole brut de Russie tous les jours.

Mais Vladimir Poutine a été victime de son propre hubris. Involontairement, l’ancien apparatchik du KGB a rendu un service inestimable à Joe Biden, dont la présidence est par ailleurs désastreuse, et aux Etats-Unis. Il a enrichi la machine de guerre américaine, il a renforcé la cohésion européenne autour des Etats-Unis et il a fait de l’Amérique plus que jamais la « nation essentielle ».

 

 


Idéologie woke: Quelle continuation du totalitarisme par d’autres moyens ? (What continuation of totalitarianism by other means when MIT panders to the woke mob and fires dissidents or cancels their lectures ?)

7 novembre, 2021

Excellence, Schmexcellence Part III*: When the Better is the Enemy of the Good - New APPS: Art, Politics, Philosophy, ScienceLe monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas que le gauchisme est une religion. Dennis Prager
Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut (…) rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! (…) C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. (…) C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme.(…) Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… (…) Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum

BACK IN THE USSR ! (Cherchez l’erreur quand le MIT se couche devant la foule woke et licencie des dissidents ou annule leurs conférences ?)

BACK IN THE USSR ! (Spot the error when MIT panders to the woke mob and fires dissidents or cancels their lectures ?)
« Pointing out MIT’s lapses and withdrawing our financial support of the offending institution is insufficient. We would like to suggest a way for MIT to return to our good graces and hope it will consider adopting the following principles of fairness. First, facts are not racist, and stating facts is not racism. Second, a person’s ethnicity or skin color does not define him or her as a racist, oppressor, or victim. Third, intellectual ability and achievement are the principal requirements for admission as a student or faculty member to any university. Fourth, diversity of opinions is desired and supported. Fifth, a just, democratic society requires equal opportunity, equal justice, and equal responsibility; it does not require equal outcomes. And finally, adherence to the statements above must not be sacrificed for political, social, or public relations considerations. »
Tom Hafer and Henry I. Miller
https://www.city-journal.org/mit-caves-to-wokeness

DIS LA VÉRITÉ ET PRENDS LA PORTE ! (Devinez pourquoi l’aumônier catholique du MIT s’est fait virer ?)

SPEAK THE TRUTH, GET FIRED (Guess what the MIT’s Catholic chaplain got fired over ?)

« George Floyd was killed by a police officer, and shouldn’t have been. He had not lived a virtuous life. He was convicted of several crimes, including armed robbery, which he seems to have committed to feed his drug habit. And he was high on drugs at the time of his arrest. (…) The police officer who knelt on his neck until he died acted wrongly. I do not know what he was thinking. The charges filed against him allege dangerous negligence, but say nothing about his state of mind. He might have killed George Floyd intentionally, or not. He hasn’t told us. But he showed disregard for his life, and we cannot accept that in our law enforcement officers. It is right that he has been arrested and will be prosecuted. In the wake of George Floyd’s death, most people in the country have framed this as an act of racism. I don’t think we know that. Many people have claimed that racism is a major problem in police forces. I don’t think we know that. Police officers deal with dangerous and bad people all the time, and that often hardens them. They do this so that the rest of us can live in peace, but sometimes at a cost to their souls. Some of them certainly develop attitudes towards the people they investigate and arrest that are unjust and sinful. We should pray that never happens, but we can see how it does. Many parts of our country have been experiencing a five-year crime wave, providing some context for why the police are trained in aggressive tactics. In 2019, 150 police officers were killed in the line of duty by the violent men they were trying to arrest. That number should be zero, we can all agree. But that context does not justify being overly aggressive — their public trust requires that they exercise great restraint. (…) Today tensions are high, with charges of racism flying over social media, and countercharges of agreeing with domestic terrorists flying back. People are unfriending and cancelling each other. I hate this. Racism is a sin, as the Catechism says. So is rash judgment. (…) Our solidarity with one another is deeply frayed now. Everything we say (or don’t say) is treated with suspicion, rather than charity. I hate this too. I’ve talked to multiple people in the Boston area who want the protests here to stop because they are afraid of more riots and looting. I’ve talked to others who want everyone to join the protests, but are uneasy about having police present. One group says that, of course racism is bad, but the riots are really bad — 18 people have been killed, including one police officer. Others say racism is what’s really bad — look at all the victims of police aggression — and to bring up the riots is to distract from the good the protests are trying to achieve. Still others are upset that all this talk about racism has pushed violence against women, institutionalized sexism, and other types of injustice out of the national consciousness. Everyone’s mind is made up, everyone’s angry with each other — even though everyone says they’re opposed to injustices and sins. In a different moment, people strongly opposed to public violence, racism, and sexism would admire each other, despite their different emphases. (…) Blessed are the peacemakers, our Lord tells us. May we all be counted among them. »

Fr. Daniel Patrick Moloney (Catholic Chaplain, MIT)

https://newbostonpost.com/2020/06/19/heres-what-the-m-i-t-catholic-chaplain-got-fired-over/

QUELLE PERVERSION DE L’ÉGALITÉ ? (Cherchez l’erreur quand un professeur est désinvité par le MIT pour avoir dénoncé le rôle de la race dans les admissions à l’université et argué que la suppression des avantages familiaux et sportifs pour les admssions ferait plus pour la diversité que l’inclusion forcée ?)

WHAT PERVERSION OF EQUALITY ? (Spot the error when a professor gets disinvited by MIT for denouncing the role of race in university admissions and arguing scrapping family and athletic admission advantages would do more for diversity than enforced inclusion ?)

American universities are undergoing a profound transformation that threatens to derail their primary mission: the production and dissemination of knowledge. The new regime is titled « Diversity, Equity, and Inclusion » or DEI, and is enforced by a large bureaucracy of administrators. Nearly every decision taken on campus, from admissions, to faculty hiring, to course content, to teaching methods, is made through the lens of DEI. This regime was imposed from the top and has never been adequately debated. In the current climate it cannot be openly debated: the emotions around DEI are so strong that self-censorship among dissenting faculty is nearly universal.

The words « diversity, equity and inclusion » sound just, and are often supported by well-intentioned people, but their effects are the opposite of noble sentiments. Most importantly, « equity » does not mean fair and equal treatment. DEI seeks to increase the representation of some groups through discrimination against members of other groups. The underlying premise of DEI is that any statistical difference between group representation on campus and national averages reflects systemic injustice and discrimination by the university itself. The magnitude of the distortions is significant: for some job searches discrimination rises to the level of implicitly or explicitly excluding applicants from certain groups.

DEI violates the ethical and legal principle of equal treatment. It entails treating people as members of a group rather than as individuals, repeating the mistake that made possible the atrocities of the 20th century. It requires being willing to tell an applicant « I will ignore your merits and qualifications and deny you admission because you belong to the wrong group, and I have defined a more important social objective that justifies doing so. » It treats persons as merely means to an end, giving primacy to a statistic over the individuality of a human being.

DEI compromises the university’s mission. The core business of the university is the search for truth. A university’s intellectual environment depends fundamentally on its commitment to hiring the most talented and best trained minds: any departure from this commitment must come at the expense of academic excellence, and ultimately will compromise the university’s contribution to society. This point is particularly urgent given that DEI considerations often reduce the pool of truly eligible candidates by a factor of two or more.

DEI undermines the public’s trust in universities and their graduates. Some on campus might be surprised to learn that, according to a recent Pew poll, 74 percent of Americans think only qualifications should be taken into account in hiring and promotion, even if this results in less diversity. If current trends continue, employers and consumers will quickly adjust their perception of the value of a university degree.

We propose an alternative framework called Merit, Fairness, and Equality (MFE) whereby university applicants are treated as individuals and evaluated through a rigorous and unbiased process based on their merit and qualifications alone. Crucially, this would mean an end to legacy and athletic admission advantages, which significantly favor white applicants, in addition to those based on group membership. Simultaneously, MFE would involve universities investing in education projects in neighborhoods where public education is failing to help children from those areas compete. These projects would be evidence-based and non-ideological, testing a variety of different options such as increased public school funding, charter schools and voucher programs.

Viewed objectively, American universities already are incredibly diverse. They feature people from all countries, races and ethnicities (for example, one of us was born and raised in Chile, and is classified as Hispanic by his university). This is in stark contrast with most universities in Europe, Asia and South America. American universities are diverse not because of DEI, but because they have been extremely competitive at attracting talent from all over the world. Ninety years ago Germany had the best universities in the world. Then an ideological regime obsessed with race came to power and drove many of the best scholars out, gutting the faculties and leading to sustained decay that German universities never fully recovered from. We should view this as a warning of the consequences of viewing group membership as more important than merit, and correct our course before it is too late.

Dorian S. Abbot is an associate professor of geophysics at the University of Chicago. In his research he uses mathematical and computational models to understand and explain fundamental problems in Earth and planetary sciences.

Ivan Marinovic is an associate professor of accounting at Stanford Graduate School of Business. In his research he uses game theory to understand incentive and information transmission problems in capital markets.

https://www.newsweek.com/diversity-problem-campus-opinion-1618419

IL EST TEMPS DE DIRE NON A L’IDEOLOGIE WOKE ET A SES FOULES ANNULATRICES (Le wokeisme n’a pas encore atteint un terrible nadir de destruction, mais la leçon de l’histoire est que nous devons nommer et affronter les totalitarismes avant qu’ils ne provoquent des catastrophes, alors qu’il est encore possible de le faire)

TIME TO SAY NO TO WOKE IDEOLOGY AND ITS CANCELATION MOBS (Wokeism has not reached a terrible nadir of destruction yet, but the lesson of history is that we need to name and confront totalitarianisms before they cause disaster, while it is still possible to do so)

« I started to get alarmed about five years ago as I noticed an increasing number of issues and viewpoints become impossible to discuss on campus. I mostly just wanted to do my science and not have anyone yell at me, and I thought that if I kept my mouth shut the problem would eventually go away. I knew that speaking out would likely bring serious reputational and professional consequences. And for a number of years I just didn’t think it was worth it. But the street violence of the summer of 2020, some of which I witnessed personally in Chicago, and the justifications and dishonesty that accompanied it, convinced me that I could no longer remain silent in good conscience. In the fall of 2020 I started advocating openly for academic freedom and merit-based evaluations. I recorded some short YouTube videos in which I argued for the importance of treating each person as an individual worthy of dignity and respect. In an academic context, that means giving everyone a fair and equal opportunity when they apply for a position as well as allowing them to express their opinions openly, even if you disagree with them. As a result, I was immediately targeted for cancellation, primarily by a group of graduate students in my department. Whistleblowers later revealed that the attack was partially planned and coordinated on the Ford Foundation Fellowship Program listserv by a graduate student in my department. (Please do not attack this person or any of the people who attacked me.) That group of graduate students organized a letter of denunciation. It claimed that I threatened the “safety and belonging of all underrepresented groups within the department,” and it was presented to my department chair. The letter demanded that my teaching and research be restricted in a way that would cripple my ability to function as a scientist. A strong statement in support of faculty free expression by University of Chicago President Robert Zimmer put an end to that, and that is where things stood until the summer of 2021. On August 12, a colleague and I wrote an op-ed in Newsweek in which we argued that Diversity, Equity, and Inclusion (DEI) as it currently is implemented on campus “violates the ethical and legal principle of equal treatment” and “treats persons as merely means to an end, giving primacy to a statistic over the individuality of a human being.” We proposed instead “an alternative framework called Merit, Fairness, and Equality (MFE) whereby university applicants are treated as individuals and evaluated through a rigorous and unbiased process based on their merit and qualifications alone.” We noted that this would mean an end to legacy and athletic admission advantages, which significantly favor white applicants. Shortly thereafter, my detractors developed a new strategy to try to isolate me and intimidate everyone else into silence: They argued on Twitter that I should not be invited to give science seminars at other universities and coordinated replacement speakers. This is an effective and increasingly common way to ratchet up the cost of dissenting because disseminating new work to colleagues is an important part of the scientific endeavor. Sure enough, this strategy was employed when I was chosen to give the Carlson Lecture at MIT — a major honor in my field. It is an annual public talk given to a large audience and my topic was “climate and the potential for life on other planets.” On September 22, a new Twitter mob, composed of a group of MIT students, postdocs, and recent alumni, demanded that I be uninvited. It worked. And quickly. On September 30 the department chair at MIT called to tell me that they would be cancelling the Carlson lecture this year in order to avoid controversy. It’s worth stating what happened again: a small group of ideologues mounted a Twitter campaign to cancel a distinguished science lecture at the Massachusetts Institute of Technology because they disagreed with some of the political positions the speaker had taken. And they were successful within eight days. The fact that such stories have become an everyday feature of American life should do nothing to diminish how shocking they are, and how damaging they are to a free society. The fact that MIT, one of the greatest universities in the world, caved in so quickly will only encourage others to deploy this same tactic. It has become fashionable in some circles to claim that “cancel culture is just holding people accountable.” I challenge you to read the material that led to the attacks against me and find anything that would require me being held “accountable.” What you will find instead is the writing of a man who takes his moral duty seriously and is trying to express his concerns strongly, but respectfully. You may agree with some of my positions and disagree with others, but in a free society they cannot be considered beyond the pale. I view this episode as an example as well as a striking illustration of the threat woke ideology poses to our culture, our institutions and to our freedoms. I have consistently maintained that woke ideology is essentially totalitarian in nature: it attempts to corral the entirety of human existence into one narrow ideological viewpoint and to silence anyone who disagrees. I believe that these features ultimately derive from the ideology’s abandonment of the principle of the inherent dignity of each human being. It is only possible to instrumentalize the individual in order to engineer group-based outcomes within a philosophical framework that has rejected this principle. Similarly, it is easy to justify silencing a dissenter if your ideology denies her individual dignity. Clearly, wokeism has not reached a terrible nadir of destruction yet, but the lesson of history is that we need to name and confront totalitarianisms before they cause disaster, while it is still possible to do so. This issue is especially important to me because my wife and I are expecting our first child in January. We all need to decide what type of country we want our children to grow up in. Do we want a culture of fear and repression in which a small number of ideologues exert their power and cultural dominance to silence anyone who disagrees with them? Or do we want our children to enjoy truth-seeking discourse consisting of good-natured exchanges that are ultimately grounded in a spirit of epistemic humility? If you want the latter, it’s time to stand up and so say. It’s time to say no to the mob, no to the cancellations. And it’s time to be forthright about your true opinions. This is not a partisan issue. Anyone who is interested in the pursuit of truth and in promoting a healthy and functioning society has a stake in this debate. Speaking out now may seem risky. But the cost of remaining silent is far steeper. »

Dr. Dorian Abbot

https://bariweiss.substack.com/p/mit-abandons-its-mission-and-me

L’HEURE DE LA PURGE A SONNÉ (L’exclusion des universitaires signale que certaines opinions – même bien intentionnées – sont interdites, augmentant ainsi l’autocensure, dégradant le discours public et contribuant à la balkanisation politique de notre pays)

THE PURGE IS ON (Excluding academics signals that some opinions – even well-intentioned ones – are forbidden, thereby increasing self-censorship, degrading public discourse, and contributing to our nation’s political balkanisation)

« I am resigning as Director of the Berkeley Atmospheric Sciences Center (BASC) @BerkeleyAtmo. To reduce the odds of being mischaracterized, I want to explain my decision here. Last month, the MIT Department of Earth, Atmospheric and Planetary Sciences @eapsMIT canceled a science lecture because of the invited scientist’s political views. That scientist does excellent work in areas of interest to BASC (he visited us at our invitation in 2014). Therefore, I asked the BASC faculty if we might invite that scientist to speak to us in the coming months to hear the science talk he had prepared and, by extending the invitation now, reaffirm that BASC is a purely scientific organization, not a political one. In the ensuing discussion among the BASC faculty, it became unclear to me whether we could invite that scientist ever again, let alone now.I was hoping we could agree that BASC does not consider an individual’s political or social opinions when selecting speakers for its events, except for cases in which the opinions give a reasonable expectation that members of our community would be treated with disrespect. Unfortunately, it is unclear when or if we might reach agreement on this point. The stated mission of BASC is to serve as « the hub for UC Berkeley’s research on the science of the atmosphere, its interactions with Earth systems, and the future of Earth’s climate. » I believe that mission has its greatest chance of success when the tent is made as big as possible, including with respect to ethnicity, gender, age, disability, sexual orientation, religion, family status, and political ideas. Excluding people because of their political and social views diminishes the pool of scientists with which members of BASC can interact and reduces the opportunities for learning and collaboration. More broadly, such exclusion signals that some opinions — even well-intentioned ones — are forbidden, thereby increasing self-censorship, degrading public discourse, and contributing to our nation’s political balkanization. I hold BASC and its faculty — my friends and colleagues — in the highest regard, and so it has been a great honor to serve as BASC’s director these past five years. But it was never my intention to lead an organization that is political or even ambiguously so. Consequently, I am stepping down from the directorship at the end of this calendar year or when a replacement is ready, whichever is sooner. »

Dr. David Romps (Berkeley Atmospheric Sciences Centre)

https://twitter.com/romps/status/1450139374125862913


QUELLE PURGE DES UNIVERSITAIRES EN ALLEMAGNE NAZIE ?

WHAT PURGING OF ACADEMICS IN NAZI GERMANY ?

“This is not an instance of someone being exposed as a neo-Nazi. He is just a scholar with perfectly normal disagreements about what university admissions policies ought to look like and now there are efforts to silence him as a consequence. (…) This is part of a larger project designed to silence and suppress those who disagree with political activists on college campuses. It sends a very chilling message to everybody else.”
Keith Whittington (Academic Freedom Alliance’s academic committee)

https://www.smh.com.au/world/north-america/he-s-no-neo-nazi-how-a-cancelled-lecture-lit-a-free-speech-firestorm-20211022-p59266.html

DERNIER AVERTISSEMENT AVANT SAISIE !

WHAT WAKE-UP CALL ?

“If we’ve reached the point where an extremely accomplished scientist cannot speak at a place as supposedly academically serious as MIT because he expressed a political opinion – one that is not even that unpopular on campus and certainly isn’t off campus – then that should be a wake-up call.”
Greg Lukianoff (Foundation for Individual Rights in Education)

https://www.smh.com.au/world/north-america/he-s-no-neo-nazi-how-a-cancelled-lecture-lit-a-free-speech-firestorm-20211022-p59266.html

PRINCETON SAUVE LA MISE ET L’HONNEUR DE L’UNIVERSITE AMERICAINE !

PRINCETON SAVES THE DAY AND THE HONOR OF US ACADEMIA

https://twitter.com/McCormickProf/status/1447207382484930563


Chute de Kaboul: On a voulu voir Truman et on a vu Carter ! (In just seven months we have matched the darkest days of the Carter years with the Afghanistan implosion, the historic anarchy on the border, the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation and the loss of US energy independence)

17 août, 2021

Jay Dayvault (@DayvaultJay) | Twitter Afghan Men Try To Hang With The Jet Engine Of The Aircraft in Kabul- Afghanistan News - Kabul News - YouTubeமு.நியாஸ் அகமதுTema mítico* : - ¡¡EXTRA, EXTRA!! Los TALIBANES toman KABUL, la gente intenta ESCAPAR AGARRÁNDOSE A LAS RUEDAS DE LOS AVIONES | Página 133 | Burbuja.info
https://pbs.twimg.com/media/E8xlIwBUcAQIr9S?format=jpg&name=large
DEFUND THE ARMY ! TALIBAN LIVES MATTER !
This is Joe Biden's checkered Iraq history - Vox

L’erreur est humaine, c’est persévérer dans l’erreur qui est diabolique. Proverbe latin
La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Einstein (?)
Tout au long de sa phénoménale carrière publique, [Gunther Grass] n’aura cessé d’adopter des postures consternantes. « Homme de gauche », absolument de gauche, il aura épousé toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune, aura approuvé toutes les révolutions sanguinaires, de Cuba à la Chine. Toujours disposé à accabler ces fascistes d’Américains, Ronald Reagan et, bien sûr, George W. Bush (c’est sans risque), l’a-t-on en revanche entendu, ne serait-ce qu’un peu, dénoncer le fascisme de Mao Zedong ? Ou celui des islamistes ? (…) comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman
Les Etats-Unis étaient allés au Viêt-nam pour porter un coup d’arrêt à ce qu’ils estimaient être un complot communiste centralisé, et ils échouèrent. De l’échec de l’Amérique, Moscou déduisit ce que les tenants de la théorie des dominos avaient tant redouté, à savoir que la corrélation historique des forces avait tourné en sa faveur. En conséquence, l’URSS essaya d’étendre son hégémonie au Yémen, en Angola, en Ethiopie, et enfin en Afghanistan. Mais elle découvrit, ce faisant, que les réalités géopolitiques s’appliquaient autant aux sociétés communistes qu’à leurs soeurs capitalistes. De fait, étant moins élastique, le surengagement soviétique n’engendra pas une catharsis, comme en Amérique, mais la désintégration. Les événements auraient-ils évolué dans la même direction si l’Amérique s’était contentée de rester passive en comptant sur l’évolution de l’histoire pour se charger du défi communiste ? Ou bien cette démission aurait-elle créé un élan et une certitude de l’inéluctabilité de la victoire, chez les communistes, suffisants pour retarder, voire conjurer, l’effondrement soviétique ? La question reste posée. Quelle que soit la réponse des experts, l’homme d’Etat ne peut adopter la démission comme principe d’action politique. Il peut apprendre à modérer sa confiance dans ses évaluations et à faire la part des imprévus; mais compter sur la chute éventuelle d’un adversaire menaçant est une politique qui n’offre aucun réconfort aux millions de victimes immédiates et transforme l’art de gouverner en un pari téméraire sur l’intuition. Henry Kissinger (Diplomatie, 1994)
Like Carter in the 1970s, Obama comes from the old-fashioned Jeffersonian wing of the Democratic Party, and the strategic goal of his foreign policy is to reduce America’s costs and risks overseas by limiting U.S. commitments wherever possible. He’s a believer in the notion that the United States can best spread democracy and support peace by becoming an example of democracy at home and moderation abroad. More than this, Jeffersonians such as Obama think oversize commitments abroad undermine American democracy at home. Large military budgets divert resources from pressing domestic needs; close association with corrupt and tyrannical foreign regimes involves the United States in dirty and cynical alliances; the swelling national-security state threatens civil liberties and leads to powerful pro-war, pro-engagement lobbies among corporations nourished on grossly swollen federal defense budgets. (…) Obama seeks a quiet world in order to focus his efforts on domestic reform — and to create conditions that would allow him to dismantle some of the national-security state inherited from the Cold War and given new life and vigor after 9/11. Preferring disarmament agreements to military buildups and hoping to substitute regional balance-of-power arrangements for massive unilateral U.S. force commitments all over the globe, the president wishes ultimately for an orderly world in which burdens are shared and the military power of the United States is a less prominent feature on the international scene. While Wilsonians believe that no lasting stability is possible in a world filled with dictatorships, Jeffersonians like Obama argue that even bad regimes can be orderly international citizens if the incentives are properly aligned. Syria and Iran don’t need to become democratic states for the United States to reach long-term, mutually beneficial arrangements with them. And it is North Korea’s policies, not the character of its regime, that pose a threat to the Pacific region. (…) Yet as Obama is already discovering, any president attempting such a Jeffersonian grand strategy in the 21st century faces many challenges. In the 19th-century heyday of Jeffersonian foreign policy in American politics, it was easier for U.S. presidents to limit the country’s commitments. Britain played a global role similar to that of the United States today, providing a stable security environment and promoting international trade and investment. Cruising as a free rider in the British world system allowed Americans to reap the benefits of Britain’s world order without paying its costs. As British power waned in the 20th century, Americans faced starker choices. With the British Empire no longer able to provide political and economic security worldwide, the United States had to choose between replacing Britain as the linchpin of world order with all the headaches that entailed or going about its business in a disorderly world. In the 1920s and 1930s, Americans gave this latter course a try; the rapid-fire series of catastrophes — the Great Depression, World War II, Stalin’s bid for Eurasian hegemony — convinced virtually all policymakers that the first course, risky and expensive as it proved, was the lesser of the two evils. Indeed, during Franklin D. Roosevelt’s first two terms, the United States pursued essentially Jeffersonian policies in Europe and Asia, avoiding confrontations with Germany and Japan. The result was the bloodiest war in world history, not a stable condominium of satisfied powers. (…) A Jeffersonian policy of restraint and withdrawal requires cooperation from many other countries, but the prospect of a lower American profile may make others less, rather than more, willing to help the United States. There is an additional political problem for this president, one that he shares with Carter. In both cases, their basic Jeffersonian approach was balanced in part by a strong attraction to idealistic Wilsonian values and their position at the head of a Democratic Party with a distinct Wilsonian streak. A pure Jeffersonian wants to conserve the shining exceptionalism of the American democratic experience and believes that American values are rooted in U.S. history and culture and are therefore not easily exportable. For this president, that is too narrow a view. Like Abraham Lincoln, Woodrow Wilson, and Martin Luther King Jr., Barack Obama doesn’t just love the United States for what it is. He loves what it should — and can — be. Leadership is not the art of preserving a largely achieved democratic project; governing is the art of pushing the United States farther down the road toward the still-distant goal of fulfilling its mission and destiny. Obama may well believe what he said in his inaugural speech — « we reject as false the choice between our safety and our ideals » — but as any president must he is already making exactly those tradeoffs. Why else refuse to meet the Dalai Lama? Why else pledge support to the corrupt regime of President Hamid Karzai in Afghanistan or aid Pakistan despite the dismal track record of both the civil and military arms of the Pakistani government when it comes to transparent use of U.S. resources? Did the administration not renew its efforts to build a relationship with the regime in Tehran even as peaceful democratic protesters were being tortured and raped in its jails? Is Obama not taking « incentives » to Khartoum, a regime that has for more than a decade pursued a policy in Darfur that the U.S. government has labeled genocidal? It is hard to reconcile the transcendent Wilsonian vision of America’s future with a foreign policy based on dirty compromises with nasty regimes. If the government should use its power and resources to help the poor and the victims of injustice at home, shouldn’t it do something when people overseas face extreme injustice and extreme peril? The Obama administration cannot easily abandon a human rights agenda abroad. The contradiction between the sober and limited realism of the Jeffersonian worldview and the expansive, transformative Wilsonian agenda is likely to haunt this administration as it haunted Carter’s, most fatefully when he rejected calls to let the shah of Iran launch a brutal crackdown to remain in power. Already the Wilsonians in Obama’s camp are muttering darkly about his failure to swiftly close the Guantánamo prison camp, his fondness for government secrecy, his halfhearted support for investigating abuses of the past administration, and his failure to push harder for a cap-and-trade bill before the Copenhagen summit. Walter Russell Mead
Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake? The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.” Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more. Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected. In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not. The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment? (…) In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed. Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment. Mark Thiessen (2019)
President Obama (…) believes history follows some predetermined course, as if things always get better on their own. Obama often praises those he pronounces to be on the “right side of history.” He also chastises others for being on the “wrong side of history” — as if evil is vanished and the good thrives on autopilot. When in 2009 millions of Iranians took to the streets to protest the thuggish theocracy, they wanted immediate U.S. support. Instead, Obama belatedly offered them banalities suggesting that in the end, they would end up “on the right side of history.” Iranian reformers may indeed end up there, but it will not be because of some righteous inanimate force of history, or the prognostications of Barack Obama. (…) Another of Obama’s historical refrains is his frequent sermon about behavior that doesn’t belong in the 21st century. At various times he has lectured that the barbarous aggression of Vladimir Putin or the Islamic State has no place in our century and will “ultimately fail” — as if we are all now sophisticates of an age that has at last transcended retrograde brutality and savagery. In Obama’s hazy sense of the end of history, things always must get better in the manner that updated models of iPhones and iPads are glitzier than the last. In fact, history is morally cyclical. Even technological progress is ethically neutral. It is a way either to bring more good things to more people or to facilitate evil all that much more quickly and effectively. In the viciously modern 20th century — when more lives may have been lost to war than in all prior centuries combined — some 6 million Jews were put to death through high technology in a way well beyond the savagery of Attila the Hun or Tamerlane. Beheading in the Islamic world is as common in the 21st century as it was in the eighth century — and as it will probably be in the 22nd. The carnage of the Somme and Dresden trumped anything that the Greeks, Romans, Franks, Turks, or Venetians could have imagined. (…) What explains Obama’s confusion? A lack of knowledge of basic history explains a lot. (…) Obama once praised the city of Cordoba as part of a proud Islamic tradition of tolerance during the brutal Spanish Inquisition — forgetting that by the beginning of the Inquisition an almost exclusively Christian Cordoba had few Muslims left. (…) A Pollyannaish belief in historical predetermination seems to substitute for action. If Obama believes that evil should be absent in the 21st century, or that the arc of the moral universe must always bend toward justice, or that being on the wrong side of history has consequences, then he may think inanimate forces can take care of things as we need merely watch. In truth, history is messier. Unfortunately, only force will stop seventh-century monsters like the Islamic State from killing thousands more innocents. Obama may think that reminding Putin that he is now in the 21st century will so embarrass the dictator that he will back off from Ukraine. But the brutish Putin may think that not being labeled a 21st-century civilized sophisticate is a compliment. In 1935, French foreign minister Pierre Laval warned Joseph Stalin that the Pope would admonish him to go easy on Catholics — as if such moral lectures worked in the supposedly civilized 20th century. Stalin quickly disabused Laval of that naiveté. “The Pope?” Stalin asked, “How many divisions has he got?” There is little evidence that human nature has changed over the centuries, despite massive government efforts to make us think and act nicer. What drives Putin, Boko Haram, or ISIS are the same age-old passions, fears, and sense of honor that over the centuries also moved Genghis Khan, the Sudanese Mahdists, and the Barbary pirates. Obama’s naive belief in predetermined history — especially when his facts are often wrong — is a poor substitute for concrete moral action. Victor Davis Hanson
In fact, there is a predictable pattern to Obama’s foreign policy. The president has an adolescent, romantic view of professed revolutionary societies and anti-Western poseurs — and of his own ability uniquely to reach out and win them over. In the most superficial sense, Obama demonstrates his empathy for supposedly revolutionary figures of the non-Western world through gratuitous, often silly remarks about Christianity and Western colonial excesses, past and present. He apologizes with talk of our “own dark periods” and warns of past U.S. “dictating”; he contextualizes; he ankle-bites the very culture he grew up and thrived in, as if he can unapologetically and without guilt enjoy the West’s largesse only by deriding its history and values. (…) Reminiscent of college naïfs with dorm-room posters of Che Guevara, Obama mythologizes about the underappreciated multicultural “Other” that did everything from fuel the Western Renaissance and Enlightenment to critique Christian excesses during the Inquisition. In truth, what he delivers is only a smoother and more refined version of Al Sharpton’s incoherent historical riff on “astrology” and “Greek homos.” Obama refuses to concede that Islam can become a catalyst for radical killers and terrorists, and he has a starry-eyed crush on those who strike anti-Western poses and have turned their societies upside down on behalf of the proverbial people. Keep that in mind, and it makes sense that, during the Egyptian turmoil, Obama was intent on ousting the pro-Western kleptocrat Hosni Mubarak and investing in the Muslim Brotherhood, despite the dark anti-democratic history of Mohamed Morsi and the Brothers and their agenda of Islamicizing the most populous country in the Arab world. For Obama, such zealotry is evidence of their legitimacy and the justice of their efforts to overturn the established hierarchies of old Egypt. Moammar Qaddafi was a monster and a thug. But in fear both of radical Islamists and of the implications for Libya of the Western military action in Iraq and Afghanistan, and eager to have Western knowhow rehabilitate his ailing oil and gas industry, he had reached out to the West and ceased his support for international terrorists. But ridding Libya of the cartoonish and geriatric Qaddafi and allowing it to be overrun by stern revolutionary Islamists was again in tune with Obama’s rose-colored view of the Middle East. One of the many reasons why Obama pulled all U.S. troops out of a stable and secure Iraq at the end of 2011 was that its democracy was, in his eyes, tainted by its American birthing and its associations with George W. Bush. Such a hazy belief that Western influence and power are undeserved and inordinate made it initially impossible for Obama to condemn ISIS as growing and dangerous rather than dismiss it as “jayvees.” Putin perhaps should study Iran’s PR effort and its aggression in Lebanon and Yemen. If he would only cut out the guns, tigers, and “macho shtick,” and instead mouth shibboleths about the oppressed minorities in Crimea and Ukraine and the need for revolutionary fairness, he might be reset yet again. His crimes were not so much naked invasions of his neighbors, as aggression in the most un-Iranian fashion of a right-wing kleptocrat and thug. Again, nothing Putin has done is all that different from what Iran did in Iraq, Lebanon, Syria, and Yemen. No one could quite figure out why Obama bragged of his “special relationship” with Turkey’s prime minister Recep Erdogan. Erdogan, after all, is systematically destroying free expression in Turkey. He has bragged that he got off the bus of democracy when he no longer found any utility in it — and he has openly romanticized the Ottoman imperialists. A once-staunch NATO ally, Turkey has turned into a virulently anti-Israeli and anti-American society that has spiked tensions in the eastern Mediterranean with Cyprus, Greece, and Israel. But, again, the redeeming virtue was that Erdogan was taking Turkey in a new and revolutionary direction, trying to massage the Arab Revolution as its spiritual mentor, and becoming point nation in hatred of Israel. In other words, Turkey was churning and evolving, and, for Obama, that apparently was a good thing. Without asking anything in return from Cuba — such as releasing political prisoners or allowing free expression — Obama by executive order is normalizing relations with the Castro brothers, who are allied with fascist Iran, North Korea, and Venezuela. He keeps saying that 50 years of containment have “failed,” as if successfully curbing Cuba’s revolutionary aspirations abroad was a bad thing, and siding with dissidents in its gulags was counterproductive. For Obama, the Castros are authentic anti-colonialists. They perhaps may have broken a few too many eggs to make their egalitarian omelets, but their regime is certainly preferable to what is envisioned by loud Cuban exiles in America or troublemakers like imprisoned Cuban refuseniks. (…) Keep in mind this juvenile view of the revolutionary non-West, and there is a clarity of sorts in American foreign policy. (…) For Obama, in the struggle between the Palestinian Authority and Israel, Israel is a Westernized colonial construct and a proponent of Western neo-liberal capitalism. The PA and Hamas, in contrast, are seen both as the downtrodden in need of community-organizing help and as authentic peoples whose miseries are not self-induced and the wages of tribalism, statism, autocracy, fundamentalism, misogyny, and anti-Semitism, but rather the results of Israeli occupation, colonialism, and imperialism. Obama may not articulate this publicly, but these are the assumptions that explain his periodic blasts against Netanyahu and his silence about the autocratic Palestinian Authority and the murderous Hamas. In such a landscape, the current Iranian talks make perfect sense. Obama was in no mood in the spring of 2009 to vocally support a million, pro-Western Iranian dissidents who took to the streets in anger over the theocracy’s rigged elections, calling for transparency and human rights. He snubbed them as if they were neoconservative democracy zealots. In his eyes, their false consciousness did not allow them to fully appreciate their own suffering at the hands of past American imperialists. In Obama’s worldview, the Iranian mullahs came to power through revolution and were thus far more authentic anti-Western radicals, with whom only someone like Obama — prepped by the Harvard Law Review, Chicago organizing, the Rev. Jeremiah Wright’s pulpit, and the most liberal voting record during a brief stint in the U.S. Senate — could empathize and negotiate. Why would Iranian idealists and democrats be foolish enough to spoil Obama’s unique diplomatic gymnastics? Traditional analyses deconstruct the Obama administration’s negotiations over Iran’s nuclear program and are aghast at the naïveté — no stop to ongoing uranium enrichment, no open or surprise inspections, no conditions to be met before sanctions are scaled back, no prohibitions against the marriage of nuclear-weapon technology and intercontinental-missile development. But that is to misunderstand the Obama worldview. He is less worried about a nuclear Iran and what it will do to a mostly pro-Western Gulf or Israel, or to other traditional U.S. interests, than about the difficulties he faces in bringing Iran back into the family of nations as an authentic revolutionary force that will school the West on regional justice. (“There’s incredible talent and resources and sophistication inside of Iran, and it would be a very successful regional power that was also abiding by international norms and international rules, and that would be good for everybody.”) Iran will assume its natural revolutionary role as regional power broker in the Middle East; and, almost alone, it is not beholden to any Western power. In some sense, Obama views the rest of the world in the same way as he views America: a rigged order in which the oppressed who speak truth to power are systematically mischaracterized and alienated — and in need of an empathetic voice on the side of overdue revolutionary accounting. The chief danger in Obama’s romantic view of revolutionary societies is that nothing in their histories suggests that these regimes will ever cease aggression or adopt internal reforms. Cuba will still stir up revolution in Latin America and ally itself with anti-American regimes. Iran will still subsidize Hezbollah and Hamas — and, soon, in the fashion of a nuclear power. Turkey will still try to carve out Mediterranean and Middle Eastern influence at someone else’s expense and destroy secular traditions. And one-election, one-time Islamic movements will still attempt to set up theocracies the moment they snatch power. And at no point does Obama ever empathize with thousands of dissidents rotting in Cuban and Palestinian jails, or homosexuals and feminists persecuted in Iran or journalists in Turkey. The only distinction between these illiberal movements and the unromantic Putin’s Russia is their more wily professions of revolutionary fervor, which apparently have fooled or captivated the Obama administration. Victor Davis Hanson
Il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! Joe Biden (08.07.
Emmanuel Le Pen ! Edward Snowden
Ne sous-estimez pas la capacité de Joe à tout foirer. Barack Obama
Il s’est trompé sur quasiment toutes les questions de politique étrangère et de sécurité nationale des quatre dernières décennies. Robert Gates (ancien ministre de la défense américain, 2014)
Le vice-président, quand il était sénateur – un tout nouveau sénateur – a voté contre le programme d’aide au Sud-Vietnam, et cela faisait partie de l’accord lorsque nous nous sommes retirés du Sud-Vietnam pour essayer de les aider. Il a dit que lorsque le Shah est tombé en Iran en 1979, c’était un pas en avant pour le progrès vers les droits de l’homme en Iran. Il s’est opposé à pratiquement tous les éléments de renforcement de la défense du président Reagan. Il a voté contre le B-1, le B -2, le MX et ainsi de suite. Il a voté contre la première guerre du Golfe. Donc sur un certain nombre de ces questions majeures, j’ai juste franchement, pendant une longue période, estimé qu’il avait eu tort. Robert Gates
Joe Biden doesn’t have a perfect foreign policy record. But unlike Trump, he’s learned from his mistakes. In considering Joe Biden’s foreign policy record, it’s hard to overlook the scathing critique delivered by Robert Gates, the Washington wise man and veteran of half a dozen administrations who served as President Barack Obama’s first defense secretary. While Biden was “a man of integrity” who was “impossible not to like,” Gates wrote in a 2014 memoir, “he has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.” (…) Biden voted against the successful U.S. military campaign that expelled Saddam Hussein from Kuwait in 1991. In Iraq, he compiled a trifecta of blunders: He voted for the 2003 invasion; opposed the 2007 “surge” that rescued the mission from utter disaster; and oversaw the premature 2011 withdrawal of the last U.S. troops, which opened the way for the Islamic State. Biden argued against Obama’s 2009 decision to surge U.S. troops in Afghanistan, proposing that the mission should instead limit itself to counterterrorism. But according to Gates, he raised his hand against the most important counter­terrorism operation of recent years, the 2011 special forces raid that killed Osama bin Laden. (Biden has said he later encouraged Obama to go ahead.) (Yet] by all accounts the former vice president, unlike Trump, has learned from his mistakes. (…) If he wins and sticks to that, he won’t go far wrong. Jackson Diehl (Deputy Editorial Page Editor, The Washington post, Sep. 27, 2020)
For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth. It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take. And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just. (…) This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world. A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all. Joe Biden
Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial. Joe Biden
The mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people [was] widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all. In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com. This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad. (…) The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.” (…) The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims. (…) But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting. After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth. Vox
Nous n’avons pas besoin d’avoir 100 000 soldats stationnés partout. Mais nous devons être engagés et organisés, et nous organiser avec nos alliés et nos amis. Et quand nous laissons un vide, comme il le fait, cela crée d’importantes sources de problèmes, dont ce que vous voyez en ce moment au Moyen Orient. Si nous n’organisons pas le monde, qui le fera ? Pas les gentils. Il a pris une décision irréfléchie en retirant les forces américaines de Syrie, ce qui a ouvert la voie à l’attaque turque contre les alliés kurdes des Etats-Unis. Une petite force américaine devrait rester en Syrie. (…) Se retirer de Syrie renforce, non seulement, le pouvoir du dictateur syrien Bachar al-Assad, mais aussi de ses amis en Russie et en Iran. En raison de l’amélioration de la position iranienne en Syrie, Téhéran possède maintenant un passage qui va jusqu’en Syrie et même au Liban. Si j’étais les Israéliens, je n’en serais pas très heureux. (…) Je partage l’avis du général Jim Mattis, la décision de l’administration Obama de retirer les troupes d’Irak en 2011 était une erreur. Ca a directement conduit à la croissance et à l’expansion de l’Etat islamique, qui a pu élargir son emprise de la Syrie vers l’Irak. Mais en tant que vice-Président, j’ai essayé de faire en sorte qu’un contingent américain reste en Irak. Le Président m’a demandé de rapatrier 150 000 militaires, et c’est moi qui en avais la charge. J’ai plaidé auprès du gouvernement irakien pour qu’une force résiduelle soit maintenue sur place pour que nous puissions rester et nous concentrer sur Al-Qaïda, qui était présent avant Daech. Mais le président George W. Bush avait, avant de quitter son poste, conclu un accord » avec l’Irak pour que toutes les forces américaines quittent le pays à un moment déterminé. Nous n’avons pas pu obtenir les votes du parlement [irakien] pour le modifier afin que nous puissions, avec leur autorisation, rester dans la région. Joe Biden
I’ve read Mao Zedong. I’ve read Karl Marx. I’ve read Lenin. That doesn’t make me a communist. So what is wrong with understanding … the country which we are here to defend? (…) I want to understand white rage. And I’m white. What is it that caused thousands of people to assault this building and try to overturn the Constitution of the United States of America. What caused that? I want to find that out. Army Gen. Mark Milley (US chairman of the Joint Chiefs of Staff)
Le retrait des troupes américaines d’Afghanistan a entraîné la chute rapide du gouvernement de Kaboul. Le monde a vu comment les États-Unis évacuaient leurs diplomates par hélicoptère tandis que les soldats talibans se pressaient dans le palais présidentiel de Kaboul. Cela a porté un coup dur à la crédibilité et à la fiabilité des États-Unis. Beaucoup de gens ne peuvent s’empêcher de se rappeler comment la guerre du Vietnam s’est terminée en 1975 : les États-Unis ont abandonné leurs alliés au Sud-Vietnam ; Saigon a été repris; puis les États-Unis ont évacué presque tous leurs citoyens à Saigon. Et en 2019, les troupes américaines se sont brutalement retirées du nord de la Syrie et ont abandonné leurs alliés, les Kurdes. (…) L’abandon du régime de Kaboul par Washington a particulièrement choqué certains en Asie, dont l’île de Taïwan. Taïwan est la région qui dépend le plus de la protection des États-Unis en Asie, et les autorités du Parti démocrate progressiste (DPP) de l’île ont poussé Taïwan de plus en plus loin sur cette voie anormale. La situation en Afghanistan a soudainement changé radicalement après l’abandon du pays par les États-Unis. Et Washington vient de partir malgré l’aggravation de la situation à Kaboul. Est-ce une sorte de présage du sort futur de Taïwan ? (…) Une fois qu’une guerre trans-détroit éclate alors que le continent s’empare de l’île avec ses forces armées, les États-Unis devraient avoir une détermination beaucoup plus grande que pour l’Afghanistan, la Syrie et le Vietnam s’ils veulent intervenir. (…) Au cours des deux dernières décennies, le gouvernement de Kaboul a coûté plus de 2 000 soldats américains, 2 000 milliards de dollars et la majesté des États-Unis contre les « bandits ». Mais combien de vies de soldats américains et combien de dollars les États-Unis sacrifieraient-ils pour l’île de Taïwan ?  Global Times
C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier. (…) Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable. (…) La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.(…) Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible. (…) J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans. (…) On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide. [Si j’étais toujours aux affaires] Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ? John Bolton
Ce qui est triste, c’est que beaucoup dans mon parti essaient de rejeter la faute comme si la dernière administration ne nous avait pas mis sur cette voie. Voici la triste vérité : aucun des deux partis n’est sérieux en matière de politique étrangère. Depuis une décennie maintenant, des démagogues mentent au peuple américain au sujet de notre mission en Afghanistan. Le président Trump a été le pionnier de la stratégie de retrait que poursuit le président Biden, avec un effet désastreux. Les politiciens et les experts qui trouvent des excuses pour cette retraite honteuse prétendront de manière malhonnête que c’était cela ou des soi-disant « guerres éternelles ». Ils prétendent que nos seuls choix étaient une occupation massive ou un retrait immédiat. Ils ignorent la réalité sur le terrain. Leurs arguments faciles ont conduit au chaos, à la persécution et à la mort. Les politiciens ne disent pas cette vérité : l’Amérique n’avait pas de force d’occupation de reconstruction nationale en Afghanistan. La dernière fois que nous avons eu 100 000 soldats dans le pays, c’était il y a dix ans. Nous ne menons pas plus de « guerres sans fin » en Afghanistan que nous ne menons des guerres sans fin en Corée du Sud, en Allemagne ou au Japon – ou au Kosovo, ou au Honduras, ou dans un certain nombre d’autres pays où nous avons des forces déployées. Un nombre relativement restreint de soldats a soutenu avec succès nos alliés afghans en fournissant l’épine dorsale des missions de renseignement et d’opérations spéciales. Les Américains ne construisaient pas d’empires ni ne menaient des batailles impossibles à gagner. Nous défendions les aérodromes et décapitions les organisations terroristes tout en gardant une empreinte légère. Les Américains ont entendu parler de certains hommes de main de premier plan, tels que Qasem Soleimani et Abu Bakr Al-Baghdadi. Mais nos héros en Afghanistan ont tué beaucoup plus d’apirants Ben Laden dont vous ne connaissez pas les noms, précisément parce que nous les avons tués avant qu’ils ne puissent détruire un World Trade Center. Nous avons combattu et gagné cette guerre en Afghanistan, pas sur les côtes américaines. Mais vous ne vous en rendriez pas compte à partir de la rhétorique isolationniste qui entoure les choix de Biden. Ben Sasse
Le retrait désastreux de l’administration Biden d’Afghanistan est une humiliation de politique étrangère différente de tout ce que notre pays a enduré depuis la crise des otages en Iran. Il a embarrassé l’Amérique sur la scène mondiale, fait douter les alliés de notre fiabilité et enhardi les ennemis à tester notre détermination. Pire encore, cela a déshonoré la mémoire des Américains héroïques qui ont aidé à traduire les terroristes en justice après le 11 septembre, et de tous ceux qui ont servi en Afghanistan au cours des 20 dernières années.(…) Il semble que le président n’a tout simplement pas voulu donner l’impression de respecter les termes d’un accord négocié par son prédécesseur. (…) Une fois que M. Biden a rompu l’accord, les talibans ont lancé une offensive majeure contre le gouvernement afghan et se sont emparés de Kaboul. Ils savaient qu’il n’y avait pas de menace de force sous ce président. Ils l’ont vu s’aplatir devant des groupes terroristes antisémites comme le Hamas, restituer des millions de dollars d’aide à l’Autorité palestinienne et ne pas bouger plus tôt cette année alors que des milliers de roquettes pleuvaient sur les civils israéliens. La faiblesse suscite le mal – et l’ampleur du mal qui monte actuellement en Afghanistan en dit long sur les faiblesses de M. Bide. Mike Pence
The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel. (…) The (…) most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries. The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest. This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq. The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it. Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time. In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat. Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way. When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power. This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. (…) Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic. Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat. Gregg Roman
It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago. As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. (…) And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness. The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. (…) Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. (…) In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. (…) And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine. (…) Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves. It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own. Noah Rothman
Nous n’arrivons pas à trouver un équilibre entre la promotion irrationnellement exubérante de la démocratie et le réalisme et la retenue des grandes puissances. Nous sommes allés en Afghanistan pour fermer des camps d’entraînement terroristes, et nous l’avons fait – dans notre propre intérêt – pour ce qui viendrait après l’intervention et le renversement d’un gouvernement. Ensuite, cependant, nous avons fait ce que nous faisons : nous nous sommes perdus dans des priorités concurrentes et des attentes irréalistes. Nous n’avons pas non plus vu ce qui s’était passé en cours de route. En Afghanistan, les camps d’entraînement terroristes du type de ceux qui ont rendu possible le 11 septembre sont restés fermés. L’espérance de vie s’est améliorée. La mortalité infantile a diminué. Les femmes ont acquis des opportunités qui étaient auparavant impensables. Pour ceux qui se concentraient sur la concurrence des grandes puissances, la Russie est restée en dehors, la Chine a été maintenue à distance, et le Pakistan, l’allié de la Chine, a été contraint. Ces gains seront désormais anéantis car nous ne pouvons pas nous contenter de gérer les problèmes, nous devons les résoudre. Si nous ne pouvons pas gagner clairement et décisivement y, refaisant une société dans le processus, nous reculerons et abandonnerons nos alliés. Pourquoi n’aurions-nous pas pu laisser une force résiduelle en Afghanistan pour aider à y assurer un minimum de sécurité ? Après tout, trois quarts de siècle après la guerre de Corée, nous maintenons 29 000 soldats en Corée du Sud. Nous avons encore des troupes d’après-guerre en Europe. Ce sont les coûts indirects de la paix et de la stabilité. (…) Neuf millions d’enfants afghans ont commencé à aller à l’école au cours des vingt dernières années, dont 40 pour cent de filles. L’objectif était de « gagner du temps », a déclaré l’ancien ambassadeur américain Ryan Crocker, membre du conseil d’administration de RFE/RL, « pour que cette jeune génération d’Afghans devienne majeure. Jeffrey Gedmin
As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops. And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda from afar to make sure they do not threaten us. On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.” These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference. Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan. U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years. The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse. The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. The U.S. (…) cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. (…) but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops. (…) It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue. (…) And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise. (..) Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. (…) That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice. Paul Miller
Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor. The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield. The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline. Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask. But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights. Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know. Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence. He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government. Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory. Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government. We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency. The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world. WSJ
Alors que Barack Obama s’opposait courageusement [sic] à l’invasion de l’Irak, en 2003, son futur vice-président en était un chaud partisan au Sénat. Joe Biden est allé encore plus loin que la plupart des « faucons », proposant en 2006-2007 que l’Irak soit divisé en trois entités autonomes, sunnite, chiite et kurde, ce qui n’aurait fait qu’aggraver la guerre civile alors en cours, elle-même directement causée par l’occupation américaine. Il est important de revenir sur cet épisode, très révélateur de la vision du Moyen-Orient du prochain locataire de la Maison blanche, afin que l’idéalisation du vainqueur de Donald Trump ne conduise pas à de nouvelles et sérieuses désillusions. Biden, sénateur du Delaware depuis 1973, préside la puissante commission des Affaires étrangères quand, à l’été 2002, il relaie la propagande de l’administration Bush sur les « armes de destruction massive » que détiendrait l’Irak: « Saddam Hussein doit abandonner ces armes ou il doit abandonner le pouvoir ». Un tel soutien est essentiel pour la Maison blanche, confrontée à un Sénat majoritairement démocrate. En octobre 2002, Biden est un des 29 sénateurs démocrates à voter, contre l’avis de 23 autres et aux côtés de 48 élus républicains, le chèque en blanc qui permet à George W. Bush de mener la guerre à sa guise en Irak. En juillet 2003, trois mois après le renversement de Saddam Hussein, et malgré l’échec des 150.000 soldats américains en Irak à trouver la moindre trace d’armes de destruction massive, Biden persiste et signe: « Je l’ai dit l’an passé, et je le crois aujourd’hui, avec les milliards de dollars à la disposition de Saddam, je n’ai aucun doute qu’au bout de cinq ans, il aurait gagné accès à une arme nucléaire tactique ». Le toujours sénateur Biden participe alors activement à la campagne de dénigrement de la France, accusée de tous les maux pour ne pas avoir soutenu l’invasion américaine de l’Irak: « Nous savons tous que les Français ont été tout sauf coopératifs, qu’ils ont même été casse-c… » (a pain in the you-know-what). Cette diffamation du plus vieil allié des Etats-Unis s’accompagne d’une manoeuvre de Biden pour réécrire sa propre histoire sur l’Irak: en octobre 2004, il affirme « n’avoir jamais cru à la détention d’armes de destruction massive » par le régime de Saddam. (…) Biden s’oppose en revanche au « surge » américain en Irak, où les renforts déployés s’appuient sur des milices sunnites, dites du « Réveil » (Sahwa), pour refouler, et finalement vaincre les groupes jihadistes. (…) Quand Obama confie, en 2009, le dossier irakien à son vice-président, celui-ci va miser sans réserve sur l’homme fort de la communauté chiite, Nouri al-Maliki, Premier ministre depuis 2006. Biden apporte ainsi un soutien déterminant au maintien de Maliki à son poste, en novembre 2010. Peu importe l’autoritarisme de plus en plus agressif du chef du gouvernement irakien, sa coopération de plus en plus étroite avec l’Iran et son acharnement sectaire contre les milices sunnites du « Réveil », seul compte pour Biden la réussite du retrait américain hors d’Irak en 2011. Cette politique américaine à très courte vue favorise le retour de flamme de l’EII qui, en 2013, prend pied dans la Syrie voisine et devient « l’Etat islamique en Irak et en Syrie », connu sous son acronyme arabe de Daech. (…) Ce rappel de l’histoire irakienne de Biden prouve que, chaque fois qu’il a eu à trancher, le sénateur, devenu vice-président, a toujours choisi l’option la plus risquée en termes de conflit international et de guerre civile. Et rien ne prouve que le futur président ait tiré la moindre leçon de tant d’erreurs passées. Jean-Pierre Filiu
Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. [?] Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple! (…) Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs. (…) Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions. (…) Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. [?] Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter! (…) Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains. Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place. Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué. (…) Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus! Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque. La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale. Jean-Louis Bourlanges
Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos : « En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. » Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime. Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable. D’autant que les faits racontent une tout autre histoire. A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre. Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention. (…) Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans. Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ». En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Daech ou Al Qaida. Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible… Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire. (…) Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements. Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul. (…) le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque legs de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents. Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! » (…) Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier. (…) Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate. La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul. Gérald Olivier
Joe Biden aurait pu facilement garder le silence sur ses intentions en Afghanistan – ou du moins laisser l’ennemi dans le doute. Il aurait pu maintenir les installations aériennes américaines pour soutenir les forces afghanes et assurer la sécurité des grandes villes telles qu’elles l’étaient entre 2017 et 2020 sous Trump, qui lui-même a critiqué le déploiement continu depuis 20 ans. Mais Trump n’était pas stupide au point de retirer toutes les troupes avec tout le soutien aérien ou pour donner aux talibans un calendrier virtuel de conquête. Pire encore, Biden a fait en sorte que ses politiques régionales au Moyen-Orient envers l’Iran, le Hamas et Israël ne projettent pas un sentiment de dissuasion ou de fiabilité américaine. (…) En seulement sept mois, nous avons égalé les jours les plus sombres des années Carter avec l’implosion de l’Afghanistan, l’anarchie historique à la frontière, l’érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, la destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle et les pires relations raciales depuis un demi-siècle, des pics historiques de crimes violents, l’inflation galopante de l’économie Biden et la perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant. Victor Davis Hanson
Attention: un retrait calamiteux peut en cacher plus d’un autre !
Reprise des négociations avec les mollahs et du financement de l’Autorité palestinienne, implosion de l’Afghanistan, anarchie historique à la frontière, érosion complète de la loi américaine sur l’immigration, destruction de l’engagement de l’ère des droits civils envers une société racialement aveugle, pires relations raciales depuis un demi-siècle, pics historiques de crimes violents, inflation galopante, perte de l’indépendance énergétique des États-Unis et des prix raisonnables du carburant, programmes « woke » de rééducation idéologique, désignation comme monument national d’une boite de nuit homosexuelle  site d’un attentat islamiste alors que le motif n’avait rien d’homophobique, proclamation du mois des fiertés avec drapeau arc en ciel sur les ambassades du monde entier dont les capitales des états musulmans, Kaboul comprise …
Quarante-six ans après la tragique et humiliante chute de Saïgon …
Et sept petits mois après le hold up électoral de novembre dernier …
Où ironie de l’histoire …
Le président américain qui avait ouvert son mandat en supprimant, entre accord du climat, négociation avec l’Iran et immigration, non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur
Prétend à présent, comme en 2019 avec Bush et l’Iak, qu’il était lié par la décision du retrait d’Afghanistan de celui-ci …
Se voit condamné par sa presse-caniche pour avoir voulu faire, rivalité mimétique oblige, plus Trump que Trump
Pendant que le président d’une France qui avait quitté l’Afghanistan depuis sept ans se voit traité de Le Pen
Y-a-t-il une posture consternante ou une mauvaise cause …
Avec les catastrophiques conséquences que l’on sait …
Pour les pauvres Afghans aujourd’hui …
Et peut-être les Taïwanais, les Ukrainiens et les Européens de l’est en général demain …
Qu’à l’image du calamiteux Jimmy Carter en son temps …
Joe Biden et l’équipe Obama derrière lui n’auront pas épousée …
Oubliant comme pour son propre autre calamiteux retrait d’Irak d’il y a dix ans qui avait donné au monde la barbarie de l’Etat islamique …
Derrière le faux choix entre la fuite la queue entre les jambes et la victoire définitive …
Pour, comme le rappelait l’ancien ambassadeur Crocker, « gagner le temps » de faire maturer une nouvelle génération … ?
Our Afghan Agonies
Victor Davis Hanson
The Blade of Perseus
Aug. 16, 2021
Joe Biden could easily have stayed quiet about his intentions in Afghanistan—or at least leave the enemy in some doubt. He might have maintained US air facilities to support Afghan forces, and kept the major cities secure as they were between 2017-20 under Trump, who himself was a critic of the continued 20-year deployment. But Trump was not foolish enough to yank all troops out along with all air support—or to give the Taliban a virtual timetable for conquest. Worse still, Biden ensured that his regional policies in the Middle East toward Iran, Hamas, and Israel would not project a sense of US deterrence or reliability.
So we should assume that Iran is now dangerously emboldened. Anti-American Pakistan is making the necessary further anti-American adjustments. And the general Middle East will become even scarier, as the US begs the Gulf monarchies (that the Biden administration has so feverishly criticized) to pump all the oil they can—even as the Biden administration damns the use of oil and those in the US who produce it (but will be glad to buy its importation by printing even more money at a time of national financial insolvency).
The Afghan debacle is eerily similar to the US border in which extremists are now in control of US policy and demand that ideology and politics trump common sense and basic humanity. We should brace ourselves for some horrific scenes to follow in Kabul over the next few weeks. They will tragically dwarf the mayhem on the southern border.
Who are the culpable? The CIA utterly failed to give any accurate appraisal of the rapid Taliban advance and takeover. I hope the ruinous legacy within our intelligence and investigatory agencies—of John Brennan, James Clapper, James Comey and Andrew McCabe—does not explain the epidemic of current mediocrity. The Pentagon has been in the news a lot lately, but mostly in connection with our highest officers virtue signaling their woke and careerist new credentials that either had nothing to do with military readiness or actually would undermine it. The gay pride flag over the US embassy in Kabul, along with the embassy’s virtue-signaling woke communiques, did not resonate confidence among Afghans that the US policy was based on shrewd deterrent policies with a full understanding of a traditionalist Islamic society.
Remember, there was a lot of calumny—including military resignations—that met President Trump over the decision in late 2018 not to intervene in the territorial disputes between Turkey and Kurdish forces in Syria, and again during the false charges that he had used tear gas to clear areas near the White House to do a photo-op with Gen. Milley—the latter accusations were proven erroneous by the Inspector General of the Interior Department.
But the loud and twitter-addicted US military top brass, active and retired, has been strangely quiet about the lunatic idea of simply telling the Taliban when all US forces will leave and then allowing thousands of allied Afghans and billions in US equipment to fall into the Taliban’s hands.
Where is the US military-industrial-intelligence complex outrage? Where the cry-of-the-heart tweeting? Where the letter to Biden from distinguished emeriti CIA and military officers? Why would retired generals addictively tweet about Trump’s cancellations of leftwing newspapers to bureaucracies or falsely charge that Obama’s “cages” on the border were Trump’s Auschwitz-like cells—and yet say nothing about the greatest military disaster in recent memory? If Trump was smeared as Nazi-like and a Mussolini, what exactly is Biden’s stewardship?
Given the 20-year-long investment, this ignominious withdrawal is likely to be more humiliating than the final 1975 dark days in Saigon and the boat people who followed, the Reagan 1984 pullout from Lebanon after the 1983 barracks bombing, and President Obama’s sudden 2012 yanking all troops out of Iraq that birthed the “JV” ISIS beheaders. Note that Obama later blamed his decision on the Iraqis, and Biden now blames Trump, even though both boasted during their campaigns that they would boldly do what they actually did.
The Afghanistan implosion—assured to be impossible or at least unlikely by Joe Biden—is occurring in concert with the historic anarchy on the border, the complete erosion of US immigration law, the destruction of the Civil Right-era commitment to a racially blind society and the worst racial relations in a half-century, historic spikes in violent crime, the soaring inflation of the Biden economy, and the loss of US energy independence and reasonable fuel prices. So in just seven months we have matched the darkest days of the Carter years, when at least the President was coherent and a master of his own policies, misguided though they were.
Since Biden in the last 60 days of public commentaries appears to have no idea of what was, is and will be going on in Afghanistan, it is legitimate to ask who does in his administration? Dr. Biden? Ron Klein? General Milley? Antony Blinken? The Obamas?
In the inevitable blame-gaming to come, even the toadish press will have a hard time blaming Trump, as Biden is already doing—given he left troops in Afghanistan and earlier had bombed the “sh*t” out of ISIS in Syria/Iraq. In general, the Pentagon, the CIA and the Biden state departments and national security council teams should have been warning the nation months ago that the decision to virtue signal a complete cave-in would have rapid and deadly ramifications.
Instead, to the very end of this historic disaster, the true dangers on the immediate horizon were denied ad nauseam by Biden himself, with only a few mousy questions and clarifications from the press. Bottom line: a woke Pentagon and revolving-door careerist top brass, a politically warped intelligence bureaucracy, an obsequious press, and a virtue signaling progressive elite can explain well enough why 300,000 vanished into thin air before the murderous Taliban. I think they concluded that siding with our sanctimonious postmodern apparat was a lot more dangerous even than returning to the Dark Ages.
A final lesson. When there is no free press; a president loses all fears of lying and obfuscation, and counts on pet journalists to hide his untruth or at least claim they are minor exaggerations. Biden, to the extent he is even compos mentis, assumed his assertions that Afghans would fight effectively, given their numbers and US equipment and training, would never be seriously cross-examined by a morally bankrupt media, which always puts partisan interests over the national interest. So he simply went on lying….
Voir aussi:

Biden’s Iraq War walk-back is revisionist nonsense

Mark A. Thiessen

The Washington Post

Former vice president Joe Biden said in a recent interview he agrees with Jim Mattis that the Obama administration’s decision to withdraw troops from Iraq was a mistake, but that as vice president he tried to keep “a residual force” stationed there. This is revisionist nonsense. Just a few months ago, at the July Democratic presidential debate, Biden boasted that “one of the proudest moments of my life was to stand there in Al-Faw Palace and tell everyone that . . . all our combat troops are coming home.” In September, he declared, “We were right to get the combat troops out.” But now he agrees it was a mistake?

The fact is, at the time, Biden expressed zero regrets about the complete US withdrawal, which he was in charge of executing. The New York Times reports that in December 2011 Biden was “ebullient” as he presided over the departure ceremony for the last American forces, calling President Barack Obama from Baghdad to tell him “All I’ve said about this job, I take it back. Thank you for giving me the chance to end this goddamn war.”

Of course, he did not actually end the “goddamn war,” he unleashed a humanitarian and national security catastrophe. Biden’s withdrawal created a vacuum that allowed the Islamic State — which had been reduced to just 700 fighters — to regroup, reconstitute itself and build a murderous caliphate the size of Britain. The terrorists enslaved and raped thousands of Yazidi girls and carried out gruesome executions across Iraq and Syria. And they spread their murderous tentacles across the globe, carrying out 143 attacks in 29 countries that killed more than 2,000 people and injured many thousands more.

Biden has criticized President Trump for withdrawing from Syria against the advice of our military commanders. Yet Biden did not listen to our military commanders when it came to the Iraq withdrawal. The Times reports that Gen. Lloyd J. Austin III, the U.S. commander in Iraq, proposed keeping as many as 24,000 troops in Iraq. According to Biden national security adviser Colin H. Kahl, Austin was told by the White House “you’ve got to be kidding.” So Austin presented Obama and Biden with options for 19,000, 16,000 and 10,000 troops — and told them the lowest number was “unwise.” But Biden “aggressively pushed for a smaller force,” and Obama agreed. Then, during negotiations with the Iraqis, the administration cut the offer in half to just 5,000 — an offer the Iraqis rejected.

In his interview with the Wall Street Journal, Biden blamed George W. Bush for the US withdrawal, noting that he had negotiated a status of forces agreement that required an end to the US military presence by 2011. Please. Does anyone really believe that if Bush were still in office in 2011, he would have pulled out all US forces? Of course not.

The reason Obama and Biden were unable to get an agreement to extend the US troop presence is because they made it crystal clear to the Iraqis that America was headed for the exits. Iraqis watched as Obama and Biden rejected numbers well above 10,000, only grudgingly agreed to even that number and then cut that number to 5,000. If you were an Iraqi, would this have given you confidence in America’s long-term commitment?

Iran and its political allies inside Iraq were pressing for a US withdrawal, and threatening politicians who supported extending the American military presence. For Iraqi leaders, 24,000 American troops might have been worth the political risk, and maybe even 10,000 would have been worth it. But an offer of just 5,000 troops from an administration that was determined to go to zero as quickly as possible was not. If America was leaving, and Iran was staying, why risk siding with the Americans?

In 2013, as the Islamic State was gaining steam, Biden said that he and Obama felt “happy and . . . fulfilled” with the decision to withdraw from Iraq. A year later, they would be forced to send US forces back to Iraq to deal with the debacle they had unleashed.

Biden supported the Iraq invasion but then opposed the Bush surge, which crushed the Islamic State and won the war. Then he supported a premature withdrawal that allowed the terrorists to regroup and was celebrating that decision as recently as four months ago — but now says he regrets it. That’s quite a record for a man running on his record of experience and judgment.

Voir également:

Mike Pence: Biden Broke Our Deal With the Taliban

It’s a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

‘The likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country [of Afghanistan] is highly unlikely,” President Biden confidently proclaimed in July. “There’s going to be no circumstance where you see people being lifted off the roof of an embassy.”

One month later, the scenario Mr. Biden deemed impossible has become a horrifying reality. In recent days, the world has watched panicked civilians cling to U.S. military aircraft in a desperate attempt to escape the chaos unleashed by Mr. Biden’s reckless retreat. American diplomats had to beg our enemies not to storm our embassy in Kabul. Taliban fighters have seized scores of American military vehicles, rifles, artillery, aircraft, helicopters and drones.

The Biden administration’s disastrous withdrawal from Afghanistan is a foreign-policy humiliation unlike anything our country has endured since the Iran hostage crisis.

It has embarrassed America on the world stage, caused allies to doubt our dependability, and emboldened enemies to test our resolve. Worst of all, it has dishonored the memory of the heroic Americans who helped bring terrorists to justice after 9/11, and all who served in Afghanistan over the past 20 years.

Unanimously endorsed by the United Nations Security Council, the agreement immediately brought to Afghanistan a stability unseen in decades. In the past 18 months, the U.S. has not suffered a single combat casualty there.

By the time we left office, the Afghan government and the Taliban each controlled their respective territories, neither was mounting major offensives, and America had only 2,500 U.S. troops in the country—the smallest military presence since the war began in 2001.

America’s endless war was coming to a dignified end, and Bagram Air Base ensured we could conduct counterterrorism missions through the war’s conclusion.

The progress our administration made toward ending the war was possible because Taliban leaders understood that the consequences of violating the deal would be swift and severe. After our military took out Iranian terrorist Qasem Soleimani, and U.S. Special Forces killed the leader of ISIS, the Taliban had no doubt we would keep our promise.

But when Mr. Biden became president, he quickly announced that U.S. forces would remain in Afghanistan for an additional four months without a clear reason for doing so. There was no plan to transport the billions of dollars worth of American equipment recently captured by the Taliban, or evacuate the thousands of Americans now scrambling to escape Kabul, or facilitate the regional resettlement of the thousands of Afghan refugees who will now be seeking asylum in the U.S. with little or no vetting. Rather, it seems that the president simply didn’t want to appear to be abiding by the terms of a deal negotiated by his predecessor.

Once Mr. Biden broke the deal, the Taliban launched a major offensive against the Afghan government and seized Kabul. They knew there was no credible threat of force under this president. They’ve seen him kowtow to anti-Semitic terrorist groups like Hamas, restore millions of dollars in aid to the Palestinian Authority, and sit by earlier this year while thousands of rockets rained down on Israeli civilians.

Weakness arouses evil—and the magnitude of evil now rising in Afghanistan speaks volumes about the weaknesses of Mr. Biden. To limit the carnage, the president has ordered more troops to Afghanistan, tripling our military presence amid a supposed withdrawal.

After 20 years, more than 2,400 American deaths, 20,000 Americans wounded, and over $2 trillion spent, the American people are ready to bring our troops home.

But the manner in which Mr. Biden has executed this withdrawal is a disgrace, unworthy of the courageous American service men and women whose blood still stains the soil of Afghanistan.

Mr. Pence served as vice president of the United States, 2017-21, and is chairman of Advancing American Freedom.

Voir de même:

It is unclear just what the United States has gained from withdrawing the small, affordable, and effective deterrent force that had remained in Afghanistan to support its security forces. It is unnervingly obvious what we’ve lost: national prestige, vast sums of political capital, credibility on the world stage and, most tangibly, our security. The world is much more dangerous today than it was just 72 hours ago.

As recently as August 12, when the elected government in Afghanistan still controlled most of its provincial capitals and the country’s total implosion was still evitable, U.S. intelligence officials warned that America’s abandonment of its ally in Central Asia would allow al-Qaeda to reconstitute itself. The Taliban never renounced violence or its affiliation with the group responsible for the September 11 terrorist attacks, despite repeated overtures from American negotiators to do so. And although that particular Islamist terror group remains a diminished presence, if the “pressure comes off, I believe they’re going to regenerate,” U.S. Centcom commander Gen. Frank McKenzie said.

Accordingly, the Defense Department will reportedly revise its previous estimates suggesting the threat from groups capable of exporting terrorism out of Afghanistan had been relatively low. Today, that threat is unknown, but few believe that the Taliban will do anything but provide succor to fundamentalist terror sects with revenge on their minds. As one source in government privy to the Pentagon’s deliberations told Axios, “the timeline in terms of threats has accelerated.”

And the threat to American lives and interests arising from our humiliation in Afghanistan does not begin and end with non-state actors. The world’s irridentist great powers are watching closely, and they are no doubt emboldened by our fecklessness.

The Chinese Communist Party has already demonstrated its willingness to court international condemnation in its quest to impose its sovereignty on the greater Chinese sphere. The crushing of Democracy in Hong Kong in direct violation of the terms of its handover to the CCP from Britain in 1997 should be evidence enough of that. And in the months that followed that insult to Western proceduralism and power, the People’s Republic has openly flirted with finally retaking the island nation of Taiwan by force. “This problem is much closer to us than most think,” Navy Adm. John Aquilino told a Senate committee in May. He speculated that a Chinese operation designed to rapidly change the facts on the ground and force the U.S. to recognize them could occur in this decade.

“We do not promise to renounce the use of force and reserve the option to use all necessary measures,” Chinese President Xi Jinping said in 2019. Bejing’s reservation of its prerogative to retake the Republic of China through force has thus far been deterred not just by America’s assets in the Pacific but also by our willingness to use them and by the assumption that the American public would support that mission. That deterrent has no doubt suffered a devastating blow, and China’s propagandists won’t let us forget it. “The grand strategy seemed flawless and inspiring for Washington, until the U.S.’ epic defeat and chaotic retreat in Afghanistan mirrored how shaky it is,” read one representative exercise in chest-thumping via China’s Global Times. “The point is, if the U.S. cannot even secure a victory in a rivalry with small countries, how much better could it do in a major power game with China?”

In Europe, too, the United States has much to lose. In 2008, Russia invaded and functionally annexed large swaths of territory in Georgia. In 2014, Moscow invaded Ukraine, outright subsuming the whole of Crimea into the Russian Federation. And Moscow isn’t done yet. Only months ago, Russian President Vladimir Putin threatened the Western world with a renewed assault on Ukraine designed to capture more of its territory along the Black Sea coast. The tools Moscow uses to secure the reconquest of the post-Soviet space are myriad: emigration to rebalance local ethnic demography; exporting Russian passports to non-citizens, propaganda, energy blackmail, and cyber warfare. But the use of force is not off the table. And Russia’s territorial ambitions are not limited to Ukraine.

The notion that Russia might test NATO in a Baltic state has kept American strategists up at night for years. Today, such an experiment must appear even more tempting from the Kremlin’s perspective. Estonia has already been the target of many such provocations—among them, a crippling 2007 cyberattack on the nation’s infrastructure and a sophisticated 2014 raid by Russian forces across the Estonian border, abducting a local police officer and putting him on trial. A more direct provocation that would try NATO’s commitment to the treaty’s mutual-defense provisions is far easier to envision today than it was on Friday night.

Eighty years ago, the West’s appeasers howled in unison “Why Die for Danzig?” Why wouldn’t today’s “peacemakers” be just as inclined to question the value of a global war against Russia over Tallinn? At least, that’s what the Kremlin’s hungriest revanchists must be asking themselves.

It’s a perfectly rational question. After all, even America’s allies were shocked to watch the United States so callously sacrifice an ally for no discernible strategic purpose and under no perceptible pressure from the voting public. Our caprice has shaken the faith that we will defend our partners’ interests around the world if we’re unwilling to bear the modest burdens associated with preserving our own.

As the Washington Post’s Liz Sly reported over the weekend, U.S. allies are fit to be tied over the shambolic handling of Afghanistan. “U.S. allies complain that they were not fully consulted on a policy decision that potentially puts their own national security interests at risk,” Sly reported. One German official raged over the Biden administration’s haughty disregard for European security. “We’re back to the transatlantic relationship of old, where the Americans dictate everything,” she snarled. Another British parliamentarian wondered aloud about whether America under Joe Biden would or even could stand up to its peer competitors if it is “being defeated by an insurgency armed with no more than [rocket-propelled grenades], land mines, and AK-47s?” And in the Middle East, which continues to be menaced by an increasingly extroverted Iran, some are now conceding that American involvement in the region ends up ultimately being more trouble than it’s worth.

Advocates for American retrenchment abroad fancy themselves a serious sort. They don’t think America should commit its resources to the defense of interests on purely moral grounds. So, if they are not moved by the sight of Afghans we abandoned to the Taliban clinging to U.S. transport planes, tumbling to their deaths from hundreds of feet up, perhaps they will be moved by the grave implications to U.S. interests and global security. If not, we can safely assume that their interests are not as benign as they insist. Perhaps pursuing what’s best for America at home and abroad isn’t their only or even foremost motive.

The Magical, Self-Justifying Afghanistan Debacle
Noah Rothman
Commentary
August 17, 2021

It’s hard to imagine how the debacle the Biden administration is overseeing in Afghanistan could be any worse. It’s such a self-evident fiasco, in fact, that even hardened advocates of America’s withdrawal from the world’s hot spots have been forced to admit that this whole thing could have been handled better. Much like Communism, America’s retrenchment from conflicts abroad has never really been tried and just needs better managers. But that’s as far as they’re willing to go. Across the political spectrum, champions of American introversion still insist that the collapse of the Afghan state was inevitable regardless of when or how we withdrew our commitments to it. Indeed, the disaster we’ve been forced to witness is being repurposed as a justification for the very circumstances that led to it.

On Monday, President Joe Biden delivered what could only have been a hastily prepared speech on the meltdown in Afghanistan before resuming his vacation. In it, the president abandoned his rationale for total U.S. withdrawal which, in July, was predicated on the competence, training, and numerical strength of the Afghan National Forces. This week, Biden insisted, withdrawal was justified by the abject weakness and cowardice of those very same Afghan soldiers.

“American troops cannot and should not be fighting in a war and dying in a war that Afghan forces are not willing to fight for themselves,” Biden insisted. “We gave them every chance to determine their own future. What we could not provide them was the will to fight for that future.” This sentiment must have appealed to Democrats like Sen. Chris Murphy, who took the opportunity of Afghanistan’s collapse to insist that the lesson here is that we should abandon the pursuit of America’s long-term interests in favor of applying Band-Aids to threats as they arise. Presumably, the rest of Joe Biden’s party will see the virtue of this sort of projection soon enough.

Leaving aside for a moment that running down an ally—even one we’ve summarily abandoned to the mercies of an Islamist militia—is an odd way to restore American credibility on the world stage, Biden’s exercise in blame-shifting has the added defect of being untrue. Tens of thousands of Afghan soldiers fought and died in defense of their country since NATO-led combat operations ended in 2014. They continued to do so well into 2020, when American “peace talks” with the Taliban began to sap those soldiers of the “will to fight” with the understanding that U.S. support was winding down. And when Biden pulled the plug on “air support, intelligence, and contractors servicing Afghanistan’s planes and helicopters,” a thorough Wall Street Journal expose revealed, “the Afghan military simply couldn’t operate anymore.” The Afghans didn’t lose the will to fight for their country; they were robbed of the means of effectively doing so by Washington.

The audience for President Biden’s self-soothing talk about the inevitability of Afghanistan’s implosion isn’t limited to stunned Democrats. A certain sort of conservative for whom retrenchment is both a means to an end and an end in itself is just as enamored of this dubious talking point.

“There was no ‘Afghan Government,’” the popular commentator and talk show host Saagar Enjeti insisted. “It was a fiction the entire time backed only by U.S. dollars, U.S. blood, and U.S. military might.” Though he regrets the conditions to which we’ve consigned Afghanistan, The American Conservative’s Rod Dreher agrees. “True, the Taliban takeover was inevitable,” he writes, “and we had to get out.” Though we probably could have better executed this declinist project. Newsweek opinion editor Josh Hammer echoed these sentiments: “It’s time for a late-stage empire to come home and rebuild itself as a durable and functioning nation-state,” he wrote.

Much like Biden, these center-right voices seem to want to believe that the dynamic situation in Afghanistan is static and unchanging. That’s simply false. The collapse of the Afghan state was not written in the stars. It was engineered and executed. And what comes next is unlikely to be something that a competent steward of American national interests can afford to ignore. As even a bleak and clear-eyed assessment from the Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR) concluded, “there will likely be times in the future when insurgent control or influence over a particular area or population is deemed an imminent threat to U.S. interests.”

Maybe those who believe a fatalistic assessment of America’s role in Afghanistan is unjustified are out of touch with Real America. But we have scant evidence that the American people will support, grudgingly or otherwise, what they’re watching on their television screens. Will Americans or the policymakers they empower gaze upon the abandonment of upwards of 10,000 American civilians and the Afghans who aided them as the mere wages of “late-stage empire?” Will they see the reestablishment of a well-armed terrorist state to which aspiring Jihadists around the globe are now flocking, emboldened and determined to once again export terrorism to the West, and throw up their hands in befuddlement?

That doesn’t sound like American voters, who can be counted on to not care about foreign policy up until the minute foreign policy begins producing U.S. casualties or delivers the nation into a state of abject humiliation. Perhaps The Folks are content to sink every last American dollar into the welfare state, settle into a warm bath, and succumb comfortably to the forces of history. Or maybe, just maybe, our capitulatory populists are more oriented toward surrender than the people for whom they presume to speak.

Advocates of retrenchment need this total debacle to be predestined. It cannot have been the product of a series of choices, accidents, and mismanagement. To admit that things might have turned out differently would be to imperil their preferred project—”nation-building at home,” as though the sole superpower seeing to its commitments abroad and managing domestic affairs simultaneously were mutually exclusive. We can only hope the disaster these fatalists abide in Afghanistan will help shake the voting public out of its attraction to this sort of resignation in its political leaders.

Noah Rothman is the Associate Editor of Commentary and the author of Unjust: Social Justice and the Unmaking of America.

Lessons for Israel from the Taliban Victory
Gregg Roman
The Jewish Press
August 17, 2021

The scenes of a Taliban victory in Afghanistan have resonated very differently in various parts of the world and hold many lessons, especially for Israel.

Some in the West have seen a failure of American foreign policy in the region, and the scenes of a helicopter evacuating people from a rooftop was eerily reminiscent from a photo during the fall of Saigon in 1975 at the end of the Vietnam War.

There is no getting away from the sense of defeat after a Western-trained Afghan army was routed in weeks, frequently surrendering without a bullet being fired.

Even Abdul Ghani Baradar, the Taliban leader freed from a Pakistani jail on the request of the U.S. less than three years ago, expressed his shock at the ease in which they retook Kabul. Only a few months since President Biden promised to remove all remaining troops from Afghanistan, it took the Taliban eleven days to recapture almost the entire country.

Intelligence estimates are frequently wrong

The first lesson to be learned is that intelligence estimates are frequently wrong. Many experts told President Biden and his advisors that the Afghan army was ready to hold the country without direct Western help. Even up until the day before the capture, there was the belief that Kabul could be held for months rather than the hours it took to lose it.

The State of Israel has relied on this type of advice before, when it relinquished the Gaza Strip to the Palestinian Authority who were subsequently routed by Hamas two years later.

Over the years, many foreign officials and experts have tried to tie hoped-for Israeli concessions with security assurances, but so far, the record has been terrible.

After Israel’s withdrawal from Gaza in 2005, the EUBAM (European Union Border Assistance Mission) was deployed at the Rafah crossing point between Gaza and Egypt. The mission was « to help bring peace to the area ».

After these forces ran away any time they were threatened by Palestinian forces, they left permanently in 2007, but not before bizarrely blaming Israel for their ignominious retreat.

The United Nations Interim Force in Lebanon, or UNIFIL, a UN-NATO peacekeeping force in southern Lebanon, had done little more than protect itself as it has been impressively toothless at disarming Hezbollah and demilitarizing southern Lebanon.

Military expertise and technology doesn’t always win

The second lesson is that military expertise and technology doesn’t always win. The Afghan army, numbering around 250,000 had over $80 billion spent on it, but was humiliated by the Taliban who had little significant firepower.

The third and most valuable lesson for Israel is that fundamentalist Islam does not give up without force. The Taliban had remained largely dormant for two decades but never gave up hope of ultimate victory, even when the odds were stacked against it by the overwhelming presence of foreign militaries.

Fundamentalist Islam does not give up without force

The major problem was that the international forces never truly defeated the Taliban, and did not provide a mortal blow to a paramilitary force which was allowed to regroup and dream of a future conquest.

This failure should be seen in direct opposition to the victory over the Islamic State in Iraq.

The Islamic State was territorially defeated. It was routed completely from the territory it purported to hold in 2017. Of course, there is still some Islamic State activity, but it is largely peripheral and Iraqi forces have shown they are in a good position to repel it.

Unlike the Taliban, the Islamic State was not left with large swathes of territory on which to reorganize, rearm and bide its time.

In any military tacticians’ book, absolute defeat is a world of difference away from partial defeat.

Israel’s enemies, like Hamas and Hezbollah, were left standing after every confrontation with the IDF. They might not have been victorious, but it is impossible to say they were defeated in any meaningful way.

When Israel goes to war with its enemies, defeat must mean defeat. It should mean that at the end of a conflict, the enemy is not left standing and remaining in power.

This lesson is not lost on Hamas which has already congratulated the Taliban on its stunning victory. Senior Hamas figure Musa Abu Marzuk praised the Taliban for its cleverness and ability to confront the United States and its allies while rejecting all compromises proposed, and without falling into the traps of « democracy » and « elections. »

Hamas and other terrorist organizations confronting Israel have been given a massive morale boost by events in Afghanistan. They perceive the West, of which they see Israel as a central part, as something that can be defeated with steadfastness and an unshakeable belief in an ultimate victory regardless of time and against all odds and logic.

Israel must take every step to disavow this belief and ensure that its opponents understand that while they might still dream of ultimate victory and the destruction of the Jewish State, they will instead taste the bitter crucible of defeat.

Gregg Roman is director of the Middle East Forum.

Biden déclare « La fierté est de retour à la Maison Blanche » après avoir désigné Pulse monument national / Nation LGBTQ
Gay friendly
26 juin 2021
Le président Joe Biden (D) a signé HR 49, le projet de loi désignant le site de la fusillade du Pulse Nightclub de 2016 à Orlando, en Floride, comme monument national, en tant que monument national. Par la suite, Biden a commémoré le mois de la fierté avec des remarques faites aux côtés du secrétaire aux Transports Pete Buttigieg, la première personne publiquement confirmée à un poste au Cabinet.« Il y a un peu plus de cinq ans, la discothèque Pulse, un lieu d’acceptation et de joie, est devenue un lieu de douleur et de perte indicibles », a déclaré Biden lors de la cérémonie de signature, ajoutant: « Nous ne nous remettrons jamais complètement, mais nous nous souviendrons .
«Connexes : Cinq ans se sont écoulés depuis la fusillade de Pulse. Le changement n’est pas venu.
Il a déclaré que le projet de loi « consacrerait à perpétuité … un monument à une perte qui s’est produite là-bas et une détermination absolue que nous allons gérer cela chaque jour en solitaire et nous assurer que nous ne sommes pas en mesure de voir cela se produire de nouveau. »Le président Biden a également parlé de son fils Beau lors des deux événements, révélant que du vivant de son fils Beau, le jeune Biden voulait créer un fondation pour LGBTQ jeunesse principalement se concentrer au transgenres jeunesse.Biden a ajouté que lorsqu’il a rendu visite à Pulse immédiatement après la fusillade, il s’est demandé comment il se serait senti si, comme les familles d’autres victimes, il ne savait pas si ses propres fils – Beau ou Hunter – ou d’autres membres de la famille avaient été perdus juste après la fusillade.« Je suis fier à conduire la plus pro-LGBTQ égalité administration de notre histoire », a déclaré Joe Biden lors du deuxième événement commémorant le mois de la fierté dans la salle est de la Maison Blanche. Il a mentionné que sous son administration, 130 ambassades américaines dans le monde arborent actuellement des drapeaux de la fierté comme « un symbole de nos engagements en matière de sécurité, de dignité et d’opportunités pour tous ».Puis il a souligné les efforts de son administration pour étendre les droits civils des Américains LGBTQ, notamment en veillant à ce que l’orientation sexuelle et l’identité de genre soient couvertes par la loi anti-discrimination existante.Néanmoins, Biden a mentionné le fait que plus de la moitié des États ici manquent encore de protections explicites contre la discrimination LGBTQ. Il a appelé le Sénat à adopter la loi sur l’égalité, affirmant qu’elle renforcerait également les civil droits protections pour gens de Foi, gens de couleur et gens avec handicapées. Biden a également dénoncé de nombreux projets de loi anti-LGBTQ présentés par les républicains dans les législatures des États. Il a qualifié les projets de loi de « lois les plus laides et anti-américaines » et de « brimades déguisées en législation ».Biden a ensuite annoncé sa récente nomination de Jessica Stern en tant qu’envoyée spéciale des États-Unis pour faire avancer les droits humains des personnes LGBTQI+. Il a qualifié le rôle de Stern de partie importante des efforts de son administration pour promouvoir et protéger les droits de l’homme à l’étranger.Dans les commentaires du secrétaire Buttigieg dans la salle Est, il se souvient avoir vu le visage de la victime de crimes haineux Matthew Shepard à la télévision alors qu’il était adolescent. Buttigieg a appris peu de temps après qu’être LGBTQ pouvait coûter la vie à quelqu’un et l’empêcher également de servir dans l’armée ou le gouvernement fédéral.Il a dit que lui, et tant d’autres avant lui, ont dû choisir « entre le service et l’amour, entre le devoir et moi-même, tout mon moi ».« Le simple fait d’être ici prouve à quel point le changement est possible en Amérique », a déclaré Buttigieg. « Tant de vies ont été changées, sauvées par le plaidoyer soutenu, la détermination morale, le courage politique d’innombrables dirigeants et alliés LGBTQ+, certains élus, certains invisibles, certains disparus depuis longtemps, certains dans cette salle en ce moment. »Mais malgré les progrès, Buttigieg a déclaré que des «actes de violence choquants» comme Pulse et les projets de loi anti-transgenres dans de nombreux États menacent de faire reculer les droits des LGBTQ. Il a félicité la communauté pour avoir combattu la violence anti-LGBTQ au pays et dans le monde, en particulier la violence dirigée contre les femmes transgenres de couleur.« C’est une question de vie ou de mort, et soutenir et célébrer notre communauté LGBTQ+ est une question de compassion et de décence, et c’est une question de caractère national portant sur la question de savoir si cela peut vraiment être un pays de liberté et de justice pour tous , » il ajouta.Au cours de la commémoration du mois de la fierté, Ashton Mota, un adolescent trans de 16 ans afro-latino de Lowell, Massachusetts, a également parlé de l’importance vitale des familles soutenant leurs enfants transgenres.« C’est simple : lorsque les enfants sont aimés, nous nous épanouissons grâce à l’amour », a déclaré Mota.« Nous sommes de futurs ingénieurs logiciels, enseignants, élus et acteurs du changement. Ce sont les histoires que nous racontons que la plupart des gens n’ont jamais rencontré quelqu’un qui est transgenre. Lorsqu’ils nous rencontrent, nous voient et entendent nos histoires, ils se rendent compte que nous sommes comme tous les autres jeunes.Lors de la signature du projet de loi du mémorial Pulse et de la commémoration de la fierté, Biden a été rejoint par la première dame, le Dr Jill Biden, des survivants de la fusillade de Pulse, des membres de la famille des victimes et des membres de la délégation du Congrès de Floride.Biden a également été rejoint par la secrétaire adjointe à la Santé, le Dr Rachel Levine, la toute première personne transgenre confirmée par le Sénat; le lieutenant-colonel Bree Fram, l’un des militaires ouvertement trans les plus hauts gradés ; Les dirigeants d’organisations LGBTQ tels que le président de la campagne pour les droits de l’homme David Alphonso, la PDG de GLAAD Sarah Kate Ellis et le directeur exécutif de PFLAG Brian Bond ; et les membres du Caucus pour l’égalité du Congrès, y compris les membres du Congrès, la sénatrice Tammy Baldwin (D-WI), le représentant David Cicilline (D-RI) et d’autres.La résolution de transformer le mémorial Pulse en monument national a été adoptée à l’unanimité dans les deux chambres du Congrès en mai et juin de cette année. La résolution a été présentée par le sénateur Rick Scott (R-FL). Scott a été gouverneur de Floride lorsque la fusillade a eu lieu.« Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale qu’il mérite, en particulier pour ceux qui ont tout perdu », a déclaré le représentant Darren Soto (D-FL) lors du dépôt initial du projet de loi en 2019. « Cela donnera à ce terrain sacré la reconnaissance fédérale il mérite, surtout pour ceux qui ont tout perdu.La fusillade à Pulse le 12 juin 2016 a fait 49 morts et 53 autres blessés parmi les clients du club LGBTQ avant que la police ne tire sur le tireur. C’était la fusillade de masse la plus meurtrière en Amérique à l’époque.Au cours des cinq années précédentes, le Sénat a refusé d’adopter une résolution alors qu’il était sous le contrôle du chef de la majorité de l’époque, Mitch McConnell (R-KY). La résolution que Biden a signée aujourd’hui indiquait qu’aucun fonds fédéral ne serait utilisé pour entretenir le monument.
Voir de plus:

Biden fait de la défense des minorités sexuelles un axe fort de sa diplomatie

Joe Biden, qui a promis une politique étrangère porteuse des « valeurs démocratiques » de l’Amérique, a érigé la défense des droits des minorités sexuelles dans le monde en priorité, plus que tout autre président des Etats-Unis avant lui, et en rupture avec Donald Trump.

Le démocrate a relancé une initiative prise en 2011 par Barack Obama pour « promouvoir les droits humains des personnes lesbiennes, gay, bisexuelles, transgenres, queer et intersexes (LGBTQI) à travers le monde ».

Dans son premier discours de politique étrangère, le président Biden a demandé jeudi aux agences américaines présentes à l’étranger de présenter dans les 180 jours un plan d’action pour en faire un axe fort de leurs interventions.

« Tous les êtres humains doivent être traités avec respect et dignité et doivent pouvoir vivre sans avoir peur, peu importe qui ils sont et qui ils aiment », a-t-il écrit dans un memorandum présidentiel dévoilé le même jour.

Tout en annonçant une hausse spectaculaire du nombre de réfugiés qui seront accueillis aux Etats-Unis, après un tour de vis tout aussi drastique sous l’ère Trump, Joe Biden a notamment promis de « protéger les demandeurs d’asile LGBTQ ».

Il a demandé à son gouvernement de combattre les lois discriminatoires à l’étranger.

– Emissaire spécial –

Un émissaire spécial va être nommé pour « renforcer encore l’attention sur ces questions », a déclaré à l’AFP un haut responsable du département d’Etat.

Au-delà des intentions, la diplomatie américaine version Biden a déjà commencé à adresser ses premières mises en garde. Le département d’Etat, par la voix de son premier porte-parole ouvertement gay Ned Price, a critiqué durement la Turquie après des attaques verbales du président Recep Tayyip Erdogan contre les minorités sexuelles.

Les militants LGBT se réjouissent de ce tournant.

« Que le président Biden publie ce memorandum présidentiel très complet aussi tôt en début de mandat, cela montre clairement qu’il s’agit d’une priorité politique pour lui », estime Jessica Stern, du groupe de pression OutRight Action International.

Elle dit espérer que l’Etat américain, à l’instar de plusieurs pays européens, augmente ses financements pour les organisations non gouvernementales.

Mais elle prévient que le soutien américain, pour obtenir des résultats sur le terrain, devra parfois se faire discret.

« Une des manières les plus efficaces et constantes pour discréditer les personnes LGBTQI et notre mouvement, c’est de les accuser d’être des produits des Occidentaux et d’une forme de colonisation, en pointant le financement par des donateurs étrangers », met en garde Jessica Stern.

« Notre maître-mot, c’est toujours d’écouter les militants sur le terrain et de travailler avec eux sur ces sujets pour avoir leur avis sur comment avancer », a répondu le haut responsable du département d’Etat, promettant une approche au cas par cas.

– Pompeo et les droits « inaliénables » –

Les leçons des années Obama peuvent être utiles à l’administration Biden.

L’ex-président démocrate avait coupé l’aide ou annulé le statut commercial préférentiel de l’Ouganda et de la Gambie en riposte à des lois punissant l’homosexualité de peines de prison. Mais cette ligne dure avait aussi poussé d’autres pays, comme le Nigeria, à adopter leurs propres lois draconiennes.

Pour autant, les progrès sont sensibles, bien que lents. Les relations homosexuelles sont désormais légales dans près des deux-tiers des pays, et 28 d’entre eux autorisent le mariage entre personnes du même sexe, selon l’International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association.

Phillip Ayoub, professeur à l’Occidental College, en Californie, estime qu’il faut laisser les militants locaux décider de comment mener leur combat.

« Certains diront qu’il est trop tôt pour sortir totalement de l’ombre car cela risque d’accroître la violence vers leur communauté », explique ce chercheur. « Ce genre de politique étrangère ne peut être imposée par le haut. Cela doit être fait avec précaution, en partenariat avec la société civile de chaque pays. »

Non seulement Donald Trump n’avait pas défendu cette cause, mais il est même revenu sur plusieurs droits acquis des personnes trans aux Etats-Unis.

Son secrétaire d’Etat Mike Pompeo était un fervent chrétien évangélique qui n’a jamais caché son opposition au mariage gay et à qui ses détracteurs ont reproché des déclarations passées assimilant l’homosexualité à une « perversion ».

Il a limité les visas pour l’entrée aux Etats-Unis des partenaires de diplomates étrangers homosexuels et interdit aux ambassades américaines d’arborer le drapeau arc-en-ciel les jours de « Gay Pride », ou Marche des fiertés.

Cet ultraconservateur a aussi mis l’accent sur la défense des « droits inaliénables », une formule controversée dénoncée par de nombreuses associations comme une manière de restreindre le champ des droits humains en s’appuyant sur une interprétation religieuse, au détriment notamment des droits des minorités sexuelles.

Voir encore:

The uprising at the Stonewall Inn in June, 1969, sparked a liberation movement — a call to action that continues to inspire us to live up to our Nation’s promise of equality, liberty, and justice for all.  Pride is a time to recall the trials the Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer (LGBTQ+) community has endured and to rejoice in the triumphs of trailblazing individuals who have bravely fought — and continue to fight — for full equality.  Pride is both a jubilant communal celebration of visibility and a personal celebration of self-worth and dignity.  This Pride Month, we recognize the valuable contributions of LGBTQ+ individuals across America, and we reaffirm our commitment to standing in solidarity with LGBTQ+ Americans in their ongoing struggle against discrimination and injustice.

The LGBTQ+ community in America has achieved remarkable progress since Stonewall.  Historic Supreme Court rulings in recent years have struck down regressive laws, affirmed the right to marriage equality, and secured workplace protections for LGBTQ+ individuals in every State and Territory.  The Matthew Shepard and James Byrd, Jr. Hate Crimes Prevention Act broadened the definition of hate crimes to include crimes motivated by sexual orientation or gender identity.  Members of the LGBTQ+ community now serve in nearly every level of public office — in city halls and State capitals, Governors’ mansions and the halls of the Congress, and throughout my Administration.  Nearly 14 percent of my 1,500 agency appointees identify as LGBTQ+, and I am particularly honored by the service of Transportation Secretary Pete Buttigieg, the first openly LGBTQ+ person to serve in the Cabinet, and Assistant Health Secretary Dr. Rachel Levine, the first openly transgender person to be confirmed by the Senate.

For all of our progress, there are many States in which LGBTQ+ individuals still lack protections for fundamental rights and dignity in hospitals, schools, public accommodations, and other spaces.  Our Nation continues to witness a tragic spike in violence against transgender women of color.  LGBTQ+ individuals — especially youth who defy sex or gender norms — face bullying and harassment in educational settings and are at a disproportionate risk of self-harm and death by suicide.  Some States have chosen to actively target transgender youth through discriminatory bills that defy our Nation’s values of inclusivity and freedom for all.

Our Nation also continues to face tragic levels of violence against transgender people, especially transgender women of color.  And we are still haunted by tragedies such as the Pulse Nightclub shooting in Orlando.  Ending violence and discrimination against the LGBTQ+ community demands our continued focus and diligence.  As President, I am committed to defending the rights of all LGBTQ+ individuals.

My Administration is taking historic actions to finally deliver full equality for LGBTQ+ families.  On my first day in office, I signed an Executive Order charging Federal agencies to fully enforce all Federal laws that prohibit discrimination on the basis of gender identity or sexual orientation.  As a result, the Federal Government has taken steps to prevent discrimination against LGBTQ+ people in employment, health care, housing, lending, and education.  I also signed an Executive Order affirming all qualified Americans will be able to serve in the Armed Forces of the United States — including patriotic transgender Americans who can once again proudly and openly serve their Nation in uniform — and a National Security Memorandum that commits to supporting LGBTQ+ Federal employees serving overseas.  My Administration is also working to promote and protect LGBTQ+ human rights abroad.  LGBTQ+ rights are human rights, which is why my Administration has reaffirmed America’s commitment to supporting those on the front lines of the equality and democracy movements around the world, often at great risk.  We see you, we support you, and we are inspired by your courage to accept nothing less than full equality.

While I am proud of the progress my Administration has made in advancing protections for the LGBTQ+ community, I will not rest until full equality for LGBTQ+ Americans is finally achieved and codified into law.  That is why I continue to call on the Congress to pass the Equality Act, which will ensure civil rights protections for LGBTQ+ people and families across our country.  And that is why we must recognize emerging challenges, like the fact that many LGBTQ+ seniors, who faced discrimination and oppression throughout their lives, are isolated and need support and elder care.

During LGBTQ+ Pride Month, we recognize the resilience and determination of the many individuals who are fighting to live freely and authentically.  In doing so, they are opening hearts and minds, and laying the foundation for a more just and equitable America.  This Pride Month, we affirm our obligation to uphold the dignity of all people, and dedicate ourselves to protecting the most vulnerable among us.

NOW, THEREFORE, I, JOSEPH R. BIDEN JR., President of the United States of America, by virtue of the authority vested in me by the Constitution and the laws of the United States, do hereby proclaim June 2021 as Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, and Queer Pride Month.  I call upon the people of the United States to recognize the achievements of the LGBTQ+ community, to celebrate the great diversity of the American people, and to wave their flags of pride high.

IN WITNESS WHEREOF, I have hereunto set my hand this first day of June, in the year of our Lord two thousand twenty-one, and of the Independence of the United States of America the two hundred and forty-fifth.

JOSEPH R. BIDEN JR.

East Room

2:39 P.M. EDT

THE PRESIDENT:  Well, my name is Joe Biden.  I’m Jill Biden’s husband.  (Laughter.)

Ashton, thank you.  You seemed awfully comfortable up here.  (Laughter and applause.)  You were awfully comfortable up here.  I don’t know.  I — I’m not sure I’ll be around, but, you know — (laughter) — if you’re here, just don’t pretend you don’t know me.  Okay?  (Laughter.)

Your story, your leadership, and your mom is an inspiration.  (Applause.)  Your mom.  If my mother were here, she’d look at you and say, “Honey, God love you, dear.”  God love you — what you do, what you did, what you continue to do.

I want to thank Secretary — well, first of all, I want to say to Chasten: Belated happy birthday, Chasten. (Applause.)  If you could hear us inside, we were singing happy birthday to him.  We got a bunch of cupcakes, but not enough for everybody.  (Laughter.)  But — and, Mr. Secretary, thank you.  You are — you’re the best, man.

Look, our presence here this afternoon makes a simple, strong statement: Pride is back at the White House.  (Applause.)

For this community and for our nation and for the world, Pride Month represents so much.  It stands for courage — the courage of all those in previous generations and today who proudly live their truth.

It stands for justice: both the steps we’ve taken and the steps we need to take.

And above all, Pride Month stands for love — you know, being able to love yourself, love whomever you love, and love this country enough to make it more fair and more free and more just.

You know, during the campaign, Tim Gill and Scott Miller — and Tim — one of them is here today, I don’t want to embarrass him; he always gets mad when I do that — (laughter) — brought me and Jill to visit the Stonewall Inn.  I wanted to go, and they wanted — they offered to take me.  We wanted to pay tribute to that hallowed ground that represents the the fight to ensure that all people are treated with dignity and respect.

Just a few minutes ago, surrounded by the survivors of family members who were — we’ve lost, I signed a bill consecrating another piece of hallowed ground: the Pulse nightclub.  And I want to thank all of the members of the United States House of Representatives and the United States Senate for standing up and making sure that will never be forgotten.  Never be forgotten.  The site of the deadliest attack affecting the LBT- — LGBTQ+ community in American history.  It’s now a national memorial.

This month, on the way to the office, I walk through — from my — from the Residence to the Oval Office every morning — I walk through a hallway lit with rainbow colors of Pride, which you’ll have a chance to see in just a few minutes.  You’ll see a candle carried during the AIDS vigil in the early ’90s by a pair — and a pair of sandals belonging to Matthew Shepard.

They’re reminders of how much this community has suffered and lost.  But they’re also reminders of this community’s incredible resiliency, the incredible contributions, the incred- — including, we just saw, the National Football League and the National Women’s Soccer League.

All of you here — Henry Muñoz and Kyle — good to see you, man — (laughter).  I had the — I had the opportunity to officiate at their wedding.  (Laughter and applause.)

And Representative Malcolm Kenyatta — where are you, Malcolm?   You’re around here some — (applause) — good to see you, man.  And Dr. Matt Miller — they stole the show at the Democratic Convention.  (Laughter.)

And my friend, Sarah McBride — where is Sarah?  (Applause.)  Sarah?  Sarah worked closely with my son, Beau, when he was Attorney General of the State of Delaware; and is now serving Delaware, as well, as one of the first openly transgender state legislators in history.  Senator.  (Applause.)

You just heard from our history-making Secretary of Transportation.

And we have today the first openly transgender person ever confirmed to the U.S. Senate — you just met her — Dr. Levine.  (Applause.)

Representation matters.  Recognition matters.  But there’s something else that matters: Results.  Results.

I am proud to lead the most pro-LGBTQ equality administration in U.S. history.  And even on the very — my very first day in office, the first executive order I signed was to change the whole of the federal government to commit to work aggressively to root out discrimination against LBT- — LGBTQ+ people and their families.  That was the first executive order.

I ordered our agencies — every agency — to rapidly implement the Supreme Court’s ruling in Bostock, which affirmed that civil rights protections on the basis of sex apply to sexual orientation and gender identity.

And as a result of that executive order, the Department of Housing and Urban Affairs [Development] announced that it would be — take steps to protect LGBTQ+ people from discrimination in housing, and ensured critical protections for transgender Americans experiencing homelessness.

The Consumer Financial Protection Bureau announced it would work to combat discrimination against LGBTQ+ people in credit and lending.  The Department of Health and Human Services announced it would protect against discrimination in healthcare services.

And just last week, the Department of Education made clear that Title IX protections apply to sexual orientation and gender identity — (applause) — and prohibit discrimination against LGBTQ students in our nation’s schools.

And a moment ago, I signed an executive order to advance diversity, equality, and inclusion, and accessibility across the entire federal workforce.  The order directs the entire federal government to eliminate barriers so people from every background and walk of life have an equal opportunity to serve our nation, including LGBTQ+ folks and all employees in underserved communities.

Look, I also was proud to rescind the discriminatory and un-American ban on openly transgender servicemembers.  Today, we’re joined by Lieutenant Colonel Bree Fram.  Bree, Colonel — (applause) — thank you.  One of the highest-ranking openly transgender servicemembers in the United States Military.  Lieutenant Colonel Fram, thank you for your service to our nation.  We owe you.  Thank you.  (Applause.)

And everyone who has served — everyone deserves the absolute high quality of healthcare.  That’s why I was so pleased that, last week, Secretary McDonough announced the Department of Veterans Affairs is beginning the process to provide more comprehensive gender-affirming care to our nation’s transgen- — for our nation’s transgender veterans.

We’re also making equality the centerpiece of our diplomacy around the world.  We believe LGBTQ+ rights are human rights.

In February, I signed a presidential memorandum establishing that it’s the policy of the United States to pursue an end to violence and discrimination on the basis of sexual orientation or gender identity.

This month, Pride flags are flying — as some of my friends in our last admin- — in the Obama-Biden administration who are openly gay — they are flying in more than — over 130 U.S. embassies around the world.  (Applause.)  A powerful — a powerful symbol of our commitment to safety, dignity, and opportunity for all.

And today, I’m proud to announce that Jessica Stern, who many of you know as an LGBT special — -Q+ special envoy at the State Department.

And yes, we’re also making progress, but I know we still have a long way to go, a lot of work to do.  But we must protect the gains we’ve made and fend off the cruel and unconscionable attacks we’re seeing now to ensure that everyone enjoys the full promise of equality and dignity and protection.

When I was Vice President, I was proud — although, some — it won’t surprise some people in the administration at the moment — (laughter) — and, by the way, I did tell the President that I would not go out and proselytize, but if I was asked, I would not remain quiet.  (Laughter.)  The President — I was proud to have called for marriage equality, along with Barack Obama, because, at the time, I said, “Love is love, period.”

Six year ago, tomorrow, when the Supreme Court ruled in favor of marriage equality, we’re all reminded of the White House lit up in rainbow colors.  Shortly thereafter, I went to New York to celebrate with my friend Evan Wolfson and a team from — at Freedom to Marry.  The joy was palpable.

But we knew then, as we know now, that our work is unfinished.   When a same-sex couple can be married in the morning but denied a lease in the afternoon for being gay, something is still wrong.

Over half of our states — in over half of our states, LGBTQ+ Americans still lack explicit state-level civil rights protections to shield them from discrimination.

As I said as a presidential candidate and in my first joint address to Congress, it’s time for the United States Senate to pass the Equality Act and put the legislation on my desk.  (Applause.)  Put it on my desk.

Harvey Milk was right when he said, quote, “It takes no compromise to give people their rights.”  It takes no compromise to give people their rights.

And, by the way, this bill doesn’t just protect LGBTQ+ people.  It’s also going to strengthen existing civil rights protections for people of faith, people of color, people with disabilities, women — in public accommodations, like doctors’ offices, parks, and gyms.

I want to thank the leaders of the Congressional Equity [Equality] Caucus for their continued work to make it happen.

The Equality Act will also help protect against the disturbing proliferation of anti-LGBTQ bills we’re seeing in state legislatures.

So far this year, hundreds of anti-LGBTQ bills have been introduced in state legislatures.  More than a dozen of them have already passed — more than a dozen of them.  These are some of the ugliest, most un-American laws I’ve seen, and I’ve been here awhile.  Many of them target transgender children, seeking to prevent them from receiving the appropriate medical care; for using the bathroom at high schools while they’re — the one where they’ll be most safe; even preventing them from joining sports teams with their classmates.

Let’s be clear: This is nothing more than bullying disguised as legislation.  (Applause.)

As I’ve said before, many times, transgender kids are some of the bravest people in the world.  I mean it sincerely.  You just saw it with Ashton, and you’ll see it with several other young people here.  It takes courage to be true to your authentic self and to face — in the face of the — these kinds of discrimination you know exist.  It takes a toll.

We know more than half of transgender youth seriously considered suicide just in the past year.  These young people aren’t hurting anyone, but these laws are hurting them.  And they’ve got to stop.

Our deceased son, Beau — when he was Delaware’s Attorney General — was one of the first AGs in the country to call for legislation to establish legal protections on the basis of gender identity to protect — to protect trans people — trans people.

And now, the Department of Justice has filed statements of interest in cases challenging two of these — those bills that got passed — explaining why they’re so unconstitutional.

So, we have to work.  We have to work to do so much in these areas to support seniors, aging in isolation without support; to confront disproportionate levels of homelessness and poverty and unemployment in the LGBTQ community; to address the — the epidemic level of violence against transgender people, especially transgender women — it’s been mentioned before — women of color — in the coming days, my administration is going to have more to say about that; and to finally eradicate the AIDS epidemic.  (Applause.)

I’m not sure I’m allowed to talk about this — (laughter) — but our son, Beau, who was a decorated war veteran and attorney general of the United — of the state of Delaware and should be standing here instead of me, came home from war after a year in Iraq and, before that, six months in Kosovo.  And what he did — he decided he was going to set up a foundation for LGBTQ youth, but primarily focusing on transgender youth.

And he took all the money left from the campaign — he was going to run for governor — and put it in and a lot more.  Because in his working with everyone from YMCAs to all the — all the — all the areas where young people can find some solace — his buddy Chris Coons and my buddy Senator Coons knows what he’s done.

The point is: A lot of transgender youth — those who commit suicide — based on the studies his foundation has done, do it because their mom doesn’t understand, because mom or dad says, “You can’t be here anymore” — are rejected.

So, folks, we got a lot of work to do.  A lot of it’s basically public education.

Let me close with this: When you go downstairs, you’ll see some of the Smithsonian exhibit.  You get a sense of the long, long journey — and how long it’s been, and how far we’ve come — have you come.  But how much further we have to go.

So, this afternoon, we celebrate.  But tomorrow, we go back to work.  Progress won’t come easily; it never has.  But we’re going to stand strong, stand together.  And I promise you, we will succeed.  I promise you.

I said to folks earlier, you know things are — why — why — I always get asked by the press, “Why are you so optimistic, Biden?”  Well, as my neurosurgeon once said, I’m probably a congenital optimist.  But beyond that — (laughter) — it’s a simple proposition.

Look at the young people: straight and gay, doesn’t matter.  They’re the least prejudiced — this generation — the most open, the most giving, and the best educated generation in history.  It’s a fact.  In all of history.

And look where they are.  Look how it’s changing.  It’s changing in ways that — in my generation, 270 years ago — (laughter) — you’d get beat up for defending somebody.

But really and truly, there’s a great reason for hope.  And so much talent — so much talent can be unleashed by embracing the LGBT+ community — -Q+ community.

So I want to thank you and say: Happy Pride.

May God bless you all.  And may God protect our troops.  Thank you.  (Applause.)

Voir également:

A pedestrian crosses Christopher Street Thursday, June 27, 2019, in New York. Two LGBT pride parades this Sunday, June 30, cap a month of events marking the 50th anniversary of the Stonewall uprising, when patrons of a Greenwich Village gay bar fought back against a police raid and sparked a new era

Département d’État des États-Unis
Antony J. Blinken, secrétaire d’État
Le 1er juin 2021
Communiqué de presse

Cette année, pendant le Mois des fiertés, nous célébrons un message important : « Vous êtes inclus. »  Les diverses expériences, perspectives et contributions de la communauté du département d’État rendent notre institution plus forte et font progresser les objectifs de la diplomatie américaine.  De plusieurs, nous sommes un.

Le département s’est engagé à accroître l’engagement des États-Unis sur les questions des droits humains des lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queers et intersexes (LGBTQI+) à l’étranger.  Pour ce faire, nous travaillons avec des partenaires du monde entier qui apportent leur expertise sur leurs défis uniques et des solutions innovantes. Nous reconnaissons que, grâce à ces partenariats, nous serons en mesure de construire une société mondiale plus sûre et plus inclusive pour toutes les personnes LGBTQI+. Nous nous efforçons également d’accroître la visibilité des communautés LGBTQI+ particulièrement marginalisées, notamment les femmes et les filles, les minorités raciales et religieuses, les personnes handicapées et les personnes transgenres, de genre différent et intersexuées, et de relever les défis considérables auxquels elles sont confrontées.

Alors que nous célébrons le Mois des fiertés en juin, observons non seulement le chemin parcouru dans la lutte pour les droits humains des personnes LGBTQI+, mais reconnaissons également les défis qui restent à relever.  Les personnes LGBTQI+ du monde entier continuent de subir des discriminations, des violences et d’autres formes de persécution en raison de ce qu’elles sont et de qui elles aiment.  Bien que nous ayons encore du travail à faire, le département est fier d’être un leader grâce au pouvoir de l’exemple, et notamment l’exemple donné par les membres LGBTQI+ de notre personnel, dans la promotion des droits humains pour toutes les personnes.

Nous sommes fièrement différents du point de vue de notre identité mais unis dans notre engagement commun pour la liberté et la dignité de toutes les personnes.

Voir de même:

Jean-Louis Bourlanges: « Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines »

ENTRETIEN – La victoire spectaculaire des talibans et le retrait des États-Unis d’une partie du monde ont des conséquences, très graves pour l’Union européenne, explique le président de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale*.

LE FIGARO. – La chute de Kaboul prend le monde occidental au dépourvu. N’assistons-nous pas, cependant, à la réalisation d’un désastre annoncé?

Jean-Louis BOURLANGES. – Ce qui déroute les esprits, ce n’est pas tant la victoire politique des talibans que la rapidité inouïe du retournement, la liquéfaction en quelques jours, par quelques milliers d’irréguliers, d’une force politique et militaire construite en vingt ans à coups de millions de dollars par la première puissance du monde. Les États-Unis vont être paradoxalement tentés de justifier leur désengagement par leur échec et c’est un fait qu’un effondrement si soudain et si complet semble montrer que, en dehors d’eux, il n’y avait pas grand-chose à opposer aux talibans. Il reste qu’une débâcle aussi brutale n’avait été en aucune façon anticipée. Le président Biden n’affirmait-il pas encore début juillet comme «hautement improbable l’hypothèse que les talibans s’emparent de l’ensemble du pays»?

Notre sidération vient toutefois de plus loin. Elle tient au fait que ce que nous appelons le camp de la liberté et de la démocratie s’est, en dépit de sa puissance et de sa supériorité apparentes, révélé incapable de produire les solutions politiques et militaires adaptées à la situation. En apparence, les talibans, ce n’est pas grand-chose comparé à l’Empire soviétique, mais nous semblons ne plus avoir aujourd’hui la bonne grammaire pour parler à l’histoire!

Comment la première puissance du monde s’est-elle ainsi fait prendre au piège tendu par les talibans?

Il y a bien sûr les errements catastrophiques de la présidence Trump. Si tout cela n’était pas si tragique, il y aurait quelque chose de risible à voir Donald Trump demander la démission de son successeur, alors qu’il a lui-même conclu à Doha avec les talibans le pire des accords, un accord par lequel les Américains faisaient sans délai toutes les concessions – comme de libérer sur parole 5000 combattants, immédiatement réembrigadés – tandis que les concessions supposées des talibans étaient soumises au préalable du départ américain. Trump avait même envisagé d’inviter à Camp David ces dignes héritiers d’al-Qaida et de Daesh: pourquoi pas un 11 septembre, par exemple!

Le problème est toutefois plus fondamental. Le retrait d’Afghanistan a été voulu par Biden et par Trump, mais aussi par Obama. Le retour des boys après tant d’aventures militaires coûteuses et décevantes au cours des soixante dernières années est devenu un impératif catégorique dans l’opinion américaine et dément spectaculairement la volonté proclamée par Biden – «America is back» – de voir les États-Unis s’investir à nouveau pleinement dans ce qui est parfois présenté comme une nouvelle guerre froide, cette fois-ci contre la Chine. Le lâchage de Kaboul signe la contradiction entre l’ambition et la fatigue américaines. Les Américains donnent le sentiment de pouvoir encore se battre pour leurs intérêts, mais pas, semble-t-il, pour leurs valeurs.

Le crédit des États-Unis dans le monde va-t-il être affecté par ce fiasco?

Oui, bien sûr. Les Chinois ne manqueront pas de se gausser du nouveau tigre de papier et les États de l’Indo-Pacifique, déjà tiraillés entre l’amitié américaine et la proximité massive et incontournable de la Chine, vont douter un peu plus des États-Unis. À court terme, la Chine devrait sans doute être prudente et y regarder à deux fois avant, par exemple, de tenter un coup de main sur Taïwan, car la réaction d’une Amérique humiliée ne pourrait être que brutale, mais la crédibilité des États-Unis dans le bras de fer avec Pékin en sort inévitablement amoindrie. D’autant que la société américaine n’a jamais été aussi divisée sur ses valeurs, donc sur ses ambitions.

Ce que le monde a touché du doigt dans la plus grande stupeur, c’est la vertigineuse inutilité de la supériorité militaire. Par les temps qui courent, il importe moins d’être aimé que d’être craint, or c’est moins l’image de la trahison que celle de l’impuissance que nous renvoie aujourd’hui l’Amérique. On est tenté de dire, paraphrasant Jacques Brel: on a voulu voir Truman et on a vu Carter!

La France a-t-elle des leçons à tirer de la victoire des talibans en ce qui concerne son engagement militaire au Sahel?

Le parallèle a ses limites. Les situations sont très différentes, même si les États africains ont leur fragilité. Il reste que, le Sahel, c’était notre part du travail et que nous aussi nous tentons d’aider des sociétés vulnérables à faire face à la subversion islamo-terroriste et au crime organisé. Nous le faisons d’ailleurs en bonne intelligence avec les Américains.

Les initiatives qui ont été prises ces derniers mois par le président Macron – le redimensionnement de notre effort militaire et la responsabilisation politique des États de la zone – ont cependant pour objet précis de nous épargner le piège du tout ou rien qui a «naufragé» l’action américaine en Afghanistan. En remettant en cause Barkhane, une opération devenue trop lourde, trop coûteuse et trop unilatérale, sans pour autant quitter le théâtre des opérations, nous adressons à nos amis africains un message clair, mesuré et responsable: nous nous battrons avec vous, mais pas à votre place.

Par ailleurs, nous nous efforçons d’associer à l’action nos partenaires européens, car le sort du Sahel n’est ni l’affaire de la seule France ni même celle de la seule Europe du Sud. Nous avons sur ce point la satisfaction d’être mieux entendus que naguère. Nous ne nous faisons toutefois aucune illusion: rien n’est joué.

L’Union européenne ne va-t-elle pas subir le contrecoup du désastre afghan, notamment sous la forme d’une nouvelle vague de demandeurs d’asile?

C’est l’évidence. Nous sommes les voisins du désastre: ce sont les Américains qui jouent, mais ce sont les Européens qui paient les dettes de jeu. L’évanouissement de la puissance américaine a trois conséquences précises: il libère des flots de candidats à l’émigration, dont l’Europe sera la destination privilégiée ; avec la culture systématique du pavot, il offre au crime organisé les moyens de relancer massivement chez nous la consommation de drogue ; il offre enfin au terrorisme international la base territoriale arrière qu’il a perdue depuis la fin de Daesh. Il est à cet égard un peu dérisoire d’entendre Anthony Blinken nous expliquer que les Américains ont «fait le job» puisque al-Qaida a été puni et que Ben Laden n’est plus!

Nous n’avons cependant qu’à nous en prendre à nous-mêmes de ce qui nous arrive, car nous payons le prix de notre nanisme politique. La montée en puissance de la Chine et le pivotement des Américains vers l’Indo-Pacifique créent, du cercle polaire au sud de l’Afrique, une verticale du vide que l’Europe, amorphe, apathique et fragmentée, paraît incapable d’occuper. La situation est d’autant plus pressante que nous sommes entourés de puissances inamicales et que notre «étranger proche», le Moyen-Orient et l’espace méditerranéen, est traversé par des déséquilibres politiques, religieux, démographiques et climatiques à haut risque.

La construction d’une Europe politiquement puissante est devenue, sous l’effet d’un désengagement américain partiel mais structurel, un véritable impératif catégorique. Les Européens ne peuvent plus, sans dommage, rester aux abonnés absents de la confrontation internationale.

* Agrégé de lettres, ancien élève de l’ENA et conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, Jean-Louis Bourlanges a été député européen de 1989 à 2007. Il est député MoDem des Hauts-de-Seine.

Voir de plus:

Biden’s Afghanistan Exit Raises Questions About His Foreign-Policy Record
U.S. withdrawal from Afghanistan could create a haven for terrorist groups, experts warn
The Wall Street Journal
Aug. 15, 2021

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

During the 2020 political campaign, President Biden presented himself as a globe-trotting leader who had helmed the Senate Foreign Relations Committee, served as President Barack Obama’s point man on complex international issues and who was determined to bring a steady hand to national security.

Yet the turmoil that has engulfed Afghanistan, which has led Mr. Biden to send 5,000 troops back to the country, roughly doubling the force he decided in April to take out, has confronted the White House with a crisis that could have lasting humanitarian and national-security consequences, former officials say.

“We are not at the worst point yet,” said Carter Malkasian, the author of a comprehensive history of the Afghan conflict who served as an adviser to former Joint Chiefs of Staff Chairman Gen. Joe Dunford. “Now that the Taliban are moving into Kabul and overturning the democratic government we have been supporting for 20 years, it is highly likely they will seek to punish, and perhaps even execute, the Afghans who worked with us.”

Mr. Biden has resolutely defended his troop withdrawal decision, saying that Washington had accomplished its mission in the region by killing Osama bin Laden and depriving al Qaeda of its sanctuary in Afghanistan, and had nothing to gain by perpetuating its military deployments in the country.

“One more year, or five more years, of U.S. military presence would not have made a difference if the Afghan military cannot or will not hold its own country,” Mr. Biden said in a statement Saturday. “And an endless American presence in the middle of another country’s civil conflict was not acceptable to me.”

On Sunday, Secretary of State Antony Blinken ramped up the Biden administration’s effort to deflect criticism by alleging that former President Trump had allowed the Taliban threat to grow on his watch while boxing in his successor with his Afghan diplomacy.

“The Taliban was at its strongest position in terms of its strength since 2001 when we came into office,” Mr. Blinken said on NBC’s “Meet the Press.”

Some former officials, however, say Mr. Biden’s troop withdrawal was a blunder and that the fallout could have lasting repercussions. The cratering security, which has put the Biden administration in a race to evacuate thousands of Afghan allies, may threaten the rights of women and could provide terrorist groups with an opportunity to move into Afghanistan’s ungoverned spaces.

“I think it is damning for him to have created this situation in his first significant action as commander in chief,” said Ryan Crocker, who served as the U.S. ambassador to Afghanistan during the Obama administration and has worked under Democratic as well as Republican presidents. “It’s an unforced error, and as an American I am deeply concerned.”

So far, public opinion polls show that a plurality of Americans favor Mr. Biden’s position. Yet they also indicate that many people have paid little attention in recent years to Afghanistan and that attitudes could shift depending on how events unfold after the last of the U.S. forces are gone.

In a September poll by the research organization NORC at the University of Chicago, 38% supported removing all American forces after being reminded of how many U.S. service personnel had died in the nearly 20-year-old conflict—about 2,400. Some 57% acknowledged, however, that they hadn’t been closely following news about the U.S. role in the country.

“Americans may have supported a withdrawal from Afghanistan, but views could change if we start to see the Taliban beating women in the streets, preventing girls from going to school, and otherwise dealing brutally with the population as they did in the 1990s, or if we see the re-emergence of a terrorist hotbed, including the arrival of foreign terrorist fighters,” said Lisa Curtis, who served as the top National Security Council official for South and Central Asia during the Trump administration.

Mr. Biden didn’t inherit a strong hand in Afghanistan. In February 2020, the Trump administration concluded an agreement with the Taliban that called for all foreign troops to leave by May 2021. Eager to wind down the U.S. military presence, former President Donald Trump reduced U.S. forces more quickly than the deal required.

By the time Mr. Biden took office in January, the U.S. had 2,500 troops in Afghanistan, its lowest level since 2001, which diminished Washington’s military leverage. Under the Trump administration’s pressure, the Afghan government also released 5,000 Taliban prisoners, many of whom have returned to the battlefield during the Taliban’s continuing offensive.

Still, Mr. Biden took office deeply skeptical of U.S. involvement in Afghanistan. As vice president, he argued for maintaining a modest counterterrorism force in the country instead of sending tens of thousands of troops in a surge of reinforcement.

“The Taliban, per se, is not our enemy,” Mr. Biden told Newsweek in 2011, drawing a distinction between terrorist groups that menaced the U.S. and the Taliban, which threatened the Afghan government. Mr. Biden lost the argument on sending troops during the Obama administration, but as commander in chief, he was finally in a position to call the shots.

In contrast to the numerous Trump policies he reversed, he opted to carry out Mr. Trump’s deal with the Taliban instead of trying to renegotiate it. In so doing, he overruled his top military commanders: Gen. Frank McKenzie, the commander of U.S. forces in the Middle East; Gen. Austin Scott Miller, who led NATO forces in Afghanistan; and Gen. Mark Milley, chairman of the Joint Chiefs of Staff. Citing the risks of removing American forces to Afghan security and the U.S. Embassy, they recommended that the U.S. keep 2,500 troops in Afghanistan while stepping up diplomacy to try to cement a peace agreement.

“This is really his first big decision as commander in chief,” said Eliot Cohen, a military historian and a professor at Johns Hopkins School of Advanced and International Studies. “He is unquestionably willing to stare down his advisers. This is a decision that involves a lot of blood, just not American blood. Whether it was wise or not, it was not an act of weakness. He is a hard guy, determined to follow through on his instincts, and live with the consequences.”

Those consequences, however, have come more quickly than the White House had anticipated.

The president’s decision to remove U.S. troops prompted NATO nations to withdraw their larger force, which consisted of some 9,600 troops including U.S. service members. It also led foreign contractors, whom the Afghan military depended on to maintain its aircraft, to head for the exits.

The abrupt departure of international support added to the crisis of confidence by the Afghan government’s forces. Their swift defeats happened as the U.S. struggled, so far without success, to secure access in Central Asian nations for U.S. military forces or at least contractors to more easily carry out counterterrorism operations in Afghanistan if al Qaeda or other terrorism threats emerge.

And it happened before the U.S. had evacuated tens of thousands of Afghans who had worked with the Americans and are now in danger, prompting Mr. Biden to temporarily retain 6,000 troops in Kabul to safeguard the airport and the U.S. Embassy.

The Biden administration has been at pains to dispel the impression that this is a Saigon moment, referring to the frantic American departure from South Vietnam in 1975 that came to symbolize America’s defeat. Yet while the White House insists the U.S. accomplished its main aims in Afghanistan, the speed of the Taliban’s advance has surprised the Biden administration. Just last month, Mr. Biden told reporters that “the likelihood there’s going to be the Taliban overrunning everything and owning the whole country is highly unlikely.”

The sense that events have outrun Mr. Biden’s planning has given fodder to Republican lawmakers, who have largely refrained from criticizing Mr. Trump’s handling of the issue while trying to turn Mr. Biden’s claim to foreign policy expertise into a political liability by challenging his understanding of Afghan realities.

“The folks in the administration keep pointing to the fact that the Afghan forces have the advantage in airplanes, equipment and training compared to the Taliban,” said Richard Fontaine, a former foreign-policy adviser to the late Sen. John McCain and the chief executive officer of the Center for a New American Security, a think tank. “All of that is true, but it comes down to will. And it turns out the Afghan military’s will to fight for the government was bound up in our will to remain supportive of that government and present on the ground.”

Voir encore:

Afghan abandonment a lesson for Taiwan’s DPP
Aug 16, 2021

Illustration: Liu Rui/GT

Illustration: Liu Rui/GT

The US troops’ withdrawal from Afghanistan has led to the rapid demise of the Kabul government. The world has witnessed how the US evacuated its diplomats by helicopter while Taliban soldiers crowded into the presidential palace in Kabul. This has dealt a heavy blow to the credibility and reliability of the US.

Many people cannot help but recall how the Vietnam War ended in 1975: The US abandoned its allies in South Vietnam; Saigon was taken over; then the US evacuated almost all its citizens in Saigon. And in 2019, US troops withdrew from northern Syria abruptly and abandoned their allies, the Kurds. Some historians also point out that abandoning allies to protect US interests is an inherent flaw that has been deeply rooted in the US since the founding of the country. During the American War of Independence, the US humbly begged the king of France, Louis XVI, to ally with it. After the war, it quickly made peace with Britain unilaterally and concluded a peace treaty with Britain that was detrimental to France’s interests. This put Louis XVI’s regime in a difficult position, giving cause for the French Revolution.

How Washington abandoned the Kabul regime particularly shocked some in Asia, including the island of Taiwan. Taiwan is the region that relies on the protection of the US the most in Asia, and the island’s Democratic Progressive Party (DPP) authorities have made Taiwan go further and further down this abnormal path. The situation in Afghanistan suddenly saw a radical change after the country was abandoned by the US. And Washington just left despite the worsening situation in Kabul. Is this some kind of omen of Taiwan’s future fate?

Tsai Ing-wen, who had sent a message of condolence to the US president for the death of his dog, did not mention even a word about the change in the situation in Afghanistan. Other DPP politicians as well as the media that tilt toward the DPP downplayed the shocking change as well. But they must have been nervous and feel an ominous presentiment. They must have known better in secret that the US is not reliable.

The geopolitical value of Afghanistan is no less than that of Taiwan island. Around Afghanistan, there are the US’ three biggest geopolitical rivals – China, Russia and Iran. In addition, Afghanistan is a bastion of anti-US ideology. The withdrawal of US troops from there is not because Afghanistan is unimportant. It’s because it has become too costly for Washington to have a presence in the country. Now the US wants to find a better way to use its resources to maintain its hegemony in the world.

Taiwan is probably the US’ most cost-effective ally in East Asia. There is no US military presence on the island of Taiwan. The way the US maintains the alliance with Taiwan is simple: It sells arms to Taiwan while encouraging the DPP authorities to implement anti-mainland policies through political support and manipulation. As a result, it has caused a certain degree of depletion between the two sides of the Taiwan Straits. And what Washington has to do is only to send warships and aircraft near the Straits from time to time. In general, the US does not have to spend a penny on Taiwan. Instead, it makes money through arms sales and forced pork and beef sales to the island. This is totally a profitable geopolitical deal for Washington.

Once a cross-Straits war breaks out while the mainland seizes the island with forces, the US would have to have a much greater determination than it had for Afghanistan, Syria, and Vietnam if it wants to interfere. A military intervention of the US will be a move to change the status quo in the Taiwan Straits, and this will make Washington pay a huge price rather than earn profit.

Some people on the island of Taiwan hype that the island is different from Afghanistan, and that the US wouldn’t leave them alone. Indeed, the island is different from Afghanistan. But the difference is the deeper hopelessness of a US victory if it gets itself involved in a cross-Straits war. Such a war would mean unthinkable costs for the US, in front of which the so-called special importance of Taiwan is nothing but wishful thinking of the DPP authorities and secessionist forces on the island.

In the past two decades, the Kabul government cost over 2,000 US soldiers, $2 trillion, and the majesty of the US against the « bandits. » But how many lives of US troops and how many dollars would the US sacrifice for the island of Taiwan? After all, the US acknowledges that « there is but one China and that Taiwan is part of China. » Will the US get more moral support from within and from the West if it fights for the secession of Taiwan than it did during the Afghan War?

The DPP authorities need to keep a sober head, and the secessionist forces should reserve the ability to wake up from their dreams. From what happened in Afghanistan, they should perceive that once a war breaks out in the Straits, the island’s defense will collapse in hours and the US military won’t come to help. As a result, the DPP authorities will quickly surrender, while some high-level officials may flee by plane.

The best choice for the DPP authorities is to avoid pushing the situation to that position. They need to change their course of bonding themselves to the anti-Chinese mainland chariot of the US. They should keep cross-Straits peace with political means, rather than acting as strategic pawns of the US and bear the bitter fruits of a war.

Voir aussi:

Worse Than Saigon
Ben Sasse
National Review
August 16, 2021

In yielding Afghanistan to the Taliban, Joe Biden has engineered the worst foreign-policy disaster in a generation.

While President Joe Biden cowers at Camp David, the Taliban are humiliating America. The retreat from Afghanistan is our worst foreign-policy disaster in a generation. As the Taliban marches into Kabul, they’re murdering civilians, reimposing their vicious Islamist law, and preparing to turn Afghanistan back into a bandit regime. The U.S. embassy has told Americans to shelter in place. Refugees are fleeing to the airport, begging to escape the coming bloodbath. None of this had to happen.

America is the world’s greatest superpower. We ought to act like it. But President Biden and his national-security team have failed to protect even the American embassy in Kabul. They have broken America’s promises to the men and women who long for freedom — especially those thousands of Afghans who served alongside our military and intelligence services. They are turning their backs on the women and children who are desperate for space on the remaining flights out of hell.

Gross incompetence has given the Taliban a terrible opportunity to slaughter our allies. Eighty-eight thousand of our Afghan allies have applied for visas to get out of the country, but this administration has approved just 1,200 so far. I’ve been among a bipartisan group of senators that has pushed Biden to expedite this process, but to no avail. At this point, it’s not clear how many we’ll be able to get out. Every translator and ally who stood by us is now at risk.

This bloodshed wasn’t just predictable, it was predicted. For months, Republicans and Democrats on the Senate Intelligence Committee have warned the Biden administration that this would happen. Now the administration is acting like this is a surprise. It’s shameful, dishonest spin.

America’s retreat is a major propaganda coup for the jihadists. The Taliban will claim to be a “superpower-slayer.” The Taliban helped their allies stage the 9/11 attacks almost exactly 20 years ago, and after our retreat they’ll be able to brag about humiliating us again.

Make no mistake: The Taliban will exploit every image of American retreat. Pictures of desperate Afghans perilously crowded around the unguarded airport in Kabul are painfully reminiscent of images of Saigon — images that cemented communist victory in Vietnam and showed American weakness to the world. Jihadists are flocking to the “hallowed ground” where they have just defeated the “infidels.” Afghanistan will become a sanctuary for terrorist groups all over again.

China and Russia will look to capitalize on Biden’s weakness and incompetence, too. Their message is simple: Why should Ukraine or Taiwan put any faith in the United States after seeing how Washington has abandoned its allies in Afghanistan? America’s enemies are salivating at the thought of taking advantage of the president who surrendered in the War on Terror.

The sad thing is, many in my party are trying to blame-shift as if the last administration didn’t set us on this course. Here’s the ugly truth: Neither party is serious about foreign policy. For a decade now, demagogues have lied to the American people about our mission in Afghanistan. President Trump pioneered the strategy of retreat President Biden is pursuing, to disastrous effect.

The politicians and pundits who make excuses for this shameful retreat will dishonestly claim that it was this or fighting so-called “forever wars.” They pretend that our only choices were a massive occupation or an immediate withdrawal. They ignore the reality on the ground. Their cheap talking points have led to chaos, persecution, and death.

Politicians don’t tell this truth: America didn’t have a nation-building occupation force in Afghanistan. The last time we had 100,000 troops in the country was a decade ago. We’re not waging “endless wars” in Afghanistan any more than we’re waging endless wars in South Korea, Germany, or Japan — or Kosovo, or Honduras, or any number of other nations where we have forward-deployed forces. A relatively small number of troops has successfully supported our Afghan allies by providing the backbone for intelligence and special-operations missions. Americans weren’t building empires or fighting unwinnable battles. We were defending airfields and decapitating terror organizations while keeping a light footprint. Americans have heard of some high-profile goons, such as Qasem Soleimani and Abu Bakr Al-Baghdadi. But our heroes in Afghanistan have killed a lot more Bin Laden wannabes whose names you don’t know — precisely because we killed them before they could take down a World Trade Center. We fought and won this war in Afghanistan, not on American shores. But you wouldn’t realize that from the isolationist rhetoric surrounding Biden’s choices.

It’s important to recognize the work that our special forces and intelligence operatives did after 9/11. The partnerships they built with our Afghan allies were premised on the idea that America isn’t capable of this kind of betrayal. I’ve had a dozen conversations with American intelligence officers and special operators over the past few weeks, and they’ve told me that they swore to their Afghan recruits that if they fought shoulder-to-shoulder with Americans, we’d protect their wives and children. Those promises are being broken. America is supposed to be better than this. The Biden administration is spitting in the face of all these heroes, but we owe them a debt of gratitude. The work they did mattered, and still matters.

Our troops didn’t lose this war. Politicians chose defeat. We never had to let the Taliban win, but a bipartisan doctrine of weakness has humiliated the world’s greatest superpower and handed Afghanistan to butchers. In the next few weeks, the situation in Afghanistan will get much worse. Americans need to pray for that troubled country. President Biden needs to man up, come out of hiding, and take charge of the mess he created. Secure the airfields and get as many souls out as possible. Time is short.

Voir également:

Biden to Afghanistan: Drop Dead
Biden is defiant in blaming others for his Afghan debacle.
The Wall Street Journal
Aug. 16, 2021

President Biden told the world on Monday that he doesn’t regret his decision to withdraw rapidly from Afghanistan, or even the chaotic, incompetent way the withdrawal has been executed. He is determined in retreat, defiant in surrender, and confident in the rightness of consigning the country to jihadist rule. We doubt the world will see it the same way in the days, months and years ahead.

***

Mr. Biden refused to accept responsibility for the botched withdrawal while blaming others. He blamed Donald Trump’s peace deal with the Taliban and falsely claimed again that he was trapped. He blamed his three predecessors for not getting out of Afghanistan. He blamed the Afghans for not fighting hard enough, their leaders for fleeing, and even Afghans who helped us for not leaving sooner. The one group he conspicuously did not blame was the Taliban, who once harbored Osama bin Laden and may protect his terrorist successor.

The President made glancing reference to the horrible scenes unfolding in Kabul and especially at the airport, though again without addressing the mistakes that led to them. Had the U.S. not given up the air base at Bagram, now controlled by the Taliban, the U.S. would not now have to fight to control Kabul’s commercial airfield.

The chaotic scenes at the airport, with Afghans hanging from a U.S. military plane and two falling from the sky to their deaths, will be the indelible images of this debacle. They are the echo of 9/11, with people falling from the sky, that Mr. Biden didn’t anticipate when he chose the 20th anniversary of 9/11 as his withdrawal deadline.

Instead of taking responsibility, Mr. Biden played to the sentiment of Americans who are tired of foreign military missions. It’s a powerful point to speak of sending a child to risk his life in a foreign country, and no doubt it will resonate with many Americans. It is a question that every President should ask.

But the President was dishonest in framing the U.S. mission merely as fighting in another country’s “civil war.” The U.S. didn’t remain in Afghanistan for 20 years to send women to school or to “nation build.” The core mission was to prevent the country from again becoming a terrorist safe haven. The Taliban’s victory will now attract thousands of young jihadists from around the world, and they will have Americans and the U.S. homeland in their sights.

Mr. Biden said he would maintain a “counterterrorism over-the-horizon capability” to strike camps in Afghanistan, but that will be much harder from the distance of the Persian Gulf. This is a far bigger risk than he lets on, as U.S. intelligence agencies know.

Mr. Biden was also dishonest in framing his Afghan decision as a false choice between total withdrawal and sending tens of thousands of troops again. He knows his own advisers, military and civilian, believed they could support the Afghan military with no more than a few thousand troops to supply air power and intelligence.

He also knows the U.S. hasn’t had a single casualty in more than a year in Afghanistan. Even if Mr. Biden was set on withdrawal, he could have done it based on conditions that would have given the Taliban more incentive to negotiate with the government.

Mr. Biden claimed that Afghan leaders Ashraf Ghani and Abdullah Abdullah had refused his advice to negotiate with the Taliban. That is false. They had been negotiating with the Taliban for months, under enormous pressure from the Trump Administration. The problem is that the Taliban had no incentive to negotiate in good faith when it knew the U.S. was leaving and would be able to take its chances on a military victory.

Like all good liberal internationalists, Mr. Biden thinks you can achieve a diplomatic outcome by diplomacy alone. Mr. Biden’s claim that the U.S. will continue to support the Afghan people and stand for human rights and the women of Afghanistan is the same kind of internationalist twaddle. The Taliban is taking the women of Afghanistan back to the Dark Ages, and the “international community” will do nothing to stop it. Mr. Biden’s words of “support” will be cold comfort when the Taliban knocks on the doors of women who worked in the Afghan government.

***

We had hoped that Mr. Biden would accept some responsibility and explain how he would fix this mess. He did none of that, making it clear that he himself is the main architect of this needless American surrender. It does not bode well for the rest of his Presidency.

The world has seen a President portraying surrender as an act of political courage, and retreat as strategic wisdom. As we write this, the world’s rogues are looking for ways to give him a chance to deliver a similar speech about other parts of the world.

Voir enfin:

The Calamitous Fall of Afghanistan
A light is going out now. There’s still no easy exit
Jeffrey Gedmin
American purpose
16 Aug 2021

Afghanistan is a bewildering, agonizing, enchanting place. You get a feel for this in Khaled Hosseini’s 2003 novel The Kite Runner. I got a sense of it when I went there a decade ago.We Americans tend to travel to such places in organized bubbles. My particular bubble was an exceptional one: I arrived in Kabul as president of a congressionally funded media group. The bubble included a little caravan of black SUVs with armored-plated doors, three bodyguards carrying assault rifles, a lead car and follow-on vehicle in chaotic Kabul traffic, and bullet-proof glass. True, my job at the time made me a target—but so was the simple fact that I was a foreigner. Foreigners were getting kidnapped for ransom.The Afghanistan of bleakness, death, and destruction is often the only one we see in the media. I learned better from my Afghan colleagues at Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL) headquarters in Prague. They were women and men of creativity, energy, and elegance. I never ceased to be amazed by the large bags of mail they received each week from devoted listeners.The “letters” were usually scrolls—ten, twenty, thirty feet long. One ran to seventy feet. These letters, once unfurled, were stunning. They contained drawings and paintings, poems and prayers, songs and tributes and commentary. They named and reflected regions, tribes, and dialects. People would walk for miles to a village scribe to share their stories, to memorialize their reactions to this or that program. I brought samples back to Washington to share with people like Librarian of Congress James Billington and his specialists, who were impressed enough to put hundreds of them on exhibit just outside the library’s main reading room near the Gutenberg Bible. The proximity was not inappropriate.What I saw in Afghanistan deepened the impression that the letters made. I broke bread with a young imam who told me that the United States could never be a model for his country: Afghanistan was religious, tribal, traditional. He also told me he couldn’t stand the Taliban. They were vicious, he opined. Girls should go to school. I met with tribal leaders, all men with beards and long white tunics. I’m not sure what they thought about women’s rights. One told me, though, that he would occasionally adjust a prayer schedule so that people could tune in to important radio programs. One of them, as he would have known, was a popular Azadi program, a call-in show on women’s health issues hosted by a female Afghan gynecologist.Azadi is the local brand of Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL). It’s radio, mostly; this is still a radio country, mostly. RFE/RL’s programming in Dari and Pashto was and has remained immensely popular. Former Afghan President Hamid Karzai told me it was the first thing he listened to in the morning to get a feel for things in the country. Azadi has had a bureau in Kabul with journalists who report from across the country’s thirty-four provinces.We can’t seem to find balance between irrationally exuberant democracy promotion and great-power realism and restraint. We went to Afghanistan to close terrorist training camps, and we did. We surely understood that we would bear some responsibility—in our own self-interest—for what would come after the intervention and the toppling of a government. Then, however, we did what we do: We got lost in competing priorities and unrealistic expectations. We also failed to see what else happened along the way.In Afghanistan, terrorist training camps of the kind that made 9/11 possible remained closed. Life expectancy improved. Infant mortality declined. Women acquired opportunities that were previously unthinkable. For those focused on great-power competition, Russia stayed out, China was kept at bay, and Pakistan, China’s ally, was constrained.These gains will now be wiped out because we can’t be satisfied with managing problems; we have to solve them. If we can’t win clearly and decisively, remaking a society in the process, we will retreat and abandon our allies. Why couldn’t we have left a residual force in Afghanistan to help provide a modicum of security there? Three-quarters of a century after the Korean War, after all, we maintain twenty-nine thousand troops in South Korea. We still have post-World War II troops in Europe. These are the overhead costs of peace and stabilitOne can see the way in which such arguments are faltering today. The new realism is hollow, oblivious to power. Idealism is not fashionable.

A couple of years ago, I asked a former RFE/RL colleague about those Afghan letters. We still get them, he wrote me, from

children who dream of becoming scientists. From peasants who pray for rain—or better irrigation. Some are love poems from shepherds or soldiers on front lines. From teachers who want better buildings, or any buildings at all. Many women and girls thank us for being their window to the world. They write from remote mountain hamlets, teeming cities, and refugee camps in neighboring Iran and in parts of Afghanistan where there is no electricity and, thus, no television. Many letters close with a prayer for peace.

Nine million Afghan children started going to school in the last twenty years, some 40 percent of them girls. The aim was “to buy time,” said former U.S. ambassador Ryan Crocker, a member of the RFE/RL board, “for this young generation of Afghans to come of age.”

But time is up. We are now scrambling to get our people—diplomats, select civilians—out of the country. After initial miscalculations, Biden has committed five thousand troops for this purpose. And the Afghans who have worked closely with the United States over the last two decades? RFE/RL president Jamie Fly is determined—and struggling—to get adequate support for the nearly one hundred of his people still there and trying to leave (Voice of America has dozens on the ground looking for safe passage out). They were always targets. Three summers ago, journalist Abadullah Hananzai and video producer Sabawoon Kakar died in a bombing on the main road behind the RFE/RL Kabul bureau. Maharram Durrani, a twenty-eight-year-old female university student training to become a journalist at the bureau, was also killed in the attack.

RFE/RL’s Abubakar Siddique has been reporting that thousands, and possibly tens of thousands, were streaming into Kabul in the last week. Women have been rushing to buy all-concealing burqas. One woman in a makeshift camp for women and children in the capital reports that in her hometown Taliban fighters have gone door-to-door, forcing young girls to marry them at gunpoint.

American adversaries are pushing back into the region. Russian diplomats met with Taliban representatives in Doha last week. Beijing is pressing for Islamabad’s cooperation—and the Taliban’s pledge—in repressing and rounding up Uighurs in their respective countries.

Afghan President Ashraf Ghani is, in a very real sense, ours. He is a Western-oriented anthropologist, a friend of the United States, who was determined to lessen the country’s corruption. He called for help, until he was forced to flee. The Taliban have taken Kabul.

We Americans see this as our struggle, which is now coming to an end. The Afghans’ struggle is certainly not finished. The two are not so easily separated.

Jeffrey Gedmin is a former president and current board member of RFE/RL. He is co-founder and editor-in-chief of American Purpose.

Voir par ailleurs:

New evidence shows the Pulse nightclub shooting wasn’t about anti-LGBTQ hate
The trial of the Pulse nightclub shooter’s wife dramatically changed the narrative about the deadly attack
Jane Coaston
Vox
Apr 5, 2018

It’s been nearly two years since the mass shooting at Pulse nightclub in Orlando, Florida, that killed 49 people — widely believed to be an act of aggression against the club’s LGBTQ clientele and “undeniably a homophobic hate crime.” There’s now conclusive evidence that the shooter wasn’t intending to target LGBTQ people at all.

In fact, he allegedly had no idea Pulse was a gay club, and simply Googled “Orlando nightclubs” after finding that security at his original target, a major shopping and entertainment complex, was too high, as reported by ClickOrlando.com.

This evidence dramatically changes the mass shooting’s narrative; politicians and individuals across the political spectrum had positioned it as an anti-LGBTQ hate crime. Instead, the new evidence suggests, the Pulse nightclub shooting was intended as revenge for US anti-terror policies abroad.

The evidence emerged during the trial of the shooter’s wife, Noor Salman, whom the federal government charged with aiding and abetting and obstruction of justice. Federal prosecutors argued that Salman had helped her husband plan and orchestrate the attack. She was acquitted by a jury last Friday, a rare occurrence when most defendants accused of terror charges accept plea deals and the average conviction rate in such cases is above 90 percent.

The shooter’s motive was apparently revenge for United States bombing campaigns on ISIS targets in the Middle East. He had pledged allegiance to ISIS’s leader, Abu Bakr al-Baghdadi, and during the Pulse shooting posted to Facebook, “You kill innocent women and children by doing us airstrikes. … Now taste the Islamic state vengeance.” In his final post, he wrote, “In the next few days you will see attacks from the Islamic state in the usa.”

Salman’s attorneys introduced evidence showing that, far from assisting the shooter, she was a victim of her husband’s abuse, including frequent beatings and sexual assault.

The Pulse nightclub shooting was the deadliest attack on LGBTQ people in American history, and liberals and conservatives — including then-presidential candidate Donald Trump — assumed the shooting was based on the victims’ sexual orientation and gender identity. Trump and other Republicans attempted to use their response to the shooting to argue that they were true pro-LGBTQ advocates because of their support for immigration restrictions aimed at Muslims.

In a speech on June 13, the day after the shooting, Trump said, “This is a very dark moment in America’s history. A radical Islamic terrorist targeted the nightclub, not only because he wanted to kill Americans, but in order to execute gay and lesbian citizens, because of their sexual orientation.” The following day at a North Carolina rally Trump said, “We want to live in a country where gay and lesbian Americans and all Americans are safe from radical Islam, which, by the way, wants to murder and has murdered gays and they enslave women.”

During Trump’s speech at the Republican National Convention where he accepted his party’s presidential nomination, he said, “Only weeks ago, in Orlando, Florida, 49 wonderful Americans were savagely murdered by an Islamic terrorist. This time, the terrorist targeted the LGBTQ community. No good. And we’re going to stop it. As your president, I will do everything in my power to protect our LGBTQ citizens from the violence and oppression of a hateful foreign ideology.”

But the evidence shows otherwise. The shooter didn’t target LGBTQ people — he didn’t even realize Pulse was a gay-oriented nightclub, asking a security guard at the club where all the women were just before he started shooting.

After a mass shooting, observers, including journalists, often search for a motive, sometimes even before the first victims have been identified. But the Pulse shooting proves that initial narratives about mass shooters’ motivations are often wrong — and those narratives can be far more powerful than the truth.

COMPLEMENT:

Chaos à Kaboul: Pourquoi Biden est responsable et coupable

Gérald Olivier

France Amérique

18 août 2021

La présence américaine en Afghanistan, commencée en 2001, vient de s’achever dans la confusion et le chaos. Les images de milliers de personnes tentant désespérément de fuir le pays dans les bagages de l’occupant ont évoqué les pires clichés de conflits passés que l’on pensait ne jamais revoir.

Ce retrait précipité est une défaite incontestable, voire une déroute, pour les Etats-Unis. Néanmoins, la décision de quitter l’Afghanistan était et demeure la bonne décision. Après vingt ans d’une occupation stérile, c’était la seule chose à faire. Mais c’est la manière qui pose problème. La façon dont le président Biden et ses conseillers ont laissé le pays être submergé par les Talibans, avant même d’avoir pu en évacuer tous les Américains – sans parler des milliers de collaborateurs afghans dont la vie est aujourd’hui menacée – trahit une naïveté, une impréparation et franchement une incompétence coupables. C’est tout l’appareil stratégique américain qui est en cause : le Conseil National de Sécurité, le Département d’Etat, le Pentagone, les services de Renseignements, et tout en haut, bien sûr, le président Biden !

L’heure des comptes viendra. Connaissant les institutions américaines, il y aura des enquêtes parlementaires. Les responsabilités seront tirées au clair. Pour l’instant, il importe de comprendre l’enchaînement des évènements qui a engendré ce chaos.

Dans une allocution télévisée, au lendemain de la prise de Kaboul par les Talibans, le président Biden a fait reposer toute la responsabilité de la débandade américaine sur, (qui d’autre ?) … son prédécesseur Donald Trump. Voici ses propos :

« En entrant à la Maison Blanche, j’ai hérité d’un accord négocié par le président Trump avec les Talibans, en vertu duquel nos soldats devaient avoir quitté le pays au 1er mai 2021… Le nombre de nos soldats sur place avait déjà été ramené de quinze mille à deux mille cinq cents par l’administration Trump. Alors que les Talibans n’avaient jamais été aussi forts militairement depuis 2001…. Le choix qui se présentait à moi en tant que président consistait à m’en tenir à cet accord, ou bien à me préparer à combattre à nouveau les Talibans au printemps… La froide réalité se limitait à suivre cet accord en retirant nos troupes, ou à escalader le conflit en renvoyant des milliers de soldats au combat et en nous engageant dans une troisième décennie de conflit en Afghanistan. »

Ainsi donc Joe Biden, président des Etats-Unis, et homme le plus puissant de la planète, s’est présenté comme pieds et poings liés, par un accord négocié par Donald Trump! Loin de reconnaître une quelconque responsabilité, il s’est érigé en victime.

Venant d’un Démocrate, une telle posture n’a pas de quoi surprendre. Mais venant aussi d’un président qui a réintégré les Etats-Unis dans l’accord de Paris sur le climat, par décret, dès son premier jour au pouvoir, annulant d’un coup de crayon la décision de son prédécesseur ; qui a ouvert la porte à une reprise du dialogue avec l’Iran sur la question nucléaire, inversant à nouveau la politique de son prédécesseur ; qui a suspendu la construction du mur à la frontière mexicaine, qui a laissé entrer les immigrants clandestins par centaines de milliers et qui a accepté l’entrée de demandeurs d’asile sur le territoire, supprimant non pas une mais trois directives majeures de son prédécesseur ; venant d’un tel personnage, donc, une telle affirmation est grotesque et inacceptable.

D’autant que les faits racontent une tout autre histoire.

A la vérité, en arrivant à la Maison Blanche, Biden et ses conseillers étaient bien contents du travail accompli par leurs prédécesseurs, à savoir le président Trump et son secrétaire d’Etat Mike Pompéo. Ils ont pris à leur compte un retrait de troupes qui leur permettait d’apparaitre comme des faiseurs de paix. Par contre, ils ont fait preuve d’une incompétence et d’une impréparation invraisemblables dans l’exécution de la manœuvre.

Selon l’accord passé entre l’administration Trump et les Talibans, le retrait des troupes américaines était lié à l’absence de toute offensive. Les Talibans étaient tenus de ne rien tenter contre les troupes américaines, et les troupes afghanes, tant que les Américains seraient sur place ! Le retrait des troupes, du matériel et au besoin des civils afghans ayant travaillé avec les Américains, devait être achevé avant de laisser le gouvernement en place et les Talibans se disputer le contrôle du pays. La faute de l’administration Biden a été de laisser les Talibans lancer leur campagne de reconquête, avant la fin du retrait américain, sans envisager la possibilité que celle-ci puisse les prendre de vitesse. C’est une faute gravissime, un péché d’orgueil et d’inattention.

Voici ce qui s’est passé dans le détail.

L’accord de paix entre les Etats-Unis et les Talibans remonte au 29 février 2020. Il fut signé dans la capitale du Qatar, Doha, lieu où s’étaient tenues les négociations, par l’envoyé spécial des Etats-Unis, Zalmay Khalilzad et le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur et chef politique des Talibans. Baradar avait été capturé en 2010 au Pakistan, emprisonné puis libéré à l’automne 2018, précisément pour engager des négociations de paix (alors secrètes) avec les Américains. Mike Pompéo, alors secrétaire d’Etat avait assisté à la signature de cet accord.

Pour Donald Trump, mettre un terme à la guerre en Afghanistan, et permettre aux milliers de GIs, déployés sur place, de rentrer au bercail, était une promesse de campagne. Il y tenait. Tout comme il tenait à ce que l’autorité des Etats-Unis soit respectée. D’ailleurs, entre 2018 et 2020, il avait suspendu les négociations à plusieurs reprises, à cause d’incidents terroristes attribués aux Talibans.

Côté américain, cet accord incluait un retrait progressif des troupes présentes depuis 2001 ; l’échange de cinq mille Talibans détenus en Afghanistan contre mille soldats des Forces de Défense Afghanes faits prisonniers par les Talibans, et la levée progressive de sanctions contre les Talibans. Le départ des troupes américaines et de l’Otan pouvait s’achever en quatorze mois, soit à la date du 1er mai 2021, si les Talibans tenaient tous leurs engagements. Le moindre écart serait sanctionné par des représailles militaires de la part des Etats-Unis. Selon les mots de Donald Trump à l’époque, les Talibans seraient exposés au feu américain « comme jamais encore auparavant ».

En échange les Talibans s’engageaient à cesser toute violence et à n’abriter ou soutenir aucun mouvement terroriste, tel Deach ou Al Qaida.

Le devenir politique de l’Afghanistan était laissé à des négociations futures entre le gouvernement du président Ashraf Ghani, élu en 2014 et réélu en 2019, et les dirigeants talibans. A noter que ces discussions ont commencé dès la signature de cet accord, sans aboutir et ont fini par être suspendues. La sécurité du pays, une fois le retrait des troupes étrangères effectué, était supposée être assurée par les trois cent mille soldats de l’armée afghane, formés et équipés par les Américains. Face à une force talibane estimée à soixante mille combattants, la tâche, sur le papier, n’était pas impossible…

Voilà ce dont le président Biden a hérité en janvier 2021 à son entrée à la Maison Blanche. Il pouvait à tout moment dénoncer cet accord. C’est d’ailleurs ce qu’un certain nombre d’élus Démocrates, soutenus par des Républicains Néoconservateurs, dont Liz Cheney, la fille du vice-président de George W. Bush lui ont recommandé de faire.

“Les Talibans ne respectent pas tous leurs engagements en vertu de l’accord du 29 février, ce qui pose un problème quant à la sécurité future de l’Afghanistan » dit alors le sénateur Robert Menendez, président de la Commission des Affaires étrangères du Sénat. Pour lui, il existait un risque de voir « l’Afghanistan sombrer dans le chaos » et il avait recommandé au président Biden de renoncer à un retrait effectif en date du 1er mai.

Biden suivit partiellement ses conseils. Il abandonna l’objectif du 1er mai et repoussa le retrait total à la date, hautement symbolique, du 11 septembre 2021, soit vingt ans, jour pour jour, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001. Par contre, il ne remit jamais le principe du retrait en question. Et il renonça à sanctionner les Talibans pour leurs manquements répétés à leurs engagements.

Le message fut, à l’évidence, parfaitement reçu et compris à Doha et à Kaboul.

Le 25 juin 2021 le président Biden reçut à la Maison Blanche le président afghan Ashraf Ghani. La rencontre donna lieu à un communiqué lénifiant sur « la poursuite d’un solide partenariat bilatéral » et le « soutien durable des Etats-Unis au peuple afghan, y compris aux femmes et aux filles afghanes, ainsi qu’aux minorités. » Biden assura aussi son homologue de la « poursuite de l’assistance américaine aux forces de défense et de sécurité nationales ».

A cette date, les Talibans avaient déjà commencé de regrouper leurs forces pour préparer la reconquête du pays. Mais de cela, le communiqué officiel ne disait rien !

Quelques jours plus tard, le 8 juillet précisément, Joe Biden faisait une déclaration télévisée depuis la Maison Blanche suivie d’une de ses très rares conférences de presse. Le retrait américain était alors considérablement engagé. Loin de se plaindre d’un quelconque leg de l’administration Trump, il s’arrogeait la paternité du processus de paix et utilisait à répétition le pronom « je » en parlant des évènements récents.

« Quand j’ai annoncé notre retrait en avril j’ai dit que nous serions partis en septembre et nous sommes en bonne voie pour réaliser cet objectif… Notre retrait se déroule de façon ordonnée et sécurisée… Une fois ma décision prise de mettre un terme à cette guerre, il nous fallait agir vite… Que les choses soient claires, la mission américaine en Afghanistan se poursuit jusqu’à la fin août et nous conservons d’ici là les mêmes capacités et la même autorité que par le passé… Par la suite nous maintiendrons notre présence diplomatique en Afghanistan ! »

Pressé par une journaliste sur les risques d’un départ précipité et d’une chute de Kaboul, rappelant la dramatique évacuation de Saïgon en 1975, Joe Biden avait affirmé « il est hautement improbable que les Talibans parviennent à reprendre le pays… Les forces talibanes n’ont rien à voir avec les combattants du Viet-Cong… Sous aucune circonstance vous ne verrez des civils évacués depuis le toit de l’ambassade américaine en Afghanistan ! »

Propos prémonitoires qui reviennent déjà le hanter ! Certes on n’a pas (encore) vus de civils évacués depuis un toit, mais on en a vu des centaines courir et s’accrocher à un avion militaire américain en train de décoller… Quant à l’ambassade américaine à Kaboul, elle a été évacuée et l’ambassadeur Ross Wilson a fui l’Afghanistan quelques minutes après le président Ghani ! L’inverse de ce qu’avait affirmé Biden.

Si cela ne suffisait pas encore, Joe Biden en a rajouté une couche le 23 juillet. Suite à une conversation téléphonique avec le président Ghani, la Maison Blanche indiquait par communiqué avoir renouvelé ses « assurances du soutien des Etats-Unis au peuple afghan». Alors même que des combats faisaient rage dans plusieurs provinces afghanes, et que les troupes gouvernementales étaient submergées par l’avancée des forces talibanes. Notant que « l’offensive actuelle des Talibans est en contradiction avec l’engagement de ce mouvement pour une solution négociée » et tout en déplorant « les pertes de vies civiles dues à des attaques ciblées, les déplacements de population et les pillages », Joe Biden n’évoquait à aucun moment de quelconques représailles contre les Talibans, ni surtout une suspension ou une remise en question du retrait des troupes américaines. Et pourtant cela aurait été pleinement justifié selon les termes de l’accord dont Biden s’est ensuite dit prisonnier.

Sans doute avait-il d’autres priorités. Il est vrai que ce même 23 juillet, s’est tenue à la Maison Blanche une table ronde avec « les représentants des femmes transgenres de couleur » qui a, sans doute, retenu toute son attention et celle de ses conseillers !

Comble de l’impréparation, Biden a estimé que le temps était venu de prendre des vacances et de libérer son staff. Il s’est offert un week-end à Camp David, comme il le fait souvent, et sa porte-parole Jen Psaki a laissé un message sur son répondeur comme une simple employée de bureau… Alors que pendant ce temps-là l’Afghanistan sombrait dans le chaos.

Prétendre ensuite que la chute de Kaboul et le chaos afghan sont la faute de Donald Trump, c’est se moquer du monde ! D’ailleurs, même la clique de ses partisans dans les médias a trouvé la couleuvre trop difficile à avaler. De part et d’autre du paysage médiatique américain, on observe les premières fissures dans la grande muraille protectrice démocrate.

Jake Tapper de CNN s’est offusqué de la tendance du président Biden à s’absoudre de toute responsabilité et à « pointer du doigt et blâmer les autres ». La chaine a parlé « d’une débâcle et d’un désastre politique qui vient entacher une présidence déjà marquée par des multiples crises ». David Sanger du New York Times estime que « Biden restera dans l’histoire comme celui qui a présidé au dénouement humiliant de l’expérimentation américaine en Afghanistan. » Dans le reste de la presse, c’est le mot « fiasco » qui revient le plus.

Un « fiasco » qui repose sur les épaules de Joe Biden, mais pas seulement. Le Pentagone, le Conseil National de Sécurité et le Département d’Etat sont aussi dans la ligne de mire des chroniqueurs américains.

En tête, tous ceux – et ils sont nombreux, du général Stanley Mc Chrystal, commandant en chef des forces américaines en Afghanistan sous Barack Obama, à John Mattis, responsable du commandement central américain, donc de la zone Iraq-Afghanistan, sous Obama, puis chef du Pentagone sous Donald Trump, qui ont prétendu au long des quinze dernières années que les efforts et les investissements américains étaient payants et que l’Afghanistan était sur la voie de la démocratie. Alors que ce n’était clairement pas le cas !

Tout récemment encore, le général Mark Milley, chef des Etats-Majors inter-armées, répétait que « les forces armées afghanes ont la capacité de défendre le pays et une victoire des Talibans n’est pas une certitude ». Se tromper à ce point, lorsque l’on occupe un poste aussi sensible, dépasse l’erreur d’analyse et constitue de l’incompétence, voire une volonté de mentir…

La déroute américaine en Afghanistan est le premier tournant de la présidence Biden. Jusqu’à présent ses errements avaient été passés sous silence par les médias dominants, au nom de l’anti-Trumpisme. Ce ne sera sans doute plus le cas à l’avenir. Le reste de son mandat s’annonce aussi chaotique que la chute de Kaboul.

Voir aussi:

John Bolton : « Trump et Biden partagent la responsabilité de la déroute en Afghanistan »
ENTRETIEN. Ancien ambassadeur américain à l’ONU, John Bolton explique pourquoi il n’aurait jamais ordonné le retrait des troupes d’Afghanistan.

Propos recueillis par Julien Peyron

20/08/2021

Sous la présidence de George W. Bush, il faisait partie du clan de ceux que l’on appelait « les faucons ». John Bolton a été l’un des grands artisans de la guerre en Irak en 2003 aux côtés de Donald Rumsfeld. Désigné ambassadeur américain à l’ONU en 2005, il est contraint de démissionner l’année suivante car les démocrates refusent de confirmer un homme qui représente à leurs yeux la politique va-t-en-guerre des États-Unis. Donald Trump ira ensuite le chercher pour lui offrir le rôle de conseiller à la Sécurité nationale en 2018. Les deux hommes se brouillent rapidement, notamment sur le dossier afghan. En effet, contre l’avis de son conseiller, farouchement opposé à tout retrait américain, le président annonce son intention de quitter le pays . Depuis, John Bolton a des mots très durs envers Donald Trump puis Joe Biden , car le nouveau président a continué, voire accéléré le départ des troupes d’Afghanistan. Comme le reste du monde, il a regardé avec sidération les images des talibans s’emparant de Kaboul le 15 août dernier. Au Point, il fait part de sa colère. Entretien.

Le Point :Comment décririez-vous ce qui s’est passé le 15 août à Kaboul ?

John Bolton : C’est une tragédie. Pas seulement pour le peuple afghan, mais aussi pour l’Amérique, l’Europe et tout l’Occident. Vingt ans d’efforts ont été réduits à néant. Forcément, comme beaucoup, j’ai pensé à Saigon et à la désastreuse évacuation du pays à la fin de la guerre du Vietnam. Aujourd’hui, les talibans contrôlent tout le territoire afghan et vont en refaire un sanctuaire pour terroristes. Nous approchons du 20e anniversaire du 11 septembre 2001 et jamais le risque de voir un nouveau 11 Septembre se reproduire n’a été aussi grand. Les États-Unis sont plus vulnérables aujourd’hui qu’hier.

Malgré tout, vous dites que l’Amérique n’a pas perdu la guerre en Afghanistan…

Nous avons gagné la guerre en Afghanistan, mais nous partons comme si nous l’avions perdue. C’est pire encore qu’une défaite militaire, c’est une décision politique, qui demeure pour moi inexplicable.

Ne fallait-il pas mettre un terme à cette « guerre sans fin » ?

La situation était loin d’être parfaite en Afghanistan. Mais il vaut mieux une guerre sans fin que subir des attaques terroristes sur son sol.

Qui tenez-vous pour responsable du fiasco en Afghanistan ? Donald Trump ou Joe Biden ?

Trump et Biden partagent la responsabilité de cette déroute. Si Trump avait été réélu, la même chose serait arrivée, nous serions aussi partis d’Afghanistan. Biden ne fait qu’appliquer les décisions prises par Trump, mais il s’y prend si mal qu’il nous plonge dans un désordre terrible.

Pas du tout. J’étais au département d’État à cette époque. Nous savions très bien que les talibans hébergeaient Al-Qaïda. George Bush avait bien compris le risque que représentaient les talibans et les groupes extrémistes du Pakistan. Envahir l’Afghanistan était la bonne décision stratégique. L’erreur, c’était de se fixer pour objectif de bâtir un État afghan. Nous n’étions pas là pour ça. Nous étions en Afghanistan pour défendre la sécurité des États-Unis et pour nous assurer que le pays ne passe pas aux mains des talibans.

Sans doute. On ne peut pas savoir à quel moment le risque que représentent les talibans aurait disparu. Mais une chose est sûre : il vaut mieux combattre en Afghanistan que dans les rues ou le ciel de l’Amérique. Après la Seconde Guerre mondiale, des troupes américaines sont restées aux portes de l’Union soviétique pendant près de cinquante ans, le temps que nous gagnions la guerre froide.

Si vous étiez toujours aux affaires, que feriez-vous ?

Je ferais en sorte que nous restions dans le pays et j’augmenterais le budget de la Défense. À Pékin, Moscou, Téhéran, nous passons pour des faibles, voire des guignols. Après son élection à la présidence, Joe Biden a dit au monde : l’Amérique est de retour. Comment le prendre au sérieux, désormais ?

Voir encore:

Afghanistan Didn’t Have to End This Way
There is no shortage of explanations and justifications for our withdrawal. They are myths.
Paul Miller
The Despatch
Aug 13 2021

With dizzying speed, the Taliban has seized a dozen provincial capitals across Afghanistan in the past week. On Thursday militants seized Herat, the country’s third-largest city, one with a reputation for being relatively urbane and strongly antipathetic to the Taliban’s jihadist vision. U.S. intelligence reportedly estimates that Kabul could fall within 90 days of the U.S. withdrawal.

As Afghanistan collapses, there is no shortage of explanations, justifications, and outright myths taking root, some encouraged by the Biden administration. Among the most common: This was inevitable. The U.S. presence was unsustainable, critics say. The administration was boxed in by the 2020 peace deal with the Taliban. If the U.S. had repudiated the deal, the Taliban would have gone on the offensive and resumed killing U.S. troops.

And for what? We gave it our best for 20 years, they say, proving that the mission was effectively impossible. The rapid collapse only demonstrates that we were never going to succeed no matter how long we stayed. We achieved the most important thing: Osama bin Laden is dead. The Afghans have to run their own country. We cannot stay there forever, we shouldn’t try nation building, and we can keep an eye on al-Qaeda      from afar to make sure they do not threaten us.

On the surface, these explanations make a compelling case. It is also a comforting case, because it washes our hands of responsibility for what is about to happen. As a humanitarian catastrophe unfolds—as Afghan women fall back under the Taliban’s uniquely cruel tyranny, as the Hazara and Shiites flee the Taliban’s near-genocidal oppression of religious dissidents—we can tell ourselves, “There’s nothing we could have done.”

These myths function as an ex post facto explanation that we—the most powerful nation in the world—were actually powerless all along. It turns out we didn’t fail because of bad decisions, strategic incompetence, or moral myopia. We failed because no one could have succeeded, because the mission was inherently impossible. No amount of insight, troop surges, or Marshall-Plan-level reconstruction assistance could have made a difference.

Of course, none of that is true. The myths are just that: myths. The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.

U.S. troops faced low risks in Afghanistan, and the low casualty rate is not a function of the 2020 peace deal. Just 66 U.S. personnel have been killed in action since 2014, less than one per month for nearly seven years. That is not to make light of the loss of individual soldiers, but it is to recognize, in historical perspective, that the conflict in Afghanistan is very small and U.S. ground troops have not been involved in direct combat in large numbers for years.

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

The rapid collapse of the Afghan army in recent weeks was not inevitable and is not a sign that the mission was always doomed, nor that we never would have succeeded. We had been making slow, fitful progress building a new Afghan security force from scratch. In 2021, it was better than it had been in 2001—because in 2001 it did not exist. It was better than it had been in 2006—because the Germans, British, and the U.N., which had assumed responsibility for training the new army and police, wasted five years doing essentially nothing.

The U.S. took over and cobbled together a fighting force by 2010, one that has lost tens of thousands of soldiers keeping the Taliban at bay for the past decade. The Afghan army was again better this year than previously, but the Department of Defense truthfully reported year after year that it was not ready for fully independent operations yet.

The Afghan army’s collapse this summer is demoralizing for anyone who has watched or participated in the war. Historians will give us the full story decades from now, but surely President Biden’s announcement of a full withdrawal—when everyone, including the U.S. Department of Defense, knew the Afghan army wasn’t yet ready to stand independent of international assistance—had a crippling effect on the morale of Afghan troops.

Some Americans are now sneering at the Afghan troops’ supposed lack of willpower, patriotism, or grit—but consider, if you know that your army is simply not equipped to win the battle that’s coming, why fight? It is an individually rational decision to save your life by not fighting, a decision that, when multiplied, loses a war.

It is easy to envision the counterfactual: If the United States had maintained a small presence (perhaps marginally larger than what Trump left behind), it could have kept the Afghan army in the field indefinitely, giving time and space for the political situation in Kabul to sort itself out, for a fresh round of negotiations with better leverage against the Taliban, and for reconstruction and development to continue.

Critics may complain that “we can’t stay forever.” Perhaps, but we could have stayed long enough for the military presence to evolve, very gradually, into a near-peacetime deployment. Again, the military presence was small, low-risk, and relatively low-cost.

And we should have stayed because the mission is not over. While bin Laden is dead, al-Qaeda is not and, along with the Islamic State and a murderer’s row of copycat jihadists, is almost certain to regain safe haven in Afghanistan and Pakistan following the collapse of our allies. Our presence for the past 20 years kept jihadists on the run, in hiding, and focused on avoiding our air strikes and special forces. They now will have room to breathe, which means room to plan, recruit, train, and fundraise.

The myths about Afghanistan’s collapse—that we were actually powerless and the mission was always inevitably doomed—denies the reality of the United States’ agency. Our policymakers made specific strategic missteps that caused direct, avoidable harm, including Bush’s light footprint, Obama’s withdrawal timetable, Trump’s peace deal, and Biden’s inexplicable withdrawal, each of which made a bad situation worse. Those decisions were made by politicians elected by and accountable to the U.S. electorate, who largely ignored the war and enabled policymakers’ strategic muddling for two decades.

That is why Biden’s claim that the Afghans just have to start taking responsibility for their own country is so mendacious. He is telling a drowning man to take responsibility for swimming while reeling in the life preserver the man had been clinging to. He is overestimating the Afghans’ ability to fight on their own while minimizing American responsibility for the crisis in the midst of which we are abandoning them—all while preaching a soothing myth that there was nothing we could have done after all. Many Americans will be eager to believe him because it is much easier, emotionally and cognitively, to believe in the myth of our powerlessness than in the reality of our own stupidity and moral cowardice.

Paul D. Miller is a professor of the practice of international affairs at Georgetown University. He served as director for Afghanistan and Pakistan on the national security council staff for Presidents George W. Bush and Barack Obama. He is a veteran of the war in Afghanistan. His most recent book is Just War and Ordered Liberty.

Voir enfin:

Biden’s Long Trail of Betrayals
Why is the president so consistently wrong on major foreign-policy matters?
Peter Wehner
The Atlantic
August 18, 2021

“I’m getting sick and tired of hearing about morality, our moral obligation,” Joe Biden said in 1975. “There’s a point where you are incapable of meeting moral obligations that exist worldwide.” At the time, he was arguing against U.S. aid to Cambodia. But he could just as easily have said the same about his decision this year to end the American presence in Afghanistan, a catastrophic mistake that has led to a Taliban takeover, undermined our national interest, and morally stained Biden’s presidency.

It is the latest blunder in a foreign-policy record filled with them.

In 1975, Biden opposed giving aid to the South Vietnamese government during its war against the North, ensuring the victory of a brutal regime and causing a mass exodus of refugees.
In 1991, Biden opposed the Gulf War, one of the most successful military campaigns in American history. Not only did he later regret his congressional vote, but in 1998, he criticized George H. W. Bush for not deposing Saddam Hussein, calling that decision a “fundamental mistake.”
In 2003, Biden supported the Iraq War—another congressional vote he later regretted.
In 2007, he opposed President George W. Bush’s new counterinsurgency strategy and surge in troops in Iraq, calling it a “tragic mistake.” In fact, the surge led to stunning progress, including dramatic drops in civilian deaths and sectarian violence.
In December 2011, President Barack Obama and Vice President Biden withdrew America’s much-scaled-down troop presence in Iraq; the former had declared Iraq to be “sovereign, stable, and self-reliant,” and the latter had predicted that Iraq “could be one of the great achievements of this administration.” Their decision sent Iraq spiraling into sectarian violence and civil war, allowing Iran to expand its influence and opening the way for the rise of the jihadist group ISIS.
According to Obama’s memoir A Promised Land, Biden had advised the former president to take more time before launching the raid that killed Osama bin Laden.
Ten years ago, Biden said in an interview that “the Taliban per se is not our enemy.” He added, “If, in fact, the Taliban is able to collapse the existing government, which is cooperating with us in keeping the bad guys from being able to do damage to us, then that becomes a problem for us.” Indeed.

In his 2014 memoir, Duty: Memoirs of a Secretary at War, Robert Gates, who served as the secretary of defense under George W. Bush and Obama, said that Biden “has been wrong on nearly every major foreign policy and national security issue over the past four decades.”

So is there a unifying theory of why Biden is so consistently wrong on major foreign-policy matters? Does he misunderstand something about the world, or possess some set of instincts that don’t serve him well?

Perhaps the place to begin is by recognizing that Biden has never been an impressive strategic thinker. When talking about his strengths, those close to Biden stress his people skills: his ability to read foreign leaders, to know when to push and when to yield, when to socialize and when to turn to business. But that’s very different from having a strategic vision and a sophisticated understanding of historical events and forces.

What the Biden foreign-policy record shows, I think, is a man who behaves as if he knows much more than he does, who has far too much confidence in his own judgment in the face of contrary advice from experts. (My hunch is he’s overcompensating for an intellectual inferiority complex, which has manifested itself in his history of plagiarism, lying about his academic achievements, and other embellishments.)

On national-security matters, President Biden lacks some of the most important qualities needed in those who govern—discernment, wisdom, and prudence; the ability to anticipate unfolding events; the capacity to make the right decision based on incomplete information; and the willingness to adjust one’s analysis in light of changing circumstances.

To put it in simple terms, Joe Biden has bad judgment.

William Inboden of the Clements Center for National Security at the University of Texas, who worked on George W. Bush’s National Security Council, told me that the key thing to understand about Biden is he is first and foremost a politician, consistently aligned with the Democratic Party’s center of gravity on any foreign-policy issue, a follower more than a leader, and certainly not an independent or creative thinker.

But Biden’s foreign-policy record has one other through line: the betrayal of people who have sided with the United States against its enemies and who, in the aftermath of American withdrawal, face a future of oppression, brutality, and death. And these betrayals of people in foreign lands seem to leave Biden unmoved. There is a troubling callousness to it all, a callousness that is at odds with empathy that Biden has clearly shown in other areas of his life.

According to my colleague George Packer’s biography of Richard Holbrooke, Obama’s special envoy to Afghanistan and Pakistan, Biden has argued that the United States does not have an obligation to Afghans who trusted the United States.

“We don’t have to worry about that. We did it in Vietnam. Nixon and Kissinger got away with it,” Biden told Holbrooke. Biden also “reportedly pushed back on the argument that America had a moral obligation to women in Afghanistan,” according to The Washington Post.

The withdrawals that Biden insisted on in Iraq and Afghanistan were at stages in those wars when very few American troops were at risk, when U.S. troop levels in those countries were quite low. As Paul D. Miller wrote in The Dispatch, “The U.S. presence in Afghanistan the last few years was tiny—just 2,500 troops before the start of the final withdrawal. It was indefinitely sustainable. There is no significant antiwar movement to speak of, there is no domestic political pressure to withdraw, and no election will hinge on U.S. policy toward Afghanistan.” Miller, a veteran of the war in Afghanistan who served as director for Afghanistan and Pakistan on the National Security Council for Presidents George W. Bush and Obama, went on to say this:

The US mission in Afghanistan accomplished some important successes. There have been no large-scale international terrorist attacks emanating from Afghanistan or Pakistan since 2001. The Afghan people broadly support the country’s new constitution. The Afghan economy showed consistent growth. By virtually every metric of human development, Afghans are better off today than they were 20 years ago. The intervention was not an unmitigated failure—except that many of these successes are likely to unravel with the Afghan army’s collapse.

But Biden decided to do in Afghanistan what he decided to do in Iraq: cut the cord because he was determined to cut the cord, because he thinks he knows better, not because circumstances on the ground dictated that it be done. The result is a human-rights catastrophe.

America’s second Catholic president speaks openly of his faith, carries a rosary in his pocket, and attends Mass every Sunday. “Joe is someone for whom the ways in which he sees issues around racial justice, around the treatment of refugees and immigrants—all of that is connected to a view of other people—who he sees as neighbor, who he sees as being made in the image of God,” Senator Chris Coons of Delaware, a close friend of Biden’s, told NPR.

Carol Keehan, the former head of the Catholic Health Association, who has worked closely with Biden for years, echoes those sentiments. “He’s very clear about justice,” she told NPR. “When Joe Biden talks about faith, he talks very much about things like the Gospel of Matthew—‘what you’ve done to the least of my brother, you’ve done to me.’”

Just don’t tell that to the girls, women, and other frightened souls in Afghanistan who, thanks to a decision made by Joseph R. Biden Jr., are about to enter the gates of hell.

COMPLEMENT:

Retrait d’Afghanistan : le fiasco de trop pour Joe Biden

Gérald Olivier

25 août 2021

Depuis la chute de Kaboul, le climat politique aux Etats-Unis a changé du tout au tout. C’est comme si les Américains se réveillaient après plusieurs mois d’insouciance avec une gueule de bois carabinée. Les images terribles et les commentaires cinglants suscités par le départ chaotique des Américains d’Afghanistan ont comme ouvert les yeux des électeurs. Ce qui était toléré, ou même ignoré depuis huit mois, au nom de l’alternance ou du « tout sauf Trump », ne l’est plus.

Médias et électeurs portent un nouveau regard sur la politique de l’administration et découvrent subitement les multiples crises qui affectent l’Amérique depuis huit mois : crise migratoire, crise de l’énergie, crise sanitaire sans fin, crise budgétaire, crise sociale et même crise raciale et culturelle, avec l’inquiétante révolution « woke ». Leur verdict est impitoyable. Il se traduit, entre autres choses, par une chute de la popularité de Joe Biden et de la cause Démocrate.

De janvier à juillet, Joe Biden a bénéficié d’une côte de popularité relativement stable, avec 53% d’opinions favorables et 42% d’opinions défavorables. Des chiffres moins bons que ceux de Barack Obama ou Ronald Reagan, au même stade de leur mandat, mais comparables à ceux de Bill Clinton ou Georges W. Bush. Depuis le 15 août cependant, cette côte a chuté de cinq points, tombant à 48%. Selon plusieurs instituts de sondages, les opinions défavorables dépassent désormais les opinions favorables.

Cette chute est particulièrement sensible sur la situation en Afghanistan. Seuls 25% des électeurs approuvent la gestion de ce dossier par Biden contre 60% qui la désapprouvent. Mais cette chute touche aussi d’autres pans de sa politique.

Sur la gestion du Covid, Biden a perdu seize points entre avril et août. 53% des électeurs le soutiennent, contre 69% précédemment.

Sur l’économie il a perdu cinq points. Ils ne sont plus que 47% à l’approuver, contre 52% en avril. Alors que 49% désapprouvent ses options.

Sur l’immigration, seuls 33% des électeurs approuvent le travail de Biden. 55% en ont une opinion défavorable.

Sur la question de savoir si le pays, dans son ensemble, évolue dans la « bonne », ou la « mauvaise » direction, Joe Biden n’est plus suivi que par 33% des électeurs. Contre 44% en avril. C’est son plus mauvais score depuis son entrée à la Maison Blanche.

Cette chute de popularité n’a rien de surprenant. Elle aurait même pu survenir plus tôt. L’administration Biden n’a cessé de prendre des décisions à l’encontre des intérêts américains. Intérêts nationaux, ou intérêts particuliers. Partout où son administration est intervenue, le résultat a été désastreux. Comme le souligne Jim Jordan, Représentant Républicain de l’Ohio, : « l’administration Biden s’est plantée sur tous les sujets qu’elle a abordés. » Tout ce que Biden touche devient un champ de ruines. Barack Obama aurait dit à son sujet : « ne sous-estimez jamais la capacité de Joe (Biden) à tout foutre en l’air ». Le fiasco afghan lui donne raison. Toutefois ce fiasco n’est pas le seul d’une présidence, vieille de seulement huit mois. La crise afghane a plutôt servi à réveiller les consciences. C’est le fiasco de trop. Celui qui fait ressortir toutes les crises précédentes. Et elles sont nombreuses.

La première reste la crise migratoire.

2021 sera une année record pour les entrées de clandestins aux Etats-Unis. Au rythme actuel, leur nombre pourrait approcher des deux millions ! Du quasi jamais vu. En juillet, les garde-frontières ont effectué deux cent mille arrestations. Le chiffre mensuel le plus élevé depuis vingt ans ! Cet afflux massif de clandestins est la conséquence directe des politiques vantées puis mises en place par l’administration Biden.

Donald Trump avait fait campagne contre l’immigration clandestine. Et il avait tenu promesse. A l’issu de son mandat le flot des entrées illégales s’était presque tari. En avril 2020 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine était tombé à seize mille. D’un côté, la pandémie de Covid-19 naissante avait découragé les tentatives de passage, de l’autre ses décisions avaient porté leur fruit : construction d’un mur à la frontière mexicaine (la longueur bâtie fut inférieure aux attentes de ses électeurs, mais l’objet n’en avait pas moins une forte portée symbolique) ; obligation pour les demandeurs d’asile de déposer leurs demandes depuis l’étranger ; renvoi systématique des clandestins hors du pays.

Ces politiques ont été abandonnées par l’administration Biden. Dès les premiers jours. Par décrets présidentiels. Et Joe Biden a annoncé en fanfare une grande loi d’amnistie pour les douze millions de clandestins déjà présents aux Etats-Unis. Ces décisions et ces annonces ont fonctionné comme un appel d’air et déclenché un afflux massif de nouveaux candidats à l’immigration. En avril 2021 le nombre d’arrestations à la frontière mexicaine fut de cent quatre-vingt-dix mille ! Douze fois plus qu’un an plus tôt. Cet afflux a submergé les services sociaux des localités et régions concernées. S’en suivit une crise humanitaire et sanitaire dont les images ont indigné les Américains : gardes-frontières débordés, centre d’accueils surpeuplés, mineurs non-accompagnés entassés par centaines dans des cellules vitrées, etc. L’administration Démocrate a été dépassée par les conséquences de ses décisions.

Cette crise n’est toujours pas terminée ! Elle n’occupe plus les écrans, comme au printemps, mais les clandestins continuent d’affluer.

La seconde crise concerne l’énergie.

Comme la précédente, elle est entièrement le fait des politiques instituées par l’administration Biden. C’est une crise qui n’avait pas lieu d’être. L’excellente santé du secteur énergétique constituait le succès le plus retentissant de l’administration Trump. L’Amérique était devenue, pour la première fois de son histoire moderne, auto-suffisante en énergie. Les Américains produisaient plus qu’ils ne consommaient. Mieux, les Etats-Unis étaient devenus le premier producteur de gaz naturel et le premier producteur de pétrole au monde. Devant la Russie et devant l’Arabie Saoudite. Cette réussite a été sapée, consciemment et délibérément, par Joe Biden et les Démocrates.

Les deux éléments déclencheurs furent deux décrets signés dans les premiers jours de l’administration. Le premier suspendit, sans sommation, la construction du pipeline Keystone, reliant des champs bitumineux du Canada et du nord des Etats-Unis au golfe du Mexique. Le second suspendit les permis d’exploration et de forages sur les terres fédérales et programma l’élimination progressive des énergies fossiles aux Etats-Unis. Le président signa d’un trait de plume la mort d’un secteur économique florissant et des dizaines de milliers d’emplois qui en dépendent.

Cela a été fait au nom de la lutte contre le changement climatique, pénalisant instantanément l’économie et l’emploi aux Etats-Unis. Sans aucune contrepartie de la part des partenaires et concurrents des Etats-Unis. Au contraire, Biden mit fin aux sanctions imposées par Donald Trump contre le pipeline russe Nord-Stream 2, donnant un coup de pouce à l’exportation du gaz russe vers l’Allemagne et l’Europe centrale. Non content de pénaliser l’Amérique il favorisait ses concurrents. Une logique incompréhensible pour les électeurs.

La première conséquence de cette politique fut une envolée du prix de l’essence à la pompe et du pétrole au baril ! .Le « gallon » (4 litres) d’essence qui coûtait environ deux dollars sous Donald Trump en coûte désormais le double. Parfois plus. En Californie une station-service située sur le célèbre Highway 101, affichait un prix de 5, 39 dollars le gallon cet été.

Le prix du baril qui se situait autour de 40 dollars début novembre 2020 approche désormais les 80 dollars ! Il a été multiplié par deux en huit mois ! Comble de l’incohérence le président Biden a demandé, début août, aux membres de l’OPEP d’augmenter leur propre production, pour faire baisser les prix et soutenir l’économie mondiale… Si le ridicule tuait, il y aurait une hécatombe à la Maison Blanche!

Cette hausse du prix du brut ne s’est pas produite dans un vide économique. Le prix de toutes les matières premières est reparti à la hausse engendrant aux Etats-Unis un redémarrage de l’inflation ! Une crise supplémentaire manufacturée par l’administration.

L’inflation renvoie à un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. C’était le mal des années 1970-1990. Elle avait disparu du contexte international depuis. Elle revient aux Etats-Unis. En mai et juin les prix ont augmenté à un rythme annuel de 12%. Le taux le plus élevé depuis 2008. Sur les douze derniers moi la hausse est de 5,4%, alors que depuis 2010 elle a été contenue entre 1 et 2% par an. Les produits les plus touchés sont le bois (donc l’immobilier et le mobilier aux Etats-Unis), les voitures, les appareils électroménagers, le café, la viande et les soins de santé.

Au-delà du contexte international qui peut susciter des variations de prix sur certains produits comme le café, les analystes attribuent ces hausses au nouveau « climat inflationniste ». Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Biden a approuvé plus de trois mille milliards de dépenses supplémentaires, portant la dette nationale à près de trente mille milliards de dollars, à travers des plans de relance successifs, et des gros projets d’infrastructures. Or ces trains de mesure débordent de dotations aux motivations plus politiques qu’économiques (ce que les Américains appellent « pork ») et surtout seront financés par l’emprunt c’est-à-dire la planche à billets…

Ce qui n’a pas empêché Joe Biden d’annoncer par ailleurs une série de hausses d’impôt.

La taxe fédérale sur les revenus du capital passerait de 29% aujourd’hui à 39%. Une fois facturées les taxes d’Etat sur ces mêmes gains, les investisseurs se verraient ponctionnés de près de 49%. Ce qui ferait des Etats-Unis le pays avec la taxation du capital la plus lourde de tous les pays de l’OCDE ! Surprenant pour un pays encore dénoncé comme porte étendard de l’ultra-libéralisme

Dans la foulée, Biden a proposé une hausse des taxes sur le revenu des salariés, sur les entreprises, sur la propriété et même sur les successions. Il ne s’agit pour l’instant que de propositions qui doivent être débattues au Congrès mais l’effet de ces annonces sur l’économie a été immédiat.

Entreprises et investisseurs hésitent à s’engager avant de savoir à quelle sauce ils seront mangés. Du coup l’économie se traine. Le taux de chômage national reste largement au-dessus de ce qu’il était sous Donald Trump avant la pandémie de Covid-19. 5,4% en juillet 2021 contre 3,2% en décembre 2019.

Justement la pandémie n’en finit pas aux Etats-Unis. C’est une crise supplémentaire et les Américains se lassent de recommandations changeantes et d’une obligation de port du masque sans cesse prolongée dont les politiciens à Washington semblent, au passage, être exempts.

Grace au plan « Warp speed » de Donald Trump, les Etats-Unis ont développé en 2020 plusieurs vaccins contre le Covid en un temps record, neuf mois. La campagne de vaccination a commencé dès décembre, avant la prise de fonction de Joe Biden. Celui-ci avait promis que le 4 juillet, date de la fête nationale, serait aussi la date de la « libération », c’est-à-dire de la fin des restrictions liées au Covid. Nous sommes fin août et les restrictions sont toujours en place. Pire, le Docteur Anthony Fauci, expert scientifique auprès du gouvernement, affirme à présent que « la pandémie ne sera pas sous contrôle avant le printemps 2022 ». Et encore, à condition que les taux de vaccination progressent.

La faute aux « variants », dit-il. C’est-à-dire aux différentes mutations du virus, La faute aussi à une perte de confiance des Américains envers les vaccins. Non seulement leur efficacité est limitée dans le temps (certains parlent de rappels annuels, comme pour la grippe) mais ces vaccins n’ont pas enrayé la propagation du virus. Illustration étonnante de ce phénomène de rejet, Donald Trump, d’habitude si adulé par ses partisans, a récemment essuyé des huées quand il a invité ses supporters à se faire vacciner ! La campagne de vaccination a d’ailleurs connu un coup d’arrêt au cours des dernières semaines. Avec 52% de sa population vaccinées, les Etats-Unis se retrouvent au même niveau de vaccination que la Grèce et derrière la France.

L’ultime crise de crise est une crise raciale, avec des retombées culturelles et sociales.

Depuis huit mois, au nom de « l’équité raciale », les programmes scolaires, les enseignements militaires, et même les formations professionnelles des grandes entreprises ont été bouleversés pour faire place à la « théorie critique des races ». Le phénomène s’est répandu à travers le pays comme une trainée de poudre. C’est une révolution culturelle d’une telle soudaineté et d’une telle ampleur qu’elle a d’abord suscité de l’incrédulité, avant de déboucher sur un rejet résolu de la part des électeurs, toutes races confondues !

La « théorie critique des races » est une construction intellectuelle d’inspiration marxiste qui considère la race comme le vecteur dominant des rapports sociaux et dénonce les personnes de race « blanche » comme intrinsèquement racistes. Sans exception. Ce racisme serait responsable de la persistance d’un échec économique au sein d’une partie de la communauté noire et appellerait à être corrigé par des réparations financières et une rééducation de la communauté blanche.

Les tenants de cette théorie, appuyés par l’administration Biden, mettent en avant le concept « d’équité » raciale, qui va bien au-delà de l’idée « d’égalité » raciale. Il ne s’agit plus de garantir l’égalité des chances. Il s’agit de parvenir à l’égalité des résultats. C’est une idée qui a germé pendant des décennies au sein de la gauche radicale américaine et de Noirs « racialistes » avant d’exploser au visage de l’Amérique en 2021.

Concrètement, elle passe par l’enseignement dans les écoles primaires américaines de l’existence d’un racisme systémique blanc. Dès l’âge de sept ans, les écoliers sont soumis à cet endoctrinement et tenus d’apprendre et réciter ses préceptes, comme les Chinois sous Mao et les Cambodgiens sous Pol Pot.

Les nouvelles recrues de l’armée sont sommées de lire le livre « Comment devenir un anti-raciste » par Ibram Xolandi Kendi (de son vrai nom Ibram Henry Rogers), dont l’une des propositions est la mise en place d’un « Ministère de l’anti-racisme » chargé de superviser l’action de… tous les autres ministères.

Tandis que la gauche et de pseudo-révolutionnaires noirs font ainsi la chasse aux racistes blancs, la criminalité explose, dans les quartiers noirs et au-delà. Depuis les manifestations qui ont suivi la mort de George Floyd en mai 2020, avec leur flot de revendications visant à réduire les services de police dans les grandes villes, on assiste à une explosion de toutes les formes de criminalité: homicides par armes à feu, vols de voiture, cambriolages et vols à l’étalage.

New York, Chicago, Baltimore, Saint Louis, Detroit, Sans Francisco, et d’autres grandes villes ont vu une hausse vertigineuse de nombre de meurtres. A Chicago, les meurtres ont augmenté de 50% entre 2019 et 2020, passant de 500 à 775. En 2021, le cap de 800 meurtres pourrait être dépassé. A Seattle la progression a été de 61%. A Minneapolis, ville où George Floyd a été tué, les homicides sont remontés à leur niveau des années 1990, au plus fort des ravages de la « crack-cocaïne ». Idem dans la capitale fédérale Washington D.C..

Ces villes ont deux choses en commun. Elles sont toutes dirigées par des administrations démocrates depuis des décennies. Elles ont toutes réduit leur budget consacré à la police en 2020.

A San Francisco, le vol à l’étalage est devenu une activité banale. Régulièrement, les grands magasins sont dévalisés par des bandes de pillards qui prennent soin de ne pas voler pour plus de 950 dollars de marchandises. En effet une loi locale considère qu’en dessous de cette somme le vol n’est pas un « crime » mais un simple « délit » et que la police ainsi que le procureur s’en désintéresseront. Résultat, les pillages se déroulent en plein jour, sous les caméras de sécurité et sous l’œil de gardes qui ont pour ordre de ne pas intervenir, de peur de provoquer des affrontements violents pouvant engendrer des victimes humaines…

Voilà à quoi ressemble l’Amérique de Joe Biden.

Avec des tels résultats il est presque surprenant que sa côte de popularité ne soit pas encore plus basse. Il peut remercier les médias dominants qui jusqu’à présent l’ont épargné. Comme ils l’avaient fait durant la campagne électorale. Mais cela aussi est en train de changer. A la lumière de la débâcle afghane CNN et le New York Times réévaluent leur soutien aveugle à Joe Biden. Leurs journalistes retrouvent soudain de leur mordant et Joe Biden est pointé du doigt pour ses lapsus, ses errements, ses trous de mémoire, ses faiblesses intellectuelles, et surtout sa déconnexion apparente face aux conséquences gravissimes de sa politique. Il transparaît de plus en plus que Biden n’est qu’un président par intermittence. La question de savoir s’il est en mesure de diriger le pays, et s’il peut achever son mandat, est sur toutes les lèvres.

Toutefois, une destitution ou une démission de Joe Biden, ouvrirait la porte du bureau ovale à Kamala Harris, sa vice-présidente. Et heureusement pour lui, elle est encore plus impopulaire qu’il ne l’est devenu.


Culture « woke »: Les entreprises aussi ! (Back in the USSR: Racial dysphoria goes big-buck corporate and fully confirms Chesterton’s 100-year-old prophecy of a modern world full of the old Christian virtues gone mad)

1 juillet, 2021

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I’m back in the USSR, you don’t know how lucky you are boy, back in the US, back in the US, back in the USSR. Lennon-McCartney
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur. Rachel Dolezal
C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien. Kitara Johnson (NAACP)
J’ai essayé de m’enfuir de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut. Converti à l’islam
Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier. Jess Row
Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! Oli London
Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que coréen, je ne m’identifie pas comme britannique, et maintenant j’ai l’air coréen, je me sens coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…) j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. Oli London
Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme. Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, il a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme. (…) Les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « blancs de gauche », selon lui) des centaines de menaces de mort. En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont il présente la Corée dans ses clips. À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper. « Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. » (…) En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors. Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ? Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale… Laure Coromines
Quand le monde a changé, nous avons été trop lents à réagir. Nous devions arrêter d’être ce que veulent les hommes et être ce que veulent les femmes. Je savais que nous devions changer cette marque depuis longtemps, nous n’avions simplement pas le contrôle de l’entreprise pour pouvoir le faire. Pour le moment, je ne considère pas [les Anges] comme étant culturellement pertinents. Autrefois, la marque Victoria avait un seul objectif, qui s’appelait ‘sexy’. (…) [ce qui signifiait aussi] que la marque n’a jamais célébré la fête des mères. Martin Adams
Confrères diététiciens blancs : arrêtez, s’il vous plaît, de dire que le régime méditerranéen est la façon la plus « saine » de manger. Cela confirme la suprématie blanche. Kathleen Meehan (diététicienne et nutritionniste diplômée)
Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité. [Mais] les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches. Mathilde Cohen (chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis)
La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année.  (…) La « blanchité alimentaire » participerait à « renforcer la blanchité comme identité raciale dominante », en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par « un discours racialisé et eugéniste » auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de « perfomances blanches » dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé », conclut-elle. Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie. » Le Figaro
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia
La Cour n’est pas une législature. (…) Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. John Roberts
La justice française a été longtemps considérée comme soumise au pouvoir exécutif, et il était difficile de le contester. La catastrophe des années 80 qualifiées à juste titre d’«années fric» qui a vu une corruption massive investir le champ politique, a fini par provoquer de vives réactions dans la société française. C’est le triomphe du slogan «tous pourris» et un certain nombre de magistrats, à l’image de ce qui s’est passé en Italie avec l’opération «Mani pulite», ont vu là une opportunité pour s’émanciper de la soumission au pouvoir qu’on leur reprochait. Avec l’appui de l’opinion publique mais aussi de la presse, ils ont alors lancé une offensive contre une classe politique affaiblie. Dans un contexte de crise économique, les politiques incarnaient ceux dont les privilèges étaient insupportables, et il leur était reproché, souvent à juste titre, d’entretenir des rapports élastiques avec la morale publique. Alors, dans une lutte, vouée à l’échec, de reconquête de leur crédibilité, ils ont multiplié les textes destinés à restaurer leur image, mais qui ont eu surtout pour conséquence de les exposer et de les affaiblir. Ce fut bien sûr la fameuse loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1990, qui eut le mérite de faire reculer la corruption qui en était auparavant l’outil principal. Désormais les partis recevaient des fonds publics en proportion de leurs résultats électoraux, mais la contrepartie était celle du contrôle part des organes dédiés et surtout par le juge. Il y eut également la multiplication des textes répressifs, chaque affaire politico-financière provoquant l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles contraintes, et de nouvelles sanctions. Le problème a été aggravé par ce que les politiques eux-mêmes n’ont pas résisté à la tentation d’instrumentaliser les affaires judiciaires contre leurs adversaires, espérant, en ces temps de recul des clivages idéologiques, en percevoir des bénéfices politiques. Dans un premier temps ce fut la droite qui joua à ce petit jeu avant que l’alternance ne la ramène au pouvoir, où elle devint la cible d’offensives méthodiques, contre Jacques Chirac d’abord puis Nicolas Sarkozy ensuite. Méthodiques, parce qu’elles bénéficiaient d’une forte présence de la «gauche» socialiste au sein de la magistrature organisée dans les deux principales organisations syndicales que sont le Syndicat de la Magistrature (SM) et l’Union Syndicale des Magistrats (USM). C’est ainsi que l’on a entendu en permanence, comme une psalmodie, la revendication de «l’indépendance», sans jamais prononcer le mot «d’impartialité» dont l’indépendance ne devrait être que le moyen. De façon très paradoxale l’autonomie conquise par la magistrature est devenue l’outil de la partialité, celle-ci étant d’ailleurs revendiquée comme l’a montré la fameuse affaire du «mur des cons». La présidence de François Hollande a été le moyen pour lui de finaliser un dispositif directement politique avec la création au moment de l’affaire Cahuzac de deux outils essentiels. D’abord le Parquet National Financier (PNF), autorité de poursuite à compétence nationale qui permet de décider sur l’ensemble du territoire, qui sera poursuivi et qui ne le sera pas. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) ensuite, destinataire de toutes les informations financières concernant les élus, qui peuvent s’avérer bien utiles le moment venu. La nomination à sa tête d’un ami du parti socialiste fut une jolie confirmation. (…) Il est aujourd’hui difficile de nier que François Fillon a fait l’objet d’un traitement très particulier du haut appareil judiciaire à partir du 25 janvier 2017, le jour de la publication par le Canard enchaîné d’informations relatives à l’emploi d’attachée parlementaire de son épouse Pénélope. Rappelons que l’enquête préliminaire ouverte par le PNF l’a été en fin de matinée du même jour. Difficile d’être plus rapide! En janvier 2017 les sondages donnaient François Fillon à 24 % d’intentions de vote et Emmanuel Macron à 16 %. Pendant un mois et demi, ce fut un invraisemblable tintamarre politico-judiciaire, à base de violations grossières et orientées du secret de l’enquête, de la séparation des pouvoirs, et d’initiatives judiciaires absolument fulgurantes. Aucun magistrat ou avocat de bonne foi, ne peut prétendre avoir déjà vu une affaire pénale se dérouler de cette façon. François Fillon s’est certes très mal défendu, et a contribué à sa défaite, mais il ne serait pas non plus sérieux de prétendre que sans le raid judiciaire dont il a été l’objet, le résultat eût été le même. En tout cas, de la part de ceux qui étaient à la manœuvre, probablement à l’Élysée puis dans l’appareil judiciaire, c’était bien l’objectif poursuivi. Comme Éliane Houlette ancienne patronne du PNF l’a quasiment reconnu lors de son audition par une commission parlementaire en juin 2020. Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de devenir ministre de l’économie sous François Hollande. Il était perçu par l’opinion et l’essentiel du parti socialiste comme le successeur et l’héritier de celui-ci. La mansuétude dont je parle est tout à fait établie, si l’on pense à Kader Arif ministre de Hollande mis en examen en 2014 et dont on n’a plus jamais entendu parler, Bruno Le Roux éphémère ministre de l’intérieur démissionné pour des emplois d’attachés parlementaires familiaux, lui aussi mis en examen, et disparu dans un trou noir. Mais aussi les traitements judiciaires bienveillants dont ont bénéficié Richard Ferrand, Alexis Kohler, Ismael Emelien, François Bayrou, Sylvie Goulard, Jean-Paul Delevoye, et quelques autres. Alexandre Benalla n’a, jusqu’à présent, pas eu à se plaindre des rigueurs judiciaires qui ne l’ont pas empêché de violer allègrement son contrôle judiciaire et de poursuivre ses petits business. On peut aussi constater le refus de se pencher plus précisément sur les conditions financières de la campagne d’Emmanuel Macron. (…) Il n’a pas été nécessaire de donner des ordres puisque dans son ensemble l’appareil judiciaire s’est mis au service d’Emmanuel Macron. D’abord pour son arrivée au pouvoir, et ensuite pour l’exercice de celui-ci. Rappelons les poursuites judiciaires contre ses adversaires, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en ont fait l’expérience. La mansuétude pour ses amis, et une répression de masse contre les mouvements sociaux, les gilets jaunes en savent quelque chose. Point n’est besoin pour cela d’un engagement pour un parti, mais c’est simplement l’expression d’une disponibilité idéologique et par conséquent politique pour l’actuel pouvoir en place. Incontestablement pour des raisons sociologiques et professionnelles, le corps des magistrats a des affinités avec ce pouvoir macroniste, dont on peut raisonnablement considérer qu’il rassemble le centre-droit et le centre-gauche. (…) La France est un pays hétérogène qui s’est constitué en tant que nation grâce à un État fort. La culture administrative y est traditionnellement beaucoup plus forte que la culture juridique, c’est incontestable. Une des conséquences et que l’on y préfère l’ordre à la justice. Et malheureusement ce tropisme est partagé par les magistrats qui se considèrent comme dépositaires de la protection d’un ordre plutôt que comme des arbitres chargés de trancher impartialement les contradictions qui naissent dans la société et qui leur sont soumises. La conséquence malheureuse réside dans un attachement insuffisant de l’opinion aux libertés publiques, et une méconnaissance des règles judiciaires en ce qu’elles sont d’abord là pour protéger les innocents. Ce qui explique la facilité avec laquelle on veut attribuer à la justice des objectifs et des fins qui ne sont pas les siens. Et la volonté de vouloir l’instrumentaliser. Les débats récents autour des questions de la pédophilie et de l’inceste reflètent malheureusement cette tendance. Le problème est aggravé par le fait que les élites de ce pays partagent cette culture comme le démontre l’exemple [de] l’ancienne ministre socialiste Juliette Méadel réclamant la suppression du «bénéfice du doute» en cas de délinquance sexuelle. Madame Méadel a été avocate avant de passer l’ENA, ce qui démontre que sept ans d’études juridiques et une prestation de serment ne protègent de rien… (…) Le problème est celui de la définition de la «mission sacrée» qui devrait être, il ne faut pas l’oublier, celle d’un arbitre impartial et qui a besoin par exemple en matière pénale du débat contradictoire pour se prononcer. Pour parvenir à élaborer une «vérité judiciaire» lui permettant de prendre une décision légitime. Par conséquent l’autorité de poursuite c’est-à-dire le parquet, et d’autre part les avocats devaient être perçus comme des auxiliaires de l’élaboration de cette vérité judiciaire. Dès lors qu’aujourd’hui le corps des magistrats ne se perçoit plus comme un corps d’arbitres impartiaux mais comme un outil porteur d’une responsabilité directement politique, les avocats sont de plus en plus perçus comme un obstacle. Il y a par exemple l’affaire de l’enquête secrète du PNF mettant sous surveillance une dizaine d’avocats pénalistes pendant six ans pour en témoigner. Malheureusement, de ce scandale, Éliane Houlette ancienne patronne du PNF soutenue par l’ensemble du corps a refusé catégoriquement de rendre des comptes. Il y a aussi les perquisitions dans les cabinets d’avocats devenues désormais pour certains magistrats instructeurs une pratique systématique. Et enfin n’oublions pas les attaques judiciaires directes contre ce secret professionnel des avocats réduit aujourd’hui à peau de chagrin avec l’appui de la Cour de cassation. On ne citera que le récent arrêt de la CEDH condamnant l’État français pour une décision de cette même Cour de cassation validant la diffusion par Mediapart d’une conversation enregistrée de Madame Bettencourt et de son avocat. (…) L’expérience a montré que la nomination d’un avocat comme ministre de la Justice ne garantissait pas grand chose. Et certains confrères n’ont pas laissé de souvenir marquant de leur passage place Vendôme, c’est le moins que l’on puisse dire. La nomination d’Eric Dupond Moretti à ce poste a constitué une surprise car il n’est guère apprécié par les magistrats et d’ailleurs l’affrontement n’a pas tardé. Comme l’a montré la plainte pour «prise illégale d’intérêts» déposée devant la Cour de justice de la république par deux organisations syndicales contre celui-ci. Cette réaction étonnante du refus par l’autorité judiciaire d’une décision du pouvoir exécutif a eu le mérite de démontrer l’existence de cette autonomie politique. Preuve que le soutien apporté par la justice à Emmanuel Macron dont j’ai tenté de démontrer l’existence, est le fruit non pas d’une soumission mais bien d’une connivence politique. Et que celle-ci ne lui est pas garantie dans la durée. (…) Un retour rapide sur la façon dont cette affaire s’est déroulée le démontre abondamment. Lors d’une émission le journaliste Jean-Jacques Bourdin, avait comparé le Front National à Daesh faisant vivement réagir Marine Le Pen et Gilbert Collard. Qui avaient alors, chacun de leur côté brièvement publié sur les réseaux des photos des exactions de l’organisation terroriste, assorties du commentaire: «Daesh, c’est ça!» Il s’est immédiatement trouvé un parquet pour chercher le moyen de mettre en cause judiciairement les deux parlementaires. Enquête préliminaire et ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge du siège qui prononça prestement la mise en examen des horribles criminels. L’incrimination utilisée était celle prévue à l’article 227-24 du Code pénal, texte spécialement destiné à la protection de l’enfance! Détournement de procédure évident, qui vit le magistrat instructeur, naturellement plein de zèle, et alors que sa procédure n’en avait nul besoin, solliciter la mainlevée de l’immunité des deux parlementaires, immédiatement accordée par la majorité LREM. Puis multiplier les auditions, dont la presse était toujours la première informée, pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2017, pour finir par faire convoquer les prévenus par un expert psychiatre chargé de déterminer si Marine Le Pen et Gilbert Collard devaient être astreints à un traitement inhibiteur de libido! Une ordonnance de non-lieu aurait mieux valu pour l’image de la justice. Mais, lutte contre un fascisme imaginaire oblige, on a assisté à un renvoi devant le tribunal correctionnel, à une audience ridicule où un parquet gêné a requis de simples amendes! Il faut ajouter que pour organiser cette manipulation, nul besoin de consignes du pouvoir. Se comportant en militants, ceux qui s’y sont livrés l’on fait spontanément. (…) Dans [la] fameuse «Affaire du siècle», l’État français a été considéré comme ayant commis une faute engageant sa responsabilité en ne respectant pas les objectifs qu’il s’était lui-même fixés en matière de la lutte contre le réchauffement climatique et pour n’avoir pas mis en œuvre les moyens afin d’y parvenir. Dans le système français, le juge administratif est chargé de contrôler les décisions de la sphère publique et dans son principe la décision rendue dans cette affaire n’est pas une première. Par exemple l’État a déjà été condamné, pour faute lourde pour n’avoir pas, interdit l’utilisation de l’amiante dès lors que les preuves scientifiques de sa dangerosité étaient indiscutables. Ou interdit les transfusions de sang non chauffé alors que l’on savait qu’il était susceptible de transmettre le virus du sida. La nouveauté avec la décision récente est que le tribunal administratif de Paris s’est donné en plus deux mois de délibéré pour prononcer des injonctions à l’égard de l’État. C’est-à-dire que le juge considère qu’il a le pouvoir de lui dire ce qu’il doit faire pour atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Cela change tout: si on comprend bien, la juridiction considère qu’elle ne doit pas se limiter au constat de la défaillance de l’État, mais prendre sa place pour décider les mesures à prendre. Le fait est que dans une interprétation excessive de «l’État de droit» on a enserré l’action de la puissance publique, normalement émanation de la souveraineté du peuple, dans un carcan de règles multiples qu’elles soient nationales, européennes ou internationales (par l’adhésion à des conventions du même nom).Et naturellement, cette nflation de normes qui s’imposent à l’État multiplie les possibilités d’intervention du juge, qui peut ainsi empiéter sur les prérogatives de la puissance publique. Dans la mesure où ces interventions judiciaires vont être à l’initiative de divers groupes de pressions, plus ou moins légitimes ou représentatifs, le risque de déséquilibre démocratique est réel. Régis de Castelnau
An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted. Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.” If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. (…) There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. (…) DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. (…) [It ] hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave. (…) This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide. In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered. Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. (…) It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000. (…) Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist.(…) In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners. What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people. Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia. White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company. Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000. (…) Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies. Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.” Bridget Read
Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires. Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse». En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine. Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir. Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. (…) Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade». Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien. Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine. Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro. Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches? En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française. Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile. Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur». Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.» Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques. La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires. «La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse. Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme. Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités. C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais. «C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé. D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire? Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images… De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. (…) C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc. (…) Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs… On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles. En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (…) Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme? Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique. «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?» Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities. Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race». «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin. Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus. Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps. Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement. Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option. Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes». La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone. Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire. Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre». Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine. Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste. Aude Lorriaux
Depuis la mort de George Floyd, lors d’un contrôle de police à Minneapolis, des manifestations ont lieu partout aux États-Unis avec pour slogan Black Lives Matter, comme ici à Oklahoma City, le 31 mai 2020. Louboutin revendique (…) le lancement d’une nouvelle collection, « Walk a Mile in my Shoes », inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui « exprime cette saison l’empathie et la solidarité ». L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme. Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême. Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs (sic) aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le « racisme structurel de la société américaine ». Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche. En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). (….) L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation. Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc. En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes.
Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalé des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. (…) La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et (…) c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. (…) Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique». Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge. (…) Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale. Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. (…) À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps. Mathieu Bock-Côté
Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. (…) Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexisme, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures. «Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» (…) La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable. Thierry Wolton

Back in the USSR !

Camps de rééducation, séances d’autocritique publique, dénonciations, excommunications, procès-spectacles, censure et auto-censure médiatique, purges périodiques, police de la pensée, inquisition, révisions de la langue,  déboulonnages de statues, effacement de photos, exportation de la révolution …

A l’heure où, après avoir gagné le sexe, la dysphorie s’attaque à présent à la race …
Et à coup de bistouri, un influenceur blanc peut devenir coréen
Tout comme pendant que la lingerie elle-même se wokise …
Un homme peut devenir reine de beauté
Le tout alors qu’avant d’envahir nos stades, l’un vient de remplacer l‘autre dans notre Constitution
Ou après avoir mis le feu à l’Amérique et au monde occidental …
Entre question raciale et épidémie …
Et au prix du hold up électoral du siècle …
Et de son lot classique de boucs émissaires
Un vieil apparatchik nous fait à présent le coup du réconciliateur d’un pays fracturé …
Comment ne pas voir le nouveau totalitarisme qui vient …
Avec l’aide, entre inflation des normes et simple connivence idéologique, de la politisation de la justice
Comme du système médiatique et, avec les réseaux sociaux, paramédiatique …
Où après le bolchévisme et le maoïsme de la Révolution culturelle chinoise …
C’est désormais nos propres entreprises
Qui entre rééducation idéologique, séances d’autocritique publique et excommunication numérique …
Et contre espèces sonnantes et trébuchantes
Sont gagnées par ce monde moderne, prophétisé par Chesterton il y a un siècle, rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

« Demander pardon pour ce qu’on est? Cela s’appelle l’autocritique communiste »

TRIBUNE – Si l’analogie a, Dieu merci, d’évidentes limites, il est difficile de ne pas songer à la Révolution culturelle chinoise en considérant les actes d’intimidation, les menaces voire la violence physique des activistes américains qui fustigent le «privilège blanc», argumente Thierry Wolton, essayiste, spécialiste du communisme.


Thierry Wolton est l’auteur, notamment, de «Une histoire mondiale du communisme», en trois volumes chez Grasset: «Les Bourreaux» (2015), «Les Victimes» (2016), «Les Complices» (2017).


Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. Tourner la page d’hier, croire que l’on peut repartir de zéro pour bâtir un monde nouveau, forcément meilleur, est une tentation pour chaque génération, convaincue qu’elle peut faire mieux que ses prédécesseurs, que l’avenir lui appartient. Cette espérance, qui fait des vies de chacun un point de départ toujours renouvelé, peut néanmoins tourner au cauchemar si elle devient un impératif, destiné non plus à ouvrir les chemins de l’avenir mais à démolir systématiquement ce qui s’est fait auparavant, à renier l’histoire constitutive de ce que l’on est présentement. Faire du passé table rase au risque de l’amnésie ouvre la porte aux manipulations, faute de repères dans le temps.

Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités Chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexiste, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures.

«Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» Ce n’est pas en épurant l’histoire des faits et des hommes qui déplaisent à la conscience du moment, qu’on peut la comprendre et en tirer les leçons.

La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable.

La lutte contre le racisme est une noble cause qui rappelle la commune condition du genre humain, une évidence qui ne devrait pas avoir besoin d’être défendue. Faut-il pour autant que cette lutte cherche à instrumentaliser l’histoire comme si elle était coupable, comme si on pouvait la réécrire au goût du jour pour plaire aux plaignants du moment? La destruction de symboles d’un passé supposé raciste, le déboulonnage de quelques héros accusés d’actes, de propos racistes, la mise à l’index de chefs-d’œuvre qui ne correspondent plus aux canons à la mode, ne résoudront rien.

De tels actes servent tout au plus à assouvir des haines qui ne sont jamais de bonnes conseillères. Le jusqu’au-boutisme qui aboutit à la stigmatisation de ceux jugés coupables a priori donne au mouvement «antiraciste» actuel une orientation qui permet de douter de sa sincérité. Culpabiliser un Blanc parce qu’il est Blanc, quand il n’y est pour rien, est une stupidité et une inconvenance. S’excuser, demander pardon pour ce que l’on a fait soi-même, pour ce dont on s’est rendu coupable à titre individuel, certes oui, mais certainement pas pour ce que l’on est ou pour ce qui s’est produit plusieurs siècles avant votre naissance.

Tout passe. Les jeunes Chinois d’aujourd’hui ne font plus du passé table rase. Sur ordre du pouvoir national-communiste de Xi Jinping, ils encensent la glorieuse histoire de l’empire du Milieu, celle-là même que Mao voulait passer à la trappe. La roue de l’histoire tourne au rythme que les hommes lui donnent, les vérités d’aujourd’hui ne peuvent pas plus prétendre à l’éternité que celle d’hier, et probablement que celles de demain. Cela ne veut pas dire que les faits en eux-mêmes ne doivent pas être discutés, analysés, voire jugés, mais sans émoi et surtout sans diktat, pressions et menaces, quels qu’ils soient.

Voir aussi:

Mathieu Bock-Côté: «Rééducation à l’américaine»
CHRONIQUE – L’idéologie racialiste américaine cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
28/05/2021

Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalité des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. Celle-ci n’est pas loin de considérer Joe Biden comme un président de transition, alors qu’une nouvelle garde s’installe dans un pays dont les coordonnées identitaires de base se transforment. Il laisse croire à un retour au calme alors que tout s’embrase.

La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et comme le notait récemment Christopher Caldwell dans la National Review, c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. Le principe d’équité prétend accomplir l’égalité à l’américaine mais en fait le falsifie, en liquidant la référence à l’individu pour la reporter à l’échelle raciale: chaque groupe identifié par la bureaucratie diversitaire doit être représenté dans tous les domaines de l’existence sociale selon son poids dans la population, sans la moindre nuance. Le monde se laisse absorber par un fantasme mathématique. Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique».

Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge.

La ségrégation positive

L’obsession raciale conduit à la ségrégation raciale. Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale.

Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. L’individu habité par une névrose raciale et se convertissant à une identité de genre indéterminée est le nouveau visage du rêve américain.

À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps.

Voir également:

La culture « woke » s’immisce pas à pas dans les entreprises
ENQUÊTE – Aux États-Unis, les entreprises se sont converties à cet antiracisme militant, quitte à organiser une forme de ségrégation au sein de leurs salariés. Les patrons français gardent un regard critique sur le mouvement, même si quelques lignes commencent à céder.
Anne de Guigné
Le Figaro
27/06/2021

Assa Traoré le poing levé sur son canapé en hauts talons de la marque Louboutin. Publiée sur le compte Facebook du collectif La Vérité pour Adama, la photo s’agrémente d’un texte où la militante antiraciste évoque la mort de son frère Adama «il y a cinq ans entre les mains des gendarmes» avant de conclure sur un lyrique: «Je marcherai dans vos pas à tous les trois (les designers de la maison, NDLR), grandie par cette élégante création qui fait de moi une femme fière de ce que nous construisons ensemble. Justice pour tous».

L’ensemble a fait couler tant d’encre que la marque a dû préciser que l’emblématique jeune femme ne comptait pas parmi ses égéries. Louboutin revendique en revanche le lancement d’une nouvelle collection, «Walk a Mile in my Shoes», inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui «exprime cette saison l’empathie et la solidarité».

L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme.

Appel au boycott

Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême.

Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le «racisme structurel de la société américaine».

Stage de quasi-rééducation

Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche.

En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Sur le Vieux Continent, comme aux États-Unis, la définition de la RSE a eu tendance à évoluer ; synonyme, il y a dix ans, d’un principe de responsabilité de l’impact de ses actions, la RSE dernière génération tend davantage vers la défense de valeurs. Les grands groupes, essentiellement de services, multiplient ainsi les actions en faveur de l’inclusivité et de la diversité, avec un fort accent en faveur de l’égalité hommes-femmes ou de la visibilité des personnes LGBT. À quelques exceptions près, ils conservent toutefois un pas de côté vis-à-vis de l’antiracisme à la sauce woke, se contentant d’inclure ces problématiques dans des formations plus larges aux discriminations.

Les lignes commencent toutefois à bouger. L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation.

Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc.

En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes. Les prochaines années, voire les prochains mois, s’annoncent délicates pour les chefs d’entreprise, qui devront naviguer entre les injonctions contradictoires de leur base française et de leurs contreparties anglo-saxonnes. Les crispations risquant de se cristalliser autour de l’épineuse question de la religion en entreprise.

Voir de même:

Brut lève 75 millions de dollars auprès de Murdoch, Pinault et Orange

Le média social français connu dans le monde entier, est valorisé autour de 300 millions de dollars.

Le tour de table du média social français Brut, devient l’un des plus chic de la planète média. Après avoir séduit Xavier Niel, Alexandre Mars et Bpifrance lors d’un tour de table de 40 millions de dollars en 2019, Brut accueille aujourd’hui à son capital James Murdoch (via son fonds Lupa Systems), François-Henri Pinault (via la holding Artémis), le fonds Tikehau et Orange Ventures qui est l’un des plus importants participants à ce tour de table.

Les sagas et les stratégies de l’éco. La vie et les coulisses des entreprises, du monde des affaires et de celles et ceux qui l’animent, par Bertille Bayart.

Tous ces investisseurs, anciens et nouveaux, apportent 75 millions de dollars d’argent frais à Brut sur la base d’une valorisation approchant les 300 millions de dollars. Les trois fondateurs, Guillaume Lacroix, Renaud Le Van Kim et Laurent Lucas, conservent cependant le contrôle de la société.

«Nous discutions depuis deux ans avec James Murdoch. Il nous apportera sa capacité de monter des deals stratégiques dans le monde entier. Il est, tout comme François Henri Pinault, très aligné sur les valeurs de Brut. De son côté, Orange Ventures nous aidera à nous développer en Afrique francophone» détaille Guillaume Lacroix, président de Brut. Jérôme Berger, patron d’Orange Ventures confirme «la présence d’Orange dans 18 pays d’Afrique et le lien avec 130 millions de clients sera un atout considérable pour le développement à la fois de la partie média et de la plateforme de SVOD de Brut».

Guillaume Lacroix souligne, par ailleurs, que le média social français est le premier à recevoir le label international Bcorp, attribuée par B Lab Europe, qui labellise les entreprises répondant à des normes sociales et environnementales rigoureuses. Ce label est de plus en plus exigé par les fonds d’investissement.

Depuis la création Brut sur Facebook en novembre 2016, le média social a conquis une audience planétaire. Plus de 300 millions d’internautes partagent chaque mois les vidéos de Brut sous titrées en langues locales. En 2020, le cap des 20 milliards de vidéos Brut visionnées a été franchi. Brut est très populaire en France, aux États-Unis et en Inde, auprès des jeunes de moins de 35 ans, grâce à une ligne éditoriale reposant sur des valeurs largement partagées par cette communauté : l’environnement, le droit des femmes, les genres ou encore la responsabilité des pouvoirs.

Le live streaming shopping

Aux côtés de ce média social, Brut a lancé en avril dernier, son service de streaming vidéo par abonnement BrutX, en France puis en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et récemment en Afrique francophone. Guillaume Lacroix, PDG de Brut, espère atteindre le million d’abonnés en 2023, avant d’étendre ce service dans le reste du monde.

Aujourd’hui, le groupe repose donc sur deux pieds : l’audience avec Brut et l’abonnement avec Brut X. L’apport d’argent frais va permettre d’accélérer les investissements sur ces deux premiers étages de fusée mais aussi d’en ajouter un troisième. Ainsi, Brut lance aux États-Unis, en Inde et en France, une plateforme de services et de conversation pour permettre aux jeunes créateurs du monde entier de promouvoir des contenus, des services ou même des marques en accord avec les valeurs de Brut. «Nous avons développé une influence dans le monde et maintenant nous voulons utiliser cette influence pour aider les jeunes créateurs. Grâce aux données récoltées auprès de nos communautés de fidèles, nous pouvons les aider à se construire des audiences sur les réseaux sociaux, à les monétiser et même à vendre des produits en live streaming shopping» précise Guillaume Lacroix.

L’arrivée d’investisseurs internationaux réputés, valide le modèle économique de Brut. L’ensemble pourrait atteindre un chiffre d’affaires compris entre 20 et 30 millions d’euros cette année et connaître une croissance supérieure à 200 % l’année prochaine. Déjà rentable en France et en Inde, le média social accélère ses investissements pour consolider sa position.

Soutenu dès sa création par Facebook et son créateur Mark Zuckerberg, Brut a été aussi célébré par Tim Cook, le patron d’Apple, lors de la dernière édition de Vivatech à Paris.

Voir encore:

Doing the Work at Work

What are companies desperate for diversity consultants actually buying?

As the sun went down on May 31, 2020, Kellie Wagner was packing up her Brooklyn apartment when she heard a roar: the chanting of thousands of Black Lives Matter marchers arriving in Fort Greene Park from a nearby rally at Barclays Center. It was the sixth day of nationwide protests in response to the murder of George Floyd, and the NYPD had already made several violent arrests.

Wagner was about to move to California, expecting a slow summer: The pandemic had caused half a million dollars in future business to dry up virtually overnight for Collective, the workplace-diversity consultancy she founded. Companies told her they no longer had the budget for her services. Wagner, who is 35, thought she might have to close up shop for good. Just before she left for the airport, she passed the remnants of a burned-out cop car, broken glass glittering on the sidewalk.

Two days later, Wagner was in Palm Springs — and her in-box was overrun with more than a hundred inquiries from prospective clients. Companies that had canceled on her two months prior were now desperate for help. There were a lot of white CEOs crying on the phone, Wagner recalls, because they had crash-read Robin DiAngelo’s White Fragility and were racked with guilt. There were heads of fashion and beauty brands whose Black employees had begun speaking out on social media about their companies’ racist cultures. What should the CEOs Slack to their staffs? What should they tweet to their customers? What wouldn’t get them criticized but would seem humble and aware — but not so humble and aware that they’d get criticized regardless?

It went on like that for a week, with Wagner in back-to-back-to-back intake calls. Another rush occurred on June 2, #BlackoutTuesday, when two Black entertainment executives called on companies, celebrities, and influencers to post a black square on their Instagram feeds to show solidarity with Black Lives Matter. Brands wanted Wagner’s advice on how best to participate in the campaign — and then, when many of them were excoriated for the low stakes of the gesture, they wanted her advice on how to apologize for it. “They were calling and saying, ‘Well, the black square didn’t work,’ ” Wagner says. “But when you make external statements and you haven’t cleaned up your own house, it’s so inauthentic. You’re asking to be dragged.”

Collective was even courted by the notoriously vulgar media company Barstool Sports, whose founder, Dave Portnoy, was known for provocations like comparing Colin Kaepernick to Osama bin Laden. Wagner said she would consider taking on Barstool as a client if Portnoy agreed to executive-leadership training. She never heard back. (Barstool disputes this.)

Across the country, consultants in the diversity business felt that same whiplash of pandemic bust turning into protest boom. Practitioners who were collecting unemployment received calls from the CEOs of major corporations looking to spend tens or hundreds of thousands of dollars publicly and fast. An in-house diversity professional in San Francisco who had been laid off in a five-minute Zoom meeting in March saw the company re-list his job in a lengthy, solemn Medium post. In Seattle, Tali Lavarry, a former corporate-event planner who had opened her consulting business a few months before statewide shutdowns began, was surviving on instant noodles and peanut-butter sandwiches when her phone started ringing; soon, she took on so many clients she had to hire four employees.

The onslaught was a jarring combination of exhilaration and chaos. One white male executive told Lavarry, “I think I handle colored people all right.” She politely disagreed. Wagner, who is Black, says she had “a kind of breakdown” a few weeks in. “I was having to exert all of this emotional energy to hold space for these white people, who were just waking up for the first time and being like, ‘Oh my God, racism exists.’ ” Still, the mad dash meant that within a quarter, she was able to scale up to 20 employees.

An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted.

Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.

If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. Recently, workers at a multinational company clicked open one such module and encountered “Case Study No. 3: Ethnic Stereotype,” with a photo of a heavyset white man. This was “Michael,” a security guard who “clocks out for lunch from his post on the Upper East Side of Manhattan and sits down to eat in the employee lounge,” where Cindy, his colleague, notices he has only a small sandwich and some apple slices. Cindy needles Michael: “What kind of Italian are you?” she says. “That is the smallest sandwich I have ever seen! Throw some meat on that bread or bust out some pasta and gravy, you big paisan. You’re gonna be starved by the end of your shift!” The module invited workers to consider the ramifications of Cindy’s actions: “How do you think this makes Michael feel? Is Cindy implying that Michael needs to eat more food because he is Italian? Do you think Cindy’s comment could have offended others in the lounge?”

There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. Cindy and Michael are diversity training as bad pornography: low budget, nonsensical, poorly written, too funny to be taken seriously. No one is learning anything meaningful or relevant about bias from this scene. (On Twitter, where it went viral, one user mockingly worried about the “italianx community.”) Its absurdity undermines the entire enterprise. DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. A security guard who actually took the Cindy-and-Michael training looked into it and told me that he’s pretty sure the video was created in-house by his company’s HR wing — specifically by a white woman from Pennsylvania named Jordyn.

The sandwich incident hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave.

Doug Harris, the CEO of the Kaleidoscope Group, became a consultant during this wave and has witnessed every subsequent trend in the diversity Zeitgeist. In 1989, Harris was working in minority-talent recruitment when a white woman asked him to join her diversity-consulting firm. (He remembers thinking, “Wow, you can make money doing this?” It seemed like a natural extension of what he had been doing his whole life, as a Black man navigating nearly all-white environments, ever since he first got a scholarship to a prep school in Connecticut.) In 2006, he bought her out. “When I first started doing this work, people were staying out of trouble,” he says, describing the field’s iterations. “Somebody told a bad joke or something happened. And then it went to ‘being nice’: Don’t say anything wrong. Here’s all the dos and don’ts. And then it went to valuing differences, and that’s when the work really changed.”

This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide.

In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and Black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered.

Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. Wagner’s Collective is one of these outfits. She founded the company in 2017 after working at several tech firms where she saw CEOs profess to care about making workers happy; invariably, the Black employees were not.

Compared with more corporate enterprises like Kaleidoscope, consultancies like Collective tend to have sleeker branding. The people in their stock photos wear T-shirts and clear-framed eyeglasses instead of bad suits, and their websites, in pastel hues, often list the names of the Indigenous tribes on whose ancestral land they do business. They tend to use more overtly political terminology like “anti-racism.” The divide is somewhat generational. “I’m not a fan,” says Harris, though he employs young consultants who use the more confrontational approach. “They tell me, ‘Doug, you old, man. You’re dry.’ But I’m not in that world.”

Both Harris and Wagner, who primarily do operations strategy, share an aversion to DEI work’s lowest-hanging fruit: programs that sound nice and can be sold to multiple clients quickly without much alteration. One popular trend at Fortune 500 companies is requiring employees to take “unconscious-bias training,” a generalized lesson in how bias can affect behavior, and it’s profitable for those consultants who offer it. Collective doesn’t because many DEI practitioners suspect it doesn’t really work. Zheng, the consultant from San Francisco, has a form on their website that asks prospective clients “How did you hear about me?” Zheng doesn’t sign on with the ones who write something like “Google.”

The work done by people like Wagner, Harris, and Zheng is granular and unsexy. It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000.

Many corporate clients, of course, don’t really want to change; they just want to look as if they are changing. For the consultants, doing flimsier, higher-volume work is a constant temptation. “Speaking is so much more lucrative than project work, just infinitely,” says Zheng, who has become a kind of DEI influencer on LinkedIn, where a new crop of self-proclaimed experts has flourished. Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist. “The money that I’m making from even my biggest client right now, for a year-plus of work, I could make in ten one-hour talks,” says Zheng. “When I’m having a bad day, sometimes I’m like, What if I quit and then talked about unconscious bias once a day and just rolled in money?

“Everybody wants to do new things, but people don’t want to stop doing old things,” Harris says. “I’ll say, ‘You really need to look at your insurance policies and how you’re giving out rates.’ Clients will say, ‘I ain’t going to mess with that. Let’s talk about allyship. Let’s talk about white fragility — that’d be a great topic.’ ” He adds, “You can make a lot of money in diversity being abstract.”

In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners.

What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people.

Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia.

White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company.

Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000.

Shock value is the point of the “White Men” name — a “wake-up call,” in their words. Though they have been doing it for more than two decades, their explicit, emotion-triggering tactics are in vogue alongside recent trends in the anti-racist community. But WMFDP’s founders are far from radicals. They are certainly not Marxists. Instead, they are pointedly apolitical. “We don’t turn this into the PC police, where all of a sudden, to work here, you have to think like I do. What we have to do is behave,” Proudman says. “We have to be respectful. We don’t have to love each other. Some of my best clients were at opposite ends of the political spectrum, and I’ve seen them be incredible champions around equity and inclusion without having to change their belief systems.”

This is why WMFDP is repeatedly invited to work with the federal government and some of the world’s most prominent companies. Last summer, after Jacob Blake was shot by a police officer in Wisconsin, major sports leagues suspended play. The National Hockey League was conspicuously late to act. Afterward, the NHL announced a suite of initiatives, including that all employees would participate in an “inclusion learning experience,” to be led by WMFDP.

The night before the press release went out, Akim Aliu received a call while walking his dog at home in Toronto. Aliu, who was born in Nigeria, is the co-founder of the Hockey Diversity Alliance, an independent group made up of current and former Black and brown players; the league wanted to know if the HDA would agree to be named in the release. Aliu was insulted. Months earlier, the HDA had submitted an eight-point plan asking the NHL to commit to several measures, including a promise that the employment of Black non-player personnel would rise to 10 percent before the end of the 2020–21 season. Talks between the groups disintegrated. (The NHL says they couldn’t agree on timing and other specifics.) In the end, the HDA did agree to the release, but it later severed ties with the league, calling its efforts “performative” in a blistering statement.

Aliu finds the dismissal of the NHL’s players in favor of outside consultants galling. “I’ll never understand how you can say no to players that are currently in your league and have been in your league,” he says, “but think you’re going to do it the right way with someone else that knows nothing about hockey, that knows nothing about being Black in hockey.”

That an organization with a name so rhetorically antagonistic to power is one of the most corporate-friendly DEI consultancies on the ground seems like an omen. I asked Proudman about Aliu and the HDA, and whether he ever felt like he, the consultant, was colluding — to use a DEI concept — with management against employees. “The whole notion that hiring a largely white company to go in to do that feels disingenuous — I absolutely understand the seeds of that,” he says. He had read about the HDA after the partnership was announced and some of its more “brutal” comments. “It’s part of the mosaic of how we have to come together and figure out how to do this work with one another,” he says. “This is what the work looks like.”

Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies.

Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.”

The diversity industry has evolved again, and one company at the forefront is Kindred. The start-up is more of a networking entity than a consultancy — it connects “purpose driven” leaders at businesses and nonprofits with experts in areas of environmental, social, and corporate governance. Ian Schafer, a co-founder, describes Kindred as a curation service and a platform. “A member said to me once, ‘You’re like the Peloton of corporate social responsibility,’ ” he says.

Schafer, who once worked in digital marketing for Harvey Weinstein’s Miramax (he says the toxic environment led him to leave and start his own creative agency), remembers thinking in 2015 that a new realm of possibility was opening in the corporate world. “Accountability was going to be the next great disruptor to business,” he says. The original idea was to create a kind of Davos-like event around that prediction. Kindred raised several million dollars and planned to hold its first major conference in the spring of 2020, with speakers including Chance the Rapper and the CEO of Ben & Jerry’s. Then came the pandemic. In October, Schafer and co-founder Elyssa Byck, who had worked in corporate strategy at BuzzFeed, relaunched the company with a new business model. Clients would charge “members” — entities from Casper to Wells Fargo — $3,500 to $7,000 annually for access to diversity experts (like Zheng) and their services, including speaker series and project planning. They also get to join a members-only Slack in which they can see one another’s contact information and collaborate. Companies like Verizon can purchase discounted “enterprise memberships” for large groups of employees. In December, in a joint effort with Kindred, Verizon’s Yahoo division announced a project called the “Allyship Pledge,” which connects “digital creators” with anti-racist activists and academics for four-hour talks. Participants received Allyship Pledge–branded swag, including a notebook and a water bottle.

Members can also access Kindred’s “Concierge” service and commission data analysis or research reports on “ESG topics.” They can appeal for emergency help via “Rapid Response Support” — say, if there is a brutal police killing and consumers or employees are demanding that management address it. Before the verdict in Derek Chauvin’s trial, Kindred members had the chance to book “office hours” with a former LAPD conflict-resolution specialist and mediator. “Where else can you get that?” Schafer says.

He is aware of the optics of running a business, he says, that focuses more explicitly on DEI so quickly after last summer. “I look like the problem that a lot of people have with the way that business does business just by the fact that I’m a cis straight white man. We aren’t here to be activists. We’re actually here to be very practical incrementalists.”

At least one consultant of color says they declined a partnership offer from Kindred. “It felt like they wanted us to do the heavy lifting and give them credibility,” the consultant says. “To have people with more resources and connections come in and take business away from us is really frustrating. It feels so opposite to the goal of equity — just because DEI is trending right now.”

As more money pours into the diversity industry, the products and services for sale are becoming ever more abstracted away from actual workers in pain. Steven Huang, a disillusioned consultant who wants to disrupt the field, plans to experiment with DEI and psychedelics, believing that CEOs who microdose might have an easier time opening their minds to accelerated change than sober ones. There is now DEI.AI, which reads emails for sensitivity, and DEI virtual reality. The right-wing nightmare is that militant “diversinistas” are taking over America’s most beloved institutions, changing the fabric of work life. The much more likely danger is that executives will become better at sounding as if they are onboard with a mandate of social transformation, while little material change happens for the people who need it most. Take Kroger, the grocery chain, which just released an update on its diversity efforts, noting that it had partnered with 107 new diverse suppliers in 2020, an increase of 91 percent. Chairman and CEO Rodney McMullen touted in a press release that “greater racial, gender, health, and wealth equity will drive true and long-lasting change and better outcomes in our country.” Three days later, the company revealed in a regulatory filing that McMullen made his biggest salary ever, $22.4 million, in 2020, while the median salary of workers fell 8 percent to $24,617. In the U.S., workers like stockists and checkout clerks are, of course, disproportionately people of color.

“Diversity, equity, and inclusion functions with the world as it is,” says Tran, “and not the world as we want it to be.”

There is one consultant with a small operation who has perhaps the best sounding board in the world for her efforts to improve it. Aida Davis’s aunt by marriage is Angela Davis, and she is the daughter of Alemayehu G. Mariam, an Ethiopian political scientist and human-rights scholar; her parents immigrated to the U.S. as political refugees, and she grew up in a working-class town near San Bernardino called Apple Valley. In college, Davis became an organizer with the Service Employees International Union and stayed in organizing for a decade. She runs her company, Decolonize Design, from L.A.

Davis founded the company in part as a rejection of DEI, she says, and created her own acronym: BDJ, for “belonging, dignity, and justice.” (There will soon be another J, for joy.) Instead of “tinkering around the edges” of the DEI industry, Davis says, her company is explicitly anti-assimilationist, with a worker-centric approach influenced by her time in the labor movement.

What does anti-assimilationist consulting look like? One example is Davis’s work with a well-known company. This chain’s locations are mostly owned by franchisees, who typically pick the music that is played in the stores — a practice that seems benign but can be overtly exclusionary. At one of these places, in the town where I went to college, the owners blasted classical music as a blatant attempt to deter local Black teenagers. No matter that the workers inside were also Black teenagers who might not have liked the music. The chain wanted to change the policy; at one point, Davis says, it considered devising a standardized playlist that would somehow represent artists from all backgrounds. Her company’s advice instead was to simply let the workers choose what they wanted to play. Now, everywhere in the country, they can.

The change Davis helped implement is remarkable in its specificity. In thinking about the freedom of that choice — to be able to play your own music in the place where you work — the buzzwords of belonging and community feel real again, reinscribed with meaning. They have a bearing on physical space. The strategy isn’t flashy, however; it isn’t a statement from the CEO or a huge donation. Nor is it scalable or something that can go viral. The company, on her recommendation, just gave something up.

Davis says she is still constantly in tension over what she does. She and members of her radical family have long conversations when she works with corporate clients. “I’m like, ‘Am I doing the wrong thing? Where do I stand? Am I selling out?’ ” she says. “They are philosophers, so I don’t get answers. I get more questions.”

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États-Unis.

Pour avoir des chefs d’entreprise moins blancs, le temps des quotas est-il venu ?

Seuls quatre PDG sont noirs au sein des 500 entreprises les plus influentes des États-Unis, rappelle Bloomberg Businessweek. L’instauration de quotas, qui a déjà facilité l’accès des femmes à des postes de dirigeant, pourrait-elle aussi être une solution pour favoriser une plus grande diversité ? Le magazine économique s’est penché sur la question.

Parmi les rangées de visages blancs qui s’alignent à la une de Bloomberg Businessweek, seules quatre photos se démarquent du lot : celles des quatre PDG noirs que compte le classement “Fortune 500”, recensant les 500 premières entreprises des États-Unis en termes de chiffre d’affaires.

Une situation qui doit impérativement évoluer, estime Jide Zeitlin, PDG du groupe Tapestry, propriétaire de plusieurs sociétés de la mode et du luxe, et l’un des quatre visages noirs de ce classement : “Pas dans dix ans, pas dans quinze ans, mais dans l’année qui vient, ou dans un ou deux ans”, a-t-il récemment déclaré. Une nécessité rendue “encore plus urgente par le contexte des manifestations massives contre la violence policière et le racisme”, souligne le magazine économique.

Si les dirigeants noirs des grandes entreprises américaines se comptent sur les doigts d’une seule main, “ça ne s’améliore pas lorsqu’on regarde plus bas dans la hiérarchie”, poursuit le journal, qui cite Victor Ray, sociologue spécialiste des questions raciales à l’université de l’Iowa : “L’organigramme de la plupart des entreprises conventionnelles ressemble fort à ceux des plantations [exploitations agricoles où de très nombreux Africains-Américains ont été réduits en esclavage, dans le sud des États-Unis, jusqu’en 1865]. Les Noirs sont en bas de l’échelle.”

L’instauration de quotas en question

Alors, comment lutter efficacement contre ce problème ? s’interroge Bloomberg Businessweek. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra bien plus qu’un “engagement presque utopique” pour “atteindre une représentation juste”. C’est pourquoi le magazine explore la piste de “la coercition, ou pour être plus précis des quotas” :

Le mot provoque immédiatement un haussement de sourcils et hérisse le poil. Pour certains, il évoque une époque où les quotas étaient utilisés pour limiter l’embauche des Juifs et des personnes non blanches. Les chefs d’entreprise, qui se fondent sur les statistiques pour évaluer leur réussite, y deviennent allergiques lorsqu’elles concernent la race.”

Mais ces dernières semaines, le mouvement Black Lives Matter a sensiblement changé la donne, explique le média. Le 9 juin, la filiale nord-américaine du groupe allemand Adidas a par exemple annoncé qu’“au moins 30 % de ses futurs employés seraient noirs ou latinos” – il s’agit toutefois d’un simple objectif, et non d’un quota à proprement parler, précise le journal.

Or en matière d’égalité hommes-femmes, l’instauration de certains quotas a déjà commencé à faire ses preuves : la Californie, par exemple, a voté en 2018 une loi contraignant les entreprises cotées en Bourse et dont le siège social est dans cet État à avoir au moins une femme administratrice avant la fin de 2019. D’ici à la fin 2021, elles devront en compter au moins deux lorsque le conseil est composé de cinq personnes, et au moins trois, au-delà. Si la mesure était à l’origine impopulaire, elle a rencontré un franc succès. “Les femmes représentaient près de la moitié des nouveaux membres des conseils d’administration en Californie en 2019”, rapporte le titre.

Pour Bloomberg Businessweek, cette initiative a permis “ce qui est peut-être l’avancée la plus significative en termes de diversité ces dernières années”. Pour autant, nuance le média économique, “les quotas ne résoudront pas le racisme” et certaines problématiques ne disparaîtront pas avec leur instauration. Prenant l’exemple de la Norvège, où les femmes occupent aujourd’hui 42 % des sièges des conseils d’administration à la suite de l’instauration de quotas, le magazine souligne que “les hommes détiennent toujours la majorité du pouvoir exécutif”. De la même manière, une culture d’entreprise excluante à l’égard des Noirs peut perdurer malgré le fait qu’ils soient davantage embauchés : “Envoyer des personnes noires dans un environnement hostile n’est pas beaucoup mieux que de ne pas les embaucher du tout.”

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Engagement.

Contre le racisme, les entreprises américaines doivent passer des discours aux actes

Courrier international

De nombreuses entreprises ont été promptes à dénoncer les ravages du racisme et des violences policières aux États-Unis à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis. Mais la presse note qu’il existe un certain décalage entre les discours et la réalité des actions menées pas ces firmes.

L’indignation, le rejet du racisme, la condamnation des violences policières et les appels à l’unité forgent les prises de position, ces derniers jours, de nombreuses entreprises aux États-Unis. Un soutien aux manifestants qui devient nécessaire pour des firmes “sous forte pression” qui “vendent des biens et des services au grand public”, explique Quartz. “Le temps où elles pouvaient rester silencieuses sur des sujets de société essentiels est révolu depuis longtemps.”

Mais donner de la voix et faire des promesses ne suffit pas. Ainsi, le Los Angeles Times dresse une liste non exhaustive des entreprises de haute technologie dont les prises de position récentes détonnent avec la réalité quotidienne. Facebook est la première cible du quotidien californien.

La réalité derrière le discours

Depuis le samedi 30 mai, des employés s’opposent à leur patron, Mark Zuckerberg, qui a refusé de retirer du réseau social un message publié par Donald Trump. Le célèbre PDG s’est défendu en promettant un don pour soutenir la justice raciale dans le pays. Pourtant, “ce n’est pas la première fois que Facebook est accusée d’avoir ‘un problème avec les Noirs’”. En 2018, un salarié, raconte le Los Angeles Times, avait publié un texte dénonçant le traitement des utilisateurs noirs de Facebook ainsi que des discriminations subies par des employés noirs.

Même décalage chez Amazon, qui dénonce le “traitement brutal et inéquitable” que subissent les minorités noires, tout en étant partenaire de “200 services de police”, par l’intermédiaire de sa société de surveillance à domicile, Ring, qui encourage l’utilisation d’une application de surveillance de voisinage critiquée pour des “problèmes de profilage racial”. Le Los Angeles Times relève le même genre de contradictions pour Google, Nextdoor ou encore Reddit.

Les entreprises, loin du compte en matière d’intégration sociale

Au-delà de ce décalage, la presse s’interroge sur la capacité des entreprises à agir sur l’intégration sociale des minorités aux États-Unis. Car, comme le note Quartz, les multinationales sont loin d’être exemplaires en matière de diversité. Chez Nike, “si 22 % de l’ensemble des employés sont noirs, […] cette proportion se réduit au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie. Parmi les directeurs, 10 % sont noirs et 77 % blancs.” En 2019, les conseils d’administration d’“environ 37 %” des grandes entreprises composant l’indice boursier S & P 500 ne comptaient aucun membre noir, poursuit le média économique, citant une étude du magazine Black Enterprise.

CNN Business rappelle que, dans le classement des 500 premières entreprises américaines du magazine Fortune, quatre seulement ont un PDG noir. “La vraie diversité doit se refléter au sommet”, proclame la chaîne de télévision.

“Prendre des mesures significatives contre le racisme”

Cette promotion de la diversité aurait sûrement “plus d’effet qu’un tweet” déclare le site Mashable.

Le lien entre les violences policières contre les Noirs et un monde des hautes technologies plus juste et avec plus de diversité ne semble pas évident. Pourtant, il existe.”

Ce manque de diversité au sein des entreprises n’est que le résultat, selon le site d’actualité, de la manière dont les “institutions maintiennent les personnes de couleur à distance des chances économiques”. Pour Wired, cela montre la “difficulté pour l’industrie [de la tech] de rompre avec ses racines et avec son histoire, faite de produits fabriqués par un certain type de personnes pour un certain type de personnes.”

Ainsi, la Harvard Business Review appelle les entreprises américaines à prendre des “mesures significatives contre le racisme” et à aller au-delà des discours consolants et des promesses.

Voir par ailleurs:

[Vidéo] Un influenceur blanc britannique dit avoir subi 18 opérations pour devenir non-binaire coréen “transracial”

Le jeune homme affirme se sentir coréen, mais être né dans le mauvais corps. Il a provoqué une vague d’indignation en Corée du Sud.

Jusqu’où peut-on aller dans l’autodétermination de sa propre identité sexuelle et même ethnique ? L’influenceur Oli London a, lui, été jusqu’à de multiples interventions de chirurgie esthétique pour passer de son visage de jeune Britannique blanc à celui de Coréen « non-binaire ». Il a annoncé dans une vidéo, publiée samedi 26 juin, avoir achevé sa « transition » après une nouvelle intervention du visage, afin de se faire notamment lifter le front et brider les yeux. Une démarche qui a choqué de nombreuses personnes, y compris la communauté coréenne.

Insulte à la culture coréenne

« Salut les gars ! Je suis finalement devenu coréen. J’ai accompli ma transition », a-t-il déclaré. Sur le modèle des transgenres, il affirme avoir été « piégé dans le mauvais corps » depuis l’enfance, à savoir celui d’un Anglais blanc, alors qu’il se sent coréen et en revendique la culture. « C’est le pire des sentiments d’être ainsi piégé et de ne pas pouvoir être soi-même. Mais enfin je suis coréen. Je peux être moi-même ».

Oli London affirme avoir subi 18 interventions et dépensé plus de 125 000 euros pour en arriver à ce résultat. Cela fait désormais 6 ans qu’il a annoncé vouloir modifier son visage, avec pour modèle un chanteur de K-Pop, Park Ji-min, dont il a d’ailleurs décidé d’adopter le prénom. Il avait même été jusqu’à annoncer son mariage avec… une image en carton de l’artiste.

La volonté de l’influenceur de se décréter une origine ethnique avait été largement critiquée en Corée du Sud. Les médias locaux avaient notamment dénoncé une insulte envers leur culture, ou une « banalisation » de l’identité coréenne sous prétexte que celle-ci est « à la mode ».

Voir de plus:
Transracialisme : un influenceur blanc se fait opérer pour « devenir » coréen

Laure Coromines
30 juin 2021

Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme.

Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, iel a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme.

« Soyez qui vous voulez être »

Dans une vidéo YouTube, Oli London explique depuis son lit sa démarche : « Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que Coréen, je ne m’identifie pas comme Britannique, et maintenant j’ai l’air Coréen, je me sens Coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…), j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis Coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. »

Suite à cette annonce, les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « Blancs de gauche », selon iel) des centaines de menaces de mort.

En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont iel présente la Corée dans ses clips.

À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper.

« Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis Coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! »

L’affaire Dolezal et la question de l’identité raciale

En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors.

Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ?

Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale

À lire pour aller plus loin : Your face in mine, un roman de Jess Row sorti en 2014 racontant l’histoire d’un homme souffrant de « dysphorie raciale ».

Voir encore:

« Blanchité alimentaire »: Sciences Po sous le feu des critiques après les propos d’une chercheuse du CNRS

Le Figaro