Jackie: Faites que personne n’oublie Camelot (There will never be another Camelot: How with the media’s complicity, Jackie Kennedy durably distorted her husband and his party’s legacy)

4 décembre, 2016
shalott

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Là, elle tisse de nuit et de jour
 un tissu magique aux couleurs éclatantes,
 elle a entendu une rumeur dire 
qu’une malédiction s’abattrait sur elle si elle restait 
à regarder en bas vers Camelot.
 Elle ne sait pas ce que peut être la malédiction
 Et alors, elle tisse encore plus,
 et pense rarement à autre-chose, 
la Dame de Shalott. Tennyson
Each evening, from December to December, before you drift to sleep upon your cot, Think back on all the tales that you remember of Camelot. Ask ev’ry person if he’s heard the story, dnd tell it strong and clear if he has not, That once there was a fleeting wisp of glory called Camelot. Camelot! Camelot! Now say it out with pride and joy! … Yes, Camelot, my boy! Where once it never rained till after sundown, By eight a.m. the morning fog had flown… Don’t let it be forgot That once there was a spot For one brief shining moment that was known As Camelot. King Arthur (Camelot)
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Le grand ennemi de la vérité n’est très souvent pas le mensonge – délibéré, artificiel et malhonnête – mais le mythe – persistant, persuasif et irréaliste. John F. Kennedy
I shouted out, Who killed the kennedys?  When after all  It was you and me. The Rolling Stones (1968)
I want them to see what they’ve done. Jackie Kennedy
Il n’aura même pas eu la satisfaction d’être tué pour les droits civiques. Il a fallu que ce soit un imbécile de petit communiste. Cela prive même sa mort de toute signification. Jackie Kennedy
Il y a quelque chose dont je n’arrive pas à me libérer. Une réplique qui est presque devenue une obsession. Le soir, avant de nous coucher, Jack passait deux ou trois disques sur notre vieux Victrola. Il adorait “Camelot”. Surtout la chanson, à la fin… : “Faites que personne n’oublie que, pendant un moment bref et éclatant, il y a eu Camelot.” Il y aura d’autres grands présidents après lui mais il n’y aura jamais un autre “Camelot”. Jackie Kennedy
Qu’il soit dit, à nos amis comme à nos ennemis, que le flambeau est passé entre les mains d’une nouvelle génération d’Américains, nés dans le siècle présent, aguerris par les combats, disciplinés par une paix difficile et amère, fiers de leur héritage, qui refusent d’assister à la décomposition des droits de l’homme pour lesquels notre nation s’est toujours engagée, pour lesquels elle est engagée aujourd’hui encore chez nous et à l’étranger. Que chaque nation qui nous veut du bien ou qui nous veut du mal sache bien que nous paierons n’importe quel prix, que nous supporterons n’importe quel fardeau, que nous affronterons n’importe quelle épreuve, que nous soutiendrons n’importe quel ami et combattrons n’importe quel ennemi pour assurer la survie et le succès de la liberté. Nous nous y engageons. (…) Si une société libre ne peut pas aider tous ceux, et ils sont nombreux, qui vivent dans la pauvreté, elle ne pourra pas sauver la minorité des riches. (…) Ne négocions pas sous l’empire de la peur. Mais n’ayons jamais peur de négocier. (…) Tout ceci ne sera pas fini en 100 premiers jours. Ni dans les 1 000 premiers jours, ni dans la vie de cette administration, ni même peut-être dans notre vie sur cette planète. Mais nous laisser commencent. Dans des vos mains, mes concitoyens, plus que dans le mien, reposeront le succès ou l’échec final de notre cours. Depuis que ce pays a été fondé, chaque génération des Américains a été appelée pour donner le témoignage à sa fidélité nationale. Les tombes des jeunes Américains qui ont répondu à l’appel à la bordure de service le globe. Maintenant la trompette nous appelle again-not comme appel aux bras d’ours, bien que des bras que nous avons besoin ; pas comme appel à la bataille, bien que rompu aux conflits à nous être-mais à un appel pour soutenir le fardeau d’une longues lutte, année dedans et année crépusculaires dehors, « se réjouissant dans l’espoir, patient dans la tribulation » – une lutte contre les ennemis communs de l’homme : tyrannie, pauvreté, maladie, et guerre elle-même. Pouvons-nous forger contre ces ennemis une alliance grande et globale, du nord et les sud, l’est et l’ouest, qui peuvent assurer une vie plus fructueuse pour toute l’humanité ? Vous associerez-vous à cet effort historique ? Dans la longue histoire du monde, seulement on a accordé quelques générations le rôle de la liberté de défense en son heure du danger maximum. Je ne la rétrécis pas de cette bienvenue de responsabilité-Je. Je ne crois pas que l’un d’entre nous échangerait des endroits avec n’importe quelles autres personnes ou n’importe quelle autre génération. L’énergie, la foi, la dévotion que nous apportons à cet effort allumera notre pays et tous ce qui servent -et la lueur de ce feu peut vraiment allumer le monde. Et ainsi, mes chers concitoyens : ne demandez pas ce que votre pays peut faire vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays. Mes concitoyens du monde : demander pas ce que l’Amérique fera pour vous, mais ce qu’ensemble nous pouvons faire pour la liberté de l’homme. (…) Avec une bonne conscience pour seule récompense sûre, avec l’histoire juge final de nos actes, allons de l’avant à la tête de cette terre que nous aimons, demandant Sa bénédiction et Son aide, mais sachant qu’ici sur terrre, l’oeuvre de Dieu  doit vraiment être la nôtre. J.F. Kennedy (discours d’investiture, 20 janvier 1961)
Notre système fiscal aspire dans le secteur privé de l’économie une trop grande part du pouvoir d’achat des ménages et des entreprise, et réduit l’incitation au risque, à l’investissement et à l’effort – et par là-même il tue dans l’œuf nos recettes et étouffe notre taux de croissance national. John F. Kennedy (24 janvier 1963, message au Congrès sur la réforme fiscale)
L’essentiel de ses promesses, en un mot, Barack Obama les a tenues. Et, pour qu’il tienne l’autre moitié, il faut et il suffit de lui confier le second mandat dont il disait, dès le premier jour, qu’il en aurait besoin pour pleinement réussir dans son entreprise. Je ne regrette pas, pour ma part, d’avoir, dès 2004, soit quatre ans avant sa première élection, pressenti le prodigieux destin de celui que je baptisai aussitôt le « Kennedy noir ». Pas de raisons d’être déçu ! L’espoir est là. Plus que jamais là. Et le combat continue. BHL
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
C’est un monument de l’histoire, d’abord, Fidel Castro et c’est le symbole d’une amitié très profonde entre Cuba et la France. Grâce à Fidel Castro, les Cubains ont récupéré leur territoire, leur vie, leur destin. Ils se sont inspirés de la Révolution française sans pour autant connaître la terreur qu’il y a eue pendant la Révolution française. Ségolène Royal
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
Did the bullets that killed JFK hit another target — liberalism itself? Unlike JFK, not killing liberalism instantly but inflicting something else infinitely more damaging than sudden death? Or, as Tyrrell puts it, inflicting “a slow, but steady decline of which the Liberals have been steadfastly oblivious.” (…) By 1968 — five years after the death of JFK and in the last of the five years of the Johnson presidency — the number of “self-identified” conservatives began to climb. Sharply. The Liberal dominance Lionel Trilling had written about had gone, never to this moment to return. Routinely now in poll after poll that Tyrrell cites — and there are plenty of others he doesn’t have room to cite — self-identified liberals hover at about 20% of the American body politic. Outnumbered more than two-to-one by conservatives, with moderates bringing up the remainder in the middle. What happened in those five years after JFK’s death? (…) The attitude toward Lyndon and Lady Bird Johnson that was evidenced by Kennedy’s liberal leaning staff, by the Washington Georgetown set, by Washington journalists — slowly seeped into the sinews of liberalism itself. (…) Slowly this contempt for the American people spread to institutions that were not government, manifesting itself in a thousand different ways. It infected the media, academe and Hollywood, where stars identified with middle-America like John Wayne, Jimmy Stewart, Bob Hope and Lucille Ball were eclipsed in the spotlight by leftists like Warren Beatty and Jane Fonda. The arms-linked peaceful civil rights protests led by Christian ministers like Dr. Martin Luther King, Jr gave way to bombings and violent demonstrations against the Vietnam War led by snooty, well-educated white left-wing kids like Bill Ayers. The great American middle class — from which many of these educated kids had sprung — was trashed in precisely the fashion LBJ had been trashed. For accents, clothing styles, housing choices (suburbs and rural life were out) food, music, the love of guns, choice of cars, colleges, hair styles and more. Religion itself could not escape, Christianity to be mocked, made into a derisive laughingstock. The part of America between New York and California became known sneeringly as “flyover country. As time moved on, these attitudes hardened, taking on colors, colors derived from election night maps where red represented conservative, Republican or traditional candidates and blue became symbolic of homes to Liberalism. (…) Had John F. Kennedy been alive and well this week, celebrating his 95th birthday, one can only wonder whether liberalism would have survived with him. This is, after all, the president who said in cutting taxes that a “rising tide lifts all boats.” Becoming The favorite presidential example (along with Calvin Coolidge) of no less than Ronald Reagan on tax policy. This is, after all, the president who ran to the right of Richard Nixon in 1960 on issues of national security. In fact, many of those who voted for John F. Kennedy in 1960 would twenty years later vote for Ronald Reagan. One famous study of Macomb County, Michigan found 63% of Democrats in that unionized section of autoworker country voting for JFK in 1960. In 1980, same county, essentially the same Democrats — 66% voted for Reagan. The difference? Liberalism was dying. There is a term of political art for these millions of onetime JFK voters — a term used still today: Reagan Democrats. It is not too strong a statement to say that in point of political fact John F. Kennedy was the father of the Reagan Democrats. (…) Would he have sat silently as the liberal culture turned against the vast American middle and working blue collar class and its values, sending JFK voters into the arms of Republicans in seven out of twelve of the elections following his own? Would he have fought the subtle but distinct change of his famous inaugural challenge from “ask not what your country can do for you, ask what you can do for your country” to what it has now become: “ask not what you can do for your country, ask what service your government can provide you?” We will never know. But there is every reason to believe, after all these decades, that, to use the title of JFK biographer William Manchester’s famous book, The Death of a President, brought another, quite unexpected death in its wake. Jeffrey Lord
It was Jacqueline Kennedy’s tour de force, her finest hour — actually more than five hours — of press manipulation. She had summoned an influential, Pulitzer Prize–winning author to do her bidding — and like so many men she had mesmerized before, he did it. White violated all standards of journalism ethics by allowing the subject of a story to read it in advance — and edit it. But he was not acting as a journalist that night — he was serving as the awestruck courtier of a bereaved widow. And it worked. Thanks to Theodore White’s essay “For President Kennedy: An Epilogue,” which ran in the Dec. 6 issue of Life, Camelot and its brief shining moment became one of the most celebrated and enduring myths in American politics. To Jackie, the assassination symbolized an end of days, not just for her husband, but also for the nation. James Swanson
Few events in the postwar era have cast such a long shadow over our national life as the assassination of President John F. Kennedy fifty years ago this month. The murder of a handsome and vigorous president shocked the nation to its core and shook the faith of many Americans in their institutions and way of life. (…) In their grief, Americans were inclined to take to heart the various myths and legends that grew up around President Kennedy within days of the assassination. Though the assassin was a communist and an admirer of Fidel Castro, many insisted that President Kennedy was a martyr to the cause of civil rights who deserved a place of honor next to Abraham Lincoln as a champion of racial justice. Others held him up as a great statesman who labored for international peace. But by far the most potent element of the Kennedy legacy was the one that associated JFK with the legend of King Arthur and Camelot. As with many of the myths and legends surrounding President Kennedy, this one was the creative contribution of Jacqueline Kennedy who imagined and artfully circulated it in those grief-filled days following her husband’s death.(…) These images were contained in White’s essay in the special issue of Life that hit the newsstands on December 3, 1963. Life at that time had a weekly circulation of seven million and a readership of more than 30 million. The extensive distribution of the issue guaranteed that the essay would receive the widest possible circulation here and abroad. Though the Arthurian motif has been ridiculed over the years as a distortion of the actual record, it has nevertheless etched the Kennedy years in the public memory as a magical era that will never be repeated. Camelot, the Broadway musical (later a Hollywood movie), was adapted from T. H. White’s (no relation to the journalist) Arthurian novel, The Once and Future King, published in 1958 but made up of four parts that the author wrote separately beginning in 1938. White’s novel has proved to be one of the most popular and widely read books of our time. Reviewers called it “a literary miracle” and “a queer kind of masterpiece.” (…) In contrast to traditional versions of the Arthurian legend, which celebrated knighthood and chivalry and portrayed Arthur as a brave warrior, White’s modern version poked fun at the pretensions of knights and princes and pointedly criticized war, militarism, and nationalism. White presented King Arthur less as a brave warrior and military leader than as a peacemaker who tried (but failed) to subdue the war-making passions of mankind. Mrs. Kennedy very likely read The Once and Future King and perhaps saw or showed to her children the cartoon version of The Sword and the Stone (the first chapter of the four part novel) that Walt Disney produced in 1963. There were biting ironies in her attraction to a legendary kingship that unravels due to the consequences of betrayal and infidelity and to her association of the central myth of English nationality with the United States’ first Irish president. Nevertheless, she looked past these contradictions to focus on the central message of White’s novel that portrayed war as pointless and absurd. President Kennedy, as his widow wanted him to be remembered, was like King Arthur—a peacemaker who died in a campaign to pacify the warring factions of mankind. One must admire Mrs. Kennedy for the skill with which she deployed these images in the difficult aftermath of her husband’s death. Our retrospective view of President Kennedy is now filtered through the legends and symbols she put forward at that time. The hardheaded politician devoted to step-by- step progress was transformed in death into the consummate liberal idealist. The Cold War leader who would “bear any price to insure the survival of liberty” was subsequently viewed as an idealistic peacemaker in the image of The Once and Future King. Difficult as it may be to accept, the posthumous image of JFK reflected more the idealistic beliefs of Mrs. Kennedy than the practical political liberalism of the man himself. But the Camelot image as applied to the Kennedy presidency had some unfortunate and unforeseen consequences. By turning President Kennedy into a liberal idealist (which he was not) and a near legendary figure, Mrs. Kennedy inadvertently contributed to the unwinding of the tradition of American liberalism that her husband represented in life. The images she advanced had a double effect: first, to establish Kennedy as a transcendent political figure far superior to any contemporary rival; and, second, to highlight what the nation had lost when he was killed. The two elements were mirror images of one another. The Camelot myth magnified the sense of loss felt as a consequence of Kennedy’s death and the dashing of liberal hopes and possibilities. If one accepted the image (and many did, despite their better judgment), then the best of times were now in the past and could not be recovered. Life would go on but the future could never match the magical chapter that had been brought to an unnatural end. As Mrs. Kennedy said, “there will never be another Camelot.” The Camelot myth posed a challenge to the liberal idea of history as a progressive enterprise, always moving forward despite setbacks here and there toward the elusive goal of perfecting the American experiment in self-government. Mrs. Kennedy’s image fostered nostalgia for the past in the belief that the Kennedy administration represented a peak of achievement that could not be duplicated. The legend of the Kennedy years as unique or magical was, in addition, divorced from real accomplishments as measured by important programs passed or difficult problems solved. The magical aspect of the New Frontier was located, by contrast, in its style and sophisticated attitude rather than in its concrete achievements. Mrs. Kennedy, without intending to do so and without understanding the consequences of her image making, put forward an interpretation of John F. Kennedy’s life and death that magnified the consequences of the assassination while leaving his successors with little upon which to build. James Piereson
The name « Camelot » is such an accepted sobriquet for the Kennedy Administration that many don’t recognize it as a creation of Jackie Kennedy’s during a Life magazine interview following JFK’s assassination. It certainly evokes an image of a romantic fairy-tale … but, when considered in light of its origin, it’s nowhere near as flattering a nickname as it was intended to be. What prompted Jackie’s analogy was the 1960 Lerner and Loewe musical « Camelot », which presents the kingdom ruled by King Arthur as a place built on lofty principles, more idyllic than Eden. The plot, however, focuses on the forces out to destroy Camelot – the adulterous romance between Lancelot and Arthur’s queen, Guenevere, and the machinations of Arthur’s bitter illegitimate son, Mordred. Arthur, though witty and idealistic, is not very adept at thinking for himself or dealing with the thornier aspects of government. It’s not exactly the most uplifting epitaph for a fallen leader. While Jackie meant the comparison to be positive, highlighting the hope and potential ushered in with the inauguration, it is unfortunately rooted in a story of a weak and cuckolded leader, whose best work barely warrants a mention. (…) The myth of King Arthur changed over the years – if the original version had informed « Camelot, » it would be much more complimentary. Arthur, first chronicled in Geoffrey of Monmouth’s circa 1138 Historia Regum Britanniae (pdf), is a rock star. The story is replete with magic, dragons, a sword named Caliburn and a lance named Ron. Arthur is a warrior and leader of almost supernatural capacity, and also « a youth of such unparalleled courage and generosity, joined with that sweetness of temper and innate goodness, as gained him universal love. » The Saxon-free Britain he established with bloody thoroughness was a paradigm, a magnet for those interested in the best that government could be, heck, even a place where women were celebrated for their wit. So while he did end up cuckolded, killed and his kingdom destroyed, his legacy was intact. Arthur was firmly established as the monarch to which to aspire – with better people. Later in the 12th century, the Historia was distorted by avowed mythology, and Arthur started losing his cool (although his sword eventually got a niftier name). The poetry of Chrétien de Troyes focused on the adventures of select members of the Knights of the Round Table. Arthur and how he shaped and presided over that table and his kingdom were secondary to the feats of chivalry, quest for the Holy Grail, and Lancelot’s courtly love, which turned into the adulterous affair with Guenevere. Chrétien’s contemporary, Marie de France’s poems also featured courtly love in and around Arthur’s court, with Arthur relegated to a footnote. The slightly later Vulgate cycle follows the same pattern. Arthur had led the war to secure the independence and peace the kingdom enjoyed, but the poems all prefer to highlight Lancelot and company. By the time Thomas Malory wrote his version of the Arthurian myth in the mid-15th century, Arthur had shriveled from heroic warrior and inspirational ruler to a cipher defined by the acts of others around him. Malory’s stories were about events during Arthur’s life, but the collection is called Le Morte d’Arthur, which needs no translation. This book inspired TH White’s 1958 the Once and Future King, which he framed as a tragedy. His Arthur is enamored with his ideals, which fail in the face of other people’s lust for either power or each other. This was the book that served as the basis for the musical that Jackie Kennedy was referencing. But the conflation of Camelot and the Kennedys persists, and not only does it not really suit, it also does a disservice to the real understanding and assessment of the Kennedy Administration. It’s natural to adulate and lionize a vibrant leader violently cut down, but it’s the thin end of the wedge. Once a mythology has taken hold, it becomes difficult to isolate the true history – even if it’s actually more compelling and fascinating than the lore. (…) Whatever the intention or interpretation, a wistful lyric from a mediocre musical about failed idealism doesn’t do justice to Kennedy and his time. « Camelot » keeps us from the whole story. He, and we, deserve better. The Guardian
She had this ironic wit. She took this real control over her family’s story and she really had a deep understanding of history to know the story you tell is the one that lasts; it doesn’t matter what really happened. Natalie Portman
“Jackie” is a dual portrait, a diary of some of the darkest days in America’s history and a chronicle of how the first lady spun national tragedy into a lasting legacy for her husband. Before the sitdown, Jackie warns her interviewer that she will be heavily editing the conversion. The published version, to quote the great war satire “In the Loop,” will not be a “record of what happened to have been said but what was intended to have been said.” Mrs. Kennedy eschews truth in favor of the myth. The reality is that after her husband was shot, his skull ripped open, she sat splattered in his remains, attempting to hold the pieces of him together. Jackie continued to wear the iconic pink dress she wore when her husband was shot — a Chanel knockoff — the rest of the day, despite Lady Bird Johnson’s (Beth Grant) insistence that she change. The First Lady refuses. “Let them see what they’ve done,” Jackie insists. When she returns to the White House later that evening, Jackie washes away his blood. She tries on dresses — while popping pills and drinking — as if deciding who she is now. These feelings, raw and complicated, are stricken from the record at the subject’s request. Although Jackie smokes constantly, she claims that when it comes to the official version of the conversion, she does not. After Jackie remembers that her husband’s skull was “flesh colored, it wasn’t white,” she retracts a public admission of the horror she has experienced. “Don’t think for a second I’m going to let you publish that,” Mrs. Kennedy says. These anguished moments don’t reflect the story Jackie wants to tell. This is the interview in which the first lady created the mythos of Camelot, comparing her husband’s presidency to the reign of King Arthur. The president and his wife were both fans of the Broadway musical of the same name, then starring Richard Burton and Julie Andrews, and it reflected how Jackie wanted the public to see their family — as representatives of a timeless royalty, even if short-lived. As a president, Kennedy was undistinguished, a politician who would either be remembered for resolving the Cuban Missile Crisis or initiating it. But as a symbol, Jackie realized that he could achieve the greatness he lacked in office. (…) That commitment to aesthetics is a fitting tribute to a woman — perhaps more than any other person of her era — who understood the power of the image. Throughout her husband’s presidency, the first lady was derided for the money she spent renovating the White House with antiques, which were meant to serve as a tribute to previous administrations. The press, uninterested in symbolism, charged her with wasting taxpayer dollars. Jackie is so fastidious and exacting when it comes to her persona that a reenactment of the famous 1962 tour of her Pennsylvania Avenue home is played for comic value. The first lady’s contrived voice, recalling Katherine Hepburn by way of Stepford, is a testament to the veneer of perfection Jackie worked so hard to maintain. (…) “I never wanted fame,” Jackie explains. “I just wanted to be a Kennedy.” As the film proves, she never had much of a choice in the matter, but at least she got what she wanted. John F. Kennedy is today viewed as one of the country’s great presidents, and that’s due to the woman we are only finally coming to know, even five decades later. It is long overdue.
Jackie Kennedy (…) revit en continu le film de Dallas (…) pense déjà à l’art de transformer le passé en Histoire. D’un homme de chair et de sang, elle a décidé de faire une statue de marbre. Sept jours après l’assassinat, elle a appelé Theodore White, de « Life ». « Il y a quelque chose dont je n’arrive pas à me libérer, lui confesse-t-elle. Une réplique qui est presque devenue une obsession. Le soir, avant de nous coucher, Jack passait deux ou trois disques sur notre vieux Victrola. Il adorait “Camelot” [une comédie musicale]. Surtout la chanson, à la fin… : “Faites que personne n’oublie que, pendant un moment bref et éclatant, il y a eu Camelot.” Il y aura d’autres grands présidents après lui – et elle prend soin de citer Johnson “si extraordinaire”– mais il n’y aura jamais un autre “Camelot”. » Le ton est donné. Le château du roi Arthur, qui a inspiré la comédie musicale écrite par l’auteur de « My Fair Lady », ­devient l’emblème d’une présidence. Voilà pour la ­vitrine. (…) Jackie a commencé à édifier son temple. Elle veut en être la vestale, et écrit en janvier 1964 : « Je considère que ma vie est finie, et je ne ferai rien d’autre jusqu’à la fin de mes jours qu’attendre qu’elle s’achève pour de bon.  (…) « Une nation qui a peur de laisser ses ­citoyens juger sur pièces la vérité et la fausseté est une nation qui a peur de ses citoyens », avait proclamé JFK. Jackie s’en souviendra. Trois mois après les enregistrements, elle choisit de revivre. Elle quitte Washington, définitivement. (…)  Elle a compris qu’on n’échappe pas au naufrage accroché à une statue de marbre. On coule ou on lâche. Danièle Georget

Attention: un mythe peut en cacher un autre !

A l’occasion de la sortie d’un énième mais apparemment prometteur film sur Jackie Kennedy

Alors que s’apprête enfin à quitter la scène celui que les médias nous avaient vendu comme le Kennedy noir

Et qui au nom de sa prétendue place dans l’histoire était prêt à mettre le monde à feu et à sang …

Pendant qu’a donné lieu aux ignominies que l’on sait la disparition d’un des pires dictateurs de la planète

Et accessoirement, étrange coïncidence du calendrier, némésis de tant de successeurs du président Kennedy …

Comment ne pas repenser …

Prêt au nom de sa prétendue place dans l’histoire à mettre le monde à feu et à sang …

Pendant qu’a donné lieu aux ignominies que l’on sait la disparition d’un des pires dictateurs de la planète …

Et accessoirement, étrange coïncidence du calendrier, némésis de tant de successeurs du président Kennedy …

Comment ne pas repenser …

Au effets ô combien finalement dévatateurs d’une presse qui se laisse imposer ses récits …

Repeignant en martyre des droits civiques la vengeance du despote tropical du moment …

Ou travestissant derrière les couleurs d’une cour de music hall …

Un libéral au sens français en libéral au sens américain …

Contribuant ainsi pour une bonne part au funeste infléchissement du parti démocrate américain que l’on sait …

Et notamment plus près de nous au véritable accident industriel des années Obama ?

« Jackie a fait de JFK une statue de marbre »
Danièle Georget
Paris Match
14/09/2011

Danièle Georget est l’auteur de « Goodbye Mister Président », éd. Le Livre de poche.

Du style Jackie, on connaissait le triple rang de perles et les petits chapeaux tambourin. Mais, le 22 novembre 1963, l’icône de la mode devient une héroïne de tragédie, et les cars de touristes font, bientôt, une halte devant sa maison de Georgetown. Jackie Kennedy, 34 ans, est la femme la plus célèbre du monde. Elle se cache derrière des rideaux, prolonge les soirées au daiquiri, ne dort plus, revit en continu le film de Dallas. Pourtant, si Bobby, son beau-frère et son visiteur le plus assidu, s’enferme dans ce problème insoluble : « Qu’aurais-je pu faire pour empêcher ça ? », elle pense déjà à l’art de transformer le passé en Histoire. D’un homme de chair et de sang, elle a décidé de faire une statue de marbre.

Sept jours après l’assassinat, elle a appelé Theodore White, de « Life ». « Il y a quelque chose dont je n’arrive pas à me libérer, lui confesse-t-elle. Une réplique qui est presque devenue une obsession. Le soir, avant de nous coucher, Jack passait deux ou trois disques sur notre vieux Victrola. Il adorait “Camelot” [une comédie musicale]. Surtout la chanson, à la fin… : “Faites que personne n’oublie que, pendant un moment bref et éclatant, il y a eu Camelot.” Il y aura d’autres grands présidents après lui – et elle prend soin de citer Johnson “si extraordinaire”– mais il n’y aura jamais un autre “Camelot”. » Le ton est donné. Le château du roi Arthur, qui a inspiré la comédie musicale écrite par l’auteur de « My Fair Lady », ­devient l’emblème d’une présidence. Voilà pour la ­vitrine.

Les anciens copains en restent bouche bée. Aucun d’eux n’imaginait JFK en romantique de samedis soir à Broadway. Le célèbre humoriste Art Buchwald prétend même qu’en matière musicale ses goûts n’allaient pas plus loin que le « Hail to the Chief ». Mais Jackie a commencé à édifier son temple. Elle veut en être la vestale, et écrit en janvier 1964 : « Je considère que ma vie est finie, et je ne ferai rien d’autre jusqu’à la fin de mes jours qu’attendre qu’elle s’achève pour de bon. »

La vérité devra attendre

C’est l’époque où la commission Warren, pour élucider l’assassinat de JFK, passe ses auditions : 552 témoins sont interrogés, leurs récits consignés dans 26 volumes, déclarés secrets pendant soixante-quinze ans. Cela n’éloigne pas les francs-tireurs. Ainsi, Jim Bishop qui va publier « Le jour où Kennedy fut assassiné ». Jackie décide de torpiller le projet. C’est pourquoi elle convoque William Manchester, professeur d’histoire à la Wesleyan University. Leur entretien commence le 7 avril 1964, par cette question : « Allez-vous vous contenter d’aligner les faits – qui a mangé quoi au petit déjeuner et tout ce qui s’ensuit – ou allez-vous vous ­investir dans le livre ? » Elle lui racontera tout : la nuit qui a précédé la mort, la nuit qui a suivi la mort… Deux années plus tard ­paraît une version totalement expurgée.

Ce ne sont pas seulement les détails intimes qui posent problème mais l’analyse du rôle joué par le président Johnson. Le 16 décembre 1966, celui-ci lui écrit : « Nous avons été affligés d’apprendre, dans la presse, la tristesse qu’avait suscitée en vous le livre de Manchester. […] Des passages du livre, critiques ou diffamatoires à notre endroit, seraient à l’origine de vos préoccupations. S’il en est ainsi, je tiens à ce que vous sachiez que, si nous apprécions beaucoup votre gentillesse et votre ­sensibilité, nous espérons que vous ne vous attirerez aucun ­désagrément de notre fait. » Johnson a le physique du méchant à Hollywood. Il a été trois ans durant étouffé par un président qui se révèle encore plus écrasant mort que vivant. Bobby, l’ancien procureur général, ne supporte pas de le voir assis dans le fauteuil de son frère. Pour Bobby, il reste l’usurpateur, et peut-être pire encore. A ceux qui tentent de convaincre le président de le neutraliser en le choisissant pour vice-président, Johnson réplique : « Plutôt choisir Hô Chi Minh. »

En 1966, le professeur Manchester – censuré – est allé faire une dépression nerveuse en Suisse. La vérité devra attendre. Jackie l’a enfermée dans un coffre dont elle a jeté la clé. Pour ­cinquante ans. Après la légende du roi Arthur, celle de « La belle au Bois dormant ». Elle a parlé en secret à Arthur ­Schlesinger, ancien professeur d’histoire à Harvard. Lorsque JFK lui a proposé de rejoindre son équipe, Schlesinger s’est écrié : « Comme historien, quelle occasion unique ! Mais comme conseiller spécial, je ne vois pas bien ce que je ferais. » « Et moi, je ne sais pas ce que je ferai comme président, mais je crois qu’il y aura du boulot pour nous deux… » Ils ont la même ­passion de l’Histoire. « Une nation qui a peur de laisser ses ­citoyens juger sur pièces la vérité et la fausseté est une nation qui a peur de ses citoyens », avait proclamé JFK. Jackie s’en souviendra. Trois mois après les enregistrements, elle choisit de revivre. Elle quitte Washington, définitivement. Bobby a décidé de se présenter au siège de sénateur de New York, il n’est pas question d’habiter loin de lui. Elle a compris qu’on n’échappe pas au naufrage accroché à une statue de marbre. On coule ou on lâche.

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“Jackie” is a must-see: Natalie Portman is Oscar-worthy as the iconic first lady in the days after her husband’s assassination

In « Jackie, » Natalie Portman portrays a women dedicated to creating Camelot from the chaos of tragic assassination

Salon

 

That fact is crucial to Pablo Larraín’s “Jackie,” a ravishing and bracingly intimate portrait of the first lady in the days after John F. Kennedy, the 35th president of the United States, was assassinated. The film stars Natalie Portman, who doesn’t look at all like the Jackie Kennedy we thought we knew, and that’s by design. Larraín, who also directed this year’s “Neruda,” doesn’t so much recreate an icon in mourning as he makes her anew. “Jackie” transcends mimicry to achieve something greater — bringing the first lady’s grief and resolve in the face of unspeakable loss to vivid life.

The film opens in 1964 just days after Kennedy’s funeral. Against the wishes of her closest confidantes, who would prefer the first lady remain in hiding, Jackie grants an interview to a journalist from Life magazine (a restrained Billy Crudup), who is summoned to the Kennedy Compound in Hyannis Port, Massachusetts. The interviewer, who is based on a composite sketch of the many reporters who would speak with Mrs. Kennedy throughout her life, remains unnamed. The first time the audience sees him, the journalist occupies the lower half of the frame — slightly off-center when we might expect symmetry. The shot is a mission statement for the film itself, a triumph that dares to go to unexpected places that most prestige pics wouldn’t touch.

“Jackie” is a dual portrait, a diary of some of the darkest days in America’s history and a chronicle of how the first lady spun national tragedy into a lasting legacy for her husband. Before the sitdown, Jackie warns her interviewer that she will be heavily editing the conversion. The published version, to quote the great war satire “In the Loop,” will not be a “record of what happened to have been said but what was intended to have been said.”

Mrs. Kennedy eschews truth in favor of the myth. The reality is that after her husband was shot, his skull ripped open, she sat splattered in his remains, attempting to hold the pieces of him together. Jackie continued to wear the iconic pink dress she wore when her husband was shot — a Chanel knockoff — the rest of the day, despite Lady Bird Johnson’s (Beth Grant) insistence that she change. The First Lady refuses. “Let them see what they’ve done,” Jackie insists. When she returns to the White House later that evening, Jackie washes away his blood. She tries on dresses — while popping pills and drinking — as if deciding who she is now.

These feelings, raw and complicated, are stricken from the record at the subject’s request. Although Jackie smokes constantly, she claims that when it comes to the official version of the conversion, she does not. After Jackie remembers that her husband’s skull was “flesh colored, it wasn’t white,” she retracts a public admission of the horror she has experienced. “Don’t think for a second I’m going to let you publish that,” Mrs. Kennedy says.

These anguished moments don’t reflect the story Jackie wants to tell. This is the interview in which the first lady created the mythos of Camelot, comparing her husband’s presidency to the reign of King Arthur. The president and his wife were both fans of the Broadway musical of the same name, then starring Richard Burton and Julie Andrews, and it reflected how Jackie wanted the public to see their family — as representatives of a timeless royalty, even if short-lived. As a president, Kennedy was undistinguished, a politician who would either be remembered for resolving the Cuban Missile Crisis or initiating it. But as a symbol, Jackie realized that he could achieve the greatness he lacked in office.

In Larraín’s film, style is substance. His cinematographer, Stéphane Fontaine (“Elle”), mixes handheld camera — its subjects so close to the screen that it borders on uncomfortable — with lush tracking shots, such as during the lavish funeral procession. There’s one shot in particular that’s worth the price of admission, and you’ll know it when you see it: The first lady’s somber, searching face is viewed from inside the window of an armored car, juxtaposed with the reflection of mourners on the street. “Jackie” attains a beauty that’s often close to ecstasy.

That commitment to aesthetics is a fitting tribute to a woman — perhaps more than any other person of her era — who understood the power of the image. Throughout her husband’s presidency, the first lady was derided for the money she spent renovating the White House with antiques, which were meant to serve as a tribute to previous administrations. The press, uninterested in symbolism, charged her with wasting taxpayer dollars. Jackie is so fastidious and exacting when it comes to her persona that a reenactment of the famous 1962 tour of her Pennsylvania Avenue home is played for comic value. The first lady’s contrived voice, recalling Katherine Hepburn by way of Stepford, is a testament to the veneer of perfection Jackie worked so hard to maintain.

As the umpteenth actress to play Mrs. Kennedy, Portman wisely doesn’t try too hard to imitate her subject; Jackie’s trademark Long Island brogue slips occasionally. Portman’s performance — wounded yet vibrant, withholding yet brash — nonetheless dominates the film, so much so that you can’t imagine anyone else bringing such grace to such a complicated figure. Throughout “Jackie,” I never forgot the actress playing her, but what’s so surprising and wonderful is that Portman and her director allowed me to view an icon in a new way: as a woman, still so painfully young, forced into the role of a lifetime.

“I never wanted fame,” Jackie explains. “I just wanted to be a Kennedy.” As the film proves, she never had much of a choice in the matter, but at least she got what she wanted. John F. Kennedy is today viewed as one of the country’s great presidents, and that’s due to the woman we are only finally coming to know, even five decades later. It is long overdue.

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Inventing Camelot: How Jackie Kennedy shaped her husband’s legacy

After the funeral service at St. Matthew’s Cathedral, Jacqueline Kennedy and her children, standing outside the church, watched the honor guard carry the coffin down the steps. A military band played “Hail to the Chief.” Jackie bent down and whispered in her little boy’s ear, “John, you can salute Daddy now and say goodbye to him.”

John Kennedy Jr. saluted his father’s coffin just as he had seen soldiers in uniform do. It was a heartbreaking gesture that became one of the most unforgettable images of the funeral.

‘One Brief Shining Moment’

The day after Thanksgiving, on Friday, Nov. 29, Jackie called Theodore White, Pulitzer Prize–winning author of the bestselling book The “Making of the President: 1960.”

White and John Kennedy had gotten to know each other, and the president had admired him. When Jackie called, White was not home.

As he remembered, he “was taken from the dentist’s chair by a telephone call from my mother saying that Jackie Kennedy was calling and needed me.”

He called her back. “I found myself talking to Jacqueline Kennedy, who said there was something that she wanted Life magazine to say to the country, and I must do it.”

She told White she would send a Secret Service car to fetch him in New York and drive him up to Hyannisport. But when White called the Secret Service he was, he wrote, “curtly informed that Mrs. Kennedy was no longer the president’s wife, and she could give them no orders for cars. They were crisp.”

It was impossible to fly that weekend. A nor’easter or a hurricane was coming up over Cape Cod. So White hired a car and driver and headed north into the New England storm. He called his editors at Life to tell them about his exclusive scoop, but they told him the next issue was about to go to press. They warned him it would cost $30,000 an hour to hold the presses open for his story. It was unprecedented.

But they would do it.

This meant that the most important photojournalism magazine in America would be standing still and delaying the printing of its next issue for a story that had not yet been written and would be based on an interview that had not yet even been conducted. Still, an exclusive interview with First Lady Jacqueline Kennedy was so coveted, Life was willing to do almost anything.

White arrived, he recalled, “at about 8:30 in the driving rain.”

Jackie welcomed him and instructed her houseguests, who included Dave Powers, Franklin D. Roosevelt Jr. and JFK’s old pal Chuck Spalding, that she wanted to speak with him alone. As soon as she sat down, White began taking notes as fast as his hand could scribble: “Composure . . . beautiful . . . dressed in trim black slacks . . . beige pullover sweater . . . eyes wider than pools . . . calm voice.” Then she spoke.

“She had asked me to Hyannisport,” White discovered, “because she wanted me to make certain that Jack was not forgotten by history.”

White was stunned. How could anyone ever forget John F. Kennedy?

White was now ready to be hypnotized by a master mesmerist.

Jackie complained that “bitter people” were already writing stories, attempting to measure her husband with a laundry list of his achievements and failures. Jackie hated that. They would never capture the real man.

White asked her to explain, and then, for the next 3¹/₂ hours, she delivered a jumbled, almost stream-of-consciousness narrative about Dallas, the blood, the head wound, the wedding ring, the hospital, and how she kissed him goodbye.

It was only a week after the assassination.

Then she got to the reason she had summoned White: “But there’s this one thing I wanted to say . . . I kept saying to Bob, I’ve got to talk to somebody, I’ve got to see somebody, I want to say this one thing, it’s been almost an obsession with me, all I keep thinking of is this line from a musical comedy, it’s been an obsession with me.”

She confided to White. “At night, before we’d go to sleep . . . Jack liked to play some records . . . and the song he loved most came at the very end of this record, the last side of Camelot, sad Camelot.”

She was talking about the popular Broadway musical fantasy about King Arthur’s court. “The lines he loved to hear,” Jackie revealed, were, “Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief shining moment that was known as Camelot.”

In case White failed to understand, she repeated her story. “She wanted to make sure,” the journalist remembered, “that the point came clear.”

Jackie went on: “There’ll be great presidents again — and the Johnsons are wonderful, they’ve been wonderful to me — but there’ll never be a Camelot again.”

White wanted to continue to other subjects, “But [Jackie] came back to the idea that transfixed her: ‘Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief moment that was known as Camelot.’ ”

She was determined to convince White that her husband’s presidency was a unique, magical and forever lost moment.

“And,” she proclaimed, “it will never be that way again.”

President Kennedy was dead and buried in his grave, and she told the journalist she wanted to step out of the spotlight. “She said it is time people paid attention to the new president and the new first lady. But she does not want them to forget John F. Kennedy or read of him only in dusty or bitter histories: For one brief shining moment there was Camelot.”

An Enduring Myth

Around midnight, White went upstairs to write the story — Life needed it before he left Jackie. He came down around 2 a.m. and tried to dictate the story over a wall-hung telephone in her kitchen.

He had already allowed her to pencil changes on the manuscript. As White spoke over the phone, Jackie overheard that his editors in New York wanted to tone down and cut some of the “Camelot” material.

She glared at White and shook her head.

One of his editors caught the stress in his voice and suspected Jackie. “Hey,” he asked White, “is she listening to this now?”

It was Jacqueline Kennedy’s tour de force, her finest hour — actually more than five hours — of press manipulation. She had summoned an influential, Pulitzer Prize–winning author to do her bidding — and like so many men she had mesmerized before, he did it.

White violated all standards of journalism ethics by allowing the subject of a story to read it in advance — and edit it. But he was not acting as a journalist that night — he was serving as the awestruck courtier of a bereaved widow.

And it worked. Thanks to Theodore White’s essay “For President Kennedy: An Epilogue,” which ran in the Dec. 6 issue of Life, Camelot and its brief shining moment became one of the most celebrated and enduring myths in American politics.

To Jackie, the assassination symbolized an end of days, not just for her husband, but also for the nation.

From the forthcoming book, “End of Days: The Assassination of John F. Kennedy” by James Swanson. Copyright (c) 2013 by James Swanson. To be published Tuesday by William Morrow, an imprint of HarperCollins Publishers.

Voir encore:

How Jackie Kennedy Invented the Camelot Legend After JFK’s Death

While the nation was still grieving JFK’s assassination, she used an influential magazine profile to rewrite her husband’s legacy and spawn Camelot.

James Piereson

The Daily Beast

11.12.13

Few events in the postwar era have cast such a long shadow over our national life as the assassination of President John F. Kennedy fifty years ago this month. The murder of a handsome and vigorous president shocked the nation to its core and shook the faith of many Americans in their institutions and way of life.

Those who were living at the time would never forget the moving scenes associated with President Kennedy’s death: the Zapruder film depicting the assassination in a frame-by-frame sequence; the courageous widow arriving with the coffin at Andrews Air Force Base still wearing her bloodstained dress; the throng of mourners lined up for blocks outside the Capitol to pay respects to the fallen president; the accused assassin gunned down two days later while in police custody and in full view of a national television audience; the little boy saluting the coffin of his slain father; the somber march to Arlington National Cemetery; the eternal flame affixed to the gravesite. These scenes were repeated endlessly on television at the time and then reproduced in popular magazines and, still later, in documentary films. They came to be viewed as defining events of the era.

In their grief, Americans were inclined to take to heart the various myths and legends that grew up around President Kennedy within days of the assassination. Though the assassin was a communist and an admirer of Fidel Castro, many insisted that President Kennedy was a martyr to the cause of civil rights who deserved a place of honor next to Abraham Lincoln as a champion of racial justice. Others held him up as a great statesman who labored for international peace.

But by far the most potent element of the Kennedy legacy was the one that associated JFK with the legend of King Arthur and Camelot. As with many of the myths and legends surrounding President Kennedy, this one was the creative contribution of Jacqueline Kennedy who imagined and artfully circulated it in those grief-filled days following her husband’s death.

On the weekend following the assassination and state funeral, Mrs. Kennedy invited the journalist Theodore White to the Kennedy compound in Hyannis for an exclusive interview to serve as the basis for an essay in a forthcoming issue of Life magazine dedicated to President Kennedy. White was a respected journalist and the author of the best selling chronicle of the 1960 campaign, The Making of the President, 1960, that portrayed candidate Kennedy in an especially favorable light and his opponent (Richard Nixon) in a decidedly negative light. White had also known Joseph Kennedy, Jr. (John F. Kennedy’s older brother) while a student at Harvard in the late 1930s. Mrs. Kennedy reached out to White in the reasonable belief that he was a journalist friendly to the Kennedy family.

In that interview Mrs. Kennedy pressed upon White the Camelot image that would prove so influential in shaping the public memory of JFK and his administration. President Kennedy, she told the journalist, was especially fond of the music from the popular Broadway musical, Camelot, the lyrics of which were the work of Alan Jay Lerner, JFK’s classmate at Harvard. The musical, which featured Richard Burton as Arthur, Julie Andrews as Guinevere, and Robert Goulet as Lancelot, had a successful run on Broadway from 1960 to 1963. According to Mrs. Kennedy, the couple enjoyed listening to a recording of the title song before going to bed at night. JFK was especially fond of the concluding couplet: “Don’t ever let it be forgot, that once there was a spot, for one brief shining moment that was Camelot.” President Kennedy, she said, was strongly attracted to the Camelot legend because he was an idealist who saw history as something made by heroes like King Arthur (a claim White knew to be untrue). “There will be great presidents again,” she told White, “but there will never be another Camelot.” In this way, and to her credit, Mrs. Kennedy sought to attach a morally uplifting message to one of the more ugly events in American history.

Following the interview, White retreated to a guest room in the Kennedy mansion to review his notes and compose a draft of the essay. His editors were at this hour (late on a Saturday evening) holding the presses open at great expense while waiting to receive his copy over the telephone. When White later phoned his editors to dictate his text (with Mrs. Kennedy standing nearby), he was surprised by their reaction for they initially rejected the Camelot references as sentimental and inappropriate to the occasion. Mrs. Kennedy, interpreting the gist of the exchange, signaled to White that Camelot must be kept in the text. The editors quickly relented. White later wrote that he regretted the role he played in transmitting the Camelot myth to the public.

These images were contained in White’s essay in the special issue of Life that hit the newsstands on December 3, 1963. Life at that time had a weekly circulation of seven million and a readership of more than 30 million. The extensive distribution of the issue guaranteed that the essay would receive the widest possible circulation here and abroad. Though the Arthurian motif has been ridiculed over the years as a distortion of the actual record, it has nevertheless etched the Kennedy years in the public memory as a magical era that will never be repeated.

Camelot, the Broadway musical (later a Hollywood movie), was adapted from T. H. White’s (no relation to the journalist) Arthurian novel, The Once and Future King, published in 1958 but made up of four parts that the author wrote separately beginning in 1938. White’s novel has proved to be one of the most popular and widely read books of our time. Reviewers called it “a literary miracle” and “a queer kind of masterpiece.” The reviewer for the New York Times called it “a glorious dream of the Middle Ages as they never were but as they ought to have been, an inspired and exhilarating mixture of farce, fantasy, psychological insight, medieval lore and satire all involved in a marvelously peculiar retelling of the Arthurian legend.” In contrast to traditional versions of the Arthurian legend, which celebrated knighthood and chivalry and portrayed Arthur as a brave warrior, White’s modern version poked fun at the pretensions of knights and princes and pointedly criticized war, militarism, and nationalism. White presented King Arthur less as a brave warrior and military leader than as a peacemaker who tried (but failed) to subdue the war-making passions of mankind.

Mrs. Kennedy very likely read The Once and Future King and perhaps saw or showed to her children the cartoon version of The Sword and the Stone (the first chapter of the four part novel) that Walt Disney produced in 1963. There were biting ironies in her attraction to a legendary kingship that unravels due to the consequences of betrayal and infidelity and to her association of the central myth of English nationality with the United States’ first Irish president. Nevertheless, she looked past these contradictions to focus on the central message of White’s novel that portrayed war as pointless and absurd. President Kennedy, as his widow wanted him to be remembered, was like King Arthur—a peacemaker who died in a campaign to pacify the warring factions of mankind.

One must admire Mrs. Kennedy for the skill with which she deployed these images in the difficult aftermath of her husband’s death. Our retrospective view of President Kennedy is now filtered through the legends and symbols she put forward at that time. The hardheaded politician devoted to step-by- step progress was transformed in death into the consummate liberal idealist. The Cold War leader who would “bear any price to insure the survival of liberty” was subsequently viewed as an idealistic peacemaker in the image of The Once and Future King. Difficult as it may be to accept, the posthumous image of JFK reflected more the idealistic beliefs of Mrs. Kennedy than the practical political liberalism of the man himself.

But the Camelot image as applied to the Kennedy presidency had some unfortunate and unforeseen consequences. By turning President Kennedy into a liberal idealist (which he was not) and a near legendary figure, Mrs. Kennedy inadvertently contributed to the unwinding of the tradition of American liberalism that her husband represented in life. The images she advanced had a double effect: first, to establish Kennedy as a transcendent political figure far superior to any contemporary rival; and, second, to highlight what the nation had lost when he was killed. The two elements were mirror images of one another. The Camelot myth magnified the sense of loss felt as a consequence of Kennedy’s death and the dashing of liberal hopes and possibilities. If one accepted the image (and many did, despite their better judgment), then the best of times were now in the past and could not be recovered. Life would go on but the future could never match the magical chapter that had been brought to an unnatural end. As Mrs. Kennedy said, “there will never be another Camelot.”

The Camelot myth posed a challenge to the liberal idea of history as a progressive enterprise, always moving forward despite setbacks here and there toward the elusive goal of perfecting the American experiment in self-government. Mrs. Kennedy’s image fostered nostalgia for the past in the belief that the Kennedy administration represented a peak of achievement that could not be duplicated. The legend of the Kennedy years as unique or magical was, in addition, divorced from real accomplishments as measured by important programs passed or difficult problems solved. The magical aspect of the New Frontier was located, by contrast, in its style and sophisticated attitude rather than in its concrete achievements. Mrs. Kennedy, without intending to do so and without understanding the consequences of her image making, put forward an interpretation of John F. Kennedy’s life and death that magnified the consequences of the assassination while leaving his successors with little upon which to build.

James Piereson is president of the William E. Simon Foundation and a senior fellow at The Manhattan Institute. He is the author of Camelot and the Cultural Revolution: How the Assassination of John F. Kennedy Shattered American Liberalism (2007)

Voir de même:

Referring to JFK’s presidency as ‘Camelot’ doesn’t do him justice

The source of the Camelot reference is a story of failed idealism. It, like all mythology, distracts us from the whole story of Kennedy
Sarah-Jane Stratford
The Guardian
21 November 2013
The name « Camelot » is such an accepted sobriquet for the Kennedy Administration that many don’t recognize it as a creation of Jackie Kennedy’s during a Life magazine interview following JFK’s assassination. It certainly evokes an image of a romantic fairy-tale … but, when considered in light of its origin, it’s nowhere near as flattering a nickname as it was intended to be.

What prompted Jackie’s analogy was the 1960 Lerner and Loewe musical « Camelot », which presents the kingdom ruled by King Arthur as a place built on lofty principles, more idyllic than Eden. The plot, however, focuses on the forces out to destroy Camelot – the adulterous romance between Lancelot and Arthur’s queen, Guenevere, and the machinations of Arthur’s bitter illegitimate son, Mordred. Arthur, though witty and idealistic, is not very adept at thinking for himself or dealing with the thornier aspects of government.

It’s not exactly the most uplifting epitaph for a fallen leader. While Jackie meant the comparison to be positive, highlighting the hope and potential ushered in with the inauguration, it is unfortunately rooted in a story of a weak and cuckolded leader, whose best work barely warrants a mention.

The problem with creating a myth around a person is that, no matter how much is known, it distorts the truth and will evolve over time. A few dozen centuries ago, historians had little choice but to use mythology as a basis for their work, and were in any case shaping the telling to suit their purposes, rather than being slaves to accuracy. It’s almost embarrassingly easy for a modern historian to record facts, but mythology is still in there, mucking up the works. People latch onto « Camelot, » much more than either Kennedy the man or the politician.

The myth of King Arthur changed over the years – if the original version had informed « Camelot, » it would be much more complimentary. Arthur, first chronicled in Geoffrey of Monmouth’s circa 1138 Historia Regum Britanniae (pdf), is a rock star. The story is replete with magic, dragons, a sword named Caliburn and a lance named Ron. Arthur is a warrior and leader of almost supernatural capacity, and also « a youth of such unparalleled courage and generosity, joined with that sweetness of temper and innate goodness, as gained him universal love. » The Saxon-free Britain he established with bloody thoroughness was a paradigm, a magnet for those interested in the best that government could be, heck, even a place where women were celebrated for their wit. So while he did end up cuckolded, killed and his kingdom destroyed, his legacy was intact. Arthur was firmly established as the monarch to which to aspire – with better people.

Later in the 12th century, the Historia was distorted by avowed mythology, and Arthur started losing his cool (although his sword eventually got a niftier name). The poetry of Chrétien de Troyes focused on the adventures of select members of the Knights of the Round Table. Arthur and how he shaped and presided over that table and his kingdom were secondary to the feats of chivalry, quest for the Holy Grail, and Lancelot’s courtly love, which turned into the adulterous affair with Guenevere. Chrétien’s contemporary, Marie de France’s poems also featured courtly love in and around Arthur’s court, with Arthur relegated to a footnote. The slightly later Vulgate cycle follows the same pattern. Arthur had led the war to secure the independence and peace the kingdom enjoyed, but the poems all prefer to highlight Lancelot and company.

By the time Thomas Malory wrote his version of the Arthurian myth in the mid-15th century, Arthur had shriveled from heroic warrior and inspirational ruler to a cipher defined by the acts of others around him. Malory’s stories were about events during Arthur’s life, but the collection is called Le Morte d’Arthur, which needs no translation. This book inspired TH White’s 1958 the Once and Future King, which he framed as a tragedy. His Arthur is enamored with his ideals, which fail in the face of other people’s lust for either power or each other. This was the book that served as the basis for the musical that Jackie Kennedy was referencing.

But the conflation of Camelot and the Kennedys persists, and not only does it not really suit, it also does a disservice to the real understanding and assessment of the Kennedy Administration. It’s natural to adulate and lionize a vibrant leader violently cut down, but it’s the thin end of the wedge. Once a mythology has taken hold, it becomes difficult to isolate the true history – even if it’s actually more compelling and fascinating than the lore.

Mythology is common to nations’ stories of self, but America, perhaps by virtue of the recentness of its founding, is particularly prone to it, continually intertwining myth with the current body politic. It’s still difficult for history students to sift out the truth of the founding fathers because the mythology is so pernicious, creating an inaccurate view of both history and modern government. For years, « Camelot » as a memento mori was a lens that made viewing the life and times of Kennedy and the nation more difficult and less satisfying, except for those who love fairy tales.

Whatever the intention or interpretation, a wistful lyric from a mediocre musical about failed idealism doesn’t do justice to Kennedy and his time. « Camelot » keeps us from the whole story. He, and we, deserve better.

Voir encore:

Ben Zimmer
The Wall Street Journal

In the remembrances of John F. Kennedy’s presidency this week as the 50th anniversary of his assassination passes, one word continues to resonate above all: Camelot.

The name of King Arthur’s mythical court city has its roots in medieval romantic literature, but thanks to skillful media manipulation by Jacqueline Kennedy after her husband’s death, « Camelot » remains a potent mythmaking metaphor for the Kennedy administration.

The name first appeared as « Camaalot » in a 12th-century French poem about Lancelot written by Chrétien de Troyes, but etymologists are unsure if that was intended to refer to a real-life British location, such as Colchester (known in Latin as Camuladonum) or Cadbury (situated near the River Cam).

Later writers such as Sir Thomas Malory and Alfred, Lord Tennyson transformed Camelot into a dreamy utopia. By the time Mark Twain wrote « A Connecticut Yankee in King Arthur’s Court, » « Camelot » was intimately known to American readers, even if Twain’s time-traveling protagonist doesn’t recognize the name. (« Name of the asylum, likely, » he surmises.) In the 20th century, « Camelot » increasingly began to work its way into American popular culture, serving as the name for a popular 1930s board game.

But the immediate inspiration for the Kennedys’ Camelot was Lerner and Loewe’s musical of that name, based on T.H. White’s popular novel, « The Once and Future King. » While the musical opened on Broadway in 1960, it wasn’t until after Kennedy’s death that anyone thought to connect « Camelot » to the idealistic young president.

As James Piereson, author of « Camelot and the Cultural Revolution, » wrote recently in The Daily Beast, Jacqueline Kennedy single-handedly invented the Camelot myth in an interview she conducted with Theodore White (no relation to the novelist) for Life Magazine a week after the assassination. She told White that she and her husband enjoyed listening to the cast recording at bedtime, particularly the title song, in which Richard Burton as Arthur sings: « Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief, shining moment, that was known as Camelot. »

Jacqueline quoted the line and concluded, « There will be great presidents again, but there will never be another Camelot. » Her observations found their way into newspapers around the country.

Nothing did more to cement the nostalgic Kennedy mythos than that one word. It was, as Liz Nickles writes in the book « Brandstorm, » « one of the most significant examples of the power of storytelling to build a brand in modern history. » Despite all the less-than-flattering revelations that have emerged about the Kennedy presidency, 50 years later the Camelot metaphor still seems unassailable.

Voir encore:

The « Camelot » interview (29 November 1963)

Wikipedia

One week after the assasination of her husband Mrs. Kennedy summoned Theodore H. White to Hyannisport for an interview. Some of the statements she made appeared in that week’s edition of LIFE magazine (6 December 1963), and more of it appeared many years later in his memoir In Search of History: A Personal Adventure (1978). In 1969 White donated his notes of the interview to the Kennedy Library, to be made fully public only after Mrs. Kennedy’s death. They were released on 26 May 1995.
  • There’d been the biggest motorcade from the airport. Hot. Wild. Like Mexico and Vienna. The sun was so strong in our faces. I couldn’t put on sunglasses… Then we saw this tunnel ahead, I thought it would be cool in the tunnel, I thought if you were on the left the sun wouldn’t get into your eyes…
  • They were gunning the motorcycles. There were these little backfires. There was one noise like that. I thought it was a backfire. Then next I saw Connally grabbing his arms and saying « no, no, no, no, no, » with his fist beating. Then Jack turned and I turned. All I remember was a blue-gray building up ahead. Then Jack turned back so neatly, his last expression was so neat… you know that wonderful expression he had when they’d ask him a question about one of the ten million pieces they have in a rocket, just before he’d answer. He looked puzzled, then he slumped forward. He was holding out his hand … I could see a piece of his skull coming off. It was flesh-colored, not white — he was holding out his hand … I can see this perfectly clean piece detaching itself from his head. Then he slumped in my lap, his blood and his brains were in my lap … Then Clint Hill [the Secret Service man], he loved us, he made my life so easy, he was the first man in the car … We all lay down in the car … And I kept saying, Jack, Jack, Jack, and someone was yelling « he’s dead, he’s dead. » All the ride to the hospital I kept bending over him, saying « Jack, Jack, can you hear me, I love you, Jack. »
  • His head was so beautiful. I tried to hold the top of his head down, maybe I could keep it in… but I knew he was dead.
  • When they carried Jack in, Hill threw his coat over Jack’s head, and I held his head to throw the coat over it. It wasn’t repulsive to me for one moment — nothing was repulsive to me —
  • These big Texas interns kept saying, « Mrs. Kennedy, you come with us », they wanted to take me away from him… But I said « I’m not leaving »… Dave Powers came running to me at the hospital, crying when he saw me, my legs, my hands were covered with his brains… When Dave saw this he burst out weeping… I said « I’m not going to leave him, I’m not going to leave him »… I was standing outside in this narrow corridor… ten minutes later this big policeman brought me a chair.
  • I said, « I want to be in there when he dies »… so Burkeley forced his way into the operating room and said, « It’s her prerogative, it’s her prerogative… » and I got in, there were about forty people there. Dr. Perry wanted to get me out. But I said « It’s my husband, his blood, his brains are all over me. »
  • I held his hand all the time the priest was saying extreme unction.
  • The ring was all blood-stained… so I put the ring on Jack’s finger… and then I kissed his hand…
  • Everytime we got off the plane that day, three times they gave me the yellow roses of Texas. But in Dallas they gave me red roses. I thought how funny, red roses — so all the seat was full of blood and red roses.
  • But there’s this one thing I wanted to say… I’m so ashamed of myself… When Jack quoted something, it was usually classical… no, don’t protect me now… I kept saying to Bobby, I’ve got to talk to somebody, I’ve got to see somebody, I want to say this one thing, it’s been almost an obsession with me, all I keep thinking of is this line from a musical comedy, it’s been an obsession with me… At night before we’d go to sleep… we had an old Victrola. Jack liked to play some records. His back hurt, the floor was so cold. I’d get out of bed at night and play it for him, when it was so cold getting out of bed… on a Victrola ten years old — and the song he loved most came at the very end of this record, the last side of Camelot, sad Camelot… « Don’t let it be forgot, that once there was a spot, for one brief shining moment that was known as Camelot. »…There’ll never be another Camelot again…
  • Do you know what I think of history? … For a while I thought history was something that bitter old men wrote. But Jack loved history so… No one’ll ever know everything about Jack. But … history made Jack what he was … this lonely, little sick boy … scarlet fever … this little boy sick so much of the time, reading in bed, reading history … reading the Knights of the Round Table … and he just liked that last song.
    Then I thought, for Jack history was full of heroes. And if it made him this way, if it made him see the heroes, maybe other little boys will see. Men are such a combination of good and bad … He was such a simple man. But he was so complex, too. Jack had this hero idea of history, the idealistic view, but then he had that other side, the pragmatic side… his friends were all his old friends; he loved his Irish Mafia.
  • History!… Everybody kept saying to me to put a cold towel around my head and wipe the blood off… later, I saw myself in the mirror; my whole face spattered with blood and hair… I wiped it off with Kleenex… History! … I thought, no one really wants me there. Then one second later I thought, why did I wash the blood off? I should have left it there, let them see what they’ve done… If I’d just had the blood and caked hair when they took the picture … Then later I said to Bobby — what’s the line between history and drama? I should have kept the blood on.
    • A variant reading of White’s notes exists: Then later I said to Bobby — what’s the line between histrionics and drama. I should have kept the blood on. but in White’s own published memoir In Search of History: A Personal Adventure (1978) this is rendered « what’s the line between history and drama? »
    • Voir enfin:
    • La littérature médiévale, peu connue des non-spécialistes, est surtout abordée par le biais des nombreuses réécritures et adaptations à différents media. La légende du roi Arthur, par exemple, est principalement connue du grand public grâce à son adaptation en bande-dessinée, film ou encore série télévisée. Mais cette large diffusion est également due à l’influence souvent négligée de la comédie musicale Camelot, créée à Broadway en 1960 par Alan Jay Lerner et Frederick Loewe. Cette œuvre complète, mêlant jeu théâtral, chant et danse, s’appuie sur le texte de Thomas Malory, Le Morte d’Arthur, ainsi que sur la lecture proposée par Terence Hanbury White dans sa réécriture The Once and Future King, œuvre célèbre dans le monde anglophone. Camelot met en scène (et en chansons) la grandeur d’un règne arthurien idyllique, troublé par des conflits internes et des antagonismes profondément ancrés. Ce spectacle musical, qui a largement participé au succès du mythe arthurien aux États-Unis, apparaît alors comme une synthèse du texte médiéval, soulignant la dimension amoureuse de la légende à travers une distribution prestigieuse.

      1Si l’on fait exception des microcosmes que constituent l’enseignement et la recherche universitaires, le rapport au texte médiéval n’apparaît aujourd’hui que comme un rapport indirect, détourné par un enseignement secondaire limité et un phénomène toujours croissant de traduction, nécessaire à la vulgarisation des sources littéraires. Mais l’accès du grand public à la littérature médiévale ne se limite pas au prisme linguistique des éditions de poche. En effet, les récits médiévaux sont bien souvent présents dans la conscience collective par le biais de longues séries de réécritures et d’adaptations à différents media. La légende arthurienne semble particulièrement représentative de cette survivance permise par le travail de réécriture. Si en France les œuvres majeures de Chrétien de Troyes ne sont pas totalement inconnues du grand public, notamment grâce à l’initiation aux textes du Moyen Âge permise par les programmes de français de la classe de cinquième, l’histoire légendaire d’Arthur et de ses chevaliers nous est toutefois davantage connue par ses nombreuses adaptations cinématographiques. La matière arthurienne a en effet beaucoup inspiré les cinéastes occidentaux, comme le rappelle François Amy de la Bretèque1, et continue d’inspirer aujourd’hui encore. Ce procédé permettant la vulgarisation et la large diffusion des œuvres littéraires est désormais traditionnel, même si la qualité des adaptations demeure parfois problématique.

      2Toutefois, une recette de diffusion, plus inattendue pour le public francophone, s’avère peut-être également la plus efficace : l’adaptation en comédie musicale. Si de grandes comédies musicales sont accessibles au public français depuis quelques décennies maintenant, ce type de création artistique demeure extrêmement limité par rapport aux dizaines de « musicals » qui se bousculent sur les scènes anglophones. Et c’est justement une comédie musicale qui est à l’origine de la large diffusion du mythe arthurien d’après l’œuvre de Thomas Malory. En effet, la production américaine Camelot, de Alan Jay Lerner et de Frederick Loewe, propose une mise en scène et en chansons de l’œuvre romanesque de Terence Hanbury White2, elle-même constituant un long développement de la matière du Morte d’Arthur de Malory. Si White a largement contribué à la pérennité de Malory, c’est bien la comédie musicale Camelot qui a le plus participé à sa popularisation outre-Atlantique, puis par échos en Europe.

      3Bien que la plaquette de la comédie musicale porte l’inscription « based on The Once and Future King by T. H. White », il semble pourtant que les créateurs de Camelot se soient directement inspirés de l’œuvre de Malory, sans toujours s’appuyer sur la réécriture moderne de White. Certes, des détails, absents chez Malory et ajoutés par White, sont présents dans la comédie musicale, à l’instar des précisions concernant l’extraction de l’épée Excalibur de la pierre dans laquelle elle était plantée3. Mais de nombreux autres éléments ne peuvent à l’inverse qu’être directement issus de Malory4, puisque n’étant pas repris dans la réécriture de White. C’est le cas notamment du physique de Lancelot : chez White, Lancelot est un homme hideux, prenant parfois le nom de « Chevalier Mal Fet » en écho à ce visage repoussant5. Or, les acteurs choisis pour incarner Lancelot dans les différentes productions de Camelot n’ont jamais été grimés ou enlaidis, bien au contraire, ce qui laisse à penser que Lerner et Loewe ont ici privilégié la vision médiévale de Malory, dont l’œuvre n’évoque jamais cette laideur du chevalier. Ils reprennent ici l’acceptation traditionnelle, qui fait de Lancelot un chevalier parfait, et par conséquent un bel homme. Ce choix permet à la fois d’apporter une crédibilité au dilemme amoureux de Guenièvre, et de satisfaire le spectateur dans l’attente d’un Lancelot correspondant aux canons de beauté du XXe siècle6. De plus, l’une des chansons du premier acte, « The Lusty Month of May », interprétée par Guenièvre, semble née de la réflexion de Malory sur la reverdie et le désir naissant que le printemps suscite7. Guenièvre, qui danse au milieu d’une troupe joyeuse, se réjouit ainsi que « the birds and bees with all of their vast / amourous past / gaze at the human race aghast » pendant cette célébration du renouveau de la nature comme des amours. De façon éloquente, dans Camelot cette chanson précède la première rencontre de Guenièvre et de Lancelot, annonçant leur passion future. La comédie musicale, dans un effet de raccourci, condense et illustre la réflexion de Malory, traditionnelle de la pensée médiévale, en unissant les futurs amants sous le signe du renouveau printanier. Enfin, à la fin de la comédie musicale, Arthur, vieilli, prêt pour son ultime combat, rencontre un jeune garçon à qui il demande de répandre la glorieuse histoire des chevaliers de la Table Ronde. Ce garçon, « Tom of Warwick », est bien entendu un avatar de Thomas Malory, qui par la magie du spectacle reçoit d’Arthur lui-même le sujet de son œuvre majeure, Le Morte Darthur, et perpétue ainsi la légende. L’ensemble de ces éléments suggère le rapport direct et cyclique que la comédie musicale entretient avec le texte de Malory. Néanmoins, Camelot ne néglige pas le rôle essentiel joué par l’œuvre de White dans le processus de diffusion de la matière arthurienne : il est possible que le succès littéraire du premier volume de The Once and Future King, intitulé The Sword in the Stone, et le relatif oubli de Thomas Malory aux États-Unis, ait fait privilégier le nom de White, plus connu, comme source de la comédie musicale de Lerner et Loewe.

      4La comédie musicale Camelot est née sur les planches du Majestic Theatre de Broadway, où elle a séduit le public au cours de 873 représentations, de décembre 1960 à janvier 19638. Le succès de cette première mise en scène a entraîné une série de nouvelles productions et de tournées, principalement à travers les États-Unis. La distribution originale est particulièrement prestigieuse, puisqu’elle regroupe notamment Richard Burton dans le rôle du roi Arthur, Julie Andrews (Guenièvre), Robert Goulet (Lancelot) et Roddy McDowall (Mordred). Les numéros musicaux de Lerner – pour le livret – et de Loewe – pour la musique – apparaissent comme l’emblème majeur de l’esprit du Morte d’Arthur. La grandeur d’un Camelot idyllique atteint son paroxysme dans le glorieux chant éponyme lancé par Arthur dans le premier acte ; les caractères s’affirment avec éclat dans « C’est moi9 », interprété par le chevalier Lancelot, ou encore dans « The Seven Deadly Virtues », hymne de Mordred. Si ces deux chansons semblent fidèles à l’esprit de l’hypotexte médiéval, elles simplifient grandement la complexité des personnages et diminuent leur profondeur, en les réduisant à un ou deux traits caractéristiques : la noblesse prétentieuse de Lancelot et la duplicité de Mordred.

      5Mais le plus grand succès musical de Camelot demeure aujourd’hui encore le numéro d’introduction du second acte : la célèbre ballade amoureuse « If Ever I Would Leave You », que Lancelot adresse à la reine10. Les nombreuses reprises musicales et culturelles de la chanson soulignent sa puissance évocatrice, ainsi que la capacité de la légende arthurienne à atteindre la sensibilité des XXe et XXIe siècles en s’appuyant sur des thématiques universelles, présentes en germe chez Malory. Ici, l’amour du chevalier pour Guenièvre s’exprime à travers la succession des saisons, toutes propices à mettre en avant la beauté de la femme aimée11 :

      If ever I would leave you,
      It wouldn’t be in summer.
      Seeing you in summer I never would go.
      Your hair streaked with sunlight,
      You lips red as flame,
      Your face with a luster
      That puts gold to shame […].
      If ever I would leave you,
      How could it be in spring-time?
      Knowing how in spring I’m bewitched by you so?
      Oh, no! Not in spring-time!
      Summer, winter or fall!
      No, never could I leave you at all!

      6La réécriture musicale offre à cet amour adultère ses lettres de noblesse, ce que Malory ne pouvait concevoir dans une telle mesure. Les quatre couplets détaillent à la fois la beauté de Guenièvre et l’amour inconditionnel de Lancelot, à travers des remarques peu précises sur l’apparence physique ou les habitudes de la reine, afin d’accentuer l’universalité des paroles. Cette chanson, particulièrement forte dans la comédie musicale, est demeurée célèbre par son caractère universel. En effet, elle résonne pour tous les amoureux, sans évoquer le nom de Guenièvre, l’état de chevalier, ou le contexte d’amour adultère. La chanson possède d’ailleurs désormais son existence propre et autonome, sans être nécessairement perçue comme un extrait de comédie musicale. Les paroles de Lerner confèrent à la relation des deux amants une dimension à la fois universelle et atemporelle, soutenue par une musique vibrante et grandiose. Loin de réduire la légende à une histoire d’adultère, la comédie musicale en élargit les caractéristiques, afin de rendre la matière arthurienne accessible et touchante à un public moderne : si les titres de « roi » et de « chevalier » n’ont pas de résonance pour le spectateur de 1960, les notions d’amour et de trahison constituent une entrée privilégiée et toujours vive dans la légende. Ainsi, « If Ever I Would Leave You » n’est pas tant la déclaration de Lancelot à la reine, que celle d’un homme à une femme, ce qui permet à l’œuvre musicale de trouver un écho direct dans le public de cette époque. La perspective moderne proposée par Camelot accentue donc la dimension humaine des personnages de Malory. La comédie musicale vise à l’universalité en s’attachant au triangle amoureux, aux sentiments partagés d’Arthur et à la trahison de Mordred. Les auteurs ont donc cherché à mettre en avant les aspects humains qui constituent la légende, sans insister sur ses caractéristiques médiévales – chevalerie, relation vassal/suzerain… Dans Camelot, et en particulier dans la chanson « If Ever I Would Leave You », c’est donc l’universalité des émotions qui est mise sur le devant de la scène, afin de faciliter l’identification d’un large public12.

      7L’adaptation que proposent Lerner et Loewe de l’œuvre de Malory, d’après la relecture de Terence Hanbury White, ne consiste pas en une simple transposition d’un medium à un autre, mais bien en une réécriture complète, comme le suggère la modification de certains épisodes complets13. Lerner et Loewe proposent une « décantation » de la légende arthurienne de Malory, pour reprendre le terme d’Alban Gautier14, avec une réduction de l’intrigue ainsi que du nombre de personnages, afin de centrer l’action autour du triangle amoureux Arthur-Guenièvre-Lancelot. Camelot suit une intrigue resserrée sur ces trois personnages et sur leur rôle dans la chute du pouvoir arthurien. Des livres entiers du texte de Malory disparaissent ainsi, notamment l’histoire de Gareth et celle de Tristan et Iseut. La comédie musicale propose en contrepartie des ajouts notables, tel que le magnifique soliloque d’Arthur interrogeant sa conscience face à l’adultère de son épouse et de son meilleur ami. Mais Camelot ne peut rendre la richesse du texte de Malory, et apparaît comme un extrait représentatif de l’essence du Morte d’Arthur : la comédie musicale est limitée, tant par sa durée et ses conditions matérielles que par sa dimension de divertissement. En effet, la réécriture musicale de Lerner et Loewe doit proposer un spectacle complet, incluant chant, danse et jeu théâtral. En adaptant la trame de Malory à la scène, les créateurs ont su tenir compte des talents particuliers des différents interprètes principaux, en accentuant tantôt le jeu d’acteur, tantôt la puissance vocale. Ces nuances scéniques sont surtout perceptibles dans les deux rôles masculins principaux, Arthur (Richard Burton) et Lancelot (Robert Goulet). Si les deux artistes chantent et jouent la comédie tout au long de la représentation, les scènes qui définissent le mieux leurs personnages sont très différentes, et constituent les deux facettes majeures d’un rôle dans une comédie musicale : pour Arthur, cette scène-clé est son long monologue clôturant le premier acte, où il pèse les implications de l’amour réciproque de Guenièvre et de Lancelot. Seul, dans la grande et obscure salle du trône, Arthur laisse éclater sa colère d’homme trahi, avant de décider d’agir en roi civilisé. Seul, sous les projecteurs, Richard Burton donne vie au dilemme amorcé par Malory et White, alors que résonne en fond sonore la mélodie de « How To Handle a Woman15 ». Richard Burton, pour son premier rôle dans une comédie musicale, est donc davantage tourné vers la fonction « traditionnelle » d’un acteur, et l’ensemble de sa carrière cinématographique confirme cette inclination16. À l’inverse, le personnage de Lancelot se définit principalement par la grande chanson d’amour, déjà citée, « If Ever I Would Leave You ». Robert Goulet apparaît alors davantage comme un chanteur, un baryton à la voix remarquable. La suite de sa carrière, une fois encore, confirme cette répartition, Robert Goulet n’ayant eu que des rôles mineurs à la télévision, mais étant demeuré célèbre pour ses chansons. Ces deux interprétations complémentaires font écho aux rôles d’Arthur et de Lancelot, dont les sentiments contradictoires sont perceptibles sur scène. La réécriture pour la scène implique des choix d’éclaircissement tout comme des choix musicaux, d’autant plus que Lerner et Loewe intègrent à la mise en scène de Camelot une tonalité comique absente de l’œuvre de Malory.

      8Camelot a donc largement participé au succès du mythe arthurien outre-Atlantique, mais au prix de quelques sacrifices. Si le lien direct avec les hypotextes, Malory et White, n’est jamais totalement rompu, il s’efface peu à peu derrière des réécritures successives. La comédie musicale a elle-même été montée à plusieurs reprises, avec différents artistes, et a même été transposée en film17. Elle apparaît comme une synthèse de l’œuvre de Malory, qui compilait déjà les textes antérieurs, adaptée aux goûts du public moderne. La subtilité des caractères se perd au profit de personnages aisément reconnaissables, et les intrigues secondaires sont balayées, pour ne laisser ressurgir que la dimension la plus universelle : la relation amoureuse. Qu’il s’agisse du couple royal, ou du couple Lancelot-Guenièvre, cette passion amoureuse est présente tout au long de la comédie musicale, et rythme la légende mise en chansons. La lecture du Morte d’Arthur proposée par Lerner et Loewe suggère donc la présence de l’amour comme fil conducteur du règne arthurien, faisant débuter la comédie musicale par l’arrivée de la reine à Camelot, et s’achever sur la séparation définitive d’Arthur, de Lancelot et de Guenièvre. Au prix d’une importante et nécessaire décantation, Camelot, en tant que synthèse musicale à grand spectacle d’une histoire d’amour connue de tous, offre à la légende arthurienne la possibilité de faire rêver un public toujours plus vaste, et confère ainsi à Malory un nouveau point d’entrée dans le XXe siècle.

      Bibliographie

      François Amy de la Bretèque, L’Imaginaire médiéval dans le cinéma occidental, Paris, Champion, 2004, 1280 p.

      Alban Gautier, Arthur, Paris, Ellipses, 2007, 432 p.

      Alan Jay Lerner, Frederik Loewe, Camelot, comédie musicale jouée à Broadway, mise en scène par Moss Hart (1960) et Marty Callner (1981) pour la version filmée au Winter Garden Theatre, vidéo éditée par Andy Zall, Home Box Office, 1982.

      Joshua Logan, Camelot, USA, Warner Bros., 1967.

      Thomas Malory, Le Morte Darthur, éd. Janet Cowen, London, Penguin Books, 1969.

      Terence Hanbury White, The Once and Future King, New York, Ace Books, 1996 [première edition: 1958].

      Notes

      1 François Amy de la Bretèque, L’Imaginaire médiéval dans le cinéma occidental, Paris, Champion, 2004.

      2 The Once and Future King (1938-1977), vaste œuvre de T.H. White, composée de cinq romans très différents les uns des autres : The Sword in the Stone (roman pour enfants retraçant l’enfance d’Arthur et son accession au trône grâce à Merlin, publié en 1938), The Queen of Air and Darkness (roman plus sombre centré sur le clan Orkney, qui participera à long terme à la chute du roi Arthur ; ce deuxième tome est parfois nommé The Witch in the Wood, 1939), The Ill-Made Knight (consacré à l’histoire de Lancelot, 1940), The Candle in the Wind (roman publié en 1958, qui développe une réflexion philosophique sur les questions de Bien et de Mal, et où les derniers instants du règne d’Arthur font écho au conflit mondial des années précédentes) et The Book of Merlyn (ouvrage marqué par un fort pessimisme, rédigé en 1941 mais publié de façon posthume en 1977).

      3 Par exemple, Malory n’évoque pas le shilling donné par Kay à Arthur pour aller chercher son épée, ou le fait qu’Arthur prenne Excalibur pour un mémorial de guerre (Le Morte d’Arthur, livre I, chap. 5). Ces indications, présentes dans Camelot, sont dues à la réécriture de White (The Once and Future King, t. I The Sword in the Stone, chap. 23).

      4 En particulier l’édition d’Eugène Vinaver, Malory : Works, Oxford, Oxford University Press, 1947.

      5 Le troisième tome de The Once and Future King, consacré à Lancelot, s’intitule The Ill-Made Knight.

      6 Il faut attendre la fin du XXe siècle et la comédie musicale Notre-Dame de Paris (1998) de Luc Plamondon et Richard Cocciante pour voir sur scène un personnage volontairement enlaidi, Quasimodo, d’après l’œuvre de Victor Hugo.

      7 Le Morte d’Arthur, livre XVIII, chap. 25.

      8 Mise en scène de Moss Hart, orchestre par Robert R. Bennett et Philip J. Lang.

      9 En français dans le texte, uniquement pour le refrain.

      10 La chanson est disponible sur de nombreux sites audiovisuels, comme YouTube.

      11 Le succès des numéros musicaux est également à porter au crédit de leurs interprètes, grands noms du cinéma et de la chanson : Richard Burton, à qui succède brillamment Richard Harris, Julie Andrews, et bien entendu Robert Goulet, voix inoubliable de Lancelot. « If Ever I Would Leave You » demeure l’un de ses plus grands succès.

      12 Cette universalité des paroles explique en partie le succès de la chanson « If Ever I Would Leave You ». Le même phénomène est perceptible dans d’autres comédies musicales, où une chanson évoquant des thématiques larges et universelles est le plus souvent retenue en tant que chanson principale de l’ensemble de l’œuvre. La pérennité de numéros musicaux tels que « Over the Rainbow », issu du film musical The Wizard of Oz (1939), ou à moindre échelle « S.O.S. d’un terrien en détresse », tiré de l’opéra-rock Starmania (1978), confirme ce phénomène de succès des chansons à large portée.

      13 Dans les deux œuvres par exemple, Lancelot accomplit un miracle, mais la comédie musicale réécrit cet épisode : dans Le Morte d’Arthur, Lancelot parvient à soigner un chevalier hongrois, blessé et maudit depuis de nombreuses années ; Camelot va plus loin, puisque Lancelot y ressuscite un chevalier qu’il avait lui-même mortellement blessé lors d’un tournoi.

      14 Alban Gautier, Arthur, Paris, Ellipses, 2007, p. 356.

      15 Chanson du premier acte, interprétée par Arthur.

      16 Dans une vidéo de présentation de Camelot, intitulée « The Broadway of Lerner and Loewe », diffusée aux États-Unis le 11 février 1962, Richard Burton affirme ses doutes quant à ses performances vocales, et met en avant son rôle de comédien : « I’m an actor, not a choir ; why, I must be out of my mind ! ».

      17 La version cinématographique de Joshua Logan (1967) ne rend malheureusement pas hommage à la qualité de la comédie musicale, malgré l’interprétation brillante de Richard Harris dans le rôle du roi Arthur. La comédie musicale de Lerner et Loewe est également reprise de façon parodique par les Monty Python dans leur film Sacré Graal ! (Monty Pyhton and the Holy Grail) en 1975, puis de façon plus évidente dans leur comédie musicale Spamalot (2005), jouée en continu en Angleterre, et adaptée pour la scène française de Bobino depuis 2013.


Election américaine: Attention, une incompétence peut en cacher une autre ! (Sick and tired of hearing about your damn bathrooms: Guess who alone passed the Castro death test)

30 novembre, 2016
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Manifestation contre Donald Trump, président élu, à New York, le 9 novembre.
Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture (…) Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse. (…) Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre. (…) Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.(…) Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme. Norman Mailer (1980)
Le candidat républicain n’est pas qualifié pour être président. Je l’ai dit la semaine dernière. Il n’arrête pas de le démontrer. Le fait que Donald Trump critique une famille ayant fait des sacrifices extraordinaires pour ce pays, le fait qu’il ne semble pas avoir les connaissances de base autour de sujets essentiels en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, signifient qu’il est terriblement mal préparé pour ce poste. Barack Hussein Obama
Les Américains en ont marre de vos satanés e-mails, parlons des vrais problèmes aux Etats-Unis. Bernie Sanders
Pour paraphraser Bernie Sanders, les Américains en ont marre des satanés toilettes des progressistes. Mark Lilla
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Notre pays est en colère, je suis en colère et je suis prêt à endosser le manteau de la colère. Donald Trump
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
Dans une époque où des nations opprimées sont privées des droits humains fondamentaux, de la justice et de la liberté, il reste heureusement des hommes libres qui restent dans la lutte jusqu’à leurs tout derniers jours. Hassan Rohani
J’adresse mes condoléances au gouvernement révolutionnaire et à la nation de Cuba après la mort de son excellence Fidel Castro, le dirigeant de la Révolution cubaine et personnalité centrale de la lutte contre le colonialisme et l’exploitation et symbole de la lutte pour l’indépendance des nations opprimées. Mohammad Javad Zarif
Fidel Castro était un exemple stimulant pour beaucoup de pays. Fidel Castro était un véritable ami de la Russie. Vladimir Poutine
Fidel a défendu son territoire et affermi son pays alors qu’il subissait un blocus américain éprouvant. Malgré cela, il a mené son pays sur la voie de l’autosuffisance et du développement indépendant. Mikhail Gorbatchev
Le peuple chinois a perdu un camarade proche et un ami sincère. Xi Jinping
Cuba, notre amie, a réussi sous sa conduite à résister aux sanctions et aux campagnes d’oppression les plus fortes jamais vues dans notre histoire récente, devant un flambeau de la libération des peuples d’Amérique du Sud et du monde entier. Le nom de Fidel Castro vivra à jamais dans l’esprit des générations et inspirera ceux qui aspirent à une véritable indépendance et à une libération du joug du colonialisme et de l’hégémonie. Bachar Al Assad
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Rosalynn et moi partageons nos sympathies avec la famille Castro et le peuple cubain à la mort de Fidel Castro. Nous nous souvenons avec tendresse de nos visites avec lui à Cuba et de son amour pour son pays. Nous souhaitons aux citoyens cubains la paix et la prospérité dans les années à venir. Jimmy Carter
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui la mort du président cubain ayant le plus longtemps exercé cette fonction. Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu’il était une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour “el Comandante”. Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé. Ce fut aussi un véritable honneur de rencontrer ses trois fils et son frère, le président Raúl Castro, au cours de ma récente visite à Cuba. Au nom de tous les Canadiens, Sophie et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Castro ainsi qu’aux nombreuses personnes qui l’appuyaient. Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable. Justin Trudeau
 Fidel Castro était une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la Révolution cubaine. Avec la mort de Fidel Castro, le monde perd un homme qui était pour beaucoup un héros. Il a changé le cours de l’histoire et son influence s’est propagée bien au-delà. Fidel Castro demeure une des figures révolutionnaires du XXe siècle. Il appartiendra à l’histoire de juger son héritage. Jean-Claude Juncker
Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure. François Hollande
Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (…) Son oeuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire fasse opiniâtrement à la toute puissance américaine. Jack Lang
Fidel ! Fidel ! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel ? Demain était une promesse. Fidel ! Fidel ! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Jean-Luc Mélenchon
Avec la mort de Fidel Castro disparait  une énorme figure de l’histoire moderne, de l’indépendance nationale et du socialisme du XXe siècle. De la construction d’un système de santé et d’éducation de premier ordre à l’impressionnant bilan de sa politique étrangère, les réalisations de Castro ont été nombreuses. Malgré tous ses défauts, le soutien de Castro à l’Angola a joué un rôle crucial pour mettre fin à l’Apartheid en Afrique du Sud et il restera dans l’histoire comme à la fois un internationaliste et un champion de la justice sociale. Jeremy Corbyn
Sometimes I wonder if Jeremy Corbyn even knows what he’s saying half the time. So often, he appears to be operating on some kind of 1980s student-union auto-pilot. But this is no joke. The latest example of Corbyn’s arrested development is the most serious yet. We now have to recognise that a major political party in Britain is being led by a teenage romantic revolutionary who just happens to be in his sixties. Martin Bright
L’appareil de propagande de l’organisation terroriste Daech a diffusé une séquence vidéo mettant en scène un terroriste parlant français, qui appelle ceux qu’il a été convenu d’appeler les loups solitaires de l’organisation, de perpétrer des attaques au couteau et de poignarder les gens au hasard dans les lieux de grande affluence, dans les capitales et villes des pays qui participent à la coalition qui combat Daech au moyen orient. La vidéo appelle les éléments terroristes à se contenter des attaques à l’arme blanche et à ne pas s’encombrer des attaques aux armes lourdes. C’est, apparemment, ce qu’a décidé de faire l’homme qui a attaqué le campus d’Ohio, ce lundi. Tunisie numérique
Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ‘à la carte’, en fonction du public scolaire. Catherine Moureaux (députée PS Molenbeeck, Belgique)
Obama will be remembered by historians as the man who turned over the White House to Donald Trump, the man who let Putin unleash the forces of Hell in Syria and Ukraine, and the man who honored European values but made the world steadily less safe for them. That Putin took the occasion of Obama’s final tour to open a wide new air offensive in Syria and withdraw from the ICC even as his allies celebrated victories in Estonia, Moldova and Bulgaria only underlines what a foreign policy disaster the 44th President has been. Many world leaders like Obama; some pity him; few respect him as a leader (rather than as a man); none fear him. Most are too busy coping with the consequences of his failures to spend a lot of time thinking about him at this point in his presidency. Even Germany, whose cheering crowds once greeted Obama as an enlightened internationalist in the mold of John F. Kennedy, has gradually lost faith in the President.The early signs of struggle and factionalism in the Donald Trump transition, meanwhile, are leading many foreigners to suppose that the next American President will be another inconsequential bumbler. We must hope that they are wrong; not even the power of the United States can survive a long string of failed Presidents unscathed. Walter Russell Mead
Une statistique plus brutale marque pourtant mieux que les autres la marque de fabrique du vote républicain. C’est le vote du white male, de l’homme blanc. Seuls 37 % d’entre eux ont voté pour Kerry, contre 62 % pour Bush, un écart considérable qui est près du double de celui enregistré pour les femmes blanches. Bill Clinton avait lancé le concept des soccer moms, ces femmes qui emmènent leurs enfants au soccer(football au sens où nous l’entendons, mais qui est plus chic aux Etats-Unis que le football américain) et qui votent démocrate. Bush capture le vote du nascar dad, qu’on pourrait traduire par le « papa-bagnole, qui se passionne pour les courses automobiles d’Indianapolis et de Daytona. Dans le langage des stratèges électoraux, les nascar dads sont les électeurs mâles, sans études supérieures, qui votaient jadis pour les démocrates et votent désormais pour les républicains. Grâce au Watergate et à la diffusion des enregistrements faits à la Maison Blanche, on sait que Nixon avait clairement saisi l’opportunité de rallier à la cause républicaine les cols bleus choqués par Woodstock et autres manifestations du « déclin de la civilisation occidentale ». C’est Reagan qui pousse à son paroxysme cette capture du vote ouvrier, dont Bush junior récolte les fruits bien mieux que son père. Dans un article publié par la New York Review of Book, « The White Man Unburdened », l’homme blanc privé de son fardeau, l’écrivain Norman Mailer faisait la liste de tout ce que l’homme blanc a perdu au cours des trente dernières années : son statut, son salaire, son autorité, ses athlètes (blancs) préférés…, pour expliquer le ralliement à la guerre irakienne de Bush (voir aussi le texte d’Arlie Hochschild « Let them eat war » sur tomdispatch.com). Il n’est pas besoin d’une longue démonstration pour voir apparaître, derrière un langage différent (la religion, le droit au port d’armes…), les mêmes traits qui ont expliqué en France le vote ouvrier en faveur de Le Pen. Loin d’apparaître comme un continent bizarre, si loin désormais de l’Europe, l’Amérique est soumise à un processus identique. Les mots pour le dire ne sont pas les mêmes, mais c’est le même désamour entre la gauche et la classe ouvrière qui s’est joué des deux côtés de l’Atlantique, qui marque dans les deux cas l’aboutissement d’un long processus de déracinement du monde ouvrier. Daniel Cohen
Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances (…) la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
Les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile. Matthew B. Crawford (Esprit, octobre 2016)
La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet. Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global. L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant… Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ». C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. Bruno Latour
Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter. On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis. En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné. Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord. Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui. L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat. Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent. Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise.(…) L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé. Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ». Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple. (…) On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas. Michel Guerrin
If progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. Kevin D. Williamson
L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016). Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf. D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011). Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus. Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ? Drieu Godefridi
Nous sommes devenus habités par l’idée que nous ne sommes pas des citoyens qui ont été modelés par un certain nombre de pratiques et de traditions que nous chérissons parce que nous sommes membres d’un Etat qui est notre maison. Nous nous voyons plutôt comme les porteurs de telle ou telle identité, qui serait la seule chose importante à dire sur nous. Si l’on suit ce chemin, le but de l’Etat n’est plus d’être le médiateur des intérêts des citoyens, mais le distributeur de ressources basées sur ce qui vous est dû, en raison de votre identité. (…) Si vous êtes afro-américain, ne mentionnez pas s’il vous plaît  que vous croyez en Dieu et allez à l’église; la politique de l’identité ne laisse aucune place au christianisme – bien qu’elle s’incline devant une pureté imaginaire de l’islam. Femmes? Vous pouvez avoir des craintes sur la façon dont la prolifération des «identités» de genre pèse sur votre lutte unique pour équilibrer et pour donner un sens aux exigences conflictuelles de la vie familiale et professionnelle. Vous ne devez cependant rien dire. Toute identité de genre imaginée doit être respectée. Vous pensiez que vous étiez spéciales, mais vous ne l’êtes pas. Nous vivons dans un monde où tout est possible. Quiconque parle de limites, de contraintes, est «phobique» d’une manière ou d’une autre. L’esprit bourgeois qui a construit l’Amérique, l’intérêt de gagner beaucoup d’argent, d’avoir «réussi», de prendre des risques – avant tout la force de l’âme nécessaire pour affronter l’échec et revenir plus fort – sont méprisés. Personne n’ose parler dans un monde politiquement correct. Les sentiments pourraient être blessés; les gens peuvent se sentir «mal à l’aise». Les avertissements de contenus sensibles et les «espaces sûrs» occupent notre attention. La tâche dans le monde hautement chorégraphié de la «politique de l’identité» n’est pas de durcir mais de domestiquer. Pas de combats. Pas d’insultes auxquelles nous répondons avec force et confiance en soi et assurance. Même par le rire! Partout: les protections rendues possibles par le Grand Protecteur – l’Etat – car nous ne pouvons pas nous montrer à la hauteur de l’occasion. La grandeur importe; si nous voulons l’avoir, personnellement et en tant que pays, nous devons rejeter le discours politiquement correct qui, en nous protégeant de la souffrance, fait de nous sa victime à perpétuité. Sur chacune de ces questions – les frontières, l’immigration, l’intérêt national, l’esprit d’entreprise, le fédéralisme et le discours politiquement correct – Hillary Clinton répond avec la novlangue de « la mondialisation et de la politique de l’identité », le langage qui nous a donné un monde qui est à présent épuisé, vicié et irrécupérable. C’est contre ce genre de monde que les citoyens se révoltent. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Grande-Bretagne. Les idées de «mondialisation» et de «politique de l’identité» qui nous ont fascinés après la guerre froide appartiennent maintenant à la poubelle de l’histoire. La question, plus importante que la question des personnalités de Hillary Clinton et de Donald Trump, est de savoir si nous aurons une nouvelle administration qui les autorise et essaie de résoudre nos problèmes à travers leur objectif. Joshua Mitchell
One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals. (…) the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.) When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”? This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs. (…) How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. (…) The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become. Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it. (…) To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms. Mark Lilla (Columbia)
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable. Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains. La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant. (…) L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain. (…) La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc. Guy Millière

Et si pour une fois c’était les peuples qui avaient vu juste ?

A l’heure où après les avertissements des peuples qu’ont constitué, coup sur coup et contre tous les pronostics, les résultats du référendum britannique comme du véritable plébiscite de Trump ou de Fillon

Et la confirmation du véritable désastre qu’auront été, entre abandon criminel du Moyen-Orient et campagne aussi insignifiante que futile pour le mariage ou les toilettes pour tous, les politiques complètement déconnectées du réel de nos Obama, Hollande ou Merkel …

Nos donneurs de leçons en rajoutent sur l’incompétence du président-élu américain et, à défaut de pouvoir changer le peuple, appellent des deux côtés de l’Atlantique à contester dans la rue le résultat des urnes  …

Et qu’entre première présentatrice de télévision voilée au Canada et première candidate à l’élection de Miss America en burkini (ou était-ce homosexuelle ?) …

Ou entre deux attaques à la voiture-bélier ou pyromanes de nos chers réfugiés – pardon – loups solitaires auto-radicalisés via les consignes numériques de l’Etat islamique  …

Nos médias et nos élus (à quand après les cours islamiques  anglaises, les cours d’histoire aménagée selon l’origine des élèves ?) continuent à coup de « premières » leur matraquage multiculturaliste …

Devinez qui parmi l’ensemble des dirigeants de la planète …

Contre l’incroyable déni et auto-aveuglement de toute une génération d’élites nourries au petit lait de la mondialisation et de l’identité heureuses …

Et les tomberaux d’hommages qui ont salué la mort d’un des plus notoires dictateurs de la planète  ..

Aura eu le courage – ou le simple bon sens – d’appeler un chat un chat !

Fidel Castro, criminel contre l’humanité
Guy Millière

Dreuz

29 novembre 2016

La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable.

Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains.

La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant.

Il faut donc le souligner une fois de plus.

Fidel Castro a été un dictateur féroce, dès son arrivée au pouvoir en 1959. Il s’est emparé de Cuba par la force des armes, y a installé un régime destructeur et barbare à la solde de l’Union Soviétique (et je le souligne : d’emblée à la solde de l’Union Soviétique). Il a fait assassiner des milliers d’opposants, en usant au commencement d’un exécuteur des basses oeuvres cruel et sadique appelé Ernesto Che Guevara, parti ensuite pratiquer le terrorisme en Afrique et en Amérique latine. Il a ravagé une économie qui, avant lui, était prospère, a provoqué une chute vertigineuse du niveau de vie du pays, aboli toutes les libertés, suscité l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les Etats-Unis, volé des propriétés immobilières et des entreprises par centaines, transformé l’île en une grande prison.

Il faut le rappeler, Fidel Castro a failli provoquer une guerre mondiale en octobre 1962 quand il a accepté (ce qui était logique puisqu’il était un agent soviétique) l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, missiles braqués vers les Etats Unis en un temps où l’Union Soviétique affichait ses intentions destructrices vis-à-vis de la principale puissance du monde libre. Fidel Castro a demandé explicitement à l’époque à l’Union Soviétique d’utiliser les missiles nucléaires installés à Cuba pour détruire les Etats-Unis. Nikita Khrouchtchev a refusé.

Il faut le rappeler aussi, Fidel Castro est le seul et unique responsable de la rupture de toute relation commerciale ou autre entre Cuba et les Etats-Unis. A l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis ont eu une attitude neutre, voire positive, vis-à-vis du nouveau régime : l’antipathie est vite venue, avec les exécutions sommaires, l’instauration de la dictature, la confiscation de toutes les entreprises américaines, la transformation de l’île en base soviétique.

Et il faut le dire : l’absence de toute relation entre Cuba et les Etats-Unis n’a jamais empêché Cuba sous Castro de commercer avec le reste du monde. La ruine économique de Cuba a une cause et une seule : la destruction de l’économie de marché et des structures de production du pays par des criminels sanguinaires, incompétents, vicieux, et méprisants envers l’être humain. Des gens tels qu’Hugo Chavez au Venezuela ou Jean-Luc Mélenchon s’il arrivait au pouvoir en France. Le crétin de l’Elysée, après avoir qualifié (comme Obama) Fidel Castro de grande figure historique, a incriminé l’embargo américain. Il aurait mieux fait d’incriminer les causes de la ruine de Cuba et de demander comme Trump un retour à la liberté à Cuba, mais le crétin en question étant socialiste, ce serait trop lui demander.

Il faut le dire : l’expédition de la Baie des Cochons fut une expédition libératrice qui aurait pu permettre au peuple cubain de retrouver la liberté face à la férocité qui s’abattait déjà sur lui. Elle a échoué à cause de la pusillanimité de John Kennedy, qui a retiré aux forces cubaines libres les moyens logistiques et l’appui qui leur avait été promis, cela au moment même où elles débarquaient. Si John Kennedy n’était pas mort à Dallas en 1963, le monde aurait fini par s’apercevoir qu’il était, outre un obsédé sexuel, un mauvais Président. Les Cubains de Floride se souviennent et savent que les démocrates sont, en général, des traîtres.

Il faut l’ajouter : le discours qui imprègne les grands médias aujourd’hui disant que, sous Battista, Cuba était un lieu de débauche et de prostitution est particulièrement infect. Cuba sous Battista avait un niveau de vie équivalent à celui de l’Italie de l’époque, et La Havane était une ville de casinos où la prostitution existait, une sorte de Las Vegas tropical. Des clubs de vacance existaient, les salaires allaient aux employés. Ces dernières années, quand les frères Castro ont eu besoin d’argent, des clubs de vacance ont ouvert, les salaires sont versés par les entreprises qui ont ouvert les clubs au gouvernement cubain, qui donne une pitance (20 dollars) équivalant à deux pour cent des salaires aux employés cubains utilisés, qui n’ont pas l’autorisation de ramener de la nourriture jetée dans les poubelles des clubs à leurs familles qui crèvent de faim. Les jeunes filles se prostituent pour un prix modique parce qu’elles crèvent de faim elles aussi.

Il faut l’ajouter : Fidel Castro n’a rien apporté au peuple cubain, sinon la souffrance et la mort. La médecine cubaine pour les Cubains est digne de celle du pire pays du tiers-monde (même les médicaments de base tels l’aspirine sont rationnés) tandis que des hôpitaux traitent, pour des sommes élevées de riches clients étrangers, tous les bénéfices allant au régime. Cuba était un pays très alphabétisé avant Castro, la différence est que l’alphabétisation désormais est totalement imprégnée de propagande léniniste monolithique.

L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain.

La joie des Cubains de Floride est très logique et pleinement légitime. Les Cubains encore à Cuba ne peuvent exprimer la moindre joie sans risquer d’avoir à le payer cher.

La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc.

Que les cendres de Fidel Castro soient destinées à reposer là où se trouve la sépulture de José Marti, qui était un libéral, un démocrate, un défenseur de la liberté de parole, et qui est mort lors de la décolonisation de Cuba, menée grâce aux Etats-Unis en 1895, est une insulte à la mémoire de José Marti, dont Fidel Castro a piétiné l’héritage.

Voir aussi:

 While others fawn, Trump buries Castro with the truth

The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly.

For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman:

Today, the world marks the passing of a brutal dictator who oppressed his own people for nearly six decades. Fidel Castro’s legacy is one of firing squads, theft, unimaginable suffering, poverty and the denial of fundamental human rights.

While Cuba remains a totalitarian island, it is my hope that today marks a move away from the horrors endured for too long, and toward a future in which the wonderful Cuban people finally live in the freedom they so richly deserve.

For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable.

Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing:

Today, we offer condolences to Fidel Castro’s family, and our thoughts and prayers are with the Cuban people. For nearly six decades, the relationship between the United States and Cuba was marked by discord and profound political disagreements.

During my presidency, we have worked hard to put the past behind us, pursuing a future in which the relationship between our two countries is defined not by our differences but by the many things that we share as neighbors and friends — bonds of family, culture, commerce, and common humanity.

This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency.

Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else?

Indeed, his Secretary of State John Kerry, whose tenure has been distinguished by near-total capitulation to Iran, the world’s foremost state sponsor of terrorism, said of Castro: « We extend our condolences to the Cuban people today as they mourn the passing of Fidel Castro … He played an outsized role in their lives, and he influenced the direction of regional, even global affairs.”

I’d be outraged if I were not already asleep.

I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office?

But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups.

Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody:

“Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.” Trudeau added that Castro was “Cuba’s longest serving President.”

Notice that Castro “served” rather than ruled, and that he was “President” and not « dictator.”

But Trudeau’s just getting started.

“While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘el Comandante…” He continued. Castro was “a legendary revolutionary and orator” and that his death at 90 had brought him “deep sorrow.”

Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them.

As an American who loves Canada and has the privilege of hosting a national TV show there, “Divine Intervention,” I am embarrassed for the good people of Canada.

Trudeau’s revolting comments were rightly exposed by Senator Marco Rubio as “shameful and embarrassing,” and by Senator Ted Cruz as “slobbering adulation.”

Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own.

Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.”

U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. »

I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.

But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.”

If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell.

The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.

Boteach, “America’s Rabbi,” whom the Washington Post calls “the most famous Rabbi in America,” is founder of The World Values Network and is the international best-selling author of 31 books, including “The Israel Warrior,” which has just been published. Follow him on Twitter @RabbiShmuley.

Voir encore:

Fidel Castro: A Litmus Test Of American Political Thinking

Paul Roderick Gregory

Miami residents celebrate the death of Fidel Castro on November 26, 2016 in Miami, Florida. Cuba’s current President and younger brother of Fidel, Raul Castro, announced in a brief TV appearance that Fidel Castro had died at 22:29 hours on November 25 aged 90. (Gustavo Caballero/Getty Images)

Fidel Castro is dead at age 90. In power for more than a half century, his regime ruled the last planned socialist economy. (Unless we include quirky North Korea). In 1957, when Castro launched his Cuban revolution, Cuban GDP per capita equaled the Latin American average. On the day of Fidel’s death, it has fallen to less than half that average.  Over the fifty years of Castro’s communist rule, Cuba went from being among the more prosperous countries of Latin America to being among its poorest. When Fidel marched victoriously into Havana, it had fifty-eight national newspapers. Now it has six, all published by the Cuban communist party and its affiliates.

When Communism fell in the Soviet Union and Eastern Europe, advocates of Communism throughout the world shrugged. They argued that the Communist system is sound. The problem is that Communist countries have had the wrong leaders. Communist true believers, the world over, had to put their faith in Fidel and to hope that his example would spread Communism beyond Cuba’s shores – to countries like Venezuela and Nicaragua. Communist true believers looked at Fidel’s Cuba and praised its health-care and education systems, its income equality, and the fact that Cuba survived the U.S. embargo. They ignored the fact the Fidel remained in power thanks to repression of political opponents, his willingness to lose his most ambitious citizens as boat people to the US, and cheap oil as a client state of the USSR and then Venezuela.

Two decades back, only ten percent of Americans viewed Cuba favorably. On the day of Fidel’s death, more than half of Americans have a positive view of Cuba. The party divide is enormous: Three quarters of Democrats and one third of Republicans hold positive views of Cuba. In the 1960s, the New Left, with its ubiquitous Che posters, was enraptured by Castro and the Cuban model. More recent assessments by socialists fret that Cuba is not striving for a true form of socialism.

The American Left views Fidel as a veteran, battle-scarred in his battle against a US imperialism, bent on Cuba’s destruction. Despite all these obstacles, as stated by Bernie Sanders in 1985, people “forget that Castro educated their kids, gave their kids healthcare, and totally transformed society” in a “revolution of values.” The American Right sees Fidel’s Cuba as an oppressive one-party state that permits no dissent. It is managed by a regime that has run the economy into the ground, despite accomplishments in education and health care. Equality in Cuba means an equal right to poverty.

An oppressive dictator who imprisons opponents and forces his best-and-brightest to flee or a heroic leader thumbing his nose in the face of the global hegemon while providing his people with education and health, one thing is clear:  The Castro planned socialist economy has doomed the Cuban people to lives of poverty. If Cuba had simply matched the lackluster performance of Latin America, the Cuban people would have double the living standard they have today.

The rise in favorable American opinion about Cuba, especially among Democrats, reflects the leftward tilt of their thinking, and a naïve belief, as expressed by the Sanders campaign, that Democratic Socialism is possible. If so, let them give one real-world example, and not the phony Scandinavian model. Fidel knew otherwise and did not tinker with democracy, and he died in power. Gorbachev did not, and he was unceremoniously dumped from power. I imagine Raul Castro is aware of these facts.

Voir également:

The death of Fidel Castro is the perfect Rorschach test for our times.

Ryu Spaeth

The New Republic

November 26, 2016

What you thought of Castro, who died at the age of 90 on Friday, has always been a reflection of your politics, your nationality, and your age. He was a hero of the revolutionary left in Latin America, proving that a ragtag band of guerrillas could overthrow the Western Hemisphere’s hegemon. He was a communist stooge to the American officials who repeatedly tried to kill him, presiding over an outpost of the Soviet Union just off the coast of Florida. To Cubans themselves he was a dictator who impoverished the country, jailed and killed thousands of dissidents, and stripped citizens of their basic rights. And to those who came of age in the post-Cold War era, he was simultaneously a retro figure on a T-shirt and a cranky old man in an Adidas tracksuit.

The disintegration of the post-Cold War order—culminating in Brexit in Great Britain and the election of Donald Trump in the United States—has been mirrored in the chaotic response to Castro’s death. Jeremy Corbyn, the leader of Britain’s Labour Party, hailed Castro as a “champion of social justice,” which is decidedly more sympathetic than anything Tony Blair might have said. Paeans have poured in from predictable quarters (Brazil’s Dilma Rousseff, herself a one-time revolutionary) and those less so (Canada’s Justin Trudeau, the scion of a former prime minister). In the United States, a Democratic president who ushered in a new relationship with Cuba largely based on free market liberalization is being succeeded by a Republican businessman who has threatened to roll back this progress for a “better deal.”

What Trump and Cuban President Raul Castro plan to do now is the ultimate question hanging over Cuba in the wake of Fidel’s death. So far, Trump has indicated nothing more than that he is aware of the news, which we can all agree, even in these divided times, is a good start.

Voir encore:

Drieu Godefridi
Dreuz Info
24 novembre 2016
Le 8 novembre 2016 est une date historique. Elle marque l’accession prochaine à la présidence des Etats-Unis d’un homme, Donald J. Trump, qui, après le Brexit, incarne le surgissement sur la scène politique et culturelle occidentale d’une force nouvelle : les classes moyennes.

Ne sont-ce pas les classes moyennes qui, par définition, dominent la scène depuis les Trente Glorieuses ? Certes, mais la spécificité de la situation actuelle est que ces « gens ordinaires » que désigne le sociologue canadien Mathieu Bock-Côté se comportent désormais de façon politiquement cohérente. Avec une solidarité, une conscience de classe, comme disent les marxistes. Bref, elles votent en masse et en tant que telles.

« La démocratie est lente », constatait le communiste espagnol Denis Fernandez Récatala. De la survenance d’un problème à sa résolution par le mode démocratique — appropriation de la problématique par un parti, accession de ce parti au pouvoir, mise en œuvre d’une politique — s’écoulent souvent de longues années. Particulièrement lorsque le diagnostic est lui-même disputé.

Toutefois, certaines réalités économiques et culturelles sont devenues si prégnantes qu’elles ne peuvent plus être niées. Je soutiens que la révolte des classes moyennes occidentales est le fruit de la détérioration de ses conditions d’existence, dont les motifs sont similaires des deux côtés de l’Atlantique.

La taxation, dans nos pays, est confiscatoire. Depuis 1945, la part de richesse prélevée par l’Etat n’a cessé de croître. Même s’ils ignorent l’aphorisme de Frédéric Bastiat selon lequel « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », les citoyens « sentent » que le système tourne à leurs dépens. Que l’Etat, pour octroyer telle prime, tel encouragement ou service, perçoit un impôt plus lourd que ne le serait le prix du service sans son intervention, car il doit rémunérer une pléthore d’agents, de partenaires et de clientèles. Cette réalité est d’autant moins tolérée qu’elle s’inscrit dans le contexte d’un « capitalisme de connivence » qui compense, avec l’argent des contribuables, et à coup de dizaines de milliards, les pertes abyssales d’un secteur financier dont les bénéfices sont privés.

Ayant payé son écot — de 50 à 65% de ses revenus, dans la plupart de nos pays — le citoyen dispose d’un capital résiduel. Ce capital, en principe il en use à sa guise, car nos régimes restent fondés sur le principe de l’autonomie de la volonté. Mais seulement en théorie. Car, à chaque instant le citoyen doit louvoyer et se glisser sous les clôtures électrifiées de normes toujours plus nombreuses. La gauche culturelle a longtemps soutenu, jusqu’à nos jours, que nous évoluons dans un univers capitaliste « dérégulé », dont la généalogie remonterait au règne de M. Reagan et de Mme Thatcher. Rien n’est plus faux. Que l’on regarde les chiffres de la production législative et réglementaire — disons normative — dans les pays européens et aux Etats-Unis, et l’on verra qu’aucun individu dans l’histoire de l’humanité ne s’est trouvé aussi étroitement sanglé de normes. L’Occidental est tel un Gulliver auquel on donne la liberté en titre, mais que l’on paralyse par mille liens. Ce n’est pas le lieu de produire des chiffres — je le ferai dans une étude comparative et historique à paraître — contentons-nous de relever que la France produit autant de normes chaque année que durant les cinq cent années qui vont du 13e siècle de Saint-Louis à la révolution de 1789. À ce formidable magma normatif en croissance exponentielle, vient encore s’agglutiner l’épaisse gangue des régulations que sécrètent les institutions européennes. Outre son caractère anti-économique, cette prolifération normative contraint, force et entrave les citoyens jusque dans les détails infimes et intimes de leur vie quotidienne.

La fiscalité et l’hyperinflation normative s’aggravent de la dégradation urbaine et scolaire. L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016).

Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf.

D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011).

Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus.

Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ?

Tels sont les facteurs dont la conjugaison explique, selon moi, à la fois la détérioration des conditions de vie des classes moyennes occidentales, et leur révolte politique.

Voir de même:

The End of Identity Liberalism
Mark Lillanov
The New York Times
Nov. 18, 2016

It is a truism that America has become a more diverse country. It is also a beautiful thing to watch. Visitors from other countries, particularly those having trouble incorporating different ethnic groups and faiths, are amazed that we manage to pull it off. Not perfectly, of course, but certainly better than any European or Asian nation today. It’s an extraordinary success story.

But how should this diversity shape our politics? The standard liberal answer for nearly a generation now has been that we should become aware of and “celebrate” our differences. Which is a splendid principle of moral pedagogy — but disastrous as a foundation for democratic politics in our ideological age. In recent years American liberalism has slipped into a kind of moral panic about racial, gender and sexual identity that has distorted liberalism’s message and prevented it from becoming a unifying force capable of governing.

One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals.

The moral energy surrounding identity has, of course, had many good effects. Affirmative action has reshaped and improved corporate life. Black Lives Matter has delivered a wake-up call to every American with a conscience. Hollywood’s efforts to normalize homosexuality in our popular culture helped to normalize it in American families and public life.

Have you changed anything in your daily life since the election? For example, have you tried to understand opposing points of view, donated to a group, or contacted your member of Congress? Your answer may be included in a follow up post.

But the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.)

When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”?

This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs.

Recently I performed a little experiment during a sabbatical in France: For a full year I read only European publications, not American ones. My thought was to try seeing the world as European readers did. But it was far more instructive to return home and realize how the lens of identity has transformed American reporting in recent years. How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.

But it is at the level of electoral politics that identity liberalism has failed most spectacularly, as we have just seen. National politics in healthy periods is not about “difference,” it is about commonality. And it will be dominated by whoever best captures Americans’ imaginations about our shared destiny. Ronald Reagan did that very skillfully, whatever one may think of his vision. So did Bill Clinton, who took a page from Reagan’s playbook. He seized the Democratic Party away from its identity-conscious wing, concentrated his energies on domestic programs that would benefit everyone (like national health insurance) and defined America’s role in the post-1989 world. By remaining in office for two terms, he was then able to accomplish much for different groups in the Democratic coalition. Identity politics, by contrast, is largely expressive, not persuasive. Which is why it never wins elections — but can lose them.

The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become.

Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it.

We need a post-identity liberalism, and it should draw from the past successes of pre-identity liberalism. Such a liberalism would concentrate on widening its base by appealing to Americans as Americans and emphasizing the issues that affect a vast majority of them. It would speak to the nation as a nation of citizens who are in this together and must help one another. As for narrower issues that are highly charged symbolically and can drive potential allies away, especially those touching on sexuality and religion, such a liberalism would work quietly, sensitively and with a proper sense of scale. (To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms.)

Teachers committed to such a liberalism would refocus attention on their main political responsibility in a democracy: to form committed citizens aware of their system of government and the major forces and events in our history. A post-identity liberalism would also emphasize that democracy is not only about rights; it also confers duties on its citizens, such as the duties to keep informed and vote. A post-identity liberal press would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion. And it would take seriously its responsibility to educate Americans about the major forces shaping world politics, especially their historical dimension.

Some years ago I was invited to a union convention in Florida to speak on a panel about Franklin D. Roosevelt’s famous Four Freedoms speech of 1941. The hall was full of representatives from local chapters — men, women, blacks, whites, Latinos. We began by singing the national anthem, and then sat down to listen to a recording of Roosevelt’s speech. As I looked out into the crowd, and saw the array of different faces, I was struck by how focused they were on what they shared. And listening to Roosevelt’s stirring voice as he invoked the freedom of speech, the freedom of worship, the freedom from want and the freedom from fear — freedoms that Roosevelt demanded for “everyone in the world” — I was reminded of what the real foundations of modern American liberalism are.

Mark Lilla, a professor of the humanities at Columbia and a visiting scholar at the Russell Sage Foundation, is the author, most recently, of “The Shipwrecked Mind: On Political Reaction.”

Voir de plus:

An End of Identity Liberalism?
Kevin D. Williamson
The National review
November 27, 2016
Don’t count on it.
The New York Times, like Walt Whitman, contains multitudes and necessarily contradicts itself. In the Sunday edition there is an intelligent essay by Mark Lilla titled “The End of Identity Liberalism.” In the Times magazine is an essay by Alexander Fury asking “Can a Corset Be Feminist?” Lilla argues that the tiresomely omphaloskeptic identity politics of the contemporary Left is counterproductive, standing in the way of a genuine liberalism of principle and cosmopolitan broad-mindedness. He writes: “How often, for example, the laziest story in American journalism — about the ‘first X to do Y’ — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.” If we were feeling generous, we could overlook the fact that such sterling progressives as Jonathan Chait began to question the value of identity politics right around the time that “Shut up, white man!” came to be accepted as an all-purpose response to columns by Jonathan Chait. Lilla’s understandably Europhilic column does not grapple with the demographic facts — that Switzerland is full of Swiss people and Mississippi isn’t — but his prescription for liberal reform is the right one, one that certainly would please conservatives even if it made no impression on the Left, which does not have very many liberals anymore. A liberal education system, Lilla writes, would acquaint students with the structures and dynamics of American government and prepare them for the duties of citizenship. A liberal press would take more than an “anthropological interest in the angry white male” and “would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion.” (Learning the elementary facts about firearms would be something, too.)
The most interesting and insightful part of Lilla’s essay is his argument that the right-leaning rural and small-town Americans are not in fact revolting against the fact of American diversity but against the “omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by ‘political correctness.’” That is exactly right. He ends with a salute to Franklin Roosevelt’s “Four Freedoms,” without getting into the messy fact that the Democratic party has declared open war on two of them — freedom of speech and freedom of worship — with Harry Reid’s Senate caucus having gone so far as to vote for repealing the First Amendment. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? How different is Alexander Fury’s essay on the corset, by comparison. Fury’s piece is the usual exercise in progressive moral panic: How should the right sort of people feel about corsets? (Kale? Juice cleanses? Whole Foods? Tesla automobiles?) The corset, Fury says, is not just another article of clothing, and one can feel a dreadful premonition of the abuse of the word “literally” before Fury gets around to writing it: “As opposed to merely transforming our perceptions of the figure, as with the padding and extensions of 18th-century pannier skirts, or the 19th-century bustle, the corset acted — and still acts — directly on the form, kneading and shifting flesh to literally carve out a new body for its wearer, no situps required.” We are all good liberals here, but I am confident that literally carving the human body remains a crime, even in New York. RELATED: Identity Politics Are Ripping Us Apart Fury’s version of things is the opposite of Lilla’s tolerant liberalism: To be the right sort of people, we must be feminists, and to be feminists, we must have opinions on . . . everything, and assign to the entirety of the universe moral gradations based upon the feminist position that all of the right sort of people must assume. Fury ultimately comes down as a corset libertarian: “A woman wearing a corset today is a symbol of empowerment, of sexual freedom, of control. She’s the one holding the laces, the one constructing her own femininity.” But the problem is less the answer than the question, and the question-begging — the identification of feminism with virtue and the hunt for heresy. More P.C. Culture Football and Fallacies Enemies of Language If You Need a Hotline to Handle Thanksgiving, Then You Actually Need to Get Over Yourself Lilla’s plea is probably doomed to fall upon deaf ears — or ears that are at the very least not listening. There is almost nothing that people enjoy so much as talking about themselves and all of the splendid ways in which they and their experiences are utterly unique, and it is very difficult to listen to others while talking about one’s self. Sir Richard Francis Burton wasn’t entirely wrong to conclude that “man never worshipped anything but himself.” But if progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. — Kevin D. Williamson is the roving correspondent for National Review.

Voir encore:

After Globalism and Identity Politics
Joshua Mitchell
Providence
August 29, 2016

Since the end of the Cold War, America has been mesmerized by two ideas that have given hazy coherence to the post-1989 world: “globalism” and “identity politics.” Formidable political movements in America and in Europe, still raucous and unrefined, now reject both ideas. Political and intellectual elites dismiss these movements because they believe the post-1989 world as they have understood it is still intact, and that no thoughtful person could think otherwise. Hence, the only-dumb-white-people-vote-for-Trump trope.

The “globalization” idea has expressions on both the Left and Right: on the Left, the emphasis has been on so-called “global norms” and culture; on the Right, the emphasis has been on so-called “free-trade” and democracy promotion through military means. Both sides believe in the inevitability of their idea of globalization. We live, however, in a world of states. In that world, the movement of cultural information and material goods has not been free-flowing, and really can never be. Regulatory agencies within the state, often captured by corporations who by virtue of economies of scale can afford large back-office compliance staff, determine what comes in and what stays out. NAFTA is hundreds of pages long. TPP is thousands of pages long. The real beneficiaries of these arrangements are state regulators and large corporations. They will always be in favor of so-called “free trade.” They both gain; but American workers generally do not. Consumers get cheaper goods, but a chasm opens up between those who are in on the game and those who are not. Standards of living fall for all but the few. Government grows. Corporations get rich. What happens to everybody else?

“Globalization” suggests a world where states matter little. If states matter little, then citizenship matters little. To assist in this diminishment of the importance of the state, we have become enthralled by the idea that we are not citizens who have been encultured into a certain set of practices and traditions that we hold dear because we are legal members of a state in which we find our home. Rather, we are bearers of this or that “identity,” which is the only really important thing about us. With this idea, the purpose of the state shifts from mediating the interests of lawful citizens (with a view to defending liberty and property) to disseminating resources based on what you deserve because of your “identity.” The “aggrieved” person is not an active citizen, encouraged to build a common world with his or her neighbors, but a passive victim who is to receive assistance from the state. The real debt of money does not matter, for the U.S. Government can go deeper into debt without cost. All that matters is that educators and politicians continue to chant about the debt you are owed because of your “identity.” In exchange, you, the identity-bearing citizen, must continue to chant about “global norms” and “free trade” that elites promise will redound to the benefit of all. And if it doesn’t, all is not lost, because even if the crony-capitalists and state regulators don’t do anything but line their own pockets, you will at least get the satisfaction that you are owed something because of your victim-status. They, who are getting rich while you are getting poor, tell you so. Indeed, the price of admission to their world, is that you should continue to be mesmerized by “globalization” and “identity politics.” Here, parenthetically, is the corruption at the heart of the American University, without which this configuration of ideas could not have come to prevail in the post-1989 world.

The upcoming Presidential campaign is about many things, not least the persons of Donald Trump and Hillary Clinton. In the midst of a world that longs for perfection, we find ourselves with two human-all-too-human candidates.

Beyond the lure or abhorrence of their character is the singular question: will the next Administration double-down on the mesmerizing configuration of “globalization” and “identity politics,” and in the process fortify the crony-capitalist class and those who think they profit from identity politics? Hillary Clinton and The Clinton Foundation are ground-zero for this configuration. Donald Trump opposes that configuration, on a good day gives inchoate expression of a genuine alternative, on a bad day blunders horribly, and will probably lose the upcoming national election.

The outlines of a genuine alternative involve the following correlated ideas, some of which have been clearly formulated in Trump’s campaign, while others have been lurking in it or are merely encouraged by it:

Because States are territories within which specific laws are enforced, borders matter. Borders mark where one set of laws begins and another set of laws ends. Tender-hearted sentiments about “universal humanity” cannot overrule this consideration. If mercy is shown, it is as an exception to generally-binding law, and not a repudiation of it. Borders matter.

Because the laws of States work only when people are acculturated to them and adopt them as their own, legal immigration of people from cultures not accustomed to the laws of the State and their practical foundation must proceed slowly, and with the understanding that it takes several generations to acculturate them. Immigration policy matters.
Because we live in a world of States, there will always be war. Therefore we must firmly establish who our allies are, and what we will do to defend them. In keeping with a somber view of the world, we cannot be driven by the dreamy ideals of universal world-around democracy in choosing our allies. Foreign policy is for the purpose of defending our own nation, not spending blood and treasure trying to persuade other nations to imitate our laws and ways. National interests, not so-called universal interests, matter.

Because the United States is composed of immigrants, admission into the Middle Class, made possible by robust economic growth, must be among the highest domestic priorities. Crony-capitalism diminishes growth by pre-determining permanent winners and permanent losers. So-called “free trade” agreements that benefit crony-capitalists eventually slow growth. Also slowing growth is the ever-increasing state regulation of nearly every aspect of daily life, which purports to protect us from harm. What good is such protection, however, when citizens cease to believe that they are responsible for themselves, their families, and their neighbors; and when the very spirit of entrepreneurship is undermined by it? The spirit of entrepreneurship, not just state-sponsored “care” of docile citizens, matters.

Because the sway of lobbyists in national politics grows in proportion to the growth of the federal government, the distorting power of lobbyists cannot be curtailed until the Constitutional limits on the federal government, established by the Founding Fathers, are observed anew. The federal government was set up to adjudicate certain issues, but not others. Those other issues—issues pertaining to the daily life of citizens—were to be adjudicated by state and local governments. When the purview of the federal government is extended beyond its original bounds, it becomes dysfunctional, and the power of the Executive and the Courts extends to compensate. This invites the tyranny of the Executive. The greater danger is not the person holding the Presidential office at any given time; the greater danger is the nature of the Executive office when the federal government grows disproportionally. Federalism and the decentralization of power matters.

Because “identity politics” undermines the idea of citizens who must engage one-another based not on their identity, but on “the content of their character” as Martin Luther King famously said, the politically correct speech that destroys citizenship and the possibility of any common accord about what personal and national greatness may involve must be roundly repudiated. PC speech is corrosive to the soul of America. It is humorless; it reduces all real “differences” to highly contrived, orchestrated, and controlled categories, the cost of straying from which is ostracism or worse. The Salem witch trials of 1692-93 have nothing on us today. America: ever involved in casting out the impure and the doubting. If you are African-American, please don’t mention that you believe in God and go to Church; identity politics allows no room for Christianity—though it bows before an imagined purity of Islam. Women? You may have apprehensions about how the proliferation of gender “identities” bears on your unique struggle to balance and to make sense of the conflicting demands of family and professional life. You, however, must say nothing. Every imagined gender identity is to be equally respected. You thought you were special, but you are not. We live in a world where all things are possible. Anyone who speaks of limits, of constraints, is “phobic” in one way or another. The bourgeois spirit that built America, the interest in making lots of money, in being “successful,” in taking risks—above all the strength of soul necessary to face failure and come back from it, stronger—these are held in contempt. No one dares speak up in a PC world. Feelings might be hurt; people may feel “uncomfortable.” Trigger warnings and “safe spaces” occupy our attention. The task in the highly choreographed world of “identity politics” is not to toughen up but to domesticate. No fights. No insults to which we respond with strength and self-assurance and overweening confidence. Indeed, with laughter! Everywhere: protections made possible by The Great Protector—the State—for by ourselves we cannot rise to the occasion. Greatness matters; if we are to have it, personally and as a country, we must cast off PC speech that in “protecting” us from suffering causes us to be its victim in perpetuity.

On each of these issues—borders, immigration, national interest, the spirit of entrepreneurship, federalism, and PC speech—Hillary Clinton responds with “globalization-and-identity-politics-SPEAK,” the language that has given us a world that is now exhausted, stale, and unredeemable. It is against this sort of world that citizens are revolting. And not just in the United States, but in Europe and Britain as well. The ideas of “globalization” and “identity politics” that mesmerized us in the aftermath of the Cold War now belong in the dust-bin of history. The question, bigger than the question of the personalities of Hillary Clinton and Donald Trump, is whether we will have one more Administration that authorizes them and tries to solve our problems through their lens.

Joshua Mitchell is a Professor of Government at Georgetown University. His most recent book is Tocqueville in Arabia: Dilemmas in a Democratic Age.

Voir de plus:

« Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »

L’utopie d’un retour au passé et aux nations fortes des partisans de Donald Trump est aussi obsolète que celle de la mondialisation, estime le philosophe Bruno Latour.

Bruno Latour (Philosophe)

Le Monde

12.11.2016

La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet.

Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global.

L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant…

Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ».

C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements.

Deux bulles d’irréalisme

La vraie tragédie, c’est que ces autres vivent eux aussi dans une bulle, dans un monde du passé que la mutation climatique ne viendra pas déranger, qu’aucune science, aucune étude, aucun fait ne viendront ébranler. La preuve, c’est qu’ils ont avalé tous les mensonges de cet appel à la restauration d’un ordre ancien sans qu’aucun « fact-checker » n’émousse leur enthousiasme. Un Trump, ça trompe énormément, mais quel plaisir de se laisser tromper. Il ne faut pas compter sur eux pour jouer le rôle du bon peuple plein de bon sens et les pieds sur terre. Leurs idéaux sont encore plus éthérés que les nôtres.

Nous nous retrouvons donc avec des pays coupés en deux, chaque moitié devenue incapable de capter sa réalité aussi bien que celle de l’autre. Les premiers, disons les globalisés, croient encore que l’horizon de l’émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s’étendre en recouvrant la planète.

Les seconds ont décidé de se retirer sur l’Aventin en rêvant au retour d’un monde passé. Deux utopies par conséquent ; celle de l’avenir affrontée à celle du passé. Ce que figurait plutôt bien le choc Trump contre Clinton. Deux bulles d’irréalisme. Pour le moment, l’utopie du passé triomphe. Rien ne prouve que les choses se seraient arrangées durablement si l’utopie du futur avait triomphé.

Il s’est passé en effet quelque chose depuis vingt ans qui explique cette frénésie de déconnexions. Si l’horizon du globe ne peut plus attirer les masses, c’est que tout le monde a compris plus ou moins clairement qu’il n’y a pas de planète, je veux dire de vie réelle, matérielle correspondant à ces visions de terres promises. Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre.

Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables. Quant au retour aux terroirs des anciens pays, il n’y faut pas compter davantage. Ils ont tous disparu. De toute façon, ils sont trop riquiqui pour y faire tenir la nouvelle terre. La mutation écologique est passée par là. Pas étonnant que les deux parties fassent assaut d’irréalisme.

L’éléphant est dans la pièce

Toute la question est maintenant de savoir si la tragédie du 8 novembre venant après celle du Brexit peut nous rendre capable d’éviter la suite. Autrement dit, peut-on s’éloigner des deux utopies, celle du global comme celle du retour à l’ancien sol ? Il faudrait pouvoir atterrir sur une terre un peu solide, réaliste et durable. Pour le moment hélas la crise écologique est l’éléphant dans la pièce mais on fait comme si de rien n’était, comme si le choix était de continuer courageusement à marcher en avant vers le futur ou à s’accrocher au passé. Trump et les siens ont même choisi de nier l’existence de cette crise.

Pourtant, à ma connaissance, personne n’a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu’il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu’à l’horizon infini de la mondialisation. Le conflit des utopies du passé et du futur ne doit plus nous occuper.

Ce qui compte, c’est comment apparier deux sortes de migrants : ceux qui se voient obligés par la mutation écologique de changer de monde en traversant les frontières et ceux qui se voient obligés de changer de monde sans pour autant avoir bougé — et que les frontières ne protègent plus.

Si nous ne parvenons pas à donner forme à cette terre et à rassurer ceux qui y migrent, jamais elle n’aura assez de puissance d’attraction pour contrebalancer les forces opposées de ceux qui rêvent encore de l’ancien globe ou de l’ancienne nation. Dans ce cas, une chose est sûre : en 2017, ce sera au tour de la France de rendre son tablier.

Voir encore:

« Conseil aux candidats à la présidentielle : fuyez les artistes et les intellectuels »

Aux Etats-Unis, les élites ignorent les partisans de Donald Trump. Mais sa victoire montre que le monde intellectuel a tout intérêt à faire une autocritique.

Michel Guerrin

Le Monde
18.11.2016

Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter.

On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis.

En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné.

Un Grand Canyon de haine

Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord.

Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui.

L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat.

Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent.

Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise. Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et proche de Donald Trump, surfe sur cette fracture quand il dit que les campus américains sont truffés « de véritables crétins de gauchistes ».

Monde ultra-protégé

Dans une tribune publiée dès le 23 juillet sur le Huffington Post, le cinéaste Michael Moore a compris que hurler était contre-productif, et annoncé la victoire de Trump, en expliquant que le monde intellectuel vivait dans « une bulle ».

Dans nos pages, l’essayiste Paul Berman ajoute que cette élection traduit un « effondrement culturel » : les voix qui structurent une société ne sont plus écoutées. Toujours dans nos pages, le sociologue Bruno Latour a évoqué sa récente tournée des campus américains : « Je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces autres gens, aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les barbares aux portes d’Athènes. Nous, l’intelligence, nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. »

L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé.

Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ».

« Parler à des gens différents »

Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple.

Notre confrère Nicolas Truong racontait très bien cela dans Le Monde du 14 novembre. Il citait le philosophe Matthew B. Crawford (revue Esprit, octobre 2016), pour qui les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile ».

On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas.

Le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet, écrit qu’il faut aller sur le terrain pour « parler à des gens différents de ceux à qui nous parlons ». C’est vrai aussi, en France comme ailleurs, pour les gens de culture et les universitaires. D’autant qu’en France, nous avons une politique culturelle publique dont la priorité est de s’adresser à tous mais qui, toujours plus, bénéficie essentiellement aux riches. On l’a déjà écrit dans cette chronique. L’élection de Trump le confirme, hélas.

Voir de même:

Wasted Words

Obama’s Never-Ending Lecture Tour

Les vérités qui dérangent

Certains résultats de l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France « laissent pantois ». D’autres études devraient être menées pour savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Arnaud Leparmentier

Le Monde

Une vérité qui dérange. Chacun se rappelle le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique, sorti en 2006. Prouver à force de graphiques et d’études, contre les lobbys, l’origine humaine du phénomène. La vérité qui dérange, c’est un peu la plume portée dans la plaie d’Albert Londres, une nécessité démocratique.

Et la vérité de la semaine, c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte.

L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale.

« La société française est malade de son rapport à la réalité »

Tabou brisé

C’est toutefois insuffisant. Il convient, tel Al Gore, de multiplier les enquêtes pour en savoir plus. Le gouvernement serait avisé de dépenser 150 000 euros pour poser une batterie de questions plus précises, pour savoir si la supériorité de la charia relève d’une conviction intime ou d’une volonté de supplanter l’ordre républicain ; si la polygamie est une revendication d’immigrants récents qui s’estompe bien vite, etc. Bref, savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Viendra ensuite l’analyse des causes – celles sociales, sont évidentes, lorsqu’on découvre que 30 % des musulmans de France sont inactifs non retraités et que l’on lit l’édifiante étude de France Stratégie sur les discriminations – puis les solutions. L’Institut Montaigne a fait ses propositions, très inclusives, d’autres peuvent être présentées. L’essentiel est d’accepter de travailler sur des données et de sortir du « on-fait-dire-aux-chiffres-ce-que-l’on-veut », gri-gri des obscurantistes des temps modernes.

Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, qui combat sans relâche les discriminations, voit bien le tabou brisé. « Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances, explique-t-il, déplorant que la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. »

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits.

L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain

Déni populiste

C’est l’objectif poursuivi par Jean Pisani-Ferry, directeur de France Stratégie : réduire le champ des désaccords aux remèdes, mais pas aux constats, comme c’est le cas désormais grâce aux chiffres du Conseil d’orientation des retraites. L’effort est parfois douloureux. « Sur les diagnostics, il ne faut pas avoir peur. Longtemps, le politiquement correct disait que l’euro nous avait protégés. Or la Suède se porte mieux que la zone euro », concède Pisani-Ferry, qui met en garde : « Avoir des zones d’ombre sur des phénomènes sociaux ou économiques qu’on ne regarde pas crée de la défiance. Aujourd’hui, la distance entre perception et réalité est énorme. » Ainsi, les Français ont le plus peur de tomber dans la pauvreté, alors que le taux de pauvreté y est l’un des plus faibles de la zone euro.

Cette exigence est d’autant plus forte que le monde occidental entre, selon Pisani, dans une « grande régression », avec les mensonges du Brexit et le phénomène Trump : « Le fact-checking sur Trump ne donne rien. Faire fortune en politique en niant la réalité, c’est très impressionnant, et cela va faire école. »

Certes, mais le déni populiste ne vient pas de nulle part. Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes.

Voir encore:

Voir enfin:

Norman Mailer, le président et le bourreau

Norman Mailer, le romancier du  » rêve américain « , a une passion pour les personnages-limites, auxquels il s’identifie volontiers : par exemple le président des États-Unis ou l’assassin Gary Gilmore, héros de son dernier livre.

Pierre Dommergues

Le Monde

01.12.1980

NORMAN MAILER, c’est d’abord un romancier. Comme cous les romanciers américains, il rêve d’écrire le  » grand roman américain « , cette mère qu’aucun d’eux n’a jamais rencontrée, mais qu’ils recherchent tous Mailer a néanmoins écrit plusieurs  » grands romans américains  » : les Nus et les Morts, en 1948, il avait alors vingt-cinq ans et ce fut la gloire du jour au lendemain. Puis Un rêve américain (1965), et Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? (1967) Enfin, le plus accessible de tous, le Chant du bourreau, qui sort cette semaine aux éditions Laffont, où Mailer évoque l’histoire de Gary Gilmore, cet assassin qui refusa de faire appel et exigea d’être exécuté (1).

Mailer est aussi l’un des observateurs les plus attentifs de la scène américaine, dont il décrit les vibrations, les contradictions infinies. C’est toute l’Amérique que l’on retrouve dans ses interviews, ses articles, ses essais, ses romans – reportages. Le phénomène beatnik (Advertisements for Myself, 1959), les luttes contre la guerre du Vietnam (les Armées de la nuit, 1968), les conventions politiques (Miami and the Siege of Chicago, 1968), le problème du féminisme (le Prisonnier du sexe, 1971), l’impact sur l’imaginaire américain du débarquement sur la Lune (Bivouac sur la Lune, 1969).

 » Vous êtes le seul grand écrivain américain à vous être intéressé – jusqu’à l’obsession – aux présidents des États-Unis. Dès 1948, vous faisiez campagne pour Henry Wallace. Au début des années 60, vous écriviez un essai enthousiaste sur J.F. Kennedy (Presidential Papers 1963). Le spectre de Lyndon Johnson plane sur les Armées de la nuit (1968). Dans Saint George and the Godfather (1972), McGovern est le saint, Nixon le parrain. En 1976, vous publiez un entretien avec le président Carter dans le New York Times. Pourquoi cette fascination pour la race des présidents ?

– Je n’y ai encore jamais pensé. Ce sont sans doute les circonstances particulières de ma vie. Mon premier succès avec les Nus et les Morts (1948), mon brusque passage de l’obscurité à ce qui m’est apparu comme la lumière spectrale de la célébrité. Ma vie m’a toujours semblé étrange, différente de celle des autres. J’ai toujours été fasciné par ces gens qui pouvaient avoir mes problèmes, de façon parfois encore plus aiguë. Les présidents ont des existences artificielles. À vingt-cinq ans, j’ai découvert que ma vie était devenue parfaitement artificielle. Les gens ne réagissaient plus envers moi parce qu’ils m’aimaient ou qu’ils me détestaient. Tant qu’on est inconnu, les amitiés se forment sur une base organique. Les amis poussent sur le même terrain que vous. Ils ont la compatibilité des légumes qui ont levé côte à côte dans le même potager. Avec la célébrité, c’est comme si l’on vous transplantait dans la stratosphère. Vous devenez une plante hydroponique.

 » Une autre explication ? Ma conception de l’écrivain qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un calculateur – comme l’est un joueur professionnel. Il évalue sans cesse ses chances, examine les occasions, cherche à laisser sa trace. Les écrivains sont les derniers entrepreneurs du neuvième siècle. Donc, de mon point de vue de calculateur, j’avais une position idéale sur écrire sur ces gens. J’étais capable de les voir du dedans, alors que ceux qui écrivent sur les personnalités politiques ou sur les présidents acceptent généralement les airs que ces derniers se donnent. La terminologie, médiocre et ridicule, utilisée par les politiciens est, de surcroît, reprise par ces commentateurs qui tentent d’expliquer ces hommes politiques à la nation.

 » Les politiciens ne s’intéressent pas aux problèmes politiques, ce sont des acteurs. C’est encore plus vrai aux États-Unis qu’en Europe, où il y a une tradition politique. En Amérique, la politique est un sport à l’usage des très ambitieux. En Europe, où elle procède moins du vedettariat, la politique est aussi pus professionnelle. C’est une carrière raisonnable. On y trouve une certaine sécurité, absente de la vie américaine.

De l’audace

– Plus précisément, qu’est-ce qui vous a fasciné chez un Kennedy, un Johnson ou un Nixon ?

– Chez Kennedy, c’était une certaine audace. Dans les années 50, le seul fait de dire :  » Je veux me présenter à l’élection présidentielle, et j’ai mes chances  » était une hypothèse tout à fait remarquable. Kennedy a pris des risques. À l’époque, les hommes politiques étaient beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la sexualité. Bien longtemps avant qu’on ait entendu parler de Kennedy, en tant que  » grand homme politique « , on connaissait le  » grand amant « .

 » Johnson avait potentiellement bien plus de valeur qu’il ne voulait le montrer. Mais c’était un hypocrite, et il avait un tel mépris du public que ça en devenait stupide. Malgré son intelligence et son astuce, il n’a jamais compris ce que Kennedy a réussi Ni que Kennedy l’avait battu parce qu’il était plus passionnant que lui. Johnson faisait tout pour maintenir les Américains dans l’ennui. C’est tout ce qu’il avait appris au Texas : ennuyer les gens ; et il a transposé cette pratique sur le plan national. Johnson a desservi le peuple américain. Pour moi, un président a le devoir d’être intéressant. C’est pour cela que Carter a été repoussé par les électeurs : il traitait le public américain comme une vache. Il prédigérait la nourriture avant de l’enfourner dans la panse de la bête.

 » Nixon ? Un jour que j’interviewais Kissinger – c’était à l’époque du Watergate, – il me dit combien il était dommage que je ne rencontre pas le président. Nixon, disait-il, m’aurait fasciné. C’était un homme sur lequel il faudrait écrire. Si lui, Kissinger, avait été écrivain, ajoutait le secrétaire d’État (c’est un des charmes de Kissinger : quand il est avec un écrivain, il lui donne l’impression qu’il aimerait écrire, et quand il est avec P.-D. G., qu’il aimerait, etc.). Bref, il me déclara que Nixon était aux portes de la grandeur, non seulement pour son époque, mais à l’égard de l’histoire, car il allait conclure la paix dans le monde, pour cinquante ans, pour un siècle peut-être. Ce petit Watergate, ce misérable grain de poussière dans un œil, allait le détruire pouce après pouce. Kissinger parlait avec une grande tristesse, car, en fin de compte, si Nixon avait fait la paix. Kissinger en aurait été le principal architecte.

 » J’ai beaucoup écrit sur Nixon, mais je ne suis pas d’accord avec Kissinger. Pour écrire un roman sur Nixon, il faudrait pouvoir vider sa propre tête. Je ne crois pas que j’en serai capable. Je ne le comprends pas suffisamment. De l’extérieur, oui, Mais c’est une chose de comprendre un personnage du dehors et une autre de pénétrer dans sa tête. C’est un saut périlleux. Je ne comprends pas comment un homme de sa trempe a pu se laisser flétrir. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour faire un discours, c’était un échec esthétique. Il était particulièrement terne. Il aurait été l’un des plus mauvais acteurs du monde, car il était incapable de communiquer une émotion ou un sentiment sans l’afficher grossièrement. S’il disait que l’Amérique devait être forte, il brandissait le poing. S’il voulait exprimer sa joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Il souriait de toutes ses dents. Il faisait tout ce que les jeunes acteurs apprennent à ne plus faire après un premier cours d’art dramatique. Pourtant, quand il était jeune, il rêvait d’être acteur !

 » L’histoire des États-Unis aurait pu être différente si Nixon avait eu une personnalité agréable. Il a sans doute été le président le plus profond que nous ayons jamais eu. Oui, même s’il est aussi un fils de pute et une pourriture ! Il avait au moins une appréhension globale des réalités politiques. Seul Nixon pouvait faire la paix avec la Chine. Ce fut une étape extraordinaire.

Tête de linotte

– Et Reagan, le président élu ?

– Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture, je pensais que Connally serait le gagnant. Je pensais aussi que ce serait un combat entre Kennedy et Connally. Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse.

 » Reagan concrétise une autre de mes idées, à savoir que le président dont l’Amérique a besoin est un leader et non plus un politicien. Il y a des limites à ce que peut faire un homme politique. La fonction de président relève en partie du cérémonial et en partie de l’organisation. Mais, en dernière analyse, le rôle principal du président est de donner un peu de chaleur, un peu d’humour, un peu d’énergie au peuple américain…

– Mais n’est-ce pas là ce que Reagan peut apporter ?

– Peut-être ! Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre.

– Si vous deviez rencontrer Reagan, quelles questions lui poseriez-vous ?

– On ne peut pas obtenir de réponse de Reagan. Beaucoup ont essayé. Comment peut-on parler de réduire les impôts et, en même temps, d’augmenter les dépenses militaires ? Si vous ne pouvez pas mener de front ces deux objectifs (et, pour l’instant, personne n’a montré comment), il est évident que l’on commencera par la remilitarisation qui apportera à l’Amérique un peu de prospérité pour quelque temps. Mais cela va également accroître le taux d’inflation et aussi l’impôt si on prétend équilibrer le budget. Alors va-t-on renverser la vapeur et renoncer au sacro-saint équilibre budgétaire, ou va-t-on, au contraire, réduire les dépenses sociales ?

 » Dans le second cas, cela équivaudrait à supprimer les ressources d’un très grand nombre de Noirs, et les villes américaines connaîtraient – disons dans deux ans peut-être – une situation critique. En effet, le libéralisme a acheté la colère des Noirs au cours des deux dernières décennies. Ils en ont maintenant pris l’habitude. Ils ont grandi avec un nouveau style de vie, que vous leur enlèveriez sans rien leur donner de substantiel à la place. Ils sont des millions. Et l’industrie de guerre ne va pas fournir l’équivalent sous forme d’emplois nouveaux. Alors que faire si les villes bougent une fois encore ?

 » Avec Reagan, je ne pourrais jamais aller aussi loin dans les questions. Il faudrait un entretien de cinq heures ! C’est un politicien qui connaît ses faiblesses mieux que son interlocuteur, et qui a l’art de la dérive. Mais la véritable réponse, je crois, serait la suivante :  » Que ces Noirs durcissent leurs positions, et on les matera.  » Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.

 » Je dois ajouter que je ne sais pas grand-chose en économie et que, comme la plupart des grands économistes d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui se passe. Aussi n’est-il pas impossible que l’économie fonctionne un petit peu mieux, que l’Amérique émerge de certaines de ses difficultés et que, dans ce cas, l’ère de Reagan ne soit pas pire que celle d’Eisenhower. Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.

 » Ma bête noire  »

– Vous avez toujours été hostile aux idéologies. Mais, aujourd’hui, alors que le libéralisme, le christianisme, le judaïsme, le radicalisme sont attaqués aussi violemment par la droite que par la gauche, en France comme aux États-Unis, quelle est votre attitude à leur égard ?

– Je ne pense pas qu’il existe une idéologie, quelle qu’elle soit, qui ait aujourd’hui la moindre utilité. Sa seule fonction est de permettre aux gens de poursuivre leur vie quotidienne en se raccrochant à quelques lambeaux. La plupart des gens ne peuvent pas vivre sans idéologie. Elles servent de garde-fou aux psychismes de millions de personnes. Mais, en ce qui concerne la façon de résoudre les problèmes à venir, il va falloir trouver de nouvelles sources, de nouvelles idées politiques.

 » Si je me représentais à des élections (2), je ne le ferais certainement pas sur la base d’idées reçues. Je choisirais un thème dément. Par exemple, l’impôt unique, un peu à la manière de Henry George (3), qui se proposait de substituer un impôt sur la terre à l’impôt sur le revenu et aux diverses taxes locales. Bien sûr, il ne s’agirait pas aujourd’hui d’un impôt sur la terre, ce serait injuste pour ceux qui en vivent, cela avantagerait systématiquement les revenus industriels. Je serais pour ma part, favorable à un impôt unique qui frappe, par exemple, les plastiques. Je considère que le plastique détruit notre niveau de vie, qu’il dégrade notre existence. C’est la peste des temps modernes. Il dilue la substance la plus intime de notre être. C’est ma bête noire (4). En s’appuyant sur la sensibilité écologique, nous pourrions concevoir une politique fondée sur l’idée que les gens se déterminent en fonction de la nocivité des substances qui les entourent. Les produits considérés comme les plus nocifs par consensus démocratique seraient les plus fortement imposés. Telle serait l’assiette de l’impôt.

 » Je ne veux même pas prendre en compte l’idée de communisme ou de capitalisme. Je suis prêt à m’accommoder du capitalisme, non pas parce que j’en suis épris, mais parce que le capitalisme est plus existentiel que le communisme. Pour certains, la gestion de leurs petites entreprises est le seul élément de créativité dans l’existence. J’en viens à l’idée que tout être qui mène une vie un tant soit peu créative est légèrement moins malheureux que celui qui mène une existence totalement dépourvue de créativité. C’est en ce sens que je peux m’entendre avec le petit capitalisme.

 » Je pense, par contre, que les sociétés multinationales ne sont que des vaisseaux de guerre, versions miniaturisées du communisme. Ce sont des États collectivistes, des enclaves dans la nation. De même que le communisme crée les principales difficultés en Union soviétique, de même le capitalisme multinational est à l’origine des principaux problèmes de l’Amérique. Il ne cesse de nous gaver de produits que nous n’aimons pas. Il nous impose des styles de vie. Il faut commencer par attaquer le mal à la racine. Un nouveau modèle d’imposition peut être une des voies pacifiques pour atteindre cet objectif.

 » Pourquoi pas moi ?  »

– Considérez-vous que l’on assiste, aujourd’hui, à un essor du conservatisme aux États-Unis et que Reagan a été élu par une nouvelle coalition qui exprime ce courant ?

– Il y a autour de Reagan quelques conservateurs sérieux qui ont des idées intéressantes. Le député Jack Kemp, par exemple, que, selon moi, Reagan aurait dû choisir comme vice-président. Je ne suis d’accord avec lui que sur très peu de points, mais c’est un conservateur intelligent.

– Un conservateur à la Edmund Burke ?

– Un jour, je me suis défini comme un  » conservateur de gauche « . J’avais dit que si l’on devait me demander : doit-on fusiller ces cinq hommes ou abattre ces cinq arbres, je répondrais : montrez-les-moi, mettez les hommes à gauche les arbres à droite… Le véritable conservatisme nous vient de Burke : il considérait que les grands chênes de la vieille Angleterre constituaient un héritage humain plus important que l’homme moderne lui-même.

 » Et pourtant, que croient les conservateurs américains d’aujourd’hui ? Que le gouvernement en soi est un mal et que moins il y en aura, plus grandes seront les chances de voir renaître la productivité et les activités créatrices ! Et ils sont prêts à dépouiller l’État d’une grande partie de ses pouvoirs.

 » Je ne pense pas que Reagan soit un conservateur véritable. Il représente tous ceux qui, en Amérique, ont pillé la nation depuis quarante ans et qui veulent la piller encore davantage. C’est le chef de file des  » Je veux ma part de gâteau, Joe « , dans un style un peu nouveau avec un saupoudrage de conservatisme, mais au fond, Reagan est un centriste, un homme de gouvernement. Il veut tout simplement que l’État donne encore plus aux super-riches et moins au super-pauvres. Le problème est que les gens qui sont au haut de l’échelle et qui s’approprient les trois quarts des dépouilles, du surplus si vous préférez, veulent désormais récupérer le dernier quart. Ils acceptent mal l’idée que ceux qui sont au bas de l’échelle aient, eux aussi, droit à une partie du gaspillage. Ils n’ont pas la moindre culpabilité à l’endroit des Noirs qu’ils ont maintenus en esclavage pendant des siècles. Mais les Noirs se sont habitués depuis les vingt dernières années à ce que le gouvernement les aide.  » Mec, pourquoi pas moi, pensent-ils, pourquoi je n’aurais pas ma part du gaspi ! « . Et, à mon avis, ils ont parfaitement raison.

Punks

– Et la classe moyenne dans ce schéma ?

– Elle a le grand avantage de prendre peu de risques et d’avoir beaucoup de sécurité. Son plus grand problème est de se mesurer au vice et de résister à son emprise. La classe moyenne ressemble à la race des prisonniers à vie : ou bien votre vie s’améliore, ou bien elle se détériore. Je n’ai pas de grande sympathie pour cette Amérique moyenne qui a pourtant subventionné le haut et le bas de l’échelle. J’aurai beaucoup plus d’estime à son endroit lorsqu’elle se rendra compte que l’élite lui prélève une part plus importante de ses ressources que les pauvres.

– Quels sont, aujourd’hui, les facteurs de revitalisation ? Dans la gamme des personnages qui, dans votre œuvre, vont du saint au psychopathe – et dont le  » White Negro  » (le Blanc au comportement de nègre) était pour vous le prototype dans les années 60, – quel serait aujourd’hui l’équivalent de ce héros existentiel sauvé par son ancrage dans le présent ?

– Je ne sais pas. Peut-être les adolescents qui vont dans les concerts punks. J’y suis allé trois ou quatre fois à New-York. Et j’y ai senti une sorte de ferment sauvage et révolutionnaire. J’ai été surpris de voir à quel point j’éprouvais de la sympathie pour eux, alors que, pour moi, cette musique est bruyante, vraiment assourdissante. Ces jeunes ont été élevés dans le boucan de la télé interrompue toutes les sept minutes par les publicités. Ils doivent trouver une forme de transgression à écouter du bruit ininterrompu. Le punk est la valve de sécurité de leurs nerfs déchiquetés. C’est une nouvelle explosion, encore plus intense, qui pulvérise les débris de la première. C’est là que subsiste une forme de rébellion qui ne peut pas être étouffée.

 » Je voudrais revenir à une autre raison pour laquelle je ne peux pas m’imaginer président des États-Unis. Cela voudrait dire en effet que les Américains auraient opté contre le réarmement. Un de mes thèmes serait de montrer qu’il est ridicule de poursuivre la course aux armes nucléaires. Il vaudrait mieux inviter les Soviétiques à venir chez nous. Rien ne détruirait plus rapidement leur système qu’une tentative de nous gouverner d’en haut et de l’extérieur. L’Amérique organiserait le plus puissant réseau de résistance que l’histoire ait jamais connu. Le communisme serait détruit de l’intérieur. Les Russes n’ont en fait aucun désir de contrôler les États-Unis. Ils sont trop préoccupés par la croissance de leur propre empire. Ils sont notoirement sous-équipés pour lutter contre les idéologies étrangères, et aucune ne l’est davantage que la nôtre avec sa profonde tradition individualiste.

Un roman

– La première partie de votre nouveau roman – le Chant du bourreau – est une très belle histoire d’amour entre un Roméo et une Juliette qui partagent leur temps entre la cavale et le pénitencier. Gary Gilmore, le protagoniste principal, n’est-il pas également une sorte de dissident, l’homme qui résiste aux manipulations des avocats qui veulent le sauver contre son gré et des journalistes qui veulent faire un scoop avec le récit en direct de son exécution ?

– C’est absolument exact. Gary est constamment manipulé. En prison, les processus de manipulation sont concentrés. Vous êtes manipulés par les autorités pénitentiaires, par certains codétenus, par des cliques à l’intérieur, par la famille à l’extérieur. Les prisonniers finissent par se considérer comme des condamnés plutôt que comme des détenus. Et ils partagent avec Gilmore cet élan de résistance.

 » Mais je me méfie de la dissidence. C’est un autre piège qui renforce encore le bras des fascistes à venir. Beaucoup de jeunes cassent tout ce qu’ils voient et détruisent toutes les idées. Est-ce parce que je vieillis ? Mais je ne trouve plus cela très amusant. Et puis on nous rabâche la vieille rengaine d’il y a cinquante ou cent ans : éduquez les masses afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive. Comment les éduquer quand on sait à peine ce qui se passe, quand on comprend si mal ce qui arrive. Le monde était plus simple, il y a trente ans.

– Cette complexité explique-t-elle la place importante de la réalité dans votre fiction ? Le Chant du bourreau, comme le précise le sous-titre anglais, est l’histoire réelle de Gary Gilmore, exécuté en janvier 1977 dans le pénitencier de l’Utah.

– Dans ce livre, mon projet est de mettre à nu la réalité, 1e l’enregistrer telle qu’elle est, au mieux de mes capacités. J’ai voulu écrire un livre où l’on puisse reconnaître des détails sur l’espace, le temps, l’atmosphère. Quelques détails suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le monde. S’il y avait cinq ou six livres comme celui-ci qui présentent différents aspects de la vie américaine, nous aurions peut-être une idée plus nette de l’Amérique. C’est ce que Balzac a entrepris pour la société française, à lui seul. Zola a poursuivi la tâche. Flaubert a hérité d’une vision restée globale jusqu’à Proust, qui lui ajoute encore une dimension nouvelle. C’est pourquoi les Français, à la différence des Américains, ont une vision d’ensemble de leur monde.

– On est frappé par la ressemblance entre Gary, ce condamné à mort qui avait fait la couverture de Newsweek il y a quatre ans, et vous-même tel que vous vous présentez dans vos essais et récits autobiographiques. Avez-vous tenté de  » maile-riser  » votre personnage ?

– Oui, au début. J’ai pensé que si j’avais commis un meurtre comme le sien, j’aurais agi comme lui – peut-être, car il est prétentieux d’affirmer qu’on pourrait être aussi courageux que lui. Peu de gens comprennent le courage qu’il faut pour aller jusqu’au bout de sa propre exécution. C’est un peu comme si vous étiez l’acteur principal d’une pièce et que, à la fin de la première, après avoir connu toutes les épreuves, vous vous avanciez vers le public pour que l’on vous exécute. C’est un geste ambitieux, même s’il y a quelque chose de tordu dans ce comportement. Au cours de mes recherches, après neuf mois de travail, j’ai su que je n’essaierais pas de façonner Gary à mon image. Au contraire, j’ai voulu qu’il ait une existence totalement indépendante de la mienne.

– Comment s’effectue pour vous le passage de la réalité, de l’autobiographie et de la biographie (les divers matériaux que vous utilisez) à la fiction ?

– Je viens de publier sur Marilyn Monroe un nouveau livre que j’appelle une  » fausse autobiographie  » ou  » pseudo-Mémoires « . J’essaie de raconter l’histoire de quelques années de sa vie, comme si elle parlait à son scribe ou à elle-même. C’est un exemple de l’imbrication biographie-fiction.

 » Les Armées de la nuit offre un deuxième cas de figure : c’est un reportage, si vous voulez, bien que je n’aime pas le terme. Il s’agit plutôt d’impressions en profondeur. La première partie, la plus longue, généralement considérée comme la plus réussie, est centrée autour de ce qui m’est arrivé pendant la marche sur le Pentagone en 1967. La seconde partie, plus courte, totalement objective, tente de cerner ce qui s’est passé à Washington au cours de la manifestation.

 » Le Chant du bourreau est totalement différent. Il n’y a rien d’autobiographique, c’est un véritable morceau d’écriture romanesque. La seule différence avec un roman traditionnel, c’est que les éléments constitutifs ne sont pas  » fictifs « , ils ne sont pas sortis de mon imagination. Mais l’essentiel de l’œuvre d’art est l’agencement de ces éléments, quelle que soit leur origine. En ce sens, le Chant du bourreau est un roman au sens le plus strict du terme, le travail d’un romancier qui fonctionne, j’ose l’espérer, à pleine vapeur ou presque…

Dieu

– Que signifie le titre ?

– Il y a deux significations principales sans rapport, l’une et l’autre, avec le problème de la peine capitale, ni avec l’exécution de Gilmore, au sens littéral. La première, c’est que Gilmore est le bourreau, le livre est donc le chant de Gilmore. La seconde, c’est que, en fin de compte, Dieu est notre exécuteur à tous, il choisit le moment de notre mort. Mais dans ce livre, que j’ai essayé d’écrire avec le maximum de distanciation, il ne s’agit pas d’un Dieu qui médite sur les événements, mais plutôt d’une voix romanesque qui vient de loin, qui émerge de ces merveilleux romans du dix-neuvième siècle écrits à la troisième personne, comme ceux de Thomas Hardy. On sent que ce n’est pas Dieu qui est présent, mais l’œil de la providence qui jette son regard sur le monde.

– Ce regard de Dieu, ce chant, n’est-ce pas aussi celui de Mailer, l’artiste ?

– Non, sauf si vous considérez que tout artiste, tout romancier, est à la fois une incarnation personnelle et une représentation de l’esprit. On ne peut pas écrire pendant trente ou quarante ans, comme je l’ai fait, sans participer à cette spiritualité abstraite. Il n’est pas impossible que tout ce que j’ai appris au cours de ces années sur le détachement de la voix de l’auteur se trouve en quelque sorte concentré dans cet ouvrage. Mes précédents romans sont plus personnels, plus individuels. Dans celui-ci, la distance est plus grande que jamais entre le matériau que j’ai utilisé et moi-même. C’est sans doute cette part neuve et inutilisée de moi-même qui explique ce détachement nouveau.  »


(1) Voir P. Dommergues,  » Un  » roman-vérité  » de Norman Mailer  » le Monde des livres, 28 décembre 1979.

(2) En 1969, Mailer est candidat à la mairie de New-York.

(3) Henry George est un économiste réformiste américain du dix-neuvième siècle, qui propose un système de l’impôt unique sur la terre, à une époque où commencent les grandes spéculations foncières en Californie

(4) En français dans l’entretien

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/01/norman-mailer-le-president-et-le-bourreau_2808528_1819218.html#D25wVIPCx1m7iuqv.99


Présidentielle américaine: C’est la gentrification, imbécile ! (Will Trump finally force the Left out of its shrinking cocoon?)

22 octobre, 2016
https://i0.wp.com/davidphenry.com/Paris/StudentsProtesting1May2002.jpgrally_against_donald_trump_new_york_march_19_2016
gentrification
gentryparisMes yeux ont vu la gloire de la venue du Seigneur (…) Sa vérité est en marche. (…) Dans la beauté des lys Christ est né de l’autre côté de l’océan, Avec dans sa poitrine la gloire qui nous transfigure vous et moi; Comme il est mort pour rendre les hommes saints, mourons pour rendre les hommes libres; Tandis que Dieu est en marche. Julia Ward Howe (The Battle hymn of the republic, 1861)
And don’t speak too soon for the wheel’s still in spin And there’s no tellin’ who that it’s namin’. For the loser now will be later to win For the times they are a-changin’.  Bob Dylan (1964)
And you never ask questions when God’s on your side. Bob Dylan
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
On ne peut comprendre la gauche si on ne comprend pas que le gauchisme est une religion. Dennis Prager
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
Sorel, for whom religion was important, drew a comparison between the Christian and the socialist revolutionary. The Christian’s life is transformed because he accepts the myth that Christ will one day return and usher in the end of time; the revolutionary socialist’s life is transformed because he accepts the myth that one day socialism will triumph, and justice for all will prevail. What mattered for Sorel, in both cases, is not the scientific truth or falsity of the myth believed in, but what believing in the myth does to the lives of those who have accepted it, and who refuse to be daunted by the repeated failure of their apocalyptic expectations. How many times have Christians in the last two thousand years been convinced that the Second Coming was at hand, only to be bitterly disappointed — yet none of these disappointments was ever enough to keep them from holding on to their great myth. So, too, Sorel argued, the myth of socialism will continue to have power, despite the various failures of socialist experiments, so long as there are revolutionaries who are unwilling to relinquish their great myth. That is why he rejected scientific socialism — if it was merely science, it lacked the power of a religion to change individual’s lives. Thus for Sorel there was “an…analogy between religion and the revolutionary Socialism which aims at the apprenticeship, preparation, and even the reconstruction of the individual — a gigantic task. Lee Harris
Aux États-Unis, les plus opulents citoyens ont bien soin de ne point s’isoler du peuple ; au contraire, ils s’en rapprochent sans cesse, ils l’écoutent volontiers et lui parlent tous les jours. Ils savent que les riches des démocraties ont toujours besoin des pauvres et que, dans les temps démocratiques, on s’attache le pauvre par les manières plus que par les bienfaits. La grandeur même des bienfaits, qui met en lumière la différence des conditions, cause une irritation secrète à ceux qui en profitent; mais la simplicité des manières a des charmes presque irrésistibles : leur familiarité entraîne et leur grossièreté même ne déplaît pas toujours. Ce n’est pas du premier coup que cette vérité pénètre dans l’esprit des riches. Ils y résistent d’ordinaire tant que dure la révolution démocratique, et ils ne l’abandonnent même point aussitôt après que cette révolution est accomplie. Ils consentent volontiers à faire du bien au peuple ; mais ils veulent continuer à le tenir à distance. Ils croient que cela suffit ; ils se trompent. Ils se ruineraient ainsi sans réchauffer le coeur de la population qui les environne. Ce n’est pas le sacrifice de leur argent qu’elle leur demande; c’est celui de leur orgueil. Tocqueville
Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. Tocqueville
Si vous admettez qu’un homme revêtu de la toute-puissance peut en abuser contre ses adversaires, pourquoi n’admettez-vous pas la même chose pour une majorité?  (…) Le pouvoir de tout faire, que je refuse à un seul de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. Tocqueville
Des hommes égaux en droits, en éducation, en fortune, et, pour tout dire en un mot, de condition pareille, ont nécessairement des besoins, des habitudes et des goûts peu dissemblables. Comme ils aperçoivent les objets sous le même aspect, leur esprit incline naturellement vers des idées analogues, et quoique chacun d’eux puisse s’écarter de ses contemporains et se faire des croyances à lui, ils finissent par se retrouver tous, sans le savoir et sans le vouloir, dans un certain nombre d’opinions communes. […] Si, dans le sein d’un peuple semblable, les influences individuelles sont faibles et presque nulles, le pouvoir exercé par la masse sur l’esprit de chaque individu, est très grand. […] Toutes les fois que les conditions sont égales, l’opinion générale pèse d’un poids immense sur l’esprit de chaque individu ; elle l’enveloppe, le dirige et l’opprime : cela tient à la constitution même de la société bien plus qu’à ses lois politiques. À mesure que tous les hommes se ressemblent davantage, chacun se sent de plus en plus faible en face de tous. Ne découvrant rien qui l’élève fort au-dessus d’eux et qui l’en distingue, il se défie de lui-même dès qu’ils le combattent ; non seulement il doute de ses forces, mais il en vient à douter de son droit, et il est bien près de reconnaître qu’il a tort, quand le plus grand nombre l’affirme. La majorité n’a pas besoin de le contraindre ; elle le convainc. De quelque manière qu’on organise les pouvoirs d’une société démocratique et qu’on les pondère, il sera donc toujours très difficile d’y croire ce que rejette la masse et d’y professer ce qu’elle condamne. Tocqueville
Tocqueville annonce (…) une sorte d’étouffement de la démocratie par elle-même, par l’achèvement extrême auquel elle parviendra. Tocqueville décrit ce stade suprême comme la dictature douce de l’opinion publique, comme l’âge de l’homogénéité des sentiments, des idées, des goûts, des moeurs, soumettant les citoyens à l’esclavage non d’une contrainte extérieure, mais de la tout-puissance de leur propre consentement mutuel. Plus se perfectionne la démocratie égalitaire, et plus spontanément les hommes qui la pratiquent se rassemblent entre eux, plus ils veulent tous librement les mêmes choses. La diversité se trouve peu à peu bannie de cette société, non plus par la censure mais par la désapprobation ou la simple indifférence. La toute-puissance de la majorité fait disparaître jusqu’au besoin de s’écarter de l’opinion dominante. L’homme original, dont l’esprit marche au rebours du commun, dépérit, quand il n’est pas mort-né, sans qu’on ait à le persécuter, faute d’audience, faute même de contradicteurs. Jean-François Revel
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Donald Trump, on the other hand, has no record of public service and no qualifications for public office. His affect is that of an infomercial huckster; he traffics in conspiracy theories and racist invective; he is appallingly sexist; he is erratic, secretive, and xenophobic; he expresses admiration for authoritarian rulers, and evinces authoritarian tendencies himself. He is easily goaded, a poor quality for someone seeking control of America’s nuclear arsenal. He is an enemy of fact-based discourse; he is ignorant of, and indifferent to, the Constitution; he appears not to read. (…) Trump is not a man of ideas. He is a demagogue, a xenophobe, a sexist, a know-nothing, and a liar. He is spectacularly unfit for office, and voters—the statesmen and thinkers of the ballot box—should act in defense of American democracy and elect his opponent. The Atlantic
2,5 millions de Français ne maîtrisent toujours pas aujourd’hui la langue de Molière. 15 % de la population présente sur le territoire (ce qui inclut les migrants de fraîche date) reste, aujourd’hui encore, illettrée dans notre pays. 7 % de la population si l’on ne prend en compte que la classe d’âge des 18-65 ans, de nationalité française. Mais avec des pointes à 20 % dans les territoires d’outre-mer ou les départements du nord de l’Hexagone et des chiffres presque aussi préoccupants en Poitou-Charentes et en Champagne-Ardenne. (…) La France, il est vrai, affiche un classement déplorable en matière d’alphabétisation. L’Hexagone reste au 22e rang (sur 24) au palmarès des pays de l’OCDE : au fond de la classe, près du radiateur.  Le Point
Selon nos informations, les naturalisations progressent à un rythme sans rapport avec celui constaté ces dernières années. Depuis début 2016, les naturalisations par décret ont déjà augmenté de 18 %, avec 40 198 bénéficiaires. Entre 2013 et 2015, elles avaient progressé de 17 % et le total des naturalisations d’environ 16 %, alors qu’il avait été divisé par deux entre 2010 et 2012. Le Quai d’Orsay reçoit par ailleurs, actuellement, environ 1 000 dossiers par semaine à traiter de la place Beauvau. Le ministère des Affaires étrangères intervient dans ce processus parce qu’il s’occupe de l’état-civil des Français et qu’une majorité des étrangers qui demandent à être naturalisés sont nés à l’étranger. Qui sont les nouveaux Français ? Sans surprise, Eurostat observe qu’ils viennent très majoritairement d’un pays extra-européen. C’est le cas pour 78 % d’entre eux. Les statistiques fournies par l’organisme européen indiquent également que les pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) arrivent en tête devant la Turquie, le Sénégal et le Portugal. Tous ces dossiers sont donc reçus par la sous-direction de l’accès à la nationalité française du ministère de l’Intérieur, qui les « approuve » (ou non) et les adresse au service central de l’état civil du MAE pour « réalisation » de la partie état-civil. Fait rarissime, ce service a déjà un stock de 10 000 dossiers en attente, acceptés par le ministère de l’Intérieur. Causeur
Les «élites» françaises, sous l’inspiration et la domination intellectuelle de François Mitterrand, on voulu faire jouer au Front National depuis 30 ans, le rôle, non simplement du diable en politique, mais de l’Apocalypse. Le Front National représentait l’imminence et le danger de la fin des Temps. L’épée de Damoclès que se devait de neutraliser toute politique «républicaine». Cet imaginaire de la fin, incarné dans l’anti-frontisme, arrive lui-même à sa fin. Pourquoi? Parce qu’il est devenu impossible de masquer aux Français que la fin est désormais derrière nous. La fin est consommée, la France en pleine décomposition, et la république agonisante, d’avoir voulu devenir trop bonne fille de l’Empire multiculturel européen. Or tout le monde comprend bien qu’il n’a nullement été besoin du Front national pour cela. Plus rien ou presque n’est à sauver, et c’est pourquoi le Front national fait de moins en moins peur, même si, pour cette fois encore, la manœuvre du «front républicain», orchestrée par Manuel Valls, a été efficace sur les électeurs socialistes. Les Français ont compris que la fin qu’on faisait incarner au Front national ayant déjà eu lieu, il avait joué, comme rôle dans le dispositif du mensonge généralisé, celui du bouc émissaire, vers lequel on détourne la violence sociale, afin qu’elle ne détruise pas tout sur son passage. Remarquons que le Front national s’était volontiers prêté à ce dispositif aussi longtemps que cela lui profitait, c’est-à-dire jusqu’à aujourd’hui. Le parti anti-système a besoin du système dans un premier temps pour se légitimer. Nous approchons du point où la fonction de bouc émissaire, théorisée par René Girard  va être entièrement dévoilée et où la violence ne pourra plus se déchaîner vers une victime extérieure. Il faut bien mesurer le danger social d’une telle situation, et la haute probabilité de renversement qu’elle secrète: le moment approche pour ceux qui ont désigné la victime émissaire à la vindicte du peuple, de voir refluer sur eux, avec la vitesse et la violence d’un tsunami politique, la frustration sociale qu’ils avaient cherché à détourner. Les élections régionales sont sans doute un des derniers avertissements en ce sens. Les élites devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Y-a-t-il une solution pour échapper à une telle issue? Avouons que cette responsabilité est celle des élites en place, ayant entonné depuis 30 ans le même refrain. A supposer cependant que nous voulions les sauver, nous pourrions leur donner le conseil suivant: leur seule possibilité de survivre serait d’anticiper la violence refluant sur elles en faisant le sacrifice de leur innocence. Elles devraient anticiper la colère d’un peuple qui se découvre de plus en plus floué, et admettre qu’elles ont produit le système de la victime émissaire, afin de détourner la violence et la critique à l’égard de leur propre action. Pour cela, elles devraient cesser d’ostraciser le Front national, et accepter pleinement le débat avec lui, en le réintégrant sans réserve dans la vie politique républicaine française. Pour cela, elles devraient admettre de déconstruire la gigantesque hallucination collective produite autour du Front national, hallucination revenant aujourd’hui sous la forme inversée du Sauveur. Ce faisant, elles auraient tort de se priver au passage de souligner la participation du Front national au dispositif, ce dernier s’étant prêté de bonne grâce, sous la houlette du Père, à l’incarnation de la victime émissaire. Il faut bien avouer que nos élites du PS comme de Les Républicains ne prennent pas ce chemin, démontrant soit qu’elles n’ont strictement rien compris à ce qui se passe dans ce pays depuis 30 ans, soit qu’elles l’ont au contraire trop bien compris, et ne peuvent plus en assumer le dévoilement, soit qu’elles espèrent encore prospérer ainsi. Il n’est pas sûr non plus que le Front national soit prêt à reconnaître sa participation au dispositif. Il y aurait intérêt pourtant pour pouvoir accéder un jour à la magistrature suprême. Car si un tel aveu pourrait lui faire perdre d’un côté son «aura» anti-système, elle pourrait lui permettre de l’autre, une alliance indispensable pour dépasser au deuxième tour des présidentielles le fameux «plafond de verre». Il semble au contraire après ces régionales que tout changera pour que rien ne change. Deux solutions qui ne modifient en rien le dispositif mais le durcissent au contraire se réaffirment. La première solution, empruntée par le PS et désirée par une partie des Républicains, consiste à maintenir coûte que coûte le discours du front républicain en recherchant un dépassement du clivage gauche/droite. Une telle solution consiste à aller plus loin encore dans la désignation de la victime émissaire, et à s’exposer à un retournement encore plus dévastateur. (…) Car sans même parler des effets dévastateurs que pourrait avoir, a posteriori, un nouvel attentat, sur une telle déclaration, comment ne pas remarquer que les dernières décisions du gouvernement sur la lutte anti-terroriste ont donné rétrospectivement raison à certaines propositions du Front national? On voit mal alors comment on pourrait désormais lui faire porter le chapeau de ce dont il n’est pas responsable, tout en lui ôtant le mérite des solutions qu’il avait proposées, et qu’on n’a pas hésité à lui emprunter! La deuxième solution, défendue par une partie des Républicains suivant en cela Nicolas Sarkozy, consiste à assumer des préoccupations communes avec le Front national, tout en cherchant à se démarquer un peu par les solutions proposées. Mais comment faire comprendre aux électeurs un tel changement de cap et éviter que ceux-ci ne préfèrent l’original à la copie? Comment les électeurs ne remarqueraient-ils pas que le Front national, lui, n’a pas changé de discours, et surtout, qu’il a précédé tout le monde, et a eu le mérite d’avoir raison avant les autres, puisque ceux-ci viennent maintenant sur son propre terrain? Comment d’autre part concilier une telle proximité avec un discours diabolisant le Front national et cherchant l’alliance au centre? Curieuses élites, qui ne comprennent pas que la posture «républicaine», initiée par Mitterrand, menace désormais de revenir comme un boomerang les détruire. Christopher Lasch avait écrit La révolte des élites, pour pointer leur sécession d’avec le peuple, c’est aujourd’hui le suicide de celles-ci qu’il faudrait expliquer, dernière conséquence peut-être de cette sécession. Vincent Coussedière
We’re in the midst of a rebellion. The bottom and middle are pushing against the top. It’s a throwing off of old claims and it’s been going on for a while, but we’re seeing it more sharply after New Hampshire. This is not politics as usual, which by its nature is full of surprise. There’s something deep, suggestive, even epochal about what’s happening now. I have thought for some time that there’s a kind of soft French Revolution going on in America, with the angry and blocked beginning to push hard against an oblivious elite. It is not only political. Yes, it is about the Democratic National Committee, that house of hacks, and about a Republican establishment owned by the donor class. But establishment journalism, which for eight months has been simultaneously at Donald Trump’s feet (“Of course you can call us on your cell from the bathtub for your Sunday show interview!”) and at his throat (“Trump supporters, many of whom are nativists and nationalists . . .”) is being rebelled against too. Their old standing as guides and gatekeepers? Gone, and not only because of multiplying platforms. (…) All this goes hand in hand with the general decline of America’s faith in its institutions. We feel less respect for almost all of them—the church, the professions, the presidency, the Supreme Court. The only formal national institution that continues to score high in terms of public respect (72% in the most recent Gallup poll) is the military (…) we are in a precarious position in the U.S. with so many of our institutions going down. Many of those pushing against the system have no idea how precarious it is or what they will be destroying. Those defending it don’t know how precarious its position is or even what they’re defending, or why. But people lose respect for a reason. (…) It’s said this is the year of anger but there’s a kind of grim practicality to Trump and Sanders supporters. They’re thinking: Let’s take a chance. Washington is incapable of reform or progress; it’s time to reach outside. Let’s take a chance on an old Brooklyn socialist. Let’s take a chance on the casino developer who talks on TV. In doing so, they accept a decline in traditional political standards. You don’t have to have a history of political effectiveness anymore; you don’t even have to have run for office! “You’re so weirdly outside the system, you may be what the system needs.” They are pouring their hope into uncertain vessels, and surely know it. (…) The mainstream journalistic mantra is that the GOP is succumbing to nativism, nationalism and the culture of celebrity. That allows them to avoid taking seriously Mr. Trump’s issues: illegal immigration and Washington’s 15-year, bipartisan refusal to stop it; political correctness and how it is strangling a free people; and trade policies that have left the American working class displaced, adrift and denigrated. Mr. Trump’s popularity is propelled by those issues and enabled by his celebrity. (…) Mr. Trump is a clever man with his finger on the pulse, but his political future depends on two big questions. The first is: Is he at all a good man? Underneath the foul mouthed flamboyance is he in it for America? The second: Is he fully stable? He acts like a nut, calling people bimbos, flying off the handle with grievances. Is he mature, reliable? Is he at all a steady hand? Political professionals think these are side questions. “Let’s accuse him of not being conservative!” But they are the issue. Because America doesn’t deliberately elect people it thinks base, not to mention crazy. Peggy Noonan
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Donald Trump astounded the entire political class of America by becoming only the third person ever to gain the presidential nomination of a major American political party without having first been an elected official, a prominent military officer, or a cabinet member, and the first to do so in 76 years. (Wendell Willkie, in 1940, never had control of the Republicans and had little chance against Roosevelt.) Senator Rubio was correct to call it “a tsunami that only Mr. Trump saw coming,” but it was also a tsunami that he largely conjured up out of less turbulent air and intensified. He raised the Republican primary vote by 60 percent over 2012, and whatever happens from now on, his achievement is historic and there must have been some astute strategic calculations behind it. Yet Trump seems to have no concept of how to press the strategic advantage and stay clear of back alleys and side issues in which he can only dissipate his advantages. Like a not overly smart fighting bull, he allows the Democrats to cause him to charge diagonally past his real targets and squander political capital in nonsense. (…) The choice is still between more of the Bush-Clinton-Obama disaster decades or positive change. This is one of the defining moments of American history. If Donald doesn’t exploit the opportunity he has created from public resentment of the Clintons’ entitlement, from the flabby Republican Bush-McCain-Romney loser syndrome, and from Obama’s national power-dive in which two-thirds of Americans now think the country is going in the wrong direction, he will have only himself to blame. He must stop scowling, stop personalizing everything and being goaded like an oaf, and stay on message; if he does all that, he will make history. The writing is on the wall and if Donald Trump blows it now, he will deserve to be deposited on the crowded shelf of the trophies attesting to the political skill, determination, and chicanery of the Clintons and their vast, and now fearful, entourage. Conrad Black
Mr. Trump’s great historical role was to reveal to the Republican Party what half of its own base really thinks about the big issues. The party’s leaders didn’t know! They were shocked, so much that they indulged in sheer denial and made believe it wasn’t happening. The party’s leaders accept more or less open borders and like big trade deals. Half the base does not! It is longtime GOP doctrine to cut entitlement spending. Half the base doesn’t want to, not right now! Republican leaders have what might be called assertive foreign-policy impulses. When Mr. Trump insulted George W. Bush and nation-building and said he’d opposed the Iraq invasion, the crowds, taking him at his word, cheered. He was, as they say, declaring that he didn’t want to invade the world and invite the world. Not only did half the base cheer him, at least half the remaining half joined in when the primaries ended. The Republican Party will now begin the long process of redefining itself or continue its long national collapse. This is an epochal event. It happened because Donald Trump intuited where things were and are going. Since I am more in accord with Mr. Trump’s stands than not, I am particularly sorry that as an individual human being he’s a nut. Which gives rise to a question, for me a poignant one. What if there had been a Sane Donald Trump? Oh my God, Sane Trump would have won in a landslide. Peggy Noonan
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
À l’Université, en France, nous en étions depuis 1968 à la chasse aux tabous, au nom du fameux «il est interdit d’interdire». Nous sacrifions au culte des briseurs de tabous. Chaque victoire était célébrée par une presse de plus en plus libertaire. Rappelez-vous Libération, première époque. Retrouvez quelques exemplaires «vintage» du journal Le Monde qui mettait à chaque fois le poids de sa réputation dans la bataille lorsqu’il s’agissait d’attaquer la conception «bourgeoise» de la famille ou de l’éducation. Aujourd’hui, les rédactions de ces quotidiens s’étrangleraient, sans doute, de rage en relisant les articles d’époque portant sur cette même conception de la famille. Les mêmes quotidiens se sont battus pour faire admettre le «mariage pour tous». Quel renversement! La logique aurait voulu qu’ils se prononcent contre toutes formes de mariage, y compris pour les individus de même sexe… De l’autre côté de l’Atlantique, lorsque je suis arrivé à l’Université de Boston, au début des années 1980, on s’appliquait au contraire à formuler de nouveaux interdits. La tyrannie s’exerçait sur le langage dans une grande partie du milieu académique, spécialement dans le domaine des sciences humaines (de la psychologie à la philosophie en passant par l’économie). Rapidement, cette tyrannie, au-delà des milieux académiques, a submergé toute la vie sociale. Dix ans plus tard, cette vague atteignit la France violemment. Le début du raz-de-marée. (…) Paradoxalement, la chasse aux tabous se révèle nocive pour la liberté de penser. Elle produit des êtres craintifs, ennemis du risque. Cette nouvelle génération «précautionneuse» souffre de pudibonderie. (…) Au nom de l’égalité réelle, nous assistons à l’alliance spectaculaire entre la technocratie et le moralisme sous prétexte de faire le bonheur de tous malgré eux. (…) Savez-vous qu’il faudrait éviter d’utiliser le mot «violer» dans l’expression «violer une loi» compte tenu de la résonance offensante que peut avoir le mot? Une tenue correcte est exigée du langage spécialement en matière de race, de culture et de religion. Le mot honni de «race» figure toujours dans la Constitution, malgré la logique de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. Sur cette loi, il y aurait beaucoup à dire. Paul Ricœur, Pierre Vidal-Naquet, Robert Badinter et beaucoup d’autres en ont amorcé le commentaire critique. Les minorités se sont emparées du politiquement correct. Raymond Boudon avait raison. Il s’agit d’un instrument de conquête du pouvoir, non par des majorités conformistes, mais par des minorités actives bien organisées qui répandent leur conformisme propre. Souvent de tonalité religieuse. (…) Venue de la gauche des campus, la critique du politiquement correct s’est retournée durant les années 1980. Bien avant Éric Zemmour en France, pour ne citer que lui, les milieux conservateurs aux États-Unis n’ont pas manqué de se moquer du langage tarabiscoté employé par souci, d’ailleurs illusoire, de préserver et de défendre les minorités. Ils ont montré qu’il s’agit d’une censure ou d’une auto-censure à peine déguisée. (…) Le destin du politiquement correct nous montre qu’il s’agit plus profondément d’une rhétorique de dissuasion. Cette logique de démobilisation collective s’est traduite par un dénigrement perpétuel d’une certaine pensée française. Celle que paradoxalement, l’Amérique n’en finit pas de fêter sous l’appellation de French theory. Les Foucault, Derrida, Bourdieu, Lacan ou Barthes… Aujourd’hui dans nos universités, notamment dans les sciences humaines, on ne trouve plus guère que des sous-produits de recherche américains. Voyez les études sur le «genre» ou «gender studies»! Un bien bel exemple de politiquement correct… (…)Aujourd’hui, par temps de mondialisation ou de globalisation, la doxa européenne cherche à protéger son niveau et son style de vie. Voyez les mouvements populistes dans les pays du Nord de l’Europe et en Allemagne même. Une page se tourne. La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler. Elle ne fait plus vraiment rire. Si l’on tue encore aujourd’hui au nom de Dieu, sur les pavés de nos grandes villes, c’est en grande partie la faute du politiquement correct. Mon ami André Comte-Sponville juge que l’avenir du politiquement correct, c’est la voie ouverte au populisme sous la forme la plus violente. Je le rejoins.(…) Un néo-puritanisme linguistique correspond à un moralisme radical. Il encaisse à ce jour sans difficulté les critiques dont il est la cible, mais il n’est pas exclu que l’exaspération qu’il suscite se transforme un jour en une franche colère qui signera sa défaite. Pensez à la victoire à la présidentielle de mai 2016 de Rodrigo Duterte aux Philippines ; il ferait passer Donald Trump pour le plus courtois des hommes (politiques). (…) Avec l’idée du modèle républicain, nous touchons à ce que j’appellerai le malentendu fondamental de la politique moderne en France. À la source de toutes les incompréhensions qui règnent entre le monde libéral anglo-saxon et nous-mêmes… On entend dire depuis plusieurs années que les valeurs de la République sont en danger, mais on ne dit pas exactement ce qu’elles sont. Elles seraient menacées par un parti dont on ne prononce pas le nom, mais qui est pourtant légal, et si j’en crois les sondages, le premier parti de France. Chacun s’accorde à chercher dans les discours du Front national, puisque c’est de lui qu’il s’agit, les «dérapages» dont il se rendrait responsable. C’est un mot-clé du politiquement correct. Un moyen d’intimidation qui laisse penser qu’il existerait une pensée unique, une voie droite par rapport à laquelle nous devrions tous être jugés. C’est prendre le risque d’un retournement violent. (…) Si l’on parle de la violence du langage en politique, on ne peut aujourd’hui contourner le «cas» Trump. Face à lui, Madame Clinton apparaît comme l’incarnation même du politiquement correct. Et lui, comme celle de l’incorrection grossière. Mais, on voit que les questions politiques graves qui se posent aux Etats-Unis dépassent de loin les aspects rhétoriques de la campagne. La violence du langage peut se traduire dans les deux registres extrémistes opposés. Les sociétés démocratiques, avides d’égalité, ont refusé à leurs citoyens le soutien d’une hiérarchie qui leur garantirait un lien stable avec leurs concitoyens. Les individus, livrés à eux-mêmes, isolés, ont perdu le sentiment chaleureux de la continuité entre générations. Alexis de Tocqueville avait vu juste lorsqu’il écrivait que «l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part». La démocratie ramène ainsi chaque individu vers lui seul et «menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur». C’est l’équation même de l’individualisme démocratique. Cet individualisme a triomphé sur la base du démantèlement de la figure classique de l’ego. L’individu se trouve maintenant désingularisé. Il a perdu son histoire propre, ce qui faisait sa valeur à ses yeux. Chaque citoyen se révèle disposé à s’isoler de la masse de ses semblables, ce qui incite chacun à créer une petite société à son usage, abandonnant la grande société à elle-même. Voilà pourquoi les sociétés démocratiques suscitent le conformisme de citoyens soumis à la mécanique de l’individualisme de masse. Et cet individualisme-là se nourrit d’égoïsme – de compétition et d’indifférence. Il s’épanouit dans le narcissisme. Avec l’ensemble des questions que pose le déploiement du politiquement correct, la pensée s’est installée dans un exercice réflexif périlleux qui décide du sens que nous devrions accorder à nos existences. Allons-nous adapter notre vie aux exigences d’autrui? Allons-nous demander à autrui de s’adapter à nos exigences propres? Nous nous trouvons à la croisée des chemins. Dominique Lecourt
Never have liberal ideas been so firmly entrenched within America’s core elite institutions. Never have those institutions been so weak and uninfluential. (…) What liberals are struggling to come to grips with today is the enormous gap between the dominant ideas and discourse in the liberal worlds of journalism, the foundations, and the academy on the one hand, and the wider realities of American life on the other. Within the magic circle, liberal ideas have never been more firmly entrenched and less contested. Increasingly, liberals live in a world in which certain ideas are becoming ever more axiomatic and unquestioned even if, outside the walls, those same ideas often seem outlandish.Modern American liberalism does its best to suppress dissent and critique (except from the left) at the institutions and milieus that it controls. Dissent is not only misguided; it is morally wrong. Bad thoughts create bad actions, and so the heretics must be silenced or expelled. “Hurtful” speech is not allowed, and so the eccentricities of conventional liberal piety pile up into ever more improbable, ever more unsustainable forms. (…) But liberals today face more problems than cocooning. They face the problem that, even as the ideas in liberal institutions become ever more elaborate, intricate, and unsuited to the actual political world, liberal institutions are losing more of their power to shape public opinion and national debate. Forty years ago, the key liberal institutions were both less distanced from the rest of American society and significantly more able to drive the national agenda. The essentially likeminded, mainstream liberals who wrote and produced the major network news shows more or less controlled the outlets from which a majority of Americans got the news. There was no Drudge Report or Fox News in those days, much less an army of pesky fact checkers on the internet. When liberal media types decided that something was news, it was news. If the Sandy Hook massacre had taken place in 1975, it’s likely that the liberal take on gun violence would not have been challenged. But these days, an army of bloggers and a counter-establishment of policy wonks in right leaning think tanks are ready to respond to extreme events like Sandy Hook. (…) Liberal strategies don’t work anymore in part because liberal institutions are losing their power. Meanwhile, many liberals are in a tough emotional spot. They live in liberal cocoons, read cocooning news sources, and work in professions and milieus where liberal ideas are as prevalent and as uncontroversial as oxygen. They are certain that these ideas are necessary, important and just—and they can’t imagine that people have solid reasons for disagreeing with them. Yet these ideas are much less well accepted outside the bubble—and the bubbles seem to be shrinking. After the horrors of the George W. Bush administration, liberals believed that the nightmare of conservative governance had vanished, never to return. Aided by the immigration amnesty, an irresistible army of minority voters would enshrine liberal ideas into law and give Democrats a permanent lock on the machinery of an ever more powerful state.That no longer looks likely; we can all look forward to eloquent laments, wringing of hands, impassioned statements of faith as the realization sinks in. Walter Russell Mead
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. (…) En  réalité,  [mixité  sociale » et « mixité  ethnique »] vont  rarement  ensemble.  En  région   parisienne,  on  peut  avoir  un  peu  de  mixité  sociale   sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase  d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des  cités.  Par  ailleurs,  les  logiques  séparatistes  se  poursuivent  et  aujourd’hui  les  ouvriers,  les  cadres  de  la   fonction  publique  et  les  membres  de  la  petite  bourgeoisie  maghrébine  en  ascension  sociale  évitent  les   quartiers où se concentre l’immigration africaine.  Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid.  Il  devait  penser  à  Évry,  où  le  quartier  des  Pyramides   s’est  complètement  ethnicisé  :  là  où  vivaient  hier  des   Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui  que des gens issus de l’immigration subsaharienne. En  réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme  le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite  éviter  le  collège  pourri  du  coin  et  contourne  la  carte   scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…  (…) À  catégories  égales,  la  mobilité  sociale  est  plus  forte   dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que  se  concentrent  les  emplois.  Contrairement  aux  zones   rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement  supérieur  est  difficile,  les  aires  métropolitaines   offrent   des   opportunités   y   compris   aux   catégories    modestes. Or ces catégories, compte tenu de la recomposition  démographique,  sont  aujourd’hui  issues  de   l’immigration. Cela explique l’intégration économique  et  sociale  d’une  partie  de  cette  population.  Évidemment,  l’ascension  sociale  reste  minoritaire  mais  c’est   une constante des milieux populaires depuis toujours :  quand on naît  « en bas » , on meurt  « en bas » .  (…) les   classes   populaires   immigrées   bénéficient    simplement  d’un  atout  :  celui  de  vivre   «  là  où  ça  se   passe  » .  Il  ne  s’agit  pas  d’un  privilège  résultant  d’une   politique  volontariste.  Tout  ça  s’est  fait  lentement.  Il   y  a  des  logiques  démographiques,  foncières  et  économiques.  Il  faut  avoir  à  l’esprit  que  la  France  périphérique  n’est  pas  100  %  blanche,  elle  comporte  aussi  des   immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !    (..) Notre  erreur  est  d’avoir  pensé  qu’on  pouvait  appliquer   le   modèle   mondialisé   économique   sans   obtenir   ses    effets  sociétaux,  c’est-à-dire  le  multiculturalisme  et  une   forme  de  communautarisme.  La  prétention  française,   c’était  de  dire  :   «  Nous,  gros  malins  de  Français,  allons   faire  la  mondialisation  républicaine  !  »   Il  faut  constater  que  nous  sommes  devenus  une  société  américaine   comme les autres. La laïcité et l’assimilation sont mortes  de  facto.  Il  suffit  d’écouter  les  élèves  d’un  collège  pour   s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes.  La société multiculturelle mondialisée génère partout les  mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes  banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte,  la question du rapport entre minorité et majorité est en  permanence  posée,  quelle  que  soit  l’origine.  Quand  ils   deviennent  minoritaires,  les  Maghrébins  eux-mêmes   quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement  ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui  osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.  (…)  La  création  de  zones  piétonnières  fait  augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des  villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements.  Tous  ces  dispositifs  amènent  un  renchérissement  du   foncier  et  davantage  de  gentrification.  Pour  baisser   les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est  forte  :  à  Paris,  plus  de  40  %  de  la  population  active   est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XX e arrondissement est devenu une commune bourgeoise.  Et  puis  l’embourgeoisement  est  un  rouleau  compresseur.  On  avait  pensé  que  certaines  zones  resteraient   populaires,  comme  la  Seine-et-Marne,  mais  ce  n’est   pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché  mondialisé,  c’est-à-dire  qu’il  se  sépare  des  gens  dont   on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.  (…) La  politique  municipale  de  Bordeaux  est  la  même   que  celle  de  Lyon  ou  de  Paris.  Il  y  a  une  logique  qui   est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de  droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt  plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…  (…) L’un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie  est  l’ouverture.  Si  on  lâche  ce  principe,  on  est   presque  en  phase  de  déclassement.  Le  vote  populiste,   c’est  celui  des  gens  qui  ne  sont  plus  dans  le  système,   les  « ratés » , et personne, dans le milieu bobo, n’a envie  d’avoir  l’image  d’un  loser.  Le  discours  d’ouverture  de   la supériorité morale du bourgeois est presque un signe  extérieur  de  richesse.  C’est  un  attribut  d’intégration.   Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est  quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde. (…) Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation  qui  s’enchaîne  et  se  reproduit,  incluant  notamment  le   divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la  France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit  déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN. Le FN  existe  uniquement  parce  qu’il  est  capable  de  capter  ce   qui  vient  d’en  bas,  pas  parce  qu’il  influence  le  bas.  Ce   sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le  contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne  l’atmosphère  !  Le  Pen  père  n’était  pas  ouvriériste,  ce   sont les ouvriers qui sont allés vers lui. Le FN s’est mis  à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales…  les  campagnes  sont  un  désert  politique  rempli   de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce  système ne peut pas perdurer. (…) Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé  dans  22  pays,  on  y  découvre  que  seulement  11  %  des   Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que  l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant,  les  journalistes  sont  90  %  à  penser  le  contraire.  En   vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le  monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent… (…)  Les   ministres   et   gouvernements    successifs  sont  pris  dans  la  même   contradiction  :  ils  ont  choisi  un   modèle économique qui crée de la  richesse,  mais  qui  n’est  pas  socialement   durable,   qui   ne   fait   pas    société.  Ils  n’ont  de  fait  aucune   solution,   si   ce   n’est   de   gérer   le   court terme en faisant de la redistribution.  La  dernière  idée  dans   ce  sens  est  le  revenu  universel,  ce   qui  fait  penser  qu’on  a  définitivement  renoncé  à  tout  espoir  d’un   développement  économique  de  la   France périphérique. Christophe Guilluy

C’est la gentrification, imbécile !

En ces temps étranges de victimisation triomphante et de prix Nobel de la paix sans paix et de littérature sans livres

A l’heure où à moins de trois semaines de la présidentielle américaine et pour cause de malpensance, le haro sur le candidat républicain se transforme en hallali et où tous les coups sont désormais permis pour l’abattre …

Et où de la Syrie aux Philippines, se confirment chaque jour un peu plus les conséquences catastrophiques des huit années de la politique des bons sentiments de l’Administration Obama …

Pendant que des deux côtés de l’Atlantique et sur fond d’immigration illégale galopante, s’accroit la polarisation entre des grandes métropoles toujours plus riches et des petites villes ou des périphéries en voie de paupérisation

Comment ne pas repenser aux analyses du politologue américain Walter Russell Mead …

Sur la véritable « coconisation » de la gauche américaine  …

Qui isolée dans sa nouvelle vulgate politiquement correcte et ses quartiers protégés de l’université et des médias qu’elle domine …

A littéralement abandonné les classes laborieuses paupérisées à leur sort en faveur des nouvelles « minorités » ethniques ou « sexuelles » et de leurs toujours plus futiles réformes « sociétales » (lutte contre le racisme, avortement, « mariage pour tous », contrôle des armes à feu, etc.) ?

Et comment ne pas voir, à l’instar de ces tristement fameuses présidentielles d’il y a 14 ans où l’on appelait notre jeunesse à voter escroc pour éviter le facho,  la même stigmatisation systématique à laquelle est soumise en France et en Europe toute pensée non conforme qualfiée immédiatement de « populiste » …

Et notamment comme le montre lumineusement le géographe français Christophe Giuluy dans son nouveau livre …

Cette nouvelle bourgeoisie mondialisée qui,  appuyée sur une toute une couche de statuts protégés (cadres de la fonction publique et retraités aisés) mais aussi d’immigrés pour les emplois subalternes (BTP, restauration, ménages) …

S’est emparée du discours moral comme des centre-villes qu’elle gentrifie pour marginaliser et rejeter dans non seulement le déclassement social mais les affres du racisme et du sexisme …

Toute une ancienne classe moyenne de « superflus invisibles »  (les tristements fameux « attachés aux armes et à la religion » d’Obama ou les « deplorables » d’Hillary Clinton) …

Accusés de ne pas accepter le multiculturalisme que leur impose ceux qui ont les moyens d’échapper à ses conséquences sur leur vie quotidienne ?

Avec son nouveau livre « Le crépuscule de la France d’en haut », le géographe le plus scandaleux de France débusque les intérêts de classe qui se cachent derrière le discours antiraciste de la bourgeoisie et décrypte le mépris des grands médias pour le petit peuple.

Causeur N° 39

19 octobre 2016

Propos recueillis par Daoud Boughezala, Élisabeth Lévy et Gil Mihaely

Causeur. La lutte entre les riches qui souhaitent le rester et les pauvres qui aimeraient l’être moins est une réalité vieille comme le capitalisme. Qu’y a-t-il de neuf dans notre situation – et dans Le Crépuscule de la France d’en haut, votre nouveau livre ?

Christophe Guilluy. Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte »« ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie.

C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations.

Ne s’agit-il pas avant tout d’une panne grave de l’ascenseur social ?

Bien sûr, mais pas seulement. C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer !

Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans.

La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population.

Comme le dit l’économiste Joan Robinson que vous citez, il y a pire que d’être exploité, c’est de ne pas être exploité. C’est un peu la situation de cette France périphérique : faute d’emploi, ses habitants n’ont même pas la possibilité d’être exploités !

Exactement. Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne.

Cependant le FN plafonne à 30 % de l’électorat ? Votre France périphérique serait-elle une minorité en voie de disparition ?

Toucher 100 % d’un groupe ou d’un territoire est impossible. Mais j’insiste sur le fait que les classes populaires (jeunes, actifs, retraités) restent majoritaires en France. La France périphérique, c’est 60 % de la population. Elle ne se résume pas aux zones rurales identifiées par l’Insee, qui représentent 20 %.

Je décris un continuum entre les habitants des petites villes et des zones rurales qui vivent avec en moyenne au maximum le revenu médian et n’arrivent pas à boucler leurs fins de mois. Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement.

Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers.

Ces cadres capables de payer le prix d’un logement de centre-ville, ceux que vous appelez « les bobos », n’ont fondamentalement rien de méchant. Ils ne fomentent aucun complot et ne forment même pas une classe sociale douée d’une conscience et d’une volonté propres…

Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé.

C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien.

Et face à cette exclusion, comment réagit la France périphérique ?

La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible.

Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État.

Pourquoi ces Français paupérisés ne comptent-ils pas sur les HLM construites autour des grandes villes ? Pourquoi ne pas déménager à Aulnay-sous-Bois ou Grigny, où le logement est peu cher et le bassin d’emploi accessible ?

Même si l’on installe 20 % de logements sociaux partout dans les grandes métropoles, cela reste une goutte d’eau par rapport au parc privé « social de fait » qui existait à une époque. Les ouvriers, autrefois, n’habitaient pas dans des bâtiments sociaux, mais dans de petits logements, ils étaient locataires, voire propriétaires, dans le parc privé à Paris ou à Lyon. C’est le marché qui crée les conditions de la présence des gens et non pas le logement social.

Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes.

S’ils ne vont pas dans les banlieues, n’est-ce pas aussi pour ne pas vivre avec les immigrés ?

Tout à fait ! In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires.

Quand les politiques parlent de « mixité sociale », ils entendent en fait « mixité ethnique ». Quel est la réalité de l’une et de l’autre ?

En réalité, elles vont rarement ensemble. En région parisienne, on peut avoir un peu de mixité sociale sans mixité ethnique. La famille maghrébine en phase d’ascension sociale achète un pavillon à proximité des cités. Par ailleurs, les logiques séparatistes se poursuivent et aujourd’hui les ouvriers, les cadres de la fonction publique et les membres de la petite bourgeoisie maghrébine en ascension sociale évitent les quartiers où se concentre l’immigration africaine. Ça me fait penser à la phrase de Valls sur l’apartheid. Il devait penser à Évry, où le quartier des Pyramides s’est complètement ethnicisé : là où vivaient hier des Blancs et des Maghrébins, ne restent plus aujourd’hui que des gens issus de l’immigration subsaharienne.

En réalité, tout le monde – le petit Blanc, le bobo comme le Maghrébin en phase d’ascension sociale – souhaite éviter le collège pourri du coin et contourne la carte scolaire. On est tous pareils, seul le discours change…

Cependant, dans les grandes villes, des enfants d’immigrés accèdent à la classe moyenne, non ?

À catégories égales, la mobilité sociale est plus forte dans les grandes métropoles. C’est normal : c’est là que se concentrent les emplois. Contrairement aux zones rurales, où l’accès au marché de l’emploi et à l’enseignement supérieur est difficile, les aires métropolitaines offrent des opportunités y compris aux catégories modestes.

Or ces catégories, compte tenu de la recomposition démographique, sont aujourd’hui issues de l’immigration. Cela explique l’intégration économique et sociale d’une partie de cette population. Évidemment, l’ascension sociale reste minoritaire mais c’est une constante des milieux populaires depuis toujours : quand on naît « en bas », on meurt « en bas ».

On entend souvent des électeurs du FN dire qu’on n’en fait que pour les immigrés. Les classes populaires immigrées ont-elles été privilégiées par rapport aux classes populaires autochtones ?

Non, les classes populaires immigrées bénéficient simplement d’un atout : celui de vivre « là où ça se passe ». Il ne s’agit pas d’un privilège résultant d’une politique volontariste. Tout ça s’est fait lentement. Il y a des logiques démographiques, foncières et économiques. Il faut avoir à l’esprit que la France périphérique n’est pas 100 % blanche, elle comporte aussi des immigrés, et puis il y a également les DOM-TOM, territoires ultrapériphériques !

D’accord, mais il y a aussi des logiques culturelles de séparation. Dans une société assimilationniste et républicaine plutôt que multiculturelle, aurions-nous pu éviter un découpage ethnique du territoire ?

Il est impossible de répondre à une telle question ! Notre erreur est d’avoir pensé qu’on pouvait appliquer le modèle mondialisé économique sans obtenir ses effets sociétaux, c’est-à-dire le multiculturalisme et une forme de communautarisme. La prétention française, c’était de dire : « Nous, gros malins de Français, allons faire la mondialisation républicaine ! » Il faut constater que nous sommes une société américaine comme les autres.

La laïcité et l’assimilation sont mortes de facto. Il suffit d’écouter les élèves d’un collège pour s’en convaincre : ils parlent de Noirs, de Blancs, d’Arabes. La société multiculturelle mondialisée génère partout les mêmes tensions et paranoïas identitaires, nous sommes banalement dans ce schéma en France. Dans ce contexte, la question du rapport entre minorité et majorité est en permanence posée, quelle que soit l’origine.

Quand ils deviennent minoritaires, les Maghrébins eux-mêmes quittent les cités qui concentrent l’immigration subsaharienne. Sauf que comme en France il n’y a officiellement ni religion ni race, on ne peut pas en parler… Ceux qui osent le faire, comme Michèle Tribalat, le paient cher.

Dans la France idéale que construit cette « France d’en haut », la politique parisienne de la ville propre et festive permet en quelque sorte de couvrir l’exclusion des classes populaires d’un vernis branché ?

Oui. La création de zones piétonnières fait augmenter les prix du foncier. Et les aménagements écolos des villes correspondent, de fait, à des embourgeoisements. Tous ces dispositifs amènent un renchérissement du foncier et davantage de gentrification. Pour baisser les prix ? Il faut moins de standing. Or la pression est forte : à Paris, plus de 40 % de la population active est composée de cadres. C’est énorme ! Même le XXe arrondissement est devenu une commune bourgeoise.

Et puis l’embourgeoisement est un rouleau compresseur. On avait pensé que certaines zones resteraient populaires, comme la Seine-et-Marne, mais ce n’est pas le cas. Ce système reproduit le modèle du marché mondialisé, c’est-à-dire qu’il se sépare des gens dont on n’a pas besoin pour faire tourner l’économie.

À cet égard, y a-t-il une différence entre Paris et Bordeaux, Hidalgo et Juppé ?

La politique municipale de Bordeaux est la même que celle de Lyon ou de Paris. Il y a une logique qui est celle de la bourgeoisie mondialisée, qu’elle soit de droite ou de gauche. Elle est libérale-libertaire, tantôt plus libertaire (gauche), tantôt plus libérale (droite)…

À l’avenir, si le bobo subit les affres de la cohabitation avec les islamistes comme rue Jean-Pierre Timbaud à Paris, pourrait-il se radicaliser et se mettre à rêver d’un Geert Wilders français, quitte à développer un certain protectionnisme identitaire ?

Non. Un des codes fondamentaux de la nouvelle bourgeoisie, c’est l’ouverture. Si on lâche ce principe, on est presque en phase de déclassement. Le vote populiste, c’est celui des gens qui ne sont plus dans le système, les « ratés », et personne, dans le milieu bobo, n’a envie d’avoir l’image d’un loser. Le discours d’ouverture de la supériorité morale du bourgeois est presque un signe extérieur de richesse. C’est un attribut d’intégration. Aux yeux de la classe dominante, un homme tolérant est quelqu’un qui a fondamentalement compris le monde.

À vous écouter, on ne comprend pas pourquoi votre livre s’intitule Le Crépuscule de la France d’en haut… Cette bourgeoisie a l’air d’aller bien.

Mais plus personne ne l’écoute ! Quand on regarde catégorie après catégorie, c’est un processus de désaffiliation qui s’enchaîne et se reproduit, incluant notamment le divorce des banlieues avec la gauche. Le magistère de la France d’en haut est terminé ! Électoralement, on le voit déjà avec la montée de l’abstention et du vote FN.

Le FN existe uniquement parce qu’il est capable de capter ce qui vient d’en bas, pas parce qu’il influence le bas. Ce sont les gens qui influencent le discours du FN, et pas le contraire ! Ce n’est pas le discours du FN qui imprègne l’atmosphère ! Le Pen père n’était pas ouvriériste, ce sont les ouvriers qui sont allés vers lui.

Le FN s’est mis à parler du rural parce qu’il a observé des cartes électorales… les campagnes sont un désert politique rempli de Français dans l’attente d’une nouvelle offre. Bref, ce système ne peut pas perdurer. Après, comment tout cela va se structurer, je n’en sais rien !

Pourquoi le discours de Chevènement n’a-t-il pas convaincu cette France-là ?

Parce qu’il n’a pas voulu aller sur la question de l’immigration ! Si l’on regarde le dernier sondage Ipsos réalisé dans 22 pays, on y découvre que seulement 11 % des Français (dont beaucoup d’immigrés !) considèrent que l’immigration est positive pour le pays. C’est marrant, les journalistes sont 90 % à penser le contraire. En vérité, il n’y a plus de débat sur l’immigration : tout le monde est d’accord sauf des gens qui nous mentent…

Et les hommes politiques que vous rencontrez, que vous disent-ils ?

Les ministres et gouvernements successifs sont pris dans la même contradiction : ils ont choisi un modèle économique qui crée de la richesse, mais qui n’est pas socialement durable, qui ne fait pas société. Ils n’ont de fait aucune solution, si ce n’est de gérer le court terme en faisant de la redistribution. La dernière idée dans ce sens est le revenu universel, ce qui fait penser qu’on a définitivement renoncé à tout espoir d’un développement économique de la France périphérique.

Voir aussi:

Dominique Lecourt : «Le politiquement correct favorise le retour de toutes les violences»
Alexis Feertchak
Le Figaro
21/10/2016

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le philosophe Dominique Lecourt, élève de Canguilhem et d’Althusser, a accordé un entretien fleuve au FigaroVox. Le directeur de l’Institut Diderot dénonce un politiquement correct qui, par le droit, passe dangereusement des mots aux choses.

Dominique Lecourt est un philosophe français, ancien élève de Georges Canguilhem et Louis Althusser. Professeur émérite des Universités, président d’honneur des Presses Universitaires de France (PUF), ancien recteur d’Académie, il est directeur général de l’Institut Diderot depuis 2012. Auteur de plus d’une trentaine d’ouvrages et de plusieurs grands dictionnaires, il a dernièrement publié L’Égoïsme. Faut-il vraiment penser aux autres? (éd. Autrement, 2015).


FIGAROVOX. – Récemment adoptée au Sénat, la loi Egalité et citoyenneté, qui contient une série de … 217 mesures pour la jeunesse, la mixité sociale ou contre les discriminations sociales, vante l’«égalité réelle». Imposer l’égalité réelle, n’est-ce pas prendre le risque d’une suspension excessive des libertés individuelles, de prolonger le politiquement correct des mots aux choses?

Dominique LECOURT. – Cette loi représente jusqu’à la caricature une conception de l’idée de démocratie qui s’est imposée dans notre pays depuis une trentaine d’années. C’est un grand bazar qui rassemble dans un désordre tragi-comique les interdits énoncés dont on attend aujourd’hui qu’ils règlent les mœurs. Prenons l’exemple de l’interdiction de la fessée comme outil éducatif et la condamnation qui frappe l’usage de paroles considérées comme blessantes parce que supposées contraires aux idéaux dogmatiques du «vivre ensemble». Il s’agit à mon sens du point d’orgue de cette frénésie normative, trop en vogue aujourd’hui, dont le caractère autoritaire fait l’objet d’une dénégation permanente de la part des intellectuels et des médias qui la répande. Par une grande hypocrisie, on annonce un progrès de la liberté de chacun au moment même où l’on prépare méticuleusement sa régression. Des mots aux choses, la distance ne saurait être abolie que par la contrainte. Cette conception débouche sur une pratique autoritaire du pouvoir politique. L’intimidation est son ressort principal. Voyez désormais le recours permanent aux tribunaux… Il ne manque pas d’associations qui se soient spécialisées dans ce type de chantage. Le trouble est profond. La suspicion systématique détruit la confiance indispensable à la vie en société!

Permettez que je vous donne un exemple. À l’Université, en France, nous en étions depuis 1968 à la chasse aux tabous, au nom du fameux «il est interdit d’interdire». Nous sacrifions au culte des briseurs de tabous. Chaque victoire était célébrée par une presse de plus en plus libertaire. Rappelez-vous Libération, première époque. Retrouvez quelques exemplaires «vintage» du journal Le Monde qui mettait à chaque fois le poids de sa réputation dans la bataille lorsqu’il s’agissait d’attaquer la conception «bourgeoise» de la famille ou de l’éducation. Aujourd’hui, les rédactions de ces quotidiens s’étrangleraient, sans doute, de rage en relisant les articles d’époque portant sur cette même conception de la famille. Les mêmes quotidiens se sont battus pour faire admettre le «mariage pour tous». Quel renversement! La logique aurait voulu qu’ils se prononcent contre toutes formes de mariage, y compris pour les individus de même sexe…

De l’autre côté de l’Atlantique, lorsque je suis arrivé à l’Université de Boston, au début des années 1980, on s’appliquait au contraire à formuler de nouveaux interdits. La tyrannie s’exerçait sur le langage dans une grande partie du milieu académique, spécialement dans le domaine des sciences humaines (de la psychologie à la philosophie en passant par l’économie). Rapidement, cette tyrannie, au-delà des milieux académiques, a submergé toute la vie sociale. Dix ans plus tard, cette vague atteignit la France violemment. Le début du raz-de-marée. Et un tsunami ne fait jamais déborder un vase, il le brise… Très vite, on a vu les personnels administratifs et enseignants des universités modifier leurs comportements, spécialement en présence de l’autre sexe. Plus personne ne ferme désormais la porte de son bureau pour recevoir un étudiant, au sens… générique du terme. Comme si, chaque enseignant, chaque membre du personnel enseignant ou administratif devait être considéré comme un violeur potentiel!

Paradoxalement, la chasse aux tabous se révèle nocive pour la liberté de penser. Elle produit des êtres craintifs, ennemis du risque. Cette nouvelle génération «précautionneuse» souffre de pudibonderie.

Ne confondons pas systématiquement inégalité et injustice. Au risque de choquer, je rappelle qu’il existe des inégalités qui ne sont nullement identifiables à des injustices. Prenons l’exemple des salaires. Le fait qu’une rémunération pour un travail soit indexée sur le mérite ne représente pas toujours une injustice, sauf, bien évidemment pour ceux qui ne reconnaissent pas la valeur du mérite… Prenons, cette fois-ci, l’exemple de mes collègues de l’Éducation nationale. Est-ce que l’ancienneté doit prévaloir sur la qualité du travail pour tout avancement, comme aujourd’hui? Le résultat n’est pas brillant…

Au nom de l’égalité réelle, nous assistons à l’alliance spectaculaire entre la technocratie et le moralisme sous prétexte de faire le bonheur de tous malgré eux.

Avant d’être reprise par les marxistes, l’expression «politiquement correct» a été lancée par la Cour suprême des Etats-Unis dès 1793. Jean-Claude Michéa considère d’ailleurs que le politiquement correct est le «triomphe de la juridification des relations humaines» contre la common decency défendue par Orwell. De quoi cette «juridification» serait-elle le signe?

Le mot de «juridification» désigne une construction correspondant à la standardisation des relations humaines. Est-ce le signe d’un progrès dans la liberté? C’est plutôt, à mes yeux, un symptôme liberticide. Prenons un exemple d’où le ridicule n’est pas absent. Savez-vous qu’il faudrait éviter d’utiliser le mot «violer» dans l’expression «violer une loi» compte tenu de la résonance offensante que peut avoir le mot? Une tenue correcte est exigée du langage spécialement en matière de race, de culture et de religion. Le mot honni de «race» figure toujours dans la Constitution, malgré la logique de la loi Gayssot du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. Sur cette loi, il y aurait beaucoup à dire. Paul Ricœur, Pierre Vidal-Naquet, Robert Badinter et beaucoup d’autres en ont amorcé le commentaire critique. Les minorités se sont emparées du politiquement correct. Raymond Boudon avait raison. Il s’agit d’un instrument de conquête du pouvoir, non par des majorités conformistes, mais par des minorités actives bien organisées qui répandent leur conformisme propre. Souvent de tonalité religieuse. Face au séisme de l’affaire du licenciement d’une salariée portant un foulard islamique, Elisabeth Badinter a eu le courage et la force de défendre la direction de la crèche Baby-Loup, même si elle en a payé le prix. Cette crèche imposait une neutralité et le respect de la laïcité à son personnel.

Assisterions-nous, aujourd’hui, à la mort annoncée de l’euphémisation du monde, du règne des périphrases, des circonlocutions, à celles de toutes pratiques qui relèvent du contrôle social exercé par et sur le langage?

Venue de la gauche des campus, la critique du politiquement correct s’est retournée durant les années 1980. Bien avant Éric Zemmour en France, pour ne citer que lui, les milieux conservateurs aux États-Unis n’ont pas manqué de se moquer du langage tarabiscoté employé par souci, d’ailleurs illusoire, de préserver et de défendre les minorités. Ils ont montré qu’il s’agit d’une censure ou d’une auto-censure à peine déguisée.

Les années 1976-1978 marquent un tournant dans l’histoire de la philosophie, chez nous, en France. Les philosophes ont alors pris la posture du spectateur des événements et du «reporteur d’idées». Ils se sont déclarés «journalistes transcendantaux», pour reprendre l’expression de Maurice Clavel. Ils prétendaient s’élever au-dessus de la contingence du présent. J’ai déjà raconté comment j’ai vu Michel Foucault lui-même y céder un moment, fasciné par «la révolution du non-pouvoir» de l’ayatollah Khomeini… André Glucksmann poussa plus loin que les autres la logique de ce retrait. Dans Les Maîtres penseurs, il dénonce toute tentative de penser le monde afin de le transformer comme comportant une menace sournoise de totalitarisme, c’est-à-dire la ruine totale de la liberté. Vous n’avez peut-être pas en tête ses écrits. Je vous rappelle donc sa formule clé qui relève de la plus pure intimidation: «théoriser, c’est terroriser».

Résumons. Les philosophes n’auraient plus désormais qu’à faire écho aux événements sur le mode du jugement moral prononcé dans l’urgence. Vous n’aurez pas de mal à mettre un nom sur le plus célèbre de nos philosophes-chefs de guerre…

La philosophie dans les médias relèverait désormais du commentaire et de l’exhortation. Vous connaissez la petite musique: «Le monde va mal», «mais il irait peut-être plus mal encore si vous essayiez de le transformer». On nous a donc conseillé au nom de la philosophie de nous consoler et d’être heureux de notre petit bonheur d’Occidentaux. Le destin du politiquement correct nous montre qu’il s’agit plus profondément d’une rhétorique de dissuasion. Cette logique de démobilisation collective s’est traduite par un dénigrement perpétuel d’une certaine pensée française. Celle que paradoxalement, l’Amérique n’en finit pas de fêter sous l’appellation de French theory. Les Foucault, Derrida, Bourdieu, Lacan ou Barthes… Aujourd’hui dans nos universités, notamment dans les sciences humaines, on ne trouve plus guère que des sous-produits de recherche américains. Voyez les études sur le «genre» ou «gender studies»! Un bien bel exemple de politiquement correct…

Philippe Muray parlait de la «cage aux phobes» pour qualifier tous les interdits langagiers que le politiquement correct imposerait. Diriez-vous que le politiquement correct prospère encore ou finit par s’éroder sous le coup des critiques?

Ce discours de consolation ou d’exhortation tel qu’il a été pratiqué pour un temps avec succès n’avait de réel impact que par la crise qui grondait à l’horizon.

Aujourd’hui, par temps de mondialisation ou de globalisation, la doxa européenne cherche à protéger son niveau et son style de vie. Voyez les mouvements populistes dans les pays du Nord de l’Europe et en Allemagne même.

Une page se tourne. La violence du langage s’exerce sans plus se dissimuler. Elle ne fait plus vraiment rire. Si l’on tue encore aujourd’hui au nom de Dieu, sur les pavés de nos grandes villes, c’est en grande partie la faute du politiquement correct.

Mon ami André Comte-Sponville juge que l’avenir du politiquement correct, c’est la voie ouverte au populisme sous la forme la plus violente. Je le rejoins. Le temps de la consolation et de l’exhortation est révolu…

La force du politiquement correct tient à ce qu’il fait illusion. Il semble «s’éroder» alors même qu’il prospère. Porteur d’interdits, il se nourrit des dénonciations qui les visent. Un néo-puritanisme linguistique correspond à un moralisme radical. Il encaisse à ce jour sans difficulté les critiques dont il est la cible, mais il n’est pas exclu que l’exaspération qu’il suscite se transforme un jour en une franche colère qui signera sa défaite. Pensez à la victoire à la présidentielle de mai 2016 de Rodrigo Duterte aux Philippines ; il ferait passer Donald Trump pour le plus courtois des hommes (politiques).

Le modèle républicain traditionnel ne reconnaît pas l’existence de différentes communautés, mais seulement celle du peuple français. Le politiquement correct qui est l’arme de beaucoup de minorités sert-il le communautarisme et le multi-culturalisme?

Avec l’idée du modèle républicain, nous touchons à ce que j’appellerai le malentendu fondamental de la politique moderne en France. À la source de toutes les incompréhensions qui règnent entre le monde libéral anglo-saxon et nous-mêmes… On entend dire depuis plusieurs années que les valeurs de la République sont en danger, mais on ne dit pas exactement ce qu’elles sont. Elles seraient menacées par un parti dont on ne prononce pas le nom, mais qui est pourtant légal, et si j’en crois les sondages, le premier parti de France. Chacun s’accorde à chercher dans les discours du Front national, puisque c’est de lui qu’il s’agit, les «dérapages» dont il se rendrait responsable. C’est un mot-clé du politiquement correct. Un moyen d’intimidation qui laisse penser qu’il existerait une pensée unique, une voie droite par rapport à laquelle nous devrions tous être jugés. C’est prendre le risque d’un retournement violent.

Il est probablement possible de poser différemment la question sur le communautarisme, dans son fond idéologique. J’entends pas là que la pratique gestionnaire de la politique suscite, par réaction, dans un régime technocratique, une demande d’absolu que la politique ne peut ni ne veut satisfaire. Cette demande se trouve du coup canalisée, contre le système politique en vigueur, par tous ceux qui savent s’en saisir à leurs fins.

Dès lors que le pouvoir politique n’assume plus d’autre idéal que l’efficacité du fonctionnement de l’État (et de l’économie), les passions qui s’attachent chez tout être humain à «l’être ensemble» ne trouvent plus à s’épancher que dans le rassemblement en communautés. Et la haine alors s’écoule, porteuse de mort, de «communauté» à «communauté». Voilà pourquoi la démocratie que nous évoquons si volontiers se trouve réellement en danger.

Comment sortir de ce cercle? Peut-être en nous souvenant de ce qui se disait, sourdement, dans le mot de laïcité. Il ne s’agit pas d’un idéal philosophique, ni seulement d’un ensemble d’institutions et de lois qu’il s’agirait de «défendre». Elle aura d’abord été, la reconnaissance de la politique comme domaine d’idéaux et de valeurs librement assumés par des citoyens détenteurs à égalité de la souveraineté. Oui, dans une République, en régime démocratique, il y a non seulement nécessité vitale de séparer l’État et les religions, mais aussi de maintenir vivante l’idéalité des visées de la politique et le désir de renouveler sans cesse par un effort collectif de réflexion critique où chacun engage la part de soi qui appartient aux autres. Est-ce suffisant? Non. Car cette idéalité elle-même peut-être mise au service d’une fusion, d’une «communion», mortifère des citoyens avec le pouvoir d’État comme on l’a vu dans les régimes totalitaires (URSS, Allemagne nazie etc.). Il faut donc restituer tout son tranchant à la grande intuition qui nous vient de la Révolution française: il n’est, dans un tel régime nul autre principe valable de rassemblement des citoyens que celui de la «liberté». La liberté s’adressant par la bouche du pouvoir politique à tous les citoyens les vise comme individus. Elle prend donc appui sur l’infini des désirs de chacun, tout en l’invitant à n’en réaliser que la part qui peut se composer avec celle qu’y prennent nécessairement les autres. Passions et réflexion rationnelle se trouvent ainsi solidement couplées, l’une relançant perpétuellement l’autre ; et inversement. Ce principe permet de conjurer les deux risques majeurs et conjoints que court la démocratie si elle veut s’arracher à son sommeil technocratique: la fusion totalitaire dans le rassemblement autour d’idéaux politiques, prenant, sous forme d’absolu, la place de Dieu, et la sacralisation des hiérarchies sociales établies.

Le 17 septembre 2014, alors qu’il n’avait pas encore dévoilé les grandes lignes de son projet pour 2017, Alain Juppé défendait à l’Institut Diderot une position résolument anti-communautariste mettant en valeur l’idéal du «bien commun» comme mouvement dynamique de l’identité de la Nation dont nous avons reçu l’héritage. On discute depuis ardemment de l’idée d’«intégration» qu’il avançait: l’«identité heureuse». Cette idée, sous sa plume, se veut respectueuse des différences et particulièrement des différences religieuses.

Faudrait-il plutôt prôner celle d’ «assimilation»? Sans doute, si nous voulons surmonter les difficultés liées à l’usage dévoyé, par certains, du terme d’«intégration», faudrait-il forger un mot composé tel qu’«intégration/assimilation»?

De nombreux intellectuels médiatisés comme Michel Onfray ou Alain Finkielkraut sont accusés de faire le jeu du Front national, voire d’en être des «alliés objectifs». Est-il devenu impossible d’exercer de façon sereine la charge d’intellectuel dans le débat public?

C’est le risque de la médiatisation. Mon maître Georges Canguilhem y était tout à fait hostile. Aujourd’hui, réseaux sociaux aidant, on doit s’attendre à se trouver pris dans des batailles dont on peut regretter la hargne. Le débat, désormais, c’est la foire d’empoigne. Il s’agit de savoir qui va parler le plus fort. De là pourtant à remettre en usage la formule des «alliés objectifs» dont a abusé le Parti communiste en son temps… Il ne s’agit que d’une technique rhétorique destinée à disqualifier l’interlocuteur. Ce n’est pas une façon sereine de débattre, et très injuste à l’égard d’Alain Finkielkraut et même de Michel Onfray.

L’universitaire, aujourd’hui, est prêt à se soumettre à tous les conformismes, chacun rivalisant avec chacun pour être le premier à penser et agir comme tout le monde… On pense, ici encore, aux études sur le «genre», au phénomène des «gender studies»… Le problème, c’est leurs répercussions concrètes dans l’Éducation nationale, sur les élèves et les parents… Quant à l’emprise du système médiatique sur les intellectuels, elle va croissante…

A terme, le politiquement correct ne risque-t-il pas d’encourager les partis politiques les plus outranciers et in fine de libérer la violence du langage?

Si l’on parle de la violence du langage en politique, on ne peut aujourd’hui contourner le «cas» Trump. Face à lui, Madame Clinton apparaît comme l’incarnation même du politiquement correct. Et lui, comme celle de l’incorrection grossière. Mais, on voit que les questions politiques graves qui se posent aux Etats-Unis dépassent de loin les aspects rhétoriques de la campagne. La violence du langage peut se traduire dans les deux registres extrémistes opposés.

Les sociétés démocratiques, avides d’égalité, ont refusé à leurs citoyens le soutien d’une hiérarchie qui leur garantirait un lien stable avec leurs concitoyens. Les individus, livrés à eux-mêmes, isolés, ont perdu le sentiment chaleureux de la continuité entre générations. Alexis de Tocqueville avait vu juste lorsqu’il écrivait que «l’aristocratie avait fait de tous les citoyens une longue chaîne qui remontait du paysan au roi ; la démocratie brise la chaîne et met chaque anneau à part». La démocratie ramène ainsi chaque individu vers lui seul et «menace de le renfermer tout entier dans la solitude de son propre cœur». C’est l’équation même de l’individualisme démocratique. Cet individualisme a triomphé sur la base du démantèlement de la figure classique de l’ego. L’individu se trouve maintenant désingularisé. Il a perdu son histoire propre, ce qui faisait sa valeur à ses yeux. Chaque citoyen se révèle disposé à s’isoler de la masse de ses semblables, ce qui incite chacun à créer une petite société à son usage, abandonnant la grande société à elle-même. Voilà pourquoi les sociétés démocratiques suscitent le conformisme de citoyens soumis à la mécanique de l’individualisme de masse. Et cet individualisme-là se nourrit d’égoïsme – de compétition et d’indifférence. Il s’épanouit dans le narcissisme.

Avec l’ensemble des questions que pose le déploiement du politiquement correct, la pensée s’est installée dans un exercice réflexif périlleux qui décide du sens que nous devrions accorder à nos existences. Allons-nous adapter notre vie aux exigences d’autrui? Allons-nous demander à autrui de s’adapter à nos exigences propres? Nous nous trouvons à la croisée des chemins.

Voir également:

The once alternative city by the bay has become a playground for tech billionaires, so its artists are fleeing to an unlikely new home: la-la-land

 

Once upon a time it seemed San Francisco artists visited Los Angeles only on condition they were tripping on LSD, or some other hallucinogen.

How else to survive the concrete landscape and endless traffic, the airheads and flakes, the tinsel and hustle and sheer vapidity of a metropolis which considered la-la-land a compliment?

So the beat poets and hippies and all the other bohemians would make fleeting forays south before returning to their foggy bay area sanctuary with tales of sun-frizzled vulgarians.

Then everything changed.

“San Francisco turned into this billionaire playground. Everything I identified with was being pushed out. The community that I loved was crumbling and disappearing,” said Andrew Schoultz, a painter. “I just didn’t want to be in that city anymore. So I moved to LA.”

Schoultz, 41, who does installations and public murals, moved in 2014 and was among a group of bay area migrants featured in the new site 7×7. “It’s been very amazing. It was a good decision. A lot of art curators, galleries, museums don’t do San Francisco anymore.”

A community of San Francisco transplants – musicians, writers, designers, comedians – appears to be burgeoning, injecting fresh talent into a city which thrums with new museums, galleries, events and artistic experimentation, giving it plausible claim as the US’s cultural capital.

“I never thought LA would feel like home but it does. It was really easy to move here knowing I had more artist friends here than there,” said Jason Quever, founder of the indie pop band Papercuts, who relocated last spring.

“The Papercuts were a San Francisco institution for years. When Jason moved to LA that’s when I really knew San Francisco was over,” said Van Pierszalowski, 31, lead singer of the group Waters. He moved two years ago. “I’ve not looked back a single time. As soon as I moved here my music career greatly benefited. I felt the effects of being close to the epicentre of the industry.”

So I moved to LA: a phrase repeated by so many bay area migrants it sounds like an epitaph for bohemian San Francisco. The descendants of Jack London, Armistead Maupin, the Grateful Dead and Maya Angelou are fleeing a city they say has become unaffordable, imperilling its artistic identity.

“I love San Francisco but couldn’t find a studio space. It was stressful and exhausting always looking. I moved south because this is where the art world is happening,” said Melissa Fleis, 36, a fashion designer. “San Francisco is changing. It’s not the San Francisco I knew.”

A tech boom has flooded the city with programmers, executives and start-up entrepreneurs who work at the likes of Twitter and Zendesk, or shuttle daily to Apple, Facebook, Google and other campuses in Silicon Valley, 40 miles south.

They earn so much they are driving rents to record levels – an average one bedroom apartment goes for $3,866, a two-bedroom for $4,683. With even white collar professionals struggling to keep up many artists can barely rent a sofa, let alone a studio or exhibition space. A 25-year-old made national news in March for paying $400 a month to live in a wooden box in a friend’s living room.

Quever, of the Papercuts, said San Francisco was not artistically dead. “The city is too gorgeous and cool to totally write off because of tech bros. There are still people there making really cool music.”

Even so, many artists have boxed up their possessions and made the six-hour drive south . “I just felt San Francisco lost sight of that community and that LA is where it was happening,” said Fleis.

It is a common refrain also among New Yorkers who have flocked to LA, especially its revitalised downtown and eastern neighbourhoods such as Echo Park, Highland Park and Silver Lake where galleries and performance venues pop up like toast.

“A ton of people I know from Brooklyn have moved out here or thought about it,” said Kristen Liu-Wong, an illustrator. Before New York she lived in San Francisco. “The tech world has kind of taken over which I’m not super happy about, since every time I go back it seems like all the old spots I grew up with are vanishing.” Living in LA, she added, had eroded some of the stereotypes.

It remains a film industry town in thrall to celebrity, beauty and the siren call of fame. The Kardashians are aristocrats, unemployed actors wait tables and would-be screenwriters hog tables in Starbucks. But the pampered, nihilistic wasteland of Brett Easton Ellis’s novel Less Than Zero it is not.

The artsy influx has fuelled a thriving cultural mix including Hopscotch, an experimental opera performed in cars, hangout spaces like Melody Lounge, Lace and The Barn, and the spanking new $140m Broad museum of modern and contemporary art. The Los Angeles County Museum of Art (Lacma) is preparing for an ambitious $600m makeover.

“It’s a far more inspiring place to be creatively,” said Pierszalowski, the musician. “A lot of that is the sheer number of people here. Not just music – film, TV, comedy.”

The image of sharks in suits exploiting artists belied a supportive community, he said. “No one really cares about the money part of it. They just want to play music. It’s more easy to live here as an artist so people have more time, more resources.” Pierszalowski is assembling a new band under the name Van Williams. “In San Francisco that would’ve been so hard. Here it’s so easy, I’ve got my dream band.”

LA is also siphoning the Bay Area’s LGBT community with the help of Otherwild, a studio and event space, and bars like Silver Platter, Akbar and Moonlight Rollerway.

“LA is a sanctuary for artists and specifically queer artists,” said Stephen Meeneghan, 36, an acupuncturist and naturopathic doctor who recently received, along with his artist and designer partner Ashley, an eviction order to vacate their San Francisco apartment. “We’ve been trying to fight it but really there’s no way to do that. We’d like to still live in a city surrounded by cultural creatives. And LA is the solution to that.”

The role reversal comes with an ironic twist. The tech gentrification refugees are themselves part of a wave that is displacing residents, many poor and Latino, from downtown and eastern LA. Activists in Boyle Heights have staged noisy protests against perceived interlopers.

“They had scarves covering their mouths and video cameras,” said Fleis, the designer, who encountered a protest last weekend outside the Museum as Retail Space (MaRS). “People were in awe. They had to shut the gates to the gallery.”

A tip for newcomers: don’t marvel at cheap LA rents, because they’re not. Rents have soared in recent years. They still lag San Francisco but average incomes lag even more, so on that basis LA is actually less affordable.

“Whenever anyone, from anywhere, moves into my city with a Camry and a dream, I can feel my cost of living increase,” Megan Koester, a comedian and writer, said via email. Even unglamorous San Fernando Valley has become pricey. “I tried to find an apartment there … and everything was out of my range. Do you know how humbling it is to be priced out of the fucking Valley?”

San Francisco-esque cafes and restaurants were mushrooming, lamented Koester. “The kinds of places where pour over coffee is $7 and every table has a succulent on it. I don’t know if this can be blamed on the transplants, or on the fact that not just San Francisco, but the entirety of Earth, is becoming uninhabitable to anyone who doesn’t make their living writing code all goddamned day.”

Some Bay Area techies have joined the migration but settled mostly in Venice and Playa Vista, the so-called Silicon Beach on LA’s westside, sparking gentrification battles there too.

Johnny Chin, the founder of a start-up security service, Bannerman, said he adored LA but he had reassuring news for bohemian settlers who fear techies are hot on their heels.

“My passion for LA is not shared by my peers. Even those friends who are fairly rich now don’t want to go to LA.” For many tech lords Tinseltown still had the stain of old, fusty Hollywood, he said. “There’s still this stigma.”

As Tech Giants Push For Diversity, Blacks And Latinos Are Fleeing Once-Diverse San Francisco
Salvador Rodriguez

IBTimes

04/09/15

Resident Mayra Alvarado uses a loudspeaker to demand the owner of her apartment building to appear, during a demonstration in the Mission District in San Francisco last August. Alvarado was joined by tenants and neighbors after she and more than 20 other residents were ordered to vacate their residences. Photo: Robert Galbraith/Reuters
San Francisco has long been known as a mecca for diversity and the acceptance of all people, but lately its population numbers tell a different story. While the city continues growing from the latest tech boom, African-Americans and Latinos continue getting displaced, driven out of their homes and, in many cases, out of the city.

While the city’s population has grown from 776,700 in 2000 to 817,500 in 2013, the black population has fallen from 60,500 to just 48,000 in that same time frame, and now, African-Americans account for less than 6 percent of San Francisco’s total population, the U.S. Census Bureau says.

Latinos, meanwhile, have seen similar losses in San Francisco’s Mission District, a historically Hispanic neighborhood that has recently become an attractive hub for young tech workers. In 2000, more than 30,000 Latinos lived there, making up 50 percent of the Mission’s population, but in 2013, that number fell to 21,893, or 38.5 percent of the neighborhood’s total population, said a study by the Mission Economic Development Agency and the Council of Community Housing Organizations.

It’s been a year since many tech companies in Silicon Valley released workforce transparency reports laying bare a sorry track record in minority hiring and announced plans to be more inclusive. But the Bay Area’s changing demographics are working against them. Local African-American and Hispanic residents are employed only in minuscule numbers by the tech industry, and increasingly finding themselves priced out and forced to leave.

“We don’t want to continue to allow the displacement of the culture, of the life and the vitality of the city and of the Bay Area itself,” said Robbie Clark, the regional housing rights campaign lead organizer at Causa Justa Just Cause, an organization that fights for equal rights for black and Latino communities in San Francisco.

2 Percent

At many top tech companies in the region, African-Americans make up less than 5 percent of the workforce, and in San Francisco, there are only about 1,000 blacks working in tech, accounting for 2 percent of its more than 47,000 total tech workers, the Census Bureau says. By comparison, Jefferson County, Alabama, and East Baton Rouge Parish, Louisiana, each employ more than 2,250 black tech workers, making up 18 percent and 20 percent of their tech workforce, respectively.

At the root of the challenge for tech companies is that there are fewer African-Americans and Latinos with degrees in tech fields than there are whites and Asian-Americans. In 2012, underrepresented minorities earned 18.9 percent of bachelor’s degrees in science and engineering, the National Science Foundation says.

Over the past year tech companies have at least paid lip service to the issue. Some, like Twitter, have teamed up with diversity organizations and colleges that serve minority groups to improve their recruitment of African-Americans and Latinos. Others, meanwhile, have committed millions of dollars toward this cause. Apple, for example, donated more than $50 million to groups focused on increasing the number of minorities in the tech talent pool.

Twitter serves as a lightning rod in that it received tax breaks to move into a gleaming headquarters in a lower-income neighborhood in San Francisco without creating commensurate housing. “They’re bringing talent from all over the country, if not the world, and those new residents are displacing the old residents who are already here,” said Gabriel Medina, policy manager at the Mission Economic Development Agency.

When it released its first diversity report last year, Twitter revealed a workforce that is just 2 percent black and 3 percent Hispanic. Since then, it has identified at least one obstacle to hiring more African-Americans: over-reliance on referrals from current (mostly white) employees. Companies “need to start building a workforce that’s more representative of the nation that their company is in,” said Janet Van Huysse, Twitter’s vice president of diversity and inclusion.

Black Exodus

The challenge of hiring local minorities has become more difficult. San Francisco’s black population peaked at 96,000 in 1970, and since then, African-Americans have been leaving in waves. Lately, it’s been their exclusion from the tech boom that’s led to their exodus, often referred to as “Black Flight.” Additionally, African-Americans have seen their institutions of support — such as churches and cultural centers — replaced because of the high costs required to operate in the city.

Tech companies “bring their people in, eat up the housing and in the midst of all of that, they just scatter African-Americans” said Frederick Jordan, president of the San Francisco African-American Chamber of Commerce, saying he feels like “this is a city that doesn’t care about black folks.”

One of the stalwarts in the efforts to diversify high-paid tech jobs is Intel, which first publicly posted its workforce diversity figures in 2004. Intel in January announced a clearly defined plan to achieve full minority representation at all levels of the company by 2020. As part of this plan, Intel announced it would spend $300 million to fund various initiatives to increase the number of minorities available in the talent pool as well as tie its leaders’ bonus pay to the inclusiveness of their hiring.

“We’re treating it as a part of our business, and that’s how we do business,” said Gail Dundas, an Intel spokeswoman. “We look at what’s the problem that we need to solve and then set out a plan of action to solve that.”

But in many ways, racial diversity is becoming a victim of the Bay Area’s economic success. As more tech workers come into San Francisco and put more demand on housing, the price of rent keeps skyrocketing. In the Mission, the median rental of a one-bedroom apartment was $3,250 last summer, up 71 percent from 2011, says Priceonomics, a data company. For many low-income families, San Francisco’s rent prices have simply become too expensive and can’t be covered by the jobs that are afforded to them.

Changing Neighborhoods

For Latinos, the displacement is focused around the Mission District, which has been steadily gentrifying since the early 1990s. Once a landing spot for immigrant families, the Mission continues to grow whiter and its streets keep filling up with bars, coffee shops and restaurants that cater to more affluent people. Latinos are expected to account for just one-third of the neighborhood’s population by 2020, says the study by the Mission Economic Development Agency and the Council of Community Housing Organizations.

Mauricio Simbeck, CEO of Milagros de Mexico, a grocery store in the Mission, said he now stocks natural, organic items like what you might find at a Whole Foods Market in order to cater to its new type of customers.“The charm of the murals and some of the architecture, the charm of the Mexican restaurants and food and then you add to that the new restaurants and new coffee shops and new bars — it has become a very attractive neighborhood for young people,” he said.

David Miree, social justice and policy analyst for the San Francisco Human Rights Commission, said the city has introduced many programs to enhance the quality of African-Americans’ lives in the city. One of those was an internship program that connects minority youth with tech companies and prepares them for the job market.

“We just try to do programs that are targeted to the African-American community to instill a sense of pride and instill a sense of respect for the community that is still in San Francisco, and in hopes of also attracting new members of the African-American community to San Francisco,” Miree said.

But despite companies’ recent vows to increase diversity, the tech industry largely hasn’t done much to change the way it goes about hiring employees, said Wayne Sutton, general partner at Buildup.vc, a pre-accelerator for startups based in San Francisco. Sutton will be hosting a tech inclusion conference in San Francisco later this year.

“Overall, a lot has not changed,” Sutton said. “Culture barriers between blacks, Latinos and whites and Asians still exist. There’s a lot of conversations happening around diversity, but there’s still not a lot of tangible, what-everybody-can-do solutions we’ve seen effectively work in place.”

Manny Fernandez, CEO and co-founder of San Francisco angel investment platform Dreamfunded, said the tech world does care about the city’s diversity and hiring more minorities, but it’s impossible to improve workforce diversity figures overnight.

“I believe the tech world cares and understands the concerns. It just takes time to make a change,” Fernandez said.

Unless the region’s tech companies become more inclusive with their hiring, there is nothing being done to stop San Francisco from becoming a homogenous city, many experts said.

“At the same time people were getting beaten in Selma, Roy Clay was the manager of computer research and development at Hewlett-Packard, so that’s the history of what California should be and that’s why folks have always tried to get here so that they could have those opportunities,” said John William Templeton, author of “Our Roots Run Deep: The Black Experience In California.” “We need to restore that history and keep it from being turned into this fantasy camp for rich folks.”

Voir encore:

Quantifying the Changing Face of San Francisco
Dan Kopf

Priceonomics

Articles like « Is San Francisco Losing Its Soul?” or “San Francisco’s Alarming Tech Bro Boom: What Is the Price of Change?” have become the norm for describing the city. As the refrain goes, the rising cost of living in San Francisco is forcing out the city’s teachers, artists, and diversity, replaced by engineers and the 1% drawn by the tech boom.

Cities’ demographics are always changing, but many believe San Francisco’s transformation is uniquely extreme and damaging. Combine a booming economy with little housing development, and the increasing desire of young professionals to live in cities is a potent recipe for drastic movements of people. It has led to a city that some of its residents find unrecognizable.

But how much of this is sky is falling hyperbole? Does the reality match the perception?

It’s impossible to quantify the cultural changes to the city. But it is possible—using Census data—to test how much San Francisco’s demographics have been altered by new arrivals.

From 2010 to 2014 – the most recent period from which detailed data is available – an annual average of about 60,000 people migrated to San Francisco and 60,000 migrated out. Since San Francisco has around 800,000 residents, that 60,000 represents about 7.5% of the population. The city’s population grew only slightly during that period.

The difference between the 60,000 coming and going is the main factor that changes the demographic character of the city. It is also impacted by people getting older, dying, having children, or becoming wealthier or poorer due to the changes around them. But in and out migration is the most important factor.

So what are the most notable facts about these 60,000 people?

The American Community Survey, an annual collection of data from a representative sample of Americans, asks individuals about whether they migrated in the past year, and where they came from. This data allows us to identify San Francisco’s comers and goers. (Though the small number of people who left for other countries are not included because they are not part of the survey.)

The basic trends are what any San Francisco resident might expect. The people moving in are more likely to have higher levels of formal education, and they tend to be younger, White and Asian. The people moving out are less likely to have completed college, and they tend be older, African American and Hispanic.

Increased demand to live in San Francisco, and a housing supply that has barely budged, means change at a striking scale.

Workers at Google’s offices near San Francisco
From Working Class to Ivory Tower

One of the most remarkable differences between the 60,000 moving in and the 60,000 moving out is just how many more of the new arrivals have completed some form of higher education.

San Francisco is the home of technological innovation. The city and the surrounding area are home to the headquarters of Apple, Facebook, Google, Twitter, Uber, and Tesla. Compared to the large manufacturers of the past, these high-growth tech companies have an unusual need for white-collar knowledge workers.

This demand is the most likely explanation for San Francisco’s net increase of nearly 7,000 people per year—among those at least 22-years-old—with a college or postgraduate degree. This is in contrast to a net out migration of about 3,000 people without a college degree.

The table below displays an annual estimate of the net migration of people 22 to 49 who migrated in and out of the city. We chose this age group because this is the life period when adults are most likely to migrate. The numbers below are based on samples, so they are not exact. Generally, the net migration numbers in this article are likely to be accurate within 1,000 people.

It is important to remember that 4,500 additional college graduates does not mean that no college graduates left the city. In fact, 17,200 college graduates left for cheaper pastures. But another 21,700 college grads replaced them, leading to a net change of 4,500.

The Great Migration

San Francisco has long been one of the United States’ most diverse cities. Since World War II, it has been a city with large Asian, Hispanic, White and Black populations. Yet the city is in danger of almost entirely losing one of those groups.

Perhaps no aspect of the annual migration in and out of San Francisco is as notable as the mass “exodus” of African Americans.

San Francisco was 13.4% African American in 1970, but its population as of 2016 is less than 6% Black. The population has steadily declined, and the trend seems likely to continue. From 2010-2014, there was annual net out migration of around 2,000 African Americans from the city. That represents a 4.6% decline of the population every year.

The story of San Francisco’s declining black population is characterized more by a lack of in migration than an unusual amount of out migration. Just about 1 in 10 African Americans who live in San Francisco leave the city every year. This is not much greater than for Whites or Hispanics. This out migration is in some ways positive, in part representing an ability to leave the city that was not possible in the days of stronger housing discrimination.

The issue is that unlike other groups, African Americans are not moving to the city. There are likely a variety of issues behind this lack of in migration. African Americans moving to the Bay Area may prefer local alternatives like Oakland that have larger African American communities, and San Francisco may not be as racially sensitive as locals like to think. In addition, the tech industry is notoriously lacking in diversity.

The Hispanic population is also declining, but not at quite the rate of the African American population. Both of these declines are particularly pronounced when we look at the key age group of 22- to 49-year-olds, the period when adults are most likely to migrate.

City of Men

San Francisco is a particularly male city. It is home to the Castro, a center of American gay male culture, and the city’s main growth industry, tech, is heavily male.

The city was already unusually male in 2010, and the gender ratio skews more each year. Tech is a growing portion of San Francisco’s economy, and men make up about 75% of the city’s computer and math workers. That 75% ratio has been stable for years and has contributed to a growing wage gap between men and women in the city.

The table below shows a net in migration of 2,400 men per year, a 0.6% increase, while the female population remains the same. So essentially all of the small population increase in San Francisco from 2010 to 2014 came from men.

And just as we saw before with the trend for race and ethnicity changes, this is more striking for younger adults. Men in their 20s, 30s, and 40s are pouring into the city, increasing their total by 1.7% each year, while the number of women in this age group is barely changing. If that 1.7% growth continues for the next ten years, that would mean a nearly 20% increase in the number of young men.

The Kids Are Coming

Like many cities, San Francisco is getting younger.

After years of aging – the city was still getting older in the 2000s – San Francisco is getting younger in the 2010s. This is, in part, a manifestation of what the writer Alan Ehrenhalt calls The Great Inversion. This refers to the movement of young professionals into cities that have become more appealing due to the disappearance of “factory and warehouse grime and noise”, which is pricing out the working class and lower income families.

From 2010 to 2014, there was net annual in migration of 7,500 people 35 or under, and net out migration of over 5,000 for people 36 or over.

You might consider this normal. Of course young people come into the city for work and older people move out to find an affordable house near good schools.

But these migration patterns have not always held. When we analyzed data to see the typical in and out flows from 2005-2007, we found that there were an equal number of older and younger people leaving the city at that time. This was before the city’s most recent tech boom, and the city’s population was getting slightly smaller.

In fact, we found all of the major migratory trends happened faster from 2010 to 2014 than from 2005 to 2007. The following chart shows the annual change in the proportion of San Francisco that was made up of the following four groups: ages 35 and under, men, college graduates, and African Americans. We use change in proportion to make the two eras – one of which had in migration and the other out migration – comparable.

Data: American Community Survey
Newcomers Have More Money

You may have noticed that we have not discussed incomes.

Many of the changes in San Francisco are related to the increasing costs of housing. Migrants have little access to rent control, and the median monthly rent for a one bedroom apartment in San Francisco is north of $3,000.

Yet looking into the incomes of migrants is complex because income is so correlated to age, gender and education level. Also, the people who left San Francisco likely went to cities that have lower wages, so it’s not quite an apples to apples comparison.

We decided the best way to look at the issue was to analyze the difference in the incomes of incoming and outgoing workers, and to see whether the difference was greater from 2010-2014 than it was from 2005-2007. The chart below shows our findings. We excluded people who had no income. These income estimates are likely accurate within about $2,000, and are not adjusted for inflation, so these results should primarily be interpreted by the change in the income difference between the two periods.

Data: American Community Survey
San Francisco is becoming a more expensive place to live, and the people who can afford to move in are increasingly wealthier than people who move out. The income gap between incoming and outcoming migrants jumped from around $1,000 in 2005-2007 (which is statistically negligible) to an estimate of $4,000 from 2010-2014.

***

Although a large portion of the city is still born and raised in San Francisco, migration patterns are changing the demographics of San Francisco.

Big changes are nothing new in San Francisco. It happened after World War II, during the immigrant wave of the 1960s and 70s, and as a result of the Dot-com boom of the 1990s.

But some residents feel that what is happening now is different. That the city is no longer accessible to all who love it, and it is becoming a place primarily for the wealthy.

The ethics of how to respond to these changes is an open question.

The flourishing economy that has attracted migrants has also been good for many of the people who have stayed. San Francisco is one of the best cities in the United States in terms of upward mobility.

One response that would alleviate the need for out migration and still allow for in migration is more housing. Subsidized housing, market-rate housing, big apartment buildings that obscure views or create wind tunnels: these all probably help the city to retain those who want to stay.

Because of the relatively fixed housing supply, San Francisco is a zero sum game; if someone new comes to the city, they essentially must replace someone who already lives in the city. The result is a city that is younger, more educated, richer, and losing diversity at an alarming rate.

Voir par ailleurs:

Philippines. Washington risque-t-il de perdre son plus vieil allié en Asie ?

Courrier international

21/10/2016

En visite à Pékin, le président philippin Rodrigo Duterte a annoncé sa “séparation” d’avec les États-Unis, remettant en cause un partenariat vieux de soixante-dix ans.

Un “revers”, voire un “désastre” pour les États-Unis : tels étaient les mots de la presse américaine après la visite à Pékin, le 20 octobre, du président philippin Rodrigo Duterte, qui a entériné le rapprochement de son pays avec la Chine. “Une réconciliation spectaculaire, commente The Wall Street Journal, qui était en préparation depuis l’arrivée au pouvoir de M. Duterte en juin.”

“La Chine a enregistré une victoire diplomatique aux dépens des États-Unis, écrit le quotidien des affaires. Le président philippin a mis de côté le contentieux entre Manille et Pékin au sujet de la mer de Chine méridionale au profit d’un renforcement des liens économiques.”

Quelques heures après sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping jeudi, Rodrigo Duterte a annoncé sa “séparation” d’avec les États-Unis, “portant à de nouveaux sommets rhétoriques la prise de distance de Manille à l’égard d’un allié auquel il est lié par traité”.

Le président philippin a aussi répété une insulte proférée à l’endroit du chef de l’État américain Barack Obama, rapporte le journal, en l’appelant “fils de pute”.

Rapprochement économique

Pékin a offert à Manille plus de 9 milliards de dollars de prêts à faible taux, note The Wall Street Journal, citant des responsables philippins. Les deux pays boucleraient aussi des accords économiques d’une valeur de 13,5 milliards de dollars.

De son côté, Rodrigo Duterte a mis en veilleuse la décision, en juillet, d’une cour d’arbitrage internationale, qui avait rejeté les prétentions chinoises en mer de Chine méridionale. Une décision obtenue par son prédécesseur Benigno Aquino.

Selon une déclaration conjointe diffusée vendredi à Pékin sur le site de l’agence officielle Xinhua, la Chine et les Philippines sont convenues de tout mettre en œuvre pour “traiter pacifiquement les conflits qui les opposent en mer de Chine méridionale” et de définir “rapidement” un “code de conduite en mer de Chine méridionale”. Un “mécanisme bilatéral” de discussion de ces conflits doit être mis en place.

Un changement vertigineux d’orientation

“Les Philippines ont connu un changement vertigineux d’orientation de leur politique étrangère depuis que Rodrigo Duterte est devenu président”, résume le commentateur Max Boot dans Foreign Policy. Selon lui,
ce populiste vulgaire est en train de transformer la relation du pays avec les États-Unis d’une manière fondamentale et inquiétante.”

Comme le rappelle ce chercheur et éditorialiste conservateur, “les Philippines sont le plus vieil allié américain en Asie, et jusqu’à récemment l’un des plus proches. Les États-Unis ont exercé leur autorité sur le pays en tant que puissance coloniale de 1899 à 1942 et implanté leur culture dans l’archipel. […] En 1951, Washington et Manille ont signé un traité de défense mutuelle.”

Les Japonais dans l’expectative

Le président philippin doit être reçu du 25 au 27 octobre au Japon, autre allié majeur de Washington dans la région. Le ministre des Affaires étrangères nippon, Fumio Kishida, a affirmé à la presse qu’il “comptait sonder les intentions réelles du président philippin lors du dîner prévu la semaine prochaine”.

La visite devait se conclure par une rencontre avec l’empereur du Japon. Mais, “compte tenu des propos de M. Duterte, ainsi que de son attitude déplacée [il mâchait du chewing-gum devant Xi Jinping, ce qui a beaucoup choqué les internautes japonais], il n’est pas exclu que le ministère des Affaires étrangères annule la rencontre avec l’empereur”, relate la chaîne Fuji News Network.

Gabriel Hassan et Agnès Gaudu et Ysana Takino

Voir enfin:

Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris

Une carte de synthèse

Anne Clerval

Cybergeo

2010

1La notion de gentrification présente l’intérêt de mettre l’accent à la fois sur la dynamique des divisions sociales de l’espace et sur la complexité de leur agencement, entre changement social et changement urbain. Elle désigne une forme particulière d’embourgeoisement des quartiers populaires qui passe par la transformation de l’habitat, voire de l’espace public et des commerces. Analysée dès les années 1970 en Angleterre et en Amérique du Nord, cette notion a donné lieu à une abondante littérature internationale et commence à être étudiée en France (Bidou-Zachariasen, 2003 ; Fijalkow et Préteceille, 2006 ; Authier et Bidou-Zachariasen, 2008). Processus de conquête des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures, la gentrification peut être vue comme l’adaptation de l’espace urbain ancien à l’état actuel des rapports sociaux. Issu de facteurs structurels, ce processus n’en est pas moins conflictuel et suppose l’action volontaire d’acteurs variés (Clerval, 2008).

2En général, les chercheurs l’étudient à l’échelle locale du quartier (Smith, 1979 ; Beauregard, 1990 ; Vicario et Martínez Monje, 2003 ; Bernt et Holm, 2005) ou au niveau d’une ville dans son ensemble (Hamnett et Williams, 1980 ; Ley, 1986 ; Butler, Hamnett et Ramsden, 2008). Si la question des phases temporelles de la gentrification a été beaucoup discutée à partir du modèle de Timothy Pattison (1977), parfois même en comparant différents quartiers d’une même ville (Van Crieckingen et Decroly, 2003), il n’en va pas de même de ses dynamiques spatiales. Seul le cas de Londres apparaît suffisamment bien connu pour que certains travaux s’essaient à une synthèse de la progression de la gentrification dans le temps et dans l’espace de cette ville (Richard, 2001 ; Butler et Robson, 2003). Pour autant, cette synthèse ne donne pas lieu à une cartographie qui permettrait de visualiser les dynamiques spatiales de la gentrification à Londres depuis ses prémices.

3Le cas de la capitale française est beaucoup moins connu. Les transformations de l’espace social de Paris ont certes donné lieu à d’importants travaux au début du xxe siècle (Halbwachs, 1908) comme dans les années cinquante (Chombart de Lauwe, 1952), soixante (Coing, 1966) ou soixante-dix (Lojkine, 1972, Godard et al., 1973), en insistant en particulier sur le rôle des pouvoirs publics dans les processus d’embourgeoisement. Depuis la riche synthèse statistique de l’Atlas des Parisiens (Noin, 1984), peu de chercheurs ont poursuivi l’analyse de l’espace social parisien et franciliendans son ensemble (Préteceille, 2003 ; Rhein, 2007), et on connaît moins les dynamiques contemporaines de ces processus, notamment de ceux qui précèdent et dépassent les seules opérations publiques de revalorisation urbaine, comme la gentrification. Les quelques travaux qui lui ont été explicitement consacrés concernent un quartier en particulier comme le Marais (Carpenter et Lees, 1995), Belleville (Simon, 1994) ou la Goutte d’Or (Bacqué et Fijalkow, 2006).

4L’objet de cet article est de présenter une carte de synthèse (figure 6) de la progression de la gentrification à Paris depuis les années 1960. Cette carte est une interprétation d’analyses statistiques et d’enquêtes de terrain menées dans le cadre d’une thèse, qui confirment les travaux anglo-saxons analysant la gentrification comme un front pionnier (Smith, 1996 ; Atkinson et Bridge, 2005). Si ces travaux ont montré que la gentrification fonctionnait comme un processus de conquête sociale des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures, ils ne se sont pas appuyés sur une cartographie permettant de visualiser ses dynamiques spatiales. L’apport de cet article est de proposer cette cartographie pour Paris, élaborée à partir de sources variées et plus solides que la seule observation sur le terrain.

5Je présenterai tout d’abord la méthode que j’ai utilisée pour construire cette carte, puis je montrerai comment elle éclaire le processus de gentrification à Paris.

Une approche multiscalaire et rétrospective

6La construction de cette carte s’inscrit dans une approche globale de la gentrification qui s’est donné pour but de dégager à la fois les facteurs, les principaux acteurs et les conséquences sociales de ce processus. Pour permettre une analyse à la fois globale et détaillée de la gentrification, le choix a été fait de limiter le terrain d’étude à la seule ville de Paris : il ne s’agit pas de méconnaître la réalité de processus de gentrification en banlieue, mais de pouvoir retracer les prémices et les différentes phases du processus au centre de l’agglomération. La ville de Paris a été analysée dans son ensemble, à un niveau fin, à travers les données statistiques des trois derniers recensements généraux de la population (1982, 1990 et 1999). Cette analyse statistique a été complétée par des enquêtes de terrain menées entre 2004 et 2007 dans trois quartiers situés à des stades différents de gentrification : le faubourg Saint-Antoine (11e-12e), où le processus est en voie d’achèvement ; le faubourg du Temple (10e-11e), où il est en cours ; et Château Rouge (18e), où il commence (figure 1). La complémentarité des méthodes a permis une approche multiscalaire de la gentrification, en inscrivant la dynamique de chacun de ces quartiers dans le contexte plus large de l’ensemble de la ville, et ce depuis les années 1980. C’est à partir de cette démarche que l’on peut analyser spécifiquement les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris, ce que l’étude d’un ou de plusieurs quartiers ne permet pas. En outre, le caractère rétrospectif des données rend possible une analyse temporelle du processus, enrichie par les témoignages des anciens habitants sur les prémices de la gentrification dans leur quartier : là encore, la complémentarité des méthodes permet de retracer l’histoire de la gentrification dans l’espace parisien. Néanmoins, comme celle-ci n’a pas commencé dans les années 1980, je me suis également appuyée sur les travaux de Daniel Noin et Yvan Chauviré dans l’Atlas des Parisiens (1984) pour y déceler les premières phases de la gentrification parisienne. Il s’agit là de sources hétérogènes et c’est pourquoi la carte de synthèse qui en est issue n’est pas une démonstration en soi mais une interprétation faisant la synthèse de ces différentes sources. L’objet de cet article est d’en présenter le mode de construction et les choix dont elle résulte.

Figure 1. Les trois terrains d’enquête (Clerval, 2008)

Les données statistiques utilisées

  • 1  Îlots regroupés pour l’information statistique : regroupement d’îlots rassemblant en général 2 000 (…)
  • 2  L’INSEE met à disposition des chercheurs les données des RGP à l’IRIS pour 1990 et 1999. L’Atelier (…)

7Cette carte de synthèse s’appuie donc d’abord sur un travail statistique et cartographique, mené au niveau de l’IRIS1 pour tout Paris. Les principales données que j’ai utilisées sont les catégories socioprofessionnelles (CS) détaillées de la population des ménages, les caractéristiques des logements et les nationalités de la population totale. Ces données sont issues des recensements généraux de la population de 1982, 1990 et 19992.

8Il n’est pas possible de reproduire ici l’ensemble des analyses statistiques et des cartes à partir desquelles a été construite la carte de synthèse finale. C’est pourquoi je présenterai ici la démarche générale, tout en développant le choix des données utilisées pour deux ensembles de cartes représentant la géographie des CS au niveau de l’IRIS (figures 4 et 5).

9Saisir les dynamiques de gentrification suppose d’analyser à la fois la géographie sociale et celle des logements. En ce qui concerne la première, j’ai choisi de travailler sur les CS plutôt que sur les revenus, pour deux raisons. D’une part, les CS détaillées permettent de saisir indirectement des positions de classe, en ne limitant pas l’information au seul capital économique comme le revenu, et donc inscrivent l’analyse dans le cadre général des rapports sociaux (Desrosières et Thévenot, 2002). D’autre part, la distribution des revenus est globalement corrélée à celle des CS et ces dernières peuvent être considérées comme un indicateur indirect des premiers (Coutrot, 2002). Ces CS peuvent être analysées dans différentes population de référence, le plus souvent dans la population active. Or, en utilisant les CS détaillées de la population active en 1990 et 1999, Edmond Préteceille (2007) doute de l’utilité de la notion de gentrification pour analyser les transformations sociales et urbaines de l’agglomération parisienne : en effet, à partir de cette population de référence, aucun IRIS parisien n’apparaît populaire en 1990 par rapport au reste de l’Île-de-France et il n’y aurait donc pas de gentrification proprement dite dans Paris entre 1990 et 1999. Pourtant, E. Préteceille suggère lui-même que le processus pourrait avoir commencé avant. Il apparaît donc nécessaire de remonter au moins jusqu’à 1982 pour le saisir. En outre, la population active présente l’inconvénient d’exclure de l’analyse sociale les retraités, qui représentent 18 % de la population totale de Paris en 1999. Or, la répartition sociale des retraités porte l’héritage des structures sociales passées et la part des catégories populaires (employés et ouvriers) est plus forte parmi eux que parmi la population active (figures 2 et 3).

  • 3  Par défaut, la personne de référence est l’homme. Malheureusement, le recensement ne permet pas de (…)

10C’est pourquoi j’ai fait le choix de travailler sur la population des ménages plutôt que sur la population active afin d’intégrer les retraités dans l’analyse sociale, mais aussi de prendre en compte le poids respectif des différents ménages. En effet, la population des ménages permet de classer l’ensemble des individus d’un ménage selon la CS de la personne de référence3 et d’intégrer la part des enfants dans l’analyse de la structure sociale. Elle offre une donc une représentation plus proche de la population résidente que la population active.

Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris

Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris

Figure 3. Répartition sociale comparée des actifs en 1982 et des retraités en 1999 à Paris

  • 4  Ces groupes sont au nombre de six : « artisans, commerçants, chefs d’entreprise », « cadres et pro (…)

11À partir des CS détaillées de la population des ménages, il est possible de recomposer les principaux groupes socioprofessionnels4 en y intégrant les retraités, dont on connaît l’occupation antérieure. On peut ainsi dresser des cartes de la géographie sociale des classes moyennes supérieures que représente le groupe des cadres et professions intellectuelles supérieures (CPIS). Celles-ci regroupent des professions fortement qualifiées, libérales ou situées en position dominante dans la hiérarchie des salariés (cadres A de la fonction publique par exemple). Il s’agit donc d’un groupe socioprofessionnel caractérisé par un fort capital culturel et des revenus moyens à supérieurs. C’est parmi eux que se recrutent principalement les gentrifieurs, mais aussi une partie de la bourgeoisie des Beaux quartiers. Les cartes de la figure 4 permettent de saisir la progression des CPIS dans l’espace parisien entre 1982 et 1999, des Beaux quartiers de l’Ouest aux arrondissements traditionnellement populaires de l’Est.

Figure 4. La part des cadres et professions intellectuelles supérieures (actifs ou retraités) parmi la population des ménages des IRIS parisiens en 1982, 1990 et 1999

12De la même façon, on peut dresser des cartes de la géographie des classes populaires, en regroupant les employés et les ouvriers, dont les niveaux de qualification et de revenus sont assez proches et qui forment souvent des ménages ensemble, le groupe des employés étant principalement féminin (Chauvel, 2001 ; Rhein, 2007). Ces cartes permettent de saisir le recul des classes populaires entre 1982 et 1999, reléguées en périphérie de la ville (figure 5).

Figure 5. La part des ouvriers et des employés (actifs ou retraités) parmi la population des ménages des IRIS parisiens en 1982, 1990 et 1999.

13Ces cartes présentent une structure générale opposant le centre à la périphérie, et la progression des classes moyennes et supérieures apparaît comme un processus de diffusion à partir des Beaux quartiers de l’Ouest, entraînant un recul concomitant des classes populaires selon le même itinéraire. Pour autant, il s’agit d’un processus de diffusion-expansion (Brown, 1968) des quartiers qui se gentrifient plus que d’une diffusion par migration des populations des Beaux quartiers. En effet, la grande bourgeoisie reste établie dans l’Ouest parisien et a plutôt tendance à étendre ses territoires de prédilection vers la banlieue Ouest. Les ménages des classes moyennes et supérieures qui s’installent de plus en plus à l’Est viennent tout autant du centre de Paris, de banlieue que de province : à un certain niveau de revenu ou d’apport financier pour l’achat d’un logement, les logements disponibles se situent de plus en plus à l’Est et au Nord de Paris au fur et à mesure que les années passent. Il faut donc bien entendre par diffusion, celle de la gentrification elle-même, plus que des classes sociales aisées. Il n’en reste pas moins que cette diffusion part des Beaux quartiers, comme une sorte de métamorphisme qui transforme progressivement les quartiers les plus proches et les mieux situés par rapport au centre.

14Cette structure centre-périphérie est confirmée par les analyses multivariées et notamment les typologies construites à partir de classifications ascendantes hiérarchiques, que ce soit sur les CS détaillées de la population des ménages ou sur les caractéristiques des logements selon la CS de la personne de référence du ménage (Clerval, 2008). L’analyse des caractéristiques des logements permet de saisir indirectement la gentrification en cours à travers la transformation des logements, même si la réhabilitation en tant que telle n’est pas mentionnée dans le recensement : la réduction du nombre de petits logements, des logements sans confort ou encore l’importance des ménages CPIS parmi les grands logements des quartiers populaires sont autant d’indices de la gentrification. Ces transformations du parc de logements accompagnent la progression des CPIS parmi la population des ménages de l’Est parisien.

15La progression du processus de proche en proche, du centre formé par le noyau bourgeois des Beaux quartiers à la périphérie du Nord-Est parisien, va dans le sens de l’interprétation de la gentrification comme un front pionnier (Smith, 1996). La diffusion de la gentrification dans les communes de banlieue proche, reliées au centre par le réseau de métro, depuis la fin des années 1990 (Collet, 2008) vient confirmer le modèle général centre-périphérie qui préside aux dynamiques de gentrification dans l’agglomération parisienne. Ce front pionnier n’est toutefois pas linéaire : les cartes des figures 4 et 5 permettent de saisir des avant-postes, par exemple autour du parc des Buttes Chaumont (19e), au nord-est de Paris, et des processus de contournement, notamment dans le centre de la rive droite, autour du faubourg Saint-Denis. Je reviendrai plus loin sur ces avant-postes. En ce qui concerne les quartiers contournés (dans un premier temps) par les dynamiques de gentrification, l’analyse de la géographie des nationalités de la population totale permet de montrer qu’il s’agit des quartiers dans lesquels la part de la population étrangère non communautaire est la plus forte. Ces quartiers se caractérisent également par un parc de logements très dégradés, moins propice à la gentrification que d’autres quartiers à l’habitat de meilleure qualité.

16L’analyse statistique à partir des données des recensements de 1982, 1990 et 1999 permet de saisir l’essentiel des dynamiques de gentrification en montrant qu’il s’agit d’un processus de diffusion, avec néanmoins des avant-postes et des logiques de contournement des quartiers les plus dégradés, par ailleurs investis par les populations étrangères venues des pays pauvres.

La comparaison avec l’Atlas des Parisiens

17Afin de bénéficier d’un plus grand recul historique, je me suis appuyée sur les travaux de D. Noin et Y. Chauviré (1984) à partir des recensements de 1962, 1968 et 1975. Ils utilisent les CS des actifs en 9 postes de l’ancienne nomenclature, au niveau des 80 quartiers parisiens. Les cartes qui en résultent ne peuvent donc pas être comparées terme à terme à celles que j’ai construites. Néanmoins, les typologies des quartiers en fonction de leur profil social, établies en 1962 et 1975, dressent une géographie sociale de Paris qui permet de deviner, en creux, les prémices de la gentrification, en particulier sur la rive gauche. Les auteurs saisissent bien l’embourgeoisement généralisé de cet espace à cette époque. A posteriori, on peut supposer qu’il conjugue des processus variés : d’une part, l’embourgeoisement d’espaces socialement mixtes et intermédiaires situés à proximité immédiate de quartiers bourgeois (le 5e et le 15e notamment), d’autre part la gentrification d’espaces populaires (le 13e et le quartier de Plaisance dans le 14e). On peut d’ailleurs penser que le premier processus correspond à la phase d’achèvement de la gentrification de quartiers jadis ouvriers comme à Javel (15e) ou Saint-Victor (5e), où il a commencé avec les remaniements haussmanniens du xixe siècle. Ces cartes permettent également de montrer que non seulement la rive droite n’est pas encore concernée par la gentrification en 1975 mais qu’au contraire, les quartiers populaires s’y renforcent dans le centre, probablement avec l’arrivée importante d’immigrants dans les années 1960.

18C’est donc à partir de ces cartes que j’ai dessiné l’avancée du front de gentrification dans les années 1960-1970.

Les enquêtes de terrain

19Enfin, pour compléter les analyses statistiques dont les données les plus récentes datent de 1999, je me suis appuyée sur les enquêtes de terrain menées dans les trois quartiers de la rive droite cités plus haut. Ces enquêtes ont conjugué trois méthodes différentes :

  • l’observation du quartier à travers le temps, avec une attention particulière pour l’habitat, les commerces et l’ambiance de la rue et des espaces publics, ainsi qu’aux représentations du quartier ;

    • 5  En tout, j’ai réalisé 80 entretiens, répartis de façon à peu près équivalente dans les trois quart (…)

    les entretiens semi-directifs5 intégrant des récits de vie avec les habitants de diverses classes sociales, anciennement ou récemment installés dans le quartier, mais également avec des acteurs privés (patron de café, agence immobilière, promoteur) et des acteurs publics (élus, chargés de missions de la Mairie) et associatifs (centres sociaux en particulier) ;

    • 6  Une centaine de questionnaires ont été envoyés en ciblant principalement les gentrifieurs potentie (…)

    les questionnaires aux habitants afin de compléter les entretiens6.

20À partir de l’observation et des témoignages recueillis auprès des habitants, j’ai pu saisir la progression du processus dans ces quartiers, mais aussi cerner les logiques de contournement qui la caractérisent dans les quartiers immigrés. Que ce soient les Maghrébins à la Goutte d’Or, les Africains à Château Rouge, les Turcs et les Pakistanais dans le faubourg Saint-Denis ou les Chinois à Belleville, les populations immigrées témoignent d’une capacité d’appropriation de l’espace, en particulier par les commerces, qui leur confère une grande visibilité dans ces quartiers. Cette forte implantation des immigrés dans l’habitat, les commerces et l’espace public d’un quartier forme un frein à la gentrification.

21Si les enquêtes de terrain représentent la source la plus partielle puisqu’elle ne permettent pas une vue générale aussi précise que les travaux statistiques, ce sont principalement l’observation sur le terrain et les témoignages des habitants qui permettent de déterminer quand la gentrification devient tangible dans un quartier. Il existe en effet un décalage entre l’arrivée des premiers gentrifieurs et la gentrification d’un quartier entier : le 5e arrondissement apparaît gagné par le front de gentrification dans les années 1960-1970 mais on peut en dater les prémices de l’important remaniement haussmannien des quartiers Saint-Victor et Sorbonne ; de la même façon, le faubourg Saint-Antoine n’est véritablement transformé par la gentrification que dans les années 1990, mais les premiers gentrifieurs s’y installent dès la fin des années 1970 (Bidou, 1984). La visibilité de la gentrification passe par la réhabilitation générale de l’habitat, la transformation des commerces, le fait qu’un quartier soit à la mode et attire des populations venues du reste de la ville, au moins dans les premiers temps. C’est à ce moment là qu’on peut considérer que le front pionnier de la gentrification a gagné tel ou tel quartier, même si les premiers gentrifieurs sont arrivés dix ou vingt ans auparavant. Enfin, c’est à partir des enquêtes et de la pratique régulière de l’espace parisien que j’ai pu tracer approximativement le front de gentrification dans les années 2000.

La construction de la carte

22Du point de vue du mode de figuration choisi, le dégradé met en valeur le caractère dynamique du processus : le front pionnier est figuré en bleu comme les Beaux quartiers puisqu’il s’agit d’un processus de conquête des quartiers populaires par les classes moyennes et supérieures. Néanmoins, la couleur s’estompe avec le temps pour rappeler que le profil social des gentrifieurs s’éloigne nettement de la bourgeoisie des Beaux quartiers. Comme la carte est statique, elle ne permet pas de figurer les vagues successives d’embourgeoisement qui se succèdent dans un même quartier : les ménages des classes moyennes qui forment les premiers gentrifieurs dans un quartier populaire sont progressivement remplacés par des ménages de plus en plus aisés. C’est ainsi que le profil social des Beaux quartiers a aujourd’hui gagné le 5e arrondissement et une partie du 9e, du 1er et du 15e. La gentrification est en effet un processus cumulatif dont la dynamique ne s’arrête pas même si elle peut avoir des rythmes différents selon les quartiers ou selon les périodes. D’une manière générale, le rythme de la gentrification apparaît plus lent à Paris qu’à Londres ou à New York, en raison du soutien tardif des politiques publiques à ces dynamiques (Clerval, 2008).

23Les aplats de couleur permettent de visualiser les pôles entre lesquels se déploie le font pionnier de la gentrification :

  • Le noyau historique des Beaux quartiers (en bleu) forme un pôle émetteur, même si ce ne sont pas leurs habitants qui vont s’installer ailleurs, mais plutôt des ménages des classes moyennes et supérieures qui s’installent à proximité, puis plus loin.

  • Les plus fortes concentrations actuelles de populations étrangères (en particulier, non communautaires), représentées en rouge, forment des pôles de résistance où la gentrification est plus lente qu’ailleurs, et autour desquels le front de gentrification effectue des contournements.

  • La couronne périphérique de logements sociaux (en jaune), qui parfois s’étend au cœur des arrondissements périphériques, correspond aux limites posées à la gentrification dans la ville de Paris, tant que le logement social n’est pas privatisé. Cela n’empêche pas que cette limite soit franchie en proche banlieue, par le biais des lignes de métro.

24Enfin, chaque ligne de front est précédée d’avant-postes, qui guident les dynamiques de gentrification, en particulier vers le Nord-Est parisien. Se voulant une carte de synthèse, le tracé des figurés est volontairement simplifié afin de mettre en valeur la forme générale de front pionnier de la gentrification.

Les dynamiques spatiales de la gentrification à Paris : un processus de diffusion à partir des Beaux quartiers

Figure 6. La progression du front de gentrification à Paris depuis les années 1960

25La carte qui résulte de ce travail (figure 6) permet donc de situer les différentes phases de gentrification dans l’espace parisien depuis les années 1960. Elle offre une représentation synthétique des dynamiques spatiales de la gentrification à Paris, en l’interprétant comme un processus de diffusion spatiale. Cette carte permet donc d’illustrer la forme spatiale que prend ce processus de conquête sociale et urbaine mis en évidence par la littérature anglo-américaine.

26À Paris, la gentrification apparaît d’abord comme une extension des Beaux quartiers dans les années 1960-1970, principalement sur la rive gauche. Dans l’habitat, cela se traduit par des modalités diverses : démolition et construction neuve dans le 15e arrondissement, à initiative privée ou publique (opérations Beaugrenelle-Front de Seine et Maine-Montparnasse) ; réinvestissement de l’habitat haussmannien dans les 1er, 9e et 14e ; réhabilitation de l’habitat ancien populaire dans les 5e et 6e (en particulier autour des rues Mouffetard et Saint-André-des-Arts) mais aussi dans les précédents arrondissements.

27Dans les années 1980, la gentrification s’étend et devient visible sur le reste de la rive gauche (13e et 14e), notamment à la suite d’autres opérations de rénovation ; elle gagne nettement la rive droite, dans les arrondissements centraux (1er et 4e) après la rénovation des Halles et la réhabilitation du Marais, et dans le 9e et le nord-ouest du 10e arrondissement en suivant l’axe haussmannien de la rue La Fayette. C’est aussi à cette époque que la périphérie du 12e, au sud-est de la place de la Nation, se transforme par le réinvestissement de l’habitat haussmannien et la construction neuve, à proximité du Bois de Vincennes. La gentrification du 12e arrondissement apparaît comme une relative exception à la logique de diffusion centre-périphérie puisqu’elle apparaît comme un foyer de diffusion sans continuité immédiate avec le reste du front. Cela s’explique à la fois par la qualité de l’habitat (importance de l’habitat haussmannien) et par la proximité du Bois de Vincennes et des communes de banlieue relativement aisées qui le bordent. La gentrification se poursuit dans cet arrondissement avec les opérations de rénovation de l’îlot Chalon dans les années 1980, puis de la ZAC Bercy dans les années 1990.

28La décennie 1990 correspond à l’achèvement de la gentrification sur la rive gauche, notamment dans les derniers interstices d’habitat ancien privé du 13e arrondissement comme sur la Butte-aux-Cailles, dont l’espace public est amélioré et embelli en devenant un « quartier tranquille » sous le mandat de Jean Tiberi. Depuis cette époque, la gentrification se concentre sur la rive droite et procède principalement par la réhabilitation du bâti. Dans les années 1990, la gentrification s’étend le long d’un axe transversal allant des Batignolles (17e) à Bercy (12e), en passant par les arrondissements centraux et péricentraux de rive droite, le Sentier et le quartier des portes Saint-Denis et Saint-Martin (à l’intersection des 2e, 3e et 10e) restant encore populaires parce qu’immigrés et industrieux. Dans les 10e et 11e arrondissements, le front de gentrification est encore en retrait au niveau du faubourg du Temple, lui-même investi par les populations immigrées.

  • 7  Littéralement, « gentrification par la construction neuve ».

29Dans les années 2000, la gentrification progresse toujours selon le même axe, gagnant largement les trois arrondissements périphériques du quart nord-est (18e, 19e et 20e). Si elle dépasse le faubourg du Temple et Belleville à l’est, et atteint Château Rouge au nord, elle est encore balbutiante dans les quartiers de la Chapelle (18e), la Villette et Pont-de-Flandre (19e), où la population étrangère est importante. Deux autres secteurs situés en arrière du front de gentrification basculent durant cette décennie : le Sentier et le quartier des portes Saint-Denis et Saint-Martin, autant sous la pression immobilière qu’avec l’aide de l’OPAH menée dans ce quartier entre 2000 et 2003 ; et le secteur Seine-Sud-Est avec l’achèvement de la ZAC Bercy en 2005 et l’avancée de la ZAC Paris Rive Gauche. On peut voir là l’effet de la transformation de ces anciens quartiers d’entrepôts à proximité des gares de Lyon et d’Austerlitz en de nouveaux pôles d’activités tertiaires, qui rapprochent ces opérations de la new-build gentrification7, même si des logements sociaux y sont prévus.

30Si la diffusion spatiale représente la modalité principale d’avancée du front pionnier de gentrification, elle a aussi ses avant-postes. Ce sont des espaces remarquables comme la Butte Montmartre (18e) ou les rares micro-quartiers pavillonnaires de l’Est parisien (la Mouzaïa à côté des Buttes-Chaumont, 19e, ou la Campagne à Paris près de la porte de Bagnolet, 20e), mais aussi des espaces verts – rares dans ces arrondissements du nord et de l’est – comme les Buttes-Chaumont (19e), le cimetière du Père-Lachaise (20e) ou le parc de la Villette (19e), et enfin les canaux (canal Saint-Martin, 10e, bassin de la Villette et canal de l’Ourcq, 19e). Tous ces espaces ont en commun de se distinguer fortement de la densité urbaine qui caractérise Paris et d’offrir un accès à la verdure, à l’eau ou à une vue dégagée. On saisit là l’importance du rôle des espaces verts dans la gentrification, et donc des politiques qui les favorisent. Seule la présence prépondérante des logements sociaux autour du parc de Belleville et sa situation en plein cœur d’un quartier immigré semble empêcher celui-ci de servir de pôle de fixation à la gentrification. À une échelle plus fine, d’autres espaces remarquables plus petits peuvent servir de tête de pont à la gentrification dans un quartier, comme les cours et les passages, partiellement ou complètement fermés et réhabilités.

31La progression de la gentrification n’est donc pas toujours continue. Elle opère parfois des contournements, en particulier des espaces marqués par une forte concentration de populations étrangères, comme une armée évitant un môle de résistance pour le prendre à revers. À cet égard, la progression de la gentrification en rive droite n’est pas sans rappeler la reconquête du Paris communard par l’armée versaillaise en 1871. Et comme elle, à l’échelle micro-locale, la gentrification gagne une rue ou deux, tandis que les « barricades » des rues voisines tiennent encore : la gentrification est à la fois diffuse, à travers les ménages qui acquièrent et réhabilitent un logement dans un quartier, comme autant de points distincts sur une carte, et concentrée, puisque ces points ont tendance à s’agglomérer autour d’une rue dont les commerces changent, à proximité d’une station de métro, dans le prolongement d’un espace remarquable. Plus la gentrification est avancée et se traduit par la réhabilitation des immeubles et la transformation des commerces, plus l’agglomération de ménages gentrifieurs est importante et se diffuse au-delà du noyau initial, servant de point d’appui aux plus audacieux pour aller s’installer plus loin, au rythme de l’augmentation des prix immobiliers.

Conclusion

32Cette carte a l’avantage de présenter une vision synthétique de la progression de la gentrification à Paris qui permet d’embrasser d’un seul regard son étendue spatiale et temporelle. Elle permet à la fois de ne pas limiter le processus aux quelques quartiers médiatisés de l’Est parisien comme la Bastille (11e) ou le quartier Sainte-Marthe (10e), et de saisir la complexité de ses dynamiques spatiales quand il entre en contact avec les centralités immigrées (Toubon et Messamah, 1990) que sont le faubourg Saint-Denis (10e), Belleville (19e-20e) ou la Goutte d’Or (18e).

33Fondée sur des analyses statistiques menées sur des données variées à un niveau fin et des enquêtes de terrain dans trois quartiers situés à des stades différents du processus, cette carte de synthèse restitue une interprétation de la gentrification comme un processus de diffusion, correspondant à la logique de front pionnier déjà mise en évidence ailleurs (Smith, 1996 ; Atkinson et Bridge, 2005).

34Elle est une invitation à dresser d’autres cartes du même type sur les villes qui connaissent un processus de gentrification, en particulier celles qui ont déjà été bien étudiées comme Londres, New York, Bruxelles ou Montréal. Pour ce qui est de Paris, la carte elle-même suggère une poursuite du processus au-delà du périphérique et de sa couronne de logements sociaux. Elle invite donc à poursuivre ce travail au niveau de l’agglomération entière pour saisir les spécificités de la gentrification et de ses dynamiques spatiales dans les espaces périphériques.

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Bibliographie

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Notes

1  Îlots regroupés pour l’information statistique : regroupement d’îlots rassemblant en général 2 000 habitants, qui constitue le niveau le plus fin de diffusion des données du recensement depuis 1999.

2  L’INSEE met à disposition des chercheurs les données des RGP à l’IRIS pour 1990 et 1999. L’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) m’a permis de disposer des données du RGP de 1982 à l’IRIS.

3  Par défaut, la personne de référence est l’homme. Malheureusement, le recensement ne permet pas de classer la population des ménages en fonction de la CS des deux adultes du ménage (quand il y en a deux). Ce croisement n’est possible que sur les seuls ménages, sans tenir compte de leur poids respectif, en fonction du nombre d’enfants notamment.

4  Ces groupes sont au nombre de six : « artisans, commerçants, chefs d’entreprise », « cadres et professions intellectuelles supérieures », « professions intermédiaires », « employés » et « ouvriers ».

5  En tout, j’ai réalisé 80 entretiens, répartis de façon à peu près équivalente dans les trois quartiers étudiés.

6  Une centaine de questionnaires ont été envoyés en ciblant principalement les gentrifieurs potentiels, avec un taux de retour de 30 %.

7  Littéralement, « gentrification par la construction neuve ».

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Table des illustrations

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Titre Figure 2. Répartition sociale comparée des actifs et des retraités en 1999 à Paris
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Dylan nobélisé: C’est du sampling, imbécile ! (Born sampler tries his hand at painting but gets caught copying other works)

20 octobre, 2016

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dylanbonze
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woman-dylan
packhorse-dylan
trax
rescue-team
2sis
drawn-blank-seriesLes bons artistes copient, les grands artistes volent. Picasso
Though you might hear laughing, spinning
Swinging madly across the sun
It’s not aimed at anyone, it’s just escaping on the run
And but for the sky, there are no fences facing
And if you hear vague traces of skipping reels of rhyme
To your tambourine in time, it’s just a ragged clown behind
I wouldn’t pay it any mind, it’s just a shadow
You’re seeing that he’s chasing … Bob Dylan
Additional information has come to our attention about the handwritten poem submitted by Bob Dylan to his camp newspaper, written when he was 16, entitled « Little Buddy’. The words are in fact a revised version of lyrics of a Hank Snow song. This still remains among the earliest known handwritten lyrics of Bob Dylan and Christie’s is pleased to offer them in our Pop Culture auction. Christie’s
Les reprises dans le folk et le jazz sont une tradition enrichissante (…) Tout le monde peut le faire sauf moi. Bob Dylan
Mon inspiration doit commencer avec quelque chose de tangible. Bob Dylan
Raeben taught me how to see in a way that allowed me to do consciously what I unconsciously felt… When I started doing it, it the first album I made was Blood on the Tracks. Everybody agrees that was pretty different, and what’s different about it is there’s a code in the lyrics, and also there’s no sense of time. Bob Dylan
I was just trying to make it like a painting where you can see the different parts but then you also see the whole of it. With that particular song, that’s what I was trying to do… with the concept of time, and the way the characters change from the first person to the third person, and you’re never quite sure if the third person is talking or the first person is talking. But as you look at the whole thing, it really doesn’t matter. Bob Dylan
 Bob Dylan écrit une poésie pour l’oreille, qui doit être déclamée. Si l’on pense aux Grecs anciens, à Sappho, Homère, ils écrivaient aussi de la poésie à dire, de préférence avec des instruments. Il est extrêmement doué pour la rime. C’est un sampleur littéraire qui convoque la grande tradition et peut marier de façon absolument novatrice des musiques de genres différents, des textes de genres différents.  Sara Danius (secrétaire générale de l’Académie Nobel)
Ce Nobel ouvre aussi la porte aux grands paroliers, y compris aux artistes de hip-hop, un style de musique que je considère souvent très proche de la poésie. Il va peut-être permettre à d’autres genres d’écriture d’être appréciés comme des vecteurs de changements littéraires et sociaux. (…) la composition de chansons sera désormais considérée comme un genre littéraire. Un enfant pourra maintenant amener à l’école une chanson de hip-hop, ou d’un autre style musical, et en débattre comme d’une autre forme de littérature. Gabrielle Calvocoressi
Questionné sur ses plagiats de Mémoires d’un Yakuza de Junichi Saga et de l’oeuvre du poète américain Henry Timrod, il avance que sans lui, personne ne parlerait de ces auteurs, ces citations leur permettant d’être mis sur le devant de la scène. Et d’ajouter: « Puisque vous pensez qu’il est si facile de citer Henry Timrod pour écrire ses textes, faites le vous-même, nous verrons ce que vous en faites ». Plusieurs fois accusé de plagiats, Bob Dylan n’a jamais changé sa ligne de conduite. Récemment, les peintures du chanteur étaient exposées à la Gagosian Gallery de New York et provoquaient un tollé. Et pour cause, elles étaient similaires en tout point aux photographies d’un artiste japonais. L’Express
Si la composition de certaines peintures de Bob Dylan s’est fondée sur une variété de sources, comme des archives, des images historiques, la fraîcheur et le dynamisme des peintures proviennent des couleurs et textures des scènes de la vie quotidienne observées durant ces voyages. Galerie
Dylan’s drawings and paintings are marked by the same constant drive for renewal that characterizes his legendary music. He often draws and paints while on tour, and his motifs bear corresponding impressions of the many different environments and people that he encounters. A keen observer, Dylan works from real life to depict everyday phenomena in such a way that they appear fresh, new, and mysterious. The Asia Series, a visual journal of his travels in Japan, China, Vietnam, and Korea, comprises firsthand depictions of people, street scenes, architecture and landscape, which can be clearly identified by title and specific cultural details, such as Mae Ling, Cockfight, The Bridge, and Hunan Province. Conversely, there are more cryptic paintings often of personalities and situations, such Big Brother and Opium, or LeBelle Cascade, which looks like a riff on Manet’s Le Déjeuner sur l’Herbe but which is, in fact, a scenographic tourist photo-opportunity in a Tokyo amusement arcade. The most celebrated singer-songwriter of our time, Dylan has been making visual art since the 1960s, but his work had not been publicly exhibited until 2007, when an exhibition of The Drawn Blank Series was held in Chemnitz, Germany, followed by The Brazil Series at the Statens Museum, Copenhagen, 2008. The Asia Series will be his first exhibition in New York. Art Daily
The most striking thing is that Dylan has not merely used a photograph to inspire a painting: he has taken the photographer’s shot composition and copied it exactly. He hasn’t painted the group from any kind of different angle, or changed what he puts along the top edge, or either side edge, or the bottom edge of the picture. He’s replicated everything as closely as possible. That may be a (very self-enriching) game he’s playing with his followers, but it’s not a very imaginative approach to painting. It may not be plagiarism but it’s surely copying rather a lot. Michael Gray
The paintings—well I can only say they were disappointing. Not because of all the hoopla being made over Dylan’s alleged copying, but because the works themselves had a kind of amateurish quality. It was clear to me that if Bob Dylan’s name was not on these paintings, they would never have gotten such a prestigious showing. Back to the hoopla, which not only surprised me, but demonstrated again just how gullible many of Dylan’s fans actually are. The man, himself, admitted he had done some of the paintings from other images. So what? Dylan’s been doing that in his music since the early 1960s. What I think is confusing to some critics with no sense of creative history is the recording industry’s misleading campaign against music copyright infringement. The Recording Industry of America (RIAA) would have people think that all songs are completely original and come out of thin air. This has led many, especially younger people, to believe the use of other works of art is outright theft. Most art is copied and reinterpreted. Pete Seeger calls it the “folk process,” the phenomenon in which folk music, folk tales and folklore come into being or are passed from one person or generation to the next. We Shall Overcome, a key anthem of the civil rights movement, is a good example of the folk process. The lyrics of the song originated from a gospel song published in 1947 by Rev. Charles Tindley. Originally titled We Will Overcome, it was a favorite of Zilphia Horton, then music director of the Highlander Folk School of Monteagle, Tennessee, a school that trained union organizers. She taught it to Seeger. The song then became associated with the civil rights movement from 1959, when Guy Carawan stepped in as song leader at Highlander, and the school was the focus of student non-violent activism. It quickly became the movement’s unofficial anthem. Seeger and other famous folk singers in the early 1960s, including Joan Baez, sang the song at rallies, folk festivals, and concerts and helped make it widely known. It was at Highlander that Dr. Martin Luther King Jr. first heard We Shall Overcome. Today, the song, with the “shall” contributed by Seeger, is copyrighted by Seeger and Carawan. That’s how the folk process works. The passing of traditional tales and music among musicians from ear to ear. So is it OK that Bob Dylan copied photographs by Henri Cartier-Bresson, Leon Busy and Dimitri Kessel? It’s fine with me, as long as he does a masterpiece like he has done with so many songs. However, his paintings, I’m afraid, don’t live up to that high standard. Bob Dylan has engaged in the folk process all his life. A few years ago, a poem, written by a 16-year-old Dylan and submitted to his Jewish summer camp’s newspaper, was going up for auction at Christies when alarms went off.  The auction house failed to detect that this “Dylan Original,” with a few minor alterations, was actually the words of Hank Snow’s previously recorded song, Little Buddy. Now 70, Dylan has continuously borrowed lyrics and melodies.  (…) Blowin’ in the Wind (…) had come from the melody of a spiritual called No More Auction Block for Me, a song that Dylan had probably heard first on a Carter Family record. (…) In a motel room at Newport with Joan Baez, Sandy Bull, Jack Elliott and some others, Dylan and Cash sat on the floor trading songs. Baez set up a portable audio player, and that’s where Bob gave Johnny It Ain’t Me, Babe and Mama, You’ve Been On My Mind. In 1965, Johnny Cash and June Carter, released It Ain’t Me Babe. It became a hit for them. And, in case you wonder, It Ain’t Me Babe was also part of the folk process. The song’s opening line (“Go away from my window…”) was allegedly influenced by musicologist/folk-singer John Jacob Niles’ composition Go ’Way From My Window. Niles was referred to by Dylan as an early influence in Chronicles. (…)  Don’t Think Twice (…) was actually traced to a number that was exactly the same as the one by Paul Clayton. It was called Who’s Gonna Buy Your Chickens When I’m Gone.  (…) So, does using the folk process diminish Bob Dylan’s music?  Hardly. In virtually all cases, what Dylan borrowed, he improved. Blowin’ in the Wind is most certainly better than No More Auction Block for Me. It’s the way the greatest artists have always worked and will continue to work. Dylan’s paintings are something else. Frank Beacham
C’est signé Bobby Zimmerman, 15 ans. C’est écrit pendant une colonie de vacances au milieu des années 50, avec comme seul but une publication dans le journal de la colo. Un demi siècle plus tard, le bout de papier, fautes d’ortographe et tout, se retrouve aux enchères chez Christie’s sous le titre très alléchant de plus vielle trace du génie de ce bon vieux Bob Dylan. Le titre du poème c’est Little Buddy, l’histoire d’un chien qui se fait frapper à mort pour s’être trop approché d’un clochard. « C’est un exemple de son génie », s’extasie Simeon Lipman, le « spécialiste de la culture pop » chez Christies. Sauf que…Sauf que le poème n’est pas de Dylan, mais presque complètement pompé sur la chanson éponyme de Hank Snow, un chanteur country canadien. Sans jeter la pierre sur Dylan (à quinze ans, quoi de plus normal que de copier ses idoles), jetons un rocher entier à la gueule de Christies, qui, sans broncher et en reconnaissant les faits, garde la même présentation et demande entre 10 000 et 15 000 dollars pour deux pages et des mots en encre bleue signés Bobby Zimmerman. Luc Vino
Dylan est une encyclopédie musicale, un expert de musique américaine et il serait trop long de répertorier toutes ses influences, tous ses emprunts, tous les groupes obscurs qu’il cite sans arrêt sans qu’on s’en aperçoive forcément. (…) Charlie Patton : Troubadour à la voix de canard qui chante l’apocalypse, le « père du delta blues » est une influence majeure. Dylan va fréquemment piller l’enfant du Mississippi qui, à sa mort d’une crise cardiaque en 1934, était loin de se douter qu’un fils spirituel chanterait 70 ans plus tard sur l’inondation de 1927 dans un texte qui porte son nom (High Water For Charley Patton). Hank Williams : Le plus grand songwriter country et une grosse influence pour le jeune Robert Zimmerman, écoutant les complaintes du lonesome cowboy en collant son oreille à la petite radio près de son lit. Il le reprendra fréquemment sur scène (« Lonesome Whistle ») et ira même jusqu’à enregistrer un texte posthume sur le disque hommage The Lost Notebooks (2011). Dylan a hérité de quelques maniérismes country, en particulier lors de la période Nashville Skyline/Selfportrait (1969). Allez aussi voir du côté de Jimmie Rodgers et Hank Snow. Woody Guthrie : Le père spirituel. Le barde des opprimés qui, plus proche d’un Jack London que d’un Jack Kerouac, traversait l’Amérique de la Grande Dépression avec ses ballades poussiéreuses pour cowboys et ouvriers. C’est en l’écoutant et en allant lui rendre visite sur son lit d’hôpital à New York que le jeune Bobby a découvert l’art du talkin’ blues, de la complainte universelle et de la crise d’identité. Au départ, c’est comme lui qu’il va s’habiller et chanter et c’est pour lui qu’il écrira « Song To Woody », l’une de ses premières compositions. Pete Seeger : Le vieux sage, lien entre la bande de Woody et ses héritiers du Greenwhich Village. Un musicien ancré dans la tradition orale qui aura écrit et préservé des centaines de tranches d’Amérique. S’il aura du mal à supporter la transition électrique de son jeune protégé, il restera jusqu’à sa mort en 2014 une figure bienveillante. Et pas le seul troubadour militant à avoir inspiré les meilleurs protest-songs de Dylan : voir aussi Lead Belly et la bibliothèque musicale recueillie par l’explorateur Alan Lomax. Allen Ginsberg : Quand il débarque à Minneapolis pour faire ses études, Dylan va surtout passer du temps à traîner avec des musiciens et à plonger tête baissée dans la culture beat affectionnée par ses potes hipsters. La lecture de Kerouac est cruciale bien entendu tout comme celle du poète Allen Ginsberg. L’auteur de Howl profite des sixties pour jouer le trublion et faire le lien entre les beatnicks et les hippies. Bouleversé à l’écoute d’un morceau comme « Hard Rain », il deviendra un apôtre de Dylan, le suivant en Angleterre lors de sa tournée 65 et jouant le rôle du grand gourou lors de la Rolling Thunder Review. En 71, il demandera même au chanteur d’enregistrer un album avec lui dont il reste aujourd’hui quelques sessions expérimentales… Frank Sinatra : On n’a pas encore évoqué le dernier album en date de Dylan, Shadows in the Night (2015), une collection de reprises de Sinatra. De la pochette aux arrangements, c’est un projet old-fashionned où Bob s’applique et livre l’une de ses plus belles performances vocales sur des morceaux intemporels. L’ambiance feutrée et la mélancolie ambiante vont à merveille au vieillard qui en fera les moments les plus incontournables de son répertoire scénique (« Autumn Leaves« , « Why Try To Change Me Now »). Sinatra était déjà dans ses valises depuis longtemps (« Lucky Old Sun » est un classique du Never Ending Tour) tout comme Nat King Cole et Bing Crosby (voir Christmas in the Heart), les grandes voix américaines. (…) Et ce n’est pas fini puisque le prochain LP, Fallen Angels (2016) sera lui aussi consacré à Sinatra. Elvis Presley : Les bonnes ondes du King n’ont pas mis longtemps à se téléporter de Memphis jusqu’à Hibbing, dans les oreilles du petit Robert. Fan de la première heure, le gamin a même tenté de monter son groupe rockabilly au lycée (les Golden Chords) et d’accompagner Bobby Vee, une copie locale de Presley. Ce dernier sera mentionné dans « Went To See The Gypsy » (oui Julie, c’est bien sur l’album New Morning en 70 !) et repris sur disque (« Can’t Help Falling in Love », « Blue Moon« ) et sur scène (« Blue Suede Shoes« ). Elvis lui rendra la pareille en s’accaparant « Tomorrow is a Long Time« . (…) Johnny Cash : C’est en 64, au Newport Festival, que le jeune Dylan croise pour la première fois la route de celui qui lui offrira sa guitare et quelques bons conseils. L’homme en Noir venait de reprendre et populariser « It Ain’t Me, Babe » avec June Carter. Ils se recroiseront en 66 pour une jam enivrée et en 69 pour de nouvelles sessions bancales à Nashville. Seule une jolie reprise de « Girl From the North Country » sera officialisée ainsi qu’un « Wanted Man » écrit à deux mains. Cash n’est pas le seul outlaw country à s’associer avec le Zim : Willie Nelson et Merle Haggard suivront à l’occasion le Never Ending Tour. LES FRÈRES D’ARMES C’est pas facile d’être l’ami ou le collaborateur de Dylan. Il faut supporter rivalité, coups bas, lunatisme et indifférence. Il faut savoir rester dans l’ombre, s’effacer. Certains y sont parvenus le temps d’une tournée ou de plusieurs décennies (les fidèles Bob Neuwirth et Victor Maymudes, le groupe scénique mené par le bassiste Tony Garnier). D’autres ont réussi à faire carrière avec ou malgré lui. Et puis il y a ceux qui ne s’en sont toujours pas remis (…). Dinkytown : On oublie souvent qu’avant de partir à New York, Dylan a fait ses premiers pas à Minneapolis (et reviendra y enregistrer Blood on the Tracks en 74). Après avoir abandonné rapidement ses études pour se consacrer à la musique, il a pu sceller quelques amitiés décisives, des potes à qui il volera des morceaux ou des collections de disques. Parmi eux, citons les érudits John Koerner et Tony Glover à qui Dylan rend hommage dans ses Chroniques.  Le Greenwich Village : Dans le quartier bohème où il se produisait dans divers cafés-concerts (le Gaslight, le Café Wha), Dylan a fait quelques belles rencontres. Qu’il s’agisse de vieux bluesmen (il fit les premières parties de Lonnie Johnson et John Lee Hooker) ou d’irlandais bourrus (les Clancy Brothers), son esprit a pu éponger un bon paquet de styles et de chansons. C’est à Dave Van Ronk qu’il piquera les arrangements du House of the Rising Sun entendu sur son premier album et c’est avec Peter LaFarge qu’il se mettra à écrire ses premiers textes. On a pu entendre son harmonica auprès de la douze-cordes de Karen Dalton, de Mavis Staples (qu’il rejoindra en tournée l’été prochain) ou des New Lost City Ramblers. La plupart de ses frères d’armes lui rendront hommage devant la caméra de Scorsese dans le docu No Direction Home et le suivront dans d’autres aventures (Ramblin’ Jack Elliott au casting de la Rolling Thunder). Mais sa rapide ascension attira bien vite la jalousie de certains. Le très engagé Phil Ochs ne s’en remettra jamais. Victime des sautes d’humeur de Dylan (qui le considérait plus comme un journaliste qu’un poète) et d’une dépression accentuée par l’alcool, il se suicidera en 1976. L’écurie Grossman : Si Dylan est son client le plus connu (il le signera en 62, le rendra célèbre et s’en ira avec la caisse), Albert Grossman a eu d’autres clients célèbres. La chanteuse Odetta dont le style unique a influencé le jeune Bobby. Peter, Paul & Mary, trio fabriqué de toutes pièces par Grossman et qui permettra au revival folk de bien se vendre, notamment en propulsant « Blowin’ in the Wind » sur toutes les radios. Le bluesman John Lee Hooker avec lequel Dylan a pu partager l’affiche au Greenwich Village. Et on peut également citer The Band, Richie Havens, Todd Rundgren et Janis Joplin. (…) Joan Baez (…) prend le jeune Bobby sous son aile et (paraît-il) dans son lit, Dylan ne lui renverra pas l’ascenseur quand elle le suivra lors de la tournée anglaise de 65 (voir le docu Don’t Look Back) et, malgré une brève réconciliation lors de la Rolling Thunder Revue (voir le film Renaldo & Clara), leurs chemins vont se séparer. Si Dylan s’en remettra, Baez continuera à reprendre ses chansons, à écrire des albums entier sur ses regrets (Diamonds & Rusts en 75) et à parler de lui à chaque interview… (…) Neil Young : En terme de discographie imposante et de carrière pleine de virages, Neil Young n’a rien à envier à Dylan. (…) Si Dylan a suspecté son rival de le plagier avec « Heart of Gold », leur relation s’est par la suite améliorée. Ils ont partagé la scène à un concert de charité en 75, lors des adieux du Band en 76 et pour l’anniversaire de Dylan en 92. Tandis qu’on a pu entendre « Old Man » lors du NET, le Loner reprendra régulièrement sur scène et en studio des classiques comme « Blowin’ in the Wind » ou « Girl From the North Country« . The Grateful Dead : Une admiration mutuelle entre Dylan et les hippies de San Francisco qui, comme on l’a vu la semaine dernière, occasionnera le meilleur comme le pire. Le pire, c’est donc la tournée 87 et surtout son témoignage live, Dylan & The Dead (1988). Le meilleur, ce sont les reprises du Dead lors du Never Ending Tour (« Friend of the Devil« , Alabama Getaway »). Jerry Garcia était un vrai pote pour lui, l’un des rares pour lequel il s’est pointé à l’enterrement. LES FIDÈLES MUSICIENS  En cinquante ans et malgré ses sautes d’humeurs, Dylan a réussi à s’entourer d’une légion de musiciens. Le temps d’un album, d’une collaboration ou d’une vie toute entière. Difficile d’établir une liste complète mais vous avez intérêt à retenir les plus fidèles, ceux qui ont su s’accommoder des méthodes pas toujours diplomates d’un patron pas comme les autres. (…) La loyauté est également requise pour être choriste et même plus si affinités. Embauchée dès Slow Train Coming et présente sur Saved et Empire Burlesque, Carolyn Dennis va épouser son boss en 86, un mariage qui va durer six ans et un enfant. Durant la tournée gospel, ça n’empêche pas le prophète de coucher avec une autre choriste, Clydie King, qui restera dans le coin de Saved à Empire Burlesque. LES HÉRITIERS Donovan : Il y a ce passage terrible dans le docu Don’t Look Back. Le jeune barde écossais rencontre son idole dans un hôtel luxueux  et, à la recherche d’approbation, lui interprète une ritournelle à la limite du plagiat. En réponse, un Dylan plus arrogant que jamais se lance dans It’s All Over Now, Baby Blue et prouve à son disciple qu’il est inimitable. Heureusement, Donovan n’est pas qu’une simple copie et saura tirer son épingle du jeu que ce soit avec de jolies ballades ou des choses plus psychédéliques. The Byrds : L’influence va dans les deux sens. En donnant une couleur « folk-rock » aux morceaux de leur idole, les Byrds lui donneront envie de rebrancher les guitares et d’agrandir son registre sonore. On n’a jamais su aussi bien retranscrire l’atmosphère carillonnante de « Mr Tambourine Man » qu’avec la Rickenbacker douze cordes et les harmonies du trio McGuinn/Clark/Crosby.  Bruce Springsteen : Régulièrement, la presse désigne le moindre type qui joue de la guitare comme le nouveau Dylan. Au milieu des années 70, Springsteen méritait vraiment ce raccourci, en particulier en tant que songwriter et porte-parole d’une génération (un fardeau qu’il n’a jamais refusé). Il y a du respect entre l’élève et le maître et c’est le petit gars du New Jersey qui introduira le petit gars du Minnesota au « Rock & Roll Hall of Fame » avec ce joli discours. Dylanesquetv
Dans le monde anglo-saxon (…) l’intensité de la polémique est au moins aussi haute que chez nous. Mais vous mettez d’emblée le doigt sur un des principaux problèmes, celui de la langue. Les textes de Bob Dylan, souvent obscurs, sont très difficiles à saisir pour quiconque ne parle pas anglais très couramment. Et pourtant, ses chansons nous paraissent familières. Pensez ! Dans un très grand nombre de pays, elles sont sur ondes des radios ondes depuis une soixantaine d’années. L’écrivain et traducteur Tim Parks explique ainsi, dans la New York Review of Books, pourquoi cette impression de proximité que nous éprouvons en face de ces chansons, fausse le jugement que nous pouvons porter sur l’œuvre de Dylan. Le public a fait confiance aux jurés du Prix Nobel lorsqu’ils ont couronné des poètes comme Octavio Paz ou Wislawa Szymborska. La plupart d’entre nous n’avait jamais eu l’occasion de lire un de leurs poèmes. Au contraire, dans le cas de Bob Dylan, tout le monde a chantonné un jour ou l’autre Mr. Tambourine Man, sans en comprendre le sens complet. Qu’on lui attribue le Prix Nobel est donc bien plus troublant. On a la fausse impression de voir décerner la plus haute distinction littéraire à un faiseur de chansonnettes. Tim Parks pointe un autre problème : les chansons de Dylan prennent véritablement leur sens à travers la manière dont leur auteur les a interprétées. Elles comportent souvent un élément de sarcasme que seule, sa manière chanter rend perceptible. C’est un aspect sur lequel insiste un grand dylanologue, Ron Rosenbaum, auteur de plusieurs essais sur le chanteur : Dylan, dit-il, mine et sape le langage. Il a d’ailleurs exercé une subtile influence sur sur la façon dont nous parlons, ce côté contrefait et pince-sans-rire. Bref, selon Tim Parks, ses textes sont d’abord des chansons jouées à la manière d’une performance , et non pas principalement des poèmes. La secrétaire permanente de l’Académie suédoise a répondu d’avance aux critiques qui ont estimé qu’un auteur de chansons ne pouvait pas être considéré comme un poète. Les textes d’Homère comme de Sappho, a dit Sara Danius, étaient eux aussi destinés à être déclamés ou probablement chantés en public. Pareil pour ceux de Dylan ». Alors, ces chansons relèvent-elles ou non de la littérature ? Il est évident, selon Spencer Kornhaber, dans The Atlantic, que les jurés du Nobel ont voulu élargir la notion de littérature, afin d’y introduire la chanson à texte. « On peut le lire et il devrait être lu », a encore déclaré Sara Danius, insistant ainsi sur la qualité proprement littéraire des textes de Bob Dylan. En réalité, cela fait déjà bien longtemps que ses œuvres sont étudiées dans les départements d’anglais des universités du monde entier. Un « fond Bob Dylan » sera ouvert aux étudiants par l’Université de Tulsa au printemps prochain. De nombreuses thèses et études lui ont été consacrées. Les unes pour les situer dans le contexte de la Beat Generation, d’autres adoptant des angles d’attaque beaucoup plus inattendus. Ainsi, le grand dylanologue et éminent professeur de Boston Christopher Ricks, a étudié la notion de péché chez Dylan. Son œuvre, de par les oscillations permanentes de son auteur entre le judaïsme de ses origines et l’évangélisme protestant, est pétrie de références bibliques. Mais (…) « On décerne un Prix littéraire à quelqu’un qui est un grand folk-singer, peut-être même le plus grand de tous, mais qui n’a jamais écrit une ligne de littérature ». Voilà ce qu’écrit Tim Stanley dans The Telegraph, le grand quotidien conservateur britannique. A ses yeux, Dylan n’est pas situé sur le même barreau de l’échelle – c’est la métaphore qu’il emploie – que les Nobels d’autrefois. Les jurés auraient cédé au « snobisme anti-élitiste ». Ils ont voulu caresser le grand public dans le sens de sa nostalgie des sixties ; courir après la foule. Ils ont suivi l’idéologie du moment selon laquelle tout se vaut et la distinction entre haute et basse culture appartient au passé. Si Bob Dylan a mérité le Prix Nobel pour ses chansons, pourquoi, dans l’avenir, ne pas penser à Donald Trump pour ses twitts tellement lyriques ? ironise-t-il ? Si les jurés suédois pensaient que le tour des Américains était venu, ils auraient mieux fait de décerner leur prix à Don DeLillo, à Philip Roth, ou même à Thomas Pynchon. Eux au moins écrivent des livres… Ce sont des écrivains. Pas Bob Dylan. D’autres personnalités critiquent non pas la qualité littéraire de l’oeuvre dylanesque, mais le fait d’avoir attribué un prix littéraire à un musicien. C’est le cas d’Irvine Welsh, l’auteur de Transpotting. Il a twitté : « Si vous êtes un fan de musique, regardez dans le dictionnaire à « musique ». Puis à « littérature ». Comparez et contrastez. » D’autres accusent Bob Dylan de plagiat. Dans ses Chroniques Volume 1 – car Dylan a aussi publié ce livre – on a repéré des recopiages manifestes de Jack London. Et l’album Love and Theft (2001) comporte de larges passages d’un livre du romancier japonais Junichi Saga. Quant à l’album de sa « renaissance », Blood on the Tracks », que tout le monde a pris, lors de sa parution, en 1975, comme de part en part autobiographique, il serait entièrement basé sur des nouvelles de Tchekhov, que Dylan dévorait à New York, au cours des mois précédant son enregistrement. Qu’est-ce que cela prouve ? Que Dylan a de bonnes lectures. Qu’il a toujours baigné dans la littérature. Et pas seulement dans le protest-song. Brice Couturier

Après la réécriture de l’histoire, celle de la peinture !

Recopiage d’une chanson de Hank Snow dès l’âge de 16 ans, pillages de toute une génération de chanteurs folk, emprunts à des écrivains (London, Chekov, Junichi Saga), à des photographes (Cartier-Bresson, James Ricalton, Bruce Gilden, Dmitri Kessel, Léon Busy) et à des peintres, et peut-être bientôt à des sculpteurs ?

Au lendemain de la polémique – parfaitement résumée par Brice Couturier – soulevée par la première attribution à un auteur-compositeur du prix Nobel de littérature …

Confirmation du jugement de la secrétaire de l’Académie Nobel …

Bob Dylan est bien un « sampleur »

Mais dès l’âge de 16 ans et tout particulièrement suite à sa rencontre avec le peintre russo-américain Norman Raeben …

Un « sampleur » qui …

Reprenant le mot d’ordre du « voleur » de génie Picasso et à condition bien sûr de faire mieux que l’original …

Va bien au-delà de la littérature !

Dylan, Prix Nobel de littérature. La polémique

Brice Couturier

France Culture

20.10.2016

Il n’y a pas qu’en France que cette attribution fait débat.

L’attribution du Prix Nobel de littérature a indisposé bien des intellectuels français – Pierre Assouline et notre collègue Alain Finkielkraut, pour ne citer qu’eux. Qu’en est-il dans le monde anglo-saxon, où, par définition, ses textes sont mieux compris ?

Eh bien, l’intensité de la polémique est au moins aussi haute que chez nous. Mais vous mettez d’emblée le doigt sur un des principaux problèmes, celui de la langue. Les textes de Bob Dylan, souvent obscurs, sont très difficiles à saisir pour quiconque ne parle pas anglais très couramment. Et pourtant, ses chansons nous paraissent familières. Pensez ! Dans un très grand nombre de pays, elles sont sur ondes des radios ondes depuis une soixantaine d’années.

L’écrivain et traducteur Tim Parks explique ainsi, dans la New York Review of Books, pourquoi cette impression de proximité que nous éprouvons en face de ces chansons, fausse le jugement que nous pouvons porter sur l’œuvre de Dylan. Le public a fait confiance aux jurés du Prix Nobel lorsqu’ils ont couronné des poètes comme Octavio Paz ou Wislawa Szymborska. La plupart d’entre nous n’avait jamais eu l’occasion de lire un de leurs poèmes. Au contraire, dans le cas de Bob Dylan, tout le monde a chantonné un jour ou l’autre Mr. Tambourine Man, sans en comprendre le sens complet. Qu’on lui attribue le Prix Nobel est donc bien plus troublant. On a la fausse impression de voir décerner la plus haute distinction littéraire à un faiseur de chansonnettes.

Tim Parks pointe un autre problème : les chansons de Dylan prennent véritablement leur sens à travers la manière dont leur auteur les a interprétées. Elles comportent souvent un élément de sarcasme que seule, sa manière chanter rend perceptible. C’est un aspect sur lequel insiste un grand dylanologue, Ron Rosenbaum, auteur de plusieurs essais sur le chanteur : Dylan, dit-il, mine et sape le langage. Il a d’ailleurs exercé une subtile influence sur sur la façon dont nous parlons, ce côté contrefait et pince-sans-rire. Bref, selon Tim Parks, ses textes sont d’abord des chansons jouées à la manière d’une performance , et non pas principalement des poèmes.

La secrétaire permanente de l’Académie suédoise a répondu d’avance aux critiques qui ont estimé qu’un auteur de chansons ne pouvait pas être considéré comme un poète. Les textes d’Homère comme de Sappho, a dit Sara Danius, étaient eux aussi destinés à être déclamés ou probablement chantés en public. Pareil pour ceux de Dylan ».

Alors, ces chansons relèvent-elles ou non de la littérature ? Il est évident, selon Spencer Kornhaber, dans The Atlantic, que les jurés du Nobel ont voulu élargir la notion de littérature, afin d’y introduire la chanson à texte. « On peut le lire et il devrait être lu », a encore déclaré Sara Danius, insistant ainsi sur la qualité proprement littéraire des textes de Bob Dylan.

En réalité, cela fait déjà bien longtemps que ses œuvres sont étudiées dans les départements d’anglais des universités du monde entier. Un « fond Bob Dylan » sera ouvert aux étudiants par l’Université de Tulsa au printemps prochain. De nombreuses thèses et études lui ont été consacrées. Les unes pour les situer dans le contexte de la Beat Generation, d’autres adoptant des angles d’attaque beaucoup plus inattendus. Ainsi, le grand dylanologue et éminent professeur de Boston Christopher Ricks, a étudié la notion de péché chez Dylan. Son œuvre, de par les oscillations permanentes de son auteur entre le judaïsme de ses origines et l’évangélisme protestant, est pétrie de références bibliques. Heureusement qu’il n’existe pas de Prix Nobel de théologie, vous allez dire…

Mais quels sont les arguments de ceux qui regrettent que ce Prix Nobel ait été décerné à Bob Dylan ?

« On décerne un Prix littéraire à quelqu’un qui est un grand folk-singer, peut-être même le plus grand de tous, mais qui n’a jamais écrit une ligne de littérature ». Voilà ce qu’écrit Tim Stanley dans The Telegraph, le grand quotidien conservateur britannique. A ses yeux, Dylan n’est pas situé sur le même barreau de l’échelle – c’est la métaphore qu’il emploie – que les Nobels d’autrefois. Les jurés auraient cédé au « snobisme anti-élitiste ». Ils ont voulu caresser le grand public dans le sens de sa nostalgie des sixties ; courir après la foule. Ils ont suivi l’idéologie du moment selon laquelle tout se vaut et la distinction entre haute et basse culture appartient au passé. Si Bob Dylan a mérité le Prix Nobel pour ses chansons, pourquoi, dans l’avenir, ne pas penser à Donald Trump pour ses twitts tellement lyriques ? ironise-t-il ? Si les jurés suédois pensaient que le tour des Américains était venu, ils auraient mieux fait de décerner leur prix à Don DeLillo, à Philip Roth, ou même à Thomas Pynchon. Eux au moins écrivent des livres… Ce sont des écrivains. Pas Bob Dylan.

D’autres personnalités critiquent non pas la qualité littéraire de l’oeuvre dylanesque, mais le fait d’avoir attribué un prix littéraire à un musicien. C’est le cas d’Irvine Welsh, l’auteur de Transpotting. Il a twitté : « Si vous êtes un fan de musique, regardez dans le dictionnaire à « musique ». Puis à « littérature ». Comparez et contrastez. »

D’autres accusent Bob Dylan de plagiat. Dans ses Chroniques Volume 1 – car Dylan a aussi publié ce livre – on a repéré des recopiages manifestes de Jack London. Et l’album Love and Theft (2001) comporte de larges passages d’un livre du romancier japonais Junichi Saga. Quant à l’album de sa « renaissance », Blood on the Tracks », que tout le monde a pris, lors de sa parution, en 1975, comme de part en part autobiographique, il serait entièrement basé sur des nouvelles de Tchekhov, que Dylan dévorait à New York, au cours des mois précédant son enregistrement. Qu’est-ce que cela prouve ? Que Dylan a de bonnes lectures. Qu’il a toujours baigné dans la littérature. Et pas seulement dans le protest-song.

Voir aussi:

Bob Dylan: The Music Travels, the Poetry Stays Home
Tim Parks
The NY Review of books
10.16. 2016

No one has been a fiercer critic of the Nobel Prize in Literature than I. It’s not the choices that are made, though some (Elfriede Jelinek, Dario Fo) have been truly bewildering; it’s just the silliness of the idea that a group of Swedish judges, always the same, could ever get their minds round literature coming from scores of different cultures and languages, or that anyone could ever sensibly pronounce on the best writers of our time. The best for whom? Where? Does every work cater to everybody? The Nobel for literature is an accident of history, dependent on the vast endowment that fuels its million-dollar award. What it reveals more than anything else is the collective desire, at least here in the West, that there be winners and losers, at the global level, that a story be constructed about who are the greats of our era, regardless of the impossibility of doing this in any convincing way.

At times I have even thought the prize has had a perverse influence. The mere thought that there are writers who actually write towards it, fashioning their work, and their networking, in the hope of one day wearing the laurels, is genuinely disturbing. And everyone is aware of course of that sad figure, the literary great who in older age eats his or her heart out because, on top of all the other accolades, the Swedish Academy has never called. They would be better off if the prize did not exist. As for the journalists, one might say that the more they are interested in the prize, the less they are interested in literature.

All that said, this year I have to admit that the judges have done something remarkable. And you have to say, chapeau! For they have thrown the cat among the pigeons in a most delightful manner. First they have given the prize to someone who wasn’t courting it in any way, and that in itself is cheering. Second, in provoking the backlash of the purists who demand that the Nobel go to a novelist or poet, and the diehard fans who feel their literary hero has been short changed, they have revealed the pettiness, and boundary drawing that infests literary discourse. Why can’t these people understand? Art is simply not about a solemn attachment to this or that form. The judge’s decision to celebrate a greatness that also involves writing is a welcome invitation to move away from wearisome rivalries and simply take pleasure in contemplating one man’s awesome achievement.

But the most striking thing about the choice of Dylan has little to do with his primary status as a musician rather than novelist or poet. Far more interesting, at least from my point of view, as a long-term resident in Italy, translator, and teacher of translation, is that this prize divides the world, geographically and linguistically, in a way no other Nobel has done. Which is quite something when you think that the Nobel was invented precisely to establish an international consensus on literary greatness.

Why? Because while Dylan’s greatness seems evident in English-speaking countries, even to those scandalized that he has been given the Nobel, this is simply not the case in all those places where Dylan’s music is regularly heard, but his language only partially understood. Which is to say, in most of the world.

When the prize is given to a foreign poet—Tomas Tranströmer, Wisława Szymborska, Octavio Paz—whose work one perhaps has not read, or is not even available in English, one takes it on trust that the judges know a thing or two. For however arbitrary and absurd the prize might be, the judges themselves no doubt take it seriously and do their best. Even in those cases where there are translations, those few people who read and think about poetry are usually sophisticated enough to realize that a poem in translation is not, or only rarely, the real thing. More a shadow, a pointer, a savoring of impossibility.

But everyone has heard Dylan, everyone who has a radio or watches television, worldwide. In this sense the jury has exposed itself as never before. And they have heard him in the pop culture mix alongside other musicians and bands whose lyrics are perhaps banal and irrelevant. Outside the English-speaking world people are entirely used to hearing popular songs in English and having only the vaguest notions of what they might be about. They do not even ask themselves whether these are fine lyrics or clichés, just as we wouldn’t if we heard a song in Polish or Chinese. Even those who do speak English to a certain level and have heard “Mr. Tambourine Man” a thousand times, will very likely not react to it in the same way that a native English speaker would.

Though you might hear laughing, spinning, swinging madly across the sun
It’s not aimed at anyone
It’s just escaping on the run
And but for the sky there are no fences facing
And if you hear vague traces of skipping reels of rhyme
To your tambourine in time
It’s just a ragged clown behind
I wouldn’t pay it any mind
It’s just a shadow you’re seeing that he’s chasing.
Dylan sings the words clearly enough. But for the foreign listener this is hard work. He doesn’t see them written down. He can’t linger over them. He doesn’t know if they exhibit great facility or are merely nonsense. In particular, when he gets three verbs in a row ending in “ing”—laughing, spinning, swinging—it isn’t clear to him whether they are gerunds or participles. How to parse this phrase? And how to understand the charm of “But for the sky there are no fences facing,” if you don’t immediately grasp that in English we can say that fences “face” each other.

Let’s not even begin to imagine the difficulties with “Subterranean Homesick Blues.”

When we read poetry on the page we take time over it. We puzzle over it. We relish it. When we hear poetry sung, and sung intensely as Dylan sings, drivingly, with a snarl and a drawl, which is also a sophisticated form of irony, how can we, if we are not native speakers, be expected to appreciate it?

So we have this fantastic paradox. Of all Nobel winners, Dylan is surely and by far the best known worldwide. Hurrah. But only known in the sense that people have heard the songs, not understood, not relished the words. So, barely an hour after the Swedish Academy made its announcement., I was receiving messages and mails from Italian friends, of the variety, “I’ve always loved Dylan, but what on earth has he got to do with literature?” And these are people who know English fairly well. Until finally someone wrote, “I’ve always suspected Dylan’s words were something special.” And in this message there was an element of pride, in knowing English well enough to recognize this.

Needless to say, there are some translated versions of Dylan in Italy. In 2015 the excellent singer-songwriter Francesco De Gregori came out with an album Amore e furto, (Love and Theft), which has some fine renderings of Dylan, or “stolen” from Dylan, in Italian. He calls “Subterannean Homesick Blues” Acido Seminterrato and does his best to keep up with Dylan’s mad rhymes:

ragazzino cosa fai
guarda che è sicuro che lo rifarai
scappa nel vicolo,
scansa il pericolo
nel parco uno con un cappello ridicolo
ti dà la mano

vuole qualcosa di strano
But this kind of virtuosity is the exception that proves the rule, and even then, one is mainly marveling at De Gregori’s getting so near, while remaining so far away. For the most part cover translations are just a trite dumbing down of the original, entirely at the whim of the music’s rhythm and the need for rhyme. I would argue that they actually undermine rather than enhance the singer’s reputation.

We should hardly be surprised then if outside the English-speaking world the controversy over this Nobel is even fiercer than within it. For the award has laid bare a fact that international literary prizes usually ignore, or were perhaps designed to overcome: that a work of art is intimately bound up to the cultural setting in which it was created. And language is a crucial part of that. Quite simply Dylan’s work means more and more intensely in the world that produced Dylan. To differing degrees, and in the teeth of internationalism and globalization, this will be true of every literary work.

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I visited the Gagosian Gallery in Manhattan this weekend to see Bob Dylan’s Asia Series paintings. The viewing rooms were nearly empty when I was there and the paintings—well I can only say they were disappointing.Not because of all the hoopla being made over Dylan’s alleged copying, but because the works themselves had a kind of amateurish quality. It was clear to me that if Bob Dylan’s name was not on these paintings, they would never have gotten such a prestigious showing.

Back to the hoopla, which not only surprised me, but demonstrated again just how gullible many of Dylan’s fans actually are. The man, himself, admitted he had done some of the paintings from other images. So what? Dylan’s been doing that in his music since the early 1960s.

What I think is confusing to some critics with no sense of creative history is the recording industry’s misleading campaign against music copyright infringement. The Recording Industry of America (RIAA) would have people think that all songs are completely original and come out of thin air. This has led many, especially younger people, to believe the use of other works of art is outright theft.

Most art is copied and reinterpreted. Pete Seeger calls it the “folk process,” the phenomenon in which folk music, folk tales and folklore come into being or are passed from one person or generation to the next.

We Shall Overcome, a key anthem of the civil rights movement, is a good example of the folk process. The lyrics of the song originated from a gospel song published in 1947 by Rev. Charles Tindley. Originally titled We Will Overcome, it was a favorite of Zilphia Horton, then music director of the Highlander Folk School of Monteagle, Tennessee, a school that trained union organizers. She taught it to Seeger.

The song then became associated with the civil rights movement from 1959, when Guy Carawan stepped in as song leader at Highlander, and the school was the focus of student non-violent activism. It quickly became the movement’s unofficial anthem.

Seeger and other famous folk singers in the early 1960s, including Joan Baez, sang the song at rallies, folk festivals, and concerts and helped make it widely known. It was at Highlander that Dr. Martin Luther King Jr. first heard We Shall Overcome.

Today, the song, with the “shall” contributed by Seeger, is copyrighted by Seeger and Carawan. That’s how the folk process works. The passing of traditional tales and music among musicians from ear to ear.

So is it OK that Bob Dylan copied photographs by Henri Cartier-Bresson, Leon Busy and Dimitri Kessel? It’s fine with me, as long as he does a masterpiece like he has done with so many songs. However, his paintings, I’m afraid, don’t live up to that high standard.

Bob Dylan has engaged in the folk process all his life. A few years ago, a poem, written by a 16-year-old Dylan and submitted to his Jewish summer camp’s newspaper, was going up for auction at Christies when alarms went off.  The auction house failed to detect that this “Dylan Original,” with a few minor alterations, was actually the words of Hank Snow’s previously recorded song, Little Buddy.

Now 70, Dylan has continuously borrowed lyrics and melodies. At one of Bob Levinson’s Dylan classes that I took, Billy Altman, the music and pop culture writer, did an analysis of Dylan’s album, Together Through Life. Though Altman very much likes Dylan’s work, he traced how songs on the record originated from other artists. For example, Beyond Here Lies Nothin’ channels back to Otis Rush’s All Your Love (I Miss Loving) and If You Ever Go to Houston extends to Leadbelly’s Midnight Special.

One song, My Wife’s Home Town, got special mention. Altman noted from the liner notes that the song gives a compositional co-credit to the late Willie Dixon. That’s because Dixon wrote Muddy Water’s sound-alike hit, I Just Want to Make Love to You. Perhaps Dixon’s estate wasn’t so keen on allowing the folk process to work in this case.

Bob Cohen, another guest with Altman at Levinson’s class, was a member of 1960’s folk group, “The New World Singers” with Happy Traum, Gil Turner and Delores Dixon. When they played in the early 60s at Gerde’s Folk City in Greenwich Village, a young Bob Dylan was often present. Not only did he like the group’s music, but—as Dylan wrote in his memoir, Chronicles—his “part-time girlfriend” at the time was Dixon, a black woman and New York City schoolteacher with a deep alto voice.

One day, Cohen said, Dylan announced that he had a new song and invited the group to the rat and roach-infested basement of Gerdes to hear Blowin’ in the Wind. The rest is history. The New World Singers were the  first to record the song, which, Cohen noted, that Ahmet Ertegun of Atlantic Records refused to record unless they changed the words to make it into a love song.

Interestingly, when Cohen talked with Delores Dixon ten years later, after she had left the group, she revealed her then secret relationship with Dylan and told of his writing Blowin’ in the Wind. The song had come from the melody of a spiritual called No More Auction Block for Me, a song that Dylan had probably heard first on a Carter Family record.

Also, Dylan knew it because Delores sang it often at Gerde’s. It was a moving song of freedom written during slavery times, insisting “no more, no more” and sadly reflecting on the “many thousands gone.” Cohen sang it for the class, noting that in the Civil War an abolitionist wrote it down from Negro Union soldiers.

Delores told Cohen that Dylan had gone home with her one night and the next morning was working on Blowin’ in the Wind. When she heard it, she said “Bobby, you just can’t do that.” To Delores, one should not take a traditional song and write new words for it.

But the group felt otherwise and quickly adopted Blowin’ in the Wind. They sang it on stage at Gerdes and asked Dylan to join them. Later, in 1963 and 64, the New World Singers took the song to Mississippi, where it became a civil rights anthem.

Cohen revealed another interesting fact about that first recording. When Ertegun refused to use Blowin’ in the Wind, Moe Asch of Folkways decided to release the song on Broadside Records. It came out even before Dylan’s own version.

However, Delores insisted on singing the chorus as “The answer my friend is blown in the wind.” Cohen said the group couldn’t talk her out of it, and it stands today on that first recording. Apparently, as a school teacher, Delores thought Dylan had used improper English with his use of “blowin.’”

Altman revealed another side of Dylan to the class, one as an aggressive promoter of his compositions from the earliest days. At the Newport Folk Festival in 1964, when Dylan really got to know Johnny Cash for the first time, Altman said the young singer/songwriter used the occasion to vigorously push his songs to the country legend.

In a motel room at Newport with Joan Baez, Sandy Bull, Jack Elliott and some others, Dylan and Cash sat on the floor trading songs. Baez set up a portable audio player, and that’s where Bob gave Johnny It Ain’t Me, Babe and Mama, You’ve Been On My Mind. In 1965, Johnny Cash and June Carter, released It Ain’t Me Babe. It became a hit for them.

And, in case you wonder, It Ain’t Me Babe was also part of the folk process. The song’s opening line (“Go away from my window…”) was allegedly influenced by musicologist/folk-singer John Jacob Niles’ composition Go ’Way From My Window. Niles was referred to by Dylan as an early influence in Chronicles.

The folk process stories go on and on in Dylan’s life. Barry Kornfeld, a guitarist who played on Dylan’s Blood on the Tracks, noted that Paul Clayton had a copyright on a song called Who’s Gonna Buy Your Ribbons When I’m Gone. The lyrics are “Ain’t no use to sit and sigh; ain’t no use to sit and wonder why… tell me, who’s gonna buy your ribbons when I’m gone.”

Kornfeld wrote that he was with Clayton one day and Dylan wandered by and said, “Hey, man, that’s a great song. I’m going to use that song.” Dylan then wrote Don’t Think Twice.

When it became a legal issue, the song was actually traced to a number that was exactly the same as the one by Paul Clayton. It was called Who’s Gonna Buy Your Chickens When I’m Gone.  So, in effect, everything that Dylan took was actually in the public domain. Dylan and Clayton remained friends even though their publishing companies sued each other.

So, does using the folk process diminish Bob Dylan’s music?  Hardly. In virtually all cases, what Dylan borrowed, he improved. Blowin’ in the Wind is most certainly better than No More Auction Block for Me. It’s the way the greatest artists have always worked and will continue to work.

Dylan’s paintings are something else. I read that before the Gagosian show Dylan wanted assurances that his art would not embarrass him. The advice he was given was it would not. Sadly, these voices of commerce misled Dylan.

As Altman wrote in his review of Dylan’s Together Through Life, « our reactions say more about us than about him. » Only a few good critics truly analyze Dylan’s work well, perhaps because most are lazy, unquestioning, and know little about their subject. Today, we live in a thumbs “up” or “down” media culture. It’s the same with the Asia series paintings.

The Mysterious Norman Raeben
Bert Cartwright
Geocities

Norman Raeben was one of the most influential people in Bob Dylan’s life. It was Norman Raeben, Dylan said, who, in the mid ‘70s, renewed his ability to compose songs. Dylan also suggested that Norman’s teaching and influence so altered his outlook upon life that Sara, his wife, could no longer understand him, and this was a contributory factor in the breakdown of the Dylans’ marriage. It’s strange that, given the importance of Norman Raeben’s influence on Bob Dylan, he isn’t even mentioned in either of the big biographies published in the 1980.

Dylan first began to talk about Raeben in the round of interviews he did in 1978 to promote his movie, Renaldo & Clam, though for a while he wouldn’t specifically identify him. “There ain’t nobody like him,” Dylan told Pete Oppel, of the Dallas Morning News. “I’d rather not say his name. He’s really special, and I don’t want to create any heat for He was, Dylan told Playboys Ron Rosenbaum, “just an old man. His name wouldn’t mean anything to you.

Dylan’s interest in Norman began sometime in 1974, when several friends of Sara came to visit:

They were talking about truth and love and beauty and all these words I had heard for years, and they had ‘em all defined. I couldn’t believe it… I asked them, ‘Where do you come up with all those definitions?’ and they told me about this teacher.

Sufficiently impressed, Dylan looked up the teacher the next time he was in New York. It was the spring of 1974 when Dylan popped his head around Norman’s door:

He says, ‘You wanna paint?’ So I said, ‘Well, I was thinking about it, you know.’ He said, ‘Well, I don’t know if you even deserve to be here. Let me see what you can do.’ So he put this vase in front of me and he says, ‘You see this vase?’ And he put it there for 30 seconds or so and then he took it away and he said, ‘Draw It’. Well, I mean, I started drawing it and I couldn’t remember shit about this vase — I’d looked at it but I didn’t see it. And he took a look at what I drew and he said, ‘OK, you can be up here.’ And he told me 13 paints to get… Well, I hadn’t gone up there to paint, I’d just gone up there to see what was going on. I wound up staying there for maybe two months. This guy was amazing…

When Dylan looked back upon what happened during those two months, he came to believe that he was so transformed as to become a stranger to his wife:

It changed me. I went home after that and my wife never did understand me ever since that day. That’s when our marriage started breaking up. She never knew what I was talking about, what I was thinking about. And I couldn’t possibly explain it.

Dylan talked about Norman at length to Pete Oppel, describing in more-than-casual words how Norman taught in his eleventh-floor studio in Carnegie Hall:

Five days a week I used to go up there, and I’d just think about It the other two days of the week. I used to be up there from eight o’clock to four. That’s all I did for two months…

In this class there would be people like old ladies — rich old ladies from Florida, – standing next to an off-duty policeman, standing next to a bus driver, a lawyer. Just all kinds. Some art student who had been kicked out of every art university. Young girls who worshipped him. A couple of serious guys who went up there to clean up for him afterwards — just clean up the place. A lot of different kinds of people you’d never think would be into art or painting. And it wasn’t art or painting, it was something else…

He talked all the time, from eight-thirty to four, and he talked in seven languages. He would tell me about myself when I was doing something, drawing something. I couldn’t paint. I thought I could. I couldn’t draw. I don’t even remember 90 per cent of the stuff he drove into me.

It seems, then, that Norman was more interested in metaphysics than in technique. His teaching dealt with ultimate realities which could be expressed in a variety of modes. It is not certain that Norman made Dylan a better painter, but he clearly changed Dylan:

I had met magicians, but this guy Is more powerful than any magician I’ve ever met. He looked into you and told you what you were. And he didn’t play games about it. If you were interested in coming out of that, you could stay there and force yourself to come out of it. You yourself did all the work. He was just some kind of guide, or something like that…

It was some time later when I was finally able to identify Dylan’s mysterious man called Norman as Norman Raeben, born in Russia in 1901, who visited the USA with his family when be was three years old and emigrated for permanent residence when he was about 14. Norman’s father was the noted Yiddish writer, Sholem Aleichem (1859-1916), a man best known today for having created the character Tvye, whose fictional life-story was adapted for the musical, Fiddler On The Roof. The most remarkable change brought about by the months Dylan spent in Norman Raeben’s studio was upon the way Dylan composed lyrics.

Dylan told Rolling Stone’s Jonathan Cott that following his motorcycle accident on July 29, 1968, he found himself no longer able to compose as freely as before:

Since that point, I more or less had amnesia. Now you can take that statement as literally or as metaphysically as you need to, but that’s what happened to me. It took me a long time to get to do consciously what I used to do unconsciously.

Dylan reiterated the point to Malt Damsker:

It’s like I had amnesia all of a sudden…I couldn’t learn what I had been able to do naturally — like Highway 61 Revisited. I mean, you can’t sit down and write that consciously because it has to do with the break-up of time…

In the interview with Jonathan Cott, Dylan described his albums John Wesley Harding and Nashville Skyline as attempts:

…to grasp something that would lead me on to where I thought I should be, and it didn’t go nowhere — it just went down, down, down… I was convinced I wasn’t going to do anything else.

It was in this mood of near-despair of ever composing as he once had, that Dylan had the “good fortune” to meet Norman, “who taught me how to see”:

He put my mind and my hand and my eye together, in a way that allowed me to do consciously what I unconsciously felt.

The time with Norman helped Dylan’s psyche be redirected sufficiently for him to write some new songs, the songs that were included on what is still his most celebrated LP, Blood On The Tracks:

Everybody agrees that that was pretty different, and what’s different about it is that there’s a code in the lyrics, and there’s also no sense of time…

Dylan made further efforts to explain the concept of “no time” in the new songs to Matt Damsker:

 Blood On The Tracks did consciously what I used to do unconsciously. I didn’t perform it well. I didn’t have the power to perform it well. But I did write the songs… the ones that have the break-up of time, where there Is no time, trying to make the focus as strong as a magnifying glass under the sun. To do that consciously is a trick, and I did it on Blood On The Tracks for the first time. I knew how to do it because of the technique I learned — I actually had a teacher for it…

In the Biograph booklet, Cameron Crowe’s comment on Blood On The Tracks seems to be the product of an uncredited observation by Dylan himself:

Reportedly inspired by the breakup of his marriage, the album derived more of its style from Dylan’s interest in painting. The songs cut deep, and their sense of perspective and reality was always changing.

“Always changing” is the product of the LP’s sense of no-time. Speaking to Mary Travers on April 26, 1975, Dylan commented upon the concept of time, the point he tried to make being not only that “the past, the present and the future all exists”, but that “it’s all the same” — something learned from Norman, Dylan told Jonathan Cott, who used to teach that:

You’ve got yesterday, today and tomorrow all in the same room, and there’s very little that you can’t imagine happening.

Dylan’s assertion to Malt Damsker that he didn’t perform the songs on Blood On The Tracks particularly well may be surprising but, he went on, “they can be changed… “. In fact, Dylan has continually reworked the songs, changing the lyrics again and again in such songs as “Simple Twist Of Fate” and “Tangled Up In Blue”. Dylan ties up ideas of time and change to the idea of song-as-painting with specific reference to “Tangled Up In Blue” on the jacket notes to Biograph, where he says of the song:

I was just trying to make it like a painting where you can see the different parts but then you also see the whole of it. With that particular song, that’s what I was trying to do… with the concept of time, and the way the characters change from the first person to the third person, and you’re never quite sure if the third person is talking or the first person is talking. But as you look at the whole thing, it really doesn’t matter.

The dissolving of persons and of time in the Blood On The Tracks songs was a remarkable achievement; Dylan was to try to apply the same technique when he made his film Renaldo 8’ Clara. In tracing the influence of Norman Raeben’s thinking, Dylan called Jonathan Cott’s attention to Renaldo & Clara:

 …in which I also used that quality of no-time. And I believe that that concept of creation is more real and true than that which does have time…The movie creates and holds the time. That’s what it should do —it should hold that time, breathe in that time and stop time in doing that. It’s like if you look at a painting by Cézanne, you get lost in that painting for that period of time. And you breathe — yet time is going by and you wouldn’t know it. You’re spellbound.

Small wonder, then, that Dylan was most annoyed by those who criticized the film’s length, and perhaps it is not inappropriate to mention a more recent statement of annoyance — at those who tried to pin down one of his no-time, no-person songs from Blood On The Tracks:

“You’re A Big Girl Now”, well, I read that this was supposed to be about my wife. I wish somebody would ask me first before they go ahead and print stuff like that.

Dylan once unconsciously created songs with the no-time quality of painting. Many times he spoke of parallels between song and painting — one recalls, for example, Dylan’s introduction of “Love Minus Zero/No Limit” in concerts in 1965 as “a painting in maroon and silver” or “a painting in purple”, but only after studying with Norman Raeben was he to recapture his apparently lost ability to write such songs, now with the notable difference of conscious composition. And if Blood On The Tracks was to be the first attempt to translate what Dylan had learned from Norman into song, it was Street-Legal which Dylan would come to regard as the culmination of the insights into the nature of time as no-time. As he told Matt Damaker:

Never until I got to Blood On The Tracks did I finally get a hold of what I needed to get a hold of, and once I got hold of it, Blood On The Tracks wasn’t it either, and neither was Desire. Street-Legal comes the closest to where my music Is going for the rest of time. It has to do with an illusion of time. I mean, what the songs are necessarily about is the illusion of time. It was an old man who knew about that, and I picked up what I could…

Dylan’s Bloody-Best Album: 40 Facts About the 40-Year-Old ‘Blood on the Tracks’

For the landmark album’s 40th anniversary, here are 40 facts about Blood on the Tracks:

As the years go on, more and more fans and critics regard it as Dylan’s best album.

When Rolling Stone magazine’s editors made a list of the 500 Greatest Albums of all time in the early 2000s, Blood on the Tracks came in at a mere No. 16, trailing top 10 choices Blonde on Blonde and Highway 61 Revisited. But in a 2012 reader poll, fans voted for Blood as his finest work.

Prior to Blood on the Tracks, Dylan hadn’t had a critical success since 1966.

His late ‘60s work was described as “pastoral,” which was not what most fans wanted from rock’s greatest fire-breathing poet. His first proper studio album after years of reclusion, Planet Waves, had reestablished him as a commercial force in 1974, debuting at No. 1, but “Forever Young” was the only classic that stuck.

Rolling Stone initially ran a mixed review of the album.

Then-critic Jon Landau, later to be Bruce Springsteen’s producer/manager, praised Dylan’s vocal work but not the instrumentation, saying it “would only sound like a great album for a while” and was “impermanent.”

Is the album really a secret tribute to a Russian playwright?

In his memoir, Chronicles, Dylan was assumed to be referring to Blood on the Tracks when he wrote: “I would even record an entire album based on Chekhov short stories. Critics thought it was autobiographical – that was fine.” No one was certain whether he was serious about the Chekhov.

Novelist Rick Moody is an evangelist for the album, frequently proclaiming it the greatest album ever recorded.

In a 2001 speech that was subsequently anthologized, Moody rhapsodized: “Of thee I sing, best album ever made, or that’s my hypothesis, best rock &roll record ever — more heroic than The Sun Sessions, more consistent than Exile on Main Street, more serious than Never Mind the Bollocks, better than Revolver because there’s no ‘Good Day Sunshine’ on it, more discerning in its rage than Nevermind, more accepting than What’s Going On, less desperate than Pet Sounds, and more adult than Blonde on Blonde and Highway 61 Revisited.”

Another huge fan: Miley Cyrus.

Cyrus released her version of “You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go” in 2012 and subsequently made the song a staple of her touring. No longer was the focus on which lost love Dylan wrote the song about. Hollywood Life spotlighted Miley’s cover version with the headline: “Is She Singing About Liam Hemsworth?”

Miley may not be the strangest artist to have covered one of the songs from the album.

In 2002, Great White released their version of “Tangled Up in Blue.”

“Tangled Up in Blue” also has a special honor in the Rock Band 2 game.

It’s the Mount Everest of Rock Band 2 songs, being the last hurdle to overcome in the “Impossible Vocal Challenge” section.

Hootie and the Blowfish paid serious tribute to the album… and paid for it.

Their 1994-5 smash “Only Wanna Be With You” offers nearly nonstop homage to Blood on the Tracks: A reference to “a little Dylan” is followed by a quote from “You’re a Big Girl Now,” a much longer quote from “Idiot Wind” (“Said I shot a man named Gray / Took his wife to Italy / She inherited a million bucks / And when she died it came to me / I can’t help it if I’m lucky”), and finally a reference to a third song as Darius Rucker adds, « Ain’t Bobby so cool… Yeah, I’m tangled up in blue. » Surely they’d gotten permission? No, and flattery got them nowhere with Dylan’s legal team. In August 1995, the band and Dylan’s publishing company reached an out-of-court settlement that reportedly resulted in an immediate six-figure payout, ownership of half the publishing, and a co-writing credit. (Rucker didn’t hold the legal action against his hero, as he subsequently had a No. 1 country hit with the Dylan co-written “Wagon Wheel.”)

Plenty of other songs sound a little like “Tangled Up in Blue,” though no one’s wanted to go so explicitly down the Hootie path.

Just in case anyone missed that the acoustic strumming at the opening of Elvis Costello’s “King of America” has a resemblance to the beginning of “Tangled,” Costello would sometimes start off his concert versions of his tune with a snippet of the Dylan classic.

Jack White took part in the belated live premiere of the album’s least loved song.

“Meet Me in the Morning” has always been the least celebrated song on Blood on the Tracks. But its blues-based form was right up White’s alley. In 2007, Dylan and the White Stripes’ former leader did a duet of the song at Nashville’s Ryman Auditorium — astonishingly, the first time Dylan had ever sung it live, and still the last up to this point.

David Duchovny sang a snippet of “If You See Her, Say Hello” on Californication.

His character describes Blood on the Tracks as “a real heartbreak album.”

Jakob Dylan has acknowledged how the album brings up memories of his parents’ marital discord.

In a New York Times profile of the younger Dylan, former Wallflowers manager Andrew Slater recalled a revealing conversation. « I said, ‘Jakob, what goes through your mind when you listen to your father’s records?’ He said, ‘When I’m listening to ‘Subterranean Homesick Blues,’ I’m grooving along just like you. But when I’m listening to Blood on the Tracks, that’s about my parents.’ I never asked him again.”

Shortly after the album’s release, Dylan seemed to acknowledge that it was a personally painful work.

Dylan did not do many interviews to promote the album, per usual. But in an April 1975 radio discussion with Mary Travers (of Peter, Paul & Mary fame), he said, “A lot of people tell me they enjoyed that album. It’s hard for me to relate to that—I mean, people enjoying that type of pain.”

Later, he repeatedly scoffed at the idea that the album is the slightest bit “confessional” or “autobiographical.”

In a 1985 interview with Cameron Crowe that accompanied the Biograph boxed set, Dylan expressed his displeasure with the wisespread belief that the Blood lyrics were rooted in his real life. “’You’re a Big Girl Now,’ well, I read that this was supposed to be about my wife. I wish somebody would ask me first before they go ahead and print stuff like that. I mean, it couldn’t be about anybody else but my wife, right? Stupid and misleading jerks these interpreters sometimes are…I don’t write confessional songs. Emotion’s got nothing to do with it. It only seems so, like it seems that Lawrence Olivier is Hamlet… Well, actually I did write one once and it wasn’t very good—it was a mistake to record it and I regret it… back there somewhere on maybe my third or fourth album.” (He was referring to 1964’s “Ballad in Plain D,” an exploration of his breakup with Suze Rotolo, which he claimed was the one time he ever overtly mined his own emotional trauma for a song: “That one I look back and I say, ‘I must have been a real schmuck to write that.’”)

But at one point he at least acknowledged being able to see how other people could see Blood on the Tracks as his personal breakup album.

“I’ve read that that album had to do with my divorce,” he told interviewer Bill Flanagan in 1985. “Well, I didn’t get divorced till four years after that.” (Actually, his wife filed papers just over two years after the album was released.) “I thought I might have gone a little bit too far with ‘Idiot Wind’… I didn’t really think I was giving away too much; I thought that it seemed so personal that people would think it was about so-and-so who was close to me. It wasn’t… I didn’t feel that one was too personal, but I felt it seemed too personal. Which might be the same thing, I don’t know.” Flanagan pressed and said the album “must at least be somewhat about that.” Dylan’s reply: “Yeah. Somewhat about that. But I’m not going to make an album and lean on a marriage relationship. There’s no way I would do that, any more than I would write an album about some lawyers’ battles that I had. There are certain subjects that don’t interest me to exploit. And I wouldn’t really exploit a relationship with somebody.”

A girlfriend who lived with Dylan on and off during a 1974 marital separation acknowledged that “You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go” was about their relationship.

Ellen Bernstein was an A&R executive for Columbia Records who embarked on a relationship with Dylan in 1974 while he was living on an 80-acre farm in Minnesota, separated from his wife. The geographical references in the lyrics all pertained to Bernstein, as did, apparently, a particular flower. In Clinton Heylin’s biography, Behind the Shades, Bernstein said, “I remember… when we were walking out in the fields somewhere and I found a Queen Anne’s lace, and he didn’t know that’s what it was called… This was in Minnesota. I would come up there for long weekends and then I would leave. I did say I was planning a trip to Hawaii. And I lived in San Francisco, Honolulu, [her birthplace of] Ashtabula—to put it in a song is so ridiculous. But it was very touching.” Of the relationship, she said, “It felt sorta like ‘Don’t ask, don’t tell.’ I was a very young 24… This was brand-new stuff to me, so I never thought to ask, ‘So, what’s going on with your wife?’… I didn’t want to get married, and I wasn’t being asked to leave.”

One outtake may have been cut from the album’s final track list because it really would have invited speculation about Dylan’s failing marriage.

The cut song “Call Letter Blues” (which was finally issued in 1991) included the lyrics: “Well, your friends come by for you/I don’t know what to say/I just can’t face up to tell ’em/Honey, you just went away… Well, children cry for mother/I tell them, ‘Mother took a trip.’”

Both the album and Dylan’s marital breakup were apparently influenced by an octogenarian art teacher.

Dylan fell under the artistic sway of a mercurial painter, Norman Raeben, who taught classes high above Carnegie Hall. He said that Raeben’s artistic methods were the impetus behind him writing time-jumping songs like “Tangled Up in Blue.” “It changed me,” he recalled in an interview with the Dallas Morning News in 1978. “I went home after that and my wife never did understand me ever since that day. That’s when our marriage started breaking up. She never knew what I was talking about, what I was thinking about. And I couldn’t possibly explain it.”

At one point Dylan wanted the album to be less acoustic and more of a return to the Highway 61 Revisited sound.

He paid a visit to Michael Bloomfield, the electric guitar hero identified with Dylan’s most rousing mid-‘60s triumphs, and played the  some of the new material he was eager to record. But Bloomfield felt confused and unable to follow Dylan’s lead, so the reunion and that sound were not to be.

The one musician credited by name on the album is acoustic multi-instrumentalist Eric Weissberg, who was then famous for his hit “Dueling Banjos,” as heard in the movie Deliverance.

“Eric Weissberg and Deliverance” are officially credited as the sole backing musicians on the project. Yet the album’s recording history was tumultuous enough that Weissberg only appears on one track on the finished album, “Meet Me in the Morning.”

A version of the album that was recorded in New York City was finished and even pressed as a test acetate before Dylan grew displeased with it at the last minute. He decided to postpone the release by a month so he could re-record half the songs.

That original acetate was widely bootlegged, and some fans still insist the five recordings that were scrapped are superior to the replacement versions he came up with. Most Dylanologists think the call to re-do half the album was the right one, however. Those five tracks he got rid of have never been officially released on any of his subsequent Bootleg Series archival albums, although numerous other alternate takes have.

The musicians at the initial New York sessions felt baffled when Dylan wanted them to record songs he hadn’t taught them yet.

Weissberg’s band grew flummoxed when Dylan not only didn’t have charts but didn’t seem interested in even doing a complete run-through of songs before the tapes rolled. “I got the distinct feeling Bob wasn’t concentrating,” Weissberg told Uncut magazine, “that he wasn’t interested in perfect takes. He’d been drinking a lot of wine; he was a little sloppy. But he insisted on moving forward, getting onto the next song without correcting obvious mistakes.” While they were listening to the playback of the first song they’d performed, “Simple Twist of Fate,” Dylan interrupted it to begin teaching them another tune. “He couldn’t have cared less about the sound of what we had just done. We were totally confused, because he was trying to teach us a new song with another one playing in the background… I was thinking to myself, ‘Just remember, Eric, this guy’s a genius. Maybe this is the way geniuses operate.’”

The initial New York sessions took place over four evenings, but after the first night’s chaos, Dylan stopped inviting the full band and started working with an increasingly stripped down, drumless lineup, creating a particular intimacy in the recordings that made it to the final product.

By the time they got to “Shelter from the Storm,” it was just Dylan and bassist Tony Brown.

Engineer Glenn Berger, now a psychologist, wrote a fascinating and widely circulated account of the New York sessions that corroborated the musicians’ tales.

“He called off a tune. ‘Let’s do “If You See Her, Say Hello.”’ He barely rehearsed the song when he told us to record,” wrote Berger. “The players were just beginning to figure out the changes and what to play. On the third try, he threw everyone off by playing a different song. The musicians stumbled… Barely having recovered from the shock, after a run-through or two of the new song, Dylan changed songs midstream, again, without letting anyone know… One by one, the musicians were told to stop playing. This hurt. You could see it in the musicians’ eyes as they sat silently behind their instruments, forced not to play by the mercurial whim of the guy painting his masterpiece with finger-paints… We cut an entire album’s worth of material like that in six hours.”

Berger had even less regard for producer Phil Ramone’s management style than Dylan’s.

“How did (Ramone) get it so good that the heaviest cats in the world flocked to his door?… Between takes, I asked him how he did it,” Berger wrote. “Without warning, he twirled around and was an inch from me, his face purple and trembling with rage. ‘Who do you think you are, asking the great Ramone a question? You don’t question what I do, you just obey… You’re nothing! To you I am a god!’ » The engineer concluded: “I know it’s Dylan’s blood on those tracks and that’s what makes them great. But I take some small measure of solace for my pain and limitations by telling myself that along with his blood, there is also a little bit of mine.”

After the album was supposedly finished, and tens of thousands of LP sleeves already printed, Dylan’s brother, David Zimmerman, convinced him that it would be a flop if released as it was… and came up with a plan to salvage it.

Dylan and his brother were set to spend the holidays together in Minnesota, and David suggested getting a band of locally based musicians together right after Christmas to re-record some of the material. On Dec. 27 and again on the 30th, some of the top session players in Minneapolis gathered to re-cut five songs, and they clicked as a band in a way that the New York players had never been allowed to. A critical difference: Since Dylan had little patience for teaching a full band all the chords and changes of a song at great length, he ended up teaching the tunes to a local guitar shop owner, Chris Weber, who then taught the other musicians. Still, they rarely ran the songs all the way through before recording them. The nine-minute “Lily, Rosemary and the Jack of Hearts” is so much a first take that you can hear Dylan realizing in the opening bars that his harmonica is in a different key than he thought and adjusting on the fly. Four of the five tracks they cut, including “Tangled Up in Blue” and “Idiot Wind,” are basically live recordings mixed live to two-track on the spot, with almost no overdubs.

After 40 years, the Minneapolis musicians who made the album come alive have still never been credited for their work.

In the book Simple Twist of Fate, the anonymous players expressed varying attitudes about never receiving the due they were promised. Said Weber, who came up with the key change and licks that brought “Tangled Up” to life, “We were told that there were 100,000 jackets already printed with Eric Weissberg and Deliverance credited, but if the album was a success and they printed more, they would give credit to the other musicians who were on the album.” The album went double-platinum, but the cover was never altered, despite David Zimmerman’s alleged promise to do so as the sessions ended. Nor did they ever receive thank-you calls, gold records, or even a free copy of the record… just union scale. In 2002, Gregg Inhofer wondered “what might have happened if we got credit… Any time I hear a Dylan song, whether I played on it or not, it just sticks in my craw and I go, ‘Man, what if, what if, what if?’ Why was I so stupid? Why was I so naïve?… I was taken advantage of, totally.”

Not that even the guys who did get credit walked away happy. Weissberg wasn’t thrilled about having him and his team replaced on much of the album.

“We could have done what he wanted, given a fair shake,” Weissberg told Andy Gill in Simple Twist of Fate. “I would say that we were all somewhat bummed about it. But I feel absolutely no bitterness about it.” Charlie Brown was not so sanguine: ““I was pissed, frankly!… You’ve got some of the best damn players on the planet playing on your record, and you replaced it?”

For his next album, Desire, Dylan put aside the vituperation of songs like “Idiot Wind” and recorded songs that seemed expressly designed to win his estranged wife back — including the inescapably autobiographical “Sara.”

On July 31, 1975, the couple seemed to be exploring the idea of getting back together, and Sara was visiting the studio when Dylan had the band go in and play the new song “Sara” as she watched. As an observer noted in Bob Spitz’s biography, “Bob obviously wanted to surprise her with it… He turned and sang the song directly at Sara… He was really pouring out his heart to her… It was obvious she was unmoved.” But reconcile they did, for a short time.

The marriage had begun to unravel again by the time Dylan made “Idiot Wind” a focal point of the Rolling Thunder Revue tour.

In the early part of the tour, he focused on the more upbeat material from Desire, but eventually shoved that aside in favor of angrier stuff. As Uncut put it, “At a televised gig in Colorado on his 35th birthday, with his wife and children watching, he sang it into a howling gale. Released on Hard Rain (the 1976 live album), it beats even Blood On The Tracks’ version for paint-blistering bile.” Among the lyric changes that night: “Visions of your chestnut mare” became “Visions of your smoking tongue.”

Blood on the divorce papers?

Sara filed on March 1, 1977, and the divorce was finalized on June 30, with a reported $36 million settlement, seeming to establish that it’s more of a Blood on the Tracks world than a Desire one.

Three of the songs have only been performed live by Dylan once.

Besides the aforementioned duet of “Meet Me in the Morning” with Jack White in 2007, there are two other songs from the album that only merited a single live performance from Dylan. The epic “Lily, Rosemark and the Jack of Hearts” was never played again after he did it as a duet with Joan Baez in Salt Lake City in May 1976. “Buckets of Rain” had to wait for its live premiere (and possibly final appearance) until November 1990, when Dylan shocked fans by opening a Detroit show with the album-closer. Others have also counted as concert rarities, like “You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go,” which he hasn’t performed since 1976.

On the other hand…

He’s sung “Tangled Up in Blue” in concert over 1,400 times.

A lot of other artists seem to like “Buckets of Rain” more than Dylan.

Neko Case included it on a live album, and it’s also been performed by David Gray, Coldplay’s Chris Martin, John Mayer, Beth Orton, and even Dave Van Ronk.

The band Mary Lou’s Corvette covered the entire running order of Blood on the Tracks for a live album.

She can be heard expressing her nervousness about tackling all 15 verses of “Lily, Rosemary and the Jack of Hearts.”

Mary Lou’s Corvette still missed a verse.

Dylan’s original/discarded New York recording of “Lily, Rosemark and the Jack of Hearts” included a 16th verse, which Joan Baez did include when she covered the track.

Dylan recorded a goofy duet with Bette Midler of “Buckets of Rain.”

She recorded the track for her 1976 album Songs for the New Depression — a version despised by many Dylan fans but beloved for its off-the-cuff silliness by a few. For reasons never properly explained, the lyric in her version is rendered as “nuggets of rain.” At the end, she says, “Bobby, Bobby, hey there Mr. D, you set me free.” His final line: “You and Paul Simon should have done this one. »

The most covered song?

Possibly a tie between “Tangled Up in Blue” (besides Great White: Baez, Jerry Garcia, the Indigo Girls, Ani Difranco, the String Cheese Incident, KT Tunstall, Leftover Salmon, the War on Drugs) and “Simple Twist of Fate” (Diana Krall, Bryan Ferry, Sarah Jarosz, Coldplay, Wilco, Concrete Blonde, etc.)

In 2012, a movie version of Blood on the Tracks was announced.

Brazilian-based RT Features made the trades with news they’d acquired rights, saying, « As longtime admirers of one of the greatest albums in the history of music, we feel privileged to be making this film. Our goal is to work with a filmmaker who can create a classic drama with characters and an environment that capture the feelings that the album inspires in all fans. » The company was undaunted by the fact that Blood on the Tracks has no plot, although that may have sunk in during the last four years of apparent inaction.

‘Eventually I would record an entire album based on Chekhov short stories—critics thought it was autobiographical…’ Chronicles: Volume I

Meet Me in the Morning (Early Take)The bloodletting began, fittingly, in a red notebook. Estranged from his wife at the time, living on a farm in Minnesota with his kids and his new girlfriend, he started filling up pages with story-laden imagery, thumbnail sketches that bled, one into another. The first to spill forth was the purgatorial Western of ‘Lily, Rosemary, and the Jack of Hearts,’ which appears in précis form in the notebook’s early pages, followed by ‘Tangled Up in Blue’ and then draft after draft of ‘Idiot Wind.’ About the latter, he later explained, ‘It wouldn’t stop. Where do you end? You could still be writing it, really. It’s something that could be a work continually in progress.’

Critics (and listeners too) tend to think of Blood on the Tracks as an excavation of Dylan’s own love life up to that time. The whole devastating break-up cliché just seems to chime so well with the mood and content of the music. Who cares if he was never a cook in the Great North Woods, or if Sara Dylan had never gone anywhere near Tangier, it’s all just a metaphor, one big allegory for the devastation he found himself surrounded by at the time. The key to the songs is that ‘he’ is only ever ‘Dylan’ and ‘she’ is only ever his wife or someone he slept with.

Idiot WindBut to interpret the songs such a way, as if tracing a star map through the back roads of the songwriter’s life, is to do a disservice to the artistry of the storytelling.  Blood on the Tracks is not a memoir, a confession, or even a roman à clef. What we encounter in these songs is layer upon layer of thematically-linked images, flicker-book fictions. Gone are the mythic Americana mash-ups of Highway 61 Revisited. Gone are the elaborate opium dreams and surrealist backrooms of Blonde on Blonde. What we get instead is a cast of couples and jilted lovers, their battered narratives composed of raggedy scraps—not biography. If these scenes are meant to correspond solely to Dylan and the various women in his life, then why did he bother with the artistic obfuscation, the multiplicity of perspectives? Why introduce the Man named Gray, the one-eyed undertaker, the roommates down on Montague Street? And why this determination to play Picasso with narrative?

Because, he said later, ‘I wanted to defy time, so that the story took place in the present and the past at the same time. When you look at a painting, you can see any part of it, or see all of it together.’

The catalyst for all this may well have been the dissolution of his marriage, or it may have been painting classes he’d been taking the year before and from which he’d returned with a fire in his head (‘I went home and my wife never did understand me ever since that day’). On a purely technical level, however, the thing that definitively flicked the switch from heartbreak to newfound creativity was a matter of tuning. Specifically open-E (or, to be even more specific, open-E tuned down a whole step to D). Mythology tells us that a post-Blue Joni Mitchell taught this guitar tuning to him, although, if true, this would have to be qualified as re-taught, since he’d used it extensively during the Freewheelin’ sessions (see ‘Corrina, Corrina,’ ‘Oxford Town,’ ’I Shall Be Free’ etc.) What is undeniable is that, up to this point, he had never played in an open-tuning like this: flicking his way through the chords, alternating bluesy slides up the neck and Everly Brothers changes with vaguely medieval harmonics.

In the months prior to recording, he went around, trying the songs out on different people. He played them to Shel Silverstein on a houseboat in Marin County; he played them to Stephen Stills in a Minneapolis hotel room after a CSN gig (according to Graham Nash, who was standing in the doorway, Stills’s verdict afterwards was ‘He’s a good songwriter, but he’s no musician’); at one stage, he even played them to some Hasidic friends in a backyard in Crown Heights, Brooklyn.  When he collared Mike Bloomfield, his foot was already tapping hyperactively, impatient to get the songs out. But Bloomfield (who’d been there onstage with him at Newport, who’d helped him turn ‘Like a Rolling Stone’ into what it was) was bewildered. It took the guitarist too long to realize he was being used more as a sounding board than a collaborator.

‘He came over and there was a whole lot of secrecy involved, there couldn’t be anybody in the house…He took out his guitar, tuned to open D tuning and he started playing the songs nonstop…He just did one after another and I got lost. They all began to sound the same to me, they were all in the same key, they were all long. I don’t know. It was one of the strangest experiences of my life. And it really hurt me…’

Lily, Rosemary, and the Jack of HeartsThis was a songwriter wanting less to polish his newly minted songs than to be rid of them. In the studio, he similarly kept his head down, ignoring everyone. The musicians he took with him into A&R Recording’s Studio A (the same studio at which he’d recorded his first six albums) ended up feeling just as alienated as Bloomfield. Made up of Eric Weissberg and the band that had played on the Deliverance soundtrack, these were top session men who knew how to follow a lead. But the performer in question was not offering any leads. No quick rehearsals, no chord charts. They couldn’t even follow his hands along the fret board because of the weird tuning he was using. Phil Ramone, the producer (despite claiming greater responsibility after the fact), basically had the mic-stands set up and hit record. If the buttons on Dylan’s jacket were click-clacking against his guitar through every take—and he didn’t seem to mind—then so be it.

The New York Sessions of Blood on the Tracks were quick work, recorded over four inebriated nights in September of 1974. In the end, the drums and lead guitars were all dropped; after nailing down two tracks with a full band (‘Meet Me in the Morning’ and ‘Buckets of Rain’) the accompaniment would be reduced to just bass, some touches pedal steel and some overdubbed organ. On an album that thematically professed it was ‘doom alone that counts,’ minimalism seemed the obvious way forward.

You’re a Big Girl NowBlood on the Tracks is not an album about a relationship (not Dylan’s, not anybody’s), but an album about the brokenness inherent, ultimately, in all relationships. The tarot deck is stacked from the start, romance can only play itself out. Lovers just have to ‘keep on, keeping on’ as best they can. Even in a song about the breathless, flower-picking, high-point of love (‘You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go’), the inevitable end of the affair still haunts the proceedings. Philosophically, we’re very much in that post-Watergate wasteland of paranoid, Marathon Men, everyone trying unsuccessfully to extricate themselves from pantomimes of intrigue and gossip. Here, the very idea of finding shelter from the storm is an archaism from another lifetime, remembered nostalgically. What else to see buckets of rain/buckets of tears everywhere?  If the songs on Blood on the Tracks give us a world in which heartbreak is endemic and inevitable, then it’s the New York Sessions that are still reeling, still hung up, still raw.

There are photos of him at the time of the recordings, waiting around in the swanky lobby of A&R’s Studio A. Standing in a white-walled room that looks like a set halfway between Logan’s Run and Emmanuelle, he poses with his guitar and what can only be the infamous blazer. In the first few shots he stands shyly, chin deep in his lapels. He strums a little bit beside a cup of coffee—but, eventually, he’s lying flat on the white shag throw rug, looking like he’s been run over.

Tangled Up in BlueTwo months later, he was given a test pressing of the album which he took back with him to Minnesota and played for his brother. The younger Zimmerman sagely advised that said album was too dark and downbeat to be commercially viable. The album opener (‘Tangled Up in Blue’) was too laidback and melancholy; the solo version of ‘Lily, Rosemary, and the Jack of Hearts,’ was just too damn long; ‘Idiot Wind’ had no bite to match its bark; why was everything in the same weird tuning, and what about those noisy buttons on his jacket? Columbia HQ was phoned and told to apply the brakes. A group of local musicians were rounded up in Minneapolis and half the album was re-recorded over four more nights, with an aim towards revitalizing the songs.

In creating a far more dynamic album, however, some of the finer nuances on individual tracks were undeniably lost. Because Dylan was mostly unaccompanied on the New York Sessions (and because every song shared that same open-E blood-type) it was left primarily to his vocal to give the songs their shape. Throughout the early sessions, it is his phrasing that adds depth and emotional range, drives the songs down their storied paths. You need only compare the different versions of ‘If You See Here, Say Hello’; on the record-as-released, it sounds as if the band have all agreed that this is a torch song and supplied lugubrious atmospherics accordingly. Earlier, in New York, Dylan could have been singing from the floor of the studio lobby, so beaten-down is the performance (on one take, his vocal is nothing more than a deathbed whisper). ‘Idiot Wind,’ too, lost something in the space between September and December 1974: where the fiery official version spews forth increasingly mad accusations, the earlier, more subdued performance leans more towards regret and fatalism (to such the extent that it becomes ambiguous who’s hurting who, who’s fated to be lying in that ditch, blood on their saddle). The rawness of the songs recorded in New York all suggest an emotional vulnerability. The performer was still walking wounded, still howling in the night. On these tracks, the blood was still wet. words / dk o’hara

164: Bob Dylan, ‘Tangled Up in Blue’

Jeff Meshel’s world

Feb 15, 2013

 

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Bob Dylan, 1974, the man of a thousand faces, as multifaceted and puzzling as life itself.

After nine monolithic albums in eight years (1963-70) that not only described but actually prescribed the lives of an entire generation, then a creative drought of four years. After years of frenetic touring, then a seven year hiatus induced by a motorcycle crash. What was he doing in those interim years?

Well, he married in 1965 and had four children. In ‘Sign on the Window’ from “New Morning”, one of the greatest songs on the last in his string of great albums, he sings “Build me a cabin in Utah/Marry me a wife, catch rainbow trout/Have a bunch of kids who call me “Pa”/That must be what it’s all about.”

 

But then came 1973-1974. A new album for a new record company, “Planet Waves” for David Gefen’s Asylum, commercially mediocre, artistically uneven. The “After the Flood” tour with The Band, more shouted than sung.

In the midst of all this activity, Dylan began to study painting with 73 year-old Russian-born Norman Raeben, the son of Sholem Aleichem. He stressed perceptual honesty rather than conceptualization. “Bob”, Norman said to Dylan, “look at that round coffee table. Now, show me how you would paint it.” He thought the scruffy Dylan was destitute, and told him that if he’d clean up the studio after class he could crash there. Raeben berated his students in class, with a kill-or-cure indifference to their feelings.

 

“He put my mind and my hand and my eye together in a way that allowed me to do consciously what I unconsciously felt,” said Dylan. This metamorphosed into a songwriting technique employing a fragmented narrative of time, place and person. Events, personae, and sequences Bob and shift. It is left to the listener to struggle to reconstruct some coherence, some linear narrative. He never quite succeeds, because the images are built for slipping and sliding, defying mere denotations. But the energy generated in the leap between the given and the sought for creates a kinetic aesthetic experience, ever-changing, transcending time and place, forever young.

“I had met magicians, but this guy is more powerful than any magician I’ve ever met. He looked into you and told you what you were. And he didn’t play games about it.”

The experience with Raeben seems to have brought trouble to Dylan’s domestic paradise. “Needless to say, it changed me. I went home after that and my wife never did understand me ever since that day. That’s when our marriage started breaking up. She never knew what I was talking about, what I was thinking about, and I couldn’t possibly explain it.”  (‘Idiot Wind’: ‘Even you, yesterday, you had to ask me where it’s at. I couldn’t believe after all these years, you didn’t know me better than that, sweet lady.’)

The technique and the trauma engendered an artistic achievement of monumental scale in the resulting 1974 album, “Blood on the Tracks.” It is a collection of ten songs, mostly written in D, employing lots of major seventh chords (giving the overall tone of sweet, pained wistfulness) and performed on an acoustic guitar in open tuning with minimal accompaniment – a bass, sometimes a steel guitar, sometimes a touch of organ (very reminiscent of the format he employed on the softer acoustic songs on Bringing It All Back Home). He first recorded the songs in New York City in September, 1974, with a shifting array of studio musicians in a series of sessions that took Dylan’s notoriously casual studio work to new levels of shoddiness. He would just start playing and expect the musicians to follow. Adding verses, extending breaks. At times, they pleaded with him to do another take. Then three months later, he redid the songs in Minnesota with a bunch of his brother’s buddies.

 

The officially released version of the album is a mix, five recordings from New York (‘Simple Twist of Fate’, ‘You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go’, ‘Meet Me in the Morning’, ‘Shelter from the Storm’ and ‘Buckets of Rain’), five from Minnesota (‘Tangled Up in Blue’, ‘You’re a Big Girl Now’, ‘Idiot Wind’, ‘Lily, Rosemary and the Jack of Hearts’, ‘If You See Her, Say Hello’). The NY takes are softer, gentler, more sincerely loving, more nakedly pained. The Minnesota takes have a harder surface, faster tempi, more aesthetically distanced. Uniformly, the New York takes are superior. Some of the Minnesota takes are respectable, none improve on the originals.

That would be impossible. They’re pretty perfect. “Blood on the Tracks” is widely considered a peak achievement for Dylan, for the music of our times. It was ranked number 16 on Rolling Stone’s list of the 500 greatest albums of all time. Bill Wyman (of The Rolling Stones) considered it “…his only flawless album… It is his kindest album and most dismayed, and seems in hindsight to have achieved a sublime balance between the logorrhea-plagued excesses of his mid-1960s output and the self-consciously simple compositions of his post-accident years.” Logorrhea? Bill Wyman??

 

Dylan famously said, in a radio interview with Mary Travers, “A lot of people tell me they enjoy that album. It’s hard for me to relate to that. I mean, it, you know, people enjoying that type of pain, you know?” Well, ‘enjoy’ certainly doesn’t begin to encompass the rich experience which can be derived from “Blood on the Tracks”. If you’re going to revisit it or learn it, I urge you to seek out the bootleg New York sessions.

For our Song of The Week, we have the pleasure of saying a few words about the iconic, seductive, elusive, indelible song that opens the album, ‘Tangled Up in Blue’. All Dylan’s passion – both the love and the pain, strongly weighted towards the latter – and the wit and the wisdom and the humor are there. We often forget what a master craftsman of lyrics Dylan is. He’s not just deep or profound. He has a command of the technique of writing lyrics that is often obscured by his many other talents.

Dylan riffed his writing abilities on ‘Tangled Up in Blue’. From the start, he invented new lyrics at every turn. Here’s Take 1 from New York. Here’s Take 2. In both, you can hear the clicking of his jacket buttons against the guitar. And you can feel the pounding of his heart. Here’s the official release, the Minnesota version. At the bottom, you can see the lyrics of Minnesota (mostly first person) juxtaposed with those from New York (mostly third person).

Serious people have made a study of comparing variant versions of the song.  Here’s one. Here’s another. Here’s a third. There are many more. And what is so remarkable is that every switch, every shift, works. They’re all great, they’re all legitimate. Do you get that? He writes a magnificent song, and then recreates the lyrics every time he sings it!! Not even Charlie Parker did that.

The song seems to tell a story, even though the details can’t be pinned down. Dylan plays with pronouns, with personae. ‘He’ and ‘I’ and ‘she’ and ‘they’ are indecipherable, shifting, a dance of veils.

In the first verse, he’s remembering her: the song is a flashback. At the end, he’ll say that he’s going back to her. They wanted to get married, but her parents didn’t approve. He’s hitching East. Why? Who knows. Let your imagination work. The humor—I was wondering if she’d changed, if her hair was still red. Oh, Bobby.

Second verse. He extricates her, they run off, they split. ‘I heard her say over my shoulder’—he doesn’t even turn around. But he’s saying this all with unbounded love. Boy, is there a whole world right there.

Third verse. Lumberjack cook, the ax fell. Rhyming ‘employed’ and ‘Delacroix’. Jeez.

Fourth verse. She’s dancing topless in the spotlight. He’s gaping at the side of her face. Right. ‘Later on as the crowd thinned out, I was just about to do the same.’ It don’t get no better than that. ‘I muttered something underneath my breath.’ Ok, it just did. He ‘gets uneasy’ when this topless dancer hitting on him ‘bends down to tie his shoes’.  I have nothing to say, I’m just shaking my head in appreciation and enjoyment.

Fifth verse. Dante Alighieri, 1265-1321, author of The Divine Comedy. In subsequent versions, this changed to Jeremiah and Baudelaire and others. This stoned, topless, brazen red-head introduces our Horatio Alger to Dante.

Verse Six. Who knows who is in the scene—2 people? 3? But the fragments are indelible: ‘There was music in the cafés at night/And revolution in the air.’ That is the 1960s encapsulated in a single image. ‘Keep on keeping on’. That’s life.

Last verse. What is ‘tangled up in blue’? It’s a chaotic pastiche, a vortex of glimpses of situations that makes absolute emotional sense. It’s a perfect union of fifty states of mind. It’s a song.

We know exactly where we are in every bar, be it a measure of beats or booze. Until the next one, then we’re somewhere wholly other. We’re on a six-minute road trip, in flux, heading for another joint at every moment. But we always feel the same, we just see it from different points of view. And we all know why. Because we’re all so tangled up in blue.

1 Early one mornin’ the sun was shinin’
I was layin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red
Her folks they said our lives together
Sure was gonna be rough
They never did like Mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough
And I was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on my shoes
Heading out for the East Coast
Lord knows I’ve paid some dues gettin’ through
Tangled up in blue
Early one mornin’ the sun was shinin’
He was lyin’ in bed
Wond’rin’ if she’d changed at all
If her hair was still red
Her folks they said their lives together
Sure was gonna be rough
They never did like Mama’s homemade dress
Papa’s bankbook wasn’t big enough
He was standin’ on the side of the road
Rain fallin’ on his shoes
Heading out for the old East Coast
Lord knows he’s paid some dues gettin’ through
Tangled up in blue
2 She was married when we first met
Soon to be divorced
I helped her out of a jam, I guess
But I used a little too much force
We drove that car as far as we could
Abandoned it out West
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best
She turned around to look at me
As I was walkin’ away
I heard her say over my shoulder
“We’ll meet again someday on the avenue”
Tangled up in blue
She was married when they first met
Soon to be divorced
He helped her out of a jam, I guess
But he used a little too much force
They drove that car as far as we could
Abandoned it out West
Split up on a dark sad night
Both agreeing it was best
She turned around to look at him
As he was walkin’ away
She said “This can’t be the end,
We’ll meet again someday on the avenue”
Tangled up in blue
3  I had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But I never did like it all that much
And one day the ax just fell
So I drifted down to New Orleans
Where I happened to be employed
Workin’ for a while on a fishin’ boat
Right outside of Delacroix
But all the while I was alone
The past was close behind
I seen a lot of women
But she never escaped my mind, and I just grew
Tangled up in blue
He had a job in the great north woods
Working as a cook for a spell
But he never did like it all that much
And one day the ax just fell
So he drifted down to LA
Where he reckoned to try his luck,
Workin’ for a while in an airplane plant
Loading cargo onto a truck
But all the while he was alone
The past was close behind
He seen a lot of women
But she never escaped his mind, and he just grew
Tangled up in blue
4 She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same
She was standing there in back of my chair
Said to me, “Don’t I know your name?”
I muttered somethin’ underneath my breath
She studied the lines on my face
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe
Tangled up in blue
She was workin’ in a topless place
And I stopped in for a beer
I just kept lookin’ at the side of her face
In the spotlight so clear
And later on as the crowd thinned out
I’s just about to do the same
She was standing there in back of my chair
Said to me, “What’s your name?”
I muttered somethin’ underneath my breath
She studied the lines on my face
I must admit I felt a little uneasy
When she bent down to tie the laces of my shoe
Tangled up in blue
5  She lit a burner on the stove
And offered me a pipe
“I thought you’d never say hello,” she said
“You look like the silent type”
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an Italian poet
From the thirteenth century
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you
Tangled up in blue
She lit a burner on the stove
And offered me a pipe
“I thought you’d never say hello,” she said
“You look like the silent type”
Then she opened up a book of poems
And handed it to me
Written by an Italian poet
From the thirteenth century
And every one of them words rang true
And glowed like burnin’ coal
Pourin’ off of every page
Like it was written in my soul from me to you
Tangled up in blue
6  I lived with them on Montague Street
In a basement down the stairs
There was music in the cafés at night
And revolution in the air
Then he started into dealing with slaves
And something inside of him died
She had to sell everything she owned
And froze up inside
And when finally the bottom fell out
I became withdrawn
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew
Tangled up in blue
He was always in a hurry,
Too busy or too stoned.
And everything that she had planned
Just had to be postponed.
He thought they were successful
She thought they were blessed
With objects and materiel things,
But I never was impressed.
And when it all came crashing down
I became withdrawn
The only thing I knew how to do
Was to keep on keepin’ on like a bird that flew
Tangled up in blue
7  So now I’m goin’ back again
I got to get to her somehow
All the people we used to know
They’re an illusion to me now
Some are mathematicians
Some are carpenters’ wives
Don’t know how it all got started
I don’t know what they’re doin’ with their lives
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same
We just saw it from a different point of view
Tangled up in blue
So now I’m goin’ back again
I got to get to her somehow
All the people we used to know
They’re an illusion to me now
Some are mathematicians
Some are carpenters’ wives
Don’t know how it all got started
I don’t know what they’re doin’ with their lives
But me, I’m still on the road
Headin’ for another joint
We always did feel the same
We just saw it from a different point of view
Tangled up in blue

 

In an archive piece taken from Uncut’s January 2005 issue (Take 92), we look back at Dylan in 1975, when he turned the crisis of a deteriorating relationship into one of rock’s most compelling dramas. This is the story of Blood On The Tracks, the album that marked the demise of Dylan’s marriage – and his artistic rebirth. Words: Nick Hasted

February 13, 1977. Bob and Sara Dylan are screaming themselves hoarse. Sara has just walked down to breakfast in their Malibu mansion to find Bob and their children sat down to eat – with another woman. She’s one of countless girlfriends Bob has been seeing over the previous year. This one has even moved into a house on their estate. But seeing her sitting with their children makes something in Dylan’s wife finally snap. In the furious slanging match that follows, she will later allege, Bob punches her in the face, damaging her jaw. Then he tells her to get out. Their 11-year marriage, one of rock’s great romances, is finished.

But 30 years ago this month, in December 1974, Dylan was completing its true epitaph. Written during their first separation, Blood On The Tracks is one of the most truthful dissections of love gone wrong in rock history, by turns recriminatory, bitter and heartbroken. It is one of Dylan’s peaks, the record where his genius and frail humanity meet.

It comes at a cost. It is the culmination of eight years in which Dylan, settled with Sara and their children, tries to evade his fame and talent, seeking a series of bolt-holes across America where he can somehow be ordinary again. Trying hard to be a good husband, music ceases to matter. For three years in the early ’70s, he releases nothing at all. At one time rock’s untouchable king, he seems washed up. With awful irony, it takes his marriage smashing apart to rekindle his art. Blood On The Tracks is the record he pulls from the wreckage.

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Woodstock 1969. Bob Dylan, the peace movement’s errant prince, sleeps with two single-shot Colt pistols close at hand, and the Winchester blasting rifle he calls “the Equaliser” stacked by his door. Hippies have been capering on his roof, swimming in his pool, fucking in his bed, marching up his driveway in straggling droves. They are coming for answers, or to stare and point, or with less clear, more malign motives. Rifles have been recovered from one persistent, insane intruder. With one part of his mind, Dylan fears his own weapons could mangle these fans. Simultaneously, he wants to “set fire to them”.

It is the height of the countercultural tumult in America, and the stray battalions fetching up at Dylan’s door are looking for the legend they see as its leader: Dylan the acid guru of Blonde On Blonde, who laid down what rock could be, then vanished from view as a generation fell under his spell. These fans are desperate for Dylan to make another great statement, to admit he is music’s messiah. But greatness is the last thing on Dylan’s mind, his mid-’60s mastery an irritant he’s desperate to escape. He is like Clint Eastwood in Unforgiven, hiding out in a farmhouse, wanting the world to forget him. He has put away the musical weapons that tore rock apart, and he has no plans to ever use them again.

Dylan has lived in Woodstock since 1965. He married the ex-model Sara Lownds on November 22 that year. He adores his quiet, shy young wife, immortalised in “Sad-Eyed Lady Of The Lowlands”. It was she who helped ensure his survival from the suicidal pace of his mid-’60s career, as much as the contentious bike crash – on July 29, 1966 – which brought it to a halt. “Until Sara, I thought it was just a question of time until he died,” Dylan’s personal assistant in Woodstock, Bernard Paturel, said. “But later, I had never met such a dedicated family man.” Bob had adopted Maria, Sara’s young daughter from a previous marriage, and the couple had four more children in quick succession. Living with his new family, the almost supernatural creative fire of the mid-’60s passed from him like a fever. Suddenly, he seemed content to walk his daughter to the school bus. In the afternoons, he would write and paint, or visit neighbours, while Sara (typically for non-feminist Dylan) did the chores. It seemed idyllic.

“Having children changed my life and segregated me from just about everything that was going on,” he recalls in Chronicles. “Outside my family, nothing held any real interest for me… I was fantasising about a nine-to-five existence, a house on a tree-lined block with a white picket fence… That would have been nice. That was my deepest dream.”

The music he made in this period of retreat – secret “basement tapes” with The Band never meant for release, John Wesley Harding (1968), Nashville Skyline (1969), Self Portrait (1970) and New Morning (1970) – turned its back on the world and its demands. Though good records, they were placid compared to their predecessors, a calm after the storm. It seemed permanent.

After New Morning, Dylan made no more studio albums for four years. In Chronicles, Dylan claims the period was one of deliberate, near-schizoid deception. Shaken by fame’s assault on his everyday life, resentful of fans’ crazy expectations, he resolved to “demolish my identity”, to transform his image from messiah to the happy hick of Nashville Skyline’s sleeve. “It’s hard to live like this,” he remembers of that mundane mask, as if recalling being a spy, or a serial killer. “The first thing that has to go is any form of artistic self-expression that’s dear to you… Art is unimportant next to life… I had no hunger for it anymore, anyway.”

The playwright Archibald MacLeish, frustrated at the superficial songs Dylan wrote for one of his productions in 1969 (later used on New Morning), asked for something darker, truer. Dylan denied him: “I wasn’t going to go deeper into the darkness for anybody. I was already living in the darkness. My family was my light and I was going to protect that light at all costs.”

The rock community buzzed with consternation as their formerly infallible leader flitted between silence and MOR experiments. However, Dylan soon found that his period of tranquility and abstention from the rock mêlée had damaging effects of its own. Before long, his impersonation of uninspired drift became all too real. “Until the accident, I was living music 24 hours a day,” he told Robert Shelton in 1971. “If I wrote a song, it would be two hours, two days… now, two lines…”

Letting his genius collapse for the sake of a quiet life with his kids couldn’t really continue. And, as the ’70s progressed, the tension between the two sides of his nature slowly tore him in half. Like some awful horror tale, the more he tried to flee from his fame, the more he circled back into its grip. He had left Woodstock’s supposed idyll in late 1969, dismissing it as a “daily journey into nothingness”. Moving his family into the heart of his old Greenwich Village haunts, though, was hardly likely to shake off his fans. When he walked the streets there, he felt stared at like “a giant jungle rat”, a disgusting, unnatural freak. Self-styled “Dylanologist” AJ Weberman made things worse. He picketed Dylan’s house, berating him with a bullhorn for abandoning his flock. He rooted through Dylan’s garbage, looking for clues. He even shoved past an outraged Sara to try to breach their apartment. Dylan eventually battered his tormentor in the street. But dreams of a normal New York life were smashed.

In November 1972, Bob and Sara tried fleeing to Mexico, where Dylan had a part in Pat Garrett And Billy The Kid (1973). “I’d gotten them out of New York, that was the important thing, there was a lot of pressure back there,” he recalled. But the drunken, leering machismo of a Peckinpah set in Durango was no sanctuary. “My wife got fed up almost immediately. She’d say to me, ‘What the hell are we doing here?’ It was not an easy question to answer.”

The Dylans made one last dash for freedom in 1973, heading west to Point Dume, California. It was there that the pressure of their harried life began to tell, and cracks in their marriage appeared. The house started it. Sara wanted another bedroom, which the whole building was knocked down to accommodate. Bob dreamily saw this as an opportunity for a new house, “my own fantasy”. With a less than practical grasp of the building trade, the Dylans had soon caused the project to spiral out of control. An enormous fireplace was torn out and replaced almost weekly; a bridge shaped like women’s legs crossed a fake-natural lake. Fifty-six hippies camped on the site in tepees at Bob’s expense for two years, firing up bricks in flaming kilns for the endless extravagance. An oriental dome crowned this rock folly. Bob and Sara, renting nearby with their five children, fell into fighting over fixtures and fittings. No one had ever seen them argue before.

Meanwhile, Dylan’s musical stasis, self-induced or not, began to crack, too. He’d had a rancorous separation from his manager Albert Grossman in 1971, on discovering his Woodstock neighbour kept half of his songwriting royalties, an arrangement that ran out in 1973 – not unconnected, perhaps, to his writer’s block. Dylan also cut himself loose from Columbia, his home since 1961, sweet-talked into a deal with David Geffen’s Asylum Records. Suddenly, songwriting joints that had seemed seized up creaked back into life. Bob called his old compadres The Band to LA in November 1973 and punched out Planet Waves, his first real LP since 1970, in three days. At one time to be titled Wedding Song, it had its share of odes to married bliss. But one track, “Dirge”, also offered a first rumble of the darkness he had so carefully erased from his recent music. It seemed to recall a regretted, sadistic affair. Real or imaginary: who could tell? “I hate myself for lovin’ you,” he spat, with his old, cold contempt, “but I’ll soon get over that.”

Bleak fantasy or confession, Dylan was soon cheating on Sara for real. The deal Geffen had tempted him with included a blockbusting comeback tour of America with The Band, and an accompanying live album. Tour ’74 and the fiery double LP Before The Flood were triumphs, as Dylan shed his diffident mask to aggressively stake his place in ’70s rock’s new stadium hierarchy.

Sara, though, stayed behind. “She despised the rock’n’roll lifestyle,” Dylan roadie Jonathan Taplin told biographer Howard Sounes. “People who just wanted to talk about music were boring to her.” “She doesn’t have to be on the scene to be happy,” Dylan had said admiringly of his sad-eyed lady, back in Woodstock. Now, though, he was out on his own – after eight years’ abstinence, just as rock touring reached new debauched depths. The Band had roadies take Polaroids of girls wanting to get backstage, poring over potential beauties like horse-traders. Cast-offs were handed to the crew. How far Dylan dived into the groupie pool isn’t known. But by February, he was certainly straying. He met Columbia Records executive Ellen Bernstein, 24, in California, seeing her for much of that year. Actress Ruth Tyrangiel claimed Dylan began a 19-year affair with her the same month, becoming, she claimed in court in 1995, “nurse, confidante, home-maker, housekeeper, cook, social companion and advisor” to Dylan, who she said promised to leave Sara for her. Though her charges were dismissed, Dylan’s wandering dick, and the massive strain on his marriage, were common knowledge in the papers that summer.

With his dream home a bomb site, Dylan was also back in New York by the spring. Here, he started a stranger relationship. When he anonymously attended art classes at Carnegie Hall, painter Norman Raeben, 73, took a fatherly shine to him. Dylan had male-bonded over his amateurish art before, with Woodstock neighbour Bruce Dorfman. Now, Raeben’s more radical tutelage gave Dylan a guru and father figure. The catalyst came when Raeben made Dylan glance at a vase, then took it away. “Draw it!” he snapped. Dylan began to buzz with new ideas about perception, which would soon surface in his songs. At the same time, his adoration of the older man lured him further from Sara. Raeben was “more powerful than any magician”, he later claimed, clearly under his spell. “I went home after that and my wife never did understand me ever since that day. She never knew what I was talking about. And I couldn’t possibly explain it.”

After eight years of suppression, the mask was slipping. Like Clint the killer in Unforgiven, the taste Tour ’74 had given Dylan of his old life proved addictive. He had begun to smoke and drink heavily again; even the mellow, mature voice he had essayed since Nashville Skyline (when on a smoking break) was roughed up, raw and raging on Before The Flood. Jekyll was turning into Hyde, and Sara couldn’t stand it. In summer 1974, they separated.

Dylan retreated to a farm he’d just bought back in his home state, Minnesota, which he shared with his brother David. His new lover, Ellen Bernstein, visited for a while. Sara was rarely seen. In this bolt-hole, he began to write Blood On The Tracks.

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“Private songs” was what Dylan told his old Columbia mentor John Hammond he’d be recording when he rang to book studio dates, in September 1974. Certainly the lyrics he’d hammered out in Minnesota were unlike anything he’d written before. “Tangled Up In Blue” was among a dozen songs owing little to the lysergic torrents of his twenties, or the homilies he’d settled for since. These were words singed by the experience of heartbreak, the 33-year-old Dylan now ruefully mature.

The songs’ importance to him was shown by Blood On The Tracks’ unusually protracted recording, using three sets of musicians in two states, in sessions spread over three months. It still only took six days in all. But for a man who created the classic John Wesley Harding in six hours, that was a marathon.

When the Blood On The Tracks sessions began, though, on September 12, Dylan’s mood was unaccountably slapdash, even for him. The first musicians were chosen by chance when producer Phil Ramone, pacing nervously outside New York’s Columbia Studio, bumped into guitarist Eric Weissberg of crack session band Deliverance (Weissberg had made his name with the “Duelling Banjos” sequence of John Boorman’s film). Ramone told Weissberg that Dylan was due that evening, but hadn’t bothered to book a band. Deliverance filled in at Ramone’s request. But the Dylan who arrived that night was skittish, with nerves, excitement – or maybe just the red wine he was gulping like water.

“I got the distinct feeling Bob wasn’t concentrating,” Weissberg recalled, “that he wasn’t interested in perfect takes. He’d been drinking a lot of wine; he was a little sloppy. But he insisted on moving forward, getting onto the next song without correcting obvious mistakes.”

The half-cut legend’s disdain for studio convention was driven home to a shocked Weissberg when they listened to a playback of their first effort, “Simple Twist Of Fate”: “In the middle of it all, Bob starts running down the second song for us. He couldn’t have cared less about the sound of what we had just done. We were totally confused, because he was trying to teach us a new song with another one playing in the background.” Weissberg, a session veteran, tried to stay calm. “I was thinking to myself, ‘Just remember, Eric, this guy’s a genius. Maybe this is the way geniuses operate.’”

“Meet Me In The Morning” and “Call Letter Blues” – near-identical, swaggeringly played blues melodies with radically distinct lyrics – were among the four songs completed in this first three-hour blast. Their power showed the instincts of the apparently plastered Dylan were fully focused. But Deliverance was dispensed with the next day as he shuffled the deck, searching for the sound he really wanted. A new pared-down trio – pedal-steel guitarist Buddy Cage, bassist Tony Braun and organist Paul Griffin – finished the recording, which stayed well-oiled. A passing Mick Jagger considered chipping in on drums and backing vocals, but settled for swigging Dylan’s champagne.

Twelve tracks were completed at these New York sessions, whittled down to 10 for the promo version of Blood On The Tracks pressed and sent to key radio stations in November, as Columbia prepared for its release on Christmas Day, 1974. This phantom album, which would never make it to the racks, was very different from the record Dylan would eventually sanction. And even at this stage, he was clearly worried by what such autobiographical insights might encourage in his troubled marriage. The relatively benign “Meet Me In The Morning” was chosen over the far more rancorous “Call Letter Blues”. The latter, finally released on 1991’s Bootleg Series box set, seethes with the guilt and bitterness of a man newly abandoned by his wife. Its pathetic domestic details can only come from life: “Well, your friends come by for you/I don’t know what to say,” Dylan complains. “I just can’t face up to tell ’em/Honey, you just went away.” And what would Sara have made of these lines, spat with gleeful venom?: “Well, children cry for mother/I tell them, ‘Mo-ther TOOK A TRIP.’” The song’s sensitivity is emphasised by the mysterious omission, as late as 2004’s definitive Bob Dylan Lyrics book, of its final verses, in which he watches his ex-partner with another man and considers “call-girls in the doorway/giving me the eye”. This long dark night of a divorcee’s soul, too much even for Dylan at his most exposed, was swiftly buried.

Dylan took the record back to Minnesota with him for the Christmas holidays. Back in New York, hardboiled journalist Pete Hammill had written elegiac sleevenotes, which would later net him a Grammy. Columbia printed them up on iconically elegant covers, the front of which showed a solarised, side-on photo of Dylan in shades: impassive, indistinct, and seemingly shaking apart.

The presses were ready to roll. But Bob and brother David, listening to the sessions, convinced themselves at least half the tracks lacked some vital spark. “I had the acetate,” Bob later recalled. “I hadn’t listened to it for a couple of months. The record still hadn’t come out, and I put it on. I just didn’t… I thought the songs could have sounded differently, better. So I went in and re-recorded them.” Dylan rang Columbia to stop production on Christmas Eve, hours before release. The pressure on everyone involved, as schedules were shredded, must have been awful. It was the only time Dylan ever took such a stand over a recording. His personal investment in it couldn’t have been clearer.

David convinced his brother there was no need for a desperate flight back to New York. He had worked in Minnesota’s music industry for years, and had all the contacts they would need. On December 27, Minneapolis’ Sound 80 studio was booked for a swiftly assembled group of crack local musicians. The introverted Dylan only spoke to these strangers through David at first. But when they kicked into “Idiot Wind”, Blood On The Tracks finally fell into place.

Dylan was concerned that verses in this epic song, about an affair’s sad collapse, corresponded too blatantly to his split with Sara – another reason, perhaps, for his sudden cold feet. He spread the new lyrics across a music stand on pink post-it slips. After one take, he wandered off for a soda, and came back with yet another scribbled verse. Then they launched into the second take, which would define the album.

Whatever had happened to Dylan’s head since September, thoughts of love and peace for his absent wife were not to the fore. Whether or not they were less traceable to Sara, his new lyrics envisioned an ex-lover blinded by corruption, whose face had warped beyond recognition. Even getting near her room or touching her possessions made him ill with loathing. Worse, he lumped her in with the fame-crazed fans who had hounded them both out of Woodstock and New York, making her ask him “where it was at”. His voice was a lashing whip of high venom, as an organ churned the track into a carnival whirl. With its instinctively surreal images (“There’s a lone soldier on the cross, smoke pourin’ out of a boxcar door…”), it would prove the only time he would ever plug back into the mysterious source of Blonde On Blonde’s supernatural lyric streams and “wild mercury sound”. This was appropriate because, as verse piled onto verse, “Idiot Wind” seemed to unmake one of that album’s most potent spells. It was the dark flipside of “Sad-Eyed Lady Of The Lowlands”, an equally majestic rejection of that song’s idol, Sara.

“You have a nice way of picking things up here,” Dylan mildly told engineer Bill Martinson, when it was finished. He moved straight onto “Tangled Up In Blue”.

Another candidate for Dylan’s greatest song, he had been struggling to wrestle it into shape since he first wrote it that summer (and he would stay unsatisfied, releasing a third, messy draft on 1986’s Real Live). A prismatic overview of a love affair sadly faltering over the years, its second verse in particular (“She was married when we first met/Soon to be divorced…”) seemed to refer directly to Dylan’s determined extraction of Sara from her first marriage, to Hans Lownds. But its autobiographical undercurrents were matched in importance by Dylan’s brilliant use of techniques learned from Norman Raeben.

Dylan explained the song’s shifts in perspective, blurring the lovers and a narrator, with clear reference to his teacher. “What’s different about it,” he said, “is that there’s a code in the lyrics, and there’s also no sense of time. I was trying to make it like a painting where you can see the different parts but then you also see the whole of it… the characters change from the first person to the third person, and you’re never quite sure if the third person is talking or the first person is talking. But if you look at the whole thing it doesn’t really matter.”

Again, something vital was gained in Minnesota. Where the New York sessions added up to a superb example of ’70s acoustic singer-songwriting, ready to duke it out with James Taylor, Dylan was now consciously searching for his old mid-’60s punch. He’d already gone back to his former womanising, drinking ways. Now the crisis with Sara this had caused made him rebuild his full musical arsenal. Everyone chipped in to help. Musician Kevin Odegard suggested he pitch his voice up a key, allowing a more sprightly assault. David rewrote the drum parts, shoving up snapping snares. Dylan’s instructions were explicit. “It was specifically made clear to us,” Odegard recalled, “that Bob wanted to duplicate the sound he’d gotten on Highway 61.”

Dylan broke for the weekend, returning on December 30, 1974. He brought his children with him. Their reaction removed any doubt that Blood On The Tracks was, as Jakob Dylan would later claim, “my parents talking”. The holiday atmosphere chilled as Dad started to sing “You’re A Big Girl Now” and “If You See Her, Say Hello” – taken to be heart-broken farewells to Sara. “It was a little down,” said bassist Billy Petersen. “The sentiment was a little heavy.”

Almost the final touch was a high mandolin part Dylan wanted to add to “If You See Her…” for a sound “like birds’ wings flapping”. The mandolin player, Peter Ostroushko, refused to play so high up its neck, claiming such notes wouldn’t ring true. Dylan snatched it from him and played it perfectly himself.

Blood On The Tracks was finally released on January 20, 1975, split 50/50 between the New York and Minnesota sessions. Despite the emotional devastation that inspired it, the album Dylan had created was not a maudlin tearjerker, or pure sobbing confession. It was a balanced masterpiece – “Idiot Wind” bracketed by the softer sentiments of “You’re A Big Girl Now” and “You’re Gonna Make Me Lonesome When You Go”. The latter, allegedly written about Ellen Bernstein after her visit the previous summer, may have secretly twisted the knife into Sara. But when “Shelter From The Storm”, a plea for salvation from an old lover, is tallied, the album becomes a rounded, mature picture of love in crisis. Amusing and dramatic, too – not least on “Lily, Rosemary And The Jack Of Hearts”, a tense western epic in 16 verses, as astonishing as the heart-breakers around it. And Dylan’s performances were as powerful and perfectly judged as any he’d ever given. After trying to disappear for eight years, trauma had stripped his genius bare.

Reviewers agreed. They noted with cruel satisfaction how the break-up had blown away his malaise, replacing Dylan the dull, happy husband with the ‘real’ Bob. “The message is a bleak one,” wrote The Village Voice’s Paul Cowan. “At 34, with his marriage on the rocks, he is an isolated, lonely drifter once again… as in all Dylan’s great albums, pain is the flip-side of his legendary cruelty… [he] bears a very special kind of curse.” Dylan tried to throw such critics off the scent. “I would even record an entire album based on Chekhov short stories,” he ‘recalls’ in Chronicles with Olympic cheek. “Critics thought it was autobiographical – that was fine.” In 1985, he was angrier: “Well, I read this was supposed to be about my wife. I wish somebody would ask me first before they would go ahead and print stuff like that. Stupid and misleading jerks… anyway, it’s not the experience that counts, it’s the attitude towards the experience. I don’t write confessional songs. Emotion’s got nothing to do with it. It only seems so, like it seems that Laurence Olivier is Hamlet…”

Back in 1975, though, he was more honest, when a radio interviewer said she’d enjoyed the record. “A lot of people tell me they enjoyed that album,” he snapped. “It’s hard for me to relate to people enjoying that kind of pain.” Whatever their motives, a million Americans had bought Blood On The Tracks by March ’75. It went to No 1 (No 4 in the UK), for a while even fending off Bruce Springsteen’s Born To Run. His family’s collapse had saved his career.

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The pain Blood On The Tracks describes didn’t end when the album was finished. A few months later, Bob and Sara tried to reconcile, making a strained joint appearance at a benefit concert. But when he holidayed in France to celebrate his 34th birthday, staying with artist David Oppenheim (who painted Blood On The Tracks’ back cover), Sara would not come. Dylan constantly rang her. He became “completely despairing, isolated, lost”, Oppenheim recalled. They drank and womanised themselves into oblivion, but Bob was in a bad way.

The man who claimed that he didn’t write autobiographical songs then did so in shameless style to try to win Sara back. In New York’s Columbia studio on July 31, making Desire, everyone was surprised when she appeared. She wanted to see if there could be a “getting back together”, the album’s co-lyricist, Jacques Levy, said. As the session was breaking up, Dylan ordered the band back into the studio. “‘Sara’,” he barked. “‘Part One.’”

The song was a plea for forgiveness, Dylan fighting dirty as he described old holidays with their children, and “writing ‘Sad-Eyed Lady Of The Lowlands’ for you”. The venom of “Idiot Wind” seemed reversed as he sang with abandon to the “love of my life”.

“Bob obviously wanted to surprise her with it,” a witness recalled to biographer Bob Spitz. “He hadn’t told anyone he intended to record it, not even the band who were expected to follow him. Those of us sitting in the control room stopped talking and froze. Nobody moved, not a word was said. Bob had the lights dimmed more than usual, but as the music started, he turned and sang the song directly at Sara, who sat through it all with an impervious look on her face. It was as if she had put on an expressionless mask. The rest of us were blown away, embarrassed to be listening in front of them. He was really pouring out his heart to her. It seemed as if he was trying to reach her, but it was obvious she was unmoved.”

As the song finished, only a groupie stirred. “I don’t know who this Sara chick is,” she drawled obliviously to Dylan’s wife. “But she better hurry up before she’s six feet under.”

“She was absolutely stunned by it,” Levy told Howard Sounes. “And I think it was a turning point… It did work. The two of them really did get back together.”

That take of “Sara” became Desire’s last track. Other songs, “Isis” especially, and the album’s mood of joyous release, suggested Blood On the Tracks had only been a bleak interlude. But the Rolling Thunder tour that rumbled through 1975-6 proved its dark insights were only too true.

Sara went on the tour to play both Dylan’s lover and a whore in the movie he planned to make around it, Renaldo And Clara. The torn feelings in this casting were played out nightly. Bob and Sara’s romance seemed rekindled at first. But Joan Baez wasn’t his only sometime lover on the road with them. Other girlfriends popped up at every stop and travelled openly with Dylan. Band members Scarlet Rivera (violinist on Desire) and Ronee Blakley were rumoured to be sleeping with him. Even a girl bizarrely employed to teach Bob tightrope-walking was soon in his bed. By the tour’s second half in 1976, Sara was an infrequent, glowering visitor. Baez once glimpsed Dylan kneeling before her, begging for forgiveness yet again. At other times, they had poisonous rows, in parking lots and motel rooms. Dylan, always a wine-drinker, switched to brandy. “Idiot Wind”, not “Sara”, was his song again now. At a televised gig in Colorado on his 35th birthday, with his wife and children watching, he sang it into a howling gale. Released on Hard Rain (1976), it beats even Blood On The Tracks’ version for paint-blistering bile.

The final act was played out in Point Dume, where their troubles had begun. By 1976, their dream home was finally fit for habitation. It was just in time to stage their marriage’s meltdown. Sara’s court papers, when she filed for divorce on March 1, 1977, showed how savagely things had deteriorated. The man who had abandoned rock’s most brilliant career to be with her seemed a monster now.

“He began to act in a bizarre and frightening manner, causing me to be terrified of him,” she alleged. “He would come in and out of the house at all hours, often bursting into my room, where he would stand and gaze at me in silence and refuse to leave… I was in such fear of him that I locked doors to protect myself from his violent outbursts…”

She filed for divorce after those brutal scenes over the breakfast table, when Dylan allegedly hit her. A nasty battle over the children’s custody followed (he eventually got to see them each summer), before Sara was awarded $36 million – roughly half of Dylan’s worth – when the divorce was finalised on June 30, 1977. The idiot wind – or Bob’s womanising and weird moods – had blown them apart. “Marriage was a failure,” he told a journalist in 1978. “Husband and wife was a failure, but father and mother wasn’t a failure. I wasn’t a very good husband… I don’t know what a good husband is. I figured it would last forever.”

Dylan and Sara were never close again. But her part in his music carried on. In 1977, while visiting Rolling Thunder tour-mates Steven Soles and T-Bone Burnett, he played a set of songs too frightening to ever be heard again: like Blood On The Tracks 2, with the love torn out. “They were all very, very, very tough, dark, dark, dark songs,” Soles told Howard Sounes. “None of them saw the light of day. They got discarded because I think they were too strong. They were the continuation of the Bob and Sara tale, on the angry side of that conflict.” One of these blackest of tracks, “I’m Cold”, scared Soles. “It was scathing and tough and venomous. A song that would bring a chill to your bones. That’s what it did to me. T-Bone and I, when he left, our mouths were just wide open. We couldn’t even believe what we’d heard.”

Dylan’s last official word on Sara, Street-Legal (1978), was a more chastened affair. In too ragged a state to craft Blood On The Tracks’ true sequel, “Where Are You Tonight? (Journey Through Dark Heat)”, swirling with images of betrayal, sorrow and corruption, was at least a worthy coda.

The so-called Alimony Tour (1978), though, his divorce’s final fall-out, saw Dylan widely ridiculed. The career Blood On The Tracks had saved soon went into a long tailspin – two dark decades where he once more seemed washed up. But the emotional honesty its painful making had wrenched from him lingered. His most recent revival, Time Out Of Mind (1997), is a death-haunted old man’s companion piece to Blood On The Tracks’ thirtysomething blues.

The blood Dylan spilt 30 years ago, in the end, was his own. The wounds are still with him.

Bob Dylan’s Former Classmate Muses About His Paintings at Gagosian Gallery

Amy Zimmer

September 26, 2011

UPPER EAST SIDE — Andy Warhol, Pablo Picasso, Richard Avedon and Richard Serra grace the walls of the Gagosian Gallery, but its latest star is better known for his singing than his painting.

On show at the high-end gallery’s Upper East Side location are paintings by legendary singer Bob Dylan.

Dylan, a man of many talents, has been making visual art since the 1960s but had not publicly exhibited his work until 2007 with a show in Germany, followed by one in Copenhagen.

His show at the Gagosian — « Bob Dylan: The Asia Series, » which runs through Oct. 22 — is his first in New York, the city he moved to in the 1960s where he made a name for himself on the Greenwich Village folk-singing circuit.

Art lovers and Dylan fans are taking in his street scenes, people and landscapes from his travels in Japan, China, Vietnam and Korea — including one man who walked in Friday with « Positively Fourth Street » playing on his smart phone.

He was almost evicted by a security guard.

A woman in a beige leopard print coat and glasses and a purple leopard print scarf, who was looking intently at the paintings, left a note for Dylan with the Gagosian staff.

It wasn’t merely a fan note. It turns out the woman — Bernice Sokol Kramer, now a professional artist — had taken an art class with Dylan in 1974 on the 11th floor of Carnegie Hall with Norman Raeben, the son of famous Yiddish author Sholom Aleichem.

« Nobody cared who he was, » Kramer told DNAinfo of the famous troubadour, who used his real name Bob Zimmerman in class. « We were painting fanatics. Nobody cared about anything else. »

They were all taken with Raeben, who had studied with George Luks and Robert Henri, of the Aschan School, and who taught not just technique but philosophy of sorts. He had 10 commandments that included such rules as, « I’d rather be stupid than phony, » Kramer recalled.

Dylan wanted to fly their teacher and the whole class to California when he had to go there — Kramer assumed it was for an album — but Raeben, who was elderly at the time, declined.

« He loved Norman a lot, » she said of the singer, whom she remembered as having a big heart.

« My teacher was a Svengali type. He was like a guru, » said Kramer, who began her nine-year study with Raeben in 1967.  « Norman would hold reading classes. He thought you should have another frame of reference. »

They read Colette and Proust. One of Dylan’s paintings reminded Kramer of a short story they read by Tolstoy about a workhorse. In one painting, she thought she saw Raeben’s face.

As Kramer looked at Dylan’s paintings, she was amazed and impressed by his technique and saw the impact of their former teacher everywhere. « He taught you light and texture, » she said.

« He taught you from the shadows up. »

In her letter to Dylan, Kramer wrote, « You have retained your heart and feelings without being burdened by all the ‘isms that are spewing forth these days. … So happy to see this very ambitious work. »

Kramer hasn’t seen Dylan in 36 years, and she wasn’t sure she’d hear from him, but she left her email on the letter, just in case.

Bob Dylan: The Asia Series is on view at the Gagosian Gallery, 980 Madison Ave., fourth floor, through Oct. 22.

Bob Dylan vs. His Art Sources
09.29.11

How six of the singer’s paintings compare with the photographs that inspired them. By Blake Gopnik.
Left: Gagosian; Right: Dmitri Kessel, Time Life Pictures / Getty Images

Over the last few days, it has become clear that The Asian Series, a show of paintings by Bob Dylan at Gagosian Gallery in New York, has its roots in photographs taken by others. Blake Gopnik pairs six Dylan paintings and their sources.
Left: Gagosian; Right: Dmitri Kessel, Time Life Pictures / Getty Images

Bob Dylan’s painting called The Game, next to the black-and-white photo it’s based on. Oil paints turn a document into “art”—which could help us give it a more critical viewing.
Left: Gagosian; Right: Musée Albert Kahn

Dylan’s painting, Opium, and the 100-year-old photo it is based on, by Leon Busy, taken in Vietnam. Could it be that the painting, made so recently—and pretending to be a real observation—gives a sense that old clichés are alive and well? It’s not that such opium dens still exist, but that we still have them in our minds.
Left: Gagosian; Right: Okinawa Soba / Flickr

Monk, executed in oils by Dylan, and the hand-colored photo it was based on. Purely on the two pieces’ own terms, the photo actually may be the more striking image.
Left: Gagosian Right: Bruce Gilden / Magnum

Dylan’s Big Brother, and a quite recent photo by Bruce Gilden that is its source. It seems obvious that Dylan’s image has a very photographic composition. It is hard to imagine simply viewing the world at this angle.
Left: Gagosian; Right: Henri Cartier-Bresson / Magnum

Dylan’s Trade and the photograph that gave birth to it, by Henri Cartier-Bresson. When artists borrow from such a famous source, they are normally flagging their work as a deliberate appropriation.
Left: Gagosian Right: Okinawa Soba / Flickr

Dylan’s Emperor and a photograph from circa 1900 of Manchu newlyweds. By mixing such a vintage scene with much more recent imagery, the series gives viewers a sense that it is aggregating clichés—deliberately?

Dylan Paintings Draw Scrutiny
Dave Itzkoff
The New York times

September 26, 2011
The freewheeling artistic style of Bob Dylan, who has drawn on a variety of sources in creating his music and has previously raised questions of attribution in his work, is once again stirring debate — this time over an exhibition of his paintings at the Gagosian Gallery on the Upper East Side.

When the gallery announced the exhibition, called “The Asia Series,” this month, it said the collection of paintings and other artwork would provide “a visual journal” of Mr. Dylan’s travels “in Japan, China, Vietnam and Korea,” with “firsthand depictions of people, street scenes, architecture and landscape.”

But since the exhibition opened on Sept. 20, some fans and Dylanologists have raised questions about whether some of these paintings are based on Mr. Dylan’s own experiences and observations, or on photographs that are widely available and that he did not take.

A wide-ranging discussion at the Bob Dylan fan Web site Expecting Rain has pointed out similarities between several works in “The Asia Series” and existing or even well-known photographs — for example, between a painting by Mr. Dylan depicting two men and a Henri Cartier-Bresson photograph of two men, one a eunuch who served in the court of the Dowager Empress Tzu Hsi.
Observers have pointed out that a painting by Mr. Dylan called “Opium,” which is used to illustrate a Web page for the “Asia Series” exhibition on the Gagosian site, appears to be closely modeled on a picture by Léon Busy, an early-20th-century photographer.

Separately, Michael Gray, in a post on his blog, Bob Dylan Encyclopedia, points out that a painting by Mr. Dylan depicting three young men playing a sidewalk board game is nearly identical to a photograph taken by Dmitri Kessel.

Mr. Gray, an author who has written extensively about Mr. Dylan’s work and its artistic influences, writes on his blog:

“The most striking thing is that Dylan has not merely used a photograph to inspire a painting: he has taken the photographer’s shot composition and copied it exactly. He hasn’t painted the group from any kind of different angle, or changed what he puts along the top edge, or either side edge, or the bottom edge of the picture. He’s replicated everything as closely as possible. That may be a (very self-enriching) game he’s playing with his followers, but it’s not a very imaginative approach to painting. It may not be plagiarism but it’s surely copying rather a lot.”

Others commenting at Expecting Rain were less concerned, like one using the screen name restless, who wrote: “ ‘quotation’ and ‘borrowing’ are as old as the hills in poetry, traditional songs, and visual art.”

“There’s no need to be an apologist for that,” the post continued. “It’s often a part of making art, that’s all. Good grief, y’all.”

On Monday a press representative for the Gagosian Gallery said in a statement: “While the composition of some of Bob Dylan’s paintings is based on a variety of sources, including archival, historic images, the paintings’ vibrancy and freshness come from the colors and textures found in everyday scenes he observed during his travels.”

The gallery also pointed to an interview with Mr. Dylan in its exhibition catalog, in which he is asked whether he paints from sketches or photographs. He responds:

“I paint mostly from real life. It has to start with that. Real people, real street scenes, behind the curtain scenes, live models, paintings, photographs, staged setups, architecture, grids, graphic design. Whatever it takes to make it work. What I’m trying to bring out in complex scenes, landscapes, or personality clashes, I do it in a lot of different ways. I have the cause and effect in mind from the beginning to the end. But it has to start with something tangible.”

Mr. Dylan has previously proved elusive to critics and observers who have tried to pin him down on source material. In 2006 it was shown that lyrics on Mr. Dylan’s No. 1 album “Modern Times” bore a strong resemblance to the poems of Henry Timrod, who composed verses about the Civil War and died in 1867. Lyrics from a previous album, “Love and Theft,” were similar to passages from the gangster novel “Confessions of a Yakuza,” by the Japanese writer Junichi Saga.

In a 2008 essay for The New Haven Review, Scott Warmuth, a radio disc jockey and music director who has closely studied Mr. Dylan’s work, said that Mr. Dylan’s 2004 memoir, “Chronicles: Volume One,” had adapted many phrases and sentences from works by other writers, including the novelist Jack London, the poet Archibald MacLeish and the author Robert Greene.

Mr. Dylan did not comment on those similarities then, and a representative for him declined to comment on the Gagosian exhibition.

Entertainment

Did Bob Dylan plagiarize his paintings from famous photos?

The art world is in an uproar over accusations Dylan used photographs without attribution as inspiration for his art.
Trish Crawford

Music
Sept. 29, 2011

The art world is crying foul over Bob Dylan’s paintings at the Gagosian Gallery in New York. Since Dylan’s Asia Series show opened on Sept. 20, allegations have surfaced that at least three of his paintings look exactly like photographs by Henri Cartier-Bresson, Léon Busy and Dmitri Kessel.

The New York Times printed an article questioning the originality of Dylan’s canvases Wednesday, showing both the photos and the paintings (which they photographed in the gallery) for comparison. The gallery refused to supply photos of the Dylan paintings.

“While the composition of some of Bob Dylan’s paintings are based on a variety of sources, including archival, historic images, the paintings’ vibrancy and freshness come from the colours and textures found in everyday scenes he observed during his travels,” the gallery said in a statement.

Jennifer Rudder, an experienced curator who teaches art criticism at Toronto’s OCAD University, says the paintings’ sources should have been acknowledged.

“A lot of people paint from photographs as Sunday painters, but Bob Dylan is not a Sunday painter,” said Rudder, adding she’s surprised that the gallery wouldn’t have known about the original photographs, as they were easily accessible by the public.

“Artists have been doing variations on widely available photos for many decades,” said Elizabeth Legge, chair of the University of Toronto’s Department of Art. “Warhol would be a big well-known example.”

It’s all right, she said, “provided the artist does something original with the material. Even just changing the context it is seen in, it is usually a non-issue.”

She acknowledged the art world is tied in knots over the subject, with some, such as Jeff Koons and Damien Hirst, facing frequent challenges of copyright violations. “It is a grey area, complicated by the big money that comes into play, especially with big-ticket artists,” Legge said.

Musicologist Rob Bowman says the sheer celebrity of Dylan has made him a target for criticism (just as it pulls people into the show, which runs to Oct. 22).

Bowman, a professor at York University, Bowman said, “The art of Bob Dylan creates business for the gallery, whether it is good or not. We are talking fame and celebrity here. You will get people taking shots at him.”

Bowman says he thinks the gallery blew it by not acknowledging the sources and that the exhibit would have benefited from posting the photos beside the paintings as added information.

But art writer Jim Linderman wrote a supportive post on the Dylan fan website Expecting Rain.

Admitting, “I’ve been a fan all my life,” Linderman wrote an article titled “Bob Dylan paints just like a painter” to point out that painting photographs is a time-honoured practice.

The early marketing of the show as a record of Dylan’s travels is the source of the problem, he said, adding that the controversy is nothing new.

“The art world is full of scandal. It is as corrupt as a circus,” he said.

Voir par ailleurs:

Gabrielle Calvocoressi : «Ce Nobel ouvre la porte aux paroliers»

Tolly Taylor Journaliste américain en poste à «Libération» pour l’élection présidentielle@TollyTaylo
Libération
3 octobre 2016 

Pour Gabrielle Calvocoressi, poétesse américaine, le prix de Dylan, poète au sens le plus antique, permettra à des genres comme le hip-hop d’être acceptés dans le champ littéraire.

Gabrielle Calvocoressi, poétesse américaine, est rédactrice en chef au Los Angeles Review of Books.

Que vous inspire le prix Nobel 2016 de littérature ?

Dylan nobélisé: The day the truth died (Sinatra of history: How smooching Dylan bended the truth about « Hurricane »)

19 octobre, 2016

chappatte_2016-10-17

hurricane
hurricaneposterlovetheft

You can’t fake true cool. Publicité Chrysler
If you were going to sell out to a commercial interest, which one would you choose? Ladies garments. Rolling stone
I see, I see lovers in the meadow I see, I see silhouettes in the window I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. I’m sick of love, I wish I’d never met you I’m sick of love, I’m tryin’ to forget you. Just don’t know what to do I’d give anything to Be with you. Publicité Victoria’s secret
Now for ten years we’ve been on our own And moss grows fat on a rollin’ stone But that’s not how it used to be When the jester sang for the king and queen In a coat he borrowed from James Dean And a voice that came from you and me Oh, and while the king was looking dow The jester stole his thorny crown Do you recall what was revealed The day the music died? Don McLean
Si l’on considère qu’aujourd’hui encore tous les grands événements publics se glissent secrètement et comme voilés sur la scène du monde, qu’ils sont cachés par des faits insignifiants, côté desquels ils paraissent petits, que leurs effets profonds, leurs contrecoups ne se manifestent que longtemps après qu’ils se sont produits, quelle importance peuton alors accorder à la presse, telle qu’elle existe aujourd’hui, avec sa quotidienne dépense de poumons pour hurler, assourdir, exciter et effrayer ? la presse estelle autre chose qu’un bruit aveugle et permanent qui détourne les oreilles et les sens vers une fausse direction ? Nietzsche
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Pour conclure, on se pose la question de savoir si des témoignages tirés de l’histoire soviétique et librement réécrits, coupés, arrangés et placés hors contexte historique et temporel peuvent être livrés et reçus comme tels. Matière première pour la fiction ou document historique ? Certes, Svetlana Alexievitch elle-même n’insiste pas sur le côté documentaire de son œuvre, en la qualifiant de « romans de voix », mais le fait même d’indiquer les noms, l’âge, la fonction de chaque personne interrogée entretient la confusion chez le lecteur par la mise en œuvre d’une esthétique du témoignage. Mais une esthétique du témoignage est-elle possible sans éthique du témoignage ? On est en droit de poser la question suivante : si les livres d’Alexievitch n’avaient pas ces mentions de noms de témoins et si elle les avait présentés comme de la fiction (en somme, la littérature de fiction est le plus souvent inspirée des histoires réelles), quelle aurait été la réception de cette œuvre ? Aurions-nous eu le même engouement que provoque chez le lecteur le sentiment de vérité ? Serions-nous bouleversés par ces histoires dont beaucoup nous seraient parues, du coup, incroyables ? Le récit prend ici son caractère d’authenticité et de vérité qui exerce un travail émotionnel sur celui qui le reçoit. C’est la fonction de la télé-réalité et de l’exposition généralisée du « vrai malheur » de « vrais gens » qui a gagné les médias depuis quelques années et qui substitue à la critique politique des problèmes sociaux un espace intime dominé par les affects et le psychisme. L’exemple de l’œuvre d’Alexievitch et de sa réception nous montrent à la fois les enjeux et les limites d’une littérature de témoignage qui ne serait pas fermement enracinée dans une perspective critique et historique ainsi que les limites d’une « dissidence » ou d’une « discordance » qui ne serait pas restituée avec précision dans son contexte historique. Le témoignage a, à coup sûr, sa place dans l’œuvre littéraire, d’autant plus que depuis la Shoah et la Seconde Guerre mondiale, le rapport entre le témoignage et l’histoire est repensé à grands frais. Mais la responsabilité du témoin face à la mémoire collective engage tout autant l’acteur que le narrateur, surtout lorsqu’il s’agit de deux personnes différentes. François Dosse insiste sur l’articulation nécessaire du témoignage, mémoire irremplaçable mais insuffisante, et du discours de la socio-histoire, travail indispensable d’analyse explicative et compréhensive. Si, pour reprendre la formule chère à Paul Ricœur, le témoignage a d’autant plus sa place dans la littérature que les générations présentes entretiennent une dette envers le passé (et envers le futur avec l’avenir contaminé de Tchernobyl), ce qui conduit à donner la parole aux « sans parole », aux vaincus de l’histoire, il implique en retour de redoubler de précaution face aux usages de la mémoire, mémoire aveugle, prisonnière d’imaginaires sociaux et historiques particuliers que le narrateur ne saurait faire passer pour des universaux. En ce sens, on devrait évaluer l’œuvre de Svetlana Alexievitch, qui appartient à un genre littéraire particulier basé sur une construction avec une très forte charge émotionnelle où les témoins sont transformés en porteurs « types » de messages idéologiques, avec des critères littéraires, plutôt que d’y chercher des vérités documentées comme l’a trop souvent fait la presse française et internationale. Galia Ackerman  et Frédérick Lemarchand
Ce qui est nouveau, c’est d’abord que la bourgeoisie a le visage de l’ouverture et de la bienveillance. Elle a trouvé un truc génial : plutôt que de parler de « loi du marché », elle dit « société ouverte », « ouverture à l’Autre » et liberté de choisir… Les Rougon-Macquart sont déguisés en hipsters. Ils sont tous très cools, ils aiment l’Autre. Mieux : ils ne cessent de critiquer le système, « la finance », les « paradis fiscaux ». On appelle cela la rebellocratie. C’est un discours imparable : on ne peut pas s’opposer à des gens bienveillants et ouverts aux autres ! Mais derrière cette posture, il y a le brouillage de classes, et la fin de la classe moyenne. La classe moyenne telle qu’on l’a connue, celle des Trente Glorieuses, qui a profité de l’intégration économique, d’une ascension sociale conjuguée à une intégration politique et culturelle, n’existe plus même si, pour des raisons politiques, culturelles et anthropologiques, on continue de la faire vivre par le discours et les représentations. (…)  C’est aussi une conséquence de la non-intégration économique. Aujourd’hui, quand on regarde les chiffres – notamment le dernier rapport sur les inégalités territoriales publié en juillet dernier –, on constate une hyper-concentration de l’emploi dans les grands centres urbains et une désertification de ce même emploi partout ailleurs. Et cette tendance ne cesse de s’accélérer ! Or, face à cette situation, ce même rapport préconise seulement de continuer vers encore plus de métropolisation et de mondialisation pour permettre un peu de redistribution. Aujourd’hui, et c’est une grande nouveauté, il y a une majorité qui, sans être « pauvre » ni faire les poubelles, n’est plus intégrée à la machine économique et ne vit plus là où se crée la richesse. Notre système économique nécessite essentiellement des cadres et n’a donc plus besoin de ces millions d’ouvriers, d’employés et de paysans. La mondialisation aboutit à une division internationale du travail : cadres, ingénieurs et bac+5 dans les pays du Nord, ouvriers, contremaîtres et employés là où le coût du travail est moindre. La mondialisation s’est donc faite sur le dos des anciennes classes moyennes, sans qu’on le leur dise ! Ces catégories sociales sont éjectées du marché du travail et éloignées des poumons économiques. Cependant, cette« France périphérique » représente quand même 60 % de la population. (…) Ce phénomène présent en France, en Europe et aux États-Unis a des répercussions politiques : les scores du FN se gonflent à mesure que la classe moyenne décroît car il est aujourd’hui le parti de ces « superflus invisibles » déclassés de l’ancienne classe moyenne. (…) Face à eux, et sans eux, dans les quinze plus grandes aires urbaines, le système marche parfaitement. Le marché de l’emploi y est désormais polarisé. Dans les grandes métropoles il faut d’une part beaucoup de cadres, de travailleurs très qualifiés, et de l’autre des immigrés pour les emplois subalternes dans le BTP, la restauration ou le ménage. Ainsi les immigrés permettent-ils à la nouvelle bourgeoisie de maintenir son niveau de vie en ayant une nounou et des restaurants pas trop chers. (…) Il n’y a aucun complot mais le fait, logique, que la classe supérieure soutient un système dont elle bénéficie – c’est ça, la « main invisible du marché» ! Et aujourd’hui, elle a un nom plus sympathique : la « société ouverte ». Mais je ne pense pas qu’aux bobos. Globalement, on trouve dans les métropoles tous ceux qui profitent de la mondialisation, qu’ils votent Mélenchon ou Juppé ! D’ailleurs, la gauche votera Juppé. C’est pour cela que je ne parle ni de gauche, ni de droite, ni d’élites, mais de « la France d’en haut », de tous ceux qui bénéficient peu ou prou du système et y sont intégrés, ainsi que des gens aux statuts protégés : les cadres de la fonction publique ou les retraités aisés. Tout ce monde fait un bloc d’environ 30 ou 35 %, qui vit là où la richesse se crée. Et c’est la raison pour laquelle le système tient si bien. (…) La France périphérique connaît une phase de sédentarisation. Aujourd’hui, la majorité des Français vivent dans le département où ils sont nés, dans les territoires de la France périphérique il s’agit de plus de 60 % de la population. C’est pourquoi quand une usine ferme – comme Alstom à Belfort –, une espèce de rage désespérée s’empare des habitants. Les gens deviennent dingues parce qu’ils savent que pour eux « il n’y a pas d’alternative » ! Le discours libéral répond : « Il n’y a qu’à bouger ! » Mais pour aller où ? Vous allez vendre votre baraque et déménager à Paris ou à Bordeaux quand vous êtes licencié par ArcelorMittal ou par les abattoirs Gad ? Avec quel argent ? Des logiques foncières, sociales, culturelles et économiques se superposent pour rendre cette mobilité quasi impossible. Et on le voit : autrefois, les vieux restaient ou revenaient au village pour leur retraite. Aujourd’hui, la pyramide des âges de la France périphérique se normalise. Jeunes, actifs, retraités, tous sont logés à la même enseigne. La mobilité pour tous est un mythe. Les jeunes qui bougent, vont dans les métropoles et à l’étranger sont en majorité issus des couches supérieures. Pour les autres ce sera la sédentarisation. Autrefois, les emplois publics permettaient de maintenir un semblant d’équilibre économique et proposaient quelques débouchés aux populations. Seulement, en plus de la mondialisation et donc de la désindustrialisation, ces territoires ont subi la retraite de l’État. (…) Aujourd’hui, ce parc privé « social de fait » s’est gentrifié et accueille des catégories supérieures. Quant au parc social, il est devenu la piste d’atterrissage des flux migratoires. Si l’on regarde la carte de l’immigration, la dynamique principale se situe dans le Grand Ouest, et ce n’est pas dans les villages que les immigrés s’installent, mais dans les quartiers de logements sociaux de Rennes, de Brest ou de Nantes. (…) In fine, il y a aussi un rejet du multiculturalisme. Les gens n’ont pas envie d’aller vivre dans les derniers territoires des grandes villes ouverts aux catégories populaires : les banlieues et les quartiers à logements sociaux qui accueillent et concentrent les flux migratoires. Christophe Guilluy
Though Obama, the son of a Kenyan immigrant, lagged in polls as late as mid-February, he surged to the front of the pack in recent weeks after he began airing television commercials and the black community rallied behind him. He also was the beneficiary of the most inglorious campaign implosion in Illinois political history, when multimillionaire Blair Hull plummeted from front-runner status amid revelations that an ex-wife had alleged in divorce papers that he had physically and verbally abused her. After spending more than $29 million of his own money, Hull, a former securities trader, finished third, garnering about 10 percent of the vote. (…) Obama ascended to front-runner status in early March as Hull’s candidacy went up in flames amid the divorce revelations, as well as Hull’s acknowledgment that he had used cocaine in the 1980s and had been evaluated for alcohol abuse. The Chicago Tribune (17.03.04)
Axelrod is known for operating in this gray area, part idealist, part hired muscle. It is difficult to discuss Axelrod in certain circles in Chicago without the matter of the Blair Hull divorce papers coming up. As the 2004 Senate primary neared, it was clear that it was a contest between two people: the millionaire liberal, Hull, who was leading in the polls, and Obama, who had built an impressive grass-roots campaign. About a month before the vote, The Chicago Tribune revealed, near the bottom of a long profile of Hull, that during a divorce proceeding, Hull’s second wife filed for an order of protection. In the following few days, the matter erupted into a full-fledged scandal that ended up destroying the Hull campaign and handing Obama an easy primary victory. The Tribune reporter who wrote the original piece later acknowledged in print that the Obama camp had  »worked aggressively behind the scenes » to push the story. But there are those in Chicago who believe that Axelrod had an even more significant role — that he leaked the initial story. They note that before signing on with Obama, Axelrod interviewed with Hull. They also point out that Obama’s TV ad campaign started at almost the same time. The NYT (01.04.07)
One lesson, however, has not fully sunk in and awaits final elucidation in the 2012 election: that of the Chicago style of Barack Obama’s politicking. In 2008 few of the true believers accepted that, in his first political race, in 1996, Barack Obama sued successfully to remove his opponents from the ballot. Or that in his race for the US Senate eight years later, sealed divorced records for both his primary- and general-election opponents were mysteriously leaked by unnamed Chicagoans, leading to the implosions of both candidates’ campaigns. Or that Obama was the first presidential candidate in the history of public campaign financing to reject it, or that he was also the largest recipient of cash from Wall Street in general, and from BP and Goldman Sachs in particular. Or that Obama was the first presidential candidate in recent memory not to disclose either undergraduate records or even partial medical. Or that remarks like “typical white person,” the clingers speech, and the spread-the-wealth quip would soon prove to be characteristic rather than anomalous. Few American presidents have dashed so many popular, deeply embedded illusions as has Barack Obama. And for that, we owe him a strange sort of thanks. Victor Davis Hanson
I am sentimental/ So I walk in the rain/ I’ve got some habits/ Even I can’t explain/ I go away week-ends / And leave my keys on the door/ Why try to change me now  ? Frank Sinatra
How can the life of such a man be in the palm of some fool’s hand To see him obviously framed Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land where justice is a game Bob Dylan
In folk and jazz, quotation is a rich and enriching tradition…It has to do with melody and rhythm, and then after that, anything goes. You make everything yours. We all do it. Bob Dylan
Les chansons ne sont pas apparues par magie, je ne les ai pas fabriquées à partir de rien. J’ai appris à écrire des paroles en écoutant des chansons folk. Et je les ai jouées (…) je n’ai rien chanté d’autre que des folk songs, et elles m’ont ouvert le code pour tout ce qui est de bonne chasse, tout ce qui appartient à tout le monde. Si vous aviez chanté John Henry aussi souvent que moi – John Henry was a steel-driving man/Died with a hammer in his hand/John Henry said a man ain’t nothin but a man/Before I let that stea drill drive me down/I’ll die with my hammer in my hand. Si vous aviez chanté cette chanson aussi souvent que moi, vous aussi, vous auriez écrit “How many roads must a man walk down” » (le premier vers de Blowin’ in the Wind). (…) Les Byrds, les Turtles, Sonny and Cher… ils ont transformé certaines de mes chansons en succès de hit-parade, mais je n’étais pas un auteur de chansons pop, et ce n’est pas vraiment ce que je voulais être. Mais c’est bien que ce soit arrivé. Leurs versions de mes chansons étaient comme des publicités. (…) les critiques disent que je mutile mes mélodies, que je rends mes chansons méconnaissables. Vraiment ?  (…) Sam Cooke [chanteur de rhythm’n’blues à la voix d’ange] a répondu ceci quand on lui a dit qu’il avait une belle voix : “c’est très gentil à vous, mais les voix ne doivent pas être jugées en fonction de leur joliesse. Elles ne comptent que si elles vous convainquent qu’elles disent la vérité”. Bob Dylan
He’s a great humanitarian, he’s great philanthropist He knows just where to touch you honey, and how you like to be kissed He’ll put both his arms around you You can feel the tender touch of the beast You know that sometimes Satan comes as a man of peace. Standing on the water, casting your bread (…) Fools rush in where angels fear to tread (…) You’re a man of the mountains, you can walk on the clouds Manipulator of crowds, you’re a dream twister You’re going to Sodom and Gomorrah (…) Well, the Book of Leviticus and Deuteronomy The law of the jungle and the sea are your only teachers In the smoke of the twilight on a milk-white steed Michelangelo indeed could’ve carved out your features Resting in the fields, far from the turbulent space Half asleep near the stars with a small dog licking your face. (…) Well, the rifleman’s stalking the sick and the lame Preacherman seeks the same, who’ll get there first is uncertain Nightsticks and water cannons, tear gas, padlocks Molotov cocktails and rocks behind every curtain False-hearted judges dying in the webs that they spin Only a matter of time ’til the night comes stepping in. Bob Dylan
Bob is not authentic at all. He’s a plagiarist, and his name and voice are fake. Everything about Bob is a deception. We are like night and day, he and I. Joni Mitchell
I like a lot of Bob’s songs. Musically he’s not very gifted. He’s borrowed his voice from old hillbillies. He’s got a lot of borrowed things. He’s not a great guitar player. He’s invented a character to deliver his songs. Sometimes I wish that I could have that character — because you can do things with that character. It’s a mask of sorts. Joni Mitchell
The songwriter has borrowed material before. He often makes passing references to the Bible or to works of literature in his songs. On « Love and Theft, » he briefly quotes a passage from « The Great Gatsby. » As an aspiring artist, Mr. Dylan, né Zimmerman, is often said to have taken his name from the late Welsh poet, Dylan Thomas, though Mr. Dylan has sometimes denied that. He’s like « some very imaginative sponge, » says Christopher Ricks, a professor of humanities at Boston University, who has lectured on Mr. Dylan’s works. Usually, says Mr. Ricks, Mr. Dylan’s sponging is a healthy part of the creative process. The songwriter takes a few words, twists them, changes their context, and produces an entirely new work of art. But Mr. Ricks says he was surprised by the extent to which Mr. Dylan seems to have borrowed from « Confessions of a Yakuza » on his latest album. « No one of these instances was very telling, » he says. « But when you put together the whole string of them, it’s quite striking. » The WSJ
I kind of wondered if he had done a lot of that before on other albums. But if he’d been doing this all along, somebody would have caught him a long time ago. Chris Johnson.
L’ironie du sort veut que ce Nobel lui tombe dessus alors que ses derniers albums ne contiennent que des morceaux écrits par d’autres, vieux standards de sa jeunesse ressuscités par une voix de crooner usé. Mais attention, le prochain sera celui d’un Nobel. Télérama
Part protest song, part historical document, Dylan’s runaway, eight-minute epic reads like a legal brief, as the singer punches holes in the prosecutor’s Lafayette killings case, spitting out the lyrics with passion and contempt. After attorneys at Dylan’s label, Columbia Records, asked for slight changes in the song to avoid possible lawsuits (Dylan agreed), « Hurricane » was quickly shipped out to radio. In the fall of 1975, Dylan took his Rolling Thunder Revue, starring Joan Baez, Joni Mitchell, Allen Ginsberg and Roberta Flack, out on the road. (…) On Dec. 7, the Revue pulled into Carter’s New Jersey prison for a show of support. (…) The next night the Revue played to a sold-out Madison Square Garden, where more than a $100,000 was collected forCarter’s legal fund. One month later, Hurricane II, another charity concert for Carter, was held, as Dylan’s Revue was joined by Isaac Hayes, Stevie Wonder, Steven Stills, Carlos Santana, Richie Havens and Rick Danko of the Band at Houstons’ Astrodome. Just two months after that show, the New Jersey Supreme Court, prompted by Bello’s recantation in the pages of the New York Times, unanimously overturned the Lafayette convictions, ruling that the prosecution withheld evidence favorable to the defense, and ordered a new trial for Carter and Artis. Incredibly, in 1976 both men were again convicted, this time when prosecutors were allowed to introduce as a motive the notion that Carter and Artis gunned down the three whites in retaliation for a killing earlier that night in Paterson, wherein a black bar owner had been killed by a white. It took eight more years before a federal district court judge in Newark, N.J., finally overturned Carter’s conviction, insisting, « The extensive record clearly demonstrates that the petitioners’ convictions were predicated upon an appeal to racism rather than reason, and concealment rather than disclosure. » Or, as Dylan had sung ten years earlier: « How can the life of such a man Be in the palm of some fool’s hand? To see him obviously framed Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land Where justice is a game. » Rolling Stone
Le 17 juin 1966, à environ 2 h 30 du matin, deux hommes entrèrent dans le Lafayette Bar and Grill, à Paterson (New Jersey) et tirèrent. Le patron, Jim Oliver, et un client, Fred Cedar Grove Bob Nauyoks, furent tués sur le coup. Hazel Tanis, une cliente grièvement blessée, fut touchée à la gorge, à l’estomac, aux intestins, à la rate et au poumon gauche, ainsi qu’à un bras qui éclata sous l’impact des balles de plomb. Elle mourut près d’un mois plus tard. Un troisième client, Willie Marins, survécut à l’attaque bien qu’il ait été atteint à la tête, perdant l’usage d’un œil. Un petit délinquant, Alfred Bello, qui se trouvait près du Lafayette pour commettre un cambriolage la même nuit, fut témoin oculaire des faits. Bello fut l’une des premières personnes présentes sur le lieu du crime et c’est lui qui appela un opérateur téléphonique pour avertir la police. Une résidente de l’appartement situé au deuxième étage au-dessus du Lafayette, Patricia Graham (qui devint Patricia Valentine), vit quant à elle deux hommes noirs monter dans une voiture blanche et partir vers l’ouest en quittant le bar. Un autre voisin, Ronald Ruggiero, entendit également les coups de feu et lorsqu’il regarda par sa fenêtre, il vit Bello courir de la rue Lafayette vers la 16e rue. Il entendit aussi le crissement des pneus et vit une voiture blanche s’échapper, prendre la direction de l’ouest, avec deux hommes noirs assis à l’avant. La couleur de la voiture de Carter correspondait à la description faite par les témoins. La police l’arrêta et amena Carter et l’autre occupant, John Artis, sur la scène du crime environ trente minutes après l’incident. Il y avait peu de preuves matérielles : la police ne prit pas d’empreintes digitales sur le lieu du crime et n’avait pas l’équipement nécessaire pour effectuer un test à la paraffine sur Carter et Artis. Aucun des témoins oculaires n’identifia Carter ou Artis comme l’un des tireurs, pas plus que Willie Marins lorsque la police amena Carter et Artis à l’hôpital pour qu’il les voie. Cependant, en fouillant la voiture de Carter, la police trouva un pistolet de calibre 32 à proximité et une cartouche de fusil de chasse de diamètre 12 – les mêmes calibres que ceux utilisés lors de la fusillade. Carter et Artis furent amenés au poste par la police et questionnés. Dans l’après-midi, les deux hommes passèrent l’épreuve du détecteur de mensonge. Malgré les doutes, l’examinateur John J. McGuire rapporta plus tard les conclusions suivantes pour chacun des deux suspects : « Après une analyse rigoureuse de l’enregistrement du détecteur de mensonge du sujet, il est de l’avis de l’examinateur que ce sujet a tenté de frauder à toutes les questions pertinentes. Il était impliqué dans ce crime. Après l’interrogatoire et confronté à l’avis des examinateurs, le sujet a nié une quelconque participation au crime »5. Les valeur et fiabilité scientifiques des tests au polygraphe étaient cependant discutées, et ceux-ci étaient généralement considérés comme des preuves irrecevables. Carter et Artis furent libérés plus tard dans la journée. Plusieurs mois plus tard, Bello révéla à la police qu’il avait un complice lors de sa tentative de cambriolage, Arthur Dexter Bradley. Après un interrogatoire supplémentaire, Bello et Bradley identifièrent, chacun séparément, Carter comme l’un des deux Noirs qu’ils avaient vus armés sortir du bar la nuit des meurtres. Bello identifia aussi Artis en tant que deuxième homme. En se fondant sur ces témoignages concordants, Carter et Artis furent arrêtés et inculpés. (…) Ajouté à l’identification de la voiture de Carter par Patricia Valentine, aux munitions trouvées dans la voiture de Carter et aux doutes concernant les versions données par les témoins de l’alibi de Carter, cela convainquit un jury composé uniquement de Blancs que Carter et Artis étaient les tueurs. Les deux hommes furent jugés coupables et condamnés à la prison à perpétuité. Pendant sa peine de prison, Carter écrivit son autobiographie Le 16e Round (The Sixteenth Round: From Number 1 Contender to #45472), publiée en 1974. Il continua à clamer son innocence et gagna un soutien populaire grandissant pour un nouveau procès ou une amnistie. Le chanteur Bob Dylan écrivit et joua une chanson en son honneur, intitulée Hurricane (1975), laquelle exprimait l’avis que Carter était innocent. Les faits tels que chantés par Bob Dylan peuvent être néanmoins remis en cause. Tout au long de son incarcération, il fut soutenu par de nombreuses personnes, anonymes ou célèbres, telles que la chanteuse Joni Mitchell ou encore le boxeur Mohammed Ali. Pendant cette période, des enquêteurs et journalistes pro-Carter persuadèrent Alfred Bello et Arthur Bradley de revenir sur le témoignage qu’ils avaient donné au procès de 1967. En 1974, les deux témoins clés dans la condamnation de Carter se rétractèrent. Ces rétractations servirent comme base d’une motion pour un nouveau procès. Mais le juge Larner, qui présida à la fois au premier procès et à l’audition des rétractations, décida que celles-ci « sonnaient faux », et rejeta la motion. Cependant, les avocats de la défense déposèrent une autre motion, fondée sur de nouvelles preuves apportées pendant le procès de rétractation (dont une qui reposait sur un enregistrement policier d’un entretien avec Bello). Bien que Larner rejetât également cette motion, la Cour suprême du New Jersey accorda à Carter et Artis un nouveau procès en 1976, concédant que la preuve de divers « marchés » passés entre l’accusation et les témoins Bello et Bredley aurait dû être divulguée à la défense avant ou pendant le procès de 1967. (…) L’année suivante, en 1975, Bello changea de nouveau sa version de l’histoire, contrairement à Bradley. Il déclara qu’en réalité, il était à l’intérieur du bar au moment des coups de feu. (…) En mars 1976, la Cour suprême du New Jersey cassa les précédents verdicts, estimant que les condamnés n’avaient pas bénéficié de tous leurs droits pour se défendre. Carter et Artis furent ainsi libérés sous caution (respectivement 20 000 $ et 15 000 $). En décembre 1976, au second procès, Bello changea encore son témoignage, répétant celui donné en 1967 qui le situait en dehors du bar. Le juge Leopizzi indiqua aux jurés que s’ils ne croyaient pas au témoignage de Bello, ils seraient dans l’obligation d’acquitter les accusés. L’État fit objection et demanda à la cour d’informer le jury qu’une condamnation pourrait être fondée sur l’autre preuve que l’État allait introduire, mais sa requête fut rejetée. Néanmoins, Carter et Artis furent encore désignés coupables, cette fois par un jury comprenant deux afro-américains, en moins de 9 heures. Après 6 mois de liberté, Carter et Artis furent renvoyés en prison à perpétuité. (…) En 1982, la Cour suprême du New Jersey admit que l’accusation avait retenu des preuves pouvant servir à la défense, une soi-disant violation de Brady, mais confirma les précédentes condamnations par 4 voix contre 3. (…) Trois ans plus tard, les avocats de Carter déposèrent une demande d’habeas corpus à la cour fédérale, une pétition légale souvent infructueuse demandant la révision fédérale de la constitutionnalité des décisions de la cour d’état. L’effort fut payant : en novembre 1985, le juge Haddon Lee Sarokin de la Cour de District des États-Unis déclara que Carter et Artis n’avaient pas reçu de procès équitable, considérant que l’accusation était « fondée sur le racisme plutôt que sur la raison et sur la dissimulation plutôt que sur la transparence. » Il ordonna la libération immédiate de Carter « au nom de la simple décence ». Il réprimanda l’État du New Jersey pour avoir caché les doutes sur les résultats de Bello au détecteur de mensonge, et mis de côté leur véracité13. Les procureurs du New Jersey firent appel sans succès du verdict de Sarokin devant la cour d’appel des États-Unis pour le troisième circuit qui confirma l’avis de Sarokin sur un des deux points permettant la libération de Carter. Ils s’adressèrent aussi à la cour suprême des États-Unis, qui refusa d’écouter le dossier. Bien qu’ils aient pu tenter de les faire condamner une troisième fois, les procureurs du comté de Passaic choisirent de ne pas le faire. Depuis l’époque des faits, les témoins avaient disparu ou étaient morts, le coût aurait été extrêmement élevé. Même une condamnation n’aurait eu que peu de résultats. Artis, lui, avait déjà été libéré sur parole, et ne serait pas retourné en prison même s’il était recondamné. En 1988, les procureurs du New Jersey enregistrèrent une motion pour effacer les accusations originales intentées contre Carter et Artis en 1966, abandonnant réellement toutes les charges. Le 26 février 1988, Rubin Carter bénéficia d’un non-lieu. Wikipédia
Hurricane est un protest song de Bob Dylan au sujet de l’emprisonnement de Rubin « Hurricane » Carter. Elle résume les prétendus actes de racisme envers Carter, que Dylan décrit comme la principale raison de la condamnation dans ce qu’il considère comme un faux procès. Cette chanson fut l’une des quelques protest songs qu’écrivit Dylan dans les années 1970, et ce fut l’un de ses singles ayant eu le plus de succès de cette décennie, atteignant le 31e rang du Billboard. L’album de Bob Dylan Desire s’ouvre avec le titre Hurricane, dénomination inspirée du surnom de Rubin Carter et dépeignant l’histoire de ce boxeur noir américain, ancien prétendant au titre des poids moyens, accusé du meurtre de trois personnes en 1966. Dylan eut envie d’écrire cette chanson après avoir lu l’autobiographie de Carter Le Seizième Round (The Sixteenth Round), que celui-ci lui avait envoyée « à cause de ses engagements antérieurs dans le combat pour les droits civiques ». Dans son autobiographie, Carter continuait à clamer son innocence et son histoire poussa Dylan à aller lui rendre visite à la prison d’État de Rahway à Woodbridge (New Jersey). (…)  Dylan doit ré-enregistrer la chanson en modifiant les paroles relatives à Alfred Bello et Arthur Dexter Bradley qui « ont dépouillé les corps » (« robbed the bodies »). Les avocats de la Columbia l’ont prévenu qu’il risque un procès pour diffamation. Ni Bello, ni Bradley n’ont jamais été accusés de tels actes. (…) Même avec ces paroles révisées, la controverse continue de croître autour de Hurricane. Les critiques de l’époque lui reprochent de ne raconter qu’une version des faits, le passé judiciaire de Carter étant ignoré dans l’histoire que Dylan raconte, et de manquer d’objectivité. Il y a d’autres inexactitudes, comme par exemple la description de Carter comme prétendant n°1 au titre de champion des poids moyens (« Number one contender for the middleweight crown ») alors que le classement de mai 1966 de Ring Magazine ne le situait qu’au neuvième rang à l’époque de son arrestation. Mike Cleveland du Herald-News, Robert Christgau, et de nombreux autres critiques mettent en question l’objectivité de Bob Dylan au moment de la sortie de la chanson. Cal Deal, journaliste au Herald-News qui couvre l’affaire Carter entre 1975 et 1976, interviewant Carter en août et décembre 1975, accuse plus tard Dylan d’avoir un fort parti pris pour Carter tout en utilisant énormément d’effets artistiques. Pendant la tournée précédant la sortie de Desire, Dylan et le Rolling Thunder Revue participent à La Nuit de l’Ouragan I4 en l’honneur de Carter au Madison Square Garden de New York, le 12 août 1975. De nombreuses vedettes, dont Mohamed Ali, sont présentes à ce concert caritatif où un exposé de 20 minutes explique la situation du boxeur emprisonné. L’année suivante, ils mettent sur pied la Nuit de l’Ouragan II, cette fois-ci à l’Astrodome de Houston. Ce super-concert, organisé le 25 janvier 1976 est néanmoins un fiasco malgré la présence de Stevie Wonder, Stephen Stills, Ringo Starr ou encore Santana. Trente mille personnes assistent au spectacle mais l’organisation prévoyait plus du double6. En fin de compte, Hurricane rapporte assez de fonds et de publicité pour aider Carter à lancer un recours. En novembre 75 d’abord, la Cour Suprême annonce qu’elle compte réviser l’appel. Un mois plus tard, Carter et Artis retirent leur demande de pardon, souhaitant une réhabilitation complète. En mars 1976, ils sont même libérés sous caution et gagnent le droit à un nouveau procès. Mais Carter est de nouveau condamné à deux peines de prison à vie successives en décembre 1976. Ni Dylan, ni aucun autre défenseur célèbre n’assiste au procès7. En 1985 la justice américaine reconnaît que Carter et Artis n’ont pas bénéficié d’un procès juste et équitable. Carter est remis en liberté. Dylan n’a plus interprété cette chanson depuis le 25 janvier 1976 à Houston, Texas. Wikipedia
The struggle of Mr. Carter, whose first name is Rubin, for exoneration is the subject of  »The Hurricane, » a film directed by Norman Jewison, with Denzel Washington portraying the boxer whose compelling real-life story touches on thorny issues of race, civil rights and celebrity involvement in criminal trials.  »The Hurricane, » which opens tomorrow, is being billed as  »the triumphant true story of an innocent man’s 20-year fight for justice. » But the discrepancy between the  »true story » and what is seen on screen raises serious questions about how Hollywood presents actual events and the liberties taken with the truth. The film bases its authenticity on  »Lazarus and the Hurricane, » by Sam Chaiton and Terry Swinton, published in 1991 (Viking), and on Mr. Carter’s autobiography,  »The 16th Round, » published in 1974 (Viking). The film, written by Armyan Bernstein and Dan Gordon, depicts Mr. Carter’s turbulent life as a rebellious youth, a ferocious boxer and a tormented prisoner. But it presents a false vision of the legal battles and personal struggles that led to his freedom and creates spurious heroes in fictionalized episodes that attribute his vindication to members of a Canadian commune who unearth long suppressed evidence. (…) A major fabrication is the creation of a racist Javert-type detective who hounds Mr. Carter from the age of 11 until he finally ensnares him in the triple homicide. The film brands the phantom detective as primarily responsible for framing Mr. Carter. The actual story is more harrowing because it exposes an underlying frailty in a criminal-justice system that convicted Mr. Carter, not once but twice. The convictions were obtained not by a lone, malevolent investigator but by a network of detectives, prosecutors and judges who countenanced the suppression and tainting of evidence and the injection of racial bias into the courtroom. The film also sterilizes Mr. Carter’s history before his arrest for murder. He is characterized as a nearly model citizen who overcame persecution as a juvenile and remade himself as a boxer and civil rights advocate. What is omitted is that Mr. Carter served four years in prison as an adult for three muggings, crimes that later tarnished him as potentially violent and damaged his cause in the murder case. And while the film would have audiences believe that Mr. Carter was a teetotaler, he never denied taking part in an occasional pub crawl and, although married, having a romantic fling. One of those night owl excursions enmeshed him in the murders, a fact obscured in the movie. The forgotten man of the film is Mr. Artis, the other defendant, whose life was almost destroyed. Seen only briefly, Mr. Artis is portrayed as a clueless youth. The only recognition given to him is a brief prison encounter when Mr. Denzel suddenly addresses him as  »my hero. » In reality Mr. Artis defiantly rejected an offer to avoid a long prison sentence by falsely incriminating Mr. Carter. Many defense supporters were also drawn to the case because of their faith in Mr. Artis, who had an unblemished reputation and no police record. The true nightmare for both men began after the early-morning shotgun and pistol-fire slayings of two men and a woman in the Lafayette Grill, a Paterson bar. The murders occurred only hours after a black tavern owner had been fatally shot by a white man in Paterson, and the police immediately theorized that racial retaliation was the motive for the Lafayette Grill attack. Shortly after the murders Mr. Carter, then 29, and Mr. Artis, 21, were picked up in Mr. Carter’s white Dodge, which the police said resembled the getaway car. The movie, however, disregards vital elements the police used against Mr. Carter: the finding of a shotgun and a bullet in the Dodge and the murder of the black tavern owner. Except for being black, neither Mr. Carter nor Mr. Artis resembled the original descriptions of the killers, and they were released after passing lie detector tests. Three months later, however, the two men were indicted based on statements by two petty criminals, Alfred P. Bello and Arthur D. Bradley, two white men who admitted that they had been committing a burglary near the Lafayette Grill and said that they had seen Mr. Carter and Mr. Artis emerge with guns in their hands. (…) Mr. Carter, a charismatic figure inside prison as well as outside, enlisted help from Fred W. Hogan, an investigator for the New Jersey public defender’s office, and Richard Solomon, a freelance writer. On his own time Mr. Hogan searched for evidence while Mr. Solomon rekindled interest by establishing a minuscule defense committee and by soliciting journalists to write about Mr. Carter’s plight. In 1973 and 1974 Mr. Hogan and this reporter tracked down Mr. Bello and Mr. Bradley, and both men separately recanted their identifications of Mr. Carter and Mr. Artis. They asserted that Lt. Vincent DeSimone, the lead detective in the case, and other investigators, some of whom made racist slurs, had pressured them into incriminating Mr. Carter and Mr. Artis. The lies were in exchange for lenient sentences in their own crimes and the lure of a $10,000 reward. The New York Times published front-page articles about the recantations and about other questionable evidence used by the prosecution. Overnight Mr. Carter became an international cause celebre, with civil rights leaders, politicians, writers, and entertainment figures joining his defense committee. Bob Dylan supported Mr. Carter in his song  »Hurricane » (which is used in the new movie). Based on the recantations and the concealment of promises to the prosecution’s main witnesses, the New Jersey Supreme Court overturned the guilty verdicts. But in 1976 at a second trial prosecutors resuscitated an old theory, charging that Mr. Carter and Mr. Artis had exacted racial revenge for the earlier murder of the black tavern owner. Mr. Bello, in a surprise twist, resurfaced to recant his recantation, testifying as the only prosecution witness who placed Mr. Carter and Mr. Artis at the murder scene. After nine months of freedom Mr. Carter and Mr. Artis were found guilty, cast back into prison and deserted by most of the celebrities and civil rights figures. Still, the principal defense lawyers, Myron Beldock, Lewis Steel and Leon Friedman of New York City, who worked for a decade without payment, persisted in unearthing evidence that the prosecution had concealed at the second trial. Numerous appeals over nine years in New Jersey courts failed. But when the issues were heard for the first time in federal court, a judge in 1985 overturned the convictions on constitutional grounds, saying the prosecution had  »fatally infected the trial » by resorting, without proof, to the racial revenge theory and had withheld evidence that disproved the identifications made by Mr. Bello, the star prosecution witness. In 1988 the United States Supreme Court upheld the appeal, and after 22 years all accusations against Mr. Carter and Mr. Artis were dismissed. In the film the two trials are confusingly compressed into a brief courtroom sentencing scene with Mr. Carter protesting that he had been convicted by an all-white jury. (In reality the first jury was all white; the second included two elderly blacks.) Many pivotal scenes revolve around Mr. Carter’s relationship with members of a secretive Canadian commune, especially a young black man, Lesra Martin, who befriended him in the later years of his imprisonment. In the film the young Mr. Martin and the commune revive a supposedly despairing Mr. Carter’s faith in himself and in his quest for freedom. They are depicted as demon sleuths who uncover vital evidence including a secret diary kept by an investigator, a forged police document and incontestable proof that Mr. Carter’s car was not the get-away vehicle. These incidents are fairy tales. All essential evidence concerning constitutional violations, manipulated witnesses and prosecutorial misconduct was found by defense lawyers. And the film concocts suspenseful encounters — unmentioned in the Canadians’ own book,  »Lazarus and the Hurricane, » nor reported elsewhere — in which commune members are menaced by the reincarnated Javert and narrowly escape death. Mr. Carter’s lawyers do credit the Canadians with extensive paralegal work that spared them hundreds of hours of research and expenses. In an authorized biography,  »Hurricane, » by James S. Hirsch, to be published next month by Houghton Mifflin, Mr. Carter says he instantly bonded with Mr. Martin and was indebted to the Canadians for spending $400,000 — mainly on living expenses for themselves and him — before and after his release. (…) Missing from the film are the recantations by Mr. Bello and Mr. Bradley, the critical disclosures that reopened a dead case and figured prominently in Mr. Carter’s ultimate exoneration. Nor is there an indication of the support Mr. Carter received from relatives and friends long before the affluent Canadians arrived. (…) The film closes with a courtroom scene signifying the judicial defeat of evil, attributed to the indomitable Canadians. It fades out with a stirring (but invented) speech by Mr. Carter about injustice and his embracing of Mr. Martin, and Lisa Peters, the leader of the Canadians. A feel-good screen afterword notes that Mr. Carter lives in Canada and runs an organization that seeks to correct judicial wrongs, and that Mr. Martin has become a lawyer in Canada. Left unsaid is both men’s eventual disenchantment with the commune and its treatment of them. After his release Mr. Carter married Ms. Peters. But he soon ended all relations with her and other commune members, asserting in his biography that they patronized him as a  »trophy horse » whose main purpose was to raise money for the group. He further complains that the commune tried to control his life, with members escorting him everywhere and censoring his words. The WSJ

Après le « Sinatra de la politique », le Sinatra de l’histoire !

Evidentes erreurs factuelles et fausses déclarations (la serveuse ne pouvait voir les corps en entrant dans le bar et nie avoir prononcé les paroles qui lui sont attribuées, contre-vérités (Rubin Carter ne fut pas innocenté, mais bénéficia d’un non-lieu;  au moment de son incarcération, la carrière du boxeur était en fait sur le déclin; les deux suspects furent arrêtés non dans une autre partie de la ville mais à quelques pâtés de maisons seulement du lieu du crime, l’arrestation eut lieu seulement 30 minutes après le crime et non le lendemain matin),  thèse non prouvée d’une arrestation à caractère raciste, portrait flatteur de Rubin Carter alors que celui-ci avait déjà eu affaire à la justice à de nombreuses reprises avant l’affaire …

Après la si séduisante « cool attitude » qui nous a valu l’élection et la réélection d’un véritable accident industriel à la Maison Blanche …

Comme du plus rapide et immérité prix Nobel de la paix de l’histoire …

Et à nouveau la semaine dernière après la première journaliste l’an dernier, le choix du premier chanteur prix Nobel de littérature

Pendant qu’à la veille d’une des plus importantes élections américaines après huit longues années de dérives, le candidat du vrai changement voit converger sur lui …

Coup tordu après coup tordu, l’ensemble des forces du politiquement correct et du statu quo

Comment ne pas voir l’aboutissement de décennies de petits arrangements avec la vérité au nom de la sacro-sainte victime et de la cause du moment ?

Et quelle meilleure illustration que celui qui a si longtemps passé pour la conscience de toute une génération

Et qui au delà du légendaire mépris affiché pour son public ou ses pairs qui l’avaient fait connaitre et de sa longue réputation d ‘ « éponge »

Ou de ses règlements de compte personnels par chansons interposées et de sa cession de certaines de ses plus célèbres chansons à la publicité (y compris sa plus emblématique « protest song » «The Times they are a changing» pour la Bank of Montreal, « I want you » pour les yaourts Chobani ou « Love sick » pour la lingerie Victoria’s Secret !)  …

N’hésita pas avec l’affaire Rubin Carter et la fameuse chanson « Hurricane »

Et entre contre-vérités et inventions pures et simples à l’instar du film à qui la chanson sert de bande sonore …

A littéralement réécrire l’histoire ?

Compléments d’information sur les paroles

Extrait des Paroles Commentaire
« Pistol shots ring out in the barroom night
Enter Patty Valentine from the upper hall.
She sees the bartender in a pool of blood,
Cries out, « My God, they killed them all! »
 »
L’intro : Patty Valentine, en entrant dans le bar, ne pouvait pas voir le barman car son corps gisait derrière le comptoir. De plus, elle nie avoir prononcé ces mots9.
« The man the authorities came to blame
For somethin’ that he never done.
 »
Rubin Carter ne fut pas innocenté, mais bénéficia d’un non-lieu en 1988
« …he could-a been
The champion of the world.
 »
Au moment de son incarcération, la carrière de boxeur de Rubin Carter semblait sur le déclin. En effet, depuis 1965, son classement était passé de 3e prétendant au titre à 9e.
« 
… »I didn’t do it, » he says, and he throws up his hands
« I was only robbin’ the register, I hope you understand.
I saw them leavin’, »…
 »
En 2000, Patty Valentine nia avoir eu une quelconque conversation de ce type avec Bello. De plus, Alfred Bello n’avoua avoir vidé la caisse enregistreuse que 4 mois après le triple meurtre.
« « One of us had better call up the cops. » » En réalité, Patty Valentine et Alfred Bello appelèrent la police, chacun de son côté.
« 
Meanwhile, far away in another part of town
Rubin Carter and a couple of friends are drivin’ around.
 »
Dans les faits, Rubin Carter et John Artis furent arrêtés à quelques pâtés de maisons seulement du lieu du crime. Selon leurs témoignages, ceux-ci venaient de quitter le Nine Spot, un bar avoisinant.
« 
In Paterson that’s just the way things go.
If you’re black you might as well not show up on the street
 »
Dylan avance la thèse d’une arrestation à caractère raciste, même si cela n’a jamais été prouvé.
« Alfred Bello…
…said, « I saw two men runnin’ out, they looked like middleweights
They jumped into a white car with out-of-state plates. »
 »
Le témoignage de Bello cette nuit-là fut plus précis concernant la voiture des deux tueurs, en particulier au sujet des feux arrières en forme de papillon. Ceci fut l’une des principales raisons de l’arrestation de la voiture de Rubin Carter.
« 
Four in the mornin’ and they haul Rubin in,
 »
L’arrestation de Rubin Carter et de John Artis eut lieu seulement 30 minutes après le crime, contrairement à ce que chante Dylan.
« 
The wounded man…
Says, « Wha’d you bring him in here for? He ain’t the guy! »
 »
En réalité, Willie Marins dit « Je ne sais pas. » (« I don’t know. »), ce qu’il fit de nouveau lors des procès.
« 
Arthur Dexter Bradley said, « I’m really not sure. »
Cops said…
Now you don’t wanta have to go back to jail, be a nice fellow.
 »
Arthur Dexter Bradley était déjà en prison au moment où il décrit Rubin Carter comme étant le coupable.
« 
That sonofabitch is brave and gettin’ braver.
We want to put his ass in stir

He ain’t no Gentleman Jim. »
 »
Dylan continue de décrire la police comme étant raciste. « Gentleman Jim » était un célèbre boxeur blanc.
« 
Rubin could take a man out with just one punch

And when it’s over I’d just as soon go on my way
Up to some paradise
 »
Cette partie de la chanson dresse un portrait flatteur de Rubin Carter, alors que celui-ci avait déjà eu affaire à la justice à de nombreuses reprises avant l’affaire du triple meurtre.
« 
The D.A. said he was the one who did the deed
And the all-white jury agreed.
 »
Au moment de la sortie de la chanson, le second procès (avec un jury comprenant deux afro-américains cette fois) n’avait pas encore eu lieu.

Voir aussi:

Dylan’s distortion of the facts in « Hurricane » is appalling, irresponsible and wrong

He failed to do his homework, and good people suffer as a result

NEW! See Carter’s getaway route on YouTube!

UPDATED 11/06

How Dylan’s Song « Hurricane »
Murders the Truth

What’s good is bad, what’s bad is good

The lyrics are all over the Internet, but only here do you get the other side of the story. « The record is inaccurate and untrue. I wonder what Bob Dylan would write if he had been at the bar that night. »

— Al Bello (left) to Cal Deal, 1976. Bello is the person who identified Carter an Artis as the gunmen.
Click here for more.

LYRICSe
« You … cover up the truth with lies. »

COMMENTS &
DOCUMENTATION
Pistol shots ring out in the barroom night
Enter Patty Valentine from the upper hall.
She sees the bartender in a pool of blood,
Cries out, « My God, they killed them all! »
Mr. Dylan takes poetic license with the facts throughout the song, particularly in his descriptions of what people said and did. His quotes are not real (according to the real « Miss Patty Valentine, » who was interviewed for this report).

Valentine could not see the bartender. His body was behind the bar. (See photo)

Read Pat Valentine’s 1967 trial testimony in full! PDF file.

Here comes the story of the Hurricane,
The man the authorities came to blame
For somethin’ that he never done.
Put in a prison cell, but one time he could-a been
The champion of the world.
The « somethin’ that he never done » line fails the accuracy test. [See « Carter Guilty » headline that appeared a year after this song came out]

Could-a been the champ? His record was 7-7-1 in 1965-’66 and getting worse each year.
Ring Magazine says Carter’s career is going down the tubes. Article published two months before the murders.
View his boxing record for 1965-’66.

Three bodies lyin’ there does Patty see
And another man named Bello, movin’ around mysteriously.
« I didn’t do it, » he says, and he throws up his hands
« I was only robbin’ the register, I hope you understand.
I saw them leavin’, » he says, and he stops
« One of us had better call up the cops. »
And so Patty calls the cops
And they arrive on the scene with their red lights flashin’
In the hot New Jersey night.
Mr. Dylan’s imagination is running wild again.

It was four months later when Bello admitted to police that he had taken cash from the register. See report from October 1966

Bello DID NOT step over bodies to go steal money from the cash register. He went to the register to get a dime to call police and took an extra $60 in cash — which he fully admitted at trial. Yes he stole it; no, that was not his reason for going to the register. [Read his taped statement]

Pat Valentine said on 1/12/00 that none of this exchange between her and Bello actually happened.

BOTH Bello and Valentine called the cops. Bello was so rattled while he was on the phone that he couldn’t remember what street the bar was on and ran outside to look for a sign. He couldn’t find it — even though it was right there on the corner. [Read his taped statement about the phone call]

Meanwhile, far away in another part of town
Rubin Carter and a couple of friends are drivin’ around.
Number one contender for the middleweight crown
Had no idea what kinda shit was about to go down
NEW! (11-06) Now you can ride along on Carter’s getaway route using YouTube. See for yourself where he was pulled over … just minutes from the murder scene, not « far away in another part of town, » as Dylan wrote. Click here

Dylan’s language implies that it was a casual drive, but prosecutors believe that after the shootings Carter rendezvoused with accomplices, dumped the guns at an apartment and was trying to get home when he was first stopped by police, as the map shows. Also see getaway graphics on main page and the YouTube video of the getaway route.

Carter admitted he was only a few blocks away just before the murders, in a bar called the Nite Spot. [SEE Carter’s hangout AND the murder scene in one photo!] — [See map of getaway route.]

Number One Contender??? Carter was No. 3 in May 1965, but just 10 months later he had fallen to No. 9, according to « Ring » magazine. That last ranking was published in May of 1966, the month before the murders. « Ring » said Carter’s hopes for a crack at the middleweight title were dead.

View « Ring’s » 1966 article about Carter’s fading career.

Carter’s record was a dismal 7-7-1 in 1965 and 1966.

Ring Magazine’s rankings for Carter:

  • 1962: Unranked
  • 1963: No. 3 contender
  • 1964: No. 3 contender
  • 1965: No. 5 contender
  • 1966: Unranked

(The champion is on top of the rankings, then comes the No. 1 contender and so on.)

When a cop pulled him over to the side of the road
Just like the time before and the time before that.
In Paterson that’s just the way things go.
If you’re black you might as well not show up on the street
‘Less you wanna draw the heat.
This is the first of several verses in which Dylan uses racism over reason in an attempt to discredit those who prosecuted Carter. His use of racism is coupled with generalizations that don’t address the facts. Well, that’s just the way things go.

No act of racism by prosecutors has ever been documented.

The judge who freed Carter said the use of the racial revenge theory, which calls the murders retaliation for the earlier killing of a black man, appealed to « racism over reason. » But the jury that convicted Carter in 1976 had two voting black members, and a black legislator (working with a black investigator) who examined the case for the N.J. governor said racial revenge was the only plausible explanation for the murders. See Hawkins report.

On the day of the murders, press reports raised the possibility of racial revenge. See end of article.

Carter’s car was pulled over because it matched the description of the getaway car — perfectly. See car graphic.

Alfred Bello had a partner and he had a rap for the cops.
Him and Arthur Dexter Bradley were just out prowlin’ around
He said, « I saw two men runnin’ out, they looked like middleweights
They jumped into a white car with out-of-state plates. »
Bello did not admit the attempted burglary until months later when he gave a full statement about what he saw that night. [Read that portion of statement] (Bello and Bradley were near the murder scene to break into a sheet metal company.)

[Bello explains why he kept his mouth shut for four months in this police report]

The quote is made up, and the description of the car was much more precise because it included the distinctive butterly taillights. It was so precise that two police officers immediately recognized Carter’s car from the description because they had pulled it over minutes before. [See car graphic][See Prosecutor’s brief]

And Miss Patty Valentine just nodded her head.
Cop said, « Wait a minute, boys, this one’s not dead »
So they took him to the infirmary
And though this man could hardly see
They told him that he could identify the guilty men.
This implies that Valentine just went along with the racist conspiracy when in fact she too described the getaway car, its distinctive taillights, and its out-of-state plates. Within an hour of the crime, she positively identified Carter’s car as the killers’ getaway car. [See Valentine’s 2000 statement][See Prosecutor’s brief]
Four in the mornin’ and they haul Rubin in,
Take him to the hospital and they bring him upstairs.
The wounded man looks up through his one dyin’ eye
Says, « Wha’d you bring him in here for? He ain’t the guy! »
Wrong! Wrong! Wrong! Two cops stopped Carter’s car just 10 minutes after the murders and let him go. Minutes later, after getting a detailed description of the killers’ car, those cops realized Carter’s car fit the description and went looking for it. They found it — with Carter and Artis inside — just 30 minutes after the murders. THAT is how Carter got caught. See map[See Prosecutor’s brief]

He ain’t the guy?! The wounded man, Willie Marins, made no such statement. He said « I don’t know. » [See graphic] [See clipping]

Marins was too scared to identify Carter publicly, but privately he told his brother and two friends that it was Carter and Artis who did the shooting. (See news story.)

Significantly, Marins NEVER SAID it was NOT Carter and Artis. Carter reports that fact in his own book on Page 329. See story.

Four months later, the ghettos are in flame,
Rubin’s in South America, fightin’ for his name
While Arthur Dexter Bradley’s still in the robbery game
And the cops are puttin’ the screws to him, lookin’ for somebody to blame.
« Remember that murder that happened in a bar? »
« Remember you said you saw the getaway car? »
« You think you’d like to play ball with the law? »
« Think it might-a been that fighter that you saw runnin’ that night? »
« Don’t forget that you are white. »
This is made up and another irresponsible attempt to discredit by using racism without facts. The quotes are all made up.

The cops had no need to put the screws to Bradly because his partner Bello had already identified Carter by name. See graphic.

After Bello gave his statement, detectives went to interview Bradley — who was 75 miles away in a reformatory and therefore could not have coordinated stories with Bello. During the interview, Bradley was afraid to identify Carter while a guard was present, but said the killer « has many fans » and said his initials are « R.C., » [Read the detectives’ report] Bradley’s full statement about the events of that night matched Bello’s.

Arthur Dexter Bradley said, « I’m really not sure. »
Cops said, « A poor boy like you could use a break
We got you for the motel job and we’re talkin’ to your friend Bello
Now you don’t wanta have to go back to jail, be a nice fellow.
You’ll be doin’ society a favor.
This is all made up.

Bradley was already IN jail (a reformatory) when he was approached by detectives.

According to the investigating detectives’ report: « The guard went out of the room for a short period and Bradley said the he saw Rubin Carter come around the corner with what he thought was a rifle. … Bradley confirmed the story told to us by Alfred Bello. » Read the report (same page as in preceding graph)

That sonofabitch is brave and gettin’ braver.
We want to put his ass in stir
We want to pin this triple murder on him
He ain’t no Gentleman Jim. »
Dylan is again trying to discredit police by attributing their actions to racism without citing facts.

I think the « braver » line is an allusion to Carter’s comments in the Saturday Evening Post about shooting cops. See story. Carter blames the story for bringing the cops down on him — but then, he blames others for virtually everything bad that ever happened to him.

Gentleman Jim was a famous white boxer.

Rubin could take a man out with just one punch
But he never did like to talk about it all that much.
It’s my work, he’d say, and I do it for pay
And when it’s over I’d just as soon go on my way
Up to some paradise
Where the trout streams flow and the air is nice
And ride a horse along a trail.
But then they took him to the jailhouse
Where they try to turn a man into a mouse.
Noooo — he liked to talk about punching out horses. See story. And shooting at people. See story.

Paradise? Trout streams? Nice air? Oh c’mon, Bob! He left his wife at home and was hanging around and drinking in Paterson bars that night. He spent so much time at the Nite Spot he had a special table.

This is a lame attempt to portray Carter — who was convicted of beating and robbing people before he became a convicted murderer — as a nature-loving man of peace. Funny. And sad. [See page about the Content of Carter’s Character page]

Months after Dylan released this song, Carter beat up a woman who was the leader of the « Free Carter » campaign in New Jersey. [See Prosecutor’s Brief.] [See news story from 1976.]

All of Rubin’s cards were marked in advance
The trial was a pig-circus, he never had a chance.
The judge made Rubin’s witnesses drunkards from the slums
To the white folks who watched he was a revolutionary bum
« Marked in advance? » Ah, the police conspiracy. Doesn’t it strike you as odd that no credible evidence of a conspiracy has been revealed in over 35 years? Has Carter team ever taken their conspiracy allegations to higher authorities? Has Carter ever sued? No.

Pig-circus = police slur. Another attempt to discredit by generalizing without facts.

The judge made them out to be drunkards from the slums? That’s news to me. That alone would have been grounds for a new trial. [The judge did ask one drunken witness how many drinks he had consumed before testifying.]

Revolutionary? Will someone please fill me in on Rubin Carter’s civil rights achievements? I am aware of none — except his claim to have turned down Dr. King when King allegedly asked him to join a march. All the black leaders Carter claims to have been friends with are dead (King, Malcolm X, Steve Biko). Does that tell you anything? ($100 REWARD for a clipping that proves Carter’s civil rights claims.)

And to the black folks he was just a crazy nigger.
No one doubted that he pulled the trigger.
And though they could not produce the gun,
The D.A. said he was the one who did the deed
And the all-white jury agreed.
No guns were needed to get a conviction. Two trials proved that.

The jury that convicted Carter in 1976 had two blacks. Of course, that trial occurred after this song was written.

Prosecutor Burrell Ives Humphreys, the man who at the 1976 trial said Carter « did the deed, » was a civil rights activist and a member of the NAACP. He was about as far from being a racist as a white guy can get. See excerpts from 1967 interview.

Rubin Carter was falsely tried.
The crime was murder « one, » guess who testified?
Bello and Bradley and they both baldly lied
And the newspapers, they all went along for the ride.
Bello and Bradley baldly lied? They were interviewed separately and had not seen each other in months, yet they told the same story about that night. Other witnesses corroborated parts of their stories. See graphic.

Newspapers went along for the ride? Here’s another pathetic attempt to discredit without offering a shred of facts. When this song was being written, my paper was printing « the other side of the story, » which showed why Carter was guilty. Carter’s team didn’t like that. [Now you can read local newspaper coverage of Carter’s 1967 trial. More than 50 actual clippings!]

If Dylan had adhered to the standards of ethics and accuracy that are followed by good newspaper reporters, this would be a much different song.

How can the life of such a man
Be in the palm of some fool’s hand?
To see him obviously framed
Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land
Where justice is a game.
I take this to be a shot at Lt. DeSimone, by all accounts a decent, honest and sensitive man, and not a racist. [See graphic.] [See his obituary.] [See testimonial dinner program] The attacks in this song were very hurtful to DeSimone and his family.

His boss was also a very ethical man. See excerpts from 1967 interview (same as two blocks above).

Now all the criminals in their coats and their ties
Are free to drink martinis and watch the sun rise
While Rubin sits like Buddha in a ten-foot cell
An innocent man in a living hell.
That’s the story of the Hurricane,
But it won’t be over till they clear his name
And give him back the time he’s done.
Put in a prison cell, but one time he could-a been
The champion of the world. Copyright © 1975 Ram’s Horn Music
People have received millions of dollars for being falsely imprisoned. So why hasn’t Rubin Carter sued?

Could-a been a champion? More likely he could-a been a Quadruple Murderer.

Bottom line … it’s a great song if you just ignore the words.

– Cal Deal (e-mail)

Voir également:

‘Hurricane’: For Bob Dylan, Rubin Carter fight was personal 

 David Hinckley

The story of Bob Dylan’s song « Hurricane » is far more than a minor footnote to the story of the late Rubin Carter.

Many Dylan fans consider the 1975 epic to be his last great protest song — and one of his greatest songs, period.

After Dylan played « Hurricane » on virtually every date of his wildly popular 1975 Rolling Thunder tour, Carter’s incarceration became an unavoidable subject of national discussion.

It also intertwined Dylan and the song permanently with Carter’s own life and campaign.

What it didn’t do was set Carter free. The following year he was retried and reconvicted for three 1966 murders in a Paterson, N.J., bar.

It would be almost a decade before Federal Judge H. Lee Sarokin turned Carter loose for good.

Interestingly, Sarokin made almost exactly the same argument as Dylan: that the Paterson police and the prosecutors saw a powerful black man as an easy mark for a conviction, no matter how thin the evidence.

But « Hurricane » wasn’t just a legal brief set to music.

It’s also a great song, a musical freight train that picks up terrifying speed and fury as it roars down the track.

In its unapologetic anger, it remains reminiscent of songs Dylan had written in the early 1960s.

Perhaps it was closest to « The Lonesome Death of Hattie Carroll, » about a Baltimore maid who died after a rich drunken white man hit her with his cane. The assailant got six months in jail.

« Hattie Carroll » was the kind of song on which Dylan built much of his early reputation, attacking racists, warmongers and similar targets.

But almost every time Dylan has sensed the wind is blowing one way, he blows an other.

By the end of 1964, he had tacitly renounced what were called « finger-pointing songs. » Most of his songs over the next few years, widely considered his creative Mount Everest, were more personal, more abstract or both.

He would point an occasional finger, as he did on « George Jackson » in 1971. But his 1975 album « Blood on the Tracks, » heavily influenced by his separation from his wife Sara, was so raw and personal some of the material felt like he was opening a vein.

So it came as no surprise he took a different tack on his next round of songs, and one was « Hurricane. »

Dylan got the idea from Carter’s book « The Sixteenth Round, » which Carter’s defense team had sent him. It may or may not have made a difference that Dylan was and is a boxing fan who sometimes spars himself.

Dylan visited Carter in prison and said he found someone who looked at the world much the way Dylan did.

Dylan obviously also believed Carter was innocent.

So he wrote « Hurricane » and recorded it, first at a somewhat slower tempo than the familiar version.

The lawyers at his record label, Columbia, asked for a couple of small tweaks in the lyrics. Dylan agreed and rerecorded it, this time at the pace of a whirling dervish.

He used almost a wall of sound, with Scarlet Rivera’s ominous violin punctuating the verses.

Dylan later said he wrote the lyrics based on press clippings from the case, as supplied to him by Carter’s team.

He stayed with the basic facts, though it was still a song and not a school report.

Several lines used in the song as quotes are presumably not verbatim, such as the point where Dylan has the police saying to Arthur Dexter Bradley, Carter’s chief accuser, « Think it might have been that fighter you saw running that night? Don’t forget that you are white. »

In the broader sense, « Hurricane » fell in line with a centuries-old tradition of musical ballads about real-life events. Almost all such ballads editorialize and enhance the drama with imagined dialogue or emotions.

Dylan did eventually get sued over « Hurricane. » The waitress in the bar where the murders occurred, Patricia Valentine, claimed Dylan had defamed her. She lost.

The album on which Dylan included « Hurricane, » his 1976 « Desire, » also included an even longer ballad inspired by a contemporary figure: « Crazy Joe » Gallo, the mobster who was gunned down at Umberto’s Claim House in the Village.

Dylan was more philosophical and less personally outraged over Crazy Joe’s demise, making the song more quirky than intense.

« Hurricane, » in any case, still blows through his work as powerfully as it blew through Rubin Carter’s life.

Voir encore:

Dylan’s « Hurricane »: A Look Back

« Hurricane » movie invites a new look at Bob Dylan’s stirring protest

Music historians take note: The critically acclaimed new movie The Hurricane not only tells the harrowing tale of Rubin « Hurricane » Carter, the former No. 1 middleweight contender who spent nineteen years in prison for a murder he did not commit, but it also resurrects one of rock’s most powerful, and effective, protest songs: Bob Dylan’s « Hurricane. »

It was Dylan’s landmark, 1975 song, and his relentless promotion of Carter’s case during the infamous Rolling Thunder Revue tour that same year that helped broadcast the boxer’s plight to mainstream America.

Carter’s nightmare dates back to the night of June 16, 1967, when three white people were gunned down at the Lafayette Bar and Grill in Paterson, N.J. Moments later, hometown boxer Rubin Carter and his friend John Artis were pulled over by the police, who brought the two men to a nearby hospital to see if one of the dying men could I.D. Carter and Artis as the trigger men. The victim did not.

Within weeks the grand jury investigating the Lafayette murders declined to indict either man. Three months later though, career criminal Alfred Bello, who had been lurking around the Lafayette on the night of June 16, and was looking for leniency from police, told prosecutors he could identify the two black men as the killers. On May 27, 1967, with no motive offered by prosecutors, Artis and Carter were convicted on three counts of murder and sentenced to life in prison.

Eight years later, Carter sent a copy of his autobiography, The Sixteenth Round: From Number 1 Contender to #45472, to Dylan. Within thirty days Dylan came to visit Carter in prison. The singer told a writer at the time, « The first time I saw him, I left knowing one thing … I realized that the man’s philosophy and my philosophy were running down the same road, and you don’t meet too many people like that ».

Dylan sat down with producer Jacques Levy and the two men quickly penned the classic « Hurricane. » Part protest song, part historical document, Dylan’s runaway, eight-minute epic reads like a legal brief, as the singer punches holes in the prosecutor’s Lafayette killings case, spitting out the lyrics with passion and contempt. After attorneys at Dylan’s label, Columbia Records, asked for slight changes in the song to avoid possible lawsuits (Dylan agreed), « Hurricane » was quickly shipped out to radio.

In the fall of 1975, Dylan took his Rolling Thunder Revue, starring Joan Baez, Joni Mitchell, Allen Ginsberg and Roberta Flack, out on the road. (The tour is perhaps best remembered today as the one in which the enigmatic Dylan performed in whiteface make-up.) On Dec. 7, the Revue pulled into Carter’s New Jersey prison for a show of support. (According to Rolling Stone, only R&B singer Flack received a warm welcome from the inmate population; quiet folkie Mitchell nearly got booed off the stage.) The next night the Revue played to a sold-out Madison Square Garden, where more than a $100,000 was collected forCarter’s legal fund. One month later, Hurricane II, another charity concert for Carter, was held, as Dylan’s Revue was joined by Isaac Hayes, Stevie Wonder, Steven Stills, Carlos Santana, Richie Havens and Rick Danko of the Band at Houstons’ Astrodome.

Just two months after that show, the New Jersey Supreme Court, prompted by Bello’s recantation in the pages of the New York Times, unanimously overturned the Lafayette convictions, ruling that the prosecution withheld evidence favorable to the defense, and ordered a new trial for Carter and Artis. Incredibly, in 1976 both men were again convicted, this time when prosecutors were allowed to introduce as a motive the notion that Carter and Artis gunned down the three whites in retaliation for a killing earlier that night in Paterson, wherein a black bar owner had been killed by a white.

It took eight more years before a federal district court judge in Newark, N.J., finally overturned Carter’s conviction, insisting, « The extensive record clearly demonstrates that the petitioners’ convictions were predicated upon an appeal to racism rather than reason, and concealment rather than disclosure. »

Or, as Dylan had sung ten years earlier:

« How can the life of such a man
Be in the palm of some fool’s hand?
To see him obviously framed
Couldn’t help but make me feel ashamed to live in a land
Where justice is a game. »

Voir enfin:

A-hed

Did Bob Dylan Lift Lines From Dr. Saga?

Don’t Think Twice, It’s All Right Is the View of This Japanese Writer

As a 62-year-old physician and writer in a small town north of Tokyo, Junichi Saga knows almost nothing about 62-year-old Bob Dylan.

« Bob Dylan is a very famous American country singer, yes? » asks Dr. Saga. « I’m not familiar with these things. »

Mr. Dylan, on the other hand, would seem to be quite familiar with Dr. Saga’s work. On the legendary singer-songwriter’s most recent studio album, « Love and Theft, » he appears to have lifted about a dozen passages from Dr. Saga’s book, « Confessions of a Yakuza. »

Jonathan Eig in Chicago and Sebastian Moffett in Tsuchiura, Japan

« I’m not quite as cool or forgiving as I sound, » sings Mr. Dylan on the song « Floater, » from his 2001 album. « I’m not as cool or as forgiving as I might have sounded, » writes Dr. Saga on page 158 of his oral history of a Japanese gangster, which was published to little acclaim or profit more than a decade before the release of Mr. Dylan’s album. To date, Dr. Saga says he has earned about $8,500 from his book.

Doris Kearns Goodwin and the late Stephen Ambrose, among others, have gotten in some trouble in recent years for doing similar things. But Dr. Saga, unlike a good many other imitated authors, isn’t angry. He’s delighted.

« Please say hello to Bob Dylan for me because I am very flattered and very happy to hear this news, » the writer says. He is hoping that Mr. Dylan’s fans might go out and buy the book. « Confessions » has sold only about 25,000 copies in English and fewer still in Japanese. Indeed, the Japanese edition is out of print.

Mr. Dylan’s manager, Jeff Rosen, said Mr. Dylan couldn’t be reached for comment. « As far as I know, » Mr. Rosen said, « Mr. Dylan’s work is original. » The liner notes for « Love and Theft » list Mr. Dylan as the sole author of the 12 songs on the album.

The songwriter has borrowed material before. He often makes passing references to the Bible or to works of literature in his songs. On « Love and Theft, » he briefly quotes a passage from « The Great Gatsby. » As an aspiring artist, Mr. Dylan, né Zimmerman, is often said to have taken his name from the late Welsh poet, Dylan Thomas, though Mr. Dylan has sometimes denied that.

He’s like « some very imaginative sponge, » says Christopher Ricks, a professor of humanities at Boston University, who has lectured on Mr. Dylan’s works. Usually, says Mr. Ricks, Mr. Dylan’s sponging is a healthy part of the creative process. The songwriter takes a few words, twists them, changes their context, and produces an entirely new work of art.

But Mr. Ricks says he was surprised by the extent to which Mr. Dylan seems to have borrowed from « Confessions of a Yakuza » on his latest album. « No one of these instances was very telling, » he says. « But when you put together the whole string of them, it’s quite striking. »

No one was more surprised than Dr. Saga. The internist, writer and painter lives a life of prosperous, suburban tranquility in Tsuchiura, a small city of 134,000 people north of Tokyo. His home and clinic are set in a dense garden with stone footpaths.

This is where he wrote « Confessions, » which is based on the testimony of one of his patients, a retired gangster named Eiji Ijichi. The story is set in pre-World War II Japan. Men and women in his book live hard, rootless lives, filled with gambling, prostitution and violence. The book, Dr. Saga says, is about people who find love despite bad luck and bitter lives. « The two themes are love and the life of an outlaw — in other words love and theft, » he says.

After learning from a reporter that some of his prose had turned up on Mr. Dylan’s album, Dr. Saga, who usually favors opera, bought a copy of the CD. « I like this album, » he says. « His lines flow from one image to the next and don’t always make sense. But they have a great atmosphere. »

He says he’s pleased that Mr. Dylan read his book — if, indeed, he did — and chose to adapt some of the language to fit his songs. Dr. Saga says he has no intention of suing. « I don’t want this to become a bad thing, » he says. But he would like to see Mr. Dylan acknowledge his source — perhaps with a note in future editions of the liner notes. « That would be very honorable, » the author says.

The similarities between the album and the book were first spotted by an American living in Japan. He recently submitted a comparison of the two works to a Web site devoted to Mr. Dylan’s music. Soon after the comparison was posted, « Confessions of a Yakuza » jumped more than 20,000 places, to about 45,000 — on the Amazon.com list of best-selling books. But Dr. Saga’s publisher, Kodansha International, with offices in Tokyo, New York and London, says it’s too soon to tell whether the controversy will significantly boost sales.

« I guess we should print the next edition with Bob Dylan’s picture on the cover, » says Stephen Shaw, editorial director for Kodansha and the editor of « Confessions. » Absent a photo, Mr. Shaw says, the publisher would at least like to have a blurb from Mr. Dylan for the book’s jacket.

Mr. Shaw says he and other members of the staff at Kodansha were surprised that Mr. Dylan made so little effort to change lines appearing in the book. « It struck me as a little bit lazy, » he says. But he doesn’t want to make too much of a fuss. « We’re flattered as hell, let’s face it, » Mr. Shaw says.

Mr. Dylan’s apparent muse might not have been discovered were it not for Chris Johnson, a Minnesota native and Dylan fan who happened upon a copy of « Confessions » while browsing in a bookstore in Fukuoka. He knew little about Japan’s seamy side and was glad to find a book on the subject.

On the first page, Mr. Johnson read the following line: « My old man would sit there like a feudal lord…. » It reminded him instantly of a lyric from the Dylan song « Floater »: « My old man, he’s like some feudal lord. »

« I’ve probably listened to that album at least a hundred times, so the matching phrases just jumped right out at me, » says Mr. Johnson, a 29-year-old English teacher in Kitakyushu. « They may as well have been printed in red ink. »

He began searching for more phrases from the recording as he read the book, folding down pages as he found them. By the time he had finished the book, he had folded a dozen pages.

Mr. Dylan didn’t choose the most poetic or most powerful lines from the book, Mr. Johnson says. He appears at times to have clipped phrases almost randomly. Mr. Johnson has given a lot of thought to the process by which Mr. Dylan wrote his lyrics. He imagines the singer sitting in a hotel in Japan, where he has often appeared over the years, and browsing through « Confessions » as he worked on a new batch of tunes, using lines from the book as kindling for his imagination.

« I kind of wondered if he had done a lot of that before on other albums, » says Mr. Johnson. « But if he’d been doing this all along, somebody would have caught him a long time ago. »

Write to Jonathan Eig at jonathan.eig@wsj.com and Sebastian Moffett at sebastian.moffett@wsj.com

« CONFESSIONS OF A YAKUZA » BY JUNICHI SAGA* « LOVE AND THEFT » BY BOB DYLAN**
« My old man would sit there like a feudal lord&hellip; » (« Confessions of a Yakuza, » page 6) « My old man, he’s like some feudal lord/Got more lives than a cat » (« Floater »)
« If it bothers you so much, » she’d say,  » why don’t you just shove off? » (« Confessions, » page 9) « Juliet said back to Romeo, ‘Why don’t you just shove off/If it bothers you so much?' » (« Floater »)
« My mother…was the daughter of a wealthy farmer…(she) died when I was eleven…I heard that my father was a traveling salesman who called at the house regularly, but I never met him. (My uncle) was a nice man, I won’t forget him…After my mother died, I decided it’d be best to go and try my luck there. » (« Confessions, » pages 57-58) « My mother was a daughter of a wealthy farmer/My father was a traveling salesman, I never met him/When my mother died, my uncle took me in — he ran a funeral parlor/He did a lot of nice things for me and I won’t forget him » (« Po’ Boy »)
« Break the roof in! » he yelled&hellip;. (He) splashed kerosene over the floor and led a fuse from it outside. » (« Confessions, » page 63) « Yes, I’m leaving in the morning just as soon as the dark clouds lift/Gonna break the roof in — set fire to the place as a parting gift » (« Summer Days »)
« I won’t come anymore if it bothers you. » (« Confessions, » page 139) « Some things are too terrible to be true/I won’t come here no more if it bothers you » (« Honest With Me »)
« D’you think I could call myself a yakuza if I couldn’t stand up to some old businessman? » (« Confessions, » page 141) « The fog is so thick that you can’t even spy the land/What good are you anyway, if you can’t stand up to some old businessman? » (« Summer Days »)
 » …I heard he caused some kind of trouble that put him on bad terms with the younger men.&hellip; A good bookie makes all the difference in a gambling joint– it’s up to him whether a session comes alive or falls flat.&hellip; But even kicking him out wasn’t as easy as that.&hellip; So I decided to wait a while and see how it worked out.&hellip; But age doesn’t matter in that business…. Age by itself just doesn’t carry any weight. (« Confessions, » pages 153- 155) « The old men ’round here, sometimes they get on/Bad terms with the younger men, But old, young , age don’t carry weight/It doesn’t matter in the end » (« Floater ») « Things come alive or they fall flat » (« Floater ») « It’s not always easy kicking someone out/Gotta wait a while – it can be an unpleasant task » (« Floater »)
« Actually, though, I’m not as cool or forgiving as I might have sounded. » (« Confessions, » page 158) « I’m not quite as cool or forgiving as I sound/I’ve seen enough heartaches and strife » (« Floater »)
« Tears or not, though, that was too much to ask&hellip;. » (« Confessions, » page 182) « Sometimes somebody wants you to give something up/And tears or not, it’s too much to ask (« Floater »)
« Just because she was in the same house didn’t mean we were living together as man and wife…I don’t know how it looked to other people, but I never even slept with her–not once. » (« Confessions, » page 208) « Samantha Brown lived in my house for about four or five months/Don’t know how it looked to other people/I never slept with her even once » (« Lonsesome Day Blues »)
« They were big, those trees–a good four feet across the trunk&hellip;. » (« Confessions, page 241) « There’s a new grove of trees on the outskirts of town/The old one is long gone/Timber two-foot six across/Burns with the bark still on » (« Floater »)
« There was nothing sentimental about him–it didn’t bother him at all that some of his pals had been killed. (« Confessions, » page 243) « My captain, he’s decorated — he’s well schooled and he’s skilled/He’s not sentimental — don’t bother him at all/How many of his pals have been killed » (« Lonesome Day Blues »)

*Quotations and page numbers come from the English paperback edition of « Confessions of a Yakuza, » published by Kodansha in 1995. The Japanese edition was originally published in 1989. **Lyrics from « Love and Theft » are quoted from http://www.bobdylan.com, a Web site maintained by Columbia records.

Voir par ailleurs:

The 10 Sins of Bob Dylan

Accelerated decrepitude

I just finished reading the best Dylan bio ever (surpassing previous title holder Clinton Heylin’s Bob Dylan: Behind the Shades), Brit journalist Howard Sounes’ Down the Highway: The Life of Bob Dylan (2001). Based on painstaking new research, including the real dope on Dylan’s myth-stoked 1967 motorcycle accident, it really details the human side of Bobby Zimmerman, especially his womanizing – there’s even a suggestion that his embrace of Christianity in the 80s was partly because of his affairs with his born again Soul Sista backup singers Clydie King, Carole Childs, and Carolyn Dennis (who he secretly married, divorced, and had a love child with).

Though I’m a true Dylan fan, I learned some rather unsavory things about my hero. Nobody’s perfect, I know that. It’s like Sir Mick once sang, « Every cop is a criminal, and all the sinners saints. » I don’t put anybody on a pedestal. But the following are such egregious and heinous wrongs that I must set the record right by deeming them…

The Top 10 Sins of Bob Dylan:

1. « Ballad In Plain D »
Dylan’s diatribe against the Rotolo sisters, ex-girlfriend Suze and her « parasite » sister Carla, was the one song Dylan regretted writing. Inspired by his anger following an ugly breakup with Suze at Carla’s apartment, it hung its dirty laundry out to dry on 1964’s Another Side of Bob Dylan. In the liner notes to 1985’s Biograph box set, Dylan admitted that « It was a mistake to record it and I regret it. » The closest he came to an apology, apparently.

2. Wanton Womanizing
Ah, Dylan’s labrynthine love life…it obviously inspired him, as many women played the part of his muse, but it also taxed him – quite literally. His two divorces -from « Sad-Eyed Lady of the Lowlands » Sara Lowndes in ’77 and backup singer Carolyn Dennis in ’92 – cost him many the pretty penny an no doubt had something to do with his relentless touring schedule (touring providing both an escape from the troubles at home and mucho moolah with which to pay alimony and child support – not to mention opportunities for more « road women » affairs and future palimony suits!) It was Dylan’s infidelity that cost him first Echo Star Helstrom (« Girl From the North Country »), cheerleader-cute Bonnie Beecher (another candidate for the real « Girl From the North Country »), Suze Rotolo (who was so upset by his flagrant affair with Joan Baez that she attempted suicide and, later, chose to have an abortion when pregnant with Bob’s child), Sad-Eyed Sara Lownds, and Joan Baez (who only found out that Dylan had dumped her when Sara answered the door to his room in 1965).

3. Trading Elvis for a Sofa
Andy Warhol gave Dylan an original silk screen of his famous cowboy Elvis painting, but Dylan hated it, first hanging it upside down in his home, then putting it in a cupboard before finally trading it to manager Albert Grossman – FOR A SOFA! Grossman knew a sweet swindle when he saw it (like the contracts he signed with Dylan and The Band), and eventually sold the Warhol at auction for $750,000! Hope that sofa offers state-of-the-art comfort, Bob!

4. Horace Freeland Judson
There are many cruel scenes in Dont Look Back, D. A. Pennebaker’s documentary about Dylan’s 1965 European tour – the patronization of fellow troubadour Donovan, the cold shoulder given Joan Baez, the drunken party at London’s Savoy Hotel suite party – but none more mean-spirited than the assault on Time reporter Horace Freeland Judson, who Dylan rips apart as if he were the clueless Mr. Jones himself from « Ballad of a Thin Man. » It’s painful to watch. Dylan the rock star is a total dick to a guy just doing his job. What would Woody think?(Reporter Rant Runner-up: The Silver Medal for Media Surliness surely goes to Dylan’s Swedish Radio Interview from the same tour).

5. Joan Baez
Dylan asked, « How many roads must a man go down, before he can call himself a man? » Joan should have asked, « How many doors must be shut in your face before you get a clue that hie doesn’t care for you? » Poor Joan. She helped Dylan get early folk creds when she brought him on her tours and shared her bed and home with him when he stayed with her in Monterey. And in return? He asked her to join him on his 1965 Dont Look Back tour, then gave her the total cold shoulder, insulted her by never asking her to join in on stage, and made fun of her with his sycophantic cronies (Bobby Neurith chief among them). It eventually was enough to send her back home crying. Even then Joan didn’t get it. Hearing that Bob had taken ill in Italy, she went to his hotel room only to have the door answered by Sara – the girlfriend he neglected to tell Joan (or anybody for that matter) about. Oopsie! It would be 10 years before the two saw each other again, this time for the Rolling Thunder Revue and Dylan’s cinematic messterpiece, Renaldo and Clara, in which Joan had to act alongside Mrs. Dylan, Sara Lowndes. Glutton for punishment, Joan?

6. Eating the Documents
Dylan cut up the 1966 European tour footage filmed by D.A. Pennebaker, without allowing Penny to make a duplicate print to preserve the valuable historical (and musical concert) footage for posterity. Dylan the Auteur’s disjointed mess of a « home movie, » Eat the Document, was a bust. Rejected by NBC, which had originally planned to air it as a TV documentary, it took Martin Scorcese to finally salvage and properly edit the footage for his excellent 2005 documentary No Direction Home. Thanks Marty! On a similar note, Renaldo and Clara remains the best record of Dylan’s 1975-1976 Rolling Thunder Revue tour, but Dylan had to turn in an artsy-fartsy, imcomprehensible 4-hour « messterpiece » that is, by most accounts, completely unwatchable. Even Dylan fans can’t sit through it. Leave the directing to the pros, Bob! They don’t tell you how to play music, do they?

7. Love and Theft
Dylan was once asked jokingly at a press conference, « Do you think you’ll ever be hung as a horse thief? » It was a funny line, until you consider that in real life, Dylan the record-lover was twice caught stealing people’s record collections. When Dylan was in college and living in Minneapolis’ Bohemian Dinkytown, he stole his friend Jon Pankake’s valuable Harry Smith-curated Anthology of American Folk Music collection. And when he was staying in Denver in 1960, he stole singer Walt Conley’s albums and was busted by the police. Charges were dropped by a forgiving Conley, and Dylan hitch-hiked back East. Dave Van Ronk described the early Dylan as a snorer, a Yiddish word for « professional mooch, » and this early behavior more than justifies that characterization.

8. Dave Van Ronk
Dylan lifted Dave Van Ronk’s arrangement – the one he taught the kid himself! – of « House of the Risin’ Sun » for inclusion on his first album and recorded it before Van Ronk’s version came out. Van Ronk asked his friend not to record it before his own version came out, but Dylan did and Van Ronk was miffed. Van Ronk eventually forgave him when Eric Burdon and The Animals copped Dylan’s version for their hit single version.

9. Liam Clancy’s Girlfriend
Dylan’s friendship with the Clancy Brothers dated back to his fledgling folk coffeehouse days in Greenwich Village. In 1992, after the Clancy Brothers performed as part of a Dylan 30th Anniversary Concert Celebration in New York, Liam Clancy asked Bob if he ever screwed Liam’s girlfriend Cathy while the Brothers were on the road. Dylan hemmed and hawed but finally admitted he did. « Man, she loved you. But she was so lonesome…and…I did comfort her. » Some friend. Too old (or drunk) to fight about it, Liam just handed Dylan a guitar and made him sing an Irish folk song for pennance.

10. Faridi McFree
Dylan boinked ex-wife Sara’s Nanny, Faridi McFree, the very day the news broke that his divorce was settled. Sara was vacationing with the kids in Hawaii at the time and McFree was home house-sitting for her. Dylan later dropped McFree to insure that Sara, who felt betrayed by her ingrate Nanny, would give him visitation rights with his children. This one hit just a little too close to home.

Voir encore:
Movies
Separating Truth From Fiction in ‘The Hurricane’
Selwyn Raab

Dec. 28, 1999

On a soft spring night in 1966, at a time when many American cities were torn by racial tension, two black men stormed into a Paterson, N.J., tavern and unleashed a barrage of gunfire that killed the bartender and two patrons, all white. Soon after, Hurricane Carter, a contender for the middleweight boxing championship, was convicted of the crime and imprisoned for 19 years in a case that was eventually overturned in a landmark ruling.

The struggle of Mr. Carter, whose first name is Rubin, for exoneration is the subject of  »The Hurricane, » a film directed by Norman Jewison, with Denzel Washington portraying the boxer whose compelling real-life story touches on thorny issues of race, civil rights and celebrity involvement in criminal trials.

 »The Hurricane, » which opens tomorrow, is being billed as  »the triumphant true story of an innocent man’s 20-year fight for justice. » But the discrepancy between the  »true story » and what is seen on screen raises serious questions about how Hollywood presents actual events and the liberties taken with the truth.

The film bases its authenticity on  »Lazarus and the Hurricane, » by Sam Chaiton and Terry Swinton, published in 1991 (Viking), and on Mr. Carter’s autobiography,  »The 16th Round, » published in 1974 (Viking). The film, written by Armyan Bernstein and Dan Gordon, depicts Mr. Carter’s turbulent life as a rebellious youth, a ferocious boxer and a tormented prisoner.

But it presents a false vision of the legal battles and personal struggles that led to his freedom and creates spurious heroes in fictionalized episodes that attribute his vindication to members of a Canadian commune who unearth long suppressed evidence.

While glorifying the Canadians, the film plays down the heroic efforts of the lawyers whose strategy finally won the day for Mr. Carter. And virtually obliterated in the film version is the vital role played by John Artis, Mr. Carter’s co-defendant, who was also wrongly convicted and imprisoned for 15 years.

Two films in this decade,  »J.F.K., » Oliver Stone’s conspiracy version of the assassination of President John F. Kennedy, and  »The Insider, » an account of the perils of a tobacco-industry whistle-blower, directed by Michael Mann, have also provoked debates over skewed history torn from headlines.

Of course filmmakers have always taken dramatic license, simplifying history and conflating characters and events for narrative purposes. They defend their interpretations by emphasizing that their films are not documentaries but vivid adaptations of complex stories that retain the essence if not the literal truth of important events that would otherwise be unknown to the huge audiences that movies attract.

Whatever its intentions,  »The Hurricane » falls into the category of history contorted for dramatic effect.

A major fabrication is the creation of a racist Javert-type detective who hounds Mr. Carter from the age of 11 until he finally ensnares him in the triple homicide. The film brands the phantom detective as primarily responsible for framing Mr. Carter.

The actual story is more harrowing because it exposes an underlying frailty in a criminal-justice system that convicted Mr. Carter, not once but twice. The convictions were obtained not by a lone, malevolent investigator but by a network of detectives, prosecutors and judges who countenanced the suppression and tainting of evidence and the injection of racial bias into the courtroom.

The film also sterilizes Mr. Carter’s history before his arrest for murder. He is characterized as a nearly model citizen who overcame persecution as a juvenile and remade himself as a boxer and civil rights advocate. What is omitted is that Mr. Carter served four years in prison as an adult for three muggings, crimes that later tarnished him as potentially violent and damaged his cause in the murder case.

And while the film would have audiences believe that Mr. Carter was a teetotaler, he never denied taking part in an occasional pub crawl and, although married, having a romantic fling. One of those night owl excursions enmeshed him in the murders, a fact obscured in the movie.

The forgotten man of the film is Mr. Artis, the other defendant, whose life was almost destroyed. Seen only briefly, Mr. Artis is portrayed as a clueless youth. The only recognition given to him is a brief prison encounter when Mr. Denzel suddenly addresses him as  »my hero. »

In reality Mr. Artis defiantly rejected an offer to avoid a long prison sentence by falsely incriminating Mr. Carter. Many defense supporters were also drawn to the case because of their faith in Mr. Artis, who had an unblemished reputation and no police record.

The true nightmare for both men began after the early-morning shotgun and pistol-fire slayings of two men and a woman in the Lafayette Grill, a Paterson bar. The murders occurred only hours after a black tavern owner had been fatally shot by a white man in Paterson, and the police immediately theorized that racial retaliation was the motive for the Lafayette Grill attack.

Shortly after the murders Mr. Carter, then 29, and Mr. Artis, 21, were picked up in Mr. Carter’s white Dodge, which the police said resembled the getaway car. The movie, however, disregards vital elements the police used against Mr. Carter: the finding of a shotgun and a bullet in the Dodge and the murder of the black tavern owner.

Except for being black, neither Mr. Carter nor Mr. Artis resembled the original descriptions of the killers, and they were released after passing lie detector tests.

Three months later, however, the two men were indicted based on statements by two petty criminals, Alfred P. Bello and Arthur D. Bradley, two white men who admitted that they had been committing a burglary near the Lafayette Grill and said that they had seen Mr. Carter and Mr. Artis emerge with guns in their hands.

At a trial in 1967 the prosecution offered no motive for the murders. Mr. Bello and Mr. Bradley were the only witnesses who identified Mr. Carter and Mr. Artis, and their testimony was decisive in the convictions and the imposition of life sentences.

All appeals failed. By 1973 the penniless Mr. Carter’s prospects for a new trial seemed doomed. Nevertheless, Mr. Carter, a charismatic figure inside prison as well as outside, enlisted help from Fred W. Hogan, an investigator for the New Jersey public defender’s office, and Richard Solomon, a freelance writer. On his own time Mr. Hogan searched for evidence while Mr. Solomon rekindled interest by establishing a minuscule defense committee and by soliciting journalists to write about Mr. Carter’s plight. In 1973 and 1974 Mr. Hogan and this reporter tracked down Mr. Bello and Mr. Bradley, and both men separately recanted their identifications of Mr. Carter and Mr. Artis. They asserted that Lt. Vincent DeSimone, the lead detective in the case, and other investigators, some of whom made racist slurs, had pressured them into incriminating Mr. Carter and Mr. Artis. The lies were in exchange for lenient sentences in their own crimes and the lure of a $10,000 reward.

The New York Times published front-page articles about the recantations and about other questionable evidence used by the prosecution. Overnight Mr. Carter became an international cause celebre, with civil rights leaders, politicians, writers, and entertainment figures joining his defense committee. Bob Dylan supported Mr. Carter in his song  »Hurricane » (which is used in the new movie).

Based on the recantations and the concealment of promises to the prosecution’s main witnesses, the New Jersey Supreme Court overturned the guilty verdicts. But in 1976 at a second trial prosecutors resuscitated an old theory, charging that Mr. Carter and Mr. Artis had exacted racial revenge for the earlier murder of the black tavern owner.

Mr. Bello, in a surprise twist, resurfaced to recant his recantation, testifying as the only prosecution witness who placed Mr. Carter and Mr. Artis at the murder scene.

After nine months of freedom Mr. Carter and Mr. Artis were found guilty, cast back into prison and deserted by most of the celebrities and civil rights figures. Still, the principal defense lawyers, Myron Beldock, Lewis Steel and Leon Friedman of New York City, who worked for a decade without payment, persisted in unearthing evidence that the prosecution had concealed at the second trial.

Numerous appeals over nine years in New Jersey courts failed. But when the issues were heard for the first time in federal court, a judge in 1985 overturned the convictions on constitutional grounds, saying the prosecution had  »fatally infected the trial » by resorting, without proof, to the racial revenge theory and had withheld evidence that disproved the identifications made by Mr. Bello, the star prosecution witness.

In 1988 the United States Supreme Court upheld the appeal, and after 22 years all accusations against Mr. Carter and Mr. Artis were dismissed.

In the film the two trials are confusingly compressed into a brief courtroom sentencing scene with Mr. Carter protesting that he had been convicted by an all-white jury. (In reality the first jury was all white; the second included two elderly blacks.)

Many pivotal scenes revolve around Mr. Carter’s relationship with members of a secretive Canadian commune, especially a young black man, Lesra Martin, who befriended him in the later years of his imprisonment. In the film the young Mr. Martin and the commune revive a supposedly despairing Mr. Carter’s faith in himself and in his quest for freedom. They are depicted as demon sleuths who uncover vital evidence including a secret diary kept by an investigator, a forged police document and incontestable proof that Mr. Carter’s car was not the get-away vehicle.

These incidents are fairy tales. All essential evidence concerning constitutional violations, manipulated witnesses and prosecutorial misconduct was found by defense lawyers. And the film concocts suspenseful encounters — unmentioned in the Canadians’ own book,  »Lazarus and the Hurricane, » nor reported elsewhere — in which commune members are menaced by the reincarnated Javert and narrowly escape death. Mr. Carter’s lawyers do credit the Canadians with extensive paralegal work that spared them hundreds of hours of research and expenses. In an authorized biography,  »Hurricane, » by James S. Hirsch, to be published next month by Houghton Mifflin, Mr. Carter says he instantly bonded with Mr. Martin and was indebted to the Canadians for spending $400,000 — mainly on living expenses for themselves and him — before and after his release.

Mr. Carter, in an interview, said he had little control over the screenplay. He added that he had not objected to the description of the Canadians’ role because of his gratitude to for their moral and financial support.

Missing from the film are the recantations by Mr. Bello and Mr. Bradley, the critical disclosures that reopened a dead case and figured prominently in Mr. Carter’s ultimate exoneration. Nor is there an indication of the support Mr. Carter received from relatives and friends long before the affluent Canadians arrived. While Mr. Carter’s affection for Mr. Martin is the keystone of the movie, viewers have little sense of the son and a daughter with whom he has had a distant relationship even out of prison. And there is only the merest suggestion of the loyalty of his first wife.

The film closes with a courtroom scene signifying the judicial defeat of evil, attributed to the indomitable Canadians. It fades out with a stirring (but invented) speech by Mr. Carter about injustice and his embracing of Mr. Martin, and Lisa Peters, the leader of the Canadians.

A feel-good screen afterword notes that Mr. Carter lives in Canada and runs an organization that seeks to correct judicial wrongs, and that Mr. Martin has become a lawyer in Canada. Left unsaid is both men’s eventual disenchantment with the commune and its treatment of them.

After his release Mr. Carter married Ms. Peters. But he soon ended all relations with her and other commune members, asserting in his biography that they patronized him as a  »trophy horse » whose main purpose was to raise money for the group. He further complains that the commune tried to control his life, with members escorting him everywhere and censoring his words.

As for Mr. Martin, he was expelled. His crime: dating a woman without the commune’s permission.

Pourquoi le prix Nobel de littérature à Bob Dylan est une grossière erreur

Tentative d’explication des raisons pour lesquelles l’attribution du prix Nobel de littérature à un chanteur est une erreur, car la chanson, quelles que soient ses qualités artistiques, n’est pas de la littérature, dont le mode d’action sur le public est différent, car son mécanisme est lié au fait que la littérature  ne peut être que solitaire.

Chacun peut comprendre la spécificité du phénomène de la lecture en le comparant à celui du théâtre :

lorsque nous regardons une pièce de théâtre que nous n’avons jamais lue , l’impression produite dépend en grande partie des choix du metteur en scène et du physique et du jeu des acteurs : ceci nous est fourni tel quel et est, de notre part, un phénomène de réception passive, identique et collective pour l’ensemble du public;

-lorsque nous lisons une pièce de théâtre que nous n’avons jamais vue représenter, nous sommes alors dans la lecture pure, et tout ce travail de mise en scène, d’imagination du physique des acteurs et de leur jeu doit être fait par nous-mêmes: il s’agit donc d’un phénomène actif et solitaire de notre part, et dont le résultat sera différent pour chaque lecteur.

IL FAUT DONC SE POSER D’ABORD LA QUESTION  : QU’EST-CE QUE L’ART ?

(Sources : « L’Homme précaire et la littérature », d’André Malraux, et «Histoire de l’art », d’Elie Faure.)

(ceux qui estiment superflue ou trop longue  cette réflexion -pourtant à mon avis indispensable- sur la définition de l’art peuvent se rapporter d’emblée au dernier paragraphe de cet article : VI -ET REVENONS À LA QUESTION: UN AUTEUR-COMPOSITEUR DE CHANSONS MERITE-T-IL UN PRIX NOBEL DE LITTERATURE ?)

I – INTRODUCTION

On peut partir de la définition de Malraux : « L’œuvre art répond à cette définition aussi facile à énoncer que difficile à comprendre : avoir survécu ».

Une idée fausse serait d’y voir un processus continu : l’ humanité produirait de l’art, et chaque époque, qui aurait forcément  meilleur goût que les précédentes, éliminerait ensuite ce qui n’était qu’effet de mode. En réalité, chaque époque, pour des raisons complexes, élimine ce que d’autres avait admiré, et admire ce que d’autres avaient ignoré.

Par exemple, la Renaissance a redécouvert les œuvres de  Antiquité : non pas après des fouilles archéologiques, mais parce que, jusque là, les gens passaient à côté des sculptures ou des édifices gréco-romains avec la même indifférence avec laquelle nous passons devant les bustes qu’on trouve, dans certains squares, de certaines personnalités barbichues aujourd’hui inconnues de la IIIème République et que nous ne considérerions jamais comme des œuvres d’ Art ; et puis, pour des raisons mystérieuses et complexes, un beau jour, les hommes se sont mis à les considérer comme des œuvres d’ Art –ce qui sera peut-être un jour le sort glorieux de ces petits bustes des squares que personne ne regarde, il est impossible d’affirmer que ce ne sera jamais le cas.

Ainsi, chaque époque pourrait-elle communier, à travers l’ art, avec des époques précédentes, illustrant la phrase de Malraux «  Les religions et l’art sont les deux seules choses que l’homme a trouvé à opposer à la mort » ? Trop beau pour être vrai, car le même Malraux écrit ailleurs : « Toute communion est fondée sur un malentendu » (et qui s’applique à bien des choses : la communion religieuse, politique, etc.) ; en fait, nous croyons communier avec des sensibilités dont, en réalité, nous ignorons tout, car nous ne pourrons jamais entrer dans l’esprit des hommes ayant vécu dans d’autres sociétés et d’autres époques que la nôtre ; par exemple, si quelqu’un se mettait à peinturlurer des statues grecques  exposées au Louvre, il serait aussitôt emprisonné pour vandalisme ; or, on sait qu’ elles étaient toutes  recouvertes de peintures aux couleurs criardes et violentes sans lesquelles leurs contemporains ne les appréciaient absolument pas ; il en est de même de nos « blanches cathédrales », qui étaient violemment peintes.

Il faut donc lever ce malentendu ; quand quelqu’un écrit aujourd’hui  « ce qui fait le génie de Baudelaire » il entend : « ce pour quoi NOUS l’admirons » ; il faut y rajouter l’élément, que nous ne pouvons absolument pas connaître « ce pour quoi les siècles prochains l’admireront autrement, et qui n’a rien à voir avec les raisons pour lesquelles nous l’admirons –ou , au contraire, ce pourquoi les siècles prochains l’abandonneront à un oubli total » : on ne peut prévoir la vie posthume des œuvres d’art. Si nous-mêmes ne lisons pas Baudelaire comme le lisaient ses contemporains, c’est qu’entretemps nous avons lu Rimbaud et bien d’autres : nous portons en nous un Musée Imaginaire fait de tout ce que nous connaissons, musée qui métamorphose toutes les œuvres que nous y faisons entrer, et cette métamorphose permanente nous sépare de tout génie par toutes les créations qui ont succédé aux siennes.

Je vous demande de garder bien présente à l’esprit cette notion de la métamorphose permanente des œuvres d’art, par le changement  permanent du regard que portent sur elles les différentes générations qui se succèdent, car nous la retrouverons plus loin.

II- LA MORT DE L’IMAGINAIRE CHRETIEN

On sait que la notion de l’ Art en tant que « production de la sensibilité personnelle d’un individu » est tout à fait récente ; sans remonter aux peintures rupestres préhistoriques type Lascaux, dont on ignore les fonctions sociales exactes et combien de leurs contemporains pouvaient les regarder (certaines, très peu et uniquement ceux qui les avaient exécutées , et qui avaient dû ramper à plat ventre jusqu’à l’endroit  où ils les avaient peintes), dans l’ Egypte pharaonique, l’artiste n’était qu’un exécutant d’une œuvre qui n’avait qu’une fonction  purement symbolique –à la fois religieuse et politique – et on voit, dans certaines peintures tombales, les corrections à effectuer indiquées par les prêtres, en fonction de critères qui ne relevaient en rien de l’esthétique ; ce que nous appelons aujourd’hui l’ « artiste » n’était qu’un technicien exécutant, comme un maçon pour une maison contemporaine, dont il serait impossible de reconnaître le style personnel, et à qui il ne serait jamais venu à l’idée de signer son œuvre.

Sautons quelques millénaires, pour ne pas finir trop tard.

Du XIIIème au XVIIIè siècle, le chrétien a subi une mutation totale, son lien avec l’imaginaire ayant totalement changé. Le Moyen-Age a cru à son imaginaire  comme un vrai communiste croyait au communisme, et non pas comme les habitants des pays démocratiques croient à la démocratie, c’est-à-dire distraitement. Le temps de Saint-Louis est un cinéma religieux dans lequel statues, vitraux, images n’imitaient pas ce qu’ils représentaient, ils formaient le SEUL monde d’images existant, et le moyen le plus puissant de communication avec le surnaturel. L’important était l’invisible, et les images ne figuraient que lui, ou que ce qui s’y rapportait ; et la cathédrale dans laquelle se trouvaient ces statues, ces tableaux et  ces vitraux leur apportait ce que le fond d’or apportait aux icônes byzantines : la participation à l’inaccessible.

Et puis vint la Renaissance ; s’il nous faut faire un effort pour comprendre ce qui a déconcerté à ce point les hommes de cette époque, c’est que la pluralité des civilisations nous est une notion familière : or, à l’époque, elle ne l’était à presque personne ; et cela eu une conséquence majeure, une des plus grandes métamorphoses de l’ humanité : la religion est devenue relative : ceci n’a pas détruit la foi, mais elle en a détruit tout l’imaginaire ; jamais ne reparaîtront les siècles où l’ Imaginaire avait été la Vérité, et la foi, l’évidence : le monde chrétien est devenu, même pour les chrétiens, un monde parmi d’autres : et  on ne construira presque plus de cathédrales.

En résumé : la chrétienté  s’est métamorphosée lorsque le chrétien a cessé de tenir son imaginaire religieux pour vérité suprême : et c’est alors qu’est né ce que le XIX ème siècle appellera « Art ».

Si la Renaissance rejoint l’ Antiquité, c’est parce que lorsqu’un sculpteur romain sculptait une déesse, elle ne se confondait pas, pour lui, avec la statue d’une mortelle, mais elle ne représentait pas, pour lui, son Imaginaire de Vérité : 1500 ans plus tard, à la Renaissance, le sculpteur de Florence sculptant la Vierge ne lui accordait, lui non plus, aucun caractère sacré : elle ne représentait pas, pour lui non plus, une mortelle, mais, comme le sculpteur d’une déesse de l’ Antiquité, il trouvait, dans cette forme née de la divinité, son propre accomplissement personnel : la divinisation transformée en technique.  L’action qui va devenir une valeur suprême est celle d’une beauté codifiée : on appellera désormais « beau » ce qui plaira. Avec l’imprimerie, apparaîtront les premières anthologies, les premières reproductions d’œuvres du monde entier, réalisées par quelques très rares amateurs, qui ont voyagé, les ont dessinées, puis fait imprimer : elles stupéfieront le reste de l’humanité, lui faisant découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence (au Moyen Age, très peu de gens voyageaient, et ceux qui le faisaient n’allaient pas visiter des musées qui n’existaient pas ; même les grands peintres français ignoraient tout de la peinture flamande, italienne ou espagnole, sans parler de la russe).

Mais pour que l’imaginaire profane atteigne  la dignité et l’importance de  l’imaginaire religieux du Moyen Age, il faudra attendre que la littérature devienne enfin l’égale, en diffusion,  de la peinture, de la sculpture et des vitraux.

III- L’IMAGINAIRE DE L’ECRIT

Lire la Bible sans la rapporter au culte, à la superstition ou à l’ Histoire, dire que « nous la lisons pour rien, juste pour elle-même », signifie que nous la lisons en tant que texte littéraire – de même que transporter une sculpture  de la cathédrale où elle se trouvait à un musée veut dire que nous la faisons passer du monde de la foi au monde de l’art, autrement dit que nous en changeons la nature : toute œuvre née pour un lieu d’irréel se métamorphose lorsque l’irréel du lieu a disparu. On avait déjà  connu le même phénomène lorsque les gens, à la fin du Moyen Age, ont commencé à posséder, chez eux, une Vierge d’ivoire, transformant la piété liturgique collective en piété privée ; et cet imaginaire collectif a été remplacé à la Renaissance  par un autre, celui du théâtre et de la fiction théâtrale : on n’avait plus joué l’ Homme dans une salle de spectacle depuis l’ Antiquité. En France, le mythe de Racine devient peu à peu symbole unique du classicisme, s’étend aux arts, à l’architecture, à l’esprit : il impose pour deux siècles à la société cette notion si étrangère au Moyen Age : le bon goût, la plus complète rationalisation de l’art qui soit.

Et puis, nouvelle révolution,  arrive le romantisme, qui exige de la littérature qu’elle annule la distance qui sépare l’œuvre du spectateur, alors que le classicisme, lui,  est inséparable de cette distance : il continue à se tenir pour l’expression suprême de l’homme depuis l’ Antiquité ; cette métamorphose romantique est une révolution : elle entreprend de détruire le mythe de la perfection éternelle aux dépens de celui du génie individuel ; l’artiste devient un prophète d’un nouveau dieu, l’ Art, qui se manifeste à travers lui.

Et c’est là la révolution qu’apporte ce genre nouveau qu’est le roman : toute révolution de l’imaginaire, avant de se marquer par la substitution d’un genre à un autre, se marque par un changement de liturgie : de même qu’on avait déjà découvert qu’on pouvait prier seul sa Vierge d’ivoire, on va découvrir qu’on peut écouter un livre tout seul.

On sait qu’on a d’abord nommé romans les histoires écrites en langue romane pour qu’un lecteur les récitât à un public qui ne savait pas lire. Mais ce que nous appelons roman n’eut pas été concevable sans la lecture en silence et solitaire ; il s’agit de la découverte, par le romancier, de son ubiquité, de son omnipuissance, de sa liberté, de l’autonomie de ses œuvres qui ne se limitent plus aux histoires : peu à peu, il découvrira l’existence, dans un roman, de ce qui n’est pas l’histoire qu’il raconte, cet « autre chose » qui en fait la valeur et se perd chaque fois qu’on l’adapte au cinéma ; ce qu’on peut appeler l’ Imaginaire du Silence : le romancier découvre empiriquement le cache-cache par lequel il habite tour à tour chacun de ses personnages en même temps qu’il fait qu’il leur arrive des choses : jamais, auparavant, on n’avait tenté de saisir l’homme du dedans et du dehors à la fois, faire habiter des personnages par des démons à transformations, proclamer les droits de l’irrationnel et de l’impulsion.

Tout se passe, au XIXè siècle, comme si l’ Occident découvrait qu’il s’est toujours mépris sur la fiction : on prend conscience que le monde du roman constitue un imaginaire particulier. La volonté d’écrire est clairement antérieure à celle de la décision d’entreprendre un récit: Flaubert ou Balzac n’estiment pas qu’ils ont une histoire qu’il leur faut raconter, ils cherchent des sujets car il leur faut satisfaire leur besoin d’écrire, leur drogue, et ce besoin d’écrire précède l’histoire qu’ils vont faire semblant de raconter. Pourquoi, chez Dostoïevski, la pensée d’un prédicateur d’un christianisme de croisade s’incarne-t-elle dans l’imaginaire romanesque ? Les textes sacrés suffiraient à fonder sa pensée ; mais s’il travaille à l’élaboration d’un roman, c’est que sa nécessité de retrouver chaque jour des êtres fictifs est d’un autre ordre : le romancier établit avec ses fictions une relation continue – ce qui pourrait être une définition de la folie. Le roman n’est pas une photographie du XIXème siècle, c’est l’imaginaire de l’écriture, correspondant à notre lecture solitaire et silencieuse, dans laquelle le fou Dostoïevski va s’intoxiquer de ses Karamazov, dont le fou-lecteur-solitaire va s’intoxiquer à son tour : la création romanesque naît de l’intervalle qui sépare le roman de l’histoire qu’il raconte, et dans lequel se déroule le dialogue de l’auteur avec son imagination, dialogue qui va rencontrer  celle du lecteur avec la sienne.

L’échec de adaptation du roman en film allait révéler le secret du roman, comme la découverte de la photographie avait fait découvrir   le secret de la peinture.

Ici, une petite parenthèse s’impose : l’illusionnisme (ou, si vous préférez, la découverte technique) donne toujours la fausse impression d’approcher davantage la réalité, alors qu’il ne fait que nous faire comprendre ce que nous admirions, sans le savoir, dans ce qui l’avait précédé : il a fallu attendre l’invention de la photographie pour que la peinture devienne davantage elle-même, en devenant non figurative, et en abandonnant totalement à la photographie sa fausse mission de « reproduire le réel le mieux possible » : le notable bourgeois ne se fera plus faire son portrait par un peintre, il ira se faire prendre en photo : et si nous admirons aujourd’hui certains tableaux de notables flamands du XVI ème siècle, c’est en ignorant totalement s’ils sont ressemblants, ce qui est le cadet de nos soucis ; de même,  nous avons pris conscience de ce que le cinéma était muet à la découverte du parlant (on n’avait jamais imaginé, auparavant, que des images pourraient parler un jour) , nous avons pris conscience de ce qu’il était en noir et blanc à la découverte du cinéma en couleur (et que, du coup, ce que nous aimions dans le noir et blanc, c’était un certain rapport entre les noirs, les blancs et les gris, les cadrages, etc. :tout ce qui n’a aucun rapport avec le réel), nous avons pris conscience de ce le cinéma était plat à la découverte du cinéma en 3D, qui sera sans doute un échec, car ce que nous recherchons, ce n’est pas, comme nous le croyons naïvement, un  « toujours plus proche de la réalité », au contraire.

Cette  parenthèse fermée, reprenons : il n’y a pas d’identité entre le roman et le film qu’on en tire, mais entre l’histoire que semble raconter le roman et l’histoire que semble raconter le film : et pas plus que le scénario d’un grand film ne constitue jamais un grand roman, un grand roman ne peut donner, à lui seul, un grand film : on ne peut pas plus ramener un personnage de roman à sa biographie qu’on ne peut ramener un roman à son intrigue. Le roman nous impose son imaginaire comme il nous impose les héroïnes dont il nous charge d’imaginer le visage. Le lecteur croit voir, dans le romancier, l’interprète de l’histoire qu’il raconte, mais il se trompe : il n’existe pas plus de Chartreuse de Parme non écrite que de symphonie imaginaire ou de modèle d’un tableau cubiste.

On voit donc que la littérature, qui  avait longtemps voisiné avec l’anecdote, voisine depuis le roman avec la névrose. L’homme ne gouverne pas son imagination comme son esprit, mais aléatoirement, comme il gouverne sa sexualité : il ne décide pas d’imaginer comme il décide de danser, il est un animal imaginant. L’ Eglise avait entretenu le chrétien dans un mystère sans fin; ce qui nous surprend le plus, dans la fiction du roman, c’est qu’elle nous semble moins fictive que celle de l’audiovisuel : non par plus de réalisme, mais par une prise de l’homme sur sa vie. Jusqu’au cinéma et à l’audiovisuel, c’est dans l’imaginaire que l’homme s’interrogeait de la façon la plus pressante sur sa vie, par des voies dont la voie royale est celle du roman qui pousse le lecteur à la complicité. Toute interrogation d’un art de l’imaginaire rencontre le sentiment religieux : l’art n’est pas une religion, mais l’artiste-créateur obéit à une définition qui se rapporte à celle de la foi : «  adhésion totale du cœur et de l’esprit » ; pendant des millénaires, les arts plastiques ont représenté ce que nul ne pouvait voir que par eux : les dieux ; l’art a-t-il pris le relais pour remplacer les dieux par cet autre mystère insondable par la raison : l’homme ?  Alors : art, folie, religion : trois termes synonymes ? En tous cas, on peut se poser cette question, qui est le titre de mon dernier chapitre :

IV- L’ART EST-IL UNE SECTE ?

Il existe sur terre quelques millions d’amoureux de l’art qui, sans devenir fous, ont avec la vie une relation spécifique : ils subissent ce que les autres appellent imaginaire avec la force que d’autres accordent au réel. Les sectes ne sont pas formées d’hommes libres de les quitter à l’occasion, mais d’intoxiqués : les grands peintres occasionnels du dimanche sont rares. Nul ne se montre amateur de littérature de temps en temps : on vit, ou non, d’une vie littéraire. Baigné par l’imaginaire, le monde parallèle de cette secte reste une île inabordable pour la majorité. L’extraordinaire est qu’elle assure une survie provisoire, alors que l’immensité, les non-membres de la secte, est promise à la mort. La littérature unit présent et passés littéraires, comme les grandes religions unissent présents et passé sacrés. Aux yeux d’un non-membre de la secte, un livre n’est qu’un témoin ou un contemporain d’un passé, il dira « il faut lire Balzac, parce que ça donne une bonne idée de la France du XIXème siècle », et, en le lisant, il sautera ses interminables descriptions, ce que ne fera jamais un membre de la secte qui sait, lui, que ces descriptions sont aussi des personnages: l’action de la bibliothèque ou du musée modernes, est qu’elle reconnaît comme membre de la secte celui qui est atteint de la même façon par une œuvre contemporaine que par une œuvre passée, et cet état d’esprit permanent est plus important que le palmarès des œuvres qu’il tient pour œuvres d’art – palmarès toujours changeant, comme nous l’avons vu au début.

Sans le savoir, nous appelons artiste (créateur ou non) tout homme à qui un art (qu’il en  soit producteur ou simple consommateur)  est nécessaire , et dont il ne pourrait se passer. Rien ne justifie la permanence, dans nos bibliothèques ou dans nos musées imaginaires personnels, des œuvres du passé, sinon un consensus basé sur une nouvelle relation entre l’homme et les arts : nous devinons, dans la littérature, la présence d’un élément qui n’est pas que littéraire, dans la peinture la présence d’un élément non-pictural, etc. C’est la première fois que l’énigme fait partie de la relation fondamentale entre l’homme et l’art du passé. Notre civilisation est la première à découvrir que le besoin de création semble aussi constant, dans l’ Histoire de l’humanité, que celui de communion, et que seule la création artistique rivalise avec la Création. Car un des caractères majeurs de la création artistique, nous l’avons vu au début, est de vouer l’œuvre à la métamorphose permanente, donc de lui donner proprement la vie. L’art ne rend pas les fidèles de sa secte immortels, mais il les fait accéder, comme autrefois les religions,  à un monde où la mort ne triomphe pas.

V- CONCLUSION (car il en faut bien une…)

Pour qu’on puisse découvrir une culture chez les grandes peintres, les grands sculpteurs, les grands romanciers, etc., il fallut que l’ Occident prît conscience que l’homme vit dans un imaginaire dérisoire, et qu’une grande œuvre, par exemple romanesque, impose un monde à ce fatras. Les valeurs suprêmes des civilisations, notamment les religions, avaient toujours été des valeurs ordonnatrices. Le scientisme, en tant que croyance, fit partie, à ses débuts, de cette mégalomanie. Puis on découvrit que la science ne possède aucune valeur ordonnatrice :  elle peut envoyer des hommes sur la lune, elle ne peut pas dire comment élever un adolescent ; le christianisme avait formé des chrétiens, la science s’est vite aperçue qu’elle ne formait nullement des athées.

Ce qui est intéressant, c’est que cette mutation de notre imaginaire s’est produite dans une civilisation, la nôtre, qui est devenue incapable de se concevoir elle-même: une civilisation technicienne exige une méthode expérimentale, mais, pour tout ce qui échappe à la méthode, notre civilisation est devenue aléatoire : notre époque élève efficacement une civilisation qu’elle se montre inapte à ordonner.

C’est par l’aléatoire que nous avons conquis le passé du monde :on n’avait jamais vu, jusqu’à présent, une civilisation  capable de glorifier un autre art religieux que le sien : un homme du Moyen Age qui admirait les sculptures de ses cathédrales  n’aurait pas pu admirer un masque rituel dogon –et réciproquement- parce que nous les admirons autrement, après avoir métamorphosé  la nature de ces productions  par le regard différent que nous portons sur elles . Tous nos musées, toutes nos bibliothèques, sont les cathédrales de la métamorphose. Devant l’aléatoire, ni le monde ni l’homme n’ont de sens, puisque sa définition même est l’impossibilité d’un sens : devant l’aléatoire, il n’y a pas plus d’athées que de croyants ; l’aléatoire exige un agnosticisme de l’esprit : pour lui, , l’homme n’est qu’un objet d’interrogation, comme le monde l’est pour la science. Comme la chrétienté a enfanté le chrétien, la plus puissante civilisation de tous les temps aura enfanté ce que Malraux appelle l’homme précaire –c’est à dire : nous; et il conclut, comme moi, par cette question : « Faut-il voir dans l’homme un animal qui s’obstine à penser un monde qui, par nature, échappe à son esprit ? »

VI -ET REVENONS À LA QUESTION: UN AUTEUR-COMPOSITEUR DE CHANSONS MERITE-T-IL UN PRIX NOBEL DE LITTERATURE ?

Si on estime que les textes seuls d’un chanteur, sans sa musique, méritent le prix Nobel de littérature, il n’y a pas de problème : la poésie fait partie de la littérature au même titre que le roman, l’essai, la nouvelle; le premier prix Nobel de littérature fut attribué en 1901 à un poète, Sully Prudhomme.

Mais si on considère qu’il faut leur rajouter la musique pour qu’ils le méritent, alors ils méritent peut-être un prix Nobel, mais pas de littérature : et pourquoi pas, alors, un prix Nobel de littérature à un auteur d’opéras – à condition qu’il soit aussi l’auteur du livret ?

Et pourquoi pas, alors, uniquement aux textes qui exigent qu’on y ajoute de la musique pour mériter un prix Nobel de littérature ? Pourquoi pas à des textes qui exigent qu’on y ajoute des images, c’est-à-dire pourquoi pas un prix Nobel de littérature à un auteur de grands films, à condition qu’ils soient parlants? Tout ce qui contient des mots et a une valeur artistique n’est pas de la littérature; la chanson, l’opéra et le cinéma parlant ne sont pas de la littérature.

Il ne s’agit pas de nier que certaines chansons, certains films, sont des œuvres artistiques: il s’agit de nier que ce sont des œuvres littéraires. Bien sûr, il y a évidemment des relations entre la chanson, la poésie, la littérature, la musique et la danse, mais des rapports qui ne signifient identité: s’il y avait, en plus du prix Nobel de littérature, un prix Nobel de musique, auquel des deux aurait eu droit Bob Dylan ? Si on veut donner un prix Nobel à Bob Dylan, (ou à Trenet, ou à Brassens, s’ils étaient encore vivants) il faut créer un prix Nobel de la chanson, mais pas les  « raccrocher » à un art différent.

Pour être honnête : j’avoue que je suis très impressionné par le fait que : mais je n’ai trouvé nulle part leurs arguments.Car (voir le lien donné avec leurs noms) le débat entre écrivains pro et anti-ce prix Nobel ne porte que sur la qualité de l’oeuvre de Bob Dylan, et pas sur le fait de savoir si la chanson fait partie de la littérature, ou bien si elle  est un art différent : nous ne parlons pas de la même chose. Je ne nie pas que Bob Dylan mérite peut-être un prix Nobel ( Alain Mabanckou dit qu’il en est de même pour Georges Brassens, et  Joyce Carol Oates pour les Beatles), mais un prix Nobel… de quoi ?

Voir encore:

Du bon et du mauvais usage du témoignage dans l’œuvre de Svetlana Alexievitch
Galia Ackerman  [*]Essayiste et journaliste
et Frédérick Lemarchand Université de Caen Basse-Normandie

1On assiste, depuis les dernières décennies, à une prolifération de documents à caractère historiographique sur le XXe siècle ; le « vécu » est en vogue, tout autant que la mémoire fantasmatique de l’ex-URSS devenue — du moins le croit-on — enfin accessible depuis la fin de la guerre froide. On est confronté à une avalanche de livres, de reportages et de films documentaires, sans compter l’inévitable « télé-réalité », si près du réel… Et l’on aspire, dans une post-histoire réconciliée avec elle-même, à découvrir enfin la vérité que les appareils d’État nous avaient si longtemps cachée. Cependant, le genre documentaire, dont les règles ne sont pas réellement délimitées, pose de nombreuses questions, d’autant plus que la déontologie n’en est pas proprement établie, contrairement au travail de l’historien professionnel. S’il est évident qu’un document à l’état pur n’existe que dans des archives, l’écriture d’un livre ou la réalisation d’un film supposent une modification du document originel par sa soumission à des procédés tels que le découpage et le montage, notamment dans le passage de l’oral à l’écrit. Partant, si le degré de réécriture répond d’abord à une question de forme esthétique, il n’en constitue pas moins un problème éthique, d’autant plus que les « voix discordantes » qui se sont élevées et s’élèvent encore pour rendre compte d’une tragédie encore largement enfouie sous une mémoire officielle, ou historique, reposent sur rien moins que la mémoire de dizaines de millions de victimes (purges, famines programmées), la liquidation de la culture russe et d’une grande partie de ses acteurs par le régime, la spoliation et la contamination de millions d’hectares de terres jadis habitables (notamment après Tchernobyl). En d’autres termes, nous sommes ici confrontés à une mémoire traumatique renvoyant peu ou prou à toutes les formes imaginables de la catastrophe moderne ou de la « tempête du progrès » : totalitarisme, massacres de masse en temps de guerre, déportation, famines, crime écologique… La question de savoir jusqu’à quel point nous sommes en droit de réécrire un témoignage sans le dénaturer, sans porter atteinte à son authenticité, n’en a que plus de pertinence. C’est ce genre de questions que se posaient, par exemple, Ilya Ehrenbourg et Vassili Grossman lors de la rédaction du Livre noir [1][1] Vassili Grossman et Ilya Ehrenbourg, Le Livre noir,… où l’équipe du Comité antifasciste juif rassembla des témoignages de survivants de l’Holocauste. Ces questions se posent désormais avec la même acuité dans l’analyse des œuvres de témoignages issues de l’expérience soviétique, et en particulier s’agissant de celles qui portent sur la période totalitaire.
2Dans la mesure où elle témoigne plus généralement de l’expérience de la catastrophe dans l’histoire soviétique et post-soviétique, une œuvre comme celle de l’écrivain biélorusse Svetlana Alexievitch, dont les livres n’ont pas encore fait l’objet d’études systématiques en France, pourrait constituer un cas idéal-typique des questions que pose la conception d’une part, et la réception occidentale d’autre part, d’une littérature perçue comme l’expression d’une « voix discordante » à l’est — parce que sensément proche de la vérité —, depuis la Grande Guerre Patriotique (La guerre n’a pas un visage de femme [2][2] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia…), jusqu’à la chute du système soviétique (Les derniers témoins [3][3] Presses de la Renaissance, 2005 (traduit par Anne … et Ensorcelés par la mort [4][4] Plon, 1995 (traduit par Sophie Benech).), en passant par la guerre d’Afghanistan (Les cercueils de zinc [5][5] Christian Bourgois, 1991/2002 (traduit par Wladimir…) et Tchernobyl (La supplication [6][6] Editions Lattès, 1998 (traduit par Galia Ackerman et…). Nous proposons de retracer les premiers pas de l’analyse de la démarche de cet auteur original qui a ému tant de lecteurs dans des dizaines de pays.
Littérature et témoignage
3Il nous faut tout d’abord opérer une distinction entre la littérature de témoignage dont les auteurs ont fait directement l’expérience de ce dont ils témoignent, comme Primo Levi ou Varlam Chalamov, et les témoignages collectés par des journalistes, écrivains ou historiens, qui visent à présenter un événement à travers des récits, concordants ou contradictoires, en accompagnant ceux-là de commentaire et d’analyse. Cependant, l’œuvre de Svetlana Alexievitch reste un phénomène à part au sein de cette littérature riche et variée, raison pour laquelle la presse française, en panne de classement, l’a comparée à Varlam Chalamov ou à Jean Hatzfeld. Il y a, à ce phénomène, plusieurs raisons. Les cinq livres représentent des collections de témoignages consacrés chaque fois à un événement majeur de l’histoire soviétique : la Seconde Guerre mondiale (vue par les femmes et les enfants), la guerre d’Afghanistan, la catastrophe de Tchernobyl et l’éclatement de l’URSS. Ces livres ne sont pas tous construits de la même façon : La guerre n’a pas un visage de femme, Les cercueils de zinc et La supplication combinent de longs monologues avec des séquences de courts extraits de témoignages qui forment une sorte de « chœurs », en allusion à la tragédie grecque ; deux autres livres, Les derniers témoins et Ensorcelés par la mort, ont une structure plus linéaire : les témoignages s’y enchaînent sans entrer en interaction, ce qui s’explique visiblement par leur nature. Cependant, l’essentiel de la méthode employée par Svetlana Alexievitch ne change pas d’un livre à l’autre. Selon ses propres affirmations, elle collecte pour chaque livre cinq cents à sept cents témoignages [7][7] Ce chiffre figure dans sa propre présentation sur son…, puis les trie pour n’en sélectionner que quelques dizaines, particulièrement poignants, et en faire finalement « un roman des voix ». Mis à part son premier livre, La guerre n’a pas un visage de femme, achevé en 1983 et publié pour la première fois en 1985, dans lequel elle décrit succinctement ses rencontres avec les personnes interviewées, sa présence est toujours effacée de sorte que l’on est confronté uniquement à des voix qui racontent chacune leur histoire, affirment chacune leur « vérité ». En fait, c’est dans cet effacement apparent de l’auteur par rapport aux personnes interviewées et à l’événement qu’elle ne décrit ni ne commente que réside l’originalité de sa méthode. « Il y a des choses dans l’homme dont l’art ne soupçonne pas l’existence, ne les devine pas », écrit Svetlana Alexievitch [8][8] Cf. le website de Svetlana Alexievitch.. « Et moi, je n’écris pas une histoire sèche, nue d’un événement, j’écris l’histoire des sentiments. Qu’est-ce que l’homme pensait, comprenait et retenait pendant un tel événement ? En quoi croyait-il ou ne croyait-il pas ? Quelles illusions, espoirs, peurs avait-il ? C’est ce qu’on ne peut imaginer, inventer, en tout cas, pas dans une telle multitude de détails véridiques. Nous oublions rapidement comment nous étions il y a dix, vingt ou cinquante ans. Et parfois, nous en avons honte, ou ne croyons plus avoir vécu une telle chose. L’art peut mentir, le document trompe… Mais je compose le monde de mes livres de milliers de voix, de destins, de morceaux de notre quotidien et de notre existence… Ma chronique englobe des dizaines de générations (sic !). Elle commence par la mémoire des gens qui avaient connu la révolution, qui ont traversé des guerres, des camps staliniens, et elle continue jusqu’à aujourd’hui. C’est l’histoire d’une âme — de l’âme russe… ».
4L’intention de l’auteur est pour le moins ambitieuse et novatrice : capter ce que « l’art » (faut-il entendre : les autres écrivains et les artistes ?) n’a pas su explorer, écrire l’histoire des sentiments de plusieurs générations de Soviétiques, montrer « le petit homme face à la grande utopie, au mystère du communisme », faire parler les gens qui « ont aimé cette idée, ont tué en son nom, et qui maintenant essaient de s’en éloigner, de s’en libérer, de devenir comme tout le monde ». Il s’agit en outre, à travers cette phénoménologie des sentiments, de construire à chaque fois une image kaléidoscopique des plus grands événements formateurs de l’histoire soviétique, à partir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’à l’éclatement final de l’Empire. Voici ce que Svetlana Alexievitch répond à la question d’un journaliste sur sa méthode de travail, lors d’un débat télévisé : « Le problème ne consiste pas à collecter le matériau. Le problème, c’est d’avoir une vision. Cela veut dire qu’il faut d’abord que je m’assemble moi-même, que j’élabore ma propre vision : pour pouvoir arracher à la réalité ordinaire sa couverture émotionnelle si banale, il est crucial d’avoir une vision du monde. Et après, je me mets à chercher des gens. Des gens bouleversés par l’événement que je veux raconter, bouleversés par le mystère même de la vie, le mystère de la guerre, le mystère de chaque existence humaine, le mystère des recherches d’un sens… Et alors, ce n’est plus du journalisme, mais de la littérature [9][9] Cf. la transcription de cette interview sur le site…. »
5L’ambition intellectuelle de l’auteur ne fait-elle pas pendant à son ambition artistique ? Dans la même interview, elle confie : « Il ne me suffit pas d’écouter une personne, je dois ensuite transformer cette horreur en un objet artistique… Mes larmes m’importent peu… Mais aller jusqu’au bout dans ma réflexion, extraire un sens, donc faire un effort intellectuel, c’est cela qui me demande un courage particulier. » Au cours d’une récente table ronde, Svetlana Alexievitch a ainsi déploré l’incurie des écrivains contemporains face à la réalité de plus en plus terrible et imprévisible : « Je pense que nous, les écrivains, ne faisons pas notre travail principal : nous n’avons pas de nouvelles idées. Nous ne les produisons pas, nous ne réfléchissons pas jusqu’au bout, nous pleurons comme des demoiselles chez Tourgueniev, nous nous fâchons. Or, les gens qui ont la vocation de penser ne doivent pas se fâcher contre l’Histoire [10][10] Cf. le site du journal-Internet BelaPAN, 26.7.2002…. » Au nom de cette réflexion qui lui permet d’élaborer sa vision propre, elle a souvent déclaré que la place de l’artiste, de l’écrivain, n’est pas sur les barricades mais au contraire « en retrait » de l’histoire : « Il est difficile, surtout chez nous, en Biélorussie, de rester à son bureau, de s’inventer une tour intellectuelle et de s’y terrer. C’est tout bonnement impossible. Mais en même temps, des doutes me tourmentent : que chercher dans la foule à la fin du XXe siècle ? Et cette foule, de quoi est-elle capable à part la destruction ? La barricade n’est-elle pas dangereuse pour un artiste, n’y gâche-t-il pas sa vision, son ouïe ? Et qu’est-ce qu’on peut juste voir à partir de la barricade ? Rien d’autre qu’une cible de tir [11][11] Cf. le site de la radio Svoboda, programme de Lev Roïtman,…… » La tâche que s’assigne Svetlana Alexievitch — et pour laquelle elle préfère rester loin des « barricades » — est sans doute titanesque, comparable à celles que se sont donné deux géants de la littérature russe du XXe siècle, Vassili Grossman et Alexandre Soljenitsyne, auteurs d’œuvres monumentales et essentielles. Comme elle l’affirme, « j’ai rempli honnêtement mon devoir d’écrivain. C’est ainsi que j’ai été élevée par la culture et la littérature russes [12][12] Ibid. ».
6S’agissant du procédé, l’auteur, après avoir très brièvement énoncé le sujet, laisse parler les témoins, en ne les interrompant que rarement, voire jamais. Mais il ne s’agit pas, comme nous allons le voir et contrairement aux apparences, de témoignages bruts : la parole de chacun est soigneusement traitée, découpée et arrangée de telle sorte qu’elle devienne un élément constitutif d’un agencement artistique. Selon ses propres définitions, Svetlana Alexievitch essaie de créer un « roman des voix » ou « un chœur des voix », où chaque partie vocale est orchestrée par l’écrivain. Elle a souvent répété qu’elle se voyait « comme un chercheur d’or qui passe au tamis des tonnes de matière brute afin de trouver tantôt un récit entier, tantôt une page, tantôt une ligne, dignes de Dostoïevski ». Le condensé de ces récits, de ces pages, de ces lignes est ensuite arrangé par thèmes ou suivant d’autres critères d’ordre esthétique, de façon à former un ensemble de fragments dont la puissance bouleverse le lecteur occidental — et plus largement étranger à l’histoire soviétique — par la force, voire la cruauté des images, celles d’une histoire authentiquement tragique : ici, une infirmière qui ronge avec ses dents le bras blessé d’un soldat, dans La guerre n’a pas un visage de femme [13][13] Presses de la Renaissance, 2004 (traduit par Galia…, là, les ossements roses de bébés brûlés par les nazis (à la différence de la cendre noire des adultes), dans Les derniers témoins [14][14] Ce livre n’a pas encore été publié en France., là encore la chair déchiquetée de soldats russes en Afghanistan que l’on rassemble à la pelle, dans des seaux, dans Les cercueils de zinc [15][15] Christian Bourgois, 1991/2002. ou enfin une jeune mariée qui enlève à la main des lambeaux d’organes internes pourrissants de son mari gravement irradié dans La supplication. C’est ce principe qui a suscité de très nombreuses adaptations théâtrales des œuvres d’Alexievitch, par le développement d’une esthétique du fragment ressaisi dans une totalité dramatique qui dépasse le pathos du récit individuel. L’homme y est le plus souvent réduit à un geste, à un moment, à une circonstance spectaculaire de sa vie, et devient de ce fait un symbole universel dont le nom, qui figure pourtant dans le livre, n’a plus d’importance.
La curieuse histoire de Tamara Oumniaguina
7Faute de pouvoir examiner ici toute l’œuvre d’Alexievitch, nous partirons d’un livre, La guerre n’a pas un visage de femme, que nous avons choisi pour la raison suivante : dans la perspective de la réédition de son livre en russe et en allemand, et aussi pour sa première édition en français, l’auteur a procédé à sa réécriture. Après avoir ajouté quelques scènes rayées par la censure et par sa propre autocensure, ainsi que des pages du journal qu’elle avait tenu pendant la collecte des interviews, elle a réécrit pratiquement tous les témoignages pour en renforcer l’effet dramatique. C’est grâce à cette réécriture que nous pouvons pénétrer dans le laboratoire de Svetlana Alexievitch et analyser sa méthode littéraire, notamment dans l’analyse des contenus [16][16] Dans cette analyse, nous nous appuyons sur nos précédentes….
8Au-delà d’un simple travail stylistique, le procédé qu’emploie Alexievitch consiste notamment à réutiliser certains témoignages, mais en les arrangeant différemment et en les mettant dans un contexte différent, soit à la faveur d’une réédition de ses œuvres, soit pour les placer dans d’autres essais. Ainsi, dans l’essai Paysage de la solitude, Svetlana Alexievitch présente trois générations de femmes de la même famille [17][17] Littératures métisses, Le Paresseux, n°25, 2003, A…. Ce texte illustre parfaitement l’ambiguïté entre document et récit romancé que l’auteur entretient savamment. Dans l’essai, il est question de trois femmes qui représentent trois époques différentes :
9« Voici l’histoire de trois personnes appartenant à la même famille : une grand-mère, sa fille et sa petite-fille. Tel est le destin de cette famille que d’être composée uniquement de femmes. Le grand-père est mort il y a dix ans, le père, il n’y a pas longtemps. La petite-fille étudie à la fac, elle a vingt ans, et pour l’instant, elle n’a pas l’intention de se marier. Elles vivent toutes les trois ensemble, dans un grand appartement, à Minsk. »
10Cette introduction est suivie de trois récits, qui sont présentés comme étant contemporains, dont le premier est celui de « Tamara Stepanovna Oumniaguina, la grand-mère, qui, pendant la guerre, a servi au service sanitaire de l’armée ». Retenons qu’en 2003, au moment de la publication de l’essai écrit sur la commande du festival des Littératures métisses, Madame Oumniaguina était en vie et partageait un appartement avec sa fille et sa petite-fille. Or, on retrouve la même Tamara Oumniaguina livrant le même témoignage dans le premier livre d’Alexievitch, La guerre n’a pas un visage de femme, achevé en 1983 et publié en 1985 ! La dame y est présentée de la façon suivante :
11« C’est une femme petite, très “domestique”, et en même temps, ce n’est pas une personne, mais un nerf ouvert. Pour cette nature poétique, très sensible, tout était encore plus difficile que pour les autres. C’est pourquoi elle n’a pas la sensation d’un passé éloigné, elle répète tout le temps en se souvenant : “Même aujourd’hui, on peut perdre la raison d’un tel tableau”… Je ne peux oublier sa façon de raconter. Elle était une conteuse rare ».
12Ce n’est pas tout. L’histoire change encore dans l’édition française de La guerre n’a pas un visage de femme, parue en 2005. Voici ce que nous y apprenons au sujet du même personnage :
13« J’avais une amie : Tamara Stepanovna Oumniaguina », écrit Svetlana Alexievitch. « Mais nous n’avions jamais parlé de la guerre, elle refusait d’aborder le sujet… Et puis, un jour, je reçois un coup de fil : “Viens, j’ai peur de mourir bientôt. Mon cœur me joue des tours. Et je crains de ne pas avoir le temps”. Ce qui est arrivé. Quelques jours après notre conversation… Hémorragie cérébrale. Ses dernières paroles, rapportées par les médecins à sa fille : “Je n’ai pas eu le temps…” De quoi n’avait-elle pas eu le temps ? … On ne le saura jamais. C’est pourquoi je n’ai pas retranché un mot de son récit. J’ai tout conservé ».
14On reste perplexe, car il s’agit pour l’essentiel toujours du même récit. Il est plus court dans la première version du livre que dans la deuxième, et il est différemment découpé dans l’essai mentionné ci-dessus. Admettons qu’en 2003 Madame Oumniaguina était encore en vie, et qu’elle soit en effet décédée à la fin de 2003 ou début 2004, cela signifie que son témoignage daté au plus tard de 1983 a été recueilli en pleine époque soviétique. Or, l’intérêt du témoignage réside justement, comme nous l’avons rappelé en introduction, dans son inscription dans le contexte de l’époque où il a été donné. Outre le fait qu’il y a mensonge délibéré concernant les « révélations » de la dame sur son lit de mort en 2003, alors que Svetlana Alexievitch avait noté son témoignage vingt ans auparavant, nos repères sont finalement complètement brouillés car on ne raconte pas de la même façon « à chaud » ou avec un recul temporel, et surtout, dans un contexte historique totalement changé. C’est qu’entre-temps, un événement de taille s’était produit : l’éclatement de l’Union soviétique, précédé de l’éclatement de l’idéologie communiste officielle et de son système de valeurs. Svetlana Alexievitch n’a-t-elle pas écrit elle-même : « Mon but : avant tout obtenir la vérité de ces années-là. De ces jours-là. Une vérité débarrassée de toute fausseté de sentiments. Sans doute, juste après la Victoire, la personne aurait-elle raconté une guerre, et dix ans plus tard, une autre, parce qu’elle engrange désormais dans ses souvenirs sa vie toute entière. Son être tout entier. La manière dont elle a vécu ces dernières années, ce qu’elle a lu, ce qu’elle a vu, les gens qu’elle a rencontrés. Enfin, le fait d’être heureux ou malheureux [18][18] La guerre n’a pas un visage de femme, pp. 14-15. » ?
15On est donc en droit de se poser des questions sur ce récit où aucun mot n’aurait été « retranché ». La deuxième version est-elle la version complète du témoignage raconté en 1983 ? L’interviewée a-t-elle raconté à l’auteur des choses différentes avant de mourir ? La deuxième version ne serait-elle pas agrémentée d’éléments stylistiques censés en renforcer la dimension tragique, mais sortis tout droit de l’imagination de l’auteur ?
16La fiction ne s’arrête pas là. Dans l’essai cité ci-dessus, le deuxième récit est celui de la fille de Madame Oumniaguina, Margarita Pogrebitskaïa. Celle-ci parle de sa vie et de sa foi en l’idée socialiste, en sa Patrie, de la déception que lui a causé l’effondrement des valeurs auxquelles elle avait cru sa vie durant. En fait, ce récit présente une version soigneusement expurgée du récit de la même personne publié dans le livre Ensorcelés par la mort. Dans le livre, achevé en 1993, Madame Pogrebitskaïa, médecin âgée de 52 ans, se trouve, au moment de ses confidences, à l’hôpital psychiatrique, après une tentative de suicide. La femme y parle après un énorme choc émotionnel qui l’a amenée à vouloir mourir : elle y raconte notamment la mort atroce du fils de sa belle-fille et d’une autre parente, assassinés par des Azéris à Bakou lors d’un pogrom contre les Arméniens.