Présidentielle américaine: Faux prolo et vrai apparatchik, quel meilleur argument pour la réélection du président Trump ? (Lunch bucket Joe: Only in a place as removed from reality as the Beltway could a man who has spent more than three decades in the US Senate be hailed as a working-class stiff)

23 août, 2020

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ImageImageImage previewImage previewDonald Trump est le seul président de l’histoire américaine qui sera plus pauvre après être devenu président qu’avant (…) et qui a pourtant écouté les gens mêmes que la classe dirigeante détestait. Charlie Kirk
En principe, une telle annonce est censée réjouir tous les hommes de bonne volonté indépendamment de leurs prises de position politique, la paix étant–on excusera le lieu commun–toujours préférable à la guerre. A fortiori lorsqu’il s’agit d’un État juif et d’un État arabe et musulman dont on connaît l’antagonisme historique. Il est normal et d’une grande logique politique que la République Islamique d’Iran ou que le Hamas palestinien, qui ne dissimulent pas leurs désirs de détruire Israël, vouent cet accord aux gémonies. Mais la gauche et son extrémité qui aiment à afficher par tous les temps et de tout temps leur pacifisme exacerbé (« le capitalisme apporte la guerre, comme la nuée l’orage » nous expliquent doctement les marxistes, « le nationalisme c’est la guerre » nous disent les trotskistes, Mitterrand et Macron) s’est montré d’une immense discrétion. C’est ainsi que Le Monde du 14 aout, toujours égal à lui-même, n’a pas hésité à présenter négativement l’accord comme une omission des Palestiniens, jusqu’à travestir la réalité. En effet, bien qu’il s’agisse d’un accord bilatéral ne concernant en rien la Palestine, les Émirats Arabes Unis ont tenu à ce que cet accord contienne une clause de suspension du projet d’annexion par Israël de cette vallée du Jourdain au demeurant acceptée depuis longtemps par la partie palestinienne, en cas d’accord définitif, en raison du fait qu’elle est peu peuplée d’Arabes et d’une importance stratégique existentielle pour l’Etat Juif. Sauf que la représentation politique des Arabes de Palestine ne s’est jamais résolue depuis un siècle à renoncer à une portion d’une terre qu’elle considère toujours, de parfaite bonne foi irrédentiste, comme arabe et musulmane. Cette absence d’enthousiasme de la gauche pacifiste autoproclamée dissimule mal le fait que depuis longtemps sans le dire elle ne se soutient plus que du bout des lèvres l’existence de l’État d’Israël Plusieurs raisons conscientes et inconscientes expliquent cette désaffection montante. La première et que la gauche xénophile a basculé dans le camp de la radicalité anti-occidentale la plus pathologique. Peu importe donc que celui-ci soit raciste ou antisémite. La seconde, est que la gauche européiste et son extrémité affichent désormais une détestation pour les États-nations. A fortiori lorsqu’ils sont d’occident. La troisième est que la gauche et son extrémité sont atteints de racisme anti blanc. La quatrième, qui n’est que la synthèse des trois premières, est que l’Israélien–ou le juif moderne–est considéré comme un super blanc au rebours du juif ancien que le vieil antisémite prenait pour un métèque. L’État-nation juif occidental qui se bat bec et ongles pour défendre ses frontières n’en est que plus détestable pour la gauche devenue internationaliste. Il ne faut dès lors pas s’étonner que les populations immigrées d’origine arabe ou musulmane présentes sur le sol français se montrent souvent beaucoup plus hostiles que d’autres populations arabes ou musulmanes à l’égard d’Israël et par voie de conséquence l’ensemble des juifs. (…) Voilà pourquoi, même s’ils ne le savent pas, les gentils pacifistes et antiracistes autoproclamés de gauche préfèrent mille fois voir l’état du peuple juif réprouvé rituellement ou tenu en étau dans un ghetto plutôt que de le voir signer des accords de paix avec ses anciens ennemis. L’imposture de gauche pacifique et antiraciste est une formule décidément pléonastique. Gilles-William Goldnadel
Biden n’a pas d’idéologie, il est au centre et, quel que soit le centre, il y va. Gérard Araud
Ne sous-estimez pas la capacité de Joe à tout foirer. Barack Obama
Vous avez le premier Afro-américain bien articulé, intelligent, propre et qui est beau à regarder. Vous avez une histoire. Joe Biden (2007)
Vous ne pouvez pas aller dans un 7-Eleven ou dans un Dunkin’ Donuts à moins d’avoir un léger accent indien. Joe Biden
Les enfants pauvres sont aussi intelligents et talentueux que les enfants blancs. Joe Biden (2019)
Je vais vous dire, si vous avez un problème pour décider si vous êtes pour moi ou pour Trump, alors vous n’êtes pas Noir. Joe Biden (2020)
Aucune rhétorique n’est nécessaire. Jugez simplement ce président sur les faits. 5 millions d’Américains infectés par la COVID-19. Plus de 170 000 Américains qui en sont morts. De loin la pire performance de toutes les nations de la planète. (…) Regardez autour de vous. Ce n’est pas si mal au Canada. Ou en Europe. Ou au Japon. Ou presque partout ailleurs dans le monde. (…) Nous menons le monde pour les cas confirmés. Nous menons le monde pour les décès. Nous menons le monde pour les cas confirmés. Nous menons le monde pour les morts. (…)  Plus de 50 millions qui se sont inscrits au chômage cette année. Plus de 10 millions qui perdront leur couverture maladie cette année. Près d’une PME sur six qui a fermé ses portes. Joe Biden (2020)
Donald Trump n’a pas su être à la hauteur de sa fonction car il en est incapable. Et les conséquences de cet échec sont graves. Cent soixante-dix mille Américains sont morts. Des millions d’emplois ont été détruits alors que ceux qui sont au sommet de la pyramide sont de plus en plus riches. Nos pires instincts se sont déchaînés, notre honneur et notre réputation dans le monde entier ont été malmenés, et nos institutions démocratiques n’ont jamais été aussi menacées. Barack Obama
Ils voient avec horreur des enfants séparés de leurs familles et jetés en cage avec des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc utilisés contre des manifestants pacifiques pour une opération de communication. Michelle Obama
If we were to have a President Hillary Clinton, would Obama (or his many media allies) consider it fair game to blame tens of thousands of American COVID-19 deaths on her? Do they honestly believe that, under Democrats, the death toll would have been 170? That would ignore the fact that the worst coronavirus death tolls are largely in states with Democratic governors. Tim Graham
People have forgotten how Joe Biden did in New Hampshire. He was terrible. He got 8.4 percent of the vote, which is unbelievable for a candidate with any aspirations of being president. What the Democrats should have done if they were really serious about beating Trump would have been to rally around one candidate right from the start and not have a protracted battle in which people get wounded. They needed to pick one person and have everybody else take a pass. That’s the only way I could see that my model would have worked in their favor. My prediction is what I call ‘unconditional final. It does not change. It’s a mathematical model based on things that have happened. The presidential election of 2016 has happened, the primary results are in. I can add in the results of more primaries, but even those numbers have happened and can’t change either. (…) Now I predict straight to the Electoral College. I’ve never done that before, but I made an adjustment because of the mismatch we had in 2016, and I’m prepared to see Trump lose the popular vote again. So this prediction is entirely about the electoral votes. (…) Everybody thinks Trump is going to go down in flames, and here I am predicting with almost total certainty that he’s going to win. It seems crazy. But it’s not. Helmut Norpoth
It is hugely frustrating to see conservatives, who couldn’t give a damn about the multiple sexual assault allegations against Donald Trump, weaponize the accusations against Biden. However, it’s also frustrating to see so many liberals turning a blind eye. The accusations against the former vice-president are serious; why aren’t they being taken seriously? (…) There are some people who will insist that drawing attention to the new allegations against Biden is playing into the Republicans’ hands. That it will destroy Biden’s campaign and guarantee us four more years of Trump. Not only is that argument hypocritical, it is also hugely unlikely that Reade’s accusations will do any damage whatsoever to Biden’s ambitions. Allegations of sexual assault certainly haven’t posed any hindrance to Trump. The allegations against Kavanaugh didn’t stop him from becoming a supreme court justice. The allegations against Louis CK didn’t kill his career in comedy. And the multiple women who have accused Biden of touching them inappropriately in the past haven’t exactly derailed his career. Arwa Mahdawi
Mostly it was the Democratic Party talking to itself and playing to its base. Missing was any hint of priorities or plans, of the meaning of the party or its intentions. They made the case against Donald Trump, and a case for Joe Biden as an essentially decent person. But they didn’t say what they’ll do. And this year that is key. I’m not sure they’re sufficiently aware of two things. One is the number of people who don’t like Mr. Trump and will vote for him anyway. They don’t have to be talked into thinking he’s a bad character, they’re already on board. All summer I’ve been running into two kinds of people. One kind says, “That man is a living shame on our country and must be removed.” The other kind says very little. They don’t defend him. They say, “I can’t believe I may vote for him, but . . .” And always they explain it this way: “What the other guys are gonna do on taxes,” “What the other guys will do to my industry,” “What the Democrats will do to the economy.” I’m getting the impression that for a lot of people, the ballot this fall won’t read “Trump vs. Biden” but “Trump vs. What the Other Guys Will Do.” Do the Democrats understand how hunkered-down many people feel, psychologically and physically, after the past six months? If I asked this right now of a convention planner or participant I think they’d say, “Yes, people feel battered by systemic bias, inequality, and climate change.” And I’d say no, they’re afraid of foreclosures! They’re afraid of a second wave, no schools, more shutdowns, job losses and suddenly the supply lines break down this winter and there are food shortages. When this is the context, what a great party plans to do couldn’t be more crucial. As for Mr. Biden, all his political life he’s tried to express himself in ways he thinks eloquent but that tend to be only long-winded. He chases a thought a long way, even when it’s a small one and not worth the hunt. All of this is part of his old-school way and is neither harmful nor helpful. But he had a strong, tight speech. He looked good, spoke crisply, maintained focus. The speech is going to do him some significant good. Though he didn’t make his plans and intentions clear. (…) apart from the “We The People” gauziness, there was a nonstop hum of grievance at the convention. To show their ferocious sincerity in the struggle against America’s injustices, most of the speakers thought they had to beat the crap out of the country—over and over. Its sins: racism, sexism, bigotry, violence, xenophobia, being unwelcoming to immigrants. The charges, direct and indirect, never let up. Little love was expressed, little gratitude. Everyone was sort of overcoming being born here. Even Mr. Obama, trying, in a spirit of fairness, to expand the circle of the aggrieved, spoke of “Irish and Italians and Asians and Latinos told: Go back where you come from. Jews and Catholics, Muslims and Sikhs, made to feel suspect . . . black Americans chained and whipped and hanged. Spit on for trying to sit at lunch counters, beaten for trying to vote. . . . They knew how far the daily reality of America strayed from the myth.” The cumulative effect of all this, especially for the young, would prompt an inevitable question: Why would anyone fight to save this place? Who needs it? If I were 12 and watched, I’d wonder if I had a chance here. If I were 20, they’d have flooded me with unearned bitterness. Injustice is real, history is bloody. But guys, do you ever think you’re overdoing it? Are you afraid that this is all you got? Is that why you don’t talk about policy? Peggy Noonan
Il est trop tôt pour dire ce qui ressortira de l’actuelle vague de violences liée à la mort de George Floyd. On sait en revanche que l’histoire récente n’a pas été particulièrement tendre envers les mouvements militants qui tentent de lutter contre le racisme. Les méthodes défendues par l’une de leurs figures les plus célèbres, Martin Luther King, ont abouti à l’adoption du Civil Rights Act en 1964 et du Voting Rights Act en 1965, deux des plus grandes lois de l’histoire américaine. À l’inverse, l’évolution du mouvement Black Power a conduit à son implosion, ses principaux représentants finissant en exil, en prison ou victimes de rivalités internes meurtrières. Si le mouvement avait su s’attirer quelques sympathies chez les Blancs, celles-ci ont rapidement disparu après les émeutes de Détroit, Baltimore, Los Angeles et plusieurs autres grandes métropoles. De même qu’aujourd’hui avec le mouvement Black Lives Matter, le renforcement d’une identité de groupe associée aux militants noirs a été suivi par un retour de bâton avec la résurgence des suprémacistes blancs et l’émergence des skinheads dans les années 1970 et 1980. Il n’est pas besoin de lire des articles universitaires pour comprendre que les manifestations pacifiques pour les droits civiques ont mieux réussi que les violences. Un chercheur de Princeton vient néanmoins d’en publier un qui mérite lecture. Dans un article paru le mois dernier dans l’American Political Science Review, Omar Wasow, professeur adjoint en sciences politiques, décrit les résultats d’un projet de recherche entamé il y a quinze ans sur les conséquences politiques des manifestations. Omar Wasow, qui est noir, a étudié les manifestations de militants noirs entre 1960 et 1972 aux États-Unis et découvert que les “tactiques employées” pouvaient faire toute la différence pour faire avancer une cause : Les manifestations non violentes ont joué un rôle essentiel pour faire pencher la balance politique nationale en faveur des droits civiques. Les mouvements dans lesquels étaient lancées des violences parvenaient à des résultats diamétralement opposés aux revendications des manifestants.” Après les incidents survenus lors des manifestations liées à la mort de George Floyd lors de son interpellation par la police, le président Trump a clairement annoncé que “l’ordre public” serait un de ses thèmes de campagne, et les travaux de Wasow apportent des éléments de réponse quant à l’efficacité de cette stratégie. Dans un récent entretien avec le New Yorker, Wasow déclare avoir découvert “un lien de causalité entre les manifestations violentes” survenues après l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968 et “le rejet du parti démocrate”. Plus spécifiquement, “dans les circonscriptions proches des violences, Nixon a enregistré des résultats supérieurs de 6 à 8 points de pourcentage lors de l’élection”. (…) La semaine dernière, le Wall Street Journal indiquait que, selon son dernier sondage mené en collaboration avec NBC News, 80 % des électeurs avaient actuellement “le sentiment que la situation dans le pays échappait de plus en plus à tout contrôle”. La question est de savoir si Joe Biden et les démocrates aideront Donald Trump en permettant aux manifestants violents de devenir le visage de leur parti et en cédant aux demandes de plus en plus absurdes des progressistes radicaux. Donald Trump est peut-être impopulaire, mais les pillages et le déboulonnage des statues le sont tout autant, de même que l’arrêt du financement de la police ou le fait de laisser des militants armés radicaux s’emparer de quartiers entiers. La gauche devrait également veiller à ne pas croire que les électeurs noirs dont elle aura massivement besoin dans cinq mois seront convaincus par un tel programme. Dans un mémo de 1970 adressé au président Nixon, son conseiller Daniel Patrick Moynihan notait qu’il “existe une majorité silencieuse chez les Noirs comme chez les Blancs” et que les deux partageaient “essentiellement les mêmes préoccupations”. Ce qui était vrai il y a cinquante ans l’est toujours aujourd’hui. La plupart des Noirs savent que George Floyd n’est pas plus représentatif de leur communauté que Derek Chauvin ne l’est des policiers. Ils savent que la fréquence des contacts entre Noirs et policiers a beaucoup plus à voir avec le taux de criminalité chez les Noirs américains qu’avec le fait que les policiers seraient racistes. Ils savent que les jeunes hommes noirs ont bien plus à craindre de leurs pairs que des forces de police. Et ils savent que les émeutiers sont des opportunistes et non des révolutionnaires. Il est parfaitement légitime d’ouvrir un débat national sur la façon d’améliorer les méthodes de la police, mais aujourd’hui la conversation en vient à accuser les forces de police d’être responsables des inégalités sociales, ce qui n’est pas seulement illogique mais dangereux. La criminalité dans les quartiers fait obstacle à l’ascension sociale. Toute conversation ne reconnaissant pas cette réalité ne mérite pas d’avoir lieu. Jason L. Riley
These ad hominem attacks by a previous president on his successor are unique in my lifetime. Perhaps they are unique in modern American history. George W. Bush, for example, never said a critical word of Barack Obama, despite the latter’s frequent attacks on Bush’s presidency. (…) America ranks tenth in deaths per million. Are the greater proportion of deaths per million in countries such as Belgium, Spain, the U.K., Italy and Sweden the result of corrupt and/or inept leaders? Was President Donald Trump responsible, for example, for the decision made by New York Gov. Andrew Cuomo to order nursing homes to accept COVID-19 cases, causing the virus to sweep through the elderly in those facilities, resulting in at least 6,000 deaths (and likely many more that New York is hiding from the official count)? Regarding « millions of jobs gone, » they are gone overwhelmingly because of the lockdowns ordered by state governors and mayors, not the virus. Lockdowns, we were told, would last two weeks to « flatten the curve, » but they continue six months later in many Democratically controlled cities and states. (…) Obama offers not one example of this or of his many other attacks on Trump. There is a reason. Obama has always attacked straw men. During his presidency, I analyzed about 20 of his speeches. They and his off-the-cuff comments were always characterized by straw-men arguments. Even The New York Times, in 2009, when it still published occasional articles that deviated from the left, featured an article by Helene Cooper (who is black), its then-White House correspondent, titled « Some Obama Enemies Are Made Totally of Straw. » In it, Cooper cited example after example of statements ostensibly made by others, but actually made up by Obama — which he then proceeded to shoot down. This characterized his approach to discourse throughout his presidency and continued with last week’s speech at the DNC. (…) Obama, like all on the left, equate America’s « standing in the world » with its president’s standing with the left. Nonleftists do not. Last year, when the courageous Hong Kong demonstrators waved a flag representing liberty, they waved the flag of the United States of America. Apparently, America’s standing with them is pretty high. (…) Who doesn’t believe « the right to vote is sacred » — those who insist on people having an ID when they vote, as voters do in virtually every other country? Or is it those who don’t believe in sending tens of millions of ballots to people who never signed up to receive an absentee ballot? (…) What new legal immigrant thinks that way? Or is Obama dishonestly conflating legal with illegal immigrants? The answer is, of course, he is (though even illegal immigrants apparently believe there’s a place for them here; isn’t that, after all, why they come?). (…) How has this administration shown that? Why didn’t Obama provide a single example to sustain this extraordinary charge? Anyway, it seems to many Americans that those who lie to the country for two years about Russian collusion with the Trump campaign, impeach a president solely for political reasons, dedicate all news reporting to the removal of a president, smear and lie about a decent man nominated for the Supreme Court, corrupt the Foreign Intelligence Surveillance Act system for political ends, and politicize the CIA and FBI are the ones who « will tear our democracy down if that’s what it takes to win. » Obama’s speech offered very little of substance about the man it was directed against, but it said much about the man who delivered it. Dennis Prager (25.08.2020)
Mr Biden criticised President Trump’s response to the coronavirus outbreak saying he had failed to protect American people. The US does have the highest number of coronavirus cases and deaths in the world, with more than 5.5 million confirmed cases and 174,000 deaths, according to Johns Hopkins University. It also has a larger population than many other countries. If you look at deaths per capita – as a proportion of each country’s population – the US is no longer top of the list but remains in the top 10 worst hit countries. The US has recorded more than 52 coronavirus deaths per 100,000 people – according to Johns Hopkins University – but there are a handful of countries that have recorded more on this measurement, including the UK and Italy. It is worth remembering that there are differences in how countries count coronavirus deaths, making exact comparisons difficult. (…) « More than 50 million people have filed for unemployment this year. » Mr Biden was talking about the impact of the pandemic on the US economy. The 50 million figure is right and is based on the total number of Americans who have filed jobless claims since the virus struck, according to US Labor Department statistics. The number of people currently claiming unemployment benefits is 14.8 million, according to the latest release of weekly figures. It has been declining since May, when there were more than 20 million claims. The unemployment rate is still much higher than pre-pandemic levels and currently stands at 10.2%. Mr Biden also said: « Nearly one in six small businesses have closed this year. » But a recent survey of small business owners in the US suggested that only 1% of small businesses had closed permanently by mid-July this year. A further 12% said they had closed temporarily, but even accounting for these it is less than the one in six Mr Biden claimed. (…) Mr Biden said one of his goals would be to « wipe out the stain of racism » and he recalled the far-right protests in Charlottesville, Virginia in 2017 which led to violent clashes and left one counter-protester dead. He said: « Remember what the President said when asked, he said there were, quote, very fine people on both sides ». Mr Biden said that after this moment « I knew I had to run » for president. According to a transcript of a press conference on 15 August, President Trump did say – when asked about the presence of neo-Nazis at the rally – « you had some very bad people in that group, but you also had people that were very fine people, on both sides. » During the same press conference, Mr Trump went on to say « I’m not talking about the neo-Nazis and the white nationalists, because they should be condemned totally. » BBC
Now officially the 2020 Democratic presidential nominee, Joe Biden offered himself to Americans this week as an affable, trustworthy and experienced alternative for the White House. But his five-decade record in politics offers plenty of controversies ranging from insulting confrontations over IQ and race to fabrications and plagiarism. (…) Biden once sparred in 1987 with a political reporter who asked him about his law school record. A tart Biden responded that he “probably” had a “higher IQ” than the reporter. And he claimed he finished in the top half of his class. It was later revealed that Biden was near the bottom of his law school graduating class at Syracuse University’s College of Law, specifically 76 out of 85 students. Biden also admitted that he had plagiarized during his first year at the institution. “I was mistaken, but I was not in any way malevolent,” Biden explained. The plagiarism tag would follow him into politics. Eventually it was also revealed that Biden had used quotes in speeches as a U.S. senator from Bobby Kennedy, John F. Kennedy and Neil Kinnock, a British Labour Party leader, without any attribution. Earlier this year, he faced plagiarism again when it was revealed his 2020 climate plan lifted some passages from other documents without attribution. The campaign corrected the error. In 1987, Biden said he marched during the civil rights movement but some media outlets pointed out that was not the case. (…) These controversies eventually forced Biden from the 1988 presidential race in September 1987 (…) Biden has repeated the claim that he was involved in civil rights activism during the 2020 Democratic presidential primary on a few occasions. And his some of the most awkward apologies he’s been forced to make involve the issue of race. During his 2008 run for president, Biden apologized for referring to his then-rival Sen. Barack Obama as « the first mainstream African-American who is articulate and bright and clean and a nice-looking guy. » It didn’t go unnoticed. While campaigning in New Hampshire, Biden told a supporter that « You cannot go to a 7-Eleven or a Dunkin’ Donuts unless you have a slight Indian accent” in Delaware. And in May of this year, Biden told radio host Charlamagne the God, « You ain’t black » if you vote against him, which sparked controversy. He later apologized for that statement too. Exaggerations have also been flagged several times in his career. During a presidential primary debate in 2007, for instance, Biden revealed that he had been “shot at” while visiting Iraq. When records conflicted with his account, he later changed his story. In 2019 during Biden’s Democratic primary run, the Washington Post reported that the former vice president told a fake war story on the campaign trail. Politifact rated the story he told as false. Biden has dismissed the criticism. In March of this year, Biden claimed he was arrested in South Africa while trying to see the anti-apartheid leader Nelson Mandela. His campaign later said it didn’t happen after the U.S. ambassador who was with him on the trip said the arrest story wasn’t true. Nicholas Ballasy
Today Forbes estimates Biden, 76, and his wife Jill are worth $9 million. Their fortune includes two Delaware homes valued at $4 million combined, cash and investments worth another $4 million or so, and a federal pension worth more than $1 million. Biden’s father, Joe Sr., was raised in a life of privilege, complete with polo matches and hunting trips in the Adirondacks, thanks to the lucrative career of his own father, Joseph, who ran a division of American Oil. But Biden’s dad failed in his own early business ventures, which included a Boston real estate deal and a crop-dusting effort, leaving the family “broke,” according to Joe Biden’s 2007 memoir, Promises to Keep: On Life and Politics. The family relocated to an apartment in Wilmington, Delaware, when Joe Biden was 10. His father eventually found work selling cars. Forbes
As we enter the final 90 days of the November presidential campaign, a few truths are crystalizing about the “Biden problem,” or the inability of a 77-year-old Joe Biden to conduct a “normal” campaign. Biden’s cognitive challenges are increasing geometrically, whether as a result of months of relative inactivity and lack of stimulation or just consistent with the medical trajectory of his affliction. (…) Biden (…) is one of the few primary candidates in history who promised in advance to pick a running mate on the basis of gender and, as events would dictate, and by inference, race as well. (…) the Democratic ticket is a construct, with no visible or viable presidential candidate. While traditional polls show asizable Biden lead, at some point voters will want more than the current contest of Trump alone versus the media, the virus, the lockdown, the economy, and the rioting. But so far, it remains a one-person race, in the fashion of Clint Eastwood’s weird 2012 Republican National Convention appearance speaking to an empty cha. So we are witnessing a campaign never before experienced in American history and not entirely attributable to the plague and quarantine. After all, the fellow septuagenarian Trump, with his own array of medical challenges, insists upon frenetic and near-constant public appearances. His opponent is a noncandidate conducting a noncampaign that demands we ask the question, who exactly is drafting the Biden agenda and strategy? Or, rather, who or what is Biden, if not a composite cat’s paw of an anonymous left-wing central committee? When Biden speaks for more than a few minutes without a script or a minder in his basement, the results are often racist of the sort in the Black Lives Matter era that otherwise would be rightly damned and called out as disqualifying. If his inner racialist persona continues to surface, Biden’s insensitivities threaten to expose a muzzled BLM as a mere transparent effort to grab power rather than to address “systemic racism” of the sort the exempt Biden seems to exude. Biden needs the minority vote in overwhelming numbers, as he realized in his late comeback in the primaries. But the continuance of his often angry, unapologetic racialist nonsense suggests that his cognitive issues trump his political sense of self-control. The inner Biden at 77 is turning out to be an unabashed bigot in the age of “cancel culture” and thought crimes that has apparently declared him immune from the opprobrium reserved for any such speech. For Biden, if any African American doesn’t vote for him, then “you ain’t black”—a charge fired back at black podcaster with near venom. Biden more calmly assures us, in his all-knowing Bideneque wisdom, that Americans can’t tell Asians in general apart—channeling the ancient racist trope that “they all look alike.” In his scrambled sociology, blacks are unimaginatively monolithic politically, while Latinos are diverse and more flexible. Biden seems to have no notion that “Latino” is a sort of construct to encompass everyone from a Brazilian aristocrat to an immigrant from the state of Oaxaca, and not comparable to the more inclusive and precise term “African American.” Moreover, while the black leadership in Congress may be politically monolithic, there are millions of blacks who oppose abortion, defunding the police, and illegal immigration. The best minds of the conservative intellectual and political movement so often are African Americans. When asked questions, Biden’s answers so often reveal racist subtexts. A few days ago, CBS reporter Errol Barnett, who is black, asked Biden whether he would take a cognitive assessment exam. Biden fired back to him that such an unfair question would be as if he had asked Barnett whether he was getting tested for cocaine before going live. “That’s like saying,” a perturbed Biden exclaimed to Barnett, “before you got on this program, you’re taking a test whether you’re taking cocaine or not . . . What do you think, huh? Are you a junkie?” Note the tell-tale Biden trademark of racist insinuation delivered with punk-like braggadocio. Note, too, Biden’s racist assumption that an African American professional journalist might be likely to be defensive about being a cocaine addict. Yet Biden should know—from the drug struggles of Hunter Biden—that cocaine is in fact the favorite drug of the white elite. The problem is that in the past, a cognizant Biden was already racially edgy with his various earlier-career riffs about inner-city criminals, blue-collar chest-thumping about busing, and his more recent ideas about donut shops, accomplished black professionals on the verge of returning to slave status (“put y’all back in chains”), his racist descriptions of candidate Obama’s supposedly exceptional personal hygiene and ability to speak well, his corn-pop braggadocio, and on and on. His mental lapses now serve as force multipliers and accelerants of the old Biden’s foot-in-mouth disease and render him often a caricature of a racist. Politically, the point is not that he will not win the majority of minority voters, but rather that he won’t win enough of them at a margin necessary that carrying large swing-state cities such as Philadelphia, Milwaukee, Detroit, Cleveland, and others, will make up for the likely loss of rural areas and working-class whites, supposedly the “clingers” that “good ’ole Joe from Scranton” was supposed to own. Even more disturbing, the media simply is unconcerned about Biden’s racial putdowns, stereotyping, and uncomfortableness with the proverbial “other.” And the more the inner-Biden racialist sounds off, the more ridiculous such contextualizing becomes and the less people listen when journalists and activists spout off about a systemically racist America. Recently, when Biden has attempted to speak without prompts, indeed to clear up “rumors” of his cognitive problems, he simply loses his train of thought and utters a series of unstructured and unsettled thoughts that refute the very premise of his interview. The understandable Democratic strategy is to run out the clock and to choreograph a few post-Labor Day public appearances, to outsource campaigning to his running mate and future cabinet secretaries, and then to hope, in the manner of a 2016 Hillary Clinton, that he has amassed a large enough September lead to outlast a closing October Trump campaign. There are problems with such a strategy, as we saw in 2016. If Biden late in the campaign stumbles in the debates, there is no post-convention remedy to reassure the public he is compos mentis or otherwise can be replaced by a majority consensus. Then the country would be entering something eerily similar to, but far graver than, the McGovern debacle of desperately looking for a new running mate after it was disclosed that an apparently perfectly cognizant Tom Eagleton—his running-mate for 18 days—had undergone two electric shock treatments in his past as well as undisclosed prior hospitalizations for bipolar disorder. Right now, the Democrats have a virtual campaign and a virtual candidate and a strategy of running against the Trump news cycle. That may work, but it assumes Americans under quarantine don’t mind that they do not really know who is the Democratic challenger, or that Biden is, in fact, not physically or mentally able to function as either a candidate or president. It also assumes that the Trump-owned news cycle will remain as dismal over the next three months as it has the last five or six weeks, and that the virus will spike in late October again, rather than slowly burn out as it seems to be doing in Sweden and elsewhere in Europe. Add it all up and the question is no longer whether Biden could fulfill the duties of the presidency but whether he can finish a traditional campaign over the next three months—without outsourcing his duties to a committee, or serially saying something blatantly racist, or simply disappearing to the nether world of his basement where saying nothing beats saying anything. Victor Davis Hanson
Only in a place as removed from reality as the Beltway could a man who has spent more than three decades in the United States Senate be hailed as a working-class stiff. According to his most recent disclosure forms, Mr. Biden’s income includes his Senate salary of $165,200 and a teaching stipend of $20,500 from Widener University. On top of this, he received $112,500 as the second half of a book advance. Even allowing for generous deductions, Mr. Biden’s income comfortably locates him in the top 5% of American taxpayers. The Senate disclosure forms do not require Mr. Biden to report his primary residence (or his federal pension). So I asked Jim Bowers — an old college roommate of mine who also lives in Delaware, who also went to the same high school, and who is also running for election. « Not many lunch buckets up Joe’s way, » says Mr. Bowers, a Republican seeking a seat in Delaware’s House of Representatives. « You have to remember that the senator lives in an area known as ‘chateau country.' » Now, there’s no crime against having a top income, or a big house in a ritzy neighborhood. But it does make the whole lunch-bucket thing a little more sticky. And it confirms two truths about class in modern America. First, in Washington you are permitted to enjoy wealth without ever being called wealthy provided simply that you haven’t actually earned it in some unseemly way — by, say, building up a business. Second, even when Americans do well, we prefer not to define our class by where we rank on the economic scale. Instead, we classify ourselves by where our parents and grandparents were on that scale 50 years ago. Notwithstanding Mr. Biden’s moving references to Scranton, he moved out of that gritty city back at the beginning of the Eisenhower administration. The assumption behind the lunch-bucket imagery, of course, is that Mr. Biden’s « working-class roots » gives him an advantage in any debate. I’m not so sure. Sarah Palin — governor of Alaska and Mr. Biden’s rival for vice president — looks like a woman who can hold her own on issues that speak to hard work and upward mobility. Ms. Palin might, for example, point out that while the Senate offers members like Mr. Biden a generous pension, he opposes private Social Security accounts that would give the same to, say, a nurse. Or that while Mr. Biden and Barack Obama have chosen upscale private schools for their own children, they are reluctant to support efforts that would help inner-city moms and dads do the same for their children. Or that Mr. Biden not only opposes drilling today, in 1973 he voted against the Trans-Alaska pipeline that provides oil for American consumers — and jobs for American workers. Let’s be fair. Mr. Biden has a lovely family. He gave his children a good, private education. He lives in a big house in an exclusive neighborhood. It speaks well of him that he returns to Wilmington each night instead of staying in Washington. But it would still be refreshing if at least once we could read an account that called him what he actually is: a « chateau country Democrat. William McGurn
Despite all of his many years in public life, it still isn’t clear what kind of President Mr. Biden would make. Let’s assume that the gilded testimonials to Mr. Biden’s personal character at this week’s Democratic convention are true. He is by all accounts a nice guy. He cares about people, powerful or not. He can forge alliances across the aisle. He does not kick down at adversaries, at least most of the time. “Character is on the ballot,” as he put it Thursday night. In other words, he’s running as Not Donald J. Trump. In the best case, Mr. Biden is asking Americans to believe that he would take these personal qualities to the White House and mediate policy disputes, calm the culture wars, and work with both parties to break America’s partisan fever. He’d do the same on the world stage, defending U.S. interests without bullying allies and leading international coalitions anew. After the disruptions of the Trump era, this political idyll sounds inviting. Mr. Biden would certainly have the media and the institutions of American culture on his side, so the daily pitched battles of the last four years would be muted, at least for a time. Yet there’s cause to doubt this happily-ever-after-Trump scenario—and the reasons include the man and the times. Regarding the man, Mr. Biden has never been a politician of strong political convictions. He’s a professional partisan Democrat whose beliefs have shifted as the party’s have. Nearly all successful presidential candidates put their own political and policy stamps on their party and the times. Bill Clinton was a New Democrat who would reform welfare, George W. Bush was a compassionate conservative, and Barack Obama was a multiracial uniter who’d transcend red and blue state differences. Donald Trump was the populist disrupter of the establishment. Mr. Biden has no such defining message. Can you think of a single policy, or even a phrase, that identifies what he has stood for in this campaign? The closest might have been a return to normalcy. But sometime in recent months that gave way to the party’s desire for transformational economic and social change. More than any recent presidential nominee, Mr. Biden is more figurehead than party leader. He was the fail-safe choice, the last-ditch savior in South Carolina, after Bernie Sanders looked like he could run the primary table. Mr. Biden was lifted by his party’s elites. He owes them more than they owe him. All of which leads to doubts that Mr. Biden would govern like the moderate of Milwaukee’s virtual convention. (…) But if Mr. Biden wins by his current polling margin, a Democratic sweep of Congress is far more likely. How probable would it be that Mr. Biden would be able to control, or want to control, the progressive ambitions of House and Senate Democrats and the institutional left? There is reason for pessimism from the evidence of his long career. He opposed taxpayer funding for abortion for four decades until he reversed himself last year. In the 1990s he led the fight for a crime bill that he now disavows as he finds America guilty of systemic racism. Before Robert Bork was nominated to the Supreme Court, Mr. Biden said he’d probably have to vote for him because of his qualifications. Then Ted Kennedy launched a tirade against the jurist. Mr. Biden, running the Judiciary Committee at the time, fell in line. When Anita Hill made charges against Clarence Thomas only days before a scheduled confirmation vote, Mr. Biden folded under pressure and called hearings that became a spectacle. Justice Thomas was confirmed, as he should have been, but last year Mr. Biden loudly apologized to Ms. Hill and Democrats for not doing more in opposition. As his polling lead has grown, Mr. Biden has said the 60-vote filibuster rule in the Senate might have to go, which would forestall the need for compromise. He has moved left since the primaries, absorbing Bernie Sanders’s priorities on student debt and much of the Green New Deal. His choice of California Senator Kamala Harris as running mate was a bow to the party’s desire for a progressive as his likely successor. (…) As for foreign policy, he supported the invasion of Iraq in 2002 while chairing the Senate Foreign Relations Committee. Then he flipped when most Democrats did and as the fighting became difficult. Then he opposed the 2007 Iraq surge, saying it would fail. Then in 2011 he supported Barack Obama’s withdrawal from Iraq that set the stage for the rise of Islamic State. He opposed the raid on Osama bin Laden. Misjudgments on hard questions are inevitable, and every President makes them. But one test of political character is the willingness to stand up to pressure and make hard choices even when they’re politically unpopular. Mr. Biden has no record of doing so. Some readers may think it rude to say this, but Mr. Biden’s health and mental acuity are also relevant as he soon turns 78. His ability to recall names and events has clearly deteriorated. This may be the normal decline that comes with age, and he delivered his speech well. But his advisers don’t inspire confidence by keeping the candidate from any but the friendliest media questioners. They owe it to the country to let him show his stamina and fitness from now to Election Day. Even if his health holds, Mr. Biden would almost certainly be a one-term President. (…) Character counts in a President, as we learned long before Donald Trump sat in the Oval Office. But so do policies and political fortitude. The Wall Street Journal

Quel meilleur argument pour la réélection du président Trump ?

Faux prolétaire et vieux rentier de la politique, plagiaire multirécidiviste et gaffeur invétéré, mains baladeuses voire prédateur sexuel, vieux gâteux à la limite de la sénilité et notoire baratineur et affabulateur

Y a-t-il une faute …

En ces temps de politiquement correct et de fact-checking toujours plus sourcilleux …

Que n’aurait pas commise le candidat démocrate censé nous débarrasser du méchant Trump ?

Au lendemain d’une convention démocrate …

Qui pour dénoncer les prétendus manquements de l’actuel président Donald Trump …

Eclipsant ce faisant probablement, avec l’accord Abraham entre Israël et les Emirats arabes unis,  le plus grand triomphe de la diplomatie américaine des 50 dernières années …

A du candidat lui-même à l’ancien président Barack Obama et sa femme Michelle

Multiplié les contre-vérités et mensonges …

Accusant tour à tour et contre toute évidence, en l’un des pays les plus peuplés et les plus fédéralistes du monde, l’actuel président du pire bilan du coronavirus de la planète …

Et qui pour vanter les prétendus mérites d’un candidat du retour à la normalité …

Promoteur qui plus est d’une loi contre les violences faites aux femmes …

Fait totalement l’impasse, entre le Moraliste en chef Bill Clinton et des médias complices, sur des décennies d’accusations de harcèlement sexuel contre lui …

Comment ne pas douter avec le dernier éditorial du Wall Street Journal

A l’instar des sondages eux-mêmes dont les écarts logiquement se resserrent …

De cette image de Joe le Gentil et de Joe le prolo

Comme de par sa prétendue naissance dans les milieux ouvriers de l’état-clé de Pennsylvanie …

Alors qu’avant d’avoir ruiné sa famille, son père avait vécu, entre matches de polo et parties de chasse, dans la plus grande opulence d’un père cadre supérieur d’un grand groupe pétrolier …

Et qu’entre l’Ukraine et la Chine, son fils a largement profité, pour se remplir les poches, de son nom de famille …

Pour un vieux et si chiraquien cheval de retour qui, depuis près de 50 ans et entre deux désatreuses primaires démocrates, hante les allées du pouvoir …

Le tout sans jamais démontrer la moindre conviction …

Champion de la lutte contre la criminalité dans les années 90 …

Pour laquelle, émeutes et déboulonnages de Black Lives Matter obligent, il vient de s’excuser …

Qui choisi pour sa prétendue expérience de politique étrangère à la tête de la commission des Affaires étrangères du Sénat …

S’était opposé dès 91 à la première Guerre du Golfe pour soutenir la deuxième en 2002 …

Puis s’empressa de la rejeter quand les choses devinrent difficiles …

Et qui après s’être opposé à la contre-insurrection de 2007 puis félicité du retour au calme de 2008 …

A soutenu, avant de s’opposer à l’élimination de Ben Laden, le retrait catastrophique d’Obama de 2010 comme l’accord désastreux avec l’Iran …

Et qui aujourd’hui maitre démagogue, gaffeur et plagiaire, derrière son image de centriste depuis le début de la campagne …

N’arrête pas entre deux insultes aux minorités ou aux ouvriers et sans compter, entre deux ruptures d’anévrisme et une embolie pulmonaire, les doutes sur son acuité mentale …

De pencher vers la plus radicale des gauches … ?

The Joe Biden We Know

What does his long political career tell us about how he’d govern?

It took three tries and more than 30 years, but Joe Biden finally accepted the Democratic Party nomination for President Thursday evening. The moment was a personal triumph, and a credit to the former Vice President’s doggedness and the alliances he has formed over decades. Yet despite all of his many years in public life, it still isn’t clear what kind of President Mr. Biden would make.

Let’s assume that the gilded testimonials to Mr. Biden’s personal character at this week’s Democratic convention are true. He is by all accounts a nice guy. He cares about people, powerful or not. He can forge alliances across the aisle. He does not kick down at adversaries, at least most of the time. “Character is on the ballot,” as he put it Thursday night. In other words, he’s running as Not Donald J. Trump.

In the best case, Mr. Biden is asking Americans to believe that he would take these personal qualities to the White House and mediate policy disputes, calm the culture wars, and work with both parties to break America’s partisan fever. He’d do the same on the world stage, defending U.S. interests without bullying allies and leading international coalitions anew.

After the disruptions of the Trump era, this political idyll sounds inviting. Mr. Biden would certainly have the media and the institutions of American culture on his side, so the daily pitched battles of the last four years would be muted, at least for a time.

Yet there’s cause to doubt this happily-ever-after-Trump scenario—and the reasons include the man and the times. Regarding the man, Mr. Biden has never been a politician of strong political convictions. He’s a professional partisan Democrat whose beliefs have shifted as the party’s have.

Nearly all successful presidential candidates put their own political and policy stamps on their party and the times. Bill Clinton was a New Democrat who would reform welfare, George W. Bush was a compassionate conservative, and Barack Obama was a multiracial uniter who’d transcend red and blue state differences. Donald Trump was the populist disrupter of the establishment.

Mr. Biden has no such defining message. Can you think of a single policy, or even a phrase, that identifies what he has stood for in this campaign? The closest might have been a return to normalcy. But sometime in recent months that gave way to the party’s desire for transformational economic and social change.

More than any recent presidential nominee, Mr. Biden is more figurehead than party leader. He was the fail-safe choice, the last-ditch savior in South Carolina, after Bernie Sanders looked like he could run the primary table. Mr. Biden was lifted by his party’s elites. He owes them more than they owe him.

All of which leads to doubts that Mr. Biden would govern like the moderate of Milwaukee’s virtual convention. Mr. Biden would have a better chance of governing that way, ironically, if Republicans retain the Senate this year. Then compromise with Mitch McConnell would be a political necessity to get anything done.

But if Mr. Biden wins by his current polling margin, a Democratic sweep of Congress is far more likely. How probable would it be that Mr. Biden would be able to control, or want to control, the progressive ambitions of House and Senate Democrats and the institutional left?

There is reason for pessimism from the evidence of his long career. He opposed taxpayer funding for abortion for four decades until he reversed himself last year. In the 1990s he led the fight for a crime bill that he now disavows as he finds America guilty of systemic racism.

Before Robert Bork was nominated to the Supreme Court, Mr. Biden said he’d probably have to vote for him because of his qualifications. Then Ted Kennedy launched a tirade against the jurist. Mr. Biden, running the Judiciary Committee at the time, fell in line.

When Anita Hill made charges against Clarence Thomas only days before a scheduled confirmation vote, Mr. Biden folded under pressure and called hearings that became a spectacle. Justice Thomas was confirmed, as he should have been, but last year Mr. Biden loudly apologized to Ms. Hill and Democrats for not doing more in opposition.

As his polling lead has grown, Mr. Biden has said the 60-vote filibuster rule in the Senate might have to go, which would forestall the need for compromise. He has moved left since the primaries, absorbing Bernie Sanders’s priorities on student debt and much of the Green New Deal. His choice of California Senator Kamala Harris as running mate was a bow to the party’s desire for a progressive as his likely successor. But his speech, like the convention, focused on his platform only in the most general terms, mostly with gauzy platitudes.

As for foreign policy, he supported the invasion of Iraq in 2002 while chairing the Senate Foreign Relations Committee. Then he flipped when most Democrats did and as the fighting became difficult. Then he opposed the 2007 Iraq surge, saying it would fail. Then in 2011 he supported Barack Obama’s withdrawal from Iraq that set the stage for the rise of Islamic State. He opposed the raid on Osama bin Laden.

Misjudgments on hard questions are inevitable, and every President makes them. But one test of political character is the willingness to stand up to pressure and make hard choices even when they’re politically unpopular. Mr. Biden has no record of doing so

Some readers may think it rude to say this, but Mr. Biden’s health and mental acuity are also relevant as he soon turns 78. His ability to recall names and events has clearly deteriorated. This may be the normal decline that comes with age, and he delivered his speech well. But his advisers don’t inspire confidence by keeping the candidate from any but the friendliest media questioners. They owe it to the country to let him show his stamina and fitness from now to Election Day.

Even if his health holds, Mr. Biden would almost certainly be a one-term President. This means his political capital would fall starting on Inauguration Day like a new car off the lot. Democrats would jockey to succeed him and to push the party left. House Speaker Nancy Pelosi would drive policy.

These are all issues to consider as voters measure their tolerance for four more years of Mr. Trump’s behavior. Character counts in a President, as we learned long before Donald Trump sat in the Oval Office. But so do policies and political fortitude.

Voir aussi:

Joe Biden’s Class Act
William McGurn
WSJ
Sept. 2, 2008

Since Joe Biden landed on the Democratic ticket, we’ve all been treated to commentary attesting to the Lincolnesque rise of this proud son of Scranton, Pa. Here we read the references to « working-class roots. » There we see a headline trumpeting a « blue-collar messenger. » And everywhere we turn, we bump into the most treasured compound-adjective of them all: lunch-bucket.

The New York Times started it off with a column hailing this « lunch-bucket Democrat. » The Boston Globe adds ethnicity, writing about « an Irish Catholic lunch-bucket Democrat. » The Dallas Morning News emphasizes personality, celebrating a « gregarious lunch bucket Democrat » — to distinguish him, evidently, from the nongregarious variety. The Economist contributes virtue, characterizing Sen. Biden as « a perfect example of a lunch bucket Democrat made good. » And on it goes, with everyone from the Washington Post and Huffington Post to the Los Angeles Times, USA Today and the Associated Press serving up allusions to the senator’s lunch bucket.

A rich piece of Americana, the lunch bucket evokes coal miners toting their picks and pails to work in some Thomas Hart Benton mural. Leave aside that coal mining is probably not Mr. Biden’s favorite imagery. It’s also somewhat out of date. In class terms, the circular lunch buckets that the sons of Scranton once carried into the mines have largely yielded to Tupperware containers stacked up inside the Dunder Mifflin fridge.

It’s true that when members of Congress release their assets and incomes, Mr. Biden famously ranks near the bottom of the pile. But let’s remember that we’re talking about a pretty privileged pile. Only in a place as removed from reality as the Beltway could a man who has spent more than three decades in the United States Senate be hailed as a working-class stiff.

According to his most recent disclosure forms, Mr. Biden’s income includes his Senate salary of $165,200 and a teaching stipend of $20,500 from Widener University. On top of this, he received $112,500 as the second half of a book advance. Even allowing for generous deductions, Mr. Biden’s income comfortably locates him in the top 5% of American taxpayers.

The Senate disclosure forms do not require Mr. Biden to report his primary residence (or his federal pension). So I asked Jim Bowers — an old college roommate of mine who also lives in Delaware, who also went to the same high school, and who is also running for election. « Not many lunch buckets up Joe’s way, » says Mr. Bowers, a Republican seeking a seat in Delaware’s House of Representatives. « You have to remember that the senator lives in an area known as ‘chateau country.' »

Now, there’s no crime against having a top income, or a big house in a ritzy neighborhood. But it does make the whole lunch-bucket thing a little more sticky. And it confirms two truths about class in modern America.

First, in Washington you are permitted to enjoy wealth without ever being called wealthy provided simply that you haven’t actually earned it in some unseemly way — by, say, building up a business.

Second, even when Americans do well, we prefer not to define our class by where we rank on the economic scale. Instead, we classify ourselves by where our parents and grandparents were on that scale 50 years ago. Notwithstanding Mr. Biden’s moving references to Scranton, he moved out of that gritty city back at the beginning of the Eisenhower administration.

The assumption behind the lunch-bucket imagery, of course, is that Mr. Biden’s « working-class roots » gives him an advantage in any debate. I’m not so sure. Sarah Palin — governor of Alaska and Mr. Biden’s rival for vice president — looks like a woman who can hold her own on issues that speak to hard work and upward mobility.

Ms. Palin might, for example, point out that while the Senate offers members like Mr. Biden a generous pension, he opposes private Social Security accounts that would give the same to, say, a nurse.

Or that while Mr. Biden and Barack Obama have chosen upscale private schools for their own children, they are reluctant to support efforts that would help inner-city moms and dads do the same for their children.

Or that Mr. Biden not only opposes drilling today, in 1973 he voted against the Trans-Alaska pipeline that provides oil for American consumers — and jobs for American workers.

Let’s be fair. Mr. Biden has a lovely family. He gave his children a good, private education. He lives in a big house in an exclusive neighborhood. It speaks well of him that he returns to Wilmington each night instead of staying in Washington.

But it would still be refreshing if at least once we could read an account that called him what he actually is: a « chateau country Democrat. »

Voir également:

In 1987, Biden said publicly that he marched during the civil rights movement but later admitted he was « not an activist » and he was « not out marching.”

Nicholas Ballasy

Just the news

August 21, 2020

Now officially the 2020 Democratic presidential nominee, Joe Biden offered himself to Americans this week as an affable, trustworthy and experienced alternative for the White House. But his five-decade record in politics offers plenty of controversies ranging from insulting confrontations over IQ and race to fabrications and plagiarism.

An episode from the first of his three runs for president provides a case study. Biden once sparred in 1987 with a political reporter who asked him about his law school record. A tart Biden responded that he “probably” had a “higher IQ” than the reporter. And he claimed he finished in the top half of his class.

It was later revealed that Biden was near the bottom of his law school graduating class at Syracuse University’s College of Law, specifically 76 out of 85 students.

Biden also admitted that he had plagiarized during his first year at the institution.

“I was mistaken, but I was not in any way malevolent,” Biden explained.

The plagiarism tag would follow him into politics. Eventually it was also revealed that Biden had used quotes in speeches as a U.S. senator from Bobby Kennedy, John F. Kennedy and Neil Kinnock, a British Labour Party leader, without any attribution.

Earlier this year, he faced plagiarism again when it was revealed his 2020 climate plan lifted some passages from other documents without attribution. The campaign corrected the error.

In 1987, Biden said he marched during the civil rights movement but some media outlets pointed out that was not the case.

“I was not an activist,” Biden explained at a news conference at the time. “I was not out marching.”

These controversies eventually forced Biden from the 1988 presidential race in September 1987.

“Although it’s awfully clear to me what choice I have to make, I have to tell you honestly I do it with incredible reluctance and it makes me angry. I’m angry with myself for having been put in the position — put myself in the position of having to make this choice, » Biden said.

 »And I am no less frustrated at the environment of presidential politics that makes it so difficult to let the American people measure the whole Joe Biden and not just misstatements that I have made,” he added.

Biden has repeated the claim that he was involved in civil rights activism during the 2020 Democratic presidential primary on a few occasions. And his some of the most awkward apologies he’s been forced to make involve the issue of race.

During his 2008 run for president, Biden apologized for referring to his then-rival Sen. Barack Obama as « the first mainstream African-American who is articulate and bright and clean and a nice-looking guy. » It didn’t go unnoticed.

While campaigning in New Hampshire, Biden told a supporter that « You cannot go to a 7-Eleven or a Dunkin’ Donuts unless you have a slight Indian accent” in Delaware.

And in May of this year, Biden told radio host Charlamagne the God, « You ain’t black » if you vote against him, which sparked controversy. He later apologized for that statement too.

Exaggerations have also been flagged several times in his career.

During a presidential primary debate in 2007, for instance, Biden revealed that he had been “shot at” while visiting Iraq. When records conflicted with his account, he later changed his story.

In 2019 during Biden’s Democratic primary run, the Washington Post reported that the former vice president told a fake war story on the campaign trail. Politifact rated the story he told as false. Biden has dismissed the criticism. 

In March of this year, Biden claimed he was arrested in South Africa while trying to see the anti-apartheid leader Nelson Mandela. His campaign later said it didn’t happen after the U.S. ambassador who was with him on the trip said the arrest story wasn’t true.

The Week in Patriarchy is a weekly roundup of what’s happening in the world of feminism and sexism. If you’re not already receiving it by email, make sure to subscribe.Why are sexual assault and misbehaviour allegations against Biden being ignored?
Joe Biden, the presumptive Democratic presidential nominee, has been accused of sexual assault by a former staffer. Tara Reade, who worked with Biden when he was a Delaware senator, alleges he inappropriately touched her and penetrated her with his fingers without consent in 1993.“It happened all at once, and then … his hands were on me and underneath my clothes,” Reade recalled in an interview with podcast host Katie Halper on Wednesday. “He said ‘come on, man, I heard you liked me. For me, it was like, everything shattered … I wanted to be a senator; I didn’t want to sleep with one.”Rightwing news outlets have gleefully seized upon the accusations against Biden; the story has also been discussed by leftwing commentators. However, the mainstream media has largely ignored the allegations. Instead there have been headlines like The top 10 women Joe Biden might pick as VP (CNN) and Joe Biden’s inner circle: No longer a boy’s club (AP).It is hugely frustrating to see conservatives, who couldn’t give a damn about the multiple sexual assault allegations against Donald Trump, weaponize the accusations against Biden. However, it’s also frustrating to see so many liberals turning a blind eye. The accusations against the former vice-president are serious; why aren’t they being taken seriously?One obvious reason is that Reade’s accusations are very hard to prove. The incident happened a long time ago and there weren’t any witnesses. Reade also gave a slightly different version of events last year; she accused Biden of touching her neck and shoulders in a way that was inappropriate and uncomfortable, but did not say anything sexual took place. This inconsistency obviously doesn’t mean she’s lying; unfortunately, it is easy to use against her.Reade’s story may be impossible to verify, but this is the case with the vast majority of sexual assault allegations. It is nearly always a case of “he said, she said” – and it is nearly always the “he’ that is automatically believed. The #MeToo mantra “Believe Women” doesn’t mean that women never lie; it means that our systems of power are biased towards believing men never lie. It means that it takes decades of allegations and scores of women coming forward for powerful men like Harvey Weinstein, Jeffrey Epstein and Bill Cosby to be brought to justice. All the mantra means is that you shouldn’t automatically disbelieve women.You know who has talked publicly about the importance of taking women seriously? Biden. During the Brett Kavanaugh hearings, Biden stood up for Dr Christine Blasey Ford, noting: “For a woman to come forward in the glaring lights of focus, nationally, you’ve got to start off with the presumption that at least the essence of what she’s talking about is real.”Does this presumption not apply when the guy being accused is a Democrat running for president? It would seem that way. In January, according to reporting from the Intercept, Reade asked for help from the Time’s Up Legal Defense Fund, which has supported accusers of high-profile people like Weinstein. Reade was reportedly told by the National Women’s Law Center, the organization within which the Time’s Up fund is housed, that it couldn’t assist with accusations against a presidential candidate because it would jeopardize their non-profit status. The Intercept further notes that “the public relations firm that works on behalf of the Time’s Up Legal Defense Fund is SKDKnickerbocker, whose managing director, Anita Dunn, is the top adviser to Biden’s presidential campaign”.

There are some people who will insist that drawing attention to the new allegations against Biden is playing into the Republicans’ hands. That it will destroy Biden’s campaign and guarantee us four more years of Trump. Not only is that argument hypocritical, it is also hugely unlikely that Reade’s accusations will do any damage whatsoever to Biden’s ambitions. Allegations of sexual assault certainly haven’t posed any hindrance to Trump. The allegations against Kavanaugh didn’t stop him from becoming a supreme court justice. The allegations against Louis CK didn’t kill his career in comedy. And the multiple women who have accused Biden of touching them inappropriately in the past haven’t exactly derailed his career.

Voir de même:

Why has the media ignored sexual assault and misbehaviour allegations against Biden?

Conservatives who didn’t care about the multiple sexual assault allegations against Trump have seized on the accusations while liberals turn a blind eye
Arwa Mahdawi
The Guardian
28 Mar 2020

Why are sexual assault and misbehaviour allegations against Biden being ignored?

Joe Biden, the presumptive Democratic presidential nominee, has been accused of sexual assault by a former staffer. Tara Reade, who worked with Biden when he was a Delaware senator, alleges he inappropriately touched her and penetrated her with his fingers without consent in 1993.

“It happened all at once, and then … his hands were on me and underneath my clothes,” Reade recalled in an interview with podcast host Katie Halper on Wednesday. “He said ‘come on, man, I heard you liked me. For me, it was like, everything shattered … I wanted to be a senator; I didn’t want to sleep with one.”

Rightwing news outlets have gleefully seized upon the accusations against Biden; the story has also been discussed by leftwing commentators. However, the mainstream media has largely ignored the allegations. Instead there have been headlines like The top 10 women Joe Biden might pick as VP (CNN) and Joe Biden’s inner circle: No longer a boy’s club (AP).

It is hugely frustrating to see conservatives, who couldn’t give a damn about the multiple sexual assault allegations against Donald Trump, weaponize the accusations against Biden. However, it’s also frustrating to see so many liberals turning a blind eye. The accusations against the former vice-president are serious; why aren’t they being taken seriously?

One obvious reason is that Reade’s accusations are very hard to prove. The incident happened a long time ago and there weren’t any witnesses. Reade also gave a slightly different version of events last year; she accused Biden of touching her neck and shoulders in a way that was inappropriate and uncomfortable, but did not say anything sexual took place. This inconsistency obviously doesn’t mean she’s lying; unfortunately, it is easy to use against her.

Reade’s story may be impossible to verify, but this is the case with the vast majority of sexual assault allegations. It is nearly always a case of “he said, she said” – and it is nearly always the “he’ that is automatically believed. The #MeToo mantra “Believe Women” doesn’t mean that women never lie; it means that our systems of power are biased towards believing men never lie. It means that it takes decades of allegations and scores of women coming forward for powerful men like Harvey Weinstein, Jeffrey Epstein and Bill Cosby to be brought to justice. All the mantra means is that you shouldn’t automatically disbelieve women.

You know who has talked publicly about the importance of taking women seriously? Biden. During the Brett Kavanaugh hearings, Biden stood up for Dr Christine Blasey Ford, noting: “For a woman to come forward in the glaring lights of focus, nationally, you’ve got to start off with the presumption that at least the essence of what she’s talking about is real.”

Does this presumption not apply when the guy being accused is a Democrat running for president? It would seem that way. In January, according to reporting from the Intercept, Reade asked for help from the Time’s Up Legal Defense Fund, which has supported accusers of high-profile people like Weinstein. Reade was reportedly told by the National Women’s Law Center, the organization within which the Time’s Up fund is housed, that it couldn’t assist with accusations against a presidential candidate because it would jeopardize their non-profit status. The Intercept further notes that “the public relations firm that works on behalf of the Time’s Up Legal Defense Fund is SKDKnickerbocker, whose managing director, Anita Dunn, is the top adviser to Biden’s presidential campaign”.

There are some people who will insist that drawing attention to the new allegations against Biden is playing into the Republicans’ hands. That it will destroy Biden’s campaign and guarantee us four more years of Trump. Not only is that argument hypocritical, it is also hugely unlikely that Reade’s accusations will do any damage whatsoever to Biden’s ambitions. Allegations of sexual assault certainly haven’t posed any hindrance to Trump. The allegations against Kavanaugh didn’t stop him from becoming a supreme court justice. The allegations against Louis CK didn’t kill his career in comedy. And the multiple women who have accused Biden of touching them inappropriately in the past haven’t exactly derailed his career.

Voir de plus:

Michelle Obama fait l’objet d’une enquête de l’AP sur les enfants et les « cages »

Jack Phillips

The Epoch Times
19 août 2020

L’agence de presse Associated Press (AP) a vérifié le discours de l’ancienne première dame Michelle Obama à la Convention nationale démocrate après qu’elle a affirmé que le président Donald Trump gardait des enfants dans des « cages » le long de la frontière entre les États-Unis et le Mexique pour tenter de critiquer la politique d’immigration du président.

L’AP a déclaré dans un communiqué concernant le contrôle des faits que l’ancienne première dame « s’est attaquée lundi au président Donald Trump arguant qu’il a arraché des enfants de migrants à leurs parents et les a jetés dans des cages, reprenant ainsi un point fréquemment soulevé et déformé par les démocrates ».

« Elle a raison de dire que la politique de Trump, désormais suspendue à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, a séparé des milliers d’enfants de leurs familles d’une manière qui n’avait jamais été faite auparavant », ajoute l’AP dans son enquête. Mais ce qu’elle n’a pas dit, c’est que les mêmes « cages » ont été construites et utilisées dans l’administration de son mari, dans le même but de retenir temporairement les enfants de migrants.

L’AP a ajouté que la référence de Michelle Obama aux « cages » est « trompeuse » et qu’elle est fréquemment mentionnée par les politiciens démocrates.

« Trump a utilisé des installations qui ont été construites pendant l’administration Obama-Biden pour loger les enfants à la frontière. Il s’agit d’enclos à mailles losangées à l’intérieur des installations frontalières où les migrants étaient temporairement logés, séparés par sexe et par âge », ont déclaré les enquêteurs de l’AP.

L’agence de presse a noté que les photos d’enfants dans les centres d’hébergement qui ont été diffusées par les responsables démocrates en ligne pour critiquer Trump ont en fait été prises en 2014.

Ces photos « représentaient en fait quelques-uns des milliers d’enfants non accompagnés détenus par le président Barack Obama », a déclaré l’AP.

Dans son discours, Mme Obama a vanté le bilan de Joe Biden lorsqu’il était vice-président et a déclaré qu’il « sait ce qu’il faut pour sauver une économie, repousser une pandémie et diriger notre pays ».

Le président Trump n’a pas perdu de temps pour répondre au discours de l’ancienne première dame sur les médias sociaux.

« Quelqu’un pourrait-il expliquer à @MichelleObama que Donald J. Trump ne serait pas ici, dans la belle Maison-Blanche, si ce n’était pas pour le travail fait par votre mari, Barack Obama », a écrit M. Trump sur Twitter. « Mon administration et moi avons construit la plus grande économie de l’histoire, de tous les pays, en la remontant, en sauvant des millions de vies, et maintenant nous construisons une économie encore plus grande qu’avant. Les emplois se multiplient, le NASDAQ est déjà à un niveau record, le reste suivra. Asseyez-vous et regardez ! »

La convention d’investiture du Parti démocrate se tient du 17 au 20 août, avec des orateurs tels que l’ancien président Barack Obama, l’ancien président Bill Clinton, le sénateur Bernie Sanders (indépendant, Vermont), le sénateur Cory Booker (démocrate, New Jersey), le sénateur Elizabeth Warren (démocrate, Massachussetts), l’ancien gouverneur John Kasich, le représentant Jim Clyburn (démocrate, Caroline du Sud), l’ancienne première dame Michelle Obama, le gouverneur Andrew Cuomo et d’autres.

M. Biden et le sénateur Kamala Harris (démocrate, Californie) choisi comme vice-président, devraient être nommés. Tous deux devraient prendre la parole lors de l’événement, qui se déroule en grande partie virtuellement en raison de la pandémie de Covid-19.

La Convention nationale républicaine est prévue du 24 au 27 août.

Voir encore:

Parcours. Un gaffeur rusé à la vice-présidence

John M. Broder
The New York Times
Traduit par Courrier international

06/11/2008

Sénateur expérimenté, Joe Biden saura-t-il se contenter de jouer les utilités aux côtés de Barack Obama ?

Le grand public voit en lui l’Irlando-Américain natif de Pennsylvanie, le bavard enclin aux gaffes et aux grandes tapes dans le dos. Mais Joe Biden est surtout connu dans les couloirs du Sénat comme un homme politique ambitieux, rusé et calculateur, à l’esprit toujours tendu vers la prochaine étape de son ascension politique. La vie et la carrière de Joe Biden ont été marquées par une succession de naufrages et de remises à flot, certains dus au hasard, d’autres à ses propres défauts. Cette année, cet homme de 65 ans fort de trente-cinq années passées au Sénat avait pour objectif d’être prêt pour un dernier coup d’éclat.

Après deux candidatures désastreuses à l’investiture démocrate pour la candidature à la Maison-Blanche [en 1988 et en janvier 2008], il con­voitait les deux autres options les plus séduisantes, à savoir la résidence du vice-président ou les bureaux du département d’Etat. Rares sont les personnalités politiques américaines qui se fixent la vice-présidence pour objectif final. Mais, au cours des trente dernières années, la fonction a gagné en stature et en influence, et, selon certains de ses conseillers, Joe Biden a estimé qu’il pourrait peser davantage sur la politique américaine en exerçant ces fonctions aux côtés du président qu’en dirigeant la commission des Affaires étrangères du Sénat. Il a exprimé dès juin dernier son intérêt pour le poste. Deux mois plus tard, Obama le lui offrait.

Il est encore difficile de savoir quel genre de vice-président sera Joe Biden. Il reconnaît lui-même n’avoir jamais eu de patron et ne pas être habitué à jouer les seconds couteaux, lui qui s’est fait élire pour la première fois au Sénat à l’âge de 29 ans, il y a trente-six ans de cela. Jusqu’à l’âge de 10 ans, Joe Biden a grandi à Scranton, une petite ville de Pennsylvanie qu’il considère toujours comme étant chez lui, bien qu’il vive depuis 1953 à Wilmington, dans le petit Etat voisin du Delaware. Diplômé en droit, il a brièvement exercé le métier d’avocat, mais a toujours nourri de plus hautes ambitions. En 1972, il a affronté le très populaire sénateur J. Caleb Boggs au cours d’une campagne où seuls lui et sa famille croyaient en ses chances de réussite. Et, à 29 ans, il fut pour la première fois élu au Sénat. Mais la joie fut de courte durée : peu avant Noël, sa femme et sa fille de 13 mois furent tuées dans un accident de voiture, et ses deux jeunes fils, Joseph III et Hunter, gravement blessés. Joe Biden envisagea alors de démissionner du Sénat, mais deux sénateurs, Mike Mansfield et Hubert Humphrey, l’en dissuadèrent.

L’action de Joe Biden au Congrès fournit quelques indices sur ce que pourrait être sa vice-présidence. Le sénateur s’est trouvé au cœur de féroces batailles, qu’il a parfois remportées. En particulier lorsque, en 1987, à la tête de la Commission judiciaire du Sénat, il est parvenu à contrer la nomination du juge conservateur Robert H. Bork à la Cour suprême. Il en a perdu aussi, notamment lorsqu’il tenta en vain de bloquer la désignation du très conservateur juge africain-américain Clarence Thomas à la Cour suprême, en 1991. Ces combats lui ont valu l’inimitié de certains sénateurs et intellectuels conservateurs, mais aussi celle des féministes et des progressistes. Après l’affaire Thomas, il a déclaré qu’il ne voulait pas passer le reste de sa carrière à traiter des désignations à la Cour suprême et se consacra alors à la puissante commission des Affaires étrangères du Sénat, dont il devint membre, puis président en 2001. Il vota contre le recours à la force pour chasser les Irakiens du Koweït en 1991 et pour l’usage de la puissance militaire en Irak en 2002. Il eut cependant tout le loisir de regretter ces prises de position : Joe Biden a déclaré plus tard qu’il jugeait finalement justifiée la guerre du Golfe de 1991 et que la seconde guerre d’Irak avait été si mal conduite qu’il regrettait de l’avoir approuvée. En 2006 et 2007, il s’est opposé à l’envoi de renforts en Irak, proposant à la place une partition du pays en trois régions autonomes, un projet critiqué de toutes parts pour son manque de réalisme.
Joe Biden assure aujourd’hui ne pas vouloir s’occuper d’un domaine particulier une fois à la vice-présidence, et il a promis à Barack Obama qu’il n’userait pas de son expérience aux Affaires étrangères et de ses contacts au Capitole pour court-circuiter le futur secrétaire d’Etat. Il dit espérer pouvoir contribuer à l’acceptation du programme d’Obama au Congrès et jouer les conciliateurs. Quoi qu’il en soit, son rôle, comme celui de tous les vice-présidents, dépendra beaucoup de ses rapports avec son patron. Lorsqu’ils se sont entretenus l’été dernier à ce propos, Barack Obama a dit souhaiter “un véritable partenaire de gouvernement”. Il a précisé qu’il cherchait un vice-président qui le conseille sans y aller par quatre chemins et que c’était pour cette raison qu’il avait choisi le sénateur du Delaware, car, a-t-il affirmé,“Joe Biden n’a pas sa langue dans sa poche”.

Voir aussi:

Hoping It’s Biden
David Brooks
NYT
Aug. 22, 2008

Barack Obama has decided upon a vice-presidential running mate. And while I don’t know who it is as I write, for the good of the country, I hope he picked Joe Biden.

Biden’s weaknesses are on the surface. He has said a number of idiotic things over the years and, in the days following his selection, those snippets would be aired again and again.

But that won’t hurt all that much because voters are smart enough to forgive the genuine flaws of genuine people. And over the long haul, Biden provides what Obama needs:

Working-Class Roots. Biden is a lunch-bucket Democrat. His father was rich when he was young — played polo, cavorted on yachts, drove luxury cars. But through a series of bad personal and business decisions, he was broke by the time Joe Jr. came along. They lived with their in-laws in Scranton, Pa., then moved to a dingy working-class area in Wilmington, Del. At one point, the elder Biden cleaned boilers during the week and sold pennants and knickknacks at a farmer’s market on the weekends.

His son was raised with a fierce working-class pride — no one is better than anyone else. Once, when Joe Sr. was working for a car dealership, the owner threw a Christmas party for the staff. Just as the dancing was to begin, the owner scattered silver dollars on the floor and watched from above as the mechanics and salesmen scrambled about for them. Joe Sr. quit that job on the spot.

Even today, after serving for decades in the world’s most pompous workplace, Senator Biden retains an ostentatiously unpretentious manner. He campaigns with an army of Bidens who seem to emerge by the dozens from the old neighborhood in Scranton. He has disdain for privilege and for limousine liberals — the mark of an honest, working-class Democrat.

Democrats in general, and Obama in particular, have trouble connecting with working-class voters, especially Catholic ones. Biden would be the bridge.

Honesty. Biden’s most notorious feature is his mouth. But in his youth, he had a stutter. As a freshman in high school he was exempted from public speaking because of his disability, and was ridiculed by teachers and peers. His nickname was Dash, because of his inability to finish a sentence.

He developed an odd smile as a way to relax his facial muscles (it still shows up while he’s speaking today) and he’s spent his adulthood making up for any comments that may have gone unmade during his youth.

Today, Biden’s conversational style is tiresome to some, but it has one outstanding feature. He is direct. No matter who you are, he tells you exactly what he thinks, before he tells it to you a second, third and fourth time.

Presidents need someone who will be relentlessly direct. Obama, who attracts worshippers, not just staff members, needs that more than most.

Loyalty. Just after Biden was elected to the senate in 1972, his wife, Neilia, and daughter Naomi were killed in a car crash. His career has also been marked by lesser crises. His first presidential run ended in a plagiarism scandal. He nearly died of a brain aneurism.

New administrations are dominated by the young and the arrogant, and benefit from the presence of those who have been through the worst and who have a tinge of perspective. Moreover, there are moments when a president has to go into the cabinet room and announce a decision that nearly everyone else on his team disagrees with. In those moments, he needs a vice president who will provide absolute support. That sort of loyalty comes easiest to people who have been down themselves, and who had to rely on others in their own moments of need.

Experience. When Obama talks about postpartisanship, he talks about a grass-roots movement that will arise and sweep away the old ways of Washington. When John McCain talks about it, he describes a meeting of wise old heads who get together to craft compromises. Obama’s vision is more romantic, but McCain’s is more realistic.

When Biden was a young senator, he was mentored by Hubert Humphrey, Mike Mansfield and the like. He was schooled in senatorial procedure in the days when the Senate was less gridlocked. If Obama hopes to pass energy and health care legislation, he’s going to need someone with that kind of legislative knowledge who can bring the battered old senators together, as in days of yore.

There are other veep choices. Tim Kaine seems like a solid man, but selecting him would be disastrous. It would underline all the anxieties voters have about youth and inexperience. Evan Bayh has impeccably centrist credentials, but the country is not in the mood for dispassionate caution.

Biden’s the one. The only question is whether Obama was wise and self-aware enough to know that

Voir également:

Le fils de Joe Biden promet de cesser ses activités à l’étranger

Hunter Biden a annoncé qu’il allait quitter le conseil d’administration de la société chinoise BHR. Ses activités à l’étranger ont fait l’objet de nombreuses attaques de la part de Donald Trump et fragilisé la campagne de son père.

La nouvelle est tombée deux jours avant le nouveau débat entre candidats démocrates, qui doit avoir lieu le 15 octobre dans l’Ohio. Hunter Biden, le fils de Joe Biden, a fait savoir par le biais de son avocat, dimanche 13 octobre, qu’il avait “l’intention de quitter le conseil d’administration de la société chinoise, BHR avant la fin du mois”, rapporte le New York Times.

Hunter Biden a ajouté que si son père était élu président, il “accepterait de ne pas travailler pour le compte de sociétés étrangères”.

Les activités de Hunter Biden en Chine et en Ukraine, où il a siégé au conseil d’administration d’une société gazière entre 2014 et 2019, ont fait l’objet “d’attaques incessantes de la part du président Trump et menacé la candidature de son père, Joe Biden”, rappelle le quotidien new-yorkais.

Selon le New York Times, “rien ne prouve que l’ancien vice-président de Barack Obama ait agi de façon inappropriée pour aider son fils dans ses affaires en Chine et en Ukraine, comme l’a affirmé M. Trump”.

Joe Biden a tenu une rapide conférence de presse le 13 octobre pour expliquer que “la décision de quitter le conseil d’administration de la société chinoise avait été prise par son fils seul”.

Joe Biden prêt à répondre à ses rivaux démocrates

Le quotidien new-yorkais fait également remarquer que Joe Biden a semblé “porter des coups voilés à certains des enfants de Donald Trump”, qui ont eux aussi développé des relations d’affaires à l’étranger :

Personne dans ma famille n’aura de bureau à la Maison-Blanche, n’assistera aux réunions comme s’il était un membre du cabinet du président, n’aura de relations d’affaires avec quiconque ayant un lien avec une société étrangère ou un pays étranger.”

Alors qu’un nouveau débat doit avoir lieu le 15 octobre entre les candidats démocrates, Joe Biden “se prépare depuis des semaines à répondre à des questions sur son fils, indique le New York Times. Ses alliés et conseillers martèlent que tout démocrate qui aborde le sujet fait le jeu de Donald Trump et nuit à la cause du parti.”

Pour le quotidien, certains démocrates considèrent toutefois que l’attention portée à la famille de Joe Biden est devenue une vulnérabilité politique, l’éloignant de son programme de campagne et l’obligeant à se défendre”.

Voir de même:

Elections

Who or What Exactly Is Running Against Trump?

The inner-Biden at 77 is turning out to be an unabashed bigot in the age of “cancel culture” and thought crimes that has apparently declared him immune from the opprobrium reserved for any such speech.

As we enter the final 90 days of the November presidential campaign, a few truths are crystalizing about the “Biden problem,” or the inability of a 77-year-old Joe Biden to conduct a “normal” campaign.

Biden’s cognitive challenges are increasing geometrically, whether as a result of months of relative inactivity and lack of stimulation or just consistent with the medical trajectory of his affliction. His lot is increasingly similar to historical figures such as 67-year-old President William Henry Harrison, William Gladstone’s last tenure as prime minister, Chancellor Hindenburg, or Franklin Roosevelt in late 1944—age and physical infirmities signaling to the concerned that a subordinate might assume power sooner than later.

In the past, it was to Biden’s advantage to postpone his selection of his female-mandated vice presidential running mate, given the lose-lose choice of either picking a woke young African American female who may polarize swing voters while spending the next three months being vetted in the fashion of California Representative Karen Bass’s Scientology and Fidel Castro issues, or selecting a vetted, but off-putting former National Security Advisor Susan Rice or Senator Kamala Harris (D-Calif.), who does not especially like Biden and would be seen as hovering and rummaging about as an impatient president-in-waiting.

Biden, remember, is one of the few primary candidates in history who promised in advance to pick a running mate on the basis of gender and, as events would dictate, and by inference, race as well.

But now there seems an additional urgency to select a running mate, given the Democratic ticket is a construct, with no visible or viable presidential candidate. While traditional polls show a sizable Biden lead, at some point voters will want more than the current contest of Trump alone versus the media, the virus, the lockdown, the economy, and the rioting. But so far, it remains a one-person race, in the fashion of Clint Eastwood’s weird 2012 Republican National Convention appearance speaking to an empty chair.

Perceiving the Inner Biden

So we are witnessing a campaign never before experienced in American history and not entirely attributable to the plague and quarantine. After all, the fellow septuagenarian Trump, with his own array of medical challenges, insists upon frenetic and near-constant public appearances. His opponent is a noncandidate conducting a noncampaign that demands we ask the question, who exactly is drafting the Biden agenda and strategy? Or, rather, who or what is Biden, if not a composite cat’s paw of an anonymous left-wing central committee?

When Biden speaks for more than a few minutes without a script or a minder in his basement, the results are often racist of the sort in the Black Lives Matter era that otherwise would be rightly damned and called out as disqualifying. If his inner racialist persona continues to surface, Biden’s insensitivities threaten to expose a muzzled BLM as a mere transparent effort to grab power rather than to address “systemic racism” of the sort the exempt Biden seems to exude.

Biden needs the minority vote in overwhelming numbers, as he realized in his late comeback in the primaries. But the continuance of his often angry, unapologetic racialist nonsense suggests that his cognitive issues trump his political sense of self-control.

The inner Biden at 77 is turning out to be an unabashed bigot in the age of “cancel culture” and thought crimes that has apparently declared him immune from the opprobrium reserved for any such speech.

For Biden, if any African American doesn’t vote for him, then “you ain’t black”—a charge fired back at black podcaster with near venom. Biden more calmly assures us, in his all-knowing Bideneque wisdom, that Americans can’t tell Asians in general apart—channeling the ancient racist trope that “they all look alike.”

In his scrambled sociology, blacks are unimaginatively monolithic politically, while Latinos are diverse and more flexible. Biden seems to have no notion that “Latino” is a sort of construct to encompass everyone from a Brazilian aristocrat to an immigrant from the state of Oaxaca, and not comparable to the more inclusive and precise term “African American.” Moreover, while the black leadership in Congress may be politically monolithic, there are millions of blacks who oppose abortion, defunding the police, and illegal immigration. The best minds of the conservative intellectual and political movement so often are African Americans.

When asked questions, Biden’s answers so often reveal racist subtexts. A few days ago, CBS reporter Errol Barnett, who is black, asked Biden whether he would take a cognitive assessment exam. Biden fired back to him that such an unfair question would be as if he had asked Barnett whether he was getting tested for cocaine before going live. “That’s like saying,” a perturbed Biden exclaimed to Barnett, “before you got on this program, you’re taking a test whether you’re taking cocaine or not . . . What do you think, huh? Are you a junkie?” Note the tell-tale Biden trademark of racist insinuation delivered with punk-like braggadocio.

Note, too, Biden’s racist assumption that an African American professional journalist might be likely to be defensive about being a cocaine addict. Yet Biden should know—from the drug struggles of Hunter Biden—that cocaine is in fact the favorite drug of the white elite.

Mental Lapses as Force Multipliers

The problem is that in the past, a cognizant Biden was already racially edgy with his various earlier-career riffs about inner-city criminals, blue-collar chest-thumping about busing, and his more recent ideas about donut shops, accomplished black professionals on the verge of returning to slave status (“put y’all back in chains”), his racist descriptions of candidate Obama’s supposedly exceptional personal hygiene and ability to speak well, his corn-pop braggadocio, and on and on.

His mental lapses now serve as force multipliers and accelerants of the old Biden’s foot-in-mouth disease and render him often a caricature of a racist.

Politically, the point is not that he will not win the majority of minority voters, but rather that he won’t win enough of them at a margin necessary that carrying large swing-state cities such as Philadelphia, Milwaukee, Detroit, Cleveland, and others, will make up for the likely loss of rural areas and working-class whites, supposedly the “clingers” that “good ’ole Joe from Scranton” was supposed to own.

Even more disturbing, the media simply is unconcerned about Biden’s racial putdowns, stereotyping, and uncomfortableness with the proverbial “other.” And the more the inner-Biden racialist sounds off, the more ridiculous such contextualizing becomes and the less people listen when journalists and activists spout off about a systemically racist America.

Recently, when Biden has attempted to speak without prompts, indeed to clear up “rumors” of his cognitive problems, he simply loses his train of thought and utters a series of unstructured and unsettled thoughts that refute the very premise of his interview. The understandable Democratic strategy is to run out the clock and to choreograph a few post-Labor Day public appearances, to outsource campaigning to his running mate and future cabinet secretaries, and then to hope, in the manner of a 2016 Hillary Clinton, that he has amassed a large enough September lead to outlast a closing October Trump campaign.

There are problems with such a strategy, as we saw in 2016. If Biden late in the campaign stumbles in the debates, there is no post-convention remedy to reassure the public he is compos mentis or otherwise can be replaced by a majority consensus. Then the country would be entering something eerily similar to, but far graver than, the McGovern debacle of desperately looking for a new running mate after it was disclosed that an apparently perfectly cognizant Tom Eagleton—his running-mate for 18 days—had undergone two electric shock treatments in his past as well as undisclosed prior hospitalizations for bipolar disorder.

Biden’s Race Against Time

Right now, the Democrats have a virtual campaign and a virtual candidate and a strategy of running against the Trump news cycle. That may work, but it assumes Americans under quarantine don’t mind that they do not really know who is the Democratic challenger, or that Biden is, in fact, not physically or mentally able to function as either a candidate or president. It also assumes that the Trump-owned news cycle will remain as dismal over the next three months as it has the last five or six weeks, and that the virus will spike in late October again, rather than slowly burn out as it seems to be doing in Sweden and elsewhere in Europe.

Add it all up and the question is no longer whether Biden could fulfill the duties of the presidency but whether he can finish a traditional campaign over the next three months—without outsourcing his duties to a committee, or serially saying something blatantly racist, or simply disappearing to the nether world of his basement where saying nothing beats saying anything.

Voir par ailleurs:

Aux États-Unis, il y a aussi une “majorité silencieuse noire”

Jason L. Riley

The Wall Street Journal
19/06/2020

Pour ce chroniqueur africain-américain du Wall Street Journal, quotidien conservateur, le mouvement Black Lives Matter fait fausse route en accusant les forces de l’ordre d’être responsables des inégalités. Selon lui, c’est la criminalité dans les quartiers qui fait obstacle à l’ascension sociale ds Noirs américains.

Il est trop tôt pour dire ce qui ressortira de l’actuelle vague de violences liée à la mort de George Floyd. On sait en revanche que l’histoire récente n’a pas été particulièrement tendre envers les mouvements militants qui tentent de lutter contre le racisme.

Les méthodes défendues par l’une de leurs figures les plus célèbres, Martin Luther King, ont abouti à l’adoption du Civil Rights Act en 1964 et du Voting Rights Act en 1965, deux des plus grandes lois de l’histoire américaine.

À l’inverse, l’évolution du mouvement Black Power a conduit à son implosion, ses principaux représentants finissant en exil, en prison ou victimes de rivalités internes meurtrières. Si le mouvement avait su s’attirer quelques sympathies chez les Blancs, celles-ci ont rapidement disparu après les émeutes de Détroit, Baltimore, Los Angeles et plusieurs autres grandes métropoles.

Renforcement d’une identité de groupe

De même qu’aujourd’hui avec le mouvement Black Lives Matter, le renforcement d’une identité de groupe associée aux militants noirs a été suivi par un retour de bâton avec la résurgence des suprémacistes blancs et l’émergence des skinheads dans les années 1970 et 1980.

Il n’est pas besoin de lire des articles universitaires pour comprendre que les manifestations pacifiques pour les droits civiques ont mieux réussi que les violences. Un chercheur de Princeton vient néanmoins d’en publier un qui mérite lecture. Dans un article paru le mois dernier dans l’American Political Science Review, Omar Wasow, professeur adjoint en sciences politiques, décrit les résultats d’un projet de recherche entamé il y a quinze ans sur les conséquences politiques des manifestations.

Omar Wasow, qui est noir, a étudié les manifestations de militants noirs entre 1960 et 1972 aux États-Unis et découvert que les “tactiques employées” pouvaient faire toute la différence pour faire avancer une cause :

Les manifestations non violentes ont joué un rôle essentiel pour faire pencher la balance politique nationale en faveur des droits civiques. Les mouvements dans lesquels étaient lancées des violences parvenaient à des résultats diamétralement opposés aux revendications des manifestants.”

Après les incidents survenus lors des manifestations liées à la mort de George Floyd lors de son interpellation par la police, le président Trump a clairement annoncé que “l’ordre public” serait un de ses thèmes de campagne, et les travaux de Wasow apportent des éléments de réponse quant à l’efficacité de cette stratégie.

Le précédent Nixon

Dans un récent entretien avec le New Yorker, Wasow déclare avoir découvert “un lien de causalité entre les manifestations violentes” survenues après l’assassinat de Martin Luther King en avril 1968 et “le rejet du parti démocrate”. Plus spécifiquement, “dans les circonscriptions proches des violences, Nixon a enregistré des résultats supérieurs de 6 à 8 points de pourcentage lors de l’élection”.

L’analogie entre 1968 et 2020 est toutefois compliquée par un certain nombre de facteurs. L’élection présidentielle de 1968 se jouait entre trois hommes, et Nixon faisait figure de choix sûr pour les gens qui souhaitaient un retour à l’ordre avec un homme plus ferme que le démocrate Hubert Humphrey mais sans le racisme de George Wallace [ancien gouverneur ségrégationniste de l’Alabama].

En outre, Nixon n’était pas le président sortant. Il s’est présenté comme le candidat censé lutter contre la criminalité, l’insécurité en ville et les divisions raciales qui n’avaient fait que s’aggraver sous la présidence d’un autre. La cote de popularité en baisse de Donald Trump laisse pressentir qu’il ne pourra pas jouer cette carte-là. La semaine dernière, le Wall Street Journal indiquait que, selon son dernier sondage mené en collaboration avec NBC News, 80 % des électeurs avaient actuellement “le sentiment que la situation dans le pays échappait de plus en plus à tout contrôle”.

Trump est aussi impopulaire que les pillages

La question est de savoir si Joe Biden et les démocrates aideront Donald Trump en permettant aux manifestants violents de devenir le visage de leur parti et en cédant aux demandes de plus en plus absurdes des progressistes radicaux. Donald Trump est peut-être impopulaire, mais les pillages et le déboulonnage des statues le sont tout autant, de même que l’arrêt du financement de la police ou le fait de laisser des militants armés radicaux s’emparer de quartiers entiers.

La gauche devrait également veiller à ne pas croire que les électeurs noirs dont elle aura massivement besoin dans cinq mois seront convaincus par un tel programme. Dans un mémo de 1970 adressé au président Nixon, son conseiller Daniel Patrick Moynihan notait qu’il “existe une majorité silencieuse chez les Noirs comme chez les Blancs” et que les deux partageaient “essentiellement les mêmes préoccupations”.

Inégalités sociales

Ce qui était vrai il y a cinquante ans l’est toujours aujourd’hui. La plupart des Noirs savent que George Floyd n’est pas plus représentatif de leur communauté que Derek Chauvin ne l’est des policiers. Ils savent que la fréquence des contacts entre Noirs et policiers a beaucoup plus à voir avec le taux de criminalité chez les Noirs américains qu’avec le fait que les policiers seraient racistes.

Ils savent que les jeunes hommes noirs ont bien plus à craindre de leurs pairs que des forces de police. Et ils savent que les émeutiers sont des opportunistes et non des révolutionnaires.

Il est parfaitement légitime d’ouvrir un débat national sur la façon d’améliorer les méthodes de la police, mais aujourd’hui la conversation en vient à accuser les forces de police d’être responsables des inégalités sociales, ce qui n’est pas seulement illogique mais dangereux. La criminalité dans les quartiers fait obstacle à l’ascension sociale. Toute conversation ne reconnaissant pas cette réalité ne mérite pas d’avoir lieu.

Voir également:

Dans les villes américaines, l’échec de la gauche est “patent” depuis 1968

Daniel Henninger
The Wall Street Journal
12/06/2020

Pauvreté, délinquance, difficultés scolaires : pour le Wall Street Journal, la situation des quartiers où des émeutes avaient déjà fait rage il y a plus de 50 ans n’a guère évolué. Et le “nihilisme de la culpabilité perpétuelle” des progressistes américains est une excuse commode pour masquer leurs erreurs.

Ce n’est pas une redite de 1968. C’est pire.

La fin des années 1960 a incarné l’âge d’or du progressisme américain moderne. En 1964 et 1965, les démocrates et républicains du Congrès ont adopté ensemble des lois historiques sur les droits civiques. Au printemps 1968, c’est l’assassinat de Martin Luther King qui a précipité un soulèvement : New York, Trenton, Chicago, Detroit, Baltimore, Kansas City et Washington se sont enflammés.

On peut supposer qu’à cette période, en dépit de la grande réforme sociale amorcée par le président démocrate Lyndon B. Johnson (LBJ), ces mesures de gauche étaient trop récentes pour avoir amélioré les conditions de vie dans les quartiers urbains défavorisés.

Le 25 mai 2020, George Floyd est mort à Minneapolis aux mains du policier Derek Chauvin, qui a été arrêté et inculpé de meurtre. Puis de nombreuses villes des États-Unis ont été le théâtre de manifestations accompagnées d’émeutes et de pillages. Simultanément, beaucoup ont affirmé que les États-Unis – c’est-à-dire la population américaine – étaient coupables d’un perpétuel “racisme systémique”.

Des milliers de milliards de dollars dépensés

Les images des événements montrent clairement que la majorité des manifestants sont nés après 1990. À cette date, les politiques sociales de LBJ existaient depuis vingt-cinq ans, elles sont aujourd’hui en vigueur depuis cinquante-cinq ans. Des milliers de milliards de dollars sont alloués chaque année à l’assurance-maladie pour les plus vulnérables, aux bons alimentaires, aux logements sociaux, aux allocations logement et aux subventions fédérales des écoles publiques, mais pour aboutir à quoi, exactement ?

Quasiment rien n’a changé dans les quartiers où des émeutes ont fait rage en 1968. La pauvreté, la délinquance, les difficultés scolaires semblent tout aussi courantes aujourd’hui qu’à l’époque où LBJ s’était engagé à y remédier. Autant dire que nous avons observé cinq décennies d’inertie et d’immobilisme dans les quartiers les plus marginalisés des États-Unis, presque toujours sous la direction politique des démocrates, ou “progressistes”, comme on dit aujourd’hui.

L’échec du modèle de la gauche est si patent que ses défenseurs ont créé tout un univers parallèle de justifications en accusant les colons ou en dénonçant l’absence de “justice”. Et leur stratégie fonctionne, puisque des manifestants à Paris et à Berlin – un comble – font la leçon aux États-Unis sur le racisme d’État.

Une politique systémique d’oubli

La situation est plus grave qu’en 1968, car notre système tout entier est maintenant engagé dans une politique systémique d’oubli. Oublions l’échec de cette stratégie et ses raisons. Oublions, par exemple, que les logements sociaux new-yorkais sont infestés de rats et n’ont pas de chauffage l’hiver. Oublions que beaucoup de Noirs ont effectivement été abandonnés à leur sort. Oublions que, malgré le budget faramineux de Medicaid [l’assurance-maladie fédérale pour les plus vulnérables], le pourcentage de maladies chroniques reste plus élevé chez les Américains noirs.

Se contenter de plaquer l’analyse de 1968 sur les événements de 2020 est un acte nihiliste. À force d’être accusés en continu de “racisme systémique” par les militants et les médias, les gens finissent par être insensibilisés. Ils concluent que la solution proposée aujourd’hui est littéralement une absence de solution.

Ce nouveau nihilisme progressiste martèle que la réponse à la délinquance dans les quartiers est la dépénalisation. À New York, en raison de la “réforme” des libérations sous caution, la majorité des pilleurs arrêtés sont remis en liberté.

Ce nouveau nihilisme minimise les dégradations matérielles motivées par des considérations idéologiques, car les biens sont “remplaçables”. En réalité, on sait très bien que beaucoup des quartiers incendiés en 1968 peinent à se reconstruire depuis.

L’espoir existe

Ce nouveau nihilisme affirme qu’on a beau nommer des chefs de la police réformistes et des maires noirs, “rien n’a changé”. C’est la définition même du désespoir. Mais l’espoir existe.

On pourrait, par exemple, favoriser l’accès à la propriété, comme l’a proposé le ministre du Logement, Ben Carson, en réformant l’emprunt hypothécaire. Débarrassons-nous de ces affreux logements sociaux qui s’apparentent plus à des prisons. Mais l’inertie prévaut.

Les Africains-Américains veulent envoyer leurs enfants dans des écoles privées sous contrat, car elles enseignent des valeurs, l’estime de soi et l’espoir. Mais cette option pensée pour les parents à revenus modestes suscite une opposition franche du Parti démocrate.

On pourrait faire valoir que les créations d’emplois et la hausse des salaires ces dernières années chez les jeunes Américains noirs sont plus en phase avec les 244 ans d’histoire américaine qui ont fait de ce pays une terre d’avenir. Mais pourquoi y prêter attention ? Le nihilisme de la culpabilité perpétuelle est plus commode, car il absout de toute responsabilité ceux qui sont susceptibles d’avoir mis en œuvre des politiques publiques aberrantes.

Reste à savoir comment les Américains, quelle que soit leur couleur, ont vécu les récents événements. Le minimalisme médiatique affirme qu’il faut choisir entre Joe Biden et Donald Trump. Mais les enjeux dépassent largement ces deux hommes.

Voir enfin:

L’absence d’enthousiasme de la gauche pacifiste autoproclamée dissimule mal le fait que depuis longtemps, sans le dire, elle ne soutient plus que du bout des lèvres l’existence de l’État d’Israël, souligne notre chroniqueur Gilles-William Goldnadel.

En principe, une telle annonce est censée réjouir tous les hommes de bonne volonté indépendamment de leurs prises de position politique, la paix étant–on excusera le lieu commun–toujours préférable à la guerre.

A fortiori lorsqu’il s’agit d’un État juif et d’un État arabe et musulman dont on connaît l’antagonisme historique.

Il est normal et d’une grande logique politique que la République Islamique d’Iran ou que le Hamas palestinien, qui ne dissimulent pas leurs désirs de détruire Israël, vouent cet accord aux gémonies.

Mais la gauche et son extrémité qui aiment à afficher par tous les temps et de tout temps leur pacifisme exacerbé (« le capitalisme apporte la guerre, comme la nuée l’orage » nous expliquent doctement les marxistes, « le nationalisme c’est la guerre » nous disent les trotskistes, Mitterrand et Macron) s’est montré d’une immense discrétion.

C’est ainsi que Le Monde du 14 aout, toujours égal à lui-même, n’a pas hésité à présenter négativement l’accord comme une omission des palestiniens, jusqu’à travestir la réalité.

En effet, bien qu’il s’agisse d’un accord bilatéral ne concernant en rien la Palestine, les Émirats Arabes Unis ont tenu à ce que cet accord contienne une clause de suspension du projet d’annexion par Israël de cette vallée du Jourdain au demeurant acceptée depuis longtemps par la partie palestinienne, en cas d’accord définitif, en raison du fait qu’elle est peu peuplée d’Arabes et d’une importance stratégique existentielle pour l’Etat Juif.

Sauf que la représentation politique des Arabes de Palestine ne s’est jamais résolue depuis un siècle à renoncer à une portion d’une terre qu’elle considère toujours, de parfaite bonne foi irrédentiste, comme arabe et musulmane.

Cette absence d’enthousiasme de la gauche pacifiste autoproclamée dissimule mal le fait que depuis longtemps sans le dire elle ne se soutient plus que du bout des lèvres l’existence de l’État d’Israël.

Plusieurs raisons conscientes et inconscientes expliquent cette désaffection montante.

La première et que la gauche xénophile a basculé dans le camp de la radicalité anti-occidentale la plus pathologique.
Peu importe donc que celui-ci soit raciste ou antisémite.

La seconde, est que la gauche européiste et son extrémité affichent désormais une détestation pour les États-nations. A fortiori lorsqu’ils sont d’occident.

La troisième est que la gauche et son extrémité sont atteints de racisme anti blanc.

La quatrième, qui n’est que la synthèse des trois premières, est que l’Israélien–ou le juif moderne–est considéré comme un super blanc au rebours du juif ancien que le vieil antisémite prenait pour un métèque.

L’État-nation juif occidental qui se bat bec et ongles pour défendre ses frontières n’en est que plus détestable pour la gauche devenue internationaliste.

Il ne faut dès lors pas s’étonner que les populations immigrées d’origine arabe ou musulmane présentes sur le sol français se montrent souvent beaucoup plus hostiles que d’autres populations arabes ou musulmanes à l’égard d’Israël et par voie de conséquence l’ensemble des juifs.

Contrairement à une propagande anti- musulmane à laquelle je n’ai jamais souscrite, je pense que l’islamo- gauchisme médiatique, politique ou intellectuel a bien plus dressé une partie des musulmans de France à l’antisémitisme que la lecture du Coran quel que soit son contenu littéral.

Voilà pourquoi, même s’ils ne le savent pas, les gentils pacifistes et antiracistes autoproclamés de gauche préfèrent mille fois voir l’état du peuple juif réprouvé rituellement ou tenu en étau dans un ghetto plutôt que de le voir signer des accords de paix avec ses anciens ennemis.

L’imposture de gauche pacifique et antiraciste est une formule décidément pléonastique.

COMPLEMENT:

A Demagogue Named Barack Obama: His DNC Speech

Dennis Prager
Townhall
Aug 25, 2020
On the day Barack Obama was inaugurated in January 2009, I announced on my national radio show that, « While I did not vote for Barack Obama, he is my president, and I wish him well. » I added that I was delighted a black man had been elected president of the United States, that perhaps this would not only help black-white relations get even better than they were but also help put to rest the notion of a racist America.As it turned out, neither hope was achieved. In fact, in large measure due to Obama, race relations deteriorated during his presidency. Obama turned out to be Black Lives Matter Light. As Politico wrote in 2014, Al Sharpton, perhaps the most consistent race-baiter of the last half-century, « became Obama’s go-to man on race. » According to The Washington Post, Sharpton visited the Obama White House 72 times.Obama is idolized by liberals and leftists because he was an activist liberal whose goal, in his own words, right before he was first elected, was « fundamentally transforming the United States of America. » And because they love his cool, even-tempered, regal style.That style masks a demagoguery that far surpasses our current president. It was on display last week when he spoke at the Democratic National Convention.Obama: « I did hope, for the sake of our country, that Donald Trump might show some interest in taking the job seriously; that he might come to feel the weight of the office and discover some reverence for the democracy that had been placed in his care. But he never did. … Donald Trump hasn’t grown into the job because he can’t.These ad hominem attacks by a previous president on his successor are unique in my lifetime. Perhaps they are unique in modern American history. George W. Bush, for example, never said a critical word of Barack Obama, despite the latter’s frequent attacks on Bush’s presidency.

Obama: « And the consequences of that failure are severe. 170,000 Americans dead. Millions of jobs gone. »

America ranks tenth in deaths per million. Are the greater proportion of deaths per million in countries such as Belgium, Spain, the U.K., Italy and Sweden the result of corrupt and/or inept leaders? Was President Donald Trump responsible, for example, for the decision made by New York Gov. Andrew Cuomo to order nursing homes to accept COVID-19 cases, causing the virus to sweep through the elderly in those facilities, resulting in at least 6,000 deaths (and likely many more that New York is hiding from the official count)?

Regarding « millions of jobs gone, » they are gone overwhelmingly because of the lockdowns ordered by state governors and mayors, not the virus. Lockdowns, we were told, would last two weeks to « flatten the curve, » but they continue six months later in many Democratically controlled cities and states.

Obama: « And our democratic institutions threatened like never before. »

Obama offers not one example of this or of his many other attacks on Trump. There is a reason. Obama has always attacked straw men. During his presidency, I analyzed about 20 of his speeches. They and his off-the-cuff comments were always characterized by straw-men arguments.

Even The New York Times, in 2009, when it still published occasional articles that deviated from the left, featured an article by Helene Cooper (who is black), its then-White House correspondent, titled « Some Obama Enemies Are Made Totally of Straw. » In it, Cooper cited example after example of statements ostensibly made by others, but actually made up by Obama — which he then proceeded to shoot down. This characterized his approach to discourse throughout his presidency and continued with last week’s speech at the DNC.

Obama: « Joe and Kamala will restore our standing in the world — and as we’ve learned from this pandemic, that matters. »

Obama, like all on the left, equate America’s « standing in the world » with its president’s standing with the left. Nonleftists do not. Last year, when the courageous Hong Kong demonstrators waved a flag representing liberty, they waved the flag of the United States of America. Apparently, America’s standing with them is pretty high.

Obama: « (Joe and Kamala) believe that in a democracy, the right to vote is sacred. »

Another straw man. Who doesn’t believe « the right to vote is sacred » — those who insist on people having an ID when they vote, as voters do in virtually every other country? Or is it those who don’t believe in sending tens of millions of ballots to people who never signed up to receive an absentee ballot?

Obama: « I understand why a new immigrant might look around this country and wonder whether there’s still a place for him here. »

Really? What new legal immigrant thinks that way? Or is Obama dishonestly conflating legal with illegal immigrants? The answer is, of course, he is (though even illegal immigrants apparently believe there’s a place for them here; isn’t that, after all, why they come?).

Obama: « This administration has shown it will tear our democracy down if that’s what it takes to win. »

How has this administration shown that? Why didn’t Obama provide a single example to sustain this extraordinary charge? Anyway, it seems to many Americans that those who lie to the country for two years about Russian collusion with the Trump campaign, impeach a president solely for political reasons, dedicate all news reporting to the removal of a president, smear and lie about a decent man nominated for the Supreme Court, corrupt the Foreign Intelligence Surveillance Act system for political ends, and politicize the CIA and FBI are the ones who « will tear our democracy down if that’s what it takes to win. »

Obama’s speech offered very little of substance about the man it was directed against, but it said much about the man who delivered it.

Dennis Prager is a nationally syndicated radio talk-show host and columnist. His latest book, published by Regnery in May 2019, is « The Rational Bible, » a commentary on the book of Genesis. His film, « No Safe Spaces, » will be released to home entertainment nationwide on September 15, 2020. He is the founder of Prager University and may be contacted at dennisprager.com.


Anti-américanisme: Vous avez dit ‘étatsunien’ ? (Forget statues – let’s rename the whole map, starting with America’s very name !)

20 juillet, 2020

5 things you need to know now - No agreement on recovery plan yet ...jcdurbant (@jcdurbant) | Twitter
Don’t know much about history (…) Don’t know much about geography … Sam Cooke
Faut-il détruire l’Occident ? Le mettre à feu et à sang pour mieux le reconstruire ou mieux le piétiner dans ses ruines ? Cette géographie, qui participe autant de l’histoire que des imaginaires, partage les avis et divise les ardeurs des anti-tout qui y habitent. Entre ceux qui y craignent la fin du monde et ceux qui la veulent, ceux qui la fabriquent et ceux qui la redoutent. Collapsologues, écologistes messianiques, antiracistes radicaux, populistes, tiers-mondistes nostalgiques et populistes du victimaire, ardents de la « souche » et racialistes inversés : ils sont foule et la foule fait désormais effet d’armées. On aura beau le nier et le relativiser, il y a déjà un instinct de mort dans les airs de la révolution totale imaginée par chacun. L’Occident étant coupable par définition selon certains, on se retrouve non dans la revendication du changement mais, peu à peu, dans celle de la destruction, la restauration d’une barbarie de revanche. Les raisons ? Elles sont diverses. La colère longtemps tue, la culpabilité chez les élites occidentales « de souche », la fin d’un sursis obscur donné aux démocraties traditionnelles, les populismes rageurs et les réseaux sociaux. Il ne faut jamais oublier qu’Internet a réveillé les foules comme le firent les imprimeries il y a des siècles, ou les papyrus il y a si longtemps. On ne change pas de moyens d’impression et de diffusion sans changer la manière de faire les révolutions ou de réveiller les foules. Les armuriers viennent après les écrans, pas avant, rappelons-le. De fait, il y a comme une convergence des luttes pour la meilleure fin d’un monde : victimaires, antiracistes, mais aussi masochistes intellectuels et sceptiques professionnels, suprémacistes et défaitistes esthètes. Le vœu de changer l’Occident se retrouve contaminé, profondément, par celui de le voir mourir dans la souffrance. Et, dans l’élan, on gomme cette conséquence suicidaire que par sa mort on se tuera soi-même, on tuera le rêve d’y vivre ou d’y aller par chaloupes ou par avions, on tue le seul espace où il est justement possible de crier sa colère. D’ailleurs, le fait même de défendre l’Occident comme espace de liberté, certes incomplète et imparfaite, est jugé blasphématoire dans cette nouvelle lutte des classes et des races. Il est interdit de dire que l’Occident est aussi le lieu vers où l’on fuit quand on veut échapper à l’injustice de son pays d’origine, à la dictature, à la guerre, à la faim, ou simplement à l’ennui. Il est de bon ton de dire que l’Occident est coupable de tout pour mieux définir sa propre innocence absolue. L’Occident sera alors crucifié pour notre salut à tous en quelque sorte, confondu, dans le même corps blanc, dans une trinité horizontale, avec les deux autres voleurs à la gauche et à la droite de ce Christ géant. Erreurs et illusions coûteuses. L’Occident est à la fois coupable et innocent. Or, tuer un coupable ne brise pas la chaîne de la douleur. Elle fait échanger les robes des victimes et des bourreaux. On le sait tous, et c’est une banalité utile à remémorer. Il est urgent de rappeler que sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement. Brûler l’Occident, ce rêve si facile qu’Internet et ces militants agitateurs des réseaux commercialisent en guise de « néopureté » et de légitimité, est une erreur qui aura de lourdes conséquences. On se retrouvera, dans quelques décennies, à vivre dans ces champs nus, à construire la barbarie qu’on a cru dénoncer. Ces procès anti-Occident à la soviétique, si faciles et si confortables, à peine coûteux quand on ne vit pas dans la dictature qu’on a fuie, menés par les intellectuels du sud en exil confortable en Occident ou par des fourvoyés locaux sont une impasse, une parade ou une lâcheté. Ils n’ont ni courage, ni sincérité, ni utilité. Il n’est même plus besoin de relire les insanités d’un journaliste qui a fui son pays du Maghreb il y a vingt ans, se contentant de dénoncer la dictature « locale » sans y mettre les pieds, tout en passant son temps à fustiger les démocraties qui l’ont accueilli. La règle de ce confort est qu’il est plus facile de déboulonner la statue d’un tyran, au nord, sous les smartphones, que de déboulonner un vrai tyran vivant au « sud ». Et il n’est pas même utile de répondre à ceux qui, lorsque vous tenez ces propos pourtant réalistes, vous accusent de servilité intellectuelle. (…) l’Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche, pas su dépasser des rancunes intimes. C’est, à mon avis, ce qu’il faut rappeler pour éviter aux colères justes des assouvissements faciles et détestables. L’antiracisme est un combat juste. Il ne doit pas devenir un acte de vandalisme intellectuel ou de désordre dans ce monde si fragile. Son but est un avenir meilleur, pas un passé aveuglant. Pour tous. Kamel Daoud
Il faut garder à l’autodafé ses racines : jugement, inquisition, acte de foi, pénitence publique, exécutions d’hérétiques. Il faut encore une fois le rappeler pour alerter des esprits : on ne brûle pas de livres, on ne censure pas des œuvres, on ne déboulonne pas des statues uniquement parce qu’on a raison, mais parce qu’on le croit absolument. Ce qui suffit pour se tromper avec enthousiasme et inaugurer de nouveaux tribunaux d’opinion. Car, avec le grand élan de l’antiracisme, l’autodafé est de retour. On l’a connu, il y a quelques décennies, d’abord sous forme d’un fascisme (ou totalitarisme) qui brûle des livres, puis un demi-siècle après sous celle d’un livre (sacré) qui brûle le monde, aujourd’hui il se fait au nom d’une cause juste avec quelques effets mauvais : celle de la lutte contre le racisme dont certains profitent pour revisiter la littérature et les représentations, mais avec des torches incendiaires et pas avec des consciences calmes. Le chroniqueur est de ceux qui croient que le racisme est un crime et qu’au crime il faut réparation et justice. Mais il croit aussi, pour l’avoir vécu chez lui et pour le subir encore sous forme de meutes idéologiques adverses, qu’on se trompe en imaginant que construire l’avenir, c’est déboulonner les statues du passé et les remplacer par les siennes. Un révisionnisme « culturel » au nom de la lutte antiraciste est dangereux. Il ouvre la voie à des radicalités et pousse à juger les vivants pour le crime des morts, il nourrit du coup une radicalité adverse, mue par la peur. Le déboulonnage des statues, sous les hourras des foules, n’est jamais un moment de sérénité, mais de danger : on sait souvent où il mène. Et pour être un homme du « sud », né entre les enthousiasmes détournés pour les indépendances et l’esprit « décolonial » permanent, il sait de quoi on peut fabriquer des conforts et des facilités puis des féodalités. Autant de raisons qui font qu’aujourd’hui le révisionnisme culturel, l’autodafé des héritages parfois ambigus des siècles passés, l’effet de foule et les contre-inquisitions par l’épiderme provoquent un malaise. Il s’agit pourtant d’illusions à combattre. Celles qui font croire que parce qu’on a une couleur de peau, on est nanti d’une supériorité ou parce qu’on en a une autre, celle de la victime, on est excusé de tout tort et investi d’une grande mission révolutionnaire. Le déboulonnage est un moment d’illusion. Il fait croire qu’en abattant des pierres on est dispensé d’un travail commun sur la mémoire, d’un retour apaisé sur les erreurs monstrueuses du passé. Il fait croire qu’il s’agit d’un acte meilleur que celui de brûler une voiture alors qu’il procède de la même myopie juvénile. Le déboulonnage et l’autodafé sont toujours un fourvoiement : ils perpétuent l’idée que la lecture du passé ne peut se faire que selon la force. On ne sort pas du cycle. Et on ne peut le réussir que par une pédagogie de la mémoire. Le débat sur le racisme est vital. Mais il sera vite rattrapé par les castes et les haines sélectives s’il se limite au procès de l’Occident. Car, à dénoncer aussi le racisme dans le « sud » et à souhaiter un débat sur les histoires locales de l’esclavage, on est vite accusé de vouloir diluer le crime de l’Occident et de participer à l’excuser. Et on se retrouve avec des slogans qui veulent la fin de l’Occident où l’on vit et où, au moins, on rêve de vivre. (…) déboulonner n’est pas construire, censurer n’est pas relire, lutter contre le racisme n’est pas lutter contre l’Occident. Car ce lieu, s’il est coupable de crimes, est aussi l’espace où l’on peut crier sa colère ou transformer ses visions d’avenirs. Il reste l’espace d’une démocratie à parfaire et non à détruire. Car ailleurs, osons le dire, le racisme « n’existe pas », il faut vivre un tant soit peu en démocratie pour pouvoir le dénoncer. Ne l’oublions pas. Il s’agit de construire un monde (meilleur), pas une fin du monde. Kamel Daoud
As many of you know, my name is Lilith Sinclair. I’m an Afro-indigenous, non-binary local organizer here in Portland, organizing for the abolition of not just the militarized police state, but also the United states as we know it. Lilith Sinclair
Someone from a country that calls itself Ecuador may not be in a very strong position to object to the appropriation of geography in the cause of national identity. John Ryle
J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». Animateur de Radio-Canada
Some people would restrict the use of the word « American » to indicate any inhabitant of the Americas (which Europeans tend to consider a single continent, called « America ») rather than specifically a citizen of the United States; and perceive the latter usage of « American » to be potentially ambiguous, and perhaps aggressive in tone or imperialistic, a rather widespread view in Latin America. However, many in the US assert that the word « America » in « United States of America » denotes the country’s proper name, and is not a geographical indicator. They argue that the interpretation of United States of America to mean a country named United States located in the continent of America is mistaken. Instead, they argue that the preposition of is equivalent to the of in Federative Republic of Brazil, Commonwealth of Australia, Federal Republic of Germany. That is, the of indicates the name of the state. In addition, other countries use « United » or « States » in their names as well. Indeed, the formal name of Mexico is Estados Unidos Mexicanos, currently officially translated as « United Mexican States » but in the past translated as « United States of Mexico ». Regardless, many question a nation’s right to formally appropriate the name of a continent for itself, citing the fact that America existed long before the United States of America. Indeed, Amerigo Vespucci (who travelled extensively throughout the Caribbean basin) never set foot on present US territory One counter-argument is that the United States of America is the first sovereign American state to arise from the European colonies, and therefore is perfectly entitled to lay claim to this name for itself, although the appropriation of a continental name by a single country has no historical precedent. The rebellious colonies perceived themselves, in their quest for independence, as moral representatives of all the colonized European inhabitants of the continent. This view is evident in the name of the colonial allied government, the Continental Congress. Another counter-argument is that it is not particularly unusual for a nation or organization to name itself after a geographical feature, even one that it does not uniquely occupy. Ecuador is the Spanish word for the equator, which runs through the country of Ecuador, athough other countries also lie on the equator. In addition, the United States of America is not the only entity which shares a name with a larger entity, yet is considered more well-known than the larger entity. The City of New York lies within the State of New York. However, the term New Yorker is generally used to refer to a resident of New York City. Most proponents of the « US citizen = American » nomenclature have no problem with the simultaneous usage of « American » as an adjective for all inhabitants of the Americas, and make the distinction between the demonym for a country and the demonym for a continent (or continents). They argue that there is no reason the two cannot share the term if it is used in distinct but equally legitimate contexts. In other cases, the motivation is not so much political as it is academic, to avoid a perceived ambiguity. For instance, in legal circles a citizen of the United States is usually referred to as a ‘U.S. citizen’, not an ‘American citizen’, which could arguably apply to citizens of other American nation states as well. Wikipedia
As many people from the various nations throughout the New World consider themselves to be « Americans », some people think the common usage of « American » to refer to only people from the U.S. should be avoided in international contexts where it might be ambiguous. Many neologisms have been proposed to refer to the United States instead of « American ». However, they are virtually unused, and most commentators feel that it is unlikely that they will catch on. Encyclopedia
Il n’y a pas de plus grand monument à l’assujettissement colonial des peuples autochtones que le Mont Rushmore, et le projet du président de profaner davantage ce sol sacré avec des feux d’artifice et sa propre présence sans avoir été convié est un autre affront impardonnable. Il est temps de récupérer ou de démolir tous les monuments racistes. En tant que société, nous devons nous engager à respecter en permanence les populations marginalisées. Lakota People’s Law Project
Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live. (…) On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.” Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand. (…) People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny. History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all. Caleb Gayle
[L’appellation américain] n’est pas non plus confondante. Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. Paul Roux
Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage. Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web. (…) Et le mot revient souvent sous la plume des mêmes journalistes. À la Presse, Joneed Khan s’en est fait le champion. Il parle du président états-unien, du Congrès états-unien, du retrait états-unien d’Irak, du projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques. Il est frappant de voir que même lui n’a pas renoncé à américain : il a mentionné le Congrès américain en juillet dernier et le secrétaire d’État américain le 13 septembre. Moments d’inattention? Dans les grandes encyclopédies électroniques comme l’Universalis ou Encarta, les occurrences se comptent sur les doigts de la main. Wikipédia renferme quelque deux mille états-unien, par exemple il est question de la « guerre de sécession états-unienne » à l’article sur le film Le bon, la brute et le truand. Mais ces états-unien font face à cent mille américain. En outre, un bon nombre d’entre eux viennent de pages où les collaborateurs poursuivent justement des discussions, parfois musclées, sur l’opportunité d’accepter le mot dans l’encyclopédie. C’est un peu la cour du roi Pétaud dans cette merveilleuse encyclopédie, mais il n’est pas du tout sûr que le mot s’y imposera. C’est véritablement dans les médias et les sites contestataires ou militants qu’états-unien fleurit. Le réseau Voltaire, « réseau de presse non alignée », est exemplaire à cet égard : les rédacteurs l’emploient deux fois plus souvent qu’américain. On le rencontre souvent sur le site des « Amis de la Terre », groupe de défense de l’environnement, et sur « Grand Soir », « un journal alternatif d’information militante ». Mais américain reste quand même plus fréquent : on continue de parler des élections américaines, on n’en est pas encore aux élections états-uniennes. Il ne fait pas de doute que le mot est marqué à gauche sur l’échiquier politique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le journal communiste français L’Humanité : 118 occurrences d’états-unien en 2007, un net contraste avec le reste de la presse française. Mais la pente n’est pas à pic là non plus : 127 occurrences en 2005, 105 en 2006 – contre des milliers d’américain. On s’attendrait à le rencontrer souvent dans les pages de publications comme Courrier international, mais l’une des rares occurrences que j’y ai trouvées apparaissait dans un article reproduit du Devoir! Je note enfin qu’un wikipédiste a affirmé que le mot figurait dans certains manuels scolaires de géographie. On peut résumer la situation comme suit. Dans la presse en général, le terme s’est mis à grimper des deux côtés de l’Atlantique il y a quelques années, pour atteindre assez vite un plateau. Il semble avoir déjà amorcé sa descente en France. Il reste plus fréquent chez nous, mais il serait exagéré de dire qu’il a le vent dans les voiles. Pour le reste, l’usage est assez circonscrit. En fait, l’avenir du terme dépendra en grande partie de l’influence qu’exerceront des sites comme ceux que j’ai mentionnés, et ils ne sont pas négligeables, ainsi que de la détermination des blogueurs et autres internautes à l’employer. Il faut avouer que cinquante ans d’allées et venues dans les dictionnaires et une fréquence encore relativement faible dans l’usage lui donnent un peu l’air d’un néologisme attardé. Mais qui sait, peut-être que la diffusion de l’article du New York Times et le blogue du Monde lui donneront un nouvel élan. Avec Internet les choses peuvent changer vite. Il faudrait quand même toute une rééducation pour en généraliser l’emploi. Pensons à tout ce qu’il faudrait rebaptiser. Ne dites pas : la guerre américano-mexicaine, dites : la guerre mexicano-états-unienne. Ne dites pas : la révolution américaine, les relations canado-américaines, le vin américain, etc. Dites : l’armée états-unienne, les Noirs états-uniens, Je me suis acheté une voiture états-unienne. Et n’oublions pas les cinquante États états-uniens. Nul ne contestera que la logique plaide pour états-unien. Mais en face il y a l’histoire, l’usage, la langue, l’euphonie, les habitudes. C’est beaucoup. Pour être efficace, il faudrait en même temps intensifier l’emploi géographiquement correct d’américain, ce qui ferait surgir l’ambiguïté de partout. Remarquons que les États-Uniens continueraient d’être des Américains – comme nous! Combien parmi nous sont prêts à se définir comme « Américains »? On peut prédire une certaine résistance. De plus, s’il y a un brin d’anti-américanisme dans la promotion d’états-unien, forcément il sera lui aussi péjoratif. C’est comme si on remettait chaque fois sous le nez des Américains la carte du continent. Plusieurs ont rappelé qu’il serait abusif d’accuser ces derniers de s’être appelés ainsi à cause de prétentions hégémoniques. Comme le rappelle le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, ils ont formé leur gentilé à partir du nom de leur pays, États-Unis d’Amérique, de la même manière que, plus tard, les Mexicains à partir d’États-Unis du Mexique. Il faut revenir au point de départ et se demander où est le problème. Nous arrive-t-il souvent de rester perplexes parce que le mot américain devant nos yeux est ambigu? Prend-on les Canadiens pour des habitants des États-Unis? Paul Roux a répondu à la question dans son blogue « Les amoureux du français » sur le site de la Presse le 9 novembre 2006 : (…) « Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. » Les Américains en ont attrapé eux-mêmes un complexe et ont cherché d’autres noms. (…) Quelques exemples des termes qui ont été proposés au fil du temps : Usian, Usanian, USAian, Usonian, Columbard, Fredonian, United Statesian, Colonican, U-S-ian, USAn, etc. Du côté espagnol, la situation est bien différente. Le Diccionario Panhispánico de Dudas de la Real Academia Española, qui recueille l’usage de l’ensemble des pays hispanophones, recommande d’employer estadounidense, et non americano, pour désigner nos voisins du Sud. Dans son Diccionario de la Lengua Española, l’académie précise que estadounidense veut dire « Natural de los Estados Unidos de América », tandis que americano est défini comme « Natural de América ». Mais il est normal que le monde hispanophone et les Latino-Américains en particulier soient plus sensibles à l’emploi du mot americano. Estadounidense est aussi très euphonique. On m’a fait remarquer par ailleurs que l’agence de presse espagnole EFE, qui recommande aussi l’emploi de estadounidense dans son vade-mecum, incline à penser que norteamericano reste plus fréquent dans l’usage (« Norteamericanos es tal vez el más usado, si bien no es el más preciso »). Norteamericano? On dirait que, vu d’Europe ou d’Amérique latine, le Canada se retrouve toujours dans un angle mort. Jacques Desrosiers

Vous avez dit ‘étatsunien’ ?

A l’heure où après l’hystérie collective du virus chinois

Le psychodrame racialiste des Vies noires qui comptent …

Nos nouveaux iconoclastes et flagellants s’attaquent …

Quand ce n’est pas à leurs propres propagandistes

Non seulement à la police …

Mais, entre noms de rue et statues, à notre histoire

Et à présent à notre géographie

Retour sur ce nouveau tic de nos anti-américains …

Où, entre médias et universitaires, le dernier chic est le barbarisme « étatsunien » …

Nos voisins les « États-Uniens »
Jacques Desrosiers
L’Actualité langagière, volume 4, numéro 4
BTB
2007

Mon collègue André Racicot a discuté du mot états-unien dans sa chronique de L’Actualité terminologique il y a sept ans1. Il arrivait à la conclusion qu’il était trop tard pour renverser un usage solidement établi. Je ne suis pas plus optimiste que lui sur l’avenir de ce drôle de gentilé, mais il est intéressant de revenir sur la question, parce que le mot s’est gagné des partisans depuis l’an 2000, et que le débat a même fait surface l’été dernier dans rien de moins que le New York Times.

L’article du Times – plaisamment intitulé « There’s a Word for People Like You » – était une traduction maison d’un topo que venaient de faire paraître les deux correcteurs du journal Le Monde sur leur blogue « Langue sauce piquante2  ». Ils n’apportaient pas de solution au problème, si problème il y a, mais expliquaient aux lecteurs du Times qu’en français le mot américain désignait les habitants des États-Unis de façon maladroite – n’y a-t-il pas aussi sur le continent « américain » des Canadiens, des Mexicains, des Argentins…? – et qu’un concurrent, états-unien, avait pris place à ses côtés, sans vraiment annoncer sa mort, puisque américain avait une légitimité historique.

Il aurait été audacieux de proposer autre chose que la cohabitation. Leur topo leur avait d’ailleurs valu des volées de bois vert des nombreux internautes qui fréquentent leur site. Beaucoup y décelaient une marque d’anti-américanisme, certains voyaient même se pointer la « machine de guerre altermondialiste ». Difficile de nier qu’états-unien dissimule mal une certaine réserve à l’égard des États-Unis. Récemment un animateur de Radio-Canada précisait en posant une question à son invité au sujet des relations Québec-Mexique : « J’emploie ici le mot américain au sens « noble ». » Il évoquait le continent. Américain au sens courant est presque péjoratif aux yeux de certains. Les correcteurs du Monde s’étaient défendus en affirmant que « les Québécois et les autres francophones canadiens utilisent depuis bien avant la naissance du mouvement altermondialiste le terme « états-uniens » ». C’était beaucoup nous prêter.

Mais l’article avait le singulier mérite de rappeler que le mot a été inventé au Québec il y a une soixantaine d’années, sans donner de source. Sa fréquence a d’ailleurs été plus élevée de ce côté-ci de l’Atlantique. Ce n’est pas étonnant : nous sommes les premiers concernés. Gaston Dulong le fait d’ailleurs figurer dans son Dictionnaire des canadianismes publié chez Larousse, ainsi que Sinclair Robinson et Donald Smith dans le Dictionnaire du français canadien, bien qu’étrangement ces derniers le classent dans la langue « populaire et familière ».

Le mot a eu une présence erratique dans les dictionnaires français depuis quelques décennies. Il a fait une première apparition, sans trait d’union, dans le Grand Larousse encyclopédique en 1961. Pierre Gilbert le notait dans son Dictionnaire des mots nouveaux en 19713. Il en avait trouvé trois occurrences, dont l’une de 1955 dans Esprit, les deux autres des années soixante. Dupré en recommandait l’emploi en 1972 dans l’Encyclopédie du bon français, « lorsque américain serait absurde et ambigu, et qu’on ne peut employer « des États-Unis », par exemple lorsqu’il y a un autre complément par de : la politique états-unienne d’aide à l’Amérique latine ». On ne peut pas dire que cet avis ait provoqué une révolution. Pourquoi d’ailleurs ne pourrait-on dire : la politique d’aide des États-Unis à l’Amérique latine?

Il est absent du Grand dictionnaire encyclopédique Larousse (le GDEL) publié en 1983, mais réapparaît en 1995 dans son successeur, le Grand Larousse universel. En 1985, la deuxième édition du Grand Robert le donnait encore comme rare. Aujourd’hui il figure à peu près partout, mais je note que le Petit Robert ne l’a pas gardé dans son édition de poche 2008.

Le Petit Robert le fait remonter à 1955. Il s’appuie sans doute sur la citation dénichée par Pierre Gilbert. Un traducteur du Bureau m’avait pourtant signalé que le mot avait été à la mode au Québec aux alentours de la Deuxième Guerre mondiale. Or dans une page d’archives reproduite par le Devoir en mai 2007, je suis tombé sur un article du 7 mai 1945 résumant une conférence d’André Laurendeau, qui déclarait dans un débat sur la langue :

« Vous auriez d’un côté une langue solidement assise, bien enracinée, parlée par huit millions de Canadiens et 140 millions d’États-Uniens, et comprise par trois millions et demi de Canadiens jadis d’expression française4… »

Un wikipédiste a trouvé une occurrence plus vieille encore, dans un article paru en 1942 dans la French Review, « La Vie Intellectuelle au Canada Français », sous la plume de Marine Leland :

« Le roman canadien-français ne peut se comparer, ni du point de vue de la qualité ni de celui de la quantité, à la poésie ou à l’histoire canadienne. Il ne peut se comparer non plus au roman états-unien5. »

Leland, une Franco-Américaine d’origine québécoise, était une éminente spécialiste des études canadiennes-françaises. D’après la page reproduite en fac-similé dans Internet, l’article avait d’abord paru dans Le Travailleur, un hebdo publié au Massachusetts. Le mot était donc connu des Franco-Américains, du moins dans les milieux intellectuels.

Mais la plus vieille référence est celle mentionnée par le Dictionnaire culturel en langue française, publié par les éditions Le Robert en 2005 sous la direction d’Alain Rey, qui a retracé états-unien dans un article d’André Laurendeau (encore lui!) paru en 1941, « L’Enseignement secondaire », sans préciser davantage la source. Il doit s’agir de L’Action nationale, dont Laurendeau était le directeur à l’époque.

Ces références montrent que le mot était en vogue dans les années 40. Pourtant, à ma connaissance, Bélisle ne le fera entrer dans son Dictionnaire général de la langue française au Canada qu’au moment de la deuxième édition en 1971, en le faisant précéder d’une petite fleur de lys pour indiquer que c’était un québécisme, avec l’exemple : la marine états-unienne. Son usage a sans doute été marginal, même pendant la guerre. Laurendeau lui-même était loin de l’employer systématiquement. Plus tard, dans un éditorial du Devoir du 16 mars 1955 portant sur les relations canado-américaines, il emploie exclusivement américain6. La vogue était passée, semble-t-il.

Plusieurs ont remarqué que le mot a repris du poil de la bête depuis l’an 2000. Certains pensent qu’il est revenu dans la foulée du 11-Septembre; c’est une possibilité. Il y a six ou sept ans, il était à peine employé. Si Robert Solé a pris la peine d’en parler dans une chronique de langue du Monde le 10 novembre 2003, pour dire que « le terme ne passe pas », c’est que le mot commençait à se rencontrer plus souvent tout en restant assez discret. Si on traçait un graphique de son emploi depuis le début, on verrait le terme monter, atteindre un plateau, descendre un peu plus tard, puis remonter tranquillement après une longue absence. On peut se demander s’il ne connaît pas un regain passager, avant de retomber à nouveau hors d’usage.

Bien des facteurs entrent en jeu. Il y a notamment le contraste entre l’usage québécois et l’usage français, et aussi celui entre les grands médias et les sources plus marquées politiquement, notamment sur le Web.

Prenons l’usage français. Pour le Monde, les moteurs de recherche relèvent dans les cinq dernières années une vingtaine d’articles où apparaît le terme (en tenant compte du féminin et du pluriel). Ce n’est pas beaucoup. En 2007, de janvier à la fin octobre, on n’en trouve que quelques-uns. Quand on restreint le domaine à lemonde.fr et à l’année écoulée, Google recense une centaine de pages, mais en regardant de près on verra que presque toutes les occurrences viennent de blogues ou de réactions d’abonnés à des articles, et non des journalistes maison. Dans les archives de L’Express, une dizaine en tout, et en 2007 deux seulement. Et tout comme dans le Monde, ces occurrences isolées sont écrasées par un millier d’américain. Tout se passe comme si, en France, états-unien avait essayé de se tailler une place dans les années 2002 à 2006, mais qu’il était déjà sur une pente descendante.

Du côté québécois, la fréquence est plus élevée, mais encore modeste toutes proportions gardées. Dans la Presse, le terme revient dans 200 articles de janvier à octobre 2007. Le chiffre est constant depuis quelques années. Dans le Devoir, si l’on interroge le moteur de recherche du site, on passe de quelques articles par année avant l’an 2000, à une soixantaine par année de 2001 à 2004, puis à une centaine de 2005 à 2007. J’ai noté plus précisément : 90 de janvier à octobre 2005, 90 de janvier à octobre 2006, et 105 de janvier à octobre 2007. Ce n’est pas une montée vertigineuse. De plus, il faut mettre ces chiffres en perspective : dans le cas de la Presse, américain apparaît dans plus de 20 000 articles par année. L’autre ne lui fait pas beaucoup d’ombre.

Et le mot revient souvent sous la plume des mêmes journalistes. À la Presse, Joneed Khan s’en est fait le champion. Il parle du président états-unien, du Congrès états-unien, du retrait états-unien d’Irak, du projet états-unien de Zone de libre-échange des Amériques. Il est frappant de voir que même lui n’a pas renoncé à américain : il a mentionné le Congrès américain en juillet dernier et le secrétaire d’État américain le 13 septembre. Moments d’inattention?

Dans les grandes encyclopédies électroniques comme l’Universalis ou Encarta, les occurrences se comptent sur les doigts de la main. Wikipédia renferme quelque deux mille états-unien, par exemple il est question de la « guerre de sécession états-unienne » à l’article sur le film Le bon, la brute et le truand. Mais ces états-unien font face à cent mille américain. En outre, un bon nombre d’entre eux viennent de pages où les collaborateurs poursuivent justement des discussions, parfois musclées, sur l’opportunité d’accepter le mot dans l’encyclopédie. C’est un peu la cour du roi Pétaud dans cette merveilleuse encyclopédie, mais il n’est pas du tout sûr que le mot s’y imposera.

C’est véritablement dans les médias et les sites contestataires ou militants qu’états-unien fleurit. Le réseau Voltaire, « réseau de presse non alignée », est exemplaire à cet égard : les rédacteurs l’emploient deux fois plus souvent qu’américain7. On le rencontre souvent sur le site des « Amis de la Terre », groupe de défense de l’environnement, et sur « Grand Soir », « un journal alternatif d’information militante ». Mais américain reste quand même plus fréquent : on continue de parler des élections américaines, on n’en est pas encore aux élections états-uniennes8.

Il ne fait pas de doute que le mot est marqué à gauche sur l’échiquier politique. Il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’oeil sur le journal communiste français L’Humanité : 118 occurrences d’états-unien en 2007, un net contraste avec le reste de la presse française. Mais la pente n’est pas à pic là non plus : 127 occurrences en 2005, 105 en 2006 – contre des milliers d’américain9. On s’attendrait à le rencontrer souvent dans les pages de publications comme Courrier international, mais l’une des rares occurrences que j’y ai trouvées apparaissait dans un article reproduit du Devoir10!

Je note enfin qu’un wikipédiste a affirmé que le mot figurait dans certains manuels scolaires de géographie.

On peut résumer la situation comme suit. Dans la presse en général, le terme s’est mis à grimper des deux côtés de l’Atlantique il y a quelques années, pour atteindre assez vite un plateau. Il semble avoir déjà amorcé sa descente en France. Il reste plus fréquent chez nous, mais il serait exagéré de dire qu’il a le vent dans les voiles. Pour le reste, l’usage est assez circonscrit. En fait, l’avenir du terme dépendra en grande partie de l’influence qu’exerceront des sites comme ceux que j’ai mentionnés, et ils ne sont pas négligeables, ainsi que de la détermination des blogueurs et autres internautes à l’employer. Il faut avouer que cinquante ans d’allées et venues dans les dictionnaires et une fréquence encore relativement faible dans l’usage lui donnent un peu l’air d’un néologisme attardé. Mais qui sait, peut-être que la diffusion de l’article du New York Times et le blogue du Monde lui donneront un nouvel élan. Avec Internet les choses peuvent changer vite.

Il faudrait quand même toute une rééducation pour en généraliser l’emploi. Pensons à tout ce qu’il faudrait rebaptiser. Ne dites pas : la guerre américano-mexicaine, dites : la guerre mexicano-états-unienne. Ne dites pas : la révolution américaine, les relations canado-américaines, le vin américain, etc. Dites : l’armée états-unienne, les Noirs états-uniens, Je me suis acheté une voiture états-unienne. Et n’oublions pas les cinquante États états-uniens.

Nul ne contestera que la logique plaide pour états-unien. Mais en face il y a l’histoire, l’usage, la langue, l’euphonie, les habitudes. C’est beaucoup. Pour être efficace, il faudrait en même temps intensifier l’emploi géographiquement correct d’américain, ce qui ferait surgir l’ambiguïté de partout. Remarquons que les États-Uniens continueraient d’être des Américains – comme nous! Combien parmi nous sont prêts à se définir comme « Américains »? On peut prédire une certaine résistance. De plus, s’il y a un brin d’anti-américanisme dans la promotion d’états-unien, forcément il sera lui aussi péjoratif. C’est comme si on remettait chaque fois sous le nez des Américains la carte du continent.

Plusieurs ont rappelé qu’il serait abusif d’accuser ces derniers de s’être appelés ainsi à cause de prétentions hégémoniques. Comme le rappelle le Grand dictionnaire terminologique de l’OQLF, ils ont formé leur gentilé à partir du nom de leur pays, États-Unis d’Amérique, de la même manière que, plus tard, les Mexicains à partir d’États-Unis du Mexique.

Il faut revenir au point de départ et se demander où est le problème. Nous arrive-t-il souvent de rester perplexes parce que le mot américain devant nos yeux est ambigu? Prend-on les Canadiens pour des habitants des États-Unis? Paul Roux a répondu à la question dans son blogue « Les amoureux du français » sur le site de la Presse le 9 novembre 2006 :

« [l’appellation américain] n’est pas non plus confondante. Lorsqu’on parle des Américains, on sait bien qu’il ne s’agit pas des Canadiens ou des Mexicains. Le français dispose d’ailleurs du terme Nord-Américain, qui englobe tous les habitants de l’Amérique du Nord, et du terme Sud-Américain, qui désigne ceux de l’Amérique du Sud. »

Les Américains en ont attrapé eux-mêmes un complexe et ont cherché d’autres noms. L’Encyclopedia4u.com résume ainsi le problème :

« As many people from the various nations throughout the New World consider themselves to be « Americans », some people think the common usage of « American » to refer to only people from the U.S. should be avoided in international contexts where it might be ambiguous. Many neologisms have been proposed to refer to the United States instead of « American ». However, they are virtually unused, and most commentators feel that it is unlikely that they will catch on. »

Quelques exemples des termes qui ont été proposés au fil du temps : Usian, Usanian, USAian, Usonian, Columbard, Fredonian, United Statesian, Colonican, U-S-ian, USAn, etc.

Du côté espagnol, la situation est bien différente. Le Diccionario Panhispánico de Dudas de la Real Academia Española, qui recueille l’usage de l’ensemble des pays hispanophones, recommande d’employer estadounidense, et non americano, pour désigner nos voisins du Sud. Dans son Diccionario de la Lengua Española, l’académie précise que estadounidense veut dire « Natural de los Estados Unidos de América », tandis que americano est défini comme « Natural de América ». Mais il est normal que le monde hispanophone et les Latino-Américains en particulier soient plus sensibles à l’emploi du mot americano. Estadounidense est aussi très euphonique. On m’a fait remarquer par ailleurs que l’agence de presse espagnole EFE, qui recommande aussi l’emploi de estadounidense dans son vade-mecum, incline à penser que norteamericano reste plus fréquent dans l’usage (« Norteamericanos es tal vez el más usado, si bien no es el más preciso11 »). Norteamericano? On dirait que, vu d’Europe ou d’Amérique latine, le Canada se retrouve toujours dans un angle mort12.

NOTES

REMARQUE

Après la date de tombée de cet article, j’ai relevé sur le site de L’Action nationale, qui reproduit maintenant le contenu complet de ses numéros depuis 1933, une occurrence d’états-unien dans un article d’octobre 1934, « La radio », signé par Arthur Laurendeau. Un article de 1936 attribue la paternité du mot à Paul Dumas, membre du mouvement Jeune-Canada. Le mot revient dans une soixantaine d’articles de 1934 à 1945. Ensuite il apparaît de façon plus éparse. – J. D.

Voir aussi:

Etats-Uniens

Langue sauce piquante

Le blog des correcteurs du Monde

Le continent américain est vaste, et il est tout de même étrange de faire d’un pays un continent, répondions-nous à un lecteur abonné et étonné de lire dans la lettre matinale du Monde.fr (baptisée « Check-List ») le terme « Etats-Uniens » pour désigner les habitants… des Etats-Unis. Et nous ajoutions : « Il ne faut pas voir dans le choix de ce terme la patte de l’altermondialisme ou une marque d’anti-américanisme. Car parler des ‘Américains’ pour désigner les seuls habitants des Etats-Unis, cela ne fait-il pas aussi Grand Satan ? » Martine Jacot, journaliste au Monde et ancienne correspondante du journal à Montréal, rappelle que « les Québécois et autres francophones canadiens utilisent depuis bien avant la naissance du mouvement altermondialiste le terme ‘états-uniens’ ». Si l’on persiste à appeler « Américains » les Etats-Uniens, il faudra alors faire de même pour les Mexicains par exemple, puisque géographiquement parlant, le Mexique fait partie de l’Amérique… du Nord.

Reconnaissons qu’ »Etats-Uniens » a contre lui la coalition de deux mots renforcés par une div’, un combat inégal avec la puissance toute nue du Ricain.

Voir également:

Canada. “Anglos” et “francos”, compatriotes malgré tout

Josée Blanchette
Le Devoir – Montréal
02/03/2005

Chaque samedi, une chaîne anglophone diffuse une émission sur le Québec présentée par une chanteuse à la mode. L’occasion pour une chroniqueuse du Devoir de s’interroger avec humour sur l’identité canadienne

Pauvre Mitsou. Une partie des médias s’acharne sur son cas parce qu’elle représentera tout le Canada français le samedi soir sur la CBC [télévision publique canadienne anglophone]. L’émission [destinée à présenter l’actualité du Québec aux anglophones] s’intitule Au Courant…
et la moitié du bottin de l’Union des artistes a été sollicitée pour animer cette vitrine de nos mœurs et de notre culture à l’intention du ROC (rest of Canada).
Allez comprendre quelque chose aux “anglos”. Ils éprouvent un je-ne-sais-quoi devant les avantages de Mitsou. Why not, coconut ? She’s so French ! A mon avis, il faut tirer parti de cet émoi visuel et simplement aiguiller l’aiguillon en aidant Mitsou à mieux représenter les “francos” du Canada. Elle est charmante, son sourire ferait craquer la Joconde, elle va faire grimper les cotes d’écoute et c’est ce qu’on attend d’une émission, même plate. Comme animatrice, elle s’inscrit parfaitement dans la tendance télévisuelle des émissions d’information : format sexy et contenu mou. De la part d’un pays qui subventionne les danseuses roumaines, donne sa bénédiction au mariage homosexuel et paie des pushers [revendeurs] de marijuana à des fins médicales, il ne faut pas s’attendre à beaucoup plus de sérieux.
Mitsou devra d’abord apprendre à connaître ceux à qui elle s’adresse, l’autre solitude [“les deux solitudes” est l’expression consacrée pour désigner les francos et les anglos au Canada], et s’abonner à Canadian Geographic. Les Canadiens du ROC sont aussi différents de Terre-Neuve à Vancouver qu’un Gaspésien peut l’être d’un Cayen. L’ancien Premier ministre Mackenzie King disait que certains pays avaient trop d’histoire et que le Canada avait trop de géographie. Du moins, c’est un pays horizontal. En général, les Canadiens sont fiers de l’être et ne comprennent pas l’indifférence, entretenue ou viscérale, à l’endroit de l’unifolié [le drapeau national, avec sa feuille d’érable].
Un journaliste de la CBC m’a appelée “from Toronto” l’autre jour pour me demander de lui résumer de quelle façon je me sentais canadienne.
“Mais d’aucune façon ! Le programme des commandites [programme fédéral destiné à promouvoir le Canada auprès des Québécois, qui s’est terminé par un scandale] a été un échec, faut croire !
— Vous n’êtes pas fière de [l’astronaute] Julie Payette ? a-t-il insisté.
— J’espère que ses parents le sont. Pas moi. Je n’ai rien à voir là-dedans. D’ailleurs, je n’ai rien à voir dans le fait que mes propres parents aient baisé au Canada plutôt qu’au Tibet pour me concevoir.”

Six fuseaux horaires multiculturels

Les Canadiens ont bien des marottes, dont celle de visiter leur pays et de traverser ses six fuseaux horaires en entier, a mari usque ad mare [de la mer à la mer]. Ils ne le feront probablement jamais, mais c’est une façon de montrer qu’ils tiennent très fort à leur peu d’attachement les uns pour les autres. Ça, je l’ai puisé dans mon guide de voyage préféré en terre canadienne : Xenophobe’s Guide to the Canadians. La mosaïque culturelle qui nous tient lieu de pays y est dépeinte avec beaucoup d’éloquence.
On y apprend que nos obsessions nationales sont le hockey et la feuille d’érable (que bien des Etats-Uniens épinglent sur leur sac à dos lorsqu’ils voyagent), que les maisons canadiennes sont équipées de deux portes d’entrée, voire d’une troisième qui ferme le vestibule, et que les Canadiens sont extrêmement polis. On a même retrouvé une femme Alzheimer errant à Los Angeles. Les policiers ont déduit qu’elle était canadienne parce qu’elle s’excusait lorsqu’on lui marchait sur les pieds.
On ajoute aussi que le ROC a peur de perdre le Québec à cause de toutes ces années à bûcher pour apprendre le français. Oh yeah ? Call me stupid ! Et, plus que tout, les Canadiens ne sont pas des Etats-Uniens, même si 90 % de la population vit à moins de 300 kilomètres de la frontière. [Le Premier ministre] Paul Martin est un béni-oui-oui qui couche avec un éléphant [le symbole des républicains américains], c’est tout. En raison de son multiculturalisme, la devise du Canada est : “Take the best, leave the rest” [Prenons le meilleur, laissons le reste].
Quelques sujets qui plairont aux anglos :
– La poutine [plat typique composé de frites, de sauce brune et de cheddar] au foie gras du restaurant Au pied de cochon. Même la poutine peut être snob et le foie gras prolo.
– Comment traverser un passage piétonnier sans se faire tuer à Montréal. “Vive la différence !” – Notre cidre de glace, qui figure même sur la carte des vins du George V à Paris. Those crazy French !
– Référendum : la seule fois que les Québécois ont voté oui, c’était en 1919, pour savoir si la prohibition devait prendre fin. La seule fois qu’ils étaient sobres pour y répondre, aussi…
– Le Québec, dernier cendrier du Canada. Notre attachement viscéral au mégot et à la fumée secondaire.
– L’avortement, en hausse constante au Québec : 30 000 l’an dernier (contre 73 000 naissances). Notre mort la plus certaine et notre peu d’enthousiasme à nous reproduire au Canada.

Voir de même:

The trouble with Americans
John Ryle
The Guardian
7 September 1998

A reader in Ecuador takes me to task for my use of the word ‘American’. Why, asks Lincoln Reyes, is it routine to use this word, without qualification, as a synonym for ‘citizen of the United States’ when the majority of Americans, properly speaking, are not from there, but from other countries in North, South or Central America? If you are a Latin American like him, he says, it is galling to be consistently written out of the geography of the continent that gave you birth. No wonder people regard the US as imperialist, when it appropriates the entire hemisphere for its own exclusive domain name. How do I think it feels to be Mexican, Chilean or Canadian, confronted every day with such linguistic chauvinism? What I think is that Mexicans and Canadians have got used to it. They’ve had to. It is not impossible to change the name of a country. (Where, we may ask, are the Zaires of yesteryear?) But renaming the most powerful country in the world is not on the agenda. When Osama bin Laden declares war on ‘America’, we know he does not include Ecuador or Mexico. The usage is worldwide and unlikely to change. This column, though, has never been one to turn its back on lost causes. So let us ask why it is that, in an age of political correctness, of sedulous public avoidance of terms that can cause offence to nations and ethnic groups, America has been exempted from reproach? The US is the home of political correctness. What Lincoln Reyes is suggesting is that it take a dose of its own medicine. Does the US have some proprietorial claim on the name of the continent it occupies? Some kind of historical precedence? Not at all. Amerigo Vespucci was an Italian who almost certainly never set foot in North America. He did explore the coast of South America, however, and in the 16th century a German cartographer named the southern part of the continent after him; only later was the term extended to include the north. So the US calling itself ‘America’ is something like South Africa calling itself ‘Africa’, or the Federal Republic of Germany ‘Europa’. Even the phrase ‘United States’ is not the preserve of the authors of the US Constitution: Brazil’s official name is the United States of Brazil.

Luckily, since there’s no other claimant for the name ‘Brazil’, it is seldom used. Even Lincoln Reyes would permit the USA to call itself the United States. But there is a problem when it comes to US citizens. United Statespersons? Usanians? Hardly. If we are to follow the Reyes Rule we will have to refer to them as ‘people from’ or ‘citizens of’ the US. Both take up a lot of breath. Since we talk about the US so much, we need short words and synonyms to avoid monotony. And synecdoche to avoid redundancy: ‘Washington’ is used to stand for the US government and ‘America’ stands for the country itself – the whole represents the part. But it seems there is no figure of speech that can produce a concise and acceptable term in English for its inhabitants.

There’s a word in Spanish, estadounidense, but it is hard to get your tongue around. ‘Gringo’, of course, is the word most Spanish speakers use. But apart from its pejorative overtones, the word ‘gringo’ is not specific enough. Canadians are gringos; and you and I, if we are anglophone, are probably gringos too, whether we are white or black or brown.

Contrariwise, in some parts of South America ‘gringo’ is used for anyone, even a native, who is fair in colouring. What about ‘yanqui’? It is also pejorative, of course. And the word means something different and more specific within the US. The use of ‘yanqui’ in South America is a reversal, in fact, of the rhetorical move that enshrines ‘American’ as a synonym for US citizen. Where people in the US, in calling themselves Americans, have taken the whole for the part; Spanish speakers, in borrowing ‘yankee’ for a New Englander, and extending it to the whole of the United States, have used the part for the whole. The negative connotation of ‘yanqui’ in Spanish reflects the distaste for US hegemony that my Ecuadorian correspondent exemplifies. ‘Yankee’, its equivalent in British English, has a weird, jocular air. We haven’t used ‘yank’ for yonks. It belongs with ‘Old Blighty’ and ‘Johnny Foreigner’. If political correctness does not proscribe such terms, good taste surely does.

Let us, then, register Lincoln Reyes’s proposal. But someone from a country that calls itself Ecuador may not be in a very strong position to object to the appropriation of geography in the cause of national identity. There are other countries that lie on the Equator; any of them could claim the name for their own. I don’t suppose people in Equatorial Guinea are too upset about Ecuador’s bid for nominal rights over the noughth parallel, but if Lincoln Reyes is serious about curtailing US linguistic imperialism, he may have to look at changing the name of his own country as well.

Voir de plus:

Caleb Gayle
Time
July 13, 2020
Caleb Gayle is a writer and author of forthcoming book, Cow Tom’s Cabin (under contract with Riverhead Books), a narrative account of how many Black Native Americans, including Cow Tom’s descendants, were marginalized by white supremacy in America

When I was growing up in Tulsa, my teachers would move quickly from the Trail of Tears that began in the 1830s to the oil boom in Oklahoma of the first half of the 20th century. During the early 19th century, the state of Oklahoma became the destination for Native American Nations who were forcibly removed from the south and southeastern United States, but no one drew a straight line from the marginalization of Native Americans to white men’s accumulation of land on which they could profit. The way history was taught, I assumed that the devastation happened so many years ago that it wasn’t relevant. I even had one teacher mention that Native Americans were “standing in the way of progress.” I didn’t know that that teacher was echoing the sentiments of the namesake of the town, Bixby.

Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live.

Tams Bixby, a Minnesotan, became chairman of something called the Dawes Commission in 1903, as its founder Henry Dawes took ill. “Henry Dawes may have given the commission its name, but Tams Bixby defined its character and would serve as its leader during the critical period of enrollment and allotment, and he would make the daily decisions that affected the life and future of all of the people in Indian Territory,” Kent Canter wrote in the Dawes Commission And the Allotment of the Five Civilized Tribes, 1893-1914.

The Dawes Commission was a government body designed to persuade the Creek, Cherokee, Seminole, Chickasaw and Choctaw Nations (once called the Five Civilized Tribes) to abandon the communal land ownership system they had long used and to divide the land into allotments that would belong to individuals. In order to complete that process, the commission had to determine who belonged to each tribe, a question Dawes and then Bixby sought to answer using ancestral bloodlines. But, as Sandy Grande, director of the Center for the Critical Study of Race and Ethnicity at Connecticut College, wrote in Red Pedagogy: Native American Social and Political Thought, “Since there was no ‘scientific’ means of determining precise bloodlines, commission members often ascribed blood status based on their own racist notions of what it meant to be Indian—designating full-blood status to ‘poorly assimilated’ Indians and mixed blood status to those who most resembled whites.” The decisions, made by the commission and not by members of the tribe, determined who got which land, and still have ramifications for tribal membership today. Crucially, any land left over once the tribal territories were divided would be available for the U.S. government, and in turn to white settlers. This process would lead to these Nations losing more than 100 million acres of land—land they were promised would be theirs and theirs alone.

Until I started writing a book about the history of Black citizens of the Creek Nation, I did not know that the town of Bixby, on the outskirts of my childhood home, was named in honor of the man who led this devastating effort. My teachers never told me about him, likely because they weren’t given the chance to weigh the full measure of history either.

On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.”

Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand.

It’s not just Bixby, of course. In Oklahoma, Jackson County is named for Confederate General Stonewall Jackson, while Roger Mills County is named for Roger Q. Mills, a U.S. senator who served in the Confederate Army and had ties to the Ku Klux Klan. I’ve driven through both of them without even thinking about the origins of their names. Likewise, Stephens County, Texas, was named after Alexander Stephens, the Vice President of the Confederate States, and his boss, Jefferson Davis, has counties named in Texas, Georgia and Mississippi as well as a parish in Louisiana. People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny.

History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all.

When I was growing up in Tulsa, my teachers would move quickly from the Trail of Tears that began in the 1830s to the oil boom in Oklahoma of the first half of the 20th century. During the early 19th century, the state of Oklahoma became the destination for Native American Nations who were forcibly removed from the south and southeastern United States, but no one drew a straight line from the marginalization of Native Americans to white men’s accumulation of land on which they could profit. The way history was taught, I assumed that the devastation happened so many years ago that it wasn’t relevant. I even had one teacher mention that Native Americans were “standing in the way of progress.” I didn’t know that that teacher was echoing the sentiments of the namesake of the town, Bixby.
Over the past month, I have been spellbound by the actions of activists determined to compel America to confront the ugliness of its past. The protests at the Emancipation Memorial, the removal of Teddy Roosevelt’s statue in New York, and now even the bold calls for rethinking Mount Rushmore on the site of Lakota land reveal that our country has more learning to do about what we choose to glorify. But last week, as many celebrated the Supreme Court’s ruling that Oklahoma—almost half of it at least—belongs to the jurisdiction of the Muscogee (Creek) Nation, I have also been thinking about the relics of our past that are so ingrained in our present that we misremember our history. One such relic is the names of the very places in which we live.
Tams Bixby, a Minnesotan, became chairman of something called the Dawes Commission in 1903, as its founder Henry Dawes took ill. “Henry Dawes may have given the commission its name, but Tams Bixby defined its character and would serve as its leader during the critical period of enrollment and allotment, and he would make the daily decisions that affected the life and future of all of the people in Indian Territory,” Kent Canter wrote in the Dawes Commission And the Allotment of the Five Civilized Tribes, 1893-1914.
The Dawes Commission was a government body designed to persuade the Creek, Cherokee, Seminole, Chickasaw and Choctaw Nations (once called the Five Civilized Tribes) to abandon the communal land ownership system they had long used and to divide the land into allotments that would belong to individuals. In order to complete that process, the commission had to determine who belonged to each tribe, a question Dawes and then Bixby sought to answer using ancestral bloodlines. But, as Sandy Grande, director of the Center for the Critical Study of Race and Ethnicity at Connecticut College, wrote in Red Pedagogy: Native American Social and Political Thought, “Since there was no ‘scientific’ means of determining precise bloodlines, commission members often ascribed blood status based on their own racist notions of what it meant to be Indian—designating full-blood status to ‘poorly assimilated’ Indians and mixed blood status to those who most resembled whites.” The decisions, made by the commission and not by members of the tribe, determined who got which land, and still have ramifications for tribal membership today. Crucially, any land left over once the tribal territories were divided would be available for the U.S. government, and in turn to white settlers. This process would lead to these Nations losing more than 100 million acres of land—land they were promised would be theirs and theirs alone.
Until I started writing a book about the history of Black citizens of the Creek Nation, I did not know that the town of Bixby, on the outskirts of my childhood home, was named in honor of the man who led this devastating effort. My teachers never told me about him, likely because they weren’t given the chance to weigh the full measure of history either.
On July 3, in the shadow of Mt. Rushmore, President Trump said, “As we meet here tonight there is a growing danger that threatens every blessing our ancestors fought so hard for.” He then doubled down, saying, “Our nation is witnessing a merciless campaign to wipe out our history, defame our heroes, erase our values and indoctrinate our children.”
Children are being indoctrinated, but not in the way Trump suggests. Instead, they are being fed an uncomplex version of history—one that minimizes the experiences of those on the margins to turn white men who did evil things into heroes. The name Bixby had become so common in my area that we didn’t think about where it came from. That’s why we tear down, rename and rethink. We do it to tell the whole story, not just the parts that make us feel good. Perhaps we need to do this not just for statues and monuments and schools and sports teams but for cities and counties too. Perhaps we should begin again with the full weight of history upon which we stand.
It’s not just Bixby, of course. In Oklahoma, Jackson County is named for Confederate General Stonewall Jackson, while Roger Mills County is named for Roger Q. Mills, a U.S. senator who served in the Confederate Army and had ties to the Ku Klux Klan. I’ve driven through both of them without even thinking about the origins of their names. Likewise, Stephens County, Texas, was named after Alexander Stephens, the Vice President of the Confederate States, and his boss, Jefferson Davis, has counties named in Texas, Georgia and Mississippi as well as a parish in Louisiana. People who marginalized and oppressed didn’t just affect those who lived at the time–Bixby’s actions, along with so many others’, caused the Creek Nation to lose the jurisdictional power they just, in part, won back–and the places that bear their names should no longer remain without scrutiny.
History demands that we remember all of it or it isn’t true history at all.

Voir encore:

There’s a Word for People Like You
Martine Rousseau and Olivier Houdart
The New York Times
July 6, 2007

Paris
WHAT is the proper term to refer to those of you who live in the United States of America? The word “American” is so deeply embedded in your nation’s identity that it may seem curious to you that there could be any discussion about it, but some people — in Latin America, for example — find it offensive, while others, including some in France, simply find it imprecise.

“Américain” (in French the ethnonym is capitalized, the adjective is lower case) is a word with many meanings, depending on context: “américains” applies to all Américains (from the United States), yet all Américains (from North and South America) are not necessarily américains.

That’s why “Américain,” which first appeared in French as early as the 16th century and is applicable to groups other than just the inhabitants of the United States (in contrast to Canadien, Mexicain, Argentin, etc.), has a certain unsatisfactory quality about it, and it would be preferable to find something more precise. The French do use certain diminutives — like “Ricains” (first attestation in 1918), “Amerlos” (1936) and “Amerloques” (1945) — that refer to only the United States, but the news media can’t use them; they aren’t necessarily hostile but they did take on a pejorative tinge during the cold war.

Helpfully, though, in Quebec about six decades ago the word États-Unien, derived from the French for United States, États-Unis, was born. Its spread was modest at first, but today it’s frequent in the news media, and there’s even a radio program here that uses it exclusively. In ordinary conversation, though, the French still say “Américains.” A recent occurrence of “États-Uniens” (though far from the first) on the Web site of our newspaper, Le Monde, provoked the ire of readers who saw anti-American and anti-globalist sentiment behind it.

When we published a note on our language blog defending the use of États-Uniens — the word is neither pretty nor musical, but it answers a certain need — we had an outpouring of responses. They ranged from absolute opposition to the word (because of its supposed anti-Americanism, its ugliness, its snobbishness, its sarcastic tone, its lack of usefulness for anyone but academics — and because it sounds like space aliens) to enthusiastic approval, notably as a counter to the “imperialist” appropriation of a whole continent by one country’s ethnonym.

Readers also suggested similar terms that they considered more melodic, like Usaniens or Usiens (following the example of the Greek word Usanos, derived from U.S.A., even though those initials are actually the equivalent of I.P.A. in that language).

One reader even declared, “The United States of America is the only country in the world that doesn’t have a name: the first two words define its political organization, the last the continent it sits on.” That doesn’t seem entirely fair: while the United States at least mentions a continent, the old Soviet Union had no geographic anchorage at all.

As for us, although we’d be delighted to be the founders of a new linguistic mandate, we find that Américain has historical legitimacy, while États-Unien, its challenger, solves a lexical problem — indeed, they complement each other and we should let the two of them cohabit. Besides, we can then prove wrong Pierre Bayle, the great French historian of the 17th century, who wrote that as in nature, “the birth of one word is usually the death of another.” Therefore we say, during the week of your national holiday, vive l’Américain — and l’États-Unien.

Voir par ailleurs:

« L’Occident est imparfait et à parfaire, il n’est pas à détruire »

L’antiracisme ne doit pas devenir « un acte de vandalisme », juge l’écrivain Kamel Daoud dans une tribune au « Monde ». A vouloir juger l’Occident coupable de tout, on risque de donner naissance à une « barbarie de revanche ».

Kamel Daoud

Le Monde

22 juin 2020

Tribune. Faut-il détruire l’Occident ? Le mettre à feu et à sang pour mieux le reconstruire ou mieux le piétiner dans ses ruines ? Cette géographie, qui participe autant de l’histoire que des imaginaires, partage les avis et divise les ardeurs des anti-tout qui y habitent. Entre ceux qui y craignent la fin du monde et ceux qui la veulent, ceux qui la fabriquent et ceux qui la redoutent. Collapsologues, écologistes messianiques, antiracistes radicaux, populistes, tiers-mondistes nostalgiques et populistes du victimaire, ardents de la « souche » et racialistes inversés : ils sont foule et la foule fait désormais effet d’armées.

On aura beau le nier et le relativiser, il y a déjà un instinct de mort dans les airs de la révolution totale imaginée par chacun. L’Occident étant coupable par définition selon certains, on se retrouve non dans la revendication du changement mais, peu à peu, dans celle de la destruction, la restauration d’une barbarie de revanche.

Un espace de liberté

Les raisons ? Elles sont diverses. La colère longtemps tue, la culpabilité chez les élites occidentales « de souche », la fin d’un sursis obscur donné aux démocraties traditionnelles, les populismes rageurs et les réseaux sociaux. Il ne faut jamais oublier qu’Internet a réveillé les foules comme le firent les imprimeries il y a des siècles, ou les papyrus il y a si longtemps. On ne change pas de moyens d’impression et de diffusion sans changer la manière de faire les révolutions ou de réveiller les foules. Les armuriers viennent après les écrans, pas avant, rappelons-le.

De fait, il y a comme une convergence des luttes pour la meilleure fin d’un monde : victimaires, antiracistes, mais aussi masochistes intellectuels et sceptiques professionnels, suprémacistes et défaitistes esthètes. Le vœu de changer l’Occident se retrouve contaminé, profondément, par celui de le voir mourir dans la souffrance. Et, dans l’élan, on gomme cette conséquence suicidaire que par sa mort on se tuera soi-même, on tuera le rêve d’y vivre ou d’y aller par chaloupes ou par avions, on tue le seul espace où il est justement possible de crier sa colère.

« Sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement »

D’ailleurs, le fait même de défendre l’Occident comme espace de liberté, certes incomplète et imparfaite, est jugé blasphématoire dans cette nouvelle lutte des classes et des races. Il est interdit de dire que l’Occident est aussi le lieu vers où l’on fuit quand on veut échapper à l’injustice de son pays d’origine, à la dictature, à la guerre, à la faim, ou simplement à l’ennui. Il est de bon ton de dire que l’Occident est coupable de tout pour mieux définir sa propre innocence absolue. L’Occident sera alors crucifié pour notre salut à tous en quelque sorte, confondu, dans le même corps blanc, dans une trinité horizontale, avec les deux autres voleurs à la gauche et à la droite de ce Christ géant.

Erreurs et illusions coûteuses. L’Occident est à la fois coupable et innocent. Or, tuer un coupable ne brise pas la chaîne de la douleur. Elle fait échanger les robes des victimes et des bourreaux. On le sait tous, et c’est une banalité utile à remémorer.

Il est urgent de rappeler que sur les colères d’aujourd’hui se greffent trop de radicalités pour qu’on puisse éviter la violence si on continue dans le même aveuglement. Brûler l’Occident, ce rêve si facile qu’Internet et ces militants agitateurs des réseaux commercialisent en guise de « néopureté » et de légitimité, est une erreur qui aura de lourdes conséquences. On se retrouvera, dans quelques décennies, à vivre dans ces champs nus, à construire la barbarie qu’on a cru dénoncer.

Ne pas confondre antiracisme et vandalisme

Ces procès anti-Occident à la soviétique, si faciles et si confortables, à peine coûteux quand on ne vit pas dans la dictature qu’on a fuie, menés par les intellectuels du sud en exil confortable en Occident ou par des fourvoyés locaux sont une impasse, une parade ou une lâcheté. Ils n’ont ni courage, ni sincérité, ni utilité. Il n’est même plus besoin de relire les insanités d’un journaliste qui a fui son pays du Maghreb il y a vingt ans, se contentant de dénoncer la dictature « locale » sans y mettre les pieds, tout en passant son temps à fustiger les démocraties qui l’ont accueilli. La règle de ce confort est qu’il est plus facile de déboulonner la statue d’un tyran, au nord, sous les smartphones, que de déboulonner un vrai tyran vivant au « sud ». Et il n’est pas même utile de répondre à ceux qui, lorsque vous tenez ces propos pourtant réalistes, vous accusent de servilité intellectuelle.

Monstrueux quand il a faim, selon l’expression d’un internaute, injuste et au passé vandale, beau, fascinant dans la nuit du monde, nimbé dans le rêve et le fantasme pour le migrant, vertueux par une démocratie inachevée, hypocrite à cause de sa prédation des ressources, son passé colonial tueur, inconscient et heureux, l’Occident est ce qu’il est : imparfait et à parfaire. Il n’est pas à détruire. Ceux qui en rêvent sont ceux qui n’ont pas su avoir de rêve meilleur que la barbarie de revanche, pas su dépasser des rancunes intimes.

C’est, à mon avis, ce qu’il faut rappeler pour éviter aux colères justes des assouvissements faciles et détestables. L’antiracisme est un combat juste. Il ne doit pas devenir un acte de vandalisme intellectuel ou de désordre dans ce monde si fragile. Son but est un avenir meilleur, pas un passé aveuglant. Pour tous. Telle est ma conviction.

Kamel Daoud est écrivain et journaliste. Il est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014, prix Goncourt du premier roman en 2015), et de Le Peintre dévorant la femme (Stock, 2018). Il tient une chronique au Monde des religions depuis janvier 2019.

Voir enfin:

Kamel Daoud – Déboulonner n’est pas construire

Racisme, antiracisme, autodafé et révisionnisme culturel : attention danger. En sortir n’est posible que grâce à une pédagogie de la mémoire.

Kamel Daoud

 Le Point
Il faut garder à l’autodafé ses racines : jugement, inquisition, acte de foi, pénitence publique, exécutions d’hérétiques. Il faut encore une fois le rappeler pour alerter des esprits : on ne brûle pas de livres, on ne censure pas des œuvres, on ne déboulonne pas des statues uniquement parce qu’on a raison, mais parce qu’on le croit absolument. Ce qui suffit pour se tromper avec enthousiasme et inaugurer de nouveaux tribunaux d’opinion. Car, avec le grand élan de l’antiracisme, l’autodafé est de retour. On l’a connu, il y a quelques décennies, d’abord sous forme d’un fascisme (ou totalitarisme) qui brûle des livres, puis un demi-siècle après sous celle d’un livre (sacré) qui brûle le monde, aujourd’hui il se fait au nom d’une cause juste avec quelques effets mauvais : celle de la lutte contre le racisme dont certains profitent pour revisiter la littérature et les représentations, mais avec des torches incendiaires et pas avec des consciences calmes.

APRES L’HYSTERIE COLLECTIVE DU VIRUS CHINOIS, LE PSYCHODRAME DU RACISME POLICIER ! (Spot the error when against all evidence, our new flagellants demonize an imaginary systemic racism and add to both our divisions and the killings when the police withdraw from where they’re most needed)

10 juin, 2020
Jews of color on what MLK Day means to them in 2019 – J.Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesDemocrats attacked for cultural appropriation, publicity stunt after Kente cloth kneeling - Tampa DispatchViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPétition · Eric Zemmour, xénophobe, doit être banni des médias ! · Change.orgDéboulonnage statue esclavagiste BristolChurchill statue defaced with 'was a racist' graffiti during Black Lives Matter protests - Republic World
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Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. Roland Gary
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Te rends-tu compte que le passé a été aboli jusqu’à hier ? S’il survit quelque part, c’est dans quelques objets auxquels n’est attaché aucun mot, comme ce bloc de verre sur la table. Déjà, nous ne savons littéralement presque rien de la Révolution et des années qui la précédèrent. Tous les documents ont été détruits ou falsifiés, tous les livres récrits, tous les tableaux repeints. Toutes les statues, les rues, les édifices, ont changé de nom, toutes les dates ont été modifiées. Et le processus continue tous les jours, à chaque minute. L’histoire s’est arrêtée. Rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. Je sais naturellement que le passé est falsifié, mais il me serait impossible de le prouver, alors même que j’ai personnellement procédé à la falsification. La chose faite, aucune preuve ne subsiste. La seule preuve est à l’intérieur de mon cerveau et je n’ai aucune certitude qu’un autre être humain quelconque partage mes souvenirs. De toute ma vie, il ne m’est arrivé qu’une seule fois de tenir la preuve réelle et concrète. Des années après. Winston (1984, George Orwell)
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
Les Flagellants (nommés disciplinati ou battuti au Moyen Âge) étaient des groupes ambulants de fidèles qui se donnaient la discipline collectivement en public. Leur mouvement atteignit son apogée durant le XIIIe siècle et le XIVe siècle en Europe occidentale. Ceux qui y prenaient part pensaient que la pratique de la flagellation leur permettrait d’expier leurs péchés, atteignant ainsi la perfection, de manière à être acceptés au royaume des cieux après l’Apocalypse. Ils allaient en procession par les villes, nus jusqu’à la ceinture et armés d’un fouet dont ils se flagellaient publiquement, en chantant des cantiques, pour expier leurs péchés.(…) Les circonstances dans lesquelles les premières manifestations massives de flagellants ont eu lieu sont significatives. À la suite de la famine de 1258 et de ce qu’on supposera être une manifestation de la peste en 1259, la situation de l’Italie était particulièrement difficile à l’époque. (…) Le mouvement des flagellants avait repris des proportions considérables en 1349. Ceci était dû à l’une des plus grandes épidémies de peste du Moyen Âge : la dite Peste noire (introduite par des hordes mongoles en 1346-1347). Celle-ci fut interprétée, dans la perspective médiévale, comme un châtiment divin contre les pêchés commis par les humains. Les processions de flagellants étaient mises en avant comme un effort pour détourner ce châtiment. La zone de développement du mouvement se situa principalement en Europe centrale, de la Pologne à l’Allemagne et jusqu’aux Pays-Bas et à la France. Les flagellants se déplaçaient entre villes par bandes de cinquante à cinq cents hommes ou plus. Plusieurs régions furent prises l’une après l’autre d’une grande agitation où le mouvement prenait une grande importance avant de s’éteindre peu à peu. (…) Les Juifs furent aussi victimes des mêmes persécutions que les clercs, mais sur une tout autre échelle. Durant le grand massacre des Juifs qui suivit la Peste Noire (cf par exemple le Pogrom de Strasbourg), les flagellants jouèrent un rôle considérable. Les premiers massacres ont eu lieu en fin mars 1349 lorsqu’une partie de la population porta des accusations d’empoisonnement des puits contre les Juifs. Une seconde vague de terreur fut déclenchée par la propagande des flagellants quatre mois plus tard en juillet 1349. Des groupes de flagellants pénétrèrent à Francfort où ils se ruèrent sur le quartier juif et massacrèrent des juifs avec l’aide de la population locale. Les autorités municipales étaient si troublées par cet incident qu’elles expulsèrent les pénitents de la ville et renforcèrent les portes afin que cela ne se reproduise pas. Wikipedia
Les aspirations nationales doivent être respectées, les peuples ne peuvent être dominés et gouvernés que par leur propre consentement. L’auto-détermination n’est pas simplement un mot, c’est un principe d’action impératif que les hommes d’État ignoreront désormais à leurs risques et périls. Woodrow Wilson
La paix à laquelle nous invitent les Anglo-Américains n’est rien moins qu’un statu quo destiné à servir leurs intérêts… La vraie nature du conflit actuel est une lutte entre des puissances établies et des puissances non encore établies… Au début, l’Angleterre et la France colonisèrent des régions du monde « moins civilisées » et ont entretenu une situation de monopole sur leur exploitation. La conséquence fut que l’Allemagne et les nations venues après furent laissées sans terre à acquérir ni espace pour s’agrandir.(…) Si leur politique prévaut, le Japon qui est un petit pays sans ressource et incapable de consommer ses propres productions n’aura pas d’autre choix que de détruire ce statu quo pour espérer survivre, exactement comme l’Allemagne… Nous devons exiger tous les pouvoirs pour ouvrir les portes de leurs colonies aux autres, de sorte que toutes les nations puissent avoir un accès égal aux marchés et aux ressources naturelles des zones colonisées. Il est également impératif que le Japon insiste sur l’éradication des discriminations raciales. Prince Konoe
Je veux bien admettre l’égalité des Japonais en tant que nation, et aussi l’égalité des individus d’homme à homme. Mais je ne peux admettre les conséquences auxquelles nous devrons faire face si nous vous ouvrons notre pays. Ce n’est pas que nous ne les tenons pour être inférieurs à nous mais simplement parce que nous ne les voulons pas. Économiquement, ce sont des facteurs perturbants parce qu’ils acceptent des salaires bien inférieurs au minimum pour lequel nos compatriotes acceptent de travailler. Peu importe s’ils se mélangent bien avec notre peuple. Nous ne voulons donc pas qu’ils puissent épouser nos femmes. Ceci est une opinion personnelle. Je ne veux pas vous offenser. Notre législation n’est pas dirigée spécialement contre les Japonais. Les sujets britanniques en Inde subissent cela de la même manière. Il est impossible que nous puissions formuler une modification à votre amendement parce qu’aucune modification concevable ne saura jamais satisfaire chacun d’entre nous. W. M. Hughes
Versailles’ mixed legacy is even further complicated by a little-known attempt by Japan, one of the emerging players at the table, to move the world forward on the issue of racial equality. Japan asked for, and nearly got approved, a clause in the treaty that would have affirmed the equality of all nations, regardless of race. For all of the history forged, some historians believe the great powers missed a pivotal opportunity to fashion a much different 20th century. A driving force behind that vision for the future and the lofty ambitions of the treaty was U.S. President Woodrow Wilson, the lead negotiator at the Paris Peace Conference. In 1918, a few months before he set sail for Paris, Wilson addressed Congress to lay out his now-famous principle of self-determination, an idea that would guide the Versailles negotiations and the final treaty that emerged: « National aspirations must be respected; peoples may now be dominated and governed only by their own consent. ‘Self-determination’ is not a mere phrase. It is an imperative principle of actions which statesmen will henceforth ignore at their peril. » Looking back, contradictions abound in Wilson’s decree. Japan’s Racial Equality Proposal would have strengthened Wilson’s call for self-governance and equal opportunity. Yet, when the victors signed the treaty, that language was nowhere to be found. « At the bottom of all of this is the idea that certain people of color cannot be trusted and people of color do not deserve a place, not only on the world stage but also in our own communities, » says professor Chris Suh who studies Asian American history. (…) Following its victory in the Russo-Japanese War in 1905 and then its participation as an Allied power during World War I, Japan rose as a mighty player on the world stage. Seeking to solidify that new power, the Japanese delegation at the Versailles negotiations sought to add language about racial equality into the proposed treaty’s preamble. Its immediate goals were to strengthen its diplomatic standing and earn an equal seat at the table. (…) To be clear, historians say the Japanese were not seeking universal racial suffrage or improving the plight of black Americans, for example. But, the added language would have meant that Japanese immigrants coming to the U.S. could be treated the same as white European immigrants. France got behind the proposal. Italy championed it. Greece voted in favor. But Australia pushed back. The British dominion had instituted a White Australia Policy in 1901 limiting all nonwhite immigration. Australian Prime Minister William Morris Hughes strong-armed the rest of the British delegation into opposing the proposed clause and eventually got Wilson’s support too. Wilson came up with a way of killing the proposal without ever openly saying he opposed it. The U.S. president imposed a « unanimity ruling » that effectively squashed the racial equality language even though a majority of the nations supported it. As chairman of the League of Nations Commission, Wilson had approved a number of other issues at the conference without such a unanimous vote. His call for consensus was not a petition for democracy. It was a shrewd calculation. Wilson’s top priority at the conference was seeing the League of Nations created and the treaty ratified. The last thing he wanted was to alienate the British delegation, and he was not willing to let the Racial Equality Proposal derail those efforts. But, in a nod to appease Japan, he supported its demand to keep war-acquired territories like Shantung. Though scholars disagree on the exact reasons for the opposition by Australia and the U.S., many say the key factor was migration. The racial equality clause represented « one of the first attempts to establish … the unprecedented principle of free and open migration, » says Frederick Dickinson, a University of Pennsylvania professor of Japanese history. Japan’s industrialization and falling mortality rates created an overpopulation problem. Following the 1882 Chinese Exclusion Act, which prohibited Chinese laborers from immigrating to America, contractors on the West Coast brought Japanese migrants over to fill their need for inexpensive labor. In 1907, the U.S. and Japan had negotiated the « Gentlemen’s Agreement, » which was designed to address the growing Japanese emigration rate. In it, Japan agreed to curb how many migrants it sent over, if the U.S. would desegregate Asian and white children in San Francisco public schools. Unlike the unilateral Chinese Exclusion Act, the Gentleman’s Agreement gave Japan some say in Japanese immigration to the United States. This agreement didn’t maintain order for long. Anti-Japanese sentiment was spreading up and down the West Coast, and lawmakers there called for stricter legislation. California passed the Alien Land Law of 1913, which prohibited Japanese immigrants from owning land. And so, by the end of World War I and the negotiations in Paris, Americans feared waves of Japanese immigrants. When word of the Japanese proposal reached Washington, pressure mounted from lawmakers to reject the clause. Democratic California Sen. James Phelan sent a telegram to the U.S. delegation in Paris, writing: « Believe western Senators and others will oppose any loophole by which oriental people will possess such equality with white race in United States. It is vital question of self-preservation. » With mounting pressure on the homefront and from Britain and its dominions, Wilson killed the proposal. The Japanese lost their bid for racial equality. Ultimately, the treaty Wilson had staked his presidency on was rejected by Congress. He suffered a stroke later in 1919, did not seek a third term and died three years after leaving office. The same year as Wilson’s death, in 1924, President Calvin Coolidge unilaterally banned all Japanese immigration with the Johnson-Reed Act. (…) The interwar years saw increased Japanese aggression as it attempted to gobble up more land and further assert its power on a global level. Japan became an imperial power consumed with nationalism and militarism. Japan struggled to resettle its burgeoning population. Its invasion of Manchuria, a region in China, in 1931, led to the resettlement of hundreds of thousands of farmers and migrants there. Ishiwara Kanji, the architect of the invasion, called for a « racial paradise » in this newly established puppet state. (…) Beyond the bloodshed in the Pacific, the domestic toll waged on Japanese Americans has lived on in infamy. More than 100,000 Japanese Americans were forcibly relocated from their homes and incarcerated during what has been called Japanese internment. The U.S. later acknowledged that it was on the wrong side of history, betraying its values of justice and liberty: The 1988 Civil Liberties Act, enacted by Congress, said that the government’s actions against Japanese Americans « were motivated largely by racial prejudice, wartime hysteria, and a failure of political leadership. » « Obviously whenever people think of Japanese American discrimination in the United States, the big thing that comes to mind is the World War II incarceration, » says David Inoue, executive director of the Japanese American Citizens League. But the Racial Equality Proposal demonstrates that incarceration camps are not the whole story. He sees this proposal as « part of a whole continuum of discrimination that had begun years before and even we see it continuing today … in other communities that are discriminated against. » NPR
Peut-être que la prise de conscience la plus tragique de la réalité survint lorsqu’il devint clair pour moi que la guerre ne se contentait pas de dévaster les espoirs des pauvres dans le pays. Elle envoyait aussi leurs fils, leurs Frères et leurs maris combattre et mourir dans des proportions extraordinairement élevées par rapport au reste de la Population. Nous prenions de jeunes noirs, estropiés par notre société, et nous les envoyions à 10 000 kilomètres de là pour garantir des libertés en Asie du Sud Est dont ils ne bénéficient pas eux-mêmes dans le sud-ouest de la Géorgie ou dans Harlem Est. Nous avons été placés de manière répétée devant l’ironie cruelle de regarder sur nos écrans des jeunes garçons noirs et blancs tuer et mourir ensemble pour un pays où il ne leur était pas permis de s’asseoir côte à côte dans les mêmes écoles. Nous les avons vus, dans une même solidarité brutale, mettre le feu aux huttes d’un pauvre village, mais nous réalisons qu’ils ne vivraient jamais dans le même bloc à Détroit. Je ne pouvais pas rester silencieux devant une si cruelle manipulation des pauvres. Ma troisième raison provient de mon expérience dans les ghettos du Nord durant ces trois dernières années et notamment, ces trois derniers étés. En marchant parmi les jeunes gens en colère, rejetés et désespérés, je leur ait dit que les cocktails Molotov et les fusils ne résoudraient pas leurs problèmes. J’ai essayé de leur offrir ma plus profonde compassion tout en conservant ma conviction que le changement social le plus significatif vient à travers l’action non violente. Mais, demandaient-ils, et le Vietnam ? Ils demandaient si notre pays n’utilisaient pas lui-même une dose massive de violence pour résoudre ses problèmes, pour apporter les changements qu’il souhaitait. Leurs questions ont fait mouche, et j’ai su que je ne pourrai jamais plus élever ma voix contre la violence des opprimés dans les ghettos sans avoir auparavant parlé haut et clair au plus grand pourvoyeur de violence du monde aujourd’hui – mon propre gouvernement. (…) Si l’âme de l’Amérique était empoisonnée, l’autopsie, en partie, révélerait le mot « Vietnam ». L’âme de l’Amérique ne sera pas sauvée aussi longtemps que le pays détruira les espoirs des hommes à travers le monde. Que pensent les paysans vietnamiens lorsque nous nous allons avec les propriétaires terriens et que nous refusons de traduire en actes nos nombreux discours concernant une réforme agraire ? Que pensent-ils alors que nous essayons nos dernières armes sur eux, tout comme les Allemands ont essayé leurs nouveaux médicaments et tortures dans les camps de concentration en Europe ? Martin Luther King
In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life. This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes. Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right. The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds. Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi. As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way. There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion. Walter Lippmann (NYT, April 7, 1967)
Le président vient d’utiliser une Bible… et l’une des églises de mon diocèse, sans autorisation, comme décor pour un message contraire aux enseignements de Jésus et à tout ce que nos églises représentent… Je ne peux pas croire ce que mes yeux ont vu […] Je suis scandalisée. Et je veux juste que le monde sache que nous, dans le diocèse de Washington, conformément à Jésus et sa voie d’amour… nous nous éloignons du langage incendiaire de ce président. Nous suivons quelqu’un qui a vécu une vie de non-violence et d’amour sacrificiel […] Nous sommes du côté de ceux qui demandent justice pour la mort de George Floyd et d’innombrables autres. Mgr Mariann Edgar Budde (diocèse épiscopal de Washington)
Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. (…) Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All. » Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well. “I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ” (…) Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day. (…) Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.” Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus. Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House. Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting. “That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said. Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey
Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.” The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member. Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican. Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals. Jeffrey Walton
American history is not all glorious… George Washington was a slave owner. We need to call slave owners out for what they are. Whether we think they were protecting American freedom or not, he wasn’t protecting my freedoms. To me, I don’t care if it’s a George Washington statue or Thomas Jefferson, they all need to come down. Angela Rye (CNN)
Le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays. Nikole Hannah-Jones
Je voterais pour Joe Biden même s’il faisait bouillir des bébés et les mangeait. Ce n’était pas mon candidat, mais reprendre la Maison Blanche est si important. (…) Que vous croyiez ou non Tara Reade… vous devriez voter pour Joe Biden s’il est le candidat. … Nous n’avons pas le luxe de ne pas participer aux élections pour nous sentir moralement purs ou pour envoyer un message sur les agressions sexuelles et #BelieveWomen. Cela n’aidera en rien les femmes. Ou n’importe qui d’autre. Katha Pollitt
I know that [concerns over having no law enforcement] comes from a place of privilege. For those of us for whom the system is working, I think we need to step back and imagine what it would feel like to already live in that reality where calling the police may mean more harm is done. Lisa Bender (Minneapolis city council president)
I remember when I was being gang-raped & beaten by a mob in Egypt, would have been great to have a police force to call then. Would that have been my white privilege talking? Lara Logan (CNN)
Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum. We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents. In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point. As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised. This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory. The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance. Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”. In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge. Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another. The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice. And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today. The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda. Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob. In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection. Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America. (…) These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society. These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism. Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy. In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism. And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials. Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…” (…) So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites? Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery? That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??” When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right. » Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”. (…) Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds. Melanie Phillips
The cause of death was listed as “cardiopulmonary arrest complicating law enforcement subdual, restraint, and neck compression.” It went on to list “other significant conditions: Arteriosclerotic and hypertensive heart disease; fentanyl intoxication; recent methamphetamine use.” In other words, George Floyd fit the description of what is known in the law as an eggshell victim. The doctrine of the eggshell victim holds that a defendant is fully liable for injuries he inflicts on a plaintiff even if the plaintiff had a preexisting condition that made him more susceptible to being injured. But for this doctrine to apply, it must be shown that the defendant was acting unlawfully when he caused the injury. This is where things get murky and begin to escape the confines of the narrative. Police officers, but few others, know that “I can’t breathe” is the universal complaint of the resisting arrestee. Police officers also know, as most others do not, that handcuffed suspects can fight and escape, especially when officers are confronted by hostile onlookers. Defense attorneys will argue, not without evidence, that Floyd died not because of the application of unlawful force, but rather that it was his own resistance to lawful force, exacerbated by his documented medical conditions and drug use, that triggered a fatal heart attack. Fentanyl and methamphetamines can and often do bring about fatal arrhythmias even absent the type of exertions attributed to Floyd in the complaint. Yes, there came a point when Floyd ceased to struggle and should have been brought to a seated position. Was it this failure to follow what has for decades been standard police procedure that caused Floyd’s death, or did his struggling stop only when the fatal heart attack occurred? These are questions medical experts on both sides will testify about at trial, but for convictions the prosecutors must prove beyond a reasonable doubt that Chauvin was the proximate cause of Floyd’s death and that the others assisted him in the act. In all my years as a police officer I have never seen the seeds of reasonable doubt planted in the very pages of a criminal complaint as they have been here. As I wrote of Michael Slager four years ago, it is not a question of whether Chauvin and the others were right or wrong, but rather of how wrong they were. Murder is a serious charge that requires serious evidence. As things now stand, I don’t think the prosecutors have it. Jack Dunphy
We’ve never seen anything like it, at all. … I don’t even know how to put it into context. It’s beyond anything that we’ve ever seen before. When CPD has to turn its attention elsewhere and there’s suddenly this vacuum that opens up, you also unfortunately see a picture like you saw with [last] weekend where you see an absurd amount of carnage, people getting injured and killed. Max Kapustin (senior research director at the Chicago crime lab)
We didn’t find evidence for anti-Black or anti-Hispanic disparity in police use of force across all shootings, and, if anything, found anti-White disparities when controlling for race-specific crime. Researchers at the University of Maryland and Michigan State University
When I look at cities in which the investigation was preceded by a viral event, homicide goes up considerably. Total crime goes up considerably.” What happens is that police effectively pull back. They don’t stop doing their jobs, but they become less proactive and curb their interactions with civilians. In Chicago, there was a 90% drop in police-civilian contacts immediately after the announcement of an investigation, and “Baltimore literally went to zero” after a probe was announced there. In cities where these contacts fell the most, homicides increased the most. Sadly, the decision to launch departmentwide state and federal inquiries into the deaths of Brown, McDonald and Gray resulted in numerous additional deaths. Mr. Fryer said that because of changes in police behavior following investigations in these and other cities, “my estimates show that we lost a thousand more lives, most of them black as well, because of an increase in homicides. I never would have guessed that if police stopped putting in the effort, that homicides would change like this. You hear some people say ‘Oh, we want to police our own neighborhoods, get out.’ No, you don’t want that. I guess I always knew it was a foolish idea, but I didn’t realize it was this deadly. Roland Fryer (Harvard)
Des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau. Camélia Jordana
Le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur. Virginie Despentes
Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer. Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. (…) Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant. Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel. Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire. Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ». Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique. Jean-Luc Mélenchon
En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte. C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné. Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur. Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires. Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive. Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale. Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir. Victor-Isaac Anne
Puisque nous en sommes au chapitre de la comptabilité morbide et raciale, la même journaliste révélait le 9 mai qu’en 2018, 2925 noirs étaient tués et que 2600 de leurs meurtriers étaient noirs. Mme Owens précisait également que «les hommes noirs tuaient deux fois plus les blancs que les hommes blancs tuaient des noirs». Puisqu’on doit apparemment sombrer dans ce racialisme permanent et obsessionnel, pourquoi donc les chiffres que je viens de livrer relèveraient-il de l’indicible? Avançons donc plus avant dans ce système pervers et sélectif, et souvenons-nous par exemple de la mort de Tony Timpa. Comme le pauvre George Floyd, il a été étouffé à mort par des flics très rigolards en dépit de ses supplications: «Vous êtes en train de me tuer». Exactement la même abomination. Mais dans ce dernier cas, ni violences, ni pillages. Ni foule médiatique déchaînée. C’est que Tony était blanc. Il faut également évoquer cet anti-trumpisme primaire qui fait que dans les premières heures du chaos, beaucoup ici en France auraient aimé lui faire porter le chapeau. Difficile quand on sait que l’appareil d’État du Minnesota est démocrate et que le mouvement Black Lives Matters est une réaction à la violence policière déplorée sous Obama. Puis-je également, sans offenser le courant médiatique principal, faire observer que les mêmes, il y a quelques jours, taxaient d’extrême-droitistes dangereux ceux qui, en Amérique, au nom de la liberté, refusaient tout confinement? À croire que le virus, malin mais compatissant, respecterait une sainte trêve en permettant les rassemblements en nombre. La même licence aura été accordée aux milliers d’étrangers sans papiers qui ont défilé sans entraves samedi dans les rues de Paris dans un silence médiatique impeccable. Ainsi, en France, lorsque des Français sont massacrés par centaines par le fanatisme ou le racisme, parfois antisémite, de l’islamisme, s’ensuivent des marches blanches forcément «dignes et silencieuses». Point de colères noires avec violences et pillages obligatoires. Je voudrais enfin écrire les lignes qui viennent pour faire réfléchir. Je n’aurais pas la stupidité de vouloir ignorer, au-delà de sa violence, un courant raciste dans la police américaine. Mais à quoi sert une généralisation abusive sauf à déclencher la guerre des races? Ici en France, par un mimétisme stupide, une artiste a évoqué les massacres que la police française commettrait à raison de la couleur de peau. Si on se regarde les choses rationnellement, imagine-t-on la réaction encolérée de certains policiers français qui, pour ne pas être racistes, ne sont pas tous des pianistes distingués? Sartre, dans ses Réflexions sur la question juive, a écrit des lignes pénétrantes sur la propension de l’être injustement caricaturé à vouloir parfois ressembler à sa caricature. Le racialisme pervers gagne chaque jour un peu plus, par mimétisme, la société française. Montre-moi de quelle couleur de peau tu es, et je te dirai si je te hais. La différence raciale devient obsessionnelle. Et le racisme, très équitablement partagé sur la planète, serait pourtant la propriété monopolistique du blanc. Déjà, sur la radio d’État, la racialisation devient un outil d’investigation journalistique. C’est ainsi que le 27 mai, le rédacteur en chef numérique de France Inter écrivait tranquillement: «Nous avons demandé à neuf personnes racisées de réagir aux propos de Camélia Jordana». Et à la suite, les photos et réactions de neuf personnes noires ou maghrébines. Je voudrais, pour conclure, écrire que je ne me fais aucune illusion sur la portée d’un raisonnement qui s’adresse à la raison. Le racialisme sélectif s’adresse aux bas instincts alimentés par cette rage idéologique que suit la foule médiatique déchaînée avec un plaisir hystérique. La race est de retour, via l’antiracisme sélectif gauchisant qui est au XXIe siècle ce que le racisme droitisant était au XIXe siècle. La guerre des races est avancée. Gilles-William Goldnadel
L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama. Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. (…) Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable. Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République. Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ? L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République. À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal. Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes. Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme. (…) L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système. L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne. (…) La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque. (…) On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère. Alain Finkielkraut
Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie. (…) Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. (…) Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur. (…) Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux… (…) Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux. Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ». (…) Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! » En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non. Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit. On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait. (…) Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue. (…) Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ? Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle. (…) ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ? Raphaël Enthoven
Nous avons tendance à imaginer, contre toute évidence, que la socialisation peut tous nous débarrasser de l’intolérance et nous apprendre un plus grand respect de la différence, si seulement nous avions la volonté, les ressources et la possibilité de fournir les bonnes expériences. (…) Selon cette compréhension de la réalité, les différents peuvent rester aussi différents qu’ils le souhaitent et les intolérants finiront tolérants par les vertus de l’éducation. Mais tous les indicateurs montrent que l’exposition à la différence, les discours sur la différence et le fait d’applaudir la différence – autant de marques de fabrique de la démocratie libérale – sont les meilleurs moyens d’exaspérer ceux qui sont foncièrement intolérants et de garantir l’expression accrue de leurs prédispositions dans des attitudes et des comportements manifestement intolérants. (…) Paradoxalement, il semblerait donc que le meilleur moyen de juguler l’intolérance envers la différence soit d’exhiber nos ressemblances, d’en discuter, de les applaudir. (…) Au bout du compte, rien n’inspire plus la tolérance chez l’intolérant qu’une abondance de croyances, de pratiques, de rituels, d’institutions et de processus communs et fédérateurs. (…) En définitive, rien n’inspire une plus grande tolérance de la part des intolérants qu’une abondance de croyances, pratiques, rituels, institutions et processus communs et unificateurs. Et malheureusement, rien n’est plus sûr de susciter une expression accrue de leurs prédispositions latentes que ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues et la non-assimilation. En fin de compte, notre célébration criante et notre insistance absolue sur l’autonomie individuelle et la diversité sans contrainte poussent ceux qui sont par nature les moins équipés à vivre confortablement dans une démocratie libérale non pas aux limites de leur tolérance, mais à leurs extrêmes intolérants. Karen Stenner
Si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux en ligne, mais qui ne sont pas suivis d’enquête (…), rien ne change – les niveaux d’activité policière et de criminalité sont à peu près les mêmes. Mais si vous avez des tirs de policiers qui deviennent viraux et qui font l’objet d’une enquête, les activités de la police chutent et la criminalité augmente de façon spectaculaire. Roland Fryer (Harvard)
Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale. (…) 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les flics sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités. D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique. (…) Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?  Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche… Heather Mac Donald
Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations. Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines. (…) la spécialiste Heather MacDonald (…) prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police». Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police. Luc Lenoir
90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame! A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle! Ecoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines. Xavier Raufer
La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. (…) Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains. Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs. Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs. Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analogues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises. (…) à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire. Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant. Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ? Xavier Raufer

Après l’hystérie collective du coronavirus, le psychodrame du racisme systémique !

Au lendemain d’un confinement aveugle qui a vu, sans compter les dommages économiques et sociaux, des sommets d’hystérie et de psychose collective

Comment ne pas voir …

Suite à l’interpellation ayant mal tourné (pour des raisons personnelles et donc non « systémiques » ?), d’un ancien délinquant multirécidiviste ayant tenté de faire passer un faux billet et ayant résisté à son arrestation …

Mais peut-être fragilisé par ses problèmes de circulation et les drogues ingérées

Sous prétexte qu’il était noir et que le principal policier était blanc alors que ce dernier était accompagné d’un autre blanc mais aussi d’un noir et d’un asiatique

La nouvelle hystérie collective qui revient entre déboulonnages de statues, autodafés matériels et culturels et appels au démantèlement de la police mais aussi meurtres

Avec cette nouvelle génération, leaders religieux « progressistes » compris, de génuflexants et flagellants qui avec son lot d’antisémitisme comme au Moyen-Age …

Après la France et maintenant l‘Espagne, suit périodiquement les épidémies …

Et qui, contre l’évidence des faits mais année électorale oblige, n’a plus que le mot racisme à la bouche …

Alors qu’étude après étude, l’on sait qu’il n’y a pas de discrimination raciale lors des tirs de police et même que les policiers blancs sont moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs ou hispaniques …

Et que, loin de faire diminuer la violence, la diabolisation de la police qui suit les quelques cas d’usage disproportionné de la force par celle-ci la fait augmenter en poussant lesdits policiers au retrait dans les zones où elles sont le plus nécessaires …

Sans compter, comme l’a montré la psychologue Karen Stenner …

Que loin de mettre un terme à l’intolérance …

Les célébrations de la différence et de la diversité comme ‘l’éducation multiculturelle’, les politiques bilingues ou la non-assimilation ne font que l’exaspérer …

Alors que comme l’avait montré le pasteur Martin Luther King avant de se fourvoyer dans le pacifisme radical

Oubliant qu’au Vietnam comme au Japon, les races de couleur ont elles aussi leur volonté de puissance …

Ce sont nos ressemblances et l’ensemble des croyances, pratiques, rituels et institutions que nous avons en commun …

Qu’il faudrait, au lieu de les fouler au pied comme nos enfants gâtés à la Kaepernick avec le drapeau national, les mettre en avant … ?

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel
Xavier Raufer
Sécurité globale
Cairn
2019/4 (N° 20)

La vie de la population noire des États-Unis n’a jamais été facile et ne l’est pas plus aujourd’hui. Pour s’en persuader, il suffit de visiter les lieux où d’usage elle vit, quartiers où, comme à Chicago, son espoir de vie peut être de trente ans plus bref que dans les secteurs blancs-riches de la ville ; et de voir qu’en 2017 encore, 38% des enfants noirs fréquentent des écoles où moins de 10% des élèves sont blancs (l’apartheid, c’est ça).

Mais aux difficultés qu’éprouve cette population, se surajoute l’attitude de la gauche académique et médiatique qui, par pur moralisme, ne s’indigne que des seuls homicides de Noirs commis par la police américaine ou par des Blancs ; considérant donc – absurdement – que les non-Noirs du pays constituent un meurtrier et tout-puissant Ku-Klux-Klan, voué à exterminer les Afro-Américains.

Récemment encore, L’Express souligne ainsi que 1,5% des Noirs américains de 20 à 24 ans meurent sous les tirs de la police – fait consternant – mais tait que, constamment et de longue date, ± 90% des Noirs américains sont assassinés par d’autres Noirs. Sans doute y-a-t-il des raisons à cela, mais l’énormité même du pourcentage devrait pousser les commentateurs à exposer cet essentiel fait brut. Or la théorie du”privilège blanc” tient justement à cela : pour qu’elle soit vraie, il faut et il suffit que TOUTE la police et TOUTE la justice des États-Unis soient implicitement ou ouvertement racistes, agissant et jugeant à 100% contre les Noirs.

Soulignons ici que cette idéologie du”privilège blanc” n’est pas celle de la population noire en général ; certes, soucieuse de ne pas servir de cible à tout propos, elle est sinon (sous l’influence de ses puissantes Églises) plutôt conservatrice et répressive en matière de sécurité et de justice, maints sondages le montrent. Le « privilège blanc » est plutôt l’apanage de jeunes gens riches, blancs mais torturés de haine de soi et de ludions médiatiques de toutes couleurs.

Avant d’examiner les faits et données disponibles, rappelons aussi que depuis une décennie, toute la société américaine, justice et polices incluses, subit l’étouffant tsunami du « politiquement correct »… diversité… inclusif… etc.; tout fait ethnique y éprouvant le sourcilleux contrôle (sans doute bénéfique, vu le passé du pays) de Black Lives Matter et cent groupes analo-gues; quand cependant, les statistiques ethniques-raciales y restent permises.

Reste que dans la statistique américaine, « race », « ethnicité » ou « origine » ne vont pas de soi, recensements ou sondages opérant par auto-déclaration. On dit par exemple « X personnes se considèrent comme d’origine hispanique », mais un Hispanique peut aussi se déclarer Blanc. Et ceux qu’évidemment, nous dirions métis en Europe, comptent comme Noirs aux États-Unis.

Voici donc, pour éclairer le débat, l’éventail racial donné par le dernier recensement national des États-Unis (1/07/2016):

•Blancs (hors hispaniques): 61,3%

•Hispaniques/Latinos: 17,8%

•Noirs/Afro-Américains: 13,3%

•Asiatiques: 5,7%

•Amérindiens: 1,3%

•Métis, NSP: 0,4%

•Insulaires du Pacifique: 0,2%.

Dernier point méthodologique: nous comptons plus bas des individus, interpellés, mis en cause ou inculpés, ce qui ne préjuge bien sûr pas de leur culpabilité.

Mais aux États-Unis, les Cours fédérales jugeant les serious crimes, homicides, viols, vols avec armes, etc., ont en 2016 condamné 91,2% des inculpés, 8,8% étant innocentés – donc, taux d’adéquation correct1.

Qui plus est, deux taux, élucidation des crimes dans un sens, récidives dans l’autre, renforcent le tableau général mis en cause-culpabilité:

• Taux d’élucidation des crimes graves (« serious crimes ») aux États-Unis en 2017:

•Homicides: 61,6% (chiffre noir, 38,4%)

•Viols: 34,5% (chiffre noir, 65,5%)

•Vols avec armes: 29,7% (chiffre noir, 70,3%)

• Taux de récidive après trois ans:•États-Unis: 68%

•Comparaison avec la France et l’Allemagne: respectivement 48 et 46%.

Surreprésentation des Noirs dans les statistiques criminelles américaines2(FBI-UCR, 2016)

Total des arrestations aux États-Unis (toutes infractions) en 2016: 8 421 481

Total des arrestations pour serious crimes3aux États-Unis en 2016: 408 873,Sur ces 408 873 crimes graves, total des arrestations « par race ou origine »:

•Prévenus se disant, ou déclarés, Blancs et hispaniques: 241 063

•Prévenus se disant, ou déclarés, Afro-Américains: 153 341

•Prévenus … Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 14 416

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 149

Proportion ethnique des inculpés pour les homicides commis aux États-Unis en 2016:

•Blancs et hispaniques: 44,7% du total

•Afro-Américains: 52,6%

•Amérindiens, Asiatiques ou insulaires du Pacifique: 2,7%

Coups de projecteurs sur cette surreprésentation

État de l’Illinois (UCR-Illinois) – Blancs, 64%, Noirs, 14%.2017: 1 010 homicides dans l’État, dont 650 à Chicago.

Pour ces 1 010 homicides, 409 mis en cause; voici leur race, telle que figurant au dossier: Noirs, 271 (66% du total); Blancs, 83; Hispaniques, 54.

État du Connecticut (UCR-Con.) Blancs, 71%; Noirs 10%.105 homicides recensés dans cet État en 2017.

Pourcentage ethnique des homicides élucidés (un coupable a été trouvé puis condamné): Blancs, 28%; Noirs, 58% des mises en examen et 40% des condamna-tions, Asiatique: 1 cas.

Ville de Seattle et King County (Étude du Public Health Department de la ville, homicides par armes à feu, 2010-2016).

Rappel, l’administration locale se situe politique-ment quelque part entre libérale-libertaire et socialiste.Blancs dans le comté, 76%; Noirs, 7%.

69 homicides par armes à feu, 2010 à 2016; mis en cause, 39 Noirs, 56% des inculpés.

Ville de Pittsburgh – Étude du Pittsburgh Police Department (PPD) et de la mairie, 2010 à 2015. Rappel, sur les 5 derniers chefs du PPD, 3 sont Afro-Américains.

Blancs, 65%; Noirs, 26%.2010-2015: sur 100 victimes d’homicides, 85 sont noires.- sur 100 victimes d’homicides non élucidés, 97 sont noires.

2018: victimes des 58 homicides: Noirs, 50, Blancs, 8.Inculpés pour ces 58 homicides: Noirs, 24; Blancs, 7.

Ville de Saint-Louis – Noirs, 49%; Blancs, 43%.

Données du Saint-Louis Police Department, 1er semestre 2019: 110 homicides dont 99 Noirs. Inculpations pour 41 de ces homi-cides: Noirs, 37 (90% du total); Blancs, 4.

Ville de Cincinnati – Blancs, 49%; Noirs, 45%.2018: 63 homicides; victimes noires, 84%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 30 inculpations: Noirs, 58%; Blancs, 17%; la race est absente de 25% des dossiers.

2017: 74 homicides; victimes noires, 85%; blanches, 14%. Pour ces homicides, 21 inculpations: Noirs, 71%; Blancs, 5%; la race est absente de 23% des dossiers.

Les Noirs sont-ils spécialement visés par la justice des États-Unis ?5

Individus jugés par une Cour fédérale de justice, année fiscale 2016, caractéristiques démographiques – race ou origine hispanique.

Cas considérés: 63 593 (formant donc 100% du total)

•Blancs: 20,9%,

•Afro-Américains: 19,8%

•Hispaniques-Latinos: 55,7%!!

•Amérindiens, 2,2%

•Asiatiques+Pacifique: 1,3

•NSP: 1%.

Plus largement maintenant, à l’échelle des États-Unis entiers, de méticuleuses recherches des analystes du ministère fédéral de la Justice et du FBI sur la période 1976-2005, établissent le fait terrible que dans plus de 90% des cas, l’assassin d’un Noir est un autre Noir; et que les jeunes hommes afro-américains ont 20 fois plus de morts que leur proportion dans la pyramide américaine des âges et des ethnies. Et si les choses ont évolué depuis 2005, c’est plutôt en pire.

Imaginons que les injonctions médiatico-académiques soient à 100% suivies d’effet et qu’on en finisse, par la prévention ou la répression, avec les meurtres commis par des policiers ou des Blancs racistes: sur cent homicides de Noirs, on en supprimerait 8 ou 9; sinon, la tuerie continuerait comme avant.

Est-ce un objectif décent ? Ou faut-il, sur la base de faits réels, traiter ce drame dans sa profondeur humaine ?

Comparaison avec l’ensemble Angleterre+Pays de Galles (E+W)

Pays anglo-saxon, au système judiciaire proche de celui des États-Unis, mais ne souffrant sans doute pas des mêmes biais culturels.

Homicides, États-Unis et « privilège blanc » criminel 151

Dernier recensement de la population de E+W: Blancs, 83, 35%; Asiatiques, 6,69%, (dont originaires du sous-continent indien, 5,87% et Chinois, 0,82%); Noirs, 2,81%.

 

 

 

 

Sources :

L’Express+Afp – 6/08/2019 « Aux États-Unis, les noirs encourent plus de risques d’être tués par la police »

Reported Crime – Cincinnati – 25/07/2019 (by month),

Wellcome Open Research – 25/06/2019 « A systematic review of criminal recidivism rates worldwide, 3 years update – Denis Yuknenko, Seena Fazel, dept. of psychiatry, Oxford U.; Shivpriya Sridhar, U-North Carolina, Chapel Hill, NC,

The Guardian – 23 Jun 2019 – ’It’s totally unfair: Chicago, where the rich live 30 years longer than the poor » – (Blancs: ± 90 ans, Noirs, ± 60 ans),

NBC News – 11/03/2019 « White parents are enabling school segregation if it doesn’ hurt their own kids »,Seattle and King County –

Public health – March 2019 « Firearm deaths among residents of King County and Seattle, 2012-1016 »,Federal Justice Statistics, 2015-2016 – January 2019,

State of Connecticut – 2017 « Crime in Connecticut – Annual report of the Uniform Crime Reporting, Dept. of emergency services and public protection, Crimes analysis unit »,

FBI – Uniform Crime Report, 2016 « Crime in the United States »,UK Crime Statistics – Year 2014 « Race and criminal justice system.

Notes

1. Sur 2474 cas en 2016, dernières données disponibles; Cf. « Table 6, Disposition and case-processing time of defendants in cases terminated in US District Courts, FY 2016 ».

2. FBI – Uniform Crime Report – 2016 (compile les statistiques et données de 13 049 services de police divers, la population américaine étant cette année-là de ± 257 113 000 individus. Le tableau ici considéré est « Table 21 – Arrests by race and ethnicity ».

3. – Homicides… coups & blessures ayant entraîné la mort… viols… vols avec armes ou vols violents. Dans tous les cas, il s’agit bien sûr des infractions connues des autorités, hors « chiffre noir ».

4. Nous avons choisi cet échantillon plutôt au nord des États-Unis, les données de sa part méridionale étant parfois encore entachées de tropismes « sudistes ». Au nord, nous avons pris des États et villes à léquilibre racial très divers (de 10% à majorité de Noirs), pour donner une vision large du problème.

5. Federal Justice Statistics – Table 5 – Demographic characteristics of defendants charged in US Federal District court, Fiscal Year 2016 – race or hispanic origin (caractéristiques démographiques des inculpés par une cour fédérale de justice US).

Voir aussi:

Interview

« Non, les flics américains ne sont pas racistes »
Heather Mac Donald, spécialiste de la police et auteur de War on Cops (« Guerre contre les flics », 2016) pourfend la bien-pensance.
Propos recueillis par Axel Gyldén
L’Express
14/03/2017

Que dire du tweet de Trump sur la criminalité à Chicago?

Heather Mac Donald. J’applaudis. Trump est le seul à attirer l’attention sur cette violence qui touche majoritairement les Noirs. Cela dit, il surestime le rôle du gouvernement fédéral dans la lutte contre le crime. La police est avant tout une affaire locale.

La police est-elle raciste?

H. M. D. 26% des personnes tuées par la police aux Etats-Unis sont des Afro-Américains, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Doit-on en déduire que les cops [flics] sont racistes? Non. Simplement, ils interviennent avant tout dans les quartiers en proie à la criminalité. Or c’est là que résident les minorités.

D’où un risque accru de confrontation avec la population noire ou latino. A Chicago, les Afro-Américains représentent un tiers de la population, mais sont responsables de 75% des fusillades. Ce n’est pas un jugement, juste une statistique.

L' »effet Ferguson », c’est quoi?

H. M. D. Depuis qu’un jeune Noir a été abattu par la police à Ferguson, en 2014, l’association Black Lives Matter « vend » l’idée que les policiers sont intrinsèquement racistes. Le débat est pollué par le tabou sur la criminalité noire. Alors sommes-nous autorisés à parler des victimes?

Les Blacks sont six fois plus souvent victimes d’homicides que les Blancs et les Latinos. En 2016, 20 enfants noirs ont été blessés ou tués à Chicago. S’ils avaient été blancs, le scandale aurait été énorme. Mais comme ce sont des Noirs tués par des Noirs, tout le monde s’en fiche…

Voir également:

Crimes et abus policiers : ce que disent les statistiques ethniques aux États-Unis

DÉCRYPTAGE – Le mouvement «Black Lives Matter» fonde ses accusations contre les forces de l’ordre sur une analyse biaisée de la délinquance américaine.

Luc Lenoir
Le Figaro
9 juin 2020

Les «cops» américains devront-ils, comme les manifestants, mettre un genou à terre? Ces derniers jours, de nombreux médias ont analysé les données concernant la probabilité d’un homicide policier en fonction de la race de la victime, les statistiques ethniques étant autorisées aux États-Unis. Avec un verdict terrible selon eux : les Noirs auraient de grands risques de mourir d’une balle de police, tandis que les Blancs jouiraient au contraire d’un «privilège» en la matière, comme dans d’autres domaines. Mais peu se sont intéressés à l’analyse de la criminalité, qui donne pourtant logiquement des clés pour juger plus finement du comportement des forces de l’ordre. En jeu, l’accusation par le mouvement Black Lives Matter d’un «racisme systémique» des forces de police américaines.

Dans une note publiée par le portail Cairn en février dernier, le criminologue Xavier Raufer revenait en détail sur les «crimes graves» («serious crimes») constatés outre-atlantique : homicides, coups et blessures ayant entraîné la mort, viols, vols avec armes ou vols violents. Sans négliger les difficultés de certaines communautés afro-américaines, et soulignant d’abord l’état d’«apartheid» dans lequel se trouve le pays, Xavier Raufer souligne une surreprésentation manifeste «des Noirs dans les statistiques criminelles américaines», constat obligatoire pour comprendre ensuite la situation policière du pays. Sur les 408.873 arrestations pour «serious crime» en 2016, 241.063 prévenus se définissaient blancs ou hispaniques, et 153.341 Afro-Américains. Une proportion de 37,5% du total, supérieure aux 13,3% d’Afro-Américains recensés dans la population américaine.

Rapportés à la population, les membres déclarés ou se disant Afro-Américains ont donc davantage de risque de tomber dans la criminalité et d’être arrêtés pour cela (la relation entre mise en cause et culpabilité finale étant avérée dans 91,2% des cas, selon la justice américaine). Dans l’Illinois, les Noirs représentent ainsi 14% de la population, mais 66% des mis en cause pour homicide en 2017. À Seattle et dans le comté de King, on dénombre 6% de Noirs mais 56% parmi les inculpés pour crime. À Pittsburgh, où Xavier Raufer souligne que trois des cinq derniers chefs du Police Department sont eux-mêmes Afro-Américains, il y a 26% de Noirs dans la ville, mais sur les 58 homicides en 2018, 24 inculpés sont noirs contre 7 blancs.

Loin de conclure à une délinquance «des Noirs» sui generis, Xavier Raufer souligne auprès du Figaro que le premier constat préoccupant est celui d’une criminalité touchant principalement les… Afro-Américains : «90% des meurtres de Noirs sont commis par d’autres Noirs, là est le vrai drame!». Concernant le conflit qui oppose les manifestants du mouvement Black Lives Matter à la police, le directeur d’étude au CNAM rétorque que le climat général de violence aux États-Unis concerne toutes les communautés: «A la violence extrême des délinquants répond celle des policiers, brutaux envers tout le monde sans distinction. C’est la violence globale de ce pays qui est à prendre en compte : n’importe quel retraité de 75 ans peut sortir une arme lors d’un contrôle!» Xavier Raufer insiste toutefois sur la culture de violence qui imprègne certaines communautés noires des grandes agglomérations : «écoutez le Drill, la musique des gangs juvéniles ethniques des États-Unis. Ce sont des appels au meurtre par des rappeurs rendus fous par un usage massif d’alcool et de Concentrate (marijuana ultra-puissante). Tels sont les angelots qu’affrontent au quotidien les polices des métropoles américaines».

La police tue-t-elle certains prévenus plus que d’autres?

Mais ces derniers représentent-ils l’ensemble des Noirs arrêtés? La surreprésentation statistique suffit-elle pour donner un blanc-seing à la police, quand elle tue un prévenu? On peut ici comparer l’ethnie des personnes tuées par la police, pour vérifier si telle ou telle communauté est particulièrement visée. Les Blancs et Hispaniques représentent par exemple 58,9% des personnes arrêtées pour «crime grave». Les mêmes couleurs de peau constituent 56,7% des personnes tuées par la police, selon les données du portail statistique Statista, compilant quatre années jusqu’à juin 2020*. Les pourcentages sont proches, tendant à indiquer que les drames lors d’arrestations ne concernent pas spécifiquement les personnes de ces deux ethnies. Les Afro-Américains constituent quant à eux 37,5% des prévenus pour crime grave, et 22,1% des personnes que la police a tuées en voulant procéder à leur arrestation. Le pourcentage de victimes de police est donc plus faible chez les Afro-Américains, par rapport à leur proportion lors des arrestations.

Bien sûr, les tirs létaux par les forces de l’ordre recouvrent des situations très différentes (bavures, individus armés ou non, etc.). Nul ne saurait déduire, à l’aune de ces pourcentages, à l’innocence ou la culpabilité présumée d’un policier tueur. Mais si l’on s’en tient aux chiffres de la criminalité et des arrestations, il semble difficile de conclure à un quelconque racisme systémique de la part des forces de l’ordre américaines.

Une conclusion partagée par la spécialiste Heather MacDonald (chercheuse et auteur du best-seller War on Cops – La Guerre aux Flics, 2016), dans un article du Wall Street Journal. La chercheuse du Manhattan Institute prend appui sur une analyse judiciaire des données de la police de Philadelphie, ayant établi en 2015 que les policiers blancs étaient moins susceptibles de tirer sur des suspects noirs non-armés que leurs collègues noirs et hispaniques. D’autres études vont en ce sens, comme celle de l’économiste d’Harvard Roland G. Fryer qui concluait en 2016 (puis à nouveau en 2018) à l’absence de preuves d’une «discrimination raciale lors des tirs de police».

Une désescalade de la violence est-elle possible?

Pour Heather MacDonald, «toutes les analyses contraires oublient de prendre en compte les taux de crime et le comportement des civils, avant et pendant les interactions avec la police». Et d’appeler au calme : «Les policiers de Minneapolis qui ont arrêté George Floyd doivent répondre de leur utilisation disproportionnée de la force et de leur indifférence cruelle à sa détresse. Les entraînements de police doivent mettre les bouchées doubles sur les tactiques de désescalade». Un constat partagé par Xavier Raufer, qui entrevoit quelques solutions techniques: «Il faudrait engager un dialogue, ne serait-ce que sur le maintien de l’ordre. Interroger les criminels, comprendre ce qui les a fait se tenir tranquille ou sortir de leurs gonds lors de leur arrestation, et adapter les techniques comportementales de la police.» Suffisant pour faire l’économie d’une vraie réflexion sur les divisions communautaires américaines? «Certainement pas», s’inquiète toutefois l’essayiste français, en écho à la conclusion de son homologue américaine : «la mort de Floyd ne doit pas saper la légitimité du maintien de l’ordre aux États-Unis, sans quoi nous continuerons sur un chemin vers le chaos».


*Les chiffres des arrestations datent de 2016, tandis que ceux des tués par la police sont établis entre 2017 et 2020. Néanmoins, les tendances de criminalité par ethnies n’ont pas changé sur l’ensemble de la période.

Voir de même:

Alain Finkielkraut: « La honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise »

GRAND ENTRETIEN – Le philosophe voit dans l’actualité qui a suivi la mort de George Floyd le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes.

Eugénie Bastié
10 juin 2020

Les images terribles de la mort de George Floyd, tué par un policier américain blanc, ont fait le tour du monde. L’émotion légitime s’est transformée en une «frénésie mimétique» ne tenant plus compte du réel, argumente cependant le philosophe*, qui met en garde contre l’importation de problématiques américaines dans notre pays à l’histoire bien différente. La dénonciation d’un «racisme systémique» et de violences policières racistes oublie que «dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur».

Alain Finkielkraut voit dans le moment présent le déploiement d’un nouvel antiracisme qui tient moins à promouvoir l’égale dignité des personnes qu’à déconstruire l’hégémonie occidentale dans les pays occidentaux eux-mêmes. La notion de «privilège blanc» est une forme d’ «autoracisme» qui perpétue, sous une nouvelle forme, la mauvaise conscience de la classe bourgeoise.

LE FIGARO. – L’homicide de George Floyd par un policier américain, qui a été filmé, a déclenché des émeutes partout aux États-Unis. En réponse, Donald Trump a annoncé sa volonté de rétablir «la loi et l’ordre». Que vous inspire cette Amérique à feu et à sang?

Alain FINKIELKRAUT. – Ce qui nous distingue des hommes d’autrefois, c’est que nous sommes devenus des spectateurs. Nous voyons les événements dont nos prédécesseurs prenaient connaissance par le récit oral ou par la lecture. Ce «nous» ne souffre plus guère d’exceptions: où que nous habitions, nous sommes, par la grâce de l’écran, aux premières loges. L’image de George Floyd méthodiquement asphyxié par un policier de Minneapolis a fait le tour du monde et elle est insoutenable. «I can’t breathe», haletait, suppliant, l’homme noir, tandis que son bourreau blanc, imperturbable et même arrogant, appuyait le genou sur sa nuque jusqu’à ce que mort s’ensuive. Je comprends les Américains qui sont spontanément descendus dans la rue pour exprimer leur dégoût, leur honte et leur colère. Mais je me pose aussi cette question: la vérité de l’Amérique est-elle tout entière déductible de cette image?

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd

L’émotion doit inspirer la réflexion, mais elle ne peut pas dispenser de la connaissance. Car il y a les chiffres: selon la base de données du Washington Post, deux fois plus de Blancs (2416) que de Noirs (1263) ont été tués par la police depuis le 1er janvier 2015. Certes, comme le souligne très justement le journal Libération, le rapport s’inverse totalement en proportion de la population: les Noirs représentent 13 % de la population américaine, et les Blancs 76 %. Mais dans ce pays où les policiers ont la gâchette d’autant plus facile que les armes sont partout, on ne saurait parler d’un «racisme systémique» ou structurel des forces de l’ordre. Il y a aussi l’histoire: la guerre de Sécession, le mouvement des droits civiques qui a aboli la ségrégation, l’Affirmative Action dans les universités pour asseoir dans les faits l’égalité formelle des droits, l’apologie des minorités par le politiquement correct, les deux mandats à la Maison-Blanche de Barack Obama.

Il y a enfin ces autres images: le maire afro-américain de Houston annonçant les obsèques dans sa ville de George Floyd ou encore la maire afro-américaine d’Atlanta apostrophant avec véhémence les émeutiers qui discréditaient la protestation par le pillage des magasins de vêtements ou de matériel informatique. Des élus noirs dirigent aujourd’hui deux anciens bastions du ségrégationnisme. Les suprémacistes ont bien perçu ce grand basculement: s’ils sortent aujourd’hui du bois, s’ils hurlent «You will not replace us!», c’est qu’ils craignent de voir l’Amérique leur échapper et de devenir tôt ou tard minoritaires. Ces apeurés forment le cœur de l’électorat de Donald Trump. Et celui-ci, au lieu de parler à la nation tout entière, s’adresse en priorité à eux. Il trahit, en jetant ainsi de l’huile sur le feu, sa mission présidentielle.

La question noire demeure la grande tragédie de l’histoire américaine, mais elle ne se résume pas à l’assassinat de George Floyd.

La crise aux États-Unis a occasionné en France un regain de la dénonciation des violences policières racistes à l’égard des minorités, s’appuyant notamment sur le cas d’Adama Traoré. Faut-il s’inquiéter de l’importation en France des problématiques américaines?

Saisis d’une véritable frénésie mimétique, des manifestants, à Paris et dans la plupart des villes françaises, brandissent les mêmes pancartes qu’en Amérique: «I can’t breathe», «No Justice, no Peace», «Black Lives Matter». Il y a certes des racistes dans la police et ils doivent être sévèrement sanctionnés, car, forts du pouvoir que leur confère l’uniforme, ils ne se privent pas de harceler et de nuire. Sur ce point, le ministre de l’Intérieur a raison: on ne saurait tolérer l’intolérable.

Mais il faut être d’une insigne mauvaise foi pour en conclure que la police dans notre pays exerce une terreur raciste sur les populations issues de l’immigration africaine ou maghrébine. La réalité, en effet, est tout autre. Dans les quartiers dits populaires, ce sont les policiers qui ont peur: ils sont attirés, comme les pompiers dans des guets-apens, victimes de tirs de mortiers, attaqués à coups de barres de fer, de jets de pierre du haut des toits, ou de plaques d’égouts du haut des passerelles. Lorsque en 2007, à Villiers-le-Bel, des «jeunes» ont tiré sur eux à balles réelles, ils n’ont pas riposté. Résultat: des dizaines de blessés parmi les policiers, aucun parmi les manifestants. Hantée par les émeutes de 2005 qui ont embrasé le pays, leur hiérarchie demande aux hommes de terrain de tout faire pour éviter l’accident ou la bavure: tout faire, c’est-à-dire ne rien faire contre les rodéos urbains ou les matchs de foot sauvages dans les dernières semaines du confinement. Ce qui caractérise notre temps, ce n’est pas l’omniprésence et l’omnipotence de l’État policier, c’est la faiblesse et la démission de l’État dans ce qu’on n’appelle pas pour rien les territoires perdus de la République.

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite

Et puis enfin, si racisme institutionnel il y avait, les manifestants crieraient-ils «policiers assassins!» au nez et à la barbe des forces de l’ordre? Si l’État était autoritaire, ou simplement s’il faisait respecter ses lois, des clandestins défileraient-ils dans Paris sans craindre d’être mis en garde à vue, ni a fortiori renvoyés manu militari dans leur pays d’origine? S’ils ne jouissaient pas d’une totale impunité, des rappeurs raconteraient-ils comment Brigitte, femme de flic, se fait gaiement «éclaté la teush» par «tous les jeunes de la cité» ?

L’aptitude des êtres humains à se raconter des histoires et à se croire autres qu’ils ne sont, est sans limite. Sous l’effet d’un meurtre atroce commis à Minneapolis, Minnesota, on interviewe avec déférence le membre du groupe La Rumeur qui évoquait, en 2002 «les centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété», et on en vient à prendre pour argent comptant la déclaration éhontée de la chanteuse Camélia Jordana: «Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic, et j’en fais partie. Je ne parle pas des manifestants, mais des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau.» Des violences policières ont certes émaillé l’année 2019, en réponse à la violence extrême de certains manifestants. Mais qui visaient-elles? Qui ont-elles mutilé ou éborgné? Des «gilets jaunes», c’est-à-dire des Français d’origine française, gentiment désignés sous le nom de «souchiens» par la porte-parole des Indigènes de la République.

Vous avez écrit que l’antiracisme serait «le communisme du XXIe siècle». Cela explique-t-il pourquoi une large partie de l’intelligentsia se rue vers ce nouvel opium?

À l’image de ce qui se passe à Yale, à Columbia ou à Berkeley, la civilisation occidentale est désormais sur la sellette dans la plupart des universités du Vieux Continent. Les Dead White European Males sont pointés du doigt. D’eux et de leur culture vient tout le mal qui s’est répandu sur la terre: l’esclavage, le colonialisme, le sexisme et la LGBTphobie. Étudier cette culture, c’est désormais la mettre en accusation, la déconstruire, ruiner son prestige, pour permettre aux minorités de retrouver leur fierté et à la diversité culturelle de s’épanouir sans entraves. D’où l’écho rencontré par la mort de George Floyd, à Paris, aussi bien qu’à Stockholm ou à Montréal.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident : tel est l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme

Les nouvelles générations ont cru reconnaître dans le flegme féroce de l’assassin le visage de l’Occident qu’ils avaient appris à honnir. Mathieu Bock-Côté rappelle dans son dernier livre, que des étudiants du King’s College de Londres, ayant dénoncé «la collection d’hommes blancs de plus de 50 ans portant la barbe» qui formait le grand statuaire à la porte de l’établissement, celui-ci a été remplacé par «un statuaire conforme à l’idéologie diversitaire». Et dans un article de David Haziza, j’apprends que les élèves les plus avancés de Columbia proclamaient tout récemment qu’il fallait en finir avec un programme d’enseignement dont la blanchité, à les en croire, expliquait la persistance des meurtres racistes.

Combattre l’hégémonie occidentale à l’intérieur même de l’Occident: tel est, par-delà la révolte contre les violences policières, l’objectif que s’assigne le nouvel antiracisme.

Le XXe siècle et son cortège sanglant semblait avoir fait disparaître la question de la race, au profit de l’utopie cosmopolite. Comment expliquer que celle-ci ait fait son grand retour dans le débat public? L’antiracisme est-il devenu fou?

L’antiracisme n’est plus, hélas, la défense de l’égale dignité des personnes, mais une idéologie, une vision du monde. Dans cette vision, les traites négrières non occidentales n’ont pas leur place, ni l’antisémitisme arabo-musulman, ni celui d’une partie de la communauté noire américaine, ni les manifestations de Chinois et de Vietnamiens de Paris contre des insultes et des agressions où les Blancs n’avaient aucune part. Le raciste devient celui qui voit ce qu’il voit au lieu de fermer les yeux sur le scandale de l’impensable. Entre la réalité et le système idéologique, on a intérêt, pour ne pas être frappé d’infamie, à choisir le système.

L’antiracisme s’est donc transformé de fond en comble et l’hospitalité a changé de sens: à l’heure de la grande migration, il ne s’agit plus d’accueillir les nouveaux venus en les intégrant dans la civilisation européenne, il s’agit d’exposer les tares de cette civilisation pour rendre justice à ceux qu’elle a si longtemps traités par le mépris et exploités sans vergogne.

On voit de plus en plus de «Blancs» s’excuser pour leurs «privilèges». Que vous inspire ce phénomène? Que sous-entend la notion de «racisme systémique»?

La mauvaise conscience bourgeoise a conduit un grand nombre d’intellectuels à se ranger dans le camp de la classe ouvrière. Ils expiaient ainsi leurs privilèges et trouvaient une rédemption dans le combat pour l’égalité. Dans la gauche radicale d’aujourd’hui, la honte d’être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise mais ce privilège-là colle à la peau. La honte est donc inexpiable. Pour elle, il n’y a pas de rédemption. Et ceux qu’elle affecte mettent un point d’honneur à rester confinés à la date où leur université célèbre la disparition des Blancs de l’espace public en organisant pour eux, ou plutôt contre eux, une «journée d’absence». Le soupçon de condescendance entachant toutes leurs paroles et toutes leurs actions, ils n’ont d’autres issues que de se taire, de s’effacer, ou de réciter indéfiniment le catéchisme qui les condamne. Cet autoracisme est la pathologie la plus consternante et la plus grotesque de notre époque.

Pendant plusieurs mois les guerres culturelles et identitaires semblaient avoir été suspendues par la crise du coronavirus, mais elles repartent de plus belle… Est-ce le signe que rien n’a vraiment changé?

On parle beaucoup, depuis le début de la pandémie, du monde d’avant et du monde d’après. Mais on oublie, en annonçant cette grande césure, que le monde d’avant était déjà très engagé dans la liquidation culturelle du vieux monde. À la sortie du confinement, le processus se poursuit, et même s’accélère.

* De l’Académie française. Dernier ouvrage paru: À la première personne (Gallimard, 2019).

Voir de plus:

Raphaël Enthoven : « On ne corrige pas le racisme en inversant le rapport de force »

« Racisme systémique », « privilège blanc », comité Adama, Despentes… Le philosophe analyse comment « la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes ».
Propos recueillis par Thomas Mahler

L’Express : « Hourra ! Le peuple des Etats-Unis est en ébullition » a salué Jean-Luc Mélenchon sur son site, avant de se réjouir d’une « gilet-jaunisation (…) entrée au coeur de l’Empire ». Peut-on se féliciter d’une telle situation après la mort de George Floyd ?

Raphaël Enthoven : Comme souvent, les tribunes de Mélenchon renseignent sur l’humeur du tribun, plus que sur l’état du monde. Or, son humeur est la même depuis 2017. Mauvaise. Ronchon Mélenchon. A dire vrai, en trois ans, après avoir dilapidé d’un coup son capital de sympathie en se prenant pour la République au lieu de se soumettre à la loi, Saint-Jean-Luc est passé de la mauvaise humeur à l’humeur mauvaise de celui qui, voyant s’éloigner l’horizon de sa gloire, se trouve réduit, faute d’incarner l’avenir, à prédire l’apocalypse, applaudir la sédition, défendre des factieux, dénoncer des complots imaginaires, cracher sur des élus, justifier la violence illégitime et répandre, de sa plume, autant qu’il peut, les gouttes d’huile qui lui restent sur un feu dont il n’espère même plus tirer les marrons…

Certains politiques entrent dans l’Histoire parce qu’après avoir accompli de grandes choses, ils sont partis au bon moment. D’autres, à l’inverse, accèdent à la postérité parce qu’après avoir tout échoué, ils persistent à s’accrocher au manche et s’éteignent de leur vivant. Il n’est pas dit que les seconds soient moins légendaires que les premiers. On aurait pu se souvenir de Mélenchon comme d’un héros de la République (parmi d’autres) et il restera comme un avatar (parmi d’autres) de Pierre Poujade ou du général Boulanger. C’est déjà ça.

« Take a knee » est d’abord le geste de Martin Luther King qui prit le temps de la prière, aux cotés d’autres défenseurs des droits civils, le 1er février 1965, devant le Palais de Justice du Comté de Dallas (Alabama). Et il est essentiel de rappeler qu’il prie à cet instant. Autrement dit : qu’il ne se soumet qu’à Dieu. Car en cela, sa révolte est d’abord un amour, son humilité est un courage et sa génuflexion n’est qu’une meilleure façon de redresser la tête. Qui s’agenouille devant Dieu sait aussi s’insurger contre le mal que l’homme fait à l’homme : « Au coeur de ma révolte, écrivait Camus, dormait un consentement.  » Au-delà des lois iniques, et d’une justice humaine qui croit se bander les yeux alors qu’elle est aveugle, il y a LA Justice, et le sentiment d’obéir à la nécessité quand on se décide à changer le monde. C’est en consentant à LA justice (divine) que Martin Luther King trouve la force de s’opposer à l’injustice légale. Camus encore (en substance) : c’est parce qu’il dit oui que l’homme révolté est en mesure de dire non. Le geste de Martin Luther King est la belle version d’Antigone (qui refuse la loi des hommes et se sacrifie au nom d’une loi supérieure, en bravant l’injuste interdiction d’enterrer son frère) : sa foi est, pour le meilleur, la source vive d’un courage qui défie l’injustice, qu’aucune menace n’intimide et qu’aucune police n’ébranle.

C’est dans ce sillage, sublime, que s’inscrit Colin Kaepernic qui, aux dépens de sa carrière, choisit (lors d’un match de préparation de la NFL) de s’agenouiller pendant l’hymne américain. La colère dont il témoigne est aux antipodes de la haine : « Je ne suis pas antiaméricain. J’aime les Etats-Unis (…) Je veux aider à rendre l’Amérique meilleure. » En somme, Kaepernic refuse d’aimer son pays aux dépens de la justice elle-même. Camus, toujours : dans les Lettres à un ami allemand, le philosophe écrit « je voudrais pouvoir aimer mon pays tout en aimant la justice. Je ne veux pas pour lui de n’importe quelle grandeur, fût-ce celle du sang ou du mensonge. C’est en faisant vivre la justice que je veux le faire vivre.  » De fait, c’est mal aimer son pays que d’en gommer les infamies. C’est trahir sa nation que d’en masquer les crimes. Tout comme Martin Luther King affirmait paradoxalement la liberté en s’agenouillant devant Dieu, Kaepernic défend paradoxalement son pays en dénonçant ses crimes et en s’inclinant devant ses victimes. Son patriotisme est, à tous égards, plus respectable (et plus aimant) que les érections patriotiques d’un président qui croit défendre son pays quand il veut « virer » les « fils de pute » qui osent le critiquer.

C’est le même amour de son pays, exigeant et soucieux de justice, qui porta Willy Brandt à s’agenouiller devant le Mémorial du Ghetto de Varsovie en demandant pardon pour les crimes de l’Allemagne pendant la seconde guerre mondiale. A ceci près que, tout comme les policiers américains qui, depuis quelques jours, à travers tout le pays, se mettent à genoux devant les manifestants, le chancelier ouest-allemand s’agenouillait en qualité de « responsable » et non plus de victime.

Aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc

Et faites-vous une différence entre les génuflexions de Martin Luther King, de Kaepernic, de Willy Brandt ou des policiers américains, et celle des Blancs qui ont cru bon de s’agenouiller devant les Noirs de leur quartier (ou de leur immeuble) pour leur demander pardon ?

La différence est considérable. Qu’un athlète se sente responsable des injustices dont son statut le préserve, qu’un chancelier se sente responsable des atrocités commises par ses prédécesseurs nazis (et néanmoins élus), qu’un policier ait honte, en tant que policier, de voir un collègue assassiner un homme dans la rue, c’est une évidence. Dans les trois cas, la génuflexion est une élévation, une extension du domaine de la responsabilité aux hommes qui savent souffrir des douleurs qu’ils n’ont pas infligées ou qui leur ont été épargnées.

Mais qu’un Blanc ait honte, en qualité de Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc, c’est une connerie. Pour une raison simple : on ne choisit pas la couleur de sa peau. Et, à moins d’avoir joui sans s’en indigner, en tant que Blanc, des privilèges d’une loi raciale (ce qu’on peut dire de certains Afrikaners ou de certains Américains jusque dans les années 60), aucun Blanc n’est responsable, en tant que Blanc, du crime raciste d’un autre Blanc. Il n’y a pas lieu de demander pardon à qui que ce soit, à ce titre.

Pour autant, ceux qui voient là-dedans du « racisme inversé » vont trop vite en besogne. Car l’Histoire existe, et elle doit peser dans l’évaluation d’une image : on ne peut pas mettre sur le même plan des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs et des Noirs qui s’agenouillent devant des Blancs. Des siècles d’esclavage et de tortures ne sont pas comparables à ce genre de cérémonies qui s’achèvent en général par une prière commune, où tout le monde est à genoux. Reste que, sans être le reflet des Noirs que leurs esclavagistes mettaient à genoux, les Blancs pénitents offrent une image détestable, dont la hideur saute aux yeux quand on la dépouille de ses bons sentiments.

C’est-à-dire ?

Que font des Blancs qui s’agenouillent devant des Noirs pour leur demander pardon ? Ils se reprochent d’avoir jusque-là bénéficié, à leur insu, de droits qui étaient refusés à leurs frères de couleur. Or, ces « droits », s’il existent, ne sont pas légaux. La ségrégation est révolue depuis longtemps aux Etats-Unis. Les « droits » dont ils parlent sont des usages, des moeurs, des pratiques et toutes les manies d’une société dont les couleurs se sont toujours vécues comme séparables. Il y a peut-être tout à changer dans la société américaine, mais il n’y a rien à abolir ici. L’ennemi n’est pas une loi. L’ennemi est une attitude. Et contrairement à une loi injuste qu’on peut abroger, une attitude est indéfiniment renouvelable. Il y aura toujours des Blancs racistes et des flics violents. De sorte que le sentiment d’un « racisme systémique » trouvera toujours, dans une sortie déplorable ou dans un crime abject, une raison d’être et de s’enflammer. Pour le dire autrement : la faute dont les « Blancs » croient endosser le fardeau est très exactement insoluble. Elle ne se dissout pas dans un changement qu’on pourrait identifier et qui permettrait de passer à autre chose. Au Blanc qu’on accuse (ou qui s’accuse) en tant que blanc d’être le complice de l’oppression systémique des noirs, aucune rédemption n’est promise. La plainte est infinie.

Comment pouvez-vous dire qu’aucune rédemption n’est promise, alors que l’enjeu est précisément de demander et d’obtenir le pardon des Noirs ?

Que font des Noirs qui reçoivent, debout, les supplications et les macérations de leurs frères blancs ? Et qui accordent leur pardon à des gens dont le crime n’est pas d’être coupables mais d’être blancs ? Ils accréditent l’idée que leur couleur est une faute. Ils se conduisent comme les gens qui disent « je ne déteste pas les homosexuels puisque j’ai en moi une grande faculté de pardon » (Christine Boutin). Le but d’un tel pardon n’est pas le pardon. Le but d’un tel « pardon » est d’étendre la culpabilité à l’infini, d’ancrer l’idée que la couleur des autres est une faute universelle (pour le dire comme l’impitoyable loup de La Fontaine : « Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. – Je n’en ai point. – C’est donc quelqu’un des tiens… ») et d’ajouter à la misère du pénitent la splendeur de leur propre clémence. Qui dit « je te pardonne » au type qui n’est pas coupable ne pardonne rien du tout, mais fabrique de toutes pièces une culpabilité infinie dont lui seul, par la grâce du pardon qu’il adore accorder, se trouve créditeur.

Donc, c’est une inversion du rapport de forces, qui ne résout pas le problème ?

Pas seulement. Dans ce combat déguisé en déclaration d’amour, les pénitents blancs n’ont pas dit leur dernier mot. Car de même qu’on écrase celui qu’on pardonne, on continue de traiter en enfant celui dont on implore le pardon. Que laissent-ils entendre, ces gentils blancs, en se sentant eux-mêmes coupables des crimes d’un autre blanc ? Qu’ils sont encore, en tant que blancs, responsables des malheurs de la communauté noire, qu’en somme ils sont de mauvais maîtres dont les anciennes victimes ont raison de se sentir irresponsables. Sous la génuflexion des Blancs, c’est la condescendance qui s’exprime. Sous cette pénitence monocolore, c’est encore le paternalisme qui parle. Bref, sous le spectacle merveilleux de gens qui se promettent de s’aimer, sous la contrition des repentants qui reçoivent l’absolution des mains de leurs victimes présumées, on assiste en vérité à la continuation de la guerre, sous d’autres formes, entre des communautés qui se prennent pour des identités. Toutes les conditions de la haine sont réunies dans cette image irénique. Tous les éléments du problème se trouvent à vif dans ce moment qui se vit comme une solution. En tout cas, on est bien loin de Martin Luther King, de sa génuflexion libératrice et, surtout, de « l’armée bi-raciale » qu’il appelle de ses voeux…

Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît…

Le comité Adama a importé l’émotion suscitée par la mort de George Floyd en organisant une manifestation de 20 000 personnes devant le Palais de Justice, interdite pour des motifs sanitaires. Au-delà des cas distincts d’Adama Traoré et George Floyd, les situations en France et aux Etats-Unis sont-elles comparables ?

Il faut faire la différence entre les gens qui, de bonne foi, redoutent que la France ne devienne l’Amérique, et défilent (à bon droit) dans le but de conjurer cette possibilité, et certains organisateurs de la manifestation qui, en toute mauvaise foi, aimeraient que ce soit le cas, et rêvent que les situations soient identiques. Car elles ne le sont pas.

D’abord, quoiqu’on pense du « plaquage ventral », en l’absence d’images, et face à des expertises contradictoires, nul n’est en mesure, techniquement, à l’heure où nous discutons, d’affirmer qu’Adama Traoré a subi un sort comparable au martyre de George Floyd. Dans ces conditions, crier que c’est la « même chose », c’est faire offense à la mémoire des deux, en instrumentalisant la mort du premier, et en minorant, de fait, le calvaire du second.

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Mais surtout : même si c’était le cas, même si Adama Traoré était tombé, comme c’est arrivé à Malik Oussekine, sur des policiers manifestement meurtriers, il n’y aurait pas moins de différences entre les Etats-Unis, où le communautarisme et l’attribution de droits spécifiques répondent au racisme (comme si le favoritisme rectifiait la haine, alors qu’il l’alimente), et notre sublime République, dont la raison d’être est de ne pas entrer dans ce jeu de miroirs, et dont la survie dépend de la capacité à ne pas céder à un engrenage où la haine répond à la haine, et l’identitarisme répond au racisme.

Le problème en France vient du fait qu’il existe objectivement des discriminations (sociales, morales et ethniques) à l’embauche, à la location ou à l’entrée des boîtes de nuit, mais que, comme par ailleurs, en République, sur le papier, « l’identité » sexuelle, religieuse ou ethnique n’est pas une sorte de handicap qui ouvre l’accès à des droits spécifiques, les gens qui sont victimes de discrimination ont l’impression – et en un sens à juste titre – que l’Etat les abandonne à leur sort. Et ils demandent à la loi de corriger ce qu’elle corrige déjà (mais qu’elle peine à rectifier en profondeur) en faisant du racisme un délit. En somme, ils demandent à la loi d’aller plus loin que l’affirmation abstraite de l’égalité entre tous les citoyens, pour s’en prendre à nos consciences de blancs et en extirper le racisme à la racine. Seulement, pour ce faire, pour qu’ils aient le sentiment que la loi s’attaque au « racisme systémique » en tuant nos « moeurs coloniales », il faudrait supprimer la présomption d’innocence, il faudrait systématiquement condamner pour racisme toute personne refusant un logement ou un emploi à une personne de couleur, imposer une parité sur fond de mélanine, et nantir légalement certains Français de privilèges qu’on refuserait aux autres. Bref, nous cesserions collectivement, et légalement, d’être libres et égaux. Comme tous les extrémismes dopés aux bons sentiments, ces adeptes croient démocratiser notre démocratie en la présentant comme un « Etat totalitaire et esclavagiste », alors qu’en demandant à la loi de corriger des consciences ou de réprimer des réflexes, c’est très exactement une dictature qu’ils appellent de leurs voeux.

Si la « communauté juive », par exemple, avait raisonné comme les manifestants du 2 juin, elle aurait vu dans les assassinats de Mireille Knoll, d’Ilan Halimi ou de Sarah Halimi l’expression d’un « antisémitisme systémique », et dans les atermoiements du Parquet la preuve qu’il n’y a aucune différence entre le régime de Vichy et la République. Or si, comme la négrophobie, l’antisémitisme est viscéral et éternel en France, il n’est pas douteux qu’il vaut mieux y être Juif (ou Noir) en 2020 qu’en 1940. Et que, si combat il y a, c’est un combat judiciaire et juridique qu’il faut mener. En France, l’antisémitisme est virulent, mais un policier juif n’est pas vu pour autant par d’autres Juifs comme un « vendu » qui travaille avec « l’Etat antisémite ».

Vous faites référence à la vidéo virale du policier noir que certains manifestants du 2 juin ont traité de « bounty » et de « vendu »…

Au début de son sketch sur le « CRS arabe », mimant un poivrot franchouillard, Coluche fait valoir qu’ « un bougnoule, c’est toujours un bougnoule, même en CRS ». Quelle différence avec les manifestants qui disent « Un flic, c’est toujours un flic, même noir » ? Comme, sous prétexte de « convergence des luttes », la guerre des races a remplacé, à gauche, la guerre des classes, la police qui a longtemps été présentée comme le bras armé d’un « Etat bourgeois » est devenue, aux yeux des mêmes et de leurs successeurs, le bras armé d’un « Etat raciste ». Un tel dogme a besoin d’un sophisme. Le sophisme est : il y a des crimes racistes dans la police française (ce qui est incontestable), donc LA police française est « systémiquement » raciste (ce qu’une grande majorité d’interpellations démentent). Un tel raisonnement n’est pas un raisonnement, mais l’érection illégitime de cas particuliers en une vérité générale et a priori qui ne voit dans les contre-exemples aucune objection mais qui, en revanche, à chaque drame, s’exclame « je vous l’avais bien dit ! »

En cela, il est symptomatique que le comité « Justice et vérité pour Adama » reprenne le nom du « Comité pour la vérité et la justice » crée par les maoïstes François Ewald et Serge July au moment de l’affaire de Bruay-en-Artois. Le but d’Ewald et July, à l’époque, était d’appeler au lynchage, et d’ancrer dans les consciences, à coup de témoignages de procès d’intention (« Il n’y a qu’un bourgeois pour faire ça ») et grâce aux sales méthodes du juge Pascal (qui, opposé au secret de l’instruction, diffusait les photos de l’arrestation du coupable présumé), le sentiment que le notaire Pierre Leroy était « par définition » le meurtrier de Brigitte Dewevre. Or, quel est le but du nouveau comité « vérité et justice » ? D’ancrer dans les consciences, à coup de manifestations aux slogans abstraits (« Pas de justice, pas de paix ! ») le sentiment que la police française est raciste et meurtrière. Chaque fois qu’un comité mélange les termes de « justice » et de « vérité », c’est que la vérité lui déplaît, et qu’il appelle « justice » l’autre vérité, la vérité qu’il exige, que cette « vérité » soit vraie ou non.

Reste qu’au-delà de sa sottise, le geste de traiter de collabo un flic noir est, de la part des manifestants, parfaitement contradictoire. Comment peuvent-ils déplorer la sous-représentation des Noirs dans les médias ou dans la fonction publique, tout en tenant un policier noir pour un vendu ou un « bounty » (noir dehors, blanc dedans) ? Là encore, le problème qu’ils posent est insoluble ! Comme une houle qui ne croise aucun récif, une telle plainte – qui laisse le choix entre le sentiment de ne pas être représenté et l’exclusion de ceux dont la carrière invalide ce sentiment – s’est arrangée pour ne rencontrer aucun obstacle sur le chemin de sa colère, et pour balayer comme autant d’apparences trompeuses et de trahisons discrètes l’ensemble des objections qu’elle reçoit.

On peut le comprendre : le problème des manifestants n’est pas que la France soit raciste. Leur problème est qu’elle ne l’est pas suffisamment. Et que, loin d’être l’avant-garde d’un monde meilleur, ils sont les fossoyeurs d’une démocratie qui n’a rien contre eux. On a tort, en cela, de qualifier de « débordements » les incidents qui ont émaillé ce rassemblement car, sans être planifiée bien sûr, la violence est inscrite dans l’esprit-même d’un telle manifestation. Pour une raison simple : celui qui manifeste contre un (imaginaire) « Etat raciste » ne vit pas sa propre violence comme un crime mais comme un geste libérateur. En réalité, plus que libératrice, la violence est créatrice. Comme le pardon du Noir au Blanc a aussi pour but de fabriquer l’éternelle culpabilité de ce dernier, la violence du manifestant ne sert qu’à témoigner de la violence qu’il a subie. Plus on casse des vitres, plus cela signifie qu’on est la victime d’un Etat raciste. Comme dit Virginie Despentes dans sa « Lettre à ses amis blancs » : « Comme si la violence ce n’était pas ce qui s’est passé le 19 juillet 2016. Comme si la violence ce n’était pas les frères de Assa Traoré emprisonnés… » C’est l’un des paradoxes, et pas le moindre, de l’hyper-démocratie victimaire où chacun voit ce qu’il veut : la violence réelle est masquée par la violence dont elle se prétend la conséquence… Pour le dire simplement : si je vous agresse, ça veut dire que VOUS êtes coupables et que JE suis victime, et que, pour cette raison, vous devez me comprendre avant de me juger, sous peine d’être un fasciste ! C’est parfait.

Virginie Despentes érige sa propre cécité en perception universelle

L’actrice et chanteuse Camélia Jordana avait déjà dénoncé les violences policières en expliquant que « des hommes et des femmes se font massacrer (par la police) quotidiennement en France, pour nulle autre raison que leur couleur de peau »…

Camelia Jordana n’a pas tort de dire qu’il arrive, en France, d’être massacré par la police pour « nulle autre raison que sa couleur de peau ». Car une telle chose est déjà arrivée. Et arrivera de nouveau. Rarement. En revanche, Madame Jordana a tout à tort, à mon avis, d’en faire une loi, et d’ériger de rares tragédies en considérations générales sur l’âme du flic Français. Le problème n’est pas ce qu’elle dit, mais la valeur de vérité absolue qu’elle donne à ce qui (en ce qui la concerne) n’est même pas un témoignage. Car ce faisant, tout comme les blancs pénitents ou les manifestants du 2 juin, elle raisonne à l’envers : son diagnostic n’est pas un diagnostic mais une vérité a priori qui, pour cette raison, se donne comme infalsifiable. Comment voulez-vous contredire un sentiment ? Comment voulez-vous dire qu’elle a tort à une personne qui prend son impression pour la règle ? Un sentiment qui se prend pour une vérité dégénère inévitablement en dogme. Et un dogme est immunisé contre les objections. En particulier un dogme bien-pensant qui, pour devancer les coups, présente toute objection comme une abjection : si vous dites que Camelia Jordana a tort, c’est que vous fermez les yeux sur la violence que vous ne subissez pas. Bing. Que répondre à ça ? Camelia Jordana s’est proposée de débattre avec le ministre de l’Intérieur en personne, mais elle n’a pas ouvert le débat, elle a tué le débat en le réduisant à la défense (ou l’attaque) d’une opinion péremptoire ! Si, dans les échanges qui ont suivi ce qu’elle a dit, chacun est resté fermement campé sur son catéchisme et, loin de dialoguer, les antipodes n’ont fait qu’affirmer leur détestation mutuelle, c’est que les conditions du débat étaient absentes du débat. Débattre, ce n’est pas présenter ce qu’on croit comme une vérité absolue, pour mettre les autres, ensuite, au défi de nous donner tort. Débattre, c’est douter de ce qu’on croit au point d’écouter un autre discours que le sien. Peine perdue.

Dans sa « Lettre adressée à mes amis blancs qui ne voient pas où est le problème… », Virginie Despentes a développé la notion de « privilège blanc » : « Car le privilège, c’est avoir le choix d’y penser, ou pas. Je ne peux pas oublier que je suis une femme. Mais je peux oublier que je suis blanche. Ça, c’est être blanche. Y penser, ou ne pas y penser, selon l’humeur ». Que pensez-vous de cette notion ?

Si Virginie Despentes se promène dans les rues de Dakar, Bamako ou Kingston, elle aura plus de mal à oublier qu’elle est blanche. Est-ce à dire que le Sénégal, le Mali ou la Jamaïque sont racistes ? Et que les Noirs y sont privilégiés ?

Il y a d’autres choses, plus intéressantes, dans sa lettre. D’abord, cette phrase en apparence absurde : « En France nous ne sommes pas racistes mais je ne me souviens pas avoir jamais vu un homme noir ministre. » Les gens qui lui ont répondu en dressant la liste de tous ceux, de Gaston Monerville à Sibeth N’Diaye, dont le parcours contredit Virginie Despentes, commettent deux erreurs. La première est de rentrer dans son jeu, et de compter les noirs ministres (comme on compte les noirs à la télé, ou à la cérémonie des Césars), autrement dit : de transformer la couleur en critère d’évaluation. L’autre erreur est de la prendre au sérieux. Virginie Despentes n’est pas née demain. Elle sait très bien qu’il y a eu et qu’il y a des ministres « noirs » dans un pays où la couleur n’est pas une compétence. Seulement, elle ne les « voit » pas. La couleur de leur peau est masquée par leur costume républicain. Pour le dire simplement : puisqu’être noir empêche d’être ministre dans notre « France raciste », alors en devenant ministre, un noir cesse d’être noir. Comme le jour et la nuit, la fonction de ministre et la noirceur de la peau s’excluent aux yeux de la manichéo-daltonienne. On ne peut pas être l’un et l’autre. En cela, Virginie Despentes est bien fondée à dire qu’elle n’a « jamais vu » de ministre noir. Son erreur n’est pas de dire ce qu’elle sent, mais, comme Camelia Jordana, d’ériger sa propre cécité en perception universelle.

L’autre chose passionnante de cette lettre (dont je m’indigne que son auteure ne l’ait pas rédigée en écriture inclusive), c’est la comparaison qu’ose l’écrivaine entre Assa Traoré et Antigone. A première vue, elle n’a pas tort. Comme Antigone (qui brave la loi pour ensevelir son frère Polynice), Assa Traoré brave les institutions pour honorer la mémoire de son frère, le « premier homme » (Adama). Sauf que les deux situations et les deux héroïnes ne sont pas comparables. Du tout. Polynice, frère d’Antigone, n’est pas une (possible) victime de la police mais la victime de son propre frère, Etéocle, avec qui il s’est entretué devant les murs de Thèbes. Et nul ne menace, jusqu’à nouvel ordre, de « murer vivante » Assa Traoré si elle persiste à contredire la dernière expertise en date, comme Antigone fut murée vivante pour avoir enseveli son frère malgré l’interdiction de son oncle Créon, le roi de Thèbes. Enfin, comme le rappelle Despentes, « Antigone n’est plus seule. Elle a levé une armée. La foule scande : Justice pour Adama…  » Mais Antigone à la tête d’une armée, ce n’est plus Antigone, c’est (peut-être) Créon !

« Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste »

Ancienne directrice du Bondy Blog, Nassira El Moaddem s’est plainte à la suite de sa désinvitation d’un plateau de télévision parce qu’elle faisait « doublon » avec une autre militante antiraciste, Maboula Soumahoro. N’est-ce pas une illustration de la logique identitaire à l’oeuvre aujourd’hui ?

Oui, ce serait drôle si ce n’était désolant pour Madame El Moaddem, que BFM a traitée comme une vieille chaussette. Mais à toute chose, malheur est bon : une telle mésaventure est aussi l’occasion donnée, pour l’intéressée, de comprendre qu’elle est exactement la victime de la logique identitaire qui lui fait dire, ordinairement, qu’on devrait inviter les « concernés » sur les plateaux de télé, qu’on est mal placé pour parler des problèmes qu’on ne rencontre pas, et qu’en somme, la couleur des gens est en elle-même une compétence. A ce compte-là, dans un monde où la couleur (appelée « identité ») est une garantie de l’opinion, il est normal qu’on désinvite Nassira El Moaddem au profit de Maboula Soumahoro, qui (aux yeux de certains) est une meilleure interprète dans le même rôle. Madame El Moaddem s’indigne qu’on lui dise que sa présence en plateau eût fait « doublon ». Elle a raison. C’est scandaleux. D’autant qu’elle avait certainement d’autres choses à dire que Madame Soumahoro. Mais quand on invite les gens à raison de leur allure et non de leur compétence, on se moque de ce qu’ils ont à dire, et des nuances éventuelles. « Noire, arabe, on s’en fout, tant que ça fait concerné » se dit-on dans les rédacs attentives à draguer une clientèle identitaire… Bref, c’est l’arroseuse arrosée. Madame El Moadden, qui a souvent été la victime du racisme, est pour la première fois peut-être, victime du racialisme. J’avoue ne pas voir la différence entre les deux, mais c’est probablement que je ne suis pas concerné. « Qu’est-ce que j’en ai à foutre, moi, des Noirs ? disait Gary dans Chien Blanc. Ce sont des hommes comme les autres. Je ne suis pas raciste. » Si les journalistes avaient lu cette phrase, peut-être se seraient-ils mieux conduits ?

Justement, que peut nous apprendre Chien blanc, le roman de Romain Gary sur le racisme et l’antiracisme ?

Tout. Toutes les idées, toutes les aberrations et tous les protagonistes de l’époque que nous vivons se retrouvent dans ce chef-d’oeuvre de Gary, qui revient sur les émeutes raciales en Amérique à la fin des années 60.

Les Blancs paternalistes et pénitents qui portent comme une tare la couleur de leur peau et n’ont pas assez de genoux pour se soumettre ni de cendres à se mettre sur la tête y feront connaissance avec leurs ancêtres, « libéraux engagés dans la lutte pour les droits civiques » qui organisent des réunions dans la maison d’un professeur d’art dramatique dont l’enjeu est d’informer les blancs riches (à qui on soutire de l’argent) du « degré atteint par la haine des blancs dans le psychisme des enfants noirs » et où, pour ce faire, on fait venir des enfants noirs qu’une dame blanche oblige à dire, à contre-coeur, devant des militants blancs émerveillés, qu’elle est une « sale blanche », une « diablesse aux yeux bleus », et qu’il la « hait plus que tout « . Les mêmes trouveront en Jean Seberg (avec qui Romain Gary est marié et vit dans une villa à Los Angeles) leur Sainte-Patronne : car tous les jours, dans sa villa, Seberg accueille et subventionne des cohortes de groupuscules racialistes qui lui font les poches tout en la persuadant qu’elle ne donnera jamais assez.

Les gens qui prennent la France pour l’Amérique gagneront à suivre le Narrateur, que son parcours conduit des émeutes sanglantes en Californie aux gentilles barricades de Mai 68, pour comprendre que toutes les grenouilles ne deviennent pas des boeufs.

Les théoriciens de la convergence des luttes et les sociologues avides d’excuser les prédations en cas d’émeutes raciales ou sociales trouveront dans la description de la « société de provocation » un hymne à leurs certitudes : « J’appelle société de provocation toute société d’abondance qui se livre à l’exhibitionnisme constant de ses richesses et pousse à la consommation par la publicité… tout en laissant en marge une fraction importante de la population… » Comment s’étonner, se demande Gary, si « un jeune noir du ghetto, cerné de Cadillac et de magasins de luxe, bombardé par une publicité frénétique » finit par se ruer à la première occasion sur « les étalages béants derrière les vitres brisées » ?

Enfin, les gens qui traitent de « vendus » les policiers noirs, qui confondent George Floyd et Adama Traoré, les doctrinaires d’un « Etat systémiquement raciste », bref, les gens qui croient qu’on corrige le racisme en inversant le rapport de forces entre deux communautés trouveront leur ancêtre véritable en la personne de Keys, le gardien de zoo dont tout le travail consiste, par la peur, à transformer un chien dressé pour tuer les noirs en un chien dressé pour tuer les blancs. C’est même l’humanité tout entière qui trouve un reflet sans appel dans la tragédie du berger Allemand Batka à qui son maître, Gary, veut apprendre à « mordre tout le monde » et « pas seulement les noirs », alors que Keys veut en faire un « chien noir.  » Or, c’est Keys qui l’emporte, et au lieu de mordre (et d’aimer) tout le monde, Batka se met à mordre uniquement les Blancs. A l’issue de ces métamorphoses, ne sachant plus où donner des dents, et à l’image d’une République qu’on croit pacifier en la présentant comme une dictature, le chien meurt de douleur et d’indécision devant la porte de l’ancien maître qu’il n’arrive pas à vouloir mordre. Voici l’oeuvre de Keys. Et après lui, de tous les militants qui communautarisent le rapport de forces et croient que la haine autorise la haine : « Des Noirs comme vous, dit Gary, qui trahissent leurs frères en nous rejoignant dans la haine, perdent la seule bataille qui vaille la peine d’être gagnée. »

Projet 1776, l’anti Black Lives Matter porté par des conservateurs afro-américains

Victor-Isaac Anne
Valeurs actuelles
09/06/2020

En réponse aux dérives identitaristes de la gauche américaine, une cinquantaine d’intellectuels essentiellement afro-américains sonnent la révolte.

C’est le premier grand coup porté à la gauche racialiste américaine. Depuis les années 1970, ses représentants, universitaires et militants (les deux vont souvent de pair), ne ménagent pas leur peine pour imposer leurs représentations comme grille de lecture exclusive des phénomènes sociaux. Si, depuis lors, leurs idées ont incontestablement progressé, allant jusqu’à irriguer le débat public en France, elles se heurtent aujourd’hui à la résistance d’un projet intellectuel ambitieux. 1776, en référence à la déclaration d’indépendance des États-Unis, est une réponse d’intellectuels essentiellement afro-américains à une initiative commune du New-York Times et de plusieurs historiens noirs, visant à réécrire l’histoire américaine à la lumière de l’esclavage.

Une falsification de l’histoire

Tout commence au mois d’août 2019, lorsque le quotidien new-yorkais aux opinions très-avancées développe le projet 1619. Dans une édition spéciale de 100 pages, publiée à l’occasion des 400 ans de l’arrivée des esclaves africains en Amérique, le New York Times Magazine propose une relecture de la fondation des États-Unis « telle qu’elle s’est véritablement déroulée » — le ton est donné.

Cette vaste entreprise de rééducation idéologique, bouffie de repentance, entend faire de l’arrivée en bateau d’une vingtaine d’esclaves africains à Port Comfort en Virginie (Colonie britannique d’Amérique du Nord, NDLR), « le véritable acte de naissance de l’Amérique ». Dans la classe politique et les cénacles académiques, le projet reçoit un accueil mitigé. De nombreux historiens s’émeuvent d’un détournement voire d’une falsification de l’histoire au nom de l’idéologie raciale. Toutefois, l’influence du Times est telle que ces observations critiques sont remisées à l’arrière-plan. Conçu à l’origine comme un projet médiatique interactif, composé de productions diverses (essais, poésies, photographies, articles…), 1619 se mue en une puissante machine à propagande. Le journal noue ainsi une collaboration avec le très “inclusif” Pulitzer center pour porter ce projet dans les écoles, bibliothèques et musées ; plusieurs centaines de milliers d’exemplaires du magazine et un supplément spécial y ont été distribués gratuitement. Last but no least, l’initiatrice du projet Nikole Hannah-Jones, réalise une tournée nationale de conférences dans les écoles pour expliquer à son jeune public que « le racisme anti-noir se trouve dans l’ADN même de ce pays ». 

Pendant plusieurs mois, à grand renfort de matraquage publicitaire, 1619 impose son point de vue à la société américaine : l’histoire des États-Unis doit être exclusivement comprise comme une lutte des Blancs pour l’hégémonie et une dévalorisation systémique des noirs. Naturellement, quiconque récuse ce récit mythologique raciste passe pour blasphémateur.

Projet contre projet

Devant la réécriture et la confiscation de l’histoire des États-Unis par des idéologues obnubilés par la question raciale, une cinquantaine d’intellectuels, essentiellement afro-américains, ont décidé de se soulever. En janvier 2020, Robert Woodson, figure chrétienne conservatrice et ancien conseiller de campagne George W. Bush lance le projet 1776 en réponse à 1619. Cette fois, les grands médias ne se pressent pour relayer cette initiative portée en partie par des historiens universitaires.

Loin d’eux l’idée de nier le passé esclavagiste des États-Unis, simplement, ils contestent l’idée selon laquelle l’asservissement des noirs constitue l’alpha et l’oméga de l’histoire du pays. Car pour parvenir à une telle conclusion, les promoteurs du projet 1619 ont eu recours à un grand nombre de sophismes et de falsifications. Entre autres contre-vérités, l’on apprend ainsi que, de tout temps, les noirs Américains ont combattu seuls pour leur liberté, que la guerre de Sécession est sans lien avec la libération des esclaves ou encore que le maintien de l’esclavage est le principal moteur de la guerre d’indépendance – cette liste n’est pas exhaustive.

Les auteurs du contre-projet 1776 soutiennent a contrario que les inégalités structurelles qui persistent aux États-Unis résultent moins d’un problème de race que d’une logique de classes. Aussi, sont-ils pour le moins hostiles à un mouvement comme Black Lives Matter et les concepts qu’il charrie : appropriation culturelle, privilège blanc, racisme institutionnel, fragilité blanche. Selon eux, cette grille de lecture ethnocentrée est une machine à créer du ressentiment et de la culpabilité, là où la solution se trouve dans la solidarité interraciale.

Deux semaines après la mort de George Floyd et les émeutes raciales qui s’en sont ensuivies, la confrontation entre ces deux visions résonne avec une certaine acuité. Au fond, les États-Unis ont désormais le choix entre deux projets de société : le premier, pétri de “bonnes intentions” — donc de racisme compassionnel – considère les afro-américains comme un bloc monolithique d’individus, victimes par essence et mus par les mêmes aspirations. Le second, refuse les assignations identitaires, croit au libre arbitre et défend une vision unitaire de la société. Entre le New York Times et l’universalisme, il faut choisir.

An excerpt from “Shame”

Shelby Steele

1776

When I traveled to Africa back in 1970, it was partly because I had been more and more seduced by this great looming idea of America’s characterological evil. It was such a summary judgment, and, at the time, still new and audacious. It had not existed in the original civil rights movement of the 1950s and early 1960s. Martin Luther King Jr. had never charged America with an inherent and intractable evil. He had lived in good faith with America, believing in reform and the innate goodwill of the American character, even as he also lived under constant threat of assassination. Still, when his assassination actually came to pass—with almost macabre predictability—young blacks, like myself (and many whites as well), saw it as a final straw. The evil character of America would always prevail over decency.

I came of age—in my early twenties—precisely when this idea began to take hold. Suddenly it was everywhere among the young. Belief in America’s evil was the new faith that launched you into a sophistication that your parents could never understand. And in linking you to the disaffection of your generation, it made youth itself into a group identity that bore witness to the nation’s evil and that, simultaneously, embraced a new “counterculture” innocence. Coming out of this identity, you owed nothing to your parent’s conventional expectations for your life. You could go to medical or law school if you wanted, but you could also roll in the mud at Woodstock, do drugs, or join a commune.

A result of this generation’s explicit knowledge of America’s historical evils was to make social and political morality a more important measure of character than private morality. In the 1950s, your private morality was the measure of your character; in the 1960s, your stance against war, racism, and sexism became far more important measures—so important that you were granted a considerable license in the private realm. Sleep with whomever you wanted, explore your sexuality, expand your mind with whatever drug you liked, forgo marriage, follow your instincts and impulses as inner truths, enjoy hedonism as a kind of radical authenticity. The only important thing was that you were dissociated from American evil. Dissociation from this evil became a pillar of identity for my generation.

But I was from the working class. I had put myself through college. I couldn’t afford to bank my life on the dramatic notion that America was characterologically evil unless it was actually true. Africa was a continent full of new countries that had banked their fate on precisely this view of their former oppressors. I wanted to see some of these countries then led by a generation of charismatic men who had won hard-fought revolutions against their Western oppressors—Jomo Kenyatta of Kenya, Kwame Nkrumah of Ghana, and Léopold Sédar Senghor of Senegal. They were all seen as redeemers— redeemers—the selfless founding fathers of newly independent nations. And, having thrown off the yoke of colonialism, there was the expectation that their countries would begin to flourish.

But in fact, they were not flourishing. We left Algeria in the middle of the night and landed the next morning on the other side of the Sahara Desert in Lagos, Nigeria, where we—along with all the passengers on our flight—were held at gunpoint in the airport for several hours for mysterious reasons having to do with the Biafran War. Finally, we made it to Nkrumah’s Ghana, which only looked more and more bedraggled and directionless—a sharp contrast to the revolutionary glory that Kwame Nkrumah had projected around the world. (Kwame was fast becoming a popular name for male babies among black Americans.) Food was scarce and unrelievedly bad even in the American hotel in the capital city of Accra. You saw chickens pecking for food in open sewers, and then at dinner, you wondered at the gray meat on your plate smothered in nondescript brown gravy. Then there were ten days in Dakar, Senegal, where Senghor, the father of “negritude,” was president. But it wasn’t “negritude” that made Dakar a little more bearable than Accra. There were still some French there, and it was their fast-fading idea of Dakar as an African Paris that meant better food and the hint of café society.

The Africa we saw was, at best, adrift. The Africans themselves—as opposed to the Middle Eastern and European shopkeepers and middlemen—looked a little abandoned. Today I would say they were stuck in placelessness. They obviously didn’t want to go back to their colonial past, yet, except for a small, educated elite, they had no clear idea of how to move into the future. They had wanted self-determination, but they had not been acculturated to modernity. How does one do self-determination without fully understanding the demands of the modern world?

In Dakar, an enterprising middle-aged man—someone who would surely have owned his own business had he been born in America—appeared every day outside our hotel trying to sell us the same malformed and unfinished wooden sculpture. Every day a different story and a different price attached to this “sculpture.” The man was charming and quick, but I also sensed anger and impatience just beneath the surface. He scared me a little. One morning, out of sheer frustration, I gave him five dollars (a lot of money then), but then walked away without taking the sculpture. Within a minute, I felt a tug on my sleeve. Angrily, he pushed the money and the ugly little sculpture back into my hands—as if to be rid of not only me but also a part of himself he couldn’t stand. Then he stormed off. I had hurt his pride, and I felt terrible. I chased him down, gave him the money again, and took the sculpture (which I have to this day). His umbrage was still visible, but he accepted the deal.

In 1970, I had no way of understanding an encounter like this. Now a few things are clear. I was conspicuously American. My voluminous Afro only drove that point home. Thus I was an emissary from modernity itself. When I gave him money without taking his sculpture, I didn’t just devalue him and his culture; I virtually mocked his historical circumstance by reminding him of what he already knew: that he was outside of history, that he was not of the modern world and had nothing really to offer me that I wanted or needed. Yes, the world by then knew that African art could be world-class. Picasso, among others, had brought its genius to the West. But he would not have known about Picasso or even much about the art of woodcarving within his own culture. He wanted to be a tradesman, a businessman. But his ignorance even of what he was selling sabotaged his entrepreneurialism. So when I gave him money but rejected his statue, I treated him like a beggar to whom one gives alms, not like a businessman.

And wouldn’t a man like this—and the millions like him all across Africa, the Middle East, and the Third World generally—soon be in need of a politics to fight back with. Wouldn’t he need a political identity that lessened the sting of his individual humiliation by making him a member of an aggrieved collective? Wouldn’t some ideology or other—nationalism, cultural nationalism, pan-Africanism, some version of Marxism, negritude, Islamism, jihadism, any idea of “unity” that merges the individual with the group—come into play to console individual alienation by normalizing it, by making it a collective rather than individual experience? Your humiliation does not reflect on you. You languish outside of history—hawking shapeless pieces of ebony on the streets of Dakar—because you belong to a people who were pushed out of history and exploited, first by colonialism and then by neocolonialism.

Placelessness literally demands a political identity that collectivizes people, one that herds them into victim-focused identities and consoles them with a vague myth of their own human superiority. Léopold Senghor, the first president of newly independent Senegal and the father of “negritude,” said, “Far from seeing in one’s blackness inferiority, one accepts it; one lays claim to it with pride; one cultivates it lovingly.” Marcus Garvey, a popular racialist black American leader in the 1920s, said, “Negroes, teach your children that they are the direct descendants of the greatest and proudest race who ever peopled the earth.” The Islamic extremism that so threatens the world today operates by the same formula: devout followers of Allah are superior to their decadent former oppressors (mere infidels) in the West. The feminism that came out of the 1960s argued that if women were victimized by male chauvinism, they were also superior to men in vital ways. (“If women ruled the world there would be no wars” was a feminist mantra in the 1970s.)

All these identities assign a “place” against the experience of placelessness by giving the formerly oppressed an idea both of their victimization and their superiority. This “places” them back into the world and into the flow of history. You are somebody, these identities say. You were simply overwhelmed by your oppressor’s determination to exploit you. Thus the consoling irony at the heart of victimization: you possess inherent human supremacy to those who humiliated you.

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But there is a price for this consolation: all these victim-focused identities are premised on a belief in the characterological evil of America and the entire white Western world. This broad assumption is the idea that makes them work, which makes for that sweet concoction of victimization and superiority. So the very people who were freed by America’s (and the West’s) acknowledgment of its past wrongs then made that acknowledgment into a poetic truth that they could build their identities in reaction to. Once America’s evil became “poetic” (permanently true), the formerly oppressed could make victimization an ongoing feature of their identity—despite the fact that their actual victimization had greatly declined.

And think of all the millions of people across the world who can find not only consolation in such an identity but also self-esteem, actual entitlements, and real political power—and not just the poor and dark-skinned people of the world but also the Park Avenue feminist, the black affirmative-action baby from a well-heeled background, and white liberals generally who seek power through an identification with America’s victims. Today, all these identities are leverage in a culture contrite over its past.

The point is that these identities—driven by the need for “place,” esteem, and power—keep the idea of American/ Western characterological evil alive as an axiomatic truth in the modern world, as much a given as the weather. In other words, this charge of evil against the white West is one of the largest and most influential ideas of our age—and this despite the dramatic retreat of America and the West from these evils. The scope and power of this idea—its enormous influence in the world—is not a measure of its truth or accuracy; it is a measure of the great neediness in the world for such an idea, for an idea that lets the formerly oppressed defend their esteem, on the one hand, and pursue power in the name of their past victimization, on the other. It is also an idea that gave a contrite white America (and the Western world) new and essentially repentant liberalism.

In this striking vision of the white Western world as characterologically evil, both the former dark-skinned victims of this evil and its former white perpetrators found a common idea out of which to negotiate a future. This vision restored esteem to the victims (simply by acknowledging that they were victims rather than inferiors) and gave them a means to power; likewise, it opened a road to redemption and power for the former white perpetrators. This notion of America’s characterological evil became the basis of a new social contract in America.

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Not much of this was clear to me in 1970 as we traveled through Africa. But one thing did become clearer as the trip progressed. Back home, I had been flirting with real radicalism—not radicalism to the point of violence, but radicalism nonetheless. For me that meant living a life that would presume America’s evil and that would be forever disdainful toward and subversive of traditional America. It meant I would be a radical liberal living in bad faith with my country—“in it but not of it,” as we used to say back then. So here in my early twenties I genuinely wondered if the subversive life wasn’t the only truly honorable life. Wouldn’t it be “selling out” (the cardinal sin of the counterculture) to look past America’s evil and cast my fate in the mainstream?

On some level I knew, even at the time, that the trip to Africa was an attempt to resolve this dilemma. I wanted to see real radicalism in the faces of people in a society where it had actually come to hold sway. I wanted to see what it looked like as a governing reality in a real society. And this is pretty much what I accomplished on that trip. I didn’t understand placelessness at the time, or the pursuit of esteem through grandiose identities. But, beginning with our encounter with the Black Panthers in Algiers, I knew that I was seeing what I needed to see. And I began to feel a growing certainty within myself. My dilemma was resolving itself. The more we traveled—a month and a half in all—the firmer my certainty became. And when we at last boarded the plane in Dakar headed for New York, I felt at peace. I was clear. The American mainstream would be my fate.

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The clarity I found that trip was based on one realization: I learned that America, for all its faults failings, was not intractably evil. In the Black Panther villa in Algiers, on those balmy afternoons eating the local shrimp, I spent time with the people who banked their entire lives on America’s inherent evil—and on the inherent evil of capitalism. On one level, they were glamorous figures, revolutionaries ensconced in a lavish villa provided by the new radical government of Algeria. The impression was of a new and more perfect world order just around the corner, and these special people with the moral imagination to see it coming would soon be marching in victory.

Yet I could see that as human beings they were homesick and in despair. As revolutionaries, they were impotent and hopelessly lost. It was like seeing a pretty woman whose smile unfolds to reveal teeth black with rot. They had no future whatsoever, and so they were chilling to behold. We had all grown up in segregation. We all had war stories. And we all had legitimate beefs against America. But to embrace the idea that America and capitalism were permanent oppressors was self-destructive and indulgent. It cut us off from both the past and the future.  It left us in the cul-de-sac of placelessness, though I could not have described this way at the time. But I could see even then that someone like DC had gotten himself into the same cul-de-sac as the street hawker selling chunks of wood as art in Dakar. They were both languishing in a truly existential circumstance. And they were both consoled by a faith in the evil of America and the West.

Looking back, I now think of DC as a cautionary tale, an essentially softhearted man who had allowed himself to be captured by a bad idea—that his country was irretrievably evil.  Unlike most other Black Panthers, he ended up living and long—if strained—life. Soon after I met him, the Algerian government began to tire of supporting the Black Panthers in their fast-fading glory while so many Algerians languished in poverty. At the end of July 1972, another American black, George Wright, along with four other men and women, hijacked a plane in America en route to Miami and then extorted a $1 million ransom from the Federal Bureau of Investigation. The hijackers ordered the pilots to take them to Boston and then Algeria. Eldridge Cleaver wanted the money and wrote an open letter to Houari Boumediene, the president of Algeria, in effect asking the government to continue supporting the cause of black American liberation. But the Algerian government recovered the ransom money and returned it to American authorities. Algeria’s romance with the black American revolutionaries was over.

DC, who by then had made hay of his French lessons, made his way to France, where he lived for the rest of his life in exile from America and the San Francisco Bay Area that he so loved.  Wanted always by the FBI, he lived an underground life even in France. He worked as a house painter in Paris and did other odd jobs. He ended up in Camps-sur-l’Agly, France, where, at the age of seventy-four, after a day spent working in his garden, he apparently died in his sleep.

I was lucky.  After one of my radical kitchen-table rants against America toward the end of the 1960s, my father—the son of a man born in slavery—had said to me: “You know, you shouldn’t underestimate America. This is a strong country.” I protested, started on racism once again. He said, “No, it’s strong enough to change. You can’t imagine the amount of change I’ve seen in my own lifetime.

Voir encore:

“Taking a knee” to the destroyers of worlds

Over the years, I have repeatedly warned in these columns that the refusal of the political establishment to defend the integrity of the western nation and its culture has opened the way for noxious forces to occupy the vacuum.

We’ve seen this in both the spread through the west of jihadi Islam and the rise across Europe of political parties and groups with racist or fascist backgrounds and antecedents.

In the current convulsions triggered by the violent death of George Floyd in American police custody, this baleful development has reached a crisis point.

As The Times reports today, thuggish groups across the country have begun organising to “protect” monuments and war memorials after statues of Winston Churchill and Queen Victoria were defaced, the Cenotaph in London attacked and other statues, including the one of Sir Francis Drake in Plymouth, vandalised.

This isn’t remotely surprising. The establishment is effectively standing back from, or even condoning or actively assisting, a sustained and organised onslaught which is taking place against not just a number of stone images but a culture’s historic memory.

The stage is therefore set for a confrontation in which violent thugs from the right pitch themselves against violent thugs from the left – with the political establishment having fled the cultural battleground in order to cower, wringing its hands, at a distance.

Following the toppling and dumping in Bristol harbour of the statue of slave trader and philanthropist Edward Colston, an act of vandalism and criminal damage with which the area’s police superintendent sympathised and about which he said the police were right to do nothing, an activist group called “Topple the Racists” has drawn up a list of about 60 memorials associated with slavery or colonialism which it wants destroyed. Falling meekly or even enthusiastically into line, 130 local councils run by the Labour party are to consider which ones they think should be removed on the grounds of “inappropriateness”.

In 2001 in Afghanistan, the Taliban pulled down ancient statues including the world’s tallest standing Buddhas. This was greeted with utter horror in the west. It rightly described the outrage as a crime against historical memory, an attempt to destroy a culture by erasing the evidence of its history and replacing that culture by a fanatical dogma that brooked no challenge.

Yet now the British establishment is kow-towing to a movement which is behaving like the Taliban, pulling down statues and other artefacts in order to erase aspects of British history as the product of a rotten society that’s institutionally racist and so must be supplanted by another.

The death of Floyd, under the the knee of a police officer who pressed down on his neck for almost nine minutes, was shocking and it’s right that this officer and three others involved in this death are being brought to justice.

And of course there’s racial prejudice in Britain. But so there is in every single society, in the developing world as well as in the west. Slavery was not invented by the west but has been practised across the world. It was the British and Americans who, having participated in it, eventually abolished it in their societies, while it remains practised in parts of the developing world even today.

The smear that the west is institutionally racist is designed to both facilitate and obscure the real agenda of overturning capitalist society because it is white and therefore deemed intrinsically evil – which of course is itself a racist agenda.

Yet instead of resisting this ignorant and wicked movement, its appeasers have been literally abasing themselves before the mob.

In the past, violent anti-white racism was represented by the black power movement. Despite the support of certain posturing celebrities, black power activists were generally perceived as dangerous, violent, far-left troublemakers. It would have been unthinkable for mainstream British politicians, let alone the police, to give the clenched fist black power salute. That would have been regarded as treasonous insurrection.

Yet an updated version of this is precisely what’s been happening in Britain. The new Labour Party leader, Sir Keir Starmer, and his deputy, Angela Rayner, released a picture of themselves supporting Black Lives Matter, the activist group behind many of these demonstrations, by “taking the knee”, the gesture promoted by certain black American footballers to show their contempt for white society and America.

In similar fashion, no less than the chief constable of Kent “took the knee” along with numerous other police officers – some as the direct result of mass bullying. At Oriel college, Oxford, which for years has been resisting a campaign to remove its statue of Cecil Rhodes, demonstrators renewing their campaign chanted “Kneel, kneel, kneel” – and a police officer duly sank down on one knee.

These people have all been literally kneeling down in submission to an ideology which is anti-white and anti-west – and at the direction of Black Lives Matter, a racist, anti-white, anti-west violent revolutionary movement whose aim is the overthrow of white western society.

These images of the British police symbolically capitulating to the erasure of British history and the defamation of the west have furnished sickening evidence that many of those tasked with protecting society have surrendered instead to cultural terrorism.

Meanwhile, anyone who opposes this dogma of black victimology and points out the defamatory lies at its core will be called a racist and their livelihood placed in jeopardy.

In America, people are losing their jobs for even questioning any of this. The prominent footballer Drew Brees, who despite publicly opposing racism also opposed taking a knee during the playing of the national anthem on the grounds that he would “never agree with anybody disrespecting the flag of the United States of America”, was forced to apologise in a display of ritual humiliation.

On Twitter, the malevolent, the moronic and the mentally unhinged are out in force similarly seeking to intimidate, smear and ruin any who stand up to this cultural totalitarianism.

And then there’s the deeply sinister Commission for Diversity in the Public Realm set up by London’s mayor, Sadiq Khan, to consider the appropriateness of the capitals’ statues, murals, street names and other memorials.

Channelling Mao, the Taleban and the French revolutionary terror, Mayor Khan can surely leave no-one in any doubt that this committee will reduce diversity by aiming selectively to erase those bits of British history of which it disapproves. In Khan’s words: “…our statues, road names and public spaces reflect a bygone era. It is an uncomfortable truth that our nation and city owes a large part of its wealth to its role in the slave trade…”

So the Mayor of London now stands revealed as someone who hates his nation. For if it was indeed created, as he so misleadingly claims, by a great evil then how can it be anything other than evil itself? Feeling at last the wind in his sails supplied by the rage and contempt of the mob on the streets, he intends to abolish the nation’s birthright to the evidence of its own past and construct its future in the image he will determine.

So will this commission erase memorials to all historic British figures with an obnoxious side to their achievements? Will its destroy the statues of the Labour politicians Keir Hardie or Ernest Bevin, or Karl Marx, who were all antisemites?

Or the playwright George Bernard Shaw who promoted eugenics? Or the parliamentary titan Oliver Cromwell who massacred the Irish? Or Britain’s greatest Liberal prime minister, William Gladstone, whose family, like so many prominent people in previous, very different era was involved in slavery?

That last question already has an answer. Liverpool university has agreed yesterday to rename its Gladstone Hall, which houses student accommodation. Bim Afolami, the Tory MP for Hitchin and Harpenden, tweeted in response: “This is all going completely nuts. When will this stop??”

When indeed. As George Orwell wrote in 1984 about a state under totalitarian tyranny: “Every record has been destroyed or falsified, every book rewritten, every picture has been repainted, every statue and street building has been renamed, every date has been altered. And the process is continuing day by day and minute by minute. History has stopped. Nothing exists except an endless present in which the Party is always right.”

Or as the future US president Ronald Reagan said even more pertinently in 1975: ‘If fascism ever comes to America, it will come in the name of liberalism”.

Well, here it is, on both sides of the pond.

Bad things happen not just because bad people do them but because otherwise decent people lack the courage to stop them; or because they indulge in fantasies that the agenda is basically good but has been “hijacked” by a few thugs; or that they agree with the ends but purse their lips at the violent means; or because of a myriad other excuses that the spineless and the misguided always provide for “taking a knee” to the destroyers of worlds.

Voir enfin:

EXCLUSIVE: A new start turns to a tragic end for George Floyd, who moved to Minneapolis determined to turn his life around after being released from prison in Texas

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com.

Floyd was left gasping for breath when a white officer kneeled on his neck for eight minutes while arresting him for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening.

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death.

None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest.

The 46-year-old moved to the city in 2014 and worked as a bouncer at a local restaurant, leaving behind his past in the Houston area.

Floyd had made changes to his lifestyle and a recent video has emerged of him pleading with younger generations to make good choices and to stop gun violence.

He had been there himself years ago, first being arrested in his 20s for theft and then a later arrest for armed robbery before he turned his life around.

George Floyd moved to Minnesota to start a new life shortly after being released from prison in Texas, but his pursuit of a better life ended tragically when he died during a violent arrest, according to court records obtained by DailyMail.com

Floyd had been sentenced to five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery where Floyd entered a woman’s home, pointed a gun at her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

Floyd had at least five stints in jail. In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses

All four cops involved in his arrest have been fired as outraged citizens across the country demand they be charged over the father-of-two’s death. None of the officers could have been aware of Floyd’s more than a decade-old criminal history at the time of the arrest

Floyd had moved to Minneapolis in 2014 to start fresh and find a job but was left gasping for breath when a white officer knelt on his neck for eight minutes while arresting Floyd for allegedly paying with a fake $20 bill at a convenience store on Monday evening

The final straw for Floyd came after serving five years in prison in 2009 for aggravated assault stemming from a robbery in 2007 where he entered a woman’s home, pressed a gun into her stomach and searched the home for drugs and money, according to court records.

Floyd pleaded guilty to the robbery where another suspect posed as a worker for the local water department, wearing a blue uniform in an attempt to gain access to the woman’s home, according to the charging document.

But when the woman opened the door, she realized he was not with the water department and attempted to close the door, leading to a struggle.

At that time, a Ford Explorer pulled up to the home and five other males exited the car and went up to the front door.

The report states the largest of the group, who the victim later identified as Floyd, ‘forced his way inside the residence, placed a pistol against the complainant’s abdomen, and forced her into the living room area of the residence.

‘This large suspect then proceeded to search the residence while another armed suspect guarded the complainant, who was struck in the head and sides by this second armed suspect with his pistol while she screamed for help.’

Not finding any drugs or money at the house, the men took jewelry and the woman’s cell phone and fled in their car. A neighbor who witnessed the robbery took down the car’s license plate number.

Later, police tracked down the car and found Floyd behind the wheel. He was later identified by the woman as the large suspect who placed a gun against her stomach and forced her into her living room, the document states.

The 46-year-old was working as a bouncer at a local restaurant and known in local music circles, leaving behind his past in the Houston area where he had just been released from jail

Floyd served 10 months at Harris County jail for a theft offense

Floyd pleaded guilty to the first degree felony and was sentenced in April 2009 to five years in prison.

Prior to that, Floyd was sentenced to 10 months in state jail for possession of cocaine. He had been charged in December 2005 for having less than one gram of the controlled substance.

However, a few months later the charge was updated to possession with intent to deliver a controlled substance, amending the amount Floyd allegedly had to more than four grams of cocaine.

But according to court records, Floyd was able to have the charge reverted back to possession of cocaine less than a gram.

Floyd had two other cocaine offenses, receiving an eight month-sentence stemming from an October 2002 arrest and was sentenced to 10 months from a 2004 arrest.

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail.

He did another stint for theft with a firearm in August 1998. He served 10 months at Harris County jail.

In one of the charging documents, officials noted Floyd had two convictions in the 1990s for theft and delivery of a controlled substance, but it is not clear if Floyd served any time for either of those offenses.

Despite his checkered past, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday. A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence

Floyd was arrested in April 2002 for criminal trespassing and was sentenced to 30 days in jail

After his last arrest in 2007, Floyd moved to Minneapolis in 2014 shortly after his prison release.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making.’

Indeed, it seems that Floyd had turned his life around before his death on Monday.

A heartbreaking video emerged online of Floyd encouraging the younger generation to put an end to gun violence.

The undated video was circulated on Twitter on Wednesday as protesters descended on the streets of Minneapolis for a second night calling for the arrest of the cops involved in his death.

Floyd is seen addressing the camera directly as he speaks out about the need for gun violence to end.

‘It’s clearly the generation after us that’s so lost, man,’ he says before telling them to ‘come home’.

Christopher Harris, one of Floyd’s lifelong friends, said Floyd moved to the city to start over to find a job, telling the Atlanta Journal Constitution: ‘He was looking to start over fresh, a new beginning. He was happy with the change he was making’

Floyd, a father of two, died after a white police officer knelt on his neck for eight minutes in an incident that was captured on video and has sparked violent protests and riots in the city that left one looter dead.

In widely circulated footage of his arrest, Floyd was seen on the ground with his hands cuffed behind his back as white officer Derek Chauvin pinned him to the pavement until he lost consciousness and later died.

Minneapolis Mayor Jacob Frey said on Thursday that he considers Floyd’s death to be a murder.

‘I’m not a prosecutor, but let me be clear. The arresting officer killed someone,’ he told CBS.

‘He’d be alive today if he were white.’ The facts that I’ve seen, which are minimal, certainly lead me down the path that race was involved.’

 

Voir enfin:

Chronique enthousiaste : Gilet-jaunisation aux USA

L’Ere du peuple

Hourra ! Le peuple des États-Unis est en ébullition. Eh ! Vous ! Ceux qui avez trouvé la révolution citoyenne au Soudan trop exotique pour vous concerner, la révolution citoyenne à Beyrouth et à Alger trop arabes, celle du Chili trop latino, celle de Hong-Kong trop asiatique pour vous représenter ! Vous qui ne savez pas qu’il existe des synchronies discrètes mais avérées entre l’Argentine ou le Chili et la France, entre les Caraïbes et l’Île-de-France, entre Dakar et Paris, voyez ! voyez ! L’ère du peuple joue de la grosse caisse à Washington et la révolution citoyenne est dans les rues de New York. La gilet-jaunisation est entrée au cœur de l’Empire. Voici que surgissent des millions de chômeurs, des abandonnés privés de tout accès aux réseaux collectifs sans lesquels la vie est impossible, humiliés à longueur d’année par des flics racistes, manipulés par des politiciens sans conscience. Ils forment désormais un volcan qui vient de faire sa première éruption. Et ce n’est que le début d’une histoire qui va durer.

Non, les USA ne sont pas le roc qu’ils donnent à voir. Remontent en moi les souvenirs. Ma génération a pu voir les USA quitter leur ambassade à Saïgon dans une totale débandade, jeter à la mer hélicoptères et avions par-dessus bord de leurs navires de guerre parce que leurs collaborateurs locaux avaient tout envahi. Nous avons vu les USA qui avaient promis de « ramener le Vietnam à l’âge de la pierre » selon l’expression de l’abject général Westmorland, les USA vaincus à plate couture par l’inflexible patriotisme du petit peuple et de ses bodoïs, gazés, napalmisés, massacrés en masse et en détail. Le peuple américain peut tout lui aussi.

Bon d’accord, je ne retiens pas ce rire moqueur qui me vient. C’est celui d’un « Frenchie surrender », putois notoire et ses French fries. Car c’est ainsi que nous avons été caricaturés aux USA depuis notre refus de participer à leur lamentable deuxième guerre du Golfe. L’état d’esprit anti-français se déchaina alors jusqu’à l’absurde : vider des bouteilles de vin dans les égouts et vouloir rebaptiser les frites, de « French fries » en je ne sais quoi. Oui la rigolade : voir la Maison blanche s’éteindre pour devenir invisible pendant que le président Trump se cache à la cave ! « Salut Trump tu as le bonjour de Cuba, de Venezuela, de Salvador Allende, de Patrice Lumumba, et même du Che » ! Sans oublier Edgard Snowden, Julian Assange et les torturés de Guantanamo, les asphyxiés du waterboarding, le supplice de la baignoire, qui ne serait pas une torture puisque l’actuelle cheffe de la CIA la pratiquait elle-même il y a peu ! À son tour : à la cave ! Le persécuteur des peuples dans le noir ! Ce n’est pas cher payé pour l’instant.

Retenez ceci comme un avis d’observateur de longue date : tout ce qui advient aux USA arrive ensuite chez nous dans la décennie qui suit. Parfois plus vite. Qu’il s’agisse des modes, de la politique ou de faits sociaux. Le fin tissu qui nous unit n’est pas seulement économique, militaire ou ce que l’on voudra. Il est continuellement alimenté par les séries télévisées, le cinéma, les matrices narratives, les images de référence. Que cela plaise ou non, qu’on soit d’accord ou pas, il s’agit d’un effet de système profondément ancré. On peut ne pas s’être rendu compte que toutes les social-démocraties européennes répétaient soudainement les mantras clintonistes, ne pas avoir vu Sarkozy répéter en boucle à Rome et à Ryad les absurdités du « choc des civilisations » et ne pas savoir que l’autrice qui écrivait les discours, Emmanuelle Mignon les recopiait directement de Samuel Huntington, ne pas avoir vu le sommet du quai d’Orsay virer néo-conservateur. Mais quand les émeutes urbaines ont éclaté en France, quand on a vu Halloween et Black Friday occuper des millions d’esprits superficiels qui voudraient vivre comme dans une série US ? Non : rien ? Peut-être même qu’il en est encore pour ne pas savoir que Cédric Chouviat est mort d’un geste de policier comme celui commis contre Georges Floyd et que personne n’a été ni suspendu ni inculpé de quoi que ce soit. Et Adama Traoré et… et… Zineb Redouane, vieille dame abattue à sa fenêtre et qui est morte parait-il non de la grenade qu’elle a reçue dans la figure au quatrième étage à Marseille mais d’un arrêt du cœur imprévisible sur la table d’opération !… Peut-être d’autres n’ont-ils pas remarqué que les éborgnements de manifestants ne sont pas des bavures mais un fait désormais universel.

Au fond, peu importe. Aucune alerte, aucune mise en garde n’aura jamais rien produit dans notre pays à part des heures de prêchi-prêcha haineux contre toute forme d’opposition et de dénigrement personnalisé contre les fortes têtes pourchassées sans répit les Jérôme Rodriguez, Taha Bouhafs, Drouet, Dufresne, Wamen et ainsi de suite et pour finir avec Camélia Jordana. Je ne sais comment dire combien cela me désole. Car la suite est écrite. Et ceux qui me lisent savent la lire.

Aux USA, le fil des révolutions citoyennes est resté net : fermentation politique longue depuis Occupy et les Anonymous, évènement fortuit (la mort de Georges Floyd), union sans parti ni représentant, revendication égalitaire (« la vie des Noirs compte »), mobilisation universaliste, non communautaire pour la première fois depuis longtemps, mot d’ordre polysémique fédérateur (« je ne peux plus respirer »). Oui mais voilà : il s’agit des USA et de la première saison de l’après Covid-19. Elle ouvre la crise sociale monstrueuse qui va déferler. Les USA déjà désemparés, inondés de dollars de planche à billets, sans projet collectif, labourés par les socs contraires du petit peuple social et du petit peuple facho. Les USA paralysés par la gélatine du parti démocrate qui a eu la peau de Sanders pour ce néant qu’est Joe Biden. Les USA où les latinos seront dans une poignée d’années la plus importante minorité devant les afro-américains et les beaux blancs protestants. Les USA où le catholicisme sera bientôt la première religion chrétienne du pays modifiant ainsi la matrice spirituelle d’un pays où la religion est sur chaque billet de banque avec la formule « in God we trust ». Les USA et leur dollar bidon, leur État fédéral bringuebalant. Bref, les USA chancelant vont faire vaciller le monde. Trump voudrait interdire les anti-Fas, pendant que des miliciens d’extrême-droite en armes défilent dans les rues. Ils contrôlent ici ou là et les passants, comme nos identitaires dans le métro de Lyon et dans des bus à Lille pendant que les castors pyromanes pérorent loin de toute réalité « faire barrage ! faire barrage ! ».

Les événements nord-américains sont décisifs. Ils nous obligent à faire un point réaliste. Si l’extrême droite « suprémaciste » l’emporte aux USA, ce sera bien autre chose que ce qu’elle a déjà fait en Pologne, Hongrie, Autriche, au Brésil, en Inde ou aux Philippines. Si les nôtres se donnent une expression politique capable d’être majoritaire, tout devient possible dans la civilisation humaine. Ayez grand soin de vous monsieur Bernie Sanders ! L’Histoire ne ferme jamais boutique.

Voir par ailleurs:

Dr. King’s Error
Walter Lippman
NYT
April 7, 1967

In recent speeches and statements the Rev. Dr. Martin Luther King Jr. has linked his personal opposition to the war in Vietnam with the cause of Negro equality in the United States. The war, he argues, should be stopped not only because it is a futile war waged for the wrong ends but also because it is a barrier to social progress in this country and therefore prevents Negroes from achieving their just place in American life.

This is a fusing of two public problems that are distinct and separate. By drawing them together, Dr. King has done a disservice to both. The moral issues in Vietnam are less clear-cut than he suggests; the political strategy of uniting the peace movement and the civil rights movement could very well be disastrous for both causes.

Because American Negroes are a minority and have to overcome unique handicaps of racial antipathy and prolonged deprivation, they have a hard time in gaining their objectives even when their grievances are self-evident and their claims are indisputably just. As Dr. King knows from the Montgomery bus boycott and other civil rights struggles of the past dozen years, it takes almost infinite patience, persistence and courage to achieve the relatively simple aims that ought to be theirs by right.

The movement toward racial equality is now in the more advanced and more difficult stage of fulfilling basic rights by finding more jobs, changing patterns of housing and upgrading education. The battle grounds in this struggle are Chicago and Harlem and Watts. The Negroes on these fronts need all the leadership, dedication and moral inspiration that they can summon; and under these circumstances to divert the energies of the civil rights movement to the Vietnam issue is both wasteful and self-defeating. Dr. King makes too facile a connection between the speeding up of the war in Vietnam and the slowing down of the war against poverty. The eradication of poverty is at best the task of a generation. This « war » inevitably meets diverse resistance such as the hostility of local political machines, the skepticism of conservatives in Congress and the intractability of slum mores and habits. The nation could afford to make more funds available to combat poverty even while the war in Vietnam continues, but there is no certainly that the coming of peace would automatically lead to a sharp increase in funds.

Furthermore, Dr. King can only antagonize opinion in this country instead of winning recruits to the peace movement by recklessly comparing American military methods to those of the Nazis testing « new medicine and new tortures in the concentration camps of Europe. » The facts are harsh, but they do not justify such slander. Furthermore, it is possible to disagree with many aspects of United States policy in Vietnam without whitewashing Hanoi.

As an individual, Dr. King has the right and even the moral obligation to explore the ethical implications of the war in Vietnam, but as one of the most respected leaders of the civil rights movement he has an equally weighty obligation to direct that movement’s efforts in the most constructive and relevant way.

There are no simple or easy answers to the war in Vietnam or to racial injustice in this country. Linking these hard, complex problems will lead not to solutions but to deeper confusion.

Voir par ailleurs:

DC Riots and Bishop Mariann Budde’s Selective Episcopal Outrage

Jeffrey Walton
Juicy Ecumenism
June 2, 2020
Episcopal Diocese of Washington Bishop Mariann Budde has worked her way into a froth over a photo opportunity by President Trump.Lafayette Square across from the White House was cleared Monday evening of Black Lives Matter protesters (with the use of either tear gas or smoke canisters, depending on which report you read) seemingly for the purpose of facilitating Trump’s walk to St. John’s Episcopal Church for the photo op. Reports from the Washington Post describe Trump briefly standing in front of the church with Bible in hand, but neither entering the building nor speaking with anyone nor opening the Bible, which apparently signaled something at merely being raised like a talisman.

Workers install temporary plywood to protect windows from damage at the parish house of St. John’s Episcopal Church in Washington, D.C. on Tuesday, June 2, 2020 (Photo: Jeff Walton/IRD)

“I am outraged,” Budde told the Post about Trump’s posturing in an interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled. She had nothing critical to say about the burning of one of her churches, which according to the parish vestry incurred about $20,000 in damages, mostly to the church nursery.

“This evening, the President of the United States stood in front of St. John’s Episcopal Church, lifted up a bible, and had pictures of himself taken. In so doing, he used a church building and the Holy Bible for partisan political purposes,” Tweeted Episcopal Church Presiding Bishop Michael Curry. “This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us.”

The prominent St. John’s Parish House located on Lafayette Square had been briefly set afire the night before, after peaceful protesters headed home for a District of Columbia curfew.

Some who remained in defiance of the curfew threw rocks at windows in the adjacent U.S. Department of Veterans Affairs building and spray painted a nearby statue of Revolutionary War hero Tadeusz Kościuszko with profanity. Most of the damage appeared directed at a small building that houses park bathrooms. A number of storefronts in the downtown, Georgetown and Tenleytown neighborhoods were also vandalized, including a hair salon and a looted sandwich shop owned by Pakistani immigrants directly below IRD’s downtown offices.

A brief walk around the St. John’s building this afternoon showed graffiti had largely been removed and windows were proactively boarded up to prevent any further damage. A pole with an American flag had been yanked off the building and thrown into a fire by protesters, but little else was noticeably amiss.

Would Budde have given a similar pass if right-wing protesters had done the same? the bishop of Washington doesn’t shrink from activism. Budde herself is engaged in advocacy for firearms restrictions and even weighed in on changing the name of the city’s floundering NFL franchise. Within the Diocese of Washington, Budde defended a push for “gender-inclusive” language “to avoid the use of gendered pronouns for God.”

The Post report noted both Budde and Curry “are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda.” I was last present in the now-damaged St. John’s parish house as it hosted a press conference for the Religious Coalition on Reproductive Choice, a progressive lobby that voices approval from religious officials for unrestricted abortion-on-demand, and which counts the Episcopal Church as a member.

Post religion reporters Michelle Boorstein and Sarah Pulliam Bailey cite data from the Pew Research Center showing 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Episcopalians have increasingly found themselves in roles difficult to maintain. Church officials simultaneously embrace leftist causes, while also serving as a boutique chaplaincy to the affluent and as presiders over American civil religion in events of national importance including state funerals.

For his part, President Trump is in close proximity to the Episcopal Church: his youngest son was baptized at an Episcopal parish and attends a private Episcopal high school (Trump himself is Presbyterian and his wife Melania is Roman Catholic). The Trump family typically attends services at Bethesda-by-the-sea Episcopal Church when in Palm Beach, Florida, minutes from Mar-a-Lago.

Budde draws a distinction between those engaged in peaceful protest, opportunistic looters and violent organized provocateurs like Antifa. Would she do the same if the partisan affiliations were flipped?

The danger of selective outrage is in exposing one’s self as another partisan instead of acting like a senior shepherd.

Voir enfin:

The Washington Post
June 2, 2020

The Right Rev. Mariann Budde, the Episcopal bishop of Washington, was seething.

President Trump had just visited St. John’s Episcopal Church, which sits across from the White House. It was a day after a fire was set in the basement of the historic building amid protests over the death of George Floyd in the custody of Minneapolis police.

Before heading to the church, where presidents have worshiped since the days of James Madison, Trump gave a speech at the White House emphasizing the importance of law and order. Federal officers then used force to clear a large crowd of peaceful demonstrators from the street between the White House and the church, apparently so Trump could make the visit.

“I am outraged,” Budde said in a telephone interview a short time later, pausing between words to emphasize her anger as her voice slightly trembled.

She said she had not been given any notice that Trump would be visiting the church and did not approve of the manner in which the area was secured for his appearance.

“I am the bishop of the Episcopal Diocese of Washington and was not given even a courtesy call, that they would be clearing [the area] with tear gas so they could use one of our churches as a prop,” Budde said.

She excoriated the president for standing in front of the church — its windows boarded up with plywood — holding up a Bible, which Budde said “declares that God is love.”

“Everything he has said and done is to inflame violence,” Budde of the president. “We need moral leadership, and he’s done everything to divide us.”

In a written statement, Presiding Bishop Michael Curry, head of the Episcopal denomination, accused Trump of using “a church building and the Holy Bible for partisan political purposes.”

“This was done in a time of deep hurt and pain in our country, and his action did nothing to help us or to heal us,” Curry wrote.

“The prophet Micah taught that the Lord requires us to ‘do justice, love mercy and walk humbly with our God,’ ” he continued, calling on Trump and others in power to be moral. “For the sake of George Floyd, for all who have wrongly suffered, and for the sake of us all, we need leaders to help us to be ‘one nation, under God, with liberty and justice for all.’ ”

Budde and Curry are among the pantheon of progressive religious leaders who have long been critical of Trump’s political agenda. The Episcopal Church’s policies include supporting abortion rights, refugee resettlement, an expansion of health care and other issues that Trump has opposed or not embraced. According to the Pew Research Center, 49 percent of Episcopalians are Democrats or lean Democratic, compared with 39 percent of church members who are Republican or lean Republican.

Trump’s longtime religious allies, who are far more conservative on both domestic and foreign policy, saw his walk to St. John’s much differently. “What kind of church I need PERMISSION to attend,” tweeted Pastor Mark Burns of South Carolina after Budde and others said Trump should have let them know he was coming. “Jesus welcomes All.”

Johnnie Moore, a spokesman for several of Trump’s evangelical religious advisers, tweeted favorably about the incident as well.

“I will never forget seeing @POTUS @realDonaldTrump slowly & in-total-command walk from the @WhiteHouse across Lafayette Square to St. John’s Church defying those who aim to derail our national healing by spreading fear, hate & anarchy,” he wrote. “After just saying, ‘I will keep you safe.’ ”

Trump did not enter St. John’s on Monday evening. No one associated with the church was present for his visit.

Andrew Whitehead, a sociologist at Clemson University who studies Christian nationalism, said the president’s appearance was an attempt to promote the idea of America as a distinctly Christian nation after his Rose Garden speech.

“Going to the church, not going in it, not meeting with any clergy, holding up a Bible, but not quoting any scripture, after an authoritarian speech, was about using the religious symbolism for his ends,” Whitehead said.

“It was a signal to the people that embrace the idea of a Christian nation, that he will defend Christianity in the public sphere,” Whitehead said. “He said he’ll make America safe. That raised the question, for whom? It’s largely for white, mostly Protestant America.”

Budde — who spent 18 years in as a rector in Minneapolis before being elected bishop of the Washington diocese — said the Episcopal Church disassociates itself from the messages offered by the president.

“We hold the teachings of our sacred texts to be so so grounding to our lives and everything we do,” she said. “It is about love of neighbor and sacrificial love and justice.”

Following a tradition set by President Franklin D. Roosevelt, Trump attended a service at St. John’s before his swearing-in ceremony in 2017. He visited the church again that year to mark a national day of prayer for victims of Hurricane Harvey and in 2019 on St. Patrick’s Day.

Budde said she learned he was headed back to the yellow, 19th-century building on Monday by watching the news.

“No one knew this was happening,” she said. “I don’t want President Trump speaking for St. John’s.”

The Rev. Robert W. Fisher, the church rector, said he felt blindsided by the visit. Usually, the White House gives the church at least 30 minutes’ notice before the president comes by.

“We want St. John’s to be a space for grace, as a place where you can breathe,” he said. “Being used as a prop, it really takes away from what we’re trying to do.”

Earlier in the day, Fisher said, he and other clergy were outside the church handing out water bottles and granola bars to protesters, and expressing solidarity with their cause. He said he left the area to be interviewed on television about the damage from the fire the previous night and later watched images of the protest being dismantled “with disbelief.”

Fisher, 44, became the rector of St. John’s in June 2019 and has not yet hosted a presidential visit. The church usually draws about 400 people on a typical weekend. But it has been closed since mid-March due to the broad shutdown restrictions in place to combat the novel coronavirus.

Damage to the building from Sunday night’s fire and vandalism will cost at least $20,000, Fisher said. But he said the destruction should not become the focus of what has been happening in the streets outside the White House.

Fisher said that when people have talked about the church being burned, he has tried to redirect them, saying it was likely one person who does not represent the majority of people protesting.

“That has pulled away from the more important message that we have to address racism in this country,” he said.


Orwell/70e: Hommage à la décence commune (My country right or wrong: rediscovering with Orwell the spiritual need for truth and patriotism for which no substitute has yet been found)

21 février, 2020

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S’ils se taisent, les pierres crieront! Jésus (Luc 19 : 40)
Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. Jésus (Matthieu 11: 25)
Le plus difficile n’est pas de dire ce que l’on voit mais d’accepter de voir ce que l’on voit. Péguy
Dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire. George Orwell
Il faut constamment se battre pour voir ce qui se trouve au bout de son nez. Orwell
Government cannot be conducted on “pure” pacifist lines, because any government which refused in all circumstances to use force could be overthrown by anyone, even any individual, who was willing to use force. . . . As to the conquest of England, Gandhi would certainly advise us to let Germans rule here rather than fight against them—in fact he did advocate just that. And if Hitler conquered England he would, I imagine, try to bring into being a nationwide pacifist movement, which would prevent serious resistance and therefore make it easier for him to rule. George Orwell
What would Gandhi do if he wasn’t given a shelf [of freedom by the British] to stand on?. . . The fact is that Gandhi’s political methods were almost irrelevant to the present situation, because they depended on publicity. As Mr. Fischer admits, Gandhi never had to deal with a totalitarian Power. He was dealing with an old-fashioned and rather shaky despotism which treated him in a fairly chivalrous way and allowed him to appeal to world opinion at every step. (…) It is difficult to see how his strategy of fasting and civil disobedience could be applied in a country where political opponents simply disappear and the public never hears anything that the Government does not want it to hear. Moreover, it appears that when Mr. Fischer tellsus that we should follow Gandhi’s teachings he. . . wants to prevent the expansion of Russian imperialism, nonviolently if we can, but violently if we must; whereas Gandhi’s central tenant was that you must not use violence even if the alternative is defeat. Asked to give an opinion on the German Jews, Gandhi apparently answered that they should have committed mass suicide, and thus “arouse the world”—an answer which seems to embarrass even Mr. Fischer. George Orwell
In this yogi-ridden age, it is too readily assumed that “non-attachment” is not only better than a full acceptance of earthly life, but that the ordinary man only rejects it because it is too difficult: in other words, that the average human being is a failed saint. It is doubtful whether this is true. Many people genuinely do not wish to be saints, and it is probable that some who achieve or aspire to sainthood have never felt much temptation to be human beings. (…) We live in a lunatic world in which opposites are constantly changing into one another, in which pacifists find themselves worshipping Hitler, Socialists become Nationalists, patriots become quislings, Buddhistspray for the success of the Japanese Army, and the Stock Market takes an upward turn when the Russians stage an offensive. The creeds [pacifism, Anarchism, Stalinism] have the advantage that they aim at the impossible and therefore in effect demand very little. If you throw in a touch of oriental mysticism and Buchmanite raptures over Gandhi, you have everything that a disaffected intellectual needs. The life of an English gentleman and the moral attitude of a saint can be enjoyed simultaneously. By merely transferring your allegiance from England to India (it used to be Russia), you can indulge to the full in allthe chauvinistic sentiments which would be totally impossible if you recognized them for what they were. In the name of pacifism you can compromise with Hitler, and in the name of spirituality you can keep your money. . . There is indeed a sort of apocalyptic truth in the statement of the German radio that the teachings of Hitler and Gandhi are the same. George Orwell
Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit. George Orwell (1984)
Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme, c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires s’avèrent être plus intelligents que les intellectuels. George Orwell
Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. George Orwell
La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. George Orwell
Une part de nous veut être un héros ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. George Orwell
This insignificant and self-effacing hero who had nothing to recommend him but a little goodness in his heart and apparently a ridiculous ideal. This would be to give the truth its due, to give the sum of two and two as four. (…) It may seem a ridiculous idea, but the only way to fight the plague is with decency. Albert Camus
But again and again there comes a time in history when the man who dares to say that two and two make four is punished with death. The schoolteacher is well aware of this. And the question is not one of knowing what punishment or reward attends the making of this calculation. The question is one of knowing whether two and two do make four. Camus
Freedom is the freedom to say that two plus two make four. If that is granted, all else follows. George Orwell
A nihilist is not one who believes in nothing, but one who does not believe in what exists. Camus
Totalitarianism demands, in fact, the continuous alteration of the past, and in the long run probably demands a disbelief in the very existence of objective truth. (…) So long as physical reality cannot be altogether ignored, so long as two and two have to make four. Orwell
ONE DAY in February 1945, in Paris, George Orwell waited at the café Deux Magots, where he was to meet Albert Camus for the first time. But Camus, suffering from tuberculosis and exhaustion — because of which he was currently on leave from his editorship of the resistance newspaper Combat — didn’t show up. They would never again have the chance to meet each other. Five years later, Orwell died, in England — from an illness related to his own tuberculosis. This may very well be one of the great missed opportunities in 20th-century European letters. But although Orwell and Camus were two of the most intriguing political and literary figures of their time, they are rarely considered in relation to each other, and when they are, it is usually not to any great depth. There are superficial similarities between them that tend to distract from looking for deeper affinities, albeit buried beneath significant antimonies. Although, politically and intellectually, they drew many of the same conclusions, these were, more often than not, arrived at from very different starting points, or via different routes. And that is, ultimately, why Orwell and Camus are so interesting to consider together. In a sense, the life and work of each man acts as an independent variable to confirm the truths and the doubts revealed by the life and work of the other. Part of the reason for these different attitudes and approaches to writing may be due to their different social backgrounds. For Orwell, that background was middle-class, old Etonian — even when he rebelled against it he was still inculcated by the attitudes that came with it. He had seen several of his classmates — such as Cyril Connolly — go on to become writers and editors of literary journals and newspapers, and so he was never in any doubt that a literary career was not something he could pursue. His five years in the Burmese Police were, he later said, partly an attempt to actively avoid becoming a writer — as if it was always inevitable. Camus, on the other hand, came from very poor, largely illiterate, working-class French Algeria. There was hardly anything inevitable in Camus’s becoming a writer. Growing up, there were no books in the house, and no privacy. During the school holidays, he worked with his uncles and older brother in a wine-barrel factory. His older brother didn’t go to high school, but went instead to work full-time with their uncles. Camus was supposed to follow suit, but an intervention from a schoolteacher, Louis Germain — and later the encouragement of a high school teacher and then university lecturer, Jean Grenier — made Camus see new possibilities. But even here, these possibilities extended mainly to the goal of becoming a high school teacher, and the need for a steady, honest job. Writing was certainly a possibility, but it was always something besides, something you did after work hours. For a working-class family in 1930s Algeria, writing was not considered legitimate work. (…) Although Camus was already famous in France for his work from the early 1940s, it was his post-war work — beginning with the publication of The Plague — that brought him international renown. Orwell became internationally famous at about the same time. It is from the 1950s onward that the reputations of both figures were truly established. But such reputations — often disproportionate to the work in question — are almost always based on misunderstandings and oversimplifications. For Orwell, this process largely occurred after his death (January 21, 1950). Camus struggled against his own growing reputation, often in vain, throughout the 1950s, until his own death on January 4, 1960. Even here, in these misunderstandings and oversimplifications, a comparison between Orwell and Camus is worth pursuing. Their reputations have been secured, largely through the imposition of a false binary over each of their work, with one half being brought narrowly into relief against the attempted suppression of the other half. The dividing line is between their fiction and their nonfiction, their art and their politics: Camus is seen as a great literary figure, but a poor political thinker, while Orwell as a great political writer, but a poor literary figure. What is ultimately compelling about these men, however, is that they are both consummate literary and political writers. The two aspects of their work — the literary and the political — cannot be pitted against each other. It is the balance between the two that is responsible for the creative force behind each man’s work. By reconsidering Orwell and Camus in relation to each other, the prominent aspect of each can be used to rehabilitate the suppressed aspect of the other. Both rehearsed their literary and political thinking throughout the 1930s. Orwell’s thinking evolved more publicly in various book reviews, as well as articles and books. Camus rehearsed his ideas more privately, in his notebooks and unpublished essays, but also in the occasional published book review (in Algeria). It was not until The Myth of Sisyphus was published (1942) that his mature ideas on aesthetics would become known, albeit largely ignored. What is essential to note is that, for both men, these ideas, both literary and political, were developed in unison, and were forged in the act of writing, and in response to the same climate of political and social unease. Although Orwell became famous for his final two novels, Animal Farm and Nineteen Eighty-Four, their reputation is built on the political message they carry. And to get at that message, the literary and artistic aspects of these works have been pushed to the side. The retrospective appraisal of his pre-war books holds up his nonfiction works (The Road to Wigan Pier and Homage to Catalonia) and downplays his novels (A Clergyman’s Daughter, Keep the Aspidistra Flying, Coming Up for Air), except when (as with Down and Out in Paris and London and Burmese Days) they can be mined for autobiographical and social or political import. His political journalism and essays are seen as the core of his thinking, and Animal Farm and Nineteen Eighty-Four as popular illustrations of these ideas. But Orwell himself, very early in his career, argued against this style of reading literature. In one of his first book reviews, in 1930, for example — on Lewis Mumford’s book Herman Melville — he argues that such interpretation (an “unpleasant but necessary word”) is a “dangerous method of approaching a work of art. Done with absolute thoroughness, it would cause art itself to vanish.” Reducing a work of art to an allegorical message, he said, “is like eating an apple for the pips.” In The Myth of Sisyphus, Camus also argued against reducing novels to what he called a “thesis-novel, the work that proves, the most hateful of all, […] the one that most often is inspired by a smug thought.” For both men, a novel is not supposed to tell the reader what to think, but rather to create the conditions through which the reader can experience thinking for themselves. This idea became the creative spark that fired also their political imaginations, especially their opposition to totalitarianism. Throughout the 1930s, both Camus and Orwell saw the problem of the contemporary novel in terms of the tendencies toward either formalism or realism. On the one hand, empty formalism focused on technique, on art for art’s sake; on the other, social realism or naturalism revealed the world, but without any structure, or by attaching a simplistic morality to the work. Both men recognized the merits of each, but also the absurdity of allowing each aspect to dominate a work of art. For Orwell, the two most influential books throughout the 1930s were James Joyce’s Ulysses and Henry Miller’s Tropic of Cancer. He argued, both publicly (in reviews) and privately (in letters), that Ulysses perfectly used various formal techniques to examine, for the first time, both the outside and the inside of the ordinary man, and to bridge the gap between the “intellectual” and the “man-in-the-street.” Tropic of Cancer focused the reader’s attention on the brutal and often ugly facts of everyday life. But Orwell also felt that both books went too far in each direction — the formalism of the former, and the brutal naturalism of the latter. He strove to develop his own style that joined the best of both, while jettisoning the worst. Incorporating the political into his writing — thinking about the political in literary terms — is what allowed him to strike a balance. This is one of the often missed points of his otherwise well-known essay “Politics and the English Language.” Although he explicitly states that he is not examining the “literary use of language,” he is still looking at the use of literary language in political writing. The whole focus of the essay is to examine the use of imagery and metaphor, and the misuse of cliché and abstract language — the way that politics uses language to corrupt or prevent thought, and the way we can rejuvenate our language in order to allow and clarify our thinking. Moreover, the reason Orwell wasn’t looking at the “literary use of language” in that essay is that he had already done so in a previous one, “The Prevention of Literature” — which, in many respects, provides the context and the conditions for understanding more clearly the argument in “Politics and the English Language.” (The two essays were written almost in conjunction with one another in late 1945, soon after Orwell and Camus were supposed to meet). In this earlier essay, Orwell makes the explicit link between literature and totalitarianism, and shows how a politics that tends toward totalitarianism not only reduces the capacity of literature to be created and read, but also that totalitarianism achieves its own goals, in part, through the very process of preventing literature from being created and read. The reason for this, Orwell argues, is that literature is concerned with increasing consciousness, free thought, the imagination, all of which are anathema to totalitarianism. For him, literary thinking is inextricably linked to intellectual honesty. “At some time in the future, if the human mind becomes something totally different from what it is, we may learn to separate literary creation from intellectual honesty. At present we know only that the imagination, like certain wild animals, will not breed in captivity.” For Orwell, reading a novel for its allegorical message, while ignoring its literary context, is a form of intellectual dishonesty. For Camus, such a reading is inspired by a “smug thought”: “You demonstrate the truth you feel sure of possessing.” This unity of the literary and the political in Orwell’s work is central also to his other well-known essay “Why I Write,” where he explicitly states: “What I have most wanted to do throughout the past ten years is to make political writing into an art.” The essay includes an often cited passage, used to supposedly highlight his political writing at the expense of his literary writing: “looking back through my work, I see that it is invariably where I lacked a political purpose that I wrote lifeless books and was betrayed into purple passages, sentences without meaning, decorative adjectives and humbug generally.” But this ignores a previous, qualifying statement from the same essay: “But I could not do the work of writing a book, or even a long magazine article, if it were not also an aesthetic experience. Anyone who cares to examine my work will see that even when it is downright propaganda it contains much that a full-time politician would consider irrelevant.” The context for these passages is created by the main argument of his essay. Here Orwell examines four motivations for why writers, in general — and himself in particular — write: sheer egoism, aesthetic enthusiasm, historical impulse, and political purpose. “I am a person in whom the first three motives would outweigh the fourth [the political],” he adds. It is worth noting that one aspect for which Orwell is renowned — his focus on “things as they are, to find out true facts and store them up for the use of posterity” — is, for him, the definition of the historical impulse, and not, as may be assumed, his political purpose. It was, indeed, the historical context that Orwell found himself in that forced him, albeit against his nature, to become political. But it was his literary thinking — from which his intellectual honesty evolved — that forced him to consider his historical context so clearly, so as to become political. It is for this reason that Orwell, on occasion, referred to himself as a “literary intellectual.” This self-description, and the argument behind it, aptly applies also to Camus. In a 1951 interview, for example, he said: What, in fact, is the aim of every creative artist? To depict the passions of his day. In the seventeenth century, the passions of love were at the forefront of people’s minds. But today, the passions of our century are collective passions, because society is in disorder. Artistic creation, instead of removing us from the drama of our time, is one of the means we are given of bringing it closer. Totalitarian regimes are well aware of this, since they consider us their first enemies. Isn’t it obvious that everything which destroys art aims to strengthen ideologies that make men unhappy? And yet, where Orwell is praised for his political judgment, albeit based upon a denigration of his literary imagination, Camus is praised for his literary works (he won the Nobel Prize for Literature, after all), but, in the process, he is denigrated for his political thinking — often dismissed as a noble but vague humanism; admirable, but not worth taking seriously. However, by the time most of the French intelligentsia embraced Communism in the late 1940s and ’50s, Camus had already joined and been expelled from the Communist Party (the Algerian branch). At a time when many others — such as Merleau-Ponty and Sartre — were being seduced by Communism, Camus was already aware of its theoretical contradictions and practical impossibilities. His experiences during the purges of the mid-1940s showed him that today’s victims can easily become tomorrow’s executioners. His own political thinking — which, like Orwell’s, was grounded in intellectual honesty and concrete experience — developed early, through his growing up in poverty in working-class Algeria. What Orwell learned only slowly, and from the outside, about poverty and working-class culture, Camus knew firsthand, from the root source. Camus sharpened his political sensibilities through his journalism, which forced upon him the practice of keeping an open mind, of collecting the facts for himself, and then thinking through their significance and implications. Take, for example, his 1939 series of articles on the drought and famine of the Kabylia region of Algeria. The lyricism of Camus’s prose is often cited, but what is ignored are the dozens of pages full of painstaking detail, facts and figures, and reported conversations with those affected, the attempt to examine the environmental, the social, the cultural, the colonial, the economic, and the political aspects of the situation. Nearly two decades later, these pieces were collected together with Camus’s other writings about Algeria. Covering more than eighty printed pages, his preface notes, however, that “pieces were too long and detailed to reproduce here in their entirety, and I have cut overly general observations and sections on housing, welfare, crafts, and usury.” These articles are the equivalent of Orwell’s investigation into working-class life, published as The Road to Wigan Pier (1937). When they were first published in June 1939, the political and media uproar led to Camus’s blacklisting in Algeria and his self-exile to Paris. Needless to say, he was not blacklisted for his lyricism. (…) In his journalism, Camus was also focused on domestic French, European, and international politics. A constant refrain in his Combat editorials and articles — written in the course of facing day-to-day political and social struggles — is the criticism that what is lacking in contemporary politics is a sense of “imagination.” Like Orwell, Camus saw the imagination as essential to forcing an individual to see the concrete reality beyond the words and ideologies of his day. Here is but one example, from an editorial on August 30, 1944: “Thirty-four Frenchmen tortured and then murdered at Vincennes: without help from our imagination these words say nothing. And what does the imagination reveal? Two men, face-to-face, one of whom is preparing to tear out the fingernails of the other, who looks him in the eye.” There are numerous other examples in Camus’s journalism. They are the equivalent of Orwell’s famous line: “As I write, highly civilized human beings are flying overhead, trying to kill me” — of which he, too, has numerous other, lesser-known examples in his own writing. But each of these tiny moments of detail is the outcome of a more fully developed imagination. Such imagination is the lynchpin between the political and the literary aspects of the work of both Orwell and Camus. For Orwell, this political imagination is associated with “decency.” Camus also spoke of “decency” in his journalism, but, for him, it was associated mainly with an attitude of “modesty.” Much of the development of Camus’s political thinking, culminating in The Rebel, is based around his opposition to all forms of modern nihilism, whether they came from the right or the left. But even here Camus has a unique perspective on what nihilism is: “A nihilist is not one who believes in nothing, but one who does not believe in what exists.” It is precisely the same criticism that Orwell leveled against totalitarianism: “Totalitarianism demands, in fact, the continuous alteration of the past, and in the long run probably demands a disbelief in the very existence of objective truth.” Most commentators focus on the first part of this statement, and ignore the implications of the second part. This is from the same essay in which Orwell rehearses an image used so powerfully in Nineteen Eighty-Four: “So long as physical reality cannot be altogether ignored, so long as two and two have to make four […].” And the essay in which this appears? “The Prevention of Literature.” Camus’s equivalent to this essay appeared as a later chapter in his political work The Rebel. There he described how the roots of rebellion — and its inextricable belief in limits, predicated upon what exists, and its preservation — were the same as the roots of art. For Camus, as for Orwell, the separation of the two aspects of human experience, the political and the literary, is the first sign of the decadence of each. Camus writes: The trial of art has been opened definitively and is continuing today with the embarrassed complicity of artists and intellectuals dedicated to calumniating both their art and their intelligence. We notice, in fact, that in the contest between Shakespeare and the shoemaker, it is not the shoemaker who maligns Shakespeare or beauty but, on the contrary, the man who continues to read Shakespeare and who does not choose to make shoes — which he could never make, if it comes to that. (…) Orwell had arranged the meeting with Camus, ostensibly on the basis of the latter having been the editor of Combat during the final months of the war. In an article Orwell was researching at the time — published in the Manchester Evening News on 28 February, 1945 — about the French newspaper scene, Orwell cited Combat as one of the leading “Left-wing Socialist” newspapers that was still able to retain some of its critical power amidst the rising status quo and censorship of post-war Paris. Orwell was probably thinking of the likes of Camus when he wrote: “But the experience of the occupation has produced in large numbers a new type of journalist — very young, idealistic and yet hardened by illegality, and completely non-commercial in outlook — and these men are bound to make their influence felt in the post-war Press.” So they would have probably spoken about the occupation and the liberation, and about the press, about censorship and paper shortages. Had the conversation gone off topic, had they spoken about other than immediate things, it is likely that they would have spoken about Spain. Orwell’s 1938 book Homage to Catalonia, about his experience of the Spanish Civil War, was soon to be published in a French translation. Camus had an abiding affiliation with Spain. His mother was Spanish. He was also currently having a love affair with María Casares — a Spanish actress, the daughter of Santiago Casares y Quiroga, the prime minister of Spain during the military uprising in 1936, which started the civil war. Camus would have been interested to hear about Orwell’s time in Spain, and especially about his being shot through the throat. Orwell would have been interested to hear, via Camus’s close contacts, current news of Spain. Matthew Lamb
George Orwell n’imaginait probablement pas que ce qu’il écrivait finirait par être la réalité de la Chine. Etudiant pékinois (décembre 2010)
I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. Rebecca Solnit
La barbarie commence dans les discours de haine, elle commence dans l’encouragement au discours qui théorise sur ce fameux grand remplacement qui est en réalité un mythe raciste et xénophobe. Nous sommes de ce fait face à une grande responsabilité. Je ne peux pas ne pas le dire sur ce plateau. Quand des médias salarisent des personnes comme Eric Zemmour, on est complice de ce climat. Benjamin Lucas (Génération.S)
On met tous les flics dans des quartiers des minorités. Oui, c’est vrai. Pourquoi on fait ça? Parce que c’est là où il y a toute la criminalité. Comment on les désarme ? Eh bien, on les jette contre le mur et on les fouille. Michael Bloomberg (2015)
Eh bien, pendant longtemps, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire, mais les Noirs et les Latinos obtiennent de très mauvais résultats aux tests scolaires par rapport aux Blancs et aux Asiatiques. Si vous regardez nos prisons, ce sont principalement des minorités. Si vous regardez là où se trouve la criminalité, c’est dans les quartiers des minorités. Si vous regardez qui sont les victimes et les criminels, c’est pratiquement tous des minorités. C’est quelque chose qui dure depuis longtemps. Je suppose que c’est répandu ailleurs mais c’est certainement vrai à New York. Et pendant de nombreuses années, les gens ont dit que vous ne pouviez rien y faire. Néanmoins, il y a cette énorme cohorte d’hommes noirs et latinos, disons, de 16 à 25 ans qui n’ont pas d’emploi, de perspectives, ne savent pas comment trouver un emploi, ne savent pas quelles sont leurs compétences, ne savent pas comment se comporter sur le lieu de travail où ils doivent travailler en collaboration et collectivement. Il y aura des emplois, si nous pouvons les obtenir pour ces enfants – ou leurs familles – même si leurs pères ne vivent pas avec leur mère, ou n’ont jamais été mariés, ou même s’ils sont en prison, engager les pères. Beaucoup de statistiques montrent que si le père est impliqué, cela donne à l’enfant une certaine compréhension qu’il se dirige sur le mauvais chemin – et leur assigne des mentors. Beaucoup de ces enfants – ce n’est pas qu’ils soient de mauvais enfants – c’est qu’une fois qu’ils ont fait une erreur, il leur est très difficile de s’en sortir. Mais nous avons une obligation envers eux – sinon pour des raisons de compassion, juste pour des raisons égoïstes. Les trois quarts de tous les enfants de New York qui vont en prison purgent une période et en sortent, retournent immédiatement en prison. Les trois quarts d’entre eux. … Nous devons juste rompre ce cycle. Michael Bloomberg (2011)
Avec le temps, j’ai fini par comprendre quelque chose que j’ai longtemps eu du mal à admettre : j’ai eu tort sur un point important. Notre objectif central était de sauver des vies. Mais les faits sont là : beaucoup trop d’innocents ont été arrêtés et une immense majorité d’entre eux étaient noirs ou latinos. Cela a pu inclure, je suis désolé de le dire, certains d’entre vous qui sont ici aujourd’hui, ou vos enfants, vos petits-enfants, vos voisins, vos proches. Michael Bloomberg
Si votre conversation lors d’une élection présidentielle concerne un gars vêtu d’une robe et s’il peut aller au vestiaire avec leur fille, ce n’est pas une formule gagnante pour la plupart des gens. La plupart des gens se soucient des soins de santé, ils se soucient de l’éducation, de la sécurité et de tout ce genre de choses. Nous nous concentrons sur beaucoup de choses qui ont peu de pertinence pour les gens qui essaient de vivre dans un monde qui change à cause de la technologie et des communications et des choses comme ça, et donc vous pouvez comprendre d’où vient quelqu’un comme le président Trump. Aujourd’hui, pratiquement tous les candidats à la présidence du Parti démocrate ont été si progressistes – je ne sais pas ce que signifie progressiste – mais ils sont dans un endroit où se trouve une partie du public américain et il reste à voir si une majorité de l’électorat l’est. Michael Bloomberg
J’aimerais parler de qui nous combattons. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. Elizabeth Warren
Qui peut battre Donald Trump ? Et qui peut faire le travail s’il arrive à la Maison Blanche ? Je dirais que je suis le candidat qui peut faire ces deux choses. Bloomberg
Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do. It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum. You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.” Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.”  (…) Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances? (…) American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! (…) The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire. Kyle Smith
The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon. From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory. But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism. Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism. First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations. Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.” (…) Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself. Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population? All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.” (…) Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021. George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton. The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. Victor Davis Hanson
The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large. China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation? The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols. Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind. Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings. Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists. To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way. In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas. But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions. China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine. No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food. It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest country, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations. China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods. For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven. Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984. All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way. If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules? The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late. Victor Davis Hanson
Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale. Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation.  (…) Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission. (…) Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise. Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier. Figaro
Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. George Orwell
En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés. » George Orwell
L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (…) Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline. Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. » L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tort ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible. En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi. Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936). Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. (…) Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne.  (…) Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. » Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé. Bernard Gensane
L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ transfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe)  (…) La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. (…) De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes. Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ». De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris. Bernard Gensane
Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire. L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.» Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.» L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne». La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser. Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ? » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).» Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.» Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire. À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences. Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple». Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques. Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines. La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences. On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques. » En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque ». (…) On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc. Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.» En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne. Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people) à comprendre ce qu’on attendrait d’eux. Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.» Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger. Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances George Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole. On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate. Jean-Jacques Rosat

C’est la décence commune, imbécile !

En ces temps de politiquement correct et de novlangue généralisés …

Comme de mensonge entériné par la loi même, entre « mariage pour tous », « enfants pour tous » et sportives transgenres qui gagnent toutes les courses, sur l’origine de la vie ….

Où les débats politiques se transforment en procès staliniens …

Sommant leurs victimes publiquement de faire leur propre autocritique …

Et où face à un camp démocrate

Complètement déconnecté de la réalité …

L’ancien maire de New York et multimilliardaire Michael Bloomberg …

Se voit contraint de renier son franc-parler proprement trumpien …

Jusqu’à s’excuser d’avoir réduit de moitié le nombre de meurtres de sa ville …

Et où avec la technologie occidentale et les conséquences internationales que l’on sait, la Chine ressemble de plus en plus à 1984

Alors que par la voie plus « douce » de la servitude volontaire, l’Occident que nous sommes se livre de plus en plus allègrement au Big brother des GAFAM …

Pendant qu’en Europe, les mêmes dirigeants qui ont imposé à leur population des millions de clandestins musulmans …

Dont nombre d’auteurs d’actes dits « de déséquilibrés » …

N’hésitent pas à dénoncer comme « poison raciste »

Les réactions de rejet qu’ils ont eux-mêmes provoquées …

Comment ne pas repenser …

Contre la réduction au populisme et au fascisme …

De toute parole libre ou d’amour de son pays …

Aux avertissements désormais prophétiques d’un George Orwell …

Dont on fêtait le 70e anniversaire de la mort il y a tout juste un mois…

Contre cette singulière propension, béatification de Gandhi comprise, à l’aveuglement de nos intellectuels …

Qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou » …

Et ne pas se remémorer …

A l’instar de son contemporain français Camus qu’il faillit d’ailleurs rencontrer

Sa dévotion à la vérité et à sa défense de « l’homme ordinaire » …

Autrement dit à sa fameuse « décence commune » …

Sans laquelle « le reste ne peut suivre » ?

 

Quand les intellectuels s’emparent du fouet

Orwell & la défense de l’homme ordinaire

Jean-Jacques Rosat

p. 89-109

revue Agone

Numéro 34 | 2005

Notes de la rédaction

Ce texte a pour origine une communication présentée au colloque « Le politique et l’ordinaire » organisé à l’université de Picardie (Amiens) les 5 et 6 avril 2004 par Sandra Laugier, Laurent Bove et Claude Gauthier.

La collection « Banc d’essais », que dirige Jean-Jacques Rosat aux éditions Agone, fera paraître en 2006 un essai de John Newsinger, traduit de l’anglais par Bernard Gensane et consacré à La Politique selon Orwell ; également en projet dans cette collection, préfacé et traduit par Jean-Jacques Rosat, un essai de James Conant, Orwell ou le Pouvoir de la vérité.

La question décisive en politique n’est pas de savoir si l’on dispose de la théorie vraie : comme toutes les théories, les théories politiques sont faillibles et partielles ; et, parce qu’elles sont politiques, elles peuvent facilement devenir des instruments de pouvoir et de domination. La question politique décisive est de savoir comment, dans le monde moderne, chacun, même s’il est un intellectuel, peut rester un homme ordinaire, comment il peut conserver sa capacité de se fier à son expérience et à son jugement, comment il peut préserver son sens du réel et son sens moral.

Cette idée est clairement formulée dans une page célèbre de 1984 : « Le Parti vous disait de rejeter le témoignage de vos yeux et de vos oreilles. C’était son commandement ultime, et le plus essentiel. Le cœur de Winston défaillit quand il pensa à l’énorme puissance déployée contre lui, à la facilité avec laquelle n’importe quel intellectuel du Parti le vaincrait dans une discussion, aux arguments qu’il serait incapable de comprendre et auxquels il pourrait encore moins répondre. Et cependant, c’était lui qui avait raison ! Ils avaient tort, et il avait raison. Il fallait défendre l’évident, le bêta et le vrai. Les truismes sont vrais, cramponne-toi à cela. Le monde matériel existe, ses lois ne changent pas. Les pierres sont dures, l’eau est humide, et les objets qu’on lâche tombent vers le centre de la terre. Avec le sentiment […] qu’il posait un axiome important, il écrivit : “La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Si cela est accordé, tout le reste suit.”1 »

Il y a donc un monde ordinaire. Les pierres y sont dures, et deux plus deux y font quatre.

Cette caractérisation du monde ordinaire à partir des jugements de perception et des jugements arithmétiques remonte, dans la pensée d’Orwell, à l’année 1936 au moins, soit treize ans avant la publication de 1984. Dans une lettre à l’écrivain américain Henry Miller, l’auteur de Tropique du Cancer, il déclare : « J’ai en moi une sorte d’attitude terre à terre solidement ancrée qui fait que je me sens mal à l’aise dès que je quitte ce monde ordinaire où l’herbe est verte, la pierre dure, etc.2 » Et dans une recension strictement contemporaine de Printemps noir, un roman du même Miller, Orwell explique que « le mot écrit perd son pouvoir s’il s’éloigne trop ou, plus exactement, s’il demeure trop longtemps éloigné du monde ordinaire où deux et deux font quatre3 ». Comme le fait observer le philosophe américain James Conant, les jugements de perception et les jugements arithmétiques élémentaires ont un point commun : « Une fois qu’un membre de notre communauté linguistique est devenu compétent dans l’application des concepts appropriés (perceptuels ou arithmétiques), ce sont deux types de jugements dont il peut facilement établir, individuellement et par lui-même, la vérité ou la fausseté. Une fois qu’il a acquis les concepts appropriés et qu’il les a complètement maîtrisés, ce sont des domaines où il est capable de prononcer un verdict sans s’occuper de ce que devient, au sein de sa communauté, le consensus les concernant. […] Quand le verdict concerne, par exemple, quelque chose que vous êtes le seul à avoir vu, vous avez d’excellentes raisons a priori de vous fier davantage à votre propre vision de l’événement qu’à une version contradictoire, parue, disons, dans le journal.4 »

L’existence du monde ordinaire repose donc sur la capacité de chacun de nous à établir la vérité d’un certain nombre d’affirmations par lui-même, indépendamment de ce que peuvent affirmer les autres et, plus encore, indépendamment de tout pouvoir. Cette capacité est la caractéristique première de l’homme ordinaire. En se cramponnant à ces affirmations, Winston, le personnage central de 1984, lutte pour rester un homme ordinaire, pour penser et agir en sorte que le monde ordinaire continue d’exister.

Car le monde ordinaire peut disparaître.

C’est la découverte terrifiante qu’a faite Orwell en 1937 – un choc qui va déterminer pour le reste de sa vie aussi bien son activité politique que son travail d’écrivain. De retour d’Espagne après avoir combattu le fascisme dans la milice du POUM et après avoir dû s’enfuir pour échapper d’extrême justesse à son arrestation par les communistes, il est abasourdi par la manière dont la presse de gauche anglaise rend compte des événements espagnols et par le degré auquel les intellectuels de gauche ne veulent rien savoir de la liquidation systématique des anarchistes et des militants du POUM par les staliniens. Voici comment, dans ses « Réflexions sur la guerre d’Espagne », écrites cinq ans plus tard, en 1942, à Londres et sous les bombes allemandes, il évoque sa prise de conscience de ce qui est pour lui le trait essentiel, totalement neuf et totalement terrifiant, du totalitarisme : « Tôt dans ma vie, je m’étais aperçu qu’un journal ne rapporte jamais correctement aucun événement, mais en Espagne, pour la première fois, j’ai vu rapporter dans les journaux des choses qui n’avaient plus rien à voir avec les faits, pas même le genre de relation que suppose un mensonge ordinaire. J’ai vu rapporter de grandes batailles là où aucun combat n’avait eu lieu et un complet silence là où des centaines d’hommes avaient été tués. […] J’ai vu les journaux de Londres débiter ces mensonges et des intellectuels zélés bâtir des constructions émotionnelles sur des événements qui n’avaient jamais eu lieu. J’ai vu, en fait, l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer selon les diverses “lignes de parti”. […] Ce genre de chose m’effraie, car il me donne souvent le sentiment que le concept même de vérité objective est en voie de disparaître du monde. […] Je suis prêt à croire que l’histoire est la plupart du temps inexacte et déformée, mais, ce qui est propre à notre époque, c’est l’abandon de l’idée que l’histoire pourrait être écrite de façon véridique. Dans le passé, les gens mentaient délibérément, coloraient inconsciemment ce qu’ils écrivaient, ou cherchaient la vérité à grand-peine, tout en sachant bien qu’ils commettraient inévitablement un certain nombre d’erreurs. Mais, dans tous les cas, ils croyaient que les “faits” existent, et qu’on peut plus ou moins les découvrir. Et, dans la pratique, il y avait toujours tout un ensemble de faits sur lesquels à peu près tout le monde pouvait s’accorder. Si vous regardez l’histoire de la dernière guerre [la Première Guerre mondiale], dans l’Encyclopedia Britannica par exemple, vous vous apercevrez qu’une bonne partie des données sont empruntées à des sources allemandes. Un historien allemand et un historien anglais seront en profond désaccord sur bien des points, et même sur des points fondamentaux, mais il y aura toujours cet ensemble de faits neutres, pourrait-on dire, à propos desquels aucun des deux ne contestera sérieusement ce que dit l’autre. C’est précisément cette base d’accord […] que détruit le totalitarisme. […] L’objectif qu’implique cette ligne de pensée est un monde de cauchemar où le Chef, ou une clique dirigeante, ne contrôle pas seulement l’avenir, mais aussi le passé. Si le Chef dit de tel ou tel événement “cela n’a jamais eu lieu” – eh bien, cela n’a jamais eu lieu. S’il dit que deux et deux font cinq – eh bien, deux et deux font cinq. Cette perspective me terrifie beaucoup plus que les bombes – et après ce que ce que nous avons vécu ces dernières années, ce ne sont pas là des propos en l’air.5 »

I —

Qui donc est l’homme ordinaire, ce « dernier homme en Europe » (c’était le titre initial de 1984) dont dépend rien de moins que l’avenir de la liberté et de la civilisation ?

L’homme ordinaire n’est ni le militant ni le citoyen. L’horizon de ses jugements n’est ni l’histoire de l’humanité ni la nation, mais le monde concret et particulier de son expérience, celui sur lequel il a prise et où ses actes ont un sens pour lui. Dans son essai intitulé Dans le ventre de la baleine, Orwell crédite Henry Miller d’avoir donné dans un roman comme Tropique du Cancer une image plus juste de l’homme ordinaire que bien des romanciers engagés : « Parce qu’il est passif par rapport à l’expérience, Miller peut s’approcher davantage de l’homme ordinaire que des auteurs plus soucieux d’engagement. L’homme ordinaire est passif. À l’intérieur d’un cercle étroit (sa vie familiale, et peut-être le syndicat ou la politique locale), il se sent maître de son destin ; mais face aux grands événements majeurs, il est tout aussi démuni que face aux éléments. Bien loin de tenter d’agir sur l’avenir, il file doux et attend que les choses se passent.6 » On le rencontre par exemple dans « les livres écrits sur la Grande Guerre [qui] sont l’œuvre de simples soldats ou d’officiers subalternes, qui ne prétendaient même pas comprendre de quoi il retournait – des livres comme À l’ouest rien de nouveau, Le Feu [ou] L’Adieu aux armes […], écrits non par des propagandistes, mais par des victimes7 ».

L’homme ordinaire, ajoute Orwell, est « apolitique et amoral », non pas au sens où il ignorerait tout code moral et ne voterait jamais aux élections, mais au sens où ni les doctrines morales ni les idéologies politiques ne sont les véritables ressorts de sa conduite. Cette passivité rend l’homme ordinaire plus sensible et plus réceptif aux événements qui bouleversent notre monde et à leur véritable signification que celui qui les appréhende essentiellement à travers les doctrines et les mots.

Dans Un peu d’air frais – le roman qu’Orwell écrit dans l’ambiance de l’avant-Deuxième Guerre mondiale –, le héros et narrateur, George Bowling, ancien combattant de 1914-1918 et vendeur d’assurances dans le civil, est le prototype de l’homme ordinaire. Mieux qu’un intellectuel ou un militant, il voit littéralement non seulement la nouvelle guerre qui vient mais surtout l’après-guerre : « Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel (a highbrow). En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les hauts-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires (ordinary chaps) que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincaillerie – tous se rendent compte que le monde va mal.8 »

Bowling pense que l’instauration d’un régime fasciste en Angleterre ne changerait pas grand-chose à sa vie quotidienne, puisqu’il n’est pas politiquement engagé. Et pourtant, cette perspective lui est insupportable. « Qu’adviendra-t-il de gens comme moi si nous devons avoir le fascisme en Angleterre ? La vérité est que ça ne fera probablement pas la moindre différence. […] Le type ordinaire comme moi, celui qui passe inaperçu, suivra son train-train habituel. Et pourtant, ça me terrifie – je vous dis que ça me terrifie.9 » En janvier 1940, pendant la « drôle de guerre », Orwell écrit à son éditeur, Victor Gollancz : « Ce qui me tracasse en ce moment, c’est qu’on ne sait pas très bien si dans des pays comme l’Angleterre les gens ordinaires (the ordinary people) font suffisamment la différence entre démocratie et despotisme pour avoir envie de défendre leurs libertés. […] Les intellectuels qui affirment aujourd’hui que démocratie et fascisme c’est blanc bonnet et bonnet blanc, etc., me dépriment au plus haut point. Mais il se peut qu’au moment de l’épreuve de vérité les gens ordinaires (the common people) s’avèrent être plus intelligents que les gens intelligents (more intelligent than the clever ones).10 »

En somme, George Orwell a plutôt confiance dans les réactions de George Bowling.

Un des épisodes les plus remarquables d’Un peu d’air frais est celui où Bowling se rend à une réunion du Club du Livre de Gauche. Ce Club a réellement existé : créé en mai 1936 par l’éditeur Victor Gollancz, c’était un club de diffusion de livres militants (le premier titre proposé à ses membres fut un livre de Maurice Thorez, La France d’aujourd’hui et le Front populaire) et, en même temps, un réseau de cercles qui organisaient des conférences et qui compta jusqu’à 1 200 groupes et 57 000 membres à travers toute l’Angleterre. C’est d’ailleurs par le Club du Livre de Gauche que fut publié et diffusé en 1937 le premier livre d’Orwell à connaître le succès, Le Quai de Wigan (44 000 exemplaires), un reportage sur la vie des ouvriers dans le nord de l’Angleterre11. Cela n’empêcha pas Orwell de combattre vigoureusement la ligne « Front populaire » défendue à cette époque par Gollancz et par le Club du Livre de Gauche. Orwell y voyait une stratégie visant à placer le mouvement ouvrier européen sous la coupe des partis communistes, donc à le subordonner aux exigences de la politique extérieure de l’Union soviétique, et, par conséquent, à stériliser toutes ses potentialités révolutionnaires.

Bowling, l’homme ordinaire, assiste donc à une conférence de dénonciation du fascisme et de Hitler prononcée par un propagandiste et activiste officiel du Front populaire, « un type venu de Londres ». Mais il n’y entend que des mots vides et de la haine. L’orateur lui-même est creux, hormis sa haine. « Vous connaissez le refrain. Ces types-là peuvent vous le moudre pendant des heures, comme un gramophone. Tournez la manivelle, pressez le bouton, et ça y est. Démocratie, fascisme, démocratie. Je trouvais quand même un certain intérêt à l’observer. Un petit homme assez minable, chauve et blanc comme un linge, debout sur l’estrade, à lâcher des slogans. Qu’est-ce qu’il fait là ? Ouvertement, de façon délibérée, il attise la haine. Il se démène pour vous faire haïr certains étrangers qu’il appelle fascistes. Drôle de chose, je me disais, être “M. Untel, l’antifasciste bien connu”. Drôle d’affaire, l’antifascisme. Ce type, je suppose qu’il gagne sa croûte en écrivant des livres contre Hitler. Qu’est-ce qu’il faisait avant Hitler ? Et qu’est-ce qu’il fera si Hitler disparaît ? […] Il essaie d’attiser la haine chez ceux qui l’écoutent, mais ce n’est rien à côté de la haine qu’il éprouve personnellement. […] Si vous le fendiez en deux pour l’ouvrir, tout ce que vous y trouveriez ce serait démocratie-fascisme-démocratie. Ce serait intéressant de connaître la vie privée d’un type pareil. Mais a-t-il seulement une vie privée ? Ou se répand-il d’estrade en estrade, en attisant la haine ? Peut-être même rêve-t-il en slogans ? […] Je vis la vision qui était la sienne. […] Ce qu’il voit […], c’est une image de lui-même frappant des visages avec une clé anglaise, des visages fascistes, bien entendu. […] Frappe ! Au beau milieu ! Les os se brisent comme une coquille d’œuf, et le visage de tout à l’heure n’est plus qu’un gros pâté de confiture de fraise. […] C’est ce qu’il a en tête, qu’il dorme ou qu’il veille, et plus il y pense, plus il aime ça. Et tout est très bien du moment que les visages écrabouillés sont des visages fascistes. C’est ce que vous pouviez entendre au son même de sa voix.12 »

On ne saurait soupçonner Orwell de faiblesse à l’égard du fascisme : dès décembre 1936, il partit le combattre en Espagne les armes à la main, et la balle qui, en mai 1937, lui traversa la gorge et faillit lui coûter la vie venait d’une tranchée fasciste. Orwell-Bowling déteste donc le fascisme au moins autant que le propagandiste à la tribune. Mais il ne le déteste pas de la même manière. Et la manière ici est essentielle. Il le déteste comme un homme ordinaire, pas comme un intellectuel activiste. Qu’est-ce qu’Orwell-Bouwling perçoit d’insupportable et même de terrifiant chez le professionnel de l’antifascisme ? Le fonctionnement mécanique de son langage. Son discours et ses mots ont perdu tout contact avec le monde ordinaire. Ils ont même vampirisé son esprit et s’y sont installés à demeure en se substituant à son expérience. Dès lors, leur contenu importe moins que le pouvoir qu’ils lui donnent sur ceux à qui il s’adresse. Ses mots sont devenus les instruments d’une violence qu’il exerce à l’égard des autres. Mais elle opère aussi sur lui-même puisqu’il n’éprouve plus qu’une seule émotion : la haine. Bien qu’il se réclame de la démocratie, le propagandiste antifasciste a déjà quelque chose de l’intellectuel totalitaire.

II —

L’opposé du l’homme ordinaire en effet est l’homme totalitaire, c’est-à-dire l’individu qui est dépossédé de sa capacité d’exercer son jugement de manière indépendante, et du même coup de sa capacité d’éprouver tout l’éventail des sentiments ordinaires. C’est ce qu’annonce au héros de 1984 l’intellectuel dirigeant qui le torture : « Jamais plus tu ne seras capable d’un sentiment humain ordinaire (ordinary human feeling). Tout sera mort en toi. Tu ne seras plus jamais capable d’amour, d’amitié, de joie de vivre, de rire, de curiosité, de courage ou d’intégrité. Tu seras creux. Nous allons te presser jusqu’à ce que tu sois vide, puis nous te remplirons de nous-mêmes.13 »

Il importe de bien comprendre ici que l’adjectif « totalitaire » ne s’applique pas seulement pour Orwell à des régimes et à des mouvements politiques mais à des idées et mécanismes intellectuels qui sont partout à l’œuvre dans le monde moderne. Comme l’explique bien James Conant, « tel qu’[Orwell] l’emploie, le terme “totalitarisme” désigne des stratégies (à la fois pratiques et intellectuelles) qui […] sont appelées ainsi parce qu’elles ont pour but de parvenir à un contrôle total de la pensée, de l’action et des sentiments humains14 ». On observera que cet usage du terme « totalitaire » est conforme à celui de son inventeur probable, le libéral antifasciste italien Giovanni Amendola, qui écrivait en avril 1923 : « Le fascisme ne vise pas tant à gouverner l’Italie qu’à monopoliser le contrôle des consciences italiennes. Il ne lui suffit pas de posséder le pouvoir : il veut posséder la conscience privée de tous les citoyens, il veut la “conversion” des Italiens.15 » L’usage orwellien du terme « totalitaire », poursuit Conant, « ne recouvre pas seulement des formes de régimes politiques mais aussi des types de pratiques et d’institutions plus envahissantes et plus spécifiques (diverses pratiques journalistiques comptent parmi ses exemples favoris). Mais par-dessus tout, Orwell applique ce terme aux idées des intellectuels – et pas seulement à celles qui ont cours dans […] les “pays totalitaires” mais à des idées qui circulent dans tout le monde industriel moderne16 ».

Quelles idées ?

La réponse d’Orwell est claire : les idées qui sont capables de briser notre relation au monde ordinaire. Ce qui rend une idée totalitaire, ce n’est pas son contenu particulier (rien n’est plus opposé quant à leurs contenus respectifs que les idées fascistes et les idées communistes) mais son fonctionnement, ou, plus exactement, sa capacité à fonctionner comme une arme pour détruire l’homme ordinaire. Aucun régime ou mouvement totalitaire n’a jamais proclamé que deux et deux font cinq. Ce serait une croyance aussi absurde que peu efficace. Mais si Orwell en fait le paradigme de l’idée totalitaire, c’est que l’absurdité même de son contenu fait mieux ressortir sa fonction première : priver les individus de tout usage de leur propre entendement (pour parler comme Kant) ou de tout usage de leurs propres concepts (pour parler comme Wittgenstein et Cavell). Si « deux et deux font quatre » n’est pas vrai, ou s’il n’est pas vrai que les pierres sont dures, alors je ne sais plus ce que veut dire le mot « vrai », et je ne peux plus l’utiliser.

Il convient de remarquer ici que, pour Orwell, la possibilité d’implanter des dogmes totalitaires irrationnels dans un esprit dépend de la perméabilité de celui-ci aux arguments du scepticisme philosophique. Il y a ainsi dans 1984 un moment sceptique où Winston se dit à lui-même : « Le Parti finirait par annoncer que deux et deux font cinq et il faudrait le croire. Il était inéluctable que, tôt ou tard, il fasse cette déclaration. La logique de sa position l’exigeait. Ce n’était pas seulement la validité de l’expérience mais l’existence même d’une réalité extérieure qui était tacitement niée par sa philosophie. L’hérésie des hérésies était le sens commun. Et ce qui était terrifiant, ce n’était pas qu’ils vous tuent si vous pensiez autrement, mais que peut-être ils avaient raison. Car, après tout, comment pouvons-nous savoir que deux et deux font quatre ? Ou qu’il y a une force de gravitation ? Ou que le passé est immuable ? Si le passé et le monde extérieur n’existent que dans l’esprit et si l’esprit lui-même peut être contrôlé – alors quoi ?17 » De manière remarquable, Winston ne va échapper à cette menace sceptique, qui le rend vulnérable aux arguments des intellectuels du Parti, que par un raffermissement soudain de sa confiance en lui-même. « Mais non ! Son courage lui sembla soudain suffisant pour s’affermir de lui-même (to stiffen of its own accord).18 » Cette confiance en lui ne le quittera plus, jusqu’au moment où la torture en brisant son corps laissera son esprit définitivement sans défense face à la dialectique destructrice d’O’Brien. Comme l’a clairement vu le philosophe américain Stanley Cavell, la résistance au scepticisme (et donc au dogmatisme) n’est pas affaire de connaissance théorique ou d’argument philosophique mais de reconnaissance ou d’acceptation du monde ordinaire. « Ce que laisse entendre le scepticisme, c’est que, comme nous n’avons aucun moyen de nous assurer que le monde existe, sa présence à nous-même ne relève pas du connaître. Le monde doit être accepté.19 » Ce qu’Orwell décrit comme la passivité de l’homme ordinaire n’est ainsi rien d’autre que son acceptation du monde ordinaire.

À l’inverse, les intellectuels ont une forte tendance à ne pas se reconnaître comme des hommes ordinaires, c’est-à-dire à ne pas reconnaître la part écrasante de l’ordinaire dans leurs existences.

Dans sa recension, en 1936, de Printemps noir d’Henry Miller, Orwell se demande pourquoi « la fiction anglaise de haut niveau est écrite la plupart du temps par des lettrés sur des lettrés pour des lettrés. […] Les livres sur des gens ordinaires qui se comportent d’une manière ordinaire sont rarissimes parce qu’il faut pour les écrire quelqu’un qui soit capable de se placer à l’intérieur et à l’extérieur de l’homme ordinaire (ordinary man) – tel Joyce simultanément à l’intérieur et à l’extérieur de Bloom. Mais cela revient à admettre qu’on est soi-même, les neuf dixièmes du temps, une personne ordinaire (an ordinary person), chose qu’aucun intellectuel ne veut justement s’avouer.20 » C’est le problème qu’il pose dans son roman Et vive l’aspidistra ! où un jeune poète fauché met toute son énergie à rater sa vie par refus de l’ordinaire21.

Bien qu’Orwell ne le dise pas expressément, cette difficulté des intellectuels à s’assumer comme des gens ordinaires est évidemment liée à leur rapport au langage. L’intellectuel est, par définition, l’homme des mots, l’homme qui vit par les mots, dans les mots, et dont le rapport au monde passe davantage par les mots que par le regard, l’action ou plus généralement l’expérience. Si le scepticisme, au sens où l’entend Cavell, « est la faculté, que possède et désire quiconque possède le langage, de s’exiler, de s’excommunier de la communauté qui, par consensus ou consentement mutuel, fonde l’existence du langage22 », les intellectuels sont plus vulnérables au scepticisme que les gens ordinaires. Ils peuvent alors, à la manière de Descartes, s’enfermer dans leur « poêle » pour douter de l’existence du monde extérieur et même de celle de leur propre corps, en utilisant les mots, coupés de leur usage ordinaire, dans des méditations métaphysiques. Mais ils peuvent aussi les faire fonctionner, tout aussi coupés du monde ordinaire, comme des instruments de déformation de la réalité (dans la propagande, par exemple) et comme des instruments d’exercice du pouvoir sur les esprits. Une des leçons de 1984 est que ces deux usages ne sont pas sans rapport l’un avec l’autre, et que des arguments produits dans les jeux apparemment inoffensifs de la spéculation peuvent, quand ils sont maniés par des intellectuels de pouvoir, devenir de puissants moyens de destruction de la liberté de penser. Par exemple, pour convaincre Winston que le Parti peut se rendre maître du passé, O’Brien utilise l’arsenal des arguments classiques de l’idéalisme qui tendent à prouver que le passé n’existe pas en tant que tel, mais seulement dans les archives et dans l’esprit des hommes.

Il vaut mieux ne pas oublier que le pouvoir sur les esprits est un pouvoir intellectuel et qu’il est exercé par des intellectuels. C’est pourquoi il est essentiel dans l’économie de 1984 qu’O’Brien, l’adversaire de Winston, celui qui finira par le briser intellectuellement, affectivement et moralement, soit lui-même un intellectuel, et que les séances de torture de la troisième partie du roman soient entrecoupées de discussions philosophiques où il l’emporte à tout coup. O’Brien n’est pas un intellectuel au service d’une classe dominante. La caste dominante, c’est lui.

III —

Selon Orwell, en effet, le totalitarisme est le rêve secret de l’intelligentsia.

Dans un essai intitulé « James Burnham et l’ère des organisateurs » qui date de mai 1946, c’est-à-dire de l’époque où il entreprend d’écrire 1984, Orwell met en lumière le lien qui existe entre les prédictions de Burnham – selon lesquelles le pouvoir dans les sociétés modernes va passer des propriétaires capitalistes aux organisateurs (aux managers) – et l’attirance d’une fraction non négligeable des intellectuels anglais pour la Russie de Staline (attirance d’autant plus étrange à première vue que le communisme et le stalinisme n’en ont exercé que très peu sur la classe ouvrière anglaise). « La théorie de Burnham n’est qu’une variante […] du culte de la puissance qui exerce une telle emprise sur les intellectuels. Le communisme en est une variante plus courante, du moins en Angleterre. Si l’on étudie le cas des personnes qui, tout en ayant une idée de la véritable nature du régime soviétique, sont fermement russophiles, on constate que, dans l’ensemble, elles appartiennent à cette classe des “organisateurs” à laquelle Burnham consacre ses écrits. En fait, ce ne sont pas des “organisateurs” au sens étroit, mais des scientifiques, des techniciens, des enseignants, des bureaucrates, des politiciens de métier : de manière générale, des représentants des couches moyennes qui se sentent brimés par un système qui est encore partiellement aristocratique, et qui ont soif de pouvoir et de prestige. Ils se tournent vers l’URSS et y voient – ou croient y voir – un système qui élimine la classe supérieure, maintient la classe ouvrière à sa place et confère un pouvoir illimité à des gens qui leur sont très semblables. C’est seulement après que le régime soviétique est devenu manifestement totalitaire que les intellectuels anglais ont commencé à s’y intéresser en grand nombre. L’intelligentsia britannique russophile désavouerait Burnham, et pourtant il formule en réalité son vœu secret : la destruction de la vieille version égalitaire du socialisme et l’avènement d’une société hiérarchisée où l’intellectuel puisse enfin s’emparer du fouet.23 »

On trouve sans doute ici l’explication d’une caractéristique importante et souvent négligée du type de totalitarisme décrit dans 1984 : le contrôle des esprits et l’endoctrinement permanents n’y concernent que les membres du Parti, les organisateurs au sens large. Tous les autres, les prolétaires, soit 85 % de la population, sont considérés comme « des inférieurs naturels, qui doivent être tenus en état de dépendance, comme les animaux, par l’application de quelques règles simples. Laissés à eux-mêmes comme le bétail dans les plaines de l’Argentine, ils étaient revenus à un style de vie qui leur paraissait naturel selon une sorte de canon ancestral24 ». La société que décrit 1984 n’est ainsi pas tant une parodie du stalinisme – ou d’un mixte de stalinisme et de fascisme comme on le dit souvent – qu’une satire du rêve secret de l’intelligentsia de gauche britannique. Comme l’écrit Judith Shklar, « l’intellectuel qui ne peut pas supporter les intellectuels n’est pas une espèce rare ; mais ce qui singularise Orwell, c’est qu’il a traduit son mépris dans la vision d’une société gouvernée par les objets de son dédain. L’état totalitaire qu’il a imaginé n’est pas tout à fait celui de Staline, non plus que celui d’Hitler. Le Parti Intérieur, qui dispense l’Angsoc et dirige l’aire numéro 1 dans 1984, est composé d’intellectuels radicaux anglo-américains25 ».

Si Orwell concentre ainsi l’essentiel de ses critiques sur « les intelligentsias politique et technique, [sur] les maîtres de la vérité idéologique et [sur] ceux du savoir scientifique », c’est parce que, comme le souligne Michael Walzer, il craint qu’« une fois les capitalistes vaincus, ces deux groupes sociaux ne fassent obstacle à une révolution démocratique ou ne l’usurpent »26. La critique d’Orwell, rappelle Walzer, est « une critique interne au socialisme27 », et l’affrontement entre l’intellectuel et l’homme ordinaire passe ainsi à l’intérieur du mouvement socialiste. Rendant compte, en 1938, d’un recueil d’essais du romancier socialiste et d’origine ouvrière Jack Common, Orwell avertit le lecteur qu’il y apprendra « beaucoup moins de choses sur le socialisme en tant que théorie économique que dans le banal manuel de propagande, mais infiniment plus sur le socialisme en tant qu’article de foi et, pourrait-on presque dire, comme mode de vie. […] On entend ici la voix authentique de l’homme ordinaire (the authentic voice of the ordinary man), de cet homme qui introduirait une nouvelle honnêteté (a new decency) dans la gestion des affaires, si seulement il y accédait, au lieu de ne jamais sortir des tranchées, de l’esclavage salarié et de la prison28 ». Il loue l’auteur d’avoir « mis le doigt sur l’une des principales difficultés auxquelles se heurte le mouvement socialiste – à savoir que le mot “socialisme” a pour un travailleur une signification toute différente de celle qu’il revêt aux yeux d’un marxiste originaire de la classe moyenne. Pour ceux qui tiennent effectivement entre leurs mains les destinées du mouvement socialiste, la quasi-totalité de ce qu’un travailleur manuel entend par “socialisme” est soit absurde soit hérétique. […] Les travailleurs manuels acquièrent dans une civilisation machiniste, de par les conditions mêmes dans lesquels ils vivent, un certain nombre de traits de caractère : droiture, imprévoyance, générosité, haine des privilèges. C’est à partir de ces dispositions précises qu’ils forgent leur conception de la société future, au point que l’idée d’égalité fonde la mystique du socialisme prolétarien. C’est là une conception très différente de celle du socialiste de la classe moyenne, qui vénère en Marx un prophète29 ». Ainsi, c’est la mainmise des intellectuels sur le mouvement ouvrier qui explique pourquoi « ce à quoi on assiste chaque fois, c’est à un soulèvement prolétarien très vite canalisé et trahi par les malins qui se trouvent au sommet, et donc à la naissance d’une nouvelle classe dirigeante. Ce qui ne se réalise jamais, c’est l’égalité30 ».

IV —

Orwell n’est pas ouvriériste. D’abord, l’idée d’attribuer à la classe ouvrière, parce qu’elle est la classe exploitée, un rôle dirigeant ou messianique est totalement étrangère à Orwell. Et surtout, les dispositions morales qu’il reconnaît aux ouvriers ordinaires – droiture, générosité, haine des privilèges, soif d’égalité – ne sont pas spécifiquement ouvrières : elles relèvent de l’honnêteté commune, de ce qu’il appelle lui-même la common decency : cette morale déclarée “bourgeoise” par les intellectuels de gauche et, à ce titre, décriée par eux – morale qui est simplement celle des gens ordinaires.

Dans son essai sur Dickens, qui est un de ses chefs-d’œuvre, Orwell exalte ce qu’il tient pour « un des traits caractéristiques de la culture populaire occidentale. Il est présent dans les contes et les chansons humoristiques, dans des figures mythiques comme Mickey Mouse ou Popeye (deux avatars de Jack le Tueur de Géants), dans l’histoire du socialisme ouvrier. […] C’est le sentiment qu’il faut toujours être du côté de l’opprimé, prendre le parti du faible contre le fort. [… L]’homme ordinaire (the common man) vit toujours dans l’univers psychologique de Dickens, [alors que] la plupart des intellectuels, pour ne pas dire tous, se sont ralliés à une forme de totalitarisme ou à une autre. D’un point de vue marxiste ou fasciste, la quasi-totalité des valeurs défendues par Dickens peuvent être assimilées à la “morale bourgeoise” et honnies à ce titre. Mais pour ce qui est des conceptions morales, il n’y a rien de plus “bourgeois” que la classe ouvrière anglaise. Les gens ordinaires (the ordinary people), dans les pays occidentaux, n’ont pas encore accepté l’univers mental du “réalisme” et de la politique de la Force. […] Dickens a su exprimer sous une forme comique, schématique et par là même mémorable, l’honnêteté native de l’homme ordinaire (the native decency of the common man). Et il est important que, sous ce rapport, des gens de toutes sortes puissent être décrits comme “ordinaires” (“common”). Dans un pays tel que l’Angleterre, il existe, par-delà la division des classes, une certaine unité de culture. Tout au long de l’ère chrétienne, et plus nettement encore après la Révolution française, le monde occidental a été hanté par les idées de liberté et d’égalité. Ce ne sont que des idées, mais elles ont pénétré toutes les couches de la société. On voit partout subsister les plus atroces injustices, cruautés, mensonges, snobismes, mais il est peu de gens qui puissent contempler tout cela aussi froidement qu’un propriétaire d’esclaves romains, par exemple31 ».

Cet éloge de la common decency, de l’honnêteté commune, appelle quelques remarques.

Bien qu’Orwell la dise « native », au sens où elle ne découle pas d’un code moral explicite ni de prescriptions enseignées comme telles, l’honnêteté commune est un héritage historique. Elle était inconnue du propriétaire d’esclaves romain et Orwell l’associe au christianisme et à la Révolution française. Mais si elle est apparue dans l’histoire, elle peut également en disparaître. Le totalitarisme n’est rien d’autre que la tendance à la liquidation de l’honnêteté commune – tendance méthodiquement et systématiquement mise en œuvre par certains courants et régimes politiques, mais tendance inscrite comme une possibilité dans la structure même des sociétés contemporaines.

32 Ibid., p. 663.

La common decency a pénétré toutes les classes de la société. Elle n’a pas aboli celles-ci, bien évidemment, pas plus qu’elle n’a aboli la lutte des classes. Mais elle constitue un ensemble de dispositions et d’exigences à partir desquelles des hommes appartenant à des classes différentes, voire antagonistes, peuvent, pourvu qu’ils le veuillent vraiment, partager quelque chose de leurs existences.

On peut aller plus loin : c’est cette honnêteté commune qui est au principe du projet socialiste d’abolition de la domination de classe et des différences de classe. Orwell ne dit pas comme Engels : faisons d’abord la révolution ; alors, dans les nouvelles conditions économiques et sociales émergera une humanité nouvelle et par conséquent une morale nouvelle que nous sommes incapables aujourd’hui d’anticiper. Orwell dit plutôt : nous savons tous parfaitement ce qu’est l’honnêteté commune ; faisons la révolution pour abolir les barrières de classe qui l’offensent en permanence et qui empêchent qu’elle soit la base effective de la vie sociale. Aucune révolution démocratique ne saurait nous dispenser de l’honnêteté commune. Celle-ci est même la condition sans laquelle la révolution ne saurait être démocratique et aboutira au remplacement d’une classe dirigeante par une autre. « Ce qui me fait peur avec l’intelligentsia moderne, c’est son incapacité à se rendre compte que la société humaine doit avoir pour base l’honnêteté commune (common decency), quelles que puissent être ses formes politiques et économiques.32 »

33 Ibid., tome III, p. 284.

En effet, l’intelligentsia moderne s’est coupée de ce socle à la fois historique et humain qu’est l’honnêteté commune. Fascinée par la politique de la force, elle est devenue antidémocratique en politique et « réaliste », c’est-à-dire cynique, en morale. Orwell appelle « réalisme » « la doctrine qui veut que la force prime le droit », et il voit dans « la montée du “réalisme” […] le grand événement de l’histoire intellectuelle de notre époque »33.

33Les effets moralement corrupteur de ce réalisme, Orwell ne les discerne pas seulement dans la presse ou les écrits politiques mais dans la littérature et jusque dans la poésie. À propos d’un poème d’Auden intitulé Spain, il dit que c’est à son avis « une des seules choses à peu près convenables inspirées par la guerre d’Espagne ».

Demain, pour la jeunesse, les poètes explosant comme des bombes,

Les promenades autour du lac, les semaines d’étroite communion ;

Demain les courses de vélo

À travers les banlieues par les soirs d’été : mais aujourd’hui la lutte.

Aujourd’hui l’inévitable montée des chances de mourir,

Le nécessaire assassinat et sa culpabilité assumée

Aujourd’hui le gaspillage de ses forces

Dans des tracts éphémères et des meetings rasants.

Mais il en donne le commentaire ironique suivant : « La deuxième strophe représente une sorte de croquis sur le vif de la journée d’un “bon militant”. Le matin, un ou deux assassinats politiques, dix minutes d’interlude pour “étouffer le remords bourgeois”, puis un déjeuner rapide et un après-midi plus une soirée occupés à écrire des slogans sur les murs et à distribuer des tracts. Tout cela est très édifiant. Mais remarquez l’expression “le nécessaire assassinat (necessary murder)” : elle ne peut avoir été employée que par quelqu’un pour qui l’assassinat est tout au plus un mot. En ce qui me concerne, je ne parlerais pas aussi légèrement de l’assassinat. Il se trouve que j’ai vu quantité de corps d’hommes assassinés – je ne dis pas tués au combat, mais bien assassinés. J’ai donc quelque idée de ce qu’est un assassinat – la terreur, la haine, les gémissements des parents, les autopsies, le sang, les odeurs. Pour moi, l’assassinat doit être évité. C’est aussi l’opinion des gens ordinaires. […] Le type d’amoralisme de M. Auden est celui des gens qui s’arrangent toujours pour n’être pas là quand on appuie sur la détente.34 »

L’importance de cette page tient à la relation étroite qu’elle établit entre la fascination des intellectuels pour la puissance et la corruption du langage : l’une et l’autre découlent de la perte de l’ordinaire.

V —

Comment un poète de l’envergure d’Auden – mais on pourrait poser la même question pour Aragon – a-t-il pu être attiré vers le « réalisme » et trahir ainsi les valeurs libérales qui sont la condition d’existence d’une littérature authentique ? « Comment des écrivains ont-ils pu être attirés par une forme de socialisme qui rend impossible toute honnêteté intellectuelle ?35 »

C’est la question que pose Orwell dans un long essai publié en 1940 et intitulé « Dans le ventre de la baleine », où il analyse la littérature anglaise de l’entre-deux-guerres et, plus particulièrement, la différence quant à leur rapport à la société et à la politique entre les écrivains des années 1920 (Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, entre autres) et ceux des années 1930 (Auden et Spender notamment). Sa réponse est qu’en 1930 la crise morale et spirituelle de la société anglaise (et de la civilisation occidentale) était telle que les fonctions et les engagements habituels des intellectuels, ceux par lesquels ils étaient traditionnellement reliés à la communauté nationale, avaient perdu toute signification. Orwell lui-même a vécu cette crise. Né en 1903 et ancien élève d’Eton, il a démissionné en 1927 des fonctions d’officier de police qu’il exerçait depuis cinq ans en Birmanie parce qu’il a pris conscience que l’Empire britannique exalté par Kipling n’était en réalité qu’un sordide système d’exploitation économique, totalement inhumain où, comme le dit un personnage de son roman Une histoire birmane, « les fonctionnaires maintiennent les Birmans à terre pendant que les hommes d’affaires leur font les poches ». Mais il est resté malgré tout profondément attaché à l’Angleterre, alors que beaucoup d’intellectuels de sa génération se sont cherché une autre patrie qu’ils ont cru trouver dans la Russie soviétique.

« En 1930, il n’y avait aucune activité, sauf peut-être la recherche scientifique, les arts et l’engagement politique de gauche à laquelle puisse croire un individu conscient. La civilisation occidentale était au plus bas de son prestige et le “désenchantement” était partout. Qui pouvait encore envisager de réussir sa vie dans les carrières traditionnelles de la classe moyenne – en devenant officier, clergyman, agent de change, fonctionnaire aux Indes ou que sais-je encore ? Et que restait-il des valeurs de nos grands-parents ? Le patriotisme, la religion, l’Empire, la famille, le caractère sacré du mariage, la cravate aux couleurs du collège, la naissance, l’éducation, la discipline – tout individu moyennement éduqué pouvait en trois minutes vous démontrer l’inanité de tout cela. Mais qu’obtient-on, en fin de compte, en se débarrassant de choses aussi élémentaires que le patriotisme ou la religion ? On n’est pas pour autant débarrassé du besoin de croire à quelque chose. […] Je ne crois pas qu’il faille aller chercher plus loin les raisons pour lesquelles les jeunes écrivains des années 1930 se sont rassemblés sous le houlette du parti communiste. Il y avait là une Église, une armée, une orthodoxie, une discipline. Il y avait là une Patrie et – en tout cas depuis 1935 ou à peu près – un Führer. Tous les attachements profonds et toutes les superstitions dont l’esprit avait apparemment fait litière pouvaient revenir en force sous le plus mince des déguisements. Le patriotisme, l’Empire, la religion, la gloire militaire – tout cela était contenu dans un seul mot : “Russie”. […] Dans ces conditions, le “communisme de l’intellectuel anglais apparaît comme un phénomène assez aisément explicable : c’est le patriotisme des déracinés.36 » On peut juger cette explication un peu courte. Elle a toutefois l’immense mérite de soulever une question importante et difficile : si le monde ordinaire est le monde de mon expérience, il ne peut pas être un monde abstrait où hommes, choses, lieux et coutumes sont interchangeables ; c’est nécessairement un monde concret et particulier : un pays ou une région, une langue, une culture, des institutions, une histoire, etc.

Si dans Le Lion et la licorne, un petit livre qu’il publie en 1941 et qui porte comme sous-titre Socialisme et génie anglais, Orwell exalte le mode de vie anglais (de la « bonne tasse de thé »jusqu’aux emblèmes de la royauté) et s’il y conjugue socialisme et patriotisme (qu’il distingue très fermement du nationalisme), ce n’est pas pour concilier artificiellement ses convictions politiques profondes avec l’urgence immédiate de la défense de l’Angleterre. Il l’a proclamé à plusieurs reprises, non sans un brin de provocation : « Aucun révolutionnaire authentique n’a jamais été un internationaliste.37 » En tout cas, il ne s’est jamais reconnu dans l’internationalisme abstrait du communisme qu’il n’a cessé de dénoncer comme un instrument à peine masqué de la politique de puissance soviétique. Et quand, en décembre 1936, il part combattre en Espagne, il ne le fait pas en activiste de la révolution mondiale mais comme un Anglais socialiste, solidaire des Espagnols antifascistes ; et c’est dans cet esprit qu’il écrira Hommage à la Catalogne.

Le patriotisme assumé d’Orwell n’est sûrement pas sans rapport avec l’imperméabilité de la classe populaire anglaise au fascisme comme au stalinisme, aussi avec l’imperméabilité de la classe dirigeante anglaise au fascisme. Dans sa « Lettre de Londres » à la Partisan Review de juillet-août 1941, il écrit : « Ce type de climat où vous n’osez pas parler politique de peur que la Gestapo ne surprenne vos paroles, ce climat est tout bonnement impensable en Angleterre. Toute tentative de l’instaurer sera brisée dans l’œuf, non pas tant par une résistance consciente que par l’incapacité des gens ordinaires (ordinary people)à comprendre ce qu’on attendrait d’eux.38 » Une fois encore, Orwell table moins sur la lucidité de George Bowling que sur sa passivité. Quant à la classe dirigeante, dont il craignait avant guerre qu’elle ne profite du déclenchement des hostilités pour faire basculer le pays dans un anglo-fascisme comparable à l’austro-fascisme d’un Dollfuss, il doit reconnaître qu’elle reste fondamentalement attachée au libéralisme. « La classe dirigeante britannique croit à la démocratie et à la liberté individuelle en un sens étroit et quelque peu hypocrite. Mais du moins, elle croit à la lettre de la loi et s’y tiendra parfois même quand elle n’est pas à son avantage. Rien n’indique qu’elle évolue vers une mentalité véritablement fasciste. La Grande-Bretagne peut être fascisée de l’extérieur ou au terme d’une révolution intérieure, mais la vieille classe dirigeante ne peut, à mon sens, être elle-même l’agent d’un totalitarisme véritable.39 »

Les seuls, encore une fois, qui en Angleterre aient été gagné au totalitarisme sont des intellectuels. Dans l’après-guerre, Orwell verra en eux quelque chose comme un parti de l’étranger.

Comme on le voit, le modèle de l’intellectuel ordinaire – de l’intellectuel qui se reconnaît comme un homme ordinaire – se distingue très clairement de celui de l’intellectuel engagé. Celui-ci se vit d’abord comme séparé, puis va rejoindre le combat des autres hommes au nom des valeurs intellectuelles et universelles qui sont les siennes : il court ainsi le risque permanent de se poser comme une autorité dictant aux autres ce qu’ils doivent faire ou assignant à leurs actes un sens qu’il prétend mieux connaître qu’eux-mêmes. L’intellectuel ordinaire, lui, vit les événements et y réagit en homme ordinaire qu’il est et qu’il reconnaît être. Orwell a vécu l’approche de la guerre et la montée des totalitarismes avec les mêmes sentiments et les mêmes réactions que son vendeur d’assurances Georges Bowling. Certes, parce qu’il était un intellectuel, et plus particulièrement un écrivain, il avait la capacité de mettre ses réactions en mots et en idées. Mais il ne prétendait pas pour autant être un porte-parole.

On peut se demander si ce modèle ne constitue pas pour un intellectuel la seule manière d’essayer d’être et de rester un démocrate.

Notes

1 George Orwell, 1984, traduit de l’anglais par Amélie Audiberti, Gallimard “folio”, p. 119. (Cette traduction a été modifiée chaque fois que cela a paru nécessaire.)

2 George Orwell, Essais, articles et lettres, traduit de l’anglais par Anne Krief, Michel Pétris et Jaime Semprun, Ivrea-Encyclopédie des nuissances, tome I, p. 292.

3 Ibid., p. 296.

4 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth : Rorty versus Orwell », in Robert Brandom (dir.), Rorty and his Critics, Blackwell, 2000, p. 299.

5 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome II, p. 322-325.

6 Ibid., tome I, p. 624.

7 Ibid.

8 George Orwell, Un peu d’air frais (1939), traduit de l’anglais par Richard Prêtre, Ivrea, 1983, p. 210.

9 Ibid., p. 199-200.

10 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 511.

11 Lire John Newsinger, Orwell’s Politics, Palgrave, 1999, p. 32-33 (La Politique selon Orwell, traduit par Bernard Gensane, Agone, à paraître).

12 George Orwell, Un peu d’air frais, op. cit., p. 194-198.

13 George Orwell, 1984, op. cit., p. 362.

14 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

15 Giovanni Amendola, Il Mondo, 1er avril 1923, cité in Emilio Gentile, Qu’est-ce que le fascisme ? Histoire et interprétation, Gallimard, 2004, p. 112.

16 James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 293.

17 George Orwell, 1984, op. cit., p. 118.

18 Ibid.

19 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, traduit de l’anglais par Jean-Pierre Maquerlot, Seuil, p. 152. Sur la philosophie politique de Cavell, on peut lire Sandra Laugier, Recommencer la philosophie. La philosophie américaine aujourd’hui, PUF, 1999, chap. IV et V.

20 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 294.

21 George Orwell, Et vive l’aspidistra ! (1936), traduit de l’anglais par Yvonne Davet, Ivrea, 1982.

22 Stanley Cavell, Le Déni de savoir, op. cit., p. 54.

23 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome IV, p. 218-219.

24 George Orwell, 1984, op. cit., p. 105

25 Judith Shklar, « Nineteen Eigthy-Four : Should Political Theory Care ? » in Stanley Hoffmann (dir.), Political Thought and Political Thinkers, University of Chicago Press, 1998, p. 342-343, cité in James Conant, « Freedom, Cruelty and Truth… », art. cit., p. 329, n. 116.

26 Michael Walzer, « George Orwell’s England », inThe Company of Critics : Social Criticism and Political Commitment in the Twentieth Century, Halban, Londres, 1989 ; repris in Graham Holderness, Bryan Loughrey and Nahem Yousaf (dir.), George Orwell, Macmillan, 1998, p. 195.

27 Ibid., p. 196.

28 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 424.

29 Ibid., p. 423.

30 Ibid., p. 424.

31 George Orwell, Essais, articles et lettres, op. cit., tome I, p. 573-574.

32 Ibid., p. 663.

33 Ibid., tome III, p. 284.

34 Ibid., tome I, p. 643-644.

35 Ibid., p. 641.

36 Ibid., p. 642.

37 Ibid., tome II, p. 133.

38 Ibid., p. 152-153.

39 Ibid.

Pour citer cet article

Référence électronique

Jean-Jacques Rosat, « Quand les intellectuels s’emparent du fouet », revue Agone, 34 | 2005, [En ligne], mis en ligne le 23 octobre 2008. URL : http://revueagone.revues.org/106. Consulté le 08 avril 2012.

Auteur

Jean-Jacques Rosat

Voir aussi:

George Orwell patriote (I)

Bernard Gensane

8 oct. 2017

L’auteur de 1984, l’un des romans politiques les plus sombres du XXème siècle, était un grand optimiste, amoureux de son pays, à l’aise dans son époque, même si, dans ses fantasmes, il aurait préféré vivre au XVIIIème siècle en « joyeux pasteur ». Il conçut son existence comme une œuvre, et son œuvre, d’abord comme la quête d’une écriture (raison pour laquelle j’ai sous-titré mon livre sur Orwell “ vie et écriture ” : (George Orwell, vie et écriture), Nancy, Presses Universitaires de Nancy, 1994). Son inclinaison profonde en tant que personnage public ne fut pas la politique mais la morale. Lorsqu’on étudie l’un des aspects de sa pensée, il faut constamment avoir à l’esprit ces paramètres. Nous sommes en présence d’un homme heureux, d’un écrivain poursuivant, à sa manière, un objectif de modernité, d’un citoyen qui attribuait au peuple anglais des vertus cardinales : gentillesse, loyauté, amour de la tradition, decency (décence, politesse, bonne mœurs), et ce don, pour lui apanage de ses compatriotes, de ne pas se laisser impressionner par les grands hommes, comme Napoléon, Churchill ou Staline.

Raymond Williams a dit d’Orwell qu’il était un auteur bien anglais, éminemment insulaire et cocardier (Orwell, Londres, 1971). On verra que son attitude vis-à-vis de sa patrie a évolué au gré des circonstances personnelles et historiques. Ce qui ne changera jamais, c’est la prééminence du ressenti, de l’esthétique et de la morale, alliée à une conscience aiguë de la rhétorique, elle-même vécue comme une modalité politique du discours et de l’écriture. Ainsi, à l’automne 1940, au début de la guerre, les alliances se nouent et se dénouent. Orwell se demande si le conflit sera purement impérialiste et s’il faudra faire front commun avec la bourgeoisie. Tout en se posant ces questions d’importance, il ne peut s’empêcher d’écouter ses voix et de moraliser : « La nuit qui a précédé le Pacte germano-soviétique, j’ai rêvé que la guerre avait commencé. Ce rêve m’a appris que j’étais de tout cœur patriote, que je soutiendrais la guerre et que je combattrais si possible. Tout cela est enfantin, bien sûr, mais je préfère avoir reçu ce type d’éducation que de ressembler aux intellectuels de gauche qui sont tellement ‘ éclairés ’ qu’ils ne peuvent comprendre les émotions les plus ordinaires. »

L’enfance d’Orwell fut marquée, pour ce qui nous concerne ici, par la catastrophe du Titanic. Dans un texte de résistance consensuel, très “ union nationale ” de 1940 (“My Country Right and Left ”, “ Mon pays, “ de droite et de gauche ” ou “ qu’il ait raison ou tord ”), Orwell évoque ce traumatisme. Il laisse entendre que l’attachement à une nation découle plus d’un ressenti charnel à des événements isolés mais marquants qu’à de grandes causes ou à une Histoire qui se fait mais qui n’est pas toujours lisible.

En primaire, Orwell eut beau détester la discipline sadique des écoles primaires privées, les preparatory schools, il n’en admit pas moins, par la suite, que les grandes victoires anglaises (au diable les régiments écossais ou gallois !) furent préparées sur les terrains de cricket des écoles privées, la guerre n’étant qu’une forme suprême du sport où il est impossible de tricher (Orwell fut cependant l’un des premiers à dénoncer la concomitance entre sport et nationalisme dans un article visionnaire de 1945, “ The Sporting Spirit ”). Á Eton, il reçut sa part d’enseignement, de culture militariste. Il sut prendre du recul par rapport à cette vision du monde, ce qui ne l’empêcha pas de s’enrôler au sortir de l’enseignement secondaire, alors que rien ni personne ne l’y contraignait, dans la police impériale en Birmanie. Or c’est bel et bien durant sa plus tendre enfance que le futur écrivain avait été imprégné d’idéologie belliciste, d’une philosophie portant au plus haut niveau les valeurs de défense sacrée de la patrie, avec comme corollaire une dépréciation de l’ennemi.

Orwell va se forger une conscience politique dans les années trente, non sans hésitations et revirements. Contre sa classe d’origine, la bourgeoisie impérialiste, et contre lui-même, en tirant parti de la névrose de culpabilité qui le taraude depuis l’enfance. Pour ce faire, il lui faudra passer par la France et l’immersion dans des franges défavorisées de la classe ouvrière, le Kent des travailleurs agricoles exploités et le Londres des clochards (voir son premier ouvrage, une biofiction : Down and Out in Paris and London, 1933. En français, Dans la dèche à Paris et à Londres). C’est qu’Orwell est de ces écrivains qui sont allés au-delà de leur monde et qui, de retour, ont adopté le regard du Persan : « Quand vous rentrez en Angleterre après un voyage à l’étranger, vous avez immédiatement la sensation de respirer un air différent […]. La bière est plus amère, les pièces de monnaie sont plus lourdes, l’herbe est plus verte, les publicités sont plus criardes. […] Alors l’immensité de l’Angleterre vous engloutit et vous perdez pour un instant de vue que la nation dans son ensemble possède un seul caractère identifiable. » Toute la complexité du patriotisme d’Orwell tient dans ces phrases. Il est capable d’observer son univers familier de l’extérieur, mais il est aussi terriblement anglo-centré. Cela dit, par delà des évidences assénées de manière aussi désarmante, il faut retenir qu’avant de s’émerveiller devant les « visages doux et noueux » de ses compatriotes, leurs « mauvaises dents » et leurs « bonnes manières », le « clic-clac des sabots dans les villes du Lancashire », Orwell avait su observer l’Angleterre à partir de la connaissance qu’il avait de son empire : c’est parce qu’il avait vécu au contact des masses exploitées d’Extrême-Orient qu’il pourrait sympathiser avec le lumpen-proletariat anglais puis avec la classe ouvrière proprement dite, « les victimes symboliques de l’injustice qui jouaient le même rôle en Angleterre que les Birmans en Birmanie » (1936).

Après la découverte de la condition prolétarienne dans son pays, Orwell part se battre en Espagne, tout simplement parce qu’il faut se dresser contre le fascisme pour laisser une chance au socialisme. Il combat avec courage au sein de la milice internationale du P.O.U.M. (Partido Obrero de Unificación Marxista), d’inspiration trotskiste, et rencontrera des hommes et femmes conscients, fraternels, tendus ver un objectif, bref l’image inversée des futurs proles de 1984. Il perçoit ces citoyens en armes comme un maillon dans l’immense chaîne fraternelle du genre humain, succédant aux soldats de Verdun, de Waterloo, des Thermopyles, souffrant de la même vermine, vivant et mourant sur des champs de bataille où l’on n’entend jamais chanter les oiseaux (Homage to catalonia, 1938. Version française : La Catalogne libre).

Traumatisé par la défaite des Républicains, par la trahison des staliniens, Orwell va alors traverser une phase de doutes personnels durant laquelle les sentiments pacifistes et internationalistes vont prendre le dessus. D’avoir versé son sang, d’avoir été ainsi “ baptisé ”, autorise un Orwell dégoûté par la guerre à envisager, de 1937 à 1939, un certain cynisme dans la démission face à la menace hitlérienne. Dans sa thèse (“ Orwell : l’engagement ”), Gilbert Bonifias posera que : « Il ne fait […] aucun doute que les événements d’Espagne contribuèrent puissamment à pousser [Orwell]  dans cette direction qui se voulait à la fois révolutionnaire et pacifique », et qu’« il n’est donc pas étonnant de l’entendre proclamer dans ses écrits son opposition à toute guerre avec l’Allemagne et à la formation d’un Front populaire en Angleterre ».

Ainsi, après les années 1936-37 où, choqué par la brutalité de la classe dirigeante, par l’irréalisme des élites de la gauche libérale, il a adopté des comportements extrêmes (vivre dans la crasse chez des logeurs exploiteurs du Lancashire, descendre au fond de la mine, partager le lot des combattants de base en Catalogne), il pressent, vers 1938-1939, que le conflit qui s’annonce sera terrible et il recherche des valeurs modérées. Dans les très nombreuses pages qu’il consacre à l’Angleterre et à son peuple, il offre des images et des concepts de paix (dans son roman de 1938 Coming Up for Air – en français Un peu d’air frais, il fait dire à son narrateur : «Pêcher, c’est le contraire de faire la guerre »), de raison, de stabilité, de juste milieu. Mais pas de médiocrité. Orwell n’aimait pas les comportements petits. Il raille Napoléon se rendant aux Anglais par peur des Prussiens, Ludendorff se cachant derrière des lunettes de soleil ou encore cet empereur romain qui s’était barricadé dans des toilettes (Orwell mourut des années avant que le roi du Maroc Hassan II fasse de même). L’idéal d’Orwell à l’époque, c’est un Sancho Pança qui n’aurait pas peur des bombes mais qui ne se planterait pas poitrail nu face à la mitraille : « Une part de nous veut être un héro ou un saint, mais l’autre moitié c’est ce petit homme gras qui voit très clairement l’avantage qu’il y a à rester en vie. C’est notre moi privé, la voix de notre ventre qui proteste contre notre âme. »

Aux sentiments anti-guerre qui transparaissaient çà et là dans le discours de Homage to Catalonia succède un comportement franchement pacifiste, en particulier durant l’hiver 1938-39, époque où, souffrant gravement des poumons, il réside pour quelques mois à Marrakech. Il pose qu’être pacifiste ce n’est pas forcément vouloir bloquer les réformes sociales. Il s’est forgé un socialisme dont le marxisme n’est pas totalement exclu (dans The Road to Wigan Pier, en particulier. En français, Le Quai de Wigan). Mais progressivement, et cela le mènera jusqu’à la Deuxième Guerre mondiale, il rejette ce qui, au niveau socio-politique, n’est pas, à ses yeux, anglais : le stalinisme, l’internationalisme prolétarien, le fascisme évidemment, mais aussi l’Église Catholique Romaine et tout ce qui s’apparente aux intellectuels de gauche européens. Il moque avec férocité l’îlot de pensée dissidente de ceux qui « vont chercher leurs recettes de cuisine à Paris et leurs idées à Moscou. »  Face aux dangers – Hitler, la guerre, le capitalisme sauvage, l’industrialisation débridée – Orwell va donc partir dans une quête de l’anglicisé  Sa patrie ne trouvera le salut que dans la réaffirmation de ses valeurs fondamentales. Une transformation de la société anglaise – qu’il appelle de ses vœux – ne se fera que dans le respect des traditions. De 1937 à 1940, le projet d’Orwell est d’établir une continuité entre l’Angleterre du présent et celle du passé.

Tout cela n’ira pas sans contradictions ni difficultés.

Plus tard, on verra que le seul moment de vrai bonheur que connaît Winston Smith dans 1984 sont les heures passées avec Julia dans le magasin d’antiquités – lieu ô combien symbolique – qui lui rappelle l’Angleterre d’avant la dictature (2ème partie, chapitre 4). Mais en 1938-9, George Bowling éprouve bien des désillusions. En simplifiant, on pourrait résumer Coming up for Air en disant que cette œuvre est l’image d’une apocalypse qui anéantirait une vision rêvée de l’enfance. Bowling n’idéalise cependant pas la tradition. Le regard qu’il porte vers le passé, le voyage qu’il entreprend vers les lieux de son enfance, lui permettent de se repérer dans le présent, d’essayer de respirer, de se régénérer. Lucide, le personnage expose comment la bourgeoisie anglaise est prisonnière de sa propre idéologie, à quel point la manière de pensée de la middle-class est appauvrissante. Il raille la nostalgie qu’éprouvent les colons revenus des Indes : comme son créateur, mais à l’inverse d’un Kipling, il sait l’illusion de vivre au centre de l’Empire avec les valeurs de la périphérie. Il ne croit pas en l’aptitude des militants – ceux de gauche en particulier qu’il caricature à l’envi – à se mobiliser dans le cadre d’une riposte nationale face à l’ennemi. Il ressent jusque dans ses fibres la possibilité d’une disparition de son pays, avec ses valeurs, sa culture.

Voir de plus:

George Orwell patriote (2)

Bernard Gensane

10 octobre 2017

En 1936, lors de son enquête du côté du Quai de Wigan, Orwell s’était assuré qu’il y avait bien deux Angleterre et il avait fait son choix. Il serait toujours aux côtés de la classe ouvrière contre la bourgeoisie. Vis-à-vis de la working class et des indigents en général, il prendrait donc l’exact contre-pied de Baden Powell, fondateur du mouvement scout, qui les décrivait comme anti-patriotiques et anti-sociaux. En 1940, face au danger totalitaire et à la guerre, Orwell croit de moins en moins en l’urgence, voire en la nécessité, de la révolution nationale ou internationale par la violence, et il souhaite que sa patrie soit une dans la lutte. Alors qu’en 1936 la bourgeoisie, impériale ou non, était responsable de tous les maux, elle est dédouanée en 1940, et Orwell en brosse un portrait bizarrement touchant. Depuis soixante-quinze ans, écrit-il dans Coming Up for Air, la classe dirigeante a perdu de son aptitude à gouverner. Autrefois, dans les colonies, il faisait bon vivre dans le perpétuel été d’avant la guerre des Boers, mais depuis 1920 les fonctionnaires de Whitehall surveillent « chaque pouce de l’Empire » et brident l’initiative. L’horizon impérialiste se rétrécissant, cette bourgeoisie de l’outremer n’a pu se réadapter en métropole. Étant intrinsèquement « moraux », les hommes d’affaires anglais n’ont pu, comme leurs confrères américains (« de vrais bandits ») devenir millionnaires. Et ces malheureux bourgeois, par manque de compétence intellectuelle, n’ont pas sérieusement lutté contre le nazisme dans les années trente car ils n’avaient pas «compris » ce phénomène. Orwell croit d’ailleurs inférer qu’ils n’auraient pas non plus compris le communisme s’il avait frappé à leur porte. Les grands responsables du déclin de l’Empire et de l’essoufflement de la bourgeoisie ne sont pas des gestionnaires surannés à la tête d’un outil de production inefficace se débattant dans un nouveau rapport de forces international défavorable mais, tout simplement, les intellectuels de gauche. Ils ont sapé « le moral des britanniques », ils se sont répandus en attitudes « négatives et récriminatrices » sans faire de « suggestions concrètes ». Et, surtout, ils se sont contentés d’évoluer (ô, surprise, pour des intellectuels !) dans un « monde d’idées ». Mais, Dieu merci, l’Angleterre est désormais, n’en déplaise au Dr Goebbels, une grande famille victorienne, un peu «collet monté », mais unie avec bien peu de « brebis galeuses » en son sein.

Tout en admettant après 1940 que la Home Guard (dont il fit partie) était organisée de telle manière que seuls les riches commandaient, il persiste à croire que la guerre a des vertus égalitaires car elle atténue les antagonismes de classe : « La guerre est le plus formidable facteur de changements. Elle accélère tous les mécanismes, elle efface les différences de surface. Par dessus tout, elle fait comprendre à l’individu qu’il n’est pas tout à fait un individu. »

Qu’auront les Anglais à opposer aux divisions blindées allemandes et à la Luftwaffe? Hormis un potentiel militaire non négligeable et une aide américaine qui viendra forcément, Orwell fait confiance aux qualités du peuple anglais. Tout d’abord, la bonne humeur et la sérénité. Comme Bertrand Russel qui, pour Orwell, incarnait moins l’archétype de l’intellectuel anglais que celui de l’Anglais intelligent, ses compatriotes sauront faire preuve de décence et d’esprit chevaleresque (le mot “intellectual ” est quasiment une insulte outre-Manche ; Orwell utilisait “intelligentsia ”, un mot russe d’origine polonaise, donc un peu barbare). Et puis la solidarité, l’honnêteté, le respect de la légalité feront le reste.

Mais il faut dire que la douceur de vivre que connaissait la classe moyenne avant-guerre avait débouché sur une certaine indolence. Désormais, Orwell est persuadé de la victoire car elle sera celle des gens ordinaires qui auront su se dépasser tout en restant eux-mêmes. Il apprécie que, malgré les circonstances exceptionnelles, les Anglais sont restés civiques, légalistes, respectueux des droits de l’individu, et il aimera que Churchill perde les élections de 1945, preuve que ses compatriotes, gens ordinaires, se méfient des hommes forts trop doués … et trop réactionnaires.

Dans les premiers chapitres de Homage to Catalonia, Orwell avait magnifiquement saisi une lutte révolutionnaire, pensant que l’enthousiasme populaire devait suffire à faire vaincre la révolution. Avec “ The Lion and the Unicorn ” (Le Lion et la licorne), son grand texte théorique sur l’Angleterre en guerre, Orwell propose une synthèse enthousiaste du patriotisme et du socialisme. Ces pages sont contemporaines de la Bataille d’Angleterre : l’heure est au drame et à l’espoir en une victoire à court terme. Bien que nous soyons ici dans un essai franchement politique, le narrateur s’affiche dès la première phrase : Orwell écrit ce texte au moment précis et parce que des avions ennemis lui passent au-dessus de la tête : « Au moment où j’écris, des êtres humains hautement civilisés veulent au-dessus de moi et essaient de me tuer. »

Ce qui est en jeu désormais, ce n’est plus le statu quo social ou la révolution, mais la civilisation ou la barbarie. Mieux vaut Chamberlain que Hitler. Le narrateur de Down and Out in Paris and London avait découvert certains de ses compatriotes dans leur étrangeté. Burmese Days (Tragédie birmane) fleurait bon son exotisme. Dans The Road to Wigan Pier, Orwell était allé à la rencontre des ouvrières du textile et des mineurs dans leur différence. Désormais, il va à la recherche des autres dans leur ressemblance avec lui-même et ceux de sa classe d’origine, la frange inférieure de la bonne bourgeoisie (the lower-upper-middle class). Ce qui unit les Anglais, postule-t-il, est plus important que ce qui les sépare. Et il pose également que ce qu’il raillait à la fin de Homage to Catalonia, ces caractéristiques d’une Albion aveugle et assoupie (« les pâtures bien grasses, les hommes coiffés de leur chapeau melon, les bus rouges, les policiers en uniforme bleu ») c’est justement ce qui fait la beauté, mais aussi la force de l’Angleterre éternelle. Il existe un caractère national anglais, comme il existe un patrimoine et une « culture commune » que, bizarrement, comme s’il en avait un peu honte, il délimite par la négative : «Les Anglais sont très différents des autres. Il y a une sorte d’acceptation ambiguë de ce fait dans l’aversion éprouvée par presque tous les étrangers pour notre mode de vie national. Peu d’Européens supportent de vivre en Angleterre, et même les Américains se sentent davantage chez eux en Europe. »

Dans “ The Lion and the Unicorn ”, Orwell avance que l’affaiblissement de l’impérialisme dans les années trente a été provoqué en grande partie par l’intelligentsia de gauche, ce groupe s’étant lui-même renforcée grâce à la stagnation de l’Empire. Il pense qu’une alliance objective s’est nouée entre les colonels en retraite (les “ Blimps ”) pour qui un individu trop intelligent ne pouvait être patriote, et les intellectuels pour qui un patriote ne pouvait décidément pas être intelligent. Ce paradoxe déroutant ne peut surprendre dans la mesure où il venait en bout de chaîne après d’autres considérations tout aussi étonnantes sur les intellectuels. Orwell pose tout d’abord que du pessimisme à une vision réactionnaire des choses il n’y a qu’un pas vite franchi par une fraction importante de la classe dominante. Il estime également qu’il eût été possible de susciter un mouvement pacifiste authentiquement populaire en Angleterre, loin de la « gauche de salon ». Mais, dans les années trente, l’intelligentsia s’est déconsidérée dans des activités indignes, dans le domaine de l’esprit comme dans la politique. Elle s’est coupée du reste de la société en dénigrant systématiquement la civilisation occidentale et en cultivant un sentiment négatif de « désillusion ». La « vraie question », se demande Orwell, n’est pas de savoir pourquoi des bourgeois sont devenus staliniens, mais pourquoi ils ont viré à gauche. A première vue, c’est parce que les puissances de l’Axe menaçaient l’Empire britannique, l’antifascisme et l’impérialisme se rejoignant dans un même combat (dans une correspondance de décembre 1938, il explicitait ce postulat. Il estimait que si un « grand mouvement pro-Arabe » voyait le jour, il serait « fatalement pro-fasciste ».)

C’est à cette époque qu’Orwell va définir petit à petit ce qu’est pour lui l’Anglais idéal. George Bowling, son narrateur de Coming Up For Air, en était une esquisse aux traits assurément appuyés, permettant à l’auteur de considérer avec plus de commisération que jamais tous ceux qui ne correspondaient pas au moule. « Un type comme moi est incapable de ressembler à un gentleman », reconnaissait Bowling sans vraiment le regretter. « Les vêtements que je porte », poursuivait-il, sont «l’uniforme de la tribu ». En peignant cet homme ordinaire, Orwell s’adressait à ceux qui, comme son personnage, cultivaient la nostalgie de leur passé et aspiraient à un socialisme non dogmatique, un peu proudhonien. Petit-bourgeois, Bowling ne prône pas l’émancipation de la femme, il n’a pas de l’amour une approche très romantique, il s’indigne des inégalités sociales et déplore que le salarié se voit privé du produit de son travail par le système capitaliste. Il se méfie de la bureaucratie qui empiète sur la liberté individuelle, tout comme le capitalisme qui, par le système de crédit, empêche le salarié d’être jamais propriétaire. Le monde de Bowling converge avec celui de “ The Lion and the Unicorn ” : « C’est votre civilisation. C’est vous. » Ce monde que je décris, dit Orwell, c’est toujours le vôtre. Que vous l’aimiez ou non, il vous manque dès que vous le quittez. Comme vous, il est moyen, ni le joyau chanté par Shakespeare, ni l’enfer décrit par Goebbels. Vous êtes, nous sommes, les membres d’une famille victorienne empesée, avec son lot inévitable de squelettes dans le placard. Chez nous, les jeunes n’ont pas la parole, ce sont les vieux oncles irresponsables qui monopolisent le pouvoir, mais nous sommes une famille unie, avec sa langue, sa culture, ses souvenirs, son esprit de solidarité. Vous et moi sommes peut-être des médiocres, mais au moins saurons-nous, en vrais patriotes, nous unir face à l’adversité extérieure et débusquer l’ennemi intérieur. Nous pourrons toujours nous arc-bouter sur un impérialisme qui n’est pas à dénigrer en bloc : seule sa dimension morale est à redouter quand il détruit la conscience de l’oppresseur et de l’opprimé.

“ The Lion and the Unicorn ” donne donc une idée assez précise de l’image que se fait alors Orwell de son pays. Ces pages sont un mélange d’observations pénétrantes, de gentilles banalités et de généralisations désarmantes : « Les Anglais ne sont pas doués en matière artistique. Ils ne sont pas aussi musiciens que les Italiens ou les Allemands ; la peinture et la sculpture ne se sont pas développés chez nous comme en Fance. Les Anglais ont en horreur la pensée abstraite. Bien que constituant un peuple somnambule, ils sont capables, au paroxysme d’une crise, de dégainer et d’agir par une espèce d’instinct, à dire vrai un code de conduite compris pratiquement de tous quoique jamais formulé. »

Ce qu’Orwell apprécie alors au premier chef chez ses compatriotes, c’est leur réserve, leur politesse : ils font la queue patiemment dans l’ordre, sans se bousculer. Si les ouvriers ne sont pas toujours très gracieux, du moins font-ils toujours preuve de beaucoup d’attentions. La modération de ses compatriotes invite Orwell à penser que le fascisme ne prendra jamais dans son pays : « les purges hitlériennes n’auraient pu exister en Angleterre », affirme-t-il, sans s’interroger le moins du monde sur les conditions historiques qui ont permis à la barbarie de se déchaîner au pays de Goethe. Les Anglais sont trop raisonnables, ils croient trop en la justice pour se laisser entraîner dans le vertige de la terreur et des abus de pouvoir. L’Angleterre est protégée par ses traditions et son histoire, par son essence. La vision d’Orwell est donc très déterministe. La société peut changer, mais jusqu’à un certain point : « on n’obtient pas un panais avec une graine de navet ». Orwell pouvait bien, à l’orée de la guerre, énoncer de telles banalités, le fait est là : le pays n’a pas plié et les traîtres ne furent qu’une poignée. Un solide pragmatisme, une volonté exceptionnelle de croire en soi et de vaincre ont permis de tenir. L’Angleterre a gagné la guerre parce que les vertus typiques chères à Orwell n’étaient pas l’apanage de la classe dirigeante. En était dépositaire le peuple, constitué à ses yeux par la classe ouvrière consciente et la frange inférieure de la bourgeoisie. Et, à long terme, seul cet ensemble social saurait, selon lui, résister à l’envahissement de la culture populaire par le modernisme réducteur et nivelant.

L’essence, la force du patriotisme d’Orwell lui permirent durant deux décennies de tous les dangers de retrouver des valeurs stables, une morale en politique, et d’alimenter son instinct de conservation à la source de son amour pour son pays. Ce patriotisme n’était pas aveugle. L’honnêteté intellectuelle d’Orwell (certes relative), son pessimisme lucide, son humour froid au second degré le faisaient souvent passer pour un prophète de malheur. Ce n’est pas parce qu’il était fondamentalement patriote qu’il aimait et défendait l’Angleterre, mais c’est parce que l’amour de son pays était quintessencié qu’il était patriote. Parce qu’il souhaitait, vers 1940, un consensus politique national et que ce que l’Europe proposait (des régimes forts ou des démocraties en déliquescence) ne lui convenait pas, il soutiendrait son pays de droite comme de gauche (« My country Right and Left »), l’Angleterre de Chamberlain pouvant évoluer à court terme vers un changement radical de société. Orwell établissait par ailleurs une nette distinction entre patriotisme et nationalisme. Être patriote revenait à aimer un endroit, un mode de vie que l’on considérait comme les meilleurs au monde, mais sans pour autant vouloir les imposer aux autres. Pour Orwell, le patriotisme était par nature défensif, militairement et culturellement parlant. Il impliquait par ailleurs une adhésion volontaire à un espace, à une communauté et à des valeurs. Inversement, il concevait le nationalisme comme l’idéologie belliqueuse d’individus en quête de prestige, non pour eux-mêmes mais pour des ensembles dans lesquels ils choisissent d’enfouir leur propre personnalité. Un communiste ne pouvait donc pas, selon lui, être patriote, mais seulement nationaliste, puisqu’il était capable, en l’espace de quelques jours, de transférer ses allégeances selon les nécessités de l’actualité, son rapport à sa terre, à sa patrie étant extrêmement ténu. Il avait établi une typologie de différentes formes de nationalismes : la forme “ positive ”, incarnée par le nationalisme celtique, le sionisme, et ceux qui n’admettaient pas le recul de l’influence anglaise dans le monde ; un nationalisme de “ tranfert ” (il faisait se côtoyer le communisme, le pacifisme, le catholicisme militant, la conscience de classe) ; une variante négative qui incluait pour lui l’anglophobie, l’antisémitisme, le trotskisme.

Orwell a longtemps cru, au moins jusqu’à la rédaction de 1984, que toute guerre pouvait avoir des vertus salutaires, au niveau humain et politique. A l’inverse de ceux qui estimaient que la guerre est la continuation d’un état de chose par d’autres moyens, il voyait en elle une brisure, un moment paroxystique où les individus et les communautés vivent dans un état supérieur, sont révélés par l’épreuve et où, en d’autres termes, Dieu peut reconnaître les siens. Et c’est en Espagne qu’il a commencé à réfléchir au rapport entre la guerre et la révolution. Il pensait alors, contrairement, par exemple, à de nombreux trotskistes anglais, qu’il fallait d’abord se débarrasser du fascisme avant de faire la révolution dans les démocraties bourgeoises. Il semble moins dogmatique sur ce point en 1940. Une révolution et la guerre peuvent être concomitantes. Et il estime alors qu’une révolution (anti-bourgeoise évidemment) pourrait surgir de la guerre grâce aux qualités intrinsèques du peuple anglais. La guerre et la révolution pourront remettre les choses en place. Les inutiles, les inefficaces, les privilégiés disparaîtront. Les compétences populaires pourront s’exprimer. Le peuple en sortira humainement enrichi : « Nous avons avancé aussi lentement que des glaciers et nous n’avons appris que dans les désastres. »

Dans la lutte, il n’y a pas la droite et la gauche, la bourgeoisie et la classe ouvrière, mais les combattants et les partisans de la démission. Le peuple victorieux saura être magnanime. Pas de procès pour les criminels de guerre demande, dès 1943, Orwell lucide et visionnaire : « Les tyrans doivent être mis à mort uniquement par leurs propres sujets ; ceux qui sont punis par une autorité étrangère, par exemple Napoléon, deviennent des martyrs et des légendes. »

La pensée d’Orwell, dans la dernière partie de sa vie, préfigure l’idéologie travailliste des années cinquante, celle qui a rompu, dans les faits, avec le marxisme. Pour Orwell qui, de 1945 à sa mort en 1950, est un sympathisant du Labour, le socialisme se résume à davantage d’égalité et le remplacement des élites obsolètes par ce qu’on n’appelle pas encore la méritocratie. L’Angleterre ne devrait plus être « une famille avec les médiocres aux commandes ». Mais il reproche, cela dit, au gouvernement de Clement Attlee de ne pas avoir suffisamment nationalisé.

Orwell pose donc presque tous les problèmes en termes moraux, en termes d’individualités. De plus sa pensée, surtout quand elle est novatrice, est constamment bridée par des interférences personnelles. Qu’il écrive des pages anti-impérialistes, socialistes, révolutionnaires ou réformistes, l’image de l’homme vaincu, isolé pour qui un changement profond de société impulsé par le “ peuple ” est une chimère, domine. On peut supposer que le pessimisme d’Orwell a été alimenté par l’échec de soulèvements populaires, comme ceux de Kronstadt ou de Varsovie, sans parler de la prise de Barcelone par les Franquistes.

Les patriotes sont ceux qui, pour nous résumer, sont prêts à prendre les armes pour mener une guerre populaire. Les ennemis de la patrie sont les pro-fascistes. L’idée d’une victoire d’Hitler plait aux très riches, aux communistes, aux Chemises noires d’Oswald Mosley (parti fasciste qui, étrangement, fut le premier parti anglais à adopter un programme économique keynésien !), aux pacifistes et à certaines factions catholiques. Et puis, si les choses tournaient mal sur le front intérieur, la totalité des plus pauvres des ouvriers pourrait adopter une position défaitiste mais pas pro-hitlérienne dans les faits. Il restait donc les trois-quarts de la classe ouvrière et la petite bourgeoisie moins les intellectuels de gauche car ces derniers s’étaient, rappelons-le, déconsidérés depuis une dizaine d’années au moins. Le combat étant national et même nationaliste, il faudrait se méfier de cette « intelligentsia européanisée ».

De 1945 à 1950, le mot “ patriotisme ” n’apparaît jamais plus sous la plume d’Orwell. Visionnaire comme Churchill – dont il partage certaines conceptions en matière de géopolitique, Orwell a compris que la division du monde est un état de fait durable. Contre ceux qui envisagent une fusion pure et simple des États-Unis et de la Grande Bretagne, contre une petite minorité d’Anglais qui rêve d’une intégration au système soviétique, il envisage des « États-Unis socialistes d’Europe». L’essayiste qui, en 1947, publie dans la revue d’extrême-gauche étasunienne Partisan Review l’article “ Toward European Unity ” rédige les premières moutures d’un univers fictionnel d’où sont absentes les valeurs de la civilisation occidentale, le patriotisme y compris.

Bref retour sur Orwell (III)

Bernard GENSANE
21 mars 2016

Ce qui distingue les grands créateurs des autres, c’est que, à partir de la réalité, ils élaborent des modèles plus prégnants que celle-ci en nous la faisant comprendre et ressentir comme jamais auparavant. Essayez d’imaginer un gamin de Paris des années 1830 sans penser à Gavroche. Essayez de vous représenter Mozart sans vous remémorer celui d’Amadeus et son rire jamais envisagé jusque là. Le “ Guernica ” de Picasso occulte la vraie ville dont on ne sait, en fait, pas grand chose. Quant à Emma Bovary, elle écrase votre cousine rêveuse.

Dans 1984, Orwell invente un monde et sa langue officielle, la Novlangue (Newspeak). Elle a ceci de particulier qu’elle est conçue pour mourir, Orwell partant du principe que, plus on élimine des mots (on garde “ chaise ” et on supprime “ fauteuil ” “ tabouret ”), plus on réduit leur champ sémantique (“ liberté ” n’est utilisé que dans des phrases comme « j’ai la liberté de choisir entre des pommes de terre et du chou »), plus on réduit une pensée qui devient sans cesse davantage binaire, manichéenne.

Cette invention n’est pas arrivée comme un cheveu sur la soupe dans la vie d’Orwell et sa carrière d’écrivain et de journaliste. Il connaissait sept langues étrangères : le latin et le grec, qu’il avait très bien maîtrisés dans son école privée, le français, qu’il pratiquait avec aisance (il lisait Villon dans le texte, et lorsqu’il enseigna le français dans une école secondaire pendant quelques mois, ses cours se déroulaient entièrement dans la langue), l’hindustani, l’ourdou (deux versions d’une même langue) et le birman, appris lors de son séjour de cinq ans dans la police impériale, le castillan et le catalan, assimilés au contact des Républicains durant la guerre civile. Avant de créer la Novlangue, il s’intéressa, de 1942 à 1944, au Basic English du linguiste Charles Kay Ogden avant d’écarter l’utilisation d’une langue artificielle : il trouvait contre-culturelle une langue fabriquée – simplifiée ou pas – à vocation universelle. Mais il est clair que ce Basic English fut une source d’inspiration pour la Novlangue. Enfin, il avait des notions d’esperanto, que parlait couramment une de ses tantes, mais il s’en méfiait en tant que langue factice (« Les langues ne se peuvent se développer que lentement, comme des fleurs », disait-il).

Bien avant 1984, les premiers livres d’Orwell avaient révélé son grand intérêt pour les questions de langue. Dans la dèche à Paris et à Londres, une autofiction de 1933, montre qu’Orwell s’engoue pour les lois sociales de construction du langage. Tragédie birmane (1934) présente la Birmanie comme une société multilingue, les colons empêchant les autochtones d’apprendre l’anglais dans toutes ses finesses et les contraignant à l’utilisation d’un pidgin. Dans Une fille de pasteur (1935), Orwell reproduit, en s’inspirant de Joyce, un dialogue de théâtre entre les miséreux et la fille du pasteur. Dans Le quai de Wigan (1937), ce magistral essai devenu classique sur le monde des mineurs de charbon dans les années trente, Orwell offre quelques exemples d’anglais du Lancashire et du Yorkshire. Dans La Catalogne libre (1938), il utilise sa connaissance du catalan et du castillan. Dans Un peu d’air frais (1939), il présente les variétés de l’anglais selon les classes et commence à dénoncer ce qu’il appelle le “ jargon ” des hommes politiques. Etrangement, peut-être, la dictature de La ferme des animaux ne connaît pas de problèmes langagiers.

Toute la réflexion d’Orwell sur la langue repose sur une idée-force, que la linguistique récusait déjà à son époque, selon laquelle les mots sont autonomes par rapport à la pensée. Et il lui a échappé, comme le proposait fortement Roman Jakobson, que « de même qu’en peinture la géométrie se superpose à la couleur, la puissance d’abstraction de la pensée humaine surimpose des figures grammaticales au mot. » Il affirme pour sa part que la pensée est tellement dépendante des mots que ceux-ci peuvent régir celle-là. Il croit que parler c’est choisir des mots en toute souveraineté, ignorant qu’on ne saurait conceptualiser sans l’appui du langage. Comment dire “ la glace ” en bambara, langue de contrées où il fait trente degrés toute l’année ? En contradiction totale avec le concept d’arbitrarité du signe (voir comment le coq chante en anglais, en espagnol, en allemand, en français et en chinois), il suppose une corrélation entre le sens d’un mot et sa configuration sonore. Dans le monde de 1984, des fonctionnaires de la langue suppriment des mots du dictionnaire et confèrent aux vocables épargnés un sens unique, ce qui n’est pas soutenable dans la mesure où la pensée et les mots n’existent pas dans des sphères distinctes, Orwell pensant peut-être qu’à un mot pourrait correspondre automatiquement une seule pensée.

Dans ses essais majeurs sur la langue comme “ La politique et la langue anglaise ”, il estime que la langue dégénère quand elle sert le discours politique. Il s’inscrit dès lors dans la tradition idéaliste : « Bien écrire ou bien parler est un art. » Ecrire en anglais, c’est « se battre contre le flou, l’obscurité, les pièges tendus par les adjectifs décoratifs et les empiètements du latin et du grec ». Revendiquant son anglicité, Orwell préférait les mots d’origine saxonne aux mots d’origine franco-latine : freedom à liberty, brotherhood à fraternity, tout en sachant que plus de la moitié des mots de l’anglais venaient du français et de latin. A de nombreuses reprises, il décrit sa langue comme « défigurée », « violentée ».

Mais, à sa manière, Orwell a repris l’idéal de Boileau selon lequel ce qui se conçoit bien s’énonce clairement : « Une prose de qualité est transparente comme une vitre ». Ce cristal lui était nécessaire pour mieux faire passer la réalité confuse, violente et terrorisante. Stylistiquement parlant, sa plus grande réussite aura été de faire croire qu’il écrivait “ naturellement ” dans la langue parlée d’un anglais éduqué. D’où son obsession de ne pas pouvoir glisser « la lame d’un couteau métaphorique » entre les mots et le sens. Sa règle – pas toujours applicable – était que le sens décide du mot. Il s’efforça toujours, cela dit, de faire coïncider la forme et le fond.

Pour Orwell, les différences langagières étaient régies par les antagonismes de classe. Les classes éduquées ayant perdu le contact avec le monde ouvrier, il urgeait que les prolétaires redonnent du souffle à la langue anémiée de la classe dirigeante. Son idéalisme l’amena à proposer, pour que les accents régionaux ne disparaissent pas (ils sont toujours bien présents aujourd’hui), un accent « national » (pas le sien, lui l’ancien élève d’Eton), un « cockney modifié » ou alors un des accents du Nord. Mais dans 1984, non seulement les Proles ne régénèrent pas la langue du Parti intérieur, mais il n’existe aucun phénomène de contact entre leur langue et celle des maîtres.

Bien que polyglotte, Orwell n’affectionnait pas les emprunts entre langues. Il n’admit jamais que, si le vocabulaire anglais était très riche, c’est justement parce que la langue anglaise avait deux racines principales. De plus, alors que dans 1984 chaque continent possède une seule langue officielle, Orwell n’a rien écrit sur un fait déjà bien présent à son époque : le nouveau statut de l’anglais en tant que première langue véhiculaire mondiale. Conscient de la fin de la suprématie de l’Angleterre en tant que puissance planétaire, il redoutait le contact avec la culture d’outre-Atlantique. Plutôt conservateur en matière langagière, il n’en a pas moins créé de nombreux néologismes. Par exemple la “ nancytude ” (tapettitude), la “ scotchification ” (de l’Angleterre) (écossification), “ sub-faecal ” (sous-fécal), la “ blimpocracy ” (culotte de peaucratie). Bien que jungien, Orwell n’avait pas perçu que l’inconscient était structuré comme un langage. Il voyait dans les mots une substance pâteuse, fuyant indéfiniment devant les réalités de la pensée (« Quelqu’un a-t-il jamais écrit une lettre d’amour dans laquelle il a exprimé exactement ce qu’il voulait dire ? »). D’où cette proposition d’inventer des nouveaux mots (ou des mots neufs), aussi tranquillement que s’il s’agissait de « pièces pour moteur d’auto ». Mais il n’a pas pu (ou n’a pas eu le temps) de réfléchir à ses propres maniérismes. Il abusait d’adverbes de fréquences (“ rarement ”, “ toujours ”) parce qu’il avait tendance à généraliser. Il utilisait souvent la préposition “ comme ”, des adjectifs comme “ différent ”, “ identique ”, des verbes comme “ comparer ” parce qu’il pensait très souvent de manière analogique. Il s’efforça, cela dit, de s’imposer une hygiène d’écriture consistant, par exemple, à éviter les métaphores rebattues (pas une seule dans La ferme des animaux). Et il proposa cinq règles de bonne écriture et une sixième dirimante, dont il n’est pas stupide de s’inspirer, même si elles trahissent son souci névrotique de propreté :

Ne jamais utiliser une métaphore déjà vue sous la plume d’un autre.
Ne jamais utiliser un mot long quand un court fait l’affaire.
Supprimer un mot lorsqu’il est possible de le supprimer.
Ne pas utiliser la voix passive [beaucoup plus fréquente en anglais qu’en français] quand l’actif convient.
Ne jamais utiliser une expression étrangère, un mot scientifique ou du jargon s’il existe un équivalent en anglais de tous les jours.
Ne pas appliquer ces règles dès lors que le résultat est franchement malsonnant.

Dans 1984, le statut de la langue n’est pas toujours très cohérent. Un seul personnage (membre du Parti Extérieur) parle naturellement en Novlangue. Les enfants de Mrs Parson, pourtant militant zélés de la Ligue de la Jeunesse, s’expriment en anglais ordinaire. Orwell a toujours pensé que le manque de démocratie ou la dictature du prolétariat aggraveraient les antagonismes de classe. Aux trois classes d’Océania correspond une organisation linguistique gouvernée par le chiffre trois. Dans le Parti Intérieur, la Novlangue est censée être la norme ; dans le Parti Extérieur, elle se diffuse progressivement ; elle est inconnue des Proles qui parlent cockney, un idiome qui est d’avantage une recréation orwellienne que du cockney authentique. La Novlangue n’est pas généralisée dans le roman parce que le livre n’est pas une prophétie mais une satire dystopique. Elle ne peut être parlée par des personnages qui ressemblent aux gens qu’Orwell a côtoyés sa vie durant. A la fin du roman, Orwell estime que la Novlangue ne sera pas utilisé par tous avant 2050, malgré les moyens de coercition considérables dont dispose le système. Ce qui semble peut-être le plus pertinent dans la création de la Novlangue, c’est cette idée, aujourd’hui banale, qu’un discours officiel peut fort bien parler pour ne rien dire. Nous sommes en effet dans la destruction du sens. Le personnel politique étasunien a atteint cet idéal : souvenons-nous de Reagan se contenant de murmurer devant ses supporters « Read my lips » ou Hillary Clinton proposant un petit jappement chaque fois que Donald Trump proférerait un ânerie. Orwell postule par ailleurs que la langue fait naître la faute, le sentiment de culpabilité, notion que reprendra plus tard Roland Barthes expliquant que le fascisme n’empêche pas de dire mais oblige à dire.

L’écrivain au style translucide qu’était Orwell avait senti dans les années trente que la langue ne serait plus jamais un moyen de communication innocent. Winston finissait par “ aimer ” Big Brother parce que le mot “ amour ”, tout en ayant perdu sa signification d’origine, existait toujours bel et bien sous son horrible travestissement. Cratyle, dans le dialogue de Platon, avait décidé de se taire (« si des noms sont mal établis, ils ne sont plus que des éclats de voix »). Orwell choisit de travailler la simplicité de son expression (pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, il est l’un des auteurs les plus faciles à lire) et de renforcer le pouvoir de ses propres mots.

Voir par ailleurs:

How Being Politically Incorrect Could Help Bloomberg

Bloomberg says things that can’t be said in polite company. Maybe voters don’t mind as much as elites do.It’s amusing to learn that Mike Bloomberg, just last year, was filmed speaking with his customary bluntness about transgender individuals: “If your conversation during a presidential election is about some guy wearing a dress and whether he, she, or it can go to the locker room with their daughter, that’s not a winning formula for most people,” he said at a business development forum.

You can’t talk that way anymore in the upper levels of the Democratic party, the media, the arts, or even corporate America. If Bloomberg had said this as the CEO of a publicly traded company, instead of as the owner of a private one, intense pressure would have been put on the board to fire him. And this was hardly the first time he said something that was guaranteed to offend. “We put all the cops in minority neighborhoods. Yes, that’s true. Why do we do it? Because that’s where all the crime is,” Bloomberg said in 2015 at the Aspen Institute, adding, “The way you get the guns out of the kids’ hands is to throw them up against the wall and frisk them.”

Bloomberg hasn’t had to report to anyone for many years, and being as frank as he likes, no matter how rude he sounds, is part of his brand. “A List of Things Bloomberg Actually Said About Fat People, Rape, George W. Bush, and J.Lo” ran one of the more entertaining headlines of this campaign season. My personal favorite is one of many one-liners contained in the now-infamous booklet, The Portable Bloomberg: The Wit and Wisdom of Michael Bloomberg. It was published as a sort of party favor back in 1990 by his employees, and no one quite seems to be able to tell if it is a spoof or an actual compendium of Bloomberg remarks. If the former, it sounds a lot like the latter to a lot of people. A highlight is Bloomberg’s summing-up of the British royals: “What a bunch of misfits — a gay, an architect, that horsey-faced lesbian, and a kid who gave up Koo Stark for some fat broad.” (Fact check: Prince Charles is not an architect, merely an architectural enthusiast.)

Yet Bloomberg’s sharp rise in polling has coincided with a concerted effort by the media to score him for all of these grave offenses against political correctness. We’re about to learn whether anyone outside the elite stratum of the country actually considers these sorts of barbed comments to be disqualifying. True, nobody is allowed to talk like this anymore. But then again, the only other politician who dares to is the current occupant of the White House. Which raises the question: Does a history of extreme political incorrectness actually boost Bloomberg’s chances?

Reading about what Democratic voters have to say, it’s evident that all principles and policies are negotiable. The only thing that matters to them is defeating Donald Trump. Medicare for All, Medicare for All Who Want It, continue the status quo? Whatever. As long as someone other than Trump is in charge. Democratic voters have discarded Elizabeth Warren because they don’t think she can defeat Trump, and they are having severe misgivings about Joe Biden because they’re not sure he’s still vigorous enough for battle, or indeed vigorous enough to make it through a sentence without taking a break for a nap. Bernie Sanders, too, has to be making Democratic voters nervous: Hey, we just want Trump gone, we don’t want to be annexed by Denmark. Most Democrats are aware that Sanders is extreme, and more important, most Democrats are aware that swing voters in Michigan and Wisconsin are aware of this.

American elites hear the way Bloomberg talks and think: Shocking! Disqualifying! Outrageous! Median voters might hear something very different: This guy is a match for Trump! Instead of choosing a parody of an earnest loser in a rumpled sweater who has a garage full of Eugene V. Debs filmstrips, the Dems could go with a swashbuckling, trash-talking, don’t-give-a-fig capitalist buccaneer who is prepared to rain insults on Trump, not just gently shake his head and say, “That’s not who we are.” Instead of having a pathetic old schmuck in a subcompact who seems like he should be teaching bored high schoolers, they could have a fiercely combative alpha male who could buy and sell Trump 20 times over. Why not dump Walter White and go with Heisenberg?

The sort of people who get the vapors at offensive comments are going to vote for the Democrat this fall no matter who it is. Bloomberg’s political incorrectness won’t matter any more than Hillary Clinton’s vote for the Iraq War mattered in 2016. Yet the prospect of riding into battle with someone who is as arrogant, aggressive, politically incorrect, and corrosively funny as Trump has to be a tempting proposition to a lot of Democrats. Even if it’s a fellow New York billionaire.

Voir de même:

Reaching Peak Progressivism
« The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare. »>The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.
Victor Davis Hanson
American greatness
February 16th, 2020

In 2020 we have finally hit peak progressivism. The adjective “peak”—apex or summit— is often used to describe something that has reached its maximum extent but thereafter will insidiously decline—like supposed U.S. domestic oil production in 2000 when more oil was purportedly taken out of, rather than still in the ground. While the idea of peak oil in the days before fracking and horizontal drilling proved vastly premature, we likely are witnessing something like “peak progressivism” today.

By that I mean the hard-left takeover of the Democratic Party and the accompanying progressive agenda now have reached an extreme—beyond which will only result in the steady erosion of radical ideology altogether.

The French Revolution hit “peak” coerced egalitarianism with the Jacobin takeover and so-called Reign of Terror. After all, when you begin guillotining fellow travelers on charges they are counterrevolutionaries and begin worshiping a new atheist secular power “Reason,” institutionalized as Robespierre’s “Cult of the Supreme Being,” you have mostly reached the limits of political radicalism and are into the territory of the nihilistic, if not the maniacal and absurd—with a rendezvous with Napoleon on the horizon.

From 2009 through 2016, Barack Obama recalibrated the Democratic Party’s liberalism into progressive radicalism. He opened the border and all but dismantled existing immigration law. Sanctuary cities sprang up with impunity. Executive orders bypassed the Congress. The Iran Deal ignored the Senate’s treaty-making responsibilities. Obama sought to nationalize healthcare. The concept of “diversity” replaced affirmative action, by redefining racial oppression as distinct from historical grievance and economic disparity and instead lumping together 30 percent of the population as nonwhite, and thus antithetical to the new buzz construct of “white privilege.” Fast and Furious, the surveillance of the Associated Press reporters, Benghazi, the weaponization of the IRS, and the use of CIA, FBI, and DOJ to seed the spurious Steele dossier were all written off as proof of the “most scandal free” administration in memory.

But today Obamaism has been figuratively guillotined by the New Jacobins. It is found guilty of crimes of insufficient revolutionary zeal, as well as compromises with the U.S. Constitution and capitalism.

Once considered a crank socialist, Senator Bernie Sanders (I-Vt.) is now leads in many Democratic primary polls. Arriving with him at this moment in our politics is peak progressivism.

First-term socialists—House representatives such as Alexandria Ocasio-Cortez (D-N.Y.) and her fellow “squad” members, inspired by Sanders—now set the new Democratic agenda. And it is one that is more radical than anything seen in modern American history and largely unsustainable: calls to level a wealth tax and new top income-tax rates of 70-90 percent, to abolish the Immigration and Customs Enforcement Service, all student debt, an enforceable southern border, the internal combustion engine, and most Second Amendment rights, and to enact multi-trillion dollar new entitlements as outlined in the Green New Deal, Medicare for All, free college, free healthcare for illegal aliens, and reparations.

Identity politics so rules the rhetoric of the new progressive party that all of its—exclusively white—primary finalists vie to be most vocal in the ritual damning of their own country (that has ironically ensured their own influence, power, success and wealth) as inherently “racist.”

Universities Lead the Way In the Revolution Eating Itself

Outside of the political sphere, peak progressivism had reinvented the university, rejecting Martin Luther King, Jr’s vision of racial integration and assimilation, by demanding racially obsessed dorms, safe spaces, and applications.

There is hardly a First Amendment on campuses anymore. Speakers with unpopular views are shouted down with impunity by student activists. “Trigger warnings” seek to censor required texts. The mere accusation of sexual harassment on campus is synonymous with the suspension of the Fourth, Fifth, Sixth, and Seventh Amendments. Skepticism over abortion, “climate change,” or identity politics can cancel out a faculty career.

It is hard to imagine where universities go after peak progressivism, since it would be the pure nihilism of abolishing grades, admissions standards, and student fees.

Peak progressivism calls for the abolition of the constitutionally mandated Electoral College. Radicals now fault past failed schemes to pack the federal and Supreme Court with left-wing justices only because they failed, and thus advance ways to make court-packing work in the present. The bolder among them wants to reconfigure the U.S. Senate into a proportionally representational house or abolish it altogether. All that would be left after that would be the formal abolition of the U.S. Constitution itself.

Primary candidates compete with one another to water down voting laws, variously demanding that 16-year-olds, felons, and illegal aliens should be given the franchise. Gay marriage, which Obama opposed in 2008 and later promoted after reelection, is now passé. The new civil rights cause celebre is transgenderism, an ancient syndrome known in the past under a variety of clinical definitions that affects less than half of one percent of the population. Who, after these peak progressive ideas, would be left as

ineligible to vote—12-year-olds, those on death row, the rest of the earth’s population?

All moderate Democratic presidential candidates long ago dropped out. Those who have not, such as Joe Biden and Michael Bloomberg, are in virtual reeducation camps, as they promise to progressive rivals and the media to renounce most of their past positions, effusively apologizing for prior incorrect thinking and failure to become sufficiently “woke.”

The Cycles of Cultish Extremism

There are certain historical characteristics of the current peak progressivism that are typical of past cycles of cultish extremism.

Iconoclasm—the destruction of statues and icons deemed reactionary—is typical.

So is Trotskyization, the renaming of buildings, streets, and institutions on the theory that current correct ideology makes past iconic figures no longer deserving of recognition and thus erased from history.

Puritanism is also typical, as correct speech extends to thoughts and behavior. Peak progressivism now includes Victorian prudery. Flattery, traditional flirting, and praise of physical beauty are proof of counter-revolutionary barbarism and toxic masculinity. The Internet allows instant cancel culture searches of one’s entire past thoughts, conduct, and expression in efforts to erase impure personas.

Tribal factionalism is a final symptom that peak ideology is already degenerating into chaos. In the Democratic primary, candidates could agree that white privilege and whiteness were toxic but no one quite could define whether black, Latino, Asian, gay, female upper-middle class, or wealthy candidates were the most victimized by America and thus the most deserving of reparatory considerations.

The much-discussed “intersectionality” is a construct, a myth. The history of ideological extremism is instead a war of all factions against one another.

We see just that in the peak progressive primaries. Michael Bloomberg is deemed a racist and sexist. But then so is Joe Biden. Bernie Sanders supposedly hires racists and sexists and won’t honor minimum wage laws. Senator Elizabeth Warren (D-Mass.) thinks Bernie is condescending to women and minorities. Pete Buttigieg thinks he is the victim of Joe Biden’s subtle anti-gay political adds, and feels, but does not articulate, that the black community is inherent anti-homosexual. The race to tag others as victimizers and selves as victimized is endless.

Radicals also vie to make rivals look counter-revolutionary, as they advance ever more incoherent and unhinged schemes without a clue that they are losing not just moderate support but even liberal followers. The more Warren feels she must become the purest peak progressive on the debate stage and the most radical in the U.S. Senate, the more her former supporters feel she is either a conniving opportunist or nuts or both.

Impossible Demands, Even of Their Own

Peak progressives cannot possibly live up to their rhetoric fantasies and so suffer from rank hypocrisies. Redistributionists like Warren and Sanders either fly on private jets or choose non-egalitarian first-class commercial. Hollywood stars who mouth crazy Oscar and Grammy ceremony platitudes vie with each other to wear multi-thousand-dollar clothes, live in mansions, and own yachts—as they drive down ratings to historic lows.

Not long ago, progressive pundits on CNN and MSNBC declared the current indicted lawyer Michael Avenatti presidential material for his fabrications and lies that were used to smear Justice Brett Kavanaugh. Where does a network go after that?

Racial quota advocates demand proportional representations and cry out about disparate impact but soon discover that they have no plans or desire to appoint candidates of color to be included on the Democrat debate stage (or to reserve slots for Asian-American basketball forwards, or to ensure blacks make up only 12 percent of the coveted billets of the U.S. Postal Service.) Peak progressives never imagine that they, too, can become prisoners of their ridiculous ideologies.

Peak progressives also live in cocoons. They have no inkling how their ever more radical talk alienates the public. How odd to see Mike Bloomberg repudiate many of his mayoral policies that once were popular with even liberal New Yorkers. (Or is Bloomberg’s Machiavellian team leaking past politically incorrect statements about crime and the housing collapse to show that in comparison with his current rivals’ professed lunacies that he once sounded pragmatic and sane?)

To prove he is not a racist, Joe Biden sounds like an incendiary radical, only further turning off his once-sizable moderate block of supporters. As Democratic candidates careen ever farther to the left, their crowds shrink, and Donald Trump’s rallies expand.

Peak progressivism even scares the diehard NeverTrump right, which fears imploding by voting for a whacked-out Bernie Sanders as the only alternative to the hated Trump.

Peak progressivism eventually either recedes, or, to remain viable, entails violence, as in the Russian, Chinese, or Cuban revolutions. The odd thing is not that Sanders supporter James Hodkinson tried to mow down some of the Republican House leadership, or a recent left-wing activist sought to run over Trump supporters with his van, or that Hollywood stars still compete with each other in imagining the most fitting rhetorical torture or killing of the president of the United States—bombing, incineration, beheading, stabbing, shooting, beating—but that progressive voices rarely complain about such extremist rhetoric or actions. Impeachment 1.0 in January 2017 looks tame in comparison to 2.0 in February 2020, which in turn will seem a sell-out compared to 3.0 in 2021.

George McGovern ensured a Nixon landslide, Jimmy Carter hastened the Reagan Revolution—and the eventual return of the old Democrats under Bill Clinton.

The frightening visions of the new peak progressives will ensure the reelection of Donald Trump, as well as either the likely end of themselves—or else a collective dystopian nightmare.

Voir de plus:

China’s Government Is Like Something out of 1984

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship.The Chinese Communist government increasingly poses an existential threat not just to its own 1.4 billion citizens but to the world at large.

China is currently in a dangerously chaotic state. And why not, when a premodern authoritarian society leaps wildly into the brave new world of high-tech science in a single generation?

The Chinese technological revolution is overseen by an Orwellian dictatorship. Predictably, the Chinese Communist Party has not developed the social, political, or cultural infrastructure to ensure that its sophisticated industrial and biological research does not go rogue and become destructive to itself and to the billions of people who are on the importing end of Chinese products and protocols.

Central Party officials run the government, military, media, and universities collectively in a manner reminiscent of the science-fiction Borg organism of Star Trek, which was a horde of robot-like entities all under the control of a central mind.

Thirty years ago, American pundits began gushing over China’s sudden leap from horse-drawn power to solar, wind, and nuclear energy. The Chinese Communist government wowed Westerners. It created from nothing high-speed rail, solar farms, shiny new airports, and gleaming new high-density apartment buildings.

Western-trained Chinese scientists soon were conducting sophisticated medical and scientific research. And they often did so rapidly, without the prying regulators, nosy elected officials, and bothersome citizen lawsuits that often burden American and European scientists.

To make China instantly rich and modern, the Communist hierarchy — the same government that once caused the deaths of some 60 million innocents under Mao Zedong — ignored property rights. It crushed individual freedom. It embraced secrecy and bulldozed over any who stood in its way.

In much the same manner that silly American pundits once praised Benito Mussolini’s fascist efforts to modernize Depression-era Italy, many naifs in the West praised China only because they wished that their own countries could recalibrate so quickly and efficiently — especially in service to green agendas.

But the world is learning that China does not just move mountains for new dams or bulldoze ancient neighborhoods that stand in the path of high-speed rail. It also hid the outbreak and the mysterious origins of the deadly coronavirus from its own people and the rest of the planet as well — a more dangerous replay of its earlier effort to mask the spread of the SARS virus. The result was that thousands of unknowing carriers spread the viral plague while the government covered up its epidemic proportions.

China, of course, does not wish to have either its products or citizens quarantined from other countries. But the Chinese government will not allow foreign scientists to enter its country to collaborate on containing the coronavirus and developing a vaccine.

No wonder Internet conspiracies speculate that the virus was either a rogue product of the Chinese military’s bioengineering weapons lab or originated from bats, snakes, or pangolins and the open-air markets where they are sold as food.

It is hard to believe that in 2020, the world’s largest and second-wealthiest county, which boasts of high-tech consumer products and gleaming cities, has imprisoned in “re-education camps” more than 1 million Uighur Muslims in the manner that Hitler, Stalin, and Mao once relocated “undesirable” populations.

China seems confident that it will soon rule the world, given its huge population, massive trade surpluses, vast cash reserves, and industries that produce so many of the world’s electronic devices, pharmaceuticals, and consumer goods.

For a year, the Chinese government has battled massive street demonstrations for democracy in Hong Kong. Beijing cynically assumes that Western nations don’t care. They are expected to drop their characteristic human-rights advocacy because of how profitable their investments inside China have proven.

Beijing was right. Few Western companies complain that Chinese society is surveilled, regulated, and controlled in a nightmarish fashion that George Orwell once predicted in his dystopian novel, 1984.

All of these recent scandals should remind the world that China got rich by warping trade and stealing technology in much the same way that it deals with epidemics and dissidents. That is, by simply ignoring legitimate criticism and crushing anyone in its way.

If the Chinese Communist Borg is willing to put millions of its own citizens at risk of infection and death, why would it care about foreigners’ complaints that China is getting rich and powerful by breaking international trade rules?

The truth about President Trump’s decision to call China to account over its systematic abuse of international trade norms is not that Trump’s policy is reckless or ill-considered. It’s that at this late date, the reckoning might prove too little, too late.

Voir encore:

Des employés d’Amazon écoutent les conversations des utilisateurs avec Alexa

Pour améliorer les performances de reconnaissance vocale de son assistant intelligent Alexa, des milliers de salariés d’Amazon écoutent des extraits de conversations réelles. Il n’est pas mentionné explicitement dans ses conditions d’utilisation que des humains peuvent y accéder.

Kesso Diallo

Plusieurs personnes hésitent à introduire des enceintes connectées chez eux par crainte d’être écoutés. D’une certaine façon, c’est bien le cas. Une enquête de Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de salariés dans le monde pour écouter les conversations des utilisateurs avec Alexa, l’assistant vocal qui alimente les enceintes Echo du géant et plus de 100 millions d’objets connectés dans le monde. Ces employés travaillent neuf heures par jour dans des bureaux à Boston, au Costa Rica, en Inde ou encore en Roumanie. Il analyse jusqu’à 1000 clips audio par jour pour transcrire et annoter leur contenu. Le but est d’améliorer l’outil de reconnaissance vocale en éliminant les lacunes dans la compréhension de la parole humaine par Alexa et en l’aidant à mieux répondre aux demandes des utilisateurs. Un employé explique ainsi à Bloomberg avoir aidé Alexa à mieux comprendre le nom «Taylor Swift» en lui indiquant que l’utilisateur parlait d’une artiste musicale.

La vie privée des utilisateurs chez Amazon

Parmi le type de clips auxquels les salariés accèdent, des requêtes mais aussi des sons enregistrés comme une femme qui chante mal sous la douche. Problème: ces fichiers peuvent être partagés sur une messagerie interne pour aider un collègue à mieux interpréter une phrase ou pour se moquer d’un enregistrement amusant. D’autres extraits sont parfois plus problématiques. Deux personnes qui travaillaient pour Amazon ont ainsi raconté avoir entendu ce qui ressemblait à une agression sexuelle. Après l’avoir mentionné à leur hiérarchie, ils ont été informés qu’Amazon ne souhaitait pas réagir à la situation. Pourtant le géant affirme que «des procédures ont été mises en place» pour ce genre de situation. Enfin, lorsque les employés entendent des données personnelles telles que les coordonnées bancaires, ils cochent simplement une boîte de dialogue indiquant «données critiques» avant de passer au fichier audio suivant.

Selon un porte-parole d’Amazon, seul «un très faible échantillon des enregistrements» est utilisé pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Il précise également que les employés ne peuvent pas accéder directement aux informations d’identification des personnes ou des comptes associés aux enregistrements. «Toutes les informations sont traitées avec la plus grande confidentialité et nous utilisons l’authentification multifacteurs pour restreindre l’accès, le chiffrement des services et des audits de notre environnement de contrôle pour le protéger». Pourtant, les captures d’écran fournies par les employés à Bloomberg montrent qu’à défaut d’indiquer le nom complet et l’adresse d’un utilisateur, les enregistrements sont tout de même associés à un numéro de compte, ainsi qu’au prénom de l’utilisateur et le numéro de série de l’appareil.

Paramètres de confidentialité

Amazon mentionne dans ses conditions d’utilisation que les conversations des utilisateurs avec Alexa sont enregistrées pour améliorer son assistant virtuel. Cependant, le géant n’y précise explicitement pas que ces conversations peuvent être écoutées par des humains. Et si l’utilisateur peut limiter via les paramètres de confidentialité d’Alexa l’utilisation qui est faite de ces enregistrements, il ne peut jamais empêcher cette transmission.

Alexa est conçue pour enregistrer en continu des extraits audio dès qu’elle entend le mot d’activation, soit «Alexa» par défaut. Ce mot peut être modifié. Une fois qu’il est détecté, l’anneau de lumière situé au-dessus de l’enceinte devient bleu, indiquant que le périphérique enregistre et transmet une commande aux serveurs d’Amazon. Le site du géant affirme qu’aucun son n’est stocké à moins que l’enceinte connectée Echo ne détecte le mot d’activation ou ne soit allumée en appuyant sur un bouton. Mais, il arrive qu’Alexa commence un enregistrement sans aucune demande de la part de l’utilisateur ou par accident. L’assistant vocal peut en effet se tromper, notamment avec d’autres langues que l’anglais. En français, il peut confondre «sa» avec «Alexa», soit son mot d’activation. Chaque auditeur transcrit ainsi jusqu’à 100 enregistrements par jour dans ces situations selon une source de Bloomberg.

Améliorer les assistants vocaux

Amazon n’est pas la seule entreprise à faire écouter une partie de ces conversations à des humains pour améliorer son outil de reconnaissance vocale. C’est aussi le cas chez Google et Apple avec leurs propres assistants vocaux Google Assistant et Siri. Pour Siri d’Apple, les enregistrements passés en revue ne contiennent pas d’informations personnelles. Durant les six mois où ils sont stockés, ils sont liés à un identifiant aléatoire selon un livre blanc sur la sécurité d’Apple. Après ces six mois, les données sont dépourvues de leur identifiant aléatoire, mais elles peuvent être stockées plus longtemps pour améliorer la reconnaissance vocale de Siri. Chez Google, certains réviseurs peuvent accéder à des extraits audio de Google Assistant, mais ces derniers ne sont associés à aucune information personnelle et le son est déformé, selon l’entreprise.

Dans la nuit du 2 au 3 août, Amazon a mis à jour son application Alexa pour expliquer plus clairement la manière dont les enregistrements sont utilisés. Ainsi, on peut dorénavant lire que «les fichiers audios peuvent être […] manuellement révisés pour aider à améliorer les services [d’Amazon]». Alors qu’avant, la firme indiquait seulement que les enregistrements pouvaient «être utilisés pour développer de nouvelles fonctionnalités». Via l’application, il est aussi possible de désactiver l’envoi et l’écoute des fichiers audios avec Alexa. L’annonce d’Amazon fait suite à la procédure administrative ouverte par l’autorité de protection des données de Hambourg à l’encontre de Google. Depuis le 1er août et pendant trois mois, la firme n’est plus autorisée à laisser ses employés ou sous-traitants écouter les conversations enregistrées par son assistant intelligent. L’interdiction s’étend à toute l’Union Européenne. Apple a également emboîté le pas à Google et Amazon. La firme a annoncé au média TechCrunch qu’elle suspendait la manière dont les enregistrements sont utilisés pour améliorer son assistant vocal, «le temps de le réexaminer en profondeur». Cette décision s’applique au monde entier.

Voir enfin:

Primaires américaines : à Las Vegas, le milliardaire Michael Bloomberg aiguise les rivalités démocrates
L’ancien maire de New York a participé à son premier débat des primaires et fait l’unanimité contre lui parmi les autres candidats.

Corine Lesnes

Le Monde

20 février 2020

Michael Bloomberg avait beaucoup d’explications à fournir. Sur ses déclarations méprisantes à l’égard des femmes, son passé républicain, et surtout sa politique de « stop and frisk » ou contrôle au faciès quand il était maire de New York de 2002 à 2013. Dès la deuxième minute du débat des primaires démocrates de Las Vegas, mercredi 19 février, Bernie Sanders a attaqué frontalement le nouveau venu dans la campagne, expliquant qu’il n’avait aucune chance de battre Donald Trump, en raison de son soutien passé à cette pratique raciste.

Le milliardaire a encaissé le coup. « Euh », a-t-il balbutié. Elizabeth Warren s’est précipitée pour le tailler en pièces : « J’aimerais parler de qui nous combattons, a-t-elle lancé. Un milliardaire qui traite les femmes de “grosses vaches” et de “lesbiennes au visage chevalin”. Et non, je ne parle pas de Donald Trump, a repris la sénatrice du Massachusetts. Je parle de Michael Bloomberg. Les démocrates prennent un grand risque si nous remplaçons un milliardaire arrogant par un autre. »

Dans l’assistance, il y a eu un moment d’effroi puis des applaudissements. La candidate, en perte de vitesse depuis des semaines dans les sondages, faisait référence à une compilation satirique concoctée en 1990 par un cadre de la société Bloomberg et offerte au PDG pour son 48e anniversaire : la recension de quelques « maximes » d’un homme réputé pour ses jugements corrosifs. Bloomberg a préféré ne pas relever. « Je suis New-Yorkais, a-t-il répondu d’une voix atone. Je sais comment m’y prendre avec un imposteur new-yorkais de l’arrogance de Donald Trump. »

Effet Bloomberg ? Sursaut de combativité parmi les concurrents distancés dans les sondages ? Le neuvième débat démocrate, mercredi 19 février, le premier pour l’ancien maire de New York, a été le plus brutal depuis le début de la compétition pour la succession de Donald Trump. Pendant la première heure, le casino Paris Las Vegas s’est transformé en arène où les six candidats-gladiateurs ont déversé attaques et insultes – des plus conséquentes aux plus mesquines. NBC News a totalisé 75 tirs dans les 60 premières minutes. Et dans toutes les directions.

Ascension fulgurante

Amy Klobuchar, l’accrocheuse sénatrice du Minnesota, s’est vu longuement reprocher d’avoir été incapable de citer le nom du président mexicain dans une interview, alors qu’elle a multiplié les excuses et pris soin de mentionner Andres Manuel Lopez Obrador (après un coup d’œil à ses notes). Avec son air de premier de la classe, le polyglotte Pete Buttigieg, qui court sur les mêmes terres centristes du Midwest, l’a énervée plusieurs fois : « J’aimerais que tout le monde soit aussi parfait que toi, Pete. »

Rien n’a été épargné aux spectateurs. Pas même la crise cardiaque subie, en octobre 2019 dans cette même ville de Las Vegas, par Bernie Sanders. Pete Buttigieg, le premier, mais pas le seul, lui a reproché de ne pas publier davantage d’informations sur son dossier médical. Bernie Sanders, la figure rouge depuis son premier emportement contre Michael Bloomberg, a répondu qu’il avait donné toutes les garanties. Avant de botter en direction de Bloomberg : « Je crois qu’on partage le fait d’avoir deux stents », a-t-il glissé. « C’était il y a 25 ans », a soupiré l’ancien maire de New York.

L’ascension fulgurante de ce dernier a fait l’effet d’un électrochoc dans le camp démocrate. Plusieurs sondages l’ont maintenant placé dans le trio de tête, voire en deuxième position. Dans le dernier calcul de la moyenne des sondages établie par le site Realclearpolitics, Bernie Sanders arrive en première position avec 29 %, Joe Biden est deuxième avec 18 %, talonné par Michael Bloomberg à 16 %. Le sondage NBC News-Wall Street Journal, publié à la veille du débat, a lui aussi placé le socialiste-démocrate en tête avec 27 %, devant Joe Biden, en recul de 11 points. L’ancien vice-président, qui joue gros lors des caucus du Nevada samedi, a tenu son rang dans le débat, mais sans éclat.

Neuvième fortune mondiale

Depuis qu’il s’est lancé en novembre 2019, Michael Bloomberg, 55 milliards de dollars (50 milliards d’euros), la 9e fortune mondiale selon le classement du magazine Forbes en 2019, a déployé des moyens sans précédent. Il a déjà dépensé 409 millions de dollars, dont un million par jour sur Facebook selon NBC News, soit plus que les candidats encore en lice pendant toute l’année 2019.

Lui qui a fait sa fortune dans l’information financière a mis en place un dispositif sophistiqué sur les réseaux sociaux, allant jusqu’à payer des influenceurs pour publier des mèmes. Il a recruté des auteurs d’émissions satiriques pour calibrer des Tweet susceptibles de déclencher la rage de Donald Trump – lequel mord régulièrement à l’hameçon. Sans avoir participé aux caucus de l’Iowa ou aux primaires du New Hampshire, sans se présenter aux caucus du Nevada samedi 22 ou aux primaires de Caroline du Sud le 29 février, Michael Bloomberg s‘est hissé devant des candidats qui battent la campagne depuis plus d’un an.

Ceux-ci ont-ils réussi à enrayer la dynamique ? Bloomberg, qui n’avait pas participé à un débat politique depuis plus de dix ans, n’a pas manifesté de talent oratoire particulier, hésitant dans sa défense. Sur les contrôles au faciès, il s’est de nouveau excusé, plaidant l’ignorance de l’impact sur les minorités, tout en répétant que, de 650, le nombre de meurtres à New York avait été réduit de 50 %. Il ne s’est animé que dans la partie consacrée au climat, l’une de ses causes de prédilection.

Quoi qu’il en soit, sa présence a entraîné un débat supplémentaire chez les démocrates. Tous les candidats se sont déclarés scandalisés qu’il « achète » l’élection à coups de publicités (une telle fortune, équivalente à ce que possèdent 125 millions d’Américains, est « immorale », a jugé Bernie Sanders). Mais Bloomberg, un self-made-man, ingénieur de formation qui a inventé une plate-forme de trading, n’est pas vu comme un épouvantail par toute la gauche, où sévit ce qu’un éditorialiste a appelé « la tentation de Bloomberg », l’anti-Bernie Sanders.

Le milliardaire a reçu le soutien de dizaines de maires et d’élus afro-américains, dont il aide les projets sociaux depuis des années. Il a investi 500 millions de dollars dans la campagne de l’organisation écologiste Sierra Club « Beyond coal », qui a contribué à fermer la moitié des centrales au charbon du pays. Pas une cause progressiste – du planning familial à l’Emily’s List, qui aide les femmes en politique – qui n’ait bénéficié de subventions de sa fondation. « J’ai eu beaucoup de chance, j’ai gagné beaucoup d’argent et je suis en train de le dépenser pour débarrasser le pays de Donald Trump. Et d’ailleurs, une bonne partie de cet argent va au Parti démocrate », a-t-il rappelé.

Voir enfin:

Poison Apples
Rebecca Solnit
Harper’s
Dec. 2014

Thirty years ago, Apple Computer launched a new product with a messianic commercial in which legions of blank-faced, coverall-clad workers march, as if in a trance, through a strange industrial world. They arrive at a bright screen, which they sit in front of in homogeneous rows to watch a Big Brother–like figure announce the triumph of a mind-controlling monoculture. An athlete speeds toward the massive hall. Her sprinting power, her golden skin and bright red shorts, and even her gender stand in contrast to the zombie shuffle of the male figures.

The ad cuts back and forth between this vivid, supercharged woman in color and the bald ghost-workers in black and white. Pursued by faceless police in riot helmets intent on stopping her, she nevertheless finds time to spin her sledgehammer round and round before hurling it at the screen, where it smashes the image of Big Brother. The screen explodes in brightness, like an atomic blast, before the video cuts to a shot of the audience’s illuminated faces, their mouths open in shock. Then comes the famous tagline: “On January 24th, Apple Computer will introduce Macintosh. And you’ll see why 1984 won’t be like ‘1984.’ ” It’s perhaps Silicon Valley’s first announcement that they don’t just make tools; they make culture. But what kind of culture?

This minute-long movie was made in an era of considerable anxiety about the future. Alien (1979) postulated the usual hostile invaders, with better effects; Mad Max 2: The Road Warrior (1981) showed a chaotic world of post-peak-oil car mania; Blade Runner (1982) was set in a Los Angeles that was a weird mix of post-human and post-white, two qualities that were regarded with what seemed like equal dismay; and The Terminator (1984) worried about smart machines. This little Apple film was made to pep you up about the future, not to scare you, back in the days when the power of computers was puny compared with now, and nuclear threats were huge.

I want to yell at that liberatory young woman with her sledgehammer: « Don’t do it! » Apple is not different. That industry is going to give rise to innumerable forms of triviality and misogyny, to the concentration of wealth and the dispersal of mental concentration. To suicidal, underpaid Chinese factory workers whose reality must be like that of the shuffling workers in the commercial. If you think a crowd of people staring at one screen is bad, wait until you have created a world in which billions of people stare at their own screens even while walking, driving, eating in the company of friends—all of them eternally elsewhere. »

Voir par ailleurs:

Inside the Whale

When Henry Miller’s novel, Tropic of Cancer, appeared in 1935, it was greeted with rather cautious praise, obviously conditioned in some cases by a fear of seeming to enjoy pornography. Among the people who praised it were T. S. Eliot, Herbert Read, Aldous Huxley, John dos Passos, Ezra Pound — on the whole, not the writers who are in fashion at this moment. And in fact the subject matter of the book, and to a certain extent its mental atmosphere, belong to the twenties rather than to the thirties.Tropic of Cancer is a novel in the first person, or autobiography in the form of a novel, whichever way you like to look at it. Miller himself insists that it is straight autobiography, but the tempo and method of telling the story are those of a novel. It is a story of the American Paris, but not along quite the usual lines, because the Americans who figure in it happen to be people without money. During the boom years, when dollars were plentiful and the exchange-value of the franc was low, Paris was invaded by such a swarm of artists, writers, students, dilettanti, sight-seers, debauchees, and plain idlers as the world has probably never seen. In some quarters of the town the so-called artists must actually have outnumbered the working population — indeed, it has been reckoned that in the late ‘twenties there were as many as 30,000 painters in Paris, most of them impostors. The populace had grown so hardened to artists that gruff-voiced lesbians in corduroy breeches and young men in Grecian or medieval costume could walk the streets without attracting a glance, and along the Seine banks by Notre Dame it was almost impossible to pick one’s way between the sketching-stools. It was the age of dark horses and neglected genii; the phrase on everybody’s lips was ‘quand je serai lancé’. As it turned out, nobody was ‘lancé’, the slump descended like another Ice Age, the cosmopolitan mob of artists vanished, and the huge Montparnasse cafés which only ten years ago were filled till the small hours by hordes of shrieking poseurs have turned into darkened tombs in which there are not even any ghosts. It is this world — described in, among other novels, Wyndham Lewis’s Tarr — that Miller is writing about, but he is dealing only with the under side of it, the lumpen-proletarian fringe which has been able to survive the slump because it is composed partly of genuine artists and partly of genuine scoundrels. The neglected genii, the paranoiacs who are always ‘going to’ write the novel that will knock Proust into a cocked hat, are there, but they are only genii in the rather rare moments when they are not scouting about for the next meal. For the most part it is a story of bug-ridden rooms in workingmen’s hotels, of fights, drinking bouts, cheap brothels, Russian refugees, cadging, swindling, and temporary jobs. And the whole atmosphere of the poor quarters of Paris as a foreigner sees them — the cobbled alleys, the sour reek of refuse, the bistros with their greasy zinc counters and worn brick floors, the green waters of the Seine, the blue cloaks of the Republican Guard, the crumbling iron urinals, the peculiar sweetish smell of the Metro stations, the cigarettes that come to pieces, the pigeons in the Luxembourg Gardens — it is all there, or at any rate the feeling of it is there.On the face of it no material could be less promising. When Tropic of Cancer was published the Italians were marching into Abyssinia and Hitler’s concentration camps were already bulging. The intellectual foci of the world were Rome, Moscow, and Berlin. It did not seem to be a moment at which a novel of outstanding value was likely to be written about American dead-beats cadging drinks in the Latin Quarter. Of course a novelist is not obliged to write directly about contemporary history, but a novelist who simply disregards the major public events of the moment is generally either a footler or a plain idiot. From a mere account of the subject matter of Tropic of Cancer most people would probably assume it to be no more than a bit of naughty-naughty left over from the ‘twenties. Actually, nearly everyone who read it saw at once that it was nothing of the kind, but a very remarkable book. How or why remarkable? That question is never easy to answer. It is better to begin by describing the impression that Tropic of Cancer has left on my own mind.

When I first opened Tropic of Cancer and saw that it was full of unprintable words, my immediate reaction was a refusal to be impressed. Most people’s would be the same, I believe. Nevertheless, after a lapse of time the atmosphere of the book, besides innumerable details, seemed to linger in my memory in a peculiar way. A year later Miller’s second book, Black Spring, was published. By this time Tropic of Cancer was much more vividly present in my mind than it had been when I first read it. My first feeling about Black Spring was that it showed a falling-off, and it is a fact that it has not the same unity as the other book. Yet after another year there were many passages in Black Spring that had also rooted themselves in my memory. Evidently these books are of the sort to leave a flavour behind them — books that ‘create a world of their own’, as the saying goes. The books that do this are not necessarily good books, they may be good bad books like Raffles or the Sherlock Holmes stories, or perverse and morbid books like Wuthering Heights or The House with the Green Shutters. But now and again there appears a novel which opens up a new world not by revealing what is strange, but by revealing what is familiar. The truly remarkable thing about Ulysses, for instance, is the commonplaceness of its material. Of course there is much more in Ulysses than this, because Joyce is a kind of poet and also an elephantine pedant, but his real achievement has been to get the familiar on to paper. He dared — for it is a matter of daring just as much as of technique — to expose the imbecilities of the inner mind, and in doing so he discovered an America which was under everybody’s nose. Here is a whole world of stuff which you supposed to be of its nature incommunicable, and somebody has managed to communicate it. The effect is to break down, at any rate momentarily, the solitude in which the human being lives. When you read certain passages in Ulysses you feel that Joyce’s mind and your mind are one, that he knows all about you though he has never heard your name, that there exists some world outside time and space in which you and he are together. And though he does not resemble Joyce in other ways, there is a touch of this quality in Henry Miller. Not everywhere, because his work is very uneven, and sometimes, especially in Black Spring, tends to slide away into mere verbiage or into the squashy universe of the surrealists. But read him for five pages, ten pages, and you feel the peculiar relief that comes not so much from understanding as from being understood. ‘He knows all about me,’ you feel; ‘he wrote this specially for me’. It is as though you could hear a voice speaking to you, a friendly American voice, with no humbug in it, no moral purpose, merely an implicit assumption that we are all alike. For the moment you have got away from the lies and simplifications, the stylized, marionette-like quality of ordinary fiction, even quite good fiction, and are dealing with the recognizable experiences of human beings.

But what kind of experience? What kind of human beings? Miller is writing about the man in the street, and it is incidentally rather a pity that it should be a street full of brothels. That is the penalty of leaving your native land. It means transferring your roots into shallower soil. Exile is probably more damaging to a novelist than to a painter or even a poet, because its effect is to take him out of contact with working life and narrow down his range to the street, the café, the church, the brothel and the studio. On the whole, in Miller’s books you are reading about people living the expatriate life, people drinking, talking, meditating, and fornicating, not about people working, marrying, and bringing up children; a pity, because he would have described the one set of activities as well as the other. In Black Spring there is a wonderful flashback of New York, the swarming Irish-infested New York of the O. Henry period, but the Paris scenes are the best, and, granted their utter worthlessness as social types, the drunks and dead-beats of the cafés are handled with a feeling for character and a mastery of technique that are unapproached in any at all recent novel. All of them are not only credible but completely familiar; you have the feeling that all their adventures have happened to yourself. Not that they are anything very startling in the way of adventures. Henry gets a job with a melancholy Indian student, gets another job at a dreadful French school during a cold snap when the lavatories are frozen solid, goes on drinking bouts in Le Havre with his friend Collins, the sea captain, goes to brothels where there are wonderful Negresses, talks with his friend Van Norden, the novelist, who has got the great novel of the world in his head but can never bring himself to begin writing it. His friend Karl, on the verge of starvation, is picked up by a wealthy widow who wishes to marry him. There are interminable Hamlet-like conversations in which Karl tries to decide which is worse, being hungry or sleeping with an old woman. In great detail he describes his visits to the widow, how he went to the hotel dressed in his best, how before going in he neglected to urinate, so that the whole evening was one long crescendo of torment etc., etc. And after all, none of it is true, the widow doesn’t even exist — Karl has simply invented her in order to make himself seem important. The whole book is in this vein, more or less. Why is it that these monstrous trivialities are so engrossing? Simply because the whole atmosphere is deeply familiar, because you have all the while the feeling that these things are happening to you. And you have this feeling because somebody has chosen to drop the Geneva language of the ordinary novel and drag the real-politik of the inner mind into the open. In Miller’s case it is not so much a question of exploring the mechanisms of the mind as of owning up to everyday facts and everyday emotions. For the truth is that many ordinary people, perhaps an actual majority, do speak and behave in just the way that is recorded here. The callous coarseness with which the characters in Tropic of Cancer talk is very rare in fiction, but it is extremely common in real life; again and again I have heard just such conversations from people who were not even aware that they were talking coarsely. It is worth noticing that Tropic of Cancer is not a young man’s book. Miller was in his forties when it was published, and though since then he has produced three or four others, it is obvious that this first book had been lived with for years. It is one of those books that are slowly matured in poverty and obscurity, by people who know what they have got to do and therefore are able to wait. The prose is astonishing, and in parts of Black Spring it is even better. Unfortunately I cannot quote; unprintable words occur almost everywhere. But get hold of Tropic of Cancer, get hold of Black Spring and read especially the first hundred pages. They give you an idea of what can still be done, even at this late date, with English prose. In them, English is treated as a spoken language, but spoken without fear, i.e. without fear of rhetoric or of the unusual or poetical word. The adjective has come back, after its ten years’ exile. It is a flowing, swelling prose, a prose with rhythms in it, something quite different from the flat cautious statements and snack-bar dialects that are now in fashion.

When a book like Tropic of Cancer appears, it is only natural that the first thing people notice should be its obscenity. Given our current notions of literary decency, it is not at all easy to approach an unprintable book with detachment. Either one is shocked and disgusted, or one is morbidly thrilled, or one is determined above all else not to be impressed. The last is probably the commonest reaction, with the result that unprintable books often get less attention than they deserve. It is rather the fashion to say that nothing is easier than to write an obscene book, that people only do it in order to get themselves talked about and make money, etc., etc. What makes it obvious that this is not the case is that books which are obscene in the police-court sense are distinctly uncommon. If there were easy money to be made out of dirty words, a lot more people would be making it. But, because ‘obscene’ books do not appear very frequently, there is a tendency to lump them together, as a rule quite unjustifiably. Tropic of Cancer has been vaguely associated with two other books, Ulysses and Voyage au Bout de la Nuit, but in neither case is there much resemblance. What Miller has in common with Joyce is a willingness to mention the inane, squalid facts of everyday life. Putting aside differences of technique, the funeral scene in Ulysses, for instance, would fit into Tropic of Cancer; the whole chapter is a sort of confession, an exposé of the frightful inner callousness of the human being. But there the resemblance ends. As a novel, Tropic of Cancer is far inferior to Ulysses. Joyce is an artist, in a sense in which Miller is not and probably would not wish to be, and in any case he is attempting much more. He is exploring different states of consciousness, dream, reverie (the ‘bronze-by-gold’ chapter), drunkenness, etc., and dovetailing them all into a huge complex pattern, almost like a Victorian ‘plot’. Miller is simply a hard-boiled person talking about life, an ordinary American businessman with intellectual courage and a gift for words. It is perhaps significant that he looks exactly like everyone’s idea of an American businessman. As for the comparison with Voyage au Bout de la Nuit, it is even further from the point. Both books use unprintable words, both are in some sense autobiographical, but that is all. Voyage au Bout de la Nuit is a book-with-a-purpose, and its purpose is to protest against the horror and meaninglessness of modern life — actually, indeed, of life. It is a cry of unbearable disgust, a voice from the cesspool. Tropic of Cancer is almost exactly the opposite. The thing has become so unusual as to seem almost anomalous, but it is the book of a man who is happy. So is Black Spring, though slightly less so, because tinged in places with nostalgia. With years of lumpen-proletarian life behind him, hunger, vagabondage, dirt, failure, nights in the open, battles with immigration officers, endless struggles for a bit of cash, Miller finds that he is enjoying himself. Exactly the aspects of life that fill Céline with horror are the ones that appeal to him. So far from protesting, he is accepting. And the very word ‘acceptance’ calls up his real affinity, another American, Walt Whitman.

But there is something rather curious in being Whitman in the nineteen-thirties. It is not certain that if Whitman himself were alive at the moment he would write anything in the least degree resembling Leaves of Grass. For what he is saying, after all, is ‘I accept’, and there is a radical difference between acceptance now and acceptance then. Whitman was writing in a time of unexampled prosperity, but more than that, he was writing in a country where freedom was something more than a word. The democracy, equality, and comradeship that he is always talking about are not remote ideals, but something that existed in front of his eyes. In mid-nineteenth-century America men felt themselves free and equal, were free and equal, so far as that is possible outside a society of pure communism. There was poverty and there were even class-distinctions, but except for the Negroes there was no permanently submerged class. Everyone had inside him, like a kind of core, the, knowledge that he could earn a decent living, and earn it without bootlicking. When you read about Mark Twain’s Mississippi raftsmen and pilots, or Bret Harte’s Western gold-miners, they seem more remote than the cannibals of the Stone Age. The reason is simply that they are free human beings. But it is the same even with the peaceful domesticated America of the Eastern states, the America of Little Women, Helen’s Babies, and Riding Down from Bangor. Life has a buoyant, carefree quality that you can feel as you read, like a physical sensation in your belly. It is this that Whitman is celebrating, though actually he does it very badly, because he is one of those writers who tell you what you ought to feel instead of making you feel it. Luckilly for his beliefs, perhaps, he died too early to see the deterioration in American life that came with the rise of large-scale industry and the exploiting of cheap immigrant labour.

Miller’s outlook is deeply akin to that of Whitman, and neaarly everyone who has read him has remarked on this. Tropic of Cancer ends with an especially Whitmanesque passage, in which, after the lecheries, the swindles, the fights, the drinking bouts, and the imbecilities, he simply sits down and watches the Seine flowing past, in a sort of mystical acceptance of the thing-as-it-is. Only, what is he accepting? In the first place, not America, but the ancient boneheap of Europe, where every grain of soil has passed through innumerable human bodies. Secondly, not an epoch of expansion and liberty, but an epoch of fear, tyranny, and regimentation. To say ‘I accept’ in an age like our own is to say that you accept concentration camps, rubber truncheons, Hitler, Stalin, bombs, aeroplanes, tinned food, machine guns, putsches, purges, slogans, Bedaux belts, gas masks, submarines, spies, provocateurs, press-censorship, secret prisons, aspirins, Hollywood films, and political murders. Not only those things, of course, but, those things among others. And on the whole this is Henry Miller’s attitude. Not quite always, because at moments he shows signs of a fairly ordinary kind of literary nostalgia. There is a long passage in the earlier part of Black Spring, in praise of the Middle Ages, which as prose must be one of the most remarkable pieces of writing in recent years, but which displays an attitude not very different from that of Chesterton. In Max and the White Phagocytes there is an attack on modern American civilization (breakfast cereals, cellophane, etc.) from the usual angle of the literary man who hates industrialism. But in general the attitude is ‘Let’s swallow it whole’. And hence the seeming preocupation with indecency and with the dirty-handkerchief side of life. It is only seeming, for the truth is that ordinary everyday life consists far more largely of horrors than writers of fiction usually care to admit. Whitman himself ‘accepted’ a great deal that his contemporaries found unmentionable. For he is not only writing of the prairie, he also wanders through the city and notes the shattered skull of the suicide, the ‘grey sick faces of onanists’, etc, etc. But unquestionably our own age, at any rate in Western Europe, is less healthy and less hopeful than the age in which Whitman was writing. Unlike Whitman, we live in a shrinking world. The ‘democratic vistas’ have ended in barbed wire. There is less feeling of creation and growth, less and less emphasis on the cradle, endlessly rocking, more and more emphasis on the teapot, endlessly stewing. To accept civilization as it is practically means accepting decay. It has ceased to be a strenuous attitude and become a passive attitude — even ‘decadent’, if that word means anything.

But precisely because, in one sense, he is passive to experience, Miller is able to get nearer to the ordinary man than is possible to more purposive writers. For the ordinary man is also passive. Within a narrow circle (home life, and perhaps the trade union or local politics) he feels himself master of his fate, but against major events he is as helpless as against the elements. So far from endeavouring to influence the future, he simply lies down and lets things happen to him. During the past ten years literature has involved itself more and more deeply in politics, with the result that there is now less room in it for the ordinary man than at any time during the past two centuries. One can see the change in the prevailing literary attitude by comparing the books written about the Spanish Civil War with those written about the war of 1914-18. The immediately striking thing about the Spanish war books, at any rate those written in English, is their shocking dullness and badness. But what is more significant is that almost all of them, right-wing or left-wing, are written from a political angle, by cocksure partisans telling you what to think, whereas the books about the Great War were written by common soldiers or junior officers who did not even pretend to understand what the whole thing was about. Books like All Quiet on the Western Front, Le Feu, A FArewell to Arms, Death of  a Hero, Good-bye to All That, Memoirs of an Infantry Officer and A Subaltern on the Somme were written not by propagandists but by victims. They are saying in effect, ‘What the hell is all this about? God knows. All we can do is to endure.’ And though he is not writing about war, nor, on the whole, about unhappiness, this is nearer to Miller’s attitude than the omniscience which is now fashionable. The Booster, a short-lived periodical of which he was part-editor, used to describe itself in its advertisements as ‘non-political, non-educational, non-progressive, non-cooperative, non-ethical, non-literary, non-consistent, non-contemporary’, and Miller’s own work could be described in nearly the same terms. It is a voice from the crowd, from the underling, from the third-class carriage, from the ordinary, non-political, non-moral, passive man.

I have been using the phrase ‘ordinary man’ rather loosely, and I have taken it for granted that the ‘ordinary man’ exists, a thing now denied by some people. I do not mean that the people Miller is writing about constitute a majority, still less that he is writing about proletarians. No English or American novelist has as yet seriously attempted that. And again, the people in Tropic of Cancer fall short of being ordinary to the extent that they are idle, disreputable, and more or less ‘artistic’. As I have said already, this is a pity, but it is the necessary result of expatriation. Miller’s ‘ordinary man’ is neither the manual worker nor the suburban householder, but the derelict, the declassé, the adventurer, the American intellectual without roots and without money. Still, the experiences even of this type overlap fairly widely with those of more normal people. Miller has been able to get the most out of his rather limited material because he has had the courage to identify with it. The ordinary man, the ‘average sensual man’, has been given the power of speech, like Balaam’s ass.

It will be seen that this is something out of date, or at any rate out of fashion. The average sensual man is out of fashion. The passive, non-political attitude is out of fashion. Preoccupation with sex and truthfulness about the inner life are out of fashion. American Paris is out of fashion. A book like Tropic of Cancer, published at such a time, must be either a tedious preciosity or something unusual, and I think a majority of the people who have read it would agree that it is not the first. It is worth trying to discover just what this escape from the current literary fashion means. But to do that one has got to see it against its background — that is, against the general development of English literature in the twenty years since the Great War.

2

When one says that a writer is fashionable one practically always means that he is admired by people under thirty. At the beginning of the period I am speaking of, the years during and immediately after the war, the writer who had the deepest hold upon the thinking young was almost certainly Housman. Among people who were adolescent in the years 1910-25, Housman had an influence which was enormous and is now not at all easy to understand. In 1920, when I was about seventeen, I probably knew the whole of A Shropshire Lad by heart. I wonder how much impression A Shropshire Lad makes at this moment on a boy of the same age and more or less the same cast of mind? No doubt he has heard of it and even glanced into it; it might strike him as cheaply clever — probably that would be about all. Yet these are the poems that I and my contemporaries used to recite to ourselves, over and over, in a kind of ecstasy, just as earlier generations had recited Meredith’s ‘Love in a Valley’, Swinburne’s ‘Garden of Proserpine’ etc., etc.

With rue my heart is laden
For golden friends I had,
For many a rose-lipt maiden
And many a lightfoot lad.

By brooks too broad for leaping
The lightfoot boys are laid;
The rose-lipt girls are sleeping
In fields where roses fade.

It just tinkles. But it did not seem to tinkle in 1920. Why does the bubble always burst? To answer that question one has to take account of the external conditions that make certain writers popular at certain times. Housman’s poems had not attracted much notice when they were first published. What was there in them that appealed so deeply to a single generation, the generation born round about 1900?

In the first place, Housman is a ‘country’ poet. His poems are full of the charm of buried villages, the nostalgia of place-names, Clunton and Clunbury, Knighton, Ludlow, ‘on Wenlock Edge’, ‘in summer time on Bredon’, thatched roofs and the jingle of smithies, the wild jonquils in the pastures, the ‘blue, remembered hills’. War poems apart, English verse of the 1910-25 period is mostly ‘country’. The reason no doubt was that the rentier-professional class was ceasing once and for all to have any real relationship with the soil; but at any rate there prevailed then, far more than now, a kind of snobbism of belonging to the country and despising the town. England at that time was hardly more an agricultural country than it is now, but before the light industries began to spread themselves it was easier to think of it as one. Most middle-class boys grew up within sight of a farm, and naturally it was the picturesque side of farm life that appealed to them — the ploughing, harvesting, stack-thrashing and so forth. Unless he has to do it himself a boy is not likely to notice the horrible drudgery of hoeing turnips, milking cows with chapped teats at four o’clock in the morning, etc., etc. Just before, just after, and for that matter, during the war was the great age of the ‘Nature poet’, the heyday of Richard Jefferies and W. H. Hudson. Rupert Brooke’s ‘Grantchester’, the star poem of 1913, is nothing but an enormous gush of ‘country’ sentiment, a sort of accumulated vomit from a stomach stuffed with place-names. Considered as a poem ‘Grantchester’ is something worse than worthless, but as an illustration of what the thinking middle-class young of that period felt it is a valuable document.

Housman, however, did not enthuse over the rambler roses in the week-ending spirit of Brooke and the others. The ‘country’ motif is there all the time, but mainly as a background. Most of the poems have a quasi-human subject, a kind of idealized rustic, in reality Strephon or Corydon brought up to date. This in itself had a deep appeal. Experience shows that overcivilized people enjoy reading about rustics (key-phrase, ‘close to the soil’) because they imagine them to be more primitive and passionate than themselves. Hence the ‘dark earth’ novels of Sheila Kaye-Smith, etc. And at that time a middle-class boy, with his ‘country’ bias, would identify with an agricultural worker as he would never have done with a town worker. Most boys had in their minds a vision of an idealized ploughman, gypsy, poacher, or gamekeeper, always pictured as a wild, free, roving blade, living a life of rabbit-snaring, cockfighting, horses, beer, and women. Masefield’s Everlasting Mercy, another valuable period-piece, immensely popular with boys round about the war years, gives you this vision in a very crude form. But Housman’s Maurices and Terences could be taken seriously where Masefield’s Saul Kane could not; on this side of him, Housman was Masefield with a dash of Theocritus. Moreover all his themes are adolescent — murder, suicide, unhappy love, early death. They deal with the simple, intelligible disasters that give you the feeling of being up against the ‘bedrock facts’of life:

The sun burns on the half-mown hill,
By now the blood has dried;
And Maurice amongst the hay lies still
And my knife is in his side.

And again:

They hang us now in Shrewsbury jail:
And whistles blow forlorn,
And trains all night groan on the rail
To men that die at morn.

It is all more or less in the same tune. Everything comes unstuck. ‘Dick lies long in the churchyard and Ned lies long in jail’. And notice also the exquisite self-pity — the ‘nobody loves me’ feeling:

The diamond drops adorning
The low mound on the lea,
Those are the tears of morning,
That weeps, but not for thee.

Hard cheese, old chap! Such poems might have been written expressly for adolescents. And the unvarying sexual pessimism (the girl always dies or marries somebody else) seemed like wisdom to boys who were herded together in public schools and were half-inclined to think of women as something unattainable. Whether Housman ever had the same appeal for girls I doubt. In his poems the woman’s point of view is not considered, she is merely the nymph, the siren, the treacherous half-human creature who leads you a little distance and then gives you the slip.

But Housman would not have appealed so deeply to the people who were young in 1920 if it had not been for another strain in him, and that was his blasphemous, antinomian, ‘cynical’ strain. The fight that always occurs between the generations was exceptionally bitter at the end of the Great War; this was partly due to the war itself, and partly it was an indirect result of the Russian Revolution, but an intellectual struggle was in any case due at about that date. Owing probably to the ease and security of life in England, which even the war hardly disturbed, many people whose ideas were formed in the ‘eighties or earlier had carried them quite unmodified into the nineteen-twenties. Meanwhile, so far as the younger generation was concerned, the official beliefs were dissolving like sand-castles. The slump in religious belief, for instance, was spectacular. For several years the old-young antagonism took on a quality of real hatred. What was left of the war generation had crept out of the massacre to find their elders still bellowing the slogans of 1914, and a slightly younger generation of boys were writhing under dirty-minded celibate schoolmasters. It was to these that Housman appealed, with his implied sexual revolt and his personal grievance against God. He was patriotic, it was true, but in a harmless old-fashioned way, to the tune of red coats and ‘God save the Queen’ rather than steel helmets and ‘Hang the Kaiser’. And he was satisfyingly anti-Christian — he stood for a kind of bitter, defiant paganism, the conviction that life is short and the gods are against you, which exactly fitted the prevailing mood of the young; and all in charming fragile verse that was composed almost entirely of words of one syllable.

It will be seen that I have discussed Housman as though he were merely a propagandist, an utterer of maxims and quotable ‘bits’. Obviously he was more than that. There is no need to under-rate him now because he was over-rated a few years ago. Although one gets into trouble nowadays for saying so, there are a number of his poems (‘Into my heart an air that kills’, for instance, and ‘Is my team ploughing?’) that are not likely to remain long out of favour. But at bottom it is always a writer’s tendency, his ‘purpose’, his ‘message’, that makes him liked or disliked. The proof of this is the extreme difficulty of seeing any literary merit in a book that seriously damages your deepest beliefs. And no book is ever truly neutral. Some or other tendency is always discernible, in verse as much as in prose, even if it does no more than determine the form and the choice of imagery. But poets who attain wide popularity, like Housman, are as a rule definitely gnomic writers.

After the war, after Housman and the Nature-poets, there appears a group of writers of completely different tendency — Joyce, Eliot, Pound, Lawrence, Wyndham Lewis, Aldous Huxley, Lytton Strachey. So far as the middle and late ‘twenties go, these are ‘the movement’, as surely as the Auden-Spender group have been ‘the movement’ during the past few years. It is true that not all of the gifted writers of the period can be fitted into the pattern. E. M. Forster, for instance, though he wrote his best book in 1923 or thereabouts, was essentially pre-war, and Yeats does not seem in either of his phases to belong to the ‘twenties. Others who were still living, Moore, Conrad, Bennett, Wells, Norman Douglas, had shot their bolt before the war ever happened. On the other hand, a writer who should be added to the group, though in the narrowly literary sense he hardly ‘belongs’, is Somerset Maugham. Of course the dates do not fit exactly; most of these writers had already published books before the war, but they can be classified as post-war in the same sense that the younger men now writing are post-slump. Equally, of course, you could read through most of the literary papers of the time without grasping that these people are ‘the movement’. Even more then than at most times the big shots of literary journalism were busy pretending that the age-before-last had not come to an end. Squire ruled the London Mercury, Gibbs and Walpole were the gods of the lending libraries, there was a cult of cheeriness and manliness, beer and cricket, briar pipes and monogamy, and it was at all times possible to earn a few guineas by writing an article denouncing ‘highbrows’. But all the same it was the despised highbrows who had captured the young. The wind was blowing from Europe, and long before 1930 it had blown the beer-and-cricket school naked, except for their knighthoods.

But the first thing one would notice about the group of writers I have named above is that they do not look like a group. Moreover several of them would strongly object to being coupled with several of the others. Lawrence and Eliot were in reality antipathetic, Huxley worshipped Lawrence but was repelled by Joyce, most of the others would have looked down on Huxley, Strachey, and Maugham, and Lewis attacked everyone in turn; indeed, his reputation as a writer rests largely on these attacks. And yet there is a certain temperamental similarity, evident enough now, though it would not have been so a dozen years ago. What it amounts to is pessimism of outlook. But it is necessary to make clear what is meant by pessimism.

If the keynote of the Georgian poets was ‘beauty of Nature’, the keynote of the post-war writers would be ‘tragic sense of life’. The spirit behind Housman’s poems for instance, is not tragic, merely querulous; it is hedonism disappointed. The same is true of Hardy, though one ought to make an exception of The Dynasts. But the Joyce-Eliot group come later in time, puritanism is not their main adversary, they are able from the start to ‘see through’ most of the things that their predecessors had fought for. All of them are temperamentally hostile to the notion of ‘progress’; it is felt that progress not only doesn’t happen, but ought not to happen. Given this general similarity, there are, of course, differences of approach between the writers I have named as well as different degrees of talent. Eliot’s pessimism is partly the Christian pessimism, which implies a certain indifference to human misery, partly a lament over the decadence of Western civilization (‘We are the hollow men, we are the stuffed men,’ etc., etc.), a sort of twilight-of-the-gods feeling, which finally leads him, in ‘Sweeney Agonistes’ for instance, to achieve the difficult feat of making modern life out to be worse than it is. With Strachey it is merely a polite eighteenth-century scepticism mixed up with a taste for debunking. With Maugham it is a kind of stoical resignation, the stiff upper lip of the pukka sahib somewhere East of Suez, carrying on with his job without believing in it, like an Antonine Emperor. Lawrence at first sight does not seem to be a pessimistic writer, because, like Dickens, he is a ‘change-of-heart’ man and constantly insisting that life here and now would be all right if only you looked at it a little differently. But what he is demanding is a movement away from our mechanized civilization, which is not going to happen. Therefore his exasperation with the present turns once more into idealization of the past, this time a safely mythical past, the Bronze Age. When Lawrence prefers the Etruscans (his Etruscans) to ourselves it is difficult not to agree with him, and yet, after all, it is a species of defeatism, because that is not the direction in which the world is moving. The kind of life that he is always pointing to, a life centring round the simple mysteries — sex, earth, fire, water, blood — is merely a lost cause. All he has been able to produce, therefore, is a wish that things would happen in a way in which they are manifestly not going to happen. ‘A wave of generosity or a wave of death’, he says, but it is obvious that there are no waves of generosity this side of the horizon. So he flees to Mexico, and then dies at forty-five, a few years before the wave of death gets going. It will be seen that once again I am speaking of these people as though they were not artists, as though they were merely propagandists putting a ‘message’ across. And once again it is obvious that all of them are more than that. It would be absurd, for instance, to look on Ulysses as merely a show-up of the horror of modern life, the ‘dirty Daily Mail era’, as Pound put it. Joyce actually is more of a ‘pure artist’ than most writers. But Ulysses could not have been written by someone who was merely dabbling with word-patterns; it is the product of a special vision of life, the vision of a Catholic who has lost his faith. What Joyce is saying is ‘Here is life without God. Just look at it!’ and his technical innovations, important though they are, are primarily to serve this purpose.

But what is noticeable about all these writers is that what ‘purpose’ they have is very much up in the air. There is no attention to the urgent problems of the moment, above all no politics in the narrower sense. Our eyes are directed to Rome, to Byzantium, to Montparnasse, to Mexico, to the Etruscans, to the Subconscious, to the solar plexus — to everywhere except the places where things are actually happening. When one looks back at the ‘twenties, nothing is queerer than the way in which every important event in Europe escaped the notice of the English intelligentsia. The Russian Revolution, for instance, all but vanishes from the English consciousness between the death of Lenin and the Ukraine famine — about ten years. Throughout those years Russia means Tolstoy, Dostoievski, and exiled counts driving taxi-cabs. Italy means picture-galleries, ruins, churches, and museums — but not Blackshirts. Germany means films, nudism, and psychoanalysis — but not Hitler, of whom hardly anyone had heard till 1931. In ‘cultured’ circles art-for-art’s-saking extended practically to a worship of the meaningless. Literature was supposed to consist solely in the manipulation of words. To judge a book by its subject matter was the unforgivable sin, and even to be aware of its subject matter was looked on as a lapse of a taste. About 1928, in one of the three genuinely funny jokes that Punch has produced since the Great War, an intolerable youth is pictured informing his aunt that he intends to ‘write’. ‘And what are you going to write about, dear?’ asks the aunt. ‘My dear aunt,’ says the youth crushingly, ‘one doesn’t write about anything, one just writes.’ The best writers of the ‘twenties did not subscribe to this doctrine, their ‘purpose’ is in most cases fairly overt, but it is usually ‘purpose’ along moral-religious-cultural lines. Also, when translatable into political terms, it is in no case ‘left’. In one way or another the tendency of all the writers in this group is conservative. Lewis, for instance, spent years in frenzied witch-smellings after ‘Bolshevism’, which he was able to detect in very unlikely places. Recently he has changed some of his views, perhaps influenced by Hitler’s treatment of artists, but it is safe to bet that he will not go very far leftward. Pound seems to have plumped definitely for Fascism, at any rate the Italian variety. Eliot has remained aloof, but if forced at the pistol’s point to choose between Fascism and some more democratic form of socialism, would probably choose Fascism. Huxley starts off with the usual despair-of-life, then, under the influence of Lawrence’s ‘dark abdomen’, tries something called Life-Worship, and finally arrives at pacifism — a tenable position, and at this moment an honourable one, but probably in the long run involving rejection of socialism. It is also noticeable that most of the writers in this group have a certain tenderness for the Catholic Church, though not usually of a kind that an orthodox Catholic would accept.

The mental connexion between pessimism and a reactionary outlook is no doubt obvious enough. What is perhaps less obvious is just why the leading writers of the ‘twenties were predominantly pessimistic. Why always the sense of decadence, the skulls and cactuses, the yearning after lost faith and impossible civilizations? Was it not, after all, because these people were writing in an exceptionally comfortable epoch? It is just in such times that ‘cosmic despair’ can flourish. People with empty bellies never despair of the universe, nor even think about the universe, for that matter. The whole period 1910-30 was a prosperous one, and even the war years were physically tolerable if one happened to be a non-combatant in one of the Allied countries. As for the ‘twenties, they were the golden age of the rentier-intellectual, a period of irresponsibility such as the world had never before seen. The war was over, the new totalitarian states had not arisen, moral and religious tabus of all descriptions had vanished, and the cash was rolling in. ‘Disillusionment’ was all the fashion. Everyone with a safe £500 a year turned highbrow and began training himself in taedium vitae. It was an age of eagles and of crumpets, facile despairs, backyard Hamlets, cheap return tickets to the end of the night. In some of the minor characteristic novels of the period, books like Told by an Idiot, the despair-of-life reaches a Turkish-bath atmosphere of self-pity. And even the best writers of the time can be convicted of a too Olympian attitude, a too great readiness to wash their hands of the immediate practical problem. They see life very comprehensively, much more so than those who come immediately before or after them, but they see it through the wrong end of the telescope. Not that that invalidates their books, as books. The first test of any work of art is survival, and it is a fact that a great deal that was written in the period 1910-30 has survived and looks like continuing to survive. One has only to think of Ulysses, Of Human Bondage, most of Lawrence’s early work, especially his short stories, and virtually the whole of Eliot’s poems up to about 1930, to wonder what is now being written that will wear so well.

But quite Suddenly, in the years 1930-5, something happens. The literary climate changes. A new group of writers, Auden and Spender and the rest of them, has made its appearance, and although technically these writers owe something to their predecessors, their ‘tendency’ is entirely different. Suddenly we have got out of the twilight of the gods into a sort of Boy Scout atmosphere of bare knees and community singing. The typical literary man ceases to be a cultured expatriate with a leaning towards the Church, and becomes an eager-minded schoolboy with a leaning towards Communism. If the keynote of the writers of the ‘twenties is ‘tragic sense of life’, the keynote of the new writers is ‘serious purpose’.

The differences between the two schools are discussed at some length in Mr Louis MacNeice’s book Modern Poetry. This book is, of course, written entirely from the angle of the younger group and takes the superiority of their standards for granted. According to Mr MacNeice:

The poets of New Signatures,* unlike Yeats and Eliot, are emotionally partisan. Yeats proposed to turn his back on desire and hatred; Eliot sat back and watched other people’s emotions with ennui and an ironical self-pity…  The whole poetry, on the other hand, of Auden, Spender, and Day-Lewis implies that they have desires and hatreds of their own and, further, that they think some things ought to be desired and others hated.

And again:

The poets of New Signatures have swung back. . . to the Greek preference for information or statement. The first requirement is to have something to say, and after that you must say it as well as you can.

In other words, ‘purpose’ has come back, the younger writers have ‘gone into politics’. As I have pointed out already, Eliot & Co. are not really so non-partisan as Mr MacNeice seems to suggest. Still, it is broadly true that in the ‘twenties the literary emphasis was more on technique and less on subject-matter than it is now.

The leading figures in this group are Auden, Spender, Day-Lewis, MacNeice, and there is a long string of writers of more or less the same tendency, Isherwood, John Lehmann, Arthur Calder-Marshall, Edward Upward, Alec Brown, Philip Henderson, and many others. As before, I am lumping them together simply according to tendency. Obviously there are very great variations in talent. But when one compares these writers with the Joyce-Eliot generation, the immediately striking thing is how much easier it is to form them into a group. Technically they are closer together, politically they are almost indistinguishable, and their criticisms of one another’s work have always been (to put it mildly) good-natured. The outstanding writers of the ‘twenties were of very varied origins, few of them had passed through the ordinary English educational mill (incidentally, the best of them, barring Lawrence, were not Englishmen), and most of them had had at some time to struggle against poverty, neglect, and even downright persecution. On the other hand, nearly all the younger writers fit easily into the public-school-university-Bloomsbury pattern. The few who are of proletarian origin are of the kind that is declassed early in life, first by means of scholarships and then by the bleaching-tub of London ‘culture’. It is significant that several of the writers in this group have been not only boys but, subsequently, masters at public schools. Some years ago I described Auden as ‘a sort of gutless Kipling’. As criticism this was quite unworthy, indeed it was merely a spiteful remark, but it is a fact that in Auden’s work, especially his earlier work, an atmosphere of uplift — something rather like Kipling’s ‘If’ or Newbolt’s ‘Play up, Play up, and Play the Game!’— never seems to be very far away. Take, for instance, a poem like ‘You’re leaving now, and it’s up to you boys’. It is pure scoutmaster, the exact note of the ten-minutes’ straight talk on the dangers of self-abuse. No doubt there is an element of parody that he intends, but there is also a deeper resemblance that he does not intend. And of course the rather priggish note that is common to most of these writers is a symptom of release. By throwing ‘pure art’ overboard they have freed themselves from the fear of being laughed at and vastly enlarged their scope. The prophetic side of Marxism, for example, is new material for poetry and has great possibilities:

We are nothing.
We have fallen
Into the dark and shall be destroyed.
Think though, that in this darkness
We hold the secret hub of an idea
Whose living sunlit wheel revolves in future years outside.

(Spender, Trial of a Judge.)

But at the same time, by being Marxised literature has moved no nearer to the masses. Even allowing for the time-lag, Auden and Spender are somewhat farther from being popular writers than Joyce and Eliot, let alone Lawrence. As before, there are many contemporary writers who are outside the current, but there is not much doubt about what is the current. For the middle and late ‘thirties, Auden, Spender & Co. are ‘the movement’, just as Joyce, Eliot & Co. were for the ‘twenties. And the movement is in the direction of some rather ill-defined thing called Communism. As early as 1934 or 1935 it was considered eccentric in literary circles not to be more or less ‘left’, and in another year or two there had grown up a left-wing orthodoxy that made a certain set of opinions absolutely de rigueur on certain subjects, The idea had begun to gain ground (vide Edward Upward and others) that a writer must either be actively ‘left’ or write badly. Between 1935 and 1939 the Communist Party had an almost irresistible fascination for any writer under forty. It became as normal to hear that so-and-so had ‘joined’ as it had been a few years earlier, when Roman Catholicism was fashionable, to hear that so-and-so had ‘been received’. For about three years, in fact, the central stream of English literature was more or less directly under Communist control. How was it possible for such a thing to happen? And at the same time, what is meant by ‘Communism’? It is better to answer the second question first.

The Communist movement in Western Europe began, as a movement for the violent overthrow of capitalism, and degenerated within a few years into an instrument of Russian foreign policy. This was probably inevitable when the revolutionary ferment that followed the Great War had died down. So far as I know, the only comprehensive history of this subject in English is Franz Borkenau’s book, The Communist International. What Borkenau’s facts even more than his deductions make clear is that Communism could never have developed along its present lines if any revolutionary feeling had existed in the industrialised countries. In England, for instance, it is obvious that no such feeling has existed for years past. The pathetic membership-figures of all extremist parties show this clearly. It is, only natural, therefore, that the English Communist movement should be controlled by people who are mentally subservient to Russia and have no real aim except to manipulate British foreign policy in the Russian interest. Of course such an aim cannot be openly admitted, and it is this fact that gives the Communist Party its very peculiar character. The more vocal kind of Communist is in effect a Russian publicity agent posing as an international socialist. It is a pose that is easily kept up at normal times, but becomes difficult in moments of crisis, because of the fact that the U.S.S.R. is no more scrupulous in its foreign policy than the rest of the Great Powers. Alliances, changes of front etc., which only make sense as part of the game of power politics have to be explained and justified in terms of international socialism. Every time Stalin swaps partners, ‘Marxism’ has to be hammered into a new shape. This entails sudden and violent changes of ‘line’, purges, denunciations, systematic destruction of party literature, etc., etc. Every Communist is in fact liable at any moment to have to alter his most fundamental convictions, or leave the party. The unquestionable dogma of Monday may become the damnable heresy of Tuesday, and so on. This has happened at least three times during the past ten years. It follows that in any Western country a Communist Party is always unstable and usually very small. Its long-term membership really consists of an inner ring of intellectuals who have identified with the Russian bureaucracy, and a slightly larger body of working-class people who feel a loyalty towards Soviet Russia without necessarily understanding its policies. Otherwise there is only a shifting membership, one lot coming and another going with each change of ‘line’.

In 1930 the English Communist Party was a tiny, barely legal organization whose main activity was libelling the Labour Party. But by 1935 the face of Europe had changed, and left-wing politics changed with it. Hitler had risen to power and begun to rearm, the Russian five-year plans had succeeded, Russia had reappeared as a great military power. As Hitler’s three targets of attack were, to all appearances, Great Britain, France, and the U.S.S.R., the three countries were forced into a sort of uneasy rapprochement. This meant that the English or French Communist was obliged to become a good patriot and imperialist — that is, to defend the very things he had been attacking for the past fifteen years. The Comintern slogans suddenly faded from red to pink. ‘World revolution’ and ‘Social-Fascism’ gave way to ‘Defence of democracy’ and ‘Stop Hitler’. The years 1935-9 were the period of anti-Fascism and the Popular Front, the heyday of the Left Book Club, when red Duchesses and ‘broad-minded’ deans toured the battlefields of the Spanish war and Winston Churchill was the blue-eyed boy of the Daily Worker. Since then, of course, there has been yet another change of ‘line’. But what is important for my purpose is that it was during the ‘anti-Fascist’ phase that the younger English writers gravitated towards Communism.

The Fascism-democracy dogfight was no doubt an attraction in itself, but in any case their conversion was due at about that date. It was obvious that laissez-faire capitalism was finished and that there had got to be some kind of reconstruction; in the world of 1935 it was hardly possible to remain politically indifferent. But why did these young men turn towards anything so alien as Russian Communism? Why should writers be attracted by a form of socialism that makes mental honesty impossible? The explanation really lies in something that had already made itself felt before the slump and before Hitler: middle-class unemployment.

Unemployment is not merely a matter of not having a job. Most people can get a job of sorts, even at the worst of times. The trouble was that by about 1930 there was no activity, except perhaps scientific research, the arts, and left-wing politics, that a thinking person could believe in. The debunking of Western civilization had reached its climax and ‘disillusionment’ was immensely widespread. Who now could take it for granted to go through life in the ordinary middle-class way, as a soldier, a clergyman, a stockbroker, an Indian Civil Servant, or what-not? And how many of the values by which our grandfathers lived could not be taken seriously? Patriotism, religion, the Empire, the family, the sanctity of marriage, the Old School Tie, birth, breeding, honour, discipline — anyone of ordinary education could turn the whole lot of them inside out in three minutes. But what do you achieve, after all, by getting rid of such primal things as patriotism and religion? You have not necessarily got rid of the need for something to believe in. There had been a sort of false dawn a few years earlier when numbers of young intellectuals, including several quite gifted writers (Evelyn Waugh, Christopher Hollis, and others), had fled into the Catholic Church. It is significant that these people went almost invariably to the Roman Church and not, for instance, to the C. of E., the Greek Church, or the Protestants sects. They went, that is, to the Church with a world-wide organization, the one with a rigid discipline, the one with power and prestige behind it. Perhaps it is even worth noticing that the only latter-day convert of really first-rate gifts, Eliot, has embraced not Romanism but Anglo-Catholicism, the ecclesiastical equivalent of Trotskyism. But I do not think one need look farther than this for the reason why the young writers of the ‘thirties flocked into or towards the Communist Party. It was simply something to believe in. Here was a Church, an army, an orthodoxy, a discipline. Here was a Fatherland and — at any rate since 1935 or thereabouts — a Führer. All the loyalties and superstitions that the intellect had seemingly banished could come rushing back under the thinnest of disguises. Patriotism, religion, empire, military glory — all in one word, Russia. Father, king, leader, hero, saviour — all in one word, Stalin. God — Stalin. The devil — Hitler. Heaven — Moscow. Hell — Berlin. All the gaps were filled up. So, after all, the ‘Communism’ of the English intellectual is something explicable enough. It is the patriotism of the deracinated.

But there is one other thing that undoubtedly contributed to the cult of Russia among the English intelligentsia during these years, and that is the softness and security of life in England itself. With all its injustices, England is still the land of habeas corpus, and the over-whelming majority of English people have no experience of violence or illegality. If you have grown up in that sort of atmosphere it is not at all easy to imagine what a despotic régime is like. Nearly all the dominant writers of the thirties belonged to the soft-boiled emancipated middle class and were too young to have effective memories of the Great War. To people of that kind such things as purges, secret police, summary executions, imprisonment without trial etc., etc., are too remote to be terrifying. They can swallow totalitarianism because they have no experience of anything except liberalism. Look, for instance, at this extract from Mr Auden’s poem Spain (incidentally this poem is one of the few decent things that have been written about the Spanish war):

To-morrow for the young the poets exploding like bombs,
The walks by the lake, the weeks of perfect communion;
To-morrow the bicycle races
Through the suburbs on summer evenings. But to-day the struggle.

To-day the deliberate increase in the chances of death,
The conscious acceptance of guilt in the necessary murder;
To-day the expending of powers
On the flat ephemeral pamphlet and the boring meeting.

The second stanza is intended as a sort of tabloid picture of a day in the life of a ‘good party man’. In the morning a couple of political murders, a ten-minutes’ interlude to stifle ‘bourgeois’ remorse, and then a hurried luncheon and a busy afternoon and evening chalking walls and distributing leaflets. All very edifying. But notice the phrase ‘necessary murder’. It could only be written by a person to whom murder is at most a word. Personally I would not speak so lightly of murder. It so happens that I have seen the bodies of numbers of murdered men — I don’t mean killed in battle, I mean murdered. Therefore I have some conception of what murder means — the terror, the hatred, the howling relatives, the post-mortems, the blood, the smells. To me, murder is something to be avoided. So it is to any ordinary person. The Hitlers and Stalins find murder necessary, but they don’t advertise their callousness, and they don’t speak of it as murder; it is ‘liquidation’, ‘elimination’, or some other soothing phrase. Mr Auden’s brand of amoralism is only possible, if you are the kind of person who is always somewhere else when the trigger is pulled. So much of left-wing thought is a kind of playing with fire by people who don’t even know that fire is hot. The warmongering to which the English intelligentsia gave themselves up in the period 1935-9 was largely based on a sense of personal immunity. The attitude was very different in France, where the military service is hard to dodge and even literary men know the weight of a pack.

Towards the end of Mr Cyril Connolly’s recent book, Enemies of Promise, there occurs an interesting and revealing passage. The first part of the book, is, more or less, an evaluation of present-day literature. Mr Connolly belongs exactly to the generation of the writers of ‘the movement’, and with not many reservations their values are his values. It is interesting to notice that among prose-writers he admires chiefly those specialising in violence — the would-be tough American school, Hemingway, etc. The latter part of the book, however, is autobiographical and consists of an account, fascinatingly accurate, of life at a preparatory school and Eton in the years 1910-20. Mr Connolly ends by remarking:

Were I to deduce anything from my feelings on leaving Eton, it might be called The Theory of Permanent Adolescence. It is the theory that the experiences undergone by boys at the great public schools are so intense as to dominate their lives and to arrest their development.

When you read the second sentence in this passage, your natural impulse is to look for the misprint. Presumably there is a ‘not’ left out, or something. But no, not a bit of it! He means it! And what is more, he is merely speaking the truth, in an inverted fashion. ‘Cultured’ middle-class life has reached a depth of softness at which a public-school education — five years in a lukewarm bath of snobbery — can actually be looked back upon as an eventful period. To nearly all the writers who have counted during the ‘thirties, what more has ever happened than Mr Connolly records in Enemies of Promise? It is the same pattern all the time; public school, university, a few trips abroad, then London. Hunger, hardship, solitude, exile, war, prison, persecution, manual labour — hardly even words. No wonder that the huge tribe known as ‘the right left people’ found it so easy to condone the purge-and-Ogpu side of the Russian régime and the horrors of the first Five-Year Plan. They were so gloriously incapable of understanding what it all meant.

By 1937 the whole of the intelligentsia was mentally at war. Left-wing thought had narrowed down to ‘anti-Fascism’, i.e. to a negative, and a torrent of hate-literature directed against Germany and the politicians supposedly friendly to Germany was pouring from the Press. The thing that, to me, was truly frightening about the war in Spain was not such violence as I witnessed, nor even the party feuds behind the lines, but the immediate reappearance in left-wing circles of the mental atmosphere of the Great War. The very people who for twenty years had sniggered over their own superiority to war hysteria were the ones who rushed straight back into the mental slum of 1915. All the familiar wartime idiocies, spy-hunting, orthodoxy-sniffing (Sniff, sniff. Are you a good anti-Fascist?), the retailing of atrocity stories, came back into vogue as though the intervening years had never happened. Before the end of the Spanish war, and even before Munich, some of the better of the left-wing writers were beginning to squirm. Neither Auden nor, on the whole, Spender wrote about the Spanish war in quite the vein that was expected of them. Since then there has been a change of feeling and much dismay and confusion, because the actual course of events has made nonsense of the left-wing orthodoxy of the last few years. But then it did not need very great acuteness to see that much of it was nonsense from the start. There is no certainty, therefore, that the next orthodoxy to emerge will be any better than the last.

On the whole the literary history of the ‘thirties seems to justify the opinion that a writer does well to keep out of politics. For any writer who accepts or partially accepts the discipline of a political party is sooner or later faced with the alternative: toe the line, or shut up. It is, of course, possible to toe the line and go on writing — after a fashion. Any Marxist can demonstrate with the greatest of ease that ‘bourgeois’ liberty of thought is an illusion. But when he has finished his demonstration there remains the psychological fact that without this ‘bourgeois’ liberty the creative powers wither away. In the future a totalitarian literature may arise, but it will be quite different from anything we can now imagine. Literature as we know it is an individual thing, demanding mental honesty and a minimum of censorship. And this is even truer of prose than of verse. It is probably not a coincidence that the best writers of the ‘thirties have been poets. The atmosphere of orthodoxy is always damaging to prose, and above all it is completely ruinous to the novel, the most anarchical of all forms of literature. How many Roman Catholics have been good novelists? Even the handful one could name have usually been bad Catholics. The novel is practically a Protestant form of art; it is a product of the free mind, of the autonomous individual. No decade in the past hundred and fifty years has been so barren of imaginative prose as the nineteen-thirties. There have been good poems, good sociological works, brilliant pamphlets, but practically no fiction of any value at all. From 1933 onwards the mental climate was increasingly against it. Anyone sensitive enough to be touched by the zeitgeist was also involved in politics. Not everyone, of course, was definitely in the political racket, but practically everyone was on its periphery and more or less mixed up in propaganda campaigns and squalid controversies. Communists and near-Communists had a disproportionately large influence in the literary reviews. It was a time of labels, slogans, and evasions. At the worst moments you were expected to lock yourself up in a constipating little cage of lies; at the best a sort of voluntary censorship (‘Ought I to say this? Is it pro-Fascist?’) was at work in nearly everyone’s mind. It is almost inconceivable that good novels should be written in such an atmosphere. Good novels are not written by by orthodoxy-sniffers, nor by people who are conscience-stricken about their own unorthodoxy. Good novels are written by people who are not frightened. This brings me back to Henry Miller.

3

If this were a likely moment for the launching of ‘schools’ literature, Henry Miller might be the starting-point of a new ‘school’. He does at any rate mark an unexpected swing of the pendulum. In his books one gets right away from the ‘political animal’ and back to a viewpoint not only individualistic but completely passive — the view-point of a man who believes the world-process to be outside his control and who in any case hardly wishes to control it.

I first met Miller at the end of 1936, when I was passing through Paris on my way to Spain. What most intrigued me about him was to find that he felt no interest in the Spanish war whatever. He merely told me in forcible terms that to go to Spain at that moment was the act of an idiot. He could understand anyone going there from purely selfish motives, out of curiosity, for instance, but to mix oneself up in such things from a sense of obligation was sheer stupidity. In any case my ideas about combating Fascism, defending democracy, etc., etc., were all boloney. Our civilization was destined to be swept away and replaced by something so different that we should scarcely regard it as human — a prospect that did not bother him, he said. And some such outlook is implicit throughout his work. Everywhere there is the sense of the approaching cataclysm, and almost everywhere the implied belief that it doesn’t matter. The only political declaration which, so far as I know, he has ever made in print is a purely negative one. A year or so ago an American magazine, the Marxist Quarterly, sent out a questionnaire to various American writers asking them to define their attitude on the subject of war. Miller replied in terms of extreme pacifism, an individual refusal to fight, with no apparent wish to convert others to the same opinion — practically, in fact, a declaration of irresponsibility.

However, there is more than one kind of irresponsibility. As a rule, writers who do not wish to identify themselves with the historical process at the moment either ignore it or fight against if. If they can ignore it, they are probably fools. If they can understand it well enough to want to fight against it, they probably have enough vision to realize that they cannot win. Look, for instance, at a poem like ‘The Scholar Gypsy’, with its railing against the ‘strange disease of modern life’ and its magnificent defeatist simile in the final stanza. It expresses one of the normal literary attitudes, perhaps actually the prevailing attitude during the last hundred years. And on the other hand there are the ‘progressives’, the yea-sayers, the Shaw-Wells type, always leaping forward to embrace the ego-projections which they mistake for the future. On the whole the writers of the ‘twenties took the first line and the writers of the ‘thirties the second. And at any given moment, of course, there is a huge tribe of Barries and Deepings and Dells who simply don’t notice what is happening. Where Miller’s work is symptomatically important is in its avoidance of any of these attitudes. He is neither pushing the world-process forward nor trying to drag it back, but on the other hand he is by no means ignoring it. I should say that he believes in the impending ruin of Western Civilization much more firmly than the majority of ‘revolutionary’ writers; only he does not feel called upon to do anything about it. He is fiddling while Rome is burning, and, unlike the enormous majority of people who do this, fiddling with his face towards the flames.

In Max and the White Phagocytes there is one of those revealing passages in which a writer tells you a great deal about himself while talking about somebody else. The book includes a long essay on the diaries of Anais Nin, which I have never read, except for a few fragments, and which I believe have not been published. Miller claims that they are the only true feminine writing that has ever appeared, whatever that may mean. But the interesting passage is one in which he compares Anais Nin — evidently a completely subjective, introverted writer — to Jonah in the whale’s belly. In passing he refers to an essay that Aldous Huxley wrote some years ago about El Greco’s picture, ‘The Dream of Philip the Second’. Huxley remarks that the people in El Greco’s pictures always look as though they were in the bellies of whales, and professes to find something peculiarly horrible in the idea of being in a ‘visceral prison’. Miller retorts that, on the contrary, there are many worse things than being swallowed by whales, and the passage makes it dear that he himself finds the idea rather attractive. Here he is touching upon what is probably a very widespread fantasy. It is perhaps worth noticing that everyone, at least every English-speaking person, invariably speaks of Jonah and the whale. Of course the creature that swallowed Jonah was a fish, and was so described in the Bible (Jonah i. 17), but children naturally confuse it with a whale, and this fragment of baby-talk is habitually carried into later life — a sign, perhaps, of the hold that the Jonah myth has upon our imaginations. For the fact is that being inside a whale is a very comfortable, cosy, homelike thought. The historical Jonah, if he can be so called, was glad enough to escape, but in imagination, in day-dream, countless people have envied him. It is, of course, quite obvious why. The whale’s belly is simply a womb big enough for an adult. There you are, in the dark, cushioned space that exactly fits you, with yards of blubber between yourself and reality, able to keep up an attitude of the completest indifference, no matter what happens. A storm that would sink all the battleships in the world would hardly reach you as an echo. Even the whale’s own movements would probably be imperceptible to you. He might be wallowing among the surface waves or shooting down into the blackness of the middle seas (a mile deep, according to Herman Melville), but you would never notice the difference. Short of being dead, it is the final, unsurpassable stage of irresponsibility. And however it may be with Anais Nin, there is no question that Miller himself is inside the whale. All his best and most characteristic passages are written from the angle of Jonah, a willing Jonah. Not that he is especially introverted — quite the contrary. In his case the whale happens to be transparent. Only he feels no impulse to alter or control the process that he is undergoing. He has performed the essential Jonah act of allowing himself to be swallowed, remaining passive, accepting.

It will be seen what this amounts to. It is a species of quietism, implying either complete unbelief or else a degree of belief amounting to mysticism. The attitude is ‘Je m’en fous’ or ‘Though He slay me, yet will I trust in Him’, whichever way you like to look at it; for practical purposes both are identical, the moral in either case being ‘Sit on your bum’. But in a time like ours, is this a defensible attitude? Notice that it is almost impossible to refrain from asking this question. At the moment of writing, we are still in a period in which it is taken for granted that books ought always to be positive, serious, and ‘constructive’. A dozen years ago this idea would have been greeted with titters. (‘My dear aunt, one doesn’t write about anything, one just writes.’) Then the pendulum swung away from the frivolous notion that art is merely technique, but it swung a very long distance, to the point of asserting that a book can only be ‘good’ if it is founded on a ‘true’ vision of life. Naturally the people who believe this also believe that they are in posssion of the truth themselves. Catholic critics, for instance, tend to claim that books arc only ‘good’ when they are of Catholic tendency. Marxist critics make the same claim more boldy for Marxist books. For instance, Mr Edward Upward (‘A Marxist Interpretation of Literature,’ in The Mind in Chains):

Literary criticism which aims at being Marxist must. . . proclaim that no book written at the present time can be ‘good’ unless it is written from a Marxist or near-Marxist viewpoint.

Various other writers have made similar or comparable statements. Mr Upward italicises ‘at the present time’ because, he realizes that you cannot, for instance, dismiss Hamlet on the ground that Shakespeare was not a Marxist. Nevertheless his interesting essay only glances very shortly at this difficulty. Much of the literature that comes to us out of the past is permeated by and in fact founded on beliefs (the belief in the immortality of the soul, for example) which now seem to us false and in some cases contemptibly silly. Yet it is ‘good’ literature, if survival is any test. Mr Upward would no doubt answer that a belief which was appropriate several centuries ago might be inappropriate and therefore stultifying now. But this does not get one much farther, because it assumes that in any age there will be one body of belief which is the current approximation to truth, and that the best literature of the time will be more or less in harmony with it. Actually no such uniformity has ever existed. In seventeenth-century England, for instance, there was a religious and political cleavage which distinctly resembled the left-right antagonism of to-day. Looking back, most modern people would feel that the bourgeois-Puritan viewpoint was a better approximation to truth than the Catholic-feudal one. But it is certainly not the case that all or even a majority of the best writers of the time were Puritans. And more than this, there exist ‘good’ writers whose world-view would in any age be recognized false and silly. Edgar Allan Poe is an example. Poe’s outlook is at best a wild romanticism and at worst is not far from being insane in the literal clinical sense. Why is it, then that stories like ‘The Black Cat’, ‘The Tell-tale Heart’, ‘The Fall of the House of Usher’ and so forth, which might very nearly have been written by a lunatic, do not convey a feeling of falsity? Because they are true within a certain framework, they keep the rules of their own peculiar world, like a Japanese picture. But it appears that to write successfully about such a world you have got to believe in it. One sees the difference immediately if one compares Poe’s Tales with what is, in my opinion, an insincere attempt to work up a similar atmosphere, Julian Green’s Minuit. The thing that immediately strikes one about Minuit is that there is no reason why any of the events in it should happen. Everything is completely arbitrary; there is no emotional sequence. But this is exactly what one does not feel with Poe’s stories. Their maniacal logic, in its own setting, is quite convincing. When, for instance, the drunkard seizes the black cat and cuts its eye out with his penknife, one knows exactly why he did it, even to the point of feeling that one would have done the same oneself. It seems therefore that for a creative writer possession of the ‘truth’ is less important than emotional sincerity. Even Mr Upward would not claim that a writer needs nothing beyond a Marxist training. He also needs a talent. But talent, apparently, is a matter of being able to care, of really believing in your beliefs, whether they are true or false. The difference between, for instance, Céline and Evelyn Waugh is a difference of emotional intensity. It is the difference between genuine despair and a despair that is at least partly a pretence. And with this there goes another consideration which is perhaps less obvious: that there are occasions when an ‘untrue’ belief is more likely to be sincerely held than a ‘true’ one.

If one looks at the books of personal reminiscence written about the war of 1914-18, one notices that nearly all that have remained readable after a lapse of time are written from a passive, negative angle. They are the records of something completely meaningless, a nightmare happening in a void. That was not actually the truth about the war, but it was the truth about the individual reaction. The soldier advancing into a machine-gun barrage or standing waist-deep in a flooded trench knew only that here was an appalling experience in which he was all but helpless. He was likelier to make a good book out of his helplessness and his ignorance than out of a pretended power to see the whole thing in perspective. As for the books that were written during the war itself, the best of them were nearly all the work of people who simply turned their backs and tried not to notice that the war was happening. Mr E. M. Forster has described how in 1917 he read Prufrock and other of Eliot’s early poems, and how it heartened him at such a time to get hold of poems that were ‘innocent of public-spiritedness’:

They sang of private disgust and diffidence, and of people who seemed genuine because they were unattractive or weak…  Here was a protest, and a feeble one, and the more congenial for being feeble… He who could turn aside to complain of ladies and drawing-rooms preserved a tiny drop of our self-respect, he carried on the human heritage.

That is very well said. Mr MacNeice, in the book I have referred to already, quotes this passage and somewhat smugly adds:

Ten years later less feeble protests were to be made by poets and the human heritage carried on rather differently… The contemplation of a world of fragments becomes boring and Eliot’s successors are more interested in tidying it up.

Similar remarks are scattered throughout Mr MacNeice’s book. What he wishes us to believe is that Eliot’s ‘successors’ (meaning Mr MacNeice and his friends) have in some way ‘protested’ more effectively than Eliot did by publishing ‘Prufrock’ at the moment when the Allied armies were assaulting the Hindenburg Line. Just where these ‘protests’ are to be found I do not know. But in the contrast between Mr Forster’s comment and Mr MacNeice’s lies all the difference between a man who knows what the 1914-18 war was like and a man who barely remembers it. The truth is that in 1917 there was nothing that a thinking and a sensitive person could do, except to remain human, if possible. And a gesture of helplessness, even of frivolity, might be the best way of doing that. If I had been a soldier fighting in the Great War, I would sooner have got hold of ‘Prufrock’ than The First Hundred Thousand or Horatio Bottomley’s Letters to the Boys in the Trenches. I should have felt, like Mr Forster, that by simply standing aloof and keeping touch with pre-war emotions, Eliot was carrying on the human heritage. What a relief it would have been at such a time, to read about the hesitations of a middle-aged highbrow with a bald spot! So different from bayonet-drill! After the bombs and the food-queues and the recruiting-posters, a human voice! What a relief!

But, after all, the war of 1914-18 was only a heightened moment in an almost continuous crisis. At this date it hardly even needs a war to bring home to us the disintegration of our society and the increasing helplessness of all decent people. It is for this reason that I think that the passive, non-cooperative attitude implied in Henry Miller’s work is justified. Whether or not it is an expression of what people ought to feel, it probably comes somewhere near to expressing what they do feel. Once again it is the human voice among the bomb-explosions, a friendly American voice, ‘innocent of public-spiritedness’. No sermons, merely the subjective truth. And along those lines, apparently, it is still possible for a good novel to be written. Not necessarily an edifying novel, but a novel worth reading and likely to be remembered after it is read.

While I have been writing this essay another European war has broken out. It will either last several years and tear Western civilization to pieces, or it will end inconclusively and prepare the way for yet another war which will do the job once and for all. But war is only ‘peace intensified’. What is quite obviously happening, war or no war, is the break-up of laissez-faire capitalism and of the liberal-Christian culture. Until recently the full implications of this were not foreseen, because it was generally imagined that socialism could preserve and even enlarge the atmosphere of liberalism. It is now beginning to be realized how false this idea was. Almost certainly we are moving into an age of totalitarian dictatorships — an age in which freedom of thought will be at first a deadly sin and later on a meaningless abstraction. The autonomous individual is going to be stamped out of existence. But this means that literature, in the form in which we know it, must suffer at least a temporary death. The literature of liberalism is coming to an end and the literature of totalitarianism has not yet appeared and is barely imaginable. As for the writer, he is sitting on a melting iceberg; he is merely an anachronism, a hangover from the bourgeois age, as surely doomed as the hippopotamus. Miller seems to me a man out of the common because he saw and proclaimed this fact a long while before most of his contemporaries — at a time, indeed, when many of them were actually burbling about a renaissance of literature. Wyndham Lewis had said years earlier that the major history of the English language was finished, but he was basing this on different and rather trivial reasons. But from now onwards the all-important fact for the creative writer is going to be that this is not a writer’s world. That does not mean that he cannot help to bring the new society into being, but he can take no part in the process as a writer. For as a writer he is a liberal, and what is happening is the destruction of liberalism. It seems likely, therefore, that in the remaining years of free speech any novel worth reading will follow more or less along the lines that Miller has followed — I do not mean in technique or subject matter, but in implied outlook. The passive attitude will come back, and it will be more consciously passive than before. Progress and reaction have both turned out to be swindles. Seemingly there is nothing left but quietism — robbing reality of its terrors by simply submitting to it. Get inside the whale — or rather, admit you are inside the whale (for you are, of course). Give yourself over to the world-process, stop fighting against it or pretending that you control it; simply accept it, endure it, record it. That seems to be the formula, that any sensitive novelist is now likely to adopt. A novel on more positive, ‘constructive’ lines, and not emotionally spurious, is at present very difficult to imagine.

But do I mean by this that Miller is a ‘great author’, a new hope for English prose? Nothing of the kind. Miller himself would be the last to claim or want any such thing. No doubt he will go on writing — anybody who has once started always goes on writing — and associated with him there are a number of writers of approximately the same tendency, Lawrence Durrell, Michael Fraenkel and others, almost amounting to a ‘school’. But he himself seems to me essentially a man of one book. Sooner or later I should expect him to descend into unintelligibility, or into charlatanism: there are signs of both in his later work. His last book, Tropic of Capricorn, I have not even read. This was not because I did not want to read it, but because the police and Customs authorities have so far managed to prevent me from getting hold of it. But it would surprise me if it came anywhere near Tropic of Cancer or the opening chapters of Black Spring. Like certain other autobiographical novelists, he had it in him to do just one thing perfectly, and he did it. Considering what the fiction of the nineteen-thirties has been like, that is something.

Miller’s books are published by the Obelisk Press in Paris. What will happen to the Obelisk Press, now that war has broken out and Jack Kahane, the publisher, is dead, I do not know, but at any rate the books are still procurable. I earnestly counsel anyone who has not done so to read at least Tropic of Cancer. With a little ingenuity, or by paying a little over the published price, you can get hold of it, and even if parts of it disgust you, it will stick in your memory. It is also an ‘important’ book, in a sense different from the sense in which that word is generally used. As a rule novels are spoken of as ‘important’ when they are either a ‘terrible indictment’ of something or other or when they introduce some technical innovation. Neither of these applies to Tropic of Cancer. Its importance is merely symptomatic. Here in my opinion is the only imaginative prose-writer of the slightest value who has appeared among the English-speaking races for some years past. Even if that is objected to as an overstatement, it will probably be admitted that Miller is a writer out of the ordinary, worth more than a single glance; and after all, he is a completely negative, unconstructive, amoral writer, a mere Jonah, a passive accepter of evil, a sort of Whitman among the corpses. Symptomatically, that is more significant than the mere fact that five thousand novels are published in England every year and four thousand nine hundred of them are tripe. It is a demonstration of the impossibility of any major literature until the world has shaken itself into its new shape.

* Published in 1932.

From the Complete Works, XXII, 600. First published 11 March 1940 as part of Inside the Whale, a selection of essays also containing ‘Charles Dickens’ and ‘Boys’ Weeklies’.

Voir enfin:

Part I: England Your EnglandIAs I write, highly civilized human beings are flying overhead, trying to kill me.They do not feel any enmity against me as an individual, nor I against them. They are “only doing their duty”, as the saying goes. Most of them, I have no doubt, are kind-hearted law-abiding men who would never dream of committing murder in private life. On the other hand, if one of them succeeds in blowing me to pieces with a well-placed bomb, he will never sleep any the worse for it. He is serving his country, which has the power to absolve him from evil.

One cannot see the modern world as it is unless one recognizes the overwhelming strength of patriotism, national loyalty. In certain circumstances it can break down, at certain levels of civilization it does not exist, but as a positive force there is nothing to set beside it. Christianity and international Socialism are as weak as straw in comparison with it. Hitler and Mussolini rose to power in their own countries very largely because they could grasp this fact and their opponents could not.

Also, one must admit that the divisions between nation and nation are founded on real differences of outlook. Till recently it was thought proper to pretend that all human beings are very much alike, but in fact anyone able to use his eyes knows that the average of human behaviour differs enormously from country to country. Things that could happen in one country could not happen in another. Hitler’s June Purge, for instance, could not have happened in England. And, as western peoples go, the English are very highly differentiated. There is a sort of backhanded admission of this in the dislike which nearly all foreigners feel for our national way of life. Few Europeans can endure living in England, and even Americans often feel more at home in Europe.

When you come back to England from any foreign country, you have immediately the sensation of breathing a different air. Even in the first few minutes dozens of small things conspire to give you this feeling. The beer is bitterer, the coins are heavier, the grass is greener, the advertisements are more blatant. The crowds in the big towns, with their mild knobby faces, their bad teeth and gentle manners, are different from a European crowd. Then the vastness of England swallows you up, and you lose for a while your feeling that the whole nation has a single identifiable character. Are there really such things as nations? Are we not forty-six million individuals, all different? And the diversity of it, the chaos! The clatter of clogs in the Lancashire mill towns, the to-and-fro of the lorries on the Great North Road, the queues outside the Labour Exchanges, the rattle of pin-tables in the Soho pubs, the old maids hiking to Holy Communion through the mists of the autumn morning – all these are not only fragments, but characteristic fragments, of the English scene. How can one make a pattern out of this muddle?

But talk to foreigners, read foreign books or newspapers, and you are brought back to the same thought. Yes, there is something distinctive and recognizable in English civilization. It is a culture as individual as that of Spain. It is somehow bound up with solid breakfasts and gloomy Sundays, smoky towns and winding roads, green fields and red pillar-boxes. It has a flavour of its own. Moreover it is continuous, it stretches into the future and the past, there is something in it that persists, as in a living creature. What can the England of 1940 have in common with the England of 1840? But then, what have you in common with the child of five whose photograph your mother keeps on the mantelpiece? Nothing, except that you happen to be the same person.

And above all, it is your civilization, it is you. However much you hate it or laugh at it, you will never be happy away from it for any length of time. The suet puddings and the red pillar-boxes have entered into your soul. Good or evil, it is yours, you belong to it, and this side the grave you will never get away from the marks that it has given you.

Meanwhile England, together with the rest of the world, is changing. And like everything else it can change only in certain directions, which up to a point can be foreseen. That is not to say that the future is fixed, merely that certain alternatives are possible and others not. A seed may grow or not grow, but at any rate a turnip seed never grows into a parsnip. It is therefore of the deepest importance to try and determine what England is, before guessing what part England can play in the huge events that are happening.

II

National characteristics are not easy to pin down, and when pinned down they often turn out to be trivialities or seem to have no connection with one another. Spaniards are cruel to animals, Italians can do nothing without making a deafening noise, the Chinese are addicted to gambling. Obviously such things don’t matter in themselves. Nevertheless, nothing is causeless, and even the fact that Englishmen have bad teeth can tell something about the realities of English life.

Here are a couple of generalizations about England that would be accepted by almost all observers. One is that the English are not gifted artistically. They are not as musical as the Germans or Italians, painting and sculpture have never flourished in England as they have in France. Another is that, as Europeans go, the English are not intellectual. They have a horror of abstract thought, they feel no need for any philosophy or systematic “world-view”. Nor is this because they are “practical”, as they are so fond of claiming for themselves. One has only to look at their methods of town-planning and water-supply, their obstinate clinging to everything that is out of date and a nuisance, a spelling system that defies analysis, and a system of weights and measures that is intelligible only to the compilers of arithmetic books, to see how little they care about mere efficiency. But they have a certain power of acting without taking thought. Their world-famed hypocrisy – their double-faced attitude towards the Empire, for instance – is bound up with this. Also, in moments of supreme crisis the whole nation can suddenly draw together and act upon a species of instinct, really a code of conduct which is understood by almost everyone, though never formulated. The phrase that Hitler coined for the Germans, “a sleep-walking people”, would have been better applied to the English. Not that there is anything to be proud of in being called a sleep-walker.

But here it is worth noticing a minor English trait which is extremely well marked though not often commented on, and that is a love of flowers. This is one of the first things that one notices when one reaches England from abroad, especially if one is coming from southern Europe. Does it not contradict the English indifference to the arts? Not really, because it is found in people who have no aesthetic feelings whatever. What it does link up with, however, is another English characteristic which is so much a part of us that we barely notice it, and that is the addiction to hobbies and spare-time occupations, the privateness of English life. We are a nation of flower-lovers, but also a nation of stamp-collectors, pigeon-fanciers, amateur carpenters, coupon-snippers, darts-players, crossword-puzzle fans. All the culture that is most truly native centres round things which even when they are communal are not official – the pub, the football match, the back garden, the fireside and the “nice cup of tea”. The liberty of the individual is still believed in, almost as in the nineteenth century. But this has nothing to do with economic liberty, the right to exploit others for profit. It is the liberty to have a home of your own, to do what you like in your spare time, to choose your own amusements instead of having them chosen for you from above. The most hateful of all names in an English ear is Nosey Parker. It is obvious, of course, that even this purely private liberty is a lost cause. Like all other modern peoples, the English are in process of being numbered, labelled, conscripted, “co-ordinated”. But the pull of their impulses is in the other direction, and the kind of regimentation that can be imposed on them will be modified in consequence. No party rallies, no Youth Movements, no coloured shirts, no Jew-baiting or “spontaneous” demonstrations. No Gestapo either, in all probability.

But in all societies the common people must live to some extent against the existing order. The genuinely popular culture of England is something that goes on beneath the surface, unofficially and more or less frowned on by the authorities. One thing one notices if one looks directly at the common people, especially in the big towns, is that they are not puritanical. They are inveterate gamblers, drink as much beer as their wages will permit, are devoted to bawdy jokes, and use probably the foulest language in the world. They have to satisfy these tastes in the face of astonishing, hypocritical laws (licensing laws, lottery acts, etc., etc.) which are designed to interfere with everybody but in practice allow everything to happen. Also, the common people are without definite religious belief, and have been so for centuries. The Anglican Church never had a real hold on them, it was simply a preserve of the landed gentry, and the Nonconformist sects only influenced minorities. And yet they have retained a deep tinge of Christian feeling, while almost forgetting the name of Christ. The power-worship which is the new religion of Europe, and which has infected the English intelligentsia, has never touched the common people. They have never caught up with power politics. The “realism” which is preached in Japanese and Italian newspapers would horrify them. One can learn a good deal about the spirit of England from the comic coloured postcards that you see in the windows of cheap stationers’ shops. These things are a sort of diary upon which the English people have unconsciously recorded themselves. Their old-fashioned outlook, their graded snobberies, their mixture of bawdiness and hypocrisy, their extreme gentleness, their deeply moral attitude to life, are all mirrored there.

The gentleness of the English civilization is perhaps its most marked characteristic. You notice it the instant you set foot on English soil. It is a land where the bus conductors are good-tempered and the policemen carry no revolvers. In no country inhabited by white men is it easier to shove people off the pavement. And with this goes something that is always written off by European observers as “decadence” or hypocrisy, the English hatred of war and militarism. It is rooted deep in history, and it is strong in the lower-middle class as well as the working class. Successive wars have shaken it but not destroyed it. Well within living memory it was common for “the redcoats” to be booed at in the streets and for the landlords of respectable public-houses to refuse to allow soldiers on the premises. In peace-time, even when there are two million unemployed, it is difficult to fill the ranks of the tiny standing army, which is officered by the country gentry and a specialized stratum of the middle class, and manned by farm labourers and slum proletarians. The mass of the people are without military knowledge or tradition, and their attitude towards war is invariably defensive. No politician could rise to power by promising them conquests or military “glory”, no Hymn of Hate has ever made any appeal to them. In the last war the songs which the soldiers made up and sang of their own accord were not vengeful but humorous and mock-defeatist.[1] The only enemy they ever named was the sergeant-major.

In England all the boasting and flag-wagging, the “Rule Britannia” stuff, is done by small minorities. The patriotism of the common people is not vocal or even conscious. They do not retain among their historical memories the name of a single military victory. English literature, like other literatures, is full of battle-poems, but it is worth noticing that the ones that have won for themselves a kind of popularity are always a tale of disasters and retreats. There is no popular poem about Trafalgar or Waterloo, for instance. Sir John Moore’s army at Corunna, fighting a desperate rear-guard action before escaping overseas (just like Dunkirk!) has more appeal than a brilliant victory. The most stirring battle-poem in English is about a brigade of cavalry which charged in the wrong direction. And of the last war, the four names which have really engraved themselves on the popular memory are Mons, Ypres, Gallipoli and Passchendaele, every time a disaster. The names of the great battles that finally broke the German armies are simply unknown to the general public.

The reason why the English anti-militarism disgusts foreign observers is that it ignores the existence of the British Empire. It looks like sheer hypocrisy. After all, the English have absorbed a quarter of the earth and held on to it by means of a huge navy. How dare they then turn round and say that war is wicked?

It is quite true that the English are hypocritical about their Empire. In the working class this hypocrisy takes the form of not knowing that the Empire exists. But their dislike of standing armies is a perfectly sound instinct. A navy employs comparatively few people, and it is an external weapon which cannot affect home politics directly. Military dictatorships exist everywhere, but there is no such thing as a naval dictatorship. What English people of nearly all classes loathe from the bottom of their hearts is the swaggering officer type, the jingle of spurs and the crash of boots. Decades before Hitler was ever heard of, the word “Prussian” had much the same significance in England as “Nazi” has to-day. So deep does this feeling go that for a hundred years past the officers of the British Army, in peace-time, have always worn civilian clothes when off duty.

One rapid but fairly sure guide to the social atmosphere of a country is the parade-step of its army. A military parade is really a kind of ritual dance, something like a ballet, expressing a certain philosophy of life. The goose-step, for instance, is one of the most horrible sights in the world, far more terrifying than a dive-bomber. It is simply an affirmation of naked power; contained in it, quite consciously and intentionally, is the vision of a boot crashing down on a face. Its ugliness is part of its essence, for what it is saying is “Yes, I am ugly, and you daren’t laugh at me”, like the bully who makes faces at his victim. Why is the goose-step not used in England? There are, heaven knows, plenty of army officers who would be only too glad to introduce some such thing. It is not used because the people in the street would laugh. Beyond a certain point, military display is only possible in countries where the common people dare not laugh at the army. The Italians adopted the goose-step at about the time when Italy passed definitely under German control, and, as one would expect, they do it less well than the Germans. The Vichy government, if it survives, is bound to introduce a stiffer parade-ground discipline into what is left of the French army. In the British army the drill is rigid and complicated, full of memories of the eighteenth century, but without definite swagger; the march is merely a formalized walk. It belongs to a society which is ruled by the sword, no doubt, but a sword which must never be taken out of the scabbard.

And yet the gentleness of English civilization is mixed up with barbarities and anachronisms. Our criminal law is as out-of-date as the muskets in the Tower. Over against the Nazi Storm Trooper you have got to set that typically English figure, the hanging judge, some gouty old bully with his mind rooted in the nineteenth century, handing out savage sentences. In England people are still hanged by the neck and flogged with the cat o’ nine tails. Both of these punishments are obscene as well as cruel, but there has never been any genuinely popular outcry against them. People accept them (and Dartmoor, and Borstal) almost as they accept the weather. They are part of “the law”, which is assumed to be unalterable.

Here one comes upon an all-important English trait: the respect for constitutionalism and legality, the belief in “the law” as something above the State and above the individual, something which is cruel and stupid, of course, but at any rate incorruptible.

It is not that anyone imagines the law to be just. Everyone knows that there is one law for the rich and another for the poor. But no one accepts the implications of this, everyone takes it for granted that the law, such as it is, will be respected, and feels a sense of outrage when it is not. Remarks like “They can’t run me in; I haven’t done anything wrong”, or “They can’t do that; it’s against the law”, are part of the atmosphere of England. The professed enemies of society have this feeling as strongly as anyone else. One sees it in prison-books like Wilfred Macartney’s Walls Have Mouths or Jim Phelan’s Jail Journey, in the solemn idiocies that take place at the trials of Conscientious Objectors, in letters to the papers from eminent Marxist professors, pointing out that this or that is a “miscarriage of British justice”. Everyone believes in his heart that the law can be, ought to be, and, on the whole, will be impartially administered. The totalitarian idea that there is no such thing as law, there is only power, has never taken root. Even the intelligentsia have only accepted it in theory.

An illusion can become a half-truth, a mask can alter the expression of a face. The familiar arguments to the effect that democracy is “just the same as” or “just as bad as” totalitarianism never take account of this fact. All such arguments boil down to saying that half a loaf is the same as no bread. In England such concepts as justice, liberty and objective truth are still believed in. They may be illusions, but they are very powerful illusions. The belief in them influences conduct, national life is different because of them. In proof of which, look about you. Where are the rubber truncheons, where is the castor oil? The sword is still in the scabbard, and while it stays there corruption cannot go beyond a certain point. The English electoral system, for instance, is an all-but open fraud. In a dozen obvious ways it is gerrymandered in the interest of the moneyed class. But until some deep change has occurred in the public mind, it cannot become completely corrupt. You do not arrive at the polling booth to find men with revolvers telling you which way to vote, nor are the votes miscounted, nor is there any direct bribery. Even hypocrisy is a powerful safeguard. The hanging judge, that evil old man in scarlet robe and horsehair wig, whom nothing short of dynamite will ever teach what century he is living in, but who will at any rate interpret the law according to the books and will in no circumstances take a money bribe, is one of the symbolic figures of England. He is a symbol of the strange mixture of reality and illusion, democracy and privilege, humbug and decency, the subtle network of compromises, by which the nation keeps itself in its familiar shape.

III

I have spoken all the while of “the nation”, “England”, “Britain’”, as though 45 million souls could somehow be treated as a unit. But is not England notoriously two nations, the rich and the poor? Dare one pretend that there is anything in common between people with £100,000 a year and people with £1 a week? And even Welsh and Scottish readers are likely to have been offended because I have used the word “England” oftener than “Britain”, as though the whole population dwelt in London and the Home Counties and neither north nor west possessed a culture of its own.

One gets a better view of this question if one considers the minor point first. It is quite true that the so-called races of Britain feel themselves to be very different from one another. A Scotsman, for instance, does not thank you if you call him an Englishman. You can see the hesitation we feel on this point by the fact that we call our islands by no less than six different names, England, Britain, Great Britain, the British Isles, the United Kingdom and, in very exalted moments, Albion. Even the differences between north and south England loom large in our own eyes. But somehow these differences fade away the moment that any two Britons are confronted by a European. It is very rare to meet a foreigner, other than an American, who can distinguish between English and Scots or even English and Irish. To a Frenchman, the Breton and the Auvergnat seem very different beings, and the accent of Marseilles is a stock joke in Paris. Yet we speak of “France” and “the French”, recognizing France as an entity, a single civilization, which in fact it is. So also with ourselves. Looked at from the outside, even the cockney and the Yorkshireman have a strong family resemblance.

And even the distinction between rich and poor dwindles somewhat when one regards the nation from the outside. There is no question about the inequality of wealth in England. It is grosser than in any European country, and you have only to look down the nearest street to see it. Economically, England is certainly two nations, if not three or four. But at the same time the vast majority of the people feel themselves to be a single nation and are conscious of resembling one another more than they resemble foreigners. Patriotism is usually stronger than class-hatred, and always stronger than any kind of internationalism. Except for a brief moment in 1920 (the “Hands off Russia” movement) the British working class have never thought or acted internationally. For two and a half years they watched their comrades in Spain slowly strangled, and never aided them by even a single strike.[2] But when their own country (the country of Lord Nuffield and Mr Montagu Norman) was in danger, their attitude was very different. At the moment when it seemed likely that England might be invaded, Anthony Eden appealed over the radio for Local Defence Volunteers. He got a quarter of a million men in the first twenty-four hours, and another million in the subsequent month. One has only to compare these figures with, for instance, the number of Conscientious Objectors to see how vast is the strength of traditional loyalties compared with new ones.

In England patriotism takes different forms in different classes, but it runs like a connecting thread through nearly all of them. Only the Europeanized intelligentsia are really immune to it. As a positive emotion it is stronger in the middle class than in the upper class – the cheap public schools, for instance, are more given to patriotic demonstrations than the expensive ones – but the number of definitely treacherous rich men, the Laval-Quisling type, is probably very small. In the working class patriotism is profound, but it is unconscious. The working man’s heart does not leap when he sees a Union Jack. But the famous “insularity” and “xenophobia” of the English is far stronger in the working class than in the bourgeoisie. In all countries the poor are more national than the rich, but the English working class are outstanding in their abhorrence of foreign habits. Even when they are obliged to live abroad for years they refuse either to accustom themselves to foreign food or to learn foreign languages. Nearly every Englishman of working-class origin considers it effeminate to pronounce a foreign word correctly. During the war of 1914-18 the English working class were in contact with foreigners to an extent that is rarely possible. The sole result was that they brought back a hatred of all Europeans, except the Germans, whose courage they admired. In four years on French soil they did not even acquire a liking for wine. The insularity of the English, their refusal to take foreigners seriously, is a folly that has to be paid for very heavily from time to time. But it plays its part in the English mystique, and the intellectuals who have tried to break it down have generally done more harm than good. At bottom it is the same quality in the English character that repels the tourist and keeps out the invader.

Here one comes back to two English characteristics that I pointed out, seemingly rather at random, at the beginning of the last chapter. One is the lack of artistic ability. This is perhaps another way of saying that the English are outside the European culture. For there is one art in which they have shown plenty of talent, namely literature. But this is also the only art that cannot cross frontiers. Literature, especially poetry, and lyric poetry most of all, is a kind of family joke, with little or no value outside its own language-group. Except for Shakespeare, the best English poets are barely known in Europe, even as names. The only poets who are widely read are Byron, who is admired for the wrong reasons, and Oscar Wilde, who is pitied as a victim of English hypocrisy. And linked up with this, though not very obviously, is the lack of philosophical faculty, the absence in nearly all Englishmen of any need for an ordered system of thought or even for the use of logic.

Up to a point, the sense of national unity is a substitute for a “world-view”. Just because patriotism is all but universal and not even the rich are uninfluenced by it, there can come moments when the whole nation suddenly swings together and does the same thing, like a herd of cattle facing a wolf. There was such a moment, unmistakably, at the time of the disaster in France. After eight months of vaguely wondering what the war was about, the people suddenly knew what they had got to do: first, to get the army away from Dunkirk, and secondly to prevent invasion. It was like the awakening of a giant. Quick! Danger! The Philistines be upon thee, Samson! And then the swift unanimous action – and then, alas, the prompt relapse into sleep. In a divided nation that would have been exactly the moment for a big peace movement to arise. But does this mean that the instinct of the English will always tell them to do the right thing? Not at all, merely that it will tell them to do the same thing. In the 1931 General Election, for instance, we all did the wrong thing in perfect unison. We were as single-minded as the Gadarene swine. But I honestly doubt whether we can say that we were shoved down the slope against our will.

It follows that British democracy is less of a fraud than it sometimes appears. A foreign observer sees only the huge inequality of wealth, the unfair electoral system, the governing-class control over the Press, the radio and education, and concludes that democracy is simply a polite name for dictatorship. But this ignores the considerable agreement that does unfortunately exist between the leaders and the led. However much one may hate to admit it, it is almost certain that between 1931 and 1940 the National Government represented the will of the mass of the people. It tolerated slums, unemployment and a cowardly foreign policy. Yes, but so did public opinion. It was a stagnant period, and its natural leaders were mediocrities.

In spite of the campaigns of a few thousand left-wingers, it is fairly certain that the bulk of the English people were behind Chamberlain’s foreign policy. More, it is fairly certain that the same struggle was going on in Chamberlain’s mind as in the minds of ordinary people. His opponents professed to see in him a dark and wily schemer, plotting to sell England to Hitler, but it is far likelier that he was merely a stupid old man doing his best according to his very dim lights. It is difficult otherwise to explain the contradictions of his policy, his failure to grasp any of the courses that were open to him. Like the mass of the people, he did not want to pay the price either of peace or of war. And public opinion was behind him all the while, in policies that were completely incompatible with one another. It was behind him when he went to Munich, when he tried to come to an understanding with Russia, when he gave the guarantee to Poland, when he honoured it, and when he prosecuted the war half-heartedly. Only when the results of his policy became apparent did it turn against him; which is to say that it turned against its own lethargy of the past seven years. Thereupon the people picked a leader nearer to their mood, Churchill, who was at any rate able to grasp that wars are not won without fighting. Later, perhaps, they will pick another leader who can grasp that only Socialist nations can fight effectively.

Do I mean by all this that England is a genuine democracy? No, not even a reader of the Daily Telegraph could quite swallow that.

England is the most class-ridden country under the sun. It is a land of snobbery and privilege, ruled largely by the old and silly. But in any calculation about it one has got to take into account its emotional unity, the tendency of nearly all its inhabitants to feel alike and act together in moments of supreme crisis. It is the only great country in Europe that is not obliged to drive hundreds of thousands of its nationals into exile or the concentration camp. At this moment, after a year of war, newspapers and pamphlets abusing the Government, praising the enemy and clamouring for surrender are being sold on the streets, almost without interference. And this is less from a respect for freedom of speech than from a simple perception that these things don’t matter. It is safe to let a paper like Peace News be sold, because it is certain that ninety-five per cent of the population will never want to read it. The nation is bound together by an invisible chain. At any normal time the ruling class will rob, mismanage, sabotage, lead us into the muck; but let popular opinion really make itself heard, let them get a tug from below that they cannot avoid feeling, and it is difficult for them not to respond. The left-wing writers who denounce the whole of the ruling class as “pro-Fascist” are grossly over-simplifying. Even among the inner clique of politicians who brought us to our present pass, it is doubtful whether there were any conscious traitors. The corruption that happens in England is seldom of that kind. Nearly always it is more in the nature of self-deception, of the right hand not knowing what the left hand doeth. And being unconscious, it is limited. One sees this at its most obvious in the English Press. Is the English press honest or dishonest? At normal times it is deeply dishonest. All the papers that matter live off their advertisements, and the advertisers exercise an indirect censorship over news. Yet I do not suppose there is one paper in England that can be straightforwardly bribed with hard cash. In the France of the Third Republic all but a very few of the newspapers could notoriously be bought over the counter like so many pounds of cheese. Public life in England has never been openly scandalous. It has not reached the pitch of disintegration at which humbug can be dropped.

England is not the jewelled isle of Shakespeare’s much-quoted passage, nor is it the inferno depicted by Dr Goebbels. More than either it resembles a family, a rather stuffy Victorian family, with not many black sheep in it but with all its cupboards bursting with skeletons. It has rich relations who have to be kow-towed to and poor relations who are horribly sat upon, and there is a deep conspiracy of silence about the source of the family income. It is a family in which the young are generally thwarted and most of the power is in the hands of irresponsible uncles and bedridden aunts. Still, it is a family. It has its private language and its common memories, and at the approach of an enemy it closes its ranks. A family with the wrong members in control – that, perhaps, is as near as one can come to describing England in a phrase.

IV

Probably the battle of Waterloo was won on the playing-fields of Eton, but the opening battles of all subsequent wars have been lost there. One of the dominant facts in English life during the past three quarters of a century has been the decay of ability in the ruling class.

In the years between 1920 and 1940 it was happening with the speed of a chemical reaction. Yet at the moment of writing it is still possible to speak of a ruling class. Like the knife which has had two new blades and three new handles, the upper fringe of English society is still almost what it was in the mid-nineteenth century. After 1832 the old landowning aristocracy steadily lost power, but instead of disappearing or becoming a fossil they simply intermarried with the merchants, manufacturers and financiers who had replaced them, and soon turned them into accurate copies of themselves. The wealthy ship-owner or cotton-miller set up for himself an alibi as a country gentleman, while his sons learned the right mannerisms at public schools which had been designed for just that purpose. England was ruled by an aristocracy constantly recruited from parvenus. And considering what energy the self-made men possessed, and considering that they were buying their way into a class which at any rate had a tradition of public service, one might have expected that able rulers could be produced in some such way.

And yet somehow the ruling class decayed, lost its ability, its daring, finally even its ruthlessness, until a time came when stuffed shirts like Eden or Halifax could stand out as men of exceptional talent. As for Baldwin, one could not even dignify him with the name of stuffed shirt. He was simply a hole in the air. The mishandling of England’s domestic problems during the nineteen-twenties had been bad enough, but British foreign policy between 1931 and 1939 is one of the wonders of the world. Why? What had happened? What was it that at every decisive moment made every British statesman do the wrong thing with so unerring an instinct?

The underlying fact was that the whole position of the monied class had long ceased to be justifiable. There they sat, at the centre of a vast empire and a world-wide financial network, drawing interest and profits and spending them – on what? It was fair to say that life within the British Empire was in many ways better than life outside it. Still, the Empire was underdeveloped, India slept in the Middle Ages, the Dominions lay empty, with foreigners jealously barred out, and even England was full of slums and unemployment. Only half a million people, the people in the country houses, definitely benefited from the existing system. Moreover, the tendency of small businesses to merge together into large ones robbed more and more of the monied class of their function and turned them into mere owners, their work being done for them by salaried managers and technicians. For long past there had been in England an entirely functionless class, living on money that was invested they hardly knew where, the “idle rich”, the people whose photographs you can look at in the Tatler and the Bystander, always supposing that you want to. The existence of these people was by any standard unjustifiable. They were simply parasites, less useful to society than his fleas are to a dog.

By 1920 there were many people who were aware of all this. By 1930 millions were aware of it. But the British ruling class obviously could not admit to themselves that their usefulness was at an end. Had they done that they would have had to abdicate. For it was not possible for them to turn themselves into mere bandits, like the American millionaires, consciously clinging to unjust privileges and beating down opposition by bribery and tear-gas bombs. After all, they belonged to a class with a certain tradition, they had been to public schools where the duty of dying for your country, if necessary, is laid down as the first and greatest of the Commandments. They had to feel themselves true patriots, even while they plundered their countrymen. Clearly there was only one escape for them – into stupidity. They could keep society in its existing shape only by being unable to grasp that any improvement was possible. Difficult though this was, they achieved it, largely by fixing their eyes on the past and refusing to notice the changes that were going on round them.

There is much in England that this explains. It explains the decay of country life, due to the keeping-up of a sham feudalism which drives the more spirited workers off the land. It explains the immobility of the public schools, which have barely altered since the ’eighties of the last century. It explains the military incompetence which has again and again startled the world. Since the ’fifties every war in which England has engaged has started off with a series of disasters, after which the situation has been saved by people comparatively low in the social scale. The higher commanders, drawn from the aristocracy, could never prepare for modern war, because in order to do so they would have had to admit to themselves that the world was changing. They have always clung to obsolete methods and weapons, because they inevitably saw each war as a repetition of the last. Before the Boer War they prepared for the Zulu War, before the 1914 for the Boer War, and before the present war for 1914. Even at this moment hundreds of thousands of men in England are being trained with the bayonet, a weapon entirely useless except for opening tins. It is worth noticing that the navy and, latterly, the Air Force, have always been more efficient than the regular army. But the navy is only partially, and the Air Force hardly at all, within the ruling-class orbit.

It must be admitted that so long as things were peaceful the methods of the British ruling class served them well enough. Their own people manifestly tolerated them. However unjustly England might be organized, it was at any rate not torn by class warfare or haunted by secret police. The Empire was peaceful as no area of comparable size has ever been. Throughout its vast extent, nearly a quarter of the earth, there were fewer armed men than would be found necessary by a minor Balkan state. As people to live under, and looking at them merely from a liberal, negative standpoint, the British ruling class had their points. They were preferable to the truly modern men, the Nazis and Fascists. But it had long been obvious that they would be helpless against any serious attack from the outside.

They could not struggle against Nazism or Fascism, because they could not understand them. Neither could they have struggled against Communism, if Communism had been a serious force in western Europe. To understand Fascism they would have had to study the theory of Socialism, which would have forced them to realize that the economic system by which they lived was unjust, inefficient and out of date. But it was exactly this fact that they had trained themselves never to face. They dealt with Fascism as the cavalry generals of 1914 dealt with the machine gun – by ignoring it. After years of aggression and massacres, they had grasped only one fact, that Hitler and Mussolini were hostile to Communism. Therefore, it was argued, they must be friendly to the British dividend-drawer. Hence the truly frightening spectacle of Conservative M.P.s wildly cheering the news that British ships, bringing food to the Spanish Republican government, had been bombed by Italian aeroplanes. Even when they had begun to grasp that Fascism was dangerous, its essentially revolutionary nature, the huge military effort it was capable of making, the sort of tactics it would use, were quite beyond their comprehension. At the time of the Spanish Civil War, anyone with as much political knowledge as can be acquired from a sixpenny pamphlet on Socialism knew that, if Franco won, the result would be strategically disastrous for England; and yet generals and admirals who had given their lives to the study of war were unable to grasp this fact. This vein of political ignorance runs right through English official life, through Cabinet ministers, ambassadors, consuls, judges, magistrates, policemen. The policeman who arrests the “Red” does not understand the theories the “Red” is preaching; if he did, his own position as bodyguard of the monied class might seem less pleasant to him. There is reason to think that even military espionage is hopelessly hampered by ignorance of the new economic doctrines and the ramifications of the underground parties.

The British ruling class were not altogether wrong in thinking that Fascism was on their side. It is a fact that any rich man, unless he is a Jew, has less to fear from Fascism than from either Communism or democratic Socialism. One ought never to forget this, for nearly the whole of German and Italian propaganda is designed to cover it up. The natural instinct of men like Simon, Hoare, Chamberlain, etc. was to come to an agreement with Hitler. But – and here the peculiar feature of English life that I have spoken of, the deep sense of national solidarity, comes in – they could only do so by breaking up the Empire and selling their own people into semi-slavery. A truly corrupt class would have done this without hesitation, as in France. But things had not gone that distance in England. Politicians who would make cringing speeches about “the duty of loyalty to our conquerors” are hardly to be found in English public life. Tossed to and fro between their incomes and their principles, it was impossible that men like Chamberlain should do anything but make the worst of both worlds.

One thing that has always shown that the English ruling class are morally fairly sound, is that in time of war they are ready enough to get themselves killed. Several dukes, earls and what-not were killed in the recent campaign in Flanders. That could not happen if these people were the cynical scoundrels that they are sometimes declared to be. It is important not to misunderstand their motives, or one cannot predict their actions. What is to be expected of them is not treachery or physical cowardice, but stupidity, unconscious sabotage, an infallible instinct for doing the wrong thing. They are not wicked, or not altogether wicked; they are merely unteachable. Only when their money and power are gone will the younger among them begin to grasp what century they are living in.

V

The stagnation of the Empire in the between-war years affected everyone in England, but it had an especially direct effect upon two important sub-sections of the middle class. One was the military and imperialist middle class, generally nicknamed the Blimps, and the other the left-wing intelligentsia. These two seemingly hostile types, symbolic opposites – the halfpay colonel with his bull neck and diminutive brain, like a dinosaur, the highbrow with his domed forehead and stalk-like neck – are mentally linked together and constantly interact upon one another; in any case they are born to a considerable extent into the same families.

Thirty years ago the Blimp class was already losing its vitality. The middle-class families celebrated by Kipling, the prolific lowbrow families whose sons officered the army and navy and swarmed over all the waste places of the earth from the Yukon to the Irrawaddy, were dwindling before 1914. The thing that had killed them was the telegraph. In a narrowing world, more and more governed from Whitehall, there was every year less room for individual initiative. Men like Clive, Nelson, Nicholson, Gordon would find no place for themselves in the modern British Empire. By 1920 nearly every inch of the colonial empire was in the grip of Whitehall. Well-meaning, over-civilized men, in dark suits and black felt hats, with neatly rolled umbrellas crooked over the left forearm, were imposing their constipated view of life on Malaya and Nigeria, Mombasa and Mandalay. The one-time empire builders were reduced to the status of clerks, buried deeper and deeper under mounds of paper and red tape. In the early ’twenties one could see, all over the Empire, the older officials, who had known more spacious days, writhing impotently under the changes that were happening. From that time onwards it has been next door to impossible to induce young men of spirit to take any part in imperial administration. And what was true of the official world was true also of the commercial. The great monopoly companies swallowed up hosts of petty traders. Instead of going out to trade adventurously in the Indies one went to an office stool in Bombay or Singapore. And life in Bombay or Singapore was actually duller and safer than life in London. Imperialist sentiment remained strong in the middle class, chiefly owing to family tradition, but the job of administering the Empire had ceased to appeal. Few able men went east of Suez if there was any way of avoiding it.

But the general weakening of imperialism, and to some extent of the whole British morale, that took place during the nineteen-thirties, was partly the work of the left-wing intelligentsia, itself a kind of growth that had sprouted from the stagnation of the Empire.

It should be noted that there is now no intelligentsia that is not in some sense “Left”. Perhaps the last right-wing intellectual was T. E. Lawrence. Since about 1930 everyone describable as an “intellectual” has lived in a state of chronic discontent with the existing order. Necessarily so, because society as it was constituted had no room for him. In an Empire that was simply stagnant, neither being developed nor falling to pieces, and in an England ruled by people whose chief asset was their stupidity, to be “clever” was to be suspect. If you had the kind of brain that could understand the poems of T. S. Eliot or the theories of Karl Marx, the higher-ups would see to it that you were kept out of any important job. The intellectuals could find a function for themselves only in the literary reviews and the left-wing political parties.

The mentality of the English left-wing intelligentsia can be studied in half a dozen weekly and monthly papers. The immediately striking thing about all these papers is their generally negative, querulous attitude, their complete lack at all times of any constructive suggestion. There is little in them except the irresponsible carping of people who have never been and never expect to be in a position of power. Another marked characteristic is the emotional shallowness of people who live in a world of ideas and have little contact with physical reality. Many intellectuals of the Left were flabbily pacifist up to 1935, shrieked for war against Germany in the years 1935-9, and then promptly cooled off when the war started. It is broadly though not precisely true that the people who were most “anti-Fascist” during the Spanish civil war are most defeatist now. And underlying this is the really important fact about so many of the English intelligentsia – their severance from the common culture of the country.

In intention, at any rate, the English intelligentsia are Europeanized. They take their cookery from Paris and their opinions from Moscow. In the general patriotism of the country they form a sort of island of dissident thought. England is perhaps the only great country whose intellectuals are ashamed of their own nationality. In left-wing circles it is always felt that there is something slightly disgraceful in being an Englishman and that it is a duty to snigger at every English institution, from horse racing to suet puddings. It is a strange fact, but it is unquestionably true that almost any English intellectual would feel more ashamed of standing to attention during “God save the King” than of stealing from a poor box. All through the critical years many left-wingers were chipping away at English morale, trying to spread an outlook that was sometimes squashily pacifist, sometimes violently pro-Russian, but always anti-British. It is questionable how much effect this had, but it certainly had some. If the English people suffered for several years a real weakening of morale, so that the Fascist nations judged that they were ‘decadent’ and that it was safe to plunge into war, the intellectual sabotage from the Left was partly responsible. Both the New Statesman and the News-Chronicle cried out against the Munich settlement, but even they had done something to make it possible. Ten years of systematic Blimp-baiting affected even the Blimps themselves and made it harder than it had been before to get intelligent young men to enter the armed forces. Given the stagnation of the Empire, the military middle class must have decayed in any case, but the spread of a shallow Leftism hastened the process.

It is clear that the special position of the English intellectuals during the past ten years, as purely negative creatures, mere anti-Blimps, was a by-product of ruling-class stupidity. Society could not use them, and they had not got it in them to see that devotion to one’s country implies “for better, for worse”. Both Blimps and highbrows took for granted, as though it were a law of nature, the divorce between patriotism and intelligence. If you were a patriot you read Blackwood’s Magazine and publicly thanked God that you were “not brainy”. If you were an intellectual you sniggered at the Union Jack and regarded physical courage as barbarous. It is obvious that this preposterous convention cannot continue. The Bloomsbury highbrow, with his mechanical snigger, is as out-of-date as the cavalry colonel. A modern nation cannot afford either of them. Patriotism and intelligence will have to come together again. It is the fact that we are fighting a war, and a very peculiar kind of war, that may make this possible.

VI

One of the most important developments in England during the past twenty years has been the upward and downward extension of the middle class. It has happened on such a scale as to make the old classification of society into capitalists, proletarians and petit bourgeois (small property-owners) almost obsolete.

England is a country in which property and financial power are concentrated in very few hands. Few people in modern England own anything at all, except clothes, furniture and possibly a house. The peasantry have long since disappeared, the independent shopkeeper is being destroyed, the small business-man is diminishing in numbers. But at the same time modern industry is so complicated that it cannot get along without great numbers of managers, salesmen, engineers, chemists and technicians of all kinds, drawing fairly large salaries. And these in turn call into being a professional class of doctors, lawyers, teachers, artists, etc., etc. The tendency of advanced capitalism has therefore been to enlarge the middle class and not to wipe it out as it once seemed likely to do.

But much more important than this is the spread of middle-class ideas and habits among the working class. The British working class are now better off in almost all ways than they were thirty years ago. This is partly due to the efforts of the Trade Unions, but partly to the mere advance of physical science. It is not always realized that within rather narrow limits the standard of life of a country can rise without a corresponding rise in real-wages. Up to a point, civilization can lift itself up by its boot-tags. However unjustly society is organized, certain technical advances are bound to benefit the whole community, because certain kinds of goods are necessarily held in common. A millionaire cannot, for example, light the streets for himself while darkening them for other people. Nearly all citizens of civilized countries now enjoy the use of good roads, germ-free water, police protection, free libraries and probably free education of a kind. Public education in England has been meanly starved of money, but it has nevertheless improved, largely owing to the devoted efforts of the teachers, and the habit of reading has become enormously more widespread. To an increasing extent the rich and the poor read the same books, and they also see the same films and listen to the same radio programmes. And the differences in their way of life have been diminished by the mass-production of cheap clothes and improvements in housing. So far as outward appearance goes, the clothes of rich and poor, especially in the case of women, differ far less than they did thirty or even fifteen years ago. As to housing, England still has slums which are a blot on civilization, but much building has been done during the past ten years, largely by the local authorities. The modern council house, with its bathroom and electric light, is smaller than the stockbroker’s villa, but it is recognizably the same kind of house, which the farm labourer’s cottage is not. A person who has grown up in a council housing estate is likely to be – indeed, visibly is – more middle class in outlook than a person who has grown up in a slum.

The effect of all this is a general softening of manners. It is enhanced by the fact that modern industrial methods tend always to demand less muscular effort and therefore to leave people with more energy when their day’s work is done. Many workers in the light industries are less truly manual labourers than is a doctor or a grocer. In tastes, habits, manners and outlook the working class and the middle class are drawing together. The unjust distinctions remain, but the real differences diminish. The old-style “proletarian” – collarless, unshaven and with muscles warped by heavy labour – still exists, but he is constantly decreasing in numbers; he only predominates in the heavy-industry areas of the north of England.

After 1918 there began to appear something that had never existed in England before: people of indeterminate social class. In 1910 every human being in these islands could be “placed” in an instant by his clothes, manners and accent. That is no longer the case. Above all, it is not the case in the new townships that have developed as a result of cheap motor cars and the southward shift of industry. The place to look for the germs of the future England is in the light-industry areas and along the arterial roads. In Slough, Dagenham, Barnet, Letchworth, Hayes – everywhere, indeed, on the outskirts of great towns – the old pattern is gradually changing into something new. In those vast new wildernesses of glass and brick the sharp distinctions of the older kind of town, with its slums and mansions, or of the country, with its manor-houses and squalid cottages, no longer exist. There are wide gradations of income, but it is the same kind of life that is being lived at different levels, in labour-saving flats or council houses, along the concrete roads and in the naked democracy of the swimming-pools. It is a rather restless, cultureless life, centring round tinned food, Picture Post, the radio and the internal combustion engine. It is a civilization in which children grow up with an intimate knowledge of magnetoes and in complete ignorance of the Bible. To that civilization belong the people who are most at home in and most definitely of the modern world, the technicians and the higher-paid skilled workers, the airmen and their mechanics, the radio experts, film producers, popular journalists and industrial chemists. They are the indeterminate stratum at which the older class distinctions are beginning to break down.

This war, unless we are defeated, will wipe out most of the existing class privileges. There are every day fewer people who wish them to continue. Nor need we fear that as the pattern changes life in England will lose its peculiar flavour. The new red cities of Greater London are crude enough, but these things are only the rash that accompanies a change. In whatever shape England emerges from the war it will be deeply tinged with the characteristics that I have spoken of earlier. The intellectuals who hope to see it Russianized or Germanized will be disappointed. The gentleness, the hypocrisy, the thoughtlessness, the reverence for law and the hatred of uniforms will remain, along with the suet puddings and the misty skies. It needs some very great disaster, such as prolonged subjugation by a foreign enemy, to destroy a national culture. The Stock Exchange will be pulled down, the horse plough will give way to the tractor, the country houses will be turned into children’s holiday camps, the Eton and Harrow match will be forgotten, but England will still be England, an everlasting animal stretching into the future and the past, and, like all living things, having the power to change out of recognition and yet remain the same.

Part II: Shopkeepers at War

I

I began this book to the tune of German bombs, and I begin this second chapter in the added racket of the barrage. The yellow gun-flashes are lighting the sky, the splinters are rattling on the house-tops, and London Bridge is falling down, falling down, falling down. Anyone able to read a map knows that we are in deadly danger. I do not mean that we are beaten or need be beaten. Almost certainly the outcome depends on our own will. But at this moment we are in the soup, full fathom five, and we have been brought there by follies which we are still committing and which will drown us altogether if we do not mend our ways quickly.

What this war has demonstrated is that private capitalism – that is, an economic system in which land, factories, mines and transport are owned privately and operated solely for profit – does not work. It cannot deliver the goods. This fact had been known to millions of people for years past, but nothing ever came of it, because there was no real urge from below to alter the system, and those at the top had trained themselves to be impenetrably stupid on just this point. Argument and propaganda got one nowhere. The lords of property simply sat on their bottoms and proclaimed that all was for the best. Hitler’s conquest of Europe, however, was a physical debunking of capitalism. War, for all its evil, is at any rate an unanswerable test of strength, like a try-your-grip machine. Great strength returns the penny, and there is no way of faking the result.

When the nautical screw was first invented, there was a controversy that lasted for years as to whether screw-steamers or paddle-steamers were better. The paddle-steamers, like all obsolete things, had their champions, who supported them by ingenious arguments. Finally, however, a distinguished admiral tied a screw-steamer and a paddle-steamer of equal horsepower stern to stern and set their engines running. That settled the question once and for all. And it was something similar that happened on the fields of Norway and of Flanders. Once and for all it was proved that a planned economy is stronger than a planless one. But it is necessary here to give some kind of definition to those much-abused words, Socialism and Fascism.

Socialism is usually defined as “common ownership of the means of production”. Crudely: the State, representing the whole nation, owns everything, and everyone is a State employee. This does not mean that people are stripped of private possessions such as clothes and furniture, but it does mean that all productive goods, such as land, mines, ships and machinery, are the property of the State. The State is the sole large-scale producer. It is not certain that Socialism is in all ways superior to capitalism, but it is certain that, unlike capitalism, it can solve the problems of production and consumption. At normal times a capitalist economy can never consume all that it produces, so that there is always a wasted surplus (wheat burned in furnaces, herrings dumped back into the sea, etc., etc.) and always unemployment. In time of war, on the other hand, it has difficulty in producing all that it needs, because nothing is produced unless someone sees his way to making a profit out of it. In a Socialist economy these problems do not exist. The State simply calculates what goods will be needed and does its best to produce them. Production is only limited by the amount of labour and raw materials. Money, for internal purposes, ceases to be a mysterious all-powerful thing and becomes a sort of coupon or ration-ticket, issued in sufficient quantities to buy up such consumption goods as may be available at the moment.

However, it has become clear in the last few years that “common ownership of the means of production” is not in itself a sufficient definition of Socialism. One must also add the following: approximate equality of incomes (it need be no more than approximate), political democracy, and abolition of all hereditary privilege, especially in education. These are simply the necessary safeguards against the reappearance of a class-system. Centralized ownership has very little meaning unless the mass of the people are living roughly upon an equal level, and have some kind of control over the government. “The State” may come to mean no more than a self-elected political party, and oligarchy and privilege can return, based on power rather than on money.

But what then is Fascism?

Fascism, at any rate the German version, is a form of capitalism that borrows from Socialism just such features as will make it efficient for war purposes. Internally, Germany has a good deal in common with a Socialist state. Ownership has never been abolished, there are still capitalists and workers, and – this is the important point, and the real reason why rich men all over the world tend to sympathize with Fascism – generally speaking the same people are capitalists and the same people workers as before the Nazi revolution. But at the same time the State, which is simply the Nazi Party, is in control of everything. It controls investment, raw materials, rates of interest, working hours, wages. The factory owner still owns his factory, but he is for practical purposes reduced to the status of a manager. Everyone is in effect a State employee, though the salaries vary very greatly. The mere efficiency of such a system, the elimination of waste and obstruction, is obvious. In seven years it has built up the most powerful war machine the world has ever seen.

But the idea underlying Fascism is irreconcilably different from that which underlies Socialism. Socialism aims, ultimately, at a world-state of free and equal human beings. It takes the equality of human rights for granted. Nazism assumes just the opposite. The driving force behind the Nazi movement is the belief in human inequality, the superiority of Germans to all other races, the right of Germany to rule the world. Outside the German Reich it does not recognize any obligations. Eminent Nazi professors have “proved” over and over again that only Nordic man is fully human, have even mooted the idea that non-Nordic peoples (such as ourselves) can interbreed with gorillas! Therefore, while a species of war-Socialism exists within the German state, its attitude towards conquered nations is frankly that of an exploiter. The function of the Czechs, Poles, French, etc., is simply to produce such goods as Germany may need, and get in return just as little as will keep them from open rebellion. If we are conquered, our job will probably be to manufacture weapons for Hitler’s forthcoming wars with Russia and America. The Nazis aim, in effect, at setting up a kind of caste system, with four main castes corresponding rather closely to those of the Hindu religion. At the top comes the Nazi party, second come the mass of the German people, third come the conquered European populations. Fourth and last are to come the coloured peoples, the “semi-apes” as Hitler calls them, who are to be reduced quite openly to slavery.

However horrible this system may seem to us, it works. It works because it is a planned system geared to a definite purpose, world-conquest, and not allowing any private interest, either of capitalist or worker, to stand in its way. British capitalism does not work, because it is a competitive system in which private profit is and must be the main objective. It is a system in which all the forces are pulling in opposite directions and the interests of the individual are as often as not totally opposed to those of the State.

All through the critical years British capitalism, with its immense industrial plant and its unrivalled supply of skilled labour, was unequal to the strain of preparing for war. To prepare for war on the modern scale you have got to divert the greater part of your national income to armaments, which means cutting down on consumption goods. A bombing plane, for instance, is equivalent in price to fifty small motor cars, or eighty thousand pairs of silk stockings, or a million loaves of bread. Clearly you can’t have many bombing planes without lowering the national standard of life. It is guns or butter, as Marshal Göring remarked. But in Chamberlain’s England the transition could not be made. The rich would not face the necessary taxation, and while the rich are still visibly rich it is not possible to tax the poor very heavily either. Moreover, so long as profit was the main object the manufacturer had no incentive to change over from consumption goods to armaments. A business-man’s first duty is to his share-holders. Perhaps England needs tanks, but perhaps it pays better to manufacture motor cars. To prevent war material from reaching the enemy is common sense, but to sell in the highest market is a business duty. Right at the end of August 1939 the British dealers were tumbling over one another in their eagerness to sell Germany tin, rubber, copper and shellac – and this in the clear, certain knowledge that war was going to break out in a week or two. It was about as sensible as selling somebody a razor to cut your throat with. But it was “good business”.

And now look at the results. After 1934 it was known that Germany was rearming. After 1936 everyone with eyes in his head knew that war was coming. After Munich it was merely a question of how soon the war would begin. In September 1939 war broke out. Eight months later it was discovered that, so far as equipment went, the British army was barely beyond the standard of 1918. We saw our soldiers fighting their way desperately to the coast, with one aeroplane against three, with rifles against tanks, with bayonets against tommy-guns. There were not even enough revolvers to supply all the officers. After a year of war the regular army was still short of 300,000 tin hats. There had even, previously, been a shortage of uniforms – this in one of the greatest woollen-producing countries in the world!

What had happened was that the whole monied class, unwilling to face a change in their way of life, had shut their eyes to the nature of Fascism and modern war. And false optimism was fed to the general public by the gutter press, which lives on its advertisements and is therefore interested in keeping trade conditions normal. Year after year the Beaverbrook press assured us in huge headlines that THERE WILL BE NO WAR, and as late as the beginning of 1939 Lord Rothermere was describing Hitler as “a great gentleman”. And while England in the moment of disaster proved to be short of every war material except ships, it is not recorded that there was any shortage of motor cars, fur coats, gramophones, lipstick, chocolates or silk stockings. And dare anyone pretend that the same tug-of-war between private profit and public necessity is not still continuing? England fights for her life, but business must fight for profits. You can hardly open a newspaper without seeing the two contradictory processes happening side by side. On the very same page you will find the Government urging you to save and the seller of some useless luxury urging you to spend. Lend to Defend, but Guinness is Good for You. Buy a Spitfire, but also buy Haig and Haig, Pond’s Face Cream and Black Magic Chocolates.

But one thing gives hope – the visible swing in public opinion. If we can survive this war, the defeat in Flanders will turn out to have been one of the great turning-points in English history. In that spectacular disaster the working class, the middle class and even a section of the business community could see the utter rottenness of private capitalism. Before that the case against capitalism had never been proved. Russia, the only definitely Socialist country, was backward and far away. All criticism broke itself against the rat-trap faces of bankers and the brassy laughter of stockbrokers. Socialism? Ha! ha! ha! Where’s the money to come from? Ha! ha! ha! The lords of property were firm in their seats, and they knew it. But after the French collapse there came something that could not be laughed away, something that neither cheque-books nor policemen were any use against – the bombing. Zweee – BOOM! What’s that? Oh, only a bomb on the Stock Exchange. Zweee – BOOM! Another acre of somebody’s valuable slum-property gone west. Hitler will at any rate go down in history as the man who made the City of London laugh on the wrong side of its face. For the first time in their lives the comfortable were uncomfortable, the professional optimists had to admit that there was something wrong. It was a great step forward. From that time onwards the ghastly job of trying to convince artificially stupefied people that a planned economy might be better than a free-for-all in which the worst man wins – that job will never be quite so ghastly again.

II

The difference between Socialism and capitalism is not primarily a difference of technique. One cannot simply change from one system to the other as one might install a new piece of machinery in a factory, and then carry on as before, with the same people in positions of control. Obviously there is also needed a complete shift of power. New blood, new men, new ideas – in the true sense of the word, a revolution.

I have spoken earlier of the soundness and homogeneity of England, the patriotism that runs like a connecting thread through almost all classes. After Dunkirk anyone who had eyes in his head could see this. But it is absurd to pretend that the promise of that moment has been fulfilled. Almost certainly the mass of the people are now ready for the vast changes that are necessary; but those changes have not even begun to happen.

England is a family with the wrong members in control. Almost entirely we are governed by the rich, and by people who step into positions of command by right of birth. Few if any of these people are consciously treacherous, some of them are not even fools, but as a class they are quite incapable of leading us to victory. They could not do it, even if their material interests did not constantly trip them up. As I pointed out earlier, they have been artificially stupefied. Quite apart from anything else, the rule of money sees to it that we shall be governed largely by the old – that is, by people utterly unable to grasp what age they are living in or what enemy they are fighting. Nothing was more desolating at the beginning of this war than the way in which the whole of the older generation conspired to pretend that it was the war of 1914-18 over again. All the old duds were back on the job, twenty years older, with the skull plainer in their faces. Ian Hay was cheering up the troops, Belloc was writing articles on strategy, Maurois doing broadcasts, Bairnsfather drawing cartoons. It was like a tea-party of ghosts. And that state of affairs has barely altered. The shock of disaster brought a few able men like Bevin to the front, but in general we are still commanded by people who managed to live through the years 1931-9 without even discovering that Hitler was dangerous. A generation of the unteachable is hanging upon us like a necklace of corpses.

As soon as one considers any problem of this war – and it does not matter whether it is the widest aspect of strategy or the tiniest detail of home organization – one sees that the necessary moves cannot be made while the social structure of England remains what it is. Inevitably, because of their position and upbringing, the ruling class are fighting for their own privileges, which cannot possibly be reconciled with the public interest. It is a mistake to imagine that war-aims, strategy, propaganda and industrial organization exist in watertight compartments. All are interconnected. Every strategic plan, every tactical method, even every weapon will bear the stamp of the social system that produced it. The British ruling class are fighting against Hitler, whom they have always regarded and whom some of them still regard as their protector against Bolshevism. That does not mean that they will deliberately sell out; but it does mean that at every decisive moment they are likely to falter, pull their punches, do the wrong thing.

Until the Churchill Government called some sort of halt to the process, they have done the wrong thing with an unerring instinct ever since 1931. They helped Franco to overthrow the Spanish government, although anyone not an imbecile could have told them that a Fascist Spain would be hostile to England. They fed Italy with war materials all through the winter of 1939-40, although it was obvious to the whole world that the Italians were going to attack us in the spring. For the sake of a few hundred thousand dividend-drawers they are turning India from an ally into an enemy. Moreover, so long as the monied classes remain in control, we cannot develop any but a defensive strategy. Every victory means a change in the status quo. How can we drive the Italians out of Abyssinia without rousing echoes among the coloured peoples of our own Empire? How can we even smash Hitler without the risk of bringing the German Socialists and Communists into power? The left-wingers who wail that “this is a capitalist war” and that “British Imperialism” is fighting for loot have got their heads screwed on backwards. The last thing the British monied class wish for is to acquire fresh territory. It would simply be an embarrassment. Their war-aim (both unattainable and unmentionable) is simply to hang on to what they have got.

Internally, England is still the rich man’s Paradise. All talk of “equality of sacrifice” is nonsense. At the same time as factory-workers are asked to put up with longer hours, advertisements for “Butler. One in family, eight in staff” are appearing in the press. The bombed-out populations of the East End go hungry and homeless while wealthier victims simply step into their cars and flee to comfortable country houses. The Home Guard swells to a million men in a few weeks, and is deliberately organized from above in such a way that only people with private incomes can hold positions of command. Even the rationing system is so arranged that it hits the poor all the time, while people with over £2,000 a year are practically unaffected by it. Everywhere privilege is squandering good will. In such circumstances even propaganda becomes almost impossible. As attempts to stir up patriotic feeling, the red posters issued by the Chamberlain Government at the beginning of the war broke all depth-records. Yet they could not have been much other than they were, for how could Chamberlain and his followers take the risk of rousing strong popular feeling against Fascism? Anyone who was genuinely hostile to Fascism must also be opposed to Chamberlain himself, and to all the others who had helped Hitler into power. So also with external propaganda. In all Lord Halifax’s speeches there is not one concrete proposal for which a single inhabitant of Europe would risk the top joint of his little finger. For what war-aim can Halifax, or anyone like him, conceivably have, except to put the clock back to 1933?

It is only by revolution that the native genius of the English people can be set free. Revolution does not mean red flags and street fighting, it means a fundamental shift of power. Whether it happens with or without bloodshed is largely an accident of time and place. Nor does it mean the dictatorship of a single class. The people in England who grasp what changes are needed and are capable of carrying them through are not confined to any one class, though it is true that very few people with over £2,000 a year are among them. What is wanted is a conscious open revolt by ordinary people against inefficiency, class privilege and the rule of the old. It is not primarily a question of change of government. British governments do, broadly speaking, represent the will of the people, and if we alter our structure from below we shall get the government we need. Ambassadors, generals, officials and colonial administrators who are senile or pro-Fascist are more dangerous than Cabinet ministers whose follies have to be committed in public. Right through our national life we have got to fight against privilege, against the notion that a half-witted public-schoolboy is better for command than an intelligent mechanic. Although there are gifted and honest individuals among them, we have got to break the grip of the monied class as a whole. England has got to assume its real shape. The England that is only just beneath the surface, in the factories and the newspaper offices, in the aeroplanes and the submarines, has got to take charge of its own destiny.

In the short run, equality of sacrifice, “war-communism”, is even more important than radical economic changes. It is very necessary that industry should be nationalized, but it is more urgently necessary that such monstrosities as butlers and “private incomes” should disappear forthwith. Almost certainly the main reason why the Spanish Republic could keep up the fight for two and a half years against impossible odds was that there were no gross contrasts of wealth. The people suffered horribly, but they all suffered alike. When the private soldier had not a cigarette, the general had not one either. Given equality of sacrifice, the morale of a country like England would probably be unbreakable. But at present we have nothing to appeal to except traditional patriotism, which is deeper here than elsewhere, but is not necessarily bottomless. At some point or another you have got to deal with the man who says ‘I should be no worse off under Hitler’. But what answer can you give him – that is, what answer that you can expect him to listen to – while common soldiers risk their lives for two and sixpence a day, and fat women ride about in Rolls-Royce cars, nursing Pekingeses?

It is quite likely that this war will last three years. It will mean cruel overwork, cold dull winters, uninteresting food, lack of amusements, prolonged bombing. It cannot but lower the general standard of living, because the essential act of war is to manufacture armaments instead of consumable goods. The working class will have to suffer terrible things. And they will suffer them, almost indefinitely, provided that they know what they are fighting for. They are not cowards, and they are not even internationally-minded. They can stand all that the Spanish workers stood, and more. But they will want some kind of proof that a better life is ahead for themselves and their children. The one sure earnest of that is that when they are taxed and overworked they shall see that the rich are being hit even harder. And if the rich squeal audibly, so much the better.

We can bring these things about, if we really want to. It is not true that public opinion has no power in England. It never makes itself heard without achieving something; it has been responsible for most of the changes for the better during the past six months. But we have moved with glacier-like slowness, and we have learned only from disasters. It took the fall of Paris to get rid of Chamberlain and the unnecessary suffering of scores of thousands of people in the East End to get rid or partially rid of Sir John Anderson. It is not worth losing a battle in order to bury a corpse. For we are fighting against swift evil intelligences, and time presses, and

History to the defeated
May say Alas but cannot alter or pardon.

III

During the last six months there has been much talk of “the Fifth Column”. From time to time obscure lunatics have been jailed for making speeches in favour of Hitler, and large numbers of German refugees have been interned, a thing which has almost certainly done us great harm in Europe. It is of course obvious that the idea of a large, organized army of Fifth Columnists suddenly appearing on the streets with weapons in their hands, as in Holland and Belgium, is ridiculous. Nevertheless a Fifth Column danger does exist. One can only consider it if one also considers in what way England might be defeated.

It does not seem probable that air bombing can settle a major war. England might well be invaded and conquered, but the invasion would be a dangerous gamble, and if it happened and failed it would probably leave us more united and less Blimp-ridden than before. Moreover, if England were overrun by foreign troops the English people would know that they had been beaten and would continue the struggle. It is doubtful whether they could be held down permanently, or whether Hitler wishes to keep an army of a million men stationed in these islands. A government of ­­–––––, ––––– and ––––– (you can fill in the names) would suit him better. The English can probably not be bullied into surrender, but they might quite easily be bored, cajoled or cheated into it, provided that, as at Munich, they did not know that they were surrendering. It could happen most easily when the war seemed to be going well rather than badly. The threatening tone of so much of the German and Italian propaganda is a psychological mistake. It only gets home on intellectuals. With the general public the proper approach would be “Let’s call it a draw”. It is when a peace-offer along those lines is made that the pro-Fascists will raise their voices.

But who are the pro-Fascists? The idea of a Hitler victory appeals to the very rich, to the Communists, to Mosley’s followers, to the pacifists, and to certain sections among the Catholics. Also, if things went badly enough on the Home Front, the whole of the poorer section of the working class might swing round to a position that was defeatist though not actively pro-Hitler.

In this motley list one can see the daring of German propaganda, its willingness to offer everything to everybody. But the various pro-Fascist forces are not consciously acting together, and they operate in different ways.

The Communists must certainly be regarded as pro-Hitler, and are bound to remain so unless Russian policy changes, but they have not very much influence. Mosley’s Blackshirts, though now lying very low, are a more serious danger, because of the footing they probably possess in the armed forces. Still, even in its palmiest days Mosley’s following can hardly have numbered 50,000. Pacifism is a psychological curiosity rather than a political movement. Some of the extremer pacifists, starting out with a complete renunciation of violence, have ended by warmly championing Hitler and even toying with anti-semitism. This is interesting, but it is not important. “Pure” pacifism, which is a by-product of naval power, can only appeal to people in very sheltered positions. Moreover, being negative and irresponsible, it does not inspire much devotion. Of the membership of the Peace Pledge Union, less than fifteen per cent even pay their annual subscriptions. None of these bodies of people, pacifists, Communists or Blackshirts, could bring a large-scale stop-the-war movement into being by their own efforts. But they might help to make things very much easier for a treacherous government negotiating surrender. Like the French Communists, they might become the half-conscious agents of millionaires.

The real danger is from above. One ought not to pay any attention to Hitler’s recent line of talk about being the friend of the poor man, the enemy of plutocracy, etc., etc. Hitler’s real self is in Mein Kampf, and in his actions. He has never persecuted the rich, except when they were Jews or when they tried actively to oppose him. He stands for a centralized economy which robs the capitalist of most of his power but leaves the structure of society much as before. The State controls industry, but there are still rich and poor, masters and men. Therefore, as against genuine Socialism, the monied class have always been on his side. This was crystal clear at the time of the Spanish civil war, and clear again at the time when France surrendered. Hitler’s puppet government are not working-men, but a gang of bankers, gaga generals and corrupt right-wing politicians.

That kind of spectacular, conscious treachery is less likely to succeed in England, indeed is far less likely even to be tried. Nevertheless, to many payers of super-tax this war is simply an insane family squabble which ought to be stopped at all costs. One need not doubt that a “peace” movement is on foot somewhere in high places; probably a shadow Cabinet has already been formed. These people will get their chance not in the moment of defeat but in some stagnant period when boredom is reinforced by discontent. They will not talk about surrender, only about peace; and doubtless they will persuade themselves, and perhaps other people, that they are acting for the best. An army of unemployed led by millionaires quoting the Sermon on the Mount – that is our danger. But it cannot arise when we have once introduced a reasonable degree of social justice. The lady in the Rolls-Royce car is more damaging to morale than a fleet of Göring’s bombing planes.

Part III: The English Revolution

I

The English revolution started several years ago, and it began to gather momentum when the troops came back from Dunkirk. Like all else in England, it happens in a sleepy, unwilling way, but it is happening. The war has speeded it up, but it has also increased, and desperately, the necessity for speed.

Progress and reaction are ceasing to have anything to do with party labels. If one wishes to name a particular moment, one can say that the old distinction between Right and Left broke down when Picture Post was first published. What are the politics of Picture Post? Or of Cavalcade, or Priestley’s broadcasts, or the leading articles in the Evening Standard? None of the old classifications will fit them. They merely point to the existence of multitudes of unlabelled people who have grasped within the last year or two that something is wrong. But since a classless, ownerless society is generally spoken of as ‘Socialism’, we can give that name to the society towards which we are now moving. The war and the revolution are inseparable. We cannot establish anything that a Western nation would regard as Socialism without defeating Hitler; on the hand we cannot defeat Hitler while we remain economically and socially in the nineteenth century. The past is fighting the future, and we have two years, a year, possibly only a few months, to see to it that the future wins.

We cannot look to this or to any similar government to put through the necessary changes of its own accord. The initiative will have to come from below. That means that there will have to arise something that has never yet existed in England, a Socialist movement that actually has the mass of the people behind it. But one must start by recognizing why it is that English Socialism has failed.

In England there is only one Socialist party that has ever seriously mattered, the Labour Party. It has never been able to achieve any major change, because except in purely domestic matters it has never possessed a genuinely independent policy. It was and is primarily a party of the Trade Unions, devoted to raising wages and improving working conditions. This meant that all through the critical years it was directly interested in the prosperity of British capitalism. In particular it was interested in the maintenance of the British Empire, for the wealth of England was drawn largely from Asia and Africa. The standard of living of the Trade Union workers, whom the Labour Party represented, depended indirectly on the sweating of Indian coolies. At the same time the Labour Party was a Socialist party, using Socialist phraseology, thinking in terms of an old-fashioned anti-imperialism and more or less pledged to make restitution to the coloured races. It had to stand for the “independence” of India, just as it had to stand for disarmament and “progress” generally. Nevertheless everyone was aware that this was nonsense. In the age of the tank and the bombing plane, backward agricultural countries like India and the African colonies can no more be independent than can a cat or a dog. Had any Labour Government come into office with a clear majority and then proceeded to grant India anything that could truly be called independence, India would simply have been absorbed by Japan, or divided between Japan and Russia.

To a Labour government in power, three imperial policies would have been open. One was to continue administering the Empire exactly as before, which meant dropping all pretensions to Socialism. Another was to set the subject peoples “free”, which meant in practice handing them over to Japan, Italy and other predatory powers, and incidentally causing a catastrophic drop in the British standard of living. The third was to develop a positive imperial policy, and aim at transforming the Empire into a federation of Socialist states, like a looser and freer version of the Union of Soviet Republics. But the Labour Party’s history and background made this impossible. It was a party of the Trade Unions, hopelessly parochial in outlook, with little interest in imperial affairs and no contacts among the men who actually held the Empire together. It would have had to hand over the administration of India and Africa and the whole job of imperial defence to men drawn from a different class and traditionally hostile to Socialism. Overshadowing everything was the doubt whether a Labour Government which meant business could make itself obeyed. For all the size of its following, the Labour Party had no footing in the navy, little or none in the army or Air Force, none whatever in the colonial services, and not even a sure footing in the Home civil service. In England its position was strong but not unchallengeable, and outside England all the points were in the hands of its enemies. Once in power, the same dilemma would always have faced it: carry out your promises, and risk revolt, or continue with the same policy as the Conservatives, and stop talking about Socialism. The Labour leaders never found a solution, and from 1935 onwards it was very doubtful whether they had any wish to take office. They had degenerated into a Permanent Opposition.

Outside the Labour Party there existed several extremist parties, of whom the Communists were the strongest. The Communists had considerable influence in the Labour Party in the years 1920-26 and 1935-9. Their chief importance, and that of the whole left wing of the Labour movement, was the part they played in alienating the middle classes from Socialism.

The history of the past seven years has made it perfectly clear that Communism has no chance in Western Europe. The appeal of Fascism is enormously greater. In one country after another the Communists have been rooted out by their more up-to-date enemies, the Nazis. In the English-speaking countries they never had a serious footing. The creed they were spreading could appeal only to a rather rare type of person, found chiefly in the middle-class intelligentsia, the type who has ceased to love his own country but still feels the need of patriotism, and therefore develops patriotic sentiments towards Russia. By 1940, after working for twenty years and spending a great deal of money, the British Communists had barely 20,000 members, actually a smaller number than they had started out with in 1920. The other Marxist parties were of even less importance. They had not the Russian money and prestige behind them, and even more than the Communists they were tied to the nineteenth-century doctrine of the class war. They continued year after year to preach this out-of-date gospel, and never drew any inference from the fact that it got them no followers.

Nor did any strong native Fascist movement grow up. Material conditions were not bad enough, and no leader who could be taken seriously was forthcoming. One would have had to look a long time to find a man more barren of ideas than Sir Oswald Mosley. He was as hollow as a jug. Even the elementary fact that Fascism must not offend national sentiment had escaped him. His entire movement was imitated slavishly from abroad, the uniform and the party programme from Italy and the salute from Germany, with the Jew-baiting tacked on as an afterthought, Mosley having actually started his movement with Jews among his most prominent followers. A man of the stamp of Bottomley or Lloyd George could perhaps have brought a real British Fascist movement into existence. But such leaders only appear when the psychological need for them exists.

After twenty years of stagnation and unemployment, the entire English Socialist movement was unable to produce a version of Socialism which the mass of the people could even find desirable. The Labour Party stood for a timid reformism, the Marxists were looking at the modern world through nineteenth-century spectacles. Both ignored agriculture and imperial problems, and both antagonized the middle classes. The suffocating stupidity of left-wing propaganda had frightened away whole classes of necessary people, factory managers, airmen, naval officers, farmers, white-collar workers, shopkeepers, policemen. All of these people had been taught to think of Socialism as something which menaced their livelihood, or as something seditio