21 000 MORTS !!!! (L’Europe prête au sacrifice de ses forces vives pour sauver… ses octogénaires !!)

20 mars, 2020

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Les justes lui répondront: Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, et t’avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t’avons-nous donné à boire? Quand t’avons-nous vu étranger, et t’avons-nous recueilli; ou nu, et t’avons-nous vêtu? Quand t’avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. Jésus (Matthieu 25: 44-45)
Une civilisation est testée sur la manière dont elle traite ses membres les plus faibles. Pearl Buck
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’exigence chrétienne a produit une machine qui va fonctionner en dépit des hommes et de leurs désirs. Si aujourd’hui encore, après deux mille ans de christianisme, on reproche toujours, et à juste titre, à certains chrétiens de ne pas vivre selon les principes dont ils se réclament, c’est que le christianisme s’est universellement imposé, même parmi ceux qui se disent athées. Le système qui s’est enclenché il y a deux millénaires ne va pas s’arrêter, car les hommes s’en chargent eux-mêmes en dehors de toute adhésion au christianisme. Le tiers-monde non chrétien reproche aux pays riches d’être leur victime, car les Occidentaux ne suivent pas leurs propres principes. Chacun de par le vaste monde se réclame du système de valeurs chrétien, et, finalement, il n’y en a plus d’autres. Que signifient les droits de l’homme si ce n’est la défense de la victime innocente? Le christianisme, dans sa forme laïcisée, est devenu tellement dominant qu’on ne le voit plus en tant que tel. La vraie mondialisation, c’est le christianisme! René Girard
Je crois que le moment décisif en Occident est l’invention de l’hôpital. Les primitifs s’occupent de leurs propres morts. Ce qu’il y a de caractéristique dans l’hôpital c’est bien le fait de s’occuper de tout le monde. C’est l’hôtel-Dieu donc c’est la charité. Et c’est visiblement une invention du Moyen-Age. René Girard
Notre monde est de plus en plus imprégné par cette vérité évangélique de l’innocence des victimes. L’attention qu’on porte aux victimes a commencé au Moyen Age, avec l’invention de l’hôpital. L’Hôtel-Dieu, comme on disait, accueillait toutes les victimes, indépendamment de leur origine. Les sociétés primitives n’étaient pas inhumaines, mais elles n’avaient d’attention que pour leurs membres. Le monde moderne a inventé la « victime inconnue », comme on dirait aujourd’hui le « soldat inconnu ». Le christianisme peut maintenant continuer à s’étendre même sans la loi, car ses grandes percées intellectuelles et morales, notre souci des victimes et notre attention à ne pas nous fabriquer de boucs émissaires, ont fait de nous des chrétiens qui s’ignorent. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier. La Chine ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade.  (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs seraient permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – « de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été aussi isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzien en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nu ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec (2000)
The immune system is a marvel of complexity and efficiency. It is designed to protect us from foreign invaders of all kinds, the most important of which are infectious agents, and from dangerous enemies that are generated within, like cancer. It is composed of a variety of defense strategies: it can generate chemicals to kill invaders; it can mobilize armies of cells to swallow them up; and it has an elaborate system whereby it can recognize thousands of substances that are foreign to our bodies and then neutralize them. For years it was thought by immunologists to be an autonomous system, though there were disconcerting stories about patients along the way that suggested that the mind might have something to do with the way it worked. For the most part these stories were discounted by the experts, but now there is concrete evidence that cannot be ignored that the brain is involved in the system. (…) there is a long history of awareness that the emotions have something to do with our susceptibility to or ability to fight off infection, but none of it is generally accepted by medical doctors and rarely applied in everyday practice. Frequent colds and genitourinary infections are among the most common but it is likely that psychological factors play a role in all infectious processes. As with cancer, it is the efficiency of the immune system to do its job of eradicating the infectious agent that is at issue. Stressful emotions can reduce that effectiveness and allow the infection to flourish but there is ample anecdotal evidence that people have the capacity to enhance immunologic efficiency by improving their emotional states. John E. Sarno (Healing back pain, 1991)
Overall, this Review suggests that the psychological impact of quarantine is wide-ranging, substantial, and can be long lasting. This is not to suggest that quarantine should not be used; the psychological effects of not using quarantine and allowing disease to spread might be worse. However, depriving people of their liberty for the wider public good is often contentious and needs to be handled carefully. If quarantine is essential, then our results suggest that officials should take every measure to ensure that this experience is as tolerable as possible for people. This can be achieved by: telling people what is happening and why, explaining how long it will continue, providing meaningful activities for them to do while in quarantine, providing clear communication, ensuring basic supplies (such as food, water, and medical supplies) are available, and reinforcing the sense of altruism that people should, rightly, be feeling. Health officials charged with implementing quarantine, who by definition are in employment and usually with reasonable job security, should also remember that not everyone is in the same situation. If the quarantine experience is negative, the results of this Review suggest there can be long-term consequences that affect not just the people quarantined but also the health-care system that administered the quarantine and the politicians and public health officials who mandated it. The Lancet
Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup. The flavor is richer. Ran
Traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people. Xi Jinping
What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Melissa Chen
Wet markets, like the one in Wuhan that was ground zero for the COVID-19 pandemic raging across the globe, are common throughout Asia. The larger newly-industrialized cities in China play host to hundreds of such markets, providing fresh produce and meat but also functioning as social nuclei. Dubious food safety and hygiene standards aside, what made the Wuhan Seafood Market such a swarming petri dish for viral pathogens is the compendium of dead and live wildlife that were kept in close proximity, sometimes festering in their own fecal matter. Pictures and video clips circulated on Weibo and other social media platforms showed the range of animals on sale — wolf pups, rats, peacocks, raccoons, porcupines, snakes, crocodiles and foxes, all jammed side-by-side in flimsy cages awaiting their own slaughter, making it easy for zoonotic diseases to leap from species to species and from animals to humans. Scientists believe that the pangolin, an endangered Southeast Asian mammal that looks like the lovechild of a scaly anteater and an armadillo, was the intermediary that helped bridge the novel coronavirus’s jump from its original host, bats, to humans. To date, the virus has infected more than 200,000 and killed more than 8,000 people worldwide. The Chinese preference for wet markets and exotic wildlife has deep social, historical and cultural roots. Around 1960, Chairman Mao’s disastrous Great Leap Forward led to agricultural collapse and the starvation of tens of millions of people, a trauma that continues to make an indelible print on China’s collective psyche today. For one, it necessitated a scarcity mindset. Under starvation conditions, does it really matter what vessel of bodily flesh was delivering your next caloric intake? Why would you squander any body part? There’s an old Cantonese saying that goes, ‘anything that walks, swims, crawls, or flies with its back to heaven is edible’. The myth that freshly killed animals taste superior is very pervasive, particularly among the older generation. ‘Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup,’ a 60-year-old woman named Ran told Bloomberg while shopping at a Chinese wet market. ‘The flavor is richer.’ Perhaps because home refrigeration only became widespread in China in the last few decades, Chinese folks with rural roots still associate freshness with how recently the meat was slaughtered. This is why sellers keep their animals alive and only butcher them before their customers’ eyes. As for what’s driving the demand for exotic wildlife, we need only look to Traditional Chinese Medicine (TCM) which is very widely-adopted in China and among the Chinese diaspora. Its philosophical roots can be traced all the way back to the ancient text The Yellow Emperor’s Classic of Medicine, written roughly 2,000 years ago. This is the source material that lays out the various therapeutic effects of specific wild animal parts and suggests that consuming exotic meats confers wealth and status upon its devotee. What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Meanwhile, Beijing continues to aggressively promote TCM both internationally and domestically, in a bid to project nationalistic pride and soft power. Late last year, the state-run China Daily news website reported Xi Jinping saying that ‘traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people’. Most recently, Chinese officials have also been touting the success of deploying TCM methods to treat over half of the hospitalized COVID-19 patients in Hubei province, an ironic move given that it was the very indulgence of magical belief in traditional remedies that most likely caused the coronavirus outbreak in the first place. To its credit, the Chinese government has since taken swift action to close down some 20,000 wildlife farms and punish over 2,000 people for wildlife crimes since COVID-19 broke out uncontrollably. They have also temporarily banned the wildlife trade until the epidemic is over, but not without carving out exceptions for wild animals for the purposes of TCM. Unless this loophole is closed, people can and will simply abuse the system and use TCM as an excuse to smuggle in more meat and partake in the trade. Meanwhile, several articles have decried the problematic ways in which Chinese eating and hygiene habits have been discussed in light of the outbreak, especially because they may lead to stereotyping Chinese people as a whole for being barbaric and uncivilized. These stereotypes, they fear, will only end up fueling xenophobia and racism. The temptation here is to avoid falling into the trap of cultural relativism. It’s perfectly appropriate to criticize China’s rampant consumption of exotic animals, lack of hygiene standards and otherwise risky behavior that puts people at risk for zoonotic infections. Until these entrenched behaviors based on cultural or magical beliefs are divorced from Chinese culture, wet wildlife markets will linger as time-bombs ready to set off the next pandemic, which in a globalized age is proving only too easy to do. We already know that more than 75 percent of emerging diseases originate in animals and that in the last century, at least 10 infectious diseases jumped from animals to people. China should be aghast at its role setting off the global domino effect at Wuhan Seafood Market in late 2019. After countless infections and death, the obliteration of trillions of dollars and the radical retooling of modern life as we know it, the least China could do is introduce higher food safety regulations, eradicate all wet markets and ban the wildlife trade, once and for all. Melissa Chen
As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)
Epidémie de grippe saisonnière: une surmortalité de 21.000 décès cet hiver. France Soir (01/03/2017)
En dépit d’une loi qui l’interdit, la Cour constitutionnelle a décrété mercredi que le suicide assisté peut être jugé licite en Italie si une série de conditions sont réunies, une décision qualifiée de « victoire » par les partisans de l’euthanasie. Dans une sentence très attendue, la haute cour a estimé que l’aide au suicide « n’est pas punissable » quand sont respectés « le consentement éclairé » de la personne, « les soins palliatifs », « la sédation profonde » ainsi qu’un contrôle (« vérification de ces conditions et des modalités d’exécution » du suicide assisté) effectué par les autorités de santé publique après « avis du comité éthique » local. La Cour a souligné que l’aide au suicide ne peut concerner que des patients « maintenus en vie par des traitements vitaux et atteints d’une pathologie irréversible, source de souffrances physiques et psychologiques jugées insupportables, mais pleinement en mesure de prendre des décisions libres et conscientes ». La Cour a aussi précisé que sa décision était prise « dans l’attente d’une intervention indispensable du législateur », demandant donc au parlement de modifier la législation en vigueur. En Italie, pays à forte tradition catholique, l’euthanasie est interdite et le code pénal punit « l’instigation ou l’aide au suicide » avec des peines comprises entre 5 ans et 12 ans de prison. Les juges constitutionnels étaient saisis du cas de Marco Cappato, un responsable du Parti radical (historiquement favorable à l’avortement et à l’euthanasie), qui avait conduit un célèbre DJ italien en Suisse en 2017 pour un suicide assisté. Fabiano Antoniani, dit DJ Fabo, grand voyageur, pilote de moto-cross et musicien, était resté tétraplégique et aveugle après un accident de la route en 2014. « A partir d’aujourd’hui nous sommes tous plus libres, y compris ceux qui ne sont pas d’accord » avec l’euthanasie, s’est félicité M. Cappato sur Facebook, évoquant une « victoire de la désobéissance civile ». « Pour moi aider DJ Fabo était un devoir, la Cour a établi que c’était son droit », a-t-il ajouté. Beppino Englaro, papa d’Eluana, plongée dans un état végétatif et qui fut entre 2008 et sa mort en 2009 un symbole de la lutte pour l’euthanasie, a salué en M. Cappato « un pionnier qui a ouvert la voie vers l’établissement d’un droit ». Le Point
En Italie, le patient « zéro » n’a pas pu être identifié. Seul le patient «un» est connu: un cadre de 38 ans, pris en charge au service des urgences de Codogno, en Lombardie et qui semble avoir été un amplificateur majeur de la diffusion initiale du nouveau coronavirus. On ignore toutefois comment cet homme a contracté l’infection, n’ayant pas voyagé lui-même dans une zone à risque, ni fréquenté des personnes déjà malades. Une hypothèse évoque une contamination à Munich, en Allemagne, auprès d’une personne en provenance de Shanghai. « Le virus est probablement arrivé d’un autre pays européen, donc pas directement de Chine. Puis il a circulé de façon souterraine de fin janvier au 21 février, explique le Pr Massimo Galli chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Luigi Sacco (Milan). Il s’est diffusé de façon très efficace dans la zone rouge, sans qu’aucune mesure de contrôle ne soit mise en place. » À ce stade, les premiè·res malades n’ont donc pas été diagnostiqué·es, leurs symptômes pouvant être assimilés à de simples grippes saisonnières. Ce n’est que dans la dernière semaine de février qu’une première alerte a pu être donnée, notamment grâce à Attilio Fontana, président de la Lombardie, qui a annoncé s’être mis de lui-même en quarantaine, un de ses collaborateurs ayant été infecté par le virus. Il a alors annoncé cette décision sur Facebook via une vidéo où on le voit en train de mettre un masque chirurgical. Plus de 300 personnes avaient alors déjà été testées positives en Lombardie. On devait également découvrir que l’Italie n’avait pas fait de véritable contrôle des retours d’Italien·nes en provenance de Chine en janvier. Le gouvernement avait certes interdits certains vols, mais des Italien·nes qui étaient en Chine sont rentré·es en Italie par des voies différentes, via d’autres pays –de même que des citoyen·nes chinois·es ont pu venir par ces mêmes voies en Italie. « Je crois que nous avons fait des erreurs, reconnaît Mateo Renzi. L’Italie était la première à décider d’arrêter les vols entre la Chine et l’Italie en janvier. Cette décision semblait une très bonne décision mais c’était seulement un bloc de vols directs. Mais beaucoup de Chinois ont décidé d’arriver en Italie avec d’autres vols. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’arrêter les vols directs. Ce qui est nécessaire, c’est d’arrêter les occasions de rendez-vous, les échanges. Aujourd’hui, c’est plus important de fermer les écoles que les vols directs. » Ce fut l’une des premières explications avancées par les spécialistes italien·nes pour expliquer la situation de leur pays: on y pratiquait beaucoup plus de tests de dépistage que dans les autres pays d’Europe. Ainsi, les patient·es présentant des symptômes mais ne nécessitant pas d’hospitalisation étaient d’emblée comptabilisé·es. (…) Les explications des spécialistes italien·nes peuvent sans aucun doute expliquer l’augmentation du nombre de cas détectés en Italie. Pour autant elles ne suffisent pas à expliquer l’important taux de mortalité du coronavirus observé dans le pays. Une analyse complète publiée le 17 février par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCDC) établit que le taux de létalité du Covid-19 augmente avec l’âge: 3,6% chez les 60-69 ans, 8% chez les 70-79 ans et 14,8% chez les plus de 80 ans. Or on sait que la population italienne est celle dont la moyenne d’âge est la plus élevée de l’Union européenne. Près d’un·e Italien·ne sur quatre (23%, contre 19,6% en France –données Eurostat) est âgé·e de plus de 65 ans. Et au niveau mondial, l’Italie occupe la deuxième place derrière le Japon. Est-ce suffisant pour expliquer le nombre important de cas et de décès observés dans le pays? Les avis des spécialistes, ici, divergent. (…) La situation ainsi créée met avant tout en lumière les difficultés massives rencontrées par un système sanitaire devant, en urgence, répondre à un afflux massif et brutal de malades. La leçon est d’autant plus importante que ce phénomène a concerné la Lombardie, l’une des régions les plus riches d’Europe et les mieux équipées, en infrastructures comme en compétences. « S’il y a autant de morts, c’est que nous n’avons pas réussi à les soigner, estime l’épidémiologiste italien Carlo La Vecchia. En Italie, les services sanitaires ne sont plus en mesure de fournir d’assistance respiratoire. Il n’y a pas assez d’appareils, mais surtout il n’y a pas assez de personnel en mesure de les utiliser. Nous manquons de structures adaptées. » (…) L’un des meilleurs systèmes de santé au monde, celui de la Lombardie, est à deux pas de l’effondrement», explique le Dr Pesenti dans une interview au quotidien milanais Il Corriere della Sera. (…) « C’est un cauchemar, confie le Dr Bassetti. Nous avons beaucoup de patients âgés avec des comorbidités, mais nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, qui souffrent de pneumonies avec une insuffisance respiratoire», explique le médecin, ce qui requiert «une ventilation pendant une semaine ou deux ». (…) Il faut se rappeler que la pandémie de grippe de 1918 (très bien étudiée aux États-Unis) avait diffusée en trois vagues successives. La première (fin du printemps 1918) souvent appelée «annonciatrice» avait des caractéristiques qui ressemblent un peu à la dynamique observée actuellement avec le Covid-19. La deuxième (au début de l’automne 1918) fut la plus haute et la plus meurtrière. Quant à la troisième (hiver 1918-1919) elle fut plus haute que la première, mais inférieure à la deuxième. Un tel scénario est tout à fait envisageable désormais avec le Covid-19. Nous assisterions alors aujourd’hui à des soubresauts un peu erratiques qui ne seraient que le tout début d’un processus qui s’annoncerait prolongé mais long et entrecoupé de répits durant les périodes estivales, au moins dans les latitudes tempérées. Un élément plaide pour une telle «pause estivale»: c’est le calme relatif actuellement observé dans l’hémisphère sud. Cette hypothèse se verrait renforcée si nous devions observer, à l’approche de l’hiver austral (juin-septembre), une émergence marquée de l’activité virale en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Amérique Latine. Slate
L’âge moyen des personnes décédées en Italie et testées positives au Covid-19 est de 79,5 ans et les hommes représentent 70% des morts, a annoncé l’Institut supérieur de la santé (ISS) qui publie régulièrement ses statistiques. Sur un échantillon de 2.003 morts, sur les 2.503 que le pays avait enregistrés mardi, 707 se trouvaient dans la tranche d’âge 70-79 ans, 852 dans la tranche d’âge 80-89 ans et 198 ont plus de 90 ans, selon un communiqué de l’ISS. « Dix-sept personnes positives au Covid-19 de moins de 50 ans sont mortes. En particulier, cinq de ces personnes avaient moins de 40 ans, toutes de sexe masculin, avec un âge compris entre 31 et 39 ans, avec de graves pathologies précédentes », précise l’ISS. Recensant une dizaine de pathologies les plus courantes relevées sur les personnes décédées, dont les plus fréquentes sont l’hypertension, le diabète ou la cardiopathie ischémique, l’ISS souligne que 48,5% des personnes décédées souffraient de 3 ou plus de ces pathologies et 25,6% de 2 pathologies. Seulement 0,8% des personnes, trois au total, n’avaient aucune pathologie, selon la même source. AFP
85 ans en France, contre 77 ans en Bulgarie : l’espérance de vie à la naissance des femmes connaît de grandes disparités en Europe. Le constat est identique en ce qui concerne les hommes. Les Françaises ont une espérance de vie de 85,3 ans à la naissance (données 2011), contre 77,8 ans pour les Bulgares. Chez les hommes, les Suédois et les Italiens peuvent espérer vivre un peu plus de 79 ans, contre aux alentours de 71 ans pour les Hongrois, Roumains et Bulgares. Au sein de l’Europe, les populations les mieux loties ont une longévité supérieure d’environ 9 ans à celles pour qui l’espérance de vie est la moins élevée. Les écarts sont aussi marqués entre hommes et femmes : les Français ont une espérance de vie à peine supérieure aux Roumaines. Mais les disparités entre les sexes ne sont pas équivalentes au sein de chaque pays : de près de 5 ans en Grèce et de 4 ans en Suède, on passe à 7 et 8,5 ans respectivement en France et en Pologne. Quelques changements apparaissent dans la hiérarchie des pays dès lors que l’on tient compte de l’espérance de vie en bonne santé. Cet indice mesure le nombre d’années qu’une personne peut potentiellement vivre sans subir de handicaps majeurs. Dans ce cas de figure, les écarts entre les femmes et les hommes se réduisent considérablement. L’espérance de vie en bonne santé est même supérieure pour les hommes en Suède (69,2 contre 68,7 années pour les femmes). Les Portugaises ont l’espérance de vie la plus faible, avec 57,2 années. Pour les hommes, ce sont les Autrichiens qui connaissent le niveau le plus bas (58 ans). Mais attention, il s’agit d’indicateurs subjectifs : ce sont les personnes interrogées qui indiquent être ou non en bonne santé. La perception d’être en « bonne » santé peut varier d’un pays à un autre. Inégalités
Si seulement il avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! Caissière
Nous, les ouvriers, on nous dit : ‘Allez travailler !’ Alors que les cadres travaillent depuis chez eux. M. Leroy (élu CGT, Wattrelos)
La seule consigne que nous avons est de ne pas faire signer les clients sur nos téléphones. Pour le reste, c’est comme si de rien n’était : nous n’avons pas de mètre de sécurité car c’est impossible à appliquer, nous continuons le tri côte-à-côte. [Le gel hydroalcoolique] en tournée il est impossible de s’en servir toutes les demi-heures où dès que l’on touche une lettre ou un colis: Nous n’avons aucun gant ni masque, on nous dit que le masque n’est pas obligatoire. Les voitures sont partagées et non désinfectées, nous sommes ensemble 6 jours sur 7 sans protection, nous touchons les sonnettes, les portes… Nos chefs s’en fichent royalement, les syndicats nous disent que nous ne pouvons pas appliquer le droit de retrait car toutes les mesures de sécurité sont prises… Du gel hydroalcoolique  ! En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie. Et pourtant, j’aime mon travail. Ils sont en train de nous dégoûter. Je suis tellement déçue. Factrice
« Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres. » « Le confinement, c’est pour les riches. » « On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. » Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures. Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, « tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail », pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l’impression d’être « envoyé au front », dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance. Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D’après le ministère du Travail, c’est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : « On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres », dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? (…) Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on « laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées », souligne Laurent Degousée.  « Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ? » Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des « travailleurs sacrifiables pour du récréatif ».  LCI

Quel monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

A l’heure où avec 372 morts en deux mois pour la France …

Contre 21 000 pour l’hiver d’il y a trois ans …

Et une moyenne d’âge des décès en Italie de 79,5 ans

Dont 99, 2% à une ou plusieurs comorbidités …

Pour la pire réplique sur le continent européen de l’épidémie chinoise, initialement cachée, du coronovirus …

Pour cause, dans l’une des régions les plus riches d’Italie, du manque d’isolement des premiers malades

Mais au moment aussi où la grogne monte, pendant que les riches se prélassent ou télétravaillent dans leurs gentilhommières, de toute une chair à canon de petits métiers

Comment ne pas voir …

Non seulement l’incroyable disproportion …

Mais la véritable hystérie collective …

En une Europe où, sur fond d’appel à la décroissance, certains se battent, y compris en Italie, pour la généralisation de l’euthanasie active ou passive …

D’un pays prêt, via le confinement prolongé forcé, au suicide économique et au sacrifice de la totalité de ses forces vives…

Pour sauver en un hiver un peu plus rigoureux que d’habitude …

Habitudes culinaires et médicinales si particulières de nos amis chinois obligent …

Ses octogénères ???

Epidémie de grippe saisonnière: une surmortalité de 21.000 décès cet hiver
France Soir
01/03/2017

« Cette hausse » de la mortalité, toutes causes confondues, « concerne quasi-exclusivement les personnes âgées de 65 ans ou plus », a précisé l’agence de santé publique. « La très grande majorité de ces décès sont liés à la grippe », directement ou indirectement, estimait la semaine dernière, lors d’un précédent bilan, Daniel Levy-Bruhl, responsable de l’unité infections respiratoires à l’agence sanitaire. La surmortalité s’élevait alors à 19.400, selon ce précédent bilan. Le nombre de cas de grippe n’a pas été particulièrement important cette année (1,9 million de consultations), mais ils ont été « quasiment exclusivement occasionnés par un virus de la famille H3N2, particulièrement dangereux pour les personnes les plus fragiles », a expliqué l’épidémiologiste. Cette caractéristique a provoqué un taux d’hospitalisation important, en particulier chez les personnes âgées, à l’origine d’un engorgement dans certains hôpitaux au cours des dernières semaines de 2016. En France métropolitaine, la semaine dernière, le taux d’incidence des cas de syndromes grippaux vus en consultation de médecine générale a été estimé à 52 cas pour 100.000 habitants, en dessous du seuil épidémique (150 cas pour 100.000 habitants)…

 Voir aussi:

Italie: l’âge moyen des décédés du virus est de 79,5 ans

L’âge moyen des personnes décédées en Italie et testées positives au Covid-19 est de 79,5 ans et les hommes représentent 70% des morts, a annoncé l’Institut supérieur de la santé (ISS) qui publie régulièrement ses statistiques. Sur un échantillon de 2.003 morts, sur les 2.503 que le pays avait enregistrés mardi, 707 se trouvaient dans la tranche d’âge 70-79 ans, 852 dans la tranche d’âge 80-89 ans et 198 ont plus de 90 ans, selon un communiqué de l’ISS. « Dix-sept personnes positives au Covid-19 de moins de 50 ans sont mortes. En particulier, cinq de ces personnes avaient moins de 40 ans, toutes de sexe masculin, avec un âge compris entre 31 et 39 ans, avec de graves pathologies précédentes », précise l’ISS. Recensant une dizaine de pathologies les plus courantes relevées sur les personnes décédées, dont les plus fréquentes sont l’hypertension, le diabète ou la cardiopathie ischémique, l’ISS souligne que 48,5% des personnes décédées souffraient de 3 ou plus de ces pathologies et 25,6% de 2 pathologies. Seulement 0,8% des personnes, trois au total, n’avaient aucune pathologie, selon la même source…

 Voir également:

Qui vit le plus longtemps en Europe ?

Données 25 août 2011

85 ans en France, contre 77 ans en Bulgarie : l’espérance de vie à la naissance des femmes connaît de grandes disparités en Europe. Le constat est identique en ce qui concerne les hommes.

Europe Conditions de vie

Les Françaises ont une espérance de vie de 85,3 ans à la naissance (données 2011), contre 77,8 ans pour les Bulgares. Chez les hommes, les Suédois et les Italiens peuvent espérer vivre un peu plus de 79 ans, contre aux alentours de 71 ans pour les Hongrois, Roumains et Bulgares. Au sein de l’Europe, les populations les mieux loties ont une longévité supérieure d’environ 9 ans à celles pour qui l’espérance de vie est la moins élevée. Les écarts sont aussi marqués entre hommes et femmes : les Français ont une espérance de vie à peine supérieure aux Roumaines. Mais les disparités entre les sexes ne sont pas équivalentes au sein de chaque pays : de près de 5 ans en Grèce et de 4 ans en Suède, on passe à 7 et 8,5 ans respectivement en France et en Pologne.

Espérance de vie à la naissance en Europe
Unité : années
Femmes Hommes Écart femmes/hommes
Pays-Bas 83,2 79,9 3,3
Royaume-Uni 82,8 79,2 3,6
Suède 84,1 80,4 3,7
Norvège 84,2 80,5 3,7
Irlande 83,4 79,6 3,8
Danemark 82,7 78,8 3,9
Italie 84,9 80,3 4,6
Belgique 83,4 78,7 4,7
Allemagne 83,1 78,3 4,8
Autriche 83,7 78,8 4,9
Grèce 83,7 78,5 5,2
Union européenne (28 pays) 83,3 77,9 5,4
Espagne 85,7 80,1 5,6
Finlande 84,4 78,7 5,7
Portugal 84,3 78,1 6,2
France 85,5 79,2 6,3
Hongrie 79,0 72,3 6,7
Pologne 81,6 73,5 8,1
Source : Eurostat – Données 2015 – © Observatoire des inégalités

Quelques changements apparaissent dans la hiérarchie des pays dès lors que l’on tient compte de l’espérance de vie en bonne santé. Cet indice mesure le nombre d’années qu’une personne peut potentiellement vivre sans subir de handicaps majeurs. Dans ce cas de figure, les écarts entre les femmes et les hommes se réduisent considérablement. L’espérance de vie en bonne santé est même supérieure pour les hommes en Suède (69,2 contre 68,7 années pour les femmes). Les Portugaises ont l’espérance de vie la plus faible, avec 57,2 années. Pour les hommes, ce sont les Autrichiens qui connaissent le niveau le plus bas (58 ans). Mais attention, il s’agit d’indicateurs subjectifs : ce sont les personnes interrogées qui indiquent être ou non en bonne santé. La perception d’être en « bonne » santé peut varier d’un pays à un autre.

Espérance de vie en bonne santé
Unité : années
Femmes Hommes
Suède 68,7 69,2
Royaume-Uni 66,3 65
Grèce 65,8 65,4
Bulgarie 65,5 61,9
Irlande 65 63,2
France 64,2 62,4
Belgique 63,8 63,2
Espagne 63,3 63,8
Pologne 62,6 58,4
Roumanie 62,6 60
Union européenne 62 60,9
Italie 61,2 62,4
Danemark 60,7 62,3
Pays-Bas 59,8 62,4
Autriche 59,5 58
Finlande 59,4 58,6
Hongrie 58 54,6
Allemagne 57,4 55,8
Portugal 57,2 59
Source : Eurostat – 2008

On sait en réalité assez mal expliquer ces écarts. L’espérance de vie tient à de très nombreux facteurs, où se mêlent l’accès aux soins, les conditions et la durée du travail, les modes de vie (consommation de tabac, d’alcool, etc.), etc. La qualité du système de soins ne joue que très partiellement, ce qui explique par exemple que l’espérance de vie des Polonaises soit proche de celle des Danoises, alors que leur système de santé n’est pas comparable.

Voir de plus:

Italie: la Cour constitutionnelle rend possible le suicide assisté

Le Point/AFP

Voir encore:

Les différentes législations et pratiques de l’euthanasie en Europe

Alors que des heurts ont opposé mardi 10 février des manifestants anti et pro-euthanasie en Italie après la mort d’Eluana, devenue le symbole de la lutte pour le droit de mourir, état des lieux des différentes pratiques de l’euthanasie.

L’Obs

En Europe, seuls les Pays-Bas et la Belgique ont légalisé l’euthanasie, la Suisse la tolère tandis qu’au Luxembourg le processus de légalisation est en cours.

– Les pays qui ont légalisé l’euthanasie

Le 1er avril 2002, les Pays-Bas deviennent le premier pays au monde à légaliser l’euthanasie: la loi exempte le médecin de poursuites judiciaires s’il respecte certains « critères de minutie ».
La Belgique suit en septembre 2002.
Le 18 décembre 2008, les députés luxembourgeois se sont prononcés en faveur de la légalisation de l’euthanasie, en cas de situation médicale « sans issue », mais l’interdisent pour les mineurs. La validation du texte, auquel s’oppose le grand-duc Henri, pourrait prendre du temps, une loi réduisant ses pouvoirs n’étant pas entrée en vigueur.

– Les pays qui interdisent l’euthanasie mais autorisent une forme d’aide à la mort

En Italie, l’euthanasie est interdite. Le droit de refuser des soins est reconnu par la Constitution.
En France, la Loi Leonetti du 22 avril 2005 a instauré un droit au « laisser mourir », sans permettre aux médecins de pratiquer l’euthanasie.
En Suisse, un médecin peut fournir à un malade condamné et désirant mourir une dose mortelle d’un médicament qu’il prendra lui-même.
En Grande-Bretagne, l’euthanasie est interdite. Depuis 2002, la justice autorise l’interruption des soins dans certains cas.
En Allemagne, l’euthanasie passive, comme le fait de débrancher une machine n’est pas illégale si le patient a donné son consentement. La situation est sensiblement la même en Autriche.
En Espagne, l’euthanasie n’est pas autorisée mais la loi reconnaît aux malades le droit de refuser d’être soignés. Le gouvernement, après avoir envisagé une légalisation du suicide assisté, a indiqué en janvier qu’il ne prévoyait pas de loi en la matière sous cette législature.
Au Portugal, l’euthanasie comme le suicide assisté sont considérés par le code pénal comme des homicides qualifiés. Selon le nouveau code déontologique des médecins, adopté en janvier, « l’utilisation de moyens extraordinaires pour maintenir la vie » peut être interrompue en cas de mort cérébrale ou à la demande du malade, mais en aucun cas l’hydratation ou l’alimentation même administrées artificiellement.
En Norvège, un médecin peut décider de ne pas traiter un patient agonisant à sa demande, ou, s’il ne peut communiquer, à celle de ses proches.
Au Danemark, depuis fin 1992, on peut faire un « testament médical » que les médecins doivent respecter. En Suède, une assistance médicale au suicide est possible.
En Hongrie, les malades incurables peuvent refuser leur traitement ainsi qu’en République tchèque.
En Slovaquie, si « l’euthanasie et le suicide assisté sont inacceptables », le personnel médical « atténue la douleur des malades incurables et des mourants (…) et respecte les souhaits du patient en accord avec la législation ».

– Les pays où l’euthanasie est strictement interdite et qui ne prévoient pas d’aide à la mort

L’euthanasie est interdite en Grèce, comme en Roumanie, où elle est passible d’une peine allant jusqu’à sept ans de prison.
La Bosnie, la Croatie et la Serbie considèrent l’euthanasie comme un homicide qu’ils punissent.
En Pologne, l’euthanasie est passible de 3 mois à 5 ans de prison, mais « dans des cas exceptionnels » le tribunal peut appliquer une atténuation extraordinaire de la peine, voire renoncer à l’infliger.

Voir aussi:

Les riches à la maison, les pauvres envoyés au front ? Le sentiment d’injustice monte chez les non-confinés

GUERRE DES MONDES ? – Avec les mesures de confinement, se dessinent deux réalités pour les travailleurs : ceux qui peuvent se préserver, en télétravail, et ceux qui sont sur le terrain. Avec parfois, le sentiment d’y risquer leur santé.

« Quarantaine à deux vitesses : repos et loisirs pour les uns, précarité et risque sanitaire pour les autres. » « Le confinement, c’est pour les riches. » « On est 300 à bosser sur le site et les cadres sont en télétravail. Nous, qu’on se mette en danger, tout le monde s’en fout. » Les riches à l’abri, les pauvres au turbin ? Les aisés, en télétravail depuis leur maison secondaire du bord de mer, les précaires à l’usine ?  La formule est caricaturale, mais illustre ce sentiment diffus qui pointe, depuis quelques jours, chez certains travailleurs de terrain : deux salles, deux ambiances. Ou plutôt, deux poids, deux mesures.Car si Bruno Le Maire a appelé ce mardi, sur BFMTV, « tous les salariés des entreprises qui sont encore ouvertes, des activités qui sont indispensables au fonctionnement du pays, à se rendre sur leurs lieux de travail », pointe parfois, chez ceux qui sont mobilisés sur le terrain, l’impression d’être « envoyé au front », dans les usines, les bureaux, pour faire tourner la machine, et s’exposer, pendant que les autres, les confinés, préservent, au chaud et en télétravail, leur santé. Et tout ça pour très peu de reconnaissance.
Ils sont caissiers, ouvriers, préparateur de commandes, logisticien, travaillent dans les transports, le commerce, ce sont les invisibles, ceux qui travaillent dans les tréfonds des usines, ceux qui ont les mains dans le cambouis. D’après le ministère du Travail, c’est un peu plus de quatre emplois sur dix qui peuvent être exercés à distance. Mais dans la conjoncture actuelle, les remarques fusent : « On ne peut pas aller voir la grand-mère, ni la famille, mais par contre, vous pouvez aller bosser. Et empilés les uns sur les autres », dit un salarié. Lâchés seuls en première ligne ? L’incompréhension monte. Le sentiment d’injustice aussi. Tout ça prépare la colère, car ils se sentent en danger.A la RATP, c’est un salarié affecté au Poste de manœuvre local, qui dit : « Nous sommes déjà 7 et j’ai déjà croisé plus de 15 collègues ! Je ne suis pas en train de dire que je refuse de travailler, je souhaite et j’exige des précautions pour nous protéger. » A La Poste, c’est une employée qui travaille sur un site logistique, mêlant facteurs, colis et courriers, qui raconte l’inquiétude, et même la frayeur, qui s’insinue, peu à peu. « Un agent a signalé que son enfant avait 40 de fièvre et une toux, et que lui-même commençait à tousser. Il a demandé au chef de se mettre lui-même en quarantaine, il n’a pas voulu », nous confie-t-elle. « Donc, nous avons un cas possiblement porteur du virus avec nous. Un autre agent, dont la femme est suspectée de coronavirus, a été mis en quarantaine, mais personne au bureau n’est au courant, à part quelques-uns. Dans un bureau voisin, ils ont laissé partir une factrice avec de la fièvre en tournée. »
En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie– Une factrice
La Poste se veut rassurante : « Nous nous adaptons un peu tous les jours », indique-t-on à LCI, en insistant sur l’attention portée aux règles d’hygiène : « Seuls 1600 bureaux sont ouverts sur 7700 en France, nous faisons tourner les équipes avec certaines qui restent chez elles, pour ne pas exposer tout le monde. Et pour les 80% de facteurs qui continuent les tournées le matin, tout est fait pour qu’ils aient le moins de contacts possible: on ne fait plus signer sur les smartphones, on va se laver les mains chez les buralistes. Mais notre rôle est aussi de rassurer la population, il est hyper important. »Depuis le terrain, la factrice tique : « La seule consigne que nous avons est de ne pas faire signer les clients sur nos téléphones, raconte-t-elle. « Pour le reste, c’est comme si de rien n’était : nous n’avons pas de mètre de sécurité car c’est impossible à appliquer, nous continuons le tri côte-à-côte. » Elle a bien reçu des gels hydroalcoolique, la semaine dernière, « mais en tournée il est impossible de s’en servir toutes les demi-heures où dès que l’on touche une lettre ou un colis » : « Nous n’avons aucun gant ni masque, on nous dit que le masque n’est pas obligatoire. Les voitures sont partagées et non désinfectées, nous sommes ensemble 6 jours sur 7 sans protection, nous touchons les sonnettes, les portes…  » Elle est désabusée : « Nos chefs s’en fichent royalement, les syndicats nous disent que nous ne pouvons pas appliquer le droit de retrait car toutes les mesures de sécurité sont prises… Du gel hydroalcoolique  ! » Elle en rit jaune, vert, bleu, elle en grince : « En vérité nous sommes juste résignés à attendre la maladie », reprend-elle. « Et pourtant, j’aime mon travail. Ils sont en train de nous dégoûter. Je suis tellement déçue. »
C’est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre– Laurent Degousée, de Sud Commerce
Reste ce sentiment d’être envoyé au casse-pipe que perçoivent bien les syndicats, qui relaient depuis quelques jours ces inquiétudes. Que des commerces doivent ouvrir ? Aucun problème, c’est une évidence, pour Laurent Degousée, co-délégué de la fédération Sud-Commerces. « Je ne remets évidemment pas en cause le fait que, de Franprix à Carrefour, il faut que ce soit ouvert », explique le syndicaliste à LCI. « Mais les salariés travaillent dans des situation indigentes, malgré des mesures de protection extrêmement simples à mettre en œuvre. » « C’est une situation d’incurie, avec impréparation complète du côté des employeurs et du gouvernement », pointe-t-il. « En première ligne, on a le service public et les soignants, mais aussi 700.000 salariés de la distribution alimentaire. Et c’est une dinguerie ce qu’il se passe. Les salariés vont bosser la boule au ventre. »Le syndicaliste raconte pèle-mêle les témoignages qu’il n’arrête plus de recevoir : « Cela va des gens qui n’ont pas de gants, à ceux qui en ont, mais des gants pour le pain qui se déchirent au bout de dix minutes, à ceux qui n’ont pas de masques, parce qu’on leur dit que c’est anxiogène. Ce sont encore des salariés qui doivent s’acheter eux-mêmes le gel hydroalcoolique. Et ceux qui, quand ils en ont, ils ne disposent pas de temps de pause pour se laver les mains. » Il pointe aussi le non-respect des distances de sécurité, le fait qu’il n’y ait pas toujours d’agents de sécurité – alors que certains magasins ont vécu des incidents parfois violents… Ce sont, aussi des vitres de protection boutiquées avec du plastique et des films alimentaires… « Mais avant de vouloir fabriquer des vitres en plexiglas, donnez donc d’abord des gants ! » martèle-t-il.
Ce qui entretient encore plus particulièrement le sentiment d’injustice, c’est qu’on « laisse ouvrir des activités qui devraient être fermées », souligne Laurent Degousée.  « Le 14 mars, on a un arrêté qui indique la fermeture des commerces non utiles. Le 15, un autre arrêté liste les exceptions : les magasins de vapotage ont le droit d’être ouvert, la jardinerie, animalerie, la téléphonie mobile… On  se moque de qui ? » Qu’est-ce qui est utile, qu’est-ce qui ne l’est pas ? Pour certains salariés ou travailleurs, la réponse est toute trouvée : ils sont sacrifiés pour des besoins non-utiles. Les livreurs de plateformes se considèrent ainsi comme des « travailleurs sacrifiables pour du récréatif ».

La colère des salariés de terrain

Certains sites de production font face à une grogne des équipes, depuis quelques jours. Comme La Redoute, à Wattrelos dans le Nord où, explique 20 minutes Lille, 20 salariés ont débrayé mardi matin ; ou encore Amazon, particulièrement dans le collimateur des syndicats. Laurent Degousée y va à la sulfateuse pour « dénoncer l’attitude criminelle de la direction » : « La seule chose qu’ils ont, dans les entrepôts, ce sont des gants. Les mêmes qu’en temps normal, contre les coupures. Le respect de la distance minimale de sécurité, le fait de pouvoir se laver les mains, il n’y a rien. La seule mesure forte, c’est, à la cantine, de laisser un siège à côté de soi ! »De son côté, Amazon assure que la sécurité des personnels est « la priorité absolue », et souhaite aussi « pouvoir continuer à livrer les clients les plus touchés, dont beaucoup n’ont aucun autre moyen d’obtenir des produits essentiels. » Et rappelle les mesures prises : nettoyage de tous les installations, désinfection des postes au début et à la fin des shifts, l’aménagement des lieux de travail pour garder une « distance sociale », la mise en place de « pauses échelonnées » pour réduire le nombre de personnes dans les espaces de restauration.Pas suffisant pour la CFDT Amazon electrics : « Pour la direction, tout va bien, il faut travailler, quelques lingettes par-ci par-là, un peu de gel hydroalcoolique. Mais nous sommes des centaines de personnes à nous croiser chaque jour sur ces sites logistiques. » Et dénonce au passage des petits coups de pression : « Amazon en est à proposer des augmentations de salaire temporaires, jusqu’au 30 avril, pour faire venir les salariés. Les services RH Amazon menacent également les salariés faisant usage de leur droit de retrait. » Or, les syndicats appellent ainsi à ce droit de retrait : « L’activité d’Amazon n’est pas essentielle à la nation, les godemichets et DVD attendront quelques semaines pour être livrés », indiquait la CFDT dans un communiqué. D’autant que l’inquiétude sourd : « Plusieurs salariés Amazon sont désormais confinés chez eux car malades et suspectés de coronavirus », indique la CFDT.

Et le droit de retrait ?

Ce droit de retrait, souvent invoqué par les syndicats, reste délicat dans la pratique. Il est en effet prévu par le Code du travail, et permet à tout salarié de quitter son poste s’il s’estime soumis à un « danger grave et imminent », et que son employeur ne le protège pas. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, puis la ministre du travail Muriel Pénicaud, ont redit début mars que ce droit de retrait ne pouvait pas être invoqué dans le cas de l’épidémie en cours, si l’employeur a mis en place les précautions de sécurité sur le lieu de travail. Solliciter son droit de retrait dans ces conditions, c’est donc s’exposer sur le moment à une perte de salaire. Qui pourrait être invalidée par les Prud’hommes, mais dans de long mois. Ce qui rend beaucoup de salariés frileux, comme le raconte cet employé de la RATP : « J’ai milité auprès de mes collègues pour un droit de retrait afin de réclamer des mesures adéquates aux instructions données et également pour avoir des réponses aux questions qu’on se pose. Ils sont tous d’accord avec moi mais personne n’est prêt à exercer son droit ! »Dans certaines usines, le rapport de force se fait en faveur des ouvriers. Est-ce un effet de l’exemple italien, où des usines de tous secteurs se sont mises en grève la semaine dernière pour obtenir des règles de sécurité strictes et des protocoles de sécurité ? Quoi qu’il en soit, le constructeur automobile PSA a annoncé lundi qu’il fermait ses usines en Europe. Renault a stoppé l’usine de Douai dans la foulée. Chez Amazon, la mobilisation est lancée : selon les syndicats, environ 200 salariés du site de Douai (Nord) ont fait valoir mardi leur droit de retrait. Mercredi, ce sont 50% des CDI qui ont fait la même démarche ou étaient en débrayage à Montélimar (Drôme). En attendant, la CFDT prêche dorénavant pour une sorte grève du zèle… par l’hygiène, en appliquant les consignes à la lettre : 1 mètre entre chaque salarié, du gel hydroalcoolique à chaque changement de chariot, s’hydrater toutes les 15 minutes, et donc prévenir son manager qu’on va aux toilettes, nettoyer ses outils dès qu’ils changent… « Amazon veut qu’on vienne bosser, faisons-le sans penser productivité. »
Voir également:

Coronavirus : dans toute la France, les caissières en première ligne

Raphaëlle Rérolle , Marie-Béatrice Baudet , Béatrice Gurrey et Annick Cojean

Le Monde

22 mars 2020

Enquête La plupart des « hôtesses de caisse » n’ont pas cessé le travail depuis le début de l’épidémie, obligées de rester fidèles au poste, malgré la peur d’être exposées au virus.

Ces gants-là, ça ne vaut rien. Assise derrière la caisse, elle regarde sa main comme un objet étrange, dans un bref moment d’accalmie. Ces doigts en plastique transparent, beaucoup trop larges, la légère transpiration à l’intérieur… Elle l’agite comme une marionnette et on entend le froissement du plastique. Un peu plus tard, elle accepte de donner son numéro de téléphone pour raconter, à l’abri des oreilles indiscrètes, sa vie de caissière pendant l’épidémie.

Maintenant on dit « hôtesse de caisse », mais il faudrait, en temps de guerre contre le coronavirus, parler de bons petits soldats, voire de chair à canon, tant elles ont subi – ce sont des femmes à 90 % – l’assaut d’une clientèle devenue folle, juste avant le confinement, décrété mardi 17 mars à midi.

Elles sont de moins en moins nombreuses depuis dix ans dans les super et les hypermarchés, avec l’apparition des caisses automatiques. Une baisse d’environ 10 %, soit un bataillon de 150 000 équivalents temps plein, selon la Fédération du commerce et de la distribution. Mais il est chaque jour au front depuis que tous les commerces « non indispensables » ont fermé. On ne peut plus dire « l’intendance suivra ». Elle précède tout.

Bénédicte, le prénom qu’elle a choisi pour ne pas être reconnue, a 30 ans et travaille en Normandie pour une chaîne de supermarchés de hard discount. « Ce sont des gants de boulangerie, on s’en sert pour mettre les viennoiseries en rayon, question d’hygiène. On se protège comme on peut mais ce n’est pas pratique pour rendre la monnaie. » La jeune femme travaille là depuis plusieurs années, payée au smic avec un contrat de 30 heures : « C’était ça ou rien. Quand il y a un rush on fait un avenant au contrat. »

Du jamais vu

Pour un rush, c’en était un, du jamais vu. Une heure et demie de queue devant le magasin, dès que les rumeurs de confinement ont commencé à courir, vendredi. Lundi, ce fut bien pire. « J’avais l’impression qu’on n’allait pas s’en sortir. Forcément, la contamination on y pense. On est en communication avec les microbes », dit cette mère de deux jeunes enfants.

Ses journées durent dix heures. Après le paiement, les clients sont à touche-touche avec elle car les caisses n’ont pas de rebord, à dessein : « Faut que ça soit du tac au tac, que ça dégage vite. On doit passer 3 000 articles à l’heure, c’est l’objectif fixé. » Quand il y a moins de monde, Bénédicte fait le ménage ou de la mise en rayon. Pour la semaine du 23 mars, on leur a promis un bouclier de Plexiglas. Mais toujours pas de masques.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Nous, les ouvriers, on nous dit : “Allez travailler !” alors que les cadres travaillent depuis chez eux »

Des masques, il n’en manque pas dans cet hypermarché d’Ille-et-Vilaine. Au rayon frais, charcuterie et fromage, les deux vendeuses articulent haut et fort pour être comprises des clients. Jeudi, la circulation des chariots est plutôt fluide dans les allées, où des hommes, masqués eux aussi, réapprovisionnent les rayons.

Aux caisses, en revanche, le visage de Manon se montre à découvert. « J’ai essayé le masque mais ça me gêne, ça m’oppresse. Je n’en ai jamais porté, je n’ai pas l’habitude, c’est pas comme les soignants », explique la jeune femme, en apparence guère affolée.

Au sol, des lignes bleues marquent l’espacement obligatoire entre chaque chariot, « 1 mètre », répète une voix au micro. Nathalie, qui officie à la caisse prioritaire pour femmes enceintes et handicapées, apprécie cette précaution mais a renoncé au masque : « J’ai essayé, mais très vite je ne vois plus rien, tellement j’ai de buée sur mes lunettes. »

Petit salaire et horaires de fou

Ce sont les invisibles, les discrètes, les modestes. Les fragiles, souvent. Celles qui se perdent dans le décor, confondues avec la caisse qui semble faire le seul travail incontestable : compter. Celles à qui l’on ne reconnaît aucune expertise – et pourtant. « Les hôtesses de caisse, on passe pour des nulles, tranche Déborath, 38 ans. Mais s’il fallait que les clients prennent notre place, ils ne tiendraient pas cinq minutes. »

Elle travaille dans un hypermarché du Var, très saisonnier, la première ville est à 5 km. Elle aime bien rire, Déborath, mais il était temps qu’un peu de reconnaissance arrive, enfin, avec le virus : « Pour une fois, la roue tourne. Ils ont besoin de nous pour manger. C’est con hein, mais un merci et un bravo, c’est la première fois et ça fait du bien. » Elle raconte le petit salaire, les horaires de fou, les gens qui les prennent pour des idiotes « alors qu’il faut gérer les clients, les problèmes de prix, les conflits entre personnes ».

Déborath, caissière : « On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette »

Le jour de la grande ruée l’a mise en colère : « C’était genre fin du monde. On aurait dit qu’on allait tous mourir. Les gens se battaient pour des produits d’entretien et du papier toilette. S’il y en avait un de contaminé, on le sera tous. » Les trois agents de sécurité étaient débordés, les clients se servaient sur les palettes : « J’étais du soir, on est partis à 21 heures au lieu de 20 h 30. Il a fallu ramasser la cinquantaine de chariots abandonnés dans le magasin. » Puis tout remettre en rayon, sauf le frais et le surgelé, partis à la poubelle. Combien de manipulations ? Cela fait quelques jours maintenant, et cela semble une éternité : « On était très en colère contre l’humain ce jour-là. » Déborath se demande encore comment des clients ont pu faire, qui 650 euros de courses, qui 900 euros : « D’où ils les sortent ? »

« Ce que j’ai ressenti, c’est de la peur, de l’angoisse, du stress, malgré toutes les précautions prises ici », dit-elle. Peur de contaminer sa mère de 70 ans, avec laquelle elle vit. Angoisse de voir resurgir une crise de polyarthrite, dont elle-même est atteinte. Stress de journées qui ne ressembleront plus à celles d’avant. Que faire aujourd’hui de ces deux heures de pause qui lui permettaient d’aller à la plage ou d’aller se balader dans le centre commercial ?

C’est un sujet de discussion avec le directeur du magasin, qui s’est montré exemplaire, assure la trentenaire : « Ça va être un moment compliqué à vivre ensemble et il n’a pas envie qu’on tombe malade. Sa femme travaille dans la santé. » Une entrée au lieu de trois habituellement, un système de barrières, des intérimaires embauchés, travail nocturne pour les manutentionnaires, « qui ont énormément apprécié, parce qu’ils ne sont plus en présence des gens », gants obligatoires, gel hydroalcoolique à disposition et conseils d’hygiène. Aux caisses, elles ne sont plus qu’une sur deux et les clients ne passent plus devant elles. Ils récupèrent leur marchandise au bout du comptoir, en passant par-derrière.

« Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film »

« L’ambiance est bizarre. Un client qui porte un masque, on se pose la question à chaque fois. Malade ou pas ? On se croirait dans un film mais ce n’est pas un film. » Cette atmosphère irréelle, presque de science-fiction, tient aussi aux confinements individuels improvisés dans les magasins, telles ces caissières de Chamalières (Puy-de-Dôme) entourées d’un habillage en cellophane, comme une sorte de cloche, ou les vitres de protection en Plexiglas, apparues ici ou là.

Ce n’est pas le cas partout. Aucun masque, aucune explication, aucune réunion, par exemple, dans ce grand magasin de proximité parisien. Une chaîne pourtant « branchée » qui s’est adaptée à son public de bobos. Une de ces femmes-troncs remarque, sans perdre son sourire, qu’on ne les a pas averties non plus du changement d’horaire, survenu du jour au lendemain pour avancer la fermeture du magasin, habituellement nocturne. Aucune instruction sur l’hygiène et les comportements à observer avec la clientèle. Les gants jetables que l’on a mis à leur disposition se trouent à la première occasion.

« La trouille au ventre »

Le directeur, lui, est parti en vacances et la chef du secteur caisses aussi. « Nous sommes livrées à nous-mêmes. Et j’ai la trouille au ventre, conclut une brune dynamique. On sait que la maladie circule parmi nos clients et qu’on finira par l’avoir. Comment faire autrement ? Ils sont proches de nous, on sent souvent leur souffle… »

Un client de ce quartier cossu lui a confié l’autre jour que sa fille, restée à la maison, avait le Covid-19. Il attendait peut-être du réconfort, mais il lui parlait à moins de 1 mètre, sans penser un instant qu’il la mettait en danger. Elle, elle l’avait bien en tête. « J’étais glacée d’angoisse mais je n’ai rien montré. C’est la règle. Et quand ils sont agressifs on serre les dents. Sinon, nous serions dans notre tort. »

Un droit de retrait ? Bien sûr que non ! Elles ont trop peur de perdre leur job, ces femmes, ces mères de famille, parfois célibataires ou divorcées. « Avec un loyer qui prend plus de la moitié de mon salaire net, 1 200 euros, je n’ai aucune marge de manœuvre », explique l’une d’elles.

Seules quelques mamans de très jeunes enfants ont demandé à ne pas venir pendant quelques jours. Une autre hôtesse nuance : « Ce n’est pas qu’une histoire d’argent. Les caissières ont aussi une conscience professionnelle ! On est là en temps de crise. On assure un service public. On ne flanche pas. »

« Si seulement Macron avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »

Elles ont noté – et approuvé – l’hommage appuyé du président de la République, Emmanuel Macron, aux personnels soignants, l’autre soir, à la télévision. Mais elles auraient aimé un mot, rien qu’un mot, pour les « obscurs », les « petites mains », les « chevilles ouvrières », qui contribuent à l’effort pour que le pays continue à manger, à boire, à vivre. « Si seulement il avait mentionné les caissières ! Vous n’imaginez pas comme on aurait été fières ! »

Dans ce magasin bio de Haute-Loire, situé dans une ville de 6 800 habitants, Maxime, le gérant, a reçu, lui, une avalanche d’instructions de sa chaîne, réactualisées plusieurs fois par jour, comme le lavage des mains tous les quarts d’heure. « Nous ne portons pas de gants, c’est un faux ami qui donne une impression de sécurité alors qu’on peut avoir les mains sales », détaille-t-il. Deux gros bidons de gel hydroalcoolique, fabriqué par une entreprise locale, attendent les clients à l’entrée. « Je ne suis pas angoissé du tout, assure Thomas, un caissier de 32 ans. Ce n’est pas dans ma nature et nos clients sont respectueux. »

Le port du masque peut être inconfortable quand on n’y est pas habitué, certains n’en portent donc pas. Ici à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), le 18 mars. LUCAS BARIOULET POUR LE MONDE

Mercredi 18 mars, Maxime, dépité de s’être vu refuser des masques à la pharmacie, s’est approvisionné en visières transparentes, celles dont on se sert pour éviter les projections dans les opérations de tronçonnage. Au petit supermarché voisin, les caissières portent toutes ces masques tant convoités et réservés aux soignants. « Ce sont des réserves de la dernière épidémie de grippe. Mais on en a peu, alors on les garde toute la journée », précise l’une d’elles. Il ne faut pourtant pas les conserver plus de quatre heures pour s’assurer de leur efficacité…

« Quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris »

Dans une moyenne surface du même département, les caissières s’ennuient un peu derrière leur vitre de Plexiglas, maintenant que l’heure du reflux a sonné. Se sentent-elles rassurées dans ce magasin dépeuplé ? « Bah, quand on voit des gens venir acheter une bouteille de bière toutes les deux heures, une par une, on se dit qu’ils n’ont rien compris », se désole Sylvie.

Au moins, se sentent-elles un peu mieux protégées que leurs collègues, à 15 km de là. De vagues morceaux de carton, de moins d’un mètre de côté, taillés dans de vieux emballages, ont été placés devant les caisses. « C’est tout ce que le gérant a trouvé pour nous protéger », déplore Monique.

La foule s’est évanouie et un aspirateur vrombit. Les caissières montent la garde derrière leur illusoire bouclier de carton. Angoissées mais étonnamment stoïques, quand des clients, âgés pour la plupart, passent leur tête sur les côtés pour mieux les entendre. Comme si le carton n’existait pas. Comme si l’épidémie n’existait pas. Comme si de rien n’était.

Voir enfin:

« Nous, les ouvriers, on nous dit : ‘Allez travailler !’ alors que les cadres travaillent depuis chez eux »

Alors que l’épidémie de coronavirus prend de l’ampleur, le gouvernement surveille de près le climat social, notamment dans le secteur de la grande distribution alimentaire où de nombreux salariés hésitent à se rendre au travail.

Audrey Tonnelier, Bertrand Bissuel, Juliette Garnier, Cécile Prudhomme, Perrine Mouterde, Eric Béziat, Véronique Chocron et Jordan Pouille

Le Monde

19 mars 2020 

Face à la pandémie liée au coronavirus, la colère gronde chez les salariés maintenus en poste, faute de pouvoir télétravailler. Et la peur tétanise de nombreux employés des secteurs jugés « essentiels ». PSA a fermé tous ses sites de production européens. Renault a suspendu la production de ses douze usines en France. Les manufactures Chanel sont à l’arrêt. « Alors, pourquoi pas nous ? », s’agace un manutentionnaire, Jean-Christophe Leroy, élu CGT de La Redoute. A Wattrelos (Nord), une trentaine des 50 salariés de l’entreprise de vente à distance ont alerté la société, mardi 17 mars, lors d’un débrayage au sein de ce site qui expédie ses colis. Malgré la réduction des effectifs, la fermeture des vestiaires pour éviter la promiscuité et la distribution de gants, « il est aberrant de nous faire travailler pour expédier des tee-shirts », juge M. Leroy.

Le président délégué du Medef s’alarme déjà d’un « changement d’attitude brutal » des salariés, depuis l’adoption de mesures de confinement mardi. Car « de nombreux salariés ont demandé à ce que leurs employeurs prennent des mesures d’activité partielle sans quoi ils exerceraient un droit de retrait », a déclaré Patrick Martin mercredi, à l’Agence France-Presse (AFP), se disant « très préoccupé » par la situation.

Conditions de sécurité insuffisantes

Chez Amazon, la fronde menace. Alors que le site de vente en ligne connaît un regain d’activité depuis la fermeture des magasins non alimentaires, samedi 14 mars, « les consignes contre le coronavirus ne sont pas respectées », assure Gaël Begot, élu CGT au sein de l’entrepôt du groupe américain, situé à Lauwin-Planque (Nord). Depuis mardi, des salariés Amazon s’y mobilisent contre les conditions de sécurité jugées insuffisantes et mal appliquées. Deux autres sites, à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire) et Montélimar (Drôme), sont aussi concernés, souligne Julien Vincent, délégué général CFDT Amazon. Plus d’une centaine d’employés ont exercé leur droit de retrait, estimant que le coronavirus les met en danger sur leur lieu de travail, selon la CFDT. SUD-Solidaires à Saran et la CGT à Lauwin-Planque l’envisagent aussi.

A Strasbourg, dans l’usine Punch Powerglide (ex-General Motors), qui fabrique des boîtes de vitesse, les élus du personnel ont croisé le fer avant d’obtenir le chômage partiel. « Deux de nos collègues, infectés, ont été hospitalisés », rapport Julien Laurent (CFDT). D’après lui, des « mesures de confinement de la fonderie » ont été réclamées par les salariés, car un ouvrier de cette unité est tombé malade. En vain. « Révoltés » par l’attitude de leur employeur et inquiets pour la santé du personnel, les élus du comité social et économique de l’entreprise ont exigé l’arrêt de l’activité, mardi. Toujours en vain. Mercredi matin, aux aurores, « tous les gens sont sortis et ont fait jouer leur droit de retrait », raconte M. Laurent. Leur initiative a alors porté ses fruits : Punch Powerglide va passer en chômage partiel durant quatre semaines.

Chez Valeo, la CFDT espère obtenir « la fermeture provisoire des sites de production », confie un élu, Ivan Estlimbaum, selon lequel dans toutes les usines de l’équipementier auto les distances de sécurité sur les chaînes d’assemblage ne sont pas respectées. Et les gants et gels hydroalcooliques manquent.

Ces équipements font aussi défaut dans les agences bancaires qui, elles, resteront ouvertes au public. Les banques ayant le statut d’opérateur d’importance vitale (OIV), leurs activités sont considérées comme indispensables pour la population qui doit conserver l’accès à son argent. « Compte tenu du statut OIV, les salariés qui se sentent en danger sur leur lieu de travail ne peuvent pas exercer leur droit de retrait », souligne Frédéric Guyonnet, le président national du syndicat SNB-CFE-CGC, pour qui l’angoisse est palpable.

Gants, masques, gel hydroalcoolique

Or, partout, gants, masques et bidons de gel hydroalcoolique font défaut. Et ce manque d’équipements alimente un fort sentiment d’injustice. Y a-t-il deux poids deux mesures dans une même entreprise ?, s’interrogent les ouvriers. « Nous, les ouvriers, on nous dit : Allez travailler !”, s’agace M. Leroy, élu CGT à Wattrelos, alors que les cadres travaillent depuis chez eux. »

« La protection des travailleurs en activité [est] un gros point noir », a résumé Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, sur France Inter, mercredi 18 mars. « Il y a des insuffisances », a-t-il relevé, plaidant pour que ceux qui poursuivent leurs activités soient équipés « de manière rapide. »

A défaut, l’exercice du droit de retrait – il est ouvert à tout salarié si la situation de travail présente un danger grave et imminent – pourrait vite prendre de l’ampleur, y compris au sein d’entreprises dites essentielles. Parce que La Poste a pris des mesures « insuffisantes pour protéger leur santé », selon le syndicat SUD-PTT, des préposés y ont eu recours dans des bureaux de poste de Loire-Atlantique, mais aussi à Grenoble. Des agents de la SNCF l’ont aussi exercé, reconnaît la société.

Face à ce phénomène, le gouvernement table sur l’instauration de l’état d’urgence sanitaire pour maintenir l’activité dans les entreprises « de secteurs particulièrement nécessaires à la sécurité de la nation ou à la continuité de la vie économique et sociale », selon le texte du projet de loi discuté, mercredi 18 mars après-midi, en conseil des ministres. Objectif : éviter un arrêt complet de l’économie tricolore, alors que la France s’impose des mesures de confinement pour lutter contre l’épidémie due au coronavirus.

Quelques heures avant la discussion du projet, Bruno Le Maire, ministre de l’économie, avait invité « tous les salariés des entreprises encore ouvertes et des activités indispensables au bon fonctionnement du pays nettoyage, traitement des eaux, industrie agroalimentaire, grande distribution à se rendre sur leur lieu de travail ».

Jeudi 19 mars, c’est Elisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, qui a publié une lettre ouverte aux agents et salariés de l’énergie, des transports, de l’eau et des déchets, dans laquelle elle loue leur « rôle fondamental pour la vie de la nation ».

Cette reconnaissance sera-t-elle suffisante, alors que les salariés du secteur de traitement des déchets commencent aussi à se mobiliser ? En Seine-Saint-Denis, chez Otus, filiale de Veolia, certains camions-poubelles sont restés au garage, mercredi 18 mars. Dix-huit éboueurs ont exercé leur droit de retrait, rapporte Abdelkader Dif, représentant du personnel CGT. En cause, entre autres : un nombre insuffisant de flacons de gel hydroalcoolique. « Quatorze pour 130 salariés. Nous travaillons par équipes de trois, ça ne fait même pas un gel par équipe ! »

« On ne veut pas y laisser notre peau »

Des employés de la Blanchisserie blésoise, près de Blois, envisagent eux aussi d’avoir recours à ce droit, assure Eric Gondy, secrétaire général Force ouvrière du Loir-et-Cher. Dans ce site industriel où, de jour comme de nuit, 180 opérateurs lavent le linge d’hôpitaux franciliens, « nous avons du gel, des gants, mais pas de masques », déplore l’un d’entre eux en évoquant « les chariots de draps souillés, parfois gorgés de sang et d’excréments » qui y sont triés. « Or si le linge sort parfaitement propre, les chariots de transport ne sont pas décontaminés comme il le faudrait et cela représente un risque pour les opérateurs. On sait tous qu’il faut continuer de traiter le linge pour ne pas paralyser les hôpitaux, mais on ne veut pas y laisser notre peau », explique ce dernier.

Qu’en sera-t-il dans les secteurs de la grande distribution, de ses fournisseurs et de ses transporteurs ? Le président de l’Association nationale des industries alimentaires (ANIA), Richard Girardot, a mis en garde mercredi contre d’éventuelles difficultés logistiques de nature à perturber le fonctionnement des magasins. Le gouvernement y surveille de près le climat social. « Il n’y a pas de problème d’approvisionnement aujourd’hui (…), mais il commence à y avoir une tension dans un certain nombre de supermarchés, de commerces, en matière de salariés », a reconnu le ministre des finances, Bruno Le Maire, à l’issue du conseil des ministres, mercredi soir.

Le gouvernement multiplie les gestes d’encouragement aux caissières, employés et manutentionnaires qui travaillent dans les grandes surfaces. Mercredi, le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, et M. Le Maire ont diffusé dans la matinée un message « d’encouragement et de reconnaissance » aux salariés du secteur, saluant leur « sens des responsabilités » qui permet « d’assurer aux Français qu’ils pourront se nourrir sainement et sans privation ». « Nous comptons sur vous », ont fait valoir les deux ministres en promettant qu’« en retour, l’Etat sera à [leurs] côtés pour traverser cette période difficile ».

En première ligne

Car, partout en France, en magasin, à l’entrée, derrière la caisse, en réserve ou lors des livraisons, les employés des supermarchés sont en première ligne. La foule se presse en magasins depuis plusieurs jours, accroissant les risques de propagation du virus. « Les employés sont très angoissés, mais ils viennent quand même », rapporte Laurence Gilardo, déléguée syndicale FO du Groupe Casino. Lundi 16 mars, Carrefour avait enregistré moins de 10 % d’absentéisme dans ses effectifs. Ont-ils toujours le choix ? « Certains magasins Leclerc mettent la pression sur les salariés pour qu’ils ne se mettent pas en arrêt pour s’occuper de leurs enfants », a dénoncé le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger.

Dans le secteur du transport, ce taux d’absentéisme ne cesse de croître. « Nous sommes un peu plus inquiets qu’hier [mardi] », déclare Alexis Degouy, délégué général de l’Union des entreprises transport et logistique de France. Est-ce aussi un effet collatéral de l’indemnisation élargie du chômage partiel ? A l’en croire, « c’est une très bonne mesure pour les salariés, mais elle fonctionne aussi comme une incitation à rester à la maison ».


Coronavirus: Quel fiasco du siècle ? (When we lock down the whole world with potentially tremendous social and financial consequences while the fatality rate in the one situation where an entire, closed, largely elderly population was tested did not exceed 1 % ?)

18 mars, 2020
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Vous entendrez parler de guerres et de bruits de guerres: gardez-vous d’être troublés, car il faut que ces choses arrivent. Mais ce ne sera pas encore la fin. Une nation s’élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, et il y aura, en divers lieux, des famines et des tremblements de terre. Tout cela ne sera que le commencement des douleurs. Alors on vous livrera aux tourments, et l’on vous fera mourir; et vous serez haïs de toutes les nations, à cause de mon nom. Jésus (Matt. 24: 6-9)
La logique des pandémies dans l’histoire a toujours été une logique de guerre. C’est une logique qui vise à la guerre entre les hommes à l’intérieur de la société et entre les hommes à l’extérieur de la société. C’est une logique de guerre civile et une logique de guerre entre les civilisations. Comme c’est une logique de guerre, je pense que les moyens doivent être aujourd’hui stockés non pas individuellement mais au niveau des états. Et que les états utiliseront les moyens dont ils disposent le jour où on en aura besoin. Si vous mettez du tamiflu partout, vous allez le retrouver vendu sur internet ou dérobé dans les pharmacies par des gangsters. (…) Qu’est-ce qu’on peut faire du tamiflu aujourd’hui alors que le tamiflu doit être gardé pour une pandémie et que la pandémie n’existe pas ? Imaginez de voir dans les pharmacies françaises du tamiflu pour un Français sur quatre ? Les gens se battraient pour en avoir, le revendraient, se le voleraient et tout ça pour une chose qu’ils ne sauraient même pas comment s’en servir le jour où ça viendrait. Ce serait une totale absurdité. Au contraire, il faut rassurer les populations en disant: les armes vont être stockées par les institutions étatiques, elle sont en lieu sûr, elles ne vont pas disparaitre et le jour où on en aura besoin, elles seront là. Jean-Philippe Derenne (23.10.2005)
​Les événements qui se déroulent sous nos yeux sont à la fois naturels et culturels, c’est-à-dire qu’ils sont apocalyptiques. Jusqu’à présent, les textes de l’Apocalypse faisaient rire. Tout l’effort de la pensée moderne a été de séparer le culturel du naturel. La science consiste à montrer que les phénomènes culturels ne sont pas naturels et qu’on se trompe forcément si on mélange les tremblements de terre et les rumeurs de guerre, comme le fait le texte de l’Apocalypse. Mais, tout à coup, la science prend conscience que les activités de l’homme sont en train de détruire la nature. C’est la science qui revient à l’Apocalypse. René Girard
L’avenir apocalyptique n’est pas quelque chose d’historique. C’est quelque chose de religieux sans lequel on ne peut pas vivre. C’est ce que les chrétiens actuels ne comprennent pas. Parce que, dans l’avenir apocalyptique, le bien et le mal sont mélangés de telle manière que d’un point de vue chrétien, on ne peut pas parler de pessimisme. Cela est tout simplement contenu dans le christianisme. Pour le comprendre, lisons la Première Lettre aux Corinthiens : si les puissants, c’est-à-dire les puissants de ce monde, avaient su ce qui arriverait, ils n’auraient jamais crucifié le Seigneur de la Gloire – car cela aurait signifié leur destruction (cf. 1 Co 2, 8). Car lorsque l’on crucifie le Seigneur de la Gloire, la magie des pouvoirs, qui est le mécanisme du bouc émissaire, est révélée. Montrer la crucifixion comme l’assassinat d’une victime innocente, c’est montrer le meurtre collectif et révéler ce phénomène mimétique. C’est finalement cette vérité qui entraîne les puissants à leur perte. Et toute l’histoire est simplement la réalisation de cette prophétie. Ceux qui prétendent que le christianisme est anarchiste ont un peu raison. Les chrétiens détruisent les pouvoirs de ce monde, car ils détruisent la légitimité de toute violence. Pour l’État, le christianisme est une force anarchique, surtout lorsqu’il retrouve sa puissance spirituelle d’autrefois. Ainsi, le conflit avec les musulmans est bien plus considérable que ce que croient les fondamentalistes. Les fondamentalistes pensent que l’apocalypse est la violence de Dieu. Alors qu’en lisant les chapitres apocalyptiques, on voit que l’apocalypse est la violence de l’homme déchaînée par la destruction des puissants, c’est-à-dire des États, comme nous le voyons en ce moment. Lorsque les puissances seront vaincues, la violence deviendra telle que la fin arrivera. Si l’on suit les chapitres apocalyptiques, c’est bien cela qu’ils annoncent. Il y aura des révolutions et des guerres. Les États s’élèveront contre les États, les nations contre les nations. Cela reflète la violence. Voilà le pouvoir anarchique que nous avons maintenant, avec des forces capables de détruire le monde entier. On peut donc voir l’apparition de l’apocalypse d’une manière qui n’était pas possible auparavant. Au début du christianisme, l’apocalypse semblait magique : le monde va finir ; nous irons tous au paradis, et tout sera sauvé ! L’erreur des premiers chrétiens était de croire que l’apocalypse était toute proche. Les premiers textes chronologiques chrétiens sont les Lettres aux Thessaloniciens qui répondent à la question : pourquoi le monde continue-t-il alors qu’on en a annoncé la fin ? Paul dit qu’il y a quelque chose qui retient les pouvoirs, le katochos (quelque chose qui retient). L’interprétation la plus commune est qu’il s’agit de l’Empire romain. La crucifixion n’a pas encore dissout tout l’ordre. Si l’on consulte les chapitres du christianisme, ils décrivent quelque chose comme le chaos actuel, qui n’était pas présent au début de l’Empire romain. (..) le monde actuel (…) confirme vraiment toutes les prédictions. On voit l’apocalypse s’étendre tous les jours : le pouvoir de détruire le monde, les armes de plus en plus fatales, et autres menaces qui se multiplient sous nos yeux. Nous croyons toujours que tous ces problèmes sont gérables par l’homme mais, dans une vision d’ensemble, c’est impossible. Ils ont une valeur quasi surnaturelle. Comme les fondamentalistes, beaucoup de lecteurs de l’Évangile reconnaissent la situation mondiale dans ces chapitres apocalyptiques. Mais les fondamentalistes croient que la violence ultime vient de Dieu, alors ils ne voient pas vraiment le rapport avec la situation actuelle – le rapport religieux. Cela montre combien ils sont peu chrétiens. La violence humaine, qui menace aujourd’hui le monde, est plus conforme au thème apocalyptique de l’Évangile qu’ils ne le pensent. René Girard
La prophétie de malheur est faite pour éviter qu’elle ne se réalise ; et se gausser ultérieurement d’éventuels sonneurs d’alarme en leur rappelant que le pire ne s’est pas réalisé serait le comble de l’injustice : il se peut que leur impair soit leur mérite. Hans Jonas
Annoncer que la catastrophe est certaine, c’est contribuer à la rendre telle. La passer sous silence ou en minimiser l’importance, à la façon des optimistes béats, conduit au même résultat. Ce qu’il faudrait, c’est combiner les deux démarches : annoncer un avenir destinal qui superposerait l’occurrence de la catastrophe, pour qu’elle puisse faire office de dissuasion, et sa non-occurrence, pour préserver l’espoir. C’est parce que la catastrophe constitue un destin détestable dont nous devons dire que nous n’en voulons pas qu’il faut garder les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. Jean-Pierre Dupuy
The history of human coronaviruses began in 1965 when Tyrrell and Bynoe found that they could passage a virus named B814. It was found in human embryonic tracheal organ cultures obtained from the respiratory tract of an adult with a common cold. The presence of an infectious agent was demonstrated by inoculating the medium from these cultures intranasally in human volunteers; colds were produced in a significant proportion of subjects, but Tyrrell and Bynoe were unable to grow the agent in tissue culture at that time. At about the same time, Hamre and Procknow were able to grow a virus with unusual properties in tissue culture from samples obtained from medical students with colds. Both B814 and Hamre’s virus, which she called 229E, were ether-sensitive and therefore presumably required a lipid-containing coat for infectivity, but these 2 viruses were not related to any known myxo- or paramyxoviruses. While working in the laboratory of Robert Chanock at the National Institutes of Health, McIntosh et al reported the recovery of multiple strains of ether-sensitive agents from the human respiratory tract by using a technique similar to that of Tyrrell and Bynoe. These viruses were termed “OC” to designate that they were grown in organ cultures. Within the same time frame, Almeida and Tyrrell performed electron microscopy on fluids from organ cultures infected with B814 and found particles that resembled the infectious bronchitis virus of chickens. The particles were medium sized (80–150 nm), pleomorphic, membrane-coated, and covered with widely spaced club-shaped surface projections. The 229E agent identified by Hamre and Procknow and the previous OC viruses identified by McIntosh et al had a similar morphology. In the late 1960s, Tyrrell was leading a group of virologists working with the human strains and a number of animal viruses. These included infectious bronchitis virus, mouse hepatitis virus and transmissible gastroenteritis virus of swine, all of which had been demonstrated to be morphologically the same as seen through electron microscopy. This new group of viruses was named coronavirus (corona denoting the crown-like appearance of the surface projections) and was later officially accepted as a new genus of viruses. Ongoing research using serologic techniques has resulted in a considerable amount of information regarding the epidemiology of the human respiratory coronaviruses. It was found that in temperate climates, respiratory coronavirus infections occur more often in the winter and spring than in the summer and fall. Data revealed that coronavirus infections contribute as much as 35% of the total respiratory viral activity during epidemics. Overall, he proportion of adult colds produced by coronaviruses was estimated at 15%. (…) Given the enormous variety of animal coronaviruses, it was not surprising when the cause of a very new, severe acute respiratory syndrome, called SARS, emerged in 2002–2003 as a coronavirus from southern China and spread throughout the world with quantifiable speed. This virus grew fairly easily in tissue culture, enabling quick sequencing of the genome. Sequencing differed sufficiently from any of the known human or animal coronaviruses to place this virus into a new group, along with a virus that was subsequently cultured from Himalayan palm civets, from which it presumably had emerged. During the 2002–2003 outbreak, SARS infection was reported in 29 countries in North America, South America, Europe and Asia. Overall 8098 infected individuals were identified, with 774 SARS-related fatalities.26 It is still unclear how the virus entered the human population and whether the Himalayan palm civets were the natural reservoir for the virus. (…) Curiously data from seroepidemiologic studies conducted among food market workers in areas where the SARS epidemic likely began indicated that 40% of wild animal traders and 20% of individuals who slaughter animals were seropositive for SARS, although none had a history of SARS-like symptoms. These findings suggest that these individuals were exposed through their occupation to a SARS-like virus that frequently caused asymptomatic infection. Infection control policies may have contributed to the halt of the SARS epidemic. The last series of documented cases to date, in April 2004, were laboratory-acquired. (…) Since 2003, five new human coronaviruses have been discovered. Three of these are group I viruses that are closely related and likely represent the same viral species. Jeffrey S Kahn and Kenneth McIntosh (Nov 2005)
The immune system is a marvel of complexity and efficiency. It is designed to protect us from foreign invaders of all kinds, the most important of which are infectious agents, and from dangerous enemies that are generated within, like cancer. It is composed of a variety of defense strategies: it can generate chemicals to kill invaders; it can mobilize armies of cells to swallow them up; and it has an elaborate system whereby it can recognize thousands of substances that are foreign to our bodies and then neutralize them. For years it was thought by immunologists to be an autonomous system, though there were disconcerting stories about patients along the way that suggested that the mind might have something to do with the way it worked. For the most part these stories were discounted by the experts, but now there is concrete evidence that cannot be ignored that the brain is involved in the system. (…) there is a long history of awareness that the emotions have something to do with our susceptibility to or ability to fight off infection, but none of it is generally accepted by medical doctors and rarely applied in everyday practice. Frequent colds and genitourinary infections are among the most common but it is likely that psychological factors play a role in all infectious processes. As with cancer, it is the efficiency of the immune system to do its job of eradicating the infectious agent that is at issue. Stressful emotions can reduce that effectiveness and allow the infection to flourish but there is ample anecdotal evidence that people have the capacity to enhance immunologic efficiency by improving their emotional states. John E. Sarno (Healing back pain, 1991)
Overall, this Review suggests that the psychological impact of quarantine is wide-ranging, substantial, and can be long lasting. This is not to suggest that quarantine should not be used; the psychological effects of not using quarantine and allowing disease to spread might be worse. However, depriving people of their liberty for the wider public good is often contentious and needs to be handled carefully. If quarantine is essential, then our results suggest that officials should take every measure to ensure that this experience is as tolerable as possible for people. This can be achieved by: telling people what is happening and why, explaining how long it will continue, providing meaningful activities for them to do while in quarantine, providing clear communication, ensuring basic supplies (such as food, water, and medical supplies) are available, and reinforcing the sense of altruism that people should, rightly, be feeling. Health officials charged with implementing quarantine, who by definition are in employment and usually with reasonable job security, should also remember that not everyone is in the same situation. If the quarantine experience is negative, the results of this Review suggest there can be long-term consequences that affect not just the people quarantined but also the health-care system that administered the quarantine and the politicians and public health officials who mandated it. The Lancet
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier. La Chine ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade.  (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs seraient permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – « de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été aussi isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzien en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nu ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec (2000)
As early as Dec 27, a Guangzhou-based genomics company had sequenced most of the virus from fluid samples from the lung of a 65-year old deliveryman who worked at the seafood market where many of the first cases emerged. The results showed an alarming similarity to the deadly Sars coronavirus that killed nearly 800 people between 2002 and 2003. Around that time, local doctors sent at least eight other patient samples from hospitals around Wuhan to multiple Chinese genomics companies, including industry heavyweight BGI, as they worked to determine what was behind a growing number of cases of unexplained respiratory disease. The results all pointed to a dangerous Sars-like virus. That was days before China notified the World Health Organisation (WHO) on Dec 31 about the emergence of an unidentified infectious disease, two weeks before it shared the virus’ genome sequence with the world, and crucially, more than three weeks before Chinese authorities confirmed publicly that the virus was spreading between people. Concerns about the new disease were initially kept within a small group of medical workers, researchers and officials. On Dec 30, Dr Li Wenliang was one of several in Wuhan who sounded the first alarms and released initial evidence online. Dr Li, who was punished for releasing the information, would perish from the disease five weeks later, after contracting it from a patient. On Jan 1, after several batches of genome sequence results had been returned to hospitals and submitted to health authorities, an employee of one genomics company received a phone call from an official at the Hubei Provincial Health Commission, ordering the company to stop testing samples from Wuhan related to the new disease and destroy all existing samples. (…) Then on Jan 3, China’s National Health Commission (NHC), the nation’s top health authority, ordered institutions not to publish any information related to the unknown disease, and ordered labs to transfer any samples they had to designated testing institutions, or to destroy them. The order, which Caixin has seen, did not specify any designated testing institutions. It was Jan 9 when the Chinese authorities finally announced that a novel coronavirus was behind Wuhan’s viral pneumonia outbreak. Even then, the transmissibility of the virus was downplayed, leaving the public unaware of the imminent danger. Finally, on Jan 20, Dr Zhong Nanshan, a leading authority on respiratory health who came to national attention in his role fighting Sars, confirmed in a TV interview that the disease was spreading from person-to-person. (…) On the evening of Dec 30, several doctors in Wuhan, including the late Dr Li Wenliang, privately shared CapitalBio’s results as a warning to friends and colleagues to take protective measures. Those messages then circulated widely online and sparked a public uproar demanding more information. Several people, including Dr Li and two other doctors who sent the messages that night, were later punished by the authorities for « spreading rumours ». Caixa Global (29.02. 2020)
La vie continue. Il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie. Emmanuel Macron (7.03.2020)
We want to build “group immunity” while waiting for a vaccine, by letting the least vulnerable people catch the virus while protecting the elderly and sick. This could take “months, or even longer. There’s no easy message to you this evening… The reality is that a large part of the Dutch population will be infected by the coronavirus. That is what the experts are telling us. But unlike Italy or Spain which have imposed draconian measures on movement to curb the virus, the Netherlands is not going to go “completely locked. In that scenario, we would actually have to shut down our country for a year or even longer, with all its consequences, as the virus could re-emerge immediately if the measures were withdrawn. Mark Rutte (Dutch Prime Minister)
There’s no other country in the world managing the epidemic in the same way. But it’s not an insane decision. And it might actually pay off. The idea is more to minimize the number of casualties over the long term, and that’s completely unique. All other countries are firefighting in the short term. Pr Francois Balloux (University College London)
En Italie, le patient « zéro » n’a pas pu être identifié. Seul le patient «un» est connu: un cadre de 38 ans, pris en charge au service des urgences de Codogno, en Lombardie et qui semble avoir été un amplificateur majeur de la diffusion initiale du nouveau coronavirus. On ignore toutefois comment cet homme a contracté l’infection, n’ayant pas voyagé lui-même dans une zone à risque, ni fréquenté des personnes déjà malades. Une hypothèse évoque une contamination à Munich, en Allemagne, auprès d’une personne en provenance de Shanghai. « Le virus est probablement arrivé d’un autre pays européen, donc pas directement de Chine. Puis il a circulé de façon souterraine de fin janvier au 21 février, explique le Pr Massimo Galli chef de service des maladies infectieuses de l’hôpital Luigi Sacco (Milan). Il s’est diffusé de façon très efficace dans la zone rouge, sans qu’aucune mesure de contrôle ne soit mise en place. » À ce stade, les premiè·res malades n’ont donc pas été diagnostiqué·es, leurs symptômes pouvant être assimilés à de simples grippes saisonnières. Ce n’est que dans la dernière semaine de février qu’une première alerte a pu être donnée, notamment grâce à Attilio Fontana, président de la Lombardie, qui a annoncé s’être mis de lui-même en quarantaine, un de ses collaborateurs ayant été infecté par le virus. Il a alors annoncé cette décision sur Facebook via une vidéo où on le voit en train de mettre un masque chirurgical. Plus de 300 personnes avaient alors déjà été testées positives en Lombardie. On devait également découvrir que l’Italie n’avait pas fait de véritable contrôle des retours d’Italien·nes en provenance de Chine en janvier. Le gouvernement avait certes interdits certains vols, mais des Italien·nes qui étaient en Chine sont rentré·es en Italie par des voies différentes, via d’autres pays –de même que des citoyen·nes chinois·es ont pu venir par ces mêmes voies en Italie. « Je crois que nous avons fait des erreurs, reconnaît Mateo Renzi. L’Italie était la première à décider d’arrêter les vols entre la Chine et l’Italie en janvier. Cette décision semblait une très bonne décision mais c’était seulement un bloc de vols directs. Mais beaucoup de Chinois ont décidé d’arriver en Italie avec d’autres vols. Aujourd’hui, il n’est pas nécessaire d’arrêter les vols directs. Ce qui est nécessaire, c’est d’arrêter les occasions de rendez-vous, les échanges. Aujourd’hui, c’est plus important de fermer les écoles que les vols directs. » Ce fut l’une des premières explications avancées par les spécialistes italien·nes pour expliquer la situation de leur pays: on y pratiquait beaucoup plus de tests de dépistage que dans les autres pays d’Europe. Ainsi, les patient·es présentant des symptômes mais ne nécessitant pas d’hospitalisation étaient d’emblée comptabilisé·es. (…) Les explications des spécialistes italien·nes peuvent sans aucun doute expliquer l’augmentation du nombre de cas détectés en Italie. Pour autant elles ne suffisent pas à expliquer l’important taux de mortalité du coronavirus observé dans le pays. Une analyse complète publiée le 17 février par le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCDC) établit que le taux de létalité du Covid-19 augmente avec l’âge: 3,6% chez les 60-69 ans, 8% chez les 70-79 ans et 14,8% chez les plus de 80 ans. Or on sait que la population italienne est celle dont la moyenne d’âge est la plus élevée de l’Union européenne. Près d’un·e Italien·ne sur quatre (23%, contre 19,6% en France –données Eurostat) est âgé·e de plus de 65 ans. Et au niveau mondial, l’Italie occupe la deuxième place derrière le Japon. Est-ce suffisant pour expliquer le nombre important de cas et de décès observés dans le pays? Les avis des spécialistes, ici, divergent. (…) La situation ainsi créée met avant tout en lumière les difficultés massives rencontrées par un système sanitaire devant, en urgence, répondre à un afflux massif et brutal de malades. La leçon est d’autant plus importante que ce phénomène a concerné la Lombardie, l’une des régions les plus riches d’Europe et les mieux équipées, en infrastructures comme en compétences. « S’il y a autant de morts, c’est que nous n’avons pas réussi à les soigner, estime l’épidémiologiste italien Carlo La Vecchia. En Italie, les services sanitaires ne sont plus en mesure de fournir d’assistance respiratoire. Il n’y a pas assez d’appareils, mais surtout il n’y a pas assez de personnel en mesure de les utiliser. Nous manquons de structures adaptées. » (…) L’un des meilleurs systèmes de santé au monde, celui de la Lombardie, est à deux pas de l’effondrement», explique le Dr Pesenti dans une interview au quotidien milanais Il Corriere della Sera. (…) « C’est un cauchemar, confie le Dr Bassetti. Nous avons beaucoup de patients âgés avec des comorbidités, mais nous avons aussi beaucoup de patients plus jeunes, qui souffrent de pneumonies avec une insuffisance respiratoire», explique le médecin, ce qui requiert «une ventilation pendant une semaine ou deux ». (…) Il faut se rappeler que la pandémie de grippe de 1918 (très bien étudiée aux États-Unis) avait diffusée en trois vagues successives. La première (fin du printemps 1918) souvent appelée «annonciatrice» avait des caractéristiques qui ressemblent un peu à la dynamique observée actuellement avec le Covid-19. La deuxième (au début de l’automne 1918) fut la plus haute et la plus meurtrière. Quant à la troisième (hiver 1918-1919) elle fut plus haute que la première, mais inférieure à la deuxième. Un tel scénario est tout à fait envisageable désormais avec le Covid-19. Nous assisterions alors aujourd’hui à des soubresauts un peu erratiques qui ne seraient que le tout début d’un processus qui s’annoncerait prolongé mais long et entrecoupé de répits durant les périodes estivales, au moins dans les latitudes tempérées. Un élément plaide pour une telle «pause estivale»: c’est le calme relatif actuellement observé dans l’hémisphère sud. Cette hypothèse se verrait renforcée si nous devions observer, à l’approche de l’hiver austral (juin-septembre), une émergence marquée de l’activité virale en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud et en Amérique Latine. Slate
While countries across Europe have shut schools, sporting events and even restaurants and bars, Mr. Johnson has largely kept Britain open, opting for more targeted measures like asking people with respiratory symptoms to stay home. In effect, his government has said that mass closures will not halt the outbreak, and that exposing a large segment of the population will help build immunity and limit future infections. That strategy has startled some epidemiologists, drawn criticism from a former health secretary and political ally, and prompted angry demands that Mr. Johnson’s government reveal more of its reasoning. Cases of the coronavirus in Britain, held low for weeks as officials tracked down the contacts of known patients, have now surged, rising to nearly 800 on Friday from fewer than 600 a day before. With testing limited to hospital patients, Mr. Johnson said on Thursday that the true number of people infected may be as many as 10,000. (…) The government is leaning heavily on skepticism in some scientific circles about the effectiveness of mass closures. Some epidemiologists fear that closing schools only pulls front-line doctors and nurses away from their work, and believe that large events are less dangerous for spreading the virus than more intimate gatherings at bars or at people’s homes. It has also said that the measures it has taken, like asking people with persistent coughs and high temperatures to stay home for a week, will reduce the spread of the virus considerably. But British advisers are also leaning on a more contentious theory: that exposing a large proportion of the population to the coronavirus could help people develop immunity, and put Britain in a better position to defend itself against the virus roaring back next winter. Sir Patrick Vallance, England’s chief scientific adviser, said the government was looking “to build up some kind of herd immunity so more people are immune to this disease and we reduce the transmission.” Herd immunity, a term usually used to refer to the way mass vaccinations can stop the spread of disease and protect people who are not immune, is not seen by many scientists as a tool to be used against the coronavirus. Mr. Vallance has said that it would require roughly 60 percent of Britons to become infected, creating enough immunity in the population that a second surge in cases next winter would be less severe. But experts said that was an unusual and untested approach, and that it would be impossible to keep older and more vulnerable people from becoming infected too, putting them at a significant risk. They cautioned that the science was unsettled on how quickly people develop immunity to the coronavirus, and for how long. And experts urged the government to show more of the evidence behind its thinking. (…) In this instance, Mr. Johnson has fashioned himself as the dispassionate answer to leaders across Europe who have acted more aggressively. But his government is not immune from public alarm, signaling late Friday night that it would reverse course on at least some aspects of its approach. It told British news outlets that it would ban some mass gatherings, like sporting matches and concerts, starting next weekend, and lay the groundwork for more widespread working at home. (…) Mr. Johnson’s government itself moved on Friday to postpone hundreds of local elections and the London mayoral election for a year after a watchdog said the coronavirus would affect campaigning and voting. But Mr. Johnson has resisted other measures, like closing schools, restricting mass gatherings, steering people away from restaurants or bars and banning crowds from sporting events. “They’re trying to walk this terrible balance between not alarming the public, not hurting the economy, but making sure you try to flatten this epidemic,” said Roy Anderson, a professor of infectious disease epidemiology at Imperial College London. “Is it going to work? I’m not sure, to be honest.” The strategy amounts to a blunt admission by the British government that stopping the coronavirus here was now impossible, and replicating the success of places like Hong Kong that have encouraged more extreme social distancing a futile hope. Instead, Britain is effectively banking that its more modest restrictions will keep the outbreak limited until summer, scientists said. By then, it hopes that the warmer weather will reduce further transmission — though virologists still do not know if that will hold true — and the National Health Service, free of the usual wintertime crowds, will be better able to cope with whomever is infected. (…) But the clamor for short-term firefighting has picked up in recent days. Jeremy Hunt, the former health secretary, who like Mr. Johnson is a Conservative lawmaker, broke ranks and called for more stringent restrictions: banning visitors from nursing homes, encouraging people to work from home and closing schools. The New York Times
C’était déjà tendu sur le bateau, lundi après-midi… On est passé in extremis. Et l’accueil des Belillois est glacial : ils nous reprochent d’apporter le virus, de vider les rayons des supermarchés et de risquer de prendre les rares lits d’hôpital. Mathilde
Ceux là même qui à longueur de temps pestent contre les nuisances sonores et olfactives de nos campagnes (clochers, coqs, tracteur, fumier etc…etc..) font profils bas? et ils ont bien raison!!!! peut être sont ils porteurs du virus sans le savoir, quitte à contaminer les autochtones, mais bon sang restez chez vous qu’il à dit le ministre !!!!!!!!  Autochtone en colère
« En chômage technique, nous sommes avec deux enfants dans un appartement de 60 m². Nous préférons nous isoler à Sauzon, où nous avons une résidence secondaire », confiait ce mardi matin un couple de Parisiens sur la place du marché resté ouvert. Comme eux, de nombreux résidents secondaires ont fait le choix de quitter leur résidence principale, anticipant les restrictions de déplacements et faisant fi des alertes sanitaires. « Il serait dommage que cet afflux de visiteurs aggrave la situation plutôt bien contenue jusqu’ici dans le territoire », s’alarme un médecin du pays d’Auray, qui constitue l’un des premiers foyers épidémiques apparus en France, et où les établissements scolaires sont fermés depuis déjà 15 jours. Les personnels de la compagnie Océane, qui exploite les liaisons maritimes avec le continent pour le compte de la Région Bretagne, ont constaté depuis dimanche une hausse massive du nombre de passagers sur leurs navires. Les bateaux taxis sont sollicités pour contourner la limitation du nombre de voyageurs, « mais nous refusons, car nous ne sommes pas équipés sanitairement », témoigne l’un d’eux. Les entreprises de gardiennage de véhicules sont débordées, les loueurs de voitures ont fermé et des files d’attente sont rapidement apparues devant les commerces du port de Palais. De quoi créer de vives tensions sur la plus grande des îles bretonnes (quelque 5 500 résidents à l’année), qui ne compte officiellement aucun cas coronavirus. « C’était déjà tendu sur le bateau, lundi après-midi… On est passé in extremis. Et l’accueil des Bellilois est glacial : ils nous reprochent d’apporter le virus, de vider les rayons des supermarchés et de risquer de prendre les rares lits d’hôpital », résume Mathilde, venue se réfugier à Locmaria avec sa fille. « Mon voisin m’a fait la morale derrière sa haie, alors que je déchargeais mes valises… Du coup, on culpabilise et on fait profil bas, en se promettant d’appliquer au mieux les mesures de confinement, sans quitter la maison, où il y a de quoi faire au jardin ! ». Dans un communiqué annonçant la limitation des rotations vers le continent, Frédéric Le Gars, président de la communauté de communes de Belle-Ile-en-Mer, demandait dès lundi aux résidents secondaires de ne pas venir, « eu égard aux capacités de l’île ». « Il y a clairement un risque de saturation de notre hôpital local, qui n’a pas de salle de réanimation, et donc d’engorgement des évacuations sanitaires vers le continent », alerte Thibault Grollemund, nouveau maire de Palais et président du conseil de surveillance de l’hôpital de Belle-Ile. Il appelle ses concitoyens « à la retenue et au civisme. L’île continuera d’être approvisionnée normalement, pas la peine de se précipiter dans les magasins ». Il demandait depuis plusieurs jours une limitation du nombre de passagers et de rotations, réduites à deux par jour à partir de ce mercredi et peut-être à une seule dans les jours qui viennent. Trop tard pour beaucoup d’îliens, qui se sentaient jusqu’ici protégés par l’océan. Le Télégramme
Aug 8, 2011 (CIDRAP News) – Researchers who combed through scores of serologic studies estimate that the global cumulative incidence of pandemic H1N1 influenza infection before vaccines became available was probably below 20%, far lower than the 50% that pandemic planners had envisioned as a possible worst case. They came up with an overall estimate of 11% to 21%, according to their report in PLoS One … [ie. 0.7 to 1.4 billion] CIDRAP
June 25, 2012 — A study published today in The Lancet Infectious Diseases Online Firstexternal icon provides the first global estimates of how many people died as a result of the 2009 H1N1 influenza pandemic. The study, co-authored by 9 members of the CDC Influenza Division, used an improved modeling approach which resulted in an estimated range of deaths from between 151,700 and 575,400 people who perished worldwide from 2009 H1N1 virus infection during the first year the virus circulated. A disproportionate number of deaths occurred in Southeast Asia and Africa, where access to prevention and treatment resources are more likely to be limited. Study authors hope that this work can be used not only to improve how influenza deaths are estimated, but also to improve the public health response during future pandemics in parts of the world that suffer more influenza-related deaths. These global estimates are more than 15 times higher than the number of laboratory-confirmed deaths reported to the World Health Organization (WHO). WHO has acknowledged for some time that official, lab-confirmed reports are an underestimate of actual number of influenza deaths. Diagnostic specimens are not always collected from people who die with influenza; for others, influenza virus may not be detectable by the time of death. Because of these challenges, modeling is used to estimate the actual burden of disease. (…) Though the most recent influenza pandemic was hard on the young, the impact on the global population overall during the first year was less severe than that of previous pandemics. Estimates of pandemic influenza mortality ranged from 0.03% of the world’s population during the 1968 pandemic to 1–3% of the world’s population during the 1918 pandemic. It was estimated that 0.001–0.007% of the world’s population died of respiratory complications associated with 2009 H1N1 virus infection during the first 12 months the virus circulated (or 0.001–0.011% when cardiovascular deaths were included). Because respiratory or cardiovascular influenza-related complications can lead to death, researchers estimated both respiratory and cardiovascular deaths to reach a total global estimate of mortality. An estimated 105,700-395,600 respiratory deaths occurred, while an additional 46,000-179,900 deaths were attributed to cardiovascular complications. (Influenza-associated cardiovascular deaths were only estimated in persons 18 years of age and older since cardiovascular complications are relatively rare in children younger than 18 years.) CDC
By the time the vaccines became widely available in November, though, H1N1 was already on the decline. By January, many countries were canceling their vaccine orders, and a German physician and former Social Democratic politician was leading a campaign lambasting the WHO for declaring a “fake” pandemic to gin up business for pharmaceutical manufacturers. That doesn’t seem fair, given that H1N1 did infect as much as 24% of the world’s population. The overall fatality rate was quite low, at about 0.02% of estimated cases — five time lower than the 0.1% average fatality rate for the seasonal flu — but that’s mainly because H1N1 had little effect on the demographic usually hit hardest by influenza: those 65 and older. For younger people, H1N1 was more dangerous than the seasonal flu, and in countries in South Asia and Africa with youthful populations the H1N1 pandemic really was a big deal, with the CDC later estimating a global death toll ranging from 151,700 to 575,400. Still, that’s lower than the range that the CDC and WHO now put on the annual death toll from seasonal flu: 290,000 to 650,000. In the U.S., an estimated 60.8 million people contracted the new H1N1 virus from April 2009 through April 2010, 274,304 were hospitalized and 12,469 died. Because the CDC changed the statistical model it uses to make such estimates in 2010 that last number can’t really be compared to recent estimates of seasonal flu fatalities, which ranged from 12,000 in 2011-2012 to 61,000 in 2017-2018. But earlier estimates of overall flu-related deaths in 2008-2009 and 2009-2010 indicate that both flu seasons were less deadly than average. (…) of the cases reported to the WHO so far 3.4% have resulted in fatalities. That’s probably misleadingly high because there are so many unreported cases, and in South Korea, which has done the best job of keeping up with the spread of the virus through testing, the fatality rate so far is about 0.7%. But even that is 35 times worse than H1N1 in 2009 and 2010. Multiply 12,469 by 35 and you get 436,415 — which would amount to the biggest U.S. infectious-disease death toll since the 1918 flu. Hospitalization rates are also many times higher for Covid-19, meaning that if it spread as widely as H1N1 it would overwhelm the U.S. health-care system. That’s one very important reason governments (and stock markets) around the world have reacted so much more strongly to Covid-19 than to the 2009 H1N1 pandemic. Another reason is somewhat more hope-inspiring. It’s that public health experts generally don’t think influenza can be controlled once it starts spreading, other than with a vaccine, whereas several Asian countries seem to have successfully turned back the coronavirus tide, for now at least. Influenza can’t be controlled because as much as half the transmission of the disease occurs before symptoms appear. With Covid-19 that proportion seems to be lower, meaning that even though it’s more contagious than influenza once symptoms appear, it may be possible to control by testing widely and quickly isolating those who have the disease. This is one reason (there are others) the WHO’s Tedros won’t call it a pandemic. “The threat of a pandemic has become very real,” he said Monday. “But it would be the first pandemic in history that could be controlled.” H1N1 couldn’t be controlled in 2009, but was mild enough that this did not lead to disaster. Covid-19 is a much more dangerous disease that maybe, just maybe, can be stopped. Bloomberg
Nous sommes encore au tout premier stade de la pandémie liée au virus A (H1N1) et le plus difficile est sans doute à venir. Keiji Fukuda, l’adjoint du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), estimait vendredi que 2 milliards de personnes dans le monde seront touchées par cette infection dans les deux ans à venir. Des prédictions basées sur l’extrême rapidité de circulation du virus qui, quatre mois seulement après son apparition au Mexique, aura bientôt frappé la totalité des pays de la planète : 160 des 193 États membres de l’OMS sont désormais concernés. Selon Grégory Hartl, porte-parole de l’Organisation, il y aurait déjà près de 800 décès dus à cette grippe dans le monde, pour des centaines de milliers de personnes déjà contaminées. Si le taux de mortalité semble faible, il n’est pas encore mesuré avec précision, tant le nombre exact de personnes ayant été infectées reste imprécis. Le virus, très contagieux, n’entraîne dans une majorité de cas que des troubles bénins, pouvant passer inaperçus, avec cependant un petit pourcentage de formes graves, là encore pas clairement chiffrées pour l’instant. C’est ce qu’a d’ailleurs confirmé vendredi le porte-parole de l’OMS en précisant que «plus il y a de cas, plus il y aura de morts», sans pouvoir avancer un taux de mortalité. «Nous n’avons ni le numérateur, ni le dénominateur pour faire le calcul» reconnaissant que «plusieurs questions n’ont toujours pas de réponse». Pour l’instant, les menaces qui pèsent sur notre pays, relativement épargné, sont de deux ordres. La première est celle d’une épidémie active annoncée et qui semble inéluctable, dès le mois de septembre, avec comme risque principal une désorganisation socio-économique – dont l’importance est encore difficile à apprécier -, si beaucoup de salariés, employés, ouvriers, cadres, sont malades en même temps. Et avec un taux certain de décès à déplorer, mais qui restera relativement limité. L’autre menace, c’est la mutation du virus H1N1 vers une forme plus grave et qui provoquerait alors un nombre de morts bien plus important. Ainsi, la pandémie de 1918 terriblement mortelle avait été précédée d’une épidémie estivale relativement bénigne. Cependant, les pandémies grippales de 1957 et 1968 n’ont pas connu une telle situation et les virus en cause n’ont pas évolué vers plus de virulence. «Nous devons savoir qu’il peut y avoir des changements et être prêts à cela», a dit M. Hartl. «Pour le moment, nous n’avons observé aucun changement dans le comportement du virus. Ce que nous observons, c’est son expansion géographique.» Dans l’hypothèse d’une telle mutation, quelle sera l’efficacité du vaccin qui est en cours de préparation ? Personne pour l’instant n’est capable de répondre à cette question. Mais par exemple, on sait que lors de la pandémie de 1918, ceux qui avaient été contaminés pendant la phase estivale et n’avaient souffert que d’une forme bénigne. Le Figaro
L’ensemble des chiffres sur la mortalité reste approximatif car l’incidence des grippes (tant saisonnières que celle-ci) est potentiellement sous-évaluée (et donc leur mortalité sur-évaluée) : étant donné le caractère bénin des symptômes, une proportion difficile à estimer de la population malade ne consulte pas et peut n’être pas prise en compte dans ces statistiques. D’après les données disponibles, le taux de mortalité global de cette grippe A (H1N1) reste faible et serait inférieur à celui de la grippe saisonnière. Ainsi « la proportion des morts dues au virus de la grippe A s’élève à 0,2 – 0,3 pour mille, soit un taux inférieur à la grippe habituelle, qui tuerait à peu près un patient sur mille ». Néanmoins chez les populations sans facteurs de risques et en particulier chez les enfants et les jeunes adultes, cette grippe A présente un taux de mortalité de 3 à 13 pour 100 000 qui est environ 50 fois plus élevé que ce qui est observé pour les grippes saisonnières dans ces populations où le taux de mortalité est de l’ordre de 0.2-0.3 pour 100 000. Dans le monde, la grippe saisonnière tue chaque année entre 250 000 et 500 000 personnes. En France, la grippe tue entre 10 000 et 15 000 personnes par an et elle en tue chaque année de l’ordre de 36 000 aux États-Unis. Elle ne tue cependant que la fraction de la population la plus fragile : les personnes âgées, celles atteintes d’affections de longue durée ou les plus jeunes enfants. Ce profil de léthalité semble se dessiner pour la grippe A (H1N1) et pour les pays riches. Richard Besser, directeur des Centres fédéraux de contrôle et de prévention des maladies (CDC) indique qu’il est : « encourageant de constater que ce virus n’avait pas l’air jusqu’à présent plus sévère qu’une souche de grippe saisonnière. » Le Brésil, où la grippe A (H1N1) a tué 657 personnes (août 2009), est le pays qui compte le plus grand nombre de décès dûs au H1N1 dans le monde. Néanmoins, à l’issue de la phase pandémique, les États-Unis sont le pays comptant le plus de victimes avec 3 132 décès, le Brésil arrivant en 2e position avec 1 705 morts. L’impact psychologique de la létalité de la grippe A (H1N1) de 2009 diffère grandement de la grippe saisonnière. En effet, alors que « les virus de la grippe saisonnière peuvent entraîner des formes compliquées voire mortelles notamment chez les personnes âgées (90 % des décès touchent des personnes de plus de 65 ans), le virus A(H1N1) semble s’en prendre plus particulièrement aux adultes jeunes et aux enfants, globalement les sujets de 5 à 50 ans. L’explication la plus plausible est que les sujets jeunes n’ont pas eu l’occasion d’être exposés aux virus de la famille H1N1 qui ont circulé abondamment jusque dans les années 1950 ». Ainsi, en tenant compte de l’espérance de vie des victimes, cette souche de grippe pourrait avoir sensiblement dépassé celles des grippes saisonnières les plus sévères. (…) L’un des plus grands élevages industriels de porcs, situé à La Gloria (en) dans la municipalité de Perote dans l’État de Veracruz, au Mexique, est suspecté, par la population locale fortement touchée et les autorités environnantes, d’être à l’origine de la pandémie. Dans un premier temps, les autorités mexicaines pensent y avoir trouvé le patient zéro : Edgar Hernandez, malade fin mars d’un cas avéré de H1N1. Toutefois, le 30 avril, le centre de contrôle d’Atlanta publie un rapport sur un autre cas au Mexique ayant développé le virus mi-mars, soit 15 jours avant Hernandez. Le 23 juin 2009, le New York Times rapporte que le département de l’Agriculture des États-Unis a déclaré que « contrairement à l’hypothèse courante qui est que le virus pandémique de la grippe a pour origine des fermes industrielles du Mexique », le virus a « plus probablement émergé de porcs en Asie et a voyagé jusqu’en Amérique du Nord chez un humain ». Dans son numéro de juillet-septembre 2009, le magazine l’Écologiste défend le point de vue que « l’élevage concentrationnaire des animaux favorise les recombinaisons de virus », en s’appuyant sur des références scientifiques. (…) L’Organisation mondiale de la santé, tient depuis la détection du virus un décompte des décès imputables, de manière confirmée, au moins en partie à la grippe A H1N1. Celui-ci s’élevait le 4 juin 2010, à 18 138 mort. Cependant, les tests qui mènent à ces confirmations ne sont pas menés de façon systématique. L’afflux de ces confirmations varie donc d’un pays à l’autre et d’une période à l’autre et peuvent conduire à une sous-estimation significative du nombre de cas réels. Les estimations du nombre total de morts tombent généralement dans les marges des morts des grippes saisonnières (250 000 – 500 000 morts toute souches confondues). Une estimation publiée en juin 2012 fait état de 280 000 morts : 201 200 morts de causes respiratoires et 83 300 de causes cardiovasculaires pendant la première année. Fin janvier 2010, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe auditionne l’OMS, suspecté « d’avoir exagéré la menace de la grippe « sous la pression des laboratoires » ». Il est reproché notamment à l’OMS d’avoir récemment modifié la définition d’une pandémie mondiale grippale, retirant la notion d’un taux de mortalité supérieure à une grippe normale. Avec ces nouveaux critères, une pandémie existe dès qu’un nouveau virus se répand rapidement à travers le monde, même si sa mortalité est faible. Une enquête affirme également que des « liens d’intérêt entre six experts de l’OMS et des firmes pharmaceutiques sont avérés. » Wikipedia
Racism worse enemy than epidemic. Xinhua
President Xi Jinping says China deserves to be treated as a great power, but on Wednesday his country expelled three Wall Street Journal reporters over a headline. Yes, a headline. Or at least that was the official justification. The truth is that Beijing’s rulers are punishing our reporters so they can change the subject from the Chinese public’s anger about the government’s management of the coronavirus scourge. “China Is the Real Sick Man of Asia” was the headline over Walter Russell Mead’s Feb. 3 column in the Journal. Mr. Mead, a fellow at the Hudson Institute, writes a weekly column on foreign affairs for us. He did not write the headline. Anyone who reads the piece can see it describes the problems in Chinese governance exposed by the response to the coronavirus outbreak. Beijing has since sacked Wuhan province officials, proving Mr. Mead’s point. As for that headline, we have heard from thoughtful people that to Chinese ears the “sick man” reference echoes in insensitive fashion the West’s exploitation of China in the mid-19th century during the opium wars. Others say it refers to Japan’s 20th-century invasion of China. We take the point, and we were happy to run letters to the editor criticizing the headline. Most Americans, however, understand the phrase in the context of the dying Ottoman Empire as “the sick man of Europe.” That was our historical analogy. These days the “sick man” phrase is used to describe many countries, most notably the Philippines as the sick man of Asia. The Financial Times, the Economist and the Guardian all referred to Britain as “the sick man of Europe” in the throes of Brexit. The Global Times, a publication that expresses Chinese government views, republished a Reuters article in 2016 whose lead sentence referred to Egypt as the “sick man of the Middle East.” In 2011 Foreign Affairs used the headline “The Sick Man of Asia: China’s Health Crisis” over an article by Yanzhong Huang, a professor who grew up in China and graduated from Fudan University. In any event, Mr. Mead’s column and headline were never published in China. That’s because the Journal is banned there. Our website has been shut down since 2014. Our reporters can cover China for the rest of the world but not for Chinese readers. That didn’t stop the Chinese government from starting a public campaign against the headline. A Foreign Ministry spokesman denounced the column, and several Chinese propaganda organs spread the same theme. “Racism worse enemy than epidemic,” read a headline in Xinhua lumping Mr. Mead’s article with one from Der Spiegel. Our email inbox was soon flooded with complaints about the headline, all containing remarkably similar language and demanding an apology. A campaign was orchestrated to get Mr. Mead barred from Twitter. If you think this was spontaneous outrage, you don’t understand how China’s government works to influence public opinion at home and abroad. Beijing knows how to exploit America’s identity politics to charge “racism” in service of its censorship. And now China has escalated to ban our three reporters, who had nothing to do with the headline or Mr. Mead’s column. As our readers know, and as we have explained to Chinese officials for years, our news and opinion departments are run independently and have separate reporting lines to the publisher. The Wall Street Journal
The world should thank China for its gargantuan efforts and sacrifices to prevent the spread of the disease to other countries, an act that is really startling the universe and moving the gods. Now we can say with confidence that the U.S. owes China an apology, and the world owes China thanks. Xinuha
Amid China’s intensifying propaganda campaign to reverse global perceptions of the Wuhan coronavirus epidemic in that country, Chinese state media Xinhua News Agency is taking the gambit to new heights, suggesting the « United States owes China an apology » and that the world ought to acknowledge China for its remarkable achievements in its fight against the novel virus. « The world should thank China for its gargantuan efforts and sacrifices to prevent the spread of the disease to other countries, an act that is really startling the universe and moving the gods (驚天地、泣鬼神), » the commentary reads. Frustration and anger have been felt across China over the initial cover-up of the deadly virus and under-reported number of infections and deaths, with the confidence of many Chinese in the communist regime rattled and the legitimacy of Xi Jinping’s leadership coming into question. To address the crisis, the government has adopted radical lockdowns and launched a propaganda campaign of sugar-coated stories about patients’ recoveries, frontline medical workers, and of course, members of the Chinese Communist Party. State media outlets began to play down the threat in mid-February, hailing the Chinese government as a « role model » in the global fight against the virus. A Feb. 24 editorial from the Global Times, a media mouthpiece for Beijing, even assailed other countries (Japan, South Korea, Iran, and Italy) as « slow to respond to the virus. » On March 3, Chinese state media went a step further with a commentary republished on Xinhua News by the outspoken Chinese investor Huang Shen (黃生). According to Huang, the U.S. denying entry to those who had been in China as the outbreak began was unfair, as China has not reciprocated the travel ban; in fact, he said the U.S. should apologize to China for these wrongdoings, which are damaging to the Chinese economy. Huang also cast doubts over the number of confirmed cases in the U.S., believing it to be severely under-reported, and said he imagines that U.S. President Donald Trump must be extremely anxious over the outbreak. Meanwhile, China has made significant progress in the fight against the disease, and many businesses have reopened, Huang added. Huang went on to ridicule the idea that China owes the world an apology, saying there is no reason to expect contrition from the communist country, especially when numerous studies point to the U.S., Italy, and Iran as the possible origins of the virus. He believes China should instead take credit for preventing the virus from spreading to the world. « Now we can say with confidence that the U.S. owes China an apology, and the world owes China thanks, » he concluded. Taiwan news
Chinese propaganda mouthpieces have launched a broad array of attacks against the facts, attempting to create a new narrative about China’s historic victory over the Wuhan virus. Chinese state media is praising the government’s “effective, responsible governance, » but the truth is that Beijing is culpable for the spread of the pathogen around China and the world. Chinese officials knew about the new virus back in December, and did nothing to warn their citizens or impose measures to curb it early on. Instead of acting with necessary speed and transparency, the party-state looked to its own reputation and legitimacy. It threatened whistleblowers like the late Dr. Li Wenliang, and clamped down on social media to prevent both information about the virus and criticism of the Communist Party and government from spreading. Unsurprisingly, China also has enablers abroad helping to whitewash Beijing’s culpability. World Health Organization Director-General Tedros Adhanom Ghebreyesus refused for months to declare a pandemic, and instead thanked China for “making us safer,” a comment straight out of an Orwell novel. This is the same WHO that has refused to allow Taiwan membership, due undoubtedly to Beijing’s influence over the WHO’s purse strings. Most egregiously, some Chinese government officials have gone so far as to claim that the Wuhan virus was not indigenous to China at all, while others, like Mr. Tedros, suggest that China’s response somehow bought the world “time” to deal with the crisis. That such lines are being repeated by global officials and talking heads shows how effectively China’s propaganda machine is shaping the global narrative. The world is quickly coming to praise the Communist Party’s governance model, instead of condemn it. The reality is that China did not tell its own people about the risk for weeks and refused to let in major foreign epidemiological teams, including from the U.S. Centers for Disease Control. Thus, the world could not get accurate information and laboratory samples early on. By then, it was too late to stop the virus from spreading, and other world capitals were as lax in imposing meaningful travel bans and quarantines as was Beijing. Because of China’s initial failures, governments around the world, including democratic ones, now are being forced to take extraordinary actions that mimic to one degree or another Beijing’s authoritarian tendencies, thus remaking the world more in China’s image. Not least of the changes will be in more intrusive digital surveillance of citizens, so as to be able to better track and stop the spread of future epidemics, a step that might not have been necessary if Beijing was more open about the virus back in December and if the WHO had fulfilled its responsibilities earlier. Regardless of how much some governments and global voices praise China, Xi and the Communist Party care about dominating the propaganda war because the Wuhan virus has stood their nation on a razor’s edge. Xi’s own legitimacy is not merely at stake. His government is ferociously fighting to divert blame and attention, fearing that the world rightfully may utterly reassess modern China, from its technocratic prowess to its safety. Decades of a carefully curated global image may crumble if nations around the globe start paying attention to China’s lax public health care, incompetent and intrusive government, and generally less developed domestic conditions. Xi’s fears are well founded, as a global reconsideration of China is long overdue. Legitimate criticisms and doubts about China’s governance and growth model were long suppressed by Chinese pressure and the willingness of many to buy into the Communist Party’s public line. Public shaming of foreign corporations, global influence operations, and “elite capture” — all are policies Beijing has deployed to maintain China’s public image. That carefully tended image is now cracked. Those concerned with global health issues may wonder why it is that China is wracked regularly by viral epidemics in addition to coronavirus, such as SARS, African Swine Fever, and avian flu (another outbreak is happening right now). Others may begin to look more carefully at China’s environmental devastation and the hundreds of thousands of premature deaths each year from air and water pollution. On the trade side, many foreign corporations already have been reconsidering their operations in China, due to rampant intellectual property theft and rising production costs; now, they may seriously question how safe it is to continue to do business in China. Not only is the health of their employees at risk, but they no longer can be assured that China will be a stable supplier. If coronavirus becomes a seasonal phenomenon, as some experts predict, then even with a vaccine, new strains of the pathogen will always raise the specter of another out-of-control epidemic overwhelming the party-state’s capabilities and infecting the rest of the world. More broadly, the pandemic of 2020 has brought doubts about globalization into the mainstream. Decades of open borders, unceasing intercontinental travel, study abroad, just-in-time inventory systems, and the like have created unexpected vulnerabilities in populations and economies thanks to unfettered openness. To worry about such weaknesses is not to adopt a Luddite reactionary stance, but to try and salvage the bases of the post-World War II global economic architecture. Those who assumed that global markets were the optimal economic model and would always work, now have to consider whether globalization is the best system for dealing with pandemics like coronavirus, let alone old-fashioned state power plays like China imposed on Japan back in 2010, when it blocked the export of rare-earth minerals over territorial disputes in the East China Sea. Perhaps the biggest long-term economic effect of coronavirus will be on long-standing assumptions about global supply chains. Because of the way the global economy has developed since 1980, to question globalization today is in large part to question the world’s relationship to China. As Sens. Marco Rubio and Tom Cotton have pointed out, America and the world have a prudential responsibility to reconsider their dependence on China. It is only since the outbreak of the pandemic that Americans have come to learn that China is the major supplier for U.S. medicines. The first drug shortages, due to dependence on China, have already occurred. Eighty percent of America’s “active pharmaceutical ingredients” comes from abroad, primarily from China (and India); 45% of the penicillin used in the country is Chinese-made; as is nearly 100% of the ibuprofen. Rosemary Gibson, author of “China Rx,” testified last year to the U.S.-China Economic and Security Review Commission about this critical dependence, but nothing has changed in this most vital of supply chains. The medicine story is repeated throughout the U.S. economy and the world. The unparalleled economic growth of China over the past generation has hollowed out domestic industries around the globe and also prevented other nations, such as Vietnam, from moving up the value-added chain. Many industries are quite frankly stuck with Chinese companies as their only or primary suppliers. Thus, the costs of finding producers other than China, what is known as “decoupling,” are exorbitant, and few countries currently can replicate China’s infrastructure and workforce. The world never should have been put at risk by the coronavirus. Equally, it never should have let itself become so economically dependent on China. The uniqueness of the coronavirus epidemic is to bring the two seemingly separate issues together. That is why Beijing is desperate to evade blame, not merely for its initial incompetence, but because the costs of the system it has built since 1980 are now coming into long-delayed focus. Coronavirus is a diabolus ex machina that threatens the bases of China’s modern interaction with foreign nations, from tourism to trade, and from cultural exchange to scientific collaboration. Xi can best avoid this fate by adopting the very transparency that he and the party have assiduously avoided. Yet openness is a mortal threat to the continued rule of the CCP. The virus thus exposes the CCP’s mortal paradox, one which shows the paralysis at the heart of modern China. For this reason alone, the world’s dependence on China should be responsibly reduced. To begin with, Washington must mandate that some significant percentage of major drugs, everyday medicines, first-aid material such as masks and gowns, and higher-end medical equipment like ventilators, will be produced domestically, so that we are better prepared for the next pandemic. In addition, controlling our own supply of vital medicines and equipment will allow Washington to continue to be able to assist other countries during similar emergencies, something we are not able to do with coronavirus and which Beijing is stepping in to take advantage of. Second, America’s broader economic dependence on China needs to be reduced. Materials such as rare earths, 80% of which come from China, should be produced at home when possible, while the U.S. military needs to limit its exposure to Chinese goods for everything from transistors to tire rubber. Thirdly, Washington must ensure that China does not capture the global semiconductor chip-making industry, which is a priority for Beijing. To surrender the crown jewel of the digital economy would put America in a position of permanent dependence vis-à-vis China. The coronavirus pandemic is a turning point for China and the world. Today, Washington and other global capitals are solely responsible for the success or failure of their own efforts to control the Wuhan virus. In the short term, however, they should not let Mr. Xi and China get away with rewriting the history of the epidemic. In the longer run, they must look to reform globalization by prudently reshaping their economies and societies in the shadow of future crises. Michael Auslin
La Corée du Sud a connu une diminution constante des nouveaux cas de coronavirus pendant quatre jours consécutifs, bien qu’elle soit l’un des pays les plus touchés en dehors de la Chine, même si l’attention mondiale s’est portée sur les épidémies en Italie et en Iran. Le pays a connu une moyenne de plus de 500 nouvelles infections par jour au cours des deux dernières semaines, mais vendredi dernier, ce nombre est tombé à 438, puis à 367 samedi et 248 dimanche. Le président sud-coréen Moon Jae-in a noté lundi la « tendance au ralentissement » des nouvelles infections dans son pays, mais a mis en garde : « Nous ne devons pas du tout nous reposer sur nos lauriers ». (…) La diminution constante des cas a été attribuée à divers facteurs, notamment les tests de masse, l’amélioration des communications publiques et l’utilisation de la technologie. Les tests approfondis effectués sur les membres de l’église Shincheonji de Jésus, qui était liée à plus de 60 % des cas du pays, a été achevée. Les responsables sud-coréens ont fait part de leur expérience en matière d’endiguement de l’épidémie, affirmant qu’il est difficile de mettre en œuvre dans une société ouverte les mesures de confinement imposées par la Chine à Wuhan, où l’épidémie a pris naissance. (…) « Sans porter atteinte au principe d’une société transparente et ouverte, nous recommandons un système de réponse qui associe la participation volontaire du public à des applications créatives de technologies avancées », a déclaré le vice-ministre sud-coréen de la santé, Kim Gang-lip, aux journalistes. Les mesures conventionnelles et coercitives telles que le verrouillage des zones touchées présentent des inconvénients, a-t-il déclaré, sapant l’esprit de démocratie et aliénant le public qui devrait participer activement aux efforts de prévention. « La participation du public doit être assurée par l’ouverture et la transparence », a-t-il déclaré. La Corée du Sud a été proactive en fournissant à ses citoyens les informations nécessaires pour assurer leur sécurité, notamment en organisant des points de presse deux fois par jour et en envoyant des alertes d’urgence par téléphone portable aux personnes vivant ou travaillant dans les districts où de nouveaux cas ont été confirmés. Des détails sur les antécédents de voyage des patients confirmés sont également disponibles sur les sites web municipaux, parfois avec des informations sur le lieu de résidence ou l’employeur du patient, ce qui permet de les identifier individuellement, ce qui suscite des inquiétudes quant à la protection de la vie privée. L’importance du maintien d’une bonne hygiène a également été soulignée. Les Sud-Coréens sortent rarement de chez eux sans porter de masque facial, et de nombreux bâtiments affichent des panneaux indiquant « Pas de masque, pas d’entrée ». Les employés des restaurants et des commerces de détail portent des masques lorsqu’ils servent les clients. La Corée du Sud a également mis en place des mesures créatives, notamment une cinquantaine de stations de test au volant dans tout le pays, où il ne faut que 10 minutes pour effectuer l’ensemble de la procédure. Les résultats des tests sont disponibles en quelques heures. Le coût des tests Covid-19 est prohibitif dans de nombreux pays, mais en Corée du Sud, tous les tests sont gratuits. Le pays est également capable de traiter jusqu’à 15 000 tests de diagnostic par jour, et le nombre total de tests a atteint près de 200 000. Cette capacité de test a permis au pays d’identifier les patients à un stade précoce et de minimiser les effets néfastes, selon les experts de la santé. Mais cela a également permis à la Corée du Sud d’avoir le deuxième plus grand nombre d’infections confirmées dans le monde après la Chine, bien que celle-ci ait été remplacée par l’Italie cette semaine. La Corée du Sud a mis en place des « procédures spéciales d’immigration » pour surveiller les arrivées pendant deux semaines sans avoir à interdire l’entrée du pays aux voyageurs entrants. Les personnes arrivant de Chine, y compris de Hong Kong et de Macao mais à l’exclusion de Taïwan, font vérifier leur température corporelle, tandis que leurs coordonnées nationales sont vérifiées et qu’elles doivent remplir un questionnaire de santé. On leur demande également de télécharger une application d’autodiagnostic sur leur téléphone portable et de se soumettre à une gestion intensive s’ils présentent des symptômes. La Corée du Sud utilise également sa technologie informatique de pointe et ses caméras de surveillance omniprésentes pour suivre les sources d’infection, en identifiant les mouvements des cas confirmés sur la base de leurs transactions par carte de crédit et du suivi des téléphones portables, et en divulguant ces informations pour aider à retrouver ceux qui ont pu entrer en contact avec eux. Pour faire face à la pénurie de lits d’hôpitaux, le pays a transformé de nombreux centres de formation professionnelle et autres installations publiques en « centres de vie et de traitement » où les patients présentant de légers symptômes du coronavirus sont placés en quarantaine. Le professeur Kim Woo-joo, de la faculté de médecine de l’université coréenne, a déclaré que le pays avait acquis de l’expérience en traitant des urgences sanitaires antérieures, comme la pandémie de grippe H1N1 de 2009, qui a provoqué environ 750 000 cas et 180 décès en Corée du Sud, et l’épidémie de syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRAS) de 2015, qui a infecté 186 personnes et entraîné au moins 39 décès dans le pays. (…) Le pays a par la suite formé des agents de santé pour faire face aux épidémies, en particulier pour tester les infections, suivre et isoler les contacts. (…) Malgré ces installations, Kim a déclaré qu’il serait difficile pour une société ouverte comme la Corée du Sud ou d’autres pays de l’OCDE, d’appliquer des mesures de confinement comme en Chine. (…) Kim a mis en garde contre un optimisme prématuré, notant qu’il y a eu de petits groupes d’infections dans certains hôpitaux, appartements, églises et maisons de retraite dans des endroits autres que Daegu, y compris Séoul et la ville voisine de Seongnam City. South China Morning Post
Boris Johnson a choisi l’immunité collective tout en combinant des mesures fortes envers les plus fragiles et en renforçant les moyens hospitaliers afin de prendre en charge les cas extrêmes en demandant par exemple à certaines industries de fabriquer bien plus d’appareils respiratoires. Cette position est bien sûr controversée par ceux qui considèrent que cela va faire exploser le système de santé, or, ce pari n’est pas aussi insensé qu’il est prétendu, surtout en absence de vaccin, et devant également l’impossibilité de se tester hormis les cas graves. L’hypothèse pour l’instant tient (55 morts au RU). Y compris mondialement (7154 décès sur 7,53 milliards… comparés aux millions de morts de la bronchite, du cancer, du paludisme, de la gastro etc etc, même si tout n’est pas comparable évidemment). En fait, se trouve de plus en plus en jeu deux théories, l’une scientiste et principalement allopathique, considérant que le corps humain est une « machine » bien trop fragile sans protection s’il n’y a pas divers stimulants et prothèses diverses de plus en plus « intelligentes », l’autre à la fois ancienne et contemporaine fait le pari que le corps vivant humain est capable, sous certaines conditions, de s’immuniser, se « réparer » (voir les travaux de Jean-Jacques Wunenburger) ce qui ne veut pas dire qu’en cas d’affaiblissement bactérien ou virale l’allopathie soit inutile ne nous méprenons pas ; en fait nous devrions aujourd’hui plutôt combiner toutes les médecines, positives, énergétiques, mécaniques, allo et homéopathiques. Alors que seules les remèdes allopathiques sont remboursés… (…) Tout cela pour dire que nous sommes peut-être enfin à la croisée des chemins où une véritable discussion en profondeur va émerger, tout en ne mélangeant pas les niveaux : nécessité d’avoir une prise en charge irréprochable pour les cas les plus graves, hygiène de base fondamentale, et confiance dans l’interaction entre les êtres humains susceptible de créer cette immunité solidaire. Lucien SA Oulahbib
L’État français n’aurait donc pas « dysfonctionné » pendant l’été 2003, en tout cas pas plus que les autres pays européens, contrairement à ce qui a été asséné lors de la crise politique qui a suivi cette terrible canicule. La mise en cause du ministre de la Santé de l’époque, Jean-François Mattei, du directeur général de la santé, Lucien Abenhaim, et même de Jean-Pierre Raffarin par le Parti socialiste et en particulier par Patrick Pelloux, l’urgentiste de l’hôpital Saint-Antoine apparaît aujourd’hui à la lumière de cette enquête comme relevant d’une analyse insuffisante et partiale. (…) Intrigué par le décalage entre les conséquences de la canicule de 2003 en France et le silence de nos voisins sur cette vague de chaleur qui ne les a pas épargnés, [Jean-Marie Robine] a proposé à l’Union européenne de financer un travail de recherche sur le décompte précis des morts sur le Vieux Continent en 2003. (…)  Sur les 122 jours d’été, de juin à septembre, 95 ont présenté partout en Europe un excès de mortalité. « Tout l’été, et pas seulement le mois d’août, a été caractérisé par une surmortalité, explique Jean-Marie Robine. Ily a eu trois pics de décès. La première quinzaine de juin, il a concerné le Portugal, l’Italie, l’Espagne et le sud de la France, avec 10 000 décès supplémentaires. La deuxième quinzaine de juillet, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, avec là encore 10 000 décès en plus. » Enfin, les 15 premiers jours d’août, la vague de chaleur du sud de l’Espagne, remontant en diagonale vers le nord-est et centré sur Paris, explose en feu d’artifice au nord, au sud, à l’est et à l’ouest en faisant 45 000 morts supplémentaires. Au total, 70 000 morts en plus sont recensés en Europe, avec les 5 000 décès de septembre. L’Espagne a présenté le taux de morts le plus élevé rapporté à sa population (14 % en plus et 15 000 décès) comme le Luxembourg. Viennent ensuite la France et l’Italie avec 12 % en plus et 20 000 décès, suivi de l’Allemagne (9 500), le Portugal (2 500) la Belgique (1 200), la Suisse et les Pays-Bas (1 000). Personne en Europe n’était préparé à une telle vague de chaleur. Contrairement à ce qu’a laissé entendre une enquête parlementaire en France, il n’y a eu ni héros, ni coupable. Le Figaro
Enrayer la propagation d’une maladie infectieuse dans une population par l’immunisation d’un certain pourcentage des individus. Le principe de l’immunité de groupe, aussi appelée immunité collective, grégaire ou de troupeau, sur lequel le gouvernement britannique mise pour lutter contre l’épidémie de Covid-19, est bien connu avec les vaccinations. Outre qu’ils protègent à l’échelle individuelle, les vaccins permettent de contribuer à la protection d’autres personnes. Bien souvent, la vaccination prévient la multiplication de l’agent pathogène, virus ou bactérie, chez la personne vaccinée. Celle-ci n’est donc plus susceptible de transmettre l’infection à ses proches, et elle agit « vis-à-vis du reste de la population, comme une barrière contre l’agent pathogène en interrompant la chaîne de transmission », selon un dossier pédagogique de Santé publique France. Cette stratégie peut-elle être appliquée, sciemment, au nouveau coronavirus, contre lequel il n’existe aucun vaccin et auquel a priori 100 % de la population est sensible ? Alors que tous les pays prônent des mesures de distanciation sociale et de confinement, les Anglais sont les seuls à faire le pari d’une immunité collective, estimant que si 60 % de la population est infectée, cela permettrait d’éviter un second pic épidémique en 2021. Une politique contestée de toute part, car jugée risquée. Même le Britannique Roy Anderson, un des grands spécialistes de l’immunité de groupe et qui a théorisé cette notion, ne semble pas l’envisager dans le cas présent. Dans un article publié en ligne le 9 mars dans la revue The Lancet, il insiste au contraire sur les mesures de distanciation sociale, et d’isolement précoce des malades. En outre, les projections concernant l’impact du SARS-CoV-2 en cas de laisser-faire sont très pessimistes. L’équipe de Neil Ferguson (Imperial College, Londres) a travaillé sur cette option. Dans le cas de la France, si aucune action d’atténuation ou de confinement n’était menée, ses modélisations prévoyaient entre 300 000 et 500 000 morts dans l’hypothèse la plus pessimiste, les services de réanimation se trouvant rapidement submergés. Ces chiffres, présentés à l’exécutif français par le conseil d’experts mis en place par le gouvernement, ont contribué au durcissement des mesures de « distanciation sociale » prises ces derniers jours. Neil Ferguson devrait présenter les projections concernant différents pays européens dans les prochains jours. (…) C’est ce mécanisme qui explique que lors de la pandémie grippale A (H1N1) de 2009-2010, les personnes nées avant 1957 ont été relativement protégées : elles avaient une immunité partielle contre le virus, car elles avaient déjà rencontré des virus grippaux de type H1N1, qui ont largement circulé entre 1918 et 1957, avant d’être supplantés par des souches H2N2. D’une certaine manière, la grippe saisonnière bénéficie aussi d’une protection de groupe : l’ampleur des épidémies est limitée chaque année car seuls 20 % à 30 % des personnes seraient susceptibles de contracter le virus pour une année donnée. Les autres ne le sont pas car infectées les années précédentes et immunisées ou simplement vaccinées. Le Monde
Lorsque l’épidémie est arrêtée de façon artificielle, elle repart dès qu’on réinjecte du virus. Jean-Stéphane Dhersin
Une épidémie comme ça ou une pandémie, c’est du terrorisme, le terrorisme de la nature et on se protège comme contre le terrorisme. Si vous croyez que vous allez échapper à tout risque ça n’existe pas. Il faut accepter un certain nombre de risques. (…) Il y a une réalité et des fantasmes. Le 27 février on en avait à peu près 77.000 malades (…) On est loin des milliards et des 70%, ce sont les chiffres des épidémiologistes. Et ils manipulent des chiffres et n’ont pas trop d’idées de ce qu’il y a dedans. (…) Il s’est passé ce que j’avais prévu en Chine. Sur 1,3 milliard d’habitants on a 80.000 cas. Cette maladie c’est la petite sœur du SRAS. Qu’est-ce qu’a fait le SRAS ? il est arrivé et il a disparu. Les contaminations sont exponentielles puis deviennent linéaires et deviennent sigmoïdes donc en baisse. La courbe de malades n’est pas exponentielle à l’infini, le seul endroit où elle continue ainsi, c’est en Italie. En Corée du Sud depuis quelques jours il n’y a quasiment plus de nouveau cas. (…] Il n’y a pas d’Etat réellement dans ces deux pays. L’Italie est complètement débordée et aux Etats-Unis cela augmente de façon très inquiétante. (…) Faisons tout ce que l’on peut collectivement et individuellement pour limiter la maladie et quand elle arrive pour la soigner, c’est très simple. Jean-Philippe Derenne
Décision a été prise de laisser l’épidémie suivre son cours et de ne pas tenter de l’arrêter brutalement. Cela ne veut pas dire ne rien faire: les pouvoirs publics mettent désormais toute leur énergie à ralentir la propagation du virus pour éviter l’engorgement des services d’urgence. Il s’agit «d’aplanir» la courbe épidémique, en limitant les contacts entre les gens, notamment, pour l’étaler dans le temps. Allonger sa durée pour limiter son ampleur à un instant T. C’est le seul moyen de limiter l’engorgement des hôpitaux.Il faudra ensuite attendre, peut-être plusieurs mois, qu’un nombre suffisant de personnes soient infectées pour atteindre l’«immunité de groupe». Le seuil au-delà duquel le virus ne parvient plus à circuler, car il n’y a plus assez de gens à contaminer. C’est aussi la stratégie adoptée par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, de manière plus officielle. Angela Merkel s’attend à ce qu’il faille que 60 à 70 % des Allemands soient infectés! Idem en Grande-Bretagne. On comprend mieux les mots soigneusement choisis par Emmanuel Macron pour préparer les Français. Ce n’est pas forcément un mauvais choix, entendons-nous. Les mesures drastiques prises en Italie avaient laissé croire pendant un temps que la France pourrait faire elle aussi le pari de l’endiguement. Il aurait fallu pour cela appeler au confinement de toute la population, fermer les commerces, limiter drastiquement les déplacements et mettre en place des systèmes coercitifs pour que ces mesures soient respectées. Cela revenait à tuer l’économie, bouleverser la vie démocratique en reportant les élections, et restreindre in fine la liberté des citoyens. Une décision d’autant plus difficile que le résultat serait resté incertain. Car si la Chine a réussi à éteindre la flambée du virus aujourd’hui, rien ne dit que le pays ne devra pas faire face à un «rebond» de l’épidémie dans les semaines ou les mois à venir. En effet, avec «seulement» 80.000 malades sur 1,4 milliard d’habitants, la population chinoise dans sa très grande majorité n’a pas «rencontré» le virus et n’est donc pas immunisée. «Lorsque l’épidémie est arrêtée de façon artificielle, elle repart dès qu’on réinjecte du virus», rappelle Jean-Stéphane Dhersin, professeur à l’université Sorbonne Paris Nord et directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS. De nouveaux foyers épidémiques risquent de s’allumer à tout moment. Le virus est très contagieux et présente la particularité d’être aussi transmis par des personnes asymptomatiques, ce qui en fait un cauchemar pour la prévention. L’Italie, si elle parvient elle aussi à stopper l’épidémie, ce qui est loin d’être gagné, devrait faire face à la même situation. C’est en lisant entre les lignes de l’allocution solennelle du président de la République jeudi soir que l’on peut se faire une idée du choix stratégique opéré en coulisse. En déclarant que l’épidémie de Covid-19 en cours était «la plus grave crise sanitaire qu’ait connue la France depuis plus d’un siècle», Emmanuel Macron s’est évidemment projeté dans l’avenir. Car avec 3661 cas identifiés et 79 morts jeudi, ce n’est pas la situation actuelle qui est dramatique, mais bien celle qui nous attend: des millions de personnes infectées, des centaines de milliers de cas graves, et des dizaines de milliers de morts potentiels. En d’autres termes, décision a été prise de laisser l’épidémie suivre son cours et de ne pas tenter de l’arrêter brutalement. Cela ne veut pas dire ne rien faire: les pouvoirs publics mettent désormais toute leur énergie à ralentir la propagation du virus pour éviter l’engorgement des services d’urgence. Il s’agit «d’aplanir» la courbe épidémique, en limitant les contacts entre les gens, notamment, pour l’étaler dans le temps. Allonger sa durée pour limiter son ampleur à un instant T. C’est le seul moyen de limiter l’engorgement des hôpitaux. Il faudra ensuite attendre, peut-être plusieurs mois, qu’un nombre suffisant de personnes soient infectées pour atteindre l’«immunité de groupe». Le seuil au-delà duquel le virus ne parvient plus à circuler, car il n’y a plus assez de gens à contaminer. C’est aussi la stratégie adoptée par la Grande-Bretagne et l’Allemagne, de manière plus officielle. Angela Merkel s’attend à ce qu’il faille que 60 à 70 % des Allemands soient infectés! Idem en Grande-Bretagne. On comprend mieux les mots soigneusement choisis par Emmanuel Macron pour préparer les Français. Ce n’est pas forcément un mauvais choix, entendons-nous. Les mesures drastiques prises en Italie avaient laissé croire pendant un temps que la France pourrait faire elle aussi le pari de l’endiguement. Il aurait fallu pour cela appeler au confinement de toute la population, fermer les commerces, limiter drastiquement les déplacements et mettre en place des systèmes coercitifs pour que ces mesures soient respectées. Cela revenait à tuer l’économie, bouleverser la vie démocratique en reportant les élections, et restreindre in fine la liberté des citoyens. Une décision d’autant plus difficile que le résultat serait resté incertain. Car si la Chine a réussi à éteindre la flambée du virus aujourd’hui, rien ne dit que le pays ne devra pas faire face à un «rebond» de l’épidémie dans les semaines ou les mois à venir. En effet, avec «seulement» 80.000 malades sur 1,4 milliard d’habitants, la population chinoise dans sa très grande majorité n’a pas «rencontré» le virus et n’est donc pas immunisée. «Lorsque l’épidémie est arrêtée de façon artificielle, elle repart dès qu’on réinjecte du virus», rappelle Jean-Stéphane Dhersin, professeur à l’université Sorbonne Paris Nord et directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS. De nouveaux foyers épidémiques risquent de s’allumer à tout moment. Le virus est très contagieux et présente la particularité d’être aussi transmis par des personnes asymptomatiques, ce qui en fait un cauchemar pour la prévention. L’Italie, si elle parvient elle aussi à stopper l’épidémie, ce qui est loin d’être gagné, devrait faire face à la même situation. Plutôt que de gérer une épidémie en dents de scie, la France va donc essayer de contrôler une épidémie au long cours. De la «méchanceté» du virus et sa létalité dépendront en grande partie le bilan humain qu’il faudra dresser à la fin de la crise. En Chine, les autorités ont dénombré 20 % de cas graves. Selon des estimations, la mortalité serait comprise entre 0,5 et 1 %… La question du nombre de cas sans aucun symptôme n’est toutefois pas clairement tranchée et pourrait laisser espérer une situation un peu moins dramatique. À l’inverse, si les hôpitaux n’arrivent pas à absorber l’affluence de malades, le bilan humain pourrait s’envoler. D’où l’urgence de ralentir la propagation du virus. La fermeture des établissements scolaires, qui sont des accélérateurs des contaminations, va bien dans ce sens. De même que l’interdiction de tous les rassemblements de plus de 100 personnes sur tout le territoire prise vendredi. On peut en revanche s’interroger sur l’opportunité d’avoir maintenu les élections dans ce contexte, mais c’est là un arbitrage politique qui dépasse la seule science épidémiologique. Le Figaro
Some health officials believe that the virus arrived in Italy long before the first case was discovered. “The virus had probably been circulating for quite some time,” Flavia Riccardo, a researcher in the Department of Infectious Diseases at the Italian National Institute of Health tells TIME. “This happened right when we were having our peak of influenza and people were presenting with influenza symptoms.”Before the first case was reported, there was an unusually high number of pneumonia cases recorded at a hospital in Codogno in northern Italy, the head of the emergency ward Stefano Paglia told the newspaper La Repubblica, suggesting it is possible patients with the virus were treated as if they had a seasonal flu. Health facilities hosting these patients could have become sites for infection, helping proliferate the spread of the virus. Time
Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup. The flavor is richer. Ran
Traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people. Xi Jinping
What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Melissa Chen
Wet markets, like the one in Wuhan that was ground zero for the COVID-19 pandemic raging across the globe, are common throughout Asia. The larger newly-industrialized cities in China play host to hundreds of such markets, providing fresh produce and meat but also functioning as social nuclei. Dubious food safety and hygiene standards aside, what made the Wuhan Seafood Market such a swarming petri dish for viral pathogens is the compendium of dead and live wildlife that were kept in close proximity, sometimes festering in their own fecal matter. Pictures and video clips circulated on Weibo and other social media platforms showed the range of animals on sale — wolf pups, rats, peacocks, raccoons, porcupines, snakes, crocodiles and foxes, all jammed side-by-side in flimsy cages awaiting their own slaughter, making it easy for zoonotic diseases to leap from species to species and from animals to humans. Scientists believe that the pangolin, an endangered Southeast Asian mammal that looks like the lovechild of a scaly anteater and an armadillo, was the intermediary that helped bridge the novel coronavirus’s jump from its original host, bats, to humans. To date, the virus has infected more than 200,000 and killed more than 8,000 people worldwide. The Chinese preference for wet markets and exotic wildlife has deep social, historical and cultural roots. Around 1960, Chairman Mao’s disastrous Great Leap Forward led to agricultural collapse and the starvation of tens of millions of people, a trauma that continues to make an indelible print on China’s collective psyche today. For one, it necessitated a scarcity mindset. Under starvation conditions, does it really matter what vessel of bodily flesh was delivering your next caloric intake? Why would you squander any body part? There’s an old Cantonese saying that goes, ‘anything that walks, swims, crawls, or flies with its back to heaven is edible’. The myth that freshly killed animals taste superior is very pervasive, particularly among the older generation. ‘Freshly killed hens are much better than frozen meat in supermarkets, if you want to make perfect chicken soup,’ a 60-year-old woman named Ran told Bloomberg while shopping at a Chinese wet market. ‘The flavor is richer.’ Perhaps because home refrigeration only became widespread in China in the last few decades, Chinese folks with rural roots still associate freshness with how recently the meat was slaughtered. This is why sellers keep their animals alive and only butcher them before their customers’ eyes. As for what’s driving the demand for exotic wildlife, we need only look to Traditional Chinese Medicine (TCM) which is very widely-adopted in China and among the Chinese diaspora. Its philosophical roots can be traced all the way back to the ancient text The Yellow Emperor’s Classic of Medicine, written roughly 2,000 years ago. This is the source material that lays out the various therapeutic effects of specific wild animal parts and suggests that consuming exotic meats confers wealth and status upon its devotee. What a tragedy that the 100,000 pangolins that are purged every year are sacrificed over the false belief that their scales can aid in blood circulation and cure rheumatism! Meanwhile, Beijing continues to aggressively promote TCM both internationally and domestically, in a bid to project nationalistic pride and soft power. Late last year, the state-run China Daily news website reported Xi Jinping saying that ‘traditional medicine is a treasure of Chinese civilization, embodying the wisdom of the nation and its people’. Most recently, Chinese officials have also been touting the success of deploying TCM methods to treat over half of the hospitalized COVID-19 patients in Hubei province, an ironic move given that it was the very indulgence of magical belief in traditional remedies that most likely caused the coronavirus outbreak in the first place. To its credit, the Chinese government has since taken swift action to close down some 20,000 wildlife farms and punish over 2,000 people for wildlife crimes since COVID-19 broke out uncontrollably. They have also temporarily banned the wildlife trade until the epidemic is over, but not without carving out exceptions for wild animals for the purposes of TCM. Unless this loophole is closed, people can and will simply abuse the system and use TCM as an excuse to smuggle in more meat and partake in the trade. Meanwhile, several articles have decried the problematic ways in which Chinese eating and hygiene habits have been discussed in light of the outbreak, especially because they may lead to stereotyping Chinese people as a whole for being barbaric and uncivilized. These stereotypes, they fear, will only end up fueling xenophobia and racism. The temptation here is to avoid falling into the trap of cultural relativism. It’s perfectly appropriate to criticize China’s rampant consumption of exotic animals, lack of hygiene standards and otherwise risky behavior that puts people at risk for zoonotic infections. Until these entrenched behaviors based on cultural or magical beliefs are divorced from Chinese culture, wet wildlife markets will linger as time-bombs ready to set off the next pandemic, which in a globalized age is proving only too easy to do. We already know that more than 75 percent of emerging diseases originate in animals and that in the last century, at least 10 infectious diseases jumped from animals to people. China should be aghast at its role setting off the global domino effect at Wuhan Seafood Market in late 2019. After countless infections and death, the obliteration of trillions of dollars and the radical retooling of modern life as we know it, the least China could do is introduce higher food safety regulations, eradicate all wet markets and ban the wildlife trade, once and for all. Melissa Chen
As a result of backdoor globalisation, Italian businesses are being forced to restructure. At the moment there are approximately 4,000 Chinese-run clothing factories in Prato. These new production dynamics are compelling the remaining Italian businesses based there to rethink their markets. More than half of Italian-owned businesses in the industrial zone have gone to the wall over the past decade. « There are now more Chinese garment manufacturers than there are Italian textile producers. Marco Landi (Tuscany branch of trade body CNA)
More than 99% of Italy’s coronavirus fatalities were people who suffered from previous medical conditions, according to a study by the country’s national health authority. After deaths from the virus reached more than 2,500, with a 150% increase in the past week, health authorities have been combing through data to provide clues to help combat the spread of the disease. (…) The new study could provide insight into why Italy’s death rate, at about 8% of total infected people, is higher than in other countries. The Rome-based institute has examined medical records of about 18% of the country’s coronavirus fatalities, finding that just three victims, or 0.8% of the total, had no previous pathology. Almost half of the victims suffered from at least three prior illnesses and about a fourth had either one or two previous conditions. More than 75% had high blood pressure, about 35% had diabetes and a third suffered from heart disease. The average age of those who’ve died from the virus in Italy is 79.5. As of March 17, 17 people under 50 had died from the disease. All of Italy’s victims under 40 have been males with serious existing medical conditions. While data released Tuesday point to a slowdown in the increase of cases, with a 12.6% rise, a separate study shows Italy could be underestimating the real number of cases by testing only patients presenting symptoms. According to the GIMBE Foundation, about 100,000 Italians have contracted the virus, daily Il Sole 24 Ore reported. That would bring back the country’s death rate closer to the global average of about 2%. Bloomberg
The transformation of a town in Tuscany from a traditional stronghold of the Italian textile industry into a capital of cheap clothing is causing widespread discontent among locals who complain they are losing out to the Chinese on their own turf. But the Chinese view the rapidly expanding fast-fashion market in Prato, a satellite town of fashionable Florence, as an opportunity for Italian companies to exploit the desirability of the « Made in Italy » brand in new ways. (…) The long thread of history connecting Prato with textiles stretches back to the 12th Century, when garment manufacturing was regulated by the wool merchants’ guild. Before the arrival of the Chinese, thousands of small Italian textile units were a source of cheap « Italian made » clothes, producing them on the side from Italian-made fabric – often with the help of hired Chinese workers. But the Chinese have beaten the Italians at their own game by setting up their own businesses and driving down prices by importing far cheaper fabrics from China. The Prato industrial zone now accounts for more than 30% of Italy’s textile imports from China. BBC
Milan’s world-renowned textile industry has long been popular with Chinese investors. The BBC described it as being “led by the Chinese,” who have operated over 4,000 shops in the region since 2013. Chinese sweatshop workers may have brought the disease from Wuhan, China, to Northern Italy soon after the outbreak started in December. That would certainly help explain Italy’s high caseload. But some experts believe the Italian outbreak came from Germany. Massimo Galli, head of the infectious disease department at Milan’s Sacco Hospital, has matched the genetic sequencing of the Italian strain of the virus to a case that emerged in Germany in January. Galli told Reuters: The sequence closest to the base of the branch, which is the one that probably precedes the others, came from a person infected in Munich in all likelihood between Jan. 19-22. He elaborates: We can imagine that a person who contracted the virus in the context of those infected in Munich came to Italy and the area where the virus first spread without showing any symptom. CNN
Many overseas Chinese return home during China’s new year celebrations. In 2020, the celebrations ran from January 21 to February 20. Many U.S. tech companies in the Seattle area employ many Chinese H-1B visa-workers or sponsor Chinese to become legal immigrants, even though many Americans also apply for jobs at the companies. By January 29, companies began asking their employees not to travel to China. Bedford’s analysis also shows how travelers from Iran and Italy brought infections to cities on the East Coast. Breitbart
On January 19, 2020, a 35-year-old man presented to an urgent care clinic in Snohomish County, Washington, with a 4-day history of cough and subjective fever. On checking into the clinic, the patient put on a mask in the waiting room. After waiting approximately 20 minutes, he was taken into an examination room and underwent evaluation by a provider. He disclosed that he had returned to Washington State on January 15 after traveling to visit family in Wuhan, China. The patient stated that he had seen a health alert from the U.S. Centers for Disease Control and Prevention (CDC) about the novel coronavirus outbreak in China and, because of his symptoms and recent travel, decided to see a health care provider. (…) On hospital day 8 (illness day 12), the patient’s clinical condition improved. Supplemental oxygen was discontinued, and his oxygen saturation values improved to 94 to 96% while he was breathing ambient air. The previous bilateral lower-lobe rales were no longer present. His appetite improved, and he was asymptomatic aside from intermittent dry cough and rhinorrhea. As of January 30, 2020, the patient remains hospitalized. He is afebrile, and all symptoms have resolved with the exception of his cough, which is decreasing in severity. NEJM
Eighty-three percent of our economy will be suppressed to relieve pressure on the 17% represented by health care. This will have to last months, not weeks, to modulate the rate at which a critical mass of 330 million get infected and acquire natural immunity. Will people put up with it once they realize they are still expected to get the virus? Wouldn’t it make more sense to pour resources into isolating the vulnerable rather than isolating everyone? (…) Essentially we are killing other sectors indefinitely to manage the load on the health-care sector. (…) America’s shutdown strategy is interesting because it was not a choice that any one person or authority made. You can’t blame the NBA or Tom Hanks or Congress. Donald Trump is being pilloried for leaning against panic, urging comparisons to the flu, suggesting the stock market is overreacting. Like the bus, another reason to pillory Mr. Trump will come along in five minutes and not one of his critics will engage in soul-searching over whether he might have had a point. (…) There’s a vast gap between people washing their hands, avoiding crowds, shielding the old and using good judgment, and sweeping lockdowns and curfews. Holman W. Jenkins, Jr.
Extended longevity has played some role in changing the population structure. But it actually has most to do with how rapid the decline in fertility has been in a population. One of the points that we were trying to make is that it’s not necessarily just about isolating the older population—we are identifying that they’re the most vulnerable—but the general social distancing that’s being encouraged to flatten the curve. I think our point was that’s actually more important when you have a higher fraction of your population that is vulnerable. But we can use Italy’s example to take practical steps in fighting the pandemic. We might pinpoint areas with older populations and try to anticipate a little bit where the burden of care is going to be the most severe. Jennifer Beam Dowd (Oxford)
Florida is like an uber-Italy. Florida is going to be a tough situation, I would predict. In a place with so many elderly people, many of them living close together in retirement homes, social distancing will be extra important to avoid disaster. It’s not destiny to say Florida is going to be absolutely clobbered by this. There is time with social distancing to flatten the peak. Maybe we can make this the dog that didn’t bark, so to speak. Andrew Noymer (University of California, Irvine)
Il n’y a pas eu de blocage généralisé comme en Chine, les gens continuent d’aller au travail. Si le coronavirus est présent, c’est surtout dans les conversations. Pierre-Yves Baubry
Le port du masque est un réflexe culturel. On le met, quand on est malade, dès qu’on entre dans un espace public pour protéger les autres ; et de manière préventive, pour se protéger en cas d’épidémie. Et l’éducation à l’hygiène commence dès les petites classes. Stéphane Corcuff
Plus d’un million de Taïwanais vivent ou travaillent en Chine, des millions de touristes venus du continent y voyagent chaque année, les échanges commerciaux entre les deux pays sont constants et Taïwan n’est situé qu’à 130 kilomètres des côtes chinoises… Autant dire qu’une propagation du coronavirus à grande échelle sur cette île de 23 millions d’habitants semblait inévitable. Pourtant, à ce jour, Taïwan n’a recensé que 49 cas et un décès, ce qui en fait un pays à la pointe dans cette crise planétaire. Si les autorités gèrent aussi bien la situation, c’est en grande partie en raison du traumatisme provoqué par l’épidémie de Sras de 2003. Durement touchée, Taïwan avait décidé de tirer les leçons de cette crise, en créant notamment un système de « commandement unifié ». Un mécanisme interministériel chapeauté par le ministre de la Santé pour coordonner la lutte contre les épidémies à tous les échelons de l’administration du pays. Suite à des cas de fièvres et de pneumonies sur des vols provenant de Wuhan repérés fin décembre, les autorités décident d’activer ce dispositif le 20 janvier 2020. Des mesures pour tenter d’enrayer la propagation du virus sont aussitôt prises, avec des contrôles et des restrictions d’accès au territoire. Les vols en provenance de Wuhan sont annulés, puis ceux reliant la Chine, à l’exception de cinq aéroports. L’entrée à Taiwan des ressortissants de Chine, Hong Kong et Macao est suspendue, sauf de rares exceptions. Les étrangers ayant visité ces régions sont interdits de séjour. Les Taïwanais venant des provinces de Chine touchées par le virus sont soumis à une quarantaine. Et, à mesure que les cas se confirment à travers le monde, les autorités décident d’étendre la mesure en voyageurs de Corée du Sud, d’Iran ou d’Italie. Ceux provenant de pays au stade 2 sont soumis à un suivi strict, avec prise de température et port du masque obligatoire. Les masques, précisément, deviennent une priorité pour limiter la contamination. Taïwan cesse ses exportations et décide non seulement de relancer sa production en la matière, mais aussi de la renforcer drastiquement. Et entreprend de les rationner. Mais « au lieu de faire des tickets de rationnement, les autorités ont décidé d’organiser la vente, avec un système de jours pairs et impairs et en utilisant la carte vitale plutôt que des prescriptions », explique le sinologue Stéphane Corcuff. Le gouvernement va même jusqu’à développer une application qui permet de voir en temps réel dans quelles pharmacies des stocks de masques sont disponibles. Outre la réactivité de son gouvernement, Taïwan peut aussi compter sur « un système de santé hyper-performant », analyse le chercheur Stéphane Corcuff, maître de conférences à Science-Po Lyon. « Le nombre et le niveau de formation des médecins est très élevé, la couverture est universelle, le budget de la santé n’a pas connu de coupes et le secteur est très intégré à la recherche ». Une recherche fondamentale rapidement mise à contribution dans la crise et qui développe en ce moment même des tests de dépistage et des vaccins. Mais les autorités de l’île ont également mis l’accent sur l’information et la sensibilisation. Tous les jours, le centre de commandement unifié tient des conférences de presse pour faire le point sur la situation, rappeler les consignes de sécurité et expliquer les décisions mises en œuvre. « Ces conférences sont très suivies, explique Pierre-Yves Baubry rédacteur pour le site d’information gouvernemental taïwanais Taïwan Info. Et, pour la population, comprendre les mesures rassure beaucoup. » Or, ces consignes sont étroitement respectées par l’administration, les écoles, les universités ou les hôpitaux, mais aussi par les entreprises. Toutes sont équipées de désinfectants pour les mains et les prises de températures sont régulières. Et au quotidien, « les gens font attention », estime Pierre-Yves Baubry, notamment en portant des masques dans les transports en commun. « Le masque est aussi un signe de civisme, ça montrer qu’on est mobilisé, qu’on fait attention à l’autre », souligne ce Français installé à Taïwan depuis 12 ans. « Le port du masque est un réflexe culturel, confirme Stéphane Corcuff.On le met, quand on est malade, dès qu’on entre dans un espace public pour protéger les autres ; et de manière préventive, pour se protéger en cas d’épidémie ». Par ailleurs, les mesures d’hygiène font partie intégrante de la société taïwanaise, en raison notamment de son histoire avec le Japon ou les États-Unis, deux pays pour qui la notion de salubrité est importante. « Et l’éducation à l’hygiène commence dès les petites classes », rapporte le chercheur. Le civisme de la population et la communication du gouvernement, qui n’hésite pas à mettre en avant les différents acteurs de la société impliqués dans la lutte, contribuent à « un vrai sentiment de mobilisation générale » à Taïwan, pointe Pierre-Yves Baubry. Un sentiment renforcé par l’isolement du pays sur la scène internationale, exclu notamment de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « L’impression, c’est que Taïwan doit se débrouiller seule et ne peut s’appuyer que sur ses propres forces ». Un isolement qui a participé à la réactivité de l’île au début de l’épidémie, estime le spécialiste de Taïwan Stéphane Corcuff. « Le niveau de préparation était probablement plus élevé parce que le pays se sent isolé, vulnérable et redouble donc de vigilance. D’une certaine manière, son exclusion des instances internationales renforce sa détermination ». A l’heure actuelle, mis à part une rentrée des classes retardée et quelques évènements culturels annulés ou reportés, la vie à Taïwan n’a pas été bouleversée par l’épidémie de coronavirus. Les déplacements à l’intérieur du pays ne sont pas limités et les entreprises ont continué de fonctionner normalement. « Il n’y a pas eu de blocage généralisé comme en Chine, les gens continuent d’aller au travail, témoigne Pierre-Yves Baubry. Si le coronavirus est présent, c’est surtout dans les conversations. » Malgré ce que le chercheur Stéphane Corcuff estime être un « sans faute » pour le moment, les autorités se gardent de tout triomphalisme. Si le ministre de la Santé Chen Shih-Chung – devenue une personnalité publique incontournable dans cette crise – a expliqué la semaine dernière que la situation « est sous contrôle » à Taïwan, il a également prévenu qu’avec la propagation exponentielle du virus dans le monde, il y avait le risque d’une nouvelle vague d’infections, nécessitant de « rester vigilant ». RFI
I’ve been in this business for 30 years. I’ve been through MERS, SARS, Ebola, the first Gulf war and the second, and I don’t recall anything like this. There’s unnecessary, exaggerated panic. We have to calm people down. People are thinking that there’s a kind of virus, it’s in the air, it’s going to attack every one of us, and whoever is attacked is going to die. That’s not the way it is at all. It’s not in the air. Not everyone [who is infected] dies; most of them will get better and won’t even know they were sick, or will have a bit of mucus. But in Israel and around the world, “everybody is whipping everybody else up into panic — the leaders, via the media, and the wider public — who then in turn start to stress out the leaders. We’ve entered some kind of vicious cycle. We’re talking about a virus that is not airborne. Infection is via droplet transmission… Only if you are close to someone who has the virus, and you get the saliva when he sneezes or coughs, can you get ill. And if you don’t, then maintain personal hygiene, primarily by washing hands. Quarantine is an effective precaution, but there has to be temperate use. You can shut down a whole country, but there are other means. At this stage, we know how the virus behaves, how it spreads, and which groups are in danger. We know now that his virus is primarily dangerous to old people, and to people with a history of chronic disease, and those who are immunocompromised. Leaders who are appearing every night at 8 p.m. to announce all kinds of steps, some of them very important, should first and foremost calm people down. (…) the virus does not appear to be “too intelligent” — unlike flu, “which is very intelligent, it changes, adapts, and it infects people via their airway passages.” Some of the harsh steps taken in Israel — which has essentially closed its borders, limited gatherings to no more than 10 people, closed all educational facilities, and shut down malls, restaurants and places of entertainment and culture — were motivated by the leaders’ acknowledged awareness that the Israeli health system will buckle under any further strain. Home quarantine has been ordered for “everyone who has passed by someone who may have been infected by someone else,” he protested, “because they know that our health system cannot withstand coming under any more strain, because we are perennially stretched to the limit. Prof. Jihad Bishara
The mighty Chinese juggernaut has been humbled this week, apparently by a species-hopping bat virus. While Chinese authorities struggle to control the epidemic and restart their economy, a world that has grown accustomed to contemplating China’s inexorable rise was reminded that nothing, not even Beijing’s power, can be taken for granted. We do not know how dangerous the new coronavirus will be. There are signs that Chinese authorities are still trying to conceal the true scale of the problem, but at this point the virus appears to be more contagious but considerably less deadly than the pathogens behind diseases such as Ebola or SARS—though some experts say SARS and coronavirus are about equally contagious. China’s initial response to the crisis was less than impressive. The Wuhan government was secretive and self-serving; national authorities responded vigorously but, it currently appears, ineffectively. China’s cities and factories are shutting down; the virus continues to spread. We can hope that authorities succeed in containing the epidemic and treating its victims, but the performance to date has shaken confidence in the Chinese Communist Party at home and abroad. Complaints in Beijing about the U.S. refusing entry to noncitizens who recently spent time in China cannot hide the reality that the decisions that allowed the epidemic to spread as far and as fast as it did were all made in Wuhan and Beijing. The likeliest economic consequence of the coronavirus epidemic, forecasters expect, will be a short and sharp fall in Chinese economic growth rates during the first quarter, recovering as the disease fades. The most important longer-term outcome would appear to be a strengthening of a trend for global companies to “de-Sinicize” their supply chains. Add the continuing public health worries to the threat of new trade wars, and supply-chain diversification begins to look prudent. Events like the coronavirus epidemic, and its predecessors—such as SARS, Ebola and MERS—test our systems and force us to think about the unthinkable. If there were a disease as deadly as Ebola and as fast-spreading as coronavirus, how should the U.S. respond? What national and international systems need to be in place to minimize the chance of catastrophe on this scale? Epidemics also lead us to think about geopolitical and economic hypotheticals. We have seen financial markets shudder and commodity prices fall in the face of what hopefully will be a short-lived disturbance in China’s economic growth. What would happen if—perhaps in response to an epidemic, but more likely following a massive financial collapse—China’s economy were to suffer a long period of even slower growth? What would be the impact of such developments on China’s political stability, on its attitude toward the rest of the world, and to the global balance of power? China’s financial markets are probably more dangerous in the long run than China’s wildlife markets. Given the accumulated costs of decades of state-driven lending, massive malfeasance by local officials in cahoots with local banks, a towering property bubble, and vast industrial overcapacity, China is as ripe as a country can be for a massive economic correction. Even a small initial shock could lead to a massive bonfire of the vanities as all the false values, inflated expectations and misallocated assets implode. If that comes, it is far from clear that China’s regulators and decision makers have the technical skills or the political authority to minimize the damage—especially since that would involve enormous losses to the wealth of the politically connected. We cannot know when or even if a catastrophe of this scale will take place, but students of geopolitics and international affairs—not to mention business leaders and investors—need to bear in mind that China’s power, impressive as it is, remains brittle. A deadlier virus or a financial-market contagion could transform China’s economic and political outlook at any time. Many now fear the coronavirus will become a global pandemic. The consequences of a Chinese economic meltdown would travel with the same sweeping inexorability. Commodity prices around the world would slump, supply chains would break down, and few financial institutions anywhere could escape the knock-on consequences. Recovery in China and elsewhere could be slow, and the social and political effects could be dramatic. If Beijing’s geopolitical footprint shrank as a result, the global consequences might also be surprising. Some would expect a return of unipolarity if the only possible great-power rival to the U.S. were to withdraw from the game. Yet in the world of American politics, isolation rather than engagement might surge to the fore. If the China challenge fades, many Americans are likely to assume that the U.S. can safely reduce its global commitments. So far, the 21st century has been an age of black swans. From 9/11 to President Trump’s election and Brexit, low-probability, high-impact events have reshaped the world order. That age isn’t over, and of the black swans still to arrive, the coronavirus epidemic is unlikely to be the last to materialize in China. Walter Russell Mead
Au début du 21e siècle, les cosmopolites jaillissaient que la haute technologie, les communications instantanées, les agences et accords transnationaux, les capitaux à circulation libre, les sociétés internationales et une nouvelle élite mondiale étrangement uniforme avaient finalement fait le nationalisme, les frontières et même la nation. – se déclare tout hors de propos. Le nationalisme a apparemment été relégué à la poubelle de l’histoire, alors que nous atteignions le sommet du citoyen socratique du monde. Il y avait toujours deux défauts à ces reportages étourdissants d’adolescents de journalistes d’opinion du New York Times de renommée mondiale sur la mondialisation gagnant-gagnant, avec leur éloge des aéroports étincelants et du train à grande vitesse supérieur dans ce qui était autrement la Chine communiste, ou des récits de vol la première classe sur Qatar Airlines était paradisiaque par rapport à United ou American Airlines. Premièrement, la mondialisation n’était pas la fin de l’histoire. Il s’agit d’un phénomène récurrent, cyclique et au mieux moralement neutre qui a toujours, au moins en termes relatifs, grandi et diminué au cours des 2 500 dernières années de civilisation – bien que le transcontinentalisme récent ait des conséquences plus importantes à l’ère de l’interconnexion électronique.  Il n’a jamais été gravé dans le marbre que l’Union européenne pourrait à tout jamais abolir les frontières nationales et inventer quelque chose de permanent appelé l’européanisme. Ou que la nouvelle Route de la Soie chinoise lierait le monde sous l’hégémonie chinoise. Ou que les protocoles internationaux de l’Organisation mondiale de la santé rendraient quelque chose comme le coronavirus pratiquement impossible. Ou que le monde se rétrécirait alors que des dizaines de millions volaient sur des Boeing 737 Maxes identiques. (…) Un deuxième problème: pourquoi avons-nous supposé que la mondialisation était intrinsèquement supérieure, disons, au nationalisme, ou que l’agglomération pancontinentale était supérieure aux petits pays autonomes? Bien sûr, l’absorption des coutumes et protocoles locaux dans une culture uniforme pourrait être bénéfique dans certaines régions, mais pourquoi par extension serait-elle dans la plupart des régions? Pourquoi les projets et empires mondialisés en soi devaient-ils être préférés aux républiques locales? La prémisse de la dystopie d’Orwell en 1984 est que les nations du monde d’après-guerre ont été absorbées par seulement trois empires transcontinentaux rivaux, l’Océanie, l’Eurasie et l’Estasie; et avec une telle agrégation cauchemardesque vient la mort de la libre expression et de l’individualisme lui-même. Les arguments de vente supposés de la mondialisation – marchés mondiaux, goûts populaires partagés, langue et devise commerciales communes, culture d’élite sans nation, facilité de déplacement, diffusion d’informations et communications – n’ont jamais été aussi simples. Le réseau transocéanique facile qui reliait Christopher Steele, John Brennan, Stefan Harper, Joseph Mifsud et divers marchands de ragots oligarchiques russes était-il la preuve des attraits d’une culture mondiale commune? Après tout, nous sentons-nous vraiment à l’aise avec les laboratoires de virologie occidentalisés sous le contrôle du Parti communiste chinois qui pourraient avoir la capacité de propager une erreur à travers le monde en quelques heures? Est-ce vraiment une bonne chose que l’importation de cloisons sèches chinoises toxiques ou d’aliments pour chiens chinois contaminés sape les fournisseurs américains et nous rend ainsi plus «compétitifs» et détruit de manière créative les entreprises qui «doivent» être détruites? Pensez-vous que ce soit une bonne affaire de tout produire, de nos médicaments pour le cœur à la chimiothérapie, en Chine?  Trump a été élu en partie parce que les électeurs se méfiaient de la mondialisation asymétrique. Il a fait campagne pour des frontières sûres, une immigration légale et la fin de l’externalisation des industries clés (défense, industries stratégiques et fabrication) dans une Chine totalitaire et hostile, et il a promu l’indépendance générale des États-Unis en matière de carburant, de nourriture et de composants clés. de la vie quotidienne. L’antithèse de son programme – ouverture des frontières, libre circulation de tous les ressortissants étrangers, augmentation de la production de la consommation américaine clé en Chine – est-elle le moyen de lutter contre le coronavirus? La diversité est-elle réellement notre force lorsque plus d’un million d’immigrants illégaux au cours des trois dernières années en provenance d’Amérique centrale appauvrie et du sud du Mexique – sans sanction légale, sans vérification des antécédents criminels, principalement sans diplôme et compétences secondaires, sans audits de santé et sans aucune connaissance ou familiarité avec l’Amérique – simplement écrasé en masse la frontière américaine et se déclarant résidents permanents sinon citoyens de facto? Dans mon quartier, nous voyons des routes voisines maintenant jonchées de canapés abandonnés, de réfrigérateurs tombés en panne et de pneus usés; les fusillades occasionnelles entre gangs rivaux; les salons de coiffure illégaux des arbres d’ombrage, les garderies illicites et les meutes de chiens non autorisés et non vaccinés – sont-ils tous en train de m’apprendre à célébrer la diversité et à comprendre la culture de la plupart des pays du monde? Savons-nous vraiment quels étudiants chinois en technologie dans la Silicon Valley – avec des nuances, des Levi et des tongs – sont parfois employés par l’armée chinoise?  Est-ce que ça importe? Ceux qui se jettent à Davos sont-ils du genre à qui nous faisons confiance pour guider notre avenir politique, commercial, d’entreprise et de divertissement, pour protéger la Déclaration américaine des droits? Est-il si soigné que les joueurs de la NBA adaptent désormais leur expression politique aux souhaits de leurs facilitateurs financiers en Chine? Les visions globalisées d’Angela Merkel sur l’immigration sont-elles descendues sur terre dans les fétides camps de réfugiés de Turquie et de Lesbos et Chios? Je peux comprendre pourquoi des grands brillants ou puissants ou au moins bien connectés – Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, George Soros, Barack Obama, Bill et Hillary Clinton, Emmanuel Macron, les génies de la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, le Conseil des relations étrangères et l’Union européenne – applaudissent la mondialisation du monde. Mais je ne suis pas rassuré que leur argent, leurs titres, leur influence, leurs diplômes ou leurs relations signifient qu’ils sont soit sages, soit même toujours bien intentionnés. La description par Mike Bloomberg de l’agriculture supposée ne rien savoir, ancienne et moderne, rappelle à quel point l’éclat commercial mondial et la stupidité pratique sont souvent symbiotiques. Pensions-nous vraiment que l’islam fondamentaliste accepterait simplement l’empiétement de l’Occident sur sa culture de l’âge sombre et permettrait de perturber sa portée et son influence ferventes, simplement parce que nous l’avons appelé «mondialisation» – sans voir cette uniformité croissante comme une menace pour son huitième siècle vue sur le monde et à l’emprise des imams et des mollahs? Était-il vraiment imprévu que Ben Laden ou les talibans ou le flippant al-Baghdadi puissent trouver les médias sociaux occidentalisés et Internet utiles pour accélérer la terreur anti-occidentale? Le fait que Ben Laden était autrefois un playboy à Beyrouth ou dans son entourage soi-disant collé au porno occidentalisé sur son ordinateur ne suggère pas qu’il ressentait autre chose que de la haine pour le monde moderne occidentalisé et souhaitait utiliser ses propres protocoles pour le détruire. Comme il est étrange que la plupart des pires islamistes soient des créatures de la mondialisation, sans lesquelles personne ne se soucierait beaucoup de leurs activités locales de levée de l’enfer et de voyous dans les rues de Bagdad, Damas ou Le Caire. Ou étaient-ils des créatures virtuelles du centre commercial Western Strip: accrochés au consumérisme tout en méprisant les forces qui l’ont créé, comme des vieilles basses vétéranes au fond de l’étang qui ne peuvent toujours pas résister à mordre sur les leurres brillants qui les enrouleront. Si notre mondialisation l’avenir est ce qui est régurgité tous les soirs sur les nouvelles internationales homogénéisées standard CNN ou BBC, l’orthodoxie politique de Davos, les platitudes de Bruxelles et de Strasbourg, ou l’éthos mondialisé qui a envoyé Bill Clinton à Moscou pour une contrepartie de 500000 $ en honoraires ou Hunter Biden à Burisma ou Google pour extraire des données et masser les recherches internationales sur Internet de plus de 3 milliards de personnes, alors je préférerais vivre sous les coutumes et la culture d’une nation survolée. Oui, la mondialisation sans entraves a donné aux populations appauvries de l’Afrique subsaharienne un coup de feu aux produits pharmaceutiques vitaux, et elle a propagé le capitalisme de marché qui a sorti des milliards de la pauvreté. L’ironie est que les gardiens les plus fiables et les plus fiables de la science mondialisée et internationalisée dangereuse – ou de la culture, du commerce et de la politique harmonisés volatils – n’étaient pas des technocrates orwelliens internationaux et apatrides mais des États-nations viables qui pourraient encore réglementer et filtrer les excès et les dangers du mondialisme. . En fin de compte, nous n’avons aucun contrôle sur Wuhan, en Chine, mais il a apparemment beaucoup de contrôle sur nous. Il y avait aussi des concepts occidentaux à l’ancienne et honorés tels que l’autonomie et l’autarcie – indépendance et autosuffisance – qui ont maintenant été diabolisés comme chauvinisme et protectionnisme. (…) Lorsque nous devenons des citoyens du monde, c’est-à-dire des citoyens de partout, nous finissons par devenir des citoyens d’utopie. Autrement dit, en tant que citoyens de οὐ τόπος – de «pas de place». Victor Davis Hanson
By the early 21st century, cosmopolitans were gushing that high-tech, instant communications, transnational agencies and agreements, free-flowing capital, international corporations, and a new eerily uniform global elite had, finally, made nationalism, borders, and even the nation-state itself all irrelevant. Nationalism was apparently relegated to the dustbin of history, as we hit peak Socratic citizen-of-the-worldism. There were always two flaws to these adolescent giddy reports from world-bestriding New York Times op-ed journalists about win-win globalization, with their praise of gleaming airports and superior high-speed rail in what was otherwise Communist China, or accounts of flying first-class on Qatar Airlines was heavenly compared with backward United or American Airlines. One, globalization was not the end of history. It is a recurrent, cyclical, and at best morally neutral phenomenon that has always, at least in relative terms, waxed and waned over the past 2,500 years of civilization — although recent transcontinentalism carries greater consequences in the era of electronic interconnectedness. (…)It was never set in stone that the European Union could forever abolish national borders and invent something permanent called Europeanism. Or that the new Chinese Silk Road would tie the world together under Chinese hegemony. Or that the World Health Organization’s international protocols would make something like the coronavirus virtually impossible. Or that the world would shrink as tens of millions flew on identical Boeing 737 Maxes. (…) A second problem: Why did we assume that globalization was inherently superior to, say, nationalism, or that pancontinental conglomeration was superior to small autonomous countries? Of course, absorption of local customs and protocols into a uniform culture could be beneficial in some areas, but why by extension would it be in most all areas? Why were globalized projects and empires per se to be preferred to local republics? The premise of Orwell’s dystopian 1984 is that the nations of the postwar world have been absorbed by just three transcontinental feuding empires, Oceania, Eurasia, and Eastasia; and with such nightmarish aggregation comes the death of free expression and individualism itself. Globalization’s supposed selling points — worldwide markets, shared popular tastes, a common commercial language and currency, a nationless elite culture, ease of travel, dissemination of information, and communications — were never so simple. Was the easy transoceanic networking that linked Christopher Steele, John Brennan, Stefan Harper, Joseph Mifsud, and various Russian oligarchical gossip-mongers proof of the attractions of a common global culture? After all, do we really feel comfortable with Westernized virology labs under the control of the Chinese Communist Party that might have the ability to spread a mistake throughout the world in a matter of hours? Is it really a great thing that imported toxic Chinese drywall or tainted Chinese dog food undercuts American suppliers, and thereby makes us more “competitive,” and creatively destroys those businesses that “need” to be destroyed? Do we think it is good business to have everything from our heart medicines to chemotherapy produced in China? Trump got elected in part because voters were wary of asymmetrical globalization. He campaigned on secure borders, legal-only immigration, and an end to the outsourcing of key industries (defense, strategic industries, and manufacturing) to a totalitarian and hostile China, and he promoted general American independence in fuel, food, and key components of everyday life. Is the antithesis of his agenda — open borders, the free flow of all foreign nationals, more production of key U.S. consumption in China — the way to combat the coronavirus? Is diversity actually our strength when over a million illegal immigrants over the past three years from impoverished Central America and southern Mexico — without legal sanction, without criminal background checks, mostly without high-school diplomas and skills, without health audits, and without any knowledge of or familiarity with America — simply en masse crashed the U.S. border and declared themselves permanent residents if not de facto citizens? In my neighborhood, we see nearby roads now littered with abandoned couches, cast-off refrigerators, and worn-out tires; the occasional shoot-outs between rival gangs; shade-tree illegal barber shops, illicit day-care centers, and unlicensed, unvaccinated packs of dogs — are these all teaching me to celebrate diversity and to get with the culture of most of the world? Do we really know which particular Chinese technology students in Silicon Valley — with shades, Levi’s, and flip-flops — are in the sometime employment of the Chinese military? Does it matter? Are those who jet into Davos the sort that we trust to guide our political, commercial, corporate, and entertainment future, to protect the American Bill of Rights? Is it so neat that the NBA players now tailor their political expression to fit the wishes of their financial enablers in China? Has Angela Merkel’s globalized visions of immigration come down to earth at the fetid refugee camps of Turkey and Lesbos and Chios? I can understand why brilliant or powerful or at least well-connected grandees — Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, George Soros, Barack Obama, Bill and Hillary Clinton, Emmanuel Macron, the geniuses of the World Bank, the International Monetary Fund, the Council on Foreign Relations, and the European Union — applaud the globalization of the world. But I am not reassured that their money, titles, influence, degrees, or connections mean that they are either wise or even always well-intentioned. Mike Bloomberg’s description of supposed know-nothing farming, ancient and modern, reminds one of how global commercial brilliance and practical stupidity are often symbiotic. Did we really think that fundamentalist Islam would simply accept Western encroachment on its Dark Age culture and allow the disruption of its fervent reach and influence, simply because we called it “globalization” — without seeing such growing uniformity as a threat to its eighth-century view of the world and to the sway of imams and mullahs? Was it really unforeseen that Bin Laden or the Taliban or the creepy al-Baghdadi might find Westernized social media and the Internet useful in expediting anti-Western terror? The fact that Bin Laden was once a playboy in Beirut or in his dotage supposedly sat glued to Westernized porn on his computer did not suggest he felt anything but hatred for the Westernized modern world and wished to use its own protocols to destroy it. How strange that most of the worst Islamists were creatures of globalization, without which no one would have cared much about their usual local hell-raising and thuggery in the streets of Baghdad, Damascus, or Cairo. Or were they virtual creatures of the Western strip mall: hooked on consumerism while despising the forces that created it, like veteran old bass at the bottom of the pond that still cannot resist biting on the shiny lures that will reel them in. If our globalized future is what is regurgitated nightly on the standard homogenized CNN or BBC international news, the political orthodoxy of Davos, the platitudes of Brussels and Strasbourg, or the globalized ethos that sent Bill Clinton to Moscow for a quid pro quo $500,000 honorarium or Hunter Biden to Burisma, or Google to data-mine and massage the international Internet searches of over a 3 billion people, then I would prefer to live under the customs and culture of a flyover nation. Yes, unfettered globalization gave the impoverished people of sub-Saharan Africa a shot at lifesaving pharmaceuticals, and it spread market capitalism that lifted billions out of poverty. The irony is that the most reliable and trustworthy custodians of dangerous globalized and internationalized science — or volatile harmonized culture, commerce, and politics — were not Orwellian international and stateless technocrats but viable nation-states that still might regulate and filter out globalism’s excesses and dangers. In the end, we have no control over Wuhan, China, but it apparently has a lot of control over us. There also used to be old-fashioned, honored Western concepts such as autonomia and autarkeia — independence and self-sufficiency — that have now been demonized as chauvinism and protectionism. (…) When we become citizens of the world, that is, citizens of everyplace, then we end up citizens of utopia. That is, as citizens of οὐ τόπος — of “no place.” Victor Davis Hanson
The current coronavirus disease, Covid-19, has been called a once-in-a-century pandemic. But it may also be a once-in-a-century evidence fiasco. At a time when everyone needs better information, from disease modelers and governments to people quarantined or just social distancing, we lack reliable evidence on how many people have been infected with SARS-CoV-2 or who continue to become infected. Better information is needed to guide decisions and actions of monumental significance and to monitor their impact. Draconian countermeasures have been adopted in many countries. If the pandemic dissipates — either on its own or because of these measures — short-term extreme social distancing and lockdowns may be bearable. How long, though, should measures like these be continued if the pandemic churns across the globe unabated? How can policymakers tell if they are doing more good than harm? Vaccines or affordable treatments take many months (or even years) to develop and test properly. Given such timelines, the consequences of long-term lockdowns are entirely unknown. The data collected so far on how many people are infected and how the epidemic is evolving are utterly unreliable. Given the limited testing to date, some deaths and probably the vast majority of infections due to SARS-CoV-2 are being missed. We don’t know if we are failing to capture infections by a factor of three or 300. Three months after the outbreak emerged, most countries, including the U.S., lack the ability to test a large number of people and no countries have reliable data on the prevalence of the virus in a representative random sample of the general population. This evidence fiasco creates tremendous uncertainty about the risk of dying from Covid-19. Reported case fatality rates, like the official 3.4% rate from the World Health Organization, cause horror — and are meaningless. Patients who have been tested for SARS-CoV-2 are disproportionately those with severe symptoms and bad outcomes. As most health systems have limited testing capacity, selection bias may even worsen in the near future. The one situation where an entire, closed population was tested was the Diamond Princess cruise ship and its quarantine passengers. The case fatality rate there was 1.0%, but this was a largely elderly population, in which the death rate from Covid-19 is much higher. Projecting the Diamond Princess mortality rate onto the age structure of the U.S. population, the death rate among people infected with Covid-19 would be 0.125%. But since this estimate is based on extremely thin data — there were just seven deaths among the 700 infected passengers and crew — the real death rate could stretch from five times lower (0.025%) to five times higher (0.625%). It is also possible that some of the passengers who were infected might die later, and that tourists may have different frequencies of chronic diseases — a risk factor for worse outcomes with SARS-CoV-2 infection — than the general population. Adding these extra sources of uncertainty, reasonable estimates for the case fatality ratio in the general U.S. population vary from 0.05% to 1%. That huge range markedly affects how severe the pandemic is and what should be done. A population-wide case fatality rate of 0.05% is lower than seasonal influenza. If that is the true rate, locking down the world with potentially tremendous social and financial consequences may be totally irrational. It’s like an elephant being attacked by a house cat. Frustrated and trying to avoid the cat, the elephant accidentally jumps off a cliff and dies. John P.A. Ioannidis (Stanford University)
La maladie actuelle du coronavirus, Covid-19, a été qualifiée de pandémie du siècle. Mais elle pourrait aussi être le fiasco de preuves du siècle. À une époque où tout le monde a besoin de meilleures informations, des modélisateurs de maladie et des gouvernements aux personnes mises en quarantaine ou se soumettant simplement à la distance sociale, nous manquons de preuves fiables sur le nombre de personnes infectées par le SRAS-CoV-2 ou qui continuent de l’être. Une meilleure information est nécessaire pour guider des décisions et des actions d’une importance monumentale et pour surveiller leur impact. Des contre-mesures draconiennes ont été adoptées dans de nombreux pays. Si la pandémie se dissipe – d’elle-même ou suite à ces mesures – une distanciation sociale et des confinements extrêmes à court terme peuvent être supportables. Cependant, pendant combien de temps de telles mesures devraient-elles être maintenues si la pandémie se propage à travers le monde sans relâche? Comment les décideurs peuvent-ils dire s’ils font plus de bien que de mal? Les vaccins ou les traitements abordables mettent plusieurs mois (voire des années) à être développés et testés correctement. Compte tenu de ces délais, les conséquences du confinement à long terme sont totalement inconnues. Les données recueillies à ce jour sur le nombre de personnes infectées et l’évolution de l’épidémie ne sont absolument pas fiables. Compte tenu des tests limités à ce jour, certains décès et probablement la grande majorité des infections dues au SRAS-CoV-2 ne sont pas repérés. Nous ne savons pas si nous ne parvenons pas à capturer les infections par un facteur de trois ou de 300. Trois mois après l’apparition de l’épidémie, la plupart des pays, y compris les États-Unis, n’ont pas la capacité de tester un grand nombre de personnes et aucun pays ne dispose de données fiables sur la prévalence du virus dans un échantillon aléatoire représentatif de la population générale. Ce fiasco de preuves crée une énorme incertitude quant au risque de mourir du Covid-19. Les taux de létalité signalés, comme le taux officiel de 3,4% de l’OMS, provoquent l’horreur – et n’ont aucun sens. Les patients qui ont été testés pour le SRAS-CoV-2 sont de manière disproportionnée ceux qui présentent des symptômes graves et de mauvais résultats. Comme la plupart des systèmes de santé ont une capacité de test limitée, le biais de sélection peut même s’aggraver dans un avenir proche. La seule situation où une population entière et fermée a été testée était le bateau de croisière Diamond Princess et ses passagers en quarantaine. Le taux de létalité était de 1,0%, mais il s’agissait d’une population largement âgée, dans laquelle le taux de mortalité du Covid-19 est beaucoup plus élevé. En projetant le taux de mortalité du Diamond Princess sur la structure par âge de la population américaine, le taux de mortalité parmi les personnes infectées par le Covid-19 serait de 0,125%. Mais comme cette estimation est basée sur des données extrêmement minces – il n’y a eu que sept décès parmi les 700 passagers et membres d’équipage infectés – le taux de mortalité réel pourrait aller de cinq fois moins (0,025%) à cinq fois plus (0,625%). Il est également possible que certains des passagers infectés décèdent plus tard, et que les touristes aient des fréquences de maladies chroniques différentes – un facteur de risque de pire issue de l’infection par le SRAS-CoV-2 – que la population générale. En ajoutant ces sources supplémentaires d’incertitude, les estimations raisonnables du taux de létalité dans la population générale des États-Unis varient de 0,05% à 1%. Cet énorme éventail affecte considérablement la gravité de la pandémie et ce qu’il convient de faire. Un taux de létalité de 0,05% dans l’ensemble de la population est inférieur à celui de la grippe saisonnière. Si tel est le véritable taux, confiner le monde avec des conséquences sociales et financières potentiellement énormes peut être totalement irrationnel. C’est comme un éléphant attaqué par un chat domestique. Frustré et essayant d’éviter le chat, l’éléphant saute accidentellement d’une falaise et meurt. John P.A. Ioannidis (Stanford University)

Quel fiasco du siècle ?

Lorsque …

Pour sauver les habitudes culinaires et médicinales si particulières de nos amis chinois …

Qui ont mis près d’un mois à révéler à leur propre population et au monde la nature du virus qu’ils ont lâché sur la planète …

Et pour prolonger de quelques mois la vie de nos octogénaires

A l’instar d’une Italie vite débordée pour cause de non-isolement de ses premiers malades ..

Nous prétendons confiner le monde entier …

Avec des conséquences sociales et financières et même psychologiques et mentales potentiellement suicidaires …

Alors que le taux de mortalité dans la seule situation où une population entière, fermée et largement âgée a été testée

Ne dépassait pas 1% ?

A fiasco in the making? As the coronavirus pandemic takes hold, we are making decisions without reliable data
John P.A. Ioannidis
STAT
March 17, 2020

The current coronavirus disease, Covid-19, has been called a once-in-a-century pandemic. But it may also be a once-in-a-century evidence fiasco.At a time when everyone needs better information, from disease modelers and governments to people quarantined or just social distancing, we lack reliable evidence on how many people have been infected with SARS-CoV-2 or who continue to become infected. Better information is needed to guide decisions and actions of monumental significance and to monitor their impact.Draconian countermeasures have been adopted in many countries. If the pandemic dissipates — either on its own or because of these measures — short-term extreme social distancing and lockdowns may be bearable. How long, though, should measures like these be continued if the pandemic churns across the globe unabated? How can policymakers tell if they are doing more good than harm?Vaccines or affordable treatments take many months (or even years) to develop and test properly. Given such timelines, the consequences of long-term lockdowns are entirely unknown.The data collected so far on how many people are infected and how the epidemic is evolving are utterly unreliable. Given the limited testing to date, some deaths and probably the vast majority of infections due to SARS-CoV-2 are being missed. We don’t know if we are failing to capture infections by a factor of three or 300. Three months after the outbreak emerged, most countries, including the U.S., lack the ability to test a large number of people and no countries have reliable data on the prevalence of the virus in a representative random sample of the general population.This evidence fiasco creates tremendous uncertainty about the risk of dying from Covid-19. Reported case fatality rates, like the official 3.4% rate from the World Health Organization, cause horror — and are meaningless. Patients who have been tested for SARS-CoV-2 are disproportionately those with severe symptoms and bad outcomes. As most health systems have limited testing capacity, selection bias may even worsen in the near future.The one situation where an entire, closed population was tested was the Diamond Princess cruise ship and its quarantine passengers. The case fatality rate there was 1.0%, but this was a largely elderly population, in which the death rate from Covid-19 is much higher.Projecting the Diamond Princess mortality rate onto the age structure of the U.S. population, the death rate among people infected with Covid-19 would be 0.125%. But since this estimate is based on extremely thin data — there were just seven deaths among the 700 infected passengers and crew — the real death rate could stretch from five times lower (0.025%) to five times higher (0.625%). It is also possible that some of the passengers who were infected might die later, and that tourists may have different frequencies of chronic diseases — a risk factor for worse outcomes with SARS-CoV-2 infection — than the general population. Adding these extra sources of uncertainty, reasonable estimates for the case fatality ratio in the general U.S. population vary from 0.05% to 1%.That huge range markedly affects how severe the pandemic is and what should be done. A population-wide case fatality rate of 0.05% is lower than seasonal influenza. If that is the true rate, locking down the world with potentially tremendous social and financial consequences may be totally irrational. It’s like an elephant being attacked by a house cat. Frustrated and trying to avoid the cat, the elephant accidentally jumps off a cliff and dies.Could the Covid-19 case fatality rate be that low? No, some say, pointing to the high rate in elderly people. However, even some so-called mild or common-cold-type coronaviruses that have been known for decades can have case fatality rates as high as 8% when they infect elderly people in nursing homes. In fact, such “mild” coronaviruses infect tens of millions of people every year, and account for 3% to 11% of those hospitalized in the U.S. with lower respiratory infections each winter.These “mild” coronaviruses may be implicated in several thousands of deaths every year worldwide, though the vast majority of them are not documented with precise testing. Instead, they are lost as noise among 60 million deaths from various causes every year.Although successful surveillance systems have long existed for influenza, the disease is confirmed by a laboratory in a tiny minority of cases. In the U.S., for example, so far this season 1,073,976 specimens have been tested and 222,552 (20.7%) have tested positive for influenza. In the same period, the estimated number of influenza-like illnesses is between 36,000,000 and 51,000,000, with an estimated 22,000 to 55,000 flu deaths.Note the uncertainty about influenza-like illness deaths: a 2.5-fold range, corresponding to tens of thousands of deaths. Every year, some of these deaths are due to influenza and some to other viruses, like common-cold coronaviruses.In an autopsy series that tested for respiratory viruses in specimens from 57 elderly persons who died during the 2016 to 2017 influenza season, influenza viruses were detected in 18% of the specimens, while any kind of respiratory virus was found in 47%. In some people who die from viral respiratory pathogens, more than one virus is found upon autopsy and bacteria are often superimposed. A positive test for coronavirus does not mean necessarily that this virus is always primarily responsible for a patient’s demise.

If we assume that case fatality rate among individuals infected by SARS-CoV-2 is 0.3% in the general population — a mid-range guess from my Diamond Princess analysis — and that 1% of the U.S. population gets infected (about 3.3 million people), this would translate to about 10,000 deaths. This sounds like a huge number, but it is buried within the noise of the estimate of deaths from “influenza-like illness.” If we had not known about a new virus out there, and had not checked individuals with PCR tests, the number of total deaths due to “influenza-like illness” would not seem unusual this year. At most, we might have casually noted that flu this season seems to be a bit worse than average. The media coverage would have been less than for an NBA game between the two most indifferent teams.

Some worry that the 68 deaths from Covid-19 in the U.S. as of March 16 will increase exponentially to 680, 6,800, 68,000, 680,000 … along with similar catastrophic patterns around the globe. Is that a realistic scenario, or bad science fiction? How can we tell at what point such a curve might stop?

The most valuable piece of information for answering those questions would be to know the current prevalence of the infection in a random sample of a population and to repeat this exercise at regular time intervals to estimate the incidence of new infections. Sadly, that’s information we don’t have.

In the absence of data, prepare-for-the-worst reasoning leads to extreme measures of social distancing and lockdowns. Unfortunately, we do not know if these measures work. School closures, for example, may reduce transmission rates. But they may also backfire if children socialize anyhow, if school closure leads children to spend more time with susceptible elderly family members, if children at home disrupt their parents ability to work, and more. School closures may also diminish the chances of developing herd immunity in an age group that is spared serious disease.

This has been the perspective behind the different stance of the United Kingdom keeping schools open, at least until as I write this. In the absence of data on the real course of the epidemic, we don’t know whether this perspective was brilliant or catastrophic.

Flattening the curve to avoid overwhelming the health system is conceptually sound — in theory. A visual that has become viral in media and social media shows how flattening the curve reduces the volume of the epidemic that is above the threshold of what the health system can handle at any moment.

Yet if the health system does become overwhelmed, the majority of the extra deaths may not be due to coronavirus but to other common diseases and conditions such as heart attacks, strokes, trauma, bleeding, and the like that are not adequately treated. If the level of the epidemic does overwhelm the health system and extreme measures have only modest effectiveness, then flattening the curve may make things worse: Instead of being overwhelmed during a short, acute phase, the health system will remain overwhelmed for a more protracted period. That’s another reason we need data about the exact level of the epidemic activity.

One of the bottom lines is that we don’t know how long social distancing measures and lockdowns can be maintained without major consequences to the economy, society, and mental health. Unpredictable evolutions may ensue, including financial crisis, unrest, civil strife, war, and a meltdown of the social fabric. At a minimum, we need unbiased prevalence and incidence data for the evolving infectious load to guide decision-making.

In the most pessimistic scenario, which I do not espouse, if the new coronavirus infects 60% of the global population and 1% of the infected people die, that will translate into more than 40 million deaths globally, matching the 1918 influenza pandemic.

The vast majority of this hecatomb would be people with limited life expectancies. That’s in contrast to 1918, when many young people died.

One can only hope that, much like in 1918, life will continue. Conversely, with lockdowns of months, if not years, life largely stops, short-term and long-term consequences are entirely unknown, and billions, not just millions, of lives may be eventually at stake.

If we decide to jump off the cliff, we need some data to inform us about the rationale of such an action and the chances of landing somewhere safe.

John P.A. Ioannidis is professor of medicine, of epidemiology and population health, of biomedical data science, and of statistics at Stanford University and co-director of Stanford’s Meta-Research Innovation Center.

Voir aussi:

Globalization Bleeding
The recurring dream — or nightmare — of being a ‘citizen of the world’
Victor Davis Hanson
National review
March 3, 2020

By the early 21st century, cosmopolitans were gushing that high-tech, instant communications, transnational agencies and agreements, free-flowing capital, international corporations, and a new eerily uniform global elite had, finally, made nationalism, borders, and even the nation-state itself all irrelevant. Nationalism was apparently relegated to dustbin of history, as we hit peak Socratic citizen-of-the-worldism.There were always two flaws to these adolescent giddy reports from world-bestriding New York Times op-ed journalists about win-win globalization, with their praise of gleaming airports and superior high-speed rail in what was otherwise Communist China, or accounts of flying first-class on Qatar Airlines was heavenly compared with backward United or American Airlines.

Nothing New under the Sun
One, globalization was not the end of history. It is a recurrent, cyclical, and at best morally neutral phenomenon that has always, at least in relative terms, waxed and waned over the past 2,500 years of civilization — although recent transcontinentalism carries greater consequences in the era of electronic interconnectedness.

By a.d. 200, there was a globalized Roman world of 2 million square miles, stretching from Hadrian’s Wall to the Persian Gulf, and from the Rhine to the Atlas Mountains. Like frogs around the pond of Mare Nostrum, all official business was conducted in Latin or, increasingly in the East, Greek. A Roman citizen could enjoy habeas corpus from Bithynia to the Atlantic. Thousands of small towns were marked by fora and agorae, colonnades, and basilicas. While multiracial and non-Italian, otherwise uniformly equipped and trained legions secured the vast borders. It was quite an achievement of providing aqueducts, security, and property rights to 70 million disparate peoples, but it was no longer really the earlier Roman Republic of the Scipios, either.

Yet by a.d. 500, the vast sameness was eroding. Most of the Empire in the West and the old borders in East had been picked apart by Vandals, Visigoths, Osogoths, Huns, Sasanians, and a host of other tribes and migrant and aggressive peoples.

History’s succession of subsequent would-be imperial globalists — the Byzantines, the Caliphates, the Ottomans, Napoleon, Stalin and Hitler — for a while collapsed national borders and spread uniform language, architecture, customs, and culture until their dreams eventually imploded, usually from overreach, military defeat, corruption, bankrupt ideology, demographic calcification, rampant inflation, or sheer inefficiency and bloated bureaucracy.

It was never set in stone that the European Union could forever abolish national borders and invent something permanent called Europeanism. Or that the new Chinese Silk Road would tie the world together under Chinese hegemony. Or that the World Health Organization’s international protocols would make something like the coronavirus virtually impossible. Or that the world would shrink as tens of millions flew on identical Boeing 737 Maxes.

History does not end in something, it continues on with everything.

Tribalism, nations, empires, and globalizations all grow and collapse, not unlike natural long-term changes in climate. Or, as the Greeks believed, societies are like the endless cycles of natural birth, aging, and decline of humans themselves.

One World, One Bigger Problem
A second problem: Why did we assume that globalization was inherently superior to, say, nationalism, or that pancontinental conglomeration was superior to small autonomous countries? Of course, absorption of local customs and protocols into a uniform culture could be beneficial in some areas, but why by extension would it be in most all areas? Why were globalized projects and empires per se to be preferred to local republics?

The premise of Orwell’s dystopian 1984 is that the nations of the postwar world have been absorbed by just three transcontinental feuding empires, Oceania, Eurasia, and Eastasia; and with such nightmarish aggregation comes the death of free expression and individualism itself.

Globalization’s supposed selling points — worldwide markets, shared popular tastes, a common commercial language and currency, a nationless elite culture, ease of travel, dissemination of information, and communications — were never so simple. Was the easy transoceanic networking that linked Christopher Steele, John Brennan, Stefan Harper, Joseph Mifsud, and various Russian oligarchical gossip-mongers proof of the attractions of a common global culture?

After all, do we really feel comfortable with Westernized virology labs under the control of the Chinese Communist Party that might have the ability to spread a mistake throughout the world in a matter of hours? Is it really a great thing that imported toxic Chinese drywall or tainted Chinese dog food undercuts American suppliers, and thereby makes us more “competitive,” and creatively destroys those businesses that “need” to be destroyed? Do we think it is good business to have everything from our heart medicines to chemotherapy produced in China?

Trump got elected in part because voters were wary of asymmetrical globalization. He campaigned on secure borders, legal-only immigration, and an end to the outsourcing of key industries (defense, strategic industries, and manufacturing) to a totalitarian and hostile China, and he promoted general American independence in fuel, food, and key components of everyday life. Is the antithesis of his agenda — open borders, the free flow of all foreign nationals, more production of key U.S. consumption in China — the way to combat the coronavirus?

Is diversity actually our strength when over a million illegal immigrants over the past three years from impoverished Central America and southern Mexico — without legal sanction, without criminal background checks, mostly without high-school diplomas and skills, without health audits, and without any knowledge of or familiarity with America — simply en masse crashed the U.S. border and declared themselves permanent residents if not de facto citizens? In my neighborhood, we see nearby roads now littered with abandoned couches, cast-off refrigerators, and worn-out tires; the occasional shoot-outs between rival gangs; shade-tree illegal barber shops, illicit day-care centers, and unlicensed, unvaccinated packs of dogs — are these all teaching me to celebrate diversity and to get with the culture of most of the world?

Do we really know which particular Chinese technology students in Silicon Valley — with shades, Levi’s, and flip-flops — are in the sometime employment of the Chinese military? Does it matter?

Are those who jet into Davos the sort that we trust to guide our political, commercial, corporate, and entertainment future, to protect the American Bill of Rights? Is it so neat that the NBA players now tailor their political expression to fit the wishes of their financial enablers in China? Has Angela Merkel’s globalized visions of immigration come down to earth at the fetid refugee camps of Turkey and Lesbos and Chios?

I can understand why brilliant or powerful or at least well-connected grandees — Bill Gates, Mark Zuckerberg, Jeff Bezos, George Soros, Barack Obama, Bill and Hillary Clinton, Emmanuel Macron, the geniuses of the World Bank, the International Monetary Fund, the Council on Foreign Relations, and the European Union — applaud the globalization of the world. But I am not reassured that their money, titles, influence, degrees, or connections mean that they are either wise or even always well-intentioned. Mike Bloomberg’s description of supposed know-nothing farming, ancient and modern, reminds one of how global commercial brilliance and practical stupidity are often symbiotic.

Did we really think that fundamentalist Islam would simply accept Western encroachment on its Dark Age culture and allow the disruption of its fervent reach and influence, simply because we called it “globalization” — without seeing such growing uniformity as a threat to its eighth-century view of the world and to the sway of imams and mullahs?

Was it really unforeseen that Bin Laden or the Taliban or the creepy al-Baghdadi might find Westernized social media and the Internet useful in expediting anti-Western terror? The fact that Bin Laden was once a playboy in Beirut or in his dotage supposedly sat glued to Westernized porn on his computer did not suggest he felt anything but hatred for the Westernized modern world and wished to use its own protocols to destroy it. How strange that most of the worst Islamists were creatures of globalization, without which no one would have cared much about their usual local hell-raising and thuggery in the streets of Baghdad, Damascus, or Cairo. Or were they virtual creatures of the Western strip mall: hooked on consumerism while despising the forces that created it, like veteran old bass at the bottom of the pond that still cannot resist biting on the shiny lures that will reel them in.

If our globalized future is what is regurgitated nightly on the standard homogenized CNN or BBC international news, the political orthodoxy of Davos, the platitudes of Brussels and Strasbourg, or the globalized ethos that sent Bill Clinton to Moscow for a quid pro quo $500,000 honorarium or Hunter Biden to Burisma, or Google to data-mine and massage the international Internet searches of over a 3 billion people, then I would prefer to live under the customs and culture of a flyover nation.

Yes, unfettered globalization gave the impoverished people of sub-Saharan Africa a shot at lifesaving pharmaceuticals, and it spread market capitalism that lifted billions out of poverty. The irony is that the most reliable and trustworthy custodians of dangerous globalized and internationalized science — or volatile harmonized culture, commerce, and politics — were not Orwellian international and stateless technocrats but viable nation-states that still might regulate and filter out globalism’s excesses and dangers. In the end, we have no control over Wuhan, China, but it apparently has a lot of control over us.

There also used to be old-fashioned, honored Western concepts such as autonomia and autarkeia — independence and self-sufficiency — that have now been demonized as chauvinism and protectionism. But it once was a reassuring fact to Americans that most of their lifesaving drugs and pharmaceuticals were produced in North America and Europe under Western auspices rather than in China and India, as it is now reassuring that most Americans consume oil and natural gas that are extracted at home and not imported from the Middle East, Russia, or North Africa. One of the reasons that maximum pressure is working on Iran, and that the theocracy is desperate, is that the Great Satan doesn’t need Iranian oil — and that the Little Satan doesn’t need it, either.

We should be relieved that the U.S. is still self-sufficient in grains, fruits, meats, and vegetables — and can export its fuels and foods to others rather than solely vice versa, given that it produces them according to standards that are far superior to China’s, Russia’s, or what is found in Africa and Latin America.

When we become citizens of the world, that is, citizens of everyplace, then we end up citizens of utopia. That is, as citizens of οὐ τόπος — of “no place.”

Voir également:

China Is the Real Sick Man of Asia

Its financial markets may be even more dangerous than its wildlife markets.

The mighty Chinese juggernaut has been humbled this week, apparently by a species-hopping bat virus. While Chinese authorities struggle to control the epidemic and restart their economy, a world that has grown accustomed to contemplating China’s inexorable rise was reminded that nothing, not even Beijing’s power, can be taken for granted.

We do not know how dangerous the new coronavirus will be. There are signs that Chinese authorities are still trying to conceal the true scale of the problem, but at this point the virus appears to be more contagious but considerably less deadly than the pathogens behind diseases such as Ebola or SARS—though some experts say SARS and coronavirus are about equally contagious.

China’s initial response to the crisis was less than impressive. The Wuhan government was secretive and self-serving; national authorities responded vigorously but, it currently appears, ineffectively. China’s cities and factories are shutting down; the virus continues to spread. We can hope that authorities succeed in containing the epidemic and treating its victims, but the performance to date has shaken confidence in the Chinese Communist Party at home and abroad. Complaints in Beijing about the U.S. refusing entry to noncitizens who recently spent time in China cannot hide the reality that the decisions that allowed the epidemic to spread as far and as fast as it did were all made in Wuhan and Beijing.

The likeliest economic consequence of the coronavirus epidemic, forecasters expect, will be a short and sharp fall in Chinese economic growth rates during the first quarter, recovering as the disease fades. The most important longer-term outcome would appear to be a strengthening of a trend for global companies to “de-Sinicize” their supply chains. Add the continuing public health worries to the threat of new trade wars, and supply-chain diversification begins to look prudent.

Events like the coronavirus epidemic, and its predecessors—such as SARS, Ebola and MERS—test our systems and force us to think about the unthinkable. If there were a disease as deadly as Ebola and as fast-spreading as coronavirus, how should the U.S. respond? What national and international systems need to be in place to minimize the chance of catastrophe on this scale?

Epidemics also lead us to think about geopolitical and economic hypotheticals. We have seen financial markets shudder and commodity prices fall in the face of what hopefully will be a short-lived disturbance in China’s economic growth. What would happen if—perhaps in response to an epidemic, but more likely following a massive financial collapse—China’s economy were to suffer a long period of even slower growth? What would be the impact of such developments on China’s political stability, on its attitude toward the rest of the world, and to the global balance of power?

China’s financial markets are probably more dangerous in the long run than China’s wildlife markets. Given the accumulated costs of decades of state-driven lending, massive malfeasance by local officials in cahoots with local banks, a towering property bubble, and vast industrial overcapacity, China is as ripe as a country can be for a massive economic correction. Even a small initial shock could lead to a massive bonfire of the vanities as all the false values, inflated expectations and misallocated assets implode. If that comes, it is far from clear that China’s regulators and decision makers have the technical skills or the political authority to minimize the damage—especially since that would involve enormous losses to the wealth of the politically connected.

We cannot know when or even if a catastrophe of this scale will take place, but students of geopolitics and international affairs—not to mention business leaders and investors—need to bear in mind that China’s power, impressive as it is, remains brittle. A deadlier virus or a financial-market contagion could transform China’s economic and political outlook at any time.

Many now fear the coronavirus will become a global pandemic. The consequences of a Chinese economic meltdown would travel with the same sweeping inexorability. Commodity prices around the world would slump, supply chains would break down, and few financial institutions anywhere could escape the knock-on consequences. Recovery in China and elsewhere could be slow, and the social and political effects could be dramatic.

If Beijing’s geopolitical footprint shrank as a result, the global consequences might also be surprising. Some would expect a return of unipolarity if the only possible great-power rival to the U.S. were to withdraw from the game. Yet in the world of American politics, isolation rather than engagement might surge to the fore. If the China challenge fades, many Americans are likely to assume that the U.S. can safely reduce its global commitments.

So far, the 21st century has been an age of black swans. From 9/11 to President Trump’s election and Brexit, low-probability, high-impact events have reshaped the world order. That age isn’t over, and of the black swans still to arrive, the coronavirus epidemic is unlikely to be the last to materialize in China.

Voir de plus:

Coronavirus : la Corée a endigué l’épidémie sans confiner les villes

Le taux d’infection de la Corée du Sud diminue sans que les villes ne soient verrouillées comme en Chine et en Italie. La Corée du Sud comptait 7 513 cas de Covid-19 à la date du lundi 9mars, les infections quotidiennes chutant pour le quatrième jour consécutif. Les fonctionnaires attribuent cette diminution aux tests de masse, à l’amélioration de la communication publique et à l’utilisation de technologies avancées

La Corée du Sud a connu une diminution constante des nouveaux cas de coronavirus pendant quatre jours consécutifs, bien qu’elle soit l’un des pays les plus touchés en dehors de la Chine, même si l’attention mondiale s’est portée sur les épidémies en Italie et en Iran. Le pays a connu une moyenne de plus de 500 nouvelles infections par jour au cours des deux dernières semaines, mais vendredi dernier, ce nombre est tombé à 438, puis à 367 samedi et 248 dimanche.

Le président sud-coréen Moon Jae-in a noté lundi la « tendance au ralentissement » des nouvelles infections dans son pays, mais a mis en garde : « Nous ne devons pas du tout nous reposer sur nos lauriers ».

Son point de vue a été souligné par le KCDC, qui a déclaré que parmi les nouveaux patients se trouvaient plus de 60 personnes qui ont été infectées alors qu’elles travaillaient à proximité les unes des autres dans un centre d’appel d’une compagnie d’assurance.

« Le nombre total de nouveaux cas confirmés est en baisse, mais ces cas d’infection massive sont préoccupants », a déclaré le directeur adjoint du KCDC, Kwon Jun-wook.

Une régulation sans confinement et sans coercition

La diminution constante des cas a été attribuée à divers facteurs, notamment les tests de masse, l’amélioration des communications publiques et l’utilisation de la technologie. Les tests approfondis effectués sur les membres de l’église Shincheonji de Jésus, qui était liée à plus de 60 % des cas du pays, a été achevée.

Les responsables sud-coréens ont fait part de leur expérience en matière d’endiguement de l’épidémie, affirmant qu’il est difficile de mettre en œuvre dans une société ouverte les mesures de confinement imposées par la Chine à Wuhan, où l’épidémie a pris naissance.

La Chine a également instauré une stricte distanciation sociale et une surveillance étendue des citoyens et a assuré leur adhésion aux mesures préventives avec des sanctions et des récompenses, ce qui a entraîné une baisse significative du nombre de nouveaux cas.

« Sans porter atteinte au principe d’une société transparente et ouverte, nous recommandons un système de réponse qui associe la participation volontaire du public à des applications créatives de technologies avancées », a déclaré le vice-ministre sud-coréen de la santé, Kim Gang-lip, aux journalistes.

Les mesures conventionnelles et coercitives telles que le verrouillage des zones touchées présentent des inconvénients, a-t-il déclaré, sapant l’esprit de démocratie et aliénant le public qui devrait participer activement aux efforts de prévention. « La participation du public doit être assurée par l’ouverture et la transparence », a-t-il déclaré.

« Pas de masque, pas d’entrée »

La Corée du Sud a été proactive en fournissant à ses citoyens les informations nécessaires pour assurer leur sécurité, notamment en organisant des points de presse deux fois par jour et en envoyant des alertes d’urgence par téléphone portable aux personnes vivant ou travaillant dans les districts où de nouveaux cas ont été confirmés.

Des détails sur les antécédents de voyage des patients confirmés sont également disponibles sur les sites web municipaux, parfois avec des informations sur le lieu de résidence ou l’employeur du patient, ce qui permet de les identifier individuellement, ce qui suscite des inquiétudes quant à la protection de la vie privée.

L’importance du maintien d’une bonne hygiène a également été soulignée. Les Sud-Coréens sortent rarement de chez eux sans porter de masque facial, et de nombreux bâtiments affichent des panneaux indiquant « Pas de masque, pas d’entrée ». Les employés des restaurants et des commerces de détail portent des masques lorsqu’ils servent les clients.

« Je n’aime pas porter un masque. Je n’ai pas pris la peine de porter un masque comme d’habitude lorsque j’ai éternué plusieurs fois dans le métro. Puis d’autres banlieusards m’ont désapprouvé et se sont éloignés de moi. À ce moment-là, j’ai décidé de suivre la tendance et de porter un masque », a déclaré Min Gyeong-wook, un employé de 35 ans.

Des tests quotidiens

La Corée du Sud a également mis en place des mesures créatives, notamment une cinquantaine de stations de test au volant dans tout le pays, où il ne faut que 10 minutes pour effectuer l’ensemble de la procédure. Les résultats des tests sont disponibles en quelques heures. Le coût des tests Covid-19 est prohibitif dans de nombreux pays, mais en Corée du Sud, tous les tests sont gratuits. Le pays est également capable de traiter jusqu’à 15 000 tests de diagnostic par jour, et le nombre total de tests a atteint près de 200 000.

Cette capacité de test a permis au pays d’identifier les patients à un stade précoce et de minimiser les effets néfastes, selon les experts de la santé. Mais cela a également permis à la Corée du Sud d’avoir le deuxième plus grand nombre d’infections confirmées dans le monde après la Chine, bien que celle-ci ait été remplacée par l’Italie cette semaine.

La Corée du Sud a mis en place des « procédures spéciales d’immigration » pour surveiller les arrivées pendant deux semaines sans avoir à interdire l’entrée du pays aux voyageurs entrants.

Les personnes arrivant de Chine, y compris de Hong Kong et de Macao mais à l’exclusion de Taïwan, font vérifier leur température corporelle, tandis que leurs coordonnées nationales sont vérifiées et qu’elles doivent remplir un questionnaire de santé. On leur demande également de télécharger une application d’autodiagnostic sur leur téléphone portable et de se soumettre à une gestion intensive s’ils présentent des symptômes.

Dépister les personnes à risque et les soigner

La Corée du Sud utilise également sa technologie informatique de pointe et ses caméras de surveillance omniprésentes pour suivre les sources d’infection, en identifiant les mouvements des cas confirmés sur la base de leurs transactions par carte de crédit et du suivi des téléphones portables, et en divulguant ces informations pour aider à retrouver ceux qui ont pu entrer en contact avec eux.

Les personnes à risque sont placées en isolement et font l’objet d’une gestion individuelle approfondie par les autorités sanitaires.

Pour faire face à la pénurie de lits d’hôpitaux, le pays a transformé de nombreux centres de formation professionnelle et autres installations publiques en « centres de vie et de traitement » où les patients présentant de légers symptômes du coronavirus sont placés en quarantaine.

Le professeur Kim Woo-joo, de la faculté de médecine de l’université coréenne, a déclaré que le pays avait acquis de l’expérience en traitant des urgences sanitaires antérieures, comme la pandémie de grippe H1N1 de 2009, qui a provoqué environ 750 000 cas et 180 décès en Corée du Sud, et l’épidémie de syndrome respiratoire du Moyen-Orient (SRAS) de 2015, qui a infecté 186 personnes et entraîné au moins 39 décès dans le pays.

« La Corée du Sud a tiré des enseignements précieux de ces épidémies », a déclaré M. Kim. « La sensibilisation du public à la nécessité de l’hygiène individuelle, comme le lavage des mains et le port de masques, a également été grandement renforcée, grâce à l’expérience acquise lors des précédentes épidémies ».

Le pays a par la suite formé des agents de santé pour faire face aux épidémies, en particulier pour tester les infections, suivre et isoler les contacts.

« Il n’y a pas beaucoup de pays dans le monde comme la Corée du Sud qui disposent à la fois des cerveaux et des produits nécessaires pour faire face aux épidémies de virus », a déclaré Hwang Seung-sik, professeur de santé publique à l’université nationale de Séoul.

Aucune mesure de confinement

Malgré ces installations, Kim a déclaré qu’il serait difficile pour une société ouverte comme la Corée du Sud ou d’autres pays de l’OCDE, d’appliquer des mesures de confinement comme en Chine.

Cette difficulté a été mise en évidence lorsque Hong Ik-pyo a été contraint de démissionner de son poste de porte-parole du parti démocratique au pouvoir après avoir été critiqué pour ses propos selon lesquels la ville de Daegu, l’épicentre de la récente épidémie, devrait être fermée. Ces remarques sont arrivées à un moment politiquement sensible, avec les élections parlementaires prévues pour le 15 avril.

Kim a mis en garde contre un optimisme prématuré, notant qu’il y a eu de petits groupes d’infections dans certains hôpitaux, appartements, églises et maisons de retraite dans des endroits autres que Daegu, y compris Séoul et la ville voisine de Seongnam City.

Le district de Guro à Séoul a déclaré lundi qu’au moins 46 personnes ont été infectées dans un centre d’appel d’une compagnie d’assurance, où les employés travaillant dans des pièces fermées ne sont pas autorisés à porter des masques pour pouvoir parler clairement au téléphone. Quatre autres cas concernaient des membres de la famille des employés, et 207 personnes travaillant au même étage ont été testées.

« Le meilleur scénario est que le virus meure fin mars. Le pire scénario est que le virus se répande largement dans la zone métropolitaine de Séoul et dans la province de Gyeonggi qui l’entoure », a déclaré M. Kim. Près de la moitié des 51 millions de citoyens sud-coréens vivent dans cette région.

Kim Dong-hyun, président de la Société coréenne d’épidémiologie, a déclaré qu’il est difficile d’empêcher la maladie de Covid-19 de se propager parmi les membres de la communauté, car le partage du virus peut se produire pendant les périodes asymptomatiques. « Les pays devraient prendre des mesures préventives drastiques, même au stade initial de l’apparition du virus », a-t-il ainsi déclaré.

Voir encore:

Why the Coronavirus Hit Italy So Hard
The country has the second-oldest population on earth, and its young mingle more often with elderly loved ones.
Matt Simon
Wired
3.17.2020

people on their balconies in Italy

Italy has been hit particularly hard, with some 2,000 deaths thus far. Overwhelmed hospital staffers have had to make devastating decisions about who to treat and who they must let perish. The reason why Italy is suffering so badly, write University of Oxford researchers in a new paper in the journal Demographic Science, may be twofold: The country has the second-oldest population on earth, and its young tend to mingle more often with the elderly, like their grandparents. Such demographic research will be critical in facing down the threat elsewhere, as more countries grapple with a deadly pandemic that’s just getting started and we learn more about how the virus is transmitted within families and communities.

In Italy, 23 percent of the population is over age 65, compared to the US, where that population is 16 percent. “Extended longevity has played some role in changing the population structure,” says University of Oxford demographer and epidemiologist Jennifer Beam Dowd, lead author of the new paper. “But it actually has most to do with how rapid the decline in fertility has been in a population.” That is, it’s affected more by Italians having having fewer children than it is by them living longer.

At the same time, young Italians tend to interact a lot with their elders. Dowd’s Italian coauthors note that young folks might live with their parents and grandparents in rural areas but commute to work in cities like Milan. Data on the composition of Italian households bears out this familial arrangement too.

The study’s authors argue that this frequent travel between cities and family homes may have exacerbated the “silent” spread of the novel coronavirus. Young people working and socializing in urban areas interact with large crowds, where they may pick up the disease and take it home. If they have no symptoms, they’ll have no clue that they’re infecting their elders, the most vulnerable population.

“We know now that the mortality is higher in older individuals, but what’s not clear yet is why,” says Carlos Del Rio, executive associate dean of the Emory School of Medicine at Grady Health System, who wasn’t involved in this research. For example, it could be a matter of older people having weaker respiratory systems, which could also lead to a higher mortality rate among seniors for diseases like pneumonia.

Other researchers studying why children don’t seem to get that sick from Covid-19 have pointed out the corollary: Kids tend to have “pristine” lungs that have not already been damaged by a lifetime of inflammation caused by allergies, pollutants, and diseases. This might make them more resistant to attack by the new virus.

Despite a full lockdown in place in Italy since the weekend, the virus has already spread far and wide. But with this kind of demographic knowledge, public health officials can better confront the threat elsewhere, Dowd says. “One of the points that we were trying to make is that it’s not necessarily just about isolating the older population—we are identifying that they’re the most vulnerable—but the general social distancing that’s being encouraged to flatten the curve,” says Dowd. Flattening the curve means slowing the rate of new infections, buying researchers time to develop treatments and vaccines, and giving hospitals some respite. “I think our point was that’s actually more important when you have a higher fraction of your population that is vulnerable,” she says.

But while separating younger and older people might work in theory, it can create practical problems. For example, desperate to flatten the curve, local officials in the US are closing schools. If parents can’t look after their children—because they’re still working out of the home, or because they’re ill themselves—that care might fall on grandparents.


Identités: Cachez cette loi commune que je ne saurai voir ! (Will the new religion of social justice, identity politics and intersectionality help reelect America’s most unpolitically correct president ?)

25 octobre, 2019

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Political Cartoons by Bob Gorrell
Ce sera pour vous (…) une loi perpétuelle. Lévitique 16: 31
Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé. Celui donc qui supprimera l’un de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire de même, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux; mais celui qui les observera, et qui enseignera à les observer, celui-là sera appelé grand dans le royaume des cieux. Jésus (Matthieu 5: 17-19)
A la résurrection, les hommes ne prendront point de femmes, ni les femmes de maris, mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel.  Jésus (Matthieu 22: 30)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. Paul (Galates 3: 28)
Bernard de Chartres avait l’habitude de dire que nous sommes comme des nains sur les épaules de géants, afin que nous puissions voir plus qu’eux et les choses plus éloignées, pas en vertu d’une netteté de la vue de notre part, ou d’une distinction physique, mais parce que nous sommes portés haut et soulevé vers le haut par leur taille gigantesque. John de Salisbury (1159)
Si j’ai vu plus loin que les autres, c’est parce que j’ai été porté par des épaules de géants. Isaac Newton (1676)
Tout droit mobile est à la merci des plus forts, quelle que soit la forme du gouvernement, que le peuple ait à sa tête un chef unique ou la majorité d’un corps qui délibère ; dans l’un et l’autre cas, le sort de tous ou au moins le sort de la minorité est sans protecteur, s’il n’existe entre le souverain et les sujets un droit inviolable, qui couvre la cité tout entière et assure le dernier des citoyens contre les entreprises du plus grand nombre et même de tous. Tant que le droit n’est pas cela, il n’est rien. Jean-Jacques Rousseau a dit: « Si le peuple veut se faire du mal à lui-même, qui est-ce qui a le droit de l’en empêcher ? Je réponds tout le monde; car tout le monde est intéressé à ce que le peuple n’abuse pas de sa force et de son unanimité, attendu que son unanimité retombe finalement sur quelqu’un, et n’est, en fait, qu’une oppression déguisée par l’excès même de son poids. C’est contre tous que le droit est nécessaire, bien que plus contre qui que ce soit; car le nombre a l’inconvénient de joindre à la puissance matérielle la sanction d’une apparente justice. Mais le droit n’est quelque chose contre tous que quand il est doué d’immutabilité, et qu’en vertu de cette ressemblance avec Dieu, il oppose une invincible résistance aux faiblesses de la cité comme à ses conjurations. Lacordaire (32e conférence)
Est-ce bien la France qui méconnaît à ce point les devoirs les plus sacrés de l’homme envers l’homme ? Est-ce elle qui déchire le pacte fondamental de l’humanité, qui livre au riche l’âme et le corps du pauvre pour en user à son plaisir, qui foule aux pieds le jour de la liberté, de l’égalité, de la fraternité, le jour sublime du peuple et de Dieu ? Je vous le demande, est-ce bien la France ? Ne l’excusez pas en disant qu’elle permet à chacun le libre exercice de son culte, et que nul, s’il ne le veut, n’est contraint de travailler le septième jour ; car c’est ajouter à la réalité de la servitude l’hypocrisie de l’affranchissement. Demandez à l’ouvrier s’il est libre d’abandonner le travail à l’aurore du jour qui lui commande le repos […]. Demandez à ces êtres flétris qui peuplent les cités de l’industrie, s’ils sont libres de sauver leur âme en soulageant leur corps. Demandez aux innombrables victimes de la cupidité d’un maître, s’ils sont libres de devenir meilleurs, et si le gouffre d’un travail sans réparation physique ni morale ne les dévore pas vivants […]. Non, Messieurs, la liberté de conscience n’est ici que le voile de l’oppression ; elle couvre d’un manteau d’or les lâches épaules de la plus vile des tyrannies, la tyrannie qui abuse des sueurs de l’homme par cupidité et par impiété […]. Sachent donc ceux qui l’ignorent, sachent les ennemis de Dieu et du genre humain, quelque nom qu’ils prennent, qu’entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime, et la loi qui affranchit. Le droit est l’épée des grands, le devoir est le bouclier des petits. Henri Lacordaire (52e conférence de Notre-Dame, 16 avril 1848)
Debout ! les damnés de la terre ! Debout ! les forçats de la faim ! La raison tonne en son cratère, C’est l’éruption de la fin. Du passé faisons table rase, Foule esclave, debout ! debout ! Le monde va changer de base : Nous ne sommes rien, soyons tout ! C’est la lutte finale Groupons-nous, et demain, L’Internationale, Sera le genre humain. Eugène Pottier (1871)
Où est Dieu? cria-t-il, je vais vous le dire! Nous l’avons tué – vous et moi! Nous tous sommes ses meurtriers! Mais comment avons-nous fait cela? Comment avons-nous pu vider la mer? Qui nous a donné l’éponge pour effacer l’horizon tout entier? Dieu est mort! (…) Et c’est nous qui l’avons tué ! (…) Ce que le monde avait possédé jusqu’alors de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteaux (…) Quelles solennités expiatoires, quels jeux sacrés nous faudra-t-il inventer? Nietzsche
« Dionysos contre le « crucifié » : la voici bien l’opposition. Ce n’est pas une différence quant au martyr – mais celui-ci a un sens différent. La vie même, son éternelle fécondité, son éternel retour, détermine le tourment, la destruction, la volonté d’anéantir pour Dionysos. Dans l’autre cas, la souffrance, le « crucifié » en tant qu’il est « innocent », sert d’argument contre cette vie, de formulation de sa condamnation. (…) L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pouvait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce – elle est dure, elle oblige à se dominer soi-même, parce qu’elle a besoin du sacrifice humain. Et cette pseudo-humanité qui s’institue christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié. Nietzsche
Je condamne le christia­nisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible de toutes les accusa­tions, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption possible. L’Église chrétienne n’épargna sur rien sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de chaque intégrité une bassesse d’âme (…) L’ « égalité des âmes devant Dieu », cette fausseté, ce prétexte aux rancunes les plus basses, cet explosif de l’idée, qui finit par devenir Révo­lution, idée moderne, principe de dégénérescence de tout l’ordre social — c’est la dynamite chrétienne… (…) Le christianisme a pris parti pour tout ce qui est faible, bas, manqué (…) La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection. Elle comprend ce qui est mûr pour la disparition, elle se défend en faveur des déshérités et des condamnés de la vie. Par le nombre et la variété des choses manquées qu’elle retient dans la vie, elle donne à la vie elle-même un aspect sombre et douteux. On a eu le courage d’appeler la pitié une vertu (— dans toute morale noble elle passe pour une faiblesse —) ; on est allé plus loin, on a fait d’elle la vertu, le terrain et l’origine de toutes les vertus. Nietzsche
A l’origine, la guerre n’était qu’une lutte pour les pâturages. Aujourd’hui la guerre n’est qu’une lutte pour les richesses de la nature. En vertu d’une loi inhérente, ces richesses appartiennent à celui qui les conquiert. Les grandes migrations sont parties de l’Est. Avec nous commence le reflux, d’Ouest en Est. C’est en conformité avec les lois de la nature. Par le biais de la lutte, les élites sont constamment renouvelées. La loi de la sélection naturelle justifie cette lutte incessante en permettant la survie des plus aptes. Le christianisme est une rébellion contre la loi naturelle, une protestation contre la nature. Poussé à sa logique extrême, le christianisme signifierait la culture systématique de l’échec humain. Hitler
Jésus a tout fichu par terre. Le Désaxé (Les braves gens ne courent pas les rues, Flannery O’Connor)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le christianisme (…) nous a fait passer de l’archaïsme à la modernité, en nous aidant à canaliser la violence autrement que par la mort.(…) En faisant d’un supplicié son Dieu, le christianisme va dénoncer le caractère inacceptable du sacrifice. Le Christ, fils de Dieu, innocent par essence, n’a-t-il pas dit – avec les prophètes juifs : « Je veux la miséricorde et non le sacrifice » ? En échange, il a promis le royaume de Dieu qui doit inaugurer l’ère de la réconciliation et la fin de la violence. La Passion inaugure ainsi un ordre inédit qui fonde les droits de l’homme, absolument inaliénables. (…) l’islam (…) ne supporte pas l’idée d’un Dieu crucifié, et donc le sacrifice ultime. Il prône la violence au nom de la guerre sainte et certains de ses fidèles recherchent le martyre en son nom. Archaïque ? Peut-être, mais l’est-il plus que notre société moderne hostile aux rites et de plus en plus soumise à la violence ? Jésus a-t-il échoué ? L’humanité a conservé de nombreux mécanismes sacrificiels. Il lui faut toujours tuer pour fonder, détruire pour créer, ce qui explique pour une part les génocides, les goulags et les holocaustes, le recours à l’arme nucléaire, et aujourd’hui le terrorisme. René Girard
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Tout le monde sait que l’avenir de l’idée européenne, et donc aussi de la vérité chrétienne qui la traverse, se jouera en Amérique du Sud, en Inde, en Chine, tout autant qu’en Europe. Cette dernière a joué, mais en pire, le rôle de l’Italie pendant les guerres du XVIe siècle  : le monde entier s’y est battu. C’est un continent fatigué, qui n’oppose plus beaucoup de résistance au terrorisme. D’où le caractère foudroyant de ces attaques, menées souvent par des gens « de l’intérieur ». La résistance est d’autant plus complexe en effet que les terroristes sont proches de nous, à nos côtés. L’imprévisibilité de ces actes est totale. L’idée même de « réseaux dormants » vient corroborer tout ce que nous avons dit de la médiation interne, de cette identité des hommes entre eux qui peut soudain tourner au pire. (…) Le nombre croissant d’attentats en Irak est impressionnant. Je trouve étrange qu’on s’intéresse si peu à ces phénomènes qui dominent le monde, comme la guerre froide le dominait auparavant. Depuis quand ? On ne le sait même pas, au juste. Personne n’aurait pu imaginer, après l’effondrement du mur de Berlin, qu’on en serait là, à peine vingt ans plus tard. Ceci ébranle notre vision de l’histoire, telle qu’elle s’écrit depuis les Révolutions américaine et française, et qui ne tient pas compte du fait que l’Occident tout entier est défié, menacé par cela. On est obligé de dire « cela », parce qu’on ne sait pas ce que c’est. La révolution islamiste a été relancée avec des attentats contre deux ambassades en Afrique, sous la présidence de Bill Clinton. On a bien cherché, mais on n’a rien trouvé. (…) Les gens s’imaginent-ils vraiment dans quelle histoire ils sont entrés ? et de quelle histoire ils sont sortis ? Je n’ai plus grand-chose à dire à partir d’ici, parce que cette réalité est trop inconnue, et que notre réflexion connaît là ses limites. Je me sens, devant cela, un peu comme Hölderlin devant l’abîme qui le séparait de la Révolution française. Même à la fin du XIXe siècle, on se serait encore aperçu qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire. Nous assistons à une nouvelle étape de la montée aux extrêmes. Les terroristes ont fait savoir qu’ils avaient tout leur temps, que leur notion du temps n’était pas la nôtre. C’est un signe clair du retour de l’archaïque : un retour aux VIIe-IXe siècles, qui est important en soi. Mais qui s’occupe de cette importance, qui la mesure ? Est-ce du ressort des Affaires étrangères ? Il faut s’attendre à beaucoup d’imprévu dans l’avenir. Nous allons assister à des choses qui seront certainement pires. Les gens n’en resteront pas moins sourds. Au moment du 11 Septembre, il y a quand même eu un ébranlement, mais il s’est tout de suite apaisé. Il y a eu un éclair de conscience, qui a duré quelques fractions de seconde : on a senti que quelque chose se passait. Et une chape de silence est venue nous protéger contre cette fêlure introduite dans notre certitude de sécurité. Le rationalisme occidental agit comme un mythe : nous nous acharnons toujours à ne pas vouloir voir la catastrophe. Nous ne pouvons ni ne voulons voir la violence telle qu’elle est. On ne pourra pourtant répondre au défi terroriste qu’en changeant radicalement nos modes de pensée. Or, plus ce qui se passe s’impose à nous, plus le refus d’en prendre conscience se renforce. Cette configuration historique est si nouvelle que nous ne savons par quel bout la prendre. Elle est bien une modalité de ce qu’avait aperçu Pascal  : la guerre de la violence et de la vérité. Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. Les points de vue des pays occidentaux constituent tout au plus pour les islamistes un décor sans importance. Ils pensent le monde occidental comme devant être islamisé le plus vite possible. Les analystes tendent à dire qu’il s’agit là de minorités isolées, très étrangères à la réalité de leur pays. Elles le sont sur le plan de l’action, bien sûr, mais sur le plan de la pensée ? N’y aurait-il pas là, malgré tout, quelque chose d’essentiellement islamique ? C’est une question qu’il faut avoir le courage de poser, quand bien même il est acquis que le terrorisme est un fait brutal qui détourne à son profit les codes religieux. Il n’aurait néanmoins pas acquis une telle efficacité dans les consciences s’il n’avait actualisé quelque chose de présent depuis toujours dans l’islam. Ce dernier, à la grande surprise de nos républicains laïcs, est encore très vivant sur le plan de la pensée religieuse. Il est indéniable qu’on retrouve aujourd’hui certaines thèses de Mahomet. Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings. La conquête arabe a été fulgurante, alors que la contagion de la Révolution française a été freinée par le principe national qu’elle avait levé dans toute l’Europe. L’islam, dans son premier déploiement historique, a conquis religieusement. C’est ce qui a fait sa force. D’où la solidité aussi de son implantation. L’élan révolutionnaire accéléré par l’épopée napoléonienne a été contenu par l’équilibre des nations. Mais celles-ci se sont enflammées à leur tour et ont brisé le seul frein possible aux révolutions qui pointent. Il faut donc changer radicalement nos modes de pensée, essayer de comprendre sans a priori cet événement avec toutes les ressources que peut nous apporter l’islamologie. Le chantier est à entreprendre, et il est immense. J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. La tâche qui incombe aux historiens des religions, voire aux anthropologues, sera de montrer comment et pourquoi elle est advenue. Car il y a dans certains aspects de cette religion un rapport à la violence que nous ne comprenons pas et qui est justement d’autant plus inquiétant. Pour nous, être prêt à payer de sa vie le plaisir de voir l’autre mourir, ne veut rien dire. Nous ne savons pas si ces phénomènes relèvent ou non d’une psychologie particulière. On est donc dans l’échec total, on ne peut pas en parler. Et on ne peut pas non plus se documenter, car le terrorisme est une situation inédite qui exploite les codes islamiques, mais qui n’est pas du tout du ressort de l’islamologie classique. Le terrorisme actuel est nouveau, même d’un point de vue islamique. Il est un effort moderne pour contrer l’instrument le plus puissant et le plus raffiné du monde occidental : sa technologie. Il le fait d’une manière que nous ne comprenons pas, et que l’islam classique ne comprend peut-être pas non plus. Il ne suffit donc pas de condamner les attentats. La pensée défensive que nous opposons à ce phénomène n’est pas forcément désir de compréhension. Elle est même souvent désir d’incompréhension, ou volonté de se rassurer. Clausewitz est plus facile à intégrer dans un développement historique. Il nous fournit un outillage intellectuel pour comprendre cette escalade violente. Mais où trouve-t-on de telles idées dans l’islamisme ? Le ressentiment moderne, en effet, ne va jamais jusqu’au suicide. Nous n’avons donc pas les chaînes d’analogies qui nous permettraient de comprendre. Je ne dis pas qu’elles ne sont pas possibles, qu’elles ne vont pas apparaître, mais j’avoue mon impuissance à les saisir. C’est pourquoi les explications que nous donnons sont souvent du ressort d’une propagande frauduleuse contre les musulmans. Nous ne savons pas, nous n’avons aucun contact, intime, spirituel, phénoménologique avec cette réalité. Le terrorisme est une violence supérieure, et cette violence affirme qu’elle va triompher. Mais rien ne dit que le travail qui reste à faire pour libérer le Coran de ses caricatures aura une quelconque influence sur le phénomène terroriste lui-même, à la fois lié à l’islam et différent de lui. On peut donc dire, de façon tout à fait provisoire, que la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. Le terrorisme est redoutable dans la mesure où il sait très bien s’articuler sur les technologies les plus mortifères, et ceci hors de toute institution militaire. La guerre clausewitzienne était une analogie encore imparfaite pour l’appréhender. Il est indéniable, en revanche, qu’elle l’annonçait. J’ai emprunté au Coran, dans La Violence et le Sacré, l’idée que le bélier qui sauve Isaac du sacrifice est le même que celui qui avait été envoyé à Abel pour ne pas tuer son frère : preuve que le sacrifice est là aussi interprété comme un moyen de lutter contre la violence. On peut en déduire que le Coran a compris des choses que la mentalité laïque ne comprend pas, à savoir que le sacrifice empêche les représailles. Il n’en reste pas moins que cette problématique a disparu dans l’islam, de la même manière qu’elle a disparu en Occident. Le paradoxe que nous devons donc affronter est que l’islam est plus proche de nous aujourd’hui que le monde d’Homère. Clausewitz nous l’a fait entrevoir, à travers ce que nous avons appelé sa religion guerrière, où nous avons vu apparaître quelque chose de très nouveau et de très primitif en même temps. L’islamisme est, de la même façon, une sorte d’événement interne au développement de la technique. Il faudrait pouvoir penser à la fois l’islamisme et la montée aux extrêmes, l’articulation complexe de ces deux réalités. L’unité du christianisme du Moyen Âge a donné la Croisade, permise par la papauté. Mais la Croisade n’a pas l’importance que l’islam imagine. C’était une régression archaïque sans conséquence sur l’essence du christianisme. Le Christ est mort partout et pour tout le monde. Le fait de concevoir les juifs et les chrétiens comme des falsificateurs, en revanche, est ce qu’il y a de plus irrémédiable. Ceci permet aux musulmans d’éliminer toute discussion sérieuse, toute approche comparative entre les trois religions. C’est une manière indéniable de ne pas vouloir voir ce qui est en jeu dans la tradition prophétique. Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. Le Coran gagnerait donc à être étudié comme l’ont été les textes juifs et chrétiens. Une approche comparative révélerait, je pense, qu’il n’y a pas là de réelle conscience du meurtre collectif. Il y a, en revanche, une conscience chrétienne de ce meurtre. Les deux plus grandes conversions, celle de Pierre et celle de Paul, sont analogues : elles ne font qu’un avec la conscience d’avoir participé à un meurtre collectif. Paul était là quand on a lapidé Étienne. Le départ pour Damas se greffe sur ce lynchage, qui ne peut que l’avoir angoissé terriblement. Les chrétiens comprennent que la Passion a rendu le meurtre collectif inopérant. C’est pour cela que, loin de réduire la violence, la Passion la démultiplie. L’islamisme aurait très tôt compris cela, mais dans le sens du djihad. Il y a ainsi des formes d’accélération de l’histoire qui se perpétuent. On a l’impression que le terrorisme actuel est un peu l’héritier des totalitarismes, qu’il y a des formes de pensées communes, des habitudes prises. Nous avons suivi l’un des fils possibles de cette continuité, avec la construction du modèle napoléonien par un général prussien. Ce modèle a été repris ensuite par Lénine et Mao Tsé-Toung, auquel se réfère, dit-on, Al Qaida. Le génie de Clausewitz est d’avoir anticipé à son insu une loi devenue planétaire. Nous ne sommes plus dans la guerre froide, mais dans une guerre très chaude, étant donné les centaines, voire demain les milliers de victimes quotidiennes en Orient. Le réchauffement de la planète et cette montée de la violence sont deux phénomènes absolument liés. J’ai beaucoup insisté sur cette confusion du naturel et de l’artificiel, qui est ce que les textes apocalyptiques apportent peut-être de plus fort. L’amour s’est en effet « refroidi ». Certes, on ne peut pas nier qu’il travaille comme il n’a jamais travaillé dans le monde, que la conscience de l’innocence de toutes les victimes a progressé. Mais la charité fait face à l’empire aujourd’hui planétaire de la violence. Contrairement à beaucoup, je persiste à penser que l’histoire a un sens, qui est précisément celui dont nous n’avons cessé de parler. Cette montée vers l’apocalypse est la réalisation supérieure de l’humanité. Or plus cette fin devient probable, et moins on en parle. J’en suis venu à un point décisif : celui d’une profession de foi, plus que d’un traité stratégique, à moins que les deux mystérieusement s’équivalent, dans cette guerre essentielle que la vérité livre à la violence. J’ai toujours eu l’intime conviction que cette dernière participe d’une sacralité dégradée, redoublée par l’intervention du Christ venu se placer au cœur du système sacrificiel. Satan est l’autre nom de la montée aux extrêmes. Mais ce que Hölderlin a entrevu, c’est aussi que la Passion a radicalement transformé l’univers archaïque. La violence satanique a longtemps réagi contre cette sainteté qui est une mue essentielle du religieux ancien. C’est donc que Dieu même s’était révélé en son Fils, que le religieux avait été confirmé une fois pour toutes dans l’histoire des hommes, au point d’en modifier le cours. La montée aux extrêmes révèle, à rebours, la puissance de cette intervention divine. Du divin est apparu, plus fiable que dans toutes les théophanies précédentes, et les hommes ne veulent pas le voir. Ils sont plus que jamais les artisans de leur chute, puisqu’ils sont devenus capables de détruire leur univers. Il ne s’agit pas seulement, de la part du christianisme, d’une condamnation morale exemplaire, mais d’un constat anthropologique inéluctable. Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
La vérité biblique sur le penchant universel à la violence a été tenue à l’écart par un puissant processus de refoulement. (…) La vérité fut reportée sur les juifs, sur Adam et la génération de la fin du monde. (…) La représentation théologique de l’adoucissement de la colère de Dieu par l’acte d’expiation du Fils constituait un compromis entre les assertions du Nouveau Testament sur l’amour divin sans limites et celles sur les fantasmes présents en chacun. (…) Même si la vérité biblique a été de nouveau  obscurcie sur de nombreux points, (…) dénaturée en partie, elle n’a jamais été totalement falsifiée par les Églises. Elle a traversé l’histoire et agit comme un levain. Même l’Aufklärung critique contre le christianisme qui a pris ses armes et les prend toujours en grande partie dans le sombre arsenal de l’histoire de l’Eglise, n’a jamais pu se détacher entièrement de l’inspiration chrétienne véritable, et par des détours embrouillés et compliqués, elle a porté la critique originelle des prophètes dans les domaines sans cesse nouveaux de l’existence humaine. Les critiques d’un Kant, d’un Feuerbach, d’un Marx, d’un Nietzsche et d’un Freud – pour ne prendre que quelques uns parmi les plus importants – se situent dans une dépendance non dite par rapport à l’impulsion prophétique. Raymund Schwager
L’éthique de la victime innocente remporte un succès si triomphal aujourd’hui dans les cultures qui sont tombées sous l’influence chrétienne que les actes de persécution ne peuvent être justifiés que par cette éthique, et même les chasseurs de sorcières indonésiens y ont aujourd’hui recours. La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous devons reconnaître le caractère révolutionnaire de la pensée paulinienne. Paul marquera profondément l’histoire de l’Occident en fondant un nouveau type de communauté que ne connaissaient ni le judaïsme ni le monde gréco-romain. La société qui se construit ainsi est marquée à la fois par son universalisme – elle est ouverte à tous – et par son pluralisme – elle n’abolit pas les différences entre les personnes, mais considère que ces différences ne créent pas de hiérarchie devant Dieu. L’Antiquité n’a jamais connu de société qui combine d’une telle façon l’universalisme et le pluralisme, l’ouverture à tous et la particularité de chacun. Le type de communauté que fonde Paul se démarque à la foi de l’universalisme centralisateur (empire romain) et du pluralisme discriminatoire (synagogue). Le Dieu de Paul est le Dieu de tous et de chacun. Daniel Marguerat
Inévitablement, nous considérons la société comme un lieu de conspiration qui engloutit le frère que beaucoup d’entre nous ont des raisons de respecter dans la vie privée, et qui impose à sa place un mâle monstrueux, à la voix tonitruante, au poing dur, qui, d’une façon puérile, inscrit dans le sol des signes à la craie, ces lignes de démarcation mystiques entre lesquelles sont fixés, rigides, séparés, artificiels, les êtres humains. Ces lieux où, paré d’or et de pourpre, décoré de plumes comme un sauvage, il poursuit ses rites mystiques et jouit des plaisirs suspects du pouvoir et de la domination, tandis que nous, »ses« femmes, nous sommes enfermées dans la maison de famille sans qu’il nous soit permis de participer à aucune des nombreuses sociétés dont est composée sa société. Virginia Woolf (1938)
Plus les femmes deviennent fortes, plus les hommes aiment le football. Mariah Burton Nelson (1994)
Le privilège masculin est aussi un piège et il trouve sa contrepartie  dans la tension et la contention permanentes, parfois poussées jusqu’à l’absurde, qu’impose à chaque homme le devoir d’affirmer en toute circonstance sa virilité. (…) Tout concourt ainsi à faire de l’idéal impossible de virilité le principe d’une immense vulnérabilité. C’est elle qui conduit, paradoxalement, à l’investissement, parfois forcené, dans tous les jeux de violence masculins, tels dans nos sociétés les sports, et tout spécialement ceux qui sont les mieux faits pour produire les signes visibles de la masculinité, et pour manifester et aussi éprouver les qualités dites viriles, comme les sports de combat. Pierre Bourdieu (1998)
The real core of the feminist vision, its revolutionary kernel if you will, has to do with the abolition of all sex roles – that is, an absolute transformation of human sexuality and the institutions derived from it. In this work, no part of the male sexual model can possibly apply. Equality within the framework of the male sexual model, however that model is reformed or modified, can only perpetuate the model itself and the injustice and bondage which are its intrinsic consequences. I suggest to you that transformation of the male sexual model under which we now all labor and « love » begins where there is a congruence, not a separation, a congruence of feeling and erotic interest; that it begins in what we do know about female sexuality as distinct from male – clitoral touch and sensitivity, multiple orgasms, erotic sensitivity all over the body (which needn’t – and shouldn’t – be localized or contained genitally), in tenderness, in self-respect and in absolute mutual respect. For men I suspect that this transformation begins in the place they most dread – that is, in a limp penis. I think that men will have to give up their precious erections and begin to make love as women do together. I am saying that men will have to renounce their phallocentric personalities, and the privileges and powers given to them at birth as a consequence of their anatomy, that they will have to excise everything in them that they now value as distinctively « male. » No reform, or matching of orgasms, will accomplish this. Andrea Dworkin (Our Blood: Prophecies and Discourses on Sexual Politics, 1976)
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. Pierre Bergé
Si les forêts tropicales méritent notre protection, l’homme (…) ne la mérite pas moins (…) Parler de la nature de l’être humain comme homme et femme et demander que cet ordre de la création soit respecté ne relève pas d’une métaphysique dépassée. Benoit XVI
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Toutefois, ces formes radicales de refus du réel restent marginales et relativement exceptionnelles. L’attitude la plus commune, face à la réalité déplaisante, est assez différente. Si le réel me gêne et si je désire m’en affranchir, je m’en débarrasserai d’une manière généralement plus souple, grâce à un mode de réception du regard qui se situe à mi-chemin entre l’admission et l’expulsion pure et simple : qui ne dit ni oui ni non à la chose perçue, ou plutôt lui dit à la fois oui et non. Oui à la chose perçue, non aux conséquences qui devraient normalement s’ensuivre. Cette autre manière d’en finir avec le réel ressemble à un raisonnement juste que viendrait couronner une conclusion aberrante : c’est une perception juste qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. Je ne refuse pas de voir, et ne nie en rien le réel qui m’est montré. Mais ma complaisance s’arrête là. J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, je maintiens mon point de vue, persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu. Coexistent paradoxalement ma perception présente et mon point de vue antérieur. Il s’agit là moins d’une perception erronée que d’une perception inutile. Clément Rosset
G. K. Chesterton (…) insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. (…) L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés. (…) En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme. Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir. (…) Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture. [ce refus de la continuité] provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer. (…) L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ? (…) l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain. (…) Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité. L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine. [l’athéisme] Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffit de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffit de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme. En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !” Rémi Brague
51% of Americans think the First Amendment is outdated and should be rewritten. The First Amendment protects your right to free speech, free assembly, and freedom of religion, among other things. 48% believe “hate speech” should be illegal. (“Hate speech” is not defined—we left it up to the individual participant.) Of those, about half think the punishment for “hate speech” should include possible jail time, while the rest think it should just be a ticket and a fine. 80% don’t actually know what the First Amendment really protects. Those polled believed this statement is true: “The First Amendment allows anyone to say their opinion no matter what, and they are protected by law from any consequences of saying those thoughts or opinions.” It’s actually not true. The First Amendment prevents the government from punishing you for your speech (with exceptions such as yelling “fire” in a crowded area to induce panic). But more broadly, freedom of speech does not mean you are protected from social consequences for your speech. You may have the right to say something extreme or hateful and not get thrown in jail, but others in society have the right to shun you. What explains these results? We believe there are at least two factors at play. One is the obvious polarization of politics and the media. While many who identify as conservative may dislike the reporting of CNN and would likely favor sanctions for “fake news,” many progressives or liberals may feel the same way towards Fox News. Second, we hear much about “hate speech.” Although the term is never defined, most agree that it should be opposed, rebuked, and criticized. But should it be punished by the government? If the government is in charge of determining what is hate speech, then it inevitably becomes political—a weapon that can be used to punish people on the other side of an issue. Campaign for free speech
Il existe en effet des enjeux qui ne peuvent être traités sous l’empire du «en même temps». Et la laïcité en fait partie! Sur l’immense majorité des sujets, on peut prendre «en même temps» des mesures de droite et de gauche: sur la fiscalité, sur la politique sociale… Mais il existe des enjeux politiques fondamentaux sur lesquels c’est impossible. Sur ce sujet, on ne peut pas être «en même temps» d’accord avec Aurélien Taché et Jean-Louis Bianco d’un côté, et de l’autre avec Marlène Schiappa ou Jean-Michel Blanquer par exemple, il faut choisir une vision, une orientation. Le chef de l’État sait parfaitement que la laïcité ne se résume pas à la loi de 1905. Le principe avant même le mot trouve son origine pendant la Révolution française et prend toute sa force au moment de la fondation de l’école publique dans les années 1880. La laïcité ne renvoie pas seulement à la liberté de conscience et de culte (article 1er de la loi de 1905) et à la séparation des Églises et de l’État (prévue à l’article 2 et organisée par les articles suivants) ; il ne s’agit pas uniquement de principes juridiques mais aussi de garanties politiques. La laïcité est le pilier de l’identité collective française contemporaine: elle organise notre rapport à la liberté et à l’égalité, et elle contribue à définir notre citoyenneté, notre commun. Or Emmanuel Macron ne répond pas aux interrogations qui traversent aujourd’hui la société française de manière architectonique sur tous ces enjeux. Comme s’il les laissait délibérément de côté afin de ne pas avoir à trancher entre les grandes orientations possibles qui s’ordonnent autour d’interprétations divergentes de la laïcité. (…) Schématiquement, il y a d’un côté un courant que l’on peut qualifier de libéral, au sens contemporain du libéralisme globalisé d’origine américaine, tolérantiste et multiculturaliste, qu’incarne bien le député Aurélien Taché par exemple au sein de La République en Marche. Ce courant vise à faire entrer la laïcité française dans le moule de ce libéralisme aujourd’hui dominant. Dans cette perspective, l’idée fondamentale est que toutes les opinions, tous les choix individuels, sont légitimes dès lors qu’ils sont adoptés librement, c’est la liberté définie par «c’est mon choix». Ce qui donne une laïcité réduite à son principe de liberté comme droit, sans responsabilité ni devoir collectifs. C’est une laïcité individualiste sans élément permettant de construire le commun ; elle concerne l’individu et non le citoyen. Une telle conception est très éloignée de la laïcité telle qu’elle a été pensée et construite en France, elle ne mérite d’ailleurs pas le nom de laïcité, c’est un usage abusif du terme qui est fait par ceux qui s’en réclament. (..) Au sens général, philosophique ou politique, la laïcité englobe toutes ces dimensions! Sur le plan cultuel, elle permet de répondre à de nombreuses questions: faut-il autoriser les processions ou les prières de rue, les crèches dans les mairies, les réunions publiques dans les lieux de culte, certains financements publics dans des lieux de culte?… C’est ce qu’on appelle la «police des cultes». Mais la laïcité, c’est aussi un enjeu culturel! Lorsque le chef de l’État déclarait, face à Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin, que «le voile n’est pas conforme à la civilité dans notre pays», il reconnaissait que la laïcité dépasse la seule régulation des cultes, qu’elle touche à ce qui nous est commun, aux fondements de ce qui fait de nous des Français et non des Anglais, des Allemands ou des Américains. Il faut donc être à la fois extrêmement clair et précis sur un tel sujet. La confusion, c’est de dire que la laïcité se limiterait à une question purement juridique, et donc qu’on se refuse à l’invoquer dès lors qu’une pratique n’est pas interdite au sens strict par une loi. Outre que le droit n’est pas lui-même toujours parfaitement défini – les travaux sur les frontières et les zones grises en la matière de mes collègues juristes spécialistes de ce sujet, Gwénaèle Calvès ou Frédérique de la Morena l’ont bien montré -, la laïcité est aussi et sans doute même avant tout un principe philosophique et politique. Ce qui n’en fait pas pour autant une doctrine ou une idéologie, contrairement à ce qu’opposent régulièrement à ses partisans ceux qui voudraient en amoindrir la portée. Ainsi, lorsque l’on défend la laïcité comme élément fondamental de notre commun, on est vite accusé d’être un «laïcard», de vouloir s’en prendre aux religions dans l’espace public notamment, au nom de je ne sais quelle idée, comme si l’on voulait à tout prix renvoyer les laïques vers l’athéisme ou l’anticléricalisme, comme si l’on était un disciple d’Émile Combes! N’en déplaise à tous les tenants de la normalisation libérale que j’évoquais plus haut, on peut parfaitement être républicain et en faveur de la liberté la plus étendue possible, mais une liberté qui s’applique et concerne d’abord les citoyens, et non les individus. Une liberté qui permet d’organiser le corps social et non de le diviser voire de le dissoudre. (…) La laïcité est l’une des réponses possibles à cette préoccupation que l’on retrouve dans de nombreux contextes nationaux aujourd’hui, c’est la réponse française, celle de la politique de civilisation que nous avons choisie et que nous devons continuer de choisir, collectivement, entre citoyens. Elle s’est forgée tout au long de notre histoire, et elle forge notre identité commune. C’est elle qui permet de donner un sens à toutes nos différences, culturelles ou religieuses notamment, en laissant à chacun la plus grande liberté possible et en assurant la protection des citoyens vis-à-vis non seulement des empiétements toujours possibles de l’État mais aussi, on l’oublie souvent, des autres individus ou des communautés sur notre propre liberté, tout spécialement en matière religieuse. Ainsi, en matière religieuse, la neutralité de l’État sert-elle à nous protéger, en tant que citoyen, de l’État lui-même bien évidemment ; mais elle sert aussi et indissociablement à protéger chacun d’entre nous de nos coreligionnaires le cas échéant ou plus largement de toute croyance ou pratique que l’on voudrait nous imposer dans la société. La laïcité est une liberté publique. Dans les systèmes hérités du droit anglo-saxon, cette protection est laissée aux individus eux-mêmes, au fonctionnement de la société civile, et en particulier aux communautés religieuses qui y évoluent librement, on parle alors de liberté civile. Il s’agit de deux modèles, de deux manières différentes de comprendre la liberté. Or aujourd’hui, notre modèle français et républicain est très minoritaire parmi les démocraties occidentales et sous la pression à la fois des représentations culturelles venues des États-Unis et d’un droit d’inspiration anglo-saxonne. D’où l’attention permanente portée aux droits individuels, à la satisfaction des revendications identitaires promues par les représentants de «minorités» qui se définissent comme victimes de l’oppression majoritaire. Dans le cas de l’islam dans les pays occidentaux, cela conduit le plus souvent à une forme d’inversion du combat laïque: l’exigence que l’on applique au christianisme (religion majoritaire) n’est pas la même que celle que l’on applique à l’islam. Or pour un républicain laïc, tout le monde est citoyen avant d’être chrétien, musulman, juif, athée, etc., et les individus sont protégés comme citoyens, pas comme croyants. C’est ce point précis que les tenants d’une laïcité libérale telle que définie ci-dessus ne veulent pas voir ou ne veulent pas comprendre, par aveuglement ou par idéologie. C’est pourtant fondamental à l’âge identitaire si l’on veut continuer de construire du commun plutôt que de se recroqueviller sur telle ou telle de nos différences. Laurent Bouvet
Les questions d’identité collective (laïcité, place de l’Islam, immigration…) divisent profondément la majorité. Il sera très difficile au président de la République de clarifier la ligne en la matière. Il a en effet besoin de l’ensemble de sa majorité, composée de lignes irréconciliables sur ces questions, pour pouvoir continuer son action et évidemment être réélu en 2022. Le plus probable est donc qu’il tentera de ménager les contraires, de continuer une forme de «en même temps». Le problème est que sur ce type d’enjeux, il n’y a pas de « en même temps » qui tienne, en tout cas pas aux yeux de nos concitoyens. Précisément parce que ce sont des enjeux d’identité qui impliquent des conceptions essentielles de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire ensemble, comme Français. C’est le plus grand danger politique pour le chef de l’État qui a construit sa victoire à la présidentielle et sa majorité sans avoir à traiter de ces enjeux. Ceux qui l’ont rejoint, que ce soit par conviction ou par opportunisme, n’y ont pas plus prêté attention. Or on ne peut ignorer, politiquement, de telles questions. On vit aujourd’hui le retour du boomerang. (…) Qu’on pense simplement ici à l’inversion spectaculaire du principe de liberté qui consiste à dire que c’est le port du voile qui rend la femme libre! La responsabilité de tous ceux qui appuient ou corroborent cette inversion, à gauche, chez les féministes, parmi les intellectuels, dans les médias… est immense. Ils minent les fondements mêmes de notre société tels qu’ils ont été refondés avec les Lumières. Au nom d’une vision profondément biaisée de l’émancipation, qui serait réservée uniquement à certaines catégories de population eu égard à leurs identités d’origine, ils sapent la possibilité même d’une humanité commune. C’est cette démarche, essentialiste, identitaire, réductionniste… qui stigmatise et exclut les femmes musulmanes. Laurent Bouvet
Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou. Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.» Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans. Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé. Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique. Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste». J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée. Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques. Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation». Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée. Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron. Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment. Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel. Gilles William Goldnadel
Même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et inversement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de période jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français. Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop sensible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La police de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche. (…) À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump. (…) Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. (…) L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure. Seth Greenland
En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France). Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains. Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer, de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Laure Mandeville
Trump (…) n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple. (…) Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières à des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique. (…) Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses. (…) Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur. Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection. (…) La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé? En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême! Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal. (…) Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins! (…) Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle. (…) Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des quatre élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. (…) Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans. Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé… Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel. Laure Mandeville
La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne. Christopher Caldwell
La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ». (…) Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste. (…) Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personne avec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman. Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie. La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. » (…) On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires. Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse. Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016. (…) La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes. Bérénice Levet
Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit. En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste. L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine. (…) Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui, c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble. (…) Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentats mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin, il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation. (…) Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’est pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bien encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité, la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté, quand il attaque la virilité, l’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attentat se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un couteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encore du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont été arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman. (…) Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à Halle, si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solutions improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante. Bertrand Vergely
La distinction entre immigration légale et illégale doit tenir. Certaines personnes, qui prônent l’ouverture des frontières, demandent «quelle est la différence?» La réponse est «la loi». (…) C’est pourquoi je dis que si nous ne parvenons pas à maintenir nos lois et nos frontières maintenant, alors nous n’avons aucune chance de résister. (…) Tous ces phénomènes sont largement favorisés par les ONG «open borders», organisations dirigées par des gens qui sont de véritables extrémistes. Ils distribuent des informations aux migrants et aux migrants potentiels pour les aider à contourner les règles existantes et en leur expliquant comment rester définitivement en Europe. Ces ONG pensent que le monde ne devrait pas avoir de frontières. Que les frontières sont racistes. Que les frontières causent tous les problèmes du monde. Ils ont pris sur eux d’affaiblir les frontières de l’Europe. Les autorités italiennes ont pris un certain nombre d’ONG en flagrant délit de coopération actrive avec les réseaux de contrebande. Ces ONG ont été surprises au téléphone avec des contrebandiers, arrangeant les points de rencontre et retournant même les bateaux aux gangs. Qui a donné à ces groupes le droit de dicter l’avenir de notre continent? Qui leur a permis d’être nos arbitres de moralité? Ou de décider de notre avenir sociétal à court et à long terme?  Douglas Murray
The explanations for our existence that used to be provided by religion went first, falling away from the nineteenth century onwards. Then over the last century the secular hopes held out by all political ideologies began to follow in religion’s wake. In the latter part of the twentieth century we entered the postmodern era. An era which defined itself, and was defined, by its suspicion towards all grand narratives. However, as all schoolchildren learn, nature abhors a vacuum, and into the postmodern vacuum new ideas began to creep, with the intention of providing explanations and meanings of their own. Douglas Murray
Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté. Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes. Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes. Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants. (…) En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité, c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte. Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie. Michèle Tribalat
Si les classes moyennes, socle populaire du monde d’en haut, ne sont plus les référents culturels de celui-ci, qui ne cesse de les décrire comme des déplorables, elles ne peuvent plus mécaniquement être celles à qui ont envie de ressembler les immigrés. Hier, un immigré qui débarquait s’assimilait mécaniquement en voulant ressembler au Français moyen. De même, l’American way of life était porté par l’ouvrier américain à qui l’immigré avait envie de ressembler. Dès lors que les milieux modestes sont fragilisés et perçus comme des perdants, ils perdent leur capacité d’attractivité. C’est un choc psychologique gigantesque. Cerise sur le gâteau, l’intelligentsia vomit ces gens, à l’image d’Hillary Clinton qui traitait les électeurs de Trump de ‘déplorables’. Personne n’a envie de ressembler à un déplorable ! Christophe Guilluy
Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc. Christophe Guilluy
Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. Muriel Fabre-Magnan
Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre. (…) C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté. (…) Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ? (…) La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti. (…) Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit. Muriel Fabre-Magnan
C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui. (…) La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent. C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales. À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit. Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative. « Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ? L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre. Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris. Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même. Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ? C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu. « Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée. Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. (…) C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe. (…) On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique. Nathalie Heinich
L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique. La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre. (…) Certes (…) soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente. Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps. Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères. Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance. C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme derridien s’en donne ici à cœur joie (…) Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ». Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays. Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques, ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué. De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective: vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisserait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé. L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. » Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre. Nathalie Heinich

Légalisation, via le mariage pour tous et la PMA, du mensonge sur l’origine de nos enfants …

Résurrection, via la criminalisation –  jusque dans les écoles de nos enfants – du discours dit « de haine », des lois anti-blasphèmes les plus rétrogrades …

Demande, entre appels à la dénonciation et à l’ « effacement » (autrement dit au boycott), de modification du 1er amendement américain …

Persécution d’esthéticiennes refusant d’épiler le sexe masculin d’une femme transexuelle …

Sportifs transexuels raflant toutes les médailles dans les compétitions féminines ou potentiellement dangereux pour leurs adversaires  …

Mise à disposition de la castration chimique à des enfants de sept ans …

Remise en question, pour cause de non-parité stricte, des collections d’animaux des musées d’histoire naturelle

Cachez cette loi commune que je ne saurai voir !

En ces temps étranges …

Entre soupe alphabétique d’identités sexuelles ou raciales et immigration sauvage sur fond de terrorisme islamique

Du sansfrontiérisme le plus débridé …

Où malgré quelques avancées comme, véritable « mur de Trump payé par le Mexique« , la reprise du contrôle de leurs frontières par les autorités mexicaines …

Et de Hong Kong à l’Irak et au Liban ou à l’Amérique latine et avant l’Iran, le début de soulèvement des peuples contre leurs kleptocraties …

Se creuse la fracture, cinéma compris, entre gagnants de la mondialisation des grandes métropoles et perdants des zones périphériques …

Et  où la « plaisanterie de l’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » dont parlait René Girard

Nous plonge dans un ultra-christianisme anti-chrétien toujours plus caricatural …

Comment ne pas voir avec la sociologue Nathalie Heinich

L’aberration d’un déconstructionnisme sans limites …

Qui réduisant l’identité à de la pure illusion prétend la recréer à l’infini  …

Ou repérer avec la juriste Muriel Fabre-Magnan

Derrière la demande toujours plus grande de législation …

La réalité d’une dilution et d’un dévoiement de l’idée de liberté …

Qui ignorant la dimension protectrice du droit et des interdits …

Va jusqu’à basculer, via le prétendu droit à son renoncement, dans son retournement et sa propre négation ….

Et pourrait à nouveau réussir l’exploit de faire réélire l’an prochain …

L’un des présidents américains les plus politiquement incorrects ?

LES LIMITES DE L’IDENTITÉ
Nathalie Heinich
Nathalie Heinich est sociologue. Dernier ouvrage publié : Ce que n’est pas l’identité (Gallimard, 2018).› nathalie.heinich@ehess.fr
Revue des deux mondes
avril 2019

L’identité est à la fois une notion de sens commun et un concept utilisé par les sciences de l’homme – psychologie, sociologie, histoire, anthropologie, polito-logie… En tant que notion de sens commun, elle tend à être perçue, selon une tradition essentialiste et métaphysique, comme une réalité objective, intemporelle, transcendante, qui existerait indépendamment de l’idée qu’on s’en ferait : par exemple, « l’identité de la France ». En tant que concept savant, elle est plutôt analysée comme une construction historique sans autre fondement que la croyance en son existence, autrement dit comme une illusion – c’est la position postmoderne, constructiviste et critique.La première acception nourrit les usages « droitiers » de la notion, en tout cas en matière d’identité nationale et de politique « identitariste » ; la seconde alimente ses critiques « gauchistes ». Le problème est que l’une et l’autre conceptions sont aussi naïvement erronées l’une que l’autre (1).

La vulgate postmoderne

Certes, la critique postmoderne d’une conception substantialiste de l’identité (ou de « l’illusion essentialiste », comme l’a justement qualifiée le philosophe Pierre-André Taguieff (2)) s’appuie sur des constats qui ont leur part de vérité. Le premier constat est celui de la temporalité, qui soumet toute identité au changement, faisant d’elle non pas une « substance inaltérable » mais une « entité historique » (3): « L’identité n’est pas tant celle d’une substance que celle de la continuité des transforma-tions conduisant d’un stade au suivant » (4), expliquait le sociologue Norbert Elias. Et il ajoutait : « Il s’agit d’une continuité remémorée », ce qui nous renvoie au deuxième constat rendant illusoire la conception substantialiste, à savoir celui de sa dimension narrative, qui fait de l’iden-tité non un fait brut mais un « récit », selon le philosophe Paul Ricœur (5), ou encore une affaire de « réflexivité », selon le sociologue Anthony Giddens (6). Enfin, un troisième constat met à mal la croyance naïve en une réalité factuelle de l’identité, à savoir celui de sa pluralité, sa multiplicité, sa labilité (7). Ainsi le sociologue Erving Goffman a utilisé la métaphore de la barbe-à-papa : l’identité personnelle serait un « enregistrement unique et ininterrompu de faits sociaux qui vient s’attacher, s’entortiller, comme de la barbe-à-papa, comme une substance poisseuse à laquelle se collent sans cesse de nouveaux détails biographiques » (8). Bref, soumise aux contingences temporelles, narratives et représentationnelles, l’identité est tout sauf un fait brut, une réalité évidente.Malheureusement, la suite du raisonnement tombe aisément dans les sophismes de la pensée postmoderne mâtinée de French theory : l’identité ne serait, de ce fait, qu’une « illusion », comme l’affirma Pierre Bourdieu en son temps (9). Une telle conclusion pèche par une faute de raisonnement classique dans les sciences sociales contemporaines : le monde serait fait soit de faits bruts, soit de faits « socialement construits », donc assimilables à des illusions ; ou, en d’autres termes, soit de réalité, soit de fictions – plus ou moins naïves ou intéressées, c’est-à-dire mensongères (10). Pris comme synonyme de « fabriqué » au sens de factice, donc d’inauthentique, le « construit » devient, dans cette perspective critique, rien de mieux qu’une « fable », un « mythe », dont il ne reste rien une fois qu’on l’a dévoilé comme tel. Dès lors on pourrait en faire ce qu’on veut, s’en débarrasser ou le transformer selon son bon vouloir. C’est le programme qui sous-tend la réduction de la notion d’identité à un simple « discours », soumis aux aléas de la temporalité, du récit et de la variabilité des points de vue : l’élimination pour cause d’inconsistance.

C’est ainsi que l’argument de la « construction » historique et sociale glisse du statut de découverte à celui de lieu commun, puis de dénonciation en forme de critique de la « croyance ». C’est en matière d’identité sexuée que le glissement s’est produit de la façon la plus flagrante, sur fond de confusion entre différence et discrimination (la différence des sexes impliquerait forcément inégalité, donc devrait être éradiquée pour cause d’inconvenance politique (11)), ainsi que de fantasme de toute-puissance poussant à refuser et donc à récuser toute catégorisation, synonyme de limitation. Le déconstructionnisme der-ridien s’en donne ici à cœur joie : « Dès qu’on entend le mot “genre”, dès qu’il paraît, dès qu’on tente de le penser, une limite se dessine. Et quand une limite vient à s’assigner, la norme et l’interdit ne se font pas attendre : “il faut”, “il ne faut pas”, dit le “genre”, le mot “genre”, la figure, la voix ou la loi du genre. (12) »Ce type de raisonnement repose sur la suprématie non négociable de la liberté individuelle contre la contrainte du « social » : dans cette perspective, qui rappelle étrangement les rêves infantiles de toute-puissance, la notion d’identité n’est supportable qu’à condition d’être dépouillée de toute limite, de tout ancrage, de toute stabilité, libérée donc de toute réduction à un fait social, voire à un fait tout court. Bref, la différence des sexes, puisque « socialement construite », ne serait qu’une « illusion » destinée à perpétrer la « domination masculine ».

L’ignorance des représentations

Ces dérives à partir d’une tentative – légitime – pour désubstantialiser la notion d’identité reposent sur une ignorance mal-heureusement largement répandue, y compris chez des chercheurs estimables : l’ignorance de la notion de représentation, au sens de « se représenter », c’est-à-dire l’ignorance de ce que le monde social est fait beaucoup plus de conceptions mentales partagées – plus ou moins véridiques – que de faits bruts ou, plus encore, d’illusions. Ainsi, ce n’est pas parce que l’identité est plurielle, variable et historiquement construite qu’elle serait illusoire : ni illusion ni, à l’opposé, réalité objective, elle est une représentation mentale, plus ou moins partagée et plus ou moins agissante, que se font les individus de ce qu’ils sont, de ce que sont les autres ou de ce qu’est une entité abstraite tel qu’un pays.Ni totalement objective ni totalement contingente, cette représentation est structurée, appuyée sur des caractéristiques factuelles et des institutions, qui peuvent être décrites et analysées : ainsi, les plus graves problèmes d’identité n’empêchent pas que l’identité d’un sujet soit ancrée dans un corps, instituée par un nom propre et par une signature. De même, l’identité sexuée, quoique soumise à maintes variations socio-historiques (13), ne peut se modifier d’un mot ou d’un trait de plume, étant composée à la fois de réalités physiologiques, d’expériences psychiques, de procédures administratives et, éventuellement, de manipulations cosmétiques, prises dans un système symbolique et juridique fortement institué (14). De même encore, s’agissant de l’identité nationale, elle repose sur des propriétés récurrentes tels qu’un État, une langue, une conscience historique, un patrimoine, une mémoire collective (15): vue sous cet angle, la notion d’« identité nationale » peut devenir un objet de recherche ou de réflexion qui ne soit instrumentalisé ni par la mémoire militante et le nationalisme (16) ni, à l’inverse, par la stigmatisation a priori de tout attachement patriotique.Il n’est guère aujourd’hui de notion qui, davantage que celle d’identité, subisse les ravages intellectuels qu’engendre le déni des représentations, dans une conception binaire du monde qui ne laisse-rait exister que des faits bruts ou des illusions, du naturel ou de l’artificiel, du donné ou du fabriqué, du nécessaire ou du contingent : une conception qui ignore le poids des réalités sociales et des institutions, des traces mémorielles et des images mentales, des catégories et des mots – qui ignore, autrement dit, ce qui fait la spécificité de l’existence humaine dans un monde partagé.L’identité a donc des limites, non parce qu’elle serait une réalité factuelle et inamovible, mais parce que, en tant que représentation soutenue par des données objectivables, elle n’est pas accessible à toutes les manipulations individuelles, à toutes les modifications fantasmatiques. Faut-il s’en désoler ? Ce serait là adhérer à une conception de l’identité qu’Elias stigmatisait comme celle de l’Homo clausus, l’individu fermé sur lui-même, indépendant de toute interaction, de toute influence de et sur autrui : un individu qui pourrait donc être totalement libre ou, du moins, non déterminé – mais qui serait du même coup irrémédiablement seul. Et la juriste Muriel Fabre-Magnan a raison d’évoquer à ce sujet ce que la contrainte juridique peut avoir de protecteur pour les individus : « Le droit a pour rôle d’instituer et d’assurer les personnes de leur identité. Il faudrait se demander si reporter sur les individus, et en particulier sur les jeunes, le poids de devoir définir et (ré)affirmer eux-mêmes à tout moment les éléments de leur identité sans jamais pouvoir rien tenir pour acquis est vraiment libérateur. (17) »Car les limites, ce sont d’abord les mots et les catégories qui nous permettent de nous orienter dans le monde, et c’est aussi ce qui nous permet de nous coordonner avec autrui, de faire commerce avec les autres, de cultiver en paix les interdépendances qui nous construisent, tout autant que nos libres mouvements. Et parmi les nombreuses limites qui bornent notre monde tout en l’organisant, les limites identitaires – notre sexe, notre âge, notre profession, notre origine géographique ou sociale, notre religion si nous en avons une, notre nationalité, voire notre sexualité si nous en faisons une façon de nous définir – ne sont pas les moins efficaces pour nous aider à être au monde sans risquer de nous y perdre.

1. Cet article reprend en les développant une partie des propositions présentées dans Nathalie Heinich, Ce que n’est pas l’identité, Gallimard, 2018.

2. « L’illusion essentialiste » consiste à « figer et réifier ce qui est intrinsèquement fluctuant, mouvant et diversifié » (Pierre-André Taguieff, « Être français : une évidence, un “je-ne-sais-quoi” et une énigme », Dogma. Revue de philosophie et de sciences humaines, mars 2016).

3. Vincent Descombes, Les Embarras de l’identité, Gallimard, 2013, p. 174.

4. Norbert Elias, Du temps (1984), Fayard, 1996, p. 53, note 1.

5. Cf. Paul Ricœur, Temps et récit, Seuil, 1984.

6. Cf. Anthony Giddens, Modernity and Self-Identity. Self and Society in the Late Modern Age, Polity Press, 1991.

7. Cf. notamment Alex Mucchielli, L’Identité, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? », 1986, p. 7.

8. Erving Goffman, Stigmate (1963), Minuit, 1975, p. 74.

9. Cf. Pierre Bourdieu, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, n° 62-63, juin 1986.

10. Cf. Nathalie Heinich, « Pour en finir avec “l’illusion” biographique », L’Homme, n° 195-196, juillet-décembre 2010 (repris dans Sortir des camps, sortir du silence, Les Impressions nouvelles, 2011).

11. Sur ce sophisme qui alimente malheureusement les tendances les plus naïves du féminisme et de la « théorie du genre », cf. Nathalie Heinich, Le Bêtisier du sociologue, Klincksieck, 2009.

12. Jacques Derrida, Parages, Galilée, 1986, p. 252.

13. Cf. notamment Élisabeth Badinter, XY. De l’identité masculine, Odile Jacob, 1992.

14. Cf. notamment Pierre Legendre, Sur la question dogmatique en Occident, Fayard, 1999 ; Jean-Pierre Lebrun, Un monde sans limites. Essai pour une clinique psychanalytique du social, Érès, 1997.

15. Cf. Pierre Nora, « Les avatars de l’identité française », Le Débat, n° 159, mars-avril 2010.

16. Idem, p. 18-19.17. Muriel Fabre-Magnan, L’Institution de la liberté, Presses universitaires de France, 2018, p 220.

Voir aussi:

Fabre-Magnan : l’interdit n’est pas l’ennemi de la liberté
Dans « L’Institution de la liberté », Muriel Fabre-Magnan critique le désir de faire reconnaître par le droit certaines pratiques individuelles. Entretien.
Propos recueillis par Gabriel Bouchaud
13/10/2018
Le Point
Muriel Fabre-Magnan est professeure de droit à l’université Paris-1.

Le Point : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre ? La liberté telle qu’elle est garantie par le droit est-elle menacée ?

Muriel Fabre-Magnan : Une des raisons qui m’ont poussée à écrire ce livre était la lassitude de voir des termes juridiques employés à contresens, comme le contrat ou le consentement, qu’on associe toujours à la liberté dans le grand public, alors qu’en réalité, pour un juriste, qui dit contrat et consentement dit au contraire que l’on renonce à une partie de sa liberté ; le contrat n’est pas le mode normal de l’exercice des libertés. Je voulais alors souligner le risque de retournement de la liberté qui en résulte. Le lexique utilisé dans le cadre de débats de société conduit en outre souvent à polariser les opinions. La question de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) est un excellent exemple. On trouve un camp qui pousse à une interprétation toujours plus individualiste des droits de l’homme par la CEDH et un autre qui condamne de façon générale les droits de l’homme. Le Royaume-Uni, par exemple, avait menacé de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme avant même le Brexit. Il me semble possible et préférable de trouver une voie alternative : il faut en effet défendre les droits de l’homme, qui sont une avancée démocratique essentielle, et la CEDH a ainsi rendu une série d’arrêts extrêmement précieux, par exemple pour condamner l’état des prisons, garantir le respect des droits de la défense ou encore dénoncer des pays qui se livrent à des traitements inhumains ou dégradants. Et, en même temps, la CEDH dérape parfois dans ses arrêts et abuse de ses prérogatives. Seule une analyse juridique précise permet de démonter les rouages, comprendre à quel endroit exact se fait ce dérapage et d’essayer d’y remédier. Sinon, on est inévitablement conduit à adopter une position excessive dans un sens ou dans un autre.

La conception de ce qu’est la liberté a-t-elle beaucoup évolué dans les dernières décennies ? Y a-t-il une confusion dans les termes que l’on emploie à cause de cette évolution ?

C’est effectivement très récemment que ce terme de liberté a pris un sens général, et presque philosophique, qui est celui du droit pour les individus de mener leur vie comme ils l’entendent. La liberté est devenue la faculté de pouvoir faire tous les choix pour soi-même, ce qu’on appelle aujourd’hui un droit à l’autonomie personnelle. Cet énoncé peut certes sembler satisfaisant dans un cadre autre que juridique, mais demander au droit de garantir que les personnes puissent faire ce qu’elles veulent quand elles veulent conduit à l’effet inverse et à un risque de retournement de cette liberté. Si, en effet, le droit doit garantir à toute personne la possibilité de faire ce qu’elle veut, y compris de renoncer à sa liberté, on finit évidemment par détruire le concept même de liberté.

Vous citez le proverbe du renard libre dans le poulailler libre qui, sous couvert d’une liberté absolue de tous, garantit un retour de la loi du plus fort sur le plus faible…

Tout à fait. Et, comme le soulignent plusieurs auteurs, l’ultralibéralisme économique ou sociétal sont les deux faces d’une même médaille. La liberté est souvent revendiquée pour que les autres puissent se mettre à notre disposition. La faculté de renoncer à sa liberté n’est cependant pas la liberté. Plus généralement, ce qu’on appelle une protection des personnes contre elles-mêmes, et qui est dénoncé comme une forme de paternalisme étatique, est en réalité toujours une protection des personnes contre autrui. L’exemple de la prostitution est assez typique, et il illustre aussi un des autres points que je voulais souligner dans ce livre, à savoir que tous les débats contemporains, sociétaux ou économiques qui posent la question de la licéité sont toujours appréciés par rapport au seul critère du consentement. Cela signifie que l’on ramène tout à un débat interindividuel quand il serait plus pertinent de s’interroger, par exemple, sur les politiques économiques et sociales donnant aux personnes une plus grande faculté de choix de vie. Que signifie le consentement d’une prostituée si elle n’a pas d’autre choix que de consentir ?

Vous soulignez un écart entre l’encadrement de facto des pratiques sexuelles et la demande d’encadrement de ces pratiques. Le droit a-t-il cette vocation ?

La liberté sexuelle implique la faculté pour chacun d’avoir la sexualité de son choix sans avoir à subir aucune discrimination. Mais pourquoi l’État devrait-il donner sa bénédiction à chaque nouvelle pratique ? De même, la contractualisation des relations sexuelles n’est pas la meilleure façon de protéger juridiquement contre les agressions sexuelles ni de respecter le consentement des personnes. Si on contractualise, on s’oblige à ces pratiques. Or la liberté consiste en la capacité de pouvoir refuser un rapport initialement consenti.

Pour vous, le droit doit-il plutôt représenter un horizon de ce que la société devrait être, à travers des garanties, ou encadrer ce qui existe déjà ?

Les deux aspects coexistent. Le droit doit tenir compte des évolutions sociales, mais il est aussi un horizon tracé pour une société. Il est en effet de l’ordre du devoir-être. Les juristes opposent toujours le fait et le droit, donc le réel et ce qui doit être. Le droit est, dans une société, les valeurs et les objectifs sur lesquels les personnes s’accordent. Pour vivre ensemble, il est nécessaire de définir un projet commun, lequel peut évidemment évoluer dans le temps. Le terme d’institution de la liberté cherche à exprimer l’aspect dynamique de cette liberté et le rôle que le droit doit jouer pour la garantir. On ne naît pas libre, on le devient, et c’est ce processus d’émancipation que doit soutenir le droit.

Voir également:

Christophe Guilluy: « NOTRE MODÈLE DE SOCIÉTÉ N’EST PLUS VIABLE »
Valérie Toranian
Revue des deux mondes
avril 2019

Il fut le premier à théoriser et à populariser le concept de France périphérique, cette France des classes populaires vivant à l’écart des grands centres urbains. Sans surprise, la cartographie de ces territoires délaissés par la République se superpose à celle des ronds-points envahis par les « gilets jaunes » depuis le 17 novembre 2018. L’auteur de No Society analyse les racines profondes de cette fracture française et interpelle les élites dirigeantes. Si rien ne bouge après le mouvement des « gilets jaunes », s’inquiète le géographe, « la tentation d’un totalitarisme soft » nous guette.

«Revue des Deux Mondes – Comment qualifier la séquence des « gilets jaunes » ? Est-ce une révolte, une révolution, une insurrection, une jacquerie ?

Christophe Guilluy J’essaye de ne pas voir dans un mouvement contemporain une résurgence d’un épisode du XIXe ou du XXe siècle. Nous ne sommes pas dans la révolution française, ni dans Mai 68, cela ne ressemble à aucun mouvement social connu. Le mouvement peuple contre élites. histoire d’une France brisée social classique se caractérise par un lien entre la classe populaire et la bourgeoisie, et par des relais au sein des milieux intellectuels et journalistiques. Les « gilets jaunes » sont en dehors des partis et des syn-dicats ; ils n’ont pas de représentant politique, intellectuel, culturel. Le mouvement naît après trente ans de ce que Christopher Lasch (1) a appelé la sécession des élites ; les classes populaires ont répondu par ce que je qualifie de marronage – « on va voir ailleurs ». Et ce « on va voir ailleurs » donne des mouvements non structurés, aux revendications tous azimuts. C’est toute la symbolique du « gilet jaune » : je veux être vu. Nous sommes dans une crise démocratique, intellectuelle et une crise de représentation : la scission du monde d’en haut a abouti à un assèchement de la pensée. Ces catégories populaires ne sont plus incarnées. J’ai parlé de France périphérique. Le concept n’a pas toujours été bien compris. Je suis géographe mais je ne crois pas au territoire. Un territoire ne veut rien dire ; ce qui compte, ce sont les personnes vivant sur ce territoire. Celui-ci peut changer du jour au lendemain si la population change. Il n’y a pas de déterminisme géographique, j’explique d’ailleurs exactement le contraire. Le concept a été élaboré à partir de travaux réalisés avec un autre géographe, Christophe Noyé ; nous repérions les espaces où vivaient les catégories modestes, c’est ce que nous avons appelé un indicateur de fragilité sociale : nous partions donc des personnes ; nous nous moquions de savoir si celles-ci vivaient à la campagne, dans une petite ville, dans une ville moyenne… la question était de repérer les territoires où il y avait une majorité de classes populaires : ouvriers, employés, « petites gens », paysans. Ce socle, potentiellement majoritaire, se situe aujourd’hui, le plus souvent, en dehors des grands centres urbains. Les quinze plus grandes métropoles représentent 40 % de la population comme en 1968, cela n’a pas changé. La recomposition sociale dans ces villes, elle, a changé : hier vous aviez dans Paris une composante populaire, avec des ouvriers, des « petites gens » ; tout cela s’est réduit comme peau de chagrin ; la partie populaire des grandes métropoles est désormais constituée par les quartiers « sensibles ».

Les grandes métropoles se caractérisent par leur dynamisme économique, c’est là que se concentre l’essentiel des richesses. Il y a donc une dimension économique, sociale, culturelle. Et une plus grande mobilité sociale, contrairement aux trois quarts des classes populaires dispersées dans la France périphérique. On le constate lors des plans sociaux : on demande aux salariés d’aller vivre dans un territoire où il y a de l’emploi – c’est ce qu’on avait dit aux femmes de Moulinex et aux « bonnets rouges ». Seulement quand vous êtes propriétaire d’une maison dans ces territoires-là, vous ne pouvez pas acheter ou louer à Paris, à Nantes ou à Toulouse. Les logiques foncières rendent l’accès à la ville très difficile et les gens ne veulent pas vivre dans les logements sociaux, là où se concentrent les populations immigrées. La France périphérique n’est pas une géographie ni une cartographie de la pauvreté : la France métropolitaine compte aussi des pauvres. Comme hier, la bourgeoisie instrumentalise la question de la pauvreté : la vieille bourgeoisie catholique redistribuait quelques subsides aux populations pauvres et niait le prolétariat ; aujourd’hui, la nouvelle bourgeoisie, ce que j’appelle la « bourgeoisie cool », met en avant banlieues et minorités et nie l’existence d’une France périphérique. Dans les deux cas, on oppose les classes populaires aux pauvres pour nier une question sociale majoritaire.

Revue des Deux Mondes – Vos détracteurs vous reprochent d’opposer la France périphérique des « petits Blancs » à la population issue de l’immigration, des quartiers populaires des métropoles, qui bénéficieraient de plus de subventions que la France périphérique. Les pouvoirs publics en ont-ils trop fait avec la politique de la ville et pas assez avec la France périphérique ?

Christophe Guilluy Je ne l’ai jamais dit ni écrit ! La France périphérique, dans laquelle se classent d’ailleurs les départements et territoires d’outre-mer, n’est pas exclusivement blanche. Il suffit de se balader en France pour le constater. Concernant les quartiers de la politique de la ville, on peut rappeler que les quartiers sensibles de petites et moyennes villes de la France périphérique sont plus pauvres que les quartiers de logements sociaux de Seine-Saint-Denis. Cela s’explique par le fait que le dynamisme économique y est beaucoup plus faible. Pourquoi autant d’attention aux banlieues des grandes villes ? Parce qu’elles se situent dans les grandes métropoles, là où vivent les élites, les prescripteurs d’opinion, là où est le business. On n’a pas intérêt à ce que ces territoires explosent. Aucun gouvernement de droite ou de gauche n’a remis en cause la politique de la ville. On ne peut réaliser un diagnostic objectif de la politique de la ville si l’on ne prend pas en compte le fait que ces quartiers sont devenus des sas : on y entre, on en sort. Dès qu’on a intégré le marché de l’emploi, on cherche à quitter les lieux. Ces populations partantes sont remplacées par des populations venues de l’extérieur, beaucoup plus précaires. En fait, il y a une instrumentalisation des questions autour de l’immigration alors que le sujet est consensuel dans la population : tout le monde souhaite la régulation des flux migratoires. Selon les sondages, 65 à 80 % des Français sont pour l’arrêt de l’immigration. Ces Français ne sont pas tous blancs ; ils sont aussi noirs, maghrébins, etc. Ces questions sont clivées non pas ethniquement mais socialement. La demande de régulation émane des « petits » Blancs, des « petits » Noirs, des « petits » Maghrébins, des « petits » musulmans. Elle est majoritaire en France, en Europe, aux États-Unis, en Algérie, au Maroc, en Israël. La question de la régulation s’impose. Elle est devenue idéologique, alors qu’elle ne pourra se traiter que sur des critères pragmatiques et réalistes. J’ai travaillé par le passé sur la question du logement social à Paris dans le XIXe arrondissement et c’est à cette occasion que j’ai développé le concept d’insécurité culturelle. Ma mission était de comprendre pourquoi les gens demandaient des changements d’attribution de logement alors qu’ils habitaient des quartiers où il n’y avait pas trop de violence ni trop de trafic de drogue. Toutes ces demandes émanaient d’immeubles dans lesquels il y avait eu un turnover important : les Blancs étaient déjà partis et à leur tour les populations maghrébines se trouvaient dans des situations d’insécurité culturelle par rapport à de nouvelles populations comme les Tchétchènes, etc. Ce qui n’a rien de scandaleux : on souhaite tous vivre dans des immeubles où tout ne change pas en permanence, dans lesquels on peut communiquer avec ses voisins et partager des valeurs communes. Cela n’interdit pas l’accueil, mais personne ne souhaite devenir minoritaire. C’est une question anthropologique : quand on est minoritaire, on dépend de la bienveillance de la majorité. J’avais travaillé sur les populations juives et leur déplacement en région pari-sienne dès les années deux mille. Je travaillais avec des gens de gauche et je pensais que dénoncer l’antisémitisme serait une évidence. Or pas du tout. On m’a sévèrement critiqué pour cela.

Revue des Deux Mondes – La société multiculturelle est-elle un échec ?

Christophe Guilluy La société multiculturelle, c’est la société où l’autre ne devient pas soi. À partir du moment où l’autre ne devient pas moi, la loi du nombre joue. Nous avons besoin de préserver un capital social et un capital culturel. C’est fondamental, quelles que soient votre origine et votre religion.Revue des Deux Mondes – Croyez-vous encore en l’efficacité du modèle républicain ?

Christophe Guilluy J’y ai longtemps cru. Je suis très proche des idées de Jean-Pierre Chevènement. Avant, j’étais proche du Parti communiste, lorsque celui-ci représentait les classes populaires ; Georges Marchais dénonçait les flux migratoires qui représentaient une menace de dumping social : vous verrez, prédisait-il en 1981, la droite et l’élite de gauche nous traiteront de « beaufs », de racistes. C’est aussi ce qu’on a vécu avec les « gilets jaunes » : en quarante-huit heures, le mouvement est devenu xénophobe, antisémite, homophobe, sexiste, etc.

Revue des Deux Mondes – Il y avait des radicaux. Et des antisémites comme Alain Soral et Dieudonné. Alain Finkielkraut a été agressé ver-balement par un antisémite…

Christophe Guilluy Le nouvel antisémitisme s’est répandu dans la société et l’incident avec Alain Finkielkraut en est une illustra-tion mais qui n’est pas représentative des « gilets jaunes ». La technique d’invisibilisation et de délégitimisation des classes populaires remonte aux années quatre-vingt, quand la gauche a abandonné la question sociale. La vieille technique de l’antiracisme et de l’antifascisme est devenue une arme de classe : on se protège en délégitimant le diagnostic des gens d’en bas. Il y a autant de racistes, d’antisémites et d’homophobes dans le monde d’en haut sauf qu’ils sont beau-coup plus discrets. L’antisémitisme de gauche, appelé antisionisme, est culturellement très puissant. Ce n’est pas le monde d’en bas qui contourne la carte scolaire à Paris et qui déscolarise ses enfants des collèges à majorité d’immigrés. Ce sont des bons bobos parisiens de gauche.

Revue des Deux Mondes – Les mouvements sociaux vont-ils devenir de plus en plus violents ?

Christophe Guilluy Le « gilet jaune » n’est pas un saint. Tous les mouvements sociaux dégénèrent et sont aujourd’hui violents. La question est l’instrumentalisation de la violence. Même si les gens la condamnent, ils l’instrumentalisent : elle attire les médias. Les barri-cades sur les Champs-Élysées ont fait la une du New York Times. Par ailleurs, ces mouvements n’ont plus rien à voir avec des mouvements sociaux traditionnels. L’idée de réunir le plus de personnes possible pour aller d’un point A à un point B afin d’obtenir quelque chose est com-plètement dépassée. On a un mouvement du XXIe siècle sans représen-tant, sans corps intermédiaires, sans revendications claires. Il vaut mieux mille manifestations de cent personnes qu’une manifestation de cent mille personnes à Paris.Revue des Deux Mondes – Marie Le Pen est-elle la candidate naturelle des « gilets jaunes » ?

Christophe Guilluy Une fraction importante ira vers le parti le plus en dehors du système, le plus ostracisé. C’est pour cela que Jean-Luc Mélenchon perd : c’est un ancien sénateur, il fait partie du système. Tous les mouvements populistes sont structurés autour de la même sociologie : l’ancien socle de la classe moyenne occiden-tale (ouvriers, employés, petits indépendants…) et une même géo-graphie : en général, les zones les plus éloignées des grandes métro-poles mondialisées (zones rurales, petites villes, villes moyennes, en excluant évidemment la ville riche du coin). Il s’agit toujours de la même spirale : d’abord vous avez une désaffiliation, puis un marronnage, une abstention et/ou un vote populiste plus ou moins majoritaire. À chaque fois on retrouve les mêmes indicateurs : reléga-tion culturelle, éloignement des territoires, perte de pouvoir d’achat, parfois pauvreté. À chaque fois on retrouve les mêmes catégories : l’Allemagne périphérique se compose de l’ex-Allemagne de l’Est et des franges rurales en Bavière dans des régions riches. L’Italie péri-phérique, c’est le Mezzogiorno avec certaines franges rurales et de petites communes dans le Nord qui regroupent constamment les mêmes catégories. Ainsi, l’électorat de la Ligue du Nord se compose de petits indépendants mais aussi d’ouvriers et d’employés. Même chose en Suède : l’émergence des populistes suédois a été un choc dans ce pays, considéré comme le modèle absolu. Le vote d’extrême droite est pourtant très fort dans le nord du pays, dans le Sud rural et dans les petites villes désindustrialisées.
Revue des Deux Mondes – Certaines catégories, comme les retraités, qui étaient hostiles aux extrêmes pourraient-elles basculer ?
Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire par des gagnants du système, des retraités et une partie de la fonction publique. Ces deux catégories, qui représentaient le dernier socle de résistance à la tentation populiste, sont celles qu’il a le plus fragilisées économi-quement ! Les retraités ont fait le Brexit au Royaume-Uni parce que les pensions de retraite sont quasi nulles et que l’État-providence s’est effondré depuis les années quatre-vingt. La protection sociale n’existe pas. Quand vous n’avez rien à perdre, vous êtes prêt à faire basculer les choses.
Revue des Deux Mondes – Le statut des retraités en France est différent…
Christophe Guilluy Les retraités ont très longtemps été re la ti-vement protégés. La pension médiane est de 1 100 euros. Il faut mettre un bémol : le retraité de la Côte d’Azur n’est pas celui du fin fond de la Creuse. La hausse de la contribution sociale généralisée (CSG) fragilisait des catégories modestes. Pour le pouvoir, c’était prendre un risque important. Le système tient grâce à ces catégories-là, surtout dans un pays qui vieillit. La droite grâce aux retraités, et la gauche grâce aux fonctionnaires. Ce sont les dernières catégories issues de la classe moyenne qui sont encore debout. Mais pour combien de temps ? Nous sommes dans un processus que j’appelle de sortie de la classe moyenne. C’est du temps long, cela a commencé avec les ouvriers (la désindustrialisation), puis les paysans, les employés, les petits indépendants, etc. et ce, en touchant à des territoires très différents : les zones industrielles du Nord et de l’Est, certaines zones rurales, puis les villes moyennes, avec la désertification commerciale…
Revue des Deux Mondes – Vous dites que la classe moyenne a dis-paru en tant que classe intégrée économiquement et référente culturellement…
Christophe Guilluy Auparavant, les partis politiques s’adressaient à elle. Ils la représentaient et portaient ses aspirations. Les intellectuels aussi s’adressaient à cette classe moyenne, dans laquelle on trouvait les ouvriers, les employés, les fonctionnaires, des universitaires… Tout s’est rompu avec le modèle économique mondialisé : il y a désormais deux catégories d’emplois, très qualifiés et précaires, qui se retrouvent dans les grandes métropoles avec la population précaire et immigrée et les catégories supérieures. Ce qui disparaît, c’est la classe moyenne et ses emplois. C’est vrai à Paris comme à New York, à Milan ou à Stockholm. Le modèle mondialisé n’a plus besoin du socle représenté par la classe moyenne. On a une déconnexion entre l’économie et la société. C’est la première fois que cela arrive. Avant, l’économie fai-sait société : elle intégrait. Il y avait une logique vertueuse, avec une intégration politique. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. La croissance au XXIe siècle est une croissance sans emploi, et s’il y a croissance de l’emploi, elle va se concentrer toujours dans les mêmes lieux. Elle ne bénéficie pas aux catégories populaires.
Revue des Deux Mondes – N’est-ce pas un peu facile et excessif d’accuser la mondialisation, le néolibéralisme et l’Europe de tous les maux ?
Christophe Guilluy Le débat pour ou contre la mondialisation est stupide, comme le débat pour ou contre le multiculturalisme. Les classes populaires ne sont pas contre la mondialisation, contre l’Europe. Aujourd’hui elles sont contre un modèle qui ne leur a pas été bénéfique, c’est différent.On a besoin des grandes métropoles, qui créent deux tiers du PIB, ce produit intérieur brut qui n’a cessé d’augmenter ces qua-rante-cinquante dernières années. Nous sommes de plus en plus riches. Si le modèle ne fonctionnait pas, on le changerait. La ques-tion est : comment faire société avec une économie qui divise de plus en plus, et qui ne permet pas d’intégrer les autres ? La mondialisation continuera à produire des inégalités, à renforcer les fractures géogra-phiques. Comment compenser ses effets négatifs ? Certains secteurs stratégiques essentiels ne doivent-ils pas être protégés ? On peut ima-giner des modèles mixtes. Il faut être pragmatique. Faire vivre des projets contradictoires, voilà les vertus essentielles de la démocratie. Le modèle actuel n’est plus viable. Ce qui émerge n’est pas le retour de l’ancien monde contre le nouveau – les « gilets jaunes », par leur sociologie, incarnent le nouveau monde. La question fondamentale qui se pose est : comment faire cohabiter tout le monde, soit par exemple, au Royaume-Uni, la City et les brexiters ? Car le Royaume-Uni, c’est bien la City et les brexiters, pas l’une contre les autres. Nous devons impérativement donner du pouvoir aux élus des terri-toires les plus fragilisés. On a fait le contraire avec la réforme territoriale : les pouvoirs se concentrent dans les grandes métropoles, qui sont déjà hégémoniques culturellement et économiquement.
Revue des Deux Mondes – Emmanuel Macron a fait appel aux maires. Sont-ils les bons interlocuteurs ?
Christophe Guilluy Oui, les maires ou les présidents de conseils départementaux. Je ne suis pas un nostalgique du département. Que l’on fasse disparaître les départements dans des espaces où se trouvent les grandes métropoles, comme le département du Rhône ou les départements franciliens, ne me choquerait pas. Je suis dans une logique pragmatique : nous avons des métropoles, profitons-en, supprimons ces départements et donnons à ces métropoles la politique sociale pour qu’elles gèrent elles-mêmes toute la politique de la ville. Cela permettrait de faire baisser la tension chez certains habitants ruraux, persuadés que l’on donne tout aux banlieues. On peut de cette façon imaginer des organisations différentes et souples. En revanche, sur les autres territoires, le département me semble assez pertinent : il favorise la connaissance des élus de leur territoire. Les présidents de conseils départementaux que j’ai rencontrés, qu’ils soient de droite ou de gauche, connaissent parfaitement leur terri-toire. Ils sont très bons, savent quelles sont les entreprises qui fonc-tionnent ou non, quelles sont les zones en difficulté, les populations au chômage, etc. Mais ils n’ont aucun pouvoir, aucune compétence économique. Le département est devenu un guichet social, avec le RSA (revenu de solidarité active) à payer, les dépendances pour les personnes âgées, etc. C’est illogique. Nous avons là des territoires qui doivent penser leur développement de manière souple et décentralisée. Qu’il y ait de l’emploi ou non dans cette France périphérique ne changera absolument rien au niveau du PIB. On gagnerait peut-être 0,1 % de PIB. En revanche, et c’est fondamental, cela fera société : les gens seront économiquement et culturellement intégrés.
Revue des Deux Mondes – Rien ne sera possible sans une recon-naissance culturelle de la classe moyenne, dites-vous. Par quoi cela passe-t-il ?
Christophe Guilluy Il faut penser la question du modèle d’intégra-tion. Les Américains, les Britanniques, les Scandinaves, les Allemands, qui ont tous des modèles différents, ont le même débat. Aucun modèle ne fonctionne. Toutes ces sociétés deviennent multiculturelles ; elles ont toutes fragilisé le socle de la classe moyenne. Vous ne pouvez pas avoir d’intégration et d’assimilation si les classes populaires et moyennes ne sont pas respectées culturellement. Hier, les gens qui arrivaient en France ne se disaient pas « je vais épouser le modèle assimilationniste républicain, celui des Lumières et de la révolution française ». L’intégration et l’assimilation fonctionnaient parce que l’immigré avait envie de ressembler à son voisin ouvrier ou employé dans son quartier. C’est la même chose aux États-Unis. L’American way of life n’était pas unique-ment porté par Hollywood, James Stewart ou New York. Il était porté par l’ouvrier américain. Quand cet ouvrier devient le looser culturel et économique, personne n’a envie de lui ressembler. Le modèle d’assimi-lation ne fonctionne plus. Le modèle, pour certains Français musul-mans, peut alors devenir celui d’un islam politique identitaire.
Revue des Deux Mondes – La question de l’islam politique n’est pas uniquement liée au facteur économique. Ne sous-estimez-vous pas la résurgence identitaire de l’islam au niveau mondial ?
Christophe Guilluy Hier, les valeurs de la République s’incar-naient dans un mode de vie : il était hors de question de porter un voile ou une kippa dans la rue ; ce n’était pas une loi, décidée d’en haut, cela ne se faisait tout simplement pas dans le quartier. Pas besoin de grands discours, ni même de pression sociale. On voulait partager des valeurs, être intégré économiquement, respecté culturellement… C’est fini. À partir des années quatre-vingt, nous avons commencé à basculer à la fois démographiquement et politiquement dans la société multiculturelle.
Revue des Deux Mondes – Au moment où la gauche « renonce au peuple » ?
Christophe Guilluy Oui, le basculement date de 1983 et depuis – et on ne le dit pas assez – les banlieues n’ont jamais participé à aucun mouvement social. Pire, aucun mouvement social n’a émergé des ban-lieues. C’est un fantasme complet. Il y a eu des émeutes, et c’est tout. SOS Racisme était une émanation du Parti socialiste, ce n’était pas quelque chose de spontané. L’intelligentsia a survalorisé la banlieue, la considérant comme un prolétariat de substitution ; elle pensait qu’un mouvement social émergerait, mais rien n’a eu lieu. Les gens ne se reconnaissent pas dans les mouvements sociaux qui sont ceux de la classe moyenne, ceux des catégories dénigrées.Revue des Deux Mondes – Se reconnaissent-ils dans des combats identitaires ?
Christophe Guilluy Oui, car il ne reste plus que cela. Une mani-festation cégétiste du 1er Mai est un truc de « beauf blanc » du point de vue de la banlieue, et non quelque chose censé vous représenter. La gauche en banlieue ne représente rien. Elle gagne les élections avec des taux d’abstention de 80 %. Les classes populaires se moquent é per-dument des représentations politiques et syndicales.Revue des Deux Mondes – Pourquoi Emmanuel Macron est-il détesté à ce point ?

Christophe Guilluy Emmanuel Macron s’est fait élire sur une image un peu subversive, il avait compris que le clivage gauche-droite était terminé. Il avait aussi compris que la classe moyenne, telle qu’elle existe aujourd’hui, allait disparaître. Seulement il n’est pas allé au bout ; il aurait dû penser contre lui-même, ne pas enfiler les chaussons du libé-ralisme le plus échevelé et encourager ce qui marche. Le pouvoir et les élites ont oublié les classes moyennes. Il est d’ailleurs frappant de remarquer à quel point le monde de la culture s’est relativement peu engagé en faveur des « gilets jaunes », à son début, avant les violences, alors qu’il fut le premier à se manifester en faveur de mouvements comme « Nuit debout ». Si ce monde ne prend pas au sérieux les catégories qui sont dans la rue aujourd’hui, eh bien les populistes qui jouent jusqu’à présent le jeu de la démocratie ne le joueront plus demain. Les réactions du monde d’en haut à l’égard des « gilets jaunes » m’effraient un peu. C’est la première fois dans l’histoire des mouvements sociaux, sauf erreur, que des intellectuels, des journalistes et des universitaires ont essayé de prou-ver à quel point ces gens finalement ne vivaient pas si mal : ils possédaient un écran plat, un smartphone, etc. Lorsqu’il y a des mouvements de cheminots, des manifestations de la CGT, se demande-t-on si le cheminot possède une grande télévision ou s’il part en vacances sur la Côte d’Azur ? Est-on allé dans le salon des émeutiers de banlieue ? On essaie de faire passer le message : « mais de quoi se plaignent-ils ? » Tout cela reflète quelque chose de plus profond, de manque de légitimation de ce peuple et de mépris de classe. Personne n’aurait osé faire un tel constat lors des émeutes en banlieue ou pendant les grèves de 1995.

Revue des Deux Mondes – La gauche a-t-elle une carte à jouer ?

Christophe Guilluy Le schéma gauche-droite est dépassé. Les individus sont sociaux et identitaires. La droite y voit un révélateur de la droitisation de la société. La gauche, elle, évoque un mouvement social. C’est stupide. Il n’y a pas de droitisation de la société française mais simplement des gens qui dressent un constat sur leur vie : cela va du pouvoir d’achat à l’immigration en passant par le culturel. C’est« notre modèle de société n’est plus viable  lun bloc. La demande est d’abord une demande d’intégration et de respect culturel : « j’existe, je veux continuer à exister ». Tout cela se diffuse aussi dans le champ culturel. Le Prix Goncourt 2018, Nicolas Mathieu (2), a dit : « J’ai fait le roman de la France périphérique. »Revue des Deux Mondes – Le mouvement des « gilets jaunes » peut-il déboucher sur un mouvement comme 5 étoiles en Italie ?

Christophe Guilluy Le Mouvement 5 étoiles est plutôt sur la dimension sociale et la Ligue du Nord est plutôt sur la dimension culturelle et identitaire. C’est cette combinaison-là qui est gagnante. Je ne crois absolument pas au grand clash, au grand soir. Je crois au mouvement réel des sociétés, celui du plus grand nombre. La demande majoritaire est simple : un travail, une intégration économique – et non un revenu universel, les gens ne veulent pas la charité. Emmanuel Macron a émergé en six mois environ. Un Beppe Grillo français peut-il émerger dans le même laps de temps ? Tout est possible.

Revue des Deux Mondes – Êtes-vous optimiste ou pessimiste ?

Christophe Guilluy Je crois au soft power des classes populaires. Leurs demandes, parce qu’elles sont majoritaires, parce qu’elles repré-sentent la société elle-même, s’imposeront et fragiliseront intellectuel-lement le monde d’en face. Après le mouvement des « gilets jaunes », il va falloir bouger ou alors ce sera la tentation d’un totalitarisme soft. Soit on croit à la démocratie, soit on n’y croit pas. J’y crois encore. Le monde d’en haut va-t-il parvenir à faire sa révolution culturelle et intellectuelle ? Il ne s’agit pas de se faire hara-kiri, il s’agit de penser un peu contre soi-même. De toute façon, il n’a pas le choix. Le peuple n’a pas disparu.

1. Voir l’entretien avec Renaud Beauchard, « L’actualité de Christopher Lasch », dans ce même numéro, p. 56.

2. Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes sud, 2018.

Voir de plus:

Ce fléau du politiquement correct qui divise la gauche américaine
Laure Mandeville
Le Figaro
17 octobre 2019

En Amérique, chaque saison universitaire apporte désormais son épisode à la chronique ubuesque de la vie des campus et de la frénésie idéologique robespierrienne de ses « justiciers sociaux ». En 2017, les errements du collège Evergreen, dans l’État de Washington, avaient défrayé la chronique, quand un professeur de biologie, Bret Weinstein, progressiste déclaré, fut pris à partie pour avoir refusé de participer à « une journée de l’absence » blanche organisée par des associations d’étudiants de couleur anti-racistes. Venu donner ses cours, Il fut encerclé par des activistes l’ accusant de racisme et l’appelant à démissionner très agressivement. Des vidéos finirent par révéler les séquences pathétiques durant lesquelles les professeurs d’ Evergreen énuméraient en public « les cartes de leurs privilèges » (être blanc, homme, hétéro, éduqué, etc.), afin d’ aider au rétablissement de la justice sociale. Quand Weinstein demanda pourquoi il était accusé de racisme, on lui répondit que le demander était raciste. Sa « blanchité » le mettait d’entrée de jeu dans le camp du « racisme systémique » , concept qui fait fureur dans les départements d’ études critiques d ‘outre-Atlantique (et de plus en plus hélas en France).

Au terme d ‘une négociation, l’administration, qui avait pris lâchement le parti de la rébellion étudiante, fut condamnée à verser à Weinstein 500 000 dollars en échange de sa démission. Il fut aussi reçu devant une commission du Congrès mise en place par les républicains.

Mais l’épidémie du « politiquement correct » continua, portée par l’idée qu’il faut interdire tout discours qui pourrait « offenser » les sensibilités des minorités. En 2018, c’était au tour de Christina Hoff Sommers, philosophe féministe de gauche, d’être forcée de partir au milieu d’un discours au College Lewis and Clark. Accusée de fascisme pour avoir osé dire que toutes les différences entre les genres ne sont pas sociales ! La fonction délibérative de l’université, où la recherche de la vérité doit faire l’objet d’un débat, se retrouve menacée. L’idéologie de la justice sociale imprègne largement le programme des démocrates, qui comptent sur l’arc-en-ciel des minorités « opprimées » pour gagner en 2020. Ce prisme identitaire a joué un rôle clé dans le succès de Donald Trump, par effet boomerang. Des bataillons d’ électeurs blancs des classes populaires ont plébiscité ses écarts de langage, y voyant « un bol d’air frais » alors que ses prédécesseurs républicains s’ étaient pliés poliment aux règles de bienséance verbale des élites libérales. L’un des effets collatéraux de cette « libération » trumpienne du langage a été l’apparition de hordes racistes qui font, elles, un usage inquiétant de leur liberté de parole, nourrissant les arguments des extrémistes de l’anti-racisme. Mais l’un des éléments notables de cette bataille vient du malaise grandissant des libéraux de l’ancienne génération, à gauche mais désormais pris à partie par les vigles du politiquement correct. Selon Jamie Kirschik, de la Brookings Institution, nombre d’élus démocrates n’ oseraient pas s’ exprimer , de crainte d’être « lynchés » par les « justiciers » de leur camp sur les réseaux sociaux. Tocqueville et ses interactions locales entre citoyens, seule garantie d’une démocratie protégée « des errements de l’opinion publique », paraissent bien loin.

Voir encore:

Laure Mandeville: «En persistant à jouer la carte identitaire, les démocrates aident Trump»

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – La fin de son mandat approchant, le président américain continue d’alimenter les polémiques. Laure Mandeville, grand reporter pour Le Figaro, analyse sa stratégie et ses chances de remporter à nouveau les élections présidentielles face à un camp démocrate divisé.

Alexandre Devecchio et Louise Darbon
2 août 2019

Laure Mandeville est grand reporter chargée des enquêtes sur l’Europe et les États-Unis au Figaro. Elle est l’auteur de Qui est vraiment Donald Trump? (Éditions des Équateurs, 2016)


FIGAROVOX.- Donald Trump a été très critiqué pour une série de déclarations jugées racistes. Il semble jouer avec la même rhétorique que lors des dernières élections, va-t-on revivre la même campagne qu’en 2016, sans renouveau dans le camp républicain?

Laure MANDEVILLE.- Comme disent les observateurs américains, Trump fera toujours du Trump! Il ne faut donc pas s’attendre à un changement de style, mais cela n’exclut pas les surprises qui font partie de l’arsenal politique du président américain. Depuis son entrée en politique en juin 2015, il n’a pas bougé d’un iota dans son comportement, multipliant les déclarations à l’emporte-pièce, et déclinant les mêmes thèmes dans un style qui a créé un véritable tremblement de terre politique. C’est une sorte d’ouragan fait homme. Armé de son compte Twitter, et désormais fort de la chambre d’écho formidable que lui donne le «pupitre» présidentiel, il scandalise, indigne, choque, se permet presque tout dans la rhétorique, même l’indécence. Comme le soulignait récemment le professeur de science politique de Harvard, Harvey Mansfield lors des Conversations Tocqueville, de ce point de vue, c’est clairement un adepte de Machiavel: tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Trump ne changera pas car ce n’est pas un politicien classique. Contrairement à la plupart des politiques traditionnels, qui s’en tiennent encore à des règles de bienséance communément admises, (ce qui pourrait changer dans l’avenir à son exemple), il est sans filtre. Il est donc capable de parler comme le gars du café du commerce, qui assis au comptoir, déclare que ceux qui ne sont pas contents «n’ont qu’à rentrer chez eux», ce qu’il a fait il y a quelques jours. En ce sens, pour reprendre là encore, une formule de Mansfield, il représente le côté «vulgaire de la démocratie» au sens littéral du terme Vulgaire. Il donne une voix au Vulgus, au peuple.

Ses adversaires y voient la preuve de son «racisme» envers les minorités de couleur. Donald Trump est-il raciste?

Ses récentes déclarations sont indignes d’un président vis-à-vis d’élues qui sont des citoyennes américaines. Cette inadéquation de la rhétorique hante beaucoup d’observateurs, qui se demandent, non sans raison, quel impact de long terme sur les mœurs politiques aura l’abaissement de la fonction présidentielle, car jusqu’ici, le président se devait d’être un exemple. Mais je ne vois pas pour autant Trump comme un raciste prêt à discriminer quelqu’un sur sa couleur de peau, pas plus qu’il n’est «anti-femme», à mon avis, contrairement à ce que soutiennent là encore ses ennemis politiques. Aurait-il sinon suggéré à la célèbre star démocrate de la téléréalité Oprah Winfrey, une Afro-américaine, d’être son binôme quand il envisageait déjà une campagne présidentielle dans le passé? Je peux me tromper, mais je vois plutôt Trump comme un gars grandi dans la banlieue new-yorkaise de Queens dans les années 50, habitué au multiculturalisme mais surtout aux rapports de force, et ayant l’habitude de ne prendre de gants avec personne, quelle que soit sa couleur ou son sexe. Ceci dit, il joue sur tous les tableaux pour aller à la chasse aux voix, sans se préoccuper de savoir si cela peut exciter les franges minoritaires racistes, ce que ses adversaires ont beau jeu de souligner. Mais Trump sait surtout que beaucoup d’Américains sont réceptifs au coup de gueule qu’il a poussé et ses électeurs n’apprécient pas que les élues de la gauche démocrate aient le culot de comparer les camps installés sur la frontière mexicaine par la police des frontières avec des camps nazis (car cette comparaison est tout à fait absurde). Alors il pousse son avantage. Il a compris qu’il pouvait profiter du radicalisme de ces quatre jeunes députées, pour coller à l’ensemble du parti démocrate une image extrémiste. De ce point de vue, beaucoup estiment qu’il a trouvé son thème pour 2020. Se présenter comme un rempart contre l’extrémisme culturel de la Gauche tout en vantant son bilan économique.

Les thèmes de la campagne de 2016 restent extrêmement porteurs auprès de son électorat.

Il ne faut pas s’attendre à un changement de thèmes de campagne, car ceux que le président a lancés sans crier gare dans la conversation électorale en 2016, restent extrêmement porteurs auprès de son électorat: l’immigration hors de contrôle, l’ouvrier américain mis sur la touche par la globalisation et la délocalisation massive, l’importance de rétablir du coup une forme de protectionnisme. La bataille contre la Chine. Le retour à une forme de nationalisme et de restreinte en matière d’interventions extérieures, au motif que l’Amérique, en portant seule le fardeau de gendarme du monde, s’est affaiblie. Et bien sûr la bataille contre le politiquement correct. Regardez d’ailleurs son nouveau slogan de campagne, ce n’est pas «Rendre sa grandeur à l’Amérique» comme en 2016, c’est désormais «Maintenir la grandeur de l’Amérique», ce qui veut dire la même chose, sauf qu’il sous-entend qu’il a tenu ses promesses.

Sa popularité est en hausse chez les sympathisants républicains et reste stable dans l’ensemble du pays. Jusqu’à présent, ses multiples provocations ne lui ont rien coûté sur le plan électoral, est-ce parti pour continuer?

Donald Trump est adoré par sa base, détesté par l’autre partie du pays, et toléré par les élites du parti républicain, qui à l’exception d’un petit bataillon de «Never Trumpers» (les Jamais Trumpistes), essaient de s’accommoder de sa présidence, à défaut de pouvoir l’influencer (parce qu’ils estiment que le camp démocrate est pire). Bien sûr, il y a dans les rangs du centre, chez les indépendants susceptibles de voter alternativement à droite ou à gauche, et chez une partie des républicains modérés des gens qui sont très embarrassés par les mauvaises manières de Trump et ses dérapages. Je me souviens que pendant sa campagne de 2016, beaucoup de ses électeurs fronçaient les sourcils et disaient qu’ils aimeraient qu’il apprenne à «fermer parfois sa grande gueule». Mais ils ajoutaient aussi qu’il ne fallait pas prendre les sorties de Trump de manière littérale, et qu’eux ne le faisaient pas. Les troupes trumpiennes ont toujours reconnu les défauts de Trump, mais elles sont passées outre car elles ont vu en lui l’homme capable de dire des vérités que personne ne voulait plus entendre, notamment sur la question des frontières (son idée qu’un pays sans frontières n’est plus un pays). Les électeurs républicains et la partie des ex-démocrates qui ont voté pour lui ont soutenu Trump, parce qu’il est indomptable et qu’ils voient en lui l’homme qui a porté leur rébellion contre le système jusqu’au cœur de la Maison blanche. Ils ont le sentiment qu’il n’a pas changé et ne les a pas trahis, et d’une certaine manière, c’est vrai.. Il reste leur homme. Regardez la vigueur il essaie contre vents et marées de faire construire son fameux Mur.

Le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif.

Je pense que ses électeurs le soutiennent aussi d’autant plus que les démocrates n’ont jamais renoncé à l’expulser du pouvoir, le déclarant illégitime depuis le premier jour et maintenant ouverte la possibilité d’une destitution jusqu’à aujourd’hui. Pour la base républicaine, cet acharnement contre Trump est la meilleure preuve qu’il est l’homme qu’il leur faut. L’acharnement des médias mainstream à son encontre joue aussi en sa faveur. C’est trop voyant, trop unanime, trop obsessionnel, le tableau qui est fait de lui est si noir qu’il devient contre-productif. Beaucoup de gens à droite sont fatigués de Trump, voire exaspérés. Ils s’inquiètent aussi à juste titre de son mode de fonctionnement purement tactique, du chaos qui règne dans son équipe, où tout est suspendu à ses humeurs et ses derniers tweets. Mais ils en ont marre, aussi, de l’anti-trumpisme primaire et constatent que l’apocalypse économique et politique qui avait été annoncée à l’arrivée de Trump n’a pas eu lieu. L’économie affiche une santé insolente, malgré toutes ses foucades, le président n’a pas déclenché la guerre nucléaire que tant d’observateurs annonçaient vu sa supposée «folie». Bien sûr, son action suscite bien des controverses et donne le vertige. Reste ouverte la possibilité d’un dérapage en politique extérieure, si ses interlocuteurs chinois, nord-coréens ou iraniens décident de le tester. Mais ce que nous ne mesurons pas bien, c’est si l’embarras et l’inquiétude que suscite Trump sont supérieurs à la satisfaction que suscite sa capacité à s’élever contre les élites. C’est sans doute dans ce dilemme que se jouera l’élection.

L’opinion publique n’est cependant pas majoritairement acquise à sa cause: sa présidence n’a-t-elle pas finalement exacerbé les divisions entre les Américains (divisions sur lesquelles ont pu jouer les démocrates)?

La question du degré de division de l’Amérique est un sujet sur lequel tout observateur des États-Unis finit par s’interroger. S’accroît-elle ou est-elle une donnée persistante, dont on oublie seulement l’acuité avec le temps? La présidence Trump l’a-t-elle exacerbée? Quand les Américains vous disent qu’ils n’ont jamais vu «division pareille», on a tendance à les croire sur parole, mais on réalise ensuite qu’ils oublient parfois largement l’intensité des fractures du passé, alors qu’elles ont toujours été là. Entre le Sud anciennement ségrégationniste et le Nord largement abolitionniste, entre la droite chrétienne conservatrice et les libéraux laïques. Entre l’Amérique démocrate des côtes, et le pays profond du milieu. Entre les partisans de l’État minimal et les partisans du New Deal et des lois sociales…L’opposition entre la gauche américaine et les Mccarthystes dans les années 50 était-elle vraiment moins profonde que celle des démocrates et des républicains sous Trump? Et que dire de la bataille jonchée de cadavres des années 60 pour arracher les droits civiques des Noirs sous Kennedy et sous Johnson, puis des divisions sociétales autour de la guerre du Vietnam? A-t-on oublié les furieuses batailles sous Reagan, sous Clinton, sous les Bush Père et fils, puis sous Obama, qui devait pourtant réconcilier l’Amérique bleue des démocrates et l’Amérique rouge des républicains? Qu’est-ce qui change sous Trump par rapport au passé?

Il règne un véritable climat de « guerre civile politique  ».

En dehors de la personnalité même du président, qui a effectivement le plus haut taux d’impopularité d’un président, les vieux routiers de la politique washingtonienne citent la disparition quasi-totale des ailes modérées des deux camps, qui ne sont plus vraiment représentées au Congrès, ce qui rend de plus en plus difficile la création de compromis. Les compromis exigeaient la volonté de «travailler avec l’autre aile». Mais ce champ s’étiole faute de «soldats» désireux de coopérer. La radicalisation du champ de l’information sous l’effet des réseaux sociaux participe aussi à l’accroissement des fossés, car on ne partage plus les mêmes faits! Du coup, on est dans un combat sans répit et un dialogue de sourds, dont l’issue semble être de vouloir annihiler l’autre camp, au lieu de le laisser vivre. La manière dont la confirmation du juge Bret Kavanaugh a tourné au pugilat, à l’automne, a été à cet égard très significative, car les «troupes» des deux camps ne se sont pas privées d’envoyer des «commandos de militants» huer et menacer les élus qui avaient pris des positions nuancées contraires à l’orthodoxie du parti, pour ou contre le juge suprême!

Il me semble qu’entre Trump et les démocrates, la confrontation est presque devenue un jeu de rôles ; une sorte de théâtre, où chacun s’enferme dans son personnage ou son parti…Trump est traité de «raciste», lui dénonce à son tour le caractère «anti-américain» de ses adversaires, et cela s’enflamme. C’est comme si ces deux forces se nourrissaient l’une l’autre. Le problème est de savoir comment tout cela est reçu «en bas», chez les électeurs de base. J’ai peur qu’à force de jouer la carte de l’ennemi, les gens finissent par se haïr vraiment. Les attaques seront-elles encore pires en 2020 qu’en 2016? C’est possible car dans les deux partis, ce sont les plus vocaux et les plus extrêmes, qui couvrent le débat de leur brouhaha et semblent donner le «la». Il règne un véritable climat de «guerre civile politique». Il faut espérer que la violence ne sortira pas du cadre verbal.

Trump devra-t-il adopter une stratégie particulière pour élargir sa base électorale?

L’élection se jouera à nouveau à la marge dans les États clé du Midwest, mais aussi en Floride, au Nevada ; dans le Missouri, tous ces États violets, à moitié rouges et à moitié bleus, où la question de la participation et donc de la mobilisation de la base sera clé….Il faudra aussi aller chercher les électeurs au centre, ces fameux indépendants ou ces démocrates reaganiens, qui se définissent comme conservateurs et qui tout en votant souvent démocrate pour des raisons historiques, ne se reconnaissent plus dans le parti démocrate actuel, parti trop à gauche. Dans le cas de Trump, cela veut dire qu’il lui faut persister dans son approche ouvriériste de défense de l’ouvrier américain et de renégociation musclée des conséquences de la globalisation, bref, miser sur son cœur de cible, en présentant l’adversaire comme une armée de radicaux inquiétants.

Il ne faut pas sous-estimer la capacité de Trump à l’emporter à nouveau en 2020.

Si certains observateurs notent que Trump part avec un désavantage car il va devoir convaincre les électeurs désabusés par ses scandales et sa pusillanimité, il ne faut pas sous-estimer sa capacité à l’emporter à nouveau, qui est très réelle, même si rien ne peut être prédit aujourd’hui, vu l’éloignement de la date. Car il présente aussi des avantages. Il n’a peur de rien, il tient ses promesses (en tout cas certaines!). Il est drôle et il crée sans cesse l’évènement. L’ancienne porte-parole du Pentagone Dana White que j’interviewais récemment, estime qu’ «il sera réélu d’abord parce qu’il est le président sortant, un avantage énorme, deuxièmement parce que l’économie affiche des chiffres excellents, notamment en matière de chômage, mais aussi parce que le pays ne devient pas plus violet, mais plus rouge là où il est rouge, et plus bleu là où il est bleu, ce qui signifie que Trump devrait gagner à nouveau le MidWest». White remarque à juste titre qu’ «il y a une majorité silencieuse dans ces États pivots qui pense que le président Trump se bat pour eux-mêmes quand le combat tourne au pugilat» . Élément intéressant, Trump est aujourd’hui aussi populaire que Reagan au même moment, ce qui veut dire qu’il pourrait aussi surprendre et faire mieux que la dernière fois chez les minorités, le taux de chômage des noirs par exemple, ayant atteint un seuil à la baisse historique. Surtout, Trump pourrait bénéficier d’un cru démocrate où les candidats capables de s’imposer dans le fameux Midwest ne sont pas légion, en dehors de l’ancien vice président Joe Biden, originaire de Pennsylvanie, et qui a été récemment l’objet d’une attaque en règle de la Gauche identitaire du parti démocrate, qui l’accuse de sexisme et de racisme, rien de moins!

Une procédure de destitution à l’encontre de Trump a échoué à la chambre des Représentants pourtant contrôlée par les démocrates. Est-ce que cela témoignerait d’une division également présente au sein du camp démocrate? Est-ce que cela pourrait profiter à Trump en pleine campagne pour sa réélection en 2020?

Depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, le parti démocrate a été si sonné et si ulcéré de le voir gagner au détriment de la «reine Hillary» qu’il a conclu à son illégitimité. Il en a fait un repoussoir, un diable qui finirait par être expulsé de la Maison Blanche, rapidement. Pendant deux ans et demi, leur stratégie a donc consisté à attaquer chaque sujet sous l’angle de la personnalité de Trump, au lieu de prendre la mesure des problèmes que son élection révèle. Ainsi par exemple de la question de la migration, approchée seulement sous l’angle de la «cruauté» de Trump, de sa folie et de son racisme supposés, sans aucune tentative de prise en compte de la crise migratoire aiguë réelle, qui se joue à la frontière avec le Mexique. Mais cette stratégie a échoué à atteindre son but et de ce point de vue, l’intervention du procureur spécial Robert Mueller devant le Congrès, qui n’a pas apporté confirmation de l’attitude criminelle du président en matière d’obstruction (même s’il a clairement eu la tentation d’arrêter l’enquête), ni trace d’une collusion avec la Russie, marque la fin d’un cycle.

En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates ont sanctuarisé Trump.

Si une centaine d’élus souhaiteraient poursuivre la procédure de destitution, une partie très substantielle du camp démocrate n’en veut pas, persuadé que cette stratégie serait perdue d’avance et qu’il est temps de passer à l’ordre du jour. Dans ce camp, figure notamment la Speaker de la Chambre Nancy Pelosi, mais aussi toute une série d’élus des États du MidWest, qui souhaiteraient aussi s’éloigner du parti pris idéologique centré sur la défense des minorités, la fameuse «politique des identités», pour revenir à une approche plus sociale des dossiers et construire une alternative crédible à Trump, prenant en compte les problèmes qu’il a soulevés. L’autre camp, qui regroupe notamment le fameux commando des 4 élues en bataille contre Trump, mais aussi une grande partie des élites intellectuelles, veut persister dans l’entreprise de destitution du président avec une ferveur quasi religieuse. D’après ce que rapporte l’analyste James Kirchick de la Brookings Institution, la bataille qui se joue en coulisses pour trancher ce désaccord est si féroce qu’un groupe d’élus démocrates modérés aurait fait passer discrètement récemment auprès des journaux américains un sondage révélant la faible popularité de la jeune pasionaria de gauche Alexandra Ocasio Cortez et de ses trois alliées. Cette offensive ne se fait pas au grand jour, car bien des élus ont peur d’être accusés de racisme et ne veulent pas donner d’armes à Trump. Du coup, les démocrates se retrouvent presque forcés d’endosser des propositions incroyablement radicales venues de la gauche sur le financement de l‘assurance médicale pour les illégaux en situation irrégulière, la nécessité de dissoudre les services d’immigration ICE. Une radicalisation qui ouvrira un boulevard à Trump dans le Midwest si l’aile modérée ne parvient pas à contenir ces élans.

Le paradoxe est que cette approche excessive permet à Trump de se recentrer et de passer par pertes et profits tous ses gigantesques travers, et notamment sa sous-estimation inquiétante des attaques russes sur les élections américaines. En voulant l’abattre trop grossièrement, les démocrates l’ont presque sanctuarisé…Leur persistance à jouer la carte identitaire, et à tenter de rassembler toutes les minorités, femmes y compris, contre «le patriarcat de «l’Homme blanc» qu’il incarnerait supposément, pourrait lui servir de tremplin. Si on ajoute à ça, ses excellents chiffres économiques et l’absence de leader clair et incontesté face à lui, on voit à quel point la bataille va être difficile pour les démocrates. Encore une fois, la manière dont ils ont attaqué Joe Biden, le seul candidat susceptible de concurrencer Trump dans les États pivots du MidWest, révèle le piège dans lequel ils pourraient se laisser enfermer. Il faut en effet reconnaître qu’accuser de racisme supposé, l’homme qui a été le vice président du premier président noir de l’Histoire des États-Unis ne manque pas de sel…

Voir aussi:

« Aux États-Unis, les écrivains et artistes s’autocensurent par peur du lynchage »
PROPOS RECUEILLIS PAR EUGÉNIE BASTIÉ
Le Figaro
17 octobre 2019

LE FIGARO – Certains critiques ont comparé votre roman au Bûcher des vanités de Tom Wolfe. Que pensez-vous de cette comparaison ?

Seth GREENLAND. – Je suis un grand fan de Tom Wolfe depuis que j’ ai lu Acid Test quand j’avais 17 ans et j’ai beaucoup aimé Le Bûcher des vanités. J’ai lu tous ses romans et je pense, d’ailleurs, que c’est son meilleur. Quelques similitudes existent, bien évidemment, avec Méca-nique de la chute. Un puissant homme blanc américain tue accidentellement un homme noir et les problèmes sur-viennent. Mais, globalement, les similitudes s’arrêtent là. Tom Wolfe, malgré son indéniable talent de conteur, n’est pas un auteur axé sur la psychologie. J’ai écrit un roman psychologique dans lequel le lecteur a constamment accès à l’intériorité du héros, Jay Gladstone, mais également à celle de tous les personnages principaux. Contrairement à Sherman McCoy, obscur trader dans le roman de Wolfe, Jay Gladstone est une personnalité publique vivant à l’ère d’internet. Son malheur est inéluctable-ment lié aux circonstances particulières de son épo-que, celle de la po-pulace de Twitter, des fusillades policières et du politiquement correct. En outre, Gladstone est juif et l’un des thè-mes de mon livre est la relation historique tendue entre Juifs et Afro-Américains aux États-Unis.

Vous décrivez très habilement les mécanismes du politiquement correct. Diriez-vous que le politiquement correct reste une réalité incontestable dans I’Amérique d’aujourd’ hui ?

Le débat national sur le politiquement correct en est venu à définir l’époque dans laquelle nous vivons. Commençons par définir cette expression : le politique-ment correct, dans son sens le plus élémentaire, désigne la sensibilité aux sentiments des autres. La plupart des êtres humains rationnels, à savoir ceux qui ne sont pas des sociopathes, peuvent convenir que pour vivre dans une société pacifique et productive, faire preuve d’une certaine sensibilité aux sentiments des autres est une bonne chose. Examinons, à présent, le contexte historique. Depuis la fondation de l’Amérique et jusqu’à très récemment, les femmes, les homo-sexuels, les Afro-Américains et d’autres groupes marginalisés n’ont pas eu le même accès aux avantages que confère la citoyenneté américaine que les hommes blancs chrétiens. La plupart des Américains se sont mis d’accord au fil des cinquante dernières années pour dire que cela devrait changer et notre société s’est transformée à tel point que nous avons déjà eu un président noir (qu’est-ce qu’il nous manque ! ) , que les couples gays peu-vent se marier et que les portes qui étaient fermées aux femmes sont désormais grandes ouvertes. Ainsi, même s’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, les choses ont évolué. Toutefois, cela n’ est pas suffisant pour une certaine partie de la gauche qui estime que l’échelle des privilèges doit être inversée. Dans cette vision du monde, les groupes qui étaient auparavant marginalisés devraient maintenant être privilégiés et in-versement. Comme la situation a été trop injuste pendant très longtemps, des gens de gauche bien intentionnés s’attellent à réparer toutes les inégalités en même temps, ce qui conduit à une sorte de pé-riode jacobine de rectitude morale (mais sans la guillotine), un concept familier aux lecteurs français.

Telle est la bataille qui se déroule en Amérique aujourd’hui. La gauche est perçue comme trop semsible et la droite comme ignorante et anhistorique. Ces deux manières de les présenter recèlent, chacune, une part de vérité. Pour un écrivain, ce contexte est troublant. Alors que les jugements critiques émanaient autrefois de la seule droite, ils émergent aujourd’hui avec la même vigueur, voire avec plus de virulence, de la gauche qui, tout en prétendant abhorrer l’héritage de Staline, n’est que trop heureuse d’imiter son approche de la culture. Aux États-Unis, existent désormais deux phénomènes : la call-out culture (culture de la dénonciation), qui signifie que si une personne fait une déclaration perçue comme une chose à ne pas dire, elle se fera lyncher sur Twitter, mais aussi la cancel culture (littéralement «culture de l’effacement »), une version encore plus acerbe de la call-out culture, dont le but est littéralement de ruiner la carrlère de la personne en question. La situation est intenable et manque cruellement d’humour. L’humour fait, à présent, l’objet d’une surveillance étroite. La poli-ce de l’humour est partout, ce qui tombe plutôt bien puisqu’un clown occupe la Maison-Blanche.

Votre personnage principal,

Jay Gladstone, est un milliardaire démocrate juif persuadé d’ être du côté du progrès, mais il est sévèrement critiqué par sa propre fille qui étudie le genre et la race à l’université. La morale de cette histoire est-elle que les libéraux sont dévorés par leurs propres héritiers ? Même si ce n’était pas mon intention lorsque j’ai commencé à écrire ce livre, la relation entre Jay Gladstone et sa fille Aviva reflète ce qui se joue actuellement au sein du Parti démocrate où l’aile gau

che (Aviva) lutte avec le centre (Jay) pour prendre le contrôle du parti. Pour Aviva et ses amis, Jay est un capitaliste vorace et les idées progressistes qu’il défend sont tout sauf convaincantes. À gauche, il existe toutes sortes de tests de pureté conçus pour déterminer si quelqu’un est suffisamment woke (éveillé, conscient des injustices qui pèsent sur les minorités, NDRL), une expression qui s’est répandue depuis que j’ai commencé à écrire le livre et qui signifie, globalement, être favorable au programme de l’ extrême gauche. À l’heure actuelle, aux États-Unis, la « gauche éveillée » est en conflit avec les progressistes traditionnels et ma crainte est que cette lutte fratricide pourrait conduire à la réélection de Trump.

Sans entrer dans un débat sur la politique publique, ces désaccords entre gens de gauche arrivent au plus mauvais moment. Défendre les droits des personnes transgenres pour qu’elles puissent utiliser les toilettes qu’elles veulent est certes important, mais cela ne devrait pas faire partie du débat national, en ce moment, si l’objectif est de se débarrasser de Trump.

Votre livre décrit également la chute d ‘un homme incapable de se défendre. Êtes-vous préoccupé par la notion de lynchage médiatique à I’ère des réseaux sociaux ?

Bien que les réseaux sociaux aient leur utilité (je vais tweeter un lien vers cette interview!), ils sont, en grande partie, un ramassis de déchets toxiques et l’un des aspects les plus inacceptables de ce nouveau monde dans lequel nous vivons est le lynchage qui s’y déroule. « Lyncher » est un mot profondément chargé d’histoire aux États- Unis, pour des raisons évidentes, mais en tant que verbe qui décrit une exécution extrajudiciaire métaphorique, il est difficile de trouver mieux. Puisque la culture de la honte reste particulièrement ancrée dans le pays (à l’exception de Donald Trump qui n’a honte de rien), se faire lyncher sur les réseaux sociaux reste un véritable problème pour la plupart des gens à qui cela arrive. Alors, est-ce que cela m’inquiète ? Oui, bien sûr. L’un des effets secondaires regrettables de ce phénomène est que les écrivains et les artistes s’autocensurent désormais, bien plus qu’ils ne l’auraient probablement fait avant l’ avènement de Twitter et de ses esprits prompts à s’enflammer. C’est un contexte difficile pour les personnes créatives et cela nous ramène à votre question précédente sur le politiquement correct. La gauche et la droite sont tout aussi coupables d’essayer de détruire des gens sur les réseaux sociaux, mais il faut bien avouer que, dans cet exercice, la gauche est bien meilleure.

Quand on généralise la souffrance, on a le communisme. Quand on particularise la souffrance, on a la littérature, écrivait Philip Roth dans J’ai épousé un communiste. Êtes-vous d’ accord ? Je suis ravi que vous parliez de Philip Roth. Cela m’offre l’opportunité de vous dire à quel point j’admire son œuvre. Je suis d’accord avec ce qu’il a écrit à pro-pos du communisme et de la littérature. La littérature est un antidote parfait à l’idéologie puisqu’elle exalte l’individu.

Elle nous permet d’accéder à la conscience d’une autre personne dans une plus grande mesure que toute autre forme d’art. Elle favorise l’empathie, ce qui est rare de nos jours, et l’appréciation de la nuance.

Voir également:

De Mickaël Harpon, au pilote de Germanwings, en passant par les tueurs de masse : la crise du sens qui ébranle le monde occidental
Atlantico
13 octobre 2019

Atlantico : On en sait désormais davantage sur le profil de Mikhaël Harpon, le tueur de la Préfecture de Police de Paris. Comme l’a indiqué Laurent Nunez, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Intérieur : « La piste privilégiée est celle d’un individu passant à l’acte au nom d’un « projet personnel ». Les tueurs de ces dernières semaines sont des « loups solitaires » ne faisant partie d’aucune organisation politique les poussant à agir. Faut-il conclure que leurs motivations sont spirituelles ?

Bérénice Levet : Je ne parlerai pas de « loup solitaire », cette expression est sans fondement, Gilles Kepel l’a puissamment établi : quand bien même Mickaël Harpon aurait agi seul, il s’inscrit dans un faisceau de relations, son acte est directement inspiré par les vidéos diffusées par les réseaux islamistes.

On ne saurait qualifier ces tueries de spirituelles. La vie de l’esprit est une chose trop noble pour les en gratifier. Gardons-nous de confondre le prêt-à-penser délivré par le discours islamiste avec le travail de la pensée. La vie de l’esprit est d’abord inquiétude au sens étymologique du terme, c’est-à-dire non repos. Elle suppose la passion d’interroger. Socrate, le premier des philosophes, lui-même se compare un taon. Autant de choses étrangères aux terroristes.

Qu’entendait Laurent Nuñez par la formule « projet personnel » ? Sans doute lui-même l’ignore-t-il ! Permettez-moi à cet égard, une brève parenthèse. La question de la langue, des mots pour dire les choses, est absolument décisive en ce domaine, comme dans tous les autres d’ailleurs : il ne pourra y avoir de politique à la hauteur des défis que l’islamisation de la France nous pose, aussi longtemps que nous en resterons à cette langue de carton. Même si naturellement, cela ne saurait suffire. On le voit avec notre Président qui excelle dans l’art de nommer les choses, il n’a pas craint de parler d’ « hydre islamiste », de volonté de « sécession » de l’islam politique, mais comme si c’était une fin en soi. Je ne demande qu’à être détrompée, mais jusqu’à présent, Emmanuel Macron s’est seulement distingué, par rapport à ses prédécesseurs, dans l’exercice de ce que le philosophe Clément Rosset appelait la « perception inutile » : « C’est une perception juste, explique-il, qui s’avère impuissante à faire embrayer sur un comportement adapté à la perception. […] J’ai vu, j’ai admis, mais qu’on ne m’en demande pas davantage. Pour le reste, […] je persiste dans mon comportement, tout comme si je n’avais rien vu ».

J’en reviens à votre question. Si j’exclus de parler d’actes à caractère spirituel, il me semble en revanche pertinent de les qualifier d’idéologiques, au sens littéral qu’Hannah Arendt donnait à ce terme dans les Origines du Totalitarisme, comme « logique d’une idée » c’est-à-dire reposant sur un grand récit d’une cohérence extrême qui « ne se rencontre

nulle part dans la réalité », qui offre ceci de formidablement réconfortant pour l’esprit humain qu’il « permet de tout expliquer jusqu’au moindre événement ». Évidemment cela a un prix, pour pouvoir ainsi tout expliquer, il faut « s’affranchir de toute expérience », « s’émanciper de toute réalité que nous percevons au moyen de nos cinq sens et affirmer l’existence d’une réalité “plus vraie” qui se dissimule derrière les choses que l’on perçoit ». D’où l’adhésion à l’idéologie complotiste.

Bertrand Vergely : Il est surprenant d’entendre dire de la part du ministre de l’intérieur ainsi que de son secrétaire d’État que la tuerie qui a eu lieu à la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme. Certes, cette tuerie n’a pas été faite par une bande organisée comme cela a été le cas de la tuerie du Bataclan en 2015. Mais tout de même, si ce n’est pas du terrorisme qu’est-ce ? Dans la façon dont les medias ainsi que les responsables politiques distinguent la tuerie de la Préfecture de Police du terrorisme, on sent comme une peur d’apparaître comme raciste en les reliant. Ce comportement est d’autant plus étrange que Jeudi 10 Octobre le ministre de l’Intérieur a interdit la tenue d’une manifestation à Gonesse lancée par un activiste s’insurgeant contre l’amalgame entre la tuerie de la Préfecture de Police et le terrorisme islamiste. Il faut savoir : ou il n’y a aucun lien et dans ce cas on n’interdit pas la manifestation prévue à Gonesse, ou il y a lien et dans ce cas on le dit.

En vérité, une fois de plus, à chaque fois qu’un attentat islamiste a lieu on passe davantage de temps à expliquer que cela n’a rien à voir avec l’islam et qu’il ne faut pas faire d’amalgame qu’à comprendre pourquoi il s’agit d’un attentat effectivement islamiste.

L’islamisme fascine un certain nombre de jeunes. La raison en est simple. Il leur offre de pouvoir jouer avec la violence en toute légitimité en reconnaissant cette violence comme un acte héroïque au nom des valeurs supérieures Quand l’islamisme attire et recrute il le fait de trois façons : par le combat militaire direct, par l’attentat en bande organisée ou bien par l’action purement solitaire comme celle du tueur qui se précipite au milieu d’une foule avec un couteau en tuant au nom de « Allah Akbar », « Dieu est grand ». Le ministre de l’intérieur pense que la tuerie de la Préfecture de Police ne relève pas du terrorisme parce qu’elle est le fait d’un tueur isolé et non d’une bande. Il néglige le fait que tuer de façon solitaire est recommandé par Daech depuis sa défaite. Quand donc un tueur agit de façon solitaire, il est le terrorisme à lui tout seul. C’est d’ailleurs pour cela qu’il tue, être le terrorisme à lui tout seul étant ce qui le fascine.

La spiritualité est ce qu’il y a de plus élevé dans la vie humaine. Résidant dans le fait de pratiquer l’esprit qui est présence et intelligence de la présence, cette expérience est tellement passionnante que l’on pense à tout sauf à aller égorger ses semblables. Quand il y a tuerie cela ne peut jamais venir de la spiritualité mais plutôt de son absence. Dans l’Islam on trouve des courants religieux comme le soufisme qui, étant d’une haute spiritualité, sont totalement éloignés de la violence qu’ils réprouvent. Il y a cependant des courants religieux qui sont radicalement le contraire en prêchant la violence. Ces courants reproduisent ce à quoi on assiste toujours quand on a affaire à un maniement primaire des idées à savoir d’abord l’apparition d’un système politique ou religieux prétendant tout expliquer, puis transformation de cette théorie prétendant tout expliquer en théorie prétendant tout régler pratiquement, enfin transformation de cette théorie prétendant tout régler pratiquement en projet de dictature, puis passage à l’acte et mise en place de la dictature par des actes au sein d’une milice, d’une bande ou seul. Dans les années soixante dix le gauchisme en Europe a fonctionné sur ce mode. Aujourd’hui c’est l’islamisme, avec parfois une convergence de luttes entre gauchisme et islamisme débouchant sur l’islamo-gauchisme. Pour comprendre ce qui se passe, autrement dit, ne faisons pas l’erreur de parler de religion ou de spiritualité. Parlons plutôt du poids des images et des idées à l’intérieur du champ religieux, politique, social et culturel, la violence terroriste étant le fait de l’emprise des mots, des images, des idées, des idéaux et derrière eux de la passion de « la solution finale » pour tout, que ce soit la pensée, la pratique, la religion, la culture et l’humanité dans son ensemble.

À la base des tueurs n’y a-t-il pas une crise spirituelle ? Et cette crise n’est-elle pas le résultat de la déconstruction des repères traditionnels (famille, religion, patriotisme) qui donnaient un sens à la vie ? 

Bérénice Levet : Sans exonérer un instant les coupables de leur responsabilité – on pactise toujours en première personneavec le diable –, il est difficile de ne pas penser que l’attrait qu’exerce l’islamisme sur une partie des musulmans soit sans lien avec la philosophie et l’anthropologie qui nous gouvernent depuis les années 1970. Le péché originel du progressisme est d’avoir prêté des vertus émancipatrices à la désaffiliation et à la désidentification d’avoir prétendu que l’individu serait d’autant plus libre, plus original qu’li serait délié de toute héritage. Depuis lors, l’éducation consiste en une succession de désidentifications : désidentification religieuse, désidentification nationale, et désormais, dernier avatar de ce processus, désidentification sexuée et sexuelle. d’abord religieux, ensuite national. Le retrait de l’identité nationale – seule identité à fabriquer du commun, à cimenter un peuple – a permis l’offensive actuelle des identités particulières, et singulièrement du communautarisme musulman.

Quand nous travaillons avec obstination à délester l’individu de tout passé, de toute histoire, l’islamisme leur livre un kit identitaire n’autorisant aucun jeu, aucun écart ; quand nous nous faisons un devoir de lever tous les interdits, l’islam radical parle d’autorité, imposant prescriptions, proscriptions à ses recrues, leur confie des missions, meurtrières assurément mais qui donnent un sens, dans la double acception du mot, une signification et une direction, à leur vie.

La propagande islamiste vient ainsi moins satisfaire un irrésistible besoin de spiritualité ou de religion que combler un vide creusé par l’éducation et la pensée progressistes. Les communiqués djihadistes diffusés en français jouent de cet argument d’un besoin spirituel ou religieux sacrifié par l’Occident et tout particulièrement par la France, opposant ce « pays faible [qui] abrutit son peuple de divertissement » à l’État islamique dont chaque membre est « un combattant en puissance, ayant suivi un entraînement militaire, faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué ». L’abrutissement des masses par l’industrie de l’entertainment est parfaitement indifférent à un islam qui n’exècre rien tant que l’esprit des Lumières et la passion du questionnement, du discernement. Notre enfoncement dans le consumérisme et l’utilitarisme travaille assurément contre nous. « La médiocrité spirituelle que les immigrés islamiques perçoivent dans l’Occident moderne n’est pas imaginaire et pourrait être la plus grande entrave à la préservation de la culture européenne », écrivait ainsi en 2011 le journaliste américain Christopher Caldwell. Kamel Daoud a très bien raconté comment, dans sa jeunesse, il se laissa harponner par la rhétorique des Frères musulmans : « L’offre religieuse donnait du sens à mon corps, à ma sexualité, à mon rapport à la femme, à l’au-delà, etc. L’effondrement philosophique est plus grave que l’échec économique. »

Bertrand Vergely : Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui avec la violence il importe de distinguer ce qui nous est propre, l’attentat d’extrême droite en Allemagne et les attentats islamistes de Paris et de Manchester. La crise spirituelle liée à la déconstruction nous concerne. Elle ne concerne pas l’extrême droite allemande et les islamistes. La France a été un pays catholique. Puis elle a été un pays républicain. Aujourd’hui la déconstruction ne veut ni du catholicisme ni de la République mais l’ultra-démocratie et l’individualisme absolu. Cela se traduit non pas par un terrorisme physique faisant des attentas mais par un terrorisme intellectuel jouant à fond la carte du politiquement correct, de l’ultra-féminisme et de l’ultra-écologie. Via cette radicalité on voit s’exprimer un désir de liberté et de pureté comblant une mystique qui n’a pas lieu. Il n’y a pas d’attentat physique, mais il convient d’être prudent. Il y a les gilets jaunes, les black blocks, les zadistes, les vegan qui attaquent des boucheries et un militantisme écologique prenant d’assaut des grandes surfaces comme à la place d’Italie le weekend dernier ou bien récemment un pont près de l’île de la Cité. S’agissant de l’extrême droite allemande on est dans une autre problématique. Manifestement de jeunes allemands épris de provocation s’identifient à l’antisémitisme nazi. À cela s’ajoute le réveil de l’extrême droite en Allemagne et dans l’Europe de l’Est. S’ajoute également un courant anti-migrants qui y prend de l’ampleur. Enfin il y a la mouvance islamiste. Si l’on considère les jeunes qui rejoignent celle-ci une chose est frappante : ces jeunes sont attirés par la structure à la fois rigide et communautaire que l’islam leur offre. Alors que certains jeunes s’engagent dans l’armée pour ces mêmes raisons, eux s’engagent dans l’islam. Pour ces jeunes, l’Islam est commode. Il leur permet de revenir vers des valeurs dites traditionnelles comme la religion,  mais via l’islam comme figure contestataire de l’Occident. Si bien que l’islam leur permet d’être traditionnaliste dans la contestation et contestataire dans une tradition. Une façon de dépasser l’opposition droite-gauche qui n’intéresse plus personne. Autrement dit, ce n’est pas vraiment la déconstruction qui est à la base des attentats qui se commettent : leur source se trouve dans la provocation .

Pour expliquer les tueries qui ont lieu au États unis certains avancent une crise de la masculinité. Dans les faits tous les terroristes qui sont passés à l’acte sont des hommes. L’explosion de violence à laquelle nous assistons est-elle liée au bouleversement actuel des modèles de virilité ? 

Bérénice Levet : On sait que les mouvements dits masculinistes qui sont venus répliquer à la criminalisation des hommes blancs par les mouvement féministes, sont puissants aux Etats-Unis et entretiennent une idée régressive, caricaturale de la virilité. On ne rappellera jamais assez que notre idée de la virilité était faite de codes, de normes, elle consistait en une domestication des pulsions, une mise en forme du désir, un idéal de constance, de fermeté. La négation de la différence des sexes et la disqualification des représentations traditionnelles livre le jeune garçon à des formes de masculinité des plus sommaires.

Cependant, la crise de la masculinité ne peut à elle seule expliquer les tueries de masse.

Quant aux attentats islamistes, les hommes n’en ont pas l’exclusivité. Certes jusqu’à présent, ceux qui nous ont frappés ont été commis par des hommes mais au moment même où Mickaël Harpon égorgeait ses victimes à la Préfecture de police se déroulait le procès de quatre des huit jeunes filles poursuivies pour tentative d’attentat à proximité de Notre-Dame en septembre 2016.

Bertrand Vergely. Certes, ce sont des hommes qui font les attentats. Mais attribuer ces derniers à la crise de la virilité n’st pas la bonne raison. Qui s’intéresse à la crise de la virilité ? Ceux qui cherchent à la mettre en crise comme la LGBT ou bine encore l’ultra-féminisme. Pour faire advenir la transsexualité comme vérité de la sexualité la LGBT a besoin à tout prix de défaire la notion de virilité. Aussi ne perd-telle pas une occasion de mettre celle-ci en crise en se servant par exemple des attentats commis par des hommes. De son côté quand il attaque la virilité L’ultra-féminisme ne cherche pas tant à faire advenir le transsexualisme qu’à attaquer le machisme en se servant là encore de toutes les occasions. Quand un attenta se produit tout le monde cherche à en tirer profit en voyant dans celui-ci la confirmation des thèses qu’il défend. Un homme sort un coteau dans la foule ? La LGBT va y voir l’expression d’un monde qui ignore le transsexualisme en se disant que si cet homme avait été un transsexuel jamais il n’y aurait eu d’attentat. L’ultra-féminisme va y voir de son côté une manifestation du machisme. Si celui a commis un attentat avait été transsexuel, jamais il n’y aurait eu d’attentat. La psychologie est intéressante. Elle n’explique pas tout et notamment les attentats dont les racines plongent dans le pouvoir de l’idéologie. La théorie du genre entend réinterpréter l’ensemble de la culture mondiale. L’idée que le terrorisme est lié à une quête éperdue de virilité par peur de se dépouiller de l’orgueil masculin a encire du chemin à faire afin d’être convaincante. D’autant qu’il va falloir que celle-ci explique pourquoi, il y a deux ans de cela, des jeunes filles ont étét arrêtées à la suite d’un projet d’attentat avec bouteilles de gaz et clous, pourquoi d’autre jeunes femmes ont décidé d’aller en Syrie combattre aux côtés de Daech, pourquoi certaines jeunes filles aujourd’hui deviennent musulmanes et décident de prendre le voile musulman.

Pour expliquer son acte le tueur de Halle en Allemagne s’est appuyé sur les jeux vidéo qui utilisent des cibles parmi lesquelles certaines sont qualifiées de « bonus ». Quel rôle joue la montée d’un monde ludique dans les tueries auxquelles nous assistons ? 

Bérénice Levet : La pratique des jeux vidéos contribue à faire vivre celui qui en est familier dans un monde fictif. Les jeux vidéo, mais aussi la pratique des réseaux sociaux, sont de redoutables machines à déréaliser le réel. Et cela rejoint ce que je disais plus haut concernant le caractère idéologique de ces actes.

Bertrand Vergely : Il est vrai que le nihilisme ainsi que le cynisme s’appuient sur une vision du monde dans laquelle tout est jeu. Il est vrai également que certaines violences produites par la délinquance sont liées au désir de reproduire la toute puissance que l’on voit s’exercer dans les jeux vidéo où il s’agit de tuer un maximum d’adversaires. Il est vrai enfin que des films comme La tour infernale ont pu donner des idées aux terroristes du 11 Septembre 2001 à New York. Néanmoins, n’oublions jamais le poids de l’idéologie. Quand un terroriste d’extrême droite fait un attentat comme à halle si la modalité de son attentat relève d’une mise en scène ludique le fond de son geste criminel renvoie au simplisme idéologique qui s’est emparé de son esprit à travers des explications expéditives de la réalité et des solution s improvisées toutes aussi expéditives. En fait, il y a derrière de tels comportements un jeu idéologique réducteur se mariant avec un univers ludique pour déboucher sur un scénario de films d’épouvante.

Voir de plus:

THE MADNESS OF CROWDS
gender, race and identity
Douglas Murray
Bloomsbury Continuum
Michèle Tribalat
17 septembre 2017, 288 p.

Dans ce livre, Douglas Murray s’interroge sur les dérives de la nouvelle orthodoxie en matière de justice sociale très marquée par des préoccupations identitaires. Celle-ci prend la place des grands récits qui donnaient du sens à l’existence. Elle a tout d’une nouvelle religion. L’intersectionnalité y joue un rôle fondamental en établissant une hiérarchie des identités dites vulnérables en quête de justice sociale. Et les vivants et les morts ont intérêt à se trouver du bon côté.

Le combat identitaire pour la justice sociale est sorti de l’espace confiné des sciences sociales. The Guardian a ainsi pu titrer le 13 juin 2018 à propos des pistes cyclables à Londres : “Roads designed by men are killing women”. Douglas Murray consacre un chapitre à chaque aspect des politiques identitaires (Gays, femmes, race, trans) très en vogue aux Etats-Unis et au Royaume-Uni et dont la France ne connaît encore que les prémisses. Son dernier chapitre sur la transsexualité est celui qui rend sans doute le mieux compte de la folie collective qui nous a saisis. Il y ajoute des interludes dans lesquels il approfondit certains aspects transversaux à ces différentes causes.

Tous ces combats identitaires pour la justice sociale ont en commun d’avoir été des mouvements légitimes à leurs débuts, mais de s’être emballés en prétendant que la situation n’avait jamais été pire alors que la victoire était en vue. Douglas Murray évoque à ce propos la jolie formule du philosophe australien Kenneth Minogue : le syndrome de Saint-Georges à la retraite. Que faire après avoir terrassé le dragon ? S’en inventer de nouveaux ? Notre monde est rempli, écrit Douglas Murray, de gens qui veulent absolument construire leur barricade alors que la révolution est finie. Et l’affichage vertueux nécessite une surestimation des problèmes.

Toutes ces questions identitaires mises ensemble sont à l’origine d’une folie collective dont Douglas Murray se demande comment on pourrait en sortir. Un premier pas dans cette direction serait, écrit-il, de pouvoir en parler librement. C’est ce qu’il fait dans ce livre en illustrant son argumentation, comme dans son précédent livre, par des exemples très éclairants.

LES GAYS

Ce qui a changé l’opinion publique à l’égard des gays est la vision de l’homosexualité comme étant innée (hardware) et non plus comme un choix (software) qu’on pourrait réexaminer. Pourquoi punir quelqu’un pour quelque chose sur lequel il n’a pas de prise ? Même si la plupart des études génétiques n’ont guère été conclusives, l’esprit du temps a opté pour « né comme ça ». À tel point qu’un gay qui ne l’est plus passe pour quelqu’un qui vit dans le mensonge. À vrai dire, personne n’a envie aujourd’hui de risquer sa réputation pour trancher la question, d’autant qu’on a déjà décidé de la réponse.

On parle des LGBT comme d’une communauté religieuse alors que gays et lesbiennes n’ont pas grand-chose en commun, sans parler de la dispute à propos des transsexuels. Les gays se divisent en deux camps : 1) ceux qui se pensent comme les autres, à l’exception de leur préférence sexuelle ; 2) les queers qui veulent être reconnus comme des êtres complètement différents. Ceux qui soutiennent la vision queer ont tendance, écrit Douglas Murray, à laisser croire qu’être gay est un travail à plein temps, ce que les gays n’aiment pas trop. Le désir d’égalité trouve aussi ses limites dans les spécificités du mariage gay dont les partenaires, bien que mariés, ont tendance à se déclarer dans une relation ouverte, tolérant l’infidélité. Égaux, écrit Douglas Murray, mais avec un petit bonus gay. Il est aussi de bon ton aujourd’hui de répondre par l’affirmative, sauf à paraître borné, à la question : « Deux hommes peuvent-ils avoir un bébé ? »

On finit par se demander si être gay c’est être attiré par des personnes de même sexe ou si c’est être partie prenante d’un grand projet politique. En effet, lorsque des gays célèbres prennent position du mauvais côté d’une question, ils se voient répudiés par la « communauté » même s’ils couchent avec des hommes.

Interlude sur les fondements marxistes

« J’y crois parce que c’est absurde », attribué à Tertullien

Dans la nouvelle formule marxiste, c’est le pouvoir patriarcal des mâles blancs qu’il faut abattre. Les Universités ont été le lieu d’élaboration de la nouvelle théorie marxiste qui s’est ensuite répandue dans la société. Pour les héritiers de Michel Foucault, tout dans la vie est politique et tout est à déconstruire, tout particulièrement ce qui, précédemment, semblait à peu près certain. Des textes d’universitaires américains (Peggy McIntosh, Kimberlé Crenshaw), tout particulièrement ceux de Ernesto Laclau et Chantal Mouffe (Hegemony and Socialist Strategy, 1985), ont construit les fondements de ce qui allait devenir la politique des identités. Pour revivifier la cause socialiste, il fallait trouver une nouvelle classe exploitée et les nouveaux mouvements identitaires, tout en poursuivant chacun leur cause sous le parapluie de la lutte socialiste, étaient les bons clients. La rhétorique marxiste pouvait alors reprendre des couleurs et décrire les opposants comme n’agissant que pour les motivations les plus basses.

Les écrits intersectionnalistes dissimulent leurs contradictions dans une prose à peu près illisible mais qui se veut scientifique par la multitude d’écrits de la même eau auxquels ils font référence. C’est pourquoi Butler et les autres écrivent si mal, nous dit Douglas Murray et deviennent incapables de détecter les faux. Douglas Murray raconte la série de canulars acceptés par des revues scientifiques et proposés par l’équipe Peter Boghossian et James Lyndsay, dont un texte mêlant des extraits de Mein Kampf et des pastiches de littérature féministe intitulé « Our Struggle is My Struggle ».  Il n’y a aucune limite aux sottises susceptibles de recevoir un adoubement scientifique, pourvu qu’elles confirment les théories identitaires et qu’elles soient écrites de manière incompréhensible. La réponse des pairs offusqués fut d’essayer de faire expulser Boghossian de sa position universitaire.

LES FEMMES

Steven Pinker avait montré dans Blank Slate, The Modern Denial of Human Nature, publié en 2002, que les effets de la testostérone et des androgènes sur le cerveau ne s’accordaient guère avec la thèse de l’indifférenciation. Depuis Pinker, le délire sur l’absence de différence entre les sexes s’est aggravé. On est prié de se fonder sur les mensonges des sciences sociales sur le sujet plutôt que sur la science ou ce que l’on a sous les yeux.

Hollywood reflète assez bien la confusion ambiante sur le rôle des femmes, entre libertinage et pruderie. Surtout depuis Metoo. Douglas Murray déclare qu’avec un peu d’honnêteté on est obligé de reconnaître qu’il arrive aux femmes, particulièrement les plus célèbres, d’envoyer des messages confus sur le sujet. Comment soutenir, par exemple, que porter des « stick nipples » ou des « camel toe underwears »  sert à se sentir bien et non à « faire saliver » (make him drool !) les hommes ? En fait, cela revient à soutenir qu’une femme peut être aussi sexy et suggestive qu’elle le veut sans être sexualisée. N’est-ce pas une demande excessive faite aux hommes s’interroge Douglas Murray ? Une étude de Bloomberg auprès des plus hauts dirigeants de la finance, qui sont très souvent des hommes (30 entretiens), a montré qu’ils ne voulaient plus diner avec des collègues femmes, s’asseoir à leur côté dans l’avion, avoir une chambre au même étage dans l’hôtel et qu’ils évitaient les rencontres en face-à-face.

On nous répète aussi que les femmes sont pareilles aux hommes mais en même temps meilleures. Ainsi, Christine Lagarde a déclaré en 2018, que le monde aurait pu être différent si la banque Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters !

Le succès de la notion d’intersectionnalité a entraîné le développement de formations et de tests censés détecter nos biais inconscients. Douglas Murray se demande quels pourront bien être les effets de ces expérimentations à large échelle qui cherchent à agir sur les connections dans le cerveau (rewire the brain). La pyramide hiérarchique construite par l’intersectionnalité a fabriqué des groupes structurellement opprimés dont l’intérêt commun serait de déloger celui qui se trouve placé en haut de la pyramide. Comme avec la politique d’affirmative action aux Etats-Unis, la course à la diversité dans les entreprises a favorisé ceux qui, dans leur groupe, l’étaient déjà. La nouvelle hiérarchie intersectionnelle secrète ainsi ses oppresseurs et ses opprimés.

La dernière vague du féminisme, celle des années 2010, semble souffrir du syndrome de Saint Georges à la retraite. Mais, déjà au début des années 1990, Marilyn French avait intitulé son livre The War Against Women. Elle y déclarait que, si les femmes étaient les égales des hommes il y a 3,5 millions d’années, la situation n’avait cessé d’empirer depuis ! À l’exagération et au catastrophisme, s’ajoute la haine des hommes, comme l’indique le succès sur Twitter de hashtags tels que : “Men are trash” et même “Kill All Men”. Cette violence, infiniment plus grande que lorsque les enjeux étaient plus importants, trouve un encouragement dans les commentaires lénifiants qu’elle suscite. D’ailleurs, cette tonalité agressive a terni la réputation du féminisme. Une enquête britannique en 2016 a montré que l’association spontanée la plus fréquente avec le féminisme était « bitchy «  (garce, vacharde). Cependant, une étude menée en 2014-2017 montrait que l’homme attractif, pour les femmes comme pour les gays, était musclé et riche.

Contrairement à la stratégie gay des années 1990 visant à faire de l’homosexualité une question hardware, les féministes ont suivi le chemin inverse, laissant ainsi les femmes démunies face à la transsexualité. Ce revirement nous demande de croire que tout ce que l’on a vu et su jusque-là était un mirage et de transformer nos vies et sociétés en conséquence.

Interlude : L’impact de la technologie

L’atmosphère politique à la Silicon Valley est encore quelques degrés à gauche de celle d’une université d’art libérale, écrit Douglas Murray. Internet nous entraîne à nous placer dans les hiérarchies intersectionnelles. Les entreprises tech investissent dans une “Machine Learning Fairness” afin d’aboutir à une forme d’équité dont aucun humain ne serait capable. Ainsi, une recherche “white men”  sur Google va donner en 1er, David Beckham, en 2ème un mannequin noir et, toutes les cinq images à peu près, un ou deux noirs. De nombreuses images d’hommes blancs sont celles de personnes reconnues coupables de crimes, ce qui sous-entend que les hommes blancs sont mauvais. Mais dans une recherche “black men”, il faut attendre une douzaine de lignes avant de voir un blanc. Plus on s’éloigne des langues européennes – de l’anglais surtout – plus on a de chances de tomber sur le contenu recherché. De même, si on cherche “Asian couple”, on n’aura presque que ce que l’on recherche. On ne s’embarrasse pas de rééduquer les Asiatiques.  On sacrifie ainsi la vérité pour achever un but politique. Résultat : les gens qui se servent de cette technologie obtiennent quelque chose qu’ils n’ont pas demandé, en ligne avec un projet pour lequel ils n’ont pas signé et à la poursuite d’un but qu’ils jugent indésirable.

LA RACE

Même problème avec la race. À un moment où elle aurait pu être mise de côté, elle est devenue à nouveau une question importante. C’est venu, là encore, de l’Université, notamment avec les Whiteness Studies, et s’est étendu à l’ensemble de la société. Ce qui a fait dire à Andrew Sullivan : « maintenant, nous vivons tous sur un campus ».

À force de problématiser la blancheur, on en arrive à des situations où tout est considéré non seulement en termes de race mais aussi dans des termes racistes les plus agressifs possibles. Et c’est dans les lieux les plus irréprochables en matière de racisme que l’on trouve les réclamations et les comportements les plus extrêmes.

Pour ceux qui n’auraient pas entendu parler de l’Université Evergreen, ils peuvent regarder le documentaire en langue française – https://www.europe-israel.org/2019/07/evergreen-une-universite-americaine-bascule-dans-la-pensee-antiraciste-radicale-des-professeurs-demissionnent/ – ou lire ce qu’en disent Greg Lukianoff et Jonathan Haidt (http://www.micheletribalat.fr/440866626).

Qu’on regarde devant ou derrière, c’est toujours à travers les lunettes de la race. C’est ainsi qu’en 2018, le magazine National Geographic a consacré un numéro à s’excuser d’avoir publié un article traitant des Aborigènes d’Australie datant de… 1916 ! Ce qui a fait dire à David Olusago dans The Gardian que l’excuse n’avait que trop tardé ! Pas étonnant, écrit Douglas Murray, que l’on soit aujourd’hui saisi d’une crainte névrotique pour savoir quoi dire.

L’art et la fiction sont devenus les terrains privilégiés de la bataille pour l’exclusivité et l’exclusion raciales. La dénonciation de l’appropriation culturelle vient des Postcolonial Studies. Douglas Murray raconte l’histoire de cette femme qui, à Portland dans l’Oregon, en 2016, avait ouvert un bistro appelé Saffron Colonial (Le safran des colonies). Elle dut débaptiser son restaurant. Dans tous ces épisodes de foules enragées, ce sont ceux qui se déclarent les plus mécontents qui reçoivent le plus d’attention médiatique.

Il n’est pas toujours facile de s’y retrouver. Tantôt ce sont les caractéristiques de celui qui parle qui comptent, tantôt c’est ce qu’il dit. Le rappeur Kanye West prit une volée de bois vert de la part de la « communauté » noire lorsqu’il fut reçu par Donald Trump qu’il disait soutenir. Par contre, le New York Times défendit Sarah Jeong qui venait de rejoindre son comité de rédaction, malgré des tweets du genre : « Mec,  c’est un truc de dingue à quel point je prends plaisir à être cruelle avec des hommes blancs et vieux. » On est donc gracié ou condamné en fonction de qui on est et de ceux contre qui on porte les attaques. Une option est de ne rien dire d’important en public, stratégie adoptée par de nombreux politiques.

Dans la marche des femmes à Londres en janvier 2018 se côtoyaient, à côté du cénotaphe en hommage aux jeunes combattants de la 1ère Guerre mondiale, dont beaucoup étaient blancs et n’avaient pas eu le temps de vieillir comme le souligne Douglas Murray, une banderole portée par une jeune femme sur laquelle était écrit “No Country for an Old White Man” et celle d’un travailleur socialiste disant “No to racism” !

Douglas Murray aborde aussi la question des différences raciales de QI, en rappelant le destin de Charles Murray qui, avec Richard Herrnstein (mort peu de temps après la parution de leur livre), avait mis les pieds dans ce champ de mines et publié The Bell Curve en 1994. Expérience qui fera « marcher sur des œufs » les scientifiques qui s’approcheront ensuite de ce sujet. Pour Charles Murray, la rage qui s’est abattue sur lui tient à l’engagement de toutes les institutions sur l’égalité et la diversité qui exige que tout le monde soit pareil “above the neck ”.

Harvard, qui se vante d’éliminer les biais de sélection est confronté à un procès mené par des étudiants asiatiques qui se disent discriminés pour satisfaire des quotas raciaux. Si Harvard l’a pour l’instant emporté en 1ère instance, l’examen de dossiers sur plusieurs années a montré que les Asiatiques étaient mal notés sur les traits de personnalité alors qu’Harvard n’avait pas forcément eu d’entretien avec eux. En fait, si Harvard ne désavantageait pas certains candidats, ses étudiants seraient, de manière disproportionnée, asiatiques ou juifs ashkénazes, écrit Douglas Murray.

Interlude sur l’indulgence, le pardon (Forgiveness)

L’abolition de la barrière entre vie privée et vie publique sur les réseaux sociaux produit des catastrophes sans possibilité de les réparer. Si c’est la foule qui décide de ce que l’on est, nous avons du souci à nous faire. Le pardon est lié à l’oubli. Or il n’y a pas d’oubli sur internet. Nous vivons dans un monde où chacun d’entre nous court le risque de devoir être étiqueté sa vie durant d’après sa plus mauvaise blague. De nouveaux crimes sont inventés sans cesse et nous ne savons pas comment sera vu dans 20 ans ce que nous faisons aujourd’hui. Comment anticiper sur ce que pourraient être les retournements de foule au cours de notre vie ? Aujourd’hui, nos erreurs nous suivent partout et c’est l’instinct de châtiment qui domine à l’égard des gens d’autrefois. Regarder le passé avec indulgence est pourtant la condition pour être traité avec indulgence plus tard, ou tout au moins compris.

LES TRANSSEXUELS

Douglas Murray commence ce chapitre par le récit de la vie tragique d’une jeune fille belge qui avait trois frères – chouchous des parents –, qui a subi de multiples opérations pour devenir un homme et s’est finalement fait euthanasiée pour ne pas vivre dans la peau d’un monstre. Douglas Murray en conclut que la médecine belge a essayé de faire d’une femme un homme et, n’ayant pas réussi, l’a finalement tuée, le tout dans un esprit de compassion.

La question des trans est devenue une sorte de dogme en un temps record. Elle concerne en partie les intersexués qui présentent des organes des deux sexes. Leur cas relevant du hardware, ils ont plutôt attiré la sympathie, mais leur cause n’a pas retenu l’attention parce qu’elle a été captée par celle des trans qui a émergé en même temps. Pourtant, cette dernière est beaucoup plus problématique car on n’a pas trouvé de différences physiologiques entre les trans et ceux qui ne le sont pas. Qu’est-ce qui relève du hardware ou du software ? Ceux qui s’aventurent sur le terrain ont intérêt, eux aussi, à se placer du bon côté, sauf à subir des campagnes de dénigrement féroces. Comme pour les gays, la tendance est à essayer de prouver que les trans sont « nés comme ça » et la cause transsexuelle est devenue la nouvelle frontière à conquérir dans la bataille des droits civiques. Si des réticences subsistent, c’est parce que les connaissances sont incertaines et que les interventions médicales et chirurgicales sont irréversibles. C’est particulièrement vrai pour la dysphorie de genre des enfants dont on a constaté qu’elle a tendance à augmenter dans une école qui a connu des demandes trans.

La question trans rend visibles les contradictions intersectionnelles. Les gays ont admis que les revendications des trans étaient dans le continuum des leurs, alors qu’elles les sapent : les hommes un peu efféminés ne seraient pas gays mais habiteraient un corps qui n’est pas le bon. Revendiquer que la condition trans relève du hardware suppose qu’être une femme est du software ! Ce que des féministes « traditionnelles » ne peuvent admettre. Mais elles se font alors excommunier par la dernière vague féministe qui a grandement bénéficié de ce que les premières ont conquis. C’est ce qui est arrivé à Germaine Greer, notamment pour avoir déclaré qu’une opération ne fait pas d’un trans une femme. D’autant que ces trans piétinent souvent les conquêtes féministes. C’est le cas par exemple lorsque, en 2015, la trans Jane Fae vint sur un plateau de télévision avec son tricot !

La question du changement de genre est un drame pour les parents. Aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ces derniers sont inquiets de la publicité qui est faite sur les écrans en faveur du changement de sexe. Par exemple, lorsqu’une drag-queen âgée de 9 ans dit dans un spot publicitaire pour la mode LGBT sur Youtube : «  Si vous voulez être une drag-queen et que vos parents ne veulent pas, il vous faut de nouveaux parents ». Ou lorsque l’école change, à l’insu des parents, le pronom avec lequel elle s’adresse à leur enfant en classe. Les extraits de la série documentaire I am Jazz (qui en est à sa cinquième saison), sur la transformation de Jazz Jennings, né garçon en 2000, qui vient d’avoir 18 ans et va se faire opérer, ont été consultés des millions de fois sur Youtube.

Mais il ne faut pas sous-estimer la connivence des professionnels de la médecine. Ainsi le NSH en Angleterre a signé une convention dans laquelle les professionnels s’engagent à ne pas réfréner l’expression de l’identité de genre. Les parents sont souvent démunis face à des professionnels qui leur disent, par exemple, que leur consentement est le 1er pas pour prévenir un suicide de leur enfant. Une des grandes « prêtresses » sur le sujet est Johanna Olson-Kennedy. Elle dirige le centre pour le développement et la santé des jeunes trans à l’hôpital des enfants de Los Angeles, la plus grande clinique de la jeunesse transgenre des Etats-Unis, laquelle participe à une étude, sans groupe de contrôle, sur l’impact des bloqueurs de puberté et des hormones sur les enfants. Des enfants sont devenus éligibles pour ces traitements dès 8 ans. Pour Johanna Olson-Kennedy, c’est un choix comme un autre qu’il faut respecter et qui marche la plupart du temps. Sur la question de l’ablation des seins, elle prétend qu’en cas de regret, « on vous en fera de nouveaux ». Elle a participé, en février 2017, à une conférence inaugurale de l’ONG WPATH (World Professional Association for Transgender Health) intitulée : Sortir du binaire (Outside of the binary). Elle y raconta l’histoire d’une fillette de 8 ans qui s’habillait comme un garçon et était vue comme telle dans une école religieuse pour filles. Lorsqu’elle la reçut avec sa mère, elle demanda à la petite fille si elle était une fille ou un garçon. Ce à quoi la gamine répondit : « une fille à cause de ce corps ». Pour l’aider à se déterminer, elle lui demanda de se prononcer sur une tarte à la framboise qui se trouverait dans un emballage censé ne contenir que des tartes à la cannelle. Était-ce encore une tarte à la framboise ? La gamine, qui a tout de suite compris l’allusion, dit alors à sa mère qui la prit alors dans ses bras : « je pense que je suis un garçon dissimulé dans une fille ». Johanna Olson-Kennedy conclut l’anecdote en disant qu’il était important de donner à cette enfant le langage lui permettant de parler de son genre. Elle-même a opéré la transition vers un homme, a subi une double mastectomie et est consultante pour l’entreprise Endo qui commercialise la testostérone.

De LGBT, c’est la lettre T la plus déstabilisante, écrit Douglas Murray. L’âge à partir duquel on encourage les enfants à subir un traitement n’a cessé de baisser, ce qui s’explique par la rhétorique menaçante et catastrophiste avec laquelle les spécialistes s’adressent aux parents. Une autre tendance inquiétante est celle qui consiste à présenter une question incroyablement difficile comme la plus évidente et la mieux connue.

En fait, on se rend compte que l’intersectionnalité c’est de la blague la plupart du temps, tant les argumentations sont changeantes et contradictoires. Celle des transgenres ne s’appliquerait pas à la race. L’argument tant décrié des femmes, selon lequel les trans nés hommes ne peuvent savoir ce que c’est qu’être une femme, est jugé recevable s’agissant de la race. La testostérone que prennent les athlètes trans en transition n’est pas considérée comme un dopant. Les trans veulent être considérés comme des femmes mais refusent qu’un trans soit incarné au cinéma par une femme ! Il est devenu difficile de s’orienter dans un tel champ de mines et un des plaisirs favoris de l’époque est de voir un des gardiens de l’orthodoxie poser le pied sur une mine dont il ne soupçonnait pas l’existence et essayer de sauver sa carrière en postant des douzaines de tweets d’excuses. Ceux qui attendent que le mouvement pour toujours plus de justice sociale s’effondre sous le poids de ses contradictions peuvent attendre longtemps car ils ignorent le soubassement marxiste du mouvement. Une telle espérance suppose que ce mouvement ait en vue la résolution des problèmes. Or la description qu’ils font de la société ne les conduit pas à chercher à l’améliorer mais à la détruire. Le but n’est pas de remédier mais de diviser, d’enflammer. Si l’on ne peut faire tout s’effondrer, reste l’option de semer le doute, la division, l’animosité et la crainte.

Douglas Murray cherche à savoir comment sortir de ce guêpier. Essayer de faire usage de la bienveillance à l’égard des opposants pour les contraindre à une discussion plus sérieuse ? On peut tenter de semer le doute chez les avocats des causes identitaires en leur demandant quel système plus performant que celui des sociétés occidentales ils ont en vue. Et, lorsqu’ils se réfèrent à une société qui n’existe pas encore, la suspicion devrait être de mise, compte tenu des ravages que ce genre de doctrine a déjà produit. Douglas Murray nous incite à dépolitiser nos vies, à garder un intérêt pour la chose politique sans que ce soit ce qui leur donne un sens. S’il faut faire en sorte que la vie de quelqu’un ne soit pas entravée en raison de caractéristiques contre lesquelles il ne peut rien, il ne faut guère aller au-delà. Fonder sa vie sur la bataille politique identitaire pour la justice sociale, c’est gâcher sa vie.

Voir encore:

The Madness of Crowds by Douglas Murray — slay the dragon, then stop
A robust critique of progressives fails to explore their impact on populism
The Financial Times
Eric Kaufmann
October 11 2019

“Kill all men” and “cancel white people” are harmless satire, but “America is a colour-blind society” is racist. Gender and race are social constructs, so changing gender is great. Changing your race, however, is a no-no — one of many contradictions in the social justice religion. Get it wrong and you wind up Twitter-mobbed or fired.

Douglas Murray’s new book reports from the front lines of the “culture wars”, the battle to define the core values of western societies. The deepening cultural divide between progressives and conservatives is reshaping politics, displacing the left-right economic cleavage of the past century. But economic interests are easier to reconcile than sacred values: if we fail to make cultural peace, our future looks bleak.

Murray is a prominent British member of the “Intellectual Dark Web” (IDW) of countercultural intellectuals — such as Sam Harris or Jordan Peterson — who openly contest the sacralisation of disadvantaged race, gender and sexual identities. The IDW’s willingness to transgress the speech rules of the progressive twitterati marks them out as heretics who violate the sensibility of academia, Hollywood and parts of the media.

How did our societies become so insane? In The Madness of Crowds, Murray argues that it’s because highly educated people cling to a new religion known variously as “social justice”, “identity politics” or “intersectionality”. Essentially this is the old Marxist faith poured from the class bottle into the race-sex-gender one. Meaning is realised through struggle against those who commit wrongthink.

Identity politics helped reduce prejudice but, having vanquished its foe, began manufacturing phantom enemies. Murray, following the late conservative political theorist Kenneth Minogue, dubs this “St George in retirement” syndrome. Having slain the dragon, he charges off in pursuit of ever-smaller ones and ends by “swinging his sword at thin air, imagining it to contain dragons”.

Murray’s tone, as in his previous book on immigration, The Strange Death of Europe, is often contemplative. As a gay man, he captures the way identity politics flattens the complexity of the homosexual experience. Ignoring the literary tradition of gays as privy to the mysteries each sex holds for the other, it reduces them to moral ciphers, what Bret Easton Ellis terms “The Gay Man as Magical Elf . . . some kind of saintly ET” who symbolises how tolerant we are.

Murray’s analytical frame turns on his distinction between identity as “hardware” or “software”. That is, whether race, sexuality and gender are hard-wired by nature or learned through nurture. Science tells us a great deal about these questions. But faith, not science, guides radical progressivism. Gender is held to be socially constructed, hence the vitriol directed at TERFs (trans-exclusionary radical feminists) such as Germaine Greer, who question the bona fides of trans women. Homosexuality, however, is a genetic characteristic that only a religious fundamentalist would suggest is learned.

The new sensibility tells us when race is, or isn’t, biological. “Whiteness” is a social construct designed to divide the workers and bolster caste privilege. However, Murray notes that when Rachel Dolezal, a white woman, passed herself off as black, she was attacked as an interloper. And when philosopher Rebecca Tuvel asked whether, since transgenderism is possible, transracialism should be, all hell broke loose. Radical progressives penned an open letter and both Tuvel and the journal she published in prostrated themselves before the Twitter authorities. The journal apologised and its editors resigned. As hoax papers by academics Helen Pluckrose, Peter Boghossian and James Lindsay later revealed, “grievance studies” fields like feminism or critical race studies are anchored by holy writ, not logic and evidence.

Murray catalogues the injustice of the progressive mob — reputations trashed, careers ruined — and their illiberal stifling of intellectual freedom. But such concerns can appear distant for some. Murray might therefore have explored how these ideas fuel the polarisation and populism of our time. He hints at these effects, but studies show that hostility to political correctness powered the Trump vote, while Murray’s “tripwires” establishing boundaries of acceptable debate shut down discussion of immigration. This allowed populists to own the issue and flourish. The book could also have drawn on data to establish the parameters of the problem and propose policy solutions.

The “madness” of the title points to the way radical progressivism weaponises norms that allow for civilised societies. Norms are the control mechanism in systems like herds: if a few activist sheep command, everyone follows out of fear. Disrupting the herding taking place in cultural institutions is one of our great challenges. At its heart, the problem is how to moderate cultural egalitarianism, balancing it against competing aims like liberty, reason and community. We accept limits on economic levelling but have yet to reject the misguided idea that all race and gender groups must have equal outcomes.

Murray’s book performs a great service in exposing the excesses of the left-modernist faith. Let’s hope we find a way to slay this dragon. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity, by Douglas Murray, Bloomsbury Continuum, RRP£20, 288 pages Eric Kaufmann is author of ‘Whiteshift: Populism, Immigration and the Future of White Majorities’ (Penguin)

Voir aussi:

The Madness of Crowds by Douglas Murray review – a rightwing diatribe
Do racism and sexism really exist, or are they just the creation of angry lefties? The bizarre fantasies of a rightwing provocateur, blind to oppression
William Davies
The Guardian
19 Sep 2019

Being stuck in a culture war is a bit like being a driver stuck in a traffic jam. From within one’s own car, the absurdity and injustice of the situation is abundantly plain. Other drivers can be seen cutting in, changing lanes excessively, and getting worked up. Roadworks appear needlessly restrictive. Why are there so many cars on the road anyway? Horns begin to honk. There is one question that few drivers ever consider: what is my own contribution to this quagmire?

Psychoanalysts refer to the process of “splitting”, where the self is unable to cope with its good and bad qualities simultaneously, and so “splits” the bad ones off and attributes them to other people. The result is an exaggerated sense of one’s own virtue and innocence, but an equally exaggerated sense of the selfishness and corruption of others. We are all guilty of this from time to time, rarely more so than on social media, where the world can appear perfectly split into goodies and baddies. Populism and culture warriors exploit this aspect of human psychology, reinforcing the comforting (but ultimately harmful) feeling that any conflict in the world is their fault not ours.

The left is not averse to playing this game. Why did the financial crisis occur? Because bankers and Blairites are bad, selfish people. Apart from anything else, this makes for woeful social science. But the right plays it more dangerously. Where the left spies moral depravity in centres of wealth and power (which, as we know, can produce antisemitic conspiracy theories), the right sees it among newcomers, intellectuals and the already marginalised. The potential political implications of this don’t need spelling out.

In The Madness of Crowds, Douglas Murray sets out to explain why societies are now so characterised by conflict. “In public and in private, both online and off, people are behaving in ways that are increasingly irrational, feverish, herd-like and simply unpleasant. The daily news cycle is filled with the consequences. Yet while we see the symptoms everywhere, we do not see the causes.”

Few would fail to recognise this as a starting point. MPs and journalists are being harassed and threatened simply for doing their jobs. A university was recently forced out of Hungary by the government. The Home Office is growing increasingly anxious about the threat of far-right extremists cooperating across Europe. But there is not so much as a sniff of these trends in The Madness of Crowds. Instead, Murray organises his material into four themes: “Gay”, “Gender”, “Race” and “Trans”. You can see where this is heading.

Murray’s stock in trade is a tone of genteel civility. He writes gracefully and wittily, in keeping with his demeanour as a clubbable conservative, who simply wishes we could all just muddle through a little better. While never over-egging it, he proffers a kindly Christian gospel of love and forgiveness, which he believes might rid us of the political and cultural toxins that have so polluted our lives. Scratch beneath the surface, though, and his account of recent history is clear: authorised by leftwing academics, minority groups have been concocting conflict and hatred out of thin air, polluting an otherwise harmonious society, for their own gratification.

His narrative is roughly as follows. The decline of ideologies at the end of the 20th century created a vacuum of meaning, which was waiting to be filled. This coincided with the birth of a whole range of critical cultural theories, producing fields of gender studies, race studies and queer studies. Most damagingly of all, for Murray, was the rise of intersectional feminism, which assumes that different types of oppression (especially racial and patriarchal) tend to “intersect” and reinforce one another.

The bitter irony, as far as Murray is concerned, is that these new theories of oppression arose at the precise moment in human history when actual racism, sexism and homophobia had evaporated. “Suddenly – after most of us had hoped it had become a non-issue – everything seemed to have become about race,” he writes. This seems to bug him more than anything else: “Among the many depressing aspects of recent years, the most troubling is the ease with which race has returned as an issue.”

History, therefore, is much as his fellow neoconservative Francis Fukuyama brashly described it in 1989: ended. Or rather, it could have ended, if it weren’t for troublemaking intellectuals and activists. Murray is quick to celebrate past struggles for racial, sexual and gay equality, but he is adamant that they have now been settled. Questions persist regarding the nature of sex, sexuality and innate ability (what belongs to our physical “hardware” and what to our cultural “software”, as he puts it), but these are far better handled by biologists than political thinkers. The problem, as he sees it, is that malicious, fraudulent and resentful forces – emerging from universities – have refused to accept that justice has now been delivered.

The acclaimed gender theorist Judith Butler is held up as a malignant fraud who hides behind the complexity of her prose. The entire venture of social science is deemed corrupted by its insidious fixation on oppression. Murray turns to recent hoax articles that were published in the academic journal Cogent Social Sciences (a prank that he describes as “one of the most beautiful things to happen in recent years”) as evidence that social and cultural theory is all a sham. The reader is assured – falsely – that this is all a vast Marxist project, aimed at sowing dissatisfaction and discord.

Murray presumably knows that Michel Foucault was not a Marxist, but it’s important to his branch of conservatism that this is brushed over. The M word serves as a coded way of tying together the humanities, Marx himself and (with a small leap of imagination) the Gulag. The fact that it is now illegal to teach gender studies in Hungary, as decreed by Viktor Orbán (favourite intellectual: Douglas Murray), poses questions as to where the real threat to liberty is coming from. But you won’t find any discussion of that in The Madness of Crowds.

We learn that the doctrine of intersectionality has now swept the world, even becoming embedded in the search algorithms written in Silicon Valley. Why? Because tech workers “have decided to ‘stick’ it to people” towards whom they “feel angry”. It’s for this reason, apparently, that Google image search throws up a disproportionate number of black faces. Intersectionality is being “force-fed” to people, encouraging them to seek “revenge” on white men, and that is why there is so much conflict.

Murray has no shortage of examples and anecdotes to back this up, many gleaned from the US. But it’s notable that they nearly all operate at the level of discourse, and mostly in the media and social media. It’s not difficult to come up with absurd cases of “social justice warriors” saying stupid and hypocritical things online, especially when the Daily Mail appears to have an entire desk dedicated to unearthing them.

And there are plenty of well-known cases of people being shamed and sacked for things they’ve said, many of which are unfair and sadistic. One critique of this would be that the logic of public relations and credit rating has now infiltrated every corner of our lives, such that we are constantly having to consider the effects of our words on our reputations. Another is that a global “Marxist” conspiracy has duped people into a fantasy of their own oppression. I know which I find more plausible.

Whenever Murray strays too close to any actual oppression (as opposed to the controversies surrounding it), he quickly veers away. His chapter on gender refers to the “‘MeToo’ claims against Harvey Weinstein”, but never to Weinstein or the power structures he built. His chapter on race (the longest in the book) makes no reference to one of the most controversial campaigns in recent US history, Black Lives Matter, presumably because it’s impossible to discuss without acknowledging what prompted it: black men being gunned down by police officers.

Anger is ultimately a mystery to Murray, seeming to emanate spontaneously from his political and ideological foes. He can come up with no better explanation for it than that bad people enjoy it, that “their desire is not to heal but to divide, not to placate but to inflame”. And yet when an author goes to such great lengths to assure you that others are degraded, and that “we” white, male conservatives simply want to live in harmony, you have to wonder whom much of this anger truly belongs to.

Nervous States: How Feeling Took Over the World by William Davies is out in paperback from Vintage. The Madness of Crowds: Gender, Race and Identity is published by Bloomsbury (£20). To order a copy go to guardianbookshop.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £15, online orders only. Phone orders min p&p of £1.99.

Voir encore:

Goldnadel: «Faux prétexte et stigmatisation imaginaire»

FIGAROVOX/TRIBUNE – L’avocat Gilles-William Goldnadel fustige une victimisation des musulmans qu’il juge imaginaire, née d’un dévoiement de l’antiracisme.

Gilles William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Son récent ouvrage, Névroses Médiatiques. Le monde est devenu une foule déchaînée, est paru chez Plon.


Article après article, avec un bonheur incertain, je m’essaie de faire comprendre à mes contemporains que nous vivons un temps médiatique névrotique et même schizophrénique. J’essaie aussi d’expliquer que cette névrose profonde provient d’un antiracisme dévoyé, lui-même issu d’un antinazisme devenu fou.

Le courant médiatique islamo-gauchiste considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

La folle quinzaine qui commença par le drame de quatre policiers assassinés par un islamiste à la préfecture de Paris pour s’achever par un psychodrame disproportionné autour d’une femme voilée à la vie paraît-il gâchée en est la triste et énième illustration. Tellement prévisible également. Qu’on me permette de citer la conclusion de la chronique que j’ai publiée dans ces mêmes colonnes le 7 octobre dernier : «Mais pas d’illusions, le réel sera vite à nouveau rattrapé par le virtuel. Aujourd’hui l’heure est encore à la colère avec la mise en accusation du laxisme envers les islamistes. Demain, viendra l’oubli des victimes quand elles reposeront dedans la guerre froide. Après-demain, un nouveau pilori sera dressé pour ceux qui font radicalement le procès de l’islam radical. Le jour d’après, sera jour d’attentat.»

Nous avons donc connu le troisième jour: celui de la victimisation à l’envers. C’était un jour forcément nécessaire. La France était la seule victime, les Français étaient en colère, l’islamisme coupable était montré du doigt. Comme à chaque fois, le courant médiatique que je ne peux nommer autrement qu’islamo-gauchiste mais qui par capillarité a contaminé depuis des lustres l’inconscient collectif bien au-delà de l’islam et bien au-delà du gauchisme, considère encore que qui touche l’islamisme touche l’islam et qui touche l’islam touche tous les musulmans.

Le prétexte de la sortie funeste et maladroite de Julien Odoul au sein d’une assemblée territoriale mettant en cause une femme voilée en présence de son enfant affolé n’était pas mal trouvé.

Une pétition dans Le Monde donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

La névrose médiatique faisait le reste. Une pétition dans Le Monde signée notamment par des artistes à la réflexion politique étroite mais à la morale esthétique infinie donnait le la à la musique de la victimisation frénétique.

Notre président de la République, illustra jusqu’à la perfection son ambivalence hybride qui se mariait harmonieusement avec l’esprit schizophrénique du temps. Au premier jour de l’assassinat des quatre authentiques martyrs de l’islamisme, Monsieur Macron n’hésitait pas à appeler martialement au devoir de «vigilance» contre «l’hydre islamiste».

J’écrivais alors que l’exercice s’avérerait périlleux dans la pratique, au regard du surmoi prétendument antiraciste. Je ne croyais pas si bien écrire: dans un article du Figaro daté du 16 octobre («Détection de la radicalisation à l’université: un sujet délicat») Marie-Estelle Pech raconte comment l’université de Cergy-Pontoise a été contrainte, après protestations, de regretter un appel à la vigilance dans lequel on considérait par courriel comme inquiétants le fait, notamment , qu’un étudiant ou un fonctionnaire dédaignerait l’autorité des femmes ou porterait «une djellaba, ou un pantalon dont les jambes s’arrêtent à mi-mollets». Frédérique Vidal, notre ministre de l’enseignement supérieur aura été de ceux qui auront condamné cette vigilance politiquement osée.

Au demeurant, l’université de Cergy-Pontoise aura été bien naïve de prendre le discours présidentiel à la lettre et de ne pas donner du temps psychodramatique aux temps dramatiques.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Dès que le psychodrame de la femme voilée s’empara des esprits tourmentés et que celle-ci déclarait à ce CCIF proche des Frères musulmans qui traque l’islamophobie «qu’on avait gâché sa vie», notre président vigilant appelait désormais les Français à la vigilance non plus contre l’hydre islamiste mais contre cette vieille hydre de la «stigmatisation».

Je défie cependant qui que ce soit de me mettre sous les yeux la moindre déclaration d’un seul membre de l’Assemblée nationale élue par les Français incriminant l’ensemble de la population musulmane en tant que responsable des attentats islamistes. Ou que l’on me montre la moindre agression physique d’un salaud exalté contre une femme voilée.

Dans la réalité, le seul agitateur d’une stigmatisation imaginaire s’appelle Emmanuel Macron.

Il était pourtant à la portée de l’intelligence présidentielle de comprendre que c’est précisément cette victimisation imaginaire qui est depuis longtemps l’une des matrices de la radicalisation islamique et de ses conséquences. Tant il est caractéristique de l’esprit humain de se persuader sincèrement que l’on est une victime. A fortiori lorsque de grands esprits vous l’affirment.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore compris le lien insécable dans l’inconscient collectif entre le destin juif éprouvé et le destin musulman fantasmé, agité depuis des lustres par des intellectuels tels qu’Edwy Plenel, je signale ce dessin qui agite actuellement la toile électronique.

On y voit à droite une mère de famille portant en 1940 sur son manteau l’étoile juive tenant par la main son petit enfant et à gauche une autre maman voilée en 2019 tenant par la main un enfant marqué du croissant, en partance toutes deux vers un destin incertain.

Au-delà de l’obscénité de la comparaison qui rejoint l’obscénité du temps, nul ne m’empêchera de rappeler que les 11 juifs tués parce que juifs depuis 2006 l’ont été tous par des musulmans radicaux.

Il en faudra encore des victimes avant que le jour de l’attentat réel ne soit pas suivi de la victimisation nécessaire au fantasme virtuel.

Voir par ailleurs:

Roads designed by men are killing women – and stop millions from cycling

It will come as little surprise to anyone who cycles that twice as many men as women ride their bikes at least once a week, according to research from Sustrans, the cycling and walking charity. Almost three-quarters of women living in seven major UK cities never cycle for local journeys, the study found. Despite this, over two-thirds said their home town would be a better place if more people pedalled. Some 76% of women who already cycled or wanted to start said segregated lanes would help them to cycle more.

As a woman who cycles, I am often asked why so few others follow suit. Is it because of helmet hair? Or the bottom-amplifying effects of Lycra? There’s no doubt that women generally feel more pressure to look presentable than men. And although I’m rarely troubled by saddle sores, I find the logistics of cycling to work a right pain in the bum: the skanky showers, the outfit changes, the struggle to find somewhere discreet to plug in a hairdryer. And yes, I know that everyone in the Netherlands rides in their ordinary clothes, but I live in Stockport and work in Manchester: would you like to sit next to me unwashed after I’ve ridden 10 miles?

The main reason most women don’t cycle in the UK is because they think it is dangerous. You can tell them until the cows come home that the roads are statistically safe, and that you are more likely to be killed walking than on a bicycle. But when they sit on the top deck of a bus and look down to see a cyclist squashed up against the kerb they feel no compulsion whatsoever to join them. Women do seem to be more vulnerable, perhaps because they are often more reluctant to “own” the lane and so end up in the gutter: 10 out of 13 cyclists killed in London in 2009 were women, and eight of them were killed by left-turning HGVs, according to the campaign group Cycling UK.

Xavier Brice, at Sustrans, believes city planners are to blame. “Fifty-one per cent of the UK population is female, yet most of our cities are failing to design roads and streets for women to cycle,” he says. It cannot help that women remain under-represented among the transport planners and engineers who design our streets. And most council leaders, who decide how to spend the transport budget, are men.

Take Manchester, which has been ruled for more than 20 years by Richard Leese, the council leader. He cycles but was always lukewarm on segregated cycle lanes, say local campaigners. His view, they say, was that smoother tarmac was the answer: if only they could find the cash to fill in all the potholes then more people would saddle up. When new infrastructure was proposed he was against it if it threatened traffic flows.

Recently Leese has changed his tune: a nasty scare after getting his wheel stuck in the tram tracks may or may not have sped up his conversion. He now has an Olympic champion on his case too, after Andy Burnham, Greater Manchester’s mayor, appointed Chris Boardman to be its first cycling and walking commissioner. In his first interview after getting the job last year Boardman told me even he no longer felt safe riding on UK streets. Now we have a developing network of segregated lanes in Greater Manchester, with Boardman due to announce more by the end of the month. I regularly ride along one of them, which goes through the university and hospital districts, and am often struck by how many women I see. On Tuesday I took a Mobike to interview students at Manchester Met and was pleased to see a nurse fly by in her blue uniform, perhaps late for a shift at the infirmary.

Until very recently I took a slightly quicker route home, bombing along main roads. Then I got knocked off by someone who didn’t bother looking before he opened his door. I was unhurt, and will not appear in the cycling safety statistics. But when women tell me cycling is too dangerous I can’t, in good conscience, persuade them otherwise.

Helen Pidd is the Guardian’s North of England editor

Voir de plus:

Meet the “new man”: whatever others say he is.

Mr. Labash is the author of “Fly Fishing With Darth Vader.”

The New York Times

John Wayne, that repository of testosterone — now considered an illicit substance in many states — once played a character who said, “You have to be a man first, before you’re a gentleman.” Who knows what, exactly, he meant by it? It sounded like a fine thing to say, back when men were unabashed “men.” Now, we have #MeToo, and toxic males, and even such a once man-friendly rag as Gentlemen’s Quarterly (i.e., GQ), which has historically celebrated men, seems to be just sick about them, eager to atone for their Y chromosome.

As a subscriber for decades — and as a biological male — I eagerly delved into GQ’s “New Masculinity” issue. I’ve historically read the magazine that “meets millions of modern men where they live” for high-grade long-form journalism, or to settle existential quandaries such as, “What the hell is face serum and do I need to use it?” Still, one generally doesn’t turn to men’s magazine editors with soft hands who fret about conquering “your complex pant-shoe relationship” for instruction on the meaning of manhood. Not to pick on GQ, which, after all, helps us perform vital functions, such as how to “salute the celebrity mustache.”

But after years of #MeToo scandals, which have revealed weirdos and perverts and sex criminals (and that’s just R. Kelly), “toxic masculinity” is now regarded as tautology in some quarters. In more than a few tellings today, just to be a man is to be toxic.

So GQ’s newish editor in chief, Will Welch, is taking a crack at overhauling our benighted gender, presenting an issue in which, as he puts it, “traditional notions of masculinity are being challenged” and “overturned.” In doing so, he holds, we can be more generous, empathetic humans, even to ourselves, since “toxicity simply cannot thrive in the golden presence of genuine self-love.” Tell that to Harvey Weinstein, who allegedly “self-loved” into a potted plant in front of one of his trapped victims.

For those curious to see just how much American masculinity is shifting — at least at Condé Nast headquarters in Manhattan — the trouble starts on the cover, in which the singer Pharrell Williams sports a canary-yellow, high-fashion Moncler sleeping-bag-as-gown, looking like Cinderella going to the Dick’s Sporting Goods ball. From there, “The Glorious Now of Men in Makeup” spread is little surprise, with lacquered-up boy-banders, models and influencers dispensing invaluable beauty pointers, such as Gen Z trans model Casil McArthur, who advises going with “mascara and lip tint. If I want to be extra, I’ll incorporate intense sparkles.”

It’s difficult to envision the guys down at the tackle shop or Tractor Supply going in for sleeping-bag couture and hot makeup tips. But then, they’re the Old Man, the kind of man the new masculinity seeks to leave behind. Maybe they haven’t paraded around female job applicants with open kimono, à la Charlie Rose, or haven’t traumatized female colleagues by subjecting them to pelvic pinball, à la Mark Halperin. But in GQ’s eyes they’re guilty of a more universal sin: They’re still living as men undefined by non-men.

The bulk of GQ’s conversation starter is a package in which “18 powerful voices” have their say on the new masculinity. You’d think this would make for an interesting cross-section of representative men, but there, you’d largely be wrong, since traditional men seem afterthoughts in their own discussion. As the writer Rod Dreher has noted in his own analysis of the GQ spread, scratching out some back-of-the-envelope calculations, of these 18 purportedly definitive figures, there are perhaps four who are heterosexual cis men, about 20 percent (even though 95 percent of all males identify as hetero).

Aside from the views of men like the filmmaker John Waters (“men are the ones who have penis envy”), or Magic Johnson’s son, who has chosen a life “embracing traditionally feminine clothing and cosmetics,” GQ seems primarily interested in soliciting women’s opinions of what being a man means. Imagine Ms. or Jezebel doing the mirror version of this, with men mansplaining what women should be. Then run for your life.

You do get transgender men, like the boxer Thomas Page McBee, celebrating his “newly weaponized body,” which might sound like a threat to women if he hadn’t been originally gender-assigned to womanhood. There’s the rapper Killer Mike, who, along with his wife, Shana Render, is interviewed in one of Atlanta’s iconic strip clubs. But don’t strip clubs demean women? No bother. Killer Mike is otherwise woke enough to pass muster (he is, after all, a Bernie Sanders supporter), and Ms. Render informs that they do dispense investment tips to strippers. “Catering, massage companies, real estate,” Killer Mike adds.

Otherwise, there are a lot of women, all kinds of women. There’s the comedian Hannah Gadsby, who suggests men scale back their confidence, refrain from sharing their opinions, while looking “to traditional feminine traits” and then “incorporating them into your masculinity.” And there’s Al Freeman, whose soft-sculpture work is an effort to examine hypermasculine spaces, “a mirror of the things that I wish would be softer, or more benign, or less threatening somehow.” Think pillow versions of male genitalia or frat-house Jagermeister bottles. “I guess it’s castrating humor, to some degree,” Ms. Freeman says.

In an interview with Gayle King on “CBS This Morning,” Mr. Welch reported that in GQ’s survey of attitudes on masculinity, 97 percent said they felt masculinity was changing, and “30 percent of men said that they were confused by the changes.”

Wonder how that could’ve happened.

As for me, I might be tempted to answer Vox’s Liz Plank, one of GQ’s 18 voices, who recently published a book, “For the Love of Men.” While writing it, she went to Washington Square in Manhattan, thoughtfully asking men, “What’s hard about being a man?”

“Having to listen to people who aren’t men, or who are ashamed of manhood, constantly telling me how to be one,” would be my short answer, after I stopped, dropped and rolled for cover.

But for actual guidance — more sage than anything I read in GQ’s masculinity symposium — I’d turn to Edward Abbey, the ornery liberal who enjoyed baiting those on his own team. By most lights, he was a more reliable environmentalist than he was a feminist. (“The feminists have a legitimate grievance,” he said. “But so does everyone else.”) But Mr. Abbey, a former park ranger, did spend a lot of time observing nature up close, and not just the flora and fauna. Of man/woman relations, he wrote, “It is the difference between men and women, not the sameness, that creates the tension and the delight.”

Why keep fuzzing distinctions that for millenniums have resisted fuzzing? Punish the sex criminals and pelvic pinball wizards. Good riddance to them all. But otherwise, let men and women be men and women, however that appropriately breaks, without laboring so hard to fuse them. Maybe our opposites attracting, which the furtherance of our species has depended on, isn’t a design flaw, but its very essence. And maybe the wokerati ought to take their own most oft-repeated cliché to heart: Our diversity is our strength.

Matt Labash was a national correspondent at The Weekly Standard.

Voir enfin:

Pour en finir avec l’ “illusion biographique”
Nathalie Heinich
L’Homme, 195-196
2010

C’est peu dire que Michael Pollak n’apprécia pas le titre donné par Pierre Bourdieu au numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales dans lequel furent publiés les premiers résultats de son enquête sur l’expérience concentrationnaire (Pollak 1986a et b) : des années de travail avec plusieurs collaborateurs ; seize longs entretiens avec des rescapées d’Auschwitz-Birkenau en France, Autriche, Allemagne et Pologne ; l’analyse de vingt-cinq textes autobiographiques en français, anglais et allemand ; le dépouillement attentif des dépositions judiciaires conservées dans différentes archives et des témoignages historiques recueillis par plusieurs commissions ou centres de recherche ; des analyses thématiques, des tableaux synoptiques, de longues heures de lectures, de discussions, de réflexions, d’écriture1 – tout cela pour figurer dans un numéro de revue intitulé L’illusion biographique… Je n’ai sans doute pas pris toute la mesure, à l’époque, de la blessure que cela a pu représenter pour Michael. Je le ressens mieux aujourd’hui.

« L’illusion biographique » : c’était aussi le titre du court article que Bourdieu publia dans ce même numéro (Bourdieu 1986), seul texte théorique au milieu de contributions variées portant aussi bien sur les témoignages de rescapés des camps que sur la confession, les fils de pasteur, la vie d’un artisan, la trajectoire d’un ouvrier, l’itinéraire d’un drogué… Pourquoi ne pas l’avoir placé plutôt en tête, ou en conclusion, comme la logique l’aurait voulu ? Sans doute pour atténuer l’effet d’auto-contradiction que ne pouvait manquer de produire cette disqualification, par le directeur d’une revue, de l’objet même des contributions rassemblées par lui ? Peut-être aussi par un reste de scrupule envers ses auteurs ? Je ne vois pas aujourd’hui d’autre explication à ce choix éditorial pour le moins étrange.

Quant aux raisons, sur le fond, de cette démolition qui apparaît comme un règlement de compte, je n’en trouve pas d’autre que celle-ci : à la même époque se tenait à l’Ihtp (l’Institut d’histoire du temps présent, dont Pollak était membre) une table ronde sur l’histoire orale, dont les actes paraîtront un an plus tard dans la revue de l’institut, avec une introduction de son directeur, Jean-Pierre Rioux (1987), et un long article liminaire de Pollak (1987) ; elle faisait suite à une première table ronde sur le même sujet organisée six ans auparavant. Ce début des années 1980 avait été marqué dans nos disciplines par l’arrivée de la « micro-histoire » (cf. notamment Ginzburg & Poni 1981), l’intérêt pour les « histoires de vie » et, plus généralement, l’appui sur le matériau biographique et autobiographique. Bourdieu prenait donc, d’une certaine façon, le train en marche en consacrant un numéro de sa revue à ce thème (sans oublier que Sartre, dont il ne cessa pas de se démarquer tout en le « marquant » – comme on dit au football –, Sartre, donc, en avait fait figure de locomotive avec son essai sur Flaubert). Sans doute n’en fallait-il pas plus pour l’inciter à minimiser d’une main ce qui ne l’avait pas attendu pour exister, en même temps que de l’autre il affirmait sa présence dans un domaine devenu porteur. Peut-être ce jeu de positionnements stratégiques dans le milieu intellectuel n’était-il pas la seule raison de cette suspicion affichée envers la biographie ; en tout cas, c’est une raison cohérente avec ce qu’on connaît de lui par ailleurs2.

Mais les marquages de territoire ne sont pas tout : encore faut-il des arguments pour prendre position. Que pouvait donc reprocher Bourdieu à la biographie ? Deux choses, essentiellement – le premier argument étant longuement développé, le second à peine esquissé.

La biographie à l’épreuve du soupçon

Le sujet se prêtait admirablement à la sociologie du soupçon, jamais mieux à son aise qu’avec tout ce qui peut entrer dans la vaste orbite de la « construction sociale ». Bien naïf en effet, argumentait Bourdieu dans son article, celui qui ne verrait pas ce qui, dans le récit de vie, relève « en fait » : du mensonge ou, du moins, de la dissimulation et de la déformation, opposées à la transparence du discours (« se faire l’idéologue de sa propre vie en sélectionnant… » [1986 : 69]) ; de l’illusion propre à toute entreprise narrative, opposée à la pureté de l’expérience vécue (« illusion rhétorique » [ibid. : 70]) ; de l’artificialisme, opposé à la réalité brute des faits (« création artificielle de sens » [ibid. : 69], « cette sorte d’artefact socialement irréprochable qu’est “l’histoire de vie” » [ibid. : 71]) ; de la convention et de l’officialité, opposées à l’authenticité (« convention rhétorique », « présentation officielle de soi » [ibid. : 70]) ; de l’instabilité stratégique, opposée à la stabilité du monde tel qu’il est (« le récit de vie variera, tant dans sa forme que dans son contenu, selon la qualité sociale » [ibid. : 71]) ; du marché, forcément corrupteur, opposé à l’état de nature (« selon la qualité sociale du marché sur lequel il sera offert » [ibid.]) ; de la contrainte, opposée à la libre expression (« un surcroît de contraintes et de censures spécifiques » [ibid.]) ; de la manipulation, opposée au libre choix individuel (« manipuler » [ibid.]).

Mais bien naïf aussi – et c’est la dernière phrase de l’article, qui tempère quelque peu cet argumentaire foncièrement rousseauiste – celui qui ne verrait pas, dans l’entreprise biographique, tout ce qui ressortit à l’illusion individualiste, simple support du « narcissisme », opposée à la vérité du « social » : « l’individu […] vers lequel nous porte irrésistiblement une pulsion narcissique socialement renforcée, est aussi la plus réelle, en apparence, des réalités » (ibid. : 72). Bref, toute entreprise biographique est forcément suspecte, au plus haut point, tant en ce qui provient du biographié lui-même que de la « complicité naturelle du biographe » (ibid. : 69).

Ci-gît, donc, la biographie…

L’identité à l’épreuve de l’habitus

Après ce facile jeu de massacre constructiviste appliqué à l’illusion d’une « identité » objective3 (exercice devenu banal et qui serait sans doute accessible aujourd’hui à n’importe quel étudiant en sociologie), arrive un second argument :

« Essayer de comprendre une vie comme une série unique et à soi suffisante d’événements successifs sans autre lien que l’association à un “sujet” dont la constance n’est sans doute que celle d’un nom propre, est à peu près aussi absurde que d’essayer de rendre compte d’un trajet dans le métro sans prendre en compte la structure du réseau, c’est-à-dire la matrice des relations objectives entre les différentes stations »(ibid. : 71).

Jean-Claude Passeron a montré, dans un article un peu postérieur, que le principal problème posé aux sciences sociales par l’approche biographique relève moins du matériau (comme le suggère l’argument constructiviste longuement décliné par Bourdieu) que de la méthode appliquée à ce matériau4. En l’occurrence, le problème de méthode que pointe Bourdieu dans ce second argument renvoie à l’opposition classique entre le point de vue individuel et le point de vue collectif, entre le niveau micro et le niveau macro : opposition que la question biographique permet de retraduire sous une autre forme, celle de l’opposition entre, d’une part, la temporalité (accessible à la perception individuelle des profanes) et, de l’autre, les structures (qui n’apparaissent que grâce à la prise en compte de la dimension collective par le travail des sciences sociales)5. Ainsi l’entrée par la biographie – forcément narrative – apparaît-elle comme un crime de lèse-habitus – incorporé et structuré.

Ajoutons une dernière hypothèse quant aux motifs non plus seulement stratégiques ni même théoriques mais, peut-être, infra-conscients, de cette distance prise à l’égard de l’approche biographique et, plus précisément, autobiographique : c’est qu’elle requiert à la fois la collaboration active du sujet (et non plus sa soumission passive à l’interprétation du sociologue), la confiance dans le langage comme conducteur de sens, y compris dans ses non-dits ou ses errances (et non plus sa disqualification comme écran à traverser pour atteindre la vérité), et le recours à la mémoire, avec et malgré ses manques (et non plus l’observation du présent ou la prévision des conduites à venir). Elle est proche en cela de la cure analytique6 : propriété qui n’avait rien pour lui attirer la sympathie de Bourdieu, pris dans une lutte hégémonique de la sociologie avec non seulement la philosophie, dont il venait, mais aussi avec la psychanalyse dont, à l’évidence, il ne voulait pas.

Il se peut que sur le moment cette double attaque, constructiviste et structuraliste, contre l’approche biographique ait pu faire impression. À l’usage, toutefois, elle échoue devant l’intérêt des travaux issus de ce type de matériau (dont ceux de Pollak lui-même), et qui ne cessent d’en prouver par l’exemple la richesse et la productivité. Reste qu’il peut être intéressant de comprendre en quoi cette tentative de disqualification n’atteint pas son objet : en d’autres termes, en quoi Bourdieu s’est enferré ici dans l’« illusion d’une illusion ».

À naïf, naïf et demi : l’illusion naturaliste

La première illusion épistémique qui transparaît dans cet article de Bourdieu (1986) touche au dogme constructiviste. Celui-ci en effet ne ressortit pas seulement au simple constat de la nature foncièrement « sociale » des faits sociaux (constat qui n’est rien d’autre, tout compte fait, qu’une lapalissade, tout juste bonne à épater les profanes), mais aussi et surtout à la dénonciation de leur artificialisme, de leur conventionalité : dénonciation qui elle-même s’adosse, implicitement, à l’idée que seul serait nécessaire ce qui relèverait de la « nature » et non de la « construction sociale » – celle-ci ne pouvant renvoyer qu’à l’arbitraire, au contingent.

C’est dire à quel point le constructivisme postmoderne (que Bourdieu ne se privait pas de moquer d’une main tout en le pratiquant, si nécessaire, de l’autre) est englué dans un naturalisme rampant, héritier des conceptions pré-sociologiques – propres à la tradition philosophique comme au sens commun – qui ne connaissent d’autres réalités que celle, métaphysique, de la « nature » et celle, concrète, de l’individu hic et nunc. Les sciences sociales ont pourtant largement montré la puissance du langage, des institutions, des conventions, des mœurs, des lois, supérieure et aux données de la « nature », et aux capacités d’action du « sujet ». Qu’importe : voilà qu’on nous serine encore qu’un récit ne serait « que » socialement construit, donc artificiel, mensonger, illusoire, autant dire dispensable dans la panoplie des méthodes offertes aux sciences sociales.

À naïf, qui « croit » à la transparence du discours, naïf et demi : celui qui croit, comme Bourdieu, qu’un « bon » discours » serait un discours transparent à la réalité qu’il vise. Alors que tout discours devient intéressant, pertinent, riche de sens, dès lors qu’on s’attache à rendre signifiante son opacité même – c’est-à-dire ses propriétés, pragmatiques autant que discursives –, en tant qu’elle nous conduit à la façon dont la réalité en question fait sens pour celui qui la vit.

Mais pour concevoir cela, il faut sortir d’une autre illusion, également présente dans la dénonciation bourdieusienne de l’« illusion biographique » : non plus l’illusion naturaliste, mais l’illusion explicative.

À naïf, naïf et demi : l’illusion explicative

« Rendre compte d’un trajet dans le métro », écrit donc Bourdieu dans son second argument. On a beaucoup glosé sur la métaphore du métro, mais je m’attarderai plutôt ici sur le sens de ce « rendre compte ». S’agit-il d’expliquer la logique objective d’un choix d’itinéraire par une mise à plat (une « objectivation », dans son langage) de l’ensemble des trajets possibles ? Ou bien s’agit-il de comprendre la façon dont ce trajet-ci est vécu par le voyageur ?

L’une et l’autre perspectives – explicative, compréhensive – sont parfaitement légitimes, intéressantes, utiles. Simplement, elles ne visent pas la même opération intellectuelle et n’emploient pas les mêmes outils. Or, ce que vise Bourdieu dans cette image du métro, c’est manifestement une explication – structuraliste, objectiviste, spatialisée – de l’expérience par ses causes objectives : explication qu’il oppose à une autre – narrative, subjectiviste, temporalisée. Mais ce qu’il ne voit pas, c’est que l’outil biographique donne bien plutôt accès à une compréhension, c’est-à-dire une explicitation des raisons, des logiques sous-jacentes au vécu du sujet. Dans les deux cas, on « rend compte », certes, mais pas des mêmes réalités. Et l’illusion ici consiste à ne pas voir la discordance entre la visée et l’outil, parce qu’on ne voit pas qu’une autre visée est à l’œuvre

Je ne m’attarderai pas sur cette opposition bien connue entre explication et compréhension : bien connue, mais dont on sous-estime sans doute les implications pour les sciences sociales et les confusions qu’elle entraîne7. Ici, la principale confusion porte sur le fait que dans une perspective explicative et objectiviste, le récit biographique n’est qu’un outil, faute de mieux, pour atteindre la réalité à laquelle il réfère tout en la déformant ; alors que dans une perspective compréhensive (qui ne serait subjectiviste, soit dit en passant, qu’à condition de s’exonérer de toute comparaison entre les différentes expériences, et de toute tentative pour dégager la structuration de l’espace des possibles telle qu’elle s’offre aux acteurs), ce récit fait partie de la matière même de l’investigation : non pas seulement ce qui permet de comprendre, mais aussi ce qui doit être compris.

Dans cette dernière perspective, le soupçon du sociologue « désillusionnant » se retourne contre lui-même : le naïf n’est plus celui qui croirait à l’« objectivité » du récit biographique, comme ne cesse de le marteler Bourdieu, mais il est celui qui croit, comme lui, que le locuteur et son interlocuteur prennent ce récit pour la réalité, alors que l’un et l’autre savent bien qu’ils ont affaire à un récit – cette forme particulière de réalité, si riche d’enseignements pour peu qu’on l’écoute vraiment, c’est-à-dire pour elle-même en tant qu’elle vise, avec ses moyens propres, son référent, et non pour ce référent lui-même.

Face, donc, à celui qui se gausse des naïfs amateurs de biographies, on a envie de poser la question fameuse de Paul Veyne (1982) : dans quelle mesure, de quelle façon, à quelles conditions les biographiés croient-ils à l’histoire qu’ils racontent, et les biographes à celle qu’on leur raconte ? Et, au-delà de l’adhésion (de la « croyance ») à ce que racontent ces récits, quelles fonctions revêtent pour leurs narrateurs leur production et leur circulation ? De quels outils disposent-ils pour les rendre dicibles et intelligibles ?

La confusion des genres

C’est là qu’intervient un autre déplacement de la pensée sociologique : non plus de l’explication à la compréhension, mais de la visée référentielle à l’outil sémiotique. Encore une fois, Bourdieu n’y a vu que du feu.

« Le récit, qu’il soit biographique ou autobiographique, comme celui de l’enquêté qui “se livre” à un enquêteur », écrit-il (1986 : 69). Cet écrasement des genres narratifs en dit long sur son peu d’intérêt envers la matière du récit et les conditions de sa production ; autrement dit, sur la logique des choix de narration adoptés par le sujet, à laquelle donne accès la perspective compréhensive. Car la question primordiale que devrait se poser le chercheur face à ce genre de récits n’est pas de savoir dans quelle mesure ils sont « véridiques », « manipulés », « artificiels » ou purement « rhétoriques », mais dans quel contexte ils ont été produits et, le cas échéant, publiés, et sous quelle forme : biographie rédigée par un tiers, autobiographie spontanée ou sollicitée, entretien – et quel sens peut avoir l’adoption de tel genre discursif par rapport à l’expérience relatée.

Ce furent, précisément, l’originalité et l’intelligence du travail de Pollak sur la déportation : au lieu de se laisser fasciner par le contenu atroce des récits, s’obliger à se concentrer tout d’abord sur le filtre de leur forme. Avec, en toile de fond, ce constat originel, accablant : leur existence même est fonction de la capacité des narrateurs à avoir survécu à l’expérience qui en fait la substance. Car, en matière concentrationnaire, un témoin, avant d’être quelqu’un qui a décidé de témoigner, est quelqu’un qui en est revenu. Codicille : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui est revenu avec, non seulement, la possibilité physique de s’exprimer, mais aussi avec sa possibilité morale ; quelqu’un donc dont l’identité n’a pas été détruite au point de ne plus pouvoir s’autoriser à parler. Et enfin : un rescapé qui témoigne est quelqu’un qui a trouvé une écoute ou, au moins, la promesse, l’espoir qu’il y aurait un jour une écoute.

C’est cela « la gestion de l’indicible », selon le beau titre de l’article de Pollak (1986b). Et ce sont ces trois conditions – la condition de la survie, la condition du maintien de l’identité, la condition de l’écoute – qui ont fait l’objet conjoint de son travail sur ces récits, sans que jamais ces trois dimensions ne soient déconnectées les unes des autres. D’où l’attention scrupuleuse qu’il porte à la forme et aux conditions du témoignage, à la différenciation entre dépositions juridiques, témoignages historiques, autobiographies et romans, ainsi qu’à l’examen attentif des formes rhétoriques – usage des pronoms personnels, temps grammaticaux, organisation plus ou moins chronologique ou thématique de la narration. Tout cela a du sens, car ces choix génériques et formels sont étroitement liés – comme le montrera finalement ce travail – et au contexte de production du récit, et aux conditions de l’expérience elle-même (cf. Heinich 2005).

C’est dire combien le titre de l’article de Bourdieu et de ce numéro de la revue fut mal venu, j’ajouterai même dans ce contexte, indécent : plutôt que l’« illusion biographique », c’est le « travail biographique » qu’il aurait fallu saluer. Avec le respect dû à tout travail – celui du biographié comme celui du biographe.

L’impératif de cohérence

S’il avait eu cela en tête, sans doute Bourdieu se serait-il aussi abstenu – et je finirai sur ce point – de fustiger l’effort de cohérence du récit biographique, en réduisant la visée de « consistance et de constance » à une simple « prétention » (« prétendent à s’organiser en séquences ordonnées selon des relations intelligibles ») : pour lui, établir « des connexions propres à donner cohérence », ce n’est rien d’autre que ce qui se fabrique avec la « complicité naturelle du biographe » (1986 : 69) ; et « traiter la vie comme une histoire, c’est-à-dire comme le récit cohérent d’une séquence signifiante et orientée d’événements », c’est l’« illusion rhétorique », ou encore la « convention rhétorique », forcément « arbitraire », du roman « comme histoire cohérente et totalisante » (ibid. : 70).

Michael Pollak, lui, s’est bien gardé de faire du souci de cohérence une illusion propre à berner le naïf. Au contraire, il a su y voir ce qu’il est : une valeur, c’est-à-dire une visée partagée. Mais, dans la sociologie de Bourdieu, les valeurs ne peuvent être qu’illusions naïves ou cyniques dissimulations d’intérêts. Comment aurait-il pu dans ces conditions prendre au sérieux l’impératif de cohérence, cette valeur fondamentale que tout un chacun vise tant bien que mal à réaliser ? Et qui ne peut se réaliser qu’avec l’aide des institutions (oui, ces repaires de la « convention », de l’« artificialité », de la « contrainte »), au premier rang desquelles cette « institution du sens » par excellence qu’est le langage (cf. Descombes 1996) ?

« L’histoire orale », écrivait ainsi Pollak, « rejoint ici les préoccupations des nouvelles théories de la communication qui ne considèrent plus comme évidentes la cohérence et la continuité de la réalité, mais qui posent plutôt la question : comment le monde social s’y prend-il pour se doter de cohérence et de continuité ? » (1987 : 17). Or, la réponse à cette question réside pour une bonne part, précisément, dans l’activité narrative, qu’elle soit fictionnelle ou documentaire, collective ou individuelle, profane ou savante :

« Une telle pratique ouverte de la recherche historique, en montrant à quel point il a toujours été difficile dans la réalité sociale de créer de la continuité et de la cohérence, nous rappellerait que celle-ci, loin de constituer un équilibre stable que l’historiographie peut se contenter de décrire, représente un précaire équilibre de forces qui résulte d’un travail permanent de négociation et de compromis auquel la production historique elle-même n’est pas étrangère, tant dans sa constitution que dans son utilisation »(Pollak 1986a : 26).

C’est sur ce constat à la fois riche d’ouvertures épistémiques et plein d’humanité que se clôt l’article de Pollak, rendant finalement leur place, dans un nouage serré, au point de vue individuel, à la dimension institutionnelle et au regard du chercheur :

« Cette recherche sur une expérience-limite rappelle aussi combien est difficile le maintien de la continuité et de la cohérence, tant pour un individu que pour un groupe […]. Ainsi, en rendant compte de troubles identitaires fondamentaux et de leur possible maîtrise, l’analyse de l’expérience concentrationnaire atteste à quel point […] les individus, en tant qu’ils sont le produit d’une construction sociale, sont également une construction d’eux-mêmes »(Ibid. : 29).

On est loin, très loin, de l’« illusion biographique » sous le chapeau de laquelle furent publiés ces deux articles, à l’extrême opposé de l’esprit dans lequel ils avaient été écrits. Et c’est pitié, en y revenant plus de vingt ans après, que de réaliser à quel point la superbe intelligence qui fut celle de Bourdieu a pu se dévoyer dans cette forme de bêtise typique de notre époque que sont le soupçon généralisé, la critique aveugle et systématique.

Bibliographie

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Bourdieu, Pierre, 1986 « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 69-72.
DOI : 10.3406/arss.1986.2317

Descombes, Vincent, 1996 Les Institutions du sens. Paris, Minuit (« Critique »).

Ginzburg, Carlo & Carlo Poni, 1981 « La micro-histoire », Le Débat 17 : 133-136.
DOI : 10.3917/deba.017.0133

Heinich, Nathalie, 2005 « Les limites de la fiction », L’Homme 175-176 : Vérités de la fiction : 57-76.
—, 2007a « Hommage à Michael Pollak », in Comptes rendus à Walter Benjamin, Pierre Bourdieu, Norbert Elias, Erving Goffman, Françoise Héritier, Bruno Latour, Erwin Panofsky, Michael Pollak. Paris, Les Impressions nouvelles (« Réflexions faites »).
—, 2007b Pourquoi Bourdieu. Paris, Gallimard (« Le débat »).
—, 2008 « Régime vocationnel et pluriactivité chez les écrivains : une perspective compréhensive et ses incompréhensions », Socio-logos 3.
[http://socio-logos.revues.org/1793]
DOI : 10.4000/lhomme.29504

Israël, Liora & Danièle Voldman, eds, 2008 Michael Pollak. De l’identité blessée à une sociologie des possibles. Paris, Complexe (« Histoire du temps présent »)

Jackson, John E., 1988 « Mythes du sujet : à propos de l’autobiographie et de la cure analytique », in Michel Neyraut et al., eds, L’Autobiographie : 6e rencontres psychanalytiques d’Aix-en-Provence. Paris, Les Belles Lettres (« Confluents psychanalytiques »).

Passeron, Jean-Claude, 1990 « Biographies, flux, itinéraires, trajectoires », Revue française de sociologie 31 (1) : 3-22.
DOI : 10.2307/3321486

Pollak, Michael, 1986a « Le témoignage (avec Nathalie Heinich) », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 3-29.
—, 1986b « La gestion de l’indicible », Actes de la recherche en sciences sociales 62-63 : L’illusion biographique : 30-53.
—, 1987 « Pour un inventaire », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 11-31.
—, 1990 L’Expérience concentrationnaire. Essai sur le maintien de l’identité sociale. Paris, Métailié.

Rioux, Jean-Pierre, 1987 « Six ans après », Cahiers de l’Ihtp 4 : Questions à l’histoire orale, table ronde du 20 juin 1986 : 1-11.

Veyne, Paul, 1982 Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination constituante. Paris, Le Seuil (« Des travaux »).

Notes

1 L’ensemble de ce travail a été publié dans Pollak (1990) ; sur la place de cette recherche dans son œuvre, cf. Israël & Voldman (2008) ; sur les circonstances dans lesquelles elle a été menée, cf. Heinich (2007a).

2 Sur quelques stratégies analogues de « double discours », cf. Heinich (2007b).

3 Notons que Bourdieu aurait pu citer là Ricœur, dont les trois volumes de Temps et Récit venaient de paraître au Seuil en 1983, 1984 et 1985.

4 « On voit que l’hésitation porte sur les choix de traitement et non de matériau : le matériau biographique est du matériau historique comme un autre et souvent plus complet qu’un autre, en tout cas toujours organisé autrement ; la question est de savoir qu’en faire » (Passeron 1990 : 10).

5 C’est ce que met en évidence Passeron (in ibid.).

6 « La cure analytique et l’autobiographie se rejoignent encore, dans la visée qu’un je y poursuit de son unité, par leur élection commune du champ dans lequel elles choisissent de se déployer ainsi que du mode sur lequel ce champ se découvre : le langage et la remémoration » (Jackson 1988 : 139).

7 Pour un exemple récent, je me permets de renvoyer à Heinich (2008).

Pour citer ce document

Référence papier

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme, 195-196 | 2010, 421-430.

Référence électronique

Nathalie Heinich, « Pour en finir avec l’ “illusion biographique” », L’Homme [En ligne], 195-196 | 2010, mis en ligne le 04 novembre 2012, consulté le 24 octobre 2019. URL : http://journals.openedition.org/lhomme/22560 ; DOI : 10.4000/lhomme.22560

Cet article est cité par

  • (2017) Juifs d’Europe. DOI: 10.4000/books.pufr.16170
  • André, Bernard. (2013) Évaluer la formation pratique des enseignants : enjeux, défis et propositions. Revue française de pédagogie. DOI: 10.4000/rfp.4208
  • Maitilasso, Annalisa. (2014) « Raconte-moi ta migration ». Cahiers d’études africaines. DOI: 10.4000/etudesafricaines.17655
  • Eczet, Jean-Baptiste. Cometti, Geremia. (2017) Est-il possible de faire le portrait d’un migrant ?. Terrain. DOI: 10.4000/terrain.16129

Auteur

Nathalie Heinich

Centre national de la recherche scientifiqueLaboratoire d’anthropologie et d’histoire de l’institution de la culture (Lahic), Charenton-le-Pont

Du même auteur

COMPLEMENT:

Rémi Brague : “L’idée d’un progrès irrésistible vers des sommets radieux est complètement folle”
La volonté moderne de la table rase porte atteinte à nos biens intellectuels et moraux, déplore Rémi Brague.
Anne-Laure Debaecker
Valeurs actuelles
27/10/2019

Sauver les vertus, les idées ou les vérités que le projet moderne a conduites à la folie, c’est là l’intention de Rémi Brague dans son ouvrage Des vérités devenues folles qui regroupe les textes de diverses conférences prononcées entre 2009 et 2016, en Grande-Bretagne ou aux États-Unis. À travers ces textes, le philosophe et essayiste, membre de l’Institut de France, souligne les impasses générées par le culte du progrès et appelle à renouer avec la forme prémoderne de ces vertus, idées et vérités enracinées dans la culture occidentale issue aussi bien d’Athènes que de Jérusalem.

Valeurs actuelles. Pourquoi ce titre évocateur ?
Rémi Brague. 
Mon titre est une allusion tout à fait claire à la fameuse phrase de G. K. Chesterton dans Orthodoxie , selon laquelle le monde moderne est « saturé de vieilles vertus chrétiennes virant à la folie » . Je critique cette formulation car il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a des vertus tout court, qui sont approfondies par le christianisme.

Il n’existe pas deux manières d’être juste, d’être courageux, d’être tempérant… C’est pour cela que j’ai aussi introduit un autre texte de Chesterton, issu du chapitre « L ‘humanisme est-il une religion ? » de Pourquoi je suis catholique , dans lequel il insiste sur le caractère parasitique du monde moderne, qui vit de principes, de biens et de conquêtes intellectuelles, spirituelles et morales qui lui sont antérieurs. Ils datent du Moyen Âge, le Moyen Âge ayant lui-même approfondi et développé une partie de l’héritage antique. En matière de philosophie morale médiévale, saint Thomas d’Aquin emprunte des pans entiers à Aristote. Et Roger Bacon cite des pages entières de Sénèque. Ainsi, il n’y a pas de vertus chrétiennes, il y a une manière chrétienne de vivre et d’exercer des vertus humaines.

L’idée fondamentale de ce livre, qui se reflète aussi à travers le titre, est que les biens intellectuels et moraux dont nous vivons ont tendance à se dissoudre lorsqu’ils sont plongés dans un milieu moderne, et fleurissent lorsqu’ils sont replacés dans le contexte prémoderne qui les a hébergés.

Pourquoi le projet moderne a-t-il un tel impact sur nos biens intellectuels et moraux ?
En raison de son mantra “du passé faisons table rase”, de cette volonté de repartir de zéro en balayant les héritages du passé. J’analyse tout particulièrement cela dans le Règne de l’homme . Il s’agit de suspendre tout ce dont on vivait pour construire sur une base entièrement nouvelle, ou de détourner le capital des mondes anciens pour servir les nouveaux buts de ce monde moderne. Dans les Déshérités, ou l’urgence de transmettre, François-Xavier Bellamy identifie les trois auteurs correspondant aux trois étapes de répudiation de l’héritage : Descartes, Rousseau et Bourdieu. On a ainsi progressivement perdu le sens de la continuité et du développement. Pourtant, j’estime que la continuité devrait être l’un des droits les plus fondamentaux de l’humanité, pour reprendre la formule de Charles Dupont-White, « la continuité est un droit de l’homme ». Il ne s’agit pas d’exalter un fixisme mais de ne pas perdre le contact avec ce qui nous a faits et de faire que l’héritage et les beautés du passé enrichissent l’avenir. Car qu’on le veuille ou non, nous sommes des héritiers. Les physiciens expliquent d’ailleurs que les atomes qui font nos corps sont apparus quelques secondes après le big bang. Bien entendu, cela ne signifie pas que l’histoire serait notre code, mais cela demande un certain respect pour ce qui a été, ne serait-ce que pour ne pas scier la branche de l’arbre sur laquelle nous sommes assis. La continuité est la condition de la continuation : si on se coupe de tout ce qui nous précède, on est obligé de s’arrêter pour panne sèche. C’est ce qui me fait donner une acception positive au terme “tradition”. La tradition a, en effet, un avantage : elle a abouti à nos personnes. En revanche, il n’est pas certain que nos modes de vie contemporains puissent produire un avenir.

Le mouvement écologiste prend d’ailleurs de l’ampleur…
Certes, il y a une prise de conscience en matière d’ écologie mais, en ce qui concerne la disparition des pratiques culturelles, ce niveau de conscience est dans les limbes. Notamment quand on voit la façon dont on se débarrasse des grands écrivains français, de moins en moins étudiés à l’école. Au moins, les classes préparatoires littéraires, si elles ne donnent évidemment pas la connaissance de l’ensemble de l’histoire littéraire, ont l’avantage de faire découvrir l’existence d’auteurs de plus en plus oubliés. Elles donnent la carte du pays de la culture.

Comment expliquer ce refus de la continuité ?
Il provient du rêve de ne pas dépendre d’autre chose que soi. De l’idée d’autonomie comprise de travers par rapport à sa signification philosophique, qui est d’“être capable d’avoir accès soi-même à la loi”. Cela ne veut pas dire n’en faire qu’à sa tête, c’est même presque le contraire, car n’en faire qu’à sa tête met à la merci de tous ses désirs et entraîne ainsi une perte de liberté. Mais la liberté que comprennent beaucoup de nos contemporains est celle de la chute libre de la pierre ou encore de la liberté du taxi vide, qui ne va nulle part et que n’importe qui peut prendre et mener où il veut tant qu’il peut payer.

Quelle définition de la liberté lui préférez-vous ?
La route du bien est ouverte !

Quelle est l’idée du monde moderne devenue la plus folle ?
L’idée d’un progrès irrésistible qui nous mènerait, que nous le voulions ou non, vers des “sommets radieux”, pour parler comme Staline. Elle fait d’ailleurs système avec l’idée de “projet” : je détermine désormais ce que je vais être. Il s’agit d’une confusion grossière. Il y a eu, ces derniers siècles, un accroissement de nos connaissances et une augmentation de notre pouvoir d’agir sur l’extérieur (la technologie). L’idée de progrès est alors née au XVIIIe siècle, quand on s’est dit que de ces augmentations allait découler nécessairement une amélioration des régimes politiques. Et que de cette amélioration des régimes allait découler, quasi automatiquement, une élévation du niveau moral de l’humanité. Le XIXe siècle a orchestré cela, puis le XXe siècle, avec deux guerres mondiales et des génocides qui ont fait de ce siècle le nadir de tous les siècles, est venu briser cette illusion. Les gens un peu intelligents en Europe ont alors cessé de croire que nous étions sur un tapis roulant qui nous mènerait vers les “lendemains qui chantent”. Mais l’idée reste dans les milieux populaires, car on se scandalise que la vie ne s’améliore pas, comme si le temps travaillait pour nous. Certains surfent sur cette idée tenace : on essaye de nous vendre des réformes dites “sociétales” en affirmant qu’elles constituent des avancées. Mais qui nous dit qu’elles avancent dans le bon sens ?

Comment expliquez-vous la destruction de la famille traditionnelle par l’État et le marché, dont nous avons encore un exemple récent avec le projet de loi bioéthique ?
Parce que l’État, selon sa propre logique, a intérêt à être la seule instance vers laquelle puisse se tourner un individu isolé. L’existence de la famille, de tout corps intermédiaire est un obstacle à l’action de l’État. Car pour l’État, on doit recevoir ce que l’on mérite, ni plus ni moins. Or cela ne se passe pas ainsi au sein de la famille : on aime ses enfants quoi qu’ils fassent. La logique de la famille n’est pas celle de l’État et encore moins celle du marché. Pour ce dernier, la situation idéale est celle du consommateur isolé qui fait ses courses au supermarché et qui n’a d’autres soucis que de minimiser la dépense et maximiser le gain.

« D’une manière ou d’une autre, notre culture devra faire un pas en arrière en direction d’un certain Moyen Âge. » Pourquoi ?
Loin d’être l’époque obscurantiste que l’on cherche souvent à nous dépeindre, le Moyen Âge fut une période au cours de laquelle grandeur et misère, innovation et conservation n’ont cessé de se mêler. Je ne me fais aucune illusion sur le Moyen Âge réel : les gens étaient aussi bêtes et méchants qu’avant et que nous maintenant – ce qui n’est pas peu dire ! Je ne crois pas du tout au progrès linéaire. Mais il y existait un rattachement à la transcendance, en particulier au sein des élites, qui donnait sens et orientait l’existence. Les vertus étaient présentes sous leur forme originelle et n’avaient pas encore subi les distorsions de la modernité.

L’autre Moyen Âge possible qui s’offre à nous est l’islam, sous sa forme la plus bête : une loi divine qu’on ne discute pas mais que l’on fait appliquer et qui régit tous les domaines de la vie humaine. À nous de voir quel Moyen Âge nous choisirons. Mais si ce pas en arrière n’est pas fait, nous allons disparaître, car nous n’aurons plus de raisons réelles d’exister ou de perpétuer l’espèce humaine.

Vous mettez en avant l’importance de la transcendance. Quelles sont les limites de l’athéisme ?
Il faut déjà lui concéder que la science n’a pas besoin de ce que Laplace appelait “l’hypothèse Dieu” pour élaborer une description rigoureuse de l’univers : il suffi t de trouver les lois mathématiques qui le gouvernent. Par ailleurs, en politique, on peut construire un système dans lequel la croyance est rejetée dans le domaine privé : il suffi t de mettre au point une sorte de gentleman’s agreement dans lequel personne n’aura intérêt à faire du mal à son prochain. Je ne suis d’ailleurs pas certain que ce système, qui s’est mis en place par étapes, puisse perdurer sur le long terme.

En revanche, l’athéisme se trouve sans réponse quand il s’agit de justifier le pourquoi de l’existence d’un être capable de faire de la science et de la politique. Il se trouve incapable de répondre à l’interrogation : pourquoi est-il bon que les hommes existent ? Car pour justifier cette existence, il faut un point de référence extérieure sur lequel s’appuyer. Quelqu’un qui nous dise : “Choisis la vie !”

Des vérités devenues folles, de Rémi Brague, éditions Salvator, 192 pages, 20 €.

Voir par ailleurs:

 Il est vraiment sincère, ce film » : dans les petites et moyennes villes, « Au nom de la terre » fait carton plein

Le film sur un agriculteur poussé au suicide a été vu par 1,3 million de personnes, surtout dans les villes qui épousent la géographie agricole et rurale.

Sandrine Blanchard

Le Monde

23 octobre 2019

REPORTAGE Abbeville, Amiens, Doullens(somme) ­ envoyée spéciale

René et Marie ont du malà se souvenir de leur dernière sortie au ci­néma. « Ce devait être pour Qu’est­-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu ?, en janvier », finit par se remémorer ce couple de retraités. Dimanche 20 octobre,en fin d’après­midi, ils font la queue au CGR d’Abbeville (Somme) pour découvrir le film Au nom de la terre. « On vit dans une région agricole, alors on est intéressés par le sujet », explique René. « Et puis on a vu Guillaume Canet en parler au journal de France 2, je l’aime bien cet ac­teur », complète Marie.

Dans ce multiplexe installé à l’entrée de la ville sur l’ancienne friche industrielle de la sucrerie, dont il ne reste que la cheminée en briques au milieu du parking, la séance pour ce drame vécu par un agriculteur affiche complet. « C’est comme ça depuis plus de trois semaines, le film fonctionne super bien, constate la guiche­tière, et il sera encore à l’affiche la semaine prochaine. »

Depuis sa sortie, le 25 septem­bre, ce premier long­métrage d’Edouard Bergeon, inspiré de l’histoire de son père, qui s’est suicidé sous le poids des dettes et du travail, cumule plus de 1,3 mil­lion d’entrées en France. Pour sa cinquième semaine d’exploita­tion, il sera sur 550 écrans, contre 437 au départ. « Ça nous dé­passe », reconnaît, face à ce succès inattendu, le producteur, Christo­phe Rossignon, cogérant de Nord­Ouest Films et, comme le réalisateur, fils d’agriculteur.

L’exception Paris intra-muros

Dans la Somme, où les champs cultivés s’étendent à perte de vue, entre villages de briques rouges et éoliennes, nombreux sont les spectateurs, à l’image de René et Marie, qui ont été ou connaissent des agriculteurs. « On est de ce mi­lieu, l’histoire de ce film m’inter­pelle, c’est vrai qu’on ne sait jamais à quelle heure on va terminer la journée, tellement y a de boulot », témoigne Vincent, venu en fa­mille. « Notre petit­ fils fait ses étu­des au lycée agricole, ça nous parle », racontent Mireille et Ger­main, qui n’avaient pas mis les pieds au cinéma depuis Belle et Sébastien 3 en 2018.

Que ce soit à Abbeville (23 000habitants), à Amiens (134 000 ha­bitants) ou à Doullens (6 000 ha­bitants), Au nom de la terre fait un carton. « Même à la séance de mercredi soir, alors que d’habi­tude peu de gens ici sortent en se­maine, on a fait le plein », constate Fabrice Lejeune, responsable du cinéma Le Tivoli (93 places) à Doullens.

Entre mercredi 16 et di­manche 20 octobre, le film a enre­gistré, en quatre séances, 338 en­trées dans cette petite commune, contre 117 pour Rambo : LastBlood, et 6 pour la comédie Le Dindon avec Dany Boon. « Au­delà du public habituel, je vois de nou­veaux spectateurs. On est dans un milieu rural, les gens sont très tou­chés par cette histoire », témoigne Fabrice Lejeune. Samedi, Brigitte et Gaby sortentde la séance le cœur serré. « On a été agriculteurs, on a vécu cette pé­riode productiviste, cet engrenage terrible, se souviennent-­ils. On ne pouvait plus cultiver comme nos parents. Aujourd’hui, on est con­tents que nos enfants fassent un autre métier. » Et Brigitte d’ajou­ter : « Il est vraiment sincère ce film, et très réaliste. »

En haut du box­ office, juste der­rière Joker, le succès de ce long ­métrage à 5 millions d’euros de budget épouse en grande partie la géographie agricole et rurale française. Dans les petites et moyennes villes des Hauts­ de ­France, de Bretagne, de Norman­die, des Pays de la Loire, etc., il fait carton plein. En revanche, l’en­gouement est beaucoup moins fort en Provence­Alpes­Côte d’Azur et surtout à Paris, où sa programmation a fondu comme neige au soleil.

« L’exception, c’est vraiment Paris intra­muros, parce qu’à Lyon, Bordeaux, Lille ou en pé­riphérie, ça va », résume le pro­ducteur Chistophe Rossignon. « Le rapport Paris­ province est din­gue, constate Michel Saint­Jean, président de la société de distri­bution Diaphana. D’habitude, la proportion est de 1 à 3 – si vous fai­tes 100 000 entrées dans la capitale, vous ferez 300 000 en France. Là, il va être de 1 à 17, c’est disproportionné. »

Comment expliquer cet écart considérable entre Paris et le reste du pays ? « Ce gap, on n’en sort pas, mais quand vous faites de tels scores en province vous vous en moquez », balaie Christo­phe Rossignon. Avant de livrer son « analyse » : « A Paris, il y a pro­bablement encore l’influence de certaines critiques des médias na­tionaux. Le casque et l’enclume [allusion à l’émission « Le Mas­que et la plume » sur France Inter] nous a massacrés, et Le Monde ignorés. On nous a accusés d’être cucul la praline avec une histoire soi­-disant trop facile qui tire les larmes à la fin à cause des vraies images du père du réalisateur. Quand ce sont les Américains qui font ça, c’est génial, quand c’est nous, c’est de la merde. »

Le lancement d’Au nom de laterre a été mûrement planifié. Enjuin et juillet, 356 avant­-premiè­res ont été organisées à travers la France. « Je n’avais jamais fait ça en trente ans de carrière », recon­naît Michel Saint­Jean. Cette« tournée » s’est réalisée avec le soutien de l’association nationale Solidarité paysans. Puis, la promo­tion a repris dès le 20 août, Guillaume Canet participant à de nombreuses séances et France Bleu (partenaire du film) relayant sa médiatisation.

« Les débats après les projections se sont souvent éloignés de l’his­toire pour embrasser d’autres sujets prégnants comme l’utilisation des produits chimiques et la malbouffe, se souvient le distributeur. Il y a la prise de conscience que quelque chose ne tourne pas rond, insiste Christophe Rossignon, et que la souffrance de l’agriculteur arrive peut­être jusqu’à notre assiette. »


Taxes du péché: Punir Billancourt pour ne pas désespérer Neuilly (Sin taxes: When the cigarette, diesel-driving poor end up subsidizing the rich’s electric cars and green refrigerators)

1 janvier, 2019

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Je vais donc vous donner de quoi semer, et vous sèmerez vos champs, afin que vous puissiez recueillir des grains. Vous en donnerez la cinquième partie au roi ; et je vous abandonne les quatre autres pour semer les terres et pour nourrir vos familles et vos enfants. Genèse 47 : 24
Car on donnera à celui qui a; mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Marc 4: 25)
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Dans le débat sur la parité (…) on risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises. Si du moins on se dispense de faire ce qu’il faudrait pour que cela change vraiment : par exemple, un travail systématique, notamment à l’école, pour doter les femmes des instruments d’accès à la parole publique, aux postes d’autorité. Sinon, on aura les mêmes dirigeants politiques, avec seulement une différence de genre. Bourdieu
La Révolution abolit les privilèges et crée immédiatement ensuite l’Ecole polytechnique et l’Ecole normale supérieure, pour offrir à la nation ses cadres « naturels », en bref sa propre aristocratie. Daniel Cohen
Personne n’aspirerait à la culture si l’on savait à quel point le nombre des hommes cultivés est finalement et ne peut être qu’incroyablement petit; et cependant ce petit nombre vraiment cultivé n’est possible que si une grande masse, déterminée au fond contre sa nature et uniquement par des illusions séduisantes, s’adonne à la culture; on ne devrait rien trahir publiquement de cette ridicule disproportion entre le nombre d’hommes vraiment cultivés et l’énorme appareil de la culture; le vrai secret de la culture est là: des hommes innombrables luttent pour acquérir la culture, travaillent pour la culture, apparemment dans leur propre intérêt, mais au fond seulement pour permettre l’existence du petit nombre. Nietsche (Sur l’avenir de nos établissements d’enseignement)
En 2007, une étude menée par Richard Wiseman de l’Université de Bristol impliquant 3 000 personnes a montré que 88 % des résolutions de la nouvelle année échouaient. Concernant le taux de succès, il serait amélioré sensiblement lorsque les résolutions sont rendues publiques et qu’elles obtiennent le soutien des amis. Néanmoins, il est insensé d’essayer d’arrêter de fumer, de perdre du poids, de nettoyer son appartement et d’arrêter de boire du vin au cours du même mois : la volonté est une ressource mentale extrêmement limitée qui se travaille progressivement comme la musculation. Wikipedia
Les salles de sport sont des biens de club. Sous cette apparente tautologie se cache un concept économique qui signe un service partagé de façon exclusive par plusieurs personnes, à l’instar de la piscine ou du terrain de tennis privé d’une résidence collective. La particularité de ce type de bien est que les individus en retirent une satisfaction qui pend des autres. D’un côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la contribution de chacun aux coûts fixes d’investissement et de maintenance peut-être faible. D’un autre côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la congestion s’accroît. Accepter un nouveau membre permettra de diminuer l’abonnement annuel donnant accès à la piscine et au tennis, mais les nageurs risquent de se heurter dans le bassin et les joueurs de ne pas s’affronter à leur horaire préféré. Un club de sport est donc un bien de club au sens économique du terme : l’augmentation du nombre d’adhérents permettra de réduire le prix de l’abonnement, mais elle allongera la queue aux machines et aux douches. Un exercice classique, mais musclé pour économiste s’entraînant aux biens de club consiste à calculer la capacité optimale pour un nombre de membres donnés (par exemple la dimension appropriée de la piscine pour les 50 habitants de la résidence), le nombre optimal de membres pour une capacité donnée (le nombre ial pour un bassin de 8 mètres par 4) pour en duire la capacité optimale pour le nombre optimal. Le tout en spécifiant une fonction de coût qui tienne compte des économies d’échelle et une fonction de bénéfice qui tienne compte du fait qu’au bout d’un moment la congestion l’emporte sur la camaraderie : accepter un nouveau membre augmente la possibilité de se faire un nouvel ami, mais ce gain devient inférieur à la gêne de congestion qu’il occasionne. James M. Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est le premier à s’être livré à cet exercice théorique. Les propriétaires de salles de sport ont quant à eux trouvé un truc : faire signer un engagement d’un an aux abonnés qui n’utilisent pas, ou rarement, leurs équipements. Ces abonnés réduisent le montant individuel des cotisations sans embouteiller les installations. Aux États-Unis, près de la moitié des nouveaux inscrits aux premiers jours de janvier, la période de pointe des inscriptions, ne fréquente plus la salle de sport les mois suivants. Seul un nouvel abonné sur cinq continuera à s’y rendre après septembre. Les nouveaux inscrits se rendront en moyenne quatre fois dans la salle de sport dans l’année. Selon une étude de chercheurs québécois portant sur près de 1500 nouveaux inscrits dans des salles de Montréal, la fréquentation des salles de sport chute de près de moitié après quatre mois. Pourtant les nouveaux inscrits aux salles de sport signent de leur plein gré et sans barguigner, ni rechigner sur la durée contractuelle de l’engagement, contrairement à ce qu’ils feraient pour un abonnement de téléphonie mobile ou de télévision payante. Pourquoi donc payent-ils pour ne pas aller à la gym ? Deux économistes ont cherché à répondre à cette question dans un article paru en 2006 dans l’American Economic Review, l’une des publications d’économie les plus prestigieuses au monde. Ils ont calculé combien d’argent ces consommateurs perdaient. Réponse 600 dollars. C’est la différence de ce que paye un membre qui a choisi un contrat forfaitaire au lieu de payer à la séance en achetant 10 tickets d’entrée, autre option qu’il aurait pu choisir. Cet écart s’explique par l’optimisme ou la naïveté. Lorsqu’elles s’inscrivent, les personnes surestiment le nombre de fois où elles se rendront en salle. Dans l’étude québécoise jà citée, les nouveaux membres clarent, lorsqu’ils s’abonnent, le nombre de fois qu’ils comptent se rendre en salle. La fréquentation réelle observée par la suite est plus de deux fois inférieure. Les personnes croient à l’effet durable de leur bonne résolution de but d’année pour maigrir ou simplement entretenir leur forme. Peut-être certaines comptent-elles aussi sur l’effet incitatif du « J’ai payé donc il faut que j’amortisse mon forfait ». Quoi qu’il en soit c’est raté ! Les abonnés absents permettent à la salle de sport d’offrir un abonnement moins cher, ou bien… d’enrichir leur propriétaire. Tout pend de l’intensité de la concurrence. François Lévêque
Wauquiez, c’est le candidat des gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel. Benjamin Griveaux
Taxer un individu ou une entreprise, c’est le contraindre à payer un montant en général proportionnel à un revenu ou à un actif. Tous les systèmes politiques ont recours à la taxation. (…) Si la taxation est ancienne, l’utilisation des taxes varie selon les systèmes politiques. En France en 2014 ces ressources (44,7% du PIB) sont utilisées pour les fonctions régaliennes de l’état et pour l’état-providence (31,9% du PIB). La notion de vice est intimement liée à la morale et renvoie aux interdits religieux. Ce que l’on appelait vice dans la perspective de la tentation du mal a été requalifié par la science en addiction. Addiction à des substances, par exemple la nicotine ou à des pratiques comme le jeu ou à des comportements comme la boulimie compulsive. La nicotine est un psychostimulant présent dans les feuilles de tabac dont les effets comme pour la feuille de coca sont connus depuis longtemps. Dès l’ère industrielle la consommation de tabac fumé s’est développée, la pyrolyse permettant la prise de plus de nicotine juste en inhalant. Du vice à l’addiction la transition n’est pas neutre. Dans le premier l’individu est tenu pour responsable de ses choix de vie, dans l’addiction la responsabilité de l’individu peut être atténuée au motif que nous ne sommes pas égaux face à la dépendance. Les penchants particuliers pour les addictions ou les comportements moralement condamnables sont l’objet d’une interdiction (prohibition) ou d’une taxation. L’histoire nous démontre que la prohibition ne supprime pas le vice. (…) Si la prohibition ne peut venir à bout des vices humains il est souvent avancé que la taxation le pourrait. Les intentions des états sont ici parfaitement illisibles. La taxation apparait comme un compromis entre des intérêts puissants et un affichage de prévention. Pour autant les avocats des taxes comportementales répondent par l’argument du niveau de taxation. Si la taxe était très élevée, disent ils, la consommation baisserait. C’est déjà une concession car personne ne s’aventure à pronostiquer une disparition du tabac fumé. Néanmoins ils ont de sérieux arguments en particulier l’expérience australienne. Un continent isolé par la mer, de culture anglo-saxonne a réussi à infléchir sérieusement la consommation en augmentant les taxes jusqu’à rendre le paquet de cigarettes très cher. Ce n’est pas du tout la situation de la France. Si bien qu’en Europe force est de constater que les taxes ne peuvent venir à bout des vices. En réalité la taxation supplémentaire des substances addictives a une base parfaitement légitime: celle des externalités. La consommation de tabac produit des effets que le marché n’internalise pas dans le prix, il s’agit du coût des soins induits par les différentes atteintes symptomatiques au niveau de l’organisme. La médecine connait avec précision les maladies induites par le tabac au niveau non seulement des artères et du poumon mais aussi ailleurs. Le coût des soins dus aux complications du tabac est payé par d’autres dans le cadre de la mutualisation de l’assurance maladie ou des impôts. Ces externalités négatives sont en partie seulement compensées par la moindre espérance de vie qui fait que les pensions ne sont plus versées. Grace à l’exhaustivité des données de soins et à leur précision nous pouvons calculer l’équation des externalités. C’est pourquoi la taxation pigouvienne (d’Arthur Cecil Pigou qui la décrivit dans son ouvrage de 1920: The Economics of Welfare, London: Macmillan.) est rationnelle. Elle permet de combiner liberté individuelle et conséquences économiques. Mais dans ce domaine et à supposer que la taxe supplementaire sur le tabac devienne pigouvienne, il y a en France une situation exceptionnelle. La taxation du tabac est loin de se faire au profit des soins ou de la prévention. L’état dispose à sa guise des taxes et elles ont servi et servent encore de bouche trous dans les budgets sociaux non financés que l’état invente au gré de nécessités souvent électorales. Car il s’agit d’octroyer des “droits à” sans en avoir le financement nécessaire. Ainsi en 2000 le FOREC (Fonds de financement de la réforme des cotisations sociales) a bénéficié des faveurs de l’état bien en mal de trouver le financement nécessaire: ce fonds se voit en effet attribuer 85,5 % du produit du “droit de consommation” sur les tabacs manufacturés. En 2012 ce n’est pas moins de 11 affectataires qui se partagés les 11,13 milliards d’euros du produit du “droit de consommation” du tabac, pour des fractions allant de 53,52 % pour la Cnam à 0,31 % pour le Fcaata (Fonds de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante). Si la taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens on s’aperçoit qu’elle peut être la porte ouverte au vice de l’état qui consiste à détourner l’argent prélevé sur la base de motifs bien intentionnés pour en faire des ressources fiscales pour sa politique. Guy-André Pelouze (Centre hospitalier Saint-Jean, Perpignan)
Many goverments use “sin taxes” to dissuade people from smoking and drinking alcohol. In recent years, some lawmakers have turned their cross-hairs to a different vice: sugar. Obesity is on the rise all across the world. Forty per cent of Americans today are obese, up from around 15% in 1980. Several countries, along with a handful of American cities, have introduced taxes on sugary drinks in recent years. Their governments hope that these levies will both raise revenues and reduce how much sugar people consume. (…) But if there is a problem with sin taxes, it is not that they are ineffective. Rather, it is that they are inefficient. Sin taxes are blunt policy instruments. People who only have the occasional drink are not taking on any great health risks, yet they are taxed no differently than serious alcoholics. A similar logic applies for sugar taxes. Tobacco presents a slightly different problem. Nicotine is highly addictive, meaning that there are relatively few people who smoke cigarettes only occasionally. It is easiest to justify taxes on particular goods when they present what economists call “negative externalities”. When a driver buys fuel for his car, both he and the petrol station benefit. Yet cars emit carbon dioxide in their wake, which suggests that it would be only fair for drivers to pay taxes to offset the environmental damage they cause. Some policymakers argue that people who engage in unhealthy habits also impose negative externalities, since they tend to present taxpayers with bigger medical bills. In practice, however, these costs tend to be overstated. While obese people probably do present net costs to governments, smokers tend to die earlier, meaning that they probably save governments money since they draw less from state pensions. Policymakers should still consider implementing sin taxes if they intend to intervene to change individuals’ behaviour. But they should be aware that the bulk of the damage that smokers, drinkers and the obese do is to themselves, and not to others. The Economist
Sugar taxes have returned to policy debates, this time as “sin taxes”—levies on socially harmful practices. These are seen as a double win—useful sources of revenue that also improve public health. Economists think it is not as easy as that. Governments hope that just as taxes on alcohol and tobacco both generate revenue and reduce smoking and drinking, so sugar taxes will help curb obesity. (…) Sin taxes do change behaviour. Alcohol and tobacco are addictive, so demand for them is not as responsive to price changes as, say, the demand for airline tickets to fly abroad. But it is still more responsive than for many common household goods. Estimates vary from study to study, but economists find that on average, a 1% increase in prices is associated with a decline of around 0.5% in sales of both alcohol and tobacco (…) Data on the efficacy of sugar taxes are scantier, but the available evidence shows that they, too, lower consumption. (…) [and] sales of bottled water rose after the fizzy-drinks tax came in. Nevertheless, as policy instruments, sin taxes are extremely blunt. People who only occasionally drink or smoke do their bodies little harm, yet are taxed no differently from heavy smokers and drinkers. A study published last year by the Institute for Fiscal Studies (IFS), a think-tank, found that Britons who bought only a few drinks a week were far more sensitive to price fluctuations than heavy drinkers. The IFS suggests that it might make more sense to place higher levies on the tipples more in favour with heavy drinkers, such as spirits. It is fairly easy to blame particular diseases on tobacco and alcohol. For sugary drinks, which provide only part of consumers’ sugar intake, it is harder. Another IFS study finds that, though Britain’s new law will lower sales of fizzy drinks, it will have little effect on the behaviour of those who consume the most sugar. In Mexico the data show that the tax did lead poorer households to buy fewer sugar-sweetened drinks. But it had little impact on how much the rich consumed. John Cawley, an economist at Cornell University, points out that one flaw with many existing sugar taxes is that they are too local in scope. After Berkeley introduced its tax, sales of sugary drinks rose by 6.9% in neighbouring cities. Denmark, which instituted a tax on fat-laden foods in 2011, ran into similar problems. The government got rid of the tax a year later when it discovered that many shoppers were buying butter in neighbouring Germany and Sweden. Moreover, the impact on public health is unclear. Consumers might simply get their sugar from other sources. Shu Wen Ng, an economist at UNC who studied the taxes in both Berkeley and Mexico, says that one reason for hope is that many people form their dietary habits when they are young. And fizzy drinks are disproportionally drunk by teenagers, who are more sensitive to price changes. (…) The point of sin taxes is to make unhealthy goods more expensive on a relative basis, not to make the poor poorer. So a further concern is that they affect low-income households most. The poor spend a higher share of their income on consumption. So they are hit harder by any consumption tax, such as sales taxes in America or the European Union’s value-added taxes. Sin taxes are especially regressive, since poorer people are more likely to smoke and tend to drink more alcohol and sugary drinks. In theory, the sin taxes could be offset by earmarking any revenue from them for direct cash transfers or for social programmes aimed at reducing poverty. Philadelphia, for example, has earmarked the revenue from its sugar tax for schools, parks and libraries. Debate about sin taxes often tends to blur two distinct purposes. One is to deter people from behaviour that does them harm. Another is to pay for the cost to society as a whole of that harmful behaviour—what economists call its “negative externalities”. Some examples can be fairly clear-cut. When a driver buys fuel for his car, for example, society as a whole has to suffer the consequences of the higher levels of pollution. Banning fossil fuels is impractical, so economists recommend taxing carbon-dioxide emissions instead. Similar ideas underpin taxes on plastic bags to combat the growing problem of ocean pollution. In 2015 the British government passed a law forcing big retailers to charge 5p (6.6 cents) for every plastic bag. Use of plastic bags fell by 85%, though ecologists worry some consumers have switched to substitutes that are environmentally even more damaging. Cotton tote bags, for instance, have to be used 131 times to rank as greener than plastic alternatives. Advocates of taxes on vices such as smoking and obesity argue that they also impose negative externalities on the public, since governments have to spend more to take care of sick people. However, policy papers tend to overstate the economic costs of activities like smoking because they rarely account for what would happen without them. Although unhealthy people tend to cost governments more money while they are alive, this is at least partially offset by the morbid fact that they tend to die earlier, and so draw less from services like pensions. Different vices have different economic costs since they harm people in different ways. Save for the exceptionally overweight, most obese people do not die much earlier. But they do tend to require more medical attention than their healthier peers, often spanning the course of several decades. So obesity does impose net costs on taxpayers. The externalities from alcohol are less clear. Only a minority of drinkers are serious alcoholics, which limits the direct health-care costs from drinking. Excessive drinking, however, does cause significant crime. Around 30% of fatal car crashes in America involve a driver who has been drinking. Alcohol is also heavily linked to domestic violence. Smoking, in contrast, probably saves taxpayers money. Lifelong smoking will bring forward a person’s death by about ten years, which means that smokers tend to die just as they would start drawing from state pensions. (…) The Institute of Economic Affairs, a free-market think-tank, has produced a series of reports on the net fiscal costs of drinking, smoking and obesity to the British government (see chart 2). They estimate that, after accounting for sin taxes, welfare costs, crime and early death, tobacco and alcohol are worth £14.7bn ($19.3bn) and £6.5bn a year, respectively, to the Treasury. Obesity, in contrast, costs it £2.5bn a year. (…) The fizzy-drinks industry is fighting back. Cook County, which includes Chicago, repealed its sugar tax after just two months in part because of retailers’ complaints about falling sales. In June, after much lobbying from drinks firms, California’s state government passed a law preventing cities from taxing sugar until 2030. In America, heart disease is linked to one in four deaths, and smoking to one in five. Sin taxes can make people healthier. But since most of the damage smokers, drinkers and the obese do is to themselves, rather than to others, governments need to think carefully about how much they want to interfere. Moreover, any cost-benefit analysis on the social impact of these vices needs to take into account that people do find them enjoyable. There is more to life than living longer. The Economist
Sugary beverages (…) can give rise to things like diabetes or stroke or heart disease, and these are pretty big in magnitude. A couple of years ago, there was a study estimating that if people were to reduce their sugary beverage consumption by around 20%, then the health benefits that they would reap would be something akin to giving them each a check between $100 or $300 each year. (…) On the other hand (…) Things like rock climbing have negative health consequences, potentially. Driving a car has lots of negative health consequences. The key question from an economic policy perspective is whether people are taking into account these negative effects when they’re making their consumption decisions. In particular, a reason for concern about sugary beverages is that often the negative health consequences come a long time after the date of consumption. You get diabetes or heart disease much later in life. There’s a growing literature in behavioral economics that studies the tendency for people to underweigh distant consequences and overweigh the upfront benefits or costs of doing something. This can explain everything from why we save less for retirement than we should or intend to, or why we exercise less than we ought to. A reason for being interested in sugary soda and sugary beverages is that those [choices] also have this kind of discrepancy between the upfront joy of sipping a soda and this delayed health consequence that happens far down the road. (…) there is also concern about an unintended side effect of that kind of policy — that it tends to fall heavily on poorer consumers. We know that poorer consumers tend to consume things like cigarettes and soda at higher frequencies than richer consumers do. Survey evidence suggests that at the bottom of the income distribution, people drink about twice as much sugary soda than at the top of the income distribution. (…) One of the other questions about soda is the extent to which soda consumption is addictive in the same way that cigarette consumption is. We know from other research that people are much more responsive to cigarette taxes, to the decision to purchase cigarettes, before they start smoking or right when they’re starting, rather than after they’ve been smoking for many years. Then, if the price goes up, they’ll generally just pay the higher cost for it. (…) For soda, the question is whether people who are high soda consumers continue to consume soda at the same rates, like cigarette smokers — or whether they actually switch to other beverages or reduce consumption overall. Even if they’ve been consuming soda for a long time. One of the other policy ideas that we look at a little bit in this paper but don’t delve into too much — and I think there’s more interesting work to be done here — is other kinds of non-tax policies, like some of the advertising bans or pictures of blackened lungs on cigarette packages, for instance. These kinds of policies aren’t exactly taxes but are intended to reduce consumption of cigarettes. There’s been some discussion of similar kinds of policies for soda. (…) The idea is that less marketing would cause poorer consumers to drink less soda, without necessarily having to pay more for the soda they are drinking. (…) Just like you mentioned with the kinds of subsidies for energy-efficient appliances, you can reframe everything we’ve said about sodas in that context and think about the unintended regressivity costs of those kinds of policies. Often, the benefits are accruing precisely to folks in the population who have higher incomes, who aren’t necessarily the ones you’re trying to help out the most. (…) In Philadelphia, if it turns out that people basically don’t change their soda consumption because they instead just drive across the Ben Franklin Bridge and buy their soda in New Jersey, then you don’t actually get any of the health benefits that I was just talking about. People still consume the same amount. They get diabetes at the same rate. The only thing that happens is, they waste more gas driving across the bridge. That would be a downside of this kind of policy. (…) One of the interesting things that we saw with the Philadelphia mayor’s proposal is it was tightly tied to these spending programs on pre-K in a way that some of the previous Philadelphia soda tax proposals were not, the ones that actually ended up failing. This is something that other cities I think have taken note of — that sometimes in making the case for these kinds of things, it’s really helpful to show how those funds would be spent and how they can be retargeted to the affected classes. One of the key questions is whether it’s helpful to offset the regressivity costs of these kinds of taxes by targeting the revenues back toward poorer communities or poorer consumers. Whether that’s effective or not ends up being a pretty technical theoretical question that we get into a fair amount in the paper. The upshot is that if the reason that poorer consumers are drinking more soda than richer consumers is just a difference in preferences, then it’s not all that helpful to try to target those benefits back toward poorer consumers. There might be other arguments for why it’s really beneficial to support pre-K education. Benjamin Lockwood
Une ‘taxe sur le péché’ se définit comme une taxe sur un produit qui peut être nocif, telle que les cigarettes ou les boissons sucrées. Dans de nombreux cas, ces taxes sont une incitation à réduire la consommation et à améliorer la santé. Mais les taxes sur les péchés peuvent toucher de manière disproportionnée les consommateurs à faible revenu, tandis que les clients plus aisés bénéficient d’allégements fiscaux sur les articles qu’eux seuls peuvent se permettre, tels que les fenêtres et les appareils ménagers. éconergétiques. Wharton university

Après les grandes écoles, les opéras ou les concours de beauté, devinez ce que nos élites ont trouvé pour ne pas désespérer Neuilly !

En ce premier jour d’une nouvelle année …

Jour traditionnel à la fois des hausses et des bonnes résolutions

Et au terme de près de deux mois de « jacquerie fiscale » de la part des « gars qui fument des clopes et qui roulent au diesel » ….

Qui ont sérieusement mis à mal la légitimité d’un président qui il y a à peine 18 mois le monde entier nous enviait …

Alors que pour de simples raisons fiscales, l’on découvre que l’ex-doyenne de l’humanité aurait pu se faire passer pour sa mère …

Retour sur la face cachée de ces fameuses « taxes du péché » (dites comportementales sur tabac, diesel et à présent boissons sucrées) …

Qui censées préserver la santé des plus démunis qu’elle ciblent prioritairement …

Dans des domaines où la perception des bénéfices lointains justement suppose …

Des capacités qui, entre distance à la nécessité et capacité de se projeter dans l’avenir, ne sont pas données à tout le monde …

Et qui réussissent l’exploit au bout du compte …

Sans compter les réductions en retraites et pensions entrainées par leur décès plus précoce …

A l’instar de ces abonnés absents des clubs de sport ou des salles d’opéra qui par leur absence même subventionnent la pratique des plus assidus …

De faire subventionner par Billancourt…

Les voitures électriques et les frigos verts de Neuilly !

Do ‘Sin Taxes’ Really Change Consumer Behavior?
Benjamin Lockwood
Wharton
Feb 10, 2017

‘Sin tax’ is defined as a tax on a product that can be harmful to a person, such as cigarettes or sugary drinks. In many cases, these taxes are an incentive to lower consumption and improve health. But sin taxes can disproportionately hurt lower-income consumers, while wealthy shoppers enjoy tax breaks on items only they can afford, such as energy-efficient windows and appliances. A recent study by Benjamin Lockwood, a Wharton professor of business economics and public policy, and coauthor Dmitry Taubinsky from Dartmouth College examines the impact of sin taxes and whether there is a middle ground. The researchers also look at what is being called “revenue recycling,” where these taxes can be used to fund initiatives that benefit lower-income consumers. Lockwood recently spoke about their research on the Knowledge@Wharton show on Wharton Business Radio on SiriusXM channel 111. (Listen to the podcast at the top of this page.)

An edited transcript of the conversation follows.

Knowledge@Wharton: Sin taxes are an important topic here in Philadelphia, where there is a tax on sugary drinks.

Benjamin Lockwood: Absolutely. It’s been happening in Philadelphia, and we’ve also seen these implemented in Chicago, San Francisco, Berkeley, Oakland and Boulder, Colorado. There’s a growing policy wave in favor of these kinds of policies, so it seems like a good time to be looking at it and trying to understand some of these implications.

Knowledge@Wharton: What did you find in your research?

Lockwood: The way that economists generally think about these kinds of taxes is that sugary beverages have health consequences. They can give rise to things like diabetes or stroke or heart disease, and these are pretty big in magnitude. A couple of years ago, there was a study estimating that if people were to reduce their sugary beverage consumption by around 20%, then the health benefits that they would reap would be something akin to giving them each a check between $100 or $300 each year. These are pretty big numbers.

On the other hand, from an economist’s perspective, it’s not enough for something to have negative consequences to justify taxing it. Things like rock climbing have negative health consequences, potentially. Driving a car has lots of negative health consequences. The key question from an economic policy perspective is whether people are taking into account these negative effects when they’re making their consumption decisions. In particular, a reason for concern about sugary beverages is that often the negative health consequences come a long time after the date of consumption. You get diabetes or heart disease much later in life.

There’s a growing literature in behavioral economics that studies the tendency for people to underweigh distant consequences and overweigh the upfront benefits or costs of doing something. This can explain everything from why we save less for retirement than we should or intend to, or why we exercise less than we ought to. A reason for being interested in sugary soda and sugary beverages is that those [choices] also have this kind of discrepancy between the upfront joy of sipping a soda and this delayed health consequence that happens far down the road.

“From an economist’s perspective, it’s not enough for something to have negative consequences to justify taxing it.”

Knowledge@Wharton: In a lot of urban areas, people financially may not have another option in terms of drinking a soda, compared with drinking bottled water. It becomes a life issue that a lot of these people are not able to overcome.

Lockwood: Right. Part of what you’re bringing up here is the question of what people can afford and how these kinds of taxes hit poorer consumers versus richer consumers. This question is the fundamental one of our research. There have been studies of how these kinds of taxes can have beneficial health consequences by reducing consumption. But there is also concern about an unintended side effect of that kind of policy — that it tends to fall heavily on poorer consumers. We know that poorer consumers tend to consume things like cigarettes and soda at higher frequencies than richer consumers do. Survey evidence suggests that at the bottom of the income distribution, people drink about twice as much sugary soda than at the top of the income distribution.

This paper looks at the regressivity consequences of these kinds of taxes and tries to get a handle on them. How do we weigh those consequences against the potential health benefits from imposing these kinds of taxes?

Knowledge@Wharton: In your estimation, are sin taxes a good thing for the consumer in general?

Lockwood: This is the million-dollar question. What is the overall impact? And if we should have a soda tax, how big should it be? Philadelphia’s soda tax is 1.5 cents per ounce. I believe Boulder’s is 2 cents per ounce. Most of the others have been 1 cent per ounce. As cities go forward trying to weigh these policies, there is this question of what the magnitude should be and whether we should have this kind of tax at all.

The key thing that we explore in our paper is that what matters for these regressivity costs is how much people respond to these taxes when they are imposed. There’s often an initial intuition that these taxes must be really bad for poor consumers because then they have to pay more out of pocket. That’s exactly right, if people don’t respond to the tax at all — if they don’t reduce their consumption. Of course, poor people end up paying more.

On the other hand, if people end up reducing their consumption a lot in response to the tax, then things get a lot trickier and a lot more interesting. The people who get the greatest health benefits from that reduction are the people who were consuming the most sugar to begin with, which tends to be poorer consumers. So, if people are responding a lot to the tax, then these kinds of regressivity costs are actually a lot smaller. In fact, some of the health benefits can be really concentrated on poor consumers, which is something that the government is interested in.

To answer the question you raised — how should these taxes exist and how big should they be — the key question is how much people reduce consumption in response to the tax. Do they keep consuming the same amount and just pay more? Or do they actually reduce how much they’re consuming?

Knowledge@Wharton:  Are you able to glean enough from what has happened in places like Berkeley and Philadelphia to say, “Yes, absolutely, there’s no question that the economic and health benefits are there for people to stay away from sugary drinks?” And are they doing it?

Lockwood: Again, this is an insightful question that cuts to the heart of the issue. In many cases, we still need more evidence to know the optimal size of these taxes. There’s some initial evidence from the tax that was imposed in Mexico, and the one that was imposed in Berkeley a couple years ago, that does suggest people reduced consumption in response to these taxes. But the estimates of how much they reduced consumption are really wide.

Economists talk about that responsiveness in terms of elasticity. If you impose a 10% tax, then by what percentage do people reduce their consumption? Do they reduce their consumption by 1.5% or by 25%? It’s a huge range. If you take the middling estimates of those, and you think that it’s a 10% or so reduction, which is where a lot of economists at this stage think the value probably lies, then our initial estimates are that some positive tax, maybe even a little larger than the ones that have already been imposed, is probably optimal. But again, we’ll know more going forward when we see the effects of these bigger cities in the next few years.

Knowledge@Wharton: The taxes that have been put in place haven’t gone overboard, and they haven’t underdone it either. They’ve gotten it in the ballpark so that if there is any increase down the road, it may be a half-cent per ounce or so. The cities have done a pretty good job, for the most part.

Lockwood: I don’t want to go on record saying, “It should be exactly 3.25 cents per ounce,” because we’re still waiting to see the evidence come in. But [based on] the economic research so far, my guess is that somewhere in the range of 3 cents to 4 cents per ounce — rather than the 2 cents per ounce that we’re seeing now — would be in the ballpark. I would say cities, luckily, have been in the range of reasonable taxes so far, given the hazy nature of the estimates we have.

Knowledge@Wharton: In Philadelphia, it’s been well-noted that the mayor would like to use the money from the tax to help improve pre-K education. A big focus of your research is on the good that is potentially done by these taxes that goes back to the community.

Lockwood: One of the key questions is whether it’s helpful to offset the regressivity costs of these kinds of taxes by targeting the revenues back toward poorer communities or poorer consumers. Whether that’s effective or not ends up being a pretty technical theoretical question that we get into a fair amount in the paper. The upshot is that if the reason that poorer consumers are drinking more soda than richer consumers is just a difference in preferences, then it’s not all that helpful to try to target those benefits back toward poorer consumers. There might be other arguments for why it’s really beneficial to support pre-K education. But if that’s the case, then we should be doing it through income taxes or whatever, regardless. We shouldn’t necessarily tie it to the existence of a soda tax.

Knowledge@Wharton: The impact of higher prices and taxes on cigarettes to mitigate cancer and other diseases has been discussed for years. The fact that cigarettes have seen higher costs has slowed down some people, but it hasn’t stopped [people from purchasing them]. Part of this has to do with the attraction that people have to consuming these kind of products, correct?

Lockwood: I think that’s right. One of the other questions about soda is the extent to which soda consumption is addictive in the same way that cigarette consumption is. We know from other research that people are much more responsive to cigarette taxes, to the decision to purchase cigarettes, before they start smoking or right when they’re starting, rather than after they’ve been smoking for many years. Then, if the price goes up, they’ll generally just pay the higher cost for it.

For soda, the question is whether people who are high soda consumers continue to consume soda at the same rates, like cigarette smokers — or whether they actually switch to other beverages or reduce consumption overall. Even if they’ve been consuming soda for a long time.

Knowledge@Wharton: Not that it’s directly a part of your research, but part of the problem is the companies that are bringing these products forward and the impact they have through the marketing. To a degree, it’s an uphill battle for some of these people if they want to try to step away from soda. If you want to step away from cigarettes, it’s a much harder prospect.

“If the goal of a tax is to discourage consumption of something that’s unhealthy, then people will only reduce their consumption if they actually see that tax and feel it.”

Lockwood: One of the other policy ideas that we look at a little bit in this paper but don’t delve into too much — and I think there’s more interesting work to be done here — is other kinds of non-tax policies, like some of the advertising bans or pictures of blackened lungs on cigarette packages, for instance. These kinds of policies aren’t exactly taxes but are intended to reduce consumption of cigarettes. There’s been some discussion of similar kinds of policies for soda.

Those kinds of policies, too, can make more sense when you have these goods that are consumed more by poorer consumers. They can help dissuade people from consuming this stuff without actually taking money out of their pockets, right? The idea is that less marketing would cause poorer consumers to drink less soda, without necessarily having to pay more for the soda they are drinking.

Knowledge@Wharton: Is there bias in this process in general? You’re talking about more people of lower incomes being affected by sodas and cigarette tax, compared with people of higher incomes who have the ability to put in energy-efficient windows and refrigerators.

Lockwood: I think that’s right. Just like you mentioned with the kinds of subsidies for energy-efficient appliances, you can reframe everything we’ve said about sodas in that context and think about the unintended regressivity costs of those kinds of policies. Often, the benefits are accruing precisely to folks in the population who have higher incomes, who aren’t necessarily the ones you’re trying to help out the most.

You can do a similar kind of exercise where you say, “Well, this doesn’t necessarily have the redistributive benefits that we would otherwise hope for from a tax.” But it does have this corrective effect of getting people to consume more energy-efficient stuff, just like the soda taxes discourage people from consuming unhealthy stuff. And that corrective benefit has to be weighed against the regressivity cost.

Knowledge@Wharton: Going back to the soda issue, what really has been the impact from the tax? After it was implemented here in Philadelphia, there was a line item for it on your receipt so that it wasn’t just baked into the cost of a 20-ounce soda. That was an important piece to this.

Lockwood: Again, it’s too early to have much formal economic analysis out of this. We’ll see going forward what the overall effects on consumption and soda purchases actually are. But one of the interesting questions going into this was to what extent the soda tax — which is actually imposed on the distributors who supply sodas to grocery stores — would be passed on to consumers in the form of higher soda prices.

One of the interesting things we’ve seen so far is that it does look like stores are really trying to make a salient connection and say, “This is how much the cost of your soda has gone up because of this tax.” That’s pretty interesting. On the one hand, sometimes people are dismayed to see taxes being passed through to consumers. They’d like to see those taxes being borne by the firm or corporations. But on the other hand, if the goal of a tax is to discourage consumption of something that’s unhealthy, then people will only reduce their consumption if they actually see that tax and feel it. In this case, having that tax passed through to the consumer and being front-and-center on the receipt might be consistent with the apparent goals of the policy.

Knowledge@Wharton: With cigarettes, you’re not seeing that itemized receipt that says what you’re paying because of the tax. It could be a very important deterrent in this process.

Lockwood: It certainly could be. It’ll be interesting to see whether those line items persist going forward or whether that was a temporary move by the grocers to try to explain why we had this one-time cost increase. But if they stay there, and the tax ends up being fully passed on to consumers on into the future, I think it will be interesting to see if that actually helps with these benefits. Maybe this is the kind of thing that we should have been doing with cigarettes all along, really emphasizing how much the cost is increasing because of these taxes.

Knowledge@Wharton: How much interest in this research topic is there from the medical community?

Lockwood: I think the medical research community has a big part to play in this. Although this is mostly a theory paper, it identifies the key parameters or estimates that will govern what that optimal tax is. A lot of that research can beneficially come from the medical community. Things like, how much more does medical care cost when people consume more sugar versus less? How much do people seem to be taking those costs into account when they are making their consumption decisions?

Those are exactly the kinds of things that people are studying right now. And as I said, we have some initial estimates. But I think this is an exciting time both for economists and medical researchers because we will have better estimates of this shortly.

“What you’d like to do is to have people switch away from these sugary things toward other things.”

Knowledge@Wharton: We’ve seen growth in an area called behavioral economics. We want to understand the economic impact of our behaviors right now, whether they are positive or negative.

Lockwood: Exactly. This is a very exciting and vibrant area of economic research, where we relax the conventional economic model in which people are fully rational and fully take everything into account when they’re making every single decision they make all day. This area of behavioral economics allows for what many of us feel: That there are a lot of things going on. A lot of things are confusing, and you’re not always paying perfect attention to everything, including what the eventual health costs are of everything that you might engage in. When that’s the case, there are beneficial things that the government can do to help guide behavior or explain those costs.

Knowledge@Wharton: Starting to put these theories together, what potentially is the impact on the lower incomes in Philadelphia and Chicago and San Francisco, compared with where we will be going in the next five to 10 years?

Lockwood: I think a lot of it comes back to these empirical estimates of trying to see what the effects of these taxes actually are. In Philadelphia, if it turns out that people basically don’t change their soda consumption because they instead just drive across the Ben Franklin Bridge and buy their soda in New Jersey, then you don’t actually get any of the health benefits that I was just talking about. People still consume the same amount. They get diabetes at the same rate. The only thing that happens is, they waste more gas driving across the bridge. That would be a downside of this kind of policy.

Now, there are things you could potentially do to correct that, like cooperating with nearby localities and jointly setting taxes so there aren’t these big differences across local borders. But if it turns out that people just buy at their local store, and this has a big impact, then we’ll find out that this is a useful policy to be implemented at the city level.

Another question along these lines is how much people substitute other kinds of drinks or how their consumption behavior changes. One way in which Philly’s tax was distinctive is that it also extended to cover diet soda beverages. From the economic health perspective, that’s not obviously a great move in terms of policy design. Maybe there are some unintended health consequences of diet soda, too. But the estimates now suggest that those are miniscule relative to the negative consequences of sugar consumption.

What you’d like to do is to have people switch away from these sugary things toward other things — maybe toward diet soda, if that’s really what they want. Having a better sense of whether people just keep consuming their sugary soda because diet also went up [in price], or whether they instead switched to bottled water or something, will have an impact on whether other cities then think about imposing taxes across the board on diet beverages, too.

Similarly, there will be a benefit for other cities in understanding how to make the case for these policies to their constituents. One of the interesting things that we saw with the Philadelphia mayor’s proposal is it was tightly tied to these spending programs on pre-K in a way that some of the previous Philadelphia soda tax proposals were not, the ones that actually ended up failing. This is something that other cities I think have taken note of — that sometimes in making the case for these kinds of things, it’s really helpful to show how those funds would be spent and how they can be retargeted to the affected classes.

Voir aussi:

The price of vice“Sin” taxes—eg, on tobacco—are less efficient than they look

But they do help improve public health

The Economist

TOBACCO was new to England in the 17th century, but even then, smoking had plenty of critics. The most famous was King James I, who in 1604 described smoking as “a custome lothsome to the eye, hatefull to the Nose, harmful to the braine, dangerous to the Lungs, and in the blacke and stinking fume thereof, nearest resembling the Stigian smoke of the pit that is bottomless”. The king increased the import tax on the “noxious weed” by 4,000%.

Sometimes, governments have had compelling financial reasons to tax particular goods. In 1764, when the national finances were drained by wars in North America, Britain’s parliament began enforcing tariffs on sugar and molasses imported from outside the empire. In practice, these served as a consumption tax on colonists living in America and threatened to ruin their rum industry. Not long after, parliament also introduced heavy levies on tea. The colonists were not best pleased.

Two-and-a-half centuries later, sugar taxes have returned to policy debates, this time as “sin taxes”—levies on socially harmful practices. These are seen as a double win—useful sources of revenue that also improve public health. Economists think it is not as easy as that.

Governments hope that just as taxes on alcohol and tobacco both generate revenue and reduce smoking and drinking, so sugar taxes will help curb obesity. Hungary, which has the highest rate of obesity in Europe, imposed a tax on food with high levels of sugar and salt in 2011. France did the same for sugary drinks in 2012. Several American cities, Thailand, Britain, Ireland, South Africa and other countries have since followed suit.

Sin taxes do change behaviour. Alcohol and tobacco are addictive, so demand for them is not as responsive to price changes as, say, the demand for airline tickets to fly abroad. But it is still more responsive than for many common household goods. Estimates vary from study to study, but economists find that on average, a 1% increase in prices is associated with a decline of around 0.5% in sales of both alcohol and tobacco (see chart 1).

Clunky sin tax

Data on the efficacy of sugar taxes are scantier, but the available evidence shows that they, too, lower consumption. In March 2015 Berkeley, California, put a tax of one cent per ounce (28 grams) on sugary drinks. A study by researchers at the University of North Carolina (UNC) and the Public Health Institute in Oakland, California, found that sales of sugary drinks fell by 9.6% in a year. It was a similar story in Mexico, which in January 2014 slapped a nationwide tax of 1 peso (then 8 cents) a litre on sugar-sweetened beverages. Sales fell by 5.5% in the first year, and 9.7% in the next. In both places, sales of bottled water rose after the fizzy-drinks tax came in.

Nevertheless, as policy instruments, sin taxes are extremely blunt. People who only occasionally drink or smoke do their bodies little harm, yet are taxed no differently from heavy smokers and drinkers. A study published last year by the Institute for Fiscal Studies (IFS), a think-tank, found that Britons who bought only a few drinks a week were far more sensitive to price fluctuations than heavy drinkers. The IFS suggests that it might make more sense to place higher levies on the tipples more in favour with heavy drinkers, such as spirits.

It is fairly easy to blame particular diseases on tobacco and alcohol. For sugary drinks, which provide only part of consumers’ sugar intake, it is harder. Another IFS study finds that, though Britain’s new law will lower sales of fizzy drinks, it will have little effect on the behaviour of those who consume the most sugar. In Mexico the data show that the tax did lead poorer households to buy fewer sugar-sweetened drinks. But it had little impact on how much the rich consumed.

John Cawley, an economist at Cornell University, points out that one flaw with many existing sugar taxes is that they are too local in scope. After Berkeley introduced its tax, sales of sugary drinks rose by 6.9% in neighbouring cities. Denmark, which instituted a tax on fat-laden foods in 2011, ran into similar problems. The government got rid of the tax a year later when it discovered that many shoppers were buying butter in neighbouring Germany and Sweden.

Moreover, the impact on public health is unclear. Consumers might simply get their sugar from other sources. Shu Wen Ng, an economist at UNC who studied the taxes in both Berkeley and Mexico, says that one reason for hope is that many people form their dietary habits when they are young. And fizzy drinks are disproportionally drunk by teenagers, who are more sensitive to price changes.

Jonathan Gruber, an economist at the Massachusetts Institute of Technology, points out that taxing foods like sugar and fat is in a different category from taxing tobacco and alcohol, because people need food to live. It presents public-health problems only when people eat too much. Mr Gruber says if he were king, he would target the problem more directly, by supplementing taxes on sugar and fat with a tax based on individuals’ body-mass indices.

The point of sin taxes is to make unhealthy goods more expensive on a relative basis, not to make the poor poorer. So a further concern is that they affect low-income households most. The poor spend a higher share of their income on consumption. So they are hit harder by any consumption tax, such as sales taxes in America or the European Union’s value-added taxes. Sin taxes are especially regressive, since poorer people are more likely to smoke and tend to drink more alcohol and sugary drinks. In theory, the sin taxes could be offset by earmarking any revenue from them for direct cash transfers or for social programmes aimed at reducing poverty. Philadelphia, for example, has earmarked the revenue from its sugar tax for schools, parks and libraries.

Double negatives

Debate about sin taxes often tends to blur two distinct purposes. One is to deter people from behaviour that does them harm. Another is to pay for the cost to society as a whole of that harmful behaviour—what economists call its “negative externalities”. Some examples can be fairly clear-cut. When a driver buys fuel for his car, for example, society as a whole has to suffer the consequences of the higher levels of pollution. Banning fossil fuels is impractical, so economists recommend taxing carbon-dioxide emissions instead.

Similar ideas underpin taxes on plastic bags to combat the growing problem of ocean pollution. In 2015 the British government passed a law forcing big retailers to charge 5p (6.6 cents) for every plastic bag. Use of plastic bags fell by 85%, though ecologists worry some consumers have switched to substitutes that are environmentally even more damaging. Cotton tote bags, for instance, have to be used 131 times to rank as greener than plastic alternatives.

Advocates of taxes on vices such as smoking and obesity argue that they also impose negative externalities on the public, since governments have to spend more to take care of sick people. However, policy papers tend to overstate the economic costs of activities like smoking because they rarely account for what would happen without them. Although unhealthy people tend to cost governments more money while they are alive, this is at least partially offset by the morbid fact that they tend to die earlier, and so draw less from services like pensions.

Different vices have different economic costs since they harm people in different ways. Save for the exceptionally overweight, most obese people do not die much earlier. But they do tend to require more medical attention than their healthier peers, often spanning the course of several decades. So obesity does impose net costs on taxpayers.

The externalities from alcohol are less clear. Only a minority of drinkers are serious alcoholics, which limits the direct health-care costs from drinking. Excessive drinking, however, does cause significant crime. Around 30% of fatal car crashes in America involve a driver who has been drinking. Alcohol is also heavily linked to domestic violence.

Smoking, in contrast, probably saves taxpayers money. Lifelong smoking will bring forward a person’s death by about ten years, which means that smokers tend to die just as they would start drawing from state pensions. In a study published in 2002 Kip Viscusi, an economist at Vanderbilt University who has served as an expert witness on behalf of tobacco companies, estimated that even if tobacco were untaxed, Americans could still expect to save the government an average of 32 cents for every pack of cigarettes they smoke.

The Institute of Economic Affairs, a free-market think-tank, has produced a series of reports on the net fiscal costs of drinking, smoking and obesity to the British government (see chart 2). They estimate that, after accounting for sin taxes, welfare costs, crime and early death, tobacco and alcohol are worth £14.7bn ($19.3bn) and £6.5bn a year, respectively, to the Treasury. Obesity, in contrast, costs it £2.5bn a year.

The best argument for sin taxes, however, is still the behavioural one. Economic models assume that people know what they are doing. Flesh-and-blood humans struggle with self-control. Most smokers are well aware of the health risks, but many still find it hard to quit. Tax policy can help. Mr Gruber argues that, once you allow for even a sliver of irrationality in human decision-making, the case for taxing addictive substances becomes clear.

The fizzy-drinks industry is fighting back. Cook County, which includes Chicago, repealed its sugar tax after just two months in part because of retailers’ complaints about falling sales. In June, after much lobbying from drinks firms, California’s state government passed a law preventing cities from taxing sugar until 2030.

In America, heart disease is linked to one in four deaths, and smoking to one in five. Sin taxes can make people healthier. But since most of the damage smokers, drinkers and the obese do is to themselves, rather than to others, governments need to think carefully about how much they want to interfere. Moreover, any cost-benefit analysis on the social impact of these vices needs to take into account that people do find them enjoyable. There is more to life than living longer.

Do “sin taxes” work?
And are they fair?
W.Z.
The Economist
Aug 10th 2018

MANY goverrments use “sin taxes” to dissuade people from smoking and drinking alcohol. In recent years, some lawmakers have turned their cross-hairs to a different vice: sugar. Obesity is on the rise all across the world. Forty per cent of Americans today are obese, up from around 15% in 1980. Several countries, along with a handful of American cities, have introduced taxes on sugary drinks in recent years. Their governments hope that these levies will both raise revenues and reduce how much sugar people consume. But do sin taxes even work?

Policymakers are right to think that sin taxes lead to lower consumption. The exact estimates vary from study to study, but economists have found that in general, a 1% increase in the price of tobacco or alcohol in America leads to a 0.5% decline in sales. In practical terms, this means that sales of tobacco and alcohol are more responsive overall to price changes than say, sales of many common household goods, such as coffee. Similarly, while it is still too early to determine whether these taxes will have any effect on obesity, studies have shown that they have at the very least reduced sales in Mexico, and the cities of Berkeley and Philadelphia.

But if there is a problem with sin taxes, it is not that they are ineffective. Rather, it is that they are inefficient. Sin taxes are blunt policy instruments. People who only have the occasional drink are not taking on any great health risks, yet they are taxed no differently than serious alcoholics. A similar logic applies for sugar taxes. Tobacco presents a slightly different problem. Nicotine is highly addictive, meaning that there are relatively few people who smoke cigarettes only occasionally.

It is easiest to justify taxes on particular goods when they present what economists call “negative externalities”. When a driver buys fuel for his car, both he and the petrol station benefit. Yet cars emit carbon dioxide in their wake, which suggests that it would be only fair for drivers to pay taxes to offset the environmental damage they cause. Some policymakers argue that people who engage in unhealthy habits also impose negative externalities, since they tend to present taxpayers with bigger medical bills. In practice, however, these costs tend to be overstated. While obese people probably do present net costs to governments, smokers tend to die earlier, meaning that they probably save governments money since they draw less from state pensions. Policymakers should still consider implementing sin taxes if they intend to intervene to change individuals’ behaviour. But they should be aware that the bulk of the damage that smokers, drinkers and the obese do is to themselves, and not to others.

Voir de même:

« La taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens »

La théorie économique dit que la taxation compense les « externalités négatives » du marché des produits nocifs. A condition que l’Etat n’en détourne pas le produit, explique le chirurgien des hôpitaux Guy-André Pelouze.
Guy-André Pelouze, chirurgien des hôpitaux au Centre hospitalier Saint-Jean (Perpignan)
Le Monde
15 avril 2016

Taxer un individu ou une entreprise, c’est le contraindre à payer un montant en général proportionnel à un revenu ou à un actif. Tous les systèmes politiques ont recours à la taxation. « Je vais donc vous donner de quoi semer, et vous sèmerez vos champs, afin que vous puissiez recueillir des grains. Vous en donnerez la cinquième partie au roi ; et je vous abandonne les quatre autres pour semer les terres et pour nourrir vos familles et vos enfants » (Genèse 47 : 24), dit la Bible.Si la taxation est ancienne, l’utilisation des taxes varie selon les systèmes politiques. En France en 2014 ces ressources (44,7% du PIB) sont utilisées pour les fonctions régaliennes de l’état et pour l’état-providence (31,9% du PIB).La notion de vice est intimement liée à la morale et renvoie aux interdits religieux. Ce que l’on appelait vice dans la perspective de la tentation du mal a été requalifié par la science en addiction. Addiction à des substances, par exemple la nicotine ou à des pratiques comme le jeu ou à des comportements comme la boulimie compulsive. La nicotine est un psychostimulant présent dans les feuilles de tabac dont les effets comme pour la feuille de coca sont connus depuis longtemps. Dès l’ère industrielle la consommation de tabac fumé s’est développée, la pyrolyse permettant la prise de plus de nicotine juste en inhalant. Du vice à l’addiction la transition n’est pas neutre. Dans le premier l’individu est tenu pour responsable de ses choix de vie, dans l’addiction la responsabilité de l’individu peut être atténuée au motif que nous ne sommes pas égaux face à la dépendance.La prohibition encourage la contrebandeLes penchants particuliers pour les addictions ou les comportements moralement condamnables sont l’objet d’une interdiction (prohibition) ou d’une taxation. L’histoire nous démontre que la prohibition ne supprime pas le vice. En France le cannabis est interdit mais il est consommé par beaucoup de français y compris des adolescents. Comme l’héroïne, la cocaine est interdite mais la consommation n’a jamais été supprimée et si elle a baissé c’est en raison de l’apparition sur le marché d’autres drogues de synthèse toutes aussi interdites. Il est à cet égard surprenant que certains médecins demandentl’interdiction du tabac. Cette opinion formellement généreuse en dehors d’entraver dangereusement la liberté individuelle conduit en pratique au pire. La prohibition encourage la contrebande, la mauvaise qualité des produits consommés et d’autres activités criminelles. Mais de surcroît elle augmente la consommation, c’est le paradoxe de la prohibition.Si la prohibition ne peut venir à bout des vices humains il est souvent avancé que la taxation le pourrait. Les intentions des états sont ici parfaitement illisibles. La taxation apparait comme un compromis entre des intérêts puissants et un affichage de prévention. Pour autant les avocats des taxes comportementales répondent par l’argument du niveau de taxation. Si la taxe était très élevée, disent ils, la consommation baisserait. C’est déjà une concession car personne ne s’aventure à pronostiquer une disparition du tabac fumé. Néanmoins ils ont de sérieux arguments en particulier l’expérience australienne. Un continent isolé par la mer, de culture anglo-saxonne a réussi à infléchir sérieusement la consommation en augmentant les taxes jusqu’à rendre le paquet de cigarettes très cher. Ce n’est pas du tout la situation de la France. Si bien qu’en Europe force est de constater que les taxes ne peuvent venir à bout des vices.

En réalité la taxation supplémentaire des substances addictives a une base parfaitement légitime: celle des externalités. La consommation de tabac produit des effets que le marché n’internalise pas dans le prix, il s’agit du coût des soins induits par les différentes atteintes symptomatiques au niveau de l’organisme. La médecine connait avec précision les maladies induites par le tabac au niveau non seulement des artères et du poumon mais aussi ailleurs. Le coût des soins dus aux complications du tabac est payé par d’autres dans le cadre de la mutualisation de l’assurance maladie ou des impôts. Ces externalités négatives sont en partie seulement compensées par la moindre espérance de vie qui fait que les pensions ne sont plus versées. Grace à l’exhaustivité des données de soins et à leur précision nous pouvons calculer l’équation des externalités. C’est pourquoi la taxation pigouvienne (d’Arthur Cecil Pigou qui la décrivit dans son ouvrage de 1920: The Economics of Welfare, London: Macmillan.) est rationnelle. Elle permet de combiner liberté individuelle et conséquences économiques.

Mais dans ce domaine et à supposer que la taxe supplementaire sur le tabac devienne pigouvienne, il y a en France une situation exceptionnelle. La taxation du tabac est loin de se faire au profit des soins ou de la prévention. L’état dispose à sa guise des taxes et elles ont servi et servent encore de bouche trous dans les budgets sociaux non financés que l’état invente au gré de nécessités souvent électorales. Car il s’agit d’octroyer des “droits à” sans en avoir le financement nécessaire. Ainsi en 2000 le FOREC (Fonds de financement de la réforme des cotisations sociales) a bénéficié des faveurs de l’état bien en mal de trouver le financement nécéssaire: ce fonds se voit en effet attribuer 85,5 % du produit du “droit de consommation” sur les tabacs manufacturés. En 2012 ce n’est pas moins de 11 affectataires qui se partagés les 11,13 milliards d’euros du produit du “droit de consommation” du tabac, pour des fractions allant de 53,52 % pour la Cnam à 0,31 % pour le Fcaata (Fonds de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante).

Si la taxation n’est pas une solution aux vices des citoyens on s’aperçoit qu’elle peut être la porte ouverte au vice de l’état qui consiste à détourner l’argent prélevé sur la base de motifs bien intentionnés pour en faire des ressources fiscales pour sa politique.

Voir également:

Voir par ailleurs:

Les abonnés absents des salles de sport

François Lévêque
The Conversation
21 juin 2016
Les salles de sport sont des biens de club. Sous cette apparente tautologie se cache un concept économique qui signe un service partagé de façon exclusive par plusieurs personnes, à l’instar de la piscine ou du terrain de tennis privé d’une résidence collective. La particularité de ce type de bien est que les individus en retirent une satisfaction qui pend des autres. D’un côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la contribution de chacun aux coûts fixes d’investissement et de maintenance peut-être faible. D’un autre côté, plus le nombre de membres est élevé, plus la congestion s’accroît.
Accepter un nouveau membre permettra de diminuer l’abonnement annuel donnant accès à la piscine et au tennis, mais les nageurs risquent de se heurter dans le bassin et les joueurs de ne pas s’affronter à leur horaire préféré. Un club de sport est donc un bien de club au sens économique du terme : l’augmentation du nombre d’adhérents permettra de réduire le prix de l’abonnement, mais elle allongera la queue aux machines et aux douches.
Un exercice classique, mais musclé pour économiste s’entraînant aux biens de club consiste à calculer la capacité optimale pour un nombre de membres donnés (par exemple la dimension appropriée de la piscine pour les 50 habitants de la résidence), le nombre optimal de membres pour une capacité donnée (le nombre ial pour un bassin de 8 mètres par 4) pour en duire la capacité optimale pour le nombre optimal. Le tout en spécifiant une fonction de coût qui tienne compte des économies d’échelle et une fonction de bénéfice qui tienne compte du fait qu’au bout d’un moment la congestion l’emporte sur la camaraderie : accepter un nouveau membre augmente la possibilité de se faire un nouvel ami, mais ce gain devient inférieur à la gêne de congestion qu’il occasionne. James M. Buchanan, lauréat du prix Nobel d’économie en 1986, est le premier à s’être livré à cet exercice théorique.
Les propriétaires de salles de sport ont quant à eux trouvé un truc : faire signer un engagement d’un an aux abonnés qui n’utilisent pas, ou rarement, leurs équipements. Ces abonnés réduisent le montant individuel des cotisations sans embouteiller les installations. Aux États-Unis, près de la moitié des nouveaux inscrits aux premiers jours de janvier, la période de pointe des inscriptions, ne fréquente plus la salle de sport les mois suivants. Seul un nouvel abonné sur cinq continuera à s’y rendre après septembre. Les nouveaux inscrits se rendront en moyenne quatre fois dans la salle de sport dans l’année. Selon une étude de chercheurs québécois portant sur près de 1500 nouveaux inscrits dans des salles de Montréal, la fréquentation des salles de sport chute de près de moitié après quatre mois.
Pourtant les nouveaux inscrits aux salles de sport signent de leur plein gré et sans barguigner, ni rechigner sur la durée contractuelle de l’engagement, contrairement à ce qu’ils feraient pour un abonnement de téléphonie mobile ou de télévision payante. Pourquoi donc payent-ils pour ne pas aller à la gym ? Deux économistes ont cherché à répondre à cette question dans un article paru en 2006 dans l’American Economic Review, l’une des publications d’économie les plus prestigieuses au monde. Ils ont calculé combien d’argent ces consommateurs perdaient. Réponse 600 dollars. C’est la différence de ce que paye un membre qui a choisi un contrat forfaitaire au lieu de payer à la séance en achetant 10 tickets d’entrée, autre option qu’il aurait pu choisir. Cet écart s’explique par l’optimisme ou la naïveté. Lorsqu’elles s’inscrivent, les personnes surestiment le nombre de fois où elles se rendront en salle.
Dans l’étude québécoise jà citée, les nouveaux membres clarent, lorsqu’ils s’abonnent, le nombre de fois qu’ils comptent se rendre en salle. La fréquentation réelle observée par la suite est plus de deux fois inférieure. Les personnes croient à l’effet durable de leur bonne résolution de but d’année pour maigrir ou simplement entretenir leur forme. Peut-être certaines comptent-elles aussi sur l’effet incitatif du « J’ai payé donc il faut que j’amortisse mon forfait ». Quoi qu’il en soit c’est raté !
Les abonnés absents permettent à la salle de sport d’offrir un abonnement moins cher, ou bien… d’enrichir leur propriétaire. Tout pend de l’intensité de la concurrence. S’il n’y a pas d’autres clubs de gym à la ronde, le propriétaire conservera l’essentiel du profit tiré des absents. La concurrence est en effet d’abord locale. Les clients choisissent une salle proche de leur lieu de travail ou de résidence. À cette concurrence spatiale, s’ajoute une concurrence sur la qualité des services.
Le marché de la gym est coupé en trois segments. Les clubs de prestige proposent des abonnements à plus de 100 euros mensuels. Ils sont souvent associés à un droit d’entrée et à une obligation de parrainage. coration stylée (quoique parfois kitch), coach personnel, salle de relaxation, grande piscine en font des sortes de palace pour la gymnastique. Le Ritz Health Club est d’ailleurs ouvert aux sportifs extérieurs à l’hôtel (3 900 euros l’année ou 180 euros la journée, à vous de choisir).
Les salles de milieu de gamme qui proposent des abonnements compris entre 50 et 100 euros par mois sont le ventre mou du marché. Certes les clients auront droit à une serviette propre, pourront aussi transpirer dans un sauna ou un hammam et se saltérer au bar, mais tout a été calculé au plus près. Ce segment de marché est aujourd’hui fortement concurrencé par les salles à bas coûts.
Le low-cost de la gym est né aux États-Unis, l’espace n’y manque pas et les baux y sont bon marché depuis la crise financière. Il gagne l’Europe en passant d’abord par l’Angleterre où, grâce à son essor, l’adhésion aux salles progresse de plus de 10 % par an.
Que les chaînes low-cost se nomment Xercise4less, BudgetGym ou Fitness4less, le message est le même. Leur mole aussi : prix bas mensuel, ouverture 24 heures sur 24, et prestations réduites à l’essentiel. Vous n’y trouverez ni sauna ou hammam (des à-côtés dispendieux et peu utilisés), ni cours collectifs (ou alors en vio), ni personnel pour vous aider dans l’emploi des machines (sauf de 18h à 22h), ni miroirs à gogo (les mètres carrés de glace sont chers), ni serviette gratuite (n’oubliez pas d’apporter la vôtre), et parfois il vous faudra payer pour prendre une douche (un demi-euro chez Neoness).
En revanche, les tarifs sont hors concours. Les formules à 10 $, 10 £ ou 10 € par mois ont essaimé dans la plupart des métropoles, plutôt à leur périphérie, là où les loyers sont beaucoup moins chers. Les salles low-cost ne demandent aucun engagement contractuel. Pour faire des affaires, elles ne comptent pas sur l’absentéisme, mais sur la réduction des coûts et des tarifs. Elles attirent de nouveaux adeptes, mais aspirent aussi les clients des clubs du ventre mou sensibles au prix.
Ces clubs comptent en moyenne 5 000 membres contre 1 900 tous segments de marché confondus. En outre, ils conservent mieux leurs clients. Ne s’engageant pas de façon naïve ou optimiste sur le long terme, ils ne connaissent pas la sillusion du manque d’assiduité qui les conduit à ne pas renouveler leur abonnement en fin d’année.
Pris en étau entre les clubs de prestige et ceux à bas coût, les propriétaires des salles du milieu de gamme ont du souci à se faire. En 2014 au Canada, près de 300 gyms de ce segment ont fermé tandis que le nombre d’ouvertures de salles low-cost s’est élevé au double.
S’ils ne veulent pas disparaître, les clubs du ventre mou doivent réussir à proposer du haut de gamme à prix serré ou parvenir à réduire drastiquement leurs coûts, leur prix et la durée d’engagement contractuel. S’ensuivra aussi un changement du côté des membres : les absentéistes finalement peu sireux de soulever de la fonte ou de pratiquer du vélo elliptique cesseront de subventionner les assidus des salles de sport aux abdominaux en forme de tablette en chocolat ou au muscle cardiaque de danseuse de zumba.
Voir encore:

Fiscalité, consommation, revenus.. ce qui change au 1er janvier
Le Parisien

Tanguy de l’Espinay

30 décembre 2018

Prélèvement à la source, réforme du compte formation, interdiction du glyphosate, etc… De nombreux changements interviennent ce mardi, notamment dans le quotidien des Français.
Comme chaque année, tout un train de réformes et de mesures entre en vigueur le 1er janvier. Derrière la locomotive du prélèvement à la source, nous avons comptabilisé une cinquantaine de changements tous secteurs confondus, qui auront plus ou moins d’impact sur la vie quotidienne des Français.

FISCALITÉ DES MÉNAGES
Impôt à la source : c’est parti ! L’impôt se prélève désormais à la source, c’est-à-dire via une retenue sur le salaire mensuel (il faudra attendre encore un an pour les particuliers employeurs). Le 15 janvier, un acompte de 60 % sera versé aux contribuables bénéficiant de réductions et crédits d’impôts. Si vous êtes perdus, le numéro d’information (0809.401.401) n’est désormais plus surtaxé.

CSG : la hausse annulée pour les petites retraites.L’annulation de la hausse de la CSG pour les retraités touchant moins de 2000 euros par mois entre en vigueur. Mais dans l’immédiat, tous les bénéficiaires doivent continuer pendant quelques mois à payer la CSG augmentée (8,3 %). Ils seront remboursés rétroactivement au plus tard le 1er juillet. Les personnes déclarant moins de 14 548 € de revenu annuel bénéficient toujours du taux réduit de 3,8 %.

L’« exit tax » allégée. Le nouveau dispositif qui remplace l’« exit tax » cible désormais les cessions de patrimoine intervenant jusqu’à deux ans après un départ de France, contre 15 ans auparavant.

CONSOMMATION ET TARIFS RÉGLEMENTÉS
Baisse des tarifs du gaz. Dans la foulée d’une première baisse de 2,4 % en décembre, les tarifs réglementés du gaz, appliqués à près de 4,5 millions de foyers français par Engie, baissent de 1,9 %.

Chèque énergie augmenté. Il permet de s’acquitter des factures liées à une consommation énergétique, gaz, fioul, électricité…). Le montant maximal est revu à la hausse de 50 € au 1er janvier, il variera entre 76 € et 277 €. Ce chèque énergie va bénéficier cette année à 5,8 millions de ménages. Le plafond d’attribution s’élève désormais à 10 700 € pour une personne seule et 16 050 € pour un couple.

Tabac : 7e hausse en 18 mois. Si la majorité des références restent stables (ce qui signifie que les fabricants rognent sur leurs marges pour absorber la hausse des taxes), le Marlboro Red passe à 8,20 euros.

+10 % pour les timbres. Le timbre rouge passe de 0,95 € à 1,05 € et le vert de 0,80 € à 0,88 €.

Fini les promos Nutella !La loi EGAlim entre en vigueur. Les promotions sur les produits alimentaires ne pourront pas excéder 34 % du prix de vente au consommateur. Ce n’est que le premier étage de la fusée. Le 1er février, plus aucun produit alimentaire ne pourra être revendu à moins de 10 % du prix auquel il a été acheté, et le 1er mars, le volume global des promotions sera limité à 25 % du chiffre d’affaires ou du volume prévisionnel d’achat entre le fournisseur et le distributeur fixé par contrats.

REVENUS
Le Smic passe la barre des 10 € de l’heure (en brut).Le taux horaire du Smic est revalorisé mécaniquement de 1,5 % et passe de 9,88 à 10,03 euros en brut. Soit de 1 498,47 à 1 521,22 € mensuels bruts pour un temps plein.

+90 € de prime d’activité. C’est l’une des mesures d’urgence décidées pour enrayer la colère des Gilets jaunes : la prime d’activité pour les salariés autour du Smic va bondir de 90 €. Les bénéficiaires en verront la couleur le 5 février.

LIRE AUSSI >Mesures d’urgences : ce que prévoit vraiment le gouvernement

Les heures sup défiscalisées. Les heures supplémentaires sont désormais défiscalisées et déchargées, pour tous les salariés, dans le privé comme dans le public.

TRAVAIL
Réforme de l’apprentissage. La limite d’âge maximum passe de 26 à 29 ans. La durée du travail des apprentis est assouplie et une aide unique est créée pour les entreprises de moins de 250 salariés.

Un pas de plus vers le rattrapage salarial des femmes. Les entreprises ne doivent plus seulement mesurer les écarts de salaires existants, mais aussi rendre des comptes en matière d’augmentations et de promotions.

PROTECTION SOCIALE
Très légère hausse des retraites. Le gouvernement a décidé de limiter à 0,3 % la revalorisation des pensions de retraite. Pour rappel, l’inflation est estimée à 1,7 % pour 2019 par la Banque de France.

Complémentaires : fusion Agirc/Arrco. Avec le prélèvement à la source, c’est l’autre gros changement de ce 1er janvier : la fusion effective des régimes complémentaires de retraite des salariés du privé Agirc (les salariés cadres) et l’Arrco (pour les salariés non-cadres), décidée en 2015. Concrètement, à ce jour, les cotisations retraite des actifs seront affectées à un seul et même compte rassemblant les points Agirc-Arrco. Autre changement : la revalorisation annuelle des retraites complémentaires ne va plus se baser sur l’inflation, mais sur l’évolution moyenne des salaires.

Retraites : le dispositif de décote-surcote entre en application. Concrètement : tout salarié souhaitant prendre sa retraite à 62 ans, même s’il a tous ses droits et tous ses trimestres cotisés, subit une décote de 10 % sur sa pension durant trois ans. S’il travaille un an de plus jusqu’à 63 ans, le malus disparaît. Et au-delà, il bénéficie d’une surcote, avec un bonus durant un an de 10 % pour 2 ans de travail en plus, 20 % pour 3 ans, et 30 % pour 4 ans.

Demande unique de retraite en ligne. Même si vous avez cotisé à plusieurs régimes de retraite, il est désormais possible de faire une demande unique de retraite en ligne.

Le système de retraite des auteurs refondu. Tous les artistes-auteurs, quel que soit leur niveau de revenus, et même s’ils sont déjà retraités, sont désormais redevables d’une cotisation de 6,9 %, au titre de leur retraite de base, prélevée à la source sur leurs droits d’auteur.

Augmentation du minimum-vieillesse. Le minimum vieillesse augmente de 35 € par mois pour une personne seule (868 €), et de 54 € pour un couple (1 348 €).

Allocation adulte handicapé : des droits à vie. Les droits sont désormais attribués à vie pour les personnes dont le taux d’incapacité est supérieur à 80 % et dont l’état de santé ne peut s’améliorer. Concrètement, ces personnes n’auront plus à repasser des examens médicaux pour justifier la réalité de leur handicap pour bénéficier de l’AAH, ou encore d’une carte mobilité inclusion.

FISCALITÉ DES ENTREPRISES
Année blanche pour les créateurs et repreneurs d’entreprise. Les créateurs et repreneurs bénéficient, sous conditions de ressources, d’une année blanche de cotisations sociales, au titre de leur première année d’activité.

Les Gafa taxés. Sans attendre ses voisins européens, la France applique désormais la taxe sur les géants du numérique (Google, Apple, Facebook, Amazon, etc.). Cette taxe ne se limitera pas au chiffre d’affaires mais s’étendra « aux revenus publicitaires, aux plateformes et à la revente de données personnelles ».

L’intéressement libéré dans les PME. Le forfait social sur l’intéressement pour toutes les entreprises de moins de 250 salariés est supprimé.

Ce qui va changer au 1er Janvier 2019

FINANCE
Facturation électronique obligatoire. La facturation électronique devient obligatoire pour les petites et moyennes entreprises (10 à 250 salariés). Encore un an et ce sera également le cas pour les TPE.

De la monnaie virtuelle chez les buralistes. La nouvelle a fait beaucoup de bruit lors de son annonce : les bureaux de tabac peuvent désormais délivrer des coupons de 50, 100 ou 250 € convertibles en bitcoin ou en ethereum. Sans l’aval de la Banque de France.

AGRICULTURE
L’épargne de précaution encouragée. Un nouveau dispositif d’épargne de prévention des aléas est mise en place pour les exploitants : moyennant une obligation d’épargne, ils pourront pratiquer une déduction fiscale sur leur résultat d’exploitation, laquelle sera proportionnée à leur bénéfice.

Une nouvelle carte pour les aides européennes. La nouvelle carte européenne des Zones défavorisées simples (ZDS) entre en application. Elle établit qui a le droit à l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN), versée à 25 % par l’État et à 75 % par l’UE.

SANTÉ
Autisme : vers un forfait de remboursement du dépistage. Pour éviter d’avoir à payer plein pot les innombrables examens qui précèdent un diagnostic d’autisme, les parents d’enfants atteints jouissent désormais d’un forfait de remboursement des dépistages de la maladie.

Le prix de vente des prothèses auditives plafonné. Il sera plafonné à 1 300 euros. Le remboursement minimum par la Sécurité sociale et les mutuelles passera de 199,71 à 300 euros. Pour les enfants jusqu’à 20 ans révolus, ces deux montants seront alignés à 1 400 €.

Réforme des honoraires de dispensation. L’entrée en vigueur d’une réforme sur les « honoraires de dispensation » versés aux pharmaciens va provoquer l’augmentation du prix de certains médicaments comme les sirops pour la toux, les sprays nasaux ou les somnifères. En vertu de cette réforme votée en 2017, la commission que touchent les pharmaciens sur chaque boîte de médicaments depuis 2015 pour compenser la baisse de leurs marges, n’est plus fixe, mais varie en fonction du traitement.

Les médecins ne peuvent plus prescrire de traitement non-remboursable. Seuls les traitements anti-tabac remboursables peuvent désormais être prescrits par les médecins.

Certains actes moins remboursés, d’autres à 100 %. L’Assurance maladie remboursera 6 € de moins à partir du 1er janvier pour certains actes médicaux coûteux, pour lesquels la « participation forfaitaire » de l’assuré passera de 18 à 24 euros, sauf pour les personnes exonérées (invalides, femmes enceintes, malades chroniques…).

De nouveaux remboursements à 100 % sont créés, notamment pour les examens de santé obligatoires des enfants de moins de 6 ans et pour les honoraires perçus par les pharmaciens sur les « médicaments particulièrement coûteux et irremplaçables ». A partir du 1er juin, la consultation de prévention des cancers du sein et du col de l’utérus pour les femmes de 25 ans sera aussi intégralement remboursée.

ENVIRONNEMENT
Nouveau barème pour le bonus-malus automobile. Le malus auto ne coûte pas plus cher mais son seuil est abaissé de 3 g, passant ainsi de 120 à 117 g de CO2 rejetés par kilomètre.

Fini le glyphosate. La commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel sont interdites.

Les autocars polluants au garage. Les autocars aux normes Euro 4 et antérieurs, les plus polluants, n’ont plus le droit de circuler.

Extension de la prime à la conversion. Cette prime versée lors de la mise à la casse d’une ancienne voiture et de l’achat d’un nouveau véhicule peu polluant est reconduite et étendue aux véhicules hybrides et d’occasion. Elle est également doublée pour les 20 % des ménages les plus modestes et les actifs qui ne paient pas d’impôts et parcourent au moins 60 km chaque jour pour se rendre à leur travail.

TRANSPORTS
L’étau se resserre contre les conducteurs sans assurance. Les forces de l’ordre peuvent désormais utiliser un fichier national qui répertorie tous les véhicules assurés en France. Cette nouvelle base contient des informations sur l’immatriculation du véhicule, le nom de l’assureur et le numéro du contrat avec sa période de validité.

Nouvelle formation post-permis. Afin de réduire de trois à deux ans le délai probatoire pour obtenir 12 points, les jeunes conducteurs venant d’avoir le sésame peuvent prendre une formation « post-permis » de sept heures. Il faut pour y être éligible avoir eu le permis il y a plus de six mois mais moins d’un an.

500 € pour les apprentis qui passent le permis. France compétences finance une aide de 500 € aux apprentis pour qu’ils s’inscrivent au permis de conduire.

POLITIQUE
Les pensions de retraite des députés sont revalorisées.

Listes électorales : le délai pour s’inscrire est étendu. Pour la première fois, entrer dans une année électorale sans être inscrit n’est pas un souci : l’échéance pour s’inscrire sur les listes électorales est étendue. Pour les Européennes du printemps prochain, vous avez jusqu’au 31 mars.

TERRITOIRES
Paris : département et commune fusionnent. À cette occasion, l’État va transférer des compétences vers la nouvelle collectivité créée : « Ville de Paris ».

JUSTICE
Changement de ton dans les tribunaux. C’est une petite révolution : par souci de clarté, le Conseil d’État, les cours administratives d’appel et les tribunaux administratifs vont opter pour le style direct dans leur décision.

SÉCURITÉ/DÉFENSE
Une prime pour les généraux. Les hauts gradés bénéficient désormais d’une « indemnité spécifique de haute responsabilité » comme pour les cadres d’entreprises.

Coup de pouce pour les policiers. Les gardiens de la paix voient leur salaire augmenter de 40 €. Il sera encore revalorisé dans l’année.

TOURISME ET LOISIRS
Airbnb : les cartes prépayées interdites. On ne peut plus payer avec une carte prépayée sur des plateformes de location de meublés touristiques telles Airbnb.

Une taxe de séjour pour tous. Airbnb, Abritel-HomeAway, LeBonCoin, Tripadvisor, et les autres plateformes de location doivent désormais collecter la taxe de séjour.

DIPLOMATIE
Chaises musicales à l’Onu. Entrent en tant que membres non-permanents du Conseil de sécurité de l’ONU l’Allemagne, la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Indonésie et la République dominicaine, pour deux ans.

La France prend la tête du G7.

La Roumanie prend la présidence de l’UE.

Voir enfin:

Cinq questions sur la théorie russe qui remet en cause l’âge record de Jeanne Calment

Des chercheurs russes pensent que Yvonne Calment, la fille de l’ancienne doyenne de l’humanité, aurait usurpé l’identité de sa mère. « Abracadabrantesque », juge Jean-Marie Robine, qui avait participé à la validation de la longévité de la Française.

Une vaste supercherie ? Des chercheurs russes affirment que le record de longévité de Jeanne Calment n’en est pas un. Leur théorie qui suscite l’intérêt et provoque la controverse au sein de la communauté scientifique soulève toutefois plusieurs questions.

Qui était Jeanne Calment ? 

Jeanne Calment aimait dire que « Dieu l’avait oubliée ». Cette Française, née le 21 février 1875, plus d’une décennie avant la construction de la tour Eiffel ou l’invention du cinéma, est morte le 4 août 1997, dans une maison de retraite d’Arles (Bouches-du-Rhône). Elle avait alors officiellement 122 ans et 164 jours. Cet âge exceptionnel fait d’elle la détentrice du record mondial de longévité, tous sexes confondus, homologué par le Guinness Book.

Quelle est cette théorie russe ? 

Le mathématicien russe Nikolaï Zak, membre de la Société des naturalistes de l’université de Moscou, doute de l’authenticité du record de longévité de Jeanne Calment. Soutenu par le gérontologue russe Valeri Novosselov, il a pendant des mois analysé les biographies, interviews et photos de Jeanne Calment, ainsi que des témoignages de ceux qui l’avaient connue et les archives d’Arles.

Nikolaï Zak est arrivé à la conclusion que la fille de Jeanne Calment, Yvonne, avait pris l’identité de sa mère. Le chercheur estime qu’en 1934, ce n’est pas l’unique fille de Jeanne Calment, Yvonne, qui est morte d’une pleurésie, comme le dit la version officielle, mais Jeanne Calment elle-même. Yvonne aurait alors emprunté l’identité de sa mère, ce qui aurait permis d’éviter de payer les droits de succession. C’est donc elle qui serait morte en 1997, à l’âge de 99 ans. Un incroyable tour de passe-passe.

Parmi les 17 éléments que présente le chercheur figure une copie de la carte d’identité de Jeanne Calment datant des années 1930 où la couleur de ses yeux (noirs), sa taille (1m52) et la forme de son front (bas) ne correspondent pas à celles de la doyenne française au cours de ces dernières années de vie. Alimentant les doutes, Jeanne Calment avait ordonné de brûler une partie de ses archives photos quand elle est devenue célèbre, selon les chercheurs russes.

« En tant que médecin, j’ai toujours eu des doutes sur son âge », abonde le gérontologue russe Valeri Novosselov, qui dirige la section gérontologique au sein de la Société des naturalistes de Moscou. « L’état de ses muscles était différent de celui des autres doyens. Elle se tenait assise sans aucun soutien. Elle n’avait aucun signe de démence. »

Nikolaï Zaka eu l’idée d’enquêter sur la vie de Jeanne Calment pendant la création d’un « modèle mathématique » de la durée de vie des supercentenaires. « Plus je fouillais, plus je découvrais de contradictions », souligne-t-il. Le mathématicien russe a publié récemment son étude sur le site ResearchGate, un réseau international pour chercheurs et scientifiques.

Existe-t-il d’autres soupçons ?

Nikolaï Zak mentionne un livre datant de 1997, L’Assurance et ses secrets, contenant un court passage consacré à Jeanne Calment, qui soulève l’hypothèse d’un échange d’identités entre la mère et la fille. L’auteur du livre, Jean-Pierre Daniel, raconte qu’un contrôleur des sociétés d’assurance, se penchant sur le viager signé par la centenaire, avait déjà conclu à une fraude. « Mais à l’époque, Jeanne Calment était déjà considérée comme une idole nationale. Ce fonctionnaire a interrogé son administration, qui a répondu qu’il fallait continuer à payer la rente. Il n’était pas question de faire un scandale avec la doyenne des Français », explique-t-il à l’AFP.

Les travaux du mathématicien russe sont jugés crédibles par certains scientifiques qui relèvent les limites des validations des records de longévité. « L’idée d’usurpation d’identité [de Jeanne Calment par sa fille] avait déjà été envisagée par les validateurs et j’invitais régulièrement les démographes à conserver cette hypothèse », confirme à l’AFP Nicolas Brouard, directeur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (Ined). « C’est bien que Nikolaï Zak ait mené une recherche indépendante et sur le même terrain d’investigation. C’est un très bon travail », assure-t-il.

Quant au démographe belge Michel Poulain, professeur à l’université de Louvain, il salue une « investigation aussi détaillée » qui montre pour lui la nécessité de « réinvestir scientifiquement pour valider l’âge exceptionnel de ces supercentenaires ». « La probabilité d’un âge erroné augmente de façon exponentielle avec l’âge présumé », explique-t-il à l’AFP.

Pourquoi cette théorie est-elle contestée ?

Le démographe et gérontologue français Jean-Marie Robine, qui avait participé à la validation par le Guinness des records de l’âge de Jeanne Calment, assure n’avoir « jamais eu aucun doute sur l’authenticité des documents » de cette dernière. Il dénonce « un texte à charge, qui n’examine jamais les faits en faveur de l’authenticité de la longévité de Madame Calment ».

« Vous imaginez le nombre de personnes qui auraient menti », fait valoir l’expert dans Le Parisien. « Du jour au lendemain, Fernand Calment [le mari de Jeanne Calment mort en 1942] aurait fait passer sa fille pour son épouse et tout le monde aurait gardé le silence », pointe le spécialiste. Et de conclure : « C’est abracadabrantesque. »

« On n’a jamais autant fait pour prouver l’âge d’une personne », assure Jean-Marie Robine. « On n’a jamais rien trouvé qui nous permettait d’émettre le moindre soupçon sur son âge. On a eu accès à des informations qu’elle seule pouvait connaître, comme le nom de ses professeurs de mathématiques ou de bonnes passées par l’immeuble. On lui a posé des questions sur ces sujets. Soit elle ne se souvenait plus, soit elle a répondu juste. Sa fille n’aurait pas pu savoir ça. »

Le maire d’Arles à l’époque de la mort de Jeanne Calment, Michel Vauzelle, juge lui aussi que cette théorie est « complètement impossible et invraisemblable », parce que Jeanne Calment était suivie selon lui par de nombreux médecins.

Comment mettre fin au doute ?

« On pourrait procéder à une exhumation des cadavres », suggère à franceinfo Michel Allard, gérontologue qui a participé à la validation de l’âge de Jeanne Calment. Dans Le Parisien, Nicolas Brouard, l’expert de l’Ined, estime lui aussi que l’étude russe est « un argument en faveur de l’exhumation des corps de Jeanne et Yvonne Calment ». Une fois les corps exhumés, des prélèvements permettraient leur datation avec certitude.

Mais l’éventualité d’une exhumation est cependant très improbable, selon Michel Allard. D’abord, « il faudrait qu’un procureur de la République l’autorise ou le prescrive ». Ensuite, il faudrait que la famille de Jeanne Calment le demande, note le spécialiste. Or, pointe-t-il, « soit elle est au courant de la supercherie et donc ils ne vont pas demander l’exhumation, soit ils sont convaincus que c’est impossible, que c’est un scénario loufoque, donc ils ne vont pas demander non plus l’exhumation, en sachant que cette histoire a été montée de toute pièce ».


Miss France 2019: A quand le QI comme critère d’admission ? (Is Miss America turning into the thinking woman’s debutante ball ?)

16 décembre, 2018

San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)San Remo (Italie, 1949)Break the dull steak habit poster (1968)graph 1 PsychGuides.comImage result for social origins of Miss America winners since 1920"Miss France 2016 IMCMonique Lemaire (Miss France 1962)Irène Tunc (Miss France 1954)Sonia Rolland (Miss France 2000)Sylvie Tellier (Miss France 2002)Iris Mittenaere (Miss France/Miss Universe 2016)Image result for Miss France 2019 costumes de super-héroïnesImage result for Miss France 2019 costumes de super-héroïnesVaimalama Chaves (Miss France 2019)

 

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Share of employees reported as having very good looks by occupation in Germany

Twenty-six-year-old Angela Ponce (pictured) won the Spanish qualifying competition for Miss Universe on Friday

 

 

Car on donnera à celui qui a; mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Jésus (Marc 4: 25)
There’s certain things you’re s’posed to know When you’re a girl who grows up in the south I try to use my common sense But my foot always ends up in my mouth And if I had to walk a runway in high heels in front of the whole town I’d fall down And my mama cried When she realized I ain’t pageant material I’m always higher than my hair And it ain’t that I don’t care about world peace But I don’t see how I can fix it in a swimsuit on a stage I ain’t exactly Ms. Congenial Sometimes I talk before I think, I try to fake it but I can’t I’d rather lose for what I am than win for what I ain’t God bless the girls who smile and hug When they’re called out as a runner up on TV I wish I could, but I just can’t Wear a smile when a smile ain’t what I’m feelin’ And who’s to say I’m a 9.5 Or a 4.0 if you don’t even know me Life ain’t always roses and pantyhose. Kacey Musgraves
Il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Dans le débat sur la parité (…) on risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises. Si du moins on se dispense de faire ce qu’il faudrait pour que cela change vraiment : par exemple, un travail systématique, notamment à l’école, pour doter les femmes des instruments d’accès à la parole publique, aux postes d’autorité. Sinon, on aura les mêmes dirigeants politiques, avec seulement une différence de genre. Bourdieu
Les corps auraient toutes les chances de recevoir un prix strictement proportionné à la position de leurs possesseurs dans la structure de la distribution des autres propriétés fondamentales si l’autonomie de la logique de l’hérédité biologique par rapport à la logique de l’hérédité sociale n’accordait parfois aux plus démunis sous tous les autres rapports les propriétés corporelles les plus rares, par exemple la beauté (que l’on dit parfois «fatale» parce qu’elle menace l’ordre établi) et si, à l’inverse, les accidents de la biologie ne privaient parfois les «grands» des attributs corporels de leur position comme la grande taille ou la beauté. Bourdieu
Porter les couleurs et le nom de l’Espagne devant l’univers est mon plus grand rêve. Mon objectif est de devenir la porte-parole d’un message d’intégration, de respect et de diversité, pas seulement pour la communauté LGBTQ, mais aussi pour le monde entier. Angela Ponce
Angela Ponce dit s’être sentie femme pour la première fois à l’âge de 3 ans, révèle le Daily Mail. Vingt-trois ans plus tard, elle s’apprête à participer à Miss Univers, un concours ouvert aux personnes transgenres depuis 2012. Le tout, près d’un mois après l’annonce faite par le concours Miss America, qui entend supprimer les passages en bikini lors de la compétition, au profit de la présentation d’un projet humanitaire. Preuve qu’un vent nouveau souffle désormais sur les concours de beauté… Le Figaro
Angela, who is 181 centimetres (5 feet, 9 inches) tall, was crowned Miss Universe Spain at the same time as the Lesbian, Gay, Bisexual, and Transgender (LGBT) community’s celebration of Pride Month. The beauty queen, who says she first identified as a woman at the age of three, will now represent Spain at Miss Universe 2018 at a date yet to be set… The Daily Mail
One of the more fascinating aspects of beauty pageants is that virtually everyone involved with pageants, including the contestants, deny that beauty is the driving force behind the pageant. This denial is stunning, considering that the events are called, after all, beauty pageants. Beauty is a four-letter word in the pageant business. But it wasn’t always that way. Up until the 1960’s, no one seemed to have a problem acknowledging the importance of « beauty » in beauty pageants. It was during that decade that feminists became particularly vocal in their criticism of judging beauty, especially within the context of a beauty pageant. (…) debutante balls, unlike the more egalitarian and working class ritual of beauty pageants, are more controlled and influenced by money than looks alone, though beauty is a dominant factor in both. Anthony Napoleon
Beauty pageants are an extension of the competition between women that begins at birth. All women are in competition with other women to get themselves a good husband. Alfred Patricelli (Miss World-USA)
Les statistiques, c’est comme le bikini