Cyberattaques: Le pire est devant nous (Behind the world’s largest state criminal organization, an open-air gulag and a largely indifferent free world)

22 mai, 2017
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Le jour où la Corée du nord s’effondrera, on découvrira un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire, avec des survivants dont les récits feront honte au monde libre. Et l’on s’interrogera alors sur les raisons pour lesquelles les informations n’ont pas conduit à rompre les relations diplomatiques et à demander des comptes à Pyong Yang. Thérèse Delpech
En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique. L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord. Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International. La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues. Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde». (…) L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un. C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare. Vincent Glad
Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.” The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.” What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea. Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific. Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th. This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state … Claudia Rosett
En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international. L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. (…) “La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.” (…) Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent. Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”. (…) Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa. L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres. (…) “Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Financial Times
From the final weeks of 2010 through the end of 2012, according to former American officials, the Chinese killed at least a dozen of the C.I.A.’s sources. According to three of the officials, one was shot in front of his colleagues in the courtyard of a government building — a message to others who might have been working for the C.I.A. Still others were put in jail. All told, the Chinese killed or imprisoned 18 to 20 of the C.I.A.’s sources in China, according to two former senior American officials, effectively unraveling a network that had taken years to build. Assessing the fallout from an exposed spy operation can be difficult, but the episode was considered particularly damaging. The number of American assets lost in China, officials said, rivaled those lost in the Soviet Union and Russia during the betrayals of both Aldrich Ames and Robert Hanssen, formerly of the C.I.A. and the F.B.I., who divulged intelligence operations to Moscow for years. The previously unreported episode shows how successful the Chinese were in disrupting American spying efforts and stealing secrets years before a well-publicized breach in 2015 gave Beijing access to thousands of government personnel records, including intelligence contractors. The C.I.A. considers spying in China one of its top priorities, but the country’s extensive security apparatus makes it exceptionally hard for Western spy services to develop sources there. At a time when the C.I.A. is trying to figure out how some of its most sensitive documents wereleaked onto the internet two months ago by WikiLeaks, and the F.B.I. investigates possible ties between President Trump’s campaign and Russia, the unsettled nature of the China investigation demonstrates the difficulty of conducting counterespionage investigations into sophisticated spy services like those in Russia and China. (…) Last year, an F.B.I. employee pleaded guilty to acting as a Chinese agent for years, passing sensitive technology information to Beijing in exchange for cash, lavish hotel rooms during foreign travel and prostitutes. In March, prosecutors announced the arrest of a longtime State Department employee, Candace Marie Claiborne, accused of lying to investigators about her contacts with Chinese officials. According to the criminal complaint against Ms. Claiborne, who pleaded not guilty, Chinese agents wired cash into her bank account and showered her with gifts that included an iPhone, a laptop and tuition at a Chinese fashion school. In addition, according to the complaint, she received a fully furnished apartment and a stipend. The NYT
« Désormais, je peux ajouter “a stoppé accidentellement une cyberattaque internationale » sur mon CV ». Dans un tweet humoristique publié samedi 13 mai, @malwaretechblog résume à merveille la situation. Cet Anglais de 22 ans a réussi, presque par hasard, à entraver la propagation du logiciel de racket qui s’est diffusé vendredi à grande vitesse, faisant plus de 200 000 victimes réparties dans 150 pays, selon les données d’Europol. Ce logiciel, appelé, WanaCrypt0r 2.0 chiffre les données présentes sur l’ordinateur infecté et exige, pour que le propriétaire puisse récupérer son contenu, une rançon d’un montant de 300 dollars. La rapidité inédite de sa diffusion, ainsi que l’importance de certaines organisations touchées – le système de santé britannique NHS, le constructeur automobile Renault ou encore l’opérateur espagnol Telefonica – ont généré une vive inquiétude vendredi. Jusqu’à ce que sa propagation soit brutalement freinée par @malwaretechblog, depuis hissé au rang de « héros accidentel » par la presse britannique. Le jeune homme, qui travaille pour l’entreprise de sécurité informatique Kryptos Logic, refuse de dévoiler son identité. « Ça n’a pas de sens de rendre publiques des informations personnelles sur moi », explique-t-il au Guardian. « Il est évident que nous luttons contre des types mal intentionnés, et qu’ils ne vont pas être contents. » S’il tient à protéger son identité, il a toutefois détaillé, sur son blog, la façon dont il avait vécu la folle journée de vendredi et découvert qu’il avait, avec un simple achat de nom de domaine, endigué la propagation du « ransomware » (rançongiciel). En fin de matinée, il se connecte machinalement à une plateforme d’information en temps réel sur les menaces informatiques. Il y est bien fait état de quelques victimes d’un rançongiciel, « mais rien de significatif », estime alors le chercheur en sécurité informatique, qui part déjeuner. A son retour, c’est l’affolement : en quelques heures, le logiciel s’est propagé à des milliers de machines, le fonctionnement des hôpitaux britanniques est perturbé et de nouvelles victimes se font connaître les unes après les autres. Rapidement, il réussit à obtenir une copie du ransomware, dont il examine le code source. Il y remarque la présence d’un nom de domaine en « .com » composé d’une quarantaine de caractères sans aucun sens. Celui-ci n’appartient à personne ; il décide de l’acheter pour 10,69 dollars (9,78 euros). Un réflexe, pour ce chercheur en sécurité informatique spécialisé dans les « malwares », les logiciels malveillants. « J’ai enregistré plusieurs milliers de noms de domaines de ce type l’an passé », explique-t-il. Il ne comprend pas immédiatement quel rôle joue ce nom de domaine dans le fonctionnement du logiciel, il remarque simplement que chaque machine infectée tente automatiquement de s’y connecter. Une aubaine pour @malwaretechblog : désormais propriétaire du nom de domaine, il reçoit ainsi des informations sur le nombre et la provenance géographique de ces connexions, ce qui lui permet de suivre en direct la propagation de ransomware. Des milliers de connexions sont effectuées chaque seconde, mais le rythme finit étrangement par ralentir. Parallèlement, un autre chercheur à qui il fournit une copie du ransomware s’étonne de ne pas réussir à le faire fonctionner. « A ce moment là, nous avions tué le malware sans le savoir, explique@malwaretechblog sur son blog. Nous ne comprenions donc pas pourquoi il n’arrivait pas à le faire fonctionner. » La confusion règne alors, et va être amplifiée par un employé de son entreprise, qui, après avoir examiné le code, croit comprendre, à tort, que l’achat du nom de domaine a en fait empiré la situation en déclenchant le chiffrement des fichiers à grande échelle. « Ça a causé une sacrée panique. » Heureusement, de l’autre côté de l’Atlantique, un autre spécialiste en sécurité informatique, Darien Huss, s’est entre-temps rendu compte que l’enregistrement du nom de domaine avait, bien au contraire, entravé la propagation du virus. Incrédule, @malwaretechblog lance quelques tests et parvient à confirmer les affirmations de Darien Huss : le logiciel ne fonctionne plus chez lui, mais se remet à marcher correctement quand il fait en sorte que la connexion au nom de domaine échoue. « Je pense que vous aurez du mal à visualiser un adulte sautillant d’excitation après avoir été victime d’un ransomware, mais c’était moi », écrit-il sur son blog. Le logiciel est en fait conçu de façon à se connecter automatiquement à ce nom de domaine. Si ce dernier ne répond pas, alors l’opération peut se dérouler comme prévu : bloquer la machine, chiffrer les données et exiger une rançon. En revanche, s’il répond, alors le logiciel devient inactif. C’est ce qui s’est passé quand le nom de domaine a été enregistré. Ce système est considéré par certains spécialistes comme une sorte de procédure d’urgence conçue par les créateurs du logiciel pour stopper sa propagation si besoin. @Malwaretechblog pense plutôt, de son côté, qu’il s’agit d’une maladresse dans la conception du programme. Sur le moment, « nous n’avons pas tellement pensé “oui, nous l’avons fait !” mais plutôt “oh mon dieu, on n’a pas foutu le monde en l’air, c’est super” », raconte-t-il au DailyMail. Le Monde
The United States may have escaped most digital damage from this month’s unleashing of a global “ransomware” virus, though cyber-experts fear more attacks. One possible explanation is that the malicious software (“malware”) harms older versions of Microsoft’s Windows operating system, which most Americans have replaced. Perhaps many users in other countries haven’t. Whatever the explanation, this is not the end of Internet threats. The unmistakable lesson of recent years is that the Internet is a double-edged sword. Despite enormous benefits — instant access to huge quantities of information, the proliferation of new forms of businesses, communications and entertainment — it also encourages crime, global conflict and economic disruption. The drift seems ominous. The Russians, it is widely agreed, hacked into the computers of the Democratic National Committee, raising fears that the U.S. presidential election was compromised. In Dallas, hackers turned on the city’s emergency sirens for more than an hour. Cyberthieves stole $81 million from Bangladesh’s central bank, though some of the money has apparently been recovered. We are dangerously dependent on Internet-based systems. All these incidents threatened the social fabric of the victimized societies. If the Russians hacked the Democrats, who might be next? Could whoever triggered Dallas’s sirens turn off the traffic lights or the local power grid? How safe are electronic financial transfers? Ransomware validates these fears. What was stunning is how quickly the recent outbreak spread. One estimate had it quickly migrating to 150 countries and affecting 200,000 computers. Despite the rapid response — the discovery of a so-called “kill switch” in the malware that deactivated the virus — the basic message remains: Much health care, transportation and ordinary business might close if deprived of Internet access, whether by hostile governments (North Korea?) or cybercriminals. This makes the Internet a weapon that can be used against us — or by us. (…) We are addicted to the Internet and refuse to recognize how our addiction subtracts from our security. The more we connect our devices and instruments to the Internet, the more we create paths for others to use against us, either by shutting down websites or by controlling what they do. Put differently, we are — incredibly — inviting trouble. Our commercial interests and our national security diverge. The latest example of this tension is the “Internet of things” or the “smart home.” It involves connecting various devices and gadgets (thermostats, lights, cameras, locks, ovens) to the Internet so they can be operated or monitored remotely. This would be a major Internet expansion and moneymaker. (…) we compartmentalize. We lavish praise on our cybercapitalists — Mark Zuckerberg, Jeff Bezos and others — for their accomplishments while conveniently forgetting that the same technologies also make us less safe. (…) we are in denial. Robert J. Samuelson
Ce n’est qu’une question de temps avant que les gens voient un message sur l’écran de leur voiture leur indiquant que le moteur a été désactivé et qu’il leur coûtera l’équivalent de 200 dollars, en bitcoins, pour le refaire fonctionner. Ou un message similaire sur leur téléphone pour déverrouiller la porte de leur maison contrôlée par Internet: payez 100 dollars si vous voulez rentrer chez vous ce soir. Ou beaucoup plus si vous voulez que votre défibrillateur cardiaque continue à fonctionner. Bruce Schneier
Bruce Schneier (…) rappelle que l’agence américaine de renseignement électronique NSA sait déjà comment infiltrer des téléviseurs Samsung et que le piratage de thermostats a déjà été prouvé. L’Internet des objets, ajoute le spécialiste, ce sont des appareils produits avec peu de soin par des sociétés qui n’ont souvent pas d’équipes d’ingénieurs en sécurité – au contraire de Microsoft, qui a pu réparer la faille au sein de Windows XP, exploitée par WannaCry. Mais même Microsoft est visé: selon le Financial Times de jeudi, la société a doublé en 2014 le prix de la mise à jour des anciennes versions de Windows, obligeant des institutions, dont le service de santé britannique NHS, à renoncer à des mises à jour faute d’argent. Et ainsi à se retrouver à la merci des pirates. Le Temps
[Cette cellule] est dédiée au piratage d’établissements financiers par l’intrusion et le retrait d’argent sur des comptes bancairesLes hackers se rendent à l’étranger pour trouver des lieux dotés d’une meilleure connectivité à Internet qu’en Corée du Nord et pour ne pas laisser de trace.  Kim Heung-kwang (transfuge nord-coréen)
 Depuis [le piratage de] Sony, ils se livrent à du hacking en soutien d’activités criminelles pour faire gagner de l’argent au régime. Jusqu’ici, ça fonctionne aussi bien — si ce n’est mieux — que la drogue, la contrefaçon ou la contrebande, leurs recettes habituelles. James Lewis (Centre des études internationales et stratégiques de Washington)
La Corée du Nord compte, au sein de son service de renseignement extérieur, une cellule dédiée aux cyberattaques. Connue sous le nom d’Unité 180, elle serait à l’origine des récentes demandes de rançon les plus remarquées, antérieures à WannaCry, dont le gouvernement nord-coréen a nié la responsabilité. Dès qu’une cyberattaque de grande portée frappe une entreprise ou une institution, la Corée du Nord compte parmi les premiers suspects. La propagation du ransomware WannaCry, qui a touché plus de 200 000 ordinateurs dans 150 pays, n’a pas échappé à la règle : une partie du code retrouvée dans une première version du logiciel était en effet semblable à celle d’un backdoor utilisé par les hackers nord-coréens du Lazarus Group en 2015. La Corée du Nord a depuis démenti ces accusations par l’intermédiaire de son représentant aux Nations unies (…) Pourtant, comme le révèle Reuters, le pays compte bien, au sein de son agence de renseignement extérieure, une cellule spéciale dédiée aux cyberattaques. Nommée Unité 180, elle serait à l’origine des récentes cyberattaques visant à récolter des fonds par le biais d’un chantage, selon les témoignages de plusieurs experts en cybersécurité comme d’anciens citoyens du régime de Pyongyang qui ont fui la dictature actuellement dirigée par Kim Jong-un. (…) Son analyse concorde avec celle que livrait la défense américaine dans un rapport rendu l’an dernier : « [Le gouvernement] considère [les cyberattaques] comme un outil rentable, asymétrique et réfutable auquel il peut recourir avec très peu de risques de représailles, notamment parce que […] [La Corée du Nord] recourt probablement à l’Internet des nations tierces ». Parmi les principales bases d’opération extérieure de l’Unité 180, on trouve ainsi la Malaisie et la Chine, deux pays d’Asie qui offrent une couverture idéale aux hackers gouvernementaux, intégrés dans des sociétés informatiques ou des filiales d’entreprises nord-coréennes. Selon James Lewis, spécialiste de la Corée du Nord au sein du Centre des études internationales et stratégiques de Washington, la stratégie du pays en matière de piratage a évolué au fil des années. D’abord destinée à l’espionnage et au harcèlement de cibles sud-coréennes et américaines, elle a selon lui connu un changement récent grâce à l’opération réussie contre le géant du cinéma (…) Les attaques menées contre son voisin sudiste sont aussi réalisées depuis l’étranger pour brouiller les pistes, à l’instar du piratage de 140 000 ordinateurs de Corée du Sud en juin 2016. Simon Choi, expert en sécurité au sein de l’entreprise d’antivirus Hauri, affirme ainsi : « Ils agissent de [Chine] de façon à ce qu'[…] on retrouve des adresses IP chinoises. » Selon Reuters, deux entreprises tech de Malaisie auraient ainsi un lien avec l’agence de renseignement extérieure (et l’Unité 180). La Corée du Nord, qui dément systématiquement les accusations dont elle fait l’objet, est toutefois loin de s’appuyer sur cette seule cellule, comme l’explique Michael Madden, un expert américain : « Ils recrutent leur personnel au collège. Celui-ci reçoit ensuite une formation avancée dans les meilleurs établissements [du pays]. » Si le flou persiste autour de l’identité des hackers de l’Unité 180, Dmtri Alperovitch, cofondateur de l’entreprise en sécurité informatique CrowdStrike, estime que l’essentiel réside plutôt dans leur potentiel de nuisance : « Leurs capacités se sont améliorées au fil du temps et nous les percevons comme une menace capable de causer des dommages importants sur les réseaux privés et gouvernementaux américains ». Numerama

Attention: une responsabilité peut en cacher une autre !

A l’heure où des médias qui n’ont pas de mots assez durs pour les prétendus manquements, dans le domaine du renseignement, de l’actuel président américain …

Se décident à ressortir l’un des plus grands fiascos, sous la précédente administration, de l’espionnage américain face aux services de renseignement chinois …

Et où derrière la récente et massive vague de cyberattaques certains spécialistes pointent la possible main de l’Etat-voyou nord-coréen

Alors que l’on découvre comment une Chine volontiers donneuse de leçons se trouverait abriter lesdits pirates nord-coréens …

Et que par l’augmentation massive des prix de leurs mises à jour, des entreprises américaines peuvent livrer à la merci des pirates des services de santé de pays entiers …

Comment ne pas voir …

Que le pire, arrêté cette fois presque accidentellement, est probablement devant nous …

Mais aussi ne pas repenser comme nous le rappelions il y a deux ans

A la tristement célèbre Division 39

Cette véritable organisation criminelle qui entre vente d’armes, contrefaçon monétaire et trafic de drogue permet au régime le plus isolé au monde de se raccorder à l’économie mondiale pour ses besoins en devises et marchandises …

Et fournit aussi à l’ensemble des autres régimes-voyous de la planète comme l’Iran les moyens de construire leurs armes de destruction massive et de déjouer tant les sanctions que les aides d’un système international bien peu regardant ?

Mais surtout ne pas se rappeler …

L’avertissement de la regrettée polémologue française Thérèse Delpech …

Sur la responsabilité non seulement d’une Chine sans laquelle il ne tiendrait pas une semaine …

Mais d’un monde libre indifférent qui, via ses satellites et les abondants témoignages des transfuges, en connait pourtant tous les détails …

Face à l’un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire »?

Vers des cyberattaques plus nocives encore
Anouch Seydtaghia
Le Temps
19 mai 2017

En parallèle à l’attaque par extorsion débutée vendredi passé, des millions d’internautes se sont fait voler leurs données ces derniers jours via plusieurs assauts menés au niveau mondial. Les spécialistes avertissent: des attaques de grande ampleur causeront des dégâts encore plus importants

WannaCry n’est pas mort. Une semaine après sa découverte et son expansion mondiale, le logiciel d’extorsion continue à faire des dégâts sur la planète. «Aujourd’hui, le rythme moyen est d’une tentative toutes les trois secondes, ce qui montre un léger recul depuis le rythme enregistré d’un essai par seconde il y a de cela deux jours», notait, vendredi après-midi, le spécialiste en sécurité informatique israélien Check Point. Mais WannyCry, qui a infecté plus de 300 000 ordinateurs sur la planète, n’est que la pointe de l’iceberg. En parallèle, deux attaques massives ont eu lieu, éclipsées par l’agitation mondiale autour du logiciel d’extorsion.

Dans l’ombre de WannaCry, les attaques ciblées se multiplient. Ainsi, cette semaine, zomato.com, site de conseil pour trouver des restaurants dans 24 pays, s’est fait voler les données de 17 millions de clients, dont 6,6 millions ont été mis en vente. Peu connue en Suisse, Zomato est une multinationale indienne, forte de 120 millions d’utilisateurs. Les pirates ont rapidement retiré leur offre de vente, relatait vendredi le site spécialisé TechCrunch, car ils ont réussi à faire plier la société. Zomato a accepté de lancer un programme pour récompenser financièrement les hackers qui détecteront de futures failles.

«Si vous ne coopérez pas…»

Zomato a beau avoir levé 420 millions de dollars (autant en francs) et valoir près d’un milliard de dollars, elle n’a pas pris de mesures efficaces pour protéger ses clients, selon TechCrunch. Pire: ses responsables affirmaient que les mots de passe, chiffrés, seraient illisibles. Or des experts ont pu facilement les décoder.

En parallèle, toujours cette semaine, 1,9 million de clients de l’opérateur de télécoms canadien Bell ont vu leurs données volées. «Nous publions une petite partie des données de Bell car ils n’ont pas voulu coopérer avec nous», écrivaient lundi les pirates, qui menaçaient: «Cela montre que cette société se fiche de la sécurité de ses clients. […] Bell, si vous ne coopérez pas, il y aura davantage de fuites.» L’opérateur n’a pas dit si une demande de rançon est en cours.

Voiture bloquée

Ces deux exemples montrent que les entreprises sont sans cesse sous la menace de tentatives d’extorsion ciblées, rendant par ricochet vulnérables leurs clients. Des internautes qui risquent, en parallèle, d’être confrontés à de plus en plus de tentatives de chantage. Cette semaine, le spécialiste indépendant en cybersécurité Bruce Schneier publiait une tribune éclairante dans le Washington Post.

«Ce n’est qu’une question de temps avant que les gens voient un message sur l’écran de leur voiture leur indiquant que le moteur a été désactivé et qu’il leur coûtera l’équivalent de 200 dollars, en bitcoins, pour le refaire fonctionner. Ou un message similaire sur leur téléphone pour déverrouiller la porte de leur maison contrôlée par Internet: payez 100 dollars si vous voulez rentrer chez vous ce soir. Ou beaucoup plus si vous voulez que votre défibrillateur cardiaque continue à fonctionner.»

Microsoft accusé

Simple fantasme de chercheur? Non, affirme Bruce Schneier, qui rappelle que l’agence américaine de renseignement électronique NSA sait déjà comment infiltrer des téléviseurs Samsung et que le piratage de thermostats a déjà été prouvé. L’Internet des objets, ajoute le spécialiste, ce sont des appareils produits avec peu de soin par des sociétés qui n’ont souvent pas d’équipes d’ingénieurs en sécurité – au contraire de Microsoft, qui a pu réparer la faille au sein de Windows XP, exploitée par WannaCry.

Mais même Microsoft est visé: selon le Financial Times de jeudi, la société a doublé en 2014 le prix de la mise à jour des anciennes versions de Windows, obligeant des institutions, dont le service de santé britannique NHS, à renoncer à des mises à jour faute d’argent. Et ainsi à se retrouver à la merci des pirates.

Voir aussi:

We’ll need new security standards when hackers go after the Internet of Things.

May 16

Bruce Schneier is a security technologist and a lecturer at the Kennedy School of Government at Harvard University. His latest book is « Data and Goliath: The Hidden Battles to Collect Your Data and Control Your World. »
Ransomware isn’t new, but it’s increasingly popular and profitable.The concept is simple: Your computer gets infected with a virus that encrypts your files until you pay a ransom. It’s extortion taken to its networked extreme. The criminals provide step-by-step instructions on how to pay, sometimes even offering a help line for victims unsure how to buy bitcoin. The price is designed to be cheap enough for people to pay instead of giving up: a few hundred dollars in many cases. Those who design these systems know their market, and it’s a profitable one.The ransomware that has affected systems in more than 150 countries recently, WannaCry, made press headlines last week, but it doesn’t seem to be more virulent or more expensive than other ransomware. This one has a particularly interesting pedigree: It’s based on a vulnerability developed by the National Security Agency that can be used against many versions of the Windows operating system. The NSA’s code was, in turn, stolen by an unknown hacker group called Shadow Brokers — widely believed by the security community to be the Russians — in 2014 and released to the public in April.Microsoft patched the vulnerability a month earlier, presumably after being alerted by the NSA that the leak was imminent. But the vulnerability affected older versions of Windows that Microsoft no longer supports, and there are still many people and organizations that don’t regularly patch their systems. This allowed whoever wrote WannaCry — it could be anyone from a lone individual to an organized crime syndicate — to use it to infect computers and extort users.The lessons for users are obvious: Keep your system patches up to date and regularly backup your data. This isn’t just good advice to defend against ransomware, but good advice in general. But it’s becoming obsolete.

Everything is becoming a computer. Your microwave is a computer that makes things hot. Your refrigerator is a computer that keeps things cold. Your car and television, the traffic lights and signals in your city and our national power grid are all computers. This is the much-hyped Internet of Things (IoT). It’s coming, and it’s coming faster than you might think. And as these devices connect to the Internet, they become vulnerable to ransomware and other computer threats.

It’s only a matter of time before people get messages on their car screens saying that the engine has been disabled and it will cost $200 in bitcoin to turn it back on. Or a similar message on their phones about their Internet-enabled door lock: Pay $100 if you want to get into your house tonight. Or pay far more if they want their embedded heart defibrillator to keep working.

This isn’t just theoretical. Researchers have already demonstrated a ransomware attack against smart thermostats, which may sound like a nuisance at first but can cause serious property damage if it’s cold enough outside. If the device under attack has no screen, you’ll get the message on the smartphone app you control it from.

Hackers don’t even have to come up with these ideas on their own; the government agencies whose code was stolen were already doing it. One of the leaked CIA attack tools targets Internet-enabled Samsung smart televisions.

Even worse, the usual solutions won’t work with these embedded systems. You have no way to back up your refrigerator’s software, and it’s unclear whether that solution would even work if an attack targets the functionality of the device rather than its stored data.

These devices will be around for a long time. Unlike our phones and computers, which we replace every few years, cars are expected to last at least a decade. We want our appliances to run for 20 years or more, our thermostats even longer.

What happens when the company that made our smart washing machine — or just the computer part — goes out of business, or otherwise decides that they can no longer support older models? WannaCry affected Windows versions as far back as XP, a version that Microsoft no longer supports. The company broke with policy and released a patch for those older systems, but it has both the engineering talent and the money to do so.

That won’t happen with low-cost IoT devices.

Those devices are built on the cheap, and the companies that make them don’t have the dedicated teams of security engineers ready to craft and distribute security patches. The economics of the IoT doesn’t allow for it. Even worse, many of these devices aren’t patchable. Remember last fall when the Murai botnet infected hundreds of thousands of Internet-enabled digital video recorders, webcams and other devices and launched a massive denial-of-service attack that resulted in a host of popular websites dropping off the Internet? Most of those devices couldn’t be fixed with new software once they were attacked. The way you update your DVR is to throw it away and buy a new one.

Solutions aren’t easy and they’re not pretty. The market is not going to fix this unaided. Security is a hard-to-evaluate feature against a possible future threat, and consumers have long rewarded companies that provide easy-to-compare features and a quick time-to-market at its expense. We need to assign liabilities to companies that write insecure software that harms people, and possibly even issue and enforce regulations that require companies to maintain software systems throughout their life cycle. We may need minimum security standards for critical IoT devices. And it would help if the NSA got more involved in securing our information infrastructure and less in keeping it vulnerable so the government can eavesdrop.

I know this all sounds politically impossible right now, but we simply cannot live in a future where everything — from the things we own to our nation’s infrastructure — can be held for ransom by criminals again and again.

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Corée du nord: Pourquoi vous ne connaissez pas la Division 39 (As China-supported North Korean butcher and starver of his own people puts on his yearly show for the West’s complicit media, who bothers to investigate the world’s largest state criminal organization ?)

10 octobre, 2015
office38KimLe jour où la Corée du nord s’effondrera, on découvrira un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire, avec des survivants dont les récits feront honte au monde libre. Et l’on s’interrogera alors sur les raisons pour lesquelles les informations n’ont pas conduit à rompre les relations diplomatiques et à demander des comptes à Pyong Yang. Thérèse Delpech
En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique. L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord. Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International. La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues. Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde». (…) L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un. C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare. Vincent Glad
Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.” The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.” What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea. Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific. Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th. This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state … Claudia Rosett
En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international. L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. (…) “La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.” (…) Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent. Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”. (…) Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa. L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres. (…) “Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Financial Times

Attention: une désinformation peu en cacher une autre !

A l’heure où « l’un des univers concentrationnaires les plus impitoyables de l’histoire » dont l’effondrement, comme le rappelait Thérèse Delpech, fera un jour la honte d’un monde libre indifférent qui, via ses satellites et les abondants témoignages des transfuges, en connait pourtant tous les détails …

Fête ignomineusement, avec la Chine sans laquelle il  ne tiendrait pas une semaine,  70 ans d’oppression et de famine systématique de sa population …

Pendant qu’avec les 16 mois restants, à la tête du monde libre, de l’incroyable vacance du pouvoir introduite par l’Administration Obama …

Toutes sortes d’Etats voyous ou faillis, et leurs affidés, de l’Iran à la Russie et l’Etat islamique aux Palestiniens, mettent le Moyen-Orient à feu et à sang et menacent d’invasion l’Europe et le reste du monde …

Combien, parmi nos journalistes qui, tout en diffusant sans la moindre vérification « buzz » oblige les rumeurs les plus folles, accourent régulièrement dans ses hôtels cinq étoiles pour l’occasion …

Prennent la peine de rappeler la vérité d’un régime proprement criminel …

Et notamment de la tristement célèbre Division 39 ..

Cette véritable organisation criminelle qui entre vente d’armes, contrefaçon monétaire et trafic de drogue …

Permet au régime le plus isolé au monde, dans la plus grande opacité et avec le soutien de tout ce que la planète compte de pays et d’individus peu recommandables comme le rapportait cet été le Financial Times, de se raccorder à l’économie mondiale pour ses besoins en devises et marchandises ?

Mais aussi fournit à l’ensemble des autres régimes-voyous de la planète comme l’Iran non seulement les moyens de construire leurs armes de destruction massive …

Mais sert d’inspiration et de modèle pour tous dans l’art, pour se maintenir au pouvoir, de déjouer tant les sanctions que les aides d’un système international bien peu regardant ?

Enquête. Division 39 : la botte secrète de la Corée du Nord pour déjouer les sanctions
Tom Burgis (avec Tan-jun Kang à Séoul)

Financial Times
traduit par Courrier international
06/08/2015

A l’été dernier, les habitants de Pyongyang ont commencé à remarquer une nouvelle flotte de taxis dans la capitale nord-coréenne. Avec leur carrosserie brun et or, les rutilantes berlines ne passaient pas inaperçues dans les rues pratiquement désertes de la ville. Les voitures étaient estampillées du logo de la compagnie de taxi : KKG. La compagnie KKG a si rapidement évincé ses concurrents que l’on ne pouvait manquer de se demander qui se cachait derrière cette nouvelle entreprise. Le même logo a été repéré sur des 4×4, sur un panneau publicitaire vantant un projet résidentiel en bordure du fleuve et des autobus à l’aéroport de Pyongyang. Comme d’autres chauffeurs de taxi nord-coréens, ceux de KKG faisaient payer leurs courses en devises – essentiellement en renminbis chinois, mais aussi en euros ou en dollars. De quoi mettre la puce à l’oreille.

En dépit de leur rhétorique sur le besoin pressant de développer un arsenal nucléaire, la plus grande priorité des dirigeants nord-coréens est de faire entrer des devises étrangères. Sans elles, estiment les experts, le régime risquerait de s’effondrer sous le poids des sanctions internationales. Les courses de taxis ne peuvent bien entendu à elles seules combler cette lacune. Mais les taxis KKG ne sont que l’arbre qui cache la forêt. La flotte de taxis de KKG est l’un des produits issus d’un partenariat entre un groupe d’investisseurs basés à Hong Kong et une antenne occulte de l’Etat nord-coréen qui, comme le montre notre enquête, a pour vocation première de négocier des contrats à l’international.

Un royaume plus isolé que jamais

L’alliance de Pyongyang avec le groupe Queensway [basé à Hong Kong], un groupement d’hommes d’affaires connus pour avoir des liens avec des régimes parias, est opaque. Mais il semble évident que cette alliance permet au régime le plus isolé du monde de garder la tête hors de l’eau. “KKG est l’une des plus grandes joint-ventures établies en Corée du Nord”, confie un haut fonctionnaire asiatique qui, pour commenter cette affaire sensible, a souhaité conserver l’anonymat [ancienne colonie britannique, Hong Kong a conservé un système économique particulier : les sociétés étrangères qui y sont enregistrées ne versent pas de taxes, l’identité des actionnaires peut rester cachée, et les transferts de fonds avec l’étranger ne sont soumis à aucune restriction].

“La plupart des sociétés nord-coréennes sont sous le coup des sanctions des Etats-Unis, de l’UE ou des Nations unies. Elles changent régulièrement de raison sociale, tout comme leurs navires changent de pavillons. Mais la plupart appartiennent à des officiers supérieurs de l’armée ou au Parti du travail de Corée, au pouvoir. Comme elles sont inscrites sur la liste des sanctions, elles ont besoin d’une société étrangère susceptible de les aider à commercer avec des pays étrangers.”

A l’heure où les relations des puissances occidentales avec l’Iran et Cuba semblent se réchauffer, le royaume est politiquement plus isolé que jamais. Même la Chine, qui a longtemps été une alliée, prend depuis quelques années ses distances avec Pyongyang. L’année dernière, un rapport des Nations unies décrivait“d’innommables atrocités” perpétrées à l’encontre des détenus des camps de prisonniers nord-coréens. Les démonstrations de force orchestrées par le régime de Kim Jong-un – dont une cyber-attaque contre Sony que Washington a attribuée à Pyongyang, et le tir d’essai d’un missile balistique depuis un sous-marin [en mai dernier] – ont relancé les efforts visant à comprendre comment le régime parvient à se raccorder à l’économie internationale.

Selon des estimations du gouvernement de Séoul fondées sur des données limitées, ces dernières années, l’économie intérieure nord-coréenne aurait soit ralenti, soit enregistré une croissance de 1 %. Toujours est-il que le volume annuel d’exportations, d’environ 3 milliards de dollars, est loin de compenser la facture des importations. Avec la baisse du cours du charbon et d’autres matières premières que la République populaire démocratique de Corée (RPDC) exporte vers la Chine, les réseaux d’entreprises comme celui qui est derrière KKG risquent de devenir de plus en plus vitaux pour apporter au régime des devises indispensables au fonctionnement de l’économie.

Selon plusieurs hauts responsables asiatiques et américains, la branche nord-coréenne du réseau KKG conduit à une organisation clandestine nommée la Division 39 du Parti du travail. Les Etats-Unis qualifient la Division 39 de “branche clandestine du gouvernement (…) qui assure un soutien essentiel au pouvoir nord-coréen, en partie en menant des activités économiques illicites et en gérant des caisses noires, et en générant des revenus pour les instances dirigeantes.” Les dirigeants nord-coréens ont dû recourir à cette stratégie après des années de sanctions internationales. Imposées en réaction aux essais nucléaires de 2006, 2009 et 2013 ces dernières prévoient notamment un embargo sur les armes visant à empêcher la Corée du Nord de se livrer au commerce de matériel militaire et de se procurer des pièces pour son programme atomique ; un gel des avoirs destiné à exercer une pression financière sur le pouvoir ; et un embargo sur l’exportation de produits de luxe, conçu pour priver les hauts dirigeants des attributs du pouvoir – des homards jusqu’aux cigarillos, en passant par les fourrures et les yachts. Les Nations unies ont fixé le cadre général des sanctions, les Etats décidant par eux-mêmes ce qu’ils interdisent.

La “caisse noire” du régime

Les rapports annuels d’une commission onusienne qui surveille les sanctions parlent cependant d’un jeu du chat et de la souris, car les dirigeants nord-coréens usent d’une panoplie de subterfuges en constante évolution pour déguiser leurs activités commerciales à l’étranger. Le dernier rapport en date de l’ONU, remis au Conseil de sécurité en février, fait ainsi état de ventes d’armes en Afrique et de l’utilisation de “pavillons de complaisance” pour échapper aux contrôles sur le transport maritime nord-coréen. Il indique également que “des structures commerciales légales ont été utilisées pour des activités illégales”.

En 2010, les Etats-Unis ont ajouté la Division 39 à leur liste d’entités soumises aux sanctions. L’Union européenne a suivi. Entre temps, la Corée du Nord a engrangé des devises étrangères en exportant des armes, des méthamphétamines, de champignons et de la main-d’œuvre à bas coût. Ses ventes de textiles, de charbon et de minéraux à la Chine lui rapportent peut-être davantage.

Le Conseil de l’Union européenne affirme que la Division 39 était placée sous l’autorité directe de Kim Jong-il, président de Corée du Nord de 1994 à sa mort en 2011, date à laquelle son fils Kim Jong-un lui a succédé. La Division 39 “figure parmi les plus importantes organisations chargées de l’achat de devises et de marchandises”, précise-t-il. Les Etats-Unis et l’UE ont également imposé des sanctions à ce qu’ils considèrent comme des sociétés écrans agissant en faveur de la Division 39. L’une de ces entités, la Korea Daesong General Trading Corporation, également connue sous plusieurs autres noms comparables, “est utilisée pour faciliter les transactions étrangères pour le compte de la Division 39”, a déclaré le Trésor américain. L’entreprise n’a pas souhaité commenter cette information. L’UE la décrit comme une filiale du groupe Daesong, “le plus grand groupe d’entreprises du pays”.

Le rôle du groupe Queensway

Au cours des dix dernières années, le groupe Queensway a bâti un empire commercial contrôlant un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, dont les tentacules s’étirent du Zimbabwe jusqu’à Manhattan. La nature précise de l’association avec KKG n’est pas très claire – on ignore s’il s’agit d’une joint-venture officielle ou d’un arrangement plus informel. Les liens entre les financiers de KKG se sont noués vers 2006. Selon le récit du haut fonctionnaire asiatique – dont des détails ont été corroborés par d’autres témoignage –, la percée de Queensway en Corée du Nord a été initiée par le représentant du groupe qui a promu ses intérêts en Afrique et ailleurs. Il utilise au moins sept identités différentes, la plus connue étant Sam Pa.

L’année dernière, une enquête du Financial Times a établi que M. Pa et les autres fondateurs du groupe Queensway entretenaient des liens étroits avec de puissants intérêts à Pékin, y compris le service de renseignements chinois et plusieurs entreprises d’Etat. Ils ont également des relations avec de grands groupes occidentaux : des sociétés du groupe Queensway sont en affaires avec BP [compagnie pétrolière britannique] en Angola, Gl encore [entreprise anglo-suisse de négoce et d’extraction de matières premières] en Guinée, et d’autres.

M. Pa s’est refusé à tout commentaire. De tous les dirigeants des diverses sociétés du groupe Queensway, un seul a accepté de répondre à nos questions. Jee Kin-wee, directeur du service juridique du groupe à la succursale singapourienne de China Sonagol, assure que son entreprise et KKG “sont des entités distinctes qui n’ont aucun rapport entre elles”. Il n’a toutefois pas précisé la nature des relations unissant son entreprise de Singapour et sa société-sœur, China Sonangol International Holding, enregistrée à l’adresse de Queensway à Hong Kong. Cette entité est détenue conjointement par les associés de M. Pa et le groupe pétrolier national d’Angola. Elle est citée dans des procès-verbaux des tribunaux de Hong Kong pour avoir effectué des versements destinés à des projets de KKG.

Jee Kin-wee n’a pas voulu s’exprimer au sujet des activités commerciales du groupe Queensway en Corée du Nord, se bornant à rappeler que “la Chine entretient des relations diplomatiques et économiques normales avec la Corée du Nord et que […] des dizaines de pays dans le monde, dont plusieurs pays de l’UE, ont des relations diplomatiques bilatérales avec la RPDC”. M. Pa a conclu un contrat avec Daesong pour toute une série de projets en Corée du Nord, concernant aussi bien des centrales électriques que l’extraction minière et la pêche, affirme toutefois le haut fonctionnaire asiatique.
L’argent a commencé à affluer – mais on ne sait pas exactement quelles sommes ont atterri directement dans les caisses de Corée du Nord. Un livret de comptes publié dans une décision de 2013 de la Cour suprême de Hong Kong dans le cadre d’un différend opposant des associés de M. Pa comporte plusieurs références à des versements du groupe Queensway : “réseau d’autobus urbains de Pyongyang”, “Aéroport de Pyongyang”, “Corée : 5 000 tonnes d’huile de soja” et “exposition sponsorisée par le consul coréen”, lit-on dans ce document, sans plus de détails. Mais la liste des paiements comporte également des références à KKG.

Les habitants de Pyongyang ont commencé à entendre parler de KKG, dès 2008. Cette année-là, des photographies en ligne montraient un immense panneau publicitaire représentant la maquette d’un projet spectaculaire de constructions résidentielles à Pyongyang. Dans une présentation PowerPoint de 2014, le groupe Hawtai Motor, constructeur automobile privé chinois basé à Tianjin, décrivait KKG comme l’une “des plus grandes entreprises publiques de Corée du Nord”. Les dirigeants de Hawtai ont refusé de commenter cette déclaration. Certains observateurs qui ont assisté à la percée de Queensway en Corée du Nord estiment que le groupe cherche à reproduire un modèle qu’il a déjà expérimenté en Afrique : le groupe y a conclu des contrats “infrastructures contre ressources naturelles” avec des régimes répressifs comme ceux de l’Angola, du Zimbabwe et une junte militaire qui a brièvement dirigé la Guinée. Pour la Corée du Nord, le groupe semble avoir jeté son dévolu sur le potentiel pétrolier inexploité du pays.
“Les taxis KKG peuvent rapporter au régime quelques devises, grâce aux touristes de passage à Pyongyang, mais tout indique que les véritables cibles du groupe Queensway sont les secteurs minier et pétrolier”, souligne le chercheur américain J. R. Mailey, l’un des auteurs d’un rapport de 2009 du Congrès américain qui a récemment publié une deuxième étude détaillée sur le groupe. Le think tank britannique Chatham House signalait dans un rapport datant de 2009 qu’une filiale chinoise de Queensway, avait proposé en 2007 une entreprise publique chinoise pour réaliser des explorations sismiques sur deux sites de prospection pétrolière en Corée du Nord. Comme l’entreprise de taxis et le projet immobilier de Pyongyang, il semblerait que la prospection pétrolière se fasse au moins en partie par l’intermédiaire de KKG, qui fait office de maillon entre Queensway et la Division 39. Selon le haut fonctionnaire asiatique et un intervenant du secteur pétrolier connaissant bien la Corée du Nord, KKG a recherché du pétrole dans plusieurs régions du pays, sans succès pour l’instant.

Le désir de faire des affaires

En novembre 2013, la télévision d’Etat nord-coréenne a diffusé un reportage surune cérémonie organisée dans la ville de Kaesong, non loin de la zone démilitarisée séparant les deux Corées depuis 1953 (DMZ). Des dignitaires saluaient l’inauguration du chantier d’un “parc industriel high-tech”. Selon les médias officiels, le parc devait accueillir un centre de technologies de l’information, un hôtel, des résidences, une école et une centrale électrique. L’un des orateurs était un homme en costume sombre et aux cheveux coupés court, identifié par les médias locaux sous le nom de Jang Su-nam. Il est présenté comme le représentant du “Groupe pour la paix et le développement économique.” Or, d’après M. Mailey, M. Jang a autrefois travaillé pour Daesong. M. Jang n’a pu être contacté pour répondre à nos questions.

La caméra du reportage balayait les autres personnalités invitées : des ambassadeurs de pays africains dans lesquels le groupe Queensway a des intérêts. A côté d’eux, se tenait Nik Zuks, le fondateur australien de la société minière Bellzone, cotée sur le marché alternatif de Londres et opérant en Afrique orientale, et qui a cédé une part majoritaire de son capital à la Chine. M. Zuks n’a pas voulu répondre à nos demandes de commentaires. Selon un haut fonctionnaire asiatique, M. Pa se trouvait à Pyongyang en décembre dernier et a envoyé une carte d’anniversaire personnelle à Kim Jong-un en janvier. Les deux hommes ont en commun autre chose que leur désir de faire des affaires : M. Pa est tombé sous le coup des sanctions américaines l’année dernière pour ses transactions au Zimbabwe, où il a été accusé de financer la police secrète de Robert Mugabe en échange de concessions dans les mines de diamants. Des allégations “infondées” selon M. Pa. “Le rôle de Sam Pa est d’être une vitrine pour le régime de Pyongyang sur les marchés capitalistes, résume un haut fonctionnaire asiatique. Je pense qu’à ce titre, il a un bel avenir devant lui.”

North Korea: The secrets of Office 39

Shadowy organisation’s alliance with Queensway Group helps Pyongyang bring in cash
Tom Burgis
The Financial Times

June 24, 2015

The businessman Sam Pa in front of the Pyongyang skyline. His Queensway Group is linked with KKG, a North Korean enterprise

in the middle of last year, the residents of Pyongyang began to notice a new fleet of taxis operating in the North Korean capital. With their maroon and gold bodywork, the gleaming sedans were easy to spot as they cruised the city’s orderly streets. The cars bore the taxi company’s logo: KKG.

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The swiftness with which KKG edged out rival taxi operators — one of which was rumoured to be linked to the security services — piqued curiosity about who was behind the new outfit. The same logo has been spotted on 4x4s, on a billboard displaying a planned riverside property development and on buses at Pyongyang airport. Like other North Korean cabbies, the drivers of the KKG taxis asked their fares to pay in foreign currency: mainly Chinese renminbi, but also euros or dollars. And therein lay a clue.

For all their rhetoric about the paramount need to develop a nuclear arsenal, North Korea’s rulers have no more pressing task than bringing in foreign exchange. Without it, experts say, the regime would be at risk of crumbling under international sanctions. Taxi fares alone could hardly fill the gap. But the KKG cabs are just a small part of a much larger endeavour.

The KKG taxi fleet is one product of a partnership between a group of Hong Kong-based investors and a secretive arm of the North Korean state that seeks to cut international business deals, a Financial Times investigation has found.

The North Korean government’s alliance with the so-called Queensway Group, a syndicate of businesspeople with a record of forging ties with pariah states, is opaque. But it seems clear that it is one of a handful of crucial business ventures that allow the world’s most isolated regime to sustain itself.

“KKG is one of several joint ventures in North Korea and it’s one of the biggest ones,” says an Asian official who asked not to be named because of the sensitivity of the matter. “Most North Korean companies are under US or EU or UN sanctions. They always change names, like their ships change flags. But most of the companies belong to military leaders or the ruling Workers’ party of Korea. And they are on the sanctions list. So they need any foreign company that could give them an opportunity to trade with foreign countries.”

While western powers’ relations with Iran and Cuba appear to be thawing, the hermit kingdom’s political isolation is as deep as ever. Even China, long an ally, has grown frostier with Pyongyang in recent years. A UN investigation last year described “unspeakable atrocities” perpetrated against the inmates of its prison camps. The sabre-rattling under Kim Jong Un — including a cyber attack against Sony that Washington blamed on Pyongyang and last month’s test-firing of a ballistic missile from a submarine — has added fresh impetus to efforts to understand how the regime plugs itself into the world economy.

The domestic economy has either contracted or grown at 1 per cent in recent years, according to South Korean government estimates based on limited data, with annual exports of about $3bn falling well short of the import bill. As prices for the coal and other commodities that North Korea exports to China fall, business networks such as the one behind KKG are likely to become increasingly vital in garnering crucial foreign exchange for the regime.

The North Korean end of the KKG network leads to a shadowy organisation called Office 39 of the Workers’ party, according to Asian and US officials. The US has described Office 39 as “a secretive branch of the government . . . that provides critical support to [the] North Korean leadership in part through engaging in illicit economic activities and managing slush funds, and generating revenues for the leadership”.

North Korea’s rulers have had to resort to such tactics after years of international sanctions. Imposed in response to nuclear tests in 2006, 2009 and 2013, the sanctions comprise an arms embargo designed to stop North Korea trading weapons and sourcing parts for its atomic programme; an asset freeze to apply financial pressure to the leadership; and a ban on luxury goods that is meant to deprive senior figures of the trappings of power, from lobster and cigarillos to furs and yachts. The UN sets the overall structure of sanctions; states decide what to prohibit.

But annual reports by a UN panel that monitors the sanctions describe a game of cat-and-mouse, as North Korea’s rulers use an ever-shifting web of subterfuge to disguise commercial activities abroad. The most recent UN report, sent to the Security Council in February, documents arms sales in Africa and the use of “flags of convenience” to conceal North Korean control of shipping. The UN report also suggests that “legitimate business structures have been used for illegitimate activities”. In 2010, the US added Office 39 to its sanctions list. The EU followed suit.

North Korea has brought in foreign exchange by exporting guns, methamphetamines, mushrooms and indentured labourers. Perhaps most lucratively, it also sends textiles, coal and minerals across its border with China. Andrea Berger, a North Korea expert at the UK’s Royal United Services Institute, a think-tank, says: “Office 39 is extremely important. It’s generally regarded as the regime slush fund.”

The EU says Office 39 reported directly to Kim Jong Il, North Korea’s ruler from 1994 until his death in 2011, when his son, Kim Jong Un, took over. Office 39 is “among the most important organisations assigned with currency and merchandise acquisition”, the EU says. The US and the EU also imposed sanctions on what they said were Office 39 front companies. One, which is known as Korea Daesong General Trading Corporation and several similar names, “is used to facilitate foreign transactions on behalf of Office 39”, the US Treasury said. The company did not respond to a request for comment. The EU describes it as part of the broader Daesong group, “the largest company group of the country”.

According to the Asian official and JR Mailey, a researcher at the Pentagon’s Africa Center for Strategic Studies, Daesong is one of the backers behind KKG. Another, according to these people and court documents from Hong Kong, is the business network known informally to those who have studied it as Queensway Group, after the address of its headquarters at 88 Queensway in Hong Kong’s financial district.

Global footprint

Over the past decade, the Queensway Group has built a multi-billion-dollar corporate empire that stretches from Zimbabwe to Manhattan.

Tom Burgis looks at North Korea’s alliance with the Queensway Group, a syndicate of Hong Kong based investors. Such ventures as a taxi fleet with the KKG brand are part of a much larger endeavour by Pyongyang to cut international business deals.

The precise nature of the KKG partnership is unclear — whether it is an incorporated joint venture or a more informal arrangement. Searches by the FT yielded no records for a company called KKG that matched the profile of the one active in North Korea. Nor did searches in English and Korean for Kumgang Economic Development Corporation, KKG’s name when written in Korean characters. That suggests that KKG is either simply a brand, or, if it is a company, it is registered within North Korea, which does not keep company records online. The FT was unable to find contact details for KKG.

The relationship between KKG’s backers was formed around the end of 2006. According to the Asian official, details of whose account were corroborated by others, the Queensway Group’s foray into North Korea was spearheaded by the frontman who has advanced its interests in Africa and elsewhere. He goes by at least seven names — but is best known as Sam Pa.

An FT investigation last year found that Mr Pa and his fellow founders of the Queensway Group have connections to powerful interests in Beijing, including Chinese intelligence and state-owned companies. They also have ties to big western groups: Queensway Group companies are in business with BP in Angola, Glencore in Guinea and others.

Mr Pa did not respond to requests for comment. Only one of the Queensway Group figures and companies contacted for comment replied. Jee Kin Wee, group head of legal at China Sonangol’s arm in Singapore, says his company and KKG “are separate and unrelated companies”. He did not clarify the link between his company in Singapore and its sister company, China Sonangol International Holding, registered at the Queensway address in Hong Kong. That company is jointly owned by Mr Pa’s business associates and Angola’s state oil group. It is named in Hong Kong court documents as having made payments related to KKG projects.

Mr Wee did not answer specific questions about the Queensway Group’s dealings in North Korea. But he stressed that “China enjoys full diplomatic and economic relations with North Korea and . . . scores of countries around the world, including EU countries, have bilateral diplomatic relations with North Korea”.

Mr Pa is said to have met senior North Korean officials as he began his courtship of the regime in 2006. At the time, Pyongyang needed new partners. It had found itself increasingly locked out of the global financial system. A year earlier, the US had accused Macau-based Banco Delta Asia of laundering money for the regime, causing the near-collapse of that bank and prompting others to avoid North Korea.

Mr Pa struck a deal with Daesong for an eclectic range of North Korean projects, the Asian official says, ranging from power plants to mining to fisheries. Money started to flow — although it is unclear how much flowed directly into North Korea. A ledger published in a 2013 Hong Kong high court ruling in a dispute between some of Mr Pa’s business associates refers to Queensway Group payments including “Pyongyang city bus system”, “Korea airport”, “Korea: 5,000 tons of soyabean oil” and “exhibition sponsored by the Korean consul”. There are no further details. But the list of payments also contains references to KKG.

Corporate presence

KKG first came to the attention of Pyongyang’s residents around 2008. That year, photographs posted online showed a billboard displaying a spectacular image of a planned property development close to the Pyongyang Mullet Soup Restaurant. Located by a bend in the Taedong River, the planned properties included a pair of shimmering skyscrapers that would not have looked out of place in London’s riverside Canary Wharf business district. The new development was to be called KKG Avenue and bore the same KKG logo that would appear on Pyongyang taxis.

KKG Avenue made little headway beyond some rickety hoardings and preliminary work on foundations, according to foreign officials, visitors to Pyongyang, photos and satellite images.

Despite such setbacks, KKG has been described at least once as a major North Korean company. A 2014 presentation by Hawtai Motor Group, a privately owned Chinese carmaker based in Tianjin, indicates that the company supplied the vehicles for the KKG taxi fleet. The presentation describes KKG as one of “North Korea’s largest state-owned enterprises”. Hawtai declined to comment.

Some who have observed Queensway’s thrust into North Korea say it is seeking to replicate a model it pioneered in Africa: striking infrastructure-for-natural resources deals with oppressive governments such as Angola’s, Zimbabwe’s and a military junta that briefly ruled Guinea. The group appears to have set its sights on North Korea’s untapped potential for oil.

Mr Mailey, who was one of the authors of a 2009 US congressional report who recently published a second detailed study of the group, says: “The KKG taxis might earn the regime some foreign currency from tourists visiting Pyongyang, but most signs point to the oil and mining sectors as the Queensway Group’s true target.”

Voir aussi:

Pourquoi les informations sur la Corée du Nord sont-elles traitées avec tant de légèreté ?
Vincent Glad

L’an 2000

20 mai 2015

L’actualité du pays est souvent couverte en page « info buzz » plutôt que dans la rubrique International.
Le 13 mai tombait sur les smartphones cette alerte info du Point.fr :

Twitter s’est indigné, Twitter a ironisé, mais Twitter s’est peut-être un peu emballé: le «stagiaire» du Point (nom usuel de celui qui doit assumer seul une erreur collective) n’a fait qu’appliquer avec un peu trop de zèle les préceptes du traitement de l’information sur la Corée du Nord. (le titre de l’article a depuis été changé)

Ce pays est une no-go zone de la déontologie journalistique. Les infos sur la Corée du Nord sont reprises dans la presse mondiale le plus souvent sans aucune vérification. C’est pourtant le pays dont les nouvelles sont le plus sujet à caution, les sources les plus partiales: avec la propagande nord-coréenne d’un côté, les services secrets sud-coréens et les réfugiés au Sud de l’autre.

Le ministre exécuté au canon antiaérien

Le 13 mai, donc, on apprenait que Hyon Yong-chol, le ministre de la Défense nord-coréen, avait été exécuté au canon antiaérien, notamment parce qu’il s’était endormi pendant des célébrations militaires. L’info donnée par les services secrets sud-coréens a fait le tour du monde et occasionné ce superbe push du Point.fr. Avant de passer rapidement au conditionnel, les services secrets sud-coréens n’étant plus si sûrs de leur renseignement.

Evidemment, personne n’avait vérifié l’info, et il sera bien difficile d’avoir le fin mot de l’histoire. La Corée du Nord est un pays totalement fermé, comme le notait le correspondant de l’AFP à Séoul: «Différencier les faits de la fiction est quasi-impossible à propos de la Corée du Nord, dont le régime verrouille tous les canaux d’information et de communication, rendant difficile la vérification des rumeurs. Parallèlement, l’intérêt de la presse internationale est énorme. Surtout lorsqu’il s’agit d’histoires à sensations qui confortent le public dans sa perception de la Corée du Nord comme un pays étrange, brutal et arriéré.»

«Une règle journalistique tacite»

Il y a comme un malaise : derrière l’insolite, le lol et le pittoresque, il y a un régime totalement fermé sur l’extérieur, qui torture ses opposants, détient l’arme nucléaire et reste en guerre latente avec la Corée du Sud. Le démenti des services secrets sud-coréens, obligeant à corriger l’info sur l’exécution du ministre de la Défense, semble avoir été un petit électrochoc dans la presse. France24 a publié un mea cupla sur son site: «C’est une sorte une règle journalistique tacite qui ne s’applique qu’à la Corée du Nord. Presque tous les médias occidentaux – et France24 ne fait pas exception – la respectent scrupuleusement : ignorer l’un des fondamentaux de la profession, la vérification de l’information. Ainsi se retrouvent-ils à relayer les rumeurs (exotiques, cruelles ou insolites) concernant la dictature du leader nord-coréen Kim Jong-un.»

Mais d’où vient cette «règle journalistique tacite», comme l’écrit France 24 ? Sans doute de la rubrique dans laquelle est reléguée l’information sur la Corée du Nord : l’info buzz.

Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed

En dépit de l’impitoyable dictature qui y règne, la Corée du Nord est souvent traitée dans les pages buzz des sites web, et non dans les pages International. Le pays rentre dans ce champ indifférenciant qu’est l’info buzz, où des lamas dans le tramway de Bordeaux ou dans les rues de Phoenix et des controverses sur des robes bleues ou blanches côtoient des exécutions sommaires d’opposants politiques, le tout dans un grand rire général. Le spécialiste de la Corée du Nord, c’est Buzzfeed et pas Le Monde Diplomatique.

L’exemple le plus frappant se trouve sur le très respectable Monde.fr. Big Browser, le blog consacré aux contenus viraux, et seul lieu du site pouvant héberger une polémique sur la couleur d’une robe, s’est fait une spécialité des sujets sur la Corée du Nord.

Big Browser a publié pas moins d’une cinquantaine d’articles sur la Corée du Nord, traité le plus souvent avec une légèreté inhabituelle pour le quotidien du soir: «Kim Jong-un vous manque, et tout est dépeuplé», «La guerre du sapin de Noël aura-t-elle lieu?», «Comment Björn Borg a fait bombarder Pyongyang de caleçons roses». Même les sujets sur la famine y sont traités sous un angle «insolite». Contacté par mail, Vincent Fagot, rédacteur en chef du Monde.fr, tient à rappeler que la Corée du Nord est davantage traitée par Le Monde en rubrique International.

Une info qui confirme nos fantasmes

La particularité de l’info buzz — qui explique le traitement réservé à la Corée du Nord — est qu’elle circule le plus souvent sur le mode du bouche-à-oreille, avec des critères de vérification très limités et un contenu altéré au fil des reprises et des traductions. Ce type de format journalistique ne cherche pas à dire le vrai. La vérité de l’info buzz est celle qu’on veut bien entendre. C’est une info qui se conforme à nos attentes, qui confirme nos fantasmes et nos bonnes blagues.

Les articles sur la Corée du Nord ne nous disent pas «Le monde est dangereux» comme souvent les articles des pages International, mais plutôt «Le monde est fou». La Corée du Nord est une dictature acidulée, où s’épanouissent un dictateur à la coupe de hipster et de charmantes licornes. Chaque nouvel article doit nous renforcer dans cette vision du «royaume de l’absurde».

Ce moment où la réalité dépasse la fiction

Dans L’Esprit du Temps en 1962, Edgar Morin donnait une définition parfaite de l’info buzz. Il parlait alors des faits divers dans la presse: «Tout ce qui dans la vie réelle ressemble au roman ou au rêve est privilégié.» C’est exactement ce qui se passe dans le champ de l’info buzz, dans lequel les médias cherchent dans l’actualité, la vie réelle, des récits qui ont des apparences de fiction.

L’info buzz jubile de ce moment où la réalité dépasse la fiction, où une news sur Kim Jong-un devient plus drôle que The Interview, le film de Seth Rogen sur la Corée du Nord, où LeMonde.fr peut rivaliser avec le Gorafi. La Corée du Nord est reléguée au rayon buzz car les images qui nous arrivent du pays, via la propagande nord-coréenne, sont celle d’un grand Disneyland, un décor de carton-pâte dans lequel évolue le poupin Kim Jong-un.

Kim Jong-un au milieu des tortues

C’est une leçon pour les communicants de toute la planète: pour que les médias reprennent un message, il suffit de les penser comme une scène de mauvais téléfilm, organisé autour d’une figure reconnue de la culture pop, comme l’est Kim-Jong-un. Il faut être le moins crédible, le plus proche de la fiction, pour que l’info buzz s’en empare.

Ainsi, pour faire passer l’austère information que le dirigeant nord-coréen s’active pour améliorer l’élevage dans son pays, le Parti du travail a diffusé dans son journal une photo de Kim Jong-un hurlant sur des dignitaires du régime, au milieu d’un élevage de tortues. Mission accomplie.

Voir également:

Kim Jong Il’s ‘Cashbox’

Claudia Rosett

Forbes

4/15/2010

Despite all the pomp and nuclear summitry, North Korea keeps sliding down President Barack Obama’s to-do list. Yet something must be done. The threat here is not solely North Korea’s own arsenal, or its role, despite U.S. and United Nations sanctions, as a 24/7 convenience store for rogue regimes interested in weapons of mass destruction plus delivery systems. The further problem is that North Korea provides perverse inspiration for other despotisms.

While Obama talks about a world without nuclear weapons, Kim Jong Il sets tyrants everywhere a swaggering example of how to build the bomb and get away with it. Indeed, if recluse weirdo Kim can have the bomb, how on earth could Iran’s ayatollahs face themselves in the mirror every morning if they don’t have one too?

In the new millennium, Pyongyang has been blazing a proliferation trail that includes illicit nuclear tests in 2006 and 2009; illicit tests of ballistic missiles; and such extravagant stuff as help for Syria in building a secret nuclear reactor (which might even now be cranking out plutonium for bombs, had the Israelis not destroyed it with an air strike in 2007). Coupled with such North Korean habits as vending missiles and munitions to the likes of Syria, Iran and Iran’s Lebanon-based terrorist clients, Hezbollah, all this is a wildly dangerous mix.

So what to do about North Korea? Over the past 16 years, nuclear talks and freeze deals have repeatedly failed, under both presidents George W. Bush and Bill Clinton. Asked about North Korea in a press conference at the close of this week’s nuclear summit in Washington, Obama gave the vague reply that he hoped economic pressure would lead to a resumption of the six-party talks. But he ducked the question of why sanctions have failed to halt North Korea’s nuclear program, saying “I’m not going to give you a full dissertation on North Korean behavior.”

OK, it’s not Obama’s job to deliver dissertations on North Korea. But he missed a fat opportunity to say something genuinely informed and useful. The president–and his entire foreign policy team–ought to be reading and talking (loudly) about the material contained in a highly readable 36-page monograph published just last month by the Strategic Studies Institute of the Army War College: “Criminal Sovereignty: Understanding North Korea’s Illicit International Activities.”

This study is co-authored by three men who share an unusually clear-eyed interest in exploring the nitty-gritty of North Korea’s inner workings, Paul Rexton Kan, Bruce E. Bechtol Jr. and Robert Collins. Among them, going back more than three decades, they have more experience observing North Korea than some of the high-profile diplomats who have parleyed with Pyongyang in recent years from the five-star hotels of Beijing and Berlin. For this publication the three analysts draw on congressional testimony, press reports from around Asia and interviews with North Korean defectors (a resource too often ignored or underutilized by Washington officialdom).

“Criminal Sovereignty” focuses not on proliferation per se, but on a curious institution within North Korea’s government, usually referred to as Bureau No, 39. And what, exactly, is Bureau No. 39?

Located in a heavily guarded concrete building in downtown Pyongyang, Bureau No. 39 is the nerve center of North Korea’s state-run network of international crime. Its official name is Central Committee Bureau 39 of the Korean Workers’ Party. The authors refer to it by what Bechtol says is the more accurately nuanced translation of “Office No. 39.”

The mission of Office No. 39 is to generate torrents of cash for North Korean ruler Kim Jong Il, by way of illicit activities abroad. Favorite rackets include international trafficking of drugs produced under state supervision in North Korea, and state production and laundering into world markets of counterfeit U.S. currency, and cigarettes. Such activities are tied directly to the survival of Kim’s regime. The authors report “the crimes organized by Office No. 39 are committed beyond the borders of North Korea by the regime itself, not solely for the personal enrichment of the leadership, but to prop up its armed forces and to fund its military programs.”

What sets Office No. 39 apart from more pedestrian political corruption or organized crime is that this operation is not some wayward private gang or unauthorized appendage of government. It is an integral and institutionalized part of the North Korean regime. As such, it enjoys the perquisites and protective trappings of the modern nation-state, including the use of North Korean embassies and state-run businesses abroad, and the reluctance of other nations to intervene in the sovereign affairs of North Korea.

Office No. 39 is directly tied to Kim himself, who set it up way back in 1974, when his father, Kim Il Sung, was still in power. The authors explain: “This office was established for the explicit purpose of running illegal activities to generate currency for the North Korean government.” Since the 1991 Soviet collapse, which ended subsidies from Moscow, Office No. 39 has become ever more important, and especially over the past 10 years, its activities have become more prolific.

Office No. 39 continues to report directly to Kim, who took charge of the regime when his father died in 1994. According to a North Korean defector interviewed by the authors, Kim Kwang-Jin, who has firsthand knowledge of North Korean financial practices, Office No. 39 is also known to North Korean insiders as “the keeper of Kim’s cashbox.” Organized into 10 departments, specializing in various illicit activities, Office No. 39 serves as a slush fund through which billions of dollars have flowed over the years. In a bizarre personal touch, these funds are collected and presented periodically to Kim in aggregate amounts, labeled “revolutionary funds,” on such special occasions as his official birthday, Feb. 12, or the birthday of his late father, Kim Il Sung, April 15th.

This money is not spent on easing the miseries of millions of repressed and famished North Koreans. That effort–from which Kim also has a record of appropriating resources to sustain his regime–is left to the likes of international donors, contributing via outfits such as the United Nations. The authors explain that the profits of Bureau 39 help swell the offshore bank accounts of Kim’s regime, used not only to pay for his luxurious lifestyle, but to buy the loyalties and materials that underpin his totalitarian, nuclear-entwined military state.

If Office No. 39 enjoys the amenities of operating as part of the North Korean state, it is by the same token an avenue of vulnerability leading straight to Kim Jong Il. That was evident back in 2005, when the U.S. Treasury caused clear pain for Kim by targeting a major hub of Office No. 39 financial activities in Macau–only to be yanked off the case by a State Department desperate to coddle Kim into a nuclear freeze deal, which then flopped.

These days U.S. and U.N. efforts to corral North Korea seem focused narrowly on activities tied directly to nuclear proliferation. It’s been a while since Washington complained loudly about the rest of Kim’s rackets. Obama needs to think bigger, speak up and solicit the world’s help in cracking down much harder on the all the networks of Office No. 39. Emptying Kim’s cashbox could go farther toward ending the North Korean nuclear threat than any amount of six-party talks or summits.

Claudia Rosett, a journalist in residence with the Foundation for Defense of Democracies, writes a weekly column on foreign affairs for Forbes.

Voir encore:

Report: NKorea fires director of Kim’s finances
South Korean Foreign Minister Yu Myung-hwan, right, escorts Kurt Campbell, U.S. assistant secretary of state for East Asian and Pacific Affairs, during a photo call before their meeting at Yu’s office in Seoul, South Korea, Thursday, Feb. 4, 2010. (AP Photo/Lee Jae-won, Pool)
Kwang-Tae Kim
Associated Press

February 4, 2010

SEOUL, South Korea—The director of North Korean leader Kim Jong Il’s secret moneymaking « Room 39 » bureau has been fired, a news report said Thursday. Analysts said the move may be a way to get around international sanctions.

Kim Dong Un, head of the infamous « Room 39 » department said to control Kim’s family enterprises, was replaced by his deputy, Jon Il Chun, South Korea’s Yonhap news agency reported, citing an unidentified source familiar with North Korean affairs.
The National Intelligence Service, Seoul’s top spy agency, said it could not confirm the report. North Korean state media did not mention the personnel change.

Room 39 is described as the lynchpin of the North’s so-called « court economy » centered on the dynastic Kim family. The department is believed to finance his family and top party officials with business ventures — some legitimate and some not — that include counterfeiting and drug-smuggling.
The bureau oversees some 120 trading companies and mines, accounting for some 25 percent of North Korea’s total trade and employing up to 50,000 North Koreans, said Lim Soo-ho, a research fellow at the Samsung Economic Research Institute think tank.
He said the reported move to fire the Room 39 chief may be part of attempts to get around stringent international sanctions imposed on North Korea.
It was unclear which Room 39 companies or officials might be under U.N. sanctions, but North Korean firms frequently change names to evade scrutiny. And Kim, the Room 39 chief who was reportedly fired, had been blacklisted by the European Union in December, making his movements in Europe difficult and prompting the change in personnel, Yonhap said.

U.N. Security Council sanctions were tightened against North Korea after a May 2009 nuclear test. The order bans North Korea from exporting arms, calls for freezing assets, and forbids travel abroad for certain companies and individuals involved in the country’s nuclear and weapons programs.
The report came as the United States renewed its call for North Korea to return to talks aimed at ending the country’s nuclear weapons programs.
Assistant U.S. Secretary of State Kurt Campbell made the comments Thursday during a meeting with South Korean Unification Minister Hyun In-taek in Seoul, according to Hyun’s office.

The North wants a peace treaty with the U.S. formally ending the 1950-53 Korean War as well as the lifting of sanctions before returning to the disarmament negotiations it abandoned last year. Campbell said no discussion about easing sanctions, a peace treaty or diplomatic relations can take place before the disarmament talks are back on track, according to Yonhap.
A military fracas off the west coast last week emphasized the precarious security situation in the region.
The North fired rounds of artillery toward its disputed western sea border with South Korea, prompting the South to fire warning shots. No injuries or damage were reported.

North Korea has designated five new « naval firing zones » — four off the west coast and one off the east coast — effective from Feb. 6-8, Yonhap reported later Thursday citing an unidentified intelligence source.

Seoul’s Joint Chiefs of Staff said it could not confirm the report. It said Wednesday that the North had issued two separate « naval firing zones » off the west coast, effective from Feb. 5-8. Two other no-sail zones, also off the west coast, remain in place through March 29.

Voir enfin:

Trois idées reçues sur la Corée du nord
Claude Fouquet

Les Echos

10/10/15

 Pays peu ouvert en dépit de l’avalanche d’images diffusées depuis quelques jours par les télévisions invitées à venir couvrir l’anniversaire du parti unique, la Corée du nord est l’objet de nombreuses idées reçues.
Pays fermé à toute influence extérieure. Régime particulièrement violent qui exécute à tour de bras. Classe dirigeante qui vit à l’occidentale … les idées toutes faîtes circulent régulièrement sur la Corée du nord qui fête ce weekend les 70 ans de sa création. S’ils ne sont pas infondés, les clichés sur ce pays singulier cachent une réalité souvent plus complexe.

1) La Corée du nord est le pays le plus fermé du monde

C’est sans doute l’une des expressions qui, avec celle de « dictature communiste », revient le plus souvent. Pourtant s’il est de fait toujours difficile de s’y rendre et d’y voyager à son aise, force est de constater la multiplication depuis plusieurs années des sites et blogs photographiques consacrés à la Corée du nord. Et ces derniers ne publient pas que des photos volées et passées sous le manteau.

Afin de paraître moins hostile à l’extérieur, Pyongyang ouvre régulièrement la porte à certains médias. Mi-septembre par exemple, la chaîne américaine CNN a été autorisée à filmer l’un des centres spatiaux du pays. Bien sûr pas question de laisser les caméras pénétrer à l’intérieur. Les officiels, sagement assis sur des chaises à l’extérieur d’un bâtiment dont l’architecture rappelle le vaisseau spatial « Enterprise » dans la série de science-fiction Startrek, y regrettent même de ne pouvoir y guider les journalistes.

Plus anecdotique mais révélateur, le traditionnel marathon de Pyongyang qui était réservé aux coureurs professionnels (nord-coréens et étrangers) jusqu’en 2013 est désormais ouvert à tous. Et, comme ce qui se passe en Corée du nord n’est pas à un paradoxe près, sur les deux principales agences qui font la promotion de cet événement, l’une est anglaise et a ses bureaux à Pékin, et l’autre est américaine et située dans l’Etat du New Jersey.

2) Les exécutions sont plus nombreuses que par le passé

Début juillet, le chiffre a commencé à circuler sur Internet. Kim Jong-un aurait, depuis la fin 2011 et son arrivée au pouvoir, exécuté environ 70 personnes. Bien plus que son père, Kim Jong Il qui n’aurait exécuté par exemple « que 10 personnes » lors de sa première année au pouvoir. Mais cette affirmation, qui ne concerne que les personnalités importantes et les dirigeants, est difficile à vérifier.

Tout d’abord, Pyongyang reconnaît rarement les condamnations et, de ce fait, les exécutions : celle de l’oncle de Kim Jong-un, le vice-président de la Commission de défense nationale, est en effet l’une des rares a avoir été officiellement reconnue. Ensuite, même les sources extérieures réputées les mieux informées reconnaissent parfois des imprécisions. Ainsi, les renseignements sud-coréens (NIS), qui affirmaient le 13 mai dernier que le ministre nord-coréen de la Défense avait été exécuté (au canon anti-aérien ou au missile selon les interprétations qui ont circulé), expliquaient le lendemain ne pas pouvoir vérifier s’il avait bien été passé par les armes.

De même, Ma Won-chun, le directeur du bureau de planification de la Commission de défense nationale, que l’on croyait avoir été purgé, est réapparu en public cette semaine. Presque 11 mois après sa dernière apparition publique.

3) Seule la classe dirigeante profite d’un certain confort économique

Pyongyang n’est pas avare en images montrant ses avancées et son développement (comme par exemple le nouvel aéroport international de Pyongyang) et le sentiment général, y compris en Corée du sud, est que les choses semblent bouger un peu, principalement dans la capitale où la population paraît pouvoir goûter aux délices d’une certaine forme de société de consommation.

En témoignent les images ramenées de la 11ème Foire commerciale de Pyongyang par un photographe de Singapour qui anime le site « DPKR 360 ». L’occasion de constater que certains prix sont libellés en dollars américains (2 dollars pour une paire de lunettes de soleil), qu’un stand d’équipement de cuisine est tenu par une co-entreprise germano-nord coréenne tandis qu’un autre propose des ordinateurs de marque sud-coréenne Asus. Et bien sûr de nombreuses marques locales.

Et plus récemment, une délégation nord-coréenne s’est rendue à Singapour pour comprendre notamment comment aider le développement de start-up.

Mais la photo publiée le 26 septembre dernier sur Twitter par l’astronaute Scott Kelly parle d’elle-même et relativise ces avancées. On y voit en effet la péninsule coréenne de nuit et vue de l’espace. Et la zone sombre de la Corée du nord où le seul point lumineux correspond à la capitale contraste avec la situation des voisins chinois et sud-coréens largement illuminés.

Un signe que la politique d’autosuffisance et d’indépendance nationale, maîtres-mots jusqu’à ces dernières années du développement du pays, ne porte sans doute pas ses fruits.

 


Héritage Obama: A quand le retrait des troupes américaines de Corée ? (Dennis Rodman of politics: Is there anything Obama will not do to burnish his precious legacy ?)

18 août, 2015
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After two years of negotiations, we have achieved a detailed arrangement that permanently prohibits Iran from obtaining a nuclear weapon. It cuts off all of Iran’s pathways to a bomb. Barack Hussein Obama

More than a decade later, we still live with the consequences of the decision to invade Iraq . . . Today, Iraq remains gripped by sectarian conflict, and the emergence of al-Qaeda in Iraq has now evolved into ISIL. Barack Hussein Obama
« The president said many times he’s willing to step out of the rut of history.” (…) Once again Rhodes has, perhaps inadvertently, exposed the president’s premises more clearly than the president likes to do. The rut of history: It is a phrase worth pondering. It expresses a deep scorn for the past, a zeal for newness and rupture, an arrogance about old struggles and old accomplishments, a hastiness with inherited precedents and circumstances, a superstition about the magical powers of the present. It expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all.expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all. This is nothing other than the mentality of disruption applied to foreign policy. In the realm of technology, innovation justifies itself; but in the realm of diplomacy and security, innovation must be justified, and it cannot be justified merely by an appetite for change. Tedium does not count against a principled alliance or a grand strategy. Indeed, a continuity of policy may in some cases—the Korean peninsula, for example: a rut if ever there was one—represent a significant achievement. (…) Obama seems to believe that the United States owes Iran some sort of expiation. As he explained to Thomas Friedman the day after the nuclear agreement was reached, “we had some involvement with overthrowing a democratically elected regime in Iran” in 1953. Six years ago, when the streets of Iran exploded in a democratic rebellion and the White House stood by as it was put down by the government with savage force against ordinary citizens, memories of Mohammad Mosaddegh were in the air around the administration, as if to explain that the United States was morally disqualified by a prior sin of intervention from intervening in any way in support of the dissidents. The guilt of 1953 trumped the duty of 2009. But what is the alternative? This is the question that is supposed to silence all objections. It is, for a start, a demagogic question. This agreement was designed to prevent Iran from acquiring nuclear weapons. If it does not prevent Iran from acquiring nuclear weapons—and it seems uncontroversial to suggest that it does not guarantee such an outcome—then it does not solve the problem that it was designed to solve. And if it does not solve the problem that it was designed to solve, then it is itself not an alternative, is it? The status is still quo. Or should we prefer the sweetness of illusion to the nastiness of reality? For as long as Iran does not agree to retire its infrastructure so that the manufacture of a nuclear weapon becomes not improbable but impossible, the United States will not have transformed the reality that worries it. We will only have mitigated it and prettified it. We will have found relief from the crisis, but not a resolution of it. The administration’s apocalyptic rhetoric about the deal is absurd: The temporary diminishments of Iran’s enrichment activities are not what stand between the Islamic Republic and a bomb. The same people who assure us that Iran has admirably renounced its aspiration to a nuclear arsenal now warn direly that a failure to ratify the accord will send Iranian centrifuges spinning madly again. They ridicule the call for more stringent sanctions against Iran because the sanctions already in place are “leaky” and crumbling, and then they promise us that these same failing measures can be speedily and reliably reconstituted in a nifty mechanism called “snapback.” Leon Wieseltier
La Corée du Nord a appris au monde qu’au poker nucléaire la folie feinte vous vaut de l’aide étrangère ou l’attention planétaire — du fait que même la certitude qu’on a affaire à un bluff à 99% reste suffisante pour effrayer les opinions publiques occidentales. La Corée du nord est le proverbial envieux psychopathe du quartier qui agresse constamment ses voisins prospères d’à côté, en partant du principe que les voisins ne pourront manquer de prendre en compte ses menaces aussi sauvages qu’absurdes parce qu’il n’a rien et qu’ils ont tout à perdre. (…) L’Iran pourrait reprendre à l’infini le modèle de Kim — menaçant une semaine de rayer Israël de la carte, faisant machine arrière la semaine d’après sous prétexte de problèmes de traduction. L’objectif ne serait pas nécessairement de détruire Israël (ce qui vaudrait à l’Iran la destruction de la culture persane pour un siècle), mais d’imposer une telle atmosphère d’inquiétude et de pessimisme à l’Etat juif que son économie en serait affaiblie, son émigration en serait encouragée et sa réputation géostratégique en serait érodée. La Corée du nord est passée maître dans de telles tactiques de chantage nucléaire. A certains moments, Pyongyang a même réussi à réduire les deux géants asiatiques – Japon et Corée du Sud – à la quasi-paralysie. (…) Un Iran nucléaire n’aurait à s’inquiéter ni d’un ennemi existentiel avec une population d’un milliard d’habitants à côté tel que l’Inde ni d’un mécène tout aussi peuplé comme la Chine susceptible d’imposer des lignes rouges à ses crises de folie périodiques. Téhéran serait libre au contraire de faire et de dire ce qu’il veut. Et son statut de puissance nucléaire deviendrait un multiplicateur de force pour son énorme richesse pétrolière et son statut auto-proclamé de leader mondial des musulmans chiites. Si la Corée du Nord est un danger, alors un Iran nucléaire plus gros, plus riche et sans dissuasion serait un cauchemar. Victor Davis Hanson
The definition of appeasement is to accept demands from an aggressor and then declare that the resulting concessions were of no real importance in the first place. Victor Davis Hanson
When Obama entered office in January 2009, post-surge Iraq was quiet. By the end of his first year in office, three Americans had been killed. In 2010, fewer Americans were lost in Iraq each month than in accidents involving the U.S. military. That is why Joe Biden thought Iraq would be the administration’s “greatest achievement,” and Obama himself declared the country “stable and self-reliant.” Pulling all U.S. troops out at the end of 2011, against the advice of almost all sober military and diplomatic experts, achieved the desired talking point for the 2012 reelection campaign, but collapsed the country and birthed ISIL. Obama’s demagoguery is as if President Dwight Eisenhower had pulled all U.S. troops out of South Korea in 1955 to prep for his 1956 reelection campaign — and then blamed the ensuing North Korean victory and devastation of South Korea on Harry Truman for entering the Korean War in the first place in 1950. (…) All the contortions that Barack Obama has offered about Iraq — damning the invasion in 2003; claiming in 2004 that he had no policy differences on Iraq with the Bush administration; declaring in 2007 that the surge would fail; demanding in 2008 as a presidential candidate that all U.S. troops be brought home; assuring the world in 2011 that Iraq was “stable” and “self-reliant” as he pulled out all American peacekeepers; reassuring the world in 2014 that Iraq’s ISIS was not a real threat; and then deciding in 2015 that it was, as he ordered forces back in — have been predicated on perceived political advantage. That also explains why the deal was not presented as a treaty requiring a two-thirds vote of the Senate, as the Constitution outlines. Victor Davis Hanson

Après l’Iran et Cuba, la Corée du nord ?

A l’heure ou emporté par son obsession du changement pour le changement et sa place dans l’histoire …

Le maître-démagogue et pire président américain depuis Carter …

Confirme qu’il est bel et bien prêt de l’Irak à l’Afghanistan où à Cuba et sans oublier ses alliés les plus fidèles comme Israël …

A passer aux pertes et profits, littéralement les yeux fermés, les gains chèrement acquis et héritages combinés de l’ensemble de ses prédécesseurs depuis la Guerre froide …

Comment ne pas se poser la question suggérée en creux par la dernière tribune de l’historien américain Victor Davis Hanson …

De la Corée du nord ?

Ou, pour l’ineffable bonheur d’être le premier à le faire, notre Dennis Rodman de la politique pourrait bien retirer les troupes américaines de Corée du sud …

Et enfin serrer la paluche du dernier dictateur stalinien de la planète ?

Obama: Tougher on Congress than on Khamenei

Obama’s Unpresidential Iran Speech: The speech was mean-spirited and dishonest ─ and may have been counterproductive.

Victor Davis Hanson

National Review Online

August 11, 2015
President Obama’s speech last week advocating congressional approval of the Iran deal was mostly made-up history mixed with invective. Indeed, he talked far more roughly about his congressional partners than he did about our Iranian enemies, who have worked so hard to kill Americans over the last 35 years.
Obama assured us that in the past a “nonproliferation treaty . . . prohibited nations from acquiring nuclear weapons.” One wonders, then, how India, China, North Korea, and Pakistan ever obtained them, given they were all forbidden to do so under “new agreements” forged by Democratic and Republican presidents. Is there much logic in the assertion that the intelligence was flawed when we went to war with what proved to be a non-nuclear Iraq, but that we can trust the same intelligence agencies to apprise us precisely of the nuclear status of Iran?

“After two years of negotiations,” Obama went on, “we have achieved a detailed arrangement that permanently prohibits Iran from obtaining a nuclear weapon. It cuts off all of Iran’s pathways to a bomb.”

The deal does no such thing. Iran can still possess some enriched uranium. It can still operate centrifuges. It is not subject to anytime, anywhere inspections. And it will be almost impossible to restore international sanctions should Iran be caught cheating. As in the case of Obamacare, most of Obama’s pre-negotiation assurances are now either forgotten or ignored.

Obama, as is his wont, derides any who disagree with him: “Between now and the congressional vote in September, you are going to hear a lot of arguments against this deal, backed by tens of millions of dollars in advertising. And if the rhetoric in these ads and the accompanying commentary sounds familiar, it should, for many of the same people who argued for the war in Iraq are now making the case against the Iran nuclear deal.”

Yet even as Obama spoke those words, an array of Hollywood liberals was appearing in commercials drumming up support for the treaty. China and Russia are said to be lobbying senators to vote for it. When the president drones on ad nauseam about those “same people” who “argued for the war,” whom exactly does he include in the stable of Iraq War supporters — neocons like Joe Biden, Hillary Clinton, John Kerry, Fareed Zakaria, and Thomas Friedman? When Obama blasts the “tens of millions of dollars in advertising,” with suggestions of the nefarious role of the “same people” who wanted the Iraq War, I think we are meant to understand the old wink-and-nod dual-loyalty trope about American supporters of Israel.

Obama claimed that the Bush administration’s decision to go to war in Iraq was “a preference for military action over diplomacy.” Yet the Iraq War was authorized by both houses of Congress, with a majority of Democratic senators voting in favor, and the resolution contained 23 writs of action — all following up, in the post-9/11 climate, on the regime-change and liberation acts signed into law by former president Bill Clinton. The Bush administration spent months at the United Nations seeking to persuade Security Council members France and Russia (each enjoying valuable oil concessions from Saddam Hussein) to authorize military action in order to enforce U.N. sanctions. In contrast, Obama went to war in Libya without congressional approval. By bombing Moammar Qaddafi into extinction (as Secretary of State Hillary Clinton put it, “We came, we saw, he died”), Obama exceeded the U.N. authorization, which limited U.S. action to humanitarian support and no-fly zones. If Hillary wanted to quote classical Latin concerning the Libyan aftermath, she would have done better to invoke Tacitus: “Where they make a desert, they call it peace.”

The most disingenuous element of Obama’s entire speech was his assertion that “More than a decade later, we still live with the consequences of the decision to invade Iraq . . . Today, Iraq remains gripped by sectarian conflict, and the emergence of al-Qaeda in Iraq has now evolved into ISIL.”

When Obama entered office in January 2009, post-surge Iraq was quiet. By the end of his first year in office, three Americans had been killed. In 2010, fewer Americans were lost in Iraq each month than in accidents involving the U.S. military. That is why Joe Biden thought Iraq would be the administration’s “greatest achievement,” and Obama himself declared the country “stable and self-reliant.”

Pulling all U.S. troops out at the end of 2011, against the advice of almost all sober military and diplomatic experts, achieved the desired talking point for the 2012 reelection campaign, but collapsed the country and birthed ISIL. Obama’s demagoguery is as if President Dwight Eisenhower had pulled all U.S. troops out of South Korea in 1955 to prep for his 1956 reelection campaign — and then blamed the ensuing North Korean victory and devastation of South Korea on Harry Truman for entering the Korean War in the first place in 1950.

Obama, again, blames George W. Bush for most of the problems he himself has caused. For instance, he claims that the Iranians started spinning centrifuges while Bush was in office, conveniently forgetting two key points. First, as a senator, Obama voted to deny the Bush administration the ability to use military force to deter Iran, and he voted against the designation of the Iranian Revolutionary Guard as a terrorist organization, despite its then-recent efforts to kill Americans in Iraq. Second, far more centrifuges have come on line during the Obama administration than did during the Bush administration.

What mostly brought Iran to the negotiating table was not skillful Obama diplomacy, but the ongoing increases in global gas and oil supplies, and the resulting collapse of oil prices, which assuaged our Asian and European allies’ worries about skyrocketing oil prices should Iranian oil go off the market. The prospect of a glut persuaded them to join in sanctioning Iran. The plunge in oil prices that strengthened the Obama administration’s hand came about as a result of private exploration in the U.S. that occurred despite rather than because of Obama’s efforts.

When Obama claims that so far his diplomacy has curtailed Iranian enrichment, he has no idea whether that will prove to be an accurate assessment, given the secrecy of the Iranian project and the Iranians’ refusal to allow inspectors full and open access to their facilities. But if Obama is correct that the interim deal worked so well, and if sanctions brought Iran to the table, why in the world would he discard the status quo?

When he details all the things Iran must and will certainly do, why would he think it is any more likely that Iran will follow the letter of the treaty than that Qassem Suleimani — a high-ranking Iranian general and commander of the Quds Force, which carries out terrorist operations — would obey international travel bans? In fact, shortly after listening to Obama’s speech, Suleimani brazenly broke the ban and traveled to see Putin, apparently to negotiate Russian arms sales with his newly released $150 billion in formerly embargoed funds.

Obama says there is “daily access” to Iran’s “key” nuclear sites. But what if Iran declares a site not “key” and therefore off limits? Obama likewise assures us, “This access can be with as little as 24 hours’ notice.” Does anyone really believe that? Not Obama himself, for he immediately qualified that with, “And while the process for resolving a dispute about access can take up to 24 days, once we’ve identified a site that raises suspicion, we will be watching it continuously until inspectors get in.” If a 24-day wait is no hindrance to inspection, why then have it at all? The definition of appeasement is to accept demands from an aggressor and then declare that the resulting concessions were of no real importance in the first place.

Obama insists: “Congressional rejection of this deal leaves any U.S. administration that is absolutely committed to preventing Iran from getting a nuclear weapon with one option, another war in the Middle East. I say this not to be provocative, I am stating a fact.”

That is not a fact. And it is shameful to suggest that it is. Again, the alternative to the deal is not war now, but rather continued sanctions, and a continuation of the increased oil production by the U.S. and the Gulf monarchies that brought a cash-strapped Iran to the table. Both measures could be ratcheted up even further. Obama talks of a “game changer” — another regrettable selection of words when we remember the history of that phrase in the context of the Syrian pink line. Iran was getting weaker by the day even as Obama’s tenure was running out. The urgency came from both Iran and Obama. The former was fearful that it would be both poorer and weaker when a possibly very different president takes office in 2017; the latter in desperation was looking for a legacy after the detritus of reset, Libya, ISIS, Syria, and the growing estrangement from long-term allies such as Egypt and Israel.

Obama assumes Tehran will spend its impending windfall on domestic projects, and told us that such investment “improves the economy and benefits the lives of the Iranian people” — as if theocratic authoritarians are sober and judicious officials who feel that improving health care or building freeways would best serve their interests, rather than bullying neighbors and thus raising their own military and political statures. From Hitler to Saddam, there is little evidence that dictators think like the technocrats of social democracies.

Obama reassures us that Iran’s “conventional capabilities will never compare to Israel’s.” Israel is a country of 8 million people, Iran one of nearly 78 million — with appendages in Syria, Iraq, Yemen, the West Bank, and Lebanon that together perhaps already have more conventional missiles pointed at Israel than Israel has bombers that can reach them.

Obama downplays Iran’s Hitlerian rhetoric: “Just because Iranian hardliners chant ‘Death to America’ does not mean that that’s what all Iranians believe.” That is an adolescent remark — analogous to saying that just because Hitler promised a “final solution of the Jewish question” did not mean that all Germans shared his anti-Semitism. What would it matter even if such an assertion were true?

Even if a million Iranians once again hit the streets to protest the theocracy — a movement shunned in 2009 by Obama himself — they would probably not be able to sway the policies of their fascist government. Whether most Germans disagreed with the Nazis’ anti-Semitic policy in 1939 was about as relevant as whether Iranians today privately object to the theocrats’ rhetoric.

President Obama should know better. The problem is not that Iranian “hardliners” are chanting “Death to America.” Rather, to take one example, Iran’s Supreme Leader, Ayatollah Ali Khamenei, in good Mein Kampf fashion, has just published a book of 400-plus pages outlining the de facto end of Israel.

It is beneath a president of the United States to equate U.S. congressional representatives with theocratic fascists. But that comparison is about what Obama offered when he declared, “It’s those hardliners who are most comfortable with the status quo. It’s those hardliners chanting ‘Death to America’ who have been most opposed to the deal. They’re making common cause with the Republican caucus.”

One wonders whether Obama includes in his weird Iran/U.S. Congress “common cause” the man designated to succeed Harry Reid as the Democrats’ leader in the Senate, Chuck Schumer, who, after listening to Obama’s speech, promptly came out against the pact — to the rejoicing, no doubt, of Iranian “hardliners.” Or are the allies of the hardliners the majority of the American people, who also oppose the Obama deal? And what about the Chinese and Russian leaders who wholeheartedly support Obama’s deal, whether out of the desire for lucre, or for humiliation of the U.S. in the present and in the future — or both? Does Obama envision himself and the Iranian theocracy allied against American and Iranian “hardliners” — as if his affinities to the Khamenei clique trump those to, say, Senator Marco Rubio or Senator John McCain?

It is rich from Obama to declare that critics of the deal are playing politics and endangering U.S. credibility: this, from a man who, as senator, in the middle of the critical surge in Iraq in 2007 declared it a failure and advocated pulling out all U.S. troops in the spring of 2008. It was Obama who destroyed U.S. credibility by setting empty deadlines with Iran, empty step-over lines with Russia, and an empty red line with Syria, while promising to shepherd Libya to a stable postwar government, a policy whose natural trajectory ended in Benghazi.

All the contortions that Barack Obama has offered about Iraq — damning the invasion in 2003; claiming in 2004 that he had no policy differences on Iraq with the Bush administration; declaring in 2007 that the surge would fail; demanding in 2008 as a presidential candidate that all U.S. troops be brought home; assuring the world in 2011 that Iraq was “stable” and “self-reliant” as he pulled out all American peacekeepers; reassuring the world in 2014 that Iraq’s ISIS was not a real threat; and then deciding in 2015 that it was, as he ordered forces back in — have been predicated on perceived political advantage. That also explains why the deal was not presented as a treaty requiring a two-thirds vote of the Senate, as the Constitution outlines.

The final irony? President Obama’s rambling and mean-spirited speech may well achieve the opposite effect of its apparent intention. It may persuade some members of his own party that they could do a lot better than joining a dishonest deal and a disingenuous deal-maker.

Voir aussi:

Iran’s North Korean Future

Victor Davis Hanson

National review

April 11, 2013

The idea of a nuclear Iran — and of preventing a nuclear Iran — terrifies security analysts.

Those who argue for a preemptive strike against Iran cannot explain exactly how American planes and missiles would take out all the subterranean nuclear facilities without missing a stashed nuke or two — or whether they might as well expand their target lists to Iranian military assets in general. None can predict the fallout on world oil prices, global terrorism, and the politically fragile Persian Gulf, other than that it would be uniformly bad.

In contrast, those who favor containment of a nuclear Iran do not quite know how the theocracy could be deterred — or how either Israel or the regional Sunni Arab regimes will react to such a powerful and unpredictable neighbor.

The present crisis with North Korea offers us a glimpse of what, and what not, to expect should Iran get the bomb. Mahmoud Ahmadinejad would gain the attention currently being paid to Kim Jong Un — attention not otherwise earned by his nation’s economy or cultural influence.

We should assume that the Iranian theocracy, like the seven-decade-long Kim dynasty in North Korea, would periodically sound lunatic: threatening its neighbors and promising a firestorm in the region — if not eventually in the United States and Europe as well.

An oil-rich, conventionally armed Iran has already used that playbook. When it becomes nuclear, those previously stale warnings of ending Israel or attacking U.S. facilities in the Persian Gulf will not be entirely laughed off, just as Kim Jong Un’s insane diatribes are now not so easily dismissed.

North Korea has taught the world that feigned madness in nuclear poker earns either foreign aid or worldwide attention — given that even a 99 percent surety of a bluff can still scare Western publics. North Korea is the proverbial nutty failed neighbor who constantly picks on the successful suburbanites next door, on the premise that the neighbors will heed his wild, nonsensical threats because he has nothing and they have everything to lose.

Iran could copy Kim’s model endlessly — one week threatening to wipe Israel off the map, the next backing down and complaining that problems in translation distorted the actual, less bellicose communiqué. The point would not necessarily be to actually nuke Israel (which would translate into the end of Persian culture for a century), but to create such an atmosphere of worry and gloom over the Jewish state as to weaken its economy, encourage emigration, and erode its geostrategic reputation.

North Korea is a past master of such nuclear-shakedown tactics. At times Pyongyang has reduced two Asian powerhouses — Japan and South Korea — to near paralysis. Can the nations that gave the world Toyota and Samsung really count on the American defense umbrella? Should they go nuclear themselves? Can North Korean leadership be continually bought off with foreign aid, or is it really as crazy serious as it sounds?

Iran would also be different from other nuclear rogue states. The West often fears a nuclear Pakistan, given that a large part of its tribal lands is ungovernable and overrun with Islamic radicals. Its government is friendly to the West only to the degree that American aid continues.

Yet far larger and more powerful India deters nuclear Pakistan. For all the wild talk from both the Pakistani government and tribal terrorists, there is general fear in Pakistan that India has superior conventional and nuclear forces. India is also unpredictable and not the sort of nation that can be periodically threatened and shaken down for concessions.

Iran has no comparable existential enemy of a billion people — only a tiny Israel of some seven million. The result is that there is no commensurate regional deterrent.

Nor does Iran have a tough master like nuclear China. Even Beijing finally pulls on the leash when its unpredictable North Korean client has threatened to bully neighbors and create too unprofitable a fuss.

Of course, China enjoys the angst that its subordinate causes its rivals. It also sees North Korea as a valuable impediment to a huge, unified, and Westernized Korea on its borders. But that said, China does not want a nuclear war in its backyard. That fact ultimately means North Korea is muzzled once its barking becomes too obnoxious.

A nuclear Iran would worry about neither a billion-person nuclear existential enemy nearby such as India, nor a billion-person patron such as China that would establish redlines to its periodic madness. Instead, Tehran would be free to do and say what it pleased. And its nuclear status would become a force multiplier to its enormous oil wealth and self-acclaimed world leadership of Shiite Muslims.

If North Korea has been a danger, then a bigger, richer, and undeterred nuclear Iran would be a nightmare.

Voir encore:

Obama’s Legacy and the Iran Nuclear Agreement

Gary C. Gambill
The National Post
August 18, 2015

Originally published under the title, « Obama’s Legacy-Making Agreement »

U.S. President Barack Obama’s choice of American University, where John F. Kennedy gave a famous 1963 speech calling for peace and nuclear disarmament, to deliver his most impassioned defence of the recently signed Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) earlier this month was no accident. In seeking to convince Congress and the American people that the JCPOA adequately defuses the Iranian nuclear threat, the White House and its supporters have been routinely referring to the agreement as the cornerstone of his foreign policy legacy.

This messaging is partly intended as a signal of resolve to fence-sitting Democrats, who might think twice about opposing the signature foreign policy initiative of a president from their own party. But there is a deeper message implicit in the endless repetition of this talking point — that Obama wouldn’t be foolish enough to double down on the JCPOA if what the critics are saying about it is true. « Look, 20 years from now, I’m still going to be around, God willing, » the president told The Atlantic in May. « If Iran has a nuclear weapon, it’s my name on this. »

This argument, which National Review opinion editor Patrick Brennan paraphrases as, « Settle on a deal that would ruin my foreign policy legacy? But I want to have a good legacy! » is not without logic. Obama’s a smart guy, with the entire U.S. intelligence apparatus at his disposal. If he’s willing to bet his own farm on the JCPOA, it can’t be that bad, can it?

Legacy-making and the defence of U.S. national interests are two different things.

Unfortunately, yes. If smarts, knowledge and the desire to be judged favourably by history guaranteed foreign policy success, presidents would seldom make mistakes. Obama says he has « never been more certain about a policy decision than this one, » but he also thought overthrowing Qaddafi would be a hoot and look how that turned out. Clearly he’s not omniscient.

But the larger problem with the my-name-on-it argument is that legacy-making and the defence of U.S. national interests are two different things. Good policy decisions don’t always highlight White House leadership in ways that can fill a wing of a presidential library. Whatever the merits of Obama’s handling of the Russia-Ukraine crisis, presidential historians don’t rave about preventing a bad situation from getting worse.

Moreover, a favourable legacy doesn’t always require the clear-cut advancement of U.S. national interests in the here and now. Legacy-making concerns how one’s actions will be perceived by future generations who have little sense of the context and details. Whereas elected officials ordinarily strive to be responsive to the interests and preferences of constituents, a legacy-seeking president seeks vindication in the political hereafter.

Good policy doesn’t always highlight White House leadership in ways that can fill a wing of a presidential library.

This is a slippery slope for a progressive like Obama, who surely assumes that future generations will be more sympathetic to his worldview than his contemporaries. He may therefore reason that a charitable judgment can best be ensured by staying true to himself, as it were, even if it entails serious security risks, all the more so because his administration has deviated from these presumed future norms in other areas (e.g., drone strikes).

This may have given Obama reason to prefer a deeply flawed agreement that embodies his worldview over walking away from the table with nothing at all. Failed negotiations — or a continued succession of interim agreements that hands the ball to his successor — don’t interest Steven Spielberg. At a time when prospects of an unvarnished domestic policy triumph have dimmed, and after his ambitious effort to jump-start Israeli-Palestinian talks went nowhere, the Iran negotiations were his last chance to do something big.

Whatever his reasons, Obama’s approach has been to extract as many concessions from Iran as possible before he leaves office, but not leave the table without an agreement. Unfortunately, the Iranians correctly ascertained that he could not afford to take no for an answer, and that standing firm on unreasonable demands would bring American flexibility. The end result is that an « international effort, buttressed by six UN resolutions, to deny Iran the capability to develop a military nuclear option, » former secretary of state Henry Kissinger explained in congressional testimony early this year, soon became « an essentially bilateral negotiation over the scope of that capability, » with the scope of capability acceptable to the administration widening dramatically as the negotiations wore on.

Congress and the American people should give the Obama administration a fair hearing and evaluate the JCPOA on its merits, but pay no attention to the president’s expressions of boundless confidence in the agreement. It’s a good bet even he never imagined he’d have to settle for such a crappy deal.

Gary C. Gambill is a research fellow at the Middle East Forum.


14-juillet/133e: Attention, une fête nationale peut en cacher une autre (Bastille Day: Behind the tanks and the jets, the savagest of riots)

14 juillet, 2013

https://i2.wp.com/www.carnavalet.paris.fr/sites/default/files/styles/oeuvre_zoom/public/la_prise_de_la_bastille_bd.jpgfederationJuly14.1880defile_14_juillet_1919Défilé19

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width="451"https://i2.wp.com/www.theblaze.com/wp-content/uploads/2011/10/IranianMissile.jpghttps://i1.wp.com/english.peopledaily.com.cn/200612/04/images/1203_B70.jpghttps://i1.wp.com/www.armyrecognition.com/images/stories/south_america/venezuela/artillery/2s19/2S19_tracked_self-propelled_howitzer_Venezuela_Venezuelan_army_640.jpghttps://i2.wp.com/news.bbcimg.co.uk/media/images/60084000/jpg/_60084976_turkish-army-parade-afp-g.jpg

Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, car la révolution se fera en talons!  Yagg (collectif de lesbiennes)
Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques. Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. Henri Martin (29 juin 1880)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
La Fête de la Fédération: Il s’agit de la fête la plus célèbre de la Révolution française. Fête emblématique, au point qu’aujourd’hui encore notre fête nationale réunit en elle deux adversaires : la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, et la Fédération du 14 juillet 1790. L’intention primitive de la fête n’était pourtant pas celle d’une célébration unanime. L’idée était née en province, dans cet hiver 1790 où les alliances défensives, hantées par les souvenirs de la Grande Peur, n’avaient cessé de se nouer entre les gardes nationales et l’armée tout entière. Des fêtes locales et toutes militaires scellaient ces pactes. Paris s’inquiète alors de l’agitation qui risque de gagner les troupes régulières et choisit de la contrôler en convoquant dans la capitale, pour le 14 juillet, les députations provinciales. Mais le caractère conservateur d’une fête destinée à garantir l’ordre est vite débordé par l’enthousiasme collectif d’où la Fédération tire son prestige légendaire. Mona Ozouf
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Le 14 juillet 1935: La SFIO se rallient aux communistes et acceptent une grande alliance avec les Radicaux. Un « Congrès international des écrivains pour la défense et la culture », réuni à Paris , rassemble des humanistes et des anti-fascistes allemands. Le mouvement Amsterdam-Pleyel propose de manifester le 14 juillet 1935 dans toute la France contre le fascisme. Le jour de la fête nationale, des délégués venus de tous les départements jurent de « défendre les libertés démocratiques, de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et au monde la grande paix humaine ». 500 000 personnes défilent de la Bastille à Vincennes avec Léon Blum à leur tête. Le leader de la SFIO est accompagné de Maurice Thorez (PC), de Benoît Frachon (CGTU) et Léon Jouhaux (CGT) ainsi que Edouard Daladier (Parti Radical). En Province, les manifestations atteignent également du 12 février 1934. On entend en même temps l’Internationale et la Marseillaise, on mêle le drapeau tricolore au drapeau rouge. Cette fois, l’unité est en marche pour de bon. Et dès le lendemain, on crée le comité national du Rassemblement populaire pour le pain la paix et la liberté. L’expression Front Populaire s’impose dans le langage. David Martin
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)

Sous les pavés, le sang ?

Sanglante prise d’une garnison faisant office de geole de luxe pour poignée d’escrocs, faussaires ou aristocrates dispendieux (émeutes et pillages dans tout Paris, recherche de poudre à canon, détachements de soldats prenant le parti des émeutiers, lynchage et dépeçage contre toutes promesses du gouverneur et de quelques uns de ses soldats, 1789), convocation de députations provinciales pour contenir à l’origine l’agitation qui gagne les troupes régulières suite à la multiplication de fêtes de fraternisation militaires locales avec serment du roi à la Nation et à la Constitution (fête de la Fédération, Champ de Mars, 1790), défilé militaire pour conjurer la défaite de 1870 avec remise de nouveaux drapeaux et étendards pour préparer la reconquête des territoires perdus (« heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan », « jour où notre Nouveau Testament nous a été donné », « saturnales républicaines », « fête de l’assassinat », Longchamp, 1880-1914),  défilé de la victoire (Champs Elysées, 1919), fête de l’alliance socialiste, communiste et radicale du futur Front populaire contre l’antifascisme avec l’Internationale et la Marseillaise, drapeau tricolore et drapeau rouge (de la Bastille à Vincennes, 1935), fête nationale organisée autour d’un défilé militaire digne des dernières dictatures du monde comme la Corée du nord, la Chine ou l’Iran (Champs-Elysées, actuellement) …

En un pays où l’on obtient le statut de refugiée politique pour avoir abattu (les seins nus, s’il vous plait !) une croix à la scie tronçonneuse …

Et où, rareté du Monde libre Espagne et Portugal exceptés, l’on continue, entre Chine, Russie, Corée du nord, Iran, Cuba ou Turquie et au son d’un hymne national appelant à l’épuration ethnique, un défilé militaire digne des pays totalitaires …

Pendant que comme chaque année à Belfast, les casseurs profitent des commémorations unionistes de la victoire de Guillaume d’Orange sur les catholiques de 1690  …

Retour, en ce 133e anniversaire du défilé du 14-juillet qui se voulait à l’origine fête de la réconciliation nationale sous une monarchie constitutionnelle et qui, guerres mondiales et mandat de Giscard exceptés, ne se fêtait pas sur les Champs-Elyées mais a souvent oscillé entre la toute nouvelle place de la République et l’hippodrome de Longchamp …

Sur le véritable casse-tête que représentait, pour une toute jeune république en recherche de fondement, le choix d’une fête nationale censée à la fois « incarner le peuple tout en n’étant ni de près ou de loin reliée au roi ou au catholicisme » mais aussi, d’où l’importance de la dimension militaire après l’humiliante défaite de 1870, le redressement national …

Face à la réalité historique largement mythique et particulièrement sanglante d’une « prise de la Bastille » que, près d’un quart de siècle après les travaux de Furet, la plupart des Français croient encore en fait célébrer …

La fête nationale du 14 juillet

Le 14 juillet est fête nationale et jour chômé en France, conformément à une tradition républicaine qui remonte à un peu plus d’un siècle, très précisément à juillet 1880.

C’est l’occasion d’un défilé militaire sur les Champs-Élysées en présence du président de la République et de tous les corps constitués ainsi que d’un feu d’artifice et de bals populaires dans toutes les villes (en certains lieux le 13 au soir, en d’autres le 14).

Fabienne Manière

Hérodote

Une difficile gestation

Tout commence le 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille, une manifestation qui a mal tourné. Des émeutiers parisiens, surexcités par l’hypothétique menace d’une attaque des troupes royales, vont chercher de la poudre et des munitions à la Bastille. Le gouverneur de la vieille forteresse, au lieu de résister comme il en a pleinement la possibilité, accepte de se rendre. Mal lui en prend. Ses hommes sont massacrés. Lui-même, blessé à l’épaule, traîné dans les rues, est achevé à coup de baïonnettes et sa tête plantée au bout d’une pique.

Malgré son caractère odieux, cette émeute prend aussitôt dans l’esprit des Parisiens figure de victoire sur le despotisme. Un entrepreneur se hâte de détruire la Bastille sans en référer à quiconque et les pierres deviennent objet de collection et de culte…

Un an plus tard, les Français choisissent le premier anniversaire de ce jour pour célébrer le triomphe pacifique de la Révolution par une grande fête sur le Champ de Mars. Y participent dans l’enthousiasme 260.000 Parisiens ainsi que le roi, la reine et des délégués de tous les départements. Cette Fête de la Fédération consacre le succès éphémère de la monarchie constitutionnelle et l’union de tous les Français.

La célébration du 14 juillet est ensuite délaissée au profit de multiples commémorations révolutionnaires, par exemple l’anniversaire du 1er Vendémiaire An I de la République (22 septembre 1792). Sous l’Empire, on lui préfère la Saint Napoléon (15 août) ! Elle est enfin complètement abandonnée sous la Restauration monarchique, de 1815 à 1848.

Le triomphe de la République

Sous la IIIe République, cependant, une nouvelle Chambre à majorité républicaine et non plus monarchiste est enfin élue en 1877. Le régime cherche dans la Révolution française une légitimité morale.

Il remet en vigueur les symboles de la Grande Révolution de 1789, en particulier la Marseillaise, hissée au rang d’hymne national, le Panthéon, nécropole des gloires républicaines, enfin la Fête nationale.

En 1878, le Président du Conseil Armand Dufaure organise une première célébration le 30 juin. Elle est immortalisée par le peintre Claude Monet (tableau ci-contre).

Enfin, le 6 juillet 1880, sur proposition de Benjamin Raspail, la Chambre des députés vote une loi ainsi libellée : «Article unique. – La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle».

Par prudence, le législateur ne fait pas plus référence à la prise sanglante de la Bastille qu’à la fête joyeuse de la Fédération, l’année suivante, apothéose de la monarchie constitutionnelle.

Henri Martin, le rapporteur de la loi au Sénat, ne se prive pas toutefois d’évoquer la journée du 14 juillet 1790, qui «a donné à la France conscience d’elle-même».

Cette journée commémorative est préférée au 5 mai (1789, états généraux) comme au 20 juin (1789, serment du jeu de paume).

La première fête nationale donne lieu à une grande revue militaire sur l’hippodrome de Longchamp, devant pas moins de 300.000 spectateurs, parmi lesquels le président de la République Jules Grévy.

La revue se déroule les années suivantes sur les Champs-Élysées, afin de manifester avec éclat la volonté de revanche sur la défaite de 1870-1871. Le comble de la ferveur patriotique est atteint le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire…

Voir aussi:

14 juillet 1789

La prise de la Bastille

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise d’assaut par les Parisiens. De ce jour date la fin de l’«Ancien Régime» et le début de la Révolution française.

Dès l’automne, les contemporains prennent conscience de la portée historique de l’événement et songent à le commémorer. Cest chose faite l’année suivante avec la Fête de la Fédération.

Depuis 1880, la Fête nationale du 14 juillet perpétue le souvenir de cette fête et des promesses de la Révolution française.

Gabriel Vital-Durand

Hérodote

La Révolution en germe

40 jours plus tôt, les états généraux se sont réunis à Versailles et les députés ont constaté que les maux du gouvernement appelaient davantage qu’une simple réforme de l’impôt. Ils ont décidé de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l’exemple américain.

Le roi Louis XVI (39 ans), malgré des reculades successives, n’exclut pas l’éventualité d’un coup de force contre les députés qui outrepassent leurs droits. Dès le 24 juin, il fait venir en secret des régiments suisses ou allemands à proximité de Versailles. Au total 30.000 soldats aguerris qui ne manquent pas d’inquiéter les Parisiens.

Le 9 juillet, l’assemblée réunie à Versailles se proclame «Assemblée nationale constituante». L’initiative ne plaît pas au roi ni surtout à son entourage. Sous la pression de la Cour, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son contrôleur général des finances, Jacques Necker, un banquier d’origine genevoise qui n’a fait que creuser le déficit mais est resté pour cela très populaire parmi les petites gens. Il le remplace par le baron de Breteuil.

À Paris, le peuple des artisans et des commerçants s’irrite et s’inquiète. On dit que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux.

Dans les jardins du Palais-Royal, résidence du cousin du roi, le duc d’Orléans, et haut lieu de la prostitution et du jeu, un orateur, Camille Desmoulins, monté sur un escabeau, harangue ainsi la foule : «Citoyens, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé et on l’a chassé… Après ce coup, ils vont tout oser et pour cette nuit, ils méditent peut-être une Saint-Barthélemy des patriotes !… Aux armes ! Aux armes, citoyens !»

Échec de l’émeute

Le 12 juillet, sur la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), un détachement de gardes suisses et un escadron de dragons du Royal Allemand sous le commandement du prince de Lambesc se fait huer par la foule qu’irrite le renvoi de Necker. Les cavaliers tentent de disperser les badauds. On relève de nombreux blessés.

Motion au jardin du Palais-Royal, gouache de Lesueur (Paris, musée Carnavalet)Le mécontentement enfle, l’émeute gronde et la foule force les portes de plusieurs armuriers.

Le 13 juillet, la rumeur se répand que les troupes royales vont entrer en force dans la capitale pour mettre les députés aux arrêts. De fait, des corps de troupes sont rassemblés au Champ de Mars et aux portes de Paris.

Un comité permanent, la «municipalité insurrectionnelle», est formé par les citoyens qui ont participé à l’élection des états généraux pour faire face à la menace. Il se substitue à la vieille municipalité royale.

Au matin du 14 juillet, des artisans et des commerçants se rendent à l’hôtel des Invalides en quête d’armes. Le gouverneur de Sombreuil cède aux émeutiers et ouvre les portes de l’hôtel dont il avait la garde. La foule fait irruption dans l’arsenal et emporte 28.000 fusils et 20 bouches à feu. Mais il lui manque encore de la poudre…

C’est alors que des émeutiers rugissent : «À la Bastille !» La rumeur prétend en effet que de la poudre y aurait été entreposée. Au demeurant, le peuple a une revanche à prendre sur la vieille forteresse médiévale dont la masse lugubre lui rappelle à tout moment l’arbitraire royal.

Sur les marches de l’Hôtel de Ville, le sire de Flesselles, prévôt des marchands, tente de calmer les esprits. Il ne tarde pas à faire les frais de sa modération. On l’accuse de cacher des armes ainsi que d’accaparer les grains et d’affamer la capitale. Il est abattu d’un coup de pistolet, pendu à une lanterne et sa tête promenée dans les rues au bout d’une pique. C’est la première victime de la Révolution.

Sur les tours de la Bastille, une douzaine de canons sont tournés vers le faubourg Saint-Antoine. La garnison se compose de 82 vétérans, dits invalides, auxquels ont été adjoints le 7 juillet 32 soldats du régiment suisse de Salis-Samade commandés par le lieutenant de Flüe (ou de Flühe). Face à elle, les émeutiers ne font pas le poids. Ils sont un millier seulement, sans commandement et sans armes lourdes.

Le marquis de Launay (ou de Launey), gouverneur de la Bastille, se persuade qu’il doit gagner du temps pour permettre à une troupe de secours de le délivrer des émeutiers. Il se déclare prêt à parlementer avec trois délégués et livre trois bas-officiers en otages.

Les parlementaires sont conduits par le dénommé Thuriot. Le marquis insiste pour retenir ses hôtes à dîner (à midi selon la terminologie de l’époque). Il accepte de détourner les canons de Paris et s’engage à ne pas tirer sous réserve que les émeutiers ne tentent pas d’entrer dans la forteresse.

Tandis que les parlementaires communiquent le message à la foule, une explosion mystérieuse émeut celle-ci. On crie à la trahison. Un groupe de forcenés pénètrent dans l’enceinte par le toit du corps de garde et se jettent sur les chaînes du pont-levis à coups de hache. Une charge de mitraille les disperse. Mais une nouvelle députation se forme pour exiger la reddition de la forteresse.

De Launay, sans expérience militaire, perd ses moyens. Il donne l’ordre de tirer. Les soldats suisses armés de fusils de rempart appelés «amusettes du comte de Saxe» font des ravages chez les assaillants. On compte une centaine de morts.

Les gardes françaises contre la Bastille

Tout bascule avec l’arrivée de deux détachements de gardes françaises. Ces soldats professionnels chargés de veiller sur la capitale prennent le parti des émeutiers et vont leur assurer la victoire. Sous le commandement de deux officiers, Élie et Hulin, ils amènent deux canons et les pointent sur la Bastille. Il s’ensuit un début d’incendie à l’entrée de la forteresse et quelques pertes chez les assiégés.

M. de Monsigny, commandant des canonniers, est abattu, ce qui fait disparaître toute velléité de résistance chez les invalides.

Il est 4 heures du soir. De Launay se ressaisit, ordonne soudain le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre dans un mouvement de désespoir. Mais ses invalides lui imposent de brandir un mouchoir pour parlementer. Le feu cesse.

Le lieutenant de Flüe exige les honneurs de la guerre pour se rendre. On les lui refuse, mais le dénommé Élie, du régiment de la Reine, confirme par écrit les termes d’une capitulation qui assure la vie sauve aux défenseurs.

Les ponts-levis sont abaissés et la foule se rue dans la forteresse, oublieuse des promesses d’Élie. Les soldats suisses, qui ont eu le temps de retourner leurs uniformes, sont pris pour des prisonniers et épargnés. Mais la foule lynche les malheureux invalides.

Le marquis de Launay, qui a tenté de se suicider, est traîné dans les rues de la capitale avant d’être décapité par un boucher. Sa tête est fichée sur une pique et promenée en triomphe à travers le faubourg ainsi que les têtes des autres défenseurs de la Bastille. Ce rituel macabre, inédit dans l’Histoire du pays, illustre le basculement de la Révolution dans la violence.

À la Bastille, on libère les détenus au prix d’une légère déception car il ne s’agit que de sept personnages de minable envergure (escrocs, faussaires, délinquant sexuel…). Au demeurant, les émeutiers sont surpris de découvrir des chambres spacieuses et d’un grand confort, à l’opposé des cellules de torture que décrivaient complaisamment dans leurs brochures les intellectuels poudrés qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, l’occasion de séjourner à la Bastille.

Fin d’un monde…

Le soir même, de sa propre initiative, un entrepreneur zélé du nom de Pierre-François Palloy réunit 800 ouvriers et entreprend la démolition de la vieille forteresse, dont les jours étaient de toute façon comptés. Au cours des semaines qui suivent la prise de la Bastille, le peuple se rue sur le monument déchu, les pierres sont réduites en morceaux et distribuées comme autant de trophées. Ainsi l’émeute sanglante se transforme-t-elle presque instantanément en un mythe national et antidémocratique.

Démolition de la Bastille (musée Carnavalet, Paris)

Un symbole séculaire de l’absolutisme est ruiné, deux gouverneurs dépassés par leurs responsabilités ayant fait tourner d’un cran la grande meule de l’Histoire.

Le propre frère du roi, le comte d’Artois, futur Charles X, prend la mesure de l’événement. Il quitte la France sitôt qu’il en a connaissance. Il est suivi dans cette première vague d’émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

… début d’un autre

À Königsberg, en Prusse orientale (aujourd’hui ville de garnison russe du nom de Kaliningrad), le célèbre philosophe Emmanuel Kant, apprenant la prise de la Bastille, commet l’audace d’interrompre sa promenade quotidienne, chose extraordinaire qui, dit-on, ne lui arriva en aucune autre occasion.

À Versailles, Louis XVI note quant à lui dans son journal à la date du 14 juillet : «Rien»… Mais il ne s’agit que du résultat de sa chasse habituelle. Le soir même, le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt fait réveiller le roi pour l’informer des derniers événements. A quoi le roi aurait répondu :

– Mais c’est une révolte !

– Non, Sire, une Révolution… (Se non è véro, è bène trovato !).

Surpris par la violence populaire, Louis XVI se retient néanmoins de dissoudre l’Assemblée. Les députés, dans une séance mémorable présidée par l’abbé Grégoire, prennent la résolution de siéger en permanence. La Révolution peut suivre son cours.

Le 16 juillet, à Paris, la nouvelle municipalité porte à sa tête un maire, Jean Bailly. Cet astronome de 53 ans a déjà présidé l’Assemblée nationale et supervisé la fameuse séance du Jeu de Paume (il sera démis de ses fonctions et plus tard guillotiné pour avoir fait tirer sur la foule qui réclamait la déchéance du roi le 17 juillet 1791, sur le Champ de Mars).

Héros de la prise de la Bastille, Pierre-Auguste Hulin (31 ans) deviendra général après la bataille de Marengo puis commandant de la place de Paris.

Les électeurs parisiens constituent une milice bourgeoise, la «garde nationale» dont ils confient le commandement au prestigieux marquis de La Fayette, le «héros des deux Mondes». Les autres villes du royaume imitent la capitale, créant une nouvelle municipalité et une garde nationale.

Entérinant la réussite de l’insurrection, le roi Louis XVI rappelle Jacques Necker à la tête du ministère des Finances. Le lendemain, il se rend à Paris et il est accueilli à l’Hôtel de Ville par une foule arborant sur la tête une cocarde aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge. Le général de La Fayette remet au roi une cocarde semblable où il insère le blanc, en signe d’alliance entre le roi et sa ville. De là l’origine du drapeau tricolore.

L’année suivante, des pierres de la Bastille ornées d’une médaille seront solennellement remises à quelques centaines de héros de la journée, parmi lesquels une femme, la blanchisseuse Marie Charpentier. Et chacun des nouveaux départements recevra une maquette de la Bastille sculptée dans une pierre de la forteresse.

Le premier anniversaire de l’événement donnera lieu à une grande réconciliation nationale, la Fête de la Fédération, et beaucoup plus tard, en 1880, la IIIe République, en faisant du 14 juillet la Fête nationale, consacrera la réconciliation de la France de l’Ancien Régime et de celle de la Révolution.

Une forteresse sinistre

Au Moyen Âge, la bastille de Saint-Antoine, à l’est de Paris, constituait l’une des deux portes principales de l’enceinte d’Étienne Marcel, l’autre étant la bastille de Saint-Denis, au nord.

En 1370, le prévôt de la ville, Hugues Aubriot, entreprit de remplacer la porte fortifiée de Saint-Antoine par une forteresse formée de deux tours massives de 25 mètres d’élévation entourées de douves. Cette paire de tours fut ensuite doublée à l’intérieur du rempart de deux tours supplémentaires, destinées à surveiller le quartier Saint-Antoine. Aubriot compléta encore la forteresse par quatre autres tours qui firent ainsi de l’ensemble une position décisive pour le contrôle de la capitale.

La Bastille était donc devenue beaucoup plus imposante que la Tour de Londres de Guillaume le Conquérant que l’on peut visiter encore.

A mesure que son importance militaire allait diminuer au fil du temps, elle allait assumer la fonction de geôle pour les détenus de marque, dont Aubriot lui-même fut le premier. D’un autre côté, le développement urbain allait amener les habitations à la serrer de plus en plus près, ce qui n’allait pas manquer d’en faire le symbole désagréable de la tutelle royale sur la ville.

Il faut dire que l’usage des lettres de cachet (décrets d’arrestation à la discrétion du roi) était devenu aux yeux de tous un abus de droit flagrant. Il y en eut quelque 80.000 sous le règne de Louis XIV. Le duc de Nemours, le maréchal de Biron, le marquis de Belle-Isle (Fouquet), le cardinal de Rohan, le duc de Richelieu, le Masque de Fer, le marquis de Sade, Voltaire furent quelques-uns des prisonniers illustres de la forteresse.

Les prisonniers de condition jouissaient toutefois d’un réel confort au cours de leur détention, pouvant conserver leurs officiers et leur maison, se promener à leur guise, s’y faire servir d’abondance, et recevoir la visite du gouverneur qui se tenait alors debout, chapeau bas… D’autres personnages, à les en croire, n’étaient pas si bien lotis : «En hiver, ces caves funestes sont des glacières. En été ce sont des poêles humides, où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher» (Linguet, détenu au XVIIIe siècle).

En 1789, la Bastille était donc formée de huit tours unies par des murs couverts de chemins de ronde, de mâchicoulis et défendues par 15 pièces de canon. L’ensemble était entouré d’un large fossé contrôlé par les sentinelles en surplomb. Un bastion en demi-lune défendait l’accès du côté de la Seine et pouvait tenir sous son feu croisé d’éventuels assaillants.

Venant de la rue Saint-Antoine, on entrait dans la Cour du Passage, puis l’Avancée donnait accès à un premier pont-levis précédant la Cour du Gouvernement, enfin un jeu de ponts-levis accouplés en parallèle amenaient à la porte principale de la forteresse proprement dite, fermée par deux grands battants cuirassés de plaques de fer. Un bâtiment construit sous Louis XV servait de logis aux officiers, et donnait sur une cour d’honneur qui occupait l’essentiel de l’espace compris à l’intérieur des murs.

Notons que peu après la prise de la forteresse, Amour de Saint-Maximim découvrit dans les décombres des feuillets recouverts recto verso d’une écriture fine. Il s’agissait des écrits clandestins du marquis de Sade, l’un des derniers hôtes involontaires de la Bastille.

Voir encore:

Récit réaliste du 14 juillet

Nouvelles de France

14 juillet 2013

Voici le récit réaliste (âmes sensibles s’abstenir) du « Combat du 14 juillet », extrait des Causeries du Dimanche (publiées rue Bayard en 1922) :

Récit réaliste du 14 juillet« A la Bastille! criait-on. Cette action héroïque de la prise de la Bastille, choisie par la Révolution comme son épopée, célébrée avec tant de tapage (…) est une des dérisions les plus remarquables de l’histoire.

Les papiers du temps racontent que, dès que l’émeute se fut portée du côté de la for­teresse, toutes les élégantes de Paris, aussi curieuses qu’aujourd’hui, s’y portèrent en foule; la place des Vosges (alors place Royale) était pleine de leurs carrosses. Les poissardes ne manquaient pas non plus.

Cette rivière de curieux était considérée du haut de la forteresse par 32 Suisses et 82 invalides, qui. avec M. de Launay, commandant, et les officiers, formaient les 120 hommes de la garnison: il leur semblait, dirent-ils, que Paris tout entier débordait vers eux. C’était vrai.

Les émeutiers, assemblés dès 10 heures du matin. fusillent les murs hauts de 40 pieds, épais de 30 pieds, et cet exercice héroïque semble les amuser d’autant plus qu’on ne répond pas.

Enfin le hasard amène un accident qui fut acclamé comme une victoire : un pauvre invalide, en sentinelle sur une tour, est blessé.

Une députation se présente. Le gouverneur fait baisser les ponts-levis, et la reçoit avec honneur, l’‘invite à déjeuner. Les héros acceptent. Ils se plaignent des canons qui menacent le peuple, le gouverneur fait retirer de suite les canons des embrasures; ils se plaignent de l’attitude de la garnison qui menace le peuple, le gouverneur fait jurer devant les députés aux 114 Suisses et invalides de ne pas tirer sur le peuple s’ils ne sont pas directement atta­qués. Les députés se plaignent enfin des moyens extraordinaires de défense de la forteresse, le gouverneur leur offre de visiter toute la Bastille.

Les parlementaires sortent enfin, et l’on attaque le premier pont; pas une amorce n’est brûlée contre eux; ils l’abaissent, mais quand ils sont au second pont, le gouverneur les fait prévenir qu’il va faire feu. Cela les scandalise.

Les hommes armés qui assiégeaient la Bastille dans ces conditions très exceptionnelles étaient 800. Mais il faut dire qu’ils n’eurent tant d’audace qu‘en raison de la présence au milieu d’eux des gardes françaises.

Ces gardes, qui formaient une partie très galante de l’armée, et où l’on s’engageait pour ce honteux motif, venaient beaucoup au Palais Royal, rendez-vous assez immonde. Cette situation exceptionnelle rendait ces soldats propres à toutes les misères. (…) le peuple les faisait boire, et ils étaient de la partie de plaisir et de gloire du 14 juillet 1789.

Cependant on ne prend point une solide for­teresse avec des cris et des vociférations. On délibéra si on ne pourrait point calciner les pierres avec une huile savante au phosphore. Ceci est imaginé par un brasseur, qui ne connaissait pas encore le pétrole. Un autre propose de brûler une jeune fille, qu’on assurait être la fille du gouverneur, pour obliger ce dernier à se rendre ; or, cette pauvre enfant, qui n’avait pas du tout ce titre à leur fureur, faillit périr.

Un jeune homme qui a étudié ses auteurs veut construire une catapulte, il a le mo­dèle, etc.

Cependant, profitant de la répugnance qu’a­vait la garnison trop bien garantie « à tirer sans péril sur des corps vivants », les gardes françaises, un pont-levis étant baissé, allument de la paille; alors les Suisses exaspérés, au lieu de se laisser rôtir, font une décharge, et la foule crie à la trahison, elle recule épouvantée

A ce moment, un chasseur du marquis de Conflans, né en Suisse, de parents pauvres, adopté par lui et patriote à la belle figure, qui se distinguait parmi les assaillants débouche avec des gardes françaises; ils avaient trouvé cinq canons ; on les braque sur les embrasures, et l’attaque recommence. Ce Hullin qui va arrêter M. de Launay recevra de la municipalité le titre de vainqueur de la Bastille et une médaille commémorative; comme il est le héros de la grande journée du 14 juillet, (…).

On perd la tête. M. de Launay ne voulant pas, avec cent hommes, lutter contre tout un peuple et contre des soldats, ni livrer la forteresse confiée à son honneur, veut mettre le feu aux poudres et faire sauter le quartier Saint-Antoine. Un officier invalide l’arrête et il en sera cruellement châtié par le peuple; son supplice sera une des horreurs épouvantables de la journée; on lui coupera la main, on le pendra, on le percera, et cette main coupée sera promenée en triomphe au bout d’une pique.

A la demande des officiers invalides, de Launay capitule donc, mais à la condition que la garnison aurait la vie sauve. C’est solennel­lement juré, et le grand pont-levis, que l’émeute n’eût jamais fait tomber, s’abaisse lentement.

La foule, ivre de joie, se précipite dans la sombre forteresse; Hullin et les gardes fran­çaises veulent faire respecter la capitulation, mais la populace déclare qu’il faut tuer, et elle exécute, séance tenante, cinq officiers et plusieurs invalides qui avaient fait la ma­nœuvre du pont.

De Launay, en sortant, reçoit un coup d’épée dans l’épaule droite; rue Saint-Antoine, « tout le monde lui arrachait les cheveux et lui don­nait des coups ». Sous l’arcade Saint-Jean il était déjà « très blessé ». Autour de lui, les uns disaient : « Il faut lui couper le cou », les autres : « Il faut le pendre », les autres : « Il faut l’attacher à la queue d’un cheval. » Alors, désespéré, et voulant abréger son supplice, il crie: « Qu’on me donne la mort! » et, en se débattant, lance un coup de pied dans le bas-ventre d’un des hommes qui le tenaient. A l’instant il est percé de baïonnettes, on le traîne dans le ruisseau, on frappe sur le cadavre, en criant : « C’est un galeux et un monstre qui nous a trahis; la nation demande sa tète pour la montrer au public. » Et l’on invite l’homme qui a reçu le coup de pied à la couper lui-même. Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s’y passait, juge que, puisque tel est l’avis général, l’action est « patriotique » et croit même « mériter une médaille en détrui­sant un monstre ». Avec un sabre qu’on lui prête il frappe sur le cou nu; mais le sabre mal affilé ne coupant point, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir, et « comme en sa qualité de cuisinier il sait travailler les viandes », il achève heureusement l’opération. Puis, mettant la tête au bout d’une fourche à trois branches, et accompagné de plus de 200 personnes armées, « sans compter la populace », il se met en marche, et, rue Saint-Honoré, il fait attacher à la tête deux inscrip­tions pour bien indiquer à qui elle était. — La gaieté vient; après avoir défilé dans le Palais-Royal, le cortège arrive sur le Pont-Neuf; devant la statue de Henri IV, on incline trois fois la tête, en lui disant : « Salue ton maître. » C’est la plaisanterie finale; il y en a dans tout triomphe, et, sous le boucher, on voit apparaître le gamin … » (Taine)

L’Assemblée écouta le récit de cette cam­pagne glorieuse, exigea du roi le retrait de l’armée sous Paris pour donner satisfaction aux héros du 14 juillet; le roi céda (…)

Le lendemain 15 juillet (il n’y a pas de fête sans lendemain), le cuisinier qui a coupé la tète à M. de Launay apportait au Palais-Royal le cœur enlevé d’un homme massacré sans motif dans la rue, un soldat tenait la tête; le peuple réclame ces trophées, et pendant que le cuisinier soupe, on promène le cœur san­glant sur un bouquet d’oeillets blancs. »

Voir également:

Jefferson on the Bastille

Thomas Jefferson relayed his eyewitness account of the storming of the Bastille with shocking calm

U.S. News &  World report

April 16, 2012

Embedded reporting had not yet been invented when Thomas Jefferson watched a mob of Frenchmen storm the Bastille in 1789. As a result, his account is limited only by the quality of his sources. « How they got in, » he wrote of the men and women who started the revolution, « has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to discredit them all. » Other events Jefferson relays more confidently, and with shocking calm: how the mob released prisoners, stole weapons, walked the Bastille’s « Governor & Lieutenant governor » to the Guillotine–and then « cut off their heads. »

And why not be confident? After all, Jefferson saw all of this with his own eyes. Before the riots, he’d been watching King Louis XVI call a meeting of the States General at Versailles, to discuss the country’s financial crisis. When chaos broke, he followed the mobs into the streets of Paris.

Jefferson’s interest was professional but also personal. As America’s minister to France, he had an obligation to keep the country informed. As the author of the Declaration of Independence, he found the unfolding revolution fascinating. Perhaps as a result, rather than let his secretary transcribe the events for him, Jefferson wrote directly to John Jay, the American secretary of foreign affairs, himself–in his own hand, in a letter that filled 12 pages.

The following is an excerpt of that letter.

The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicableobject. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeoise of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Larare, release all the prisoneres, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeoise, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers ( Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai , Governor of the Bastille. The found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal…

Monsieur de Monmorin is this day replaced in the department of foreign affairs & Monsieur de St. Priest is named to the Home department. The garottes of France & Leyden accompay this. I send also a paper (called the Point du jous ) which will give you some idea of the proceedings of the National Assembly. It is but an indifferent thing; however it is the best. I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant.

– Thomas Jefferson

P.S. July 21. Mr. Necker had left Brussels fro Frankfort before the courier got there. We expect however to hear of him in a day or two. Monsieur le Comte de la Liorne has resumed the department of the marine this day. Either this is an office of friendship effected by Monsr. De Montmorin (for tho they had taken different rides, their friendship continued) or he comes in as a stop-gap till somebody else can be found. Tho very unequal to his office, all agree that he is an honest man. The Count d’Artois was at Valecnciennes. The Prince of Conde & Duke de Bourbon had realized that place.

Voir encore:

Retour sur les origines du défilé du 14 Juillet

Le Figaro

15/07/2011

Le défilé militaire du 14 juillet, une tradition depuis 1880.

Eva Joly fait polémique en évoquant la suppression du défilé militaire du 14 Juillet. Depuis quand ce défilé est organisé ? Pourquoi un caractère militaire ? Comment les autres pays d’Europe célèbrent leur fête nationale ? Réponse point par point.

• Depuis quand organise-t-on des défilés pour le 14 Juillet ?

Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national.

La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution.

«Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire», avait clamé Benjamin Raspail à la tribune. Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790.

Un défilé le 14 juillet aura dès lors lieu chaque année à compter de 1880, à l’exception des périodes de guerre. Jusqu’en 1914, il se déroulait à Longchamp.

• Pourquoi un défilé militaire ?

La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national.

Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus.

Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. «Cette double célébration fut aussi le triomphe définitif du 14 Juillet, fête largement militarisée incarnant la nation qui ne fut plus guère contestée dans cette fonction», selon l’historien Rémi Dalisson.

• Eva Joly est-elle la seule politique à demander la suppression du défilé militaire ?

Non. L’an passé, les élus Verts de la mairie de Paris avaient fait polémique en demandant la «suppression du défilé militaire du 14 juillet et d’affecter une partie des économies réalisées à l’organisation de rassemblements populaires, à Paris et dans toute la France». Selon les élus, la Grèce aurait fait 5 millions d’euros d’économie en renonçant au traditionnel défilé militaire de sa fête nationale du 25 mars.

Les Verts dénonçaient un «gaspillage financier inacceptable en période de grande restriction budgétaire» mais aussi «une aberration écologique. La quantité de produits polluants, de CO2 et de décibels relâchés dans l’atmosphère est considérable». Sylvain Garrel, l’un des présidents des Verts parisiens, précisait que la France gagnerait à «quitter le sinistre peloton des pays organisant des démonstrations guerrières le jour de leur fête nationale, dont la plupart sont des dictatures».

• Les autres pays d’Europe organisent-ils aussi des défilés militaires lors de leurs fêtes nationales ?

Oui, mais l’ampleur du défilé n’est en aucun cas comparable avec la France. L’Espagne et le Portugal ont ainsi fortement réduit le nombre des militaires présents lors des célébrations de la fête nationale à cause de la crise économique. La Grèce a supprimé son défilé. Quant à l’Italie, un défilé a bien lieu le 2 juin, mais dans l’indifférence.

Le Royaume-Uni n’a lui pas de fête nationale à proprement parler, mais l’anniversaire de la Reine joue en quelque sorte ce rôle. Si des militaires défilent, c’est à pied ou à cheval, et en uniforme traditionnel. En Allemagne, la fête nationale, fixée à l’anniversaire de la réunification, ne donne pas lieu à un défilé militaire, ni à une fête populaire.

L’Europe du Nord n’est pas très portée sur les défilés militaires. En Suède, la fête nationale est symbolisée par une cérémonie où le drapeau est hissé devant le couple royal. En Finlande, on préfère regarder la retransmission télévisée d’une réception organisée par la présidence. Quant à la Norvège, pays d’origine d’Eva Joly, la fête nationale se distingue par un défilé d’enfants, d’associations et de jeunes bacheliers.

Voir enfin:

Le 14 Juillet, naissance d’une fête nationale

Introduction

Dans un discours prononcé à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), le 14 juillet 1872, Léon Gambetta proclame : « […] les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. »

Celui qui négocie la construction d’une République comme régime, contre des tentations monarchistes, ancre le passé, le présent et l’avenir dans un événement fondateur. Celui qui aurait préféré le 22 septembre comme date davantage républicaine, plus calme également, alimente un débat entre la conception d’un événement émancipateur, faisant du peuple l’acteur de sa propre histoire, et celle d’un événement qui fait entrer la violence dans la construction de la liberté donc, pour nombre de conservateurs un événement surévalué, voire le premier acte de la Terreur.

Certes, il y a débat, et nous voulons dans ce dossier en présenter les étapes et les acquis majeurs.

Depuis 1880, le 14 Juillet est fête nationale. Lui préexistent des fêtes diverses et variées qui en forment les bases dont il faut souligner les caractères et qui font l’objet des premières études de ce dossier. En nous dissimulant derrière l’immense stature de Mona Ozouf, nous voudrions mettre en évidence la valeur d’exemplarité des événements célébrés par ces fêtes dans lesquels les hommes politiques du XIXe siècle inventent un langage particulier, de symboles, de rituels, de lieux…, un langage que l’auteur de Composition française qualifie de « langage de l’utilité ».

Car des fêtes du 14 Juillet, comme d’autres fêtes républicaines, il s’agit bien de moments pédagogiques, d’une propédeutique des valeurs républicaines ancrées dans les principes de 1789. Pourquoi et comment le 14 Juillet est-il devenu fête nationale ? Pourquoi et comment les républicains érigent-ils cette date au rang de repère fondateur ?

Pour répondre à ces questions, nous analyserons tout d’abord les deux événements révolutionnaires de 1789 et 1790 parce qu’ils sont créateurs de mémoire collective. Nous proposons ensuite un regard sur la célébration de cette mémoire entre la Révolution et l’année 1880 avec notamment la fête du 30 juin 1878. Cette dernière montre à la fois les enjeux et les limites d’une fête sans véritable ancrage événementiel. L’ensemble des décisions prises en 1880 avec la mise en place des rituels et des pratiques fait l’objet d’une partie conséquente. Nous avons choisi ensuite quelques 14 Juillet marquants, sans exhaustivité, entre 1880 et nos jours.

Nous présentons la construction et les pratiques de la fête nationale à travers un dossier documentaire, analysé et commenté, utilisable dans les classes de quatrième et de seconde, selon les textes officiels des programmes scolaires en vigueur.

Ce dossier est utile pour l’enseignement de l’histoire des arts, obligatoire au collège. L’approche est d’abord celle de l’historien mais elle s’inscrit aussi dans une démarche liée à l’histoire des arts, la peinture principalement. De nombreux supports sont ainsi proposés pour aborder la construction du symbole républicain, ce qui fait encore référence à l’unité de la Nation tant discutée aujourd’hui. Ils permettent aussi en pointant les enjeux de comprendre que le présent s’inscrit dans un passé toujours recomposé, reconstruit, un passé en débat.

L’événement

L’histoire de France est riche d’événements suscitant des débats animés. Son élévation au rang d’événement fondateur dans le cadre d’un conflit sur la Révolution française, les faits, l’héritage, la mémoire donnent au 14 juillet 1789 la place singulière d’un événement qui ne peut laisser indifférent. Que s’est-il vraiment passé en ce mardi si particulier ? L’effet sur la France mais aussi sur les cours européennes correspond-il à la profondeur du fait ? N’y a-t-il pas amplification, héroïsation, détournement de sens après coup ? Événement révolutionnaire ou révolte d’Ancien Régime ? La Bastille ne fut-elle pas prise déjà pendant la Fronde ? Renvoyons tout d’abord la Bastille à l’imaginaire populaire qui contribue à la nature même de l’événement et son interprétation. Forteresse, prison symbole de l’arbitraire royal en matière de justice, forteresse militarisée tournée vers la capitale, lieu de révolte potentiel, notamment le faubourg Saint-Antoine, lieu des supplices les moins avouables dont auraient été victimes des condamnés non identifiables tant en nombre qu’en nom, mouroir sans retour possible vers la société des hommes, symbole de la tyrannie, la liste est longue des caractères de ce bastion envisagé sous Charles V et qui avait perdu depuis longtemps son statut de prison. Lors de l’ouverture de la forteresse conquise ou simplement remise suite à la reddition de sa garnison, le peuple de Paris n’y trouva semble-t-il que sept prisonniers, dont quatre faussaires. L’événement connut en réalité deux réussites : l’une répond aux objectifs du peuple venu l’assiéger, l’autre à sa postérité. L’événement est une réaction populaire à la situation de crainte provoquée par la présence de troupes autour de la capitale. Le peuple de Paris forme une milice assez conséquente estimée à plus de 40 000 hommes. Si le nombre est élevé, l’armement est faible et suscite des débats. Le 12 juillet, un dimanche, le renvoi de Necker est connu à Paris qui entre en émoi non par sympathie pour le ministre, mais par crainte d’un retour en force de l’autorité royale. Le rôle de Camille Desmoulins est ensuite connu : une harangue de la foule au Palais-Royal pour l’inciter à se défendre, des manifestations spontanées dans les rues pour défendre Necker et l’intervention d’un régiment allemand aux Tuileries, des blessés. Les soucis alimentaires de la ville entretiennent la crainte, l’émotion au sens moderne du terme. Le lendemain matin, très tôt, des barrières d’octroi sont incendiées, le couvent Saint-Lazare est pillé car soupçonné d’abriter du grain, la foule manifeste violemment à la recherche de blé et pour que les prix du pain soient baissés. À l’Hôtel de Ville dans la matinée, des électeurs de la ville de Paris dirigés par le prévôt des marchands Jacques de Flesselles créent un comité permanent et une milice, avec comme signe distinctif une cocarde rouge et bleu, couleurs de la ville. L’armement de cette milice pose problème : des lieux de détention d’armes sont pillés, des piques sont forgées, une demande est faite aux Invalides dont le gouverneur refuse de livrer les armes.

Au matin du 14, la foule se rend aux Invalides pour exiger l’accès aux armes. Les troupes présentes sur le Champ-de-Mars font savoir qu’elles ne marcheront pas sur les Parisiens qui s’emparent alors des Invalides, y trouvent trente mille fusils et douze canons. Il ne manque plus que la poudre et les balles. Une première puis une deuxième délégation des électeurs de la ville de Paris sont reçues par le gouverneur Launay à la Bastille mais n’obtiennent ni poudre, ni balles, alors qu’en fin de matinée la foule commence à se masser devant la forteresse. Vers 13 h 30, les défenseurs de la Bastille, des invalides, répondant aux ordres de Launay, ouvrent une première fois le feu sur la foule. Une troisième et une quatrième délégation se rendent à la Bastille sans plus de succès. À partir de 15 h 30, cinq canons pris le matin aux Invalides sont placés devant la Bastille par des gardes-françaises. Vers 17 heures, la garnison de la Bastille se rend avec promesse d’être bien traitée, la foule s’empare de la Bastille, y prend la poudre qu’elle était venue chercher et libère quelques prisonniers. Une centaine de Parisiens a été tuée pendant la journée. Sur le chemin de l’Hôtel de Ville où la garnison désormais prisonnière doit être emmenée, le gouverneur Launay est tué, sa tête tranchée au canif par un jeune boucher, le prévôt des marchands est lui aussi assassiné au motif de traîtrise, les archives de la Bastille sont pillées. Dans une danse macabre, les têtes sont promenées dans Paris jusqu’au Palais-Royal. En fin de journée, ignorant encore l’épisode de la prise de la Bastille, Louis XVI a ordonné le retrait des troupes. Le roi n’apprend l’événement qu’à son réveil le lendemain matin avec le mot resté célèbre du duc de La Rochefoucauld-Liancourt : « Non, Sire, c’est une révolution. »

Sans entrer dans le débat sur l’interprétation des événements du 14 Juillet, il peut être intéressant avec des élèves d’expliquer les regards de certains contemporains, hommes de plume conservateurs, comme Chateaubriand, pour ensuite expliquer la prise en main de cette histoire par les historiens du XIXe siècle et la transformation de cette journée en mythe national, en fête nationale : montrer ce que l’on en fait.

Le 14 Juillet vu par Chateaubriand

« Le 14 juillet, prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet ; c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. »

François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1848.

Une tradition se construit dans la littérature de la contre-révolution mais aussi, comme dans cet extrait, sous la plume de monarchistes convaincus remettant en cause le contenu et les formes de l’événement tel que les révolutionnaires ont voulu le forger. La violence, l’ivrognerie, l’aptitude à commettre le crime gratuit, l’imbécillité caractérisent les acteurs du 14 Juillet pour Chateaubriand. Mais, plus encore, c’est bien l’idée d’un événement qui n’a pas eu lieu que dénonce l’auteur. La réalité d’un fait dont il se présente comme témoin contrebalance l’interprétation par surévaluation qu’en font ensuite les révolutionnaires. Il n’y a pas de prise de la Bastille mais reddition d’une forteresse dans la naïveté des occupants inaptes à combattre. La victoire sans lutte donne ensuite aux Parisiens l’occasion d’une fête macabre, orgiaque d’une libération à laquelle il dénie tout fondement. L’auteur dont la carrière politique dans les premières décennies du XIXe siècle se construit auprès des monarques de la Restauration compare Paris à la Rome de la fin du règne de Néron et de l’année des quatre empereurs, dont deux sont ici nommés. Comment fonder un régime nouveau sur des actes sanguinaires ? La question est bien sûr posée tout au long du XIXe siècle et fait encore débat en 1880, nous en reparlerons.

Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération

Et si la fête de la Fédération donnait tout son sens à la prise de la Bastille ?

Le 15 juillet 1789, Louis XVI nomme La Fayette commandant de la garde parisienne créée pour canaliser les mouvements populaires et assurer la protection des Parisiens. Des milices de citoyens se créent dans chaque ville sur le modèle de la garde nationale de Paris pour lutter contre toute menace, notamment pendant la Grande Peur. Des fédérations locales, régionales de gardes nationales se sont constituées dans le sud de la France dès le mois d’août 1789. Elles se répandent dans le reste du pays. La Fayette incite à organiser pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale célébrant cette fédération, proposition acceptée par l’Assemblée. L’Assemblée veut que cette commémoration du 14 Juillet célèbre l’unité de tous les Français.

Le théâtre de la fête est le Champ-de-Mars, aménagé à partir du 1er juillet par de nombreux ouvriers, notamment de terrassement pour créer un cirque à l’antique, dont la capacité est estimée à cent mille places. Au centre de ce que l’on n’appelle pas encore un « stade », avec des talus en forme de tribunes, est érigé un autel, dédié à la Patrie, base d’un culte civique. La préparation du lieu vit la participation de représentants des différents groupes sociaux. La légende veut que Louis XVI, lui-même, y assista.

Le jour de la fête, les spectateurs sont estimés à deux cent cinquante mille. Les fédérés venus de toutes les provinces, complétés par les fédérés parisiens, estimés quant à eux à cent mille, défilèrent avec leurs drapeaux montrant l’union de la Nation à travers le défilé de ceux qui la défendent. Des éléments constitutifs des 14 Juillet modernes naissent sans doute en cette occasion.

Le roi est placé sous un chapiteau adossé à l’École militaire, sur la droite de la toile. Face à lui, un arc de triomphe clôt l’autre extrémité du Champ-de-Mars, ouvrant sur la Seine. Au centre, une messe est célébrée par Talleyrand, avec trois cents prêtres. Succède à la messe la prestation de serment. Le marquis de La Fayette (arrivant sur un cheval blanc) au nom des gardes fédérés prononce celui de la garde nationale. Fidélité à la Nation, à la loi et au roi, engagement à maintenir la Constitution acceptée par le roi, protection de la sûreté des personnes sont le contenu essentiel de cette prestation. Le président de l’Assemblée, Charles de Bonnay, prête serment pour l’ensemble des députés et de leurs électeurs. Les députés des quatre-vingt-trois départements assistent à la fête.

Puis Louis XVI intervient comme chef de l’exécutif pour prêter serment à la Constitution et s’engager à appliquer et respecter la loi. Un Te Deum fut donné, les participants se quittèrent au milieu des embrassades, figurées sur le tableau comme un thème récurrent des célébrations collectives cher à David. Il est remarquable aussi que les républicains de 1880 aient évincé de la fête la messe et le Te Deum, la fête républicaine devient alors une fête sans Dieu.

La peinture fidèle à la météo du jour montre le ciel lourd d’un temps pluvieux. Les rayons de soleil forment alors un procédé pictural pour souligner le monde nouveau qui procède de l’événement. La participation de la foule fut immense, très enthousiaste, malgré le mauvais temps.

L’enthousiasme de la première fête de la Fédération disparut lors de la suivante, en 1791. La méfiance liée aux événements du printemps, la fuite à Varennes notamment, anima la célébration à laquelle l’Assemblée ne s’associa pas ! Quelques jours plus tard, la fusillade du Champ-de-Mars envenima la situation.

D’autres villes eurent aussi leur fête de la Fédération en 1790. L’exemple de Lyon est bien connu. À l’extérieur de la ville, plaine des Brotteaux, des bataillons de la garde nationale et des délégations des départements voisins défilent comme au Champ-de-Mars. Un temple dédié à la Concorde civile, une statue de la Liberté avec une pique au bonnet phrygien dans une main et un rameau d’olivier dans l’autre. Une messe est célébrée en public, des serments prononcés de fidélités à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au roi. Mais le texte se prolonge :

« Nous jurons d’être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et la propriété déclarées nationales, d’assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force publique, d’entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l’étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l’ordre et l’harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer. Nous jurons enfin de regarder comme ennemis irréconciliables tous ceux qui tenteraient de porter atteinte à la nouvelle Constitution ; et nous reposant avec confiance sur la Providence qui soutient notre patriotisme, nous promettons de sacrifier nos fortunes et nos vies pour conserver à nos descendants cette liberté après laquelle nous soupirions depuis si longtemps. ».

Sermon prononcé lors de la fête de la Fédération de Lyon, 14 juillet 1790, in Jean-Baptiste Monfalcon, Histoire de la ville de Lyon, Volume 2, Guilbert et Dorier, 1847, pp. 884-885.

Par le 14 juillet 1789 la Révolution crée l’événement, par le 14 juillet 1790 elle crée l’expérience festive.

Le 14 Juillet au prisme de la succession de régimes au XIXe siècle

Une célébration fluctuante au XIXe siècle

Immédiatement après 1792, la célébration passe souvent après d’autres dates devenues porteuses comme le 10 août, le 9 thermidor. En 1792, la fête est célébrée mais la patrie vient d’être déclarée en danger, l’éclat en est absent. En 1793, seule l’Assemblée commémore, la mort de Marat, la veille, est à peine compensée par celle de Cathelineau le jour même. Mais la foule ce jour-là saccage la nécropole de Saint-Denis. C’est en 1797 que la première cérémonie militaire a lieu, puis en 1799 la fête célèbre la Concorde et non la Liberté. Sous le Consulat, des défilés militaires ont lieu mais, à partir de 1805, c’est le 15 août, date anniversaire de l’empereur, qui est fêté.

Sous la Restauration, le 5 août, jour de la Saint-Louis, devient le repère festif du pays. Après la révolution de juillet 1830, le nouveau souverain associe la glorieuse journée de 1789 à celles qui lui offrent le trône : il pose en janvier 1831 de façon solennelle la première pierre de la colonne de la Bastille associant les morts des deux événements. Chaque année ont lieu les fêtes de juillet.

La deuxième République choisit de ne pas fêter le 14 Juillet. Indécise entre la République sociale du printemps 1848 et la République conservatrice, elle décide de commémorer le 22 septembre mais sans grande publicité. Sous le second Empire, l’empereur décide de faire du 15 août la fête nationale, même si les républicains parviennent à fêter le 14 Juillet de manière un peu clandestine. Ils continuent après 1870 à honorer cette journée dans une France conservatrice (voir le discours de La Ferté-sous-Jouarre). À partir de 1877, les républicains voient leurs conceptions du pouvoir choisies durablement par le suffrage universel dans le règlement de la crise du 16 mai. En 1878, le débat reprend.

Dans un recueil paru en 1865 intitulés Les Chansons des rues et des bois, le livre deux intitulé « Sagesse » contient dans une partie III, elle-même rangée sous le titre « Liberté, égalité, fraternité », un poème « Célébration du 14 juillet dans la forêt ». Victor Hugo, le poète en exil, commémore seul le jour où « la liberté s’éveillait », les vers sont rédigés en 1859.

Célébration du 14 juillet dans la forêt

Dans la forêt Qu’il est joyeux aujourd’hui Le chêne aux rameaux sans nombre, Mystérieux point d’appui De toute la forêt sombre ! Comme quand nous triomphons, Il frémit, l’arbre civique ; Il répand à plis profonds Sa grande ombre magnifique. D’où lui vient cette gaieté ? D’où vient qu’il vibre et se dresse, Et semble faire à l’été Une plus fière caresse ? C’est le quatorze juillet. À pareil jour, sur la terre La liberté s’éveillait Et riait dans le tonnerre. Peuple, à pareil jour râlait Le passé, ce noir pirate ; Paris prenait au collet La Bastille scélérate. À pareil jour, un décret Chassait la nuit de la France, Et l’infini s’éclairait Du côté de l’espérance. Tous les ans, à pareil jour, Le chêne au Dieu qui nous crée Envoie un frisson d’amour, Et rit à l’aube sacrée. Il se souvient, tout joyeux, Comme on lui prenait ses branches ! L’âme humaine dans les cieux, Fière, ouvrait ses ailes blanches. Car le vieux chêne est gaulois : Il hait la nuit et le cloître ; Il ne sait pas d’autres lois Que d’être grand et de croître. Il est grec, il est romain ; Sa cime monte, âpre et noire, Au-dessus du genre humain Dans une lueur de gloire. Sa feuille, chère aux soldats, Va, sans peur et sans reproche, Du front d’Epaminondas À l’uniforme de Hoche. Il est le vieillard des bois ; Il a, richesse de l’âge, Dans sa racine Autrefois, Et Demain dans son feuillage. Les rayons, les vents, les eaux, Tremblent dans toutes ses fibres ; Comme il a besoin d’oiseaux, Il aime les peuples libres. C’est son jour. Il est content. C’est l’immense anniversaire. Paris était haletant. La lumière était sincère. Au loin roulait le tambour… – Jour béni ? jour populaire, Où l’on vit un chant d’amour Sortir d’un cri de colère ! Il tressaille, aux vents bercé, Colosse où dans l’ombre austère L’avenir et le passé Mêlent leur double mystère. Les éclipses, s’il en est, Ce vieux naïf les ignore. Il sait que tout ce qui naît, L’œuf muet, le vent sonore, Le nid rempli de bonheur, La fleur sortant des décombres, Est la parole d’honneur Que Dieu donne aux vivants sombres. Il sait, calme et souriant, Sérénité formidable ! Qu’un peuple est un orient, Et que l’astre est imperdable. Il me salue en passant, L’arbre auguste et centenaire ; Et dans le bois innocent Qui chante et que je vénère, Étalant mille couleurs, Autour du chêne superbe Toutes les petites fleurs Font leur toilette dans l’herbe. L’aurore aux pavots dormants Verse sa coupe enchantée ; Le lys met ses diamants ; La rose est décolletée. Aux chenilles de velours Le jasmin tend ses aiguières ; L’arum conte ses amours, Et la garance ses guerres. Le moineau-franc, gai, taquin, Dans le houx qui se pavoise, D’un refrain républicain Orne sa chanson grivoise. L’ajonc rit près du chemin ; Tous les buissons des ravines Ont leur bouquet à la main ; L’air est plein de voix divines. Et ce doux monde charmant, Heureux sous le ciel prospère, Épanoui, dit gaiement : C’est la fête du grand-père.

Le 30 juin 1878

La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878

Claude Monet (1840-1926), La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878, huile sur toile peinte en 1878, 0,810m x 0,505m, Paris, musée d’Orsay, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Source : http://www.monet2010.com/fr#/galerie/34/ commentaire court et travail en zoom possible sur la toile.

L’année 1878 est marquée par le débat sur la commémoration du centenaire de la mort du philosophe Voltaire. Le gouvernement réplique en organisant une fête non commémorative mais célébrant la Paix et le Travail, la concorde nationale. Une loi institue la fête du 30 juin. Le gouvernement est particulièrement attentif à ne pas froisser, à ne pas multiplier les signes ostentatoires d’une République victorieuse. Une République casquée (sans bonnet phrygien interdit comme subversif) appuyée que les tables de la Constitution est placée au Champ-de-Mars (O. Ihl). Les musiques de rue furent interdites, comme les banquets de tradition républicaine. Mais cette fête n’a pas de véritable organisation nationale, elle relève des quartiers de Paris, avec une retraite aux flambeaux des gardes républicains à cheval. Olivier Ihl rappelle que si la mémoire de la révolution est volontairement absente de cette date, les trois couleurs du drapeau national sont présentes partout. Rappelons que l’intransigeance du comte de Chambord en juillet 1871 avait conduit Falloux à faire voter par l’Assemblée, pourtant à majorité monarchiste, le maintien du drapeau tricolore contre le drapeau blanc revendiqué par le manifeste du 5 juillet.

La fête couronne aussi l’Exposition universelle de 1878. La France vaincue en 1870, touchée par la Commune, mise à l’écart du concert des nations, entend retrouver un rang. Le suffrage universel, par les élections législatives de l’automne 1877, a résolu la crise politique de l’année précédente en orientant le régime vers une parlementarisation attendue. La fête du 30 juin vient donc à point nommé. Claude Monet s’en empare non dans un but politique, mais parce que le spectacle de la rue interpelle le peintre impressionniste.

De retour à Paris au début de l’année, dans une situation matérielle difficile, à la tête d’une famille élargie par la naissance de son fils, il cherche dans les rues de Paris des thèmes de peinture que la journée du 30 juin lui offre. Une foule bigarrée dans les rues de Paris, les drapeaux nombreux d’une ville qui pavoise comme peut-être jamais auparavant, aux fenêtres, aux poteaux urbains. Un balcon sollicité, un angle de vue en perspective et en plongée, approche chère aux impressionnistes, permet à Monet, dans une approche distanciée, de proposer ce qui reste comme l’un des seuls souvenirs de cette journée que la postérité n’a pas reproduit tant sans doute manquait-elle de légitimité politique, tant elle semblait artificielle, mais que le peintre lui-même nomme « fête nationale ». Le style impressionniste inventé quelques années plus tôt (Impression, soleil levant date de 1872) se plaît à ces marées de couleurs, de mouvements, renforcés par le format de la toile : une série de touches colorées fait apparaître les mouvements de la foule et des drapeaux sous l’effet supposé du vent. Il rappelle aussi le caractère spontané de l’approche. Même si les toiles sont retravaillées en ateliers, le premier jet permet de capter « l’instant républicain » s’emparant de l’espace public.

Cette date du 30 juin n’a pas connu de deuxième célébration. Si, en 1878, elle possède l’avantage de ne froisser aucune susceptibilité politique, de fait elle ne représente rien et n’a pas d’appartenance, ce qui lui interdit de « s’adosser à une mémoire politique » (O. Ihl) et de trouver une postérité. Cependant, la nécessité de fêter la Nation s’impose de toute évidence, la relier à l’héritage révolutionnaire aussi.

La peinture française des XIXe et XXe siècles offre de nombreuses œuvres pouvant devenir le support d’apprentissage sur la fête nationale. Par exemple, Raoul Dufy, La Fanfare du 14 juillet (1951).

D’autres documents sont disponibles comme le discours de Léon Gambetta, le 14 juillet 1872, à La Ferté-sous-Jouarre. Depuis 1872, les républicains commémorent la date en privé.

Les enjeux du débat

La résolution de la crise du 16 mai 1877 par l’intervention du suffrage universel oriente la République vers un régime durablement parlementaire. La majorité obtenue en 1876 est confirmée lors du retour des électeurs devant les urnes suite à la dissolution voulue par le président Mac-Mahon. Le passage du Sénat aux mains des républicains au début de l’année 1879 puis, dans les jours qui suivirent, la démission de Mac-Mahon refusant le sort réservé par le gouvernement à quelques militaires monarchistes permettent le contrôle de l’ensemble des institutions par les républicains. L’enracinement de la République se construit par la mise en place d’un corpus législatif favorisant la républicanisation du régime, l’affirmation de son caractère démocratique et la sécularisation de la société. Si l’enracinement se construit également par la capacité du régime à sortir victorieux des crises politiques que Michel Winock nous a montrées comme étant soit fondatrices, soit de maturité, il s’affirme également par un ensemble de symboles, la mise en place de rituels et de pratiques collectives (Michel Winock, La Fièvre hexagonale : les grandes crises politiques. 1871-1968, Calmann-Lévy, Paris, 1986, 428 pages).

Ainsi, en 1880, les députés républicains sont-ils confrontés à la nécessité d’offrir à la Nation une fête collective dont il faut fixer la date, organiser le contenu. Vers 1880, « la Révolution rentre au port », dès lors les événements de 1789 et des années qui suivent se transforment en mythes fondateurs. Événement mêlant l’ordre imaginaire et l’ordre réel, considéré comme fondateur, le mythe renvoie nécessairement au récit des origines et inscrit le présent de la troisième République naissante dans une continuité historique. « Le drame de 1789 ne cesse de se rejouer », nous dit encore François Furet, in Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », nouvelle édition revue et corrigée, 1983, p 20. Nous nous reporterons aux extraits du débat au sénat en 1880.

Alors quelle date choisir ? Lui donner d’abord un but : permettre de réunir l’ensemble de la Nation en une commémoration commune, admise par tous sans créer de dissension en un corps auquel tous entendent appartenir même si cette appartenance relève elle aussi de la construction à la fois pédagogique et mythique. La place du peuple dans l’événement doit être centrale pour le choix des députés. Il doit avoir joué le rôle majeur, dans une démarche d’émancipation, d’affirmation de sa souveraineté à la recherche de sa liberté, sans que la violence, notamment la violence gratuite faite aux corps, n’ait été présente ou du moins déterminante. D’autre part, le législateur dominant veut éviter les divisions entre les différents groupes de républicains, ici entre opportunistes et radicaux tant du reste un autre combat va certainement se jouer. Le choix d’une date inscrite dans l’héritage révolutionnaire risque de réactiver les mouvements d’opposition à la République liés à la pensée contre-révolutionnaire.

Choisir une date

Alors que choisir ? Entre 1789 et 1880, les dates possibles sont nombreuses.

La révolution de 1830 offre des dates estivales intéressantes, autour des 27, 28 et 29 juillet. Fêter la Nation par une date qui favorise l’arrivée au pouvoir des orléanistes, d’une famille libérale appuyée sur le suffrage censitaire pose inévitablement question. Bien sûr, Victor Hugo a écrit des lignes mémorables utilisées ensuite par les républicains sur les monuments aux morts de la Grande Guerre : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie… » Les morts de 1830 sont célébrés. Bien sûr, Louis-Philippe a fait ériger la colonne de la Bastille en hommage à ces morts sur les lieux de 1789.

La révolution de 1848, de plus fraîche mémoire, apparaît comme une évidence au vieux socialiste Louis Blanc qui propose le 24 février, début des événements qui conduisent au suffrage universel, à l’abolition de l’esclavage, aux ateliers nationaux… Cependant l’élan généreux du printemps 1848, fondateur d’une république sociale, est stoppé par la répression des mouvements de juin et de juillet 1848, par le passage à une république conservatrice. La victoire de Louis Napoléon Bonaparte en décembre aux élections présidentielles, puis le coup d’État de 1851 et la naissance du second Empire laissent peu de chance à l’année 1848 d’offrir une date consensuelle pour une fête nationale.

La naissance de la République en 1870 ne reçoit spontanément aucun véritable soutien. Seule la date du 4 septembre eût pu recueillir les suffrages. Le retour sur contexte montre combien la date ne peut devenir celle d’une Nation unie. Née dans la défaite des premiers jours de septembre, avec l’enjeu de la poursuite de la guerre, la République vaincue, dans un territoire occupé, passe assez rapidement entre les mains des conservateurs, avec une majorité monarchiste aux élections législatives de février 1871. Cette nette majorité de quatre cents députés hostiles au régime plonge le pays dans un temps d’ordre moral peu conforme aux vœux des républicains minoritaires. Il leur faut dix années environ pour s’emparer de l’ensemble des institutions, aucune date dès lors ne peut être retenue.

Décidément, c’est bien la Révolution française qui doit fournir ce repère de la Nation. Le choix cependant ne s’impose nullement comme une évidence. « La Révolution est un bloc », selon Clemenceau dans un discours de 1891, à propos de la censure d’une pièce de Victorien Sardou. Elle offre de nombreuses dates qui toutes soulèvent débat. Peuple acteur de son émancipation, démarche consensuelle, interdisent des dates comme le 9 thermidor (1794). La chute des Montagnards dans une conception partisane ne peut servir de point de ralliement à la nation tout entière d’autant plus que le courant contre-révolutionnaire est encore fort présent en 1880.

L’année 1792 avec la victoire de Valmy suivie immédiatement de la proclamation de la première République offrirait des potentialités intéressantes. Les 20 et 21 septembre permettraient une commémoration nationale placée en début d’année scolaire, après les vendanges, pour fédérer la Nation autour de la naissance du premier régime sans roi. Mais, de fait, la violence du renversement de la monarchie le 10 août 1792, avec la prise des Tuileries, l’incarcération du roi, puis dans la foulée les massacres de septembre disqualifient rapidement ces dates. L’esprit de 1792-1793 évincé des possibles, l’année 1789 s’impose alors, mais elle aussi avec une diversité de possibilités.

Les républicains de 1880 voient d’un œil favorable le serment du Jeu de paume, le 20 juin. Cependant, le tiers état prêtant serment ce jour, dans un élan fixé dans les mémoires collectives par le peintre David, est en fait composé essentiellement de bourgeois, élus lors des élections pour une assemblée qui n’avait pas été réunie depuis 1614 mais qui s’inscrivait bel et bien dans les outils de gouvernement de la monarchie. De même le 5 mai, journée d’ouverture des états généraux, n’est pas retenu.

Si l’on élimine de la liste les journées des 5 et 6 octobre au cours desquelles les femmes puis la garde nationale ramènent à Paris le « boulanger, la boulangère et les petits mitrons », il reste le 4 août. Un système social pluriséculaire s’écroule. La date est acceptée par une partie importante du monde politique. Cela suffit-il à fédérer la nation ? Les acteurs de cette décision prise dans la crainte de propagation du mouvement de la Grande Peur appartiennent aux groupes privilégiés. C’est la noblesse et le clergé par certains de leurs membres qui se libèrent de droits ancestraux. Certes le principe même de privilège comme base de l’organisation sociale disparaît sans souder pour autant la Nation. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août ne reçoit pas les suffrages de façon surprenante.

Le 14 Juillet s’impose

Alors le 14 Juillet s’impose dans le débat. Certes il devient date de fête nationale par élimination des autres dates possibles. Cependant, il ne faut pas en faire une victoire par défaut. Le 14 Juillet remplit nombre de critères imposés : il s’agit bien d’une journée d’intervention du peuple français, en l’occurrence parisien dans le cadre de son émancipation, de la conquête de la liberté. Le peuple devient acteur de sa propre histoire. L’objet saisi par l’intervention du peuple représente bien l’arbitraire royal en matière de justice. Le choix des parlementaires s’inscrit dans un contexte intellectuel de mise en valeur de la date par les grands républicains, écrivains comme Hugo, historiens comme Michelet. Il rejoint donc des événements anciens des temps médiévaux et modernes comme éléments construisant la lutte contre l’Ancien Régime. La Bastille, bâtiment construit sous Charles V, symbolise au réel l’ensemble des formes d’arbitraire et de domination comme les discours républicains des années 1870 le rappellent avec toutes « ces bastilles à prendre ». L’année 1789 suffisait-elle ? La victoire du 14 Juillet n’est-elle pas à trouver dans la double signification de la date ? Au 14 juillet 1789 succède un 14 juillet 1790. La fête de la Fédération atténue le caractère violent de la prise de la Bastille au profit d’une célébration modérée non de l’événement mais de la Nation fédérée, unie en une même fête, associant l’ensemble des parties pour un projet commun. Le choix d’une date à double acception reçoit les suffrages des républicains modérés, voire de certains orléanistes pour lesquels 1790 est un moindre mal. Pour les républicains triomphants, la journée du 14 juillet 1789 se suffit à elle-même comme valorisation du peuple héroïque sans porter en lui les travers des autres dates. Christian Amalvi parle de transcendance des événements dramatiques de la Révolution française à travers la sacralisation d’une date (lieux de mémoire).

Les opportunistes s’emparent d’une date particulièrement adaptée à leur démarche. Le peuple acteur n’a pas d’appartenance sociale marquée, il réunit l’ensemble de ceux que le système de privilège exclut et qui vers 1880 doivent encore combattre contre les contre-révolutionnaires à dominante monarchiste et cléricale. Le combat politique de la construction de la République, troisième du nom, peut être présenté comme la duplication, la poursuite du combat du 14 juillet 1789. Cela permet aussi aux opportunistes, engagés dans cette voie lors de la compagne électorale de 1877, de dépasser la question sociale au profit de celle du régime encore à établir, des bastilles à prendre. Les autres dates, aussi importantes soient-elles, ne seraient que l’effet du 14 Juillet. Mission est alors donnée aux nouveaux gouvernants de conduire la Nation vers le progrès que les pères de 1789 ont esquissés et que le XIXe siècle n’a pu encore atteindre, partagé entre révolutions, réaction et conservatisme.

Le 21 mai 1880, un député de Paris, Benjamin Raspail, dépose un projet de loi adopté par la Chambre des députés le 8 juin, puis par le Sénat le 29 du même mois.

Projet de loi

Article unique. – La République adopte le 14 Juillet comme jour de fête nationale annuelle.

La loi est promulguée le 6 juillet, quelques jours avant la première célébration avec un programme au réel déjà préparé. Le jour de la fête est déclaré chômé, comme le sont certaines fêtes religieuses, mais aussi pour en faire une journée identique sur l’ensemble du territoire national.

Programme de la fête nationale du 14 juillet 1880

Distribution de secours aux indigents. Grands concerts au jardin des Tuileries et au jardin du Luxembourg. Décorations de certaines places, notamment de la place de la Bastille et de la place Denfert où l’on verra le fameux Lion de Belfort qui figurait au Salon de cette année, monument élevé au colonel Denfert-Rochereau, de glorieuse mémoire – illuminations, feux d’artifices. Ajoutons les fêtes locales, comprenant des décorations, des trophées, des arcs de triomphe et le tout organisé par les soins des municipalités de chaque arrondissement avec le concours des habitants.

Deux cérémonies importantes doivent dominer toute la fête : la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée et l’inauguration, sur l’ancienne place du Château-d’Eau, du monument surmonté de la figure de la République, monument qui a fait l’objet d’un concours ouvert l’année dernière par la Ville de Paris.

Documents Archives du Sénat.

Discussion du projet de loi ayant pour objet l’établissement d’une fête nationale

Sénat, séance du 29 juin 1880

M. Henri Martin, rapporteur.

Messieurs, nous ne pouvons que remercier l’honorable orateur, auquel je réponds, de l’entière franchise, de l’entière loyauté avec laquelle il a posé la question comme elle doit être posée, entre l’ancienne société et la société nouvelle, issue de la Révolution. Cette ancienne société, cette monarchie, Messieurs, nous vous l’avons dit bien des fois, nous en acceptons tout ce qui a été grand, tout ce qui a été national, tout ce qui a contribué à faire la France.

Mais où en était-elle, à la veille du 14 juillet 1789 ? Vous le savez : la royauté, arrivée au pouvoir le plus illimité qu’on ait vu en Europe, était devenue incapable d’en user ; elle-même se vit contrainte d’en appeler à la nation, après un siècle et trois quarts d’interruption des Assemblées nationales de l’ancien régime. (« C’est vrai ! – Très bien ! » : à gauche) Je n’ai pas la prétention de vous refaire l’histoire de cette grande année 1789 ; mais enfin, puisqu’on vient de faire ici le procès du 14 Juillet, puisqu’on a symbolisé, dans ce petit acte de guerre qu’on appelle la prise de la Bastille (Rires ironiques à droite) et qui est un très grand événement historique, tout l’ensemble de la Révolution, il faut bien que nous nous rendions compte, en quelques mots, de la situation où étaient alors Paris et la France. Le 17 juin 1789, le tiers état s’était déclaré Assemblée nationale. Le 20 juin, la salle de l’Assemblée nationale fut fermée par ordre de la cour. Vous savez où se transporta l’Assemblée, à la salle du Jeu de Paume ! Vous savez aussi quel serment elle y prononça ! L’ère moderne tout entière est sortie de ce serment. Le 23, déclaration du roi annulant tous les actes de l’Assemblée nationale et la sommant de se séparer. L’Assemblée ne se sépara pas. La cour parut céder. Mais, le 11 juillet, le ministre populaire, qui était l’intermédiaire entre la cour et le pays, M. Necker, fut congédié, remplacé par un ministère de coup d’État ; en même temps, on appela, on concentra autour de Paris une armée entière, une armée, ne l’oubliez pas, messieurs, en très grande partie étrangère. (À gauche : « C’est vrai ! Très bien ! »)

Et le même jour, le nouveau conseil décida l’émission de cent millions de papier-monnaie, attendu qu’il ne pouvait plus espérer obtenir des ressources de l’Assemblée nationale. C’était la préface de la banqueroute, comme la préface d’un coup d’État. Le malheureux Louis XVI était retombé dans les mains de ceux qui devaient le mener à sa perte. Eh bien, le même jour, dans Paris, vous vous rappelez ce qui se passa au Palais-Royal, cet épisode fameux d’où sortit le grand mouvement des trois journées qui suivirent. Cette petite action de guerre à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, en manifestant la force populaire, mit à néant tous les projets arrêtés contre l’Assemblée nationale ; cette petite action de guerre sauva l’avenir de la France. Elle assura l’existence et la puissance féconde de l’Assemblée nationale contre toutes les tentatives de violence qui la menaçaient (Nouvelle approbation sur les mêmes bancs). On parlait de conflit du peuple et de l’armée, dont il ne fallait pas réveiller le souvenir ; mais contre qui le peuple, soutenu par les gardes françaises, avait-il été engagé, dans les rues, sur les places de Paris, durant les deux journées qui ont précédé le 14 juillet ? Qu’est-ce qu’il y avait autour de Paris et surtout dans Paris ? De l’infanterie suisse, de la cavalerie allemande, de la cavalerie hongroise, dix régiments étrangers, peu de troupes françaises, et c’est contre ces régiments étrangers que les gardes-françaises avaient défendu le peuple et l’Assemblée. Laissons donc ces souvenirs qui ne sont pas ceux d’une vraie guerre civile. Il y a eu ensuite, au 14 juillet, il y a eu du sang versé, quelques actes déplorables ; mais, hélas ! dans tous les grands événements de l’histoire, les progrès ont été jusqu’ici achetés par bien des douleurs, par bien du sang. Espérons qu’il n’en sera plus ainsi dans l’avenir. (« Très bien ! » : à gauche. – Interruptions à droite.)

(À droite : « Oui, espérons ! »)

M. Hervé de Saisy. Nous n’en sommes pas bien sûrs !

M. le Rapporteur. Nous avons le droit de l’espérer. Mais n’oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l’ère nouvelle sur l’ancien régime fut achetée par une lutte armée, n’oubliez pas qu’après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. (Très bien ! » : à gauche) Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d’avoir versé une goutte de sang, d’avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays. Elle a été la consécration de l’unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé. L’ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l’avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l’âme de la France personne que Dieu n’a fait l’âme de la France?, mais la Révolution a donné à la France conscience d’elle-même ( Très bien ! » : sur les mêmes bancs) ; elle a révélé à elle-même l’âme de la France. Rappelez-vous donc que ce jour-là, le plus beau et le plus pur de notre histoire, que d’un bout à l’autre du pays, des Pyrénées aux Alpes et au Rhin, tous les Français se donnèrent la main. Rappelez-vous que, de toutes les parties du territoire national, arrivèrent à Paris des députations des gardes nationales et de l’armée qui venaient sanctionner l’œuvre de 89. Rappelez-vous ce qu’elles trouvaient dans ce Paris : tout un peuple, sans distinction d’âge ni de sexe, de rang ni de fortune, s’était associé de cœur, avait participé de ses mains aux prodigieux préparatifs de la fête de la Fédération ; Paris avait travaillé à ériger autour du Champ-de-Mars cet amphithéâtre vraiment sacré qui a été rasé par le second Empire. Nous ne pouvons plus aujourd’hui convier Paris et les départements sur ces talus du Champ-de-Mars où tant de milliers d’hommes se pressaient pour assister aux solennités nationales.

M. Lambert de Sainte-Croix. Il faut faire dire une messe !

M. le Rapporteur. Nous trouverons moyen de remplacer le Champ-de-Mars. Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs mœurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. (« Très bien ! très bien » : à gauche) Si quelques-uns d’entre vous ont des scrupules contre le premier 14 juillet, ils n’en ont certainement pas quant au second. Quelles que soient les divergences qui nous séparent, si profondes qu’elles puissent être, il y a quelque chose qui plane au-dessus d’elles, c’est la grande image de l’unité nationale, que nous voulons tous, pour laquelle nous nous lèverions tous, prêts à mourir, si c’était nécessaire. (Approbation à gauche.)

M. le vicomte de Lorgeril. Et l’expulsion de demain ? (Exclamations à gauche.)

M. le Rapporteur. Oui, je ne doute pas que ce soit là un sentiment unanime, et j’espère que vous voterez unanimement cette grande date qu’aucune autre ne saurait remplacer ; cette date qui a été la consécration de la nationalité française et qui restera éternellement gravée dans le cœur des Français. Sans doute, au lendemain de cette belle journée, les nuages s’assemblèrent de nouveau, la foudre en sortit : la France, en repoussant d’une main l’étranger, se déchira de l’autre main, mais, à travers toutes les calamités que nous avons subies, à travers tous ces courants d’action et de réaction qui ont si longtemps désolé la France, cette grande image et cette grande idée de la Fédération n’ont pas cessé de planer sur nos têtes comme un souvenir impérissable, comme une indomptable espérance. Messieurs, vous consacrerez ce souvenir, et vous ferez de cette espérance une réalité. Vous répondrez, soyez-en assurés, au sentiment public, en faisant définitivement du 14 juillet, de cette date sans égale qu’a désignée l’histoire, la fête nationale de la France. (Applaudissements à gauche.)

Rapport

Fait au nom de la commission chargée d’examiner le projet de loi, adopté par la Chambre des députés, ayant pour objet l’établissement d’un jour de fête nationale annuelle, par M. Henri Martin, sénateur.

Messieurs,

Le Sénat a été saisi d’une proposition de loi votée, le 10 juin dernier, par la Chambre des députés, d’après laquelle la République adopterait la date du 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle. La commission, qui m’a fait l’honneur de me nommer son rapporteur, a délibéré sur le projet de loi dont vous avez bien voulu lui confier l’examen. Deux de nos collègues ont combattu, non la pensée d’une fête nationale, mais la date choisie pour cette fête. Ils ont proposé deux autres dates, prises dans l’histoire de la Révolution, et qui, toutes deux, avaient, suivant eux, l’avantage de ne rappeler ni luttes intestines, ni sang versé. L’un préférait le 5 mai, anniversaire de l’ouverture des États généraux en 1789 ; l’autre recommandait le 4 août, dont la nuit fameuse est restée dans toutes les mémoires.

La majorité, composée des sept autres membres de la commission, s’est prononcée en faveur de la date votée par la Chambre des députés. Le 5 mai, date peu connue aujourd’hui du grand nombre, n’indique que la préface de l’ère nouvelle : les États généraux n’étaient pas encore l’Assemblée nationale ; ils n’étaient que la transition de l’ancienne France à la France de la Révolution. La nuit du 4 août, bien plus caractéristique et plus populaire, si grand qu’ait été le spectacle qu’elle a donné au monde, n’a marqué cependant qu’une des phases de la Révolution, la fondation de l’égalité civile.

Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques.

Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser.

Votre commission, pénétrée de la nécessité de donner à la République une fête nationale, persuadée par l’admirable exemple qu’a offert le peuple de Paris le 30 juin 1878, que notre époque est capable d’imprimer à une telle fête un caractère digne de son but, convaincue qu’il n’est aucune date qui réponde comme celle du 14 juillet à la pensée d’une semblable institution, votre commission, Messieurs, a l’honneur de vous proposer d’adopter le projet de loi voté par la Chambre des députés.

L’un de nos collègues avait pensé qu’il serait utile d’ajouter la qualification de légale à celle de nationale que la Chambre des députés a appliquée à la fête du 14 juillet, et ce afin de préciser les conséquences juridiques qui découleront de l’adoption de la présente loi. Comme une fête consacrée par une loi est nécessairement une fête légale, votre commission a pensé que cette addition n’avait point d’utilité, et qu’il n’y avait pas lieu de modifier la rédaction du projet de loi qui vous est présenté ainsi qu’il suit.

Réagir à la date, réagir à la fête nationale

Trouver une majorité pour voter le texte transformant le 14 Juillet en fête nationale n’a pas été très difficile dans une chambre aux mains des républicains depuis l’automne 1877. Mais cela n’empêche pas les formes d’opposition à cette décision. Elles sont principalement de deux types : les oppositions politiques dans le cadre du débat et les oppositions à la fête elle-même lors de son déroulement le 14 juillet 1880. Elles soulignent la virulence du discours politique au début de la troisième République comme elles en réaffirment les enjeux. L’opposition conservatrice n’a pas vraiment de date à proposer. Opposée à toute forme de « saturnales républicaines », elle est également victime de ses divisions et des symboles propres à chaque famille politique. Les moins bien placés dans le débat restent les orléanistes. Initiateurs de la construction de la colonne surmontée du génie érigée place de la Bastille en mémoire de 1830, événement fondateur pour cette famille mais aussi de 1789, ils ne peuvent véritablement refuser le 14 Juillet. Les légitimistes sont confrontés à une situation difficile. Traditionnellement, la fête monarchique est celle du roi régnant, associé au sein du jour : Henri, comte de Chambord, dont la fête tombe… le 15 juillet. C’est à la fête de ce saint qu’est conviée la communauté monarchiste légitimiste par ses dirigeants pour refuser le 14 Juillet. Aucune autre date de l’histoire pluriséculaire de la monarchie ne peut être proposée dans ce nouveau cadre républicain pour incarner le peuple sans être de près ou de loin reliée au roi, au catholicisme.

Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique). L’arme des deux camps opposés est la propagande littéraire et celle du discours. De nombreux pamphlets dénoncent la construction symbolique des révolutionnaires relayés aujourd’hui par les républicains : la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Le déroulement du 14 juillet 1789 et sa signification étaient bien avant 1880 devenus un enjeu mémoriel, plus encore une composante du débat idéologique à laquelle la gauche républicaine répond bien évidemment. Révolution et contre-révolution s’affrontent ici, ce qui renforce le poids du 14 Juillet qui, de toute évidence, n’est pas une date anodine, consensuelle.

Le choix de cette date doit également être replacé dans le contexte de la sécularisation de la société et de la multiplication des formes d’ancrage du nouveau régime dans les populations. Le 14 Juillet possède aussi l’avantage de clore l’année scolaire et peut donc être associé à la grande politique scolaire de la république jouant à la fois le rôle de moment de couronnement d’une année de formation et exerçant sa dimension pédagogique lisible pleinement dans les rituels et pratiques mis en place.

Dès lors les forces conservatrices s’évertuent à réduire l’ampleur de la fête, à ce qu’elle n’ait pas lieu dans les communes qu’elles dirigent, tant peut être grande encore l’influence des notables, et encouragent les populations à ne pas y participer là où les festivités ont lieu. Elles dénoncent également la concomitance de l’événement avec la loi d’amnistie des communards favorisant le retour en France des condamnés de 1871.

Vous trouverez dans l’article consacré au 14 Juillet dans l’ouvrage Les Lieux de mémoire des exemples de textes originaux d’opposition à la fête nationale et au 14 Juillet

Le 14 juillet 1880, l’ancrage des rituels

La journée s’organise autour de deux éléments principaux le défilé militaire, l’ensemble des festivités populaires. Nous proposons d’associer deux documents de nature différente pour un même événement, avec mise en parallèle de la peinture et de la photographie. La peinture a-t-elle un avenir quand la photographie propose de fixer le réel ? Les deux documents imagent une partie des festivités du 14 juillet 1880, la cérémonie militaire, à l’hippodrome de Longchamp.

A. La place de l’armée

Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880

Jean-Baptiste Detaille (1848-1912), Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée entre 1880 et 1881, 2,615m x 4,890m, Paris, musée de l’Armée, (C) Paris-Musée de l’Armée, Dist. RMN/ Hubert Josse

Édouard Detaille est né à Paris en 1848. Il y meurt en 1912. La chose militaire le poursuit dans sa famille comme dans ses études, il est l’élève de Meissonier. Detaille est connu pour des peintures militaires comme Le Rêve (1888), et devient peintre d’histoire, ancré dans les mouvements réaliste et naturaliste. Soldat engagé dans la guerre de 1870, participant aux combats pour défendre Paris, il en tire des sujets de toiles dont certaines furent censurées dans les années 1870 comme offensantes pour l’Allemagne. Cette censure du gouvernement conservateur lui offrit la sympathie des républicains. Au début des années 1880, il parcourt avec les troupes coloniales les territoires conquis avant d’entrer dans un cycle obsessionnel sur les campagnes napoléoniennes. Puis il nourrit d’un cycle républicain le Panthéon devenu en 1885 le temple civique des grands hommes.

Le tableau présenté ici répond à une commande pour le salon de 1881, dans une version refaite en 1885, car la première ne convenait ni à l’auteur, ni à la critique. En 1880, le Champ-de-Mars a été abandonné au profit de l’hippodrome de Longchamp, en arrière-plan de l’action présentée avec au loin le mont Valérien. L’angle de vue pris par le peintre permet de confronter les principaux acteurs de la cérémonie de remise des drapeaux.

À droite, les présidents des institutions clés (République, Chambre des députés, Sénat), des membres du gouvernement, des élus de la Nation, des délégations étrangères ; à gauche, les chefs militaires du pays. Sur l’estrade le président de la République Jules Ferry, celui de la Chambre Léon Gambetta, celui du Sénat Léon Say, debout, font face aux militaires à cheval qui saluent. La peinture montre la fin de la remise, les régiments ayant déjà reçu leurs insignes et se préparant au défilé de clôture, visible au second plan.

Arrivés au pouvoir, les républicains décident de prendre en main une armée jugée hostile au régime. Le général Farre, qui offre des garanties républicaines, est ministre de la Guerre, refonde les relations entre pouvoir et armée. Les vieux drapeaux de 1871 (en laine) sont remplacés par de nouveaux étendards (terme de cavalerie) ou drapeaux (infanterie) avec des formules génériques affirmant les natures du régime et celle des missions des régiments : « République française », « Honneur et Patrie », les listes des batailles des régiments. La hampe du drapeau se termine par une pointe avec l’inscription « R.F. ». Le 14 juillet 1880 est une fête de redressement. La perte des drapeaux dans la guerre de 1870 a provoqué un traumatisme profond que la cérémonie chargée de symboles doit effacer.

Le pouvoir politique, au nom de la Nation, investit l’armée, émanation de la Nation, de la mission de la protéger, de la représenter, de remplir les missions qui lui sont dévolues. Ce moment de la fête civique du 14 Juillet est une étape importante dans la construction du lien entre l’armée et le peuple. Le 14 Juillet est bel et bien une fête patriotique.

revue de Longchamp du 14 juillet 1880

Pierre Petit, photographie de la revue de Longchamp du 14 juillet 1880, © collection JD,

http://www.military-photos.com

Pierre Petit, né en 1831 dans le Var, est un photographe, portraitiste, figure majeure de la photographie du XIXe siècle au même titre qu’un Nadar, beaucoup plus connu que lui. Nous lui devons de multiples clichés célèbres du XIXe siècle sans savoir toujours qui en est l’auteur. Il appartient à ces photographes qui ont laissé les nouvelles traces, témoignages de faits passés au même titre qu’Alexandre Gardner pour la guerre de Sécession.

Ses études le portent vers la technique photographique, il s’installe à Paris en 1858 et se spécialise dans les portraits pour les institutions (facultés, lycées, épiscopat…) mais aussi des artistes et personnalités, dont un célèbre portrait d’Hector Berlioz, ou encore des photographies de la statue de la Liberté dans ses ateliers.

En 1867, la commission du second Empire en fait son photographe officiel pour l’exposition universelle. Il photographie le siège de Paris, des événements de la Commune en 1871.

La photographie prise ce jour montre le passage des troupes de cavalerie devant la tribune officielle après la remise des drapeaux. Les troupes saluent les élus, présentent les drapeaux.

B. Le 14 juillet 1880, place de la République, par Alfred Roll

14 juillet 1880

Alfred Roll (1846-1919), 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée en 1880, 1,750m x 3,700m, Paris, musée du Petit-Palais, © RMN / Agence Bulloz

Alfred Roll est né en 1846 à Paris, il meurt en octobre 1919. Il étudie la peinture à l’école des Beaux-Arts de Paris, se fait connaître du public dans les années 1870, puis devient peintre quasi officiel de la République après la présentation en 1880 de La Grève des mineurs. De fait il incarne les aspirations artistiques du nouveau régime et met ses pinceaux au service du message politique opportuniste. Le 14 juillet 1880 s’inscrit dans cette peinture politique, comme il permet aussi de lire les rituels républicains mis en place pour cette journée devenue fête nationale.

Alfred Roll répond à une commande, vraisemblablement de Jules Ferry lui-même. Avec d’autres peintres, comme Detaille, il doit laisser trace de l’événement dans sa première expression. Alors que Roll est présent à Longchamp le matin pour la remise des drapeaux, Ferry lui aurait indiqué que Detaille (voir tableau) s’attelle à la tâche et lui aurait demandé d’aller croquer les scènes du 14 Juillet dans les rues de Paris. Roll s’y rend, observe et peint assez rapidement cette toile aujourd’hui au musée du Petit-Palais. Le tableau de Roll, qui possède également un travail préparatoire, présente en une seule composition l’ensemble des composantes de la journée du 14 Juillet, travail exhaustif des faits et gestes ritualisés.

Il s’agit dès l’origine de faire de cette fête une fête militante : républicaine, anticléricale. Une rivalité s’établit dans la préparation des festivités entre la nouvelle fête républicaine et les fêtes traditionnelles ou les cérémonies notamment religieuses. La fête est de parti pris et, pour la première fois sans doute, l’Église est absente des cérémonies officielles, mais pas seulement par opposition proche du Clochemerle. La fête de la Fédération se révèle être d’un grand secours. Régime de liberté (et elles sont de plus en plus nombreuses sanctionnées par le droit), régime de fraternité, la République entend faire de cette journée un moment d’expression collective de paix civile, d’union nationale mais en sortant de la démarche abstraite difficile à ritualiser.

Au premier plan, sur la toile, une foule, marquée par la densité des visages et des corps, occupe toute la partie inférieure de la toile et un mat (parmi d’autres) porteur d’un bouquet de drapeaux coupe verticalement le tableau dans une structure assez simple. Le cadre spatial est une place de Paris délimitée par des immeubles en arrière-fond avec en son centre une statue. En 1879, la place dite du Château-d’Eau depuis l’installation d’une fontaine en 1811 devient place de la République, à l’emplacement d’un bastion de l’enceinte de Charles V. Des boulevards rayonnants sont alors rebaptisés, celui des Amandiers est désormais nommé avenue de la République et celui du Prince-Eugène, référence aux bonapartistes, devient le boulevard Voltaire. La place accueille donc légitimement le nouveau 14 Juillet, dont les festivités se déroulent en espace public. Les processions religieuses, les fêtes royales notamment sur les places du même nom accaparaient l’espace public. Le nouveau régime s’en empare. Il s’agit bien de reconquérir l’espace public. Les premières célébrations du 14 Juillet sont souvent associées à l’inauguration d’un monument, d’un buste.

La foule nombreuse formée de tous les âges de la vie et de toutes les catégories sociales présente une nation unie. Les vêtements indiquent la diversité sociale que les mouvements de la foule unissent en une action commune. Une partie assiste au défilé militaire de la droite vers la gauche de la peinture, défilé visible aux casques et aux fusils qui dépassent les têtes des spectateurs. L’horizontalité du défilé est coupée par la verticalité des mats et des drapeaux qui reçoivent l’hommage de la Nation. Sur le mat central, dans l’écusson apparaît le mot « Pax » . La République se présente comme un régime de paix. Elle tend à effacer le contexte de sa naissance puisque les hommes au pouvoir en 1880 ont pour beaucoup voulu continuer la guerre après le 4 septembre 1870. Mais surtout elle s’oppose à l’Empire, régime qui a multiplié les conflits entre 1852 et 1870 malgré les engagements des débuts, conflit dont le dernier fut fatal au régime. Dès lors l’armée qui défile, composée sur le principe de la conscription, des citoyens qui défendent la Nation tout entière, occupe une place importante dans les rituels de cette journée.

Sur la gauche, sur une estrade, un orchestre joue un air, dont on ne sait bien sûr ce qu’il est. La musique et les chants accompagnent toute cette journée. Sans doute une place particulière est-elle faite à la Marseillaise, hymne affirmé de la Nation depuis 1878.

Les personnages présents sur le tableau vaquent aussi à d’autres occupations : sur la gauche, au pied de l’orchestre des couples engagent un bal du 14 Juillet. Selon Olivier Ihl, « le bal, citoyen, entretient le souvenir de l’héroïque révolution », la musique et les danses collectives racontent à leur façon l’insurrection victorieuse qu’elles célèbrent dans une démarche patriotique. Le couple associe l’homme et la femme dans la construction de l’Histoire. Le bal rend le spectateur actif, la célébration n’est pas la réception abstraite d’un message politique mais la communion d’une Nation actrice de sa propre histoire. Le bal ayant lieu généralement le soir, la population s’adonne à des jeux collectifs entre le défilé et la soirée. Les festivités sous la forme de kermesse sont prises en main par des organisations locales thématiques (harmonies, fanfares, sociétés de tir…).

Dans la journée se déroule aussi le banquet républicain absent du tableau de Roll mais si important dans les rituels et rappelant les démarches politiques des temps difficiles des républicains, notamment sous la monarchie de Juillet et sous le second Empire.

Au centre de la place, le peintre représente une statue. La Ville de Paris a ouvert un concours pour doter la place d’une statuaire en l’honneur de la République. Les frères Morice, sculpteurs, l’emportent l’un pour le groupe, l’autre pour le soubassement. Roll ne voit en 1880 qu’un modèle en plâtre, la statue de bronze et de pierre n’est installée qu’à partir de 1883. Une allégorie féminine, incarnation de la République qui refuse les formes de personnalisation du pouvoir, surmonte un piédestal orné d’allégories des principes formant la devise de la République : liberté, égalité, fraternité, elles aussi utilisées comme « vertus théologales » du nouveau régime, celles qui auraient le nouveau régime pour objet, qui unissent la Nation présente, dans une sorte de transfert de sacralité. La statue de la Liberté semble porter un bonnet phrygien, encore symbole d’affranchissement pour une Marianne qui passe du combat au pouvoir. Le monument inauguré en 1883 porte une série de bas-reliefs commémorant différents événements de Révolution française dont le 14 juillet 1789 et celui de l’année suivante (voir documents joints).

La lecture verticale de la peinture, du bas vers le haut, associe en un seul regard enfant, foule, armée, drapeaux, statue de la République. Comme le souligne Olivier Ihl : « Il s’agit de donner consistance aux principes par lesquels ces hommes se proclament en mesure de gouverner le présent. » Olivier Ihl, La Fête républicaine, Paris, NRF Gallimard, 1996, p 112.

bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la prise de la Bastille, © Adeline Riou bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la Fête de la Fédération, © Adeline Riou

Le 14 juillet 1889

En 1886, pour la première fois, une femme défile avec les militaires. Cantinière au premier bataillon du 131e régiment d’infanterie de ligne, active pendant la guerre de Crimée, Marie Vialar défile avec son régiment devant les autorités militaires.

Le 14 juillet 1889

Le 14 juillet 1889 occupe forcément une place particulière :

Le bal du 14 juillet

Théophile Steinlen (1859-1923), Le bal du 14 juillet, Paris, musées de la Ville de Paris, © RMN / Agence Bulloz

Avec ses personnages attablés aux terrasses des cafés et ses danseurs enlacés, Steinlen saisit dans un style coloré et incisif l’exubérance joyeuse d’un bal. Le peintre rassemble pour cette fête du 14 Juillet toute une panoplie de figures familières du Paris populaire et canaille : ouvriers, artisans, gens de maison mais aussi souteneurs et escrocs que l’on surnomme alors les Apaches. La rue pavoisée de drapeaux tricolores sert de décor à cette fête nocturne qui s’illumine aux feux des lampions. Le 14 juillet 1889 occupe une place un peu à part. L’année a commencé par les difficultés des républicains dans la crise boulangiste, s’est poursuivie par la reprise en main au printemps par le gouvernement après le fiasco du mouvement hétérogène antirépublicain. Au mois de mai les cérémonies du centenaire de la Révolution française commencent de même que l’exposition universelle. La France se ressoude autour de ces célébrations majeures.

Installé à Montmartre depuis 1881, le Suisse Steinlen est un familier de ce moment de liesse populaire. Depuis son instauration en 1880, le 14 Juillet, qui rappelle la prise de la Bastille, emblème du renversement du pouvoir monarchique, est un moment de cristallisation de l’identité nationale. Au fil des années, les manifestations gagnent les faubourgs de la capitale décorés pour l’occasion d’arcs de triomphe, de guirlandes de feuillages, de drapeaux et de lampions. Fervent lecteur de Zola dont il est l’ami, Steinlen se fait connaître par ses illustrations et ses caricatures sociales et politiques qui paraissent dans la presse. Mais, comme son aîné Daumier, il consacre à la peinture la part la plus secrète et la plus libre de sa création. En novembre 1959, Le Bal du 14 juillet figure à la rétrospective que le Salon d’automne consacre à Steinlen. Cette peinture qui est l’une des plus grandes peintes par l’artiste rejoint alors les collections de la Ville de Paris.

Le 14 juillet 1910, en province

Exemple de 14 Juillet en province : affiche de Cosne-Cours-sur-Loire, en 1910.

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne, Archives municipales de Cosne, 1 I 38.

À la veille de la Grande Guerre, la fête nationale est bien implantée dans les communes de France. Les combats du début ont laissé place à une commémoration qui touche tous les Français en même temps. Vivre en même temps les mêmes choses dans une « simultanéité des émotions », selon l’expression de Mona Ozouf, renforce la profondeur du sentiment d’appartenance à la même communauté nationale.

La commune de Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre, annonce sa fête du 14 juillet 1910. Une affiche aux trois couleurs incontournables présente le programme sur deux jours : la retraite aux flambeaux le 13 au soir puis les festivités du 14. L’affiche liste les composantes nécessaires pour « avoir un beau 14 Juillet » : de la musique, par fanfare ou par musique militaire, celle d’un régiment invité (ici un régiment d’infanterie). La musique doit entraîner la population, elle accompagne l’ensemble des festivités. Elle scande, émeut, fédère selon les morceaux joués. La Marseillaise occupe une place particulière. Le défilé est annoncé ici par l’expression « Revue de troupes », elle consiste en une présentation des conscrits, réunis dans un régiment proche, sis souvent au chef-lieu d’arrondissement.

La commune n’oublie pas les indigents. Dès les premières célébrations selon le programme fixé par la chambre en 1880, des distributions matérielles d’aide aux nécessiteux accompagnent cette célébration. Solidarité sans doute plus que fraternité, charité élevée au rang de vertu républicaine.

Le nom du maire, signataire de l’affiche invitant l’ensemble des populations, met face à face l’autorité civile issue du suffrage universel, mandatée par ses concitoyens, et le régime dont il est aussi un élément clé, cellule de base du fonctionnement républicain.

Le 14 juillet en 1912, à Paris

14 juillet, bal populaire

14 juillet, bal populaire, photographie Agence Rol, 1912, Gallica, BNF.

Sur la photographie prise à Paris en 1912, la rue devient un lieu de sociabilité populaire, envahi par une foule. Les couples dansent, des couples se font, des femmes dansent entre elles, des spectateurs aperçoivent le photographe et l’observent, semblant alors poser. Le pavé est transformé en une scène de danse, le mouvement est rapide, des terrasses, des chaises accueillent le public. Jour de fête que ce 14 Juillet dans un quartier populaire. Mais surtout, comme pour le défilé, l’espace public est pris en main par le peuple de Paris. Il se substitue aux autres formes de contrôle de l’espace public comme les manifestations catholiques notamment.

Le 14 juillet 1919 : « qui a vu ce jour a vécu »

Clemenceau s’adresse au maréchal Pétain au soir de la manifestation.

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris, © Heritage images / Leemage

L’intérêt d’un regard sur cette célébration du 14 juillet 1919 repose sur l’instrumentalisation de la date et sa mise en relation avec la Grande Guerre close quelques mois plus tôt. La mortalité de masse, les traces visibles de la guerre sur les hommes et les biens conduisent la population à préférer les commémorations intimistes, locales, aux grandes processions nationales. Cependant cette date du 14 juillet 1919 a offert une manifestation d’une rare intensité, donnant sans doute une dimension supplémentaire à la journée comme un apogée du 14 Juillet, fête nationale. Pour Annette Becker, il peut s’agir aussi d’une manifestation de l’union sacrée, dans la commémoration de l’une des dernières manifestations de cette alliance de toutes les forces vives de la Nation contre un ennemi commun.

La photographie montre une foule très nombreuse, place de la Concorde. C’est en effet une population importante qui est descendue dans les rues de Paris mais aussi venue de province. Elle est estimée à deux millions de personnes dans les rues de la capitale. La fête du 14 Juillet telle qu’elle a été fixée par la première célébration de 1880 donne à l’armée et au drapeau une place essentielle. Les deux éléments trouvent bien évidemment en 1919 une place qui n’est pas tout à fait festive mais qui entre dans la démarche commémorative. La ville s’est couverte de drapeaux, de fanions, de rubans aux trois couleurs, alors que le 13, dans la journée, le président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré, a remis à Joffre, Foch et Pétain leur épée de maréchal. Ces trois vainqueurs de la guerre, présents dans la durée, organisant la défense dans le plus grand respect des hommes ou encore coordonnateur des forces de la victoire, conduisent le grand défilé militaire du 14 Juillet.

Les Beaux-arts furent chargés de préparer le parcours du défilé en créant une voie triomphale sur les Champs-Élysées, des urnes embrasées, des canons pris à l’ennemi et disposés en trophées, surmontés de coqs gaulois, des mats avec écussons et drapeaux, des guirlandes.

L’armée française ferme la marche avec à sa tête le maréchal Pétain.

Le défilé commença par la marche de mille mutilés, au nom des millions de blessés, d’invalides de guerre, suivis des corps de troupes alliés par ordre alphabétique. Même les lumineuses nocturnes du 14 Juillet, à l’origine des lampions, se teintent de la mémoire du conflit, indiquant les lieux des grands sacrifices. Place de la Concorde, la statue de Strasbourg avait été transformée en monument aux morts, cénotaphe recherché symbolisant morts et disparus.

La cérémonie ne reçoit cependant pas l’aval de toutes les forces de la nation, les socialistes sortis de l’union sacrée en 1917 dénoncent le caractère militariste de la célébration, appellent à une morale publique fondée sur le respect des morts, critiquent la fête de la victoire. La guerre vient de se clore, le 28 juin 1919, par la signature du traité de Versailles, qui ne satisfait personne, dans un climat social français détestable avec des grèves, des revendications et des difficultés sociales (loi de 8 heures).

Un autre groupe, les catholiques, longtemps identifié comme hostile à la République puis intégré à elle par le ralliement des années 1890, réintégré aussi à la Nation par sa participation à l’union sacrée et son rôle dans les forces combattantes critique les festivités. Si l’hommage aux soldats morts et vivants plaît aux catholiques le caractère profondément laïc des cérémonies est considéré comme une atteinte à cette union. Le gouvernement Clemenceau, dont l’anticléricalisme n’est pas oublié, refuse de renouer des relations avec le Saint-Siège ou encore d’associer le Sacré-Cœur dont la basilique est consacrée en octobre de la même année. La basilique du Sacré-Cœur prend une place particulière pour les morts de la Grande Guerre puisqu’elle devient lieu de mémoire des Parisiens morts pendant la guerre.

Il existe des images filmées de cette manifestation du 14 juillet 1919, voir :

1936, le Front populaire, un 14 Juillet ouvrier

La célébration associe la dimension nationale à la dimension sociale. Si, comme c’est la tradition, un défilé militaire descend les Champs-Élysées, les manifestations investissent les grands lieux parisiens du monde ouvrier, en souvenir également du serment de constitution du Front populaire prononcé un an plus tôt jour pour jour. La victoire du Front populaire au printemps s’est accompagnée d’un vif mouvement social avec des grèves et occupations d’usines. Les accords Matignon, les premières mesures de lutte contre la misère, le chômage, les formes d’aboutissement ainsi que des revendications sociales et culturelles nourrissent chez les ouvriers le sentiment d’une prise en compte de leurs attentes. Aussi, en cette journée de fête nationale traditionnellement conçue comme celle de la Concorde nationale, les ouvriers défilent dans les rues des grandes villes, célébration d’une victoire. Les quartiers est de Paris sont investis par une foule estimée à un million de personnes, comme le rappelle Danielle Tartakowsky, et les festivités durent trois jours avec, pour la première fois, un 14 Juillet qui prend les allures d’une « manifestation de rue ». la tradition révolutionnaire refait surface en cette journée anniversaire.

Dans un élan patriotique, le 14 juillet 1939 voit pendant trois jours le défilé des troupes de l’armée française et de l’empire. Derniers feux d’une puissance déchue, à laquelle le gouvernement Daladier propose de commémorer 1790 et non le cent cinquantième anniversaire de la Révolution. Le 14 juillet suivant, les Allemands sont à Paris, le maréchal Pétain vient d’obtenir les pleins pouvoirs. Aussi la commémoration prend-elle un air de commémoration recueillie où l’Église trouve une place nouvelle. Il faut chercher à Londres un 14 Juillet dans la tradition. Le général de Gaulle fait défiler les troupes réduites d’une France Libre en construction (des photographies sont disponibles sur de nombreux sites Internet). Chaque 14 juillet, la Carmagnolle et le Ah ça ira sont diffusés sur Radio Londres, par les ondes de la BBC.

http://www.ina.fr/video/AFE00002811/le-14-juillet-a-lyon.fr.html

Le 14 juillet 1945, le pays fête à la fois la victoire, la paix retrouvée et sans doute cherche à travers quelques cérémonies à oublier les dissensions nationales, les trajectoires tortueuses d’un temps aboli. La prise de la Bastille, la fête de la fédération ont des allures de résistance à un autre ennemi. Dans la ville de Lyon, le défilé militaire associe troupes étrangères victorieuses, troupes locales – notamment les chasseurs alpins -, remise de décorations et défilé populaire.

Vous trouverez sur le site de l’Ina de nombreux enregistrements vidéo de divers 14 Juillet.

Conclusion

Nous ne voulons pas nous attarder sur les 14 Juillet contemporains. Il nous semble qu’ils oublient la Bastille, la Fédération, que les enjeux du passé n’ont plus les mêmes résonnances, au profit d’une démonstration de sécurité militaire, qu’ils contribuent aussi au renforcement de la présidentialisation du régime à travers l’application du droit de grâce, dans une démarche régalienne, fortement attendue par la population.

Reprenons les termes d’Henri Martin : « Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. » Le bicentenaire de la Révolution a montré combien même une présidence de gauche pouvait centrer sur les acquis de 1789 les principes contenus dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en oubliant d’autres faits majeurs. Dans les années de préparation du bicentenaire, alors que la droite néolibérale exerce le pouvoir, une campagne virulente remet en cause la place du 14 Juillet dans la mythologie républicaine. Depuis quelques mois, la presse de droite, comme le Figaro, dénonce la violence gratuite de cette journée de juillet 1789 et, encore une fois, l’élévation au rang de mythe fondateur d’un fait jugé finalement sans importance. Bien sûr, il s’agit là d’une nouvelle offensive de la contre-révolution, dans une version « soft » mais que l’humanité dénonce comme étant héritière de « l’émigration de Coblence ».

Cependant le calendrier inscrit bien le 14 Juillet comme fête nationale : la journée est toujours chômée. Elle ne clôt plus vraiment le calendrier scolaire, encore que les examens et concours de l’Éducation nationale se terminent souvent quelques jours avant la célébration. Inscrite dans une période de vacances, elle passe un peu inaperçue, sauf si de façon exceptionnelle le pouvoir en profite pour la transformer en un hommage particulier (cinquantenaire des indépendances africaines en 2010) ou en forme d’intervention présidentielle.

http://www.france24.com/fr/20100714-focus-france-defile-14-juillet-afrique-en-premiere-ligne

Les républicains de 1880 ont inventé un langage, certes aujourd’hui moins maîtrisé notamment par ceux auxquels il est destiné. Cette fête a voulu éviter les formes d’excès, les dissensions politiques, sociales. Elle a voulu dès l’origine « créer la simultanéité des émotions », comme le souligne avec force Mona Ozouf dans un moment dont la dimension pédagogique affronte une société de moins en moins portée sur les apprentissages.


Sport: Les sionistes ont même inventé le panier à trois points ! (Harlem Globetrotters and three-pointers: Is there anything the zionists haven’t invented ?)

27 mars, 2013
https://i0.wp.com/www.canada.com/8030387.binSéoul est à une cinquantaine de kilomètres de la frontière. Ils ne sont même pas obligés de viser juste ! Pierre Rigoulot
I think it’s ridiculous. I think that if you’re going to meet someone with the record on human rights, and nuclear testing in a reckless way, counterfeiting U.S. dollars, and exporting a horrible brand of whatever it is that he’s exporting, starving his people, and locking them up, it should be done only in conjunction with the State Department with an agenda. If not, you shouldn’t go. (…) it was the burden of somebody to try to educate Dennis a little bit so he doesn’t come back and say, ‘the dude is really cool. His father was great. His grandfather was great. And really why doesn’t the President just give him a buzz? David Stern (NBA commissioner)
Le peuple juif a été l’historien, le jurisconsulte, le sage, le poète de l’humanité. Lacordaire

Superhéros, Hollywoodchants de Noël, Amériquesoft power,  dix commandements, génocide

Y a-t-il une chose que les sionistes n’aient pas inventé ?

Alors que malgré les énièmes annonces de sanctions le dernier goulag à ciel ouvert continue, avec le soutien cynique de la Chine, à martyriser et affamer sa population et s’est remis à menacer le monde

Pendant que, dans nos chaumières, on joue à légender la photo du tortionnaire

Et qu’après le pape lui-même, nos amuseurs publics en sont à faire ami-ami avec lui …

Retour, en ces jours où nos amis juifs commémorent leur expulsion des goulags égyptiens, sur l’homme qui, inventant au passage le tir à trois points, lança le basket ball noir …

A savoir le juif américain Abraham (Abe) Saperstein

A Small Man with a Large Legacy: Abe Saperstein and the Harlem Globetrotters (VIDEO)

Jspace Staff

3/15/2013

You’re born in England where they hardly play the sport. You’re Jewish. You’re just north of five feet tall. Chances are you’re not going to make it into the basketball Hall of Fame. Yet Abe Saperstein, who was all these things, did just that. Saperstein saw a chance and he took it. In so doing, the unlikely hall of famer changed basketball forever.

Saperstein was born in London in 1902. When Abe was six, his father moved the family to America and opened a tailor shop in a mainly Irish and German neighborhood on Chicago’s North Side. The Sapersteins were the only Jewish family in the area. Young Saperstein threw himself into sports, running track and playing baseball and basketball through high school. By the time he reached college, however, his lack of height caught up with him. He was considered too short to play in basketball at the University of Illinois, and failed to make the team.

Saperstein dropped out of college and started work as a playground supervisor for the Chicago public parks system. He was assigned a job at a small park on the predominantly African-American South Side of Chicago. Ever the sport fan, Saperstein would watch basketball games in the park. Impressed by what he saw, he had an idea. Saperstein would assemble a great basketball team from the black community.

It was 1926. Basketball was a relatively new sport without a clearly defined niche. Exhibition games were often used to promote other events, a warm-up for the main attraction. Saperstein took an interest in a team of black basketball players named the Savoy Big Five, who played before dances at the Savoy dancehall in Chicago. When they didn’t attract enough people to the club, and were replaced by roller-skating after a month, Saperstein had a plan.

He was going to form an all-black team that would wow the crowds. His team would be the main event. To achieve this, Saperstein appreciated the power of branding. He believed that an out of state team would hold more allure. He figured nowhere was more glamorous than New York City. So Saperstein asked his tailor father to design uniforms with « New York » on the front, and a new team was born.

On January 7, 1927, Saperstein’s new team played its first game in Hinckley, Illinois. They won—as they would 100 of their first 106 games. Yet despite the team’s abundant talent, Saperstein noticed that Midwestern audiences were more intrigued by the players’ skin color than their skills. It was the first time that many in the crowd had seen a black person. Again, Saperstein saw a chance. He decided to use this curiosity to his team’s advantage and to rename the team to clearly advertise the players as black. Nowhere was more famously black than Harlem, so Harlem it was. Keen to suggest that the team was world-famous and toured widely, Saperstein added “Globetrotters.”

The team’s early years were anything but glamorous. Saperstein would drive all five players from game to game in his Model T. He served as the team’s manager, coach, chauffeur and substitute. In the 1920’s, the team earned approximately $25 a game, which Saperstein split seven ways. Each of the five players received one seventh, and he received two sevenths. The team played seven nights a week to earn enough to survive, driving around the Midwest to play anyone and anywhere they could.

The Globetrotters were itinerant workers, a cross between Lenny and George from “Of Mice and Men” and a struggling college band on a self-financed tour. They played lumberjacks in British Columbia and farmers in Iowa. And they almost always won. By 1934, they had won over 1,000 games. But the team didn’t just beat their opponents on points; they played a whole different style of basketball. The white teams played a stricter, more structured game. Globetrotter basketball was more like jazz—a freer game, where structure was simply a start point from which to improvise.

Although this was the jazz age, it was also the days of the Jim Crow laws. The team faced racism on a daily basis. Children would rub their skin to see if the color would come off. Racist laws enforced strict separation: the players were barred from eating at certain restaurants and sleeping at “white” hotels. Once, when the team played in a Nebraska town that only had “white hotels” the team had to sleep in the county jail.

It is unclear how forcefully Saperstein fought against discrimination on behalf of his black players. It is clear that he was not always popular with the team. In 1939, four players refused to play unless they received more of a say in team affairs; they accused Saperstein of being paternalistic. Rather than accede to their demands, he cut the players and replaced them with four rookies. Saperstein made it clear he was in charge.

On the court, however, the team was in control. Once they had assumed a big enough lead, the players would showboat. They would perform moves that many opposition players—never mind fans—had never seen before. They’d spin the ball on their fingers, run it down their arms, and pass it through their legs. Often, the crowd would respond with laughter. It seemed that white audiences would accept a black team if it was comedic.

By the early 1940’s, the team had moved on from small town arenas and was playing against other professional teams before larger audiences. They would often play against other ethnic teams, such as the New York Celtics. By the mid-1940’s, professional basketball leagues were established. The NBA was born in 1949 but it too was segregated. Black players were ghettoized to Negro leagues, as was the case in baseball. The rationale was that white people had their places to eat, sleep and play and black people had theirs. Meanwhile, the Globetrotters, who would play anywhere that would have them, had become one of the best-known sports teams in America.

As basketball grew in popularity, Saperstein realized there was great interest in how the Globetrotters would fare against an established, professional white team. So in 1948 he challenged the world-champion Minneapolis Lakers to a one-game, winner-takes-all contest. The two teams were evenly matched. In the final seconds with the scores tied, a Globetrotter made a 20-foot basket to decide the game. The team had proved it could compete against any other.

The team beat the Lakers again in a rematch in Chicago in 1949. By this time, the color barrier was being challenged. In 1947, Jackie Robinson had broken baseball’s color line. And in 1950, Earl Loyd became the first black man played in the NBA. A few days later, former Globetrotter Nat Clifton appeared for the New York Knicks. Clifton was the first black player to sign an NBA contract.

Clifton’s departure showed how basketball was changing. It also shed light on tension among the Globetrotters. Clifton had grown frustrated with Saperstein’s treatment, especially when he learned Saperstein was paying a team of touring white college all-stars more than his own Globetrotters. As there was gradual integration of black players into the NBA, there was more money to be made than Saperstein was offering. When the Knicks bought out Clifton’s contract, Saperstein claimed to take half of the $5,000 fee; later, however, Clifton learned that the Knicks paid $20,000. Saperstein was an uncompromising businessman. He may have wanted to do the right thing, but he wanted to get paid for it.

As basketball grew in popularity, so did the Globetrotters. They featured in movies screened around the world. The team achieved worldwide fame and in 1952, launched an international tour. The Globetrotters lived up to their name, travelling 52,000 miles in five months. They became a symbol of America, and the State Department named them “ambassadors of goodwill.”

Saperstein continued to have tense relationships with some of his players. In the mid-1950’s he lost two of the team’s biggest stars: Marques Haynes and Goose Tatum, who set up their own team. Saperstein failed to sign future hall of famer Bill Russell because he wouldn’t discuss contract terms with the black player instead of his white coach. But he did sign the legendary Wilt Chamberlain, who declared his year with the team was the most fun he had playing before he too left to join the NBA.

As the NBA grew and became more open to black players, the Globetrotters had to adapt. The team was no longer the refuge for disenfranchised black players; they could play in the NBA. Instead, its focus shifted toward comedy. Still, Saperstein took his role as coach seriously. He remained courtside into his 60’s having devoted his life to making the Harlem Globetrotters the best, and the best-known, basketball show on earth. When, in 1966, he died of a heart attack at the age of 63 he had achieved just that. By helping to break down doors, Abe Saperstein had as big an influence on the game of basketball as any other man in its history. He was inducted into its Hall of Fame in 1971.

Voir aussi:

How basketball became three-dimensional

Jerry Crowe

The NY Times

May 06, 2008

Whenever a three-point basket brings a crowd to its feet or swings the momentum in a basketball game, Bill Sharman remembers an old friend.

Abe Saperstein, an energetic promoter best remembered as the founder of the Harlem Globetrotters, introduced the three-point shot to professional basketball as founder of the short-lived American Basketball League, which launched in 1961, crowned only one champion and lasted barely 1 1/2 seasons.

Saperstein, however, did not unveil the innovation that would revolutionize the sport, Sharman says, until first consulting with Sharman and eliciting an enthusiastic thumbs up from the former USC and Boston Celtics star, one of the NBA’s first great shooting guards and an unflinching proponent.

« I thought it was great because I was an outside shooter, » the 81-year-old former Lakers coach said during an interview at his home in Redondo Beach. « He thought it was going to be as popular as the home run. »

Saperstein and Sharman first met when the USC All-American played for a college all-star team that toured with the Globetrotters after the 1949-50 season.

Their friendship grew during Sharman’s 11-year NBA career, when NBA teams and the Globetrotters often paired for attendance-boosting doubleheaders and, in the last half of Sharman’s career, the Celtics were the NBA’s best team.

« We were close, » Sharman said.

So Sharman heard all about it when Saperstein was denied an NBA franchise in Los Angeles, as he believed he’d been promised after helping prop up the league, and owner Bob Short instead moved the Lakers from Minneapolis.

An angry Saperstein reacted by starting his own league, enlisting help from a group of others that included a young George Steinbrenner, owner of the Amateur Athletic Union national champion Cleveland Pipers.

Sharman, an eight-time NBA All-Star who retired as a player after the 1960-61 season, was hired to coach the ABL’s Los Angeles Jets.

Saperstein told him about his plan for a three-point shot.

« He wanted to call it the 25-foot home run, » Sharman said. « He was such a great promoter. He said, ‘When the fans see this, they’ll think it’s one of the best things in basketball.’ And I think he might be right. It’s one of the most fun. »

Sharman, though, told him 25 feet was too far out.

« It’s farther than it looks, » said Sharman, who joined Saperstein in a gym and, after attempting a number of shots from that distance, suggested the three-point arc be painted 25 feet from the back of the rim, rather than the front.

The compromise, Sharman says, put the arc at about the same distance from the basket as it is in the NBA today: 23 feet 9 inches, 22 feet in the corners.

As a coach, Sharman was quick to embrace the shot.

« I didn’t emphasize it that much, » he says, « but I told the players, ‘If you have time to really get set, take it.’ I would say we had two or three plays where we’d set a double pick with a man coming behind it, hoping he would have more time to get set because it’s not a shot you can rush. »

Midway through the season, however, the Jets folded. In Cleveland, where Steinbrenner had made John McClendon the first African American coach of a major pro basketball team, McClendon stepped aside, citing owner meddling. Sharman replaced McClendon and the Pipers won the championship, winning the deciding game, appropriately enough, on a three-point basket by John Barnhill.

Less than a year later, the ABL was gone. The Eastern Professional Basketball League adopted the three-point shot in its 1964-65 season and the success of the American Basketball Assn., which launched in 1967, popularized it.

The NBA, though, didn’t adopt the three-pointer until 1979.

« The NBA didn’t want to promote anything the ABA had done, » Sharman said. « They didn’t want to look like copycats. »

After the ABL, Sharman coached two seasons at Cal State Los Angeles without the three-point shot, which was briefly tested in college basketball as early as 1945 but wasn’t added permanently until 1986, and two with the NBA’s San Francisco Warriors before coaching in the ABA, where he was reintroduced to the three.

« I really thought it added to the game, » he said. « I didn’t feel like I was in a position to push for it, but I sure would give my opinion if anyone asked. »

Saperstein died in 1966, but his innovation lives on.

Nearly 45,000 three-point shots were attempted in NBA games this season, an average of about 36 a game and almost 40,000 more than were put up in the 1979-80 season, when the rule was adopted. About 13 a game were successful.

« It’s like a magnet out there, » the Lakers’ Jordan Farmar says of the three-point arc. « You know you’re a good shooter, so you want to be rewarded. »

Farmar, who launched more three-pointers than any Laker other than Kobe Bryant this season, says the long-range shots are counterintuitive to fundamental basketball — « The closer you get to the hole, the higher the percentages » — but acknowledges that they’re a « valuable weapon. »

And, as Saperstein predicted, fans love them.

« I’m sure the game would have survived without three-point shots, » Sharman says. « But it wouldn’t be as popular, nor would the games be as exciting. »


Incheon/60e: Attention, une guerre oubliée peut en cacher une autre! (Freedom has a price)

25 septembre, 2010
Certains paraissent avoir d’etranges difficultes a se rendre compte que c’est ici en Asie que les conspirateurs communistes ont decide de jouer leur va-tout pour la conquete du monde et que nous avons releve le gant en nous lancant dans la bataille et que nous livrons ici la guerre de l’Europe avec des armes pendant que les diplomates la livre encore avec les paroles, et que si nous la perdons la chute de l’Europe sera inevitable… Mac Arthur (lettre au leader republicain Joseph Martin, 20.03.51)
La paix a un prix. Nos nations rendent hommage à leurs fils et filles en uniforme qui répondirent à l’appel de leurs patries pour aller défendre un pays qu’ils ne connaissaient pas et un peuple qu’ils n’avaient jamais rencontré. Président Clinton et Président Kim Young-sam (inauguration du Memorial aux Combattants de Corée,Washington D.C., 25 juillet 1995)
Nous avions dressé une liste de chaque désavantage naturel et géographique et Incheon les a tous. Commandant Arlie G. Capps
Le Conseil [de Paris] abuse de noms interminables attribués à des lieux improbables […] On trouve aussi en 1984 une ridicule place du Bataillon Français de l’O. N. U. en Corée correspondant à un parterre de fleurs et une tout aussi ridicule place des Combattants en Afrique du Nord à la croisée du boulevard Diderot et de la rue de Lyon. Heureusement, ces lieux ne correspondent pas à une adresse postale, car leur intitulé aurait de la peine à tenir sur une enveloppe. Alfred Fierro
Grave provocation à la guerre des fantoches de Washington en Corée. L’armée de la République populaire riposte victorieusement à l’agression des troupes de la Corée du Sud. L’Humanité (26 juin 1950)
L’impérialisme américain porte plus loin dans le cannibalisme l’affirmation hitlérienne. L’Humanité (2 avril 1952)
Si, aujourd’hui, des millions d’hommes voient en Picasso, l’auteur de la Colombe, l’homme de la paix, ils sont infiniment plus proches du vrai Picasso que les esthètes rabougris, qui se délectent de certains de ses tableaux en n’y voyant que des surfaces colorées sans signification objective, mais qui se détournent du Massacre de Corée avec dédain et dégoût. D. H. Kahnweiler
La guerre de Corée, ce n’était pas une tactique communiste : c’était le contraire. C’était un piège dans lequel les armées coréennes du Nord sont tombées. Sartre
Quant aux « accusations fallacieuses » concernant l’utilisation de l’arme bactériologique par les Américains, elles se révèlent aujourd’hui étayées par plusieurs types de sources. Les Américains auraient, par voie aérienne, pulvérisé à la frontière sino-coréenne des germes de contamination et auraient diffusé des insectes contaminés provoquant différentes épidémies. LCR
Chaque jour, l’aviation américaine et britannique bombarde l’Irak, censé camoufler un programme d’armes chimiques et bactériologiques. Un des objectifs affichés de la politique étrangère de Washington reste la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Pourtant, l’ouverture des archives prouve que les Etats-Unis ont été les premiers à intégrer l’arme bactériologique dans leur doctrine militaire. Et divers indices confirment qu’ils l’ont utilisée, au moins à titre expérimental, au cours de la guerre de Corée. Stephen Endicott et Edward Hagerman
Vu l’état d’impréparation de l’armée sud-coréenne et la présence sur place de quelques centaines seulement de conseillers américains, et depuis l’ouverture des archives soviétiques, il est désormais acquis que l’offensive générale du 25 juin 1950 fut préparée de longue date par la Corée du Nord. Bernard Droz (1992)
Carl Sagan used to say that extraordinary claims require extraordinary evidence. The evidence Endicott and Hagerman present for their extraordinarily dubious claim is notable only for its weakness. The Chinese and North Koreans themselves had the means, motive and opportunity to fabricate evidence, and were known to rewrite history for propaganda purposes. Any plausible defense of the claim that the Americans were guilty of biological warfare in the Korean conflict must address the question of fabricated evidence. Endicott and Hagerman do not even raise it. Ed Regis

Attention: une guerre oubliee peut en cacher une autre!

En ce 60e anniversaire du brillantissime debarquement d’Incheon du general Mac Arthur (et de la reprise de Seoul dix jours plus tard} qui fut, comme le reste de la Guerre de Coree elle-meme, largement ignore en France  …

Au lendemain de la reprise, dans une affiche de propagande, d »une nouvelle et flagrante aggression nord-coreenne contre une corvette sud-coreenne …

Et au-dela, depuis le journaliste australien notoirement a la solde de Moscou William Burchett aux historiens canadiens Stephen Endicott et Edward Hagerman, des sempiternelles denonciations d’une pretendue utilisation americaine de l’arme biologique relayes par les irreductibles stals du Monde diplomatique ou de la LCR …

Comme de la bien-pensante monumentalite de nos gouvernants (qui connait le parterre de fleurs grandiloquemment qualifie de place du Bataillon Français de l’O. N. U. en Corée par le Conseil de Paris ou la petite stele coincee sur un obscur quai de Seine?) …

Ou meme des quelques rares hommages au millier a peine (trois milliers en tout, dont, qui le sait, Jean Lateguy ou Alfred Sirven)  d’obscurs volontaires qui releverent du mieux qu’ils purent l’honneur du Pays des droits de l’homme certes empetre alors dans une guerre coloniale au Vietnam …

Comment ne pas s’etonner de ce deni continue de la guerre oubliee derriere la guerre oubliee, a savoir de la veritable guerre ideologique a laquelle donna lieu en France cette premiere des guerres de la Guerre froide?

Qui rappelle en effet le climat d’hysterie collective  orchestre alors par le PCF pour ses commanditaires de Moscou contre la barabarie imperialiste et Ridgway la peste?

Qui se souvient des invectives de l’idiot utile et président de l’Association France-URSS Sartre ou des tableaux du compagnon de route Picasso (Massacre en Coree puis Guerre et paix) apportant sa caution d’artiste a la campagne d’intoxication anti-americaine?

Et qui dira enfin le courage qu’il fallut, a nos valeureux volontaires, contraints d’embarquer sous les sifflets et les insultes voire en cachette pour tromper les manfestants avant le mepris ou l’indifferernce du retour?

Septembre 1950. MacArthur en Corée.

Choc frontal en Corée

Claude Jacquemart

Valers actuelles

16/09/2010

Avec le débarquement d’Inchon, MacArthur, héros de la guerre du Pacifique, déjoua les plans de la Corée du Nord qui se targuait de régler le sort de son voisin du Sud en quelques jours. Avant sa disgrâce, en 1951.

Au plus fort de la guerre de Corée, en septembre 1950, une manoeuvre hardie brisa l’élan des troupes communistes qui, venues du nord, avaient refoulé au sud de la péninsule les débris de l’armée sudcoréenne. Les Américains débarquèrent leurs marines à Inchon, à l’ouest de Séoul, la capitale sud-coréenne située au nord du pays et conquise par les Nord-Coréens. Surpris par cette opération sur leurs arrières, ceux-ci se désagrégèrent. L’auteur de cette manoeuvre couronnée de succès s’appelait Douglas MacArthur. Un chef hors norme, auréolé par la victoire des États-Unis sur le Japon.

La genèse du conflit se situe dans les années suivant la Seconde Guerre mondiale, quand la guerre froide vint se substituer à l’alliance conclue entre l’URSS et les démocraties contre l’Allemagne hitlérienne. À la conférence de Yalta, en février 1945, il avait été convenu, dans la perspective de la victoire alliée en Extrême-Orient, que les forces japonaises stationnées en Corée se rendraient aux Soviétiques au nord du 38e parallèle et aux Américains au sud de cette ligne.

Puis, au lendemain de la guerre, une commission des Nations unies fut chargée d’organiser des élections libres en Corée, prélude à la formation d’un gouvernement national pour l’ensemble de la péninsule. Processus refusé par Staline, pour qui l’Onu ne constituait que l’arrière-cuisine des États-Unis.

Résultat : les élections, organisées seulement dans le Sud, aboutirent, le 19 juillet 1948, à la proclamation d’une République de Corée dirigée par Syngman Rhee, nationaliste et anticommuniste, chef du gouvernement coréen en exil constitué en 1919. En réplique, une République populaire démocratique de Corée fut instituée au Nord avec, à sa tête, le communiste Kim Il-sung, formé en URSS dont il était revenu en 1945 avec le grade d’officier de l’Armée rouge, prenant dès ce moment le pouvoir à Pyongyang.

Syngman Rhee et Kim Il-sung se posaient l’un et l’autre en leaders naturels d’une Corée réunifiée. Or, en 1949, le contexte international se modifia radicalement. L’URSS se dota de la bombe atomique, jusqu’alors réservée aux États-Unis, et les communistes chinois, avec Mao Zedong, prirent le pouvoir à Pékin, contraignant les nationalistes de Tchang Kaï-chek à se replier sur Formose. Kim Il-sung, dont l’armée surclassait celle du Sud, jugea le moment favorable pour imposer sa domination à l’ensemble de la péninsule. Et Staline, d’abord circonspect, donna son feu vert.

Le 25 juin 1950, 135 000 soldats nordcoréens, appuyés par quelque 150chars d’origine soviétique, 1 700pièces d’artillerie et 200 avions de combat, déferlèrent sur le Sud. La petite armée sudcoréenne (38 000hommes), dépourvue de blindés, d’avions et d’artillerie, fut balayée. Dès le 28 juin, la capitale Séoul était conquise.

Les services de renseignements américains n’avaient rien vu venir, et ceux de MacArthur, qu’il considérait pourtant comme excellents, pas davantage. Au reste, la présence américaine en Corée du Sud était des plus réduites. Les États- Unis réagirent cependant avec énergie. Deux jours après l’attaque communiste, et en l’absence des Soviétiques qui pratiquaient alors la politique de la chaise vide au Conseil de sécurité, celui-ci condamnait l’agression nord-coréenne et confiait aux Américains le commandement d’une force militaire destinée à la repousser. Seize pays entrèrent dans cette coalition. Parmi eux, la France, avec un bataillon commandé par le lieutenant-colonel Magrin-Vernerey, alias Monclar, ancien des Forces françaises libres, qui avait rendu ses étoiles de général pour commander à nouveau sur le terrain. Le commandement de ces troupes fut confié à MacArthur.

Ce qui restait des forces sud-coréennes et américaines s’efforçait de résister dans une poche autour de Pusan, au sud du pays. Elles risquaient cependant d’être balayées. C’est alors que Mac – Arthur mit en oeuvre l’opération d’Inchon. À son tour, l’ennemi dut se replier en catastrophe. Séoul fut repris le 26 septembre. Désormais, les alliés, forts de 250 000 hommes (165 000 dans les unités terrestres, 85 000 pour la marine et l’aviation), étaient supérieurs en effectifs et en armements.

Le 7 octobre, trois semaines après le débarquement d’Inchon, ils franchissaient le 38e parallèle et envahissaient la Corée du Nord. Le 26, des éléments avancés atteignirent le fleuve Yalu, marquant la frontière entre ce pays et la Chine. C’est alors que les Chinois entrèrent dans le conflit, ouvrant une nouvelle phase de la guerre. Mao Zedong confia à une « armée des volontaires du peuple chinois », forte de 270 000hommes, le soin de combattre les « envahisseurs ». Les alliés furent repoussés, puis ils contreattaquèrent avant d’être à nouveau rejetés au sud du 38e parallèle, fin novembre, par les Chinois dont les effectifs avaient doublé et que protégeait l’aviation soviétique. Séoul fut repris par le Nord en janvier 1951.

Le conflit s’aggravait en s’internationalisant. Du coup, MacArthur préconisa une solution radicale : le bombardement nucléaire de la Mandchourie– autrement dit, du territoire chinois (on était alors cinq ans et demi après la frappe de Hiroshima). Il fit également entrer en lice des Chinois nationalistes de Tchang Kaï-chek. Puis, négligeant les instructions de la Maison-Blanche, il reprit l’offensive vers le nord.

Congédié par Truman, ovationné par le Congrès

Or, le président Truman ne voulait pas d’une extension de la guerre en Asie. Sa préoccupation majeure était l’Europe, dont une moitié avait déjà été abandonnée à Staline. Et il redoutait un affrontement direct avec l’Union soviétique. Le 11 avril 1951, achevant de déjeuner au Dai-ichi, sa résidence de Tokyo, MacArthur fut averti qu’il venait d’être relevé de son commandement en Extrême-Orient. À sa femme il lança : « Jeannie, nous rentrons enfin chez nous ! » Mais il écrivit plus tard dans ses Mémoires qu’il avait été renvoyé « comme une femme de ménage ou une servante ne le fut jamais, au mépris des formes élémentaires de la politesse ».

Son retour aux États-Unis fut un triomphe. Les Américains vivaient alors à l’heure du maccarthysme anticommuniste et se préparaient à envoyer les époux Rosenberg à la chaise électrique. Devant le Congrès, le 19 avril 1951, le grand chef déchu, qui avait voulu affronter les communistes jusque dans leurs sanctuaires, fut ovationné plus de trente fois lors d’un discours de trente-cinq minutes. Des ambitions présidentielles lui furent prêtées pour 1952. Mais MacArthur se contenta de la présidence de la Remington Rand Corporation. Il occupa jusqu’à sa mort, en 1964, un appartement du Waldorf- Astoria de New York. Sa femme mourut en 2000, âgée de 101 ans.

Le général Ridgway avait pris sa suite en Corée. La guerre s’y termina en 1953, les belligérants se retirant de part et d’autre du 38e parallèle, séparant la péninsule en deux États, situation qui existe toujours. D’interminables pourparlers de paix s’engagèrent sur la frontière, à Panmunjom. Le conflit avait fait plus de 58 000 morts chez les Coréens du Sud, plus de 33 000 chez les Américains, 300 000 chez les Coréens du Nord et 200 000 chez les Chinois, plus des centaines de milliers de blessés et de disparus. Chez les Français, 262 périrent au combat et plus de 1 000 furent blessés, sur un contingent de 3 421 hommes

Voir aussi:

Wartime Lies? Two historians contend that the United States engaged in germ warfare nearly 50 years ago.

Ed Regis

The NYT

June 27, 1999

THE UNITED STATES AND BIOLOGICAL WARFARE

Secrets From the Early Cold War and Korea.

By Stephen Endicott and Edward Hagerman.

Illustrated. 274 pp. Bloomington:

Indiana University Press. $29.95.

On March 15, 1952, The People’s Daily in Beijing printed nine photographs it claimed were proof that the United States was waging germ warfare in China. They showed clumps of dead flies, close-ups of other insects, microscopic images of bacteria and smudges identified as bluish impurities, among other things. The captions described poisonous insects, meningitis double globular bacteria, ulcerous cylindrical bacteria and flies that could crawl but not fly.

The New York Times got hold of the photographs, translated the captions into English and asked two scientists, C. H. Curran, chief curator of insects and spiders at the American Museum of Natural History, and Rene Dubos, a bacteriologist at the Rockefeller Institute of Medical Research, to examine them. In a front-page article on April 3, 1952, under the headline  »Reds’ Photographs on Germ Warfare Exposed as Fakes, » The Times published the photographs, the captions, in Chinese and translation, and the experts’ comments.

The flightless flies, according to Curran, were simply too cold to fly. This happens to all flies when they become chilled. (The picture had been taken outdoors, in winter.) One of the alleged poisonous insects was a mosquito from which the wings had been removed; others were perfectly harmless stoneflies, slow fliers that would be extremely poor at disseminating diseases even if they could be inoculated. The alleged meningitis double globular bacteria, Dubos said, were the wrong shape, round instead of kidney-shaped, and single (meningitis bacilli occur in pairs). The alleged ulcerous cylindrical bacteria, he said, resembled any of the hundreds of rodlike bacteria found in the air and were harmless. The bluish impurities were unidentifiable blobs.

In  »The United States and Biological Warfare, » Stephen Endicott and Edward Hagerman, historians at York University in Toronto, resurrect the almost 50-year-old claim, denied by the United States Army, scientific experts and the State Department, from the beginning and ever since, that the United States waged germ warfare in China and Korea. The gist of their argument is that the Army had the means, motive and opportunity. Opportunity and motive are apparent on the face of it; means is debatable. The authors show that by 1952 the Army had tested a munition for the dispersal of Brucella suis, the cause of brucellosis, an incapacitating disease; they do not show that the Army ever used it in China, Korea or anywhere else.

The authors acknowledge that after 20 years of research they have failed to turn up a single document in American archives that provides direct evidence for their claim. They therefore build a circumstantial case that relies heavily on documents provided by the North Koreans and the Chinese. In fact, the authors reproduce some of the nine Chinese photographs and captions, but they make no mention of the article in The Times, even though their bibliography cites a standard reference work by Milton Leitenberg that discusses the forgeries, mentions the experts by name and summarizes their conclusions. This is appalling.

Carl Sagan used to say that extraordinary claims require extraordinary evidence. The evidence Endicott and Hagerman present for their extraordinarily dubious claim is notable only for its weakness. The Chinese and North Koreans themselves had the means, motive and opportunity to fabricate evidence, and were known to rewrite history for propaganda purposes. Any plausible defense of the claim that the Americans were guilty of biological warfare in the Korean conflict must address the question of fabricated evidence. Endicott and Hagerman do not even raise it. If theirs is the best case that can be made for American germ warfare activities in China and Korea, it amounts to a dismissal of the charges and an exoneration of the accused.

Ed Regis’s new book,  »The Biology of Doom, » about the American germ warfare program, will be published this fall.

Voir enfin:

UN DES SECRETS LES MIEUX GARDÉS DE LA GUERRE FROIDE

Les armes biologiques de la guerre de Corée

Chaque jour, l’aviation américaine et britannique bombarde l’Irak, censé camoufler un programme d’armes chimiques et bactériologiques (lire pages 16 et 17). Un des objectifs affichés de la politique étrangère de Washington reste la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive. Pourtant, l’ouverture des archives prouve que les Etats-Unis ont été les premiers à intégrer l’arme bactériologique dans leur doctrine militaire. Et divers indices confirment qu’ils l’ont utilisée, au moins à titre expérimental, au cours de la guerre de Corée.

Le Monde diplomatique

Juillet 1999

« Je suis allé en Chine en 1952 pour évaluer les affirmations sur la guerre bactériologique. Sans détailler les preuves, je suis revenu convaincu que les officiels chinois croyaient que celles-ci étaient concluantes. A mon retour, Alan Watt, mon successeur comme chef du département australien des affaires étrangères, m’a informé que, à la lumière de mes déclarations, il avait cherché des réponses à Washington et qu’il avait été informé que les Etats-Unis avaient utilisé des armes biologiques en Corée, mais uniquement à titre expérimental », écrit le docteur John Burton, ancien chef du département australien des affaires étrangères, dans une lettre à Stephen Endicott datée du 12 avril 1977.

Le 27 octobre 1950, deux semaines après l’entrée des troupes chinoises dans la guerre de Corée (1950-1953), à un moment où l’on craint une généralisation du conflit, George Marshall, le secrétaire américain à la défense, donne le feu vert pour un important programme bactériologique. Le 21 décembre 1951, le secrétaire à la défense par intérim, Robert Lovett, presse les chefs d’état-major interarmes d’agir afin que « la préparation effective soit réalisée dans les plus brefs délais » et qu’ils fournissent « des directives, dans le cadre de plans de combat et d’appui logistique, pour l’emploi d’armes chimiques et bactériologiques ».

Le 2 février 1952, l’état-major interarmes ordonne le développement, « sans délai, d’une forte capacité offensive » et de « tous les moyens efficaces pour faire la guerre, même ceux dont l’emploi est sans précédent ». L’argument avancé avec succès par l’état-major est que le gouvernement devrait se prévaloir secrètement du précédent établi pour la guerre atomique et prévoir une doctrine de l’usage des armes bactériologiques sous réserve d’autorisation présidentielle (1).

Jusqu’à ce jour, Washington nie l’existence d’une doctrine offensive dans ce domaine. Pourtant, les archives dévoilées parcimonieusement prouvent le contraire et confirment que l’état-major a mis la guerre bactériologique au sommet de ses priorités stratégiques, à égalité avec le nucléaire. Le gouvernement a financé massivement cette recherche, mobilisant au maximum les ressources militaires et civiles. Dans le cadre d’un programme urgent (crash program) développé entre 1950 et 1952 et généreusement financé, les Etats-Unis étaient en passe de devenir la première nation au monde à incorporer les armes bactériologiques dans un système et dans une doctrine d’armements modernes.

Travaillant essentiellement suivant les directives de l’armée de l’air, des chercheurs militaires et une foule de sous-traitants civils mettent l’accent sur les armes antipersonnel, tout en développant des armes antirécoltes. Ils mettent au point une substance antipersonnel et une munition appropriée, et commencent la fabrication en série d’une longue liste de produits.

Le programme comporte également la conversion d’une bombe destinée à la distribution de tracts de guerre psychologique en « bombe à plumes » bactériologique, porteuse de spores de charbon céréalier, mais visant aussi l’intendance et l’équipement des armées au combat. Pour le développement des munitions, on privilégiera les aérosols provoquant l’infection par voies respiratoires, tout en travaillant à d’autres vecteurs de contamination des cultures alimentaires. Selon les termes d’un accord tripartite avec la Grande-Bretagne et le Canada, les Etats-Unis travaillent également avec ce dernier sur des « insectes-vecteurs » et sur les moyens de les propager.

A la fin de 1950, révèlent les archives disponibles, le comité pour la guerre bactériologique du département de la défense félicite la division des opérations spéciales, responsable des armes secrètes à Fort Detrick, pour « l’originalité, la grande imagination et l’agressivité dont elle a fait preuve dans l’invention des moyens et des mécanismes de la dissémination secrète de substances de guerre bactériologique ». Des capacités d’intervention sont donc disponibles , et le secret est considéré comme décisif puisqu’il permet de faire passer des interventions humaines pour une épidémie « naturelle ». Le programme s’intéresse, entre autres, au choléra, à la dysenterie, à la typhoïde et au botulisme pour des actions antipersonnel, et plus généralement à des toxines anti-animaux.

Ce projet privilégie le développement d’un système d’armements intégré pour la guerre, qui doit être opérationnel pour le 1er juillet 1954, mais il comporte aussi des capacités opérationnelles , au niveau des unités et avec des appuis logistiques, qui peuvent être mises en oeuvre dès le mois de mars 1952. Des plans détaillés d’opérations aéroportées contre les forces ennemies, associant armes nucléaires et bactériologiques, ainsi que des plans de destruction de récoltes sont mis au point. En plus des capacités pour une guerre ouverte, se crée une structure opérationnelle pour la guerre bactériologique secrète en Asie, bien camouflée au sein de la division pour la guerre psychologique de l’armée de l’air et qui travaillait en étroite collaboration avec la CIA.

Cependant, au milieu de l’année 1953, au vu des résultats décevants, le programme d’urgence sera annulé par l’état-major interarmes et remplacé par un programme à plus long terme

Une question reste posée. Est- ce que la logique de crise et la fascination pour de nouvelles technologies, libérées de toute contrainte morale, ont conduit les Etats-Unis à se livrer en Corée à des expériences destinées à vérifier l’efficacité des armes bactériologiques ? Selon des documents conservés dans les archives gouvernementales et militaires chinoises, longtemps inaccessibles aux chercheurs étrangers et à la plupart des historiens chinois, la réponse est positive. Des communications ultra-secrètes entre Mao Zedong, Zhou Enlai, des militaires du plus haut rang et des cadres du parti confirment que les responsables chinois étaient convaincus que les Etats-Unis utilisaient l’arme bactériologique.

Zhou Enlai fit publiquement état de ses soupçons sur l’utilisation de ces armes dès 1950, alors que les forces des Nations unies battaient en retraite derrière le fleuve Yalu. Après avoir longtemps hésité, Mao et lui avaient fini par se laisser convaincre, à la mi- février 1952, par les indices qu’avaient recueillis les médecins militaires coréens détachés auprès de l’armée chinoise. Des vérifications de laboratoire à Pékin confirmèrent que Washington s’employait à répandre la peste et le choléra.

Des indices chinois fiablesBIEN qu’endémique dans certaines parties du nord-est de la Chine, la peste avait disparu de Corée depuis 1912, et la dernière épidémie de choléra en Corée du Sud remontait à 1946. Le corps médical a pu déterminer qu’il n’y avait eu aucun cas de maladie infectieuse depuis au moins un mois avant la découverte des premiers cas. Et l’on n’a trouvé aucun rongeur infecté.

La Chine a rendu publics les indices recueillis par ses militaires à la fin du mois de février 1952 devant les Nations unies. Parmi les réfutations les mieux connues de ce réquisitoire figure le rapport rédigé par trois savants canadiens à la demande du gouvernement américain. Mais les autorités ont caché que les preuves et témoignages chinois avaient également été remis au professeur Guilford B. Reed, chef des laboratoires canadiens de guerre bactériologique et expert en « insectes- vecteurs ». Sa conclusion était que, malgré quelques anomalies, les indices chinois étaient fiables. Il recommanda au ministre des affaires étrangères, Lester Pearson, d’éviter un débat public sur l’aspect scientifique des accusations de Pékin.

Les rapports du personnel médical de la province de Liaoning conservés dans les archives d’Etat chinoises, jamais analysés par des historiens, offrent des indices similaires à ceux observés en Corée : les mêmes passages d’avions américains, les mêmes concentrations inhabituelles d’insectes, surtout des mouches, des puces et de certains insectes dotés d’une forte résistance au froid et inconnus dans la région. Alors que jusqu’alors il n’y avait eu dans la province aucune grande épidémie et que les petites avaient toujours été rapidement maîtrisées, on commença à connaître des poussées de maladies inhabituelles.

L’une des plus graves était une épidémie d’encéphalite toxique aiguë pendant tout le mois de mars 1952 dans trois villes au coeur de la Chine industrielle, dans la province de Liaoning, à la frontière coréenne. L’encéphalite propagée par des tiques n’était pas inconnue dans les forêts du Nord-Est, mais un groupe de pathologistes dirigé par le directeur du département de pathologie à l’Ecole de médecine de Shenyang (un chercheur formé en Occident) concluait que ce type d’encéphalite était différent de celui que l’on connaissait dans le Nord-Est, que les piqûres d’insectes n’étaient probablement pas en cause et que l’infection se faisait par voie digestive ou respiratoire. Les archives évoquent le travail d’autres équipes médicales concluant que, dans certains cas, notamment de peste, d’anthrax, de choléra et d’encéphalite, elles se trouvaient confrontées à une guerre bactériologique.

Mao a toujours prétendu que cette campagne bactériologique n’avait pas été très efficace, et, selon les statistiques, il n’y aurait eu, en Chine, que quelques centaines de morts parmi les militaires et environ deux mille parmi la population civile. Nous ne savons pas si ce sont ces piètres résultats qui ont conduit à l’abandon du programme d’urgence en 1953.

Ce que nous savons, c’est que les indices recueillis à Liaoning sont parfaitement compatibles avec les capacités américaines. Les maladies anormales les plus fréquemment observées étaient la peste et l’anthrax, objectifs prioritaires des recherches américaines. Les épidémies insolites de choléra correspondent bien à la désignation de cette maladie comme prometteuse par les responsables du programme d’armes furtives. Et l’encéphalite avait été étudiée aussi bien dans les laboratoires des Etats-Unis que dans ceux du Canada (2). Les soupçons chinois de contamination par la voie des airs, les témoignages faisant état de pulvérisations depuis des avions, correspondent aussi aux recherches américaines sur les aérosols.

La preuve la plus concrète, ce sont les insectes. Malgré les dénégations officielles, en 1963, du docteur Dale W. Jenkins, ancien directeur de la division d’entomologie et des laboratoires de biologie à Fort Detrick, affirmant que, avant 1953, « les Etats-Unis n’ont jamais étudié la possibilité d’utiliser les arthropodes dans la guerre bactériologique », les archives démontrent le contraire, et le docteur Jenkins lui- même a été mêlé au projet. En plus de ses propres travaux, il avait travaillé dans le cadre d’un programme canadien dans le Nord sur des insectes piqueurs de même variété que ceux observés par les Chinois.

Les travaux américains et canadiens sur les méthodes de diffusion des insectes contaminés correspondent aussi aux preuves chinoises, y compris à l’usage des appâts infectés et de récipients en carton. La ressemblance est frappante entre un récipient cylindrique qui figure parmi les témoignages chinois et la photo d’une bombe bactériologique dans des archives provenant des services de la guerre chimique et récemment déclassifiée. Les éléments recueillis dans le Liaoning tendant à prouver l’utilisation comme arme bactériologique d’une bombe destinée à distribuer du matériel de propagande correspondent à ce que nous connaissons sur les « bombes à plumes ».

L’un des arguments utilisés pour discréditer les thèses chinoises et nord-coréennes est qu’elles étaient bâties à partir des données sur la capacité de guerre bactériologique développée par les Japonais pendant la dernière guerre. Les Soviétiques les ont fait connaître au monde au cours du procès de Khabarovsk de 1949, où les participants à ce programme – la sinistre unité 731, dirigée par le général Shiro Ishii – furent jugés comme criminels de guerre. Depuis qu’il a été confirmé, en 1980, que Washington avait secrètement « récupéré » le programme japonais et certains de ses responsables (3) – dont le général Ishii -, les officiels se sont repliés sur une autre ligne de défense : les Etats-Unis n’auraient pas appris grand-chose auprès des Japonais, auraient adopté une approche différente pour les « insectes- vecteurs » et, de toute façon, n’auraient commencé à les étudier qu’après la fin de la guerre de Corée – arguments pourtant réfutés par les documents récemment déclassifiés aux Etats-Unis ou en Chine.

Tout récemment, douze documents sortis des archives soviétiques dans des circonstances demeurées mystérieuses – ils ont été remis par un informateur inconnu à un quotidien japonais très conservateur – ont fait sensation, car ils apporteraient la preuve que les accusations de guerre bactériologique portées contre les Etats- Unis ont été fabriquées de toutes pièces. Ce sont des textes qui ne contiennent aucune référence d’archive, transcrits à la main.

Pourtant, même s’ils sont authentiques, ils ne sont pas concluants. Ils révèlent la lutte pour le pouvoir entre ministères soviétiques de police rivaux, entre Lavrenti Beria et Semen Ignatiev. Le premier a révélé ces documents après la mort de Staline afin d’éliminer son rival, accusé d’avoir retenu des informations pouvant nuire à la crédibilité de l’Union soviétique. Pour sa défense, Ignatiev affirma qu’il ne croyait pas à l’authenticité des documents, qu’il les avait montrés à Staline et que celui-ci les avait écartés d’un revers de main. La direction a donné raison à Beria, a limogé Ignatiev et l’a expulsé du parti. Peu après, elle devait se retourner contre Beria. Les deux responsables soviétiques avaient chacun leur agent en Corée. Beria s’est servi des rapports de son délégué auprès du gouvernement nord-coréen pour affirmer que l’accusation de guerre bactériologique était fabriquée, alors qu’Ignatiev a prêté foi à la version de son agent, le professeur N. Zhukov Varezhnikov ; celui-ci était vice-président de l’Académie de médecine de l’URSS et professeur de bactériologie. Il fut membre de la commission internationale scientifique, présidée par le docteur Joseph Needham, invitée par le gouvernement chinois à enquêter sur l’utilisation des armes bactériologiques. Le professeur Zhukov signa les conclusions des travaux de la commission, qui concluaient à l’utilisation de l’arme bactériologique. Le gouvernement soviétique soutient aussi ces conclusions jusqu’en 1969, quand le réchauffement des relations entre Moscou et Washington – qui préparaient notamment la convention sur la guerre bactériologique signée en 1972 – et le schisme avec Pékin amena l’Union soviétique à modifier sa position.

Malgré ce revirement, deux conclusions se dégagent des documents chinois, corroborées par les archives américaines : d’abord, que les Etats-Unis ont étendu la gamme des armements modernes en mettant au point le premier système d’armes bactériologiques avec des capacités opérationnelles, et qu’ils se sont dotés d’une doctrine offensive en la matière ; d’autre part, qu’ils ont expérimenté ce type d’armes en Corée.

(1) Le Conseil national de sécurité, dans un document daté du 1er février 1950 (NSC 62), préconise une doctrine d’emploi des gaz de combat uniquement comme mesure de représailles, mais les mêmes limites ne seront recommandées pour la guerre bactériologique que le 7 avril 1953 (NSC 147). Ce dernier document fait référence au document NSC 62, qui pourtant n’évoquait pas les armes biologiques.

(2) La seule maladie associée à la guerre bactériologique, mais dont on ne trouve aucune trace dans le programme américain, est la petite vérole, incluse pourtant dans les accusations chinoises. Mais, pour l’instant, nous n’avons qu’une vue partielle du travail qui s’effectuait à la division des opérations spéciales pour les armes secrètes de Fort Detrick.

(3) Lire Antoine Halff, « Crimes de guerre japonais et mémoires populaires », Le Monde diplomatique, novembre 1995.


Idiots utiles: Vous avez dit validé par l’histoire ? (Will Howard Zinn turn out to be to history what Wilfred Burchett was to journalism?)

3 août, 2010
Pour être corrompu par le totalitarisme, il n’est pas nécessaire de vivre dans un pays totalitaire. George Orwell
Les idées impopulaires peuvent être passées sous silence et les faits gênants rester dans l’ombre sans aucun besoin d’interdiction officielle. George Orwell
Le journalisme authentiquement objectif est le journalisme qui non seulement décrit exactement les faits, mais saisit la signification des événements. Persuasif aujourd’hui, il survit à l’épreuve du temps. Il est validé par des “sources fiables”, mais aussi par le déroulement de l’histoire. Dix, vingt, cinquante ans après les faits, il reflète encore une image intelligente et fidèle des événements. T. D. Allman
Many well-meaning liberals had been drawn into the CPUSA during the « Popular Front » era of the 1930s, when America was menaced by the Great Depression at home and the rising specter of fascism abroad. Misleading press accounts of the Soviet Union’s « progress » during those years helped convinced many idealists that the Bolshevik Revolution represented a hopeful future. By the late 1940s, however, those illusions had been shattered by the reality of Josef Stalin’s brutal totalitarianism. Stalin’s cynical 1939 treaty with Hitler — the Molotov-Ribbentrop Pact — had sacrificed Poland to the Nazis, and the Red Army’s post-war occupation of Eastern Europe had crushed all democratic resistance. Even as Zinn’s wife was collecting signatures on Communist petitions in New York, Winston Churchill was decrying the « Iron Curtain » that had descended across Europe. The Communist Party that Zinn joined was already widely recognized as the agent of an aggressive tyranny, in thrall to the paranoid dictator Stalin. Zinn evidently pursued his CPUSA activism even after the Soviets exploded their first atomic weapon in 1949 and after the Cold War turned hot with the June 1950 outbreak of the Korean War. Robert Stacy McCain
There is no flag large enough to cover the shame of killing innocent people for a purpose which is unattainable. Howard Zinn
How could I be a communist? There were so many parties, each drawing on different circumstances, different conditions. Which one was I to choose? I chose none, because I wanted to remain just me … Wilfred Burchett (1983)
Rajk himself was an extraordinary character, cold as steel, a good actor, a political adventurer of the South American type, a man not fundamentally interested in politics or ideologies but very interested in power, a man without ideals and without loyalties to either causes or individuals … his smile was completely lacking in warmth … When the trail finally led to his flat and he was taken into custody, Rajk’s life cracked open like a rotten pumpkin. (…)Rajk and his gangs were disclosed as miserable, bloodthirsty adventurers who would not hesitate to plunge the country into a ferocious civil war, to destroy everything of the new life which had been so painfully built up, to hand the country over lock, stock and barrel to a foreign power, to restore those some (sic) forces the people have fought against for so long. There were no regrets except from a few of the dispossessed … when the chief culprits were condemned to death and speedily executed. Wilfred Burchett (description of Laszlo Rajk’s 1949 trial)
A nuclear war that killed half of humanity « should not be rejected outright as a bad thing » because « in the process imperialism would disappear altogether while socialism would become dominant all over the world ». William Burchett (November 1957)
L’écrivain Simon Louvish raconte la surprise d’un groupe de Soviétiques en voyage aux Etats-Unis au moment de la guerre froide. Après avoir lu la presse et regardé la télévision, ils se déclarèrent étonnés que tous les avis sur les questions essentielles étaient plus ou moins identiques. « Dans notre pays, s’interrogeaient-ils, pour obtenir ce résultat, nous avons une dictature, nous emprisonnons des gens, nous leur arrachons les ongles. Ici, vous n’avez rien de cela. Alors, quel est votre secret ? Comment faites-vous ? John Pilger
Vous savez, sous Bush, le conformisme et le silence parmi les journalistes sont pires que dans les années 1950. Rupert Murdoch est le magnat des médias le plus influent en Amérique ; il impose la norme, et il n’y a aucune discussion publique. Pourquoi la majorité du public américain croit-elle encore que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 septembre ? Parce que les médias n’ont eu de cesse de faire écho au discours du gouvernement. Charles Lewis
J’écris cela comme un avertissement au monde. (…) A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n’avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd’hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d’un mal inconnu pour lequel je n’ai pas d’autre nom que celui de peste atomique [ … ]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l’appétit. Leur cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche. Wilfred Burchett (La peste atomique, le Daily Express de Londres, 5 septembre 1945 )
Aucune radioactivité dans les ruines d’Hiroshima. (…) Les Japonais prétendent que des gens sont morts du fait des radiations. Si cela est vrai, ils ont été très peu nombreux. Et s’il y a eu des radiations, elles ont été émises pendant l’explosion et pas après. Les Japonais poursuivent leur propagande pour créer l’impression que nous avons gagné la guerre de façon déloyale.  Sir William Laurence (le New York Times, le 13 septembre 1945)
Where do I stand politically? As a journalist, first of all I’m completely independent. I’m sure it’s true to say I’m more independent than anybody in this room. Wilfred Burchett (Sydney, 1973)
There is no one in the wide world that can tell me where to go and what to write; no editor or publisher, no political organisation, no government. Burchett (letter to Melbourne’s The Age on March 16, 1970)
Wilfred was a very conscientious journalist – conscientious in what he wrote, and also in what he left out of his stories. Tibor Méray
The [germ warfare lie] was ‘concocted’ at a much higher level than ours – Burchett’s or mine. It fulfilled the task, as it had provoked an anti-American hate campaign of an unprecedented intensity (…) During the 1970s and 1980s there was no reason left to continue with the old story. Realising this, Wilfred, having no desire to be the ‘last of the Mohicans’, dropped the subject. So it is poor [Gavan] McCormack who remained to be the last, or one of the last, of the Mohicans of the germ warfare issue. For him the germ warfare problem is still ‘contentious’, and he defends Burchett’s actions and pronouncements by all available means, including his role in the POW project. Tibor Méray
Unlike Meray, Burchett continued to defend communist atrocities even after communist parties themselves had ceased to defend them. Burchett never admitted he had helped condemn innocent people. He put it all down the memory hole, and blithely went on to similar pro-communist campaigns elsewhere, transferring his affections from a great mass murderer, Stalin, to an even greater one, Mao. Patrick Morgan
Comment s’interdire de songer à cette génération entière d’intellectuels et d’artistes en Europe, en France surtout, autoproclamée de gauche – au point que le mot ne fait plus sens –, qui n’ont cessé d’adopter des postures morales tout en illustrant des causes absolument immorales ? Comment ne pas voir surgir des spectres : ceux qui hier, ont aimé Staline et Mao et, bientôt, vont pleurer Castro ? Ceux qui n’ont rien vu à Moscou, Pékin, La Havane, Téhéran, Sarajevo, et Billancourt ? Ceux qui, maintenant, devinent dans l’islamisme une rédemption de l’0ccident ? Cette grande armée des spectres, de l’erreur absolue, dieu merci, elle n’a jamais cessé de se tromper d’avenir. (…) par-delà ce cas singulier, on ne se méfie pas assez du grand écrivain et de la star dès qu’ils abusent de leur séduction pour propager des opinions politiques, seulement politiques, mais déguisées autrement. (…) On se garde de l’homme politique, l’élu démocratique, beaucoup trop puisqu’il avance à découvert. On ne se garde pas assez, en revanche, de l’artiste quand son talent le dissimule, surtout quand le talent est grand : des magiciens, grimés en moralistes, on ne se méfie jamais assez. Guy Sorman

On ne se méfiera décidément jamais assez …

A l’heure où, avec la publication de nouvelles archives du FBI, les révélations commencent à sortir sur le passé de compagnon de route et membre actif du parti communiste du récemment disparu historien américain et héros de la gauche internationale Howard Zinn

Retour, dans notre série « Epouser toutes les mauvaises causes de sa génération sans en manquer aucune » …

Sur un autre héros de la gauche bien-pensante (de Beauvoir et Sartre à Mailer, Miller et Russell, lors notamment de la déchéance de sa nationalité par l’Etat australien pendant 17 ans) le célèbre journaliste australien et auteur du « scoop du siècle » (sur Hiroshima) mais également jusqu’à sa mort d’un cancer en 1983 (à Sofia auprès de son épouse bulgare!) sur la plupart des conflits de la guerre froide (Corée, Vietnam) …

A savoir Wilfred Burchett qui, malgré ses dénégations, se révélà lui aussi non seulement un fidèle compagnon de route mais un véritable traitre à sa patrie et au Monde libre …

Relayant, à la demande de ses mandants soviétiques ou chinois, les campagnes de désinformationles les plus échevelées (notamment les rumeurs de prétendue guerre bactériologique contre le général Ridgway en Corée à partir soi-disant d’interrogatoires de prisonniers de guerre alliés) tant contre le camp occidental que les dissidents d’Europe lors des tristement célèbres procès de Moscou …

Mais finissant par être démasqué à la fois par le témoignage de transfuges devant le Sénat américain en 1969 (son officier traitant du KGB Yuri Krotkov et les nord-Coréens Bui Cong Tuong et Ming Trung), puis lors d’un procès en diffamation en Australie contre un sénateur en 1974 qui fit témoigner nombre de soldats contre lui.

Avant la confirmation avec l’ouverture d’archives communistes dans les années 90 (Peter Hruby)  et surtout en 2008 le livre du journaliste hongrois Tibor Méray qui avait passé un an avec lui en Corée …

The Burchett Chronicles: new evidence from 1951

Crickey

4 February 2009

Peter Hruby, the author of the forthcoming Dangerous Dreamers: The Australian Anti-Democratic Left and Czechoslovak Agents, writes:

Below is a chapter on Wilfred Burchett taken from Peter Hruby’s forthcoming book entitled Dangerous Dreamers: The Australian Anti-Democratic Left and Czechoslovak Agents. It describes all five documents to be found in the Prague archives of the Communist Party of Czechoslovakia attesting to Burchett’s membership of the CPA. According to Hruby, Czech secret services were much involved in the Soviet attempt to make out of Australia another of its satellites.

WILFRED BURCHETT: A DEVOTED SCRIBE FOR HIRE

Credibility is one of the major assets of a successful journalist; if he is not trusted, he will not be read. During the Cold War, for decades, Wilfred Burchett was the most widely read and influential Australian reporter and writer on international affairs. It was facilitated by his claim that although he sometimes sympathised with Communist causes, he did not belong to any Communist party. He repeatedly denied that he was a member of the Communist Party of Australia (CPA). He lied even under oath to the New South Wales Supreme Court in 1974 when he categorically denied he had ever been a member of the CPA. Many people believed him; those who did not had no proof of his deception.

Prague Documents

Research in October 1996 in the State Central Archive of the Czech Republic, then on Karmelitská ulice (a street) in Prague, put an end to the late Burchett’s credibility and to his defenders’ claims that he was an honorable man and victim of Cold War fabrications.

In the archive that houses documents from the history of the Communist Party of Czechoslovakia (CPCZ), I found five documentations of Burchett’s systematic lying. The oldest is from Decenber 27, 1950. Secretary H. Glaserová sent a “Note for Comrade Geminder.” Geminder was her boss, the head of the International Department of the Central Committee of the CPCZ, and allegedly the most important Soviet agent in Prague. Comrade Glaserová reported on the visit of Comrade Jack Hughes, Chairman of the Control Commission of the CPA:

Comrade Hughes talked about the case of the Australian journalist, Comrade Burchett, who after the war worked as a journalist in some countries of people’s democracy; also for a short time in Czechoslovakia. Recently, he was expelled and returned to Australia. The Australian Party is content with his work and is certain he is a good comrade. The Party would be glad if his name was cleared, as well as his wife’s whose nationality is of another people’s democracy, maybe Bulgaria.1

The second document is even more important since it was written and signed by G. W. Burchett himself on July 13, 1951 in room 314 in the Peking Hotel in China.

It was addressed to Ernie Thornton, former general secretary of the Federated Ironworkers Association and prominent member of the CPA, who was on his way from China to Czechoslovakia. In a very long letter, Burchett pleaded his innocence as a member of the CPA. He blamed two other comrades for his expulsion from Prague: Comrade Jakš, a former chief of Telepress who supposedly owed him some money for work done, and Dr. Popper of the Press Department of the Ministry of Information; they denounced him as a British and American agent respectively. As a result, his wife, whom he married in Sofia, was “suspended from the Bulgarian Communist Party.” In his letter, Burchett also claimed that “a number of Telepress agents protected by Jakš were later proved to be Titoists and Trotskyites.”

The early fifties were very dangerous times for members of Communist parties in Central and Eastern Europe. Stalin was purging his own and his satellite empire of alleged foreign spies. The era typified Lenin’s slogan “Kto Kogo” (Who Whom — who kills whom first). Those who wanted to survive kept denouncing their colleagues before their colleagues could denounce them.

Burchett seemed to be a good target because of his contacts with the British and American officials that he was working against, mainly in Berlin. In his defence, Burchett wrote, “Dear Comrade Thornton: I have never been expelled nor even disciplined by the CPA.” He then stressed:

I was not, nor could have been, expelled by the Russians from Berlin … I had the closest relations with Soviet colleagues in the Sovinform Buro. It was the latter who arranged the publication of my book Sonnenaufgang über Asien in the Soviet Sector of Berlin, after the time I was supposed to have been expelled.

Burchett supported his good credentials with Russian, Hungarian, and Bulgarian regimes by enumerating his long stays in Berlin, Budapest, and Bulgaria. “Only in Prague … did these most harmful rumours originate.” He then showed that cunning agents can also be extremely naive. He made an almost suicidal proposition: “I can be dealt with, extradited to Prague and charged.” Later we will look at parts of his autobiography which demonstrate what kind of harm could have been done to him in Prague which was then in the maelstrom of a vicious with-hunt of communists by Soviet executioners.

The letter to Thornton ended in a touching, comradely note:

My wife has been a loyal worker in the Bulgarian C.P. or in the illegal Youth League since the age of 16. Needless to say our only wish on getting married was to serve the party together by combining our talents and using them wherever they were needed. With comradely greetings, W.G. Burchett.2

The last paragraph of the letter shows how well its author absorbed the Stalinist attitudes of the times: Soviet and people’s democracies’ textbooks, newspapers, and journals were full of stories about girls falling in love with tractor drivers just because they managed to surpass the norm for deep plowing, and men being enraptured by milkmaids who doubled the amount of milk from their collectively owned cows. Eros was acceptable only in the service to the party. Dating was sanctioned only if it was to attend party meetings.

Ernie Thornton delivered Burchett’s letter as he was asked. We are able to read it thanks to its preservation in the State Central Archive in Prague. As a good comrade, Thornton did even more. On August 6, 1951, from the Czech hotel Paříž (Paris) in Prague, he forwarded to the International Department of the CPCZ a “confirmation” of Burchett´s good standing in the party: “It might interest Comrade Geminder because some time ago I talked with him about it.” He requested that a copy of the reference be sent to the Central Committee of the CP of Bulgaria, Sofia. It was sent on August 20, 1951, written in Russian.3

Finally, the fifth document should be reproduced in full:

The Communist Party of Australia Central Committee, 40 Market Street,

Sydney,

18.6.1951

Dear Comrade,

We obtained a request to confirm the status of comrade Wilfred Burchett.

The Party does not issue recommendations except in extraordinary circumstances and does not possess any form of recommendation nor a seal that could be used to documents of that kind. In the case in question, Comrade Burchett has the trust of the Australian Party. His work is considered to be satisfactory and we have no reason to doubt his loyalty. The situation of his wife is known to us and we would be grateful for any help that would be offered to him . Since the entry into the Party, he has been its member without interruption.

R. Dixon, Chairman L.L. Sharkey

Secretary General.4

Wilfred Burchett was not a pathological liar, but a Leninist-Stalinist operative who as such was convinced that in the war against bourgeois capitalism, in order to achieve the hoped-for Communist future, he had the right, even the duty to deceive the enemy. In Burchett’s mind, there was no doubt that for achieving the ideal result, he had to use less than ideal methods, because the bourgeois enemy also lied.

Nevertheless, his books are always less than truthful, even when the bourgeois enemy is hard to see. For instance, in his autobiography published in 1981, he alleged that he had learned about the suspicion of his being a British intelligence agent “only ten years later,” even though he obviously defended himself against such an accusation in 1951.5 Therefore, it is difficult to believe his statement in the same memoir that early in his adult life he filled an application to join the CPA, but “There was no follow up to my application.”6

From Australia to Berlin and Budapest

Burchett became a Communist fighter for the usual reasons: he grew up during the depression and shared the assumption that the class war and its injustices, the crises of capitalism, international wars, and colonialism could only be abolished by revolution and the establishment of communism. His view of the world was Manichean; he hated the enemy, and he believed, or sometimes pretended to believe, that everything was great on his side of the barricades. The fact that for thirty years he was well paid and provided for by Communist regimes was probably also a factor.

Burchett’s books are painful to read. They are loathsome, full of propaganda clichés that are all too familiar to someone who for long years had to read Soviet prose whose tactics and techniques Burchett adopted one hundred percent. Although he obviously kept distorting the truth, it is surprising how many people believed his slanted reportage. One finds believable what one wants to believe.

He himself had to admit that he often falsified the truth with the excuse that at the time he believed it. After articles and books about his daring and adventurous trips to New Caledonia, China, Burma, and the Pacific during World War II, he established his popularity with the anti-American Left when in 1945 he managed to get to Hiroshima soon after the atomic bomb devastated the city. Allegedly against American wishes, he reported on the damage done to people by the radiation.

However, according to Pat Burgess, this fame was unearned, since the report was actually written by Henry Keys who used “a mass of information from the Domei files and had interviewed a lot of people including some eye witnesses.” Out of some two or three thousand words that Burchett wrote on the subject, the press agency released only two hundred, and even those were not used. Some Americans who came back from Hiroshima were surprised that Burchett had not asked them to take back his report which they would have gladly done. Keye sent the copy under the Burchett byline to the Express. “When Wilfred got back he said, ‘Oh no! Don´t tell me!‘“7

From 1946 to 1949, Burchett continued to send his reports to the British press from Berlin. According to his book Cold War in Germany, the Americans were then planning a Third World War and were provoking the Cold War against the peaceful Soviet Union that was interested only in safeguarding its own security. The creation of the Soviet satellite empire and brutal suppression of democracy and freedom in Central Europe was therefore good. He even blamed the Western allies for slow denazification in Germany and the Swiss for hoarding Nazi gold. He weakened his case with hateful exaggerations.

In his “Report of the Committee of the Judiciary, United States Senate” of the sixth and tenth of November, 1969, Soviet defector and former NKVD-KGB operative Yuri Krotkov testified that he cooperated with Burchett in Berlin from 1947 to 1949. The Australian journalist had access to Soviet funds and worked as a typical Soviet propagandist.

According to Burchett, “The Western Powers acted as did Hitler and Mussolini, using the same language as Goebbels.” 8 East Germany remained occupied by Soviet armed forces until 1989; in spite of this fact, Burchett claimed that “the republic was given real powers immediately after it was founded, in contrast to the illusory powers vested in the Bonn regime … the republic started life politically and economically independent.”9

Soviet soldiers in Central and Eastern Europe committed many violent crimes. Historian John Lewis Gaddiss emphasized “the mass rape of some two million German women by Soviet soldiers as the war ended.”10 They were feared not only in Germany but also in countries supposedly liberated by them, such as Czechoslovakia. They raped women and used trucks for stealing all that could be removed from private, including workers’, homes. Burchett found a way to exculpate them: “Many crimes of violence were being committed by criminals in Soviet uniforms.”11

According to Burchett, there was a basic difference between puppets installed in East Germany by Soviet authorities and democratically elected West German politicians:

Prime Minister Grotewohl is a clear-thinking, highly intelligent man who has won the confidence of the workers, farmers and lower middle-class in the Soviet Zone, and his influence extends far into the Western Zone as well. His speeches are models of clarity, and like those of Pieck, devoid of any trace of demagogy. His quiet demeanor is in sharp contrast to the antics of the West German politicians, especially the Social Democrat leaders, who have copied emotional ranting and shouting of the Nazis.12

Burchett’s readers were not told about East German or Hungarian elections in which the communists were so badly beaten that no free elections were ever allowed again. On the last page of his book Cold War in Germany, published in 1950, Burchett wrote prophetically:

History will one day pass its verdict on who best served the interests of world peace and human happiness, the Allies who built in the West or the Soviet Union who built in the East.13

The prophecy was as wrong as can be. East German workers attempted a revolution in 1953; millions of East Germans fled to the West before the Berlin Wall was erected, to be finally destroyed by rebelling East Germans in 1989.

Burchett’s Cold War in Germany became popular in Australia. The year of its publication, a second printing was issued. To achieve even wider distribution, World Unity Publications began a series of pamphlets based on the book by editing 64 out of its 258 pages as Warmongers Unmasked.

Even more disgraceful than canvassed false propaganda from Berlin was Burchett’s reporting from his next place of residence, Budapest. He was completely fooled by Stalinist show trials in Hungary and Bulgaria. In his book Peoples’ Democracies, issued in 1951,14 he reproduced pages of the official Hungarian proceedings of Cardinal Mindszenty and praised the organizers of the infamous show trial: “There is a quality of brilliance and imagination (sic!) in the leadership in Hungary today.”15

The imaginary plot of one of the top Hungarian communists, Laszlo Rajk, invented and staged by secret services, was described by Burchett as carefully prepared conspiracy by Yugoslav and former fascist Horthy officers. Burchett embroidered Soviet secret police fabrications into his account: “Rajk and his gang were disclosed as miserable bloodthirsty adventurers.”16 Burchett thus helped to prepare the public for the intended Soviet invasion into Yugoslavia. The Hungarian General Kiraly later disclosed that he was in charge of Hungarian troops that were ready to put down Tito’s insubordination to Stalin in Yugoslavia. “What stopped the attack was America´s unexpectedly strong stand in Korea.”17

Similarly, the judicial murder of the Bulgarian Communist leader Traicho Kostov inspired Burchett to colorful reporting on “a Yugoslav plan for Bulgaria every whit as diabolical and bloodthirsty as that for Hungary.” Kostov “was a Bulgarian Trotsky.” 18 It is worth noting that Burchett fully adopted the Stalinist vocabulary and sloganeering that was obligatory for all Central and East European Communist scribblers. He was one of them.

In a chapter of his book Peoples’ Democracies, entitled “Liberty in Eastern Europe,” he revealed the vicious side of the revolutionary “idealists” when he compared Stalinist show trials with events after the French Revolution in 1789:

The French revolutionaries certainly had no intention to grant “liberty, eguality and fraternity” to the Royalists. They quite properly chopped their heads off.19

He followed the official Stalinist line that liberty in people’s democracies existed for ninety percent of the population and only “money-changers,” bankers, and kulaks had their liberty curtailed. In fact, liberty did not exist at all; nobody could enjoy it; even the bosses could not feel safe. Burchett extolled the liberty of “hundreds of thousands of youths” since “each of these youths can look forward to a full and creative life.” 20 That was written only five years before the Hungarian revolution, started by young people. Thousands of them disappeared in Siberian concentration camps. Tens of thousands ran away from their country into exile. Many of them emigrated to Australia.

In his autobiography, At the Barricades (1981), Burchett admitted that he was completely wrong:

In Belgrade [1956] … I apologized for some of my own confused writings during the period immediately after Tito´s expulsion.21 He also made a reversal concerning Bulgarian show trials: [Traicho] Kostov had done what his old comrade Giorgi Dimitrov had done sixteen years earlier at the Reichstag Fire Trial. He had knocked the stuffing out of the prosecution [by publicly denying his guilt]. I was considerably shaken by the Kostov trial. 22

Burchett did not mention this at the time in his book devoted to these trials, of course. That means that he consciously lied at one time or the other. In 1981, he added a new twist to his false propagandising: “Stalin was a dupe of [Allen] Dulles” who supposedly plotted the whole thing!23 Burchett’s readers were asked to believe that Stalin’s murderous show trials of his own agents were not meticulously planned for years and executed by his own secret services, but by the CIA!

Similarly, in 1981, he still blamed the Americans for the spontaneous nationwide Hungarian revolution of 1956, because, as he wrote:

Hungarian fascists expected Americans in June 1951. That was the state of mind induced by Radio Free Europe which hammered away implicitly on the theme “get the fighting started — anywhere — and the Free World forces will be at your side.” 24

Burchett’s analysis is a lie. Radio Free Europe began broadcasting in May 1951 to Czechoslovakia only, and much later to Hungary and other Soviet satellites. I worked for Radio Free Europe as an editor and writer for thirteen years starting before it began broadcasting; it never encouraged East Europeans to start a revolution; its American supervisors were very strict and cautious about that, and its East European employees were responsible people who did not feel that from their relatively safe position they had any right to risk their compatriots’ lives.

Notwithstanding his last assertion of CIA provocation of the revolting Hungarian fascists, Burchett expressly admitted in 1981 that “Hungarian workers at the time had good reasons to be in a rebellious mood.” 25

Although Burchett was obviously spreading false propaganda in the fifties, many people in England and Australia believed him. Goff McDonald pointed to that trust when he wrote:

The main authority in such cases [the treachery of Tito] was the Australian journalist Wilfred Burchett, whose books such as Peoples´ Democracy — together with his pamphlets and articles — echoed the voice of Stalin…

The communist press, in Australia and elsewhere, repeated the words of Pravda and material from Wilfred Burchett which explained the trial [of Rajk] was further proof of the plans of the Yugoslav Fascist clique of Tito. 26

In spite of the fact that Burchett lied about events in Central and Eastern Europe, those who did not mind being deceived, or rather preferred to be told what would confirm their prejudices, went on trusting his judgment. And Burchett was able to go on fooling his readers about what was really happening and further spread biased propaganda.

Role Model

In his previous review of his life, Passport: An Autobiography (1969),27 Burchett was not yet ready to admit his “mistakes.” However, in both books he revealed that throughout his political life Egon Erwin Kisch (with his name often misspelled) served as his model. He led his readers to believe that Kisch was not a communist in spite of the well established fact that Kisch was not only a communist but also one of the most important Soviet agents of the Comintern.

Kisch was a Czechoslovak citizen and an operative who was prominent in Stalin’s propaganda campaign against “war and Fascism” that helped to attract many people to Communist causes. (An excellent source, explaining and tracing the seduction of the “Innocents” — as they called them — is Stephen Koch’s book Double Lives: Spies and Writers in the Secret Soviet War of Ideas Against the West.28)

In 1934, Kisch was invited to the all-Australian Congress Against War and Fascism in Melbourne. When he was not allowed by the authorities to disembark, he jumped the ship and broke his leg. In the continuing scandal in which the Government proved to be quite incapable to handle the situation, the CPA managed to stage large demonstrations for this “victim of the Australian Right.” Burchett took part and decided to become an international journalist (and Communist agent) like his role model Kisch, who was a master of pro-Soviet propaganda carefully masked as one serving noble ideals. Both duped many people not acquainted with modern totalitarian underhanded methods.29

In his first autobiography, Passport, Burchett wrote:

The whole Kisch incident had a profound effect on me in many ways. I was impressed by the quality of the man himself, his physical and moral courage, and also the way in which he used his pen to uncover injustice and fight for life’s good causes. Subconsciously, I accepted him as the model of a progressive journalist.30

It is often interesting to compare Burchett’s two autobiographical books. In his Passport, he recalls:

Years after the Sydney Domain meeting I met Ergon (sic) Irwin (sic) Kisch in his own beloved Prague, a few months after the liberation of Czechoslovakia from the Nazis. Because I was Australian, and he had fallen completely in love with Australia, he escorted me for days on end to show me Prague.31

The same visit to the Czech capital city plays a different role in Burchett´s second autobiography, published twelve years later:

I had driven through Czechoslovakia from Vienna to Prague on the beautiful spring Sunday of May 26, 1946, when voters were going to the polls in the first general elections since 1935.

Kisch’s time with him shrank from several days to a single day: “Just because I was an Australian, Kisch devoted the entire second day of my visit to escorting me around the marvels of his beloved Prague.”32 Although he wrote “There must have been lots of Soviet troops around,” in fact there were none. However, much more truthfully he wrote:

I was approached by a compatriot and fellow journalist, John Fischer … He insisted on dragging me off to a house party where I would meet some “interesting blokes.” First was my idol of ten years earlier, Egon Irwin (sic) Kisch, who had survived Spain and French concentration camps… With him were another well-known Czech writer, Andre Simon [alias Otto Katz], the future Foreign Minister Vladimir Clementis, and the brother of Rudolf Slansky, general secretary of the Czechoslovakian Communist Party … almost all those in that room were later executed as “spies” and “traitors.”3

As far as I know, that is the only time Burchett, the biased “specialist” on show trials in Central and Eastern Europe, wrote about the worst of them which ended with eleven top Communist leaders of the CPCZ being hanged. In his autobiography, he added:

Mutual friends later commented that it was as well that he [Kisch] died a natural dath rather than see — and probably share — the humiliation and destruction of some of his closest comrades.34

Burchett did not mention what must have been on his mind: he himself might have shared the months-long tortures and humiliations suffered by Kisch’s “closest friends” had the Soviet specialists in “scientific” torture (as they themselves proudly boasted) accepted his offer – quoted from his letter to Thornton above — to be extradited to Prague and put on trial in the years of judicial murders.

As an Australian, he might have escaped hanging, but as with the similarly committed Communist agents, brothers Herman and Noel Field, who were used in the Prague and Budapest trials as star witnesses, he would have experienced some prolonged distress. He clearly was considered by the organizers of the murderous circus and was proposed for such a role by comrades Jakš and Popper. Burchett played with fire.

Luckily for him, the script-writers of the show trials preferred the Fields because as Hungarian-American Jews they could better serve the dual purpose of Stalin’s campaign against the alleged American and Jewish “Zionist” conspiracy.

After his close call, Burchett went to Australia to lecture on the benefits that Communist regimes provided to citizens of Stalinised countries. In his excellent study of Burchett, “He Chose Stalin,” Rober Manne described Burchett’s four month tour, from September 1950 to February 1951:

Burchett assured his Australian audiences that conditions in the people’s democracies were “paradise” in comparison to those prevailing before the coming of communist rule… The peoples and governments of the Soviet block were peace-loving; to return from there to the west was “like entering into a mad-house.”35

During his Australian lecture tour, Burchett obviously did not reveal the whole ugly truth as he knew it to be, which he later admitted.

China and Korea

The next attraction for his Communist enthusiasm — and upkeep — Burchett found in China. He essentially became employed by the Chinese Communist Party to serve as its propagandist. He was enchanted by the results of the revolution as shown in his book, published in Melbourne in 1952, China´s Feet Unbound. By then he was already engaged in Korea as more than just a paid political propagandist.

He took part in the brainwashing of the English-speaking captives. His contribution to the Soviet campaign, blaming the Americans for spreading germs over Korea in order to destroy crops, was far reaching. By writing articles on the invented germ warfare and actively “persuading” American pilots to sign false confessions that he himself often wrote for them, Burchett descended into the depths of an agent-torturer.36

In Passport, Burchett claimed that “in exposing American experiments in germ warfare, I was doing my duty as a journalist and a responsible member of human society.”37 Compare this with the testimony of a member of the Czechoslovak Department for Active Measures, Ladislav Bittman, who revealed the truth in his 1985 book The KGB and Soviet Disinformation:

During the Korean War (1950-1953), the KGB conducted a worldwide disinformation campaign accusing the United States of using bacteriological warfare. With the help of Western journalists like Wilfred Burchett, the Soviets publicized the forged evidence in Communist as well as Western newspapers.38

From documents recently published from Soviet archives, it is well established that Stalin resisted North Korean requests for an attack on South Korea for an entire year before he finally agreed and took part with large combat units of his own.39 He even suggested a provocation from the south by sending North Korean troops across the border in order to be pursued back, exactly the same way Hitler had “responded” to the Polish “invasion” simulated by his own soldiers in Polish uniforms. Burchett always lied about the supposed South Korean attack on the North thus beginning the war. Even as late as March 25, 1974, in a Stockholm lecture, he claimed:

According to my own, still incomplete investigation, the war started in fact in August-September, 1949, and not in June, 1950. Repeated attacks were made along key sections of the 38th parallel throughout the summer of 1949, by Rhee’s forces, aiming at securing jump-off positions for a full-scale invasion of the North.40

Apparently Nikita Khrushchev was not so well informed as Burchett. At the July 1955 CPSU Plenum, he declared, turning to Molotov, “We started the Korean War” and repeated, “We started the war.”41

While working for the Chinese, Soviet, and North Korean communists, Burchett “told Reuters that in 1952 he was offered $100,000 by the CIA ‘to come to the other side and write a few articles.’ He said he declined the offer.” Again, the truth is the other way around. As Manne learned from ASIO archives, Burchett himself approached the American military command in Korea in the first week of September 1953 “and let it be known that, in return for being offered an amnesty from the Australian government, he would be willing to give useful information to American military intelligence.” The Australians refused to accept such an offer when asked by the Americans and considered putting him on trial.42

Four nations were neutral members of the repatriation commission in Korea. However, the neutrality of the Czechoslovak and Polish group was very doubtful, as the other two, the Swiss and the Swedes, soon discovered. The two people’s democratic representatives consulted each other before departure from Central Europe. They reached Keson in Korea in the second half of 1953.

According to documents found in the Czech Republic’s Foreign Ministry archive, the Czechoslovak delegation numbered 365, although the Ministry acknowledged that only 250 were requested. It was led by Colonel Vrba. Minutes of a meeting on the twenty-sixth of June, 1954, marked “Strictly Secret!” reveal that Chu En-lai addressed them. The Polish delegate Krzemiew declared, “Our job is to fulfill the instructions of the Chinese and Korean governments.” Li San-Cho said that “the speech of the Swiss delegate on the 23rd of June was unfavorable, equally the Swedish declaration; it would be difficult to reach any agreement with them.” A Czech delegate commented, “The Swedes and the Swiss, we know what they are: svolotch.” The Russian word used can be translated as “scoundrels.”43 But its meaning isworse.

For his services to North Korean communists, Burchett received a medal from Kill Il Sung, but he knew that in Australia he would have been put on trial. In 1955, in order to avoid flying to Hanoi through Singapore or Hong Kong where he could have been arrested, his “friend” (as he often claimed) Chu En-Lai transported Burchett in his own plane.44

The question of Burchett’s treachery or innocence provoked a long and heated debate in Australia. His harshest critic was the Australian Professor and refugee from Communist Czechoslovakia, Frank Knopfelmacher, who wrote:

The ancient Common Law definition of high treason — giving aid and comfort to Sovereign enemies; or Australia’s enemies…clearly applied to Burchett, and he ought to have been tried, sentenced and executed, if found guilty of the felony of high treason.45

The severest punishment the Australian authorities bestowed on Burchett was their refusal to grant him a new passport when his old one was lost. That made him a victim in the eyes of the international brigade of Anti-American and anti-capitalist stars such as Jane Fonda and Graham Greene.

Vietnam Between Moscow and Peking

After his Chinese employers, the Vietnamese communists took over Burchett’s upkeep between 1954 and 1957. They provided him with money, a house, a car, a cook, a secretary, and military bodyguards whenever he visited the front of the war to take over the whole of Vietnam.

However, Burchett wanted to move to Moscow. In 1956, he again contacted KGB agent Yuri Krotkov. Burchett told Krotkov that he was an illegal, underground member of the CPA and “asked for money from the Soviet Communist Party.”46 He was hired and in 1957 settled in Moscow with his family. He wrote in his autobiography:

Suddenly space was available in the posh Vissotni Dom (“skyscraper”) overlooking the Moscow river, half a mile downstream from the Kremlin… Stalin himself, it was said, had chosen the original list of occupants.47

Burchett stayed there with the highest Soviet elite in the luxury apartment for more than five years, writing for the London conservative Daily Express under a pseudonym.

During Burchett’s employment by the Soviet secret service, his shifting alliances became gradually more pronounced. In the developing conflict between the Soviet and Chinese Communist parties, he moved almost completely to Mao’s side (and with him most of the Australian Communist apparatchiks).

Several times during the early sixties he went to see the former states of Indochina and began to prefer Vietnam which had closer ties with Moscow than with Peking. Although he publicly supported Mao Tse-tung’s Cultural Revolution, he later admitted that he was nonplussed by it. In April 1967, he saw in Peking the violent infighting between various Communist groups denouncing each other. He was told, as he wrote, by the stauch supporter of revolutionary struggles — Anna Louise Strong:

“Mao has let the genie out of the bottle, and I’m not sure he’s going to be able to get it back in!”

She also told him that Chou En-lai, who was then “stamping out fires,” was more important than Mao.48

For years, in his press reports and books on the Vietnamese conflict, Burchett claimed that there was no coordination between the North Vietnamese Government and revolutionaries in the South. There would be no reunification. His autobiography confirms that he was systematically lying:

In truth, there was one single revolutionary strategy for the military, political, and diplomatic fronts of Vietnam and one united leadership of that strategy, but it was still secret.49

He was thus far receiving his stipend from Moscow as was witnessed in 1969 at the Pnomh Penh airport by his film-maker friend Edwin Morrisby and reported in Morrisby’s Memoir in 1985. Morrisby also revealed that the large amount of money in American Express Travellers’ checks was delivered to him by a North Vietnamese. Morrisby knew that Burchett was a KGB agent and that his wife worked for the Bulgarian branch of the KGB.50

Since his close connection with Asian Communist parties was well known, he was often asked for inside information by journalists in Korea and later even by Averell Harriman at the Paris peace talks and in Washington, D.C. by Henry Kissinger, as he proudly reported in his autobiography.51 They knew that he could speak for the communists.

Burchett’s work for the Vietnamese Communist Party was probably the most sincere and closest to his heart as well as most successful at obtaining results. As usual, he exaggerated, pretended, lied, but the “American capitalists and militarists” were obviously involved in a controversial war. Viet Minh fighter Hinh Truong testified to Burchett”s importance to the cause: “Mr Burchett was a Communist, an international Communist soldier.”52 Burchett´s friend Morrisby wrote:

Wilfred proudly told me that the Vietnamese High command did not think that the war could be won on the ground and had to be won at the public relations level.53

Santamaria concluded his chapter devoted to him: “Burchett was a paid Soviet agent, who operated as a ‘combattant’ in support of forces fighting Australian soldiers in the field.”54

Imitating Kisch

In 1970, Burchett, following the example of his model Kisch, flew to Australia without a passport or visa in a private plane provided by the millionaire Gordon Barton.55 Once again, Australian authorities did not know how to handle him without making an even bigger martyr out of him. Burchett was able to entitle a chapter of his second memoir “Prodigal’s Return.”56 In spite of a long history of lying and working actively for enemies of Australia and world democracies, he was still very popular with Leftist and “liberal” people.

Kisch’s legend was still very much on Burchett‘s mind:

Telegrams started pouring in from trade unions, student organizations, personalities, some of them known to me, others not, pledging support and urging me to continue the Fight. My mind could not but go back to Egon Erwin Kisch and his fight thirty-six years earlier. But travel methods had changed. I could not jump out of a plane somewhere in Australia.57

Burchett felt great that he could imitate — minus the jumping — the other Soviet agent, but in his biography — as we will see — only forty pages separate this “triumph” from expressions of desperation from the movement whose cause he served for decades.

Chinese Miracles

Burchett managed to praise Mao Tse-tung’s disastrous experimentation with huge anthill human communes. His book China: The Quality of Life (1976) was based on his visit in the summer of 1973. According to Burchett, “Mao’s Gratest Leap,” as he called the first chapter, did not produce a famine costing millions of Chinese lives, as was later admitted by the Chinese Communist Party, but was an enormous success: “Within four months… China’s more than a billion farmers were reorganized without any interruption in production.”58

The communization was not ordered from above, not at all: “As the initiative for forming the communes came from the grassroots, there was no standard set of rules. Members made their own.”59 The Marxist spirit so moved peasants that — miracle of miracles — all made their own rules exactly the same way, as if ordered and enforced militarily from above: “A striking aspect was the general uniformity of the way things worked.”60 The credulity of intellectuals in the new Holy Spirit who wanted to be fooled is almost unbelievable. (I myself witnessed a colleague of mine in Perth extolling the virtues of the communes. He was believed by many. My objections were ignored.)

In the second chapter, “Fifty Thousand Police-less States,” Burchett admired the decentralization of the strictly centralized police dictatorship:

The communes have a certain degree of autonomy… They represent almost the ultimate of decentralization of state power – short of the actual withering away of the state – which is essential to Mao Tse-tung’s philosophy.61

In the slaughterhouse that China was becoming, almost everything was ideal:

Although there is a People’s Militia, there is no army, [only four or five million soldiers!] no police and no courts or gaols…62 Crime? … It’s practically non-existent.63

In this Marxist paradise, “wherever we looked the picture was the same — of people running their own lives … without interference from the outside and progressing steadily towards prosperity.”64 [All while millions of Chinese were dying of starvation!]

Here Burchett surely reaches the apogee of his deception.

Another disaster, the closing of all universities and colleges, depriving a whole generation of Chinese students of higher education, was celebrated by Burchett:

Since the Cultural Revolution, everyone in China from kindergarten onwards has studied Marxist theory at some level or another …65

The achievements of the Great Leap Forward were consolidated during the Cultural Revolution.66

Burchett was enthusiastic about the alleged privileges obtained by ethnic minorities, especially the Tibetans: “The national minority peoples have been helped in every imaginable way to … run their own affairs.”67 Why then did so many try to run away? Why were so many massacred?

It took years before the rest of the world was allowed to hear from Chinese communists themselves about Mao’s catastrophic policies and the incredible suffering imposed on the Chinese people, so several books devoted to Vietnam by the professional Communist enthusiast Burchett were avidly read and trusted. A copy of Grasshopers and Elephants: Why Viet Nam Fell that I saw in a university library was so heavily underlined by students on every page that I wondered how much damage such reckless readers could do in the guerrilla war for which many students in Australia were then being trained.

The Godot That Failed

Burchett’s career of highly compensated admiration for everything done by Communist regimes was coming to an end. His only reward was to live in a private hell, as he truthfully — finally telling the truth — admitted in his memoirs:

Regardless of rights or wrongs in the China-Vietnam-Kampuchea confrontation, the main part of “my” world, in terms of reporting and engagement, was falling about my ears… Now my Asian friends were at each other’s throats — each waving the banner of socialism and revolution – and I was again in the thick of it. It was a shattering blow to a vision of things acquired during the previous four decades, including my certainty as to the superior wisdom and morality of Asian revolutionaries.68

Burchett planned to write a book of praise for Pol Pot’s Red revolution, imitating Mao’s Cultural Revolution, when he himself joined the invasion of his Vietnamese friends into Kampuchea. He finally became disgusted by the butchery that was just a little faster and more brutal than usual. He wrote:

How to explain to my left-wing readers and supporters all over the world… that the foulest barbarities were being committed in the name of “socialism” and “revolution”? … How this oasis of peace has been transformed into a slave-labor concentration camp and slaughterhouse?69

Didn’t he ever see, or at least know of, concentration camps in all the Communist countries he ever lived in and celebrated?

Burchett’s left-wing friends must have been shocked indeed — if they believed him — reading his report on Pol Pot’s and Teng Sary’s massacres. These two Kampuchean dictators were, as he now wrote, “passionate advocates of the Great proletarian Cultural Revolution,” just as Burchett was. They just went a little too far. He felt their extremism justified his Vietnamese friends’ invasion into Kampuchea:

Who but madmen would have uprooted an entire people. … Who but homicidal maniacs could have massacred 40 percent — up to 3 million — of their compatriots and deliberately conditioned a whole generation of children to regard the most barbarous forms of torture and murder as a great joke?70

Two years after the publication of his memoirs, Burchett, a heavy drinker, died in Bulgaria of liver failure.

Attempts at Burchett’s Resurrection

The nostalgia of incorrigible and dangerous dreamers is so great in Australia that at the end of 2005 some of them tried to raise from the dead the journalist who was the most successful at preaching the gospel of their political messiahs. Wilfred Burchett’s son, George Burchett, together with his late father’s friend, Nick Shimmin, published in 2005 a luxurious 785 page edition of Memoirs of a Rebel Journalist: The Autobiography of Wilfred Burchett.71 The editors claim that it is an unabridged version of his Memoirs originally published in 1981. Nick Shimmin wrote that W. Burchett was “the greatest journalist Australia has ever produced, and one of the best foreign correspondents the world has ever seen.” Such unmerited praise for a vicious traitor to Australia naturally provoked a lively exchange of opinions.

Under the title “Comrade Burchett was a party hack,” Peter Kelly wrote in the main Australian newspaper:

Burchett was not a rebel journalist — he was a faithful, conformist communist who never went against the party line despite claiming to be independent…

During two wars in which Australian troops fought and were killed — Korea and Vietnam — Burchett worked on the other side and reported from behind the enemy’s lines with its support and agreement. In both of these wars he was paid by those enemies, China and North Vietnam respectively.72

Kelly then reminded his readers of a story published by Pat Burgess who described the recollections of captured UN soldier Derek Kinne, veteran of the Korean war, of his captivity:

We´d been in the Chongsam South camp, and were told Wilfred Burchett was going to give us a lecture in the football field. We all marched up, the British in front and the Americans behind. There were about 600 Brits and 800 Americans. A lot of the British carried little nooses and about 60 called out when he started his lecture, ‘You’ll hang, you bastard’. And others took up the chorus and were hundreds singing out, ‘You’ll hang, you bastard’…. Burchett said the peace talks had broken down and we were just the lackeys of the Wall Street warmongers.

When Burchett was about to leave, Kinne asked Burchett if he was biased. He told him that “the POWs are dying like flies. The first day I was in this camp 39 men went to Boot Hill.” Because he was “hostile” to Burchett, he was later beaten and tortured.73

Reviewing the new edition of Wilfred Burchett’s Memoirs, Brigadier General Greville wrote:

During the Korean War, Burchett worked directly for the Chinese Army, which clothed, fed and housed him, in addition to paying him. Throughout this period he was under the control of a Chinese press officer, Shen Chen-tu, who edited every item Burchett wrote and instructed him on what to reveal to Western journalists during the Truce negotiations and what information he should try to exact from them. Working alongside were two other journalists, Tibor Meray from Hungary and Lucien Prachi from Poland.74

Since in his article Peter Kelly also repeated my own discovery in 1996 in the Prague archives of five documents testifying to Wilfred Burchett’s admission that he was a secret member of the Communist Party of Australia, but the admirers of the treasonable journalist claimed that they were fabrications by the Czechoslovak secret service, I had to supply my testimony that I consider them to be genuine. My letter was published in The Weekend Australian.75

Such a nostalgia, however, is not limited to family members and close friends of the lying reporter Burchett. A thesis accepted in 2007 and rewarded by a medal, unfortunately, proves that at least part of The University of Sydney is still suffering from the contagious malady of Marxism-Leninism-Stalinism-Maoism.

Jamie Miller entitled his thesis “Without Raising Problems of Proof or Refutation”: Wilfred Burchett and Australian Anti-communism.

He succeeds in his detailed documentation of the problem the Australian Government was facing when it would have liked, repeatedly, to put Burchett on trial for treason: “The Government had promoted the image of the treacherous Burchett, while simultaneously refusing to publicly substantiate any charges.”76 The Government faced legal difficulties, as Miller himself admits.77 Also it was extremely difficult to prove Burchett’s treason due to Communist secret services’ well hidden agenda. It was hard to find solid proofs that would not expose those who managed to infiltrate them. Miller is therefore able to criticise at length the Government’s refusal to renew Burchett’s passport. In support of his arguments Miller very often quotes Burchett himself.

However, Miller in his thesis attempts to do much more. He tries to condemn everybody who dared to point out Burchett’s treasonable activities and his systematic lying. He defends him as a ‘victim’ of an anti-Communist ‘obsession’.78 Although he had access not only to Burchett’s books [“some thirty-five books translated into myriad {!} languages”79] and autobiographies [he never quotes from them their author’s admissions of lying], as well as to books and articles criticizing his services to his Communist employees, but also to voluminous reports in Australian archives, including ASIO’s, he uses all this material for the almost exclusive purpose of defending Burchett as a victim of the Cold War.

In order to achieve that he invents a “pervasive and unquestionned ideology” of “anti-communism … adhered to zealously” …”founded on suspect premises” … by the “Establishment political and ideological circles in Australia” … “his ideological anemies”.80 Contrasting with it was allegedly Burchett’s “unquestionably a unique professional ethos”!81

While authors critical of Burchett’s systematic lies and treasonable activities were decent and honest people who could not stand Communist regimes that were murdering millions of their own people, Miller is able to see in them only “red-baiters”, “a cabal of anti-communist intellectuals’, their “hysteria and intellectual dishonesty”, “fused with a smear campaign”.82 According to Miller, Burchett’s “ideological enemies” acted as a “lynch mob”.83 He writes about “the institutionalisation of anti-communism”, “a personal fixation masqueraded as detailed knowledge”, “extraneous slurs” concerning his love of liquor, “partisan scholarship at its worst” by the “vicious anti-communism” … “distinctively Australian”.84

Testimony of an Eye-wittness in Korea

The Hungarian writer Timor Méray, who spent fourteen months in Korea during the armistice talks in 1951-53 together with Burchett in Kaesong and Panmunjom, wrote an important book on his experiences.85 He was sent there by the Communist newspaper Szabad Nép, where he worked as cultural editor. First, he liked Burchett and like him kept sending reports completely in agreement with Chinese and Korean propaganda. However, after the Soviet suppression of the Hungarian revolution in 1956, he fled and settled in Paris where he tried to come to terms with his foolish youthful beliefs in communism. Among other publications, this is his attempt to understand Burchett, but at the same time, after meticulous research, to rebuff him as a systematic liar.

He writes: “For me two things were never in doubt. First of all, I always knew that Burchett was a communist. He told me so without delay, right after we first met. He added that ‘this was a secret as far as non-communists were concerned and the outside world should know him as an independent.’”86 Another things was clear to Méray: “Now to the second point… Burchett – just like Winnington – was a man ‘attached to the Chinese’”87Alan Winnington represented the British Communist Party; both of them were used by the Chinese for spreading their propaganda to Western journalists, but Burchett was trusted much more for his supposed independence:

The most regularly occurring scene taking place on the Panmunjom road was Burchett and Winnington, together or separately, in the centre of a circle of eight or ten American or Western pressmen, carrying on lively discussions, providing them with information, talking over controversial issues… He found many old friends among the American pressmen… This, of course, increased his trustworthiness.88

Burchett was also screening Western journalists for the Chinese, supplying them with their personal data, always valued by secret services, informing them about positions of the other side. He was also used for testing new proposals that the Chinese intended to submit.89 Burchett was not an independent non-Communist journalist. Méray testifies:

He told me that he and Winnington were employed by the Chinese state. They receive their pay not from Ce Soir and the Daily Worker but from the Chinese… He told me that he and Winnington worked as “propagamda advisers” to the Chinese delegation at Keasong… The Chinese described Burchett and Winnington as parts of their army…Burchett and Winnington had their lodgings and full board.

For more than two years they had no need to draw their actual pay. How much money awaited them in Peking, after the Korean War ended, as their undrawn salaries, only the Chinese government could tell.90

Burchett’ s reports on the Korean War and on the armistice talks had benefitted only from his English language, style and trustworthiness: “Every single report by Burchett on the armistice talks were instigated by Shen Chen-tu and he was also Burchett’s censor… Shen was appointed by the Chinese goverment.”91

On Burchett’s crucial participation in the false Korean and Chinese accusations of American bacteriological warfare, Méray has this to say:

When he visited the camps he went there for no other reason but to serve the germ warfare campaign…It was the Chinese who sent Burchett to the camps…

Burchett toured the camps between April and June of 1952 and it was immediately after his visits that the confessions made by the American pilots were published.92

When a war correspondent and his old friend, Marguerite Higgins, met him in Panmunjom and called to his attention to “mass executions currently conducted by the Chinese communists,… Burchett replied with some contempt: ‘Well, Marguerite, you seem to have forgotten an elementary fact: that the purpose of terror is to terrorise.’”93

On his reporting on Cardinal Mindszenty’s trial Méray after careful analysis comes to this conclusion: “Burchett knew very well that he was not telling the truth,”94

Essentially, everything Burchett had reported from the communist countries in Eastern Europe to the leading British papers was a lie, from the Mindszenty trial and the Rajk trial to the Kostov trial.95

Méray is appalled by Burchett’s eulogies of the Chief Public Prosecutor during the Stalinist show trials, Andrei Vyshinsky, and of all “the most hard-handed dictators of the second half of the twentieth centuray,” Kim Il Sung, Khrushchev, Mao Tse-tung, Castro and, at the beginning, even of Pol Pot: “His concern became to serve his bosses as well as he could, and to sing their praises, in order to earn his keep. There is no other journalist, not even in the Eastern camp, who can match Burchett being a servant of the ‘cult of the personality’ on such a wide scale… He remained constantly in the service of any one of the various communist governments and parties.”96

“Cut to size by the force of history”

That’s the way a previous communist, Mark Aarons, the son of the last leader of the CPA, Laurie Aarons, entitled his review of Méray’s book. His subtitle expresses how at least some of the communists and ex-communists now, with the mounting evidence of his lying, view Burchett: “The truth is undeniable: much of Wilfred Burchett’s journalism is explicable only as unalloyed communist propaganda.” I will further quote only the first sentence of his his substantial review, since it mentions the vital discussion that the book once more provoked: “Wilfred Burchett died 25 years ago this September but the fierce debate about his life’s work continues unabated.”97

James Jeffrey in the Weekend Australian’s review under the title “Red between the lines” especially stressed Burchett’s “icy ruthlessness” and that he “as an energetic servant of totalitarian regimes … betrayed himself and his own ideals.”98

Bob Gould, praising Mark Aarons’ review, is still defended Burchett: “During the Vietnam antiwar agitation, as an ostensibly independent journalist, Burchett captured the imagination of antiwar activists throughout the world.” Gould for seven years was then himself “fairly prominent in Sydney, against the imperialist war,” and he adds: “We were correct.” Now he is willing to express his “scepticism about Burchett, or more properly my sadness about him.” He sees “Burchett’s political crime against the socialist project in the 20th century… that when the facts became clear he didn’t draw up an objective balance sheet of Stalinism.” Gould is still “deeply committed to rebuilding the socialist project.”99

The most substantial and judicious review from several others was published by Robert Manne under the title “Agent of Influence: Reassessing Wilfred Burchett.”100 He writes: “At present two Australians, Ross Fitzgerald and Simon Nasht, are reported to be making films on Burchett.” Then he lists some of “leading left-wing Australian academics… and journalists” who are still supporting Burchett, “despite everything they know about the human catastrophe of communism, … despite the pyramids of corpses.” He talks about the “post-Cold War intellectual inertia, an unwillingness to reexamine judgements made during the Cold War.”101 Toward the end of his summary Manne comes to this conclusion: “In the end, Wilfred Burchett, despite his very considerable talent and his genuine instinct for human equality, based his life on a false faith … All his books written after 1945 were spoiled by grotesque political misjudgement and propagandistic intent.”102

Conclusion

Burchett was not just a traitor to his countrymen. As a very influential writer, he used his pen to fight for Communist causes and regimes. He helped to mislead many people around the world about the fraudulent and murderous movement. How was it possible that so many people insisted on believing him? Unfortunately, people are gullible. Once they decide to believe in some political [or religious] ideology, it is difficult, if not impossible, to persuade them of the truth. It is possible to lie and misrepresent and still be trusted, as Burchett and others proved again and again. Reason is a rarely used quality. Not only children love fairy tales. Many people prefer believing patent nonsense, hoping for a savior, be it an individual or a movement. Lying professionally can be a good career.

In a way, Burchett’s career was successful. For a country boy who left school at fourteen, he did incredibly well. He learned several languages, drank a lot of liquor, met many important people and considered some of them — Chu En-lai, Ho Chi Minh, Fidel Castro — as his friends; he published many books that were influential, as well as innumerable reports for both Communist and non-Communist newspapers; he was well paid and provided for by a succession of Communist regimes and was highly valued for services rendered to their propaganda machine. However, how worthy of admiration was the cause for which he lied so often, and for whose hoped-for victory did the regimes he glorified murder so many millions of their own people? He was a systematic liar for an unworthy program. For the cause of human reason it is humiliating that even such liars and traitors as Burchett can be celebrated with admiration years after their death, in spite of the fact that the ugly truth has been well established and documented.

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1 State Central Archive (SCA), Fond 100/3, file 25, item 91; I/6-66.

2 Ibid., I/6-8651.

3 Ibid., I/6-8651.

4 Ibid.

5 W|ilfred Burchett, At the Barricades (Macmillan, Australia, 1981), p. 153.

6 Ibid., pp. 47-48.

7 Pat Burgess, WARCO: Australian Reporters at War (Hawthorn, Vic.: William Heinemann Australia, 1986), pp. 182-83.

8 W|ilfred Burchett, Cold War in Germany (Melbourne: World Unity Publications, 1950), p. 7.

9 Ibid., p. 257.

10 See Neal Ascherson´s review of Gaddis´ We Now Know: Rethinking Cold War History (Oxford, 1997), entitled “Khruschev´s Secret,” London Review of Books, October 16, 1997, p. 26.

11 Burchett, Cold War in Germany, p. 109.

12 Ibid., p. 254.

13 Ibid., p. 258.

14 Burchett, Peoples´ Democracies (Melbourne: World Unity Publications, 1951).

15 Ibid., p. 149.

16 Ibid., p. 253.

17 Richard Krygier, “Yalta and Its Aftermath,” Quadrant, September 1985, p. 31.

18 People’s Democracies, op. cit., p. 254.

19 Ibid., p. 278.

20 Ibid., p. 281.

21 At the Barricades, op. cit., p. 191.

22 Ibid., p. 146.

23 Ibid., p. 147.

24 Ibid.

25 Ibid., p. 192.

26 Geoff McDonald, Australia at Stake (North Melbourne: Peelprint, 1977), pp. 14 and 39.

27 Wilfred Burchett, Passport: AnAutobiography (Melbourne: Nelson, 1969).

28 New York: Free Press, 1994, pp. 75-76.

29 For Kisch‘s Melbourne adventure see Egon Erwin Kisch, Landung in Australien (Berlin, 1973); Robin Golan, Communism and the Australian Labour Mo vement 1920-1955 (Canberra: Australian National University Press,1975), pp.44-48; and Josef Polacek, “Zu Egon Erwin Kischs Sprung nach Australien,” Exil: Forschung, Erkenntnisse, Ergebnisse (Frankfurt, Vol. VII, 1987, No. 2), pp. 17-33; also Julian Smith, On the Pacific Front: The Adventures of Egon Kisch in Australia (Sydney, 1936). Australian documentation, the basis of Polacek’s study written in German, is available in the State Central Archive in Prague. It was sent there in April 1962 by the Czechoslovak Consul in Sydney, Jaroslav Kafka. A. Keasing, the director of the publishing house Current Books which distributed books and journals sent in by Communist states, gave Kafka the complete archive, including the judicial protocol, worried that it could be seized by his own country’s authorities. Proofs were found in the archive of the Czech Ministry of Foreign Affairs in Prague. The file also contains two interviews with Kisch in Fremantle and Melbourne as well as clippings from the Australian press. Polacek’s study concludes with them in English. According to Arthur Koestler, “in his attitude to politics, Kisch was a complete cynic. He always avoided getting involved in argument with the stock phrase ‘I don’t think; Stalin thinks for me’ delivered with a straight face… Hidden behind the mask of the humorous cynic was a tired, disenchanted man, who had no illusions about the Party, but even fewer about the world outside the Party.” The Invisible Writing (New York: Stein and Day, 1984), p. 284.

30 Passport, op. cit., p. 83.

31 Ibid., pp. 83-84.

32 At the Barricades, op. cit., p. 133.

33 Ibid.

34 Ibid., p. 134.

35 The Shadow of 1917: Cold war Conflict in Australia (Melbourne: Text, 1991), p. 38.

36 For details see Manne’s book Cold War…, p. 39-66. Peter Kelly, in his unpublished study, “Burchett – Last Time,” reveals how Burchett perjured himself at least three times in the New South Wales Supreme Court in 1974 and how he himself helped to search for witnesses of Burchett’s brainwashing and participation in tortures in Korean prisoners’ Communist camps for the trial of Burchett in New South Wales.

37 Burchett, Passport, op. cit., p. 285.

38 Washington, DC: Petgamon-Brassey´s, 1985 p. 38. see also Laurence Jolidon, “Soviet Interrogation of U.S. POWs in the Korean War,” Washinton, D.C.: Cold War International History Project BULLETIN, Nos. 6-7, Winter 1995/1996, pp. 123-25.

39 Ibidem, pp. 4-122.

40 Pyongyang: Foreign Languages Publishing House, 1974, p. 11.

41 Quoted in Cold War International History Project Bulletin, Issue 10, March 1998, p. 6.

42 The Shadow of 1917, op. Cit., pp. 6-66.

43 CzMFA Archive, No 424-801/55.

44 Manne, op. cit., pp. 64-65; and Burchett, At the Barricades, op. cit., p. 281.

45 “Wilfred Burchett´s Treason,” Quadrant, Vol. XXIX, No. 215(9), September 1985, p. 32.

46 Manne, op. cit., p. 68; and Santamaria, Australia at the Crossroads: Reflections of an Outsider (Melbourne University Press, 1987), p. 159.

47 At the barricades, op. cit., p. 197.

48 Ibid., pp. 241-42.

49 Ibid., p. 242.

50 “Wilfred Burchett of the KGB?,” Quadrant, October 1985, pp. 28-32.

51 At the Barricades, op. cit., pp. 255 and 278.

52 Santamaria, op. cit., pp. 166-67.

53 Morrisby, op. cit., p. 29.

54 Santamaria, op. cit., p. 169.

55 David McKnight, Australia´s Spies and Their Secrets (Sydney: Allen & Unwin, 1994), p. 263.

56 At the Barricades, op. cit., pp. 259-71.

57 Ibid., p. 264.

58 Penguin Books, 1976, p. 16.

59 Ibid., p. 23.

60 Ibid., p. 29.

61 Ibid., p. 33.

62 Ibid., p. 34.

63 Ibid., p. 47.

64 Ibid.

65 Ibid., p. 99.

66 Ibid., p. 172.

67 Ibid., p. 302.

68 At the Barricades, op. cit., p. 12.

69 Ibid.

70 Ibid., p. 307.

71 Sydney: University of New South Wales Press, 2005.

72 The Weekend Australian, January 7, 2006.

73 Ibidem.

74 Gold Coast Bulletin.

75 The Weekend Australian, February 11, 2006.

76 Jamie Miller, ‘Without Raising Problems of Proof or Refutation’: Wilfred Burchett and Australian Anti-communism, Thesis, The University of Sydney, 2007, p. 42. I am quoting from an e-mail attachment of the thesis sent to me from Australia. The copy looks as if the pages could correspond to the actual thesis format and pages.

77 Ibid., p.2.

78 Ibid., pp. 15 and 49.

79 Ibid., p.9.

80 Ibid., pp. 12, 17 and 47. Italics by Méray.

81 Ibid., p. 14. Italics by Méray.

82 Ibid., pp. 12, 77, 73 and 23.

83 Ibid., p. 50.

84 Ibis., pp. 60, 61, 65 and 76.

85 Tibor Méray, On Burchett [Kallista, Vic., Australia: Callistemon, 2008].

86 Ibid., p. 89.

87 Ibid., p. 90.

88 Ibid., pp. 45-46.

89 Ibid., pp. 46-48.

90 Ibid., p. 93 and 97. Burchett’s emphasis.

91 Ibid., pp. 99-100.

92 Ibid., p. 81. Italics in the original.

93 Ibid., p. 54.

94 Ibid., p. 145.

95 Ibid., p. 159.

96 Ibid., 231 and 234. James Jeffrey interviewed the author after the publication of his book. Tibor Méray said that he discovered “the icy ruthlessness in him…. In Hungary he knew very well indeed the best hotels, restaurants, bars, entertainment places, wines and brandies… He also knew one or two, perhaps three, middle-ranking functionaries of the totalitarian regime. But he had not the faintest idea about the country or the people.” Weekend Australian, March 22-23 2008.

97 The Australian Literary Review, June 4, 2008, pp. 4 and 12.

98 March 22-23, 2008.

99 Ozleft: An independent voice on the left, June 4, 2008.

100 The Monthly, June 2008, No. 35, The Monthly Essays, pp. 1-12.

101 Ibid., p. 1.

102 Ibid., pp. 11-12.

Voir aussi:

BOOKS: ON BURCHETT, by Tibor Méray

by Joseph Poprzeczny (reviewer)

 13 September 2008

Epitaph for an Australian traitor

ON BURCHETT

by Tibor Méray

(Melbourne: Callistemon Publications)

Paperback: 269 pages

Rec. price: AUD$24.95

Figuratively speaking, the closest I’ve come to Wilfred Burchett was during a long conversation about him with Australia’s legendary war correspondent, Denis Warner, who told me, amongst other things, that Burchett attended his engagement party in either 1944 or 1945 on a Pacific island recently liberated by the Americans.

I seem to recall our conversation was in 1975, so it was either during, or just after, the defamation trial in which Burchett defended himself against former Democratic Labor Party (DLP) Senator Jack Kane’s accusation that he (Burchett) was a serial pro-communist propagandist.

That Sydney trial, in which Burchett was described as « a petty, conniving communist propaganda hack », prompted me to telephone Warner, who invited me to his home in Mount Eliza, Victoria, for a chat. After this, I had no need to inquire any further into this propagandist’s career.

Heroic figure?

I most certainly never bothered reading Gavan McCormack’s 1986 apologia, Burchett: Reporting the Other Side of the World, 1939-1983, which, amongst other things, ridiculously claimed he was  » an heroic Australian figure ».

Nor have I bothered with Burchett’s autobiography, Memoirs of a Rebel Journalist, edited by his son George and Nick Shimmin, who lionised Burchett as « the greatest journalist Australia has ever produced ».

Without any doubt, Gippsland-raised Burchett dedicated himself during his journalistic career to promoting communist canards and causes under the guise of fair and objective reporting.

Thirty-three years on, Tibor Méray’s recently published study On Burchett fully confirms conclusions I arrived at in the mid-1970s.

Australia has had many traitors and dedicated pro-communist proselytisers, but most of them are all too quickly forgotten.

Who, for instance, recognises names such as union leader Ernie Thornton; Walter Clayton (Soviet codename Klod/Claude), who headed an important Soviet spy ring in Canberra; and high-ranking officers in Australia’s Department of External Affairs, Jim Hill (codename Khill/Tourist) and Ian Milner (codename, Bur/Dvorak), the so-called Rhodes Scholar spy?

The only communist operative whom some may recall- and probably only because she, like Burchett, was a writer – is Katharine Susannah Prichard (codenamed Academician), who was a founder-member of the Australian Communist Party and a red propagandist, not to mention talent-spotter and courier for Soviet intelligence.

Burchett stands out because he worked for the Soviet Union and its various satellite states as a Western-based roving reporter assessing, informing and propagandising, from various Cold War flashpoints – Berlin, Korea, Vietnam. He also covered the various post-war Stalinist rigged « show trials » and faithfully parroted the official party line that those on trial, such as Hungary’s Cardinal Jozsef Mindszenty and Laszlo Rajk, were genuinely guilty of treason.

Tibor Méray’s book is important for many reasons, not least because he spent a year with Burchett in Korea reporting, during the 1953 armistice negotiations, for Hungary’s communist daily Szabad Nép.

They became friends. Méray, a communist, was genuinely fond of Burchett. However, unlike Burchett, Méray eventually rejected that particular cause. After the 1956 Hungarian Uprising, which was brutally crushed by the Soviets, he fled to Paris and devoted himself to denouncing, through his writings, Soviet repression.

Méray’s book is not a vindictive indictment of a person who sided with those who crushed Méray’s homeland and so many other people’s homelands.

On the contrary, he says of Burchett in his foreword: « After all, we were friends and what is more, good friends.

« One cannot simply erase from the memory so many pleasant shared moments, the conversations, glass in hand, lasting into the early hours of the morning, the dangers and the joys experienced together. These things are simply unforgettable….

« We both helped the [communist] movement which rewarded us with decorations. Politically we were in complete accord. When our ways did part, some of your fellow Australians urged me to write about you – to write against you – more than once. »

In fact, because of his regard for his old friend, Méray held off writing On Burchett for many decades, until well after the end of the Cold War.

Historical record

However, its eventual appearance has ensured that the historical record is forever set right.

So, what do we learn? Many things.

Méray observed that Burchett, although a long-time hard-core communist, constantly showed signs of shame or guilt about his incriminating communist associations. But this incorrigible scoop-hunter – to use Méray’s term – nevertheless pressed on as a kept man accepting communist assistance.

At a famous 1973 Sydney press conference, a reporter asked Burchett, « You say you’re not a communist. Where exactly do you stand politically? »

« Where do I stand politically? » replied Burchett. « As a journalist, first of all I’m completely independent. I’m sure it’s true to say I’m more independent than anybody in this room. »

Thus he dodged declaring his true political allegiance and deceitfully claimed to be independent.

He was quite capable of performing cynical political about-turns. For instance, in 1976, a year after the murderous communist Khmer Rouge had come to power in Cambodia, Burchett declared that, under its ruler Pol Pot, the country « had become a worker-peasant-soldier state » with a constitution guaranteeing that « everyone has the right to work and a fair standard of living » and which was « one of the most democratic and revolutionary constitutions in existence anywhere ».

Burchett waited until 1979, when communist Vietnam attacked Cambodia and overthrew Pol Pot, before he finally reversed his 1976 assessment, despite the fact that, by then, Pol Pot’s genocide of nearly two million people was a well-attested fact.

Méray highlights other earlier examples of hypocrisy and sheer dishonesty. At the 1953 Korean armistice negotiations, Burchett was assigned a Chinese briefing officer.

Followed directives

Writes Méray: « It was Shen Chen-tu, the Chinese government official, who told Burchett what to write, and he supervised it every day. Burchett followed his directives without fail. Shen was Burchett’s boss and he was Shen’s subordinate. » (p.27)

Yet, as Méray points out, Burchett, in a letter to Melbourne’s The Age on March 16, 1970, boasted, as if it was his professional journalistic credo: « There is no one in the wide world that can tell me where to go and what to write; no editor or publisher, no political organisation, no government. » (p.27)

Burchett’s reticence about his clandestine life was evident in two of his books, Passport (1969) and At the Barricades (1981), in neither of which was Shen named. Méray writes: « Wilfred had the opportunity to write Shen’s name, to honour his close friend’s memory, [but] Shen remained nameless….

« Wilfred was a very conscientious journalist – conscientious in what he wrote, and also in what he left out of his stories. There must have been a reason for this omission. » (p.23).

Minor details, perhaps, but surely significant ones.

There are many similar easy-to-overlook but telling insights which make Méray’s account of Burchett’s communist fellow-travelling and his modus operandi helpful to our better understanding of other such chameleon agents of influence.

Burchett was certainly a jovial and gregarious comrade, one who even enjoyed singing Waltzing Matilda at parties. Writes Méray: « His repertoire included another song too, ‘Les Cuatros Generales’, which he said was one of the favourites with the International Brigade…. Wilfred wanted to demonstrate that we were not simply the sons of different nations but also members of a super-national world movement. »

However, underlying all his foibles, reporting and joviality was an ingrained conniving dedication to the 20th century’s biggest murderous machine, communism.

This dated back to at least 1937 when, according to Denis Warner, Burchett was helped by Stalin’s ambassador to Britain, Ivan Maisky, to set-up a London-based travel agency for the Soviets.

In 1953, at the Korean armistice talks, Méray saw Burchett cultivate, assess, brief and report on Western reporters. Manipulating the news was part of a familiar strategy employed by communists in the course of negotiations. By influencing the perceptions of – in fact, deceiving – their avowed enemies in the West, they thereby hoped to influence their behaviour at the negotiation table.

Burchett was thus a far more crucial cog in the Korean War than even his many other nefarious deeds might suggest – such deeds as reporting on prisoners-of-war and fabricating accusations that the US was engaging in germ warfare, both of which Méray treats incisively in separate chapters.

On the germ warfare canard, Méray disagrees with many critics of Burchett who have credited him with having « concocted » the germ warfare canard.

Hate campaign

Says Méray: « The [germ warfare lie] was ‘concocted’ at a much higher level than ours – Burchett’s or mine. It fulfilled the task, as it had provoked an anti-American hate campaign of an unprecedented intensity.

« During the 1970s and 1980s there was no reason left to continue with the old story. Realising this, Wilfred, having no desire to be the ‘last of the Mohicans’, dropped the subject.

« So it is poor [Gavan] McCormack who remained to be the last, or one of the last, of the Mohicans of the germ warfare issue. For him the germ warfare problem is still ‘contentious’, and he defends Burchett’s actions and pronouncements by all available means, including his role in the POW project. » (p.86)

Méray’s book On Burchett has rightly been acclaimed by Australian Korean War POW, Brigadier P.J. Grenville, CBE, as a study that « destroys many of the myths developed over 40 years by Burchett and his friends ».

Voir aussi:

Criticism

On Burchett by Tibor Meray

Patrick Morgan

Quadrant Online

September 2008

This book by the well-known Hungarian author Tibor Meray has an unusual genesis. Meray and Wilfred Burchett worked together as propaganda journalists behind the communist lines during the Korean War. Meray was spreading germ warfare allegations, and Burchett interrogating allied prisoners of war, activities of which neither could be proud. But soon afterwards, their paths diverged. Burchett went on to report communist show trials in Eastern Europe, where he agreed with the implausible accusations of the government prosecutors. Many people were executed for no reason. Meray, up till then a fervent communist apparatchik, began to have doubts about the show trials, and became a dissident communist in Hungary.

Out of this came the incident which caused Meray to write this book. Meray asked Burchett to his home in Budapest to meet some surviving victims of the show trials, hoping Burchett would be moved by their fate, and report this in the West. Burchett declined. But Meray was shocked to read some decades afterwards in Burchett’s autobiography that Burchett described this gathering as the beginnings of a counter-revolutionary plot, which led to the Hungarian revolution. Burchett slandered Meray and his colleagues as cowards and illegal gun-runners, even though some had been executed after the uprising failed. Burchett was retrospectively damning the victims. This breach of hospitality, to put it mildly, was too much for Meray, it stuck in his craw, and he decided to investigate Burchett’s whole career in the light of this incident. If Burchett could treat Meray and his friends this way, what had he done to others?

Meray analyses key incidents in Burchett’s career, producing detailed arguments demonstrating Burchett’s unreliability as a witness. This is an important book because Meray himself was not a cleanskin—he shared many of Burchett’s original weaknesses. So in writing this book Meray has had to admit guilt in many things he and Burchett were complicit in. But, unlike Meray, Burchett continued to defend communist atrocities even after communist parties themselves had ceased to defend them. Burchett never admitted he had helped condemn innocent people. He put it all down the memory hole, and blithely went on to similar pro-communist campaigns elsewhere, transferring his affections from a great mass murderer, Stalin, to an even greater one, Mao.

Meray makes some general points about Burchett. Communism began with the noble aim of supporting the oppressed against the powerful, but Burchett anomalously ended up supporting the strong battalions, powerful governments, against defenceless individuals. Meray quotes Burchett saying that, if a journalist sees a bully bashing a child, he should drop his objective role as a journalist, and go and help the child. All very well, but how often in his own life did Burchett go and help the bully?

There is not much left now of Burchett’s reputation as a political ideologue. A few lone supporters soldier on against damning recent evidence, unearthed by Peter Hruby from Soviet bloc files and published in the Australian, confirming Burchett’s Communist Party membership.

Perhaps, though Burchett’s support of communism may repel us, he was at least a good, even an outstanding journalist? Meray has his doubts. Burchett never came to a situation and simply reported it; he imposed his own ideological preconceptions on it. Is this good journalism? His little pen portraits are ludicrous and childish. All the baddies, the anticommunists, those supporting the West, are depicted as scowling, cynical, and so on, whereas citizens in communist countries are in Burchett’s writings contented, cheerful, industrious folk happy with their lot. About a show trial defendant, Burchett wrote that László Rajk had “a smile, but a smile with no warmth in it”—this facile impression was enough to condemn a man already on his way to the gallows. Burchett admitted his aim was not just to report history, but to change it.

Here Meray points out a fact I had never realised. There was something equally important to Burchett as communism, or even more important, and that was himself. Meray shows that Burchett always put himself at the centre of attention, at the centre of the picture—he saw himself as the real mover and shaker. He depicted himself as a crucial negotiator at various stages between India and China, and between the North Vietnamese and the Americans, but Meray shows that Burchett’s role was not important. Burchett was big-notinghimself. He claimed to have been present when the Hungarian revolution was being hatched, the gathering at Meray’s place, but this meeting was about reparation for the show trials.

Burchett’s main narrative came to be about himself: “I was there when great events happened”, was Burchett’s boast, and his sub-text was: “I was an actor in them, a crucial player”, always on one side. He was a great self-promoter. Many world-travelling polemical journalists have since unfortunately imitated him, unfailingly putting themselves at the centre of their stories.

Interestingly, Tibor Meray came to Melbourne in 1959 to speak at the Peace Congress here. His presence embarrassed the local Stalinist organisers, who refused to condemn the Soviet invasion of Hungary.

The reading public is indebted to Bill Hyde, a Hungarian who has lived in Australia for many decades, for arranging the publication of this important book. On Burchett is a book by a distinguished and truthful journalist, Tibor Meray, on a fellow journalist who does not deserve those epithets.

In the Australian of June 28-29 the English philosopher A.C. Grayling described present-day Marxist ideologues as “a sort of antediluvian breed of self-describing hairy mastodons”. Communism is discredited and gone, and Burchett’s dwindling band of supporters can’t openly praise communism, so support of Burchett has been the next best thing. The publication of Meray’s book has provided a great service—its detailed exposure of his career has finally shredded what little reputation Burchett had left. Mark Aarons’ long review of the book in the Australian Literary Review was crucial, as an acceptance from the Left side of politics of the full case against Burchett.

Burchett’s apologists now have nowhere to go. They admit Burchett was a member of the Communist Party, that his germ war allegations were untrue, that his support of the show trials is indefensible, that he followed the communist line, that he was poor journalist, and so on. The only thing left for them is to complain that the Australian government took away his passport. Poor Wilfred the victim. They lamely turn their scorn on their own government for giving him a slap over the wrist with a feather, rather than condemning Burchett for all the infamous things he did during his long career.

Voir de même:

Cut to size by the force of history

The truth is undeniable: much of Wilfred Burchett’s journalism is explicable only as unalloyed communist propaganda, writes Mark Aarons

The Australian

June 04, 2008

On Burchett By Tibor Meray Callistemon Publications, 273pp, $24.95 WILFRED Burchett died 25 years ago this September but the fierce debate about his life’s work continues unabated.

To his critics, Burchett was a KGB agent and communist propagandist in Korea and Vietnam, where Australians fought and died in protracted wars. Even worse, he betrayed his country by giving « aid and comfort » to the enemy in Korea. This position was reiterated by Bruce Watson in the March 2008 Sydney Institute Quarterly.

To Burchett’s admirers, he was an independent investigative reporter, beholden to no government, who fearlessly covered anti-colonial struggles at the height of the Cold War. An unabridged version of his autobiography, Memoirs of a Rebel Journalist, appeared in 2005, followed by Tom Heenan’s flawed defence of Burchett, Traveller to Traitor (2006), and an anthology of Burchett’s work co-edited by his son George, Rebel Journalism (2007), in which he is described as « perhaps the greatest journalist and war correspondent Australia has ever produced ».

Into this polarised debate comes Hungarian journalist Tibor Meray with On Burchett, written 20 years ago but only published this year. By any standards, Meray had an extraordinary career. He should be a hero to the Left, although anti-communists have admired him for 50 years. Meray joined the Communist Party after Stalin liberated Hungary from Hitler, substituting his own brutal regime.

As a reporter for Hungary’s communist daily newspaper, Szabad Nep, Meray covered the Korean armistice talks, living and working with Burchett for more than a year and writing extensive notebooks that contain important insights into Burchett’s journalism. They are contemporaneous observations, written by a convinced communist who shared a warm friendship with Burchett.

From Meray’s notebooks and recollections a picture emerges of Burchett as a committed communist propagandist who was neither independent nor investigative. Meray’s account demonstrates that Burchett worked for, was paid by, and was under the discipline of the Chinese army, which instructed him about how to influence Western correspondents and what to write in his articles. Burchett submitted his drafts to Chinese officials for vetting and censorship before transmission to the French communist newspaper Ce Soir.

foreword to Rebel Journalism, John Pilger reported Burchett’s statement shortly before he died in 1983: « How could I be a communist? There were so many parties, each drawing on different circumstances, different conditions. Which one was I to choose? I chose none, because I wanted to remain just me … « 

However, evidence contradicting this account emerged a decade ago. In the ’90s, Czech author Peter Hruby discovered documents in the Czechoslovak Communist Party’s archives confirming Burchett’s CPA membership. This is critical to understanding Burchett’s history, work, political outlook and personal life.

In late 1949 Burchett married a Bulgarian communist, Vessa Ossikovska. This was a dangerous period in Stalin’s empire, with show trials and purges under way, in which many loyal communists were murdered. Yugoslavia had broken with Stalin and Tito’s spies were supposedly undermining the « people’s democracies » in league with the West. Ironically, given Burchett’s uncritical reporting of these purges, the shadow of suspicion fell on him. When his Bulgarian visa expired it was not extended, but Ossikovska was refused permission to leave. He falsely claimed in 1981 that he only learned 10 years later that their problem arose because he had been accused as a British spy.

In September 1950 Burchett toured Australia, lecturing against nuclear warfare and the government’s banning of the CPA, and in praise of Stalinist Europe. During this visit he almost certainly raised with the CPA leadership his desire to get Ossikovska out of Bulgaria. The Hruby documents support this: by December 1950, Jack Hughes had discussed Burchett with senior Czech communists in Prague. Head of the CPA’s control commission (responsible for security), Hughes sought assistance to clear Burchett and Ossikovska, stating that the CPA was content with Burchett’s work « and is certain that he is a good comrade ». This intervention could not have occurred without Burchett enlisting the CPA’s support.

Hruby also located a letter dated July 13, 1951, from Burchett to CPA leader and ex-Federated Ironworkers Association national secretary Ernie Thornton, outlining numerous allegations against Burchett, including that he was a British and American agent. Thornton worked in Beijing for the communist World Federation of Trade Unions. Burchett was leaving Beijing that day for Korea, but knew that Thornton would soon travel to Europe so he asked him to clear things up to enable Ossikovska to leave Bulgaria, ending his appeal by noting that « our only wish on getting married was to serve the party together by combining our talents and using them wherever they were needed ».

Some have claimed these documents are forgeries. ASIO, however, located Thornton in Beijing at this time and soon after in Prague. ASIO determined that a senior Chinese unionist telegrammed Thornton from Prague on July 10, 1951 (three days before Burchett’s letter), directing him to join him in Prague at the conclusion of a conference then under way in Beijing. ASIO also confirmed Thornton’s arrival in Czechoslovakia nine days later.

In Prague, Thornton received a letter dated June 18, 1951, signed by CPA leaders Richard Dixon and Lance Sharkey that confirmed Burchett « has the trust of the Australian party », which considered his work satisfactory and did not doubt his loyalty. They specifically asked for assistance in resolving Ossikovska’s problem. Thornton dispatched their letter to the Czechs on August 6, 1951, who sent it to Bulgaria a fortnight later. By April 1952, Ossikovska had her exit visa.

These documents fit the known facts of Burchett’s and Ossikovska’s histories; forging them would have involved an improbable conspiracy. The pattern of contact between the CPA and Burchett has been confirmed by one of the younger generation of leaders, who recalled carrying a secret envelope to Burchett in Moscow from Dixon and Hughes in 1958.

But why does this matter? Beyond establishing the truth, Burchett’s CPA membership does make his journalism « explicable » (Lockhart’s term). In the early ’50s he published several books in Australia, which were, in effect, communist propaganda but written by an « independent » journalist. In this way the CPA line was disseminated, ostensibly as arm’s-length accounts of developments in Germany (Cold War in Germany, 1951), Soviet-occupied Europe (People’s Democracies, 1951), Mao’s China (China’s Feet Unbound, 1952) and Korea (This Monstrous War, 1953).

The CPA at that time was thoroughly Stalinist and Burchett’s propaganda was entirely consistent. Lockhart claimed « that, like almost everyone on the Left in about 1950, Burchett did accept the Stalinist line in relation to eastern Europe. But this did not necessarily mean his thinking remained tied to it. » This is very dubious history, and is untrue about Burchett’s thinking. In his foreword to Rebel Journalism Pilger wrote:

In his eulogy to Wilfred, T.D. Allman posed the question, « What is objectivity? » He answered this by saying that objective journalism « not only gets the facts right, it gets the meaning of events right and is validated not only by ‘reliable sources’ but by the unfolding of history ».

How should Burchett’s journalism be judged against these tests?

In People’s Democracies Burchett uncritically presented the Soviet world view on Stalinist Europe. Andrei Vishinsky, the infamous prosecutor of the ’30s Moscow show trials, was akin to « a Presbyterian moderator », while traitorous Tito was a decadent show-off. All aspects of Soviet-dominated Europe were excellent, from collectivisation of agriculture, through the program of heavy industrialisation, to the glowing happiness of ordinary people. Tito’s « National Communism », which rejected Soviet domination, « was regarded by most communists as having as much to do with communism as Hitler’s national socialism had to do with socialism ». Significantly, Burchett’s reporting, and politics, never altered: it was the same whether covering Stalinist Europe in the ’40s or Maoist China in the ’70s.

Burchett’s reports of the Stalinist show trials, however, plumbed the depths. His objectivity can be judged from this description of Laszlo Rajk’s 1949 trial:

Rajk himself was an extraordinary character, cold as steel, a good actor, a political adventurer of the South American type, a man not fundamentally interested in politics or ideologies but very interested in power, a man without ideals and without loyalties to either causes or individuals … his smile was completely lacking in warmth … When the trail finally led to his flat and he was taken into custody, Rajk’s life cracked open like a rotten pumpkin.

There is no evidence in Burchett’s account of objective journalism. He simply accepted Rajk’s « confession » that he was a police spy who led a Tito-inspired conspiracy to overthrow Hungary’s government. He was a « fascist » and Western claims that he was a « nationalist-minded » communist advocating independence from Stalin were nonsense:

Rajk and his gangs were disclosed as miserable, bloodthirsty adventurers who would not hesitate to plunge the country into a ferocious civil war, to destroy everything of the new life which had been so painfully built up, to hand the country over lock, stock and barrel to a foreign power, to restore those some (sic) forces the people have fought against for so long. There were no regrets except from a few of the dispossessed … when the chief culprits were condemned to death and speedily executed.

Burchett’s version endured for five years. Shortly before the Hungarian uprising (October-November 1956) Rajk and his co-accused were exonerated and his belated funeral drew more than 100,000 people. Rajk was innocent and his confession had been extracted by torture; Burchett’s reports were utterly false. The CPA labelled Rajk’s execution unjust, while supporting the suppression of the uprising. Burchett, however, retracted nothing. Concerning his slander of Tito, the best he could do (in 1981) was to report that in 1956 he had apologised to one of his Yugoslav friends for his « confused writings ». He qualified this, claiming that the « Tito conspiracy » was still « plausible », 25 years after it had been exposed as a lie.

Meray took a very different course. Home from Korea, he threw himself behind the anti-Stalinist wing of the Hungarian Communist Party led by Imre Nagy, who advocated political and economic liberalisation. Meray’s support for Nagy cost him his job, but Burchett remained a committed Stalinist. In the mid-’80s Meray was posted some pages of Burchett’s 1981 autobiography, containing Burchett’s version of a dinner party at Meray’s home shortly before the 1956 uprising. It shocked Meray to the core; Burchett did not even mention him by name, but worse, the dinner was presented as an attempt to draw Burchett into a group of conspirators irresponsibly plotting to lure Hungary’s working class into a revolt that could only end in bloodshed.

The main target of Burchett’s condemnation was Meray’s journalist friend, Miklos Gimes, who was hanged in 1958 along with Nagy and other heroes. Meray had arranged the evening to introduce Burchett to ex-political prisoners who gave him eyewitness accounts of the brutal methods behind the show trials but, unmoved, Burchett declared to Meray that US imperialism remained the main enemy.

Twenty-five years later, when history had already unfolded, Burchett still clung to a twisted version. Meray meticulously shows how Burchett’s 1981 account contains not one shred of truth; it is a devastating demolition of this « great Australian reporter », demonstrating that his journalism could not survive the force of history and he could not face up to his own dreadful errors. That same year, the CPA’s newspaper published a detailed re-evaluation of the 1956 uprising. This, too, condemns Burchett’s lack of courage: if his old party could publish a reappraisal that restored Nagy and his supporters to their rightful place in history, why could not Burchett? In 1989 the communist Hungarian government invited Meray to speak to several hundred thousand people when Nagy was rehabilitated and reburied with honour.

Burchett’s revision of the Rajk trial was even worse. While begrudgingly acknowledging Rajk’s innocence in 1981, rather than recant his role in justifying his murder, Burchett explained the show trials by citing a book that concocted a US intelligence conspiracy to explain Stalin’s murder of innocent communists. There were real anti-communist Western conspiracies, as I have documented in several books, but they did not resemble Burchett’s. Nor did they explain the show trials, which clearly resulted from Stalinist, not Western, conspiracies. Rather than admit his errors, however, Burchett still blamed US imperialism.

Burchett did some good things: helping Jews escaping Hitler’s Germany; reporting on the A-bomb’s devastation of Hiroshima; marching through Vietnam’s jungles to expose American crimes. These took courage. Nor should it be forgotten that some Western journalists covertly worked as propagandists for their governments during the Cold War.

Burchett was the typical Depression-era communist, who personally experienced capitalism’s failures. Like my father, Laurie Aarons, he saw the West’s failures in the ’30s in Spain, Czechoslovakia, Ethiopia and China as proof that only socialism could bring world peace and ensure human progress. Both, however, were blind to Stalin’s crimes. The real test of courage is how communists of that era dealt with this.

Nikita Khrushchev’s 1956 revelations of Stalin’s crimes posed stark choices for communists. After the Hungarian uprising Meray went into exile, visiting Australia on behalf of anti-communists but retaining personal warmth for Burchett. Laurie Aarons remained a communist, but together with other, younger, leaders began a 20-year evolution of the CPA towards a democratic road, especially after he became national secretary in 1965.

Their first test was the Beijing-Moscow split. Many Australian communists had studied in China in the ’50s and were attracted to Mao’s politics, but his fanatical Stalinism undermined this, demonstrated by his November 1957 speech arguing that a nuclear war that killed half of humanity « should not be rejected outright as a bad thing » because « in the process imperialism would disappear altogether while socialism would become dominant all over the world ».

Burchett, the anti-nuclear war campaigner, was not repelled and in 1963 took Mao’s side, declaring him « 100 per cent right. The fact that some high-ranking Australians have been paid to think otherwise only confirms what I have thought for a long time », by which he meant the CPA leadership. Stripped of Marxist rhetoric, the Sino-Soviet split was about Stalinism: Mao condemned Khrushchev for revisionism, code for his repeated denunciations of Stalin’s policies and crimes; Mao reaffirmed, and practised, Stalinism.

In 1962 Burchett criticised Stalinism’s « personality cult » without reflecting on his own wholehearted support for it. Instead, he secretly switched to Maoism. In 1976 he publicly declared his position in China: The Quality of Life (with Rewi Alley), which picked up where his 1952 book on China had left off. Twenty-five years after People’s Democracies, it was the same story. Contrary to Lockhart’s view, « his thinking remained tied » to the Stalinist line, even though he had witnessed mass repression during the Cultural Revolution. Everything in Mao’s China was excellent, from the people’s communes established during the Great Leap Forward in which « more than half a billion farmers were reorganised without any interruption in production », through the fact « that serious crime was virtually non-existent », to the people’s joyous response « to Chairman Mao’s call during the Great Proletarian Cultural Revolution to go into production in a big way ». The basis for these huge strides was « the study of Marx, Engels, Lenin and Stalin in addition to Mao », whose opponents deserved their cruel fate as « capitalist roaders ».

Burchett’s Maoist propaganda immediately crumbled. In September 1976 Mao died and the Gang of Four, who had overseen the Cultural Revolution’s political terror, mass killings and economic disasters, were themselves purged. As history has further unfolded, the Great Leap Forward, described by Burchett as Mao’s « master strategic mainspring », has emerged as an unprecedented disaster responsible for mass starvation, claiming the lives of 40million Chinese, dwarfing Stalin’s Ukrainian famine.

I agree with Meray and Lockhart that it is unlikely that Burchett was a paid KGB agent. The treason charge from Korea was not pursued and we cannot know whether he would have been convicted. Whether due to inadequacies in the law, or lack of evidence, the issue is one for historical debate. As Meray and Lockhart point out, the refusal to grant him a new passport between 1955 and 1972 violated Burchett’s civil rights. It made him a martyr supported by Simone de Beauvoir, Mary McCarthy, Norman Mailer, Melina Mercouri, Arthur Miller, Iris Murdoch, Linus Pauling, Bertrand Russell and Jean-Paul Sartre, among many others.

In 1985 Laurie Aarons defended Burchett against a Robert Manne article published in Quadrant, which outlined the case that Burchett had committed treason in Korea, worked for the KGB and was a committed Stalinist throughout his life. This is a pity, in light of the part Aarons played in transforming the CPA from a Stalinist organisation by rejecting Mao’s rehabilitation of Stalin, attacking Leonid Brezhnev’s mid-’60s crackdown, embracing Alexander Dubcek’s Prague Spring, condemning the 1968 invasion of Czechoslovakia and speaking forthrightly at the 1969 international communist meeting in Moscow. By contrast, Burchett never retracted his support for Stalin, Mao, Kim Il-Sung or Vietnamese re-education camps, or embraced « socialism with a human face ». He eventually repudiated the Khmer Rouge, but only when evidence of their crimes was irrefutable, having earlier labelled them « US-inspired slanders ».

Aarons was wrong to argue that Burchett’s « work is in itself an effective answer » to Manne’s article. The stands my father took were bitterly opposed by Maoists and Stalinists, within the CPA and the wider Left, and it is a shame that he defended Burchett, who lacked the ultimate courage: to admit that he got many things wrong and to publicly rectify his mistakes. His journalism has not stood history’s test and should be studied not as the work of « perhaps the greatest journalist and war correspondent Australia has ever produced », but rather to illustrate what went wrong in the Australian Left during communism’s failed experiment.

Meray’s book should be compulsory reading for those too young to have lived through the battles against Stalinism.

On Burchett is available by mail order for $30.95 (postage included): PO Box 293, Belgrave, Victoria 3160.

Voir également :

Wilfred Burchett’s Memoirs of a Rebel Journalist

Stuart Macintyre

Z Net

November 04, 2005

[Introduction by Ben Kiernan: The New York Times revealed on October 31, 2005 that an in-house historian of the US National Security Agency has investigated the August 4, 1964 ‘Tonkin Gulf Incident’ that the US government used to escalate the Vietnam War. According to this official U.S. historian, what happened that fateful day was deliberately misrepresented by officials who quickly discovered important mistakes in their agency’s real-time reporting but immediately covered them up. A non-existent ‘attack’ then became a lie that took the United States into a new war against North Vietnam, at a cost of 58,000 American lives and over a million Vietnamese. It now seems clear that not one but both of the most disastrous conflicts in U.S. history, those in Vietnam and Iraq, were sparked by US officials disseminating lies and convincing the American public to go to war. Indeed, according to the New York Times, the NSA historian’s extensive analysis of the official dishonesty was scheduled for publication in 2002-03, but the work was withheld from the public once the case then being disseminated to take the US into war against Iraq (its ‘weapons of mass destruction’) was itself already becoming controversial.

Among the earliest and most prominent Western opponents of the Vietnam War was the Australian journalist Wilfred Burchett, who died in 1983. Having first opposed US involvement in the Korean War, in which Australian troops also participated, Burchett had by then become the target of a decades-long official witchhunt which saw him barred from his home country for twenty years. Only with the election in 1972 of an Australian Labor government did Canberra finally restore his Australian passport, at the same time withdrawing the country’s forces from Vietnam. In a right-wing political vendetta, even Burchett’s children were long denied their Australian birthright. Some of the conservative criticism of Burchett’s pro-communist views was sincere and correct, but inadequate in the eyes of his personal and political enemies. They waged a long campaign to blacken his name with lies while preventing him from returning to Australia.

Only after Burchett’s death in exile did much of the truth come out, in a series of studies written by Gavan McCormack, a leading Australian historian of Japan and Korea. These included McCormack’s seminal articles, « An Australian Dreyfus? » and « Burchett in Korea » in the monthly Australian Society (August 1984 and September 1985), and « The New Right and Human Rights: ‘Cultural Freedom’ and the Burchett Affair » (Meanjin 3, 1986), as well as a 50-page chapter entitled « Korea: Wilfred Burchett’s Thirty Years’ War, » in my 1986 anthology Burchett: Reporting the Other Side of the World, 1939-1983. Recent Australian research in British and US archives has since vindicated much of what McCormack wrote twenty years ago, highlighting the scandalous official mistreatment of Burchett and his family throughout the 1950s and 1960s. This mistreatment helped not only to silence Burchett’s on-the-spot war reporting but also to mislead the Australian and American publics, at great human cost

As a youthful traveler in inter-war Europe, Burchett had helped rescue German Jews from Hitler, and had then covered the Pacific War for British newspapers. But it may have been his experience as the first Western reporter into Hiroshima after the A-bomb, and the first to break the story of radiation, that turned him into a dissident. Horrified at what he saw of the human and physical destruction of the Japanese city, and also at its censorship by US officials, Burchett soon commenced his career-long opposition to several American wars in Asia. He entitled one of his last books Shadows of Hiroshima.

Yet there was also an important Australian dimension to his writing. Burchett’s son George, an artist now living in Sydney, has co-edited a long-lost work, his father’s unpublished autobiography, covering his early life as well as his world-wide career. At the Melbourne launch of Memoirs of a Rebel Journalist, published in 2005 by the University of New South Wales Press, the distinguished Australian historian Stuart McIntyre, Dean of the Arts Faculty at Melbourne University, stressed Burchett’s youthful upbringing in an independent Australian farming family as an important influence on Burchett’s inimitable style of reporting against the grain in a series of international crises.

Nick Shimmin explains in the preface to this book how Wilfred Burchett’s son George obtained the typescript of Wilfred’s autobiography: it was kept, along with other papers, by his widow Vessa, who lived in Bulgaria, and brought back to Australia two years ago by George’s wife Ilza.

Despite its length, George read the entire book in one weekend — and so did I, last weekend.

It’s difficult to put it down because it is written with the freshness and immediacy of an outstanding reporter who was there when history was made: in Germany on the eve of World War Two assisting Jewish refugees, with Wingate on the Burma Road, in China as the Red Army struggled against the Japanese and Kuomintang forces, in Hiroshima after the bomb was dropped (despite attempts to prevent his access), and then in Germany after the war, in Eastern and Southeastern Europe, China, Korea, Vietnam, Cambodia, and many other arenas of contestation and conflict.

He was not only there, he had first-hand knowledge and personal dealings with the decision-makers: Macarthur, Harriman and Kissinger, Zhou Enlai, Ho Chi Minh and Sihanouk.

But this book is something more than an eye-witness record of contemporary history. It’s also the story of a remarkable man. Wilfred Burchett reported events for a large number of news outlets, and he also wrote some 35 books, which were translated into as many languages.

The story he tells of himself is of a largely self-educated man (he taught himself a number of languages simultaneously and by rote while labouring on the land) who came from a strong, close family background of nonconformity, perseverance and industry, and practised all the family characteristics.

The Burchetts came to Australia from south-east England in the 1850s and were pioneers in southern Gippsland in the 1870s, enterprising builders in Melbourne during the 1880s, then forced back onto the land by the depression of the 1890s. Wilfred’s father similarly went into the building industry but was ruined by the depression of the 1930s, and Wilfred (the younger son) went onto the track, experiencing the hardship and exploitation and mateship of an itinerant adventurer.

He was in Sydney in 1934 when a Methodist minister and family friend died at the Domain when speaking out against the refusal to permit Egon Kisch to enter Australia. Kisch, a flamboyant roving reporter and publicist for left causes, clearly inspired Wilfred’s career. Burchett remembers him here as a champion of noble causes, ‘the world was his beat’. And Kisch was also the victim of official surveillance and vilification.

Wilfred Burchett made the world his beat, championed noble causes and also incurred victimisation. He became a marked man in Japan after the Second World War when he defied the American control of information to publicise the effects of atomic radiation.

He lost the support of his Fleet Street editors as the Cold War gripped Europe. He was accused of aiding the enemy in Korea, and of interrogating or even brainwashing American and Australian prisoners of war. He was subsequently accused of working for the KGB, and living in luxury, while he plied his trade, always at the front line, surviving danger and sickness, hammering out stories on his typewriter.

He was persecuted by another Australian journalist, Denis Warner, who himself had close links with ASIO. When I googled Wilfred Burchett, the entry for Denis Warner’s papers in the National Library was close to the top because they contain an extensive Burchett file.

Wilfred’s passport was stolen in the mid-1950s and he was refused entry back into his own country and threatened with violence when eventually he did return by light plane from Noumea.

The autobiography concludes with his subsequent and unsuccessful suit against the DLP’s former Senator Pat Kane, his failure to gain justice and the ruinous award of costs that effectively kept him out of his homeland for the rest of his life.

As early as 1953 Wilfred Burchett was the subject of a book published by the Australasian Book Society, He Chose Truth. In 1986 Ben Kiernan edited a collection of essays that appraised his work. His own memoirs appeared in two previous versions, Passport in 1969, and then the bowdlerised and heavily reduced version of this one, At the Barricades, which appeared in 1981. The Memoirs conclude with the libel suit and omit a final chapter from At the Barricades.

There has been a hostile life of Wilfred by the ineffable Roland Perry, a far less distinguished journalist, who then turned his attention to John Monash and Don Bradman; there are security files in Canberra and other places, and there have been countless spiteful and derogatory articles.

Burchett’s journalistic career was always something more than reportage, it was a commitment to a cause. That cause for Burchett was the liberation of humanity from oppression, the defeat of fascism, the success of national liberation movements and the building up of an alternative political, economic and social order.

He insisted that he was not a member of the Communist Party, and non of his critics have ever shown that he was. But he was a supporter of the communist movement in a period when the bipolar logic of the Cold War interpreted that support as treachery. His very ability to work on the other side (despite western attempts to prevent his doing so) allowed him to report world events with knowledge and insights denied to others.

Burchett repeatedly broke stories. He was the man on the spot who did not rely on official briefing and handouts, but went and saw for himself. He drew not just on his interviews with leading figures in China, Korea, Vietnam and elsewhere but intimate contact with other participants.

As Ben Kiernan has observed, he was at his best when a story was breaking and he could take the reader behind the scenes, or in challenging and rebutting the spurious allegations that were part of the Cold War propaganda battle.

He was less successful in his judgement of communist regimes. As Ben Kiernan has observed, he was no analyst and he could not assess the direction of slow historical changes. He praised the achievements of Stalinism and downplayed its repression.

He was a crusading journalist who almost instinctively took a contrary line to Western news and news commentary. Hence he was gullible at best in his reports on the show trials in Eastern Europe after the Second World War; and he was slow to see the murderous character of the Khmer Rouge regime, or recognise the plight of boatpeople who fled Indochina.

But to suggest he simply hoed the party line is to ignore the fact that he had to and did take sides in the conflict within the communist bloc. He supported the Soviet Union against Tito, China against the Soviet Union, Vietnam against China.

Moreover, his informed knowledge was respected by conservative diplomats such as Frederic Eggleston and Keith Waller.

We are indebted to George Burchett and Nick Shimmin for preparing the memoirs for publication. It is perhaps inevitable that there are some slips Chris Wallace-Crabbe’s journalist father appears in the index as Crabbe, Wallace, but such are the hazards of a double-barrelled surname. Zelman Cowan lacks an e in his surname, Gregory Clark gets a superfluous one in his.

These are minor flaws in the remarkable life-story of a remarkable Australian.

Stuart McIntyre, a Laureate Professor and Dean of the Arts Faculty at the University of Melbourne, is author of The History Wars and editor of The Oxford History of Australia, 1901-1942.

Ben Kiernan, author of The Pol Pot Regime, is the A. Whitney Griswold Professor of History and Professor of International and Area Studies at Yale University, and editor of Burchett: Reporting the Other Side of the World, 1939-1983.

George Burchett and Nick Shimmin, eds., Memoirs of a Rebel Journalist. The Autobiography of Wilfred Burchett.

Written for Japan Focus.

Voir de plus:

Quand les mots font écran à l’histoire

John Pilger

Le Monde diplomatique

Octobre 2004

Attirer un « temps de cerveau disponible » pour le livrer aux marchands : l’ambition de certains grands médias vient d’être dévoilée franchement par le patron de TF1, Patrick Le Lay. Agressions inventées, mises en cause injustifiées, armes imaginaires… Depuis quelques mois, la presse paraît peu soucieuse de son devoir d’informer. Et les responsables politiques, quand ils ne se taisent pas par peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias, font affaire avec les barons de presse.

« Quiconque connaît l’histoire sait que la désobéissance est la vertu originale de l’homme. » (Oscar Wilde)

Une de mes citations favorites est celle du journaliste américain T. D. Allman : « Le journalisme authentiquement objectif est le journalisme qui non seulement décrit exactement les faits, mais saisit la signification des événements. Persuasif aujourd’hui, il survit à l’épreuve du temps. Il est validé par des “sources fiables”, mais aussi par le déroulement de l’histoire. Dix, vingt, cinquante ans après les faits, il reflète encore une image intelligente et fidèle des événements. »

Allman a écrit ce texte en hommage à Wilfred Burchett, décédé en 1983, dont la carrière extraordinaire et souvent mouvementée comporte ce qui a été décrit comme le « scoop du siècle ». Tandis que, en 1945, des centaines de « journalistes embarqués » par les forces alliées d’occupation au Japon étaient emmenés en troupeaux à la théâtrale cérémonie de capitulation, Burchett détachait sa laisse, selon sa propre expression, pour entreprendre un voyage périlleux à destination d’un lieu désormais gravé dans les consciences humaines : Hiroshima. Premier journaliste occidental à entrer dans la ville après le bombardement, son reportage de première page dans le Daily Express de Londres portait ce titre prophétique : « J’écris cela comme un avertissement au monde. »

L’avertissement concernait les effets néfastes de la radioactivité, dont l’existence était alors niée par les autorités d’occupation. Burchett fut dénoncé, notamment par certains de ses confrères qui prenaient part à la propagande et aux attaques orchestrées contre lui. Indépendant et courageux, il avait exposé la guerre nucléaire dans toute son horreur. Le « déroulement de l’histoire » lui donna raison.

Pourquoi ce type de journalisme est-il si précieux ? C’est que, sans lui, nous n’aurions plus de mots pour exprimer le sentiment d’injustice et que nul ne disposerait des armes de l’information pour combattre cette injustice. L’énoncé d’Orwell selon lequel, « pour être corrompu par le totalitarisme, il n’est pas nécessaire de vivre dans un pays totalitaire » s’appliquerait alors.

En 2003, lorsque le Parlement turc a voté contre les exigences de Washington et des généraux turcs, il tint compte de l’opposition écrasante de la population à la participation de la Turquie à l’invasion de l’Irak. Cela représenta une manifestation sans précédent de réelle démocratie dans un pays aux ombres meurtrières. Ce fut aussi, pour une bonne part, le fruit du travail de ces journalistes qui avaient ouvert la voie en dévoilant les crimes de l’Etat, en particulier la répression à l’égard des Kurdes. L’éditeur de Ozgur Gundem (Agenda libre), Ocar Isik Yurtcu, purge par exemple quinze ans de prison pour avoir enfreint une loi en vertu de laquelle tous les reportages sur la répression et la rébellion en Turquie constituent de la propagande ou de l’« incitation à la haine raciale ». Il est la victime typique des lois utilisées contre ceux qui défient l’Etat et les militaires.

En Europe, aux Etats-Unis, au Canada et en Australie, les journalistes ne risquent pas souvent leur vie. L’écrivain Simon Louvish raconte la surprise d’un groupe de Soviétiques en voyage aux Etats-Unis au moment de la guerre froide. Après avoir lu la presse et regardé la télévision, ils se déclarèrent étonnés que tous les avis sur les questions essentielles étaient plus ou moins identiques. « Dans notre pays, s’interrogeaient-ils, pour obtenir ce résultat, nous avons une dictature, nous emprisonnons des gens, nous leur arrachons les ongles. Ici, vous n’avez rien de cela. Alors, quel est votre secret ? Comment faites-vous ? »

Dans une introduction de La Ferme des animaux, Orwell décrit comment la censure dans les sociétés libres est infiniment plus sophistiquée et minutieuse que dans les dictatures : « Les idées impopulaires peuvent être passées sous silence et les faits gênants rester dans l’ombre sans aucun besoin d’interdiction officielle. » Un demi-siècle a passé, et le message n’a rien perdu de sa justesse.

Rien de cela ne suggère une « conspiration ». Elle n’est nullement nécessaire. Les journalistes et les présentateurs de télévision ne sont pas différents des historiens et des professeurs : ils intériorisent les priorités, les modes et les bienséances du pouvoir établi. Comme certains responsables dans les hautes sphères du pouvoir, ils sont dressés ou façonnés pour écarter les doutes trop dévastateurs. Quand le scepticisme est encouragé, ce n’est pas vis-à-vis du système, mais de la compétence de ceux qui le dirigent, ou des réactions populaires telles que les journalistes les perçoivent.

Langage équivoque et omissions

De la presse de M. Robert Murdoch à la BBC, les règles non déclarées du club des médias modernes ne varient pas beaucoup. Les limites invisibles des « infos » permettent à de fausses prémisses de passer pour du bon sens ou à des duperies officielles d’être diffusées et amplifiées. Le sort de sociétés entières est rapporté selon leur utilité pour « nous », terme fréquemment utilisé par le pouvoir occidental, et qui véhicule son lot de narcissisme, de langage équivoque et d’omissions ouvertes. Bons et mauvais terroristes, victimes dignes ou non d’intérêt. Cette orthodoxie, explique Richard Falk, professeur de relations internationales à l’université de Princeton, est transmise « à travers un écran moral et légal à sens unique. Une image positive des valeurs occidentales et d’une innocence menacée justifie une campagne de violence politique sans limite ».

Les Britanniques vivront bientôt l’expérience australienne si la concentration des médias se poursuit chez eux aussi, au rythme d’une déréglementation de l’audiovisuel invoquant la « compétitivité » internationale. La mainmise du gouvernement de M. Anthony Blair sur la BBC s’inscrit dans ce cadre. Le pouvoir de la BBC repose sur son double rôle de média public et d’entreprise multinationale, dont les revenus dépassent les 5 milliards de dollars. Davantage d’Américains regardent BBC World que de Britanniques la principale chaîne de la BBC. M. Murdoch et les autres barons des médias, pour la plupart américains, recherchent depuis longtemps la dislocation et la privatisation de la BBC pour que leur échoient ses vastes « parts de marché ». Tels des parrains convoitant un territoire, ils se montrent impatients.

En 2003, les ministres de M. Blair ont menacé de « revoir » le financement de la BBC par la redevance télé. Sans ces recettes, la chaîne britannique serait réduite à une variante de l’Australian Broadcasting Corporation, laquelle, dépendant des subventions directes du gouvernement, est fréquemment intimidée.

La genèse de tout cela se retrace sans effort. En 1995, M. et Mme Blair voyageaient en première classe, aux frais de M. Rupert Murdoch, direction l’île Hayman, au large de la côte de Queensland. Sous un soleil tropical et debout derrière le pupitre de News Corp., le futur premier ministre britannique s’épancha sur sa « volonté d’une nouvelle morale en politique » et promit une transition des médias d’un univers de « réglementation pesante » à celui de « l’entreprise ». Son hôte applaudit et lui serra chaleureusement la main. Le lendemain, à Londres, le Sun de M. Murdoch commentait : « Blair voit loin, il est déterminé et il parle le même langage que nous concernant la moralité et les valeurs de la famille. »

Récemment encore, ces sujets étaient rarement discutés dans les pages médias des journaux britanniques, qui préféraient les manœuvres secrètes des cadres de la presse et leur habileté à s’octroyer de généreuses récompenses. Les intrusions des tabloïds dans la vie privée des gens riches et célèbres étaient l’objet de désapprobations hypocrites. Des idées critiques sur le journalisme étaient évoquées en passant, ou pas du tout. La publication, en janvier 2004, du rapport de Lord Hutton, attaquant la BBC et absolvant le gouvernement dans l’affaire Gilligan a porté la question sur la place publique (1). Un lord accourant au service de l’establishment pour étouffer une affaire gênante pour le pouvoir présente l’une des menaces les plus directes pesant sur le journalisme libre.

Aux Etats-Unis, où constitutionnellement les médias sont les plus libres du monde, l’idée même d’une humanité aux droits universels est couramment mise en cause. Comme les Vietnamiens avant eux, les Irakiens seraient impurs, bons à être traqués. « Pour chaque GI tué, disait une lettre de lecteur publiée par le Daily News de New York, vingt Irakiens doivent être exécutés. » Le New York Times et le Washington Post n’auraient peut-être pas publié une telle correspondance, mais, à leur manière, ils ont aussi soutenu la fiction d’un arsenal d’armes de destruction massive en Irak.

Bien avant l’invasion, les deux quotidiens criaient au loup pour le compte de la Maison Blanche. A la « une » du New York Times, on pouvait lire les titres suivants : « Arsenal secret [de l’Irak]  : la chasse aux bactéries de la guerre », « Un déserteur décrit les progrès de la bombe atomique en Irak », « Un Irakien parle des rénovations de sites d’armes chimiques et nucléaires » et « Des déserteurs confortent le dossier américain contre l’Irak, disent des officiels ». Tous ces articles se sont révélés de la propagande pure. Dans un courrier électronique interne (publié par le Washington Post), la journaliste du New York Times Judith Miller admit que sa source principale était M. Ahmed Chalabi, un exilé irakien et un prévaricateur condamné par les tribunaux, qui avait dirigé le Congrès national irakien (CNI) basé à Washington et financé par la CIA. Une enquête du Congrès conclut que presque toute l’information fournie par M. Chalabi et d’autres exilés du CNI était sans valeur.

En juillet 2003, alors que l’occupation battait son plein, le Times et le Post consacraient leur « une » au retour chez elle de Jessica Lynch, 20 ans, soigneusement mis en scène par l’administration Bush. Pendant l’invasion, la jeune fille avait été blessée lors d’un accident de la route et capturée. Des médecins irakiens avaient pris soin d’elle, lui sauvant probablement la vie – et risquant la leur – en la remettant aux forces américaines. La version officielle, selon laquelle elle avait courageusement combattu les agresseurs irakiens, n’était qu’un tissu de mensonges, tout comme son « sauvetage » dans un hôpital presque déserté, filmé à l’aide de caméras infrarouges par un metteur en scène de Hollywood  (2).

Cela ne dissuada pas la crème du journalisme américain de s’unir pour soutenir la mise en scène du retour béatifique de Lynch à Elizabeth, en Virginie-occidentale, images d’Epinal à l’appui, et les gens du coin disant combien ils se sentaient fiers. Le Post regretta que l’affaire ait été « rendue confuse par les récits contradictoires des médias ». Déjà Orwell évoquait les « mots tombant sur les faits comme de la neige, brouillant leurs contours et recouvrant tous les détails ».

A Washington, j’ai interrogé à ce sujet Charles Lewis, ancienne vedette du « 60 minutes » de CBS. Lewis, qui dirige maintenant une unité d’enquête, le Centre pour l’intégrité publique, expliqua : « Vous savez, sous Bush, le conformisme et le silence parmi les journalistes sont pires que dans les années 1950. Rupert Murdoch est le magnat des médias le plus influent en Amérique ; il impose la norme, et il n’y a aucune discussion publique. Pourquoi la majorité du public américain croit-elle encore que Saddam Hussein était derrière les attentats du 11 septembre ? Parce que les médias n’ont eu de cesse de faire écho au discours du gouvernement. »

Je lui ai demandé ce qui se serait passé si les médias « les plus libres du monde » avaient mis en cause M. Bush et M. Donald Rumsfeld et avaient vérifié l’authenticité de leurs déclarations, au lieu de diffuser ce qui se révéla pure propagande ? Sa réponse : « Si les médias avaient été plus pugnaces dans leur quête de la vérité, il est fort possible que nous ne serions jamais partis en guerre contre l’Irak. »

« Jamais, déclara M. Anthony Blair dans son discours devant le Congrès des Etats-Unis en 2003, le pouvoir de l’Amérique n’a été si nécessaire ou si incompris. Jamais une étude de l’histoire ne nous a aussi peu aidés à comprendre le présent. » Il s’agissait en l’occurrence de nous alerter contre l’étude de l’impérialisme, par crainte qu’elle ne nous conduise à refuser le « destin manifeste » des Etats-Unis et leur offrande à la Grande-Bretagne d’un rôle impérial durable, bien que subordonné.

Bien sûr, le premier ministre britannique ne peut mettre personne en garde de manière efficace s’il ne bénéficie pas de l’appui des « unes » des journaux, de la télévision et de la radio, qui se font l’écho de ses paroles et qui les amplifient. En abandonnant son rôle de « brouillon » d’une histoire qu’on écrira plus tard, le journalisme encourage, directement et par défaut, un impérialisme dont les véritables intentions sont peu souvent dévoilées. En lieu et place, les mots et les concepts nobles tels que « démocratie », « liberté » et « libération », vidés de leur sens réel, sont mis au service de la conquête. Lorsque les journalistes autorisent cette corruption du langage et des idées, ils désorientent, ils n’informent pas. Mieux, comme l’a dit Edward S. Herman, ils « normalisent l’impensable dans l’opinion publique ».

En juin 2002, devant un public de cadets militaires de West Point remontés comme des robots pour l’acclamer, George W. Bush désavouait la politique de « dissuasion » de la guerre froide et annonçait que dorénavant les Etats-Unis lanceraient une action préventive contre tout ennemi potentiel. Quelques mois plus tôt, une fuite du Pentagone avait dévoilé les plans d’urgence de l’administration relatifs à l’utilisation de l’arme nucléaire contre l’Iran, la Corée du Nord, la Syrie et la Chine. Suite logique, la Grande-Bretagne annonçait alors pour la première fois que, « si nécessaire », elle attaquerait à l’arme nucléaire des Etats dépourvus de cette capacité. L’information n’a pratiquement pas été reprise dans la presse, et elle n’a provoqué aucune discussion. Un peu comme il y a cinquante ans, lorsque les services de renseignement britanniques alertaient le gouvernement des intentions américaines de partir en guerre atomique « préventive » contre l’Union soviétique, et que le public n’en savait rien.

D’après les dossiers officiels rendus publics à partir de 1968, il n’a pas su davantage que les principaux stratèges britanniques étaient persuadés que les Russes n’avaient aucune intention d’attaquer l’Occident. « L’Union soviétique ne va pas déclencher une guerre générale ou même limitée en Europe », notaient-ils en décrivant la politique soviétique comme « prudente et réaliste ». La vérité privée contrastait du tout au tout avec ce qu’on disait à l’époque à la presse et au public.

Toujours plus de bruit

« Quand la vérité est remplacée par le silence, disait le poète soviétique Evgeni Evtouchenko, le silence est un mensonge. » Il règne aujourd’hui un silence surréaliste, empli du bruit des petites phrases d’hommes politiques qui se mordent et s’empoignent pour justifier leur fourberie et leur violence. Là où on nous parle d’actualité, il n’y a que parodie au diapason des voix criardes de journalistes proclamant tous à peu près la même chose. Jamais nous n’avons connu un tel volume d’« infos » répétitives ni une telle mainmise de la part de ceux qui les contrôlent. Depuis les années 1980, les conglomérats de médias américains se sont dégagés peu à peu de leurs dernières contraintes de service public en même temps qu’ils s’en sont pris à toute réglementation internationale.

En 1983, les principaux médias appartenaient à cinquante sociétés. En 2002, on ne comptait plus que neuf conglomérats transnationaux. Dirigée par le fils du secrétaire d’Etat Colin Powell, la Commission fédérale des communications (FCC) s’emploie à faciliter le contrôle de 90 % de l’audience américaine par la Fox de M. Murdoch et quatre autres conglomérats (3). M. Murdoch a prévu que, d’ici à trois ans, il n’y aurait plus que trois grosses sociétés de médias, au nombre desquelles la sienne. Les vingt sites les plus visités sur Internet appartiennent à des sociétés telles que Fox, Disney, AOL Time Warner, Viacom et une poignée de géants de ce genre ; les quatorze plus gros absorbent 60 % du temps que les Américains passent sur la Toile. Une ambition leur est commune : fabriquer des citoyens mal informés et bien-pensants. Des consommateurs obéissants.

John Pilger vient de publier Tell me no lies, Random House, Londres, octobre 2004. Ce livre rassemble une série d’articles de journalistes qui ont mis en cause le pouvoir, y compris médiatique. Nous publions un extrait de la présentation qu’en fait John Pilger.

(1) Au cours d’un reportage radio, le journaliste Andrew Gilligan avait dévoilé la manière employée par le gouvernement dans la manipulation des preuves et des rapports des services secrets pour donner crédit à l’existence d’une menace créée par les armes de destruction massives qu’auraient détenues M. Saddam Hussein.

(2) Lire, sur cette affaire, Ignacio Ramonet, « Mensonges d’Etat », Le Monde diplomatique, juillet 2003.

(3) Cf. Eric Klinenberg, « Révolte contre l’ordre médiatique », Manière de voir, n° 77, « Les Etats-Unis en campagnes », octobre-novembre 2004.

Voir également:

L’homme qui défia la censure

F. M.,

Sciences et Avenir n°582

août 1995

« Je n’ai rien vu de tel en 4 ans de guerre. Le regard peut porter sur 30 kilomètres carrés sans accrocher un bâtiment « , écrit Wilfred Burchett à Hiroshima.

Sans Wilfred Burchett, premier journaliste à être entré à Hiroshima, le monde aurait sans doute longtemps ignoré les ravages des radiations. Ravages immédiatement niés par l’état-major américain.

Dans les derniers jours du mois d’août 1945, deux semaines après les bombardements atomiques de Hiroshima et de Nagasaki qui ont entraîné, en quelques jours, la capitulation du Japon, les premiers marines débarquent dans le sud de l’archipel sans tirer un seul coup de feu. Parmi les vétérans qui descendent du Millette, un cargo reconverti en transport de troupes, un journaliste, qui n’a qu’une seule idée en tête: gagner au plus vite Hiroshima.

A 34 ans, Wilfred Burchett a couvert toute la guerre du Pacifique pour le Daily Express, le plus grand quotidien britannique de l’époque. Cet Australien, plusieurs fois blessé, se trouve encore dans l’île d’Okinawa, l’une des conquêtes les plus coûteuses de l’armée américaine (82 jours de combat, 12000 morts américains, 131000 japonais) lorsqu’il entend un speaker annoncer à la radio qu’une seule bombe, d’une puissance énorme a rasé une ville entière du Japon. Sa réaction est immédiate: « Je notais mentalement que ce serait mon premier objectif si je parvenais à mettre le pied au Japon. « 

Arrivé à Tokyo, Wilfred Burchett retrouve tous les correspondants de guerre, réunis pour ce qui doit être le dernier acte d’une tragédie qui aura duré quatre ans: la signature de la reddition japonaise à bord du cuirassé Missouri. Le 2 septembre au matin, ils sont plus de six cents à y assister, en rade de Tokyo, quand Wilfred Burchett, seul, non accrédité par les autorités d’occupation, monte dans un train qui doit l’emmener jusqu’à Hiroshima, la ville n’étant pas encore sous contrôle américain. « Les huit premières heures comptèrent parmi les plus hasardeuses de mon expédition. Le train était plein à craquer d’officiers et de soldats fraîchement démobilisés. Des officiers portaient encore leur long sabre [ … ], et il me semblait qu’ils avaient une furieuse envie de passer aux actes ». Après vingt heures de voyage, il saute du train, en pleine nuit, dans ce qu’il reste de la gare d’Hiroshima. Immédiatement arrêté par la police japonaise, il ne découvre la cité qu’au petit matin. Il est le premier journaliste occidental à contempler ce champ de ruines mais surtout à visiter les hôpitaux où des gens meurent d’une façon inconnue: « A Hiroshima, trente jours après la première bombe atomique qui détruisit la ville et fit trembler le monde, des gens, qui n’avaient pas été atteints pendant le cataclysme, sont encore aujourd’hui en train de mourir, mystérieusement, horriblement, d’un mal inconnu pour lequel je n’ai pas d’autre nom que celui de peste atomique [ … ]. Sans raison apparente, leur santé vacille. Ils perdent l’appétit. Leur cheveux tombent. Des taches bleuâtres apparaissent sur leur corps. Et puis ils se mettent à saigner, des oreilles, du nez, de la bouche.  » Ce long article que Wilfred Burchett tape assis sur des gravats au point de l’épicentre, en maltraitant sa vieille machine Baby Hermes, est transmis en morse jusqu’à Tokyo. Publié le 5 septembre à la une du Daily Express et diffusé gratuitement aux autres journaux, il fera le tour du monde.

La une du Dally Express du 5 septembre 1945.  » La peste atomique. Ce que j’écris doit servir d’avertissement au monde entier. « 

Car personne n’a encore parlé des ravages des radiations. Pour l’opinion mondiale, les deux bombes jetées par les Américains sont simplement des engins de guerre plus puissants que les autres: qu’elles aient contenu de quoi continuer à tuer longtemps après la fin de la guerre est impensable. L’état-major américain, qui ne pouvait imaginer qu’un correspondant non accrédité se rende aussi vite sur place, accuse le coup. Sa réponse vient le 13 septembre, dans le New York Times, sous la plume de William Laurence, éminent chroniqueur scientifique, qui révèle alors son appartenance au projet Manhattan, débuté en 1942 pour construire l’arme atomique. Il en est le chef des relations publiques. Le titre de son article? « Aucune radioactivité dans les ruines d’Hiroshima.  » Et il réfute la version de Burchett. « Les Japonais prétendent que des gens sont morts du fait des radiations. Si cela est vrai, ils ont été très peu nombreux. Et s’il y a eu des radiations, elles ont été émises pendant l’explosion et pas après. Les Japonais poursuivent leur propagande pour créer l’impression que nous avons gagné la guerre de façon déloyale. « 

L’attitude de l’état-major américain ne variera pas. Il continuera à minimiser l’existence des radiations. La polémique, dans l’euphorie de la victoire, ne durera pas. La censure s’abat sur le Japon, la guerre froide s’installe. Mais personne ne peut plus ignorer ce qu’est réellement l’arme atomique. A quelques heures près, l’information est passée. Wilfred Burchett continuera à barouder, assurant la couverture de la plupart des conflits de la guerre froide, jusqu’à sa mort, en 1983, d’un cancer.

Voir enfin:

The Case Against Howard Zinn

Robert Stacy McCain

The American Spectator

02.08.10

Howard Zinn was teaching a class, but he wasn’t yet a professor and his classroom wasn’t at a university. It was late 1951, and the students who gathered for Zinn’s lessons in Brooklyn were his fellow members of the Communist Party USA.

One of Zinn’s comrades described him as « a person with some authority » within the local CPUSA section and said that Zinn’s class was on « basic Marxism, » the theme being « that the basic teachings of Marx and Lenin were sound and should be adhered to by those present. »

That description, furnished to the Federal Bureau of Investigation by a former Communist in 1957, is included in more than 400 pages of Zinn’s FBI file made public last week.

The FBI files demonstrate beyond reasonable doubt that Zinn — author of A People’s History of the United States, widely used as a textbook or supplement in many of our nation’s high schools and universities — was a card-carrying Communist at a time when the Soviet Union was America’s most dreaded enemy.

File No. 100-360217 was begun in March 1949 in response to an order from FBI director J. Edgar Hoover to Edward Scheidt, special agent in charge of the Bureau’s New York office. Zinn’s name had previously surfaced in connection with other FBI investigations of Communist Party activities, but a new report from an unnamed agent marked Zinn as a subject of special interest.

In 1948, an FBI confidential informant had spoken to Zinn at a protest in front of the White House and reported that, during the course of their conversation, « Zinn indicated that he is a member of the Communist Party and that he attends Party meetings five nights a week in Brooklyn. » Zinn, who was then a 26-year-old Army Air Force veteran attending New York University, expressed to the informant his support for Henry Wallace’s third-party « Progressive » presidential campaign, « indicating that the Communist Party was 100% behind this Movement, » according to the FBI file.

Additional investigation showed that Zinn was active in several Communist-dominated « front groups, » and that in 1947 Zinn was a delegate to a conference of the Joint Anti-Fascist Refugee Committee, which had been designated a subversive organization by the Attorney General pursuant to a 1947 executive order of President Truman. Furthermore, according to another informant, Zinn’s Brooklyn address « appeared on a list of addressograph stencils at Communist Party Headquarters » in New York.

In response to this report, Hoover directed the New York office to develop a « Security Index » file on Zinn. Scheidt was « requested to conduct further investigation in an effort to obtain additional information concerning this subject’s membership in the Communist Party or concerning his activities in behalf of the party, » Hoover wrote on March 30, 1949. « Particular emphasis should be placed on obtaining admissible evidence. »

Continuing investigation determined that in 1946, Zinn’s wife had solicited petition signatures for the New York Communist Party, and that Zinn and his wife had both joined the International Workers Order, another designated subversive group. An FBI informant had reported in 1948 that « Howie Zinn was believed to be one of a group of individuals selected from the 6th [Assembly District], Kings County Communist Party as a fraternal delegate to the New York State Convention of the Communist Party. »

No further agency action followed until November 1953, when two agents from the New York FBI office interviewed Zinn as part of the bureau’s Security Informant Program and filed a detailed report: « Zinn stated that he was not now or was he ever a member of the [Communist Party]. He acknowledged that perhaps his activities in the past had opened him to charges that he was associated with the CP as a member; however, he was not…. He stated that he was a liberal and perhaps some people would consider him to be a ‘leftist.’… According to Zinn, he was not ashamed of his past activities and did not believe that he or his activities constituted a threat to the security of this country or our government. »

Zinn’s denial of Communist Party membership during this interview (which the agents duly reported as having been conducted « between Fifth and Sixth Streets and Avenue D » in Manhattan) is problematic. Multiple informants had already identified Zinn as a CPUSA member, and he was involved in several different Communist front groups, as well as Communist-infiltrated groups such as the American Veterans Committee and the American Peace Mobilization. His address was reportedly on the mailing list at the party’s headquarters, and he had helped lead a 1948 protest against the so-called Nixon-Mundt Bill which, eventually incorporated into the McCarran Act, required members of the Communist Party to register with the attorney general.

A few weeks later, in February 1954, FBI agents again interviewed Zinn, informing him that they « were giving him an opportunity to further discuss his former activity with certain subversive organizations. » Whereas previously Zinn had flatly denied attending the New York Communist Party convention, in the second interview « he could not recall » attending, nor could he recall attending the 1947 Joint Anti-Fascist Refugee Committee conference. More to the point, Zinn « stated that under no circumstances would he testify or furnish information concerning the political opinions of others. »

Zinn’s non-cooperation duly noted, his FBI file remained fairly dormant for three years, as he completed his Ph.D. at Columbia University. But a report from the New York office in June 1957, in response to an inquiry from the bureau’s Atlanta office (Zinn was then teaching at Atlanta’s Spelman College), contained details indicating that Zinn’s earlier denials were false.

The FBI’s unnamed informant had joined the CPUSA in 1948 and remained a member for five years. The party was divided into « sections » and « branches » and the informant told the FBI that he had been transferred to the party’s section in the Williamsburg neighborhood of Brooklyn in 1949.

« At that time, Howard Zinn was already a member of that section, » the informant said in 1957, according to the report by FBI Special Agent Edward P. Grigalus. « Informant stated it was his impression that Zinn was not a new member, but had been in the CP for some time.… Informant stated he attended numerous section meetings with the subject between about 1949 and about the summer of 1953.… The meetings were held either at the section headquarters or at the home of one of the members. Informant recalled that some meetings were held at [Zinn’s] home or at the home of one George Kirshner on Lafayette Street in Brooklyn. »

According to the FBI, this informant gave the agency a photo of Zinn teaching his 1951 « basic Marxism » class to fellow CPUSA members in Brooklyn. That photo wasn’t included in the documents released last week, but details of the 1957 report are certainly intriguing. In the late 1940s, Zinn lived at 926 LaFayette Avenue (not « street ») in Brooklyn. George Kirschner (not « Kirshner ») was a union official at a Brooklyn brewery who, decades later, became a teacher and collaborated with Zinn on a 1995 wall-chart version of A People’s History of the United States. The informant’s account indicates that the association between Zinn and Kirschner (who died in 2008) began in the Communist Party in the late 1940s. Like Zinn, Kirschner was a World War II veteran, and they could have met through the Communist-infiltrated American Veterans Committee, in which Zinn was a ranking local official.

Given this further corroboration of Zinn’s CPUSA activities from a former comrade, the FBI evidently concluded that Zinn’s denials of party membership were lies. By 1964 — at which time Zinn was publicly denouncing Attorney General Robert F. Kennedy for allegedly being reluctant to protect civil-rights protesters — J. Edgar Hoover described Zinn as having « a background of known membership in the Communist Party. » While Zinn’s CPUSA membership seems to have lapsed in the early 1950s, Hoover noted that the professor « has continued to demonstrate procommunist and anti-United States sympathies, » including outspoken support for Fidel Castro’s Cuba.

Zinn was still a relatively obscure academic in 1964, but he gained national prominence for his subsequent anti-Vietnam War activism, leading « teach-ins » at Harvard, MIT, and other campuses, and traveling to Hanoi in 1968 with radical priest Daniel Berrigan. It was not until 1980 that Zinn published A People’s History of the United States, which gained pop-culture fame after Ben Affleck and Matt Damon featured it in their 1997 film Good Will Hunting. Zinn later became a prominent critic of the Bush administration’s foreign policy and, not long before his death in January, was lionized in a documentary called The People Speak, co-produced by Damon and starring Danny Glover, Sean Penn, and other luminaries of the Hollywood Left.

Zinn’s 21st-century influence takes on a new aspect in light of the FBI’s revelation of his Communist Party activities. Anyone might have innocently joined a Communist « front » group — indeed, during his New Deal years as a self-described « hemophiliac liberal, » Ronald Reagan had naively joined two such groups. But Zinn was implicated as a member of multiple Communist fronts and, tellingly, was a local officer of the American Veterans Committee at the very time when that group was identified as having been taken over by Communists. Given the preponderance of evidence, it is difficult to dispute J. Edgar Hoover’s conclusion that Zinn was no mere sympathizer or « fellow traveler, » but was indeed an active CPUSA member in the late 1940s and early ’50s.

The timing of Zinn’s Communist involvement is also important. Many well-meaning liberals had been drawn into the CPUSA during the « Popular Front » era of the 1930s, when America was menaced by the Great Depression at home and the rising specter of fascism abroad. Misleading press accounts of the Soviet Union’s « progress » during those years helped convinced many idealists that the Bolshevik Revolution represented a hopeful future.

By the late 1940s, however, those illusions had been shattered by the reality of Josef Stalin’s brutal totalitarianism. Stalin’s cynical 1939 treaty with Hitler — the Molotov-Ribbentrop Pact — had sacrificed Poland to the Nazis, and the Red Army’s post-war occupation of Eastern Europe had crushed all democratic resistance. Even as Zinn’s wife was collecting signatures on Communist petitions in New York, Winston Churchill was decrying the « Iron Curtain » that had descended across Europe. The Communist Party that Zinn joined was already widely recognized as the agent of an aggressive tyranny, in thrall to the paranoid dictator Stalin. Zinn evidently pursued his CPUSA activism even after the Soviets exploded their first atomic weapon in 1949 and after the Cold War turned hot with the June 1950 outbreak of the Korean War.

Revelation of Zinn’s support for Stalinism is unlikely to affect his standing with liberals, whose main response to the FBI disclosures was to express shock that an official of Boston University tried to get Zinn fired in 1970. Zinn’s liberal admirers obviously share his anti-American perspective, in which the FBI poses a greater danger than any foreign enemy. It was that view Zinn meant to express when, in 1986, he condemned the U.S. bombing of Libya in response to a Libyan-sponsored terrorist attack in West Berlin. « There is no flag large enough to cover the shame of killing innocent people for a purpose which is unattainable, » Zinn wrote.

That such a condemnation could be applied more truthfully to Zinn’s communist heroes, who slaughtered millions of innocents in pursuit of an unattainable socialist paradise, is an irony the professor apparently never contemplated.


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