Présidentielle 2017: Vous avez dit danseur mondain ? (High-society dancer: Guess what France is to choose to revive the EU’s fortunes ?)

30 avril, 2017
C’est une fête toute napolitaine, monseigneur ; nous dansons sur un volcan. Comte de Salvandy
Après la révolution française, observe Marx, les aristocrates dont tout le capital incorporé consistait en un art de vivre désormais dépourvu de marché, devinrent les maitres à danser de l’Europe. Bourdieu
La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections. Jean Mistler
La  plupart  d’entre  nous  persistent à croire que tous les choix, et même  les  choix  politiques,  se  font  entre  le  bien  et   le  mal,  et  que  du  moment  qu’une  chose  est   nécessaire,  elle  doit  aussi  être  bonne.  Il   nous   faudrait,   je   pense,   dépouiller   cette    croyance qui relève du jardin d’enfants. En  politique, on ne peut jamais opter que pour  un moindre mal. George  Orwell
La question du négationnisme demande tout autre chose qu’une halte rue Geoffroy L’Asnier pour mobiliser l’électorat juif contre Marine Le Pen car ce ne sont pas des jeunes militants du FN qui rendent impossible l’enseignement de la Shoah dans les écoles ou qui vont chercher des faits alternatifs aux camps de la mort. De cette terrible réalité, je ne vois guère d’écho dans la campagne d’Emmanuel Macron. Il ne cesse de faire des clins d’œil aux jeunes de banlieues et réserve ses coups à la bonne vieille bête immonde … Alain Finkielkraut
Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant front républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front : l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France. Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh ! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis. La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon !), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres : Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc. François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur ! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir. Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936 ! (…) Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique. Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger. (…) En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages. Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour. (…) Personne, sur le fond, n’est dupe ! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple : bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire. (…) Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante. Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque. Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui ? Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime. (…) Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion : entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de morale à trois balles, le choix ne coule plus de source. Eric Verhaeghe
L’antisystème  est  une  réaction  symptomatique  à  l’ignorance  et  au  mépris  dont   fait  preuve  une  partie  des  élites  vis-à-vis   des  préoccupations  et  des  angoisses  des   perdants de la mondialisation. Le discours  démagogique   fonctionne   sur   le   même    type de schéma : il met en exergue les situations  les  plus  dramatiques,  les  injustices  les  plus  criantes,  les  dysfonctionnements   démocratiques   bien   réels…   qu’il    érige  en  exemples  à  valeur  universelle,   pour  les  imputer  aussitôt  à  des  responsables qui sont toujours les mêmes et que l’on accuse  de  tous  les  maux  :  les nantis,   les   riches,   les puissants… qui eux-mêmes   sont   inféodés   au « système »   qualifié   de « financier »,  de  « capitaliste »,   de   « néolibéralisme »,  de  « politico-médiatique »…  C’est selon ou c’est tout à la fois. Sans oublier les  États-Unis  qui  condenseraient  toutes  ces   tares,  continueraient  de  régner  en  maître   absolu  sur  le  monde  et  tireraient  les  ficelles des États-marionnettes et des États- nations…   Le   complotisme   n’est   jamais    loin. L’Union européenne entre désormais  dans ce schéma. Ce n’est pas la façon dont  s’est  construite  l’Union  européenne,  la   bureaucratie, la réalité de sa crise qui sont  en question, mais l’exploitation qui en est  faite qui joue sur toutes les frustrations, les  ressentiments  et  les  haines  pour  faire  va- loir la logique du bouc émissaire et du « il  n’y   a   qu’à   »…   Les   discours   de   Marine    Le Pen et Jean-Luc Mélenchon me paraissent typiques de ce registre démagogique,  sans  parler  de  leurs  propositions  économiques  irresponsables  et  du  changement   des alliances au profit de la Russie de Vladimir Poutine. Ces discours populistes entraînent  un  peu  plus  le  pays  et  l’Union   européenne dans la dislocation et le chaos. (…) Ces oppositions caricaturales verrouillent  d’emblée   le   débat   démocratique   et   la    libre  réflexion.  Ce  sont  des  schèmes  de   communication  bien  adaptés  aux  nouvelles   techniques   d’information   et   de    communication qui favorisent les formulations  sommaires  et  la  réactivité  à  tous   crins.  On  n’entre  plus  dans  l’examen  du   contenu  des  significations  des  idées  et   dans l’argumentaire ; on en reste à la surface  des  mots  qui  fonctionnent  comme   des signes identitaires et d’appartenance  au bon ou au mauvais camp. Une fois les  étiquettes  accolées,  il  est  difficile  de  s’en   défaire  ;  ce  sont  des  tics  de  langage  qui   passent en boucle dans les médias et vous  collent à la peau.  Il est ainsi difficile d’aborder les questions anthropologiques, l’insécurité culturelle,  l’inquiétude   identitaire,   l’immigration    sauvage…  qui  sont  au  cœur  du  malaise   démocratique   sans   être   soupçonné   de    flirter  avec  l’extrême  droite  ou  de  faire   son  jeu.  Ce  genre  de  tabou  jeté  sur  ces   questions  par  une  gauche  médiatique  a   abouti  aux  résultats  que  l’on  sait  :  elle  a   permis  à  l’extrême  droite  de  se  les  approprier à sa manière.  On  ne  doit  pas  craindre  d’aborder  librement  ces  questions.  L’alternative  au  nationalisme  xénophobe  et  chauvin  n’est   pas  l’évocation  d’une  patrie  désincarnée   et  encore  moins  d’une  citoyenneté  du   monde invertébrée. Elle suppose une histoire un « héritage de gloire et de regrets  à  partager  »  et  «  dans  l’avenir  un  même   programme  à  réaliser  ».  L’identité  d’un   pays  et  d’une  civilisation  n’est  pas  une   substance immuable et fermée, mais elle  ne signifie pas pour autant une recomposition constante et indéfinie. Elle suppose  un   cadre   structurant, une   interprétation de l’histoire  qui  structure les    événements,    leur donne une signification et met en valeur les acquis de notre héritage. Jean-Pierre Le Goff
S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations.  (…)  Si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales. Rapport McKinsey
Un constat s’impose lorsque l’on se penche sur un diagnostic socio-économique comparé de la France : notre pays souffre avant tout d’une panne durable de prospérité. Au-delà de tous les débats portant sur la répartition de la richesse, c’est la production de cette richesse qui doit aujourd’hui être placée en tête des priorités. S’agissant de l’évolution du PIB par habitant de sa population, la France voit en effet sa situation diverger de celle des Etats- Unis et des autres pays de l’UE à 15, au point qu’elle accuse aujourd’hui un retard notable par rapport à ces nations. Alors qu’elle figurait, jusqu’au milieu des années 1990, dans le peloton de tête européen en matière de prospérité, la France est passée en 1996 sous la moyenne européenne et a chuté depuis 2010 à la 11ème place parmi les Quinze, ne devançant plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Grèce. A contrario, l’Allemagne est parvenue sur la même période à accentuer son avance. Si l’on s’attache aux facteurs explicatifs du différentiel de prospérité entre la France et ses voisins européens, ce sont avant tout les faibles taux d’activité et d’emploi de sa population au regard des autres économies avancées qui en constituent les principales causes, au-delà même de leurs implications humaines et sociales. Dans une moindre mesure, l’atonie de la productivité explique le recul relatif de la France. Une comparaison avec les pays d’Europe du Nord – Danemark, Finlande, Allemagne, Pays- Bas et Suède – révèle qu’au cours des années 1970 et 1980, la France s’est adjugé un solide avantage sur ces pays en matière de productivité, qui s’est toutefois érodé depuis les années 2000. Il apparaît donc que c’est en premier lieu sur le front du développement massif de l’emploi et, en parallèle, sur les gains de productivité que doivent porter les efforts de notre pays à l’heure de redresser la courbe historique de son PIB par habitant. (…) La France gagnerait à axer résolument la réforme de l’Etat sur la notion de performance du service public, c’est-à-dire sa capacité à produire un service public offrant un haut degré de qualité de service au citoyen à un coût moindre pour le contribuable. Opposer ces deux objectifs participe d’ailleurs à une forme de statu quo qui obère les capacités d’investissement du pays. Au-delà même des aspects liés à la pression des prélèvements obligatoires et donc de la compétitivité du travail et de l’attractivité économique du territoire, cet enjeu de performance devient brûlant au regard de deux facteurs dont la conjonction crée un effet ciseau entre explosion des sources de dépenses et pression croissante sur les recettes : ▪ Les effets du vieillissement de la population et les déséquilibres structurels en matière de finances publiques que celui-ci va générer. ▪ Le niveau du stock de dettes public (atteignant près de 110 % du PIB en Europe), qui réduit toute marge de manœuvre budgétaire et surtout d’investissement de la part des acteurs publics. Pour les services publics, il devient impératif de faire mieux avec moins. A ce titre, une analyse comparée de la performance des grandes politiques publiques dans plusieurs économies matures révèle que la qualité du service rendu au citoyen mesurée par des indicateurs internationaux (OCDE, Banque Mondiale, ONU, OMS…) n’est pas directement corrélée au niveau de la dépense. Ainsi, la France et l’Allemagne obtiennent des profils et des résultats très comparables en termes de performance sur bon nombre de périmètres majeurs des services publics, alors que la France consacre 57 % de son PIB à la dépense publique, contre 44 % pour l’Allemagne. En procédant à une analyse des grands programmes de réforme publique ayant fortement amélioré le ratio coût-qualité du service public dans le monde, on observe que trois catalyseurs de la transformation ont systématiquement été mis en place, sur lesquels devrait se fonder la réforme en France : ▪ Fixer des objectifs ambitieux en matière de qualité de service comme l’ont fait l’Allemagne sur les résultats Pisa ou le Royaume-Uni avec son système de santé. ▪ Maximiser la transparence sur les résultats pour donner aux utilisateurs, aux agents et à la tutelle les moyens de contrôler la qualité et la performance, mais aussi pour favoriser une dynamique d’émulation et de progrès continu. Ces dynamiques sont particulièrement observables s’agissant de l’éducation et de la santé, lorsque l’Etat favorise l’accès des citoyens à des indicateurs factuels de qualité ou d’excellence. ▪ Responsabiliser le terrain, c’est-à-dire confier un maximum de liberté et de marges d’initiatives aux responsables de la « production et de la distribution » du service public, par exemple les chefs d’établissements scolaires, les directeurs d’hôpitaux, les directeurs de laboratoire dans la recherche. (…) Comme l’illustrent les 10 enjeux, la France a peiné à négocier le tournant de la mondialisation : elle l’a davantage subi qu’elle n’a su l’anticiper. Aujourd’hui, elle ne peut manquer le virage, tout aussi fondamental, de la transformation digitale et doit faire en sorte que cette lame de fond porte nos entreprises et notre société. A l’heure où l’Europe commence à enregistrer les signes d’un redémarrage de la croissance dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni et en Allemagne, la France doit impérativement parvenir à s’arrimer à ce train des économies renouant avec le dynamisme. Si elle parvient à se délester des pesanteurs entourant les 10 grands enjeux mis en lumière, elle pourra pleinement tirer parti de ses atouts indéniables pour relancer le moteur de création de valeur ajoutée et d’emploi de son économie. Car notre pays dispose encore de solides points d’ancrage pour bâtir sa santé future au sein d’une Europe retrouvant la voie de la croissance. Elle conserve ainsi un niveau élevé d’attractivité pour les investissements directs étrangers, qui s’appuie certes sur des indicateurs de qualité de vie pour lesquels elle figure parmi les nations les plus avancées de l’UE, mais aussi sur la fiabilité de ses infrastructures, ou encore le niveau d’éducation d’une large fraction de son capital humain. L’envergure mondiale et la performance de ses grandes entreprises la distinguent également parmi les autres pays d’Europe, tandis que plusieurs de ses secteurs de pointe (à commencer par le luxe ou l’aéronautique) ont su conserver ou consolider leur avantage compétitif… pour ne citer que certaines de ses forces. Sur les dimensions structurelles que nous mettons en lumière, un effet de « déblocage » doit donc se produire pour libérer ce potentiel et permettre à la France de retrouver la place qu’elle occupait encore il y a 20 ans dans la première moitié des pays de l’Eurozone en matière de prospérité. Au-delà des pistes évoquées une démarche prometteuse consisterait pour notre pays à s’inspirer des meilleures pratiques européennes sur les diverses dimensions socio-économiques qui fondent la compétitivité et la qualité de vie. Car notre continent héberge des leaders mondiaux sur chacune de ces dimensions, si bien qu’analyser et adapter certaines approches de nos voisins immédiats nous permettrait d’engager une bonne part des réformes structurelles nécessaires. Comme le démontrait une de nos récentes études1, une telle démarche d’alignement par le haut à l’échelle européenne permettrait de relancer une croissance durable de l’ordre de 2 à 3 % par an. Au fond, il s’agirait là d’une double opportunité majeure, à la fois pour la France et pour offrir un dessein porteur à une Europe aujourd’hui essoufflée et contestée par les opinions publiques, alors même qu’elle constitue une source de renouveau potentiel majeure pour notre économie. Rapport McKinsey
La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins. Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années. Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey (…)  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance. La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins. (…)  En clair, (…) nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public. En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Yves de Kerdrel
The man who set up his own party to challenge the system, En Marche! (his own initials), is in fact a perfect insider-outsider. A graduate of the top administrative college, l’ENA, he made a fortune organising mergers and acquisitions for the Rothschild bank, earning €2.9 million in one takeover and getting the nickname of ‘the Mozart of finance’. In the seamless way of the French elite, he gravitated to the Elysée Palace as a Hollande adviser and became economics minister in 2014, lasting two years before resigning and setting his sights on returning as president of the republic. Macron, immaculately groomed, exudes confidence and seems to have an answer for everything, including the need not to make concessions to the UK over Brexit. He has determination and ambition, but he’d be wise to remember how lucky he’s been too. Given the Socialist Hollande’s abject unpopularity, this looked like the year when the centre-right Republicans were bound to regain the presidency. But their candidate, François Fillon, ran into fatal allegations that he arranged big payments from state funds to his wife and family for work they did not do. The Socialists split, choosing the left-winger Benoît Hamon and prompting a walk-out by social democrats like former premier Manuel Valls, who backed Macron despite bad blood between them when they were in government together. Two of the party’s important provincial figures, Lyons mayor Gérard Collombe and Jean-Yves Le Drian, president of the Regional Council of Brittany, swung behind the pretender. The rise of the hard-left Jean-Luc Mélenchon in the first round campaign, addressing huge crowds and using a hologram to appear at two rallies at a time, provided an alternative pole to Marine Le Pen for angry voters. As her polls ratings declined, she focused on her core electorate and thus limited her ability to broaden her appeal. Macron had only to ensure that the swelling ranks of En Marche! supporters remained pumped up. (…) The immediate problem is the June legislative elections. En Marche! has no members of parliament — it plans to run candidates in all 577 constituencies, but when voters choose their National Assembly representatives they often stick to candidates they know. And Macron’s movement lacks a national organisation. Last Sunday he scored well in big cities and western France but his opponents did better in swaths of the north and south. (…) That will mean a lot of old-fashioned horse-trading. The outlines of such an alliance are: social democrats and centrists plus the liberal wing of the Republicans under former prime minister Alain Juppé. But apart from requiring a lot of minding, coalitions tend not to be resolute in offering the kind of radical changes in economic and social policy Macron has offered, and which he needs to keep En Marche! mobilised. The Republican leadership will want to avoid being sucked into the new president’s orbit. The Socialists, who had a disastrous first round with only 6 per cent of the vote, will struggle for survival and will resist a Macron takeover. In short, building a new reformist, liberal, pro-Europe Jerusalem looks like being more a matter of forging alliances with skittish, self-protective partners. It is a great mistake to imagine that the anti-Le Pen line-up on 7 May will endure. The single aim of stopping the Front will be replaced by a myriad of party, regional and personal interests. The idealists of En Marche! may find that hard to stomach. A movement that came from nowhere could all too easily dissolve like snowflakes in the sun. Macron’s task is made all the more tricky by the legacy of another element in the voting last Sunday. Almost half the voters supported anti-establishment parties. Their parliamentary representation will be well short of their popular backing. That is likely to fuel street action encouraged by Mélenchon and Le Pen, whose Front is the principal political vehicle for industrial workers and has made inroads into depressed rural areas. The big CGT union federation will try to make up for declining membership by increased militancy. Vested interests, from farmers to pharmacists, will be up in arms. A rentrée chaude is on the cards for the autumn. The first-round vote showed a sharply divided nation. Le Pen took nine departments among those with the highest jobless rates. They are not likely to fall for the Macron charm or his liberal ‘open to the world’ policies. So France will come out of one election and approach another split between the haves and have-nots with two articulate rabble-rousers confronting the political start-up of the decade. Jonathan Fenby
At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron. Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business. “He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners. Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors. The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets. Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent. Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency. A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000. Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate. The WSJ

Vous avez dit danseur mondain ?

Au lendemain d’un premier tour qui entre machination juridico-médiatique et règlements de compte politiques …

A éliminé rien de moins que les candidats des deux principaux partis

Dont le seul représentant, à l’économique comme au régalien, d’une véritable alternance

Au profit de deux outsiders aux naïvetés et cécités presque exactement croisées ….

Pendant que pour étoffer leurs lourds dossiers contre le drôle de paroissien pilleur de troncs nos juges-justiciers en sont à faire les poubelles des journaux de province

Et qu’oubliant l’origine largement musulmane du nouvel antisémitisme, la Shoah devient argument de campagne pour racoler les électeurs juifs contre le seul Front national …

Devinez qui va se choisir …

Après cinq années d’immobilisme d’un autre président accidentel …

Une France cigale qui entre la semaine de 35 heures et la retraite à 62 ans …

Ne cesse, depuis vingt ans et entre deux attentats islamistes, de perdre du terrain par rapport à ses principaux concurrents  …

Pour danser comme en témoignent le refus du prétendu « front républicain » (étrangement silencieux sur le lénino-chaveziste de service Mélenchon) …

Ou les ralliements qui ont commencé à la candidate de la droite radicale …

Sur le volcan de la colère qui monte de toute une population marginalisée par la mondialisation ?

The Calculated Rise of France’s Emmanuel Macron

French presidential candidate skipped electoral politics, instead connecting with the elite and acquiring market experience; at stake, the future of Europe

Stacy Meichtry and William Horobin

The Wall Street Journal
April 28, 2017
PARIS—At the height of the financial crisis, Rothschild & Cie. assigned one of its veteran bankers to groom a new hire named Emmanuel Macron.
Mr. Macron had no experience in banking. Instead, he had powerful mentors who had recommended him to Rothschild as a danseur mondain—literally, high-society dancer—who could drum up business.
“He was identified as being a very singular person with lots of contacts,” recalls Cyrille Harfouche, the veteran assigned to shepherd Mr. Macron. By the time Mr. Macron left Rothschild four years later, he had negotiated a multibillion-dollar deal and become one of its youngest-ever partners.
Mr. Macron’s banking career followed a playbook that now has upended the political order and placed the French presidency within his grasp, with a final-round election against Marine Le Pen on May 7. Mr. Macron made friends in high places who propelled him to ever-higher echelons of French society. Along the way he acquired a repertoire of skills, from piano and philosophy to acting and finance, that helped impress future mentors.
The approach allowed Mr. Macron to shortcut the traditional political path. Rather than run for office in his hometown, gradually building a constituency, he proceeded straight to Paris, where he became an expert on banking and European technocracy. He acquired a mastery of arcane regulations, from the 3,334-page French national labor code to the plumbing of the European Union’s single market, that made him a valuable potential aide to politicians being whipsawed by the EU’s complexity and the gyrations of global markets.
Now the future of France, and in considerable measure of the EU itself, could be in the hands of a 39-year-old who was little-known to much of the world until this year. His duel with Ms. Le Pen over France’s place in Europe has redrawn French politics, sweeping aside mainstream candidates and the traditional left-right divide they represent.
Mainstream French parties have called on their supporters to rally behind Mr. Macron in the contest against Ms. Le Pen, the far-right nationalist who would withdraw France from the EU’s common currency.
A Macron win would put Europe’s second-largest economy under an outspoken EU supporter who wants to establish a command center for the Continent’s defense, create a border police force, loosen France’s rigid labor rules, cut payroll taxes and reduce French public-sector employment by 120,000.
Mr. Macron is a political pragmatist who has long cast himself as an outsider. He was musician to his banking colleagues and a capitalist inside a Socialist government before squaring off with nationalists as a pro-Europe candidate.
Interviews with Mr. Macron over two years, as well as with campaign aides, government officials and friends, reveal a man who set his sights on high office early, showing a willingness to defy convention in pursuit of that goal. That drive ultimately set Mr. Macron on a collision course with the one mentor who elevated him to the senior ranks of government, President François Hollande.
Born to a family of doctors in the northern city of Amiens, Mr. Macron met his future wife, Brigitte Trogneux, while he was in high school and she was his drama coach. She was more than 20 years his senior, a member of a prominent business family of chocolatiers, and married.
The teenager spent hours with Ms. Trogneux to adapt a play by the Italian playwright Eduardo de Filippo about a clever actor who tries to outsmart a powerful local official. She cast him in the lead role. “We worked a lot together,” he recalled.
Mr. Macron’s parents sent him to finish high school in Paris, but he remained in touch with Ms. Trogneux. A couple of years later, she broke off her marriage and moved to Paris to live with Mr. Macron.
By then he was making his way into rarefied circles. He studied philosophy and became the assistant of Paul Ricoeur, one of France’s best-known philosophers. He enrolled in the Ecole Nationale d’Administration, the elite academy that trains French ministers, central bankers and presidents.
Graduating near the top of his class, Mr. Macron earned a post in the Inspectorate General of Finance, a corps of state auditors that serves as a finishing school for the establishment. He cultivated powerful alumni such as French power broker Alain Minc and former Prime Minister Michel Rocard.
One alumnus he courted recalled sitting down with Mr. Macron for the first time and asking him where he saw himself in 30 years. “President of the Republic,” he replied, according to this person.
Mr. Macron remembered the exchange differently—that he simply said he was open to a career in politics.
The alumnus advised Mr. Macron to avoid conventional politics, saying it wouldn’t guarantee him financial security, and helped line up a job for him at Rothschild, a venerable investment bank that straddles the worlds of French finance and politics.
Mr. Macron impressed his bosses by seeking to do more than open doors. Mr. Harfouche said Mr. Macron wanted to learn “the hard way.” So he was given a crash course in the number-crunching and financial modeling that goes into mergers and acquisitions. Word also spread of his piano virtuosity. “He could have been an artist,” Mr. Harfouche said.
While at the Inspectorate, Mr. Macron had worked as an assistant to an economic committee of eminences grises that included Nestlé SAChairman Peter Brabeck-Letmathe. Mr. Macron began meeting with the executive regularly, pitching an acquisition target: Pfizer Inc.’sbaby-food business.
Ultimately he persuaded Nestlé about the acquisition as a way to boost its presence in China, one of the few baby-food markets where the Swiss company wasn’t a market leader. When a bidding war broke out with French rival Danone SA, Mr. Macron scrambled to clinch the $11.8 billion Nestlé purchase.

MACRON’S PLATFORM

  • Economy: Cut corporate income tax rate to 25% from 33.3%. Abolish some local taxes. Eliminate 120,000 public-sector jobs over five years. Spend more on renewable energy, upgrades to public services.
  • Labor: Cut payroll taxes. Expand unemployment-benefit eligibility. Let firms negotiate directly with employees on working hours
  • Security, Foreign Policy: Hire 10,000 more police. Increase prison capacity. Boost defense spending to 2% of GDP. Negotiate with EU countries to create border force of 5,000. Process refugee applications faster.
  • Education : Cut class size. Allow bilingual instruction. Don’t expand ban on Islamic headscarfs to universities.
  • Electoral Reform: Reduce number of lawmakers and senators. Bar them from hiring family as assistants.
The deal made Mr. Macron, by then a partner at Rothschild, a wealthy man. It also made him an adviser sought after in French political circles, including Mr. Hollande, the Socialist Party leader who was then challenging French President Nicolas Sarkozy. Mr. Hollande hired Mr. Macron as an aide, dispatching him to reassure investors and business leaders nervous about the candidate’s plan for a 75% tax on incomes above €1 million.
After winning the presidency in 2012, Mr. Hollande brought Mr. Macron to the Élysée Palace as deputy chief of staff. As business leaders threatened to leave France, citing the tax policy, Mr. Macron warned his boss in an email that he risked turning France into “Cuba without the sun.”
Mr. Hollande relented, scaling back his contentious tax plan and introducing some corporate tax cuts dubbed the “responsibility pact.” The U-turn enhanced the reputation of his pro-business consigliere among members of the Socialist Party’s frustrated free-market wing who had flocked to Mr. Macron’s side.
Among them was Gérard Collomb, a senator and mayor of Lyon. “I was quite on edge about Mr. Hollande’s policies, so [Mr. Macron] dined with me and some lawmakers to try and calm things down,” Mr. Collomb said.
Other interventions followed. When Mr. Hollande’s left-wing economy minister, Arnaud Montebourg, tried to scuttle a General Electric Co. bid for Alstom SA’s turbine business, Mr. Macron stepped in and brokered GE’s $17 billion purchase.
With the wind in his sails, Mr. Macron abruptly quit as an Hollande aide in the summer of 2014, saying he wanted to try starting his own business. Mr. Hollande hosted an elaborate Élysée Palace send-off at which the president quipped in a toast that whenever he travelled abroad, people remarked: “Ah! You work with Emmanuel Macron.”
Mr. Macron responded with a serious speech, urging the assembled politicians to overhaul the country.
Weeks later, Mr. Hollande ousted Mr. Montebourg over the economy minister’s opposition to spending cuts—and offered Mr. Macron the job.
Mr. Macron didn’t immediately say yes. He demanded a mandate to overhaul the economy.
“You will be here to reform,” Mr. Hollande replied.
Four days into the new post, Mr. Macron invited Sigmar Gabriel, then Germany’s economy minister and vice chancellor, to a private dinner in Paris. They agreed to commission a report from economists that could serve as a blueprint for a grand bargain Mr. Macron envisioned to revive the EU’s fortunes: Germany would provide stimulus by spending more, and France would become a European model of economic rectitude by paring back its generous labor protections.
“From the start I proposed a European New Deal—undertake reform, but at the same time persuade Europe to invest more,” Mr. Macron said in an interview last year shortly before declaring his run for the presidency.
In his view, France’s job market was hemmed in by a rigid educational system that set young people on a narrow career trajectory and by labor rules that discouraged companies from hiring them. The result was an unemployment rate of nearly 10%, and twice that among the young.
Mr. Macron, as economy minister, crafted a bill to streamline hiring and firing procedures, slash red tape and permit more shops to open on Sunday. The contentious proposals, dubbed the Macron Law, thrust him into the limelight as unions organized large street protests.
Mr. Hollande, fearing the bill would fail in Parliament, to the embarrassment of his government, didn’t put it to a vote. He instead stripped out key provisions that would ease hiring and firing restrictions, then enacted the bill by decree.
That sowed the seeds of Mr. Macron’s future rebellion. Interviewed by The Wall Street Journal later on that day in early 2015, Mr. Macron was asked whether he had ever harbored presidential ambitions.
“No, but when you decide to do something, it’s to do the best—to become [a] billionaire when you create a startup,” Mr. Macron said.
He joked: “Or king. I want to change the regime.”
He continued prodding Mr. Hollande, sending him a letter on Christmas Eve 2015 that again urged the president to make deeper economic changes and to push Europe and Germany to loosen their purse strings.
“We need to go further, and, at the same time, it’s crucial that Europe have a stimulus policy,” Mr. Macron said months later, describing the contents of the letter.
Mr. Hollande didn’t write back. He was grappling with historically low poll numbers that jeopardized his chance of re-election. The last thing he needed was to revive street protests.
Mr. Hollande’s inaction was a final spur to Mr. Macron’s presidential ambitions, said Richard Ferrand, a veteran Socialist politician who sometimes guided Mr. Macron in the legislative process.
In the months that followed, Mr. Macron huddled with Socialist heavyweights such as Messrs. Ferrand and Collomb to plot a run for the presidency. Without the backing of a long-established party, he would need to tap his contacts in the business world. That meant taking the unusual step in French politics of hosting private fundraising dinners, inviting people who had their own networks of potential donors.
Last spring, Mr. Macron unveiled his own political party, En Marche, or “On The Move,” mortally wounding Mr. Hollande’s re-election chances. At first, the president refused to publicly acknowledge Mr. Macron wanted his job.
“It’s not just a question of hierarchy—he knows what he owes me. It’s a question of personal and political loyalty,” Mr. Hollande said in a TV interview at the time.
Days later, Mr. Macron delivered the coup de grâce in a local newspaper interview confirmed by his spokeswoman.
“When a president names someone minister,” he said, it’s “not to make him a servant.”
Last Aug. 30, with TV cameras watching, Mr. Macron boarded a covered riverboat docked at the economy ministry and rode it down the river Seine to the Élysée Palace to deliver his resignation.
Voir aussi:

«C’est la raison qui a perdu les élections»
Yves de Kerdrel
Le Figaro
25/04/2017

CHRONIQUE – La France travaille moins que ses voisins et compte trop d’inactifs. Le problème, c’est que les partis qui ont prospéré dimanche dernier sur la colère des Français proposent de travailler encore moins.

Jean Mistler qui était un esprit fin, ancien élève du philosophe Alain et successeur de Paul Morand au Quai d’Orsay, répétait cette jolie formule: «La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections.» Le premier tour de la présidentielle qui s’est déroulé dimanche dernier a fourni une nouvelle preuve de la perspicacité de cet ancien secrétaire perpétuel de l’Académie française. Puisque si l’on analyse en détail les résultats du pathétique scrutin du 23 avril, plus de la moitié des votants ont déposé dans l’urne un bulletin portant le nom d’un dénonciateur de la mondialisation, de l’Europe et de l’économie de marché.

Jamais le monde n’aura été aussi prospère que sous ces deux décennies de libre-échange, de développement des nouvelles technologies et de croissance exponentielle.  Voici donc la France touchée, après les États-Unis et la Grande-Bretagne, par  cette curieuse vengeance des peuples,  par ce désir de démondialisation, et par  cette conviction que le quart de siècle  écoulé depuis la chute du mur de Berlin  aura affaibli l’Occident. Ce qui est une  lubie ! Ces années de mondialisation  et de « village planétaire » ont permis  à un milliard d’êtres humains de sortir  de la très grande pauvreté. Jamais  le monde n’aura été aussi prospère  que sous ces deux décennies de libre échange, de développement des  nouvelles technologies et de croissance  exponentielle des pays dits émergents. Malgré la crise financière de 2008,  d’ampleur séculaire, l’Europe est plus  prospère aujourd’hui qu’il y a dix ans.  La France aussi. Cela se mesure par un chiffre, toujours aussi abstrait pour la  plupart des Français : le produit  intérieur brut qui compte l’ensemble  des richesses créées par un pays. En  2016, notre pays affichait une richesse  collective de 2 200 milliards d’euros  supérieure de plus de 10 % à ce qu’elle  était en 2008 (1995 milliards).  Le problème, c’est que de tous les pays  européens, la France est celui dont  la démographie a été la plus prospère.  Si bien que le PIB par habitant n’a cessé  de se dégrader au cours des dernières  années.

Comme l’a très bien montré la  semaine passée un passionnant rapport  établi par McKinsey :  « S’agissant  de l’évolution du PIB par habitant  de sa population, la France voit en effet sa  situation diverger de celle des États-Unis  et des autres pays de l’Union européenne  à quinze, au point qu’elle accuse  aujourd’hui un retard notable par rapport  à ces nations. »  Alors que notre pays  figurait, jusqu’au milieu des années  1990, dans le peloton de tête européen  en matière de prospérité, la France est  passée en 1996 sous la moyenne  européenne et a chuté depuis 2010 à la  11 e  place parmi les Quinze, ne devançant  plus que l’Italie, l’Espagne, le Portugal  et la Grèce. A contrario, l’Allemagne  est parvenue sur la même période  à accentuer son avance.

La France s’est donc bien enrichie,  au cours de ces dernières années, grâce  notamment à la bonne santé de ses  grands groupes privés. Mais chaque  Français s’est appauvri. Et cela est hélas  incontestable sur le plan statistique.  D’où la conviction chez beaucoup de nos  concitoyens que cela est le fait de la  mondialisation (qui est pour certains  synonyme d’immigration), de l’absence  de protections nationales et de  l’incapacité de l’Europe à faire émerger  un dessein collectif. Car il est toujours  plus facile de trouver les boucs  émissaires à l’extérieur plutôt que  de regarder ce qui ne va pas chez nous  et qui fonctionne bien mieux chez nos  voisins.

Le rapport de McKinsey mentionné  plus haut va donc plus loin et montre  que  « si l’on s’attache aux facteurs  explicatifs du différentiel de prospérité  entre la France et ses voisins européens,  ce sont avant tout les faibles taux  d’activité et d’emploi de sa population  au regard des autres économies avancées  qui en constituent les principales causes,  au-delà même de leurs implications  humaines et sociales ».  En clair, cela  signifie que nous travaillons moins que  nos voisins et que notre pays compte  trop d’inactifs. Un phénomène qui a  débuté avec la décennie 2000 lorsque  les 35 heures ont été imposées aux  entreprises et au secteur public.

En faisant cette erreur magistrale,  puis en décidant de ne reculer l’âge de la  retraite qu’à 62 ans, quand nos voisins  plaçaient ce curseur entre 65 et 67 ans,  nous avons globalement fait le choix  de travailler moins et donc de produire  moins, alors que notre population  gonflait, principalement du fait d’une  forte fécondité des Français d’origine  étrangère. Le problème c’est que les  mêmes partis qui ont prospéré dimanche  dernier sur la colère – légitime – des  Français face à cet appauvrissement  proposent tous de travailler encore  moins. Et ce n’est pas le programme  insipide d’Emmanuel Macron qui va  permettre à chaque Français de renouer  avec la prospérité. Voilà pourquoi Jean  Mistler soulignait à juste titre que  « la raison a bien rarement la majorité  aux élections » .

Voir également:

«Le climat ressemble aux heures les moins glorieuses de la Révolution française »
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Le sociologue Jean-Pierre Le Goff livre son analyse de la campagne présidentielle. Il voit dans le succès d’Emmanuel Macron le fruit d’une nouvelle sensibilité démocratique fondée sur un mélange de raison et d’émotion. Les foules sentimentales des meetings d’En marche et de la France insoumise en sont l’illustration. Il décèle aussi le retour d’un esprit «sans-culotte» qui prête au peuple toutes les vertus, aux élites tous les vices et s’inquiète des «oppositions caricaturales qui verrouillent d’emblée le débat démocratique et la libre réflexion».
Propos recueillis par Vincent Trémolet de Villers
Le Figaro
25/04/2017
LE FIGARO. – Comment avez-vous  perçu la campagne électorale  du premier tour ?
Jean-Pierre  LE  GOFF.  –   Comme  beaucoup, j’ai éprouvé un sentiment de saturation  et  de  ras-le-bol  vis-à-vis  d’une   campagne     parasitée     par     l’«     affaire  Fillon  »  et  la  surmédiatisation.  Les  questions redondantes de certains journalistes transformés en procureurs, les commentaires  des  commentaires,  les  ragots,  les   mensonges,  les  fausses  nouvelles  circulant  dans  les  «  réseaux  sociaux  »…  ont   constamment  brouillé  les  pistes  et  détourné l’attention. Au hit-parade de l’insignifiance  figurent  en  bonne  place  les   costumes  de  François  Fillon,  la  pseudo-liaison  cachée  d’Emmanuel  Macron  et  le   tee-shirt télévisuel de l’ouvrier Poutou.  Les débats des primaires et la multiplication des candidats en fin de campagne ont offert un spectacle désolant, celui de politiques sommés de répondre au plus vite  à  des  questions  diverses  par  des  journalistes  ayant  des  allures  de  meneur  de  jeu   malicieux,   cherchant   constamment   à    mettre  en  défaut  les  candidats,  comme   pour  mieux  faire  valoir  leur  propre  ego.   Sans oublier les émissions politiques avec  des  invités  surprises  qui  peuvent  se  défouler  et  des  comiques  de  service  au  rire   obligé. Le tout est évalué à coups de taux  d’audience   et   de   part   de   marché,   de    nombre  de  tweets  et  de  «  pics  d’intérêt   sur  Google  »,  de  mots,  de  phrases  et  de   moments  «  forts  »…  Le  vainqueur  pro- clamé de cette essoreuse à idées et à émotions  sera  celui  qui  est  jugé  le  «  plus   convaincant » par des téléspectateurs qui  ont  eu  le  courage  de  suivre  l’émission   jusqu’au bout.  Malgré tout, les candidats ont pu exposer  certaines  de  leurs  idées,  des  arguments   ont  été  échangés,  mais  dans  le  cadre   d’une  politique  spectacle  qui  ne  contribue  pas  à  réconcilier  les  Français  avec  la   politique et encore moins avec un certain  type  de  journalisme  d’animation.  On  a   assisté à une sorte de jeu destructeur de la  politique  détournant  constamment  l’attention   de   l’examen   du   contenu   des propositions, de leur crédibilité, de la façon  dont  ils  s’insèrent  dans  l’histoire  du   pays et dessinent l’avenir de la France en  Europe et dans le monde. Ces enjeux qui  donnent  sens  à  l’élection  présidentielle   ont  été  brouillés  par  ce  maelström  médiatique  et  communicationnel  et  ont  eu   du mal à s’imposer dans la campagne.
En dehors du contenu des programmes,  la « com » et les réseaux sociaux ont joué  un rôle important…
Les réseaux sociaux qui fonctionnent dans la réactivité font écho à un type d’individualité  qui  vit  dans  «  l’événementiel  »  et   cherche  à  faire  valoir  sa  propre  image  et   sa  distinction.  Dans  le  grand  brassage  de   la  communication  politique,  il  importe   de  montrer que le candidat est un individu  sensible  comme  tout  un  chacun,  en   même temps qu’un être hors du commun  par   son   dynamisme   et   son   image   de    perpétuel   gagnant,   sur   le   modèle   des    managers  modernistes  qui  dirigent  leurs   collaborateurs   avec   un   sourire   déconcertant.  Ce modèle ne date pas d’aujourd’hui. Il a partie liée avec un nouvel individualisme  autocentré et sentimental. Les idées sont  collées  aux  affects  et  à  l’image  de  soi  de   telle sorte qu’elles forment un bloc et que  l’individu  supporte  mal  les  conflits  et  les   contradictions.   Toute   critique   de   ses    idées peut être vécue comme la remise en  cause de sa personne. En contrepoint, les  grands  rassemblements  sont  des  «  moments  forts  »  de  ferveur  partagée.  L’adhésion  n’est  pas  seulement  rationnelle,   elle est aussi émotionnelle. Se joue un jeu  de miroir entre les militants et le candidat qui  renvoie  souvent  ses  baisers  à  la  foule   sentimentale qui est venue l’acclamer.
Dans cette campagne, les frontières entre  vie privée et vie publique ont été mises  à mal, et la personnalité des candidats  semble aussi avoir compté dans le vote  des électeurs…
Le questionnement des journalistes sur la  vie privée des hommes politiques ne date  pas  d’aujourd’hui.  Dans  les  années  1950,   un journaliste célèbre de l’ORTF interrogeait  Guy  Mollet,  alors  premier  ministre,   sur sa mère, dont la photo était posée sur  la  cheminée  de  son  bureau.  Celui-ci  répondait  sur  le  ton  de  la  confidence  qu’il   avait beaucoup d’affection pour elle. Dans  le  téléfilm   Le  Grand  Charles,   de  Bernard   Stora,  de  Gaulle,  décontenancé,  regarde   cette grande première télévisuelle au style décontracté  en  lançant  cette  boutade  :   « Nous voilà rassurés si M. Guy Mollet aime  sa  maman,  nul  doute  qu’il  ne  soit  qualifié   pour  diriger  la  France.  »   Que  ne  dirait-on  aujourd’hui  au  vu  des confidences savamment orchestrées des politiques et  des  exercices  obligés de la  « transparence » médiatique ? La   connaissance   de   la personnalité  de  celui  qui représentera la France et disposera    de    pouvoirs importants   est   un   des éléments  importants  du choix         démocratique. Mais,  durant  cette  campagne,  des  seuils  ont  été franchis.   Par   exemple, un  journaliste  a  demandé  à  Emmanuel  Macron de  réciter  ses  tables  de multiplications,  l’a questionné sur le choix fait  avec  son épouse  de ne  pas  avoir d’enfants ou  sur   sa grand-mère, le tout dans une émission intitulée  tout bonnement « Entretien d’embauche  ».  Il  est vrai que les politiques offrent le flanc à un  tel  questionnement  quand  ils  se  croient   obligés  de  raconter  leur  vie  dans  des  livres  sur  le  mode  :  «  Quand  j’étais  petit,   j’étais  un  être  sensible  comme  tout  le   monde, j’ai grandi et me voilà désormais  devant  vous  grand,  fort  et  compétent.  »   Jusqu’où ira-t-on dans ce grand déballage  sentimental  au  nom  d’une  transparence  qui  mélange  les  genres  et  rabat  la   fonction présidentielle au tout-venant ?
Comment expliquer la place  prépondérante de la rhétorique  « antisystème » ? 
L’antisystème  est  une  réaction  symptomatique  à  l’ignorance  et  au  mépris  dont   fait  preuve  une  partie  des  élites  vis-à-vis   des  préoccupations  et  des  angoisses  des   perdants de la mondialisation. Le discours  démagogique   fonctionne   sur   le   même    type de schéma : il met en exergue les situations  les  plus  dramatiques,  les  injustices  les  plus  criantes,  les  dysfonctionnements   démocratiques   bien   réels…   qu’il    érige  en  exemples  à  valeur  universelle,   pour  les  imputer  aussitôt  à  des  responsables qui sont toujours les mêmes et que l’on accu- se  de  tous  les  maux  :  les nantis,   les   riches,   les puissants… qui eux-mêmes   sont   inféodés   au « système »   qualifié   de « financier »,  de  « capitaliste »,   de   « néolibéralisme »,  de  « politico-médiatique »…  C’est selon ou c’est tout à la fois. Sans oublier les  États-Unis  qui  condenseraient  toutes  ces   tares,  continueraient  de  régner  en  maître   absolu  sur  le  monde  et  tireraient  les  ficelles des États-marionnettes et des États- nations…   Le   complotisme   n’est   jamais    loin. L’Union européenne entre désormais  dans ce schéma. Ce n’est pas la façon dont  s’est  construite  l’Union  européenne,  la   bureaucratie, la réalité de sa crise qui sont  en question, mais l’exploitation qui en est  faite qui joue sur toutes les frustrations, les  ressentiments  et  les  haines  pour  faire  va- loir la logique du bouc émissaire et du « il  n’y   a   qu’à   »…   Les   discours   de   Marine    Le Pen et Jean-Luc Mélenchon me parais- sent typiques de ce registre démagogique,  sans  parler  de  leurs  propositions  économiques  irresponsables  et  du  changement   des alliances au profit de la Russie de Vladimir Poutine. Ces discours populistes en- traînent  un  peu  plus  le  pays  et  l’Union   européenne dans la dislocation et le chaos.
Comment caractériseriez-vous le climat  régnant actuellement dans le pays ? 
On  évoque  souvent  le  climat  des  années   1930 pour décrire la situation de crise que  nous traversons, mais on pourrait aussi se référer  à  la  Révolution  française,  ou  tout   au moins à ses pages les moins glorieuses,  avec  la  pression  et  le  pouvoir  qu’ont   exercé un moment les sans-culottes, encouragés  par  des  tribuns  et  des  journalistes  révolutionnaires  qui  pratiquaient   l’invective et la délation envers les représentants  corrompus  et  tous  les  «  riches   égoïstes   ».   La   référence   constante   au    «  peuple  souverain  »  censé  être  incarné   par   les   sans-culottes   contre   les   élus    coupés du peuple n’est pas sans faire écho au « dégagisme ». La vertu se voulait naturelle au peuple, les députés légiféraient  sous  la  pression  des  piques,  les  «  bons   citoyens » se devaient de pratiquer la délation…  L’État  de  droit  et  la  démocratie   représentative   ont   triomphé,   mais   la    passion     égalitaire     et     moralisatrice,      l’apologie de la démocratie directe contre  la  représentation,  l’inexpérience  politique  comme  gage  d’authenticité  et  de   renouvellement…   reviennent   en   force    dans cette période de crise et de décomposition.  Sortir  d’une  telle  situation,  supposerait,   entre autres, de mettre fin au pouvoir in- forme et à la « langue caoutchouc », d’arrêter la démagogie consistant à dire que le programme et les propositions politiques ne  sont  que  l’émanation  pure  et  simple   des  citoyens  et  d’une  société  civile  en- censés de telle manière qu’ils permettent  aux  candidats  de  mieux  se  faire  valoir  et   de  légitimer  leurs  idées  et  leurs  orientations. On en est loin. Dans ce cadre, la référence  au  général  de  Gaulle  ne  manque   pas de culot. Il faut dire que cette référence  peut  aujourd’hui  servir  à  tout,  à  faire   valoir la fuite en avant et la « mondialisation  heureuse  »  comme  la  vision  d’une   France provinciale repliée sur elle-même  qui  pourrait  vivre  tranquillement  dans   son  coin  sans  affronter  les  défis  du  nou- veau   monde.   La   déculturation   et   la    confusion  postmodernes  récupèrent  et   recyclent un gaullisme ossifié.
Le débat est de plus en plus binaire :  ouverts contre fermés, ponts contre  murs, il est presque infantile. Pourquoi ?

Ces oppositions caricaturales verrouillent  d’emblée   le   débat   démocratique   et   la    libre  réflexion.  Ce  sont  des  schèmes  de   communication  bien  adaptés  aux  nouvelles   techniques   d’information   et   de    communication qui favorisent les formulations  sommaires  et  la  réactivité  à  tous   crins.  On  n’entre  plus  dans  l’examen  du   contenu  des  significations  des  idées  et   dans l’argumentaire ; on en reste à la sur- face  des  mots  qui  fonctionnent  comme   des signes identitaires et d’appartenance  au bon ou au mauvais camp. Une fois les  étiquettes  accolées,  il  est  difficile  de  s’en   défaire  ;  ce  sont  des  tics  de  langage  qui   passent en boucle dans les médias et vous  collent à la peau.  Il est ainsi difficile d’aborder les questions anthropologiques, l’insécurité culturelle,  l’inquiétude   identitaire,   l’immigration    sauvage…  qui  sont  au  cœur  du  malaise   démocratique   sans   être   soupçonné   de    flirter  avec  l’extrême  droite  ou  de  faire   son  jeu.  Ce  genre  de  tabou  jeté  sur  ces   questions  par  une  gauche  médiatique  a   abouti  aux  résultats  que  l’on  sait  :  elle  a   permis  à  l’extrême  droite  de  se  les  approprier à sa manière.  On  ne  doit  pas  craindre  d’aborder  libre- ment  ces  questions.  L’alternative  au  nationalisme  xénophobe  et  chauvin  n’est   pas  l’évocation  d’une  patrie  désincarnée   et  encore  moins  d’une  citoyenneté  du   monde invertébrée. Elle suppose une histoire un « héritage de gloire et de regrets  à  partager  »  et  «  dans  l’avenir  un  même   programme  à  réaliser  ».  L’identité  d’un   pays  et  d’une  civilisation  n’est  pas  une   substance immuable et fermée, mais elle  ne signifie pas pour autant une recomposition constante et indéfinie. Elle suppose  un   cadre   structurant, une   interprétation   de l’histoire  qui  structure les    événements,    leur donne une signification et met en valeur les acquis de notre héritage En fin de compte, comment voyez- vous le second tour de l’élection présidentielle ? À  contrario  des  envolées  lyriques  d’Emmanuel  Macron,  ces  propos  de  George   Orwell  me  paraissent  mieux  adaptés  à  la   situation  :   «  La  plupart  d’entre  nous  persistent à croire que tous les choix, et même  les  choix  politiques,  se  font  entre  le  bien  et   le  mal,  et  que  du  moment  qu’une  chose  est   nécessaire,  elle  doit  aussi  être  bonne.  Il   nous   faudrait,   je   pense,   dépouiller   cette    croyance qui relève du jardin d’enfants. En  politique, on ne peut jamais opter que pour  un moindre mal. »  Ce sera encore une victoire  par  défaut  sur  fond  de  divisions  du   pays qui n’auront pas magiquement disparu.  Pour  le  reste,  la  reconstruction  ne   se fera pas en un jour à coup de déclarations  grandiloquentes,  de  nobles  principes et de bons sentiments. Le chantier est  devant nous.  ■

Voir encore:

Ce front républicain qui n’a cessé de faire monter le Front national

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain.

Eric Verhaeghe

Contrepoints

30 avril 2017

Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant front républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front : l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France.

La rente du front républicain

Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh ! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis.

Le danger que le front républicain fait peser sur la démocratie

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon !), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres : Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc.

François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur ! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir.

Le Front National est-il oui ou non anti-démocratique?

Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936 ! L’article L232-1 du Code de la Sécurité intérieure dispose notamment :

Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait : (…)

6° Ou qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence.

Si les partis en place considèrent que le Front National entre dans cette catégorie, que le ministre de l’Intérieur applique la loi et qu’il ordonne la dissolution de ce parti. Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique.

Comment le bannissement du Front National a affaibli nos institutions

Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger.

Pour s’en rendre compte, il suffit de lire ce graphique sur le nombre de voix recueillies au premier tour par les candidats du second tour :

Source : http://www.entreprise.news

En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages.

Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait « barrage au Front National », plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour.

Sans la liberté de blâmer…

Le bannissement, ce réflexe témoin de la réaction nobiliaire…

Les infortunes suicidaires du front républicain tiennent à son esprit, qui déplaît à la majorité. Personne, sur le fond, n’est dupe ! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple : bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire.

On retrouve ici la tradition du « Ridicule » de l’Ancien Régime très bien mise en scène par Patrice Leconte. Tout ce qui, non seulement ne se conforme pas, mais met en danger, la machine bien huilée destinée à servir les intérêts de l’élite est condamné à être broyé. Facialement, la démocratie existe. En profondeur, elle est foulée aux pieds par l’esprit de parti et de cour qui pétrifient tous ceux qui n’entrent pas dans la « combine ».

… qui insupporte une majorité grandissante de Français

Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante.

Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des « dissidents » devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de « grandes gueules » qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque.

Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui ?

Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime.

Et si l’on revenait à la démocratie ?

La stratégie du front républicain, qui consiste en bout de course à marier les carpes et les lapins pour rester seul à table contre tous les nouveaux arrivants, menace dangereusement nos libertés publiques.

D’abord, elle fonctionne par la multiplication des interdits liberticides. Ensuite, elle relativise les divergences d’opinion au profit d’une coalition d’intérêts mortifères. Pour défendre les mandats d’Estrosi, de Bertrand, de Cambadélis, de tous ceux qui ont pris le pouvoir sans majorité, nous serions supposés sacrifier nos vies et nos envies dans les tranchées d’un ridicule Chemin des Dames politique.

Nous savons tous que l’hécatombe de 1914 a préparé les reniements des années 30, nourris de toutes les désillusions face à ces sacrifices inutiles – inutiles pour l’intérêt général, mais très fructueux pour tous ceux qui ont instrumentalisé la cause collective à leur seul profit.

Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion : entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de morale à trois balles, le choix ne coule plus de source.

Voir encore:

Vie et mort du « Front républicain »

  • Eugénie Bastié
  • Le Figaro
  • 28/04/2017

FIGAROVOX/FOCUS- Le refus de Mélenchon de donner une consigne de vote et le « ni-ni » de certains ténors de la droite acte la défaite d’une stratégie de « cordon sanitaire » dont les origines remontent aux débuts de la IIIème république.

Le Front républicain est à la fois une mythologie ancienne et une discipline électorale qui remonte aux débuts de la IIIe République. Elle mêle considérations morales et bénéfices stratégiques et électoraux, appel au désistement et exclusion d’un parti de l «arc républicain». En 2002, il s’était mis en place après l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour. Cette fois-ci, des lycéens défilent en criant «ni Marine, ni Macron», Jean-Luc Mélenchon n’appelle pas publiquement ses militants à voter pour le candidat d’En Marche, tout comme des élus de droite tels qu’Henri Guaino, Guillaume Larrivé, Éric Ciotti. La pratique du Front républicain se délitait déjà depuis quelques années, notamment avec l’instauration de la stratégie du «ni-ni» par Nicolas Sarkozy.

Selon Frédéric Rouvillois, auteur d’Être (ou ne pas être) républicain (Éditions du Cerf), le Front républicain est une «technique séculaire de marginalisation de l’adversaire par un mot qui porte à la fois une dimension consensuelle et sacrée.» «Dans la mesure où le terme républicain est extrêmement polysémique, pour ne pas dire flou, il est utilisé par certains hommes politiques, souvent de gauche, pour tracer la limite du débat démocratique. Il n’y a pas d’instance objective qui définisse ce qu’est un bon républicain. C’est une stratégie qui n’a pas toujours montré son efficacité».

• 1887 et la «concentration républicaine»

Pour entraver la dérive césariste du général Boulanger, qui avait été nommé ministre de la guerre par Georges Clemenceau, républicains opportunistes et radicaux forment un gouvernement de «concentration républicaine». Ils empêchent l’arrivée au pouvoir du général Boulanger en 1885 et en 1889.

• L’affaire Dreyfus et la «défense républicaine»

«L’affaire Dreyfus est un moment fondateur du front républicain», estime l’historien Olivier Dard. En juin 1899, aux lendemains de l’affaire Dreyfus qui a coupé la France en deux le cabinet Waldeck-Rousseau se présente comme le gouvernement de «défense républicaine». Il rassemble autour des radicaux, la droite modérée, les centristes une partie des socialistes opposés aux anti-dreyfusards.

• Années 1930 et la discipline républicaine:

Aux municipales de 1935 et aux législatives de 1936, le mécanisme de «discipline républicaine», qui prévoit le désistement du candidat de gauche dans l’entre-deux tours au profit du candidat arrivé en tête est élargi au PCF. Une coutume de solidarité électorale plus qu’un barrage moral, qui permet l’union des gauches.

• 1956: le «Front républicain» de Jean-Jacques Servan Schreiber

Le fondateur de l’Express a l’idée de baptiser «Front républicain» une coalition électorale, lancée durant les législatives de 1956, qui rassemblait les socialistes de la SFIO, de l’UDSR le parti de François Mitterrand, des gaullistes sociaux autour de Jacques Chaban-Delmas. Il s’agissait autant de contrer le poujadisme naissant et le PCF en invoquant la protection d’une république supposément menacée par la guerre d’Algérie. Il échoue dans sa tentative de rassembler tous les partis de la «troisième force».

• 1962: un «Front républicain» contre de Gaulle

À l’automne 1962, le radical Gaston Monnerville, président du Sénat, prend la tête des opposants au référendum du général de Gaulle prévoyant de changer la Constitution en faveur d’une élection du président de la république au suffrage universel. Dans un discours, il appelle «les républicains et les républicaines que vous êtes, [à prendre] conscience d’un danger pour la République et [à se montrer] décidés à y faire face» et lance un appel à un «front commun des républicains, de toutes nuances» pour s’opposer au général de Gaulle.

• Années 1980: le «cordon sanitaire»

L’expression «cordon sanitaire» vient des Pays-Bas: elle désigne la politique mise en place à la fin des années 1980 pour exclure de toute coalition électorale les partis d’extrême-droite. Les partis dits démocratiques passent un accord pour ne pas s’allier avec les partis dont le programme est considéré comme contraire aux droits de l’homme. L’expression est reprise en France à la fin des années 1980 pour empêcher tout accord entre la droite et l’extrême droite alors naissante. Elle apparaît dans une tribune en 1987 signée par Jean-Christophe Cambadélis et 122 personnalités. La même année, Michel Noir et Alain Carignon, élus RPR, écrivent dans une autre tribune «Il vaut mieux perdre une élection que perdre son âme». En 1998: l’expression est employée pour dénoncer l’attitude de Charles Millon qui a accepté les voix du FN pour la présidence de la région Rhône-Alpes.

• 2002: l’apogée du «Front républicain»

La qualification surprise au second tour de l’élection présidentielle de Jean-Marie Le Pen suscite un «barrage» généralisé. Tous les candidats, sauf la trotskiste Arlette Laguiller, appellent à contrer le Front national.

• 2011: la stratégie du «ni-ni»

Lors des élections cantonales de 2011, Nicolas Sarkozy prône pour la première fois la consigne «ni vote FN, ni vote PS» en cas de second tour opposant la gauche au parti frontiste. Les ténors de l’aile centriste de l’UMP affichent leur désaccord, appelant à voter à gauche en cas de duels.

• 2017: Affaiblissement du Front Républicain

Contrairement à 2002, la classe politique ne réagit pas de façon unanime à la présence du FN au second tour. Si les principaux ténors de la droite appellent à contrer Marine Le Pen, certains ne donnent pas de consigne de vote. Mais le revirement le plus spectaculaire vient de la gauche: Jean-Luc Mélenchon, qui avait appelé sans états d’âme à faire barrage en 2002, affirme qu’il gardera son vote intime. Le Front républicain est disloqué.

Voir de plus:

Vu du Royaume-Uni. Macron, en marche vers le désastre ?

Cet homme, qui “affirme créer une nouvelle forme de politique” et dit vouloir “défier le système”, est en réalité “un outsider et un insider en même temps”, affirme le journal conservateur, qui explique justement son succès par le soutien de nombreuses personnalités de l’establishment politique.“Le nouvel empereur de l’Europe, titre The Spectator en une de son édition du 27 avril. Certes, Emmanuel Macron devrait devenir président de la République, mais ce jeune prétendant va droit à la catastrophe”, prévient l’hebdomadaire britannique.

Pour l’hebdomadaire britannique, le principal problème de M. Macron sera d’obtenir le soutien d’autres partis au sein de l’Assemblée nationale, ce qui impliquera “une bonne dose de marchandage à l’ancienne”. “Les idéalistes d’En Marche ! auront du mal à digérer les alliances inévitables avec d’autres partis”, prévoit The Spectator.

Enfin, M. Macron devra se préparer à une “rentrée chaude” cet automne : Marine Le Pen, tout comme Jean-Luc Mélenchon, va “encourager les manifestants issus de tous les secteurs à descendre dans la rue” :

Le Pen a gagné dans neuf des départements qui enregistrent les taux de chômage les plus élevés. Il y a peu de chances que ceux-ci soient séduits par le charme de Macron ou par ses politiques libérales d’‘ouverture sur le monde’.”

Voir de même:

What’s the matter with Europe’s new emperor?

Emmanuel Macron looks certain to be president of France, but this young pretender is marching towards disaster

Jonathan Fenby

29 April 2017

Coming out of a celebratory dinner at a Montparnasse brasserie after topping the poll in the first round of the French presidential election on Sunday, Emmanuel Macron had a brief brush with the press. A reporter asked: ‘Is this your Fouquet moment? This referred to a notoriously showy celebration by Nicolas Sarkozy at Fouquet’s restaurant after his own victory in 2007. The 39-year-old centrist was visibly cross. He simply wanted to thank his secretaries, security officers, politicians and writers, he said. Then came the dig. ‘If you don’t understand that,’ he said, ‘you understand nothing about life. I have no lessons to learn from the petit milieu Parisien.’

This dismissive reference to the chattering classes is par for the course for a man who shows no hesitation in demonstrating his superiority; a man who claims he’ll create a new sort of politics to replace the discredited and cliquey system which reached its nadir under Hollande. But behind Macron on the red velvet banquettes of the brasserie was as fine a collection of a particular kind of Parisian in-crowd as one could wish for.

Alongside secretaries and security guards sat the perennial presidential adviser Jacques Attali, who was whispering in François Mitterrand’s ear as he steered France into a downward course in the early 1980s. There was Daniel Cohn-Bendit, survivor of the 1968 student riots turned Green politician and all-purpose pundit. There was a radio host, a well-known actor, a veteran senator and big city boss and the 88-year-old singer Line Renaud. Very much business as usual.

The man who set up his own party to challenge the system, En Marche! (his own initials), is in fact a perfect insider-outsider. A graduate of the top administrative college, l’ENA, he made a fortune organising mergers and acquisitions for the Rothschild bank, earning €2.9 million in one takeover and getting the nickname of ‘the Mozart of finance’. In the seamless way of the French elite, he gravitated to the Elysée Palace as a Hollande adviser and became economics minister in 2014, lasting two years before resigning and setting his sights on returning as president of the republic. Macron, immaculately groomed, exudes confidence and seems to have an answer for everything, including the need not to make concessions to the UK over Brexit. He has determination and ambition, but he’d be wise to remember how lucky he’s been too. Given the Socialist Hollande’s abject unpopularity, this looked like the year when the centre-right Republicans were bound to regain the presidency. But their candidate, François Fillon, ran into fatal allegations that he arranged big payments from state funds to his wife and family for work they did not do.

The Socialists split, choosing the left-winger Benoît Hamon and prompting a walk-out by social democrats like former premier Manuel Valls, who backed Macron despite bad blood between them when they were in government together. Two of the party’s important provincial figures, Lyons mayor Gérard Collombe and Jean-Yves Le Drian, president of the Regional Council of Brittany, swung behind the pretender. The rise of the hard-left Jean-Luc Mélenchon in the first round campaign, addressing huge crowds and using a hologram to appear at two rallies at time, provided an alternative pole to Marine Le Pen for angry voters. As her polls ratings declined, she focused on her core electorate and thus limited her ability to broaden her appeal. Macron had only to ensure that the swelling ranks of En Marche! supporters remained pumped up. Laurent Joffrin, editor of the left-wing Libération, conjured up a new political substance, Macronite, as a 21st-century version of Teflon — or the Gallic equivalent of Blairite. Macron deftly deflected accusations that his policies were like a box of chocolates: neatly arranged but with soft centres. He promised to cut the budget deficit while reducing taxation, but avoided Fillon’s Thatcherite rigour. When claims surfaced of a gay relationship, he smiled and, referring to Mélenchon’s doppelgänger, said: ‘If you’re told I lead a double life, it’s because my hologram has escaped.’

Macron has the backing of Angela Merkel and can be expected to unite with Germany in making sure that soft terms for Brexit do not encourage the Le Pen-Mélechon Eurosceptics. The main threat on 7 May is likely to be from left-wingers unable to bring themselves to vote for a banker in a country with a deep distrust of the financial sector, and from those who find him too representative of the elite they want to overturn. His real challenges will start then, and he will no longer be able to count on Macronite good fortune.

The immediate problem is the June legislative elections. En Marche! has no members of parliament — it plans to run candidates in all 577 constituencies, but when voters choose their National Assembly representatives they often stick to candidates they know. And Macron’s movement lacks a national organisation. Last Sunday he scored well in big cities and western France but his opponents did better in swaths of the north and south. Even Charles de Gaulle could not muster a parliamentary majority of his own when he founded the Fifth Republic in 1958.

So President Macron will need backing from others in the National Assembly. That will mean a lot of old-fashioned horse-trading. The outlines of such an alliance are: social democrats and centrists plus the liberal wing of the Republicans under former prime minister Alain Juppé. But apart from requiring a lot of minding, coalitions tend not to be resolute in offering the kind of radical changes in economic and social policy Macron has offered, and which he needs to keep En Marche! mobilised.

The Republican leadership will want to avoid being sucked into the new president’s orbit. The Socialists, who had a disastrous first round with only 6 per cent of the vote, will struggle for survival and will resist a Macron takeover. In short, building a new reformist, liberal, pro-Europe Jerusalem looks like being more a matter of forging alliances with skittish, self-protective partners. It is a great mistake to imagine that the anti-Le Pen line-up on 7 May will endure. The single aim of stopping the Front will be replaced by a myriad of party, regional and personal interests. The idealists of En Marche! may find that hard to stomach. A movement that came from nowhere could all too easily dissolve like snowflakes in the sun.

Macron’s task is made all the more tricky by the legacy of another element in the voting last Sunday. Almost half the voters supported anti-establishment parties. Their parliamentary representation will be well short of their popular backing. That is likely to fuel street action encouraged by Mélenchon and Le Pen, whose Front is the principal political vehicle for industrial workers and has made inroads into depressed rural areas. The big CGT union federation will try to make up for declining membership by increased militancy. Vested interests, from farmers to pharmacists, will be up in arms. A rentrée chaude is on the cards for the autumn.

The first-round vote showed a sharply divided nation. Le Pen took nine departments among those with the highest jobless rates. They are not likely to fall for the Macron charm or his liberal ‘open to the world’ policies. So France will come out of one election and approach another split between the haves and have-nots with two articulate rabble-rousers confronting the political start-up of the decade.

Jonathan Fenby is the author of The History of Modern France

Voir enfin:

Dégun

Macron est-il victime de la loi de Murphy?

La campagne de second tour d’Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point qu’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas victime de la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximal. Voici la liste des contrariétés qu’il engrange depuis dimanche soir…

Éric Verhaeghe
Atlantico

28 Avril 2017

La campagne de second tour d’Emmanuel Macron paraît plus compliquée que prévu, à tel point qu’on peut se demander dans quelle mesure il n’est pas victime de la loi de Murphy, celle de l’emmerdement maximal. Voici la liste des contrariétés qu’il engrange depuis dimanche soir…

L’épiphénomène de la Rotonde devient une polémique obsédante

Dimanche soir, Emmanuel Macron organise un dîner pour 150 invités à la Rotonde, à Montparnasse, après son discours triomphaliste à la porte de Versailles. Il s’y rend en voiture officielle, escorté par des motards. Il y retrouve Jacques Attali et quelques autres vedettes. L’effet bling-bling est désastreux, et donne d’emblée le sentiment que le candidat considère sa victoire comme acquise.

Un candidat introuvable pour une loi de Murphy qui s’annonce

Le lendemain, Emmanuel Macron est aux abonnés absents. Marine Le Pen est sur le terrain. Il n’en faut pas plus pour nourrir les soupçons sur une suffisance excessive du candidat quant à sa réussite.

Le ni-ni et l’abstention font des émules

Dans ce contexte incertain, suivre Macron et le Front Républicain ne s’impose plus comme une évidence. Jean-Luc Mélenchon, qui a ouvert le bal du doute dimanche soir, prend soin de ne rien dissiper les jours suivants. Il ne donne aucune consigne de vote… Les Républicains lui emboîtent le pas. Marine Le Pen n’en demandait pas autant.

La catastrophe Whirlpool

Macron organise à Amiens, une rencontre avec l’intersyndicale de Whirlpool. Marine Le Pen en profite pour se rendre sur place. Le contraste entre l’énarque enfermé dans un bureau et la populiste au milieu des ouvriers est saisissant. Macron décide de se rendre sur place et peine à s’y faire entendre.

Attali renié par son fils spirituel

Le matin fatal de Whirlpool, Jacques Attali qui se projette en faiseur de Président déclare à la presse que la fermeture de l’usine Whirlpool relève de l’anecdote. C’est une déflagration qui oblige le secrétaire général d’En Marche à répondre illico sur Twitter:
« Ce que dit Attali sur Whirlpool est une méprisable anecdote : qu’il se taise ! Avec Emmanuel Macron nous luttons pour l’emploi ».

Parisot candidate à la gamelle

Manifestement sourde aux avertissements lancés après la gaffe Attali, Laurence Parisot piaffait trop d’impatience et n’a pas hésité à se déclarer candidate au poste de Premier Ministre d’Emmanuel Macron. Ses propos méritent d’ailleurs d’être lus:
Elle indique, selon Marianne, dans un article intitulé « Quel Premier ministre pour Macron ? Laurence Parisot se dit disponible », être prête pour Matignon. Interrogée par l’hebdomadaire sur la possibilité de se voir proposer le poste, elle répond : « J’ai plusieurs fois dit que j’étais disponible à faire des choses. J’ai une expérience, je suis crédible. Donc je peux être prête. »
Question compliments, Laurence Parisot a en tout cas retenu qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même. Après un passage chaotique chez Whirlpool, le staff de Macron perçoit le danger de cette course aux postes dans l’élite parisienne. Le secrétaire général d’En Marche (encore lui) arrête le ballon sur la ligne et répond:
Nous menons campagne pour rassembler et servir la France, d’autres rêvent à leur carrière. Dérisoire, inconvenant et vaniteux.
On ne plaisante plus, chez Macron.

Les premiers sondages tombent

Emmanuel Macron enregistre les premiers contrecoups de ce mauvais départ. Il recule dans les sondages.

Les législatives, mères de toutes les pressions

Problème pour Macron: il n’a pas de députés élus sous son étiquette, et il en aura besoin pour gouverner. Que faire? Bayrou et Valls lui expliquent qu’il serait bien plus à l’aise en faisant alliance avec les vieilles gloires sortantes. Macron résiste. Le résultat ne tarde pas à se faire attendre. Bayrou le désavoue publiquement:

« L’idée que l’on polluerait, ou que l’on troublerait, ou que l’on pèserait sur l’élection présidentielle, par la distribution d’investitures pour les élections législatives qui vont venir plusieurs semaines après, est une idée baroque », a expliqué François Bayrou dans l’émission « L’Épreuve de vérité » diffusée sur Public Sénat, en partenariat avec l’AFP, les Echos et Radio Classique.

Cette précaution n’a bien entendu rien à voir avec la volonté de Bayrou de préserver un maximum de postes pour sa formation…

De son côté, Cambadélis commence à tirer la laisse socialiste:

Jean-Christophe Cambadélis estime qu’Emmanuel Macron n’a pas pris « en compte la gravité de la situation », au soir du premier tour de l’élection présidentielle, a-t-il déclaré sur Franceinfo, jeudi 27 avril. Le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) s’est dit « inquiet » « depuis le premier soir ».

Là encore, on imagine que les inquiétudes de Cambadélis s’apaiseraient rapidement si Macron lui donnait la certitude de son soutien dans sa circonscription du XIXe arrondissement…

Quand ça veut pas, ça veut pas.


Primaire de la droite: Attention, une campagne dégueulasse peut en cacher une autre ! (In France’s deeply ingrained statist culture, guess who is denounced as an ultra-liberal and medieval reactionary Thatcherite !)

23 novembre, 2016
 fillonthatcher ali-juppe2
collectivite
fillon-not-a-chancejuppe-deja-gagneQu’est-ce que c’est, dégueulasse ? Patricia
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
Il n’y en aura que deux, Juppé et Sarkozy. Fillon n’a aucune chance. Non parce qu’il n’a pas de qualités, il en a sans doute; ni un mauvais programme, il a le programme le plus explicite; non parce qu’il n’a pas de densité personnelle … Mais son rôle est tenu par Juppé. C’est-à-dire pourquoi voter Fillon alors qu’il y a Juppé ? il n’y aurait pas Juppé, je dirais, oui, sans doute que Fillon est le mieux placé pour disputer à Sarkozy l’investiture. Mais il se trouve qu’il y a Juppé. François Hollande
Le masque d’Alain Juppé va tomber tôt ou tard quand les Français s’apercevront qu’il est le même qu’en 1986, le même qu’en 1995. À savoir, un homme pas très sympathique qui veut administrer au pays une potion libérale. François Hollande
C’est un Corrézien qui avait succédé en 1995 à François Mitterrand. Je veux croire qu’en 2012, ce sera aussi un autre Corrézien qui reprendra le fil du changement. François Hollande
Chirac, c’est l’empathie avec les gens, avec le peuple, c’est la capacité d’écoute. C’est un peu l’exemple que je cherche à suivre». (…) Je veux poursuivre l’œuvre de Jacques Chirac. Alain Juppé
Je relis les magnifiques pages des Mémoires d’Outre-Tombe que Chateaubriand consacre à l’épopée napoléonienne. Alain Juppé (16/10/2016)
Nous devons (…) gagner pour sortir la France du marasme où elle stagne aujourd’hui. (…) La première condition sera de rassembler dès le premier tour les forces de la droite et du centre autour d’un candidat capable d’affronter le Front national d’un côté et le PS ou ce qui en tiendra lieu de l’autre. Si nous nous divisons, l’issue du premier tour devient incertaine et les conséquences sur le deuxième tour imprévisibles. Alain Juppé (20/08/2014)
Est-ce vraiment un revenu universel ? Est-ce que tout le monde va le toucher, de Madame Bettencourt (…) à la vendeuse de Prisunic. Alain Juppé
Je vais mettre toute la gomme ! Alain Juppé
J’ai la pêche et avec vous, j’ai la super pêche ! Alain Juppé
Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion. Alain Juppé
Je suis candidat pour porter un projet de rupture et de progrès autour d’une ambition : faire de la France la première puissance européenne en dix ans. François Fillon
Quand ma maman allait à la messe, elle portait un foulard. Alain Juppé
J’aurais aimé qu’un certain nombre de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse, je le répète. Mais lorsque la calomnie se cache derrière l’anonymat, la bonne foi est impuissante et je vous demande de vous battre contre ces messages parce qu’ils ont fait des dégâts.  Et j’ai des témoignages précis, dans les queues au moment du bureau de vote la semaine dernière, de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’elles avaient été impressionnées par cette campagne dégueulasse, je n’hésite pas à le dire ! Alain Juppé
Il y a un discours privé et un discours public très différents l’un de l’autre. Il n’assume pas et il omet. Il faut qu’il clarifie les choses. Évoquer la Manif pour tous comme si elle était infréquentable, quand il nous a reçus, tout à fait à l’écoute, en acceptant des pistes de travail communes, notamment sur la question de la filiation et de l’adoption, et de l’intérêt supérieur de l’enfant, je trouve ça étonnant. J’ai rencontré tous les candidats à la primaire (de la droite). Le dernier, c’était Juppé. Est-il purement électoraliste ? (…) S’il traite François Fillon de traditionaliste pour sa proximité avec la Manif pour tous, le lien est exactement le même avec lui. Ludivine de la Rochère (Manif pour tous)
 Il y a beaucoup à dire sur les naïvetés d’Alain Juppé en matière de lutte contre l’intégrisme, catholique ou musulman. On a raison de s’inquiéter de sa complicité, ancienne, avec l’imam de Bordeaux. Tareq Oubrou a beau passer pour un modéré sur toutes les antennes, il n’a jamais renié son appartenance à l’UOIF, ni ses maîtres à penser, et joue les entremetteurs entre les islamistes et l’extrême droite. Pas vraiment un atout contre la radicalisation. Caroline Fourest
Suppression des 35 heures et de l’ISF, coupes dans la fonction publique, détricotage des lois Taubira, rétablissement de la double peine… Le programme ultraconservateur et ultralibéral de François Fillon. Libération
Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite. Libération
François Fillon est triplement coupable d’être de droite, d’être croyant et, pour parachever le mauvais goût, d’avoir été soutenu par le mouvement catholique Sens commun. (…) Tous les coups bas sont permis, y compris en provenance des alliés politiques. Alain Juppé, chassé de son piédestal de grand favori consensuel, ne se prive pas de patauger dans les mesquineries boueuses de ce terrain glissant, jusqu’à faire passer son rival pour un affreux réac. Il l’accuse même d’avoir bénéficié des voies de la fachosphère, comme s’il y pouvait quelque chose. Que ne ferait-on pour draguer le camp d’en face. De celui qui fut lui-même Premier ministre il y a plus de vingt ans, on attendait une hauteur de vue qu’on n’espérait plus de la part de Nicolas Sarkozy. Erreur. Le second a ravalé la rancœur de la défaite derrière un discours digne, responsable et, osons le mot, élégant, appelant à voter Fillon ; tandis que le premier s’est cramponné à ses avidités électorales et ratisse tous azimuts. Aurait-il dû se retirer de la course? Dans l’absolu, c’eût été l’attitude la plus respectable: faire bloc autour du vainqueur. (…) Ce deuxième tour aura toutefois l’avantage de permettre à François Fillon de clarifier son projet et de court-circuiter les critiques de la gauche et du FN qui ne manqueront pas de pleuvoir durant la campagne de 2017. La tactique usée jusqu’à la corde est déjà perceptible. Le débat sera déplacé vers le registre de l’affect: Fillon deviendra l’émissaire du Malin qui veut anéantir le modèle social français et le service public, en supprimant 500 000 postes de fonctionnaires. Manuel Valls fourbit ses armes, au cas où. Sait-on jamais. Il dénonce des «solutions ultralibérales et conservatrices» qui déboucheront sur «moins de gendarmes, moins de profs, moins de police». Comme si la fonction publique à la sauce socialiste, totalement désorganisée par les 35 heures, avait gagné en efficacité. Ultralibéral, Fillon? Non, libéral. L’économiste Marc de Scitivaux voit dans ses objectifs une «remise à niveau» consistant à accomplir «avec vingt ans de retard tout ce que les autres pays ont fait». 40 milliards de baisse de charges pour les entreprises, ses 10 milliards d’allègements sociaux et fiscaux pour les ménages et ses 100 milliards de réduction des dépenses publiques sur cinq ans: la méthode Fillon se veut le défibrillateur qui réanimera un Hexagone réduit à l’état végétatif par les Trente Frileuses d’une gouvernance bureaucratique. Sa France sera «celle de l’initiative contre celle des circulaires». Il joue franc-jeu: les deux premières années, à l’issue desquelles s’opérera le retournement, seront difficiles – elles devraient en outre coûter 1,5 % de PIB, prévient Emmanuel Lechypre. Le redressement sera effectif au bout du quinquennat et fera de la France la première nation de l’Europe au terme d’une décennie, annonce le candidat en meeting près de Lyon. Ambitieux, flamboyant. Et irréaliste, tancent ses opposants, conditionnés dans l’idée qu’il est urgent de ne rien faire ou si peu. Eloïse Lenesley
Mr. Fillon (…) says France “for 40 years hasn’t understood that it is private firms that create jobs—not the state.” His solution is to reverse the balance of power between state and citizens. He proposes cutting €100 billion ($105.92 billion) in public spending over five years, reducing government expenditure as a share of gross domestic product to less than 50% from 57% (the comparable figure is 44% in Germany and 38% in the U.S.). He proposes to abolish the 35-hour workweek and a wealth tax that are the bane of job creators in France. Mr. Fillon also wants to cut €40 billion in corporate taxes and “social fees” and €10 billion in personal taxes. And he calls for a €12 billion expansion in defense and security spending in response to Europe’s perilous security climate. Many of Mr. Fillon’s economic plans track those of Mr. Juppé, who also has been a longtime critic of the French welfare state. Where the two men mainly differ is on foreign policy. Mr. Juppé is more of a traditional Atlanticist, while Mr. Fillon seems to have a fondness for Russia’s Vladimir Putin and says he favors Bashar Assad in Syria’s civil war. He also indulges the French tendency to disparage the U.S. on foreign and trade policy, and he rails against a European free-trade agreement with America. These columns endorse ideas, not candidates, and we’ve long been disappointed in center-right French politicians promising economic reforms but never delivering. Still, if Sunday’s primary says anything, it’s that France’s center-right voters are eager for a leader who will deliver a smaller government and faster growth, not another subsidy to a favored constituency. That’s progress. WSJ
Alors que la France devrait baisser le nombre de fonctionnaires pour diminuer son déficit et ses dépenses publiques, leur nombre augmente. Nous avons le plus grand pourcentage (24 %) de fonctionnaires (avec statut) par rapport à la population active de tous les pays membres de l’OCDE (en moyenne, 15 %). En France, il y a 90 fonctionnaires pour 1000 habitants alors qu’il y en a seulement 50 pour 1000 en Allemagne ! L’explication est simple : nous sommes incapables de créer des emplois et nous continuons à augmenter la taille de l’Etat et des collectivités locales. Et nous avons perdu le contrôle. (…) Il existe des difficultés car dans de nombreux pays les fonctionnaires ne bénéficient plus d’un statut comme en France. Plus d’emploi à vie, ni de privilèges. Prenons un exemple. Dans le tableau de l’OCDE, en Suède, la proportion de fonctionnaires par rapport à la population active serait encore plus élevée qu’en France (27 % contre 24 %). Or, en Suède, il n’y a plus de statut, ni d’emploi à vie. Ces fonctionnaires sont employés comme dans le privé et peuvent être licenciés. (…)  La France reste pratiquement le seul pays à ne pas avoir touché au statut ! (…)  Partout, le nombre de fonctionnaires baisse et on transfère au privé des missions de l’Etat. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, l’Allemagne au début des années 2000. En Grande-Bretagne par exemple, depuis 2010 et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés. Entre 2009 et décembre 2012, sous Obama, le nombre de fonctionnaires territoriaux a connu une chute spectaculaire aux Etats-Unis : – 560 000 (- 4%). Sur (presque) la même période (2009-déc. 2011), le nombre de fonctionnaires des collectivités locales françaises a augmenté de… 70 000 personnes (+ 4%). Au total, plus de 720 000 postes de fonctionnaires ont été supprimés aux Etats-Unis depuis 2009. D’autres pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne ou même la Grèce ont drastiquement baissé le nombre de fonctionnaires. L’Irlande  a réduit leurs salaires jusqu’à 20% tandis que l’Espagne est allé jusqu’à 15% et, comme le Portugal, a choisi de remplacer seulement 1 fonctionnaire sur 10 ! Contrairement à la France, ces Etats qui ont décidé de tailler dans le vif montrent – Grande-Bretagne, Etats-Unis et Irlande en tête – affichent de vrais signes de reprise économique. (…) La sécurité sociale et l’Education sont les secteurs avec la plus grande bureaucratie. C’est là qu’on pourrait économiser plusieurs milliards en coupant dans les effectifs. Mais tout cela ne peut être réalisé que grâce à des réformes structurelles : ouverture à la concurrence du secteur de la santé, privatisation des écoles… C’est ce qui a été fait aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suède ou en Suisse. Mais ce n’est pas la voie empruntée par le gouvernement socialiste… (…) J’ai déjà écrit sur Météo-France qu’il faudrait fermer car depuis Internet, la météo est fournie par de nombreux organismes beaucoup moins chers. Mais on peut s’attaquer à de plus grands organismes qui coûtent encore plus cher : la Banque de France par exemple, où les frais de personnel sont 2 fois plus élevés que ceux de la Bundesbank (4000 employés de plus !),  les salaires, 24 % de plus qu’à la Bundesbank et le coût des retraites, 300 Millions d’euros de plus. (…)  Dans les années 1990, la Suède, le Canada ou les Pays-Bas ont fait des coupes drastiques dans leurs dépenses et ont diminué le nombre de fonctionnaires. Des ministères ont eu leur budget divisé par deux et les postes de fonctionnaires par trois ou quatre. Le statut des fonctionnaires a même été supprimé, en Suède par exemple, et certaines administrations sont devenues des organismes mi-publics, mi-privé. Il faut noter aussi que ces réformes ont été menées par des gouvernements de centre-gauche ou de gauche comme en Suède ou au Canada, pays terriblement étatisés et au bord de la faillite au début des années 1980. Au Canada, on a adopté à l’époque la règle suivante : 7 dollars d’économies pour 1 dollar d’impôts nouveaux (en France, le chiffre est plus qu’inversé aujourd’hui : 20 euros d’impôts nouveaux pour 1 euro d’économie). Dans ces pays, les fonctionnaires n’ont pas été mis à la porte du jour au lendemain. On a privilégié les retraites anticipées avec des primes au départ. Mais, en même temps, les nouveaux venus perdaient tous les avantages de leurs prédécesseurs : plus de statut, ni de privilèges. C’est un bon exemple pour la France. Nicolas Lecaussin
La France est en effet l’un cinq des pays de l’OCDE où la part des employés publics (ce qui est plus large encore car il faut inclure de nombreux emplois qui ne sont pas fonctionnaires) dans le total des personnes employées est la plus forte. Cela s’explique certainement par une tradition d’interventionnisme public très fort en France depuis la fin de Seconde guerre mondiale. L’augmentation continue de la dépense publique est allée de pair avec des recrutements massifs, qui représentent environ un quart de la dépense publique (c’est à dire de l’Etat, des collectivités locales et de la Sécurité sociale). Les rémunérations des seuls fonctionnaires représentent 13% du PIB et un tiers du budget de l’Etat. Or un fonctionnaire représente une dépense rigide de très long terme : le contribuable doit payer son salaire et sa retraite. Le poids de l’emploi public s’explique également, comme le montre la note de l’INSEE, par la multiplication des échelons administratifs : départements, régions, communes, intercommunalités … à chaque niveau cela suppose des agents (pour la sécurité, l’entretien, le secrétariat, le suivi des dossiers). (…) Dans les autres pays de l’Union européenne, la tendance n’est pas vraiment à la hausse de l’emploi public, faute de moyens. En Grande-Bretagne par exemple, le Gouvernement avait annoncé dès 2010 la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires… La question qui se pose réellement est celle de l’efficacité de ce poids des fonctionnaires. D’un point de vue économique, elle n’est pas évidente. Les fonctionnaires ont plus de vacances (INSEE), partent à la retraite plus tôt (DREES) et sont en moyenne mieux payés (INSEE). Est-ce justifié par une efficacité claire pour la collectivité ? Plus largement, le poids des fonctionnaires dans l’économie entretient les connivences et le copinage, ce qui nuit à la performance économique et à l’équité sociale. Au-delà, ce poids des fonctionnaires pose des questions démocratiques. Ils sont surreprésentés à l’Assemblée Nationale et leur engagement dans la vie politique pose clairement des conflits d’intérêts : comment comprendre qu’un magistrat administratif, qui doit juger en toute impartialité, affiche des préférences politiques. (…) L’Etat a eu tendance, ces dernières années, à baisser le nombre de ses fonctionnaires, alors que les collectivités locales ont fait exploser tous les plafonds. En ce sens, la rationalisation du nombre d’échelons administratifs, comme l’a proposé Manuel Valls, est une bonne chose. Pour autant, il faut aller plus loin et se poser la question de l’efficacité de la dépense publique. Le Président Hollande, jusqu’à maintenant, a fait le choix de partir du principe que la quantité d’agents publics était une réponse pertinente : c’est ce qu’il fait par exemple avec le dogme des « 60 000 postes » dans l’Education nationale. Or, ce n’est absolument pas évident. En Grande-Bretagne, David Cameron a tenu le discours suivant en matière d’éducation : gardons la dépense publique, pour autant qu’elle soit efficace ; pour cela, l’Etat pourra se tourner vers des partenaires privés pour fournir les services scolaires. En l’occurrence, il a fait appel aux parents, qui ont créé leurs propres écoles. La France doit faire une révolution mentale. Même Terra Nova a défendu l’idée qu’on peut très bien avoir un service public rendu par une entreprise privée et des salariés privés. Ce qui importe, c’est la qualité du service rendu à l’usager, pas la nature du contrat de l’agent qui le fournit ni la nature juridique (publique ou privée) du prestataire. Erwan Le Noan
La dépense publique n’a (…) pas reculé en valeur en France depuis 1960, date des premières statistiques de l’Insee dans ce domaine. En revanche, il est possible de réduire le poids relatif de l’Etat dans l’économie. La Suède ou le Canada ont enregistré des succès en la matière au début des années 1990. « Mais ces pays ont dû effectuer des arbitrages. Ils ont choisi que telle ou telle fonction ne dépendrait plus de l’Etat mais relèverait désormais de la sphère privée « , selon Olivier Chemla, économiste à l’Association française des entreprises privées (Afep). En clair, la politique du rabot ne peut suffire à faire maigrir l’Etat. Dans leur ouvrage « Changer de modèle » paru l’an passé, les économistes Philippe Aghion, Gilbert Cette et Elie Cohen calculaient que, entre 1995 et 2012, les pays rhénans (Allemagne, Belgique et Pays-Bas) avaient réduit la part des dépenses publiques dans le PIB de 7 points, à 48,8 %. Sur la même période, celle des pays scandinaves (Suède, Danemark et Finlande) a reculé de 6 points, à 56 %. En Suède, la part des prestations sociales dans le PIB est passée de 22,2 % en 1994 à 18,5 % en 1997. Le nombre de fonctionnaires est passé de 400.000 à 250.000 entre 1993 et 2000. Les réformes sont donc douloureuses. Elles interviennent à chaque fois après une crise et après qu’un nouveau gouvernement a été mis en place, notent les trois auteurs. Seulement, à chaque fois aussi, les politiques sont coordonnées : la couronne suédoise et le dollar canadien se sont beaucoup dépréciés au moment où les réformes ont été entreprises, afin de relancer l’activité. L’Allemagne aussi, qualifiée d’« homme malade de l’Europe » au début des années 2000, a profité de la bonne santé économique de ses partenaires commerciaux pour entamer ses réformes… pour finir en excédent budgétaire cette année. Toute la difficulté de la politique économique réside entre une rigueur nécessaire pour les finances publiques sans pour autant casser l’activité. Ce qui signifie une coordination entre la politique budgétaire et la politique monétaire, dont l’absence dans la zone euro n’a pas cessé d’être critiquée par Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne. Comme le disait l’économiste John Maynard Keynes, « les périodes d’expansion, et non pas de récession, sont les bonnes pour l’austérité « . (…) Dans la zone euro, outre l’Allemagne, le seul grand pays à avoir réellement réussi à faire baisser l’importance de ses dépenses publiques est l’Espagne, au prix d’un effort drastique. Les Echos
Notre pays est probablement le seul parmi les membres les plus riches de l’OCDE à ne pas avoir touché au nombre de fonctionnaires et à leurs privilèges. Et pourtant, plus de 23 % de la population active travaille pour l’Etat et les collectivités locales contre 14 % en moyenne dans les pays de l’OCDE. Nous avons 90 fonctionnaires pour 1 000 habitants contre 50 pour 1 000 en Allemagne. Notre Etat dépense en moyenne 135 Mds d’euros de plus par an que l’Etat allemand. Et, d’après les calculs de Jean-Philippe Delsol, 14.5 millions de Français vivent, directement ou indirectement, de l’argent public. Il y a donc urgence à faire de vraies réformes. D’autant plus que tout le monde l’a fait ou est en train de le faire. Un Rapport (Economic Policy Reforms 2014) de l’OCDE qui vient de sortir (février 2014) montre que pratiquement tous les pays membres (à l’exception de plusieurs émergents) ont mis en place depuis le début de la crise de 2008 des réformes structurelles importantes. Parmi ceux qui ont agi le plus figurent aussi les plus touchés par la crise : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal ou bien la Grèce. L’Irlande par exemple a été l’un des pays les plus touchés par la crise de 2008. Les dépenses publiques et le chômage ont explosé, par l’effet direct de l’écroulement du secteur immobilier et des faillites bancaires. Fin 2010, l’économie du pays était à l’agonie, dont la dette et les déficits récurrents le prédestinaient à un avenir toujours plus morose. Dès 2011, le Fonds monétaire international et l’Union européenne venaient à son secours et débloquaient 85 Md€ d’aides financières, soit plus de la moitié de son PIB. Dès 2010, l’Irlande décide de réduire sont budget de 10 Md€, soit 7 % du PIB (l’Irlande est d’ailleurs championne d’Europe de la baisse des dépenses publiques). Par comparaison, c’est l’équivalent d’une réduction de la dépense publique de l’ordre de 120 Md€ en France ! Pour y parvenir, l’Irlande sabre dans les services publics, et réduit de 20 % les traitements de ses fonctionnaires, ainsi que les pensions de retraites. De plus, l’Irlande décide de ne pas céder au chantage de l’Union européenne et de garder son taux d’IS (Impôt sur les sociétés) à 12.5 %. Cet entêtement a porté ses fruits : Il y a trois ans, le marché de l’emploi détruisait 7 000 emplois par mois. Aujourd’hui, on assiste à une création nette mensuelle de 5 000 postes. En Espagne, pour économiser 50 Mds d’euros sur trois ans, le Premier ministre de l’époque, Zapatero a annoncé en 2010 une réduction en moyenne de 5 % des salaires des fonctionnaires (le gouvernement s’appliquera une réduction de 15%), le renouvellement d’un seul fonctionnaire sur 10 partant à la retraite et la baisse de l’investissement public de 6 Mds d’euros en 2010 et en 2011. En 2012, le nouveau chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, décide de frapper fort en baissant drastiquement les dépenses publiques. Les budgets des ministères espagnols sont réduits de 17 % en moyenne et les salaires des fonctionnaires restent gelés. On prévoit aussi la suppression de la plupart des niches fiscales et une amnistie fiscale pour lutter contre l’économie au noir qui représenterait environ 20 % du PIB. Les communautés autonomes sont aussi obligées de baisser leurs dépenses afin d’arriver à l’équilibre budgétaire. Le Portugal a baissé le nombre de fonctionnaires et leurs salaires (jusqu’à 20 % de réduction sur la fiche de paye). Même la Grèce l’a fait : 150 000 postes de fonctionnaires supprimés entre 2011 et 2014, soit 20 % du total ! En Grande-Bretagne on ne parle que du chiffre de 700.000. C’est le nombre de fonctionnaires que le gouvernement anglais a programmé de supprimer entre 2011 et 2017 : 100.000 par an. Par comparaison, la France a supprimé, au titre de la politique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, seulement 31 600 en 2011. Trois fois moins qu’en Grande-Bretagne qui a – déjà – beaucoup moins de fonctionnaires que la France : 4 millions contre 6 millions… Depuis 2010, et l’arrivée au gouvernement des conservateurs, le secteur public a vu entre 500 000 et 600 000 emplois publics supprimés (et cela continue) là où le secteur privé a créé 1,4 millions. La Grande-Bretagne ne fait pas aussi bien que les Etats-Unis (1 emploi public supprimé et 5 emplois créés dans le privé) mais elle se situe nettement au-dessus de la France : 2.8 emplois créés dans le privé pour 1 emploi supprimé dans le public entre 2010 et 2013. Aux Etats-Unis donc, sous Obama, entre 2010 et début 2013, on a supprimé 1.2 millions d’emplois dans le secteur public ! Plus de 400 000 postes de fonctionnaire centraux ont été supprimés et aussi plus de 700 000 postes de fonctionnaires territoriaux. A titre de comparaison, sur la même période (2010-2013), le nombre d’agents publics a augmenté de 13 000 en France (surtout au niveau local) et on a compté 41 000 emplois privés détruits tandis que l’Amérique en créait 5.2 millions ! Toutes ces réformes ont été provoquées par la crise de 2008 mais aussi par les exemples canadien et suédois. Ces pays ont déjà diminué le poids de l’Etat dès le début des années 1990. Et cela s’est vu car les deux pays ont plutôt été épargnés par la crise comme l’Allemagne qui a aussi réformé durant les années Gerhart Schroeder. Une comparaison mérite l’attention. Le Canada a supprimé environ 23 % de sa fonction publique en trois ans (entre 1992 et 1995). Si la France faisait la même réforme et dans les mêmes proportions, 1.3 millions de fonctionnaires français devraient quitter leurs postes ! Mais les réformes ont concerné aussi la fiscalité. (…) Il y a deux ans, la Grande-Bretagne avait annoncé une baisse de l’impôt sur les sociétés de 28 à 24 %. Mais le gouvernement de David Cameron veut aller encore plus loin et annonce une baisse jusqu’à 22 % d’ici 2015. Moins 6 points en 3 ans seulement. En janvier 2013, l’impôt sur les sociétés a baissé de 26.3 à 22 % en Suède. Une baisse sensible, qui suit l’exemple d’autres pays comme l’Allemagne (de 30 à 26 %). La Finlande l’a fait aussi (de 28 à 26 %). Et le Danemark : son taux d’impôt sur les sociétés passera d’ici 2016 de 25 à 22 %. Tous les pays ont d’ailleurs compris qu’il faut soulager les entreprises sauf… la France. Dans le classement des taux d’imposition sur les sociétés, la France est championne européenne avec un taux à plus de 36 %. L’IREF a même montré que parmi les membres de l’OCDE, c’est en Norvège que l’IS génère le plus de rentrées fiscales (11 % du PIB). Et pourtant, le taux de l’IS se situe à 24 %, plus de 10 points de moins que l’IS français (36 %) qui ne fait rentrer que… 2.5 % du PIB. Voici d’autres exemples : au Luxembourg, le taux d’IS est à 17.1 % mais les recettes générées représentent 5 % du PIB, le double de ce qu’elles génèrent en France. En Grande-Bretagne, c’est 3 % du PIB pour un IS à 26,7 %. En Belgique, c’est 3 % du PIB pour un IS à 17 %. Faut-il encore rappeler le 12,5 % de l’Irlande qui avec 2,6 % du PIB rapporte davantage que ce que nous vaut le taux français, trois fois supérieur ! IREF
La Suède a supprimé le statut de fonctionnaire. Il y en a encore, mais sans la garantie de l’emploi. Elle a licencié 20% des effectifs. Une cure deux fois plus sévère que celle proposée par François Fillon dans son programme. Elle l’a fait en dix ans dans les années 90. Au Royaume-Uni, ce sont 15% des effectifs des fonctionnaires qui ont été supprimés par David Cameron de 2010 à 2014, notamment dans la police, la défense et les transports. Au Canada, ce sont plus de 20% des fonctionnaires qui ont été licenciés en seulement trois ans dans les années 2000. Chaque ministère a dû couper dans ses budgets et là encore privatisation des chemins de fer et des aéroports. Conséquences, des dysfonctionnements dans les urgences à cause des fermetures d’hôpitaux au Canada. Au Royaume-Uni, le nombre d’élèves par classe a augmenté. La dette a néanmoins été divisée par deux en dix ans au Canada. Jean-Paul Chapel
Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir… Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000. Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires. (…) François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres… Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal. François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant. (…) On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30. L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise… Christophe de Voogd
La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff. A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.  (…) Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste. (…) En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où : a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant, b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,  c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra. (…) Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen. Mathieu Mucherie

Vous avez dit dégueulasse ?

Alors qu’au lendemain d’un premier tour d’une primaire qui, fidèle au scénario inauguré par le référendum du Brexit et la présidentielle américaine, a bousculé tous les pronostics

Le lecteur exalté des Mémoires d’Outre-Tombe et héritier chiraquien revendiqué qui peine, entre « Prisunic », « gomme » et « super pêche », à faire oublier ses vénérables 71 ans

Dénonce, tout en jouant sur tous les tableaux, la « France nostalgique de l’ordre ancien » prétendument personnifiée par son adversaire …

Mais aussi, pour sa notoire complaisance avec l’islam politique, la « campagne dégueulasse » et « ignominieuse » dont il est l’objet de la part de sites d’extrême-droite …

Pendant que l’ancien banquier d’affaires et ministre d’un gouvernement socialiste ne nous sort rien de moins que la « Révolution » …

Comment ne pas voir …

Avec le site Atlantico

La véritable campagne de désinformation de nos dûment stipendiés médias …

Face au prétendu, Libération et sa couverture de Fillon Thatcherisé dixit, « programme ultraconservateur et ultralibéral » et « Tariq Ramadan des sacristies » …

D’un  candidat ancien séguiniste et anti-TAFTA que l’actuel président n’arrivait même pas à distinguer d’Alain Juppé lui-même ?

Comme les côtés autant surréalistes que révélateurs d’un tel débat …

Dans un pays qui alors qu’après le Canada et la Suède dans les années 90 la plupart des pays occidentaux ont réduit drastiquement leur fonction publique …

Continue à employer quelque 5,5 millions de fonctionnaires soit un Français sur cinq (24 % de la population active contre 15 % en moyenne pour l’OCDE) ?

Pourquoi François Fillon n’est pas l’ultra-libéral que veulent voir ses opposants de tous bords
Si l’accusation d’ultra-libéral revient souvent dans la bouche des opposants à François Fillon, le parcours politique du candidat LR à la primaire de la droite et ses prises de position sur certains sujets majeurs sont pourtant loin de coller avec la pensée « ultra-libérale »

Atlantico

22 novembre 2016

Atlantico : En termes de vision économique, François Fillon est souvent taxé d’ultra-libéral par une partie de ses opposants. Est-ce vraiment un « procès » qu’on peut lui faire ? Le sérieux budgétaire et la volonté de remise en ordre qu’il incarne sont-ils vraiment une marque « d’ultra-libéralisme » ?

Christophe de Voogd : Le refrain de « l’ultra-libéralisme » est en effet entonné dans tous les médias de gauche et par Manuel Valls lui-même à l’encontre de François Fillon. Notons d’abord la connotation doublement polémique de ce terme dans notre culture politique : « ultra » renvoie aux aristocrates réactionnaires de la Restauration qui, selon le mot de Talleyrand, n’avaient « rien appris, ni rien oublié ». Quant à « libéral », on sait qu’il est chez nous l’équivalent de « loi de la jungle » de « droit du plus fort » et d’ »anti-social ». François Hollande vient ainsi de tweeter que le « libéralisme, c’est la liberté des uns contre celle des autres ». Notre tradition étatiste et égalitariste nous a fait largement oublié que le libéralisme est d’abord une philosophie de la liberté qui a inspiré notamment la Déclaration des droits de l’homme, l’instruction publique et l’émancipation féminine. Autrement dit, personne n’est plus « anti-ultra » que les libéraux ! La dénonciation de « l’ultra-libéralisme » est donc, en même temps qu’une double charge polémique, un double contre-sens historique et idéologique. A quoi s’ajoute que, de Montesquieu à Revel en passant par Tocqueville, Bastiat, Alain et Aron, la France est très riche de cette pensée libérale.  Mais nos lycéens et même nos étudiants n’ont pas le droit de le savoir…

Dans votre question, il y a le mot « remise en ordre » : de fait la volonté d’ordre est plus typique de l’horizon politique de la droite conservatrice que de celle du libéralisme qui croit davantage à l’ordre spontané du marché, sous réserve d’une régulation juridique de l’Etat, ce que l’on oublie toujours. Quant au sérieux budgétaire, il n’a rien de libéral en soi : tout dépend des circonstances. Poincaré, Rueff, Barre ou Bérégovoy y croyaient parce qu’ils constataient l’impasse de la gabegie budgétaire. Il est vrai que la chose s’est un peu perdue depuis les années 2000.

Allons plus loin : en bon libéral, je m’interroge sur les motivations de tant commentateurs qui hurlent au loup (c’est-à-dire à « l’ultra-libéralisme ») devant le programme de F. Fillon. Et je constate que ces hurlements viennent des innombrables rentiers de l’Etat qui s’inquiètent naturellement de la perspective d’une baisse des dépenses publiques et défendent non moins naturellement leurs intérêts : fonctionnaires, syndicats, classe politique, audiovisuel public et une bonne partie de la presse…Pour certains, comme Libération, c’est une question de survie : on comprend leur violence anti-Fillon. Cette hostilité de « l’establishment d’Etat » va rendre la tâche très difficile à ce dernier, dès cette semaine et plus encore lors de la campagne présidentielle, s’il franchit les primaires.

Mathieu Mucherie : La droite française depuis plus de 20 ans est beaucoup plus à gauche et antilibérale que les droites classiques européennes, et même que certaines gauches sociales-démocrates (Blair et même Schroeder plus libéraux que Chirac, etc.). Et dans ce contexte franchouillard, oui, Fillon est libéral. Mais le fait que Gorbatchev était plus libéral que Brejnev et beaucoup plus libéral que Staline n’en faisait pas pour autant un authentique libéral. C’est l’histoire du borgne aux pays des aveugles : Fillon est un poil plus libéral que l’archétype des énarques (Juppé), que l’idéal-type des énarques (Le Maire) et que le prince des interventionnistes (Sarkozy). Mais il ne faut pas avoir peur du ridicule pour le comparer à Margareth Thatcher. Cette dernière avait un programme, des troupes, du courage. On est aussi assez loin de Jacques Rueff.

A moins que Fillon nous étonne sur le tard, c’est plus un « budgétariste » et éventuellement un réformateur qu’un libéral. Il est plus proche de Juppé que de Madelin (regardez sur son site internet le chapitre « créer des géants européens du numérique », par exemple, on est bien loin de la Sillicon Valley, idem sur la culture, le logement, l’agriculture, etc.). Ce sera un bon administrateur, il a un track record de cinq ans en la matière, pas un libéral, là il n’y a guère que la privatisation de France Telecom à son actif. Mais dans l’opinion cela suffira peut-être : après cinq années de hollandisme, n’importe quelle présidence même centriste apparaîtra comme très libérale.

Le parcours politique de François Fillon (opposition au traité de Maastricht, filiation séguiniste…) est-il vraiment en accord avec ce que l’on pourrait attendre d’un « ultra-libéral » ?

Mathieu Mucherie : La plupart des authentiques libéraux ont trouvé que le traité de Maastricht était un carcan incompatible avec les libertés à long terme et avec l’efficience économique à tous les horizons ; surtout l’idée de taux de changes nominaux fixes « pour l’éternité » avec en plus une gestion de la monnaie par une banque centrale indépendante (indépendante des autres sphères, autant dire un État dans l’État). Ce n’est pas une histoire de droite ou de gauche : quand des gens aussi éloignés que Paul Krugman, Milton Friedman ou Martin Feldstein arrivent grosso modo à la même conclusion, on peut se douter que l’édifice construit par nos élites européennes n’est peut-être pas très libéral, quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme. Les pays les plus libéraux (Angleterre, Suisse…) ne s’y sont pas trompés.

Séguiniste à 18 ans (mais pas après, faut pas déconner…), je suis sans doute mal placé pour critiquer le sombre passé politique du futur président. Il y a tout de même des passés plus troubles que celui là (Chirac ancien communiste pas vraiment repenti, Jospin ancien trotsko pas vraiment repenti, Mitterrand ancien pétainiste pas vraiment repenti, etc.). Ce n’est certes pas le parcours d’un pur libéral, mais c’est logique puisqu’un libéral intransigeant ne rassemblerait pas 44% des voix dans une primaire de la droite en France. Il faudra juger sur les actes, et ce n’est certainement pas en promettant de monter la TVA que Fillon deviendra le grand président libéral de notre pays socialiste.

Christophe de Voogd : François Fillon l’a dit lui-même : son libéralisme n’est pas un « choix idéologique » mais un « constat » : l’excès des charges pesant sur les entreprises et sur le travail est l’une des causes majeures du déclin français. Le taux de prélèvements obligatoires est passé de 30 à 45% du PIB depuis 1960. Il n’y nulle contradiction dans son nouveau positionnement qui est simplement lié à l’évolution des choses et notamment du niveau de la dépense publique. J’observe que les commentaires de la plupart des médias présentent ce programme comme « dur », « violent ». Mais pour qui ? Certainement pas pour les entreprises qui vont connaître une baisse sans précédent de leurs charges sociales et fiscales (40 milliards), ni pour les familles des classe moyennes ; ni pour les millions de chômeurs qui sont évincés d’un marché du travail hyper-rigide ; ni pour les commerçants et indépendants dont le régime fiscal et social sera aligné sur le statut d’autoentrepreneur . Demandez-leur s’ils redoutent davantage « l’ultralibéralisme » supposé de Fillon ou la spoliation actuelle du RSI ? Curieusement, on ne parle jamais de ces catégories fort nombreuses lorsqu’on aborde l’impact des « mesures Fillon » sur les uns ou les autres…

Pour le reste, le parcours de F. Fillon est celui d’un gaulliste social. Son programme vise à mettre en place des coopérations renforcées en Europe, nullement un Etat supranational. De plus, son indulgence pour Poutine ne traduit pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un penchant libéral. Pas plus que ces positions dans le domaine sociétal.

François Fillon est donc non pas un libéral mais un PRAGMATIQUE en matière économique, un conservateur en matière sociétale (mais non un réactionnaire puisqu’il ne reviendra ni sur le mariage pour tous ni sur l’avortement) et un champion de « l’intérêt national » sur le plan extérieur. En somme, la parfaite définition d’un gaulliste qui raisonne et agit, comme disait le Général, « les choses étant ce qu’elles sont ». Avec un léger penchant russophile, comme de Gaulle lui-même au demeurant.

En quoi la position de François Fillon sur le libre-échange, et notamment le controversé traité TAFTA, s’inscrit-elle en faux avec la pensée des économistes et politiques « ultra-libéraux » ?

Christophe de Voogd : Après tout ce qui précède, vous admettrez que j’écarte ce mot « d’ultralibéral » ! On mesure ici le non-libéralisme de Fillon qui ne croit pas aux vertus du libre-échange. Celui-ci n’est pas un « dogme » mais une démonstration économique que l’on doit à Ricardo et un constat des résultats positifs de l’intégration économique européenne sur notre pouvoir d’achat ou de la mondialisation en matière de baisse spectaculaire de la pauvreté (ce que les Français ignorent). F. Fillon se méfie de la mondialisation, même s’il ne propose pas -pragmatisme là encore oblige- de « démondialisation ». Il s’oppose au TAFTA, comme… Trump, qui n’est pas non plus un libéral. La bonne position aurait été de défendre bec et ongles les intérêts français et européens – ce que l’on n’a pas assez fait avec la Chine – mais non de renoncer dès à présent au TAFTA. Le risque de surenchère protectionniste est réel et devrait nous alerter quand on connaît les précédents, tant au XIXème siècle que dans les années 30.

L’un dans l’autre, Génération libre n’avait mis que 12/20 à Fillon en matière de libéralisme. Il est vrai qu’avec cette note il arrivait quand même en deuxième position derrière NKM. Ce qui en dit long sur le libéralisme de nos hommes politiques, droite comprise…

Mathieu Mucherie : En déclarant qu’il ne considère pas « le libre-échange comme l’alpha et l’oméga de la pensée économique », Fillon joue un jeu dangereux. Cela s’accompagne comme toujours de la petite musique traditionnelle selon laquelle « les USA, eux, savent défendre leurs intérêts », musique idiote dans la mesure où :

a) ce n’est pas parce que les autres se tirent une balle dans le pied qu’il faut impérativement en faire autant,
b) on fait mine ainsi de penser que nous avons les marges de manœuvre d’un pays cinq fois plus peuplé, six fois plus riche et cinquante fois plus libre monétairement,
c) ce sont souvent les mêmes qui dénoncent le néoprotectionnisme américain et qui soulignent dans le même temps leur activisme dans les instances libre-échangistes globales et/ou l’amplitude de leurs déficits commerciaux ; comprenne qui pourra.

En vérité, le meilleur test consiste à demander : êtes-vous favorable, partout et tout le temps, au désarmement douanier le plus total et le plus unilatéral ? un non-économiste cherchera toujours à négocier sur ce point, à tergiverser, à éluder ou à inventer des contre-exemples historiques ou théoriques, tous foireux (dans le best of, l’argument des droits de douane américains élevés au XIXe siècle, qui se garde bien de préciser où en étaient la fiscalité et la réglementation aux USA à l’époque, sans parler de la mobilité des hommes et des capitaux). Toujours, bien entendu, pour protéger les plus démunis, alors que ce sont les rentiers qui demandent et qui obtiennent des protections. Mais Fillon, comme Hollande ou Merkel, sait surfer sur ce qui marche et éviter les combats impopulaires, et il se trouve que le TAFTA n’est pas en odeur de sainteté par les temps qui courent. Pas sûr qu’il ait lu Bastiat, comme Ronald Reagan. Pas sûr par conséquent qu’il reste très « libéral » entre 2017 et 2022 si les vents de l’opinion deviennent (comme c’est probable) trop défavorables à cette orientation, a fortiori s’il veut rassembler sa famille puis donner quelques gages à la gauche après une victoire au 2e tour contre Le Pen.

Voir aussi:

Primaire
Qui veut la peau d’«Ali Juppé» ?
Laure Equy et Dominique Albertini

Libération

22 novembre 2016

Cible d’une campagne grotesque mais efficace sur sa supposée complaisance envers l’islam politique, le challenger de Fillon à la primaire de droite s’est résolu à contre-attaquer.

«Cette histoire de mosquée, ça le met dans une colère noire», soufflent ses conseillers depuis le début de la campagne. Depuis des mois, Alain Juppé a les sites et twittos d’extrême droite aux basques. Un harcèlement viral parti de sa ville de Bordeaux et qui a pris, avec la primaire, une dimension nationale. S’il a longtemps laissé courir, le candidat dénonce désormais avec force une «campagne de caniveau», «ignominieuse», «des attaques franchement dégueulasses». C’est que – son équipe et lui en sont convaincus – ces caricatures et intox relayées sur les réseaux sociaux et via des chaînes de mails ont fait dimanche de sérieux dégâts dans les urnes.

Quelle forme prend la cabale ?
A l’origine de cette campagne de diffamation, l’extrême droite et une partie de la droite dite «classique» – mais désormais alignée sur le FN en matière identitaire. Sur Internet, des représentants de ces milieux ne désignent plus le maire de Bordeaux que par le surnom d’«Ali Juppé», l’accusant de compromissions avec les franges les plus rétrogrades de l’islam.

Parce qu’il permet l’anonymat et la circulation virale de ces attaques, Internet est devenu le terrain privilégié de ce procès en islamophilie. C’est la «fachosphère» qui est à l’œuvre : un ensemble confus et mouvant de blogueurs, d’utilisateurs des réseaux sociaux ou de commentateurs des sites d’information, dont l’islamophobie est l’un des combats fédérateurs. Au sein de cette nébuleuse décentralisée, on partage avec enthousiasme les rumeurs les plus fantaisistes, mais aussi les productions les plus «réussies», notamment les images. Telle cette caricature d’un Juppé léchant la babouche de Tariq Ramadan, ou ce photomontage le représentant barbu et vêtu d’un kamis musulman.

De manière moins visible, ces attaques ont aussi atterri dans les boîtes mails de nombreux électeurs, via des «chaînes de messages» que chaque récepteur est invité à partager avec ses contacts. «Il s’agit d’un procédé de diffusion dont l’audience n’est pas quantifiable, contrairement aux réseaux sociaux, explique Jonathan Chibois, chercheur en anthropologie politique. C’est très souterrain. Ces chaînes de mails fonctionnent toutefois très bien chez ceux qui n’utilisent pas Twitter ou Facebook, notamment les personnes âgées. Quand on vit à la campagne, on s’en aperçoit bien. Même lorsque ces récits ne sont pas pris au sérieux, ils installent une ambiance, en jouant sur l’adage populaire « il n’y a pas de fumée sans feu ».»

Cette campagne a même trouvé un relais chez Jean-Frédéric Poisson, candidat à la primaire, qui a repris le couplet, évoquant une proximité entre Juppé et «des organisations directement liées aux Frères musulmans». Idem pour l’hebdo très droitier Valeurs actuelles, qui a décrit un Juppé «aux petits soins avec les Frères musulmans».

D’où viennent ces accusations ?
C’est un projet de «centre culturel et cultuel musulman», lancé au milieu des années 2000 par la Fédération musulmane de la Gironde (FMG), qui a enflammé la fachosphère. Censé répondre aux besoins des musulmans locaux, le bâtiment doit réunir une salle de prière, une bibliothèque, un restaurant ou encore une salle d’exposition. Le maire de Bordeaux n’est pas opposé au projet : «Nous sommes en discussion avec la communauté musulmane, indique-t-il en 2008. Nous avons d’excellentes relations avec ses principaux leaders. J’ai déjà indiqué qu’un terrain leur serait proposé.»

Cette ouverture vaut à Juppé d’être ciblé par l’extrême droite. En 2009, des militants du mouvement Génération identitaire occupent le toit d’un parking bordelais et y suspendent une banderole proclamant : «Ce maire commence à poser un vrai problème». Le Front national local ne tarde pas à embrayer, accusant faussement la municipalité de vouloir financer la construction de la mosquée. Et un site à la dénomination apparemment neutre, «Infos Bordeaux» – en réalité relais d’opinion pour l’extrême droite – agite depuis des années le spectre d’une «mosquée-cathédrale».

Aujourd’hui, pourtant, la «grande mosquée de Bordeaux» n’est pas sortie de terre. Selon la première adjointe, Virginie Calmels, Alain Juppé aurait exigé que le projet ne reçoive pas de financement étranger et aucun permis de construire n’a été déposé.

L’offensive contre l’édile bordelais s’était intensifiée pendant la campagne municipale de 2014 puis aux dernières régionales contre Virginie Calmels. Un tract du FN, titré «Non au centre islamique à Bordeaux», accusait la candidate (LR) pour la région Nouvelle Aquitaine et Alain Juppé de préparer «une islamisation de Bordeaux» et de vouloir financer le projet «d’un coût de 22 millions d’euros en grande partie avec l’argent des contribuables». Calmels a porté plainte pour diffamation, sans succès.

Ce n’est pas tout : c’est aussi sur ses liens avec l’imam bordelais Tareq Oubrou qu’Alain Juppé est attaqué par l’extrême droite. Probable recteur du futur lieu de culte, si celui-ci existe un jour, Obrou est membre de l’Union des organisations islamiques de France (l’UOIF), vitrine française des Frères musulmans. L’homme entretient de cordiales relations avec le maire de Bordeaux. Il n’en fallait pas plus pour que ce dernier soit accusé de connivence avec le fondamentalisme musulman – voire d’antisémitisme. «Tareq Oubrou serait-il le Premier ministre d’Ali Juppé ?» questionnait en juillet le site xénophobe et anti-islam Riposte laïque, accusant l’imam de vouloir «imposer la charia en Europe et en France». Tareq Obrou a par le passé défendu une stricte orthodoxie religieuse. Mais il promeut aujourd’hui une conception libérale de l’islam, affirmant par exemple qu’«une musulmane qui ne se couvre pas les cheveux est aussi musulmane que celle qui se couvre», ou laissant femmes et hommes prier ensemble dans sa mosquée. Peu importe pour les détracteurs de l’imam (et du maire de Bordeaux), convaincus que ce dernier dissimulerait ses vraies convictions.

Quel impact sur la campagne ?
Alors que l’ex-Premier ministre a fait le pari d’assumer son objectif de «l’identité heureuse», cette offensive visant à le faire passer pour un faible à l’égard des islamistes a pu troubler certains électeurs, «des esprits mal informés», dixit Juppé. Qu’importe si le candidat prône l’expulsion des imams radicaux ou l’obligation du prêche en français, la puissance de la charge rend parfois inaudible les déclarations du candidat et les éléments de programme.

«Cela a été un bruit de fond qui a parasité toute la campagne», soupire Aurore Bergé, responsable de la campagne numérique de Juppé, qui reconnaît la difficulté de mettre sur pied une riposte : «C’est très compliqué d’établir la bonne stratégie. On peut tenter d’opposer des arguments mais clairement, ces attaques ne parlent pas à la rationalité des gens.» Poursuivre pour diffamation ? Selon elle, beaucoup de ces comptes Twitter sont hébergés à l’étranger. Et n’est-ce pas risquer d’amplifier l’écho de leurs allégations ? Interpellés régulièrement, Juppé et son entourage ont dénoncé cette «propagande sur les réseaux sociaux», notamment au JT de TF1 en juin, mais ont préféré ne pas faire mousser leurs détracteurs. «On a considéré qu’il valait mieux traiter par le mépris car le truc est tellement invraisemblable», explique un membre de son équipe. Après avoir subi le même dénigrement en 2014, «il a été élu au premier tour à 61 %. Juppé s’est dit que les Bordelais savaient que tout cela était complètement diffamatoire, rappelle sa première adjointe, Virginie Calmels. Mais le problème est qu’on a changé d’échelle.» Pour Aurore Bergé, il faudra, si Juppé devient dimanche le candidat de la droite à la présidentielle, «trouver des modes d’action pour déconstruire la parole d’extrême droite, et pas seulement des gentils Tumblr. Même si on doit sourcer, être rigoureux sur les contenus qu’on produit».

Depuis quelques jours, et particulièrement après le premier tour, Juppé hausse le ton. Dans l’Express, il va jusqu’à souligner son pedigree catholique : «Je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion.» Lundi sur France 2, il concédait que «la bonne foi est souvent impuissante contre la calomnie, surtout quand elle est anonyme». Mais il s’en prend aussi à ses concurrents, remarquant mardi matin sur Europe 1 qu’aucun «n’a condamné» cette campagne contre lui. Son équipe observe d’ailleurs que des militants sarkozystes ou fillonistes n’ont pas manqué de faire tourner ces intox sur les réseaux sociaux.

Et ces attaques ne devraient pas disparaître d’ici à dimanche. «Pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse !» exhorte le site Riposte laïque, où l’on présente Juppé comme «le plus islamo-collabo, le plus francophobe, le plus immigrationniste» des candidats de la primaire. Jusqu’alors épargné, Fillon, désormais favori, devrait toutefois être ciblé à son tour. Depuis lundi, remontent sur Twitter des photos de lui inaugurant en 2010 la mosquée d’Argenteuil (Val-d’Oise). Un autre site islamophobe entend épingler «ces membres de l’équipe Fillon qui collaborent avec des mosquées en mairie».

Voir également:

Juppé «observe» des «soutiens d’extrême droite» pour Fillon
Libération/AFP

22 novembre 2016

Alain Juppé a observé mardi que «depuis quelques jours les soutiens d’extrême droite arrivent en force» en faveur de François Fillon, son adversaire au second tour de la primaire de la droite.

Evoquant lors d’un meeting à Toulouse «la reconstitution de l’équipe 2007-2012», M. Juppé a dit : «J’observe que depuis quelques jours d’ailleurs les soutiens de l’extrême droite arrivent en force pour cette équipe».

Interrogée, son équipe a cité les noms de Jacques Bompard et de Carl Lang, ancien secrétaire général du FN et président du Parti de la France, qui a souhaité dimanche «confirmer au deuxième tour le rejet d’Alain Juppé». Mais M. Lang a précisé à l’AFP qu’il n’entendait pas voter dimanche.

Une autre groupe d’extrême droite, Riposte laïque, a lancé un appel contre le maire de Bordeaux mardi: «pour contrer le vote musulman, votons Fillon en masse!».

Alain Juppé a lancé pour sa part: «Moi je suis soutenu par une grande partie de LR, par l’UDI, le MoDem, le rassemblement qui nous a toujours permis de gagner».

«François Fillon a reçu le soutien de Nicolas Sarkozy, ce qui reconstitue l’équipe de 2007-2012», a-t-il ajouté.

«Il paraît que François Fillon a été choqué que je lui demande de clarifier sa position sur l’IVG – c’était quand même nécessaire puisqu’il y a quelque temps il écrivait dans un livre que c’était un droit fondamental de la femme, avant de changer d’avis puis de donner un sentiment personnel et de dire qu’il ne changerait rien à la législation actuelle».

«Et je vous le dis, je ne renoncerai pas à poser d’autres questions», a-t-il lancé. «L’IVG est un droit fondamental, durement acquis par les femmes», a-t-il ajouté.

François Fillon s’est indigné mardi que son concurrent lui demande de «clarifier» sa position.

Alain Juppé s’est par ailleurs ému face aux «attaques personnelles ignominieuses» émanant des réseaux sociaux le baptisant «Ali Juppé, grand mufti de Bordeaux» et aux calomnies sur le «salafisme et l’antisémitisme». Le maire de Bordeaux s’était déjà insurgé à plusieurs reprises contre ces calommnies.

«Ca a fait des dégâts, j’ai des témoignages précis dans des queues de personnes qui parfois ont changé leur vote parce qu’ils ont été impressionnés par cette campagne dégueulasse!», s’est-il emporté. «J’aurais aimé que certains de mes compétiteurs condamnent cette campagne ignominieuse», a-t-il lancé.

Alain Juppé, arrivé près de 16 points derrière François Fillon au premier tour alors qu’il était le favori du scrutin, a de nouveau pointé «la brutalité» du programme «mal étudié» qui n’a «pas de sens» de son adversaire. «On ne supprimera pas 500.000 fonctionnaires en 5 ans», a-t-il dit. «Cela ne se fera pas», a-t-il assuré, opposant au contraire la «crédibilité» de son programme.

«J’ai dans mon conseil municipal un représentant de +Sens Commun+ (mouvement hostile au mariage pour tous qui soutient Fillon), qui appartient à ma majorité, parce que je l’ai embarqué dans ma liste – voyez que je suis ouvert d’esprit- eh bien chaque fois qu’il y a une subvention — pas souvent, de temps en temps — qui va à une association d’homosexuels eh bien il refuse de voter», a-t-il expliqué. «Ce n’est pas ma conception de la société», a-t-il déclaré.

Jean-François Copé, qui a rallié le maire de Bordeaux, a loué son «sang froid» ainsi que son «courage». Nathalie Kosciusko-Morizet avait également fait le déplacement, ralliée «pas par calcul» mais «pas par hasard». «Je me suis battue et je continuerai à le faire contre les conservatismes de droite et de gauche et aujourd’hui, c’est toi, Alain, qui portes la tête de ce combat», a-t-elle lancé.

Voir encore:

Sacristie

Laurent Joffrin
Libération
21 novembre 2016 
Édito

Journée des dupes. Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. «Avec Carla, c’est du sérieux», disait le premier. Avec Fillon, c’est du lugubre. Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social, émule de Philippe Séguin, qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française. Aligner la France sur l’orthodoxie du laissez-faire : le bon Philippe doit se retourner dans sa tombe. On comprend le rôle tenu par les intellectuels du déclin qui occupent depuis deux décennies les studios pour vouer aux gémonies la «pensée unique» sociale-démocrate et le «droit-de-l’hommisme» candide : ouvrir la voie au meilleur économiste de la Sarthe, émule de Milton Friedman et de Vladimir Poutine. Nous avions l’Etat-providence ; nous aurons la providence sans l’Etat. C’est encore plus net dans le domaine sociétal, où ce chrétien enraciné a passé une alliance avec les illuminés de la «manif pour tous». Il y a désormais en France un catholicisme politique, activiste et agressif, qui fait pendant à l’islam politique. Le révérend père Fillon s’en fait le prêcheur mélancolique. D’ici à ce qu’il devienne une sorte de Tariq Ramadan des sacristies, il n’y a qu’un pas. Avant de retourner à leurs querelles de boutique rose ou rouge, les progressistes doivent y réfléchir à deux fois. Sinon, la messe est dite.

Voir de plus:

Alain Juppé: « La vision de François Fillon me paraît tournée vers le passé »
Presidentielle 2017
Propos recueillis par Corinne Lhaïk

Libération

22/11/2016

Alain Juppé revient dans une longue interview à L’Express sur son programme et sa vision de la France alors qu’il est confronté à François Fillon, très en avance dans les sondages, pour le second tour de la primaire à droite.
Vous décrivez une différence de degré avec vous, pas de nature…

Il y a une différence de nature quand, moi, je veux une France moderne, ouverte sur l’avenir. Sa vision me paraît beaucoup plus traditionaliste et tournée vers le passé. Sur les questions sociales, sur l’évolution des moeurs, la prise en compte de deux enjeux fondamentaux – l’égalité entre les femmes et les hommes ou la conception d’une nouvelle croissance pour sauver la planète du réchauffement climatique -, il s’est peu exprimé.

Vos positions sur des sujets de société peuvent susciter l’incompréhension de certains électeurs de droite. Que leur dites-vous?

Je leur ai toujours dit que je respectais leurs convictions. Je suis moi-même catholique, contrairement à l’ignominieuse campagne développée par je ne sais qui et qui me présente comme converti à l’islam et complaisant vis-à-vis de l’islamisme. Cette campagne de caniveau a fait des dégâts sur certains esprits mal informés. Je suis catholique, je suis baptisé, je m’appelle Alain Marie, je n’ai pas changé de religion et je comprends parfaitement le point de vue de mes coreligionnaires catholiques. Certains sont plus intégristes, moi, je me reconnais davantage dans la vision du pape François.

Voir de même:

La victoire de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche, a surpris jusqu’à l’Elysée, où le président n’avait pas vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy.

Europe 1

21 novembre 2016

Un résultat sans appel qui a surpris tout le monde. Personne n’avait imaginé une telle avance pour François Fillon au premier tour de la primaire de la droite, dimanche soir. Encore moins le président de la République. François Hollande n’avait pas non plus vu venir la défaite de Nicolas Sarkozy. Dans cette soirée électorale, le chef de l’Etat a perdu son ennemi préféré et il n’a surtout plus grand-chose à quoi se raccrocher. Explications.

Hollande ne l’avait pas vu venir. Chez les proches du président, c’est l’abattement en fin de soirée. « Regardez Fillon, glisse l’un de ses proches, il était dans les choux à la rentrée. Ça prouve que rien ne se passe jamais comme prévu ». L’analyse peut paraître ironique quand on sait que le président ne prédisait pas du tout ce résultat il y a encore quelques mois. « Fillon n’a aucune chance », prophétisait-il à Gérard Davet et Fabrice Lhomme, dans le fameux livre d’entretiens Un président ne devrait pas dire ça (éditions Stock).

Fillon, le plus réactionnaire pour Hollande. Dimanche soir, devant sa télévision, dans ses appartements privés de l’Elysée, le chef de l’Etat a échangé frénétiquement par SMS avec ses conseillers, ses amis. Le message est désormais clair : François Fillon est le plus libéral, le plus réactionnaire, selon François Hollande. Face à cet adversaire, il peut encore incarner la défense du modèle social.

Personne ne veut d’un remake de 2012. Mais une partie de la gauche fait déjà une toute autre lecture du scrutin, persuadée que le résultat de dimanche montre surtout une chose : personne ne veut d’un remake de 2012. Un député proche de Manuel Valls sort déjà les crocs : « Hollande n’aura pas son match retour avec Sarkozy, c’est un signe de plus qu’il faut laisser la place ».

Voir aussi:

Hollande pense que « le masque de Juppé va tomber »

En petit comité, le chef de l’État explique que la popularité d’Alain Juppé explosera à la lumière de la primaire, quand « le masque va tomber ».

Emmanuel Berretta

Le Point
09/03/2016

BDS ou la continuation de la Solution finale par d’autres moyens (Why do the heathen rage ? – From Judenrein to Zionistfrei, guess who holier-than-thou universities, unions, « human rights » groups and churches are targeting from among the 200 territorial disputes, from Tibet to Ukraine)

28 septembre, 2016
neonazisbdsPourquoi ce tumulte parmi les nations, ces vaines pensées parmi les peuples? Pourquoi les rois de la terre se soulèvent-ils et les princes se liguent-ils avec eux contre l’Éternel et contre son oint? Psaumes 2: 1-2
When I was a dissident in the former Soviet Union, one of my regular activities was monitoring anti-Semitism, and smuggling out evidence and records of such activity to the West. I believed then that the free world, particularly after the Holocaust, would always be a staunch ally in the struggle against anti-Semitism. Unfortunately, I was wrong. (…) Over the past four years, we have witnessed a resurgence of anti- Semitic activity in the democratic world. In Europe, synagogues have been burned, rabbis have been abused in the streets, Jewish children have been physically attacked on the way to school and inside schools, and Jewish cemeteries have been desecrated. Moreover, the so-called “new anti-Semitism” poses a unique challenge. Whereas classical anti-Semitism is aimed at the Jewish people or the Jewish religion, “new anti-Semitism” is aimed at the Jewish state. Since this anti-Semitism can hide behind the veneer of legitimate criticism of Israel, it is more difficult to expose. Making the task even harder is that this hatred is advanced in the name of values most of us would consider unimpeachable, such as human rights. Nevertheless, we must be clear and outspoken in exposing the new anti-Semitism. I believe that we can apply a simple test – I call it the “3D” test – to help us distinguish legitimate criticism of Israel from anti-Semitism. The first “D” is the test of demonization. When the Jewish state is being demonized; when Israel’s actions are blown out of all sensible proportion; when comparisons are made between Israelis and Nazis and between Palestinian refugee camps and Auschwitz – this is anti- Semitism, not legitimate criticism of Israel. The second “D” is the test of double standards. When criticism of Israel is applied selectively; when Israel is singled out by the United Nations for human rights abuses while the behavior of known and major abusers, such as China, Iran, Cuba, and Syria, is ignored; when Israel’s Magen David Adom, alone among the world’s ambulance services, is denied admission to the International Red Cross – this is anti-Semitism. The third “D” is the test of delegitimization: when Israel’s fundamental right to exist is denied – alone among all peoples in the world – this too is anti-Semitism. (…) vicious anti-Semitism which expressly calls for massive terrorism and genocide against Jews, Zionists, and the State of Israel is becoming more and more commonplace across the Arab Middle East. Moreover, the borders between anti-Semitism, anti- Americanism, and anti-Westernism have become almost completely blurred. (…) There is a direct link between the laxity with which countries have responded – or not responded – to growing Arab/Islamic anti- Semitism and the sharp increase in physical and verbal attacks on Jews and Israelis globally. (…) Anti-Semitism is not a threat only to Jews. History has shown us that left unchecked, the forces behind anti-Semitism will imperil all the values and freedoms that civilization holds dear. Never again can the free world afford to sit on the sidelines when anti-Semitism dangerously emerges. Natan Sharansky
Comparé à la plupart des flambées antijuives antérieures, ce nouvel antisémitisme est moins souvent dirigé contre des Juifs en tant qu’individus. Il attaque principalement les Juifs de façon collective, l’État d’Israël et alors avec ces attaques, démarre une réaction en chaine d’attaques contre des individus juifs et des institutions juives. […] Dans le passé, les antisémites les plus dangereux étaient ceux qui voulaient rendre le monde judenrein, libre de Juifs. Aujourd’hui, les plus dangereux antisémites sont peut-être ceux qui veulent rendre le monde judenstaatrein, libre d’un état juif. Per Ahlmark (ancien vice-premier ministre suédois)
You can criticize an Israeli policy or action as having been not only a violation of human rights and humanitarian law but also, you could even say it was a war crime. It may be, as I say, distasteful to see that, or witness that, but I don’t regard that as being anti-Semitic content. I think that that’s part of what is called rigorous criticism and discourse. Where you say that Israel is an apartheid state, even then – that to me is, it’s distasteful, but it’s still within the boundaries of argument. It’s where you say, because it’s an apartheid state, it has to be dismantled – then you crossed the line into a racist argument, or an anti-Jewish argument. You’re not just criticizing, you’re not only criticizing Israeli policy or practice; you’re not only saying it has apartheid policies; you’re saying it’s a criminal apartheid state that must be dismantled. Then in my view, you’ve crossed the line. (…) Since the start of the 21st century, the world has been « witnessing a new and escalating, globalizing, virulent, and even lethal anti-Semitism, one which substitutes hate for the Jewish person with hate for the Jewish state. We had moved from the discrimination against Jews as individuals, to the discrimination against Jews as a people, to Israel as the targeted collective ‘Jew among the nations. [But] I think we’ve got to set up certain boundaries of where it does cross the line, because I’m one of those who believes strongly, not only in free speech, but also in rigorous debate, and discussion, and dialectic, and the like. If you say too easily that everything is anti-Semitic, then nothing is anti-Semitic, and we no longer can make distinctions. (…) I think it’s too simplistic to say that anti-Zionism, per se, is anti-Semitic. It may cross the line into being anti-Semitic where it ends up by saying, ‘Israel has no right to exist’, or ‘the Jewish people have no right to self determination’, or, that the Jewish people are not even a people. (…) where people single out only Israeli nationals and apply only to them the principal of universal jurisdiction … and you’re not initiating any such processes against anybody else in a world in which many war crimes, crimes against humanity, genocide are being committed – then you have to question whether this is not the singling out of Israeli nationals for selective and discriminatory treatment. Irwin Cotler
Your headline in the article “Canadian MP Cotler: Calling Israel an apartheid state can be legitimate free speech“ – as well as the inappropriate juxtaposition of disparate comments – suggest that the indictment of Israel as an apartheid state can be legitimate free speech. As all of my writing, my talk at the President’s Conference and my follow up interview with Ha’aretz make clear: the indictment of Israel as an apartheid state is false, defamatory and hateful, but the right to be wrong, defamatory and hateful – however offensive it may be, can nevertheless be an exercise in free speech. Simply put, the fact that the indictment is hateful – and may cross the line into being anti-Semitic when it calls for the dismantling of the State – does not mean that we should prohibit the hateful speech to begin with. It means, as I said in the interview, that we need to engage it, expose it, rebut it and thereby “delegitimize the delegitimizers” – not prevent their delegitimizing speech to begin with. The main theme in my writings – and in the interview – was regrettably not referenced in the article itself: that the real concern is not the phenomenon of the delegitimization of Israel. That has always been with us – what is new, and particularly offensive, is the laundering of the delegitimization of Israel under all that which is good, for example: the struggle against racism, international law, human rights, and the like. The result is not only prejudicial to the State of Israel – as in the indictment of Israel as an apartheid state or the singling out of Israel for differential and discriminatory treatment in the international arena– but prejudicial to the case and cause of the struggle against racism and human rights. To label Israel an apartheid state demeans the real struggle against apartheid – in which I was honoured to be at the forefront – as much as it falsely misrepresents Israel, however one may criticize Israeli policy and practice. Irwin Cotler
L’antisionisme est le nouvel habit de l’antisémitisme. Demain, les universitaires qui boycottent Israël demanderont qu’on brûle les livres des Israéliens, puis les livres des sionistes, puis ceux des juifs. Roger Cukierman (président du CRIF, janvier 2003)
Boycotter Israël, c’est lutter pour une paix juste (…) Du Canada à l’Australie en passant par l’Afrique du Sud, les Etats-Unis, l’Amérique latine et l’Europe, c’est un mouvement international, non-violent et populaire qui se développe. Syndicats, ONG, associations, Eglises, universités, municipalités, personnalités de renommée mondiale et simples citoyens se retrouvent pour défendre un même objectif : l’application du droit. (…)  Notre combat n’est pas fondé sur le rejet d’un peuple. Il s’agit d’exercer une réelle pression sur l’Etat d’Israël, en développant un boycott économique, diplomatique, et un boycott des institutions académiques, sportives et culturelles israéliennes. Ces institutions sont en effet trop souvent utilisées par Israël pour soigner son image et mieux masquer sa politique à l’égard des Palestiniens et son mépris des règles internationales. Michel Platini, président de l’Union européenne des associations de football (UEFA), l’a compris, menaçant d’exclure l’Etat d’Israël de l’UEFA s’il continuait d’entraver le développement du sport palestinien. Desmond Tutu, archevêque sud-africain récompensé par le prix Nobel de la paix en 1984 pour son combat contre l’apartheid, s’est de son côté élevé contre la visite prochainement prévue, en Israël, de la troupe de l’Opéra du Cap. En tant que soutien actif de la stratégie BDS, Desmond Tutu mérite-t-il aussi les titres de saboteur et de naufrageur d’espoir ? A ceux qui s’inquiètent de la dégradation de l’image d’Israël et qui accusent la campagne BDS d’en être responsable, nous disons qu’Israël est le seul auteur de cette dégradation. En violant chaque jour le droit international, en commettant des actes criminels comme les bombardements massifs sur Gaza en 2008-2009 ou l’assaut sanglant contre la Flottille de la liberté, en poursuivant le blocus de Gaza, la construction de colonies et l’arrachage des oliviers, Israël ne peut susciter qu’un rejet de plus en plus fort. (…) Nous savons, fort du précédent sud-africain et de la campagne victorieuse de boycott contre le régime d’apartheid, que cette arme, loin d’être indigne, peut être noble et efficace lorsque les circonstances l’exigent. C’est le cas aujourd’hui. Nicole Kiil-Nielsen (députée européenne, Les Verts)
Le Mouvement de la Résistance Islamique croit que la Palestine est un Waqf [patrimoine religieux] islamique consacré aux générations de musulmans jusqu’au Jugement Dernier. Pas une seule parcelle ne peut en être dilapidée ou abandonnée à d’autres. Charte du Hamas
Il n’y a aucun doute qu’à l’intérieur des territoires occupés palestiniens nous avons affaire à un exemple effarant d’apartheid. Jimmy Carter
En tant que membres du monde de la culture, notamment du cinéma, nous sommes troublés par la décision du TIFF de réserver une place de choix à Tel Aviv et de s’être ainsi rendu complice, intentionnellement ou pas, de la machine de propagande israélienne. Nous ne visons pas les cinéastes israéliens dont les œuvres sont inscrites au programme du festival. Mais nous dénonçons l’instrumentalisation du festival, par une campagne de propagande au service d’un régime d’apartheid. Ken Loach
La présentation sélective de la façade moderne et sophistiquée de Tel-Aviv, sans égard au passé et aux réalités de l’occupation israélienne des territoires palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, ce serait comme si on glorifiait la beauté et la vie élégante chez les communautés exclusivement blanches au Cap ou à Johannesburg pendant l’apartheid, sans reconnaître les cantons noirs de Khayelitsha et de Soweto. Ken Loach, Jane Fonda, Naomi Klein, David Byrne, Alice Walker, Danny Glover, Harry Belafonte, Noam Chomsky, etc.
Se peut-il que cette guerre soit le laboratoire des fabricants de mort ? Se peut-il qu’au XXIe siècle on puisse enfermer 1,5 million de personnes et en faire tout ce qu’on veut en les appelant terroristes ?Mads Gilbert
L’Etat d’Israël est en train de mener une guerre de purification ethnique dans les territoires palestiniens. Nous avons passé 48 heures dans les camps d’internement de l’armée israélienne, où des centaines de Palestiniens, raflés en pleine nuit, sont emprisonnées, les yeux bandés. José Bové (Ramallah, avril 2002)
Il faut se demander à qui profite le crime. Je dénonce tous les actes visant des lieux de culte. Mais je crois que le gouvernement israélien et ses services secrets ont intérêt à créer une certaine psychose, à faire croire qu’un climat antisémite s’est installé en France, pour mieux détourner les regards. José Bové (de retour de Ramalah, Libération, avril 2002)
Vive le Hamas, le Hamas vaincra! Patrick Farbiaz (conseiller politique de Noël Mamère, 2003)
L’université est censée être un lieu où l’on apprend à utiliser son cerveau, à penser rationnellement, à examiner les preuves, à tirer des conclusions à partir de faits avérés, à vérifier ses sources, à comparer les points de vue. Si celle d’Edimbourg ne peut former que des étudiants qui n’ont pas la moindre notion de toutes ces choses, alors l’avenir est sombre. Je n’ai aucune objection à la critique argumentée contre Israël. Mais je m’oppose à ce que des gens supposés intelligents stigmatisent l’Etat juif comme celui qui traiterait sa population de la pire façon. (…) S’il y avait eu un Etat juif dans les années 1930 (ce n’était malheureusement pas le cas), vous ne croyez pas qu’Hitler aurait décidé de le boycotter ? Dr. Denis MacEoin
En Allemagne nazie,  c’était très à la mode de rendre sa ville Judenfrei – débarrassée des juifs-. Maintenant une nouvelle mode balaie l’Europe : rendre sa ville ce que l’on pourrait appeler ‘Zionistfrei’ – débarrassée des produits et de la culture de l’État juif. À travers tout le continent des villes se déclarent ‘zones débarrassées d’Israël,’ isolant leurs citoyens de tout ce qui est produit ou culture israéliens. On y trouve de hideux échos de ce qui s’est passé il y a soixante-dix ans. Brendan O’Neill
The Zionistfrei movement isn’t really about effecting any change in the Middle East. As Leicester Councillor Mohammed Dawood admits, Israel is hardly going to be “trembling in its shoes” over the city’s boycott. Rather, the movement is about making the chattering classes in Europe feel pure and righteous, unsullied by the poisonousness of the state it’s now so fashionable to hate. Where yesteryear’s creators of Judenfrei zones saw the Jewish people as a corrupting presence, today’s lobbyists for Zionistfrei territories see the Jewish state as corrupting, as a toxic entity whose fruit and technology and books must be shunned. No, Jews aren’t being physically expelled from Europe, but they are being made to feel unwelcome. Given that most Jews feel affinity with the state of Israel, what must they think when they see parts of Europe being cleansed of all things Israeli? They must think: “My culture and my people are not wanted here.” And European Jews are voting with their feet. In the first eight months of this year, 4,566 Jews left France for Israel, more than the total number that left in 2013 (3,228). Last year a European Union survey found that 29% of Europe’s Jews had considered emigrating because they no longer feel safe. BDS is one of the ugliest political movements of our time. It is shot through with double standards, treating Israel as more wicked than any other state. It is shrill and censorious, too. Its members boo and jeer and seek to expel from apparently civilized Europe not only Israeli military leaders and politicians but even Israeli violinists and actors. Now, the demand for Zionistfrei zones is taking BDS to its terrifying conclusion, that Israel and everyone associated with it (you know who) should be shunned by respectable communities everywhere. Brendan O’Neill (Spiked)
Aujourd’hui ces campagnes de haine et ces politiques nazies sont en grande partie le fait d’universités, de syndicats, d’entreprises et de groupes hypocrites, soi-disant militant pour les « droits de l’homme », ainsi que d’autres ONG. Et, ce qui est honteux, le fait d’églises. (…) Ils prétendent tous, à tort, être « pacifiques », utiliser des « moyens économiques » pour corriger « les injustices » dans les Territoires palestiniens. Cependant, ils semblent ne jamais essayer de remédier aux torts des gouvernements corrompus et répressifs de l’Autorité palestinienne et du Hamas à Gaza, ni même d’y promouvoir une presse libre, l’état de droit ou l’élaboration d’une économie stable. Leurs véritables motivations sont démasquées. Ils se coordonnent tout simplement avec la stratégie violente des Palestiniens et des fondamentalistes musulmans en Occident, ceux qui ont refusé encore et encore de faire la paix avec Israël depuis sept décennies et, au lieu de cela, ont choisi le terrorisme. (…) L’Union européenne a signé un accord avec le Maroc, qui a une dispute territoriale avec l’Algérie, lui garantissant néanmoins le droit d’exploiter les ressources du Sahara occidental ; il n’y a eu aucune campagne de protestation. Et nous n’avons entendu aucune protestation contre la Turquie pour son occupation du nord de Chypre ou son emprisonnement de masse de dissidents, de journalistes ou d’universitaires. Non, la politique de boycott n’est pratiquée que contre l’État juif qui peut se targuer des plus hauts niveaux de liberté académique, de liberté de presse et d’égalité devant devant la loi de la planète. (…) Ils soumettent aussi les universitaires israéliens à une campagne néo-nazie « de silence » de la part d’universités sans scrupules : envoyer moins d’invitations, rejeter plus d’articles et utiliser les critères des lois de Nuremberg du Troisième Reich pour exclure les juifs de toute participation. (…) Ces néo-nazis répandent leur message dans les universités, les églises, les entreprises et les municipalités. Ils adoptent des mesures comme des pétitions d’enseignants, le harcèlement public, des menaces de poursuites légales (guerre par la loi), des manifestations devant des magasins et, souvent, juste des cris stridents, de l’intimidation, des menaces et des sit-ins. (…) Des syndicats académiques au Royaume-Uni et au Canada, allant de médecins à architectes, ont également soutenu les nouvelles Lois de Nuremberg contre Israël. Des dizaines d’artistes – notamment des musiciens et des cinéastes – ont refusé, comme les premiers nazis avant eux, de se produire en Israël ou ont annulé leurs représentations. Nombre de fonds de pension ont retiré leurs investissements d’Israël.  (…) Les lignes d’avant ou après1967 ne sont qu’un alibi pour ces nouveaux nazis. Nombre d’entre eux considèrent que l’intégralité d’Israël est illégale, immorale ou les deux à la fois – bien que des juifs vivent sur cette terre depuis trois mille ans, une partie s’appelant même la Judée. L’appétit qu’ils mettent à accuser les juifs d’avoir l’audace « d’occuper » leur propre terre historique, biblique, ne fait que révéler leur collusion avec les mensonges les plus sombres des extrémistes islamiques qui essaient de détruire les coptes chrétiens autochtones dans leur terre natale d’Égypte et les Assyriens chrétiens autochtones que l’on voit massacrer dans tout le Moyen Orient. Les Français devraient-ils être accusés « d’occuper » la Gaule ? Il suffit de voir n’importe quelle carte de « Palestine », qui recouvre l’État d’Israël tout entier : pour nombre de Palestiniens, la totalité d’Israël est une seule colonie énorme qui doit être démantelée. À la place d’Israël, ils faciliteraient la création d’un autre État arabo-islamique qui supprimera la liberté d’expression des artistes, des journalistes et des écrivains, qui chassera les chrétiens de chez eux, qui lapidera à mort les homosexuels, qui torturera les détenus en prison, qui mettra à mort des innocents voulant simplement se convertir au christianisme, qui condamnera à des coups de fouet, à la prison ou la mort ceux dont il sera allégué qu’ils ont dit quelque chose que quelqu’un pourrait considérer comme une offense faite à l’islam, qui obligera les femmes à porter le voile et à vivre à part, qui glorifiera les terroristes, qui interdira l’alcool, qui arrêtera ceux qui exprimeront des opinions impopulaires, qui encouragera une nouvelle catégorie de réfugiés musulmans : ceux qui fuiraient volontiers un régime oppressif et meurtrier. Ces néo-nazis, en guise d’arguments, avancent des slogans faux et trompeurs tels que « état d’apartheid », « occupation », « répressif », « violateur des lois internationales » (toutes choses qu’Israël n’est scrupuleusement pas). Leur but, comme celui des nazis d’origine, est de manipuler les gens et de leur instiller préjugés et haine contre Israël, et juste derrière ce subterfuge, contre tous les juifs. Giulio Meotti (Il Foglio)

De Judenrein à Zionistfrei …

Devinez quel pays

Parmi les 200 conflits territoriaux du monde allant du Tibet à l’Ukraine …

Ont choisi comme cible …

Nos universités, syndicats, groupes des droits de l’homme et églises !


11-septembre/15e: Les djihadistes confirment Girard (It’s mimetism, stupid !)

11 septembre, 2016

Montage photo des kamikazes du Stade de France, dont l'identité reste à déterminer.

Khalid (à gauche) et Ibrahim El Bakraoui. kouchaisbro attashbro indonesianbros tsarnaevs aseel-muthanabro Les frères Abdeslam - Brahim, 31 ans, et Salah (à gauche), 26 ans, de nationalité française. Ils ont grandi à Molenbeek, à Bruxelles. Le premier a participé à la tuerie des terrasses avant de se faire exploser boulevard Voltaire. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, a été arrêté vendredi en Belgique. Les frères Clain - Fabien (à gauche), radicalisé depuis les années 1990 et pilier de la mouvance djihadiste de Toulouse, et son frère Jean-Michel sont partis s'installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été authentifiées dans un enregistrement de l'État islamique qui revendique les attentats du 13 novembre. Les frères Mohamed-Aggad - Originaires du quartier de la Meinau, à Strasbourg, Foued (à gauche), 23 ans, et Karim, 25 ans, partent en Syrie fin 2013. L'aîné finit par rentrer en France, avant d'être incarcéré à Fleury-Mérogis. Foued reste sur place avec femme et enfant avant de se faire exploser le 13 novembre, au Bataclan.akchaahmidan belhoucineQue chacun se tienne en garde contre son ami, Et qu’on ne se fie à aucun de ses frères; Car tout frère cherche à tromper, Et tout ami répand des calomnies. Jérémie 9: 4
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Jésus (Jean 15: 13-20)
Des millions de Faisal Shahzad sont déstabilisés par un monde moderne qu’ils ne peuvent ni maîtriser ni rejeter. (…) Le jeune homme qui avait fait tous ses efforts pour acquérir la meilleure éducation que pouvait lui offrir l’Amérique avant de succomber à l’appel du jihad a fait place au plus atteint des schizophrènes. Les villes surpeuplées de l’Islam – de Karachi et Casablanca au Caire – et ces villes d’Europe et d’Amérique du Nord où la diaspora islamique est maintenant présente en force ont des multitudes incalculables d’hommes comme Faisal Shahzad. C’est une longue guerre crépusculaire, la lutte contre l’Islamisme radical. Nul vœu pieu, nulle stratégie de « gain des coeurs et des esprits », nulle grande campagne d’information n’en viendront facilement à bout. L’Amérique ne peut apaiser cette fureur accumulée. Ces hommes de nulle part – Shahzad Faisal, Malik Nidal Hasan, l’émir renégat né en Amérique Anwar Awlaki qui se terre actuellement au Yémen et ceux qui leur ressemblent – sont une race de combattants particulièrement dangereux dans ce nouveau genre de guerre. La modernité les attire et les ébranle à la fois. L’Amérique est tout en même temps l’objet de leurs rêves et le bouc émissaire sur lequel ils projettent leurs malignités les plus profondes. Fouad Ajami
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Le petit garçon manifeste un grand intérêt pour son père ; il voudrait devenir et être ce qu’il est, le remplacer à tous égards. Disons-le tranquillement, il fait de son père son idéal. cette attitude à l’égard du père (ou de tout autre homme en général) n’a rien de passif ni de féminin : elle est essentiellement masculine. Elle se concilie très bien avec le complexe d’Oedipe qu’elle contribue à préparer. Sigmund Freud, (Psychologie collective et analyse du moi, chapitre VII)
L’Occident s’achève en bermuda […] Craignez le courroux de l’homme en bermuda. Craignez la colère du consommateur, du voyageur, du touriste, du vacancier descendant de son camping-car ! Vous nous imaginez vautrés dans des plaisirs et des loisirs qui nous ont ramollis. Eh bien,nous lutterons comme des lions pour protéger notre ramollissement.  Chers djihadistes, chevauchant vos éléphants de fer et de feu, vous êtes entrés avec fureur dans notre magasin de porcelaine. Mais c’est un magasin de porcelaine dont les propriétaires de longue date ont entrepris de réduire en miettes tout ce qui s’y trouvait entassé. […] Vous êtes les premiers démolisseurs à s’attaquer à des destructeurs. Les premiers incendiaires en concurrence avec des pyromanes. […] À la différence des nôtres, vos démolitions s’effectuent en toute illégalité et s’attirent un blâme quasi unanime. Tandis que c’est dans l’enthousiasme général que nous mettons au point nos tortueuses innovations et que nous nous débarrassons des derniers fondements de notre ancienne civilisation.  Chers djihadistes, nous triompherons de vous. Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. Philippe Muray
 Seul l’adulte peut interpréter les mouvements de l’enfant comme un désir d’usurpation (le parricide et l’inceste) ; il les interprète au sein d’un système culturel qui n’est pas encore celui de l’enfant, à partir de significations culturelles dont l’enfant n’a pas la moindre idée (…) Le père prolonge en pointillés les mouvements à peine amorcés du fils et il constate sans peine que celui-ci se dirige droit vers le trône et vers la mère. Le désir du parricide et de l’inceste ne peut pas être une idée de l’enfant, c’est de toute évidence l’idée de l’adulte, l’idée du modèle. Dans le mythe, c’est l’idée que l’oracle souffle à Laïos, longtemps avant qu’Oedipe soit capable de désirer quoi que ce soit… […] L’élément mythique du freudisme, c’est la conscience du désir parricide et incestueux, conscience éclair assurément, entre la nuit des premières identifications et celle de l’inconscient, mais conscience réelle tout de même, conscience à laquelle Freud ne veut pas renoncer, ce qui l’oblige à trahir toute logique et toute vraisemblance, une première fois pour rendre possible cette conscience et une deuxième fois pour l’annuler, en imaginant l’inconscient réceptacle et le système de pompes aspirantes et refoulantes que l’on sait. Ce désir du parricide et de l’inceste, je le refoule parce que jadis, je l’ai vraiment voulu. Ergo sum. […] La rivalité mimétique présente sur le complexe freudien des avantages de tous ordres : elle élimine avec la conscience du désir parricide et incestueux, la nécessité encombrante du refoulement et de l’inconscient. Elle s’inscrit dans un système de lecture qui déchiffre le mythe oedipien ; elle assure à l’explication une cohérence dont le freudisme est incapable et ceci avec une économie de moyens que Freud ne soupçonne même pas. (…) Il y a une unité non seulement de toutes les mythologies et de tous les rituels, mais de la culture humaine dans sa totalité, religieuse et anti-religieuse, et cette unité des unités est toute entière suspendue à un unique mécanisme toujours opératoire parce que toujours méconnu, celui qui assure spontanément l’unumanité de la communauté contre la victime émissaire et autour d’elle. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme.Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxismeRené Girard
Hitler sait que les êtres humains ne veulent pas seulement le confort, la sécurité, les heures de travail de courte durée, l’hygiène, le contrôle des naissances et, dans le bon sens commun. Ils ont également, au moins par intermittence, l’envie de lutte et de sacrifice de soi, pour ne pas mentionner les tambours, drapeaux et défilés. Peu importe comment sont leurs théories économiques, le fascisme et le nazisme sont plus sonores psychologiquement que toute conception hédoniste de la vie. Orwell
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains. Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu ? Avions-nous saisi qu’au-delà d’Al quaïda et de ce groupe barbare qui s’était installé en Afghanistan, c’était une guerre qui nous était déclarée par le fondamentalisme ? Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. Et si la France, avec Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention, et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré. François Hollande (11.09.2016)
Même aux pires moments de notre relation, quand le général De Gaulle a quitté l’OTAN, critiqué la guerre du Vietnam et voulu remplacer le dollar par l’étalon-or, il n’est jamais allé aussi loin. Il n’a jamais tenté, lui, de monter une coalition contre nous. Kissinger (Paris, automne 2003)
A senior U.S. official said France’s refusal to join in threatening force against Iraq doomed the united front assembled in November and convinced Iraqi President Saddam Hussein that he could split the international community and avert war without divulging his programs to develop weapons of mass destruction. (…) As the United States and Britain lobbied for a second U.N. resolution that would authorize the use of force, France played hardball, openly competing for Security Council votes and trying to intimidate supporters of the U.S. position among Eastern European countries. It wasn’t just France’s anti-war stance that Washington resented, but the « gleeful organizing against us, » a senior U.S. official said. This generated even more disfavor within the Bush administration than was reserved for Russia, which opposed the war less aggressively. (…) U.S.-French strains did not start with Iraq, and are unlikely to end anytime soon. Determined to act as a counterweight to American power in Europe and to preserve its influence among former colonies in Africa and the Middle East, France has long viewed the United States and its power with a mixture of gratitude, Old World disdain and sheer mischievousness. President Charles de Gaulle set the relationship on its rocky course in 1966 when he pulled France out of the military arm of the U.S.-led North Atlantic Treaty Organization while remaining part of its political umbrella, the North Atlantic Council, and providing troops and equipment for NATO missions. In the years since, France has refused to give unblinking support for U.S. actions, even blocking the use of its airspace when the United States, under President Ronald Reagan, bombed Libya in 1986. The Baltimore Sun (09.05.2003)
Il est maintenant clair que les assurances données par Chirac ont joué un rôle crucial, persuadant Saddam Hussein de ne pas offrir les concessions qui auraient pu éviter une guerre et le changement de régime. Selon l’ex-vice président Tareq Aziz, s’exprimant depuis sa cellule devant des enquêteurs américains et irakiens, Saddam était convaincu que les Français, et dans une moindre mesure, les Russes allaient sauver son régime à la dernière minute. Amir Taheri
Yes, France has suffered terror attacks. There’s no question on that score. But what I didn’t understand in 2003 and what Hollande should most certainly understand by now is that they were going to be attacked anyway. The horror of 9/11 wasn’t the start of anything. It was just the most shocking, visible symbol of a disease which had already taken hold in the global bloodstream. To think that the terrorist urges of Islam weren’t going to hit France sooner or later (being a western power within easy reach of their strongholds) is foolish. Blaming it on us is counterproductive and ignores both history and reality … Hot air
Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs. Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition ». « C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme », les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès. Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ? Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque. Roger-Pol Droit
Le djihad est de toute évidence une affaire de famille. Il ne se fait pas contre la famille mais pour la famille. Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur. Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs. Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur. Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père. (…) [Mais] J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. (…) Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même. Serge Hefez (psychiatre et psychanalyste, Pitié-Salpêtrière, Paris).
C’est un phénomène tout à fait naturel. On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance. C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres. (…) Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. Marc Sageman (psychiatre et ancien agent de la CIA )
Le recrutement se fait essentiellement par des pairs. C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe. Dr Rik Coolsaet (expert belge)
« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants. Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement. (…) Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents. Patrick Amoyel (psychanalyste et professeur de psychopathologie)
Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père. Paul-Laurent Assoun
La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dans lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  effet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (de  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les mêmes sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentiments personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  groupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe, et surtout le besoin qu’éprouvent les  membres de maintenir les liens créés dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’origine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effet  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  le  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » L’accord  du gouvernement  Mich el d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Belges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  génération de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur .  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers des belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  comparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge, la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nous avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . »  U ne  fois  arrivés en  Syrie  et  en  Irak,  ils  se  montrent en  outre  très  égocentriques et  conscients de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – jeune  sur  des thèmes  d’adolescents)  et  d’attirer  l’attention  reflètent un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des clubs de sports, bref, leurs lieux de  vie  quotidiens.  Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce processus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieures  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une parti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autre  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  des  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  disposaient  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi,  ils  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appartenance et  d’ une cause à  rejoindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective. Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  certaines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de la diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .” Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également, cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement avec la société de l’époque.  Dr Rik Coolsaet (expert belge)
Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. Marc  Trévidic
Le Prof. Coolsaet indique que des études sur le terrorisme ont en effet révélé qu’un cercle d’amis constitue un média élémentaire pour la radicalisation d’un individu – plus crucial même que l’idéologie ou la religion. (…) Le Prof. Rik Coolsaet stipule que ce cas est un bel exemple d’auto-radicalisation ou d’autorecrutement. Muriel, Issam et les jeunes de Saint-Josse-Ten-Noode radicalisent presque entièrement par leur cercle d’amis ou leur famille. Un recrutement actif n’aurait pratiquement pas ou pas du tout joué un rôle. Il indique que les jeunes se prennent l’un l’autre pour modèle. Via l’Internet, ils ont construit une communauté virtuelle de personnes partageant les mêmes opinions. Il s’agissait entièrement d’un processus bottom-up (de bas en haut). Rapport Polarisation en radicalisation
Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN. Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.» «Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar. Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro. Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris. Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.» Le Figaro
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes. Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré. Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias. Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev, coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat. Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés. Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille. Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998. Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions. Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur. Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. Les Echos
Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why? Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come. But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together. The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run. (…) Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. (…) There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear. Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwis. This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences. Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks. The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria. Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them. All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet. The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them. (…) The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same. The Guardian
L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges. Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre. Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans. Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte? Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. (…) Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation. « C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ». (…) Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il. (…) Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. (…) De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. (…) Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. Huffington post
La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement. Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police. (…) Les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion. Farhad Khosrokhavar
La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent. Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ». Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze. Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes. 20 minutes
Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite. Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw.  (…) Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… (…) La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main. 20 minutes

Ben Attash (New York), Al-Shehri (New York), Al Hazmi (Washington), Nurhasyim (Bali), Oulad-Akcha (Madrid), Tsarnaev (Boston), Merah (Toulouse), Belhoucine, Mohamed-Aggad, Clain (Syrie), Kouachi (Paris), El Bakraoui (Paris), Abdeslam (Paris), Abaaoud (Paris), Al Mohammad (Paris) …

Après Harry Potter, les terroristes confirment Girard !

En ce 15e anniversaire des attentats du 11/9

Où, ultime perversion du message évangélique et sans compter les avanies de certains de nos beaux esprits, il s’agissait de donner sa vie non pour ses amis mais pour tuer à l’aveugle les premiers civils venus …

Et une semaine après un nouvel attentat à Paris (Notre-Dame ?) évité apparemment in extremis et organisé cette fois par un réseau de femmes dont une mère et sa propre fille …

Alors que la chaine américaine d’informations continue CNN confirme que les attentats du 13 novembre devaient toucher d’autres sites en France et même plusieurs pays européens, révèlant également la détention d’un  probable complice d’Abaaoud actuellement en Autriche …

Pendant que le président d’un pays qui avait déjà il y a 30 ans interdit son espace aérien aux bombardiers américains partant punir Kaddafi pour son soutien au terrorisme aérien profite de l’hommage aux victimes du 11/9 pour blamer la victime et réécrire l’histoire

Comment ne pas voir …

Dans cette surreprésentation des fratries terroristes

Et contre le misérabilisme social ou médical (les fameux « déséquilibrés » qui bien sûr existent aussi), les histoires de « loups solitaires » ou d’ « auto-radicalisation » dont on nous rebat les oreilles …

La dimension essentiellement sociale du phénomène comme le rappelle l’expert belge Rik Coolsaet …

Et surtout au-delà du cas particulier du terrorisme ou même d’ailleurs des fratries …

La confirmation des fameuses analyses de l’anthropologue français René Girard …

Sur la dimension proprement mimétique – qui Dieu merci marche aussi pour le bien – de la plupart de nos conduites ?

Radicalisation,  entre contexte et responsabilité individuelle
Rik Coolsaet
L’Observatoire
mars 2016
Le concept de  « radicalisation » célèbre cette année ses douze ans. Apparu pour la première fois  dans  un  document de travail de l’Union européenne en  mai  2004,  il  est  devenu  le  Saint  Graal  du contreterrorisme.  Il fait référence  à la trajectoire qu’un individu entreprend  en  quittant son  état  dit  « normal » pour  s’orienter vers l’acte  terroriste.  Mais  ce  processus  est  bien  plus  complexe  qu’il n’y paraît à première vue.
Comme l’a fait remarquer Farhad Khosrokhavar,  avant  les  attentats  du  11  septembre  la  notion  de  radicalisation  était marginale, tant dans les sciences sociales que dans les travaux sur l’extrémisme et  le   terrorisme. Suite   à   ces   attentats,   une   divergence   de   vues  s’est  dessinée entre   les   alliés  transatlantiques.  Les  Etats – Unis  ont  déclaré la  « guerre » au  terrorisme  international  et  ses  leaders,  tenus  pour  responsables  et  dev en ant dès  lors l’objet d’une  chasse à l’homme sans relâche.  Les  Européens  ont  quant  à  eux davantage  insisté  sur  les  « caus es  profondes » , qu’il faudrait  neutraliser  afin d’ éviter qu’à chaque arrestation d’un  leader terroriste, un autre  ne  prenne tout  simplement sa  place.  Cependant,  le  concept  même  de  « causes  profondes » est longtemps resté  inexploré en  Europe, la priorité étant tout naturellement donnée aux mesures de prévention des  attentats.
Vers 2004 – 2005, suite à des attentats à Madrid, La Haye et Londres, les comités spécialisés de l’Union  européenne  ont  été forcés à développer  davantage  leur  réflexion. En effet, ces attentats n’étaient  pas le fruit d’individus venus  expressément  de l’étranger pour perpétrer  leur  acte,  mais  bien  de  personnes ayant grandi en Europe  et  qui  souvent  y  étaient  nés. Comment  en  étaient – elles venues à  recourir au terrorisme ? Qu’est – ce qui les  attiraient dans les idéologies extrémistes et  les propos des recruteurs ?  En  mai  2004,  les  comités  tentèrent pour  la  première  fois  d’énumérer  les  facteurs  pouvant  expliquer  le  recrutement  de  jeunes  musulmans  européens  par  des  groupes  extrémistes  étrangers.  C’est dans ce cadre que le mot « radicalisation » fait son apparition, avec comme contenu  tout simplement « colère ».  C’est la première fois  que ce concept  était mentionné dans un document  européen  – et en plus une première dans le contreterrorisme européen.
En effet, dans la longue  histoire du contreterrorisme européen,  on  prêtait jadis  peu d’attention aux  trajectoires  individuelles. L’accent  était  davantage  mis  sur  le  « pourquoi » de  l’émergence  de  terrorisme que sur le « comment » des individus en arrivaient à choisir cette voie.  A titre d’ exemple,  la  notion  de  « radicalisation » n’était  pas  ou  peu  évoquée  dans  le contreterrorisme  en  Irlande  du  Nord .  Cette faible attention accordée aux trajectoires individuelles était d’ailleurs observable pour  toutes les formes d’acti visme ,  à quelques  exceptions  près,  comme  l’étude du sociologue  français  Yvon Bourdet. L es  travaux classiques sur le terrorisme et les  efforts  antiterroristes  se  concentraient ainsi  quasi exclusivement sur l e contexte  qui  expliquait l’émergence de violences politiques,  puisqu’il  était considéré comme le facteur principal  motivant les  individus  à recourir à la violence.
La nouveauté du concept  de radicalisation  explique pourquoi, en 2006, la Commission européenne  a  créé un Groupe d’Experts,  auquel  il fut  demandé  de  fournir  un  état  des  lieux des  connaissances  académiques  sur  « la  radicalisation  violente ». Dans  leur  rapport  de  2008, les  experts  mentionnent  que  le  concept  manque d’ assises  scientifiques.  Ils  le qualifient  de plus d’intrinsèquement  ambigu,  à  plus d’un égard.  Le  groupe  propose dès  lors  de  le  remplacer  par des  notions  qui  sont,  elles,  enraciné es  dans  les  sciences  sociales.  « Socialisation dans l’extrémisme qui  se  manifeste  dans  le  terrorisme » a été la formule proposée.
En  indiquant  que,  définie  ainsi,  la  « radicalisation » est un  processus  connu  depuis  toujours  et  présent  dans  toutes  les  formes  antérieures  de  terrorisme,  le  groupe  a  également voulu mettre  en  garde  les  décideurs  contre  tout  emploi  abusif,  en  particulier  la  tentation  de  la  lier  exclusivement  à  l’islam. Mais la notion  est vite  devenue  incontournable,  acquiérant le  statut  de Saint  Graal  du  contreterrorisme,  en  raison  de son  apparente  simplicité ,  mais  aussi de  son  ambiguïté.  Elle  s’est  immiscée dans le discours ambiant  sur l’immigration qui  s’est développé depuis les années 1980,  et  dans le malaise autour  de l’islam ( et  les  musulmans ) stimulé par  les attaques  du  11  septembre.  La  « radicalisation » permettait en  effet de parler  de  ces questions  d’une  manière apparemment différente de la rhétorique des mouvements d ’ extrême – droite.
Le  succès  rencontré  par la  notion  de  « radicalisation » a cependant  eu  un  prix.  Elle  a  placé la  responsabilité essentiellement sur l’individu , ses amis et sa famille, ainsi que sur l’ idéologie, tout en  diminuant  significativement  l’importance du  contexte  général  qui,  auparavant,  était considéré comme  fondamental pour  appréhender et combattre  le terrorisme .
De plus, et comme l’avait craint  le Groupe d’Experts européen, elle  a (quasi) exclusivement  été  appliquée à l’islam et aux mus ulmans .  L’islam  a en effet été consid éré comme l’unique et la seule « cause profonde » de la radicalisation et  du   terrorisme.  Ce qui eut comme   effet   de   renforcer , dans   les   populations   européennes,  la  polarisation  sur la soi – disant incompatibilité entre  islam  et valeurs européennes.  Du coup, une partie  de  la  population  « s’est vue renvoyée à son origine, à son apparence, à sa culture, à sa religion,  comme si elle était à part, mise à l’écart, à distance et en défiance ».
Malgré tous les efforts , au sein du monde académique et des forces de police et de renseignement ,  on n’est jamais  parvenu à  développer un  instrument qui  pourrait  déterminer si  oui  ou  non la radicalisation au sein d’une société  s’acc roit ou  au contraire se tasse. 
La kyrielle d’études sur la radicalisation produites depuis 2004 a néanmoins donné quelques résultats  fort  utiles.  Nous  déchiffrons  maintenant  mieux  les  trajectoires  individuelles.  La radicalisation est  en  effet avant tout un processus de socialisation dan s lequel la dynamique de groupe (amis, famille) est  bien  plus  importante  que  l’idéologie.  Ces  études  nous  ont  fourni  une  compréhension  plus  détaillée  des étapes de ce processus de socialisation. Avant d’en arriver à la violence, certaines étapes sont en  ef fet franchies, plus ou moins progressivement, et généralement à travers une dynamique de groupe  (d e  véritables  « loups  solitaires » comme  Anders  Breivik  étant  très  rares).  Au  départ,  il  y  a  des  sentiments de frustration, d’injustice, de mécontentement. Ces sentiments sont ensuite intériorisés,  ce  qui  conduit  à  une  séparation  mentale  de  la  société,  considérée  comme  seule  responsable.  Subséquemment, les individus recherchent confirmation auprès d’autres personnes, qui partagent  les même s sentiments. Ainsi se  crée un  “ in – group ” , où la loyauté envers l’ensemble solidifie les liens  internes. A l’intérieur d’un tel groupe, les sentim ents personnels d’origine se  politisent (« qu’allons – nous  faire  pour  réagir  ? » ).  La  pensée de  groupe  ( “ groupthink ” ) 9 écarte  graduellement  toutes  les  objections éventuelles à la pensée unique qui commence à se cristalliser. Si  cette dernière s’oriente  dans  une  voie  extrémiste,  voire  violente,  les  membres  ont  – en  principe  – le choix soit d’y adhérer,  soit  de  quitter  le  g roupe.  Mais  la  dynamique  de  groupe , et surtout le besoin qu’éprouvent les  mem bres de maintenir les liens créé s dans ce processus, rend ce choix généralement aléatoire. A ce  stade, l’idéologie  – qui n’est généralement pas à l’origine du processus  – commence à jouer un rôle  bien spécifique : contribuer à déshumaniser l’ out – group , c’est – à – dire le reste de la société et dès lors  à  transformer  des  innocents  (qui  ne  portent  aucune  responsabilité  personnelle  dans  les sentiments  de frustration et d’injustice à l’or igine du processus) en complices coupables.  Dans ce processus de socialisation dans l’extrémisme, ce n’est donc pas le narratif (à savoir,  l’idéologie) qui pousse un individu dans le terrorisme, mais le contexte et la dynamique de groupe. Il  n’y a en effe t  aucun  automatisme  entre  l’acquisition  d’idées  dites  radicales  et  le  choix  délibéré  de  recourir à des actes terroristes. Les premières ne sont pas l’antichambre des secondes. Et pourtant,  les stratégies de déradicalisation sont presque toujours basées sur cette thèse, comme en témoigne  l e  point  de  vue du  premier  ministre  belge  Charles  Michel:  « On  se  trompe  en  cherchant  des  causes  sociales à ce qui n’est rien d’autre qu’une idéologie fanatique qui veut imposer par la violence  extrême sa vision  obscurantiste. » 
L’accord  du gouvernement  Michel d’octobre 2014 mentionne que : « La protection de l’Etat de droit  démocratique et la sécurité de nos citoyens constituent une priorité absolue pour le gouvernement. Aujourd’hui, elle se trouve sous la pression de la menace croissante de la r adicalisation  et  du  terrorisme. » Mais  il  se  garde  bien  de  définir  sur  quelle  base  a  pu  être  déterminé  qu’il  y  accroissement de radicalisation  – sauf à se référer au nombre de Bel ges partis pour la Syrie.  Mais la   « radicalisation » explique – t – elle   vraiment   le  phénomène   des combattants étrangers d’aujourd’hui ? Qu’est – ce  qui  pousse  des  jeunes  Belges  vers  la  Syrie  et  vers  le  groupe  le  plus  brutal  et  violent,  Daesh ? L’actuelle  géné ration de  candidats  combattants  étrangers  se  compare  difficilement  à leurs  ainés, partis dès les années 80 vers l’Afghanistan, la Bosnie, l’Irak et d’autres théâtres de guerre.  Tout  d’abord, leur  âge  moyen  est  maintenant  nettement  inférieur.  Auparavant, l’âge  moyen  était  de  27  ans, tandis  qu’à présent l’âge caractéristique se situe entre 20 et 24 ans (même en tenant compte du  fait qu’un tiers d es belges partis pour la Syrie ont 30 ans ou plus). Des jeunes  candidats au départ  de  15 – 18 ans sont malheureuse ment  loin d’être des exceptions en Europe . Ensuite,  c omparé  aux générations  antérieures de  combattants  étrangers ,  leur  bagage politique  et  religieux  est souvent  fort léger. Pour  Alain  Grignard,  islamologue, chargé de cours à l’université de  Liège, et  commissaire à la division antiterrorisme de la police fédérale belge , la différence avec leurs  prédécesseurs est patente : « Auparavant, nou s avions surtout affaire à des  “ islamistes radicaux ” – des individus qui étaient  poussés vers la violence par une interprétation extrémiste de l’Islam  – mais maintenant nous sommes  de plus en plus face à ce que l’on pourrait décrire des  “ radicaux islamisés ” . » U ne  fois  a rrivé s en  Syrie  et  en  Irak,  ils  s e  montrent en  outre  très  égocentrique s et  conscient s de  l’image qu’ils veulent afficher. Leur désir de se placer au centre des événements (avec de nombreux  selfies et  tweets dans  un  langage – je une  sur  des thèmes  d’adolescent s)  et  d’attirer  l’attention  reflète nt un degré de narcissisme qui était largement absent parmi leurs prédécesseurs. De plus, leur décision de partir  est souvent le résultat d’ un  empressement , plutôt qu e d ’une décision  mûrement réfléchie.  Des  dynamiques de groupe jouent un rôle crucial, car ces jeunes se connaissent  et s’influencent les uns les autres à l’école, dans les parcs publics,  des cl ubs de sports, bref, leurs lieux de   vie  quotidiens. 
Mais  leur  décision  de  rejoindre  la  Syrie  n’est  plus  lié  à  ce p rocessus  de  radicalisation  plus ou  moins  long,  comme  ce  fut  typiquement  le  cas  des générations  antérieur e s  de combattants étrangers et  fut tant  étudié depuis 2004 . Elle est par contre généralement une réponse  plus – ou – moins impulsive aux défis quotidiens du milieu et des quartiers où ils sont nés et ont grandi  et avec lequel ils  cherchent à rompre. Pour une p arti e des  candidats  au départ,  rejoindre  Daesh est  en effet  le passage  à une  autr e  forme  de comportement déviant , à c ôté d’une appartenance à des  gangs, des émeutes de rue, de trafic de  drogue, la délinquance juvénile ou d’autres comportements déviants 12 . Mais  rejoindre Daesh  ajoute  une  dimension  aguichante à  leur mode  de  vie  – en  fait  les  transformant  de  délinquants  sans  avenir  en moudjahidines avec une cause. Mais  les  candidats  au  départ  ne  sont  pas  tous  connus  de  la  police  pour  un  comportement  déviant.  Une partie des partants européens ne semblait en rien se distinguer.  C eux – ci font par contre souvent  référence  à  une  absence  d’ avenir,  à  des  difficultés  personnelles  auxquels  ils  sont  confrontés  dans  leur  vie  quotidienne,  à  d es  sentiments  d’exclusion  et  d’ absence  d’appartenance,  comme  s’ils ne  dispos ai ent  pas  d’un  enjeu  de  société.  Souvent aussi ,  i ls  sont  solitaires,  des adolescents  isolés,  en  désaccord avec la famille et les amis, à la recherche d’ une  appa rtenance et  d’ une cause à  re joindre . À  un  certain  moment,  la  succession  de  ces  ruptures  se  transforme  en  colère  et  en quête d’ une  échappatoire à cette vie sans perspective.
Bien  que  différents  dans  leurs  motivations,  les  deux  groupes  partagent  cert aines  caractéristiques  communes qui,  prises  ensemble,  constituent  la  « culture  jeune » dans  laquelle  la  force  d’attraction  de Daesh trouve un terreau fertile. Tout d’abord, la religion n’y joue qu’un rôle mineur.  Europol a fini  par  souscrire  à  la  thèse que la religion n’est plus un élément – clé  dans  la  radicalisation et  va jusqu’à  préférer abandonner le  concept même de « radicalisation » : “ Compte tenu de diminution de la composante religieuse dans  la radicalisation, en particulier parmi  les jeunes recrues, il peut être plus exact de parler d’une ‘tendance sociale de type extrémisme  violent’ plutôt que d’utiliser le terme ‘radicalisation’ .”
Un second trait commun est le sentiment largement partagé parmi les candidats au départ, que leur  vie n’offre pas de perspe ctives.  Le  “ no future” apparait  comme  un  élément  crucial  de  cette  culture  jeune qui pousse au départ vers la Syrie. Le moteur principal est le vécu d’une partie de la jeunesse,  qui a le sentiment que leur avenir ne leur appartient pas, qu’ils ne sont ni souhaités, ni acceptés, ni  respectés. Fragilité, frustration, une perception d’iniquité et le sentiment qu’en partant pour la Syrie,  ils n’ont rien à perdre et tout à gagner,  animent l’ensemble des partants. Troisièmement, comme le chercheur français Olivier Roy  le  soutient également 14 , cette culture jeune  est  aussi le résultat d’une révolte générationnelle, contre leurs parents, contre la société et  contre  les  autorités.  Jusqu’à  un  certain  point,  les  mêmes  mécanismes  étaient  en  jeu  lors  des  mouvements  de contestation dans les années 1960 et les années 1970. Mais la société d’aujourd’hui contraste nettement ave c la société de l’époque. Pour les jeunes partis  de  France,  Marc  Trévidic  a  fait  le même  constat pour  le  contingent  belge en  juin  2015,  lors  de  son  départ du  pôle antiterroriste après  quinze années de travail  dans le domaine  :  « Ceux qui partent faire le jihad agissent ainsi à 90 % pour des motifs personnels : pour en découdre,  pour l’aventure, pour se venger, parce qu’ils ne trouvent pas leur place dans la société… Et à 10 %  seulement pour des convictions religieuses: l’islam radical. La religion n’est pas le moteur de ce  mouvement et c’est ce qui en fait sa force. C’est pour cette même raison que placer la déradicalisation  sous ce seul filtre ne pourra pas fonctionner. » L ’écrivain français Erik Orsenna, juste après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de  Vincennes,  a  pointé le  véritable  enjeu  en  évoquant  « le  terreau  de  désespérance » .  C’était  exactement le même sentiment que  Latifa Ibn Ziaten, la mère d’un des  soldats  tués  par  Mohamed  Merah  en  2012,  avait  recueilli  dans  les  écoles  de  quartiers  difficiles:  « un sentiment d’abandon » .
Suite à l’assassinat de son fils, elle a commencé à plaider passionnément auprès des jeunes afin qu’ils  se  réconcilient « avec le pays qui  [les] a vu naître (et qui) est  [leur] patrie » . Mais, en même  temps,  elle s’ adresse également à la France : « La dignité : voilà la chose la plus importante que vous oubliez.

Voir aussi:

Pourquoi tant de fratries parmi les terroristes ?

Dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents.
Florence Renard-Gourdon
Les Echos
17/11/2015
Les terroristes s’appellent souvent entre eux « frère » ou se réfèrent aux « frères » de Syrie, d’Afghanistan ou de France. Un moyen d’indiquer une solidarité, un sentiment d’identité commune. Un jargon qui est d’ailleurs utilisé par les jeunes du monde entier et qui n’est pas réservé aux seuls terroristes ou jihadistes.

Il est néanmoins troublant de constater que dans les filières terroristes, les liens de sang sont fréquents, fait remarquer le quotidien britannique The Guardian . Tout récemment, l’enquête sur les attentats de Paris , vendredi 13 novembre, a permis d’identifier deux frères, Brahim Abdeslam, 31 ans, le kamikaze qui s’est fait exploser boulevard Voltaire sans faire de victimes, et son frère Salah Abdeslam , toujours en fuite. Un troisième frère, Mohammed, a été arrêté lundi, a passé plusieurs heures en garde à vue, avant d’être finalement libéré.

Abdelhamid Abaaoud , le cerveau présumé des attentats de Paris, avait, lui , fait la une des journaux belges dès 2014, après avoir enlevé son propre frère Younès, emmené en Syrie alors qu’il était âgé de 13 ans, et qui avait été surnommé « le plus jeune jihadiste du monde » par certains médias.

Kouachi, Tsarnaev, Merah…

Les frères Abdeslam et Abaaoud ne sont pas des cas isolés. Il existe de nombreux autres exemples identiques : les frères Kouachi , auteurs des attentats contre Charlie Hebdo en janvier dernier, ou bien les frères Tsarnaev , coupables des attentats de Boston en 2013. Il y a aussi le frère de Mohammed Merah, terroriste islamiste franco-algérien ayant perpétré les tueries de mars 2012 à Toulouse et Montauban, qui aujourd’hui est encore en détention provisoire pour complicité d’assassinat.

Les liens fraternels sont aussi fréquents parmi ceux se rendant en Syrie, en Irak ou d’autres zones de guerre. En Grande-Bretagne, trois frères âgés de 17 à 21 ans originaires de Brighton sont partis pour la zone de combat syrienne en s’engageant pour un groupe lié à Al Qaïda. En France, les frères Bons sont partis combattre à Alep en 2013. Ils sont aujourd’hui décédés.

Des exemples comme ceux-là il y en a à la pelle. Ils sont choquants mais pas surprenants. Il y a dix ans, des responsables américains du renseignement militaire en Irak avaient déjà noté qu’un homme impliqué dans l’extrémisme violent se révélait être un prédicateur très efficace face aux membres de sa famille.

Cela peut être un frère ou un père. Abdel-Majed Abdel Bary, un britannique recruté par Daech est par exemple le fils d’Adel Abdel Bary, un militant égyptien venu au Royaume-Uni en 1991 qui a été reconnu coupable à New York dans les attentats des ambassades américaines en Afrique de 1998.

Des « loups solitaires » pas si solitaires

Une étude récente, de l’Université de Pennsylvanie, a analysé les interactions de 120 supposés «loups solitaires» parmi les terroristes de tous horizons idéologiques et religieux. Elle a constaté que même s’ils ont effectivement combattu seul, dans 64% des cas, famille et amis étaient au courant de ses intentions.

Tout cela apporte quelques éclaircissements sur la nature des recrutements des terroristes et sur la radicalisation. Les deux sont souvent compris comme un processus impliquant une personne « normale » subissant un « lavage de cerveau » venant de l’extérieur.

Les faits, cependant, contredisent cette explication. Le terrorisme est d’abord une affaire sociale. Plutôt qu’une influence extérieure, ce sont les idées, les idéologies et les activités, même celles terriblement destructrices, véhiculées par des membres de la famille ou des amis proches, qui intéressent et fascinent. « Le recrutement est d’abord une affaire de parenté ou d’amitié bien plus que de religion ou de nationalité », résume le Dr Rik Coolsaet, un expert belge, pour The Guardian.

Voir également:

Merah, Kouachi, Abdeslam… Le djihad est souvent une affaire de fratrie

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. Plusieurs spécialistes analysent ce phénomène relativement ancien.

Au lendemain des attentats de Bruxelles, les enquêteurs ont réussi à identifier deux des kamikazes présumés, deux frères: Ibrahim et Khalid El Bakraoui, connus des services de police pour grand banditisme. Un nouveau cas qui montre que le terrorisme est souvent une affaire de fratrie. Leurs noms viennent s’ajouter à une longue liste de binômes. Avant eux, les frères Abdeslam avaient agi ensemble lors des attentats du 13 novembre dernier àParis et à Saint-Denis. L’aîné, Ibrahim, s’est fait exploser boulevard Voltaire tandis que Salah, présenté comme le logisticien de ces attaques, avait pris la fuite, renonçant à son projet de se faire exploser au stade de France.

Dans la nébuleuse des djihadistes, les frères qui se radicalisent, partent faire le djihad, et commettent parfois des attaques terroristes sont nombreux. On peut citer les al-Hamzi, pirates de l’air du 11 septembre 2001, les Oulad-Akcha, poseurs de bombes du 11 mars 2004 à Madrid, mais aussi la fratrie Merah, les frères Belhoucine, Karim et Foued Mohamed-Aggad ou encore les frères Clain. On se souvient aussi des frères Kouachi, qui ont préparé et perpétré les attentats de Charlies Hebdo. Du début à la fin, les deux hommes, dont la relation a été décrite comme «fusionnelle», ne se sont jamais quittés et sont morts ensemble à l’imprimerie de Dammartin-en-Goëlle, sous les balles du GIGN.

«Le sang ne ment pas»

Ces alliances fraternelles dans la radicalisation et dans le martyr se forgent plus facilement qu’entre amis. «Le sang ne ment pas. Quand on est frère, on ne peut pas se trahir», résume Farhad Khosrokhavar*, directeur d’études à l’EHESS, joint par Le Figaro. «Ils se connaissent très bien, peuvent se voir facilement et parfois communiquer d’un seul regard.» De quoi compliquer la tache des services de renseignement qui peinent à détecter ce genre de profils. «Deux frères qui se parlent, ça n’éveille pas forcément les soupçons», commente le spécialiste. «C’est une question de confiance», ajoute le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, interrogé par l’AFP. «Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère. C’est le même phénomène avec les gangs de rue. Il n’y a pas besoin de lavage de cerveau, d’endoctrinement.»

«Nous sommes très proches (avec mon frère Mohamed, ndlr). S’il a besoin de quelque chose, je lui apporte mon aide et inversement», avait dit aux enquêteurs Medhi Belhoucine, apparu plus tard avec Hayat Boumeddiene – la compagne du tueur Amedy Coulibaly – à l’aéroport d’Istanbul. Bien que très solides, ces relations sont rarement égalitaires et le frère aîné n’est pas toujours celui qui entraîne l’autre dans sa dérive. Cherif Kouachi, le frère cadet, semblait avoir l’ascendant sur son frère aîné Saïd. Même hypothèse chez les frères Abdeslam. «C’est Salah qui connaît depuis l’enfance Abaaoud», expliquait à l’Express leur frère aîné Mohamed. «Je pense que c’est ce dernier qui lui a parlé des combats en Syrie. Brahim le connaît peu. Peut-être qu’ensuite Salah l’a convaincu à son tour». «Généralement, il y en a un qui commande et l’autre qui suit, ce qui facilite les opérations», synthétise Farhad Khosrokhavar.

Des fratries difficiles à ramener vers la société

Les rapports entre parents et enfants peuvent avoir une incidence sur la radicalisation des fratries. Dans les familles patriarcales, où le père est en retrait, le grand frère prend souvent le relais et exerce une autorité sur les autres, quitte à les entraîner dans le sillage de la radicalisation. «Pour certains, il s’agit d’être plus musulmans que les parents. On essaie de racheter la défaillance du père et de sauver l’identité musulmane de la famille», estime le psychanalyste Patrick Amoyel, contacté par Le Figaro.

Ces pactes familiaux peuvent toucher un cadre plus large et concerner les femmes, les cousins, les amis. Ainsi Souad Merah, la soeur du tueur de Toulouse, «avait clairement favorisé la radicalisation de son frère et est même aller jusqu’à déclarer qu’elle était fière de lui», rappelle le chercheur franco-iranien. «Les terroristes doivent sans cesse innover pour garder une longueur d’avance sur les services de sécurité», pense Farhad Khosrokhavar. «Je ne serai pas surpris qu’à l’avenir les femmes soient de plus en plus mises à contribution dans les projets d’attentats.» On se souvient notamment d’Abdelhamid Abaaoud qui s’était servi de sa cousine Hasna Ait Boulahcen pour se trouver une planque, après les attentats de Paris.

Pour les spécialistes, il est compliqué de ramener ces fratries radicalisées vers la société. Patrick Amoyel en sait quelque chose. Au sein de l’association Entr’Autres, il suit une quinzaine de fratries radicalisées depuis plusieurs mois. «Leur prise en charge est plus difficile», constate le thérapeute. «Lorsqu’on commence à atteindre l’un des deux et à le déstabiliser dans ses convictions, l’autre revient à la charge et le rattrape. Et on doit repartir à zéro.»

» La fratrie Merah: Mohamed, le tueur, et son aîné Abdelkader, dont le parquet a requis son renvoi devant une cour d’assises spéciales pour complicité d’assassinats et association de malfaiteurs terroriste criminelle. L’aîné de la fratrie Merah, Abdelghani, est également convaincu qu’Abdelkader a joué un rôle crucial dans la radicalisation de Mohamed et son passage à l’acte. Mais pour son avocat, Eric Dupond-Moretti, aucun élément ne le relie aux crimes et rien ne justifie sa mise en examen pour complicité d’assassinats terroristes. Leur sœur Souad s’est dite «fière» de son frère avant de quitter la France pour la Syrie ou l’Algérie.

» Les frères Kouachi : les deux hommes, qui se sont radicalisés au début des années 2000, ont préparé et perpétré les attentats de Charlie Hebdo. Chérif a basculé en rencontrant Farid Benyettou, le leader du groupe dit des «Buttes Chaumont». Il a été arrêté en 2005 alors qu’il s’apprêtait à rallier la Syrie. Plus discret, son frère Saïd était parti au Yémen en 2011 dans un camp d’entraînement. Un temps placés sur écoutes, ils ont échappés aux services de renseignement.

» Les fères Abdeslam : Brahim, 31 ans et Salah, 26 ans. Le premier a participé à la tuerie des terrasses en novembre dernier avant de se faire exploser boulevard Voltaire, dans l’est parisien. Le second, décrit comme le logisticien des attentats, devait se faire exploser au Stade de France, avant de «faire machine arrière», comme l’a déclaré le procureur de la République de Paris, Fançois Molins.

» Les frères Abaaoud : Cerveau présumé des attentats de novembre et mort dans l’assaut mené par le Raid quelques jours plus tard, Abdelhamid Abaaoud avait recruté son petit frère, Younès, alors qu’il n’avait que 13 ans. Les médias l’avaient surnommé «le plus jeune djihadiste du monde».

» Les frères Clain : Fabien, radicalisé depuis les années 1990, et son frère Jean-Michel sont partis s’installer en Syrie en 2014. Leurs voix ont été toutes les deux authentifiées dans un enregistrement de l’État islamique qui revendique les attentats.

» Les frères Belhoucine : Ils ont aidé Hayat Boumedienne, l’ex-compagne d’Amedy Coulibaly, à fuir la France peu avant les attentats de Charlie Hebdo. L’aîné, Mohamed, 27 ans, a été condamné en 2014 pour avoir participé à une filière d’acheminement de combattants vers la zone pakistano-afghane. Medhi, son petit frère de 23 ans, l’avait aidé à intercepter des messages en provenance d’Afghanistan.

» Les frères Mohamed-Aggad : En décembre 2013, Foued, 23 ans, et Karim, 25 ans, sont partis ensemble en Syrie. L’aîné ne supportant plus la situation sur place a fini par rentrer en France, avant d’être incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis. Foued est en revanche resté sur place avec femme et enfant avant de participer au commando du Bataclan et de se faire exploser le 13 novembre.

* Auteur de Radicalisation, aux éditions de la maison des sciences de l’homme.

Voir aussi:

Attentats à Bruxelles: El Bakraoui, Merah, Kouachi… Le terrorisme islamiste, une affaire de frères?

SECURITE La famille et le premier cercle sont souvent impliqués dans le passage à l’acte…

William Molinié

20 minutes

23.03.2016

Mise à jour le 23/03/2016 : Alors que la Belgique a été frappée, le 22 mars 2016, par des attentats terroristes à Bruxelles, les premiers éléments de l’enquête impliquent de nouveau des frères : Khalid et Ibrahim El Bakraoui. 20 Minutes vous propose de relire cet article, paru après les attentats de janvier 2015 à Paris.

Dans les enquêtes antiterroristes médiatisées, les fratries tiennent le haut du pavé. Les plus connus, les frères Merah, se sont radicalisés ensemble. Mais c’est le cadet qui est passé à l’acte. Bertrand Nzohabonayo, tué dans le commissariat de Joué-les-Tours alors qu’il s’apprêtait à porter des coups de couteau à des policiers, avait mis un drapeau de l’organisation de l’Etat islamique sur sa page Facebook. Deux jours après que son frère Brice eut posté le même drapeau… Saïd et Chérif Kouachi se sont formés et entraînés tantôt ensemble, tantôt chacun de leur côté, se rendant soit au Yémen, soit en Arabie saoudite.

Mercredi 23 mars 2016, une nouvelle fois, ce sont des frères, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui ont été identifiés comme deux des trois kamikazes des attentats de Bruxelles, a indiqué le procureur fédéral belge Frédéric Van Leeuw. Les deux hommes étaient connus des services de police pour grand banditisme.

Mimétisme, entraide, endoctrinement mutuel, surenchère… « Le djihad est de toute évidence une affaire de famille », explique Serge Hefez, psychiatre, psychanalyste et responsable de l’unité de thérapie familiale dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière de Paris. Habitué à travailler avec des parents confrontés à la radicalisation d’un de leur enfant, il explique auprès de 20 Minutes que ce phénomène, contrairement à ce qu’on pourrait penser, « ne se fait pas contre la famille mais pour la famille ». « Dans sa logique, le jeune veut ramener la famille dans la tradition, vers un islam originel. Il se considère comme un sauveur », poursuit-il.

« L’aîné sert le plus souvent d’éclaireur »

La famille devient alors le premier cercle dans lequel le jeune radicalisé va exercer son argumentation et mettre à l’épreuve son prosélytisme. « Il y a dans la fratrie un phénomène d’identification croisée entre frères ou sœurs », ajoute le docteur. « Un rapport de complémentarité se construit. Chacun développe des compétences qui s’amplifient. Dans une fratrie, l’aîné sert le plus souvent d’éclaireur », poursuit-il.

Ainsi, l’aîné des frères Merah, Abdelkhader, mis en examen pour complicité d’actes terroristes, semble avoir été à l’origine de l’endoctrinement de son cadet. Chez les frères Kouachi, Saïd, est le premier à être parti s’entraîner à manier les armes au Yémen. Pareil pour la fratrie Belhoucine, où l’aîné, Mohamed, est le premier à avoir été condamné dans le cadre d’une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. C’est son petit frère Mehdi, qui a accompagné dans sa fuite vers la Syrie Hayat Boumeddiene, la femme d’Amedy Coulibaly, auteur de la prise d’otage à Vincennes et de la fusillade à Montrouge. « Il y a parfois une identification à l’aîné beaucoup plus forte qu’au père », complète Serge Hefez.

« Les familles sont déchirées »

Pour autant, toutes les fratries confrontées à la radicalisation d’un des leurs, ne basculent pas forcément dans l’endoctrinement. « J’ai l’exemple d’une famille française musulmane totalement insérée dont le fils s’est radicalisé. La sœur, elle, est totalement révulsée. » Autre exemple, au sein même de la fratrie Merah, des scissions peuvent exister. Ainsi, le plus âgé, Abdelghani, ne partageait pas les convictions radicales de ses frères, Mohamed et Abdelkader, rejoints par leur sœur, Souad. « Les familles sont déchirées. S’installe alors un dialogue de sourds. Car chacun défend à sa façon une famille qui n’est pas la même », ajoute le psychiatre.

Le passage à l’acte n’est pas forcément toujours décidé de concert. Alors que Mohamed Merah a décidé, a priori seul, de tuer des militaires et des juifs, les frères Kouachi, eux, sont sortis du bois en même temps. Et sont morts, côte à côte, les armes à la main

Voir également:

Ibrahim et Karim El Bakraoui: pourquoi des frères deviennent-ils des terroristes ensemble?

 
23/03/2016

PSYCHOLOGIE – L’annonce a eu un air de déjà vécu. Deux frères ont été identifiés parmi les kamikazes des attentats de Bruxelles. Il s’agit de deux Bruxellois, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, connus des services de police belges.

Encore une fois, l’horreur a donc été commise en famille. Quelques mois plus tôt, on apprenait que deux frères faisaient partie des commandos ayant perpétré les attentats du 13 novembre à Paris: Brahim Abdeslam, qui s’est fait exploser devant un bar du boulevard Voltaire et Salah Abdeslam, dont le rôle dans les attentats de Paris reste flou, arrêté à Bruxelles le 18 mars dernier. Les deux fratries, El Bakraoui et Abdeslam, étaient proches l’une de l’autre.

Ce n’est pas la première fois que des frères de sang deviennent frères d’armes. Avant eux, les frères Kouachi se sont attaqués à Charlie Hebdo, les frères Tsarnaev ont été les auteurs des attentats de Boston en avril 2013, le frère de Mohammed Merah, responsable des tueries de Toulouse et Montauban en 2012, est détenu pour complicité d’assassinat. Abdelhamid Abaaoud, « cerveau présumé » des attentats de Paris, est également connu pour avoir entraîné son plus jeune frère en Syrie alors qu’il n’avait que 13 ans.

Selon une étude du think tank New America, plus d’un quart des jihadistes occidentaux ont un membre de leur famille ayant participé au jihad. Comment expliquer que tant de fratries se radicalisent ensemble et avancent main dans la main jusqu’au moment de passer à l’acte?

Confiance fraternelle aveugle

Evidemment, le mode de recrutement dans les réseaux jihadistes « se fait essentiellement par des pairs », comme a pu le constater l’expert belge Rik Coolsaet. « C’est la parenté et l’amitié qui pèsent, beaucoup plus que la religion ou le quartier. Il y a un gros phénomène de groupe », souligne-t-il au Guardian.

Mais au-delà du fonctionnement presque « familial » du recrutement, le fait d’être du même sang, d’évoluer dans le même milieu, semble jouer un rôle important dans de nombreux cas de radicalisation.

« C’est un phénomène tout à fait naturel », explique à l’AFP le psychiatre et ancien agent de la CIA Marc Sageman, l’un des premiers à avoir souligné le phénomène dans son livre Understanding Terror Networks. « On développe son identité sociale d’abord en parlant à ses proches. Et les proches, ce sont bien entendu d’abord les frères et les amis d’enfance ».

« C’est ce que j’appelle l’activation de l’identité sociale. C’est une question de proximité. C’est pour ça qu’il y a dans les groupes jihadistes tant de frères, parfois de sœurs, de copains de quartier. Ils grandissent ensemble. Ils rouspètent, s’inventent une identité de défenseurs d’un islam agressé, de femmes et d’enfants tués dans des bombardements aériens. Ils se radicalisent, se confortent les uns les autres », dit-il.

Grandir ensemble, mais aussi et surtout avoir une confiance aveugle en quelqu’un, voici l’un des moteurs de ce phénomène. « Tu te fies à un proche, naturellement. Et quand il s’agit d’entraîner quelqu’un avec toi, la cible la plus logique est ton petit frère ou ton grand frère », précise Marc Sageman. « La confiance absolue qui existe entre deux frères est une garantie face aux services de renseignement », explique au Parisien Magazine le sociologue Farhad Khosrokhavar, auteur du livre Radicalisation. « Même si un membre de la fratrie décide de ne pas participer, il ne va pas dénoncer son frère à la police », ajoute-t-il.

Contexte familial difficile

Certains psychiatres ou psychologues travaillant sur le sujet ont également pu constater qu’au-delà de la proximité et de la confiance, le contexte familial parfois chaotique était l’un des points communs de ces fratries, même s’il est difficile de dessiner un profil type des terroristes, qui viennent de tous les milieux.

« La seule chose vraiment évidente que nombre de ces jeunes ont en commun, c’est un dysfonctionnement familial. Il y a eu des divorces dramatiques, des trahisons, des abandons, des abus sexuels, des pères qui sont partis, des pères pervers qui ont agressé leurs enfants », analyse pour Le Point le psychanalyste et professeur de psychopathologie Patrick Amoyel, travaillant également pour l’association de déradicalisation des jeunes séduits par le jihad, Entr’autres. « Ces frères se créent un fort univers commun, ils font famille autrement », ajoute-t-il.

Le père de Mohamed Merah, par exemple, est un ex-trafiquant de cannabis. Les frères Kouachi étaient tous deux orphelins. Difficile d’établir un lien de cause à effet, mais pour Farhad Khosrokhavar, « les frères s’unissent dans un pacte, recréent les liens familiaux sur une base de cohésion ».

Laisser une trace

De fil en aiguille, les frères s’influencent l’un et l’autre. « Ils s’enferment rapidement dans une sorte de confusion psychique. Il y a quelque chose d’un peu fou, d’un peu irrationnel dans ces processus. Une prise de risque un peu adolescente, même s’ils ne sont pas toujours adolescents », explique Patrick Amoye à l’AFP.

Jusqu’au moment fatidique, celui où ils décident de passer à l’acte ensemble, qui semble être pour eux un accomplissement. « Pour ces possibles orphelins symboliques le sang est une façon de laisser une trace, de faire un trou dans la mémoire des autres, l’acte terrorisant devant être inoubliable: à ces dates, 7 janvier, 13 novembre, c’est de leur haine que l’on se souviendra, pas du nom du père », affirme au Point le psychanalyste Paul-Laurent Assoun.

Pour l’instant, on sait seulement des frères El Bakraoui qu’ils ont un passé criminel. Ibrahim a été condamné en 2010 pour avoir tiré à la kalachnikov sur la police, selon Libération. Son frère, Khalid, a été condamné à 5 ans de prison pour une affaire de car-jackings.

Attentats à Paris: Deux des kamikazes du Stade de France étaient-ils frères?

ENQUÊTE Les deux hommes ont été enregistrés le même jour sur l’île de Leros en Grèce…

20 minutes

23.11.2015

La diffusion d’un nouvel appel à témoins par la police Nationale, dimanche, a jeté le trouble sur l’identité de deux des trois kamikazes du Stade de France. Les similitudes physiques et le parcours quasi identique des deux terroristes interrogent quant aux liens qui les unissent.

Faux passeports mais vrais enregistrements

Dès lundi 16 novembre, dans un communiqué, le parquet affirmait avoir retrouvé un passeport syrien près d’un des corps des kamikazes. L’authenticité du document, au nom d’Ahmad Al Mohammad, 25 ans et né en Syrie, « reste à vérifier » mais « il existe une concordance entre les empreintes papillaires du kamikaze et celles relevées lors d’un contrôle en Grèce en octobre 2015 ».

Si le nom d’Al Mohammad n’est pas certain, les enquêteurs ont une certitude : le jeune homme se serait enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce. Un premier appel à témoins est alors diffusé pour tenter d’obtenir la réelle identité du kamikaze.

Ed Thomas, journaliste pour la BBC à Athènes, a enquêté sur le parcours emprunté par le supposé Al Mohammad. Le correspondant aurait découvert que le premier terroriste aurait voyagé avec un autre syrien nommé Al Mahmod. Les enquêteurs français de leur côté, ont précisé que le 3e kamikaze, dont la photo a été diffusée vendredi, a également été enregistré le 3 octobre 2015 sur l’île de Leros en Grèce.

Si des traces de leur passage subsistent également aux camps de Presevo en Serbie puis d’Opatovac en Croatie, impossible de connaître la suite de leur itinéraire qui s’est achevé aux alentours de 21h20 ce vendredi 13 novembre, aux abords du Stade de France. En dehors de ces éléments, rien ne permet pour le moment d’affirmer un lien de parenté entre ces deux hommes.

Voir

Voir également:

‘Jihad by family’: Why are terrorist cells often made up of brothers?
Use of the term ‘brother’ among extremists is frequently quite literal: terrorist recruitment is highly social, with parents and siblings often joining forces
Jason Burke
The Guardian
17 November 2015

Militants often call each other “brother”, and refer collectively to the “brothers” in Syria, Afghanistan, Iraq or France. Why?

Partly this is to indicate solidarity, attachment to a common cause, a sense of shared identity and endeavour. Partly it’s because that’s how young men speak, all over the world, but particularly in the kind of environments from which many contemporary militants come.

But it is also because, remarkably often, the term is entirely accurate. Those speaking of being “brothers” are indeed blood relatives, children of the same parents, who often grew up together.

The Paris attackers are reported to have included Ibrahim Abdeslam – a suicide bomber who blew himself up outside the Comptoir Voltaire restaurant – and Salah Abdeslam, who is on the run.

A third brother, Mohammed, was arrested in Brussels on Monday and spent several hours in custody before being released without charge. Speaking after his release, he denied any link to his brothers’ actions: “I was accused of committing an act of terrorism … but I have not in the slightest way been connected to the operation in Paris.

“My parents are completely shocked by the tragedy. My two brothers are normal and I have never noticed anything strange.”

Abdelhamid Abaaoud, the suspected mastermind of the attacks, recruited his own 13-year-old brother, who travelled to Syria and then was seen in a video in a pickup truck dragging bodies of Syrian army soldiers. And this is all within one – albeit complex – plot.

There are many other examples, in different countries, on different continents: the two Kouachis who attacked the Charlie Hebdo offices in January. The Tsarnaev brothers, who bombed the 2013 Boston Marathon. The brother of Mohammed Merah, who killed seven in south-west France in 2012, remains jailed, although his role in the murders and the radicalisation of the perpetrator is not entirely clear.

Fraternal ties are also common among those who travel to Syria, Iraq or other war zones, even if they do not turn to terrorism at home. Few travel alone: almost all make the journey with close friends or family members. Three brothers aged 17 to 21, from Brighton, left the UK to join al-Nusra Front, an al-Qaida affiliate, in Syria. There was Aseel Muthana, a 17-year-old schoolboy who travelled with his elder brother, a medical student, to join Isis. In October, a British court found that two brothers of Iftekhar Jaman, who spoke of “five-star jihad” on the BBC, had spent two years giving help and advice to people seeking to travel to Syria to establish an Islamic state. Both were convicted of terrorist offences.

This vision of “jihad by family” may be shocking, but it should not be surprising. Ten years ago, US military intelligence officials in Iraqi identified having a close family member already involved as the greatest predictor of an individual becoming involved in violent militancy, Islamic or otherwise.

This may be a brother, or it may be a father. Abdel-Majed Abdel Bary, a British aspiring rapper turned Isis recruit, is the son of Adel Abdel Bary, an Egyptian militant who came to the UK in 1991 and was later convicted in New York for his role in al–Qaida’s attack on US embassies in east Africa in 1998. In the UK more recently, along with siblings, parents of jihadis have been detained and some charged with Syria-related offences.

Research by New America, a nonpartisan thinktank in the United States, showed that more than a quarter of western fighters have a familial connection to jihad, whether through relatives who are also fighting in Syria and Iraq, through marriage or through some link to other jihads or terrorist attacks.

The research also found that of those western fighters with familial ties to jihad, three-fifths had a relative who has also left for Syria.

Another recent study, at Pennsylvania State University, examined the interactions of 120 supposed “lone wolf” terrorists from all ideological and faith backgrounds, and found that, even though they launched their attacks alone, in a large majority of the cases others were aware of the individual’s commitment to a specific extremist ideology. In an astonishing 64% of cases, family and friends were aware of the individual’s intent to engage in a terrorism-related activity because the offender verbally told them.

All this offers an important window into the nature of recruitment and radicalisation. Both are often understood to be processes which involve someone who is previously “normal” being “brainwashed” by some outside influence that turns them into someone who behaves abnormally. An alternative explanation for how people are drawn into militancy blames propaganda, via the internet.

The facts, however, contradict this. Terrorism, like any activism, is highly social, only its consequences are exceptional. People become interested in ideas, ideologies and activities, even appallingly destructive ones, because other people are interested in them.

“Recruitment is basically by peers. It is kinship and friendship which really matter, much more than religion or locality or whatever else. There is a strong group phenomenon,” said Dr Rik Coolsaet, a Belgian expert who has studied local militant networks in the country.

The psychological and social barriers to involvement in violence are certainly higher than in other less nefarious activities, but the mechanics of the process that draws people into them are the same.

The Outsize Role of Brothers in Terrorist Plots

In terrorist attacks around the world, brothers keep turning up as suspects. Sometimes one radicalizes the other; other times, they seem to join up in tandem.
The NYT

March 23, 2016

– Khalid and Ibrahim el-Bakraoui

Little is known about Khalid and Ibrahim el-Bakraoui, whom the authorities named on Wednesday as having been involved in the Brussels attacks the morning before. Ibrahim blew himself up at the city’s main airport, they said, and Khalid at a subway station.

Both had criminal records involving theft and firearms.

Khalid, 27, was sentenced to five years in prison in 2011 for his involvement in a carjacking ring and was caught with a Kalashnikov. Ibrahim, 29, was sentenced to nine years in prison in 2010 for attempted murder after he and two other men robbed a currency exchange and shot at the police. It was not clear when or how they were released.

– Salah and Ibrahim Abdeslam

Salah and Ibrahim Abdeslam, both involved in the Paris attacks of Nov. 13, 2015, seem to have become radicalized together. It happened over the last couple of years while they were running a bar in their hometown, Molenbeek, a district of Brussels.

Ibrahim, the older of the two, died when he detonated a suicide vest in Le Comptoir Voltaire, a cafe in the 11th arrondissement of Paris. Salah appears to have been principally a logistician and organizer, and the authorities say he was the sole surviving Paris attacker. He was captured on March 18 in Brussels after evading investigators for 125 days, and charged with terrorist murder.

– Chérif and Said Kouachi

Chérif and Said Kouachi entered the offices of the French satirical newspaper Charlie Hebdo in January 2015 and gunned down 12 people in and around its offices, including eight of its journalists and cartoonists. Charlie Hebdo had published cartoons lampooning the Prophet Muhammad. Chérif appears to have been the more hard-line of the two, and to have influenced his brother. They became radicalized gradually, over a 10-year period. Both died in a police shootout shortly after the attacks.

– Mohammed and Abdelkader Merah

Mohammed and Abdelkader Merah were raised in a tough neighborhood in Toulouse, France. Mohammed was the gunman in the 2011 attacks that killed seven people in three locations, two of them in Toulouse and one in Montauban.

Mohammed Merah had traveled to Egypt to learn Arabic and went to Afghanistan afterward. Before the attacks, he was a petty criminal, not a killer. He shot three children and a teacher at a Jewish school, as well as three members of the military.

Less is known about his brother, who prosecutors said had a hand in planning the attacks and who is now in prison in France.

– Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev

Tamerlan and Dzhokhar Tsarnaev carried out the 2013 bombings at the Boston Marathon, killed three people and injured more than 260. Dzhokhar, the younger brother, was a college student. Both were self-radicalized and had not traveled to wage jihad in the Middle East or elsewhere.

Tamerlan was killed in a shootout with the police, and Dzhokar was sentenced to death. He is in prison while his lawyers work on his appeal.

– Hassan and Walid bin Attash

Hassan and Walid bin Attash have been held at Guantánamo Bay, Cuba, for years. They also served time in C.I.A. prisons. They were once described as something like Qaeda royalty.

Walid, a former bodyguard for Osama bin Laden, faces a possible death sentence as a coordinator of the attacks of Sept. 11, 2001. He is accused of selecting and training attackers, but his case has been delayed in litigation, as have the cases of other detainees.
Hassan has been accused of planning attacks on American naval targets.

– Waleed and Wail al-Shehri

Waleed and Wail al-Shehri sat side by side on American Airlines Flight 11, which struck the World Trade Center’s North Tower on Sept. 11, 2001. Wail, the older brother, had suffered from psychological problems. The brothers are believed to have stabbed two unarmed flight attendants as the hijacking began.

After the attacks, it took time for the authorities to identify them as brothers. Their last name is common, and siblings don’t always use the same surname.

– Nawaf and Salem al Hazmi

Nawaf and Salem al Hazmi were among the hijackers who flew American Airlines Flight 77 into the Pentagon. The brothers were selected for extra scrutiny when they checked in for their flight at Dulles International Airport. But “the only consequence of their selection was that their checked bags were held off the plane until it was confirmed that they had boarded the aircraft,” the report by the 9/11 Commission found.

– Ali Imron, Amrozi and Mukhlas

These three brothers were involved in the 2002 bombings in Bali, Indonesia, that killed 202 people. Mukhlas – also known as Ali Ghufron – was the operational chief of Jemaah Islamiyah, a militant Islamist group in Southeast Asia. Ali Ghufron recruited his two younger brothers, Ali Imron and Amrozi. In 2003, Ali Imron was sentenced to life in jail. Amrozi and Ghufron were executed by firing squad in 2008.

Voir par ailleurs:

Paris n’était pas la seule cible le 13 novembre 2015, selon CNN
Raphaël Moury
Le Figaro
05/09/2016

VIDÉO – Les attentats du 13 novembre devaient toucher plusieurs pays européens et d’autres sites en France, selon la chaîne américaine. Les milliers de documents auxquels elle a eu accès évoquent également un probable complice d’Abaaoud actuellement détenu en Autriche.

Plusieurs pays européens auraient dû connaître un 13 novembre 2015 aussi tragique que celui de la France. C’est ce que révèle l’enquête de la chaîne américaine CNN qui a eu accès à des centaines de documents (comptes-rendus d’interrogatoires, photos, notes) auprès de sources proches de l’enquête sur les attentats de Paris. Selon ces documents, le groupe Etat islamique (EI) planifiait une opération bien plus vaste ce jour-là, devant toucher d’autres lieux en France et d’autres pays en Europe. Selon les interrogatoires menés par les enquêteurs européens, l’EI ciblait également les Pays-Bas et le Royaume-Uni. En France, un supermarché et une zone commerciale étaient visés.

Les 90.000 pages de l’enquête révèlent aussi des éléments de la communication au sein de Daech. Parmi eux, l’utilisation importante des réseaux sociaux ou d’applications comme Viber, WhatsApp ou encore Telegram. Le langage crypté sur cette dernière reste la principale frustration pour les services de sécurité européens, selon un agent anti-terroriste cité par CNN. Il permet aux responsables de l’EI de garder un certain avantage en Europe. CNN explique que les djihadistes reçoivent des pseudonymes lors de leurs «missions», et juste assez d’informations et d’argent pour leur permettre de passer chaque étape de leur voyage. Autre point révélé par la chaîne américaine, les terroristes échangent constamment entre eux des conseils logistiques comme la questions de donner ou non leurs vrais noms aux frontières ou encore les meilleurs moyens de les passer illégalement.

«Pour faire quelque chose de bien pour Dieu»

Le contenu des documents dévoilés par CNN révèle aussi des informations concernant le rôle d’un «quatrième commando» qui n’aurait pas réussi à atteindre la France. Retardés en Grèce en prenant la route des réfugiés, un Algérien identifié comme Adel Haddadi et son complice pakistanais Muhammad Usman sont arrivés en Autriche le lendemain des attaques de Paris, le 14 novembre. Les documents montrent comment l’EI a soutenu le voyage de ces deux hommes depuis la Syrie jusqu’en Europe.

Six semaines avant, ils avaient quitté Raqqa en compagnie de Ahmad al-Mohammad et Mohamad al-Mahmod, deux des kamikazes du Stade de France. L’équipe a traversé la frontière syrienne vers la Turquie début octobre et pris la direction des côtes turques. D’après CNN, les quatre hommes ne connaissaient pas leurs véritables noms et le but précis de leurs missions. Adel Haddadi savait tout juste qu’il devait se rendre en France «pour faire quelque chose de bien pour Dieu» précisent les documents.

L’opération était coordonnée depuis la Syrie par un homme, Abu Ahmad. C’est lui qui aurait recruté, financé et entraîné l’équipe. Les documents racontent que les quatre terroristes se sont fait passer pour des réfugiés pour atteindre la Grèce. Selon CNN, c’est à ce moment-là que Haddadi et Usman sont arrêtés par les autorités grecques qui découvrent leur faux passeport syrien. Le 14 novembre, le duo arrive à Salzbourg en Autriche. Selon les documents de CNN, ils attendaient l’arrivée d’un troisième homme pour prendre le train pour Paris. Ce troisième homme, c’est Abid Tabaouni, un djihadiste arrêté en juillet dernier à Bruxelles. Inconnu, il serait selon les enquêteurs lié à la cellule de l’attaque du 13 novembre. La preuve? Le numéro d’Abdelhamid Abaaoud, l’un des responsables de l’attentat de Paris, était enregistré dans son téléphone ainsi qu’une photo de combattants devant un drapeau de l’Etat islamique. Abid Tabaouni est, depuis, empriconné en Autriche.

Voir encore:

Atten­tat à la bonbonne de gaz : qui sont les suspectes ?

Qui sont les 4 suspectes inter­pel­lées et soupçon­nées d’avoir voulu commettre un atten­tat à la bonbonne de gaz jeudi à Paris, à proxi­mité de la cathé­drale Notre-Dame et leurs 3 complices ? Eléments de répon­se…

Il s’agit d’« un commando de femmes télé­com­man­dées depuis la Syrie par l’Etat isla­mique », a déclaré le procu­reur de Paris François Molins, lors de sa confé­rence de presse vendredi soir, à propos de celles qui ont voulu commettre un atten­tat à Paris, près de la cathé­drale Notre-Dame.

Samedi 10 septembre au matin, ce sont 7 suspects qui étaient en garde à vue, parmi lesquelles les 3 membres du commando. C’est à Boussy Saint-Antoine, Essonne, que trois des suspectes, Inès M., Amel S. et Sarah H., ont été arrê­tées, non sans résis­tance.

Inès M., 19 ans, la meneuse

L’enquête en cours, depuis la décou­verte de la Peugeot 607 remplie de bonbonnes de gaz près de la cathé­drale pari­sienne, a d’abord permis de remon­ter jusqu’à Inès M. 19 ans. Fichée S, décrite comme « très radi­ca­li­sée », la jeune fille n’était pas rentrée au domi­cile fami­lial depuis plusieurs jours. C’est elle qui était en posses­sion des clés du véhi­cule piégé, appar­te­nant à son père.

Dans son sac à main, se trou­vait un docu­ment manus­crit, serment d’al­lé­geance à l’Etat isla­mique et à son calife, Abu Bakr al-Bagh­dadi. Selon la police belge, elle entre­te­nait des contacts avec plusieurs personnes mis en cause dans les atten­tats de Paris et Bruxelles.

Amel.S., mère de famille « discrète » mais déter­mi­née

Inès M. a été arrê­tée en compa­gnie de Amel H., mère de famille de 39 ans. C’est à son domi­cile qu’I­nès se rendait en compagne de la 3ème. Mère de 4 enfants dont une fille de 15 ans, égale­ment arrê­tée à Clichy-sous-bois, Amel S déte­nait, à son domi­cile, situé dans un quar­tier calme de cette petite commune de l’Es­sonne, trois couteaux et un shocker, 7 bouteilles de verre vides, du papier pouvant servir de mèche. Dans sa voiture, deux bidons de 5 litres vides, mais portant des traces de gasoil.

Mère de famille décrite comme discrète, quoique peu souriante, elle aurait glissé dans le radi­ca­lisme il y a 2 ou 3 ans, troquant ses tenues coquettes contre des vête­ments bien plus couvrants.

Sarah H. conver­tie, promise ultra­vio­lente

Quant à Sarah H., 23 ans, elle est la troi­sième membre du commando. Fana­ti­sée, « très forte­ment liée à la mouvance djiha­diste, cette femme née dans une famille catho­lique à Lisieux s’est conver­tie très jeune à l’is­lam sala­fiste. Son nom appa­raît dans tous les dossiers d’at­ten­tats menés ces derniers mois, notam­ment via des projets de mariage. Promise à Larossi Abdal­lah, assas­sin du couple de poli­ciers de Magnan­ville, en juin, Sarah H. aurait égale­ment été promise à Adel Kermiche, l’un des assas­sins du père Hamel, dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Norman­die, et à Moha­med Lamine A., jeune radi­ca­lisé de 22 ans et frère d’un complice de Larossi Abdal­lah. Le fiancé a égale­ment été arrêté, aux Mureaux, en Yvelines. Lors de son inter­pel­la­tion, Sarah. a violem­ment blessé un poli­cier à l’épaule à l’aide d’un couteau en hurlant, avant d’être neutra­li­sée par un autre poli­cier.

Ornella G. candi­date au djihad

Les quatre autres personnes gardées à vue ce samedi, avec les 3 femmes du commando sont la fille d’Amel S,  ainsi qu’Or­nella G., 29 ans. Arrê­tée dans le Vaucluse en compa­gnie de son conjoint, la jeune femme aurait aidé à prépa­rer l’at­ten­tat avorté de Notre-Dame, ses empreintes ayant été retrou­vées dans le véhi­cule piégé. Domi­ci­liée dans une petite commune près de Montar­gis, dans le Loiret, Ornella G. aurait été en rela­tion avec des proches d’Hayat Boumed­diene, compagne du tueur de l’Hyper Cacher, Amedy Couli­baly. Hayat Boumed­diene aurait, depuis la mort de son mari, réussi à quit­ter la France pour rejoindre la Syrie.

Gardées à vue et enten­dues par les enquê­teurs à Leval­lois-Perret, les 6 femmes et leur complice, compa­gnon d’Or­nella G., sont donc en lien avec tous les auteurs d’at­ten­tat ou suspects tris­te­ment célèbres dont le nom appa­raît dans les affaires terro­ristes. Leur soudaine média­ti­sa­tion met surtout en lumière le rôle de plus en plus impor­tant des femmes dans la mouvance terro­riste et djiha­diste. Plus rigo­ristes dans la pratique reli­gieuse, elles sont souvent celles par qui la radi­ca­li­sa­tion arrive dans un foyer, selon les experts, et n’at­tendent, sous leur voile inté­gral, que l’oc­ca­sion de prou­ver leur déter­mi­na­tion…

Voir de même:

Société
Affaire Merah: Le frère de Mohamed Merah mis en examen et incarcéré
Alors que sa compagne a été libérée..
20 minutes avec Reuters

25.03.2012

Le frère aîné de Mohamed Merah, l’auteur des tueries de Montauban et Toulouse, a été mis en examen dimanche pour «complicité d’assassinats», notamment, et placé en détention. Abdelkader Merah, âgé d’une trentaine d’années, est visé par les chefs de «complicité d’assassinats», «association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme» et «vol en réunion» pour le vol du scooter qui a servi à Mohamed Merah pour l’exécution de ses crimes.

Le parquet de Paris avait ouvert dimanche matin une information judiciaire pour ces trois chefs, déclarant dans un communiqué disposer d’«indices graves ou concordants» à l’encontre d’Abdelkader Merah. Quatre juges antiterroristes ont été saisis de l’affaire. Le lieu d’incarcération d’Abdelkader Merah n’a pas été précisé. Son avocate Me Anne-Sophie Laguens, commise d’office, a déclaré à la presse qu’il condamnait les actes de son frère cadet, abattu par les policiers du Raid jeudi dernier à Toulouse, et qu’il espérait ne pas devenir le bouc émissaire de cette affaire sans précédent en France.

Fiché comme intégriste religieux
«Il y a eu des fuites dans la presse qui étaient fausses, à savoir qu’il aurait dit qu’il était « fier » des actes de son frère. Il tient aujourd’hui à bien exprimer le fait que c’est faux», a-t-elle rapporté. «Il les condamne fermement. Il a un peu l’impression que comme on n’a pas pu faire le procès de son frère qui n’est plus là aujourd’hui, peut-être qu’on se reporte sur la seule personne qu’on a». Fiché en France comme un intégriste religieux, il avait été inquiété pour sa participation présumée à une filière d’acheminement de djihadistes en Irak il y a quelques années, sans être mis en examen.

Abdelkader Merah avait été interpellé mercredi avec sa compagne à leur domicile d’Auterive, à 40 km de Toulouse, et transféré samedi matin à la sous-direction antiterroriste (SDAT) à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), près de Paris. Il avait été transféré au palais de justice de Paris dimanche matin après une garde à vue de 96 heures, durée maximale autorisée en matière d’affaires de terrorisme. Sa compagne a pour sa part été libérée vers 4h30, a-t-on appris auprès de son avocat toulousain, Me Guy Debuisson, qui assure que la jeune femme ignorait tout de la double vie présumée d’Abdelkader Merah.

A ce stade de l’enquête, aucune charge ne peut être retenue à l’encontre de Zoulikha Aziri, la mère des frères Merah dont la garde à vue avait été levée vendredi soir à Toulouse, et de la compagne d’Abdelkader Merah, a indiqué le parquet. Il a reconnu sa complicité dans le vol du scooter Yamaha T-Max tout en niant être au courant des projets meurtriers de son frère cadet, a-t-on ajouté de même source.

D’autres complicités?
Les enquêteurs cherchent à déterminer si Mohamed Merah a bénéficié d’autres complicités. La justice a la conviction que Merah était seul lors des tueries mais l’enquête doit déterminer s’il a agi pour le compte d’une organisation et s’il a bénéficié d’un soutien logistique. Sans emploi, Mohamed Merah disposait de nombreuses armes, avait effectué plusieurs voyages à l’étranger et loué deux voitures fin février en vue de perpétrer d’autres attentats, selon une source policière citée par Le Journal du Dimanche.

Selon un compte rendu publié dans le JDD, des échanges via talkie-walkie que Mohamed Merah a eus avec les policiers du Raid, le jeune homme affirmait avoir agi seul après avoir été entraîné par un instructeur unique au Waziristan, région pakistanaise limitrophe de l’Afghanistan. Il disait ne pas avoir confiance en son frère. Le directeur de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), Bernard Squarcini, a déclaré qu’Abdelkader Merah avait effectué plusieurs séjours au Caire pour suivre des cours dans une école coranique.

Les taliban pakistanais (TTP) ont affirmé dimanche à Reuters par la voix d’un porte-parole que Mohamed Merah avait subi un entraînement dans un camp du groupe islamiste au Waziristan. Selon une source policière, la mère du tueur a épousé le père d’un homme qui appartenait à un groupe de l’Ariège dont les membres ont été condamnés pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» en 2009. Les services de police auraient mis en évidence à partir de 2008 les liens entre les frères Merah et ce groupe, hébergé par un chef religieux autoproclamé, un Français né en Syrie surnommé «l’émir blanc».

Voir de plus:

Ce que l’on sait des trois femmes qui voulaient commettre des attentats en région parisienne
RT
9 sept. 2016

Après leur arrestation à Boussy-Saint-Antoine dans l’Essonne, le profil des trois femmes qui projetaient des attentats en plein Paris commence à se dessiner et leurs revendications à être découvertes.

Elles voulaient venger le ministre des attentats de Daesh

En commettant un attentat en plein Paris, les trois femmes voulaient venger la mort d’Abou Mohamed Al Adnani, désigné comme le «ministre des attentats» de Daesh. Ce dernier a été tué en Syrie par une frappe russe fin août. Son décès a été confirmé au début du mois de septembre.

Le procureur de la République de Paris, François Molins a d’ailleurs indiqué en conférence de presse le 9 septembre que le commando avait été «téléguidé» par des djihadistes de Daesh depuis la Syrie.

Elles étaient sur le point de commettre un attentat, avorté de justesse

Agées de 39, 23 et 19 ans, les trois femmes «radicalisées, fanatisées […] préparaient vraisemblablement de nouvelles actions violentes et de surcroît imminentes», a déclaré le 8 septembre le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve.

Le projet d’attentat des trois femmes a échoué durant le week-end du 3-4 septembre mais leur détermination était certaine. Si la voiture remplie de bonbonnes de gaz n’a pas été utilisée comme prévu initialement, ce serait, selon les enquêteurs, uniquement dû à une dispute survenue entre les trois jeunes femmes juste avant de passer à l’acte.

Elles auraient en effet garé le véhicule qu’elles auraient finalement abandonné avant de prendre la fuite. Cependant, cette hypothèse n’étant pas confirmée, rien pour le moment ne permet d’affirmer clairement les raisons de leur renoncement ni de connaître les causes de leur possible dispute qui a finalement contribué à éviter un véritable carnage dans ce quartier particulièrement fréquenté de la capitale.

Par ailleurs, selon une information publiée par Le Figaro, un torchon brûlé a été retrouvé à bord – un dispositif de mise à feu artisanal qui n’aurait pas réussi à faire exploser les bouteilles de gaz. Le parquet antiterroriste et la DGSI avaient, dans la foulée, été saisis.

Elles avaient prêté allégeance à L’Etat islamique

Au moment de leur interpellation, l’une des femmes, Inès Madani, a sorti un couteau avant de blesser légèrement un policier. Celle-ci a finalement été maîtrisée grâce à une intervention armée du RAID.

Plus tôt, la jeune-femme avait pris le temps d’écrire une lettre d’adieu à sa mère qu’elle a laissée sur place. Elle avait également, comme tous les terroristes de Daesh, pris le soin de garder sur elle une autre lettre, dans laquelle elle prêtait allégeance à l’Etat islamique.

Des gares parisiennes dans leur viseur

Les trois femmes étaient arrivées à un tel niveau de fanatisme qu’elles voulaient frapper à l’aveugle et à tout prix. Selon les policiers qui les surveillaient, elles voulaient s’en prendre à des gares, en l’occurrence la Gare de Lyon à Paris, ainsi que celle de Boussy Saint-Antoine – la ville de leur arrestation.

Elles connaissaient Hayat Boumeddiene

Certaines des femmes arrêtées connaissaient Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amedy Coulibaly, le terroriste de l’Hyper Cacher, annonce RTL. Pour le moment, la nature des liens qu’elles entretenaient n’est pas connue.

Le père de l’une d’elle connu pour prosélytisme

Le propriétaire de la voiture, père de Inès Madani, connu pour des faits anciens de prosélytisme islamiste, a été relâché le 6 septembre au soir à l’issue de sa garde à vue, les policiers s’étant focalisés sur la recherche de deux de ses filles.

Inès Madani déjà connue des autorités belges

Le nom d’Inès Madani, 19 ans, interpellée jeudi soir dans des conditions mouvementées dans le cadre de l’enquête sur les bonbonnes de gaz découvertes à proximité de Notre-Dame de Paris, «apparaît dans un dossier du Parquet fédéral» belge, spécialisé dans les affaires de terrorisme, a affirmé vendredi la télévision belge RTBF.

«Selon nos informations, Inès Madani entretenait des contacts avec des Belges radicalisés issus de la région de Charleroi (sud), des Belges dont le nom se trouvait sur la liste de l’Ocam (l’Organe belge de coordination de l’analyse de la menace) comme des candidats potentiels au départ en Syrie. Certains ont depuis été arrêtés», a expliqué la chaîne publique francophone, sans citer de source

«Pas question ici chez nous (en Belgique) de projet d’attentat, mais Inès Madani semblait remplir un rôle de recruteuse et de facilitatrice pour ces départs. Elle aurait pu faire profiter les Belges de ses compétences», a assuré la RTBF, en estimant que «les connexions entre les deux pays ne sont, une nouvelle fois, pas étonnantes».

Voir par ailleurs:

First on CNN: ISIS planned for more operatives, targets during Paris attacks

Scott Bronstein, Nicole Gaouette, Laura Koran and Clarissa Ward, CNN Investigations

September 5, 2016

ISIS planned for more operatives during Paris attacks

The sophisticated ISIS network that plots foreign strikes had planned for the carnage in the November 2015 Paris attacks to be far worse, to occur in other European countries as well and, investigators believe, had planned to follow them up with strikes in several locations, CNN has learned.

CNN has obtained thousands of pages of documents and photos from internal European investigations and gathered information from sources close to the Paris investigation that together provide new details about the highly organized terror group intent on attacking overseas targets.

These documents reveal new information about two captured operatives who investigators believe intended to attack France. They also point, chillingly, to the existence of another suspected terrorist — never before named publicly — who authorities claim is linked to the Paris terror cell and was on the loose in Europe for months after that attack. That man, identified by authorities as Abid Tabaouni, was only arrested in July.
And the documents shed new light on the highly organized branch of ISIS devoted to plotting attacks inside Europe where, even now, sources told CNN, operatives await instructions from senior handlers in Syria.
« ISIS is increasing its international attack planning, » said Paul Cruickshank, a CNN terrorism analyst who contributed to CNN’s investigation and editor of CTC Sentinel, a publication issued by the Combating Terrorism Center at West Point. « It’s increasingly sophisticated in the way it does this. It’s set up an intricate, logistical support system for these terrorists … to launch these terrorist attacks. »
A CNN team spent months going through 90,000 pages of documents, most of them in French, that included a trove of interrogations, investigative findings and data pulled from cell phones offering insight into the external operations wing of ISIS known as the Amn al-Kharji.
The documents show:
  • a fuller portrait of the suspected terrorists’ extensive use of social media platforms such as Viber, Telegram and WhatsApp, many encrypted for secure communication. One app let them pick their own phone number, allowing them to disguise who was calling them and from where.
  • how ISIS handlers protect their missions by: giving operatives only as much information and money as they need to reach the next phase; contacting them on each leg of their journey; and insisting on pseudonyms, even within teams.
  • how the suspected terrorists constantly exchanged logistical advice with others in their network, including whether or not to use real names at border crossings and how to sneak across those borders illegally. One tip was to hide in train restrooms.
A senior European counter-terrorism official who spoke to CNN said that according to investigations into the network that carried out the Paris attacks, they were a slimmed-down version of an even more ambitious plan to hit Europe.
After interrogating suspects and gathering intelligence, European investigators now believe that ISIS initially planned for the operatives it sent last year to also attack the Netherlands, as well as other targets in France including shopping areas and possibly a supermarket in Paris, the official said.
In addition, recently obtained intelligence indicates that ISIS has stepped up efforts to infiltrate operatives into the UK to launch attacks there, an official told CNN.
The senior European counter-terrorism official told CNN that security services were « uncovering more and more ISIS operatives » on continental European soil. ISIS operatives dispatched back to Europe have taken advantage of encryption, especially the Telegram messenger app, to communicate securely, the official told CNN, frustrating European security services.
« Encrypted messaging groups have the potential to revolutionize terror plot planning by allowing entire cells to coordinate in real time without compromising themselves, » said CNN terrorism analyst Paul Cruickshank.
Europe’s security agencies have had important successes, though. One major breakthrough was the capture of two men who authorities believe intended to travel to France alongside the two suicide bombers who eventually blew themselves up outside a Paris stadium.

Investigators: Two ISIS attackers who never reached France

 Those two suspected ISIS operatives are identified in the documents as Algerian-born Adel Haddadi and his Pakistani travel partner, Muhammad Usman.
Documents that detail their capture and extensive interrogations, particularly with Haddadi, show how ISIS supported the attackers throughout their journey from Syria through Europe — and how future attacks might be organized. The following account of their journey to Europe is based on those documents, which include evidence gathered by investigators, and their conclusions.
Haddadi and Usman, who was identified by investigators as a suspected bombmaker for the Pakistani terror group Lashkar-e-Taiba, set out from the capital of the self-declared ISIS caliphate in Raqqa, Syria, six weeks before the Paris attacks.
They were part of a team, investigators concluded. The two others, Ahmad al-Mohammad and Mohamad al-Mahmod, would later blow themselves up outside the national stadium in Paris. The team crossed the border from Syria into Turkey in early October and headed for the Turkish coast.
The four men didn’t seem to know each other’s real names, or what their final mission would be. All Haddadi knew, he later told interrogators, was that they were being sent to France to do « something for the good of God. »
The documents show that their journey was directed by a shadowy ISIS leader in Syria, known only as Abu Ahmad. Operating like a puppet-master from afar, Abu Ahmad handled their logistics: connecting them with smugglers and cars for transport, providing pre-programmed cell phones and getting them fake Syrian passports.
He wired them money as they moved, using intermediaries who couldn’t be traced, and communicated using encrypted apps.
« Abu Ahmad … is key in sending those individuals, at least the foreigners, into the Paris attacks, » said Jean-Charles Brisard, president and chairman of the French Center for the Analysis of Terrorism, who reviewed the documents for CNN.
« He is the one who recruited them, who funds them, who trained them, » said Brisard. « He was always in contact with them. »
Throughout their journey, Abu Ahmad gave the men only enough money and information to get to the next stop, rarely if ever telling them what would happen next, the documents show.

Posing as Syrian refugees

The documents reveal fresh details about their journey and the way they posed as Syrian refugees, blending in with thousands fleeing the war-torn country.
They made the treacherous crossing from Izmir, Turkey, into Greece in a boat filled with dozens of refugees. But they were then intercepted by the Greek Navy.
The two who would go on to strike the Paris stadium passed through Greece and started moving across Europe toward their target in France. Greek officials declined to explain how the two got through.
But Greek authorities discovered Haddadi and Usman’s fake Syrian passports. The pair were arrested, their money was taken, and they were held for nearly a month.
Sources told CNN that investigators believe that delay was significant; as a result, they would not have a chance to become part of the Paris attacks.
The Greeks released Haddadi and Usman in late October. They immediately contacted their ISIS handler, Abu Ahmad, who arranged for someone to wire them 2,000 euros. Flush with cash, the pair continued along the refugee route.
It was likely a quiet journey.
The documents show that Usman spoke only Urdu, while Haddadi spoke mostly Arabic. And as they travelled north, Usman was preoccupied with a strikingly un-Islamic hobby — using his phone to peruse almost two dozen X-rated sites, including « sexxx lahur » and « Pakistani Lahore college girls … ImakeSex. »
Both men’s phones have given European officials rich investigative veins to mine, revealing dozens of contacts across Europe and the Middle East.
One of the people Haddadi reached out to for help was a technician at one of the most important nuclear research centers in Europe. That man was placed under immediate observation by French authorities, the documents show.
Data pulled from the phones also revealed how the operatives functioned both with extreme care and sometimes, seemingly, by the seat of their pants. In one exchange, Haddadi asks a contact for advice about what to do at a border crossing and whether a friend should use his real name. The friend is so worried about this, Haddadi gripes that he’s « driving me crazy. »
Other online conversations, notably with Abu Ahmad, are clearly in code. One message investigators pulled from Haddadi’s phone shows the ISIS handler counseling patience, though the exact meaning of his message isn’t clear. « Yes, but not yet, » it reads, « the drugs are not good. »
On November 14, the day after the Paris attacks, Haddadi and Usman arrived in Salzburg, Austria, applied for asylum and settled into one of the city’s refugee centers, where they waited for weeks.

Investigators: Planning for another strike

They were waiting with a purpose, according to the documents.
European investigators concluded that Haddadi and Usman were part of the same terror cell as the Paris bombers and, having failed to participate in that bloody day, were planning another strike.
Investigators found that in the days before their arrest, Haddadi and Usman were researching trains to Paris and making a flurry of phone calls overseas, including to contacts in Belgium and France.
The documents also reveal that investigators believe that Haddadi and Usman were waiting for a third man to join them — Abid Tabaouni.
Tabaouni’s name and his alleged role have never before been made public.
As investigators grilled Haddadi and pored through data they collected from cell phones, they asked European police to issue a continent-wide warrant for Tabaouni’s arrest.
Like Usman and Haddadi, Tabaouni traveled from Syria along the refugee route, arriving in Salzburg on December 10. He headed to the refugee center where Haddadi and Usman were staying.
The documents outline what happened next: The very day that Tabaouni arrived, Austrian security officials thundered into the center, arresting Haddadi, Usman and a few others suspected of being connected to the Paris attackers.
Tabaouni was nowhere to be seen. But investigators found his cell phone charging right beside Haddadi’s bed.
The documents show that Tabaouni had programmed into his phone a number linked to the terror cell of the ringleader of the Paris attacks, Abdelhamid Abaaoud. He had also saved a photo of ISIS fighters standing before their black-and-white flag.
Haddadi denied knowing Tabaouni, but investigators found Tabaouni had saved Haddadi’s phone number in his contacts. The phone also contained a photo taken just 30 minutes before security officials stormed the refugee center. It shows Tabaouni sitting on a bed in between where Haddadi and Usman slept.
The investigators lay out in the documents their belief that Tabaouni was coming to join Haddadi and Usman and that the three men were working on ISIS operations and planning possible attacks.
CNN sources and analysts agree about Tabaouni’s likely role.
« We can assume that Tabaouni was also part of the same plot, » said Brisard, the French terror expert. « And (that he) was instructed to carry out an attack. »
From the moment he slipped away in December, Tabaouni was a wanted man, according to several CNN sources.
An arrest is made
 The Belgian prosecutor’s office told CNN that Tabaouni, who is Moroccan, was only arrested in Brussels in July. He was taken into custody as soon as he was located, according to a senior European terrorism official. Following the publication of an earlier version of this story, Austrian media, citing prosecutors, have reported that Tabaouni has been extradited to Austria.
Haddadi and Usman were extradited to France, where they face terrorism charges, according to senior European counterterrorism sources, who also say they will be trying to tie Tabaouni to Haddadi and Usman and the Paris attackers.
While he was on the loose, Tabaouni was openly using a Facebook account that is identified in the documents by its unique ID number and was publicly posting updates from Belgium, where he was arrested. None of his postings indicate any apparent terrorist leanings or affiliations.
Investigators are now analyzing more than 1,600 pages of data from Tabaouni’s phone in hopes of learning more about his movements and contacts.
Several sources told CNN there are probably more sleeper cells and ISIS operatives coming into Europe using the same crowded, chaotic refugee route exploited by Haddadi, Usman and Tabaouni.
« We’ve seen that in the recent weeks, several of them, individuals who carry out individual attacks, inspired attacks, were coming back from Syria using the same route, » Brisard said.
« In addition to that, several jihadists have been arrested all around in France … in Belgium and Germany using the same route, for the same purpose, » Brisard said.
The treasure trove of information that investigators gained from the interrogations and the data extracted from the phones may help authorities better identify future plotters. Even after the arrests in Austria, Haddadi’s phone was still active.
On December 15, five days after the refugee center raid, the documents show that the team’s ISIS handler, Abu Ahmad, reached out to his operatives. He messaged Haddadi, perhaps wondering about their silence.
« How are you, » he wrote. « What has become of you? »
There was no reply.

Le 11 septembre et l’aveuglement des intellectuels

Les Echos
08/09/2016

Quinze ans après les attentats de New York, il est frappant de relire les commentaires des grands penseurs de l’époque. La nature religieuse du terrorisme était alors presqu’entièrement occultée

Ce week end, à New York, seront commémorés les attentats du 11 septembre 2001. Dans le monde entier, une kyrielle de dossiers, d’émissions et d’articles reviennent sur ces événements et dressent le bilan de ce qui a changé depuis quinze ans, dans leur sillage. Tout le monde, ou presque, s’accorde sur un constat : un pli de l’histoire mondiale s’est constitué ce jour-là, dont nous vivons encore, et pour longtemps, les prolongements. Toutefois, décrypter ce qu’on voit dans le rétroviseur est moins simple. Sur les causes profondes des attentats, les analyses divergent. Et plus encore les interprétations des répliques politiques et militaires, notamment celles de George W. Bush. Dans ce flot de discussions, un point demeure rarement aperçu : la cécité des philosophes. Elle mérite qu’on s’y arrête, et l’interroge.

Relire aujourd’hui les principaux textes consacrés à ces attentats par des philosophes de renom constitue une étrange expérience. De manière prévisible, on y rencontre élaborations sophistiquées, affirmations grandioses ou péremptoires, performances rhétoriques bluffantes. Malgré tout, avec le recul, on ne peut qu’être saisi par un décalage profond entre ces performances virtuoses et la réalité rampante du terrorisme mondialisé que nous vivons à présent quotidiennement. Au fil des ans, un écart frappant s’est creusé entre discours subtils et réalités grossières, propos éthérés et faits massifs.

Le 11 septembre devait être nécessairement considéré comme une énigme. Le philosophe français Jacques Derrida affirmait qu’« on ne sait pas, on ne pense pas, on ne comprend pas, on ne veut pas comprendre ce qui s’est passé à ce moment-là ». Il fallait d’abord récuser les évidences, considérées comme clichés idéologiques ou manipulations médiatiques. Ne parler donc ni de d’acte de guerre, ni de haine de l’Occident, ni de volonté de détruire les libertés fondamentales. Dialoguant à propos du 11 septembre avec Jürgen Habermas, qui centrait alors son analyse principalement sur la politique de l’Europe, Derrida, pour comprendre l’événement, s’attardait sur la notion d’Ereignis (« événement », ou « avenance ») dans l’histoire de l’être selon Heidegger et finissait par proposer une « hospitalité sans condition » (1).

« C’est eux qui l’on fait, mais c’est nous qui l’avons voulu » soutenait pour sa part le sociologue Jean Baudrillard, attribuant aux rêves suicidaires de l’Occident l’effondrement des tours et la fascination des images des attentats. Pour celui voulait mettre en lumière « l’esprit du terrorisme » (2), les « vrais » responsables étaient donc, au choix, les Etats-Unis, l’hégémonie occidentale ou chacun d’entre nous… D’autres se demandèrent aussitôt « à qui profite le crime » et conclurent que ce ne pouvait être qu’à la CIA, préparant ainsi les théories du complot qui firent florès.

Ce ne sont que quelques exemples. Une histoire des lectures philosophiques du 11 septembre reste à écrire. Elle montrerait combien anti-américanisme et anti-capitalisme ont empêché tant d’esprits affutés de voir la nature religieuse du nouveau terrorisme comme les singularités de la nouvelle guerre. S’y ajoutaient la volonté de n’être pas dupe et la défiance envers les propagandes, transformées en déni systématique des informations de base. Les philosophes ont évidemment pour rôle indispensable d’être critiques, donc de démonter préjugés et fausses évidences, mais n’ont-ils pas pour devoir de ne jamais faire l’impasse sur les faits ?

Au lieu de mettre en cause l’empire américain, l’arrogance des tours, le règne des images, il fallait scruter l’islamisme politique, les usages inédits de la violence, l’art terroriste de la communication. Quelques-uns l’ont fait, en parlant dans le désert. Aujourd’hui, il est urgent d’analyser ce qu’impliquent les changements intervenus depuis le 11 septembre. Car ce ne sont plus des symboles, comme les Twin Towers ou le Pentagone, qui sont ciblés, mais n’importe qui vivant chez les « impies » – dans la rue, aux terrasses, au concert, à l’école…. Les terroristes ne sont plus des commandos organisés d’ingénieurs formés au pilotage pour transformer des Boeing en bombes, mais de petits délinquants autogérés, s’emparant d’un couteau de cuisine ou d’un camion. Pour en venir à bout, il va falloir rattraper, au plus vite, le temps perdu à penser à côté de la plaque.

(1)Le « concept » du 11 septembre. Dialogue à New-York (octobre-décembre 2001) de Jacques Derrida et Jürgen Habermas avec Giovanna Borradori .(Galilée, 2004).

(2)Galilée, 2002.

Voir par ailleurs:

Les fratries dans l’histoire

Didier Lett

Historien

Peu étudiées, les fratries sont pourtant bien présentes dans les sources historiques du?roman familial. L’Occident chrétien voit même dans la fraternité la forme idéale du lien social. Plus diversifiées que celles d’aujourd’hui, les fratries d’hier révèlent parfois des similitudes?; les familles recomposées sont ainsi de toutes les époques. La relation entre un frère et une sœur, aussi proches que différents soient-ils, est la forme du lien fraternel qui fascine entre toutes.

1

Dans les mythologies antiques et chrétiennes, la tradition orale, les proverbes ou les contes, on rencontre de très nombreuses histoires et adages dans lesquels le lien entre frères et sœurs joue un rôle central. Ces mises en scène sont souvent l’occasion d’une réflexion sur le thème de l’identité, de l’autre et du semblable, mais aussi sur celui de sentiments exacerbés (de la haine farouche à l’amour excessif). Pourtant, malgré la forte présence de ce lien dans les sources historiques de la pratique comme de la fiction, force est de constater que l’histoire des frères et sœurs est encore balbutiante [1]. Elle s’inscrit dans une histoire de la famille et de la parenté, laquelle est pourtant un champ d’étude très fécond depuis une trentaine d’années. Dans une optique d’anthropologie structurale, les historiens de la parenté ont surtout centré leur attention sur la filiation et l’alliance, et les frères et les sœurs apparaissent comme les «?parents pauvres?» du roman familial. Or, on ne peut expliquer le silence des historiens sur le sujet par la pauvreté des sources. Il suffit d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs impliqués lors des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature, les journaux intimes, les correspondances, etc., pour se convaincre que les fratries sont bien présentes dans l’histoire.

2

Nous rappellerons d’abord que, dans les sociétés anciennes qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. Dans ces contextes de forte mortalité, la disparition précoce du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Cette situation s’observe au moins jusqu’à la «?révolution démographique?», c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse une baisse de la mortalité, puis de la fécondité, un phénomène qui en France s’amorce dès le début du XIXe siècle. Par ailleurs, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est, comme l’écrit saint Paul, «?le premier né d’une multitude de frères?» (Épître aux Romains 8, 29). Dans l’Occident chrétien, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère. À partir du XIIIe siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue encore avec le mouvement des ordres mendiants, dont les membres sont des «?frères?», et l’essor des confréries. Le vocabulaire de la fraternité se retrouve plus tard chez les francs-maçons (les «?frères trois points?»), les Poilus de 1914-1918 qui, au sortir de la Grande Guerre, évoqueront la «?fraternité des tranchées?». Il occupe aujourd’hui les frontons de nos mairies. Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initiale pour s’étendre à d’autres formes de liens, toujours très positifs. C’est la raison pour laquelle l’emploi par le chercheur des termes «?fraternel?» ou «?fraternité?» pose problème, le même que nous rencontrons lorsque nous qualifions de «?puérile?» l’activité d’un enfant. C’est pourquoi nous lui préférons le terme plus neutre d’«?adelphique?»?: adelphos signifiant né de la même matrice. Nous pensons par ailleurs que le lexique utilisé par l’historien doit également tenir compte du sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée). Il convient en effet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité?; il nous paraît ainsi particulièrement délicat d’utiliser «?fratrie?» pour désigner un ensemble de sœurs [2]. Nous lui préférons, quant à nous, le terme de «?sororie?».

3

Dans cette contribution, je me contenterai d’évoquer quatre points qui me paraissent essentiels : la taille des fratries, le rang dans la fratrie, l’importance très grande des fratries recomposées et la relation entre un frère et une sœur.

Fratries larges ou fratries étroites?

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Nous imaginons volontiers les groupes de germains d’autrefois comme des fratries très nombreuses. La réalité est-elle vraiment en conformité avec cette image?? Avant la révolution démographique (au début du XIXe siècle), parce que c’est la finalité du mariage et qu’il existe peu de moyens contraceptifs efficaces, le nombre de naissances par famille est très élevé. On sait par exemple qu’au XIIIe siècle, Blanche de Castille, épouse du roi de France Louis VIII et mère du futur Saint Louis, a accouché de douze enfants. Dans les deux derniers siècles médiévaux, les Florentines, mariées entre 15 et 19 ans et vivant au moins jusqu’à la fin de leur période de fécondité, ont onze enfants en moyenne (Klapisch-Zuber, 1988, p. 46). Les intervalles intergénésiques sont donc très courts. Mais, parallèlement à toutes ces naissances, beaucoup de nouveau-nés meurent?: on considère que le taux de mortalité infantile est de l’ordre de deux cents à quatre cents pour mille. Devant ces très forts taux de natalité et de mortalité, les historiens démographes s’accordent aujourd’hui pour dire que les fratries d’Ancien Régime, en moyenne, ne comportent pas beaucoup de membres. Les fratries occidentales «?traditionnelles?» se composent donc de deux à quatre enfants, en moyenne. Cela n’empêche pas qu’il existe des fratries beaucoup plus nombreuses lorsqu’elles sont épargnées par la mort. Avant le XIXe siècle, les fratries se différencient donc de celles d’aujourd’hui, surtout par leur plus grande diversité plus que par leurs effectifs. Si, lors d’une épidémie, la mort emporte plusieurs frères et sœurs à des âges très voisins, la fratrie peut apparaître comme «?coupée en plusieurs morceaux?». Le démographe Hervé Le Bras en arrive à se demander si, à cause de cette très forte mortalité, on peut parler de fratrie pour les époques anciennes. «?Il y a des liens entre frères et sœurs, écrit-il, mais il n’y a pas vraiment de constellation d’ensemble qui soit assez stable?» (Le Bras, 1981, p. 28).

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Il faut attendre l’extrême fin du XVIIIe siècle, et surtout le XIXe siècle, pour assister à un recul généralisé de la mortalité en Occident. Dans la mesure où, pendant quelques temps encore, et surtout dans les familles populaires et catholiques n’utilisant pas ou peu de moyens contraceptifs, la natalité est restée élevée, le nombre d’enfants vivant au sein d’une même famille s’accroît considérablement. C’est sans aucun doute à cette époque que l’Europe a connu les fratries les plus nombreuses, pour assister ensuite, on le sait, à une nouvelle et forte diminution au cours du XXe siècle.

La place dans la fratrie?: aînés, cadets, benjamins

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Au moins jusqu’aux IXe-Xe siècles, prévaut une relative égalité des enfants mâles face aux règles de transmission des biens (l’héritage) et des fonctions (la succession). Dans l’ensemble des lois barbares (code d’Euric, loi Gombette, loi salique, édit de Rothari, loi des Alamans, loi des Bavarois, etc.), l’habitude est de diviser l’héritage paternel en autant de parts qu’il existe d’enfants mâles. Certaines législations permettent aux filles de la fratrie d’obtenir une part du patrimoine familial à la seule condition qu’il n’y ait plus de mâles vivants en position d’hériter.

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Puis se met en place, entre les Xe et XVIIIe siècles (avec quelques nuances car les systèmes égalitaires persistent encore dans certaines régions), le système de la primogéniture?: les parents octroient à un seul héritier la majeure partie du patrimoine foncier et mobilier pour éviter que celui-ci ne se disperse et ne s’émiette de génération en génération. Le droit d’aînesse se retrouve dans la transmission des biens symboliques. À partir du Xe siècle, dans les milieux aristocratiques (ceux qu’éclaire majoritairement la documentation), l’aîné reçoit un prénom puisé dans la branche patrilinéaire, marqueur onomastique fortement porteur de mémoire familiale et lignagère. Ce choix explique pourquoi un prénom se répète sur plusieurs générations pour désigner le chef du lignage.

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Ainsi, la famille des Lusignan, de moyenne noblesse, a été dirigée par des Hugues pendant huit ou neuf générations successives entre 960 et 1200. Les ducs d’Aquitaine ont tous été des Guillaume entre 935 et 1136, et les comtes d’Anjou, des Foulques ou des Geoffroy, comme si le prénom était porteur d’autorité, générateur d’un charisme permettant d’occuper une fonction. Le triomphe de l’aîné mâle s’accompagne souvent de l’exclusion des cadets et des filles dotées. Attesté dès le Xe siècle dans les milieux aristocratiques, le principe de «?l’exclusion pour cause de dot?» (exclusio propter dotem) gagne rapidement les habitudes roturières. Durant les derniers siècles médiévaux et l’époque moderne, les pères rappellent souvent dans leur testament que leurs filles ont déjà reçu leur part en dot et qu’elles ne peuvent plus prétendre à une partie de l’héritage.

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Dans la fameuse nuit du 4 août 1789 est proclamée l’abolition de tous les privilèges. Il fallait donc que les révolutionnaires appliquent ces principes à la famille et suppriment le droit d’aînesse et l’exclusion des filles. La structure familiale doit être, à l’échelle de chaque individu, comme un microcosme de la nation tout entière et doit aussi, par conséquent, refléter l’égalité. Lors d’une réunion à la Constituante, Mirabeau s’écrie : «?Il n’y a plus d’aînés, plus de privilégiés dans la grande famille nationale?». Mais les lois nationales sont une chose, la réalité juridique en est une autre. La nouveauté d’une loi ne doit pas masquer la permanence des comportements, d’autant moins que le Code civil (1804) vient nuancer quelque peu l’égalité révolutionnaire. Au moins jusqu’au milieu du XXe siècle, cette unique législation égalitaire nationale n’a pas empêché la diversité des systèmes d’héritage dans les sociétés rurales. Les parents et les familles ont inventé des stratégies pour détourner la relative égalité du Code civil, de façon particulièrement nette en France du Sud et du Centre où le droit d’aînesse séculaire n’a pas vraiment été mis à mal (Collomp, 1994, p. 157-167). Désormais, en France, ni le sexe ni le rang dans la fratrie n’ont, en droit, d’incidence sur le montant de l’héritage.

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Cependant, n’allons pas trop rapidement conclure à une stricte égalité des frères et des sœurs car, en pratique, on se rend compte qu’en milieu rural l’attribution de l’exploitation va prioritairement aux garçons. Celui qui a pris en charge les vieux parents se voit aussi souvent avantagé, prérogative parfois reconnue et acceptée par les autres membres de la fratrie.

Fratries recomposées

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Les sociologues contemporains ont attiré notre attention sur le phénomène des familles recomposées. La fréquence des séparations et des divorces, dans l’Europe de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, multiplie en effet le nombre de «?demi-frères?» et de «?demi-sœurs?». Ce phénomène n’a rien de nouveau. Malgré les difficultés et les réticences et interdictions ecclésiastiques, il arrivait également autrefois que des couples se séparent. Les Coutumes de Beauvaisis de Philippe de Beaumanoir, rédigées vers 1283, consacrent ainsi un chapitre entier aux différentes formes d’animosité qui peuvent exister au sein de la cellule conjugale et aux raisons qui mettent parfois fin à cette union. Quelques articles examinent le sort des enfants en cas de séparation et stipulent que si les époux ont plusieurs enfants de plus de 7 ans, ils s’en partagent la garde par moitié. Par contre, si leur union n’a donné naissance qu’à un seul enfant de plus de 7 ans, le père en aura la garde s’il le souhaite, auquel cas la mère doit participer à sa «?nourriture?» par moitié. Si les frères et sœurs n’ont pas atteint l’âge de 7 ans, la garde doit en être confiée à la mère et c’est au père de «?payer la moitié de leur raisonnable subsistance?» (Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, chap. LVII, article 1639). On voit ainsi qu’au Moyen-Âge, l’âge de raison (aetas discretionnis) et la taille de la fratrie sont deux éléments déterminants pour orienter la trajectoire d’un enfant à la suite de la séparation de ses parents?: il vivra, selon les cas, avec son père ou avec sa mère, séparés ou non de ses frères et sœurs. Les parents désunis, parfois encore jeunes, pourront procréer à nouveau (même si ces nouvelles naissances ne sont pas légitimées) et offrir ainsi, aux enfants du premier lit dont ils ont la garde, des «?demi-frères?» ou des «?demi-sœurs?».

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Toutefois, la recomposition des fratries d’autrefois tient essentiellement à la fréquence de la mort d’un des deux parents et du remariage de celui ou celle qui survit. Dès l’Antiquité, aux côtés du divorce et de l’adoption, la mortalité joue un très grand rôle dans l’origine de la recomposition des familles, et beaucoup d’enfants sont élevés par des personnes autres que leurs géniteurs. Au Moyen Âge, on sait que de très nombreux mariages ne dépassent pas une durée de dix à quinze ans à cause du décès d’un des deux conjoints. Au XVIIIe siècle, dans la région parisienne, 30 à 40?% des mariages célébrés sont des unions dans lesquelles l’un des deux conjoints au moins est veuf (Baulant, 1972, p.?968). Dans ce contexte démographique, rares sont les «?familles achevées?» (considérées comme telles par les démographes lorsqu’il ne peut plus y naître d’enfants, soit parce que l’un des deux conjoints est mort, soit parce que la femme a dépassé l’âge de 50 ans). Au hasard des morts, des naissances et des remariages, la cellule familiale d’autrefois apparaît donc très mouvante : de très nombreux enfants ont vécu avec des garçons et des filles issus d’un autre lit que le leur. Il peut arriver qu’un scripteur différencie les «?frères germains?» (nés de mêmes parents) des «?frères consanguins?» (nés du même père) et des «?frères utérins?» (nés de la même mère), mais cela est rare. On trouve également parfois, dans la documentation, les termes latins désignant les germains, soror et frater, flanqués de germanus ou de carnalis. Lorsque ces adjectifs n’apparaissent pas, il faut sans doute considérer les termes de «?frère?» et de «?sœur?» dans une large acception?: l’ensemble des enfants nés d’un même père et d’une même mère (siblings en anglais), mais aussi, à cause de la très forte mortalité parentale évoquée plus haut, ceux qui ne partagent qu’un parent biologique et qu’aujourd’hui nous appellerions «?demi-frères?» ou «?demi-sœurs?» (half-siblings). Ces derniers termes sont récents. Ils n’apparaissent sans doute pas avant le XIXe siècle, à un moment où, pour la première fois dans l’histoire, la conjonction d’un taux de mortalité et d’un taux de divorce et de remariage très bas rend nécessaire un vocabulaire nouveau pour désigner un phénomène devenu rare et qui était pourtant très répandu dans les siècles passés. Il est fort probable encore que les termes génériques de soror ou de frater désignent également ceux qui ne sont que des frères et sœurs sociaux, c’est-à-dire qui vivent ensemble comme des frères et sœurs. À cause de la fréquence de la mort des parents, ils se retrouvent sous le même toit sans aucun lien de sang. Cette distance par le sang ne crée pas nécessairement une distance affective entre des enfants amenés à vivre ensemble.

Le lien entre un frère et une sœur

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Au sein de la fratrie ancienne, il existe une relation très spécifique, fascinante, fusionnelle, parfois ambiguë et productrice de nombreux mythes et récits (comme celle des jumeaux) : celle qui unit un frère et une sœur. Il s’agit d’une relation centrale dans les systèmes de parenté, toujours très positive car, l’un et l’autre devant suivre une trajectoire sociale différente, ils entrent rarement en concurrence. Le lien entre un frère et une sœur possède «?cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde?» (Jamous, 1991, p. 225).

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Voici, par exemple, au XVe siècle, le portrait qu’un Florentin, Giovanni Morelli, dresse dans son Journal de sa sœur aînée, Méa, morte prématurément à l’âge de 23 ans?: «?De taille normale, un teint admirable, fraîche et blonde, très bien faite de sa personne, elle n’était que charme. Entre autres perfections, elle avait ses mains, des mains d’ivoire, si bien faites qu’on les eût dites peintes par Giotto, mains longues, douces, aux doigts allongés, fuselés comme des cierges et terminés par de larges ongles galbés, brillants et vermeils?» (Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, p. 178). Au cours de la période médiévale et moderne, il est fréquent qu’un moine, entré au couvent, cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi devenue nonne ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Césaire d’Arles (vers 470-542) fonde devant les murs de la ville un monastère de religieuses (Saint-Jean d’Arles) qu’il confie à sa sœur pour laquelle il compose la plus ancienne règle féminine d’Occident. Saint Benoît, rédacteur de la règle bénédictine (entre 530 et 560), entretient lui aussi une relation très forte avec sa sœur Scolastique. Un récit rapporte qu’un jour, celle-ci reçoit la visite de son frère. Alors qu’il s’apprête à partir, elle lui demande avec insistance de demeurer la nuit auprès d’elle. Comme il refuse, elle implore le Ciel et se déclenche alors un orage si violent que Benoît est obligé de rester. Jacques de Voragine, un des nombreux hagiographes qui raconte l’événement, écrit : «?Et il en advint ainsi pour qu’ils puissent passer la nuit tout entière en s’édifiant mutuellement dans de saints entretiens?» (1967, p. 244). Ce sont les amants ou les maîtresses qui, en règle générale, prient pour passer une nuit avec l’être aimé. Quant au moine cistercien anglais Aelred de Rievaulx (vers 1109-1166), il rédige pour sa sœur un traité, De institutione inclusarum (De l’institution des recluses), qui a connu un relatif succès au Moyen Âge, dans lequel il n’hésite pas à s’adresser directement à sa sœur, à lui exprimer sa profonde affection et à rappeler des souvenirs d’enfance. Le traité commence ainsi?: «?Voilà déjà bien des années, ma sœur, que tu me réclames une formule de vie. (…) Je suis ton frère, tant par la chair que par l’esprit : comment refuser ? Je réponds donc à tes désirs?» (1961, p. 43). C’est donc bien au nom de leur «?fraternité?» qu’il accepte de rédiger cet opuscule. On sent dans cet écrit d’Aelred une forte jalousie et une volonté notamment de protéger sa sœur des visites intempestives, la réclusion lui apparaissant comme le mode le plus sûr de préservation de l’idéal adelphique. Il l’implore?: «?Je voudrais d’ailleurs que personne ne vînt te rendre visite trop souvent, et que tu ne te livres pas à des confidences avec un hôte trop assidu. En effet, à de trop fréquentes rencontres avec la même personne, la réputation d’une vierge (fama virginis) ne peut que perdre, et sa conscience de même?» (ibidem, p. 59-81).

15

Les correspondances des XIXe et XXe siècles entre un frère et une sœur livrent également de très beaux exemples d’affections adelphiques (Lett, 2009, p.?185-189).

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* * *

17

Le taux de fécondité n’a cessé de baisser dans les pays européens. En 2010, il se situe en moyenne à 1,53 enfant par femme. Certains auteurs alarmistes vont jusqu’à se demander si les fratries survivront au XXIe siècle. Même en France, où la fécondité est aujourd’hui parmi les plus élevées d’Europe (2,02 en 2011), le taux de renouvellement des générations est à peine assuré et, aujourd’hui, près de la moitié des individus n’ont pas de frère ou de sœur. C’est sans doute en partie cette réduction de la taille moyenne de la fratrie qui explique l’intérêt récent manifesté par les sciences humaines pour l’étude des frères et sœurs. En outre, dans cette période de mutation sociale (avec l’érosion de l’autorité parentale) et de difficultés économiques des dernières décennies, l’entraide horizontale joue un rôle de plus en plus fort, et ce phénomène peut également nous aider à comprendre cette nouvelle valorisation de la fratrie.

Sources

18

? Aelred de Rievaulx, 1961, La Vie de recluse, la prière pastorale, traduit et présenté par Charles Dumont, Paris, Cerf.

19

? Giovanni di Pagolo Morelli, 1956, Ricordi, a cura di Vittore Branca, Florence, éd. Le Monnier.

20

? Jacques de Voragine, 1967, La Légende dorée, Paris, Flammarion, tome?1.

21

? Philippe de Beaumanoir, 1899-1900, Coutumes de Beauvaisis, publié par Amédée Salmon, Paris, éd. A. Picard.


  • ? Bannour W. et Berthier P. (dir.), 1992, Éros philadelphe, frère et sœur, passion secrète, Paris, éd. du Félin, coll. «?Le temps et les mots. Colloque de Cerisy?».
  • ? Baulant M., 1972, «?La “famille en miettes”?: sur un aspect de la démographie du XVIIe siècle?», Annales ESC, juillet-octobre, p.?959-968.
  • ? Buisson M., 2003, La fratrie, creuset de paradoxes, Paris, L’Harmattan, coll. «?Logiques sociales?».
  • ? Collomp A., 1994, «?Le statut des cadets en Haute-Provence avant et après le Code civil?», in Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), Les Cadets, Paris, CNRS Éditions, p. 157-167.
  • ? Godeau F. et Troubetzkoy W., 2003, Fratries. Frères et sœurs dans la littérature et les arts de l’Antiquité à nos jours, Paris, éd. Kimé, coll. «?Détours littéraires?».
  • ? Jamous R., 1991, La relation frère-sœur. Parenté et rites chez les Méo de l’Inde du Nord, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).
  • ? Klapisch-Zuber C., 1988, «?La fécondité des Florentines (XIVe-XVIe siècles)?», Annales de démographie historique, p. 41-57.
  • ? Le Bras H., 1981, «?La démographie des frères et sœurs?», in Soulé M. (dir.), Frères et sœurs, Paris, éd. ESF, p. 16-29.
  • ? Lett D., 2005, «?Brothers and Sisters. New perspectives on Medieval Family History?», in Mustakallio K., Hanska J., Sainio H.-L. et Vuolanto V. (dir.), Hoping for Continuity. Childhood, Education and Death in Antiquity and the Middle Ages (Acta Instituti Romani Finlandiae, 33), Rome, p.?13-23 ; 2008, «?Les frères et sœurs, “parents pauvres” de la parenté?» (introduction), in Lett D. (dir.), Frères et sœurs. Ethnographie d’un lien de parenté, Médiévales, n° 54, p. 5-12?; 2009, Frères et sœurs. Histoire d’un lien, Paris, Payot, coll. «?Petite bibliothèque?».
  • ? Poitevin A., 2006, Enfants de familles recomposées. Sociologie des nouveaux liens fraternels, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Pur).
  • ? Segalen M. et Ravis-Giordani G. (dir.), 1994, Les Cadets, Paris, CNRS Éditions.
  • ? Vernier B., 1991, La genèse sociale des sentiments. Aînés et cadets dans l’île grecque de Karpathos, Paris, École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

[1]

L’histoire n’a pas été la seule science sociale à négliger l’étude de cette relation. Voir Lett, 2008.

[2]

Certaines langues (l’italien par exemple) ne possèdent pas l’équivalent du mot «?fratrie?», un terme qui en français est très récent?: il apparaît dans Le Petit Robert vers 1970.

Français

Les liens adelphiques sont très présents dans l’histoire et dans la mythologie car, dans les sociétés anciennes, qui connaissent une très faible espérance de vie, la coexistence entre frères et sœurs se révèle plus fréquente que celle entre parents de générations différentes. De plus, la société occidentale chrétienne valorise à l’extrême le lien fraternel. L’article se propose de montrer que la taille de la fratrie n’a pas toujours été large au cours de l’histoire, que le droit d’aînesse s’est imposé tardivement et de manière relative, que les fratries recomposées, en particulier à cause des remariages, ont été très nombreuses et que la relation entre un frère et une sœur est une relation particulièrement valorisée.

Voir enfin:

L’histoire des frères et des sœurs

The history of brothers and sisters

Didier Lett
Clio
p. 182-202

Comme en témoigne la multiplication récente des colloques et des ouvrages collectifs depuis cinq ou six ans, l’histoire des frères et sœurs connaît un très fort développement. Cette partie de l’actualité de la recherche retrace la genèse de ce mouvement et propose un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques. Grâce à l’essor très tardif de cette histoire, la dimension du genre y est relativement présente.

  • 39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http: (…)
  • 40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français (…)
  • 41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses étude (…)

1En décembre 2011 à Rennes et en mars 2012 à Toulouse se tiendra un double colloque international ayant pour titre « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours »39. La cinquantaine de contributions retenues a été classée en différents thèmes : la démographie de la fratrie, la fratrie comme ressource, fratries et trajectoires individuelles, solidarités et conflits, fratries et transmission, sentiments et affection, genre et fratrie, fraternité (lien rêvé). Cette manifestation révèle qu’au sein des études portant sur l’histoire de la famille et de la parenté, les relations adelphiques sont devenues aujourd’hui un thème à part entière du paysage historiographique. Même si, comme on le soulignera au cours de ce rapide bilan, l’intérêt des historiens pour les sœurs a été moins fort que celui porté aux frères et que rares sont encore les démarches de genre pour appréhender les liens adelphiques, on assiste à l’adoption d’un vocabulaire qui permet de remettre en cause la très forte masculinisation des termes usités, sous couvert de neutralité et, par conséquent, de tenir compte du féminin autant que du masculin. Ainsi, on a pris acte du fait que l’emploi des termes de « fratrie », « fraternel » ou « fraternité », formés sur la racine latine frater, posaient problème pour désigner ce qui est relatif aux frères et sœurs. C’est pourquoi, les historiens adoptent de plus en plus le mot plus neutre d’« adelphique » (adelphos, signifiant né de la même matrice). De même, lorsqu’ils cherchent à distinguer le sexe de la fratrie (mixte ou unisexuée), ils évitent, pour désigner un ensemble de sœurs, d’utiliser « fratrie »40et lui préfèrent le terme de « sororie »41.

2Dans cette actualité de la recherche, j’aimerais revenir sur la très récente et lente genèse du développement des travaux portant sur l’histoire des frères et sœurs avant de proposer, sans nullement prétendre à l’exhaustivité, un inventaire raisonné des principaux thèmes traités en insistant sur l’articulation entre genre et relations adelphiques.

Un intérêt très récent

  • 42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à (…)
  • 43 Ariès 1973 [1960].

3Comme de très nombreux chercheurs en sciences sociales, les historiens ayant travaillé sur la famille et la parenté, ont été, dans un premier temps, profondément influencés par l’anthropologie structurale des années 1960-1970 et se sont prioritairement intéressés aux relations verticales entre parents et enfants (la filiation) ou à celles, horizontales, entre deux parentés dans le cadre de l’alliance ou entre deux acteurs au sein du couple (relations conjugales). Le lien de germanité est donc resté le parent pauvre de l’histoire de la famille, toutes périodes confondues42. Les raisons de ce silence ne tiennent pas à la pauvreté des sources. Il suffit par exemple d’observer les trajectoires des legs testamentaires, les principaux acteurs présents au moment des transferts patrimoniaux ou auprès des miraculés dans la documentation hagiographique, les sentiments mis en scène dans la littérature ou dans les correspondances pour s’en convaincre. Il convient donc de chercher ailleurs les explications à ce manque d’intérêt. De nombreux historiens du début du xxie siècle, les médiévistes plus que les modernistes davantage tournés vers la démographie historique et l’étude des structures des ménages et de la résidence, inscrivent majoritairement leurs travaux dans le champ de l’anthropologie de la parenté qui, comme le montre ici Agnès Fine, a privilégié l’alliance et la filiation aux dépens de la germanité. Les nombreux travaux sur la grossesse, l’accouchement, la relation mère-enfants (auxquels l’histoire des femmes n’est pas étrangère) ou sur l’éducation ont mis l’accent sur les fonctions et l’affection paternelles et maternelles bien plus que sur les autres rôles ou statuts au sein de la cellule familiale. Pour les spécialistes des périodes antérieures aux xviie-xviiie siècles, il était aussi prioritaire durant les années 1970-1990, pour répondre à la thèse de Philippe Ariès sur l’absence d’un « sentiment de l’enfance » et d’un souci éducatif au Moyen Âge43, de privilégier l’étude des relations entre parents et enfants (affection, éducation).

  • 44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que (…)
  • 45 Gouesse 1982.
  • 46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

4Forts des acquis de la démographie historique (reconstitution des familles à partir des registres paroissiaux dans la longue durée) et de l’utilisation des travaux juridiques (règles d’héritage) au cours des années 1980-1990, les principales monographies régionales des modernistes ont apporté de précieux renseignements sur les intervalles intergénésiques, la taille et le sexe des fratries, la forte présence des frères et sœurs au moment du mariage ou du décès, la fréquence des liens entre frères et sœurs ou entre neveux-nièces et oncles-tantes, et le choix des frères et sœurs comme parrains et marraines. Ils ont attiré l’attention sur le fait que dans les sociétés anciennes où l’espérance de vie est faible, la coexistence entre frères et sœurs s’avère plus fréquente que celle entre parents de générations différentes44. Dans un contexte de forte mortalité, la disparition prématurée du père et de la mère ou du conjoint tend à renforcer les liens fraternels. Par ailleurs, la durée relativement longue du temps potentiel de fécondité d’une femme (vingt à vingt-cinq ans) et la fréquence des remariages entre conjoints d’âge très différent, produisent de forts écarts intergénésiques et de fréquentes recompositions des fratries. Dès 1982, Jean-Marie Gouesse étudiait les remariages des veufs et des veuves avec la sœur ou le frère du conjoint décédé à la fin du xviiie siècle en France. Il montrait que 15 à 20 % des frères ou des sœurs choisis comme nouveau conjoint avaient été sollicités comme parrains ou marraines d’un enfant du couple45. D’autres travaux ont souligné le lien entre taille de la fratrie et capacité des frères et sœurs à l’ascension sociale46.

  • 47 Bannour & Berthier 1992.
  • 48 Arru & Boesch Gajano 1993.
  • 49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.
  • 50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).
  • 51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

5Il faut attendre le début des années 1990 pour voir les deux premiers ouvrages collectifs sur les frères et sœurs. Le premier, Eros Philadelphe, organisé par des littéraires et publié en 1992, est centré spécifiquement sur les passions entre le frère et la sœur sur une large période, de l’Égypte romaine au xxe siècle47. Le second est un numéro de la revue Quaderni Storici de 1993, dirigé par Angiolina Arru et Sofia Boesch, intitulé Fratello/Sorella, couvrant les périodes du xiie au xixe siècle48. Les thèses d’histoire qui paraissent alors sur l’enfance et la famille consacrent quelques paragraphes, parfois un chapitre spécifique à ce thème49. Au cours de la première décennie du xxie siècle, j’ai moi-même publié quelques articles en histoire médiévale sur le rang dans la fratrie, la diversité des statuts et des rôles des sœurs au sein de la parenté et sur les solidarités adelphiques, avant de diriger un numéro de la revue Médiévales et de réaliser une synthèse sur l’ensemble des périodes de l’histoire50. Les spécialistes de la littérature n’ont pas été en reste dans ce domaine. Ainsi s’est tenu en 2002 à l’Université de Saint-Quentin-en-Yvelines un colloque sur les fratries publié en 2003 (auquel quelques historiens ont participé) qui couvre une période très large, de l’Antiquité à nos jours, et dont l’un des grands intérêts est de faire une très bonne place aux sorories et à la sororité51.

  • 52 Trévisi 2008.
  • 53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.
  • 54 Miller & Yavneh 2006.
  • 55 Sibling relations… 2010.
  • 56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

6Aujourd’hui, les historiens démographes continuent à exploiter leurs sources et leurs données. Sauf oubli ou erreur de ma part, ils n’ont pas encore livré une thèse ou un livre directement sur le sujet : ainsi, l’étude de Marion Trévisi, parue en 2008, sur les oncles et les tantes aborde le sujet indirectement52 car la force des liens avunculaires s’explique en partie par la puissance des relations entre les frères et les sœurs. Deux colloques récents organisés par des historiens, celui de Limoges (en septembre 2006, publié en 2007) qui couvre les périodes antique et médiévale53 et celui (à venir) de Rennes-Toulouse mentionné plus haut, embrassant une période plus vaste, montrent à l’évidence que le thème est en pleine expansion. En témoignent encore le numéro spécial de la Revue Renaissance Quarterly paru en 200654, celui de la Revue européenne d’histoire, paru en 2010, consacré à la solidarité, aux conflits et au genre dans les relations adelphiques entre xvie et xixe siècles55 et l’ouvrage collectif, Adelphiques, issu d’un colloque qui a eu lieu en février et octobre 2009 aux États-Unis et à Lyon, paru lui aussi en 2010 : ce dernier s’interroge sur la manière dont la littérature du xixe siècle représente les relations adelphiques, effectives ou fantasmées, littérales ou figurées et dont une partie entière est consacrée à la manière dont la relation adelphique met en jeu les catégories du masculin et du féminin56.

7Quels sont les thèmes qui ont retenu le plus l’attention des historiens et quelle est la part du genre dans ces études ?

La fraternité

  • 57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le c (…)
  • 58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L (…)
  • 59 Vincent 1994.
  • 60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.
  • 61 David 1987.
  • 62 Hunt 1995 : 96.

8Quelques spécialistes en histoire politique ou culturelle ont abordé le thème par le biais de la fraternité, concept clé pour comprendre, en Occident, le lien social idéal, que ce soit dans les sociétés anciennes christianisées ou dans les sociétés modernes et contemporaines. La société chrétienne a en effet fortement valorisé le lien fraternel. Par son incarnation, le Christ se présente comme le frère aîné des chrétiens. Il est « le premier né d’une multitude de frères » (Épître aux Romains, 8, 29). Dès lors, la fraternité représente la forme idéale du lien social : les chevaliers se lient par une fraternité d’armes et les moines se vivent tous comme des frères, dans un rapport d’égalité à l’égard de l’abbé, père du monastère57. Dans les échanges verbaux, se donner du « Mon frère » ou du « Ma sœur » apparaît toujours comme le signe d’une profonde amitié. Au moment du baptême, le lien de compérage qui se noue entre le père et le parrain de l’enfant se décline sur le mode de la germanité. Il met les deux compères dans une position de stricte égalité l’un vis-à-vis de l’autre, créant entre eux un lien de parenté spirituelle perçu comme l’équivalent d’une relation fraternelle consanguine. Comme le fait remarquer Agnès Fine, « Si le parrainage incarne le bon amour parental, le compérage incarne le bon amour fraternel »58. À partir du xiiie siècle, ce courant de fraternité religieuse s’accentue avec le mouvement des Ordres mendiants dans lesquels les membres sont des « frères » et avec l’essor des confréries (confraternitas ou confratria) dont les statuts insistent sur l’égalité entre les membres et rappellent souvent la fraternité scripturaire : « Que l’amour fraternel vous lie d’affection entre vous » (Épître aux Romains, 12, 9)59. À l’époque moderne, le compagnonnage continue d’utiliser le vocabulaire de la fraternité. À la fin de l’Ancien Régime et surtout pendant la Révolution française, c’est l’ensemble du corps social qui est pensé comme une fratrie. Les deux ordres de la société, trop longtemps privilégiés, sont les aînés. Le Tiers-État, le laissé-pour-compte, c’est l’ensemble des cadets. Dès lors, le roi, père de la patrie, devient le symbole de la monarchie absolue et de l’Ancien Régime. Lorsqu’il est décapité, un rêve de société fraternelle, dont les membres seraient unis seulement par des liens horizontaux, souffle sur la France et bientôt sur toute l’Europe. Dans l’imagerie politique de la Révolution, les représentations des corps humains ou des figures insistent sur ces nouveaux rapports de famille fondés sur la fraternité, offrant un contre-modèle à la famille patriarcale traditionnelle que les Révolutionnaires ont symboliquement tuée en détruisant les corps du roi et de la reine60. Ainsi, Hercule jeune, mis en avant comme symbole du peuple, s’apparente davantage à un grand frère protecteur qu’à un père. La fraternité incarne un sentiment, une vertu, un devoir et un principe politique. Elle entretient des relations très étroites avec la liberté et l’égalité61. Reconnaissons cependant que dans le discours révolutionnaire qui vise à inventer un nouveau monde utopique, où les hommes, tous égaux comme des frères, ont remplacé le père, les sœurs n’ont guère leur place. Comme le constate Lynn Hunt, « les sœurs occupèrent une position équivoque dans le nouveau roman familial de la fraternité »62.

9Ce vent de fraternité se perpétue au cours des siècles suivants. Les francs-maçons s’appellent les « frères trois points » et les Poilus de 1914-1918, au sortir de la Grande Guerre, dans les associations d’anciens combattants, nostalgiques et meurtris, évoquent la « fraternité des tranchées ». Le langage de la germanité déborde donc largement son champ d’application initial, jusqu’à occuper aujourd’hui les frontons de nos mairies. Lien idéal et idyllique, il s’étend à d’autres formes de liens, toujours très positifs.

Solidarités, sentiments, affections

  • 63 Bannon 1997.
  • 64 Morin 2007.
  • 65 Réal 2001 ; Surget 2010.
  • 66 Blandeau 2007.
  • 67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.
  • 68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.
  • 69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.
  • 70 Broomhall & Van Gent 2009.
  • 71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni famili (…)
  • 72 Voir article B. Borello, ce volume.
  • 73 Borello 2008, 2009 et 2010.

10La valorisation du lien fraternel et sa forte présence démographique dans les sociétés anciennes expliquent en partie la grande solidarité entre frères et sœurs et l’intérêt que les historiens ont porté à ce thème. De nombreux mythes fondateurs, le droit et la littérature antiques valorisent la pietas fraternelle63. Les tragédies grecques leur font toujours une grande place64. L’étude des textes hagiographiques médiévaux (récits de miracles ou vitae) permet de montrer les connivences fraternelles en enfance ou à l’âge adulte. Les chroniques médiévales sont également fréquemment le lieu de mises en scènes de fortes entraides et de solidarités, surtout entre frères65. Dans les textes anglais médiévaux, les mots brother et sister sont souvent utilisés pour exprimer l’amitié, la proximité et la connivence66. L’entraide fraternelle dans l’histoire se mesure encore à la fréquence des frérèches, communautés de biens et parfois de vie commune, entre des frères, souvent mariés, et, plus rarement, des sœurs, qui, après la mort de leur père, prolongent l’indivision du domaine et exploitent ensemble la terre. Dans le monde du commerce à la fin du Moyen Âge, les fratries (de frères) jouent également toujours un rôle essentiel, même si parfois les cadets acceptent mal d’être dirigés par leur aîné67. Les solidarités fraternelles ont également été beaucoup étudiées en contexte de migrations pour les époques moderne et contemporaine68. Au cours de ces périodes, la force des solidarités adelphiques se manifeste dans les correspondances69 ou les journaux intimes. Des études récentes ont été menées sur le langage des émotions au xvie siècle70. En étudiant les termes d’adresse au sein des correspondances familiales, en particulier des frères Leopardi au début du xixe siècle, Marzio Barbagli a le premier, dès 1984, mis à jour les degrés d’intimité entre frères et sœurs71. Benedetta Borello a insisté pour sa part, dans ce dossier de Clio72 et ailleurs73, sur la richesse des sources épistolaires de l’aristocratie romaine et siennoise des xviiie et xixe siècles pour l’étude des relations adelphiques, en particulier pour étudier les sentiments (mais aussi les rancœurs) qui peuvent naître des écarts entre les attentes liées à la force de la notion de fraternité et la réalité.

La relation entre un frère et une sœur

11S’il est un lien de solidarité et d’affection rarement démenti, c’est bien celui qui se noue entre un frère et une sœur. Comme le rappelle Raymond Jamous, ce lien possède

  • 74 Jamous 1991 : 225.

cette caractéristique majeure au niveau de la parenté d’être à la fois une relation de l’identité et une relation de la différence absolue, alors que la relation entre germains de même sexe n’a que la première caractéristique et celle entre mari et femme la seconde74.

  • 75 Barbichon 1994.
  • 76 Hamm 1992.

12Dans les systèmes de parenté, il s’agit d’une relation centrale, toujours très positive. Devant assumer une fonction sociale distincte, le frère et la sœur entrent rarement en concurrence. Ce lien, souvent passionnel, traverse l’histoire et se décline sous des formes différentes en fonction des époques et du type de documentation. Dans les tragédies antiques, Antigone se sacrifie pour donner une sépulture à son frère. Dans les contes et la littérature orale75 (Hänsel et Gretel par exemple) la sœur est très souvent une figure salvatrice, occupant le rôle le plus actif de l’histoire, subissant maintes épreuves pour sauver son ou ses frères. Durant l’époque médiévale et moderne, on retrouve souvent le thème de la sœur du moine : un moine cherche à préserver la relation entretenue avec sa sœur, en lui offrant une règle ou en lui donnant des conseils de vie, qu’elle soit elle aussi entrée en religion ou qu’elle soit restée dans la vie laïque. Mais c’est surtout dans la littérature et les correspondances du xixe siècle que ce lien est très visible (car les femmes aussi tiennent désormais souvent la plume)76. Dès 1987, dans l’Histoire de la vie privée, Michelle Perrot constate :

  • 77 Perrot 1987 : 168.

Entre frères et sœurs, la différence de sexe crée un rapport complexe, quelque peu initiatique : la première forme des rapports à l’autre sexe. Profondément refoulés par les interdits religieux ou sociaux, ces rapports sont rarement sexuels, mais possiblement amoureux77.

  • 78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

13Les échanges épistolaires à l’époque romantique permettent en effet d’exprimer l’amour, la tendresse, des confidences, des choses qu’on ne dit nulle part ailleurs. Ils débutent à l’adolescence, étape décisive souvent marquée dans les milieux bourgeois du xixe siècle par une douloureuse séparation entre le frère et la sœur qui vient rompre la fusion adelphique de l’enfance : le garçon va au collège et la fille est placée au pensionnat et chacun poursuivra désormais séparément dans un monde non mixte sa propre trajectoire sociale. Dans leur correspondance ou leurs journaux intimes, le frère et la sœur se composent chacun un monde imaginaire qui prolonge les paradis adelphiques de l’enfance et de l’adolescence en empruntant un langage amoureux. Les « couples » frère-sœur romantiques sont célèbres : François-René et Lucile de Chateaubriand, Henri et Pauline Beyle, Honoré et Laure de Balzac, Edgar et Blanche Quinet, Maurice et Marie de Flavigny, Maurice et Eugénie de Guérin, Ernest et Henriette Renan, Gustave et Caroline Flaubert78. Cette expression exceptionnelle des sentiments fraternels est à penser dans le contexte littéraire du romantisme qui valorise les amours transgressives.

  • 79 Lavocat 2003.
  • 80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.
  • 81 Gille 2006.

14Le thème de l’inceste adelphique, fantasmé ou réel, a été un sujet très souvent abordé. On le trouve ainsi mis en scène dans le théâtre des xvie et xviie siècles79 et surtout dans la littérature du xixe80 et du XXe siècle (qu’on pense aux Enfants terribles de Cocteau81, à L’Homme sans qualités, roman inachevé de Robert Musil (1932), ou à l’œuvre de Marguerite Duras).

Gémellité masculine et féminine

  • 82 Dasen 2003.

15Le beau livre de Véronique Dasen étudie la gémellité en Grèce et à Rome à partir d’un corpus de documents très vastes (écrits, iconographie, archéologie) en n’oubliant jamais de faire une place aux jumelles82. Dans la mythologie antique, la relation entre deux frères jumeaux est à l’origine de nombreuses fondations. Elle est parfois maléfique mais s’avère bien plus souvent bénéfique : les jumeaux guérissent, protègent les hommes ou fondent des villes (Rémus et Romulus). C’est d’ailleurs souvent la nature (bonne ou mauvaise) du lien qu’ils entretiennent qui détermine la protection ou la malédiction des hommes. Les jumelles, en revanche, sont beaucoup moins présentes et leurs relations proposent rarement des récits élaborés.

  • 83 Bohler 1995.

16Dans la littérature médiévale, là encore, ce sont surtout les couples de frères qui dominent. Leur mise en scène (Valentin et Orson, Lovel et Marin dans Guillaume d’Angleterre, Brac et Lyon dans La Belle Hélaine de Constantinople, Florent et Octavien dans Octavien ou encore Jehan et Gérard dans Gillion de Trazegnies), comme l’a montré Danielle Bohler, est l’occasion pour les auteurs de réfléchir sur les thèmes de l’altérité et de l’identité83.

  • 84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.
  • 85 Gélis 1984 : 371-377.
  • 86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la pr (…)

17Les spécialistes de démographie historique se sont également penchés sur l’évolution de la fréquence des naissances multiples, sans hélas poser des problématiques de genre84. Dans les époques anciennes, avoir « plusieurs enfants d’une même ventrée » entre souvent dans la catégorie du merveilleux ou du monstrueux car ce type de naissance rapproche l’être humain de l’animal85. À partir du xvie siècle, les registres paroissiaux permettent de mieux connaître la part et l’évolution86 des accouchements multiples : 1 pour 50 à 60 naissances environ. Mais on a constaté un sous-enregistrement des naissances gémellaires car lorsqu’un des deux jumeaux mourait avant le baptême, on ne déclarait bien souvent qu’une naissance. Il serait intéressant de savoir si ces phénomènes de sous-enregistrement sont différents selon le sexe du jumeau décédé.

  • 87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Trou (…)

18Les jumeaux (bien plus que les jumelles) ont été eux aussi mis en scène dans la littérature des xixe et xxe siècles, comme en témoigne le célèbre couple, Jean et Paul (que seule leur mère parvient vraiment à distinguer et qu’on appelle Jean-Paul), des Météores de Michel Tournier (1975)87.

Rivalités et conflits entre aînés et cadets, entre aînées et cadettes

  • 88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 20 (…)
  • 89 Leleu 2008.
  • 90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.
  • 91 Barc 1994 : 51.
  • 92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

19Les grands mythes, parfois les mêmes qui mettent en scène de fortes affections et solidarités entre frères peuvent aussi donner à voir des conflits très violents comme en témoigne l’histoire de Rémus et Romulus. Les historiens antiquisants attirent l’attention sur les fortes tensions à l’œuvre dans les tragédies grecques, entre raison d’État et liens de sang, et en particulier liens fraternels. Dans la mythologie, comme dans la littérature orale, les contes ou les sources de la pratique, les inimitiés les plus fréquentes sont celles qui éclatent entre deux membres de la fratrie du même sexe. Entre les frères, elles prennent parfois des proportions démesurées pouvant se terminer par un fratricide88. Les chroniques médiévales abondent en querelles fraternelles qui débouchent sur des faides souvent très violentes, conflits qui peuvent avoir des répercussions sur l’ensemble de la parenté et dans le champ politique89. Les études historiques portant sur la Bible90 ont montré que, dans l’Ancien Testament, l’aîné est largement avantagé par rapport aux autres enfants : il reçoit une part double sur l’héritage paternel (Deutéronome, xxi, 15-17). Cependant, dans les histoires vétérotestamentaires, cet avantage est sans cesse bafoué et on assiste à un « acharnement suspect de l’histoire à contredire la loi »91 car Abel est préféré à Caïn92, Isaac à Ismaël, Jacob à Esaü, Moïse à Aaron. Dans la Bible, les sœurs sont certes bien moins nombreuses mais le phénomène d’inversion est également présent. Des deux filles de Laban, Jacob préfère Rachel la cadette à Léa l’aînée.

  • 93 Lett 2011, à paraître.
  • 94 Lett 2006.
  • 95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008.

20Dans les exempla et l’iconographie de la fin du Moyen Âge, qui reposent souvent sur un fondement scripturaire, les rivalités à l’intérieur des fratries provoquent aussi souvent une inversion, soit entre les frères, soit entre les sœurs. La fratrie et la sororie (unisexuées) sont le lieu par excellence de cette inversion car elles permettent de comparer de l’identique. Mais l’inversion n’affecte pas les mêmes domaines et n’intervient pas au même moment dans le cycle de vie. Ce qui dévalorise le premier-né des garçons est sa perfidie et son ingratitude à l’égard de son père au moment de recevoir l’héritage, comme en témoigne par exemple le succès du thème du pseudo-jugement de Salomon93. Chez les filles, l’aînée se discrédite par son imprudence et son orgueil au moment de contracter une union matrimoniale. En position idéale pour se marier, elle se fait dérober son droit d’aînesse, perd l’avantage de contracter une union matrimoniale avant sa sœur cadette94. Dans l’un et l’autre cas, c’est bien au moment où se joue leur avenir qu’aîné(e) et cadet(te) entrent en concurrence et s’affrontent, mais il faut bien admettre une différence radicale : pour les sœurs tout se joue au moment de leur mariage ou de la fin de leur union (comment récupérer la dot ?) ; pour les frères, au moment de la mort du père. En d’autres termes c’est l’alliance qui est centre des préoccupations des sœurs et la filiation au centre de celle des frères. Agnès Fine a montré plus haut (inutile donc d’y revenir) que la place des frères et sœurs à l’égard de la transmission et du patrimoine matériel et symbolique des parents est un des thèmes les plus étudiés en sciences sociales (particulièrement en histoire) et que le temps de l’héritage ou de l’attribution de la dot étaient des moments cruciaux pour saisir le lien fraternel, étudier les conflits au sein des fratries, très variables en fonction des systèmes d’héritage95.

21Les études historiques sur les liens entre frères et sœurs sont donc bien en plein développement. La place qu’occupe le genre peut paraître encore insuffisante mais il me semble qu’il s’agit d’une dimension qui s’est invitée dans ces études très tôt (début des années 1990 pour les specialists, surtout anglo-saxons, de la littérature et début des années 2000 pour les historiens), presque dès l’origine donc de ces travaux. C’est sans doute une des chances de l’historiographie des frères et sœurs que de connaître un développement tardif, à un moment où historiens et littéraires, s’interrogeant sur les liens adelphiques, ont intégré, pour beaucoup, les bons réflexes qui consistent à ne pas oublier le féminin et à réfléchir sur les régimes de genre.

Bibliographie

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Notes

39 « Frères et sœurs du Moyen Âge à nos jours », colloque organisé par le CERHIO et le FRAMESPA, http://calenda.revues.org/nouvelle18312.html. L’appel à communications, lancé en novembre 2010, a rencontré un grand succès : 75 propositions ont été reçues, ce qui témoigne de l’intérêt des historiens aujourd’hui pour la question.

40 Certaines langues (l’italien par exemple) ne possède pas le mot « fratrie », terme qui, en français, est très récent : il apparaît dans le Petit Robert vers 1970.

41 À ma connaissance, le premier à avoir utilisé et défendu ce terme est Jacques Maître dans ses études sur Thérèse de Lisieux, Maître 1995 et 1999.

42 Pour un bilan historiographique récent sur les travaux des médiévistes, je me permets de renvoyer à Lett 2005. À ma connaissance, il n’en existe pas encore pour les autres périodes.

43 Ariès 1973 [1960].

44 Cette situation s’observe au moins jusqu’à la « révolution démographique », c’est-à-dire avant que l’Europe ne connaisse à la fois une baisse de la mortalité puis de la fécondité, phénomène qui, en France, s’amorce dès la fin du XVIIIe siècle.

45 Gouesse 1982.

46 Pour la Hollande du début du xxe siècle, voir Bras & Van Tilburg 2007.

47 Bannour & Berthier 1992.

48 Arru & Boesch Gajano 1993.

49 Lett 1997 : chapitre IX ; Réal 2001 : 476-504.

50 Lett 2001, 2003, 2004, 2006, 2008, 2009a, 2009b et 2008 (dir.).

51 Godeau & Troubetzkoy 2003.

52 Trévisi 2008.

53 Cassagnes-Brouquet & Yvernault 2007.

54 Miller & Yavneh 2006.

55 Sibling relations… 2010.

56 Bernard, Massol & Roulin 2010.

57 Pour la confusion et la hiérarchie entre fraternité biologique et fraternité spirituelle, voir le cas de Bernard de Clairvaux étudié par Maillet 2008.

58 Fine 1994 : 126 ; voir, plus généralement, sur la « fraternité » entre compères le chapitre iv, « L’amitié entre compères : la fraternité pour modèle » : 127-163.

59 Vincent 1994.

60 Hunt 1995, chapitre 2 « La bande des frères » : 69-104.

61 David 1987.

62 Hunt 1995 : 96.

63 Bannon 1997.

64 Morin 2007.

65 Réal 2001 ; Surget 2010.

66 Blandeau 2007.

67 Certin 2008 ; Bellavitis 2008 : 150-153.

68 Hidalgo 2010 ; Bras & Neven 2007b ; Kesztenbaum 2008 ; Rosental 1995.

69 Rares pour l’époque médiévale. Voir cependant Ledwige 1984.

70 Broomhall & Van Gent 2009.

71 Barbagli 2000 [1984] : 273-324, chapitre VI : Deferenza, distacco e intimità nelle relazioni familiari.

72 Voir article B. Borello, ce volume.

73 Borello 2008, 2009 et 2010.

74 Jamous 1991 : 225.

75 Barbichon 1994.

76 Hamm 1992.

77 Perrot 1987 : 168.

78 Berchet 1992 ; Houbre 1993.

79 Lavocat 2003.

80 Hamm 1992 ; Bannour & Berthier 1992 ; Bouchenafa 2004 ; Malinowski 2006 ; Houbre 1997 : 138-146.

81 Gille 2006.

82 Dasen 2003.

83 Bohler 1995.

84 Gutierrez & Houdaille 1983 ; Brunet, Bideau & Foroni 2004 ; Bideau & Brunet 2007.

85 Gélis 1984 : 371-377.

86 On remarque une tendance à la baisse des naissances multiples entre la fin du xviie siècle et la première moitié du xixe en corrélation avec la diminution de la fécondité des femmes et des naissances après 37 ans. Puis il semble que les années 1860-1960 connaissent une certaine stabilité de la fréquence des naissances gémellaires (Bideau & Brunet 2007) avant, on le sait, sous l’effet de la multiplication des FIV, de se multiplier après 1980. En France, le nombre d’enfants nés de grossesses multiples étaient de 21 000 en 1995. En 2001, il était de 33 000, ce qui représente une augmentation de 57%.

87 Voir, entre autres, les articles de la partie IV, « Du Romantisme à la modernité » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 200-260.

88 Voir par exemple les articles de la partie I, « Fratries mythologiques » de Godeau & Troubetzkoy 2003 : 19-65.

89 Leleu 2008.

90 Voir désormais la synthèse de Zwilling 2010.

91 Barc 1994 : 51.

92 Une riche iconographie étudiée par Voyer 2010.

93 Lett 2011, à paraître.

94 Lett 2006.

95 Voir, à titre d’exemple, Macé 2007 ; Janneau 2007 ; Bastress-Dukehart 2008

Voir par ailleurs:

11 Septembre: François Hollande rend hommage aux victimes
Le Figaro.fr avec AFP
11/09/2016

Le président français François Hollande, dont le pays est confronté à des menaces djihadistes, a rendu hommage aux victimes du 11 Septembre, tout en estimant que la réponse américaine à l’époque, avec l’intervention en Irak, n’avait fait qu’élargir la menace terroriste.

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« Oui, ce jour-là, nous étions tous Américains », affirme M. Hollande dans un message paru dimanche sur Facebook. « Mais avions-nous suffisamment mesuré et compris que nous étions tous concernés et que nous étions désormais confrontés à un terrorisme d’une autre nature que ce que jusque-là le monde avait connu? », ajoute le président français. »Les réponses que l’administration américaine a apportées à ces attaques planifiées de l’intérieur et exécutées de façon méthodique, loin d’éradiquer la menace, l’ont élargie à un plus vaste espace. Et notamment en Irak. », poursuit M. Hollande, en faisant allusion à l’intervention dans ce pays menée par les Etats-Unis qui a conduit à la chute de Saddam Hussein. « Et, si la France, avec (le président français de l’époque) Jacques Chirac, a refusé légitimement de se joindre à l’intervention (en Irak), et l’a même condamnée, elle n’en a pas moins été victime des conséquences du chaos qu’elle a engendré », ajoute François Hollande. »Il est des dates et des actes dans l’histoire qui marquent un changement de monde autant qu’un changement de siècle », souligne le président français. Ainsi, « le 11 septembre 2001, ce jour funeste où près de 3000 personnes ont été tuées à New York, Washington et Shanksville, dans des attaques destinées par leur ampleur et par leurs cibles à jeter l’effroi sur l’Amérique ». « Le 11 Septembre, avec ses vies ensevelies, ses destins brisés et ses familles endeuillées, revient chaque fois qu’un attentat sanglant se produit dans le monde. Comme une répétition du malheur. Comme une reproduction de l’horreur. Comme une réplique de la terreur », souligne également M. Hollande.

 


Manuels scolaires palestiniens: C’est comme le bikini (Three kinds of lies: Latest study on incitement in Israeli and Palestinian textbooks comes up with a statistical tie)

23 octobre, 2015
bikini-graphstabchartIl y a trois sortes de mensonges: les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. (attribué à) Mark Twain
Les statistiques, c’est comme le bikini: ça donne des idées mais ça cache l’essentiel! Aaron Levenstein (repris par Coluche)
L’objectivité parfaite, c’est cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler. Jean-Luc Godard
Comment la puissance américaine a-t-elle été contestée le 11 septembre 2001? Sujet de géographie du brevet français (2005)
Les États-Unis sont devenus la cible d’États et de mouvements qui refusent l’hégémonie américaine sur le monde. (manuel français de 3e , Magnard, 2003)
Si aujourd’hui la France devait écrire un manuel binational à des fins d’apaisement des tensions, ne serait-ce pas plutôt avec les Etats-Unis? Barbara Lefèbvre et Eve Bonnivard
Jusqu’au milieu des années 1980, l’enseignement de l’histoire était si imprégné de marxisme qu’on ne pouvait formuler la moindre position critique vis-à-vis du régime soviétique dans les ouvrages scolaires. Jacques Dupâquier
Les Allemands trouvaient nos textes trop anti-américains et nous trouvions les leurs trop atlantistes. Je ne me suis jamais considéré comme anti-américain. Mais après avoir parlé aux Allemands, je me suis rendu compte qu’il y avait une culture française de l’anti-américanisme. Guillaume Le Quintrec
Le terrorisme est l’arme des faibles, qui dans l’incapacité d’attaquer frontalement une grande puissance, cherchent à la déstabiliser en s’en prenant à des cibles symboliques. Manuel d’histoire-géographie français (Magnard)
Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. (…) [L]es Allemands n’ont jamais causé de tort à aucun musulman, et ils combattent à nouveau contre notre ennemi commun […]. Mais surtout, ils ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun. Haj Amin al-Husseini (moufti de Jérusalem, discours sur Radio Berlin, le 1er mars 1944)
L’Allemagne national-socialiste lutte contre la juiverie mondiale. Comme dit le Coran : “Tu apprendras que les Juifs sont les pires ennemis des musulmans.” Les principes de l’islam et ceux du nazisme présentent de remarquables ressemblances, en particulier dans l’affirmation de la valeur du combat et de la fraternité d’armes, dans la prééminence du rôle du chef, dans l’idéal de l’ordre. Voilà ce qui rapproche étroitement nos visions du monde et facilite la coopération. Haj Amin al-Husseini
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
Depuis les premiers jours de l’islam, le monde musulman a toujours dû affronter des problèmes issus de complots juifs. (…) Leurs intrigues ont continué jusqu’à aujourd’hui et ils continuent à en ourdir de nouvelles. Sayd Qutb (membre des Frères musulmans, Notre combat contre les Juifs)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. Charte de l’OLP (article 15, 1964)
Ce sera une guerre d’extermination, un massacre dont on parlera comme des invasions mongoles et des croisades. Azzam Pasha (président de la ligue arabe, le 14 mai 1948)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Les nazis ont probablement tué moins d’un million de Juifs et le mouvement sioniste a participé au massacre. Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas, thèse, 1982)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
 Nos vies et notre sang seront sacrifiés pour la mosquée Al-Aqsa. Chaque violation du côté israélien contre Al-Aqsa est une violation de l’occupation, qu’elle soit accomplie dans des uniformes militaires ou religieux ou sous une couverture politique. Nous devons lutter contre toutes ces violations jusqu’à ce que l’occupation soit levée. Raed Salah
Des centaines de milliers de fidèles musulmans doivent aller à Al-Aqsa et s’opposer au complot israélien de verser le sang des habitants arabes de Jérusalem-Est. Aujourd’hui, c’est seulement le travail de quelques individus, mais nous avons besoin d’un soutien national. Si les attaques individuelles continuent sans soutien national, ces actions seront éteintes dans les prochains jours, et donc des centaines de milliers de personnes doivent se mobiliser pour commencer une véritable Intifada. Hanin Zoabi (députée arabe au Parlement israélien)
Mon frère de Cisjordanie : Poignarde ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes du Talmud dans leurs esprits ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes sur le Temple dans leurs cœurs ! (…) Ô peuple de la mosquée d’Al-Abrar et peuple de Rafah, depuis votre mosquée, vous avez l’honneur de délivrer ces messages aux hommes de Cisjordanie : formez des escouades d’attaques au couteau. Nous ne voulons pas d’un seul assaillant. Ô jeunes hommes de Cisjordanie : Attaquez-les par trois et quatre. Les uns doivent tenir la victime, pendant que les autres l’attaquent avec des haches et des couteaux de boucher. (…) Ne craignez pas ce que l’on dira de vous. Ô hommes de Cisjordanie, la prochaine fois, attaquez par groupe de trois, quatre ou cinq. Attaquez-les en groupe. Découpez-les en morceaux. Mohammed Salah (« Abou Rajab », imam de Rafah, Gaza)
Je veux poignarder un juif. Parce qu’il nous a volé notre terre. Avec un couteau. Rahf Abuesha (élève de maternelle jordano-palestinienne)
Dans la bande de Gaza, étroite enclave côtière déjà ravagée par trois guerres et qui étouffe depuis neuf ans sous le blocus israélien, le désespoir est à son comble: la moitié des jeunes cherchent à s’exiler, les suicides sont en hausse, le chômage –l’un des plus forts taux au monde à 45%– n’a jamais été si haut et les perspectives d’avenir si lointaines. L’Obs
Nous demandons à tous les camps de respecter les lieux saints. Ban Ki Moon
Le couteau est érigé en symbole du désespoir de « la génération Oslo ». Francetvinfo
« Palestinian textbooks : Where is all that ‘incitement’? ». International Herald Tribune (December 18, 2004)
Israeli and Palestinian textbooks omit borders The Guardian ( 4 February 2013)
‘Textbooks show both sides to blame for enmity’, The Jerusalem Post (4 February 2013)
, ‘Israeli and Palestinian textbooks fail balance test, study finds,’ Los Angeles Times, 4 February 2013
‘New textbook study threatens to undercut argument that Palestinian schools preach hate’, JTA
‘Israeli, Palestinian textbooks ‘one-sided’,’ AAP/The Australian (5 February 2013)
« Israelis’ textbooks fare little better than Palestinians' ». Haaretz (09/12/2004)
The Israeli-Palestinian schoolbook study is among the most comprehensive, fact-based investigations ever done of school textbooks. The scientists developed a new research methodology that employed a standardized, manualized, multi-rater system in order to produce a transparent and scientifically rigorous analysis of current Israeli and Palestinian schoolbooks. The study represents the first phase towards the critically important goal of developing education for peace, as specified by the Council of Religious Institutions of the Holy Land, which initiated the study, and as highlighted in the Oslo II Agreement in 1995. All funding for the study came from a single public source, the US State Department’s Bureau of Democracy, Human Rights and Labor. Bruce Wexler (Yale)
There is generally a total denial of the existence of Israel – and if there is an Israeli presence it is usually extremely negative. For the next generation, there is no education at all about collaboration and no information about the many collaborations that already exist between Israelis and Palestinians in environmental and other areas. Eldad Pardo
In geography textbooks, Israel usually does not appear in maps of the Middle East, instead “Palestine” is shown to encompass Israel, the West Bank and the Gaza Strip. Jaffa is also shown on maps of Palestine, but Tel Aviv and other predominantly Jewish cities, such as Ramat Gan, kibbutzim and moshavim, are not displayed. One of the Palestinian textbooks reviewed by IMPACT-SE, History of Ancient Civilization, published in 2009 and used to teach fifth-graders, states that the Levant consists of the states of Palestine, Jordan, Lebanon and Syria. Israel is not mentioned. Other textbooks read for the study asked students to “color the Negev Desert on the map of Palestine,” and to solve the following mathematical word problem: “An independent Palestinian state was declared in 1988. How many years have passed since the declaration of independence?” Another textbook included a map of the Old City of Jerusalem – which did not contain the Jewish Quarter. Meanwhile, in an additional example, a textbook printed a British Mandate postage stamp, but erased the Hebrew inscription “Palestine: The Land of Israel” that appeared on the original. In addition, some textbooks described the Canaanites as an Arabic-speaking people whose land was stolen by Jews, and stated that Jews came from Europe to steal Palestine after the British conquered it in 1917. Pardo, a professor at the Hebrew University of Jerusalem, also said Palestinian textbooks have been erasing Jewish claims to holy sites, such as the Western Wall and Rachel’s Tomb. For example, National Education, a textbook for seventh-graders published in 2010, refers to the Western Wall as the “Al-Buraq Wall,” and to Rachel’s Tomb as “Al-Bilal Mosque.” IMPACT-SE also found that Palestinian textbooks include many references to martyrdom, death, jihad and refugees returning to cities and towns in Israel – and frequently demonize Israelis and Jews. A photo from the funeral of a shahid (martyr) was included in the 2008 edition of a seventh-grade textbook, but excluded from the 2010 edition, perhaps because of foreign pressure on the PA, said Pardo. Other textbooks told students that “the rank of shahid stands above all ranks,” and included a Muslim hadith about the destruction of Jews by Muslims on the day of the resurrection, which also appears in the Hamas charter. Jerusalem Post
Bien qu’il soit difficile de trouver dans les manuels israéliens de franches incitations à la haine, comme on peut en trouver dans les manuels jordaniens et égyptiens, le Dr Ruth Firer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’une des pionnières de la recherche en matière de textes scolaires, affirme que l’endoctrinement dans les livres israéliens est simplement plus subtil. Cela explique, dit-elle, pourquoi les messages pénètrent plus facilement. Il est plus difficile de détecter un stéréotype caché dans une image qui semble innocente que dans une autre présentée de telle manière qu’elle « vous mène vulgairement par le bout du nez ». Les résultats d’une étude qu’elle a menée avec le Dr Sami Adwan, de l’université de Bethléem, spécialiste de l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme (…) révèle une sorte d’image en miroir, où chaque côté place la responsabilité de la violence sur le dos de l’autre. (…) Tout en ayant été publiés après les accords d’Oslo, les manuels palestiniens imitent ceux publiés en Jordanie et en Egypte, qui évitent d’utiliser le terme « Israël », dans les textes et sur les cartes. (…) De manière surprenante, les deux chercheurs ont trouvé un parallélisme quasi absolu entre les manuels dans trois domaines : des deux côtés, on ignore les périodes de calme relatif et de coexistence (par exemple entre 1921 et 1929), sauf à les présenter comme des répits trompeurs dans un conflit au long cours, on n’a pas tendance à raconter à l’élève l’histoire du conflit vu du point de vue de l’ennemi, on passe sous sillence les détails de la souffrance de l’Autre, et chacun ne comptabilise que ses victimes à lui. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Pour Yaakov Katz, certaines de ces critiques concernent des livres non approuvés par le ministère de l’éducation, et il sait que certains établissements n’appliquent pas ses directives. Contrairement à ces manuels, ceux approuvés par le ministère subissent un examen minutieux par des experts, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par une discrimination raciale, ethnique, sexuelle ou religieuse, et qu’ils ne contiennent pas de stéréotypes. (…) Concernant les cartes, Katz dit que le département cartographique du gouvernement ne marque pas la Ligne verte en tant que frontière officielle de l’Etat d’Israël, et qu’aussi longtemps que l’Autorité palestinienne n’aura pas été reconnue en tant qu’Etat souverain, elle ne doit pas être réprésentée comme Etat sur les cartes. Cette dernière réponse est quasiment identique, mot pour mot, à la position palestinienne, selon laquelle le marquage de la frontière viendra avec un accord définitif sur les frontières entre Israël et la Palestine. Akiva Eldar (La paix maintenant)
Quand les Palestiniens écrivent ’Palestine’ sur les cartes de leurs manuels, cela est considéré comme une incitation à la haine. Dans ce cas, comment parler des manuels israéliens qui nomment la Cisjordanie ’Judée et Samarie’, même sur des cartes qui montrent les frontières du Mandat britannique, alors que la dénomination officielle était ’Palestine-Eretz Israel’ ?’ (…) Cela suggère à l’élève que ces territoires étaient ’à nous’ de tout temps, et renforce le message selon lequel, lors de la guerre des Six jours, nous les avons ’libérés’ ou ’sauvés’ de l’occupant arabe. Nurit Peled-Elhanan
Contrairement aux critiques qui souhaitent exposer l’histoire vue du côté arabo-palestinien, le système éducatif en Israël insiste à dessein sur l’identité juive et démocratique de l’’Etat d’Israël. Je voudrais bien savoir s’il existe au monde un endroit où les manuels présentent la narration de l’autre alors que la lutte violente entre les deux peuples n’est pas encore terminée. Personne ne doit s’attendre à ce que l’Etat démocratique d’Israël considère la version de l’autre sur un pied d’égalité pendant une guerre. Cela vaut encore plus après les accords d’Oslo, au sujet desquels tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’ont pas apporté la paix tant souhaitée entre Israéliens et Palestiniens. Yaakov Katz (ministère de l’éducation israélien)
«La déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception, dans les manuels israéliens comme palestiniens.» Les descriptions extrêmement négatives sont au nombre de 20 dans les manuels israéliens, de 7 dans les ouvrages ultra-orthodoxes et de 6 dans les livres palestiniens. L’un des rares exemples tiré d’un manuel israélien: un passage où l’on lit que tel village arabe détruit «avait toujours été un nid de meurtriers».  Et son pendant palestinien: «Je suis resté “à l’abattoir” 13 jours», en référence à un centre d’interrogatoire israélien. (…)  Et il convient de noter que les manuels palestiniens et ultra-orthodoxes sont sensiblement plus partiaux que les livres israéliens. Ainsi, 84% des extraits littéraires des livres palestiniens dressent un portrait négatif des Israéliens et des juifs, et 73% des extraits dans les ouvrages ultra-orthodoxes dépeignent négativement les Palestiniens et les arabes, alors que cette proportion tombe à 49% dans les manuels des établissements publics israéliens. (…) Les Palestiniens et les arabes sont montrés sous un angle positif 11% des fois dans les manuels israéliens, et 7% du temps dans les livres ultra-orthodoxes. Tandis que juifs et Israéliens sont envisagés de façon positive 1% du temps dans les ouvrages palestiniens. De même, les photos et les illustrations des manuels palestiniens sont en général plus négatives que celles des livres israéliens, mais il y en a beaucoup moins. (…) Pour ce qui est des cartes, les chercheurs ont constaté que 58% des manuels palestiniens publiés après 1967 (année où Israël a pris la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Egypte, et le plateau du Golan à la Syrie) ne font aucune référence à Israël: toute la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée représente la Palestine. Chez les Israéliens, 65% des cartes ne comportent pas de frontières et ne mentionnent ni la Palestine ni l’Autorité palestinienne, tandis que chez les ultra-orthodoxes, ce chiffre atteint un ahurissant 95%. (…) Jusqu’en 1967, la Jordanie avait la main sur le système scolaire en Cisjordanie, et l’Egypte contrôlait celui de Gaza. Après la guerre de 1967, Israël s’est chargé de l’enseignement palestinien, avec les mêmes manuels jordaniens et égyptiens, mais censurés –interdiction de certains livres, passages barrés dans d’autres. Les Palestiniens sont devenus maîtres de leur système scolaire en 1994, dans le sillage des accords d’Oslo, au cours desquels ils s’étaient engagés à suivre des «mesures de confiance» qui comprenaient une réforme de l’enseignement. Emily Bazelon
By mentioning that this [the 1972 Munich Olympic massacre] was a terror attack performed by Palestinians, this is a negative description of the Palestinians? I mean, how far can you go? Yossi Kuperwasser (ministère des Affaires stratégiques israélien)
The source material gathered for the purpose of analysis leaves out some significant items that may have enhanced the understanding of the general attitude of the PA schoolbooks to the Jewish/Israeli “other” and to the issue of peace with this “other.” For example, highly demonizing pieces were not included, under the pretext that they were not explicit enough. Thus, a piece saying “Your enemies killed your children, split open your women’s bellies…” was rejected because it did not mention Jews or Israelis and was actually written in the early 20th century. Its appearance in a Palestinian textbook of today with its obviously serious consequences did not change that decision. Similarly, a piece talking of “invading snakes” was also discarded since no Jews or Israelis were mentioned there, as if someone else was intended, who is not involved in the conflict. Another pretext was that the books concerned were “Holy Scriptures” and, as such, could not be touched.  (…)  For example, under the category of positive description of the “other” we find a piece from a PA Christian Education textbook which describes the Sabbath observing Jews. But when one reads further one discovers that those observing Jews were so fanatic that they refused to cure the sick on that day. It was Jesus Christ who acted against their position and did the opposite. The place of this item is, obviously, in the category of negative description of the “other.” Other “positive” references to Jews in Palestinian schoolbooks are those praising Moses or Abraham, etc. But one should remember that they, as well as David, Solomon and other traditional Jewish figures, are actually detached in Islamic tradition from their Jewish environment and looked upon as God’s prophets and, thus, more Islamic than Jewish. By no means should positive texts in which they feature be regarded as positive description of Jews. (…) There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel). The reliance on item-counting alone also misses the realm of omissions which is extremely important in the case of societies involved in a conflict – especially if their curricula are funded by the international community (for example, the often mentioned case of absence of explicit discussion of possible peaceful relations with Israel). (…)  the issue of borders on the map:. The report checked hundreds of maps appearing in schoolbooks of both sides and concluded that both tend to ignore the “other” either by erasing any boundary line between them or by refraining from labeling the territory of the “other” accordingly. In my opinion, this evenly distributed accusation is misleading, for the simple reason that there is no Palestinian state to be named on the map. The Palestinian Authority is an autonomous body under Israeli suzerainty legally and, as such, it could be described on the map as part of Israel. On the other hand, Israel has never officially annexed the West Bank and the Gaza Strip, which enables Israeli cartographers to present these areas as separate from Israel-proper. Another possibility is indicating the PA’s “A” and “B” areas in different colors and such maps were indeed included in Israeli schoolbooks prior to the eruption of the second Intifadah. But since parts of these areas have been since reoccupied, this practice is also outdated. One can find in the Israeli schoolbooks all these variations of maps, and, in some of the cases, several of them within one book. By contrast, the State of Israel exists as an independent entity recognized by the PLO by virtue of the Oslo Accord, and the widely spread tendency not to put its name on maps within PA schoolbooks calls for concern. There is no symmetry between the two parties and any attempt to show that there is – does not reflect the reality on the ground. Also, the mere use of the names Judea and Samaria does not mean that Israeli schoolbooks oppose the creation of an independent Palestinian state. These have been the Hebrew traditional names of the two regions for centuries, much the same like Galilee and the Negev. Even when a Palestinian state is established, they will still be called by these names. By contrast, “the West Bank” is a newcomer in history. It is a Jordanian political term that is no longer valid. Second, the report considers Jihad and martyrdom as values, which is acceptable academically, but it fails to evaluate their impact on the issues of war and peace in the context of the conflict. Frequent use of these values could be good indicators as far as the Palestinian attitude to a non-peaceful solution to the conflict is concerned, especially when they are not mentioned in the context of past events. From this particular point of view they should not be compared to Israeli texts talking of past IDF fallen soldiers. (…) But the main question, namely, to what extent is this or that party engaged in actual education for peace, if at all, has not been answered by the report itself. It is answered by the crude quotations, though. Whoever reads the quotations taken from the schoolbooks of both sides finds the answer easily. Israeli schoolbooks – and I refer here to the books of the state school system only (both secular and religious schools) and not to the Ultra-Orthodox schoolbooks, which are, in my eyes, below the universally accepted standards of peace education – include revealing texts of open advocacy of peaceful resolution of the conflict (the piece about Rabin, for example) and are totally devoid of calls for solving it violently. Alongside their treatment of the Palestinians as enemies, they provide texts that portray the individual Palestinian as ordinary, sometimes noble, human being with whom friendly relations could develop (for example, the pieces about the gardener from Qalqilyah, the villager who rescued the Israeli soldier in a road accident and the Arab families in Hebron that defended their Jewish neighbors during the 1929 massacre). Such texts balance the feelings of hatred that develop as a result of the conflict. Israeli schoolbooks also give the students a fairly objective picture of Islam and Arabic culture (for example, the piece about the Egyptian Nobel laureate writer Najib Mahfuz). Even in the context of the conflict they show some understanding of the motives of the “other” and even recognize at times the Palestinian national movement. The Palestinian quotations, on the other hand, show none of these traits. They do not contain neither an explicit call for peace with Israel nor a vision of a peaceful future alongside it; they speak of a struggle for liberation without specifically restricting that struggle to the areas of the West Bank and Gaza alone; that struggle is enhanced by the use of the traditional Islamic values of Jihad, martyrdom and Ribat; they recognize as legitimate neither Israel’s existence, nor the presence of its Jewish citizens in the country, nor the presence of Jewish holy places there; they describe the Jewish/Israeli “other” as wholly negative – at least in the context of the conflict – and those are mostly treated as a threatening alien group and never as ordinary human beings, with whom friendly relations could develop; and, in addition, there are some (implicit) demonizing texts against them. All that has meaning. The report, unfortunately, has failed to convey that to the readers. I strongly urge those interested in the subject to read the quotations and draw the conclusions themselves. Arnon Groiss

Circulez, il n’y a rien à voir !

Attaques au couteau de boucher, hachoir, tournevis ou voiture-bélier, affiches et planches expliquant les parties du corps à poignarder, appels à injecter de l’air dans les veines des malades (?), discours ou prêches appelant au djihad ou au martyre, vidéos d’enfants récitant leur leçon de haine …

A l’heure où, dans les rues pour l’instant principalement des villes israéliennes, les mois et les mois de vidéos et de conseils de l’Etat islamique semblent avoir finalement et littéralement fait école …

Et où, pour toute explication, nos belles âmes et nos médias occidentaux n’ont que le mot « désespoir » à la bouche …

Pendant qu’en un bel ensemble, nos dirigeants appellent « tous les camps » à la retenue …

Comment ne pas se poser la question de l’éducation ayant conduit, pour une toute une génération d’adolescents palestiniens, à de tels passages à l’acte ?

Et à la lecture de la dernière étude, financée parle Département d’Etat américain et conduite par des uinversitaires américains, israéliens et palestiniens, sur les manuels à la fois palestiniens et israéliens …

Qui à la manière de l’objectivité parfaite dont parlait Godard (« cinq minutes pour les juifs, cinq minutes pour Hitler ») ou d’équivalence morale à la « terroriste de l’un, résistant de l’autre » (« éducation de l’un, propagande de l’autre », etc.) …

Ne voit lui aussi que des torts partagés, se réjouissant que des deux côtés « la déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception » …

Ne pas s’interroger sur une recherche qui derrière la neutralisation parée par la statistique de toutes les vertus de l’objectivité scientifique …

Examine trois fois plus de manuels israéliens (492 contre 148), accorde une part disproportionnée aux manuels du système scolaire ultra-orthodoxe israélien mais refuse de se pencher sur aucun manuel du Hamas …

Ne compte pas comme mentions négatives une allusion à des « serpents envahissants » ou aux notions traditionnelless de « djihad » ou de « martyrs » sous prétexte qu’elles ne mentionnent ni juifs ni israéliens…

Ou compte comme allusion positive au judaïsme ou à la société israélienne la mention de personnages bibliques qui ont justement, dans la tradition musulmane, perdu l’essentiel de leur judaïté  …

Rejetant comme mention négative, du côté israélien cette fois, tant la non-mention sur les cartes d’un Etat palestinien qui n’a justement aucune existence juridique que la qualification d’attentat terroriste de l’assassinat d’athlètes israéliens aux Jeux de Münich en 1972 ?

Comments on: “Victims of Our Own Narratives”
Israel Resource Review
Dr. Arnon Groiss

February 7, 2013

General Background

The following are my initial comments on the said report in capacity of my past research experience of Palestinian, Egyptian, Syrian, Saudi Arabian, Tunisian and Iranian schoolbooks between 2000-2010 and having been a member of the said project’s Scientific Advisory Panel (SAP), with other distinguished scholars, though I speak for myself only.

I wish to start my comments by expressing my deep appreciation and gratitude to professors Bruce Wexler, Sami Adwan and Daniel Bar-Tal, as well as to their research assistants for this huge project which was carried out under uneasy circumstances, both technical and political. This project was, in my opinion, a systematic and comprehensive effort to bring about a new kind of study of a problematic issue, based on innovative techniques in both fields of data collection and analysis. No one who has been acquainted with this complicated operation can dismiss its results offhand.

It is worth noting that I, like all other SAP members, was not part of the actual research on the ground and was not aware of the results until, for the first time, I was given a partial version last May, in the SAP two-day meeting in Jerusalem. Some of us, including myself, expressed their views regarding the findings and it was then understood that work on the project was to continue.

Again, we, the SAP members, were not involved in the research activity.

Moreover, it was only a few days before the February 4 release of the report that I was first given the 522 Palestinian quotes for perusal. Having compared them to the quotations appearing in other research projects, I realized that some forty meaningful quotations, which other researchers in former projects, including myself[1], incorporated in the material and used them in forming their conclusions, were missing.

The research team rejected my suggestion to add them to the existing quotes that had been already gathered.

I waited to see the released final report on February 4 and read it with the Israeli quotations. I can now say that I am familiar with the results to a degree that I am able to write my initial comments. I hope to present you with a more detailed paper later on.

Selection of the Study Material

As I have already noted, the source material gathered for the purpose of analysis leaves out some significant items that may have enhanced the understanding of the general attitude of the PA schoolbooks to the Jewish/Israeli “other” and to the issue of peace with this “other.” For example, highly demonizing pieces were not included, under the pretext that they were not explicit enough. Thus, a piece saying “Your enemies killed your children, split open your women’s bellies…” was rejected because it did not mention Jews or Israelis and was actually written in the early 20th century. Its appearance in a Palestinian textbook of today with its obviously serious consequences did not change that decision. Similarly, a piece talking of “invading snakes” was also discarded since no Jews or Israelis were mentioned there, as if someone else was intended, who is not involved in the conflict. Another pretext was that the books concerned were “Holy Scriptures” and, as such, could not be touched. Well, they were not. They were simple textbooks of religious themes with scriptural and non-scriptural material and the anti-Jewish expressions there were non-scriptural.

On the other hand, an explicit denial of the existence of Jewish holy places in the country was not included too – with no clear explanation. That was the case as well regarding a specific text placing Palestine instead of Israel as the sovereign state in the region, regarding a piece clearly stating that both sides of the Green Line were occupied territories of Palestine – that is, Israel within its pre-1967 borders and the territories of the West Bank and the Gaza Strip, and regarding a chart of Palestine’s population in 1999 that included the Palestinians in the West Bank, the Gaza Strip, in Israel-proper (called “the Interior” just to avoid the expression of “Israeli pre-67 territory”) and even the Diaspora, while the 5.5 million Jews were not counted.

I just skimmed through the Israeli quotes and I did not find similarly prominent missing items there.

Categorization

I have found deficiencies on both levels of definition and actual use. On the first level, categorization was restricted to very general themes, leaving out important issues such as open advocacy of peace/war with the “other,” legitimacy of the “other,” etc. Regarding legitimacy, I was disturbed to discover back in May that Prof. Bar-Tal had developed a specific definition of delegitimization as “categorization of groups into extreme negative categories which are excluded from human groups.” He further put dehumanization and out casting among the varied phenomena of delegitimization with expressions like “Vandals” and “Huns” as examples (see his article in Journal of Social Issues, 46 (1) pp. 65-81). Thus, the real cases of ignoring the “other” deliberately without degrading him slipped away from scrutiny. I was among other SAP members who questioned that peculiar definition in May, but to no avail, and all we lastly had was a paragraph on page 49 of the report which mixed between casual non-reference to the “other” and systematically denying him any status.

On the actual usage level I have encountered several misplacements which blur or even distort the picture. For example, under the category of positive description of the “other” we find a piece from a PA Christian Education textbook which describes the Sabbath observing Jews. But when one reads further one discovers that those observing Jews were so fanatic that they refused to cure the sick on that day. It was Jesus Christ who acted against their position and did the opposite. The place of this item is, obviously, in the category of negative description of the “other.” Other “positive” references to Jews in Palestinian schoolbooks are those praising Moses or Abraham, etc. But one should remember that they, as well as David, Solomon and other traditional Jewish figures, are actually detached in Islamic tradition from their Jewish environment and looked upon as God’s prophets and, thus, more Islamic than Jewish. By no means should positive texts in which they feature be regarded as positive description of Jews.

The meaning of all this is that if we take away all these few items from the said category we would leave it empty or almost empty, with major implications on the overall assessment of the attitude to the “other.”

Analysis

There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel). The reliance on item-counting alone also misses the realm of omissions which is extremely important in the case of societies involved in a conflict – especially if their curricula are funded by the international community (for example, the often mentioned case of absence of explicit discussion of possible peaceful relations with Israel).

I would now like to refer to two important issues dealt with in the report in a manner I would define as misleading.

First, the issue of borders on the map:. The report checked hundreds of maps appearing in schoolbooks of both sides and concluded that both tend to ignore the “other” either by erasing any boundary line between them or by refraining from labeling the territory of the “other” accordingly. In my opinion, this evenly distributed accusation is misleading, for the simple reason that there is no Palestinian state to be named on the map. The Palestinian Authority is an autonomous body under Israeli suzerainty legally and, as such, it could be described on the map as part of Israel. On the other hand, Israel has never officially annexed the West Bank and the Gaza Strip, which enables Israeli cartographers to present these areas as separate from Israel-proper. Another possibility is indicating the PA’s “A” and “B” areas in different colors and such maps were indeed included in Israeli schoolbooks prior to the eruption of the second Intifadah. But since parts of these areas have been since reoccupied, this practice is also outdated. One can find in the Israeli schoolbooks all these variations of maps, and, in some of the cases, several of them within one book.

By contrast, the State of Israel exists as an independent entity recognized by the PLO by virtue of the Oslo Accord, and the widely spread tendency not to put its name on maps within PA schoolbooks calls for concern. There is no symmetry between the two parties and any attempt to show that there is – does not reflect the reality on the ground.

Also, the mere use of the names Judea and Samaria does not mean that Israeli schoolbooks oppose the creation of an independent Palestinian state. These have been the Hebrew traditional names of the two regions for centuries, much the same like Galilee and the Negev. Even when a Palestinian state is established, they will still be called by these names. By contrast, “the West Bank” is a newcomer in history. It is a Jordanian political term that is no longer valid.

Second, the report considers Jihad and martyrdom as values, which is acceptable academically, but it fails to evaluate their impact on the issues of war and peace in the context of the conflict. Frequent use of these values could be good indicators as far as the Palestinian attitude to a non-peaceful solution to the conflict is concerned, especially when they are not mentioned in the context of past events. From this particular point of view they should not be compared to Israeli texts talking of past IDF fallen soldiers.

General Conclusion

The report’s main results are as follows:

Both sides have developed a national narrative in which the “other” is posed as enemy.
The Israeli schoolbooks look better than their Palestinian counterparts in terms of their more positive and less negative description of the “other” as well as their more developed tendency for self-criticism.
These two points are not really new and scholars of textbook research in this region have been aware of them.

Other than that, the report provides us with further information about some characteristics of the schoolbooks of both sides.

But the main question, namely, to what extent is this or that party engaged in actual education for peace, if at all, has not been answered by the report itself.

It is answered by the crude quotations, though. Whoever reads the quotations taken from the schoolbooks of both sides finds the answer easily. Israeli schoolbooks – and I refer here to the books of the state school system only (both secular and religious schools) andnot to the Ultra-Orthodox schoolbooks, which are, in my eyes, below the universally accepted standards of peace education – include revealing texts of open advocacy of peaceful resolution of the conflict (the piece about Rabin, for example) and are totally devoid of calls for solving it violently. Alongside their treatment of the Palestinians as enemies, they provide texts that portray the individual Palestinian as ordinary, sometimes noble, human being with whom friendly relations could develop (for example, the pieces about the gardener from Qalqilyah, the villager who rescued the Israeli soldier in a road accident and the Arab families in Hebron that defended their Jewish neighbors during the 1929 massacre). Such texts balance the feelings of hatred that develop as a result of the conflict.

Israeli schoolbooks also give the students a fairly objective picture of Islam and Arabic culture (for example, the piece about the Egyptian Nobel laureate writer Najib Mahfuz). Even in the context of the conflict they show some understanding of the motives of the “other” and even recognize at times the Palestinian national movement.

The Palestinian quotations, on the other hand, show none of these traits. They do not contain neither an explicit call for peace with Israel nor a vision of a peaceful future alongside it; they speak of a struggle for liberation without specifically restricting that struggle to the areas of the West Bank and Gaza alone; that struggle is enhanced by the use of the traditional Islamic values of Jihad, martyrdom and Ribat; they recognize as legitimate neither Israel’s existence, nor the presence of its Jewish citizens in the country, nor the presence of Jewish holy places there; they describe the Jewish/Israeli “other” as wholly negative – at least in the context of the conflict – and those are mostly treated as a threatening alien group and never as ordinary human beings, with whom friendly relations could develop; and, in addition, there are some (implicit) demonizing texts against them.

All that has meaning. The report, unfortunately, has failed to convey that to the readers.

I strongly urge those interested in the subject to read the quotations and draw the conclusions themselves.

[1] I am reattaching the draft I already sent you before of a paper I wrote in conclusion of my ten-year research of PA schoolbooks as compared to other Arab and Middle Eastern ones, as well to their Israeli counterparts at that time.

Voir aussi:

Les dangers d’un rapport sur les manuels scolaires israéliens et palestiniens très imparfait
Hélène Keller-Lind

Desinfos

13 février 2013

« La représentation de l’autre » dans les manuels scolaires israéliens et palestiniens, rapport financé par le Département d’État américain, élaboré par deux Professeurs, un Palestinien et un Israélien, supervisés par un troisième, un Américain, aura pris plus de trois ans. Sa publication a été bien accueillie par le Premier ministre palestinien, fort mal par les ministère de l’Éducation et des Affaires stratégiques israéliens, embarrassé une porte-parole du Département d’État. Un rapport désavoué par une partie de son panel consultatif et déconstruit par ailleurs, notamment par Palestinian Media Watch, qui dresse la longue liste de ses inexactitudes et imperfections. Et avertit quant aux dangers qu’il pose.

Une idée apparemment très attractive pour promouvoir paix et tolérance
L’idée était apparemment très attractive. Le Conseil des Institutions Religieuses de Terre Sainte se proposait d’examiner des centaines de manuels scolaires israéliens et palestiniens pour y trouver ce qu’y était « la représentation de l’autre » en posant la question : « victimes de nos propres narratifs ? ». Étude menée, semblait-il, dans le but de faire changer ce qui était répréhensible et faire ainsi progresser paix et tolérance. Une étude financée par le Département d’État américain, réalisée par une équipe conduite par les Professeurs Daniel Bar-Tal de l’Université de Tel Aviv et Sami Adwan de l’Université de Bethléem, sous la supervision du Professeur Bruce Wexler de l’Université de Yale et son ONG, « Un Avenir Différent ». Une étude présentée comme éminemment fiable, grâce à un panel scientifique consultatif devant en garantir les résultats

Sérieux doutes exprimés par des membres du panel consultatif ou le commanditaire
Or, avant même la publication de ce rapport on apprenait que des membres de ce panel scientifique consultatif se plaignaient de ne pas avoir vu le texte définitif, ce que déplorait aussi le commanditaire de l’étude, le Conseil des Institutions Religieuses de Terre Sainte. Dans un article très fouillé le Jerusalem Post évoquait l’un membre de ce panel qualifiant même cette étude de « nouveau Rapport Goldstone » – Rapport commandé par le Conseil des droits de l’homme onusien pour examiner l’opération Plomb Fondu menée par Israël en réponse à des tirs de missiles gazaouis, accusant Israël de tous les maux dans un premier temps avant que l’auteur du rapport lui-même ne désavoue ce qui avait été publié sous sa houlette -.

Un autre membre du panel, le Dr. Arnon Groiss, ancien directeur de IMPACT-SE, centre de recherches sur la paix et la tolérance dans l’éducation, exprimait son désarroi car il avait reçu un nombre de citations plus important que celles données à d’autres membres et il n’avait pas vu le rapport final avant sa publication non plus. De plus, des citations qui lui avaient été données ne figuraient finalement pas dans la version publiée…

Même désarroi d’un autre membre de ce panel consultatif, le rabbin Daniel Sperber, lauréat du Prix d’Israël, qui n’avait pas vu la version définitive du rapport avant publication, pas plus que les membres du Conseil Inter-religieux. Pourtant d’autres membres du panel consultatif affirmaient que tous ont vu une copie du rapport en mai dernier.

Avant même sa publication officielle le débat occasionné par ce rapport a donc été vif en Israël.

« Partial et peu professionnel », accuse le ministère de l’Éducation israélien
Mais les critiques ne se sont pas arrêtées là. En effet, directement concerné, le ministère de l’Éducation israélien, l’a qualifié de « partial, peu professionnel. Les tentatives d’établir un parallèle entre les systèmes éducatifs israélien et palestinien étant injustifiées…le ministère de l’Éducation a choisi de ne pas coopérer avec ceux qui cherchent à calomnier le système éducatif israélien »…

Une porte-parole du Département d’État embarrassée
En effet, concernant une représentation déformée de l’autre, ce rapport renvoie dos à dos les manuels israéliens et palestiniens. Rapport largement commenté par un grand nombre de médias, certains le saluant, à l’instar du Daily Beast d’autres le condamnant et exposant ses défauts, il faisait l’objet de questions posées à la porte-parole du Département d’État le 4 février dernier. Ce ministère américain l’ayant financé.

Des questions ayant clairement embarrassé Victoria Nuland. Ainsi lui demandait-on de réagir à cette étude « ayant trouvé que ni les Palestiniens, ni les Israéliens ne sont sérieusement coupables d’inciter à la violence ou à la haine » alors que « les Israéliens qualifient cette étude de partiale ». Se refusant à qualifier quiconque de partialité, à juger ce rapport, arguant que nombre de bourses sont ainsi accordées par son ministère à des ONG a priori de bonne foi leur permettant de réaliser des études destinées à améliorer paix et tolérance religieuse dans les programmes, la porte-parole constatait, en quelque sorte, que le Département d’État était pris entre deux feux….

Elle finit par dire que la dernière fois qu’une telle évaluation a été faite par le gouvernement des États-Unis en tant que tel, dans le cadre d’un examen de la situation des Droits de l’Homme en 2009, la conclusion avait été que les manuels scolaires palestiniens, qui venaient d’être changés en 2006, sans inciter à la violence faisaient toutefois preuve de partialité et n’étaient pas équilibrés. Ce qui relança les questions des journalistes assistant à ce point de presse, avec une dernière question rappelant que les États-Unis demandent, exigent parfois, que l’Autorité palestinienne qu’ils financent en partie cessent d’inciter à la haine et la violence. « Un thème récurrent et qui continuera à l’être » conclut-elle On notera que ce point de presse avait été tenu le jour où John Kerry entrait en fonction comme nouveau Secrétaire d’État américain et que la porte-parole n’avait certainement pas eu l’occasion d’évoquer ce point précis avec lui.

Salam Fayyad, aux anges, vante « les principes palestiniens de coexistence, tolérance, justice et dignité humaine… »
La réaction très positive de Salam Fayyad, Premier ministre de l’Autorité palestinienne, relayée par l’agence de presse officielle palestinienne Wafa News est intéressante. Il salue, en effet, « un constat principal de cette étude…qui confirme que les manuels scolaires palestiniens ne contiennent aucune forme évidente d’incitation – à la haine -, fondée sur le mépris de l’autre ». « Ces manuels ne caractérisent pas « l’autre » de manière déshumanisante et si cela est fait, cela est très rare, que ce soit dans les manuels scolaires israéliens ou palestiniens ». Il choisit d’ignorer toutefois un bémol apporté dans le rapport, à savoir que : « ces manuels omettent de donner des informations importantes, ce qui crée des obstacles à la paix ».

Salam Fayyad se réjouit que cette étude, dit-il, « prouve ce que nous avons souvent répété en réponse à des allégations qui ont été invalidées ». Il précise que c’est parce que l’Autorité palestinienne était convaincue qu’il fallait discuter de la question de manière objective et professionnelle plutôt qu’en se basant sur des stéréotypes et des notions préconçues que le ministère de l’Éducation palestinien avait collaboré pleinement avec les auteurs du rapport. Rapport qui sera utilisé par le ministère « comme guide pour développer les programmes scolaires en parvenant à une totale harmonie avec les principes bien ancrés de notre peuple de coexistence, tolérance, justice et dignité humaine, qui constituent une composante principale du système de valeurs morales sur lesquelles l’État indépendant de Palestine sera établi ».

S’exprimant le 4 février, au lendemain de la réaction très négative du ministère de l’Éducation israélien, Salam Fayyad lançait enfin un appel au gouvernement israélien pour que, dit-il, celui-ci considère cette étude dans le même esprit et abandonne ses positions établies à cet égard », l’enjoignant d’abandonner ses tentatives de détourner l’attention de l’objectivité et du professionnalisme de cette étude parce que ses conclusions ne sont pas alignées sur ses positions préconçues ».

Le ministère des Affaires stratégiques israélien démontre l’absurdité des propos de Salam Fayyad
Le 5 février Yossi Kuperwasser, directeur général du ministère des Affaires stratégiques israélien, présentait à la presse à Jérusalem une série de diapositives contenant de nouvelles données et documents montrant les réalités de « l’incitation – à la haine- dans le système scolaire de l’Autorité palestinienne » ou par d’autres canaux. Concluant que « l’Autorité palestinienne ne fait aucun effort d’éducation à la paix et à la coexistence avec Israël. Ce qui est l’obstacle principal à la paix ». Le ministère puise ses sources dans les manuels scolaires palestiniens, mais pas uniquement puisque les sujets d’examens, les revues ou programmes pour enfants et adolescents ou encore les pages Facebook leur étant destinées sont également examinées. Ainsi est-il demandé à des élèves palestiniens de ponctuer la phrase « l’occupant n’est pas humain ». Des programmes éducatifs réalisés par des enseignants comparent Israël à « Satan, avec une queue » ou à un serpent qui étouffe des enfants palestiniens. Le Jihad et le sacrifice de soi sont justifiés dans un autre manuel palestinien. Un autre enjoint aux élèves à « combattre les Juifs et à les tuer ». Haïfa est décrite comme étant « un port palestinien » dans un ouvrage sur la langue arabe. Bref, cette étude multiplie les exemples apportant un démenti cinglant aux propos lénifiants de Salam Fayyad et aux conclusions optimistes du Rapport sur « la représentation de l’autre »…

D’ailleurs, cette étude du ministère des Affaires stratégiques détaille les conclusions du Rapport dont se réjouit Salam Fayyad. Conclusions qui n’ont sans doute pas été bien lues par tous ceux qui y voient une approbation du contenu des manuels scolaires palestiniens. On y apprend, en effet, que « à 84% la manière dont sont représentés les Juifs / Sionistes/Israéliens dans les manuels scolaires palestiniens est très négative ou négative. A 87 % la description des actions des Juifs / Sionistes/Israéliens est très négative ou négative. Le Jihad est la valeur principale que promeuvent les manuels scolaires palestiniens ».

Une méthodologie et des choix contestables
Enfin la méthodologie, les omissions et la volonté évidente de mettre sur un même pied des manuels scolaires au contenu pourtant très différent sont condamnés et il est rappelé que « quatre membres au moins du panel consultatif scientifique ont refusé d’avaliser ce rapport » et que « le Grand rabbinat d’Israël, membre du Conseil des Institutions Religieuses de terre Sainte a retiré son soutien à ce rapport ». Enfin il est précisé que d’autres érudits et professionnels de l’éducation se sont montrés très critiques à son égard.

Parmi les nombreux défauts de l’étude dénoncés, A.Jay Adler souligne, entre autres, dans The Algemeiner le fait que cette étude qui examine des manuels du système scolaire ultra-orthodoxe en Israël ne s’est penché sur aucun manuel utilisé par le Hamas. Ou qu’il y ait eu beaucoup plus de livres israéliens étudiés, 492, que de livres palestiniens, 148, un déséquilibre évident, sans que cela ne soit en rien justifié. Pourquoi cette absence de manuels scolaires utilisés dans les établissements arabes israéliens, s’interroge-t-il également. [Il démonte ainsi point par point ce rapport qu’il qualifie d’escroquerie http://www.algemeiner.com/2013/02/0…%5D

Palestinian Media Watch « Il est difficile d’imaginer une analyse aussi profondément erronée »
Palestinian Media Watch – PMW -, Observatoire des Médias palestiniens et auteur de plusieurs études sur les manuels scolaires palestiniens, a également publié une étude sur ce rapport. Qui débute par ces mots « il est difficile d’imaginer une analyse aussi profondément erronée ». PMW cite ensuite les inexactitudes de la méthodologie employée qui cite les exemples trouvés dans des manuels scolaires israéliens et palestiniens en les mettant dans les mêmes rubriques, essayant d’établir une symétrie même là où elle n’existait pas. Un autre défaut majeur étant d’avoir donné autant d’importance au système scolaire ultra-orthodoxe marginal en Israël qu’aux écoles d’État très majoritaires. Ce qui augmente artificiellement le nombre d’exemples posant problème côté israélien pour appuyer la tentative trompeuse faite dans ce rapport pour démontrer une équivalence ».

« Il masque intentionnellement la promotion de la haine et de la violence qui sont au cœur du système éducatif de l’Autorité palestinienne »
Mais pour PMW l’échec fondamental du rapport est qu’il masque intentionnellement la promotion de la haine et de la violence qui sont au cœur du système éducatif de l’Autorité palestinienne ». Et de conclure que « cette haine, avec la haine et la glorification du terrorisme exprimés dans les actions et les messages quotidiens des dirigeants de l’Autorité palestinienne au travers des institutions qu’ils contrôlent, condamne rapidement les générations à venir à une prolongation du conflit ».

PMW pose ensuite la question suivante : « qu’est-ce que le message global du rapport Adwan-Tal cache au monde ? », la réponse étant : « le message global inhérent aux enseignements de l’Autorité palestinienne concernant Israël dans son système scolaire est le rejet total du droit le plus fondamental d’Israël, son droit d’exister ».

Un certain nombre d’exemples sont donnés. Ainsi dans un manuel scolaire palestinien on trouve l’expression « le soi-disant État d’Israël ». Ce qui, d’ailleurs est une gradation dans l’incitation à la haine car cette expression remplace « l’État d’Israël » trouvé dans une étude réalisée par PMW en 2007. PMW démontrant que le système scolaire palestinien enseigne la haine des Juifs, le rejet d’Israël et promeut la notion de Jihad et d’une nécessaire violence. Les mots d’Hillary Clinton, alors Sénatrice, recevant PMW au Congrès américain pour la présentation de son rapport sur les manuels scolaires palestiniens en 2007 restent d’actualité : « ils empoisonnent l’esprit des enfants ».

Contribuer à perpétuer un enseignement de la haine, avec ses possibles victimes
Enfin, PMW accuse des Israéliens comme le Professeur Bar-Tal de contribuer à ce que perdure cet enseignement de la haine et de la violence et à faire en sorte que les pressions internationales exercées sur les Palestiniens pour qu’ils remplacent cette éducation à la haine par une éducation à la paix cessent. Ce qui n’a rien d’anodin, car des vies en dépendent, souligne PMW.

Voir encore:

Study on incitement ‘another Goldstone Report

Incitement or peace education?

Several members of the Scientific Advisory Panel, the body that was to review and critique a controversial report on incitement in Palestinian and Israeli schoolbooks that is set to be presented by several researchers in Jerusalem on Monday, say they were not given a final copy of the report prior to the announcement of the upcoming press conference.

One SAP member, speaking on condition of anonymity, said this document had the potential to be “another Goldstone Report,” a reference to the UN report on the IDF’s Operation Cast Lead in Gaza that was released in 2009.

In addition, the Council of Religious Institutions of the Holy Land complained that it was also not given the opportunity to see a final copy of a report, despite being the body that launched the project, a source within the Chief Rabbinate said.

The textbook project, which began in 2009, was funded by a grant from the US State Department and was conducted by an Israeli-Palestinian team of academics led by Professors Bruce Wexler of Yale University, Daniel Bar-Tal of Tel Aviv University and Sami Adwan of Bethlehem University.

“The Israeli-Palestinian schoolbook study is among the most comprehensive, fact-based investigations ever done of school textbooks.

The scientists developed a new research methodology that employed a standardized, manualized, multi-rater system in order to produce a transparent and scientifically rigorous analysis of current Israeli and Palestinian schoolbooks,” Wexler, Bar-Tal and Adwan said in a statement.

“The study represents the first phase towards the critically important goal of developing education for peace, as specified by the Council of Religious Institutions of the Holy Land, which initiated the study, and as highlighted in the Oslo II Agreement in 1995.

All funding for the study came from a single public source, the US State Department’s Bureau of Democracy, Human Rights and Labor.”

Washington appears, however, to have distanced itself from the research with one official at the US Embassy telling The Jerusalem Post that “it’s not a State Department thing.”

Dr. Arnon Groiss – a member of the advisory panel and the former director of IMPACT-SE, a research center focusing on peace and cultural tolerance in school education – told the Post that last week he received “a body of quotes” from textbooks that were cited in the study but no copy of the final report for review.

“I haven’t seen the final product [and] I haven’t compared the final results with the body of evidence. I was given more than any other member of the panel. None of the others got it. We don’t know what they are going to say in the press conference,” said Groiss.

He also said that there is information missing from the report.

“I checked the quotes and found some missing and now I am in a debate with the researchers about that,” he said.

Rabbi Daniel Sperber, an Israel Prize laureate and another SAP member, also told the Post that he felt blindsided by the announcement that the findings are set to be announced this week, and said that he received “no notification in advance” of the press conference. The announcement is “premature,” he added, as neither he nor “members of the [interreligious] council have seen a final version.”

“I told Professor Wexler that I won’t come and be a presenter of a document that I haven’t seen,” Sperber said, despite his name being prominently placed in a public statement by Wexler, Bar-Tal and Adwan.

Dr. Elihu Richer, the head of the Genocide Prevention Program and Injury Prevention Center at the Hebrew University, who also participated in the advisory panel and said that he too had not seen a full copy of the report, stated that he conditionally endorsed the document based on what he believed were its “shortcomings.”

While Richter said that he “commends” Wexler’s efforts, he also indicated that the study “did not examine the content of the overall formal educational environment of children.”

Wexler and his colleagues praised Israel for “the fact that some of the books in the Israeli state schools have taken steps toward a balanced examination of historical events,” and that that “both Israeli and Palestinian communities should be commended for the absence of extreme dehumanizing characterizations of the other.”

Wexler, speaking to the Post by phone from his hotel room in the capital on Saturday, stated that all of the members of the SAP and the council had been shown a full copy of the report during a Jerusalem conference in May. He asserted that he took their suggestions for changes into consideration, and sent the relevant researchers copies of the changes before deciding to go ahead with the press conference.

According to Wexler, in May “the advisory panel reviewed it all and agreed on it all and there were just these two additions. I sent the text of these two additions to them in decent time for them to review it.”

“To my surprise and to their credit, they unanimously agreed on a statement that they presented to the religious leadership council that day. In that statement, they commended the study and they agreed with every one of the findings.”

A senior official at the Chief Rabbinate who is a member organization of the Council of Religious Institutions of the Holy Land, said, however, that Wexler and his team were not authorized to reveal their findings at this time.

Speaking with the Post by phone on Saturday evening, the official said that the researchers were bound by a “secret agreement” with the council regarding publication and were therefore not allowed to “publish anything without our permission. Only we would decide when and where.”

The official also said that Wexler exceeded the bounds of his authority and that the research was only supposed to deal with portrayals of members of different faith communities in textbooks, rather than wider issues of incitement.

In a press release, Wexler and his colleagues announced that “repeated invitations were extended to both the Israeli and Palestinian Education Ministries to examine the methods and further advise on the study from the start, and we hope ministry staff and experts from both communities review current and future books in light of the study findings.”

The rabbinate official disagreed, saying that while he had seen a short summary of the results in May, along with members of both the council and the SAP, it was decided that the research “was not complete yet and that many details are missing and therefore it has to be completed in order to present it to the public.

“A few months passed and all of a sudden I heard from other people that a worldwide press conference is called to present this research. That’s very peculiar, because it’s completely contrary to our decision,” the official said. “I can tell you one thing; I’m sure that Bruce [Wexler] has his own agenda.”

Strategic Affairs Ministry deputy director-general Yossi Kuperwasser, who obtained an advance copy of the report, called the document “political research” rather than “academic research.”

According to Kuperwasser, the report cited Israeli textbooks that linked Palestinians to the 1972 Munich Olympic massacre as a negative portrayal.

“By mentioning that this was a terror attack performed by Palestinians, this is a negative description of the Palestinians? I mean, how far can you go?” he asked.

“You can’t present this [report] as [being] done for the interreligious council and as being American-funded [if no one approved it]. Say the full truth and not 20 percent of the truth. Anybody who tells you 20 percent of the truth is actually a liar,” Kuperwasser said.

Despite his colleagues’ assertions, Gershon Baskin, the founder of the Israel/Palestine Center for Research and Information and a member of the SAP, said that they all saw copies of the report in advance.

“We received a final copy a few days before it was issued. I stand by the results and think that it was an excellent study done with professionalism and objectivity. There were no predefined results prior to the study. The team of researchers and the scientific committee treated the study with the highest degree of professionalism,” he said.

“The response of the Israeli government is completely bewildering. The study actually gave higher grades to the Israeli textbooks than the Palestinian.

I have always claimed that the major problem with the textbooks on both sides is the crime of omission. I would challenge the Israeli side to conduct an honest research and come up with different results.”

The Ministry of Education issued a press release attacking the final report as « biased, unprofessional and severely lacking objectivity…Attempts to create a parallel between the Israeli and Palestinian educational systems is baseless…The Ministry of Education chooses not to cooperate with those looking to defame the Israeli educational system. »

 Voir de plus:
The Whitewashing of Hate
PMW responds to the recent report
on Palestinian and Israeli schoolbooks
Itamar Marcus
The Jerusalem Post

Feb. 10′ 2013

It is hard to imagine a more flawed analysis of Palestinian Authority schoolbooks than the recent report of the Council of Religious Institutions of the Holy Land, led by Sami Adwan, Bethlehem University and Daniel Bar-Tal, Tel Aviv University.

The report’s inaccuracies start with its methodology of systematically citing all quotes from Israeli and Palestinian schoolbooks under the same headings – forcing the appearance of symmetry even when none exists. Another major flaw is giving as much weight to the fringe, ultra – Orthodox school system in Israel as it does to mainstream state schools. This artificially inflates the number of problematic examples on the Israeli side to support the report’s misleading attempt to demonstrate equivalence.

But the ultimate failing of the report is that it intentionally masks the hate and violence promotion that are central to the Palestinian Authority educational system. This hatred, together with the hate and terror glorification expressed by the daily actions and messages of the PA leaders and through their controlled institutions, is rapidly condemning the next generations to continued conflict.

What did the Adwan-Bar Tal report hide from the world?

The overall message that permeates the PA’s teachings about Israel throughout the school system is its total rejection of Israel’s most fundamental right – its right to exist.

This is how Palestinian schoolbooks teach kids to see Israel:

« … the Nakba [Catastrophe] that took place in 1948, when the Jews occupied Palestine and established their state on its land, and banished the Palestinian nation into exile and to neighboring states, after they tortured it, massacred, and stole its land, its homes and its holy sites. » [Arabic Language, Analysis, Literature and Criticism, Grade 12, pp.74-75, Revised Experimental Edition, 2012.]

And like this:

« Palestine’s war ended with a catastrophe that is unprecedented in history, when the Zionist gangs stole Palestine and expelled its people from their cities, their villages, destroyed more than 500 villages and cities, and established the so-called the State of Israel. » [Arabic Language, Analysis, Literature and Criticism, Grade 12, p. 104]

When Palestinian Media Watch published a report on Palestinian schoolbooks in 2007, the text cited above ended with the words: « …and established the State of Israel. » According to the PA Ministry of Education’s website accessed today, Palestinian children are now being taught about the « so-called State of Israel. » Such changes are not coincidental. PA education, as a reflection of PA society in general, may be getting even more hateful.

Adwan and Bar-Tal list « four primary findings ». The first is, « Dehumanizing and demonizing characterizations of the other were very rare in both Israeli and Palestinian books. »

This is unequivocally false. The lack of pictures of hook-nosed Jews in the PA schoolbooks does not mean there is no demonization. Certainly, denying Israel its right to exist is the ultimate demonization. This is the foundation upon which the PA builds its entire political ideology and political education.

Another critical component of the PA’s demonization is a 12th-grade book’s definition of Israel as a racist, foreign, colonial implant:

« The phenomenon of Colonial Imperialism is summarized by the existence of foreigners residing among the original inhabitants of a country, they [the foreigners] possess feelings of purity and superiority, and act towards the original inhabitants with various forms of racial discrimination, and deny their national existence. Colonial Imperialism in modern times is centered in Palestine, South Africa and Rhodesia [Zimbabwe]. » [History of the Arabs and the World in the 20th Century, Grade 12, 2006 and 2007, p. 6, and Revised Experimental Edition, 2011, p. 5]

The PA’s defining Israel as ‘racist’, ‘foreign’ and a ‘colonizer’ is not merely crude defamation; it is the Palestinian Authority’s justification for all killings of Israelis by terror since 1948. In another 12th-grade book, the children learn that « international law » grants people living under precisely these three types of regimes the inalienable right to fight the regimes:

« The General Assembly announced a number of basic principles related to the judicial status of fighters against the colonial rule, foreign rule and racist regimes: The struggle of the nations under colonial rule, foreign rule and racist regimes, for their right to self-determination and independence, is a legitimate struggle, fully complying with the principles of international law. » [Contemporary Problems, Grade 12, 2006 p. 105, and Second Experimental Edition, 2009, p. 101]

The schoolbook goes on to state that not only is this « armed struggle » protected by international law, but any attempt to stop this violence is a violation of international law:

« Any attempt to suppress the struggle against colonial and foreign rule and racist regimes is considered as contrary to the UN convention and the declaration of principles of international law… The armed struggles that are an expression of the struggle of the nations under colonial rule, foreign rule and racist regimes are considered as international armed conflict. » [Contemporary Problems, Grade 12, 2006, p. 105, and Second Experimental Edition, 2009, p. 101]

The PA’s promotion of nationalistic « armed struggle » as a right is exacerbated by its mandating violence against Israel as mandatory in the name of Islam – « until Resurrection. »

Islamic Education for Grade 12 teaches that the conflict with Israel is a « Ribat for Allah, » which it defines as « one of the actions related to Jihad for Allah and it means being found in areas where there is a struggle between Muslims and their enemies. » [Islamic Education, Grade 12, 2006 and 2012, p. 86].

And whereas Ribat can also mean a non-violent struggle, the PA schoolbook makes sure that children understand that their obligation against Israel is military by comparing the Palestinian Ribat to other Islamic wars of the past:

« The reason for this preference [for Palestinian Ribat] is that the momentous battles in Islamic history took place on its land, therefore, its residents are in a constant fight with their enemies, and they are found in Ribat until Resurrection Day: History testifies that: The battle of Al-Yarmuk decided the fight with the Byzantines, and the battle of Hettin decided the fight with the Crusaders, and the battle of Ein Jalut decided the fight with the Mongols. » [Ibid, p. 87]

Alarmingly, the book teaches Palestinian children that their war over Palestine is not going to end with a secular peace treaty, but is an eternal war for Islam « until Resurrection Day. » [Ibid, p. 86]

It is significant that neither this legitimization of « armed struggle » « against colonial and foreign rule and racist regimes » – the PA’s definition of Israel – nor the mandating of eternal religious violence against Israel was even mentioned in the Bar-Tal-Adwan report.

Had the authors included this area of research, they would have been forced to concede that there is no corresponding defense of terror and promotion of violence in Israeli textbooks.

The failure to cite these significant and dangerous messages in the PA’s schoolbooks — messages which have been promoted actively by PA leaders since 2000 to justify their terror against Israel and killing of Israelis — is indicative of the report’s flawed methodology and fundamental errors.

These and the many other omissions and misrepresentations necessitate immediate and public rejection of the findings by the US State Department, whose funding in 2009 launched the project. Should the US adopt these findings, the chance for a peaceful future for children on both sides of the conflict will decrease dramatically.

At a press conference in the US Senate building to release PMW’s 2007 report on PA schoolbooks, then-Senator Hillary Clinton introduced the report:

« These textbooks do not give Palestinian children an education; they give them an indoctrination. When we viewed this [PMW] report in combination with other [PA] media [from other PMW reports] that these children are exposed to, we see a larger picture that is disturbing. It is disturbing on a human level, it is disturbing to me as a mother, it is disturbing to me as a United States Senator, because it basically, profoundly poisons the minds of these children. »

Tragically, Clinton’s words still hold true today. PA schoolbooks, along with PA culture and media, are the recipe for guaranteeing that the conflict, terror and war will continue into the next generation. Only if the international community preconditions its political contacts and support for the PA on the PA’s compliance with demands to eliminate its culture of hate and violence will peace become possible.

While the Palestinian Authority is ultimately responsible for the hatred and terror it promotes, its defenders, especially Israelis like Bar-Tal, are ultimately enablers of this hatred. Such misleading reports could ease the international pressure that has been put on the Palestinians to replace their hate education with peace education.

Public rejection of this Bar-Tal-Adwan report by the US is not merely the right thing to do. People’s lives are depending on it.

Israël-Palestine, les manuels scolaires de l’incompréhension
Emily Bazelon et Ruth Margalit
Slate
21.02.2013

Grâce à l’étude la plus complète réalisée à ce jour, des chercheurs israéliens et palestiniens révèlent que les livres utilisés dans les écoles des deux camps ont besoin d’être revus et corrigés.

Dans la guerre d’image qui oppose Israël à la Palestine, il est d’usage de penser que les manuels de référence des écoles de Cisjordanie et de Gaza nourrissent la haine à l’encontre d’Israël. «Dans certains livres, on peut lire “S’il y a 13 juifs et que 9 sont tués, combien reste-t-il de juifs?”», a ainsi rapporté Newt Gingrich alors qu’il était candidat à la nomination républicaine pour la présidentielle américaine. «Ces manuels n’enseignent rien aux enfants palestiniens, ils les endoctrinent», avait estimé Hillary Clinton en 2007, quand elle était sénatrice de l’Etat de New York. Elle se fondait sur les critiques d’un organisme israélien de surveillance des médias à la suite de la première publication, par les Palestiniens, de l’ensemble de leurs manuels scolaires du cours préparatoire à la terminale. En 2011, l’IMPACT-SE (Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education) publiait un rapport allant dans le même sens.

Il se pourrait pourtant que les choses soient plus complexes, et moins unilatérales, que ces commentaires véhéments ne le suggèrent.

Les indices existent déjà depuis des années. En 2004, une étude israélo-palestinienne portant sur 13 manuels israéliens et 9 manuels palestiniens trouvait des manquements des deux côtés quant au contenu politique, à la prise en compte du point de vue de l’autre, et à la présentation des cartes géographiques. D’aucuns avaient déjà souligné que ces accusations s’appuyaient sur des manuels égyptiens ou jordaniens, ou encore sur des traductions erronées.

Mais aujourd’hui sort la plus grande étude jamais réalisée sur les manuels scolaires palestiniens et israéliens. La plupart des spécialistes du comité consultatif ont jugé que celle-ci établissait «un nouveau jalon mondial pour analyser les manuels scolaires». Financée à hauteur de 500.000 dollars par le département d’Etat américain, commandée par le Conseil des institutions religieuses de la Terre sainte, qui regroupe, à Jérusalem, des personnalités religieuses éminentes des sphères musulmane, juive et chrétienne, l’étude a été menée par une équipe de chercheurs palestiniens et israéliens, et conçue par un psychiatre de Yale, Bruce Wexler.

Une étude à l’aveugle
Les résultats sont éloquents, tant pour le bon que pour le mauvais. Les réactions sont tout aussi révélatrices, notamment celle du ministre israélien de l’Education, qui lui a immédiatement reproché «son parti pris, son manque de professionnalisme et son absence d’objectivité». Soit. Peut-être que pour le gouvernement de Benyamin Nétanyahou et la droite israélienne, l’impartialité en matière d’enseignement scolaire n’a tout simplement pas sa place.

Les deux responsables de recherche sont le professeur israélien Daniel Bar-Tal, de l’université de Tel Aviv, et Sami Adwan, de l’université de Bethléem. Ils ont encadré une équipe chargée d’analyser des livres publiés entre 2009 et 2011.

Côté palestinien, les chercheurs ont regroupé 148 manuels utilisés dans toutes les écoles de Cisjordanie et de Gaza (publiques, religieuses et dirigées par les Nations unies). Côté israélien, l’étude a pris comme point de départ 381 ouvrages du système scolaire public, qui inclut les établissements laïcs et religieux, ainsi que 55 livres servant dans la plupart des écoles ultra-orthodoxes. La liste des thèmes examinés comprenait la littérature, l’histoire, l’arabe, l’hébreu, la géographie, l’éducation civique et la religion. Au final, 74 manuels israéliens et 94 manuels palestiniens ont été retenus, eu égard à leur contenu plus pertinent.

L’étude entend être exhaustive et rigoureuse. Les questions et les évaluations de Adwan et Bar-Tal couvrent une gamme étendue de sujets: événements historiques, guerre, conflit, processus de paix, réconciliation, religion, questionnement sur les valeurs de chaque camp, photographies, illustrations et cartes. Les informations collectées ont été intégrées à l’aveugle dans une base de données de l’université de Yale, ce qui signifie que les chercheurs n’ont pas pu être influencés en cours d’étude.

Des bonnes nouvelles… et des moins bonnes
Résultat des courses? Il y a de quoi se réjouir:

«La déshumanisation et la diabolisation de l’autre sont l’exception, dans les manuels israéliens comme palestiniens.»
Les descriptions extrêmement négatives sont au nombre de 20 dans les manuels israéliens, de 7 dans les ouvrages ultra-orthodoxes et de 6 dans les livres palestiniens. L’un des rares exemples tiré d’un manuel israélien: un passage où l’on lit que tel village arabe détruit «avait toujours été un nid de meurtriers».  Et son pendant palestinien: «Je suis resté “à l’abattoir” 13 jours», en référence à un centre d’interrogatoire israélien.

On pouvait s’attendre à pire, quand on repense à la récente révélation des propos du président égyptien Mohamed Morsi, qui traita les juifs «de descendants des singes et des cochons», ou à l’ancien vice-Premier ministre israélien, Avigdor Lieberman, qui appela en 2003 à noyer les prisonniers palestiniens dans la mer Morte. On ne trouve visiblement rien de cet acabit dans les manuels israéliens ou palestiniens, et c’est heureux.

Mais il reste du pain sur la planche. Et il convient de noter que les manuels palestiniens et ultra-orthodoxes sont sensiblement plus partiaux que les livres israéliens. Ainsi, 84% des extraits littéraires des livres palestiniens dressent un portrait négatif des Israéliens et des juifs, et 73% des extraits dans les ouvrages ultra-orthodoxes dépeignent négativement les Palestiniens et les arabes, alors que cette proportion tombe à 49% dans les manuels des établissements publics israéliens. Fragment d’un texte israélien:

«Les pays arabes ont accumulé les armes et les munitions, et entraîné leurs armées, afin de livrer une guerre totale à Israël.»
Les ultra-orthodoxes montent d’un cran:

«Au sein des Etats arabes, Israël est tel un petit agneau au milieu de 70 loups.»
Enfin, version palestinienne:

«L’ennemi s’en est pris aux maisons abandonnées, pillant et emportant tout ce qu’il pouvait de ce village réduit à une succession de tombes.»
Ces passages, s’ils ne sont pas forcément faux, sont partiaux et angoissés; rien de plus favorable ne vient les contrebalancer. Les Palestiniens et les arabes sont montrés sous un angle positif 11% des fois dans les manuels israéliens, et 7% du temps dans les livres ultra-orthodoxes. Tandis que juifs et Israéliens sont envisagés de façon positive 1% du temps dans les ouvrages palestiniens. De même, les photos et les illustrations des manuels palestiniens sont en général plus négatives que celles des livres israéliens, mais il y en a beaucoup moins.

Une différence de taille entre les manuels israéliens d’une part, et les ultra-orthodoxes et palestiniens d’autre part, est la capacité à l’auto-critique. Pour les Israéliens, cette évolution s’est entamée à la fin des années 1990, quand de nombreux historiens ont commencé à étudier avec des yeux neufs les premiers temps de l’histoire du pays, et qu’un député de gauche de la Knesset est devenu ministre de l’Education.

Des cartes d’un autre monde
Certains manuels officiels ont alors admis que des Palestiniens avaient laissé leur terre parce qu’ils en avaient été expulsés. C’est également à cette époque qu’il a été fait mention de l’appellation arabe pour la «guerre d’Indépendance» de 1948: la «Nakba», ou catastrophe. On a par ailleurs demandé à certains étudiants juifs israéliens ce qu’ils auraient pensé du sionisme s’ils avaient été à la place des Palestiniens. Autant d’aspects beaucoup moins présents dans les livres scolaires ultra-orthodoxes ou palestiniens. Ainsi, les ouvrages palestiniens ne traitent pas véritablement de la Shoah et de son lien avec la création d’Israël.

Pour ce qui est des cartes, les chercheurs ont constaté que 58% des manuels palestiniens publiés après 1967 (année où Israël a pris la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l’Egypte, et le plateau du Golan à la Syrie) ne font aucune référence à Israël: toute la zone située entre le fleuve Jourdain et la mer Méditerranée représente la Palestine. Chez les Israéliens, 65% des cartes ne comportent pas de frontières et ne mentionnent ni la Palestine ni l’Autorité palestinienne, tandis que chez les ultra-orthodoxes, ce chiffre atteint un ahurissant 95%. Pour les chercheurs, la comparaison des cartes des différents systèmes scolaires «peut faire penser qu’ils ne vivent pas dans le même monde».

Voici qui illustre à quel point l’enseignement de l’histoire et de la géographie est politisé pour les Israéliens et les Palestiniens, chaque camp essayant parfois littéralement de rayer l’autre de la carte.

Notons que sur ce point, les Israéliens et les Palestiniens ne sont pas uniques en leur genre. Pensons par exemple à Chypre, où durant des décennies, les Chypriotes grecs et turcs ne se sont pas vécus comme appartenant au même peuple, ou à l’Irlande du Nord, dont le qualificatif même donne lieu à des considérations plus que délicates (est-ce une province, un Etat, une région?) Venir à bout de ces distorsions, estiment les auteurs de l’étude, est de ce fait «extrêmement difficile et exige du courage et de la volonté». Ainsi que du temps.

En regard d’autres nations, Israël est un pays relativement jeune, et l’Autorité palestinienne l’est plus encore. Quatre mises à jour de manuels israéliens dénotent que l’enseignement public est de plus en plus apte à l’introspection. Les livres scolaires palestiniens, eux, n’en sont qu’à la première génération.

Jusqu’en 1967, la Jordanie avait la main sur le système scolaire en Cisjordanie, et l’Egypte contrôlait celui de Gaza. Après la guerre de 1967, Israël s’est chargé de l’enseignement palestinien, avec les mêmes manuels jordaniens et égyptiens, mais censurés –interdiction de certains livres, passages barrés dans d’autres. Les Palestiniens sont devenus maîtres de leur système scolaire en 1994, dans le sillage des accords d’Oslo, au cours desquels ils s’étaient engagés à suivre des «mesures de confiance» qui comprenaient une réforme de l’enseignement.

La réaction des politiques
Cependant, le ministre israélien de l’Education ne se satisfait pas de ces explications qui éclairent les problèmes communs et les différences observées dans les manuels scolaires: «Vouloir créer un parallèle entre les systèmes scolaires israélien et palestinien n’a aucun fondement, ni aucun rapport avec la réalité», a ainsi déclaré le ministre du gouvernement Nétanyahou.

Adwan, Bar-Tal et Wexler ont répliqué en défendant leur méthodologie. Le 3 février, Bar-Tal a également adressé une lettre au ministre israélien le menaçant de le poursuivre en diffamation s’il ne présentait pas d’excuses dans les 48 heures. «Ce que je trouve triste est que le ministre israélien semble préférer s’accrocher à une propagande qu’il sait mensongère, plutôt que de changer vraiment les manuels palestiniens et israéliens», a estimé de son côté Wexler. A l’inverse, on a rapporté au chercheur qu’un responsable palestinien avait dit au département d’Etat américain qu’il voyait là «ce dont ils avaient besoin pour rectifier leurs livres scolaires».

Par ailleurs, l’équipe de recherche a répondu point par point à une série de réfutations de la part de l’un des membres du comité consultatif, Arnon Groiss, ancien directeur de recherche de l’IMPACT-SE.

Si le sujet vous intéresse, la réponse vaut la peine d’être lue dans son intégralité. Groiss a mis en avant plusieurs citations selon lui omises par l’équipe. Mais la plus choquante, supposément issue d’un texte palestinien –«vos ennemis ont tué vos enfants, éventré vos femmes, traîné par la barbe vos respectables anciens jusque dans les charniers»– est en réalité une référence à une guerre du VIIe siècle où ne furent pas impliqués les juifs. D’autres citations en cause sont en fait des hadiths, c’est-à-dire des enseignements attribués au prophète Mahomet, qui ne figurent pas dans les manuels scolaires et qui ne sont peut-être pas du tout enseignés dans les écoles, a précisé Wexler. «Si selon lui, c’est ce que nous avons laissé de côté, je suis très heureux qu’il nous le confirme», nous a déclaré le chercheur. La réponse de Groiss se trouve ici, suivie de celle de Wexler.

Le sociologue Sammy Smooha, de l’université de Haïfa, qui dirige une étude annuelle sur les relations israélo-arabes, estime que l’objectif devrait à présent être de rédiger des manuels scolaires qui exposent davantage le point de vue de l’autre camp.

«Il faut considérer les arguments de l’autre sérieusement, et pas juste monter des théories spécieuses pour mieux les démolir.»
Eyal Naveh, professeur d’histoire à l’université de Tel Aviv et auteur de plusieurs livres scolaires pour le collège et le lycée, acquiesce:

«L’ignorer, c’est faire comme si ça n’existait pas.»
Reste qu’on ne sait pas vraiment ce qui se passe dans les salles de classe; ce n’est pas parce que ça n’apparaît pas dans les manuels que certains professeurs ne l’enseignent pas. Smooha met finalement le doigt sur l’essentiel, à savoir qu’il est difficile de traiter vraiment le problème tant que les deux camps ne seront pas sortis de l’impasse politique pour parvenir à un compromis.

«Les mesures de confiance [sont compliquées à mettre en place] quand chacun rechigne à accorder à l’autre sa confiance.»
Il y a quelques années, Naveh, Adwan et l’historien israélien Dan Bar-On ont écrit un manuel d’un genre nouveau, Side by Side, qui consiste en la «narration double» des événements marquants dans la région depuis 1917 jusqu’à la deuxième Intifada de 2000. Naveh qualifie l’ouvrage de «brillant échec»: bien qu’acclamé dans la presse internationale et vendu à l’étranger, il a été interdit par les ministres de l’Education israélien et palestinien. Naveh pense qu’aujourd’hui, un tel manuel ne pourrait «absolument pas» être inscrit aux programmes israéliens et palestiniens.

D’où, peut-être, la conclusion mesurée de l’étude, dans laquelle les auteurs se contentent d’appeler à la création, dans les deux camps, de comités d’examen des manuels actuels et à venir. «Cela leur prendra beaucoup de temps pour écrire une histoire commune, voire pour y travailler ensemble», prédit Wexler. «Tout ce que nous souhaitons, c’est que les ministres lisent notre étude, lisent leurs manuels respectifs, et décident s’il n’y a pas des choses susceptibles d’être modifiées.»

Emily Bazelon et Ruth Margalit

Emily Bazelon est journaliste à Slate.com, Ruth Margalit est une écrivain israélienne qui vit à New York et travaille pour The New Yorker.

Traduit par Chloé Leleu

Voir également:

More on the Israeli-Palestinian School Book Project

 A. Jay Adler

The sad red earth

February 8, 2013

At the Algemeiner today, I address the just released Israeli-Palestinian School Book Project. Since posting I have gained further clarity and focus on problematic features of the project and the information about it released to the press.

About the number of books and items “analyzed,”

The official list of books included those approved by the Israeli and Palestinian Ministries of Education for 2011. The study examined school books used in the Israeli State secular and Religious tracts and from independent ultra-Orthodox schools. Palestinian books were the Ministry of Education’s textbooks used in the West Bank and Gaza Strip, and a small number of books from the few independent religious schools (Al-Shariah) when relevant to study themes. A total of 640 school books (492 Israeli books and 148 Palestinian books) were reviewed for relevancy to study themes, and content in the 74 Israeli books and 94 Palestinian books with most relevance was analyzed in detail. The researchers analyzed more than 3,100 text passages, poems, maps and illustrations from the books.

So, indeed, as I raise to question at the Algemeiner, why was there purposeful selection of textbooks from ” independent ultra-Orthodox schools,” but apparently – there is no reference – no comparable selection from Hamas-controlled schools? Why was the original selection of books weighted 3 to 1 toward Israeli books? What were the specific terms of the basis, determined by whom, of “most relevance” what constituted “relevance” that determined the choice of the final 74 Israeli and 94 Palestinian books?

The analysis examined 2,188 literary pieces from Israeli books and 960 from Palestinian books.

Why is there a more than 2 to 1 preponderance of Israeli literary pieces? Would this not provide a more than double opportunity for the detection of passages that might be “analyzed” as “negative”? What rationale is there for not working from equal databases?

Why, apparently, were no Arabic textbooks from Israeli Arabic schools included in the study? (What might it reflect on Israeli society and education if these books were notably free of “negative” depictions of the “other,” however the “other” might complexly be conceived in this circumstance?

A total of 670 literary pieces were analyzed independently by two different research assistants. Statistical analysis demonstrated high inter-rater reliability, meaning that two different raters independently evaluated the same poem, passage of map in highly similar ways.

How were these 670 pieces selected from the 3148 noted above? What was the reason and basis for this further selection?

I have placed in quotation marks around my own use, referencing the report’s use, of the word “analyze” or “analysis.” The report makes significant claims to scientific rigor. However, the analysis of a chemical compound is not the same as the analysis of a text, even if one attempts to subtract human subjectivity from the text by disregarding its truth value. (And was it a stipulated criterion to disregard truth value in determinations of negativity? As, I argue at the Algemeiner, this is indefensible and produces unavoidable and potentially dramatic distortion of the results.) And we are told above that “two” – only two – different research assistants analyzed the 670 pieces. Two analysts of negativity unrelated to truth. Did the study provide them with a list of specific verbs, adjectives, figures of speech and idioms the use of which were automatically to be designated negative? Was there no subjective, critical allowance for judgment beyond such a list? From what environment did the research assistants come? Were they already employed by, students or teaching assistants of the lead researchers who shared, perhaps, their predisposition toward the study’s outcome?

The press release states,

The study engaged a Scientific Advisory Panel that resulted in the worldwide collaboration of 19 experts, including textbook scholars, social scientists and educators from across the political spectrum of both Israeli and Palestinian communities. The advisory panel includes textbook researchers from Germany who led Germany’s self-examination of their textbooks in the decades after World War II, and U.S. scholars who have themselves analyzed school books in Israel, the Arab world, and the former Yugoslavia. The advisory panel reviewed every aspect of the study and agreed on the findings.

However, departing from this account, Eetta Prince-Gibson at Tablet reports,

Several Israeli members of the SAP dissented. According to a memo provided by the Education Ministry spokeswoman, Professor Elihu Richter of the Hebrew University said that “questions remain concerning definitions of the variables, how they are classified and measured and counted and what materials are included and excluded.” Richter warned that some of the comparisons may be “sliding down the slippery slope to moral equivalence.” SAP member Dr. Arnon Groiss, author of a separate study on Middle Eastern textbooks, wrote that he has severe reservations about the methodology and that some 40 significant items, which attest to incitement on the part of Palestinians, were not included.

Further, Groiss has now released this lengthy and instructive analysis and commentary on the report. He states,

Again, we, the SAP members, were not involved in the research activity.

Moreover, it was only a few days before the February 4 release of the report that I was first given the 522 Palestinian quotes for perusal. Having compared them to the quotations appearing in other research projects, I realized that some forty meaningful quotations, which other researchers in former projects, including myself[1], incorporated in the material and used them in forming their conclusions, were missing. [Emphasis in the original]

….

I have found deficiencies on both levels of definition and actual use. On the first level, categorization was restricted to very general themes, leaving out important issues such as open advocacy of peace/war with the “other,” legitimacy of the “other,” etc.

….

There is no attempt to study the quotes more deeply and draw conclusions. All items were treated equally, with no one being evaluated and given a more significant status that the other. It seems that they were simply lumped together, counted and then the numbers spoke. It might be statistically correct, but, as we all know, statistics not always reveal the actual complex picture. This kind of analysis has produced a “flat” survey of the quotes, without any reference to their deeper significance (for example, looking at a demonizing text with no specific enemy as if it were a “neutral” literary piece). Also, all quotes were treated as separate items with no attempt to make a connection between two quotes or more in order to reveal an accumulated message (for example, concluding from the connected recurrent mentioning of the need to liberate Palestine, and the similarly recurring theme that Israel in its pre-1967 borders is “occupied Palestine”, that the liberation of Palestine actually means the liquidation of Israel).

A full reading of Groiss will be instructive for the non-specialist. Its education is two-fold and contrary. First, one recognizes how complex is the activity of attempting to bring something approaching objective scientific rigor to the non-literary analysis of texts. The kinds and range of issues to consider is impressive in variety and complexity. But a mirror principle automatically arises from that condition – that all this complexity in conceiving and formulating the field and terms of analysis bespeaks just that subjectivity of which Groiss offers so many dissenting views, a subjectivity that should give pause on the level of a foot-pedal brake before one reaches with too grasping hands for the label of science.

AJA

Sur les manuels scolaires palestiniens et israéliens
Ha’aretz
mis en ligne le 14 décembre 2004
Akiva Eldar[Un examen des manuels scolaires israéliens et palestiniens montre comment les deux côtés racontent l’histoire du conflit, chacun de son propre point de vue, en ignorant l’autre.]
Haaretz, 9 décembre 2004

http://www.haaretz.com/hasen/spages…

(trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant)
Les hommes politiques israéliens citent périodiquement les manuels scolaires palestiniens comme la preuve parfaite que les Palestiniens continuent à éduquer à la haine et non à la paix. Le dernier en date est Ariel Sharon, qui a déclaré en faire le test (des bonnes intentions) des nouveaux dirigeants palestiniens. Le candidat du Fatah, Mahmoud Abbas (Abou Mazen), a relevé le gant, mais en a immédiatement jeté un autre au ministère (israélien) de l’éducation. Vous voulez examiner notre éducation à la paix ? Faites, mais, par réciprocité, nous devons nous aussi regarder ce qui se passe du côté israélien.

Il n’est pas du tout certain qu’à ce test, le système israélien obtienne une meilleure note que son voisin palestinien. Bien qu’il soit difficile de trouver dans les manuels israéliens de franches incitations à la haine, comme on peut en trouver dans les manuels jordaniens et égyptiens, le Dr Ruth Firer, de l’Université hébraïque de Jérusalem, l’une des pionnières de la recherche en matière de textes scolaires, affirme que l’endoctrinement dans les livres israéliens est simplement plus subtil. Cela explique, dit-elle, pourquoi les messages pénètrent plus facilement. Il est plus difficile de détecter un stéréotype caché dans une image qui semble innocente que dans une autre présentée de telle manière qu’elle « vous mène vulgairement par le bout du nez ».

Les résultats d’une étude qu’elle a menée avec le Dr Sami Adwan, de l’université de Bethléem, spécialiste de l’éducation à la paix et aux droits de l’Homme, ont paru récemment dans un livre publié par le Georg Eckert Institute for International Textbook Research in Germany, sous le titre « The Israeli-Palestinian Conflict in History and Civics Textbooks of Both Nations. » L’étude examine 13 manuels israéliens (2682 pages) et 9 manuels palestiniens (1207 pages), et révèle une sorte d’image en miroir, où chaque côté place la responsabilité de la violence sur le dos de l’autre.

Ce que les manuels scolaires israéliens nomment « évènements », les Palestiniens les appellent « soulèvements » ; la guerre de 1948 dans les manuels israéliens est la « guerre d’Indépendance », et la « Naqba » (catastrophe) dans les manuels palestiniens. Les manuels israéliens considèrent le nationalisme palestinien comme une réaction politique aux politiques sioniste et britannique, alors que les manuels palestiniens considèrent la Palestine comme une nation qui existe de son propre fait, et qui fait en même temps partie du monde arabe et musulman.

Tout en ayant été publiés après les accords d’Oslo, les manuels palestiniens imitent ceux publiés en Jordanie et en Egypte, qui évitent d’utiliser le terme « Israël », dans les textes et sur les cartes.

« Pour les Palestiniens, c’est la terre qui est le noeud du conflit ; pour les Israéliens, c’est la sécurité », écrivent Firer et Adwan. « Les Palestiniens se revendiquent comme les descendants des Canaanéens, et ainsi comme les ’indigènes’, alors que les Israéliens considèrent les Palestiniens comme une nation nouvelle, née au 20ème si !ècle en réaction au sionisme et au Mandat britannique. D’après la version israélienne, les Israéliens ont des droits sur la terre en vertu de leur héritage religieux, historique et culturel. L’image que les Israéliens ont d’eux-mêmes comprend toutes les couches du passé, depuis les anciens Hébreux jusqu’aux souffrances des juifs de la diaspora , les victimes de la Shoah et le le revivalisme juif moderne dans la Renaissance sioniste ».

De manière surprenante, les deux chercheurs ont trouvé un parallélisme quasi absolu entre les manuels dans trois domaines : des deux côtés, on ignore les périodes de calme relatif et de coexistence (par exemple entre 1921 et 1929), sauf à les présenter comme des répits trompeurs dans un conflit au long cours, on n’a pas tendance à raconter à l’élève l’histoire du conflit vu du point de vue de l’ennemi, on passe sous sillence les détails de la souffrance de l’Autre, et chacun ne comptabilise que ses victimes à lui.

Firer marque 1995 comme l’année où un changement en bien s’est produit dans l’éducation à la paix en Israël, et cite une déclaration de Yossi Sarid, le ministre de l’éducation d’alors, qui donnait en janvier 2000 des instructions pour purger les manuels de toute espèce de stéréotypes anti-arabes, et pour initier un débat libre autour des événements peu positifs qui ont marqué l’histoire d’Israël.

La période actuelle, depuis le déclenchement de l’intifada Al-Aqsa et le retour du Likoud au pouvoir, se caractérise, dit-elle, par un retour aux valeurs éducatives traditionnelles qui privilégient l’amour de la patrie, marginalisent l’éducation à la paix, et abandonnent toute tentative de comprendre le côté palestinien.

Le professeur Yaakov Katz, président du département pédagogie au ministère de l’éducation, ne prétend pas que le système éducatif israélien tente de mettre l’élève dans les souliers de l’ennemi/voisin, ni qu’on s’attende à ce que cela arrive.  » Contrairement aux critiques qui souhaitent exposer l’histoire vue du côté arabo-palestinien, le système éducatif en Israël insiste à dessein sur l’identité juive et démocratique de l’’Etat d’Israël. »

Katz note que cette attitude ne dénigre pas la narration de l’Histoire de l’autre, ni les droits civiques accordés à l’autre en vertu de la Déclaration d’Indépendance et de la loi israélienne. « Je voudrais bien savoir s’il existe au monde un endroit où les manuels présentent la narration de l’autre alors que la lutte violente entre les deux peuples n’est pas encore terminée », dit Katz. « Personne ne doit s’attendre à ce que l’Etat démocratique d’Israël considère la version de l’autre sur un pied d’égalité pendant une guerre. Cela vaut encore plus après les accords d’Oslo, au sujet desquels tout le monde s’accorde à dire qu’ils n’ont pas apporté la paix tant souhaitée entre Israéliens et Palestiniens ». Professeur associé en Histoire du Moyen-Orient, le Dr Eli Podeh, de l’Université hébraïque, auteur de « The Arab-Israeli Conflict in Israeli History Textbooks, 1948-2000 », exprime ses réserves quant au fait même de comparer les manuels scolaires israéliens à ceux publiés par l’Autorité palestinienne. Podeh dit qu’alors qu’Israël connaît déjà une troisième génération de manuels, les Palestiniens n’en sont encore qu’à la première, qui ressemble en quelque sorte à ceux publiés durant les années de lutte armée et les années qui ont suivi la création de l’Etat.

Dans sa première étude de manuels, publiée il y a sept ans, Podeh écrivait : « la reconnaissance du rôle important qu’ont joué les manuels dans l’assimilation de positions négatives envers les Arabes n’a pas encore été effectuée. Cela a constitué un facteur essentiel dans l’exacerbation du conflit par le passé, et constitue aujourd’hui un facteur qui rend une réconciliation difficile « . Depuis, dit Podeh, les manuels se sont grandement améliorés, si bien que nombre d’entre eux notent expressément qu’Israël a été en partie responsable de l’exil d’Arabes. Pour lui, si les manuels scolaires devaient connaître le processus long et exhaustif de démythification qu’ont connu les manuels israéliens, « alors, le chemin qui mène à la réconciliation mutuelle, je regrette de le dire, promet d’être encore long ».

Le professeur Daniel Bar-Tal, du département éducation de l’université de Tel-Aviv, qui a analysé le contenu de tous les 124 manuels (du CP à la terminale, en littérature, hébreu, histoire, géographie et éducation civique) au programme en 1994 dans le système israélien, a montré que la présentation des Arabes en termes déshumanisés, qui avait décliné dans les années 1980 et 1990, avait recommencé à s’infiltrer dans le système éducatif après le déclenchement de l’intifada. Il nomme ce phénomène « la part de l’esprit du conflit qui s’instille dans les sociétés sujettes à un conflit violent ». Comme Podeh, Bar-Tal a, lui, aussi, remarqué une baisse sensible de la délégitimation des positions nationalistes palestiniennes, mais qu’en même temps, aucun changement ne s’est produit dans l’utilisation de stéréotypes négatifs qui présentent les Arabes comme « primitifs », « passifs », « cruels » ou « racailles ».

Nazareth n’est pas sur la carte
Le Dr Nurit Peled-Elhanan, du département éducation de l’Université hébraïque, a récemment terminé une analyse en profondeur de six manuels scolaires israéliens publiés ces dernières années. Certains d’entre eux ont reçu l’approbation officielle du département programmes au ministère de l’éducation, d’autres ont été adoptés par plusieurs professeurs sans l’approbation du ministère.

L’un des résultats essentiels de son étude est le brouillage de la Ligne verte. Le livre « Israël – l’Homme et le Territoire », publié par le Centre pour la Technologie dans l’Education, propose une carte des grandes écoles israéliennes, avec des institutions à Ariel, Elkana, Alon Shvut et Katzrin (les 3 premières colonies en Cisjordanie, la 4ème sur le Golan, ndt), en même temps qu’à Safed, Ashkelon ou dans la vallée d’Izraël. Aucune frontière n’est délimitée, et il n’est fait mention d’aucune université palestinienne. Ni Nazareth, ni aucune autre ville arabe d’Israël, ne figure sur les cartes du manuel, mais les lieux saints de Cisjordanie sont présentés comme faisant partie intégrante de l’Etat d’Israël. Un chapitre consacré à la communauté ultra-orthodoxe affirme qu’ils vivent dans des villages créés spécialement pour eux : Kfar Khabad, Emmanuel, Elad et Beitar Illit (colonies en Cisjordanie, ndt). Le message, dit Peled-Elhanan, est que les colonies sont inséparables de l’Etat d’Israël.

Sur la plupart des cartes étudiées par Peled-Elhanan, Ariel et Katzrin figurent comme faisant partie de l’Etat d’Israël. Une carte des parcs naturels nationaux ne fait pas apparaître la Ligne verte, mais comprend Maaleh Efraïm. Pour elle, il s’agit de s’assurer, de façon subtile, que l’élève épousera certaines positions politiques : « quand les Palestiniens écrivent ’Palestine’ sur les cartes de leurs manuels, cela est considéré comme une incitation à la haine. Dans ce cas, comment parler des manuels israéliens qui nomment la Cisjordanie ’Judée et Samarie’, même sur des cartes qui montrent les frontières du Mandat britannique, alors que la dénomination officielle était ’Palestine-Eretz Israel’ ?’ »

Par exemple, la couverture du livre « Géographie de la Terre d’Israël » (par Talia Sagi et Yinon Aharoni, Lilach Books), un manuel particulièrement apprécié des enseignants, comporte une carte du Grand Israël, sans aucune trace des territoires qui étaient déjà alors sous le contrôle de l’Autorité palestinienne. « Cela suggère à l’élève que ces territoires étaient ’à nous’ de tout temps, et renforce le message selon lequel, lors de la guerre des Six jours, nous les avons ’libérés’ ou ’sauvés’ de l’occupant arabe », écrit Peled-Elhanan dans son étude. Une autre carte, où la Cisjordanie apparaît avec une couleur différente, affirme qu’ »à la suite des accords d’Oslo, les frontières de la Judée et de la Samarie connaissent un processus dynamique de changement ». Le texte l’accompagnant note que les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne n’ont pas été indiqués sur la carte, car il n’existe encore aucune frontière entre Etats.

Dans le cas de la Syrie, l’existence d’une frontière internationale qu’Israël ne nie pas n’a pas empêché les auteurs de la garder secrète pour l’élève, qui lit qu’Israël a annexé le plateau du Golan en 1981 et y a appliqué la loi israélienne, « avec tout ce que cela implique ». Quelle sera la position dudit élève au sujet de la concession de territoires annexés à Israël en échange de la paix avec la Syrie ? Les dessins de deux soldats figurent sur le Golan, l’arme de l’un d’eux tournée vars la Syrie.

Le professeur Yoram Bar-Gal, directeur du département géographie et étude de l’environnement à l’université de Haïfa, dit que le principe universel des cartes utilisées dans le domaine de l’éducation (« ta carte est de la propagande, la mienne est de l’éducation ») s’applique ici pleinement. Pour lui, la carte jouit d’une haute crédibilité, et constitue donc un outil très important pour faire passer des messages politiques : « le mouvement sioniste et l’Etat d’Israël, comme tous les Etats et tous les mouvements, a toujours exploité ces caractéristiques des cartes pour leurs besoins propres ». Bar-Gal ajoute néanmoins qu’un changement politique qui s’exprime dans des cartes ne crée pas nécessairement un changement dans la conscience des élèves ou des enseignants : « l’effacement de la Ligne verte des cartes ne la fait pas nécessairement disparaître de la conscience du public en général ».

Des réfugiés sans visage
Comme la Ligne verte, le terme « Palestiniens » est étranger à la plupart des manuels. Jusqu’au chapitre qui traite des accords d’Oslo, même des historiens importants comme le Pr Eli Barnavi ou le Dr Eyal Naveh préfèrent en général le terme « Arabes israéliens ». Dans son livre « le Vingtième Siècle », Barnavi écrit à propos des réfugiés palestiniens : « la nostalgie qu’ils ont ressentie, et les conditions de vie subhumaines de leur diaspora, ont véhiculé une image de paradis perdu de la terre d’Israël ». Peled-Elhanan note des différences d’attitude importantes envers les réfugiés, dans les photographies : les réfugiés palestiniens sont représentés par une photo aérienne d’un camp de réfugiés non nommé, d’où est absent tout visage humain, à comparer avec une photo de réfugiés juifs d’Europe, assis sur une valise à Yehud. Barnavi écrit : « le problème palestinien est le résultat de l’inactivité et de la frustration, héritages des réfugiés ».

Elle cite une série d’illustrations de « Géographie de la terre d’Israël », qui recèle un message camouflé sur la nature primitive des Arabes : l’homme est en pantalons bouffants et porte un keffieh, la femme porte le costume traditionnel, elle est en général assise par terre, et des enfants sans visage jettent derrière son dos un regard furtif. Le texte explique : « les résidents arabes tiennent à vivre dans des maisons de plain-pied, dont le coût est élevé. On s’attend à ce que tous les besoins publics soient satisfaits par l’Etat ». Les facteurs qui retardent le développement du village arabe en Israël, continue le livre, tiennent à ce que « la plupart des villages sont situés dans des régions excentrées, et leur accès est difficile. Ces villages sont restés en dehors du processus de développement et de changement parce qu’ils sont peu exposés à la vie urbaine moderne, et à cause de la difficulté de les relier aux réseaux d’eau et d’électricité ». Ces facteurs n’existent pas pour les colons juifs qui choisissent de s’installer dans des avant-postes sur des collines qui sont situées « dans des régions excentrées, et [dont l’]accès est difficile ».

Naturellement, les manuels scolaires réservent à Jérusalem un traitement particulier. Le livre « Terres de Méditerranée » (par Drora Va’adya, ed. Ma’alot), approuvé par le ministère de l’éducation, affirme qu’ »en plus des juifs », des chrétiens et des musulmans du monde entier viennent à Jérusalem visiter des lieux qui sont saints pour chacune de leur religion ». Commentaire de Peled-Elhanan : bien que les juifs constituent le groupe le plus petit sur le plan numérique, les chrétiens et les musulmans leur sont annexés. La photo d’une synagogue apparaît en premier, égale en taille aux photos réunies d’une mosquée et d’une église. La carte en appendice à ce chapitre montre Israël, qui comprend les territoires palestiniens, comme un îlot de juifs isolé dans un océan musulman et chrétien, et sans frontières politiques.

Dans « Settlements in the Expanse », livre approuvé, Peled-Elhanan n’a trouvé que deux lignes consacrées à l’histoire de Jérusalem depuis l’époque du roi David jusqu’à l’ère moderne, alors que 40 lignes sont consacrées au désir de Sion des juifs de la diaspora. Le mot « Arabes » est totalement absent du texte ou des cartes de Jérusalem : pas de quartier musulman, pas d’université palestinienne, pas d’hopitaux palestiniens.

Pour Yaakov Katz, certaines de ces critiques concernent des livres non approuvés par le ministère de l’éducation, et il sait que certains établissements n’appliquent pas ses directives. Contrairement à ces manuels, ceux approuvés par le ministère subissent un examen minutieux par des experts, pour s’assurer qu’ils ne sont pas contaminés par une discrimination raciale, ethnique, sexuelle ou religieuse, et qu’ils ne contiennent pas de stéréotypes.

Parmi ces experts figurent des universitaires comme Ghassem Khamaisi, l’historien Benny Morris, Dan Meridor, les professeurs Yossi Katz, Arnon Sofer, Amnon Rubinstein, Arieh Shahar, Yossi Shelhav et d’autres, peu suspects, selon Katz, de favoriser une approche non équilibrée ou de parti pris.

Concernant les cartes, Katz dit que le département cartographique du gouvernement ne marque pas la Ligne verte en tant que frontière officielle de l’Etat d’Israël, et qu’aussi longtemps que l’Autorité palestinienne n’aura pas été reconnue en tant qu’Etat souverain, elle ne doit pas être réprésentée comme Etat sur les cartes.

Cette dernière réponse est quasiment identique, mot pour mot, à la position palestinienne, selon laquelle le marquage de la frontière viendra avec un accord définitif sur les frontières entre Israël et la Palestine.

Voir encore:

Roland LOMBARD et Marilyn PACCOURET
Israël-Palestine : le conflit dans les manuels scolaires
Editions Syllepse-Collection « Arguments et mouvements », 2014, 91 p., 5 €
jeudi 30 octobre 2014, par Benoit Picherit

Cet ouvrage a l’ambition de remettre en perspective le conflit israélo-palestinien à travers le prisme des manuels scolaires.
L’ouvrage présenté a été rédigé à plusieurs mains. La diversité des auteurs par leurs parcours d’étude ou leurs fonctions professionnelles actuelles permet d’avoir une pluralité de points de vue.
Sans à priori de rédaction, cet ouvrage sera utile aux collègues devant présenter ce sujet aux élèves et surtout devant faire preuve d’esprit critique dans l’utilisation des documents choisis par le manuel utilisé.

Israël – Palestine : le conflit dans les manuels scolaires
Coordinateurs : Roland LOMBARD et Marylyn PACOURET
Collectif de rédaction : Samira ALAYAN, Bernard ALBERT, Dominique COMELLI, Sandrine MANSOUR-MÉRIEN, Nurit PELED-ELHANAN, André ROSEVÈGUE, Michaël WALLS.

Éditions Syllepse – Collection « Arguments et mouvements » – Septembre 2014
91 pages – 5 euros
ISBN : 978-2-84950-425-3
http://www.syllepse.net/lng_FR_srub…

Présentation : Extrait de la 4ème de couverture : « La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre », écrivait le géographe Yves Lacoste. Le conflit israélo-palestinien, tel qu’il est enseigné dans les écoles, en est l’illustration tragique.
La guerre au Proche-Orient se mène également dans les manuels scolaires. En Israël, en Palestine, mais aussi ici, en France.
Ainsi, en septembre 2013, se faisant l’écho de cette « guerre de papier », Le Monde diplomatique titrait : « Manuels scolaires, le soupçon ». Au même moment, un colloque consacré aux « Représentations du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires » était organisé par l’Association France Palestine solidarité, le Collectif interuniversitaire pour la coopération avec les universités palestiniennes et l’Institut de recherches de la Fédération syndicale unitaire.

Au delà de toute question partisane sur un tel sujet sensible, cette présentation du conflit dans les manuels scolaires se veut équilibrée par l’origine des différents auteurs et rigoureuse dans la démarche historique.
À la lecture de cet ouvrage, le lecteur trouvera des réponses aux origines et à l’explication de l’instrumentalisation du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires. Cependant, les enseignants devant décrire et expliquer ce conflit dans les programmes de collège (en 3ème éventuellement) et surtout du lycée (Terminales ES/L – S, Terminale Pro et Terminale STMG) trouveront une vision éclairée sur les points de vue israélien et palestinien dans ce conflit.

La représentation du conflit israélo-palestinien : une analyse critique internationale par Roland LOMBARD et Marilyn PACOURET (pages 7 à 14).
Les auteurs expliquent le rôle primordial de l’historien (rigueur objective, déontologie) dans la présentation du conflit surtout dans les manuels scolaires car « ils instaurent une vérité quasi certifiée, qui peut être amendée par exemple par le milieu familial. […] D’où l’importance d’exercer une vigilance critique à l’endroit des manuels scolaires  ». Le danger est l’élaboration de manuels scolaires révélateurs de contre-vérités d’où la nécessité d’une analyse critique qui distinguerait « le destin des juifs, ses épisodes tragiques, et le gouvernement d’un État colonialiste et peu soucieux du respect du droit international et humanitaire. Il est important de reconnaître le peuple palestinien dans ses droits les plus élémentaires, dans son histoire et dans sa culture et de ne pas le confiner dans ses actes de résistance, parfois violents mais légitimes  ».
Ce travail critique mené dans cet ouvrage est sans à priori et a été commandé par le conseil national de l’Association France-Palestine solidarité (AFPS). Il vise à « être un passeur de mémoire, un présent d’une Palestine oubliée à reconstruire et un avenir de Paix à établir dans cette région du monde. Cette compréhension mutuelle entre les deux peuples, mais aussi entre les peuples du monde entier, est un enjeu de civilisation pour les futures générations ».

Qu’est-ce qu’un juif dans un manuel scolaire en France aujourd’hui ? par André ROSEVÈGUE (pages 15 à 18).
L’auteur décrit comment les manuels édités par Belin et Magnard pour la classe de 6ème présentent cette question « Qu’est-ce qu’un Juif ? » (avec ou sans majuscule ?).
Suite à l’analyse précise de chacun des deux manuels, l’auteur explique qu’ils ne distinguent pas les notions de Juif (majuscule = peuple, nation, communauté juive) et de juif (minuscule = adeptes de la religion juive). « Cette confusion entre la Palestine de l’Antiquité et la Palestine/ Israël d’aujourd’hui est renforcée par les documents photographiques choisis  ». « La logique des manuels de 6ème, qui ne sera pas démentie dans la suite de la scolarité, amène l’élève à croire que c’est ce peuple, « les Hébreux », qui reviendrait en Israël. Or, c’est aussi la version sioniste de l’Histoire, c’est-à-dire le discours national israélien ».

Les manuels français et la question Palestine/Israël par Sandrine MANSOUR-MÉRIEN (pages 19 à 30).
Sept manuels de Terminale ES/L, trois de Terminale Pro et un de Terminale STMG en lycée ont été analysés.
Le point de vue utilisé dans ces manuels est principalement occidental et celui arabe est très peu présent : exemples, pour le chapitre « Moyen-Orient », il s’agit du « pétrole » et pour le chapitre « Israël/Palestine », il s’agit du « pétrole » et de la « religion ».
L’auteure rappelle des oublis historiques dans les manuels selon la chronologie des rapports entre Palestine et Israël :
Le partage et la Nakba : un manque d’analyse critique sur les années préalables au plan de partage de 1947 « et par l’absence d’analyse réelle du projet sioniste en tant que projet national colonial accompagné d’actes de violences contre la population locale puis dans un deuxième temps contre les forces britanniques qui tentent de mettre en place un contrôle de l’immigration juive notamment en 1939 avec le Livre Blanc ». Seul le Hatier (p. 280) évoque les attentats sionistes en Palestine. « Dans les autres manuels, la violence est systématiquement imputée aux Palestiniens ». D’autre part, trop de manuels confondent les termes « Arabe » et « Palestinien ». Et les questions de l’ « Exode » des Palestiniens et des « Réfugiés » sont toujours traitées comme une conséquence du refus arabe et de l’entrée en guerre contre Israël alors que l’expulsion des Palestiniens commence bien avant la guerre.
La guerre de 1967 et Jérusalem : les manuels montrent systématiquement la guerre de 1967 « comme une guerre qui a permis aux Israéliens de reprendre Jérusalem » mais en oubliant de rappeler que Jérusalem était prévue par l’ONU pour devenir une zone internationale par la résolution 181 (II). « Mais celle-ci ne sera jamais réalisée en raison de l’accord secret intervenu entre la Jordanie et Israël qui ont décidé de partager la ville en 1948  ». Les manuels n’évoquent pas l’occupation et la colonisation de Jérusalem-Est, la destruction de maisons patrimoniales, l’expulsion des Palestiniens jusqu’à ce jour et l’installation de colons à la place de la population d’origine. « Jérusalem est donc centrée sur son rôle de pôle religieux, en oubliant la réalité géopolitique et le droit international  ».
Le mur : aucun manuel scolaire ne mentionne la condamnation de sa construction par la Cour pénale internationale en 2004 et par conséquent son illégalité. Les conséquences de sa construction ne sont pas présentées : expropriations des terres agricoles palestiniennes, encerclement des villes et villages, vol des ressources en eau, villes coupées en deux. Seul l’argument de protection contre le terrorisme palestinien est présenté pour justifier la construction du mur.
Occupation et colonisation, nationalisme… : la présentation de la colonisation israélienne et de la réponse palestinienne par les manuels français reprend uniquement le discours officiel de l’État d’Israël en oubliant toute analyse critique par une référence aux historiens arabes et au droit international. C’est peut-être ce chapitre qu’il faudrait revoir d’urgence « pour permettre aux élèves d’appréhender la question Palestinienne avec les outils historiques disponibles et en renonçant aux représentations et déformations coloniales qui semblent fortement encore marquer la présentation de l’histoire de cette région du monde ».

Les Palestiniens dans les manuels israéliens par Nurit PELED-ELHANAN (pages 31 à 48).
L’auteur a analysé les livres scolaires israéliens (20 livres d’histoire, 5 livres de géographie et 5 livres d’éducation civique) pour répondre à la problématique de départ suivante : « Comment les oppresseurs élèvent-ils leurs enfants ? ».
D’après lui, l’histoire racontée dans les manuels israéliens reflète l’opinion que les Palestiniens ne peuvent être considérés que comme des obstacles qu’il faut surmonter ou éliminer : « Le livre scolaire ne reproduit jamais les faits comme ils sont car ce n’est pas son but. L’objectif est plutôt de créer le citoyen de demain et pour ce, il faut utiliser un passé utilisable avec lequel on peut se formuler le présent, le futur et vivre dans cette prétendue vérité, la vérité du pouvoir, la vérité de la nation. Je n’ai donc pas cherché à vérifier les vérités historiques ou géographiques, mais je me suis demandé comment cette narration crée ce passé utilisable ».
« Les manuels israéliens sont supposés inculquer le récit sioniste aux élèves juifs et aux élèves arabes, citoyens d’Israël, et visent à reproduire une identité juive territoriale et nationale ».
L’auteur décrit aussi la mise en forme des visuels dans les livres (photographies, tableaux statistiques, titres…) qui transforment le message et orientent le lecteur vers le point de vue du narrateur. Tout est fait pour développer chez le lecteur un racisme nationaliste ou culturel ou différentiel : « on attribue au colonisé une race inférieure et mauvaise ».
L’auteur présente ensuite les différentes catégories du discours raciste verbal et visuel :
La stratégie de l’exclusion,
La stratégie de généralisation,
La stratégie de disparition,
La stratégie de stigmatisation,
La stratégie de diabolisation,
La stratégie de légitimation de son propre discours,
La légitimation des massacres,
Présenter les êtres humains comme des agrégats, des nombres : « Les Palestiniens ne sont jamais appelés victimes, c’est interdit dans les médias israéliens et les publications israéliennes  ».
« En conclusion quelques grands constats s’imposent :
Les lois internationales ne sont pas applicables en Israël, ce que les enfants s’approprient très bien ;
Les Palestiniens sont des personnes exclues qui n’ont aucun droit civil et humain ;
Les élèves apprennent le discours du racisme politique, des excuses militaires et de l’imprécision juridique qui justifie le mal fait aux autres au nom des valeurs occidentales et juives ».

Les manuels des élèves palestiniens en Israël et en Palestine par Samira ALAYAN (pages 49 à 60).
L’auteure a analysé 9 livres d’histoire et d’éducation civique en Israël et en Palestine pour tenter de répondre à la question suivante : « Quelle représentation du conflit israélo-palestinien les manuels scolaires palestiniens utilisés en Israël et en Palestine donnent-ils ? ».
Les manuels scolaires palestiniens sont classés en 4 catégories selon l’implantation géographique des populations : Cisjordanie-Gaza, Palestiniens d’Israël, Jérusalem-Est, camps de réfugiés des pays arabes. L’étude n’a porté que sur les deux premiers groupes.
Cisjordanie et Gaza : Les manuels utilisés par les élèves relèvent de l’Autorité palestinienne mais sont soumis à une certaine censure selon un cahier des charges élaboré par les bailleurs de fonds (États-Unis, Europe). Cependant, « un des premiers objectif de l’Autorité palestinienne est de renforcer l’identité palestinienne chez les élèves. […] Le but des Palestiniens est de protéger leurs terres, leur droit historique, d’affirmer leur identité nationale, et de mettre en valeur la déclaration d’indépendance de 1988.  »
L’identité nationale est avant tout religieuse : croyance en Dieu et dans l’islam. « C’est donc une représentation « du soi » des Palestiniens. C’est un aspect restrictif, car les manuels n’ont pas laissé de place pour les autres croyances. En effet, les Palestiniens ont tout axé sur le combat par rapport à l’Autre, en ne laissant pas de place aux autres communautés religieuses, y compris aux palestiniens chrétiens ». L’Autre recouvre l’Europe puis Israël. Deux visions (positive et négative) illustrent l’Europe et l’image de l’Autre pour Israël s’illustre exclusivement par le mouvement sioniste. « L’ennemi, ce n’est donc pas le juif ou Israël, c’est le sionisme » : mouvement présenté comme raciste, idéologique et politique.
Les Palestiniens en Israël : 20 % de la population d’Israël, porteurs d’un passeport israélien avec en théorie des droits égaux aux autres citoyens israéliens, majoritairement musulmans (82 %). « Les livres s’adressent aux « Arabes israéliens de l’intérieur », c’est l’expression officielle, et font la promotion de l’identité juive ». Le conflit israélo-palestinien est présenté différemment des manuels de Cisjordanie et de Gaza : « Il est toujours question du conflit israélo-arabe et jamais du conflit israélo-palestinien. C’est la terminologie utilisée. C’est toujours le point de vue israélien qui est montré  ».

Dans les manuels scolaires suédois par Michaël WALLS (pages 61 à 66).
L’étude de l’auteur porte sur la construction du conflit israélo-palestinien dans les manuels scolaires suédois à partir du rôle des accords d’Oslo dans le conflit pour ce qu’ils représentent : les revendications pour des droits égaux pour tous. Cette présentation est issue de la thèse universitaire de l’auteur soutenue en 2010.
Pour en savoir plus : http://gup.ub.gu.se/publication/149516
Quatre axes ont été retenus par l’auteur :
– « Le décalage entre le contenu universitaire sur le conflit et le contenu des manuels d’histoire,
La sélection et l’organisation des sujets, des thèmes qui sont traités,
La présence de présupposés idéologiques sur le rôle historique, les identités, les évolutions des différentes parties en conflit,
La dimension idéologique, qui est sous-jacente, justifie inclusions et exclusions de certaines données à propos des faits historiques présentés ».

Imprécisions et réalités masquées par Bernard ALBERT (pages 67 à 76).
L’auteur a analysé sept manuels des classes Terminales L/ES, édition 2012. L’étude se répartit en 5 thèmes qui « a pour objet de pointer des erreurs, des omissions, des imprécisions voire des partis pris  » à travers ces manuels scolaires.
Imprécisions des représentations cartographiques : Les différents manuels ne rendent pas tous compte de la réalité voire vérité géographique territoriale de la Palestine et des Palestiniens : l’exemple du statut de Jérusalem, notamment de Jérusalem-Est est révélateur.
La colonisation : une présentation tronquée : L’auteur rappelle que trop de manuels ne sont pas assez rigoureux voire objectifs dans la définition et la présentation de la colonisation israélienne. Certains manuels ne rapportent que la vision israélienne sans mettre en parallèle celle Palestinienne. Plus grave, la justification de la colonisation serait présentée comme un argument d’un choc des civilisations qui n’existe pas en définitive.
Expulsions et réfugiés : choix des termes : Là aussi, la présentation de ce sujet par les manuels porte à question d’objectivité historique. L’auteur rappelle « la très grande hétérogénéité des termes, ce qui n’est pas neutre. […] Entre « exil », « départ », « exode » ou « la fuite », cette prudence dans la présentation masque la violence des expulsions et de la stratégie menée  ».
« Ce qui est remarquable c’est la non prise en compte, dans la majorité des ouvrages, de travaux d’historiens palestiniens et israéliens qui datent de plus de vingt ans. […] Aucun des manuels ne présente ou n’illustre la poursuite depuis 1967 à nos jours, des expulsions, des départs contraints, que ce soit à Jérusalem-Est, dans la vallée du Jourdain, ou ailleurs en Palestine ». L’auteur rappelle néanmoins que certains manuels ont fait un effort de représentation cartographique de ce sujet des réfugiés, enjeu majeur du conflit.
Terrorisme, résistances, violences du conflit : L’auteur rappelle par un comptage précis des images ou expressions des manuels que « terrorisme » est rapporté aux Palestiniens et qu’ils ne sont que très rarement présentés comme victimes du « terrorisme d’État » ou des milices sionistes voire de la colonisation juive en Cisjordanie ou des opérations militaires à Gaza. « Cette disproportion entretient les représentations initiales ».
Le patrimoine : lecture historique : L’analyse des manuels permet à l’auteur de répondre à sa question de départ : « Quelle présentation de Jérusalem les manuels font-ils ? ».
Même si ce sujet est relativement bien traité par les manuels, l’auteur regrette un manque « d’équilibre ». Par exemple, la violence du conflit israélo-palestinien à l’intérieur ou autour de Jérusalem est rarement illustrée.
En conclusion interrogative, l’auteur se demande « quelle représentation les élèves garderont-ils de leur étude ?  » et « pourquoi des notions comme le respect du droit international, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, de la 4ème convention de Genève, de l’application des résolutions de l’ONU sont-elles sous-représentées ? ».

La fabrique des manuels par Dominique COMELLI (pages 77 à 84).
Par ce chapitre de fin d’ouvrage, l’auteure rappelle la singularité voire l’unicité française d’une liberté totale dans la conception des manuels. « Et pourtant, malgré cette liberté totale, les manuels se ressemblent étonnamment ». En effet, « un manuel est un objet qui doit faire consensus, dans lequel les enseignants doivent reconnaître leurs pratiques pédagogiques et leurs propres représentations des événements. Un manuel innovant ou polémique ne se vend pas ».
L’auteure explique la manière dont est fabriqué un manuel puis le rôle réel d’un manuel scolaire. Un paragraphe particulier est apporté à la place des documents, notamment les photos, dans le cadre du recours à l’émotionnel dans les manuels. « La société française et occidentale toute entière a remplacé la réflexion par l’émotion. L’approche émotionnelle vise à provoquer l’empathie des élèves. Laquelle ? ». Sur l’exemple du conflit israélo-palestinien, «  tout civil, toute population qui utilise la violence, parfois simplement le lancer d’une pierre ou d’une canette vide, est disqualifiée comme terroriste  ». Même si la cause de la Palestine est juste, la simple résistance des Palestiniens les disqualifie ».
« Il est frappant que les photos des enfants palestiniens lançant des pierres contre des soldats israéliens surarmés qui, il y a quelques années, avaient provoqué un retournement dans l’opinion publique française en faveur du droit des Palestiniens (le mythe de Gavroche était à l’époque un mythe positif), soient maintenant considérées comme preuve de la violence palestinienne dans les manuels de 2012 ».

Annexes :
Rappel du documentaire « This is my land », un film de Tamara ERDE, qui retrace l’histoire du conflit israélo-palestinien tel qu’il est présenté et enseigné dans les systèmes éducatifs israéliens et palestiniens.
Chronologie du conflit de 1897 à avril 2014.
Chiffres de la population en Palestine de 1849 à 1946.
Chiffres de la population palestinienne et israélienne aujourd’hui.
Cartes de l’évolution de la Palestine depuis 1946.

UN Textbooks for Palestinian Children ‘Explosively Anti-Semitic, Anti-American and Anti-Israeli’
Penny Starr

cnsnews.com

January 26, 2012
(CNSNews.com) – The textbooks used to educate Palestinian children who live in refugee camps came under fire at a briefing on Wednesday on Capitol Hill where experts said lessons of intolerance and hatred toward Jews and Israel fill the books’ pages.

Rep. Chris Smith (R-N.J.), chairman of the House subcommittee on Human Rights and co-chairman of the Bi-Partisan Coalition for Combating Anti-Semitism, told CNSNews.com that U.S. donations to the United Nations Refugee and Works Agency (UNRWA) make the federal government accountable for what is in the books.

“We are responsible for the content and the content has been, year in and year out, explosively anti-Semitic, anti-American and anti-Israeli,” Smith said, at the event he hosted with the Center for Near-East Policy Research, which is based in Jerusalem and which has studied the topic extensively .

Rep. Chris Smith (R-N.J.) (Penny Starr/CNSNews)
Since the UNRWA began operations in 1950 in the wake of the Arab-Israeli war of 1948, the United States has been the largest contributor to the agency. The UNRWA oversees the health, education, and social services of some 5 million registered Palestinian refugees, including those in the West Bank and Gaza Strip.

According to the Congressional Research Service (CRS), “Since UNRWA’s inception in 1950, the United States has provided the agency with nearly $4 billion in contributions.”

Arnon Groiss (CNSNews.com/Penny Starr)
The CRS reports that U.S. contributions to the UNRWA have steadily increased over the past decade, with nearly $228 million given in [fiscal year] 2010.

Arnon Groiss, author of a comprehensive study on Middle Eastern textbooks who has advised the U.S. State Department and testified before the U.S. Congress, brought some of the textbooks to the congressional Rayburn Building on Thursday to share specifics of what the experts consider objectionable.

Groiss’ report on the textbooks, « Teaching the ‘Right of Return’ in UNRWA Schools, » was distributed at the event. The report had been commissioned by the Council for Religious Institutions in the Holy Land, an interfaith association of Jewish, Christian, and Muslim leaders.

(CNSNews.com/Penny Starr)
The study shows, for example, that on the cover and on page 7 of the National Education textbook for Grade 2, the image of a Palestinian stamp has a blank square where the Hebrew script that is on the stamp has been removed. (See picture on left.)

In the same book (p.16), a map is entitled “Arab and Muslim Nations.”

Map of « Arab and Muslim Nations » in textbook that does not include Israel on the map. (CNSNews.com/Penny Starr)
“Israel does not exist,” on the map,” Groiss told CNSNews.com. (Picture on right.)

In a Reading and Texts book (2011) for Grade 9, p.24, the instructions tell the student to “reconcile between the following poetical lines and the feelings they express”:

“The morning of glory and red liberty watered by the martyrs’ blood … the hope for the Liberation of Palestine.”

In the textbook National Education, Grade 7 (2011), pp. 20-21, it says, « The Zionist colonialist greedy ambitions in Palestine started in 1882. … The coming of the Jewish throngs to Palestine continued until 1948 and their goal was taking over the Palestinian lands and then taking the original inhabitants’ place after their expulsin and extermination. … »

In the book, Our Beautiful Language, Grade 7, Part 1, 2001, p.81, there is a poem entitled The Martyr that, in part, reads: « Hearing [weapons’] clash is pleasant to my ear and the flow of blood gladdens my soul/ As we as a body thrown upon the ground skirmished over by the desert predators/ … By your life! This is the death of men and whoever asks for a noble death — here it is! »

In the book Readings and Texts, Grade 8, Part 2, 2003, p. 16, it says, « Your enemies killed your children, split open your women’s bellies, took your revered elderly people by the beard and led them to the death pits …. »

In Our Beautiful Language, Grade 5, Part 1 (2011), p. 50, there is a poem about the Palestinaian « Right of Return » entitled « We Shall Return. » It says in part: « Return, return, we shall return/ Borders shall not exist, nor citadels and fortresses/ Cry out, O those who have left:/ we shall return!/ [We] shall return to the homes, to the valleys, to the mountains/ Under the flag of glory, Jihad and struggle/ With blood, sacrifice [fida], fraternity and loyalty/ We shall return/ … To jihad in the hills; [to] harvest in the land. »

In Reading and Texts, Grade 8, Part 1 (2009), p.66, it states: « O brother, the oppressors have exceeded all bounds and Jihad and sacrifice [fida] are imperative …. »

Congressman Smith said the United States should put conditions on the funding the UNRWA receives, including a mandate to clean up the textbooks.

“It would be based on a certification where the president would have to certify that the UNWRA textbooks are completely excised of all anti-Semitic hate,” Smith said, adding that “zero tolerance on hate in those textbooks” should be the benchmark.

“And so, if you teach kids to hate when they’re very, very young and just keep feeding them that kind of formula for violence, why are we surprised when they strap on dynamite and other kinds of explosives to kill themselves and think they’re doing a good thing?” Smith said. “They’ve been taught. And we have to be much more emphatic – zero tolerance on hate in those textbooks.”

(CNSNews.com/Penny Starr)
Author David Bedein of the Center for Near East Policy said at the event that the refugee camp schools regularly promote the “Right of Return,” which supports Palestinians’ right to reclaim the property abandoned or lost in the 1948 war, even if that property – or the city or village where it was once located – no longer exists. »

“This perceived right also applies to the refugee’s descendants with no limit of number, time or place of birth,” Groiss wrote in an essay on the “Right of Return.”

In his conclusion, Groiss said the “Right of Return” is tied to the elimination of Israel and helps “propagate this non-peaceful line, in absolute contradiction to the (UNWRA) declared mission.”
‘Israel absent or only negative presence in PA textbooks’

Joshuah Hamerman

Jerusalem Post

04/13/2011

In examples, Jews demonized, martydom praised, Jewish Quarter removed from Old City map, Hebrew erased from Mandate-era stamp.

The Palestinian Authority still has a long way to go before textbooks in its schools begin to teach true coexistence with Israeli Jews, according to findings from a study released Tuesday.

The Institute for Monitoring Peace and Cultural Tolerance in School Education (IMPACT-SE), which reviews textbooks from Israel, the Arab world and Iran, unveiled its 2011 report on PA school textbooks in a briefing with journalists at the headquarters of MediaCentral, in Jerusalem.

The organization reviewed 118 textbooks currently used in Palestinian schools – 71 of which are for students in grades one through 12, and 25 that are taught in religious schools in the West Bank and issued by the PA Ministry of Wakf and Religious Affairs.

IMPACT-SE also examined 22 teacher guides distributed by the PA Ministry of Education and Higher Education. While all of the reviewed textbooks were approved by the PA, they are also taught in schools in Gaza.

While respect for the environment and sustainable energy resources are taught to Palestinian students, IMPACT-SE found that textbooks blame Israel for all environmental problems.

“There is generally a total denial of the existence of Israel – and if there is an Israeli presence it is usually extremely negative,” said Eldad Pardo, an IMPACT-SE board member, and head of the organization’s Palestinian textbook research group. “For the next generation, there is no education at all about collaboration and no information about the many collaborations that already exist between Israelis and Palestinians in environmental and other areas.”

In geography textbooks, Israel usually does not appear in maps of the Middle East, instead “Palestine” is shown to encompass Israel, the West Bank and the Gaza Strip. Jaffa is also shown on maps of Palestine, but Tel Aviv and other predominantly Jewish cities, such as Ramat Gan, kibbutzim and moshavim, are not displayed.

One of the Palestinian textbooks reviewed by IMPACT-SE, History of Ancient Civilization, published in 2009 and used to teach fifth-graders, states that the Levant consists of the states of Palestine, Jordan, Lebanon and Syria. Israel is not mentioned.

Other textbooks read for the study asked students to “color the Negev Desert on the map of Palestine,” and to solve the following mathematical word problem: “An independent Palestinian state was declared in 1988. How many years have passed since the declaration of independence?”

Another textbook included a map of the Old City of Jerusalem – which did not contain the Jewish Quarter. Meanwhile, in an additional example, a textbook printed a British Mandate postage stamp, but erased the Hebrew inscription “Palestine: The Land of Israel” that appeared on the original.

In addition, some textbooks described the Canaanites as an Arabic-speaking people whose land was stolen by Jews, and stated that Jews came from Europe to steal Palestine after the British conquered it in 1917.

Pardo, a professor at the Hebrew University of Jerusalem, also said Palestinian textbooks have been erasing Jewish claims to holy sites, such as the Western Wall and Rachel’s Tomb. For example, National Education, a textbook for seventh-graders published in 2010, refers to the Western Wall as the “Al-Buraq Wall,” and to Rachel’s Tomb as “Al-Bilal Mosque.”

IMPACT-SE also found that Palestinian textbooks include many references to martyrdom, death, jihad and refugees returning to cities and towns in Israel – and frequently demonize Israelis and Jews. A photo from the funeral of a shahid (martyr) was included in the 2008 edition of a seventh-grade textbook, but excluded from the 2010 edition, perhaps because of foreign pressure on the PA, said Pardo.

Other textbooks told students that “the rank of shahid stands above all ranks,” and included a Muslim hadith about the destruction of Jews by Muslims on the day of the resurrection, which also appears in the Hamas charter.

IMPACT-SE noted many Palestinian textbooks included references to a ribat, an outpost on the borders of Muslim territories where wars against infidels occur. A 12thgrade Islamic education textbook, published in 2010, tells students that “the people of the Levant in general, and in Palestine in particular,” are in a state of ribat until the day of resurrection.

Pardo said that while there are some positive developments in the Palestinian educational system, such as emphases on democratic values and respect for women, elders and authority – no Israeli is depicted as a friend or partner. Furthermore, the Oslo Accords are rarely mentioned, and political agreements in general are presented as resulting from Arab and Muslim weakness.

“A textbook is the result of a policy – something created by a committee and a formal product of an entity – and this policy is creating public opinion and the public mind of the coming generation,” said Shelley Shandor Elkayam, CEO of IMPACT-SE. “The whole Talmud is based on the Jewish philosophy that the other is more interesting than yourself. You have to care about what others say. The Tunisians accept this and they teach it to their students. The PA definitely should reach that point one day, and it is up to us to bring them to this realization.”

According to IMPACT-SE, which will release a report on Israeli textbooks in July, the bulk of funding for PA textbooks and other initiatives comes from the EU. Most US aid for Middle Eastern education goes to Egypt, but some also goes to the PA.

Yohanan Manor, IMPACT-SE’s chairman, noted that one of the PA’s recent history textbooks printed two maps that referenced Israel, although the name of Israel was in tiny print. Some Palestinian educators have admitted that the Arabs rejected the 1947 UN partition resolution, which is also an important development, he said.

Manor said IMPACT-SE will send its findings to Lamis al-Alami, the PA’s education minister

https://www.facebook.com/notes/menahem-macina/je-veux-poignarder-un-juif-dit-une-petite-fille-en-brandissant-un-couteau-dans-u/10153673481569347?hc_location=ufi

“Je veux poignarder un Juif”, dit une petite fille en brandissant un couteau, dans une vidéo choquante
Menahem Macina·Thursday, October 22, 2015
Traduction française d’un article d’Umberto Macchi
Sur le site International Business Times
http://www.ibtimes.co.uk/israeli-pa…
21 octobre 201
Un scandale a éclaté en ligne, suite à un clip vidéo où l’on voit une petite fille brandissant un couteau et disant face à la caméra qu’elle veut « poignarder un Juif ». La vidéo, réalisée par et chez un particulier, a été mise en ligne sur les médias sociaux la semaine dernière, au milieu d’une avalanche d’attaques au couteau qui a plongé Israël et les Territoires palestiniens dans la violence.
Le clip a été mis en ligne le 16 octobre sur le compte Facebook d’un certain Abdulhaleem Abuesha, qui, selon sa page, est instituteur dans la ville de Madaba, où se trouve un grand camp de réfugiés palestiniens. Il a ensuite été repris et traduit (de l’arabe) par MEMRI (Institut de Recherche des Médias du Moyen-Orient), un groupe américain de veille médiatique, qui a révélé l’identité de la gamine prénommée Rahf, et celle de son père, dont le nom est Abuesha.
« Je veux poignarder un Juif », dit la fillette sur la vidéo, selon MEMRI. Une voix d’homme questionne :
« Pourquoi veux-tu poignarder ce Juif ?» –
« Parce qu’il a volé ma terre », répond-elle.
« Avec quoi veux-tu le poignarder ? », demande l’homme.
« Avec un couteau », répond la gamine.
« Oh, tu es si forte, avec l’aide de Dieu, ma chérie ! », conclut l’homme.
La vidéo a été mise en ligne avec la légende suivante : « Rahf menace les sionistes avec un couteau », et elle a suscité quelques commentaires, majoritairement approbateurs, sur la page Facebook de Abuesha.
Par contre, la version traduite en anglais par MEMRI a déclenché un torrent de réactions scandalisées, surtout de la part d’Israéliens encore confrontés à la récente vague de violence, appelée « L’Intifada au couteau ».
Ci-dessous :
L’ambassadeur d’Israël aux Nations Unies Dany Danon affirme que les enfants palestiniens subissent un lavage de cerveau. Il tient en mains un panneau portant le slogan : « Comment poignarder un Juif », surmontant un dessin fort explicite indiquant les parties du corps à atteindre pour tuer ou blesser gravement le Juif en question.
Détail:

http://www.ibtimes.co.uk/israeli-palestinian-conflict-i-want-stab-jew-says-knife-wielding-girl-shocking-video-1525063

Israeli-Palestinian conflict: ‘I want to stab a Jew’ says knife-wielding girl in shocking video

By Umberto Bacchi
October 21, 2015 15:32 BST
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A girl holds a knife as she says she want to attack Israelis in a Facebook videoFacebook
Online opprobrium has been sparked by footage showing a little girl brandishing a knife as she says to the camera that she wants to « stab a Jew ». The home video was posted on social media last week, amid the spate of stab attacks that have plunged Israel and the Palestinian territories into violence.

The clip was uploaded on 16 October on a Facebook account in the name of Abdulhaleem Abuesha, who according to the page is a Jordanian-Palestinian schoolteacher in the city of Madaba that is home to a large Palestinian refugee camp. It was later picked up and translated by the Middle East Media Research Institute (Memri), a US monitoring group, which identified the girl, named Rahf, as Abuesha’s daughter.

« I want to stab a Jew, » she says in the video, according to Memri. « Why do you want to stab the Jew? » a man asks. « Because he stole our land, » she replies. « With what do you want to stab them? » the man inquires. « With a knife, » she says. « Oh, you’re so strong! Allah willing, my dear, » the man concludes.

The video was posted with a caption reading « Rahf threatens Zionists with a knife » and drew a few, mostly sympathetic comments on Abuesha’s Facebook page. Memri’s version with English subtitles instead triggered a torrent of outrage, particularly among Israelis still reeling from the recent wave of violence, dubbed the ‘knife intifada’.

A day after the clip was posted on Facebook, Israeli envoy to the UN, Danny Danon, claimed Palestinian children were being « brainwashed » and taught how to kill at school. On 17 October Danon showed a press conference in New York a diagram titled « How to Stab a Jew » depicting a human body surrounded by knives. Danon claimed it was « an example of what Palestinian children are being exposed to day in and day out, in school, after school ».

The diagram was also sourced from Memri. An independent NGO headquartered in Washington DC, Memri has been in the past accused of partisanship, with critics saying it promotes a negative view of the Muslim world selecting for translation only extremist and highly controversial videos.

Surenchère

L’État islamique a publié six vidéos louant les attaques au couteau contre les juifs en Israël et encourageant la violence
L’EI donne notamment des instructions sur la façon de tuer les Juifs, en utilisant des voitures, des couteaux, des bombes incendiaires contre leurs maisons.

Atlantico

20 Octobre 2015

Le groupe terroriste État islamique a publié 6 vidéos ce dimanche en soutien à la vague d’attaques au couteau menées par des Palestiniens contre des Israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem. Cette campagne médiatique coordonnée provenant d’Irak, Syrie et Yémen est rare de la part de l’EI qui ne fait que peu d’incursions dans le conflit israélo-palestinien. Le groupe islamiste se concentre généralement sur le recrutement de combattants et l’entraînement dans les territoires sous son contrôle.

La première vidéo, intitulée « Projet de décapiter des Juifs » prétend que la situation actuelle sur le Mont du Temple est « dangereuse » : les Juifs le détruirait et dépenseraient 2 millions de dollars dans le but de « judaïser Jérusalem, » de détruire les tunnels qui se trouvent sous la mosquée al-Aqsa et de voler des documents islamiques. Ce lieu est sacré autant pour les Musulmans que pour les Juifs. Les Juifs sont autorisés à visiter l’endroit, mais les prières y sont interdites, pour éviter les heurts. En arrière plan l’image de Hadil al-Hashlamoun,18 ans, tué à Hébron en Cisjordanie par un soldat israélien le 22 septembre, la voix d’Abu Baker al-Baghdadi, le chef de l’Etat islamique (EI), se fait entendre clamant « nous aurons notre vengeance ».

La deuxième vidéo, intitulée « Message aux moudjahidin de Jérusalem, » montre plusieurs militants de l’EI à visage découvert glorifiant les attaques et appelant tous les Palestiniens à se joindre à eux. « Je vous recommande de prendre le chemin du djihad, que Dieu vous demande de suivre, je bénis ce djihad contre les Juifs. La peur bat dans leur cœur, ce sont les ennemis de Dieu », y déclare un jeune combattant. « Une victoire venant du Ciel attend les moudjahidin d’Al Aqsa, vous êtes les premiers, mais nous continuerons », ajoute un autre qui brandit un fusil automatique. Un autre militant plus âgé, adressant son message à « tous les Musulmans d’Al-Qods », déclare qu’il n’y a « pas de différence entre le Hamas et le Fatah. Les deux ne se soucient que de leurs propres intérêts et certains sont même au service des Juifs. Dépêchez-vous et sauvez vos frères, n’attendez pas que les dirigeants arabes vous aident ».

Quatre autres vidéos de même nature ont été publiées avec le hashtag #DécapiterleJuif. Dans une vidéo, l’EI donne des instructions sur la façon de tuer les Juifs, en utilisant des voitures, des couteaux, des bombes incendiaires contre leurs maisons. Le groupe terroriste enjoint aussi ses combattants à bombarder les autobus et même d’injecter de l’air dans leurs veines, un message plus particulièrment destiné aux Arabes israéliens qui travaillent dans les hôpitaux en Israël.

En 2014, le ministre israélien de la Défense Moshe Ya’alon a déclaré l’EI organisation illégale. Les autorités ont déjoué le premier complot mené contre Israël par l’EI début octobre, accusant sept Arabes israéliens d’appartenir à l’EI et de projeter d’attaquer des cibles militaires. Selon un communiqué de la police, les accusés avaient été en contact avec des citoyens israéliens qui avaient déjà rejoint l’EI en Syrie et qui les encourageaient à se procurer des armes illégalement et d’apprendre à les manier afin de mener une attaque. Les défendeurs ont été accusés de relation illégale avec un agent étranger, de traffic d’armes et de complot dans le but de commettre des crimes.


Médias: Le Moyen-Orient est à feu et à sang et devinez qui on accuse ? (Palestinian blood lust: It’s time to give hatred its due)

14 octobre, 2015

Nous ne pouvons accepter ni un monde politiquement unipolaire, ni un monde culturellement uniforme, ni l’unilatéralisme de la seule hyperpuissance. Hubert Védrine (1999)
C’est ma dernière élection. Après mon élection, j’aurai plus de flexibilité. Obama (à Medvedev, 27.03.12)
We’re not going to make Syria into a proxy war between the United States and Russia. This is not some superpower chessboard contest. Barack Hussein Obama
It’s the lowest ebb since World War II for U.S. influence and engagement in the region. If you look at the heart of the Middle East, where the U.S. once was, we are now gone—and in our place, we have Iran, Iran’s Shiite proxies, Islamic State and the Russians. What had been a time and place of U.S. ascendancy we have ceded to our adversaries. Ryan Crocker (former ambassador to Afghanistan)
It’s not American military muscle that’s the main thing—there is a hell of a lot of American military muscle in the Middle East. It’s people’s belief—by our friends and by our opponents—that we will use that muscle to protect our friends, no ifs, ands or buts. Nobody is willing to take any risks if the U.S. is not taking any risks and if people are afraid that we’ll turn around and walk away tomorrow. James Jeffrey (former U.S. ambassador to Iraq and Turkey)
Being associated with America today carries great costs and great risks. Whoever you are in the region, you have a deep grudge against the United States. If you are in liberal circles, you see Obama placating autocratic leaders even more. And if you are an autocratic leader, you go back to the issue of Mubarak and how unreliable the U.S. is as an ally. There is not one constituency you will find in the region that is supportive of the U.S. at this point—it is quite stunning, really. (…) Whoever comes after Obama will not have many cards left to play. I don’t see a strategy even for the next president. We’ve gone too far.  Emile Hokayem (International Institute for Strategic Studies in Bahrain)
It’s obvious that what’s happening in Afghanistan is pushing our countries closer to Russia. Who knows what America may come up with tomorrow—nobody trusts it anymore, not the elites and not the ordinary people. Tokon Mamytov (former deputy prime minister of Kyrgyzstan)
But U.S. disengagement still has long-term costs—even if one ignores the humanitarian catastrophe in Syria, where more than 250,000 people have died and more than half the population has fled their homes. With the shale revolution, the U.S. may no longer be as dependent on Middle Eastern oil, but its allies and main trading partners still are. Islamic State’s haven in Iraq and Syria may let it plot major terrorist attacks in Europe and the U.S. And the American pullback is affecting other countries’ calculations about how to deal with China and Russia. On the eve of the Arab Spring in 2011, Russia had almost no weight in the region, and Iran was boxed in by Security Council sanctions over its nuclear program. The costly U.S. wars in Iraq and Afghanistan had hardly brought stability, but neither country faced internal collapse, and the Taliban had been chased into the remote corners of the Afghan countryside. Many people in the Middle East chafed at America’s dominance—but they agreed that it was the only game in town. Dramatic developments in recent weeks—from Russia’s Syrian gambit to startling Taliban advances in Afghanistan—highlight just how much the region has changed since then. The Syrian deployment, in particular, has given Mr. Putin the kind of Middle Eastern power projection that, in some ways, exceeds the influence that the Soviet Union enjoyed in the 1970s and 1980s. Already, he has rendered all but impossible plans to create no-fly zones or safe areas outside the writ of the Assad regime—and has moved to position Russia as a viable military alternative that can check U.S. might in the region. (…) Iraqi officials and Kurdish fighters have long complained about the pace of the U.S. bombing campaign against Islamic State and Washington’s unwillingness to provide forward spotters to guide these airstrikes or to embed U.S. advisers with combat units. These constraints have made the U.S. military, in effect, a junior partner of Iran in the campaign against Islamic State, providing air cover to Iranian-guided Shiite militias that go into battle with portraits of the Ayatollahs Khomeini and Khamenei plastered on their tanks. Iraq has already lost a huge chunk of its territory to Islamic State, and another calamity may be looming further east in Afghanistan. The Taliban’s recent seizure of the strategic city of Kunduz, which remains a battleground, suggests how close the U.S.-backed government of President Ashraf Ghani has come to strategic defeat. Its chances of survival could dwindle further if the Obama administration goes ahead with plans to pull out the remaining 9,800 U.S. troops next year. (…) Further afield, U.S. disengagement from Afghanistan has already driven Central Asian states that once tried to pursue relatively independent policies and allowed Western bases onto their soil back into Moscow’s orbit. Among America’s regional allies, puzzlement over why the U.S. is so eager to abandon the region has now given way to alarm and even panic—and, in some cases, attempts at accommodation with Russia. The bloody, messy intervention in Yemen by Saudi Arabia and its Gulf allies stemmed, in part, from a fear that the U.S. is no longer watching their backs against Shiite Iran. These Sunni Arab states could respond even more rashly in the future to the perceived Iranian threat, further inflaming the sectarian passions that have fueled the rise of Islamic State and other extremist groups. (…) Even Israel is hedging its bets. Last year, it broke ranks with Washington and declined to vote for a U.S.-sponsored U.N. General Assembly resolution condemning the Russian annexation of Crimea. In recent days, Israel didn’t criticize the Russian bombardment in Syria. Yaroslav Trofimov
The hard truth is that [the Palestinians] are not a priority for Arab leaders. . . . The priorities of Arab leaders revolve around survival and security”—not Israeli-Palestinian relations or U.S. policy toward Israel.  Dennis Ross
Obama can’t simply shrug this off as an unfortunate consequence of a bad policy decision by his predecessor, as he did with the rise of ISIS in Iraq. Not only did Obama support the war in Afghanistan, he campaigned in 2007-8 on the need to amplify resources for the fight there. The biggest problem with the Iraq war, Obama repeatedly argued, was that its destabilizing impact distracted from the fight for victory in Afghanistan. Obama promised to ramp up the effort in this theater, but became curiously reluctant when pressed for his war strategy, only grudgingly agreeing to provide a troop “surge” — and then only in tandem with a timetable for withdrawal. That has turned out to be as big a “joke” as Obama’s Syria strategy, if not more so. The Taliban used their control of Afghanistan to give al-Qaeda a haven from which to plot attacks against the United States, and that was before they spent 14 years fighting our military. The need to marginalize the Taliban and ensure stability without them was even greater for our national security than in Iraq, and look how that turned out after Obama took control of our policy there. After almost seven years of Obama’s “leadership,” we are on the verge of losing control of both theaters of war while Obama pretends that war doesn’t even exist in either. This is a foreign-policy disaster of nearly unprecedented proportions. Its ill effects will last long after Obama has left office, especially on those in Afghanistan who trusted us to stick to the mission and who will now be left at the meager mercy of Taliban extremists. Ed Morrissey
Dans un article d’opinion publié le 25 août 2015 dans le quotidien saoudien paraissant à Londres Al-Sharq Al-Awsat, Amir Taheri, analyste, auteur et éditorialiste iranien bien connu, a comparé la politique d’Obama envers l’Iran et la politique de Kennedy, Nixon et Reagan dans leurs négociations avec les principaux adversaires des Etats-Unis à leur époque – l’URSS et la Chine. Taheri écrit que, pour conclure l’accord avec l’Iran, Obama veut se poser en héritier d’une tradition établie par ces présidents, consistant à régler les conflits par la diplomatie et les négociations. Toutefois, observe-t-il, ces dirigeants ont négocié en position de force et poursuivi la détente avec les ennemis de l’Amérique seulement après que ces derniers eurent obéi à des exidences américaines essentielles, en modifiant des éléments clés de leur politique. Ainsi, Kennedy a négocié avec l’URSS seulement après l’avoir contrainte à retirer ses installations nucléaires de Cuba ; la normalisation des relations avec la Chine sous Nixon est venue seulement après que cette dernière eut renoncé à la Révolution culturelle et abandonné son projet d’exporter le communisme, et l’engagement par Reagan de négociations avec les Soviétiques a eu lieu seulement après avoir pris des mesures militaires pour contrer la menace qu’ils posaient en Europe. En outre, affirme Taheri, les Etats-Unis ont permis le réchauffement des relations avec la Chine et l’URSS une fois que celles-ci eurent renoncé à leur antagonisme absolu envers eux en acceptant de les considérer comme un rival ou un concurrent plutôt que comme un ennemi mortel devant être détruit. A l’inverse, affirme Taheri, Obama n’a rien demandé aux Iraniens avant d’entamer des négociations, pas même la libération des otages américains. En outre, il a cherché un rapprochement avec l’Iran en dépit de l’absence de tout changement positif de la politique et de l’idéologie radicale de ce pays. L’ouverture américaine n’a fait qu’encourager les pires tendances en Iran, comme le montrent la multiplication des violations des droits de l’homme en Iran et son soutien continu aux groupes terroristes et au régime d’Assad en Syrie. La détente avec l’Amérique n’a pas même amené l’Iran à abandonner ses appels de « Mort à l’Amérique », observe Taheri. Il conclut que « Kennedy, Nixon et Reagan ont répondu positivement aux changements positifs de la part de l’adversaire”, alors qu’Obama “répond positivement à ses propres illusions”. MEMRI
Promoting the ‘deal’ he claims he has made with Iran, President Barack Obama is trying to cast himself as heir to a tradition of ‘peace through negotiations’ followed by US presidents for decades. In that context he has named Presidents John F. Kennedy, Richard Nixon and Ronald Reagan as shining examples, with the subtext that he hopes to join their rank in history. (…) Obama quotes JFK as saying one should not negotiate out of fear but should not be afraid of negotiating either. To start with, those who oppose the supposed ‘deal’ with Iran never opposed negotiations; they oppose the result it has produced… In one form or another, Iran and the major powers have been engaged in negotiations on the topic since 2003. What prompted Obama to press the accelerator was his desire to score a diplomatic victory before he leaves office. It did not matter if the ‘deal’ he concocted was more of a dog’s dinner than a serious document. He wanted something, anything , and to achieve that he was prepared to settle for one big diplomatic fudge. (…) Is Obama the new JFK? Hardly. Kennedy did negotiate with the USSR but only after he had blockaded Cuba and forced Nikita Khrushchev to blink and disband the nuclear sites he had set up on the Caribbean island. In contrast, Obama obtained nothing tangible and verifiable. Iran’s Atomic Energy chief Ali-Akbar Salehi put it nicely when he said that the only thing that Iran gave Obama was a promise ‘not to do things we were not doing anyway, or did not wish to do or could not even do at present.’ (…) JFK also had the courage to fly to West Berlin to face the Soviet tanks and warn Moscow against attempts at overrunning the enclave of freedom that Germany’s former capital had become. With his ‘Ich bin ein Berliner’ (I am a citizen of Berlin), he sided with the people of the besieged city in a long and ultimately victorious struggle against Soviet rule. In contrast Obama does not even dare call on the mullahs to release the Americans they hold hostage. Instead, he has engaged in an epistolary courting of the Supreme Guide and instructed his administration in Washington to do and say nothing that might ruffle the mullahs’ feathers. (…) No, Obama is no JFK.  But is he heir to Nixon? Though he hates Nixon ideologically, Obama has tried to compare his Iran ‘deal’ with Nixon’s rapprochement with China. Again, the comparison is misplaced. Normalization with Beijing came after the Chinese leaders had sorted out their internal power struggle and decided to work their way out of the ideological impasse created by their moment of madness known as The Great Proletarian Cultural Revolution. The big bad wolf of the tale, Lin Biao, was eliminated in an arranged air crash and the Gang of Four defanged before the new leadership set-up in Beijing could approach Washington with talk of normalization. (…) At the time the Chinese elite, having suffered defeat in border clashes with the USSR, saw itself surrounded by enemies, especially after China’s only ally Pakistan had been cut into two halves in an Indo-Soviet scheme that led to the creation of Bangladesh. Hated by all its neighbors, China needed the US to break out of isolation. Even then, the Americans drove a hard bargain. They set a list of 22 measures that Beijing had to take to prove its goodwill, chief among them was abandoning the project of ‘exporting revolution’. (…) Those of us who, as reporters, kept an eye on China and visited the People’s Republic in those days were astonished at the dramatic changes the Communist leaders introduced in domestic and foreign policies to please the Americans. In just two years, China ceased to act as a ’cause’ and started behaving like a nation-state. It was only then that Nixon went to Beijing to highlight a long process of normalization. In the case of Iran, Obama has obtained none of those things. In fact, his ‘deal’ has encouraged the worst tendencies of the Khomeinist regime as symbolized by dramatic rise in executions, the number of prisoners of conscience and support for terror groups not to mention helping Bashar Al-Assad in Syria. (…) No, Obama is no Nixon. But is he a new Reagan as he pretends? Hardly. Reagan was prepared to engage the Soviets at the highest level only after he had convinced them that they could not blackmail Europe with their SS20s while seeking to expand their empire through so-called revolutionary movements they sponsored across the globe. The SS20s were countered with Pershing missiles and ‘revolutionary’ armies with Washington-sponsored ‘freedom fighters.’ (…) Unlike Obama who is scared of offending the mullahs, Reagan had no qualms about calling the USSR ‘The Evil Empire’ and castigating its leaders on issues of freedom and human rights. The famous phrase ‘Mr. Gorbachev, tear down that wall!’ indicated that though he was ready to negotiate, Reagan was not prepared to jettison allies to clinch a deal. (…) Obama has made no mention of Jimmy Carter, the US president he most resembles. However, even Carter was not as bad as Obama if only because he was prepared to boycott the Moscow Olympics to show his displeasure at the invasion of Afghanistan. Carter also tried to do something to liberate US hostages in Tehran by organizing an invasion of the Islamic Republic with seven helicopters. The result was tragicomic; but he did the best his meagre talents allowed. (NB: No one is suggesting Obama should invade Iran if only because if he did the results would be even more tragicomic than Carter’s adventure.) (…) On a more serious note, it is important to remember that dealing with the Khomeinist regime in Tehran is quite different from dealing with the USSR and China was in the context of detente and normalization. Neither the USSR nor the People’s Republic regarded the United States as ‘enemy’ in any religious context as the Khomeinist regime does. Moscow branded the US, its ‘Imperialist’ rival, as an ‘adversary’ (protivnik) who must be fought and, if possible, defeated, but not as a ‘foe’ (vrag) who must be destroyed. In China, too, the US was attacked as ‘arch-Imperialist’ or ‘The Paper Tiger’ but not as a mortal foe. The slogan was ‘Yankee! Go Home!’ (…) In the Khomeinist regime, however, the US is routinely designated as ‘foe’ (doshman) in a religious context and the slogan is ‘Death to America!’ Supreme Guide Ali Khamenei has no qualms about calling for the ‘destruction’ of America, as final step towards a new global system under the banner of his twisted version of Islam. Tehran is the only place where international ‘End of America’ conferences are held by the government every year. The USSR and China first cured themselves of their version of the anti-American disease before seeking detente and normalization. That did not mean they fell in love with the US. What it meant was that they learned to see the US as adversary, rival, or competitor not as a mortal foe engaged in a combat-to-death contest. The Islamic Republic has not yet cured itself of that disease and Obama’s weakness may make it even more difficult for that cure to be applied. (..) Détente with the USSR and normalization with China came after they modified important aspects of their behavior for the better. Kennedy, Nixon and Reagan responded positively to positive changes on the part of the adversary. In the case of the USSR positive change started with the 20th congress of the Communist Party of the Soviet Union in which Khrushchev denounced Joseph Stalin’s crimes, purged the party of its nastiest elements, notably Lavrentiy Beria, and rehabilitated millions of Stalin’s victims. (…) In foreign policy, Khrushchev, his swashbuckling style notwithstanding, accepted the new architecture of stability in Cold War Europe based on NATO and the Warsaw Pact. Kennedy, Johnson and, later, Nixon and President Gerald Ford had to respond positively. In the late1980s, the USSR offered other positive evolutions through Glasnost and Perestroika and final withdrawal from Afghanistan under Mikhail Gorbachev. Again, Reagan and President George Bush (the father) had to respond positively. (…) In the case of China we have already noted the end of the Cultural Revolution. But China also agreed to help the US find a way to end the Vietnam War. Beijing stopped its almost daily provocations against Taiwan and agreed that the issue of the island-nation issue be kicked into the long grass. Within a decade, under Deng Xiaoping, China went even further by adopting capitalism as its economic system. (…) There is one other difference between the cases of the USSR and China in the 1960s to 1990s and that of the Khomeinist regime in Tehran today. The USSR had been an ally of the United States during the Second World War and its partner in setting up the United Nations in 1945. Although rivals and adversaries, the two nations also knew when to work together when their mutual interests warranted it. The same was true of the Chinese Communist Party which had been an ally of the US and its Chinese client the Kuomintang during the war against Japanese occupation when Edgar Snow was able to describe Mao Zedong as ‘America’s staunchest ally against the Japanese Empire.’ In the 1970s, Washington and Beijing did not find it strange to cooperate in containing the USSR, their common rival-cum-adversary as they had done when countering Japan. (…) In the case of the Islamic Republic there is no sign of any positive change and certainly no history of even tactical alliance with the US. (…) Unless he knows something that we do not, Obama is responding positively to his own illusions. » Amir Taheri
Certain that Obama is paralyzed by his fear of undermining the non-existent “deal” the mullahs have intensified their backing for Houthi rebels in Yemen. Last week a delegation was in Tehran with a long shopping list for arms. In Lebanon, the mullahs have toughened their stance on choosing the country’s next president. And in Bahrain, Tehran is working on a plan to “ensure an early victory” of the Shiite revolution in the archipelago. Confident that Obama is determined to abandon traditional allies of the United States, Tehran has also heightened propaganda war against Saudi Arabia, now openly calling for the overthrow of the monarchy there. The mullahs are also heightening contacts with Palestinian groups in the hope of unleashing a new “Intifada.” “Palestine is thirsty for a third Intifada,” Supreme Guide Khamenei’s mouthpiece Kayhan said in an editorial last Thursday. “It is the duty of every Muslim to help start it as soon as possible.” Amir Taheri
Le Président américain qui a abandonné la Syrie et le Yémen sans le moindre combat est maintenant en train de mener à contre-coeur une contre-offensive en Afghanistan. Les talibans semblent avoir correctement évalué le manque de résolution du leadership actuel aux Etats-Unis et ont à l’évidence décidé de reprendre tout l’Afghanistan. Dans sa première campagne présidentielle de 2008, alors qu’il était sénateur, Obama avait qualifié l’engagement des Etats-Unis en Irak de « mauvaise guerre, » et à la place voulait que son pays se concentre sur l’Afghanistan — sa « bonne guerre. » Mais après le retrait des troupes américaines d’Irak en 2011, des pans entiers d’Irak sont tombés sous contrôle de l’Etat Islamique (ISIS), tandis que les autres régions sont passées sous influence de l’Iran. Alors comment se porte la « bonne guerre » du Président Obama en Afghanistan? Le 29 septembre 2015, les combattants talibans se sont emparés de Kunduz, une capitale provinciale. Cette prise représente la plus importante victoire des talibans depuis 2001, date à laquelle une coalition menée par les américains avait renversé le régime des talibans, à la suite des attaques du 11 septembre à New York. Depuis ce revers, les talibans s’étaient cachés dans des régions tribales tout en lançant des attaques terroristes sporadiques dans les villes, sans jamais réussir à reprendre un centre urbain. Avec la chute de Kunduz, les talibans contrôlent la 5ème plus grande ville d’Afghanistan. (…) En outre, Obama semble avoir établi un modèle de sous estimation des adversaires de l’Amérique. Il est connu qu’il a qualifié ISIS « de bande de joyeux fêtards, » et a récemment déclaré que le Président russe Vladimir Poutine s’est engagé dans la guerre en Syrie « par faiblesse. » Mais ce qui est visible à chacun sauf à Obama est que le « faible » Poutine supplante les Etats-Unis en Ukraine, Crimée et maintenant en Syrie. C’est Obama qui semble faible. Dans son approche sur d’autres terrains, Obama s’est aliéné ses alliés et a renforcé ses ennemis. Dans une apparente tentative de persuader le Pakistan de cesser d’appuyer Al-Qaeda et ses filiales, le Président Obama s’est proposé de faire pression sur l’Inde pour qu’elle fasse des concessions au Cachemire. Selon l’ancien ambassadeur du Pakistan aux Etats-Unis, Husain Haqqani, le Président Obama a secrètement écrit  au Président du Pakistan, Asif Ali Zardari in 2009, l’assurant de sa sympathie pour la position du Pakistan au Cachemire, et se proposant apparemment de dire à l’Inde que « les anciennes manières de faire ne sont plus acceptables. » Selon le récit de Haqqani, rendu public en 2013, le Pakistan, qui bénéficie d’une aide financière de plusieurs milliards de dollars des Etats-Unis chaque année, a rejeté l’offre du Président Obama. Au lieu de cela, le Pakistan a continue d’entraîner, d’armer et d’abriter des terroristes internationaux – dont Osama bin Laden. Beaucoup de ces terroristes ont planifié et mené des opérations qui ont tué près de 2000 américains en service et en ont blessé 20,000 autres. Le Président Obama s’est ainsi aliéné l’Inde sans rien obtenir du Pakistan en retour. L’Inde était toute prête à soutenir la stratégie des Etats-Unis en Afghanistan. New Delhi partageait l’inquiétude de Kaboul sur la montée de l’islam militant dans la région. L’Inde est aussi confrontée à une menace existentielle par les milices islamistes dans la province à majorité musulmane du Cachemire et au-delà. Depuis le milieu des années 1990 plus de 30 000 civils indiens appartenant à du personnel de sécurité ont été tués dans des attaques terroristes. Le Président Obama, lors d’une visite en Inde, apparemment a préféré jouer le « commis voyageur » de la religion musulmane, et à plusieurs reprises a interpellé les hindous pour leur intolérance envers la minorité musulmane, niant la réalité de ce qui se révèle être une tentative de génocide et un nettoyage ethnique des Hindous, commencé il y a 70 ans avec la création de la République Islamique du Pakistan et se poursuivant aujourd’hui. Non seulement des millions d’Hindous ont été forcés de quitter le Pakistan quand les deux pays ont été créés en 1947, mais presque tous les hindous restés au Pakistan et au Bangladesh (anciennement Pakistan de l’Est) ont été expulsés ou assassinés au cours des décennies qui suivirent. Le nettoyage ethnique a culminé lors du génocide du Bangladesh en 1971, perpétré par l’Armée pakistanaise. Il a fait trois millions de victimes hindous et bangladeshis, et a forcé plus de 10 millions de refugiés à s’enfuir en Inde. En contrepartie la population musulmane en Inde est passée de 35 millions au début des années 1950 à environ 180 millions in 2015, faisant de l’Inde le foyer de la deuxième plus importante population musulmane au monde, après l’Indonésie. L’offensive des talibans en Afghanistan est le résultat direct de la politique constante de l’administration Obama de s’aliéner ses amis et de renforcer ses ennemis. Que ce soit Israël, l’Iran, l’Egypte ou l’Afghanistan, le Président Obama a de toute évidence préféré traiter avec des acteurs islamistes ou djihadistes plutôt qu’avec des forces libérales, laïques et démocratiques. Les conséquences d’une reconquête par les talibans de l’Afghanistan seraient encore plus désastreuses que leur précédent règne de terreur. Les talibans non seulement recommenceraient à envoyer des djihadistes bien entraînés à travers le Pakistan et au-delà de ses frontières, pour faire la guerre aux « infidèles » en Inde; Il porterait aussi son objectif déclaré de djihad mondial contre l’Occident. Avec les frontières de l’Europe grandes ouvertes, l’occident est plus vulnérable que jamais. Vijeta Uniyal
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
La présence des « colons Juifs » est « illégale » et par conséquent, toute mesure prise contre eux est légitime et légale. (…) Il est important que le soulèvement populaire s’intensifie. Jamal Muhaisen (Conseil Central du Fatah, 7 oct. , 2015]
 Il n’est pas nécessaire de revenir aux polémiques pour savoir qui a commis cette opération… Il n’est pas utile de l’annoncer ouvertement ni de se vanter de l’avoir fait. On doit remplir son devoir national volontairement et du mieux qu’on le peut. Mahmoud Ismail (officiel de l’OLP, Official PA TV, Oct. 6, 2015]
 Nos vies et notre sang seront sacrifiés pour la mosquée Al-Aqsa. Chaque violation du côté israélien contre Al-Aqsa est une violation de l’occupation, qu’elle soit accomplie dans des uniformes militaires ou religieux ou sous une couverture politique. Nous devons lutter contre toutes ces violations jusqu’à ce que l’occupation soit levée. Raed Salah
Raed Salah, chef du Mouvement islamique radical en Israël, appelle à utiliser la violence pour couper les Juifs de leur site le plus sacré, et affirme qu’Israël a déclaré la guerre en disant qu’il ne peut y avoir de Jérusalem sans le Mont du Temple. Le Sheikh Raed Salah, , a appelé à la violence terroriste sur le Mont du Temple – le site le plus saint du judaïsme – de manière à empêcher l’accès des Juifs au site sacré. Se référant à des visites juives pacifiques sur le site – qui sont souvent l’objet de harcèlement, tel que récemment pendant les prières de Ticha Be Av, une commémoration de la destruction du Premier et du Second Temple sur le site, Salah a parlé d’attaques israéliennes contre la Mosquée Al-Aqsa. (…) Le problème, avoue la journaliste Halevy, c’est que le Mont a été laissé entre les mains du Waqf jordanien depuis qu’il a été libéré pendant la guerre des Six Jours en 1967, et par conséquent, il est devenu le site d’émeutes musulmanes destinées à bloquer l’entrée des Juifs. De même, le Waqf a interdit aux Juifs de prier sur le site, malgré la loi israélienne stipulant la liberté de culte. (…) Lors d’un discours durant une manifestation musulmane en 2007, il a accusé les Juifs d’utiliser le sang des enfants pour cuire les matsot, invoquant les infâmes diffamations médiévales de meurtres de sang utilisés pour déclencher des pogroms meurtriers en Europe et au Moyen-Orient. Salah a également passé une brève période en prison pour avoir transféré de l’argent au Hamas, et s’est ému comme un enfant, des dessins des croix gammées dans une interview en 2009, sur une station de télévision de langue arabe basée à Londres. Coolamnews
Des centaines de milliers de fidèles musulmans doivent aller à Al-Aqsa et s’opposer au complot israélien de verser le sang des habitants arabes de Jérusalem-Est. Aujourd’hui, c’est seulement le travail de quelques individus, mais nous avons besoin d’un soutien national. Si les attaques individuelles continuent sans soutien national, ces actions seront éteintes dans les prochains jours, et donc des centaines de milliers de personnes doivent se mobiliser pour commencer une véritable Intifada. Hanin Zoabi (députée arabe au Parlement israélien)
Mon frère de Cisjordanie : Poignarde ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes du Talmud dans leurs esprits ! Mon frère de Cisjordanie : Poignarde les mythes sur le Temple dans leurs cœurs ! (…) Ô peuple de la mosquée d’Al-Abrar et peuple de Rafah, depuis votre mosquée, vous avez l’honneur de délivrer ces messages aux hommes de Cisjordanie : formez des escouades d’attaques au couteau. Nous ne voulons pas d’un seul assaillant. Ô jeunes hommes de Cisjordanie : Attaquez-les par trois et quatre. Les uns doivent tenir la victime, pendant que les autres l’attaquent avec des haches et des couteaux de boucher. (…) Ne craignez pas ce que l’on dira de vous. Ô hommes de Cisjordanie, la prochaine fois, attaquez par groupe de trois, quatre ou cinq. Attaquez-les en groupe. Découpez-les en morceaux. Mohammed Salah (« Abou Rajab », imam de Rafah, Gaza)
There’s been a massive increase in settlements over the course of the last years, and there’s an increase in the violence because there’s this frustration that’s growing. John Kerry
The same issue is being fought today and has been fought since 1948, and historians are carried back to the 19th century … when the original people, the Palestinians — and please remember, Jesus was a Palestinian — the Palestinian people had the Europeans come and take their country. (…) The youth in Ferguson and the youth in Palestine have united together to remind us that the dots need to be connected. And what Dr. King said, injustice anywhere is a threat to justice everywhere, has implications for us as we stand beside our Palestinian brothers and sisters, who have been done one of the most egregious injustices in the 20th and 21st centuries. (…) As we sit here, there is an apartheid wall being built twice the size of the Berlin Wall in height, keeping Palestinians off of illegally occupied territories, where the Europeans have claimed that land as their own. (…) Palestinians are saying ‘Palestinian lives matter.’ We stand with you, we support you, we say God bless you. Jeremiah Wright
C’est contre la colonisation continue des territoires conquis en 1967 que se révoltent une fois de plus en ce moment les Palestiniens. Ils comprennent que la colonisation vise à perpétuer l’infériorité palestinienne et rendre irréversible la situation qui dénie à leur peuple ses droits fondamentaux. Ici se trouve la raison des violences actuelles et on n’y mettra fin que le jour où les Israéliens accepteront de regarder les Palestiniens comme leurs égaux et où les deux peuples accepteront de se faire face sur la « ligne verte » de 1949, issue des accords d’armistice israélo-arabes de Rhodes. (…) Tant que la société juive ne reconnaît pas l’égalité des droits de l’autre peuple résidant sur la terre d’Israël, elle continuera de sombrer dans une réalité ouvertement coloniale et ségrégationniste, comme celle qui existe déjà dans les territoires occupés. Le conflit qui sévit aujourd’hui à Jérusalem comme les tragédies, les attentats et les meurtres qui frappent l’existence quotidienne des Juifs et des Arabes sont un bon exemple de ce que l’avenir nous réserve dans un Etat binational. Naturellement, cette approche exige symétrie et réciprocité du côté palestinien : la « ligne verte » est la frontière définitive, donc aucune colonie juive ne s’établira plus en Cisjordanie, mais aucun Palestinien ne devra retourner à l’intérieur des frontières de l’Etat d’Israël. Le sionisme classique s’est fixé pour tâche d’offrir un foyer au peuple juif. Le temps qui a séparé la guerre d’indépendance de la guerre des Six-Jours a montré que tous les objectifs du sionisme pouvaient être réalisés à l’intérieur du tracé de la « ligne verte ». La seule question sensée que l’on puisse poser aujourd’hui est donc de savoir si la société israélienne a encore la capacité de se réinventer, de sortir de l’emprise de la religion et de l’histoire et d’accepter de scinder le pays en deux Etats libres et indépendants. Zeev Sternhell (Historien)
Dans la bande de Gaza, étroite enclave côtière déjà ravagée par trois guerres et qui étouffe depuis neuf ans sous le blocus israélien, le désespoir est à son comble: la moitié des jeunes cherchent à s’exiler, les suicides sont en hausse, le chômage –l’un des plus forts taux au monde à 45%– n’a jamais été si haut et les perspectives d’avenir si lointaines. L’Obs
Le couteau est érigé en symbole du désespoir de « la génération Oslo ». Francetvinfo
L’usage d’une arme blanche est devenu typique d’une génération moins politisée et religieuse que ses aînés, et marquée par le désespoir.  C’est ce qui effraie les autorités israéliennes, car elles sont incapables de repérer ces individus, puisqu’ils ne sont pas fichés dans leurs services. C’est la génération née après les accord d’Oslo de 1993, accords de paix qui ont échoué. Ces jeunes n’ont jamais rien connu d’autre que les affrontements, la guerre et les humiliations.  Désillusionnés, ils se sont autoradicalisés et sont prêts à tout pour que la Palestine devienne un pays indépendant. Frédéric Encel
Un rapport d’un observateur de l’ONU indique que l’UNRWA gère 12 comptes Facebook antisémites et que les noms des responsables ont été livrés au Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki Moon, qui est invité à punir les coupables. L’organisation non gouvernementale UN Watch rapporte que les fonctionnaires de l’UNRWA gèrent pas moins de 12 comptes Facebook différents qui incitent ouvertement à la violence et à la haine contre les Juifs. Le groupe a présenté un rapport jeudi au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, pour lui demander encore une fois de punir les coupables, conformément à ses promesses. UN Watch a également signalé que la réponse du porte-parole de l’UNRWA Chris Gunness a été vulgaire et il s’est déchaîné contre l’ONG. Gunness a également tweeté que les allégations d‘antisémitisme contre l’UNRWA sont une légende sans fondement, et que UN Watch manque de crédibilité et « se rend ridicule. » Un porte-parole a répondu que les preuves existaient et avaient été présentées à Ban Ki Moon. Centre Simon Wisenthal
M. Nétanyahou, le «nationaliste», a bien mauvaise presse. Mahmoud Abbas quant à lui fait figure médiatique de gentil «modéré». Sans remonter une nouvelle fois aux origines du conflit, chacun s’accorde à reconnaître que dans sa dernière séquence celui-ci a pour cause la querelle à propos de l’esplanade des mosquées-mont du temple. Il ne se sera pas trouvé un seul journaliste hexagonal pour dire que l’intention prêtée aux responsables israéliens d’empêcher les musulmans d’exercer paisiblement leur culte à l’intérieur de leurs mosquées relevait du fantasme incantatoire islamiste. Il ne s’en est pas trouvé non plus un seul- au rebours de la presse étrangère-pour révéler la teneur du discours du «modéré» président palestinien à la télévision officielle daté du 16 septembre à propos des émeutes qui commençaient à Jérusalem, organisées par les extrémistes qui agressaient ces juifs venus pour prier pendant leur fêtes religieuses: «Nous bénissons les Mourabitoun, nous saluons chaque goutte de leur sang versé à cause de Jérusalem. Ce sang est pur, ce sang est propre, versé au nom d’Allah, chaque martyr aura sa place au paradis. La mosquée Al Aqsa, l’église du Saint-Sépulcre, tout est à nous, entièrement à nous ; ils n’ont pas le droit (les juifs) de les souiller de leurs pieds sales.» Depuis, et compte tenu de l’aggravation de la situation, Mahmoud Abbas a tenté de mettre de l’eau sur le feu. Mais comme le disait déjà le clairvoyant Bourguiba: «les chefs arabes sont toujours étonnés d’être pris au pied de la lettre et de ne plus savoir éteindre les incendies qu’ils ont allumés.» Je ne veux pas prétendre ici que la partie israélienne soit exempte de reproches, a fortiori son premier ministre, plus pragmatique qu’on ne le dit, mais affaibli au sein d’une coalition gouvernementale trop à droite, pour cause de système électoral littéralement criminel. Je persiste néanmoins à penser que dans un cadre intellectuel libéré de tout surmoi xénophile, la première question qui vaudrait d’être posée sans crainte de blasphémer serait de savoir pour quelle miraculeuse raison le monde palestinien échapperait à une radicalité islamiste qui met le feu à toute la région. La question ne sera pas posée. Gilles-William Goldnadel
UNRWA is deeply alarmed by the escalating violence and widespread loss of civilian life in the occupied Palestinian territory, including East Jerusalem, and in Israel. Only robust political action can prevent the further escalation of a situation that is affecting Palestinian and Israeli civilians. In Gaza a total of 11 Palestinians, among them refugees, have reportedly been killed and at least 186 injured. Nine people, including three children were reportedly killed during demonstrations in Gaza and two people – a pregnant woman and a child – were killed when a house collapsed due to the impact of a nearby Israeli strike. Four people were reportedly injured in the latter incident. In the West Bank, between 1 October and 9 October, UNRWA has recorded 45 incursions by Israeli forces into refugee camps resulting in several refugees being shot dead, including one child.  According to preliminary figures, 180 people have reportedly been injured in West Bank refugee camps, including some 20 children. About 50 of  them were reportedly injured by live-fire. (…)  Further to the recent statement of the High Commissioner for Human Rights, the high number of casualties, in particular those resulting from the use of live ammunition by Israeli forces raise serious concerns about the excessive use of force that may be contrary to international law enforcement standards. Under international law there are strict limits to the use of lethal force whether in the context of law enforcement operations or during conflict. These limitations are especially pertinent where a military occupying power operates in civilian areas. According to the UN Basic Principles on the Use of Force and Firearms by Law Enforcement Officials: “Law enforcement officials shall not use firearms against persons except in self-defense or defense of others against the imminent threat of death or serious injury, to prevent the perpetration of a particularly serious crime involving grave threat to life, to arrest a person presenting such a danger and resisting their authority, or to prevent his or her escape; and only when less extreme means are insufficient to achieve these objectives. In any event, intentional lethal use of firearms may only be made when strictly unavoidable in order to protect life.” Where alleged violations of international law occur, there must be a prompt, impartial, effective and thorough investigation of the events and full accountability in accordance with international standards. (…) The root causes of the conflict, among them the Israeli occupation, must be addressed. Across the occupied Palestinian territory there is a pervasive sense of hopelessness and despair resulting from the denial of rights and dignity. In the West Bank communities living under occupation feel profoundly marginalized. While in Gaza the latest demonstrations are evidence of a generation that has lost hope in the future; not least because of the lack of economic prospects — youth unemployment is one of the highest in the world – but also because of the lack of reconstruction more than a year after the conflict. An entire generation of Palestinians is at risk. All political actors must act decisively to restore their hope in a dignified, secure and stable future. Christopher Gunness (porte-parole de l’Unrwa et ancien journaliste de la BBC, October 12, 2015)
Which Nation Funding UNRWA Would React Differently if its Citizens Were Stabbed, Shot, Bombed and Rammed by Terrorists? The Simon Wiesenthal Center slammed the United Nation Relief and Works Agency (UNRWA) for criticizing Israel’s efforts to quell barbaric terrorist attacks by Palestinians against Israelis in Jerusalem and across the Jewish State. UNRWA expressed its concern over the use of live ammunition by Israeli forces – a policy the agency described as, “Excessive use of force,” which, it said, “May be contrary to international law enforcement standards. What an outrage! Instead of unequivocally denouncing the ongoing carnage of murderous stabbings, shootings, bombings and car rammings unleashed by Palestinians against their Jewish neighbors, UNRWA denounces Israel for trying to quell the terrorism and protect its citizens. UNRWA is the international agency that interacts with hundreds of thousands of Palestinians on a daily basis, providing over the decades, billions of dollars of aid. Instead of using its unique position to admonish the Palestinians to stop the terror and violence, targeting babies and a 12 year-old boy, 5 months before his Bar Mitzvah, it instead denounces the Jewish state for trying to stop the terror. As UNRWA receives its funding from the international community it is appropriate to ask, which nation funding UNRWA would react differently than Israel if its citizens were subject to a campaign of stabbings, shootings and bombings: The answer is that every nation in the world would respond powerfully to such a wave of terror, but only Israel is subject to criticism for the sin of defending her civilians. UNRWA’s outrageous criticism of Israel will only serve to inspire more violence against innocent Jews. Wiesenthal Center
What do you do when the people who are trying to kill you live in the neighborhood down the street? Or when they live in the same village as that lovely man your son’s been working with? Or when they work for the phone company? When they try to kill anybody — uniformed soldiers and police, ultra-Orthodox Jews, all the passengers on a city bus? When they target men, and women, and children. When they are men, and women, and children? When their leaders — politicians, spiritual leaders, teachers — lie to them about us, lie about our history, lie about our ambitions? When some of their leaders tell them they will go to paradise if they die in the act of killing us? When they (sometimes) lie to themselves about the killings they carry out — claiming that it is we who are rising up to kill them, that their bombers and stabbers are being attacked in cold blood by us — and thereby widen the circle of embittered potential killers? When they (sometimes) lie to themselves about who it is they are killing, falsely claiming in widely circulated social media exchanges, for instance, that Na’ama Henkin, gunned down with her husband in the West Bank two weeks ago, was deliberately targeted because it was she who had insulted the prophet, calling Muhammad a pig, on a visit to the Temple Mount this summer? When all they need in order to kill is a knife or a screwdriver and a mind that’s been filled with poison? And when that poison pours into them from most every media channel they consume, and from the horrendous Facebook postings of their peers and their role models? (…) After decades relentlessly demonizing and delegitimizing the revived Jewish state, the Palestinian leadership has produced a generation many of whom are so filled with hatred, and so convinced of the imperative to kill, that no other consideration — including the likelihood that they will die in the act — prevents them from seeking to murder Jews. The false claim pumped by Hamas, and the Northern Branch of the Islamic Movement in Israel, and Fatah, and many more besides, that the Jews intend to pray on the Temple Mount — a place of unique sanctity for Jews, but one whose Jewish connection has been erased from the Palestinian narrative — has all too evidently pushed a new wave of young Palestinians, urged to “protect al-Aqsa,” into murderous action against any and all Jewish targets, using any and all weapons. The suicide bombings of the Second Intifada were carried out by West Bank Palestinians; the onslaught was drastically reduced when Israel built the security barrier. Today’s terrorism is largely being carried out by Palestinian Arabs from East Jerusalem, some of whom have blue Israeli identity cards. The relative neglect of East Jerusalem since 1967, by an Israel that expanded the city’s municipal boundaries but signally failed to ensure anything remotely close to equality between Jewish and Arab neighborhoods, only made the lies and the incitement spread more easily. In an Israel where Jews and Arabs live utterly intertwined lives, this new level of potential danger in every seemingly banal encounter is rendering daily life nightmarish. In the short term: Arrest the preachers who spout hatred. Ask Facebook to close down the pages that disseminate it, and find the people behind those pages. Monitor hateful sentiment on social media more effectively; several of this month’s terrorists made no secret of their murderous intentions. (…) But in some neighborhoods, addressing such inequalities is impossible. Physically impossible. As in, Jewish city officials would be taking their lives into their hands to set foot in Shuafat refugee camp. By contrast, handing control of such areas to the PA, whose leader Mahmoud Abbas insists that all Jerusalem territory captured by Israel in 1967 be part of a Palestinian state, becomes ever less palatable and viable, as he becomes ever more extreme in his pronouncements and as the Palestinian-Arab population becomes ever more of a threat. (..) Yasser Arafat rejected Ehud Barak’s peace terms in 2000, and opted instead to foment the Second Intifada. And Mahmoud Abbas, eight years later, failed to seize Ehud Olmert’s offer to withdraw from the entire West Bank (with one-for-one land swaps), divide Jerusalem, and relinquish sovereignty in the Old City. (…) in fact, it is “resistance” that keeps the Palestinians from statehood. Most Israelis want to separate from the Palestinians — want to stop running their lives, want to keep a Jewish-democratic Israel. “Resistance” in each new iteration tells Israelis that they dare not do so. Had Gaza been calm and unthreatening after Israel’s 2005 withdrawal, the late Ariel Sharon would likely have withdrawn unilaterally from most of the West Bank. The Hamas takeover in Gaza, the incessant rocket fire and the frequent rounds of conflict told Israel that it could not risk another such withdrawal — that it could not risk another Hamas takeover in the West Bank. The international community peers shortsightedly at a strong Israel — very strong indeed compared to the Palestinians — and concludes that the onus is upon us to take the calculated risk and grant them full independence. But step back a little — to a perspective that includes Hamas, the rise of Islamic extremism in the Middle East, the threat posed directly by an emboldened Iran and via its terrorist proxies, the anti-Semitism and hostility to Israel rampant across this region — and it should be obvious that a miscalculation by “strong” Israel would quickly render it untenably weak and vulnerable. We might get better international media coverage, but we also might face destruction; Israelis aren’t about to vote for that. (…) What do you do when some of your neighbors are trying to kill you? Protect yourself. Stop them. Do what you sensibly can to help create a different, better climate — to moderate your enemies. Meanwhile, hang tough. Refuse to be terrorized. David Horowitz
Regarding the causes of this Palestinian blood fetish, Western news organizations have resorted to familiar tropes. Palestinians have despaired at the results of the peace process—never mind that Palestinian President Mahmoud Abbas just declared the Oslo Accords null and void. Israeli politicians want to allow Jews to pray atop the Temple Mount—never mind that Benjamin Netanyahu denies it and has barred Israeli politicians from visiting the site. There’s always the hoary “cycle of violence” formula that holds nobody and everybody accountable at one and the same time. Left out of most of these stories is some sense of what Palestinian leaders have to say. As in these nuggets from a speech Mr. Abbas gave last month: “Al Aqsa Mosque is ours. They [Jews] have no right to defile it with their filthy feet.” And: “We bless every drop of blood spilled for Jerusalem, which is clean and pure blood, blood spilled for Allah.” Then there is the goading of the Muslim clergy. “Brothers, this is why we recall today what Allah did to the Jews,” one Gaza imam said Friday in a recorded address, translated by the invaluable Middle East Media Research Institute, or Memri. “Today, we realize why the Jews build walls. They do not do this to stop missiles but to prevent the slitting of their throats.” Then, brandishing a six-inch knife, he added: “My brother in the West Bank: Stab!” Imagine if a white minister in, say, South Carolina preached this way about African-Americans, knife and all: Would the news media be supine in reporting it? Would we get “both sides” journalism of the kind that is pro forma when it comes to Israelis and Palestinians, with lengthy pieces explaining—and implicitly justifying—the minister’s sundry grievances, his sense that his country has been stolen from him? And would this be supplemented by the usual fake math of moral opprobrium, which is the stock-in-trade of reporters covering the Israeli-Palestinian conflict? In the Middle East version, a higher Palestinian death toll suggests greater Israeli culpability. (Perhaps Israeli paramedics should stop treating stabbing victims to help even the score.) (…) The significant question is why so many Palestinians have been seized by their present blood lust—by a communal psychosis in which plunging knives into the necks of Jewish women, children, soldiers and civilians is seen as a religious and patriotic duty, a moral fulfillment. Despair at the state of the peace process, or the economy? Please. It’s time to stop furnishing Palestinians with the excuses they barely bother making for themselves. Above all, it’s time to give hatred its due. We understand its explanatory power when it comes to American slavery, or the Holocaust. We understand it especially when it is the hatred of the powerful against the weak. Yet we fail to see it when the hatred disturbs comforting fictions about all people being basically good, or wanting the same things for their children, or being capable of empathy. Today in Israel, Palestinians are in the midst of a campaign to knife Jews to death, one at a time. This is psychotic. It is evil. To call it anything less is to serve as an apologist, and an accomplice. Bret Stephens

« Couteau arme du désespoir« , « jeunes « désespérés » qui assassinent ou tentent d’assassiner des familles entière enfants et bébés compris, « jeune sans histoire » qui écrase des gens à un arrêt de bus avec une voiture puis s’acharne sur eux pour les achever au couteau, président qui « salue toutes gouttes de sang versées à Jérusalem » et rappelle les récompenses célestes destinées aux « martyrs » qui empêcheront les juifs de  profaner Al Aqsa avec leurs pieds sales », imam qui  appelle en plein prêche du vendredi à « poignarder « les juifs, médias occidentaux qui n’ont que les mots « désespoir » et « contestation » à la bouche, porte-parole d’une agence de l’ONU qui dénonce le seul « usage excessif de la force » des forces de sécurité israéliennes, secrétaire d’Etat américain qui met tout sur le dos des constructions israéliennes …

Vous avez dit « usage excessif de la force » ?

A l’heure où notre vieux rêve de monde unipolaire nous est enfin exaucé …

Et où chacun peut mesurer – pas moins de cinq guerres en cours entre la Syrie et l’Afghanistan ! – les effets chaque jour un peu plus catastrophiques …

D’un désengagement américain que le monde n’a pas connu depuis peut-être la fin de la 2e guerre mondiale  …

Pendant que de l’Iran à l’Etat islamique et à la Turquie et de la Russie à la Chine et à la Corée du nord, les dictatures ou Etats voyous multiplient les menaces dans les 15 mois qui leur restent …

Et qu’au Proche-Orient, dirigeants comme religieux, appellent ouvertement le premier venu à égorger tout juif qu’il ou elle peut trouver sur son chemin …

Devinez quel petit Etat, seule véritable démocratie de toute la région, est actuellement la cible de toutes les accusations ?

Palestine: The Psychotic Stage
The truth about why Palestinians have been seized by their present blood lust.
Bret Stephens
The Wall Street Journal
Oct. 12, 2015

If you’ve been following the news from Israel, you might have the impression that “violence” is killing a lot of people. As in this headline: “Palestinian Killed As Violence Continues.” Or this first paragraph: “Violence and bloodshed radiating outward from flash points in Jerusalem and the West Bank appear to be shifting gears and expanding, with Gaza increasingly drawn in.”

Read further, and you might also get a sense of who, according to Western media, is perpetrating “violence.” As in: “Two Palestinian Teenagers Shot by Israeli Police,” according to one headline. Or: “Israeli Retaliatory Strike in Gaza Kills Woman and Child, Palestinians Say,” according to another.

Such was the media’s way of describing two weeks of Palestinian assaults that began when Hamas killed a Jewish couple as they were driving with their four children in the northern West Bank. Two days later, a Palestinian teenager stabbed two Israelis to death in Jerusalem’s Old City, and also slashed a woman and a 2-year-old boy. Hours later, another knife-wielding Palestinian was shot and killed by Israeli police after he slashed a 15-year-old Israeli boy in the chest and back.

Other Palestinian attacks include the stabbing of two elderly Israeli men and an assault with a vegetable peeler on a 14-year-old. On Sunday, an Arab-Israeli man ran over a 19-year-old female soldier at a bus stop, then got out of his car, stabbed her, and attacked two men and a 14-year-old girl. Several attacks have been carried out by women, including a failed suicide bombing.

Regarding the causes of this Palestinian blood fetish, Western news organizations have resorted to familiar tropes. Palestinians have despaired at the results of the peace process—never mind that Palestinian President Mahmoud Abbas just declared the Oslo Accords null and void. Israeli politicians want to allow Jews to pray atop the Temple Mount—never mind that Benjamin Netanyahu denies it and has barred Israeli politicians from visiting the site. There’s always the hoary “cycle of violence” formula that holds nobody and everybody accountable at one and the same time.

Left out of most of these stories is some sense of what Palestinian leaders have to say. As in these nuggets from a speech Mr. Abbas gave last month: “Al Aqsa Mosque is ours. They [Jews] have no right to defile it with their filthy feet.” And: “We bless every drop of blood spilled for Jerusalem, which is clean and pure blood, blood spilled for Allah.”

Then there is the goading of the Muslim clergy. “Brothers, this is why we recall today what Allah did to the Jews,” one Gaza imam said Friday in a recorded address, translated by the invaluable Middle East Media Research Institute, or Memri. “Today, we realize why the Jews build walls. They do not do this to stop missiles but to prevent the slitting of their throats.”

Then, brandishing a six-inch knife, he added: “My brother in the West Bank: Stab!”

Imagine if a white minister in, say, South Carolina preached this way about African-Americans, knife and all: Would the news media be supine in reporting it? Would we get “both sides” journalism of the kind that is pro forma when it comes to Israelis and Palestinians, with lengthy pieces explaining—and implicitly justifying—the minister’s sundry grievances, his sense that his country has been stolen from him?

And would this be supplemented by the usual fake math of moral opprobrium, which is the stock-in-trade of reporters covering the Israeli-Palestinian conflict? In the Middle East version, a higher Palestinian death toll suggests greater Israeli culpability. (Perhaps Israeli paramedics should stop treating stabbing victims to help even the score.) In a U.S. version, should the higher incidence of black-on-white crime be cited to “balance” stories about white supremacists?

Didn’t think so.

Treatises have been written about the media’s mind-set when it comes to telling the story of Israel. We’ll leave that aside for now. The significant question is why so many Palestinians have been seized by their present blood lust—by a communal psychosis in which plunging knives into the necks of Jewish women, children, soldiers and civilians is seen as a religious and patriotic duty, a moral fulfillment. Despair at the state of the peace process, or the economy? Please. It’s time to stop furnishing Palestinians with the excuses they barely bother making for themselves.

Above all, it’s time to give hatred its due. We understand its explanatory power when it comes to American slavery, or the Holocaust. We understand it especially when it is the hatred of the powerful against the weak. Yet we fail to see it when the hatred disturbs comforting fictions about all people being basically good, or wanting the same things for their children, or being capable of empathy.

Today in Israel, Palestinians are in the midst of a campaign to knife Jews to death, one at a time. This is psychotic. It is evil. To call it anything less is to serve as an apologist, and an accomplice.

Voir aussi:

OLP : Tuer les Juifs est un devoir national légal
Israel
11 octobre 2015

« La présence des « colons Juifs » [à Jérusalem, Tel Aviv, Afula?] est « illégale » et par conséquent, toute mesure prise contre eux est légitime et légale », selon Jamal Muhaisen, membre du Conseil Central du Fatah [ [Al-Hayat Al-Jadida, 7 oct. , 2015]. Cette propension au meurtre des Juifs, souvent exprimée par des responsables du plus haut rang de l’Autorité Palestinienne et du Fatah, explique le vaste soutien accordé par les responsables palestiniens aux récents meurtres de civils israéliens.

Un autre officiel palestinien, Mahmoud Ismail, membre du Comité Excécutif [c’est le moment de le dire!] de l’OLP, a ouvertement déclaré que le meurtre de sang-froid de Naama et Eitam Henkin dans leur voiture et devant leurs quatre enfants était, non seulement « légal », mais qu’il « remplissait pleinement un devoir national » palestinien [TV officielle de l’AP, 6 Oct. 2015].

Alors qu’Israël continue de subir une terreur quotidienne à travers tout le pays, dont quatre tentatives de meurtre au couteau hier et trois de plus, au moins, à cette heure, aujourd’hui, contre des citoyens Juifs, l’Autorité Palestinienne et le Fatah continuent d’exprimer leur total soutien à ce qu’ils sont prompts à qualifier de « soulèvement populaire ». Tout en disant au monde qu’ils ne veulent pas une nouvelle Intifada et qu’ils sont contre le terrorisme, les officiels de l’AP exhortent leur peuple à poursuivre les attentats contre tous les Juifs Israéliens, ce qu’ils appellent un « soulèvement populaire ».

Jamal Muhaisen: “Il est important que le soulèvement populaire s’intensifie.”
[Al-Hayat Al-Jadida, 7 octobre 2015]

Les citations suivantes sont extraites des déclarations de Jamal Muhaisen, membre du Comité Central du Fatah et de Mahmoud Ismaïl, membre du comité exécutif de l’OLP, légitimant le meurtre des civils israéliens.

Jamal Muhaisen, membre du Conseil Central du Fatah :

Jamal Muhaisen, membre du Comité centela du Fatah a déclaré que le peuple palestinien prouve que sa vie et son sang ont peu de valeur, devant leur soutien à la Mosquée Al Aqsa et le devoir d’accomplir la libération et l’indépendance… Muhaisen a insisté sur le fait qu’il est important que le soulèvement populaire (soit les attentats individuels terroristes contre des Juifs) s’accroisse, de façon à punir les crimes de l’occupation des des « Colons ». Il a clairement dit que la présence des « colons » est illégale et que, par conséquent toute mesure prise contre eux est à la fois légale et légitime ».
[Al-Hayat Al-Jadida, Oct. 7, 2015]
Mahmoud Ismail, membre du conseil exécutif de l’OLP :

Animateur de la TV officielle de l’AP :  « Es