Election américaine: Attention, une incompétence peut en cacher une autre ! (Sick and tired of hearing about your damn bathrooms: Guess who alone passed the Castro death test)

30 novembre, 2016
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Manifestation contre Donald Trump, président élu, à New York, le 9 novembre.
Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture (…) Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse. (…) Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre. (…) Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.(…) Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme. Norman Mailer (1980)
Le candidat républicain n’est pas qualifié pour être président. Je l’ai dit la semaine dernière. Il n’arrête pas de le démontrer. Le fait que Donald Trump critique une famille ayant fait des sacrifices extraordinaires pour ce pays, le fait qu’il ne semble pas avoir les connaissances de base autour de sujets essentiels en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, signifient qu’il est terriblement mal préparé pour ce poste. Barack Hussein Obama
Les Américains en ont marre de vos satanés e-mails, parlons des vrais problèmes aux Etats-Unis. Bernie Sanders
Pour paraphraser Bernie Sanders, les Américains en ont marre des satanés toilettes des progressistes. Mark Lilla
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme ans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama (2008)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
Notre pays est en colère, je suis en colère et je suis prêt à endosser le manteau de la colère. Donald Trump
Aujourd’hui, le monde marque le passage d’un dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple pendant près de six décennies. L’héritage de Fidel Castro, ce sont les pelotons d’exécution, le vol, des souffrances inimaginables, la pauvreté et le déni des droits de l’homme. Même si les tragédies, les morts et la souffrance provoquées par Fidel Castro ne peuvent pas être effacées, notre administration fera tout ce qu’elle peut pour faire en sorte que le peuple cubain entame finalement son chemin vers la prospérité et la liberté. Même si Cuba demeure une île totalitaire, mon espoir est que cette journée marque un éloignement avec les horreurs endurées trop longtemps et une étape vers un avenir dans lequel ce magnifique peuple cubain vivra finalement dans la liberté qu’il mérite si grandement. Donald Trump
Dans une époque où des nations opprimées sont privées des droits humains fondamentaux, de la justice et de la liberté, il reste heureusement des hommes libres qui restent dans la lutte jusqu’à leurs tout derniers jours. Hassan Rohani
J’adresse mes condoléances au gouvernement révolutionnaire et à la nation de Cuba après la mort de son excellence Fidel Castro, le dirigeant de la Révolution cubaine et personnalité centrale de la lutte contre le colonialisme et l’exploitation et symbole de la lutte pour l’indépendance des nations opprimées. Mohammad Javad Zarif
Fidel Castro était un exemple stimulant pour beaucoup de pays. Fidel Castro était un véritable ami de la Russie. Vladimir Poutine
Fidel a défendu son territoire et affermi son pays alors qu’il subissait un blocus américain éprouvant. Malgré cela, il a mené son pays sur la voie de l’autosuffisance et du développement indépendant. Mikhail Gorbatchev
Le peuple chinois a perdu un camarade proche et un ami sincère. Xi Jinping
Cuba, notre amie, a réussi sous sa conduite à résister aux sanctions et aux campagnes d’oppression les plus fortes jamais vues dans notre histoire récente, devant un flambeau de la libération des peuples d’Amérique du Sud et du monde entier. Le nom de Fidel Castro vivra à jamais dans l’esprit des générations et inspirera ceux qui aspirent à une véritable indépendance et à une libération du joug du colonialisme et de l’hégémonie. Bachar Al Assad
L’Histoire sera comptable et jugera de l’impact énorme de cette figure singulière sur le peuple et le monde qui l’entourent. Barack Hussein Obama
Rosalynn et moi partageons nos sympathies avec la famille Castro et le peuple cubain à la mort de Fidel Castro. Nous nous souvenons avec tendresse de nos visites avec lui à Cuba et de son amour pour son pays. Nous souhaitons aux citoyens cubains la paix et la prospérité dans les années à venir. Jimmy Carter
C’est avec une profonde tristesse que j’ai appris aujourd’hui la mort du président cubain ayant le plus longtemps exercé cette fonction. Fidel Castro, leader plus grand que nature, a consacré près d’un demi-siècle au service du peuple cubain. Révolutionnaire et orateur légendaire, M. Castro a réalisé d’importants progrès dans les domaines de l’éducation et des soins de santé sur son île natale. Bien qu’il était une figure controversée, ses supporters et ses détracteurs reconnaissaient son amour et son dévouement immenses envers le peuple cubain, qui éprouvait une affection profonde et durable pour “el Comandante”. Je sais que mon père était très fier de le considérer comme un ami, et j’ai eu l’occasion de rencontrer Fidel lorsque mon père est décédé. Ce fut aussi un véritable honneur de rencontrer ses trois fils et son frère, le président Raúl Castro, au cours de ma récente visite à Cuba. Au nom de tous les Canadiens, Sophie et moi offrons nos plus sincères condoléances à la famille et aux amis de M. Castro ainsi qu’aux nombreuses personnes qui l’appuyaient. Aujourd’hui, nous pleurons avec le peuple de Cuba la perte d’un leader remarquable. Justin Trudeau
 Fidel Castro était une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la Révolution cubaine. Avec la mort de Fidel Castro, le monde perd un homme qui était pour beaucoup un héros. Il a changé le cours de l’histoire et son influence s’est propagée bien au-delà. Fidel Castro demeure une des figures révolutionnaires du XXe siècle. Il appartiendra à l’histoire de juger son héritage. Jean-Claude Juncker
Fidel Castro était une figure du XXe siècle. Il avait incarné la révolution cubaine, dans les espoirs qu’elle avait suscités puis dans les désillusions qu’elle avait provoquées. Acteur de la guerre froide, il correspondait à une époque qui s’était achevée avec l’effondrement de l’Union soviétique. Il avait su représenter pour les cubains la fierté du rejet de la domination extérieure. François Hollande
Fidel Castro était un géant de la scène internationale. Aux yeux des militants de ma génération, il incarnait l’esprit de résistance à l’impérialisme américain et la volonté de construire par la révolution une société plus juste. (…) Son oeuvre contrastée sera longtemps discutée ou contestée. Mais on ne peut oublier qu’il restera pour des milliers de latinos américains le Libertador, celui qui aura réussi à faire fasse opiniâtrement à la toute puissance américaine. Jack Lang
Fidel ! Fidel ! Mais qu’est-ce qui s’est passé avec Fidel ? Demain était une promesse. Fidel ! Fidel ! L’épée de Bolivar marche dans le ciel. Jean-Luc Mélenchon
Avec la mort de Fidel Castro disparait  une énorme figure de l’histoire moderne, de l’indépendance nationale et du socialisme du XXe siècle. De la construction d’un système de santé et d’éducation de premier ordre à l’impressionnant bilan de sa politique étrangère, les réalisations de Castro ont été nombreuses. Malgré tous ses défauts, le soutien de Castro à l’Angola a joué un rôle crucial pour mettre fin à l’Apartheid en Afrique du Sud et il restera dans l’histoire comme à la fois un internationaliste et un champion de la justice sociale. Jeremy Corbyn
Sometimes I wonder if Jeremy Corbyn even knows what he’s saying half the time. So often, he appears to be operating on some kind of 1980s student-union auto-pilot. But this is no joke. The latest example of Corbyn’s arrested development is the most serious yet. We now have to recognise that a major political party in Britain is being led by a teenage romantic revolutionary who just happens to be in his sixties. Martin Bright
L’appareil de propagande de l’organisation terroriste Daech a diffusé une séquence vidéo mettant en scène un terroriste parlant français, qui appelle ceux qu’il a été convenu d’appeler les loups solitaires de l’organisation, de perpétrer des attaques au couteau et de poignarder les gens au hasard dans les lieux de grande affluence, dans les capitales et villes des pays qui participent à la coalition qui combat Daech au moyen orient. La vidéo appelle les éléments terroristes à se contenter des attaques à l’arme blanche et à ne pas s’encombrer des attaques aux armes lourdes. C’est, apparemment, ce qu’a décidé de faire l’homme qui a attaqué le campus d’Ohio, ce lundi. Tunisie numérique
Notre volonté, c’est qu’au terme de ses études, chaque étudiant du secondaire ait au minimum été confronté à l’histoire de la colonisation et de la décolonisation au Congo. Mais aussi à celle d’un autre pays ‘à la carte’, en fonction du public scolaire. Catherine Moureaux (députée PS Molenbeeck, Belgique)
Obama will be remembered by historians as the man who turned over the White House to Donald Trump, the man who let Putin unleash the forces of Hell in Syria and Ukraine, and the man who honored European values but made the world steadily less safe for them. That Putin took the occasion of Obama’s final tour to open a wide new air offensive in Syria and withdraw from the ICC even as his allies celebrated victories in Estonia, Moldova and Bulgaria only underlines what a foreign policy disaster the 44th President has been. Many world leaders like Obama; some pity him; few respect him as a leader (rather than as a man); none fear him. Most are too busy coping with the consequences of his failures to spend a lot of time thinking about him at this point in his presidency. Even Germany, whose cheering crowds once greeted Obama as an enlightened internationalist in the mold of John F. Kennedy, has gradually lost faith in the President.The early signs of struggle and factionalism in the Donald Trump transition, meanwhile, are leading many foreigners to suppose that the next American President will be another inconsequential bumbler. We must hope that they are wrong; not even the power of the United States can survive a long string of failed Presidents unscathed. Walter Russell Mead
Une statistique plus brutale marque pourtant mieux que les autres la marque de fabrique du vote républicain. C’est le vote du white male, de l’homme blanc. Seuls 37 % d’entre eux ont voté pour Kerry, contre 62 % pour Bush, un écart considérable qui est près du double de celui enregistré pour les femmes blanches. Bill Clinton avait lancé le concept des soccer moms, ces femmes qui emmènent leurs enfants au soccer(football au sens où nous l’entendons, mais qui est plus chic aux Etats-Unis que le football américain) et qui votent démocrate. Bush capture le vote du nascar dad, qu’on pourrait traduire par le « papa-bagnole, qui se passionne pour les courses automobiles d’Indianapolis et de Daytona. Dans le langage des stratèges électoraux, les nascar dads sont les électeurs mâles, sans études supérieures, qui votaient jadis pour les démocrates et votent désormais pour les républicains. Grâce au Watergate et à la diffusion des enregistrements faits à la Maison Blanche, on sait que Nixon avait clairement saisi l’opportunité de rallier à la cause républicaine les cols bleus choqués par Woodstock et autres manifestations du « déclin de la civilisation occidentale ». C’est Reagan qui pousse à son paroxysme cette capture du vote ouvrier, dont Bush junior récolte les fruits bien mieux que son père. Dans un article publié par la New York Review of Book, « The White Man Unburdened », l’homme blanc privé de son fardeau, l’écrivain Norman Mailer faisait la liste de tout ce que l’homme blanc a perdu au cours des trente dernières années : son statut, son salaire, son autorité, ses athlètes (blancs) préférés…, pour expliquer le ralliement à la guerre irakienne de Bush (voir aussi le texte d’Arlie Hochschild « Let them eat war » sur tomdispatch.com). Il n’est pas besoin d’une longue démonstration pour voir apparaître, derrière un langage différent (la religion, le droit au port d’armes…), les mêmes traits qui ont expliqué en France le vote ouvrier en faveur de Le Pen. Loin d’apparaître comme un continent bizarre, si loin désormais de l’Europe, l’Amérique est soumise à un processus identique. Les mots pour le dire ne sont pas les mêmes, mais c’est le même désamour entre la gauche et la classe ouvrière qui s’est joué des deux côtés de l’Atlantique, qui marque dans les deux cas l’aboutissement d’un long processus de déracinement du monde ouvrier. Daniel Cohen
Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances (…) la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. Laurent Bigorgne (Institut Montaigne)
La vérité qui dérange, (…) c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte. L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale. (…) Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits. (…) Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes. Arnaud Leparmentier (Le Monde)
Les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile. Matthew B. Crawford (Esprit, octobre 2016)
La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet. Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global. L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant… Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ». C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. Bruno Latour
Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter. On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche. Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis. En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné. Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord. Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui. L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat. Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent. Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise.(…) L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé. Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ». Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple. (…) On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas. Michel Guerrin
If progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. Kevin D. Williamson
L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016). Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf. D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011). Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus. Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ? Drieu Godefridi
Nous sommes devenus habités par l’idée que nous ne sommes pas des citoyens qui ont été modelés par un certain nombre de pratiques et de traditions que nous chérissons parce que nous sommes membres d’un Etat qui est notre maison. Nous nous voyons plutôt comme les porteurs de telle ou telle identité, qui serait la seule chose importante à dire sur nous. Si l’on suit ce chemin, le but de l’Etat n’est plus d’être le médiateur des intérêts des citoyens, mais le distributeur de ressources basées sur ce qui vous est dû, en raison de votre identité. (…) Si vous êtes afro-américain, ne mentionnez pas s’il vous plaît  que vous croyez en Dieu et allez à l’église; la politique de l’identité ne laisse aucune place au christianisme – bien qu’elle s’incline devant une pureté imaginaire de l’islam. Femmes? Vous pouvez avoir des craintes sur la façon dont la prolifération des «identités» de genre pèse sur votre lutte unique pour équilibrer et pour donner un sens aux exigences conflictuelles de la vie familiale et professionnelle. Vous ne devez cependant rien dire. Toute identité de genre imaginée doit être respectée. Vous pensiez que vous étiez spéciales, mais vous ne l’êtes pas. Nous vivons dans un monde où tout est possible. Quiconque parle de limites, de contraintes, est «phobique» d’une manière ou d’une autre. L’esprit bourgeois qui a construit l’Amérique, l’intérêt de gagner beaucoup d’argent, d’avoir «réussi», de prendre des risques – avant tout la force de l’âme nécessaire pour affronter l’échec et revenir plus fort – sont méprisés. Personne n’ose parler dans un monde politiquement correct. Les sentiments pourraient être blessés; les gens peuvent se sentir «mal à l’aise». Les avertissements de contenus sensibles et les «espaces sûrs» occupent notre attention. La tâche dans le monde hautement chorégraphié de la «politique de l’identité» n’est pas de durcir mais de domestiquer. Pas de combats. Pas d’insultes auxquelles nous répondons avec force et confiance en soi et assurance. Même par le rire! Partout: les protections rendues possibles par le Grand Protecteur – l’Etat – car nous ne pouvons pas nous montrer à la hauteur de l’occasion. La grandeur importe; si nous voulons l’avoir, personnellement et en tant que pays, nous devons rejeter le discours politiquement correct qui, en nous protégeant de la souffrance, fait de nous sa victime à perpétuité. Sur chacune de ces questions – les frontières, l’immigration, l’intérêt national, l’esprit d’entreprise, le fédéralisme et le discours politiquement correct – Hillary Clinton répond avec la novlangue de « la mondialisation et de la politique de l’identité », le langage qui nous a donné un monde qui est à présent épuisé, vicié et irrécupérable. C’est contre ce genre de monde que les citoyens se révoltent. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Grande-Bretagne. Les idées de «mondialisation» et de «politique de l’identité» qui nous ont fascinés après la guerre froide appartiennent maintenant à la poubelle de l’histoire. La question, plus importante que la question des personnalités de Hillary Clinton et de Donald Trump, est de savoir si nous aurons une nouvelle administration qui les autorise et essaie de résoudre nos problèmes à travers leur objectif. Joshua Mitchell
One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals. (…) the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.) When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”? This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs. (…) How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. (…) The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become. Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it. (…) To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms. Mark Lilla (Columbia)
The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly. For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman (…) For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable. Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing (…) This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency. Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else? (…) I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office? But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups. Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody (…) Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them. (…) Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own. Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.” U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. » I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.  But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.” If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell. The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.  
La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable. Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains. La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant. (…) L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain. (…) La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc. Guy Millière

Et si pour une fois c’était les peuples qui avaient vu juste ?

A l’heure où après les avertissements des peuples qu’ont constitué, coup sur coup et contre tous les pronostics, les résultats du référendum britannique comme du véritable plébiscite de Trump ou de Fillon

Et la confirmation du véritable désastre qu’auront été, entre abandon criminel du Moyen-Orient et campagne aussi insignifiante que futile pour le mariage ou les toilettes pour tous, les politiques complètement déconnectées du réel de nos Obama, Hollande ou Merkel …

Nos donneurs de leçons en rajoutent sur l’incompétence du président-élu américain et, à défaut de pouvoir changer le peuple, appellent des deux côtés de l’Atlantique à contester dans la rue le résultat des urnes  …

Et qu’entre première présentatrice de télévision voilée au Canada et première candidate à l’élection de Miss America en burkini (ou était-ce homosexuelle ?) …

Ou entre deux attaques à la voiture-bélier ou pyromanes de nos chers réfugiés – pardon – loups solitaires auto-radicalisés via les consignes numériques de l’Etat islamique  …

Nos médias et nos élus (à quand après les cours islamiques  anglaises, les cours d’histoire aménagée selon l’origine des élèves ?) continuent à coup de « premières » leur matraquage multiculturaliste …

Devinez qui parmi l’ensemble des dirigeants de la planète …

Contre l’incroyable déni et auto-aveuglement de toute une génération d’élites nourries au petit lait de la mondialisation et de l’identité heureuses …

Et les tomberaux d’hommages qui ont salué la mort d’un des plus notoires dictateurs de la planète  ..

Aura eu le courage – ou le simple bon sens – d’appeler un chat un chat !

Fidel Castro, criminel contre l’humanité
Guy Millière

Dreuz

29 novembre 2016

La réaction de Barack Obama, l’islamo-gauchiste encore présent à la Maison Blanche, au moment de l’annonce du décès de Fidel Castro a été digne d’un disciple de Fidel Castro : prétendre tendre la main au peuple cubain tout en évoquant le statut “historique” d’un abject dictateur est méprisable.

Le peuple cubain souffre sous le joug totalitaire depuis près de six décennies et lui tendre la main ne passe pas par l’évocation du statut “historique” du principal responsable de la souffrance subie. La réaction de Donald Trump a été infiniment plus digne, et a été celle d’un vrai Président des Etats Unis. Donald Trump a appelé le dictateur par son nom de dictateur, a rappelé ses multiples crimes, et a dit souhaiter la liberté pour les Cubains.

La presse internationale, tout particulièrement en France, a, de manière générale, usé de mots élogieux pour décrire le mort. Elle continue, ce qui n’est pas étonnant.

Il faut donc le souligner une fois de plus.

Fidel Castro a été un dictateur féroce, dès son arrivée au pouvoir en 1959. Il s’est emparé de Cuba par la force des armes, y a installé un régime destructeur et barbare à la solde de l’Union Soviétique (et je le souligne : d’emblée à la solde de l’Union Soviétique). Il a fait assassiner des milliers d’opposants, en usant au commencement d’un exécuteur des basses oeuvres cruel et sadique appelé Ernesto Che Guevara, parti ensuite pratiquer le terrorisme en Afrique et en Amérique latine. Il a ravagé une économie qui, avant lui, était prospère, a provoqué une chute vertigineuse du niveau de vie du pays, aboli toutes les libertés, suscité l’exode de centaines de milliers de Cubains vers les Etats-Unis, volé des propriétés immobilières et des entreprises par centaines, transformé l’île en une grande prison.

Il faut le rappeler, Fidel Castro a failli provoquer une guerre mondiale en octobre 1962 quand il a accepté (ce qui était logique puisqu’il était un agent soviétique) l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba, missiles braqués vers les Etats Unis en un temps où l’Union Soviétique affichait ses intentions destructrices vis-à-vis de la principale puissance du monde libre. Fidel Castro a demandé explicitement à l’époque à l’Union Soviétique d’utiliser les missiles nucléaires installés à Cuba pour détruire les Etats-Unis. Nikita Khrouchtchev a refusé.

Il faut le rappeler aussi, Fidel Castro est le seul et unique responsable de la rupture de toute relation commerciale ou autre entre Cuba et les Etats-Unis. A l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir, les Etats-Unis ont eu une attitude neutre, voire positive, vis-à-vis du nouveau régime : l’antipathie est vite venue, avec les exécutions sommaires, l’instauration de la dictature, la confiscation de toutes les entreprises américaines, la transformation de l’île en base soviétique.

Et il faut le dire : l’absence de toute relation entre Cuba et les Etats-Unis n’a jamais empêché Cuba sous Castro de commercer avec le reste du monde. La ruine économique de Cuba a une cause et une seule : la destruction de l’économie de marché et des structures de production du pays par des criminels sanguinaires, incompétents, vicieux, et méprisants envers l’être humain. Des gens tels qu’Hugo Chavez au Venezuela ou Jean-Luc Mélenchon s’il arrivait au pouvoir en France. Le crétin de l’Elysée, après avoir qualifié (comme Obama) Fidel Castro de grande figure historique, a incriminé l’embargo américain. Il aurait mieux fait d’incriminer les causes de la ruine de Cuba et de demander comme Trump un retour à la liberté à Cuba, mais le crétin en question étant socialiste, ce serait trop lui demander.

Il faut le dire : l’expédition de la Baie des Cochons fut une expédition libératrice qui aurait pu permettre au peuple cubain de retrouver la liberté face à la férocité qui s’abattait déjà sur lui. Elle a échoué à cause de la pusillanimité de John Kennedy, qui a retiré aux forces cubaines libres les moyens logistiques et l’appui qui leur avait été promis, cela au moment même où elles débarquaient. Si John Kennedy n’était pas mort à Dallas en 1963, le monde aurait fini par s’apercevoir qu’il était, outre un obsédé sexuel, un mauvais Président. Les Cubains de Floride se souviennent et savent que les démocrates sont, en général, des traîtres.

Il faut l’ajouter : le discours qui imprègne les grands médias aujourd’hui disant que, sous Battista, Cuba était un lieu de débauche et de prostitution est particulièrement infect. Cuba sous Battista avait un niveau de vie équivalent à celui de l’Italie de l’époque, et La Havane était une ville de casinos où la prostitution existait, une sorte de Las Vegas tropical. Des clubs de vacance existaient, les salaires allaient aux employés. Ces dernières années, quand les frères Castro ont eu besoin d’argent, des clubs de vacance ont ouvert, les salaires sont versés par les entreprises qui ont ouvert les clubs au gouvernement cubain, qui donne une pitance (20 dollars) équivalant à deux pour cent des salaires aux employés cubains utilisés, qui n’ont pas l’autorisation de ramener de la nourriture jetée dans les poubelles des clubs à leurs familles qui crèvent de faim. Les jeunes filles se prostituent pour un prix modique parce qu’elles crèvent de faim elles aussi.

Il faut l’ajouter : Fidel Castro n’a rien apporté au peuple cubain, sinon la souffrance et la mort. La médecine cubaine pour les Cubains est digne de celle du pire pays du tiers-monde (même les médicaments de base tels l’aspirine sont rationnés) tandis que des hôpitaux traitent, pour des sommes élevées de riches clients étrangers, tous les bénéfices allant au régime. Cuba était un pays très alphabétisé avant Castro, la différence est que l’alphabétisation désormais est totalement imprégnée de propagande léniniste monolithique.

L’ »ouverture” voulue ces dernières années par le pape François, pratiquée par Barack Obama, et, aussi, par le crétin de l’Elysée, est une façon de renflouer les caisses de la dictature, sans que rien n’ait changé aux pratiques de la dictature : c’est donc une assistance à dictature en danger, et un crime supplémentaire contre le peuple cubain.

La joie des Cubains de Floride est très logique et pleinement légitime. Les Cubains encore à Cuba ne peuvent exprimer la moindre joie sans risquer d’avoir à le payer cher.

La nostalgie de ceux qui parlent de Fidel le “révolutionnaire” est obscène : mais les gens de gauche sont souvent obscènes et n’ont aucun sens des valeurs éthiques les plus élémentaires. Ils marchent chaque jour sur des millions de cadavres suppliciés. Ils détestent Trump, élu démocratiquement, mais admirent l’assassin Fidel Castro comme ils ont admiré tant d’autres assassins : Lénine, Ho Chi Minh, Arafat, etc.

Que les cendres de Fidel Castro soient destinées à reposer là où se trouve la sépulture de José Marti, qui était un libéral, un démocrate, un défenseur de la liberté de parole, et qui est mort lors de la décolonisation de Cuba, menée grâce aux Etats-Unis en 1895, est une insulte à la mémoire de José Marti, dont Fidel Castro a piétiné l’héritage.

Voir aussi:

 While others fawn, Trump buries Castro with the truth

The death of Fidel Castro was the first foreign policy test for President-elect Donald Trump and he acquitted himself brilliantly.

For anyone who thought that his tough talk was just campaign bluster, witness the incredibly strong statement made about the bloody Cuban strongman:

Today, the world marks the passing of a brutal dictator who oppressed his own people for nearly six decades. Fidel Castro’s legacy is one of firing squads, theft, unimaginable suffering, poverty and the denial of fundamental human rights.

While Cuba remains a totalitarian island, it is my hope that today marks a move away from the horrors endured for too long, and toward a future in which the wonderful Cuban people finally live in the freedom they so richly deserve.

For those of us used to President Barack Obama’s bland, milquetoast amorality on world affairs, and his practiced refusal to condemn evil, Trump’s words are a breath of fresh air and, God willing, portend a new American foreign policy based on the American principles of holding murderers accountable.

Contrast Trump’s words with Obama’s perfection in saying absolutely nothing:

Today, we offer condolences to Fidel Castro’s family, and our thoughts and prayers are with the Cuban people. For nearly six decades, the relationship between the United States and Cuba was marked by discord and profound political disagreements.

During my presidency, we have worked hard to put the past behind us, pursuing a future in which the relationship between our two countries is defined not by our differences but by the many things that we share as neighbors and friends — bonds of family, culture, commerce, and common humanity.

This neutral nonsense betrays a cowardly refusal to condemn Castro as a tyrant. Most memorable is President Obama’s unique ability to make Castro’s death about himself and his own presidency.

Perhaps President Obama forgot that he is leader of the free world and could have used the death of a dictator to say something about the importance of human liberty and human rights. But why, after eight years of Obama cozying up to Erdogan of Turkey and, worse, Ayatollah Khameini of Iran, should we expect anything else?

Indeed, his Secretary of State John Kerry, whose tenure has been distinguished by near-total capitulation to Iran, the world’s foremost state sponsor of terrorism, said of Castro: « We extend our condolences to the Cuban people today as they mourn the passing of Fidel Castro … He played an outsized role in their lives, and he influenced the direction of regional, even global affairs.”

I’d be outraged if I were not already asleep.

I have long said that President Obama’s greatest failure as a leader is his refusal to hate and condemn evil. Could there be any greater confirmation than this, and just six weeks before he leaves office?

But while Trump distinguished himself as a leader prepared to bravely express his hatred of evil, virtually every other world leader followed President Obama instead, disgracing themselves to various degrees. I put them in three categories: brownnosers, appeasers, and suckups.

Taking the pole position of brown-noser-in-chief is Canadian Prime Minister Justin Trudeau. His obsequiousness to the murderous Castro was so great that it read like parody:

“Fidel Castro was a larger than life leader who served his people for almost half a century.” Trudeau added that Castro was “Cuba’s longest serving President.”

Notice that Castro “served” rather than ruled, and that he was “President” and not « dictator.”

But Trudeau’s just getting started.

“While a controversial figure, both Mr. Castro’s supporters and detractors recognized his tremendous dedication and love for the Cuban people who had a deep and lasting affection for ‘el Comandante…” He continued. Castro was “a legendary revolutionary and orator” and that his death at 90 had brought him “deep sorrow.”

Here you have the leader of one of the Western world’s greatest democracies saying that an autocrat who murdered his people and ruled over them with an iron fist was loved by them.

As an American who loves Canada and has the privilege of hosting a national TV show there, “Divine Intervention,” I am embarrassed for the good people of Canada.

Trudeau’s revolting comments were rightly exposed by Senator Marco Rubio as “shameful and embarrassing,” and by Senator Ted Cruz as “slobbering adulation.”

Then there are the appeasers, those world leaders with no backbone, and who have probably set their sights on their countries opening up a beach resort in Cuba, or who will use Castro’s crimes to cover up their own.

Bashar Assad of Syria, a man better known for gassing Arab children than writing eloquent eulogies said, “The name Fidel Castro will remain etched in the minds of all generations, as an inspiration for all the peoples seeking true independence and liberation from the yoke of colonization and hegemony.”

U.N. Secretary-General Ban Ki Moon, a man who never met a dictator he couldn’t coddle, expressed how « at this time of national mourning, I offer the support of the United Nations to work alongside the people of the island. »

I would never have thought Vladimir Putin of Russia a suckup, but how else to explain hailing Fidel Castro as a « wise and strong person » who was « an inspiring example for all countries and peoples.” Kind of stomach-turning.

But perhaps the most disappointing comment came from Pope Francis who sent a telegram to Raúl Castro: « Upon receiving the sad news of the passing of your beloved brother, the honorable Fidel Castro … I express my sadness to your excellency and all family members of the deceased dignitary … I offer my prayers for his eternal rest.”

If there is any spiritual justice in the world the only place Castro will rest is in a warm place in Hell.

The Pope, to whom so many millions, including myself, look to for moral guidance, on this occasion can look to the president-elect of the United States for the proper response in the confrontation with evil.

Boteach, “America’s Rabbi,” whom the Washington Post calls “the most famous Rabbi in America,” is founder of The World Values Network and is the international best-selling author of 31 books, including “The Israel Warrior,” which has just been published. Follow him on Twitter @RabbiShmuley.

Voir encore:

Fidel Castro: A Litmus Test Of American Political Thinking

Paul Roderick Gregory

Miami residents celebrate the death of Fidel Castro on November 26, 2016 in Miami, Florida. Cuba’s current President and younger brother of Fidel, Raul Castro, announced in a brief TV appearance that Fidel Castro had died at 22:29 hours on November 25 aged 90. (Gustavo Caballero/Getty Images)

Fidel Castro is dead at age 90. In power for more than a half century, his regime ruled the last planned socialist economy. (Unless we include quirky North Korea). In 1957, when Castro launched his Cuban revolution, Cuban GDP per capita equaled the Latin American average. On the day of Fidel’s death, it has fallen to less than half that average.  Over the fifty years of Castro’s communist rule, Cuba went from being among the more prosperous countries of Latin America to being among its poorest. When Fidel marched victoriously into Havana, it had fifty-eight national newspapers. Now it has six, all published by the Cuban communist party and its affiliates.

When Communism fell in the Soviet Union and Eastern Europe, advocates of Communism throughout the world shrugged. They argued that the Communist system is sound. The problem is that Communist countries have had the wrong leaders. Communist true believers, the world over, had to put their faith in Fidel and to hope that his example would spread Communism beyond Cuba’s shores – to countries like Venezuela and Nicaragua. Communist true believers looked at Fidel’s Cuba and praised its health-care and education systems, its income equality, and the fact that Cuba survived the U.S. embargo. They ignored the fact the Fidel remained in power thanks to repression of political opponents, his willingness to lose his most ambitious citizens as boat people to the US, and cheap oil as a client state of the USSR and then Venezuela.

Two decades back, only ten percent of Americans viewed Cuba favorably. On the day of Fidel’s death, more than half of Americans have a positive view of Cuba. The party divide is enormous: Three quarters of Democrats and one third of Republicans hold positive views of Cuba. In the 1960s, the New Left, with its ubiquitous Che posters, was enraptured by Castro and the Cuban model. More recent assessments by socialists fret that Cuba is not striving for a true form of socialism.

The American Left views Fidel as a veteran, battle-scarred in his battle against a US imperialism, bent on Cuba’s destruction. Despite all these obstacles, as stated by Bernie Sanders in 1985, people “forget that Castro educated their kids, gave their kids healthcare, and totally transformed society” in a “revolution of values.” The American Right sees Fidel’s Cuba as an oppressive one-party state that permits no dissent. It is managed by a regime that has run the economy into the ground, despite accomplishments in education and health care. Equality in Cuba means an equal right to poverty.

An oppressive dictator who imprisons opponents and forces his best-and-brightest to flee or a heroic leader thumbing his nose in the face of the global hegemon while providing his people with education and health, one thing is clear:  The Castro planned socialist economy has doomed the Cuban people to lives of poverty. If Cuba had simply matched the lackluster performance of Latin America, the Cuban people would have double the living standard they have today.

The rise in favorable American opinion about Cuba, especially among Democrats, reflects the leftward tilt of their thinking, and a naïve belief, as expressed by the Sanders campaign, that Democratic Socialism is possible. If so, let them give one real-world example, and not the phony Scandinavian model. Fidel knew otherwise and did not tinker with democracy, and he died in power. Gorbachev did not, and he was unceremoniously dumped from power. I imagine Raul Castro is aware of these facts.

Voir également:

The death of Fidel Castro is the perfect Rorschach test for our times.

Ryu Spaeth

The New Republic

November 26, 2016

What you thought of Castro, who died at the age of 90 on Friday, has always been a reflection of your politics, your nationality, and your age. He was a hero of the revolutionary left in Latin America, proving that a ragtag band of guerrillas could overthrow the Western Hemisphere’s hegemon. He was a communist stooge to the American officials who repeatedly tried to kill him, presiding over an outpost of the Soviet Union just off the coast of Florida. To Cubans themselves he was a dictator who impoverished the country, jailed and killed thousands of dissidents, and stripped citizens of their basic rights. And to those who came of age in the post-Cold War era, he was simultaneously a retro figure on a T-shirt and a cranky old man in an Adidas tracksuit.

The disintegration of the post-Cold War order—culminating in Brexit in Great Britain and the election of Donald Trump in the United States—has been mirrored in the chaotic response to Castro’s death. Jeremy Corbyn, the leader of Britain’s Labour Party, hailed Castro as a “champion of social justice,” which is decidedly more sympathetic than anything Tony Blair might have said. Paeans have poured in from predictable quarters (Brazil’s Dilma Rousseff, herself a one-time revolutionary) and those less so (Canada’s Justin Trudeau, the scion of a former prime minister). In the United States, a Democratic president who ushered in a new relationship with Cuba largely based on free market liberalization is being succeeded by a Republican businessman who has threatened to roll back this progress for a “better deal.”

What Trump and Cuban President Raul Castro plan to do now is the ultimate question hanging over Cuba in the wake of Fidel’s death. So far, Trump has indicated nothing more than that he is aware of the news, which we can all agree, even in these divided times, is a good start.

Voir encore:

Drieu Godefridi
Dreuz Info
24 novembre 2016
Le 8 novembre 2016 est une date historique. Elle marque l’accession prochaine à la présidence des Etats-Unis d’un homme, Donald J. Trump, qui, après le Brexit, incarne le surgissement sur la scène politique et culturelle occidentale d’une force nouvelle : les classes moyennes.

Ne sont-ce pas les classes moyennes qui, par définition, dominent la scène depuis les Trente Glorieuses ? Certes, mais la spécificité de la situation actuelle est que ces « gens ordinaires » que désigne le sociologue canadien Mathieu Bock-Côté se comportent désormais de façon politiquement cohérente. Avec une solidarité, une conscience de classe, comme disent les marxistes. Bref, elles votent en masse et en tant que telles.

« La démocratie est lente », constatait le communiste espagnol Denis Fernandez Récatala. De la survenance d’un problème à sa résolution par le mode démocratique — appropriation de la problématique par un parti, accession de ce parti au pouvoir, mise en œuvre d’une politique — s’écoulent souvent de longues années. Particulièrement lorsque le diagnostic est lui-même disputé.

Toutefois, certaines réalités économiques et culturelles sont devenues si prégnantes qu’elles ne peuvent plus être niées. Je soutiens que la révolte des classes moyennes occidentales est le fruit de la détérioration de ses conditions d’existence, dont les motifs sont similaires des deux côtés de l’Atlantique.

La taxation, dans nos pays, est confiscatoire. Depuis 1945, la part de richesse prélevée par l’Etat n’a cessé de croître. Même s’ils ignorent l’aphorisme de Frédéric Bastiat selon lequel « L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde », les citoyens « sentent » que le système tourne à leurs dépens. Que l’Etat, pour octroyer telle prime, tel encouragement ou service, perçoit un impôt plus lourd que ne le serait le prix du service sans son intervention, car il doit rémunérer une pléthore d’agents, de partenaires et de clientèles. Cette réalité est d’autant moins tolérée qu’elle s’inscrit dans le contexte d’un « capitalisme de connivence » qui compense, avec l’argent des contribuables, et à coup de dizaines de milliards, les pertes abyssales d’un secteur financier dont les bénéfices sont privés.

Ayant payé son écot — de 50 à 65% de ses revenus, dans la plupart de nos pays — le citoyen dispose d’un capital résiduel. Ce capital, en principe il en use à sa guise, car nos régimes restent fondés sur le principe de l’autonomie de la volonté. Mais seulement en théorie. Car, à chaque instant le citoyen doit louvoyer et se glisser sous les clôtures électrifiées de normes toujours plus nombreuses. La gauche culturelle a longtemps soutenu, jusqu’à nos jours, que nous évoluons dans un univers capitaliste « dérégulé », dont la généalogie remonterait au règne de M. Reagan et de Mme Thatcher. Rien n’est plus faux. Que l’on regarde les chiffres de la production législative et réglementaire — disons normative — dans les pays européens et aux Etats-Unis, et l’on verra qu’aucun individu dans l’histoire de l’humanité ne s’est trouvé aussi étroitement sanglé de normes. L’Occidental est tel un Gulliver auquel on donne la liberté en titre, mais que l’on paralyse par mille liens. Ce n’est pas le lieu de produire des chiffres — je le ferai dans une étude comparative et historique à paraître — contentons-nous de relever que la France produit autant de normes chaque année que durant les cinq cent années qui vont du 13e siècle de Saint-Louis à la révolution de 1789. À ce formidable magma normatif en croissance exponentielle, vient encore s’agglutiner l’épaisse gangue des régulations que sécrètent les institutions européennes. Outre son caractère anti-économique, cette prolifération normative contraint, force et entrave les citoyens jusque dans les détails infimes et intimes de leur vie quotidienne.

La fiscalité et l’hyperinflation normative s’aggravent de la dégradation urbaine et scolaire. L’immigration massive ayant été érigée en dogme moral et en nécessité économique, les classes moyennes occidentales ont vu surgir au sein de leurs villes, de leurs quartiers et de leurs écoles, parfois jusqu’à les dominer, des populations dont la culture est certes respectable mais, dans le cas de l’islam, radicalement distincte de la leur, dans son rapport aux femmes, à la liberté de conscience, à la démocratie. Cette immigration, dans la réalité des faits, n’est pas choisie, mais subie. Quand, après trente années de ce régime migratoire, les mêmes « gens ordinaires » constatent que des candidats à la migration se pressent toujours plus nombreux à leurs frontières, ils se posent légitimement la question de la perpétuation de leur mode de vie. Comment s’étonner que le dogme de l’immigration anarchique soit rejeté ? Cela indépendamment de la question du terrorisme (alors qu’il est par exemple établi que dix des douze auteurs des effroyables attentats de Paris, le 13 novembre 2015, se sont inflitrés en Europe comme migrants, cfr. Le Figaro, 12 novembre 2016).

Pour compléter la tableau, relevons la guerre culturelle qui est menée aux classes moyennes, sur la seule foi du sexe et de la couleur de la peau. Examinons les deux aspects de ce Kulturkampf.

D’abord, la théorie du genre, selon laquelle la distinction des sexes masculin et féminin est une invention culturelle (Judith Butler, Anne Fausto-Sterling). Au nom de cette idéologie, dans l’infini chatoiement de ses variétés académiques et médiatiques, des minorités sexuelles en sont venues à exiger l’éradication de la référence à l’hétérosexualité, vécue comme oppressive et stigmatisante. La revendication est de brouiller les genres, en les multipliant à l’infini, et de quitter la notion — statistiquement incontestable — de « normalité » hétérosexuelle. D’où ces polémiques, souvent émaillées de violences, pour décider de la question de savoir si les « queer » et transgenres peuvent, ou pas, accéder aux vestiaires sportifs, scolaires et toilettes de leur sexe biologique, ou de leur sexe choisi, ou les deux, et comment vérifier ? Des parents se posent légitimement la question de savoir si leur petite fille de six ou sept ans risque de croiser dans les toilettes une « femme » de 45 ans avec ce que l’on appelait autrefois un sexe masculin entre les jambes. Se fédère à ces polémiques l’hostilité de principe témoignée au garçon hétérosexuel, institué en dépositaire de la sexualité « du passé », ce qui justifie qu’il soit rééduqué dès la plus tendre enfance — à l’école —, discriminé lors de son entrée éventuelle à l’université, et que le moindre de ses gestes et paroles soit justiciable des tribunaux. Cette guerre du genre est menée avec autant d’âpreté que d’efficacité : la grande majorité des diplômés de l’enseignement supérieur américain et européen sont des femmes, et la réalité biologique de la binarité sexuelle est battue en brèche jusque dans nos textes de loi (Convention d’Istanbul, Conseil de l’Europe, 2011).

Vient enfin la résurgence du racisme. D’abord, il y eut le discours anti-raciste, réprouvant le rejet d’une personne sur la seule foi de sa race. L’écrasante majorité des Occidentaux ont acquiescé à ce discours. Toutefois une rhétorique subtile s’est enclenchée, particulièrement dans des pays comme les Etats-Unis et la France, jusqu’à permettre, puis encourager, la mise en accusation des populations blanches. Ainsi des « safe spaces » se sont-ils multipliés sur les campus américains, c’est-à-dire des espaces réservés aux minorités, pour leur permettre de se soustraire à la présence réputée suffocante des Américains « caucasiens ». Dit autrement, les étudiants blancs se voient refuser l’accès de certaines zones du campus sur la seule foi de la couleur de leur peau. Paradoxal retournement d’un discours anti-raciste qui en vient à légitimer, souvent par la violence, des pratiques racialistes au sens strict. Ainsi du discours sur le « white privilege », soit l’idée qu’un Américain blanc est privilégié du seul fait de la couleur de sa peau, quels que soient ses origines et milieu social, et que la loi doit donc discriminer en sa défaveur, toujours sur la seule foi de la couleur de sa peau. Considérons ce répertoire de journalistes récemment créé sous l’égide du gouvernement francophone belge, dont l’objet est d’inclure d’une part les femmes, d’autre part les « hommes et femmes issus de la diversité », ce qui exclut qui ? Les hommes blancs, avec pour seul critère la couleur de leur peau. Racisme, vous avez dit proto-fascisme ? Qui ne voit que ces discours et pratiques reposent sur les notions de responsabilité raciale collective, et de responsabilité à travers les âges, soit très exactement les concepts qui ont, de tout temps, fondé l’antisémitisme, comme Sartre l’a montré dans ses Réflexions sur la question juive ? Ce racisme au nom de l’anti-racisme, les classes moyennes occidentales n’y consentent plus.

Il est à noter que cette guerre sexuelle et racialiste menace les gens ordinaires, non seulement dans leurs conditions d’existence (impôt, normes, quartiers), mais dans leur être naturel (sexe, couleur de la peau). Qu’un rejet radical — une révolution, selon Stephen Bannon, éminence grise du nouveau président américain — se dessine, est-ce surprenant ?

Tels sont les facteurs dont la conjugaison explique, selon moi, à la fois la détérioration des conditions de vie des classes moyennes occidentales, et leur révolte politique.

Voir de même:

The End of Identity Liberalism
Mark Lillanov
The New York Times
Nov. 18, 2016

It is a truism that America has become a more diverse country. It is also a beautiful thing to watch. Visitors from other countries, particularly those having trouble incorporating different ethnic groups and faiths, are amazed that we manage to pull it off. Not perfectly, of course, but certainly better than any European or Asian nation today. It’s an extraordinary success story.

But how should this diversity shape our politics? The standard liberal answer for nearly a generation now has been that we should become aware of and “celebrate” our differences. Which is a splendid principle of moral pedagogy — but disastrous as a foundation for democratic politics in our ideological age. In recent years American liberalism has slipped into a kind of moral panic about racial, gender and sexual identity that has distorted liberalism’s message and prevented it from becoming a unifying force capable of governing.

One of the many lessons of the recent presidential election campaign and its repugnant outcome is that the age of identity liberalism must be brought to an end. Hillary Clinton was at her best and most uplifting when she spoke about American interests in world affairs and how they relate to our understanding of democracy. But when it came to life at home, she tended on the campaign trail to lose that large vision and slip into the rhetoric of diversity, calling out explicitly to African-American, Latino, L.G.B.T. and women voters at every stop. This was a strategic mistake. If you are going to mention groups in America, you had better mention all of them. If you don’t, those left out will notice and feel excluded. Which, as the data show, was exactly what happened with the white working class and those with strong religious convictions. Fully two-thirds of white voters without college degrees voted for Donald Trump, as did over 80 percent of white evangelicals.

The moral energy surrounding identity has, of course, had many good effects. Affirmative action has reshaped and improved corporate life. Black Lives Matter has delivered a wake-up call to every American with a conscience. Hollywood’s efforts to normalize homosexuality in our popular culture helped to normalize it in American families and public life.

Have you changed anything in your daily life since the election? For example, have you tried to understand opposing points of view, donated to a group, or contacted your member of Congress? Your answer may be included in a follow up post.

But the fixation on diversity in our schools and in the press has produced a generation of liberals and progressives narcissistically unaware of conditions outside their self-defined groups, and indifferent to the task of reaching out to Americans in every walk of life. At a very young age our children are being encouraged to talk about their individual identities, even before they have them. By the time they reach college many assume that diversity discourse exhausts political discourse, and have shockingly little to say about such perennial questions as class, war, the economy and the common good. In large part this is because of high school history curriculums, which anachronistically project the identity politics of today back onto the past, creating a distorted picture of the major forces and individuals that shaped our country. (The achievements of women’s rights movements, for instance, were real and important, but you cannot understand them if you do not first understand the founding fathers’ achievement in establishing a system of government based on the guarantee of rights.)

When young people arrive at college they are encouraged to keep this focus on themselves by student groups, faculty members and also administrators whose full-time job is to deal with — and heighten the significance of — “diversity issues.” Fox News and other conservative media outlets make great sport of mocking the “campus craziness” that surrounds such issues, and more often than not they are right to. Which only plays into the hands of populist demagogues who want to delegitimize learning in the eyes of those who have never set foot on a campus. How to explain to the average voter the supposed moral urgency of giving college students the right to choose the designated gender pronouns to be used when addressing them? How not to laugh along with those voters at the story of a University of Michigan prankster who wrote in “His Majesty”?

This campus-diversity consciousness has over the years filtered into the liberal media, and not subtly. Affirmative action for women and minorities at America’s newspapers and broadcasters has been an extraordinary social achievement — and has even changed, quite literally, the face of right-wing media, as journalists like Megyn Kelly and Laura Ingraham have gained prominence. But it also appears to have encouraged the assumption, especially among younger journalists and editors, that simply by focusing on identity they have done their jobs.

Recently I performed a little experiment during a sabbatical in France: For a full year I read only European publications, not American ones. My thought was to try seeing the world as European readers did. But it was far more instructive to return home and realize how the lens of identity has transformed American reporting in recent years. How often, for example, the laziest story in American journalism — about the “first X to do Y” — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.

But it is at the level of electoral politics that identity liberalism has failed most spectacularly, as we have just seen. National politics in healthy periods is not about “difference,” it is about commonality. And it will be dominated by whoever best captures Americans’ imaginations about our shared destiny. Ronald Reagan did that very skillfully, whatever one may think of his vision. So did Bill Clinton, who took a page from Reagan’s playbook. He seized the Democratic Party away from its identity-conscious wing, concentrated his energies on domestic programs that would benefit everyone (like national health insurance) and defined America’s role in the post-1989 world. By remaining in office for two terms, he was then able to accomplish much for different groups in the Democratic coalition. Identity politics, by contrast, is largely expressive, not persuasive. Which is why it never wins elections — but can lose them.

The media’s newfound, almost anthropological, interest in the angry white male reveals as much about the state of our liberalism as it does about this much maligned, and previously ignored, figure. A convenient liberal interpretation of the recent presidential election would have it that Mr. Trump won in large part because he managed to transform economic disadvantage into racial rage — the “whitelash” thesis. This is convenient because it sanctions a conviction of moral superiority and allows liberals to ignore what those voters said were their overriding concerns. It also encourages the fantasy that the Republican right is doomed to demographic extinction in the long run — which means liberals have only to wait for the country to fall into their laps. The surprisingly high percentage of the Latino vote that went to Mr. Trump should remind us that the longer ethnic groups are here in this country, the more politically diverse they become.

Finally, the whitelash thesis is convenient because it absolves liberals of not recognizing how their own obsession with diversity has encouraged white, rural, religious Americans to think of themselves as a disadvantaged group whose identity is being threatened or ignored. Such people are not actually reacting against the reality of our diverse America (they tend, after all, to live in homogeneous areas of the country). But they are reacting against the omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by “political correctness.” Liberals should bear in mind that the first identity movement in American politics was the Ku Klux Klan, which still exists. Those who play the identity game should be prepared to lose it.

We need a post-identity liberalism, and it should draw from the past successes of pre-identity liberalism. Such a liberalism would concentrate on widening its base by appealing to Americans as Americans and emphasizing the issues that affect a vast majority of them. It would speak to the nation as a nation of citizens who are in this together and must help one another. As for narrower issues that are highly charged symbolically and can drive potential allies away, especially those touching on sexuality and religion, such a liberalism would work quietly, sensitively and with a proper sense of scale. (To paraphrase Bernie Sanders, America is sick and tired of hearing about liberals’ damn bathrooms.)

Teachers committed to such a liberalism would refocus attention on their main political responsibility in a democracy: to form committed citizens aware of their system of government and the major forces and events in our history. A post-identity liberalism would also emphasize that democracy is not only about rights; it also confers duties on its citizens, such as the duties to keep informed and vote. A post-identity liberal press would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion. And it would take seriously its responsibility to educate Americans about the major forces shaping world politics, especially their historical dimension.

Some years ago I was invited to a union convention in Florida to speak on a panel about Franklin D. Roosevelt’s famous Four Freedoms speech of 1941. The hall was full of representatives from local chapters — men, women, blacks, whites, Latinos. We began by singing the national anthem, and then sat down to listen to a recording of Roosevelt’s speech. As I looked out into the crowd, and saw the array of different faces, I was struck by how focused they were on what they shared. And listening to Roosevelt’s stirring voice as he invoked the freedom of speech, the freedom of worship, the freedom from want and the freedom from fear — freedoms that Roosevelt demanded for “everyone in the world” — I was reminded of what the real foundations of modern American liberalism are.

Mark Lilla, a professor of the humanities at Columbia and a visiting scholar at the Russell Sage Foundation, is the author, most recently, of “The Shipwrecked Mind: On Political Reaction.”

Voir de plus:

An End of Identity Liberalism?
Kevin D. Williamson
The National review
November 27, 2016
Don’t count on it.
The New York Times, like Walt Whitman, contains multitudes and necessarily contradicts itself. In the Sunday edition there is an intelligent essay by Mark Lilla titled “The End of Identity Liberalism.” In the Times magazine is an essay by Alexander Fury asking “Can a Corset Be Feminist?” Lilla argues that the tiresomely omphaloskeptic identity politics of the contemporary Left is counterproductive, standing in the way of a genuine liberalism of principle and cosmopolitan broad-mindedness. He writes: “How often, for example, the laziest story in American journalism — about the ‘first X to do Y’ — is told and retold. Fascination with the identity drama has even affected foreign reporting, which is in distressingly short supply. However interesting it may be to read, say, about the fate of transgender people in Egypt, it contributes nothing to educating Americans about the powerful political and religious currents that will determine Egypt’s future, and indirectly, our own. No major news outlet in Europe would think of adopting such a focus.” If we were feeling generous, we could overlook the fact that such sterling progressives as Jonathan Chait began to question the value of identity politics right around the time that “Shut up, white man!” came to be accepted as an all-purpose response to columns by Jonathan Chait. Lilla’s understandably Europhilic column does not grapple with the demographic facts — that Switzerland is full of Swiss people and Mississippi isn’t — but his prescription for liberal reform is the right one, one that certainly would please conservatives even if it made no impression on the Left, which does not have very many liberals anymore. A liberal education system, Lilla writes, would acquaint students with the structures and dynamics of American government and prepare them for the duties of citizenship. A liberal press would take more than an “anthropological interest in the angry white male” and “would begin educating itself about parts of the country that have been ignored, and about what matters there, especially religion.” (Learning the elementary facts about firearms would be something, too.)
The most interesting and insightful part of Lilla’s essay is his argument that the right-leaning rural and small-town Americans are not in fact revolting against the fact of American diversity but against the “omnipresent rhetoric of identity, which is what they mean by ‘political correctness.’” That is exactly right. He ends with a salute to Franklin Roosevelt’s “Four Freedoms,” without getting into the messy fact that the Democratic party has declared open war on two of them — freedom of speech and freedom of worship — with Harry Reid’s Senate caucus having gone so far as to vote for repealing the First Amendment. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? How different is Alexander Fury’s essay on the corset, by comparison. Fury’s piece is the usual exercise in progressive moral panic: How should the right sort of people feel about corsets? (Kale? Juice cleanses? Whole Foods? Tesla automobiles?) The corset, Fury says, is not just another article of clothing, and one can feel a dreadful premonition of the abuse of the word “literally” before Fury gets around to writing it: “As opposed to merely transforming our perceptions of the figure, as with the padding and extensions of 18th-century pannier skirts, or the 19th-century bustle, the corset acted — and still acts — directly on the form, kneading and shifting flesh to literally carve out a new body for its wearer, no situps required.” We are all good liberals here, but I am confident that literally carving the human body remains a crime, even in New York. RELATED: Identity Politics Are Ripping Us Apart Fury’s version of things is the opposite of Lilla’s tolerant liberalism: To be the right sort of people, we must be feminists, and to be feminists, we must have opinions on . . . everything, and assign to the entirety of the universe moral gradations based upon the feminist position that all of the right sort of people must assume. Fury ultimately comes down as a corset libertarian: “A woman wearing a corset today is a symbol of empowerment, of sexual freedom, of control. She’s the one holding the laces, the one constructing her own femininity.” But the problem is less the answer than the question, and the question-begging — the identification of feminism with virtue and the hunt for heresy. More P.C. Culture Football and Fallacies Enemies of Language If You Need a Hotline to Handle Thanksgiving, Then You Actually Need to Get Over Yourself Lilla’s plea is probably doomed to fall upon deaf ears — or ears that are at the very least not listening. There is almost nothing that people enjoy so much as talking about themselves and all of the splendid ways in which they and their experiences are utterly unique, and it is very difficult to listen to others while talking about one’s self. Sir Richard Francis Burton wasn’t entirely wrong to conclude that “man never worshipped anything but himself.” But if progressives will not heed principle, then maybe they will heed arithmetic. Make identity politics the main operational model in a country that is two-thirds white and 50 percent or so male, and what do you expect? President-elect Trump might have some thoughts on that. — Kevin D. Williamson is the roving correspondent for National Review.

Voir encore:

After Globalism and Identity Politics
Joshua Mitchell
Providence
August 29, 2016

Since the end of the Cold War, America has been mesmerized by two ideas that have given hazy coherence to the post-1989 world: “globalism” and “identity politics.” Formidable political movements in America and in Europe, still raucous and unrefined, now reject both ideas. Political and intellectual elites dismiss these movements because they believe the post-1989 world as they have understood it is still intact, and that no thoughtful person could think otherwise. Hence, the only-dumb-white-people-vote-for-Trump trope.

The “globalization” idea has expressions on both the Left and Right: on the Left, the emphasis has been on so-called “global norms” and culture; on the Right, the emphasis has been on so-called “free-trade” and democracy promotion through military means. Both sides believe in the inevitability of their idea of globalization. We live, however, in a world of states. In that world, the movement of cultural information and material goods has not been free-flowing, and really can never be. Regulatory agencies within the state, often captured by corporations who by virtue of economies of scale can afford large back-office compliance staff, determine what comes in and what stays out. NAFTA is hundreds of pages long. TPP is thousands of pages long. The real beneficiaries of these arrangements are state regulators and large corporations. They will always be in favor of so-called “free trade.” They both gain; but American workers generally do not. Consumers get cheaper goods, but a chasm opens up between those who are in on the game and those who are not. Standards of living fall for all but the few. Government grows. Corporations get rich. What happens to everybody else?

“Globalization” suggests a world where states matter little. If states matter little, then citizenship matters little. To assist in this diminishment of the importance of the state, we have become enthralled by the idea that we are not citizens who have been encultured into a certain set of practices and traditions that we hold dear because we are legal members of a state in which we find our home. Rather, we are bearers of this or that “identity,” which is the only really important thing about us. With this idea, the purpose of the state shifts from mediating the interests of lawful citizens (with a view to defending liberty and property) to disseminating resources based on what you deserve because of your “identity.” The “aggrieved” person is not an active citizen, encouraged to build a common world with his or her neighbors, but a passive victim who is to receive assistance from the state. The real debt of money does not matter, for the U.S. Government can go deeper into debt without cost. All that matters is that educators and politicians continue to chant about the debt you are owed because of your “identity.” In exchange, you, the identity-bearing citizen, must continue to chant about “global norms” and “free trade” that elites promise will redound to the benefit of all. And if it doesn’t, all is not lost, because even if the crony-capitalists and state regulators don’t do anything but line their own pockets, you will at least get the satisfaction that you are owed something because of your victim-status. They, who are getting rich while you are getting poor, tell you so. Indeed, the price of admission to their world, is that you should continue to be mesmerized by “globalization” and “identity politics.” Here, parenthetically, is the corruption at the heart of the American University, without which this configuration of ideas could not have come to prevail in the post-1989 world.

The upcoming Presidential campaign is about many things, not least the persons of Donald Trump and Hillary Clinton. In the midst of a world that longs for perfection, we find ourselves with two human-all-too-human candidates.

Beyond the lure or abhorrence of their character is the singular question: will the next Administration double-down on the mesmerizing configuration of “globalization” and “identity politics,” and in the process fortify the crony-capitalist class and those who think they profit from identity politics? Hillary Clinton and The Clinton Foundation are ground-zero for this configuration. Donald Trump opposes that configuration, on a good day gives inchoate expression of a genuine alternative, on a bad day blunders horribly, and will probably lose the upcoming national election.

The outlines of a genuine alternative involve the following correlated ideas, some of which have been clearly formulated in Trump’s campaign, while others have been lurking in it or are merely encouraged by it:

Because States are territories within which specific laws are enforced, borders matter. Borders mark where one set of laws begins and another set of laws ends. Tender-hearted sentiments about “universal humanity” cannot overrule this consideration. If mercy is shown, it is as an exception to generally-binding law, and not a repudiation of it. Borders matter.

Because the laws of States work only when people are acculturated to them and adopt them as their own, legal immigration of people from cultures not accustomed to the laws of the State and their practical foundation must proceed slowly, and with the understanding that it takes several generations to acculturate them. Immigration policy matters.
Because we live in a world of States, there will always be war. Therefore we must firmly establish who our allies are, and what we will do to defend them. In keeping with a somber view of the world, we cannot be driven by the dreamy ideals of universal world-around democracy in choosing our allies. Foreign policy is for the purpose of defending our own nation, not spending blood and treasure trying to persuade other nations to imitate our laws and ways. National interests, not so-called universal interests, matter.

Because the United States is composed of immigrants, admission into the Middle Class, made possible by robust economic growth, must be among the highest domestic priorities. Crony-capitalism diminishes growth by pre-determining permanent winners and permanent losers. So-called “free trade” agreements that benefit crony-capitalists eventually slow growth. Also slowing growth is the ever-increasing state regulation of nearly every aspect of daily life, which purports to protect us from harm. What good is such protection, however, when citizens cease to believe that they are responsible for themselves, their families, and their neighbors; and when the very spirit of entrepreneurship is undermined by it? The spirit of entrepreneurship, not just state-sponsored “care” of docile citizens, matters.

Because the sway of lobbyists in national politics grows in proportion to the growth of the federal government, the distorting power of lobbyists cannot be curtailed until the Constitutional limits on the federal government, established by the Founding Fathers, are observed anew. The federal government was set up to adjudicate certain issues, but not others. Those other issues—issues pertaining to the daily life of citizens—were to be adjudicated by state and local governments. When the purview of the federal government is extended beyond its original bounds, it becomes dysfunctional, and the power of the Executive and the Courts extends to compensate. This invites the tyranny of the Executive. The greater danger is not the person holding the Presidential office at any given time; the greater danger is the nature of the Executive office when the federal government grows disproportionally. Federalism and the decentralization of power matters.

Because “identity politics” undermines the idea of citizens who must engage one-another based not on their identity, but on “the content of their character” as Martin Luther King famously said, the politically correct speech that destroys citizenship and the possibility of any common accord about what personal and national greatness may involve must be roundly repudiated. PC speech is corrosive to the soul of America. It is humorless; it reduces all real “differences” to highly contrived, orchestrated, and controlled categories, the cost of straying from which is ostracism or worse. The Salem witch trials of 1692-93 have nothing on us today. America: ever involved in casting out the impure and the doubting. If you are African-American, please don’t mention that you believe in God and go to Church; identity politics allows no room for Christianity—though it bows before an imagined purity of Islam. Women? You may have apprehensions about how the proliferation of gender “identities” bears on your unique struggle to balance and to make sense of the conflicting demands of family and professional life. You, however, must say nothing. Every imagined gender identity is to be equally respected. You thought you were special, but you are not. We live in a world where all things are possible. Anyone who speaks of limits, of constraints, is “phobic” in one way or another. The bourgeois spirit that built America, the interest in making lots of money, in being “successful,” in taking risks—above all the strength of soul necessary to face failure and come back from it, stronger—these are held in contempt. No one dares speak up in a PC world. Feelings might be hurt; people may feel “uncomfortable.” Trigger warnings and “safe spaces” occupy our attention. The task in the highly choreographed world of “identity politics” is not to toughen up but to domesticate. No fights. No insults to which we respond with strength and self-assurance and overweening confidence. Indeed, with laughter! Everywhere: protections made possible by The Great Protector—the State—for by ourselves we cannot rise to the occasion. Greatness matters; if we are to have it, personally and as a country, we must cast off PC speech that in “protecting” us from suffering causes us to be its victim in perpetuity.

On each of these issues—borders, immigration, national interest, the spirit of entrepreneurship, federalism, and PC speech—Hillary Clinton responds with “globalization-and-identity-politics-SPEAK,” the language that has given us a world that is now exhausted, stale, and unredeemable. It is against this sort of world that citizens are revolting. And not just in the United States, but in Europe and Britain as well. The ideas of “globalization” and “identity politics” that mesmerized us in the aftermath of the Cold War now belong in the dust-bin of history. The question, bigger than the question of the personalities of Hillary Clinton and Donald Trump, is whether we will have one more Administration that authorizes them and tries to solve our problems through their lens.

Joshua Mitchell is a Professor of Government at Georgetown University. His most recent book is Tocqueville in Arabia: Dilemmas in a Democratic Age.

Voir de plus:

« Entre globalisés et passéistes, le match reste nul »

L’utopie d’un retour au passé et aux nations fortes des partisans de Donald Trump est aussi obsolète que celle de la mondialisation, estime le philosophe Bruno Latour.

Bruno Latour (Philosophe)

Le Monde

12.11.2016

La tragique élection de Trump a l’avantage de clarifier la situation politique d’ensemble. Le Brexit n’était pas une anomalie. Autant qu’on le sache et qu’on se prépare pour la suite. Chacune des grandes nations qui ont initié le marché mondial se retire l’une après l’autre du projet.

Le prolongement de cette démission volontaire est d’une clarté terrible : d’abord l’Angleterre ; six mois plus tard les Etats Unis, qui aspirent à la grandeur des années 1950. Et ensuite ? Si l’on suit les leçons de l’histoire, c’est probablement, hélas, au tour de la France, avant celui de l’Allemagne. Les petites nations se sont déjà précipitées en arrière : la Pologne, la Hongrie et même la Hollande, cette nation pionnière de l’empire global.

L’Europe unie, ce prodigieux montage inventé après la guerre pour dépasser les anciennes souverainetés, se retrouve prise à contre-pied. C’est un vrai sauve-qui-peut : « Tous aux canots ! » Peu importe l’étroitesse des frontières pourvu qu’elles soient étanches. Chacun des pays qui ont contribué à cet horizon universel de conquête et d’émancipation va se retirer des institutions inventées depuis deux siècles. Il mérite bien son nom, l’Occident, c’est devenu l’empire du soleil couchant…

Parfait, nous voilà prévenus et peut-être capables d’être un peu moins surpris. Car enfin, c’est bien l’incapacité à prévoir qui est la principale leçon de ce cataclysme : comment peut-on se tromper à ce point ? Tous les sondages, tous les journaux, tous les commentateurs, toute l’intelligentsia. C’est comme si nous n’avions aucun des capteurs qui nous auraient permis d’entrer en contact avec ceux que l’on n’a même pas pu désigner d’un terme acceptable : les « hommes blancs sans diplôme », les « laissés-pour-compte de la mondialisation » — on a même essayé les « déplorables ».

C’est sans doute une forme de peuple, mais à qui nous n’avons su donner ni forme ni voix. Je reviens de six semaines sur les campus américains, je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces « autres gens », aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les Barbares aux portes d’Athènes. Nous, « l’intelligence », nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements.

Deux bulles d’irréalisme

La vraie tragédie, c’est que ces autres vivent eux aussi dans une bulle, dans un monde du passé que la mutation climatique ne viendra pas déranger, qu’aucune science, aucune étude, aucun fait ne viendront ébranler. La preuve, c’est qu’ils ont avalé tous les mensonges de cet appel à la restauration d’un ordre ancien sans qu’aucun « fact-checker » n’émousse leur enthousiasme. Un Trump, ça trompe énormément, mais quel plaisir de se laisser tromper. Il ne faut pas compter sur eux pour jouer le rôle du bon peuple plein de bon sens et les pieds sur terre. Leurs idéaux sont encore plus éthérés que les nôtres.

Nous nous retrouvons donc avec des pays coupés en deux, chaque moitié devenue incapable de capter sa réalité aussi bien que celle de l’autre. Les premiers, disons les globalisés, croient encore que l’horizon de l’émancipation et de la modernité (souvent confondu avec le règne de la finance) ne va cesser de s’étendre en recouvrant la planète.

Les seconds ont décidé de se retirer sur l’Aventin en rêvant au retour d’un monde passé. Deux utopies par conséquent ; celle de l’avenir affrontée à celle du passé. Ce que figurait plutôt bien le choc Trump contre Clinton. Deux bulles d’irréalisme. Pour le moment, l’utopie du passé triomphe. Rien ne prouve que les choses se seraient arrangées durablement si l’utopie du futur avait triomphé.

Il s’est passé en effet quelque chose depuis vingt ans qui explique cette frénésie de déconnexions. Si l’horizon du globe ne peut plus attirer les masses, c’est que tout le monde a compris plus ou moins clairement qu’il n’y a pas de planète, je veux dire de vie réelle, matérielle correspondant à ces visions de terres promises. Il y a juste un an, la COP21 aura servi de déclaration solennelle à cette impossibilité : le global est trop vaste pour la terre.

Au-delà de ces limites, nos tickets ne sont plus valables. Quant au retour aux terroirs des anciens pays, il n’y faut pas compter davantage. Ils ont tous disparu. De toute façon, ils sont trop riquiqui pour y faire tenir la nouvelle terre. La mutation écologique est passée par là. Pas étonnant que les deux parties fassent assaut d’irréalisme.

L’éléphant est dans la pièce

Toute la question est maintenant de savoir si la tragédie du 8 novembre venant après celle du Brexit peut nous rendre capable d’éviter la suite. Autrement dit, peut-on s’éloigner des deux utopies, celle du global comme celle du retour à l’ancien sol ? Il faudrait pouvoir atterrir sur une terre un peu solide, réaliste et durable. Pour le moment hélas la crise écologique est l’éléphant dans la pièce mais on fait comme si de rien n’était, comme si le choix était de continuer courageusement à marcher en avant vers le futur ou à s’accrocher au passé. Trump et les siens ont même choisi de nier l’existence de cette crise.

Pourtant, à ma connaissance, personne n’a expliqué clairement que la globalisation était terminée et qu’il fallait de toute urgence se rapatrier vers une terre qui ne ressemble pas plus aux frontières protectrices des Etats-nations qu’à l’horizon infini de la mondialisation. Le conflit des utopies du passé et du futur ne doit plus nous occuper.

Ce qui compte, c’est comment apparier deux sortes de migrants : ceux qui se voient obligés par la mutation écologique de changer de monde en traversant les frontières et ceux qui se voient obligés de changer de monde sans pour autant avoir bougé — et que les frontières ne protègent plus.

Si nous ne parvenons pas à donner forme à cette terre et à rassurer ceux qui y migrent, jamais elle n’aura assez de puissance d’attraction pour contrebalancer les forces opposées de ceux qui rêvent encore de l’ancien globe ou de l’ancienne nation. Dans ce cas, une chose est sûre : en 2017, ce sera au tour de la France de rendre son tablier.

Voir encore:

« Conseil aux candidats à la présidentielle : fuyez les artistes et les intellectuels »

Aux Etats-Unis, les élites ignorent les partisans de Donald Trump. Mais sa victoire montre que le monde intellectuel a tout intérêt à faire une autocritique.

Michel Guerrin

Le Monde
18.11.2016

Un conseil aux candidats à la présidentielle en France : fuyez les artistes et les intellectuels. Ne leur demandez pas de faire campagne, ne les faites pas monter sur l’estrade. Surtout si vous avez envie de l’emporter.

On doutait déjà qu’une actrice ou qu’un rockeur fassent gagner des voix. Mais on ne savait pas qu’ils pouvaient en faire perdre. C’est une leçon de l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche.

Jamais on n’a vu le monde culturel s’engager à ce point, en l’occurrence pour Hillary Clinton. Aucun candidat n’avait reçu autant d’argent. De cris d’amour aussi – sur scène, à la télévision, sur les réseaux sociaux. On a même eu droit à la chanteuse Katy Perry qui se déshabille dans une vidéo pour inciter à voter Clinton, ou Madonna promettre de faire une fellation aux indécis.

En face, Trump n’avait personne ou presque. Il n’a reçu que 500 000 dollars (environ 470 000 euros) d’Hollywood contre 22 millions de dollars pour la candidate démocrate. Alors il a moqué ce cirque à paillettes, dénoncé le star system, donc le système. Et il a gagné.

Un Grand Canyon de haine

Clinton a joué à fond les étoiles les plus brillantes, et elle a perdu. Prenons sa fin de campagne. Le 4 novembre, elle monte sur scène avec le couple Beyoncé et Jay Z (300 millions d’albums vendus à eux deux), à Cleveland, dans l’Ohio. Le 5, Katy Perry chante pour elle à Philadelphie (Pennsylvanie). Le 7, veille du scrutin, elle apparaît dans un meeting/concert de Jon Bon Jovi et de Bruce Springsteen devant 40 000 personnes, toujours à Philadelphie, puis finit la soirée à minuit avec Lady Gaga à Raleigh, en Caroline du Nord.

Dans tous ces Etats clés, elle a perdu. Dans le même temps, Donald Trump a multiplié les meetings sur les tarmacs d’aéroports en disant qu’il n’a pas besoin de célébrités, puisqu’il a « le peuple des oubliés » – du pays et de la culture – avec lui.

L’historien américain Steven Laurence Kaplan s’est indigné des mots de Trump qualifiant untel de stupide, de débile, de névrosé ou de raté, et traitant des femmes de « grosses cochonnes ». Il a raison. Mais il aurait pu ajouter que des notables culturels ont qualifié le candidat républicain de brute (Chris Evans), d’immonde (Judd Apatow), de porc (Cher), de clown (Michael Moore) ou de psychopathe (Moby). Robert De Niro, avant le scrutin, voulait lui mettre son poing dans la gueule. Chaque injure a fait grossir le camp conservateur et fait saliver son candidat.

Car deux mondes s’ignorent voire se méprisent, séparés par un Grand Canyon de haine. Non pas les riches face aux pauvres. La fracture est culturelle et identitaire. Ceux qui ont gagné se sentent exclus du champ culturel et universitaire, et souvent le méprisent.

Les perdants leur rendent bien ce mépris, les jugeant réactionnaires, racistes, etc., sans même voir que le monde se droitise. Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York et proche de Donald Trump, surfe sur cette fracture quand il dit que les campus américains sont truffés « de véritables crétins de gauchistes ».

Monde ultra-protégé

Dans une tribune publiée dès le 23 juillet sur le Huffington Post, le cinéaste Michael Moore a compris que hurler était contre-productif, et annoncé la victoire de Trump, en expliquant que le monde intellectuel vivait dans « une bulle ».

Dans nos pages, l’essayiste Paul Berman ajoute que cette élection traduit un « effondrement culturel » : les voix qui structurent une société ne sont plus écoutées. Toujours dans nos pages, le sociologue Bruno Latour a évoqué sa récente tournée des campus américains : « Je n’ai pas entendu une seule analyse un peu dérangeante, un peu réaliste sur ces autres gens, aussi invisibles, inaudibles, incompréhensibles que les barbares aux portes d’Athènes. Nous, l’intelligence, nous vivons dans une bulle. Disons sur un archipel dans une mer de mécontentements. »

L’autocritique du vaste champ culturel pourrait aller plus loin, sur le terrain de l’hypocrisie. Celle des artistes d’abord, dont l’engagement, souvent imprégné de pathos, apaise leur conscience, mais est souvent perçu comme faisant partie de leur spectacle permanent, dont ils tirent profit, et dont ils se détachent aussi vite pour retrouver, une fois déculpabilisés, leur monde ultra-protégé.

Le meilleur exemple est Madonna qui, durant la soirée qui précède le vote, s’est mêlée à des badauds new-yorkais (des convaincus) pour improviser un bref concert en finissant par « demain sauvez ce pays en votant Hillary ».

« Parler à des gens différents »

Les intellectuels des campus, quant à eux, insupportent le vote Trump par leur façon de lui faire la morale, de défendre un modèle multiculturel comme s’il s’agissait d’un paradis de fleurs. Ils font culpabiliser les riches en leur disant d’être plus généreux et les pauvres en leur disant d’accepter leurs voisins étrangers, sans vraiment montrer l’exemple.

Notre confrère Nicolas Truong racontait très bien cela dans Le Monde du 14 novembre. Il citait le philosophe Matthew B. Crawford (revue Esprit, octobre 2016), pour qui les élites « qui apprécient le dynamisme et l’authenticité des quartiers ethniques avec leurs merveilleux restaurants (…) n’envoient pas leurs enfants dans les écoles pleines d’enfants immigrés qui ressemblent à des centres de détention juvénile ».

On l’aura compris, la France culturelle et multiculturelle – c’est la même – a beaucoup à apprendre de cette élection passée, et à craindre de celle de 2017. Si elle ne se bouge pas.

Le directeur de la rédaction du New York Times, Dean Baquet, écrit qu’il faut aller sur le terrain pour « parler à des gens différents de ceux à qui nous parlons ». C’est vrai aussi, en France comme ailleurs, pour les gens de culture et les universitaires. D’autant qu’en France, nous avons une politique culturelle publique dont la priorité est de s’adresser à tous mais qui, toujours plus, bénéficie essentiellement aux riches. On l’a déjà écrit dans cette chronique. L’élection de Trump le confirme, hélas.

Voir de même:

Wasted Words

Obama’s Never-Ending Lecture Tour

Les vérités qui dérangent

Certains résultats de l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France « laissent pantois ». D’autres études devraient être menées pour savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Arnaud Leparmentier

Le Monde

Une vérité qui dérange. Chacun se rappelle le film d’Al Gore sur le réchauffement climatique, sorti en 2006. Prouver à force de graphiques et d’études, contre les lobbys, l’origine humaine du phénomène. La vérité qui dérange, c’est un peu la plume portée dans la plaie d’Albert Londres, une nécessité démocratique.

Et la vérité de la semaine, c’est l’enquête de l’IFOP menée par l’Institut Montaigne sur les musulmans de France. Elle dérange tant que nul n’ose s’indigner. L’enquête est présentée avec une distance embarrassée. Rien à dire a priori sur un sondage réalisé en juin à partir d’un échantillon de 15 459 personnes et qui a isolé 874 personnes de religion musulmane. Et certains résultats laissent pantois. 29 % des musulmans interrogés pensent que la loi islamique (charia) est plus importante que la loi de la République, 40 % que l’employeur doit s’adapter aux obligations religieuses de ses salariés, 60 % que les filles devraient avoir le droit de porter le voile au collège et au lycée. 14 % des femmes musulmanes refusent de se faire soigner par un médecin homme, et 44 % de se baigner dans une piscine mixte.

L’Institut Montaigne et leurs rédacteurs Hakim El Karoui et Antoine Jardin ressemblent un peu à Alain Juppé, qui rêve d’une identité heureuse, et affirment qu’« un islam français est possible ». Mais le constat est inquiétant sur la sous-catégorie musulmane la plus « autoritaire » : « 40 % de ses membres sont favorables au port du niqab, à la polygamie, contestent la laïcité et considèrent que la loi religieuse passe avant la loi de la République », écrit l’Institut Montaigne. Cette sous-catégorie représenterait 13 % de l’ensemble des musulmans. L’IFOP chiffrant les musulmans à 5,6 % de la population de plus de 15 ans, nous en déduisons que l’effectif concerné atteint plusieurs centaines de milliers de personnes. Le chiffre qui dérange. L’intégration correcte de la très grande majorité des musulmans ne doit pas non plus conduire à nier une réalité qui, si elle est minoritaire, ne semble pas marginale.

« La société française est malade de son rapport à la réalité »

Tabou brisé

C’est toutefois insuffisant. Il convient, tel Al Gore, de multiplier les enquêtes pour en savoir plus. Le gouvernement serait avisé de dépenser 150 000 euros pour poser une batterie de questions plus précises, pour savoir si la supériorité de la charia relève d’une conviction intime ou d’une volonté de supplanter l’ordre républicain ; si la polygamie est une revendication d’immigrants récents qui s’estompe bien vite, etc. Bref, savoir si une partie de la population est en « rébellion idéologique vis-à-vis du reste de la société française ».

Viendra ensuite l’analyse des causes – celles sociales, sont évidentes, lorsqu’on découvre que 30 % des musulmans de France sont inactifs non retraités et que l’on lit l’édifiante étude de France Stratégie sur les discriminations – puis les solutions. L’Institut Montaigne a fait ses propositions, très inclusives, d’autres peuvent être présentées. L’essentiel est d’accepter de travailler sur des données et de sortir du « on-fait-dire-aux-chiffres-ce-que-l’on-veut », gri-gri des obscurantistes des temps modernes.

Laurent Bigorgne, directeur général de l’Institut Montaigne, qui combat sans relâche les discriminations, voit bien le tabou brisé. « Il n’y a de compétences que s’il y a des connaissances, explique-t-il, déplorant que la société française utilise la loi et le dogme républicains pour éviter toute transparence. La société française est malade de son rapport à la réalité. Tous ceux qui refusent les statistiques sont du côté de l’égalité formelle et veulent que rien ne change. »

Toutes les vérités sont-elles bonnes à dire ? Les populations sont sages lorsqu’elles sont traitées en adultes. Les Britanniques multiplient à outrance les comptages ethniques. Le gouvernement allemand publie chaque année les statistiques de criminalité par nationalité. On y constate une surcriminalité des étrangers, mais dont les causes sont expliquées, et les Allemands se concentrent sur leur évolution. En France, on est livrés aux diatribes d’un Eric Zemmour, qui séduira tant qu’on sera incapable d’objectiver sereinement les faits.

L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain

Déni populiste

C’est l’objectif poursuivi par Jean Pisani-Ferry, directeur de France Stratégie : réduire le champ des désaccords aux remèdes, mais pas aux constats, comme c’est le cas désormais grâce aux chiffres du Conseil d’orientation des retraites. L’effort est parfois douloureux. « Sur les diagnostics, il ne faut pas avoir peur. Longtemps, le politiquement correct disait que l’euro nous avait protégés. Or la Suède se porte mieux que la zone euro », concède Pisani-Ferry, qui met en garde : « Avoir des zones d’ombre sur des phénomènes sociaux ou économiques qu’on ne regarde pas crée de la défiance. Aujourd’hui, la distance entre perception et réalité est énorme. » Ainsi, les Français ont le plus peur de tomber dans la pauvreté, alors que le taux de pauvreté y est l’un des plus faibles de la zone euro.

Cette exigence est d’autant plus forte que le monde occidental entre, selon Pisani, dans une « grande régression », avec les mensonges du Brexit et le phénomène Trump : « Le fact-checking sur Trump ne donne rien. Faire fortune en politique en niant la réalité, c’est très impressionnant, et cela va faire école. »

Certes, mais le déni populiste ne vient pas de nulle part. Les élites ont perdu de leur crédibilité, en minimisant les inégalités délirantes aux Etats-Unis, tardivement mises en évidence par Thomas Piketty, et en ne prêtant pas attention aux perdants de la mondialisation. L’essentiel est de prendre à bras-le-corps les batailles de demain, pour que les populistes ne puissent pas dire « Je vous l’avais bien dit ». Ainsi, ne sous-estimons pas Nicolas Sarkozy, qui cherche pour des raisons électoralistes à évacuer le réchauffement climatique par une autre vérité qui dérange, l’explosion démographique de l’Afrique. Ne pas traiter ce sujet sérieusement, c’est redonner la main aux populistes.

Voir encore:

Voir enfin:

Norman Mailer, le président et le bourreau

Norman Mailer, le romancier du  » rêve américain « , a une passion pour les personnages-limites, auxquels il s’identifie volontiers : par exemple le président des États-Unis ou l’assassin Gary Gilmore, héros de son dernier livre.

Pierre Dommergues

Le Monde

01.12.1980

NORMAN MAILER, c’est d’abord un romancier. Comme cous les romanciers américains, il rêve d’écrire le  » grand roman américain « , cette mère qu’aucun d’eux n’a jamais rencontrée, mais qu’ils recherchent tous Mailer a néanmoins écrit plusieurs  » grands romans américains  » : les Nus et les Morts, en 1948, il avait alors vingt-cinq ans et ce fut la gloire du jour au lendemain. Puis Un rêve américain (1965), et Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? (1967) Enfin, le plus accessible de tous, le Chant du bourreau, qui sort cette semaine aux éditions Laffont, où Mailer évoque l’histoire de Gary Gilmore, cet assassin qui refusa de faire appel et exigea d’être exécuté (1).

Mailer est aussi l’un des observateurs les plus attentifs de la scène américaine, dont il décrit les vibrations, les contradictions infinies. C’est toute l’Amérique que l’on retrouve dans ses interviews, ses articles, ses essais, ses romans – reportages. Le phénomène beatnik (Advertisements for Myself, 1959), les luttes contre la guerre du Vietnam (les Armées de la nuit, 1968), les conventions politiques (Miami and the Siege of Chicago, 1968), le problème du féminisme (le Prisonnier du sexe, 1971), l’impact sur l’imaginaire américain du débarquement sur la Lune (Bivouac sur la Lune, 1969).

 » Vous êtes le seul grand écrivain américain à vous être intéressé – jusqu’à l’obsession – aux présidents des États-Unis. Dès 1948, vous faisiez campagne pour Henry Wallace. Au début des années 60, vous écriviez un essai enthousiaste sur J.F. Kennedy (Presidential Papers 1963). Le spectre de Lyndon Johnson plane sur les Armées de la nuit (1968). Dans Saint George and the Godfather (1972), McGovern est le saint, Nixon le parrain. En 1976, vous publiez un entretien avec le président Carter dans le New York Times. Pourquoi cette fascination pour la race des présidents ?

– Je n’y ai encore jamais pensé. Ce sont sans doute les circonstances particulières de ma vie. Mon premier succès avec les Nus et les Morts (1948), mon brusque passage de l’obscurité à ce qui m’est apparu comme la lumière spectrale de la célébrité. Ma vie m’a toujours semblé étrange, différente de celle des autres. J’ai toujours été fasciné par ces gens qui pouvaient avoir mes problèmes, de façon parfois encore plus aiguë. Les présidents ont des existences artificielles. À vingt-cinq ans, j’ai découvert que ma vie était devenue parfaitement artificielle. Les gens ne réagissaient plus envers moi parce qu’ils m’aimaient ou qu’ils me détestaient. Tant qu’on est inconnu, les amitiés se forment sur une base organique. Les amis poussent sur le même terrain que vous. Ils ont la compatibilité des légumes qui ont levé côte à côte dans le même potager. Avec la célébrité, c’est comme si l’on vous transplantait dans la stratosphère. Vous devenez une plante hydroponique.

 » Une autre explication ? Ma conception de l’écrivain qui, pour moi, n’est rien d’autre qu’un calculateur – comme l’est un joueur professionnel. Il évalue sans cesse ses chances, examine les occasions, cherche à laisser sa trace. Les écrivains sont les derniers entrepreneurs du neuvième siècle. Donc, de mon point de vue de calculateur, j’avais une position idéale sur écrire sur ces gens. J’étais capable de les voir du dedans, alors que ceux qui écrivent sur les personnalités politiques ou sur les présidents acceptent généralement les airs que ces derniers se donnent. La terminologie, médiocre et ridicule, utilisée par les politiciens est, de surcroît, reprise par ces commentateurs qui tentent d’expliquer ces hommes politiques à la nation.

 » Les politiciens ne s’intéressent pas aux problèmes politiques, ce sont des acteurs. C’est encore plus vrai aux États-Unis qu’en Europe, où il y a une tradition politique. En Amérique, la politique est un sport à l’usage des très ambitieux. En Europe, où elle procède moins du vedettariat, la politique est aussi pus professionnelle. C’est une carrière raisonnable. On y trouve une certaine sécurité, absente de la vie américaine.

De l’audace

– Plus précisément, qu’est-ce qui vous a fasciné chez un Kennedy, un Johnson ou un Nixon ?

– Chez Kennedy, c’était une certaine audace. Dans les années 50, le seul fait de dire :  » Je veux me présenter à l’élection présidentielle, et j’ai mes chances  » était une hypothèse tout à fait remarquable. Kennedy a pris des risques. À l’époque, les hommes politiques étaient beaucoup plus circonspects en ce qui concerne la sexualité. Bien longtemps avant qu’on ait entendu parler de Kennedy, en tant que  » grand homme politique « , on connaissait le  » grand amant « .

 » Johnson avait potentiellement bien plus de valeur qu’il ne voulait le montrer. Mais c’était un hypocrite, et il avait un tel mépris du public que ça en devenait stupide. Malgré son intelligence et son astuce, il n’a jamais compris ce que Kennedy a réussi Ni que Kennedy l’avait battu parce qu’il était plus passionnant que lui. Johnson faisait tout pour maintenir les Américains dans l’ennui. C’est tout ce qu’il avait appris au Texas : ennuyer les gens ; et il a transposé cette pratique sur le plan national. Johnson a desservi le peuple américain. Pour moi, un président a le devoir d’être intéressant. C’est pour cela que Carter a été repoussé par les électeurs : il traitait le public américain comme une vache. Il prédigérait la nourriture avant de l’enfourner dans la panse de la bête.

 » Nixon ? Un jour que j’interviewais Kissinger – c’était à l’époque du Watergate, – il me dit combien il était dommage que je ne rencontre pas le président. Nixon, disait-il, m’aurait fasciné. C’était un homme sur lequel il faudrait écrire. Si lui, Kissinger, avait été écrivain, ajoutait le secrétaire d’État (c’est un des charmes de Kissinger : quand il est avec un écrivain, il lui donne l’impression qu’il aimerait écrire, et quand il est avec P.-D. G., qu’il aimerait, etc.). Bref, il me déclara que Nixon était aux portes de la grandeur, non seulement pour son époque, mais à l’égard de l’histoire, car il allait conclure la paix dans le monde, pour cinquante ans, pour un siècle peut-être. Ce petit Watergate, ce misérable grain de poussière dans un œil, allait le détruire pouce après pouce. Kissinger parlait avec une grande tristesse, car, en fin de compte, si Nixon avait fait la paix. Kissinger en aurait été le principal architecte.

 » J’ai beaucoup écrit sur Nixon, mais je ne suis pas d’accord avec Kissinger. Pour écrire un roman sur Nixon, il faudrait pouvoir vider sa propre tête. Je ne crois pas que j’en serai capable. Je ne le comprends pas suffisamment. De l’extérieur, oui, Mais c’est une chose de comprendre un personnage du dehors et une autre de pénétrer dans sa tête. C’est un saut périlleux. Je ne comprends pas comment un homme de sa trempe a pu se laisser flétrir. Chaque fois qu’il ouvrait la bouche pour faire un discours, c’était un échec esthétique. Il était particulièrement terne. Il aurait été l’un des plus mauvais acteurs du monde, car il était incapable de communiquer une émotion ou un sentiment sans l’afficher grossièrement. S’il disait que l’Amérique devait être forte, il brandissait le poing. S’il voulait exprimer sa joie à l’annonce d’une bonne nouvelle. Il souriait de toutes ses dents. Il faisait tout ce que les jeunes acteurs apprennent à ne plus faire après un premier cours d’art dramatique. Pourtant, quand il était jeune, il rêvait d’être acteur !

 » L’histoire des États-Unis aurait pu être différente si Nixon avait eu une personnalité agréable. Il a sans doute été le président le plus profond que nous ayons jamais eu. Oui, même s’il est aussi un fils de pute et une pourriture ! Il avait au moins une appréhension globale des réalités politiques. Seul Nixon pouvait faire la paix avec la Chine. Ce fut une étape extraordinaire.

Tête de linotte

– Et Reagan, le président élu ?

– Je suis un peu dépassé en ce qui concerne Reagan. Je me suis trompé sur son compte à tous les coups ! Je n’ai pas cru qu’il obtiendrait l’investiture, je pensais que Connally serait le gagnant. Je pensais aussi que ce serait un combat entre Kennedy et Connally. Je me sens disqualifié pour parler de Reagan. Je l’ai d’abord traité de tête de linotte. Mais, quand il a obtenu l’investiture, j’ai dû réviser mon jugement, et je l’ai appelé la super-tête de linotte, Après le débat avec Carter, j’ai pensé que c’était un acteur de troisième catégorie. Cet homme a du mal à retenir même les mots qu’on utilise en politique. Quant à comprendre les idées politiques, cela le dépasse.

 » Reagan concrétise une autre de mes idées, à savoir que le président dont l’Amérique a besoin est un leader et non plus un politicien. Il y a des limites à ce que peut faire un homme politique. La fonction de président relève en partie du cérémonial et en partie de l’organisation. Mais, en dernière analyse, le rôle principal du président est de donner un peu de chaleur, un peu d’humour, un peu d’énergie au peuple américain…

– Mais n’est-ce pas là ce que Reagan peut apporter ?

– Peut-être ! Si Reagan était démocrate, je crois que je le préférerais à Carter. S’il partageait la philosophie de Carter, ce serait un gain non négligeable puisqu’un homme doué d’une personnalité malheureuse a été remplacé par un homme qui a une personnalité agréable. Mais il y a aussi des problèmes politiques véritables, et je ne pense pas que Reagan soit équipé pour les affronter. Il faudra attendre.

– Si vous deviez rencontrer Reagan, quelles questions lui poseriez-vous ?

– On ne peut pas obtenir de réponse de Reagan. Beaucoup ont essayé. Comment peut-on parler de réduire les impôts et, en même temps, d’augmenter les dépenses militaires ? Si vous ne pouvez pas mener de front ces deux objectifs (et, pour l’instant, personne n’a montré comment), il est évident que l’on commencera par la remilitarisation qui apportera à l’Amérique un peu de prospérité pour quelque temps. Mais cela va également accroître le taux d’inflation et aussi l’impôt si on prétend équilibrer le budget. Alors va-t-on renverser la vapeur et renoncer au sacro-saint équilibre budgétaire, ou va-t-on, au contraire, réduire les dépenses sociales ?

 » Dans le second cas, cela équivaudrait à supprimer les ressources d’un très grand nombre de Noirs, et les villes américaines connaîtraient – disons dans deux ans peut-être – une situation critique. En effet, le libéralisme a acheté la colère des Noirs au cours des deux dernières décennies. Ils en ont maintenant pris l’habitude. Ils ont grandi avec un nouveau style de vie, que vous leur enlèveriez sans rien leur donner de substantiel à la place. Ils sont des millions. Et l’industrie de guerre ne va pas fournir l’équivalent sous forme d’emplois nouveaux. Alors que faire si les villes bougent une fois encore ?

 » Avec Reagan, je ne pourrais jamais aller aussi loin dans les questions. Il faudrait un entretien de cinq heures ! C’est un politicien qui connaît ses faiblesses mieux que son interlocuteur, et qui a l’art de la dérive. Mais la véritable réponse, je crois, serait la suivante :  » Que ces Noirs durcissent leurs positions, et on les matera.  » Je pense que nous allons connaître la loi martiale. Non pas demain, mais dans quelques années.

 » Je dois ajouter que je ne sais pas grand-chose en économie et que, comme la plupart des grands économistes d’aujourd’hui, je ne comprends pas ce qui se passe. Aussi n’est-il pas impossible que l’économie fonctionne un petit peu mieux, que l’Amérique émerge de certaines de ses difficultés et que, dans ce cas, l’ère de Reagan ne soit pas pire que celle d’Eisenhower. Une autre chose m’inquiète en Amérique, c’est que les gens deviennent non pas fascistes, mais qu’ils se rapprochent de plus en plus des phases qui précèdent le fascisme.

 » Ma bête noire  »

– Vous avez toujours été hostile aux idéologies. Mais, aujourd’hui, alors que le libéralisme, le christianisme, le judaïsme, le radicalisme sont attaqués aussi violemment par la droite que par la gauche, en France comme aux États-Unis, quelle est votre attitude à leur égard ?

– Je ne pense pas qu’il existe une idéologie, quelle qu’elle soit, qui ait aujourd’hui la moindre utilité. Sa seule fonction est de permettre aux gens de poursuivre leur vie quotidienne en se raccrochant à quelques lambeaux. La plupart des gens ne peuvent pas vivre sans idéologie. Elles servent de garde-fou aux psychismes de millions de personnes. Mais, en ce qui concerne la façon de résoudre les problèmes à venir, il va falloir trouver de nouvelles sources, de nouvelles idées politiques.

 » Si je me représentais à des élections (2), je ne le ferais certainement pas sur la base d’idées reçues. Je choisirais un thème dément. Par exemple, l’impôt unique, un peu à la manière de Henry George (3), qui se proposait de substituer un impôt sur la terre à l’impôt sur le revenu et aux diverses taxes locales. Bien sûr, il ne s’agirait pas aujourd’hui d’un impôt sur la terre, ce serait injuste pour ceux qui en vivent, cela avantagerait systématiquement les revenus industriels. Je serais pour ma part, favorable à un impôt unique qui frappe, par exemple, les plastiques. Je considère que le plastique détruit notre niveau de vie, qu’il dégrade notre existence. C’est la peste des temps modernes. Il dilue la substance la plus intime de notre être. C’est ma bête noire (4). En s’appuyant sur la sensibilité écologique, nous pourrions concevoir une politique fondée sur l’idée que les gens se déterminent en fonction de la nocivité des substances qui les entourent. Les produits considérés comme les plus nocifs par consensus démocratique seraient les plus fortement imposés. Telle serait l’assiette de l’impôt.

 » Je ne veux même pas prendre en compte l’idée de communisme ou de capitalisme. Je suis prêt à m’accommoder du capitalisme, non pas parce que j’en suis épris, mais parce que le capitalisme est plus existentiel que le communisme. Pour certains, la gestion de leurs petites entreprises est le seul élément de créativité dans l’existence. J’en viens à l’idée que tout être qui mène une vie un tant soit peu créative est légèrement moins malheureux que celui qui mène une existence totalement dépourvue de créativité. C’est en ce sens que je peux m’entendre avec le petit capitalisme.

 » Je pense, par contre, que les sociétés multinationales ne sont que des vaisseaux de guerre, versions miniaturisées du communisme. Ce sont des États collectivistes, des enclaves dans la nation. De même que le communisme crée les principales difficultés en Union soviétique, de même le capitalisme multinational est à l’origine des principaux problèmes de l’Amérique. Il ne cesse de nous gaver de produits que nous n’aimons pas. Il nous impose des styles de vie. Il faut commencer par attaquer le mal à la racine. Un nouveau modèle d’imposition peut être une des voies pacifiques pour atteindre cet objectif.

 » Pourquoi pas moi ?  »

– Considérez-vous que l’on assiste, aujourd’hui, à un essor du conservatisme aux États-Unis et que Reagan a été élu par une nouvelle coalition qui exprime ce courant ?

– Il y a autour de Reagan quelques conservateurs sérieux qui ont des idées intéressantes. Le député Jack Kemp, par exemple, que, selon moi, Reagan aurait dû choisir comme vice-président. Je ne suis d’accord avec lui que sur très peu de points, mais c’est un conservateur intelligent.

– Un conservateur à la Edmund Burke ?

– Un jour, je me suis défini comme un  » conservateur de gauche « . J’avais dit que si l’on devait me demander : doit-on fusiller ces cinq hommes ou abattre ces cinq arbres, je répondrais : montrez-les-moi, mettez les hommes à gauche les arbres à droite… Le véritable conservatisme nous vient de Burke : il considérait que les grands chênes de la vieille Angleterre constituaient un héritage humain plus important que l’homme moderne lui-même.

 » Et pourtant, que croient les conservateurs américains d’aujourd’hui ? Que le gouvernement en soi est un mal et que moins il y en aura, plus grandes seront les chances de voir renaître la productivité et les activités créatrices ! Et ils sont prêts à dépouiller l’État d’une grande partie de ses pouvoirs.

 » Je ne pense pas que Reagan soit un conservateur véritable. Il représente tous ceux qui, en Amérique, ont pillé la nation depuis quarante ans et qui veulent la piller encore davantage. C’est le chef de file des  » Je veux ma part de gâteau, Joe « , dans un style un peu nouveau avec un saupoudrage de conservatisme, mais au fond, Reagan est un centriste, un homme de gouvernement. Il veut tout simplement que l’État donne encore plus aux super-riches et moins au super-pauvres. Le problème est que les gens qui sont au haut de l’échelle et qui s’approprient les trois quarts des dépouilles, du surplus si vous préférez, veulent désormais récupérer le dernier quart. Ils acceptent mal l’idée que ceux qui sont au bas de l’échelle aient, eux aussi, droit à une partie du gaspillage. Ils n’ont pas la moindre culpabilité à l’endroit des Noirs qu’ils ont maintenus en esclavage pendant des siècles. Mais les Noirs se sont habitués depuis les vingt dernières années à ce que le gouvernement les aide.  » Mec, pourquoi pas moi, pensent-ils, pourquoi je n’aurais pas ma part du gaspi ! « . Et, à mon avis, ils ont parfaitement raison.

Punks

– Et la classe moyenne dans ce schéma ?

– Elle a le grand avantage de prendre peu de risques et d’avoir beaucoup de sécurité. Son plus grand problème est de se mesurer au vice et de résister à son emprise. La classe moyenne ressemble à la race des prisonniers à vie : ou bien votre vie s’améliore, ou bien elle se détériore. Je n’ai pas de grande sympathie pour cette Amérique moyenne qui a pourtant subventionné le haut et le bas de l’échelle. J’aurai beaucoup plus d’estime à son endroit lorsqu’elle se rendra compte que l’élite lui prélève une part plus importante de ses ressources que les pauvres.

– Quels sont, aujourd’hui, les facteurs de revitalisation ? Dans la gamme des personnages qui, dans votre œuvre, vont du saint au psychopathe – et dont le  » White Negro  » (le Blanc au comportement de nègre) était pour vous le prototype dans les années 60, – quel serait aujourd’hui l’équivalent de ce héros existentiel sauvé par son ancrage dans le présent ?

– Je ne sais pas. Peut-être les adolescents qui vont dans les concerts punks. J’y suis allé trois ou quatre fois à New-York. Et j’y ai senti une sorte de ferment sauvage et révolutionnaire. J’ai été surpris de voir à quel point j’éprouvais de la sympathie pour eux, alors que, pour moi, cette musique est bruyante, vraiment assourdissante. Ces jeunes ont été élevés dans le boucan de la télé interrompue toutes les sept minutes par les publicités. Ils doivent trouver une forme de transgression à écouter du bruit ininterrompu. Le punk est la valve de sécurité de leurs nerfs déchiquetés. C’est une nouvelle explosion, encore plus intense, qui pulvérise les débris de la première. C’est là que subsiste une forme de rébellion qui ne peut pas être étouffée.

 » Je voudrais revenir à une autre raison pour laquelle je ne peux pas m’imaginer président des États-Unis. Cela voudrait dire en effet que les Américains auraient opté contre le réarmement. Un de mes thèmes serait de montrer qu’il est ridicule de poursuivre la course aux armes nucléaires. Il vaudrait mieux inviter les Soviétiques à venir chez nous. Rien ne détruirait plus rapidement leur système qu’une tentative de nous gouverner d’en haut et de l’extérieur. L’Amérique organiserait le plus puissant réseau de résistance que l’histoire ait jamais connu. Le communisme serait détruit de l’intérieur. Les Russes n’ont en fait aucun désir de contrôler les États-Unis. Ils sont trop préoccupés par la croissance de leur propre empire. Ils sont notoirement sous-équipés pour lutter contre les idéologies étrangères, et aucune ne l’est davantage que la nôtre avec sa profonde tradition individualiste.

Un roman

– La première partie de votre nouveau roman – le Chant du bourreau – est une très belle histoire d’amour entre un Roméo et une Juliette qui partagent leur temps entre la cavale et le pénitencier. Gary Gilmore, le protagoniste principal, n’est-il pas également une sorte de dissident, l’homme qui résiste aux manipulations des avocats qui veulent le sauver contre son gré et des journalistes qui veulent faire un scoop avec le récit en direct de son exécution ?

– C’est absolument exact. Gary est constamment manipulé. En prison, les processus de manipulation sont concentrés. Vous êtes manipulés par les autorités pénitentiaires, par certains codétenus, par des cliques à l’intérieur, par la famille à l’extérieur. Les prisonniers finissent par se considérer comme des condamnés plutôt que comme des détenus. Et ils partagent avec Gilmore cet élan de résistance.

 » Mais je me méfie de la dissidence. C’est un autre piège qui renforce encore le bras des fascistes à venir. Beaucoup de jeunes cassent tout ce qu’ils voient et détruisent toutes les idées. Est-ce parce que je vieillis ? Mais je ne trouve plus cela très amusant. Et puis on nous rabâche la vieille rengaine d’il y a cinquante ou cent ans : éduquez les masses afin qu’elles comprennent ce qui leur arrive. Comment les éduquer quand on sait à peine ce qui se passe, quand on comprend si mal ce qui arrive. Le monde était plus simple, il y a trente ans.

– Cette complexité explique-t-elle la place importante de la réalité dans votre fiction ? Le Chant du bourreau, comme le précise le sous-titre anglais, est l’histoire réelle de Gary Gilmore, exécuté en janvier 1977 dans le pénitencier de l’Utah.

– Dans ce livre, mon projet est de mettre à nu la réalité, 1e l’enregistrer telle qu’elle est, au mieux de mes capacités. J’ai voulu écrire un livre où l’on puisse reconnaître des détails sur l’espace, le temps, l’atmosphère. Quelques détails suffisent parfois à remettre un peu d’ordre dans le monde. S’il y avait cinq ou six livres comme celui-ci qui présentent différents aspects de la vie américaine, nous aurions peut-être une idée plus nette de l’Amérique. C’est ce que Balzac a entrepris pour la société française, à lui seul. Zola a poursuivi la tâche. Flaubert a hérité d’une vision restée globale jusqu’à Proust, qui lui ajoute encore une dimension nouvelle. C’est pourquoi les Français, à la différence des Américains, ont une vision d’ensemble de leur monde.

– On est frappé par la ressemblance entre Gary, ce condamné à mort qui avait fait la couverture de Newsweek il y a quatre ans, et vous-même tel que vous vous présentez dans vos essais et récits autobiographiques. Avez-vous tenté de  » maile-riser  » votre personnage ?

– Oui, au début. J’ai pensé que si j’avais commis un meurtre comme le sien, j’aurais agi comme lui – peut-être, car il est prétentieux d’affirmer qu’on pourrait être aussi courageux que lui. Peu de gens comprennent le courage qu’il faut pour aller jusqu’au bout de sa propre exécution. C’est un peu comme si vous étiez l’acteur principal d’une pièce et que, à la fin de la première, après avoir connu toutes les épreuves, vous vous avanciez vers le public pour que l’on vous exécute. C’est un geste ambitieux, même s’il y a quelque chose de tordu dans ce comportement. Au cours de mes recherches, après neuf mois de travail, j’ai su que je n’essaierais pas de façonner Gary à mon image. Au contraire, j’ai voulu qu’il ait une existence totalement indépendante de la mienne.

– Comment s’effectue pour vous le passage de la réalité, de l’autobiographie et de la biographie (les divers matériaux que vous utilisez) à la fiction ?

– Je viens de publier sur Marilyn Monroe un nouveau livre que j’appelle une  » fausse autobiographie  » ou  » pseudo-Mémoires « . J’essaie de raconter l’histoire de quelques années de sa vie, comme si elle parlait à son scribe ou à elle-même. C’est un exemple de l’imbrication biographie-fiction.

 » Les Armées de la nuit offre un deuxième cas de figure : c’est un reportage, si vous voulez, bien que je n’aime pas le terme. Il s’agit plutôt d’impressions en profondeur. La première partie, la plus longue, généralement considérée comme la plus réussie, est centrée autour de ce qui m’est arrivé pendant la marche sur le Pentagone en 1967. La seconde partie, plus courte, totalement objective, tente de cerner ce qui s’est passé à Washington au cours de la manifestation.

 » Le Chant du bourreau est totalement différent. Il n’y a rien d’autobiographique, c’est un véritable morceau d’écriture romanesque. La seule différence avec un roman traditionnel, c’est que les éléments constitutifs ne sont pas  » fictifs « , ils ne sont pas sortis de mon imagination. Mais l’essentiel de l’œuvre d’art est l’agencement de ces éléments, quelle que soit leur origine. En ce sens, le Chant du bourreau est un roman au sens le plus strict du terme, le travail d’un romancier qui fonctionne, j’ose l’espérer, à pleine vapeur ou presque…

Dieu

– Que signifie le titre ?

– Il y a deux significations principales sans rapport, l’une et l’autre, avec le problème de la peine capitale, ni avec l’exécution de Gilmore, au sens littéral. La première, c’est que Gilmore est le bourreau, le livre est donc le chant de Gilmore. La seconde, c’est que, en fin de compte, Dieu est notre exécuteur à tous, il choisit le moment de notre mort. Mais dans ce livre, que j’ai essayé d’écrire avec le maximum de distanciation, il ne s’agit pas d’un Dieu qui médite sur les événements, mais plutôt d’une voix romanesque qui vient de loin, qui émerge de ces merveilleux romans du dix-neuvième siècle écrits à la troisième personne, comme ceux de Thomas Hardy. On sent que ce n’est pas Dieu qui est présent, mais l’œil de la providence qui jette son regard sur le monde.

– Ce regard de Dieu, ce chant, n’est-ce pas aussi celui de Mailer, l’artiste ?

– Non, sauf si vous considérez que tout artiste, tout romancier, est à la fois une incarnation personnelle et une représentation de l’esprit. On ne peut pas écrire pendant trente ou quarante ans, comme je l’ai fait, sans participer à cette spiritualité abstraite. Il n’est pas impossible que tout ce que j’ai appris au cours de ces années sur le détachement de la voix de l’auteur se trouve en quelque sorte concentré dans cet ouvrage. Mes précédents romans sont plus personnels, plus individuels. Dans celui-ci, la distance est plus grande que jamais entre le matériau que j’ai utilisé et moi-même. C’est sans doute cette part neuve et inutilisée de moi-même qui explique ce détachement nouveau.  »


(1) Voir P. Dommergues,  » Un  » roman-vérité  » de Norman Mailer  » le Monde des livres, 28 décembre 1979.

(2) En 1969, Mailer est candidat à la mairie de New-York.

(3) Henry George est un économiste réformiste américain du dix-neuvième siècle, qui propose un système de l’impôt unique sur la terre, à une époque où commencent les grandes spéculations foncières en Californie

(4) En français dans l’entretien

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1980/12/01/norman-mailer-le-president-et-le-bourreau_2808528_1819218.html#D25wVIPCx1m7iuqv.99

Voir enfin:

Eric Brunet

18 novembre 2016

Je me souviens de ce célèbre expert des États-Unis, croisé dans les allées de BFM TV la veille de l’élection présidentielle américaine : « Éric, j’ai eu mes contacts à Washington. C’est plié : Hillary l’emporte avec plus de 55 % des voix. » J’en ris encore… Qui avait pris la peine, dans les semaines qui précédaient l’élection américaine, d’inviter les représentants de la campagne de Donald Trump en France ? Personne. Nous avons découvert leur visage le lendemain du 8 novembre. Alors que les démocrates se bousculaient sur nos plateaux de télévision depuis plus de quinze jours…

Aujourd’hui encore, l’état de sidération est total. Sondeurs et journalistes américains rasent les murs. Et avec eux, les soi-disant experts français. Pour calmer l’opinion publique, on esquisse quelques explications (les mêmes à chaque fois qu’un institut de sondage se trompe) : “un sondage est une photographie de l’opinion à un instant ‘t’, pas une prédiction” ; “les intentions de vote ne sont pas figées” ; “une fraction de l’électorat du candidat républicain n’a pas déclaré son vote, comme c’est parfois le cas pour le Front national en France” ; “il y avait beaucoup d’indécis…”

Pourtant, cet échec à capter le désarroi de l’électorat américain témoigne de l’hallucinant décalage entre un pays et ses élites médiatiques… « Comme tout le monde, nous nous sommes trompés », avouait Tony Romando, le propriétaire de Newsweek. Son magazine, comme la plupart des médias américains, n’avait même pas envisagé la victoire de Donald Trump (le jour de l’élection, 84 % des médias prédisaient la victoire de la candidate démocrate)… Rappelons que le site FiveThirtyEight.com estimait que Mme Clinton avait 70 % de chances de l’emporter. Rappelons que le Wisconsin et la Pennsylvanie étaient “journalistiquement” acquis à Hillary Clinton : le New York Times leur donnait respectivement 93 % et 89 % de chances de s’offrir à la candidate démocrate… et c’est Trump qui l’a emporté dans ces deux États. Rappelons que le lundi 7 novembre, veille de l’élection américaine, le Huffington Post donnait 1,6 % de chances de victoire à Donald Trump ! Et que la une de Newsweek, “Madam President”, était déjà imprimée. Il a fallu en fabriquer une autre en urgence…

« Les médias sont passés à côté […]. Les chiffres n’étaient pas seulement un mauvais guide, […] ils étaient comme une bretelle de sortie qui nous écarte de la réalité », confesse Jim Rutenberg, le critique média du New York Times. Certains journalistes se dédouanent en rejetant la faute sur les instituts de sondage, impuissants à anticiper la déferlante Trump : « J’ai cru dans les données en politique pendant trente ans et les données sont mortes ce soir », assène sur Twitter Mike Murphy de la chaîne NBC, ajoutant : « Je n’aurais pas pu me tromper davantage à propos de cette élection. »

Le plus étonnant, c’est que les journalistes américains ont labouré les États républicains pendant des mois. Ils ont rencontré des mineurs, interviewé des chômeurs, côtoyé la misère et le déclassement. Pourtant, aveuglés par le discours policé du biotope new-yorkais, par leur foi idéologique dans la candidate des élites, ils n’ont pas pris au sérieux ces “deplorables”. Selon le milliardaire Peter Thiel, soutien de Donald Trump, c’est une grossière erreur : « Les journalistes prennent toujours Trump au pied de la lettre mais sans le prendre au sérieux. Ses électeurs, en revanche, le prennent au sérieux mais ne le prennent pas au pied de la lettre. Par exemple, quand il propose de construire un mur à la frontière mexicaine, les journalistes exigent des détails, veulent savoir comment il va s’y prendre. Ses électeurs comprennent qu’il ne veut pas vraiment édifi er un mur. Ils entendent simplement qu’il propose une politique migratoire plus saine et plus intelligente. »

Les médias français devraient en prendre de la graine, car d’importantes élections se profilent dans notre pays…


Héritage Obama: A quand le retrait des troupes américaines de Corée ? (Dennis Rodman of politics: Is there anything Obama will not do to burnish his precious legacy ?)

18 août, 2015
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After two years of negotiations, we have achieved a detailed arrangement that permanently prohibits Iran from obtaining a nuclear weapon. It cuts off all of Iran’s pathways to a bomb. Barack Hussein Obama

More than a decade later, we still live with the consequences of the decision to invade Iraq . . . Today, Iraq remains gripped by sectarian conflict, and the emergence of al-Qaeda in Iraq has now evolved into ISIL. Barack Hussein Obama
« The president said many times he’s willing to step out of the rut of history.” (…) Once again Rhodes has, perhaps inadvertently, exposed the president’s premises more clearly than the president likes to do. The rut of history: It is a phrase worth pondering. It expresses a deep scorn for the past, a zeal for newness and rupture, an arrogance about old struggles and old accomplishments, a hastiness with inherited precedents and circumstances, a superstition about the magical powers of the present. It expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all.expresses also a generational view of history, which, like the view of history in terms of decades and centuries, is one of the shallowest views of all. This is nothing other than the mentality of disruption applied to foreign policy. In the realm of technology, innovation justifies itself; but in the realm of diplomacy and security, innovation must be justified, and it cannot be justified merely by an appetite for change. Tedium does not count against a principled alliance or a grand strategy. Indeed, a continuity of policy may in some cases—the Korean peninsula, for example: a rut if ever there was one—represent a significant achievement. (…) Obama seems to believe that the United States owes Iran some sort of expiation. As he explained to Thomas Friedman the day after the nuclear agreement was reached, “we had some involvement with overthrowing a democratically elected regime in Iran” in 1953. Six years ago, when the streets of Iran exploded in a democratic rebellion and the White House stood by as it was put down by the government with savage force against ordinary citizens, memories of Mohammad Mosaddegh were in the air around the administration, as if to explain that the United States was morally disqualified by a prior sin of intervention from intervening in any way in support of the dissidents. The guilt of 1953 trumped the duty of 2009. But what is the alternative? This is the question that is supposed to silence all objections. It is, for a start, a demagogic question. This agreement was designed to prevent Iran from acquiring nuclear weapons. If it does not prevent Iran from acquiring nuclear weapons—and it seems uncontroversial to suggest that it does not guarantee such an outcome—then it does not solve the problem that it was designed to solve. And if it does not solve the problem that it was designed to solve, then it is itself not an alternative, is it? The status is still quo. Or should we prefer the sweetness of illusion to the nastiness of reality? For as long as Iran does not agree to retire its infrastructure so that the manufacture of a nuclear weapon becomes not improbable but impossible, the United States will not have transformed the reality that worries it. We will only have mitigated it and prettified it. We will have found relief from the crisis, but not a resolution of it. The administration’s apocalyptic rhetoric about the deal is absurd: The temporary diminishments of Iran’s enrichment activities are not what stand between the Islamic Republic and a bomb. The same people who assure us that Iran has admirably renounced its aspiration to a nuclear arsenal now warn direly that a failure to ratify the accord will send Iranian centrifuges spinning madly again. They ridicule the call for more stringent sanctions against Iran because the sanctions already in place are “leaky” and crumbling, and then they promise us that these same failing measures can be speedily and reliably reconstituted in a nifty mechanism called “snapback.” Leon Wieseltier
La Corée du Nord a appris au monde qu’au poker nucléaire la folie feinte vous vaut de l’aide étrangère ou l’attention planétaire — du fait que même la certitude qu’on a affaire à un bluff à 99% reste suffisante pour effrayer les opinions publiques occidentales. La Corée du nord est le proverbial envieux psychopathe du quartier qui agresse constamment ses voisins prospères d’à côté, en partant du principe que les voisins ne pourront manquer de prendre en compte ses menaces aussi sauvages qu’absurdes parce qu’il n’a rien et qu’ils ont tout à perdre. (…) L’Iran pourrait reprendre à l’infini le modèle de Kim — menaçant une semaine de rayer Israël de la carte, faisant machine arrière la semaine d’après sous prétexte de problèmes de traduction. L’objectif ne serait pas nécessairement de détruire Israël (ce qui vaudrait à l’Iran la destruction de la culture persane pour un siècle), mais d’imposer une telle atmosphère d’inquiétude et de pessimisme à l’Etat juif que son économie en serait affaiblie, son émigration en serait encouragée et sa réputation géostratégique en serait érodée. La Corée du nord est passée maître dans de telles tactiques de chantage nucléaire. A certains moments, Pyongyang a même réussi à réduire les deux géants asiatiques – Japon et Corée du Sud – à la quasi-paralysie. (…) Un Iran nucléaire n’aurait à s’inquiéter ni d’un ennemi existentiel avec une population d’un milliard d’habitants à côté tel que l’Inde ni d’un mécène tout aussi peuplé comme la Chine susceptible d’imposer des lignes rouges à ses crises de folie périodiques. Téhéran serait libre au contraire de faire et de dire ce qu’il veut. Et son statut de puissance nucléaire deviendrait un multiplicateur de force pour son énorme richesse pétrolière et son statut auto-proclamé de leader mondial des musulmans chiites. Si la Corée du Nord est un danger, alors un Iran nucléaire plus gros, plus riche et sans dissuasion serait un cauchemar. Victor Davis Hanson
The definition of appeasement is to accept demands from an aggressor and then declare that the resulting concessions were of no real importance in the first place. Victor Davis Hanson
When Obama entered office in January 2009, post-surge Iraq was quiet. By the end of his first year in office, three Americans had been killed. In 2010, fewer Americans were lost in Iraq each month than in accidents involving the U.S. military. That is why Joe Biden thought Iraq would be the administration’s “greatest achievement,” and Obama himself declared the country “stable and self-reliant.” Pulling all U.S. troops out at the end of 2011, against the advice of almost all sober military and diplomatic experts, achieved the desired talking point for the 2012 reelection campaign, but collapsed the country and birthed ISIL. Obama’s demagoguery is as if President Dwight Eisenhower had pulled all U.S. troops out of South Korea in 1955 to prep for his 1956 reelection campaign — and then blamed the ensuing North Korean victory and devastation of South Korea on Harry Truman for entering the Korean War in the first place in 1950. (…) All the contortions that Barack Obama has offered about Iraq — damning the invasion in 2003; claiming in 2004 that he had no policy differences on Iraq with the Bush administration; declaring in 2007 that the surge would fail; demanding in 2008 as a presidential candidate that all U.S. troops be brought home; assuring the world in 2011 that Iraq was “stable” and “self-reliant” as he pulled out all American peacekeepers; reassuring the world in 2014 that Iraq’s ISIS was not a real threat; and then deciding in 2015 that it was, as he ordered forces back in — have been predicated on perceived political advantage. That also explains why the deal was not presented as a treaty requiring a two-thirds vote of the Senate, as the Constitution outlines. Victor Davis Hanson

Après l’Iran et Cuba, la Corée du nord ?

A l’heure ou emporté par son obsession du changement pour le changement et sa place dans l’histoire …

Le maître-démagogue et pire président américain depuis Carter …

Confirme qu’il est bel et bien prêt de l’Irak à l’Afghanistan où à Cuba et sans oublier ses alliés les plus fidèles comme Israël …

A passer aux pertes et profits, littéralement les yeux fermés, les gains chèrement acquis et héritages combinés de l’ensemble de ses prédécesseurs depuis la Guerre froide …

Comment ne pas se poser la question suggérée en creux par la dernière tribune de l’historien américain Victor Davis Hanson …

De la Corée du nord ?

Ou, pour l’ineffable bonheur d’être le premier à le faire, notre Dennis Rodman de la politique pourrait bien retirer les troupes américaines de Corée du sud …

Et enfin serrer la paluche du dernier dictateur stalinien de la planète ?

Obama: Tougher on Congress than on Khamenei

Obama’s Unpresidential Iran Speech: The speech was mean-spirited and dishonest ─ and may have been counterproductive.

Victor Davis Hanson

National Review Online

August 11, 2015
President Obama’s speech last week advocating congressional approval of the Iran deal was mostly made-up history mixed with invective. Indeed, he talked far more roughly about his congressional partners than he did about our Iranian enemies, who have worked so hard to kill Americans over the last 35 years.
Obama assured us that in the past a “nonproliferation treaty . . . prohibited nations from acquiring nuclear weapons.” One wonders, then, how India, China, North Korea, and Pakistan ever obtained them, given they were all forbidden to do so under “new agreements” forged by Democratic and Republican presidents. Is there much logic in the assertion that the intelligence was flawed when we went to war with what proved to be a non-nuclear Iraq, but that we can trust the same intelligence agencies to apprise us precisely of the nuclear status of Iran?

“After two years of negotiations,” Obama went on, “we have achieved a detailed arrangement that permanently prohibits Iran from obtaining a nuclear weapon. It cuts off all of Iran’s pathways to a bomb.”

The deal does no such thing. Iran can still possess some enriched uranium. It can still operate centrifuges. It is not subject to anytime, anywhere inspections. And it will be almost impossible to restore international sanctions should Iran be caught cheating. As in the case of Obamacare, most of Obama’s pre-negotiation assurances are now either forgotten or ignored.

Obama, as is his wont, derides any who disagree with him: “Between now and the congressional vote in September, you are going to hear a lot of arguments against this deal, backed by tens of millions of dollars in advertising. And if the rhetoric in these ads and the accompanying commentary sounds familiar, it should, for many of the same people who argued for the war in Iraq are now making the case against the Iran nuclear deal.”

Yet even as Obama spoke those words, an array of Hollywood liberals was appearing in commercials drumming up support for the treaty. China and Russia are said to be lobbying senators to vote for it. When the president drones on ad nauseam about those “same people” who “argued for the war,” whom exactly does he include in the stable of Iraq War supporters — neocons like Joe Biden, Hillary Clinton, John Kerry, Fareed Zakaria, and Thomas Friedman? When Obama blasts the “tens of millions of dollars in advertising,” with suggestions of the nefarious role of the “same people” who wanted the Iraq War, I think we are meant to understand the old wink-and-nod dual-loyalty trope about American supporters of Israel.

Obama claimed that the Bush administration’s decision to go to war in Iraq was “a preference for military action over diplomacy.” Yet the Iraq War was authorized by both houses of Congress, with a majority of Democratic senators voting in favor, and the resolution contained 23 writs of action — all following up, in the post-9/11 climate, on the regime-change and liberation acts signed into law by former president Bill Clinton. The Bush administration spent months at the United Nations seeking to persuade Security Council members France and Russia (each enjoying valuable oil concessions from Saddam Hussein) to authorize military action in order to enforce U.N. sanctions. In contrast, Obama went to war in Libya without congressional approval. By bombing Moammar Qaddafi into extinction (as Secretary of State Hillary Clinton put it, “We came, we saw, he died”), Obama exceeded the U.N. authorization, which limited U.S. action to humanitarian support and no-fly zones. If Hillary wanted to quote classical Latin concerning the Libyan aftermath, she would have done better to invoke Tacitus: “Where they make a desert, they call it peace.”

The most disingenuous element of Obama’s entire speech was his assertion that “More than a decade later, we still live with the consequences of the decision to invade Iraq . . . Today, Iraq remains gripped by sectarian conflict, and the emergence of al-Qaeda in Iraq has now evolved into ISIL.”

When Obama entered office in January 2009, post-surge Iraq was quiet. By the end of his first year in office, three Americans had been killed. In 2010, fewer Americans were lost in Iraq each month than in accidents involving the U.S. military. That is why Joe Biden thought Iraq would be the administration’s “greatest achievement,” and Obama himself declared the country “stable and self-reliant.”

Pulling all U.S. troops out at the end of 2011, against the advice of almost all sober military and diplomatic experts, achieved the desired talking point for the 2012 reelection campaign, but collapsed the country and birthed ISIL. Obama’s demagoguery is as if President Dwight Eisenhower had pulled all U.S. troops out of South Korea in 1955 to prep for his 1956 reelection campaign — and then blamed the ensuing North Korean victory and devastation of South Korea on Harry Truman for entering the Korean War in the first place in 1950.

Obama, again, blames George W. Bush for most of the problems he himself has caused. For instance, he claims that the Iranians started spinning centrifuges while Bush was in office, conveniently forgetting two key points. First, as a senator, Obama voted to deny the Bush administration the ability to use military force to deter Iran, and he voted against the designation of the Iranian Revolutionary Guard as a terrorist organization, despite its then-recent efforts to kill Americans in Iraq. Second, far more centrifuges have come on line during the Obama administration than did during the Bush administration.

What mostly brought Iran to the negotiating table was not skillful Obama diplomacy, but the ongoing increases in global gas and oil supplies, and the resulting collapse of oil prices, which assuaged our Asian and European allies’ worries about skyrocketing oil prices should Iranian oil go off the market. The prospect of a glut persuaded them to join in sanctioning Iran. The plunge in oil prices that strengthened the Obama administration’s hand came about as a result of private exploration in the U.S. that occurred despite rather than because of Obama’s efforts.

When Obama claims that so far his diplomacy has curtailed Iranian enrichment, he has no idea whether that will prove to be an accurate assessment, given the secrecy of the Iranian project and the Iranians’ refusal to allow inspectors full and open access to their facilities. But if Obama is correct that the interim deal worked so well, and if sanctions brought Iran to the table, why in the world would he discard the status quo?

When he details all the things Iran must and will certainly do, why would he think it is any more likely that Iran will follow the letter of the treaty than that Qassem Suleimani — a high-ranking Iranian general and commander of the Quds Force, which carries out terrorist operations — would obey international travel bans? In fact, shortly after listening to Obama’s speech, Suleimani brazenly broke the ban and traveled to see Putin, apparently to negotiate Russian arms sales with his newly released $150 billion in formerly embargoed funds.

Obama says there is “daily access” to Iran’s “key” nuclear sites. But what if Iran declares a site not “key” and therefore off limits? Obama likewise assures us, “This access can be with as little as 24 hours’ notice.” Does anyone really believe that? Not Obama himself, for he immediately qualified that with, “And while the process for resolving a dispute about access can take up to 24 days, once we’ve identified a site that raises suspicion, we will be watching it continuously until inspectors get in.” If a 24-day wait is no hindrance to inspection, why then have it at all? The definition of appeasement is to accept demands from an aggressor and then declare that the resulting concessions were of no real importance in the first place.

Obama insists: “Congressional rejection of this deal leaves any U.S. administration that is absolutely committed to preventing Iran from getting a nuclear weapon with one option, another war in the Middle East. I say this not to be provocative, I am stating a fact.”

That is not a fact. And it is shameful to suggest that it is. Again, the alternative to the deal is not war now, but rather continued sanctions, and a continuation of the increased oil production by the U.S. and the Gulf monarchies that brought a cash-strapped Iran to the table. Both measures could be ratcheted up even further. Obama talks of a “game changer” — another regrettable selection of words when we remember the history of that phrase in the context of the Syrian pink line. Iran was getting weaker by the day even as Obama’s tenure was running out. The urgency came from both Iran and Obama. The former was fearful that it would be both poorer and weaker when a possibly very different president takes office in 2017; the latter in desperation was looking for a legacy after the detritus of reset, Libya, ISIS, Syria, and the growing estrangement from long-term allies such as Egypt and Israel.

Obama assumes Tehran will spend its impending windfall on domestic projects, and told us that such investment “improves the economy and benefits the lives of the Iranian people” — as if theocratic authoritarians are sober and judicious officials who feel that improving health care or building freeways would best serve their interests, rather than bullying neighbors and thus raising their own military and political statures. From Hitler to Saddam, there is little evidence that dictators think like the technocrats of social democracies.

Obama reassures us that Iran’s “conventional capabilities will never compare to Israel’s.” Israel is a country of 8 million people, Iran one of nearly 78 million — with appendages in Syria, Iraq, Yemen, the West Bank, and Lebanon that together perhaps already have more conventional missiles pointed at Israel than Israel has bombers that can reach them.

Obama downplays Iran’s Hitlerian rhetoric: “Just because Iranian hardliners chant ‘Death to America’ does not mean that that’s what all Iranians believe.” That is an adolescent remark — analogous to saying that just because Hitler promised a “final solution of the Jewish question” did not mean that all Germans shared his anti-Semitism. What would it matter even if such an assertion were true?

Even if a million Iranians once again hit the streets to protest the theocracy — a movement shunned in 2009 by Obama himself — they would probably not be able to sway the policies of their fascist government. Whether most Germans disagreed with the Nazis’ anti-Semitic policy in 1939 was about as relevant as whether Iranians today privately object to the theocrats’ rhetoric.

President Obama should know better. The problem is not that Iranian “hardliners” are chanting “Death to America.” Rather, to take one example, Iran’s Supreme Leader, Ayatollah Ali Khamenei, in good Mein Kampf fashion, has just published a book of 400-plus pages outlining the de facto end of Israel.

It is beneath a president of the United States to equate U.S. congressional representatives with theocratic fascists. But that comparison is about what Obama offered when he declared, “It’s those hardliners who are most comfortable with the status quo. It’s those hardliners chanting ‘Death to America’ who have been most opposed to the deal. They’re making common cause with the Republican caucus.”

One wonders whether Obama includes in his weird Iran/U.S. Congress “common cause” the man designated to succeed Harry Reid as the Democrats’ leader in the Senate, Chuck Schumer, who, after listening to Obama’s speech, promptly came out against the pact — to the rejoicing, no doubt, of Iranian “hardliners.” Or are the allies of the hardliners the majority of the American people, who also oppose the Obama deal? And what about the Chinese and Russian leaders who wholeheartedly support Obama’s deal, whether out of the desire for lucre, or for humiliation of the U.S. in the present and in the future — or both? Does Obama envision himself and the Iranian theocracy allied against American and Iranian “hardliners” — as if his affinities to the Khamenei clique trump those to, say, Senator Marco Rubio or Senator John McCain?

It is rich from Obama to declare that critics of the deal are playing politics and endangering U.S. credibility: this, from a man who, as senator, in the middle of the critical surge in Iraq in 2007 declared it a failure and advocated pulling out all U.S. troops in the spring of 2008. It was Obama who destroyed U.S. credibility by setting empty deadlines with Iran, empty step-over lines with Russia, and an empty red line with Syria, while promising to shepherd Libya to a stable postwar government, a policy whose natural trajectory ended in Benghazi.

All the contortions that Barack Obama has offered about Iraq — damning the invasion in 2003; claiming in 2004 that he had no policy differences on Iraq with the Bush administration; declaring in 2007 that the surge would fail; demanding in 2008 as a presidential candidate that all U.S. troops be brought home; assuring the world in 2011 that Iraq was “stable” and “self-reliant” as he pulled out all American peacekeepers; reassuring the world in 2014 that Iraq’s ISIS was not a real threat; and then deciding in 2015 that it was, as he ordered forces back in — have been predicated on perceived political advantage. That also explains why the deal was not presented as a treaty requiring a two-thirds vote of the Senate, as the Constitution outlines.

The final irony? President Obama’s rambling and mean-spirited speech may well achieve the opposite effect of its apparent intention. It may persuade some members of his own party that they could do a lot better than joining a dishonest deal and a disingenuous deal-maker.

Voir aussi:

Iran’s North Korean Future

Victor Davis Hanson

National review

April 11, 2013

The idea of a nuclear Iran — and of preventing a nuclear Iran — terrifies security analysts.

Those who argue for a preemptive strike against Iran cannot explain exactly how American planes and missiles would take out all the subterranean nuclear facilities without missing a stashed nuke or two — or whether they might as well expand their target lists to Iranian military assets in general. None can predict the fallout on world oil prices, global terrorism, and the politically fragile Persian Gulf, other than that it would be uniformly bad.

In contrast, those who favor containment of a nuclear Iran do not quite know how the theocracy could be deterred — or how either Israel or the regional Sunni Arab regimes will react to such a powerful and unpredictable neighbor.

The present crisis with North Korea offers us a glimpse of what, and what not, to expect should Iran get the bomb. Mahmoud Ahmadinejad would gain the attention currently being paid to Kim Jong Un — attention not otherwise earned by his nation’s economy or cultural influence.

We should assume that the Iranian theocracy, like the seven-decade-long Kim dynasty in North Korea, would periodically sound lunatic: threatening its neighbors and promising a firestorm in the region — if not eventually in the United States and Europe as well.

An oil-rich, conventionally armed Iran has already used that playbook. When it becomes nuclear, those previously stale warnings of ending Israel or attacking U.S. facilities in the Persian Gulf will not be entirely laughed off, just as Kim Jong Un’s insane diatribes are now not so easily dismissed.

North Korea has taught the world that feigned madness in nuclear poker earns either foreign aid or worldwide attention — given that even a 99 percent surety of a bluff can still scare Western publics. North Korea is the proverbial nutty failed neighbor who constantly picks on the successful suburbanites next door, on the premise that the neighbors will heed his wild, nonsensical threats because he has nothing and they have everything to lose.

Iran could copy Kim’s model endlessly — one week threatening to wipe Israel off the map, the next backing down and complaining that problems in translation distorted the actual, less bellicose communiqué. The point would not necessarily be to actually nuke Israel (which would translate into the end of Persian culture for a century), but to create such an atmosphere of worry and gloom over the Jewish state as to weaken its economy, encourage emigration, and erode its geostrategic reputation.

North Korea is a past master of such nuclear-shakedown tactics. At times Pyongyang has reduced two Asian powerhouses — Japan and South Korea — to near paralysis. Can the nations that gave the world Toyota and Samsung really count on the American defense umbrella? Should they go nuclear themselves? Can North Korean leadership be continually bought off with foreign aid, or is it really as crazy serious as it sounds?

Iran would also be different from other nuclear rogue states. The West often fears a nuclear Pakistan, given that a large part of its tribal lands is ungovernable and overrun with Islamic radicals. Its government is friendly to the West only to the degree that American aid continues.

Yet far larger and more powerful India deters nuclear Pakistan. For all the wild talk from both the Pakistani government and tribal terrorists, there is general fear in Pakistan that India has superior conventional and nuclear forces. India is also unpredictable and not the sort of nation that can be periodically threatened and shaken down for concessions.

Iran has no comparable existential enemy of a billion people — only a tiny Israel of some seven million. The result is that there is no commensurate regional deterrent.

Nor does Iran have a tough master like nuclear China. Even Beijing finally pulls on the leash when its unpredictable North Korean client has threatened to bully neighbors and create too unprofitable a fuss.

Of course, China enjoys the angst that its subordinate causes its rivals. It also sees North Korea as a valuable impediment to a huge, unified, and Westernized Korea on its borders. But that said, China does not want a nuclear war in its backyard. That fact ultimately means North Korea is muzzled once its barking becomes too obnoxious.

A nuclear Iran would worry about neither a billion-person nuclear existential enemy nearby such as India, nor a billion-person patron such as China that would establish redlines to its periodic madness. Instead, Tehran would be free to do and say what it pleased. And its nuclear status would become a force multiplier to its enormous oil wealth and self-acclaimed world leadership of Shiite Muslims.

If North Korea has been a danger, then a bigger, richer, and undeterred nuclear Iran would be a nightmare.

Voir encore:

Obama’s Legacy and the Iran Nuclear Agreement

Gary C. Gambill
The National Post
August 18, 2015

Originally published under the title, « Obama’s Legacy-Making Agreement »

U.S. President Barack Obama’s choice of American University, where John F. Kennedy gave a famous 1963 speech calling for peace and nuclear disarmament, to deliver his most impassioned defence of the recently signed Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) earlier this month was no accident. In seeking to convince Congress and the American people that the JCPOA adequately defuses the Iranian nuclear threat, the White House and its supporters have been routinely referring to the agreement as the cornerstone of his foreign policy legacy.

This messaging is partly intended as a signal of resolve to fence-sitting Democrats, who might think twice about opposing the signature foreign policy initiative of a president from their own party. But there is a deeper message implicit in the endless repetition of this talking point — that Obama wouldn’t be foolish enough to double down on the JCPOA if what the critics are saying about it is true. « Look, 20 years from now, I’m still going to be around, God willing, » the president told The Atlantic in May. « If Iran has a nuclear weapon, it’s my name on this. »

This argument, which National Review opinion editor Patrick Brennan paraphrases as, « Settle on a deal that would ruin my foreign policy legacy? But I want to have a good legacy! » is not without logic. Obama’s a smart guy, with the entire U.S. intelligence apparatus at his disposal. If he’s willing to bet his own farm on the JCPOA, it can’t be that bad, can it?

Legacy-making and the defence of U.S. national interests are two different things.

Unfortunately, yes. If smarts, knowledge and the desire to be judged favourably by history guaranteed foreign policy success, presidents would seldom make mistakes. Obama says he has « never been more certain about a policy decision than this one, » but he also thought overthrowing Qaddafi would be a hoot and look how that turned out. Clearly he’s not omniscient.

But the larger problem with the my-name-on-it argument is that legacy-making and the defence of U.S. national interests are two different things. Good policy decisions don’t always highlight White House leadership in ways that can fill a wing of a presidential library. Whatever the merits of Obama’s handling of the Russia-Ukraine crisis, presidential historians don’t rave about preventing a bad situation from getting worse.

Moreover, a favourable legacy doesn’t always require the clear-cut advancement of U.S. national interests in the here and now. Legacy-making concerns how one’s actions will be perceived by future generations who have little sense of the context and details. Whereas elected officials ordinarily strive to be responsive to the interests and preferences of constituents, a legacy-seeking president seeks vindication in the political hereafter.

Good policy doesn’t always highlight White House leadership in ways that can fill a wing of a presidential library.

This is a slippery slope for a progressive like Obama, who surely assumes that future generations will be more sympathetic to his worldview than his contemporaries. He may therefore reason that a charitable judgment can best be ensured by staying true to himself, as it were, even if it entails serious security risks, all the more so because his administration has deviated from these presumed future norms in other areas (e.g., drone strikes).

This may have given Obama reason to prefer a deeply flawed agreement that embodies his worldview over walking away from the table with nothing at all. Failed negotiations — or a continued succession of interim agreements that hands the ball to his successor — don’t interest Steven Spielberg. At a time when prospects of an unvarnished domestic policy triumph have dimmed, and after his ambitious effort to jump-start Israeli-Palestinian talks went nowhere, the Iran negotiations were his last chance to do something big.

Whatever his reasons, Obama’s approach has been to extract as many concessions from Iran as possible before he leaves office, but not leave the table without an agreement. Unfortunately, the Iranians correctly ascertained that he could not afford to take no for an answer, and that standing firm on unreasonable demands would bring American flexibility. The end result is that an « international effort, buttressed by six UN resolutions, to deny Iran the capability to develop a military nuclear option, » former secretary of state Henry Kissinger explained in congressional testimony early this year, soon became « an essentially bilateral negotiation over the scope of that capability, » with the scope of capability acceptable to the administration widening dramatically as the negotiations wore on.

Congress and the American people should give the Obama administration a fair hearing and evaluate the JCPOA on its merits, but pay no attention to the president’s expressions of boundless confidence in the agreement. It’s a good bet even he never imagined he’d have to settle for such a crappy deal.

Gary C. Gambill is a research fellow at the Middle East Forum.


Doctrine Obama: C’est mort à l’Amérique, imbécile ! (Continuation of the jihad by other means: American power is what they all hope to break)

12 avril, 2015
https://fbcdn-sphotos-c-a.akamaihd.net/hphotos-ak-xpa1/t31.0-8/10003674_1070465586313700_7193367525536975127_o.jpghttps://scontent-ams.xx.fbcdn.net/hphotos-xpf1/v/t1.0-9/10491203_1070485379645054_1522694794172874079_n.jpg?oh=0fd6ff33e4f716e022380d1c41371160&oe=55E58EBB Apologizer in chief on DDayhttps://scottthong.files.wordpress.com/2008/04/revjerwright341.jpg?w=450&h=345Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
One can’t think that in order to improve and normalize relations with the U.S., Cuba has to give up the principles it believes in. Changes in Cuba aren’t negotiable. Josefina Vidal (Cuba’s top diplomat for U.S. affairs, 25.01.15)
Although Cuba no longer actively supports armed struggle in Latin America and other parts of the world, the Cuban government continued to provide safe haven to several terrorists. Members of ETA, the FARC, and the ELN remained in Cuba during 2008, some having arrived in Cuba in connection with peace negotiations with the governments of Spain and Colombia. Cuban authorities continued to publicly defend the FARC. However, on July 6, 2008, former Cuban President Fidel Castro called on the FARC to release the hostages they were holding without preconditions. He has also condemned the FARC’s mistreatment of captives and of their abduction of civilian politicians who had no role in the armed conflict. The United States has no evidence of terrorist-related money laundering or terrorist financing activities in Cuba, although Cuba has one of the world’s most secretive and non-transparent national banking systems. Cuba has no financial intelligence unit. Cuba’s Law 93 Against Acts of Terrorism provides the government authority to track, block, or seize terrorist assets. The Cuban government continued to permit some U.S. fugitives—including members of U.S. militant groups such as the Boricua Popular, or Macheteros, and the Black Liberation Army to live legally in Cuba. In keeping with its public declaration, the government has not provided safe haven to any new U.S. fugitives wanted for terrorism since 2006. US Department of state
Imagine there’s no Israel, It’s easy if you try, Imagine all the people, Living life in peace You may say that I’m a dreamer, But I’m not the only one, I hope someday you’ll join us And the world will be as one … (à fredonner sur un air connu)
Il a fallu s’y atteler et dans ces lieux, on peut rendre hommage aux Cubains, issus de la Révolution qui se sont résolus à tenir tête aux États-Unis, leurs plus proches voisins. Les Cubains, les Cubains de Cuba, fiers de leur révolution sociale, savent qu’ils ne sont plus seuls. En revendiquant leur dignité, ils s’associent aux revendications de tous les peuples opprimés et, de ce fait, ils rejoignent les bâtisseurs du monde de demain. Danielle Mitterrand (Porto Alegre, février 2003)
L’Amérique est toujours le tueur numéro 1 dans le monde. . . Nous sommes profondément impliqués dans l’importation de la drogue, l’exportation d’armes et la formation de tueurs professionnels. . . Nous avons bombardé le Cambodge, l’Irak et le Nicaragua, tuant les femmes et les enfants tout en essayant de monter l’opinion publique contre Castro et Khaddafi. . . Nous avons mis Mandela en prison et soutenu la ségrégation pendant 27 ans. Nous croyons en la suprématie blanche et l’infériorité noire et y croyons davantage qu’en Dieu. … Nous avons soutenu le sionisme sans scrupule tout en ignorant les Palestiniens et stigmatisé quiconque le dénonçait comme anti-sémite. . . Nous ne nous inquiétons en rien de la vie humaine si la fin justifie les moyens. . . Nous avons lancé le virus du SIDA. . . Nous ne pouvons maintenir notre niveau de vie qu’en nous assurant que les personnes du tiers monde vivent dans la pauvreté la plus abjecte. Rev. Jeremiah Wright (le 15 janvier 2006)
L’audace de l’espoir. Voilà le meilleur de l’esprit américain ; avoir l’audace de croire, malgré toutes les indications contraires, que nous pouvions restaurer un sens de la communauté au sein d’une nation déchirée ; l’audace de croire que malgré des revers personnels, la perte d’un emploi, un malade dans la famille ou une famille empêtrée dans la pauvreté, nous avions quelque emprise- et par conséquent une responsabilité sur notre propre destin. Barack Hussein Obama
Je veux aussi, une fois élu, organiser un sommet dans le monde musulman, avec tous les chefs d’Etat, pour discuter franchement sur la façon de contenir le fossé qui s’agrandit chaque jour entre les musulmans et l’Occident. Je veux leur demander de rejoindre notre combat contre le terrorisme. Nous devons aussi écouter leurs préoccupations. (…) Je veux dialoguer directement avec l’Iran et la Syrie. Nous ne stabiliserons pas la région si nous ne parlons pas à nos ennemis. Lorsqu’on est en désaccord profond avec quelqu’un, il faut lui parler directement. Barack Obama (Paris Match, le 31 janvier 2008)
Il n’y a aucune raison que nous ne puissions restaurer le respect dont jouissait l’Amérique et le partenariat qu’elle avait avec le monde musulman voilà 20 ou 30 ans de cela. (…) J’ai déclaré durant la campagne qu’il est très important pour nous de faire en sorte que nous utilisions tous les outils de la puissance américaine, y compris la diplomatie, dans nos relations avec l’Iran. Barack Hussein Obama
We are powerful enough to be able to test these propositions without putting ourselves at risk. And that’s the thing … people don’t seem to understand. You take a country like Cuba. For us to test the possibility that engagement leads to a better outcome for the Cuban people, there aren’t that many risks for us. It’s a tiny little country. It’s not one that threatens our core security interests, and so [there’s no reason not] to test the proposition. And if it turns out that it doesn’t lead to better outcomes, we can adjust our policies. The same is true with respect to Iran, a larger country, a dangerous country, one that has engaged in activities that resulted in the death of U.S. citizens, but the truth of the matter is: Iran’s defense budget is $30 billion. Our defense budget is closer to $600 billion. Iran understands that they cannot fight us. … You asked about an Obama doctrine. The doctrine is: We will engage, but we preserve all our capabilities.” The notion that Iran is undeterrable — “it’s simply not the case,” he added. “And so for us to say, ‘Let’s try’ — understanding that we’re preserving all our options, that we’re not naïve — but if in fact we can resolve these issues diplomatically, we are more likely to be safe, more likely to be secure, in a better position to protect our allies, and who knows? Iran may change. If it doesn’t, our deterrence capabilities, our military superiority stays in place. … We’re not relinquishing our capacity to defend ourselves or our allies. In that situation, why wouldn’t we test it? Barack Hussein Obama
It’s the dreamers — no matter how humble or poor or seemingly powerless — that are able to change the course of human events. We saw it in South Africa, where citizens stood up to the scourge of apartheid. We saw it in Europe, where Poles marched in Solidarity to help bring down the Iron Curtain. In Argentina, where mothers of the disappeared spoke out against the Dirty War. It’s the story of my country, where citizens worked to abolish slavery, and establish women’s rights and workers’ rights, and rights for gays and lesbians. It’s not to say that my country is perfect — we are not. And that’s the point. We always have to have citizens who are willing to question and push our government, and identify injustice. We have to wrestle with our own challenges — from issues of race to policing to inequality. But what makes me most proud about the extraordinary example of the United States is not that we’re perfect, but that we struggle with it, and we have this open space in which society can continually try to make us a more perfect union. (…) As the United States begins a new chapter in our relationship with Cuba, we hope it will create an environment that improves the lives of the Cuban people -– not because it’s imposed by us, the United States, but through the talent and ingenuity and aspirations, and the conversation among Cubans from all walks of life so they can decide what the best course is for their prosperity. As we move toward the process of normalization, we’ll have our differences, government to government, with Cuba on many issues — just as we differ at times with other nations within the Americas; just as we differ with our closest allies. There’s nothing wrong with that. (…) And whether it’s crackdowns on free expression in Russia or China, or restrictions on freedom of association and assembly in Egypt, or prison camps run by the North Korean regime — human rights and fundamental freedoms are still at risk around the world. And when that happens, we believe we have a moral obligation to speak out. (…) As you work for change, the United States will stand up alongside you every step of the way. We are respectful of the difference among our countries. The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past. (…) We have a debt to pay, because the voices of ordinary people have made us better. That’s a debt that I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world. (…) God bless you. Barack Hussein Obama (Sommet des Amériques, Panama city, April 10, 2015)
Les frères Jonas sont ici ; ils sont là quelque part. Sasha et Malia sont de grandes fans. Mais les gars, allez pas vous faire des idées. J’ai deux mots pour vous: « predator drone ». Vous les verrez même pas venir. Vous croyez que je plaisante, hein ? Barack Hussein Obama
I, and most of my colleagues, have spent a lot of time discussing red lines since the tragedy in Paris. As you know, the Muhammad cartoon controversy began eight years ago in Denmark, as a protest against “self-censorship,” one editor’s call to arms against what she felt was a suffocating political correctness. The idea behind the original drawings was not to entertain or to enlighten or to challenge authority—her charge to the cartoonists was specifically to provoke, and in that they were exceedingly successful. Not only was one cartoonist gunned down, but riots erupted around the world, resulting in the deaths of scores. No one could say toward what positive social end, yet free speech absolutists were unchastened. Using judgment and common sense in expressing oneself were denounced as antithetical to freedom of speech. And now we are adrift in an even wider sea of pain. Ironically, Charlie Hebdo, which always maintained it was attacking Islamic fanatics, not the general population, has succeeded in provoking many Muslims throughout France to make common cause with its most violent outliers. This is a bitter harvest. Traditionally, satire has comforted the afflicted while afflicting the comfortable. Satire punches up, against authority of all kinds, the little guy against the powerful. Great French satirists like Molière and Daumier always punched up, holding up the self-satisfied and hypocritical to ridicule. Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean. By punching downward, by attacking a powerless, disenfranchised minority with crude, vulgar drawings closer to graffiti than cartoons, Charlie wandered into the realm of hate speech, which in France is only illegal if it directly incites violence. Well, voila—the 7 million copies that were published following the killings did exactly that, triggering violent protests across the Muslim world, including one in Niger, in which ten people died. Meanwhile, the French government kept busy rounding up and arresting over 100 Muslims who had foolishly used their freedom of speech to express their support of the attacks. The White House took a lot of hits for not sending a high-level representative to the pro-Charlie solidarity march, but that oversight is now starting to look smart. The French tradition of free expression is too full of contradictions to fully embrace. Even Charlie Hebdo once fired a writer for not retracting an anti-Semitic column. Apparently he crossed some red line that was in place for one minority but not another. What free speech absolutists have failed to acknowledge is that because one has the right to offend a group does not mean that one must. Or that that group gives up the right to be outraged. They’re allowed to feel pain. Freedom should always be discussed within the context of responsibility. At some point free expression absolutism becomes childish and unserious. It becomes its own kind of fanaticism. I’m aware that I make these observations from a special position, one of safety. In America, no one goes into cartooning for the adrenaline. As Jon Stewart said in the aftermath of the killings, comedy in a free society shouldn’t take courage. Writing satire is a privilege I’ve never taken lightly.  And I’m still trying to get it right. Doonesbury remains a work in progress, an imperfect chronicle of human imperfection. It is work, though, that only exists because of the remarkable license that commentators enjoy in this country. That license has been stretched beyond recognition in the digital age. It’s not easy figuring out where the red line is for satire anymore. But it’s always worth asking this question: Is anyone, anyone at all, laughing? If not, maybe you crossed it. Garry Trudeau
Si à Poitiers Charles Martel avait été battu, le monde aurait changé de face. Puisque le monde était déjà condamné à l’influence judaïque (et son sous-produit le christianisme est une chose si insipide !), il aurait mieux valu que l’islam triomphe. Cette religion récompense l’héroïsme, promet au guerrier les joies du septième ciel… Animé d’un esprit semblable, les Germains auraient conquis le monde. Ils en ont été empêchés par le christianisme. Hitler (1942)
Après tout, qui parle encore aujourd’hui de l’annihilation des Arméniens? Hitler (22 août 1939)
Nous ne savons pas si Hitler est sur le point de fonder un nouvel islam. Il est d’ores et déjà sur la voie; il ressemble à Mahomet. L’émotion en Allemagne est islamique, guerrière et islamique. Ils sont tous ivres d’un dieu farouche. Jung (1939)
Mein Kamp (…) Tel était le nouveau Coran de la foi et de la guerre: emphatique, fastidieux, sans forme, mais empli de son propre message. Churchill
Si le Reich allemand s’impose comme protecteur de tous ceux dont le sang allemand coule dans les veines, et bien la foi musulmane impose à chaque Musulman de se considérer comme protecteur de toute personne ayant été imprégnée de l’apprentissage coranique. Hassan el Banna (fondateur des Frères musulmans et grand-père de Tariq et Hani Ramadan)
J’annonce au monde entier que si les infidèles font obstacle à notre religion, nous nous opposerons au monde entier et nous ne cesserons pas avant leur anéantissement, nous en sortirons tous libérés ou nous obtiendrons une plus grande liberté qui est le martyr. Soit nous nous serrerons les uns aux autres pour célébrer la victoire de l’islam sur le monde ou bien nous aurons tous la vie éternelle grâce au martyr. Dans les deux cas, la victoire et le succès seront à nous. Khomeiny
Beaucoup de déçus dans la lutte entre le monde islamique et les infidèles ont essayé de rejeter la responsabilité en annonçant qu’il n’est pas possible d’avoir un monde sans les États-Unis et le sionisme. Mais vous savez que ce sont un but et un slogan réalisables. Pour étayer ses propos, le président se réfère à la chute, dans l’histoire récente, de plusieurs régimes que personne ne voyait sombrer. Lorsque notre cher imam (Khomeiny) a annoncé que le régime (du Shah) devait être supprimé, beaucoup de ceux qui prétendaient être politiquement bien informés ont déclaré que ce n’était pas possible. Qui pouvait penser qu’un jour, nous pourrions être témoins de l’effondrement de l’empire de l’Est (Union soviétique) ? L’Imam a annoncé que Saddam devait s’en aller puis a ajouté qu’il s’affaiblirait plus vite que personne ne l’imagine.  L’Imam (Khomeiny) a annoncé que le régime occupant Jérusalem devait disparaître de la page du temps. Ahmadinejad (Conférence du monde sans sionisme, 25 octobre 2005)
Mort à l’Amérique, parce que l’Amérique est la source d’origine de cette pression. Ils insistent à mettre la pression sur l’économie de nos chères personnes. Quel est leur objectif ? Leur objectif est de monter les gens contre le système. Ayatollah Ali Khamenei  (20.03.15)
Our negotiations with the world powers are a source of national pride. Yesterday [during the Iran-Iraq War], your brave generals stood against the enemy on the battlefield and defended their country. Today, your diplomatic generals are defending [our nation] in the field of diplomacy; this too is jihad. Hassan Rouhani
La situation est tragique mais les forces en présence au Moyen-Orient font qu’au long terme, Israël, comme autrefois les Royaumes francs, finira par disparaître. Cette région a toujours rejeté les corps étrangers. Dominique de Villepin (Paris, automne 2001)
Nul ne peut ne pas rêver de la destruction de n’importe quelle puissance devenue à ce point hégémonique (…) A la limite, c’est eux qui l’ont fait, mais c’est nous qui l’avons voulu. Jean Baudrillard (novembre 2001)
En des occasions diverses j’ai défini cette époque comme un temps de guerre, une troisième guerre mondiale « par morceaux », où nous assistons quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres sanglants, et à la folie de la destruction. Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre. Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? » (…) Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes, des hommes, des personnes âgées et même des enfants et des malades sans défense ont été tués. Les deux autres ont été perpétrées par la nazisme et par le stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs semblables, avec l’aide des uns et le silence complice des autres qui restent spectateurs.  (…) Se souvenir d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le mal c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser ! Pape François
Les « pacifistes » croient donner une chance à la paix. En fait, s’ils donnent une chance, c’est à l’aveuglement et à lui seul. Les manifestations de samedi dernier c’est l’union sacrée de John Lennon et de Neville Chamberlain. Une naïveté poussée jusqu’à l’absence complète de discernement le dispute au mépris de la réalité. Il n’y a rien à attendre d’une telle alliance. Laurent Murawiec
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
Quand l’Autriche se moque de vous, c’est que ce n’est pas votre semaine. Pourtant qui peut blâmer Madame Fekter, vu le dédain qu’Obama a montré pour son propre pays à l’étranger, jouant au philosophe-roi au-dessus de la mêlée qui négocie entre sa patrie renégate et un monde par ailleurs chaleureux et accueillant ? (…) Il est particulièrement étrange de voir un leader mondial célébrer le déclin de son propre pays. Encore quelques tournées mondiales comme celle-ci et Obama aura beaucoup plus de déclin à célébrer. Charles Krauthammer
Bref, nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
Le problème n’est pas la sécurité d’Israël, la souveraineté du Liban ou les ingérences de la Syrie ou du Hezbollah : Le problème est centré sur l’effort de l’Iran à obtenir le Droit d’Abolir l’Exclusivité de la Dissuasion. La prolifération sauvage, le concept de «tous nucléaires» sera la fin de la Guerre Froide et le retour à la période précédant la Dissuasion. Les mollahs et leurs alliés, le Venezuela, l’Algérie, la Syrie, la Corée du Nord et la Russie…, se militarisent à une très grande échelle sachant qu’ils vont bientôt neutraliser le parapluie protecteur de la dissuasion et alors ils pourront faire parler la poudre. Chacun visera à dominer sa région et sans que les affrontements se déroulent en Europe, l’Europe sera dépouillée de ses intérêts en Afrique ou en Amérique du Sud et sans combattre, elle devra déposer les armes. Ce qui est incroyable c’est la myopie de la diplomatie française et de ses experts. (…) Aucun d’entre eux ne se doute que la république islamique a des alliés qui ont un objectif commun: mettre un terme à une discrimination qui dure depuis 50 ans, la dissuasion nucléaire ! Cette discrimination assure à la France une position que beaucoup d’états lui envient. Ils attendent avec impatience de pouvoir se mesurer avec cette ancienne puissance coloniale que beaucoup jugent arrogante, suffisante et gourmande.  Iran-Resist
En tant que défenseur de la rue arabe, [l’Iran] ne peut pas avoir un dialogue apaisé avec les Etats-Unis, dialogue au cours duquel il accepterait les demandes de cet Etat qui est le protecteur par excellence d’Israël. Téhéran a le soutien de la rue arabe, talon d’Achille des Alliés Arabes des Etats-Unis, car justement il refuse tout compromis et laisse entendre qu’il pourra un jour lui offrir une bombe nucléaire qui neutralisera la dissuasion israélienne. Pour préserver cette promesse utile, Téhéran doit sans cesse exagérer ses capacités militaires ou nucléaires et des slogans anti-israéliens. Il faut cependant préciser que sur un plan concret, les actions médiatiques de Téhéran ne visent pas la sécurité d’Israël, mais celle des Alliés arabes des Etats-Unis, Etats dont les dirigeants ne peuvent satisfaire les attentes belliqueuses de la rue arabe. Ainsi Téhéran a un levier de pression extraordinaire sur Washington. Comme toute forme de dissuasion, ce système exige un entretien permanent. Téhéran doit sans cesse fouetter la colère et les frustrations de la rue arabe ! Il doit aussi garder ses milices actives, de chaînes de propagande en effervescence et son programme nucléaire le plus opaque possible, sinon il ne serait pas menaçant. C’est pourquoi, il ne peut pas accepter des compensations purement économiques offertes par les Six en échange d’un apaisement ou une suspension de ses activités nucléaires. Ce refus permanent de compromis est vital pour le régime. (…) Il n’y a rien qui fasse plus peur aux mollahs qu’un réchauffement avec les Etats-Unis : ils risquent d’y perdre la rue arabe, puis le pouvoir. C’est pourquoi, le 9 septembre, quand Téhéran a accepté une rencontre pour désactiver les sanctions promises en juillet, il s’est aussitôt mis en action pour faire capoter ce projet de dialogue apaisé qui est un véritable danger pour sa survie. Iran Resist
La gauche a beaucoup de chance. Des historiens et des politologues complaisants veulent toujours voir dans les turbulences qui l’agitent le fruit de divergences idéologiques, de visions du monde opposées comme l’on disait autrefois. Ainsi, on opposera une gauche girondine à une gauche jacobine, une première gauche à une seconde etc… On remarquera que pour beaucoup ces fractures internes sont issues de la révolution française. Curieusement, une période de la révolution est toujours oubliée. Si l’on excepte de rares occasions, on parle peu de la gauche thermidorienne et pourtant, pensons nous, cette période est capitale pour comprendre ce qu’est devenue, aujourd’hui, la gauche française. La période thermidorienne débute avec la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794) et finit avec le coup d’Etat de Bonaparte, le 18 brumaire (9 novembre1799). Elle culminera avec le Directoire. La coalition qui mettra fin à la dictature robespierriste est, dans sa composition, assez hétéroclite. Elle va d’ex-conventionnels terroristes aux anciens girondins en passant par le centre mou de la révolution : le fameux marais. En apparence, sauf l’hostilité à Robespierre, pour des raisons diverses d’ailleurs, ils ne sont d’accord sur rien. En apparence seulement. Car comme le soulignent Furet et Richet dans leur livre La révolution française, ce qui les réunit c’est la poursuite d’un double objectif : celui de la conquête et de l’intérêt. Il ne s’agit plus de créer l’homme vertueux mais de profiter (au sens plein du terme) des acquis de la révolution. Les thermidoriens les plus célèbres, dont le fameux Barras, seront des jouisseurs. Ils aiment l’argent et la jouissance dans tous ses aspects. De ce point de vue, la gauche Canal+ vient de loin, elle n’est pas née avec le mitterrandisme, ni avec 1968. La république spartiate rêvée par Robespierre et Saint-Just fait désormais place à la République des palais et des costumes extravagants. (…) Enfin, dernier legs de Thermidor : l’institutionnalisation du pouvoir intellectuel. C’est dans cette période que va, en effet, s’institutionnaliser le pouvoir intellectuel en France avec la création de l’Institut et la domination des fameux idéologues tant raillés par Bonaparte puis Napoléon. Dès lors, l’intellectuel français va adopter des caractéristiques qui ne le quitteront plus. Il sera philosophiquement progressiste, socialement bourgeois, très souvent anticlérical ou athée, profondément élitiste (même s’il proclame le contraire) et très souvent fâché avec le monde réel. Et conclurons-nous très proche des pouvoirs établis ! L’intellectuel de gauche n’est pas né avec l’affaire Dreyfus, il est un enfant de Thermidor. (…) Pourtant, lorsque l’on examine avec attention cette période on se rend compte que toutes les contradictions de la gauche et toutes ses évolutions futures s’y trouvent contenues. La phase thermidorienne de la révolution française est en quelque sorte le laboratoire historique de la gauche contemporaine. Le cynisme, le sociétalisme des oligarques socialistes ne sont pas des accidents de l’histoire, ils sont ancrés en elle. L’argent roi et le progressisme fou sont des vieux compagnons de route de la gauche française ! Jean-Claude Pacitto
Les drones américains ont liquidé plus de monde que le nombre total des détenus de Guantanamo. Pouvons nous être certains qu’il n’y avait parmi eux aucun cas d’erreurs sur la personne ou de morts innocentes ? Les prisonniers de Guantanamo avaient au moins une chance d’établir leur identité, d’être examinés par un Comité de surveillance et, dans la plupart des cas, d’être relâchés. Ceux qui restent à Guantanamo ont été contrôlés et, finalement, devront faire face à une forme quelconque de procédure judiciaire. Ceux qui ont été tués par des frappes de drones, quels qu’ils aient été, ont disparu. Un point c’est tout. Kurt Volker
Cooperation is not an exercise in good feeling; it presupposes congruent definitions of stability. There exists no current evidence that Iran and the U.S. are remotely near such an understanding. Even while combating common enemies, such as ISIS, Iran has declined to embrace common objectives. Iran’s representatives (including its Supreme Leader) continue to profess a revolutionary anti-Western concept of international order; domestically, some senior Iranians describe nuclear negotiations as a form of jihad by other means. The final stages of the nuclear talks have coincided with Iran’s intensified efforts to expand and entrench its power in neighboring states. Iranian or Iranian client forces are now the pre-eminent military or political element in multiple Arab countries, operating beyond the control of national authorities. With the recent addition of Yemen as a battlefield, Tehran occupies positions along all of the Middle East’s strategic waterways and encircles archrival Saudi Arabia, an American ally. Unless political restraint is linked to nuclear restraint, an agreement freeing Iran from sanctions risks empowering Iran’s hegemonic efforts. Henry Kissinger and George Schultz
Obama rencontre Castro, mais a refusé de rencontrer Netanyahu. Pourquoi légitimer le dictateur cruel d’un régime répressif ? Jeb Bush
Nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
De l’Iran au Venezuela et à Cuba, du Myanmar à la Corée du Nord et à la Chine, du Soudan à l’Afghanistan et à l’Irak, de la Russie à la Syrie et à l’Arabie Saoudite, l’administration Obama a systématiquement enlevé les droits de l’homme et la promotion de la démocratie de l’ordre du jour de l’Amérique. A leur place, elle a préconisé l’amélioration de l’image de l’Amérique, le multilatéralisme et un relativisme moral qui soit ne voit aucune distinction entre les dictateurs et leurs victimes soit considère les distinctions peu importantes à l’avancement des intérêts américains. Caroline Glick
The steady aim of this nation, as of all enlightened nations should be to strive to bring ever nearer the day when there shall prevail throughout the world the peace of justice. …Tyrants and oppressors have many times made a wilderness and called it peace. …The peace of tyrannous terror, the peace of craven weakness, the peace of injustice, all these should be shunned as we shun unrighteous war. … The right of freedom and the responsibility for the exercise of that right cannot be divorced. Theodore Roosevelt (Dec. 4, 1904)
There is only one force of history that can break the reign of hatred and resentment, and expose the pretensions of tyrants … and that is the force of human freedom…. The survival of liberty in our land increasingly depends on the success of liberty in other lands. … America’s vital interests and our deepest beliefs are now one... « America’s vital interests and our deepest beliefs are now one … From the day of our founding, we have proclaimed that every man and woman on this earth has rights, and dignity, and matchless value, because they bear the image of the maker of heaven and earth. George W. Bush
On the day in November 1961, when the Air Force achieved the first successful silo launching of an intercontinental ballistic missile, the SM-80, the Western Hemisphere part of the Monroe Doctrine ceased to mean anything at all – while the ideas behind it began to mean everything in the world. At bottom, the notion of a sanctified Western Hemisphere depended upon its separation from the rest of the world by two vast oceans, making intrusions of any sort obvious. The ICBM’s – soon the Soviet Union and other countries had theirs – shrank the world in a military sense. Then long-range jet aircraft, satellite telephones, television and the Internet all, in turn, did the job socially and commercially. By Mr. Bush’s Inauguration Day, the Hemi in Hemisphere had long since vanished, leaving the Monroe Doctrine with – what? – nothing but a single sphere … which is to say, the entire world. For the mission – the messianic mission! – has never shrunk in the slightest (…) David Gelernter, the scientist and writer, argues that « Americanism » is a fundamentally religious notion shared by an incredibly varied population from every part of the globe and every conceivable background, all of whom feel that they have arrived, as Ronald Reagan put it, at a « shining city upon a hill. » God knows how many of them just might agree with President Bush – and Theodore Roosevelt – that it is America’s destiny and duty to bring that salvation to all mankind. Tom Wolfe
If Iran is able to successfully evade addressing the IAEA’s concerns now, when biting sanctions are in place, why would it address them later when these sanctions are lifted, regardless of anything it may pledge today? David Albright
Wasn’t Obama’s great international cause a nuclear-free world? Within months of his swearing-in, he went to Prague to so declare. He then led a 50-party Nuclear Security Summit, one of whose proclaimed achievements was having Canada give up some enriched uranium. Having disarmed the Canadian threat, Obama turned to Iran. The deal now on offer to the ayatollah would confer legitimacy on the nuclearization of the most rogue of rogue regimes: radically anti-American, deeply jihadist, purveyor of terrorism from Argentina to Bulgaria, puppeteer of a Syrian regime that specializes in dropping barrel bombs on civilians. In fact, the Iranian regime just this week, at the apex of these nuclear talks, staged a spectacular attack on a replica U.S. carrier near the Strait of Hormuz. Well, say the administration apologists, what’s your alternative? Do you want war? It’s Obama’s usual, subtle false-choice maneuver: It’s either appeasement or war. It’s not. True, there are no good choices, but Obama’s prospective deal is the worst possible. Not only does Iran get a clear path to the bomb but it gets sanctions lifted, all pressure removed and international legitimacy. (…) Consider where we began: six U.N. Security Council resolutions demanding an end to Iranian enrichment. Consider what we are now offering: an interim arrangement ending with a sunset clause that allows the mullahs a robust, industrial-strength, internationally sanctioned nuclear program. Such a deal makes the Cuba normalization look good and the Ukrainian cease-fires positively brilliant. We are on the cusp of an epic capitulation. History will not be kind. Charles Krauthammer
You set out to prevent proliferation and you trigger it. You set out to prevent an Iranian nuclear capability and you legitimize it. You set out to constrain the world’s greatest exporter of terror threatening every one of our allies in the Middle East and you’re on the verge of making it the region’s economic and military hegemon. Charles Krauthammer
Obama’s decision to literally extend a hand of friendship toward a Castro represents the abandonment of decades of cherished Democratic foreign affairs doctrine.  (…) By contrast, Obama has stood by and watched as the world’s most brutal regimes oversaw the reclamation of their power. Obama turned a blind eye toward the crushing of the Green Revolution in Iran in 2009, and today strengthens the Mullah’s domestic authority by inking dubious deals with Tehran that will allegedly yield great rewards for the Islamic Republic’s ruling class. In Iran, Obama is rightly seen as no friend to the friendless, and he has greatly strengthened the hand of the system’s stakeholders. The same could be said of Venezuela, where bloody anti-government riots broke out in 2014 and were subsequently crushed by Caracas. Though the global left and Nicolas Maduro’s government saw the riots as an extension of America’s desire to oust his regime from power, Obama made no statements to that effect at the rebellion’s zenith. Only over a year after the fighting in the streets had been quelled did the administration name a handful of Maduro regime officials as threats to American national security in order to target them with sanctions. Perhaps the president wanted to avoid a repeat of his galling refusal to follow up on his 2011 insistence that Syrian President Bashar al-Assad must go. That feel-good statement was not met with action. Quite the contrary; the president stood back and allowed the regime to slaughter hundreds of thousands of innocents with conventional and chemical weapons before tepidly committing to take action. But even that reluctant acknowledgment of the president’s responsibility to posterity was not met with engagement. Only when the situation became untenable, the terrorist threat to Western security grew imminent, and the attacks on human decency in the Middle East became truly unprecedented did the United States finally begin to address them. In Moscow, where Obama’s pledge to have more flexibility with the Putin regime in his second term was taken quite literally, the Soviet approach to information management and the suppression of domestic criticism is back in vogue. Journalists who dare to censure the regime again fear for their lives and livelihoods. The institutions of civil society that the Clinton administration invested time and energy, not to mention millions of dollars, trying to build up are now being eagerly destroyed by a Russia that sees more value in repression and revanchism than openness. Once an administration success story, a modest loosening of restrictions on freedoms in Burma has been completely reversed by the military junta in Naypyidaw. (…) In China, an economic powerhouse that nevertheless remains a one-party communist autocracy, America has tacitly consented to supporting the regime’s increased interest in total command and control. (…) Even within the NATO alliance, repression is on the rise. In Turkey, the secularism Kemal Ataturk regarded as a basic value has been de-emphasized. (…) The U.S. has joined other United Nations member in expressing concern over Turkey’s authoritarian drift, but human rights groups have called Obama’s silence on this matter “deafening.” In fact, about the only nation in which Obama pursued what he claimed was a purely humanitarian foreign policy was his decision to lead from behind while Europe toppled Muammar Gaddafi’s regime in Libya. There, the West’s attempt to stave off a humanitarian crisis yielded an even greater one. Not only is Libya a failed state today, but it serves as an incubator for fundamentalist Islamic terror groups. Obama surely hopes historians will define his legacy as one of nobly sloughing off the burdens of the past, and opening America up to a brave new dawn in which multilateral talk shops become powerful forces for good. But Obama confuses the people of the world for their governments – a distinction that his Democratic predecessors understood and frequently made. While Obama pursues what he considers a pragmatic approach to international relations, the tide of freedoms that characterized the end of the last century is waning. When the need to protect Obama’s image for the sake of the left’s sense of self-validation subsides, it will become clear that the president’s true legacy was one of accommodation toward international community’s most repressive elements purely for the sake of convenience and fleeting domestic political gain. Noah Rothman
It was U.S. policy that caused the destruction of the Libyan state, such as it was. U.S. policy, from starting a war to failing to plan for its Phase 4 post-combat aftermath, explains not only the god-awful mess that Libya has become, but also what happened to Ambassador Stevens and three other Americans in Benghazi on September 11, 2012. (…) Like Libya, Iraq was a nasty, authoritarian hellhole before U.S. policy made it even worse. We may blame that on the Bush Administration for mis-starting a war that had not been properly planned, but Iraq would not be quite the mess it is today had the Obama Administration not mis-ended it by yanking our presence out without a SOFA agreement. (…) Did Syria’s troubles fall out of the sky, too? Here U.S. policy is mostly guilty of sins of omission rather than sins of commission, some of them circling back to our hands-off-Iran supinity, but it is guilty all the same. As we have said here at TAI many times over the past three years, a judicious early use of U.S. power and leadership well short of kinetic action—difficult though it always was, true—could have averted the still evolving worst-case calamity that Syria has become. Syria is well on its way to complete Somalization. Far be it for me to advocate the use of U.S. force in any of these places. We cannot put these states back together at an acceptable cost in blood and treasure. As I have stressed in earlier posts (for example, here), what is happening, at base, is historio-structural in nature and no mere policy nipping and tucking can restore the status quo ante. I am no more in a mood to move chess pieces around on a table than the President is, especially if I have to do it with bombers, APCs, and Aegis cruisers loaded up with SLCMs. But to pontificate about the need for Arab self-help in these three cases, as though U.S. policy had nothing whatsoever to do with their present plights, very nearly surpasses credulity. It reminds me of a three-year old not yet well experienced at hide-and-go-seek who covers his face and thereby imagines that others cannot see him. Who in the region does the President think he’s fooling? Adam Garfinkle
The pattern of which I speak, conceived by the historian Walter A. McDougall, consists of four phases that tend to repeat in cycles. First, there is a shock to the system, usually in the form of a surprise attack: the shot fired at Fort Sumter in April 1861, the sinking of the Maine in Havana Harbour in 1898, the sinking of the Lusitania in 1915, Pearl Harbour in 1941, and September 11 in 2001. In the phase directly after the shock, the leader of the day—Lincoln, McKinley, Wilson, FDR, George W. Bush—vows to resurrect the status quo ante and punish the evildoers. That corresponds to Lincoln’s vow to save the Union, Wilson’s vow to defend the right of American free passage on the high seas, and Bush’s vow to find and punish the perpetrators of the September 11 attacks so that America’s minimally acceptable standard of near perfect security could be restored. But third, in the course of mobilising the national effort to achieve the limited goals set after the shock, the transcendent God-talk begins and the effort soon becomes enmeshed in the sacred narrative of American exceptionalism. This leads to a distension of goals and expectations, to geopolitical amnesia, and to what cognitive psychologists call a dominant strategy that is impervious to negative feedback and logical contradiction. And so, in the September 11 decade, we chose a war that thoughtlessly destroyed the regional balance against Iranian hegemonism without even stopping to ask about the broader implications of a Shi’a government in Baghdad. One does not, apparently, descend to the smarminess of geopolitical analysis when one is doing the Lord’s work. So, too, did we turn what could and should have remained a punitive military operation in Afghanistan into a quixotic, distracted, underfunded nation- and state-building campaign. And so, too, did we conflate all our adversaries into one monolithic demon—typical of eschatological thinking. The administration conflated secular, Ba’athi Iraq with the apocalyptical Muslim fanatics of al-Qaeda, and so went to war against a country uninvolved in 9/11 whose threat to America was not, as is commonly claimed, zero, but which hardly justified, or excused, the haste and threadbare planning with which the war was launched and conducted. Then, in the fourth phase, overreach leads to setbacks (the Korean War, for example, and the Iraq insurgency) and regrets (like the Vietnam War), ultimately resulting in at least temporary retrenchment … until the cycle starts all over again. This four-phase model fits the September 11 decade to a tee. The attack itself is of course phase 1; the Bush doctrine version 1.0 represents phase 2; the Second Inaugural signals the full efflorescence of phase 3; and the election of Barack Obama marks the consolidation of phase 4. It matters in all this, however, whether the ideological vehicle that propels phase 3 forward even remotely reflects or aligns with reality. When it does, as it did during and after World War II, no one pays attention since things tend then to turn out well. In the case of the September 11 decade, unfortunately, it did not. There have been basically two problems with it. First, the « forward strategy » for freedom’s ascription of causality for Islamist terrorism is mistaken. Second, even if it were not mistaken, the timetables in which democracy promotion was seen as a solution for mass-casualty terrorism do not even begin to match. The reason is that despite President Bush’s assertion that democracy promotion is « the work of generations » and that democracy is about more than elections, that is not the basis upon which the administration actually behaved. It rushed into premature elections in Iraq, Lebanon and the Palestinian territories, with troublesome and still open-ended consequences for Iraq and disastrous ones for Lebanon and Gaza. After September 11, as Americans searched for analogies that might help them understand the motivations for the attacks, most found themselves with very shallow reservoirs of historical analogies. Indeed, Americans tended almost exclusively to choose Cold War metaphors to explain September 11. Liberal idealists took their characteristic meliorist approach: It was poverty and injustice that motivated the attacks, and American policies that determined the target. There were dozens of calls for a « Marshall Plan for the Middle East », and hundreds of pleas to concentrate more than ever on solving the Arab-Israeli conflict, as if that were somehow a magic bullet that could fix all problems. Conservative idealists, as already noted, took the democracy-promotion approach, arguing that the motivation was not economic but political. Both were wrong; Islamist radicalism, in truth, is a form of chiliastic violence that has taken many forms in many cultures over the past two millennia, from the Jewish zealots of the First Century of the Common Era, to the 16th-century Peasants’ Revolt in Germany, to the 19th-century « ghost dances » of American Indians. But the obvious weaknesses of the meliorist approach encouraged conservative idealists in their conviction that their own view, therefore, must be right. (Manichean-minded Americans have real problems when any potential set of choices exceeds two.) The administration’s rhetoric went even further, however, suggesting that US policy was largely responsible for the debased condition of Arab political cultures. When Bush famously said in November 2003: « Sixty years of Western nations excusing and accommodating the lack of freedom in the Middle East did nothing to make us safe, because in the long run, stability cannot be purchased at the expense of liberty », he argued in essence that it was US policy, not the long incubated political culture of the region, that accounted for Arab autocracy. The Bush White House, in essence, adopted the wrongheaded left-wing side of an old debate over « friendly tyrants » as lesser evils and what to do with and about them, a very strange position for an avowedly conservative administration to take. The President also seemed to be saying, in a locution repeated by Secretary of State Condoleezza Rice in Cairo in June 2005 and many times thereafter, that US Cold War policy in the region was unsuccessful on its own terms, that it did not provide safety and stability. Adam Garfinkle
 The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job. Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century. This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence. President Obama has rejected American exceptionalism as no American president before him ever has; he did so in London on 29 April 2009, when he answered a question as follows: “I believe in American exceptionalism just as I suspect that the Brits believe in British exceptionalism and the Greeks believe in Greek exceptionalism.” By relativizing what has always been an absolute, Obama showed how profoundly his image of America has been influenced by the received truths of the Vietnam anti-war movement and counterculture of the 1960s and 1970s. If he has a theory of American exceptionalism, it is a far subtler, humbler and more historically contingent one than the secular messianist, attenuated Protestant version that has been common to American history. The President also believes that downward pressure on the defense budget is warranted; his projected budgets show as much, though the prospective cuts are not draconian. But in this he joins a large, politically ecumenical contingent, so his views do not imply opposition to the forward-presence approach to grand strategy. And the fact that US relations with many of its allies, notably in Europe, have worsened during Obama’s tenure is more likely a consequence of the President being distracted than it is of any active dislike for either specific allies or alliances in general. Nor does his candid view that fighting in Afghanistan for another decade and spending $1 trillion doing so is not in America’s best national interest, mean that he is reticent about using force on behalf of strategic aims when it is in America’s interest to do so. Perhaps Obama accepts the forward strategy but will end up starving it of resources to the point that it will shockingly fail some crucial test—perhaps the worst outcome of all. Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either. (…) Read any serious history of American diplomacy and it becomes readily apparent how central the character of the president is to it. One of the great mysteries of understanding US foreign policy today in its essence is that, more than any other occupant of the Oval Office, Americans and foreigners alike simply do not have a good feel for who Barack Obama really is. Aside from being relatively young and recent upon the national political scene, he doesn’t fit into any category with which we are accustomed to understand intellectual and temperamental origins. More importantly, Obama’s ‘mentality’ is not only hard for outsiders to read, he is, thanks to the facts of his nativity and life circumstances, an unusually self-constructed personality. He is black in an obvious physical way but culturally not black in any significant way. He is a person who, finding himself naturally belonging nowhere, has striven to shape himself into a person who belongs everywhere. As his books suggest, he is a man who has put himself through more reconstructive psychological surgery than any American politician in memory. A few of the resultant characteristics are critically important for understanding how he serves as both president and commander-in-chief. Obama has understood above all that he must keep his cool. His cultivated aloofness is absolutely necessary to his successful political personality, for he cannot allow himself to exude emotion lest he raise the politically fatal specter of ‘the emotional black man’. His analytical mien, however, has made it hard for him to bond with foreign heads of state and even with some members of his own staff. His relationship with General Jones, for example, lacked rapport to the point that it seems to be a major reason for Jones resigning his position. But Obama’s ‘cool’ does not imply a stunted capacity for emotional intelligence. To the contrary: he knows unerringly where the emotional balance of a conversation needs to be, and it is for this reason that Obama’s self-confidence is so imperturbable. He knows he can read other people without letting them read him. And this is why, in parallel with the complex of his racial identity, he never defers to others psychologically or emotionally, not towards individuals and not, as with the US military, towards any group. The combination of ‘cool’ and empathetic control helps explain Obama’s character as commander-in-chief. He is respected in the ranks for sacking General Stanley McChrystal after the latter’s inexcusable act of disrespect and insubordination. That was control at work. But US troops do not feel that Obama has their back. He thinks of them as victims, not warriors, and one does not defer to victims. His ‘cool’, as well as his having had no prior contact with the professional military ethos at work, enjoins a distance that diminishes his effectiveness as commander-in-chief. Obama’s mastery at projecting himself as self-confident, empathetic and imperturbable has also compensated for his lack of original policy ideas. Whether in law school, on the streets of Chicago, in the US Senate or in the race for the White House, he has commanded respect by being the master orchestrator of the ideas, talents and ambitions of others. Many claim that his personality archetype is that of the ‘professor’, but this is not so; it is that of the judge. It is the judge who sits above others; they defer to him, not he to them. It is the judge who bids others speak while he holds his peace and shows no telling emotion. It is the judge who settles disputes and orders fair and just resolution. It is the judge whose presumed intelligence trumps all others. This kind of personality archetype can succeed well within American politics. In this sense it is precisely Charles Evans Hughes, a former chief justice of the US Supreme Court, not Carter, Wilson, Niebuhr, Nixon or FDR who stands as the true forebear of Barack Obama. But in the international arena even the American president cannot pull off a judge act and get away with it. Wilson tried and failed (or was that a prophet act?). The American president among his international peers is but one of many, perhaps primus inter pares but certainly without a mandate to act like it. Obama cum ‘judge’ has not impressed these peers: not among our European allies, who are ill at ease with his aloofness; not among Arabs and Muslims, who think him ill-mannered for bad-mouthing his predecessors while being hosted in foreign lands; not among Russians and Chinese, who think him gullible and guileless. Obama may still be popular on the ‘streets’ of the world because of the color of his skin, the contrast he draws to his predecessor, the general hope for renewal he symbolizes, and his willingness to play to chauvinist sentiment abroad by apologizing for supposed past American sins; but this matters not at all in the palaces where decisions are made. As his novelty has worn off, he impresses less and less. One reason President Obama does not impress the foreigners who matter is that he looks to be a figure in political distress at home. They know, as does the President, that his legacy will be forged in the context of the American domestic moment. Success at home can empower him abroad, but the opposite is not the case. That is why it is impossible to assess the Obama foreign policy bereft of its domestic political context. (…) If we now try to put all the foregoing factors together, what do we find assembled? We find a president in a tough spot who most likely does not know if he is inspired more by Wilson or Niebuhr, because reality thus far has not forced him to choose. We don’t know if he is resigned to a strategy of forward deployment or desirous of an offshore alternative because he likely doesn’t know either, having never been posed the question in so many words. We find a man whose inexperience leaves him with an incomplete grasp of what he gives up by asserting such close control over foreign policy from the White House. We see a man whose personality does not function abroad as successfully as it has at home, and so cannot with brilliant speeches alone dissolve the conflicting interests that define the cauldron of international politics into a comforting pot of warm milk. We see a man commanding a decision system untested by crisis, and one whose core issues remain unfocused for all the distractions of other challenges in his path. We see, lastly but not least, a man whose political instincts are no more detachable from him than his own shadow. From all these sources, bumping against and mixing with one another, comes the foreign policy of Barack Obama. Where the man will lead that policy, or the policy lead the man (the rest of us in tow), is now driven by the fact that the President is adrift conceptually since his initial engagement strategies did not succeed. Obama now awaits the crisis that will forge his legacy, but what that crisis will be, and whether the president will meet it with the American national interest or his personal political concerns foremost in mind, no one knows. No one can possibly know. Adam Garfinkle
Je ne pense donc pas que le Président ait une théorie stratégique explicite sur le dossier du Proche-Orient. Je n’entends tourner aucun des mécanismes de Kissinger. Ses orientations à l’égard de la région ressemblent plus à celles de George H. W. Bush : il a des intuitions, des instincts. Et ceux-ci lui soufflent qu’obtenir ce qu’on veut dans cette partie du monde est très difficile et le devient de plus en plus, dans la mesure où la possibilité d’avoir un interlocuteur unique – dont nous « jouissions » en ayant pour alliés des régimes arabes autoritaires et stables – n’est plus ce qu’elle était. (…) Si j’ai raison de soutenir que le Président Obama a des instincts et des intuitions, mais pas de grande et ambitieuse stratégie pour le Proche-Orient, a-t-il néanmoins quelque chose de plus précis à l’esprit, replaçant le Proche-Orient dans un cadre global plus vaste ? La réponse à cette question est la même : le Président n’est pas, je pense, un homme qui a confiance dans l’exercice d’une stratégie formelle, mais il ne fonctionne pas non plus complètement au cas par cas. Il croit probablement que les États-Unis sont effectivement trop investis au Proche-Orient et pas assez en Asie. D’où l’idée du pivot et peu importe qu’on l’ait sabotée en la présentant comme une proposition alternative. Selon toute vraisemblance, il s’est un jour demandé quel était le pire scénario pour le Proche-Orient. Ce qui se passerait si tout allait mal. En quoi cela affecterait vraiment les intérêts vitaux de l’Amérique. Non ses engagements traditionnels, non sa réputation, non ses obligations découlant de l’habitude et pas d’une approche nouvelle – mais ses authentiques intérêts vitaux. Et sa réponse a probablement été que, sauf réaction en chaîne en matière de prolifération d’ADM, les conséquences seraient minimes. Une fois encore, je doute qu’Obama déploie consciemment ici une logique stratégique explicite ou formalisée ou qu’il accepte les théories universitaires du réalisme bienveillant ou de l’équilibre naturel. Mais je pense qu’il se rend compte qu’après le relatif immobilisme de la Guerre froide, le monde est devenu globalement plus confus ; que le degré de contrôle que peuvent donner les relations interétatiques traditionnelles sur une zone aux enjeux importants a baissé à mesure que, grâce aux nouvelles cyber-technologies, les mobilisations populaires et populistes se sont accrues aux niveaux à la fois sous-étatique et trans-étatique. Le Proche-Orient est certainement bien plus compliqué et confus, même si ce n’est pas, ou pas encore, le cas du reste du monde. À mon avis, cette intuition a eu pour effet de rendre le Président Obama encore plus hostile au risque de manière générale et en particulier dans une région où il manque à tout le moins d’expérience et en son for intérieur d’assurance. Il est visiblement mal à l’aise lorsque ses conseillers sont divisés. Comme un juge, il essaie de trouver un dénominateur commun entre eux, ce qui est une bonne chose dans un travail de militant associatif, mais pas nécessairement en politique étrangère. Lorsque ses conseillers se livrent à une pensée de groupe, ce qu’ils font de plus en plus depuis le départ de Gates et de Donilon, ou lorsque aucun d’eux ne fait d’objections sérieuses à quelque chose (par exemple à la lubie de Kerry sur la paix israélo-palestinienne), il est satisfait de s’investir dans la gestion de son image – la twitterisation de la politique étrangère américaine en quelque sorte – parce qu’il sait qu’il ne peut tout simplement pas ignorer toutes ces choses. La sensibilité du Président aux limites a également tendance à rendre sa politique réactive et ses objectifs réels modestes. Aussi, dans la confusion qu’est le Proche-Orient aujourd’hui, il veut que l’Irak soit gouverné de manière plus inclusive. Il veut que la Syrie et la Libye soient gouvernées, point. Il veut que l’Égypte soit stable et il n’est pas très regardant sur la manière dont cela peut se faire. Il veut que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires et il est prêt à beaucoup de choses pour l’empêcher par la diplomatie car il pense probablement que les dirigeants iraniens ne peuvent pas aujourd’hui exercer leur volonté au-delà de leurs frontières avec plus de réel succès que nous. Il ne semble avoir d’idées précises et ne souhaiter agir préventivement que pour empêcher que des attaques terroristes tuent des citoyens américains, en particulier sur le sol des États-Unis. D’où son goût pour les attaques de drones, sa tolérance à l’égard de Guantánamo, son refus d’émasculer une série de programmes de la NSA, sauf à la marge, et son soutien généreux à l’ouverture discrète dans le monde entier de bases petites, mais puissantes, pour les forces spéciales. Cet ensemble de positions n’est ni de l’apaisement ni de l’isolationnisme. Ce n’est manifestement pas non plus du maximalisme stratégique. C’est quelque chose d’intermédiaire et dans cet entre-deux, suspendu entre des attentes héritées du passé et des hésitations dues au flou de l’avenir, les choses deviennent parfois étranges ou pénibles lorsqu’il faut prendre un nombre sans précédent de décisions. Étrange, comme Genève II.  Adam Garfinkle
Pour Obama, le terrorisme est, à la racine, un produit de la désintégration sociale. La guerre est peut-être nécessaire pour contenir l’avancée de l’Etat islamique, mais seulement une réforme sociale peut vraiment s’en débarrasser. Ajoutez à cette vision le vécu d’un parfait ‘outsider’, moitié blanc et moitié noir avec une enfance et une famille dispersée autour du monde, et on commence à voir le profil d’un homme avec une empathie automatique pour les marginaux et un sens presque instinctif que les plus importants problèmes du monde sont enracinés, non pas dans l’idéologie, mais dans des structures sociales et économiques oppressives qui renforcent la marginalisation. Cette sensibilité est plus large que n’importe quelle orthodoxie économique, et elle est enracinée dans la dure expérience du Sud de Chicago. Après avoir pris la tête de la plus importante superpuissance du monde en janvier 2009, ce travailleur social s’est mis à construire une politique étrangère qui traduisait ses impressions en actions géopolitiques.(…) Le monde était un énorme Chicago, ses problèmes essentiels pas totalement différents de ceux des Noirs du Sud de Chicago, et les solutions à ces problèmes étaient enracinées dans la même capacité humaine à surpasser les divisions sociales et les inégalités. Voilà en quoi consistait le « provincialisme » d’Obama, sa vision d’un monde qui favorisait les désavantagés et les opprimés, qui percevait les conflits idéologiques et politiques entre les gouvernements comme secondaires par rapport à des crises plus universelles et en fin de compte sociales qui troublaient un monde déjà tumultueux. (…) L’aversion du président Obama pour Netanyahu est intense et … Il y a peu de doute que cette hostilité soit devenue personnelle – un dirigeant juif américain a affirmé que c’est le président Obama lui-même qui a donné l’interview à The Atlantic, dans laquelle un responsable anonyme s’est moqué de Netanyahu en le qualifiant de « chickenshit » [poule mouillée] – mais ses origines sont plus profondes qu’une antipathie personnelle. (…) Lorsque Netanyahu insiste pour parler de l’histoire juive à l’Assemblée générale de l’ONU, tout en refusant d’aborder la dépossession palestinienne, quand il rejette d’emblée et à plusieurs reprises l’idée qu’une éventuelle réadaptation de l’Iran pourrait être plus souhaitable qu’une confrontation permanente, Obama entend des échos de ces militants de Chicago dont le chauvinisme a fait plus de mal que de bien à leurs communautés. (…) Pour les deux hommes, l’écart est plus profond que la fracture démocrates-républicains, plus profond que la question palestinienne, plus profond encore que la bataille sur l’Iran. Obama a cherché à introduire une nouvelle conscience dans les affaires mondiales, une conscience qui a défini son identité politique. Netanyahu défend les anciennes méthodes – dont dépendent, selon lui, la sécurité nationale. Haviv Rettig Gur
Iran must be taken seriously when it says it sees this negotiation as part of a struggle with an enemy. Liberal American diplomats often delude themselves that foreigners prefer them to conservative hardliners. They think that American adversaries like the Castro brothers or the Iranians will want to work cooperatively with liberals here, and help the American liberals stay in power in order to advance a mutually beneficial, win-win agenda. Thus liberals think they can get better deals from U.S. opponents than hardliners who, as liberals see it, are so harsh and crude in their foreign policy that they force otherwise neutral or even pro-American states into opposition. What liberal statesmen often miss is that for many of these leaders it is the American system and American civilization that is seen as the enemy. It is capitalism, for example, that the communists opposed, and they saw liberal capitalism as simply one of the masks that the heartless capitalist system could wear. For the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threatFor the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threat. Obama’s ideas from this point of view are if anything less sympathetic to Iranian theocrats than those of, say, American evangelicals who aren’t running around supporting gay marriage, transgender rights and an industrial strength feminism that conservative Iranian mullahs see as blasphemy made flesh. The mullahs in other words, don’t see blue America as an ally against red America. It is America, blue and red, that they hate and want to bring down. And while, like the Soviets during the Cold War, they may be willing to sign specific agreements where their interests and ours coincide on some particular issue, they do not look to end the rivalry by reaching agreements. The Iranians are as likely to use negotiations to trip up and humiliate Obama as they were willing to doublecross Jimmy Carter and to drag out hostage negotiations as a way of making him look weak in the eyes of the world. American power is what they hope to break, and they don’t like it more or trust it more when a liberal Democrat stands at the head of our system. The Iranians appear to believe that Obama desperately needs an agreement with Iran, and are using the leverage they think this gives them to tease and torment the president while they push for more concessions. (…) Given that the Iranians, as much as the communists before them, believe that the conflict between them and the United States is a conflict arising from the differences between the two country’s systems rather than from personality clashes or minor and adjustable conflicts of interest, the mullahs would by their own lights be foolish indeed if they didn’t do everything possible to push their advantages in Geneva and elsewhere. Walter Russell Mead

Attention: une guerre sainte peut en cacher une autre !

En ce 100e anniversaire du premier génocide du XXe siècle …

Et modèle et début, entre nazisme, communisme et à nouveau aujourd’hui islam comme l’a rappelé le pape, d’une longue liste de violences génocidaires …

Où après la reconnaissance du droit à l’arme nucléaire d’un pays appelant explicitement à l’annihilation de l’Etat hébreu …

Et après son refus de rencontrer le dirigeant sortant de l’unique véritable démocratie du Moyen-Orient …

Ou même de se déplacer pour le 70e anniversaire de la libération d’Auschwitz ou, défendu par ses belles âmes, la Marche de Paris pour la liberté d’expression …

L’actuel chef du Monde libre et discret Predator in chief n’a rien trouvé de mieux que de célébrer les prétendument historiques retrouvailles avec l’un des derniers dictateurs stalinistes de la planète …

Comment ne pas voir avec le politologue américain Walter Russell Mead …

Derrière l’impressionnante liste de mauvaises causes que le président Obama aura épousées …

Et sous couvert, au niveau intérieur et sociétal comme dans la France socialiste, de la non moins impressionnante liste de prétendues bonnes causes et d’intérêts bien compris

Le véritable objectif …

Tant des ennemis de l’Amérique et de l’Occident …

Que du Flagellant en chef et de toute sa génération de pleureuses …

A savoir derrière l’abaissement voire l’élimination de l’Amérique et d’Israël

Celui du Monde libre qu’ils représentent ?

Not A Partner For Peace
Walter Russell  Mead

The American Interest

April 10, 2015

The Supreme Leader’s Speech and Liberal Delusions Walter Russell MeadWhat liberal statesmen often miss is that for many of America’s adversaries, it is the American system and American civilization that are the enemies.
Iran’s Supreme Leader gave a speech yesterday regarding the nuclear framework agreement, and what he said cannot have been comforting to the Obama Administration. Khamenei made two unequivocal demands: 1) sanctions must be lifted as soon as a final deal is signed, and 2) there will be no inspections of Iranian military sites. These stand in sharp contrast to the framework agreement as it has been repeatedly described by Western leaders ever since they announced it more than a week ago.

Careful observers should not be terribly surprised—at least not by the first demand. None other than Iranian Foreign Minister Javad Zarif, Secretary John Kerry’s direct interlocutor at the talks in Lausanne, immediately tweeted after the announcement that in his understanding the sanctions would be lifted immediately upon signing—not gradually.

As to the question of inspections of Iranian military sites, that too was a contentious area of discussion carefully sidestepped during the framework negotiations. Leaks preceding the announcement of the agreement indicated that the talks nearly broke down due to Iran refusing to disclose what military nuclear research it had already undertaken.

It’s hard to predict how events will play out, but the Obama Administration should have no illusions on one count: Iran must be taken seriously when it says it sees this negotiation as part of a struggle with an enemy. Liberal American diplomats often delude themselves that foreigners prefer them to conservative hardliners. They think that American adversaries like the Castro brothers or the Iranians will want to work cooperatively with liberals here, and help the American liberals stay in power in order to advance a mutually beneficial, win-win agenda. Thus liberals think they can get better deals from U.S. opponents than hardliners who, as liberals see it, are so harsh and crude in their foreign policy that they force otherwise neutral or even pro-American states into opposition.

What liberal statesmen often miss is that for many of these leaders it is the American system and American civilization that is seen as the enemy. It is capitalism, for example, that the communists opposed, and they saw liberal capitalism as simply one of the masks that the heartless capitalist system could wear. For the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threatFor the Iranians, it is our secular, godless culture combined with our economic and military power that they see as the core threat. Obama’s ideas from this point of view are if anything less sympathetic to Iranian theocrats than those of, say, American evangelicals who aren’t running around supporting gay marriage, transgender rights and an industrial strength feminism that conservative Iranian mullahs see as blasphemy made flesh.

The mullahs in other words, don’t see blue America as an ally against red America. It is America, blue and red, that they hate and want to bring down. And while, like the Soviets during the Cold War, they may be willing to sign specific agreements where their interests and ours coincide on some particular issue, they do not look to end the rivalry by reaching agreements.

The Iranians are as likely to use negotiations to trip up and humiliate Obama as they were willing to doublecross Jimmy Carter and to drag out hostage negotiations as a way of making him look weak in the eyes of the world. American power is what they hope to break, and they don’t like it more or trust it more when a liberal Democrat stands at the head of our system.

The Iranians appear to believe that Obama desperately needs an agreement with Iran, and are using the leverage they think this gives them to tease and torment the president while they push for more concessions. They think, for example, that his reluctance to intervene in the Middle East reflects his desperate hunger for a deal—and so they are doubling down on that by stepping up support for the Houthis in Yemen. With the announcement of the framework agreement and their subsequent pullback, they seem to be playing him exactly the way Lucy plays Charlie Brown: the goal is to snatch the football away after Charlie Brown is committed to kicking it.

Will Iran walk away from a deal, or will it sign? Ultimately, nobody except the Supreme Leader knows, and he may not have made up his mind quite yet. Whatever else Iran is doing, it is clearly try its best to push the final negotiations in a more favorable direction—waiting to see what else he can get before acting decisively.

Given that the Iranians, as much as the communists before, them believe that the conflict between them and the United States is a conflict arising from the differences between the two country’s systems rather than from personality clashes or minor and adjustable conflicts of interest, the mullahs would by their own lights be foolish indeed if they didn’t do everything possible to push their advantages in Geneva and elsewhere. Iran may in the end be willing to give Obama the deal he so badly wants, but the mullahs aim to make him pay the highest possible price for the smallest possible gain that they can.  From what we have seen in the days since the framework agreement was announced, Iran doesn’t think the squeezing process is over, and it thinks that the Obama administration can and will end up paying more to get less.

Voir aussi:

Iranian President: Diplomacy With U.S. is an Active ‘Jihad’
Diplomacy just as significant as new weapons, missiles
Adam Kredo
March 12, 2015
Iranian President Hassan Rouhani described his country’s diplomacy with the United States as an active “jihad” that is just as significant to Tehran’s advancement as the slew of new weapons and missiles showcased by the Islamic Republic’s military.

Rouhani praised the country’s military leaders for standing “against the enemy on the battlefield” and said as president, he would carry out this “jihad” on the diplomatic front.

Rouhani’s comments echo those of foreign minister and lead nuclear negotiator Javad Zarif, who said Tuesday that Iran has emerged as “the winner” in talks with Western powers. Like Zarif, Rouhani boasted that Iran’s years-long diplomacy with Western nations over its nuclear program established the Islamic Republic as a global power.

Iran has made headway in convincing the U.S. to allow it to maintain much of its core infrastructure through diplomatic talks that Rouhani said are viewed as a “jihad.”

“Our negotiations with the world powers are a source of national pride,” Rouhani said earlier this week. “Yesterday [during the Iran-Iraq War], your brave generals stood against the enemy on the battlefield and defended their country. Today, your diplomatic generals are defending [our nation] in the field of diplomacy–this, too, is jihad.”

“Our power is growing each day, but we don’t intend to be aggressive toward anyone. However, we will certainly defend our country, nation, independence, and honor wholeheartedly.”

Iran stands “10 times more powerful” than it was during the time of the Iran-Iraq War, Rouhani said, which “reflects a serious deterrence to the enemies’ threats.”

Iranian leaders view the ongoing talks with the United States and other nations as a source of global legitimacy.

Rouhani’s remarks have “significant domestic implications,” according to an analysis published by the American Enterprise Institute.

“Iran’s negotiations team to the status of Iran-Iraq War commanders, who are traditionally revered by the regime as upholders of Islamic Revolutionary values, could potentially lead to rhetorical backlash from regime hardliners opposed to the nuclear negotiations,” AEI wrote.

Matan Shamir, director of research at United Against Nuclear Iran, said Rouhani’s latest comments show he is not a moderate leader.

“While Rouhani talks about a ‘win-win’ nuclear deal to global audiences, his comments make clear that he continues to view the U.S. an antagonistic global oppressor that must be triumphed over, in this case by a diplomatic ‘jihad,’” Shamir said. “This is clearly not the language of a moderate or of a regime with which rapprochement is at all realistic.”

Zarif said Tuesday that a final nuclear deal with the United States is meaningless at this point.

“We are the winner whether the [nuclear] negotiations yield results or not,” Zarif was quoted as saying by the Tasnim News Agency. “The capital we have obtained over the years is dignity and self-esteem, a capital that could not be retaken.”

As Rouhani and Zarif grandstand on the nuclear front, Iranian military leaders have begun to unveil a host of new missiles and sea-based weapons.

General Amir Ali Hajizadeh, a leader in the Iranian Revolutionary Guard Corps, said Iran’s defensive capabilities “are non-negotiable in the nuclear talks,” AEI reported.

The comments came the same day Iran paraded its new cruise missiles.

Hajizadeh also dismissed economic sanctions on Iran, saying that “his is a message which should be understood by the bullying powers which raise excessive demands.”

On Wednesday, the State Department said any final deal with Iran was “nonbinding,” meaning that neither party would be legally obliged to uphold the agreement.

Voir également:

Obama has destroyed the Democratic Party’s legacy on human rights
Noah Rothman

Hot air

April 12, 2015

Marco Rubio couldn’t have asked for a better foil than a president in the White House who eagerly shakes the hand of a Castro in the pursuit of a “legacy issue.” When he launches his presidential campaign on Monday, it’s fair to expect the Florida senator to dwell on the matter of Obama’s crass disrespect for the oppressed Cuban people. The president has said he wants to break the “shackles” that constrain his freedom of action overseas. The “shackles” he derides were those foreign policy precepts that once rendered America the shining city on a hill, a beacon of freedom, and a champion of fundamental human aspiration for the better part of a century.

If he is so inclined, Rubio might also make note of the fact that Raul Castro doesn’t seem interested in playing the docile and repentant dictator in order to help Obama recast the communists in Havana as responsible international actors. In what CNN’s Jim Acosta called “a borderline rant,” Castro’s speech at the Summit of the Americas was apparently loaded with a fair amount of good, old-fashioned America bashing.

“Castro, in a meandering, nearly hour-long speech to the Summit of the Americas, ran through an exhaustive history of perceived Cuban grievances against the U.S. dating back more than a century—a vivid display of how raw passions remain over American attempts to undermine Cuba’s government,” Time Magazine reported.

Eventually, Castro said he had become “emotional” and apologized to Obama personally “because he had no responsibility for this.” What Castro refers to as “this” is, in fact, 200 years of American policy toward the Western Hemisphere – a source of much consternation for the revolutionary left. “In my opinion, President Obama is an honest man,” Castro glowed.

Having successfully courted the communist dictator, Obama and Castro proceeded to have what the administration apparently considered a historic, if not fruitful, bilateral meeting. “In a later news conference, Obama said that he was ‘optimistic that we’ll continue to make progress, and that this can indeed be a turning point,’” a Washington Post dispatch read.

A realist might look upon Obama’s approach to thawing relations with Cuba and smile. The United States has long regarded this region as pivotal, and Washington has warily eyed Beijing’s efforts to supplant U.S. influence in South and Central America and the Caribbean for years. But Cuba has counted itself a member of any foreign camp dedicated to balancing against U.S. power for decades, and the United States has somehow soldiered on without the complicity of a placid regime in Havana.

What’s more, Obama’s decision to literally extend a hand of friendship toward a Castro represents the abandonment of decades of cherished Democratic foreign affairs doctrine. One of the precious few lasting achievements secured by Jimmy Carter’s administration was to ensure that the concept of human rights served a pillar of U.S. foreign policy. In principle if not always in practice, respect for human rights became the sine qua non for friendly bilateral relations with the United States after 1977. That has remained the case through both Democratic and Republican administrations ever since. Many on the left would argue that this focus forced more than a handful of repressive regimes to extend to their domestic dissident elements the deference they needed in order to ultimately topple the governments they opposed.

By contrast, Obama has stood by and watched as the world’s most brutal regimes oversaw the reclamation of their power.

Obama turned a blind eye toward the crushing of the Green Revolution in Iran in 2009, and today strengthens the Mullah’s domestic authority by inking dubious deals with Tehran that will allegedly yield great rewards for the Islamic Republic’s ruling class. In Iran, Obama is rightly seen as no friend to the friendless, and he has greatly strengthened the hand of the system’s stakeholders.

The same could be said of Venezuela, where bloody anti-government riots broke out in 2014 and were subsequently crushed by Caracas. Though the global left and Nicolas Maduro’s government saw the riots as an extension of America’s desire to oust his regime from power, Obama made no statements to that effect at the rebellion’s zenith. Only over a year after the fighting in the streets had been quelled did the administration name a handful of Maduro regime officials as threats to American national security in order to target them with sanctions.

Perhaps the president wanted to avoid a repeat of his galling refusal to follow up on his 2011 insistence that Syrian President Bashar al-Assad must go. That feel-good statement was not met with action. Quite the contrary; the president stood back and allowed the regime to slaughter hundreds of thousands of innocents with conventional and chemical weapons before tepidly committing to take action. But even that reluctant acknowledgment of the president’s responsibility to posterity was not met with engagement. Only when the situation became untenable, the terrorist threat to Western security grew imminent, and the attacks on human decency in the Middle East became truly unprecedented did the United States finally begin to address them.

In Moscow, where Obama’s pledge to have more flexibility with the Putin regime in his second term was taken quite literally, the Soviet approach to information management and the suppression of domestic criticism is back in vogue. Journalists who dare to censure the regime again fear for their lives and livelihoods. The institutions of civil society that the Clinton administration invested time and energy, not to mention millions of dollars, trying to build up are now being eagerly destroyed by a Russia that sees more value in repression and revanchism than openness.

Once an administration success story, a modest loosening of restrictions on freedoms in Burma has been completely reversed by the military junta in Naypyidaw. In January, Human Rights Watch called on the government to “stop arresting peaceful protesters and immediately and unconditionally free those imprisoned.” It is a call you will not here echoed in Washington too loudly, lest the political class recall that the crowning achievement of Hillary Clinton’s tenure as America’s chief diplomat was to secure the illusory opening of Burma and to finally guarantee Aung San Suu Kyi’s pathway to power.

In China, an economic powerhouse that nevertheless remains a one-party communist autocracy, America has tacitly consented to supporting the regime’s increased interest in total command and control. A series of moves to roll back nascent freedoms of speech, religion, and expression in China in 2014 following the rise of President Xi Jinping has led many to wonder if information technology and free trade truly have the power to compel openness in closed societies. “China’s repression of political activists, writers, independent journalists, artists and religious groups who potentially challenge the party’s monopoly of power has intensified since Xi took office nearly two years ago,” The Guardian’s Simon Tisdall reported in December.

Even within the NATO alliance, repression is on the rise. In Turkey, the secularism Kemal Ataturk regarded as a basic value has been de-emphasized. As Ankara has grown friendlier toward Islamism, so has it embraced anti-democratic policies toward journalists and regime critics alike. “We feel the pressure every day,” one unnamed Turkish journalist told Haaretz in December. “We go over our articles with extreme care and remove anything that could give Erdogan’s dogs a pretext for going after us.” The U.S. has joined other United Nations member in expressing concern over Turkey’s authoritarian drift, but human rights groups have called Obama’s silence on this matter “deafening.”

In fact, about the only nation in which Obama pursued what he claimed was a purely humanitarian foreign policy was his decision to lead from behind while Europe toppled Muammar Gaddafi’s regime in Libya. There, the West’s attempt to stave off a humanitarian crisis yielded an even greater one. Not only is Libya a failed state today, but it serves as an incubator for fundamentalist Islamic terror groups.

Obama surely hopes historians will define his legacy as one of nobly sloughing off the burdens of the past, and opening America up to a brave new dawn in which multilateral talk shops become powerful forces for good. But Obama confuses the people of the world for their governments – a distinction that his Democratic predecessors understood and frequently made. While Obama pursues what he considers a pragmatic approach to international relations, the tide of freedoms that characterized the end of the last century is waning. When the need to protect Obama’s image for the sake of the left’s sense of self-validation subsides, it will become clear that the president’s true legacy was one of accommodation toward international community’s most repressive elements purely for the sake of convenience and fleeting domestic political gain.

Voir encore:

Qu’est-ce vraiment que l’instabilité ?

Adam Garfinkle

traduit par Commentaire

Les « experts » autoproclamés du Proche-Orient ont longtemps déploré l’instabilité de la région. C’est qu’ils ne savaient rien de la véritable instabilité.

Imaginez-vous en train d’essayer de suivre un match capital de base-ball ou de football – par exemple la finale de la Série mondiale de base-ball ou un Super Bowl – sans pouvoir y assister, ni même le regarder à la télévision, sans savoir quels joueurs ont été sélectionnés à ce moment-là et sans même avoir de commentaire en direct par la radio ou Internet. Vous ne disposez en tout et pour tout que de comptes rendus de seconde ou troisième main, dont on ne peut être certain qu’ils sont fiables et impartiaux et, pire, dont on a des raisons de supposer qu’ils brouillent ou déforment les faits. C’est un peu comme essayer de suivre aujourd’hui la politique étrangère américaine, en particulier sa politique au Proche-Orient. Il se passe des choses, alors même qu’on est en plein débat intérieur et qu’il y a des désaccords. On procède à des estimations et on prend des décisions, or ces expertises, importantes ou non, emportent des conséquences. Pour ceux qui ne sont pas sur le terrain et qui sont même dans l’impossibilité de suivre le match en temps réel, il est frustrant d’essayer d’imaginer ce qui est en train de se passer, car ce que nous savons du processus de décision pourrait s’expliquer de plusieurs manières.

Il est certain que la métaphore sportive connaît des limites. La politique étrangère américaine n’est pas un jeu. Elle ne peut se mesurer par un score chiffré. Il y a plus de deux équipes. Le nombre des joueurs de part et d’autre n’est ni le même ni fixe. On ne distingue pas nettement l’offensive de la défensive. La compétition ne s’arrête jamais tout à fait. Les règles sont floues. Il n’y a pas d’arbitre, à part peut-être la logique implacable de l’interaction stratégique. Vous avez néanmoins compris l’idée de base : il se passe des choses importantes, mais nous, qui ne sommes pas dans le secret des dieux, ne pouvons que faire des hypothèses sur ce dont il s’agit. Or c’est un « grand jeu ». L’instabilité sans précédent du Proche-Orient, quels qu’en soient les autres effets, va obliger les responsables américains à prendre un nombre sans précédent de décisions qui en engendreront d’autres, créant des réalités en fonction de la réponse apportée, avec lesquelles nous devrons vivre pendant des décennies. C’est une époque de remise à plat, c’est pourquoi il est tellement nécessaire (ou il devrait l’être) de prendre de bonnes décisions.

Nous connaissons la plupart des questions qui se posent : que faire s’agissant de la guerre civile en Syrie ? Quel est le meilleur moyen d’arrêter ou de limiter le programme nucléaire militaire de l’Iran ? Que faire face à la nouvelle fragmentation de l’Irak ? Comment faire pour que la situation en Syrie et en Irak ne se propage pas en Jordanie et au Liban ? Comment traiter le problème majeur que pose la Turquie, c’est-à-dire la question kurde en Syrie et en Irak, alors que ce pays est en pleine crise politique et que celle-ci pourrait être très grave ? Jusqu’où et de quelle manière pousser des négociations de paix israélo-palestiniennes et quelle priorité leur donner ? Comment influencer l’évolution politique du « printemps arabe » en Égypte, en Tunisie, en Libye, à Bahreïn et ailleurs ? Comment envisager les clivages confessionnels en formation dans la région et propres à certains pays ? En quoi le dossier de non prolifération est-il lié aux autres défis de la région ? Comment repenser le rôle des services de renseignement antiterroristes américains, compte tenu du retrait de tant de programmes et de personnel d’Irak et bientôt d’Afghanistan ?

Ce qui est frappant dans ces questions est qu’un grand nombre d’entre elles exigent une réponse immédiate alors qu’elles ont tendance à être très diverses, très difficiles et très imbriquées. Ce qui est inhabituel. À son tour, cette observation amène à d’autres questions : l’Administration Obama a-t-elle une théorie stratégique sur ce dossier régional, susceptible d’intégrer tous ces éléments dans un cadre logique global ? Et cette théorie sur le dossier du Proche-Orient, si elle existe, est-elle consciemment liée à des objectifs stratégiques globaux ? Si c’est le cas, d’où vient cette théorie ? Du Président ? Du secrétaire d’État ? De quelqu’un d’autre ? Les dirigeants se sont-ils, ou non, mis d’accord sur une partie de cette théorie, sa plus grande partie, sa totalité ?

Ce ne sont pas des questions simples car les différents présidents et dirigeants ont manifestement des manières différentes d’établir un lien entre les abstractions stratégiques et leur comportement politique. Certains ont bel et bien des théories explicites sur le dossier et s’efforcent avec cohérence de faire coïncider leur comportement et leur stratégie. Le mandat Nixon-Kissinger était la quintessence de ce genre d’approche ; instruits par la Seconde Guerre mondiale et disciplinés par la Guerre froide, les Administrations Eisenhower et Kennedy-Johnson s’en rapprochaient elles aussi.

Certaines Administrations ont eu des théories extrêmement abstraites, souvent intensément moralistes, sur ce dossier ; mais elles étaient trop abstraites pour rester cohérentes dans le processus politique. Elles ont souvent obligé ses subordonnés à deviner et à défendre ce que voulait le Président. Ce fut le cas des présidences Reagan et George W. Bush et, dans une certaine mesure, aussi celle de Carter.

Certains présidents et leurs conseillers les plus proches ont eu beaucoup recours aux intuitions en matière politique et n’ont pas été très enclins à formaliser l’exercice stratégique ou à expliciter leurs stratégies. L’équipe Bush-Scowcroft-Baker en est un exemple, de même que celle de Truman-Acheson. Un président peut être porté à la stratégie sans avoir de stratégie formalisée et, en période de calme, c’est ce qu’il peut faire de mieux. En effet, au moment où le président doit prendre des décisions, il n’a plus un très grand nombre d’options à sa disposition. Son instinct peut l’amener à regrouper d’une certaine manière les questions à trancher, même s’il ne peut expliquer totalement, ou de manière cohérente, pourquoi la décision qu’il a prise était de nature à satisfaire un Kissinger, un Brzezinski, un Acheson ou même un Scowcroft.

Certains présidents semblent ne pas avoir besoin de stratégie, n’être ni portés à penser en ces termes ni à l’aise avec cette méthode. Ils ont donc tendance à traiter au cas par cas les questions qui ne peuvent manquer de se poser en politique étrangère. La période Clinton-Christopher en est une illustration.

Et Barack Obama ? La politique étrangère de cette Administration se contente-t-elle d’improviser, comme l’affirment beaucoup et comme le laissent penser certains éléments du processus de décision ? Ou bien, quoi qu’on en pense, cette Administration a-t-elle, comme d’autres l’affirment, une théorie stratégique explicite sur ce dossier, intégrant le Proche-Orient dans une vision globale ? Ou encore, comme l’Administration de George H. W. Bush, a-t-elle des instincts très intelligents (ou très malencontreux) n’allant pas jusqu’à une stratégie explicite et formalisée, mais n’en conduisant pas moins, peu à peu, la politique dans une direction particulière ? Laquelle ? Comment le sait-on ? Quelles en sont les preuves ?

Une situation nouvelle

C’est à ces questions que je vais tenter de répondre. Mais, pour qu’une réponse ait du sens, il faut d’abord mieux comprendre en quoi un Proche-Orient totalement déstabilisé est une chose nouvelle et comment il en est arrivé là. On examinera ensuite brièvement quelques-unes des diverses décisions à prendre au Proche-Orient (Syrie, Iran et Irak), dans l’espoir de faire émerger un modèle caractérisant le processus de décision dans l’Administration Obama. Peut-être pourra-t-on alors définir l’approche de cette Administration, afin de se prononcer sur son degré de discernement et son cap probable.

Au cours des soixante-dix dernières années s’est développée une sorte de tic intellectuel chez les observateurs occidentaux occasionnels du « Proche-Orient » consistant à considérer la région comme « instable ». (J’ai prudemment mis Proche-Orient entre guillemets pour suggérer que les susdits observateurs occasionnels définissent sans grande rigueur la région dont ils parlent.) Or, comme beaucoup de choses, une zone n’est stable ou instable que par comparaison avec un autre endroit ou avec le même endroit à une autre époque. C’est pourquoi la manière de définir la zone dont on parle affecte nécessairement les comparaisons.

Par conséquent, si ces observateurs occasionnels occidentaux entendaient par « Proche-Orient » uniquement la zone du conflit « arabo-israélien » (et ce fut souvent le cas), alors les guerres de 1948-1949, 1956, 1967, 1970-1971, 1973, 1982, etc., les périodes de « paix », truffées d’actes de terrorisme, de représailles, de raids, d’assassinats et autres, justifient probablement de considérer cette zone comme extrêmement instable par comparaison avec l’Europe, l’Amérique du Sud et la plus grande partie de l’Asie durant la Guerre froide. Si ces observateurs entendaient parler du Levant ou des pays du Golfe, ou de l’Afrique du Nord ou, plus largement, du « monde arabe », ou encore plus largement, du « monde musulman », l’étiquette « instabilité » convient beaucoup moins. Certes, il y a eu des révolutions de palais, des assassinats et des interventions de militaires en politique, plus quelques insurrections, guerres civiles et autres épisodes de violences politiques de masse dans des pays de toutes ces zones. Mais il n’y a eu en réalité qu’une seule véritable guerre interétatique, dans laquelle Israël n’ait pas été impliqué, et aucune qui ait opposé des États arabes directement l’un à l’autre.

Il y a eu aussi des régimes extrêmement stables, qui ont duré très longtemps : Kadhafi en Libye, de septembre 1969 à octobre 2011 ; les Assad en Syrie, de novembre 1970 à ce jour ; Moubarak en Égypte, d’octobre 1981 à février 2012 ; le Baath en Irak, essentiellement sous Saddam Hussein, de juillet 1968 à mars 2003, et on pourrait continuer ainsi. Bien sûr, les cimetières sont stables eux aussi, c’est pourquoi la stabilité n’est pas, contrairement à ce que croient la plupart d’entre nous, toujours une bonne chose pour des sociétés civiles saines. Mais j’emploie le mot « stabilité » dans une acception descriptive, celle des sciences sociales – ni plus ni moins.

On peut se faire une idée de la relative stabilité qu’a connue le Proche-Orient pendant la plus grande partie de ces soixante à soixante-dix dernières années, jusqu’avant la fin de l’année 2010, en la comparant à ce qui s’y passe maintenant. À présent, la région dans son ensemble – quasiment sa totalité, quelle que soit la manière de la définir – est instable. Réellement instable. Cela pourrait même s’aggraver encore et c’est probablement ce qui se passera. C’est cela l’instabilité : toute une région engagée dans l’équivalent politique d’un derby de démolition, sauf que personne ne semble beaucoup s’amuser.

À l’heure actuelle, s’il n’y a pas de guerres conventionnelles entre pays voisins, ce qui se passe dans la région est de nature à produire un cocktail d’instabilité. Guerres civiles et insurrections actives majeures ? Voyez par vous-même : Syrie, Irak, Yémen, Afghanistan et Somalie (les deux derniers si l’on inclut des pays non arabes). Violence politique n’allant pas jusqu’à des insurrections organisées ? Libye, Égypte, Bahreïn, Liban et, sans doute, Algérie. Gouvernements simplement effrayés ou plus ou moins faibles ? Jordanie, Tunisie, Arabie Saoudite, Maroc, Soudan et tout à la fois le Hamas à Gaza et l’Autorité palestinienne en Cisjordanie. Gouvernements ayant en temps normal de bonnes institutions, mais aujourd’hui en crise politique et ne contrôlant pas la totalité de leur territoire national ? Turquie. Les deux seuls grands pays de la région (j’exclus les trois familles ou groupes de familles du Golfe à la tête de leur pays : Oman, Qatar et les Émirats arabes unis) qui contrôlent leur territoire national et qui, selon leurs propres estimations, ne sont pas au bord d’une débâcle intérieure, sont l’Iran et Israël. Or ces deux pays pourraient bien entrer en guerre avant même que le reste de la région ne se remette.

De plus, comme beaucoup d’observateurs l’ont fait remarquer, nous ne sommes pas confrontés seulement à deux douzaines de pays faisant face à des problèmes, mais à quelques pays dont l’existence même, en tant qu’entités politiques, est menacée. C’est sûrement le cas de la Syrie et probablement de l’Irak. Il n’est pas davantage certain que l’intégrité territoriale de la Libye, du Liban, du Yémen et du Soudan puisse être longtemps préservée. La perspective d’un soulèvement contre le régime (non pour faire tomber le gouvernement, mais pour changer vraiment de régime) dans les monarchies du Bahreïn, d’Arabie Saoudite, de Jordanie et du Maroc est loin d’être nulle. La montée du nationalisme pankurde aura des effets sur la configuration territoriale de l’Iran et de la Turquie ainsi que sur celle de l’Irak et de la Syrie. La « Palestine », qui est moins qu’une entité politique, mais plus qu’un produit de l’imagination politique, a longtemps été dans les limbes et, malgré les négociations actuelles, y restera probablement encore un certain temps. On ne parle donc pas seulement de la somme des problèmes de chaque pays, mais de tout un sous-système étatique régional, qui ondule et se désintègre sous l’effet de la décomposition de certaines de ses unités et de la faiblesse et de l’imprévisibilité croissantes des autres.

Qui blâmer ?

De même que les observateurs occidentaux occasionnels sont prompts à gloser sur l’instabilité du Proche-Orient, ils étaient, et sont toujours, déterminés à en faire porter la responsabilité à quelqu’un. La majorité de la presse américaine fonctionne sur l’analyse biographique : qui sont les étoiles montantes, qui voit son étoile pâlir ; qui est has been et qui ne l’est pas (encore). Cela épargne aux journalistes et aux rédacteurs en chef d’avoir à comprendre vraiment les problèmes ; en outre, ils ont probablement raison de penser que c’est ce qu’attendent la plupart de leurs lecteurs. Les potins de haute volée l’emportent très largement sur l’analyse de fond.

Ce qui a pour résultat qu’en fonction de leurs opinions politiques, certains attribuent au président Obama la responsabilité de la confusion actuelle au Proche-Orient. Il aurait dû intervenir très tôt en Syrie, déclarent-ils d’un air supérieur. Il aurait dû soutenir la révolution verte iranienne en 2009. Il aurait dû défendre Moubarak, même si les propres collègues de Moubarak étaient en train de le renverser. S’il avait fait tout cela, plus une liste interminable de choses qu’il aurait dû faire, mais n’a pas faites, ou qu’il a faites, mais n’aurait pas dû faire, tout irait bien aujourd’hui.

D’autres préfèrent blâmer George W. Bush et les neocons. C’est la guerre en Irak qui a tout provoqué. Je ne plaisante pas ; dans un bref article intitulé « What the War in Iraq Wrought », paru dans le New Yorker du 15 janvier 2014, un journaliste, nommé John Lee Anderson, attribue tout ce qui va mal dans la région, et même, par voie de conséquence, ce qui se passe en Égypte, à la guerre en Irak parce que c’est elle qui aurait créé le démon sectaire lâché aujourd’hui au Proche-Orient.

Certains sont plus œcuméniques dans leur révisionnisme : ce sont les États-Unis et toutes leurs Administrations, aussi loin qu’on puisse remonter, qui sont à l’origine de tous ces problèmes. À moins que ce ne soient les Britanniques ou les Français, ou l’Occident générique, ou les Russes ou (bien sûr, ne les oublions pas) les Juifs. Il semble rarement venir à l’esprit que les peuples de cette région pourraient avoir une certaine responsabilité dans leur situation actuelle. Et l’on ne pense presque jamais que chercher un bouc émissaire n’est peut-être pas le meilleur moyen de comprendre les réalités régionales.

Il est particulièrement agaçant d’entendre des gens, qui devraient être plus avisés, tenir ce genre de discours, plus encore lorsqu’ils les tiennent sur le mode du mea culpa. J’ai été stupéfait en entendant le Président Bush dire en 2003 : « Pendant soixante ans, les États-Unis ont recherché la stabilité au Proche-Orient au détriment de la démocratie et n’ont obtenu ni l’une ni l’autre », déclaration que Condoleezza Rice a souvent répétée lorsqu’elle était secrétaire d’État (ce qui, plus que toute autre chose, m’a amené à cesser de travailler pour elle). En d’autres termes, la raison pour laquelle les pays arabes n’étaient pas des démocraties et produisaient donc des terroristes ne tenait pas aux milliers d’années de leur propre expérience historique et culturelle, mais aux décisions de politique étrangère prises par les États-Unis au cours des six précédentes décennies. Tel était le raisonnement de ceux qui, à gauche, critiquaient le soutien des États-Unis aux régimes autoritaires dans le contexte de la Guerre froide. Que des Républicains ouvertement conservateurs se mettent à le reprendre avait de quoi vous couper le souffle, notamment parce que, quel que soit celui qui le tient, ce raisonnement est absurde.

Nous avons assuré la stabilité pendant ces soixante années. Quel que soit le critère retenu, la politique américaine au Proche-Orient pendant la Guerre froide a été un succès. Bien plus important, pour revenir à la question, il n’a jamais été en notre pouvoir de transformer les États arabes en démocraties. C’est une chose qu’aujourd’hui George W. Bush (je l’espère) a apprise à ses dépens ainsi que le docteur Rice. Il est stupéfiant que, même lorsque nous nous critiquons nous-mêmes, nous le fassions avec une dose d’hubris himalayesque : tout tourne toujours autour de nous. Sauf que c’est faux. Les États-Unis ne sont pas, et n’ont jamais été, le facteur déterminant de tout ce qui se passe au Proche-Orient, ni ailleurs non plus du reste (sauf peut-être à Panama à une époque). Redescendons sur terre.

Ce qui ne signifie pas pour autant que les décisions des présidents restent totalement sans effet. Pour le meilleur ou pour le pire, une partie de ce que font les États-Unis ne reste pas, la plupart du temps, sans conséquences ou a beaucoup de répercussions, de temps en temps au moins. La guerre en Irak s’est révélée peu judicieuse : à coup sûr la manière de la mener, voire la décision même de l’entreprendre. La manière dont nous avons décidé d’opérer en Afghanistan, après la chute du régime des Talibans, était également une erreur, bien qu’il ait fallu plus de temps à la plupart des observateurs pour s’en rendre compte. Rater ces deux guerres équivalait à une défaite stratégique américaine dans l’ensemble de la région ; tous les alliés et partenaires des États-Unis en ont donc pâti, de même que tous ses adversaires et rivaux l’ont emporté d’une manière ou d’une autre.

Ayant hérité de cette défaite, l’Administration Obama a décidé de réduire les pertes américaines et de voir ensuite si cette action aggravait ou non les choses. Il est certain que l’oscillation entre interventionnisme militant et repli américain sous Obama a elle aussi désorienté les esprits. S’agissant des vastes répercussions des récentes politiques américaines, la guerre en Irak a certes attisé les charbons ardents des dissensions confessionnelles, mais ce n’est pas elle qui les a créées. La recrudescence des violences entre sunnites et chiites remonte approximativement à 1973-1974, année où le quadruplement des prix du pétrole a tout à la fois préparé le terrain de l’effondrement du régime des Pahlavi en Iran et financé le wahhabisme saoudien, laissant présager une collision future entre les clergés extrémistes sunnite et chiite. (Non que, dans l’Islam, le conflit confessionnel soit exclusivement de nature théologique, il ne l’est pas plus que ne l’étaient les guerres de religion au xvie siècle en Europe.) Si l’Administration Obama avait rapidement et efficacement jugulé la situation en Syrie, elle aurait pu retarder l’affrontement confessionnel dans la région – mais probablement pas de beaucoup, puisque le démon avait déjà brisé ses chaînes en Irak et fait des apparitions mortelles dans un pays aussi éloigné que le Pakistan.

Des facteurs inhérents à la région expliquent une grande partie de ce qui se passe aujourd’hui. À quelques exceptions près, leurs sociétés tribales et leurs identités religieuses affaiblissent les États arabes. Ces États faibles, dont la plupart sont hétérogènes ethniquement ou religieusement, ont été incapables de créer des loyautés réelles ou d’obtenir, au fil des ans, une croissance économique forte ou une plus grande justice sociale. Beaucoup d’entre eux ont été fossilisés par la malédiction des ressources. Les tendances très patriarcales et autoritaires de ces sociétés les ont empêchées de s’adapter à nombre d’aspects de la modernité ; elles ont notamment été incapables de remplacer par une économie de marché la patrimonialisation des ressources opérée par une élite vivant de la rente qui caractérise tous les pays arabes, républiques ou monarchies, depuis le début de l’époque de l’indépendance.

Malgré toutes ces insuffisances, les élites des États arabes ont préféré blâmer l’Occident, les États-Unis et spécialement Israël ; et, plus bizarre encore, elles ont réussi à en persuader de nombreux Occidentaux. Il est certain que le caractère artificiel de nombre d’États territoriaux, créés dans le sillage de la Première Guerre mondiale, n’a pas arrangé les choses. Mais, dans la plupart des cas, après tant d’années, ce n’est ni le seul ni le principal obstacle ; et on ne peut certainement pas en attribuer la responsabilité au Président Bush, au Président Obama ou aux États-Unis en général.

Bref, les désordres du type de ceux que nous observons aujourd’hui au Proche-Orient ont de nombreuses causes, certaines très anciennes, d’autres plus récentes. Elles sont difficiles à démêler et encore plus difficiles à expliquer à des gens dès lors qu’ils n’ont pas envie de savoir si cela contredit leur quête de boucs émissaires, dans un but politique ou faute de meilleure idée. On peut améliorer la connaissance d’un militant politique, mais non le faire réfléchir.

Notre lamentable politique syrienne

Examinons à présent quelques-unes des décisions à prendre, énumérées ci-dessus, pour essayer de nous y retrouver dans l’écheveau des politiques. Même si beaucoup d’éléments de ce dossier sont interconnectés, on les étudiera les uns après les autres en les combinant au fil des besoins.

Tout d’abord la Syrie. Le meilleur moyen de comprendre la politique américaine à l’égard de la Syrie est de partir de la Libye. En mars 2011, avant que la Syrie ne se soit vraiment soulevée, le Président décida de s’associer à la Grande-Bretagne et à la France et d’entreprendre une guerre en Libye. Les conseillers de l’Administration étaient divisés face au désordre croissant en Libye. Le secrétaire à la Défense, Bob Gates, et tous les membres du Comité des chefs d’état-major étaient opposés à l’intervention. De même que le vice-Président Biden et le conseiller à la Sécurité nationale de l’époque, Tom Donilon, qui était « un homme de Biden ». C’était aussi le cas de beaucoup de gens à l’extérieur de l’Administration, dont le président du Council of Foreign Relations et votre humble serviteur.

Le Président semblait partagé. Aussi posa-t-il une série de conditions strictes pour consentir à l’intervention – dont un soutien de la Ligue arabe et une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur la base de l’article 7. Toutefois, il écouta les partisans de la guerre lorsque le secrétaire d’État, Hillary Clinton, s’y rallia et que, peut-être à son grand regret et contre toute attente, les conditions qu’il avait posées se trouvèrent toutes réunies. Même s’il faut attendre des mémoires fiables pour en être certain, mon sentiment est que le Président ne tarda pas à regretter sa décision en voyant les conséquences multiples, sinistres et involontaires de l’intervention en Libye. Le défaut de planification par ses alliés de la phase de la guerre postérieure aux combats, malgré un triste précédent, a eu de sombres répercussions en Libye (qui ont conduit au raid sur Benghazi de septembre 2012), mais aussi au Mali, au nord du Nigéria et, sans doute, en Algérie.

Aussi, lorsque, quelques mois plus tard, ses conseillers se divisèrent à nouveau sur la Syrie, le Président Obama résolut de ne pas s’en mêler. Il est difficile de dire dans quelle mesure des considérations de politique politicienne entrèrent en jeu – l’élection de 2012 approchait –, mais il est probable selon moi qu’elles ont tenu une place importante (je l’ai dit à l’époque). En toute hypothèse, même sans échéance électorale pour altérer son jugement, la passivité américaine à l’égard de la Syrie était tout à fait prévisible.

Il ne fait pas de doute que, dès le début, le Président a entendu force analyses et propos amers sur la Syrie. Il est à mon avis malheureux qu’à cause de la Libye, on ait fait preuve d’une prudence excessive. Prendre rapidement le leadership, de concert avec la Turquie et avec le soutien de l’OTAN, aurait pu arrêter la violence avant qu’elle ne se soit métastasée, radicalisée entre camps religieux et étendue à d’autres pays. Il n’était pas nécessaire, ni même souhaitable, pour y parvenir, d’envoyer des troupes sur le terrain ni même d’instaurer dès le début des zones d’exclusion aérienne. Il y a des moyens d’exercer de l’influence sans pour autant mettre en danger un grand nombre de soldats américains : c’est pour cette raison que nous avons des alliés, des opérations de renseignement, des forces spéciales et tout un assortiment de cyberprocédés douteux. Mais l’Administration a découragé les Turcs et la politique de passivité qu’elle a adoptée s’est révélée être la plus coûteuse de toutes les politiques.

Pour être honnête, la Syrie a toujours constitué un problème difficile. Si la Libye est une île du point de vue militaire et un petit pays en termes démographiques, la Syrie est plus vaste, plus difficile à vaincre militairement et, comme on le sait, elle dispose de stocks d’armes chimiques, voire biologiques. Les armes à longue portée, comme les missiles de croisière, ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour maîtriser l’espace aérien ou pour travailler en étroite coordination avec des forces rebelles sur le terrain. Le président du Comité des chefs d’états-majors interarmées, Martin Dempsey, a du reste abondam ment déclaré qu’il faudrait effectuer 700 sorties pour détruire le système de défense aérienne syrien avant que les avions américains puissent entrer en action. C’est un nombre qui paraît élevé et c’était bien l’impression que Dempsey voulait donner en le citant. Cependant, à la différence de la Libye, le dossier syrien comportait des enjeux très importants, pour la plupart liés à l’Iran. La combinaison d’enjeux d’intérêts nationaux incontestables et d’options militaires malaisées rendait donc les choses difficiles.

Le temps que l’Administration en vienne à envisager sérieusement d’armer les rebelles (elle commença par coordonner des accords avec des tiers, comme la Croatie, et par demander à la CIA de faire passer quelques stocks d’armes de Libye aux rebelles syriens), un grand nombre de jihadistes sunnites radicaux avaient fait leur apparition et fusionné dans Jabhat al-Nusra. Ce qui rendait encore plus difficile ce qu’on avait déjà du mal à entreprendre. Il était normal de s’inquiéter que des armes américaines puissent tomber entre de mauvaises mains, c’est pourquoi l’envoi de matériels non létaux devint la forme d’aide préférée. Mais l’inquiétude ne devrait pas être paralysante, à moins que l’on ne veuille précisément être paralysé et que l’on ait des raisons pour cela.

Même l’aide non létale arrivait lentement et en petite quantité, conduisant certains observateurs à soupçonner que l’Administration voulait à présent que le régime Assad survive pour faire contrepoids aux jihadistes sunnites. (Peu importait l’égarement qui lui avait fait déclarer « Assad doit partir » lorsqu’on avait l’impression que c’était ce qui allait se produire.) Du coup, certains allèrent jusqu’à affirmer que la passivité en Syrie était un élément de négociation pour amadouer les Iraniens. C’est bien possible. Maintenant que nous connaissons l’étendue et les dates des contacts secrets avec l’Iran, menés en partie par l’ambassadeur Jeffrey Feltman depuis son poste de l’ONU à New York, on peut imaginer lebody language des Américains, voire leur langage au sens propre. Ils ont effectivement pu tenir ce discours aux Iraniens : « Écoutez, faites ce que vous voulez en Syrie ; nous, Américains, n’avons pas l’intention de nous ingérer dans vos relations avec vos voisins. Nous ne cherchons même pas à renverser le régime. » Et, comme preuve de l’absence d’intentions agressives, on a très bien pu évoquer les débuts de la politique d’« engagement » de l’Administration, qui a conduit les États-Unis à adopter une attitude réservée lors du soulèvement de l’opposition verte en 2009.

On reviendra plus loin sur le dossier iranien, mais il est essentiel de comprendre que, dès le départ, l’Administration Obama a considéré la Syrie comme un sous-problème de moindre importance dans le cadre d’une politique centrée sur l’Iran. En cela, elle était dans la ligne des précédentes Administrations. Les États-Unis n’ont en fait jamais eu de politique spécifique à l’égard de la Syrie. Notre ligne vis-à-vis de celle-ci a toujours été un dérivé de politiques plus importantes – relations arabo-israéliennes, Irak, Turquie, Liban, etc. Par le passé, cette tendance a eu de très malheureuses conséquences, permettant même au régime syrien de tuer des Américains et de s’en prendre par ailleurs à des intérêts américains – comme en Irak, par exemple – sans en payer vraiment le prix. Cette fois-ci, elle paraissait au moins un peu plus logique.

On peut bien sûr soutenir qu’une politique américaine plus énergique à l’égard du régime Assad aurait assuré plus d’efficacité à sa politique iranienne, mais ce n’est pas l’approche adoptée par l’Administration Obama. Les Iraniens ne craignaient plus les programmes d’ADM irakiens, tournure des événements assez ironique compte tenu de l’attitude du Président à l’égard de la guerre en Irak. Je subodore en outre que l’Administration pensait que, si le régime iranien cessait de nous considérer comme une menace mortelle, son analyse en termes de coûts-avantages de l’acquisition d’armes nucléaires s’en trouverait modifiée. Nous pouvions en augmenter le coût par des sanctions et réduire par la diplomatie les avantages d’une politique aussi risquée – et nous pourrions peut-être traduire cette nouvelle approche iranienne par un accord officiel. Mais revenons pour l’instant à la Syrie.

Les lignes rouges

La passivité américaine face à la guerre civile syrienne se prolongeant, le cours de la bataille tourna à l’avantage du régime. Il est clair que l’une des raisons de la passivité initiale des États-Unis était l’impression, confirmée par les évaluations des services de renseignement, que les rebelles allaient gagner, avec ou sans notre aide. On en voyait la preuve dans les défections de sunnites de premier plan, tels Manaf Tlass et d’autres. Mais, comme c’est le cas depuis très longtemps en Syrie, les sunnites ne parvinrent pas à s’entendre entre eux ni à coopérer vraiment pour passer de leurs premiers succès à la phase de destruction du régime. Pendant ce temps, les Russes déversaient des armes et des conseillers, dont certains s’étaient battus en Tchétchénie, et les Iraniens, via le Hezbollah et les brigades al-Qods, commençaient à apporter une aide décisive à Assad. Le cours de la guerre se renversa. Mais l’Administration Obama n’agit pas davantage – si ce n’est que sa politique se concentra dès lors sur les armes chimiques syriennes : la Maison-Blanche traça la première des deux « lignes rouges » contre l’emploi d’armes chimiques.

J’imagine que le Président pensait que la première ligne rouge sur les armes chimiques ne l’engageait pas – c’était un moyen de paraître fort et impliqué, sans prendre le moindre risque. À ce moment-là, aucune arme chimique n’avait été utilisée pendant les combats. C’était profondément méconnaître le régime alaouite et ses dirigeants. L’Administration aurait dû faire plus attention à l’habileté que les Syriens mettaient à humilier Kofi Annan et au plaisir qu’ils en retiraient. En fait, le régime syrien n’aurait peut-être jamais utilisé d’armes chimiques si le Président Obama ne l’avait pas mis en garde contre leur emploi – en vérité, aucune raison strictement militaire ne les y obligeait. Sentant la réticence d’Obama à s’engager militairement, le régime syrien fit ce qu’il sait le mieux faire : intimider, provoquer et croiser le fer psychologiquement avec une partie moins engagée. De plus, en utilisant les armes chimiques sans avoir à en payer le prix, il narguait les rebelles en leur signalant qu’il était très vraisemblable que les Américains les laisseraient tomber.

Vint alors la seconde ligne rouge sur les armes chimiques et nous nous souvenons tous de ce qui suivit. N’ayant utilisé auparavant qu’une très petite quantité d’armes chimiques pour tester la réponse américaine (il n’y en eut pas), les Syriens les employèrent alors à grande échelle et de façon manifeste. Certains Américains crédules (dont l’éminent James Fallows) affirmèrent que l’opposition avait fait cela en catimini pour incriminer le régime, mais nefirent qu’étaler leur ignorance et leur mauvais jugement. Les Russes étaient eux aussi enclins à croire ce mensonge, mais on n’en attendait pas moins d’eux en tant que conseils d’Assad.

Au milieu de tous ces nocifs gaz virtuels, de peur d’être obligée d’agir, l’Administration s’efforça d’ignorer les preuves d’emploi réitéré d’armes chimiques. Il devint trop embarrassant de persister dans cette attitude, dans la mesure où les preuves s’accumulaient, venues de partout, y compris des services de renseignement français et britannique. Alors, l’Administration se mit soudain en colère et se prépara à agir, allant jusqu’à envoyer en Méditerranée six navires équipés de missiles de croisière. Mais, tout aussi subitement, après que les Britanniques lui eurent retiré leur soutien en raison de l’opposition imprévue de leur Parlement, Obama décida de ne pas se montrer moins démocrate que la Grande-Bretagne et de demander l’approbation du Congrès.

On ne sait toujours pas vraiment si Obama pensait obtenir cet accord ou s’il savait que ce ne serait pas le cas et qu’il pourrait ainsi blâmer le Congrès de l’empêcher de faire une chose qu’il n’avait jamais vraiment voulu faire. Quoi qu’il en soit, au cours de cet épisode, l’Administration laissa entendre qu’il s’agirait d’une attaque « très réduite » avec des armes commandées à distance – absurde et fâcheuse remarque de Kerry, destinée à tranquilliser les sceptiques au Congrès, inquiets d’un risque de dérive. Le Président se sentit obligé de le contredire en public (« l’armée américaine ne fait pas de piqûres d’épingle »). Mais le mal était fait ; la langue du secrétaire d’État avait fourché, privant une éventuelle attaque de la plus grande partie de son impact, avant qu’on ait même posé le doigt sur la gâchette. Finalement, comme on le sait, après avoir fait naître de faux espoirs, le Président prit le contre-pied de la plupart de ses assistants et renonça à l’usage de la force contre un simulacre d’accord sur les armes chimiques conclu sous l’égide des Russes.

Il n’y a rien de mal à éliminer les armes chimiques syriennes, compte tenu du risque d’effondrement de l’État syrien, mais cet accord n’élimine pas toutes les armes chimiques de Syrie. Il ne met fin qu’à celles que le régime a déclarées – et nous n’avons aucun moyen fiable de vérifier l’existence de ce qu’il a passé sous silence. Il est très probable que les armes les plus modernes et les plus létales n’ont pas été déclarées, laissant la soi-disant communauté internationale – essentiellement les États-Unis, comme c’était prévisible – jouer le rôle de ramasseur d’ordures de produits dangereux, qui plus est en prenant les frais en charge.

Il était extrêmement douloureux de voir le Président passer de ligne rouge en ligne rouge, puis au subterfuge du Congrès et enfin au gilet de sauvetage diplomatique russe (qui n’était pas aussi improvisé que l’Administration a voulu le faire croire à l’époque). Le nouveau conseiller à la Sécurité nationale, Susan Rice, s’est révélée parfaitement incompétente en présidant, ou en essayant de présider, à la recherche de l’excuse la plus embarrassante que j’aie jamais vue dans un processus de décision en politique étrangère.

Et pour quel résultat ? Premièrement, comme beaucoup de gens l’ont fait remarquer, l’accord sur les armes chimiques légitimait Assad et le transformait en partenaire pour la mise en œuvre de l’accord – en contradiction directe avec la politique du « Assad doit partir ». Le retard mis à évacuer les produits chimiques du pays a fait ressortir la même contradiction. La Syrie étant une zone de guerre, il fallait sécuriser le transport par voie de terre avant de transférer les produits chimiques vers un port. Or qui rendait le transport par voie de terre problématique ? Nos alliés putatifs, l’Armée syrienne libre (ASL) et ses associés. Nous étions donc obligés de nous plaindre que nos alliés retardaient la mise en œuvre d’un accord que nous avions conclu avec leur ennemi, qui est aussi le nôtre. En d’autres termes, nous voulions à présent que la partie, que nous souhaitions voir gagner, perde temporairement et localement pour faire progresser un accord de contrôle d’armement largement cosmétique et totalement dissocié du reste de la guerre civile. Si ce n’est pas la preuve de l’incohérence et de l’irresponsabilité de cette politique, je me demande bien ce que c’est.

Indépendamment de l’impression produite aux États-Unis, l’ASL l’a interprétée comme une trahison, de même que les Saoudiens. Le régime syrien a accéléré ses opérations militaires dans la foulée de l’accord sur les armes chimiques ; une fois Assad certain que les États-Unis n’emploieraient pas la force, il a risqué le tout pour le tout en essayant d’écraser l’opposition. Il s’est concentré sur le tissu conjonctif reliant la région de Damas à la province de Lattaquié (où la bataille pour al-Qusayr a été déterminante – il suffit de regarder une carte) et, plus au nord, pour reprendre Alep. Il a depuis bien progressé dans ces deux zones.
Genève II

Pourquoi se dépêcher ? La raison en était la conférence de Genève II, qui devait avoir lieu en mai dernier et qui a finalement eu lieu en janvier 2014.

En juin 2012, neuf nations se sont retrouvées à Genève, la majorité d’entre elles pour essayer de travailler à un régime de transition sans Assad. Mais deux d’entre elles voulaient tout le contraire : c’est-à-dire pas d’accord sur cette question. La réunion du Groupe d’Action, nom qui lui fut donné, constituait l’ultime effort de Kofi Annan, parrainé par l’ONU, pour arrêter la guerre. Comme il fallait s’y attendre, elle échoua, de même que toutes les autres tentatives d’Annan. La Russie et la Chine bloquèrent toute formule appelant au départ d’Assad. On s’entendit sur une déclaration constituant le plus petit commun dénominateur : elle mentionnait sans grande conviction la nécessité de créer un régime de transition, sans dire explicitement qu’Assad ne pourrait pas en faire partie. Elle indique en effet que ce régime « pourra comprendre des membres de l’actuel gouvernement et de l’opposition ainsi que d’autres groupes et sera formé sur la base du consentement mutuel ».

Le reste du communiqué relevait largement de l’ineptie et de l’utopie : s’agissant de chimériques cessez-le-feu, de la démocratie dans une zone qui ne l’avait jamais connue en quatre mille ans. Il comportait en outre des éléments involontairement humoristiques. Alors que des innocents étaient massacrés par milliers par leur propre gouvernement, les rédacteurs de l’ONU prirent le temps de réclamer que des femmes soient représentées à toutes les phases de la transition. Ce qui était vraiment gentil.

À l’approche de Genève II, tout se mit peu à peu à menacer de dérailler. L’irresponsabi lité et l’incohérence de cette politique apparurent de nouveau au grand jour. Dans un contexte où des groupes rebelles s’étaient lancés dans des luttes violentes et fratricides et où le régime avait pris l’avantage, notamment dans la région d’Alep, le gouvernement américain essaya d’obtenir de la coalition de l’ASL qu’elle assiste à la réunion de Genève II. Mais cette coalition compte 144 groupes et les récents combats contre l’État islamique d’Irak et du Levant (ISIS) l’avaient encore plus divisée. La plupart des groupes d’opposition ne voulaient pas y aller à moins que la conférence ne prévoie expressément le départ d’Assad. C’est pourquoi Kerry a répété avant Genève II que c’était précisément le sens que les États-Unis donnaient à cette conférence. Toutefois, la présence de certains groupes d’opposition, alors que nombre d’entre eux n’y participeraient pas, risquait d’accentuer les divisions et donc d’affaiblir la coalition militaire sur le terrain en Syrie.

Je n’arrive pas à comprendre comment le Département d’État peut faire cette lecture du communiqué du 30 juin 2012. Ce n’est pas la lettre du texte et ce n’est certainement pas la lecture qu’en font le régime syrien ou les Russes. Kerry a accusé les Syriens de « révisionnisme » dans leur interprétation du document du 30 juin 2012, mais l’accusation peut tout aussi aisément lui être retournée. C’est ainsi que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a pu inviter les Iraniens à la dernière minute, invitation à laquelle le gouvernement américain s’est opposé tout en semblant l’encourager. Les dernières semaines, Kerry avait en effet paru très soucieux que les Iraniens soient associés à la conférence, mais pas en tant que participants, puisqu’ils étaient censés ne pas accepter l’interprétation américaine des termes de la conférence. Cependant, les Iraniens pouvaient approuver la lettre du communiqué du 30 juin 2012, qui ne préjugeait d’aucune manière de l’avenir d’Assad. C’est pourquoi Moon, qui sait lire, les avait invités.

Ce qui mit Kerry en colère. Aucun secrétaire d’État américain n’aime qu’un type de l’ONU vienne lui couper l’herbe sous le pied, qui plus est sans avertissement et à un moment particulièrement sensible. Le Département d’État a donc demandé à Moon de retirer l’invitation faite à l’Iran, alors même que c’était le body language américain, engageant à l’égard de l’Iran, qui l’avait probablement convaincu de la lancer. Moon s’est rapidement exécuté, mais à contrecœur. L’annulation de l’invitation a épargné au gouvernement américain de devoir se retirer de la conférence qu’il parrainait, événement dans lequel nous avions assidûment et futilement mis tant de vains et faux espoirs.

Mais cela aurait peut-être été préférable. Compte tenu de la situation sur le terrain et du refus des États-Unis de faire quoi que ce soit, même de vaguement efficace, cette conférence ne pouvait aboutir à ce que l’Administration en espérait. Les adversaires ne veulent pas démordre de leur vision d’un jeu à somme nulle et les parrains de la conférence ne sont pas d’accord sur le fond, c’est-à-dire sur ses objectifs. L’échec américain sera donc vu dans toute la région comme la confirmation de l’impuissance américaine et comme une victoire d’Assad, des Iraniens, des Russes et de la brutalité totalement impitoyable exercée contre des populations civiles. J’avoue ne pas comprendre pourquoi nous devrions avoir envie d’en être complices.

Se lamenter du peu de chances de réussite de ce round de la diplomatie de Genève, tout en soulignant que « c’est la seule chose qu’il nous reste à essayer » – des responsables américains ont bien dit en public des choses de ce genre –, montre seulement, une fois encore, que la diplomatie peut bel et bien être nocive si les dirigeants ne parviennent pas à comprendre que la force et la diplomatie sont complémentaires et non opposées. Bêler que ce n’est que le début d’un long processus ou que la conférence encouragera des défections au sein du régime ou qu’une vision alternative à la guerre est en soi utile est une pure sottise. On n’arrête pas une véritable guerre civile avec des cartes de vœux rédigées de manière bien sentie ni avec une bouillie débile sur « comment réussir une négociation ». Tout ce que cette conférence a fait, fait et fera est de multiplier encore le nombre de morts tandis que les deux parties cherchent à prendre l’avantage militaire sur le terrain.

Vous faut-il un autre exemple de la nocivité que peut avoir une diplomatie bornée ? Alors que Genève II approchait, les États-Unis se sont officiellement associés à la Russie pour tenter de persuader les deux parties de déclarer des cessez-le-feu avant la conférence, y voyant un moyen de mettre fin définitivement à la guerre. Mais il y a des preuves incontes tables sur le terrain que le régime syrien offre non des cessez-le-feu locaux, mais des conditions de reddition. En échange de doses homéopathiques de nourriture et de médicaments, le régime demande aux civils assiégés de faire flotter le drapeau syrien au-dessus de la ville ou des alentours. Mais, dès que des agents du régime entrent dans la ville, ils exigent qu’on leur dise où se trouvent les combattants rebelles, arrêtent quelques personnes et abattent purement et simplement ceux qui essaient de s’enfuir. Ce sont des « cessez-le-feu » à la mode tchétchène. John Kerry peut-il vraiment l’ignorer ? Et, s’il le sait, comment peut-il les encourager ? Est-il cynique au point d’être prêt à trahir sciemment des alliés des États-Unis pour mettre fin à la guerre ?

Quoi qu’il s’y passe, le spectacle de Genève II déshonore d’ores et déjà la grande tradition du leadership politique américain. Mieux vaudrait que cette ombre jetée sur notre politique se limite au Proche-Orient. On peut néanmoins se demander ce que, par exemple, les responsables japonais pensent au fond d’eux-mêmes en ce moment. Quant à Kerry, il se borne, apparemment, à répéter qu’il faut laisser une chance à la politique d’apaisement.

Miser sur l’Iran ?

Ce qui nous ramène à l’Iran. Les équipes techniques sont parvenues à un accord sur le nucléaire qui devrait entrer en application. Ce qui est une bonne chose, pour le moment, malgré les défauts de cet accord. La brièveté de sa durée d’application (six mois seulement) et la capitulation de l’Occident sur le principe de l’enrichissement de l’uranium rendent plus probable une éventuelle bombe iranienne, et non l’inverse. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, seule la perspective d’un changement dans les relations américano-iraniennes, indépendamment de tout accord, peut justifier que l’on prenne ce risque. Or quelle est la probabilité de ce changement ?

Elle n’est pas égale à zéro, mais elle n’est pas très élevée non plus. Si les Iraniens n’ont plus peur que les Américains tentent de renverser leur régime et s’ils croient que cette Administration-là n’est pas obsédée par l’épouvantail de l’hégémonie régionale iranienne, il est possible qu’ils se disent qu’ils n’ont pas besoin d’une capacité nucléaire complète pour nous dissuader. Ce qui résout le problème, au moins pour les trois prochaines années : l’Iran ne franchira pas le seuil nucléaire tant que persistera cet engagement diplomatique. Si les États-Unis doivent payer encore et encore pour le préserver, comme cela semble très possible, le coût ne sera pas excessif – poursuit le raisonnement – s’il s’agit d’éviter une guerre. Et ne vous trompez pas : l’Administration continue à déclarer, comme émanant d’une décision présidentielle, douloureuse et de longue haleine, mais censée être à toute épreuve, que l’objectif de cette politique est et demeure la prévention et non la dissuasion. (Nous revient alors en mémoire la remarque de Bob Gates : « La parole de cette Maison-Blanche ne signifie rien. »)

Ce type d’approche par paiement au forfait me rappelle un merveilleux passage de Mon nom est Aram de William Saroyan : « Si vous donnez à un voleur, il ne peut plus vous voler et n’est donc plus un voleur. » Je ne veux pas dire par là que la politique d’Obama vis-à-vis de l’Iran n’est que de l’apaisement. C’est une interprétation de ses motivations, mais on peut l’envisager autrement. Il faut pour cela mélanger les niveaux d’analyse en faisant preuve d’inventivité.

Il est possible, comme l’ont soutenu certains, que l’Administration Obama ait une grande théorie, une stratégie ambitieuse, considérant qu’une entente avec l’Iran est le meilleur moyen de protéger la région et le monde de la menace durable que fait peser le radicalisme des jihadistes sunnites. Il est possible que l’Administration veuille s’appuyer sur les chiites pour contrebalancer la prolifération de franchises d’Al-Qaïda dans la région et au-delà de celle-ci et qu’elle pense que le prix à payer à court terme en vaut la peine. Ce prix comporterait une grave détérioration de nos relations avec l’Arabie Saoudite, qui a déjà commencé, mais, pourraient dire ses partisans, et après ? Auprès de qui d’autre les Saoudiens iraient-ils chercher une protection ? Le prix implique aussi une tension dans nos relations avec Israël : il nous faudrait le prier de nous faire confiance, afin qu’il nous soutienne au cas où les choses tourneraient mal. Ce qui rend les Israéliens nerveux, mais n’a rien d’excentrique s’agissant d’une politique de puissance – et il est certain que les jihadistes sunnites doivent inquiéter les Israéliens autant que leurs ennemis chiites inspirés par les Iraniens.

Le complément de ce raisonnement est que la crainte de l’hégémonie iranienne est largement exagérée. L’Iran n’est pas une si grande puissance. Son budget militaire annuel n’atteint même pas les rallonges budgétaires américaines de ces dernières années de guerre. La supériorité militaire technique des États-Unis sur l’Iran est quasiment écrasante. Plus encore, que signifie vraiment l’hégémonie régionale de l’Iran ? Quelles en sont les limites probables et naturelles ?

Une puissance perse et chiite fait penser à des anticorps naturels dans une région arabe et majoritairement sunnite. L’influence iranienne pourrait faire une grande différence au Bahreïn, où un régime sunnite minoritaire gouverne et opprime une majorité chiite ; elle pourrait peut-être faire une différence dans la province Al-Hasa, en Arabie Saoudite, où se trouvent tout à la fois la majorité des chiites et du pétrole du pays. Quant à l’Irak, nous savons déjà que l’Iran peut avoir une vraie forme d’influence à Bagdad, tant que les chiites sont au pouvoir, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il dicte et contrôle tout ce qui s’y passe. L’Iran peut semer la pagaille de manière peu probante au Liban, mais la politique libanaise est structurellement peu probante – il ne peut donc en attendre de bénéfices durables. Les Iraniens peuvent fournir des armes aux Houthis chiites au Yémen, comme ils le font depuis peu ; mais quel intérêt vital les États-Unis ont-ils au Yémen, si ce n’est empêcher ce pays de devenir un terreau pour Al-Qaïda ? Et, bien sûr, les Iraniens peuvent s’allier aux alaouites en Syrie, bien que les chiites duodécimains et les alaouites n’aient pas grand-chose en commun en dehors de leur antipathie pour les sunnites.

En d’autres termes, même avec les dysfonctionnement des pays arabes, l’idée que, d’une manière ou d’une autre, les Iraniens pourraient recréer un empire territorial ayant un contrôle absolu – du genre de celui des Empires achéménide, sassanide ou safavide – au Proche-Orient actuel est une vue de l’esprit. Ils peuvent provoquer des troubles dans certaines zones, mais, sans une sérieuse capacité nucléaire, l’Iran ne peut attaquer ni conquérir la Palestine ou tout autre État du Levant ou du Golfe. Dans un siècle ou deux, les arabophones seront toujours au moins 280 millions, contrairement aux persanophones. Si la politique américaine peut maintenir l’Iran au-dessous d’une sérieuse capacité nucléaire, quel danger y a-t-il donc à laisser Téhéran s’empêtrer dans d’interminables conflits débilitants avec différents pays arabes et sunnites ? Et, si les Russes veulent les y aider, ils sont en droit de venir eux aussi piétiner en vain le bac à sable. Ils finiront probablement par le regretter (amèrement).

Ne prenons pas cela trop à la légère. Il n’est certainement pas sans risques qu’après avoir fourni des équipements de sécurité à la région pendant plusieurs décennies, les États-Unis décident soudain qu’ils ont « surinvesti » dans cette région, pour reprendre l’intempestive formule de Ben Rhodes qui a fait l’objet d’une fuite. Certains de nos partenaires commencent à envisager des contre-alliances, tandis que d’autres étudient de nouvelles formes d’autodéfense. Nous n’avons pas envie que l’Arabie Saoudite obtienne une bombe nucléaire grâce au Pakistan. Pire encore, la guerre confessionnelle a tendance à multiplier les radicaux et à marginaliser (ou à éliminer) les modérés, ce qui n’est pas non plus dans l’intérêt de notre sécurité à long terme. Soutenir tacitement Assad et ses parrains iraniens, ou être seulement considérés comme le faisant, ne peut qu’encourager le radicalisme sunnite dans la région et au-delà. C’est donc une chose d’imaginer que, si nous nous désengageons du Proche-Orient et que nous laissons jouer les équilibres naturels, ceux-ci mettront entre parenthèses les dangers que court cette région, et c’en est une autre de survivre à la transition d’un type de régime de sécurité à un autre.

Boucle d’or

Je soupçonne les responsables de cette Administration de comprendre assez bien tout cela. Je doute qu’Obama et Kerry « rêvent certainement d’un coup de maître du genre de celui de Nixon en Chine » sur l’Iran et qu’ils voient « sans aucun doute l’Iran et ses alliés chiites comme des partenaires potentiels dans le combat contre le jihadisme sunnite ». Ceux qui, pendant le premier mandat, ont participé au plus haut niveau aux délibérations sur des questions de ce genre décrivent le Président comme très méfiant à l’égard des coups ambitieux et très sceptique sur les motivations des Iraniens. Des mots tels que « certainement » et « sans aucun doute » n’ont en aucun cas leur place dans un débat de ce genre. Lorsque, plus récemment, Obama n’a pas donné à l’accord nucléaire plus de 50 % de chances de réussir, il manifestait là aussi scepticisme et réserve.

Je ne pense donc pas que le Président ait une théorie stratégique explicite sur le dossier du Proche-Orient. Je n’entends tourner aucun des mécanismes de Kissinger. Ses orientations à l’égard de la région ressemblent plus à celles de George H. W. Bush : il a des intuitions, des instincts. Et ceux-ci lui soufflent qu’obtenir ce qu’on veut dans cette partie du monde est très difficile et le devient de plus en plus, dans la mesure où la possibilité d’avoir un interlocuteur unique – dont nous « jouissions » en ayant pour alliés des régimes arabes autoritaires et stables – n’est plus ce qu’elle était. Je pense que Rhodes orientait Obama à toutes fins utiles en écrivant ce qui suit à Jeffrey Goldberg :

« En politique étrangère, les États-Unis prennent des décisions fondées sur nos intérêts. Il n’est pas dans l’intérêt de l’Amérique d’avoir des troupes dans chaque conflit du Proche-Orient ou d’y être en permanence impliqués dans des guerres sans fin.

Il est de notre intérêt de déployer d’importants efforts diplomatiques – et des ressources – pour essayer de résoudre des conflits et de renforcer les capacités de nos partenaires, ce qui est exactement ce que nous faisons.

L’idée qu’il y ait eu jadis une époque où nous dictions les affaires intérieures des pays du Proche-Orient n’est pas conforme aux faits. Lorsque nous avions bien plus d’une centaine de milliers de troupes en Irak, nous n’avons pas été capables de façonner la réalité politique de ce pays ni de mettre fin à la haine religieuse.

Qui plus est, l’idée que nous soyons désengagés est fausse puisque nous sommes plus engagés dans la région que toute autre nation – pour parvenir à un accord sur le programme nucléaire iranien, faire progresser la paix entre Israël et la Palestine, détruire les réserves d’armes chimiques syriennes, contrer Al-Qaïda et ses associés, assurer la sécurité d’Israël et de nos partenaires du Golfe et soutenir la transition vers la démocratie du Yémen à la Libye. »

Rhodes écrivant à un journaliste, il y a nécessairement du baratin là-dedans – surtout vers la fin. Notre « engagement » est avant tout de la frime ; il s’agit d’en donner l’impression, parce qu’en l’absence de toute volonté de prendre des risques et de le faire durablement, il ne peut en aller autrement. Notre diplomatie vis-à-vis de la Syrie pose problème, notre diplomatie sur la question arabo-israélienne n’aboutira pas à la paix, l’accord avec l’Iran finira peut-être bien, mais peut-être pas, il n’y aura pas de transition démocratique en Libye ni au Yémen, etc. Il s’agit donc de l’une de ces nombreuses déclarations qui est vraie en paroles, mais non en intention. L’intention est de faire passer notre passivité pour autre chose que ce qu’elle est et de la faire paraître à la fois avisée et prudente.

La vérité est que nous sommes face au problème classique de Boucle d’or. Nous ne voulons pas en faire trop peu, parce que cela comporte des risques, mais nous ne voulons pas non plus en faire trop, parce que cela comporte aussi des risques. Il est difficile de trouver le « juste » degré et même les gens honnêtes et bien informés peuvent ne pas s’entendre sur ce qu’est ce « juste » degré. Je pense personnellement que le Président sous-estime les coûts et les risques cumulatifs d’en faire trop peu, qui ne se limitent pas au Proche-Orient. Mais je ne pense pas qu’il faille lui attribuer des objectifs très ambitieux et discutables. De très nombreuses « doctrines » présidentielles ont été créées par des observateurs extérieurs qui essayaient de donner plus de cohérence aux idées d’une Administration qu’elles n’en avaient vraiment. Par pitié, n’inventons pas de toutes pièces une Doctrine Obama.

Et, bien sûr, même si l’Administration Obama recherchait un grand et nouvel équilibre régional avec les mollahs perses, le Président doit savoir qu’il n’y a aucune garantie que ce nouvel ordre régional soit assez attirant pour nous dispenser d’avoir une politique. L’effondrement de la Syrie et de l’Irak en tant qu’États pose des problèmes de zone grise au contre-terrorisme ; on pourrait dire que c’est aussi ce qui risque d’arriver à la Libye et à d’autres pays. Être moins intrusifs dans la région ne ferait pas nécessairement de nous des cibles moins privilégiées. Être vus comme acoquinés à l’Iran pourrait bel et bien nous transformer en cibles encore plus privilégiées. Les équilibres locaux ne résoudront pas tous nos problèmes actuels et risquent même d’en créer.
L’Irak à nouveau en crise

Ce qui nous amène tout naturellement à l’Irak où l’enfer s’est (à nouveau) déchaîné. Sous la forme d’ISIS, Al-Qaïda est de retour et garde le contrôle de Ramadi et Falluja. Les efforts menés depuis Bagdad pour que les chefs tribaux persuadent ISIS de quitter ces villes n’ont pas réussi et ont peut-être même débouché sur un nouveau pacte sunnite dirigé contre Maliki à Bagdad. À ce jour, Al-Qaïda a aussi placé Bagdad en mode verrouillage : les démons se rapprochent. Et tout le monde en Irak croit encore en son for intérieur qu’au combat, un sunnite des tribus du désert vaut à lui seul une centaine de villageois chiites froussards. C’est la tradition, c’est la perception et, du même coup, c’est dans une certaine mesure la réalité. Une avant-garde sunnite, islamiste ou non, pourrait-elle faire peu de cas d’une armée chiite, bien plus importante sur le papier, mais en train de se désintégrer, et atteindre Bagdad ? Évidemment qu’elle le pourrait. Celui qui en doute encore n’a toujours rien compris à l’Irak.

Dans ces conditions, l’Administration Obama devrait-elle accéder à la demande de fournitures d’armes et de formations émanant du Premier ministre Maliki ? C’est tentant. N’ayant pas réussi à obtenir un accord SOFA, nous pourrions à présent garantir que la structure de commandement irakienne reste américaine pour de nombreuses années et sauver quelque chose de la relation de travail que nous envisagions avec l’Irak il y a quelques années. Si nous l’aidons, nous pourrions obtenir de lui qu’il ferme le couloir aérien entre l’Iran et la Syrie (mais voulons-nous vraiment fermer ce couloir ?). La plupart des Américains impliqués dans la politique de guerre souhaitent que nous agissions ainsi et se disent en mesure de livrer rapidement ce matériel.

Je comprends ces raisons et j’y crois jusqu’à un certain point. Maliki a besoin de nous, nous pouvons donc peut-être l’aider et le persuader ainsi de gouverner de manière plus inclusive. Pour l’instant, il s’est révélé être un crétin sectaire et maladroit. Nous avons intérêt à ce que l’Irak ne se désintègre pas complètement et, pour cela, il faut à Bagdad un gouvernement qui soit plus réellement national que d’esprit sectaire. Mais que se passera-t-il si l’on ne parvient pas à maîtriser les sunnites, quelle que soit la quantité d’armes que nous envoyons ou le nombre d’officiers irakiens que nous promettons de former ?

Que décidera le Président et quand le décidera-t-il ? S’il est d’accord avec l’idée que nous sommes trop investis dans la région et qu’il doute de la capacité de tiers à s’engager délibérément dans une région comme l’Irak, il pourrait être tenté d’ignorer Maliki. Si l’Irak se désagrège complètement, il pourra faire ce qu’il fait le mieux : en rendre George W. Bush entièrement responsable. (Ce qu’il devrait faire, si cela se produit, est se coordonner avec la Turquie pour reconnaître le Gouvernement régional kurde comme un État indépendant, mais il ne le fera pas.)

D’un autre côté, l’effondrement de l’État irakien est en soi une mauvaise chose pour nous et son effondrement ou la victoire des sunnites radicaux là-bas aggravera encore la situation en Syrie. C’est une grave décision et aucune théorie globale sur ce dossier ne peut la faciliter. Mon sentiment est qu’en définitive, c’est la politique qui l’emportera, comme c’est habituellement le cas dans cette Administration. Lorsque le Président envisage la perspective que des armes américaines et des soldats américains, fût-ce comme formateurs, retournent en Irak, il a un mouvement de recul. Je pense qu’il calera. Je me demande si les secrétaires d’État Hagel et Kerry ont une idée là-dessus et si c’est la même. Ah, pouvoir être une petite souris pendant une réunion des responsables sur cette question !
La structure mentale du Président

Si j’ai raison de soutenir que le Président Obama a des instincts et des intuitions, mais pas de grande et ambitieuse stratégie pour le Proche-Orient, a-t-il néanmoins quelque chose de plus précis à l’esprit, replaçant le Proche-Orient dans un cadre global plus vaste ?

La réponse à cette question est la même : le Président n’est pas, je pense, un homme qui a confiance dans l’exercice d’une stratégie formelle, mais il ne fonctionne pas non plus complètement au cas par cas. Il croit probablement que les États-Unis sont effectivement trop investis au Proche-Orient et pas assez en Asie. D’où l’idée du pivot et peu importe qu’on l’ait sabotée en la présentant comme une proposition alternative. Selon toute vraisemblance, il s’est un jour demandé quel était le pire scénario pour le Proche-Orient. Ce qui se passerait si tout allait mal. En quoi cela affecterait vraiment les intérêts vitaux de l’Amérique. Non ses engagements traditionnels, non sa réputation, non ses obligations découlant de l’habitude et pas d’une approche nouvelle – mais ses authentiques intérêts vitaux. Et sa réponse a probablement été que, sauf réaction en chaîne en matière de prolifération d’ADM, les conséquences seraient minimes.

Une fois encore, je doute qu’Obama déploie consciemment ici une logique stratégique explicite ou formalisée ou qu’il accepte les théories universitaires du réalisme bienveillant ou de l’équilibre naturel. Mais je pense qu’il se rend compte qu’après le relatif immobilisme de la Guerre froide, le monde est devenu globalement plus confus ; que le degré de contrôle que peuvent donner les relations interétatiques traditionnelles sur une zone aux enjeux importants a baissé à mesure que, grâce aux nouvelles cyber-technologies, les mobilisations populaires et populistes se sont accrues aux niveaux à la fois sous-étatique et trans-étatique. Le Proche-Orient est certainement bien plus compliqué et confus, même si ce n’est pas, ou pas encore, le cas du reste du monde.

À mon avis, cette intuition a eu pour effet de rendre le Président Obama encore plus hostile au risque de manière générale et en particulier dans une région où il manque à tout le moins d’expérience et en son for intérieur d’assurance. Il est visiblement mal à l’aise lorsque ses conseillers sont divisés. Comme un juge, il essaie de trouver un dénominateur commun entre eux, ce qui est une bonne chose dans un travail de militant associatif, mais pas nécessairement en politique étrangère. Lorsque ses conseillers se livrent à une pensée de groupe, ce qu’ils font de plus en plus depuis le départ de Gates et de Donilon, ou lorsque aucun d’eux ne fait d’objections sérieuses à quelque chose (par exemple à la lubie de Kerry sur la paix israélo-palestinienne), il est satisfait de s’investir dans la gestion de son image – la twitterisation de la politique étrangère américaine en quelque sorte – parce qu’il sait qu’il ne peut tout simplement pas ignorer toutes ces choses.

La sensibilité du Président aux limites a également tendance à rendre sa politique réactive et ses objectifs réels modestes. Aussi, dans la confusion qu’est le Proche-Orient aujourd’hui, il veut que l’Irak soit gouverné de manière plus inclusive. Il veut que la Syrie et la Libye soient gouvernées, point. Il veut que l’Égypte soit stable et il n’est pas très regardant sur la manière dont cela peut se faire. Il veut que l’Iran n’ait pas d’armes nucléaires et il est prêt à beaucoup de choses pour l’empêcher par la diplomatie car il pense probablement que les dirigeants iraniens ne peuvent pas aujourd’hui exercer leur volonté au-delà de leurs frontières avec plus de réel succès que nous.

Il ne semble avoir d’idées précises et ne souhaiter agir préventivement que pour empêcher que des attaques terroristes tuent des citoyens américains, en particulier sur le sol des États-Unis. D’où son goût pour les attaques de drones, sa tolérance à l’égard de Guantánamo, son refus d’émasculer une série de programmes de la NSA, sauf à la marge, et son soutien généreux à l’ouverture discrète dans le monde entier de bases petites, mais puissantes, pour les forces spéciales.

Cet ensemble de positions n’est ni de l’apaissement ni de l’isolationnisme. Ce n’est manifestement pas non plus du maximalisme stratégique. C’est quelque chose d’intermédiaire et dans cet entre-deux, suspendu entre des attentes héritées du passé et des hésitations dues au flou de l’avenir, les choses deviennent parfois étranges ou pénibles lorsqu’il faut prendre un nombre sans précédent de décisions. Étrange, comme Genève II.

Docteur (PhD) de l’université de Pennsylvanie). Fondateur et editor de la revue The American Interest. De 2002 à 2005, a été assistant du secrétaire d’État. Ancieneditor de The National Interest. A enseigné à John Hopkins University, à l’université de Pennsylvanie et à Haverford College. A été un des collaborateur du sénateur H. M. Jackson. Parmi ses livres : Jewcentricity : How the Jews Get Praised, Blamed and Used to Explain Nearly Everything (Wiley, 2009) et The Origin and Impact of the Vietnam Antiwar Movement (St. Martin’s, 1995).

What Hasn’t the U.S. Given Up in the Iran Negotiations?

Charles Krauthammer

The National Review

April 9 2015

Under Obama’s proposed deal, Iran’s nuclear infrastructure would remain intact, with the centrifuges spinning. “Negotiations . . . to prevent an Iranian capability to develop a nuclear arsenal are ending with an agreement that concedes this very capability . . .” — Henry Kissinger and George Shultz, the Wall Street Journal, April 8

It was but a year and a half ago that Barack Obama endorsed the objective of abolition when he said that Iran’s heavily fortified Fordow nuclear facility, its plutonium-producing heavy-water reactor, and its advanced centrifuges were all unnecessary for a civilian nuclear program. The logic was clear: Since Iran was claiming to be pursuing an exclusively civilian program, these would have to go.

Yet under the deal Obama is now trying to sell, not one of these is to be dismantled. Indeed, Iran’s entire nuclear infrastructure is kept intact, just frozen or repurposed for the length of the deal (about a decade). Thus Fordow’s centrifuges will keep spinning. They will now be fed xenon, zinc, and germanium instead of uranium. But that means they remain ready at any time to revert from the world’s most heavily (indeed comically) fortified medical isotope facility to a bomb-making factory.

And upon the expiration of the deal, conceded Obama Monday on NPR, Iran’s breakout time to a nuclear bomb will be “almost down to zero,” i.e., it will be able to produce nuclear weapons at will and without delay.

And then there’s cheating. Not to worry, says Obama. We have guarantees of compliance: “unprecedented inspections” and “snapback” sanctions.

The inspection promises are a farce. We haven’t even held the Iranians to their current obligation to come clean with the International Atomic Energy Agency on their previous nuclear activities. The IAEA charges Iran with stonewalling on eleven of twelve issues.

As veteran nuclear expert David Albright points out, that makes future verification impossible — how can you determine what’s been illegally changed or added if you have no baseline? Worse, there’s been no mention of the only verification regime with real teeth — at-will, unannounced visits to any facility, declared or undeclared. The joint European-Iranian statement spoke only of “enhanced access through agreed procedures,” which doesn’t remotely suggest spot inspections. And on Thursday, Iran’s supreme leader ruled out any “extraordinary supervision measures.”

The IAEA hasn’t been allowed to see the Parchin weaponization facility in ten years. And the massive Fordow complex was disclosed not by the IAEA but by Iranian dissidents.

Yet even if violations are found, what then? First, they have to be certified by the IAEA. Which then reports to the United Nations, where Iran has the right to challenge the charge. Which then has to be considered, argued and adjudicated. Which then presumably goes to the Security Council where China, Russia and sundry anti-Western countries will act as Iran’s lawyers. Which all would take months — after which there is no guarantee that China and Russia will ratify the finding anyway.

As for the “snapback” sanctions — our last remaining bit of pressure — they are equally fantastic. There’s no way sanctions will be re-imposed once they have been lifted. It took a decade to weave China, Russia, and the Europeans into the current sanctions infrastructure. Once gone, it doesn’t snap back. None will pull their companies out of a thriving, post-sanctions Iran. As Kissinger and Shultz point out, we will be fought every step of the way, leaving the U.S., not Iran, isolated.

Obama imagines that this deal will bring Iran in from the cold, tempering its territorial ambitions and ideological radicalism. But this defies logic: With sanctions lifted, its economy booming, and tens of billions injected into its treasury, why would Iran curb rather than expand its relentless drive for regional dominance?

An overriding objective of these negotiations, as Obama has said, is to prevent the inevitable proliferation — Egypt, Turkey, the Gulf states — that would occur if Iran went nuclear. Yet the prospective agreement is so clearly a pathway to an Iranian bomb that the Saudis are signaling that the deal itself would impel them to go nuclear. You set out to prevent proliferation and you trigger it. You set out to prevent an Iranian nuclear capability and you legitimize it. You set out to constrain the world’s greatest exporter of terror threatening every one of our allies in the Middle East and you’re on the verge of making it the region’s economic and military hegemon.

What is the alternative, asks the president? He’s repeatedly answered the question himself: No deal is better than a bad deal.

Voir également:

The fatal flaw in the Iran deal
Charles Krauthammer

The Washington post

February 26 2015

A sunset clause?

The news from the nuclear talks with Iran was already troubling. Iran was being granted the “right to enrich.” It would be allowed to retain and spin thousands of centrifuges. It could continue construction of the Arak plutonium reactor. Yet so thoroughly was Iran stonewalling International Atomic Energy Agency inspectors that just last Thursday the IAEA reported its concern “about the possible existence in Iran of undisclosed . . . development of a nuclear payload for a missile.”

Bad enough. Then it got worse: News leaked Monday of the elements of a “sunset clause.” President Obama had accepted the Iranian demand that any restrictions on its program be time-limited. After which, the mullahs can crank up their nuclear program at will and produce as much enriched uranium as they want.

Sanctions lifted. Restrictions gone. Nuclear development legitimized. Iran would reenter the international community, as Obama suggested in an interview in December, as “a very successful regional power.” A few years — probably around 10 — of good behavior and Iran would be home free.

The agreement thus would provide a predictable path to an Iranian bomb. Indeed, a flourishing path, with trade resumed, oil pumping and foreign investment pouring into a restored economy.

Meanwhile, Iran’s intercontinental ballistic missile program is subject to no restrictions at all. It’s not even part of these negotiations.

Why is Iran building them? You don’t build ICBMs in order to deliver sticks of dynamite. Their only purpose is to carry nuclear warheads. Nor does Iran need an ICBM to hit Riyadh or Tel Aviv. Intercontinental missiles are for reaching, well, other continents. North America, for example.

Such an agreement also means the end of nonproliferation. When a rogue state defies the world, continues illegal enrichment and then gets the world to bless an eventual unrestricted industrial-level enrichment program, the Nuclear Non-Proliferation Treaty is dead. And regional hyperproliferation becomes inevitable as Egypt, Turkey, Saudi Arabia and others seek shelter in going nuclear themselves.

Wasn’t Obama’s great international cause a nuclear-free world? Within months of his swearing-in, he went to Prague to so declare. He then led a 50-party Nuclear Security Summit, one of whose proclaimed achievements was having Canada give up some enriched uranium.

Having disarmed the Canadian threat, Obama turned to Iran. The deal now on offer to the ayatollah would confer legitimacy on the nuclearization of the most rogue of rogue regimes: radically anti-American, deeply jihadist, purveyor of terrorism from Argentina to Bulgaria, puppeteer of a Syrian regime that specializes in dropping barrel bombs on civilians. In fact, the Iranian regime just this week, at the apex of these nuclear talks, staged a spectacular attack on a replica U.S. carrier near the Strait of Hormuz.

Well, say the administration apologists, what’s your alternative? Do you want war?

It’s Obama’s usual, subtle false-choice maneuver: It’s either appeasement or war.

It’s not. True, there are no good choices, but Obama’s prospective deal is the worst possible. Not only does Iran get a clear path to the bomb but it gets sanctions lifted, all pressure removed and international legitimacy.

There is a third choice. If you are not stopping Iran’s program, don’t give away the store. Keep the pressure, keep the sanctions. Indeed, increase them. After all, previous sanctions brought Iran to its knees and to the negotiating table in the first place. And that was before the collapse of oil prices, which would now vastly magnify the economic effect of heightened sanctions.

Congress is proposing precisely that. Combined with cheap oil, it could so destabilize the Iranian economy as to threaten the clerical regime. That’s the opening. Then offer to renew negotiations for sanctions relief but from a very different starting point — no enrichment. Or, if you like, with a few token centrifuges for face-saving purposes.

And no sunset.

That’s the carrot. As for the stick, make it quietly known that the United States will not stand in the way of any threatened nation that takes things into its own hands. We leave the regional threat to the regional powers, say, Israeli bombers overflying Saudi Arabia.

Consider where we began: six U.N. Security Council resolutions demanding an end to Iranian enrichment. Consider what we are now offering: an interim arrangement ending with a sunset clause that allows the mullahs a robust, industrial-strength, internationally sanctioned nuclear program.

Such a deal makes the Cuba normalization look good and the Ukrainian cease-fires positively brilliant. We are on the cusp of an epic capitulation. History will not be kind.

Voir encore:

An Innocent Abroad

Adam Garfinkle

American review

For all the grand speeches, President Obama has little of substance to show on the foreign policy front.
This article originally appeared in The American Review (Sydney, Australia).

If, as Winston Churchill declared on 1 October, 1939, Russia is “a riddle wrapped in a mystery inside an enigma”, then the foreign policy of the Obama administration is an ambivalence wrapped in a mentality inside a perplexity. The latter is not as inclined to malignity as was the former in Joseph Stalin’s time, but it is just as difficult to decipher as we approach its first term halfway mark.

The fact that it is hard to speak coherently about that which turns out to be incoherent may help to account for the fact that virtually no one has offered a full-scale synthesis of the subject. Shorter sketches on discrete issues there are. Partisan op-ed length potshots and (usually) mercifully brief blog posts written by the standard assortment of fans, fanatics and fantasists both abound. But, quite uncharacteristically, little big-picture analysis has been published. Doubtless there are several reasons for this unusual state of affairs concerning the affairs of state, but the sheer difficulty of doing the deed has to be one of them.

Why the difficulty, and what might an answer to that question tell us about the subject itself? Three reasons produced by the administration’s own choices and nature come first to mind. They have to do with the interplay of policy rhetoric and behavior, management style and the key factor of personality in presidential as opposed to Westminster forms of democracy. Three other reasons of very different sorts, and having to do with existential realities not of the administration’s making, come to mind as well. One, which complements the management piece, is the notable fact that there has yet been no significant sudden crisis to condense plans and intentions into procedural precedent—no 3 am telephone call to the White House residential quarters from the National Security Advisor. The historical record shows that the precedents which matter most, those that elevate some people and privilege certain ideas, are formed from experience, not theory. So far, that experience ‘under fire’ is absent from the Obama watch.

A second extrinsic concern is a new slipperiness of definition about the subject itself. Foreign policy has always been difficult to disentangle from national security policy. Today, however, both are entwined with the extrusions of a domestic economic crisis that is beginning to look larger and more structurally grounded than was apparent in the tumultuous autumn of 2008. Foreign policy looks different to national leaders when seen through the lens of domestic priorities, and this can disorient observers used to a more conventional setup. The third extrinsic reason is so obvious that most observers neglect it: politics. Barack Obama seeks to be re-elected president in 2012, and his statecraft can not reasonably be understood in isolation from that fact.

Let us look at these factors in turn, and then assemble them in hopes of achieving a synthetic analysis. We should not be surprised if our own hard labors at understanding parallel in some ways the difficulties confronting the still new Obama administration that is our subject.

As to the rhetoric of US foreign policy in the Obama era, the one statement that may be offered without fear of contradiction is that there has been plenty of it—much of it presidential in nature. There have been not just one but two start-of-term foundational foreign policy speeches, the purpose of which is to articulate to the world the purpose of American power. The President delivered the first on 7 July 2009 in Moscow, and Secretary of State Hillary Clinton delivered the second on 15 July in Washington. Both speeches bore the structure of a standard start-of-term foundational statement in that each stressed five principles or pillars. (The problem was that the President’s five principles and those of his Secretary of State did not match up well, a fact bearing on the question of management, to which we return below.)

We also have as of late May 2010 the obligatory annual National Security Strategy, a document that is, accurately or not, taken to bear the imprimatur of an administration at its highest level. Besides these we have the presidential foreign policy addresses delivered in Ankara and Cairo, critical war policy speeches on Afghanistan and Iraq, two major presentations to the UN General Assembly, a most unusual philosophical discourse on the occasion of the President’s acceptance of the Nobel Peace Prize, and more besides in the form of interviews, news conferences, official statements on the occasion of state visits, and so on. We also have, not at all incidentally, the first Obama budget, which speaks volumes in numbers. Compared to most of his post-World War II predecessors, Obama has been a veritable one-man talkfest.

And what does all this word wrangling tell us? It tells us a good deal less than one might think, not because nothing of substance has been said, but because nearly everything has been said. Usually the President has seemed to be channeling Woodrow Wilson, dismissing balance-of-power and spheres-of-influence language as ‘so 19th century’ in favor of utopianesque ventures like Global Zero in nuclear weapons and an emphasis on taming strategic competition though legal progress towards global governance. But other times he has seemed to be channeling Reinhold Niebuhr, speaking like a moral realist who recognizes the inevitability of trade-offs and the tenacity of the will to have power among people. The sum of it is a profound ambivalence.

Beneath the rhetoric, however, there have emerged certain intellectual and policy tendencies, but these have been either unclear or unstable. For example, in its not very original but understandable desire to be the un-Dubya, the Obama administration broke from the gate offering earnest engagement to nearly every American adversary it could find—Iran, Syria, North Korea, Burma and others. With an apology or two usually to hand, it trusted that more diplomacy and less prominence for the military instruments of foreign policy would unfreeze problems large and small. At the same time that it privileged an effusive and accommodating tone, its body language was that of cold-blooded tactical realism. It sought the pragmatic deal and rigorously avoided the ‘d’-word—‘democracy’ promotion—in its rhetorical ensemble.

All this suggested that, at a time of straitened economic and political circumstances at home, the administration was eager to beat the kind of tactical retreat that would simultaneously reduce US obligations while not letting things go to hell in a hand basket. This was not an unreasonable approach, particularly with regard to bringing two difficult, expensive and divisive shooting wars to an end. Nevertheless, the policy claimed more than a tactical intent: it pointed inwards to a core source of US troubles. It strongly implied that many gridlocked danger spots around the globe were caused not by genuine conflict of interests or the aggressive designs of others, but by the wayward psychology of American machismo, its preachy holier-than-thou tone, and the temper-escalated misunderstandings that arose there from to make the world more dangerous than it needed to be. A new tone, the President seemed to think, would make a huge difference; speeches could therefore be, in some cases at least, self-executing vehicles of policy.

As it happened, the administration’s early efforts to translate a new rhetoric into policy success did not fare well. Certainly, no major problem has fallen to solution just because Obama made a speech about it. Indeed, there is scant evidence that the change in tone the President did manage to bring about has sprouted any positive concrete policy consequences at all. Polls have shown that while the President is on balance more popular abroad than his predecessor, his policies really are not—not in the Middle East, not in Europe, not in Asia.

Moreover, many of the administration’s policies are not new, and this has posed other problems for the marriage of rhetoric and reality. While what has been discontinuous has not worked (at least not yet), the major areas of policy marked by continuity are understandably not among the administration’s favorite talking points. It has stunned many, including many in the United States, that Obama’s policies in a host of sensitive areas in what used to be called the ‘global war on terror’ bear a striking resemblance to those of the two Bush administrations.

Thus, candidate Obama swore to close down the Guantanamo prison; but President Obama, finding the problem more complex than he thought once in office, has failed to do so. President Obama, while jettisoning the ‘war on terror’ for the lower-case Orwellian ‘overseas contingency operations’, has nevertheless increased the use of Predator drone strikes against terrorist targets in Pakistan, many of which have the character of targeted killings. And he has duly sent forth his lawyers to explain why such killings and attempted killings, even of some self-exiled American citizens like Sheik Anwar al-Awlaqi, do not violate US law.

Before his inauguration many believed, too, that Obama would encourage lustration deep within the Central Intelligence Agency over accusations of its having been involved in torture in secret prisons abroad. He did no such thing, choosing instead to protect the autonomy and morale of CIA operations. Indeed, from all reliable accounts, as well as from Bob Woodward’s Obama’s Wars, his approach to national security has ramped up sharply the use of clandestine operations undertaken by the CIA and other agencies of the US government, including those engaged in warrantless wiretaps. It has to follow, whether the President yet realizes it or not, that crossing an inevitably too-inflexible legal line from time to time just goes with that territory.

The failure of the administration’s engagement initiatives to transform their targets has doubled back in certain ways on the rhetoric itself. Thus, in recent months the administration has exaggerated the success of US–Russia relations as an end in itself, when the original purpose of engaging the Russians was to gain aid for alleviating more painful pressures in Iran and Afghanistan. Some early engagement efforts, too, were counterproductive to the administration’s own aspirations. Its misguided blundering into the Israeli–Palestinian cauldron set back the re-commencement of direct Israeli–Palestinian negotiations by a year.

To his credit, the President admitted that the problem was more formidable than he had thought. But even after that bout of contrition, new mistakes along the same lines as the old ones have thrown a pall over those negotiations’ likely achievement.

Some of the administration’s engagement initiatives brought harsh criticism at home, too, and so carried political complications. This was especially true for policy towards an Iranian leadership newly challenged in the streets after its rigged June 2009 election. Even many who wished the administration well were aghast at its stony dismissal of Iranian ‘greens’ brave enough to risk their lives for freedom. Other efforts, like the outreach to Syria, simply fell flat on their faces for lack of any interest on the other side.

The attempt to truly join rhetoric and behavior into a coherent whole foundered further as the level of policy abstraction increased. Thus, in the Middle East the administration insisted that the Arab–Israeli conflict was linked to everything else that seemed to be the matter with the region (a vast exaggeration), while in relations with Russia, with its famous ‘reset’ button as another example of the belief that tone and atmospherics could trump interests in relations between major countries, it explicitly denied linkage (a sheer impossibility). It had wished to reach an understanding with Moscow on both Afghanistan and Iran without getting snared in neuralgic issues such as the Georgia–Abkhazia–South Ossetia morass. It thought to use arms control as a kind of lubricant to assuage Russian pride, a notion recommended by the fact that 95 per cent of the work on a new Strategic Arms Reduction Treaty (START) had already been completed during the Bush administration—but this, it insisted, was not a form of linkage.

The Russians, for their part, insisted otherwise. They demanded payment for any help they might give, as eventually manifested in the US withdrawal of certain ballistic missile defense plans in Eastern Europe, Moscow’s refusal to unequivocally rule out the supply of S-300 anti-aircraft missiles to Iran, US indulgence of Russian aid for Iran’s bringing the Bushehr nuclear plant on-line, and more besides. The administration got for all this a better understanding about logistical cooperation vis-à-vis Afghanistan and a Russian vote for tougher anti-Iran sanctions that are of dubious utility in any event. And much to the administration’s consternation and surprise, Moscow slow-rolled the START talks, less to gain advantage within that agreement than to foil administration timetables at the UN and on the ground in south-west Asia. Thus the administration learned (one hopes) that linkage is a way of life, not a procedural tap one can turn on in one place or off in another at will.

Even in areas seemingly of high priority to the administration, it could not reliably connect the rhetoric-to-policy dots. On non-proliferation policy, for example, the administration belabored efforts on its Global Zero initiative, the late April 2010 Washington Nuclear Security Summit and the May 2010 Non-Proliferation Treaty Review conference, even as policy towards Iran and North Korea lay disconnected from these affairs. It was as if administration principals thought they could move reality by pushing on the shadows it made. Meanwhile, although US policy on the Iranian nuclear program remained unchanged—an Iranian nuclear weapons capability remains ‘unacceptable’ and no option to enforce that policy will be ‘removed from the table’—authoritative voices from within the administration signaled that the use of force against Iran is for any practical purpose not on the table as long as US efforts are still surging up and struggling on in Afghanistan.

We shall see how all this shakes out in due course, but the noises coming out of the Pentagon are inherently believable because they are logical: using force against Iran while the conflict in Afghanistan persists would be the equivalent in American politics of starting a second war. Unless a clear existential threat to the United States is believed to exist, as in World War II, sane strategists don’t open a second front while a first one is already in a mess. So when the Secretary of State, amid one of her “crippling sanctions” reveries, began musing out loud about “learning to live with an Iranian bomb”, no one was particularly surprised, least of all the Iranian leadership. Yet it seems not to have occurred to administration principals that one cannot effectively raise the prospect of a new form of extended deterrence on one hand while undermining its credibility through a Global Zero initiative on the other.

Indeed, the fuzzy indeterminacy that characterizes the Obama foreign policy holds true even at the highest echelon of strategy. The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job.

Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century.

This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence.

President Obama has rejected American exceptionalism as no American president before him ever has; he did so in London on 29 April 2009, when he answered a question as follows: “I believe in American exceptionalism just as I suspect that the Brits believe in British exceptionalism and the Greeks believe in Greek exceptionalism.” By relativizing what has always been an absolute, Obama showed how profoundly his image of America has been influenced by the received truths of the Vietnam anti-war movement and counterculture of the 1960s and 1970s. If he has a theory of American exceptionalism, it is a far subtler, humbler and more historically contingent one than the secular messianist, attenuated Protestant version that has been common to American history.

The President also believes that downward pressure on the defense budget is warranted; his projected budgets show as much, though the prospective cuts are not draconian. But in this he joins a large, politically ecumenical contingent, so his views do not imply opposition to the forward-presence approach to grand strategy. And the fact that US relations with many of its allies, notably in Europe, have worsened during Obama’s tenure is more likely a consequence of the President being distracted than it is of any active dislike for either specific allies or alliances in general. Nor does his candid view that fighting in Afghanistan for another decade and spending $1 trillion doing so is not in America’s best national interest, mean that he is reticent about using force on behalf of strategic aims when it is in America’s interest to do so. Perhaps Obama accepts the forward strategy but will end up starving it of resources to the point that it will shockingly fail some crucial test—perhaps the worst outcome of all.

Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either.

A good deal of the seeming incoherence in any US foreign policy administration stems from management decisions made early on in a president’s tenure. How a president wishes to set up his foreign and national security policy system is a function of his personality, though, as we will see below, that hardly exhausts the ways that a president’s personality affects US foreign policy.

There are as many ways to set up the system as there are presidents, but, in general, a president will prefer either formal or informal structures, and either a big or a small tent of key advisers. The less formal and smaller, the more centered in the White House a policy system is likely to be; the more formal and larger, the less White House-centric a policy system is likely to be. Classic examples: president Eisenhower’s National Security Council was formal, systemically organized and sprawlingly large; president John F Kennedy’s was less formal and much smaller. Both models have at times worked well, and both have at times worked poorly; outcomes derive from the quality of the leaders overseeing the structure as much or more than the structure itself. But structure is not irrelevant. What a large formal system gains in coverage, the use of institutional memory, bureaucratic buy-in, and an enhanced capacity to both plan and implement it may lose in speed, flexibility and creativity. What a smaller, more informal system may gain in speed, flexibility and creativity, even to the point of enabling genuine boldness, it may lose in coverage, cross-issue coherence, bureaucratic support and the ability to implement its own directives.

President Obama has chosen the small, White House-centered model, and he has made clear that no matter how pressed he is with domestic policy issues, he and he alone commands his foreign policy system, not he together with his National Security Adviser as in most prior White House-centered systems. This is as far a cry as one can imagine from what Warren Harding declared after his inauguration in 1921, when he pointed to his secretary of state, Charles Evans Hughes, and directed all media questions about foreign relations to him. The problem is that one person, or even 35 key appointees holed up in the Old Executive Office building, cannot possibly manage the foreign/national security policy of the United States.

There are two and only two ways to handle the mismatch between a small decision system and an enormous array of decision points: prioritization and delegation. President Obama has left no doubt what he cares most about. He cares about ridding the United States of its combat missions in Iraq and Afghanistan without jeopardizing rock-bottom US security equities in those countries. Now that he has seen the intelligence at a new level and in more detail, he is concerned about terrorism, which leads him to be particularly concerned about Pakistan. In turn and much related, he cares deeply about the proliferation of weapons of mass destruction, both to rogue states and to terrorists, understanding that either would likely be strategic game-changers. As already noted, he seems to think that the Arab–Israeli conflict, especially the Palestinian dimension of it, is more intrinsically linked to this entire problem set than it actually is, and so he has reasoned that the so-called peace process must be a high priority. In the beginning of the administration, too, Russia held a high priority because, as has already been noted, it was seen as an important tactical ally in dealing with both Iran and Afghanistan. China mattered as well, of course, but less for its growing geopolitical importance than for its role in the global economy.

For most of these priority concerns the President appointed a special envoy who reports directly to him. The envoy in effect for the wars is the Defense Secretary, Robert Gates, to whom he shrewdly delegated the gist of these policy management burdens—shrewdly because Gates, a Republican holdover from the Bush administration, gives him political cover from two directions: he blunts Republican criticism and to a point his presence distances the President symbolically from the wars themselves should things go wrong. His ‘envoy’ for all Russia/NATO issues is the Vice-President, Joe Biden, who thinks he understands them and apparently has persuaded the President as much.

This leaves nearly everything else—the care and feeding of various and sundry allies, Latin America and the Caribbean, most of Asia, all of Oceania, the Balkans, the Arctic, and a whole host of functional issues from ‘trafficking in persons’ to international religious freedom—delegated to the State Department. This puts the State Department in an even more minor position than usual, and tips its internal scales away from foreign policy to foreign relations, seemingly a subtle but really a significant difference because in a White House-centered system the State Department cannot act boldly or take major initiatives. This arrangement also delegates by default major aspects of China policy and trade policy to the Treasury and Commerce departments, respectively, and leaves a large dollop of policy towards Mexico with the Justice Department and the Department of Homeland Security.

The President’s personal style, of which more in a moment, has lent itself to this arrangement for several reasons. One is that he could place his key political operatives, Rahm Emanuel and David Axelrod (both now gone on to other jobs), closer to the policy action. Another, however, is concern that the inter-agency process in the Executive Branch does not work well. The subject was the focus of a major commission study before and during the transition, the Project on National Security Reform, on which several members of the incoming administration were involved—including both the President’s former national security advisor, General Jim Jones, and his first national intelligence director, Admiral Dennis Blair. The special envoy tack comes directly from that study.

As for the politics of the thing, President Obama is not yet persuaded that Hillary Clinton’s political threat to him has ended. His decision to appoint her Secretary of State, and her decision to accept the position, were both fraught with unexpressed but well understood political calculation. Turning Ms Clinton and the State Department into relatively bit players in the policymaking process was not accidental. The lack of genuine trust in that relationship also explains why the two July 2009 foundational speeches were so uncharacteristically uncoordinated with one another.

The administration has already paid a price for the President’s management decisions. To give but one of many examples, in July 2009 the president managed to rile a valuable ally, President Nicolas Sarkozy of France, through complete inadvertence. Having unilaterally blessed the expansion of the G-8 into the G-20 in the face of global economic instability, he ordered members of his administration to seek the rebalancing of voting protocols within International Monetary Fund and the World Bank so that they might better reflect contemporary (and idealized) world power distributions. As he planned his own Global Zero initiative, too, offices at the National Security Council and State Department were busy continuing their work from the transition on how to reform the UN by reshaping the Security Council.

One of their ideas was to create a single European Union seat in place of the two owned by Britain and France. As is the way of government, each of these initiatives proceeded unaware of what others were doing. And so it happened that, within the course of about a month, three core symbols of what remains of French grandeur were attacked by the US government: the status of France as a nuclear power, the status of France as a veto-wielding member of the UN Security Council, and the status of France as a major player in international financial affairs. It is the job, in this case, of the Assistant Secretary of State for European Affairs to anticipate inadvertencies of this sort, and to stop a runaway policy train before it flies off the trestle. Phillip Gordon, the current Assistant Secretary, is particularly expert on France and knows Sarkozy; he even translated one of his books into English while working at the Brookings Institution. He was aware of the ‘perfect storm’ brewing in US–French relations, but whatever he tried to do to avert damage it failed to stop the French volcano from erupting—which it did when Sarkozy fumed aloud in the halls of the UN building about how the president was “living in an imaginary” as opposed to a real world. It was not easy to make the French nostalgic for the days of George W Bush, but the Obama team managed it. This is what comes from trying to run the entire foreign policy of the United States from the White House.

Read any serious history of American diplomacy and it becomes readily apparent how central the character of the president is to it. One of the great mysteries of understanding US foreign policy today in its essence is that, more than any other occupant of the Oval Office, Americans and foreigners alike simply do not have a good feel for who Barack Obama really is. Aside from being relatively young and recent upon the national political scene, he doesn’t fit into any category with which we are accustomed to understand intellectual and temperamental origins. More importantly, Obama’s ‘mentality’ is not only hard for outsiders to read, he is, thanks to the facts of his nativity and life circumstances, an unusually self-constructed personality. He is black in an obvious physical way but culturally not black in any significant way. He is a person who, finding himself naturally belonging nowhere, has striven to shape himself into a person who belongs everywhere. As his books suggest, he is a man who has put himself through more reconstructive psychological surgery than any American politician in memory. A few of the resultant characteristics are critically important for understanding how he serves as both president and commander-in-chief.

Obama has understood above all that he must keep his cool. His cultivated aloofness is absolutely necessary to his successful political personality, for he cannot allow himself to exude emotion lest he raise the politically fatal specter of ‘the emotional black man’. His analytical mien, however, has made it hard for him to bond with foreign heads of state and even with some members of his own staff. His relationship with General Jones, for example, lacked rapport to the point that it seems to be a major reason for Jones resigning his position.

But Obama’s ‘cool’ does not imply a stunted capacity for emotional intelligence. To the contrary: he knows unerringly where the emotional balance of a conversation needs to be, and it is for this reason that Obama’s self-confidence is so imperturbable. He knows he can read other people without letting them read him. And this is why, in parallel with the complex of his racial identity, he never defers to others psychologically or emotionally, not towards individuals and not, as with the US military, towards any group.

The combination of ‘cool’ and empathetic control helps explain Obama’s character as commander-in-chief. He is respected in the ranks for sacking General Stanley McChrystal after the latter’s inexcusable act of disrespect and insubordination. That was control at work. But US troops do not feel that Obama has their back. He thinks of them as victims, not warriors, and one does not defer to victims. His ‘cool’, as well as his having had no prior contact with the professional military ethos at work, enjoins a distance that diminishes his effectiveness as commander-in-chief.

Obama’s mastery at projecting himself as self-confident, empathetic and imperturbable has also compensated for his lack of original policy ideas. Whether in law school, on the streets of Chicago, in the US Senate or in the race for the White House, he has commanded respect by being the master orchestrator of the ideas, talents and ambitions of others. Many claim that his personality archetype is that of the ‘professor’, but this is not so; it is that of the judge. It is the judge who sits above others; they defer to him, not he to them. It is the judge who bids others speak while he holds his peace and shows no telling emotion. It is the judge who settles disputes and orders fair and just resolution. It is the judge whose presumed intelligence trumps all others.

This kind of personality archetype can succeed well within American politics. In this sense it is precisely Charles Evans Hughes, a former chief justice of the US Supreme Court, not Carter, Wilson, Niebuhr, Nixon or FDR who stands as the true forebear of Barack Obama. But in the international arena even the American president cannot pull off a judge act and get away with it. Wilson tried and failed (or was that a prophet act?). The American president among his international peers is but one of many, perhaps primus inter pares but certainly without a mandate to act like it. Obama cum ‘judge’ has not impressed these peers: not among our European allies, who are ill at ease with his aloofness; not among Arabs and Muslims, who think him ill-mannered for bad-mouthing his predecessors while being hosted in foreign lands; not among Russians and Chinese, who think him gullible and guileless. Obama may still be popular on the ‘streets’ of the world because of the color of his skin, the contrast he draws to his predecessor, the general hope for renewal he symbolizes, and his willingness to play to chauvinist sentiment abroad by apologizing for supposed past American sins; but this matters not at all in the palaces where decisions are made. As his novelty has worn off, he impresses less and less.

One reason President Obama does not impress the foreigners who matter is that he looks to be a figure in political distress at home. They know, as does the President, that his legacy will be forged in the context of the American domestic moment. Success at home can empower him abroad, but the opposite is not the case. That is why it is impossible to assess the Obama foreign policy bereft of its domestic political context.

When Obama entered office, the economy justifiably dominated his time and energy. Once he gained a moment to sit back and take stock, his attention flowed to what he cares most about: issues of social and economic fairness within America. Thus, even a man who has insisted on monopolizing his own foreign policy saw it ultimately as a holding action against more urgent and important domestic challenges. This explains the remark of a confidante of General Jones, that “after all that Obama had done to practically beg him to take that job… Jim had the sense that Obama didn’t really care.” Yet the decision to privilege healthcare over energy policy was a grave error, similar to the one president Clinton made in 1993 and, in reverse order of policy domains, to the one president Carter made in 1977. One does not come newly enthroned to a place like Washington and try first thing to tackle the hardest, most special-interest encrusted issue in town. That is bound to exhaust more political capital than a novice president can afford. Obama’s victory on the healthcare issue was meager on its own terms and decidedly Pyrrhic politically. It never grew the legs to burnish his image more broadly, whether at home or, except very briefly, abroad.

It soon became clear, too, that a man who bravely campaigned against the K-Street ‘transactional culture’, which he identified as the root of US political dysfunction, lacked the power once in office to do anything about it beyond decreeing a few feckless White House edicts about hiring lobbyists for executive branch jobs. When the President decided on the stimulus package, when he put together his first budget, when he needed the healthcare and then the financial reform bills drafted, what did he do? Having few ideas of his own, only the remnants of a campaign staff and, most importantly, very few close political allies, he had no choice but to turn to the Democratic leadership in Congress to commute these tasks. This, to put it mildly, is no way to fight the K-Street transactional culture. Foreign leaders saw this as well, and they saw the widespread (if largely unfair) charges of leadership forfeit over the BP Deepwater Horizon Gulf of Mexico oil spill. The conclusion they drew is that President Obama is a weak leader, a conclusion that high unemployment figures, Obama’s falling approval ratings and the results of the mid-term election have since done nothing to alter.

Clearly, this is only one way that American domestic circumstances cast their shadow on American foreign policy in the age of Obama. As foreign policy has become both inseparable from and subordinate to economic concerns, these concerns play back on foreign policy from several angles. They bring pressure for a more austere defense budget, which in turn affects key planning judgments with major strategic consequences in the future. They promote concern about trade deficits and distorted international capital flows that directly affect US policy towards China and thus, at least indirectly, towards a dozen or so important allies.

Political weakness and the subordination of foreign policy to domestic priorities also join to explain the contours of the President’s trip to the United Nations in September 2010. The President devoted his yearly General Assembly speech to a political need: rebalancing a perceived lack of commitment to democracy and human rights promotion in US policy. Though delivered before an audience of prestigious foreign diplomats and heads of state in Turtle Bay, the speech’s real audience was composed of American voters in advance of the November mid-term election. The real business of the trip, however, was transacted in a private two hour meeting with the Chinese Premier, trying to convince him to realign the value of China’s currency in the interest of greater long-term international economic stability. The Chinese military is building fast; China is asserting its sovereignty in its trans-territorial waters in ways never before seen, all as the capabilities and resources of the US Navy are shrinking. But what takes pride of place in US diplomacy towards China? Trade and money. Is this shortsighted? Perhaps, perhaps not; it is, in any case, politically unavoidable, for if Obama does not raise the specter of tariffs, the US Congress will.

So we are brought to politics. An American administration may be compared to a tea ball within a teapot. The tea ball brings name and flavor to the brew, but without the liquid surroundings and the element of heat to make the whole thing boil, nothing much would happen.

Barack Obama is a master of the political arts. To expect such a man to simply set aside that mastery once president is to expect too much. Moreover, politics provides the unifying energy that binds the various parts of a president’s obligations and aspirations together. Its sources are manifold but its consequence is seamless. Just as one rock-solid reason that Lyndon Johnson persisted as he did in the Vietnam War was to protect politically what he cared about most—his Great Society program—so Barack Obama’s decision on 1 December 2009 to juxtapose a July 2011 exit date next to his decision to “surge” 30,000 more US troops into Afghanistan turned on his need, as he reportedly expressed it to Senator Lindsay Graham, “not to lose the whole Democratic Party” before major votes on healthcare and other legislation.

Some American critics have complained precisely on this point. It is standard practice in Washington to condemn the insertion of political motives into foreign and national security policy decisions. But it is not, because it cannot be, standard practice to actually desist from it, at least much of the time—and, if anything, Thomas Donilon’s elevation to the post of National Security Advisor increases the weight of political factors in the administration’s decision-making processes.

If we now try to put all the foregoing factors together, what do we find assembled? We find a president in a tough spot who most likely does not know if he is inspired more by Wilson or Niebuhr, because reality thus far has not forced him to choose. We don’t know if he is resigned to a strategy of forward deployment or desirous of an offshore alternative because he likely doesn’t know either, having never been posed the question in so many words. We find a man whose inexperience leaves him with an incomplete grasp of what he gives up by asserting such close control over foreign policy from the White House. We see a man whose personality does not function abroad as successfully as it has at home, and so cannot with brilliant speeches alone dissolve the conflicting interests that define the cauldron of international politics into a comforting pot of warm milk. We see a man commanding a decision system untested by crisis, and one whose core issues remain unfocused for all the distractions of other challenges in his path. We see, lastly but not least, a man whose political instincts are no more detachable from him than his own shadow.

From all these sources, bumping against and mixing with one another, comes the foreign policy of Barack Obama. Where the man will lead that policy, or the policy lead the man (the rest of us in tow), is now driven by the fact that the President is adrift conceptually since his initial engagement strategies did not succeed. Obama now awaits the crisis that will forge his legacy, but what that crisis will be, and whether the president will meet it with the American national interest or his personal political concerns foremost in mind, no one knows. No one can possibly know.
Adam Garfinkle is Editor of The American Interest.

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The silent death of American grand strategy
Over the past quarter century, the American political class, its leadership included, seems to have lost the ability to think strategically about the world and America’s place in it. The reinforcing reasons for this are both remote and proximate, some buried deep within American political culture and others the result of recent and, one hopes, ephemeral distractions. But whatever the reasons may be, four generic phenomena have resulted from the recent abeyance of strategic thought.

First, the error quotient of US foreign policy has risen, and even great powers ultimately have limited margins for error. Second, US policy has become largely reactive, particularly since American leaders’ quality time has been all but monopolised by the deep post-2008 economic swoon and accompanying signs of equally deep political dysfunction. Third, the US reputation for foreign policy constancy and competence has suffered, not least in encouraging revisionist actors to take advantage of the US attention deficit. And these three phenomena have together stimulated a fourth: a shift by default from the US grand strategy in place since the end of World War II to one absentmindedly bearing a different set of prospective risks and benefits.

None of this is particularly good news for American allies.

Unlike classical European and Asian statesmen, American leaders have never developed a tradition of formal grand-strategy making. There is no American version of Clausewitz or Sun Tzu, and comparatively little grand-strategy literature written by native-born intellectuals and leaders exists. This is partly because of the idealistic anti–“Old World” mercantilist bias of the Founders’ Enlightenment ideology. It is also partly because, after the first few decades of American independence and the proclamation of the Monroe Doctrine, which warned European imperialism away from the New World, the nation no longer found itself locked in strategic competition with proximate near-equals. The American state’s initial grand strategy, which was to acquire as much of North America as possible, arose ineluctably from the conditions in which the young nation found itself. Whether it was called Jefferson’s “empire of liberty” or “manifest destiny,” this first, developmentalist grand strategy gained nearly universal, if mostly tacit, consensus. There was no need to write formal tracts about it and argue over them in private conclave, and no one did except in rare cases such as Seward’s Folly — the US purchase of Alaska in 1867.

While this first American grand strategy was simple and hence clear, as all grand strategies worth their salt must be, it was not for the saintly or faint of heart. As Machiavelli put it just past 500 years ago, every benign political order rests on antecedent crimes. The American case is no exception: the barbarous treatment of native Americans, slavery, an early avarice directed toward Canada that led to the War of 1812, and the Mexican War, which even as unsentimental a man as Ulysses S. Grant condemned as one of the most unjust wars ever inflicted by a stronger power upon a weaker one. America’s westward expansion was also a necessary precondition for the worst calamity in American history: the Civil War. Withal, the strategy succeeded and by so doing exhausted itself. By the time Frederick Jackson Turner famously wrote about the “closing of the frontier” at the end of the 19th century, the strategy had become obsolete, notwithstanding some unrequited but on balance faint imperial yearnings directed toward the Caribbean and, of course, Hawaii.

At that moment in American history, following the Spanish–American War, several strands came together to produce the second American grand strategy. Alfred Thayer Mahan, the great American navalist, fused his grasp of the British strategic tradition with the newly developing academic notion of geopolitics and out came the template for American anti-hegemonism. Long since unworried about a peer competitor in the Western Hemisphere or the return of a European power in strength to the New World, the grand strategy of the United States as a maritime-oriented World Island would be to oppose the emergence of a hegemonic power in either peninsular Europe or East Asia.

This was not a principled anti-hegemonic stance, for Mahan and others were unperturbed about America’s own New World dominance. It rather flowed from two different principles: First, in a technologically dynamic age, the impossibility that any power at either bracket of Eurasia could amass sufficient resources to literally endanger US security could no longer be taken for granted; and second, no power should be allowed to compel the United States to undertake a level of mobilisation that would undermine the small-government, no-standing-army injunctions of the Founders.

How to implement this strategy? Through self-help and key alliances. Self-help consisted mainly of building up the US Navy to world-class scale; hence President Theodore Roosevelt sent the Great White Fleet around the world in 1905; the construction of the Panama Canal, completed in 1913, needs also be seen in this light. It consisted in Asia too, many supposed, of US control of the Philippines. The alliance consisted in riding the coattails of the Royal Navy, that great fleet which bestrode the empire on which the sun never set, and aligning America’s diplomacy too, where possible, with that of Britain. Together, this maritime strategy could be aptly termed one of offshore balancing, which fairly describes the British post-Napoleonic Wars grand strategy that inspired Mahan to devise it.

American strategy also depended for its implementation on deft diplomacy to complement growing US wealth and power. For example, after World War I, Secretary of State Charles Evans Hughes, beyond convening the famed Washington Naval Conference of 1922, set to clean up the imperial detritus in the Pacific occasioned by the collapse of the German Empire. A series of linked negotiations involving the United States, Britain, Japan, and France established a new multilateral security balance upon the exit of Germany from the Marshall, Caroline, and Mariana Islands, Samoa, and Shantung Province in China — which Japan had seized during the World War but, thanks to American diplomatic efforts, was returned to China in 1922.

Alas, the new Pacific order depended on all participants keeping up their insurance premiums, so to speak — but with the coming of the Great Depression America’s security investments all but ceased. American military weakness, particularly its drawdown in naval power, turned the Philippines from potential strategic asset into real strategic liability in the face of rising Japanese militarism. The result was the onset of the Pacific War in 1941, the first direct fist-on-fist test of America’s Mahanian grand strategy.

World War II supplied proper nouns to American grand strategy as World War I never had. In Europe the feared hegemon was Nazi Germany; in Asia it was Japan. America’s guiding wartime two-front tactic, as the immediate application of its larger grand strategy, was so simple that it consisted of but two words: “Europe First.” The strategy was implemented successfully and, after the war, the United States found its own military forces stationed on the brackets of Eurasia, and with both its British and French allies much weaker for war’s wear. As the names of potential hegemons changed from Nazi Germany to Soviet Russia in Europe, and from Japan to Communist China in Asia, America’s two-front anti-hegemonic grand strategy changed in two ways. First, the pro-democracy ideological dimension of the Cold War, long latent in American thinking about global affairs, merged with the anti-hegemonic objectives of US grand strategy. Second, the mode of its implementation changed from offshore balancing to forward deployment. Together, these changes gave rise, in George Kennan’s famous term, to a strategy called “containment.”

Whereas in the past, the US Navy, in concert with the British Navy, was the principal military instrument of US grand strategy, after the Truman Doctrine, the Marshall Plan, and the outbreak of war in Korea the main instrument also came to include the US Air Force, now with nuclear weapons, deployed both at home and in bases ringing the Soviet Union and Communist China. The ongoing aim of US grand strategy now was to deter geostrategic advance by either hostile would-be hegemon, who were believed to be in league with each other for reasons of ideological affinity, but also to suppress security competitions in Europe and Asia that might provide opportunities or temptations for an adversary’s advance toward a hegemonic position.

Since US interests in both brackets of Eurasia were relatively impartial compared to those of local powers, and whereas US strength was truly unparalleled, American strategy attracted many local associates. This enabled US diplomacy to assemble a robust but flexible alliance system spanning Europe and Asia. The ideological and economic dimensions of US policy, also attractive to many abroad, became complements to this policy according to the Tocquevillian conviction that prosperous democracies make for better strategic partners. The US Navy and Air Force thus became, in effect, the ante that allowed Washington to participate in the geopolitics of the two regions, and the alliance structures, in turn, provided a politically supportable means by which US power could combine with that of others. By the advent of the Eisenhower Administration, if not a few years earlier, the grand strategy of the United States was sufficiently clear that a single sentence sufficed to express it: Prevent the emergence of a hegemon over peninsular Europe or East Asia by suppressing security competitions through the forward deployment of US forces, and through a supportive pro-democracy, pro-trade diplomacy.

Through the end of the Cold War in 1989–91, that was America’s post-World War II grand strategy. The strategy did not work perfectly, as the Vietnam War debacle illustrates. It also required some adjustment, for example to add the greater Middle East to its ambit, not mainly for its own sake, but for that region’s instrumental significance to European and Asian security in a new oil-fired age. Yet despite the tendency of the ideological aspect of the struggle to kick up much obfuscating dust, on a good day most senior American leaders, certainly those in the relevant Executive Branch offices and in the upper ranks of the military, were more or less able to articulate that single sentence.

No more. As Walter Russell Mead put it recently, “the habit of supremacy developed in the last generation” caused the “strategic dimension, in the sense of managing intractable relations with actual or potential geopolitical adversaries, [to] largely disappear … from American foreign policy debates.” That, in turn, has allowed the recurrence of those legal and moral modes of thinking about foreign and national security policy that George Kennan and many others tirelessly warned against. What passes for thought about strategic problems now transpires through what Mead calls “an uncomplicated atmosphere of Whig determinism” that manages to somehow turn Anglo-American institutions and values into supposed universal best practice.

This is not a partisan issue. Both American liberals and conservatives, Democrats and Republicans, each in their own ways, have long been bridled to Whig views of history. Both were disciplined from indulging in excessive secular messianism during the Cold War by the realism-inducing spectre of clear and present dangers. In the Cold War’s wake, however, resurgent Whiggery has trumped all — even during and just after the shock of 9/11.

The Clinton Administration acted as though the great wave of post–Cold War globalisation represented a cosmic confluence of American power, interests, and values all wonderfully woven together. Strategy was subsumed by multi-dimensional triumph, so that all foreign policy need do was remove lingering obstacles and deal with the occasional atavistic rogue-regime’s response to the galloping obsolescence of its ways of doing business. In consequence, funding for the military and foreign assistance plummeted.

The Bush 43 Administration held a similar view, except that the now obviously underestimated scale of the aforementioned atavistic reactions evoked a more muscular and ambitious promotion of presumed universal best practice. For a short time, President Bush’s “forward strategy for freedom” seemed to become the new US grand strategy. Unfortunately, the misinterpretation of the origins and nature of the 9/11 problem, as it careened through the prism of American exceptionalism, led to decisions that compounded US burdens and devalued resources, in the form of America’s alliances and its “soft power” reservoirs, that had long been vital to US grand strategy.

To take a signal example of the former, while the principal military instruments of US grand strategy are its Navy and Air Force, the doubled US defence budget in the decade after 9/11 overwhelmingly flowed to the Army and the Marines as the recapitalisation of the Navy and the Air Force languished. Had American leaders recognised and affirmed what US grand strategy actually was, launching and (mis) fighting two land wars in Asia Minor would have been the last things they would have chosen to do. By the time the second Bush term ended, the pre-9/11 strategy had not been restored, though US military and diplomatic activities remained wedded to it. But no replacement stood in its place as the 2008 economic crisis descended.

With that shock there soon came a new American administration preoccupied with domestic problems and even more prone than its post-Cold War predecessors to think in legal-moral categories rather than in strategic ones. The combination, with rare “kinetic” exceptions such as the misadventure in Libya and the failed “surge” in Afghanistan, has turned US foreign policy into an extended duck-and-cover drill. These tendencies are illustrated in the Syria and Iran policy portfolios, where a focus on non-proliferation issues has related to second tier the larger strategic stakes raised by the cases seen separately, and especially seen together. Meanwhile, the “pivot to Asia” of the first Obama term was misframed as an either-or choice, and its naval and air force components remain too resource-straitened for either adversaries or allies to yet take it very seriously.

Insofar as there is any larger thinking about strategy in the current administration, perhaps a coherent view actually does exist despite the appearance of ad hocery. That view, an optimistic or benign realism, is said to posit that the United States can withdraw from virtually all European and most Middle Eastern issues without risk because a more or less friendly post-American balance of power is latent in the structure of international affairs and will bloom forth if only America gets out of the way and lets it do so.

Such a view, identified with a neo-offshore balancing perspective, certainly exists in academic circles. Whether this view is truly characteristic of high-level Obama Administration thinking is difficult to know. The signs are ambiguous. Even outward indications of the existence of a coherent strategic view, such as the 2010 roll-out of the Navy–Air Force “Air-Sea Battle” construct — a quintessential offshore balancing proposition — sometimes turn out to be less than meets the eye. In that case, the rollout reflected less a substantive or doctrinal adjustment and more a joint attempt by two beleaguered services to advance their claims to larger defence budget shares.

Perhaps a switch from a forward-deployment method of preventing hostile hegemons in favour of an offshore-balancing one is wise. Perhaps the United States cannot afford the post–World War strategy for political reasons; perhaps, too, it runs more risks than vital US interests warrant in a post–Cold War environment. Certainly it is irresponsible to maintain commitments without willing the means to redeem them en extremis — that is the sort of derangement of ends and means that birthed the Pacific War. Perhaps the anti-hegemonic state-based objective itself is outdated, and that the threat of apocalyptical terrorism joined to weapons of mass destruction is now the principle problem to be addressed.

One would think that, under the circumstances, Americans among themselves and with allies would be discussing these issues. After all, differing means of executing an anti-hegemonic strategy demand different mixes of military-technical, intelligence, diplomatic, financial, and other skill sets. Each requires different kinds of alliances and asks different things of allies. Some regions seem more amenable to stable do-it-yourself local balances than others; but which are which? The potentially destabilising consequences of transitioning from one posture to the other, too, need to be thought through.

Unfortunately, little in the way of a strategic debate is discernible in Washington, either within the administration at high levels or among the political class at large. There is still little recognition here in Washington even of what US grand strategy has been for nearly the past seventy years, hence no basis from which to discuss alternatives. Instead, US thinking, if one can call it that, is being driven by financial strictures, some of them, like sequestration, self-inflicted beyond necessity or logic. In short, the United States is sliding toward an offshore-balancing grand strategy by default, without discussing its implications and without even calling it by its proper name.

A nation does not have a grand strategy if those responsible for devising and implementing it cannot articulate what it is. American grand strategy thus seems to have suffered a strange, silent death. One wishes to say rest in peace, as with any saddening death, but that wish may very well go unrequited. Although relatively few Americans have noticed the problem, senior figures among several allies and associates have. American commitments to allies have nowhere been formally rescinded, but the credibility of those commitments is now everywhere doubted. Even America’s larger competitors have reason to be anxious, for when the rule-maker and provider of global common security goods for more than half a century appears to suddenly abdicate much of that role, uncertainty and perhaps a bit of trouble cannot be far behind.

Voir de même:

Star-spangled anger
It was the day religion and politics collided. Ten years on, what has America done to itself?

Adam Garfinkle

American review

As with the bombing of Pearl Harbour and the assassination of President Kennedy, all adult Americans know where they were on September 11, 2001. On that Tuesday morning I was five blocks from the White House at the 5th-floor offices of National Affairs in Washington, an office that housed both The National Interest and The Public Interest magazines. The Washington Monument was in its usual place outside my south-west-facing office window as were, of course, the streets below. Once it had become clear that an attack was in progress, national and local media assumed a slightly manic tone. Most private offices reacted by letting their staff go, resulting in gridlocked mayhem throughout the city.

The headless-chicken reaction of the nation’s capital to the September 11 attacks disgusted me. Having lived in Israel, it had become second nature for me to assume a stoical mien in times like these, lest one contribute to an enemy’s designs. Just as, Eleanor Roosevelt once observed, no one can make a person feel inferior without his or her consent, no one can terrorise you unless you co-operate. I was against co-operating, so I ordered my staff to stay put, do a day’s work and go home as usual. Of course we would use the phone to assure relatives and friends that we were safe and we would monitor the news; if necessary, we would adjust to further events. We all stayed until past 5pm, emerging later for the evening commute into a virtual ghost town.

In the past decade, I have often thought of those first few hours after the attacks, and I have come to realise the basic error that US leaders made was to inadvertently co-operate with an enemy too weak to achieve its ends in any other way. To me, September 11 did not « change everything ». I thought that, whatever our private worries about the future, the public face of American leadership should radiate optimism and courage, not anger or fear.

Of course, we needed to prevent follow-on attacks. That, it seemed clear to me, meant urgently removing the Taliban regime in Afghanistan that had sheltered and abetted the September 11 plotters. We also eventually needed to take out, in one way or another, those who might be planning more attacks, wherever they might be. The Bush doctrine version 1.0, rolled out in the immediate wake of the attack, which held regimes complicit with terrorism to be equally liable for American retribution, was entirely appropriate. Nor did I object to President Bush terming the situation a war, for that was necessary to tell people what was at stake, to break with the failed policies of the past, and to make available certain prudent presidential legal authorities. Still, despite the need to act, I was sure we should not take ourselves psychological hostage, as the Carter administration had allowed to occur after the US Embassy in Tehran was seized by Iranian fanatics in November 1979. We should not allow the attacks to define or monopolize US foreign policy as a whole.

Alas, that is precisely what the administration did allow. The only senior US leader who seemed to take the approach I thought best was Colin Powell, whose influence had been marginalised in the administration. He did not believe that the terrorist threat was of an existential nature that required the cashiering of American strategic principles, allies or institutions. But other administration principals thought differently, quickly accepting a theory-in-waiting, widely ascribed to so-called neo-conservatives, of why September 11 had happened: a democracy deficit in the Arab-Muslim world had forced frustrated citizens into the mosque, where they had been easy prey for religious charlatans and demagogues. The answer was to open up space for dissent, democratic debate and the social balm supposedly provided by market economics. Then these stultified societies could breathe and develop normally, and would not produce demonic mass murderers like Osama bin Laden.

Thus did fear boomerang, in the way that human emotions predictably do, to encourage a form of hubris fed from the wells of post-Cold War triumph (and triumphalism). The September 11 attacks had the effect of propelling US policy to do more at a time when its capacity to influence events had diminished thanks to the end of Cold War bipolarity and the diffusion of lethal technologies to weak state and non-state actors. It propelled the US to ramp up its metabolism and inflate its definition of vital interests rather than calmly discern distinctions among them. Unrivalled US power, pre-eminently of the military kind, would end the threat by transforming the political cultures of more than two dozen Arab and Muslim-majority countries into liberal democracies. This solution in turn depended on the validity of what was known as democratic peace theory—that democracies do not make war on other democracies—and on cherished Tocquevillian views of the pacific nature of egalitarian democratic societies.

Contrary to what many claim, this theory of the sources of September 11 existed within the administration well before the Iraq war began. It existed within Bush’s mind, encouraged by, among others, his speechwriter Michael Gerson and strategic visitors like Natan Sharansky; but it did not have the force of formal policy. The theory emerged into public view when, in February 2003, Bush gave a major speech at the American Enterprise Institute in which all the basic themes of this view found expression. That constituted the Bush doctrine version 3.0, now layered on top of version 2.0, characterised by the pre-emption plank famously inserted into the September 2002 National Security Strategy.

What became known as « the forward strategy for freedom » then found full expression from the bully pulpit in November 2003, with the President’s marquee speech at the National Endowment for Democracy (NED). The Strategy was then canonised in his Second Inaugural of January 2005, which Thomas Wolfe aptly dubbed the globalisation of the Monroe Doctrine. The worse things got in Iraq, and the more the WMD rationale for that campaign lost persuasiveness, the higher the rhetorical bar of democracy promotion rose—a classic case of cognitive dissonance at work in what is colloquially called in American poker-speak « doubling down ».

The rush to closure over a fearful shock to US security interests, and the hubristic response to it, was part of a longstanding pattern in American foreign policy history. The Bush administration’s reactions to September 11 were not the work of any neo-con cabal. Self-avowed neo-conservatives composed a group that was always smaller, more internally diverse and less influential than is often supposed. Rather, neo-cons struck chords very familiar to American history and political culture, chords that even national interest conservatives like Vice- President Cheney and Defence Secretary Rumsfeld could harmonise with. Had there been no neo-cons, the pattern would have asserted itself anyway in some other ideological dialect.

The pattern of which I speak, conceived by the historian Walter A. McDougall, consists of four phases that tend to repeat in cycles. First, there is a shock to the system, usually in the form of a surprise attack: the shot fired at Fort Sumter in April 1861, the sinking of the Maine in Havana Harbour in 1898, the sinking of the Lusitania in 1915, Pearl Harbour in 1941, and September 11 in 2001. In the phase directly after the shock, the leader of the day—Lincoln, McKinley, Wilson, FDR, George W. Bush—vows to resurrect the status quo ante and punish the evildoers. That corresponds to Lincoln’s vow to save the Union, Wilson’s vow to defend the right of American free passage on the high seas, and Bush’s vow to find and punish the perpetrators of the September 11 attacks so that America’s minimally acceptable standard of near perfect security could be restored.

But third, in the course of mobilising the national effort to achieve the limited goals set after the shock, the transcendent God-talk begins and the effort soon becomes enmeshed in the sacred narrative of American exceptionalism. This leads to a distension of goals and expectations, to geopolitical amnesia, and to what cognitive psychologists call a dominant strategy that is impervious to negative feedback and logical contradiction.

And so, in the September 11 decade, we chose a war that thoughtlessly destroyed the regional balance against Iranian hegemonism without even stopping to ask about the broader implications of a Shi’a government in Baghdad. One does not, apparently, descend to the smarminess of geopolitical analysis when one is doing the Lord’s work. So, too, did we turn what could and should have remained a punitive military operation in Afghanistan into a quixotic, distracted, underfunded nation- and state-building campaign. And so, too, did we conflate all our adversaries into one monolithic demon—typical of eschatological thinking. The administration conflated secular, Ba’athi Iraq with the apocalyptical Muslim fanatics of al-Qaeda, and so went to war against a country uninvolved in 9/11 whose threat to America was not, as is commonly claimed, zero, but which hardly justified, or excused, the haste and threadbare planning with which the war was launched and conducted.

Then, in the fourth phase, overreach leads to setbacks (the Korean War, for example, and the Iraq insurgency) and regrets (like the Vietnam War), ultimately resulting in at least temporary retrenchment … until the cycle starts all over again. This four-phase model fits the September 11 decade to a tee. The attack itself is of course phase 1; the Bush doctrine version 1.0 represents phase 2; the Second Inaugural signals the full efflorescence of phase 3; and the election of Barack Obama marks the consolidation of phase 4.

It matters in all this, however, whether the ideological vehicle that propels phase 3 forward even remotely reflects or aligns with reality. When it does, as it did during and after World War II, no one pays attention since things tend then to turn out well. In the case of the September 11 decade, unfortunately, it did not. There have been basically two problems with it. First, the « forward strategy » for freedom’s ascription of causality for Islamist terrorism is mistaken. Second, even if it were not mistaken, the timetables in which democracy promotion was seen as a solution for mass-casualty terrorism do not even begin to match. The reason is that despite President Bush’s assertion that democracy promotion is « the work of generations » and that democracy is about more than elections, that is not the basis upon which the administration actually behaved. It rushed into premature elections in Iraq, Lebanon and the Palestinian territories, with troublesome and still open-ended consequences for Iraq and disastrous ones for Lebanon and Gaza.

After September 11, as Americans searched for analogies that might help them understand the motivations for the attacks, most found themselves with very shallow reservoirs of historical analogies. Indeed, Americans tended almost exclusively to choose Cold War metaphors to explain September 11. Liberal idealists took their characteristic meliorist approach: It was poverty and injustice that motivated the attacks, and American policies that determined the target. There were dozens of calls for a « Marshall Plan for the Middle East », and hundreds of pleas to concentrate more than ever on solving the Arab-Israeli conflict, as if that were somehow a magic bullet that could fix all problems. Conservative idealists, as already noted, took the democracy-promotion approach, arguing that the motivation was not economic but political.

Both were wrong; Islamist radicalism, in truth, is a form of chiliastic violence that has taken many forms in many cultures over the past two millennia, from the Jewish zealots of the First Century of the Common Era, to the 16th-century Peasants’ Revolt in Germany, to the 19th-century « ghost dances » of American Indians. But the obvious weaknesses of the meliorist approach encouraged conservative idealists in their conviction that their own view, therefore, must be right. (Manichean-minded Americans have real problems when any potential set of choices exceeds two.)

The administration’s rhetoric went even further, however, suggesting that US policy was largely responsible for the debased condition of Arab political cultures. When Bush famously said in November 2003: « Sixty years of Western nations excusing and accommodating the lack of freedom in the Middle East did nothing to make us safe, because in the long run, stability cannot be purchased at the expense of liberty », he argued in essence that it was US policy, not the long incubated political culture of the region, that accounted for Arab autocracy. The Bush White House, in essence, adopted the wrongheaded left-wing side of an old debate over « friendly tyrants » as lesser evils and what to do with and about them, a very strange position for an avowedly conservative administration to take. The President also seemed to be saying, in a locution repeated by Secretary of State Condoleezza Rice in Cairo in June 2005 and many times thereafter, that US Cold War policy in the region was unsuccessful on its own terms, that it did not provide safety and stability.

These claims are nonsensical by any realistic measure. US Cold War policy in the Middle East achieved exactly what it set out to achieve within the broad framework of containment: It kept the Soviets out, the oil flowing to the benefit of the liberal economic order over which the US stood guard, and the region’s only democracy, Israel, safe. The record was not perfect, of course, and we certainly should have rethought old habits sooner than we did after the Berlin Wall fell; but it was good enough, as we say, for government work. Certainly, too, it was never in the power of the US government to bring about democracy in the Arab world during the Cold War. Yet the Bush administration’s solution for the problem whose origins it misread was just that for the post-Cold War era: deep-rooted reform of the Middle East’s sordid collection of autocracies and tyrannies (the major differences between the two were summarily overlooked) and, absent reform from within, the policy strongly implied that pro-democracy regime change would be imposed from without.

The result was almost breathtakingly counterproductive. The more the « forward strategy » bore down on the Middle East, with guns in Iraq and with projects and programs galore practically everywhere else they could gain access, the more effectively local nativists used Western energies jujitsu-like to gain leverage over their domestic adversaries. Rapid economic growth and rapid democratisation, even had they been possible, would not have stabilised Arab societies and made them less likely to spark off political violence against the West; it would have made such violence more likely. We are fortunate, therefore, that the strategy did not « succeed » for any longer than it did.

When the Bush administration campaigned to spread democracy to the Arabs, it never occurred to most of its principals that what they saw as a secular endeavour would be interpreted in the Muslim world through a religious prism, and used accordingly in intra-Islamic civilisational disputes. When Abu Musab al-Zarqawi, the late leader of al-Qaeda in Iraq, tried to persuade Iraqis not to vote because « democracy » was a front, in essence, for Christian evangelism, a slippery slope leading down to apostasy, he spoke a language that resonated in the ears of a great many (though happily not a majority of) Iraqis and other Muslim Arabs.

As it happens, the locals were essentially correct. Americans were speaking a creedal tongue that we thought entirely separate from « religion », a word that does not exist as such in Arabic. After all, we « separate church from state ». In truth, American political culture is not as secular as most think: The contemporary American idea of democracy, seen as the pre-eminent symbol of social egalitarianism (something very different from the Founders’ view) is an attenuated expression of aspects of Anglo-American Protestant Christian tradition. Our longing to spread it to the Muslims is the 21st-century version of what was, in the 19th century, a much more honest and self-aware missionary movement. We might fool ourselves by pretending that our deepest beliefs can be neatly compartmentalised into what is « political » and what is « religious », but Middle Easterners, who possess no such compartments by dint of a history sans Renaissance or Reformation, know better. Not that theology and ideology are identical, but as creedal systems they are bound to be seen as dramatically less distinct by cultures in which political theology, to use Mark Lilla’s apt terminology, has never been vanquished or, in most countries, even seriously challenged.

Looking at US behaviour in the September 11 decade as a manifestation of a secularised political theology explains far more than the standard parsing of the usual-suspects schools of thought: conservative and liberal realists and idealists, Jacksonians and Hamiltonians and all that. Consider for example that when, only days after September 11, Susan Sontag and other members of the professional adversary culture in the United States dared to suggest—in The New Yorker in Sontag’s case—that the perpetrators of September 11 were not cowards and that Americans were not innocent victims of terrorism, but rather were suffering just revenge for selfish and abrasive American foreign policies, they were treated exactly as heretics were in the so-called age of religion. They were not engaged or debated but shunned or excoriated. Had it still been in style, they would probably have been burned as witches.

The American penchant for seeing the world, especially the world of foreign and national security policy, in transcendental terms, is not an historical constant. It tends to rise in phase 3 of the cycle, when the God-talk emerges out of post-shock mobilisation. But there is a concurrent trend of more recent vintage that may have made things more acute during the September 11 decade.

Over the past half century, America has become increasingly deculturated. As Robert Putnam put it in his Bowling Alone argument, we have suffered a deep erosion of social capital. The face-to-face glue which enables social interactions to generate and sustain a common understanding about what is and isn’t virtuous behaviour—the very heart of what ultimately makes a society prosperous and happy—has been in ever shorter supply.

The implications of de-acculturation for American politics are are manifest. The decline of social trust abets both the polarisation of politics and popular cynicism toward government. It produces a political system in which the chain of connective institutions that link family to neighbourhood to larger community to town or region and ultimately to the national level gets broken, rendering the state both alien and intrusive at the same time as it tries to compensate for a social fabric now rent and tattered. Political parties, particularly those that tend to represent class or ideological structures, flow into the spaces once occupied by a diverse array of social interaction. They become in-group/out-group oriented as well-known psychological dynamics spread the distance between them, leading to an exaggerated perception of how much they actually differ in practical terms. The result is that compromise and horse-trading become more difficult, and the insertion of « culture war » issues into this environment has served only to harden the edges of the us-versus-them distinctions that define it. Identity groups disguised as political parties do not play well together.

The implications of all this for foreign policy are obvious. Presidential judgments necessarily become politicised, and opponents invariably try to criminalise them. Every decision becomes part of the catechism to the loyal, an act of moral enormity to the opposition. That is why the acrid debates over Guantanamo and Abu Ghraib, waterboarding and warrantless wiretaps, the Patriot Act and the reach of wartime executive authority, took on the tones they did. These arguments did not remind one of the civilities of the common law tradition; they sounded more like transcripts from the Spanish Inquisition.

The great sociologist E. Digby Baltzell, the man who coined the term WASP back in the 1950s, once said to me that the greatest tragedy of 20th-century America is that the formidable energies of religion had migrated into politics, to the detriment of both. No wiser comment has ever been made about the trajectory of American politics this past half century, and here lies, I think, the key insight for those trying to comprehend the American September 11 decade at its very core. The decade has not been about what others have done to America; it has been about what Americans have done to themselves.

Adam Garfinkle served as chief staff writer of the US Commission on National Security/21st Century (Hart-Rudman Commission), which predicted mass-casualty terrorism on American soil before September 11 and first proposed creation of a Department of Homeland Security. He then served as editor of The National Interest and as speechwriter to Secretaries of State Colin Powell and Condoleezza Rice. He is founding editor of The American Interest.

Indeed, the fuzzy indeterminacy that characterizes the Obama foreign policy holds true even at the highest echelon of strategy. The United States is the world’s pre-eminent if not hegemonic power. Since World War II it has set the normative standards and both formed and guarded the security and economic structures of the world. In that capacity it has provided for a relatively secure and prosperous global commons, a mission nicely convergent with the maturing American self-image as an exceptionalist nation. To do this, however, the United States has had to maintain a global military presence as a token of its commitment to the mission and as a means of reassurance to those far and wide with a stake in it. This has required a global network of alliances and bases, the cost of which is not small and the maintenance of which, in both diplomatic and other terms, is a full-time job.*

Against this definition of strategic mission there have always been those in the United States who have dissented, holding that we do, ask and expect much too much, and get into gratuitous trouble as a result. Some have preferred outright isolationism, but most serious skeptics of the status quo have preferred a posture of ‘offshore balancing’. Remove the bases and end the alliances, they have argued, and the US government will be better able, at less risk and far less cost to the nation, to balance against threatening developments abroad, much as America’s strategic mentor, Great Britain, did throughout most of the 19th century.

This is the core conversation Americans have been having about the US global role since at least 1945. To one side we recall George McGovern’s 1972 ‘Come Home, America’ campaign plank, the Mansfield Amendment that would have removed US troops from Europe in mid-Cold War, and the early Carter administration’s proposal to remove US troops from South Korea spoken in rhythm to speeches decrying an “inordinate fear of communism”. To the other side has been almost everyone and everything else, so that the offshore approach has always been turned back, at least until now. Where is the Obama administration in this great debate? We don’t really know; the evidence, once again, suggests ambivalence. . .

Taken together, then, the administration’s track record, encompassing the whole spectrum from discrete policy arenas to the lofty heights of grand strategy, suggests the foreign policy equivalent of a Rorschach inkblot. Observers can see in it what they have wanted to see. Some have tagged the Obama administration a re-run of the Carter administration, but the fit is obviously imperfect; it’s very hard to see Carter during his first or second year in office ordering those Predator strikes, even harder to imagine him holding his tongue on human rights. Some have seen a replay of Nixon and Kissinger: Realpolitik hiding behind feel-good talk about allies and peace and the rest, trying simultaneously to play an inherited weak hand and set the stage for a grand bargain—this time with Iran instead of China. Still others think they are witness to the second coming of Franklin Delano Roosevelt: a shrewd opportunist who knows the limits set by domestic constraints, and whose main concern is national economic stabilization and social strengthening against the day when American power must meet a true test of destiny. The name game can go on because, while no great successes have sprouted forth from the Obama foreign policy, no great debacles have emerged either.

Presidential Language
Be It Resolved
Adam Garfinkle
The American interest
December 30, 2014

In the course of an interview with NPR’s Steve Inskeep released earlier this week, President Obama tried to flatter the Supreme Leader and other assorted higher-ups in Tehran. Will it work?

NPR released yesterday a presidential interview, taped December 18, that bears on many issues, not least the Middle East. I probably should let the opportunity to comment pass, but I can’t. I probably should eat much less ice cream too, but I can’t seem to do that either. Well, more on New Year’s resolutions anon.

Two globules of presidential language in particular catch my attention, both foreshadowed by a Reuters article on December 28. Let me take the two in turn.

In the interview President Obama praises the “incredible talent and resources and sophistication inside of Iran” and adds that if Iran agrees to curb its nuclear weapons ambitions Iran “would be a very successful regional power that was also abiding by international norms and international rules—and that would be good for everybody.” The President offered that Iran has “legitimate defense concerns” and “suffered from a terrible war with Iraq” in the 1980s, but he criticized it for regional “adventurism, the support of organizations like Hizballah, the threats they’ve directed at Israel.”

The Reuters story commented in demur, drive-by style that, while the President thinks an agreement is still possible and perhaps likely, Vice President Biden said earlier this month that he gives the negotiations a “less than even shot” of succeeding. POTUS can’t so easily dump Biden like he dumped Hagel, because Biden got elected—besides which, the VP’s own “can’t-help-myself” problem, which manifests itself most often in his predilection for “committing a truth” (as he sees it) in public, is under better control today than at any time since his election to the Senate in 1972. (For those unaware, just by the way, the phrase “to commit a truth” is a key element of speechwriting wit; it means that one should not say something in public just because it’s true, unless it serves a particular purpose. Political speech is not a didactic exercise; it is inherently about controlling and manipulating impressions.)

Ah, but back to that other member of the Executive Branch who got elected, the President. What to make of these, one hopes, non-scripted remarks?

It’s clear—actually a little too clear—that President Obama is trying to flatter the Supreme Leader and other assorted higher ups in Tehran. Someone no doubt explained to the President in another, earlier drive-by incident that these guys believe they deserve more respect for their sovereignty, history, and culture than they get. He wants to assure them, insofar as he can, that regime change is not high up on the U.S. want list with regard to Iran, though he cannot explicitly rule it out without cutting the knees out from future U.S. policy options. He wants to let them know he’s sensitive to how the world looks from their perspective.

All of this publicly articulated respect is designed, it seems likely to me as a recovering Executive Branch speechwriter, to reduce the heat on the roiling pot that contains the conspiracy theories Iranians cook up and consume on a depressingly regular basis. The practical purpose? To get the Supreme Leader to authorize the concessions he needs to make to let the deal happen, in return for which we promise not to betray his trust. Respect worked for Aretha Franklin; maybe it’ll work for Barack Obama, too.

But note that, in the list of Iranian sins, the President did not even mention Iran’s role in Syria, or in Yemen. Note, too, that he omitted mentions of Iranian-supported terrorist and insurgent-war acts that have claimed American lives. He never warns that we now intend to link the nuclear negotiations with Iranian regional behavior, as we should have been doing all along. Note too, however, that if we have already secretly consummated a “big deal” with Iran to split U.S. regional security responsibilities with Tehran largely at Arab expense—as some commentators here but especially in the region think is a done deal already a few years ago—it would be harder to make sense of this sort of klutzy fawning language.

The Administration may still yearn for such a deal, however, which now, as in 2009, gives off the sound of one tongue flapping. Here we are, it would seem, at the second coming (or third or fourth coming, depending on what evidence you credit and how you count) of the original outstretched hand offering engagement to mutual benefit for the future. The first time the Administration did this, the Iranian “Green movement” protesting a rigged election was a victim, and our hand got slapped. (Or as Shel Silverstein once wrote: “Cast your bread on the water and what do you get? Another day older, and your bread gets wet.”) Nor did the Supreme Leader deign to answer the first of now three private presidential letters.

It remains to be seen who will suffer this time around, but one thing is certain: When the Saudis, Israelis, and other U.S. associates in the region hear presidential language like this, they head for their mental bunkers and hunker down. Meanwhile, President Obama should not be watching his mailbox for a letter from Tehran.

It will all be judged wise and worldly, perhaps, if the tactic succeeds and we get in due course a nuclear deal worth having. Me, I’m with Joe Biden on this one, as an earlier post explained in some detail. But will it succeed?

Some clever folks in the White House are sensitive to Iranian insecurities and have coached the President on how to make the Iranian lion purr. Alas, they can’t turn the Iranian lion into a vegetarian, and they have a long way to go to evoke any genuine purring. I do not think this will succeed, and let me explain why by speculating on how the Supreme Leader and other Iranians of his ilk will probably hear this sort of language.

The Iranian Lion. Not a vegetarian.

“So”, says the Supreme leader to President Rouhani over mint tea one afternoon, “the Americans think they get to judge whether we can be a successful regional power! They presume their dominance, these upstarts, as they speak to the heirs of the Achaemenid dynasty, the Sassanid dynasty, the Safavid dynasty—as these historical adolescents speak to the very founders of civilization. They speak to us not as equals but as masters. They are not and never will be our masters.”

“Yes, sir”, answers Rouhani. “You will remember when Judge [William P.] Clark, one of the NSC Advisors during the Reagan years, characterized Iranian statesmen as ‘a bunch of rug merchants’, do you not? Despite all their failures since, the hubris in Washington is undaunted. This young and inexperienced man speaks of how everyone will benefit if Iran submits to America’s will, as if life on earth can be like paradise. He speaks of international norms and rules as though everyone accepts them, despite the fact that most people in the world have suffered from the Western arrogance and oppression they symbolize.”

Yes, there is no doubt that Khamenei and Rouhani remember Judge Clark’s comment, for they assiduously collect every insult cast their way in faithful expectation of historical revenge; and you can bet your bottom dollar that the President and his advisers, including current NSC Advisor Susan Rice, lack that particular datum in their active memory banks. And much more important, yes, the Iranian government is full of geostrategic realists who know what a revisionist state is. And they are people who, for the most part—whether we can them moderates or hardliners—sincerely project the Shi’a martyrology complex onto the imagined political sociology of the world. This precisely was the Ayatollah Khomeini’s creative and expansive act of ideological genius; it still defines Iranian foreign policy ideals just as it sustained the revolution in its infancy, particularly during very hard times. So when Barack Obama tells Iranians how much they suffered during the 1980-88 Iran-Iraq War, he comes across like a trespasser on sacred cemetery soil. “Who is this idolatrous man who presumes to narrate our holy suffering?”, the Supreme Leader asks the President.

When Robert Burns wrote, “O would God the gift to gi’ us, to see ourselves as others see us”, he weren’t just whistling Dixie folks, or suggesting that short Cliffs Notes courses in cultural studies would suffice for serious purposes. He really meant it.

The NPR interviewer asked the President whether in his last two years in office he would help war-torn countries like Libya, Syria, and Iraq. His answer was that these countries have to take the lead: “We can help, but we can’t do it for them. I think the American people recognize that. There are times here in Washington where pundits don’t; they think you can just move chess pieces around the table. And whenever we have that kind of hubris, we tend to get burned.”

Well, obviously the President is reading the wrong pundits (and in my view he acts unpresidentially even to mention them publicly). He should be reading me. I don’t want us to be engaged in a bombing campaign against the Islamic State if it is premised on a counterproductive half-strategy. I don’t want U.S. combat troops aiding the Abadi government in Baghdad, along side of Iranian Revolutionary Guard units, trying to reclaim for a unitary Iraqi state what it cannot firmly reclaim. I never argued for boots on the ground in Syria, or anything on the ground or in the air with respect to Libya. I and The American Interest with me over the years have been sympathetic to not “devoting another trillion dollars” to misbegotten foreign wars because, yes, as the President said, “we need to spend a trillion dollars rebuilding our schools, our roads, our basic science, and research here in the United States.” We at TAI used the phrase “nation-building at home” before he did (you can look it up—just check out the lead section of volume 4, number 3, published just before Obama’s inauguration).

Cover

So then what’s wrong with this picture of presidential remarks on Libya, Syria, and Iraq? What’s wrong is that the President is apparently unable or unwilling to connect his own damned dots.

Did Libya’s troubles today, by which I mean in brief that it has not one dysfunctional government but pretenses of two, just fall out of the sky one day? Unless you mean the U.S. cruise missiles targeted on Tripoli that kicked off a war in March 2011, no. If that is what you mean, as the NPR interviewer had the temerity to suggest, than yes. It was U.S. policy that caused the destruction of the Libyan state, such as it was. U.S. policy, from starting a war to failing to plan for its Phase 4 post-combat aftermath, explains not only the god-awful mess that Libya has become, but also what happened to Ambassador Stevens and three other Americans in Benghazi on September 11, 2012. Libya has to get its act together to deserve our help?! What Libya? There is for all practical purposes no Libyan state for us to help.

Did Iraq’s troubles today, by which I mean the state’s collapse back into roughly the three Ottoman provinces cobbled together to create it in 1920, just sort of happen, too? Like Libya, Iraq was a nasty, authoritarian hellhole before U.S. policy made it even worse. We may blame that on the Bush Administration for mis-starting a war that had not been properly planned, but Iraq would not be quite the mess it is today had the Obama Administration not mis-ended it by yanking our presence out without a SOFA agreement. Iraq has to get its act together to deserve our continued or expanded help?! What Iraq? There is, very nearly, no Iraqi state for us to help.

Did Syria’s troubles fall out of the sky, too? Here U.S. policy is mostly guilty of sins of omission rather than sins of commission, some of them circling back to our hands-off-Iran supinity, but it is guilty all the same. As we have said here at TAI many times over the past three years, a judicious early use of U.S. power and leadership well short of kinetic action—difficult though it always was, true—could have averted the still evolving worst-case calamity that Syria has become. Syria is well on its way to complete Somalization. So Syria, too, has to get its act together to deserve our help?! What Syria? There is, very nearly, no Syrian state for us to help.

Far be it for me to advocate the use of U.S. force in any of these places. We cannot put these states back together at an acceptable cost in blood and treasure. As I have stressed in earlier posts (for example, here), what is happening, at base, is historio-structural in nature and no mere policy nipping and tucking can restore the status quo ante. I am no more in a mood to move chess pieces around on a table than the President is, especially if I have to do it with bombers, APCs, and Aegis cruisers loaded up with SLCMs. But to pontificate about the need for Arab self-help in these three cases, as though U.S. policy had nothing whatsoever to do with their present plights, very nearly surpasses credulity. It reminds me of a three-year old not yet well experienced at hide-and-go-seek who covers his face and thereby imagines that others cannot see him. Who in the region does the President think he’s fooling?

I have commented in recent weeks about the dropping away of relevant context in the reporting of important news stories, which I suspect is linked to the generic disappearance of even relatively recent historical memory in our IT-addled, radically segmented collective cognitive state (see, for example, this). But this amnesic babble really takes all, and coming from the President of the United States it frankly makes me a bit uncomfortable.

One of my secular New Year’s resolutions is to read and think more, write and speak less. Another, however, is to write more quickly on the heels of breaking stories, as I’m doing now. Another is to cut back on the ice cream; I like to think that will buy me an indulgence for a bit more single malt, which is more conducive to thinking than to writing, and so the circle of my resolutions comes to completion.

I wish Vice President Biden success in his effort to cut back further on committing truths in public. I’m always here for you, Joe, if you need me.

As for the President, I hope he will add a resolution for 2015 to stop saying stupid “stuff” to his previous determination to not do stupid “stuff.” Since saying and doing are mingled behaviors, especially when they emanate from the Oval Office, a truth that even non-speechwriters can appreciate and that this President seems implicitly to credit more than most, there’s reason to expect both resolution and redemption. Happy New Year!
Adam Garfinkle is editor of The American Interest.

Voir encore:

Obama says days of U.S ‘meddling’ in Latin America are over
Dave Boyer

The Washington Times

April 10, 2015

President Obama told Latin America leaders in Panama Friday that the days of U.S. exploitation of the region are over, and that America owes a debt to the rest of the world for helping to bring equality to the U.S.

“We are respectful of the differences among our countries,” Mr. Obama said at the Summit of the Americas. “The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past.”

The crowd erupted in sustained applause.

Mr. Obama urged leaders in the region to embrace democratic principles, including public debate and dissent.

“It’s not to say that my country’s perfect, we are not. And that’s the point,” Mr. Obama said. “We have to wrestle with our own challenges from issues of race to policing to inequality. We embrace our ability to become better through our democracy.”

Referring to slavery and Jim Crow-era segregation in the U.S., Mr. Obama also said that outside forces helped to improve life in America.

“There was a time in our own country when there were groups that were voiceless and powerless,” Mr. Obama said. “Because of world opinion, that helped to change those circumstances. We have a debt to pay because the voices of ordinary people made us better. That’s a debt I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world.”

Earlier, Mr. Obama took an apparent swipe at Cuba’s communist regime when he said “almost everybody” in Latin America has been smart enough to move their countries to a market-based economy.

“By virtue of wisdom, and some things that didn’t work and some things that did, everybody around the region … has a very practical solution, or a practical orientation,” Mr. Obama said.

Then he grinned and added, “Maybe not everybody, but almost everybody.” The audience of business leaders laughed.

The president, who is expected to meet for the first time with Cuban President Raul Castro Saturday on the sidelines of the summit, said countries in the hemisphere previously subscribed either to a “statist” economic model or a free-market approach.

“Everything was very ideological in this region in discussing how economic development went forward,” Mr. Obama said. “I believe the free market is the greatest wealth-generator and innovator and is a recipe for success for countries.”

Dave Boyer is a White House correspondent for The Washington Times. A native of Allentown, Pa., Boyer worked for the Philadelphia Inquirer from 2002 to 2011 and also has covered Congress for the Times. He is a graduate of Penn State University. Boyer can be reached at dboyer@washingtontimes.com.

Voir encore:

Remarks by President Obama at the Civil Society Forum
On April 10, 2015, in Office of the Press Secretary, Speeches and Remarks, The President, Western Hemisphere, by The White House
Hotel El Panama
Panama City, Panama

PRESIDENT OBAMA:  Buenas tardes.  Thank you, President Varela.  Thank you very much, Panama, for hosting this Summit of the Americas.  And I thank everybody who’s traveled here from across the region for the courageous work that you do to defend freedom and human rights, and to promote equality and opportunity and justice across our hemisphere and around the world.

I am proud to be with you at this first-ever official gathering of civil society leaders at the Summit of the Americas. And I’m pleased to have Cuba represented with us at this summit for the very first time.  (Applause.)

We’re here for a very simple reason.  We believe that strong, successful countries require strong and vibrant civil societies.  We know that throughout our history, human progress has been propelled not just by famous leaders, not just by states, but by ordinary men and women who believe that change is possible; by citizens who are willing to stand up against incredible odds and great danger not only to protect their own rights, but to extend rights to others.

I had a chance to reflect on this last month when I was in the small town of Selma, Alabama.  Some of you may have heard of it.  It’s a place where, 50 years ago, African-Americans marched in peaceful, nonviolent protest — not to ask for special treatment but to be treated equally, in accordance with the founding documents of our Declaration of Independence, our Bill of Rights.  They were part of a civil rights movement that had endured violence and repression for decades, and would endure it again that day, as many of the marchers were beaten.

But they kept marching.  And despite the beatings of that day, they came back, and more returned.  And the conscience of a nation was stirred.  Their efforts bent, in the words of Dr. Martin Luther King, the arc of the moral universe towards justice.  And it was their vision for a more fair and just and inclusive and generous society that ultimately triumphed.  And the only reason I stand here today as the President of the United States is because those ordinary people — maids, and janitors, and schoolteachers — were willing to endure hardship on my behalf.  (Applause.)

And that’s why I believe so strongly in the work that you do.  It’s the dreamers — no matter how humble or poor or seemingly powerless — that are able to change the course of human events.  We saw it in South Africa, where citizens stood up to the scourge of apartheid.  We saw it in Europe, where Poles marched in Solidarity to help bring down the Iron Curtain.  In Argentina, where mothers of the disappeared spoke out against the Dirty War.  It’s the story of my country, where citizens worked to abolish slavery, and establish women’s rights and workers’ rights, and rights for gays and lesbians.

It’s not to say that my country is perfect — we are not.  And that’s the point.  We always have to have citizens who are willing to question and push our government, and identify injustice.  We have to wrestle with our own challenges — from issues of race to policing to inequality.  But what makes me most proud about the extraordinary example of the United States is not that we’re perfect, but that we struggle with it, and we have this open space in which society can continually try to make us a more perfect union.

We’ve stood up, at great cost, for freedom and human dignity, not just in our own country, but elsewhere.  I’m proud of that.  And we embrace our ability to become better through our democracy.  And that requires more than just the work of government.  It demands the hard and frustrating, sometimes, but absolutely vital work of ordinary citizens coming together to make common cause.

So civil society is the conscience of our countries.  It’s the catalyst of change.  It’s why strong nations don’t fear active citizens.  Strong nations embrace and support and empower active citizens.  And by the way, it’s not as if active citizens are always right — they’re not.  Sometimes people start yelling at me or arguing at me, and I think, you don’t know what you’re talking about.  But sometimes they do.  And the question is not whether they’re always right; the question is, do you have a society in which that conversation, that debate can be tested and ideas are tested in the marketplace.

And because of the efforts of civil society, now, by and large, there’s a consensus in the Americas on democracy and human rights, and social development and social inclusiveness.  I recognize there’s strong differences about the role of civil society, but I believe we can all benefit from open and tolerant and inclusive dialogue.  And we should reject violence or intimidation that’s aimed at silencing people’s voices.

The freedom to be heard is a principle that the Americas at large is committed to.  And that doesn’t mean, as I said, that we’re going to agree on every issue.  But we should address those issue candidly and honestly and civilly, and welcome the voices of all of our people into the debates that shape the future of the hemisphere.  (Applause.)

Just to take one example:  As the United States begins a new chapter in our relationship with Cuba, we hope it will create an environment that improves the lives of the Cuban people -– not because it’s imposed by us, the United States, but through the talent and ingenuity and aspirations, and the conversation among Cubans from all walks of life so they can decide what the best course is for their prosperity.

As we move toward the process of normalization, we’ll have our differences, government to government, with Cuba on many issues — just as we differ at times with other nations within the Americas; just as we differ with our closest allies.  There’s nothing wrong with that.  But I’m here to say that when we do speak out, we’re going to do so because the United States of America does believe, and will always stand for, a certain set of universal values.  And when we do partner with civil society, it’s because we believe our relationship should be with governments and with the peoples that they represent.

It’s also because we believe that your work is more important than ever.  Here in the Americas, inequality still locks too many people out of our economies.  Discrimination still locks too many out of our societies.  Around the world, there are still too many places where laws are passed to stifle civil society, where governments cut off funding for groups that they don’t agree with.  Where entrepreneurs are crushed under corruption.  Where activists and journalists are locked up on trumped-up charges because they dare to be critical of their governments.  Where the way you look, or how you pray, or who you love can get you imprisoned or killed.

And whether it’s crackdowns on free expression in Russia or China, or restrictions on freedom of association and assembly in Egypt, or prison camps run by the North Korean regime — human rights and fundamental freedoms are still at risk around the world.  And when that happens, we believe we have a moral obligation to speak out.

We also know that our support for civil society is not just about what we’re against, but also what we’re for.  Because we’ve noticed that governments that are more responsive and effective are typically governments where the people are free to assemble, and speak their minds, and petition their leaders, and hold us accountable.

We know that our economies attract more trade and investment when citizens are free to start a new business without paying a bribe.   We know that our societies are more likely to succeed when all our people — regardless of color, or class, or creed, or sexual orientation, or gender — are free to live and pray and love as they choose.  That’s what we believe.

And, increasingly, civil society is a source of ideas — about everything from promoting transparency and free expression, to reversing inequality and rescuing our environment.  And that’s why, as part of our Stand with Civil Society Initiative, we’ve joined with people around the world to push back on those who deny your right to be heard.  I’ve made it a mission of our government not only to protect civil society groups, but to partner with you and empower you with the knowledge and the technology and the resources to put your ideas into action.  And the U.S. supports the efforts to establish a permanent, meaningful role for civil societies in future Summits of the Americas.  (Applause.)

So let me just say, when the United States sees space closing for civil society, we will work to open it.  When efforts are made to wall you off from the world, we’ll try to connect you with each other.  When you are silenced, we’ll try to speak out alongside you.  And when you’re suppressed, we want to help strengthen you.  As you work for change, the United States will stand up alongside you every step of the way.  We are respectful of the difference among our countries.  The days in which our agenda in this hemisphere so often presumed that the United States could meddle with impunity, those days are past.  (Applause.)

But what it does mean — but we do have to be very clear that when we speak out on behalf of somebody who’s been imprisoned for no other reason than because they spoke truth to power, when we are helping an organization that is trying to empower a minority group inside a country to get more access to resources, we’re not doing that because it serves our own interests; we’re doing it because we think it’s the right thing to do.  (Applause.)  And that’s important.

And I hope that all the other countries at the Summit of the Americas will join us in seeing that it’s important.  Because sometimes, as difficult as it is, it’s important for us to be able to speak honestly and candidly on behalf of people who are vulnerable and people who are powerless, people who are voiceless.  I know, because there was a time in our own country where there were groups that were voiceless and powerless.  And because of world opinion, that helped to change those circumstance.  We have a debt to pay, because the voices of ordinary people have made us better.  That’s a debt that I want to make sure we repay in this hemisphere and around the world.

Thank you very much, everybody.  (Applause.)  God bless you.

Voir enfin:

The Doctrine That Never Died
Tom Wolfe

The New York Times

January 30, 2005
SURELY some bright bulb from the Council on Foreign Relations in New York or the Woodrow Wilson School of Public and International Affairs at Princeton has already remarked that President Bush’s inaugural address 10 days ago is the fourth corollary to the Monroe Doctrine. No? So many savants and not one peep out of the lot of them? Really?

The president had barely warmed up: « There is only one force of history that can break the reign of hatred and resentment, and expose the pretensions of tyrants … and that is the force of human freedom…. The survival of liberty in our land increasingly depends on the success of liberty in other lands. … America’s vital interests and our deepest beliefs are now one… » when – bango! – I flashed back 100 years and 47 days on the dot to another president. George W. Bush was speaking, but the voice echoing inside my skull – a high-pitched voice, an odd voice, coming from such a great big hairy bear of a man – was that of the president who dusted off Monroe’s idea and dragged it into the 20th century.

« The steady aim of this nation, as of all enlightened nations, » said the Echo, « should be to strive to bring ever nearer the day when there shall prevail throughout the world the peace of justice. …Tyrants and oppressors have many times made a wilderness and called it peace. …The peace of tyrannous terror, the peace of craven weakness, the peace of injustice, all these should be shunned as we shun unrighteous war. … The right of freedom and the responsibility for the exercise of that right cannot be divorced. »

Theodore Roosevelt! – Dec. 4, 1904, announcing to Congress the first corollary to the Monroe Doctrine – an item I had deposited in the memory bank and hadn’t touched since I said goodbye to graduate school in the mid-1950’s!

In each case what I was hearing was the usual rustle and flourish of the curtains opening upon a grandiloquent backdrop. But if there was one thing I learned before departing academe and heading off wayward into journalism, it was that these pretty preambles to major political messages, all this solemn rhetorical throat-clearing – the parts always omitted from the textbooks as superfluous – are inevitably what in fact gives the game away.

Theodore Roosevelt’s corollary to President James Monroe’s famous doctrine of 1823 proclaimed that not only did America have the right, à la Monroe, to block European attempts to re-colonize any of the Western Hemisphere, it also had the right to take over and shape up any nation in the hemisphere guilty of « chronic wrongdoing » or uncivilized behavior that left it « impotent, » powerless to defend itself against aggressors from the Other Hemisphere, meaning mainly England, France, Spain, Germany and Italy.

The immediate problem was that the Dominican Republic had just reneged on millions in European loans so flagrantly that an Italian warship had turned up just off the harbor of Santo Domingo. Roosevelt sent the Navy down to frighten off the Italians and all other snarling Europeans. Then the United States took over the Dominican customs operations and debt management and by and by the whole country, eventually sending in the military to run the place. We didn’t hesitate to occupy Haiti and Nicaragua, either.

Back in 1823, Europeans had ridiculed Monroe and his doctrine. Baron de Tuyll, the Russian minister to Washington, said Americans were too busy hard-grabbing and making money to ever stop long enough to fight, even if they had the power, which they didn’t. But by the early 1900’s it was a different story.

First there was T.R. And then came Senator Henry Cabot Lodge. In 1912 Japanese businessmen appeared to be on the verge of buying vast areas of Mexico’s Baja California bordering our Southern California. Lodge drew up, and the Senate ratified, what became known as the Lodge Corollary to the Monroe Doctrine. The United States would allow no foreign interests, no Other Hemispheroids of any description, to give any foreign government « practical power of control » over territory in This Hemisphere. The Japanese government immediately denied having any connection with the tycoons, and the Baja deals, if any, evaporated.

Then, in 1950, George Kennan, the diplomat who had developed the containment theory of dealing with the Soviet Union after the Second World War, toured Latin America and came away alarmed by Communist influence in the region. So he devised the third corollary to the Monroe Doctrine. The Kennan Corollary said that Communism was simply a tool of Soviet national power. The United States had no choice, under the mandates of the Monroe Doctrine, but to eradicate Communist activity wherever it turned up in Latin America … by any means necessary, even if it meant averting one’s eyes from dictatorial regimes whose police force did everything but wear badges saying Chronic Wrongdoing.

The historian Gaddis Smith summarizes the Lodge and Kennan Corollaries elegantly and economically in « The Last Years of the Monroe Doctrine, 1945-1993. » Now, Gaddis Smith was a graduate-schoolmate of mine and very much a star even then and has remained a star historian ever since. So do I dare suggest that in this one instance, in a brilliant career going on 50 years now, that Gaddis Smith might have been …wrong? … that 1945 to 1993 were not the last years of the Monroe Doctrine? … that the doctrine was more buff and boisterous than it has ever been 10 days ago, Jan. 20, 2005?

But before we go forward, let’s take one more step back in time and recall the curious case of Antarctica. In 1939 Franklin Roosevelt authorized the first official United States exploration of the South Pole, led by Admiral Richard E. Byrd. The expedition was scientific – but also military. The Japanese and the Germans were known to be rooting about in the ice down there, as were the Russians, the British, the Chileans, the Argentines, all of them yapping and stepping on one another’s heels. Gradually it dawned on the whole bunch of them: at the South Pole the hemispheres got … awfully narrow. In fact, there was one point, smaller than a dime, if you could ever find it, where there were no more Hemispheres at all. Finally, everybody in essence just gave up and forgot about it. It was so cold down there, you couldn’t shove a shell into the gullet of a piece of artillery … or a missile into a silo.

Ah, yes, a missile. On the day in November 1961, when the Air Force achieved the first successful silo launching of an intercontinental ballistic missile, the SM-80, the Western Hemisphere part of the Monroe Doctrine ceased to mean anything at all – while the ideas behind it began to mean everything in the world.

At bottom, the notion of a sanctified Western Hemisphere depended upon its separation from the rest of the world by two vast oceans, making intrusions of any sort obvious. The ICBM’s – soon the Soviet Union and other countries had theirs – shrank the world in a military sense. Then long-range jet aircraft, satellite telephones, television and the Internet all, in turn, did the job socially and commercially. By Mr. Bush’s Inauguration Day, the Hemi in Hemisphere had long since vanished, leaving the Monroe Doctrine with – what? – nothing but a single sphere … which is to say, the entire world.

For the mission – the messianic mission! – has never shrunk in the slightest … which brings us back to the pretty preambles and the solemn rhetorical throat-clearing … the parts always omitted from the textbooks as superfluous. « America’s vital interests and our deepest beliefs are now one, » President Bush said. He added, « From the day of our founding, we have proclaimed that every man and woman on this earth has rights, and dignity, and matchless value, because they bear the image of the maker of heaven and earth. »

David Gelernter, the scientist and writer, argues that « Americanism » is a fundamentally religious notion shared by an incredibly varied population from every part of the globe and every conceivable background, all of whom feel that they have arrived, as Ronald Reagan put it, at a « shining city upon a hill. » God knows how many of them just might agree with President Bush – and Theodore Roosevelt – that it is America’s destiny and duty to bring that salvation to all mankind.

This article misstated part of the history of intercontinental ballistic missiles. The silo launching of a solid-fuel SM-80 Minuteman missile in November 1961 was not the first of an ICBM; a less practical liquid-fuel Titan missile was launched from a silo earlier that year.

Tom Wolfe is the author, most recently, of « I Am Charlotte Simmons. »

Voir par ailleurs:

Journée historique entre Raul Castro et Barack Obama
Laure Mandeville
Le Figaro

12/04/2015

VIDÉO – Samed, les deux présidents américain et cubain ont échangé une poignée de main et se sont entretenus en marge du sommet des Amériques à Panama. Mais le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux.
De notre correspondante à Washington

Un peu plus d’une heure, à portes fermées. C’est le temps qu’ont passé ensemble les présidents Barack Obama et Raul Castro, ce samedi lors du sommet des Amériques à Panama. Il n’y avait pas eu de telle rencontre entre un dirigeant américain et un dirigeant cubain depuis 1956 quand Eisenhower y avait rencontré le dictateur Batista. Quand Obama et Castro se sont levés et se sont tendu la main, souriants et décontractés dans leurs costumes sombres, le moment historique a donc été fixé sur pellicule par des nuées de photographes et de cameramen. Un nouveau chapitre s’ouvrait dans l’histoire des Etats-Unis et de Cuba.

«Cela a été une conversation franche et fructueuse», un dialogue «très direct», a affirmé le président Obama devant les journalistes, reconnaissant toutefois que des différences importantes persistent sur les Droits de l’homme. «Nous avons réussi à parler honnêtement de nos différences et de nos préoccupations, de telle manière que je pense que nous détenons la possibilité de faire avancer la relation entre nos deux pays dans une direction différente et meilleure», a-t-il ajouté, optimiste. Raul Castro, lui, a affirmé qu’il faudrait «beaucoup de patience». «L’Histoire entre nos deux pays a été compliquée, mais nous sommes disposés à avancer et à discuter de tout, y compris des droits de l’homme». Le Cubain, visiblement de bonne humeur, avait déjà montré son intention de créer un climat détendu lors du Sommet, en plaisantant sur le fait qu’il avait droit à 8 minutes de discours multipliés par 6, puisque Cuba avait été exclu pendant six sommets. Après un long plaidoyer contre les ingérences des anciennes administrations américaines dans les affaires cubaines et latino-américaines, il a salué la probité de Barack Obama, le qualifiant «d’honnête homme». Il a dit vouloir avancer dans un ‘’dialogue respectueux, pour permettre une «coexistence civilisée» en dépit de «profondes différences».

La reprise des relations diplomatiques a figuré en bonne place dans les discussions, faisant suite à trois séries de discussions de haut niveau entre La Havane et Washington. Castro a demandé à Obama d’accélérer les démarches pour le retrait de Cuba de la liste des pays soutenant le terrorisme, indiquant qu’il verrait comme un «pas positif» une «décision rapide» des États-Unis sur ce dossier. L’Américain a indiqué qu’il avait reçu une recommandation favorable du Département d’Etat, mais qu’il n’avait pas encore eu le temps de l’étudier avant de la transmettre au Congrès. Un sujet qui risque de susciter des tiraillements au sein de la majorité républicaine, sur la colline du Capitole.

Au-delà des relations diplomatiques, le chemin de la normalisation reste semé de nombreux points de contentieux, dont le plus délicat est bien sûr l’embargo total sur les transactions économiques et financières avec Cuba, imposé depuis 1962. Le président cubain a une nouvelle fois insisté samedi sur la nécessité de «résoudre» cette question. Depuis l’annonce historique du rapprochement avec Cuba en décembre, Obama a demandé au Congrès, de travailler à la levée de l’embargo car lui seul peut le faire. Mais les deux chambres, dominées par les républicains sont pour l’instant très partagées sur la question, sous la pression notamment de la minorité cubaine américaine, dans l’ensemble très conservatrice sur la question des relations avec Cuba. Cette minorité influente exige toujours des changements préalables substantiels en matière de libertés à Cuba, que le clan conservateur des généraux de l’île, veut empêcher à toute force.

Le chemin de la normalisation s’avère donc semé d’obstacles, même si la nouvelle génération de cubains américains est plus ouverte à la réconciliation que celle de leurs parents. «Nous sommes en terre inconnue ici, il s’agit de changer fondamentalement la manière dont les Etats-Unis considèrent Cuba, son gouvernement, sa population, sa société civile», a résumé le principal conseiller de politique étrangère d’Obama, Ben Rhodes. L’équipe du président Obama espère que le développement des relations et la modernisation finissent par créer une dynamique positive d’ouverture au plan politique, une approche soutenue par l’opinion publique américaine, favorable à une évolution des relations à 59%. La normalisation avec Cuba est d’autant plus soutenue qu’elle va entraîner une normalisation des relations des Etats-Unis avec l’ensemble de la région, notent les experts. «Le fantôme de Cuba était présent dans toutes les relations bilatérales et multilatérales, à partir de maintenant, il disparaît», a confié à l’AFP Santiago Canton, responsable du centre Robert Kennedy pour la justice et les droits de l’homme.

Voir aussi:

Cuba leaves talks on US ties insisting it won’t make major changes to its system
Michael Weissenstein And Anne-Marie Garcia,

The Associated Press | The Canadian Press

25 Jan, 2015

HAVANA – The start of talks on repairing 50 years of broken relations appears to have left President Raul Castro’s government focused on winning additional concessions without giving in to U.S. demands for greater freedoms, despite the seeming benefits that warmer ties could have for the country’s struggling economy.

Following the highest-level open talks in three decades between the two nations, Cuban officials remained firm in rejecting significant reforms pushed by the United States as part of President Barack Obama’s surprise move to re-establish ties and rebuild economic relations with the Communist-led country.

« One can’t think that in order to improve and normalize relations with the U.S., Cuba has to give up the principles it believes in, » Cuba’s top diplomat for U.S. affairs, Josefina Vidal, told The Associated Press after the end of the talks. « Changes in Cuba aren’t negotiable. »

It’s not clear if Cuba’s tough stance is part of normal negotiation tactics or a hardened position that could prevent the talks from moving forward.

The Obama administration has dedicated significant political capital to rapprochement, but closer ties with the economic giant to the north also could have major importance for Cuba, which saw growth slow sharply in 2014 and is watching with concern as falling oil prices slam Venezuela, which has been a vital source of economic support.

In a wide-ranging interview, Vidal said that before deciding whether to allow greater economic ties with the U.S., Cuba was seeking more answers about Obama’s dramatic of loosening the half-century trade embargo.

Measures put into effect this month range from permitting large-scale sales of telecommunications equipment to allowing U.S. banks to open accounts in Cuba, but Vidal said officials on the island want to know if Cuba can buy such gear on credit and whether it is now free to use dollars for transactions around the world, not just those newly permitted with U.S. institutions. Until now, at least, U.S. law and policy has banned most foreign dealings with Cuba.

« I could make an endless list of questions and this is going to require a series of clarifications in order to really know where we are and what possibilities are going to open up, » Vidal said.

Obama also launched a review of Cuba’s inclusion on the U.S. list of state sponsors of terrorism and Vidal said « it will be difficult to conceive of the reestablishment of relations » while Cuba remains on that list, which imposes financial and other restrictions.

Vidal also said full normalization will be impossible until Congress lifts the many elements of the trade embargo that aren’t affected by Obama’s executive action — a step seen as unlikely with a Republican-dominated Congress. Among key prohibitions that remain is a ban on routine tourism to Cuba.

Even a relatively simple measure such as granting U.S. diplomats freedom of movement around Cuba, she said, is tied to reduced U.S. support of dissidents, whom Cuba says are breaking the law by acting to undermine the government of behalf of U.S. interests.

« It’s associated with a change in behaviour in the diplomatic missions as such and of the diplomatic officials, who must conduct themselves as our officials in Washington do, with total respect for the laws of that country, » Vidal said.

She also said Cuba has not softened its refusal to turn over U.S. fugitives granted asylum in Cuba. The warming of relations has spawned new demands in the U.S. for the State Department to seek the return of fugitives including Joanne Chesimard, a Black Liberation Army member now known as Assata Shakur, who fled to Cuba after she was convicted in 1977 of killing a New Jersey state trooper.

Vidal said the two nations’ extradition treaty « had a very clear clause saying that the agreement didn’t apply to people who could be tied to crimes of a political nature. »

But the opening already has led to some changes, at least in the short-term: Cuba significantly relaxed its near-total control of public information during the talks in Havana, allowing the live broadcast of news conferences in which foreign reporters questioned Vidal about sensitive topics including human rights. Cuban television even broadcast part of a news conference with Vidal’s counterpart, Roberta Jacobson, to foreign reporters, state media and independent Cuban reporters who are considered members of the opposition.

Cubans said they were taken aback by the flow of information but wanted to know much more about what the new relationship with the U.S. means.

« We’ve seen so much, really so much more than what we’re used to, about very sensitive topics in our country, » said Diego Ferrer, a 68-year-old retired state worker.

Jesus Rivero, also 68 and retired from government work, sat on a park bench in Old Havana reading a report in the official Communist Party newspaper, Granma, about Jacobson’s press conference.

« It’s good that Granma reports the press conference in the residence of the head of the Interests Section, » Rivero said. « But I think they should explain much more so that the whole population really understands what’s going on. »

Voir de plus:

The Abuse of Satire
Garry Trudeau on Charlie Hebdo, free-speech fanaticism, and the problem with “punching downward”
Garry Trudeau

The New Yorker

Apr 11 2015

The following is the text of remarks Garry Trudeau delivered on April 10 at the Long Island University’s George Polk Awards ceremony, where he received the George Polk Career Award.

My career—I guess I can officially call it that now—was not my idea. When my editor, Jim Andrews, recruited me out during my junior year in college and gave me the job I still hold, it wasn’t clear to me what he was up to. Inexplicably, he didn’t seem concerned that I was short on the technical skills normally associated with creating a comic strip—it was my perspective he was interested in, my generational identity. He saw the sloppy draftsmanship as a kind of cartoon vérité, dispatches from the front, raw and subversive.

Why were they so subversive? Well, mostly because I didn’t know any better.  My years in college had given me the completely false impression that there were no constraints, that it was safe for an artist to comment on volatile cultural and political issues in public. In college, there’s no down side. In the real world, there is, but in the euphoria of being recognized for anything, you don’t notice it at first. Indeed, one of the nicer things about youthful cluelessness is that it’s so frequently confused with courage.

One of the nicer things about youthful cluelessness is that it’s so frequently confused with courage.
In fact, it’s just flawed risk assessment. I have a friend who was the Army’s top psychiatrist, and she once told me that they had a technical term in the Army for the prefrontal cortex, where judgment and social control are located. She said, “We call them sergeants.”

In the print world, we call them editors. And I had one, and he was gifted, but the early going was rocky. The strip was forever being banned. And more often than not, word would come back that it was not the editor but the stuffy, out of touch owner/publisher who was hostile to the feature.

For a while, I thought we had an insurmountable generational problem, but one night after losing three papers, my boss, John McMeel, took me out for a steak and explained his strategy. The 34-year-old syndicate head looked at his 22-year-old discovery over the rim of his martini glass, smiled, and said, “Don’t worry. Sooner or later, these guys die.”

Well, damned if he wasn’t right. A year later, the beloved patriarch of those three papers passed on, leaving them to his intemperate son, whose first official act, naturally, was to restore Doonesbury. And in the years that followed, a happy pattern emerged: All across the country, publishers who had vowed that Doonesbury would appear in their papers over their dead bodies were getting their wish.

So McMeel was clearly on to something—a brilliant actuarial marketing strategy, but it didn’t completely solve the problem. I’ve been shuttled in and out of papers my whole career, most recently when I wrote about Texas’s mandatory transvaginal probes, apparently not a comics page staple. I lost 70 papers for the week, so obviously my judgment about red lines hasn’t gotten any more astute.

I, and most of my colleagues, have spent a lot of time discussing red lines since the tragedy in Paris. As you know, the Muhammad cartoon controversy began eight years ago in Denmark, as a protest against “self-censorship,” one editor’s call to arms against what she felt was a suffocating political correctness. The idea behind the original drawings was not to entertain or to enlighten or to challenge authority—her charge to the cartoonists was specifically to provoke, and in that they were exceedingly successful. Not only was one cartoonist gunned down, but riots erupted around the world, resulting in the deaths of scores. No one could say toward what positive social end, yet free speech absolutists were unchastened. Using judgment and common sense in expressing oneself were denounced as antithetical to freedom of speech.

And now we are adrift in an even wider sea of pain. Ironically, Charlie Hebdo, which always maintained it was attacking Islamic fanatics, not the general population, has succeeded in provoking many Muslims throughout France to make common cause with its most violent outliers. This is a bitter harvest.

Traditionally, satire has comforted the afflicted while afflicting the comfortable. Satire punches up, against authority of all kinds, the little guy against the powerful. Great French satirists like Molière and Daumier always punched up, holding up the self-satisfied and hypocritical to ridicule. Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean.

Ridiculing the non-privileged is almost never funny—it’s just mean.
By punching downward, by attacking a powerless, disenfranchised minority with crude, vulgar drawings closer to graffiti than cartoons, Charlie wandered into the realm of hate speech, which in France is only illegal if it directly incites violence. Well, voila—the 7 million copies that were published following the killings did exactly that, triggering violent protests across the Muslim world, including one in Niger, in which ten people died. Meanwhile, the French government kept busy rounding up and arresting over 100 Muslims who had foolishly used their freedom of speech to express their support of the attacks.

The White House took a lot of hits for not sending a high-level representative to the pro-Charlie solidarity march, but that oversight is now starting to look smart. The French tradition of free expression is too full of contradictions to fully embrace. Even Charlie Hebdo once fired a writer for not retracting an anti-Semitic column. Apparently he crossed some red line that was in place for one minority but not another.

What free speech absolutists have failed to acknowledge is that because one has the right to offend a group does not mean that one must. Or that that group gives up the right to be outraged. They’re allowed to feel pain. Freedom should always be discussed within the context of responsibility. At some point free expression absolutism becomes childish and unserious. It becomes its own kind of fanaticism.

I’m aware that I make these observations from a special position, one of safety. In America, no one goes into cartooning for the adrenaline. As Jon Stewart said in the aftermath of the killings, comedy in a free society shouldn’t take courage.

Writing satire is a privilege I’ve never taken lightly.  And I’m still trying to get it right. Doonesbury remains a work in progress, an imperfect chronicle of human imperfection. It is work, though, that only exists because of the remarkable license that commentators enjoy in this country. That license has been stretched beyond recognition in the digital age. It’s not easy figuring out where the red line is for satire anymore. But it’s always worth asking this question: Is anyone, anyone at all, laughing? If not, maybe you crossed it.

Voir aussi:

SALUTATION DU SAINT-PERE AU DÉBUT DE LA MESSE POUR LES FIDÈLES DE RITE ARMÉNIEN

Pape François

MESSE POUR LES FIDÈLES DE RITE ARMÉNIEN

Basilique vaticane
IIe Dimanche de Pâques (ou de la Divine Miséricorde), 12 avril 2015

Chers frères et sœurs Arméniens, chers frères et sœurs,

En des occasions diverses j’ai défini cette époque comme un temps de guerre, une troisième guerre mondiale « par morceaux », où nous assistons quotidiennement à des crimes atroces, à des massacres sanglants, et à la folie de la destruction. Malheureusement, encore aujourd’hui, nous entendons le cri étouffé et négligé de beaucoup de nos frères et sœurs sans défense, qui, à cause de leur foi au Christ ou de leur appartenance ethnique, sont publiquement et atrocement tués – décapités, crucifiés, brulés vifs –, ou bien contraints d’abandonner leur terre.

Aujourd’hui encore nous sommes en train de vivre une sorte de génocide causé par l’indifférence générale et collective, par le silence complice de Caïn qui s’exclame : « Que m’importe ? », « Suis-je le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9 ; Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Notre humanité a vécu, le siècle dernier, trois grandes tragédies inouïes : la première est celle qui est généralement considérée comme « le premier génocide du XXème siècle » (Jean-Paul II et Karekin II, Déclaration commune, Etchmiadzin, 27 septembre 2001) ; elle a frappé votre peuple arménien – première nation chrétienne –, avec les Syriens catholiques et orthodoxes, les Assyriens, les Chaldéens et les Grecs. Des évêques, des prêtres, des religieux, des femmes, des hommes, des personnes âgées et même des enfants et des malades sans défense ont été tués. Les deux autres ont été perpétrées par la nazisme et par le stalinisme. Et, plus récemment, d’autres exterminations de masse, comme celles au Cambodge, au Rwanda, au Burundi, en Bosnie. Cependant, il semble que l’humanité ne réussisse pas à cesser de verser le sang innocent. Il semble que l’enthousiasme qui est apparu à la fin de la seconde guerre mondiale soit en train de disparaître et de se dissoudre. Il semble que la famille humaine refuse d’apprendre de ses propres erreurs causées par la loi de la terreur ; et ainsi, encore aujourd’hui, il y en a qui cherchent à éliminer leurs semblables, avec l’aide des uns et le silence complice des autres qui restent spectateurs. Nous n’avons pas encore appris que « la guerre est une folie, un massacre inutile » (cf. Homélie à Redipuglia, 13 septembre 2014).

Chers frères arméniens, aujourd’hui nous rappelons, le cœur transpercé de douleur mais rempli d’espérance dans le Seigneur ressuscité, le centenaire de ce tragique événement, de cette  effroyable et folle extermination, que vos ancêtres ont cruellement soufferte. Se souvenir d’eux est nécessaire, plus encore c’est un devoir, parce que là où il n’y a plus de mémoire, cela signifie que le mal tient encore la blessure ouverte ; cacher ou nier le mal c’est comme laisser une blessure continuer à saigner sans la panser !

Je vous salue avec affection et je vous remercie pour votre témoignage.

Je salue et je remercie pour sa présence Monsieur Serž Sargsyan, Président de la République d’Arménie.

Je salue aussi cordialement mes frères Patriarches et Évêques : Sa Sainteté Karekin II, Patriarche Suprême et Catholicos de tous les Arméniens ; Sa Sainteté Aram Ier, Catholicos de la Grande Maison de Cilicie ; Sa Béatitude Nerses Bedros XIX, Patriarche de Cilicie des Arméniens Catholiques ; les deux Catholicossats de l’Église Apostolique Arménienne, et le Patriarcat de l’Église Arméno-Catholique.

Avec la ferme certitude que le mal ne vient jamais de Dieu infiniment Bon, et enracinés dans la foi, affirmons que la cruauté ne peut jamais être attribuée à l’œuvre de Dieu, et en outre ne doit absolument pas trouver en son Saint Nom une quelconque justification. Vivons ensemble cette célébration en fixant notre regard sur Jésus-Christ, vainqueur de la mort et du mal.

Voir enfin:

What the War in Iraq Wrought
Jon Lee Anderson

The New Yorker
January 15, 2014

It’s been nearly eleven years since the U.S. invasion of Iraq, which, almost since it began, proved to be the historically fatal element in the war on terror launched by George W. Bush’s White House. His Administration, and its sundry neoconservative wingmen, went so far as to tout the war in Iraq as a means to promote democracy across the Muslim lands. At the same time, there was a growing unease that things might not turn out well. In a 2005 conversation I had with the U.S. Ambassador to Iraq at the time, Zalmay Khalilzad, he spoke of his fears: “I shudder to think what we could face if we don’t fix Iraq.” He foresaw the possibility that an Iraqi civil war between Sunnis and Shiites could infect the entire Middle East.

Where are we today? It seems a good time to take stock.

In Iraq, two years after President Barack Obama made good on his word and pulled U.S. troops out—forty-five hundred American lives later, and God knows how many Iraqi lives later—the slumbering sectarian war has reignited. At least eight thousand Iraqis were killed in the violence in 2013, a majority of them Shiite civilians targeted for murder or killed in bomb blasts set by the reascendant Sunni extremists of Al Qaeda. That’s right: they’re back. Now calling themselves ISIS—the Islamic State of Iraq and al-Sham—the jihadis, who were supposedly defeated by Sunni tribesmen and American troops under the tutelage of David Petraeus, in the so-called Sunni Awakening of 2006-08, are not only active again; they are dominating the Syrian battlefield on the rebel side, and in the past few weeks seized the Iraqi cities of Fallujah and a good part of nearby Ramadi, too.

Remember Fallujah? That’s the city on the outskirts of Baghdad, in the Sunni-dominated Anbar Province, the homeland of restive tribes since the British occupation of Mesopotamia, a hundred years ago. It’s also where, in 2004, in a bid to beat the extremists who controlled it at the time, U.S. combat troops fought two separate battles, at a cost of more than a hundred and twenty American lives. Nearly a quarter of the American troops killed in Iraq during the war—about a thousand men and women—died in Anbar Province.

Now the Al Qaeda flag waves in the center of Fallujah. At least fifty-two people died in Iraq from terrorist bombs on Wednesday. There are car bombs nearly every day.

In Syria, more than two and a half years into a bloody civil war, as many as a hundred and twenty thousand people are dead, with more than a quarter of the country’s population now living as refugees, either displaced internally or in neighboring countries. Al Qaeda and other Islamist rebel groups have taken over what was once a popular, broad-based uprising against the Assad dictatorship, and are killing one another, and ordinary Syrian civilians, across a wide swath of that country. Having effectively lost control of much of the country’s second most important city, Aleppo, to rebels, the regime is now feeling confident enough to be preparing an assault to retake it. Syria’s conflict is about a lot of different things, of course, but in the business of killing, which is the hardtack, everyday stuff of war, it, too, is Shiite versus Sunni.

As for neighboring Lebanon—the Mediterranean rump state formed in the European carve-up of the Ottoman Empire, in the wake of the First World War—thanks to the spillover of Syria’s conflict, it is looking increasingly like a cracked pane of glass, just waiting for the next hard shake to fall apart completely. As in Syria, the violence is pitting Shiite against Sunni, and also against Christian.

And on and on. The region is, effectively, coming apart. If the Cold War helped to suppress long-standing feuds and rivalries (while helping to incubate militant Islam), which the fall of the Soviet Union exposed, it seems obvious now that key nerve endings were cut by the U.S. intervention in Iraq—and the one in Afghanistan, too—finishing off whatever uneasy compromises remained. (The death, by hanging, of Saddam Hussein, in 2006, had a vengeful quality, but it appeased none of Iraq’s demons.) The Arab Spring of 2011, that phenomenon which so raised hopes and caused hearts to flutter in the West—and, indeed, across the Middle East—has collapsed, and been replaced by increasing volatility. Egypt, the bulwark of American power in the region, a staunch Western ally ever since Anwar Sadat signed a peace deal with Israel at Camp David, is now, post-Mubarak and post-Muslim Brotherhood, in the grip of a military clique that is, by the day, widening its definition of who and what is a terrorist. Extremist violence has begun as a reaction, or possibly as a provocation, or both. Expect tyranny, and more violence, in the land of the pharaohs, and—who knows—maybe even civil war. In Bahrain, the Shiite majority simmers under a Sunni king. In Saudi Arabia, hundreds of young male volunteers, anxious for the chance to kill Shiites in Syria’s jihad, manage to go off and do just that, with the ease of Californians flying to Las Vegas for weekend gambling breaks.

And there is anarchic Libya, with its myriad armed gangs, its jihadis, and its own waves of bombings, kidnappings, and assassinations; fragile (and still marginally hopeful) Tunisia; Mali and the other shaky statelets of western Africa, Burkina Faso and Niger, in which terrorists occasionally kill and are chased but nothing is the same as it was; Nigeria, with the fanatical jihadi group Boko Haram, which seeks common cause with Al Qaeda in the region and at home, and kills Christians with breathtaking frequency, only to find its own people massacred by out-of-control government troops; and the Central African Republic, where poverty and underlying tribal enmities have now found terrifying expression within a Christian-versus-Muslim prism.

Indeed, an arc of violent political instability now links Muslim nations from Mauritania to Pakistan, affecting neighbors in Europe and Africa, and there is no end in sight. Most worryingly, in the contiguous nations of central and eastern Africa, where the states are weak, a rash of uncontained conflicts has spread, their violence and refugees flowing outward and overlapping, in a great bulge of mayhem that extends from the Horn to the Nile and from the Great Lakes region to the Sahel. It is dangerous: war thrives in a vacuum.

Nowadays, the U.S. has no interest in sending combat troops, just advisers or small SWAT teams dispatched here and there on specific missions (to kill Osama bin Laden or sundry terrorists in Somalia). Instead, it supports peacekeeping missions, sends humanitarian aid, and engages in hard-nosed diplomacy. That’s all well and good. Why fight wars if you can’t win them? More troops won’t rewind the past or undo the tragic mistakes and the stupidities of the Iraq invasion and its aftermath. But, at the same time, who says that this is not a world at war? Do we have a plan of action?

Back in the days when he was trying to fix Iraq, Ambassador Khalilzad talked about his use of chaos theory, but he lamented the lack of American strategists with the heft and the depth of Zbigniew Brzezinski, his old mentor, or Henry Kissinger, helping to steer things at the top—someone with a world view and a chess master’s eye. It was, I suppose, his way of saying that, for all its sweeping ambitions, the U.S.S. Enterprise was steering blind.

No new Brzezinski ever appeared on the scene. Bush, Cheney, Wolfowitz, and Rumsfeld have long since retired to their ranches to, variously, paint, get a heart transplant, and write self-serving memoirs. Robert Gates, the former Secretary of Defense, has come out with a tell-all book of his own, revealing, among other things, that he cried at night over the deaths of American troops. That’s comforting. We’re all back home now, or nearly so. But we’ve left a mess behind. So what’s next? Where do we go from here?

As for those American soldiers asking, “Was our sacrifice in Fallujah worth it?,” one is at a loss about how to reply to the thought that comes to mind this week: No, it really wasn’t. It is time to get angry.

Voir par ailleurs:

La gauche actuelle est thermidorienne et cynique
Jean-Claude Pacitto, maître de conférences à l’université Paris Est et Philippe Jourdan, professeur à l’université Paris Est

Le Monde

10.04.2015

La gauche a beaucoup de chance. Des historiens et des politologues complaisants veulent toujours voir dans les turbulences qui l’agitent le fruit de divergences idéologiques, de visions du monde opposées comme l’on disait autrefois. Ainsi, on opposera une gauche girondine à une gauche jacobine, une première gauche à une seconde etc…

On remarquera que pour beaucoup ces fractures internes sont issues de la révolution française. Curieusement, une période de la révolution est toujours oubliée. Si l’on excepte de rares occasions, on parle peu de la gauche thermidorienne et pourtant, pensons nous, cette période est capitale pour comprendre ce qu’est devenue, aujourd’hui, la gauche française. La période thermidorienne débute avec la chute de Robespierre le 9 thermidor (27 juillet 1794) et finit avec le coup d’Etat de Bonaparte, le 18 brumaire (9 novembre1799). Elle culminera avec le Directoire. La coalition qui mettra fin à la dictature robespierriste est, dans sa composition, assez hétéroclite. Elle va d’ex-conventionnels terroristes aux anciens girondins en passant par le centre mou de la révolution : le fameux marais. En apparence, sauf l’hostilité à Robespierre, pour des raisons diverses d’ailleurs, ils ne sont d’accord sur rien. En apparence seulement. Car comme le soulignent Furet et Richet dans leur livre La révolution française, ce qui les réunit c’est la poursuite d’un double objectif : celui de la conquête et de l’intérêt. Il ne s’agit plus de créer l’homme vertueux mais de profiter (au sens plein du terme) des acquis de la révolution. Les thermidoriens les plus célèbres, dont le fameux Barras, seront des jouisseurs. Ils aiment l’argent et la jouissance dans tous ses aspects. De ce point de vue, la gauche Canal+ vient de loin, elle n’est pas née avec le mitterrandisme, ni avec 1968. La république spartiate rêvée par Robespierre et Saint-Just fait désormais place à la République des palais et des costumes extravagants.

La période du Directoire sera aussi cette époque où les spéculateurs de tout poil vont nouer avec le pouvoir politique des relations troubles. Les liaisons de la gauche avec la finance ont des antécédents et on se rend compte alors que ce n’est pas simplement ici une rencontre de circonstance. Pour se maintenir au pouvoir et profiter de leurs richesses, souvent acquises de manière suspecte, les thermidoriens seront prêts à tout, notamment aux coups d’Etat. Voyant des complots royalistes partout ils sauront en profiter pour s’offrir une virginité politique à bon compte. Malgré leur cynisme et le caractère très intéressé de leur investissement en politique, ces hommes sont pourtant, d’un point de vue philosophique, des hommes de gauche. Barras, Tallien, Reubell, La Révellière-Lépeaux et bien d’autres encore communient à la philosophie des lumières. Ils croient en la politique de la table rase et vomissent le catholicisme. Leur vision du monde est celle du progressisme de Condorcet. L’anticléricalisme leur est d’autant plus utile qu’il masque l’abandon de leur part de toute volonté de transformation sociale. Car, comme les socialistes d’aujourd’hui les thermidoriens sont, pour la plupart, des bourgeois (Barras était lui issu de la noblesse) qui se méfient de la « canaille ». Les philosophes des lumières leur ont légué une méfiance du peuple qui ne fera que s’approfondir. De ce point de vue aussi, la « prolophobie » actuelle du parti socialiste vient de loin. Ainsi, plus le directoire accentuera sa politique favorable aux intérêts, plus l’anticléricalisme se fera pesant avec un point paroxystique atteint après le coup d’Etat de Fructidor qui entrainera la déportation de centaines de prêtres. Le sociétalisme de la gauche n’est pas né ces trente dernières années, il lui est consubstantiel. Comme l’a bien montré Michéa, il n’est que la manifestation politique de la vision progressiste du monde telle qu’issue de la philosophie des lumières. La nouveauté que les thermidoriens vont léguer à la gauche contemporaine réside dans leur très forte capacité à habiller le cynisme et un amour inconsidéré du pouvoir pour le pouvoir des oripeaux du progressisme. Si l’on ne saurait exonérer les thermidoriens d’un minimum de convictions, ce qui les caractérise avant tout c’est une passion pour le pouvoir et de tout ce qu’il permet. Dans cette perspective, les nombreux dirigeants du PS qui sont issus de l’extrême gauche ne sont pas sans rappeler tous ces ex-conventionnels adeptes de la terreur qui sauront très bien se reconvertir après le 9 thermidor et entamer, pour beaucoup d’entre-eux, des carrières très fructueuses (à tous les points de vue), on pense ici à Fouché5. Il y a beaucoup de thermidorisme dans la trajectoire d’un Cambadélis, passé du lambertisme au strauss-kahnisme et ce n’est pas un hasard s’il est devenu premier secrétaire du parti socialiste. Ayant à peu près tout renié, il ne cesse de déclamer son progressisme avec une insistance qui fait sourire. N’est pas homme des lumières qui veut !

Enfin, dernier legs de Thermidor : l’institutionnalisation du pouvoir intellectuel. C’est dans cette période que va, en effet, s’institutionnaliser le pouvoir intellectuel en France avec la création de l’Institut et la domination des fameux idéologues tant raillés par Bonaparte puis Napoléon. Dès lors, l’intellectuel français va adopter des caractéristiques qui ne le quitteront plus. Il sera philosophiquement progressiste, socialement bourgeois, très souvent anticlérical ou athée, profondément élitiste (même s’il proclame le contraire) et très souvent fâché avec le monde réel. Et conclurons-nous très proche des pouvoirs établis ! L’intellectuel de gauche n’est pas né avec l’affaire Dreyfus, il est un enfant de Thermidor.

La gauche est mal à l’aise avec Thermidor. C’est un héritage qu’elle ne revendique pas. D’ailleurs, c’est le parent pauvre de l’histoire de la révolution française alors que d’un point de vue chronologique c’est la période la plus longue (hors Consulat). On débat toujours de Robespierre mais qui se souvient de Barras ? Pourtant, lorsque l’on examine avec attention cette période on se rend compte que toutes les contradictions de la gauche et toutes ses évolutions futures s’y trouvent contenues. La phase thermidorienne de la révolution française est en quelque sorte le laboratoire historique de la gauche contemporaine. Le cynisme, le sociétalisme des oligarques socialistes ne sont pas des accidents de l’histoire, ils sont ancrés en elle. L’argent roi et le progressisme fou sont des vieux compagnons de route de la gauche française !


14-juillet/133e: Attention, une fête nationale peut en cacher une autre (Bastille Day: Behind the tanks and the jets, the savagest of riots)

14 juillet, 2013

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Nous revendiquons nos atours de filles de joie, notre propension à montrer nos genoux, nos bas résilles et nos oripeaux polissons, car la révolution se fera en talons!  Yagg (collectif de lesbiennes)
Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques. Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser. Henri Martin (29 juin 1880)
Les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. Léon Gambetta (14 juillet 1872)
La Fête de la Fédération: Il s’agit de la fête la plus célèbre de la Révolution française. Fête emblématique, au point qu’aujourd’hui encore notre fête nationale réunit en elle deux adversaires : la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, et la Fédération du 14 juillet 1790. L’intention primitive de la fête n’était pourtant pas celle d’une célébration unanime. L’idée était née en province, dans cet hiver 1790 où les alliances défensives, hantées par les souvenirs de la Grande Peur, n’avaient cessé de se nouer entre les gardes nationales et l’armée tout entière. Des fêtes locales et toutes militaires scellaient ces pactes. Paris s’inquiète alors de l’agitation qui risque de gagner les troupes régulières et choisit de la contrôler en convoquant dans la capitale, pour le 14 juillet, les députations provinciales. Mais le caractère conservateur d’une fête destinée à garantir l’ordre est vite débordé par l’enthousiasme collectif d’où la Fédération tire son prestige légendaire. Mona Ozouf
Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique) (…) la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Pierrick Hervé
Le 14 juillet 1935: La SFIO se rallient aux communistes et acceptent une grande alliance avec les Radicaux. Un « Congrès international des écrivains pour la défense et la culture », réuni à Paris , rassemble des humanistes et des anti-fascistes allemands. Le mouvement Amsterdam-Pleyel propose de manifester le 14 juillet 1935 dans toute la France contre le fascisme. Le jour de la fête nationale, des délégués venus de tous les départements jurent de « défendre les libertés démocratiques, de donner du pain aux travailleurs, du travail à la jeunesse et au monde la grande paix humaine ». 500 000 personnes défilent de la Bastille à Vincennes avec Léon Blum à leur tête. Le leader de la SFIO est accompagné de Maurice Thorez (PC), de Benoît Frachon (CGTU) et Léon Jouhaux (CGT) ainsi que Edouard Daladier (Parti Radical). En Province, les manifestations atteignent également du 12 février 1934. On entend en même temps l’Internationale et la Marseillaise, on mêle le drapeau tricolore au drapeau rouge. Cette fois, l’unité est en marche pour de bon. Et dès le lendemain, on crée le comité national du Rassemblement populaire pour le pain la paix et la liberté. L’expression Front Populaire s’impose dans le langage. David Martin
The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicable object. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeois of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Lazare, release all the prisoners, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeois, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers (Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai, Governor of the Bastille. They found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal… I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant. Thomas Jefferson (lettre à John Jay, 19 juillet 1789)
Dans les grandes démocraties du monde, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Etats-unis, le Canada, les fêtes nationales se fêtent sans défilé militaire. Ce sont les dictatures qui font les défilés militaires. C’est l’URSS, c’est la Chine, c’est l’iran; ce sont des pays non démocratiques. Et la France est l’une des seules démocraties à organiser sa fête nationale autour d’un défilé militaire: ça n’a aucune justification même historique. Sylvain Garel (élu vert de Paris, 02.07.10)
Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national. La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution. (…) Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790. (…) La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national. Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus. Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. Le Figaro (16.07.11)

Sous les pavés, le sang ?

Sanglante prise d’une garnison faisant office de geole de luxe pour poignée d’escrocs, faussaires ou aristocrates dispendieux (émeutes et pillages dans tout Paris, recherche de poudre à canon, détachements de soldats prenant le parti des émeutiers, lynchage et dépeçage contre toutes promesses du gouverneur et de quelques uns de ses soldats, 1789), convocation de députations provinciales pour contenir à l’origine l’agitation qui gagne les troupes régulières suite à la multiplication de fêtes de fraternisation militaires locales avec serment du roi à la Nation et à la Constitution (fête de la Fédération, Champ de Mars, 1790), défilé militaire pour conjurer la défaite de 1870 avec remise de nouveaux drapeaux et étendards pour préparer la reconquête des territoires perdus (« heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan », « jour où notre Nouveau Testament nous a été donné », « saturnales républicaines », « fête de l’assassinat », Longchamp, 1880-1914),  défilé de la victoire (Champs Elysées, 1919), fête de l’alliance socialiste, communiste et radicale du futur Front populaire contre l’antifascisme avec l’Internationale et la Marseillaise, drapeau tricolore et drapeau rouge (de la Bastille à Vincennes, 1935), fête nationale organisée autour d’un défilé militaire digne des dernières dictatures du monde comme la Corée du nord, la Chine ou l’Iran (Champs-Elysées, actuellement) …

En un pays où l’on obtient le statut de refugiée politique pour avoir abattu (les seins nus, s’il vous plait !) une croix à la scie tronçonneuse …

Et où, rareté du Monde libre Espagne et Portugal exceptés, l’on continue, entre Chine, Russie, Corée du nord, Iran, Cuba ou Turquie et au son d’un hymne national appelant à l’épuration ethnique, un défilé militaire digne des pays totalitaires …

Pendant que comme chaque année à Belfast, les casseurs profitent des commémorations unionistes de la victoire de Guillaume d’Orange sur les catholiques de 1690  …

Retour, en ce 133e anniversaire du défilé du 14-juillet qui se voulait à l’origine fête de la réconciliation nationale sous une monarchie constitutionnelle et qui, guerres mondiales et mandat de Giscard exceptés, ne se fêtait pas sur les Champs-Elyées mais a souvent oscillé entre la toute nouvelle place de la République et l’hippodrome de Longchamp …

Sur le véritable casse-tête que représentait, pour une toute jeune république en recherche de fondement, le choix d’une fête nationale censée à la fois « incarner le peuple tout en n’étant ni de près ou de loin reliée au roi ou au catholicisme » mais aussi, d’où l’importance de la dimension militaire après l’humiliante défaite de 1870, le redressement national …

Face à la réalité historique largement mythique et particulièrement sanglante d’une « prise de la Bastille » que, près d’un quart de siècle après les travaux de Furet, la plupart des Français croient encore en fait célébrer …

La fête nationale du 14 juillet

Le 14 juillet est fête nationale et jour chômé en France, conformément à une tradition républicaine qui remonte à un peu plus d’un siècle, très précisément à juillet 1880.

C’est l’occasion d’un défilé militaire sur les Champs-Élysées en présence du président de la République et de tous les corps constitués ainsi que d’un feu d’artifice et de bals populaires dans toutes les villes (en certains lieux le 13 au soir, en d’autres le 14).

Fabienne Manière

Hérodote

Une difficile gestation

Tout commence le 14 juillet 1789 avec la prise de la Bastille, une manifestation qui a mal tourné. Des émeutiers parisiens, surexcités par l’hypothétique menace d’une attaque des troupes royales, vont chercher de la poudre et des munitions à la Bastille. Le gouverneur de la vieille forteresse, au lieu de résister comme il en a pleinement la possibilité, accepte de se rendre. Mal lui en prend. Ses hommes sont massacrés. Lui-même, blessé à l’épaule, traîné dans les rues, est achevé à coup de baïonnettes et sa tête plantée au bout d’une pique.

Malgré son caractère odieux, cette émeute prend aussitôt dans l’esprit des Parisiens figure de victoire sur le despotisme. Un entrepreneur se hâte de détruire la Bastille sans en référer à quiconque et les pierres deviennent objet de collection et de culte…

Un an plus tard, les Français choisissent le premier anniversaire de ce jour pour célébrer le triomphe pacifique de la Révolution par une grande fête sur le Champ de Mars. Y participent dans l’enthousiasme 260.000 Parisiens ainsi que le roi, la reine et des délégués de tous les départements. Cette Fête de la Fédération consacre le succès éphémère de la monarchie constitutionnelle et l’union de tous les Français.

La célébration du 14 juillet est ensuite délaissée au profit de multiples commémorations révolutionnaires, par exemple l’anniversaire du 1er Vendémiaire An I de la République (22 septembre 1792). Sous l’Empire, on lui préfère la Saint Napoléon (15 août) ! Elle est enfin complètement abandonnée sous la Restauration monarchique, de 1815 à 1848.

Le triomphe de la République

Sous la IIIe République, cependant, une nouvelle Chambre à majorité républicaine et non plus monarchiste est enfin élue en 1877. Le régime cherche dans la Révolution française une légitimité morale.

Il remet en vigueur les symboles de la Grande Révolution de 1789, en particulier la Marseillaise, hissée au rang d’hymne national, le Panthéon, nécropole des gloires républicaines, enfin la Fête nationale.

En 1878, le Président du Conseil Armand Dufaure organise une première célébration le 30 juin. Elle est immortalisée par le peintre Claude Monet (tableau ci-contre).

Enfin, le 6 juillet 1880, sur proposition de Benjamin Raspail, la Chambre des députés vote une loi ainsi libellée : «Article unique. – La République adopte le 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle».

Par prudence, le législateur ne fait pas plus référence à la prise sanglante de la Bastille qu’à la fête joyeuse de la Fédération, l’année suivante, apothéose de la monarchie constitutionnelle.

Henri Martin, le rapporteur de la loi au Sénat, ne se prive pas toutefois d’évoquer la journée du 14 juillet 1790, qui «a donné à la France conscience d’elle-même».

Cette journée commémorative est préférée au 5 mai (1789, états généraux) comme au 20 juin (1789, serment du jeu de paume).

La première fête nationale donne lieu à une grande revue militaire sur l’hippodrome de Longchamp, devant pas moins de 300.000 spectateurs, parmi lesquels le président de la République Jules Grévy.

La revue se déroule les années suivantes sur les Champs-Élysées, afin de manifester avec éclat la volonté de revanche sur la défaite de 1870-1871. Le comble de la ferveur patriotique est atteint le 14 juillet 1919, avec le défilé de la Victoire…

Voir aussi:

14 juillet 1789

La prise de la Bastille

Le 14 juillet 1789, la Bastille est prise d’assaut par les Parisiens. De ce jour date la fin de l’«Ancien Régime» et le début de la Révolution française.

Dès l’automne, les contemporains prennent conscience de la portée historique de l’événement et songent à le commémorer. Cest chose faite l’année suivante avec la Fête de la Fédération.

Depuis 1880, la Fête nationale du 14 juillet perpétue le souvenir de cette fête et des promesses de la Révolution française.

Gabriel Vital-Durand

Hérodote

La Révolution en germe

40 jours plus tôt, les états généraux se sont réunis à Versailles et les députés ont constaté que les maux du gouvernement appelaient davantage qu’une simple réforme de l’impôt. Ils ont décidé de remettre à plat les institutions et de définir par écrit, dans une constitution, de nouvelles règles de fonctionnement, selon l’exemple américain.

Le roi Louis XVI (39 ans), malgré des reculades successives, n’exclut pas l’éventualité d’un coup de force contre les députés qui outrepassent leurs droits. Dès le 24 juin, il fait venir en secret des régiments suisses ou allemands à proximité de Versailles. Au total 30.000 soldats aguerris qui ne manquent pas d’inquiéter les Parisiens.

Le 9 juillet, l’assemblée réunie à Versailles se proclame «Assemblée nationale constituante». L’initiative ne plaît pas au roi ni surtout à son entourage. Sous la pression de la Cour, le 12 juillet, Louis XVI renvoie son contrôleur général des finances, Jacques Necker, un banquier d’origine genevoise qui n’a fait que creuser le déficit mais est resté pour cela très populaire parmi les petites gens. Il le remplace par le baron de Breteuil.

À Paris, le peuple des artisans et des commerçants s’irrite et s’inquiète. On dit que le roi, irrité par la désobéissance des députés, voudrait les renvoyer chez eux.

Dans les jardins du Palais-Royal, résidence du cousin du roi, le duc d’Orléans, et haut lieu de la prostitution et du jeu, un orateur, Camille Desmoulins, monté sur un escabeau, harangue ainsi la foule : «Citoyens, vous savez que la nation avait demandé que Necker lui fût conservé et on l’a chassé… Après ce coup, ils vont tout oser et pour cette nuit, ils méditent peut-être une Saint-Barthélemy des patriotes !… Aux armes ! Aux armes, citoyens !»

Échec de l’émeute

Le 12 juillet, sur la place Louis XV (aujourd’hui place de la Concorde), un détachement de gardes suisses et un escadron de dragons du Royal Allemand sous le commandement du prince de Lambesc se fait huer par la foule qu’irrite le renvoi de Necker. Les cavaliers tentent de disperser les badauds. On relève de nombreux blessés.

Motion au jardin du Palais-Royal, gouache de Lesueur (Paris, musée Carnavalet)Le mécontentement enfle, l’émeute gronde et la foule force les portes de plusieurs armuriers.

Le 13 juillet, la rumeur se répand que les troupes royales vont entrer en force dans la capitale pour mettre les députés aux arrêts. De fait, des corps de troupes sont rassemblés au Champ de Mars et aux portes de Paris.

Un comité permanent, la «municipalité insurrectionnelle», est formé par les citoyens qui ont participé à l’élection des états généraux pour faire face à la menace. Il se substitue à la vieille municipalité royale.

Au matin du 14 juillet, des artisans et des commerçants se rendent à l’hôtel des Invalides en quête d’armes. Le gouverneur de Sombreuil cède aux émeutiers et ouvre les portes de l’hôtel dont il avait la garde. La foule fait irruption dans l’arsenal et emporte 28.000 fusils et 20 bouches à feu. Mais il lui manque encore de la poudre…

C’est alors que des émeutiers rugissent : «À la Bastille !» La rumeur prétend en effet que de la poudre y aurait été entreposée. Au demeurant, le peuple a une revanche à prendre sur la vieille forteresse médiévale dont la masse lugubre lui rappelle à tout moment l’arbitraire royal.

Sur les marches de l’Hôtel de Ville, le sire de Flesselles, prévôt des marchands, tente de calmer les esprits. Il ne tarde pas à faire les frais de sa modération. On l’accuse de cacher des armes ainsi que d’accaparer les grains et d’affamer la capitale. Il est abattu d’un coup de pistolet, pendu à une lanterne et sa tête promenée dans les rues au bout d’une pique. C’est la première victime de la Révolution.

Sur les tours de la Bastille, une douzaine de canons sont tournés vers le faubourg Saint-Antoine. La garnison se compose de 82 vétérans, dits invalides, auxquels ont été adjoints le 7 juillet 32 soldats du régiment suisse de Salis-Samade commandés par le lieutenant de Flüe (ou de Flühe). Face à elle, les émeutiers ne font pas le poids. Ils sont un millier seulement, sans commandement et sans armes lourdes.

Le marquis de Launay (ou de Launey), gouverneur de la Bastille, se persuade qu’il doit gagner du temps pour permettre à une troupe de secours de le délivrer des émeutiers. Il se déclare prêt à parlementer avec trois délégués et livre trois bas-officiers en otages.

Les parlementaires sont conduits par le dénommé Thuriot. Le marquis insiste pour retenir ses hôtes à dîner (à midi selon la terminologie de l’époque). Il accepte de détourner les canons de Paris et s’engage à ne pas tirer sous réserve que les émeutiers ne tentent pas d’entrer dans la forteresse.

Tandis que les parlementaires communiquent le message à la foule, une explosion mystérieuse émeut celle-ci. On crie à la trahison. Un groupe de forcenés pénètrent dans l’enceinte par le toit du corps de garde et se jettent sur les chaînes du pont-levis à coups de hache. Une charge de mitraille les disperse. Mais une nouvelle députation se forme pour exiger la reddition de la forteresse.

De Launay, sans expérience militaire, perd ses moyens. Il donne l’ordre de tirer. Les soldats suisses armés de fusils de rempart appelés «amusettes du comte de Saxe» font des ravages chez les assaillants. On compte une centaine de morts.

Les gardes françaises contre la Bastille

Tout bascule avec l’arrivée de deux détachements de gardes françaises. Ces soldats professionnels chargés de veiller sur la capitale prennent le parti des émeutiers et vont leur assurer la victoire. Sous le commandement de deux officiers, Élie et Hulin, ils amènent deux canons et les pointent sur la Bastille. Il s’ensuit un début d’incendie à l’entrée de la forteresse et quelques pertes chez les assiégés.

M. de Monsigny, commandant des canonniers, est abattu, ce qui fait disparaître toute velléité de résistance chez les invalides.

Il est 4 heures du soir. De Launay se ressaisit, ordonne soudain le feu à outrance puis tente de faire sauter les magasins de poudre dans un mouvement de désespoir. Mais ses invalides lui imposent de brandir un mouchoir pour parlementer. Le feu cesse.

Le lieutenant de Flüe exige les honneurs de la guerre pour se rendre. On les lui refuse, mais le dénommé Élie, du régiment de la Reine, confirme par écrit les termes d’une capitulation qui assure la vie sauve aux défenseurs.

Les ponts-levis sont abaissés et la foule se rue dans la forteresse, oublieuse des promesses d’Élie. Les soldats suisses, qui ont eu le temps de retourner leurs uniformes, sont pris pour des prisonniers et épargnés. Mais la foule lynche les malheureux invalides.

Le marquis de Launay, qui a tenté de se suicider, est traîné dans les rues de la capitale avant d’être décapité par un boucher. Sa tête est fichée sur une pique et promenée en triomphe à travers le faubourg ainsi que les têtes des autres défenseurs de la Bastille. Ce rituel macabre, inédit dans l’Histoire du pays, illustre le basculement de la Révolution dans la violence.

À la Bastille, on libère les détenus au prix d’une légère déception car il ne s’agit que de sept personnages de minable envergure (escrocs, faussaires, délinquant sexuel…). Au demeurant, les émeutiers sont surpris de découvrir des chambres spacieuses et d’un grand confort, à l’opposé des cellules de torture que décrivaient complaisamment dans leurs brochures les intellectuels poudrés qui avaient eu, comme Voltaire ou le marquis de Sade, l’occasion de séjourner à la Bastille.

Fin d’un monde…

Le soir même, de sa propre initiative, un entrepreneur zélé du nom de Pierre-François Palloy réunit 800 ouvriers et entreprend la démolition de la vieille forteresse, dont les jours étaient de toute façon comptés. Au cours des semaines qui suivent la prise de la Bastille, le peuple se rue sur le monument déchu, les pierres sont réduites en morceaux et distribuées comme autant de trophées. Ainsi l’émeute sanglante se transforme-t-elle presque instantanément en un mythe national et antidémocratique.

Démolition de la Bastille (musée Carnavalet, Paris)

Un symbole séculaire de l’absolutisme est ruiné, deux gouverneurs dépassés par leurs responsabilités ayant fait tourner d’un cran la grande meule de l’Histoire.

Le propre frère du roi, le comte d’Artois, futur Charles X, prend la mesure de l’événement. Il quitte la France sitôt qu’il en a connaissance. Il est suivi dans cette première vague d’émigration par quelques autres hauts personnages, dont le prince de Condé et Mme de Polignac.

… début d’un autre

À Königsberg, en Prusse orientale (aujourd’hui ville de garnison russe du nom de Kaliningrad), le célèbre philosophe Emmanuel Kant, apprenant la prise de la Bastille, commet l’audace d’interrompre sa promenade quotidienne, chose extraordinaire qui, dit-on, ne lui arriva en aucune autre occasion.

À Versailles, Louis XVI note quant à lui dans son journal à la date du 14 juillet : «Rien»… Mais il ne s’agit que du résultat de sa chasse habituelle. Le soir même, le duc François de La Rochefoucauld-Liancourt fait réveiller le roi pour l’informer des derniers événements. A quoi le roi aurait répondu :

– Mais c’est une révolte !

– Non, Sire, une Révolution… (Se non è véro, è bène trovato !).

Surpris par la violence populaire, Louis XVI se retient néanmoins de dissoudre l’Assemblée. Les députés, dans une séance mémorable présidée par l’abbé Grégoire, prennent la résolution de siéger en permanence. La Révolution peut suivre son cours.

Le 16 juillet, à Paris, la nouvelle municipalité porte à sa tête un maire, Jean Bailly. Cet astronome de 53 ans a déjà présidé l’Assemblée nationale et supervisé la fameuse séance du Jeu de Paume (il sera démis de ses fonctions et plus tard guillotiné pour avoir fait tirer sur la foule qui réclamait la déchéance du roi le 17 juillet 1791, sur le Champ de Mars).

Héros de la prise de la Bastille, Pierre-Auguste Hulin (31 ans) deviendra général après la bataille de Marengo puis commandant de la place de Paris.

Les électeurs parisiens constituent une milice bourgeoise, la «garde nationale» dont ils confient le commandement au prestigieux marquis de La Fayette, le «héros des deux Mondes». Les autres villes du royaume imitent la capitale, créant une nouvelle municipalité et une garde nationale.

Entérinant la réussite de l’insurrection, le roi Louis XVI rappelle Jacques Necker à la tête du ministère des Finances. Le lendemain, il se rend à Paris et il est accueilli à l’Hôtel de Ville par une foule arborant sur la tête une cocarde aux couleurs de Paris, le bleu et le rouge. Le général de La Fayette remet au roi une cocarde semblable où il insère le blanc, en signe d’alliance entre le roi et sa ville. De là l’origine du drapeau tricolore.

L’année suivante, des pierres de la Bastille ornées d’une médaille seront solennellement remises à quelques centaines de héros de la journée, parmi lesquels une femme, la blanchisseuse Marie Charpentier. Et chacun des nouveaux départements recevra une maquette de la Bastille sculptée dans une pierre de la forteresse.

Le premier anniversaire de l’événement donnera lieu à une grande réconciliation nationale, la Fête de la Fédération, et beaucoup plus tard, en 1880, la IIIe République, en faisant du 14 juillet la Fête nationale, consacrera la réconciliation de la France de l’Ancien Régime et de celle de la Révolution.

Une forteresse sinistre

Au Moyen Âge, la bastille de Saint-Antoine, à l’est de Paris, constituait l’une des deux portes principales de l’enceinte d’Étienne Marcel, l’autre étant la bastille de Saint-Denis, au nord.

En 1370, le prévôt de la ville, Hugues Aubriot, entreprit de remplacer la porte fortifiée de Saint-Antoine par une forteresse formée de deux tours massives de 25 mètres d’élévation entourées de douves. Cette paire de tours fut ensuite doublée à l’intérieur du rempart de deux tours supplémentaires, destinées à surveiller le quartier Saint-Antoine. Aubriot compléta encore la forteresse par quatre autres tours qui firent ainsi de l’ensemble une position décisive pour le contrôle de la capitale.

La Bastille était donc devenue beaucoup plus imposante que la Tour de Londres de Guillaume le Conquérant que l’on peut visiter encore.

A mesure que son importance militaire allait diminuer au fil du temps, elle allait assumer la fonction de geôle pour les détenus de marque, dont Aubriot lui-même fut le premier. D’un autre côté, le développement urbain allait amener les habitations à la serrer de plus en plus près, ce qui n’allait pas manquer d’en faire le symbole désagréable de la tutelle royale sur la ville.

Il faut dire que l’usage des lettres de cachet (décrets d’arrestation à la discrétion du roi) était devenu aux yeux de tous un abus de droit flagrant. Il y en eut quelque 80.000 sous le règne de Louis XIV. Le duc de Nemours, le maréchal de Biron, le marquis de Belle-Isle (Fouquet), le cardinal de Rohan, le duc de Richelieu, le Masque de Fer, le marquis de Sade, Voltaire furent quelques-uns des prisonniers illustres de la forteresse.

Les prisonniers de condition jouissaient toutefois d’un réel confort au cours de leur détention, pouvant conserver leurs officiers et leur maison, se promener à leur guise, s’y faire servir d’abondance, et recevoir la visite du gouverneur qui se tenait alors debout, chapeau bas… D’autres personnages, à les en croire, n’étaient pas si bien lotis : «En hiver, ces caves funestes sont des glacières. En été ce sont des poêles humides, où l’on étouffe, parce que les murs sont trop épais pour que la chaleur puisse les sécher» (Linguet, détenu au XVIIIe siècle).

En 1789, la Bastille était donc formée de huit tours unies par des murs couverts de chemins de ronde, de mâchicoulis et défendues par 15 pièces de canon. L’ensemble était entouré d’un large fossé contrôlé par les sentinelles en surplomb. Un bastion en demi-lune défendait l’accès du côté de la Seine et pouvait tenir sous son feu croisé d’éventuels assaillants.

Venant de la rue Saint-Antoine, on entrait dans la Cour du Passage, puis l’Avancée donnait accès à un premier pont-levis précédant la Cour du Gouvernement, enfin un jeu de ponts-levis accouplés en parallèle amenaient à la porte principale de la forteresse proprement dite, fermée par deux grands battants cuirassés de plaques de fer. Un bâtiment construit sous Louis XV servait de logis aux officiers, et donnait sur une cour d’honneur qui occupait l’essentiel de l’espace compris à l’intérieur des murs.

Notons que peu après la prise de la forteresse, Amour de Saint-Maximim découvrit dans les décombres des feuillets recouverts recto verso d’une écriture fine. Il s’agissait des écrits clandestins du marquis de Sade, l’un des derniers hôtes involontaires de la Bastille.

Voir encore:

Récit réaliste du 14 juillet

Nouvelles de France

14 juillet 2013

Voici le récit réaliste (âmes sensibles s’abstenir) du « Combat du 14 juillet », extrait des Causeries du Dimanche (publiées rue Bayard en 1922) :

Récit réaliste du 14 juillet« A la Bastille! criait-on. Cette action héroïque de la prise de la Bastille, choisie par la Révolution comme son épopée, célébrée avec tant de tapage (…) est une des dérisions les plus remarquables de l’histoire.

Les papiers du temps racontent que, dès que l’émeute se fut portée du côté de la for­teresse, toutes les élégantes de Paris, aussi curieuses qu’aujourd’hui, s’y portèrent en foule; la place des Vosges (alors place Royale) était pleine de leurs carrosses. Les poissardes ne manquaient pas non plus.

Cette rivière de curieux était considérée du haut de la forteresse par 32 Suisses et 82 invalides, qui. avec M. de Launay, commandant, et les officiers, formaient les 120 hommes de la garnison: il leur semblait, dirent-ils, que Paris tout entier débordait vers eux. C’était vrai.

Les émeutiers, assemblés dès 10 heures du matin. fusillent les murs hauts de 40 pieds, épais de 30 pieds, et cet exercice héroïque semble les amuser d’autant plus qu’on ne répond pas.

Enfin le hasard amène un accident qui fut acclamé comme une victoire : un pauvre invalide, en sentinelle sur une tour, est blessé.

Une députation se présente. Le gouverneur fait baisser les ponts-levis, et la reçoit avec honneur, l’‘invite à déjeuner. Les héros acceptent. Ils se plaignent des canons qui menacent le peuple, le gouverneur fait retirer de suite les canons des embrasures; ils se plaignent de l’attitude de la garnison qui menace le peuple, le gouverneur fait jurer devant les députés aux 114 Suisses et invalides de ne pas tirer sur le peuple s’ils ne sont pas directement atta­qués. Les députés se plaignent enfin des moyens extraordinaires de défense de la forteresse, le gouverneur leur offre de visiter toute la Bastille.

Les parlementaires sortent enfin, et l’on attaque le premier pont; pas une amorce n’est brûlée contre eux; ils l’abaissent, mais quand ils sont au second pont, le gouverneur les fait prévenir qu’il va faire feu. Cela les scandalise.

Les hommes armés qui assiégeaient la Bastille dans ces conditions très exceptionnelles étaient 800. Mais il faut dire qu’ils n’eurent tant d’audace qu‘en raison de la présence au milieu d’eux des gardes françaises.

Ces gardes, qui formaient une partie très galante de l’armée, et où l’on s’engageait pour ce honteux motif, venaient beaucoup au Palais Royal, rendez-vous assez immonde. Cette situation exceptionnelle rendait ces soldats propres à toutes les misères. (…) le peuple les faisait boire, et ils étaient de la partie de plaisir et de gloire du 14 juillet 1789.

Cependant on ne prend point une solide for­teresse avec des cris et des vociférations. On délibéra si on ne pourrait point calciner les pierres avec une huile savante au phosphore. Ceci est imaginé par un brasseur, qui ne connaissait pas encore le pétrole. Un autre propose de brûler une jeune fille, qu’on assurait être la fille du gouverneur, pour obliger ce dernier à se rendre ; or, cette pauvre enfant, qui n’avait pas du tout ce titre à leur fureur, faillit périr.

Un jeune homme qui a étudié ses auteurs veut construire une catapulte, il a le mo­dèle, etc.

Cependant, profitant de la répugnance qu’a­vait la garnison trop bien garantie « à tirer sans péril sur des corps vivants », les gardes françaises, un pont-levis étant baissé, allument de la paille; alors les Suisses exaspérés, au lieu de se laisser rôtir, font une décharge, et la foule crie à la trahison, elle recule épouvantée

A ce moment, un chasseur du marquis de Conflans, né en Suisse, de parents pauvres, adopté par lui et patriote à la belle figure, qui se distinguait parmi les assaillants débouche avec des gardes françaises; ils avaient trouvé cinq canons ; on les braque sur les embrasures, et l’attaque recommence. Ce Hullin qui va arrêter M. de Launay recevra de la municipalité le titre de vainqueur de la Bastille et une médaille commémorative; comme il est le héros de la grande journée du 14 juillet, (…).

On perd la tête. M. de Launay ne voulant pas, avec cent hommes, lutter contre tout un peuple et contre des soldats, ni livrer la forteresse confiée à son honneur, veut mettre le feu aux poudres et faire sauter le quartier Saint-Antoine. Un officier invalide l’arrête et il en sera cruellement châtié par le peuple; son supplice sera une des horreurs épouvantables de la journée; on lui coupera la main, on le pendra, on le percera, et cette main coupée sera promenée en triomphe au bout d’une pique.

A la demande des officiers invalides, de Launay capitule donc, mais à la condition que la garnison aurait la vie sauve. C’est solennel­lement juré, et le grand pont-levis, que l’émeute n’eût jamais fait tomber, s’abaisse lentement.

La foule, ivre de joie, se précipite dans la sombre forteresse; Hullin et les gardes fran­çaises veulent faire respecter la capitulation, mais la populace déclare qu’il faut tuer, et elle exécute, séance tenante, cinq officiers et plusieurs invalides qui avaient fait la ma­nœuvre du pont.

De Launay, en sortant, reçoit un coup d’épée dans l’épaule droite; rue Saint-Antoine, « tout le monde lui arrachait les cheveux et lui don­nait des coups ». Sous l’arcade Saint-Jean il était déjà « très blessé ». Autour de lui, les uns disaient : « Il faut lui couper le cou », les autres : « Il faut le pendre », les autres : « Il faut l’attacher à la queue d’un cheval. » Alors, désespéré, et voulant abréger son supplice, il crie: « Qu’on me donne la mort! » et, en se débattant, lance un coup de pied dans le bas-ventre d’un des hommes qui le tenaient. A l’instant il est percé de baïonnettes, on le traîne dans le ruisseau, on frappe sur le cadavre, en criant : « C’est un galeux et un monstre qui nous a trahis; la nation demande sa tète pour la montrer au public. » Et l’on invite l’homme qui a reçu le coup de pied à la couper lui-même. Celui-ci, cuisinier sans place, demi-badaud qui est allé à la Bastille pour voir ce qui s’y passait, juge que, puisque tel est l’avis général, l’action est « patriotique » et croit même « mériter une médaille en détrui­sant un monstre ». Avec un sabre qu’on lui prête il frappe sur le cou nu; mais le sabre mal affilé ne coupant point, il tire de sa poche un petit couteau à manche noir, et « comme en sa qualité de cuisinier il sait travailler les viandes », il achève heureusement l’opération. Puis, mettant la tête au bout d’une fourche à trois branches, et accompagné de plus de 200 personnes armées, « sans compter la populace », il se met en marche, et, rue Saint-Honoré, il fait attacher à la tête deux inscrip­tions pour bien indiquer à qui elle était. — La gaieté vient; après avoir défilé dans le Palais-Royal, le cortège arrive sur le Pont-Neuf; devant la statue de Henri IV, on incline trois fois la tête, en lui disant : « Salue ton maître. » C’est la plaisanterie finale; il y en a dans tout triomphe, et, sous le boucher, on voit apparaître le gamin … » (Taine)

L’Assemblée écouta le récit de cette cam­pagne glorieuse, exigea du roi le retrait de l’armée sous Paris pour donner satisfaction aux héros du 14 juillet; le roi céda (…)

Le lendemain 15 juillet (il n’y a pas de fête sans lendemain), le cuisinier qui a coupé la tète à M. de Launay apportait au Palais-Royal le cœur enlevé d’un homme massacré sans motif dans la rue, un soldat tenait la tête; le peuple réclame ces trophées, et pendant que le cuisinier soupe, on promène le cœur san­glant sur un bouquet d’oeillets blancs. »

Voir également:

Jefferson on the Bastille

Thomas Jefferson relayed his eyewitness account of the storming of the Bastille with shocking calm

U.S. News &  World report

April 16, 2012

Embedded reporting had not yet been invented when Thomas Jefferson watched a mob of Frenchmen storm the Bastille in 1789. As a result, his account is limited only by the quality of his sources. « How they got in, » he wrote of the men and women who started the revolution, « has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to discredit them all. » Other events Jefferson relays more confidently, and with shocking calm: how the mob released prisoners, stole weapons, walked the Bastille’s « Governor & Lieutenant governor » to the Guillotine–and then « cut off their heads. »

And why not be confident? After all, Jefferson saw all of this with his own eyes. Before the riots, he’d been watching King Louis XVI call a meeting of the States General at Versailles, to discuss the country’s financial crisis. When chaos broke, he followed the mobs into the streets of Paris.

Jefferson’s interest was professional but also personal. As America’s minister to France, he had an obligation to keep the country informed. As the author of the Declaration of Independence, he found the unfolding revolution fascinating. Perhaps as a result, rather than let his secretary transcribe the events for him, Jefferson wrote directly to John Jay, the American secretary of foreign affairs, himself–in his own hand, in a letter that filled 12 pages.

The following is an excerpt of that letter.

The people now armed themselves with such weapons as they could find in armourer shops & privated houses, and with bludgeons, & were roaming all night through all parts of the city without any decided & practicableobject. The next day the states press on the King to send away the troops, to permit the Bourgeoise of Paris to arm for the preservation of order in the city, & offer to send a deputation from their body to tranquilize them. He refuses all their propositions. A committee of magistrates & electors of the city are appointed, by their bodies, to take upon them its government. The mob, now openly joined by the French guards, force the prisons of St. Larare, release all the prisoneres, & take a great store of corn, which they carry to the corn market. Here they get some arms, & the French guards begin to to form & train them. The City committee determine to raise 48,000 Bourgeoise, or rather to restrain their numbers to 48,000, On the 16th they send one of their numbers ( Monsieur de Corny whom we knew in America) to the Hotel des Invalides to ask arms for their Garde Bourgeoise. He was followed by, or he found there, a great mob. The Governor of the Invalids came out & represented the impossibility of his delivering arms without the orders of those from whom he received them. De Corny advised the people then to retire, retired himself, & the people took possession of the arms. It was remarkable that not only the invalids themselves made no opposition, but that a body of 5000 foreign troops, encamped with 400 yards, never stirred. Monsieur De Corny and five others were then sent to ask arms of Monsieur de Launai , Governor of the Bastille. The found a great collection of people already before the place, & they immediately planted a flag of truce, which was answered by a like flag hoisted on the parapet. The depositition prevailed on the people to fall back a little, advanced themselves to make their demand of the Governor. & in that instant a discharge from the Bastille killed 4 people of those nearest to the deputies. The deputies retired, the people rushed against the place, and almost in an instant were in possession of a fortification, defended by 100 men, of infinite strength, which in other times had stood several regular sieges & had never been taken. How they got in, has as yet been impossible to discover. Those, who pretend to have been of the party tell so many different stories as to destroy the credit of them all. They took all the arms, discharged the prisoners & such of the garrison as were not killed in the first moment of fury, carried the Governor and Lieutenant Governor to the Greve (the place of public execution) cut off their heads, & sent them through the city in triumph to the Palais royal…

Monsieur de Monmorin is this day replaced in the department of foreign affairs & Monsieur de St. Priest is named to the Home department. The garottes of France & Leyden accompay this. I send also a paper (called the Point du jous ) which will give you some idea of the proceedings of the National Assembly. It is but an indifferent thing; however it is the best. I have the honor to be with great esteem & respect, Sir, your most obedient and most humble servant.

– Thomas Jefferson

P.S. July 21. Mr. Necker had left Brussels fro Frankfort before the courier got there. We expect however to hear of him in a day or two. Monsieur le Comte de la Liorne has resumed the department of the marine this day. Either this is an office of friendship effected by Monsr. De Montmorin (for tho they had taken different rides, their friendship continued) or he comes in as a stop-gap till somebody else can be found. Tho very unequal to his office, all agree that he is an honest man. The Count d’Artois was at Valecnciennes. The Prince of Conde & Duke de Bourbon had realized that place.

Voir encore:

Retour sur les origines du défilé du 14 Juillet

Le Figaro

15/07/2011

Le défilé militaire du 14 juillet, une tradition depuis 1880.

Eva Joly fait polémique en évoquant la suppression du défilé militaire du 14 Juillet. Depuis quand ce défilé est organisé ? Pourquoi un caractère militaire ? Comment les autres pays d’Europe célèbrent leur fête nationale ? Réponse point par point.

• Depuis quand organise-t-on des défilés pour le 14 Juillet ?

Le défilé du 14 Juillet tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a été instauré qu’en 1880, grâce à un vote de l’Assemblée nationale faisant du 14 juillet le jour de la Fête nationale française. La jeune IIIe République cherche à créer un imaginaire républicain commun pour souder le régime, après des décennies d’instabilité (Directoire, Consulat, premier et second Empire, IIe République …). C’est dans la même période que la Marseillaise sera adoptée comme hymne national.

La date a pourtant fait polémique au sein de l’hémicycle. Pouvait-on adopter comme acte fondateur de la Nation la sanglante prise de la Bastille? Les conservateurs s’y opposent. Le rapporteur de la loi, Benjamin Raspail, propose alors une autre date : le 14 juillet 1790, jour de la Fête de la Fédération. Le premier anniversaire de la prise de la Bastille avait été célébré à Paris par le défilé sur le Champ-de-Mars de milliers de «fédérés», députés et délégués venus de toute la France. Louis XVI avait prêté serment à la Nation, et avait juré de protéger la Constitution.

«Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire», avait clamé Benjamin Raspail à la tribune. Convaincue, l’Assemblée nationale a donc adopté le 14 Juillet comme Fête nationale, mais sans préciser si elle se réfèrait à 1789 ou 1790.

Un défilé le 14 juillet aura dès lors lieu chaque année à compter de 1880, à l’exception des périodes de guerre. Jusqu’en 1914, il se déroulait à Longchamp.

• Pourquoi un défilé militaire ?

La IIIe République est née en 1870 après la défaite de l’Empereur Napoléon III à Sedan contre la Prusse. La France y a perdu l’Alsace et la Lorraine, ce qui sera vécu comme un traumatisme national.

Dix ans après la défaite, le régime veut montrer que le pays s’est redressé. Jules Ferry, Léon Gambetta et Léon Say remettent aux militaires défilant à Longchamp de nouveaux drapeaux et étendards, remplaçant ceux de 1870. L’armée est valorisée comme protectrice de la Nation et de la République. Hautement symbolique, ce premier défilé du 14 Juillet permet également de montrer à l’opinion nationale et internationale le redressement militaire de la France, qui compte bien reconquérir les territoires perdus.

Le caractère militaire du 14 Juillet est définitivement acquis lors du «Défilé de la victoire» de 1919 sur les Champs-Elysées. «Cette double célébration fut aussi le triomphe définitif du 14 Juillet, fête largement militarisée incarnant la nation qui ne fut plus guère contestée dans cette fonction», selon l’historien Rémi Dalisson.

• Eva Joly est-elle la seule politique à demander la suppression du défilé militaire ?

Non. L’an passé, les élus Verts de la mairie de Paris avaient fait polémique en demandant la «suppression du défilé militaire du 14 juillet et d’affecter une partie des économies réalisées à l’organisation de rassemblements populaires, à Paris et dans toute la France». Selon les élus, la Grèce aurait fait 5 millions d’euros d’économie en renonçant au traditionnel défilé militaire de sa fête nationale du 25 mars.

Les Verts dénonçaient un «gaspillage financier inacceptable en période de grande restriction budgétaire» mais aussi «une aberration écologique. La quantité de produits polluants, de CO2 et de décibels relâchés dans l’atmosphère est considérable». Sylvain Garrel, l’un des présidents des Verts parisiens, précisait que la France gagnerait à «quitter le sinistre peloton des pays organisant des démonstrations guerrières le jour de leur fête nationale, dont la plupart sont des dictatures».

• Les autres pays d’Europe organisent-ils aussi des défilés militaires lors de leurs fêtes nationales ?

Oui, mais l’ampleur du défilé n’est en aucun cas comparable avec la France. L’Espagne et le Portugal ont ainsi fortement réduit le nombre des militaires présents lors des célébrations de la fête nationale à cause de la crise économique. La Grèce a supprimé son défilé. Quant à l’Italie, un défilé a bien lieu le 2 juin, mais dans l’indifférence.

Le Royaume-Uni n’a lui pas de fête nationale à proprement parler, mais l’anniversaire de la Reine joue en quelque sorte ce rôle. Si des militaires défilent, c’est à pied ou à cheval, et en uniforme traditionnel. En Allemagne, la fête nationale, fixée à l’anniversaire de la réunification, ne donne pas lieu à un défilé militaire, ni à une fête populaire.

L’Europe du Nord n’est pas très portée sur les défilés militaires. En Suède, la fête nationale est symbolisée par une cérémonie où le drapeau est hissé devant le couple royal. En Finlande, on préfère regarder la retransmission télévisée d’une réception organisée par la présidence. Quant à la Norvège, pays d’origine d’Eva Joly, la fête nationale se distingue par un défilé d’enfants, d’associations et de jeunes bacheliers.

Voir enfin:

Le 14 Juillet, naissance d’une fête nationale

Introduction

Dans un discours prononcé à La Ferté-sous-Jouarre (Seine-et-Marne), le 14 juillet 1872, Léon Gambetta proclame : « […] les journées les plus décisives de la Révolution française sont contenues, sont impliquées dans ce premier fait qui les enveloppe : le 14 juillet 1789. Et voilà pourquoi aussi c’est la vraie date révolutionnaire, celle qui fait tressaillir la France ! On comprend que ce jour-là notre Nouveau Testament nous a été donné et que tout doit en découler. »

Celui qui négocie la construction d’une République comme régime, contre des tentations monarchistes, ancre le passé, le présent et l’avenir dans un événement fondateur. Celui qui aurait préféré le 22 septembre comme date davantage républicaine, plus calme également, alimente un débat entre la conception d’un événement émancipateur, faisant du peuple l’acteur de sa propre histoire, et celle d’un événement qui fait entrer la violence dans la construction de la liberté donc, pour nombre de conservateurs un événement surévalué, voire le premier acte de la Terreur.

Certes, il y a débat, et nous voulons dans ce dossier en présenter les étapes et les acquis majeurs.

Depuis 1880, le 14 Juillet est fête nationale. Lui préexistent des fêtes diverses et variées qui en forment les bases dont il faut souligner les caractères et qui font l’objet des premières études de ce dossier. En nous dissimulant derrière l’immense stature de Mona Ozouf, nous voudrions mettre en évidence la valeur d’exemplarité des événements célébrés par ces fêtes dans lesquels les hommes politiques du XIXe siècle inventent un langage particulier, de symboles, de rituels, de lieux…, un langage que l’auteur de Composition française qualifie de « langage de l’utilité ».

Car des fêtes du 14 Juillet, comme d’autres fêtes républicaines, il s’agit bien de moments pédagogiques, d’une propédeutique des valeurs républicaines ancrées dans les principes de 1789. Pourquoi et comment le 14 Juillet est-il devenu fête nationale ? Pourquoi et comment les républicains érigent-ils cette date au rang de repère fondateur ?

Pour répondre à ces questions, nous analyserons tout d’abord les deux événements révolutionnaires de 1789 et 1790 parce qu’ils sont créateurs de mémoire collective. Nous proposons ensuite un regard sur la célébration de cette mémoire entre la Révolution et l’année 1880 avec notamment la fête du 30 juin 1878. Cette dernière montre à la fois les enjeux et les limites d’une fête sans véritable ancrage événementiel. L’ensemble des décisions prises en 1880 avec la mise en place des rituels et des pratiques fait l’objet d’une partie conséquente. Nous avons choisi ensuite quelques 14 Juillet marquants, sans exhaustivité, entre 1880 et nos jours.

Nous présentons la construction et les pratiques de la fête nationale à travers un dossier documentaire, analysé et commenté, utilisable dans les classes de quatrième et de seconde, selon les textes officiels des programmes scolaires en vigueur.

Ce dossier est utile pour l’enseignement de l’histoire des arts, obligatoire au collège. L’approche est d’abord celle de l’historien mais elle s’inscrit aussi dans une démarche liée à l’histoire des arts, la peinture principalement. De nombreux supports sont ainsi proposés pour aborder la construction du symbole républicain, ce qui fait encore référence à l’unité de la Nation tant discutée aujourd’hui. Ils permettent aussi en pointant les enjeux de comprendre que le présent s’inscrit dans un passé toujours recomposé, reconstruit, un passé en débat.

L’événement

L’histoire de France est riche d’événements suscitant des débats animés. Son élévation au rang d’événement fondateur dans le cadre d’un conflit sur la Révolution française, les faits, l’héritage, la mémoire donnent au 14 juillet 1789 la place singulière d’un événement qui ne peut laisser indifférent. Que s’est-il vraiment passé en ce mardi si particulier ? L’effet sur la France mais aussi sur les cours européennes correspond-il à la profondeur du fait ? N’y a-t-il pas amplification, héroïsation, détournement de sens après coup ? Événement révolutionnaire ou révolte d’Ancien Régime ? La Bastille ne fut-elle pas prise déjà pendant la Fronde ? Renvoyons tout d’abord la Bastille à l’imaginaire populaire qui contribue à la nature même de l’événement et son interprétation. Forteresse, prison symbole de l’arbitraire royal en matière de justice, forteresse militarisée tournée vers la capitale, lieu de révolte potentiel, notamment le faubourg Saint-Antoine, lieu des supplices les moins avouables dont auraient été victimes des condamnés non identifiables tant en nombre qu’en nom, mouroir sans retour possible vers la société des hommes, symbole de la tyrannie, la liste est longue des caractères de ce bastion envisagé sous Charles V et qui avait perdu depuis longtemps son statut de prison. Lors de l’ouverture de la forteresse conquise ou simplement remise suite à la reddition de sa garnison, le peuple de Paris n’y trouva semble-t-il que sept prisonniers, dont quatre faussaires. L’événement connut en réalité deux réussites : l’une répond aux objectifs du peuple venu l’assiéger, l’autre à sa postérité. L’événement est une réaction populaire à la situation de crainte provoquée par la présence de troupes autour de la capitale. Le peuple de Paris forme une milice assez conséquente estimée à plus de 40 000 hommes. Si le nombre est élevé, l’armement est faible et suscite des débats. Le 12 juillet, un dimanche, le renvoi de Necker est connu à Paris qui entre en émoi non par sympathie pour le ministre, mais par crainte d’un retour en force de l’autorité royale. Le rôle de Camille Desmoulins est ensuite connu : une harangue de la foule au Palais-Royal pour l’inciter à se défendre, des manifestations spontanées dans les rues pour défendre Necker et l’intervention d’un régiment allemand aux Tuileries, des blessés. Les soucis alimentaires de la ville entretiennent la crainte, l’émotion au sens moderne du terme. Le lendemain matin, très tôt, des barrières d’octroi sont incendiées, le couvent Saint-Lazare est pillé car soupçonné d’abriter du grain, la foule manifeste violemment à la recherche de blé et pour que les prix du pain soient baissés. À l’Hôtel de Ville dans la matinée, des électeurs de la ville de Paris dirigés par le prévôt des marchands Jacques de Flesselles créent un comité permanent et une milice, avec comme signe distinctif une cocarde rouge et bleu, couleurs de la ville. L’armement de cette milice pose problème : des lieux de détention d’armes sont pillés, des piques sont forgées, une demande est faite aux Invalides dont le gouverneur refuse de livrer les armes.

Au matin du 14, la foule se rend aux Invalides pour exiger l’accès aux armes. Les troupes présentes sur le Champ-de-Mars font savoir qu’elles ne marcheront pas sur les Parisiens qui s’emparent alors des Invalides, y trouvent trente mille fusils et douze canons. Il ne manque plus que la poudre et les balles. Une première puis une deuxième délégation des électeurs de la ville de Paris sont reçues par le gouverneur Launay à la Bastille mais n’obtiennent ni poudre, ni balles, alors qu’en fin de matinée la foule commence à se masser devant la forteresse. Vers 13 h 30, les défenseurs de la Bastille, des invalides, répondant aux ordres de Launay, ouvrent une première fois le feu sur la foule. Une troisième et une quatrième délégation se rendent à la Bastille sans plus de succès. À partir de 15 h 30, cinq canons pris le matin aux Invalides sont placés devant la Bastille par des gardes-françaises. Vers 17 heures, la garnison de la Bastille se rend avec promesse d’être bien traitée, la foule s’empare de la Bastille, y prend la poudre qu’elle était venue chercher et libère quelques prisonniers. Une centaine de Parisiens a été tuée pendant la journée. Sur le chemin de l’Hôtel de Ville où la garnison désormais prisonnière doit être emmenée, le gouverneur Launay est tué, sa tête tranchée au canif par un jeune boucher, le prévôt des marchands est lui aussi assassiné au motif de traîtrise, les archives de la Bastille sont pillées. Dans une danse macabre, les têtes sont promenées dans Paris jusqu’au Palais-Royal. En fin de journée, ignorant encore l’épisode de la prise de la Bastille, Louis XVI a ordonné le retrait des troupes. Le roi n’apprend l’événement qu’à son réveil le lendemain matin avec le mot resté célèbre du duc de La Rochefoucauld-Liancourt : « Non, Sire, c’est une révolution. »

Sans entrer dans le débat sur l’interprétation des événements du 14 Juillet, il peut être intéressant avec des élèves d’expliquer les regards de certains contemporains, hommes de plume conservateurs, comme Chateaubriand, pour ensuite expliquer la prise en main de cette histoire par les historiens du XIXe siècle et la transformation de cette journée en mythe national, en fête nationale : montrer ce que l’on en fait.

Le 14 Juillet vu par Chateaubriand

« Le 14 juillet, prise de la Bastille. J’assistai, comme spectateur, à cet assaut contre quelques invalides et un timide gouverneur : si l’on eût tenu les portes fermées, jamais le peuple ne fût entré dans la forteresse. Je vis tirer deux ou trois coups de canon, non par les invalides, mais par des gardes-françaises, déjà montés sur les tours. De Launay, arraché de sa cachette, après avoir subi mille outrages, est assommé sur les marches de l’Hôtel de Ville ; le prévôt des marchands, Flesselles, a la tête cassée d’un coup de pistolet ; c’est ce spectacle que des béats sans cœur trouvaient si beau. Au milieu de ces meurtres, on se livrait à des orgies, comme dans les troubles de Rome, sous Othon et Vitellius. On promenait dans des fiacres les vainqueurs de la Bastille, ivrognes heureux, déclarés conquérants au cabaret ; des prostituées et des sans-culottes commençaient à régner, et leur faisaient escorte. Les passants se découvraient avec le respect de la peur, devant ces héros, dont quelques-uns moururent de fatigue au milieu de leur triomphe. Les clefs de la Bastille se multiplièrent ; on en envoya à tous les niais d’importance dans les quatre parties du monde. Que de fois j’ai manqué ma fortune ! Si moi, spectateur, je me fusse inscrit sur le registre des vainqueurs, j’aurais une pension aujourd’hui. »

François René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, 1848.

Une tradition se construit dans la littérature de la contre-révolution mais aussi, comme dans cet extrait, sous la plume de monarchistes convaincus remettant en cause le contenu et les formes de l’événement tel que les révolutionnaires ont voulu le forger. La violence, l’ivrognerie, l’aptitude à commettre le crime gratuit, l’imbécillité caractérisent les acteurs du 14 Juillet pour Chateaubriand. Mais, plus encore, c’est bien l’idée d’un événement qui n’a pas eu lieu que dénonce l’auteur. La réalité d’un fait dont il se présente comme témoin contrebalance l’interprétation par surévaluation qu’en font ensuite les révolutionnaires. Il n’y a pas de prise de la Bastille mais reddition d’une forteresse dans la naïveté des occupants inaptes à combattre. La victoire sans lutte donne ensuite aux Parisiens l’occasion d’une fête macabre, orgiaque d’une libération à laquelle il dénie tout fondement. L’auteur dont la carrière politique dans les premières décennies du XIXe siècle se construit auprès des monarques de la Restauration compare Paris à la Rome de la fin du règne de Néron et de l’année des quatre empereurs, dont deux sont ici nommés. Comment fonder un régime nouveau sur des actes sanguinaires ? La question est bien sûr posée tout au long du XIXe siècle et fait encore débat en 1880, nous en reparlerons.

Le 14 juillet 1790, la fête de la Fédération

Et si la fête de la Fédération donnait tout son sens à la prise de la Bastille ?

Le 15 juillet 1789, Louis XVI nomme La Fayette commandant de la garde parisienne créée pour canaliser les mouvements populaires et assurer la protection des Parisiens. Des milices de citoyens se créent dans chaque ville sur le modèle de la garde nationale de Paris pour lutter contre toute menace, notamment pendant la Grande Peur. Des fédérations locales, régionales de gardes nationales se sont constituées dans le sud de la France dès le mois d’août 1789. Elles se répandent dans le reste du pays. La Fayette incite à organiser pour le premier anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale célébrant cette fédération, proposition acceptée par l’Assemblée. L’Assemblée veut que cette commémoration du 14 Juillet célèbre l’unité de tous les Français.

Le théâtre de la fête est le Champ-de-Mars, aménagé à partir du 1er juillet par de nombreux ouvriers, notamment de terrassement pour créer un cirque à l’antique, dont la capacité est estimée à cent mille places. Au centre de ce que l’on n’appelle pas encore un « stade », avec des talus en forme de tribunes, est érigé un autel, dédié à la Patrie, base d’un culte civique. La préparation du lieu vit la participation de représentants des différents groupes sociaux. La légende veut que Louis XVI, lui-même, y assista.

Le jour de la fête, les spectateurs sont estimés à deux cent cinquante mille. Les fédérés venus de toutes les provinces, complétés par les fédérés parisiens, estimés quant à eux à cent mille, défilèrent avec leurs drapeaux montrant l’union de la Nation à travers le défilé de ceux qui la défendent. Des éléments constitutifs des 14 Juillet modernes naissent sans doute en cette occasion.

Le roi est placé sous un chapiteau adossé à l’École militaire, sur la droite de la toile. Face à lui, un arc de triomphe clôt l’autre extrémité du Champ-de-Mars, ouvrant sur la Seine. Au centre, une messe est célébrée par Talleyrand, avec trois cents prêtres. Succède à la messe la prestation de serment. Le marquis de La Fayette (arrivant sur un cheval blanc) au nom des gardes fédérés prononce celui de la garde nationale. Fidélité à la Nation, à la loi et au roi, engagement à maintenir la Constitution acceptée par le roi, protection de la sûreté des personnes sont le contenu essentiel de cette prestation. Le président de l’Assemblée, Charles de Bonnay, prête serment pour l’ensemble des députés et de leurs électeurs. Les députés des quatre-vingt-trois départements assistent à la fête.

Puis Louis XVI intervient comme chef de l’exécutif pour prêter serment à la Constitution et s’engager à appliquer et respecter la loi. Un Te Deum fut donné, les participants se quittèrent au milieu des embrassades, figurées sur le tableau comme un thème récurrent des célébrations collectives cher à David. Il est remarquable aussi que les républicains de 1880 aient évincé de la fête la messe et le Te Deum, la fête républicaine devient alors une fête sans Dieu.

La peinture fidèle à la météo du jour montre le ciel lourd d’un temps pluvieux. Les rayons de soleil forment alors un procédé pictural pour souligner le monde nouveau qui procède de l’événement. La participation de la foule fut immense, très enthousiaste, malgré le mauvais temps.

L’enthousiasme de la première fête de la Fédération disparut lors de la suivante, en 1791. La méfiance liée aux événements du printemps, la fuite à Varennes notamment, anima la célébration à laquelle l’Assemblée ne s’associa pas ! Quelques jours plus tard, la fusillade du Champ-de-Mars envenima la situation.

D’autres villes eurent aussi leur fête de la Fédération en 1790. L’exemple de Lyon est bien connu. À l’extérieur de la ville, plaine des Brotteaux, des bataillons de la garde nationale et des délégations des départements voisins défilent comme au Champ-de-Mars. Un temple dédié à la Concorde civile, une statue de la Liberté avec une pique au bonnet phrygien dans une main et un rameau d’olivier dans l’autre. Une messe est célébrée en public, des serments prononcés de fidélités à la Constitution, à la Nation, à la Loi et au roi. Mais le texte se prolonge :

« Nous jurons d’être inviolablement attachés à ce grand principe de la liberté individuelle, de protéger les propriétés particulières et la propriété déclarées nationales, d’assurer la perception de tous les impôts ordonnés pour le maintien de la force publique, d’entretenir la libre circulation des subsistances dans toute l’étendue du royaume, de maintenir, partout où nous serons appelés, l’ordre et l’harmonie, sans lesquels les sociétés se détruisent au lieu de se perpétuer. Nous jurons enfin de regarder comme ennemis irréconciliables tous ceux qui tenteraient de porter atteinte à la nouvelle Constitution ; et nous reposant avec confiance sur la Providence qui soutient notre patriotisme, nous promettons de sacrifier nos fortunes et nos vies pour conserver à nos descendants cette liberté après laquelle nous soupirions depuis si longtemps. ».

Sermon prononcé lors de la fête de la Fédération de Lyon, 14 juillet 1790, in Jean-Baptiste Monfalcon, Histoire de la ville de Lyon, Volume 2, Guilbert et Dorier, 1847, pp. 884-885.

Par le 14 juillet 1789 la Révolution crée l’événement, par le 14 juillet 1790 elle crée l’expérience festive.

Le 14 Juillet au prisme de la succession de régimes au XIXe siècle

Une célébration fluctuante au XIXe siècle

Immédiatement après 1792, la célébration passe souvent après d’autres dates devenues porteuses comme le 10 août, le 9 thermidor. En 1792, la fête est célébrée mais la patrie vient d’être déclarée en danger, l’éclat en est absent. En 1793, seule l’Assemblée commémore, la mort de Marat, la veille, est à peine compensée par celle de Cathelineau le jour même. Mais la foule ce jour-là saccage la nécropole de Saint-Denis. C’est en 1797 que la première cérémonie militaire a lieu, puis en 1799 la fête célèbre la Concorde et non la Liberté. Sous le Consulat, des défilés militaires ont lieu mais, à partir de 1805, c’est le 15 août, date anniversaire de l’empereur, qui est fêté.

Sous la Restauration, le 5 août, jour de la Saint-Louis, devient le repère festif du pays. Après la révolution de juillet 1830, le nouveau souverain associe la glorieuse journée de 1789 à celles qui lui offrent le trône : il pose en janvier 1831 de façon solennelle la première pierre de la colonne de la Bastille associant les morts des deux événements. Chaque année ont lieu les fêtes de juillet.

La deuxième République choisit de ne pas fêter le 14 Juillet. Indécise entre la République sociale du printemps 1848 et la République conservatrice, elle décide de commémorer le 22 septembre mais sans grande publicité. Sous le second Empire, l’empereur décide de faire du 15 août la fête nationale, même si les républicains parviennent à fêter le 14 Juillet de manière un peu clandestine. Ils continuent après 1870 à honorer cette journée dans une France conservatrice (voir le discours de La Ferté-sous-Jouarre). À partir de 1877, les républicains voient leurs conceptions du pouvoir choisies durablement par le suffrage universel dans le règlement de la crise du 16 mai. En 1878, le débat reprend.

Dans un recueil paru en 1865 intitulés Les Chansons des rues et des bois, le livre deux intitulé « Sagesse » contient dans une partie III, elle-même rangée sous le titre « Liberté, égalité, fraternité », un poème « Célébration du 14 juillet dans la forêt ». Victor Hugo, le poète en exil, commémore seul le jour où « la liberté s’éveillait », les vers sont rédigés en 1859.

Célébration du 14 juillet dans la forêt

Dans la forêt Qu’il est joyeux aujourd’hui Le chêne aux rameaux sans nombre, Mystérieux point d’appui De toute la forêt sombre ! Comme quand nous triomphons, Il frémit, l’arbre civique ; Il répand à plis profonds Sa grande ombre magnifique. D’où lui vient cette gaieté ? D’où vient qu’il vibre et se dresse, Et semble faire à l’été Une plus fière caresse ? C’est le quatorze juillet. À pareil jour, sur la terre La liberté s’éveillait Et riait dans le tonnerre. Peuple, à pareil jour râlait Le passé, ce noir pirate ; Paris prenait au collet La Bastille scélérate. À pareil jour, un décret Chassait la nuit de la France, Et l’infini s’éclairait Du côté de l’espérance. Tous les ans, à pareil jour, Le chêne au Dieu qui nous crée Envoie un frisson d’amour, Et rit à l’aube sacrée. Il se souvient, tout joyeux, Comme on lui prenait ses branches ! L’âme humaine dans les cieux, Fière, ouvrait ses ailes blanches. Car le vieux chêne est gaulois : Il hait la nuit et le cloître ; Il ne sait pas d’autres lois Que d’être grand et de croître. Il est grec, il est romain ; Sa cime monte, âpre et noire, Au-dessus du genre humain Dans une lueur de gloire. Sa feuille, chère aux soldats, Va, sans peur et sans reproche, Du front d’Epaminondas À l’uniforme de Hoche. Il est le vieillard des bois ; Il a, richesse de l’âge, Dans sa racine Autrefois, Et Demain dans son feuillage. Les rayons, les vents, les eaux, Tremblent dans toutes ses fibres ; Comme il a besoin d’oiseaux, Il aime les peuples libres. C’est son jour. Il est content. C’est l’immense anniversaire. Paris était haletant. La lumière était sincère. Au loin roulait le tambour… – Jour béni ? jour populaire, Où l’on vit un chant d’amour Sortir d’un cri de colère ! Il tressaille, aux vents bercé, Colosse où dans l’ombre austère L’avenir et le passé Mêlent leur double mystère. Les éclipses, s’il en est, Ce vieux naïf les ignore. Il sait que tout ce qui naît, L’œuf muet, le vent sonore, Le nid rempli de bonheur, La fleur sortant des décombres, Est la parole d’honneur Que Dieu donne aux vivants sombres. Il sait, calme et souriant, Sérénité formidable ! Qu’un peuple est un orient, Et que l’astre est imperdable. Il me salue en passant, L’arbre auguste et centenaire ; Et dans le bois innocent Qui chante et que je vénère, Étalant mille couleurs, Autour du chêne superbe Toutes les petites fleurs Font leur toilette dans l’herbe. L’aurore aux pavots dormants Verse sa coupe enchantée ; Le lys met ses diamants ; La rose est décolletée. Aux chenilles de velours Le jasmin tend ses aiguières ; L’arum conte ses amours, Et la garance ses guerres. Le moineau-franc, gai, taquin, Dans le houx qui se pavoise, D’un refrain républicain Orne sa chanson grivoise. L’ajonc rit près du chemin ; Tous les buissons des ravines Ont leur bouquet à la main ; L’air est plein de voix divines. Et ce doux monde charmant, Heureux sous le ciel prospère, Épanoui, dit gaiement : C’est la fête du grand-père.

Le 30 juin 1878

La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878

Claude Monet (1840-1926), La rue de Montorgueil à Paris fête du 30 juin 1878, huile sur toile peinte en 1878, 0,810m x 0,505m, Paris, musée d’Orsay, © RMN (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Source : http://www.monet2010.com/fr#/galerie/34/ commentaire court et travail en zoom possible sur la toile.

L’année 1878 est marquée par le débat sur la commémoration du centenaire de la mort du philosophe Voltaire. Le gouvernement réplique en organisant une fête non commémorative mais célébrant la Paix et le Travail, la concorde nationale. Une loi institue la fête du 30 juin. Le gouvernement est particulièrement attentif à ne pas froisser, à ne pas multiplier les signes ostentatoires d’une République victorieuse. Une République casquée (sans bonnet phrygien interdit comme subversif) appuyée que les tables de la Constitution est placée au Champ-de-Mars (O. Ihl). Les musiques de rue furent interdites, comme les banquets de tradition républicaine. Mais cette fête n’a pas de véritable organisation nationale, elle relève des quartiers de Paris, avec une retraite aux flambeaux des gardes républicains à cheval. Olivier Ihl rappelle que si la mémoire de la révolution est volontairement absente de cette date, les trois couleurs du drapeau national sont présentes partout. Rappelons que l’intransigeance du comte de Chambord en juillet 1871 avait conduit Falloux à faire voter par l’Assemblée, pourtant à majorité monarchiste, le maintien du drapeau tricolore contre le drapeau blanc revendiqué par le manifeste du 5 juillet.

La fête couronne aussi l’Exposition universelle de 1878. La France vaincue en 1870, touchée par la Commune, mise à l’écart du concert des nations, entend retrouver un rang. Le suffrage universel, par les élections législatives de l’automne 1877, a résolu la crise politique de l’année précédente en orientant le régime vers une parlementarisation attendue. La fête du 30 juin vient donc à point nommé. Claude Monet s’en empare non dans un but politique, mais parce que le spectacle de la rue interpelle le peintre impressionniste.

De retour à Paris au début de l’année, dans une situation matérielle difficile, à la tête d’une famille élargie par la naissance de son fils, il cherche dans les rues de Paris des thèmes de peinture que la journée du 30 juin lui offre. Une foule bigarrée dans les rues de Paris, les drapeaux nombreux d’une ville qui pavoise comme peut-être jamais auparavant, aux fenêtres, aux poteaux urbains. Un balcon sollicité, un angle de vue en perspective et en plongée, approche chère aux impressionnistes, permet à Monet, dans une approche distanciée, de proposer ce qui reste comme l’un des seuls souvenirs de cette journée que la postérité n’a pas reproduit tant sans doute manquait-elle de légitimité politique, tant elle semblait artificielle, mais que le peintre lui-même nomme « fête nationale ». Le style impressionniste inventé quelques années plus tôt (Impression, soleil levant date de 1872) se plaît à ces marées de couleurs, de mouvements, renforcés par le format de la toile : une série de touches colorées fait apparaître les mouvements de la foule et des drapeaux sous l’effet supposé du vent. Il rappelle aussi le caractère spontané de l’approche. Même si les toiles sont retravaillées en ateliers, le premier jet permet de capter « l’instant républicain » s’emparant de l’espace public.

Cette date du 30 juin n’a pas connu de deuxième célébration. Si, en 1878, elle possède l’avantage de ne froisser aucune susceptibilité politique, de fait elle ne représente rien et n’a pas d’appartenance, ce qui lui interdit de « s’adosser à une mémoire politique » (O. Ihl) et de trouver une postérité. Cependant, la nécessité de fêter la Nation s’impose de toute évidence, la relier à l’héritage révolutionnaire aussi.

La peinture française des XIXe et XXe siècles offre de nombreuses œuvres pouvant devenir le support d’apprentissage sur la fête nationale. Par exemple, Raoul Dufy, La Fanfare du 14 juillet (1951).

D’autres documents sont disponibles comme le discours de Léon Gambetta, le 14 juillet 1872, à La Ferté-sous-Jouarre. Depuis 1872, les républicains commémorent la date en privé.

Les enjeux du débat

La résolution de la crise du 16 mai 1877 par l’intervention du suffrage universel oriente la République vers un régime durablement parlementaire. La majorité obtenue en 1876 est confirmée lors du retour des électeurs devant les urnes suite à la dissolution voulue par le président Mac-Mahon. Le passage du Sénat aux mains des républicains au début de l’année 1879 puis, dans les jours qui suivirent, la démission de Mac-Mahon refusant le sort réservé par le gouvernement à quelques militaires monarchistes permettent le contrôle de l’ensemble des institutions par les républicains. L’enracinement de la République se construit par la mise en place d’un corpus législatif favorisant la républicanisation du régime, l’affirmation de son caractère démocratique et la sécularisation de la société. Si l’enracinement se construit également par la capacité du régime à sortir victorieux des crises politiques que Michel Winock nous a montrées comme étant soit fondatrices, soit de maturité, il s’affirme également par un ensemble de symboles, la mise en place de rituels et de pratiques collectives (Michel Winock, La Fièvre hexagonale : les grandes crises politiques. 1871-1968, Calmann-Lévy, Paris, 1986, 428 pages).

Ainsi, en 1880, les députés républicains sont-ils confrontés à la nécessité d’offrir à la Nation une fête collective dont il faut fixer la date, organiser le contenu. Vers 1880, « la Révolution rentre au port », dès lors les événements de 1789 et des années qui suivent se transforment en mythes fondateurs. Événement mêlant l’ordre imaginaire et l’ordre réel, considéré comme fondateur, le mythe renvoie nécessairement au récit des origines et inscrit le présent de la troisième République naissante dans une continuité historique. « Le drame de 1789 ne cesse de se rejouer », nous dit encore François Furet, in Penser la Révolution française, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », nouvelle édition revue et corrigée, 1983, p 20. Nous nous reporterons aux extraits du débat au sénat en 1880.

Alors quelle date choisir ? Lui donner d’abord un but : permettre de réunir l’ensemble de la Nation en une commémoration commune, admise par tous sans créer de dissension en un corps auquel tous entendent appartenir même si cette appartenance relève elle aussi de la construction à la fois pédagogique et mythique. La place du peuple dans l’événement doit être centrale pour le choix des députés. Il doit avoir joué le rôle majeur, dans une démarche d’émancipation, d’affirmation de sa souveraineté à la recherche de sa liberté, sans que la violence, notamment la violence gratuite faite aux corps, n’ait été présente ou du moins déterminante. D’autre part, le législateur dominant veut éviter les divisions entre les différents groupes de républicains, ici entre opportunistes et radicaux tant du reste un autre combat va certainement se jouer. Le choix d’une date inscrite dans l’héritage révolutionnaire risque de réactiver les mouvements d’opposition à la République liés à la pensée contre-révolutionnaire.

Choisir une date

Alors que choisir ? Entre 1789 et 1880, les dates possibles sont nombreuses.

La révolution de 1830 offre des dates estivales intéressantes, autour des 27, 28 et 29 juillet. Fêter la Nation par une date qui favorise l’arrivée au pouvoir des orléanistes, d’une famille libérale appuyée sur le suffrage censitaire pose inévitablement question. Bien sûr, Victor Hugo a écrit des lignes mémorables utilisées ensuite par les républicains sur les monuments aux morts de la Grande Guerre : « Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie… » Les morts de 1830 sont célébrés. Bien sûr, Louis-Philippe a fait ériger la colonne de la Bastille en hommage à ces morts sur les lieux de 1789.

La révolution de 1848, de plus fraîche mémoire, apparaît comme une évidence au vieux socialiste Louis Blanc qui propose le 24 février, début des événements qui conduisent au suffrage universel, à l’abolition de l’esclavage, aux ateliers nationaux… Cependant l’élan généreux du printemps 1848, fondateur d’une république sociale, est stoppé par la répression des mouvements de juin et de juillet 1848, par le passage à une république conservatrice. La victoire de Louis Napoléon Bonaparte en décembre aux élections présidentielles, puis le coup d’État de 1851 et la naissance du second Empire laissent peu de chance à l’année 1848 d’offrir une date consensuelle pour une fête nationale.

La naissance de la République en 1870 ne reçoit spontanément aucun véritable soutien. Seule la date du 4 septembre eût pu recueillir les suffrages. Le retour sur contexte montre combien la date ne peut devenir celle d’une Nation unie. Née dans la défaite des premiers jours de septembre, avec l’enjeu de la poursuite de la guerre, la République vaincue, dans un territoire occupé, passe assez rapidement entre les mains des conservateurs, avec une majorité monarchiste aux élections législatives de février 1871. Cette nette majorité de quatre cents députés hostiles au régime plonge le pays dans un temps d’ordre moral peu conforme aux vœux des républicains minoritaires. Il leur faut dix années environ pour s’emparer de l’ensemble des institutions, aucune date dès lors ne peut être retenue.

Décidément, c’est bien la Révolution française qui doit fournir ce repère de la Nation. Le choix cependant ne s’impose nullement comme une évidence. « La Révolution est un bloc », selon Clemenceau dans un discours de 1891, à propos de la censure d’une pièce de Victorien Sardou. Elle offre de nombreuses dates qui toutes soulèvent débat. Peuple acteur de son émancipation, démarche consensuelle, interdisent des dates comme le 9 thermidor (1794). La chute des Montagnards dans une conception partisane ne peut servir de point de ralliement à la nation tout entière d’autant plus que le courant contre-révolutionnaire est encore fort présent en 1880.

L’année 1792 avec la victoire de Valmy suivie immédiatement de la proclamation de la première République offrirait des potentialités intéressantes. Les 20 et 21 septembre permettraient une commémoration nationale placée en début d’année scolaire, après les vendanges, pour fédérer la Nation autour de la naissance du premier régime sans roi. Mais, de fait, la violence du renversement de la monarchie le 10 août 1792, avec la prise des Tuileries, l’incarcération du roi, puis dans la foulée les massacres de septembre disqualifient rapidement ces dates. L’esprit de 1792-1793 évincé des possibles, l’année 1789 s’impose alors, mais elle aussi avec une diversité de possibilités.

Les républicains de 1880 voient d’un œil favorable le serment du Jeu de paume, le 20 juin. Cependant, le tiers état prêtant serment ce jour, dans un élan fixé dans les mémoires collectives par le peintre David, est en fait composé essentiellement de bourgeois, élus lors des élections pour une assemblée qui n’avait pas été réunie depuis 1614 mais qui s’inscrivait bel et bien dans les outils de gouvernement de la monarchie. De même le 5 mai, journée d’ouverture des états généraux, n’est pas retenu.

Si l’on élimine de la liste les journées des 5 et 6 octobre au cours desquelles les femmes puis la garde nationale ramènent à Paris le « boulanger, la boulangère et les petits mitrons », il reste le 4 août. Un système social pluriséculaire s’écroule. La date est acceptée par une partie importante du monde politique. Cela suffit-il à fédérer la nation ? Les acteurs de cette décision prise dans la crainte de propagation du mouvement de la Grande Peur appartiennent aux groupes privilégiés. C’est la noblesse et le clergé par certains de leurs membres qui se libèrent de droits ancestraux. Certes le principe même de privilège comme base de l’organisation sociale disparaît sans souder pour autant la Nation. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août ne reçoit pas les suffrages de façon surprenante.

Le 14 Juillet s’impose

Alors le 14 Juillet s’impose dans le débat. Certes il devient date de fête nationale par élimination des autres dates possibles. Cependant, il ne faut pas en faire une victoire par défaut. Le 14 Juillet remplit nombre de critères imposés : il s’agit bien d’une journée d’intervention du peuple français, en l’occurrence parisien dans le cadre de son émancipation, de la conquête de la liberté. Le peuple devient acteur de sa propre histoire. L’objet saisi par l’intervention du peuple représente bien l’arbitraire royal en matière de justice. Le choix des parlementaires s’inscrit dans un contexte intellectuel de mise en valeur de la date par les grands républicains, écrivains comme Hugo, historiens comme Michelet. Il rejoint donc des événements anciens des temps médiévaux et modernes comme éléments construisant la lutte contre l’Ancien Régime. La Bastille, bâtiment construit sous Charles V, symbolise au réel l’ensemble des formes d’arbitraire et de domination comme les discours républicains des années 1870 le rappellent avec toutes « ces bastilles à prendre ». L’année 1789 suffisait-elle ? La victoire du 14 Juillet n’est-elle pas à trouver dans la double signification de la date ? Au 14 juillet 1789 succède un 14 juillet 1790. La fête de la Fédération atténue le caractère violent de la prise de la Bastille au profit d’une célébration modérée non de l’événement mais de la Nation fédérée, unie en une même fête, associant l’ensemble des parties pour un projet commun. Le choix d’une date à double acception reçoit les suffrages des républicains modérés, voire de certains orléanistes pour lesquels 1790 est un moindre mal. Pour les républicains triomphants, la journée du 14 juillet 1789 se suffit à elle-même comme valorisation du peuple héroïque sans porter en lui les travers des autres dates. Christian Amalvi parle de transcendance des événements dramatiques de la Révolution française à travers la sacralisation d’une date (lieux de mémoire).

Les opportunistes s’emparent d’une date particulièrement adaptée à leur démarche. Le peuple acteur n’a pas d’appartenance sociale marquée, il réunit l’ensemble de ceux que le système de privilège exclut et qui vers 1880 doivent encore combattre contre les contre-révolutionnaires à dominante monarchiste et cléricale. Le combat politique de la construction de la République, troisième du nom, peut être présenté comme la duplication, la poursuite du combat du 14 juillet 1789. Cela permet aussi aux opportunistes, engagés dans cette voie lors de la compagne électorale de 1877, de dépasser la question sociale au profit de celle du régime encore à établir, des bastilles à prendre. Les autres dates, aussi importantes soient-elles, ne seraient que l’effet du 14 Juillet. Mission est alors donnée aux nouveaux gouvernants de conduire la Nation vers le progrès que les pères de 1789 ont esquissés et que le XIXe siècle n’a pu encore atteindre, partagé entre révolutions, réaction et conservatisme.

Le 21 mai 1880, un député de Paris, Benjamin Raspail, dépose un projet de loi adopté par la Chambre des députés le 8 juin, puis par le Sénat le 29 du même mois.

Projet de loi

Article unique. – La République adopte le 14 Juillet comme jour de fête nationale annuelle.

La loi est promulguée le 6 juillet, quelques jours avant la première célébration avec un programme au réel déjà préparé. Le jour de la fête est déclaré chômé, comme le sont certaines fêtes religieuses, mais aussi pour en faire une journée identique sur l’ensemble du territoire national.

Programme de la fête nationale du 14 juillet 1880

Distribution de secours aux indigents. Grands concerts au jardin des Tuileries et au jardin du Luxembourg. Décorations de certaines places, notamment de la place de la Bastille et de la place Denfert où l’on verra le fameux Lion de Belfort qui figurait au Salon de cette année, monument élevé au colonel Denfert-Rochereau, de glorieuse mémoire – illuminations, feux d’artifices. Ajoutons les fêtes locales, comprenant des décorations, des trophées, des arcs de triomphe et le tout organisé par les soins des municipalités de chaque arrondissement avec le concours des habitants.

Deux cérémonies importantes doivent dominer toute la fête : la distribution des nouveaux drapeaux à l’armée et l’inauguration, sur l’ancienne place du Château-d’Eau, du monument surmonté de la figure de la République, monument qui a fait l’objet d’un concours ouvert l’année dernière par la Ville de Paris.

Documents Archives du Sénat.

Discussion du projet de loi ayant pour objet l’établissement d’une fête nationale

Sénat, séance du 29 juin 1880

M. Henri Martin, rapporteur.

Messieurs, nous ne pouvons que remercier l’honorable orateur, auquel je réponds, de l’entière franchise, de l’entière loyauté avec laquelle il a posé la question comme elle doit être posée, entre l’ancienne société et la société nouvelle, issue de la Révolution. Cette ancienne société, cette monarchie, Messieurs, nous vous l’avons dit bien des fois, nous en acceptons tout ce qui a été grand, tout ce qui a été national, tout ce qui a contribué à faire la France.

Mais où en était-elle, à la veille du 14 juillet 1789 ? Vous le savez : la royauté, arrivée au pouvoir le plus illimité qu’on ait vu en Europe, était devenue incapable d’en user ; elle-même se vit contrainte d’en appeler à la nation, après un siècle et trois quarts d’interruption des Assemblées nationales de l’ancien régime. (« C’est vrai ! – Très bien ! » : à gauche) Je n’ai pas la prétention de vous refaire l’histoire de cette grande année 1789 ; mais enfin, puisqu’on vient de faire ici le procès du 14 Juillet, puisqu’on a symbolisé, dans ce petit acte de guerre qu’on appelle la prise de la Bastille (Rires ironiques à droite) et qui est un très grand événement historique, tout l’ensemble de la Révolution, il faut bien que nous nous rendions compte, en quelques mots, de la situation où étaient alors Paris et la France. Le 17 juin 1789, le tiers état s’était déclaré Assemblée nationale. Le 20 juin, la salle de l’Assemblée nationale fut fermée par ordre de la cour. Vous savez où se transporta l’Assemblée, à la salle du Jeu de Paume ! Vous savez aussi quel serment elle y prononça ! L’ère moderne tout entière est sortie de ce serment. Le 23, déclaration du roi annulant tous les actes de l’Assemblée nationale et la sommant de se séparer. L’Assemblée ne se sépara pas. La cour parut céder. Mais, le 11 juillet, le ministre populaire, qui était l’intermédiaire entre la cour et le pays, M. Necker, fut congédié, remplacé par un ministère de coup d’État ; en même temps, on appela, on concentra autour de Paris une armée entière, une armée, ne l’oubliez pas, messieurs, en très grande partie étrangère. (À gauche : « C’est vrai ! Très bien ! »)

Et le même jour, le nouveau conseil décida l’émission de cent millions de papier-monnaie, attendu qu’il ne pouvait plus espérer obtenir des ressources de l’Assemblée nationale. C’était la préface de la banqueroute, comme la préface d’un coup d’État. Le malheureux Louis XVI était retombé dans les mains de ceux qui devaient le mener à sa perte. Eh bien, le même jour, dans Paris, vous vous rappelez ce qui se passa au Palais-Royal, cet épisode fameux d’où sortit le grand mouvement des trois journées qui suivirent. Cette petite action de guerre à laquelle je faisais allusion tout à l’heure, en manifestant la force populaire, mit à néant tous les projets arrêtés contre l’Assemblée nationale ; cette petite action de guerre sauva l’avenir de la France. Elle assura l’existence et la puissance féconde de l’Assemblée nationale contre toutes les tentatives de violence qui la menaçaient (Nouvelle approbation sur les mêmes bancs). On parlait de conflit du peuple et de l’armée, dont il ne fallait pas réveiller le souvenir ; mais contre qui le peuple, soutenu par les gardes françaises, avait-il été engagé, dans les rues, sur les places de Paris, durant les deux journées qui ont précédé le 14 juillet ? Qu’est-ce qu’il y avait autour de Paris et surtout dans Paris ? De l’infanterie suisse, de la cavalerie allemande, de la cavalerie hongroise, dix régiments étrangers, peu de troupes françaises, et c’est contre ces régiments étrangers que les gardes-françaises avaient défendu le peuple et l’Assemblée. Laissons donc ces souvenirs qui ne sont pas ceux d’une vraie guerre civile. Il y a eu ensuite, au 14 juillet, il y a eu du sang versé, quelques actes déplorables ; mais, hélas ! dans tous les grands événements de l’histoire, les progrès ont été jusqu’ici achetés par bien des douleurs, par bien du sang. Espérons qu’il n’en sera plus ainsi dans l’avenir. (« Très bien ! » : à gauche. – Interruptions à droite.)

(À droite : « Oui, espérons ! »)

M. Hervé de Saisy. Nous n’en sommes pas bien sûrs !

M. le Rapporteur. Nous avons le droit de l’espérer. Mais n’oubliez pas que, derrière ce 14 juillet, où la victoire de l’ère nouvelle sur l’ancien régime fut achetée par une lutte armée, n’oubliez pas qu’après la journée du 14 juillet 1789 il y a eu la journée du 14 juillet 1790. (Très bien ! » : à gauche) Cette journée-là, vous ne lui reprocherez pas d’avoir versé une goutte de sang, d’avoir jeté la division à un degré quelconque dans le pays. Elle a été la consécration de l’unité de la France. Oui, elle a consacré ce que l’ancienne royauté avait préparé. L’ancienne royauté avait fait pour ainsi dire le corps de la France, et nous ne l’avons pas oublié ; la Révolution, ce jour-là, le 14 juillet 1790, a fait, je ne veux pas dire l’âme de la France personne que Dieu n’a fait l’âme de la France?, mais la Révolution a donné à la France conscience d’elle-même ( Très bien ! » : sur les mêmes bancs) ; elle a révélé à elle-même l’âme de la France. Rappelez-vous donc que ce jour-là, le plus beau et le plus pur de notre histoire, que d’un bout à l’autre du pays, des Pyrénées aux Alpes et au Rhin, tous les Français se donnèrent la main. Rappelez-vous que, de toutes les parties du territoire national, arrivèrent à Paris des députations des gardes nationales et de l’armée qui venaient sanctionner l’œuvre de 89. Rappelez-vous ce qu’elles trouvaient dans ce Paris : tout un peuple, sans distinction d’âge ni de sexe, de rang ni de fortune, s’était associé de cœur, avait participé de ses mains aux prodigieux préparatifs de la fête de la Fédération ; Paris avait travaillé à ériger autour du Champ-de-Mars cet amphithéâtre vraiment sacré qui a été rasé par le second Empire. Nous ne pouvons plus aujourd’hui convier Paris et les départements sur ces talus du Champ-de-Mars où tant de milliers d’hommes se pressaient pour assister aux solennités nationales.

M. Lambert de Sainte-Croix. Il faut faire dire une messe !

M. le Rapporteur. Nous trouverons moyen de remplacer le Champ-de-Mars. Un peuple trouve toujours moyen d’exprimer ce qu’il a dans le cœur et dans la pensée ! Oui, cette journée a été la plus belle de notre histoire. C’est alors qu’a été consacrée cette unité nationale qui ne consiste pas dans les rapports matériels des hommes, qui est bien loin d’être uniquement une question de territoire, de langue et d’habitudes, comme on l’a trop souvent prétendu. Cette question de nationalité, qui a soulevé tant de débats, elle est plus simple qu’on ne l’a faite. Elle se résume dans la libre volonté humaine, dans le droit des peuples à disposer de leur propre sort, quelles que soient leur origine, leur langue ou leurs mœurs. Si des hommes associés de sentiments et d’idées veulent être frères, ils sont frères. Contre cette volonté, la violence ne peut rien, la fatalité ne peut rien, la volonté humaine y peut tout. Ce qu’une force fatale a fait, la libre volonté le défait. Je crois être plus religieux que personne en proclamant cette puissance et ce droit de la volonté humaine contre la prétendue force des choses qui n’est que la faiblesse des hommes. (« Très bien ! très bien » : à gauche) Si quelques-uns d’entre vous ont des scrupules contre le premier 14 juillet, ils n’en ont certainement pas quant au second. Quelles que soient les divergences qui nous séparent, si profondes qu’elles puissent être, il y a quelque chose qui plane au-dessus d’elles, c’est la grande image de l’unité nationale, que nous voulons tous, pour laquelle nous nous lèverions tous, prêts à mourir, si c’était nécessaire. (Approbation à gauche.)

M. le vicomte de Lorgeril. Et l’expulsion de demain ? (Exclamations à gauche.)

M. le Rapporteur. Oui, je ne doute pas que ce soit là un sentiment unanime, et j’espère que vous voterez unanimement cette grande date qu’aucune autre ne saurait remplacer ; cette date qui a été la consécration de la nationalité française et qui restera éternellement gravée dans le cœur des Français. Sans doute, au lendemain de cette belle journée, les nuages s’assemblèrent de nouveau, la foudre en sortit : la France, en repoussant d’une main l’étranger, se déchira de l’autre main, mais, à travers toutes les calamités que nous avons subies, à travers tous ces courants d’action et de réaction qui ont si longtemps désolé la France, cette grande image et cette grande idée de la Fédération n’ont pas cessé de planer sur nos têtes comme un souvenir impérissable, comme une indomptable espérance. Messieurs, vous consacrerez ce souvenir, et vous ferez de cette espérance une réalité. Vous répondrez, soyez-en assurés, au sentiment public, en faisant définitivement du 14 juillet, de cette date sans égale qu’a désignée l’histoire, la fête nationale de la France. (Applaudissements à gauche.)

Rapport

Fait au nom de la commission chargée d’examiner le projet de loi, adopté par la Chambre des députés, ayant pour objet l’établissement d’un jour de fête nationale annuelle, par M. Henri Martin, sénateur.

Messieurs,

Le Sénat a été saisi d’une proposition de loi votée, le 10 juin dernier, par la Chambre des députés, d’après laquelle la République adopterait la date du 14 juillet comme jour de fête nationale annuelle. La commission, qui m’a fait l’honneur de me nommer son rapporteur, a délibéré sur le projet de loi dont vous avez bien voulu lui confier l’examen. Deux de nos collègues ont combattu, non la pensée d’une fête nationale, mais la date choisie pour cette fête. Ils ont proposé deux autres dates, prises dans l’histoire de la Révolution, et qui, toutes deux, avaient, suivant eux, l’avantage de ne rappeler ni luttes intestines, ni sang versé. L’un préférait le 5 mai, anniversaire de l’ouverture des États généraux en 1789 ; l’autre recommandait le 4 août, dont la nuit fameuse est restée dans toutes les mémoires.

La majorité, composée des sept autres membres de la commission, s’est prononcée en faveur de la date votée par la Chambre des députés. Le 5 mai, date peu connue aujourd’hui du grand nombre, n’indique que la préface de l’ère nouvelle : les États généraux n’étaient pas encore l’Assemblée nationale ; ils n’étaient que la transition de l’ancienne France à la France de la Révolution. La nuit du 4 août, bien plus caractéristique et plus populaire, si grand qu’ait été le spectacle qu’elle a donné au monde, n’a marqué cependant qu’une des phases de la Révolution, la fondation de l’égalité civile.

Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. C’est bien plus que le 4 août, qui est l’abolition des privilèges féodaux ; c’est bien plus que le 21 septembre, qui est l’abolition du privilège royal, de la monarchie héréditaire. C’est la victoire décisive de l’ère nouvelle sur l’Ancien Régime. Les premières conquêtes qu’avait values à nos pères le serment du Jeu de paume étaient menacées ; un effort suprême se préparait pour étouffer la Révolution dans son berceau ; une armée en grande partie étrangère se concentrait autour de Paris. Paris se leva, et, en prenant la vieille citadelle du despotisme, il sauva l’Assemblée nationale et l’avenir. Il y eut du sang versé le 14 juillet : les grandes transformations des sociétés humaines – et celle-ci a été la plus grande de toutes – ont toujours jusqu’ici coûté bien des douleurs et bien du sang. Nous espérons fermement que, dans notre chère patrie, au progrès par les révolutions, succède, enfin ! le progrès par les réformes pacifiques.

Mais, à ceux de nos collègues que des souvenirs tragiques feraient hésiter, rappelons que le 14 juillet 1789, ce 14 juillet qui vit prendre la Bastille, fut suivi d’un autre 14 juillet, celui de 1790, qui consacra le premier par l’adhésion de la France entière, d’après l’initiative de Bordeaux et de la Bretagne. Cette seconde journée du 14 juillet, qui n’a coûté ni une goutte de sang ni une larme, cette journée de la Grande Fédération, nous espérons qu’aucun de vous ne refusera de se joindre à nous pour la renouveler et la perpétuer, comme le symbole de l’union fraternelle de toutes les parties de la France et de tous les citoyens français dans la liberté et l’égalité. Le 14 juillet 1790 est le plus beau jour de l’histoire de France, et peut-être de toute l’histoire. C’est en ce jour qu’a été enfin accomplie l’unité nationale, préparée par les efforts de tant de générations et de tant de grands hommes, auxquels la postérité garde un souvenir reconnaissant. Fédération, ce jour-là, a signifié unité volontaire. Elles ont passé trop vite, ces heures où tous les cœurs français ont battu d’un seul élan ; mais les terribles années qui ont suivi n’ont pu effacer cet immortel souvenir, cette prophétie d’un avenir qu’il appartient à nous et à nos fils de réaliser.

Votre commission, pénétrée de la nécessité de donner à la République une fête nationale, persuadée par l’admirable exemple qu’a offert le peuple de Paris le 30 juin 1878, que notre époque est capable d’imprimer à une telle fête un caractère digne de son but, convaincue qu’il n’est aucune date qui réponde comme celle du 14 juillet à la pensée d’une semblable institution, votre commission, Messieurs, a l’honneur de vous proposer d’adopter le projet de loi voté par la Chambre des députés.

L’un de nos collègues avait pensé qu’il serait utile d’ajouter la qualification de légale à celle de nationale que la Chambre des députés a appliquée à la fête du 14 juillet, et ce afin de préciser les conséquences juridiques qui découleront de l’adoption de la présente loi. Comme une fête consacrée par une loi est nécessairement une fête légale, votre commission a pensé que cette addition n’avait point d’utilité, et qu’il n’y avait pas lieu de modifier la rédaction du projet de loi qui vous est présenté ainsi qu’il suit.

Réagir à la date, réagir à la fête nationale

Trouver une majorité pour voter le texte transformant le 14 Juillet en fête nationale n’a pas été très difficile dans une chambre aux mains des républicains depuis l’automne 1877. Mais cela n’empêche pas les formes d’opposition à cette décision. Elles sont principalement de deux types : les oppositions politiques dans le cadre du débat et les oppositions à la fête elle-même lors de son déroulement le 14 juillet 1880. Elles soulignent la virulence du discours politique au début de la troisième République comme elles en réaffirment les enjeux. L’opposition conservatrice n’a pas vraiment de date à proposer. Opposée à toute forme de « saturnales républicaines », elle est également victime de ses divisions et des symboles propres à chaque famille politique. Les moins bien placés dans le débat restent les orléanistes. Initiateurs de la construction de la colonne surmontée du génie érigée place de la Bastille en mémoire de 1830, événement fondateur pour cette famille mais aussi de 1789, ils ne peuvent véritablement refuser le 14 Juillet. Les légitimistes sont confrontés à une situation difficile. Traditionnellement, la fête monarchique est celle du roi régnant, associé au sein du jour : Henri, comte de Chambord, dont la fête tombe… le 15 juillet. C’est à la fête de ce saint qu’est conviée la communauté monarchiste légitimiste par ses dirigeants pour refuser le 14 Juillet. Aucune autre date de l’histoire pluriséculaire de la monarchie ne peut être proposée dans ce nouveau cadre républicain pour incarner le peuple sans être de près ou de loin reliée au roi, au catholicisme.

Les légitimistes s’évertuent alors à démonter le mythe du 14 Juillet, à le réduire à l’expression violente d’une foule (pas du peuple) assoiffée de sang (les meurtres des derniers défenseurs de la Bastille malgré la promesse de protection) allant jusqu’au sacrilège du cadavre (des têtes dont celle du gouverneur Launay parcourant Paris plantée au bout d’une pique). L’arme des deux camps opposés est la propagande littéraire et celle du discours. De nombreux pamphlets dénoncent la construction symbolique des révolutionnaires relayés aujourd’hui par les républicains : la Bastille n’était pas un bagne, occupée qu’elle était par quelques prisonniers sans envergure, elle n’était pas la forteresse du pouvoir royal absolu tourné contre le peuple à travers l’instrumentalisation des canons, elle n’était pas la forteresse à partir de laquelle la reconquête de la ville pouvait être envisagée puisqu’elle n’était défendue que par quelques soldats qui du reste se sont rendus en fin d’après-midi. Le mythe de la prise de la Bastille tombe de lui-même pour les monarchistes et même plus il est une création politique construisant artificiellement le mythe du peuple s’émancipant, plus encore il apparaît comme annonciateur de la Terreur, justifiant les surnoms de « saturnales républicaines », de « fête de l’assassinat »… Le déroulement du 14 juillet 1789 et sa signification étaient bien avant 1880 devenus un enjeu mémoriel, plus encore une composante du débat idéologique à laquelle la gauche républicaine répond bien évidemment. Révolution et contre-révolution s’affrontent ici, ce qui renforce le poids du 14 Juillet qui, de toute évidence, n’est pas une date anodine, consensuelle.

Le choix de cette date doit également être replacé dans le contexte de la sécularisation de la société et de la multiplication des formes d’ancrage du nouveau régime dans les populations. Le 14 Juillet possède aussi l’avantage de clore l’année scolaire et peut donc être associé à la grande politique scolaire de la république jouant à la fois le rôle de moment de couronnement d’une année de formation et exerçant sa dimension pédagogique lisible pleinement dans les rituels et pratiques mis en place.

Dès lors les forces conservatrices s’évertuent à réduire l’ampleur de la fête, à ce qu’elle n’ait pas lieu dans les communes qu’elles dirigent, tant peut être grande encore l’influence des notables, et encouragent les populations à ne pas y participer là où les festivités ont lieu. Elles dénoncent également la concomitance de l’événement avec la loi d’amnistie des communards favorisant le retour en France des condamnés de 1871.

Vous trouverez dans l’article consacré au 14 Juillet dans l’ouvrage Les Lieux de mémoire des exemples de textes originaux d’opposition à la fête nationale et au 14 Juillet

Le 14 juillet 1880, l’ancrage des rituels

La journée s’organise autour de deux éléments principaux le défilé militaire, l’ensemble des festivités populaires. Nous proposons d’associer deux documents de nature différente pour un même événement, avec mise en parallèle de la peinture et de la photographie. La peinture a-t-elle un avenir quand la photographie propose de fixer le réel ? Les deux documents imagent une partie des festivités du 14 juillet 1880, la cérémonie militaire, à l’hippodrome de Longchamp.

A. La place de l’armée

Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880

Jean-Baptiste Detaille (1848-1912), Remise de ses nouveaux drapeaux et étendarts à l’armée française sur l’hippodrome de Longchamp, le 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée entre 1880 et 1881, 2,615m x 4,890m, Paris, musée de l’Armée, (C) Paris-Musée de l’Armée, Dist. RMN/ Hubert Josse

Édouard Detaille est né à Paris en 1848. Il y meurt en 1912. La chose militaire le poursuit dans sa famille comme dans ses études, il est l’élève de Meissonier. Detaille est connu pour des peintures militaires comme Le Rêve (1888), et devient peintre d’histoire, ancré dans les mouvements réaliste et naturaliste. Soldat engagé dans la guerre de 1870, participant aux combats pour défendre Paris, il en tire des sujets de toiles dont certaines furent censurées dans les années 1870 comme offensantes pour l’Allemagne. Cette censure du gouvernement conservateur lui offrit la sympathie des républicains. Au début des années 1880, il parcourt avec les troupes coloniales les territoires conquis avant d’entrer dans un cycle obsessionnel sur les campagnes napoléoniennes. Puis il nourrit d’un cycle républicain le Panthéon devenu en 1885 le temple civique des grands hommes.

Le tableau présenté ici répond à une commande pour le salon de 1881, dans une version refaite en 1885, car la première ne convenait ni à l’auteur, ni à la critique. En 1880, le Champ-de-Mars a été abandonné au profit de l’hippodrome de Longchamp, en arrière-plan de l’action présentée avec au loin le mont Valérien. L’angle de vue pris par le peintre permet de confronter les principaux acteurs de la cérémonie de remise des drapeaux.

À droite, les présidents des institutions clés (République, Chambre des députés, Sénat), des membres du gouvernement, des élus de la Nation, des délégations étrangères ; à gauche, les chefs militaires du pays. Sur l’estrade le président de la République Jules Ferry, celui de la Chambre Léon Gambetta, celui du Sénat Léon Say, debout, font face aux militaires à cheval qui saluent. La peinture montre la fin de la remise, les régiments ayant déjà reçu leurs insignes et se préparant au défilé de clôture, visible au second plan.

Arrivés au pouvoir, les républicains décident de prendre en main une armée jugée hostile au régime. Le général Farre, qui offre des garanties républicaines, est ministre de la Guerre, refonde les relations entre pouvoir et armée. Les vieux drapeaux de 1871 (en laine) sont remplacés par de nouveaux étendards (terme de cavalerie) ou drapeaux (infanterie) avec des formules génériques affirmant les natures du régime et celle des missions des régiments : « République française », « Honneur et Patrie », les listes des batailles des régiments. La hampe du drapeau se termine par une pointe avec l’inscription « R.F. ». Le 14 juillet 1880 est une fête de redressement. La perte des drapeaux dans la guerre de 1870 a provoqué un traumatisme profond que la cérémonie chargée de symboles doit effacer.

Le pouvoir politique, au nom de la Nation, investit l’armée, émanation de la Nation, de la mission de la protéger, de la représenter, de remplir les missions qui lui sont dévolues. Ce moment de la fête civique du 14 Juillet est une étape importante dans la construction du lien entre l’armée et le peuple. Le 14 Juillet est bel et bien une fête patriotique.

revue de Longchamp du 14 juillet 1880

Pierre Petit, photographie de la revue de Longchamp du 14 juillet 1880, © collection JD,

http://www.military-photos.com

Pierre Petit, né en 1831 dans le Var, est un photographe, portraitiste, figure majeure de la photographie du XIXe siècle au même titre qu’un Nadar, beaucoup plus connu que lui. Nous lui devons de multiples clichés célèbres du XIXe siècle sans savoir toujours qui en est l’auteur. Il appartient à ces photographes qui ont laissé les nouvelles traces, témoignages de faits passés au même titre qu’Alexandre Gardner pour la guerre de Sécession.

Ses études le portent vers la technique photographique, il s’installe à Paris en 1858 et se spécialise dans les portraits pour les institutions (facultés, lycées, épiscopat…) mais aussi des artistes et personnalités, dont un célèbre portrait d’Hector Berlioz, ou encore des photographies de la statue de la Liberté dans ses ateliers.

En 1867, la commission du second Empire en fait son photographe officiel pour l’exposition universelle. Il photographie le siège de Paris, des événements de la Commune en 1871.

La photographie prise ce jour montre le passage des troupes de cavalerie devant la tribune officielle après la remise des drapeaux. Les troupes saluent les élus, présentent les drapeaux.

B. Le 14 juillet 1880, place de la République, par Alfred Roll

14 juillet 1880

Alfred Roll (1846-1919), 14 juillet 1880, huile sur toile réalisée en 1880, 1,750m x 3,700m, Paris, musée du Petit-Palais, © RMN / Agence Bulloz

Alfred Roll est né en 1846 à Paris, il meurt en octobre 1919. Il étudie la peinture à l’école des Beaux-Arts de Paris, se fait connaître du public dans les années 1870, puis devient peintre quasi officiel de la République après la présentation en 1880 de La Grève des mineurs. De fait il incarne les aspirations artistiques du nouveau régime et met ses pinceaux au service du message politique opportuniste. Le 14 juillet 1880 s’inscrit dans cette peinture politique, comme il permet aussi de lire les rituels républicains mis en place pour cette journée devenue fête nationale.

Alfred Roll répond à une commande, vraisemblablement de Jules Ferry lui-même. Avec d’autres peintres, comme Detaille, il doit laisser trace de l’événement dans sa première expression. Alors que Roll est présent à Longchamp le matin pour la remise des drapeaux, Ferry lui aurait indiqué que Detaille (voir tableau) s’attelle à la tâche et lui aurait demandé d’aller croquer les scènes du 14 Juillet dans les rues de Paris. Roll s’y rend, observe et peint assez rapidement cette toile aujourd’hui au musée du Petit-Palais. Le tableau de Roll, qui possède également un travail préparatoire, présente en une seule composition l’ensemble des composantes de la journée du 14 Juillet, travail exhaustif des faits et gestes ritualisés.

Il s’agit dès l’origine de faire de cette fête une fête militante : républicaine, anticléricale. Une rivalité s’établit dans la préparation des festivités entre la nouvelle fête républicaine et les fêtes traditionnelles ou les cérémonies notamment religieuses. La fête est de parti pris et, pour la première fois sans doute, l’Église est absente des cérémonies officielles, mais pas seulement par opposition proche du Clochemerle. La fête de la Fédération se révèle être d’un grand secours. Régime de liberté (et elles sont de plus en plus nombreuses sanctionnées par le droit), régime de fraternité, la République entend faire de cette journée un moment d’expression collective de paix civile, d’union nationale mais en sortant de la démarche abstraite difficile à ritualiser.

Au premier plan, sur la toile, une foule, marquée par la densité des visages et des corps, occupe toute la partie inférieure de la toile et un mat (parmi d’autres) porteur d’un bouquet de drapeaux coupe verticalement le tableau dans une structure assez simple. Le cadre spatial est une place de Paris délimitée par des immeubles en arrière-fond avec en son centre une statue. En 1879, la place dite du Château-d’Eau depuis l’installation d’une fontaine en 1811 devient place de la République, à l’emplacement d’un bastion de l’enceinte de Charles V. Des boulevards rayonnants sont alors rebaptisés, celui des Amandiers est désormais nommé avenue de la République et celui du Prince-Eugène, référence aux bonapartistes, devient le boulevard Voltaire. La place accueille donc légitimement le nouveau 14 Juillet, dont les festivités se déroulent en espace public. Les processions religieuses, les fêtes royales notamment sur les places du même nom accaparaient l’espace public. Le nouveau régime s’en empare. Il s’agit bien de reconquérir l’espace public. Les premières célébrations du 14 Juillet sont souvent associées à l’inauguration d’un monument, d’un buste.

La foule nombreuse formée de tous les âges de la vie et de toutes les catégories sociales présente une nation unie. Les vêtements indiquent la diversité sociale que les mouvements de la foule unissent en une action commune. Une partie assiste au défilé militaire de la droite vers la gauche de la peinture, défilé visible aux casques et aux fusils qui dépassent les têtes des spectateurs. L’horizontalité du défilé est coupée par la verticalité des mats et des drapeaux qui reçoivent l’hommage de la Nation. Sur le mat central, dans l’écusson apparaît le mot « Pax » . La République se présente comme un régime de paix. Elle tend à effacer le contexte de sa naissance puisque les hommes au pouvoir en 1880 ont pour beaucoup voulu continuer la guerre après le 4 septembre 1870. Mais surtout elle s’oppose à l’Empire, régime qui a multiplié les conflits entre 1852 et 1870 malgré les engagements des débuts, conflit dont le dernier fut fatal au régime. Dès lors l’armée qui défile, composée sur le principe de la conscription, des citoyens qui défendent la Nation tout entière, occupe une place importante dans les rituels de cette journée.

Sur la gauche, sur une estrade, un orchestre joue un air, dont on ne sait bien sûr ce qu’il est. La musique et les chants accompagnent toute cette journée. Sans doute une place particulière est-elle faite à la Marseillaise, hymne affirmé de la Nation depuis 1878.

Les personnages présents sur le tableau vaquent aussi à d’autres occupations : sur la gauche, au pied de l’orchestre des couples engagent un bal du 14 Juillet. Selon Olivier Ihl, « le bal, citoyen, entretient le souvenir de l’héroïque révolution », la musique et les danses collectives racontent à leur façon l’insurrection victorieuse qu’elles célèbrent dans une démarche patriotique. Le couple associe l’homme et la femme dans la construction de l’Histoire. Le bal rend le spectateur actif, la célébration n’est pas la réception abstraite d’un message politique mais la communion d’une Nation actrice de sa propre histoire. Le bal ayant lieu généralement le soir, la population s’adonne à des jeux collectifs entre le défilé et la soirée. Les festivités sous la forme de kermesse sont prises en main par des organisations locales thématiques (harmonies, fanfares, sociétés de tir…).

Dans la journée se déroule aussi le banquet républicain absent du tableau de Roll mais si important dans les rituels et rappelant les démarches politiques des temps difficiles des républicains, notamment sous la monarchie de Juillet et sous le second Empire.

Au centre de la place, le peintre représente une statue. La Ville de Paris a ouvert un concours pour doter la place d’une statuaire en l’honneur de la République. Les frères Morice, sculpteurs, l’emportent l’un pour le groupe, l’autre pour le soubassement. Roll ne voit en 1880 qu’un modèle en plâtre, la statue de bronze et de pierre n’est installée qu’à partir de 1883. Une allégorie féminine, incarnation de la République qui refuse les formes de personnalisation du pouvoir, surmonte un piédestal orné d’allégories des principes formant la devise de la République : liberté, égalité, fraternité, elles aussi utilisées comme « vertus théologales » du nouveau régime, celles qui auraient le nouveau régime pour objet, qui unissent la Nation présente, dans une sorte de transfert de sacralité. La statue de la Liberté semble porter un bonnet phrygien, encore symbole d’affranchissement pour une Marianne qui passe du combat au pouvoir. Le monument inauguré en 1883 porte une série de bas-reliefs commémorant différents événements de Révolution française dont le 14 juillet 1789 et celui de l’année suivante (voir documents joints).

La lecture verticale de la peinture, du bas vers le haut, associe en un seul regard enfant, foule, armée, drapeaux, statue de la République. Comme le souligne Olivier Ihl : « Il s’agit de donner consistance aux principes par lesquels ces hommes se proclament en mesure de gouverner le présent. » Olivier Ihl, La Fête républicaine, Paris, NRF Gallimard, 1996, p 112.

bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la prise de la Bastille, © Adeline Riou bas-relief de Léopold Morice

Monument de la place de la République à Paris, bas-relief de Léopold Morice, présentation de la Fête de la Fédération, © Adeline Riou

Le 14 juillet 1889

En 1886, pour la première fois, une femme défile avec les militaires. Cantinière au premier bataillon du 131e régiment d’infanterie de ligne, active pendant la guerre de Crimée, Marie Vialar défile avec son régiment devant les autorités militaires.

Le 14 juillet 1889

Le 14 juillet 1889 occupe forcément une place particulière :

Le bal du 14 juillet

Théophile Steinlen (1859-1923), Le bal du 14 juillet, Paris, musées de la Ville de Paris, © RMN / Agence Bulloz

Avec ses personnages attablés aux terrasses des cafés et ses danseurs enlacés, Steinlen saisit dans un style coloré et incisif l’exubérance joyeuse d’un bal. Le peintre rassemble pour cette fête du 14 Juillet toute une panoplie de figures familières du Paris populaire et canaille : ouvriers, artisans, gens de maison mais aussi souteneurs et escrocs que l’on surnomme alors les Apaches. La rue pavoisée de drapeaux tricolores sert de décor à cette fête nocturne qui s’illumine aux feux des lampions. Le 14 juillet 1889 occupe une place un peu à part. L’année a commencé par les difficultés des républicains dans la crise boulangiste, s’est poursuivie par la reprise en main au printemps par le gouvernement après le fiasco du mouvement hétérogène antirépublicain. Au mois de mai les cérémonies du centenaire de la Révolution française commencent de même que l’exposition universelle. La France se ressoude autour de ces célébrations majeures.

Installé à Montmartre depuis 1881, le Suisse Steinlen est un familier de ce moment de liesse populaire. Depuis son instauration en 1880, le 14 Juillet, qui rappelle la prise de la Bastille, emblème du renversement du pouvoir monarchique, est un moment de cristallisation de l’identité nationale. Au fil des années, les manifestations gagnent les faubourgs de la capitale décorés pour l’occasion d’arcs de triomphe, de guirlandes de feuillages, de drapeaux et de lampions. Fervent lecteur de Zola dont il est l’ami, Steinlen se fait connaître par ses illustrations et ses caricatures sociales et politiques qui paraissent dans la presse. Mais, comme son aîné Daumier, il consacre à la peinture la part la plus secrète et la plus libre de sa création. En novembre 1959, Le Bal du 14 juillet figure à la rétrospective que le Salon d’automne consacre à Steinlen. Cette peinture qui est l’une des plus grandes peintes par l’artiste rejoint alors les collections de la Ville de Paris.

Le 14 juillet 1910, en province

Exemple de 14 Juillet en province : affiche de Cosne-Cours-sur-Loire, en 1910.

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne

Affiche pour la célébration du 14 juillet 1910 à Cosne, Archives municipales de Cosne, 1 I 38.

À la veille de la Grande Guerre, la fête nationale est bien implantée dans les communes de France. Les combats du début ont laissé place à une commémoration qui touche tous les Français en même temps. Vivre en même temps les mêmes choses dans une « simultanéité des émotions », selon l’expression de Mona Ozouf, renforce la profondeur du sentiment d’appartenance à la même communauté nationale.

La commune de Cosne-Cours-sur-Loire, dans la Nièvre, annonce sa fête du 14 juillet 1910. Une affiche aux trois couleurs incontournables présente le programme sur deux jours : la retraite aux flambeaux le 13 au soir puis les festivités du 14. L’affiche liste les composantes nécessaires pour « avoir un beau 14 Juillet » : de la musique, par fanfare ou par musique militaire, celle d’un régiment invité (ici un régiment d’infanterie). La musique doit entraîner la population, elle accompagne l’ensemble des festivités. Elle scande, émeut, fédère selon les morceaux joués. La Marseillaise occupe une place particulière. Le défilé est annoncé ici par l’expression « Revue de troupes », elle consiste en une présentation des conscrits, réunis dans un régiment proche, sis souvent au chef-lieu d’arrondissement.

La commune n’oublie pas les indigents. Dès les premières célébrations selon le programme fixé par la chambre en 1880, des distributions matérielles d’aide aux nécessiteux accompagnent cette célébration. Solidarité sans doute plus que fraternité, charité élevée au rang de vertu républicaine.

Le nom du maire, signataire de l’affiche invitant l’ensemble des populations, met face à face l’autorité civile issue du suffrage universel, mandatée par ses concitoyens, et le régime dont il est aussi un élément clé, cellule de base du fonctionnement républicain.

Le 14 juillet en 1912, à Paris

14 juillet, bal populaire

14 juillet, bal populaire, photographie Agence Rol, 1912, Gallica, BNF.

Sur la photographie prise à Paris en 1912, la rue devient un lieu de sociabilité populaire, envahi par une foule. Les couples dansent, des couples se font, des femmes dansent entre elles, des spectateurs aperçoivent le photographe et l’observent, semblant alors poser. Le pavé est transformé en une scène de danse, le mouvement est rapide, des terrasses, des chaises accueillent le public. Jour de fête que ce 14 Juillet dans un quartier populaire. Mais surtout, comme pour le défilé, l’espace public est pris en main par le peuple de Paris. Il se substitue aux autres formes de contrôle de l’espace public comme les manifestations catholiques notamment.

Le 14 juillet 1919 : « qui a vu ce jour a vécu »

Clemenceau s’adresse au maréchal Pétain au soir de la manifestation.

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris

Défilé du 14 juillet 1919 place de la Concorde à Paris, © Heritage images / Leemage

L’intérêt d’un regard sur cette célébration du 14 juillet 1919 repose sur l’instrumentalisation de la date et sa mise en relation avec la Grande Guerre close quelques mois plus tôt. La mortalité de masse, les traces visibles de la guerre sur les hommes et les biens conduisent la population à préférer les commémorations intimistes, locales, aux grandes processions nationales. Cependant cette date du 14 juillet 1919 a offert une manifestation d’une rare intensité, donnant sans doute une dimension supplémentaire à la journée comme un apogée du 14 Juillet, fête nationale. Pour Annette Becker, il peut s’agir aussi d’une manifestation de l’union sacrée, dans la commémoration de l’une des dernières manifestations de cette alliance de toutes les forces vives de la Nation contre un ennemi commun.

La photographie montre une foule très nombreuse, place de la Concorde. C’est en effet une population importante qui est descendue dans les rues de Paris mais aussi venue de province. Elle est estimée à deux millions de personnes dans les rues de la capitale. La fête du 14 Juillet telle qu’elle a été fixée par la première célébration de 1880 donne à l’armée et au drapeau une place essentielle. Les deux éléments trouvent bien évidemment en 1919 une place qui n’est pas tout à fait festive mais qui entre dans la démarche commémorative. La ville s’est couverte de drapeaux, de fanions, de rubans aux trois couleurs, alors que le 13, dans la journée, le président de la République, le Lorrain Raymond Poincaré, a remis à Joffre, Foch et Pétain leur épée de maréchal. Ces trois vainqueurs de la guerre, présents dans la durée, organisant la défense dans le plus grand respect des hommes ou encore coordonnateur des forces de la victoire, conduisent le grand défilé militaire du 14 Juillet.

Les Beaux-arts furent chargés de préparer le parcours du défilé en créant une voie triomphale sur les Champs-Élysées, des urnes embrasées, des canons pris à l’ennemi et disposés en trophées, surmontés de coqs gaulois, des mats avec écussons et drapeaux, des guirlandes.

L’armée française ferme la marche avec à sa tête le maréchal Pétain.

Le défilé commença par la marche de mille mutilés, au nom des millions de blessés, d’invalides de guerre, suivis des corps de troupes alliés par ordre alphabétique. Même les lumineuses nocturnes du 14 Juillet, à l’origine des lampions, se teintent de la mémoire du conflit, indiquant les lieux des grands sacrifices. Place de la Concorde, la statue de Strasbourg avait été transformée en monument aux morts, cénotaphe recherché symbolisant morts et disparus.

La cérémonie ne reçoit cependant pas l’aval de toutes les forces de la nation, les socialistes sortis de l’union sacrée en 1917 dénoncent le caractère militariste de la célébration, appellent à une morale publique fondée sur le respect des morts, critiquent la fête de la victoire. La guerre vient de se clore, le 28 juin 1919, par la signature du traité de Versailles, qui ne satisfait personne, dans un climat social français détestable avec des grèves, des revendications et des difficultés sociales (loi de 8 heures).

Un autre groupe, les catholiques, longtemps identifié comme hostile à la République puis intégré à elle par le ralliement des années 1890, réintégré aussi à la Nation par sa participation à l’union sacrée et son rôle dans les forces combattantes critique les festivités. Si l’hommage aux soldats morts et vivants plaît aux catholiques le caractère profondément laïc des cérémonies est considéré comme une atteinte à cette union. Le gouvernement Clemenceau, dont l’anticléricalisme n’est pas oublié, refuse de renouer des relations avec le Saint-Siège ou encore d’associer le Sacré-Cœur dont la basilique est consacrée en octobre de la même année. La basilique du Sacré-Cœur prend une place particulière pour les morts de la Grande Guerre puisqu’elle devient lieu de mémoire des Parisiens morts pendant la guerre.

Il existe des images filmées de cette manifestation du 14 juillet 1919, voir :

1936, le Front populaire, un 14 Juillet ouvrier

La célébration associe la dimension nationale à la dimension sociale. Si, comme c’est la tradition, un défilé militaire descend les Champs-Élysées, les manifestations investissent les grands lieux parisiens du monde ouvrier, en souvenir également du serment de constitution du Front populaire prononcé un an plus tôt jour pour jour. La victoire du Front populaire au printemps s’est accompagnée d’un vif mouvement social avec des grèves et occupations d’usines. Les accords Matignon, les premières mesures de lutte contre la misère, le chômage, les formes d’aboutissement ainsi que des revendications sociales et culturelles nourrissent chez les ouvriers le sentiment d’une prise en compte de leurs attentes. Aussi, en cette journée de fête nationale traditionnellement conçue comme celle de la Concorde nationale, les ouvriers défilent dans les rues des grandes villes, célébration d’une victoire. Les quartiers est de Paris sont investis par une foule estimée à un million de personnes, comme le rappelle Danielle Tartakowsky, et les festivités durent trois jours avec, pour la première fois, un 14 Juillet qui prend les allures d’une « manifestation de rue ». la tradition révolutionnaire refait surface en cette journée anniversaire.

Dans un élan patriotique, le 14 juillet 1939 voit pendant trois jours le défilé des troupes de l’armée française et de l’empire. Derniers feux d’une puissance déchue, à laquelle le gouvernement Daladier propose de commémorer 1790 et non le cent cinquantième anniversaire de la Révolution. Le 14 juillet suivant, les Allemands sont à Paris, le maréchal Pétain vient d’obtenir les pleins pouvoirs. Aussi la commémoration prend-elle un air de commémoration recueillie où l’Église trouve une place nouvelle. Il faut chercher à Londres un 14 Juillet dans la tradition. Le général de Gaulle fait défiler les troupes réduites d’une France Libre en construction (des photographies sont disponibles sur de nombreux sites Internet). Chaque 14 juillet, la Carmagnolle et le Ah ça ira sont diffusés sur Radio Londres, par les ondes de la BBC.

http://www.ina.fr/video/AFE00002811/le-14-juillet-a-lyon.fr.html

Le 14 juillet 1945, le pays fête à la fois la victoire, la paix retrouvée et sans doute cherche à travers quelques cérémonies à oublier les dissensions nationales, les trajectoires tortueuses d’un temps aboli. La prise de la Bastille, la fête de la fédération ont des allures de résistance à un autre ennemi. Dans la ville de Lyon, le défilé militaire associe troupes étrangères victorieuses, troupes locales – notamment les chasseurs alpins -, remise de décorations et défilé populaire.

Vous trouverez sur le site de l’Ina de nombreux enregistrements vidéo de divers 14 Juillet.

Conclusion

Nous ne voulons pas nous attarder sur les 14 Juillet contemporains. Il nous semble qu’ils oublient la Bastille, la Fédération, que les enjeux du passé n’ont plus les mêmes résonnances, au profit d’une démonstration de sécurité militaire, qu’ils contribuent aussi au renforcement de la présidentialisation du régime à travers l’application du droit de grâce, dans une démarche régalienne, fortement attendue par la population.

Reprenons les termes d’Henri Martin : « Le 14 juillet, c’est la Révolution tout entière. » Le bicentenaire de la Révolution a montré combien même une présidence de gauche pouvait centrer sur les acquis de 1789 les principes contenus dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, en oubliant d’autres faits majeurs. Dans les années de préparation du bicentenaire, alors que la droite néolibérale exerce le pouvoir, une campagne virulente remet en cause la place du 14 Juillet dans la mythologie républicaine. Depuis quelques mois, la presse de droite, comme le Figaro, dénonce la violence gratuite de cette journée de juillet 1789 et, encore une fois, l’élévation au rang de mythe fondateur d’un fait jugé finalement sans importance. Bien sûr, il s’agit là d’une nouvelle offensive de la contre-révolution, dans une version « soft » mais que l’humanité dénonce comme étant héritière de « l’émigration de Coblence ».

Cependant le calendrier inscrit bien le 14 Juillet comme fête nationale : la journée est toujours chômée. Elle ne clôt plus vraiment le calendrier scolaire, encore que les examens et concours de l’Éducation nationale se terminent souvent quelques jours avant la célébration. Inscrite dans une période de vacances, elle passe un peu inaperçue, sauf si de façon exceptionnelle le pouvoir en profite pour la transformer en un hommage particulier (cinquantenaire des indépendances africaines en 2010) ou en forme d’intervention présidentielle.

http://www.france24.com/fr/20100714-focus-france-defile-14-juillet-afrique-en-premiere-ligne

Les républicains de 1880 ont inventé un langage, certes aujourd’hui moins maîtrisé notamment par ceux auxquels il est destiné. Cette fête a voulu éviter les formes d’excès, les dissensions politiques, sociales. Elle a voulu dès l’origine « créer la simultanéité des émotions », comme le souligne avec force Mona Ozouf dans un moment dont la dimension pédagogique affronte une société de moins en moins portée sur les apprentissages.


Chute du mur/20e: Attention, un mur peut en cacher d’autres (What about Vietnam?)

9 novembre, 2009
IronCurtain
Vietnamese dissidents arrested
Nous avons tué le mauvais cochon. Churchill
De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent. Winston Churchill (Westminster College, Fulton, Missouri, le 5 mars 1946)
La première utilisation de l’expression Rideau de fer vient du rideau de fer utilisé dans des théâtres (et les boutiques). Comme analogie il avait le sens de « barrière impénétrable », et en 1918, le russe Vassili Rosanov écrit dans son livre L’Apocalypse de notre temps : « En cliquetant, en craquant et en grinçant, un rideau de fer descend sur l’histoire de la Russie. La représentation prend fin. » Le terme est ensuite repris par Ethel Snowden, une politicienne féministe socialiste britannique, qui dénonce le développement du bolchévisme dans ce pays dans son livre Through Bolshevik Russia paru en 1920. Dès lors, il commence à désigner la limite occidentale de l’Union soviétique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le ministre roumain des affaires étrangères Grégoire Gafenco, dont le pays vient d’être victime du pacte Hitler-Staline, écrit le 2 juillet 1940 à Winston Churchill : Nous ne parvenons plus à avoir la moindre nouvelle de nos compatriotes restés de l’autre côté de la ligne de démarcation, comme si un rideau de fer s’était abattu en travers de notre pays1. Côté allemand, Joseph Goebbels emploie aussi ce terme dans le journal interne du parti nazi Das Reich, le 23 février 1945 (« eiserner Vorhang »), de même que le comte Lutz Schwerin von Krosigk, éphémère ministre des affaires étrangères de l’amiral Dönitz, qui déclare à la radio allemande le 2 mai 1945 : « À l’Est, le rideau de fer derrière lequel, invisible aux yeux du monde, la destruction est en œuvre, s’avance inexorablement ». Mais c’est Winston Churchill, le 5 mars 1946, qui rendit l’expression populaire lors du fameux discours de Fulton (Missouri) en prononçant une phrase restée célèbre: « De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l’Adriatique, un rideau de fer s’est abattu à travers le continent ». Alarmé par les violations répétées de la Charte de l’Atlantique et de la Déclaration de Yalta sur l’Europe libérée, Churchill fait part dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman de ses craintes de voir les forces soviétiques s’avancer si elles le veulent jusqu’aux rives de l’Atlantique. L’expression Rideau de Fer fera dès lors florès. Wikipedia
Faites tomber ce mur, M. Gorbatchev! Ronald Reagan (Berlin, juin 1987)
Un président américain ratera les événements qui souligneront la fin d’un combat auquel nous avons, en tant que nation et sous des présidents des deux partis – consacré sang et argent pendant 50 années. Pour Barack Obama, 1989 est juste une autre année lointaine – et le Parti démocrate d’hommes comme Harry Truman et JFK n’a jamais été aussi lointain. Rich Lowry
La torture est maintenant une pratique répandue dans les prisons palestiniennes. Les techniques ont évolué. Les différents services de sécurité de l’Autorité palestinienne utilisent à présent des méthodes qui laissent moins de traces. Ils s’inspirent souvent des Israéliens, mais aussi des Américains, qui les entraînent en Jordanie. Shawan Jabarin (directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme al-Haq)
Les membres du Fatah ont beaucoup appris dans les prisons israéliennes. Abou Ali (ministre de l’Intérieur de l’Autorité palestinienne)
D’ailleurs, l’immense majorité des dissidents de l’Est ne manifestaient pas pour le capitalisme. Slavoj Zizek
Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique: le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Guy Sorman
Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, […] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer. Duy Hoang (membre du parti réformiste interdit Viet tan)
Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée. Do Hoang Diem (Viet Tan)

Attention: un mur peu en cacher d’autres!

En ce 20e anniversaire de la Chute du mur de Berlin (qui est aussi le 71e de la Nuit de cristal) et Journée mondiale de la liberté institué en novembre 2001 par George Bush (à quand, à défaut d’un nouveau Nuremberg, une Journée commémorative pour les quelque 70millions de victimes?) …

Snobés par un nouveau chef de file du Monde libre trop occupé à dénigrer son propre pays (y compris pour ses… victoires!) et courtiser les tyrans de la planète, comme en témoigne l’annonce de sa rencontre avec les dictateurs birmans en fin de semaine …

Pendant que, dans les Etats policiers du Moyen-Orient et sous couvert d’une véritable orgie de critiques contre le seul « mur israélien », continuent plus que jamais tortures et exécutions extra-judiciaires comme purification religieuse contre les non-musulmans ou censure de toute référence au bouc émissaire sioniste jusqu’au Journal d’Anne Frank

Corruption généralisée, arrestations et détentions arbitraires (3 journalistes et 17 blogueurs), non-respect de la liberté de parole et d’expression, intimidation des militants pour la démocratie, restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques, confiscations des biens de l’Eglise catholique, surveillance policière et harcèlement de l’église mennonite dans les zones des minorités ethniques, interdiction de créer un syndicat des travailleurs indépendant, mauvaises conditions de travail, bas salaires et traitements dégradants …

Retour sur ces autres murs qui, comme le rappelait tout récemment Guy Sorman, n’ont « plus besoin, avec les alternatives plus sophistiquées du contrôle des frontières et de la censure d’internet, d’être en béton » mais restent appuyés sur la force militaire et policière.

Et notamment, derrière les cas notoires des Chine, Corée du nord et Cuba, celui, « glissé sous le radar » après un début de libéralisation pendant que d’autres conflits occupaient les unes des médias, du Vietnam.

Que, malgré les efforts du Parti réformiste Viet Tan et après avoir payé pourtant de la vie de près de 60 000 de ses soldats, le Monde libre semble apparemment avoir décidé d’abandonner à son triste sort …

M. Obama, rendez le Vietnam libre!
Duy Hoang
Wall Street Journal
30 janvier 2009

La « douce » puissance Américaine peut inciter au changement démocratique.

Pour tous ceux qui ont regardé le discours d’investiture de Barack Obama la semaine dernière depuis un pays non libre, assurément l’une des phrases les plus remarquable a été : « Eh oui, à tous les autres peuples et gouvernements qui nous regardent aujourd’hui, […] sachez que l’Amérique est l’amie de chaque nation, de chaque homme, femme ou enfant qui cherche un avenir de paix et de dignité. Et nous sommes prêts à mener le mouvement une fois de plus. »

Le Vietnam serait l’endroit parfait pour commencer.

D’un point de vue purement stratégique, le Vietnam se trouve en plein milieu de l’Asie du Sud-Est, à côté de la Chine et de la Thaïlande, et en parallèle avec les importantes lignes maritimes de la mer de Chine méridionale. L’Amérique ne pourrait que se réjouir de voir s’instaurer là-bas un régime pacifique et démocratique. Dans une perspective plus large, l’un des plus importants faux pas de la politique étrangère de l’Amérique au 20e siècle a été l’abandon du Vietnam au Parti communiste. Les temps ont changé, mais pas le Vietnam qui dispose pourtant d’un potentiel d’ancrage économique dynamique et libéral en Asie du Sud-Est. En utilisant la puissance douce, les États-Unis disposent des moyens diplomatiques permettant d’aider le peuple vietnamien, et les intérêts américains.

Le Vietnam est prêt pour le changement. Le Vietnam n’est pas la Malaisie ou l’Indonésie, en proie à des conflits sectaires. Il n’est pas non plus comme la Chine, malgré les ressemblances superficielles des gouvernements communistes dans des pays de culture confucéenne, gouvernements qui ont essayé d’offrir à leur peuple la croissance économique en échange d’une allégeance politique.

Alors que les dirigeants chinois aspirent au statut de grande puissance, les communistes du Vietnam maintiennent une position de subordonné avec la Chine, en s’appuyant sur le soutien politique de Pékin. En conséquence, alors que le Parti communiste chinois peut manipuler les sentiments nationalistes pour asseoir son contrôle, le Parti communiste vietnamien doit tempérer le nationalisme de peur de voir son pouvoir menacé. Hanoi est déjà confronté à une facture élevée pour ses mauvaises politiques et ses échecs de la réforme. Les compagnies multinationales ne peuvent pas ignorer l’énorme marché chinois, mais elles peuvent se permettre de faire l’impasse sur le Vietnam si l’environnement devient trop difficile ou le système politique trop répressif.

Un autre facteur décisif est la relative homogénéité des attitudes et de la diaspora vietnamienne. Estimée à 1,5 millions de personnes aux États-Unis et à trois millions dans le monde, les Vietnamiens de l’étranger sont pour la plupart des boat people qui ont fui en tant que réfugiés politiques à partir de 1975. Avec un passé commun, nombreux sont ceux qui partagent l’espoir d’un Vietnam libre et démocratique pour l’avenir. Pendant ce temps, le Vietnam possède l’une des populations les plus pro-américaines dans le monde. Au Vietnam, le régime n’apprécie pas les États-Unis, mais « la rue » aime l’Amérique. Tant que la politique américaine reste concentrée sur la mobilisation de la population vietnamienne, elle peut s’appuyer sur un énorme réservoir de bonne volonté.

Ce qui ne veut pas dire que Washington doive enfreindre la loi pour renverser le régime de Hanoi. Les changements politiques, lorsqu’ils arrivent, devront être l’œuvre du peuple vietnamien. Mais si M. Obama veut encourager l’évolution politique au Vietnam, il a des outils à sa disposition qui pourraient avoir un impact important. L’outil le plus important est tout simplement le ton que Washington donne à ses relations avec Hanoi. Les responsables américains doivent clairement faire savoir que les États-Unis travailleront avec le régime dans la mesure où c’est le gouvernement actuel, mais que l’Amérique est d’abord et avant tout un partenaire du peuple vietnamien.

Les États-Unis pourraient commencer en se prononçant contre les arrestations arbitraires, l’intimidation des militants pour la démocratie et les restrictions sur l’indépendance des organisations religieuses et politiques. Pour que les États-Unis parlent d’une seule voix, toutes les administrations impliquées au Vietnam, comme le Département d’État, du Commerce et de la Défense doivent avoir des priorités cohérentes. Une politique plus forte des droits de l’homme exige aussi que l’administration se conforme à la lettre et à l’esprit de la Loi sur la Liberté Religieuse Internationale. L’administration Bush a fait une erreur lorsqu’elle a retiré le Vietnam de la liste des pays particulièrement préoccupants pour les violations de la liberté religieuse afin de faire avancer d’autres objectifs diplomatiques.

Les États-Unis devraient s’impliquer dans toutes les facettes de la société vietnamienne. L’éducation est un domaine clé. Les programmes pour que les jeunes vietnamiens puissent étudier dans les universités américaines devraient recevoir un financement accru. Dans le même temps, les opportunités doivent être créés pour des universitaires et des experts basés aux USA d’échanger des idées avec le public, au Vietnam, par exemple par le biais de forums organisés par l’ambassade américaine à Hanoi. Les discussions politico-militaires des USA avec le gouvernement vietnamien et le Programme International d’Entrainement et de Formation Militaire du Pentagone encourageront l’Armée populaire du Vietnam, non seulement à moderniser ses capacités opérationnelles, mais aussi à modifier sa manière de penser en termes d’équilibre des relations civiles et militaires pour se concentrer sur la mission fondamentale de l’armée – qui est de défendre le pays contre des menaces extérieures.

Les États-Unis peuvent également aider pour que le peuple vietnamien ait son mot à dire sur son propre avenir en soutenant la société civile. Les programmes dirigés par le gouvernement vietnamien et d’autres canaux officiels sur la santé, l’éducation, la micro finance ne constituent pas une solution à long terme. Les États-Unis peuvent soutenir des capacités locales en explorant toutes les possibilités de coopérer directement avec le secteur privé vietnamien, avec des individus et des organisations communautaires. Les États-Unis doivent établir le dialogue avec les organisations vietnamiennes pro-démocratie ainsi qu’avec des éléments favorables aux réformes au sein du régime. Le message des États-Unis devrait être : « Il appartient au peuple vietnamien de choisir son propre gouvernement. En tant qu’ami du Vietnam, nous sommes prêts à écouter tous ceux qui ont des vues constructives. »

En effet, la politique américaine doit répondre à l’enthousiasme pour le changement sur le terrain. S’appuyant sur l’expérience de l’Europe de l’Est et d’ailleurs, les États-Unis peuvent également contribuer à rassurer ceux qui sont au pouvoir que le changement ne doit pas être destructeur ni mener au chaos.

Les principales décisions de la politique des États-Unis envers le Vietnam depuis la normalisation des relations en 1995 – comme l’accord de commerce bilatéral et les relations commerciales normales permanentes – ont souvent été justifiées par leur effet à long terme favorisant une plus grande ouverture. Mais le long terme peut se situer très loin. Le choix de la politique de l’administration Obama n’est pas de savoir si le Vietnam libre est simplement un résultat souhaitable à long terme, mais s’il devrait être un objectif réel à plus court terme. En se tenant du côté du peuple vietnamien, les États-Unis ont la possibilité de transformer le Vietnam et, en définitive, une large région de l’Asie.

M. Hoang est un des dirigeants de Viet Tan aux États-Unis, un parti politique pro-démocratie et non autorisé au Vietnam.

Voir aussi:

Témoignage de Viet Tan sur la situation des droits de l’homme devant le Parlement australien
Do Hoang Diem
Viet Tan
19/03/2009

Exposé de M. Do Hoang Diem
Président de Viet Tan

Témoignage devant la Sous-Commmission des Droits de l’Homme,
la Commission permanente mixte des Affaires étrangères, de la Défense et du Commerce,

le Parlement d’Australie

Enquête sur les Mécanismes des Droits de l’Homme en Asie-Pacifique
19 mars 2009

***

Mesdames et messieurs,

Je vous remercie d’avoir invité Viet Tan (Parti pour la Réforme du Vietnam) à témoigner lors de cette audience publique d’aujourd’hui, dans le cadre de l’enquête sur les mécanismes des droits de l’homme en Asie-Pacifique. Viet Tan est un parti défenseur de la démocratie, actif au Vietnam bien qu’il y soit officiellement interdit. Notre objectif est d’améliorer la situation actuelle des droits de l’homme et de susciter un changement politique pacifique à travers le pouvoir du peuple vietnamien. Nous croyons qu’une société libre, non seulement est le meilleur moyen d’exploiter le vaste potentiel du pays et de son peuple, mais aussi constitue les fondations des mécanismes des droits de l’homme. En outre, un Vietnam démocratique peut être un pilier de prospérité et de stabilité dans la zone Asie-Pacifique.

Situation actuelle au Vietnam

Le Vietnam est gouverné par une dictature corrompue et responsable de l’un des pires bilans sur les droits de l’homme dans le monde. Le pays a une population dynamique, jeune dont la vie et les aspirations sont réprimées par un appareil de sécurité et des « lois » arbitraires destinées à protéger le Parti communiste des points de vue dissidents et d’une opposition organisée.

Je voudrais illustrer plusieurs sujets de préoccupation

1. Arrestation et détention arbitraires

Le gouvernement utilise des décrets ambiguës et des dispositions juridiques visant à criminaliser l’expression politique et à considérer une opposition légitime et pacifique comme attentant à la sécurité nationale. Usant de lois aussi puissantes, le gouvernement vietnamien a lancé une série de répressions que Human Rights Watch a qualifié de pire en 20 ans. Plus récemment, en septembre 2008, de nombreux militants pour la démocratie (dont Nguyen Xuan Nghia, Pham Thanh Nghien, Ngo Quynh, Vu Hung, Tran Duc Thach, Nguyen Van Tuc et Pham Van Troi) ont été arrêtés pour avoir distribué des tracts en faveur de la démocratie et pour avoir diffusé des slogans critiquant le gouvernement. Ils sont toujours détenus sans aucune accusation formelle. Dans le cas de Pham Thanh Nghien, bien qu’elle soit détenue depuis déjà six mois, sa famille n’a pas encore été autorisée à lui rendre visite. Sa santé serait en train de se détériorer.

2. Liberté de parole et d’expression

La constitution du Vietnam garantit la liberté d’expression et de la presse ; pourtant le gouvernement continue d’étouffer les journalistes indépendants d’esprit et Internet. Les autorités persécutent notamment ceux qui discutent de pluralisme politique ou qui s’interrogent sur les politiques concernant des questions sensibles comme la corruption impliquant des fonctionnaires du gouvernement ou des différends frontaliers avec la Chine. Par exemple deux journalistes, Nguyen Viet Chien et Nguyen Van Hai, respectivement des quotidiens Thanh Nien et Tuoi Tre, ont été arrêtés pour avoir exposé le scandale de corruption politique portant sur plusieurs millions de dollars et impliquant le détournement de fonds, les jeux de hasard et la prostitution au ministère des Transports (PMU-18) [1]. Ces hommes ont ensuite été jugés, condamnés et accusés d’avoir « abusé des libertés démocratiques ».

De même, ces derniers mois, les autorités ont lancé une campagne pour faire taire les militants sur Internet. Un blogueur bien connu, Dieu Cay, a été arrêté après avoir critiqué la politique du gouvernement sur les litiges territoriaux avec la Chine. Il a été condamné à 30 mois de prison pour « fraude fiscale » dans un procès qui a été condamné par la communauté internationale. Sa famille et ses collègues blogueurs ont été constamment harcelés et menacés.

Le gouvernement est même allé jusqu’à promulguer un nouveau décret en décembre 2008 interdisant aux blogueurs de publier des articles susceptibles d’être considérés comme « attentant à la sécurité nationale ». Ce nouveau décret impose aux fournisseurs internationaux de services Internet de fournir aux autorités des informations sur les utilisateurs privés.

3. Liberté religieuse

Toutes les organisations et pratiques religieuses au Vietnam doivent être officiellement enregistrées et reconnues par le gouvernement. L’Église Bouddhique Unifiée du Vietnam (EBUV) est toujours hors-la-loi et son plus haut dirigeant, le Vénérable Thich Quang Do, a été soumis arbitrairement à la détention à domicile et au harcèlement depuis plus de trente ans.

L’Église catholique souffre encore de grandes restrictions. Toute nomination ou affectation de son clergé exige l’approbation du gouvernement. En septembre 2008, plusieurs grandes veillées de masse ont été effectuées par l’archevêque de Hanoï et la paroisse de Thaï Ha, avec parfois la présence de plus de 15 000 fidèles, veillées demandant la restitution des propriétés confisquées de l’Église. Huit de ces paroissiens ont été arrêtés puis condamnés.

Mais plus opprimée encore est l’Église mennonite, là où ses adeptes appartiennent principalement à des minorités ethniques vivant dans les Hauts Plateaux du centre du Vietnam. Un des dirigeants de l’Église, le pasteur Nguyen Hong Quang a été maintes fois arrêté et emprisonné pour avoir exercé sans autorisation officielle. Lui et ses collègues font actuellement l’objet d’une surveillance policière et de harcèlement.

4. Droits des travailleurs

Il n’y a pas de syndicat des travailleurs indépendant reconnu au Vietnam. Il est interdit aux travailleurs de former un tel syndicat ou d’y adhérer.

Le seul syndicat qui existe est un organe de l’État appelé Confédération Générale du Travail du Vietnam, qui répond directement au Parti communiste vietnamien. En raison de cette antinomie, les droits des travailleurs sont souvent violés et négligés. Ces dernières années, des grèves à grande échelle ont eu lieu dans tout le pays en raison de mauvaises conditions de travail, de bas salaires et de traitements dégradants. Des milliers de travailleurs ont participé à ces grèves et de nombreux chefs de file de ces grèves ont été arrêtés et emprisonnés. Selon la loi vietnamienne, les grèves sans autorisation du gouvernement sont considérées comme illicites ; par conséquent, les travailleurs eux-mêmes prennent souvent un risque important d’être persécutés par les autorités et licenciés par leur employeur. L’agitation dans le monde du travail reflète les difficultés économiques et le mécontentement social. Le contrôle étroit des travailleurs exercé par le gouvernement et les restrictions au droit de grève enfreignent gravement le Code du travail.

Recommandations

1. Dialogue sur les droits de l’homme

Le dialogue Australie-Vietnam sur les droits de l’homme peut être un mécanisme efficace pour encourager une plus grande liberté politique au Vietnam. Pour accroître son efficacité, nous suggérons un renforcement des programmes concrets. Les programmes devraient en particulier se concentrer sur la promotion de la liberté des médias, de la libre utilisation d’Internet et de la liberté d’association. Toute aide financière pour ces projets doit avoir des repères clairs ; Il faut que soient documentés clairement des objectifs précis ainsi que les progrès effectués. Les résultats doivent être communiqués à la Commission permanente mixte et être transparents de telle sorte que le public puisse les étudier.

2. Soutien parlementaire pour le changement démocratique

Alors qu’est nécessaire l’institution de mécanismes de prévention et de réparation des violations des droits de l’homme, il importe également de promouvoir la démocratie car elle contribue à garantir ces mécanismes dans le long terme. Un système autoritaire à parti unique est un terrain fertile pour les violations des droits de l’homme. Nous pensons que la solution aux droits de l’homme est une société démocratique où les citoyens ont le droit de faire des choix politiques et de tenir le gouvernement pour responsable de ses actions. Le parlement australien peut soutenir le peuple du Vietnam et d’autres peuples réprimés en critiquant les persécutions, en discutant avec la société civile et les groupes démocratiques, en continuant à pousser au changement le régime actuel.

3. Commission des droits de l’homme de l’ ASEAN [2]

Nous appuyons fermement l’initiative du Groupe de Travail pour un Mécanisme des Droits de l’Homme de l’ASEAN de former une commission intergouvernementale des droits de l’homme. Nous recommandons que tous les États membres de l’ ASEAN soient automatiquement membres de cette commission et soient ainsi tenus de respecter les normes internationales des droits de l’homme. La Commission agira comme un organe de contrôle veillant à ce que les plaintes puissent être entendues et que ses recommandations soient mises en œuvre. Nous préconisons aussi que la Commission des droits de l’ASEAN puisse recommander une Cour qui, dans certaines circonstances pourrait prendre une décision collective à valeur contraignante. Bien que l’Australie ne soit pas membre de l’ASEAN, avec sa longue histoire d’une étroite relation de travail et d’un engagement dans la région, nous pensons que l’Australie peut engager un dialogue avec l’ASEAN et le Forum Asie-Pacifique afin de faire progresser la protection des droits de l’homme dans la région.

Voir également:

Appel pour faire cesser les pratiques arbitraires au Vietnam
Appel à l’Organisation des Nations Unies et aux pays concernés pour mettre fin aux pratiques arbitraires du gouvernement du Vietnam
Viet Tan
16/10/2009

À l’attention de :

* Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Ban Ki-moon
* Les dirigeants des nations démocratiques
* Les organisations internationales de défense des droits de l’homme

Nous, soussignés, familles des patriotes vietnamiens suivants :

* L’écrivain Nguyen Xuan Nghia
* L’enseignant Vu Hung
* L’ingénieur Pham Van Troi
* L’étudiant Ngo Quynh
* M. Nguyen Van Tinh
* M. Nguyen Van Tuc
* M. Nguyen Kim Nhan

Nos proches ont été arrêtés en septembre 2008 simplement pour avoir parlé de la souveraineté territoriale du Vietnam, de la lutte contre la corruption, de la démocratie et des droits de l’homme. Pendant quatre jours, du 6 au 10 octobre 2009, ils ont été jugés et condamnés pour « propagande contre l’État socialiste » au sens de l’article 88 du code pénal vietnamien et condamnés à de sévères peines d’emprisonnement.

Par cette lettre, nous tenons à remercier sincèrement les pays et les organisations qui ont manifesté leurs préoccupations pour nos proches, cherché des informations sur leur situation, et envoyé des représentants pour assister et de comprendre de visu comment les tribunaux fonctionnent actuellement au Vietnam. Par cette lettre, nous dénonçons également l’arbitraire dans les mécanismes juridiques et les conditions de détention inhumaines au Vietnam.

1. La nature inhumaine de la détention et les procédures juridiques au Vietnam.

Tout au long de la période de détention provisoire de nos proches, les autorités ont créé toutes sortes de difficultés pour qu’ils ne puissent pas bénéficier de visites ni de soins. Dans le cas de l’enseignant Vu Hung, sa famille n’a été autorisée à lui rendre visite durant une année entière. Concernant M. Nguyen Van Tinh, les autorités ont interdit à sa famille de lui rendre visite, même en sachant qu’il était gravement malade.

Les autorités ont déclaré que les procès seraient ouverts au public. Cependant, aux procès de Vu Hung et Pham Van Troi à Hanoi, seuls deux membres de leurs familles respectives ont été autorisés à être présents. Lors du procès des six autres personnes à Hai Phong, chaque prévenu n’avait le droit d’avoir un seul membre de la famille dans la salle d’audience. Pourtant, les salles d’audience étaient pleines de gens dont nous croyons fermement qu’ils étaient des policiers en civil se faisant passer pour des citoyens lambda. Entre-temps, à l’extérieur du tribunal, une centaine de sympathisants et amis n’est pas seulement privée du procès, mais a également été intimidée et dispersée par les forces de la Sécurité Publique.

2. Les raisons arbitraires données par le tribunal pour condamner nos proches sont écrites nulle part dans la loi vietnamienne.

Lors des procès, le parquet a fourni les pièces à convictions suivantes :

* Des banderoles disant que Hoang Sa (Paracel) et Truong Sa (Spratly) sont des îles vietnamiennes, appelant à tous les citoyens de combattre la corruption, demandant la démocratie et des droits de l’homme pour le Vietnam.
* Les articles diffusés sur Internet critiquant la corruption et réclamant la justice pour les victimes d’agressions physiques dont la Sécurité Publique a non seulement échoué à prévenir, mais qui ont sciemment dissimulé.

Sur la base des éléments ci-dessus, nous demandons sincèrement votre soutien et vous demandons de prendre contact avec le gouvernement et les tribunaux du Vietnam afin de clarifier les questions suivantes :

* Est-ce que le patriotisme et l’affirmation de la souveraineté territoriale sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce que protester contre la corruption et parler au nom des personnes défavorisées sont des crimes et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?
* Est-ce qu’utiliser Internet pour diffuser et recevoir des informations est un crime et, si oui, en vertu de quels articles de la constitution vietnamienne et du code pénal ?

En devenant volontairement membre de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation Mondiale du Commerce, le Vietnam doit respecter les lois relatives aux droits de l’homme. En particulier, l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme déclare que les citoyens de tous les pays ont le « droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières » et l’article 9 de la Déclaration stipule que : « Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

Nous condamnons les sentences injustes rendues par les tribunaux vietnamiens sur nos proches. Nous prions instamment le Secrétaire général de l’ONU et les chefs d’Etat d’intervenir directement auprès de Nguyen Minh Triet, Président de la République Socialiste du Vietnam, et demandons au gouvernement vietnamien de respecter les droits de l’homme, mettre fin aux pratiques judiciaires arbitraires, et de libérer immédiatement notre proches.

Nous vous remercions pour votre attention.

Signés conjointement,

1. Nguyen Thi Nga, épouse de Nguyen Xuan Nghia, Hai Phong, Viet Nam
2. Ly Thi Tuyet Mai, épouse de Vu Hung, Ha Tay, Viet Nam
3. Nguyen Thi Huyen Trang, épouse de Pham Van Troi, Ha Tay, Viet Nam
4. Ngo Quyen, frère de Ngo Quynh, Bac Giang, Viet Nam
5. Duong Thi Hai, épouse de Nguyen Van Tinh, Hai Phong, Viet Nam
6. Bui Thi Re, épouse de Nguyen Van Tuc, Thai Binh, Viet Nam
7. Ngo Thi Loc, épouse de Nguyen Kim Nhan, Bac Giang, Viet Nam

Voir par ailleurs:

Viêt-nam
RSF
le 7 février 2008

Les élections législatives de mai 2007 ont été l’occasion pour le parti unique de rappeler que l’opposition n’avait pas le droit d’exister. Dans certains quartiers d’Hô Chi Minh-Ville, le taux de participation s’est élevé à 100%, et aucun candidat indépendant n’a été élu. La presse a été contrainte de s’enthousiasmer pour ces élections jouées d’avance.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai : « Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis. » Quelques semaines auparavant, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, et quatre de ses collaborateurs, avaient été condamnés à de lourdes peines de prison à l’issue d’un procès expéditif. Ils avaient été reconnus coupables de « propagande contre la République socialiste du Viêt-nam ».

Des procès staliniens contre les dissidents

Le procès du père Nguyen Van Ly et ses quatre coaccusés n’a duré qu’un peu plus de trois heures. Affaibli par une grève de la faim, le prêtre a refusé de se lever pour énoncer son nom devant le juge du tribunal populaire de Hué (Centre). Après avoir entendu sa condamnation à huit ans de prison, il a crié : « A bas le Parti communiste du Viêt-nam ! » Condamné à six ans de prison, son collègue Nguyen Phong a déclaré face au juge : « Pour la nation vietnamienne, je continuerai à me battre pour les valeurs de liberté et de démocratie. » Nguyen Binh Thanh, condamné à cinq ans de prison, s’est défendu en affirmant qu’il n’avait fait qu’agir dans le respect des « lois internationales ». Hoang Thi Anh Dao et Le Thi Le Hang ont été condamnées à un an et demi de prison avec sursis.

Arrêté en février, le père Nguyen Van Ly est l’un des responsables du magazine clandestin Tu do Ngôn luan (Liberté d’expression), publié à Hué. En 2007, deux autres animateurs de la revue, le père Chan Tin et le père Phan Van Loi, ont été placés en résidence surveillée. Le magazine a continué à être diffusé à l’étranger et, sous le manteau, au Viêt-nam.

Le retour des « tribunaux populaires »

Les autorités ont de nouveau mobilisé les « tribunaux populaires » pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. En août, Nguyen Khac Toan, rédacteur en chef adjoint de la publication dissidente en ligne Tu Do Dân Chu (Liberté et démocratie), a été jugé devant l’un de ces tribunaux à Hanoi. Une dizaine de cadres du Parti et des policiers l’ont accusé d’avoir incité des paysans à manifester dans la capitale, avant de recommander de l’envoyer dans un camp de rééducation pour l’ »écarter de la société ». Ce procès s’est fait en parallèle d’une campagne de presse contre lui, l’accusant d’être un « opportuniste politique démasqué ».

En février déjà, l’avocat de plusieurs dissidents emprisonnés, Nguyen Van Dai, avait dû affronter une « tribunal populaire » du district de Bach Khoa, accusé d’avoir « trahi son pays ». Les « juges » avaient exigé que son droit d’exercer son métier d’avocat lui soit retiré et que son cabinet soit fermé.

Les autorités sont allées bien au-delà des recommandations du peuple, puisqu’en mars, Nguyen Van Dai, également animateur du blog nguyenvandai.rsfblog.org, et une autre avocate, Le Thi Cong Nhan, ont été arrêtés à Hanoi. Leur détention ayant été critiquée à l’étranger, les forces de sécurité ont ordonné à leurs familles de ne plus s’exprimer publiquement par l’intermédiaire des médias étrangers. En mai, les deux avocats ont été condamnés respectivement à cinq et quatre ans de prison en vertu de l’article 88 du code pénal.

Les dissidents Le Nguyen Sang, médecin, Huynh Nguyen Dao, journaliste, et Nguyen Bac Truyen, tous membres du Parti populaire démocratique (interdit) ont également été condamnés à des peines de prison par un tribunal de Hô Chi Minh-ville. Ils étaient accusés d’avoir publié des documents hostiles au régime par le biais d’Internet. Tran Quoc Hien, porte-parole de l’Union des ouvriers et des paysans (United Workers-Farmers Organization, illégale), a quant à lui été arrêté en janvier pour « propagande contre le régime ». Il avait diffusé sur Internet de nombreuses informations sur la situation des travailleurs vietnamiens.

Une journaliste française détenue pour « terrorisme »

« Entre quatre murs, j’étais angoissée car je n’arrivais pas à imaginer une issue à cette situation. Il n’y a jamais eu de violence contre moi, mais j’étais interrogée tous les jours, sauf le dimanche, pendant une ou deux heures, par des policiers. Ils essayaient de me déstabiliser. C’était une forme de terreur morale », a raconté la journaliste d’opposition Nguyen Thi Thanh Van, détenue du 17 novembre au 12 décembre à Hô Chi Minh-Ville. Munie de son passeport français, elle était entrée au Viêt-nam afin de faire la promotion de la radio Chan Troi Moi (Nouvel Horizon), proche du parti d’opposition Viet Tan, et réaliser des interviews de dissidents.

Cette affaire a illustré l’hostilité affichée des autorités vis-à-vis des radios internationales qui émettent en vietnamien. En décembre, quatre syndicalistes ont été jetés en prison pour avoir communiqué des informations à Radio Free Asia. Tandis que l’ambassade du Viêt-nam a menacé à plusieurs reprises des journalistes de Radio France Internationale, privant certains de visas.

Les journaux libéraux, notamment Tuoi Tre (La Jeunesse), ont tenté de repousser les limites de la censure officielle. Mais le gouvernement s’est appuyé sur une législation répressive pour rappeler à l’ordre les plus téméraires. Une loi adoptée en 2006 prévoit des amendes et des suspensions de licence pour les médias et les journalistes qui diffament et mettent en cause le « prestige de l’Etat ».

La presse officielle, qui compte plus d’une centaine de radios et de télévisions, autant de sites Internet et près de 600 publications, n’a pas profité en 2007 des espaces de débat ouverts en 2006 pendant la préparation du Congrès du Parti communiste. Au contraire, les médias, notamment les journaux du Parti, Nhân Dân (Le Peuple), et de la police, An Ninh Thu Do (La sécurité de la capitale), ont été mobilisés pour dénoncer les « agitateurs et les terroristes » de l’intérieur et de l’extérieur. Certains gouvernements étrangers et des organisations internationales, comme Reporters sans frontières, ont été accusés de soutenir les ennemis du régime.

Internet a fêté ses dix ans d’existence au Viêt-nam

En 2007, le pays a connu sa vague de répression la plus forte depuis 2002. En une semaine, six cyberdissidents ont été condamnés à des peines de prison allant de trois à cinq ans. Depuis qu’il est devenu le 150e membre de l’Organisation mondiale du commerce, le Viêt-nam a adopté un comportement contraire à celui qu’il avait montré à la communauté internationale avant son intégration. Il est l’un des pays les plus autoritaires de la planète et suit scrupuleusement le modèle chinois en matière d’atteinte à la liberté d’expression sur Internet. Au 1er janvier 2008, huit cyberdissidents étaient derrière les barreaux pour avoir usé de leur droit d’expression sur le Web.

En septembre, la police et le ministère de la Culture ont ordonné au site Intellasia.com de « fermer ». Animée par un Australien et spécialisée dans l’information économique, Intellasia.com diffusait des articles politiques sur le Viêt-nam.

Voir de plus:

Viêt-nam
166 sur 175 dans le dernier classement mondial

A l’exception des publications dissidentes qui circulent sous le manteau et sur le Web, il n’existe pas de médias indépendants dans le pays. La presse écrite, la télévision et les radios sont toutes contrôlées par les autorités de Hanoi. Pour autant, la presse poursuit sa modernisation et tente de repousser les limites de la censure. Une dizaine de journalistes et cyberdissidents sont actuellement emprisonnés.

En 2008, le gouvernement a donné un coup d’arrêt à l’émancipation progressive de la presse réformiste. Deux journalistes d’investigation des journaux Thanh Niên et Tuoi Tré ont été jugés pour avoir révélé une affaire de corruption retentissante. L’un d’eux a été condamné à deux ans de prison pour « abus des libertés démocratiques pour enfreindre les intérêts de l’Etat ». Il n’a été libéré début 2009 qu’en raison de fortes protestations internationales.

Ce procès s’est accompagné d’une purge au sein des médias les plus ouverts. Résultat : « Ces médias ont perdu leur ton mordant. Nous sommes revenus dix ans en arrière », estime un journaliste vietnamien.

La concurrence s’accentue entre les principales rédactions, bien que les médias restent placés sous l’autorité de leur institution de tutelle : le Parti communiste, l’armée, l’agence de presse officielle ou les municipalités, selon le cas. Mais les journalistes, notamment ceux issus de la jeune génération, de mieux en mieux formée, s’écartent de temps en temps des directives éditoriales du parti unique. Le média le plus libre est sans conteste le site VietnamNet qui ose encore soulever des questions embarrassantes.

Les radios nationales, contrôlées par le cabinet du Premier ministre et par le comité central du Parti communiste, sont très écoutées, tout comme les programmes en vietnamien des radios internationales (BBC, RFI). Ces dernières ne peuvent malheureusement être captées qu’en ondes moyennes ou courtes, car le gouvernement refuse de leur accorder des licences en modulation de fréquence, sans aucun doute afin de limiter leur audience.

Par ailleurs, la police politique mène une lutte implacable contre les mouvements d’opposition et les publications dissidentes. Début 2009, deux journalistes et sept cyberdissidents étaient emprisonnés. Ainsi, le père Nguyen Van Ly, responsable de la revue dissidente Tu do Ngôn luan, a été condamné à huit ans de prison pour « propagande contre la République socialiste du Viêt-nam ».

La police utilise également les « tribunaux populaires » pour intimider les dissidents. Les habitants des quartiers sont alors invités à s’exprimer devant la cour pour dénoncer et condamner un accusé. Une justice d’un autre âge, qui fait fi du droit à la défense, sans parler d’équité.

Les autorités surveillent le Web, très populaire dans le pays. L’accès aux sites jugés « réactionnaires », particulièrement ceux des dissidents réfugiés à l’étranger, est bloqué. Depuis 2002, une trentaine de cyberdissidents ont été arrêtés. L’un d’entre eux a été condamné à 12 ans de prison. En janvier 2009, le gouvernement a adopté la “Circulaire n°7” qui interdit les contenus politiques sur les blogs. Et la cyberpolice est chargée de renforcer la surveillance. Le défenseur des droits de l’homme Nguyen Hoaong Hai, surnommé Dieu Cay, en fait les frais. Il a été condamné à deux ans et demi de prison, après avoir notamment créé le Free Vietnamese Journalists Club, regroupant des blogueurs indépendants.

En plus des « organes d’Etat », notamment Le Peuple, quotidien du Parti communiste, on compte plus de 600 titres. Mais ils sont tous susceptibles d’être sanctionnés pour « violation grave de la loi sur la presse ». C’est le cas du magazine Du Lich, un organe de la direction du tourisme, suspendu pendant trois mois pour avoir publié des articles traitant des îles Paracels et Spratleys, objet d’un important contentieux territorial avec la Chine.

Répondant à une question d’un journaliste européen sur la situation des droits de l’homme, le président Nguyen Minh Triet a déclaré en mai 2008 : « Peut-être qu’il est difficile pour vous de comprendre l’amour que nous avons pour les gens, et l’amour que nous avons pour les droits de l’homme. Mais les gens qui violent la loi doivent être poursuivis. »

Voir encore:

Le nerf de la paix

Discours prononcé à Fulton

5 mars 1946

[Le discours prononcé par Winston Churchill, le 5 mars 1946 (quelques mois après la défaite électorale du parti conservateur en juillet 1945, au lendemain de la victoire) au Westminster College, de Fulton (Missouri), en présence du président Truman, est resté célèbre par la dénonciation du « Rideau de fer » qui partage l’Europe de Stettin à Trieste. Mais ce discours énonce aussi l’idée d’une « relations spéciale » entre les peuples anglophones, et un plus vaste programme d’organisation du monde sous le titre « The Sinews of Peace » que nous avons traduit par « Le nerf de la paix ».

Le texte original du discours se trouve à l’adresse suivante http://www.britannia.com/history/docs/sinews1.html%5D

M. le président McCluer,

Mesdames et Messieurs,

et le dernier, mais non le moindre, Monsieur le président des États-Unis d’Amérique,

Je suis heureux d’être à Westminster College cet après-midi, et je suis flatté qu’une institution à la réputation aussi solidement établie souhaite me conférer un doctorat honoris causa.

Le nom de « Westminster » m’est quelque peu familier. Il me semble l’avoir déjà entendu. En effet, c’est à Westminster que j’ai reçu une très grande partie de mon éducation en politique, en dialectique, en rhétorique et dans une ou deux autres matières encore. En fait, en matière d’éducation, ce sont deux institutions identiques, ou similaires, ou du moins analogues.

C’est également un honneur, Mesdames et Messieurs, et un honneur peut-être quasiment unique, pour un visiteur privé d’être présenté à une audience académique par le président des États-Unis. Au milieu de ses lourdes charges, tâches et responsabilités – qu’il n’a pas recherchées, mais devant lesquelles il ne recule pas – le Président a fait ce voyage de plus de mille kilomètres pour honorer et rehausser notre réunion d’aujourd’hui, qui me donne l’occasion de m’adresser à cette nation alliée, ainsi qu’à mes compatriotes au-delà de l’océan et peut-être à quelques autres pays encore. Le Président vous a dit que c’est son voeu et je suis sûr que c’est aussi le vôtre, que j’aie toute liberté d’exprimer mon opinion honnête et loyale en ces temps d’anxiété et de déroute. Je vais bien évidemment user de cette liberté, d’autant plus que toutes les ambitions personnelles que j’ai pu caresser dans ma jeunesse ont été satisfaites au-delà de mes rêves les plus audacieux. Permettez-moi toutefois de préciser clairement que je n’ai aucune mission ni aucune habilitation officielles quelles qu’elles soient et que je parle uniquement en mon nom personnel. Il n’y a rien d’autre ici que ce que vous voyez.

C’est pourquoi, fort de l’expérience de toute une vie, je puis permettre à mon esprit de s’attarder sur les problèmes qui nous accablent au lendemain de notre victoire absolue par les armes et tenter, de toutes mes forces, de faire en sorte que ce qui a été gagné au prix de tant de sacrifices et de souffrances soit préservé pour la gloire et la sécurité futures de l’humanité.

Les États-Unis, Mesdames et Messieurs, sont actuellement au pinacle de la puissance mondiale. C’est un moment solennel pour la démocratie américaine car la primauté en matière de puissance s’accompagne aussi d’une responsabilité redoutable pour l’avenir. En regardant autour de vous, vous devez éprouver non seulement le sentiment du devoir accompli, mais également la crainte de tomber en-dessous du niveau atteint. Une chance s’ouvre ici à nos deux pays, claire et lumineuse. Si nous la rejetons, si nous l’ignorons ou si nous la gaspillons, nous attirerons sur nous tous les longs reproches des générations futures. Il faut que la fermeté d’esprit, la persistance de l’intention et une grande simplicité de décision guident et régissent la conduite des peuples anglophones en temps de paix comme elles l’ont fait en temps de guerre. Nous devons, et je suis sûr que nous le ferons, nous montrer à la hauteur de cette lourde exigence.

Président McCluer, lorsque les militaires américains abordent une situation sérieuse, ils ont coutume d’écrire au-dessus de leur directive les mots « concept stratégique global ». Il y a de la sagesse dans cette attitude car elle mène à la clarté d’esprit. Quel est donc notre concept stratégique global aujourd’hui ? Ce n’est rien de moins que la sécurité et le bien-être, la liberté et le progrès pour les foyers et les familles, pour tous les hommes et toutes les femmes dans tous les pays. Je pense tout particulièrement ici à la myriade de petites maisons et d’appartements où les salariés s’efforcent au milieu des vicissitudes et des difficultés de la vie de préserver leurs épouses et leurs enfants des privations et d’élever leur famille dans la crainte du Seigneur ou selon des conceptions éthiques dont le rôle est souvent important.

Pour assurer la sécurité de ces innombrables foyers, il faut les protéger contre les deux affreux maraudeurs que sont la guerre et la tyrannie. Nous connaissons tous les effroyables bouleversements qui accablent une famille ordinaire lorsque la malédiction de la guerre frappe le père de famille et ceux pour qui il travaille et peine. Les terribles destructions qui se sont abattues sur l’Europe, avec toutes ses gloires anéanties, et sur de vastes parties de l’Asie nous saute aux yeux. Lorsque les desseins conçus par des hommes frappés de folie ou les envies agressives d’États puissants rompent sur de vastes étendues le cadre de la société civilisée, les gens humbles sont confrontés à des difficultés auxquelles ils ne peuvent pas faire face. Pour eux, tout est déformé, tout est cassé et même réduit en bouillie.

Je me tiens ici, devant vous, en cet après-midi paisible et je frémis en pensant à ce que vivent des millions d’hommes maintenant et à ce qui va leur arriver lorsque la famine régnera sur la terre. Nul ne peut évaluer ce qui a été appelé « la somme inestimable de la douleur humaine ». Notre tâche et notre devoir suprêmes exigent que nous préservions les foyers des gens humbles des horreurs et des misères d’une nouvelle guerre. Nous sommes tous d’accord là-dessus.

Après avoir proclamé leur « concept stratégique global » et évalué les ressources disponibles, nos collègues militaires américains passent toujours à l’étape suivante, à savoir la méthode. Là encore, nous sommes largement d’accord. Une organisation mondiale a déjà été instaurée, dont la mission première est d’empêcher la guerre. L’ONU, qui succède à la Société des Nations, avec l’adhésion déterminante des États-Unis et tout ce que cela implique, a déjà commencé à travailler. Nous devons faire en sorte que son travail porte des fruits, qu’elle soit une réalité et non une fiction, qu’elle soit une force tournée vers l’action et non seulement un flot de paroles creuses, qu’elle soit un vrai temple de la paix où pourront un jour être suspendus les boucliers de beaucoup de nations, et non seulement un poste de contrôle dans une tour de Babel. Avant de nous défaire de nos armements nationaux, qui constituent une assurance solide pour notre sécurité, nous devons être sûrs que notre temple a été construit non pas sur des sables mouvants ou des bourbiers, mais sur du roc. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que notre sentier sera ardu et long, mais si nous persévérons ensemble, comme nous l’avons fait dans les deux Guerres mondiales – mais non pas, hélas, dans l’intervalle qui les a séparées -, je ne doute pas que nous finirons par accomplir notre mission commune.

Je tiens à faire, à cet égard, une proposition d’action précise et concrète. Nous avons beau instituer des tribunaux et des magistrats, ils ne pourront pas fonctionner sans police. L’Organisation des Nations unies doit être équipée dès le départ d’une force armée internationale. Nous ne pouvons avancer ici qu’à petits pas mais nous devons commencer tout de suite. Je propose que chaque Puissance et chaque État soit invité à déléguer un certain nombre d’escadrilles aériennes au service de l’organisation mondiale. Ces escadrilles pourraient être entraînées et préparées dans leur propre pays mais se déplaceraient par voie de rotation d’un pays à l’autre. Elles porteraient l’uniforme de leur propre pays mais avec des insignes différents. Elles ne seraient pas appelées à intervenir contre leur propre nation mais pour le reste elles seraient sous les ordres de l’organisation mondiale. Cette initiative pourrait commencer à petite échelle et s’étendre à mesure que grandira la confiance. J’aurais voulu déjà qu’elle soit prise après la Première Guerre mondiale et je suis fermement convaincu qu’elle pourra l’être maintenant.

Il serait cependant erroné et imprudent, Mesdames et Messieurs, de confier le secret de la connaissance ou de l’expérience de la bombe atomique, que partagent désormais les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada, à une organisation mondiale encore dans l’enfance. Ce serait folie criminelle que de le divulguer dans ce monde toujours agité et désuni. Personne, dans aucun pays, n’a vu son sommeil troublé en sachant que cette connaissance ainsi que la méthode et les matières premières nécessaires pour la mettre en pratique se trouvent aujourd’hui essentiellement entre les mains de l’Amérique. Je ne pense pas que nous aurions tous dormi si profondément si la situation avait été renversée et qu’un État communiste ou néofasciste détenait actuellement le monopole de ces porteurs de terreur. La seule peur qu’ils inspirent aurait très bien pu suffire pour imposer des systèmes totalitaires sur le monde démocratique libre, avec des conséquences terrifiantes pour l’imagination des hommes. Dieu a voulu qu’il n’en soit rien et nous disposons au moins d’un répit pour mettre de l’ordre dans notre maison avant que nous ayons à affronter ce péril : même alors, si nous ne ménageons pas nos efforts, notre supériorité devrait être telle qu’elle empêchera efficacement les autres de s’en servir ou de menacer de s’en servir. Lorsque enfin la fraternité profonde entre les hommes sera réellement ancrée et exprimée dans une organisation mondiale, avec toutes les mesures de sauvegarde concrètes qui seront nécessaires pour la rendre efficace, ces pouvoirs seront naturellement confiés à cette organisation mondiale.

J’en arrive maintenant au second danger qui menace les maisons, les foyers et les gens humbles, à savoir la tyrannie. Nous ne pouvons fermer les yeux devant le fait que les libertés dont jouit chaque citoyen partout aux États-Unis et partout dans l’Empire britannique n’existent pas dans un nombre considérable de pays, dont certains sont très puissants. Dans ces États un contrôle est imposé à tout le monde par différentes sortes d’administrations policières toutes puissantes. Le pouvoir de l’État est exercé sans restriction, soit par des dictateurs, soit par des oligarchies compactes qui agissent par l’entremise d’un parti privilégié et d’une police politique. A un moment où les difficultés sont si nombreuses, notre devoir n’est pas d’intervenir par la force dans les affaires intérieures de pays que nous n’avons pas conquis pendant la guerre. Toutefois nous ne devons jamais cesser de proclamer sans peur les grands principes de la liberté et les droits de l’homme, qui sont l’héritage commun du monde anglophone et qui, en passant par la Grande Charte, la Déclaration des Droits, le Habeas Corpus, les jugements par un jury et le droit civil anglais trouvent leur plus célèbre expression dans la Déclaration d’Indépendance américaine.

Tout cela signifie que les populations de n’importe quel pays ont le droit et devraient avoir la possibilité, constitutionnellement garantie, de choisir ou de changer le caractère ou la forme du gouvernement sous lequel elles vivent, au scrutin secret, dans des élections libres et sans entraves ; cela signifie qu’il faudrait que règne la liberté de parole et de pensée ; que les tribunaux, indépendants du pouvoir exécutif et impartiaux devraient appliquer les lois qui ont reçu l’assentiment massif de larges majorités ou qui ont été consacrées par le temps et par l’usage. Voilà les titres de liberté que l’on devrait trouver dans chaque foyer. Voilà le message que les peuples britannique et américain adressent à l’humanité. Prêchons ce que nous pratiquons ; pratiquons ce que nous prêchons.

J’ai exposé maintenant les deux grands dangers qui menacent les foyers des gens : la guerre et la tyrannie. Je n’ai pas encore parlé de la pauvreté, ni des privations qui sont souvent le principal sujet d’anxiété. Mais si les dangers de la guerre et de la tyrannie sont écartés, il n’y a pas de doute que la science et la coopération pourront apporter d’ici quelques années et certainement au cours des prochaines décennies, au monde qui vient de tirer les leçons de l’école de la guerre, une expansion de son bien-être matériel au-delà de tout ce que l’humanité a connu jusqu’à présent.

Aujourd’hui, en ce moment triste et étouffant, nous sommes plongés dans la famine et la détresse qui sont les conséquences de notre formidable résistance ; mais cela passera, cela passera peut-être rapidement et rien, sauf la folie humaine ou le crime indigne des hommes, ne devrait empêcher une nation d’inaugurer et de jouir d’une ère de plénitude. J’ai souvent employé des expressions que j’ai apprises il y a cinquante ans d’un grand orateur irlando-américain, mon ami Bourke Cockran. « Il y a assez pour tous. La terre est une mère généreuse ; elle fournira, en abondance de la nourriture pour tous ses enfants, à condition seulement qu’ils cultivent son sol dans la justice et dans la paix ». Jusqu’ici je sens que nous sommes tout à fait d’accord.

Tout en continuant de rechercher le moyen de réaliser notre concept stratégique global, j’en arrive maintenant au point crucial de ce que je suis venu vous dire ici. Ni la prévention certaine d’une guerre, ni la montée continue de l’organisation mondiale ne seront acquises sans ce que j’ai appelé l’association fraternelle des peuples anglophones. Cela implique une relation particulière entre le Commonwealth et l’Empire britanniques d’une part et les États-Unis d’autre part. Ce n’est pas le moment de faire des généralités et je vais m’efforcer d’être précis. Une association fraternelle exige non seulement une amitié croissante et une compréhension mutuelle entre nos deux systèmes de société vastes mais analogues, mais également la continuation des relations étroites entre nos conseillers militaires, menant à l’étude commune de dangers potentiels, à la similitude de nos armements et de nos manuels d’instruction ainsi qu’à l’échange d’officiers et de cadets dans les hautes écoles techniques. Elle devrait comprendre la continuation des efforts actuels en faveur de la sécurité mutuelle par l’utilisation commune de toutes les bases militaires navales et aériennes qu’un de nos pays possède, partout dans le monde. Une telle association permettrait peut-être de doubler la mobilité des forces navales et aériennes américaines. Elle augmenterait sensiblement celle des forces de l’Empire britannique et mènerait très probablement, au fur et à mesure que le monde se calmera, à d’importantes économies financières. Nous utilisons d’ores et déjà ensemble un grand nombre d’îles ; d’autres encore pourront très bien être confiées à notre sollicitude commune dans un proche avenir.

Les États-Unis ont déjà conclu un accord de défense permanent avec le Dominion du Canada, très attaché au Commonwealth et à l’Empire britanniques. Cet accord est plus efficace que beaucoup d’autres qui ont souvent été conclus au sein d’alliances formelles. Ce principe devrait être étendu à tout le Commonwealth britannique à titre de réciprocité totale. Ainsi, quoi qu’il arrive, et ainsi seulement, nous assurerons notre propre sécurité et serons capables de travailler ensemble pour les causes nobles et simples qui nous sont chères et qui ne risquent de porter préjudice à personne. Finalement nous pourrons voir naître – et je sens que finalement nous verrons naître – le principe d’une citoyenneté commune, mais contentons-nous de laisser cette décision au destin dont le bras étendu apparaît déjà clairement à beaucoup d’entre nous.

Nous devons toutefois nous poser une question importante. Les relations spéciales entre les États-Unis et le Commonwealth britannique seraient-elles incompatibles avec notre loyauté primordiale à l’égard de l’organisation mondiale ? Je répondrai que, au contraire, c’est peut-être le seul moyen de permettre à cette organisation d’atteindre sa pleine grandeur et sa pleine puissance. Il y a déjà les relations spéciales entre les États-Unis et le Canada, que je viens de mentionner, et il y a les relations spéciales entre les États-Unis et les Républiques d’Amérique du Sud. La Grande-Bretagne a conclu pour vingt ans un traité de coopération et d’assistance mutuelle avec la Russie soviétique. Je suis d’accord avec M. Bevin, le ministre britannique des Affaires étrangères, que, pour notre part, ce traité pourrait bien durer cinquante ans. Notre seul but est l’assistance mutuelle et la collaboration avec la Russie. Les Britanniques entretiennent avec le Portugal une alliance ininterrompue depuis 1384 et cette alliance a porté ses fruits à des moments critiques lors de la dernière guerre. Aucune de ces alliances n’est en contradiction avec un accord mondial ou une organisation mondiale ; au contraire, elles leur sont favorables. « Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures ». Les associations spéciales qui sont conclues entre des membres des Nations unies, qui ne contiennent aucun point d’agressivité à l’égard d’aucun autre pays, qui ne poursuivent aucun dessein incompatible avec la Charte des Nations unies, loin d’être nocives, sont propices, voire, à mon avis, indispensables.

J’ai parlé tout à l’heure, Mesdames et Messieurs, du temple de la paix. Les travailleurs de tous les pays doivent construire ce temple. Si deux de ces travailleurs se connaissent particulièrement bien et sont de vieux amis, si leurs familles sont alliées et s’ils ont « confiance dans leurs objectifs mutuels, s’ils espèrent en leur avenir réciproque et s’ils sont indulgents envers leurs défauts réciproques » – je cite quelques bonnes paroles que j’ai lues ici l’autre jour – pourquoi ne pourraient-ils pas travailler ensemble à la tâche commune en tant qu’amis et partenaires ? Pourquoi ne pas partager leurs outils et augmenter ainsi leur puissance de travail réciproque ? C’est bien là ce qu’ils doivent faire, sinon le temple risque de ne pas être construit ou, s’il est construit, de s’écrouler, et nous aurons prouvé une nouvelle fois que nous sommes incapables d’apprendre et il nous faudra revenir en arrière et tenter une troisième fois d’apprendre à l’école de la guerre et cette guerre sera incomparablement plus cruelle que celle dont nous venons d’être libérés. Les temps des ténèbres risquent de recommencer, l’âge de pierre risque de revenir sur les ailes scintillantes de la science, et ce qui pourrait aujourd’hui inonder l’humanité de bienfaits matériels incommensurables risquerait de provoquer jusqu’à sa destruction totale. Prenez garde, vous dis-je ! le temps risque de nous manquer. Ne laissons pas libre cours aux événements jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Si nous voulons une association fraternelle comme je viens de la décrire, avec cette force et cette sécurité supplémentaires que nos deux pays peuvent en tirer, faisons en sorte que ce grand événement soit connu du monde entier et qu’il joue son rôle en consolidant et en stabilisant les fondements de la paix. Voilà le chemin de la sagesse. Il vaut mieux prévenir que guérir.

Une ombre est tombée sur les scènes qui avaient été si clairement illuminées récemment par la victoire des Alliés. Personne ne sait ce que la Russie soviétique et son organisation communiste internationale ont l’intention de faire dans l’avenir immédiat, ni où sont les limites, s’il en existe, de leurs tendances expansionnistes et de leur prosélytisme. J’éprouve une profonde admiration et un grand respect pour le vaillant peuple russe et pour mon camarade de combat, le maréchal Staline. Il existe en Grande-Bretagne – de même qu’ici, je n’en doute pas – une profonde sympathie et beaucoup de bonne volonté à l’égard des peuples de toutes les Russies et une détermination à persévérer, malgré beaucoup de divergences et de rebuffades, à établir des amitiés durables. Nous comprenons le besoin de la Russie de se sentir en sécurité le long de ses frontières occidentales en éliminant toute possibilité d’une agression allemande. Nous accueillons la Russie à sa place légitime au milieu des nations dirigeantes du monde. Nous accueillons son pavillon sur les mers. Par-dessus tout, nous nous félicitons des contacts fréquents et croissants entre le peuple russe et nos propres populations de part et d’autre de l’Atlantique. Il est toutefois de mon devoir, car je suis sûr que vous souhaitez que je vous expose les faits tels que je les vois, de rappeler devant vous certains faits concernant la situation présente en Europe.

De Stettin dans la Baltique jusqu’à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l’Europe centrale et orientale. Varsovie, Berlin, Prague, Vienne, Budapest, Belgrade, Bucarest et Sofia, toutes ces villes célèbres et les populations qui les entourent se trouvent dans ce que je dois appeler la sphère soviétique, et toutes sont soumises, sous une forme ou sous une autre, non seulement à l’influence soviétique, mais aussi à un degré très élevé et, dans beaucoup de cas, à un degré croissant, au contrôle de Moscou. Seule Athènes – la Grèce et ses gloires immortelles – est libre de décider de son avenir dans des élections contrôlées par des observateurs britanniques, américains et français. Le gouvernement polonais dominé par la Russie a été encouragé à empiéter largement et de façon illégitime sur l’Allemagne, et nous assistons actuellement à des expulsions massives de millions d’Allemands dans une mesure atroce et inimaginable. Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l’Est européen, se sont vu élevés à une prédominance et un pouvoir bien au-delà de leur importance numérique et cherchent partout à accéder à un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers dominent dans presque tous les cas et, jusqu’à présent, à l’exception de la Tchécoslovaquie, il n’y a pas de vraie démocratie.

La Turquie et la Perse sont toutes les deux profondément inquiètes et troublées devant les revendications dont elles font l’objet et la pression exercée par le gouvernement de Moscou. Les Russes à Berlin tentent actuellement de mettre sur pied un parti quasi communiste dans leur zone de l’Allemagne occupée en accordant des faveurs spéciales à des groupes de dirigeants allemands de gauche. À la fin des combats en juin dernier, les armées américaines et britanniques se sont retirées vers l’ouest, conformément à un accord conclu préalablement, jusqu’à une distance atteignant par endroits plus de 200 kilomètres le long d’un front de près de 600 kilomètres, afin de permettre à nos alliés russes d’occuper ce vaste territoire que les démocraties occidentales avaient conquis.

Si le gouvernement soviétique tente maintenant, par une action séparée, de construire une Allemagne pro-communiste dans les régions qu’il contrôle, cela va provoquer de nouvelles difficultés sérieuses dans les zones britannique et américaine, et donner aux Allemands vaincus le pouvoir de se mettre eux-mêmes aux enchères entre les Soviétiques et les démocraties occidentales. Quelles que soient les conclusions que l’on peut tirer de ces faits – car ce sont des faits – ce n’est certainement pas là l’Europe libérée pour la construction de laquelle nous avons combattu. Ce n’est pas non plus une Europe qui présente les caractéristiques essentielles d’une paix durable.

La sécurité du monde exige une nouvelle unité en Europe, dont aucune nation ne doit être exclue pour toujours. C’est de la lutte entre les races puissantes de nos ancêtres en Europe que sont nées les guerres mondiales que nous avons vécues, ou celles qui se sont déroulées à des époques antérieures. Deux fois au cours de notre propre vie, nous avons vu comment, contre leur volonté et leurs traditions, contre les arguments invoqués dont il est impossible de ne pas comprendre la force, les États-Unis ont été entraînés par des forces irrésistibles dans ces deux guerres, à temps pour assurer la victoire de la bonne cause, mais seulement après qu’avaient eu lieu des massacres et des destructions effroyables. Deux fois les États-Unis ont été obligés d’envoyer plusieurs millions de leurs jeunes gens au-delà de l’Atlantique pour trouver la guerre ; mais maintenant la guerre peut trouver n’importe quelle nation, n’importe où et n’importe quand. Il est évident que nous devons travailler avec détermination pour rétablir une paix globale en Europe, au sein de la structure des Nations unies et en accord avec sa charte. À mon sens c’est là un devoir politique évident d’une très grande importance.

Face au rideau de fer qui divise l’Europe, il y a d’autres causes d’inquiétude. En Italie le parti communiste se trouve sérieusement gêné parce qu’il doit soutenir les revendications du maréchal Tito, formé par le communisme, sur l’ancien territoire italien au nord de l’Adriatique. Néanmoins l’avenir de l’Italie est en suspens. Une fois de plus, il est impossible d’imaginer une Europe régénérée sans une France puissante. Tout au long de ma vie publique, j’ai oeuvré pour une France forte et je n’ai jamais perdu confiance en sa destinée, même au cours des heures les plus sombres. Je ne vais pas perdre confiance maintenant. Pourtant, dans un grand nombre de pays, loin des frontières russes et partout à travers le monde, les cinquièmes colonnes communistes se sont installées et travaillent en parfaite unité et dans l’obéissance absolue aux directives qu’elles reçoivent du centre communiste. A l’exception du Commonwealth britannique et des États-Unis, où le communisme en est encore à ses débuts, les partis communistes ou les cinquièmes colonnes constituent un défi et un danger croissants pour la civilisation chrétienne. Ce sont là des faits sombres que nous sommes obligés de mentionner au lendemain d’une victoire remportée par une si grande et belle camaraderie sous les armes et pour la cause de la liberté et de la démocratie ; mais il serait très imprudent de ne pas y faire face résolument alors qu’il en est encore temps.

Les perspectives sont effrayantes aussi en Extrême-Orient et surtout en Mandchourie. L’accord conclu à Yalta, avec ma participation, a été extrêmement favorable à la Russie soviétique, mais il a été conclu à un moment où personne ne pouvait dire que la guerre contre l’Allemagne ne risquait pas de se prolonger tout au long de l’été et de l’automne de 1945 et où l’on s’attendait à ce que la guerre contre le Japon se poursuive encore pendant 18 mois après la fin de la guerre contre l’Allemagne. Dans votre pays, vous êtes tous si bien informés sur l’Extrême-Orient et vous êtes des amis si dévoués de la Chine que je n’ai pas besoin de m’étendre sur la situation qui règne là-bas.

J’ai senti qu’il était de mon devoir d’attirer votre attention sur l’ombre qui, à l’ouest comme à l’est, tombe sur le monde. J’étais ministre au moment du traité de Versailles et un proche ami de Lloyd George, qui était à la tête de la délégation britannique à Versailles. Pour ma part, je n’étais pas d’accord sur un grand nombre de choses qui ont été faites, mais je garde en moi une très forte impression de la situation d’alors et il m’est douloureux de la comparer à ce qui se passe maintenant. À ce moment-là régnaient de grands espoirs et une confiance illimitée que les guerres étaient finies et que la Société des Nations allait devenir toute puissante. Je ne retrouve ni ne sens cette confiance, ni même ces espoirs, dans le monde inquiet d’aujourd’hui.

D’un autre côté, Mesdames et Messieurs, je repousse l’idée qu’une nouvelle guerre est inévitable, voire imminente. C’est parce que je suis sûr que notre destin est toujours entre nos mains et que nous détenons le pouvoir de sauver l’avenir, que j’estime qu’il est de mon devoir de parler maintenant que j’ai l’occasion et l’opportunité de le faire. Je ne crois pas que la Russie soviétique désire la guerre. Ce qu’elle désire, ce sont les fruits de la guerre et une expansion illimitée de sa puissance et de ses doctrines. Toutefois, ce que nous devons considérer ici aujourd’hui, pendant qu’il en est encore temps, c’est la prévention permanente de la guerre et la réalisation de conditions de la paix et de la démocratie aussi rapidement que possible dans tous les pays. Nous ne viendrons pas à bout des difficultés et des dangers en se voilant la face. Nous ne les ferons pas disparaître en attendant simplement de voir ce qui va se passer ; nous ne les écarterons pas non plus par une politique d’apaisement. Ce qu’il faut, c’est un arrangement et plus nous tardons à le conclure, plus il sera difficile à trouver et plus les dangers qui nous menacent deviendront importants.

Ce que j’ai pu voir chez nos amis et alliés russes pendant la guerre, m’a convaincu qu’il n’y a rien qu’ils admirent autant que la force et rien qu’ils respectent moins que la faiblesse, surtout la faiblesse militaire. C’est pourquoi la vieille doctrine d’un équilibre des forces est hasardeuse. Nous ne pouvons nous permettre, s’il est en notre pouvoir de l’éviter, de nous appuyer sur des marges étroites et d’éveiller ainsi les tentations d’une épreuve de force. Si les démocraties occidentales s’unissent dans le strict respect des principes de la Charte des Nations unies, leur influence dans la propagation de ces principes sera immense et personne ne sera capable de les molester. Mais si elles sont divisées, si elles manquent à leur devoir et qu’elles laissent échapper ces années ô combien importantes, alors une catastrophe risque effectivement de s’abattre sur nous tous.

La dernière fois, j’ai tout vu venir et je l’ai crié à mes propres concitoyens et au monde mais personne n’y a prêté attention. Jusqu’en 1933 ou même jusqu’en 1935, l’Allemagne aurait peut-être pu être sauvée du terrible destin qui s’est abattu sur elle et nous aurions peut-être pu échapper tous aux malheurs que Hitler a lâchés sur l’humanité. Jamais dans toute l’histoire une guerre n’aurait pu être évitée plus facilement par une action engagée au moment opportun que celle qui vient de ravager de si vastes étendues du globe. Cette guerre aurait pu être évitée à mon avis sans coup férir, et l’Allemagne pourrait être puissante, prospère et honorée aujourd’hui ; mais personne ne voulait écouter et l’un après l’autre nous fûmes tous aspirés par l’affreux tourbillon. Nous devons absolument faire en sorte, Mesdames et Messieurs, que cela ne se reproduise plus. Nous n’y parviendrons que si nous réalisons aujourd’hui, en 1946, une bonne entente sur tous les points avec la Russie sous l’autorité générale de l’Organisation des Nations unies et si nous maintenons cette bonne entente pendant de longues années de paix grâce à cet instrument mondial soutenu par toute la force du monde anglophone et de toutes ses connections. Voilà la solution que je vous offre respectueusement dans ce discours auquel j’ai donné le titre « Le nerf de la paix ».

Que personne ne sous-estime la puissance éternelle de l’Empire britannique et du Commonwealth. Même si vous voyez les 46 millions d’habitants de notre île préoccupés par leur approvisionnement en denrées alimentaires, dont ils n’assurent la production que pour moitié, même en temps de guerre, ou même si nous éprouvons des difficultés à faire redémarrer nos industries et nos exportations après six années d’efforts de guerre passionnés, n’allez pas penser que nous ne sortirons pas de ces sombres années de privations comme nous sommes sortis des glorieuses années d’agonie, ou que, d’ici un demi-siècle, vous ne verrez pas 70 ou 80 millions de Britanniques dispersés de par le monde et unis dans la défense de nos traditions, de notre façon de vivre et des causes universelles que vous et nous embrassons de même. Si la population du Commonwealth anglophone se joint effectivement à celle des États-Unis, avec tout ce qu’une telle coopération implique dans les airs, sur les mers, partout sur le globe, dans les sciences et l’industrie, et dans la force morale, alors aucun équilibre tremblant, précaire entre les forces en présence ne servira de tentation à l’ambition et à l’aventure. Au contraire, il y aura une certitude absolue de sécurité. Si nous adhérons loyalement à la Charte des Nations unies et si nous avançons avec une force calme et sobre, en ne convoitant ni le territoire ni les trésors de personne, en ne cherchant pas à imposer un contrôle arbitraire sur les pensées des hommes, si toutes les forces et les convictions morales et matérielles de la Grande-Bretagne se joignent aux vôtres dans une association fraternelle, alors les routes de l’avenir deviendront claires, non seulement pour nous, mais pour tous, non seulement pour le présent, mais pour le siècle à venir.

Voir enfin:

The Sinews of Peace

Winston Churchill

Fulton, 1946

I am glad to come to Westminster College this afternoon, and am complimented that you should give me a degree. The name « Westminster » is somehow familiar to me. I seem to have heard of it before. Indeed, it was at Westminster that I received a very large part of my education in politics, dialectic, rhetoric, and one or two other things. In fact we have both been educated at the same, or similar, or, at any rate, kindred establishments.

It is also an honour, perhaps almost unique, for a private visitor to be introduced to an academic audience by the President of the United States. Amid his heavy burdens, duties, and responsibilities – unsought but not recoiled from – the President has travelled a thousand miles to dignify and magnify our meeting here to-day and to give me an opportunity of addressing this kindred nation, as well as my own countrymen across the ocean, and perhaps some other countries too. The President has told you that it is his wish, as I am sure it is yours, that I should have full liberty to give my true and faithful counsel in these anxious and baffling times. I shall certainly avail myself of this freedom, and feel the more right to do so because any private ambitions I may have cherished in my younger days have been satisfied beyond my wildest dreams. Let me, however, make it clear that I have no official mission or status of any kind, and that I speak only for myself. There is nothing here but what you see.

I can therefore allow my mind, with the experience of a lifetime, to play over the problems which beset us on the morrow of our absolute victory in arms, and to try to make sure with what strength I have that what has been gained with so much sacrifice and suffering shall be preserved for the future glory and safety of mankind.

The United States stands at this time at the pinnacle of world power. It is a solemn moment for the American Democracy. For with primacy in power is also joined an awe-inspiring accountability to the future. If you look around you, you must feel not only the sense of duty done but also you must feel anxiety lest you fall below the level of achievement. Opportunity is here now, clear and shining for both our countries. To reject it or ignore it or fritter it away will bring upon us all the long reproaches of the after-time. It is necessary that constancy of mind, persistency of purpose, and the grand simplicity of decision shall guide and rule the conduct of the English-speaking peoples in peace as they did in war. We must, and I believe we shall, prove ourselves equal to this severe requirement.

When American military men approach some serious situation they are wont to write at the head of their directive the words « over-all strategic concept. » There is wisdom in this, as it leads to clarity of thought. What then is the over-all strategic concept which we should inscribe today? It is nothing less than the safety and welfare, the freedom and progress, of all the homes and families of all the men and women in all the lands. And here I speak particularly of the myriad cottage or apartment homes where the wage-earner strives amid the accidents and difficulties of life to guard his wife and children from privation and bring the family up in the fear of the Lord, or upon ethical conceptions which often play their potent part.

To give security to these countless homes, they must be shielded from the two giant marauders, war and tyranny. We all know the frightful disturbances in which the ordinary family is plunged when the curse of war swoops down upon the bread-winner and those for whom he works and contrives. The awful ruin of Europe, with all its vanished glories, and of large parts of Asia glares us in the eyes. When the designs of wicked men or the aggressive urge of mighty States dissolve over large areas the frame of civilised society, humble folk are confronted with difficulties with which they cannot cope. For them all is distorted, all is broken, even ground to pulp.

When I stand here this quiet afternoon I shudder to visualise what is actually happening to millions now and what is going to happen in this period when famine stalks the earth. None can compute what has been called « the unestimated sum of human pain. » Our supreme task and duty is to guard the homes of the common people from the horrors and miseries of another war. We are all agreed on that.

Our American military colleagues, after having proclaimed their « over-all strategic concept » and computed available resources, always proceed to the next step – namely, the method. Here again there is widespread agreement. A world organisation has already been erected for the prime purpose of preventing war, UNO, the successor of the League of Nations, with the decisive addition of the United States and all that that means, is already at work. We must make sure that its work is fruitful, that it is a reality and not a sham, that it is a force for action, and not merely a frothing of words, that it is a true temple of peace in which the shields of many nations can some day be hung up, and not merely a cockpit in a Tower of Babel. Before we cast away the solid assurances of national armaments for self-preservation we must be certain that our temple is built, not upon shifting sands or quagmires, but upon the rock. Anyone can see with his eyes open that our path will be difficult and also long, but if we persevere together as we did in the two world wars – though not, alas, in the interval between them – I cannot doubt that we shall achieve our common purpose in the end.

I have, however, a definite and practical proposal to make for action. Courts and magistrates may be set up but they cannot function without sheriffs and constables. The United Nations Organisation must immediately begin to be equipped with an international armed force. In such a matter we can only go step by step, but we must begin now. I propose that each of the Powers and States should be invited to delegate a certain number of air squadrons to the service of the world organisation. These squadrons would be trained and prepared in their own countries, but would move around in rotation from one country to another. They would wear the uniform of their own countries but with different badges. They would not be required to act against their own nation, but in other respects they would be directed by the world organisation. This might be started on a modest scale and would grow as confidence grew. I wished to see this done after the first world war, and I devoutly trust it may be done forthwith.

It would nevertheless be wrong and imprudent to entrust the secret knowledge or experience of the atomic bomb, which the United States, Great Britain, and Canada now share, to the world organisation, while it is still in its infancy. It would be criminal madness to cast it adrift in this still agitated and un-united world. No one in any country has slept less well in their beds because this knowledge and the method and the raw materials to apply it, are at present largely retained in American hands. I do not believe we should all have slept so soundly had the positions been reversed and if some Communist or neo-Fascist State monopolised for the time being these dread agencies. The fear of them alone might easily have been used to enforce totalitarian systems upon the free democratic world, with consequences appalling to human imagination. God has willed that this shall not be and we have at least a breathing space to set our house in order before this peril has to be encountered: and even then, if no effort is spared, we should still possess so formidable a superiority as to impose effective deterrents upon its employment, or threat of employment, by others. Ultimately, when the essential brotherhood of man is truly embodied and expressed in a world organisation with all the necessary practical safeguards to make it effective, these powers would naturally be confided to that world organisation.

Now I come to the second danger of these two marauders which threatens the cottage, the home, and the ordinary people – namely, tyranny. We cannot be blind to the fact that the liberties enjoyed by individual citizens throughout the British Empire are not valid in a considerable number of countries, some of which are very powerful. In these States control is enforced upon the common people by various kinds of all-embracing police governments. The power of the State is exercised without restraint, either by dictators or by compact oligarchies operating through a privileged party and a political police. It is not our duty at this time when difficulties are so numerous to interfere forcibly in the internal affairs of countries which we have not conquered in war. But we must never cease to proclaim in fearless tones the great principles of freedom and the rights of man which are the joint inheritance of the English-speaking world and which through Magna Carta, the Bill of Rights, the Habeas Corpus, trial by jury, and the English common law find their most famous expression in the American Declaration of Independence.

All this means that the people of any country have the right, and should have the power by constitutional action, by free unfettered elections, with secret ballot, to choose or change the character or form of government under which they dwell; that freedom of speech and thought should reign; that courts of justice, independent of the executive, unbiased by any party, should administer laws which have received the broad assent of large majorities or are consecrated by time and custom. Here are the title deeds of freedom which should lie in every cottage home. Here is the message of the British and American peoples to mankind. Let us preach what we practise – let us practise what we preach.

I have now stated the two great dangers which menace the homes of the people: War and Tyranny. I have not yet spoken of poverty and privation which are in many cases the prevailing anxiety. But if the dangers of war and tyranny are removed, there is no doubt that science and co-operation can bring in the next few years to the world, certainly in the next few decades newly taught in the sharpening school of war, an expansion of material well-being beyond anything that has yet occurred in human experience. Now, at this sad and breathless moment, we are plunged in the hunger and distress which are the aftermath of our stupendous struggle; but this will pass and may pass quickly, and there is no reason except human folly of sub-human crime which should deny to all the nations the inauguration and enjoyment of an age of plenty. I have often used words which I learned fifty years ago from a great Irish-American orator, a friend of mine, Mr. Bourke Cockran. « There is enough for all. The earth is a generous mother; she will provide in plentiful abundance food for all her children if they will but cultivate her soil in justice and in peace. » So far I feel that we are in full agreement.

Now, while still pursuing the method of realising our overall strategic concept, I come to the crux of what I have travelled here to say. Neither the sure prevention of war, nor the continuous rise of world organisation will be gained without what I have called the fraternal association of the English-speaking peoples. This means a special relationship between the British Commonwealth and Empire and the United States. This is no time for generalities, and I will venture to be precise. Fraternal association requires not only the growing friendship and mutual understanding between our two vast but kindred systems of society, but the continuance of the intimate relationship between our military advisers, leading to common study of potential dangers, the similarity of weapons and manuals of instructions, and to the interchange of officers and cadets at technical colleges. It should carry with it the continuance of the present facilities for mutual security by the joint use of all Naval and Air Force bases in the possession of either country all over the world. This would perhaps double the mobility of the American Navy and Air Force. It would greatly expand that of the British Empire Forces and it might well lead, if and as the world calms down, to important financial savings. Already we use together a large number of islands; more may well be entrusted to our joint care in the near future.

The United States has already a Permanent Defence Agreement with the Dominion of Canada, which is so devotedly attached to the British Commonwealth and Empire. This Agreement is more effective than many of those which have often been made under formal alliances. This principle should be extended to all British Commonwealths with full reciprocity. Thus, whatever happens, and thus only, shall we be secure ourselves and able to work together for the high and simple causes that are dear to us and bode no ill to any. Eventually there may come – I feel eventually there will come – the principle of common citizenship, but that we may be content to leave to destiny, whose outstretched arm many of us can already clearly see.

There is however an important question we must ask ourselves. Would a special relationship between the United States and the British Commonwealth be inconsistent with our over-riding loyalties to the World Organisation? I reply that, on the contrary, it is probably the only means by which that organisation will achieve its full stature and strength. There are already the special United States relations with Canada which I have just mentioned, and there are the special relations between the United States and the South American Republics. We British have our twenty years Treaty of Collaboration and Mutual Assistance with Soviet Russia. I agree with Mr. Bevin, the Foreign Secretary of Great Britain, that it might well be a fifty years Treaty so far as we are concerned. We aim at nothing but mutual assistance and collaboration. The British have an alliance with Portugal unbroken since 1384, and which produced fruitful results at critical moments in the late war. None of these clash with the general interest of a world agreement, or a world organisation; on the contrary they help it. « In my father’s house are many mansions. » Special associations between members of the United Nations which have no aggressive point against any other country, which harbour no design incompatible with the Charter of the United Nations, far from being harmful, are beneficial and, as I believe, indispensable.

I spoke earlier of the Temple of Peace. Workmen from all countries must build that temple. If two of the workmen know each other particularly well and are old friends, if their families are inter-mingled, and if they have « faith in each other’s purpose, hope in each other’s future and charity towards each other’s shortcomings » – to quote some good words I read here the other day – why cannot they work together at the common task as friends and partners? Why cannot they share their tools and thus increase each other’s working powers? Indeed they must do so or else the temple may not be built, or, being built, it may collapse, and we shall all be proved again unteachable and have to go and try to learn again for a third time in a school of war, incomparably more rigorous than that from which we have just been released. The dark ages may return, the Stone Age may return on the gleaming wings of science, and what might now shower immeasurable material blessings upon mankind, may even bring about its total destruction. Beware, I say; time may be short. Do not let us take the course of allowing events to drift along until it is too late. If there is to be a fraternal association of the kind I have described, with all the extra strength and security which both our countries can derive from it, let us make sure that that great fact is known to the world, and that it plays its part in steadying and stabilising the foundations of peace. There is the path of wisdom. Prevention is better than cure.

A shadow has fallen upon the scenes so lately lighted by the Allied victory. Nobody knows what Soviet Russia and its Communist international organisation intends to do in the immediate future, or what are the limits, if any, to their expansive and proselytising tendencies. I have a strong admiration and regard for the valiant Russian people and for my wartime comrade, Marshal Stalin. There is deep sympathy and goodwill in Britain – and I doubt not here also – towards the peoples of all the Russias and a resolve to persevere through many differences and rebuffs in establishing lasting friendships. We understand the Russian need to be secure on her western frontiers by the removal of all possibility of German aggression. We welcome Russia to her rightful place among the leading nations of the world. We welcome her flag upon the seas. Above all, we welcome constant, frequent and growing contacts between the Russian people and our own people on both sides of the Atlantic. It is my duty however, for I am sure you would wish me to state the facts as I see them to you, to place before you certain facts about the present position in Europe.

From Stettin in the Baltic to Trieste in the Adriatic, an iron curtain has descended across the Continent. Behind that line lie all the capitals of the ancient states of Central and Eastern Europe. Warsaw, Berlin, Prague, Vienna, Budapest, Belgrade, Bucharest and Sofia, all these famous cities and the populations around them lie in what I must call the Soviet sphere, and all are subject in one form or another, not only to Soviet influence but to a very high and, in many cases, increasing measure of control from Moscow. Athens alone – Greece with its immortal glories – is free to decide its future at an election under British, American and French observation. The Russian-dominated Polish Government has been encouraged to make enormous and wrongful inroads upon Germany, and mass expulsions of millions of Germans on a scale grievous and undreamed-of are now taking place. The Communist parties, which were very small in all these Eastern States of Europe, have been raised to pre-eminence and power far beyond their numbers and are seeking everywhere to obtain totalitarian control. Police governments are prevailing in nearly every case, and so far, except in Czechoslovakia, there is no true democracy.

Turkey and Persia are both profoundly alarmed and disturbed at the claims which are being made upon them and at the pressure being exerted by the Moscow Government. An attempt is being made by the Russians in Berlin to build up a quasi-Communist party in their zone of Occupied Germany by showing special favours to groups of left-wing German leaders. At the end of the fighting last June, the American and British Armies withdrew westwards, in accordance with an earlier agreement, to a depth at some points of 150 miles upon a front of nearly four hundred miles, in order to allow our Russian allies to occupy this vast expanse of territory which the Western Democracies had conquered.

If now the Soviet Government tries, by separate action, to build up a pro-Communist Germany in their areas, this will cause new serious difficulties in the British and American zones, and will give the defeated Germans the power of putting themselves up to auction between the Soviets and the Western Democracies. Whatever conclusions may be drawn from these facts – and facts they are – this is certainly not the Liberated Europe we fought to build up. Nor is it one which contains the essentials of permanent peace.

The safety of the world requires a new unity in Europe, from which no nation should be permanently outcast. It is from the quarrels of the strong parent races in Europe that the world wars we have witnessed, or which occurred in former times, have sprung. Twice in our own lifetime we have seen the United States, against their wishes and their traditions, against arguments, the force of which it is impossible not to comprehend, drawn by irresistible forces, into these wars in time to secure the victory of the good cause, but only after frightful slaughter and devastation had occurred. Twice the United States has had to send several millions of its young men across the Atlantic to find the war; but now war can find any nation, wherever it may dwell between dusk and dawn. Surely we should work with conscious purpose for a grand pacification of Europe, within the structure of the United Nations and in accordance with its Charter. That I feel is an open cause of policy of very great importance.

In front of the iron curtain which lies across Europe are other causes for anxiety. In Italy the Communist Party is seriously hampered by having to support the Communist-trained Marshal Tito’s claims to former Italian territory at the head of the Adriatic. Nevertheless the future of Italy hangs in the balance. Again one cannot imagine a regenerated Europe without a strong France. All my public life I have worked for a strong France and I never lost faith in her destiny, even in the darkest hours. I will not lose faith now. However, in a great number of countries, far from the Russian frontiers and throughout the world, Communist fifth columns are established and work in complete unity and absolute obedience to the directions they receive from the Communist centre. Except in the British Commonwealth and in the United States where Communism is in its infancy, the Communist parties or fifth columns constitute a growing challenge and peril to Christian civilisation. These are sombre facts for anyone to have to recite on the morrow of a victory gained by so much splendid comradeship in arms and in the cause of freedom and democracy; but we should be most unwise not to face them squarely while time remains.

The outlook is also anxious in the Far East and especially in Manchuria. The Agreement which was made at Yalta, to which I was a party, was extremely favourable to Soviet Russia, but it was made at a time when no one could say that the German war might not extend all through the summer and autumn of 1945 and when the Japanese war was expected to last for a further 18 months from the end of the German war. In this country you are all so well-informed about the Far East, and such devoted friends of China, that I do not need to expatiate on the situation there.

I have felt bound to portray the shadow which, alike in the west and in the east, falls upon the world. I was a high minister at the time of the Versailles Treaty and a close friend of Mr. Lloyd-George, who was the head of the British delegation at Versailles. I did not myself agree with many things that were done, but I have a very strong impression in my mind of that situation, and I find it painful to contrast it with that which prevails now. In those days there were high hopes and unbounded confidence that the wars were over, and that the League of Nations would become all-powerful. I do not see or feel that same confidence or even the same hopes in the haggard world at the present time.

On the other hand I repulse the idea that a new war is inevitable; still more that it is imminent. It is because I am sure that our fortunes are still in our own hands and that we hold the power to save the future, that I feel the duty to speak out now that I have the occasion and the opportunity to do so. I do not believe that Soviet Russia desires war. What they desire is the fruits of war and the indefinite expansion of their power and doctrines. But what we have to consider here to-day while time remains, is the permanent prevention of war and the establishment of conditions of freedom and democracy as rapidly as possible in all countries. Our difficulties and dangers will not be removed by closing our eyes to them. They will not be removed by mere waiting to see what happens; nor will they be removed by a policy of appeasement. What is needed is a settlement, and the longer this is delayed, the more difficult it will be and the greater our dangers will become.

From what I have seen of our Russian friends and Allies during the war, I am convinced that there is nothing they admire so much as strength, and there is nothing for which they have less respect than for weakness, especially military weakness. For that reason the old doctrine of a balance of power is unsound. We cannot afford, if we can help it, to work on narrow margins, offering temptations to a trial of strength. If the Western Democracies stand together in strict adherence to the principles of the United Nations Charter, their influence for furthering those principles will be immense and no one is likely to molest them. If however they become divided or falter in their duty and if these all-important years are allowed to slip away then indeed catastrophe may overwhelm us all.

Last time I saw it all coming and cried aloud to my own fellow-countrymen and to the world, but no one paid any attention. Up till the year 1933 or even 1935, Germany might have been saved from the awful fate which has overtaken her and we might all have been spared the miseries Hitler let loose upon mankind. There never was a war in all history easier to prevent by timely action than the one which has just desolated such great areas of the globe. It could have been prevented in my belief without the firing of a single shot, and Germany might be powerful, prosperous and honoured to-day; but no one would listen and one by one we were all sucked into the awful whirlpool. We surely must not let that happen again. This can only be achieved by reaching now, in 1946, a good understanding on all points with Russia under the general authority of the United Nations Organisation and by the maintenance of that good understanding through many peaceful years, by the world instrument, supported by the whole strength of the English-speaking world and all its connections. There is the solution which I respectfully offer to you in this Address to which I have given the title « The Sinews of Peace. »

Let no man underrate the abiding power of the British Empire and Commonwealth. Because you see the 46 millions in our island harassed about their food supply, of which they only grow one half, even in war-time, or because we have difficulty in restarting our industries and export trade after six years of passionate war effort, do not suppose that we shall not come through these dark years of privation as we have come through the glorious years of agony, or that half a century from now, you will not see 70 or 80 millions of Britons spread about the world and united in defence of our traditions, our way of life, and of the world causes which you and we espouse. If the population of the English-speaking Commonwealths be added to that of the United States with all that such co-operation implies in the air, on the sea, all over the globe and in science and in industry, and in moral force, there will be no quivering, precarious balance of power to offer its temptation to ambition or adventure. On the contrary, there will be an overwhelming assurance of security. If we adhere faithfully to the Charter of the United Nations and walk forward in sedate and sober strength seeking no one’s land or treasure, seeking to lay no arbitrary control upon the thoughts of men; if all British moral and material forces and convictions are joined with your own in fraternal association, the high-roads of the future will be clear, not only for us but for all, not only for our time, but for a century to come.

* The text of Sir Winston Churchill’s « The Sinews of Peace » speech is quoted in its entirety from Robert Rhodes James (ed.), Winston S. Churchill: His Complete Speeches 1897-1963 Volume VII: 1943-1949 (New York: Chelsea House Publishers, 1974) 7285-7293.


Chute du mur/20e: Aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré (No capitalist country has ever walled its people in)

8 novembre, 2009
Michael Moore
Vous ne pouvez pas vous dire capitaliste et chrétien, parce que vous ne pouvez pas aimer votre argent et aimer votre voisin. Michael Moore
Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste? Le communisme comme illusion lyrique, mais à l’Ouest, pas à l’Est! Guy Sorman
Le roi était nu et nous ne le savions pas.
.
En ces temps étranges où, 20 ans après la chute du communisme, l’on nous annonce tous les jours la fin d’un capitalisme supposé vivre ses derniers instants …

Et où le premier documenteur venu peut remplir les salles et rafler les récompenses dans les festivals en alignant les pires inepties sur le système dont il vit grassement depuis 20 ans …

Pendant que nos dirigeants comme nos partis politiques signent des accords avec les partis frères des dernières dictatures de la planète …

Que ferions-nous sans les piqûres de rappel régulières de nos Guy Sorman pour nous remettre en mémoire certaines évidences?

Comme le fait, en ce 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, qu’il ait fallu si longtemps, de notre côté occidental, pour finalement comprendre que « partout où il a semé la terreur, le communisme n’a jamais été que le plus ou moins habile ou frustre maquillage d’une occupation militaire » (le tristement fameux bout du fusil de Mao).

Ou, contrairement à tous les murs de l’Histoire censés empêcher l’entrée des barbares (ou, contre la mauvaise foi de nos médias, des terroristes comme aujourd’hui la barrière de sécurité israélienne ou des immigrants illégaux entre les Etats-Unis et le Mexique ou… celle de Ceuta aux portes de notre propre Europe?), l’incroyable incongruité d’un mur censé « interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable ».

Ou enfin, que « tous les murs ne sont pas abattus » et que nombre de peuples (en Chine, Corée du nord, Cuba, Vietnam) rest »ent emmurés dans leur paradis communiste ».

Bref, que « le capitalisme n’a jamais emmuré personne ».

Sauf, ajouterions-nous, quand il envoie ses dirigeants signer des accords avec les geoliers des autres peuples ou ses entreprises pour leur fournir la technologie nécessaire

Extraits:

Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire: sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

(…)

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ?

(…)

Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie.

Il y a vingt ans, disparaissait l’illusion communiste
Guy Sorman
Le futur c’est tout de suite
30 octobre 2009

La chute du Mur ? Mais le Mur de Berlin n’est pas « tombé » le 9 novembre 1989 : il a été détruit. Comment s’est imposée l’expression « Chute du Mur » ? Comme s’il s’était effondré de lui-même ? La destruction fut volontaire et laborieuse : les Allemands de l’Est, acteurs et non pas spectateurs de cette « Chute », ne disposaient que d’outils rudimentaires : c’est à coups de marteau qu’ils vinrent à bout de la muraille en béton. Je fus sur place, témoin que, le Mur à peine franchi, les Allemands de l’Est, libérés, se précipitèrent vers les supermarchés de l’Ouest et s’en retournaient chez eux, chargés de ce que l’on ne trouvait pas à l’Est, en particulier des couches pour bébés et des bananes. Comme l’avait écrit Bertold Brecht dans son Opéra de quatre sous « La révolution, c’est bien ; mais il faut d’abord bouffer ». La destruction du Mur ne fut donc pas instantanée, ce qu’aussi laisserait croire l’expression Chute du Mur : Berlin ne fut pas Jéricho. De même, il ne fut pas clair d’emblée que l’Allemagne de l’Est avait disparu, ni que l’Europe était réunifiée, ni l’Union soviétique effacée de la carte, ni l’idéologie communiste hors jeu. L’élimination de la dictature soviétique chemina lentement et n’aboutit que grâce au talent visionnaire de Helmut Kohl en Allemagne, de George Bush aux Etats-Unis, de Boris Eltsine en Russie : grâce à eux, qui surent s’engouffrer dans le brèche, l’Europe finit réunifiée et l’URSS disparut.

Cette Fin de l’histoire communiste n’obéissait, en 1989, à aucune nécessité. Dans le camp soviétique, en Europe de l’Est, chez certains dirigeants occidentaux comme François Mitterrand, on espéra que la destruction du Mur ouvrait la voie à un nouveau socialisme, à visage humain : le Mur en moins, le communisme ne pourrait-il devenir légitime et démocratique ? En décembre 1989, un mois après la destruction du Mur, François Mitterrand se rendit en visite officielle en Allemagne de l’Est et déclara : « Nous avons encore beaucoup à faire ensemble ». Ce n’est qu’en octobre 1990, que l’Allemagne – au regret de Mitterrand – fut réunifiée. La destruction du Mur, loin de sonner, d’emblée, la victoire du capitalisme libéral, à l’époque et à gauche, fut interprétée et espérée comme l’inauguration d’une Troisième voie, ni capitaliste, ni communiste. Rappelons que Gorbatchev se berça de ce mythe de substitution jusqu’à ce que Boris Eltsine, qui lui était un démocrate, en 1991, y mette un terme. En Pologne, les apparatchiks communistes tentèrent aussi de se reconvertir à une Troisième voie : une partie des Eglises catholiques polonaise et tchèque, protestantes en Allemagne, s’y rallièrent avant que Jean-Paul II, sans enthousiasme mais lucide, admette que l’économie de marché seule pouvait sortir l’Europe de l’Est de la pauvreté.

Deux ans de controverses intellectuelles, de manipulations diplomatiques et de reconversions hâtives furent donc nécessaires pour enfouir, sous les décombres du Mur, à la fois le communisme dur, le communisme à visage humain et l’Union soviétique. Au terme de ces deux années d’hésitation, il fut enfin admis par les peuples directement concernés et leurs dirigeants que n’avait jamais existé qu’un seul communisme, le communisme réel. Et qu’il ne pouvait pas en exister un autre qui serait idéal et distinct de son expérience historique.

La destruction du Mur et le débat qui s’en suivit révélèrent, enfin, sans conteste, par KO, la véritable nature du communisme. Non, ce n’était pas une idéologie alternative à la démocratie libérale ; ce n’était pas une autre voie vers le développement économique ; ce n’était pas une autre forme de démocratie populaire par opposition à la démocratie bourgeoise. Le communisme n’avait jamais été qu’une occupation militaire : sans fusil, pas de communisme. Nul n’accepte, sauf s’il est apparatchik, de vivre dans un régime communiste, à moins d’y être forcé. Pour preuve, la destruction du Mur fut possible seulement parce que la police de l’Est n’avait pas tiré. Elle s’abstint, non par humanisme, mais parce que Gorbatchev avait décidé que la police et l’armée ne tireraient plus sur le peuple. Ce retournement du régime avait commencé au printemps 1989, en Lettonie, quand Gorbatchev ordonna à ses troupes de ne pas combattre les indépendantistes de Riga. Gorbatchev agit-il ainsi parce que pacifiste, humaniste ou faible ? Plus probablement, il n’avait pas compris le fondement de son propre pouvoir. Contrairement à Eltsine, et contrairement aux « durs » de son Parti, Gorbatchev vivait dans l’illusion d’un communisme, humain, légitime et efficace.

Mais on rappellera à la décharge de Gorbatchev et bien d’autres que l’Histoire ne fait sens qu’après les événements. La Destruction du Mur et la chute du communisme soviétique, qui aujourd’hui ont des allures d’inéluctabilité, étaient en vérité imprévisibles, n’obéissaient pas à une nécessité historique. La preuve en est, bien sûr, que nul ne l’avait prévu et que ceux qui s’aventuraient dans la prophétie la lisaient à l’envers : le Président de l’Allemagne de l’Est, en juin 1989, avait déclaré que le Mur était là pour cent ans, immédiatement rejoint par le leader social démocrate Ouest allemand, Gerhard Schroeder. Sans doute fallait-il, pour prévoir juste, une inspiration quasi mystique chez des hommes d’Etat qui, comme Ronald Reagan à Berlin, en 1987, s’adressant à Gorbatchev, avait osé dire « Démolissez ce Mur ». Reagan avait la conviction qu’il serait entendu par la Providence sinon par le Parti communiste soviétique.

La prophétie est un genre aléatoire, mais il n’empêche que, depuis vingt ans, les faits ont donné raison à ce qui fut, à l’époque, dès la Destruction du Mur, l’hypothèse de Francis Fukuyama sur la Fin de l’Histoire. Il n’avait pas écrit qu’il n’y aurait plus d’Histoire du tout, mais que celle-ci se définirait par rapport à un unique modèle de référence : le capitalisme démocratique. Depuis vingt ans, tel est bien le cas : de bon ou de mauvais gré, en temps de croissance, comme en temps de crise, la réflexion politique, la science économique et les choix démocratiques opèrent tous, partout, à l’intérieur du paradigme unique du capitalisme démocratique. Que certains cherchent à s’en échapper et que, peut-être, certains parviendront à inventer des idéologies de substitution, est dans l’ordre des choses : Fukuyama avait envisagé que la quête d’absolu, fut-elle déraisonnable, ne céderait jamais devant le principe de réalité. En Allemagne aujourd’hui, dans le reste de l’Europe de l’Est, en Russie, une intelligentsia insatisfaite par le capitalisme libéral rumine non pas dans le regret du Mur, mais dans la quête insatiable d’une société plus parfaite, sans Mur

Le regret du Mur affecte aussi, de manière non dite, les nostalgiques d’une Europe essentiellement franco-allemande qui paraissait avant 1989, à ses dirigeants, comme une alternative à la puissance américaine, une troisième force entre l’URSS et les Etats-Unis. Mais la réunification de toute l’Europe, inéluctablement générée par la Destruction du Mur, devait aussi mettre un terme à cette Europe-là. La nouvelle Europe se révèle beaucoup plus libérale en économie et pro-américaine que ne le fut jamais le couple franco-allemand. Loin de devenir la nouvelle puissance tierce, dont rêvèrent De Gaulle et Mitterrand, l’Union européenne est devenue une vaste zone de libre échange, et une configuration culturelle à l’identité floue qui ressemble plus à ce que fut l’Empire ottoman qu’à une troisième force neutraliste. La Destruction du Mur a pu fait perdre en puissance et en cohérence à l’ancienne Europe ; mais elle aura fait progresser l’aire de la paix et de la prospérité commune. Les Européens, dans leur ensemble, y auront gagné

Avoir attendu la destruction du Mur, pour conclure que l’idéologie communiste n’avait jamais été autre chose qu’un maquillage de l’occupation militaire, aura témoigné d’une certaine bêtise à l’Est et à l’Ouest. Cette vraie nature du communisme aurait dû s’imposer comme évidence universelle, non pas à la destruction du Mur, mais dès son édification, en août 1961. Car l’Histoire est parsemée de murs, enceintes et murailles : tous n’ont jamais eu pour objet que d’interdire aux barbares l’entrée dans la Cité. Un Mur pour empêcher d’en sortir, cela ne s’était jamais vu. Le Mur de Berlin, de surcroît, devait interdire de quitter une société présumée idéale vers un capitalisme supposé haïssable. L’objet était aussi incongru que les arguments pour le justifier : les dirigeants communistes, en 1961, avaient emprunté au vocabulaire de la prophylaxie, pour protéger la pureté communiste des « miasmes » capitalistes. Comment put-on croire à l’Ouest, après 1961, que le communisme sans l’Armée rouge fut jamais une alternative au capitalisme ? Cette illusion n’avait pas confondu que la Gauche : Raymond Aron, philosophe libéral mais pessimiste par tempérament, dans les années 1960, envisageait une « convergence » entre les systèmes économiques communistes et libéraux. Il est désormais accepté de comparer l’illusion communiste à l’Ouest avec une sorte de foi religieuse qui rendait imperméable à la réalité. Certes. Mais ce serait sous estimer l’efficacité de la propagande soviétique, les complicités politiques et intellectuelles et le rôle de la corruption financière dans cet amour excessif de l’intelligentsia de gauche européenne pour l’URSS. Ce serait sous estimer, aussi, que la passion pour l’URSS fut indissociable de l’autre passion, négative celle-là, qui infecte en permanence l’intelligentsia européenne, je veux parler de l’anti-américanisme.

Peut-être le communisme n’a-t-il jamais existé que dans l’imagination, les désirs et l’esthétisme de ceux qui ne vivaient pas dans un régime communiste ? Le communisme comme illusion lyrique , mais à l’Ouest, pas à l’Est ! En 1990, lors d’une conversation avec Lech Walesa, alors leader du syndicat Solidarité à Gdansk, il m’assura n’avoir jamais rencontré un seul communiste polonais : « des opportunistes oui, des apparatchiks aussi, mais un communiste jamais ! ». L’observation ironique et profonde de Walesa valait pour l’ensemble du monde soviétique comme elle s’applique encore aux peuples emmurés de la Chine et de la Corée du Nord. Rappelons que tous les murs ne sont pas abattus ! Les Chinois, les Nord-Coréens, les Cubains, les Vietnamiens ne sont toujours pas libres de sortir comme ils l’entendent de leur paradis communiste. Ces murs-là ne sont plus en béton : le contrôle des frontières, la censure d’internet sont des alternatives plus sophistiquées que ne fut le Mur primitif de Berlin. Mais le principe est le même : l’enfermement reste indissociable de tout régime communiste, tandis qu’aucun pays capitaliste ne s’est jamais emmuré. On m’objectera les murs qui séparent Israël et la Cisjordanie et celui qui coupe le Mexique des Etats-Unis. On peut, on doit regretter leur existence mais leur fonction est sécuritaire, pas idéologique : le Mur de Berlin et ceux qui lui ressemblent encore, sont uniques et sont seuls à symboliser une idéologie. Le choix ultime pour l’humanité est donc le suivant : vivre dans « l’enfer » capitaliste mais avec le droit d’en sortir ou dans le « paradis » communiste, avec l’obligation d’y rester. Dante n’avait pas imaginé cette Comédie-là.

Voir aussi:

For those of you on the way to church this morning …
Michael Moore
The Huffington Post November 8, 2009
October 4, 2009

Friends,

I’d like to have a word with those of you who call yourselves Christians (Muslims, Jews, Buddhists, Bill Maherists, etc. can read along, too, as much of what I have to say, I’m sure, can be applied to your own spiritual/ethical values).

In my new film I speak for the first time in one of my movies about my own spiritual beliefs. I have always believed that one’s religious leanings are deeply personal and should be kept private. After all, we’ve heard enough yammerin’ in the past three decades about how one should « behave, » and I have to say I’m pretty burned out on pieties and platitudes considering we are a violent nation that invades other countries and punishes our own for having the audacity to fall on hard times.

I’m also against any proselytizing; I certainly don’t want you to join anything I belong to. Also, as a Catholic, I have much to say about the Church as an institution, but I’ll leave that for another day (or movie).

Amidst all the Wall Street bad guys and corrupt members of Congress exposed in Capitalism: A Love Story, I pose a simple question in the movie: « Is capitalism a sin? » I go on to ask, « Would Jesus be a capitalist? » Would he belong to a hedge fund? Would he sell short? Would he approve of a system that has allowed the richest 1 percent to have more financial wealth than the 95 percent under them combined?

I have come to believe that there is no getting around the fact that capitalism is opposite everything that Jesus (and Moses and Mohammed and Buddha) taught. All the great religions are clear about one thing: It is evil to take the majority of the pie and leave what’s left for everyone to fight over. Jesus said that the rich man would have a very hard time getting into heaven. He told us that we had to be our brother’s and sister’s keepers and that the riches that did exist were to be divided fairly. He said that if you failed to house the homeless and feed the hungry, you’d have a hard time finding the pin code to the pearly gates.

I guess that’s bad news for us Americans. Here’s how we define « Blessed Are the Poor »: We now have the highest unemployment rate since 1983. There’s a foreclosure filing once every 7.5 seconds. 14,000 people every day lose their health insurance.

At the same time, Wall Street bankers (« Blessed Are the Wealthy »?) are amassing more and more loot — and they do their best to pay little or no income tax (last year Goldman Sachs’ tax rate was a mere 1 percent!). Would Jesus approve of this? If not, why do we let such an evil system continue? It doesn’t seem you can call yourself a Capitalist and a Christian — because you cannot love your money and love your neighbor when you are denying your neighbor the ability to see a doctor just so you can have a better bottom line. That’s called « immoral » — and you are committing a sin when you benefit at the expense of others.

When you are in church this morning, please think about this. I am asking you to allow your « better angels » to come forward. And if you are among the millions of Americans who are struggling to make it from week to week, please know that I promise to do what I can to stop this evil — and I hope you’ll join me in not giving up until everyone has a seat at the table.

Thanks for listening. I’m off to Mass in a few hours. I’ll be sure to ask the priest if he thinks J.C. deals in derivatives or credit default swaps. I mean, after all, he must’ve been good at math. How else did he divide up two loaves of bread and five pieces of fish equally amongst 5,000 people? Either he was the first socialist or his disciples were really bad at packing lunch. Or both.

Yours,
Michael Moore


Présidence Obama: Notre agent de La Havane (Our Man from Havana)

1 juillet, 2009
http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcRFAPQECwhXdCRNmlFsPxJmjJIofCQLVRKrsKjd_tAjfpdBLmqc77ePutkWiAOn ne peut pas blâmer les États-Unis pour chaque problème dans cet hémisphère. Je suis très reconnaissant que le Président Ortega ne m’ait pas blâmé pour des choses qui se sont produites quand j’avais trois mois. Obama (18 avril 2009)
Certains diraient que le Président Obama est de centre-gauche. Et naturellement cela signifie que nous allons bien travailler avec les pays qui partagent notre engagement à améliorer et à accroître le potentiel humain. Hillary Clinton (conférence de presse au Salvador, 1er juin 2009)
La légitimité est manifestement une notion très subjective. Et évidemment, la légitimité du régime a été remise en question par les manifestations. Mais ce n’est pas l’élément décisif en termes de nos rapports avec l’Iran. Susan Rice (ambassadrice américaine à l’ONU, 28 juin 2009)
Bref, nous assistons au retour de l’idéalisme postnational d’un Carter mais avec cette fois le charisme d’un Reagan. Pendant 40 ans nos écoles ont enseigné l’équivalence morale, le pacifisme utopique et le multiculturalisme bien intentionné et nous apprenons maintenant que tout ceci n’était pas que de la thérapie mais est insidieusement devenu notre évangile national. Victor Davis Hanson
De l’Iran au Venezuela et à Cuba, du Myanmar à la Corée du Nord et à la Chine, du Soudan à l’Afghanistan et à l’Irak, de la Russie à la Syrie et à l’Arabie Saoudite, l’administration Obama a systématiquement enlevé les droits de l’homme et la promotion de la démocratie de l’ordre du jour de l’Amérique. A leur place, elle a préconisé l’amélioration de l’image de l’Amérique, le multilatéralisme et un relativisme moral qui soit ne voit aucune distinction entre les dictateurs et leurs victimes soit considère les distinctions peu importantes à l’avancement des intérêts américains. Caroline Glick

Notre Pleurnicheur en chef et avide lecteur du « Manuel du gauchiste » serait-il en train, pour subvenir aux besoins de ses filles à l’instar du modeste marchand d’aspirateurs du célèbre roman de Graham Greene, de se transformer en véritable agent de la Havane?

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton qui, fêtant il y a exactement un mois l’arrivée au pouvoir d’une nouveau gauchiste au Salvador (Mauricio Funes, candidat de l’ex-guérilla d’extrême gauche, s’il vous plait !) et son rétablissement des relations avec Cuba, rappelait fièrement la position de centriste de gauche de son patron et leur commun engagement avec les dictateurs de la planète à améliorer et à accroître le potentiel humain …

L’ambassadrice américaine à l’ONU Susan Rice qui, commentant l’actuelle contestation du régime iranien dans une interview sur CBS le weekend dernier, confirmait que pour l’Administration Obama « la légitimité est de toute évidence une affaire purement subjective et surtout pas l’élément décisif en termes de nos rapport avec l’Iran » …

Alors qu’à l’instar du musée Chirac et ses attaques gratuites anti-Sara Palin et après Obama, Merkel et Zapatero, notre Sarko national se permet un nouvelle fois d’insulter un responsable politique étranger (cette fois le ministre des Affaires étrangères israélien Avigdor Lieberman, le comparant, devant un Nétanyahou qu’on a connu plus combatif, à notre repoussoir national Jean-Marie Le Pen) …

Après les excuses à tort et à travers, les mensonges et contre-vérités sur l’islam et l’histoire mondiale en général, l’extrême passivité face à la répression sanglante en Iran (jusqu’au refus, contre ses alliés européens, de nouvelles sanctions?) et la dénonciation avec ses amis Chavez et Ortega de la mise en échec d’une tentative de coup d’Etat légal au Honduras

Retour, avec la chroniqueuse du Jerusalem post Caroline Glick (merci drzz pour la traduction), sur un premier bilan des six mois de présidence Obama confirmant les pires prévisions de ceux qui nous annonçaient un nouveau Carter

Extraits:

La politique étrangère d’Obama est déjà un échec. Pourquoi le Président refuse-t-il de la reconsidérer ?

Pourquoi, lorsque le sang coule dans les rues iraniennes, Obama veut-il toujours apaiser les mollahs ? Pourquoi, alors que le Vénézuéla menace d’envahir le Honduras pour supporter Zelaya, Obama se tient-il du côté de Zelaya contre les démocrate honduriens ? Pourquoi, alors que les Palestiniens refusent toujours le droit à l’auto-détermination au peuple hébreu, veut-il priver 500’000 Israéliens de leur logement ? Pourquoi, alors que la Corée du Nord menace d’utiliser ses missiles balistiques contre les Etats-Unis, refuse-t-il d’autoriser l’USS John McCain à aborder le navire nord-coréen illégal que [les Américains] trace[nt] depuis deux semaines ? Pourquoi, alors que le gouvernement du Soudan continue d’assassiner des Darfuris, cette administration clame-t-elle que le génocide au Darfour est terminé ?

La seule réponse logique à cette question est que la politique étrangère de Barack Obama est la plus dogmatique depuis Carter. Si, lorsqu’Obama a pris ses fonctions, on pouvait s’interroger sur sa vision internationale – pragmatique, ou dogmatique -, les six premiers mois de sa présidence permettent de lever les doutes. Obama est mû par une idéologie extrémiste et antiaméricaine qui le pousse à minimiser l’importance de la démocratie et se ranger du côté des dictateurs anti-américains contre les alliés de son pays.

Comme Carter avant lui, Obama pourra un temps cacher ses échecs de politique étrangère à son opinion publique , car celle-ci sera occupée à mesurer ses échecs en politique intérieure. Mais au final, sa dévotion aveugle à son idéologie radicale le conduira aux extrêmes ; ses échecs atteindront alors une masse critique.

Et ils s’effondreront avec lui.

Ideologue-in-chief
Caroline Glick
The Jerusalem Post
Jun. 29, 2009

For a brief moment it seemed that US President Barack Obama was moved by the recent events in Iran. On Friday, he issued his harshest statement yet on the mullocracy’s barbaric clampdown against its brave citizens who dared to demand freedom in the aftermath of June 12’s stolen presidential elections.

Speaking of the protesters Obama said, « Their bravery in the face of brutality is a testament to their enduring pursuit of justice. The violence perpetrated against them is outrageous. In spite of the government’s efforts to keep the world from bearing witness to that violence, we see it and we condemn it. »

While some noted the oddity of Obama’s attribution of the protesters’ struggle to the « pursuit of justice, » rather than the pursuit of freedom – which is what they are actually fighting for – most Iran watchers in Washington and beyond were satisfied with his statement.

Alas, it was a false alarm. On Sunday Obama dispatched his surrogates – presidential adviser David Axelrod and UN Ambassador Susan Rice – to the morning talk shows to make clear that he has not allowed mere events to influence his policies.

After paying lip service to the Iranian dissidents, Rice and Axelrod quickly cut to the chase. The Obama administration does not care about the Iranian people or their struggle with the theocratic totalitarians who repress them. Whether Iran is an Islamic revolutionary state dedicated to the overthrow of the world order or a liberal democracy dedicated to strengthening it, is none of the administration’s business.

Obama’s emissaries wouldn’t even admit that after stealing the election and killing hundreds of its own citizens, the regime is illegitimate. As Rice put it, « Legitimacy obviously is in the eyes of the people. And obviously the government’s legitimacy has been called into question by the protests in the streets. But that’s not the critical issue in terms of our dealings with Iran. »

No, whether an America-hating regime is legitimate or not is completely insignificant to the White House. All the Obama administration wants to do is go back to its plan to appease the mullahs into reaching an agreement about their nuclear aspirations. And for some yet-to-be-explained reason, Obama and his associates believe they can make this regime — which as recently as Friday called for the mass murder of its own citizens, and as recently as Saturday blamed the US for the Iranian people’s decision to rise up against the mullahs — reach such an agreement.

IN STAKING out a seemingly hard-nosed, unsentimental position on Iran, Obama and his advisers would have us believe that unlike their predecessors, they are foreign policy « realists. » Unlike Jimmy Carter, who supported the America-hating mullahs against the America-supporting shah 30 years ago in the name of his moralistic post-Vietnam War aversion to American exceptionalism, Obama supports the America-hating mullahs against the America-supporting freedom protesters because all he cares about are « real » American interests.

So too, unlike George W. Bush, who openly supported Iran’s pro-American democratic dissidents against the mullahs due to his belief that the advance of freedom in Iran and throughout the world promoted US national interests, Obama supports the anti-American mullahs who butcher these dissidents in the streets and abduct and imprison them by the thousands due to his « hard-nosed » belief that doing so will pave the way for a meeting of the minds with their oppressors.

Yet Obama’s policy is anything but realistic. By refusing to support the dissidents, he is not demonstrating that he is a realist. He is showing that he is immune to reality. He is so committed to appeasing the likes of Mahmoud Ahmadinejad and Ali Khamenei that he is incapable of responding to actual events, or even of taking them into account for anything other than fleeting media appearances meant to neutralize his critics.

Rice and Axelrod demonstrated the administration’s determination to eschew reality when they proclaimed that Ahmadinejad’s « reelection » is immaterial. As they see it, appeasement isn’t dead since it is Khamenei – whom they deferentially refer to as « the supreme leader » – who sets Iran’s foreign policy.

While Khamenei is inarguably the decision maker on foreign policy, his behavior since June 12 has shown that he is no moderate. Indeed, as his post-election Friday « sermon » 10 days ago demonstrated, he is a paranoid, delusional America-bashing tyrant. In that speech he called Americans « morons » and accused them of being the worst human-rights violators in the world, in part because of the Clinton administration’s raid on the Branch Davidian compound in Waco, Texas in 1993.

Perhaps what is most significant about Obama’s decision to side with anti-American tyrants against pro-American democrats in Iran is that it is utterly consistent with his policies throughout the world. From Latin America to Asia to the Middle East and beyond, after six months of the Obama administration it is clear that in its pursuit of good ties with America’s adversaries at the expense of America’s allies, it will not allow actual events to influence its « hard-nosed » judgments.

TAKE THE ADMINISTRATION’S response to the Honduran military coup on Sunday. While the term « military coup » has a lousy ring to it, the Honduran military ejected president Manuel Zelaya from office after he ignored a Supreme Court ruling backed by the Honduran Congress which barred him from holding a referendum this week that would have empowered him to endanger democracy.

Taking a page out of his mentor Venezuelan dictator Hugo Chavez’s playbook, Zelaya acted in contempt of his country’s democratic institutions to move forward with his plan to empower himself to serve another term in office. To push forward with his illegal goal, Zelaya fired the army’s chief of staff. And so, in an apparent bid to prevent Honduras from going the way of Daniel Ortega’s Nicaragua and becoming yet another anti-American Venezuelan satellite, the military – backed by Congress and the Supreme Court – ejected Zelaya from office.

And how did Obama respond? By seemingly siding with Zelaya against the democratic forces in Honduras who are fighting him. Obama said in a written statement: « I am deeply concerned by reports coming out of Honduras regarding the detention and expulsion of president Mel Zelaya. »

His apparent decision to side with an anti-American would-be dictator is unfortunately par for the course. As South and Central America come increasingly under the control of far-left America-hating dictators, as in Iran, Obama and his team have abandoned democratic dissidents in the hope of currying favor with anti-American thugs. As Mary Anastasia O’Grady has documented in *The Wall Street Journal*, Obama and Secretary of State Hillary Clinton have refused to say a word about democracy promotion in Latin America.

Rather than speak of liberties and freedoms, Clinton and Obama have waxed poetic about social justice and diminishing the gaps between rich and poor. In a recent interview with the El Salvadoran media, Clinton said, « Some might say President Obama is left-of-center. And of course that means we are going to work well with countries that share our commitment to improving and enhancing the human potential. »

But not, apparently, enhancing human freedoms.

FROM IRAN to Venezuela to Cuba, from Myanmar to North Korea to China, from Sudan to Afghanistan to Iraq to Russia to Syria to Saudi Arabia, the Obama administration has systematically taken human rights and democracy promotion off America’s agenda. In their place, it has advocated « improving America’s image, » multilateralism and a moral relativism that either sees no distinction between dictators and their victims or deems the distinctions immaterial to the advancement of US interests.

While Obama’s supporters champion his « realist » policies as a welcome departure from the « cowboy diplomacy » of the Bush years, the fact of the matter is that in country after country, Obama’s supposedly pragmatic and nonideological policy has either already failed – as it has in North Korea – or is in the process of failing. The only place where Obama may soon be able to point to a success is in his policy of coercing Israel to adopt his anti-Semitic demand to bar Jews from building homes in Jerusalem, Judea, and Samaria. According to media reports, Prime Minister Binyamin Netanyahu has authorized Defense Minister Ehud Barak to offer to freeze all settlement construction for three months during his visit to Washington this week.

Of course, in the event that Obama has achieved his immediate goal of forcing Netanyahu to his knees, its accomplishment will hinder rather than advance his wider goal of achieving peace between Israel and its neighbors. Watching Obama strong-arm the US’s closest ally in the region, the Palestinians and the neighboring Arab states have become convinced that there is no reason to make peace with the Jews. After all, Obama is demonstrating that he will deliver Israel without their having to so much as wink in the direction of peaceful coexistence.

So if Obama’s foreign policy has already failed or is in the process of failing throughout the world, why is he refusing to reassess it? Why, with blood running through the streets of Iran, is he still interested in appeasing the mullahs? Why, with Venezuela threatening to invade Honduras for Zelaya, is he siding with Zelaya against Honduran democrats? Why, with the Palestinians refusing to accept the Jewish people’s right to self-determination, is he seeking to expel some 500,000 Jews from their homes in the interest of appeasing the Palestinians? Why, with North Korea threatening to attack the US with ballistic missiles, is he refusing to order the USS John McCain to interdict the suspected North Korean missile ship it has been trailing for the past two weeks? Why, when the Sudanese government continues to sponsor the murder of Darfuris, is the administration claiming that the genocide in Darfur has ended?

The only reasonable answer to all of these questions is that far from being nonideological, Obama’s foreign policy is the most ideologically driven since Carter’s tenure in office. If when Obama came into office there was a question about whether he was a foreign policy pragmatist or an ideologue, his behavior in his first six months in office has dispelled all doubt. Obama is moved by a radical, anti-American ideology that motivates him to dismiss the importance of democracy and side with anti-American dictators against US allies.

For his efforts, although he is causing the US to fail to secure its aims as he himself has defined them in arena after arena, he is successfully securing the support of the most radical, extreme leftist factions in American politics.

Like Carter before him, Obama may succeed for a time in evading public scrutiny for his foreign-policy failures because the public will be too concerned with his domestic failures to notice them. But in the end, his slavish devotion to his radical ideological agenda will ensure that his failures reach a critical mass.

And then they will sink him.