Cannes/74e: On s’agenouille tous pour la People’s Republic of Brooklyn ! (BLMization of world cinema: Guess which Hollywood friend of notorious antisemites Farrakhan and Sharpton the Cannes film festival just happened to pick for its president poster boy ?)

9 juillet, 2021

 

Do the Right Thing' — remixed

Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais
Spike Lee Do the right Thing – Analysis of the riot scene – Au cas ou ça t'aiderais

The DGA Fails to Do the Right Thing | by Argun Ulgen | The Outtake | Medium

Martin Luther King, Jr. quote: It is always the right time to do the right ...Malcolm X quote: I don't even call it violence when it's in self... Opinion | Black Voters Are Coming for Trump - The New York TimesOpinion | The Civil Rights Act of 2020 - The New York TimesViolent protests in Los Angeles tear through Jewish neighborhood – The ForwardPuisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
The greatest miracle Christianity has achieved in America is that the black man in white Christian hands has not grown violent. It is a miracle that 22 million black people have not risen up against their oppressors–in which they would have been justified by all moral criteria, and even by the democratic tradition! It is a miracle that a nation of black people has so fervently continued to believe in a turn-the-other-cheek and heaven-for-you-after-you-die philosophy! It is a miracle that the American Black people have remained a peaceful people, while catching all the centuries of hell that they have caught, here in white man’s heaven! The miracle is that the white man’s puppet Negro ‘leaders,’ his preachers and the educated Negroes laden with degrees, and others who have been allowed to wax fat off their black poor brothers, have been able to hold the black masses quiet until now. Malcom X (épigraphe du film Do the right thing)
Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. Spike Lee
Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction. Spike Lee
Tu as brûlé ma photo dans Do the Right Thing! Frank Sinatra
Parce que l’impatience est immense de retrouver enfin le décor cannois : le bord de mer, les palmiers et l’écran noir qui accueillera en page blanche les films de la Sélection officielle, parce que ce regard curieux qu’il va poser sur le travail de ses collègues cinéastes qui viennent apporter des nouvelles du monde, de leur monde et forcément un peu du nôtre, parce que ce regard personnel qu’il nous offre depuis son tout premier film : tourné dans la chaleur de l’été 1985 en noir et blanc – déjà –, il bousculait le cinéma – déjà – en imposant un style précurseur, pétri de culture urbaine et populaire, parce que ce regard tendre qu’il incarne en Mars Blackmon, le B-Boy de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête, stéréotype de représentation de la communauté afro-américaine que le film dynamite, parce que ce regard malicieux qui, malgré questionnements renouvelés et révoltes incessantes depuis près de quatre décennies, ne néglige jamais le divertissement, … Spike Lee, citoyen de la « People’s Republic of Brooklyn, New York », est sur l’affiche de cette édition collector… forcément ! Who else ? Depuis la « People’s Republic of the World of Cinéma, Cannes. L’équipe du Festival de Cannes
Sal, how come you ain’t got no brothers up on the wall here? (…)  you own this, but rarely do I see any Italian Americans eating in here. All I’ve ever seen is black folks. So since we spend much money here, we do have some say. (…) Put some brothers up on this Wall of Fame. We want Malcolm X, Angela Davis, Michael Jordan tomorrow. (…) Boycott Sal’s. Boycott Sal’s. Buggin out (personnage de Do the right thing)
What did I tell ya ’bout dat noise? (…) What da fuck! Are you deaf? (…) Turn that JUNGLE MUSIC off. We ain’t in Africa. (…) It’s about turning that shit off and getting the fuck outta my pizzeria. (…) What ever happened to nice music with words you can understand? Sal (propriétaire de la pizzeria dans Do the right thing)
Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. [Al Sharpton] a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée. Spike Lee
Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement. Spike Lee (Rolling Stone, 1992)
Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. Spike Lee (après un voyage en Afrique du sud)
Abattez-le avec un calibre .44 Bulldog. Spike Lee (au sujet de Charlton Heston, alors acteur et président de la NRA)
Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement. (…) Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. (…) Les noirs ne peuvent pas être racistes. Spike Lee (1991)
I give interracial couples a look. Daggers. They get uncomfortable when they see me on the street. Hand in hand and arm in arm. I just hope they’re on in it for the sex mythology. Spike Lee
It’s not too far-fetched. I don’t put anything past the United States government. I don’t find it too far-fetched that they tried to displace all the black people out of New Orleans. Spike Lee
My first experience [with doing nude scenes] was Do the Right Thing. And I had a big problem with it, mainly because I was afraid of what my family would think — that’s what was really bothering me. It wasn’t really about taking off my clothes. But I also didn’t feel good about it because the atmosphere wasn’t correct. And when Spike Lee puts ice cubes on my nipples, the reason you don’t see my head is because I’m crying. I was like, I don’t want to do this. Rosie Perez
[Spike Lee] n’a pas été suivi, je n’ai vu personne d’autre monter au créneau, et ce sont plutôt des libéraux blancs qui reprochent au film de n’être pas très correct. J’utilise le mot nigga parce que je n’ai qu’une idée en tête: être au plus près de la vérité des personnages d’Elmore Leonard, c’est ainsi qu’ils s’expriment : “Comment ça va, nigga ?” J’ai grandi dans un environnement où on parlait comme ça. Je ne vois pas pourquoi je n’écrirais pas les choses telles qu’elles sont. Je devrais prendre des pincettes pour écrire un personnage noir ? Je suis bien placé pour écrire des personnages de jeune femme ou de vieux gangster mais pas des personnages noirs ? C’est délirant. Quentin Tarantino (1998)
Je ne pense pas que le mot est insultant placé dans le contexte du film. Les artistes noirs pensent qu’ils sont les seuls autorisés à utiliser ce mot. Jackie Brown est un superbe film rendant hommage aux films de la Blaxploitation. C’est un bon film, chose que Spike n’a pas fait depuis quelques années. (…) Y avait-il un autre mot pour appeler les personnes noires dans le langage courant à cette époque ? Si vous devez faire un film d’époque, alors vous devez utiliser le langage qui était présent. Et c’était ce langage qui était présent à cette époque. J’ai grandi dans le Sud, j’ai entendu Nigger toute ma vie. Je ne suis pas perturbé par ça. Samuel L. Jackson
Je ne peux pas en parler, parce que je n’irai pas le voir. Je ne veux pas le voir. […] Je pense que ça serait manquer de respect à mes ancêtres. C’est tout ce que j’ai à dire. Je ne peux pas manquer de respect à mes ancêtres.  L’esclavage américain n’était pas un western spaghetti de Sergio Leone. C’était un holocauste. Mes ancêtres étaient esclaves. Je leur ferai honneur. Spike Lee
 Clint Eastwood a fait deux films sur Iwo Jima qui dépassaient les quatre heures au total et pas un acteur noir n’est vu à l’écran. (…) Dans sa version d’Iwo Jima, les soldats noirs n’existaient pas. Si vous, les journalistes, en aviez, vous lui demanderiez pourquoi. Il n’y a aucun moyen que je sache pourquoi il a fait ça… Mais je sais que ça lui a été signalé et qu’il aurait pu le changer. Ce n’est pas comme s’il ne savait pas. Spike Lee
Est-ce qu’il déjà étudié l’histoire ? (…) Il s’est plaint quand j’ai fait Bird [le biopic de 1988 de Charlie Parker]. Pourquoi un Blanc ferait-il ça ? J’étais le seul gars qui l’a fait, c’est pour ça. Il aurait pu aller de l’avant et y arriver. Au lieu de cela, il faisait autre chose. Quant à Flags of Our Fathers, oui, il y avait un petit détachement de troupes noires sur Iwo Jima dans le cadre d’une compagnie de munitions, mais ils n’ont pas hissé le drapeau. L’histoire est Flags of Nos pères, la célèbre photo de lever de drapeau, et ils n’ont pas fait ça. Si je mettais un acteur afro-américain là-dedans, les gens diraient : « Ce type a perdu la tête. » Je veux dire, ce n’est pas exact. (…) Qu’est-ce que tu vas faire, tu vas raconter une putain d’histoire à ce sujet ? Faire ressembler ça à une publicité pour un joueur de l’égalité des chances ? Je ne suis pas dans ce jeu. Je « Je le joue comme je l’ai lu historiquement, et c’est comme ça. Quand je fais une image et qu’elle est à 90% noire, comme Bird, j’utilise 90% de noirs. (…) Je ne vais pas faire de Nelson Mandela un Blanc. Clint Eastwood
EVERYBODY REPOST THIS George W. Zimmerman 159 Edgewater Circle Sanford, Florida 32773 — MARCUS D.HIGGINS (@MACCAPONE) ⁠Spike Lee (March 23, 2012)
Pas ma tasse de thé. Un tel point de vue sur les Noirs n’est vraiment pas tolérable. Spike Lee (au sujet de Green book)
I grew up here in Fort Greene. I grew up here in New York. It’s changed. And why does it take an influx of white New Yorkers in the south Bronx, in Harlem, in Bed Stuy, in Crown Heights for the facilities to get better? The garbage wasn’t picked up every motherfuckin’ day when I was living in 165 Washington Park. P.S 20 was not good. P.S 11. Rothschild 294. The police weren’t around. When you see white mothers pushing their babies in strollers, three o’clock in the morning on 125th Street, that must tell you something. (…) Then comes the motherfuckin’ Christopher Columbus Syndrome. You can’t discover this! We been here. You just can’t come and bogart. There were brothers playing motherfuckin’ African drums in Mount Morris Park for 40 years and now they can’t do it anymore because the new inhabitants said the drums are loud. My father’s a great jazz musician. He bought a house in nineteen-motherfuckin’-sixty-eight, and the motherfuckin’ people moved in last year and called the cops on my father. He’s not — he doesn’t even play electric bass! It’s acoustic! We bought the motherfuckin’ house in nineteen-sixty-motherfuckin’-eight and now you call the cops? In 2013? Get the fuck outta here! Nah. You can’t do that. You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like you’re motherfuckin’ Columbus and kill off the Native Americans. Or what they do in Brazil, what they did to the indigenous people. You have to come with respect. There’s a code. There’s people. You can’t just – here’s another thing: When Michael Jackson died they wanted to have a party for him in motherfuckin’ Fort Greene Park and all of a sudden the white people in Fort Greene said, « Wait a minute! We can’t have black people having a party for Michael Jackson to celebrate his life. Who’s coming to the neighborhood? They’re gonna leave lots of garbage. » Garbage? Have you seen Fort Greene Park in the morning? It’s like the motherfuckin’ Westminster Dog Show. There’s 20,000 dogs running around. Whoa. So we had to move it to Prospect Park! I mean, they just move in the neighborhood. You just can’t come in the neighborhood. I’m for democracy and letting everybody live but you gotta have some respect. You can’t just come in when people have a culture that’s been laid down for generations and you come in and now shit gotta change because you’re here? Get the fuck outta here. Can’t do that! (…) And then! So you’re talking about the people’s property change? But what about the people who are renting? They can’t afford it anymore! You can’t afford it. People want live in Fort Greene. People wanna live in Clinton Hill. The Lower East Side, they move to Williamsburg, they can’t even afford fuckin’, motherfuckin’ Williamsburg now because of motherfuckin’ hipsters. What do they call Bushwick now? What’s the word? (…) That’s another thing: Motherfuckin’… These real estate motherfuckers are changing names! Stuyvestant Heights? 110th to 125th, there’s another name for Harlem. What is it? What? What is it? No, no, not Morningside Heights. There’s a new one. (…) What the fuck is that? How you changin’ names? And we had the crystal ball, motherfuckin’ Do the Right Thing with John Savage’s character, when he rolled his bike over Buggin’ Out’s sneaker. I wrote that script in 1988. He was the first one. How you walking around Brooklyn with a Larry Bird jersey on? You can’t do that. Not in Bed Stuy. So, look, you might say, « Well, there’s more police protection. The public schools are better. » Why are the public schools better? First of all, everybody can’t afford — even if you have money it’s still hard to get your kids into private school. Everybody wants to go to Saint Ann’s — you can’t get into Saint Ann’s. You can’t get into Friends. What’s the other one? In Brooklyn Heights. Packer. If you can’t get your child into there … It’s crazy. There’s a business now where people — you pay — people don’t even have kids yet and they’re taking this course about how to get your kid into private school. I’m not lying! So if you can’t get your kid into private school and you’re white here, and you can’t afford it, what’s the next best thing? All right, now we’re gonna go to public schools. So, why did it take this great influx of white people to get the schools better? Why’s there more police protection in Bed Stuy and Harlem now? Why’s the garbage getting picked up more regularly? We been here! (…) My one sole point though is wealth creation in the African-American community, something that we’ve traditionally been locked out – you bought a house in the ghetto and in three generations the house was worth nothing in the ghetto. So, for those homeowners that did stick in in Bed Stuy – my parents moved in it was an all Jewish neighbourhood there, so I’ve seen it through everything – so for those people that did stick in, now we have an opportunity for wealth creation that we’ve been locked out of. So now while it may not help the renters, and everything you said was absolutely true, what about that one aspect of wealth creation for people that have paid those taxes, that have fought to keep the crime down on their blocks, and all the other things they did to maintain… because the white folks are not moving back because it’s the ghetto, they’re moving back because they are beautiful blocks full of beautiful brownstones that have been well maintained by people of colour.] (…) The people you talked about are not a great number. Number one, a lot of these people have not kept their taxes so they can’t afford to keep the house. Number two, when these real estate guys come around and open a suitcase with a bunch of money they’re gonna sell it. I mean these people you’re talking about are elderly. And they get the money, their money goes a lot further down south. Black people by droves in New York City, it’s called reverse migration. They’re moving to Atlanta, they’re moving to North Carolina. They got a house, they got a lawn, they got a backyard, they have less taxes… New York City’s a hard place and so if you’ve worked all your life and you’re retired, they’re selling their houses and I don’t blame them. I can’t say to them, ‘you can’t sell your house’. They’re like, ‘Fuck you, Spike’. You have to do some research, and look at the numbers. The black American population of New York City is going down. There’s reverse migration. (…) what we need, we need affordable housing for everybody. People can’t afford, I mean, here’s the thing… the further away from Manhattan. Brooklyn Heights is the most expensive neighbourhood. Then you got Park Slopes, Fort Greene, Cobble Hill, Clinton Hill and then, you know, it works like this… the rents get cheaper the further away you go from Brooklyn. And the reality is, after the sand on Coney Island, it’s the motherfucking Atlantic ocean. So, where you gonna go? Where you gonna go? Puerto Ricans say the same thing. A lot of people said ‘well, we’re gonna move to Bucks County. Or move back to Puerto Rico’. People can’t afford to live here anymore. And if people can’t afford to live then it’s going to be the [words unclear] like you. There used to be a time you could… when $2 and $1, you could get by. You can’t do it anymore. So, if New York City is not affordable then the great art that we have is not going to be here, because people can’t afford it. So, I know what you’re saying, but I don’t see a lot of good coming from gentrification for the people living in those neighbourhoods. We got a new neighbourhood in the South Bronx now, what do we call it? What? SoBro. It’s a scam! It’s shenanigans, trickery, people being bamboozled, leather string, run a-muck. What they call Bushwick now? Spike Lee
Ce monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], le gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand on voit le frère Eric Gardner, le roi George Floyd, tué, lynché, je pense à Radio Raheem [personnage noir de Do the right thing tué par la police]. On pourrait croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les noirs ne soient plus chassées comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. ⁠Spike Lee (président du festival de Cannes)
[Spike Lee qui appelle au boycott des Oscars et à des quotas] « Non, je trouve ça, c’est dans l’autre sens raciste, raciste pour les blancs. (…) On peut jamais savoir si c’est vraiment le cas, mais peut-être les acteurs noirs méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite (…) Pourquoi classer les gens? On vit dans des pays où maintenant, quand même, on est plus ou moins accepté. Mais il y aura toujours des problématiques un petit peu: lui, il est moins beau, lui, il est est trop noir, lui, il est trop blanc… Il y aura toujours, toujours, quelqu’un qu’on va dire: ‘Oh, vous êtes trop’… Alors, on va classer tout ça pour faire des milliers de petites minorités partout? ». Charlotte Rampling (23.01.2016)
Je regrette que mes propos aient été mal interprétés cette semaine dna sl’interview avec Europe 1. Je voulais simplement dire que dans un monde idéal, on donnerait les mêmes chances de considération à toutes les prestations. Charlotte Rampling
La diversité est, dans notre industrie, un enjeu important auquel il faut trouver des réponses. Charlotte Rampling
There are particular individuals who are especially outraged by the lack of African-American Oscar nominees this year, such as director Spike Lee, who promises to boycott the supposedly racist ceremony. Actor Will Smith will too, insisting that his own failure to be nominated did not contribute to his pique — although his pique is symbolic of the crisis in the black community, while apparently black-on-black crime, illegitimacy, and gun violence are not so much. Yet by Spike Lee’s own standards and his own past, he should find nothing wrong with racial bias. Lee should boycott his own films for his long record of racist and reprehensible public statements designed to inflame and divide. It was the demagogic Lee, after all, who disclosed — inaccurately, as it turned out — the home address of the Zimmerman family in a sick effort to stir up violence during the Trayvon Martin debacle. And it was Lee who offered a number of incoherent but clearly racist comments about the supposed gentrification of his neighborhood (“You can’t just come in the neighborhood and start bogarting and say, like, you’re [expletive] Columbus and kill off the Native Americans”). Lee’s solution to apartheid in South Africa was direct and murderous. After visiting the country in the Nineties, he said: “I seriously wanted to pick up a gun and shoot whites. The only way to resolve matters is by bloodshed.” He has ridiculed interracial marriages in the tradition of Bull Connor’s old South. Announced Oscar host Chris Rock was said at one time also to be considering boycotting the awards. But why should Rock mind racialization? He too has a history of sloppy racist outbursts that contradict his comic persona. He claimed that police never shoot “white kids” — although the number of unarmed suspects shot annually by police roughly reflects the racial percentages of those who are arrested or detained by police. On the Fourth of July, Rock announced: “Happy white people’s independence day.” The logical corollary is to suggest that commemoration of Martin Luther King’s birthday should be confined to the black community. Speaking of the field of Oscar nominees this year, Rock, in an accidentally self-revealing comment, described the ceremony as “The White BET Awards. Victor Davis Hanson
Le nouveau film de Spike Lee, Chiraq, suscite la polémique à Chicago, où le tournage vient de débuter. En cause: le titre. Cette expression, contraction de «Chicago» et d’«Iraq», a été inventée par des rappeurs locaux en référence à une zone du sud de la ville où la violence par armes à feu prolifère. Plusieurs hommes politiques ont déjà dénoncé ce titre qui risque, selon eux, d’offrir une vision négative de la ville des vents. Le maire de Chicago Rahm Emanuel (Parti démocrate) a contesté le mois dernier le titre, indiquant que la ville devrait avoir son mot à dire après la réduction fiscale de 3 millions de dollars accordée au long métrage. Les Chicagoans, confrontés chaque jour à la violence, voient eux aussi d’un mauvais œil le tournage, rapporte le New York Times. Janelle Rush, une étudiante de 24 ans citée par le quotidien américain, n’apprécie pas le titre, mais pense «qu’il serait judicieux de montrer les quartiers de la ville que les médias ne montrent pas». Elle espère cependant «que [ce film] pourra renverser la tendance et présenter [Chicago] sous un aspect positif. Pour révéler qu’il y a autre chose que la violence par armes à feu». Le Figaro
Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’ [Trump], son gars au Brésil [Bolsanoro] et Poutine sont des gangsters. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. (…) Quand vous voyez le frère Eric Gardner, quand vous voyez le roi George Floyd, assassiné, lynché, je pense à Radio Raheem. On pourrait penser et espérer qu’une trentaine d’années plus tard, les Noirs cesseraient d’être pourchassés comme des animaux. Alors je suis content d’être ici. Spike Lee
This year’s poster features jury president Spike Lee looking out ironically through his large black glasses, framed by two palm trees. It’s not only the first time a black filmmaker presides over the jury, it’s also the first time a jury head appears on the official festival poster. Jury member Mati Diop also made history in 2019 when she became the first woman of color to have a film in competition at the festival with her feature Atlantics. This year’s jury, which awards the the festival’s highest honor the Palm D’or, also includes more women than men. At the opening day press conference, Diop and her fellow jurors emphasized the importance of greater equity and inclusion in legacy institutions like Cannes. When asked about her fellow jurors, American actor Maggie Gyllenhaal said, « I’m so curious to see what happens with this new formulation. » Cannes President Lescure says Spike Lee’s presence over the festivities in such a moment — amidst a pandemic and worldwide calls for racial justice — is particularly meaningful. « Because of his filmography, because of his talent because of his political and social actions, because of who he is, » says Lescure. « It seemed to us he was the right man, in the right place, at the right moment. » NPR
Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. » Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc. Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante. « Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. » Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. (…) A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. »  Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis. En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs. A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. (…) Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999. (…) Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. (…) Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches (…) Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive… Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan. Amaury Brelet

Vous avez dit Blacklivesmatterisation ?

En ces temps étranges …

Où après des mois d’émeutes et de pillage au nom de l’antiracisme

Salués, entre deux génuflexions, par le bénéficiaire du hold up électoral de novembre dernier …

Un homme qui avait le malheur d’être à la fois blanc et policier se prend, suite à une interpellation qui tourne mal, 22 ans et demi de prison pour expurger le tout …

Pendant qu’enhardis par le pro-palestinisme et le pro-iranisme renouvelés de la nouvelle administration américaine, reprennent dans nos rues les bons vieux pogroms du passé …

Et où, entre deux altercations intercommunautaires, déboulonnages ou stages de rééducation idéologique, nos génuflexeurs du football se défoulent sur les Asiatiques …

Quelle meilleure illustration de la Blacklivesmatterisation du monde que nous vivons …

Que cet ô combien courageux choix des organisateurs du 74e Festival de Cannes

Comme à la fois premier président noir du jury et première tête d’affiche …

Du « citoyen de la People’s Republic of Brooklyn, New York » …

Et accessoirement…

Entre deux films appelant à l’émeute et au pillage …

Pour imposer par la violence au monde blanc, via un pauvre restaurateur italo-américain comme dans son plus célèbre film Do the right thing, à la fois les décibels de sa musique

Et, sur le mur de photos de héros italo-américains de celui-ci (comme DiMaggio, Marciano, Como, Sinatra, Pavarotti, Minnelli, Cuomo, Pacino ou Stallone), les photos de ses propres héros improbablement réunis comme MLK et Malcom X …

Meilleur ami des notoires antisémites Louis Farrakhan et Al Sharpton ?

Spike Lee, président du jury du Festival de Cannes et militant haineux racialiste
Le réalisateur afro-américain de « Malcolm X », adulé par la presse pour sa propagande « antiraciste » professée sur la Croisette, traîne pourtant derrière lui un passif sulfureux.
Amaury Brelet
7 juillet 2021

Imaginez un cinéaste blanc qui admirerait un leader raciste du Ku Klux Klan, critiquerait ses confrères pour avoir embauché trop d’acteurs de couleur et traiterait les noirs de « négros ». Imaginez le scandale, la presse en furie, les condamnations unanimes. Imaginez un peu. Mais voilà, Spike Lee a le bon goût d’être de gauche, afro-américain et militant « antiraciste ». A peine avait-il posé ses bagages sur la Croisette que le président du jury du 74e Festival de Cannes n’a pu s’empêcher de prêcher sa propagande progressiste face aux caméras. « Le monde est dirigé par des gangsters. ‘Agent Orange’, son gars au Brésil et Poutine sont des gangsters, a-t-il ainsi déclaré en conférence de presse, au premier jour de l’événement, ce mardi 6 juillet. Ils font absolument tout ce qu’ils veulent, ils n’ont ni morale, ni scrupule. C’est ça le monde dans lequel nous vivons. Nous devons nous dresser contre des gangsters comme eux. »

Evidemment, le couplet sur les violences policières n’a pas manqué. « Quand vous voyez le roi George Floyd, tué, lynché, vous pourriez croire et espérer que plus de 30 putains d’années après, les personnes noires ne soient plus chassées comme des animaux », a poursuivi le premier réalisateur noir à présider le jury cannois, comme si le délinquant multirécidiviste, drogué et violent, étouffé au cours de son arrestation, était un modèle de vertu pour l’humanité. « Spike Lee a placé d’emblée le Festival sous le signe de la lutte, dénonçant les discriminations raciales et de genre », résume l’AFP, reprise par les médias français énamourés. Libération encense aussi sa « stature de guérillero ». C’est un « infatigable militant », renchérit Le Monde. Un militant haineux, serait-on tenté de préciser. Car le talentueux cinéaste de 64 ans a beau porter des lunettes (et un costume) roses sur le tapis rouge, il voit toujours le monde en noir et blanc.

Un admirateur du « Hitler noir » Farrakhan

Jugez plutôt : dans son film Get on the Bus (1996), où le méchant de l’histoire est un chauffeur juif, Spike Lee célèbre la Million Man March, une manifestation afro-américaine organisée un an auparavant à Washington par Louis Farrakhan, le leader raciste, antisémite, négationniste, homophobe et complotiste de la Nation de l’islam (NOI), une organisation suprémaciste, noire et musulmane. Prêcheur de haine influent, Farrakhan a traité les blancs de « diables aux yeux bleus », Hitler de « très grand homme » et les juifs de « sangsues », accusés d’avoir fomenté le trafic d’esclaves et de diriger le gouvernement, l’économie, Hollywood et les médias. En 2014, celui qui considère le judaïsme comme un « mensonge trompeur » fustige encore ces « juifs sataniques qui contrôlent tout ». Un joli palmarès qui n’a pas refréné Spike Lee de l’étreindre tout sourire à l’avant-première de son film Chi-Raq, à Chicago, l’année suivante.

« Je suis allé voir le ministre Farrakhan pour avoir leur bénédiction, sa bénédiction », déclarait aussi dans une interview au Los Angeles Times, en 1992, le réalisateur, au sujet de la Nation de l’islam et de son film Malcolm X (1992), biopic à la gloire du célèbre prédicateur antisémite (les juifs sont des « youpins », « les juifs dirigent le pays ») et raciste virulent (« l’homme blanc est le diable »), délinquant repenti et converti à l’islam en prison, ex-porte-parole de la NOI et mentor de… Louis Farrakhan. Le cinéaste a même fait appel aux miliciens de l’organisation haineuse, adeptes de la violence et de l’intimidation, pour sécuriser les plateaux de ses films, parmi lesquels Do The Right Thing (1989), Jungle Fever (1991) et Malcolm X (1992). « Ils sont plus efficaces que la police », a-t-il expliqué. « La police et les noirs ne se sont jamais entendus, et la communauté a simplement un grand respect pour la Nation de l’islam. »

Spike Lee, Al Sharpton et les juifs

Dans son brûlot Do The Right Thing apparaît aussi sur un mur de briques la phrase « Tawana a dit la vérité », référence directe et engagée à Tawana Brawley, une adolescente noire de 15 ans qui dit avoir été enlevée, violée et sodomisée par six hommes blancs, deux ans plus tôt. La jeune fille, retrouvée dans un sac poubelle, ses vêtements brûlés et déchirés, le corps recouvert d’excréments et d’insultes (« KKK », « négresse », « salope »), est défendue par le pasteur noir Al Sharpton, qui monte des manifestations, dénonce un crime raciste et calomnie sans preuves les suspects, y compris policiers. Sauf que tout est faux. L’agression a été inventée. Un an plus tard, à l’issue d’une enquête accablante, un grand jury conclut au canular. Quand le film Sex, Lies and Videotape de Steven Soderbergh bat le sien pour la Palme d’Or en 1989, Spike Lee se victimise et blâme… le racisme : « Ils sont toujours à la recherche de leur golden boy blanc. »

A propos de son « ami » Al Sharpton, le réalisateur n’a d’ailleurs pas de mots assez forts pour vanter son action radicale. « Mon frère a été à l’avant-garde de nos batailles encore et toujours. Depuis très longtemps jusqu’à cette révolution actuelle dans laquelle se trouve le monde, Rev. a parlé de Black Lives Matter dès le début, également à une époque où ce n’était pas la chose la plus populaire ou la plus branchée, louange-t-il, en 2020. J’ai hâte, debout à ses côtés, de voir, d’être témoin de cette nouvelle énergie, de ce jour nouveau sur le point d’advenir dans ces États-Unis d’Amérique. » Pape « antiraciste » adoubé par l’ancien président Barack Obama et désormais par Joe Biden dont il est aussi un conseiller officieux, le Parti démocrate et la gauche institutionnelle, Al Sharpton est pourtant un prêcheur haineux, racialiste et antisémite, qui fut à l’origine d’un des plus graves incidents antisémites dans toute l’histoire des Etats-Unis.

En 1991, après qu’un conducteur hassidique d’une ambulance tue par accident un garçon noir de 7 ans, le pompier pyromane encourage de violentes émeutes dans le quartier des Crown Heights, à Brooklyn. Les juifs sont des « marchands de diamants » avec « du sang de bébés innocents sur les mains », tempête-t-il. « Mort aux juifs ! », scandent aussi des factieux noirs, qui brûlent un drapeau israélien. Un étudiant rabbinique est même tué par une bande qui le poignarde et lui fracture le crâne. « Si les Juifs veulent le faire, dites-leur d’épingler leurs kippa et de venir chez moi », provoque Al Sharpton. Bilan : 152 policiers et 43 civils blessés. Menaces, chantage, extorsion… L’escroc multiplie depuis les fausses accusations de racisme. Lui aussi était à Washington en 1995 à la marche de son « ami » Farrakhan, exaltée par Spike Lee, dont les films Mo’s Better Blues (1990) et Bamboozled (2000) figurent des juifs racistes et manipulateurs.

« Les nègres d’Hollywood »

A l’époque, le réalisateur relaie également une théorie conspirationniste délirante, populaire au sein de la communauté noire et propagée par ses pires militants extrémistes, selon laquelle le gouvernement américain a créé le virus du sida. « Tout d’un coup une maladie surgit de nulle part et pour laquelle personne n’a de remède, et elle cible spécifiquement les gays et les minorités (les latinos et les noirs). La maladie mystérieuse, ouais, à peu près aussi mystérieuse que le génocide. […] Je suis convaincu que le sida est une maladie conçue par le gouvernement », assure-t-il ainsi dans une interview au magazine Rolling Stone, en 1992. Plus violent encore, il lâche au Guardian après avoir visité l’Afrique du Sud sous l’Apartheid : « Je voulais sérieusement prendre une arme et tirer sur des blancs. La seule façon de résoudre les problèmes est un bain de sang. » Des années plus tard, il appellera même au meurtre de Charlton Heston, alors patron de la NRA, exhortant quelqu’un à « tirer avec un calibre .44 Bulldog » sur l’acteur oscarisé, un mois après la tuerie sanglante de Columbine, en mai 1999.

En donneur de leçons obnubilé, le militant « antiraciste » n’hésite pas non plus à dénoncer publiquement ses confrères de cinéma, comme l’actrice noire Whoopi Goldberg qui ose porter des lentilles de contact bleues (!), « les nègres d’Hollywood » traîtres à la cause comme Eddie Murphy et Cuba Gooding Jr., ou les réalisateurs Woody Allen et Clint Eastwood et leurs films un peu trop blancs (« Ce type devrait la fermer », a répondu l’interprète de l’inspecteur Harry). En 1991, déjà, il confiait avoir en horreur Le Lys des champs, un classique des années 60 illustrant la relation entre un homme à tout faire noir nommé Homer Smith, incarné par le comédien Sidney Poitier, et un couvent de religieuses blanches allemandes. « J’ai détesté ce film », expliquait-il. « J’avais envie de lancer une pierre dans l’écran de télé. […] Mais nous devons beaucoup à Sidney Poitier, car pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui, il a fallu faire ces films. Et Sidney devait faire ce qu’il avait à faire. Il était le nègre parfait » (sic).

Aux frontières du séparatisme

Fidèle à la pensée racialiste, exprimée par des intellectuels noirs radicaux depuis les années 60, Spike Lee sombre carrément dans le séparatisme en avouant son mépris pour les couples mixtes. « Je ne vois jamais d’hommes noirs avec de belles femmes blanches. Ils sont laids, moches, des chiens. Et vous voyez toujours des hommes blancs avec de belles femmes noires. Chaque fois que vous voyez un couple interracial, les gens les regardent fixement », disait-il en 1991. Lui-même a juré de ne jamais entretenir de relation avec des femmes blanches : « Je n’ai pas besoin d’ennuis. Comme je n’y vais pas, je n’aime pas cette merde. Je ne trouve pas les femmes blanches attirantes, c’est tout. Et il y a beaucoup trop de belles femmes noires. » Dans le même entretien à Playboy, il ajoutait : « Les noirs ne peuvent pas être racistes. » Ironie de l’histoire, son père, le musicien de jazz Bill Lee, a épousé une femme blanche et juive…

Ajoutons à son CV gratiné que le réalisateur de BlacKkKlansman (2018) a pris la défense de criminels noirs, diffusé une fausse adresse de George Zimmerman, accusé (puis acquitté) du meurtre de Trayvon Martin en 2012 – alors que le New Black Panther Party, une organisation noire extrémiste, offrait une rançon pour sa capture « mort ou vif » – obligeant un couple âgé à fuir son domicile pour se réfugier à l’hôtel, mais aussi dénigré des noirs conservateurs « qui pensent comme des blancs » ou comparé « l’enculé » et « suprémaciste blanc » Donald Trump et ses électeurs républicains à Adolf Hitler et aux nazis. C’est donc en toute logique que le militant d’extrême gauche et pro-Obama apportait son soutien au candidat démocrate et « socialiste » auto-proclamé Bernie Sanders à la présidentielle de 2016. Depuis lors, Spike Lee le multimillionnaire continue à condamner le « racisme systémique » des Etats-Unis depuis son luxueux manoir new-yorkais du quartier huppé et très blanc de l’Upper East Side, à Manhattan.

Voir aussi:

1.
Spike Lee was inspired to write Do the Right Thing by what is now known as the Howard Beach incident. On December 20, 1986, a mob of twelve angry white men chased down and beat three black men who had just left a pizzeria in the predominantly Italian-American community. During the pursuit, the mob forced one of their victims, Michael Griffith, to run onto the Belt Parkway, where he was hit by a car and killed. In the behind-the-scenes footage of Do the Right Thing on this edition, Lee recalls the protest led by Reverend Al Sharpton and the call for all African-Americans to boycott white-owned pizzerias, an act that inspired the scene in which Buggin Out instigates a boycott of Sal’s.
Michael Griffith

Culture « woke »: Les entreprises aussi ! (Back in the USSR: Racial dysphoria goes big-buck corporate and fully confirms Chesterton’s 100-year-old prophecy of a modern world full of the old Christian virtues gone mad)

1 juillet, 2021

Image gallery for The Confession - FilmAffinityExcellence, Schmexcellence Part III*: When the Better is the Enemy of the Good - New APPS: Art, Politics, Philosophy, Science"</p

 

 

I’m back in the USSR, you don’t know how lucky you are boy, back in the US, back in the US, back in the USSR. Lennon-McCartney
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie. Elles ont viré à la folie parce qu’on les a isolées les unes des autres et qu’elles errent indépendamment dans la solitude. Ainsi des scientifiques se passionnent-ils pour la vérité, et leur vérité est impitoyable. Ainsi des « humanitaires » ne se soucient-ils que de la pitié, mais leur pitié (je regrette de le dire) est souvent mensongère. G.K. Chesterton
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur. Rachel Dolezal
et nutritionniste C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien. Kitara Johnson (NAACP)
J’ai essayé de m’enfuir de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut. Converti à l’islam
Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier. Jess Row
Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! Oli London
Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que coréen, je ne m’identifie pas comme britannique, et maintenant j’ai l’air coréen, je me sens coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…) j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. Oli London
Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme. Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, il a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme. (…) Les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « blancs de gauche », selon lui) des centaines de menaces de mort. En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont il présente la Corée dans ses clips. À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper. « Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. » (…) En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors. Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ? Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale… Laure Coromines
Quand le monde a changé, nous avons été trop lents à réagir. Nous devions arrêter d’être ce que veulent les hommes et être ce que veulent les femmes. Je savais que nous devions changer cette marque depuis longtemps, nous n’avions simplement pas le contrôle de l’entreprise pour pouvoir le faire. Pour le moment, je ne considère pas [les Anges] comme étant culturellement pertinents. Autrefois, la marque Victoria avait un seul objectif, qui s’appelait ‘sexy’. (…) [ce qui signifiait aussi] que la marque n’a jamais célébré la fête des mères. Martin Adams
Confrères diététiciens blancs : arrêtez, s’il vous plaît, de dire que le régime méditerranéen est la façon la plus « saine » de manger. Cela confirme la suprématie blanche. Kathleen Meehan (diététicienne et nutritionniste diplômée)
Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité. [Mais] les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches. Mathilde Cohen (chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis)
La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année.  (…) La « blanchité alimentaire » participerait à « renforcer la blanchité comme identité raciale dominante », en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par « un discours racialisé et eugéniste » auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de « perfomances blanches » dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé », conclut-elle. Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie. » Le Figaro
Ce qui est vraiment stupéfiant, c’est l’hubris qui se reflète dans le Putsch judiciaire d’aujourd’hui. Antonio Scalia
La Cour n’est pas une législature. (…) Que le mariage homosexuel soit une bonne idée ne devrait pas nous concerner mais est du ressort de la loi. John Roberts
La justice française a été longtemps considérée comme soumise au pouvoir exécutif, et il était difficile de le contester. La catastrophe des années 80 qualifiées à juste titre d’«années fric» qui a vu une corruption massive investir le champ politique, a fini par provoquer de vives réactions dans la société française. C’est le triomphe du slogan «tous pourris» et un certain nombre de magistrats, à l’image de ce qui s’est passé en Italie avec l’opération «Mani pulite», ont vu là une opportunité pour s’émanciper de la soumission au pouvoir qu’on leur reprochait. Avec l’appui de l’opinion publique mais aussi de la presse, ils ont alors lancé une offensive contre une classe politique affaiblie. Dans un contexte de crise économique, les politiques incarnaient ceux dont les privilèges étaient insupportables, et il leur était reproché, souvent à juste titre, d’entretenir des rapports élastiques avec la morale publique. Alors, dans une lutte, vouée à l’échec, de reconquête de leur crédibilité, ils ont multiplié les textes destinés à restaurer leur image, mais qui ont eu surtout pour conséquence de les exposer et de les affaiblir. Ce fut bien sûr la fameuse loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1990, qui eut le mérite de faire reculer la corruption qui en était auparavant l’outil principal. Désormais les partis recevaient des fonds publics en proportion de leurs résultats électoraux, mais la contrepartie était celle du contrôle part des organes dédiés et surtout par le juge. Il y eut également la multiplication des textes répressifs, chaque affaire politico-financière provoquant l’adoption de nouvelles lois, de nouvelles contraintes, et de nouvelles sanctions. Le problème a été aggravé par ce que les politiques eux-mêmes n’ont pas résisté à la tentation d’instrumentaliser les affaires judiciaires contre leurs adversaires, espérant, en ces temps de recul des clivages idéologiques, en percevoir des bénéfices politiques. Dans un premier temps ce fut la droite qui joua à ce petit jeu avant que l’alternance ne la ramène au pouvoir, où elle devint la cible d’offensives méthodiques, contre Jacques Chirac d’abord puis Nicolas Sarkozy ensuite. Méthodiques, parce qu’elles bénéficiaient d’une forte présence de la «gauche» socialiste au sein de la magistrature organisée dans les deux principales organisations syndicales que sont le Syndicat de la Magistrature (SM) et l’Union Syndicale des Magistrats (USM). C’est ainsi que l’on a entendu en permanence, comme une psalmodie, la revendication de «l’indépendance», sans jamais prononcer le mot «d’impartialité» dont l’indépendance ne devrait être que le moyen. De façon très paradoxale l’autonomie conquise par la magistrature est devenue l’outil de la partialité, celle-ci étant d’ailleurs revendiquée comme l’a montré la fameuse affaire du «mur des cons». La présidence de François Hollande a été le moyen pour lui de finaliser un dispositif directement politique avec la création au moment de l’affaire Cahuzac de deux outils essentiels. D’abord le Parquet National Financier (PNF), autorité de poursuite à compétence nationale qui permet de décider sur l’ensemble du territoire, qui sera poursuivi et qui ne le sera pas. La Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique (HATVP) ensuite, destinataire de toutes les informations financières concernant les élus, qui peuvent s’avérer bien utiles le moment venu. La nomination à sa tête d’un ami du parti socialiste fut une jolie confirmation. (…) Il est aujourd’hui difficile de nier que François Fillon a fait l’objet d’un traitement très particulier du haut appareil judiciaire à partir du 25 janvier 2017, le jour de la publication par le Canard enchaîné d’informations relatives à l’emploi d’attachée parlementaire de son épouse Pénélope. Rappelons que l’enquête préliminaire ouverte par le PNF l’a été en fin de matinée du même jour. Difficile d’être plus rapide! En janvier 2017 les sondages donnaient François Fillon à 24 % d’intentions de vote et Emmanuel Macron à 16 %. Pendant un mois et demi, ce fut un invraisemblable tintamarre politico-judiciaire, à base de violations grossières et orientées du secret de l’enquête, de la séparation des pouvoirs, et d’initiatives judiciaires absolument fulgurantes. Aucun magistrat ou avocat de bonne foi, ne peut prétendre avoir déjà vu une affaire pénale se dérouler de cette façon. François Fillon s’est certes très mal défendu, et a contribué à sa défaite, mais il ne serait pas non plus sérieux de prétendre que sans le raid judiciaire dont il a été l’objet, le résultat eût été le même. En tout cas, de la part de ceux qui étaient à la manœuvre, probablement à l’Élysée puis dans l’appareil judiciaire, c’était bien l’objectif poursuivi. Comme Éliane Houlette ancienne patronne du PNF l’a quasiment reconnu lors de son audition par une commission parlementaire en juin 2020. Emmanuel Macron fut secrétaire général adjoint de l’Élysée avant de devenir ministre de l’économie sous François Hollande. Il était perçu par l’opinion et l’essentiel du parti socialiste comme le successeur et l’héritier de celui-ci. La mansuétude dont je parle est tout à fait établie, si l’on pense à Kader Arif ministre de Hollande mis en examen en 2014 et dont on n’a plus jamais entendu parler, Bruno Le Roux éphémère ministre de l’intérieur démissionné pour des emplois d’attachés parlementaires familiaux, lui aussi mis en examen, et disparu dans un trou noir. Mais aussi les traitements judiciaires bienveillants dont ont bénéficié Richard Ferrand, Alexis Kohler, Ismael Emelien, François Bayrou, Sylvie Goulard, Jean-Paul Delevoye, et quelques autres. Alexandre Benalla n’a, jusqu’à présent, pas eu à se plaindre des rigueurs judiciaires qui ne l’ont pas empêché de violer allègrement son contrôle judiciaire et de poursuivre ses petits business. On peut aussi constater le refus de se pencher plus précisément sur les conditions financières de la campagne d’Emmanuel Macron. (…) Il n’a pas été nécessaire de donner des ordres puisque dans son ensemble l’appareil judiciaire s’est mis au service d’Emmanuel Macron. D’abord pour son arrivée au pouvoir, et ensuite pour l’exercice de celui-ci. Rappelons les poursuites judiciaires contre ses adversaires, comme Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon en ont fait l’expérience. La mansuétude pour ses amis, et une répression de masse contre les mouvements sociaux, les gilets jaunes en savent quelque chose. Point n’est besoin pour cela d’un engagement pour un parti, mais c’est simplement l’expression d’une disponibilité idéologique et par conséquent politique pour l’actuel pouvoir en place. Incontestablement pour des raisons sociologiques et professionnelles, le corps des magistrats a des affinités avec ce pouvoir macroniste, dont on peut raisonnablement considérer qu’il rassemble le centre-droit et le centre-gauche. (…) La France est un pays hétérogène qui s’est constitué en tant que nation grâce à un État fort. La culture administrative y est traditionnellement beaucoup plus forte que la culture juridique, c’est incontestable. Une des conséquences et que l’on y préfère l’ordre à la justice. Et malheureusement ce tropisme est partagé par les magistrats qui se considèrent comme dépositaires de la protection d’un ordre plutôt que comme des arbitres chargés de trancher impartialement les contradictions qui naissent dans la société et qui leur sont soumises. La conséquence malheureuse réside dans un attachement insuffisant de l’opinion aux libertés publiques, et une méconnaissance des règles judiciaires en ce qu’elles sont d’abord là pour protéger les innocents. Ce qui explique la facilité avec laquelle on veut attribuer à la justice des objectifs et des fins qui ne sont pas les siens. Et la volonté de vouloir l’instrumentaliser. Les débats récents autour des questions de la pédophilie et de l’inceste reflètent malheureusement cette tendance. Le problème est aggravé par le fait que les élites de ce pays partagent cette culture comme le démontre l’exemple [de] l’ancienne ministre socialiste Juliette Méadel réclamant la suppression du «bénéfice du doute» en cas de délinquance sexuelle. Madame Méadel a été avocate avant de passer l’ENA, ce qui démontre que sept ans d’études juridiques et une prestation de serment ne protègent de rien… (…) Le problème est celui de la définition de la «mission sacrée» qui devrait être, il ne faut pas l’oublier, celle d’un arbitre impartial et qui a besoin par exemple en matière pénale du débat contradictoire pour se prononcer. Pour parvenir à élaborer une «vérité judiciaire» lui permettant de prendre une décision légitime. Par conséquent l’autorité de poursuite c’est-à-dire le parquet, et d’autre part les avocats devaient être perçus comme des auxiliaires de l’élaboration de cette vérité judiciaire. Dès lors qu’aujourd’hui le corps des magistrats ne se perçoit plus comme un corps d’arbitres impartiaux mais comme un outil porteur d’une responsabilité directement politique, les avocats sont de plus en plus perçus comme un obstacle. Il y a par exemple l’affaire de l’enquête secrète du PNF mettant sous surveillance une dizaine d’avocats pénalistes pendant six ans pour en témoigner. Malheureusement, de ce scandale, Éliane Houlette ancienne patronne du PNF soutenue par l’ensemble du corps a refusé catégoriquement de rendre des comptes. Il y a aussi les perquisitions dans les cabinets d’avocats devenues désormais pour certains magistrats instructeurs une pratique systématique. Et enfin n’oublions pas les attaques judiciaires directes contre ce secret professionnel des avocats réduit aujourd’hui à peau de chagrin avec l’appui de la Cour de cassation. On ne citera que le récent arrêt de la CEDH condamnant l’État français pour une décision de cette même Cour de cassation validant la diffusion par Mediapart d’une conversation enregistrée de Madame Bettencourt et de son avocat. (…) L’expérience a montré que la nomination d’un avocat comme ministre de la Justice ne garantissait pas grand chose. Et certains confrères n’ont pas laissé de souvenir marquant de leur passage place Vendôme, c’est le moins que l’on puisse dire. La nomination d’Eric Dupond Moretti à ce poste a constitué une surprise car il n’est guère apprécié par les magistrats et d’ailleurs l’affrontement n’a pas tardé. Comme l’a montré la plainte pour «prise illégale d’intérêts» déposée devant la Cour de justice de la république par deux organisations syndicales contre celui-ci. Cette réaction étonnante du refus par l’autorité judiciaire d’une décision du pouvoir exécutif a eu le mérite de démontrer l’existence de cette autonomie politique. Preuve que le soutien apporté par la justice à Emmanuel Macron dont j’ai tenté de démontrer l’existence, est le fruit non pas d’une soumission mais bien d’une connivence politique. Et que celle-ci ne lui est pas garantie dans la durée. (…) Un retour rapide sur la façon dont cette affaire s’est déroulée le démontre abondamment. Lors d’une émission le journaliste Jean-Jacques Bourdin, avait comparé le Front National à Daesh faisant vivement réagir Marine Le Pen et Gilbert Collard. Qui avaient alors, chacun de leur côté brièvement publié sur les réseaux des photos des exactions de l’organisation terroriste, assorties du commentaire: «Daesh, c’est ça!» Il s’est immédiatement trouvé un parquet pour chercher le moyen de mettre en cause judiciairement les deux parlementaires. Enquête préliminaire et ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge du siège qui prononça prestement la mise en examen des horribles criminels. L’incrimination utilisée était celle prévue à l’article 227-24 du Code pénal, texte spécialement destiné à la protection de l’enfance! Détournement de procédure évident, qui vit le magistrat instructeur, naturellement plein de zèle, et alors que sa procédure n’en avait nul besoin, solliciter la mainlevée de l’immunité des deux parlementaires, immédiatement accordée par la majorité LREM. Puis multiplier les auditions, dont la presse était toujours la première informée, pendant la campagne de l’élection présidentielle de 2017, pour finir par faire convoquer les prévenus par un expert psychiatre chargé de déterminer si Marine Le Pen et Gilbert Collard devaient être astreints à un traitement inhibiteur de libido! Une ordonnance de non-lieu aurait mieux valu pour l’image de la justice. Mais, lutte contre un fascisme imaginaire oblige, on a assisté à un renvoi devant le tribunal correctionnel, à une audience ridicule où un parquet gêné a requis de simples amendes! Il faut ajouter que pour organiser cette manipulation, nul besoin de consignes du pouvoir. Se comportant en militants, ceux qui s’y sont livrés l’on fait spontanément. (…) Dans [la] fameuse «Affaire du siècle», l’État français a été considéré comme ayant commis une faute engageant sa responsabilité en ne respectant pas les objectifs qu’il s’était lui-même fixés en matière de la lutte contre le réchauffement climatique et pour n’avoir pas mis en œuvre les moyens afin d’y parvenir. Dans le système français, le juge administratif est chargé de contrôler les décisions de la sphère publique et dans son principe la décision rendue dans cette affaire n’est pas une première. Par exemple l’État a déjà été condamné, pour faute lourde pour n’avoir pas, interdit l’utilisation de l’amiante dès lors que les preuves scientifiques de sa dangerosité étaient indiscutables. Ou interdit les transfusions de sang non chauffé alors que l’on savait qu’il était susceptible de transmettre le virus du sida. La nouveauté avec la décision récente est que le tribunal administratif de Paris s’est donné en plus deux mois de délibéré pour prononcer des injonctions à l’égard de l’État. C’est-à-dire que le juge considère qu’il a le pouvoir de lui dire ce qu’il doit faire pour atteindre les objectifs qu’il s’est lui-même fixés. Cela change tout: si on comprend bien, la juridiction considère qu’elle ne doit pas se limiter au constat de la défaillance de l’État, mais prendre sa place pour décider les mesures à prendre. Le fait est que dans une interprétation excessive de «l’État de droit» on a enserré l’action de la puissance publique, normalement émanation de la souveraineté du peuple, dans un carcan de règles multiples qu’elles soient nationales, européennes ou internationales (par l’adhésion à des conventions du même nom).Et naturellement, cette nflation de normes qui s’imposent à l’État multiplie les possibilités d’intervention du juge, qui peut ainsi empiéter sur les prérogatives de la puissance publique. Dans la mesure où ces interventions judiciaires vont être à l’initiative de divers groupes de pressions, plus ou moins légitimes ou représentatifs, le risque de déséquilibre démocratique est réel. Régis de Castelnau
An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted. Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.” If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. (…) There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. (…) DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. (…) [It ] hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave. (…) This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide. In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered. Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. (…) It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000. (…) Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist.(…) In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners. What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people. Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia. White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company. Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000. (…) Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies. Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.” Bridget Read
Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires. Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse». En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine. Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement. Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir. Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. (…) Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade». Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien. Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine. Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro. Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches? En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française. Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile. Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur». Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.» Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques. La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires. «La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse. Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme. Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités. C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais. «C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé. D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire? Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images… De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. (…) C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc. (…) Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs… On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles. En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (…) Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme? Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique. «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?» Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities. Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race». «Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin. Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus. Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps. Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement. Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option. Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes». La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone. Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire. Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre». Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine. Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste. Aude Lorriaux
Depuis la mort de George Floyd, lors d’un contrôle de police à Minneapolis, des manifestations ont lieu partout aux États-Unis avec pour slogan Black Lives Matter, comme ici à Oklahoma City, le 31 mai 2020. Louboutin revendique (…) le lancement d’une nouvelle collection, « Walk a Mile in my Shoes », inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui « exprime cette saison l’empathie et la solidarité ». L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme. Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême. Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs (sic) aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le « racisme structurel de la société américaine ». Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche. En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). (….) L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation. Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc. En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes.
Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalé des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. (…) La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et (…) c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. (…) Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique». Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge. (…) Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale. Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. (…) À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps. Mathieu Bock-Côté
Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. (…) Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexisme, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures. «Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» (…) La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable. Thierry Wolton

Back in the USSR !

Camps de rééducation, séances d’autocritique publique, dénonciations, excommunications, procès-spectacles, censure et auto-censure médiatique, purges périodiques, police de la pensée, inquisition, révisions de la langue,  déboulonnages de statues, effacement de photos, exportation de la révolution …

A l’heure où, après avoir gagné le sexe, la dysphorie s’attaque à présent à la race …
Et à coup de bistouri, un influenceur blanc peut devenir coréen
Tout comme pendant que la lingerie elle-même se wokise …
Un homme peut devenir reine de beauté
Le tout alors qu’avant d’envahir nos stades, l’un vient de remplacer l‘autre dans notre Constitution
Ou après avoir mis le feu à l’Amérique et au monde occidental …
Entre question raciale et épidémie …
Et au prix du hold up électoral du siècle …
Et de son lot classique de boucs émissaires
Un vieil apparatchik nous fait à présent le coup du réconciliateur d’un pays fracturé …
Comment ne pas voir le nouveau totalitarisme qui vient …
Avec l’aide, entre inflation des normes et simple connivence idéologique, de la politisation de la justice
Comme du système médiatique et, avec les réseaux sociaux, paramédiatique …
Où après le bolchévisme et le maoïsme de la Révolution culturelle chinoise …
C’est désormais nos propres entreprises
Qui entre rééducation idéologique, séances d’autocritique publique et excommunication numérique …
Et contre espèces sonnantes et trébuchantes
Sont gagnées par ce monde moderne, prophétisé par Chesterton il y a un siècle, rempli d’idées chrétiennes devenues folles ?

« Demander pardon pour ce qu’on est? Cela s’appelle l’autocritique communiste »

TRIBUNE – Si l’analogie a, Dieu merci, d’évidentes limites, il est difficile de ne pas songer à la Révolution culturelle chinoise en considérant les actes d’intimidation, les menaces voire la violence physique des activistes américains qui fustigent le «privilège blanc», argumente Thierry Wolton, essayiste, spécialiste du communisme.


Thierry Wolton est l’auteur, notamment, de «Une histoire mondiale du communisme», en trois volumes chez Grasset: «Les Bourreaux» (2015), «Les Victimes» (2016), «Les Complices» (2017).


Les scènes auxquelles nous assistons dans le sillage du «Black Lives Matter» aux États-Unis, en Grande- Bretagne, en France, comme un peu partout en Europe, pour solder une histoire accusée d’être «raciste» ne sont pas sans rappeler des aveuglements de sinistre mémoire. Du passé faisons table rase! Cette injonction célèbre de L’Internationale, le chant révolutionnaire né à l’époque de la Commune de Paris de 1871, peut être lourde de conséquences. Tourner la page d’hier, croire que l’on peut repartir de zéro pour bâtir un monde nouveau, forcément meilleur, est une tentation pour chaque génération, convaincue qu’elle peut faire mieux que ses prédécesseurs, que l’avenir lui appartient. Cette espérance, qui fait des vies de chacun un point de départ toujours renouvelé, peut néanmoins tourner au cauchemar si elle devient un impératif, destiné non plus à ouvrir les chemins de l’avenir mais à démolir systématiquement ce qui s’est fait auparavant, à renier l’histoire constitutive de ce que l’on est présentement. Faire du passé table rase au risque de l’amnésie ouvre la porte aux manipulations, faute de repères dans le temps.

Toutes proportions gardées, et dans un contexte politique radicalement différent, la volonté destructrice du passé à laquelle nous assistons fait penser à la Chine maoïste des années 1960-1970 lorsque des cohortes de Gardes rouges s’en prenaient aux symboles de l’histoire. Certes, ces foules étaient téléguidées par un Mao à la reconquête d’un pouvoir qui lui avait été contesté après la gigantesque catastrophe du «Grand Bond en avant» (de 30 à 50 millions de morts selon les estimations) dont il était responsable. Certes, les violences des manifestants actuels ne peuvent naturellement pas être assimilées à celles des jeunes excités Chinois qui agitaient leur petit Livre rouge en s’en prenant aux élites cultivées, coupables d’incarner le monde ancien, allant jusqu’à les mettre à mort, suivi de bacchanales où le foie du supplicié pouvait être mangé. Il n’empêche, la mise au pilori d’intellectuels, d’universitaires, aux États-Unis et ailleurs, qui ne se plient pas à la nouvelle doxa sur l’antiracisme, l’anticolonialisme, voire l’antisexiste, participe du même désir d’exclusion, de destruction, non de l’être mais de l’esprit, que complètent d’absurdes censures.

«Sur une page blanche, tout est possible ; on peut y écrire et dessiner ce qu’il y a de plus nouveau et de plus beau», cette citation de Mao a servi d’argument aux Gardes rouges pour éradiquer l’histoire. Par ce mot d’ordre, le Grand Timonier voulait priver le peuple chinois de mémoire historique afin de le tailler à la mesure de sa propre démesure. Mao a tenté de mettre en œuvre le fameux aphorisme de Big Brother, dans le 1984 de George Orwell, qui exprime au mieux les vrais enjeux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui: «Celui qui contrôle le passé contrôle l’avenir, celui qui contrôle le présent contrôle le passé.» Ce n’est pas en épurant l’histoire des faits et des hommes qui déplaisent à la conscience du moment, qu’on peut la comprendre et en tirer les leçons.

La charge antiraciste menée de nos jours s’accompagne d’une volonté de culpabiliser ceux qui n’ont pas la chance d’être né du bon côté de l’histoire nouvelle que l’on cherche à imposer. Voir des édiles, comme le maire de Minneapolis, implorer les manifestants pour qu’ils pardonnent son «privilège» d’être Blanc, renvoie pour le coup aux pires moments de la Révolution culturelle chinoise lorsque l’érudit devait avouer son amour des lettres anciennes avant d’être exécuté. L’autocritique est un classique du communisme. Il ne s’agissait pas de prouver la justesse de l’accusation mais de donner bonne conscience aux bourreaux chargés d’éliminer le coupable.

La lutte contre le racisme est une noble cause qui rappelle la commune condition du genre humain, une évidence qui ne devrait pas avoir besoin d’être défendue. Faut-il pour autant que cette lutte cherche à instrumentaliser l’histoire comme si elle était coupable, comme si on pouvait la réécrire au goût du jour pour plaire aux plaignants du moment? La destruction de symboles d’un passé supposé raciste, le déboulonnage de quelques héros accusés d’actes, de propos racistes, la mise à l’index de chefs-d’œuvre qui ne correspondent plus aux canons à la mode, ne résoudront rien.

De tels actes servent tout au plus à assouvir des haines qui ne sont jamais de bonnes conseillères. Le jusqu’au-boutisme qui aboutit à la stigmatisation de ceux jugés coupables a priori donne au mouvement «antiraciste» actuel une orientation qui permet de douter de sa sincérité. Culpabiliser un Blanc parce qu’il est Blanc, quand il n’y est pour rien, est une stupidité et une inconvenance. S’excuser, demander pardon pour ce que l’on a fait soi-même, pour ce dont on s’est rendu coupable à titre individuel, certes oui, mais certainement pas pour ce que l’on est ou pour ce qui s’est produit plusieurs siècles avant votre naissance.

Tout passe. Les jeunes Chinois d’aujourd’hui ne font plus du passé table rase. Sur ordre du pouvoir national-communiste de Xi Jinping, ils encensent la glorieuse histoire de l’empire du Milieu, celle-là même que Mao voulait passer à la trappe. La roue de l’histoire tourne au rythme que les hommes lui donnent, les vérités d’aujourd’hui ne peuvent pas plus prétendre à l’éternité que celle d’hier, et probablement que celles de demain. Cela ne veut pas dire que les faits en eux-mêmes ne doivent pas être discutés, analysés, voire jugés, mais sans émoi et surtout sans diktat, pressions et menaces, quels qu’ils soient.

Voir aussi:

Mathieu Bock-Côté: «Rééducation à l’américaine»
CHRONIQUE – L’idéologie racialiste américaine cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
28/05/2021

Il est bien vu, ces jours-ci, de présenter Joe Biden comme un nouveau Roosevelt, ambitieux et pragmatique, courageux et modéré. Celui qui passait hier encore pour un gaffeur hasardeux prend désormais les traits du bon géronte, consacrant sa présidence à la réconciliation d’un pays fracturé. Mais cette image rassurante ne résiste pas à la réalité des faits et masque bien mal la nouvelle poussée de fièvre idéologique associée au wokisme qui traverse la société américaine, très présente dans l’aile gauche de son propre parti. Celle-ci n’est pas loin de considérer Joe Biden comme un président de transition, alors qu’une nouvelle garde s’installe dans un pays dont les coordonnées identitaires de base se transforment. Il laisse croire à un retour au calme alors que tout s’embrase.

La nouvelle révolution américaine vient des campus mais n’y est plus cantonnée: son idéologie se déploie désormais dans les administrations publiques et privées. Et comme le notait récemment Christopher Caldwell dans la National Review, c’est au nom du concept d’équité qu’elle se déploie. Le principe d’équité prétend accomplir l’égalité à l’américaine mais en fait le falsifie, en liquidant la référence à l’individu pour la reporter à l’échelle raciale: chaque groupe identifié par la bureaucratie diversitaire doit être représenté dans tous les domaines de l’existence sociale selon son poids dans la population, sans la moindre nuance. Le monde se laisse absorber par un fantasme mathématique. Mais surtout, on ne saurait tolérer d’autre explication à la moindre disparité dans la représentation que par le «racisme systémique».

Comment s’arracher à ce dernier? Par un travail constant de rééducation. Le journaliste Christopher Rufo a critiqué à plusieurs reprises au cours des dernières années les délires du «diversity training». Il l’a encore fait ces derniers jours en révélant que certains dirigeants masculins blancs de Lockheed Martin avaient dû participer à un séminaire sur plusieurs jours pour apprendre à reconnaître leur «privilège blanc» et apprendre à le déconstruire en se livrant au rituel de l’autocritique raciale. Au cœur du complexe militaro-industriel, le wokisme triomphe. Plus largement, dans une entreprise, un salarié refusant de participer à un tel séminaire s’autodésigne comme un suspect. La réingénierie sociale culmine dans une logique de purge.

La ségrégation positive

L’obsession raciale conduit à la ségrégation raciale. Et comme «l’antiracisme» d’hier a inventé la discrimination positive, celui d’aujourd’hui engendre ce qu’on appellera la ségrégation positive. Ainsi, la mairesse démocrate noire de Chicago, Lori Lightfoot, pour marquer le deuxième anniversaire de son élection, a décidé de réserver ses entrevues personnalisées aux journalistes «racisés» – autrement dit, de ne pas en accorder aux Blancs. Au nom de la justice raciale elle revendiquait explicitement une nécessaire discrimination raciale contre les Blancs. On n’en sera pas surpris: Ibram X. Kendi, l’intellectuel de référence du racialisme, explique que la discrimination raciale n’est en rien condamnable, pour peu qu’elle produise de l’égalité raciale.

Cette nouvelle idéologie américaine s’impose partout en Occident en traitant les pays qui y résistent en provinces rebelles à mater. L’expérience américaine, fondamentalement révolutionnaire, cherche à s’exporter, comme si elle entendait se poser comme norme à suivre pour toutes les sociétés, et plus encore pour celles prétendant suivre les évolutions de la modernité. Nos sociétés sont invitées à s’abolir pour renaître à elles-mêmes, purgées du mal par une nouvelle inquisition se réclamant de l’antiracisme révolutionnaire. L’individu habité par une névrose raciale et se convertissant à une identité de genre indéterminée est le nouveau visage du rêve américain.

À l’échelle de l’histoire, et même s’il faut garder à l’esprit que toute comparaison a ses limites, on y verra un transfert du flambeau révolutionnaire, de l’URSS aux États-Unis, comme si avec la fin de la guerre froide, le fondamentalisme de la modernité avait renoué avec la première société qui a voulu se définir intégralement dans ses catégories. On se forme dans les universités américaines à la manière d’un détour dans le centre idéologique de l’empire et grâce aux programmes du Département d’État, on va faire un stage en diversité sur les deux côtes américaines comme on allait hier en pèlerinage dans les pays du socialisme réel. Comme Gide jadis, un grand écrivain s’y rendant pourrait bien en revenir, ensuite, en ramenant dans sa besace un ouvrage qu’il intitulerait Retour des USA, en comprenant que ce modèle conduit notre civilisation vers l’abîme pendant qu’un homme aux airs de bon grand-père croit lui apporter la paix pour notre temps.

Voir également:

La culture « woke » s’immisce pas à pas dans les entreprises
ENQUÊTE – Aux États-Unis, les entreprises se sont converties à cet antiracisme militant, quitte à organiser une forme de ségrégation au sein de leurs salariés. Les patrons français gardent un regard critique sur le mouvement, même si quelques lignes commencent à céder.
Anne de Guigné
Le Figaro
27/06/2021

Assa Traoré le poing levé sur son canapé en hauts talons de la marque Louboutin. Publiée sur le compte Facebook du collectif La Vérité pour Adama, la photo s’agrémente d’un texte où la militante antiraciste évoque la mort de son frère Adama «il y a cinq ans entre les mains des gendarmes» avant de conclure sur un lyrique: «Je marcherai dans vos pas à tous les trois (les designers de la maison, NDLR), grandie par cette élégante création qui fait de moi une femme fière de ce que nous construisons ensemble. Justice pour tous».

L’ensemble a fait couler tant d’encre que la marque a dû préciser que l’emblématique jeune femme ne comptait pas parmi ses égéries. Louboutin revendique en revanche le lancement d’une nouvelle collection, «Walk a Mile in my Shoes», inspirée par la phrase de Martin Luther King, et une rencontre avec l’une des fondatrices du mouvement américain Black Lives Matter. Les bénéfices de la collection seront reversés à des organisations œuvrant pour la justice sociale, précise la société. Pour 995 euros, chacun peut ainsi s’offrir l’escarpin Free Walkie, qui «exprime cette saison l’empathie et la solidarité».

L’affaire paraît si caricaturale qu’elle prête d’abord à sourire, rappelant les outrances de l’antiracisme hollywoodien dépeints par Romain Gary ou l’essai au vitriol de Tom Wolf Radical Chic. Le romancier y décrivait une soirée mondaine donnée par le chef d’orchestre Leonard Bernstein dans son splendide appartement de Park Avenue en l’honneur des Black Panthers. La variation Louboutin apporte toutefois une nuance de poids: après les stars et les grands-bourgeois, ce sont désormais les entreprises qui se saisissent à pleines mains de la puissante bannière de l’antiracisme.

Appel au boycott

Ce mouvement vient des États-Unis, où les grandes corporations, pour répondre aux attentes de leurs clients et jeunes recrues, mais surtout éviter toute recension critique par des associations militantes, tentent de coller au mieux à ce qu’elles identifient comme un socle commun d’aspirations de la société. Un tournant politique accentué par l’arrêt Citizens United de 2010, qui autorise les entreprises à financer les campagnes électorales. Ainsi s’est bâti un nouvel équilibre fragile où entreprises, politique et société civile, représentée par les associations, tentent ensemble d’organiser la vie de la cité. La décision, en mai 2019, de l’État de Géorgie d’adopter une loi restrictive sur l’avortement a parfaitement illustré ces nouveaux rapports de force. À l’annonce de la réforme, des activistes ont appelé sur les réseaux sociaux à boycotter entreprises et événements organisés en Géorgie. Les grands groupes ont embrayé, Netflix, Disney et Warner menaçant de stopper leurs tournages dans l’État. Une centaine de patrons ont ensuite manifesté leur opposition à la loi via une page dans le New York Times. Le texte a pour finir été bloqué, quelques mois plus tard, par un tribunal fédéral américain arguant de sa contradiction avec la jurisprudence de la Cour suprême.

Depuis trois ans, c’est autour du mouvement woke, terme qui s’est répandu dans le sillage du mouvement Black Lives Matter contre les violences policières dont sont victimes les Noirs aux États-Unis, que se mobilisent les grands groupes américains. Pour gagner leurs galons woke, c’est-à-dire en état d’éveil face aux injustices sociales et raciales, les entreprises les plus motivées n’hésitent pas à organiser une forme de ségrégation entre leurs salariés. Les jeunes recrues à la peau blanche étant formées à prendre conscience de leurs privilèges tandis que les personnes de couleur sont invitées à se reconnaître dans le rôle de victimes. Au siège de Disney, en Californie, la direction des ressources humaines a par exemple constitué trois groupes affinitaires destinés de facto respectivement aux Latinos, aux Asiatiques et aux Noirs. Les employés blancs étant de leur côté incités à s’interroger entre autres sur les liens entre leur patrimoine et le «racisme structurel de la société américaine».

Stage de quasi-rééducation

Le journaliste Christopher Rufo, à l’origine des révélations sur Disney, a même relaté l’existence dans certains groupes et administrations de stages de quasi-rééducation réservés aux hommes blancs hétérosexuels. Ces combats woke s’imposent au sein des grands groupes, essentiellement constitués de cadres urbains. Ils sont valorisés par les actionnaires institutionnels (fonds d’investissement, fonds de pensions, gestionnaire d’actifs…) qui identifient ces formations à des actions de lutte contre les discriminations, un des piliers de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Les sociétés cotées en Bourse tendent alors à s’y convertir pas à pas, avec plus ou moins d’enthousiasme et d’intensité. Ce n’est toutefois pas le cas de l’intégralité du capitalisme américain. Détenue par une famille de fervents chrétiens, la troisième enseigne de restauration rapide du pays, Chick-fil-A, reste par exemple parfaitement hermétique au mouvement. Le groupe conseille à ses franchisés de mener leur établissement «selon les principes de la Bible», ce qui passe notamment par une fermeture le dimanche.

En Europe, les entreprises, fidèles à une tradition remontant au XIXe siècle, sont aussi fortement engagées sur les questions de responsabilité sociale et environnementale (RSE). Sur le Vieux Continent, comme aux États-Unis, la définition de la RSE a eu tendance à évoluer ; synonyme, il y a dix ans, d’un principe de responsabilité de l’impact de ses actions, la RSE dernière génération tend davantage vers la défense de valeurs. Les grands groupes, essentiellement de services, multiplient ainsi les actions en faveur de l’inclusivité et de la diversité, avec un fort accent en faveur de l’égalité hommes-femmes ou de la visibilité des personnes LGBT. À quelques exceptions près, ils conservent toutefois un pas de côté vis-à-vis de l’antiracisme à la sauce woke, se contentant d’inclure ces problématiques dans des formations plus larges aux discriminations.

Les lignes commencent toutefois à bouger. L’industrie cosmétique, directement exposée par ses produits à ces questions de couleur de peau, a ainsi franchi le Rubicon. En juin 2020, L’Oréal annonçait retirer «les mots blanc/blanchissant, clair de tous ses produits destinés à uniformiser la peau». Le français suivait son concurrent américain Johnson and Johnson, propriétaire notamment des marques Neutrogena, RoC ou Le Petit Marseillais, qui avait déclaré plus tôt abandonner la production de substances éclaircissantes commercialisées en Asie et au Proche-Orient. Le luxe, tétanisé par les procès en appropriation culturelle, suit également le mouvement de près, comme la campagne Louboutin le reflète. Gucci, une marque phare de Kering, s’est ainsi retrouvé au printemps 2019 dans la tempête, pour avoir lancé un col roulé décoré de larges lèvres rouges, jugé raciste, car pouvant évoquer une blackface, une caricature de visage noir. Afin de se faire pardonner, le groupe a multiplié les dons à des associations de lutte contre les discriminations et les séminaires de sensibilisation.

Pour les entreprises, rejoindre la croisade woke peut s’apparenter à un très tentant, et économique, bain de jouvence marketing. La conversion exige toutefois un certain professionnalisme, comme la Poste espagnole l’a appris à ses dépens, en mai. Pour marquer l’anniversaire de la mort de George Floyd, lors de son arrestation par la police, le groupe a lancé une collection de timbre, les Equality Stamps, représentant différentes couleurs de peaux. Scandale immédiat car la valeur des timbres était corrélée à la clarté de la peau, variant de 0,70 euro pour celui représentant la peau noire à 1,60 euros pour le blanc.

En France, le modèle universel républicain s’oppose frontalement à ces approches racialistes. La grande majorité des chefs d’entreprise, conscients de cette spécificité, se montrent prudents sur ces sujets et tendent plutôt à freiner l’enthousiasme de leurs jeunes directions de l’éthique et/ou de la diversité. L’intense polémique suscité par un tweet d’Évian s’excusant d’avoir fait la publicité de son eau en pleine journée de ramadan a bien démontré la réactivité épidermique d’une grande partie du public hexagonal devant les approches communautaristes. Les prochaines années, voire les prochains mois, s’annoncent délicates pour les chefs d’entreprise, qui devront naviguer entre les injonctions contradictoires de leur base française et de leurs contreparties anglo-saxonnes. Les crispations risquant de se cristalliser autour de l’épineuse question de la religion en entreprise.

Voir de même:

Brut lève 75 millions de dollars auprès de Murdoch, Pinault et Orange

Le média social français connu dans le monde entier, est valorisé autour de 300 millions de dollars.

Le tour de table du média social français Brut, devient l’un des plus chic de la planète média. Après avoir séduit Xavier Niel, Alexandre Mars et Bpifrance lors d’un tour de table de 40 millions de dollars en 2019, Brut accueille aujourd’hui à son capital James Murdoch (via son fonds Lupa Systems), François-Henri Pinault (via la holding Artémis), le fonds Tikehau et Orange Ventures qui est l’un des plus importants participants à ce tour de table.

Les sagas et les stratégies de l’éco. La vie et les coulisses des entreprises, du monde des affaires et de celles et ceux qui l’animent, par Bertille Bayart.

Tous ces investisseurs, anciens et nouveaux, apportent 75 millions de dollars d’argent frais à Brut sur la base d’une valorisation approchant les 300 millions de dollars. Les trois fondateurs, Guillaume Lacroix, Renaud Le Van Kim et Laurent Lucas, conservent cependant le contrôle de la société.

«Nous discutions depuis deux ans avec James Murdoch. Il nous apportera sa capacité de monter des deals stratégiques dans le monde entier. Il est, tout comme François Henri Pinault, très aligné sur les valeurs de Brut. De son côté, Orange Ventures nous aidera à nous développer en Afrique francophone» détaille Guillaume Lacroix, président de Brut. Jérôme Berger, patron d’Orange Ventures confirme «la présence d’Orange dans 18 pays d’Afrique et le lien avec 130 millions de clients sera un atout considérable pour le développement à la fois de la partie média et de la plateforme de SVOD de Brut».

Guillaume Lacroix souligne, par ailleurs, que le média social français est le premier à recevoir le label international Bcorp, attribuée par B Lab Europe, qui labellise les entreprises répondant à des normes sociales et environnementales rigoureuses. Ce label est de plus en plus exigé par les fonds d’investissement.

Depuis la création Brut sur Facebook en novembre 2016, le média social a conquis une audience planétaire. Plus de 300 millions d’internautes partagent chaque mois les vidéos de Brut sous titrées en langues locales. En 2020, le cap des 20 milliards de vidéos Brut visionnées a été franchi. Brut est très populaire en France, aux États-Unis et en Inde, auprès des jeunes de moins de 35 ans, grâce à une ligne éditoriale reposant sur des valeurs largement partagées par cette communauté : l’environnement, le droit des femmes, les genres ou encore la responsabilité des pouvoirs.

Le live streaming shopping

Aux côtés de ce média social, Brut a lancé en avril dernier, son service de streaming vidéo par abonnement BrutX, en France puis en Suisse, en Belgique, au Luxembourg et récemment en Afrique francophone. Guillaume Lacroix, PDG de Brut, espère atteindre le million d’abonnés en 2023, avant d’étendre ce service dans le reste du monde.

Aujourd’hui, le groupe repose donc sur deux pieds : l’audience avec Brut et l’abonnement avec Brut X. L’apport d’argent frais va permettre d’accélérer les investissements sur ces deux premiers étages de fusée mais aussi d’en ajouter un troisième. Ainsi, Brut lance aux États-Unis, en Inde et en France, une plateforme de services et de conversation pour permettre aux jeunes créateurs du monde entier de promouvoir des contenus, des services ou même des marques en accord avec les valeurs de Brut. «Nous avons développé une influence dans le monde et maintenant nous voulons utiliser cette influence pour aider les jeunes créateurs. Grâce aux données récoltées auprès de nos communautés de fidèles, nous pouvons les aider à se construire des audiences sur les réseaux sociaux, à les monétiser et même à vendre des produits en live streaming shopping» précise Guillaume Lacroix.

L’arrivée d’investisseurs internationaux réputés, valide le modèle économique de Brut. L’ensemble pourrait atteindre un chiffre d’affaires compris entre 20 et 30 millions d’euros cette année et connaître une croissance supérieure à 200 % l’année prochaine. Déjà rentable en France et en Inde, le média social accélère ses investissements pour consolider sa position.

Soutenu dès sa création par Facebook et son créateur Mark Zuckerberg, Brut a été aussi célébré par Tim Cook, le patron d’Apple, lors de la dernière édition de Vivatech à Paris.

Voir encore:

Doing the Work at Work

What are companies desperate for diversity consultants actually buying?

As the sun went down on May 31, 2020, Kellie Wagner was packing up her Brooklyn apartment when she heard a roar: the chanting of thousands of Black Lives Matter marchers arriving in Fort Greene Park from a nearby rally at Barclays Center. It was the sixth day of nationwide protests in response to the murder of George Floyd, and the NYPD had already made several violent arrests.

Wagner was about to move to California, expecting a slow summer: The pandemic had caused half a million dollars in future business to dry up virtually overnight for Collective, the workplace-diversity consultancy she founded. Companies told her they no longer had the budget for her services. Wagner, who is 35, thought she might have to close up shop for good. Just before she left for the airport, she passed the remnants of a burned-out cop car, broken glass glittering on the sidewalk.

Two days later, Wagner was in Palm Springs — and her in-box was overrun with more than a hundred inquiries from prospective clients. Companies that had canceled on her two months prior were now desperate for help. There were a lot of white CEOs crying on the phone, Wagner recalls, because they had crash-read Robin DiAngelo’s White Fragility and were racked with guilt. There were heads of fashion and beauty brands whose Black employees had begun speaking out on social media about their companies’ racist cultures. What should the CEOs Slack to their staffs? What should they tweet to their customers? What wouldn’t get them criticized but would seem humble and aware — but not so humble and aware that they’d get criticized regardless?

It went on like that for a week, with Wagner in back-to-back-to-back intake calls. Another rush occurred on June 2, #BlackoutTuesday, when two Black entertainment executives called on companies, celebrities, and influencers to post a black square on their Instagram feeds to show solidarity with Black Lives Matter. Brands wanted Wagner’s advice on how best to participate in the campaign — and then, when many of them were excoriated for the low stakes of the gesture, they wanted her advice on how to apologize for it. “They were calling and saying, ‘Well, the black square didn’t work,’ ” Wagner says. “But when you make external statements and you haven’t cleaned up your own house, it’s so inauthentic. You’re asking to be dragged.”

Collective was even courted by the notoriously vulgar media company Barstool Sports, whose founder, Dave Portnoy, was known for provocations like comparing Colin Kaepernick to Osama bin Laden. Wagner said she would consider taking on Barstool as a client if Portnoy agreed to executive-leadership training. She never heard back. (Barstool disputes this.)

Across the country, consultants in the diversity business felt that same whiplash of pandemic bust turning into protest boom. Practitioners who were collecting unemployment received calls from the CEOs of major corporations looking to spend tens or hundreds of thousands of dollars publicly and fast. An in-house diversity professional in San Francisco who had been laid off in a five-minute Zoom meeting in March saw the company re-list his job in a lengthy, solemn Medium post. In Seattle, Tali Lavarry, a former corporate-event planner who had opened her consulting business a few months before statewide shutdowns began, was surviving on instant noodles and peanut-butter sandwiches when her phone started ringing; soon, she took on so many clients she had to hire four employees.

The onslaught was a jarring combination of exhilaration and chaos. One white male executive told Lavarry, “I think I handle colored people all right.” She politely disagreed. Wagner, who is Black, says she had “a kind of breakdown” a few weeks in. “I was having to exert all of this emotional energy to hold space for these white people, who were just waking up for the first time and being like, ‘Oh my God, racism exists.’ ” Still, the mad dash meant that within a quarter, she was able to scale up to 20 employees.

An explosion of fortune in 2020 is one of the few universal things in the amorphous industry of diversity consulting — a space as varied as its constellation of interrelated acronyms and ampersands implies. DEI and DE&I “diversity, equity, and inclusion” are more common than D&I, but many refer to the cause as I&D or DEIB (the B is for “belonging”). Portrayed by the right wing as a single-minded cult, DEI is in reality a loose federation of adherents, with a host of methodologies, competing for money and attention. DEI practitioners share a worldview — that workplaces can become more humane and just — but they are also rivals in a for-profit industry of their own making, with the same incentives of salespeople and marketers everywhere. Corporate America spends roughly $8 billion annually on diversity, according to a figure that gets passed around routinely — though that rough estimate was first cited in 2003, which means the true profitability of the market is uncharted.

Certainly, after Floyd’s murder, the business became astronomically larger than ever. But instead of an industry finally coming into focus, thanks to unprecedented funding and momentum, what composes DEI feels even more dizzyingly diffuse, and its true beneficiaries remain in question. “It really is the Wild West,” Lily Zheng, a consultant in San Francisco who has amassed more than 23,000 followers on LinkedIn, tells me. “One of the major challenges of DEI is there’s no quality control. Anyone can call themselves a DEI practitioner. When your clients are these companies that are desperate to do anything and don’t quite understand how this works, ineffective DEI work can be lucrative. And we’re seeing cynicism pop up as a result, that DEI is just a shitty way in which companies burn money. And I’m like, Yeah, it can be.

If you work in an office, virtual or otherwise, chances are high you’ve been required to take a diversity-related training course. Recently, workers at a multinational company clicked open one such module and encountered “Case Study No. 3: Ethnic Stereotype,” with a photo of a heavyset white man. This was “Michael,” a security guard who “clocks out for lunch from his post on the Upper East Side of Manhattan and sits down to eat in the employee lounge,” where Cindy, his colleague, notices he has only a small sandwich and some apple slices. Cindy needles Michael: “What kind of Italian are you?” she says. “That is the smallest sandwich I have ever seen! Throw some meat on that bread or bust out some pasta and gravy, you big paisan. You’re gonna be starved by the end of your shift!” The module invited workers to consider the ramifications of Cindy’s actions: “How do you think this makes Michael feel? Is Cindy implying that Michael needs to eat more food because he is Italian? Do you think Cindy’s comment could have offended others in the lounge?”

There is a saying among professionals that HR is where DEI goes to die, and when they say it, they usually have something like these two characters in mind. Cindy and Michael are diversity training as bad pornography: low budget, nonsensical, poorly written, too funny to be taken seriously. No one is learning anything meaningful or relevant about bias from this scene. (On Twitter, where it went viral, one user mockingly worried about the “italianx community.”) Its absurdity undermines the entire enterprise. DEI consultants argue (out of self-interest, but persuasively) that the generalists in HR, tasked with organizing everything from commuter discounts to holiday parties, don’t have the skills to set norms around the most sensitive interactions in the office. A security guard who actually took the Cindy-and-Michael training looked into it and told me that he’s pretty sure the video was created in-house by his company’s HR wing — specifically by a white woman from Pennsylvania named Jordyn.

The sandwich incident hearkens back to the origin of the corporate diversity movement: Title VII of the 1964 Civil Rights Act, which barred certain forms of discrimination at work. The earliest corporate training consisted of short sessions, led by HR departments, to remind managers of company policies. The goal was to protect corporations from litigation. In the late 1980s, as women and people of color entered the white-collar workforce in greater numbers, diversity efforts shifted. The advent of “sensitivity training” concerned the well-being of these newcomers in a variety of common scenarios that went beyond legal liability into the realms of appropriateness and respect. This evolution of the work required more than just knowledge of the law and gave way to a niche industry. Companies began hiring outsiders to tell them how to behave.

Doug Harris, the CEO of the Kaleidoscope Group, became a consultant during this wave and has witnessed every subsequent trend in the diversity Zeitgeist. In 1989, Harris was working in minority-talent recruitment when a white woman asked him to join her diversity-consulting firm. (He remembers thinking, “Wow, you can make money doing this?” It seemed like a natural extension of what he had been doing his whole life, as a Black man navigating nearly all-white environments, ever since he first got a scholarship to a prep school in Connecticut.) In 2006, he bought her out. “When I first started doing this work, people were staying out of trouble,” he says, describing the field’s iterations. “Somebody told a bad joke or something happened. And then it went to ‘being nice’: Don’t say anything wrong. Here’s all the dos and don’ts. And then it went to valuing differences, and that’s when the work really changed.”

This new way of corporate thinking — that the thing called “diversity” was not a potential source of losses via litigation but rather a source of value in and of itself — led to the idea of “inclusion,” a necessary counterpart, through the late 1990s and early aughts. Companies were betting on an appeal to multicultural consumers as well as employees. Even some of the most staid institutions embraced new measures, like the NFL, whose Rooney Rule required every team with a head-coaching vacancy to interview at least one “diverse candidate.” (When the rule was instituted in 2003, there were three Black head coaches. Today, the number is still three.) Harris says that when he got started at what became Kaleidoscope, there were about 12 firms in the U.S. doing his kind of work; he estimates that there are now about 600 worldwide.

In 2014, Google famously revealed its hiring data, showing dismal racial and gender disparities: 30 percent of employees globally were women, and Black and Hispanic employees together made up just 5 percent of workers in the U.S. Facebook, Microsoft, and Apple soon published similarly stark numbers. The reckoning that followed, led by younger and more progressive tech workers, shaped the diversity-consulting industry as it existed when Floyd was murdered.

Many contemporary DEI agencies are now focused on helping companies that profess to have progressive values live up to those ideals. This is referred to in DEI parlance as “alignment”: The idea is to jerk system operations into sync with make-the-world-better branding, like a diversity chiropractor. Wagner’s Collective is one of these outfits. She founded the company in 2017 after working at several tech firms where she saw CEOs profess to care about making workers happy; invariably, the Black employees were not.

Compared with more corporate enterprises like Kaleidoscope, consultancies like Collective tend to have sleeker branding. The people in their stock photos wear T-shirts and clear-framed eyeglasses instead of bad suits, and their websites, in pastel hues, often list the names of the Indigenous tribes on whose ancestral land they do business. They tend to use more overtly political terminology like “anti-racism.” The divide is somewhat generational. “I’m not a fan,” says Harris, though he employs young consultants who use the more confrontational approach. “They tell me, ‘Doug, you old, man. You’re dry.’ But I’m not in that world.”

Both Harris and Wagner, who primarily do operations strategy, share an aversion to DEI work’s lowest-hanging fruit: programs that sound nice and can be sold to multiple clients quickly without much alteration. One popular trend at Fortune 500 companies is requiring employees to take “unconscious-bias training,” a generalized lesson in how bias can affect behavior, and it’s profitable for those consultants who offer it. Collective doesn’t because many DEI practitioners suspect it doesn’t really work. Zheng, the consultant from San Francisco, has a form on their website that asks prospective clients “How did you hear about me?” Zheng doesn’t sign on with the ones who write something like “Google.”

The work done by people like Wagner, Harris, and Zheng is granular and unsexy. It can be as contentious and awkward as therapy; one strategist recalls how, during a call on how bias impacts performance reviews, a white male CEO hung up when accused of potential prejudice, “like an angry teenager slamming the door on their parents.” If all goes well, the public results of consulting by Collective, for example, can look like this: A millennial media company ditches a logo that appears to feature a thin white woman. Or Peloton formalizes a structure for its employee resource groups to participate in marketing and branding discussions. The whole service, from assessment to implementation, can cost between $70,000 and $150,000.

Many corporate clients, of course, don’t really want to change; they just want to look as if they are changing. For the consultants, doing flimsier, higher-volume work is a constant temptation. “Speaking is so much more lucrative than project work, just infinitely,” says Zheng, who has become a kind of DEI influencer on LinkedIn, where a new crop of self-proclaimed experts has flourished. Zheng can command $15,000 for a corporate speech, as can Wagner, who is hiring a publicist. “The money that I’m making from even my biggest client right now, for a year-plus of work, I could make in ten one-hour talks,” says Zheng. “When I’m having a bad day, sometimes I’m like, What if I quit and then talked about unconscious bias once a day and just rolled in money?

“Everybody wants to do new things, but people don’t want to stop doing old things,” Harris says. “I’ll say, ‘You really need to look at your insurance policies and how you’re giving out rates.’ Clients will say, ‘I ain’t going to mess with that. Let’s talk about allyship. Let’s talk about white fragility — that’d be a great topic.’ ” He adds, “You can make a lot of money in diversity being abstract.”

In August, a conservative journalist named Christopher Rufo wrote excitedly on Twitter about an “explosive” leak he had received from inside Sandia National Laboratories, a nuclear-weapons research facility in New Mexico. The documents concerned an event called “White Men’s Caucus on Eliminating Racism, Sexism, and Homophobia in Organizations” that had been conducted with Sandia’s largely white and male executives at a luxury resort. It had been led by a DEI consultancy called White Men As Full Diversity Partners.

What Rufo published, under the headline “Nuclear Consequences,” was ultimately tame. There was an image showing the phrase WHITE MEN on a dry-erase board along with a word cloud of associated terms: MAGA hat, mass killings, beer, Founding Fathers, heart failure. Although Rufo referenced the participants being forced to “publicly recite” statements about their own privilege, most of the materials seem to have been generated by the participants themselves, including handwritten assessments about how much the workshop helped them feel as though they could be better people.

Tucker Carlson, funneling the story into right-wing panic about critical race theory, called the event a “reeducation camp” with “mandatory Maoist struggle sessions.” Senator Josh Hawley wrote to the secretary of Energy that the material was “deeply disturbing.” President Donald Trump signed an executive order on diversity training, partly inspired by what had happened at Sandia.

White Men As Full Diversity Partners is not, in reality, a shadowy cabal of fanatics. The group was founded in 1997 by two white men, Bill Proudman and Michael Welp, who had both been Outward Bound instructors for executive clients and shifted into diversity consulting. (Welp traveled to South Africa, doing ropes courses for newly integrated employees of mines, banks, and pharmaceutical companies, and later got a Ph.D.) They saw that women and nonwhite people bore the brunt of educating white men about race and gender and that there was value in white men being explicitly asked to learn on their own; it became the founding principle of their company.

Though they lead all kinds of sessions for companies and not all of their consultants are white men, their best-known offering is the caucus, in which “white men rediscover their sense of mutual self-interest in a more inclusive world,” as Welp puts it. First, white men learn that they have a shared culture. (Facilitators show clips from films like Apollo 13 and Gran Torino.) They do exercises to establish empathy: Standing on one side of the room, participants take one step forward if they belong to a members-only country club but take a step back if they lived in a mobile home growing up. The company’s three-and-a-half-day program can cost north of $50,000.

Shock value is the point of the “White Men” name — a “wake-up call,” in their words. Though they have been doing it for more than two decades, their explicit, emotion-triggering tactics are in vogue alongside recent trends in the anti-racist community. But WMFDP’s founders are far from radicals. They are certainly not Marxists. Instead, they are pointedly apolitical. “We don’t turn this into the PC police, where all of a sudden, to work here, you have to think like I do. What we have to do is behave,” Proudman says. “We have to be respectful. We don’t have to love each other. Some of my best clients were at opposite ends of the political spectrum, and I’ve seen them be incredible champions around equity and inclusion without having to change their belief systems.”

This is why WMFDP is repeatedly invited to work with the federal government and some of the world’s most prominent companies. Last summer, after Jacob Blake was shot by a police officer in Wisconsin, major sports leagues suspended play. The National Hockey League was conspicuously late to act. Afterward, the NHL announced a suite of initiatives, including that all employees would participate in an “inclusion learning experience,” to be led by WMFDP.

The night before the press release went out, Akim Aliu received a call while walking his dog at home in Toronto. Aliu, who was born in Nigeria, is the co-founder of the Hockey Diversity Alliance, an independent group made up of current and former Black and brown players; the league wanted to know if the HDA would agree to be named in the release. Aliu was insulted. Months earlier, the HDA had submitted an eight-point plan asking the NHL to commit to several measures, including a promise that the employment of Black non-player personnel would rise to 10 percent before the end of the 2020–21 season. Talks between the groups disintegrated. (The NHL says they couldn’t agree on timing and other specifics.) In the end, the HDA did agree to the release, but it later severed ties with the league, calling its efforts “performative” in a blistering statement.

Aliu finds the dismissal of the NHL’s players in favor of outside consultants galling. “I’ll never understand how you can say no to players that are currently in your league and have been in your league,” he says, “but think you’re going to do it the right way with someone else that knows nothing about hockey, that knows nothing about being Black in hockey.”

That an organization with a name so rhetorically antagonistic to power is one of the most corporate-friendly DEI consultancies on the ground seems like an omen. I asked Proudman about Aliu and the HDA, and whether he ever felt like he, the consultant, was colluding — to use a DEI concept — with management against employees. “The whole notion that hiring a largely white company to go in to do that feels disingenuous — I absolutely understand the seeds of that,” he says. He had read about the HDA after the partnership was announced and some of its more “brutal” comments. “It’s part of the mosaic of how we have to come together and figure out how to do this work with one another,” he says. “This is what the work looks like.”

Another horrific cycle of death, protest, and corporate spending occurred in March, when eight people, six of whom were Asian women, were shot to death in suburban Atlanta — the apex of months of anti-Asian violence. There was a rush for consultants who could translate, sometimes literally, systemic issues of oppression and bias faced by the Asian American and Pacific Islander community. “Almost everyone I know who has even the most basic knowledge of Asian American studies got trucked out on MSNBC, CNN,” says Kim Tran, an equity consultant, a community organizer, and a writer with a Ph.D. in ethnic studies.

Corporations and brands seemed to react more nimbly to this spate of violence than they had to previous high-profile killings. “There’s a playbook now,” Tran says, “and it goes something like: A terrible thing happens to a marginalized community; then we put out a statement of outrage; then we do a listening session; and then we drop it until the next terrible thing.” After the shootings, Ad Age released a live blog “tracking how brands, agencies and media players are supporting AAPI communities and responding to anti-Asian sentiment.”

The diversity industry has evolved again, and one company at the forefront is Kindred. The start-up is more of a networking entity than a consultancy — it connects “purpose driven” leaders at businesses and nonprofits with experts in areas of environmental, social, and corporate governance. Ian Schafer, a co-founder, describes Kindred as a curation service and a platform. “A member said to me once, ‘You’re like the Peloton of corporate social responsibility,’ ” he says.

Schafer, who once worked in digital marketing for Harvey Weinstein’s Miramax (he says the toxic environment led him to leave and start his own creative agency), remembers thinking in 2015 that a new realm of possibility was opening in the corporate world. “Accountability was going to be the next great disruptor to business,” he says. The original idea was to create a kind of Davos-like event around that prediction. Kindred raised several million dollars and planned to hold its first major conference in the spring of 2020, with speakers including Chance the Rapper and the CEO of Ben & Jerry’s. Then came the pandemic. In October, Schafer and co-founder Elyssa Byck, who had worked in corporate strategy at BuzzFeed, relaunched the company with a new business model. Clients would charge “members” — entities from Casper to Wells Fargo — $3,500 to $7,000 annually for access to diversity experts (like Zheng) and their services, including speaker series and project planning. They also get to join a members-only Slack in which they can see one another’s contact information and collaborate. Companies like Verizon can purchase discounted “enterprise memberships” for large groups of employees. In December, in a joint effort with Kindred, Verizon’s Yahoo division announced a project called the “Allyship Pledge,” which connects “digital creators” with anti-racist activists and academics for four-hour talks. Participants received Allyship Pledge–branded swag, including a notebook and a water bottle.

Members can also access Kindred’s “Concierge” service and commission data analysis or research reports on “ESG topics.” They can appeal for emergency help via “Rapid Response Support” — say, if there is a brutal police killing and consumers or employees are demanding that management address it. Before the verdict in Derek Chauvin’s trial, Kindred members had the chance to book “office hours” with a former LAPD conflict-resolution specialist and mediator. “Where else can you get that?” Schafer says.

He is aware of the optics of running a business, he says, that focuses more explicitly on DEI so quickly after last summer. “I look like the problem that a lot of people have with the way that business does business just by the fact that I’m a cis straight white man. We aren’t here to be activists. We’re actually here to be very practical incrementalists.”

At least one consultant of color says they declined a partnership offer from Kindred. “It felt like they wanted us to do the heavy lifting and give them credibility,” the consultant says. “To have people with more resources and connections come in and take business away from us is really frustrating. It feels so opposite to the goal of equity — just because DEI is trending right now.”

As more money pours into the diversity industry, the products and services for sale are becoming ever more abstracted away from actual workers in pain. Steven Huang, a disillusioned consultant who wants to disrupt the field, plans to experiment with DEI and psychedelics, believing that CEOs who microdose might have an easier time opening their minds to accelerated change than sober ones. There is now DEI.AI, which reads emails for sensitivity, and DEI virtual reality. The right-wing nightmare is that militant “diversinistas” are taking over America’s most beloved institutions, changing the fabric of work life. The much more likely danger is that executives will become better at sounding as if they are onboard with a mandate of social transformation, while little material change happens for the people who need it most. Take Kroger, the grocery chain, which just released an update on its diversity efforts, noting that it had partnered with 107 new diverse suppliers in 2020, an increase of 91 percent. Chairman and CEO Rodney McMullen touted in a press release that “greater racial, gender, health, and wealth equity will drive true and long-lasting change and better outcomes in our country.” Three days later, the company revealed in a regulatory filing that McMullen made his biggest salary ever, $22.4 million, in 2020, while the median salary of workers fell 8 percent to $24,617. In the U.S., workers like stockists and checkout clerks are, of course, disproportionately people of color.

“Diversity, equity, and inclusion functions with the world as it is,” says Tran, “and not the world as we want it to be.”

There is one consultant with a small operation who has perhaps the best sounding board in the world for her efforts to improve it. Aida Davis’s aunt by marriage is Angela Davis, and she is the daughter of Alemayehu G. Mariam, an Ethiopian political scientist and human-rights scholar; her parents immigrated to the U.S. as political refugees, and she grew up in a working-class town near San Bernardino called Apple Valley. In college, Davis became an organizer with the Service Employees International Union and stayed in organizing for a decade. She runs her company, Decolonize Design, from L.A.

Davis founded the company in part as a rejection of DEI, she says, and created her own acronym: BDJ, for “belonging, dignity, and justice.” (There will soon be another J, for joy.) Instead of “tinkering around the edges” of the DEI industry, Davis says, her company is explicitly anti-assimilationist, with a worker-centric approach influenced by her time in the labor movement.

What does anti-assimilationist consulting look like? One example is Davis’s work with a well-known company. This chain’s locations are mostly owned by franchisees, who typically pick the music that is played in the stores — a practice that seems benign but can be overtly exclusionary. At one of these places, in the town where I went to college, the owners blasted classical music as a blatant attempt to deter local Black teenagers. No matter that the workers inside were also Black teenagers who might not have liked the music. The chain wanted to change the policy; at one point, Davis says, it considered devising a standardized playlist that would somehow represent artists from all backgrounds. Her company’s advice instead was to simply let the workers choose what they wanted to play. Now, everywhere in the country, they can.

The change Davis helped implement is remarkable in its specificity. In thinking about the freedom of that choice — to be able to play your own music in the place where you work — the buzzwords of belonging and community feel real again, reinscribed with meaning. They have a bearing on physical space. The strategy isn’t flashy, however; it isn’t a statement from the CEO or a huge donation. Nor is it scalable or something that can go viral. The company, on her recommendation, just gave something up.

Davis says she is still constantly in tension over what she does. She and members of her radical family have long conversations when she works with corporate clients. “I’m like, ‘Am I doing the wrong thing? Where do I stand? Am I selling out?’ ” she says. “They are philosophers, so I don’t get answers. I get more questions.”

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États-Unis.

Pour avoir des chefs d’entreprise moins blancs, le temps des quotas est-il venu ?

Seuls quatre PDG sont noirs au sein des 500 entreprises les plus influentes des États-Unis, rappelle Bloomberg Businessweek. L’instauration de quotas, qui a déjà facilité l’accès des femmes à des postes de dirigeant, pourrait-elle aussi être une solution pour favoriser une plus grande diversité ? Le magazine économique s’est penché sur la question.

Parmi les rangées de visages blancs qui s’alignent à la une de Bloomberg Businessweek, seules quatre photos se démarquent du lot : celles des quatre PDG noirs que compte le classement “Fortune 500”, recensant les 500 premières entreprises des États-Unis en termes de chiffre d’affaires.

Une situation qui doit impérativement évoluer, estime Jide Zeitlin, PDG du groupe Tapestry, propriétaire de plusieurs sociétés de la mode et du luxe, et l’un des quatre visages noirs de ce classement : “Pas dans dix ans, pas dans quinze ans, mais dans l’année qui vient, ou dans un ou deux ans”, a-t-il récemment déclaré. Une nécessité rendue “encore plus urgente par le contexte des manifestations massives contre la violence policière et le racisme”, souligne le magazine économique.

Si les dirigeants noirs des grandes entreprises américaines se comptent sur les doigts d’une seule main, “ça ne s’améliore pas lorsqu’on regarde plus bas dans la hiérarchie”, poursuit le journal, qui cite Victor Ray, sociologue spécialiste des questions raciales à l’université de l’Iowa : “L’organigramme de la plupart des entreprises conventionnelles ressemble fort à ceux des plantations [exploitations agricoles où de très nombreux Africains-Américains ont été réduits en esclavage, dans le sud des États-Unis, jusqu’en 1865]. Les Noirs sont en bas de l’échelle.”

L’instauration de quotas en question

Alors, comment lutter efficacement contre ce problème ? s’interroge Bloomberg Businessweek. Ce qui est sûr, c’est qu’il faudra bien plus qu’un “engagement presque utopique” pour “atteindre une représentation juste”. C’est pourquoi le magazine explore la piste de “la coercition, ou pour être plus précis des quotas” :

Le mot provoque immédiatement un haussement de sourcils et hérisse le poil. Pour certains, il évoque une époque où les quotas étaient utilisés pour limiter l’embauche des Juifs et des personnes non blanches. Les chefs d’entreprise, qui se fondent sur les statistiques pour évaluer leur réussite, y deviennent allergiques lorsqu’elles concernent la race.”

Mais ces dernières semaines, le mouvement Black Lives Matter a sensiblement changé la donne, explique le média. Le 9 juin, la filiale nord-américaine du groupe allemand Adidas a par exemple annoncé qu’“au moins 30 % de ses futurs employés seraient noirs ou latinos” – il s’agit toutefois d’un simple objectif, et non d’un quota à proprement parler, précise le journal.

Or en matière d’égalité hommes-femmes, l’instauration de certains quotas a déjà commencé à faire ses preuves : la Californie, par exemple, a voté en 2018 une loi contraignant les entreprises cotées en Bourse et dont le siège social est dans cet État à avoir au moins une femme administratrice avant la fin de 2019. D’ici à la fin 2021, elles devront en compter au moins deux lorsque le conseil est composé de cinq personnes, et au moins trois, au-delà. Si la mesure était à l’origine impopulaire, elle a rencontré un franc succès. “Les femmes représentaient près de la moitié des nouveaux membres des conseils d’administration en Californie en 2019”, rapporte le titre.

Pour Bloomberg Businessweek, cette initiative a permis “ce qui est peut-être l’avancée la plus significative en termes de diversité ces dernières années”. Pour autant, nuance le média économique, “les quotas ne résoudront pas le racisme” et certaines problématiques ne disparaîtront pas avec leur instauration. Prenant l’exemple de la Norvège, où les femmes occupent aujourd’hui 42 % des sièges des conseils d’administration à la suite de l’instauration de quotas, le magazine souligne que “les hommes détiennent toujours la majorité du pouvoir exécutif”. De la même manière, une culture d’entreprise excluante à l’égard des Noirs peut perdurer malgré le fait qu’ils soient davantage embauchés : “Envoyer des personnes noires dans un environnement hostile n’est pas beaucoup mieux que de ne pas les embaucher du tout.”

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Engagement.

Contre le racisme, les entreprises américaines doivent passer des discours aux actes

Courrier international

De nombreuses entreprises ont été promptes à dénoncer les ravages du racisme et des violences policières aux États-Unis à la suite de la mort de George Floyd à Minneapolis. Mais la presse note qu’il existe un certain décalage entre les discours et la réalité des actions menées pas ces firmes.

L’indignation, le rejet du racisme, la condamnation des violences policières et les appels à l’unité forgent les prises de position, ces derniers jours, de nombreuses entreprises aux États-Unis. Un soutien aux manifestants qui devient nécessaire pour des firmes “sous forte pression” qui “vendent des biens et des services au grand public”, explique Quartz. “Le temps où elles pouvaient rester silencieuses sur des sujets de société essentiels est révolu depuis longtemps.”

Mais donner de la voix et faire des promesses ne suffit pas. Ainsi, le Los Angeles Times dresse une liste non exhaustive des entreprises de haute technologie dont les prises de position récentes détonnent avec la réalité quotidienne. Facebook est la première cible du quotidien californien.

La réalité derrière le discours

Depuis le samedi 30 mai, des employés s’opposent à leur patron, Mark Zuckerberg, qui a refusé de retirer du réseau social un message publié par Donald Trump. Le célèbre PDG s’est défendu en promettant un don pour soutenir la justice raciale dans le pays. Pourtant, “ce n’est pas la première fois que Facebook est accusée d’avoir ‘un problème avec les Noirs’”. En 2018, un salarié, raconte le Los Angeles Times, avait publié un texte dénonçant le traitement des utilisateurs noirs de Facebook ainsi que des discriminations subies par des employés noirs.

Même décalage chez Amazon, qui dénonce le “traitement brutal et inéquitable” que subissent les minorités noires, tout en étant partenaire de “200 services de police”, par l’intermédiaire de sa société de surveillance à domicile, Ring, qui encourage l’utilisation d’une application de surveillance de voisinage critiquée pour des “problèmes de profilage racial”. Le Los Angeles Times relève le même genre de contradictions pour Google, Nextdoor ou encore Reddit.

Les entreprises, loin du compte en matière d’intégration sociale

Au-delà de ce décalage, la presse s’interroge sur la capacité des entreprises à agir sur l’intégration sociale des minorités aux États-Unis. Car, comme le note Quartz, les multinationales sont loin d’être exemplaires en matière de diversité. Chez Nike, “si 22 % de l’ensemble des employés sont noirs, […] cette proportion se réduit au fur et à mesure qu’on monte dans la hiérarchie. Parmi les directeurs, 10 % sont noirs et 77 % blancs.” En 2019, les conseils d’administration d’“environ 37 %” des grandes entreprises composant l’indice boursier S & P 500 ne comptaient aucun membre noir, poursuit le média économique, citant une étude du magazine Black Enterprise.

CNN Business rappelle que, dans le classement des 500 premières entreprises américaines du magazine Fortune, quatre seulement ont un PDG noir. “La vraie diversité doit se refléter au sommet”, proclame la chaîne de télévision.

“Prendre des mesures significatives contre le racisme”

Cette promotion de la diversité aurait sûrement “plus d’effet qu’un tweet” déclare le site Mashable.

Le lien entre les violences policières contre les Noirs et un monde des hautes technologies plus juste et avec plus de diversité ne semble pas évident. Pourtant, il existe.”

Ce manque de diversité au sein des entreprises n’est que le résultat, selon le site d’actualité, de la manière dont les “institutions maintiennent les personnes de couleur à distance des chances économiques”. Pour Wired, cela montre la “difficulté pour l’industrie [de la tech] de rompre avec ses racines et avec son histoire, faite de produits fabriqués par un certain type de personnes pour un certain type de personnes.”

Ainsi, la Harvard Business Review appelle les entreprises américaines à prendre des “mesures significatives contre le racisme” et à aller au-delà des discours consolants et des promesses.

Voir par ailleurs:

[Vidéo] Un influenceur blanc britannique dit avoir subi 18 opérations pour devenir non-binaire coréen “transracial”

Le jeune homme affirme se sentir coréen, mais être né dans le mauvais corps. Il a provoqué une vague d’indignation en Corée du Sud.

Jusqu’où peut-on aller dans l’autodétermination de sa propre identité sexuelle et même ethnique ? L’influenceur Oli London a, lui, été jusqu’à de multiples interventions de chirurgie esthétique pour passer de son visage de jeune Britannique blanc à celui de Coréen « non-binaire ». Il a annoncé dans une vidéo, publiée samedi 26 juin, avoir achevé sa « transition » après une nouvelle intervention du visage, afin de se faire notamment lifter le front et brider les yeux. Une démarche qui a choqué de nombreuses personnes, y compris la communauté coréenne.

Insulte à la culture coréenne

« Salut les gars ! Je suis finalement devenu coréen. J’ai accompli ma transition », a-t-il déclaré. Sur le modèle des transgenres, il affirme avoir été « piégé dans le mauvais corps » depuis l’enfance, à savoir celui d’un Anglais blanc, alors qu’il se sent coréen et en revendique la culture. « C’est le pire des sentiments d’être ainsi piégé et de ne pas pouvoir être soi-même. Mais enfin je suis coréen. Je peux être moi-même ».

Oli London affirme avoir subi 18 interventions et dépensé plus de 125 000 euros pour en arriver à ce résultat. Cela fait désormais 6 ans qu’il a annoncé vouloir modifier son visage, avec pour modèle un chanteur de K-Pop, Park Ji-min, dont il a d’ailleurs décidé d’adopter le prénom. Il avait même été jusqu’à annoncer son mariage avec… une image en carton de l’artiste.

La volonté de l’influenceur de se décréter une origine ethnique avait été largement critiquée en Corée du Sud. Les médias locaux avaient notamment dénoncé une insulte envers leur culture, ou une « banalisation » de l’identité coréenne sous prétexte que celle-ci est « à la mode ».

Voir de plus:
Transracialisme : un influenceur blanc se fait opérer pour « devenir » coréen

Laure Coromines
30 juin 2021

Oli London, influenceur Instagram qui s’identifie en tant que Coréen, a dépensé près de 150 000 euros pour ressembler à son idole K-Pop. Et relancé au passage les débats autour du transracialisme.

Pour lui, c’était une évidence. Oli London est né dans le mauvais corps, celui d’un homme blanc britannique, alors que son moi profond est coréen. Au mois de juin, Oli London a fait son coming-out, celui d’une personne non-binaire coréenne. Après avoir subi 18 opérations de chirurgie esthétique étalées sur 8 ans pour avoir le physique le plus approchant possible de celui du chanteur Park Ji-Min du groupe BTS, iel a également repris le prénom de l’artiste. Alors qu’Oli alias Ji-Min se félicite de sa transition, les critiques enflamment les réseaux sociaux et les médias, relançant les discussions autour du transracialisme.

« Soyez qui vous voulez être »

Dans une vidéo YouTube, Oli London explique depuis son lit sa démarche : « Je sais que beaucoup de gens ne comprennent pas, mais je m’identifie en tant que Coréen, je ne m’identifie pas comme Britannique, et maintenant j’ai l’air Coréen, je me sens Coréen. (…) C’est ma culture, mon pays, (…), j’ai enfin eu le courage d’aller au bout de ma transition raciale, et j’en suis très heureux. (…) Pendant si longtemps je me suis senti prisonnier de mon corps. (…) J’ai vécu en Corée, je parle la langue (…) Si vous ne me connaissiez pas, vous penseriez que je suis Coréen, et non un homme ni une femme, juste une personne. (…) J’espère que cette vidéo encouragera d’autres jeunes à toujours faire ce qui les rend heureux dans la vie, c’est mon message, soyez qui vous voulez être. »

Suite à cette annonce, les critiques acérées pleuvent sur l’artiste qui se revendique désormais comme « le premier activiste transracial ». Oli London aka Ji-Min aurait même reçu en plus d’acerbes reproches (principalement de la part de « Blancs de gauche », selon iel) des centaines de menaces de mort.

En Corée, la transition fait ricaner, voire révolte franchement. Depuis plusieurs mois, Oli London est dans le collimateur de youtubeurs coréens qui accusent la jeune personne de fétichisation, d’appropriation culturelle, d’activisme performatif et d’exploitation, notamment à cause de la manière dont iel présente la Corée dans ses clips.

À ces critiques, Oli London oppose dans un tweet une question à laquelle il n’est guère aisé de répondre, et autour de laquelle philosophes et académiciens continuent de s’écharper.

« Si vous pouvez être transgenre, vous pouvez aussi être TRANSRACIAL. Pourquoi y a-t-il un tel double standard et une telle hypocrisie avec des gens qui me critiquent parce que je suis Coréen. C’est la même chose que quelqu’un qui est né dans le mauvais corps et veut devenir un homme ou une femme. Je suis effectivement né dans le mauvais corps ! »

L’affaire Dolezal et la question de l’identité raciale

En 2015, « l’affaire Dolezal » secoue les États-Unis. Au détour d’une interview filmée, le pays découvre que Rachel Dolezal, responsable d’une section locale de la NAACP, association de défense des Afro-Américains, n’est pas noire comme elle le prétend, mais blanche. Après des mois de polémique, Rachel sort en 2017 In full color, un ouvrage très mal accueilli par les communautés afro-américaines dans lequel elle affirme qu’être noire correspond à son identité. « Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur », affirme-t-elle alors.

Qu’en est-il alors ? Existe-t-il réellement des personnes « transraciales », au même titre qu’il existe des personnes « transgenres », nées avec un sexe biologique qui ne correspond pas à leur identité de genre ?

Comme le rappelle Slate dans son article très fouillé, la question divise, empêtrée dans des notions d’auto-identification, de doubles standards, d’héritage culturel et de privilèges. Et la réponse est loin d’être évidente, opposant frontalement journalistes, militants, sociologues et intellectuels de tous bords. En 2017 déjà, la philosophe Rebecca Tuvel avait déchaîné les foudres de 800 universitaires en publiant dans une revue académique l’article « En défense du transracialisme », rappelant que la race est de toute façon avant tout une construction sociale

À lire pour aller plus loin : Your face in mine, un roman de Jess Row sorti en 2014 racontant l’histoire d’un homme souffrant de « dysphorie raciale ».

Voir encore:

« Blanchité alimentaire »: Sciences Po sous le feu des critiques après les propos d’une chercheuse du CNRS

Le Figaro

Dans le cadre d’un séminaire organisé par Sciences Po Paris et l’Université de Nanterre, cette chercheuse a défendu le concept de «blanchité alimentaire» comme outil de «l’identité raciale dominante». L’école se défend, affirmant ne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière».

La gastronomie française, raciste? C’est ce qu’a expliqué une chercheuse dans une intervention qui suscite depuis la polémique sur les réseaux sociaux, à l’occasion de la «semaine doctorale intensive» organisée par l’École de Droit de l’Institut d’études politiques de Paris chaque année. «Le repas français est souvent représenté comme un rituel national auquel tous les citoyens peuvent participer à égalité», introduit-elle. Jusqu’ici, on ne saurait lui donner tort. Mathilde Cohen, chargée de recherche au CNRS mais également maître de conférences à l’université du Connecticut aux États-Unis, continue: «les habitudes alimentaires sont façonnées par les normes des classes moyennes supérieures blanches.»

La «blanchité alimentaire» participerait à «renforcer la blanchité comme identité raciale dominante», en s’imposant dans la société à l’aide du droit, si l’on en croit la chercheuse. Elle appuie son raisonnement sur deux exemples: d’un côté, les cantines scolaires établies aux XIXe siècle et justifiées par «un discours racialisé et eugéniste» auraient établi les «normes blanches et chrétiennes» comme normes par défaut. De l’autre, la nationalité française aurait été accordée en fonction de «perfomances blanches» dont font partie les habitudes alimentaires. «Les administrateurs coloniaux prêtaient attention aux modes de vie des postulants, y compris leurs habitudes alimentaires: mangeaient-ils du riz ou du pain? Mangeaient-ils au sol ou attablés?», poursuit la chercheuse. «Le droit contribue à marginaliser les minorités raciales et ethnologiques en accordant à la culture alimentaire blanche française le statut de régime alimentaire privilégié et juridiquement protégé», conclut-elle.

Pour terminer, Mathilde Cohen déplore que ce «problème» dépasse largement la France, car, souligne-t-elle, «la cuisine française est dans de nombreux pays un modèle de technique culinaire et de gastronomie.»

Sciences Po se défend

Des extraits de cette intervention ont été largement relayés sur les réseaux sociaux. Le logo de l’Institut d’études politiques de Paris, organisateur de l’événement, apparaît sur la vidéo en question, jetant le trouble sur une éventuelle approbation de ce discours par l’école. La séquence n’a pas manqué d’alimenter la polémique alors que le débat sur la prégnance de l’idéologie dite «woke» dans les universités françaises est plus que jamais d’actualité. Le député LR Eric Ciotti a par exemple regretté que l’école dont il est diplômé, «jadis d’ouverture et d’excellence, enseigne désormais des théories indigénistes, racialistes et totalement délirantes.»

Sciences Po a tenu à réagir sur Twitter en précisantne promouvoir «aucune théorie ni école de pensée particulière», soulignant que la chercheuse n’enseigne pas dans l’université parisienne. «Notre Université accueille, dans le cadre du débat scientifique, la pluralité des approches contemporaines des sciences humaines et sociales, dans le respect du cadre déontologique de la recherche». Le séminaire a accueilli «une cinquantaine de vidéos sur divers sujets», s’est défendu l’établissement.

Cette intervention controversée intervient après d’autres polémiques questionnant la place dans l’enseignement supérieur de cette idéologie «woke» venue d’Amérique. À la suite d’un article du Figaro paru en février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal avait demandé au CNRS – dont est issue Mathilde Cohen – de dresser un «bilan de l’ensemble des recherches» afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Si le travail est toujours en cours, un rapport a montré dernièrement l’hégémonie inquiétante du discours «racialiste» et «décoloniale» dans les facs.

En mai dernier, c’est l’organisation d’un «mois décolonial»  à Grenoble dont l’Université et l’IEP isérois étaient partenaires qui avait suscité la polémique. Sciences Po Grenoble avait demandé aux organisateurs «de retirer les marques de soutiens officiels de nos institutions».

Voir enfin:

Le transracialisme existe-t-il? (et pourquoi serait-il moins accepté que la transidentité?)

«L’affaire Dolezal» a mis sur le devant de la scène une question aussi intime que celle de l’identité de genre.

Kelly a perdu sa femme et sa fille dans un accident de voiture. Il revient à Baltimore, où il accepte un poste de manager dans une station de radio locale. Là-bas, sur le parking d’un supermarché asiatique, il croise un homme noir. Un étrange sentiment de familiarité le prend au corps. Cet homme-là, il le connaît, c’est certain. Mais impossible de dire qui il est précisément… «Kelly. Je parie que tu te demandes comment je connais ton nom. Kelly, c’est Martin.» L’homme s’approche, et alors le passé, soudain, ressurgit. Ce visage inconnu se superpose avec une figure ancienne. Celle d’un gringalet pâlichon, en Doc Martens et baggy noir, bassiste dans son groupe au lycée. Mais Martin était blanc. Il n’avait pas le même nez. Ni les mêmes cheveux. Ni l’air d’un Afro-Américain comme l’homme qui se tient en face de lui. «Chirurgie de réassignation raciale», lui répond Martin.

Dans Your face in mine, un roman sorti en 2014, raconte l’histoire fictive d’un homme qui souffre d’une maladie qui n’a sûrement encore jamais été diagnostiquée: «dysphorie raciale». Son identité intérieure n’est pas alignée sur son identité extérieure, ou sa «race», entendue dans tout cet article au sens sociologique (on est «racialisé» par autrui, par le regard et les attitudes des autres). À la manière des personnes trans. On a longtemps parlé en effet de «dysphorie de genre». Un terme clinique aujourd’hui délaissé pour sa connotation pathologique, au profit de l’expression «identité de genre».

Est-ce qu’on peut être noir ou noire de peau, et se sentir profondément blanc ou blanche, ou inversement, être blanc ou blanche de peau, et se sentir profondément noir ou noire? Un peu comme les personnes transgenres? Le roman de Jess Row, qui se situe dans un futur proche, soulève de profondes questions. Des questions d’autant plus troublantes qu’éclate aux États-Unis, à peine un an après sa parution, une affaire bien réelle: «l’affaire Dolezal».

«Cela a toujours été au fond de mon cœur»

Au moment où l’affaire éclate, Rachel Dolezal est responsable d’une section locale de la NAACP, l’une des plus anciennes associations de défense des personnes noires. Elle a les cheveux frisés, souvent attachés en tresses. Elle a la peau légèrement hâlée, portant parfois des tenues avec des motifs ethniques, comme cette robe. Elle se dit «noire», et personne ne remet en question cette affirmation. Lors du recensement, où aux États-Unis chaque personne auto-déclare sa «race», elle a coché des origines «blanches, noires et américano-indiennes» à la mairie de sa ville de résidence. Son combat est respecté. Rachel Dolezal est devenue une personnalité importante au sein de la communauté afro-américaine et du mouvement anti-raciste. Tout bascule pourtant lors d’une interview. Un journaliste lui montre la photo d’un homme noir que Rachel Dolezal a qualifié de «père» dans un post Facebook:
– Est-ce qu’il s’agit de votre père?
– Oui.
– Êtes-vous africaine-américaine?
– Que suggérez-vous par là? Je vous ai dit que c’était mon père.

Puis elle tourne les talons et s’enfuit. Rachel Dolezal a deux parents blancs, et n’a aucune origine afro-américaine.

Autour d’elle, beaucoup, beaucoup de gens ont été bernés. «Je me demande comment je n’ai rien vu», confie à Society un conseiller municipal. «Nous nous sentons manipulés», rapporte le journal local dans lequel elle écrivait. Rachel Dolezal a-t-elle monté ce bateau pour arracher un poste à la NAACP? Et pour obtenir un poste de professeure associée d’études africaines à l’université Eastern Washington? A-t-elle menti pour quelques privilèges? C’est ce qu’une partie des utilisateurs de réseaux sociaux et commentatrices suggèrent.

On aurait pu se contenter de cette explication, si l’histoire n’avait pas été un peu plus complexe. Car Rachel Dolezal n’est pas juste une personne mimant quelques attitudes afro-américaines et plaidant la mythomanie. Dans un livre, In full color, publié en 2017, elle affirme que noire est son identité profonde. «Je ne suis pas noire parce que je suis née noire, mais parce que c’est inné, cela a toujours été au fond de mon cœur», écrit-elle.

Rachel Dolezal naît dans une famille très religieuse, au terme d’un accouchement qui se passe très mal pour sa mère. «J’ai assimilé l’idée que j’avais commis une erreur ou bien que j’en étais une», explique-t-elle dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté. À l’adolescence, ses parents adoptent quatre enfants, dont trois noirs. Ils sont battus au fouet et au pistolet à colle, selon leur propre témoignage. Rachel Dolezal ressent un profond désir de protection de ses frères et sœurs, et dit alors avoir un «déclic»: «J’ai voulu établir un pont… alors j’ai consulté des livres sur l’histoire des Noirs, des romans, et tout ce qui était écrit par des auteurs noirs […] Grâce à mes frères et sœurs c’est comme si j’avais un prétexte légitime pour poursuivre l’appel de mon âme.»

Bande-annonce du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Quand elle dessine, ce sont des personnages noirs. Et lorsqu’elle peut enfin quitter le domicile familial où ses parents, selon ses dires, essaient de «l’exorciser» de son «identité noire», la voilà qui file vers le Sud, à Jackson, une ville à 80% noire. «Elle ne s’est pas réveillée un matin en disant “je vais être noire”, cela s’est fait graduellement», affirme son fils Franklin, dans le documentaire de Laura Brownson. «J’ai commencé à me sentir noire quand j’ai eu la garde d’Izaiah», son frère puis fils adoptif, se souvient-elle. «Izaiah ne voulait pas se sentir adopté, elle a choisi cette voie pour renforcer son sentiment d’appartenance», suggère son autre fils, Franklin. De ses deux frères, le premier reconnaît à Rachel une profonde identité noire. L’autre avance qu’elle «n’a jamais perdu la conscience d’être blanche».

«Chasse aux sorcières»

Entre les deux versions, laquelle est vraie? Rachel Dolezal est-elle une personne «transraciale», un peu comme il existe des personnes «transgenres», nées avec un sexe qui ne correspond pas à leur identité profonde de genre? C’est ainsi que se nomme l’intéressée, dans une interview à la NBC: «trans-noire», ce qui selon elle veut dire qu’elle n’est «pas née comme cela» mais que «c’est ce qu’[elle est] réellement». C’est depuis cette affaire que le mot «transracialisme» a pris ce sens, alors qu’il désignait avant aux États-Unis les enfants noirs adoptés par des familles blanches, ou inversement, les enfants blancs adoptés par des familles noires.

Sur les réseaux sociaux et dans le monde académique, le débat fait rage. «Dolezal a menti sur elle-même et elle continue de mentir. En tant que femme trans je n’ai pas envie d’être comparée à une menteuse», s’insurge la YouTubeuse noire et transgenre Kat Blaque. En avril 2017, la philosophe Rebecca Tuvel publie un article intitulé «En défense du transracialisme» dans une revue académique, qui suscite un vif débat. «Puisque nous devrions accepter les décisions des individus trans de changer de sexe, alors nous devrions aussi accepter les décisions des individus transraciaux de changer de race», argumente-t-elle, déclenchant une lettre ouverte de près de 800 universitaires qui demandent la suspension de la publication, et la démission de la rédactrice en chef de la revue. Jesse Singal du New York Magazine parle de chasse aux sorcières, et Glenn Greenwald, le journaliste qui a publié les révélations d’Edward Snowden sur la NSA, de «campagne hideuse».

«Bravo à Jesse Singal d’avoir dénoncé et discrédité cette campagne de salissage hideuse contre une professeure de philosophie.»

En France, les chercheurs et chercheuses que nous avons interrogées sont gênées aux entournures: «Le terme ne peut s’utiliser qu’avec précautions», confie Magali Bessone, professeure de philosophie politique à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, autrice en 2013 de Sans distinction de race? Une analyse critique du concept de race et de ses effets pratiques. «Ce n’est pas une catégorie que je mobiliserais, mais je ne dirai peut-être pas la même chose dans deux ans», nuance la politiste Audrey Célestine.

Et les militantes aussi: «Concernant la “transracialité”, je me permets de vous suggérer de ne pas utiliser ce terme car il crée une analogie injustifiée avec la transidentité», nous écrit une membre d’un collectif afro-féministe. «Une violente farce», une «non notion», une «errance raciste et essentialisante», juge Ketsia Mutombo, présidente et co-fondatrice de l’association Féministes contre le cyberharcèlement.

Transracialisme et «passing»

Mais d’abord, qu’entend-t-on par transracialisme? Les définitions données par les spécialistes que nous avons interviewées varient. «C’est le fait de passer d’une race à une autre», explique Magali Bessone. La philosophe définit le transracialisme comme une catégorie large, qui comprend par exemple le fait de passer de blanc à noir, tout comme le fait de passer de noir à blanc. Ce dernier phénomène est plus connu et fut utilisé par certaines personnes noires aux États-Unis durant la période de ségrégation constitutionnelle pour éviter les sanctions ou bénéficier d’avantages structurellement réservés aux Blancs. On l’appelle «passing». D’autres universitaires, comme Éric Fassin, choisissent de réserver le mot «transracialisme» au passage de blanc à noir: «C’est l’inverse du passing», déclare-t-il. On parle aussi parfois de passing inversé, justement pour désigner le passage de blanc à noir.

Le phénomène du passing a engendré toute une série de romans autour des années 1920 sur ce phénomène, les passing novels. Dans The autobiography of an ex-couloured man, publié en 1912, James Weldon Johnson raconte la vie d’un fils d’une mère noire et d’un riche homme blanc, qui réalise en entrant à l’école qu’il n’est pas considéré comme blanc. Moqué par ses camarades et par son professeur qui lui demande de ne pas s’asseoir sur des places réservées aux Blancs, il comprend le sort qui lui est réservé. Des années plus tard, il assiste au lynchage d’un homme noir et décide alors d’abandonner tout lien avec son passé pour «devenir» un homme blanc, et passer pour tel. Il renonce à sa mère et à sa famille maternelle. Ses enfants eux-mêmes croient qu’ils sont blancs. Il se dit heureux, mais le soir, lorsqu’il ouvre son manuscrit, «dernière trace d’un rêve évanoui», il ne peut s’empêcher de se dire qu’il a troqué son identité contre un «plat de lentilles».

James Weldon Johnson en 1932. | Carl Van Vechten via Wikimedia Commons License by

Le passing, aujourd’hui, prend des formes plus diffuses. On retrouve des réminiscences de ce phénomène dans les nombreuses échoppes du quartier de Château Rouge à Paris, qui proposent des crèmes à l’hydroquinone, pour blanchir l’épiderme et bercer les espoirs de femmes noires. On appelle aussi ce phénomène le «teint Hollywood», selon l’historien Pap Ndiaye, teint que sont soupçonnées d’avoir adopté de nombreuses stars comme Beyoncé ou encore l’acteur Denzel Washington. Quant à Michael Jackson, il a toujours affirmé être atteint de vitiligo, une maladie qui dépigmente la peau par endroits. Son dermatologue, Arnold Klein, a lui-même affirmé qu’il l’avait «rendu blanc parce qu’il était malade».

Outre blanchir sa peau, avoir un conjoint ou une conjointe blanche et des enfants métis est une autre façon de «passer», précise Pap Ndiaye. En Guadeloupe, les parents qui ont un enfant à peau plus claire sont encore parfois félicités, et l’enfant né qualifié de «po chapé», ce qui signifie «peau échappée, peau sauvée». «Comme dans les campagnes, on pouvait féliciter d’avoir eu un garçon plutôt qu’une fille», fait remarquer l’historien.

Dans tous les cas, le mot transracialisme semble revêtir une dimension plus psychologique, tandis que le passing a un caractère stratégique, de survie dans un monde de dominants. «Cette démarche procède d’une forme d’intelligence des hiérarchies sociales: ces personnes ne souhaitent pas devenir blanches, elles souhaitent rester noires avec la peau plus claire», explique Pap Ndiaye. «C’est un changement de race essentiellement effectué pour des raisons économiques», détaille Magali Bessone. «Le passing n’est qu’un calcul, ça n’est pas un enjeu identitaire, c’est un enjeu de survie», complète Audrey Celestine.

Le «plaisir» de basculer «de la majorité à la minorité»

Si l’on comprend largement les raisons qui poussent un individu à vouloir passer pour blanc –favoriser une carrière, être moins sujet aux discriminations voire à certaines époques aux violences ou même à l’esclavage–, le chemin inverse semble beaucoup moins évident. Certes, aux États-Unis, il peut y avoir des avantages à être racialisé, pour bénéficier de places à l’université par exemple. Ou lorsqu’on évolue dans le milieu musical, notamment dans le blues, «où être noir est un avantage, par une sorte d’inversion des normes communes», souligne Pap Ndiaye. «Armstrong, je ne suis pas noir / Je suis blanc de peau» chantait Nougaro.

Mais, socialement et économiquement, les désavantages sont bien plus nombreux, en raison des discriminations persistantes. Dans une étude publiée en 2013, des chercheuses ont pourtant montré que les personnes nées de couples bi-raciaux dont l’un est blanc, et l’autre noir, ont plutôt tendance à se déclarer comme noires. «Nous voyons un schéma inversé du passing par rapport à la période des lois Jim Crow [la période allant de 1876 à 1964, ndlr]», commentent les autrices de cette étude. Depuis les années 1960, dans le sillage du mouvement pour les droits civiques, ces personnes qu’en France on qualifierait de métisses s’affirment comme noires. D’abord parce qu’elles sont considérées comme noires par la société, mais aussi parce qu’elles le revendiquent. Parce qu’être noir n’est plus un objet de honte, mais au contraire, de fierté. Cette fierté entraînerait-elle, en parallèle, à mesure que s’affirment les minorités, certaines personnes blanches à désirer être non-blanches?

En France, c’est ce que suggèrent les recherches de Juliette Galonnier. Cette sociologue a travaillé sur les conversions à l’islam en France et aux États-Unis dans le cadre de sa thèse en sociologie soutenue en juin 2017, et a pu interroger plusieurs personnes qui ne s’identifiaient plus comme blanches, par rejet du groupe dominant. C’est le cas par exemple de Noémie*, une jeune femme originaire du Gers, qu’elle a rencontrée en 2014, alors qu’elle avait 27 ans. Noémie ne se sent «pas française» raconte-t-elle, à cause de «l’histoire de l’esclavage, de la colonisation» et des «discriminations», qui la détachent de cette identité-là. Mais elle va plus loin qu’un simple rejet de son identité française.

«Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile»

Au sortir de l’adolescence, captivée par un groupe de femmes portant le voile et discutant de féminisme musulman, elle commence à développer un réseau d’amis pratiquants. Elle se fascine alors pour la négritude et rencontre un jeune musulman originaire de Mauritanie. Un jour, en l’attendant à la sortie d’une mosquée, elle entend un appel à la prière, et sans savoir pourquoi, sans comprendre, se met à pleurer. Elle se convertit, quelques semaines après, à l’islam. Elle épouse ensuite son compagnon et commence à porter le voile.

Elle bascule alors aux yeux des gens selon ses propres mots «de la majorité à la minorité»: «En quoi ça me fait plaisir que ça rejaillisse sur moi? répond-t-elle à la chercheuse qui l’interroge sur les discriminations qu’elle subit, selon le texte des entretiens que Slate a pu consulter. Je suis plus prisonnière de cette identité de petite Blanche française dominante qui m’horripile, parce qu’elle correspond pas à ce que j’ai dans mon cœur».

Être perçu comme blanc ou noir, une question de couleur et de relations sociales

Cette histoire montre qu’être perçue comme une personne blanche ou noire dépend aussi d’un certain contexte culturel et social, même si cela ne peut être bien sûr totalement indépendant de facteurs génétiques et biologiques (le taux de mélanine par exemple). Les femmes blanches qui se mettent à porter le voile ou les hommes blancs qui arborent une grande barbe «sont exposés à de nouvelles catégorisations raciales comme arabes et maghrébins», explique Juliette Galonnier, tout simplement parce que les musulmans en France aujourd’hui viennent à 80% d’Afrique du Nord. «Les gens font de nouvelles hypothèses sur leur origines ethniques.»

Les exemples qui démontrent que la perception de la couleur de peau varie selon le contexte social, ou même historique, sont nombreux. On sait qu’à la fin du XVIIIe siècle, Benjamin Franklin, qui avait classé les humains en trois catégories, les «Noirs», les «Blancs» et les «Basanés», avait rangé les Suédoises et les Suédois chez… les Basanés, tout comme les Français et Françaises d’ailleurs. «Les Tchétchènes sont considérés comme noirs, parce que c’est un critère de dévalorisation… Et Malcolm X, quand il voyageait, s’était vu demander “pourquoi il s’intéressait tant aux Noirs”», raconte Pap Ndiaye. On sait aussi que les Irlandaises et Irlandais ont été associés aux Noirs aux États-Unis au XIXe siècle, parce qu’ils étaient pauvres et catholiques.

La militante Angela Davis raconte comment elle parvenait à pénétrer dans des boutiques interdites aux Noires en parlant français, tout comme au début du XXe siècle, les Noirs du Temple de la science maure d’Amérique, qui se définissaient comme musulmans, réussissaient à entrer dans des wagons réservés aux Blancs grâce à leur garde-robe (turban pour les femmes et fez pour les hommes). Ceux-là même qui se définissaient comme «maures» avant tout refusaient d’ailleurs de cocher la case «negro» sur les formulaires.

Le Temple de la science maure de Chicago en 1928. Noble Drew Ali, le fondateur de l’organisation est au centre du permier rang en blanc. | MrHarman via Wikimedia Commons License by

«La “race” mobilise deux caractéristiques: le phénotype et les relations de pouvoir. Et c’est dans la relation entre les deux que tout se joue», résume la philosophe Magali Bessone. «Les catégories de “blanc” ou “noir” existent dans un contexte social: être blanc ou noir en France c’est pas la même chose qu’aux États-Unis», abonde Audrey Célestine, qui elle-même a pu se rendre compte à quel point cette expérience varie. L’un de ses plus jeunes frères, à moitié algérien, et qu’on reconnaissait à Dunkerque comme quelqu’un d’origine maghrébine, s’est vu perçu comme un «blanc» à son arrivée en Guadeloupe, à un moment particulier où le territoire connaissait un état d’urgence, raconte-t-elle dans un livre publié en mai, Une famille française. «Aux Antilles, la blanchité ne se voit pas qu’à la couleur de peau mais aussi par la maîtrise du créole», commente la chercheuse.

«Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance africaine-américaine, son cas n’aurait pas suscité un tel scandale»

Dans What Blood Won’t Tell: A History of Race on Trial in America, une historienne américaine raconte les procès intentés au XIXe siècle par des esclaves pour essayer de prouver qu’ils étaient blancs. Ces procès tournaient moins autour de la fameuse «règle de la goutte de sang» («one-drop rule», la règle selon laquelle toute personne ayant un ancêtre noir était considérée comme noire) que des relations sociales ou encore de la «moralité» de ladite personne ou de son civisme.

Alors qu’au contraire, aujourd’hui une personne considérée comme très blanche de peau, et qui dans d’autres pays serait très clairement considérée comme blanche, peut s’identifier, puisqu’il s’agit d’une auto-déclaration, comme étant noire aux États-Unis, en vertu de la survivance dans les consciences de la «règle de la goutte de sang». «Si Rachel Dolezal avait effectivement eu une ascendance (même éloignée) africaine-américaine, il est très probable que son cas n’aurait pas suscité un tel scandale et qu’on lui aurait reconnu beaucoup plus facilement le droit de se définir comme noire», estime Solène Brun, doctorante à Sciences-Po qui travaille sur les frontières ethno-raciales et la construction des identités.

Être blanc, une question de privilèges

C’est à la lueur de ces expériences qu’on peut comprendre la réaction d’Arnaud Gauthier Fawas. Ce militant LGBT a fait rire internet et déchaîné des torrents de violence après ses propos sur le plateau d’Arrêt sur images, où il refusait d’être qualifié d’homme. Il refusait aussi d’être qualifié de blanc, malgré son apparence. Interpellé par un membre du collectif Stop au Pinkwashing qui déplorait «un plateau très blanc» (quatre personnes d’apparence masculine et blanches de peau), cet administrateur de l’Inter-LGBT a rétorqué que ce n’était pas le cas, parce qu’il a un parent libanais.

«C’est intéressant qu’on interroge tous nos propres stéréotypes autour de la table. Parce que sans même m’avoir posé la question, vous supposez que je suis un homme. Et seulement par mon apparence vous estimez que je suis blanc. La frontière de nos propres stéréotypes est plus fluide que ce qu’on peut penser», a-t-il plaidé.

D’une certaine manière, Arnaud Gauthier Fawas a raison. S’il est considéré comme blanc en France, il aurait très bien pu cocher une autre case aux États-Unis, et à coup sûr, sa remarque n’y aurait pas déclenché de telles réactions. Le cas de ce militant LGBT+ est bien différent de celui de Rachel Dolezal, mais interroge de la même manière: qu’est-ce qu’une ou un Blanc? Et qu’est-ce qu’une ou un Noir? Ou plus généralement, qu’est-ce qui fait qu’on est «racialisé»? Et peut-on choisir de se définir comme blanc ou noir, ou est-ce à la société de le faire?

Ce qui choque, dans ces deux exemples, a un certain rapport avec la notion de «privilèges». Peut-être qu’Arnaud Gauthier Fawas n’est pas blanc, selon une définition «génétique» ou «héréditaire» très américaine de la chose, mais puisqu’il est perçu comme tel la plupart du temps, il bénéficie largement des «privilèges» qui vont avec, c’est-à-dire qu’il n’écope pas des discriminations dont souffrent en France les personnes perçues comme arabes ou noires. Peut-être a-t-il déjà vécu du racisme lié à son ascendance libanaise, mais cette raison paraît un peu faible pour compenser le fait qu’il y a bien quatre hommes perçus comme blancs sur le plateau d’Arrêt sur images…

«Je sais que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut»

De même, la dissimulation de Rachel Dolezal, qu’elle relève initialement d’un sentiment sincère ou non, a irrité bon nombre de personnes qui ont jugé qu’elle n’avait pas subi des discriminations liées à sa couleur de peau dans son enfance, avant de «devenir» noire. Et surtout, que pouvoir choisir d’être noir ressemblait encore à un privilège de Blanc. «C’était facile pour les Blancs de l’accepter en tant qu’Afro-Américaine parce qu’elle leur ressemblait, contrairement à une femme plus basanée aux cheveux crépus… De nombreuses femmes noires avaient le même message et n’ont pas reçu le même soutien», assure Kitara Johnson, membre de la NAACP, dans le documentaire de Laura Brownson.

C’est aussi ce que répond l’un des convertis à l’islam interrogés par Juliette Galonnier, et qui ne s’identifie plus comme blanc: «J’ai essayé de m’enfuire de ma condition de Blanc et cherché à tout prix à ne pas être blanc. Je sais que ce n’est peut-être pas la bonne réaction, ou que c’est impossible, ou même que c’est un privilège de Blanc, de pouvoir essayer d’en réchapper et de faire ce qu’on veut», dit-il en riant à la chercheuse.

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Les critiques sur le «choix» de la couleur de peau et celles contre les personnes trans

Qu’en serait-il si chacun et chacune pouvait avoir entièrement la capacité à s’autodéfinir, sans trop de lien, ou un lien seulement faible, avec la réalité perçue et la réalité sociale vécue? Telle est la question que pose le geste d’Arnaud Gauthier Fawas, dont les implications ne sont pas sans difficultés. Au Brésil, les débats autour des quotas pour les citoyens et citoyennes noires de peau ont commencé à s’envenimer le jour où certains ont remarqué que davantage de personnes claires de peau postulaient. Voilà qui allait donc détruire une partie de l’effet recherché de ces politiques publiques… Les universités n’ont pas trouvé mieux, pendant un temps, que d’instaurer des «commissions de vérifications raciales», rappelant d’inquiétants souvenirs…

«L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine»

On retrouve le même type de critiques s’agissant des personnes transgenres, dans une frange minoritaire des milieux féministes, qui reprochent aux femmes transgenres de pouvoir «choisir» leur sexe sans avoir vécu l’oppression qui va avec (alors que l’identité de genre est bien plus souvent présentée comme une nécessité intérieure, et non un choix, par les personnes trans elles-mêmes). Au Royaume-Uni, quand les conservateurs britanniques ont soutenu une réforme du changement d’état civil pour les personnes trans passant par une simple déclaration, nombre de ces Terf, pour «trans exclusionary radical feminists», se sont insurgées, dénonçant une ruse pour leur piquer des places sur les listes électorales. «L’auto-identification qui consiste à affirmer “je suis qui j’affirme être” pue l’autorité et la suprématie masculine», ont tonné une dizaine de femmes du Labour, indiquant que 300 d’entre elles avaient quitté le parti à cause de ces nouvelles règles.

En France, ces positions ont moins d’audience dans les milieux féministes, mais elles existent, par exemple sous la plume d’une des figures du Mouvement de libération des femmes (MLF), Christine Delphy: «L’identité n’est pas quelque chose que l’on se forge tout seul, c’est quelque chose qui vous est imposé. […] Je pense que là-dedans il y a une négation de la réalité du genre, qui est quelque chose de social, et pas quelque chose de sexuel ou biologique. Et une négation de l’oppression des femmes», faisait valoir en mars la philosophe et sociologue dans l’émission «Vieille Branche» (à partir de 52’06):

Pourquoi les personnes «transraciales» sont-elles moins acceptées que les personnes transgenres?

Mais le regard sur la transidentité dans les milieux progressistes et féministes est très différent de celui sur le «transracialisme». Même si les personnes transgenres font l’objet d’une exclusion encore très forte au niveau social, les milieux progressistes et féministes prônent plutôt tolérance et compréhension à leur égard. La transidentité a récemment été retirée de la liste des maladies mentales, et fait l’objet de politiques publiques pour faciliter la vie des personnes trans. Il ne peut pas être encore question de politiques publiques s’agissant du transracialisme, phénomène ultra-minoritaire, dont on n’est même pas encore sûr qu’il ait une véritable existence, mais la réaction quant à ce phénomène en provenance de personnes issues de milieux progressistes voire universitaires interroge. Pourquoi le transracialisme n’est-il pas autant accepté que le transgenrisme?

Ce qui étonne dans la virulence des attaques contre Rachel Dolezal, c’est que la «race», comme concept, est communément admise comme étant fictive, comme n’ayant pas d’assise biologique, et c’est précisément pour cela que le transracialisme devrait, selon cette logique, moins choquer que le transgenrisme, alors que le sexe continue d’être perçu comme une chose biologique.

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur?»

Signe de ce deux poids, deux mesures, l’Assemblée nationale vient d’inscrire dans la Constitution l’interdiction de la «distinction de sexe», au moment même où elle en supprimait le mot «race». S’il y a moins de «race» que de «sexe», pourquoi n’accepterait-on pas une certaine forme de fluidité entre les couleurs de peau, tout comme on accepte que les personnes trans puissent se sentir nées dans le mauvais sexe? C’est l’interrogation du sociologue américian Rogers Brubaker, dans un livre qui a reçu énormément de critiques, Trans: Gender and Race in an Age of Unsettled Identities.

Rachel Dolezal a elle-même exploité cette comparaison, allant jusqu’à dire dans une interview avec la sociologue Ann Morning que le stigmate qui pèse sur les personnes «transraciales» serait plus grand, puisque, selon ses mots, «la fluidité de genre est plus largement acceptée que la fluidité de race».

«Si Rachel sent qu’elle est au fond d’elle-même une personne noire, qui suis-je pour dire qu’elle fait une erreur? Les races ont été créées par les Européens et ils avaient tort», affirme Albert Wilkerson, un homme que Rachel Dolezal appelle son «vrai» père, dans le documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté.

Double standard

Les arguments contre l’acceptation du transracialisme paraissent souvent faibles, et tombent assez facilement dès lors qu’on opère une comparaison avec la transidentité et qu’on regarde de près le cas de Rachel Dolezal. À ceux et celles qui lui reprochent d’avoir commis un «blackface» (soit de s’être approchée de cette pratique théâtrale au XIXe siècle dans laquelle des Blancs se grimaient en personnes de couleur pour en faire une caricature débile), on peut rétorquer que Rachel Dolezal est très loin de se moquer des Noirs. «Le black face est occasionnel, ce n’est pas la même chose que de vivre en Noir», acquiesce Éric Fassin.

Peut-on reprocher à Rachel Dolezal de s’être approprié une culture, à la manière de ces chaînes internationales de vêtements qui plagient purement et simplement les traditions de pays dans lesquels par ailleurs elles menacent le commerce local? L’«appropriation culturelle» est un problème lorsqu’elle est faite «sans aucune conscience ni lien dans leur épaisseur avec la culture dont le vêtement est issu», relève Pap Ndiaye. «Quel degré de mélanine faudrait-il avoir pour avoir le droit de s’habiller ainsi?» pointe aussi l’historien, soulignant par là les limites d’une telle critique appliquée aux individus.

Reproche-t-on à Rachel Dolezal d’accentuer les stéréotypes associés aux personnes noires, en adoptant des signes extérieurs à cette culture? Mais la même critique vaudrait alors pour les personnes trans, qui sont nombreuses, comme Caitlyn Jenner, à se délecter de longues robes et de talons hauts, réflexe qu’on peut comprendre simplement avec un peu d’humanité, puisque cet amour des signes féminins découle tout simplement du fait qu’ils leur ont été interdits pendant longtemps.

Quant au «luxe de s’autodéfinir» que s’octroieraient les personnes blanches, ce «privilège» qu’elles auraient de se choisir noires, il tombe là aussi à l’eau lorsqu’on opère une comparaison avec la transidentité: qui connaît un peu le sujet sait que les personnes trans ne «choisissent» pas pour la plupart leur genre, elles le vivent et l’ont pour la plupart toujours vécu pleinement, depuis l’enfance. Douloureusement.

Pour l’instant, puisque le sujet de la transracialité est encore totalement méconnu, il est très difficile de dire si les quelques cas relevés dans le monde ressortent d’une nécessité intérieure ou d’un choix délibéré. La biographie de Rachel Dolezal penche plutôt pour la première option.

Hérédité vs intimité

Une explication, plutôt qu’une justification, à ce double standard, tient sans doute à l’histoire des luttes féministes d’un côté, et antiracistes de l’autre. Comme le relève la docteure en sociologie Sarah Mazouz dans une recension du livre de Brubaker, les premières «ont affirmé la fluidité des catégories et la possible circulation d’une identité à une autre comme l’un des principaux instruments de remise en cause d’un ordre social genré et de ses hiérarchies», tandis que «le changement de race n’est pas un enjeu central des mouvements antiracistes».

La «race», par ailleurs, à l’inverse du genre, est «inscrite dans une hérédité. Elle implique des ancêtres, une généalogie et une histoire, ce qui n’est, dans les grands traits, pas le cas du genre», explique aussi Solène Brun. Comme dit plus haut, certaines personnes métisses sont très fières de se revendiquer noires, car elles s’inscrivent dans cette histoire de luttes, retournant le stigmate en un atout de fierté. Qu’on puisse leur dérober ceci leur paraît parfaitement insupportable. Le genre semble relever par contraste d’une dimension plus intime. «La race me semble engager davantage d’emblée des communautés et des relations socio-politiques», suggère Magali Bessone.

Capture d’écran du documentaire Rachel Dolezal, un portrait contrasté de Laura Brownson.

Si la transidentité est mieux acceptée (même si tout est relatif) dans les milieux féministes que le transracialisme, c’est peut-être aussi parce qu’il n’y a jamais vraiment eu, au fond, de «classe des femmes» solidairement unie contre la «classe des hommes», comme il y a eu une solidarité des Noirs contre l’oppression des Blancs. Parce que femmes et hommes ne peuvent vivre séparément, et ne l’ont jamais complètement fait, tandis qu’il a existé des quartiers complètement ségrégés, où Noirs et Blancs étaient séparés. Et parce que par conséquent une femme transgenre ou un homme transgenre ne peut être regardé –du moins par les femmes féministes– comme un «traître à sa classe», au même titre qu’un Noir ou un Blanc qui «passe» de l’autre côté pourrait l’être, à cause de cette histoire.

Il faut relire Simone de Beauvoir, au début du Deuxième Sexe, pour le comprendre: «Le prolétariat pourrait se proposer de massacrer la classe dirigeante, un Juif, un Noir fanatiques pourraient rêver d’accaparer le secret de la bombe atomique et de faire une humanité tout entière juive, tout entière noire: même en songe la femme ne peut exterminer les mâles. Le lien qui l’unit à ses oppresseurs n’est comparable à aucun autre».

«Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier.»

Mais comprendre n’est pas justifier, et il n’est pas sûr qu’un jour les arguments contre le transracialisme ne finissent par tomber, comme ceux qui ont longtemps érigé la transidentité en «abomination». Si le cas de Rachel Dolezal est largement regardé comme de la mythomanie pathologique, il n’est pas exclu qu’un jour ce regard change. «C’est comme si elle vivait dans un futur encore non avéré», a écrit à propos d’elle le New York Times Magazine.

Avons-nous aujourd’hui les lunettes pour voir le transracialisme? Rachel Dolezal est-elle une menteuse, ou une pionnière? «Dans cent ans, ceci sera aussi commun que de se faire refaire le nez. Mais il y a toujours quelqu’un qui vient en premier», affirme Martin, le personnage de Your face in mine. Il faudra sans doute encore attendre quelques années pour voir si cette prédiction est juste.


Racisme intercommunautaire: Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail (Beware: one systemic racism may hide another)

1 juin, 2021

Biden's old playbook won't end Israeli-Palestinian violence – Ya LibnanIl y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. (…) Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. (…) Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
ll ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes. Christiane Taubira
Pendant 800 ans, on vous a vendus comme du bétail. Employé algérien de restaurant (Cergy, France)
Tout le monde déteste les Versaillais ! À mort les fachos ! Manifestants communards (Paris)
On se serait cru 150 ans en arrière, c’est surréaliste. Monseigneur Denis Jachiet
On ne va pas s’allier avec le FN, c’est un parti de primates. Il est hors de question de discuter avec des primates. Claude Goasguen (UMP, Paris, 2011)
Ne laissez pas la grande primate de l’extrême goitre prendre le mouchoir … François Morel (France inter)
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
La Palestine est l’Afrique du Sud de notre génération. Si nous n’intervenons pas avec audace et courage pour mettre fin au projet impérialiste qui s’appelle Israël, nous sommes condamnés. Patrisse Cullors (cofondatrice de Black Lives Matter, Harvard, 2015)
Le racisme anti-Noirs continue aujourd’hui au Maghreb. La couleur de peau est toujours associée à un statut inférieur. Des tribus pratiquaient l’esclavagisme dans tout le Maghreb et c’est resté dans l’imaginaire collectif. [Mais il y a peu de recherches sur la question] Certains craignent d’être accusés de faire le jeu de l’Occident. Mehdi Alioua (sociologue marocain)
Parmi les réactions suscitées par la diffusion de la vidéo de CNN montrant une vente aux enchères de migrants subsahariens en Libye, la dénonciation d’un racisme anti-Noirs persistant dans les pays du Maghreb figure en bonne place. Si les situations n’y sont pas comparables à la barbarie observée en Libye, les communautés noires continuent toutefois d’y être victimes de mépris, de discriminations, voire d’agressions. En Algérie, il existe une forte présence de migrants subsahariens qui y restent de quelques mois à quelques années, comme une pause sur leur route vers l’Europe. Selon les associations locales, ils seraient près de 100 000. Vivant dans les périphéries des grandes villes, privés de statut légal, ces habitants « fantômes » occupent souvent des emplois à la journée dans le secteur de la construction. En octobre 2015, l’histoire de Marie-Simone, une migrante camerounaise d’une trentaine d’années, avait fait la « une » de la presse. Victime d’un viol collectif à Oran (ouest), elle avait eu le plus grand mal à se faire soigner et à porter plainte. En mars 2016, à Ouargla (centre), c’est le meurtre d’un Algérien poignardé par un migrant nigérien qui avait dégénéré en une véritable chasse aux migrants. Et les exemples ne manquent pas. (…) Au Maroc, de nombreux témoignages font aussi état d’un racisme latent. Celui-ci va de faits divers extrêmement violents – en 2014, trois migrants ont été tués à Boukhalef, un quartier périphérique de Tanger – à un racisme diffus. « Dans la rue, certains nous appellent Ebola », racontait un Camerounais rencontré en septembre à Tétouan (nord). (…) En Mauritanie, plus au sud, le racisme ne vise pas les migrants de passage mais une partie des citoyens mauritaniens, rappelant la situation d’un pays où les Maures blancs concentrent la majorité des pouvoirs au détriment des Haratine, descendants d’esclaves, et des Négro-Africains. L’esclavage y a été interdit en 1981. Son interdiction a même été inscrite dans la Constitution en 2012, mais la pratique reste courante. Mais c’est certainement dans la Tunisie post-révolutionnaire que l’évolution est la plus sensible. « Pendant longtemps, le sujet des Tunisiens noirs, traités comme des citoyens de seconde zone, a été un tabou », rappelle Houda Mzioudet, chercheuse et spécialiste des minorités en Tunisie. (…) En 2016, l’agression de trois étudiants congolais en plein centre-ville de Tunis avait à son tour créé un vif émoi. Aujourd’hui, la Tunisie s’apprête à adopter une loi criminalisant la discrimination raciale. « Ce serait la première loi de ce type dans le monde arabe », souligne Houda Mzioudet. Le Monde
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un degré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Pourquoi la question n’est-elle presque jamais posée : ′′ Quels sont les droits du peuple palestinien ? ′′Et pourquoi semblons-nous prendre note de la violence en Israël et en Palestine uniquement lorsque des roquettes tombent sur Israël ? (…) le conflit d’aujourd’hui n’a pas commencé avec ces roquettes. Les familles palestiniennes dans le quartier de Jérusalem de Sheikh Jarrah vivent sous la menace d’expulsion depuis de nombreuses années, naviguant dans un système juridique conçu pour faciliter leur déplacement forcé. Et au cours des dernières semaines, les colons extrémistes ont intensifié leurs efforts pour les expulser. Et, tragiquement, ces expulsions ne sont qu’une partie d’un système plus large d’oppression politique et économique. Depuis des années, nous avons assisté à une aggravation de l’occupation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et à un blocus continu sur Gaza qui rend la vie de plus en plus intolérable. (…) nous avons vu le gouvernement de Benjamin Netanyahu travailler à marginaliser et diaboliser les citoyens palestiniens d’Israël, à mener des politiques de colonisation conçues pour exclure la possibilité d’une solution à deux États et adopter des lois qui engendrent les inégalités systémiques entre les citoyens juifs et palestiniens israéliens. (…) Israël reste la seule autorité souveraine au pays d’Israël et de Palestine, et plutôt que de se préparer à la paix et à la justice, il a enraciné son contrôle inégal et antidémocratique. Plus d’une décennie de sa règle de droite en Israël, M. Netanyahu a cultivé un nationalisme raciste de plus en plus intolérant et autoritaire. Dans son effort effréné pour rester au pouvoir et éviter les poursuites judiciaires pour corruption, M. Netanyahu a légitimé ces forces, dont Itamar Ben Gvir et son parti extrémiste du pouvoir juif, en les faisant entrer dans le gouvernement. (…) les mensonges racistes qui attaquent les Palestiniens dans les rues de Jérusalem soient maintenant représentés à la Knesset. Ces tendances dangereuses ne sont pas propres à Israël. Partout dans le monde, en Europe, en Asie, en Amérique du Sud et ici aux États-Unis, nous avons vu la montée de mouvements nationalistes autoritaires similaires. Ces mouvements exploitent la haine ethnique et raciale pour construire le pouvoir pour une minorité de corrompus plutôt que la prospérité, la justice et la paix pour le plus grand nombre. Ces quatre dernières années, ces mouvements avaient un ami à la Maison Blanche. En même temps, nous assistons à la montée d’une nouvelle génération d’activistes qui veulent construire des sociétés basées sur les besoins humains et l’égalité politique. Nous avons vu ces militants dans les rues américaines l’été dernier à la suite du meurtre de George Floyd. Nous les voyons en Israël. Nous les voyons dans les territoires palestiniens. Avec un nouveau président, les États-Unis ont maintenant la possibilité de développer une nouvelle approche du monde – fondée sur la justice et la démocratie. (…) Au Moyen-Orient, où nous fournissons une aide de près de 4 milliards de dollars par an à Israël, nous ne pouvons plus être des apologistes du gouvernement de droite de Netanyahu et son comportement antidémocratique et raciste. (…) Cette approche doit reconnaître qu’Israël a le droit absolu de vivre dans la paix et la sécurité, tout comme les Palestiniens.(…) Nous devons reconnaître que les droits palestiniens sont importants. Les vies palestiniennes comptent. Bernie Sanders
St Louis sent me here to save lives. That means we oppose our money going to fund militarised policing, occupation and systems of violent oppression and trauma. We are anti-war, we are anti-occupation, and we are anti-apartheid. Period. Congresswoman Cori Bush
The shift is dramatic; it’s tectonic. There is a non-white population, particularly among Democrats, who are very sensitive to the treatment of fellow non-whites. They see Israel as an aggressor. They don’t know Israel’s early history and odds-defying triumph over adversity. They know post-Intifada; they know the various wars, the asymmetrical bombing that have taken place, the innocent civilians that have been killed. We’ve seen a steady growth in support for Palestinians, but it’s never really been a high-intensity issue. It’s becoming that. It’s becoming a major wedge issue, particularly among Democrats, driven by non-white voters and younger voters, by progressives in general. John Zogby
This moment is different. And it may prove a transformational one in the Palestinian struggle for freedom. Before the world’s attention shifted toward pushing for a cease-fire, Palestinians in Gaza, the West Bank, Jerusalem, inside Israel and in the diaspora had all mobilized simultaneously in a way unseen for decades. They are all working toward the same goal: breaking free from the shackles of Israel’s system of oppression. Reacting to growing Israeli restrictions in Jerusalem and the impending expulsion of Palestinians from their homes in the Jerusalem neighborhood of Sheikh Jarrah, Palestinians across the land who identified with the experience of being dispossessed by Israel rose up, together. Even now, as bombs fall on Gaza, they continue to do so. Palestinians are protesting in huge numbers in cities and towns throughout the land; hundreds of thousands took part in a general strike. With this unified movement, Palestinians have shown Israel that they cannot be ignored. (…) The energy of this moment represents an opportunity to wed Palestinian aspirations with a growing global consensus. According to a 2018 poll by the University of Maryland, 64 percent of Americans would support equal rights in a single state if the two-state solution fails. That number climbs to 78 percent among Democrats. Among scholars and experts on the Middle East, one recent poll found, 66 percent say there is a one-state reality. There is also a growing shift in mainstream organizations that have been hesitant to call for greater change: The Carnegie Endowment for International Peace recently released a report calling for a break from the two-state approach. Many diplomats and analysts around the world I have spoken to in recent years understand that the two-state solution is dead. Israel has killed it. When I ask why they don’t call for equal rights for Palestinians to end what is increasingly obviously a de facto apartheid system, they point out the official Palestinian position remains for a separate state. (…) The Palestinians have moved on, and many people in America and around the world are ready to do so, too. Yousef Munayyer (Arab Center Washington DC)
This is unprecedented. For decades, Jews have been able to walk around safely in most major cities without fear, without even considering hiding their kippot or Star of David necklaces. Jews used to be most afraid of being attacked by blacks, but over time that has become much less of an issue with the exception of the recent uptick of attacks in Brooklyn. Antisemitism has always been there but it definitely lessened. ADL statistics has seen it go down steadily since the 90s. But this is different than even the ’60s. Now Jews have to worry about gangs who are targeting them because they are Jews. Why have these Arab gangs suddenly become so emboldened to form posses to attack Jews? Because of the first group. The fine distinctions that Leftist Israel haters try to make between anti-Zionism and antisemitism are completely invisible to Arabs. They hate Israel because, not despite the fact, it is filled with Jews. Antisemitism is the entire source of the conflict. Their parents and preachers don’t teach them to hate Zionists but Jews. They look at their Jewish allies as tools and as dhimmis, not as role models. The attackers find strength in numbers, they see that they have the Left on their side, they are riled up by thousands of lies about Israel by speaker after speaker and tweet after tweet, they get validation from members of Congress and other liars and bigots who say that Israel is guilty of genocide and apartheid and ethnic cleansing, they are primed to violence from lurid and often faked photos of dead kids, they are whipped up into a frenzy from the hypnotic anti-Israel and antisemitic chants. And they are in large cities with lots of identifiable Jews all around, who must pay for these crimes. It is a recipe for violence. The Arab gangs are engaged in what they know best: terrorism. After all, the point of terrorism isn’t the attacks themselves but the feat that the attacks create among the targets. These Arabs are importing terror from their Middle Eastern cousins, doing everything they can to frighten Jews. They feel, correctly, that they have reached a critical mass with fellow Arabs in their respective Western countries. Crucially, they are being given cover by the secular Left, publishing articles that justify terror and the idea that Palestinians are justified in doing anything they want to Jews because all’s fair in « resistance. » Arabs are sensitive to being shamed. They have not acted like this before in America because the idea of wanton violence against Jews was shameful. Now, and their Leftist allies give them intellectual cover – and they will never, ever shame them. The Leftist anti-Zionists could shame them into stopping their attacks. They could make it clear that they want nothing to do with the antisemites. They could stand up and say that they will not be allies with Jew-haters and will not march with bigots. They could demand that mosques and Muslim leaders clearly denounce the attacks (they certainly will not do that on their own.) But these people who claim to speak truth to power will never, ever call out violence by Arabs They refuse to do that, because they are all about solidarity and allyship and, let’s face it, they don’t want to say anything negative about people of color who want to attack Jews. The Leftist enablers also know that the Arabs would turn on them next if they say anything negative about their antisemitism. Instead, the « progressives » issue weak statements against antisemitism and then return to their « From the river to the sea » chants to incite the next round of attacks. The only solution is to shame the attackers. The only people who can do that are tacitly condoning the attacks. This is a nearly perfect storm that is bringing up an entirely new class of Jew-hatred to America. Elder of zion
Vous ne pouvez pas étudier l’Histoire sur Instagram. Il n’y a tout simplement pas assez d’espace (…) Et si le Canada tirait 4 000 roquettes sur l’Amérique ? Ou le Mexique ? (…) C’est une autre chose que j’ai entendue ces deux dernières semaines, des mots comme ‘occupants’ et ‘colonisateurs’ et ‘apartheid’, dont je ne pense pas que les gens comprennent l’histoire. Les Juifs sont présents dans cette région du monde depuis environ 1200 avant l’ère commune, bien avant que le premier musulman ou le premier Arabe n’ait foulé la terre. (…) Bella Hadid et ses amies s’enfuiraient en hurlant vers Tel Aviv si elles devaient vivre un jour à Gaza. Bill Maher
One of the frustrations I had while I was off is that I was watching this war go on in Israel … and it was frustrating to me because there was no one on liberal media to defend Israel, really. We’ve become this country now that we’re kind of one-sided on this issue. And I’d also like to say off the bat I don’t think kids understand, and when I say kids I mean the younger generations – you can’t learn history from Instagram! ‘There’s just not enough space. (…) Well, Gaza fired 4,000 rockets into Israel. What would you say Israel should have done instead of what they did?’ (…) But they purposely put the rockets in civilian places. That’s their strategy. (..) The Jews have been in that area of the world since about 1200 B.C., way before the first Muslim or Arab walked the Earth. … I mean, Jerusalem was their capital. So if it’s who got there first, it’s not even close. (…) The Jews were the ones who were occupied by everybody; the Romans took over at some point and then the Persians and the Byzantines and then the Ottomans. So yes, there was colonization going on there. Beginning in the 19th century, they started to return to Palestine, which was never an Arab country. There was never a country called Palestine that was a distinct Arab country. Doesn’t it behoove the people who rejected the half a loaf and continue to attack … Hamas’s charter says they just want to wipe out Israel. Their negotiation position is ‘You all die. The two-state solution has been on the table a number of times. There could be an Arab capital in East Jerusalem now if Yasser Arafat had accepted that in 2003. He did not.’I mean, they have rejected this and went to war time and time agai. And, you know, as far as Gaza goes, it’s amazing to me that the progressives think that they’re being progressive by taking that side of it, the Bella Hadids of the world, these influencers. I just want to say in February of this year, a Hamas court ruled that a unmarried woman cannot travel in Gaza without the permission of a male guardian. Really? That’s where the progressives are? Bella Hadid and her friends would run screaming to Tel Aviv if they had to live in Gaza for one day. Bill Maher
Il est extrêmement important de comprendre le Hamas, le Hezbollah, comme des mouvements sociaux progressistes, de gauche, et qui font partie d’une gauche globale; cela ne nous empêche pas d’être critiques à l’égard de certaines dimensions de ces deux mouvements. Judith Butler (Berkeley, 2006)
Ce devait arriver tôt ou tard. La révolution identitaire, née dans les campus aux États-Unis avant de gagner la sphère publique et de déchirer les Américains, vient de franchir un pas de plus: avec la guerre de Gaza, elle a forcé les portes de la géopolitique en transposant les postulats de la «cancel culture» dans le domaine des relations internationales. La convergence des luttes entre le «wokisme» et le Hamas a de quoi laisser perplexe. L’un représente tout ce que l’autre abhorre et réciproquement. Les partisans de la rectitude politique vivent à des années-lumière d’une organisation terroriste, fondamentaliste, qui vouerait à la damnation éternelle la théorie du genre, les confessions intersectionnelles, la subordination de la nature à la culture ou la liberté de choisir son sexe. Certains esprits, pourtant, n’ont pas ménagé leurs efforts pour découvrir une parenté entre les guerriers de la gauche morale et les combattants islamistes du Moyen-Orient. (…) L’islamisme radical et la culture «woke» appartiennent à deux planètes différentes, mais il est certains traits familiers que l’un reconnaîtrait aisément chez l’autre. La volonté de subordonner la loi aux impératifs de la religion, dans un cas, de la morale dans l’autre. Une manière de concevoir la justice — et de l’appliquer — hors des règles du droit. Le refus aussi de la délibération, de la confrontation des opinions, puisque le dogme religieux, pas plus que les certitudes morales, ne sauraient être un objet de discussion. Enfin, l’essentialisation de l’autre, ici les sionistes et les Juifs, là les dominants blancs enfermés dans leur déterminisme. La critique d’Israël est depuis longtemps un trait constitutif de la gauche progressiste aux États-Unis. À mesure que la politique identitaire imprégnait la vie publique, il était inévitable qu’elle finisse un jour par pénétrer dans l’enceinte du Capitole et qu’une vision alternative du conflit israélo-palestinien rompe le consensus longtemps très favorable à l’État hébreu. Et c’est le Parti démocrate, dont l’aile radicale ne cesse de gagner du terrain, qui allait lui servir de relais. Le dernier cycle des violences au Proche-Orient a permis de vérifier cet infléchissement historique. Telle représentante démocrate à la Chambre qualifiait Israël d’ «État-apartheid», une autre d’ «État terroriste», une troisième dénonçait l’«injustice systémique» qu’il inflige aux Palestiniens. Beaucoup moins prévisible était la redéfinition d’un conflit national bientôt centenaire dans les termes de la justice raciale: Gaza n’était qu’un avatar de la tuerie de Ferguson (un jeune Noir abattu en 2014 par un policier blanc) et de la mort de George Floyd. À Londres, des manifestants scandaient «Palestine can’t breathe» (les mots de Georges Floyd avant de mourir) et «Palestinian Lives Matter». Pour les activistes de Black Lives Matter et leurs soutiens démocrates, l’incrimination d’Israël, comme celle du racisme blanc en Amérique ou ailleurs, participe du même combat moral, de la même libération globale de la parole. Cette assimilation singulière a obtenu en quelques jours un écho extraordinaire, de Washington à Hollywood, ralliant des sportifs, des artistes, des vedettes de la mode, des influenceurs dont l’audience sur les réseaux sociaux est énorme. Et son pouvoir d’intimidation paraît d’autant plus redoutable qu’il est formaté dans le langage familier de la justice victimaire. (…) c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout, dont l’État hébreu est l’une des principales cibles. (…) Les morts et les destructions à Gaza mobilisent des passions et des foules que d’autres tragédies d’une ampleur incomparable n’arrivent à remuer: ni la boucherie de la population syrienne par son président, ni les dizaines de milliers de victimes de la guerre au Yémen, ni la répression implacable des minorités musulmanes en Chine — laquelle n’a entraîné aucune attaque contre les quartiers chinois en Europe ou en Amérique. (…) Dans ce monde où chacun est assigné à son «identité originelle», les relations entre les communautés sont conçues en termes de rapports de domination, oppresseurs d’un côté, opprimés de l’autre, les premiers renvoyés à leur iniquité «systémique», les seconds à leur immuable condition victimaire. Nietzsche parlait de la loi du plus fort. La révolution identitaire consacre, elle, la raison du plus faible. La justice est du côté des faibles du fait de leur faiblesse. Et l’État d’Israël est condamnable du fait de sa puissance, comme l’est le «pouvoir blanc» en Amérique, coupable de sa supposée supériorité «systémique». La solidarité qu’éprouvent les militants de Black Lives Matter pour les Palestiniens procède de cette même dualité de la domination et de la sujétion. Et elle ne se laisse guère embarrasser par la réalité qui contrarie ses présomptions. Le Hamas a beau se réclamer de la charia, piétiner les droits des femmes, ou lancer 3500 roquettes visant des civils en Israël, il ne perd rien de l’immunité morale que lui confère son statut d’opprimé. Ici comme ailleurs, identitaires et racialistes se barricadent derrière le mur protecteur de l’ignorance volontaire, un «safe space» où l’on peut éviter de connaître ce que votre sensibilité vous intime de ne pas savoir. Curieuse époque. Les accords d’Abraham ont réconcilié l’État d’Israël avec nombre de pays arabes, au moment même où, en Occident, le gouvernement de la morale le voue à la proscription. Ran Halévi
On s’en souvient peut-être encore: interpellé par Donald Trump en débat lors des élections présidentielles américaines, qui lui demandait de condamner la mouvance «antifa», Joe Biden a répondu un peu étrangement en déclarant que ce qu’on appelle «antifa» ne serait pas une mouvance, encore moins une organisation, mais une idée. On a trouvé, au cours des dernières années, de nombreuses figures politiques pour répondre la même chose. Elles se drapent souvent dans la vertu en demandant comment on peut s’opposer à ceux qui s’opposent au fascisme. Ce n’était pourtant pas la première fois que Donald Trump s’inquiétait de la vigueur de cette mouvance, au point d’avoir laissé entendre qu’il la décréterait terroriste. (…) les «antifas» ont pris beaucoup de place ces dernières années, quand leurs milices se sont emparées des rues américaines, en radicalisant plusieurs émeutes au nom de la «justice raciale», au point de les pousser, à la manière d’un mouvement agitateur, jusqu’à l’émeute. (…) Mais si les «antifas» ne sont pas rassemblés autour d’une structure ferme centralisée, on aurait tort de les croire désorganisés. Au cœur de leur «antifascisme», on trouve une définition fantasmée du fascisme, qui n’a à peu près rien à voir avec le fascisme historique. Le fascisme se confond, à lire cette propagande, avec la démocratie libérale et le capitalisme, qui serviraient surtout à le masquer. De manière imagée, on dira que le fascisme est intrinsèquement lié, pour eux, à la structure même des sociétés occidentales. Partout, ils fantasment le racisme et le suprémacisme blanc. C’est ce qu’oublient souvent ceux qui parlent de cette mouvance avec complaisance. En reconnaissant aux «antifas» le droit de brandir l’étendard de l’antifascisme sans le leur contester, ils endossent la définition qu’ils en donnent, et leur accordent, quoique implicitement, une fonction légitime dans l’organisation de la cité. Ce qui distingue les «antifas», c’est un usage revendiqué de la violence. Leurs théoriciens parlent franchement: il s’agit de créer un environnement où les idées qu’ils réprouvent ne pourront plus s’exprimer. Il s’agit d’une violence sinon autorisée, à tout le moins tolérée par les pouvoirs publics, comme en témoigne Ngo, qui montre à quel point les activistes et émeutiers «antifas» sont rarement punis pour leurs actes, et sont même souvent relâchés lorsqu’ils sont pour un temps arrêtés. À Portland et à Seattle, ces dernières années, les «antifas» se sont emparés d’un morceau de territoire, décrétés ZAD libérée des États-Unis, et transformés en quelques jours en bidonvilles totalitaires. Les autorités municipales se montrèrent globalement tolérantes envers ceux qui occupaient des territoires de leurs villes. Les «antifas», jamais, ne risquent la dissolution. (…)Une étrange rumeur veut que les «antifas», derrière leurs cagoules, soient composés de jeunes gens issus de la bourgeoisie, qui iraient s’encanailler en jouant à la révolution. Le portrait est beaucoup plus complexe. Si on en trouve dans leurs rangs, ces derniers attirent surtout des jeunes esprits psychiquement troublés, socialement fragilisés, à la manière d’un lumpenprolétariat identitaire de la postmodernité. Ils trouvent dans l’engagement «antifa» une forme de rédemption révolutionnaire: dès lors qu’il enfile sa cagoule et défonce sa première vitrine, le jeune converti se sent promu dans l’avant-garde révolutionnaire. La mouvance «antifa» désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir. Leurs théoriciens affichent leur dessein: il s’agit de terroriser leurs ennemis en les agressant, physiquement, s’il le faut, tout en présentant leurs actions comme des gestes d’autodéfense contre «l’extrême droite». En fait, ils se comportent comme une milice visant à créer un climat de terreur pour rendre impossible l’expression d’une dissidence contre l’idéologie diversitaire. (…) sans même en être conscients, ils servent l’air du temps, abattent ses ennemis, les molestent, un peu comme la SA de notre époque troublée. Mathieu Bock-Côté
La traite négrière ne fut pas l’apanage des Européens en Amérique ; les navigateurs arabes ont aussi contribué à l’effrayant commerce, laissant dans leur sillage de somptueux métissages musicaux, tarab de Zanzibar, chants nubiens d’Egypte ou fakirs errants indiens. Aussi beau que le blues, le jazz, la samba ou la salsa, nés également de l’esclavage, de l’autre côté de l’Atlantique. Télérama
Dangereuses et répétées, les élucubrations d’un Dieudonné, relatives aux rapports entre traite des Noirs et Shoah, suscitent un émoi justifié. Peut-être ne s’est-on pas suffisamment penché sur les raisons facilitant un tel détournement de l’histoire négrière. Pourquoi est-il apparemment si facile de dire n’importe quoi à propos de cet épisode si tragique de l’histoire de l’humanité ? La raison fondamentale réside dans le fait qu’il ne constitue toujours pas un véritable objet d’histoire. Aprement discutées à partir de la fin du XVIIIe siècle, à l’époque où abolitionnistes et négriers s’affrontaient, les traites négrières devinrent un enjeu politique avant même d’être érigées en objet historique. De cette époque demeure une tendance à ne les appréhender qu’à partir d’une approche morale. Le racisme, la colonisation, le tiers-mondisme, le fait que nombre de pays d’Afrique noire dérivent aujourd’hui aux marges lointaines du monde riche n’ont fait que renforcer l’approche moralisante. Au poncif raciste blanc – l’Occident civilisé face aux sauvages noirs – a succédé l’image tout aussi déformée de bourreaux uniquement blancs face à des Noirs uniquement victimes. Mais l’inversion ainsi opérée n’a nullement remis en cause la manière, essentiellement morale, d’appréhender les traites négrières. Dans l’affaire, les errements d’une certaine gauche tiers-mondiste ont été aussi préjudiciables que ceux de mouvements antérieurs, que certains qualifieraient aujourd’hui de « réactionnaires ». Analyser les traites du passé à travers le prisme d’une vision à la fois contemporaine et moralisante des rapports Nord-Sud est en effet tout aussi dangereux. Un piège dans lequel Yves Benot, qui nous a malheureusement quittés cette année, était tombé. Comparant certains de ses textes, on pourrait croire que les marchandises de la traite occidentale (en direction des Amériques) et celles de la traite orientale (en direction de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient) étaient assez comparables. Le jugement (c’en est un) auquel il aboutissait était pourtant complètement opposé. La traite occidentale était rangée dans la catégorie des échanges inégaux, et même complètement inégaux, la seconde ressortissait quasiment du type de l’échange équitable. Le danger d’une telle démarche est de comparer pour juger, et non pour comprendre, tâche du scientifique. Il est d’ouvrir la porte à une sorte de compétition dont l’objectif serait de déterminer quel trafic est le plus abominable, quelles souffrances sont les plus importantes, et, finalement, quels « responsables » sont à placer sur le banc des accusés. Avec l’affaire Dieudonné, nous sommes précisément dans la tentative d’établir une putative échelle de Richter des souffrances et des responsabilités, avec une sorte de « challenge » entre la tragédie négrière et celle de la Shoah. (…) Que faudrait-il faire pour éviter que des mensonges aussi grossiers que ceux de Dieudonné (car les juifs ne sont nullement « responsables » des traites négrières) puissent trouver un écho ? En premier lieu, il faudrait comprendre que ces traites ne renvoient pas seulement à une question de morale. Comprendre qu’il s’agit d’une histoire complexe, loin de tout manichéisme, constituerait également un grand progrès. (…) Ce qui permet de battre en brèche de nombreux clichés. Il en va ainsi de l’idée selon laquelle ces traites seraient entièrement solubles dans le fameux « trafic triangulaire » Afrique-Europe-Amériques. On sait maintenant que le premier port atlantique, en importance, fut Rio de Janeiro, et non Liverpool. Si les Portugais, les Anglais et les Français dominèrent la traite atlantique au XVIIIe siècle, ce fut le tour des Brésiliens au siècle suivant. Or, du Brésil à l’Afrique, et retour, il n’est aucun triangle. Au total, 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques entre 1450 et 1867. Les traites orientales, elles, conduisirent à la déportation d’environ 17 millions de personnes (avec une marge d’erreur de plus ou moins 25 %) entre les années 650 et 1920. A quoi il faut ajouter les traites internes, destinées à alimenter en captifs les sociétés esclavagistes de l’Afrique noire précoloniale. On pense que 14 millions de personnes furent ainsi également déportées, toujours de 650 à 1920. Le fameux « trafic triangulaire » ne renvoie donc qu’à une partie de l’une des trois traites négrières de l’histoire. Complexité et nuances sont aussi de mise du côté des acteurs de ces traites, largement organisées sur le mode de l’échange, marchand ou tributaire. Au mythe d’esclaves razziés par les Européens doit se substituer l’idée d’un commerce entre négriers occidentaux, orientaux et noirs, chacun cherchant à trafiquer au mieux de ses intérêts. D’où l’inanité d’un autre poncif, celui de la « pacotille » relatif aux marchandises de traite. Ce terme est aujourd’hui synonyme de chose de faible valeur. Dans le passé, du côté occidental, il définissait un ensemble de produits, sans préjuger de leur valeur. Parmi ceux-ci, nombreux étaient relativement chers, comme les textiles. D’autres, apparemment insignifiants, comme les cauris, pouvaient jouer un rôle essentiel. Ces coquilles de gastéropodes furent massivement introduites en Afrique noire précoloniale où elles remplissaient un rôle d’équivalent monétaire. C’est aussi en fonction de leur valeur d’usage en Afrique noire que les marchandises de traite doivent être estimées. Dans l’affaire, les courtiers noirs n’étaient nullement des êtres naïfs acceptant de déporter des hommes contre des babioles, comme des racistes blancs du XIXe siècle ont pu souhaiter le faire croire. Jamais n’importe quelle marchandise ne pourra évidemment valoir la vie d’un seul homme. Mais se réduire à une perception morale des traites négrières, c’est se condamner à ne rien comprendre des logiques ayant permis leur essor. (…) Il est aussi important de saisir que les Occidentaux, Orientaux ou Africains d’aujourd’hui ne sont nullement responsables des crimes commis par quelques-uns de leurs ancêtres, et qu’il ne sert à rien de monter certaines communautés les unes contre les autres. Comme l’écrivait Edouard Glissant, à propos de l’esclavage, le travail de mémoire ne doit pas conduire au ressassement du passé. C’est à une mémoire-dépassement de ce passé qu’il faut œuvrer.  Olivier Pétré-Grenouilleau
Jusqu’ici – mais la vulgate perdure – les synthèses à propos de l’Afrique se limitaient ordinairement à une seule traite: la traite européenne atlantique entre l’Afrique et les Amériques, du XVe siècle à la première partie du XIXe siècle. En fait, jusqu’à la seconde moitié de ce siècle puisque l’abolition ne met pas fin à la traite qui se poursuit illégalement. Or, le trafic ne s’est borné ni à ces quatre siècles convenus ni à l’Atlantique. La traite des Africains noirs a été pratiquée dans l’Antiquité et au Moyen Age; elle s’est prolongée jusqu’au XXe siècle et se manifeste encore sous divers avatars en ce début de XXIe siècle; elle s’est étendue à l’océan indien et au-delà; elle a été le fait non seulement des Européens, mais des Arabes et des Africains eux-mêmes. Pourtant, le programme de « La Route de l’esclave », élaboré par l’UNESCO et qui visait à briser le silence historique et scientifique observé sur la traite, véhicule, pour des raisons idéologiques (sous la pression des représentants du monde et des états africains), les mêmes distorsions. En effet, l’emploi du singulier (« La Route ») exclut de la reconnaissance et de la construction mémorielle aussi bien la traite interne à l’Afrique, la plus occultée, que les routes transsaharienne et orientale et montre à quel point l’histoire des traites est aujourd’hui un enjeu politique, en raison principalement des réparations que seul le Nord, parmi les régions impliquées, se devrait de verser. Roger Botte
The academy is a different place today than it was only a year ago and was different a year ago than it was five years before. Terror and dread fill academic workers, professors, and staff alike, and it is everywhere. (…) These two sentiments, dread married to virtue, constitute to my mind the affective embodiment of progressive ideology prevalent among white liberals as developed in its most privileged space: academia. They are typical. They are two faces of the same coin: flip and you see dread, flip again and you see virtue. (…) Progressive liberals are blind to the fact that there is a regime take-over apace everywhere in academic institutions. A new ruling elite is taking over academic institutions by using its “minority status” to exercise a “soft” coup and is appealing to the minoritarianism of progressive ideology to legitimize its coup—or, if you like, to “manufacture consent.” I will call the adherents of this ideology the “progressoriat.” The reason that challenging any aspect of this dominant ideology is taboo is because it leaves you vulnerable to the charge that you are uncomfortable with the project of empowering minorities—not just the transfers of power from traditional elites to historically disadvantaged groups that has already begun to take place in the academy, but further transfers of power. The only acceptable response when confronted by any aspect of the ideology that has facilitated this coup is to enthusiastically endorse it—to celebrate it. If you’re not a minority, anything less risks being interpreted as dread at the prospect of your own imminent loss of status—or, if you are, as evidence that your soul has been “colonized” by white supremacists. As I said, virtue as the other side of dread. The position of the progressoriat in relation to this coup is akin to that of communist activists in relation to a communist takeover. At first they see it as representing what they always fought for; then with time they find themselves having to decide whether its first atrocity is to be criticized or understood as necessary; then, when the next atrocity takes place, they feel they must tolerate it because they didn’t object to the first atrocity and, before long, a time comes when any objection can only be made at a huge cost to themselves. The unfolding history of the new coup is being written every day across the domain of academic institutions in the US as the progressoriat watch muffled, hesitant objecting in private, and then, when someone makes their reservations public, finding themselves at risk of being suspended or losing their jobs. The new elite taking over academic institutions has at its disposal an arsenal of tools to perpetuate its rule. It not only postures as representative of others in the way communists did—the “intelligentsia” representing the worker or the peasant in the latter’s case and representing victim groups in the former’s. The new elite can also represent itself as victims, an opportunity even communists would have baulked at. Members of the new elite have no hesitation at weaponizing their feelings, silencing opponents by claiming they’ve offended them. And, of course, such claims are readily accepted by the progressoriat because of their acceptance that minorities are necessarily oppressed. In this way, the new power elite can present itself as being victims, as well as representing victims. In other words, it has the power to make itself The Cause. This is why the insistence on the ubiquity of unconscious bias is important: it allows the new elite to consolidate their status by continually self-referencing as victims. Bias being everywhere means that the new ruling class, in spite of having seized power, can continue to present themselves as being oppressed. By constantly claiming to be offended, triggering Pavlovian apologies and vows to “do better” from the progressoriat, who appear to have endless reservoirs of self-abnegation, the new elite establishes rituals that renew its rule and solicit ongoing consent to this rule. The ranks of this new ruling class are refreshed by immigrant academics who come to understand themselves in the way progressivism understands them: as minorities who can also act victim-like if they want—a precious endowment in the cultural academic market. Intersectionality awaits to welcome them and give them a warm hug. They can be treated on principle as black-adjacent. To do that, they quickly learn that they have to concede leadership to their black colleagues as having the greatest claim to victimhood. If they don’t play the victim card, they throw away valuable currency when it comes to shinning up the academy’s greasy pole. A colleague of mine commented that I was wasting precious victimhood resources by refusing to sign the statement by non black faculty: Muslim, Palestinian, woman, dadidadida. This is the cleverness of minoritarian rule: a coalition of minorities that, collectively, form a majority but that is nevertheless always able to invoke its minoritatian status to preserve its power. Power is presented as the absence of power to preserve actual power. The progressoriat are unable to talk about their impending demise because they have already used their own institutional power over decades to drive away conservatives. They turned their academic institution into a partisan echo chamber. Residing in an echo chamber only increases your moral certitude. Now they are being given a taste of their own brutal medicine. Meantime, the new elite is acting ruthlessly and impatiently and is only happy with declarations of complete submission. Any sign of hesitation on the part of a signatory—”Maybe we should talk about free speech too?”—is met with expressions of exasperation by the all-powerful members of the victim minority faculty. No hesitation or nuance is allowed: nothing but unequivocal loyalty oaths. The progressoriat can only repeat, “I believe in the cause. I believe. I believe. Believe me I believe.” If this echoes a Maoist take-over, that’s because it is. It passes the sniff test. Student activists sniffing a transfer of power are pushing it as far as they can, understanding it as part of a general generational take-over of elite institutions. Today’s students show little interest in free speech and appear more interested in moral point-scoring, especially graduate students. Polls show young academics pumped up more on moral steroids than intellectual ones. Why stop when you are winning? The situation is in flux which opens the door for moral entrepreneurs to up the ante. Some enterprising students at Georgetown Law complained to Slate magazine that the dean allowed the Federalist Society to host an event on a multi-racial working class by “three white men.” Moral entrepreneurship means that what it is to be racist is being redefined daily with someone’s demise—an ongoing post-fact articulation of the definition of “bias”—and why not declare conservatism racist while you’re at it? The new elite in academia is part of a more general phenomenon of the rise of the technocrats who have found a home in the Democratic Party so that academic institutions, who produce these technocrats, are now the direct and unmediated suppliers of a political class whose educated credentials are its claim to rule. Academia has not only become without rival the incubating center of ruling class entitlement—and acts as a result as an extended arm of the Democratic Party—but it has also refashioned itself after the party. Like the latter, the academy acts like a council of elders managing various ethnic tribes residing under its jurisdiction. Note the rush to get out a statement when a minority group has been under assault: a group of sex workers are shot by a sex addict and the President of Harvard rushes out a statement opposing anti-Asian racism (and blaming Trump) because the killer was white and the victims Asians. So did Biden. Technocrats of virtue responding to lobbies of virtue. The rise of the technocrat is itself reflective of the shift in US liberalism to diversity liberalism. Global capital disenfranchised the white working class by moving its investments overseas and replacing it with a diverse workforce recruited globally through lax enforcement of immigration rules. Technocratic managerialism armed with diversity liberalism is the way global capital rules. Because the white working class has lost power in the process it has to be continually depicted as having earned its demise. It has earned it by being morally compromised: in Hillary Clinton’s words, “the basket of deplorables.” Black elites coming to power as part of this shift feel comfortable exercising class dominance by deriding the white working class as racist. The continual invocation of the storming of the capitol as an expression of white supremacy is par for the course. In Bobos In Paradise: The New Upper Class and How They Got there (2000), David Brooks describes the displacement of the WASPs as the dominant ethnic group in the US with the introduction in the early 60s of “merit” as the primary criterion of admission to universities, especially the Ivies. The new criterion was introduced by WASPs themselves, thus paving the way to their own demise and conceding power to a new emergent group that found its own flourishing within “merit”: the high-performing Jew. This led, a generation later, according to Brooks, to the rise of the Bobos (the bourgeois bohemians) as the new cultural and economic elite. They were bourgeois because they had acquired great riches given the demand for educated labor in the new global economy they had helped create—but they were also bohemian because they imbibed the modernist progressivist values of their Ivy League professors. In other words, like their predecessors, they laid the groundwork for their own destruction by embracing the ideology that evolved into the identity politics of the 90s. The academic Bobos are now being displaced. Like the WASPs before them, they have written the script of their own demise—in their case, through a dedicated investment in the rise of the minority academic. The progressive ideology they subscribed to left them with no tools to resist their impending fall. What should we call the new elite? The Bobus—the bourgeois bureaucrats? They are bourgeois because they’ve benefitted from the rise in demand for their representative labor in the market of diversity liberalism; and bureaucratic because they have devised the rules enshrining various speech codes and policies that buttress their power. The bohemian questioning of conventional morality, and the drive for experimentation, have been replaced by the stern bureaucrat enforcing a new morality, with its demand for penance for past sins. When I protested to the faculty diversity trainer, a law professor from the West Coast, that the real minority at Georgetown Law are the conservative students who have been telling me about how isolated and beleaguered they feel, especially with the flood of emails from the administration when Trump was in office denouncing racism, without defining what it is or indeed giving a single account of a racist incident, she quipped, “They don’t have to be at Georgetown. They can go to Notre Dame! Lama Abu Odeh
Quand cet incident a eu lieu, mes étudiants voulaient en parler, certains ont demandé pourquoi cette enseignante avait été contrainte à la démission. Je leur ai dit que notre conversation était enregistrée, et qu’il fallait faire attention, que nous sommes dans une société où l’on doit prendre garde à ce que l’on dit, et que j’étais désolée de cet état de choses. Les professeurs ne sont pas protégés par la direction de l’université. Un incident comme celui de Georgetown est un message adressé à chaque professeur: voici ce qui peut vous arriver si vous dites ce qu’il ne faut pas. Et une fois que vous serez qualifié de raciste, personne ne vous soutiendra. Tout le monde dans les universités est terrifié. Toute votre existence professionnelle est entre leurs mains, votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain, vous pouvez tout perdre. Lama Abu-Odeh (professeur de droit à Georgetown)
C’est une nouvelle élite dirigeante qui s’empare des institutions universitaires en utilisant son statut de minorité contre laquelle les libéraux progressistes sont impuissants à lutter, même quand leurs principes fondamentaux sont foulés aux pieds. Un de mes collègues a fait remarquer que je gaspillais de précieuses ressources de victimisation en refusant de signer la déclaration des professeurs non noirs en tant que musulmane, palestinienne, femme, blablabla. C’est là toute l’ingéniosité du régime minoritaire: une coalition de minorités qui, collectivement, forment une majorité, mais qui est néanmoins toujours en mesure d’invoquer son statut de minorité pour préserver son pouvoir. Le pouvoir est présenté comme l’absence de pouvoir pour préserver le pouvoir réel. Lama Abu-Odeh (professeur de droit à Georgetown)
Ces nouveaux militants ne ressemblent pas aux activistes traditionnels, tel que je l’étais moi-même comme étudiant, quand je militais pour l’égalité des droits ou en faveur de la paix. Ce mouvement s’attaque à des individus. Ses mécanismes sont ceux des persécuteurs. Je ne vois rien de progressiste là-dedans. Les réseaux sociaux ont un effet accélérateur et ils renforcent une mentalité de meute: la foule est anonyme. Ils ne demandent pas non plus beaucoup d’énergie: ces prétendus activistes restent chez eux derrière leur écran. Parce qu’on a posté quelque chose sur internet, on a l’impression d’avoir agi dans la réalité. Mais c’est aussi redoutablement efficace: les gens sont contraints au silence. Un professeur qui perd son poste, et ce sont des centaines qui se taisent. Dans les universités, les gens ont peur, le pouvoir appartient à ceux qui crient le plus fort. Ce qui me trouble le plus, c’est que ce mouvement possède des caractéristiques quasi religieuses et absolutistes. Il n’y a pas de pardon ni de rédemption, juste la damnation. Paul reste Saul et Marie-Madeleine reste une prostituée pour l’éternité. Et le mouvement n’en est qu’à ses débuts. Daniel Kovalik (université de Pittsburgh)
Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange. (…) Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables. « T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique. Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés. (…) Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’auto-assignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne. On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire George Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas. N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom. Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux. (…) Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront. Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Guylain Chevrier

Attention: un racisme systémique peut en cacher un autre !

A l’heure où s’installent dans les espaces jusqu’ici feutrés et privilégiés des universités américaines …

Dignes des plus belles années du bolchévisme ou de la révolution culturelle chinoise …

Sous couvert d’une  ingénieuse coalition de minorités qui finissent, tout en invoquant constamment leur statut de minorité, par faire majorité …

Rien de moins qu’une police de la pensée et le plus pervers des terrorismes intellectuels…

Appuyés à l’occasion, entre antifas et Black Lives Matter, par leurs véritables sections d’assaut

Maintenant les professeurs, entre séances publiques d’auto-critique et crainte de perdre leur poste, dans une sorte de déni permanent …

Au seul motif, en une sorte de racisme inversé, de leur seule couleur de peau trop claire …

Marque indélébile et inexpiable de leur racisme systémique …

Et au lendemain d’une énième agression du Hamas contre les civils israéliens

Qui à nouveau a montré ce que peut produire sur le terrain et dans le monde réel …

Entre pluie de missiles, pogroms et montée de l’antisémitisme …

A Gaza ou Haifa comme à New York ou Paris …

Véritable « blacklivesmatterisation » de ce conflit comme de tous les autres …
La grille racialiste blancs oppresseurs/colorés opprimés reprise sans aucune discrimination par la nouvelle Administration Biden et ses laquais médiatiques

Faisant passer l’Etat d’Israël de la réconciliation historique avec le Monde arabe, que lui avaient valu les Accords d’Abraham de Trump,  à la plus vile condamnation en Occident

Quelle meilleure démonstration plus près de chez nous à Cergy …

Après en plein Paris hier à une procession catholique agressée par une bande d’antifas
De l’ineptie, qui s’impose progressivement partout, de cette nouvelle doxa du seul racisme systémique blanc …
Que ce rare accès de vérité, derrière la furie du moment, de cet employé de restaurant algérien revendiqué …
Rappelant, par le geste et la parole, à un livreur africain …
A la fois la réalité, ordinairement niée, des 800 ans d’esclavage que ses ancêtres arabes revendiqués avaient imposés aux ascendants de celui-ci …
Et dans les coups mêmes qu’il lui infligeait, tout le racisme lui aussi souvent nié
Que, loin des ouvrages savants et des caméras de télévision, cette histoire pouvait encore charrier …
Dans nombre des échanges entre les différentes communautés de ces quartiers dits « sensibles » ?
Les insultes racistes proférées à Cergy par un homme se décrivant comme algérien à l’encontre d’un livreur noir ont été largement reprises sur les réseaux sociaux.
Guylain Chevrier
Atlantico
1er juin 2021
Atlantico : Les insultes racistes proférées à Cergy par un homme se décrivant comme algérien à l’encontre d’un livreur noir qu’il a violemment agressé, ont été largement reprises sur les réseaux sociaux. Un cas révélateur d’une situation réelle mais qui semble peu évoquée dans les médias. Au-delà de cette affaire, le racisme intercommunautaire est-il important dans la société française ? Où et dans quelle mesure le trouve-t-on ?
Guylain Chevrier : Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange.
Extrait « Salem, je suis musulmane d’origine algérienne et sa fait 5 ans que je suis avec un musulman d’origine malienne. Notre histoire est très sincère et sérieuse, nous voulons faire notre vie ensemble mais le souci est que mon père n’accepte pas que je puisse me marier avec un noir, je compte faire le mariage religieux en prenant l’imam comme tuteur (c’est autoriser en cas de refus de la part du ‘vrai’ tuteur) mais sans la bénédiction de mon père c’est dur, il ne veut plus me parler ainsi que ma famille et je le vis mal… » Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables.
« T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique.
Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés.
Ce sujet demeure-t-il encore tabou ? S’il est admis de faire des recherches sur le racisme dans la société française, n’est-il pas difficile d’évoquer des cas de racisme entre des communautés décrites par une certaine gauche comme des minorités dominées ?
Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’autoassignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne.
On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire Georges Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas.
N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom.
Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux.
Ce racisme est-il toujours lié à une réalité historique sur laquelle un travail de fond doit être fait ?
Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront.
Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Ce dont il découle que considérer que telle société est moins développée qu’une autre en raison d’une forte fécondité liée à des croyances religieuses ou à la polygamie, pratiques appauvrissant la population, ce serait du racisme. C’est absurde. Ne pas vouloir le voir c’est laisser se reproduire certains aspects néfastes des cultures dont certaines traditions derrière le mot diversité qui cache des régressions que l’on ne prévient ainsi pas. C’est seulement lorsque l’on se considère comme des égaux que l’on peut se mélanger et donc, entre individus de droit et non, si on se considère d’abord comme relevant de telle ou telle prédestination identitaire. C’est même la meilleure arme contre le racisme. L’ONU elle-même qui défend bien plus les droits des minorités que l’égalité des droits a aussi ici ses responsabilités.
On doit mettre la conquête de l’égalité des droits et les responsabilités qu’elle engage, au titre des devoirs communs, au sommet de nos valeurs, comme acquis fondamental, bien universel devant l’histoire ! Voilà ce qui devrait pouvoir dessiner un destin commun à l’humanité par-delà les différences. Peut-être alors, pourrons-nous déjouer ces logiques préjudiciables pour la vie de bien des individus, ainsi que pour notre nation et plus généralement pour l’émancipation de tous, et espérer que le monde puisse devenir celui de citoyens libres et responsables.
« Si on écoute comment des jeunes se parlent entre eux, même très jeunes, justement souvent ceux issus de l’immigration, ils s’interpellent sur le mode de l’assignation identitaire. « Le « rebeu » pour l’arabe, « le renoi » pour le noir, lorsque ce n’est pas « le negro », le « céfran » pour le Français, le « feuj » pour le juif, etc. On prend cela avec légèreté, un côté rigolade, telle la culture banale des quartiers, mais cela peut être très violent. En réalité, il y a là une tendance à renvoyer chacun à ses origines, à la couleur, à la nationalité ou à la religion des uns et des autres. Et cela n’est pas sans conséquence. Il suffit d’aller sur un Forum comme celui, féminin, dédié au mariage entre « arabe et noir » pour s’en rendre compte, voir les dégâts bien réels de ces assignations, qui expriment des fonctionnements communautaires et même communautaristes puissants, interdisant le mélange. (…) Il y a ainsi de nombreux témoignages qui s’enchaînent, avec des échanges qui révèlent très bien certaines fractures de notre société, qui à ne pas être mises en lumière se perpétuent sur notre territoire, avec des situations hors droit, discriminatoires qui peuvent être terribles, et devraient être dénoncées et combattues comme intolérables. « T’es arabe et tu sors avec une Noire ? T’as pété les plombs ! » titrait une courte enquête sur le sujet de l’Obs, qui développait : « Amine, franco-marocain, aime Sadio, franco-malienne. Dans leur cité, l’intolérance de leurs familles les oblige à cacher leur relation. » Les choses se précisent dans les témoignages : « « Les Arabes et les Noirs vivent ensemble dans les blocs, s’apprécient. Mais la limite, c’est l’amitié. Un mariage, c’est niet. Chacun à sa place. » Ou encore, sous un jour plus cru : « Certains anciens de chez nous pensent que leur communauté vaut mieux que l’autre. Genre un Noir est mieux qu’un Arabe ou l’inverse, qu’un Algérien est mieux qu’un Marocain. Ils transmettent ça à leurs enfants. Ça va au-delà d’une religion ou d’une couleur de peau. » On nous dit encore que les uns et les autres « ne sont pas disposés à accepter le métissage » et même que « Si elle ne ramène pas quelqu’un à la maison, j’ai peur que ses parents ne commencent à lui forcer la main. Toutes ses sœurs, même les deux petites, sont mariées. » Cela laissant supposer le risque d’un mariage forcé, en reflet d’une Mission à l’égalité de la Région Ile de France qui a pu à un moment alerter sur la recrudescence de ce type de pratique. Mesure-t-on bien ce que cela signifie de rupture avec un mode de vie, une liberté qui en France aujourd’hui est fondée sur l’autonomie de la personne ? La rupture avec le processus d’intégration que cela signifie ? Et ce que cela indique comme enjeu concernant la maîtrise des flux migratoires, afin de créer les conditions d’une intégration réussie de ceux qui arrivent sur notre sol ? Ce qui donc exige le respect de nos valeurs et principes républicains, hors de quoi nous ne pouvons aller que vers de graves difficultés. (…) Nous sommes dans une situation où la question du racisme et des discriminations est dominée par l’idéologie de groupuscules tels que les indigènes de la République et autres décoloniaux, qui s’autoassignent au statut de racisés, militent pour un séparatisme selon les différences largement relayé par bien des élites médiatiques acquises au modèle anglo-saxon du multiculturalisme. Selon cette idéologie, le racisme ou les discriminations ne pourraient s’appliquer qu’au regard de rapports de domination hérités, reproduits, en droite ligne du colonialisme ou encore, de l’esclavage, et donc, impliquant la seule responsabilité des blancs. Cette vision fantasmatique, qui sert les dessins d’un véritable projet politique, élude la question de la lutte universelle contre tout sentiment raciste, d’où qu’il vienne. On n’est pas sérieux sur ce sujet, à mettre en accusation permanente l’Etat républicain d’un racisme systémique sous l’influence de l’affaire George Floyd, comme s’y était aussi égaré l’ancien Défenseur des droits Jacques Toubon, pendant que dans l’ombre de ces logiques communautaires des discriminations massives s’opèrent. La République n’a jamais toléré sous sa bannière ni l’esclavage ni la traite (Première abolition 1794, Première République, seconde abolition définitive 1848, Seconde République). Comme l’historien Marc Ferro le voyait dans son ouvrage majeur « le livre noir du colonialisme », qui nous a malheureusement récemment quitté, bien des altermondialistes qui n’hésitent pas à dénoncer la traite occidentale détournent le regard lorsqu’il est question de la même pratique dans l’histoire du monde arabo-musulman. Une certaine gauche ne s’en sort pas. N’oublions pas que derrière cela, il y a aussi une bonne dose de tension avec notre société, et des risques de radicalisation régulièrement soulignés par les enquêtes menées sur le sujet, indiquant que le communautarisme en est le terreau principal. Comment ne pourrait-il pas y avoir risque d’affrontement avec une partie de notre société, alors que des pratiques traditionnelles ou religieuses qui lui sont totalement contraires ne sont pas nommées, et donc, pas contrées, corrigées. Il faut ici sortir du déni, et cela devient de plus en plus urgent et vital. La loi « contre le séparatisme » rebaptisée « confortant le respect des principes républicains », prévoit bien l’interdiction des certificats de virginité délivrés par des professionnels de santé, ce qui est une bonne chose, précédant souvent des mariages arrangés voire forcés. Mais cela ne saurait suffire pour s’attaquer réellement à des systèmes organisés qui ne disent pas leur nom. Curieusement, certains articles sur l’événement, s’ils rendent compte du caractère raciste des faits, c’est sans donner l’information que l’individu qui a agressé le livreur parce qu’il était noir, s’est réclamé d’être algérien. Ce qui n’est pourtant pas banal et souligne un enjeu intercommunautaire qui ainsi risque de passer sous les radars. Le racisme n’est pas une opinion !», a réagi Marlène Schiappa, la ministre déléguée chargée de la citoyenneté, et la Licra s’est mise sur le dossier, tout en dénonçant cet acte odieux. (…) Dans l’enquête de l’Obs sur ce refus du métissage entre « communautés », à travers le refus de l’union entre descendants d’immigrés souvent français nés sur le sol de France, comme entre personnes noires et arabes, un témoignage vient souligner un aspect laissé dans l’ombre de l’histoire : « Faut dire aussi que dans nos bleds, il y a certains préjugés. Au Maroc, l’Afrique noire renvoie parfois à des choses négatives. La pauvreté, la maladie et même, pour certains, l’esclavage. » Il se trouve précisément, que lors de l’agression du livreur, celui-ci aurait été pris à parti par l’auteur se présentant comme algérien, selon un témoin, comme suit : « Il l’a traité d’esclave. » et plus encore « pendant 800 ans on vous a vendus comme du bétail » Une référence récurrente. On oublie un peu vite que l’esclavage et la traite d’origine arabo-musulmane furent considérables sur une très longue période, et que cela peut rester très ancré dans des rapports des uns envers les autres, dont l’héritage a du mal de toute évidence à évoluer. Un aspect de l’histoire qui d’ailleurs est rayé de la connaissance commune, à la faveur d’une loi dite Taubira qui a qualifié de « crime contre l’humanité » la traite et l’esclavage d’origine occidentale (environ 11 millions d’êtres humains), mais rien sur les autres traites, que ce soit celle exercée entre tribus africaines (environ 14 millions) ou encore celle propre à la domination arabo-musulmane de l’Afrique pendant des siècles (environ 17 millions). Il est évident que tant que l’on occultera l’histoire pour de très mauvaises raisons politiques sinon au nom d’on ne sait quelle mauvaise conscience, certains comportements, certaines traditions d’un autre âge, perdureront. Faire un véritable travail de prévention passe ici par l’école, l’éducation. Ce qu’il faut, c’est lever les tabous dans ce domaine, en enseignant l’esclavage et la traite, comme un phénomène historique qui a traversé bien des sociétés, mais qui n’a pas été aboli partout, et que seuls les régimes démocratiques en protègent, en en interdisant le retour. Cela passe par en finir avec ce relativisme culturel qui s’appuie sur l’idée de la reconnaissance de la « diversité » comme sacrée, désignée comme nouvelle dimension fondamentale des droits humains, de façon abstraite, pour mettre toutes les sociétés sur le même plan. Ce dont il découle que considérer que telle société est moins développée qu’une autre en raison d’une forte fécondité liée à des croyances religieuses ou à la polygamie, pratiques appauvrissant la population, ce serait du racisme. C’est absurde. Ne pas vouloir le voir c’est laisser se reproduire certains aspects néfastes des cultures dont certaines traditions derrière le mot diversité qui cache des régressions que l’on ne prévient ainsi pas. C’est seulement lorsque l’on se considère comme des égaux que l’on peut se mélanger et donc, entre individus de droit et non, si on se considère d’abord comme relevant de telle ou telle prédestination identitaire. C’est même la meilleure arme contre le racisme. L’ONU elle-même qui défend bien plus les droits des minorités que l’égalité des droits a aussi ici ses responsabilités. On doit mettre la conquête de l’égalité des droits et les responsabilités qu’elle engage, au titre des devoirs communs, au sommet de nos valeurs, comme acquis fondamental, bien universel devant l’histoire ! Voilà ce qui devrait pouvoir dessiner un destin commun à l’humanité par-delà les différences. Peut-être alors, pourrons-nous déjouer ces logiques préjudiciables pour la vie de bien des individus, ainsi que pour notre nation et plus généralement pour l’émancipation de tous, et espérer que le monde puisse devenir celui de citoyens libres et responsables. »

<Voir aussi:

Georgetown, fac américaine livrée à la culture de l’annulation

ENQUÊTE – Le moindre «écart de langage» d’un professeur permet à certains militants de le clouer au pilori et de ruiner sa carrière. S’estimant persécutées, les minorités américaines prennent le pouvoir sur les campus. Les réseaux sociaux renforcent une mentalité de meute.
Adrien Jaulmes
Le Figaro
30/05/2021

À la fin de l’un de ses cours à la faculté de droit de l’université Georgetown, à Washington DC, au mois de février dernier, la professeur Sandra Sellers discute avec un collègue, David Batson. Pour cause de pandémie, le cours a eu lieu via le logiciel de vidéo- conférence Zoom et les deux professeurs sont restés connectés après que les étudiants sont déjà partis. «Tu sais quoi? dit Sellers à son collègue, j’ai horreur de dire ça, mais je finis par avoir cette angoisse chaque semestre, parce que beaucoup de mes étudiants avec les plus mauvaises notes sont des Noirs.» «Ça arrive presque tous les semestres, poursuit-elle. Et c’est toujours pareil, on va me dire: “Oh, allez! Vous savez, vous en avez aussi de très bons.” Mais il y en a aussi généralement qui sont tout simplement en bas du classement.» Batson ne répond pas, mais opine de la tête. Plus personne n’est connecté, mais le système continue à enregistrer leur conversation. L’accès à la vidéo est cependant limité, par mot de passe, aux étudiants de la faculté.

Deux semaines plus tard, début mars, un extrait filmé de leur dialogue est publié sur Twitter par un étudiant. Il déclenche un scandale qui se répand à toute vitesse sur le campus. L’association des étudiants noirs de la faculté de droit réagit en publiant sur Facebook un communiqué réclamant la sanction immédiate des deux professeurs. «Nous ne demandons rien de moins que le licenciement immédiat de Sandra Sellers. Pas de suspension. Pas d’enquête. L’université doit prendre des mesures rapides et définitives face à un racisme flagrant et éhonté. (…) Ces déclarations racistes révèlent non seulement les véritables convictions de Sellers sur les étudiants noirs, mais elles illustrent également les préjugés conscients et inconscients systématiquement présents dans la notation des étudiants en droit à Georgetown et dans les facultés de droit du pays. La différence, c’est que Sellers s’est fait prendre et que son racisme a été diffusé aux yeux du monde entier.»

Le doyen de la faculté de droit, Bill Treanor, réagit aussitôt. «Nous prenons cette situation avec le plus grand sérieux. J’ai regardé une vidéo de cette conversation et je trouve le contenu odieux, écrit-il dans un communiqué. J’ai informé le professeur Sellers que je mettais fin à son contrat avec la faculté de droit de Georgetown avec effet immédiat… Le professeur Batson a été placé en congé administratif en attendant l’enquête du Bureau de la diversité, de l’équité et de l’action positive, dont les résultats guideront nos prochaines étapes. Jusqu’à la fin de l’enquête, le professeur Batson ne participera plus au cours dans lequel l’incident s’est produit.»

«Les mots seuls ne suffiront pas, je le sais, à nous faire avancer, poursuit le doyen. Pourtant, je veux commencer par présenter des excuses aux étudiants, au corps enseignant, au personnel et aux anciens élèves qui ont été touchés par cet incident. J’attends plus de cette école de droit que ce que nous avons vu dans cette vidéo. Nous pouvons faire mieux et nous le ferons.»

Âgée de 62 ans, experte juridique spécialisée dans la médiation et la négociation de litiges en matière de propriété intellectuelle, Sandra Sellers fait acte de contrition. «Je suis profondément désolée pour mes remarques blessantes et déplacées, écrit-elle en annonçant son départ. Bien que la vidéo soit un extrait d’une discussion plus longue… cela ne diminue en rien l’insensibilité dont j’ai fait preuve. Je ne ferais jamais rien pour blesser intentionnellement mes étudiants ou la faculté de droit de Georgetown et j’aimerais pouvoir retirer mes paroles. Indépendamment de mon intention, j’ai causé un préjudice irréparable et j’en suis vraiment désolée. Pour cette raison, je démissionne immédiatement et volontairement de mon poste de professeur auxiliaire.»

L’Association des étudiants noirs exige aussi des «excuses publiques du professeur David Batson pour son incapacité à condamner de manière adéquate les déclarations de Sellers». Elle les obtient: «Je comprends que j’ai manqué l’occasion de répondre de manière plus directe au contenu inapproprié de ces remarques, écrit Batson. Je m’en excuse sincèrement. Cette expérience m’a donné, et j’espère à d’autres, une occasion inestimable de reconsidérer les actions à entreprendre lorsque nous sommes confrontés à des remarques sensibles.»

«Suprématie blanche sous-jacente»

Le doyen annonce une série de nouvelles mesures: la mise en place dès la rentrée d’une «formation à la non-discrimination» et l’«allocation d’une bourse aux membres du corps enseignant qui souhaitent travailler pendant l’été à l’élaboration de matériel pédagogique traitant de la justice raciale, des inégalités raciales, ainsi que des expériences et de l’action des groupes traditionnellement marginalisés». Mais, surtout, il annonce que les étudiants auront désormais la possibilité de signaler «de façon confidentielle auprès du Bureau de la diversité institutionnelle, de l’équité et de l’action positive» d’éventuels incidents racistes.

Comme de nombreux autres campus américains, l’université Georgetown a expérimenté l’un des effets de la fameuse «cancel culture», ou «culture de l’annulation». Sur les bords du Potomac, dans la vieille ville de Georgetown, cette institution fondée par les jésuites en 1789 est l’une des premières universités catholiques dans ce pays où les établissements les plus prestigieux sont protestants. Elle accueille 12.000 étudiants, venus y vivre une expérience «qui prépare la future génération des citoyens globaux à prendre la direction et faire une différence dans le monde de demain», selon la brochure de l’université.

Les choses n’en restent pas là. Dans les semaines qui suivent, un professeur noir appelle les autres professeurs «non-noirs» à prendre parti plus clairement dans cette affaire. Une déclaration est aussitôt rédigée, dans laquelle les signataires «reconnaissent leur responsabilité en tant que membres non noirs du corps enseignant à s’engager dans un travail constant d’examen et de révision de leurs propres préjugés». Ils «reconnaissent également les nombreux cas où la notion de suprématie blanche, sous-jacente aux idées de mérite, peut contaminer l’évaluation des performances» des étudiants. Presque tous les professeurs de la faculté de droit de Georgetown signent la déclaration.

Lama Abu-Odeh a refusé. Cette professeur de droit d’origine palestino-jordanienne fait partie des rares voix à s’être élevées contre le sort fait à sa collègue, et aussi contre le climat d’intimidation imposé par les associations de militants antiracistes. «Quand cet incident a eu lieu, mes étudiants voulaient en parler, certains ont demandé pourquoi cette enseignante avait été contrainte à la démission, explique-t-elle. Je leur ai dit que notre conversation était enregistrée, et qu’il fallait faire attention, que nous sommes dans une société où l’on doit prendre garde à ce que l’on dit, et que j’étais désolée de cet état de choses.»

«Les professeurs ne sont pas protégés par la direction de l’université, poursuit-elle. Un incident comme celui de Georgetown est un message adressé à chaque professeur: voici ce qui peut vous arriver si vous dites ce qu’il ne faut pas. Et une fois que vous serez qualifié de raciste, personne ne vous soutiendra. Tout le monde dans les universités est terrifié. Toute votre existence professionnelle est entre leurs mains, votre carrière peut s’arrêter du jour au lendemain, vous pouvez tout perdre.»

Lama Abu-Odeh a signé depuis dans la revue en ligne Quillette une lettre ouverte où elle dénonce une «révolution culturelle» en marche à l’université Georgetown. Elle décrypte l’incident comme une prise du pouvoir par «une nouvelle élite dirigeante qui s’empare des institutions universitaires en utilisant son statut de minorité» et contre laquelle les libéraux progressistes sont impuissants à lutter, même quand leurs principes fondamentaux sont foulés aux pieds. «Un de mes collègues a fait remarquer que je gaspillais de précieuses ressources de victimisation en refusant de signer la déclaration des professeurs non noirs en tant que musulmane, palestinienne, femme, blablabla, note-t-elle. C’est là toute l’ingéniosité du régime minoritaire: une coalition de minorités qui, collectivement, forment une majorité, mais qui est néanmoins toujours en mesure d’invoquer son statut de minorité pour préserver son pouvoir. Le pouvoir est présenté comme l’absence de pouvoir pour préserver le pouvoir réel.»

Daniel Kovalik, professeur de droit à l’université de Pittsburgh et militant de gauche traditionnel, se dit effaré par ce nouveau phénomène, auquel il a consacré un récent ouvrage, Cancel this Book (non traduit). «Ces nouveaux militants ne ressemblent pas aux activistes traditionnels, tel que je l’étais moi-même comme étudiant, quand je militais pour l’égalité des droits ou en faveur de la paix. Ce mouvement s’attaque à des individus. Ses mécanismes sont ceux des persécuteurs. Je ne vois rien de progressiste là-dedans», explique ce spécialiste des droits de l’homme. «Les réseaux sociaux ont un effet accélérateur, ajoute-t-il, et ils renforcent une mentalité de meute: la foule est anonyme. Ils ne demandent pas non plus beaucoup d’énergie: ces prétendus activistes restent chez eux derrière leur écran. Parce qu’on a posté quelque chose sur internet, on a l’impression d’avoir agi dans la réalité. Mais c’est aussi redoutablement efficace: les gens sont contraints au silence. Un professeur qui perd son poste, et ce sont des centaines qui se taisent. Dans les universités, les gens ont peur, le pouvoir appartient à ceux qui crient le plus fort.»

«Ce qui me trouble le plus, conclut Daniel Kovalik, c’est que ce mouvement possède des caractéristiques quasi religieuses et absolutistes. Il n’y a pas de pardon ni de rédemption, juste la damnation. Paul reste Saul et Marie-Madeleine reste une prostituée pour l’éternité. Et le mouvement n’en est qu’à ses débuts.»

Voir encore:

Georgetown’s Cultural Revolution
Lama Abu Odeh
Quillette
April 9, 2021

Sandra Sellers, an adjunct professor at Georgetown University’s Law Center, was forced to resign because she was caught on video saying to her colleague and co-teacher David Batson: “I hate to say this… I ended up having this, you know, angst every semester that a lot of my lower ones are blacks. Happens almost every semester. And it’s like, ‘Oh, come on!’ You know? Got some really good ones but there’s usually some that are just plain at the bottom. It drives me crazy. Of course there are the good ones… but come on…” Batson appeared in the video nodding embarrassedly.

The video was a class recording which is only accessible to students in the class and is password protected. The conversation took place after students had logged out and the professors, unaware that the recording of the class ran for 10 minutes after the end of class time, thought they were having a private conversation. A student (not enrolled in the class) posted the video on Twitter and it instantly got thousands of retweets. In response, the dean acted by first referring the culprit professors to the university’s Equity and Diversity Committee for investigation and then, after the Black Law Student Association of Georgetown (BLSA) issued a statement declaring what was said was racist and demanding that Sellers be fired, he terminated Professor Sellers’s contract. Batson was placed on administrative leave pending an investigation by the Diversity Committee, which will also investigate whether the professors’ alleged bias affected the grades they gave their students. He later resigned. The dean described the conversation between him and Sellers as “abhorrent.”

What was interesting was what ensued afterwards. The black faculty at Georgetown Law issued a statement denouncing what Sellers said, describing it as “grounded in white supremacist thought.” The statement argued that Sellers’s comments amounted to a stereotype about black students that inevitably had a negative effect on their performance and called for revisiting all the grades awarded by her. The statement insisted that her comments were not “unique” as the “legacy of white supremacy is insidious” and called on professors who “operate from unspoken white supremacist notions… to examine their own flawed thought patterns and correct them.” A black professor called for non-black faculty to issue a statement “not necessarily in support of the letter already written, but from the position of their privilege within racialized spaces like the classroom” and wondered “in what numbers would such a letter be supported and with what reservations?” Quickly and on cue, a statement by the non-black faculty was drafted in which the signatories “acknowledge[d] [their] responsibility as non-Black faculty members to engage in the constant work of examining and revising [their] own flawed premises.” They also “acknowledge[d] the many levels at which [they] must confront ongoing white supremacist notions underlying ideas of merit that may contaminate assessment and performance.” This sentiment was repeated four times in the statement, each time drafted slightly differently but making the same point. Close to every member of Georgetown Law’s non-black faculty (and others) signed the letter.

I, and a few others, withheld our signatures.

In the face of this overwhelming support by the non-black faculty, two white professors of the boomer generation with plenty of progressive credentials pushed back.

One agreed with the general framing of the incident as described in the statement by the black faculty but worried about the precedent of firing a professor for expressing her views to a colleague in what she had good reason to think was a private conversation, especially as this firing was in violation of Georgetown’s policies on secondary use of videos recording class content. Georgetown’s policy prohibits secondary use of these videos by anyone for any purpose whatsoever, with primary use being confined to students enrolled in the relevant class.

This was followed by another email in which this professor expressed exasperation at the twin statements on the grounds that they handed the political Right an easy target from a culture war perspective and suggested a more earnest effort was needed to address the question of poor performance by minorities at Georgetown Law. If they were performing badly, then surely the faculty needed to figure out ways to better serve them. He called for putting aside the narrow conception of merit which underpinned the poor evaluation of some students, linked as it is to filling vacancies at rich law firms, and suggested instead training students to acquire a range of skills for different types of employment.

The other professor who pushed back complained that the two statements relied overmuch on the notion of “unconscious bias” which presupposed the problem is linked to the shortcomings of particular individuals, when, in fact, “structural racism” is to blame. She expressed sorrow for the destruction of the career of Professor Sellers without due process and insisted that structural racism would not be cured by diversity training but required the thoughtful use of additional resources for “unprepared low performing students”. She went on to advocate that we redesign our courses so that they’re more reflective of the experiences of minority groups. While she began her email by describing the torment she went through on whether to “sign or not sign” the statement by the non-black faculty, the male professor expressed his opinion without, in his words, “sugar coating it,” and described the statement by non-black faculty as a form of “virtue signaling.”

Both of these statements were met by silence.

The silence to my mind is telling. It speaks of the lack of resources within progressive thinking that could be drawn upon to resist the trend that has bedeviled American academia over the past few years. The academy is a different place today than it was only a year ago and was different a year ago than it was five years before. Terror and dread fill academic workers, professors, and staff alike, and it is everywhere. Neither the call for distinguishing between unconscious bias and structural racism; nor for dismantling “merit” so that “minorities” succeed, seem able to do the work the authors of these emails want them to do. They fail to deliver responses of the kind, “Let’s just talk about this. Maybe the problem is overdetermined and is not reducible to ‘unconscious bias.’” What they beget instead is a combination of dread and virtuous self-congratulation. These two sentiments, dread married to virtue, constitute to my mind the affective embodiment of progressive ideology prevalent among white liberals as developed in its most privileged space: academia. They are typical. They are two faces of the same coin: flip and you see dread, flip again and you see virtue.

Both of the push-back statements by the rebel academics take it for granted that many of the assumptions made by those within the progressive camp, as represented by the two statements, are correct. One idea, which neither challenges, is that “minorities” are in a bad place in contemporary America simply in virtue of being minorities. Having agreed with this foundational premise, the two dissenters assume that debate is possible on how best to go about fixing the problem. But the problem is the ideology that frames the question in this way.

Progressive liberals are blind to the fact that there is a regime take-over apace everywhere in academic institutions. A new ruling elite is taking over academic institutions by using its “minority status” to exercise a “soft” coup and is appealing to the minoritarianism of progressive ideology to legitimize its coup—or, if you like, to “manufacture consent.” I will call the adherents of this ideology the “progressoriat.”

The reason that challenging any aspect of this dominant ideology is taboo is because it leaves you vulnerable to the charge that you are uncomfortable with the project of empowering minorities—not just the transfers of power from traditional elites to historically disadvantaged groups that has already begun to take place in the academy, but further transfers of power. The only acceptable response when confronted by any aspect of the ideology that has facilitated this coup is to enthusiastically endorse it—to celebrate it. If you’re not a minority, anything less risks being interpreted as dread at the prospect of your own imminent loss of status—or, if you are, as evidence that your soul has been “colonized” by white supremacists. As I said, virtue as the other side of dread.

The position of the progressoriat in relation to this coup is akin to that of communist activists in relation to a communist takeover. At first they see it as representing what they always fought for; then with time they find themselves having to decide whether its first atrocity is to be criticized or understood as necessary; then, when the next atrocity takes place, they feel they must tolerate it because they didn’t object to the first atrocity and, before long, a time comes when any objection can only be made at a huge cost to themselves. The unfolding history of the new coup is being written every day across the domain of academic institutions in the US as the progressoriat watch muffled, hesitant objecting in private, and then, when someone makes their reservations public, finding themselves at risk of being suspended or losing their jobs.

The new elite taking over academic institutions has at its disposal an arsenal of tools to perpetuate its rule. It not only postures as representative of others in the way communists did—the “intelligentsia” representing the worker or the peasant in the latter’s case and representing victim groups in the former’s. The new elite can also represent itself as victims, an opportunity even communists would have baulked at. Members of the new elite have no hesitation at weaponizing their feelings, silencing opponents by claiming they’ve offended them. And, of course, such claims are readily accepted by the progressoriat because of their acceptance that minorities are necessarily oppressed. In this way, the new power elite can present itself as being victims, as well as representing victims. In other words, it has the power to make itself The Cause. This is why the insistence on the ubiquity of unconscious bias is important: it allows the new elite to consolidate their status by continually self-referencing as victims. Bias being everywhere means that the new ruling class, in spite of having seized power, can continue to present themselves as being oppressed. By constantly claiming to be offended, triggering Pavlovian apologies and vows to “do better” from the progressoriat, who appear to have endless reservoirs of self-abnegation, the new elite establishes rituals that renew its rule and solicit ongoing consent to this rule.

The ranks of this new ruling class are refreshed by immigrant academics who come to understand themselves in the way progressivism understands them: as minorities who can also act victim-like if they want—a precious endowment in the cultural academic market. Intersectionality awaits to welcome them and give them a warm hug. They can be treated on principle as black-adjacent. To do that, they quickly learn that they have to concede leadership to their black colleagues as having the greatest claim to victimhood. If they don’t play the victim card, they throw away valuable currency when it comes to shinning up the academy’s greasy pole. A colleague of mine commented that I was wasting precious victimhood resources by refusing to sign the statement by non black faculty: Muslim, Palestinian, woman, dadidadida. This is the cleverness of minoritarian rule: a coalition of minorities that, collectively, form a majority but that is nevertheless always able to invoke its minoritatian status to preserve its power. Power is presented as the absence of power to preserve actual power.

The progressoriat are unable to talk about their impending demise because they have already used their own institutional power over decades to drive away conservatives. They turned their academic institution into a partisan echo chamber. Residing in an echo chamber only increases your moral certitude. Now they are being given a taste of their own brutal medicine. Meantime, the new elite is acting ruthlessly and impatiently and is only happy with declarations of complete submission. Any sign of hesitation on the part of a signatory—”Maybe we should talk about free speech too?”—is met with expressions of exasperation by the all-powerful members of the victim minority faculty. No hesitation or nuance is allowed: nothing but unequivocal loyalty oaths. The progressoriat can only repeat, “I believe in the cause. I believe. I believe. Believe me I believe.”

If this echoes a Maoist take-over, that’s because it is. It passes the sniff test.

Student activists sniffing a transfer of power are pushing it as far as they can, understanding it as part of a general generational take-over of elite institutions. Today’s students show little interest in free speech and appear more interested in moral point-scoring, especially graduate students. Polls show young academics pumped up more on moral steroids than intellectual ones. Why stop when you are winning? The situation is in flux which opens the door for moral entrepreneurs to up the ante. Some enterprising students at Georgetown Law complained to Slate magazine that the dean allowed the Federalist Society to host an event on a multi-racial working class by “three white men.” Moral entrepreneurship means that what it is to be racist is being redefined daily with someone’s demise—an ongoing post-fact articulation of the definition of “bias”—and why not declare conservatism racist while you’re at it?

The new elite in academia is part of a more general phenomenon of the rise of the technocrats who have found a home in the Democratic Party so that academic institutions, who produce these technocrats, are now the direct and unmediated suppliers of a political class whose educated credentials are its claim to rule. Academia has not only become without rival the incubating center of ruling class entitlement—and acts as a result as an extended arm of the Democratic Party—but it has also refashioned itself after the party. Like the latter, the academy acts like a council of elders managing various ethnic tribes residing under its jurisdiction. Note the rush to get out a statement when a minority group has been under assault: a group of sex workers are shot by a sex addict and the President of Harvard rushes out a statement opposing anti-Asian racism (and blaming Trump) because the killer was white and the victims Asians. So did Biden. Technocrats of virtue responding to lobbies of virtue.

The rise of the technocrat is itself reflective of the shift in US liberalism to diversity liberalism. Global capital disenfranchised the white working class by moving its investments overseas and replacing it with a diverse workforce recruited globally through lax enforcement of immigration rules. Technocratic managerialism armed with diversity liberalism is the way global capital rules. Because the white working class has lost power in the process it has to be continually depicted as having earned its demise. It has earned it by being morally compromised: in Hillary Clinton’s words, “the basket of deplorables.” Black elites coming to power as part of this shift feel comfortable exercising class dominance by deriding the white working class as racist. The continual invocation of the storming of the capitol as an expression of white supremacy is par for the course.

In Bobos In Paradise: The New Upper Class and How They Got there (2000), David Brooks describes the displacement of the WASPs as the dominant ethnic group in the US with the introduction in the early 60s of “merit” as the primary criterion of admission to universities, especially the Ivies. The new criterion was introduced by WASPs themselves, thus paving the way to their own demise and conceding power to a new emergent group that found its own flourishing within “merit”: the high-performing Jew. This led, a generation later, according to Brooks, to the rise of the Bobos (the bourgeois bohemians) as the new cultural and economic elite. They were bourgeois because they had acquired great riches given the demand for educated labor in the new global economy they had helped create—but they were also bohemian because they imbibed the modernist progressivist values of their Ivy League professors. In other words, like their predecessors, they laid the groundwork for their own destruction by embracing the ideology that evolved into the identity politics of the 90s.

The academic Bobos are now being displaced. Like the WASPs before them, they have written the script of their own demise—in their case, through a dedicated investment in the rise of the minority academic. The progressive ideology they subscribed to left them with no tools to resist their impending fall. What should we call the new elite? The Bobus—the bourgeois bureaucrats? They are bourgeois because they’ve benefitted from the rise in demand for their representative labor in the market of diversity liberalism; and bureaucratic because they have devised the rules enshrining various speech codes and policies that buttress their power. The bohemian questioning of conventional morality, and the drive for experimentation, have been replaced by the stern bureaucrat enforcing a new morality, with its demand for penance for past sins.

When I protested to the faculty diversity trainer, a law professor from the West Coast, that the real minority at Georgetown Law are the conservative students who have been telling me about how isolated and beleaguered they feel, especially with the flood of emails from the administration when Trump was in office denouncing racism, without defining what it is or indeed giving a single account of a racist incident, she quipped, “They don’t have to be at Georgetown. They can go to Notre Dame!”

Lama Abu Odeh is a law professor at Georgetown.

Voir de plus:

Ran Halévi: «“Palestinian Lives Matter”, quand les “woke” américains s’emparent du conflit au Moyen-Orient»

TRIBUNE – Pour les nouveaux militants de la gauche identitaire américaine, l’État d’Israël est condamnable du fait même de sa force, à l’instar du «privilège blanc» (sic) aux États-Unis. Désormais, «c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout», analyse le directeur de recherche au CNRS.


Ran Halévi est directeur de recherche au CNRS et professeur au Centre de recherches politiques Raymond-Aron.


Ce devait arriver tôt ou tard. La révolution identitaire, née dans les campus aux États-Unis avant de gagner la sphère publique et de déchirer les Américains, vient de franchir un pas de plus: avec la guerre de Gaza, elle a forcé les portes de la géopolitique en transposant les postulats de la «cancel culture» dans le domaine des relations internationales.

La convergence des luttes entre le «wokisme» et le Hamas a de quoi laisser perplexe. L’un représente tout ce que l’autre abhorre et réciproquement. Les partisans de la rectitude politique vivent à des années-lumière d’une organisation terroriste, fondamentaliste, qui vouerait à la damnation éternelle la théorie du genre, les confessions intersectionnelles, la subordination de la nature à la culture ou la liberté de choisir son sexe. Certains esprits, pourtant, n’ont pas ménagé leurs efforts pour découvrir une parenté entre les guerriers de la gauche morale et les combattants islamistes du Moyen-Orient. Telle Judith Butler, icône intellectuelle de la radicalité critique, au cours d’un séminaire antiguerre tenu à Berkeley en 2006: «Il est extrêmement important de comprendre le Hamas, le Hezbollah, comme des mouvements sociaux progressistes, de gauche, et qui font partie d’une gauche globale; cela ne nous empêche pas d’être critiques à l’égard de certaines dimensions de ces deux mouvements.» On imagine l’hilarité qu’auraient provoquée ces pieuses paroles chez les intéressés à Gaza ou à Beyrouth.

L’islamisme radical et la culture «woke» appartiennent à deux planètes différentes, mais il est certains traits familiers que l’un reconnaîtrait aisément chez l’autre. La volonté de subordonner la loi aux impératifs de la religion, dans un cas, de la morale dans l’autre. Une manière de concevoir la justice — et de l’appliquer — hors des règles du droit. Le refus aussi de la délibération, de la confrontation des opinions, puisque le dogme religieux, pas plus que les certitudes morales, ne sauraient être un objet de discussion. Enfin, l’essentialisation de l’autre, ici les sionistes et les Juifs, là les dominants blancs enfermés dans leur déterminisme.

La critique d’Israël est depuis longtemps un trait constitutif de la gauche progressiste aux États-Unis. À mesure que la politique identitaire imprégnait la vie publique, il était inévitable qu’elle finisse un jour par pénétrer dans l’enceinte du Capitole et qu’une vision alternative du conflit israélo-palestinien rompe le consensus longtemps très favorable à l’État hébreu. Et c’est le Parti démocrate, dont l’aile radicale ne cesse de gagner du terrain, qui allait lui servir de relais. Le dernier cycle des violences au Proche-Orient a permis de vérifier cet infléchissement historique. Telle représentante démocrate à la Chambre qualifiait Israël d’ «État-apartheid», une autre d’ «État terroriste», une troisième dénonçait l’«injustice systémique» qu’il inflige aux Palestiniens.

Beaucoup moins prévisible était la redéfinition d’un conflit national bientôt centenaire dans les termes de la justice raciale: Gaza n’était qu’un avatar de la tuerie de Ferguson (un jeune Noir abattu en 2014 par un policier blanc) et de la mort de George Floyd. À Londres, des manifestants scandaient «Palestine can’t breathe» (les mots de Georges Floyd avant de mourir) et «Palestinian Lives Matter».

Pour les activistes de Black Lives Matter et leurs soutiens démocrates, l’incrimination d’Israël, comme celle du racisme blanc en Amérique ou ailleurs, participe du même combat moral, de la même libération globale de la parole. Cette assimilation singulière a obtenu en quelques jours un écho extraordinaire, de Washington à Hollywood, ralliant des sportifs, des artistes, des vedettes de la mode, des influenceurs dont l’audience sur les réseaux sociaux est énorme. Et son pouvoir d’intimidation paraît d’autant plus redoutable qu’il est formaté dans le langage familier de la justice victimaire. Autrefois, les néoconservateurs américains voulaient installer à coups de canon la démocratie dans le monde arabe. Ce «wilsonisme botté», selon le mot de Pierre Hassner, a fait long feu. Aujourd’hui, c’est un wilsonisme de l’indignation diversitaire que la démocratie américaine exporte un peu partout, dont l’État hébreu est l’une des principales cibles.

Voir encore:

Paris : une procession en mémoire des martyrs catholiques de la Commune attaquée par des antifas

À l’appel de cinq paroisses du XXe arrondissement et du diocèse de Paris, des fidèles s’étaient réunis samedi pour commémorer l’exécution de religieux lors de la Commune en mai 1871. Un homme a été hospitalisé.

Samedi boulevard du Ménilmontant, les quelque trois cents fidèles catholiques réunis pour honorer la mémoire de martyrs catholiques de la Commune ont été hués et violemment agressés. Le rassemblement, qui réunissait cinq paroisses de l’est parisien et plusieurs associations diocésaines, devait s’étaler sur 4 km jusqu’à la paroisse Notre-Dame des Otages, le lieu même où, il y a 150 ans, 49 «otages», parmi lesquels dix religieux, avaient été fusillés par les fédérés, athéistes militants et anticléricaux.

«L’objectif était purement religieux, il n’y avait aucune revendication politique dans notre démarche», explique Monseigneur Denis Jachiet, évêque auxiliaire de Paris. Des familles, des personnes âgées, de jeunes scouts et enfants de chœur, quelques poussettes avec des bébés, «une simple procession familiale et bon enfant», rapporte de son côté l’un des organisateurs au Figaro. Le point de départ avait été fixé au square de la Roquette, lieu de l’exécution de Mgr Georges Darboy, archevêque de Paris, le 24 mai 1871.

À peine la procession entamée, les fidèles commencent à se faire siffler et invectiver par des passants. «C’était d’abord des gens assis aux terrasses, des promeneurs, rien de trop méchant», rapporte l’organisateur. «On est de bonne composition, on a laissé passer». Mais devant le cimetière du Père Lachaise, la tension monte lorsque le cortège rencontre des «manifestants communards», munis de drapeaux rouges, qui tentent de couvrir le chant des fidèles par des slogans menaçants : «Tout le monde déteste les Versaillais ! À mort les fachos !». Des manifestants dont le rassemblement était prévu au même endroit, un peu plus tôt dans l’après-midi. «Une malheureuse conjecture», note Monseigneur Jachiet. L’atmosphère devient rapidement «oppressante», rapportent plusieurs participants au Figaro. «On se serait cru 150 ans en arrière, c’est surréaliste», raconte l’organisateur.

«Ils voulaient en découdre»

Tandis que la procession persévère, elle est de nouveau interrompue quelques centaines de mètres plus loin, lorsqu’un groupe d’une vingtaine de jeunes cagoulés arrive à son tour. «Ceux-là voulaient clairement en découdre, c’étaient des antifas», précise l’organisateur. «Ils nous ont arraché les bannières des mains, ont mis à terre le drapeau du Souvenir français qu’ils ont piétiné, asséné des coups de poing aux paroissiens», rapporte l’organisateur. «Ils nous jetaient des poubelles, des bouteilles, même des barrières grillagées», raconte l’une des manifestantes. Deux sexagénaires tombent au sol, un fidèle est sérieusement blessé au crâne. Il a été hospitalisé.

Les quelques agents de sécurité prévus par le diocèse et l’Ordre de Malte sont rapidement débordés. À l’avant du cortège, le seul policier envoyé par la préfecture appelle des renforts et tente de s’interposer entre les agresseurs et les fidèles, armé de sa bombe lacrymogène. «Il n’y a jamais de problèmes lors des processions catholiques, ce qui explique sans doute le faible effectif prévu par la préfecture», fait valoir Alexandra Kozak, paroissienne du quartier.

Les fidèles mettent un terme à la procession et se réfugient dans l’église la plus proche, Notre-Dame de la Croix. «On a attendu en priant, jusqu’à ce que la police nous exfiltre», raconte l’organisteur, qui évoque des enfants et mères de famille «sous le choc».

«Ce qui s’est passé est déplorable», a réagi Karine Dalle, responsable communication du diocèse de Paris auprès du Figaro. Conscient de toucher à un sujet «hautement sensible», et constatant que le programme de la journée avait été relayé sur des comptes et groupes Facebook d’extrême-gauche, le diocèse avait pourtant choisi de renforcer la sécurité de la marche. «Mais on ne s’attendait pas à une telle réaction, pour une procession purement religieuse», estime-t-elle, précisant qu’une plainte contre X va être déposée. Déjà quelques jours auparavant, la basilique de Montmartre, perçue pour certains comme une atteinte au souvenir des victimes de la Commune, avait fait l’objet d’une intrusion des partisans de cette page de l’histoire qui soulève encore les passions.

Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a quant à lui réagi sur Twitter dans la soirée dimanche à ce qu’il a qualifié de «prise à partie par des individus violents», ajoutant que «la liberté de culte doit pouvoir s’exercer en toute sérénité» dans le pays.

Voir encore:

Mathieu Bock-Côté: «Aux États-Unis, qui sont vraiment les “antifas”»

CHRONIQUE – Le journaliste américain Andy Ngo témoigne, au péril de sa vie, d’une mouvance qui cultive l’art de l’activisme clandestin dans Unmasked. Inside Antifa’s Plan to Destroy Democracy.
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
05/03/2021

On s’en souvient peut-être encore: interpellé par Donald Trump en débat lors des élections présidentielles américaines, qui lui demandait de condamner la mouvance «antifa», Joe Biden a répondu un peu étrangement en déclarant que ce qu’on appelle «antifa» ne serait pas une mouvance, encore moins une organisation, mais une idée. On a trouvé, au cours des dernières années, de nombreuses figures politiques pour répondre la même chose. Elles se drapent souvent dans la vertu en demandant comment on peut s’opposer à ceux qui s’opposent au fascisme. Ce n’était pourtant pas la première fois que Donald Trump s’inquiétait de la vigueur de cette mouvance, au point d’avoir laissé entendre qu’il la décréterait terroriste.

C’est un fait: les «antifas» ont pris beaucoup de place ces dernières années, quand leurs milices se sont emparées des rues américaines, en radicalisant plusieurs émeutes au nom de la «justice raciale», au point de les pousser, à la manière d’un mouvement agitateur, jusqu’à l’émeute. Mais qui sont-ils? Il fallait, pour répondre sérieusement à cette question, un véritable travail d’enquête, qu’a mené le journaliste américain Andy Ngo. Il l’a fait au péril de sa vie, comme il en témoigne dans Unmasked. Inside Antifa’s Plan to Destroy Democracy (édité par Center Street). Il en revient avec un ouvrage passionnant à propos d’une mouvance qui cultive l’art de l’activisme clandestin. Mais si les «antifas» ne sont pas rassemblés autour d’une structure ferme centralisée, on aurait tort de les croire désorganisés.

Au cœur de leur «antifascisme», on trouve une définition fantasmée du fascisme, qui n’a à peu près rien à voir avec le fascisme historique. Le fascisme se confond, à lire cette propagande, avec la démocratie libérale et le capitalisme, qui serviraient surtout à le masquer. De manière imagée, on dira que le fascisme est intrinsèquement lié, pour eux, à la structure même des sociétés occidentales. Partout, ils fantasment le racisme et le suprémacisme blanc. C’est ce qu’oublient souvent ceux qui parlent de cette mouvance avec complaisance. En reconnaissant aux «antifas» le droit de brandir l’étendard de l’antifascisme sans le leur contester, ils endossent la définition qu’ils en donnent, et leur accordent, quoique implicitement, une fonction légitime dans l’organisation de la cité.

La mouvance « antifa » désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir

Ce qui distingue les «antifas», c’est un usage revendiqué de la violence. Leurs théoriciens parlent franchement: il s’agit de créer un environnement où les idées qu’ils réprouvent ne pourront plus s’exprimer. Il s’agit d’une violence sinon autorisée, à tout le moins tolérée par les pouvoirs publics, comme en témoigne Ngo, qui montre à quel point les activistes et émeutiers «antifas» sont rarement punis pour leurs actes, et sont même souvent relâchés lorsqu’ils sont pour un temps arrêtés. À Portland et à Seattle, ces dernières années, les «antifas» se sont emparés d’un morceau de territoire, décrétés ZAD libérée des États-Unis, et transformés en quelques jours en bidonvilles totalitaires. Les autorités municipales se montrèrent globalement tolérantes envers ceux qui occupaient des territoires de leurs villes. Les «antifas», jamais, ne risquent la dissolution.

Ngo, au fil de son enquête, débusque les mythes entourant cette mouvance. Une étrange rumeur veut que les «antifas», derrière leurs cagoules, soient composés de jeunes gens issus de la bourgeoisie, qui iraient s’encanailler en jouant à la révolution. Le portrait est beaucoup plus complexe. Si on en trouve dans leurs rangs, ces derniers attirent surtout des jeunes esprits psychiquement troublés, socialement fragilisés, à la manière d’un lumpenprolétariat identitaire de la postmodernité. Ils trouvent dans l’engagement «antifa» une forme de rédemption révolutionnaire: dès lors qu’il enfile sa cagoule et défonce sa première vitrine, le jeune converti se sent promu dans l’avant-garde révolutionnaire. La mouvance «antifa» désinhibe les pulsions violentes refoulées par la civilisation, en plus de prétendre les ennoblir.

Leurs théoriciens affichent leur dessein: il s’agit de terroriser leurs ennemis en les agressant, physiquement, s’il le faut, tout en présentant leurs actions comme des gestes d’autodéfense contre «l’extrême droite». En fait, ils se comportent comme une milice visant à créer un climat de terreur pour rendre impossible l’expression d’une dissidence contre l’idéologie diversitaire. Andy Ngo veut voir dans les «antifas» une menace pour l’ordre établi, à la manière d’un courant révolutionnaire classique. C’est peut-être là qu’il erre. Ni demain ni après-demain, les voyous encagoulés ne s’empareront du pouvoir. Il faut renverser la perspective: sans même en être conscients, ils servent l’air du temps, abattent ses ennemis, les molestent, un peu comme la SA de notre époque troublée.

Voir enfin:

Au Maghreb, le racisme anti-Noirs persiste

Nourri par l’histoire et les difficultés sociales, aggravé parfois par les autorités, le rejet des populations noires reste prégnant en Afrique du Nord

Charlotte Bozonnet

Le Monde

23 novembre 2017

Parmi les réactions suscitées par la diffusion de la vidéo de CNN montrant une vente aux enchères de migrants subsahariens en Libye, la dénonciation d’un racisme anti-Noirs persistant dans les pays du Maghreb figure en bonne place. Si les situations n’y sont pas comparables à la barbarie observée en Libye, les communautés noires continuent toutefois d’y être victimes de mépris, de discriminations, voire d’agressions.

En Algérie, il existe une forte présence de migrants subsahariens qui y restent de quelques mois à quelques années, comme une pause sur leur route vers l’Europe. Selon les associations locales, ils seraient près de 100 000. Vivant dans les périphéries des grandes villes, privés de statut légal, ces habitants « fantômes » occupent souvent des emplois à la journée dans le secteur de la construction.

En octobre 2015, l’histoire de Marie-Simone, une migrante camerounaise d’une trentaine d’années, avait fait la « une » de la presse. Victime d’un viol collectif à Oran (ouest), elle avait eu le plus grand mal à se faire soigner et à porter plainte. En mars 2016, à Ouargla (centre), c’est le meurtre d’un Algérien poignardé par un migrant nigérien qui avait dégénéré en une véritable chasse aux migrants. Et les exemples ne manquent pas.

Les autorités algériennes sont récemment revenues sur la tolérance dont elles avaient fait preuve vis-à-vis de la migration subsaharienne depuis 2012 et le début des troubles au nord du Mali. En décembre 2016, 1 200 personnes ont été renvoyées du pays. D’autres rafles et expulsions ont depuis été menées dans les grandes villes du pays. Emmenés en bus jusqu’à Tamanrasset, à 2 000 km au sud d’Alger, ils ont ensuite été relâchés de l’autre côté de la frontière, côté nigérien, parfois en plein désert.

Au Maroc, de nombreux témoignages font aussi état d’un racisme latent. Celui-ci va de faits divers extrêmement violents – en 2014, trois migrants ont été tués à Boukhalef, un quartier périphérique de Tanger – à un racisme diffus. « Dans la rue, certains nous appellent Ebola », racontait un Camerounais rencontré en septembre à Tétouan (nord).

Tensions entre migrants subsahariens et jeunes Marocains, à Casablanca, le 24 novembre.

La partie nord du royaume est un territoire de passage pour les Subsahariens qui veulent tenter la traversée vers l’Europe : soit par la mer, soit en essayant de franchir les barrières qui séparent le continent africain des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Contraints de se cacher dans des conditions très dures, beaucoup sont victimes de bastonnades lorsqu’ils sont pris, puis envoyés dans des villes du sud du Maroc pour tenter de les éloigner.

En Mauritanie, plus au sud, le racisme ne vise pas les migrants de passage mais une partie des citoyens mauritaniens, rappelant la situation d’un pays où les Maures blancs concentrent la majorité des pouvoirs au détriment des Haratine, descendants d’esclaves, et des Négro-Africains. L’esclavage y a été interdit en 1981. Son interdiction a même été inscrite dans la Constitution en 2012, mais la pratique reste courante.

« Le racisme anti-Noirs continue aujourd’hui au Maghreb. La couleur de peau est toujours associée à un statut inférieur. Des tribus pratiquaient l’esclavagisme dans tout le Maghreb et c’est resté dans l’imaginaire collectif », souligne le sociologue marocain Mehdi Alioua, président du Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des étrangers et migrants (Gadem). « L’esclavage, la chosification du corps est la forme la plus extrême du racisme », poursuit-il, en référence à la vidéo de CNN.

L’universitaire déplore toutefois le manque de recherches sur cette question. Le sujet du racisme anti-Noirs dans les pays nord-africains est peu documenté, par manque de moyens et certainement aussi à cause d’une forme d’autocensure. « Certains craignent d’être accusés de faire le jeu de l’Occident. La conséquence de cette absence de connaissances, c’est que, parfois, on sous-estime ce racisme, parfois, on le surestime », poursuit M. Alioua, qui précise toutefois que le débat avance : « A chaque fois qu’une campagne de sensibilisation est lancée, elle reçoit plutôt un bon écho au sein de la population, et ce dans tous les pays du Maghreb. »

Au Maroc, l’augmentation du nombre de migrants subsahariens ces dernières années a eu un effet ambivalent, provoquant tout à la fois plus de frustrations parmi la population – certains estimant, sur fond de difficultés économiques, que les migrants ont plus d’aides que les nationaux –, mais permettant en même temps de démocratiser la problématique et d’accroître la dynamique de soutien aux migrants.

En Algérie aussi, les associations se sont emparées ces dernières années de la situation des Subsahariens. Leïla Beratto, correspondante de RFI, travaille sur le sujet depuis des années. « Cette discrimination est liée à l’histoire de l’Algérie où des Noirs ont été les esclaves de riches familles à la peau claire, mais elle s’explique aussi par les différences culturelles entre Algériens et Subsahariens, qui se connaissent mal », note la journaliste.

L’un des facteurs déterminant de l’accueil réside dans l’attitude des autorités. Début juillet, Ahmed Ouyahia – devenu le 15 août premier ministre d’Algérie – avait affirmé que les migrants sont « une source de criminalité, de drogue et de plusieurs autres fléaux ». Quelques jours plus tard, le ministre des affaires étrangères, Abdelkader Messahel, parlait, quant à lui, d’« une menace pour la sécurité » du pays. « Dans ces conditions, le travail de sensibilisation sur le terrain est rendu encore plus difficile », souligne Leïla Beratto.

Le Maroc a connu, de son côté, un changement important de sa politique migratoire impulsé par le roi Mohammed VI depuis 2013. Alors que le royaume faisait face à de lourdes critiques pour son traitement des migrants, deux opérations de régularisations massives ont été lancées : la première, en 2014, a permis de régulariser 25 000 sans-papiers, la deuxième n’est pas achevée mais quelque 26 000 demandes ont été déposées. Une initiative qui s’inscrit dans le cadre de l’ambitieuse politique africaine du royaume.

En Mauritanie, la lutte contre l’esclavage et les discriminations est devenue un thème incontournable de la vie politique, même si les militants de ce mouvement font régulièrement l’objet d’arrestations et de condamnations. Biram Ould Dah Ould Abeid, figure de ce combat, fut ainsi l’un des quatre candidats à l’élection présidentielle de juin 2014 face au président sortant, Mohamed Ould Abdel Aziz.

Mais c’est certainement dans la Tunisie post-révolutionnaire que l’évolution est la plus sensible. « Pendant longtemps, le sujet des Tunisiens noirs, traités comme des citoyens de seconde zone, a été un tabou », rappelle Houda Mzioudet, chercheuse et spécialiste des minorités en Tunisie.

Si leur nombre exact est difficile à déterminer, les Tunisiens noirs ou d’origine noire représenteraient 10 à 15 % de la population, surtout concentrés dans le sud du pays. En 2013, une marche pour la défense de leurs droits avait été organisée à Djerba. En 2016, l’agression de trois étudiants congolais en plein centre-ville de Tunis avait à son tour créé un vif émoi. Aujourd’hui, la Tunisie s’apprête à adopter une loi criminalisant la discrimination raciale. « Ce serait la première loi de ce type dans le monde arabe », souligne Houda Mzioudet.


Société: Touche pas à mon racisme! (Spot the error when with our activists joining the ranks of multimillionaire organizers à la Obama or Sanders, antiracism ends up promoting the very racism it’s supposed to denounce ?)

18 avril, 2021

Julien-Dray (PS), Jean-Luc-Mélenchon (PG) et Marie-Noëlle-Lienemann (PS)

“Unis pour mettre fin au racisme”, peut-on lire lors d’une manifestation organisée en mars 2017, à Londres.&amp;nbsp; REUTERS/Neil Hall
Sarah Halimi et son assassin Kobili Traoré déclaré irresponsable par la justice

 

 

 

Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race.  Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
SOS Racisme. SOS Baleines. Ambiguïté : dans un cas, c’est pour dénoncer le racisme ; dans l’autre, c’est pour sauver les baleines. Et si dans le premier cas, c’était aussi un appel subliminal à sauver le racisme, et donc l’enjeu de la lutte antiraciste comme dernier vestige des passions politiques, et donc une espèce virtuellement condamnée. Jean Baudrillard (1987)
Le paradoxe est donc qu’en luttant contre le regard « raciste » qui maintenait l’autre dans son origine et faisait obstacle à son admission dans la société des égaux, c’est-à-dire des semblables humains, l' »antiracisme » a acclimaté la notion de race, et par là une vision panraciale, ou panethnique, ou pancommunautaire de la société, notion et vision naturalisées par les grands appareils de l’État. Paul Yonnet
Les dirigeants noirs actuels en sont réduits à vivre des dernières bribes d’autorité morale qui leur restent de leurs jours de gloire des années 50 et 60. (…) Ce ne serait pas la première fois qu’un mouvement initié dans une profonde clarté morale, et qui avait atteint la grandeur, finirait par se perdre en une parodie de lui-même – terrassé non par l’échec mais par son succès même. Les dirigeants des droits civiques d’aujourd’hui refusent de voir l’évidence: la réussite de leurs ancêtres dans la réalisation de la transformation de la société américaine leur interdit aujourd’hui l’héroïsme alors inévitable d’un Martin Luther King, d’un James Farmer ou d’un Nelson Mandela. Jesse Jackson et Al Sharpton ne peuvent nous réécrire la lettre mémorable de la prison de Birmingham ou traverser à nouveau, comme John Lewis en 1965, le pont Edmund Pettus à Selma, en Alabama, dans un maelström de chiens policiers et de matraques. Cette Amérique n’est plus (ce qui ne veut pas dire que toute trace d’elle a disparu). Les Revs. Jackson et Sharpton sont voués à un destin difficile: ils ne peuvent plus jamais être que d’inutiles redondances, des échos des grands hommes qu’ils imitent parce que l’Amérique a changé. Difficile d’être un King ou un Mandela aujourd’hui alors que votre monstrueux ennemi n’a plus que le visage poupin d’un George Zimmerman. Le but de l’establishment des droits civiques d’aujourd’hui n’est pas de rechercher la justice, mais de rechercher le pouvoir des Noirs dans la vie américaine sur la base de la présomption qu’ils sont toujours, de mille manières subtiles, victimes du racisme blanc. Shelby Steele
Avant les années 1960, l’identité des noirs-américains (bien que personne n’ait jamais utilisé le mot) était basée sur notre humanité commune, sur l’idée que la race était toujours une division artificielle et abusive entre les gens. Après les années 60, dans une société coupable d’avoir abusé de nous depuis longtemps, nous avons pris notre victimisation historique comme le thème central de notre identité de groupe. Nous n’aurions pu faire de pire erreur. Cela nous a donné une génération de chasseurs d’ambulances et l’illusion que notre plus grand pouvoir réside dans la manipulation de la culpabilité blanche. Shelby Steele
C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires! Les musulmans, vous êtes allé les voir? Vous les avez regardés, avec leurs turbans et leurs djellabas? Vous voyez bien que ce ne sont pas des Français! Ceux qui prônent l’intégration ont une cervelle de colibri même si ils sont très savants. Essayez d’intégrer de l’huile et du vinaigre. Agitez la bouteille. Au bout d’un moment, ils se sépareront de nouveau. Les Arabes sont des Arabes, les Français sont des Français. Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront vingt millions et après-demain quarante? Si nous faisions l’intégration, si tous les Arabes et Berbères d’Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s’installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé? Mon village ne s’appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux Mosquées! Charles de Gaulle (1959)
On peut intégrer des individus; et encore dans une certaine mesure seulement. On n’intègre pas des peuples, avec leur passé, leurs traditions, leurs souvenirs communs de batailles gagnées ou perdues, leurs héros. Vous croyez qu’entre les pieds-noirs et les Arabes, ce sera jamais le cas? Vous croyez qu’ils ont le sentiment d’une patrie commune, capable de surmonter toutes les divisions de races, de classes, de religions? Vous croyez qu’ils ont vraiment la volonté de vivre ensemble? L’intégration, c’est une entourloupe pour permettre que les musulmans, qui sont majoritaires en Algérie à dix contre un, se retrouvent minoritaires dans la République française à un contre cinq. C’est un tour de passe-passe puéril! On s’imagine qu’on pourra prendre les Algériens avec cet attrape-couillons? Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris? Vous voyez un président arabe à l’Elysée? Charles de Gaulle
Si une communauté n’est pas acceptée, c’est parce qu’elle ne donne pas de bons produits, sinon elle est admise sans problème. Si elle se plaint de racisme à son égard, c’est parce qu’elle est porteuse de désordre. Quant elle ne fournit que du bien, tout le monde lui ouvre les bras. Mais il ne faut pas qu’elle vienne chez nous pour imposer ses moeurs. Charles De Gaulle
De Gaulle ne souhaite pas la solution de l’Algérie française qui ferait des autochtones des Français à part entière. Etant donné les lois d’aide à la famille et le taux élevé de fécondité des Algériens, ils dépasseraient rapidement la population métropolitaine, ce qui ne les empêcheraient pas de nous cracher à la face une fois leur développement acquis. Amiral François Flohic
Nous devons arrêter de penser le racisme comme simplement quelqu’un qui dit le mot-N. Ce livre est centré sur le contexte colonial occidental blanc, et dans ce contexte, les Blancs détiennent le pouvoir institutionnel. Cela signifie comprendre que le racisme est un système plutôt qu’une insulte; c’est le préjugé plus le pouvoir. Et en Grande-Bretagne et aux États-Unis au moins, il est conçu pour bénéficier et privilégier la blancheur par toutes les mesures économiques et sociales. Tout le monde a des préjugés raciaux mais lorsque vous soutenez les préjugés collectifs d’un groupe par une autorité persistante et un contrôle institutionnel, ils se transforment. Robin D’Angelo
Si vous êtes à Washington, on me dit que cette autoroute fait partie de celles qui ont été construites aux dépens des communautés de couleur dans la région de DC. Il y a des histoires et je pense que Philadelphie et Pittsburgh [et] à New York , Robert Moses a vu clair dans la construction de nombreuses autoroutes. Parfois, vous entendez des gens dire, eh bien, nous avons essayé de trouver une entreprise noire pour soumissionner sur ce projet, mais ils n’étaient tout simplement pas là. Eh bien, si c’est le cas, nous devons assumer la responsabilité des raisons pour lesquelles ils ne sont pas là-bas et créer plus d’entreprises qui existent peut-être, mais elles n’ont pas été certifiées. Peut-être qu’elles n’ont pas été assez grandes pour obtenir le lien ou pour surmonter ces obstacles pour même avoir une chance. Ils soumissionnent sur un projet fédéral. Nous devons travailler sur tout cela. Ce n’était pas simplement un acte de négligence, c’était un choix conscient. Il y a un racisme physiquement construit dans nos routes, et c’est pourquoi le plan pour l’emploi s’est spécifiquement engagé à reconnecter certaines des communautés qui ont été divisées par ces dollars. Pete Buttigieg (secrétaire du transport)
Joe Biden’s radical plan to implement the largest tax hike in American history is a massive giveaway to China, and many other countries, that will send thousands of factories, millions of jobs, and trillions of dollars to these competitive nations. The Biden plan will crush American workers and decimate U.S. manufacturing, while giving special tax privileges to outsourcers, foreign and giant multinational corporations. Biden promised to “build back better”—but the country he is building up, in particular, is China and other large segments of the world. Under the Biden Administration, America is once again losing the economic war with China—and Biden’s ludicrous multi-trillion dollar tax hike is a strategy for total economic surrender. Sacrificing good paying American jobs is the last thing our citizens need as our country recovers from the effects of the Global Pandemic. Biden’s policy would break the back of the American Worker with among the highest business tax rates in the developed world. Under Biden’s plan, if you create jobs in America, and hire American workers, you will pay MORE in taxes—but if you close down your factories in Ohio and Michigan, fire U.S. workers, and move all your production to Beijing and Shanghai, you will pay LESS. It is the exact OPPOSITE of putting America First—it is putting America LAST! Companies that send American jobs to China should not be rewarded by Joe Biden’s Tax Bill, they should be punished so that they keep those jobs right here in America, where they belong. This legislation would be among the largest self-inflicted economic wounds in history. If this monstrosity is allowed to pass, the result will be more Americans out of work, more families shattered, more factories abandoned, more industries wrecked, and more Main Streets boarded up and closed down—just like it was before I took over the presidency 4 years ago. I then set record low unemployment, with 160 million people working. This tax hike is a classic globalist betrayal by Joe Biden and his friends: the lobbyists will win, the special interests will win, China will win, the Washington politicians and government bureaucrats will win—but hardworking American families will lose. Joe Biden’s cruel and heartless attack on the American Dream must never be allowed to become Federal law. Just like our southern border went from best to worst, and is now in shambles, our economy will be destroyed! Donald Trump
If you watched Joe Biden sputter through his announcement of the administration’s $2 trillion ‘infrastructure plan,’ you may have been left with some questions. First, is this really about infrastructure? Bridges? Roads? Airports? Things we could actually use? Or is it yet another weird climate scheme/power grab/race-based redistribution plan? What exactly is this? Won’t that kind of spending cause hyperinflation? If you print money like it’s not worth anything, doesn’t the value of that money decline? Normal people may have had questions like that. (…) The New York Times approached the plan with the calculated enthusiasm of Izvestia applauding yet another record Soviet potato harvest. Well, let’s be clear from the outset that this plan – whatever its merits – will not make your commute easier. Only about 5 percent of that $2 trillion will actually go to roads and bridges. So, 5 percent on infrastructure, 95 percent on social engineering. That’s what Joe Biden calls a once-in-a-lifetime infrastructure bill. He’s right about part of it: It is once in a lifetime. If this bill passes, the next generation will life in a very different country. Before we tell you what’s in the bill, a word about who will pay for it. In fact, we only need one word: You. Taxes are going up dramatically. They didn’t have to, actually. Tax revenues no longer fund the ambitions of our political class… The Federal Reserve funds them. When politicians want something, they just print the money. It’s called Modern Monetary Theory. That includes taxes on individual income and investments, as well as on corporations,” he noted. “This would make this the first major tax hike in 28 years. In 2017 and 2018, Joe Biden and his wife dodged payroll taxes on more than $13 million that they got from speaking fees and book royalties. How did they do that?…The Wall Street Journal reported that the Bidens ‘classified the income as S-corporation profits rather than taxable wages.’ Surprised? Come on. (…) People who believe highways are racist will get tens of billions of dollars as part of this plan. As long as they’re in what the Biden administration calls ‘underserved communities.’ Billions more will go to historically black universities and other minority-serving institutions for research and development, and to “eliminate exclusionary zoning” and “needless barriers to producing affordable housing. And for workplace development to “reduce racial inequities in job training and hiring. (…) What’s going on here? Trillions of dollars changing hands. This is looting. Just as their supporters did in Minneapolis last summer, the Biden people are looting the country. They’ve done nothing to build America. Susan Rice, Barack Obama, Ron Klain, and the rest of these people making these decisions haven’t created a single thing. They’re not creators. They’re takers, and they’ve gotten rich doing it. And when it falls apart, they’ll be gone. In the meantime, welcome to hyperinflation. Tucker Carlson
I think the United States and Europe are facing common challenges, arrays of inequalities and hatred speeches and so on, and tensions in our societies. And race arrives, I would say on top of that, because we didn’t fix this issue. And this is an existing question in our society. In your society, you had segregation and you managed to precisely react and reorganize your society in the 60s with positive and affirmative action and nuclear policies, in order to deal with this phenomenon. Our history is very different because we were colonial states and we are now at the center and we were and we are still countries of immigration with a lot of people coming from former colonies and from, for instance, African continent. And we have definitely this question of race, which is at the very core of our society, and creating a lot of tensions when people basically are victims of discrimination and when people are pushing racist speech, racism or unacceptable speeches. My conviction is that we have to address this issue by first transparency and fair assessment. This is why I launched new platforms to fight against discrimination, racism and so on. Second, a quiet and open dialogue to understand how it happened and in a certain way to deconstruct our own history. But without any confusion, our histories are very different. The way we behaved in the past, the way we built our own trauma are very different, even if we have common phenomena. So I think we need basically to go to the very roots of this phenomenon. But we need to launch new, concrete and determined policies to get rid of racism in our society. This is critical. But third, we have to rebuild the unity of our societies. And one of the big risks today is to be inefficient in dealing with discrimination and to, in a certain way, to push to the fragmentation in all societies by, I would say, encouraging a sort of construction where a nation would be the addition of different races or addition of different minorities. I don’t think so. I think a nation is based on unity with differences, is based on unity of projects, and we should never accept the fragmentation of this project through all this difference and specificities. So what we need in a certain way on both sides of the Atlantic is a policy of recognition, building our unity by being more efficient against inequalities, against discrimination, and working for unity and recognizing all the differences. This is a huge challenge, but this is one of the critical challenges of our generation. Emmanuel Macron
Ma conviction est que nous devons nous attaquer à ce sujet en faisant, premièrement, preuve de transparence et de jugement équitable. C’est pourquoi j’ai lancé de nouvelles plateformes pour lutter contre la discrimination, le racisme, etc. Deuxièmement, un dialogue calme et ouvert pour comprendre comment cela s’est passé et d’une certaine manière déconstruire notre propre histoire. Emmanuel Macron
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La Wokeité est la nouvelle religion, qui grandit plus vite et plus fort que le christianisme lui-même. Son sacerdoce dépasse le clergé et exerce beaucoup plus de pouvoir. La Silicon Valley est le nouveau Vatican et Amazon, Apple, Facebook, Google et Twitter les nouveaux évangiles. Victor Davis Hanson
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Je n’ai pas voté pour Trump. Bien que conservateur, je fais partie des «Never Trumpers». Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
SOS Racisme a aggravé le racisme en faisant campagne pour le droit à la différence, pour l’exaltation des racines, contre l’assimilation […] c’est à cause de vous que vingt ans plus tard les uns tapent sur les autres parce qu’ils ne se sentent pas français. Éric Zemmour
[Le] « Privilège blanc » (…) est une ineptie dangereuse, comme l’a bien dit la socialiste Corinne Narassiguin, elle-même d’origine réunionnaise, car elle camoufle les rapports économiques ou sociaux. Que Macron soit un privilégié, fils de bonne famille, élève des meilleures écoles, banquier et politicien d’élite, est exact. Qu’il soit blanc n’ajoute rien à ces atouts dans un pays démographiquement ‘‘caucasien’’ à 90 %. Y a-t-il un privilège noir en Afrique, un privilège chinois à Pékin, un privilège asiatique en Thaïlande ou Corée? Les «gilets jaunes» sont-ils des privilégiés par ce que blancs par rapport aux millionnaires du football antillais ou afro-descendants, les agriculteurs, les employés, les ouvriers sont-ils favorisés parce que «leucodermes»? Dans ce cas, de quoi se plaignent ces « salauds de pauvres » incapables de reconnaître leurs avantages? Racialiser les rapports sociaux, c’est reconduire les discriminations que l’on prétend combattre ou dissimuler celles qui existent déjà: par exemple déduire une doctrine de la couleur de peau et parler de « pensée blanche » est le geste même du vieux racisme « scientifique » du XIXe siècle. L’épiderme, la biologie déterminent les opinions, les comportements malgré soi: on se croirait dans Tintin au Congo mais renversé. Ce néoracisme antiraciste est un terrible contresens. (…) Nous (c’est un nous collectif) avons mis trois ans à persuader le président du danger de l’islam politique et c’est un bon point. Faudra-t-il trois ans de plus pour l’écarter des thèses décoloniales ou indigénistes venues des États-Unis? Macron est un homme brillant mais affecté parfois du complexe de Zelig, ce personnage de Woody Allen qui devient ceux qu’il croise: noir avec les noirs, femme avec les femmes, obèse avec les gros. Le président veut tellement plaire à ses interlocuteurs qu’il parle, pense et réfléchit comme eux. Son spectre idéologique, ouvert à la manière d’un éventail, accorde une place à chaque famille de pensée sans voir les contradictions. Ainsi peut-il expliquer à Ouagadougou que le colonialisme est derrière nous et vouloir restituer certaines pièces de musée à l’Afrique ou présenter des excuses à l’Algérie. Il fait allégeance à tant de maîtres divers qu’il égare le commun des mortels. L’idéal républicain n’est pas compatible avec le multiculturalisme car ce dernier enferme les personnes dans leurs origines et les transforme en fatalité. Le racisme classique transformait la biologie en destin. L’antiracisme raciste également. Chacun est prisonnier de sa couleur de peau, de sa culture d’origine, de ses croyances. Bref, il retombe dans les travers qu’il prétend dénoncer. (…) Je ne suis nullement opposé à ce qu’on donne à Toussaint Louverture, Abdel Khader, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Édouard Glissant, pour n’en citer que quelques-uns, des noms de places ou de rues qui d’ailleurs, pour beaucoup, existent déjà. (…) Attention toutefois aux gadgets, au paternalisme de la bonne volonté qui a poussé par exemple le New York Times à écrire «Noir» en majuscule et « blanc » en minuscule comme si cette humiliation typographique allait miraculeusement changer la vie des Afro-Américains. Donner des noms issus de la « diversité » pour employer la novlangue actuelle aux rues et places de certains quartiers n’améliorera en rien la vie de leurs habitants: la satisfaction symbolique ne remplit ni le portefeuille ni les estomacs. Les individus en démocratie veulent être reconnus oui mais comme des personnes singulières, jugés selon leurs mérites propres et non déduits de leurs origines, de leur pigmentation. C’est le sens de l’émancipation républicaine qui promeut un universel de la pluralité et non de l’uniformité. Si on oublie ce principe fondateur, on s’embarque dans la quincaillerie idéologique des fanatiques de la Race, du Genre et de l’Identité qui enferment chacun dans sa particularité et rendent impossible l’idée d’un Nous collectif. Pascal Bruckner
Le postcolonialisme est, pour aller vite, la version soft du décolonialisme, lequel séduit non pas en raison de sa consistance théorique mais par sa « radicalité » idéologico-politique. Les idéologues décoloniaux appellent en effet à rompre totalement avec le passé maudit de la France et plus largement de l’Europe et de l’Occident, dont il réduisent l’histoire à celle du racisme, de la traite négrière, du colonialisme et de l’impérialisme. Ils rejoignent en cela les artisans-militants d’une contre-histoire dite « histoire mondiale » ou « globale », obsédés par la déconstruction du roman national français. Ils ne voient dans l’universalisme, celui du judéo-christianisme comme celui des Lumières, que l’expression d’un eurocentrisme qu’ils s’efforcent frénétiquement de « déconstruire » en même temps qu’ils s’appliquent à « provincialiser » l’Europe et sa culture. Ils criminalisent au passage la laïcité, dans laquelle ils ne voient qu’intolérance et rejet de la diversité, refus des saintes « différences ». L’attractivité du décolonialisme à gauche et à l’extrême gauche s’explique largement par un appel du vide, dont les causes sont identifiables: la décomposition de la gauche et l’essoufflement du modèle social-démocrate, l’incrédulité croissante envers le marxisme et l’utopie communiste dont on hérite cependant l’anticapitalisme et l’anti-impérialisme, la banalisation d’un néo-féminisme misandre, dit « radical », dans les milieux intellectuels ainsi que le surgissement d’un antiracisme dévoyé, masquant à peine un racisme anti-Blancs doublé d’une judéophobie à visage « antisioniste ». À cela s’ajoute un sentiment de culpabilité à l’égard de l’islam, la « religion des pauvres » et des « dominés », qui fait que la « lutte contre l’islamophobie » peut être érigée en premier commandement de la « religion de l’Autre » (Philippe d’Iribarne). Il faut aussi bien sûr pointer l’influence du gauchisme identitaire à l’américaine, dont les thèmes se diffusent massivement sur les réseaux sociaux. Dans cette perspective, tous les malheurs du monde s’expliquent à partir de la relation d’inégalité entre « dominants » et « dominés », qu’on interprète en termes racialistes et victimaires: ce sont « les Blancs » qui dominent et les « non-Blancs » qui sont dominés. La « race » revient à l’ordre du jour: en dépit du fait qu’on la présente comme une « construction sociale », la couleur de la peau reste son principal indice. On brandit par exemple avec enthousiasme l’ »identité noire », la « conscience noire » ou la « fierté noire », alors qu’on dénonce, à juste titre, les suprémacistes blancs qui parlent d’une « identité blanche », d’une « conscience blanche » ou d’une « fierté blanche ». On se retrouve ainsi dans un monde divisé en « Blancs » et « Noirs » ou « non-Blancs », et ce, au nom d’un « antiracisme » douteux, qui s’avère un antiracisme anti-Blancs, c’est-à-dire une forme politiquement correcte de racisme. Une grande inversion des valeurs et des normes s’accomplit sous nos yeux. (..) La gauche intellectuelle est profondément divisée sur ces questions qui s’entrecroisent. À simplifier le tableau, je distinguerai trois nébuleuses idéologiques. Tout d’abord, les défenseurs de la laïcité stricte, dans la tradition républicaine privilégiant l’égalité dans une perspective universaliste, qui forment le camp de la gauche ferme ou « dure », intransigeante sur les principes. Ensuite, les partisans d’une laïcité « ouverte », tentés par le multiculturalisme, qui peuplent les territoires de la gauche « molle », convertie à la « religion de l’Autre ». Enfin, les ennemis de la laïcité, dans laquelle ils voient l’expression proprement française d’un « racisme d’État » ainsi qu’une machine à justifier l’ « islamophobie ». Le slogan « Touche pas à mon voile » illustre cette position pseudo-antiraciste, qui consiste à retourner contre le principe de laïcité l’exigence de tolérance et l’impératif du respect des différences. C’est le camp de la gauche folle, celle qui s’est ralliée au drapeau du postcolonialisme et du décolonialisme, dont la passion motrice est la haine de l’Occident. Cette nouvelle « gauche de la gauche » est rageusement anti-occidentale, elle est à la fois hespérophobe [anti-occident] et gallophobe, en ce qu’elle réduit la France à un pays raciste et islamophobe. C’est cette gauche en folie, dont les nourritures psychiques proviennent des campus étatsuniens [sic] pratiquant le culte de la « radicalité », qui, voulant tout déconstruire et tout décoloniser, s’est engagée dans la voie dangereuse qu’est la « politique de l’identité ». La gauche « molle », celle des bien-pensants (opportunistes, apeurés, naïfs, peu informés) ayant pour seul horizon « l’ouverture », fournit des « idiots utiles » (et parfois inutiles) à la gauche folle, qui mène la danse. Le décolonialisme, c’est la maladie sénile de la gauche intellectuelle contemporaine. (…) En parlant de « discriminations systémiques », on paraît expliquer avec objectivité les échecs socio-économiques des individus appartenant à des minorités supposées discriminées. Ces individus sont ainsi déresponsabilisés: ils peuvent accuser « le système » d’être le seul responsable de leurs malheurs, comme ils peuvent accuser un prétendu « racisme d’État » de couvrir ou de justifier les « discriminations systémiques » dont ils s’imaginent être les victimes. Ce qui n’empêche nullement de considérer les discriminations réelles à l’emploi ou au logement, dont les causes sont loin de se réduire aux origines ethno-raciales. La dénonciation litanique du « racisme systémique » fait partie de la rhétorique des mouvances décoloniales et islamo-gauchistes. Il s’agit du dernier avatar de la notion de « racisme institutionnel », élaborée par deux révolutionnaires afro-américains, l’activiste Stokely Carmichael et l’universitaire Charles V. Hamilton, dans leur livre militant titré Black Power, sous-titré « La politique de libération en Amérique », publié en 1967. Cette notion était destinée à mettre l’accent sur le caractère systématique (« systémique », dit-on plutôt aujourd’hui) ou structurel du racisme anti-Noirs dans la société nord-américaine, en supposant qu’il était inscrit dans les normes culturelles, les institutions et les pratiques sociales « normales », qu’il dérivait de l’organisation même de cette société. Il pouvait donc fonctionner socialement sans être intentionnel ni conscient. Le présupposé de ce modèle critique du racisme est que seul le racisme blanc existe et qu’il se confond avec le « pouvoir blanc » et la « société blanche » que seule une « révolution noire » peut transformer. Autant dire que, construit pour dénoncer le racisme anti-Noirs dans l’Amérique de la fin des années 1960, ce modèle est daté et situé. On ne saurait l’importer aveuglément pour analyser le racisme dans la société française contemporaine. Mais c’est précisément son simplisme qui est attrayant pour les radicaux de gauche: le racisme invisible explique tout et les mobilisations antiracistes ont un parfum révolutionnaire. En répétant litaniquement que la France est une société intrinsèquement raciste, on justifie les appels à la destruction du « vieux monde », qu’on juge irréformable. La notion de « racisme systémique » illustre bien ce que Raymond Boudon appelait le « sociologisme », qui postule que l’individu est le jouet des structures et des institutions, et incite à ne poser qu’une question: À qui profite le « système »? Mais la réponse est toujours connue d’avance. Les pseudo-antiracistes y répondent en donnant dans le complotisme: ils désignent les membres de la « race » dominante (« les Blancs »), instaurateurs et profiteurs du « racisme systémique ». Voilà qui justifie les prêches contre « l’hégémonie blanche » et « le privilège blanc ». (…) Relevons d’abord le mélange de stupidité et de cuistrerie d’une telle affirmation [« Le ‘je’ cartésien va jeter les fondements philosophiques de la blanchité], émanant de l’activiste qui incarne parfaitement l’islamo-gauchisme à la française. Elle témoigne de l’extrême confusion qui dérive d’un demi-siècle de déconstructionnisme en philosophie (« tout est à déconstruire ») et de constructivisme en sciences sociales (« tout est construction sociale »). Dans les milieux décolonialistes à la française, le thème de la « blanchité » est d’importation récente et soulève un problème insoluble: si, en bon antiraciste, on récuse l’essentialisme en tant que présupposé du racisme, comment concevoir d’une façon non essentialiste ladite « blanchité »? Répondre en agitant le terme magique de « construction sociale », c’est se payer de mots. Le réinvestissement du biologique s’opère ainsi sous couvert de « construction sociale ». Les pseudo-antiracistes à l’américaine diabolisent les gènes, mais sacralisent la couleur de la peau. Chassée par la grande porte de l’antiracisme savant des généticiens, la « race » revient par la fenêtre du néo-antiracisme militant. Faisant de la « blanchité » un stigmate, les idéologues décoloniaux s’efforcent de réduire l’exigence d’universalité à une arme secrète de la « société blanche » pour inférioriser ou disqualifier les non-Blancs. Manière de réaffirmer leur dogme fondamental: l’Occident est intrinsèquement raciste. Mais il ne faut pas oublier que ce sont des intellectuels occidentaux « blancs » qui, les premiers, ont lancé cette grande accusation sur le marché des idées. La haine de soi et l’auto-accusation pénitentielle font partie de la pathologie des milieux intellectuels occidentaux. Ne voir dans l’universalisme que ses instrumentalisations politiques et ses corruptions idéologiques, c’est faire preuve soit d’ignorance, soit de mauvaise foi. (…) À quelques exceptions près, les intellectuels marxistes-léninistes, encore nombreux dans les années 1970-1990, se sont ralliés, d’une façon plus ou moins explicite, aux courants subalternistes ou décoloniaux, après avoir flirté avec le tiers-mondisme et l’altermondialisme. Le décolonialisme se présente en effet comme une réinterprétation hypercritique de l’histoire et un programme d’action révolutionnaire séduisant. L’évolution des milieux trotskistes est à cet égard fort intéressante: nombre de leurs intellectuels ont repris à leur compte les principaux thèmes décoloniaux (dénonciation du « racisme systémique », du « racisme d’État », de l’ « islamophobie d’État », etc.), au point de juger acceptables la vision racialiste de la société et la promotion de notions comme celles d’identité raciale ou de conscience raciale. Ils tendent à oublier la lutte des classes au profit de la lutte des races et des sexes-genres, avec ce supplément de verbiage pseudo-savant qu’est l’ « intersectionnalité ». Ce qui a fait basculer les marxistes, c’est d’abord la formation d’un prolétariat issu de l’immigration et de culture musulmane, et le ralliement croissant du prolétariat traditionnel aux partis dits populistes. C’est ensuite leur engagement inconditionnel en faveur de la cause palestinienne, qu’ils ont érigée en nouvelle « cause universelle ». C’est, corrélativement, leur interprétation de l’islam politique comme une force potentiellement révolutionnaire avec laquelle il fallait s’allier. C’est aussi l’importance qu’ils ont accordé aux questions de « race » (la « race » étant une « construction sociale ») et à la lutte contre le racisme, faisant passer au second plan la lutte des classes. C’est enfin leur passion de la critique radicale des sociétés occidentales, caractérisées par une somme de traits négatifs (capitalisme, impérialisme, colonialisme, racisme, sexisme, hétéro-patriarcat), donc vouées à être détruites. Ils ont ainsi comblé leur imaginaire utopiste de la table rase et de la construction d’une société parfaite (post-capitalisme, post-raciste, post-sexiste, etc.). Il ne leur restait plus, en rejoignant les rangs décoloniaux, qu’à ériger la « race » en principe explicatif de l’histoire, et, ainsi, à fondre le marxisme dans un néo-gobinisme dont le programme sommaire tourne autour d’une volonté de vengeance ayant pour cible la « société blanche » ou l’ « homme blanc », abominable profiteur du « système hétéro-patriarcal ». (…) |e retweetage par l’activiste Rokhaya Diallo du compte satirique de Titania McGrath sur Twitter qui se moque des délires woke et devance même parfois des discours progressistes] C’est là un indice de la bêtise des nouveaux bien-pensants. Il ne s’agit pas de la bêtise ordinaire, pour ainsi dire innocente, mais d’une bêtise prétentieuse, arrogante, sophistiquée. Un esprit de sérieux idéologisé, doublé d’une roublardise plus ou moins affûtée. C’est la bêtise commune aux élites médiatiques et aux élites académiques faisant profession de « radicalité », à Rokhaya Diallo ou Lilian Thuram en version militante, à Judith Butler ou Gayatri Chakravorty Spivak en version « théorique », disons comiquement pédante. On a trop négligé de considérer le rôle de la bêtise dans l’histoire, comme le notait Raymond Aron. Mais la bêtise la plus redoutable, parce qu’elle passe inaperçue, c’est la bêtise des élites intellectuelles, soumises aux modes idéologiques et rhétoriques, conformistes dans leurs rêves de « radicalité » et fascinées par la violence des supposés « damnés de la terre », censés avoir « toujours raison ». Rien n’est plus pitoyable que la bonne conscience et la lâcheté tranquille de ceux qui, pour paraphraser Camus, n’ont jamais placé que leur fauteuil ou leur micro dans ce qu’ils croient être le sens de l’histoire. Pierre-André Taguieff
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (candidate socialiste à la présidence de la région Ile de France)
Aujourd’hui, vous regardez la télé, c’est toujours les mêmes : sur n’importe quelle chaîne, c’est toujours les Blancs, les Blancs, les Blancs ! Amewofofo Adom’ Megaa (dit Rost)
ROST c’est son nom d’artiste est un rappeur de 32 ans qui a fait les 400 coups. Définitivement sorti de l’illégalité, il est devenu un citoyen engagé au service de ses frères des cités. Un itinéraire raconté dans « Rost, enfant des lieux bannis »* juste paru. Pourquoi faut-il le lire ? Parce que Rost décrit une vie agitée de canaille devenue porte-voix de la périphérie sans jamais tomber dans le misérabilisme. Celle d’un gamin, Amewofofo « grand frère de tous » , originaire « d’une des banlieues de la terre, le Togo » qui débarque à 11 ans en France pour y vivre à neuf dans un 28 m 2 « sans salle d’eau » à Belleville. Celle d’un déraciné qui, « pour respirer », se « réfugie aussi souvent que possible dehors ». Celle d’un ado qui, renvoyé du collège, devient un chef de bande spécialisée dans le tag, à la tête du CMP (Comité de la mafia parisienne) capable, en une nuit, de « défoncer les murs » de la station de métro du Louvre. Celle enfin d’un jeune homme sept ans sans papiers, qui, lassé par les embrouilles qui lui valurent sept coups de couteau, perce dans le rap militant avant d’inciter, avec son association Banlieues actives, les « révoltés des técis » à aller voter lors de la dernière présidentielle. Le Parisien
Il fait partie des rares rappeurs « fréquentables » et fréquentés par ceux d’en haut. Amewofofo Adom’ Megaa, plus connu sous le nom de Rost, a été nommé par décret présidentiel au Conseil économique, social et environnemental, en même temps que 54 autres personnalités associées. Rost n’est pas nommé « conseiller » du Cese, mais « personnalité associée ». Il touchera, à ce titre, 940 euros par mois, s’il est présent dans les travaux de la commission, au lieu des 3 700 gagnés par les conseillers. ost n’est pas nommé « conseiller » du Cese, mais « personnalité associée ». Il touchera, à ce titre, 940 euros par mois, s’il est présent dans les travaux de la commission, au lieu des 3 700 gagnés par les conseillers. Né au Togo en 1976, président de l’association Banlieues actives, Rost s’est fait connaître en France par son engagement contre l’exclusion dans les « quartiers populaires ». Il a grandi à Barbès et s’est fait connaître comme taggeur et chef d’une des bandes les plus virulentes des années 1990 avant de reprendre son destin en main en entamant des études de droit, en devenant artiste et producteur, puis porte-parole attitré des quartiers en difficulté. Le Point
En tenant ces propos, Audrey Pulvar franchit la ligne rouge. Elle rejoint le camp des « fous de la race » et devient le symptôme d’un phénomène plus large, au terme duquel pourrait apparaître la justification de l’apartheid au nom de l’antiracisme. Au XXe siècle, les organisations antiracistes prônaient un idéal universaliste et combattaient toute forme de ségrégation, désormais de nouvelles associations ethniques ont pour principe de base de dénoncer les coupables: les hommes blancs et les femmes blanches. Dans cette optique, naître blanc, c’est naître avec un casier judiciaire plein et naître non-blanc c’est naître avec un passeport de victime éternelle. Dans un premier cas, vous êtes coupable d’exister, et dans un second vous pouvez tirer des traites éternelles sur votre statut victimaire. On a vu les effets criminels d’un antiracisme devenu fou, qui invoque le pseudo-délit d’islamophobie pour tuer, celui dont ont été victimes Samuel Paty et les journalistes de Charlie Hebdo. Ici, nous avons affaire à un antiracisme scélérat, qui reproduit ce qu’il est censé combattre tout en se croyant à l’abri de la loi. C’est ce dérapage qu’a effectué récemment Audrey Pulvar, peut-être par inadvertance. C’est en réalité un néoracisme déguisé en son contraire. Ces propos sont inflammables et dans une France déjà fracturée, ils entretiennent un climat d’affrontement. (…) Jean-Luc Mélenchon suppose que toute femme noire est par nature discriminée. Ce qui est faux. Dans mon livre Un coupable presque parfait (Grasset), je dénonce une nouvelle hiérarchisation de l’humanité, qui mettrait l’homme blanc au rang des damnés de la terre et tous les autres peuples au sommet. (…) Le bienfait de cette situation, c’est que les masques sont tombés. (…) Elle rend d’autant plus regrettable les ambiguïtés d’Emmanuel Macron dans L’Express sur le pseudo «privilège blanc» ou de sa ministre Élisabeth Moreno sur le même thème. (…) Toute une partie de la gauche s’est égarée depuis la chute de l’URSS. La race, le genre, l’identité sont devenues les bases d’une idéologie née aux États-Unis, qui entend remplacer le socialisme en crise. Cette gauche, réunissant Europe Écologie-Les Verts, le Nouveau parti anticapitaliste et une partie de La France insoumise, a basculé sans le savoir dans les thèses de l’extrême droite, qui a toujours réduit les individus à leur condition d’origine. Ce qui est terrible, c’est qu’un Blanc ou une Blanche ne peut jamais s’émanciper de sa couleur de peau, pas plus qu’un Noir ou un Arabe, réduit éternellement au statut de paria et nécessairement englué dans son destin. Cette thématique nous rappelle tragiquement l’idéologie coloniale ou la rhétorique des années 1930. (…) Plutôt que de défendre les classes populaires et les conquêtes sociales, elle préfère brandir le thème de la race comme bouée de secours, mais cette bouée va surtout la couler. En reprenant une rhétorique délétère, cette gauche-là dresse le décor de son propre suicide. Pascal Bruckner
Même la littérature pour enfants serait apparemment trop blanche. Le journal La Presse affirmera: «La littérature jeunesse québécoise met en scène des héros presque tous blancs, qui s’appellent plus souvent Tremblay et Gagnon que Wong ou Khan.» Il n’était apparemment pas venu à l’esprit du quotidien qu’il est encore bien plus courant, au Québec, de s’appeler Tremblay que Wong et Gagnon que Khan. Cette dénonciation ritualisée n’est évidemment pas exclusive au Québec. Le journaliste occidental se transforme en adepte de la comptabilité raciale et multiplie ainsi les enquêtes pour voir où en sont les institutions censées s’adapter aux exigences nouvelles de la diversité et quels efforts elles déploient pour se déblanchir. La traque à la société trop blanche est à la mode. Ainsi, en France début 2020, on a pu entendre dire à Aïssa Maïga, au moment de la cérémonie des César: «C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de compter le nombre de Noirs dans la salle.» Il s’agissait, sur le mode insolent, de faire le procès d’une salle trop blanche en réinventant le délit de faciès. «Salut les Blancs», avait quant à lui lancé l’humoriste Fary à la 31e cérémonie des Molières avant d’ajouter: «Il faut que quelqu’un leur dise… Euh… C’est trop blanc.» Ces remarques, déjà fréquentes des deux côtés de l’Atlantique depuis plusieurs années, se sont multipliées, comme on l’a vu d’ailleurs en Écosse le 18 août 2020 lorsque le ministre Humza Yousaf a fait la liste de plusieurs figures en position d’autorité en les définissant par leur couleur de peau, pour en conclure que son pays était trop blanc et avait un problème de «racisme structurel». Comme d’autres, il considère que le pays dans lequel ses parents se sont installés est trop blanc, et entend en finir avec cette injustice structurelle. Un regard rapide sur les thèmes privilégiés par la presse confirme la prédominance de cette approche. La gendarmerie, la police, les sciences de la terre, la médecine, les mathématiques, la mode, l’univers du spectacle vivant, l’Opéra, l’univers de la musique classique… seraient trop blancs. On ne se demande plus, en se rendant à un concert, si l’orchestre jouera bien mais à quoi il ressemblera. Il n’est donc plus rare, au-delà des frontières américaines, de voir des inspecteurs mandatés par le régime diversitaire tenir une comptabilité raciale stricte des organisations publiques et privées, pour en arriver à la conclusion attendue que les Blancs y sont encore trop présents et que la diversité peine à s’y faire une place. «Diversité» étant le terme codé pour dire que les Blancs sont trop nombreux dans des sociétés historiquement «blanches», même si elles ne se représentaient pas dans ces termes. Dans le monde occidental du début des années 2020, on peut donc, très ouvertement, reprocher à quelqu’un la couleur de sa peau au nom de l’antiracisme. Mathieu Bock-Côté
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Songeons à la carence de ces avant-gardes qui nous prêchaient l’inexistence du réel ! Il nous faut entrer dans une pensée du temps où la bataille de Poitiers et les Croisades sont beaucoup plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. (…) Mais ce à quoi nous assistons avec l’islamisme est néanmoins beaucoup plus qu’un retour de la Conquête, c’est ce qui monte depuis que la révolution monte, après la séquence communiste qui aura fourni un intermédiaire. Le léninisme comportait en effet déjà certains de ces éléments. Mais ce qui lui manquait, c’était le religieux. La montée aux extrêmes est donc capable de se servir de tous les éléments : culture, mode, théorie de l’État, théologie, idéologie, religion. Ce qui mène l’histoire n’est pas ce qui apparaît comme essentiel aux yeux du rationaliste occidental. Dans l’invraisemblable amalgame actuel, je pense que le mimétisme est le vrai fil conducteur. Si l’on avait dit aux gens, dans les années 1980, que l’islam jouerait le rôle qu’il joue aujourd’hui, on serait passé pour dément. Or il y avait déjà dans l’idéologie diffusée par Staline des éléments para-religieux qui annonçaient des contaminations de plus en plus radicales, à mesure que le temps passerait. L’Europe était moins malléable au temps de Napoléon. Elle est redevenue, après le Communisme, cet espace infiniment vulnérable que devait être le village médiéval face aux Vikings.(…) J’ai personnellement l’impression que cette religion a pris appui sur le biblique pour refaire une religion archaïque plus puissante que toutes les autres. Elle menace de devenir un instrument apocalyptique, le nouveau visage de la montée aux extrêmes. Alors qu’il n’y a plus de religion archaïque, tout se passe comme s’il y en avait une autre qui se serait faite sur le dos du biblique, d’un biblique un peu transformé. Elle serait une religion archaïque renforcée par les apports du biblique et du chrétien. Car l’archaïque s’était évanoui devant la révélation judéo-chrétienne. Mais l’islam a résisté, au contraire. Alors que le christianisme, partout où il entre, supprime le sacrifice, l’islam semble à bien des égards se situer avant ce rejet. Certes, il y a du ressentiment dans son attitude à l’égard du judéo-christianisme et de l’Occident. Mais il s’agit aussi d’une religion nouvelle, on ne peut le nier. (…)  la montée aux extrêmes se sert aujourd’hui de l’islamisme comme elle s’est servie hier du napoléonisme ou du pangermanisme. (…) Pourquoi la révélation chrétienne a-t-elle été soumise pendant des siècles à des critiques hostiles, aussi féroces que possible, et jamais l’islam ? Il y a là une démission de la raison. Elle ressemble par certains côtés aux apories du pacifisme, dont nous avons vu à quel point elles pouvaient encourager le bellicisme. (…) Il faut donc réveiller les consciences endormies. Vouloir rassurer, c’est toujours contribuer au pire. René Girard
Depuis toujours, dès que la France est affaiblie, les élites ont tendance à sacrifier la France et le peuple français à leurs idéaux universalistes. C’est très frappant. Vous verrez dans le livre. Je remonte le temps. Je suis remonté à l’évêque Cauchon et Jeanne d’Arc. On voit bien que cela a toujours été une tentation des élites françaises. Pour aller vite, depuis 1940, la France est très affaiblie. Et nous avons des élites qui ont décidé de jeter par-dessus bord la France et le peuple français au nom de l’Europe, des droits de l’homme et de l’universalisme. Macron est vraiment l’incarnation de ces élites-là. Il est passionnant, car c’est une espèce de quintessence chimiquement pure. Quand il dit : « Nous avons fait du mal », c’est déjà le discours de Chirac sur le Vel’ d’Hiv’ ou le discours de Hollande sur le Vel’ d’Hiv’ et en Algérie. Paul Thibaud avait écrit un très bon article qui faisait remarquer que, comme les politiques ne maîtrisaient plus rien, ils ont trouvé une posture qui consiste à dire du mal de nos ancêtres pour exister. (…) C’est la « révolte des élites » de Christopher Lasch à la fin des années 70. Il avait très bien vu cela aux États-Unis. C’est évidemment venu chez nous ensuite. (…) Je voulais montrer aux gens que tout cela était lié à une histoire millénaire et qu’il y avait des petites pierres comme dans Le Petit Poucet qu’on pouvait retrouver à chaque fois. Certaines époques nous ressemblent de plus en plus. Je retrouvais la phrase de René Girard dans son dernier livre qui disait : « Nous devons entrer dans une pensée du temps où Charles Martel et les croisades seront plus proches de nous que la Révolution française et l’industrialisation du Second Empire. » Je trouve cette phrase très frappante. Lorsque je dis cela, on dit que j’ai des obsessions et que je ne pense qu’à l’islam. Pourtant, ces paroles viennent de René Girard. Il a très bien compris que nous étions revenus dans un temps qui est celui des affrontements de civilisations entre chrétienté et islam, des guerres de religion et de la féodalité pré-étatique. (…) Ces pays de l’Est se révoltent, parce que la Hongrie a connu trois siècles d’occupation ottomane. C’est un roi polonais Jean III Sobieski , qui a arrêté les Ottomans à Vienne, en 1683. Il n’y a pas de hasard. Cette Histoire revient à une vitesse folle. Tout se remet en place pour nous rappeler à cette Histoire. (…) il y a effectivement un effet d’accumulation de toutes les crises du passé qui se concentrent aujourd’hui. C’est pour cette raison qu’il y a autant de pessimisme chez moi. L’idée même de roman national est finie. Je n’ai même pas essayé de refaire un roman national. La déconstruction des historiens qui, depuis cinquante ans, nous interdisent de parler de roman national était trop forte. Il n’en reste presque que des ruines. Si j’avais voulu faire un roman national, j’aurais fait une romance nationale. Ce n’est pas ce que j’ai fait. En revanche, j’ai voulu écrire une Histoire de France réaliste, non pas en fonction des idéaux et des populations d’aujourd’hui, mais en fonction de la réalité historique de l’époque. Aujourd’hui, les historiens ont décidé d’inventer une Histoire de France qui correspond à leurs obsessions et à leurs idéologies actuelles. Ils disent que j’ai des obsessions, mais les leurs sont : une histoire féministe, une histoire des minorités africaines et maghrébines, une histoire pacifiste, c’est-à-dire une histoire qui n’a jamais existé. Dans les livres d’histoire d’aujourd’hui, sur la Révolution française, il y a deux pages sur Olympe de Gouges, la grande militante féministe. Quand elle est guillotinée, en 93, par Robespierre, j’ai coutume de dire, pour plaisanter, que Robespierre ne sait même pas qu’il l’a fait guillotiner, tellement elle compte peu. Lors d’une émission sur France 2, mardi dernier, on a vu une grande fresque qui expliquait comment la France a été faite par les immigrés nord-africains et africains avec un grand manitou qui s’appelle de Gaulle. C’est une histoire inventée. (…) Ils sont tellement allés loin dans la diabolisation de Pétain et dans l’invention d’une histoire qui ne correspond plus à la réalité. Lorsqu’on repose le tableau de Pétain, de De Gaulle, de ce qu’était Vichy à l’époque et de ce qu’était 1940, que je dis que tout le monde se moquait, à l’époque, du statut des Juifs d’octobre 40, à Paris, à Vichy ou à Londres, et que les rats qui s’y intéressent disent « il a bien raison », car ils estiment à l’époque que les Juifs ont une responsabilité dans la défaite, j’ai l’impression de blasphémer. C’est tout simplement la réalité historique. On a tellement réinventé une histoire en disant que l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale était la question juive qu’on tombe des nues quand je dis qu’à l’époque, personne n’en parlait. À Londres, ceux qui rejoignent le général de Gaulle sont d’accord avec Vichy là-dessus. Aujourd’hui, la réalité paraît blasphématoire. C’est extraordinaire. C’est pour dire la force inouïe de cette déconstruction historique. Pour moi, c’est le grand effacement de l’histoire pour correspondre au Grand Remplacement des populations. Eric Zemmour
Deux ou trois jours après la mort de Mounir Oubajja, une réunion s’est tenue, chez les Oubajja, il y avait un homme venu de Paris, prénommé Samuel, qui nous demandait de faire des attestations…Leila Ben Saïd
J’avais écrit cette lettre suite à la colère. J’ai jamais entendu de tels propos de la part de monsieur Elie. Mohamed Belaiche
J’y étais, et j’ai pas entendu ça. J’ étais sur les nerfs. Sur le coup, j’avais peur… Youssef Errik
Il n’a rien dit, il a tiré. Samir Ben Saïd
Procès Vauvert : le zèle de SOS racisme Les témoignages recueillis par l’association s’effondrent Le crime de Joël Elie, commis dans la nuit du 16 mai 1999 à Vauvert (Gard), était-il un crime raciste? Quatre témoins l’ont assuré. Noir sur blanc. Ils ont détaillé les injures dans des attestations écrites destinées à la justice, et recueillies sur place, deux jours après la mort du jeune homme, par Samuel Thomas, vice-président de l’association SOS Racisme. Les auteurs des attestations, une jeune femme et trois garçons, ont été appelés à témoigner hier devant la cour d’assises de Nîmes qui juge Joël Elie pour meurtre. Et là, debout à la barre, sous les regards du président, de l’avocat général, dans le silence de la cour, et après avoir juré «en leur âme et conscience» de dire «toute la vérité», aucun des quatre témoins n’était plus certain de rien. (…) Deux jours avant la mort de Mounir Oubajja, le 14 mai 1999, des coups de feu avaient été tirés à Vauvert, qui avaient fait cinq blessés parmi la population jeune et arabe de la cité des Bosquets. Depuis des semaines, une petite guerre opposait ceux de la cité HLM aux habitants de la vieille ville de Vauvert, où on ne voulait pas d’eux, ni sur la place du centre-ville qu’ils squattaient, ni dans les cafés où on ne les servait plus. La nuit, des émeutes éclataient sporadiquement. Les voitures étaient brûlées. Les gendarmes et la police municipale débordés. Ce dimanche 16 mai, à 4 heures du matin, la mort de Mounir Oubajja, arabe, jeune, habitant de la cité HLM et tué par un Blanc, venait en point d’orgue, comme une ultime provocation. Si le crime était raciste, il serait plus tragique encore. Et l’histoire plus édifiante sur les sales moeurs des habitants de Vauvert. (…) «Il ne s’agit pas de faire le procès de SOS Racisme», a ajouté le magistrat. Libération
J’ai tué le sheitan. Kobili Traoré
Une certaine confusion entoure l’intervention des policiers entre le premier appel reçu à 4h25 et la constatation du décès à 5h10. Arrivés devant la porte de l’appartement de la famille D., les forces de l’ordre, qui méconnaissent la configuration de la résidence, sont loin d’imaginer qu’ils vont avoir affaire à deux événements distincts : la séquestration de famille D., au numéro 26, puis l’agression mortelle de Sarah Halimi, au numéro 30. Ils pensent être confrontés à une scène de violences conjugales. Puis, au seuil de l’appartement de la famille D., des prières en arabe leur parviennent derrière l’épaisseur de la porte. Craignant qu’elles ne soient prononcées par un jihadiste, les premiers policiers décident, par mesure de « sécurité », de s’armer et d’appeler des renforts. Il faudra près d’une heure pour que les secours pénètrent dans la cour où Sarah Halimi est retrouvée morte, le visage méconnaissable, le corps disloqué. Même après la défenestration, les équipes en présence ne savent pas exactement de quoi il s’agit. « Si les policiers étaient intervenus immédiatement comme ils se devaient de le faire, madame Halimi serait en vie aujourd’hui », estime Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat des enfants de la victime lors d’une conférence de presse, le 18 juillet. Une plainte a été déposée par un membre de la famille contre la police pour non assistance à personne en danger. Depuis le balcon, Kobili T. hurle qu’il va « sauter » et jette des objets trouvés dans l’appartement. Il finit par être arrêté dans l’appartement de la famille D., dans lequel il est retourné, en repassant par le balcon. Plutôt calme lors de l’interpellation, il se montre agité pendant la garde à vue. Selon les rapports de police, il crache et menace de mort les policiers, qui doivent le ceinturer pour le maîtriser. A 13 heures, le diagnostic du psychiatre tombe : « troubles mentaux manifestes », incompatibles avec la garde à vue. Kobili T. est interné dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne. Franceinfo
Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation, car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et  affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre. La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. (…) En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. [En revanche], la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal. Daniel Zagury (expert psychiatre)
La bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation.  (…) Les délirants abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde. Les délires mystiques sont de forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux. En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime. Daniel Zagury
Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. Drs. Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan
Par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité. Procureur de la République
Kobili Traoré (…) avait tôt dans sa vie fait l’expérience de l’oisiveté et de la délinquance. Son casier est chargé de vingt condamnations, pour du trafic de cannabis, des vols et des violences. Depuis l’âge de 18 ans, il avait été incarcéré plusieurs fois. C’est pour cette raison qu’il était craint dans l’immeuble de la rue de Vaucouleurs, dans le XIe arrondissement de Paris. « Il faisait son business, du trafic de drogue, il est connu pour ça et c’est en ça que les gens le craignent. Ils ont vu ses agissements avec la police ou entre jeunes, quand ça dégénère », dit la gardienne de l’immeuble.  (…) Au cours de l’instruction, les parties civiles ont insisté sur le caractère antisémite de ce crime. (…) Le frère de Lucie Attal indiqua également aux policiers que Kobili Traoré, aux dires de sa sœur, l’avait un jour insultée et lui avait craché dessus en raison, selon elle, de sa judéité. Plusieurs membres de la famille de la victime rapportent en revanche un climat hostile à la seule personne juive de la résidence, notamment un « sale juive » proféré par la sœur de Kobili, dix ans auparavant, alors qu’elle était adolescente. D’une manière générale, les enfants et le frère de la victime ont expliqué aux services de police que leur mère et sœur craignait pour sa sécurité et ressentait une réelle hostilité à son encontre, du fait de sa confession juive, et qu’elle avait même cherché à déménager, du moins s’était-elle posé la question. (…) C’est sur la base de ces éléments que le docteur Daniel Zagury, expert psychiatre, a procédé à l’examen de Kobili Traoré, afin de déterminer s’il était atteint d’un trouble ayant altéré ou aboli son discernement. « Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation », car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et « affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. « Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre », écrit le psychiatre. « La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. » Le docteur Zagury explique que ces troubles psychotiques ont été induits par la prise de cannabis. En effet, il n’a, à 27 ans, aucun antécédent psychiatrique et, bien qu’incarcéré quatre fois, il n’a jamais fait appel à un psychiatre ; il a récemment accru sa consommation de cannabis (ce qui est discutable, ndlr) ; la crise eut un début brutal et une résolution assez rapide ; la crise a eu une dimension onirique ; c’est, enfin, l’extrême brutalité des conduites agressives et de la destructivité qui plaide en ce sens. Son diagnostic : « En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. » En revanche, « la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal ». Dans une expertise complémentaire, l’expert explique cette différence entre les effets attendus du cannabis et la psychose survenue chez Kobili Traoré : « la bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation. » L’ivresse cannabique n’est donc pas une cause d’irresponsabilité pénale. La loi prévoit qu’elle est une circonstance aggravante, mais seulement en matière délictuelle et non lorsqu’il s’agit de faits criminels. Un acte délirant est-il compatible avec une motivation antisémite ? Les délirants, explique le docteur, « abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde ». Les délires mystiques sont de « forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux ». En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, observe l’expert, « il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime ». Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite. Le docteur Zagury a procédé à des expertises complémentaires les 28 octobre 2017 et 8 janvier 2018. Puis un collège de trois experts, composé des docteurs Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan a rendu son avis sur l’expertise du docteur Zagury : « Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. » Le collège d’experts fait état d’un brief psychotic disorder (au sens du DSM) chez Kobili Traoré et conclut à la dimension psychopathique (ou sociopathique) de sa personnalité. Dans leur rapport, les experts évoquent le rôle possiblement déclencheur de la consommation chronique de cannabis et un possible mode d’entrée dans une schizophrénie en raison de la durée anormalement longue de l’épisode et de sa résistance au traitement. Les experts reviendront sur ce pronostic de schizophrénie mais maintiendront leurs conclusions : « ce trouble pychotique bref a aboli son discernement, car l’augmentation de la consommation de cannabis (augmentation très relative) s’est faite pour apaiser son angoisse et son insomnie, prodromes probables de son délire, ce qui n’a fait qu’aggraver le processus psychotique déjà amorcé. » Une troisième expertise fut diligentée, et les docteurs Guelfi, Pascal et Coutanceau conclurent également à l’abolition du discernement de Kobili Traoré, posant le même diagnostic que leurs confrères (« l’infraction reprochée apparaît en lien direct avec une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique »). Dans les débats menés en première instance, le procureur de la République avait demandé le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises, expliquant que, « par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité », peut-on lire sur le site du Point. Me Francis Szpiner, avocat de la famille de la victime, rejoint également cette analyse, qui est celle du docteur Zagury, « les choses sont assez simples, à dire vrai : je consomme un produit illicite, je suis comptable des conséquences que cette consommation peut avoir par la suite », dit-il dans le même article. Devant la chambre de l’instruction, l’avocat général s’est rangé à l’avis des juges, qui est celui de l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. La chambre de l’instruction, après avoir relevé que des charges suffisantes d’homicide volontaire avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme pouvaient être retenues à l’encontre du mis en examen, a conclu, le 19 décembre 2019, à l’abolition du discernement de Kobili Traoré et, en conséquence, à son irresponsabilité pénale. La partie civile a annoncé former un pourvoi en cassation, sans plus de précision pour le moment. Dans un arrêt du 12 mai 2010, la chambre criminelle avait rejeté un pourvoi portant sur une décision de non-lieu rendue par la cour d’appel, sur la base d’expertises concluant à une bouffée délirante aiguë ayant eu lieu au moment de la survenue de faits d’homicide volontaire, bouffée délirante consécutive à une consommation de cannabis. Julien Mucchieli
À Eagle Rock, une femme mexicaine-américaine de 70 ans aurait été agressée vendredi alors qu’elle tentait de descendre d’un bus. Des témoins ont déclaré que l’agresseuse avait utilisé une insulte anti-chinoise contre la femme avant de l’agresser. Le nez de la femme a été cassé et ses cheveux ont été tirés, a déclaré son fils à l’Eastsider, ajoutant que les membres de sa famille sont souvent confondus avec des Asiatiques. Yasmine Beasley, 23 ans, a été arrêtée pour crime, a déclaré l’officier William Cooper, un porte-parole du département de police de Los Angeles. Cooper a déclaré qu’il ne savait pas si les procureurs allaient la poursuivre pour attaque raciste. LA Times
Comme le montre clairement le rapport de la Commission sur les disparités raciales et ethniques, [les jeunes blancs de la classe ouvrière] obtiennent de moins bons résultats que tous les autres groupes ethniques du GCSE, sont les moins susceptibles de faire des études supérieures et sont parmi les plus susceptibles de connaître des taux élevés de désintégration familiale. Les dés sont pipés contre eux dès le premier jour. (…) À l’âge de 19 ans, les jeunes blancs de la classe ouvrière sont les moins susceptibles d’être dans l’enseignement supérieur – à peine 22%, contre 45% de leurs pairs noirs et 56% des enfants asiatiques. En effet, la Grande-Bretagne a actuellement son Parlement et son Cabinet les plus ethniquement diversifiés à ce jour – mais simultanément, nous n’avons jamais eu aussi peu de voix de la classe ouvrière blanche dans les couloirs du pouvoir. (…) D’ordinaire, vous pouvez vous attendre à ce que ces conclusions du rapport de cette semaine fassent la une des journaux et soient débattues et discutées. Mais au milieu de la fureur suscitée par le nouveau rapport – qui concluait que si le racisme existe en Grande-Bretagne, le pays n’est pas «institutionnellement raciste» – ils ont été ignorés. Pourquoi? Parce que le fait que ce soient les groupes ethniques minoritaires qui devancent les blancs et ce sont les blancs qui sont souvent au bas de la pile ne correspond tout simplement pas parfaitement au dogme « woke ». De plus en plus, nos écoles, nos universités et nos médias sont infectés par cette nouvelle orthodoxie destructrice et source de division importée des États-Unis (…). Beaucoup de ces idées ont été façonnées par des théories universitaires qui ont émergé dans les années 1960. C’était l’époque du soi-disant «tournant culturel», lorsque de nombreux penseurs de gauche se sont désintéressés de la classe ouvrière blanche parce qu’elle montrait peu d’intérêt pour leur «révolution» marxiste. Au lieu de cela, ils se sont tournés vers une alliance de minorités ethniques, d’immigrants et d’étudiants de la classe moyenne bobo, les appelant à «déconstruire» les «structures de pouvoir», les langues, les institutions et les modes de vie établis des sociétés occidentales. Ces idées se sont depuis heurtées à d’autres théories dans le domaine de la «justice sociale» pour présenter une vision totalement différente et déformée de la société britannique de celle qui était autrefois promue par la gauche sensée. L’obsession de la classe a été remplacée par une obsession de la «trinité» de la sexualité, du genre et de l’égalité raciale. Un livre de règles récent du Parti travailliste contenait 139 mentions de femmes, 43 d’ethnie, 41 de BAME (noire, asiatique et ethnique minoritaire), 26 de sexe et 11 de race – mais seulement deux de classe. Pendant ce temps, nous semblons avoir perdu tout intérêt pour les histoires larges et rassembleuses qui maintenaient autrefois le peuple britannique ensemble, telles que notre citoyenneté commune, la fierté de notre histoire et un fort sentiment d’identité nationale. Prof. Matthew Goodwin
C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). (…) Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. (…) Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » (…) Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. (…) Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. (…) L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques. Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche… Jeremy Stubbs
Vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. (…) Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme). Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens. Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social. (…) Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. (…) ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures. Jeremy Stubbs
En France où les « groupes de parole » consacrés au racisme, initiés par l’UNEF et défendus par Audrey Pulvar, ont créé la controverse (…) Le fait que ces groupes soient réservés aux non-Blancs ou, si les Blancs sont présents, que ceux-ci soient obligés de rester muets, a choqué la notion d’universalisme à la française. Et pour cause. Ce dont on a beaucoup moins parlé, c’est l’usage potentiellement pernicieux qui peut être fait de ces réunions. Les défenseurs de ces dernières se sont empressés de situer leur origine dans les groupes de parole des femmes, mais les groupes consacrés à la race ont leur propre histoire. La généalogie de ces événements en général où les participants sont invités à « libérer » la parole remonte jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, mais une étape importante arrive dans les années 60. En marge du mouvement de la « psychologie humaniste », certains thérapeutes créent les soi-disant « encounter groups » (« encounter ayant à la fois le sens de rencontre et de confrontation), notamment au centre new age d’Esalen en Californie. Dans ces groupes, les individus réunis pour une période de plusieurs jours sont, non pas invités, mais forcés par des animateurs charismatiques à exprimer publiquement leurs émotions les plus refoulées et, inévitablement, les plus destructrices. Le but est de les décharger de quelque fardeau mental, mais le résultat est trop souvent de provoquer des traumas plus durables que la catharsis éphémère qui résulte de la « libération. » Des époux finissent souvent par divorcer suite à la participation du couple à une de ces séances collectives. Le mot d’ordre de ces groupes – et de leurs héritiers d’aujourd’hui – consiste à demander aux participants, non pas « Qu’est-ce que vous pensez ? » mais « Qu’est-ce que vous ressentez ? » On contourne les systèmes rationnels du cerveau pour donner libre carrière aux émotions brutes. Les dégâts provoqués rendent ces techniques très controversées, et la mode des « encounter groups » sous la forme la plus dramatique se révèle de courte durée. Pourtant, c’est dans ce contexte que des tentatives sont faites pour guérir les blessures du racisme à l’américaine en créant des « encounter groups » composés de Noirs et de Blancs. Le résultat est prévisible : les Noirs expriment leur colère, souvent de manière violente ; les Blancs expriment déni, peur et contrition, de manière aussi agressive et excessive. Le psychodrame exacerbe les lignes de faille déjà connues mais n’apporte pas de solution durable. Le psychiatre afro-américain, Price Cobbs, qui a co-initié ces groupes de parole, a commenté plus tard : « Un des buts était de permettre aux Noirs de découvrir leur colère et aux Blancs de découvrir leurs craintes. À cette époque comme aujourd’hui, je savais que des comportements liés à la colère incomprise sont imprévisibles et ceux liés à des craintes inavouées sont potentiellement explosifs. » Le co-auteur d’un livre important, Black Rage, publié en 1968, Cobbs, un penseur plus profond et subtil que beaucoup de ceux qui ont essayé de lui emboîter le pas, a décidé d’orienter ses interventions autrement. Mais une idée était lancée qui s’alimenterait à d’autres sources : le racisme doit être guéri par la libération des émotions. Le problème, c’est que les émotions sont souvent manipulables. La conviction qu’éradiquer le racisme doit passer par une forme de psychodrame se trouve dans la contribution d’une pionnière de la formation à la diversité, Jane Elliott, qui est toujours portée aux nues par les spécialistes dans ce domaine. À l’origine institutrice, avant de mener une carrière de formatrice à la diversité dans les entreprises et d’autres institutions, elle conçoit en 1968, au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King, un jeu de rôles pour ses petits élèves blancs d’Iowa, destiné à leur dessiller les yeux quant à la réalité du racisme. Devenu célèbre par la suite, l’exercice intitulé « Yeux bleus – yeux marrons » sépare la classe en deux groupes selon la couleur des yeux. Déclarant qu’un des groupes représente des gens supérieurs et l’autre des gens inférieurs, Elliott remonte chaque camp contre l’autre. Quelques jours plus tard, elle inverse le statut des groupes et recommence. Comme pour les psychologues britanniques qui ont organisé l’expérience dans le documentaire, « The School that Tried to End Racism », Elliott ne craint pas de violer des normes éthiques en prétendant manipuler les attitudes des très jeunes. Pour débarrasser les gens de leur prétendu racisme, on a apparemment le droit de leur faire subir un véritable psychodrame émotionnel. (…) la tactique adoptée par Elliott consiste à intimider, rudoyer, malmener ses sujets sur le plan émotionnel. C’est ainsi que les deux Blanches, l’une gardant un silence craintif, l’autre essayant de se rebeller, doivent être réduites en larmes et humiliées devant le groupe pour que la leçon concernant leur racisme inné soit bien claire pour tout le monde. Les études menées sur l’efficacité des méthodes de Jane Elliott pour réduire le racisme sont peu concluantes. Tout ça pour si peu ? Sans doute que les groupes de parole et les ateliers sur la diversité de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même. Ils sont animés comme des séances de thérapie, le plus souvent par des personnes qui ne sont pas des thérapeutes qualifiés. Surtout, c’est toujours le même théâtre émotionnel qui se prête facilement à la création d’un groupe de victimes en colère et d’un autre de coupables contrits. Il faut que les minorités expriment rage et ressentiment ; il faut que la majorité se confesse, demande pardon et se montre docile. C’est un phénomène bien connu des managers : quand on demande au personnel, « Dans notre organisation, qu’est-ce qui ne va pas ? », le cahier des doléances se rallonge sans fin. Focaliser l’attention des gens sur leurs plaintes les amène à voir tout ce qui est négatif dans leur vie, surtout si les individus interrogés collectivement éprouvent une certaine émulation. En ce qui concerne le racisme, des victimes ont très certainement des histoires aussi terrifiantes qu’authentiques à raconter. Le hic, c’est que l’accent est mis par les tenants du privilège blanc sur les « micro-agressions », ces affronts quotidiens que les Blancs infligent aux minorités par des gestes et des paroles qui, de manière presque insensible, remettent les autres à leur place. Ces micro-agressions présentent l’avantage que tout acte, tout mot, peut être interprété de différentes manières : il suffit d’y voir une intention raciste. Un exemple classique se trouve dans un podcast enregistré par Michelle Obama au mois d’août de l’année dernière. Elle raconte comment, voulant acheter des glaces dans une boutique Haagen-Dazs, elle trouve sa place dans la queue usurpée par une Blanche qui, à cause de son racisme inné, n’aurait pas vu la femme du président devant elle. Il nous est arrivé à nous tous de trouver des resquilleurs sur notre chemin dans la vie, mais pour Michelle Obama la motivation en question ne peut être que raciste. On pense à l’éther, cet élément qui, selon les scientifiques du XIXe siècle, était partout dans l’univers mais détectable nulle part. Selon leurs théories un tel élément devait exister – jusqu’à ce qu’Einstein prouve le contraire. Les micro-agressions sont omniprésentes dans la vie. Comment le savons-nous ? Parce que la théorie du privilège blanc l’exige. Dans un livre remarquable, The Rise of Victimhood Culture, deux sociologues américains font une distinction entre trois types de culture. Dans la culture de l’honneur, la moindre offense qu’on reçoit doit être punie, de préférence par la violence. C’est cette France du XVIIe siècle où Richelieu a tenté en vain d’empêcher les duels incessants entre gentilshommes. Dans la culture de la dignité, qui caractérise les démocraties libérales, on fait preuve de tolérance devant les offenses à l’honneur, normalement verbales, pour ne pas encourager la spirale des représailles ; on ne punit généralement que les actes d’agression physique. Aujourd’hui, nous assistons à la montée d’une culture de la victimisation : celle-ci rejette la culture de la dignité en prétendant que toute offense est intolérable et doit être punie ; sa seule différence d’avec la culture de l’honneur, c’est que la violence de la punition n’est pas physique mais prend la forme d’un ostracisme social (« cancel culture ») non moins destructeur à la fin. Cette culture, créant une armée d’accusateurs en colère et une foule de racistes mortifiés et dociles, peut être facilement instrumentalisée à des fins politiques. La culture des victimes est propagée par les groupes de paroles ainsi que par toute une littérature de bestsellers, de la Fragilité blanche de Robin DiAngelo, ou Comment devenir antiraciste d’Ibram Kendi, à la Pensée blanche de Lilian Thuram. Du succès de ces auteurs, on peut dire, en modifiant un mot de Joseph de Maistre, « Ils sont fameux parce que nous sommes abrutis, et nous le sommes surtout parce que nous les avons crus. » Jeremy Stubbs

Cherchez l’erreur !

Quand à l’heure où quand ils n’en inventent pas les prétendues preuves …

Comme ces jeunes poussés pour la bonne cause jusqu’au faux témoignage

Ou en ignorent totalement les contre-preuves …

Comme, psychiatrie ou drogue obligent, l’irresponsabilisation systématique des assassins de juifs d’origine musulmane

Les nombreux cas de racisme anti-asiatique de la part d’individus ne correspondant pas au profil blanc suprémaciste de rigueur

Ce rapport qui, preuves à l’appui, démontre que si la société britannique est encore raciste sur le plan systématique et institutionnel, c’est contre les Blancs des classes populaires

Ou cet ancien clandestin devenu, entre vandalisations et jetons au Conseil économique et social, coqueluche des medias dont il dénonce le blanchisme

Les militants antiracistes se voient, véritable génération de chasseurs d’ambulances, contraints pour justifier leur juteux fonds de commerce…

De déconstruire, statues après statues avec nos dirigeants eux-mêmes, notre propre histoire …

Et d’inventer de toutes pièces, jusqu’aux routes racistes, un prétendu « privilège blanc »…

Pour l’imposer, comme une sorte de nouvelle religion, à coup de stages et ateliers de rééducation idéologique non seulement dans nos entreprises …

Mais jusque dans les écoles de nos enfants ….

Et donc comme l’avait bien vu les sociologues Jean Baudrillard ou Yves Yonnet …

Finissent par réimposer à l’ensemble des seules sociétés occidentales où celui-ci avait largement disparu

Le racisme même qu’ils étaient censés dénoncer !

Racisme au Royaume-Uni: le rapport infernal

La fabrique de racistes, un roman-feuilleton contemporain (1/3)

Jeremy Stubbs
Causeur
9 avril 2021

1ère Partie. Où nous découvrons que rien ne fait rager les militants antiracistes comme la découverte que la société devient moins raciste…


Pour les militants antiracistes autoproclamés, leur légitimité, leur existence même, est fondée sur une supposée omniprésence du racisme dans les sociétés occidentales. Leur machine à dénonciations, qui tourne à temps plein pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche, doit être constamment approvisionnée en preuves et témoignages de racisme. Que faire quand cet approvisionnement devient inadéquat ? Ce dilemme a été mis en relief par un rapport officiel sur le racisme publié au Royaume Uni le 31 mars.

Les cancres de la classe: les Blancs

C’est en juillet 2020, suite aux manifestations et émeutes Black Lives Matter, que Boris Johnson crée une Commission on Race and Ethnic Disparities chargée d’étudier la question de la race et des écarts économiques et autres entre les différents groupes ethniques (« ethnic disparities »). Des dix membres de cette commission – pédagogues, scientifiques, entrepreneurs… – neuf appartiennent à des minorités ethniques. Ou, pour le dire plus crument, il n’y a qu’un seul Blanc. Outre sa composition plus qu’inclusive, cette commission, afin de mener à bien son étude, a pu profiter d’une base de données exceptionnelle compilant un nombre impressionnant de statistiques ethniques catégorisées de toutes les façons possibles. C’est dire que les analyses apportées par la Commission ne sont pas fondées sur des appréciations subjectives.

Après plus de six mois de travail, les conclusions du rapport sont claires. Certes, le racisme existe dans la société britannique, et la Commission recommande 24 actions concrètes pour lutter contre les préjugés. Mais le terme de racisme « institutionnel », appelé aussi « systémique », ce racisme qui empêche des groupes spécifiques entiers de progresser sur le plan socioéconomique, ne peut plus décrire le Royaume Uni au niveau national. D’ailleurs, l’acronyme « BAME », qui veut dire « Black and minority ethnic », devrait être abandonné, car les différentes minorités ethniques – noirs caribéens, noirs africains, indiens, pakistanais, chinois, roms… – ne peuvent pas être regroupées dans une seule et même catégorie puisqu’elles connaissent des sorts très divergents. Si on les compare les unes aux autres, les résultats sont très variés et les Blancs sont loin d’être systématiquement favorisés. Par exemple, en moyenne, les Britanniques indiens ont des salaires 16% au-dessus de ceux des Blancs, tandis que les Britanniques pakistanais ont des salaires 16% au-dessous de ceux des Blancs. Les Britanniques chinois sont généralement les mieux payés de tout le monde. Le taux d’exclusion scolaire des enfants noirs d’origine caribéenne est plus élevé que celui des Blancs, mais celui des Noirs d’origine africaine est au même niveau. De telles variations démentent la notion d’un racisme systémique inhérente à la culture britannique. Le rapport montre que la majorité des problèmes d’écart scolaire ou économique ne peut pas être expliquée par la discrimination raciale, les inégalités relevant surtout de facteurs géographiques, culturels, religieux ou familiaux. Par conséquent, la solution ne consiste pas tout simplement à lutter contre une telle discrimination.

Sans surprise, le rapport a déclenché des réactions plus qu’indignées de la part des professionnels du militantisme anti-racial. Certains sont dans le déni pur et simple, de la syndicaliste qui qualifie le rapport d’« immoral » au leader de l’opposition travailliste, Sir Keir Starmer, qui le trouve « décevant. » Lui qui, l’année dernière, s’est fait photographier dans son bureau en position agenouillée, a basé sa stratégie politique sur la réalité d’un prétendu « racisme institutionnel. » Avec la publication du rapport, le sol se dérobe sous ses pieds. D’autres s’adonnent à des hyperboles indignées, de la porte-parole travailliste sur les questions d’égalité qui accuse les rapporteurs de « glorifier la traite des esclaves » à l’activiste qui se scandalise de la publication d’un tel document à l’heure où « nous nous trouvons au milieu d’une pandémie mondiale de Covid-19 et de racisme anti-noir, d’afriphobie. » La plupart des critiques se concentrent sur la question du racisme « institutionnel » en insistant qu’il existe bel et bien pour de vrai. Sauf qu’ils n’ont pas lu le rapport – ou pas très attentivement – puisque celui-ci ne nie pas l’existence du racisme institutionnel. Selon lui, certaines institutions font preuve de racisme, mais aucune discrimination systématique ne fonctionne au niveau national et n’explique les différents écarts au niveau de l’éducation ou de l’emploi.

C’est vrai parce que je le crois

Voilà le grand problème pour ceux qui tablent depuis longtemps sur une forme de racisme généralisée comme explication unique de tous les maux de la société. La Commission est entrée dans la complexité des choses en faisant appel à la dure réalité des statistiques, approche que même de soi-disant spécialistes n’arrivent pas à accepter. Le professeur Kalwant Bhopal, directrice du Centre sur la race et l’éducation à l’université de Birmingham, a exprimé tout simplement son refus de voir des données montrant que, aujourd’hui, les minorités ethniques s’en sortent mieux dans le système d’éducation britannique que les Blancs. La catégorie la moins favorisée sur le plan scolaire est celle des garçons blancs de milieux modestes. Une des catégories qui réussit le mieux actuellement est celle des immigrés récents d’origine africaine. Dans la revue de tendance conservatrice, The Spectator, James Tooley, président de cette même université de Birmingham, pointe le fait que les mêmes statistiques utilisées par le rapport sont citées dans le livre récent de Mme Bhopal, dont le titre prévisible, White Privilege, est tout un programme (1). C’est justement ce programme et ses ressorts idéologiques qui empêchent l’auteur de tirer les conclusions qui sautent aux yeux mais qui sont en contradiction avec son récit de discrimination systémique. Dans son livre, l’éminente universitaire fait grand cas du fait qu’elle est elle-même l’enfant d’immigrés indiens, sans voir apparemment que son propre parcours qui passe par Harvard et les collèges les plus prestigieux de l’université de Londres – King’s et University – est aux antipodes du tableau sombre qu’elle ne cesse de brosser. Quand les statistiques ne vont pas dans le sens de l’argument des antiracistes, il leur suffit de les ignorer. Il incombait peut-être inévitablement à un membre du clergé d’incarner cette volonté de ne croire que ce que l’on veut croire. L’évêque de Douvres, une femme noire née en Jamaïque – encore une preuve vivante que le Royaume Uni est plus raciste que jamais – insiste que « le vécu » des gens « raconte une autre histoire que celle proposée par ce rapport. » Le ressenti subjectif doit nécessairement primer sur l’objectivité des données. Le vieil adage, « credo quia absurdum » (je crois parce que c’est absurde), sort de son domaine propre, celui de la théologie, pour entrer dans celui des sciences sociales où il nourrit les délires idéologiques.

Depuis la publication du rapport, les médias traditionnels se sont montrés plus favorables à ses critiques, dont l’aveuglement n’a d’égal que l’acharnement, qu’à ses auteurs. Sur les médias dits « sociaux », ceux-ci se sont fait traiter des pires insultes, se trouvant comparés à Judas ou Joseph Goebbels. La grossièreté la plus fréquente est celle de « coon », l’équivalent du mot tabou en n****, qui a la particularité d’être réservée aux Noirs considérés par les antiracistes comme des traîtres. La violence de ces invectives – qui caractérise également les insultes des vrais racistes à l’égard des militants antiracistes – est finalement moins inquiétante que le refus obstiné d’accepter les réalités mises en lumière par le rapport. On pourrait être tenté de croire que la vérité finira par triompher, mais ce serait bien hâtif. Les militants en question ont des solutions bien rodées pour relever ce type de défis. Car il est possible, en temps de pénurie, de fabriquer des racistes à la demande, afin de continuer la lutte héroïque pour renverser l’ordre patriarcal et la suprématie blanche…

Voir aussi:

La Bande des pédagogues de l’antiracisme

La fabrique de racistes, roman-feuilleton contemporain (2/3)


2e Partie. Où nous découvrons que de faux scientifiques, en faisant subir aux enfants un lavage de cerveau, les transforment en racistes…

Nous avons vu précédemment que les militants antiracistes, pour se justifier, ont besoin d’affirmer que nos sociétés occidentales sont ravagées par des discriminations à l’égard des minorités non-blanches, donnant lieu à des injustices flagrantes en termes de réussite scolaire, de rémunération et d’ascension sociale. Idéalement, pour eux, la tendance raciste irait grandissante. Or, la vraie tendance générale est plutôt vers moins de discrimination, comme le montre un rapport publié récemment au Royaume-Uni. Face à la déception que représente cette pénurie de racistes, la solution de nos militants est d’une simplicité des plus élégantes : quand les racistes se font rares, il faut en fabriquer.

Pour en fabriquer, il suffit de lancer une OPA sur tous les Blancs, en les déclarant tous, volontairement ou involontairement, racistes. Bien entendu, il faut étayer de telles assertions sur des bases scientifiques, ou mieux – puisque la science est incertaine – sur des bases pseudoscientifiques.

Que du gaz – à tous les étages

C’est ainsi que, vers le tournant du siècle, une nouvelle science raciale a été développée aux États-Unis, fondée sur le postulat qu’un Blanc est nécessairement raciste, même à son insu. Cette théorie des préjugés inconscients ou implicites (en anglais « unconscious » ou « implicit bias ») s’accompagne d’un test psychologique, dit d’« association implicite », spécialement conçu pour mettre à nu les impulsions discriminatoires qui grouillent au tréfonds de l’âme d’un Blanc. J’ai déjà parlé dans Causeur de cette imposture qui n’a jamais satisfait aux critères de la science objective.

A lire aussi, du même auteur: Parlez-vous woke?

Pourtant, ce test, malgré l’absence de preuves confirmatoires, continue à être utilisé dans les entreprises, les universités, les institutions politiques et, plus récemment, les écoles. Tout simplement parce que, sans lui, tout un pan central de l’édifice antiraciste s’effondrerait. Afin de convaincre les Blancs qu’ils sont profondément racistes (une technique qui s’appelle « Gaslighting » ou le « détournement cognitif »), il vaut mieux les prendre quand ils sont jeunes et impressionnables. A cette fin, les notions de préjugés inconscients, de privilège blanc et de racisme systémique commencent à être déployées dans les écoles outre-Atlantique et même outre-Manche. Pour illustrer le dévoiement pédagogique que représente cette méthode, il suffit de regarder le documentaire produit par la chaîne britannique, Channel 4, et diffusé en prime time au mois de juin dernier : « The School that Tried to End Racism » (L’école qui essaya de mettre fin au racisme).

Acclamé par tous les médias de la gauche et du centre, le film met en scène une vraie expérience conduite sur de jeunes élèves âgés d’environ 11 ans dans une école multiethnique à Londres. Aucune considération n’est accordée à la dimension éthique de l’exercice: peut-on conduire des expériences psychologiques sur des enfants n’ayant pas encore atteint l’âge de consentement ? Les organisatrices, une professeure de pédagogie et une autre de psychologie, ont la prétention démiurgique de façonner les esprits des jeunes. Selon l’une d’entre elles: « Intervenir à cet âge-là est crucial afin de cibler les attitudes des enfants avant qu’elles ne se cristallisent à l’âge adulte. » La première étape de cette intervention consiste à faire passer à tous les élèves un test d’association implicite. A la fin du processus de rééducation, on leur fait repasser le test pour montrer – chose étonnante ! – que les petits racistes en herbe ont été métamorphosés en antiracistes bien dressés. Depuis la création de la psychologie expérimentale à la fin du XIXe siècle, on sait qu’il ne faut surtout pas que les expérimentateurs suggestionnent leurs sujets en leur indiquant par des gestes ou des paroles indirectes les « bonnes » réponses. Or, les dames qui contrôlent ces expériences ne font que ça. Le manque de respect des protocoles scientifiques de base est à l’image de cette pseudoscience. Ensuite, pour expliquer la notion de privilège blanc, on demande à des élèves, sur le terrain de sport, de prendre place sur une ligne de départ comme pour une course à pied. Selon leurs réponses à des questions portant directement ou indirectement sur leur ethnicité, on leur demande soit d’avancer d’un pas ou deux, soit de reculer. A la fin, ils se trouvent tous dispersés à des marques différentes. On leur annonce que cette différenciation est à l’image du statut plus ou moins privilégié de leur point de départ dans la vie. Sauf que, selon le rapport cité ci-dessus, la réussite professionnelle ou l’ascension sociale d’un individu, quelle que soit son ethnie, est très rarement entravée par des préjugés négatifs à son égard de la part de la majorité blanche des citoyens.

Pour comble, on sépare les enfants dans des groupes de discussion selon leur ethnie, afin qu’ils prennent bien conscience de ce qui les sépare de leurs collègues. Une fille métisse se demande dans quel groupe elle doit aller. Un garçon blanc se fond en larmes et quitte son groupe parce qu’on l’a séparé de certains de ses meilleurs copains qui, en l’occurrence, appartiennent à d’autres ethnies. Peu importe la violence qui est ainsi faite aux jeunes esprits. Tout cela sert les objectifs de l’exercice: il s’agit de diviser les gens, les ranger dans des camps opposés et, là où c’est nécessaire, les forcer à choisir le leur. Le but des antiracistes est clair: à partir d’innocents, créer d’un côté des coupables qui se mettent humblement sur le long chemin de la rédemption et, de l’autre, des victimes dont les griefs inventés, exagérés ou exacerbés préparent le renversement de l’actuel ordre social.

L’antiracisme enseigné à coups de trique

Quittons le Royaume Uni et le domaine expérimental pour les États-Unis et le domaine de la pratique quotidienne. Le système d’éducation de l’Etat de Virginie est très largement la proie de l’idéologie woke, sans doute en partie parce que son gouverneur démocrate, Ralph Northam, a besoin de faire oublier un scandale de blackface survenu en 2019 et auquel il a miraculeusement survécu. L’idéologie « tous racistes ! » domine dans les écoles et les centres de formation des enseignants. Derrière une façade – ô combien superficielle – d’instruction participative, les professeurs inculquent aux élèves la notion de racisme innée par la bonne vieille méthode autoritaire. Une vidéo chargée sur YouTube le 29 mars se présente comme l’enregistrement d’un échange entre un maître et un lycéen dans le comté de Loudoun, les deux participants masculins restant hors caméra.

Affichant sur un écran l’image de deux jeunes femmes, dont l’une est plutôt noire, l’autre blanche de cette blancheur des rousses, le maître interroge l’élève :

– Que voyez-vous ?
– Deux personnes.

Se faisant insistant :

– Rien d’autre ?
– Deux personnes côte à côte.

L’enseignant commence à fustiger l’élève :

– Je ne crois pas que vous croyez ça. Vous vous dérobez à la question délibérément.
– Je ne comprends pas ce que vous voulez que je dise.

Autoritaire :

– Je pense que vous comprenez très bien.
– Vous voulez que je dise qu’il y a deux races différentes dans cette image ?
– Oui !
– N’est-ce pas aggraver le problème au lieu de reconnaître qu’il y a juste deux personnes normales ?

Très autoritaire :

– Non ! Vous ne pouvez pas regarder ces personnes sans reconnaître qu’il y a des différences raciales.

Autrement dit, l’enseignant commence par inviter l’élève à s’exprimer avant de lui asséner l’interprétation correcte. Il s’agit d’une doctrine fondamentale: la race ne peut pas être « invisible » ; on ne peut pas être « colour blind » (littéralement, daltonien) ; on voit toujours la couleur de peau des autres et – par extension – on est toujours raciste. Toute personne qui oserait nier cette vérité fondamentale est particulièrement raciste et doit le reconnaître de gré ou de force. Paradoxe curieux : un internaute a fait remarquer sur YouTube que l’image utilisée est celle de jumelles. S’il y a deux races ici, elles sont « dans » chacune des deux sœurs ! Le programme des antiracistes militants se fonde sur ce mélange d’autoritarisme et d’absurdité qui, de tout temps, caractérise les dictatures.

Voir également:

Les Victimes au pouvoir

La fabrique de racistes, roman-feuilleton contemporain (3/3)


Suite et fin. Où nous découvrons comment les « groupes de paroles » sur le racisme font partie d’un programme destiné à diviser la société en deux camps: l’un dominé par le ressentiment, l’autre par la contrition, mais tous les deux manipulables à des fins politiques.


Nous avons vu que les militants antiracistes, pour justifier leur militantisme, ont besoin de démontrer la présence dans la société de racistes en grand nombre. Nous avons vu avec quels cris de rage les antiracistes ont salué la publication, outre-Manche au mois de mars, d’un rapport qui, tout en acceptant que le racisme existe et en proposant des actions concrètes pour y remédier, niait – preuves à l’appui – que la société britannique soit raciste sur le plan systématique et institutionnel. Voilà de quoi limiter le fonds de commerce de nos militants. En conséquence, ceux-ci ont développé une méthode pour essayer de pallier de telles difficultés. Il s’agit d’un concept, le « privilège blanc », selon lequel tout Blanc est, par sa blancheur, raciste, même à son propre insu. Un test pseudoscientifique, dit « des associations implicites », le démontre. Aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Royaume Uni, le concept et le test sont déployés dans des ateliers de formation destinés aux entreprises et aux écoles. Dans ce dernier cas, les tranches d’âge sont de plus en plus jeunes. Maintenant il nous reste à traiter un dernier élément dans la panoplie des antiracistes, à savoir des techniques d’interaction permettant de susciter et de canaliser les émotions, surtout à des fins politiques…

Parole, parole…!

Après notre incursion outre-Manche et outre-Atlantique, rentrons en France où les « groupes de parole » consacrés au racisme, initiés par l’UNEF et défendus par Audrey Pulvar, ont créé la controverse. Le fait que ces groupes soient réservés aux non-Blancs ou, si les Blancs sont présents, que ceux-ci soient obligés de rester muets, a choqué la notion d’universalisme à la française. Et pour cause. Ce dont on a beaucoup moins parlé, c’est l’usage potentiellement pernicieux qui peut être fait de ces réunions. Les défenseurs de ces dernières se sont empressés de situer leur origine dans les groupes de parole des femmes, mais les groupes consacrés à la race ont leur propre histoire.

Les groupes de parole de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même

La généalogie de ces événements en général où les participants sont invités à « libérer » la parole remonte jusqu’aux premières décennies du XXe siècle, mais une étape importante arrive dans les années 60. En marge du mouvement de la « psychologie humaniste », certains thérapeutes créent les soi-disant « encounter groups » (« encounter ayant à la fois le sens de rencontre et de confrontation), notamment au centre new age d’Esalen en Californie(1). Dans ces groupes, les individus réunis pour une période de plusieurs jours sont, non pas invités, mais forcés par des animateurs charismatiques à exprimer publiquement leurs émotions les plus refoulées et, inévitablement, les plus destructrices. Le but est de les décharger de quelque fardeau mental, mais le résultat est trop souvent de provoquer des traumas plus durables que la catharsis éphémère qui résulte de la « libération. » Des époux finissent souvent par divorcer suite à la participation du couple à une de ces séances collectives.

Le mot d’ordre de ces groupes – et de leurs héritiers d’aujourd’hui – consiste à demander aux participants, non pas « Qu’est-ce que vous pensez ? » mais « Qu’est-ce que vous ressentez ? » On contourne les systèmes rationnels du cerveau pour donner libre carrière aux émotions brutes. Les dégâts provoqués rendent ces techniques très controversées, et la mode des « encounter groups » sous la forme la plus dramatique se révèle de courte durée. Pourtant, c’est dans ce contexte que des tentatives sont faites pour guérir les blessures du racisme à l’américaine en créant des « encounter groups » composés de Noirs et de Blancs. Le résultat est prévisible : les Noirs expriment leur colère, souvent de manière violente ; les Blancs expriment déni, peur et contrition, de manière aussi agressive et excessive. Le psychodrame exacerbe les lignes de faille déjà connues mais n’apporte pas de solution durable. Le psychiatre afro-américain, Price Cobbs, qui a co-initié ces groupes de parole, a commenté plus tard : « Un des buts était de permettre aux Noirs de découvrir leur colère et aux Blancs de découvrir leurs craintes. À cette époque comme aujourd’hui, je savais que des comportements liés à la colère incomprise sont imprévisibles et ceux liés à des craintes inavouées sont potentiellement explosifs. » Le co-auteur d’un livre important, Black Rage, publié en 1968, Cobbs, un penseur plus profond et subtil que beaucoup de ceux qui ont essayé de lui emboîter le pas, a décidé d’orienter ses interventions autrement. Mais une idée était lancée qui s’alimenterait à d’autres sources : le racisme doit être guéri par la libération des émotions. Le problème, c’est que les émotions sont souvent manipulables.

La tyrannie de l’émotion

La conviction qu’éradiquer le racisme doit passer par une forme de psychodrame se trouve dans la contribution d’une pionnière de la formation à la diversité, Jane Elliott, qui est toujours portée aux nues par les spécialistes dans ce domaine. À l’origine institutrice, avant de mener une carrière de formatrice à la diversité dans les entreprises et d’autres institutions, elle conçoit en 1968, au lendemain de l’assassinat de Martin Luther King, un jeu de rôles pour ses petits élèves blancs d’Iowa, destiné à leur dessiller les yeux quant à la réalité du racisme.

Devenu célèbre par la suite, l’exercice intitulé « Yeux bleus – yeux marrons » sépare la classe en deux groupes selon la couleur des yeux. Déclarant qu’un des groupes représente des gens supérieurs et l’autre des gens inférieurs, Elliott remonte chaque camp contre l’autre. Quelques jours plus tard, elle inverse le statut des groupes et recommence. Comme pour les psychologues britanniques qui ont organisé l’expérience dans le documentaire, « The School that Tried to End Racism », Elliott ne craint pas de violer des normes éthiques en prétendant manipuler les attitudes des très jeunes. Pour débarrasser les gens de leur prétendu racisme, on a apparemment le droit de leur faire subir un véritable psychodrame émotionnel. L’approche plus mature de la formatrice se révèle dans la vidéo ci-dessous :

On voit ici que la tactique adoptée par Elliott consiste à intimider, rudoyer, malmener ses sujets sur le plan émotionnel. C’est ainsi que les deux Blanches, l’une gardant un silence craintif, l’autre essayant de se rebeller, doivent être réduites en larmes et humiliées devant le groupe pour que la leçon concernant leur racisme inné soit bien claire pour tout le monde. Les études menées sur l’efficacité des méthodes de Jane Elliott pour réduire le racisme sont peu concluantes. Tout ça pour si peu ? Sans doute que les groupes de parole et les ateliers sur la diversité de notre époque sont en apparence plus « polis » que ceux du passé, mais leur structure psychodramatique est toujours la même. Ils sont animés comme des séances de thérapie, le plus souvent par des personnes qui ne sont pas des thérapeutes qualifiés. Surtout, c’est toujours le même théâtre émotionnel qui se prête facilement à la création d’un groupe de victimes en colère et d’un autre de coupables contrits. Il faut que les minorités expriment rage et ressentiment ; il faut que la majorité se confesse, demande pardon et se montre docile.

Micro-agressions: une culture de victimisation 

C’est un phénomène bien connu des managers : quand on demande au personnel, « Dans notre organisation, qu’est-ce qui ne va pas ? », le cahier des doléances se rallonge sans fin. Focaliser l’attention des gens sur leurs plaintes les amène à voir tout ce qui est négatif dans leur vie, surtout si les individus interrogés collectivement éprouvent une certaine émulation. En ce qui concerne le racisme, des victimes ont très certainement des histoires aussi terrifiantes qu’authentiques à raconter. Le hic, c’est que l’accent est mis par les tenants du privilège blanc sur les « micro-agressions », ces affronts quotidiens que les Blancs infligent aux minorités par des gestes et des paroles qui, de manière presque insensible, remettent les autres à leur place. Ces micro-agressions présentent l’avantage que tout acte, tout mot, peut être interprété de différentes manières : il suffit d’y voir une intention raciste.

Un exemple classique se trouve dans un podcast enregistré par Michelle Obama au mois d’août de l’année dernière. Elle raconte comment, voulant acheter des glaces dans une boutique Haagen-Dazs, elle trouve sa place dans la queue usurpée par une Blanche qui, à cause de son racisme inné, n’aurait pas vu la femme du président devant elle. Il nous est arrivé à nous tous de trouver des resquilleurs sur notre chemin dans la vie, mais pour Michelle Obama la motivation en question ne peut être que raciste. On pense à l’éther, cet élément qui, selon les scientifiques du XIXe siècle, était partout dans l’univers mais détectable nulle part. Selon leurs théories un tel élément devait exister – jusqu’à ce qu’Einstein prouve le contraire. Les micro-agressions sont omniprésentes dans la vie. Comment le savons-nous ? Parce que la théorie du privilège blanc l’exige.

Dans un livre remarquable, The Rise of Victimhood Culture, deux sociologues américains font une distinction entre trois types de culture(2). Dans la culture de l’honneur, la moindre offense qu’on reçoit doit être punie, de préférence par la violence. C’est cette France du XVIIe siècle où Richelieu a tenté en vain d’empêcher les duels incessants entre gentilshommes. Dans la culture de la dignité, qui caractérise les démocraties libérales, on fait preuve de tolérance devant les offenses à l’honneur, normalement verbales, pour ne pas encourager la spirale des représailles ; on ne punit généralement que les actes d’agression physique. Aujourd’hui, nous assistons à la montée d’une culture de la victimisation : celle-ci rejette la culture de la dignité en prétendant que toute offense est intolérable et doit être punie ; sa seule différence d’avec la culture de l’honneur, c’est que la violence de la punition n’est pas physique mais prend la forme d’un ostracisme social (« cancel culture ») non moins destructeur à la fin. Cette culture, créant une armée d’accusateurs en colère et une foule de racistes mortifiés et dociles, peut être facilement instrumentalisée à des fins politiques. La culture des victimes est propagée par les groupes de paroles ainsi que par toute une littérature de bestsellers, de la Fragilité blanche de Robin DiAngelo, ou Comment devenir antiraciste d’Ibram Kendi, à la Pensée blanche de Lilian Thuram. Du succès de ces auteurs, on peut dire, en modifiant un mot de Joseph de Maistre, « Ils sont fameux parce que nous sommes abrutis, et nous le sommes surtout parce que nous les avons crus. »(3) La France saura-t-elle résister à cette culture ? La réponse dans le prochain numéro de Causeur

Au Royaume-Uni, “le racisme institutionnel n’existe pas”

Courrier international

Un rapport commandé par le gouvernement britannique dans le sillage des manifestations Black Lives Matter de 2020 et rendu public mercredi 31 mars qualifie le pays d’exemple à suivre en matière de réduction des inégalités raciales. Ces conclusions suscitent la polémique outre-Manche.

Le Royaume-Uni est-il institutionnellement raciste ? Non, conclut un rapport rendu public le mercredi 31 mars. “Très attendu”, le document de 258 pages va même plus loin, relève The Times : le pays serait en réalité, dans de nombreux domaines, un exemple à suivre en matière de réduction des inégalités raciales pour les États “à la population majoritairement blanche”.

Sont cités, notamment, les bons résultats scolaires des élèves issus de l’immigration, “meilleurs même dans huit matières du brevet des collèges que ceux des enfants blancs”, et un comblement des différences de salaires dans le monde professionnel. Le rapport, commandé par le gouvernement en juillet dernier dans le sillage des manifestations antiracistes Black Lives Matter, “ajoute qu’il existe une diversité grandissante dans les professions d’élite” britanniques.

Un modèle de cohésion

Ces conclusions, Rakib Ehsan les soutient entièrement dans les colonnes de The Spectator. “Aussi imparfait soit-il encore, le Royaume-Uni est devenu en Europe un modèle en matière de cohésion sociale et de justice économique, et en particulier entre les différentes communautés ethniques”, souligne le spécialiste de l’intégration des minorités au Royaume-Uni.

L’égalité raciale est un sujet qui bénéficie dans notre pays d’intérêt et d’attention aussi bien de la part des décideurs politiques, des médias ou du milieu universitaire, ce qu’on voit rarement dans les pays prétendument progressistes du continent.”

Et de citer l’exemple de la France, où la collecte de statistiques ethniques est interdite et où “l’obsession pour le principe de la ‘République une et indivisible’ est telle que le monde politique répugne à aborder de front les questions de discrimination raciale”.

Un rapport “cynique”

D’autres, en revanche, déplorent le “cynisme” du rapport, rédigé par la Commission sur les inégalités raciales et ethniques sous la houlette de Munira Mirza, une influente conseillère de Boris Johnson. Celle-ci “est connue de longue date pour sa critique souvent cinglante des actions menées par les gouvernements précédents pour lutter contre les facteurs structurels à l’origine des inégalités raciales”, rappelle The Guardian.

“Certes, les Britanniques noirs et asiatiques sont confrontés à moins de préjugés que leurs parents et leurs grands-parents”, note Sunder Katwala, du think tank British Future, auprès du journal londonien. “Mais quand vous vivez en 2021, cela vous fait une belle jambe.”

Quand un diplômé de Manchester avec un nom à consonance étrangère a moins de chances d’obtenir un entretien d’embauche que son camarade blanc au CV identique, en quoi devrait-il se réjouir d’être un peu mieux loti qu’il ne le serait à Milan ou à Marseille?”

D’autres militants interrogés par le quotidien prennent pour preuve de l’existence d’un racisme institutionnel le fait ques les Britanniques noirs ont neuf fois plus de chances de se retrouver derrière les barreaux que leurs compatriotes blancs. L’Institute for race relations, un autre think tank, analyse :

Ce rapport tombe à point nommé pour illustrer l’image qu’entend donner le gouvernement d’une nation britannique post-Brexit qui serait un phare de la bonne entente intercommunautaire et un modèle de diversité.

Les discours racistes persistent

Paradoxalement, la commission elle-même juge que le Royaume-Uni n’est pas “un pays postracial”, précise The Times.

Une profonde défiance persiste au sein de certaines communautés issues des minorités, qui restent hantées par un racisme historique, souligne le rapport, et les discours ouvertement racistes restent un grave problème, en particulier en ligne.”

Mais si de nombreuses inégalités persistent, à l’image du risque accru pour les minorités ethniques de mourir du Covid-19, “la commission conclut que les facteurs raciaux deviennent moins déterminants que d’autres, à commencer par la classe sociale ou la structure familiale”.

Voir encore:

Un meurtre sous les yeux des voisins

Kobili T. ressurgit quelques mètres plus loin, devant la porte de ses voisins, la famille D., au 3e étage du 26, rue de Vaucouleurs. Il sonne de façon insistante. Le père finit par lui ouvrir. Kobili T. entre pieds nus, ses baskets à la main et ses affaires sous le bras. « Sans donner aucune explication », il demande à rester dans l’appartement. Le père de famille refuse. Kobili T. insiste, et la situation s’envenime. « A ce moment-là, Kobili a changé de comportement et est devenu très énervé », se souvient la mère D.. Se saisissant des clefs, l’intrus ferme la porte. « Ça va être la mort », lance-t-il.

Effrayés, le couple D. et leurs enfants se réfugient dans la chambre parentale, bloquent la porte avec un meuble et appellent la police. Il est 4h25. Kobili T. reste seul à prier dans le salon pendant « vingt minutes, une demi-heure », récitant des sourates du Coran. Il enfile un jean. Puis sa voix s’éloigne. Il enjambe le balcon pour passer dans l’appartement voisin. « Je ne sais pas pourquoi, je ne me sentais pas en sécurité chez les D. », dira-t-il à la juge.

Lucie Attal, plus connue sous le nom de Sarah Halimi, est réveillée par le bruit. Cette retraitée de 65 ans, ancienne directrice de crèche, vit seule depuis son divorce. Kobili T. la connaît bien, elle habite dans l’appartement juste au-dessus du sien « depuis plus de dix ans ». « Je ne savais pas chez qui j’allais atterrir, assure-t-il à la juge. C’est quand j’ai marché dans l’appartement. J’ai vu une Torah. »

Sarah Halimi est de confession juive. Kobili T. le sait puisqu’elle a « la tenue pour aller à la synagogue » et ses enfants ont « la kippa » quand ils viennent la voir. En chemise de nuit et robe de chambre, elle tombe nez à nez avec l’intrus. « Je lui ai dit ‘appelez la police, on va se faire agresser' », raconte l’intéressé. Sarah Halimi n’en aura pas le temps. Kobili T. se met à la frapper avec le téléphone. Puis avec ses poings. « Je paniquais », dit-il encore.

La suite est décrite par les voisins, dont les lumières s’allument une à une dans la résidence.

J’ai pensé à une scène de ménage. Les bruits me faisaient penser à quelqu’un qui était frappé et à des objets qui tombaient sur le sol.

Un voisin, aux enquêteurs

La scène de violence se déporte sur le balcon. « Ça va aller madame, j’ai appelé la police », lance une voisine à Sarah Halimi. En vain. « L’ensemble a duré entre quinze et vingt minutes, je pense, c’était très long », se remémore péniblement Nicolas. Plusieurs témoins rapportent avoir entendu des insultes et des sortes d’incantations, en arabe et en français, couvrant le bruit des coups et des cris de la victime. « Tu vas payer », « c’est pour venger mon frère », « espèce de pute », « Allah Akbar », « que Dieu me soit témoin », hurle Kobili T. Lui ne s’en souvient pas. Il oublie également avoir crié « elle va se suicider, elle va se suicider » puis « j’ai tué le sheitan ».

Il se rappelle en revanche l’avoir « soulevée et jetée » par-dessus le balcon.

Une certaine confusion entoure l’intervention des policiers entre le premier appel reçu à 4h25 et la constatation du décès à 5h10. Arrivés devant la porte de l’appartement de la famille D., les forces de l’ordre, qui méconnaissent la configuration de la résidence, sont loin d’imaginer qu’ils vont avoir affaire à deux événements distincts : la séquestration de famille D., au numéro 26, puis l’agression mortelle de Sarah Halimi, au numéro 30.

Ils pensent être confrontés à une scène de violences conjugales. Puis, au seuil de l’appartement de la famille D., des prières en arabe leur parviennent derrière l’épaisseur de la porte. Craignant qu’elles ne soient prononcées par un jihadiste, les premiers policiers décident, par mesure de « sécurité », de s’armer et d’appeler des renforts.

Il faudra près d’une heure pour que les secours pénètrent dans la cour où Sarah Halimi est retrouvée morte, le visage méconnaissable, le corps disloqué. Même après la défenestration, les équipes en présence ne savent pas exactement de quoi il s’agit. « Si les policiers étaient intervenus immédiatement comme ils se devaient de le faire, madame Halimi serait en vie aujourd’hui », estime Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat des enfants de la victime lors d’une conférence de presse, le 18 juillet. Une plainte a été déposée par un membre de la famille contre la police pour non assistance à personne en danger.

Depuis le balcon, Kobili T. hurle qu’il va « sauter » et jette des objets trouvés dans l’appartement. Il finit par être arrêté dans l’appartement de la famille D., dans lequel il est retourné, en repassant par le balcon. Plutôt calme lors de l’interpellation, il se montre agité pendant la garde à vue. Selon les rapports de police, il crache et menace de mort les policiers, qui doivent le ceinturer pour le maîtriser. A 13 heures, le diagnostic du psychiatre tombe : « troubles mentaux manifestes », incompatibles avec la garde à vue. Kobili T. est interné dans un hôpital psychiatrique de la région parisienne.

Voir encore:

Affaire Sarah Halimi : cannabis, meurtre antisémite et irresponsabilité pénale

Le 4 avril 2017, Kobili Traoré, après l’avoir tabassée, jette sa voisine Lucie Attal (dite Sarah Halimi) par-dessus la rambarde de son balcon. Le 19 décembre 2019, confirmant la décision de première instance du 12 juillet 2019, la cour d’appel a rendu à l’encontre de Kobili Traoré un arrêt d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental. Cette décision se fonde sur le droit et des expertises psychiatriques ayant, pour deux d’entre elles, retenu l’abolition du discernement et, ainsi, à l’irresponsabilité pénale de l’auteur des faits.

Julien Mucchielli
Dalloz-actualité
30 décembre 2019

Il n’avait jamais ressenti quelque chose de semblable, bien qu’il eût toujours consommé frénétiquement du cannabis, environ quinze joints par jour depuis sa prime adolescence, Kobili Traoré n’avait jamais éprouvé une angoisse d’une telle nature, un sentiment d’insécurité permanente qui lui avait fait perdre le sommeil et l’appétit.

Lorsqu’il avait rencontré la nouvelle aide-soignante de sa sœur handicapée, le lundi 3 avril 2017, au domicile maternel où, à 27 ans, il demeurait encore, Kobili Traoré avait eu peur qu’elle lui jette un sort vaudou, cette pensée l’avait saisi quand il avait vu la femme haïtienne cracher dans une bouteille car elle était enceinte. Il l’avait mise à la porte et avait amené ses neveux chez la famille Diarra, ses voisins du dessous.

Sa sœur a rapporté cette scène aux policiers. Elle leur a dit aussi que, sans raison apparente, il n’avait pas cru son beau-père qui lui avait simplement indiqué se rendre à l’hôpital. Depuis le week-end précédant les faits, « Kobili évoquait le Sheitan partout, il voyait le diable, quand je lui parlais, il riait, il n’arrêtait pas de faire des va-et-vient. Je ne reconnaissais pas mon frère ». D’une manière générale, il n’avait pas l’air d’être dans son état normal. C’était visible à ses yeux qui ne clignaient pas, à sa manière de parler. Sa mère aussi l’avait remarqué. Le 3 avril, elle a même demandé à son ami Kader d’emmener Kobili Traoré à la mosquée, où ce dernier se rendait de temps à autre. La pratique de la religion, chez lui, était régulière, et pouvait s’avérer assidue ou non, selon la période. Sa sœur précisait qu’il connaissait les prières mais pas le Coran. « Il n’était pas trop dans l’Islam. »

Kobili Traoré n’avait jamais aimé étudier, qu’il s’agisse du Coran ou de l’école, il avait tôt dans sa vie fait l’expérience de l’oisiveté et de la délinquance. Son casier est chargé de vingt condamnations, pour du trafic de cannabis, des vols et des violences. Depuis l’âge de 18 ans, il avait été incarcéré plusieurs fois.

C’est pour cette raison qu’il était craint dans l’immeuble de la rue de Vaucouleurs, dans le XIe arrondissement de Paris. « Il faisait son business, du trafic de drogue, il est connu pour ça et c’est en ça que les gens le craignent. Ils ont vu ses agissements avec la police ou entre jeunes, quand ça dégénère », dit la gardienne de l’immeuble. Elle ajoutait qu’il ne lui avait jamais fait de mal, ne l’avait jamais menacée ou dit un mot plus haut que l’autre. Elle décrivait que Mme Lucie Attal, dite Sarah Halimi, était craintive et repliée sur elle-même et qu’elle ne l’avait jamais entendue se plaindre de la famille Traoré.

« Il était effrayant, pieds nus, tendu, avec un drôle de regard. Je ne l’avais jamais vu comme ça. »

Mais le 3 avril 2017, Kobili Traoré n’est plus lui-même. Abdel, une connaissance du quartier, l’a entendu se plaindre de son mal-être : « J’ai trouvé qu’il avait vraiment changé ce soir-là, comme si un autre personnage avait pris possession de lui », dit-il aux policiers le 6 avril. Sofiane, une autre connaissance : « C’était vraiment étrange, il semblait vraiment perturbé », consigne-t-il sur procès-verbal le 4 avril. Son ami d’enfance Kader l’avait trouvé tourmenté, ne l’avait pas vraiment reconnu. Dans la nuit, après s’être endormis devant un film après avoir fumé du cannabis, Kobili Traoré se leva – il était environ 3h30. « Il était effrayant, pieds nus, tendu, avec un drôle de regard. Je ne l’avais jamais vu comme ça. » Il n’avait pu l’empêcher de sortir.

Kobili Traoré est en proie à un désordre psychique important ; il a en vérité déjà perdu contact avec la réalité. Il se présente chez ses voisins, la famille Diarra, ses chaussures à la main et leur demande de rester chez eux. Il est 4h30 du matin. Le père Diarra l’éconduit, ils se bagarrent un peu mais Kobili Traoré reste. Il ne l’a pas noté tout de suite mais, avec sa femme, ils finissent par voir que les yeux de Traoré « partaient dans tous les sens » ; ils avaient alors senti une folie totale, s’étaient barricadés dans la chambre et l’avaient entendu réciter ses prières.

C’est alors que Kobili Traoré décida d’enjamber le balcon des Diarra et de s’introduire chez Lucie Attal-Halimi par la fenêtre. En entrant, il aperçut une Torah, un chandelier, puis Mme Attal, réveillée par le bruit. Kobili Traoré – selon ses dires – lui demanda d’appeler la police car il pensait qu’ils allaient se faire agresser, ce qu’elle avait fait en indiquant le 30, rue de Vaucouleurs. Traoré avait oublié avoir changé d’immeuble en changeant de logement, il pensa la corriger en disant qu’ils étaient au 32, mais elle insista au téléphone, alors, sans qu’il sache pourquoi, il se mit à la frapper, avec le téléphone et avec ses poings. « Tu vas fermer ta gueule, grosse pute, salope… Tu vas payer ! », l’avait entendu crier un voisin, témoin de la scène : « Un homme à la peau noire frappant une femme à genou », avait scrupuleusement rapporté une autre voisine aux policiers. Kobili Traoré avait aussi crié « Allahu akbar, que Dieu me soit témoin », ainsi que « tu vas payer, c’est pour venger mon frère ». Alors, il saisit la femme blessée par les poignets, la fit basculer par-dessus la rambarde du balcon ; Lucie Attal tomba dans les jardins de la résidence. C’est cette chute qui causa sa mort.

Traoré avait tenté de se réfugier chez les Diarra, après avoir hurlé qu’une femme s’était suicidée, puis il fut interpellé.

Son état fut jugé incompatible avec un maintien en garde à vue. Par décision du préfet, il était placé en hôpital psychiatrique, puis en unité pour malade difficile (UMD), où il fit une nouvelle crise le 22 avril, après avoir consommé du cannabis – en cachette. En juin, son état psychiatrique, qui imposait une contention et un isolement du fait d’un comportement imprévisible et potentiellement hétéroagressif, l’empêchait toujours d’être entendu par le juge qui instruisait l’homicide volontaire commis à l’encontre de Lucie Attal, pour lequel Kobili Traoré fut mis en examen le 10 juillet, ainsi que pour séquestration.

Au cours de l’instruction, les parties civiles ont insisté sur le caractère antisémite de ce crime. Le frère de la victime, dont il était proche et qui l’avait vue pas plus de deux mois avant sa mort, a même fait état d’une radicalisation en prison et de la fréquentation d’une mosquée salafiste, mais ces propos sont sans fondement, tout comme celui de la nature islamiste du meurtre. Le frère de Lucie Attal indiqua également aux policiers que Kobili Traoré, aux dires de sa sœur, l’avait un jour insultée et lui avait craché dessus en raison, selon elle, de sa judéité. Plusieurs membres de la famille de la victime rapportent en revanche un climat hostile à la seule personne juive de la résidence, notamment un « sale juive » proféré par la sœur de Kobili, dix ans auparavant, alors qu’elle était adolescente. D’une manière générale, les enfants et le frère de la victime ont expliqué aux services de police que leur mère et sœur craignait pour sa sécurité et ressentait une réelle hostilité à son encontre, du fait de sa confession juive, et qu’elle avait même cherché à déménager, du moins s’était-elle posé la question. Cherchant à objectiver ces témoignages, les enquêteurs ont analysé la tablette numérique de Kobili Traoré, et, sur 3 652 éléments d’historique internet datés du 4 janvier 2016 au 10 mai 2017, ils n’ont retrouvé aucune trace de site antisémite ou djihadiste. Dans sa famille et parmi la famille Diarra (eux aussi désignés antisémites par la victime), personne n’a relevé une attitude hostile envers les juifs chez Kobili Traoré. Il en est de même pour son beau-frère, lui-même juif.

Un acte délirant et antisémite

C’est sur la base de ces éléments que le docteur Daniel Zagury, expert psychiatre, a procédé à l’examen de Kobili Traoré, afin de déterminer s’il était atteint d’un trouble ayant altéré ou aboli son discernement. « Le tableau clinique présenté par Kobili Traoré est celui d’une bouffée délirante aiguë survenue sur fond de déstabilisation », car le patient se trouvait dans une phase de mutation existentielle, sommé de s’extirper de son oisiveté, d’affronter de nouvelles responsabilités (il allait se marier avec une cousine, devoir trouver un travail et « affronter la réalité de la vie »). Le début de cette bouffée délirante aiguë a été brutal : angoisse massive, troubles du sommeil, survenue d’idées d’empoisonnement et de sorcellerie. « Il faut absolument comprendre que ce type de symptomatologie est plus marquée par le chaos, le bouleversement des repères, l’angoisse. […] Le sujet subit sans comprendre ce qui advient et agit pour se défendre », écrit le psychiatre. « La thématique délirante, comme c’est classique, est mal structurée, à coloration persécutive, dominée par le mysticisme, la démonopathie, le manichéisme. »

Le docteur Zagury explique que ces troubles psychotiques ont été induits par la prise de cannabis. En effet, il n’a, à 27 ans, aucun antécédent psychiatrique et, bien qu’incarcéré quatre fois, il n’a jamais fait appel à un psychiatre ; il a récemment accru sa consommation de cannabis (ce qui est discutable, ndlr) ; la crise eut un début brutal et une résolution assez rapide ; la crise a eu une dimension onirique ; c’est, enfin, l’extrême brutalité des conduites agressives et de la destructivité qui plaide en ce sens. Son diagnostic : « En dépit de la réalité indiscutable du trouble aliénant, l’abolition du discernement ne peut être retenue du fait de la prise consciente et volontaire régulière du cannabis en très grande quantité. Il s‘agit d’une appréciation légale constante. » En revanche, « la nature des troubles dépassant largement les effets attendus justifie que l’on considère son discernement comme ayant été altéré au sens du deuxième alinéa de l’article 122-1 du code pénal ».

Dans une expertise complémentaire, l’expert explique cette différence entre les effets attendus du cannabis et la psychose survenue chez Kobili Traoré : « la bouffée délirante aiguë n’est pas l’ivresse cannabique. Elle était la réaction psychique, à un moment donné, à la consommation habituelle du sujet. […] Une fois déclenché, le processus délirant agit indépendamment, pour son propre compte, même si la personne interrompt sa consommation. » L’ivresse cannabique n’est donc pas une cause d’irresponsabilité pénale. La loi prévoit qu’elle est une circonstance aggravante, mais seulement en matière délictuelle et non lorsqu’il s’agit de faits criminels.

Punisher islamiste

Un acte délirant est-il compatible avec une motivation antisémite ? Les délirants, explique le docteur, « abreuvent leur thématique délirante à partir de l’ambiance sociétale et des événements du monde ». Les délires mystiques sont de « forts pourvoyeurs d’éléments médico-légaux ». En faisant l’hypothèse qu’il partage des préjugés antisémites largement répandus, le sujet a, dans l’univers manichéen de son délire, occupé la posture du vengeur, du punisher (le film qu’il venait de regarder, ndlr) islamiste. Néanmoins, observe l’expert, « il ne paraît pas possible d’affirmer que Mme Lucie Attal a été délibérément recherchée pour être massacrée parce qu’elle était juive. Par contre, le fait qu’elle soit juive l’a immédiatement diabolisée et a amplifié le vécu délirant, a focalisé sur sa personne le principe diabolique qu’il fallait combattre et a provoqué le déferlement barbare dont elle a été la malheureuse victime ». Autrement dit, le crime de Kobili Traoré est un acte délirant et antisémite.

Le docteur Zagury a procédé à des expertises complémentaires les 28 octobre 2017 et 8 janvier 2018. Puis un collège de trois experts, composé des docteurs Paul Bensussan, Frédéric Rouillon et Élisabeth Meyer-Buisan a rendu son avis sur l’expertise du docteur Zagury : « Il s’agit d’une excellente expertise, avec une parfaite maîtrise du dossier et une finesse d’évaluation sémiologique. Nous sommes en plein accord avec le diagnostic d’état psychotique aigu et avec l’analyse qui est faite et la dimension antisémite du geste. »

Le collège d’experts fait état d’un brief psychotic disorder (au sens du DSM) chez Kobili Traoré et conclut à la dimension psychopathique (ou sociopathique) de sa personnalité. Dans leur rapport, les experts évoquent le rôle possiblement déclencheur de la consommation chronique de cannabis et un possible mode d’entrée dans une schizophrénie en raison de la durée anormalement longue de l’épisode et de sa résistance au traitement. Les experts reviendront sur ce pronostic de schizophrénie mais maintiendront leurs conclusions : « ce trouble pychotique bref a aboli son discernement, car l’augmentation de la consommation de cannabis (augmentation très relative) s’est faite pour apaiser son angoisse et son insomnie, prodromes probables de son délire, ce qui n’a fait qu’aggraver le processus psychotique déjà amorcé. »

Une troisième expertise fut diligentée, et les docteurs Guelfi, Pascal et Coutanceau conclurent également à l’abolition du discernement de Kobili Traoré, posant le même diagnostic que leurs confrères (« l’infraction reprochée apparaît en lien direct avec une bouffée délirante aiguë d’origine exotoxique »).

Hospitalisation d’office

Dans les débats menés en première instance, le procureur de la République avait demandé le renvoi de Kobili Traoré devant une cour d’assises, expliquant que, « par son comportement volontaire de consommation de stupéfiants, Kobili Traoré a directement contribué au déclenchement de sa bouffée aiguë. Le fait qu’il n’ait pas souhaité être atteint de ce trouble et commettre les faits ne peut suffire à l’exempter de toute responsabilité », peut-on lire sur le site du Point. Me Francis Szpiner, avocat de la famille de la victime, rejoint également cette analyse, qui est celle du docteur Zagury, « les choses sont assez simples, à dire vrai : je consomme un produit illicite, je suis comptable des conséquences que cette consommation peut avoir par la suite », dit-il dans le même article. Devant la chambre de l’instruction, l’avocat général s’est rangé à l’avis des juges, qui est celui de l’irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. La chambre de l’instruction, après avoir relevé que des charges suffisantes d’homicide volontaire avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme pouvaient être retenues à l’encontre du mis en examen, a conclu, le 19 décembre 2019, à l’abolition du discernement de Kobili Traoré et, en conséquence, à son irresponsabilité pénale.

La partie civile a annoncé former un pourvoi en cassation, sans plus de précision pour le moment. Dans un arrêt du 12 mai 2010, la chambre criminelle avait rejeté un pourvoi portant sur une décision de non-lieu rendue par la cour d’appel, sur la base d’expertises concluant à une bouffée délirante aiguë ayant eu lieu au moment de la survenue de faits d’homicide volontaire, bouffée délirante consécutive à une consommation de cannabis.

Les juges de la cour d’appel ont immédiatement rendu une ordonnance d’hospitalisation d’office, car Kobili Traoré présente une dangerosité psychiatrique extrême, disent les experts, « que nous considérons comme durable en dehors d’un milieu psychiatrique ». Il restera hospitalisé tant que les médecins de son établissement le jugeront utile. S’ils décidaient que ces soins n’étaient plus nécessaires, le représentant de l’État dans le département devra ordonner une expertise conduite par deux experts extérieurs à l’établissement. En cas de consensus sur la possible levée d’une hospitalisation sans consentement, le représentant de l’État ordonne la levée des soins. En cas de désaccord, il devra en informer le directeur de l’établissement, qui saisira alors le juge des libertés et de la détention, qui tranchera.

Voir de plus:

« Je l’ai jetée par la fenêtre »: les déclarations du tueur présumé de Sarah Halimi

EXCLUSIF. Le jeune musulman soupçonné d’avoir défenestré sa voisine juive, en avril à Paris, a été entendu pour la première fois par la juge lundi. L’Express a eu accès à ses déclarations.

Je me sentais comme possédé. Je me sentais comme oppressé par une force extérieure, une force démoniaque », se défend-il, attribuant son état à « la dizaine de joints » qu’il avait fumés. L’homme confirme qu’il ne prenait aucun médicament. Il n’a par ailleurs aucun antécédent psychiatrique.

« J’ai crié ‘Que Satan soit béni' »

C’est la veille du drame que Kobili T. aurait ressenti ses premières « bouffées d’angoisse ». Il se rappelle être allé prier à la mosquée, avoir invectivé l’aide soignante de sa soeur handicapée et s’être endormi chez un ami devant le film The Punisher.

Dans la nuit, à 3h30, il se réveille et se dirige vers l’appartement de la famille D., dont le balcon jouxte celui de Sarah Halimi. « Je ne sais pas pourquoi, glisse-t-il à la magistrate, précisant qu’il avait été affecté par une énième dispute avec sa mère un peu plus tôt. Je me sentais stressé. »

Chez les D, des proches de sa famille de longue date, le tueur présumé affiche une attitude nerveuse. Il reconnaît avoir eu un « accrochage » avec eux, mais nie les avoir séquestrés. « J’ai crié ‘Que Satan soit béni’. Ils s’enferment tous après. […] Moi je voulais rester, je ne sais pas pourquoi. » Prétendant s’être senti « pourchassé », il raconte qu’il s’est mis à « réciter des paroles du Coran » dans le salon. Environ 30 minutes plus tard, Kobili pénètre chez la victime.

« Je l’ai tapée avec le téléphone, ensuite avec mes poings »

Le jeune homme est incapable d’expliquer cette intrusion, mais affirme avoir eu le sentiment de ne pas être en sécurité chez les D. « Je ne savais pas chez qui j’allais atterrir. C’est quand j’ai vu dans l’appartement une Torah, j’ai vu la dame qui s’est réveillée. » Il ajoute: « Je lui ai dit ‘Appelez la police, on va se faire agresser’. Elle a appelé d’un téléphone fixe. » Un combiné ensanglanté, les piles étalées sur le sol, a bien été découvert par les enquêteurs.

Kobili se met alors à frapper Sarah Halimi avec une violence insensée, dont il ne se cache pas. « Je l’ai tapée avec le téléphone, ensuite avec mes poings. Ensuite, je ne sais pas ce qui m’a pris, je l’ai soulevée et jetée par la fenêtre [du balcon, en réalité]« .

Là encore, il ne s’épanche pas sur l’élément déclencheur de son entreprise meurtrière. Tout juste se remémore-t-il un moment de panique et un échange confus au sujet du numéro de l’immeuble avec sa victime. A plusieurs reprises lors de son audition, il se retranche derrière des « je ne sais pas ».

– Des voisins disent avoir entendu « Allah Akbar », lui fait remarquer la juge d’instruction.

– Je ne me souviens pas d’avoir dit ça.

De même, Kobili ne se rappelle pas avoir crié « Tu vas payer ». De nombreux témoins ont pourtant dit aux enquêteurs avoir entendu un mélange de hurlements, de menaces et de références religieuses, en français et en arabe. L’homme est interpellé à 5h35 par trois policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC), arrivés pourtant sur les lieux près d’une heure auparavant. « Je pensais que c’était des démons », répète-t-il devant la magistrate.

« C’est horrible. Je n’aurais jamais dû faire ça »

Interrogé sur ses liens avec la retraitée, le jeune tueur se montre plus prolixe. Oui, il savait qu’elle était sa voisine du dessus, depuis « au moins dix ans ». Oui, il avait connaissance de sa pratique religieuse assidue. Comment? « Sa façon de s’habiller, avec des habits traditionnels pour aller à la synagogue, ou ses enfants quand ils venaient et avaient la kippa. »

En revanche, Kobili nie que la religion de Sarah Halimi ait motivé son geste. « Je ne suis pas antisémite. Ça aurait pu tomber sur n’importe qui », se défend-il, précisant n’avoir jamais eu de problèmes avec la communauté juive. Il consent quelques regrets. « C’est horrible. Je n’aurais jamais dû faire ça, c’est sans doute parce que j’avais fumé trop de cannabis. »

« J’ai le sentiment d’un déni de justice »

A l’issue de son audition, il a été mis en examen pour « homicide volontaire » et « séquestration ». La circonstance aggravante de l’antisémitisme n’a pas été retenue à ce stade, au grand dam des avocats des proches de Sarah Halimi.

« J’ai le sentiment d’un déni de justice, vitupère maître Jean-Alex Buchinger. Ses réponses sont claires, structurées et préparées. Elles prouvent qu’il n’était pas dans un état de démence ni à l’époque des faits, ni aujourd’hui. Il avait conscience que madame Halimi était juive. La connotation islamiste et antisémite de son acte est indéniable. » Maître Gilles-William Goldnadel abonde: « Je trouve cela assez incongru que la justice ne retienne pas la dimension antisémite lorsqu’un islamiste torture quelqu’un pendant une demi-heure en criant ‘Allah akbar' ».

Pour ces avocats, Kobili a la mémoire sélective et n’assume pas « d’avoir ciblé sa victime ». Ils le soupçonnent d’avoir préparé ses réponses en lisant la presse. « Tout ce qu’on essaye de faire passer par les médias, c’est faux », s’est dédouané le jeune homme devant la juge, admettant avoir eu connaissance de l’émoi provoqué par son crime dans la communauté juive. Kobili a été placé sous mandat de dépôt mais reste hospitalisé.

Jérémie Pham-Lê et Anna Benjamin
Voir enfin:

Mort de Sarah Halimi : la Cour de cassation confirme l’irresponsabilité de son meurtrier, qui ne sera pas jugé

Le pourvoi de la famille de la victime, qui espérait un procès, a été rejeté. Les expertises psychiatriques concluaient que Kobili Traoré avait commis les faits au cours d’une « bouffée délirante » sur fonds de forte consommation de cannabis.

Le Monde avec AFP

14 avril 2021

Il n’y aura pas de procès dans l’affaire Sarah Halimi, sexagénaire juive tuée en 2017 à Paris : la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire a rejeté le pourvoi formé par la famille de Mme Halimi contre la décision rendue en 2019 par la cour d’appel de Paris, qui avait déclaré l’homme irresponsable pénalement sur la base de trois expertises, selon lesquelles il avait commis les faits au cours d’une « bouffée délirante » sur fonds de forte consommation de cannabis. La Cour de cassation, tout en entérinant le caractère antisémite du crime, a confirmé, mercredi 14 avril, l’irresponsabilité pénale du meurtrier.

Cette décision, qui ne remet pas en cause son hospitalisation psychiatrique ordonnée par la justice, a suscité déception et colère des représentants de la communauté juive. « C’est un drame supplémentaire qui s’ajoute à cette tragédie », a déploré la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme). « Désormais, on peut dans notre pays torturer et tuer des Juifs en toute impunité », a vivement réagi le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Francis Kalifat.

« Les citoyens français de confessions juives doivent-ils aujourd’hui prendre leur propre disposition pour assurer leur propre sécurité ? », est allée jusqu’à déclarer l’une des avocats de la famille Halimi, Me Muriel Ouaknine Melki, annonçant vouloir porter l’affaire devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).

Pour la défense, au contraire, la Cour a maintenu sa jurisprudence « malgré la pression politique ou médiatique » : « On peut comprendre la frustration des victimes en l’absence de procès mais, en l’état actuel, notre droit refuse le jugement des actes de ceux dont le consentement a été aboli », s’est félicité Me Patrice Spinosi.

La polémique

L’affaire, qui suscite la controverse depuis quatre ans en France et en Israël, notamment sur l’antisémitisme qui imprégnerait certains quartiers populaires, remonte au 4 avril 2017. Cette nuit-là, Kobili Traoré, 27 ans, de confession musulmane, fait irruption chez sa voisine de 65 ans, Lucie Attal aussi appelée Sarah Halimi. Aux cris de « Allahou akbar ! », il la roue de coups en récitant des versets du Coran, avant de la jeter par-dessus le balcon de leur HLM de Belleville, dans l’est de Paris. Le jeune homme, fort consommateur de cannabis depuis l’adolescence, est arrêté et immédiatement hospitalisé.

D’un côté, la polémique s’enflamme et un bras de fer s’engage entre le parquet de Paris et la juge d’instruction sur le caractère antisémite du geste, finalement, retenu par la magistrate en 2018. De l’autre, sept experts examinent successivement M. Traoré : à l’unanimité, ils concluent que le jeune homme était en proie à une « bouffée délirante ».

La charge revenait alors à la justice de décider si son discernement était alors « altéré », ouvrant la voie à un procès, ou bien « aboli », synonyme d’abandon des poursuites. Après un débat public, la cour d’appel de Paris, le 19 décembre 2019, avait déclaré Kobili Traoré irresponsable pénalement et ordonné son hospitalisation assortie de mesures de sûreté pour vingt ans.

« Le besoin de procès est là »

Cette décision avait fait scandale, suscitant de vives réactions politiques à droite comme à gauche. Une initiative sénatoriale était lancée pour changer la loi sur la responsabilité pénale, et la ministre de la justice lançait une mission d’experts. « Le besoin de procès est là », avait commenté le président Emmanuel Macron depuis Jérusalem, récoltant une rare mise au point des deux plus hauts magistrats français sur l’indépendance de la justice.

Le 3 mars, devant la Cour de cassation, les avocats de la famille Halimi avaient demandé de retenir la responsabilité du jeune homme, compte tenu de son intoxication volontaire. A l’inverse, la défense et l’avocate générale avaient défendu la nécessité de maintenir une distinction entre l’ivresse, causée par la prise volontaire de psychotropes (alcool, cannabis…), aux effets prévisibles, et le trouble psychiatrique inattendu. L’ivresse laissant une part de discernement, tandis que le trouble l’abolit.

« Aucun élément du dossier n’indique que la consommation de cannabis par l’intéressé [dont c’était la première crise] ait été effectuée avec la conscience que cet usage de stupéfiants puisse entraîner une telle manifestation [psychique] », a répondu, mercredi, la Cour de cassation. Les dispositions de la loi actuelles « ne distinguent pas selon l’origine du trouble psychique ayant conduit à l’abolition de ce discernement », écrit la Cour, écartant l’hypothèse de retenir une responsabilité pour une faute antérieure au trouble délirant.

Sur le caractère antisémite, la Cour de cassation a validé les décisions antérieures, fondées sur les conclusions du docteur Daniel Zagury : selon le médecin expert, Kobili Traoré avait été pris d’un « délire persécutif polymorphe, à thématique mystique », lors duquel « le simple préjugé » antisémite s’est transformé « en conviction absolue ».

Une pression médiatique et politique

Les avocats du frère de Mme Halimi avaient alors annoncé leur intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. « On peut aujourd’hui fumer, sniffer, se piquer à haute dose au point de provoquer à soi-même une bouffée délirante aiguë, qui a entraîné une abolition du discernement, et l’on va bénéficier d’une irresponsabilité pénale », a dénoncé Me Oudy Bloch. Pour Me Muriel Ouaknine Melki : « C’est un mauvais message passé aux citoyens français de conviction juive. »

La cour « n’a pas voulu changer » sa jurisprudence, « malgré la pression politique ou médiatique dans cette affaire particulièrement sensible », s’est félicité Me Patrice Spinosi, l’avocat de M. Traoré. « On peut évidemment comprendre la frustration des victimes en l’absence de procès, mais, en l’état actuel, notre droit refuse le jugement des actes de ceux dont le consentement a été aboli », a-t-il rappelé.

Le Monde avec AFP

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Pascal Bruckner: « Le ‘privilège blanc’ est une notion dangereuse et mensongère »

ENTRETIEN – L’écrivain analyse l’entretien accordé par Emmanuel Macron au magazine L’Express.

Pascal Bruckner est écrivain. Il a publié récemment Un coupable presque parfait, la construction du bouc émissaire blanc (Grasset).

LE FIGARO. – Dans un entretien donné à L’Express, le président de la République, Emmanuel Macron, a admis l’existence d’un «privilège blanc», qui est «un fait». Que vous inspire cette saillie? Le privilège blanc est-il un «fait»?

Pascal BRUCKNER. –«Privilège blanc» est une notion importée du monde anglo-saxon et qui s’applique à des sociétés ségrégationnistes comme l’Afrique du Sud ou les États-Unis d’Amérique avant la révolution des droits civiques. Il suppose une minorité dominante qui dénie leurs droits aux autres citoyens au nom d’une prétendue supériorité ethnique ou raciale. Mais en Europe, majoritairement de peau claire, cette notion est une «ineptie dangereuse», comme l’a bien dit la socialiste Corinne Narassiguin, elle-même d’origine réunionnaise, car elle camoufle les rapports économiques ou sociaux. Que Macron soit un privilégié, fils de bonne famille, élève des meilleures écoles, banquier et politicien d’élite, est exact. Qu’il soit blanc n’ajoute rien à ces atouts dans un pays démographiquement «caucasien» à 90 %.

Y a-t-il un privilège noir en Afrique, un privilège chinois à Pékin, un privilège asiatique en Thaïlande ou Corée? Les «gilets jaunes» sont-ils des privilégiés par ce que blancs par rapport aux millionnaires du football antillais ou afro-descendants, les agriculteurs, les employés, les ouvriers sont-ils favorisés parce que «leucodermes»? Dans ce cas, de quoi se plaignent ces «salauds de pauvres» incapables de reconnaître leurs avantages? Racialiser les rapports sociaux, c’est reconduire les discriminations que l’on prétend combattre ou dissimuler celles qui existent déjà: par exemple déduire une doctrine de la couleur de peau et parler de «pensée blanche» est le geste même du vieux racisme «scientifique» du XIXe siècle. L’épiderme, la biologie déterminent les opinions, les comportements malgré soi: on se croirait dans Tintin au Congo mais renversé. Ce néoracisme antiraciste est un terrible contresens.

Le fait qu’un homme politique ne puisse plus aujourd’hui faire autrement que d’avaliser l’idée de privilège blanc n’est-il pas le signe que la pensée indigéniste a profondément pénétré nos imaginaires?

Nous (c’est un nous collectif) avons mis trois ans à persuader le président du danger de l’islam politique et c’est un bon point. Faudra-t-il trois ans de plus pour l’écarter des thèses décoloniales ou indigénistes venues des États-Unis? Macron est un homme brillant mais affecté parfois du complexe de Zelig, ce personnage de Woody Allen qui devient ceux qu’il croise: Noir avec les Noirs, femme avec les femmes, obèse avec les gros. Le président veut tellement plaire à ses interlocuteurs qu’il parle, pense et réfléchit comme eux. Son spectre idéologique, ouvert à la manière d’un éventail, accorde une place à chaque famille de pensée sans voir les contradictions. Ainsi peut-il expliquer à Ouagadougou que le colonialisme est derrière nous et vouloir restituer certaines pièces de musée à l’Afrique ou présenter des excuses à l’Algérie. Il fait allégeance à tant de maîtres divers qu’il égare le commun des mortels. L’idéal républicain n’est pas compatible avec le multiculturalisme car ce dernier enferme les personnes dans leurs origines et les transforme en fatalité. Le racisme classique transformait la biologie en destin. L’antiracisme raciste également. Chacun est prisonnier de sa couleur de peau, de sa culture d’origine, de ses croyances. Bref, il retombe dans les travers qu’il prétend dénoncer

Le président de la République a confié à Pascal Blanchard le soin de mener une commission qui a pour objectif d’élaborer un carnet de noms de rue reflétant la diversité qui sera ensuite soumis aux maires. Que pensez-vous de cette proposition?

Je n’ai pas les compétences de cet historien mais il faut noter que son engagement en faveur d’une République multiculturelle et postraciale aux côtés notamment de Rokhaya Diallo et de Lilian Thuram indique des orientations idéologiques assumées, très éloignées de la République une et indivisible. Je ne suis nullement opposé à ce qu’on donne à Toussaint Louverture, Abdel Khader, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Édouard Glissant, pour n’en citer que quelques-uns, des noms de places ou de rues qui d’ailleurs, pour beaucoup, existent déjà. La mairie de Paris a inauguré à juste titre en septembre un jardin Solitude du nom de cette mulâtresse (1772-1802) qui incarna la résistance des esclaves de Guadeloupe contre Napoléon. Attention toutefois aux gadgets, au paternalisme de la bonne volonté qui a poussé par exemple le New York Times à écrire «Noir» en majuscule et «blanc» en minuscule comme si cette humiliation typographique allait miraculeusement changer la vie des Afro-Américains.

Donner des noms issus de la «diversité» pour employer la novlangue actuelle aux rues et places de certains quartiers n’améliorera en rien la vie de leurs habitants: la satisfaction symbolique ne remplit ni le portefeuille ni les estomacs. Les individus en démocratie veulent être reconnus oui mais comme des personnes singulières, jugés selon leurs mérites propres et non déduits de leurs origines, de leur pigmentation. C’est le sens de l’émancipation républicaine qui promeut un universel de la pluralité et non de l’uniformité. Si on oublie ce principe fondateur, on s’embarque dans la quincaillerie idéologique des fanatiques de la Race, du Genre et de l’Identité qui enferment chacun dans sa particularité et rendent impossible l’idée d’un Nous collectif.

*Pascal Bruckner sera l’invité des rencontres du «Figaro», Salle Gaveau, le 18 janvier 2021 à 18 heures. Réservez sur boutique.lefigaro.fr

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Taguieff: « Le décolonialisme est la maladie sénile de la gauche intellectuelle contemporaine »

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le philosophe dénonce l’influence croissante du décolonialisme au sein de la gauche dans un essai tout juste paru, intitulé «L’imposture décoloniale».

Pierre-André Taguieff est philosophe, politiste et historien des idées, directeur de recherche au CNRS, et l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, dont le dernier est L’Imposture décoloniale. Science imaginaire et pseudo-antiracisme, Paris, Éditions de l’Observatoire/Humensis, 2020, 347 p.


FIGAROVOX. – Dans votre dernier ouvrage L’imposture décoloniale vous dites: «Le postcolonialisme (…) risque d’entraîner toutes les familles de la gauche dans l’adhésion à une vision identitaire». Quelle est cette vision identitaire qui vous inquiète?

Pierre-André TAGUIEFF. – Le postcolonialisme est, pour aller vite, la version soft du décolonialisme, lequel séduit non pas en raison de sa consistance théorique mais par sa «radicalité» idéologico-politique. Les idéologues décoloniaux appellent en effet à rompre totalement avec le passé maudit de la France et plus largement de l’Europe et de l’Occident, dont il réduisent l’histoire à celle du racisme, de la traite négrière, du colonialisme et de l’impérialisme.

Ils rejoignent en cela les artisans-militants d’une contre-histoire dite «histoire mondiale» ou «globale», obsédés par la déconstruction du roman national français. Ils ne voient dans l’universalisme, celui du judéo-christianisme comme celui des Lumières, que l’expression d’un eurocentrisme qu’ils s’efforcent frénétiquement de «déconstruire» en même temps qu’ils s’appliquent à «provincialiser» l’Europe et sa culture. Ils criminalisent au passage la laïcité, dans laquelle ils ne voient qu’intolérance et rejet de la diversité, refus des saintes «différences».

L’attractivité du décolonialisme à gauche et à l’extrême gauche s’explique largement par un appel du vide, dont les causes sont identifiables: la décomposition de la gauche et l’essoufflement du modèle social-démocrate, l’incrédulité croissante envers le marxisme et l’utopie communiste dont on hérite cependant l’anticapitalisme et l’anti-impérialisme, la banalisation d’un néo-féminisme misandre, dit «radical», dans les milieux intellectuels ainsi que le surgissement d’un antiracisme dévoyé, masquant à peine un racisme anti-Blancs doublé d’une judéophobie à visage «antisioniste».

À cela s’ajoute un sentiment de culpabilité à l’égard de l’islam, la «religion des pauvres» et des «dominés», qui fait que la «lutte contre l’islamophobie» peut être érigée en premier commandement de la «religion de l’Autre» (Philippe d’Iribarne). Il faut aussi bien sûr pointer l’influence du gauchisme identitaire à l’américaine, dont les thèmes se diffusent massivement sur les réseaux sociaux.

Dans cette perspective, tous les malheurs du monde s’expliquent à partir de la relation d’inégalité entre «dominants» et «dominés», qu’on interprète en termes racialistes et victimaires: ce sont «les Blancs» qui dominent et les «non-Blancs» qui sont dominés. La «race» revient à l’ordre du jour: en dépit du fait qu’on la présente comme une «construction sociale», la couleur de la peau reste son principal indice.

On brandit par exemple avec enthousiasme l’«identité noire», la «conscience noire» ou la «fierté noire», alors qu’on dénonce, à juste titre, les suprémacistes blancs qui parlent d’une «identité blanche», d’une «conscience blanche» ou d’une «fierté blanche». On se retrouve ainsi dans un monde divisé en «Blancs» et «Noirs» ou «non-Blancs», et ce, au nom d’un «antiracisme» douteux, qui s’avère un antiracisme anti-Blancs, c’est-à-dire une forme politiquement correcte de racisme. Une grande inversion des valeurs et des normes s’accomplit sous nos yeux.

Est-ce que la gauche a les ressources intellectuelles pour y résister?

La gauche intellectuelle est profondément divisée sur ces questions qui s’entrecroisent. À simplifier le tableau, je distinguerai trois nébuleuses idéologiques. Tout d’abord, les défenseurs de la laïcité stricte, dans la tradition républicaine privilégiant l’égalité dans une perspective universaliste, qui forment le camp de la gauche ferme ou «dure», intransigeante sur les principes. Ensuite, les partisans d’une laïcité «ouverte», tentés par le multiculturalisme, qui peuplent les territoires de la gauche «molle», convertie à la «religion de l’Autre».

Enfin, les ennemis de la laïcité, dans laquelle ils voient l’expression proprement française d’un «racisme d’État» ainsi qu’une machine à justifier l’«islamophobie». Le slogan «Touche pas à mon voile» illustre cette position pseudo-antiraciste, qui consiste à retourner contre le principe de laïcité l’exigence de tolérance et l’impératif du respect des différences. C’est le camp de la gauche folle, celle qui s’est ralliée au drapeau du postcolonialisme et du décolonialisme, dont la passion motrice est la haine de l’Occident.

Cette nouvelle «gauche de la gauche» est rageusement anti-occidentale, elle est à la fois hespérophobe et gallophobe, en ce qu’elle réduit la France à un pays raciste et islamophobe. C’est cette gauche en folie, dont les nourritures psychiques proviennent des campus étatsuniens pratiquant le culte de la «radicalité», qui, voulant tout déconstruire et tout décoloniser, s’est engagée dans la voie dangereuse qu’est la «politique de l’identité».

La gauche «molle», celle des bien-pensants (opportunistes, apeurés, naïfs, peu informés) ayant pour seul horizon «l’ouverture», fournit des «idiots utiles» (et parfois inutiles) à la gauche folle, qui mène la danse. Le décolonialisme, c’est la maladie sénile de la gauche intellectuelle contemporaine.

Vous insistez sur la dimension déresponsabilisante des théories «systémiques» qui soulagent l’individu du fardeau de la responsabilité individuelle. Est-ce pour vous une des raisons principales de leur succès?

En parlant de «discriminations systémiques», on paraît expliquer avec objectivité les échecs socio-économiques des individus appartenant à des minorités supposées discriminées. Ces individus sont ainsi déresponsabilisés: ils peuvent accuser «le système» d’être le seul responsable de leurs malheurs, comme ils peuvent accuser un prétendu «racisme d’État» de couvrir ou de justifier les «discriminations systémiques» dont ils s’imaginent être les victimes. Ce qui n’empêche nullement de considérer les discriminations réelles à l’emploi ou au logement, dont les causes sont loin de se réduire aux origines ethno-raciales.

La dénonciation litanique du «racisme systémique» fait partie de la rhétorique des mouvances décoloniales et islamo-gauchistes. Il s’agit du dernier avatar de la notion de «racisme institutionnel», élaborée par deux révolutionnaires afro-américains, l’activiste Stokely Carmichael et l’universitaire Charles V. Hamilton, dans leur livre militant titré Black Power, sous-titré «La politique de libération en Amérique», publié en 1967. Cette notion était destinée à mettre l’accent sur le caractère systématique («systémique», dit-on plutôt aujourd’hui) ou structurel du racisme anti-Noirs dans la société nord-américaine, en supposant qu’il était inscrit dans les normes culturelles, les institutions et les pratiques sociales «normales», qu’il dérivait de l’organisation même de cette société.

Il pouvait donc fonctionner socialement sans être intentionnel ni conscient. Le présupposé de ce modèle critique du racisme est que seul le racisme blanc existe et qu’il se confond avec le «pouvoir blanc» et la «société blanche» que seule une «révolution noire» peut transformer. Autant dire que, construit pour dénoncer le racisme anti-Noirs dans l’Amérique de la fin des années 1960, ce modèle est daté et situé. On ne saurait l’importer aveuglément pour analyser le racisme dans la société française contemporaine.

Mais c’est précisément son simplisme qui est attrayant pour les radicaux de gauche: le racisme invisible explique tout et les mobilisations antiracistes ont un parfum révolutionnaire. En répétant litaniquement que la France est une société intrinsèquement raciste, on justifie les appels à la destruction du «vieux monde», qu’on juge irréformable. La notion de «racisme systémique» illustre bien ce que Raymond Boudon appelait le «sociologisme», qui postule que l’individu est le jouet des structures et des institutions, et incite à ne poser qu’une question: À qui profite le «système»?

Mais la réponse est toujours connue d’avance. Les pseudo-antiracistes y répondent en donnant dans le complotisme: ils désignent les membres de la «race» dominante («les Blancs»), instaurateurs et profiteurs du «racisme systémique». Voilà qui justifie les prêches contre «l’hégémonie blanche» et «le privilège blanc».

Vous citez la cheffe du Parti des Indigénistes de la République Houria Bouteldja: «Le ‘je’ cartésien va jeter les fondements philosophiques de la blanchité». Sans reprendre ses termes, l’universalisme des Lumières n’est-il tout de même pas spécifique à l’Occident, conséquence de l’universalisme chrétien?

Relevons d’abord le mélange de stupidité et de cuistrerie d’une telle affirmation, émanant de l’activiste qui incarne parfaitement l’islamo-gauchisme à la française. Elle témoigne de l’extrême confusion qui dérive d’un demi-siècle de déconstructionnisme en philosophie («tout est à déconstruire») et de constructivisme en sciences sociales («tout est construction sociale»).

Dans les milieux décolonialistes à la française, le thème de la «blanchité» est d’importation récente et soulève un problème insoluble: si, en bon antiraciste, on récuse l’essentialisme en tant que présupposé du racisme, comment concevoir d’une façon non essentialiste ladite «blanchité»? Répondre en agitant le terme magique de «construction sociale», c’est se payer de mots. Le réinvestissement du biologique s’opère ainsi sous couvert de «construction sociale». Les pseudo-antiracistes à l’américaine diabolisent les gènes, mais sacralisent la couleur de la peau. Chassée par la grande porte de l’antiracisme savant des généticiens, la «race» revient par la fenêtre du néo-antiracisme militant.

Faisant de la «blanchité» un stigmate, les idéologues décoloniaux s’efforcent de réduire l’exigence d’universalité à une arme secrète de la «société blanche» pour inférioriser ou disqualifier les non-Blancs. Manière de réaffirmer leur dogme fondamental: l’Occident est intrinsèquement raciste.

Mais il ne faut pas oublier que ce sont des intellectuels occidentaux «blancs» qui, les premiers, ont lancé cette grande accusation sur le marché des idées. La haine de soi et l’auto-accusation pénitentielle font partie de la pathologie des milieux intellectuels occidentaux. Ne voir dans l’universalisme que ses instrumentalisations politiques et ses corruptions idéologiques, c’est faire preuve soit d’ignorance, soit de mauvaise foi.

«Il est facile de reconnaître dans cette bouillie discursive des traces de l’utopie communiste». Qu’est-ce qui vous donne à penser que nous faisons face à un «marxisme racialisé» à l’heure où les marxistes purs et durs sont difficiles à dénicher?

À quelques exceptions près, les intellectuels marxistes-léninistes, encore nombreux dans les années 1970-1990, se sont ralliés, d’une façon plus ou moins explicite, aux courants subalternistes ou décoloniaux, après avoir flirté avec le tiers-mondisme et l’altermondialisme. Le décolonialisme se présente en effet comme une réinterprétation hypercritique de l’histoire et un programme d’action révolutionnaire séduisant.

L’évolution des milieux trotskistes est à cet égard fort intéressante: nombre de leurs intellectuels ont repris à leur compte les principaux thèmes décoloniaux (dénonciation du «racisme systémique», du «racisme d’État», de l’«islamophobie d’État», etc.), au point de juger acceptables la vision racialiste de la société et la promotion de notions comme celles d’identité raciale ou de conscience raciale. Ils tendent à oublier la lutte des classes au profit de la lutte des races et des sexes-genres, avec ce supplément de verbiage pseudo-savant qu’est l’«intersectionnalité».

Ce qui a fait basculer les marxistes, c’est d’abord la formation d’un prolétariat issu de l’immigration et de culture musulmane, et le ralliement croissant du prolétariat traditionnel aux partis dits populistes. C’est ensuite leur engagement inconditionnel en faveur de la cause palestinienne, qu’ils ont érigée en nouvelle «cause universelle». C’est, corrélativement, leur interprétation de l’islam politique comme une force potentiellement révolutionnaire avec laquelle il fallait s’allier. C’est aussi l’importance qu’ils ont accordé aux questions de «race» (la «race» étant une «construction sociale») et à la lutte contre le racisme, faisant passer au second plan la lutte des classes.

C’est enfin leur passion de la critique radicale des sociétés occidentales, caractérisées par une somme de traits négatifs (capitalisme, impérialisme, colonialisme, racisme, sexisme, hétéro-patriarcat), donc vouées à être détruites. Ils ont ainsi comblé leur imaginaire utopiste de la table rase et de la construction d’une société parfaite (post-capitalisme, post-raciste, post-sexiste, etc.). Il ne leur restait plus, en rejoignant les rangs décoloniaux, qu’à ériger la «race» en principe explicatif de l’histoire, et, ainsi, à fondre le marxisme dans un néo-gobinisme dont le programme sommaire tourne autour d’une volonté de vengeance ayant pour cible la «société blanche» ou l’«homme blanc», abominable profiteur du «système hétéro-patriarcal».

Vous rappelez que l’activiste Rokhaya Diallo a retweeté le compte satirique de Titania McGrath sur Twitter qui se moque des délires woke et devance même parfois des discours progressistes. La frontière entre la parodie et le premier degré est-elle ici en voie de disparition?

C’est là un indice de la bêtise des nouveaux bien-pensants. Il ne s’agit pas de la bêtise ordinaire, pour ainsi dire innocente, mais d’une bêtise prétentieuse, arrogante, sophistiquée. Un esprit de sérieux idéologisé, doublé d’une roublardise plus ou moins affûtée. C’est la bêtise commune aux élites médiatiques et aux élites académiques faisant profession de «radicalité», à Rokhaya Diallo ou Lilian Thuram en version militante, à Judith Butler ou Gayatri Chakravorty Spivak en version «théorique», disons comiquement pédante.

On a trop négligé de considérer le rôle de la bêtise dans l’histoire, comme le notait Raymond Aron. Mais la bêtise la plus redoutable, parce qu’elle passe inaperçue, c’est la bêtise des élites intellectuelles, soumises aux modes idéologiques et rhétoriques, conformistes dans leurs rêves de «radicalité» et fascinées par la violence des supposés «damnés de la terre», censés avoir «toujours raison».

Rien n’est plus pitoyable que la bonne conscience et la lâcheté tranquille de ceux qui, pour paraphraser Camus, n’ont jamais placé que leur fauteuil ou leur micro dans ce qu’ils croient être le sens de l’histoire.


Première conférence de presse de Joe Biden: Parce que je suis un mec sympa (What brave new world of alternative facts and post-truth as protected by a lapdog press, our puppet leaders exploit the migrants for money and power while the rest of us are supposed to celebrate having our countries turned upside down ?)

28 mars, 2021


The number of the beast is 666 (William Blake, 1805)

Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Lettre aux Galates 3: 28)
Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon. Elle exerçait toute l’autorité de la première bête en sa présence, et elle faisait que la terre et ses habitants adoraient la première bête, dont la blessure mortelle avait été guérie. Elle opérait de grands prodiges, même jusqu’à faire descendre du feu du ciel sur la terre, à la vue des hommes. Et elle séduisait les habitants de la terre par les prodiges qu’il lui était donné d’opérer en présence de la bête, disant aux habitants de la terre de faire une image à la bête qui avait la blessure de l’épée et qui vivait. Et il lui fut donné d’animer l’image de la bête, afin que l’image de la bête parlât, et qu’elle fît que tous ceux qui n’adoreraient pas l’image de la bête fussent tués. Et elle fit que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, reçussent une marque sur leur main droite ou sur leur front, et que personne ne pût acheter ni vendre, sans avoir la marque, le nom de la bête ou le nombre de son nom. C’est ici la sagesse. Que celui qui a de l’intelligence calcule le nombre de la bête. Car c’est un nombre d’homme, et son nombre est six cent soixante-six. Jean (Apocalypse 13: 11-18)
L’homme n’est ni ange ni bête, et le malheur veut que qui veut faire l’ange fait la bête. Pascal (1670)
La loi naturelle n’est pas un système de valeurs possible parmi beaucoup d’autres. C’est la seule source de tous les jugements de valeur. Si on la rejette, on rejette toute valeur. Si on conserve une seule valeur, on la conserve tout entier. (. . .) La rébellion des nouvelles idéologies contre la loi naturelle est une rébellion des branches contre l’arbre : si les rebelles réussissaient, ils découvriraient qu’ils se sont détruits eux-mêmes. L’intelligence humaine n’a pas davantage le pouvoir d’inventer une nouvelle valeur qu’il n’en a d’imaginer une nouvelle couleur primaire ou de créer un nouveau soleil avec un nouveau firmament pour qu’il s’y déplace. (…) Tout nouveau pouvoir conquis par l’homme est aussi un pouvoir sur l’homme. Tout progrès le laisse à la fois plus faible et plus fort. Dans chaque victoire, il est à la fois le général qui triomphe et le prisonnier qui suit le char triomphal . (…) Le processus qui, si on ne l’arrête pas, abolira l’homme, va aussi vite dans les pays communistes que chez les démocrates et les fascistes. Les méthodes peuvent (au premier abord) différer dans leur brutalité. Mais il y a parmi nous plus d’un savant au regard inoffensif derrière son pince-nez, plus d’un dramaturge populaire, plus d’un philosophe amateur qui poursuivent en fin de compte les mêmes buts que les dirigeants de l’Allemagne nazie. Il s’agit toujours de discréditer totalement les valeurs traditionnelles et de donner à l’humanité une forme nouvelle conformément à la volonté (qui ne peut être qu’arbitraire) de quelques membres ″chanceux″ d’une génération ″chanceuse″ qui a appris comment s’y prendre. C.S. Lewis (L’abolition de l’homme, 1943)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton (1908)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. (…) Le mouvement antichrétien le plus puissant est celui qui réassume et « radicalise » le souci des victimes pour le paganiser. (…) Comme les Eglises chrétiennes ont pris conscience tardivement de leurs manquements à la charité, de leur connivence avec l’ordre établi, dans le monde d’hier et d’aujourd’hui, elles sont particulièrement vulnérables au chantage permanent auquel le néopaganisme contemporain les soumet. René Girard
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Martin Luther King (1963)
C’est ça, l’Ouest, monsieur le sénateur:  quand la légende devient réalité, c’est la légende qu’il faut publier. Maxwell Scott  (journaliste dans ‘L’Homme qui tua Liberty Valance’, John Ford, 1962)
Il faut se rappeler que les chefs militaires allemands jouaient un jeu désespéré. Néanmoins, ce fut avec un sentiment d’effroi qu’ils tournèrent contre la Russie la plus affreuse de toutes les armes. Ils firent transporter Lénine, de Suisse en Russie, comme un bacille de la peste, dans un wagon plombé. Winston Churchill
Puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il lui faut prendre conscience. Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était  nègre, de le réduire à l’état  de  bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître  pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de « passage de ligne  » qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les  blancs, peut nier qu’il  soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut  nier qu’il  soit  nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse  le  mot de « nègre » qu’on lui a  jeté comme une pierre, il se revendique  comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapprochera tous les opprimés  dans le même combat doit être  précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme  antiraciste est le  seul chemin qui puisse  mener à l’abolition  des  différences de race. Jean-Paul Sartre (Orphée noir, 1948)
Quand Freud est arrivé aux États-Unis, en voyant New York il a dit: « Je leur apporte la peste. » Il avait tort. Les Américains n’ont eu aucun mal à digérer une psychanalyse vite américanisée. Mais en 1966, nous avons vraiment apporté la peste avec Lacan et la déconstruction… du moins dans les universités! Au point que je me suis senti soudain aussi étranger à Johns Hopkins qu’à Avignon au milieu de mes amis post-surréalistes. Un an plus tard, la déconstruction était déjà à la mode. Cela me mettait mal à l’aise. C’est la raison pour laquelle je suis parti pour Buffalo en 1968. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège: la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Nous sommes une société qui, tous les cinquante ans ou presque, est prise d’une sorte de paroxysme de vertu – une orgie d’auto-purification à travers laquelle le mal d’une forme ou d’une autre doit être chassé. De la chasse aux sorcières de Salem aux chasses aux communistes de l’ère McCarthy à la violente fixation actuelle sur la maltraitance des enfants, on retrouve le même fil conducteur d’hystérie morale. Après la période du maccarthisme, les gens demandaient : mais comment cela a-t-il pu arriver ? Comment la présomption d’innocence a-t-elle pu être abandonnée aussi systématiquement ? Comment de grandes et puissantes institutions ont-elles pu accepté que des enquêteurs du Congrès aient fait si peu de cas des libertés civiles – tout cela au nom d’une guerre contre les communistes ? Comment était-il possible de croire que des subversifs se cachaient derrière chaque porte de bibliothèque, dans chaque station de radio, que chaque acteur de troisième zone qui avait appartenu à la mauvaise organisation politique constituait une menace pour la sécurité de la nation ? Dans quelques décennies peut-être les gens ne manqueront pas de se poser les mêmes questions sur notre époque actuelle; une époque où les accusations de sévices les plus improbables trouvent des oreilles bienveillantes; une époque où il suffit d’être accusé par des sources anonymes pour être jeté en pâture à la justice; une époque où la chasse à ceux qui maltraitent les enfants est devenu une pathologie nationale. Dorothy Rabinowitz
La glorification d’une race et le dénigrement corollaire d’une autre ou d’autres a toujours été et sera une recette de meurtre. Ceci est une loi absolue. Si on laisse quelqu’un subir un traitement particulièrement défavorable à un groupe quelconque d’individus en raison de leur race ou de leur couleur de peau, on ne saurait fixer de limites aux mauvais traitements dont ils seront l’objet et puisque la race entière a été condamnée pour des raisons mystérieuses il n’y a aucune raison pour ne pas essayer de la détruire dans son intégralité. C’est précisément ce que les nazis auraient voulu accomplir (…) J’ai beaucoup à cœur de voir les noirs conquérir leur liberté aux Etats Unis. Mais leur dignité et leur santé spirituelle me tiennent également à cœur et je me dois de m’opposer à toutes tentatives des noirs de faire à d’autres ce qu’on leur a fait. James Baldwin
You cannot understand the Left if you do not understand that leftism is a religion. It is not God-based (some left-wing Christians’ and Jews’ claims notwithstanding), but otherwise it has every characteristic of a religion. The most blatant of those characteristics is dogma. People who believe in leftism have as many dogmas as the most fundamentalist Christian. One of them is material equality as the preeminent moral goal. Another is the villainy of corporations. The bigger the corporation, the greater the villainy. Thus, instead of the devil, the Left has Big Pharma, Big Tobacco, Big Oil, the “military-industrial complex,” and the like. Meanwhile, Big Labor, Big Trial Lawyers, and — of course — Big Government are left-wing angels. And why is that? Why, to be specific, does the Left fear big corporations but not big government? The answer is dogma — a belief system that transcends reason. No rational person can deny that big governments have caused almost all the great evils of the last century, arguably the bloodiest in history. Who killed the 20 to 30 million Soviet citizens in the Gulag Archipelago — big government or big business? Hint: There were no private businesses in the Soviet Union. Who deliberately caused 75 million Chinese to starve to death — big government or big business? Hint: See previous hint. Did Coca-Cola kill 5 million Ukrainians? Did Big Oil slaughter a quarter of the Cambodian population? Would there have been a Holocaust without the huge Nazi state? Whatever bad things big corporations have done is dwarfed by the monstrous crimes — the mass enslavement of people, the deprivation of the most basic human rights, not to mention the mass murder and torture and genocide — committed by big governments. (…) Religious Christians and Jews also have some irrational beliefs, but their irrationality is overwhelmingly confined to theological matters; and these theological irrationalities have no deleterious impact on religious Jews’ and Christians’ ability to see the world rationally and morally. Few religious Jews or Christians believe that big corporations are in any way analogous to big government in terms of evil done. And the few who do are leftists. That the Left demonizes Big Pharma, for instance, is an example of this dogmatism. America’s pharmaceutical companies have saved millions of lives, including millions of leftists’ lives. And I do not doubt that in order to increase profits they have not always played by the rules. But to demonize big pharmaceutical companies while lionizing big government, big labor unions, and big tort-law firms is to stand morality on its head. There is yet another reason to fear big government far more than big corporations. ExxonMobil has no police force, no IRS, no ability to arrest you, no ability to shut you up, and certainly no ability to kill you. ExxonMobil can’t knock on your door in the middle of the night and legally take you away. Apple Computer cannot take your money away without your consent, and it runs no prisons. The government does all of these things. Of course, the Left will respond that government also does good and that corporations and capitalists are, by their very nature, “greedy.” To which the rational response is that, of course, government also does good. But so do the vast majority of corporations, private citizens, church groups, and myriad voluntary associations. On the other hand, only big government can do anything approaching the monstrous evils of the last century. As for greed: Between hunger for money and hunger for power, the latter is incomparably more frightening. It is noteworthy that none of the twentieth century’s monsters — Lenin, Hitler, Stalin, Mao — were preoccupied with material gain. They loved power much more than money. And that is why the Left is much more frightening than the Right. It craves power.  Dennis Prager
Quand j’ai écrit mon livre, je suis retourné à Max Weber et à Alexis de Tocqueville, car tous deux avaient identifié l’importance fondamentale de l’anxiété spirituelle que nous éprouvons tous. Il me semble qu’à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, nous avons oublié la centralité de cette anxiété, de ces démons ou anges spirituels qui nous habitent. Ils nous gouvernent de manière profondément dangereuse. Norman Mailer a dit un jour que toute la sociologie américaine avait été un effort désespéré pour essayer de dire quelque chose sur l’Amérique que Tocqueville n’avait pas dit! C’est vrai! Tocqueville avait saisi l’importance du fait religieux et de la panoplie des Églises protestantes qui ont défini la nation américaine. Il a montré que malgré leur nombre innombrable et leurs querelles, elles étaient parvenues à s’unir pour être ce qu’il appelait joliment «le courant central des manières et de la morale». Quelles que soient les empoignades entre anglicans épiscopaliens et congrégationalistes, entre congrégationalistes et presbytériens, entre presbytériens et baptistes, les protestants se sont combinés pour donner une forme à nos vies: celle des mariages, des baptêmes et des funérailles ; des familles, et même de la politique, en cela même que le protestantisme ne cesse d’affirmer qu’il y a quelque chose de plus important que la politique. Ce modèle a perduré jusqu’au milieu des années 1960. (…) Pour moi, c’est avant tout le mouvement de l’Évangile social qui a gagné les Églises protestantes, qui est à la racine de l’effondrement. Dans mon livre, je consacre deux chapitres à Walter Rauschenbusch, la figure clé. Mais il faut comprendre que le déclin des Églises européennes a aussi joué. L’une des sources d’autorité des Églises américaines venait de l’influence de théologiens européens éminents comme Wolfhart Pannenberg ou l’ancien premier ministre néerlandais Abraham Kuyper, esprit d’une grande profondeur qui venait souvent à Princeton donner des conférences devant des milliers de participants! Mais ils n’ont pas été remplacés. Le résultat de tout cela, c’est que l’Église protestante américaine a connu un déclin catastrophique. En 1965, 50 % des Américains appartenaient à l’une des 8 Églises protestantes dominantes. Aujourd’hui, ce chiffre s’établit à 4 %! Cet effondrement est le changement sociologique le plus fondamental des 50 dernières années, mais personne n’en parle. Une partie de ces protestants ont migré vers les Églises chrétiennes évangéliques, qui dans les années 1970, sous Jimmy Carter, ont émergé comme force politique. On a vu également un nombre surprenant de conversions au catholicisme, surtout chez les intellectuels. Mais la majorité sont devenus ce que j’appelle dans mon livre des «post-protestants», ce qui nous amène au décryptage des événements d’aujourd’hui. Ces post-protestants se sont approprié une série de thèmes empruntés à l’Évangile social de Walter Rauschenbusch. Quand vous reprenez les péchés sociaux qu’il faut selon lui rejeter pour accéder à une forme de rédemption – l’intolérance, le pouvoir, le militarisme, l’oppression de classe… vous retrouvez exactement les thèmes que brandissent les gens qui mettent aujourd’hui le feu à Portland et d’autres villes. Ce sont les post-protestants. Ils se sont juste débarrassés de Dieu! Quand je dis à mes étudiants qu’ils sont les héritiers de leurs grands-parents protestants, ils sont offensés. Mais ils ont exactement la même approche moralisatrice et le même sens exacerbé de leur importance, la même condescendance et le même sentiment de supériorité exaspérante et ridicule, que les protestants exprimaient notamment vis-à-vis des catholiques. (…) Mais ils ne le savent pas. En fait, l’état de l’Amérique a été toujours lié à l’état de la religion protestante. Les catholiques se sont fait une place mais le protestantisme a été le Mississippi qui a arrosé le pays. Et c’est toujours le cas! C’est juste que nous avons maintenant une Église du Christ sans le Christ. Cela veut dire qu’il n’y a pas de pardon possible. Dans la religion chrétienne, le péché originel est l’idée que vous êtes né coupable, que l’humanité hérite d’une tache qui corrompt nos désirs et nos actions. Mais le Christ paie les dettes du péché originel, nous en libérant. Si vous enlevez le Christ du tableau en revanche, vous obtenez… la culpabilité blanche et le racisme systémique. Bien sûr, les jeunes radicaux n’utilisent pas le mot «péché originel». Mais ils utilisent exactement les termes qui s’y appliquent. (…) Ils parlent d’«une tache reçue en héritage» qui «infecte votre esprit». C’est une idée très dangereuse, que les Églises canalisaient autrefois. Mais aujourd’hui que cette idée s’est échappée de l’Église, elle a gagné la rue et vous avez des meutes de post-protestants qui parcourent Washington DC, en s’en prenant à des gens dans des restaurants pour exiger d’eux qu’ils lèvent le poing. Leur conviction que l’Amérique est intrinsèquement corrompue par l’esclavage et n’a réalisé que le Mal, n’est pas enracinée dans des faits que l’on pourrait discuter, elle relève de la croyance religieuse. On exclut ceux qui ne se soumettent pas. On dérive vers une vision apocalyptique du monde qui n’est plus équilibrée par rien d’autre. Cela peut donner la pire forme d’environnementalisme, par exemple, parce que toutes les autres dimensions sont disqualifiées au nom de «la fin du monde». C’est l’idée chrétienne de l’apocalypse, mais dégagée du christianisme. Il y a des douzaines d’exemples de religiosité visibles dans le comportement des protestataires: ils s’allongent par terre face au sol et gémissent, comme des prêtres que l’on consacre dans l’Église catholique. Ils ont organisé une cérémonie à Portland durant laquelle ils ont lavé les pieds de personnes noires pour montrer leur repentir pour la culpabilité blanche. Ils s’agenouillent. Tout cela sans savoir que c’est religieux! C’est religieux parce que l’humanité est religieuse. Il y a une faim spirituelle à l’intérieur de nous, qui se manifeste de différentes manières, y compris la violence! Ces gens veulent un monde qui ait un sens, et ils ne l’ont pas. (…) Le marxisme est une religion par analogie. Certes, il porte cette idée d’une nouvelle naissance. Certaines personnes voulaient des certitudes et ne les trouvant plus dans leurs Églises, ils sont allés vers le marxisme. Mais en Amérique, c’est différent, car tout est centré sur le protestantisme. Dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, avec génie et insolence, prend Marx et le met cul par-dessus tête. Marx avait dit que le protestantisme avait émergé à la faveur de changements économiques. Weber dit l’inverse. Ce n’est pas l’économie qui a transformé la religion, c’est la religion qui a transformé l’économie. Le protestantisme nous a donné le capitalisme, pas l’inverse! Parce que les puritains devaient épargner de l’argent pour assurer leur salut. Le ressort principal n’était pas l’économie mais la faim spirituelle, ce sentiment beaucoup plus profond, selon Weber. Une faim spirituelle a mené les gens vers le marxisme, et c’est la même faim spirituelle qui fait qu’ils sont dans les rues d’Amérique aujourd’hui. (…) Mais je vois potentiellement une guerre civile à feu doux éclater si Trump gagne cette élection! Car les parties sont polarisées sur le plan spirituel. Si Trump gagne, pour les gens qui sont dans la rue, ce ne sera pas le triomphe des républicains, mais celui du mal. Rauschenbusch, dans son Évangile, dit que nous devons accomplir la rédemption de notre personnalité. Ces gens-là veulent être sûrs d’être de «bonnes personnes». Ils savent qu’ils sont de bonnes personnes s’ils sont opposés au racisme. Ils pensent être de bonnes personnes parce qu’ils sont opposés à la destruction de l’environnement. Ils veulent avoir la bonne «attitude», c’est la raison pour laquelle ceux qui n’ont pas la bonne attitude sont expulsés de leurs universités ou de leur travail pour des raisons dérisoires. Avant, on était exclu de l’Église, aujourd’hui, on est exclu de la vie publique… C’est pour cela que les gens qui soutiennent Trump, sont vus comme des «déplorables», comme disait Hillary Clinton, c’est-à-dire des gens qui ne peuvent être rachetés. Ils ont leur bible et leur fusil et ne suivent pas les commandements de la justice sociale. (…) Avant même que Trump ne surgisse, avec Sarah Palin, et même sous Reagan, on a vu émerger à droite le sentiment que tout ce que faisaient les républicains pour l’Amérique traditionnelle, c’était ralentir sa disparition. Il y avait une immense exaspération car toute cette Amérique avait le sentiment que son mode de vie était fondamentalement menacé par les démocrates. Reagan est arrivé et a dit: «Je vais m’y opposer». Et voilà que Trump arrive et dit à son tour qu’il va dire non à tout ça. Je déteste le fait que Trump occupe cet espace, parce qu’il est vulgaire et insupportable. Mais il est vrai que tous ceux qui s’étaient sentis marginalisés ont voté pour Trump parce qu’il s’est mis en travers de la route. C’est d’ailleurs ce que leur dit Trump: «Ils n’en ont pas après moi, mais après vous.» Il faut comprendre que l’idéologie «woke» de la justice sociale a pénétré les institutions américaines à un point incroyable. Je n’imagine pas qu’un professeur ayant une chaire à la Sorbonne soit forcé d’assister à des classes obligatoires organisées pour le corps professoral sur leur «culpabilité blanche», et enseignées par des gens qui viennent à peine de finir le collège. Mais c’est la réalité des universités américaines. Un sondage récent a montré que la majorité des professeurs d’université ne disent rien. Ils abandonnent plutôt toute mention de tout sujet controversé. Pourtant, des études ont montré que la foule des vigies de Twitter qui obtient la tête des professeurs excommuniés, remplirait à peine la moitié d’un terrain de football universitaire! Il y a un manque de courage. (…) La France a fait beaucoup de choses bonnes et glorieuses pour faire avancer la civilisation, mais elle a fait du mal. Si on croit au projet historique français, on peut démêler le bien du mal. Mais mes étudiants, et tous ces post-protestants dont je vous parle, sont absolument convaincus que tous les gens qui ont précédé, étaient stupides et sans doute maléfiques. Ils ne croient plus au projet historique américain. Ils sont contre les «affinités électives» qui, selon Weber, nous ont donné la modernité: la science, le capitalisme, l’État-nation. Si la théorie de la physique de Newton, Principia, est un manuel de viol, comme l’a dit une universitaire féministe, si sa physique est l’invention d’un moyen de violer le monde, cela veut dire que la science est mauvaise. Si vous êtes soupçonneux de la science, du capitalisme, du protestantisme, si vous rejetez tous les moteurs de la modernité la seule chose qui reste, ce sont les péchés qui nous ont menés là où nous sommes. Pour sûr, nous en avons commis. Mais si on ne voit pas que ça, il n’y a plus d’échappatoire, plus de projet. Ce qui passe aujourd’hui est différent de 1968 en France, quand la remise en cause a finalement été absorbée dans quelque chose de plus large. Le mouvement actuel ne peut être absorbé car il vise à défaire les États-Unis dans ses fondements: l’État-nation, le capitalisme et la religion protestante. Mais comme les États-Unis n’ont pas d’histoire prémoderne, nous ne pouvons absorber un mouvement vraiment antimoderne. (…) Il y a une phrase de Heidegger qui dit que «seulement un Dieu pourrait nous sauver»! On a le sentiment qu’on est aux prémices d’une apocalypse, d’une guerre civile, d’une grande destruction de la modernité. Est-ce à cause de la trahison des clercs? Pour moi, l’incapacité des vieux libéraux à faire rempart contre les jeunes radicaux, est aujourd’hui le grand danger. Quand j’ai vu que de jeunes journalistes du New York Times avaient menacé de partir, parce qu’un responsable éditorial avait publié une tribune d’un sénateur américain qui leur déplaisait, j’ai été stupéfait. Je suis assez vieux pour savoir que dans le passé, la direction aurait immédiatement dit à ces jeunes journalistes de prendre la porte s’ils n’étaient pas contents. Mais ce qui s’est passé, c’est que le rédacteur en chef a été limogé. Joseph Bottum
One high-level takeaway is that the 2020 electorate had a very similar partisan composition to the 2016 electorate. When the polls turned out to be wrong — and Trump turned out to be much stronger than they predicted — a lot of people concluded that turnout models must have been off: Trump must have inspired higher Republican turnout than expected. But that looks wrong. It really seems like the electorate was slightly more Democratic than it had been in 2016, largely due to demographic change (because there’s such a large partisan gap between younger and older voters, every four years the electorate gets something like 0.4 percent more Democratic just through generational churn). So Trump didn’t exceed expectations by inspiring higher-than-anticipated Republican turnout. He exceeded them mostly through persuasion. A lot of voters changed their minds between 2016 and 2020. At the subgroup level, Democrats gained somewhere between half a percent to one percent among non-college whites and roughly 7 percent among white college graduates (which is kind of crazy). Our support among African Americans declined by something like one to 2 percent. And then Hispanic support dropped by 8 to 9 percent. The jury is still out on Asian Americans. We’re waiting on data from California before we say anything. But there’s evidence that there was something like a 5 percent decline in Asian American support for Democrats, likely with a lot of variance among subgroups. There were really big declines in Vietnamese areas, for example. Anyway, one implication of these shifts is that education polarization went up and racial polarization went down. (…) White voters as a whole trended toward the Democratic Party, and nonwhite voters trended away from us. So we’re now somewhere between 2004 and 2008 in terms of racial polarization. Which is interesting. I don’t think a lot of people expected Donald Trump’s GOP to have a much more diverse support base than Mitt Romney’s did in 2012. But that’s what happened. (…) One important thing to know about the decline in Hispanic support for Democrats is that it was pretty broad. This isn’t just about Cubans in South Florida. It happened in New York and California and Arizona and Texas. Really, we saw large drops all over the country. But it was notably larger in some places than others. In the precinct-level data, one of the things that jumps out is that places where a lot of voters have Venezuelan or Colombian ancestry saw much larger swings to the GOP than basically anywhere else in the country. The Colombian and Venezuelan shifts were huge. One of my favorite examples is Doral, which is a predominantly Venezuelan and Colombian neighborhood in South Florida. One precinct in that neighborhood went for Hillary Clinton by 40 points in 2016 and for Trump by ten points in 2020. One thing that makes Colombia and Venezuela different from much of Latin America is that socialism as a brand has a very specific, very high salience meaning in those countries. It’s associated with FARC paramilitaries in Colombia and the experience with President Maduro in Venezuela. So I think one natural inference is that the increased salience of socialism in 2020 — with the rise of AOC and the prominence of anti-socialist messaging from the GOP — had something to do with the shift among those groups. As for the story with Hispanics overall, one thing that really comes out very clearly in survey data that we’ve done is that it really comes down to ideology. So when you look at self-reported ideology — just asking people, “Do you identify as liberal, moderate, or conservative” — you find that there aren’t very big racial divides. Roughly the same proportion of African American, Hispanic, and white voters identify as conservative. But white voters are polarized on ideology, while nonwhite voters haven’t been. Something like 80 percent of white conservatives vote for Republicans. But historically, Democrats have won nonwhite conservatives, often by very large margins. What happened in 2020 is that nonwhite conservatives voted for Republicans at higher rates; they started voting more like white conservatives. (…) What we found is that Clinton voters with conservative views on crime, policing, and public safety were far more likely to switch to Trump than voters with less conservative views on those issues. And having conservative views on those issues was more predictive of switching from Clinton to Trump than having conservative views on any other issue-set was. This lines up pretty well with trends we saw during the campaign. In the summer, following the emergence of “defund the police” as a nationally salient issue, support for Biden among Hispanic voters declined. So I think you can tell this microstory: We raised the salience of an ideologically charged issue that millions of nonwhite voters disagreed with us on. And then, as a result, these conservative Hispanic voters who’d been voting for us despite their ideological inclinations started voting more like conservative whites. (…) The decline that we saw was very large. Nine percent or so nationwide, up to 14 or 15 percent in Florida. Roughly one in ten Hispanic voters switched their vote from Clinton to Trump. That is beyond the margin of what can plausibly be changed by investing more in Spanish media. (…) Over the last four years, white liberals have become a larger and larger share of the Democratic Party. (…) Highly educated people tend to have more ideologically coherent and extreme views than working-class ones. We see this in issue polling and ideological self-identification. College-educated voters are way less likely to identify as moderate. So as Democrats have traded non-college-educated voters for college-educated ones, white liberals’ share of voice and clout in the Democratic Party has gone up. And since white voters are sorting on ideology more than nonwhite voters, we’ve ended up in a situation where white liberals are more left wing than black and Hispanic Democrats on pretty much every issue: taxes, health care, policing, and even on racial issues or various measures of “racial resentment.” So as white liberals increasingly define the party’s image and messaging, that’s going to turn off nonwhite conservative Democrats and push them against us. (…) In liberal circles, racism has been defined in highly ideological terms. And this theoretical perspective on what racism means and the nature of racial inequality have become a big part of the group identity of college-educated Democrats, white and nonwhite. But it’s not necessarily how most nonwhite, working-class people understand racism. (…) if you look at the concrete questions, white liberals are to the left of Hispanic Democrats, but also of black Democrats, on defunding the police and those ideological questions about the source of racial inequity. Regardless, even if a majority of nonwhite people agreed with liberals on all of these issues, the fundamental problem is that Democrats have been relying on the support of roughly 90 percent of black voters and 70 percent of Hispanic voters. So if Democrats elevate issues or theories that a large minority of nonwhite voters reject, it’s going to be hard to keep those margins. Because these issues are strongly correlated with ideology. And black conservatives and Hispanic conservatives don’t actually buy into a lot of these intellectual theories of racism. They often have a very different conception of how to help the black or Hispanic community than liberals do. And I don’t think we can buy our way out of this trade-off. Most voters are not liberals. If we polarize the electorate on ideology — or if nationally prominent Democrats raise the salience of issues that polarize the electorate on ideology — we’re going to lose a lot of votes. (…) I (…) think liberals sometimes take the ambiguities of ideology too far. A lot of progressives insist that ideological self-identification means nothing. And we know that isn’t true. One of the big patterns of the last 40 years is that ideological self-description has become increasingly correlated with partisanship and increasingly correlated to views on issues. But there is still a large universe of policy questions — mostly economic but not exclusively — where a large majority of the public agrees with us. A $15 minimum wage polls above 60 percent; that couldn’t happen without a lot of “moderates” and “conservatives” supporting the policy. What I take from that is: Ideological polarization is a dead end. If we divide the electorate on self-described ideology, we lose — both because there are more conservatives than liberals and because conservatives are structurally overrepresented in the House, Senate, and Electoral College. So the way we get around that is by talking a lot about progressive goals that are not ideologically polarizing, goals that we share with self-described conservatives and moderates. Even among nonwhite voters, those tend to be economic issues. In test after test that we’ve done with Hispanic voters, talking about immigration commonly sparks backlash: Asking voters whether they lean toward Biden and Trump, and then emphasizing the Democratic position on immigration, often caused Biden’s share of support among Latino respondents to decline. Meanwhile, Democratic messaging about investing in schools and jobs tended to move Latino voters away from Trump. (…) I think (…) the extent to which Hispanic voters have liberal views on immigration is exaggerated. If you look at, for example, decriminalizing border crossings, that’s not something that a majority of Hispanic voters support. Pew’s done a lot of polling on immigration reform, and if you ask things like, “Should we deport the undocumented population, should we give them a path to permanent residency, or should we give them a path to citizenship?” citizenship only gets a little over 50 percent support among Hispanic voters. So I think liberals really essentialize Hispanic voters and project views about immigration onto them that the data just doesn’t support. (…) As a baseline, midterms are usually very bad for the party in power. In the past 70 years, the incumbent party has gained seats in the House and Senate maybe once or twice. The last one was in 2002. The regularity of how bad midterm environments are for the president’s party is one of the most striking findings in political science. Generally speaking, over the last 30 to 40 years, the party that controls the presidency gets about 47 percent of the vote nationwide. Add in the fact that the House already has a fairly substantial pro-Republican bias — the median House seat is something like three points to the right of the country overall — it means that in the base scenario, Democrats are headed for near-certain doom. (…) The good news is that there’s a strong case for thinking this time might be different. I’m not a macroeconomist, but it seems like Joe Biden might preside over a post-corona economic boom. Already, Biden’s approval rating is very strong. The best predictor of how a midterm is going to shake out is how popular the president is. So, for now, everything looks about as good as you could hope for. But we have no margin for error. If we conduct ourselves the way we did after 2008, we’re definitely going to lose. And due to the way that our electoral system works, we really could be locked out of power for a very long time, just like we were after 2010. So that means the need for messaging discipline is stronger than ever. But keeping the national conversation focused around popular economic issues probably won’t be enough. Since the maps in the House of Representatives are so biased against us, if we don’t pass a redistricting reform, our chance of keeping the House is very low. And then the Senate is even more biased against us than the House. So, it’s also very important that we add as many states as we can. Currently, even if we have an exceptionally good midterm, the most likely outcome is that we lose one or two Senate seats. And then, going into 2024, we have something like seven or eight Democrats who are in states that are more Republican than the country overall. Basically, we have this small window right now to pass redistricting reform and create states. And if we don’t use this window, we will almost certainly lose control of the federal government and not be in a position to pass laws again potentially for a decade. In terms of putting numbers on things, I think that if we implemented D.C. and Puerto Rican statehood and passed redistricting reform, that would roughly triple our chance of holding the House in 2022 and roughly the same in the Senate. The fact that it’s possible to triple those odds is a testament to how bleak the baseline case is. So we need to pass those reforms and we need Biden to remain popular. If his approval rating is below 50 by the end of the year, we’re probably fucked. (…) I can’t claim to know exactly what the electoral effects would be of doing these things. But all of the polling I’ve seen suggests that things like HR 1 and adding states are above water. They’re not as popular as a lot of economic issues, but they’re above 50 percent. Electoral backlash doesn’t typically come from doing things that poll at 53 or 54 percent. It comes from doing things that poll at 30 or 40 percent. And so I think that the downside of this stuff is low. I think the level of voter interest in procedural issues is low. If we lived in a world where voters punished politicians for playing procedural hardball, we would have a lot fewer Republicans in office. And actually, in some ways, pursuing procedural reforms that don’t concern voters much — but which do get the other party all worked up — could be electorally beneficial. If you can get the other party to talk about something that voters don’t care about, that’s good. People don’t always think about media attention as a fixed quantity. But it is. To the extent that the coronavirus impacted the 2020 election, I think one positive political effect it had for Democrats was that whenever the media was talking about the coronavirus, they weren’t talking about Hunter Biden or immigration. And I think that kind of blocked Republicans from creating and inserting wedge issues. If Republicans decide to make 2022 into a referendum on independent redistricting, that will eat up space that could have otherwise gone to effective attacks. We should dare them to do it. (…) In 2016, non-college-educated whites swung roughly 10 percent against the Democratic Party. And then, in 2018, roughly 30 percent of those Obama-Trump voters ended up supporting Democrats down ballot. In 2020, only 10 percent of Obama-Trump voters came home for Biden. So I think what this shows: There is a long-term trend of increasing education polarization here and in every other country in the West. But the fact that education polarization declined significantly in 2018 — when Trump wasn’t on the ballot — and picked up again in 2020 suggests that Trump is personally responsible for a significant portion of America’s education polarization. I think that there’s a really strong case that this transition was specifically about Donald Trump. A lot of people theorized that we first alienated Obama-Trump voters during the fight over comprehensive immigration reform and that their rightward movement was already apparent in 2014. But if you actually look at panel data, it seems really clear that these people didn’t start identifying as Republicans until Trump won the GOP nomination. I think there’s a very strong empirical argument that Donald Trump was the main driver of the polarization we’ve seen since 2016. He just personally embodies this large cultural divide between cosmopolitan college-educated voters and a large portion of non-college-educated voters. Those divides take a lot of different forms: attitudes toward race, attitudes toward gender, opinions on what kinds of things you’re allowed to say, or how you should conduct yourself. And you know, as Trump became the nominee, and as the media made politics the Donald Trump Show for the last four years, that led to increasing political polarization on attitudes toward Donald Trump specifically. I think the reason why we saw less education-based voting in 2018 is that Trump was a smaller part of the media environment than he had been in 2016 or would be in 2020. Looking ahead to 2022, and just thinking about the next four years, the big question is how much is Donald Trump going to shape media coverage of the Republican Party or the Republican Party’s own branding? And I don’t know the answer to that question. If Trump fades out of the spotlight, I’d expect some level of education depolarization, particularly if Democrats show ideological discipline. (…) in 2016, Hillary Clinton got 51.1 percent of the two-party vote. Obama got 52 percent in 2012. In just about any other country, retaining 51.1 percent support would have been enough to keep power. But in this country, between 2012 and 2016, the Electoral College bias changed from being one percent biased toward Democrats to 3 percent biased toward Republicans, mainly because of education polarization. So Donald Trump is unpopular. And he does pay a penalty for that relative to a generic Republican. But the voters he’s popular with happen to be extremely efficiently distributed in political-geography terms. (…) So I think the Trump era has been very good for the Republican Party, even if they now, momentarily, have to accept this very, very, very thin Democratic trifecta. Because if these coalition changes are durable, the GOP has very rosy long-term prospects for dominating America’s federal institutions. The question is: Can they get all of the good parts of Trumpism without the bad parts? And I don’t know the answer to that question. But when I look at the 2020 election, I see that we ran against the most unpopular Republican ever to run for president — and we ran literally the most popular figure in our party whose last name is not Obama — and we only narrowly won the Electoral College. If Biden had done 0.3 percent worse, then Donald Trump would have won reelection with just 48 percent of the two-party vote. We can’t control what Trump or Republicans do. But we can add states, we can ban partisan redistricting, and we can elevate issues that appeal to both college-educated liberals and a lot of working-class “conservatives.” If we don’t, things could get very bleak, very fast. David Shor (stratège démocrate)
On s’attendait à ce qu’avec le gouvernement du président Biden, il y ait un meilleur traitement des migrants. Et cela a poussé les migrants d’Amérique centrale, et aussi de notre pays, à vouloir traverser la frontière en pensant que c’était plus facile de le faire. Andrés Manuel López Obrador (président mexicain)
S’il y a une reprise aux États-Unis, il est plus facile d’y aller et de trouver du travail. Beaucoup avaient peur de Trump et la plupart ne voulaient pas essayer de traverser la frontière. Mais maintenant, nombreux sont ceux qui envisagent d’émigrer aux États-Unis. Adrián Cahun
Je suppose que je devrais être flatté que les gens viennent parce que je suis un mec sympa; c’est la raison pour laquelle cela arrive – que je suis un homme honnête ou quelle que soit sa formulation. C’est – vous savez, c’est pourquoi ils viennent, parce qu’ils savent que Biden est un bon gars. La vérité est que rien n’a changé. Comme beaucoup de gens sont venus – 28 pour cent d’augmentation du nombre d’enfants à la frontière dans mon administration; 31% au cours de la dernière année de – en 2019, avant la pandémie, dans l’administration Trump. Chaque année, il y a une augmentation importante des arrivées à la frontière pendant les mois d’hiver de janvier, février et mars. Cela arrive chaque année. En plus de cela, il y a un – et personne – et, au fait, est-ce que quelqu’un suggère qu’il y a eu une augmentation de 31% sous Trump parce qu’il était un gars sympa et qu’il faisait de bonnes choses à la frontière? Ce n’est pas la raison pour laquelle ils viennent. La raison pour laquelle ils viennent est que c’est le moment où ils ont le moins de chances de mourir de chaleur dans le désert. Joe Biden
C’est juste un monde différent. C’est triste de les voir ainsi lui servir les questions. C’est des questions faciles. Et son entourage prêt à lui arracher le micro si quelqu’un commençait à se montrer un peu désobligeant. Tout ça est ridicule.[Sur la capitale américaine après le 6 janvier devenue une forteresse avec barbelés] Je pense que c’est honteux – il semble que le monde regarde – absolument, c’est une manœuvre politique qu’ils font. Il y avait zéro menace depuis le début , il n’y avait aucune menace. Ecoutez – ils sont entrés, ils n’auraient pas dû le faire. Certains d’entre eux sont entrés et ils embrassent la police et les gardes. Ils avaient une excellente relation. Et pour beaucoup d’entre eux, on les a laissé rentrer sans problème et puis ils sont entrés et ils sont sortis. Ils persécutent beaucoup de ces gens. Et certains d’entre eux devraient être punis, mais quand je regarde les antifas à Washington même, ce qu’ils ont fait à Washington et ce qu’ils ont fait dans d’autres endroits et la destruction et franchement les meurtres et le passage à tabac des gens … pourquoi ils ne s’en prennent pas aux antifas ? (…) [sur HR1] Ils essaient d’obtenir quelque chose sans pièce d’identité pour voter, pas de vérification de signature, on envoie tous les bulletins de vote qu’on peut. Vous n’aurez plus jamais une élection équitable dans ce pays. Comme pour les dernières élections, c’était honteux. C’était une élection du tiers-monde. (…) Il y a beaucoup de choses qui se sont passées que les législatures n’ont pas approuvé. Notre Cour suprême devrait avoir honte. En vertu de la Constitution, tout ce qu’ils ont fait aurait dû être approuvé par les législatures. Donald Trump
Les Américains ont eu un mérite dès l’été 2020, ils ont dit : « On met le paquet et on y va. » Et donc ils ont plus. Ils ont eu plus d’ambition que nous. Et le quoi qu’il en coûte qu’on a appliqué pour les mesures d’accompagnement, eux l’ont appliqué pour les vaccins et la recherche. Nous, on n’a pas été assez vite, assez fort là-dessus. C’est tout à fait vrai et on a pensé que le vaccin mettrait du temps à décoller. (…) Et donc on a sans doute moins rêvé aux étoiles que certains autres. Et je pense que ça doit être une leçon pour nous-mêmes. On a eu tort de manquer d’ambition, j’allais dire de folie, de dire : « C’est possible et on y va. » On est trop rationnel peut-être. Emmanuel Macron
Écoutez, vous avez un ancien président Trump, qui est raciste, sexiste, homophobe, xénophobe, menteur pathologique, autoritaire, quelqu’un qui ne croit pas à l’état de droit. Il est vraiment dangereux. Mais si vous me demandez si je me sens particulièrement à l’aise que le président, à ce moment-là, des États-Unis, ne puisse exprimer son point de vue sur Twitter ? Je ne me sens pas à l’aise à ce sujet. Maintenant, je n’ai pas la réponse. Vous voulez que les discours de haine et les théories du complot circulent dans tout le pays ? Non. Vous voulez qu’Internet soit utilisé à des fins autoritaires et insurrectionnelles, si vous voulez? Non, bien sûr. Alors, comment trouver le bon équilibre ? Je ne sais pas, mais c’est une question à laquelle nous devons réfléchir.  Parce que s’il y a quelqu’un qu pense qu’hier, c’est Donald Trump qui a été interdit, demain, ça pourrait être quelqu’un d’autre qui a un point de vue très différent et je n’aime donc pas donner autant de pouvoir à une poignée de personnes de la high tech, mais le diable est évidemment dans les détails et c’est quelque chose sur laquelle nous allons devoir réfléchir longuement, et c’est ainsi que vous préservez les droits du premier amendement sans faire basculer ce pays dans une mentalité de mensonge et les théories du complot. Bernie Sanders
Les Américains méritent la vérité sur ce qui se passe à la frontière et ils méritent également une évaluation lucide de l’administration Biden sur la façon dont ils vont gérer cela à l’avenir. Mais les événements d’aujourd’hui ont confirmé que l’équipe Biden ne nous dira jamais la vérité sur la frontière et que le flux humain massif entrant dans notre pays ne s’arrêtera pas tant que les Républicains n’auront pas battu les Démocrates à plate couture en 2022. Juste parce que le pauvre Joe Biden perd le fil de ses pensées, ne pensez pas une seconde que les gens qui tirent ses ficelles ne savent pas ce qu’ils font, ils le savent. Ils ont l’intention d’inonder ce pays d’autant de travailleurs à bas salaires et de futurs électeurs démocrates qu’ils le peuvent, et aussi vite que possible. Les Démocrates, tout comme les cartels, exploitent les migrants pour l’argent et le pouvoir. Quant au reste d’entre nous, nous sommes simplement censés nous réjouir du fait que notre pays soit complètement déstabilisé. Laura Ingraham
The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles. Politico
It’s early, but not too early to give Politico the scoop-of-the-year award for this: “The president so far has surprised some of his former colleagues and allies with a largely gaffe-free White House debut after a lifetime of verbal stumbles.” The hoops you have to jump through — and with your eyes closed! — to reach a sweeping conclusion like that is what makes it award-winning. First, you must, at least temporarily, steel your mind to reject any contrary facts, including that President Biden has not held a press conference, meaning the chance for gaffes and inanities is basically zero because he always gets to read from a TelePrompter. You also have to overlook the fact that he is only slightly more willing to agree to interview requests, which also reduces his chances to screw up. Finally, you have to pretend that he didn’t commit the many gaffes he committed when he did venture to talk with the media. Other than that, good job. That’s how you win the big prizes in Washington. Only later, in an on-the-other-hand sequence, do the Politico writers admit the contradictions that obliterate their opening. The most notable is that they point out that after Biden’s lone interview since taking office, with CBS, the White House “had to clarify his comments on whether Trump would receive intelligence briefings, the fate of the $15 minimum wage, and what Iran needed to do in negotiations surrounding the country’s nuclear program.” No wonder he’s hiding — three major “clarifications” after one interview is a good reason not to do another. But hey, no gaffes, no worries. The story is in some ways typical of the big picture that shows, now that Donald Trump is gone, the media are free to return to trivial pursuits to protect their chosen president. For four years, we were assured that journalism was about saving American democracy. Now journalism is about … nothing. That might be reasonable if there were nothing to cover. But the willful blindness illustrates how most of the Washington press corps has put aside the brass knuckles it used on Trump and taken out the pom-poms to cheerlead for another Democrat in the White House. If they were serious about covering Biden seriously, the media would examine the elephant in the room instead of just mentioning it. Why exactly isn’t the president of the United States available for questions? After all, he just signed one of the largest stimulus bills in history, a $1.9 trillion monster that throws money around like a tooth fairy on a drunken binge. It did not get a single GOP vote in either house despite Biden’s claims he wants bipartisanship. (…) Ten Republican senators got the brushoff when they offered to work with him, and then were insulted by the White House. Does he regret that? (…) The stimulus supporters are making wild claims for what it will achieve, saying it will reduce poverty by a third this year and ultimately cut child poverty in half. Can Biden explain and defend those claims, which seem preposterous on their face? Then there’s the border crisis, which is causing Biden’s team to do mental gymnastics to avoid admitting it’s a crisis. Trump had faced similar problems, but a series of measures, including agreements with Mexico and other nations, finally helped stem the tide of caravans. Biden intentionally broke those agreements and effectively invited all of Central America to come on in. A fair and functioning media would demand to hear the president himself discuss the disaster he created, which has put thousands of unaccompanied children in overcrowded custody facilities. Naturally, the press doesn’t bewail the lockdowns as “kids in cages” as they did with Trump. How about the Mideast — what are Biden’s plans? He wants a new deal with Iran and as a sweetener, removed the terrorist designation Trump slapped on the Houthis, an Iranian proxy group attacking Saudi Arabia from Yemen. The Houthis responded with even more sophisticated missile attacks on Saudi oil installations. And who knows what happened to the Hunter Biden story? This is, after all, the president’s son and the FBI has admitted he is a subject in an ongoing criminal tax case, and maybe more. [or] whether there is any reason to be concerned about Biden’s mental acuity. The fact that he’s been largely invisible tells me there is. To deny that is to glibly assume that everything is fine with a 78-year-old man who is obviously not as sharp as he was just a few years ago and who is being hidden from the public in ways that are unprecedented, especially at the start of a new administration. With its timid acquiescence, the media has participated by treating the president’s absence as no big deal. It is a big deal. A very big deal. Michael Goodwin
Three big things stood out in President Biden’s first press conference. 1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false. 2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable. 3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble. For this sickening spectacle we had to wait 64 days? Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth. This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay. Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border. He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods. Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that. There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding. Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up. The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it. (…) The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico. It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.” He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years. Again, Biden was not challenged. The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working. If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over. So add transparency to the list of things that don’t matter anymore. Michael Goodwin
HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas.  Il contient tellement de mauvaises idées qu’aucune publication ne dispose d’un espace satisfaisant pour les couvrir toutes. Le projet de loi d’accompagnement du Sénat, S.1, pourrait être encore pire. Ces projets de loi réorganisent les relations entre les États et le gouvernement fédéral. La Constitution suppose que les États réglementent leurs propres élections, mais la Constitution ajoute un gros «mais» dans ce qu’on appelle la clause électorale. La Constitution dit, « mais le Congrès peut à tout moment par la loi établir ou modifier de tels règlements. » Pendant plus de 200 ans, le Congrès a rarement utilisé ce pouvoir. Après tout, le pouvoir a été mis dans la Constitution uniquement pour empêcher les États d’étouffer le gouvernement fédéral en ne tenant jamais d’élections fédérales. Ne présumez pas que les projets de loi vont s’enliser toutes seules au cours du processus. On les a nommés H.R.1 et S.1 pour une raison. Les projets de loi sont la priorité absolue des Démocrates nouvellement habilités au Congrès. Insatisfait de l’efficacité du dernier mandat fédéral – la loi sur les électeurs automobiles de 1993 – H.R.1 fait fi de l’idée qu’un Américain devrait explicitement s’inscrire pour voter. En 2020, des États tels que le Nevada et le New Jersey ont envoyé des bulletins de vote par courrier à toute personne inscrite sur leurs listes d’inscription malgré des listes électorales pleines d’erreurs. La Public Interest Legal Foundation a documenté des milliers d’inscriptions non éligibles dans le seul Nevada qui ont reçu des bulletins de vote par correspondance. Certains ont été envoyés dans des terrains vagues, des mines abandonnées, des casinos et même des magasins d’alcools. Les États seraient également bloqués par H.R.1 des procédures de vérification de signature. H.R.1 truque le système pour toute action en justice contestant la constitutionnalité de la loi. Toutes les poursuites ne pourraient être déposées que devant un seul tribunal – le tribunal fédéral du district de Columbia. Et toute opposition devraiit être regroupée en un seul mémoire, un seul avocat étant en mesure d’en faire valoir le bien-fondé. Il accorde également une intervention automatique à tout législateur qui souhaite se joindre à la lutte contre la seule opposition. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes sur les listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes s’empileraient. (…) L’enregistrement automatique universel des électeurs est, depuis des années, une priorité absolue de la gauche institutionnelle. En fait, H.R.1 supprimerait l’inscription réelle des électeurs et ferait plutôt des listes électorales simplement une copie de toute personne déjà inscrite sur une liste gouvernementale – comme les bénéficiaires de l’aide sociale et d’autres bénéficiaires des services sociaux. Les projets de loi s’étendraient bien au-delà des entités fédérales telles que l’Administration de la sécurité sociale, le ministère de la Défense, des douanes et de l’immigration et des éléments de la santé et des services sociaux. Naturellement, une base de données fédérale géante servirait de foyer à cette liste de personnes qui devraient être automatiquement inscrites pour voter, qu’elles le sachent ou non. Imaginez le nombre de bases de données gouvernementales dans lesquelles vos informations sont contenues. Vos noms et adresses correspondent-ils tous? La sécurité sociale sait-elle que vous avez quitté votre état de naissance? Vos noms de mariée et de jeune fille sont-ils différents? Avez-vous obtenu un permis de conduire avant d’obtenir la citoyenneté américaine? Vous pouvez voir les pièges. Une personne serait «inscrite» pour voter plusieurs fois, avec une légère variation dans les noms, et peut-être une plus grande variation dans les adresses de résidence. Faciliter l’inscription électorale grâce à l’inscription automatique à partir de listes gouvernementales peut sembler attrayant, jusqu’à ce que vous envisagiez le désastre du vote automatique universel comme nous l’avons vu en 2020. HR1 et S.1 obligeraient les États à systémtiser les bulletins de vote dans le courrier. Cela créerait du mou dans le système électoral. Les élections décentralisées par courrier introduisent une erreur en raison de listes remplies d’erreurs. Les bulletins de vote par la poste retardent les résultats, créent de l’incertitude et repoussent les élections dans les cuisines et les chambres à coucher où les responsables électoraux ne peuvent observer le processus de vote et ne peuvent protéger l’électeur de la coercition. H.R.1 prend les pires changements de règles d’urgence absolus de 2020 et les consacre en tant que loi fédérale. Finies les exigences relatives aux témoins d’État et aux notaires lors du processus de demande de vote par correspondance. Les États ne peuvent pas non plus édicter d’exigences d’identification de «quelque forme que ce soit» pour ceux qui demandent un bulletin. Cela signifie qu’il n’y a plus d’identification des électeurs en vertu de la loi fédérale. Pire encore, le projet de loi de 791 pages criminalise également (…) quiconque utilise les lois de contestation des États pour remettre en question l’éligibilité des inscrits. La peine peut aller jusqu’à un an de prison par exemple. Il interdit aux États de procéder à la mise à jour des listes électorales. Cela signifie que le bois mort et les enregistrements obsolètes vont s’empiler. (…) Et au cas où il n’était pas clair que HR1 prétendait démanteler le pouvoir de chaque État de tenir ses propres élections, le projet de loi indique clairement: (…) les lois de l’État qui ont le pouvoir constitutionnel de déterminer l’éligibilité au vote de ses résidents, seront soumis à une norme uniforme fédérale. Ce n’est pas tout. Dans tout le pays, les États devront accepter les bulletins de vote par correspondance plus de 10 jours après le jour du scrutin. Les États seront autorisés à ajouter du temps supplémentaire. Plus de jour d’élection. Ce sera la saison des élections, avec un mois de vote anticipé et des semaines de bulletins de vote arrivant et dépouillés. Et bien sûr, la collecte illimitée des bulletins de vote – l’aide d’un tiers pour remplir et rassembler les bulletins de vote, puis les déposer dans un bureau de vote ou un autre bureau désigné – est garantie. La désinformation, les manifestations, les émeutes et même la violence ont tous été des symptômes du traumatisme de 2020. Les groupes d’activistes et les responsables complices en 2020 ont transformé les tribunaux en armes pour transformer les lois de l’État en procédures électorales favorables à un parti en particulier. H.R.1 finirait le travail et fédéraliserait les politiques et les procédures électorales qui ont fait de 2020 un tel gâchis. (…) Il y a un mandat fédéral, adopté au 19e siècle, pour avoir un seul jour d’élection. Les bureaucrates de Washington chargés de faire appliquer cette loi ignorent cette loi. Les mandats fédéraux sont un cliquet politique à sens unique. Ils aident toujours un seul parti politique. La nation a déjà vu cette ligne de pensée. Comme Obamacare avant lui, H.R.1 fait passer notre République fédéraliste à un autre nouveau meilleur des systèmes qui prétend corriger des générations de torts structurels, tout en renforçant en même temps d’autres torts. Unifier les expériences américaines telles que se rassembler pour voter lors d’un seul jour d’élection, régi par des règles adoptées par les législateurs des États, eh bien, aux auteurs de H.R.1, c’est tout simplement démodé. J. Christian Adams
Joe Biden (…) descendant de migrants irlandais catholiques [et Kamala Harris] fille d’un père jamaïcain et d’une mère indienne (…) ont incarné le camp des minorités américaines, marquant une rupture nette avec le mandat de Donald Trump, accusé par certains démocrates d’être le président des suprémacistes blancs. Le plan a fonctionné, Joe Biden et Kamala Harris ont été élus à la Maison-Blanche. Les Noirs américains ont voté pour eux à près de 90 %, les latinos à plus de 65 % et les Asiatiques à 63 %. Ils ont su s’en souvenir au moment de nommer leurs conseillers et les membres du gouvernement. Le Sénat, qui doit confirmer un à un les membres de la future équipe du président, n’aura jamais vu passer autant de candidats issus de minorités. Une ministre de l’Intérieur amérindienne, un ministre de la Défense noir, un patron de la Sécurité intérieure d’origine cubaine, un ministre des Transports homosexuel, une sous-secrétaire à la Santé transgenre… Chaque minorité à son représentant dans cette administration arc-en-ciel, symbole du creuset américain, de sa diversité et de sa richesse. Mais à vouloir servir tout le monde, on en oublie forcément quelques-uns. À tort ou à raison, les AAPI se sentent lésés. Derrière ce sigle sont regroupés les Américains ayant des origines asiatiques ou venant des îles du Pacifique (Asian Americans/Pacific Islanders). (…) Victimes de préjugés raciaux, les Asio-Américains estiment qu’ils sont mal représentés dans les sphères du pouvoir, en particulier dans le gouvernement Biden. C’est la sénatrice de l’Illinois Tammy Duckworth, d’origine thaïlandaise, qui porte leur combat à Washington, bientôt rejointe par sa collègue de Hawaï, Mazie Hirono. Elles ont signifié à l’establishment démocrate leur refus de voter en faveur de tout nouveau prétendant qui ne serait pas asiatique. De quoi bloquer le processus de nomination au Sénat, puisque la chambre haute du Congrès est plus divisée que jamais depuis les élections de novembre 2020. Elle compte 50 élus démocrates et 50 républicains. Le camp Biden a besoin de faire le plein à chaque fois qu’il veut faire passer une loi ou qu’il souhaite faire valider la nomination d’un officiel. Quand la Maison-Blanche fait valoir aux deux sénatrices que la vice-présidente Kamala Harris est d’origine indienne par sa mère, leur réponse est cinglante. « C’est insultant ! Diraient-ils aux Afro-Américains que Kamala Harris est noire et qu’il n’y a pas besoin d’autres Afro-Américains au sein de l’administration ? » Elles tiennent bon et leur chantage va fonctionner. (…) Sur les 23 membres désignés du cabinet Biden – tous ne sont pas encore confirmés – un seul est d’origine asiatique à ce jour : Katherine Tai, représentante au Commerce, qui a grandi à Taïwan et dont les deux parents sont chinois. Un sur 23, soit environ 4,5 % du cabinet, un nombre assez proche des 5,5 % que les Asiatiques pèsent au sein de la population américaine. Insuffisant pour les leaders d’AAPI. Mais en nommant un nouveau membre d’origine asiatique, le président américain fera passer cette proportion à 18 %… Quelle autre minorité montera alors au créneau en s’estimant sous-représentée ? S’ils permettent de conforter chaque groupe, ces arrangements font peser un soupçon sur l’équipe Biden. Serait-elle davantage un casting politiquement correct qu’une équipe recrutée pour ses compétences ? Ironie de l’histoire, les Asio-Américains comptaient encore récemment sur une porte-drapeau dans l’équipe Biden. Neera Tanden, née de parents indiens, avait été désignée pour occuper la fonction importante de ministre du Budget. Mais d’anciens tweets polémiques retrouvés par la presse ont eu raison de sa candidature. Preuve qu’outre les origines ethniques, les opinions politiques comptent encore en Amérique. Julien Peyron
20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste. L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président. Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux. Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral. Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique. L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump. Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels. La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé. Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent: « Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme intérieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela.  » Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la république ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d’inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge ». L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ». Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ». Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « . Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ». Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine. Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible. Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement. Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole. Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés. Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé. Sans surprise, Trump a été acquitté. L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits. (…) Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre. Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. » « Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. » Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  » Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell: « Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. » Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. (…) Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « . Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « . Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie. (…) Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane », et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ». Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État. Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ». Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue. Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer. Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles. Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation ». Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « . Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes. (…) Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française »: Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction », et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir. (…) Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif. Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés. 74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ». La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple », a été adoptée par la Chambre le 5 mars. (…) Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. (…)  Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre. Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite.  (…) L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays. Guy Millière
Notre région, ils veulent la mettre en rang, en uniforme, un serre-tête sur les cheveux. Que reste-t-il de leurs valeurs lorsque, sans cesse, sans cesse, ils font cette insupportable danse du ventre aux électeurs du FN à grands coups de ‘race blanche? Cette droite n’a plus grand chose de républicain. Claude Bartolone (candidat PS aux régionales d’Ile de France, 2015)
Cette charte, pourquoi on a fait cette charte ? Parce qu’elle est engageante. L’idée, ce n’est pas de mettre sa signature, c’est de dire comment on s’engage pour l’égalité femme-homme, pour la lutte contre l’homophobie. Est-ce que ça veut dire que dans les prêches, on considérera que deux hommes ont le droit de s’aimer, de se marier, que deux femmes ont le droit de s’aimer, de se marier, comme le disent les lois de la République française? C’est cela que dit cette Charte. Marlène Schiappa
Il y a une explosion des actes antisémites, mais aussi homophobes. Ce sont deux catégories de la population soupçonnées d’être riches. (…) Il y a une alliance entre les gens d’extrême droite et les islamistes, qui s’unissent de fait dans ce combat. Il y a des slogans de La Manif pour tous qui sont lancés dans les banlieues. (…) Les slogans et l’agressivité de la “manif pour tous” ont nourri la recrudescence de violences homophobes : + 64 % l’année dernière. L’homophobie se nourrit des messages de haine proférés par La Manif pour tous. Marlène Schiappa
Il y a tout un pan de cette loi qui vise à protéger la liberté de conscience et lutter contre les dérives sectaires. Par exemple, les certificats de virginité, il y a de plus en plus de famille qui sont influencées par les courants évangélistes venant des Etats-Unis, qui demandent, comme aux Etats-Unis, des certificats de virginité. Marlène Schiappa (France 3)
Nous avons rappelé le principe d’égalité entre tous les êtres humains (…) et nous avons clairement dit que cela impliquait le refus de toute discrimination liée à l’homosexualité. Cette charte est notre affaire et je dénie à un ministre la capacité de dicter les prêches des imams. Que resterait-il de la liberté de religion ? Que resterait-il de la laïcité ? Et puis, il y a une grande différence entre refuser toute discrimination notamment pour un motif d’orientation sexuelle et adhérer au mariage homosexuel. Comme les autres religions monothéistes, l’islam ne reconnaît le mariage qu’entre les personnes de sexe différent. Aucune autorité publique ou politique ne peut dicter une doctrine religieuse. Chems-eddine Hafiz (recteur de la mosquée de Paris)
Le chemin est long en tant que femme noire, le chemin est long en tant que femme grosse, en tant que femme oubliée de la société, oubliée de la culture. Le chemin est long et sinueux, mais on va y arriver. Ça mettra dix ans, ça mettra quinze ans, on ne veut pas nous laisser prendre l’ascenseur, il n’y a pas de souci, on est endurant, on va prendre les escaliers. C’était important de faire cette victoire avec vous, d’être avec des personnes qui me ressemblent, qui sont comme moi, qui m’entendent et qui me comprennent, qui comprennent ma colère. Ma colère qui est légitime, notre colère est légitime, et j’aimerais que ce soir toute la France l’entende. Yseult Onguinet
Nous, les personnes faisant partie des minorités, des personnes racisées, on est dans un délire de devoir quelque chose à la France, mais qu’est-ce que l’on doit en fait ? On leur a pris la dignité, le respect, l’empathie. On est des êtres humains, on a un cœur, je suis une citoyenne à part entière.  Ca me casse les couilles de devoir en permanence être redevable, d’être moi-même dans l’empathie de personnes non-racisées alors que ça devrait être le contraire. Qu’on arrête de nous  chier dessus. Yseult
Au moment de recevoir sa récompense de révélation féminine de l’année samedi 13 février, lors de la 36ème cérémonie des Victoires de la musique, la chanteuse Yseult se lance, sans surprise, dans un discours engagé. La jeune artiste se vit en effet comme l’un des porte-étendard de la lutte contre les discriminations. (…) Épaulée par ses « sœurs » Adèle Haenel, Assa Traoré et Aïssa Maïga, la chanteuse reprend à son compte le vocabulaire et les notions utilisés par le mouvement intersectionnel. Yseult est « woke », éveillée aux enjeux d’une société qui opprimerait systématiquement ses minorités. Si on pardonnera volontiers cette candeur à une chanteuse dont le débat d’idées n’est pas le métier, la sortie d’Yseult aux Victoires de la musique, même pour un spectateur n’ignorant rien de la réalité des phénomènes racistes, sexistes et discriminants, mérite tout de même qu’on s’y attarde. Notamment compte tenu de ses états de service : ancienne finaliste de la Nouvelle Star signée chez Universal, fondatrice de son propre label après le four de son premier album, compositrice pour Jenifer et Chimène Badi, première partie d’Angèle et, finalement, lauréate à 26 ans d’une première Victoire de la musique. On a vu pire chemin de croix. Si bien que, sans minimiser les difficultés qu’elle a pu rencontrer, il n’est pas interdit de demander d’où parle la camarade Yseult. Ni de souligner que son militantisme dans l’ère du temps, communautaire et fondé sur la sacro-sainte subjectivité, tolère des angles morts assez fâcheux eu égard aux principes de la « déconstruction ». Force est de constater qu’il existe une disjonction entre le discours victimaire qui jalonne la carrière d’Yseult d’une part, et son succès au sein de l’industrie musicale d’autre part. Industrie à ce point oppressive et raciste qu’elle a nommé – peut-être pour se donner bonne conscience – trois femmes noires aux Victoires de la musique : Aya Nakamura, Lous and the Yakuza et Yseult. On nous rétorquera que Nakamura et Lous sont les exceptions, qu’Yseult a raison de s’engager en faveur de ceux que le racisme et le sexisme priveraient de carrière. Certes, mais à l’heure où le récit de soi et la mise en scène de sa singularité sont devenus des dimensions incontournables de la communication d’un artiste, c’est bien de sa personne dont parle constamment Yseult. Dès 2015, cette dernière imputait sa défaite en finale du télé-crochet Nouvelle Star à la société, plutôt qu’au talent de son adversaire ou à ses propres défauts : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement », expliquait-elle. (…) Mais est-ce encore la société qui impose ce regard sur elle-même à Yseult, ou est-ce Yseult qui se présente au monde à travers ce prisme ? (…) Que la chanteuse ait souffert du regard des autres, comme tant et tant d’adolescents, est une première chose. Qu’Yseult ait subi le racisme, la grossophobie et le sexisme, c’en est une deuxième. C’est à elle de le dire, de la manière la plus circonstanciée possible, étant donnée la gravité des faits. Il y a toutefois une troisième dimension dans ses propos, directement déduite des deux précédentes : l’idée, pourtant démentie par l’expérience, selon laquelle « on ne v[oudrait] pas nous laisser prendre l’ascenseur » – comprendre : parce que « nous » sommes femmes, noires ou grosses. C’est ainsi que le décalage entre le parcours d’Yseult et le discours « woke » qu’elle porte maladroitement se révèle cruellement : alors qu’il n’y a de vérité que celle du « je » aux yeux de certains militants, la jeune femme, bien qu’elle se décrive en « oubliée de la culture », n’a pas vraiment de quoi se plaindre personnellement en terme d’intégration sociale. (…) « Je pense qu’il faut aussi reconnaître ses privilèges, et au-delà de ses privilèges, faut aussi aider ceux qui n’ont pas les mêmes privilèges », concluait Yseult, reprenant à son compte une notion selon laquelle ceux qui bénéficient d’une situation normale dans un Etat de droit – ne pas subir de discrimination en raison de son sexe ou de sa couleur de peau – jouiraient d’un avantage indu. On pourrait toutefois inviter la chanteuse à faire son propre examen de conscience, en la renvoyant au point aveugle de l’immense majorité de ses prises de parole publique : les inégalités économiques. Eh oui, revoilà la lutte des classes. Et Yseult se classe indéniablement du côté des dominés. Fille d’un cadre supérieur chez Land Rover, Yseult a passé sa scolarité dans le privé, à Agen. « Matériellement, je n’ai pas à me plaindre, mon père gagnait beaucoup d’argent. On changeait de voiture tous les deux jours, on me conduisait à la maternelle en Mercedes. Ma mère s’achetait des sacs griffés », racontait-elle en 2015 dans un entretien au magazine suisse Femina. Une enfance plus que confortable, marqué par des voyages en Jamaïque, aux Etats-Unis, en Indonésie, ou encore à Cuba. Louis Nadau
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, écrivait Corneille. Pourtant, Yseult aura étrangement patienté sept longues années, depuis sa participation au télécrochet Nouvelle Star avant d’être opportunément (re)découverte par l’industrie musicale qui vient de la sacrer « révélation féminine » aux victoires de la musique. Pour enfin percer dans le monde de la musique, Yseult a fait de la victimisation son cheval de bataille. Éternelle victime, Yseult est le parfait exemple de ceux qui se vautrent dans la complainte victimaire permanente dans laquelle l’autre est la source exclusive de tous leurs problèmes. Finaliste malheureuse de la Nouvelle Star 2014, Yseult se plaignait (déjà) de l’impossibilité de s’épanouir face à un public qui ne l’acceptait pas. Quand un artiste ne reçoit pas les hommages d’un public, il dispose de deux options : chercher son public ailleurs ou se remettre en question. Mais Yseult a choisi, comme tant d’autres, la carte racialiste et victimaire pour expliquer sa défaite en finale : « On n’accepte pas encore les différences des gens. Malheureusement, je suis noire, malheureusement, je suis très forte corporellement ». Ce qu’elle présentait comme un regret et un handicap en 2014 devient soudain une force et une fierté en 2021. Yseult avait trouvé son crédo : la chanson servirait d’alibi à son militantisme, et son militantisme servirait de faire-valoir à ses chansons. Pourtant, elle avait déjà tout faux. Etre une femme noire n’a jamais empêché le talent de Whitney Houston d’être reconnu, ni Dee Dee Bridgewater, Billie Holiday ou Nina Simone de briller en pleine ségrégation raciale aux Etats-Unis. Etre une femme noire et obèse n’a jamais interdit à Ella Fitzgerald, Ruby Wilson ou Ruth Brown, la Queen du R&B, d’être aimé par un large public. Valeurs actuelles
Si c’est un groupe de travail consacré aux discriminations dont sont l’objet les personnes noires ou métisses (…) Moi, je ne dis pas qu’il faille que ça soit interdit. Mais si il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, etc, etc, j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le ou la jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectatrice ou spectateur silencieux. Audrey Pulvar (adjointe à la mairie de Paris, candidate aux élections régionales d’Ile de France)
Une tuerie s’est déroulée mi-mars 2021 dans un supermarché à Boulder dans le Colorado (États-unis),10 personnes ont trouvé la mort dans cette tragédie. Les médias de grand chemin se jettent-ils sur l’occasion pour informer en fonction des faits ? Ou pour les déformer ? Sur les premières images, le tueur interpellé est blanc. Le massacre de 10 civils se transforme instantanément en un procès de l’homme blanc armé d’un fusil AR-15. Plusieurs personnalités politiques s’en donnent à cœur joie pour faire de la récupération. Et puis… Dans un premier temps, le meurtrier est blessé à la jambe puis interpellé par la police qui l’emmène. Toutes les caméras ne retiennent alors plus qu’une seule chose : le tueur est blanc. C’est l’information principale que décident de relayer plusieurs grands médias tels que RTL, 20 Minutes ou le Huffington Post et d’autres encore. Dès lors, Twitter va se déchaîner. Avalanche de tweets haineux pour dénoncer la violence de l’homme blanc. Meena Harris, la nièce de Kamala Harris (vice-présidente des États-Unis) tweetait « Violent white men are the greatest terrorist threat to our country » (les hommes blancs violents sont la plus grande menace terroriste pour notre pays). Elle a par la suite rapidement supprimé son tweet. Un journaliste de l’AFP du service « vérification des faits » avait également tweeté « He was only apprehended and not chocked or shot to death because he was not brown, black or muslim” (il a été appréhendé et non tué parce qu’il n’était pas brun, noir ou musulman). Beaucoup d’autres tweets ont relayé que le tueur était un homme blanc et que s’il n’a pas été immédiatement abattu par la police c’était en vertu de sa couleur de peau. Quelques jours plus tôt, en Géorgie, avait eu lieu une autre tuerie où un meurtrier blanc avait pris pour cible des femmes asiatiques dans leur salon de massage. Toute la presse avait crié au racisme mais le coupable, manifestement dérangé, déclarait qu’il souffrait « d’addiction sexuelle » et qu’il voyait ces salons de massage comme une tentation à éliminer. Certains médias surfent sur cette vague pour relancer la machine avec ce nouvel évènement macabre. Problème : le tueur est en réalité un Syrien musulman âgé de 21ans, anti-Trump, Ahmad Al Aliwi Alissa. L’information est tombée comme un coup de tonnerre et a forcé quelques personnalités à réagir par rapport à ce qu’elles avaient d’abord dénoncé. À titre d’exemple, la militante et écrivain américaine (Amy Siskind — sur Twitter) qui avait participé à la première vague de désinformation a déclaré, en apprenant le nom et la religion du tueur, qu’il ne fallait pas répandre cette nouvelle, ne pas lui faire de publicité. La publicité n’est en effet autorisée que si elle va dans le bon sens. Beaucoup d’autres ont simplement arrêté de tweeter à ce sujet lorsqu’ils ne se sont pas simplement enfoncés dans le mensonge. (…) Le président des États-Unis, Joe Biden, s’est exprimé en appelant le congrès à agir « maintenant » pour limiter la circulation des armes à feu dans le pays. Biden sait bien qu’il n’a pas de majorité pour changer quoi que ce soit à ce sujet, il est douteux qu’il fasse mieux que ses prédécesseurs, mais il est de bon ton de dénoncer le peuple qui pourrait oser prendre la responsabilité de sa propre défense. In fine, une information passe à la trappe au milieu de ce pugilat médiatique : les dix victimes de cet odieux carnage sont tous des blancs. Observatoire du journalisme
None of them mentioned that he killed two white people as well — a weird thing for a white supremacist to do — and injured a Latino. None pointed out that the connection between the spas was that the killer had visited them. None explained why, if he were associating Asian people with Covid19, he would nonetheless expose himself to the virus by having sex with them, or regard these spas as “safer” than other ways to have quick sex. They didn’t because, in their worldview, they didn’t need to. What you see here is social justice ideology insisting, as Dean Baquet temporarily explained, that intent doesn’t matter. What matters is impact. The individual killer is in some ways irrelevant. His intentions are not material. He is merely a vehicle for the structural oppressive forces critical theorists believe in. And this “story” is what the media elites decided to concentrate on: the thing that, so far as we know, didn’t happen. We don’t know all the nuances of this case. Again, we shouldn’t take a killer’s confession at face value. Or his roommates’ memories. We may yet be surprised by some other factor — including perhaps anti-Asian bias that has so far been missing. (One rumor aired in Korean media, but unconfirmed anywhere else, is that the killer conveniently cried “I want to kill all Asians!” before the murder spree.) But notice how CRT operates. The only evidence it needs it already has. Check out the identity of the victim or victims, check out the identity of the culprit, and it’s all you need to know. If the victims are white, they don’t really count. Everything in America is driven by white supremacist hate of some sort or other. You can jam any fact, any phenomenon, into this rubric in order to explain it. The only complexity the CRT crowd will admit is multiple, “intersectional” forms of oppression: so this case is about misogyny and white supremacy. The one thing they cannot see are unique individual human beings, driven by a vast range of human emotions, committing crimes with distinctive psychological profiles, from a variety of motives, including prejudices, but far, far more complicated than that. There’s a reason for this shift. Treating the individual as unique, granting him or her rights, defending the presumption of innocence, relying on provable, objective evidence: these core liberal principles are precisely what critical theory aims to deconstruct. And the elite media is in the vanguard of this war on liberalism. This isn’t in any way to deny increasing bias against Asian-Americans. It’s real and it’s awful. Asians are targeted by elite leftists, who actively discriminate against them in higher education, and attempt to dismantle the merit-based schools where Asian-American students succeed — precisely and only because too many Asians are attending. And Asian-Americans are also often targeted by envious or opportunistic criminal non-whites in their neighborhoods. The more Asian-Americans succeed, the deeper the envy and hostility that can be directed toward them. The National Crime Victimization Survey notes that “the rate of violent crime committed against Asians increased from 8.2 to 16.2 per 1000 persons age 12 or older from 2015 to 2018.” Hate crimes? “Hate crime incidents against Asian Americans had an annual rate of increase of approximately 12% from 2012 to 2014. Although there was a temporary decrease from 2014 to 2015, anti-Asian bias crimes had increased again from 2015 to 2018.” Asians are different from other groups in this respect. “Comparing with Black and Hispanic victims, Asian Americans have relatively higher chance to be victimized by non-White offenders (25.5% vs. 1.0% for African Americans and 18.9% for Hispanics). … Asian Americans have higher risk to be persecuted by strangers … are less likely to be offended in their residence … and are more likely to be targeted at school/college.” Of those committing violence against Asians, you discover that 24 percent such attacks are committed by whites; 24 percent are committed by fellow Asians; 7 percent by Hispanics; and 27.5 percent by African-Americans. Do the Kendi math, and you can see why Kendi’s “White Supremacist domestic terror” is not that useful a term for describing anti-Asian violence. But what about hate crimes specifically? In general, the group disproportionately most likely to commit hate crimes in the US are African-Americans. At 13 percent of the population, African Americans commit 23.9 percent of hate crimes. But hate specifically against Asian-Americans in the era of Trump and Covid? Solid numbers are not yet available for 2020, which is the year that matters here. There’s data, from 1994 to 2014, that finds little racial skew among those committing anti-Asian hate crimes. Hostility comes from every other community pretty equally. The best data I’ve found for 2020, the salient period for this discussion, are provisional data on complaints and arrests for hate crimes against Asians in New York City, one of two cities which seem to have been most affected. They record 20 such arrests in 2020. Of those 20 offenders, 11 were African-American, two Black-Hispanic, two white, and five white Hispanics. Of the black offenders, a majority were women. The bulk happened last March, and they petered out soon after. If you drill down on some recent incidents in the news in California, and get past the media gloss to the actual mugshots, you also find as many black as white offenders. This doesn’t prove much either, of course. Anti-Asian bias, like all biases, can infect anyone of any race, and the sample size is small and in one place. But it sure complicates the “white supremacy” case that the mainstream media simply assert as fact. And, given the headlines, the other thing missing is a little perspective. Here’s a word cloud of the victims of hate crimes in NYC in 2020. You can see that anti-Asian hate crimes are dwarfed by those against Jews, and many other minorities. And when you hear about a 150 percent rise in one year, it’s worth noting that this means a total of 122 such incidents in a country of 330 million, of which 19 million are Asian. Even if we bring this number up to more than 3,000 incidents from unreported and far less grave cases, including “shunning”, it’s small in an aggregate sense. A 50 percent increase in San Francisco from 2019 – 2020, for example, means the number of actual crimes went from 6 to 9. Is it worse than ever? No. 2020 saw 122 such hate incidents. In 1996, the number was 350. Many incidents go unreported, of course, and hideous comments, slurs and abuse don’t count as hate “crimes” as such. But the theory behind hate crimes law is that these crimes matter more because they terrify so many beyond the actual victim. And so it seems to me that the media’s primary role in cases like these is providing some data and perspective on what’s actually happening, to allay irrational fear. Instead they contribute to the distortion by breathlessly hyping one incident without a single provable link to any go this — and scare the bejeezus out of people unnecessarily. The media is supposed to subject easy, convenient rush-to-judgment narratives to ruthless empirical testing. Now, for purely ideological reasons, they are rushing to promote ready-made narratives, which actually point away from the empirical facts. To run sixteen separate pieces on anti-Asian white supremacist misogynist hate based on one possibly completely unrelated incident is not journalism. It’s fanning irrational fear in the cause of ideological indoctrination. And it appears to be where all elite media is headed. » Andrew Sullivan
La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. (…) Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). (…) Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général (…) Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas… (…) L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous ! Paul Soriano

Mensonges sur l’origine d’un bilan vaccinal lancé en fait par son prédécesseur, mensonges sur l’origine de la crise migratoire actuelle à la frontière mexicaine (plus de 42% d’appréhensions par rapport à 2019) , antisèches, nombre de journalistes – pandémie oblige – limité à 25, liste et photos de journalistes à interroger, nombre de questions limité à 20, refus de répondre aux dernières questions, projets liberticides de supprimer le vote qualifié au Sénat et d’entériner la levée de tous les garde-fous qui apermis …

Au lendemain d’une première et longuement attendue conférence de presse du nouveau président américain …

Qui a vu malgré les antisèches apparentes, les mensonges éhontés et les pénibles bafouillages …

Nos journalistes si pointilleux sur ces quatre dernières années …

Rivaliser de complaisance pour saluer les « premiers pas réussis » …

D’un président qui après le holdup du siècle que l’on sait …

Se voit protégé tant par des médias traditionnels aux ordres et l’implacable censure des plateformes numériques pour ses adversaires …

Que sous prétexte d’une menace terroriste intérieure inventée de toutes pièces

Par une véritable armée de soldats en arme et les barbelés qui vont avec dans une capitale littéralement bunkerisée …

Tandis qu’à l’instar d’un Musulman d’origine syrienne qui abat des clients d’un supermarché

Et contre toutes les statistiques qui montrent la sur-représentation des noirs dans les crimes de haine en général et contre les Asiatiques en particulier …

L’auteur d’une fusillade qui tue non seulement deux blancs et un latino, mais s’avère être un client régulier des spas asiatiques pour un « sexe plus sûr  » est présenté comme un suprémaciste blanc anti-asiatique

Alors qu’à l’instar d’une Administration Biden désormais otage de ses minorités

A la fois, inversant totalement l’ancien rêve du pasteur King, par la couleur de peau…

Mais aussi par les opinions (correctement) politiques …

Nos nouveaux damnés de la terre atteignent, à travers à présent l’ensemble de l’Occident, des sommets dans la geignerie communautaire …

Et dans le vomissement du nouveau bouc émissaire que constitue l‘Homme blanc

Pendant que nos gouvernants prétendent à présent dicter les prêches de nos églises …

Ou réduire au silence les paroles dont la couleur ne leur reviendrait pas …

Comment ne pas voir …

Malgré quelques petis signes d’espoir, notamment du côté desdites minorités …

Dans ce nouveau meilleur des mondes et cette nouvelle post-vérité qui vont apparemment désormais nous tenir lieu de réalité…

L’avènement à la tête même du Monde libre …

Et bientôt de proche en proche à l’ensemble de nos démocraties …

Prophétisé par Chesterton il y a plus d’un siècle …

A l’image de la fameuse bête de notre Pascal national …

Ou de celle, avec ses cornes d’agneau et sa parole de dragon, de l’Apocalypse ….

De ce « monde moderne rempli d’idées chrétiennes devenues folles » ?

« Le mouvement woke, dernière croisade : et si on arrêtait enfin de rendre le monde meilleur ? »
Paul Soriano
Marianne
26/03/2021

« L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… » explique, par la médiologie, Paul Soriano.

La croyance en un monde meilleur motive les luttes et les programmes des partis, révolutions et régimes politiques depuis trois siècles. Au vu du bilan, l’état du monde suggère d’en finir avec l’empire du Bien pour en revenir au seul bien des nations : la vertu civique, tendue vers la paix civile. Une Realpolitik, intégralement « laïque », à l’égard des croyances religieuses avouées ou clandestines (les idéologies).

Au stade actuel du « politiquement correct » à l’américaine, les éveillés du mouvement Woke ne s’en doutent pas, mais leur combat s’inscrit dans ce que les spécialistes appellent augustinisme politique (saint Augustin doit se retourner dans sa tombe) : on observe en effet le même genre de comportement, vertueux et vindicatif, chaque fois que des croyants entreprennent d’instaurer ici-bas, sinon la cité de Dieu augustinienne, tout au moins une cité purifiée du mal radical qui affecte la cité des hommes vouée au démon (l’homme blanc, en l’occurrence). Ce fut le cas au XVIe siècle dans la Genève de Calvin et en Allemagne, pendant la Guerre des paysans, ou un peu plus tard, en Amérique. Entre autres…

Au XVIIIe siècle, c’est dans toute l’Europe que des hommes éclairés se sont mis à croire en un monde meilleur gouverné par la Raison et tendu vers le Progrès, et ont assigné cet objectif au politique ; car ce siècle de la Raison est aussi le siècle de la Morale : comme dans la philosophie de Kant, la raison « pratique » (morale) suit de près la raison pure. Auparavant on entendait plus modestement gouverner par le sens commun, tendu vers le bien commun, raisonnablement plutôt que rationnellement.

Lutte contre le péché l’originel

Ladite croyance a motivé les « luttes » et les « programmes » des partis, révolutions et régimes politiques qui se sont succédé depuis lors en Occident et dans le reste du monde – étant entendu que le « bien » ou le « juste » visé par l’un ou l’autre ne sont pas les mêmes (ceux des démocraties libérales ne sont pas ceux des régimes totalitaires). Exacerbé par la passion et le ressentiment contre le pécheur originel (blanc), et viralisée par les réseaux sociaux, le mouvement Woke serait comme une caricature finale de ce mouvement général : il a le mérite de nous éclairer sur nous-mêmes et sur le bilan de trois siècles de « progrès », deux guerres mondiales, des « crimes contre l’humanité », et des tyrannies comme on n’en avait jamais connu…

Les premiers penseurs de la politique la définissent pour leur part comme une activité destinée à assurer la pérennité de la cité et, à cette fin, la paix civile, face aux divisions qui résultent de la diversité des opinions et des intérêts ; ils ne se préoccupent nullement d’instaurer le règne de la vertu, sinon de la seule vertu civique, requise par ladite paix civile. Cette définition n’est pas amorale, mais elle vise le bien commun plutôt que le Bien (majuscule), et s’inspire du sens commun plutôt que de la Raison (majuscule… L’idée saugrenue de convertir le reste du monde lui est étrangère.

C’est le christianisme qui va tout changer, au risque de subordonner la politique à la morale, le pouvoir temporel au pouvoir spirituel, inventant du même coup la « théocratie », absente de la liste des régimes politiques recensés par Aristote.

Un monde meilleur, « changer la vie », engendrer un « homme nouveau … ces choses-là sont plutôt, en effet, affaire de religion, fût-ce dans un monde moderne qui se croit affranchi de la religion, sécularisé, laïque… alors qu’il est encore tout imprégné d’une religiosité qui motive encore et toujours le projet d’instaurer le Bien, fût-ce par la guerre, la conquête et la violence quand les prêches et le catéchisme ne suffisent pas…

L’Empire du Bien

En d’autres termes, alors que la politique selon les Anciens est « laïque » par définition (et n’a donc pas besoin de mot pour le dire), nos libres penseurs fanatisés (radicalisés ?) vont devoir inventer une « laïcité » sur mesure qui ne guette que les signes extérieurs (la croix, le voile, etc.) et ne voit donc pas mais cette religion intériorisée qui vous possède inconsciemment, en dépit des exorcismes critiques ou psychanalytiques ; d’où les difficultés d’application, notamment dans nos vertueuses républiques.

L’Empire du Bien est en réalité l’Empire WASP (White, Anglo-saxon, Protestant), une espèce de théocratie en Amérique, au terme d’un itinéraire de Jérusalem à Washington via Genève. Et de nos jours, c’est le cœur même de cet Empire qui ressemble à la Genève de Calvin, une Genève globale, devenue folle où les éveillés s’activent sur les campus et les réseaux sociaux… Si bien que les États-Unis désunis expérimentent sur leur propre territoire les déboires rencontrés au Moyen-Orient et ailleurs dans leurs projets d’évangélisation (« démocratisation ») des pays de la région : au lieu de la démocratie libérale espérée sous protectorat du « libérateur », la guerre de tous contre tous !

La bonne nouvelle, peut-être, c’est que la décomposition accélérée du théologico-politique, la fin de la « fin l’histoire » entendue comme conversion définitive du monde aux « valeurs occidentales », pourrait annoncer un retour de la politique à l’ancienne, la politique tout court, dans un monde multipolaire, où la notion même d’Occident n’aurait plus cours, un monde toujours conflictuel mais assurément moins « fanatique ».

Après la funeste mondialisation, l’inter-national sera enfin le genre humain !

Voir aussi:

Ingraham: Biden press conference a continuation of campaign strategy to protect from tough questions

‘Team Biden will never tell us the truth about the border’

Fox News host Laura Ingraham opened her show « The Ingraham Angle » on Thursday reacting to President Biden’s news conference performance and the White House’s efforts to protect him from tough questioning.

INGRAHAM: The White House used the excuse of COVID, of course, to limit the number of reporters in attendance — never mind that they could have held the event outside in the Rose Garden, wouldn’t have had to worry about any of that. And of course Biden’s handlers didn’t dare open the president up to a question from our own Peter Doocy. So this is basically a continuation of Biden’s basement strategy on the campaign trail — limit the off the cuff interactions, keep him on note cards, stay away from numbers unless scripted.  

Ingraham also slammed Biden for his continued lack of transparency on the immigration crisis at the southern border.

INGRAHAM: The American people deserve the truth about what’s happening at the border and they also deserve a clear-eyed assessment from the Biden administration on how they’re going to handle this going forward. But the events of today confirmed that Team Biden will never tell us the truth about the border and that the massive flow of humanity entering our country will not stop until Republicans beat Democrats like a drum in 2022.  

Voir également:

Biden lies, and the media doesn’t question it

Three big things stood out in President Biden’s first press conference.

 

1. The leader of the free world is often lost at sea and says many things that are blatantly false.

2. The media is in the tank and cannot be trusted to hold him accountable.

3. Because of Nos. 1 and 2, America is headed for serious trouble.

For this sickening spectacle we had to wait 64 days?

Still, the event was meaningful in one distressing way. Now we know beyond all doubt there is no way to deny the terrifying truth.

This was Biden’s coming out party, and the nation faces a mess that will only grow worse with time. The man who campaigned on unity is hell-bent on permanent polarization, meaning cancel culture and the supercharged racial climate are here to stay.

Biden gave license to the worst instincts on the left with his repeated sneering references to all Republicans and especially Donald Trump. At one point, he actually accused Trump of letting immigrant children “starve to death on the other side” of the Mexican border.

He said it in a room full of 30 supposed journalists and not a single one challenged him or even asked whether he meant it literally. In fact, not a single one challenged him on any of his falsehoods.

Nor did anyone ask him why he read from prepared talking points during answers to three questions on foreign policy. No recent president has felt the need to do that.

There also were moments when he talked himself into dead ends, yet there were no questions about when he would release the health reports he’s been hiding.

Regarding his agenda, a report that Biden sees himself as the new FDR gives credence to the idea that he’s all in for every big, crazy idea left-wing Dems can cook up.

The Green New Deal, open borders, removing voting safeguards, endless tax hikes, statehood for DC — they’re all on track and bound for glory. The only obstacle is the Senate filibuster, which requires 60 votes to pass legislation, but Biden left no doubt he would be willing to do away with it.

“I want to get things done,” he said.

Each piece of his party’s planned utopia is unprecedentedly radical in its own way, but not nearly radical enough for the media. Their performance was pathetic not just in what questions they asked and didn’t ask, but how they asked them. The dominant theme was that Biden and his team are not moving fast enough to turn America upside down and inside out.

Why don’t you, when will you, why haven’t you? Over and over, the aim was not to ask a question but to speed up an agenda.

Naturally, this was the complete opposite of the way some of the same people behaved during the Trump presidency. Then the questions were outraged expressions that aimed at stopping the administration. Now they are pleas aimed at pushing this one forward faster.

As such, the 10 people Biden called on generally followed the script laid out in the Washington Post and elsewhere. Columnist Margaret Sullivan had warned reporters not to try to “show how tough” they were being on Biden to please “Trump allies.” She even downplayed the border crisis, suggesting it was getting too much attention.

It got the most attention Thursday, but only in ways that reinforced the idea that it is the milk of human compassion to invite Central Americans to make the long trek north. Violence is rampant and coyotes, human traffickers and the cartels are making a mint, but not a peep about that from the president or his media helpers.

Nor was there any hint that perhaps stricter enforcement was compassionate to Americans in border towns and taxpayers everywhere. Instead, the underlying assumption seemed to be that any suffering experienced by migrants once they got to the border was proof of heartlessness and had to be remedied as quickly as possible.

As for the pandemic, apparently it’s no longer a problem. Pictures showing migrants crowded together in cages and reports that many are released despite testing positive for COVID never came up. No sense spoiling the good vibes.

The facts of illegal immigration are fairly simple. Trump campaigned on the issue and after false starts and despite unified Democratic opposition, eventually stitched together a series of policies and actions that stemmed the tide. He built large sections of wall, deported criminal aliens and struck an agreement with Mexico that those making asylum claims would have to wait in Mexico.

It is also a fact that Biden blew up each of those pillars, yet now claims he inherited a mess. Strangely, he also insisted that the numbers surging now “happens every single, solitary year. Nothing has changed.”

He’s either misinformed or lying. Record numbers of arrivals are being reported daily, and NBC recently called the crossings the highest in 20 years.

Again, Biden was not challenged.

The final proof that the press has abdicated its role was clinched when the president refused to say when he would allow more media access to the border detention facilities. He said it would have to wait until his team got its new programs working.

If Trump had said that, the sky would have fallen and democracy would be declared dead. But when Biden says it, the media rolls over.

So add transparency to the list of things that don’t matter anymore.

Voir de même:

Men Looking for Work Drive Surge in Illegal Crossings at the U.S. Border

Most of those apprehended are men in search of jobs, with the pandemic easing in the U.S. and fewer opportunities at home

Juan Montes and Alicia J. Caldwell

The surge in illegal immigration across the southern U.S. border is shaping up to be the biggest in 20 years. Unlike migrant surges in 2019 and 2014, which were predominantly made up of Central American families and unaccompanied children, so far this one is being driven by individual adults.

Most of the migrants are Mexicans, often men in search of work with the pandemic easing and the U.S. economy set to boom. Apprehensions at the southern border totaled 382,000 from the beginning of the fiscal year in October through February, up 42% compared to the same period of 2019—a year that saw the highest number of apprehensions since 2007. In 2020, the influx of migrants plummeted due to the pandemic.

Migrants detained at the Mexican border

Single adults account for 82% of the apprehensions so far this fiscal year, according to U.S. Customs and Border Protection data. Some 60% of all single adults apprehended were Mexicans. Border patrol agents say the majority of single adults they catch are men, entering to look for work such as picking fruits and vegetables, roofing and dishwashing.

The influx of children arriving alone at the border has captured broad attention. While apprehensions of mostly Central American families and unaccompanied minors have grown in the past few months, their numbers overall are still much smaller than those of adults.

The number of families caught trying to cross the border rose to 39,000 during the first five months of this fiscal year, from just over 37,000 during the same period in 2020. During the same period in 2019, more than 136,000 families were arrested at the border.

Some are camping out at the border in hopes that the Biden administration will soon allow them the chance to come into the U.S. legally.

José Antonio Cruz had lived in the U.S. illegally for 18 years before he was deported after being detained for speeding in 2018. He left his hometown in central Mexico last week in hopes of crossing the border in coming weeks and restarting his small construction business in Texas.

“The economy is going to reactivate very quickly in the U.S. They are already reopening, so it is a very good moment to be there,” Mr. Cruz, 41, said by telephone from a Catholic shelter in northern Mexico.

It’s unclear how many people are making it into the U.S. by crossing the border illegally. Estimates compared with how many are apprehended vary widely. A 2017 Homeland Security report estimated that between 55% to 85% of immigrants crossing the border illegally in 2016 were apprehended.

During the past seven days, border officials estimated that about 6,500 people evaded detection while entering the U.S., according to a person familiar with the government’s internal estimates. A week ago, border agents had recently averaged about 5,000 arrests a day, according to internal Homeland Security documents reviewed by The Wall Street Journal.

Migrants and immigration analysts offer several explanations for this year’s surge. The U.S. is hiring after a long and brutal pandemic, while Mexico lost some 2.4 million jobs last year.

Additionally, some migrants say there is a widespread perception that it’s become easier—and more inviting—to enter the U.S. under President Biden than under former President Donald Trump.

“Expectations were created that with the government of President Biden there would be a better treatment of migrants,” Mexican President Andrés Manuel López Obrador said at his daily press conference on Tuesday. “And this has caused Central American migrants, and also from our country, wanting to cross the border thinking that it is easier to do so.”

The Department of Homeland Security said in a statement, “There is no change in policy: the border remains closed. Families and single adults are being expelled under Title 42 and should not attempt to cross illegally.” The department added that some families will be released into the U.S. if Mexico doesn’t accept their return and there is no bed space available at Immigration and Customs Enforcement facilities.

Title 42 refers to a public-health law used by the Trump administration at the beginning of the pandemic to turn nearly all single adults back at the border rather than detaining or formally deporting them. That makes it easier to try to cross again—leading to another factor in the increase.

The Biden administration has curtailed many of the Trump administration’s enforcement policies focused on those already in the U.S. Immigration and Customs Enforcement officers and agents have been told to focus their resources on recent border crossers, serious criminals and those who pose a threat to national security or public safety.

The pandemic and stay-at-home policies throughout the region have created pent-up demand to migrate, said Theresa Cardinal Brown, director of immigration and cross-border policy at the Bipartisan Policy Center, a Washington think tank. She said the factors that cause people to migrate, such as poverty, have only gotten worse during the pandemic.

“The policies at the border have come and gone and changed, but the migrants keep coming,” she said.

Adrián Cahun, who came to the U.S. illegally and worked in San Francisco restaurants as a dishwasher and bartender for six years before returning to his rural hometown of Oxkutzcab in 2008, said he plans to again cross the border as soon as the pandemic ends.

“If there’s a recovery in the U.S., it’s easier to go there and find work,” said Mr. Cahun. He had saved enough money while he was in the U.S. to build a house and open a cafeteria in Oxkutzcab. With few affluent customers there, he said, he closed the cafeteria a few years ago. He currently works filling shelves at a supermarket.

“Many were afraid of Trump and most didn’t want to try to cross the border,” he added. “But now many here are thinking of emigrating to the U.S.”

Last March, as the pandemic took hold, the Trump administration invoked a 1944 public-health law, Title 42, to immediately expel any migrant caught crossing the border back to Mexico without processing them at cramped detention facilities, where Covid could spread.

The change, particularly for single adult males, marked a departure from border policies under former presidents since George W. Bush.

Before the 2000s, most Mexicans caught at the border had been allowed to return home with little consequence, and other migrants were typically allowed into the U.S. with orders to report back to immigration authorities later.

Then the U.S. started formally deporting most migrants caught at the border. In some Border Patrol sectors, adult crossers were charged with a criminal offense and often spent weeks or months in jail before being deported. Any further attempt to cross could result in more jail time in the U.S.

During the Obama administration, migrants from Mexico were often sent to border cities far from where they had been caught, or flown to the interior of Mexico. Migrants from countries other than Mexico were often flown back home.

Under Title 42, nearly all single adult migrants remain at the border after being turned away. Many try to re-enter. The percentage of migrants caught at the border who had already been caught once grew to nearly 40% during the past six months, compared with 7% in 2019.

“That’s the wonderful thing now. You have the opportunity to bat again and again. That’s better for us,” said Lucio Portillo, a 44-year-old Honduran migrant who is now in Mexico planning to cross to the U.S. in search of work.

Sara Abdala, who manages a shelter in Altar, a migrant hub some 70 miles from the Arizona border, said she knew a Honduran migrant who recently tried six times in two weeks until he managed to enter the U.S. without being detected.

“The town has come back to life in recent months after it was almost empty during the pandemic. The business of migration has become hot again,” she said.

Victor Manjarrez, a former chief patrol agent in both El Paso and Tucson, said reports from the border remind him of his days patrolling southern Arizona in the early 2000s, when that sector was the border’s busiest. The majority of illegal border crossers then were single adults from Mexico.

“There isn’t that idea of an impact, of a consequence,” said Mr. Manjarrez, now an associate director at the University of Texas and El Paso’s Center for Law & Human Behavior. “That’s what I would be telling my troops—that consequences work.”

The Biden administration hasn’t announced plans for the fate of Title 42. The American Civil Liberties Union has sued the government, arguing the practice illegally blocks migrants from asking for asylum or other protections in the U.S. Both sides are trying to negotiate a settlement.

The Biden administration had initially followed the Trump administration approach of returning families caught at the border back to Mexico, too. But that changed after Mexico’s government, at the request of Unicef, barred the practice of holding the children and families at Mexican federal detention centers, handing them over instead to a family welfare agency that has far less capacity.

Though some families are still being returned to Mexico, most are being released into the U.S., where federal law prohibits families with children from being held more than about 20 days. Space in family detention centers has been limited because of the pandemic, though Immigration and Customs Enforcement announced this week a new $86.9 million contract for about 1,200 beds.

Acting ICE Director Tae D. Johnson said in a statement that the contract includes money for Covid-19 testing and other health screenings.

Most released migrants are given orders to return to an immigration court at a later date and face possible deportation. But because the flow of families has increased in recent weeks, border agents in the Rio Grande Valley are now releasing some families with children age 6 or younger without a court date, leaving them effectively free to move within the U.S.

Analysts often describe factors that “pull” migrants north—such as a strong U.S. economy or lax U.S. immigration enforcement—and “push” factors that drive them out of their own countries, such as poverty and violence.

Illegal immigration from Mexico to the U.S. peaked in 2001 at an estimated 1.6 million, after years of steady growth, according to Border Patrol statistics. But migration began to slow under a combination of stricter border enforcement, a more stable Mexican economy and demographic changes in Mexico that meant fewer younger males entering the workforce every year.

Now, not only is the U.S. economy expected to grow about 6% to 7% this year, but Mexico’s economy is also in particularly bad shape amid the pandemic. The country’s economy contracted about 8% last year. Mexico’s populist president has implemented the smallest stimulus of any major developing economy.

While the U.S. has vaccinated roughly a third of its population, Mexico has inoculated under 5%, which means the pandemic is likely to last far longer.

Illegal border crossings by adult males are often an indicator of a U.S. economic recovery. Over the past three decades, links between communities in Mexico and the U.S. have strengthened through networks of relatives and acquaintances who have emigrated from rural villages. So when a restaurant in San Francisco is hiring, word gets back quickly to Mexico.

Friends and relatives in the U.S. provide lodging to newcomers and help finance the $10,000 that coyotes currently charge for a trip that is likely to cross the Sonoran Desert, which stretches from Mexico through Arizona and California.

Some who settled in the U.S. decades ago and were deported are also trying to reunite with their families.

That includes Mr. Cruz, who said his wife and American-born 9-year-old daughter are waiting for him in San Antonio. He said he has been in regular contact with a dozen relatives in Texas, some of them undocumented, who have encouraged him to come. Two young cousins have recently been hired at a local restaurant after being unemployed for months, he said. A 55-year-old brother-in-law was vaccinated last week and has restarted his work at a shopping mall in Dallas.

He said migration to the U.S. won’t ever change unless Mexico develops economically.

“Your work doesn’t yield much in Mexico,” he said. “In the U.S. you work hard, but you see the benefits quickly. That’s why I want to return.”

Voir de même:

Une tempête sur la République américaine
Guy Millière
Gatestone institute
26 mars 2021
Traduction du texte original: A Storm Over the American Republic

    • L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits.
    • Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menacé, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.
    • Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculee », « L’art du vol » et « Le rapport Navarro ». Ces analyses ont été décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire.
    • Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.
    • Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.
    • Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.
    • Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes electorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

20 janvier 2021. Joe Biden prête serment et devient 46ème président des États-Unis. La scène est quasiment dépourvue de toute présence humaine. Les rues de Washington DC sont vides. Les habitants de la ville avaient été exhortés à rester chez eux et ceux du reste du pays s’étaient vus demander de ne pas venir. La ville est placée sous la protection de 25.000 membres de la Garde nationale, lourdement armés. De hautes barrières surmontées de barbelés entourent la zone du Capitole. Dans les rues que doit emprunter le défilé inaugural, des barrières séparent les trottoirs de la chaussée. Les seules personnes visibles le long des rues sont des hommes en uniforme portant des fusils. Un jour qui est en général un jour de fête aux États-Unis est, cette année, étrange et triste.

L’explication donnée par les responsables de la ville et le FBI est qu’il y avait un risque de perturbation grave. Des inaugurations précédentes ont connu des risques de perturbation, mais la ville n’avait pas été mise en état de siège. Le 20 janvier 2017, lors de l’inauguration du président Donald J.Trump, des manifestants hostiles étaient venus à Washington DC, et avaient brûlé des voitures et brisé des vitres. La police avait protégé la cérémonie, sans barbelés ni soldats. Des centaines de milliers de personnes avaient pu venir applaudir le nouveau président.

Le 6 janvier, répondant aux appels du président Trump, une foule immense s’était rassemblée à l’emplacement appelé l’Ellipse, près de la Maison Blanche. Ceux venus écouter le discours de Trump l’avaient fait, puis étaient rentrés chez eux.

Pendant que Trump parlait, des milliers de personnes étaient devant le Capitole, à 30 minutes à pied de ceux venus écouter Trump, et un groupe de gens bien organisés a brisé des fenêtres du bâtiment et y est entré. Il n’y a eu aucun saccage, et juste le vol de quelques objets. Une femme non armée a été tuée d’une balle dans la tête par un policier. Deux manifestants sont morts de crises cardiaques. Une personne est tombée au sol et a été piétinée. Un membre de la police du Capitole est décédé le lendemain, apparemment victime d’un accident vasculaire cérébral.

Bien que l’incident ait été grave, il n’a ressemblé en rien aux scènes de pillage, aux incendies criminels et aux violences extrêmes qui ont eu lieu dans de nombreuses grandes villes du pays pendant l’été. La différence a été que ce qui s’est passé a touché de près la classe politique.

L’incident a été unanimement condamné, y compris par Trump.

Ceux qui étaient venus écouter Trump et ceux qui ont perpétré l’incident n’étaient pas les mêmes. Les premiers avaient exercé leurs droits constitutionnels de libre réunion; les seconds avaient commis des actes criminels.

La police aurait pu procéder à des arrestations et la justice aurait pu être rendue. La page aurait été tournée. Ce n’est pas ce qui s’est passé.

Des incursions dans le Capitole ont eu lieu plusieurs fois dans le passé: le 1er mars 1954, des Américains d’origine portoricaine avaient tiré à l’arme à feu au sein du bâtiment, et blessé cinq membres du Congrès; le 1er mars 1971, des membres du mouvement radical Weather Underground y avaient placé une bombe ; le 7 novembre 1983, les membres d’un groupe se faisant appeler « l’unité de résistance armée » avaient également placé une bombe dans le bâtiment; le 6 octobre 2018, des personnes étaient venues protester contre le vote de confirmation du juge à la Cour suprême Brett Kavanaugh. Semblant ignorer tout cela, le 7 janvier, Joe Biden a décrit ce qui s’était passé la veille comme une « attaque » très grave et sans précédent:

« Ce dont nous avons été témoins hier n’était pas un acte de désaccord. Ce n’était pas un acte de désordre. Ce n’était pas un acte de protestation. C’était un acte de chaos. Ceux qui étaient là n’étaient pas des manifestants. Ne les appelez pas manifestants. C’était une émeute. Une insurrection. Un acte de terrorisme interieur. C’est fondamental, c’est aussi simple que cela. « 

Les grands médias américains ont parlé d’une attaque contre la « citadelle de la démocratie » et du signal d’une « volonté de renverser la républiqe ». Les partisans de Trump – dans leur ensemble – ont été décrits comme des personnes dangereuses. La contestation du résultat des élections du 3 novembre par Trump était déjà présentée depuis des semaines comme une tentative d‘inverser le résultat d’une élection parfaitement valide et comme relevant du « grand mensonge« . L’incident a été décrit comme la « transformation des Etats-Unis en une zone de guerre ».

Le 8 janvier, la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, après avoir demandé au Président Trump de quitter « immédiatement et volontairement » ses fonctions avant l’investiture du président élu Biden, a lancé une procédure de destitution à son encontre. Insinuant que Trump était mentalement inapte, elle a annoncé qu’elle avait parlé au chef d’état-major interarmées, le général Mark Milley, « pour discuter des mesures de précaution disponibles permettant d’empêcher un président instable de déclencher des hostilités militaires ou d’accéder aux codes d’utilisation des armes nucléaires ». Sa demande, qui a enfreint la chaîne de commandement, a été décrite comme séditieuse. Le 13 janvier, violant toute procédure régulière, la Chambre des représentants a voté à la hâte un article de destitution accusant le président Trump d ‘ »incitation à l’insurrection ».

Lors de son investiture le 20 janvier, tout en parlant d ‘ »unité », Joe Biden a fait écho aux propos qu’il avait employé le 7 janvier, et a parlé d' »une montée de l’extrémisme politique, de la suprématie blanche, du terrorisme intérieur que nous devons affronter, et que nous vaincrons. « .

Depuis, l’administration Biden mène un combat contre ceux que Joe Biden a désignés comme tels. « Le président Biden », a dit très vite un communiqué de la Maison Blanche, « utilisera le Conseil de sécurité nationale pour traquer et combattre l’extrémisme politique et le terrorisme intérieur ».

Le secrétaire à la Défense, Lloyd Austin, a donné un ordre de pause à l’ensemble de l’armée américaine pour que les officiers s’attaquent à « l’extrémisme » au sein des troupes. « Le suprémacisme blanc », a annoncé John Kirby, principal porte-parole du Pentagone, « pose un problème particulier » à l’armée américaine.

Au Sénat, la procédure de destitution contre Trump s’est poursuivie. Les responsables officiels de la mise en accusation ont décrit les événements du 6 janvier comme une « insurrection armée » qui a menacé la vie de représentants du peuple. Ils ont décrit de prétendus « crimes et délits graves » – sans preuves et témoins, bien sûr – et ont déclaré que c’était là le résultat direct du discours de Trump le 6 janvier, et le résultat aussi de sa contestation du résultat de l’élection – qu’ils ont présentée comme une « incitation à la violence ». Ils ont ainsi laissé de coté le fait que les résultats des élections présidentielles sont contestés depuis des décennies sans que cela semble inadmissible.

Ils ont également affirmé que les événements du 6 janvier avaient fait cinq morts, et n’ont pas dit qu’un seul décès – celui d’Ashli ​​Babbitt, une manifestante abattue par un policier – pouvait être directement lié à l’événement.

Les avocats de Trump n’ont eu aucun mal à réfuter les accusations énoncées. Ils ont rappelé que Trump avait demandé aux gens venus l’écouter le 6 janvier de se rassembler « pacifiquement et patriotiquement » et que le discours qu’il avait prononcé était pleinement protégé par le premier amendement. Ils ont présenté des preuves montrant que ceux qui avaient initié l’irruption dans le Capitole avaient préparé leur action pendant des semaines et avaient agi pendant que Trump parlait encore. Ils ont montré qu’ il n’existait aucune relation de cause à effet entre le discours de Trump du 6 janvier et ce qui s’est passé au Capitole.

Ils ont souligné que la procédure de destitution avait été menée en violation de la Constitution, et que le juge en chef de la Cour suprême, John Roberts, avait refusé de superviser la procédure. Ils ont dit que Trump ayant quitté ses fonctions, il n’était plus au moment de la procédure le président Trump, mais seulement le citoyen Trump, et ils ont demandé si les États-Unis voulaient vraiment commencer à « destituer » leurs citoyens. Ils ont souligné que les éléments de « preuve » présentés étaient une fois de plus (comme dans l’affaire de la « pseudo collusion avec la Russie ») des éléments falsifiés.

Ils ont affirmé que ce qui s’était passé n’était pas une insurrection – action définie comme une action violente et organisée visant à renverser le pouvoir établi, et rappelé qu’aucun de ceux qui ont pénétré dans le Capitole n’était armé.

Sans surprise, Trump a été acquitté.

L’atmosphère aux États-Unis reste toxique. Certains sont porteurs de la volonté d’inciter la population à adhérer à un faux récit selon lequel non seulement Trump est censé être une « menace pour la démocratie », mais les 74 millions d’Américains qui ont voté pour lui sont une menace eux aussi. D’autres disent que la véritable menace pour la démocratie réside dans les mensonges incessants, dans les violations de la Constitution, et dans les falsifications de l’information et des faits (ici, ici et ici).

Les actions contre le prétendu « extrémisme intérieur » et le « terrorisme intérieur » – autrement dit les 74 millions de personnes soutenant Trump – se poursuivent. Et les personnes qualifiées d' »extrémistes » et de « terroristes » font face à des menaces constantes. Les avocats de la défense de Trump ont reçu des menaces. Michael van der Veen, par exemple, a déclaré qu’il avait dû engager des gardes du corps armés et envoyer sa famille dans un lieu inconnu. Sa maison a été vandalisée.

Le droit de contester et de critiquer, qui est partie intégrante de la liberté de parole garantie par le premier amendement, semble sérieusement menacé. Le droit de se défendre contre des accusations semble lui aussi menace, et la profession d’avocat devenir dangereuse à exercer.

Les appels à des purges politiques se poursuivent. L’organisation de gauche MoveOn.org a lancé une campagne contre ce qu’elle appelle le « Caucus de la trahison » et demande que des sénateurs, qu’elle décrit comme « complices de l’insurrection meurtrière lancée par Trump », soient expulsés du Congrès. La présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi – tentant apparemment de créer une équivalence entre le 11 septembre 2001, la pire attaque terroriste subie par les États-Unis et les événements du 6 janvier, et tentant aussi, semble-t-il, d’inciter à supprimer la liberté d’expression – a annoncé que le Congrès allait créer une commission du type de celle créée concernant l’attaque du 11 septembre.

Un membre du Comité national démocrate, David. O. Atkins, a demandé, « comment serait-il possible de déprogrammer 75 millions de personnes? Par où commencer? » et « Nous devons commencer à penser à ce qui a été fait en Allemagne ou au Japon après la guerre. »

« Les suprémacistes blancs », a déclaré le président Biden, « sont la plus grande menace terroriste intérieure aux États-Unis. Le problème est complexe, il est vaste et il est réel. »

Le journaliste Kyle Daly, dans un article intitulé « Comment déprogrammer les extrémistes américains », décrit une mesure qui, à ses yeux, « pourrait faire la différence: empêcher les extrémistes d’entrer dans les institutions où ils pourraient faire le plus de dégâts – l’armée, les services de police et les législatures… Les États-Unis ont besoin d’un plan Marshall contre l’extrémisme intérieur.  »

Le journaliste Kevin Roose, du New York Times, dans un article appelé « Comment l’administration Biden peut contribuer à résoudre la crise dans laquelle nous sommes », a proposé ce qui ressemble à la création du « Ministère de la vérité » décrit dans le 1984 de George Orwell:

« Plusieurs experts avec lesquels j’ai parlé ont recommandé que l’administration Biden mette sur pied un groupe de travail interinstitutions pour lutter contre la désinformation et l’extrémisme intérieur, qui serait dirigé par une sorte de ‘tsar de la réalité ‘. »

Exprimer des doutes sur les élections du 3 novembre est désormais presque impossible. Des rapports très étayés montrent pourtant que celles-ci n’ont pas été impeccables. L’économiste américain Peter Navarro, à titre privé, a rédigé trois analyses minutieuses de ce qui s’est passé: « La tromperie immaculée« , « L’art du vol » et « Le rapport Navarro« . Ces analyses ont décrites comme absurdes, douteuses, et discréditées –de manière sans aucun doute arbitraire (voir ici, ici et ici).

Dans un long article publié par Time Magazine, « L’histoire secrète de la campagne fantôme qui a sauvé l’élection de 2020″, Molly Ball, correspondante politique nationale de la publication, démontre en détail qu’une coterie très bien financée, composée de gens puissants, venus de secteurs et de courants d’idées différents, travaillant ensemble dans les coulisses pour influencer les perceptions, changer les règles et les lois, orienter la couverture médiatique et contrôler le flux d’informations  » a agi, et elle ajoute que l’action de cette coterie « a touché tous les aspects de l’élection « , y compris les lois électorales, et a constitué une coalition juridique qui est parvenue à modifier les lois et les systèmes électoraux « .

Ball, également auteur d’une biographie extrêmement élogieuse de Nancy Pelosi – qu’elle décrit comme une « icône de la résistance » à Trump – a affirmé que le but de la coterie n’était pas de truquer l’élection, mais de la « fortifier « .

Les organisations qui ont ravagé les grandes villes américaines pendant l’été, ajoute-t-elle, ont été utilisées par la coterie: « la gauche contrôlait en réalité les activités de groupes tels Antifa, Black Lives Matter ». Dans un autre article, elle a écrit que ce qui a été fait consistait à « sauver la démocratie » et elle dit, donc, que l’utilisation de moyens non démocratiques pour fausser une élection démocratique « sauve » la démocratie.

Une dérive inquiétante semble éloigner les États-Unis des institutions qui en ont fait une république et de ce que l’on peut attendre d’une démocratie digne de ce nom. Certains analystes décrivent ce qui se passe comme un glissement vers l’autoritarisme. Ils notent que de nombreux Américains, tout en se comportant, eux, d’une manière de plus en plus autoritaire, accusent leurs adversaires de se comporter de manière autoritaire – et blâment donc leurs adversaires pour ce dont ils sont eux-mêmes coupables.

Des opérations ont été menées pour détruire et nier la légitimité de la présidence de Trump et ont été enclenchées avant même qu’il soit élu, ainsi l’opération « Crossfire Hurricane« , et les abus du recours à la loi FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act]. Dix-neuf minutes après son investiture, le Washington Post a publié un article intitulé « La campagne pour destituer le président Trump a commencé ».

Pendant plus de trois ans, Trump a été accusé, sans aucune preuve, sinon un faux « dossier », d’être un agent russe. Les accusations se sont avérées sans fondement, mais pas avant que 32 millions de dollars de l’argent des contribuables américains aient été dépensés pour mener ce que les procureurs savaient depuis le début être une opération frelatée. Les procureurs en question ont agi pour piéger, incriminer et envoyer des innocents en prison. Ce qu’ils ont fait a été une tentative de coup d’État.

Trump a été ensuite accusé de « mettre en danger la sécurité du pays », sur la base d’une conversation téléphonique anodine avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Pour que l’accusation paraisse plausible, l’un de ses accusateurs a dû réinventer la conversation. La première tentative de destitution qui a suivi a été décrite, à juste titre, comme une « parodie de justice » et comme « l’équivalent des procès-spectacle menés sous Staline ».

Tout au long de son mandat, Trump a été confronté à des menaces, des abus de pouvoir et des attaques incessantes. Quand bien même il n’est plus président, la guerre menée contre lui continue.

Une large partie des grands médias américains ont cessé d’être des médias d’information et sont devenus des organes militants anti-Trump. La diffusion de fausses nouvelles a valu au New York Times et au Washington Post de recevoir le prix Pulitzer.

Quand, pendant l’été 2020, des émeutes destructrices ont eu lieu, et que Trump a évoqué le recours à l’armée pour rétablir l’ordre et protéger les biens et les personnes, ses opposants politiques l’ont comparé à Hitler et à Goebbels, se sont indignés et ont défendu les émeutiers en disant qu’ils étaient essentiellement des « manifestants pacifiques » agissant au nom des griefs légitimes. Ces gens ont apparemment oublié que la loi sur l’insurrection invoquée par Trump avait été invoquée dejà par d’autres présidents, ainsi George H.W. Bush en 1992, qui avait répondu à la demande d’aide du gouverneur de Californie Pete Wilson confronté aux émeutes de Los Angeles.

Plusieurs mois avant les élections de 2020, les opposants politiques de Trump ont étrangement anticipé sa défaite et l’ont accusé – par avance, et là encore sans aucune preuve – de se préparer à enfreindre la loi. Nancy Pelosi, suggérant que Trump ne quitterait pas la Maison Blanche, a laissé entendre qu’il serait nécessaire de recourir à une « fumigation« . Joe Biden a prédit que l’armée interviendrait. « Je suis », a-t-il dit, « absolument convaincu qu’ils l’escorteront avec diligence hors de la Maison Blanche « .

Les racines de ce qui se passe présentement sont, en fait, plus anciennes.

Le Parti communiste américain n’a jamais réussi à obtenir une large influence politique. Il a semblé gagner du terrain après la Seconde Guerre mondiale, mais a été écrasé dans les années 1950, après que soit découvert le fait que certains de ses membres avaient espionné le pays pour l’Union soviétique.

Un courant politique a pris forme dans les années 1960 et a recouru à une stratégie définie par un activiste allemand, Rudi Dutschke – disciple du marxiste italien Antonio Gramsci – comme « la longue marche à travers les institutions ». Comme l’a écrit l’essayiste Roger Kimball, ce courant s’est progressivement emparé du secteur des sciences humaines dans les universités, puis s’est répandu dans tout le système éducatif, le secteur de la culture, les grands médias, puis la sphère politique.

Il s’est inspiré des écrits du philosophe Herbert Marcuse, qui parlait de la nécessité d’un « grand refus » et d’une « protestation contre ce qui est ». Marcuse suggérait de pratiquer ce qu’il a appelé la « tolérance repressive » – qui consiste en une « intolérance envers les mouvements de droite », menée jusqu’à ce qu’ils soient réduits à l’inexistence. Marcuse ajoutait que les « forces des minorités non intégrées » devaient être utilisées.

Ce courant s’est inspiré aussi des écrits des principaux penseurs de ce qu’on appelle aux Etats-Unis la « théorie française« : Jacques Derrida et Michel Foucault. Derrida parlait de « déconstruction« , et en particulier de la déconstruction de l’idée de vérité. Foucault a défini les structures de pouvoir existantes comme des formes d’oppression, à abolir.

Les méthodes utilisées ont été celles du théoricien politique Saul Alinsky, qui recommandait que les radicaux deviennent des « organisateurs de communauté ». « Le travail de l’organisateur de communauté », ajoutait-il, « est de manœuvrer et d’appâter les gens au pouvoir ». Alinsky a publié en 1971 Rules for Radicals, un livre décrivant comment les radicaux peuvent s’emparer du pouvoir en utilisant treize règles. Il disait qu’accuser ses ennemis de ce dont on est coupable peut se révéler extrêmement efficace.

Ce courant a agi pour répandre le « grand refus » défini par Marcuse, a disséminé les idées de la « théorie française » et utilisé les méthodes de Saul Alinsky. Il a recouru à la « tolérance repressive » pour éroder les institutions de l’intérieur et éradiquer l’idée de vérité. Certains de ses adeptes sont devenus des « organisateurs de communauté », ont agi pour abolir les structures de pouvoir et accusé leurs ennemis de faire ce qu’ils faisaient, eux.

Le président Barack Obama, avant d’entrer en politique, a travaillé comme « organisateur de communauté » à Chicago. Peu de temps avant d’être élu président en 2008, il a déclaré: « Nous sommes à cinq jours de la transformation fondamentale des États-Unis d’Amérique ». Il n’a pas dit en quoi la transformation allait consister.

Avant son élection, le président Trump avait promis de « drainer le marécage » – qui avait effectivement besoin d’être drainé. Les habitants du marécage l’ont vu comme une menace pour leurs projets. Faire tomber Trump à tout prix et reprendre le pouvoir est devenu un impératif pour eux. Ils ont utilisé tous les moyens à leur disposition – et ils ont atteint leur objectif.

Dans les premières semaines de sa présidence, Biden a signé une série de décrets, dont certains violent la Constitution et la Déclaration des droits, et qui ont réduit des milliers de gens au chômage, et aidé la Russie et la Chine. La Chambre des représentants et le Sénat n’ont pas été consultés.

74 millions d’Américains respectueux des lois sont décrits comme des terroristes et des racistes qui ont besoin d’être « rééduqués », et la tolérance pour des idées différentes est clairement en train de disparaître. Des appels sont lancés que soient fermées des chaines de télévision qui offrent une version différente de « la vérité ».

La première proposition de loi présentée à la Chambre des représentants pour 2021, HR1, ou la loi « pour le peuple« , a été adoptée par la Chambre le 5 mars. L’ avocat J. Christian Adams, président de la Public Interest Legal Foundation et fondateur du Election Law Center, a noté:

« HR1 regroupe dans un projet de loi de 791 pages toutes les mauvaises idées en matière d’organisation des élections qui ont fait de l’élection de 2020 un tel désastre, et inclut tous les plus ‘grands succès’ de 2020: l’envoi massif de bulletins de vote par correspondance, l’acceptation de bulletins de vote par correspondance reçus sans cachet de la poste, l’acceptation de bulletins de vote arrivant tardivement, la possibilité de voter dans des circonscriptions où vous ne vivez pas. « 

Si le projet de loi H.R.1 devient la loi du pays, les pratiques qui ont fait de l’élection de 2020 un désastre seront légalisées: entre autres, le déversement massif de millions de bulletins de vote non sollicités dans plusieurs Etats, la non-vérification des signatures sur les registres, l’absence de traçabilité des bulletins, l’inscription des électeurs sur les listes électorales le jour même de l’élection et la collecte des bulletins de vote par correspondance au domicile des électeurs , et nombre de ces pratiques sont très propices à la fraude. Comme le concluait un rapport bipartisan de 2005 établi par la Commission fédérale de réforme électorale, présidée par l’ancien président Jimmy Carter et l’ancien secrétaire d’État James Baker III: les bulletins de vote par correspondance « restent la principale source de fraude électorale potentielle ». Si le projet de loi H.R.1 est adopté, des moyens de nuire a l’intégrité des élections seront gravés dans le marbre.

Le président Biden a présenté un projet de loi de réforme de l’immigration. Ce projet a été décrit comme un moyen de laisser entrer des étrangers traversant illégalement la frontière américaine, de légaliser leur présence et de les faire accéder à la nationalité, et comme un instrument destiné à tenter de créer une majorité permanente unipartite. Si le projet est adopté, il pourrait, comme l’a dit l’ancien conseiller principal du président Trump Stephen Miller, « effacer fondamentalement l’essence même de la nation américaine ».

Les propositions économiques telles que l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars, si elles sont mises en œuvre, coûteront des centaines de milliers d’emplois, et créeront d’immenses difficultés pour les petites entreprises déjà durement touchées par les fermetures ayant résulté de la pandémie et pour les personnes non qualifiées qui cherchent du travail. Il en résulterait un moins grand nombre d’emplois disponibles et un plus grand nombre de personnes cherchant un emploi – ce sans compter l’effet du flot potentiel de nouveaux arrivants « sans papiers ».

Ce résultat serait peut-être voulu: il conviendrait aux grands entrepreneurs qui sont aussi de grands donateurs à la campagne démocrate, éliminerait leurs concurrents plus petits qui ne pourraient assumer la charge supplémentaire, et créerait davantage de personnes désespérées continuant à tendre la main vers le gouvernement et dépendant de l’aide qu’ils pourront obtenir de lui.

L’une des premières décisions de Biden a été de dissoudre la Commission de 1776, qui avait été créée pour « revenir aux idées fondatrices énoncées dans la Déclaration d’indépendance ». Le projet 1619, qui décrit les États-Unis comme fondés sur l’esclavage, « structurellement racistes », et donc illégitimes, a été critiqué par d’éminents historiens pour son manque total de respect des faits fondamentaux. Bien qu’il soit une distorsion de l’histoire, et ignore totalement ce que l’Amérique a fait de positif, il est désormais enseigné aux enfants dans les écoles publiques et leur apprend dès lors à haïr leur pays.

L’essayiste Dennis Prager a déclaré l’an dernier:

« La civilisation peut être détruite en une seule génération. L’Allemagne était le pays le plus avancé d’Europe en termes d’art et de culture. Des gens se demandent comment le pays qui nous a donné Beethoven et Bach et Schiller et Heine a pu nous donner Auschwitz? C’est une question courante. Ce n’est pas une question qui se trouve posée dans les collèges aujourd’hui parce que ceux qui y sont n’ont jamais entendu parler de Beethoven, Bach, Schiller, Heine ou d’Auschwitz. Néanmoins, ceux qui en ont entendu parler posent la question, et la réponse est que ce qui est arrivé peut arriver n’importe où. Nous assistons à la destruction de la liberté aux Etats-Unis en une génération: dans ce cas, par ceux qui se disent progressistes. »

Après la Convention constitutionnelle de 1787, une certaine Madame Powell, de Philadelphie, a demandé à Benjamin Franklin: « Eh bien, docteur, qu’avons-nous, une république ou une monarchie? » Franklin a répondu: « Une république, si vous pouvez la préserver. »

« Une partie de l’Amérique a « déclaré la guerre » et « a l’intention de détruire la société la plus tolérante, la plus inclusive et la plus égalitaire jamais créée », a écrit récemment l’auteur américain David Horowitz. « La bonne nouvelle », a-t-il ajouté, « est qu’un mouvement patriotique s’est levé, et se tourne à nouveau vers l’idée que tous les hommes sont créés égaux et dotés des droits divins à la vie et à la liberté, et sont prêts à les défendre ».

Une tempête plane actuellement sur les États-Unis. Les mois à venir révéleront si le mouvement patriotique ainsi décrit la dissipera.

Voir de plus:

If You Thought the 2020 Elections Were Chaotic, Just Wait
J. Christian Adams
The Gatestone institute
February 8, 2021

  • H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots, voting in precincts where you do not live…. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.
  • In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.
  • States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.
  • H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court — federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits.
  • There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day…. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs.

H.R.1 packs into one 791-page bill every bad idea about how to run elections and mandates that the states must adopt — the very things that made the election of 2020 such a mess. It includes all of the greatest hits of 2020: Mandatory mail ballots, ballots without postmarks, late ballots and voting in precincts where you don’t live. It includes so many bad ideas that no publication has satisfactory space to cover all of them. The Senate companion bill, S.1, might be even worse.

These bills rearrange the relationship between the states and the federal government. The Constitution presumes that states regulate their own elections, but the Constitution has a big « but » in what is called the Elections Clause. The Constitution says, « but the Congress may at any time by Law make or alter such Regulations. » For over 200 years, Congress rarely used this power. After all, the power was put in the Constitution only to prevent the states from suffocating the federal government out of existence by never holding federal elections.

Do not assume that the bills will stall and wither in the process. They are named H.R.1 and S.1 for a reason. The bills are the top priority of the newly empowered Democrats in Congress.

Dissatisfied with the effectiveness of the last federal mandate — 1993’s Motor Voter law — H.R.1 dispenses with the idea that an American should go affirmatively register to vote.

In 2020, states such as Nevada and New Jersey sent ballots through the mail to anyone on their registration lists despite having voter rolls full of errors. The Public Interest Legal Foundation documented thousands of ineligible registrations in Nevada alone that received mail ballots. Some were sent to vacant lots, abandoned mines, casinos and even liquor stores.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

H.R.1 rigs the system for any lawsuits challenging the constitutionality of the law. All lawsuits can only be filed in one court – federal court in the District of Columbia. And all opposition must be consolidated into one brief with only one attorney being able to argue the merits. It also grants automatic intervention to any legislators who want to join in the fight against the lone opposition.

It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.

HR.1 and S.1 are omnibus bills that would change every American citizen’s — and foreigner’s — relationship to voter registration.

Universal automatic voter registration has, for years, been a top priority of the institutional left. In fact, H.R.1 would do away with actual voter registration and instead make the voter rolls merely a copy of anyone already on a government list — such as welfare recipients and other social service beneficiaries. The bills would expand well beyond to federal entities like the Social Security Administration, Department of Defense, Customs and Immigration, and elements of Health and Human Services.

Naturally, a giant federal database would serve as the home for this list of people who must be automatically registered to vote, whether they know it or not.

Imagine the number of government databases in which your information is contained. Do your names and addresses all match? Does Social Security know you moved out of your birth state? Are your married and maiden names different? Did you get a driver’s license before obtaining American citizenship?

You can see the pitfalls. One person will be « registered » to vote multiple times, with slight variation in names, and perhaps greater variation in residence addresses.

Making it « easier » to get registered to vote through automatic registration from government lists might seem attractive, until you consider the disaster of universal auto-mail voting as we saw in 2020.

H.R.1 and S.1 will force states to push ballots into the mail. It builds slack into the election system. Decentralized mail elections introduce error because of error-filled rolls. Mail-in ballots delay results, create uncertainty and push the elections into kitchens and bedrooms where election officials cannot observe the voting process and cannot protect the voter from coercion.

H.R.1 takes the absolute worst emergency rule changes of 2020 and enshrines them as federal law. Gone also are state witness and notary requirements during the mail ballot application process. Nor may states enact identification requirements of « any form » for those requesting a ballot. That means no more voter ID as a matter of federal law.

States also would be blocked by H.R.1 from signature verification procedures.

It gets worse. The 791-page bill also includes:

  • « Congress can reduce a state’s representation in Congress when the right to vote is denied. » Without qualification or definition, Congress could rely on this sentence unilaterally to cut the number of House members from any state it claims is denying the right to vote.
  • It criminalizes anyone who uses state challenge laws to question the eligibility of registrants wrongly. The penalty is up to one year in prison per instance.
  • It prohibits states from conducting list maintenance on the voter rolls. That means deadwood and obsolete registrations will stack up.
  • It criminalizes publishing « false statements » about qualifications to vote and « false statements » about which groups have endorsed which candidates. Information banned from being published includes false qualifications to vote and the penalties for doing so. What is a false statement will apparently be in the minds of the Justice Department lawyers who bring the charges. And if they do not act, the law provides a private right of action to individual plaintiffs to drag speakers to court. You can be sure this provision would be used as a merciless weapon against political opponents.
  • And in case it was not clear that H.R.1 was dismantling state power to run their own elections, the bill makes it clear: « The lack of a uniform standard for voting in Federal elections leads to an unfair disparity and unequal participation in Federal elections based solely on where a person lives. » In other words, state laws which have the Constitutional authority to determine the voting eligibility of its residents, will be preempted by a federal uniform standard.

That is not all. Nationwide, states must accept mail ballots on Election Day plus 10 days later. States are allowed to add extra time to the window. No more election day. It will be election season, with a month of early voting and weeks of ballots arriving and being counted.

And of course, unlimited ballot harvesting — having a third party « help » to fill in and gather up ballots, then drop them off at a polling station or other designated station — is guaranteed.

Misinformation, protests, unrest, and even violence were all symptoms of the trauma of 2020. Activist groups and collusive officials in 2020 turned courts into weapons to transform state laws into election procedures that were favorable to one particular party. H.R.1 would finish the job, and federalize the policies and election procedures that made 2020 such a mess.

It is no solution to presume that federal rules, even if they were crafted the right way, would solve the problem. When Washington D.C. gets control over elections, the policy always skews in one direction.

I worked at the Justice Department, where career staff ignored federal laws they didn’t like, and only enforced the ones they thought would help advance their political beliefs. Motor Voter, for example, had a federal mandate that states clean voter rolls. Guess what happened after that rule passed in 1993? No private enforcement actions were brought for two decades until I brought one against Indiana.

There is a federal mandate, passed in the 19th Century, to have one single election day. The bureaucrats in Washington in charge of enforcing that law ignore that law. Federal mandates are a one-way political ratchet. They always and only help one political party.

The nation has seen this line of thinking before. Like Obamacare earlier, H.R.1 transitions our federalist Republic to some other brave new system that purports to right generations of structural wrongs, while at the same time entrenching other wrongs. Unifying American experiences such as coming together to vote on one single Election Day, governed by rules passed by s