Antiracisme: Appropriation culturelle, espaces protégés, signalisation des contenus, bienvenue au meilleur des mondes que nous préparent nos universités! (Executing Socrates all over again: How trigger warnings end up silencing all students)

15 janvier, 2017
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Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
La noble idée de « la guerre contre le racisme » se transforme graduellement en une idéologie hideusement mensongère. Et cet antiracisme sera, pour le XXIe siècle, ce qu’a été le communisme pour le XXe. Alain Finkielkraut
L’ordre politico-économique actuel est paradoxal. Il faut commencer par reconnaître que les notions de mondialisation et de « gouvernance mondiale » vont, en fait, de pair avec celle de bureaucratie. Ce qui se prétend libéral a tendance à ne pas l’être du tout. L’invocation d’une forme d’autoritarisme constitue certes un symptôme du rejet du système actuel, mais ça n’est pas nécessairement le dernier mot du virage politique actuel. Nous vivons d’ores et déjà dans un système de bureaucratie absolue, qui, dans le même temps, aspire à ne plus rien gérer que de dérisoire et fait mine de « déréguler » en invoquant la mondialisation et ses avatars. Sur la base de l’économie administrée d’après guerre s’est construite une machine administrative qui, à partir des années 1970, a commencé, comme ivre de son propre pouvoir, à vaciller et à se prétendre libérale. Depuis 2008, « le roi est nu ». On assiste, en particulier dans le monde anglophone, à une prise de conscience des failles fondamentales du système de « gouvernance mondiale ». Trump et le Brexit sont des manifestations historiques de ce phénomène. Il suffit de s’amuser à lire le Financial Times ou le Wall Street Journal entre les lignes pour se convaincre que, malgré les dichotomies électorales, cette prise de conscience y touche autant l’élite financière que les classes populaires. On réalise enfin que les bureaucraties pseudo-libérales ne comprennent pas les marchés et ne font qu’aggraver des phénomènes de bulles à répétition. Dans le même temps, ce système bureaucratique repose en fait sur une destruction de l’élite traditionnelle et de l’élite scientifique qui, dans le cas français, se fait au profit de la « haute fonction publique ». On est très loin d’un système de démocratie libérale et même à l’opposé. Si l’on s’intéresse à la fulgurance de Fukuyama, on pourrait lui rétorquer que la démocratie libérale n’a simplement pas eu lieu… Exit la fin de l’histoire. Le populisme est, dans une certaine mesure, une réaction aux dérives et aux échecs de ce système de déresponsabilisation. La petite musique autoritaire des populistes occidentaux fait surtout écho au discrédit donc souffre l’antienne pseudo-libérale. Les partis traditionnels, s’ils sont sincères dans leur invocation du libéralisme, seraient bien inspirés de comprendre la nécessité d’un retour à un véritable système de gouvernement et de responsabilité, seul rempart contre l’extrémisme. (…) La question de l’islamisme en occident est double. On observe une sorte d’effet de résonance entre, d’un côté, la crise politico-religieuse qui ravage le monde arabe et y détruit des constructions étatiques aussi violentes que fragiles et, de l’autre, la crise propre aux démocraties occidentales. Ces deux crises simultanées sont pourtant d’une nature très différente. La plupart des pays développés font face à une dégénérescence spécifique de leur système étatique en une bureaucratie tentaculaire (publique et privée) qui, dans le même temps, s’est déresponsabilisée en invoquant la mondialisation. Mais cette « décadence » se manifeste à la suite d’un immense succès. Ce succès a notamment reposé sur l’alliance entre développement des institutions, facilité de financement et progrès technique. Les systèmes politiques occidentaux présentent pourtant désormais, malgré l’ultra-individualisme, des maux associés aux systèmes collectivistes. D’un côté, la standardisation de l’existence, l’isolement et l’extension continue du périmètre de la bureaucratie produisent un effet d’aliénation croissante, de sentiment d’inutilité et de crise psychique profonde dans la société et au cœur même de l’élite. De l’autre, la logique bureaucratique et la dissociation géographique entre conception, production et consommation sapent le fonctionnement du capitalisme (entraînant une stagnation de la productivité) et la notion de citoyenneté. Les classes populaires, les jeunes, les sous-diplômés puis les surdiplômés… en fait plus personne à terme n’est appelé à être véritablement inclus dans un tel système en dehors d’un microcosme bureaucratique qui évoque celui du communisme. Dans ce contexte, l’appel électoral récurrent aux minorités par la classe des pseudo-progressistes est une imposture vouée à l’échec, comme l’a montré la déconvenue de Mme Clinton. (…) La réponse la plus raisonnable c’est la démocratie libérale dans un cadre institutionnel et géographique raisonnable (un cadre national, vu de façon apaisée, serait un bon candidat), pas l’ersatz brandi par une bureaucratie aux abois. Il faut d’abord voir la réalité de nos systèmes politico-économiques et analyser leurs échecs. La pire des approches consisteraient à prolonger le statu quo économique globaliste des quatre dernières décennies tout en invoquant la modernité et le progressisme. C’est l’approche suivie par un certain nombre d’acteurs politiques ultra-conformistes, d’Hillary Clinton aux Etats-Unis au courant Macron-Hollande en France. La plupart des mouvements populistes européens apparaissent incapables de gouverner du fait de leur désorganisation et de leur ancrage dans une forme ou une autre d’extrémisme. Quoi que l’on pense du personnage de Donald Trump et des relents xénophobes de sa campagne, il faut reconnaitre que sa relative autonomie financière de milliardaire lui a permis de mettre les pieds dans le plat de la question de la localisation de la production industrielle. Il sera impossible de renouer avec la croissance, les gains de productivité et le plein emploi sans surmonter cette question. Le meilleur moyen de répondre à la tendance à l’autoritarisme, c’est d’y opposer un renouveau de l’idée de gouvernement. En Europe et en France en particulier, cela n’adviendra que lorsqu’un parti sérieux se résoudra à aborder simultanément la question du poids de la bureaucratie dans l’économie (sans s’égarer dans les manipulations du fonctionnaire Macron) et du rééquilibrage européen face à l’unilatéralisme allemand. Rémi Bourgeot
Les années 90 ont en effet été marquées par l’idée d’une « Fin de l’Histoire », une sorte de happy end qui aurait vu l’humanité entière s’acheminer vers un monde apaisé grâce à l’accroissement des richesses, la fin progressive de la misère et le développement de l’Etat de droit partout dans le monde. Cette idée d’un monde sans ennemi après la chute de l’Urss, où les valeurs libérales et démocratiques de l’Occident l’auraient définitivement emporté, s’est heurtée à l’irruption d’un nouvel antagonisme historique, celui qui oppose l’islam radicalisé à un Occident qui, loin d’être sûr de lui-même, est travaillé par une profonde fracture. Il y a donc deux fractures à prendre en compte: la fracture qui divise le monde islamique entre musulmans pacifiques et musulmans radicalisés et la fracture qui divise l’Occident entre ceux qui prétendent universaliser le modèle occidental et notamment le modèle américain- c’était le cas de la famille Bush et des néos conservateurs américains- et ceux qui pensent que l’Occident traverse une grave, très grave crise spirituelle et morale, une crise de légitimité liée notamment au recul des valeurs traditionnelles. Autrement dit la bataille a lieu sur tous les fronts et elle déchire chacun des camps. La victoire de Trump est aussi la victoire d’une forme de critique de l’Occident libéral et post moderne par ceux qui récusent ce nouveau monde qui prétend ringardiser tous ceux qui y rechignent. Les Américains qui l’ont élu voudraient que leur pays renoue avec un imaginaire puissant celui d’un rêve américain, mais un rêve américain qui ne soit pas celui des minorités et du politiquement correct, notion qui est réellement née aux Etats-Unis et que les élites libérales et progressistes américaines ont exporté en Europe depuis les années 60. Un rêve américain accessible d’abord à ceux qui ont créé les Etats-Unis, à savoir les blancs eux-mêmes, qui seront peut-être la minorité de demain. La victoire de Trump signifie peut-être la fin d’une période marquée par la culpabilisation de l’américain blanc, qu’il soit pauvre, riche ou des classes moyennes, par les lobbys féministes et afro-américains. En Europe, la question est sensiblement différente, car l’angoisse qui aujourd’hui prédomine est liée à l’immigration et surtout à l’islam. Le Brexit a signifié le refus des classes populaires anglaises de voir l’Angleterre se mondialiser à l’aune d’une immigration sans limite. Il n’y a pas, à mon sens, de menace autoritaire en Europe. Dès lors qu’un gouvernement est élu par la majorité d’une population, la démocratie exige que les vœux de cette majorité soient pris en compte. Arrêter ou limiter les flux migratoires n’a rien à voir avec un principe dictatorial. Cela fait partie intégrante des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. (…) Les jeunes qui s’engagent dans le Djihad, si l’on en croit ceux qui ont étudié leurs motivations, notamment Olivier Roy ou Gilles Keppel, ont l’impression de vivre dans un monde factice et virtuel, celui d’Internet, un monde déréalisé. La motivation mystique, selon Olivier Roy qui a écrit un livre intéressant, Le Djihad et la mort, n’est en partie qu’un alibi. Ce que cherchent ces jeunes dans le Djihad c’est avant tout une forme d’excitation et de reconnaissance. La société où nous sommes -c’est une idée que je développe dans « Malaise de l’Occident, vers une révolution conservatrice » (Pierre Guillaume de Roux)- est une société de l’illusion et du simulacre. Nous pouvons tous croire que nous existons dans le regard des autres en envoyant un message sur Twitter ou sur Facebook. La société du spectacle mondialisée permet à des quidams de satisfaire leur narcissisme à peu de frais. Elle permet aussi d’exprimer une pulsion de mort qui va venger le quidam de son anonymat et du sentiment de nullité qui l’habite. L’islam radical est un moyen de reconnaissance pour ceux qui n’ont que la peur et la terreur pour enfin exister dans le regard des autres. Faire peur est toujours mieux que faire pitié. Voilà ce que se disent ceux qui nous haïssent notamment parce que nous ne cessons de les plaindre. Le discours sur l’exclusion que la gauche tient depuis longtemps enferme les gens dans leur sentiment victimaire. Pour autant le malaise de notre civilisation est aussi profond que réel. Nous avons perdu le gout d’être nous-même et l’Europe multiculturelle des élites a contribué à la diffusion de ce sentiment. Ce n’est pas un hasard si le livre de Michel Onfray, qui n’est pas un homme de droite, s’intitule « Décadence ». Abrutis par le consumérisme les peuples européens ont peut-être perdu le gout de se défendre et cette absence de pugnacité ne peut que renforcer le mépris des islamistes. (…) Je ne crois pas à l’avenir d’un régime autoritaire en France. Nous sommes des peuples individualistes et les Français n’ont jamais supporté une quelconque dictature. Le régime de Vichy, qui a duré 4 ans, était une plaisanterie à côté du national-socialisme et la dictature napoléonienne n’a été possible, quelques années durant, que parce que la gloire de Napoléon était telle que les Français ont accepté de limiter leurs libertés. Les libertés fondamentales d’opinion et de contestation sont inhérentes au tempérament gaulois et De Gaulle lui-même a dû en tenir compte, alors que son tempérament était autoritaire. Par contre je crois à la nécessité d’un Etat fort et respecté. Pour cela le prochain président devra jouir d’une majorité importante qui lui assure une légitimité durable. Paul-François Paoli
Il est certain que l’on a observé, sous l’ère Obama, un relatif repli de l’hégémonie américaine qui a laissé le champ libre à l’émergence ou la réémergence de puissances régionales, dont certaines ont des ambitions mondiales : la Russie, la Chine, l’Iran sont les plus antagoniques à la puissance américaine. Cependant, un tel repli n’est pas inédit et rien ne permet d’affirmer qu’il sera définitif, au contraire. En effet, les Etats-Unis ont souffert durant la dernière décennie de deux traumatismes majeurs : d’une part un traumatisme psychologico-militaire, avec l’impasse de la politique américaine de « guerre contre la terreur » et de remodelage démocratique du Moyen Orient, en commençant par l’Irak, qui s’est soldée par un piteux retrait – lequel a gâché une victoire militaire authentique après le succès du surge – auquel a bien vite succédé le chaos terroriste islamiste; d’autre part un traumatisme économique, la crise de 2008 et ses conséquences. Tout ceci a provoqué une crise de conscience aux Etats-Unis, avec un doute important sur la légitimité et l’intérêt du pays à se projeter ainsi à travers le monde ; et aujourd’hui, hors des Etats-Unis, l’on se demande si le règne de l’Amérique ne touche pas à sa fin et s’il n’est pas temps d’envisager un monde « multipolaire » dans lequel il faudrait se repositionner, éventuellement en revoyant l’alliance américaine. Mais à vrai dire, nous avons déjà connu la même chose il y a quarante ans : après la présidence de Nixon, dans les années 1970, le rêve américain semblait brisé par la guerre du Vietnam, qui avait coûté cher, économiquement et humainement, pour un résultat nul puisque le Sud-Vietnam fut envahi deux ans après le retrait américain et tout le pays bascula dans le communisme. La même année, en 1975, les accords d’Helsinki sont souvent considérés comme l’apogée de l’URSS et en 1979, l’Iran échappe à l’influence américaine. Nombreux à l’époque ont cru que c’en était fini de la puissance américaine et que les soviétiques, dont le stock d’armes nucléaires gonflait à grande vitesse, deviendraient le véritable hégémon mondial. En fait, la décennie s’achevait par l’élection de Ronald Reagan et America is back, et au cours des dix années suivantes, l’Union soviétique s’effondrait et l’Amérique triomphait. Donc, s’il est certain que nous sommes actuellement dans une phase de repli de la puissance américaine, rien ne permet de dire qu’elle doit se prolonger. Au contraire, l’élection « surprise  » de Donald Trump, dont le slogan de campagne « Make America Great Again » était l’un des slogans de Reagan, m’apparaît comme un premier signe du retour du leadership américain, et je ne pense pas qu’il faudra attendre cinq ans pour le voir. En revanche, il est certain que les puissances ennemies ou rivales des Etats-Unis, qui ont énormément profité du reflux américain, ont la volonté de l’exploiter plus avant, et que le retour d’une Amérique sûre d’elle-même ne sera pas pour leur plaire. Les réactions estomaquées qu’ont provoqué les premiers tweets de Donald Trump à propos de la Chine et de Taïwan ne sont qu’un aperçu de cette évolution. (…) l’Inde est le grand émergent d’aujourd’hui, d’un niveau comparable à ce qu’était la Chine au tournant du millénaire. Des usines commencent à quitter la Chine pour s’installer en Inde : la Chine perd des emplois au profit de l’Inde par délocalisation ! Des études démographiques, publiées il y a quelques mois, donnaient en outre une population indienne dépassant la population chinoise dès 2022. De plus, l’Inde peut espérer dans les années qui viennent une forme de soutien des Etats-Unis dans une sorte d’alliance de revers contre la Chine. Par ailleurs, l’Inde commence à se comporter elle aussi en puissance régionale en se constituant un réseau d’alliances : elle vient ainsi de livrer des missiles au Vietnam, vieil ennemi de la Chine, en forme de représailles au soutien chinois au Pakistan, et surtout à la constitution du « corridor économique » sino-pakistanais dont le tracé passe par le Cachemire, territoire revendiqué par l’Inde. La montée en puissance du rival indien, face à une Chine qui est encore elle-même une jeune puissance, est l’un des principaux défis à la stabilité de l’Asie dans les années qui viennent, car la Chine pourrait être tentée d’enrayer la menace indienne avant qu’elle ne soit trop imposante. A ce propos, il faut voir que la Chine pourrait vouloir profiter de l’avantage démographique tant qu’il est de son côté pour tenter militairement sa chance. Il faut savoir que la population chinoise souffre d’un gros déséquilibre au plan des sexes : sur la population des 18-34 ans, la population masculine est supérieure de vingt millions à la population féminine. Cela signifie que la Chine peut perdre vingt millions d’hommes dans un conflit sans virtuellement aucune conséquence démographique à long terme, puisque ce sont des individus qui ne pourront pas, statistiquement, disposer d’un partenaire pour se reproduire. Pour des esprits froids comme ceux des dirigeants du Parti Communiste Chinois, cela peut sembler une fenêtre de tir intéressante. (…) Si l’Etat islamique ne devrait pas survivre longtemps comme entité territoriale, il a probablement de beaux jours devant lui comme réseau terroriste : son reflux territorial en Syrie et en Irak a été concomittant à un essaimage, en Libye notamment, et le réseau devrait se renforcer en Europe avec le retour des djihadistes ayat combattu au Moyen Orient.  (…) on a déjà commencé à observer ce retour des nationalismes en Europe avec le PiS en Pologne, la progression d’Alternative fur Deutschland en Allemagne, le Brexit… et bien sûr la montée du Front national en France. Parier sur la poursuite du mouvement en Europe dans les années qui viennent relève de l’évidence. La crise migratoire et l’expansion du terrorisme islamiste ont évidemment favorisé ce mouvement, de même que le manque de vision à l’échelle européenne et l’appel d’air désastreux d’Angela Merkel. Il faut ajouter à cela le fait que le fer de lance du populisme nationaliste sur le continent européen, la Russie de Poutine, finance et soutient le développement des discours les plus sommaires sur l’islam et l’immigration, bénéficiant certes du politiquement correct qui a empêché de débattre de certaines questions jusqu’à présent, mais également renforçant ce refus du débat de peur qu’il doive se faire dans les termes des populistes. Il en résulte une forme d’impasse intellectuelle et politique qui peut déboucher sur des formes de violence. (…) Par ailleurs, à l’échelle du monde, on observe également une montée des nationalismes : les ambitions des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, mais aussi la Turquie ou l’Inde en relèvent, évidemment. On peut également parler, à propos de l’élection de Donald Trump, d’un retour d’une forme de nationalisme américain, et contrairement à ce qui a été beaucoup dit, la présidence de Trump ne sera certainement pas isolationniste : l’on assiste simplement à une mutation de l’impérialisme américain, qui risque de tourner le dos à l’idéalisme qui en était le fond depuis un siècle et la présidence de Woodrow Wilson, pour une forme plus pragmatique avec Trump et son souci de faire des « deals » avantageux. Deals qui peuvent impliquer, avant la négociation, d’imposer un rapport de force, comme il semble vouloir le faire avec la Chine – raison pour laquelle il cherche à ménager Poutine, afin de n’avoir pas à se soucier de l’Europe et d’avoir les mains libres en Asie. (…) Après huit décennies de paix nucléaire, nous nous sommes imprégnés de l’idée, en Occident, que de grandes guerres entre Etats sont impossibles en raison du risque d’anéantissement nucléaire. Or, l’escalade actuelle entre Russie et Etats-Unis en Europe de l’Est, où chacun installe du matériel et des troupes , montre que les forces conventionnelles revêtent encore un aspect important. Par ailleurs, il s’est produit un changement important lors de l’affaire de Crimée : Vladimir Poutine a dit qu’il était prêt, lors de l’annexion de ce territoire, à utiliser l’arme nucléaire si l’Occident se faisait trop menaçant. C’est un événement d’une importance historique qui n’a pratiquement pas été relevé par les commentateurs : Vladimir Poutine a énoncé une toute nouvelle doctrine nucléaire, très dangereuse : il s’agit non plus d’une arme de dissuasion défensive, mais de dissuasion offensive. L’arme nucléaire est désormais utilisée par la Russie pour couvrir des annexions, des opérations extérieures, un usage qui n’a jamais été fait auparavant. C’est tout simplement du chantage nucléaire. Après des décennies de terreur face à l’idée de « destruction mutuelle assurée », le président russe a compris que l’effet paralysant de l’arme nucléaire pouvait être utilisé non seulement pour se défendre, mais pour attaquer, avec l’idée que les pays de l’Otan préfèreront n’importe quel recul au risque d’extermination atomique. Et cela rend de nouveaux affrontements sur champs de bataille vraisemblables : après ne pas avoir osé, durant des décennies, s’affronter par crainte de l’anéantissement nucléaire, les grandes puissances pourraient être poussées à se battre uniquement de manière conventionnelle en raison des mêmes craintes. Cela peut paraître paradoxal mais est probable si Vladimir Poutine tente d’autres mouvements en agitant encore la menace nucléaire. En revanche, le rôle éminent des cyberattaques me paraît incontestable, et si elles ne remplaceront pas la guerre conventionnelle, elle s’y surajoureront certainement. Il faut voir, en effet, que généralement, les grandes guerres sont menées avec les armes qui ont terminé les guerres précédentes : les Prussiens ont gagné la guerre de 1870 grâce à leur forte supériorité d’artillerie, avec des canons chargés par la culasse alors que les canons français se chargeaient encore par la bouche ; la guerre de 1914-1918 fut d’abord une guerre d’artillerie, et donc de position et de tranchées, amenant un blocage qui ne fut surmonté que par le développement de l’aviation et des blindés. Aviations et blindés qui furent les armes principales de la Seconde Guerre mondiale débutée avec la Blitzkrieg allemande, et terminée par l’arme nucléaire. A son tour, l’arme nucléaire a été l’arme principale de la Guerre froide : on dit, à tort, qu’elle n’a pas été utilisée, mais elle l’a, au contraire, été continuellement : par nature arme de dissuasion, elle servait en permanence à dissuader. De fait, elle a eu, à l’échelle mondiale, un rôle comparable à celui de l’artillerie en 1914 : la Guerre froide a été une guerre mondiale de tranchées, où les lignes ont peu bougé jusqu’à ce que les Etats-Unis surmontent le blocage en lançant l’Initiative de Défense Stratégique de Reagan, qui fit plier l’Union soviétique, incapable de suivre dans ce défi technologique et économique – tout comme l’Allemagne de 1918 avait été incapable de fabriquer des chars d’assaut dignes de ce nom. Les armes principales du prochain conflit seront donc celles retombées de l’IDS : les missiles à très haute précision, notamment antisatellites, et celles reposant sur les technologies de guerre électronique en tous genres. L’on sait, depuis le virus Stuxnet, que les cyberarmes peuvent causer d’importants dégâts physiques, comparable à des frappes classiques. En 2014, une aciérie allemande a vu l’un de ses hauts fourneaux détruit par une cyberattaque. Des cyberattaques massives peuvent servir à déstabiliser un pays, notamment en attaquant les infrastructures essentielles : distribution d’eau et d’électricité, mais aussi à préparer, tout simplement, une invasion militaire classique. Elles peuvent aussi provoquer de telles invasions en représailles : un pays harcelé par des cyberattaques pourrait être tenté d’intervenir militairement contre le pays qu’il soupçonne de l’attaquer ainsi. Ainsi donc, si je ne pense pas que les guerres à venir pourraient vraiment se limiter à des cyberattaques, sans confrontation physique, il me paraît certain que ce sont bien avec des cyberattaques massives que s’ouvriront les hostilités. Philippe Fabry
Il y a plus de 200 différends territoriaux dans le monde et l’Union européenne a décidé de se concentrer sur Israël et la Cisjordanie. Le conflit que nous avons avec les Palestiniens est connu et la seule manière d’essayer de le résoudre, c’est de s’assoir autour d’une table pour négocier et discuter. Le fait que les Palestiniens refusent de venir négocier – et notre Premier ministre les a invités à le faire à plusieurs reprises ces derniers mois – montre qu’il n’y a pas de réelle volonté politique en ce sens. Et le fait est que Mahmoud Abbas a pris une décision stratégique il y a deux ou trois ans quand il a choisi d’exercer via la communauté internationale une pression sur Israël en espérant que le gouvernement israélien serait poussé à faire des concessions. Malheureusement pour lui, les Israéliens ne cèdent pas à la pression et nous l’avons montré dans le passé. Quand on a été prêt à faire des concessions territoriales avec l’Egypte et la Jordanie, c‘était parce que la population israélienne se rendait compte que l’autre partie était de bonne foi, mais quand l’autre partie n’est pas vue comme étant de bonne foi, alors les chances de concessions sont vraiment minces. Aliza Bin-Noun (ambassadrice d’Israël en France)
Cette résolution est une honte car on veut ainsi à nouveau expulser les Juifs des terres de leurs ancêtres, la Judée et la Samarie et Jérusalem. Est-il utile de rappeler qu’avant la guerre d’indépendance d’Israël, les Juifs y vivaient depuis des millénaires ? Sans la purification ethnique que la Jordanie a effectuée en 1948, les Juifs y auraient été encore présents à ce jour. Maintenant, on veut à nouveau effectuer une purification ethnique à l’encontre des Juifs. C’est un peu comme si on allait à Saint-Denis, là où se trouve la basilique où la plupart des Rois de France sont inhumés et que l’on demandait l’expulsion des chrétiens de Saint-Denis sous prétexte qu’une majorité musulmane s’y trouve. Philippe Karsenty
The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said. Safe spaces are an expression of the conviction, increasingly prevalent among college students, that their schools should keep them from being “bombarded” by discomfiting or distressing viewpoints. Think of the safe space as the live-action version of the better-known trigger warning, a notice put on top of a syllabus or an assigned reading to alert students to the presence of potentially disturbing material. Some people trace safe spaces back to the feminist consciousness-raising groups of the 1960s and 1970s, others to the gay and lesbian movement of the early 1990s. In most cases, safe spaces are innocuous gatherings of like-minded people who agree to refrain from ridicule, criticism or what they term microaggressions — subtle displays of racial or sexual bias — so that everyone can relax enough to explore the nuances of, say, a fluid gender identity. As long as all parties consent to such restrictions, these little islands of self-restraint seem like a perfectly fine idea. But the notion that ticklish conversations must be scrubbed clean of controversy has a way of leaking out and spreading. Once you designate some spaces as safe, you imply that the rest are unsafe. It follows that they should be made safer. (…) I’m old enough to remember a time when college students objected to providing a platform to certain speakers because they were deemed politically unacceptable. Now students worry whether acts of speech or pieces of writing may put them in emotional peril. Two weeks ago, students at Northwestern University marched to protest an article by Laura Kipnis, a professor in the university’s School of Communication. Professor Kipnis had criticized — O.K., ridiculed — what she called the sexual paranoia pervading campus life. At Oxford University’s Christ Church college in November, the college censors (a “censor” being more or less the Oxford equivalent of an undergraduate dean) canceled a debate on abortion after campus feminists threatened to disrupt it because both would-be debaters were men. “I’m relieved the censors have made this decision,” said the treasurer of Christ Church’s student union, who had pressed for the cancellation. “It clearly makes the most sense for the safety — both physical and mental — of the students who live and work in Christ Church. » A year and a half ago, a Hampshire College student group disinvited an Afrofunk band that had been attacked on social media for having too many white musicians; the vitriolic discussion had made students feel “unsafe.” Last fall, the president of Smith College, Kathleen McCartney, apologized for causing students and faculty to be “hurt” when she failed to object to a racial epithet uttered by a fellow panel member at an alumnae event in New York. The offender was the free-speech advocate Wendy Kaminer, who had been arguing against the use of the euphemism “the n-word” when teaching American history or “The Adventures of Huckleberry Finn.” (…)  Still, it’s disconcerting to see students clamor for a kind of intrusive supervision that would have outraged students a few generations ago. But those were hardier souls. Now students’ needs are anticipated by a small army of service professionals — mental health counselors, student-life deans and the like. This new bureaucracy may be exacerbating students’ “self-infantilization,” as Judith Shapiro, the former president of Barnard College, suggested in an essay for Inside Higher Ed. Another reason students resort to the quasi-medicalized terminology of trauma is that it forces administrators to respond. Universities are in a double bind. They’re required by two civil-rights statutes, Title VII and Title IX, to ensure that their campuses don’t create a “hostile environment” for women and other groups subject to harassment. However, universities are not supposed to go too far in suppressing free speech, either. If a university cancels a talk or punishes a professor and a lawsuit ensues, history suggests that the university will lose. But if officials don’t censure or don’t prevent speech that may inflict psychological damage on a member of a protected class, they risk fostering a hostile environment and prompting an investigation. As a result, students who say they feel unsafe are more likely to be heard than students who demand censorship on other grounds. Judith Shulevitz
A determination to treat adults as children is becoming a feature of life on campus, and not just in America. Strangely, some of the most enthusiastic supporters of this development are the students themselves. (…) Last year a debate on abortion at Oxford University was cancelled after some students complained that hearing the views of anti-abortionists would make them feel unsafe. Many British universities now provide “safe spaces” for students to protect them from views which they might find objectionable. Sometimes demands for safe space enter the classroom. Jeannie Suk, a Harvard law professor, has written about how students there tried to dissuade her from discussing rape in class when teaching the law on domestic violence, lest it trigger traumatic memories. Like many bad ideas, the notion of safe spaces at universities has its roots in a good one. Gay people once used the term to refer to bars and clubs where they could gather without fear, at a time when many states still had laws against sodomy. In the worst cases, though, an idea that began by denoting a place where people could assemble without being prosecuted has been reinvented by students to serve as a justification for shutting out ideas. At Colorado College, safety has been invoked by a student group to prevent the screening of a film celebrating the Stonewall riots which downplays the role of minorities in the gay-rights movement. The same reasoning has led some students to request warnings before colleges expose them to literature that deals with racism and violence. People as different as Condoleezza Rice, a former secretary of state, and Bill Maher, a satirist, have been dissuaded from giving speeches on campuses, sometimes on grounds of safety. What makes this so objectionable is that there are plenty of things on American campuses that really do warrant censure from the university. Administrators at the University of Oklahoma managed not to notice that one of its fraternities, Sigma Alpha Epsilon, had cheerily sung a song about hanging black people from a tree for years, until a video of them doing so appeared on the internet. At the University of Missouri, whose president resigned on November 9th, administrators did a poor job of responding to complaints of unacceptable behaviour on campus—which included the scattering of balls of cotton about the place, as a put-down to black students, and the smearing of faeces in the shape of a swastika in a bathroom. Distinguishing between this sort of thing and obnoxious Halloween costumes ought not to be a difficult task. But by equating smaller ills with bigger ones, students and universities have made it harder, and diminished worthwhile protests in the process. The University of Missouri episode shows how damaging this confusion can be: some activists tried to prevent the college’s own newspaper from covering their demonstration, claiming that to do so would have endangered their safe space, thereby rendering a reasonable protest absurd. Fifty years ago student radicals agitated for academic freedom and the right to engage in political activities on campus. Now some of their successors are campaigning for censorship and increased policing by universities of student activities. The supporters of these ideas on campus are usually described as radicals. They are, in fact, the opposite. The Economist
Le scandale canadien du mois, révélé par le quotidien La Presse, nous vient de l’université Queen’s en Ontario. À la mi-novembre s’est tenu sur le campus un bal costumé, où certains étudiants se sont déguisés en moines bouddhistes, en combattants Viêt-cong ou en cheikhs arabes. Un banal bal costumé, donc. Mais non, ça ne se passe plus comme ça au Canada. En effet, dès que la nouvelle a circulé, l’antiracisme universitaire s’est instantanément mobilisé pour condamner ce scandale. Et l’accusation est grave : il s’agirait là d’un cas manifeste d’appropriation culturelle. Le badaud de bonne foi se demandera de quoi on parle. Ce concept est en vogue depuis quelques années dans les universités américaines. (…) il y a appropriation culturelle lorsqu’une personne associée à la majorité blanche dominante (lorsque c’est un homme hétérosexuel, c’est encore pire) s’approprie un symbole culturel – sacré ou non – lié à une minorité dominée pour l’instrumentaliser de manière esthétique ou ludique. C’est aussi pour cela qu’en novembre 2015, un cours de yoga avait été annulé à l’université d’Ottawa, parce qu’il légitimait, nous a-t-on expliqué, une sorte de néocolonialisme s’emparant sans gêne de pratiques culturelles de sociétés victimes de l’Occident. Étrange retournement. On croyait devoir chanter le métissage, mais l’antiracisme se retourne et célèbre l’essentialisme identitaire : chacun restera dans sa case et n’en sortira jamais. Paradoxalement, les mêmes célèbrent la théorie du genre qui permet à chacun de céder au fantasme de l’auto-engendrement tout en multipliant les bricolages identitaires. (…) Tout cela peut faire rire. Mais on devrait s’inquiéter de ce que deviennent les universités nord-américaines, où le multiculturalisme et le politiquement correct s’accouplent pour engendrer une forme de bêtise fanatisée qui voit partout s’exercer l’empire de l’homme blanc et pousse à une résistance généralisée contre lui. C’est aussi dans cet esprit que se multiplient les safe spaces où les différentes minorités victimes peuvent se replier dans un entre-soi réconfortant pour se dérober au regard inquisiteur de leurs bourreaux putatifs. Tant qu’à parler sans cesse de radicalisation, on devrait s’inquiéter de celle du multiculturalisme, qui devient de plus en plus ouvertement un racisme antiblanc et de celle du féminisme qui devient un sexisme antihomme. Le politiquement correct est rendu fou, l’esprit de sérieux domine tout, et la nouvelle police des mœurs diversitaires met son nez partout. Amis français, soyez attentifs, ça arrivera bientôt chez vous. Mathieu Bock-Côté
Although trigger warnings and safe spaces claim to create an environment where everyone is free to speak their minds, the spirit of tolerance and respect that inspires these policies can also stifle dialogue about controversial topics, particularly race, gender, and, in my experience, religious beliefs. Students should be free to argue their beliefs without fear of being labeled intolerant or disrespectful, whether they think certain sexual orientations are forbidden by God, life occurs at the moment of conception, or Islam is the exclusive path to salvation; and conversely, the same freedom should apply to those who believe God doesn’t care about who we have sex with, abortion is a fundamental right, or Islam is based on nothing more than superstitious nonsense. As it stands, that freedom does not exist in most academic settings, except when students’ opinions line up with what can be broadly understood as progressive political values.Trigger warnings and safe spaces are terms that reflect the values of the communities in which they’re used. The loudest, most prominent advocates of these practices are often the people most likely to condemn Western yoga as “cultural appropriation,” to view arguments about the inherent danger of Islam as hate speech, or to label arguments against affirmative action as impermissible microaggressions. These advocates routinely use the word “ally” to describe those who support their positions on race, gender, and religion, implying that anyone who disagrees is an “enemy.”Understood in this broader context, trigger warnings and safe spaces are not merely about allowing traumatized students access to education. Whatever their original purpose may have been, trigger warnings are now used to mark discussions of racism, sexism, and U.S. imperialism. The logic of this more expansive use is straightforward: Any threat to one’s core identity, especially if that identity is marginalized, is a potential trigger that creates an unsafe space. But what about situations in which students encounter this kind of discussion from fellow students? Would a University of Chicago freshman want to express an opinion that might make her someone’s enemy? Would she want to be responsible for intolerant, disrespectful hate speech that creates an unsafe space? Best, instead, to remain silent. (…) The unpleasant truth is that historically marginalized groups, including racial minorities and members of the LGBT community, are not the only people whose beliefs and identities are marginalized on many college campuses. Those who believe in the exclusive truth of a single revealed religion or those who believe that all religions are nonsensical are silenced by the culture of trigger warnings and safe spaces. (…) There is no doubt that in America, the perspective of white, heterosexual Christian males has enjoyed disproportionate emphasis, particularly in higher education. Trigger warnings, safe spaces, diversity initiatives, and attention to social justice: all of these are essential for pushing back against this lopsided power dynamic. But there is a very real danger that these efforts will become overzealous and render opposing opinions taboo. Instead of dialogues in which everyone is fairly represented, campus conversations about race, gender, and religion will devolve into monologues about the virtues of tolerance and diversity. I have seen it happen, not only at the University of Chicago, my alma mater, but also at the school where I currently teach, James Madison University, where the majority of students are white and Christian. The problem, I’d wager, is fairly widespread, at least at secular universities.Silencing these voices is not a good thing for anyone, especially the advocates of marginalized groups who hope to sway public opinion. Take for example the idea that God opposes homosexuality, a belief that some students still hold. On an ideal campus, these students would feel free to voice their belief. They would then be confronted by opposing arguments, spoken, perhaps, by the very people whose sexual orientation they have asserted is sinful. At least in this kind of environment, these students would have an opportunity to see the weaknesses in their position and potentially change their minds. But if students do not feel free to voice their opinions, they will remain silent, retreating from the classroom to discuss their position on homosexuality with family, friends, and other like-minded individuals. They will believe, correctly in some cases, that advocates of gay rights see them as hateful, intolerant bigots who deserve to be silenced, and which may persuade them to cling with even greater intensity to their convictions.A more charitable interpretation of the University of Chicago letter is that it is meant to inoculate students against allergy to argument. Modern, secular, liberal education is supposed to combine a Socratic ideal of the examined life with a Millian marketplace of ideas. It is boot camp, not a hotel. In theory, this will produce individuals who have cultivated their intellect and embraced new ideas via communal debate—the kind of individuals who make good neighbors and citizens.The communal aspect of the debate is important. It demands patience, open-mindedness, empathy, the courage to question others and be questioned, and above all, attempting to see things as others do. But even though academic debate takes place in a community, it is also combat. Combat can hurt. It is literally offensive. Without offense there is no antagonistic dialogue, no competitive marketplace, and no chance to change your mind. Impious, disrespectful Socrates was executed in Athens for having the temerity to challenge people’s most deeply held beliefs. It would be a shame to execute him again. Alan Levinovitz

Attention, un racisme peut en cacher un autre !

Condamnation d’un bal costumé et annulation d’un cours de yoga, accusations d’appropriation culturelle, espaces protégés (avec biscuits, livres à colorier, bulles, pâte à modeler, musique apaisante, oreillers, couvertures et vidéo de chiots batifolant), signalisation des contenus, essentialisme identitaire, racisme antiblanc, sexisme antihomme ou antichristianisme primaire …

A l’heure où  entre une Allemagne où brûler une synagogue est devenu une manière justifiée d’ « attirer l’attention sur le conflit entre Gaza et Israël » …

Et un Vatican où le simple appel à la purification ethnique des seuls juifs et chrétiens de leurs berceaux historiques vous vaut une ambassade

Et après la résolution de la honte du mois dernier …

La planète entière assemblée à Paris communie …

En l’absence des protagonistes et à respectivement cinq jours et cinq mois du départ des gouvernements de ses principaux organisateurs …

Pour une énième condamnation du seul Etat d’Israël

Pendant que contre le choix du peuple américain et entre menaces de boycott et menaces de mort, Hollywood et les réseaux sociaux veulent nous faire passer pour le plus avancé des progressismes leur loi de la foule et de la rue …

Devinez…

Au nom même du métissage et de la diversité …

A quoi peuvent bien se déchirer et nous préparer nos universités ?

Appropriation culturelle, un racisme déguisé ?

Se déguiser n’est pas jouer

Mathieu Bock-Côté est sociologue, auteur du « Multiculturalisme comme religion politique » (Cerf Ed., 2016).
Causeur
30 décembre 2016

Le scandale canadien du mois, révélé par le quotidien La Presse, nous vient de l’université Queen’s en Ontario. À la mi-novembre s’est tenu sur le campus un bal costumé, où certains étudiants se sont déguisés en moines bouddhistes, en combattants Viêt-cong ou en cheikhs arabes. Un banal bal costumé, donc. Mais non, ça ne se passe plus comme ça au Canada.

En effet, dès que la nouvelle a circulé, l’antiracisme universitaire s’est instantanément mobilisé pour condamner ce scandale. Et l’accusation est grave : il s’agirait là d’un cas manifeste d’appropriation culturelle. Le badaud de bonne foi se demandera de quoi on parle. Ce concept est en vogue depuis quelques années dans les universités américaines.

On définira la chose ainsi : il y a appropriation culturelle lorsqu’une personne associée à la majorité blanche dominante (lorsque c’est un homme hétérosexuel, c’est encore pire) s’approprie un symbole culturel – sacré ou non – lié à une minorité dominée pour l’instrumentaliser de manière esthétique ou ludique. C’est aussi pour cela qu’en novembre 2015, un cours de yoga avait été annulé à l’université d’Ottawa, parce qu’il légitimait, nous a-t-on expliqué, une sorte de néocolonialisme s’emparant sans gêne de pratiques culturelles de sociétés victimes de l’Occident.

L’antiracisme identitaire

Étrange retournement. On croyait devoir chanter le métissage, mais l’antiracisme se retourne et célèbre l’essentialisme identitaire : chacun restera dans sa case et n’en sortira jamais. Paradoxalement, les mêmes célèbrent la théorie du genre qui permet à chacun de céder au fantasme de l’auto-engendrement tout en multipliant les bricolages identitaires.

Dans le cas qui nous intéresse ici, celui de l’université Queen’s, s’ajoutait l’accusation de reproduire des stéréotypes racistes. Tout cela peut faire rire. Mais on devrait s’inquiéter de ce que deviennent les universités nord-américaines, où le multiculturalisme et le politiquement correct s’accouplent pour engendrer une forme de bêtise fanatisée qui voit partout s’exercer l’empire de l’homme blanc et pousse à une résistance généralisée contre lui.

C’est aussi dans cet esprit que se multiplient les safe spaces où les différentes minorités victimes peuvent se replier dans un entre-soi réconfortant pour se dérober au regard inquisiteur de leurs bourreaux putatifs.

Tant qu’à parler sans cesse de radicalisation, on devrait s’inquiéter de celle du multiculturalisme, qui devient de plus en plus ouvertement un racisme antiblanc et de celle du féminisme qui devient un sexisme antihomme. Le politiquement correct est rendu fou, l’esprit de sérieux domine tout, et la nouvelle police des mœurs diversitaires met son nez partout. Amis français, soyez attentifs, ça arrivera bientôt chez vous.

 Voir aussi:

How Trigger Warnings Silence Religious Students
Practices meant to protect marginalized communities can also ostracize those who disagree with them.
Alan Levinovitz
The Atlantic
Aug 30, 2016

Last week, the University of Chicago’s dean of students sent a welcome letter to freshmen decrying trigger warnings and safe spaces—ways for students to be warned about and opt out of exposure to potentially challenging material. While some supported the school’s actions, arguing that these practices threaten free speech and the purpose of higher education, the note also led to widespread outrage, and understandably so. Considered in isolation, trigger warnings may seem straightforwardly good. Basic human decency means professors like myself should be aware of students’ traumatic experiences, and give them a heads up about course content—photographs of dead bodies, extended accounts of abuse, disordered eating, self-harm—that might trigger an anxiety attack and foreclose intellectual engagement. Similarly, it may seem silly to object to the creation of safe spaces on campus, where members of marginalized groups can count on meeting supportive conversation partners who empathize with their life experiences, and where they feel free to be themselves without the threat of judgment or censure.In response to the letter, some have argued that the dean willfully ignored or misunderstood these intended purposes to play up a caricature of today’s college students as coddled and entitled. Safe spaces and trigger warnings pose no real threat to free speech, these critics say—that idea is just a specter conjured up by crotchety elites who fear empowered students.Perhaps. But as a professor of religious studies, I know firsthand how debates about trigger warnings and safe spaces can have a chilling effect on classroom discussions. It’s not my free speech I’m worried about; professors generally feel confident presenting difficult or controversial material, although some may fear for their jobs after seeing other faculty members subjected to intense and public criticism. Students, on the other hand, do not have that assurance. Their ability to speak freely in the classroom is currently endangered—but not in the way some of their peers might think. Although trigger warnings and safe spaces claim to create an environment where everyone is free to speak their minds, the spirit of tolerance and respect that inspires these policies can also stifle dialogue about controversial topics, particularly race, gender, and, in my experience, religious beliefs.
Students should be free to argue their beliefs without fear of being labeled intolerant or disrespectful, whether they think certain sexual orientations are forbidden by God, life occurs at the moment of conception, or Islam is the exclusive path to salvation; and conversely, the same freedom should apply to those who believe God doesn’t care about who we have sex with, abortion is a fundamental right, or Islam is based on nothing more than superstitious nonsense. As it stands, that freedom does not exist in most academic settings, except when students’ opinions line up with what can be broadly understood as progressive political values.Trigger warnings and safe spaces are terms that reflect the values of the communities in which they’re used. The loudest, most prominent advocates of these practices are often the people most likely to condemn Western yoga as “cultural appropriation,” to view arguments about the inherent danger of Islam as hate speech, or to label arguments against affirmative action as impermissible microaggressions. These advocates routinely use the word “ally” to describe those who support their positions on race, gender, and religion, implying that anyone who disagrees is an “enemy.”Understood in this broader context, trigger warnings and safe spaces are not merely about allowing traumatized students access to education. Whatever their original purpose may have been, trigger warnings are now used to mark discussions of racism, sexism, and U.S. imperialism. The logic of this more expansive use is straightforward: Any threat to one’s core identity, especially if that identity is marginalized, is a potential trigger that creates an unsafe space.

But what about situations in which students encounter this kind of discussion from fellow students? Would a University of Chicago freshman want to express an opinion that might make her someone’s enemy? Would she want to be responsible for intolerant, disrespectful hate speech that creates an unsafe space? Best, instead, to remain silent.

This attitude is a disaster in the religious-studies classroom. As the Boston University professor Stephen Prothero put it in his book God Is Not One, “Students are good with ‘respectful,’ but they are allergic to ‘argument.’” Religion can be an immensely important part of one’s identity—for many, more important than race or sexual orientation. To assert that a classmate’s most deeply held beliefs are false or evil is to attack his or her identity, arguably similar to the way in which asserting that a transgender person is mistaken about their gender is an attack on their identity.Objections to “anti-Muslim” campus speakers as promoting “hate speech” and creating a “hostile learning environment” vividly illustrate the connection between contentious assertions about religion, trigger warnings, and safe spaces. The claim that Islam—or, by implication, any religious faith—is false or dangerous is indistinguishable from hostile hate speech. To make such a claim in class is to be a potential enemy of fellow students, to marginalize them, disrespect them, and make them feel unsafe. If respect requires refraining from attacking people’s identity, then the only respectful discussion of religion is one in which everyone affirms everyone else’s beliefs, describes those beliefs without passing judgment, or simply remains silent.As Prothero notes, that’s usually what ends up happening. According to anonymous in-class surveys, about one-third of my students believe in the exclusive salvific truth of Christianity. But rarely do these students defend their beliefs in class. In private, they have told me that they believe doing so could be construed as hateful, hostile, intolerant, and disrespectful; after all, they’re saying that if others don’t believe what they do, they’ll go to hell. Then there are my students, about one-fourth of them, who think no religion is true. They probably agree with Thomas Jefferson that the final book of the New Testament is “merely the ravings of a maniac, no more worthy, nor capable of explanation, than the incoherences of our own nightly dreams.” But they’d never say so in class. This kind of comment would likely seem even worse when directed at religious minorities, including those who practice Judaism, Islam, or Buddhism.
One could make the case that students who refrain from religious debate are making a mistake by confusing religious identity, which is free game for criticism, with racial and gender identity, which are not. Racial and gender identity deserve special consideration because they are unchosen aspects of one’s biological and historical self, while religious identity is a set of propositions about reality that can be accepted or rejected on the basis of evidence and argument. But this argument is itself controversial. Religion is a part of one’s historical self, and to reject religious beliefs often means rejecting family and friends. (Nor, as Jews can attest, are the categories of religion and race separable.) Religion also has a great deal to say about sex and gender, and may shape people’s perceptions of their own sexuality or gender identity.

The unpleasant truth is that historically marginalized groups, including racial minorities and members of the LGBT community, are not the only people whose beliefs and identities are marginalized on many college campuses. Those who believe in the exclusive truth of a single revealed religion or those who believe that all religions are nonsensical are silenced by the culture of trigger warnings and safe spaces. I know this is true because I know these students are in my classroom, but I rarely hear their opinions expressed in class.

There is no doubt that in America, the perspective of white, heterosexual Christian males has enjoyed disproportionate emphasis, particularly in higher education. Trigger warnings, safe spaces, diversity initiatives, and attention to social justice: all of these are essential for pushing back against this lopsided power dynamic. But there is a very real danger that these efforts will become overzealous and render opposing opinions taboo. Instead of dialogues in which everyone is fairly represented, campus conversations about race, gender, and religion will devolve into monologues about the virtues of tolerance and diversity. I have seen it happen, not only at the University of Chicago, my alma mater, but also at the school where I currently teach, James Madison University, where the majority of students are white and Christian. The problem, I’d wager, is fairly widespread, at least at secular universities.Silencing these voices is not a good thing for anyone, especially the advocates of marginalized groups who hope to sway public opinion. Take for example the idea that God opposes homosexuality, a belief that some students still hold. On an ideal campus, these students would feel free to voice their belief. They would then be confronted by opposing arguments, spoken, perhaps, by the very people whose sexual orientation they have asserted is sinful. At least in this kind of environment, these students would have an opportunity to see the weaknesses in their position and potentially change their minds. But if students do not feel free to voice their opinions, they will remain silent, retreating from the classroom to discuss their position on homosexuality with family, friends, and other like-minded individuals. They will believe, correctly in some cases, that advocates of gay rights see them as hateful, intolerant bigots who deserve to be silenced, and which may persuade them to cling with even greater intensity to their convictions.A more charitable interpretation of the University of Chicago letter is that it is meant to inoculate students against allergy to argument. Modern, secular, liberal education is supposed to combine a Socratic ideal of the examined life with a Millian marketplace of ideas. It is boot camp, not a hotel. In theory, this will produce individuals who have cultivated their intellect and embraced new ideas via communal debate—the kind of individuals who make good neighbors and citizens.The communal aspect of the debate is important. It demands patience, open-mindedness, empathy, the courage to question others and be questioned, and above all, attempting to see things as others do. But even though academic debate takes place in a community, it is also combat. Combat can hurt. It is literally offensive. Without offense there is no antagonistic dialogue, no competitive marketplace, and no chance to change your mind. Impious, disrespectful Socrates was executed in Athens for having the temerity to challenge people’s most deeply held beliefs. It would be a shame to execute him again.
Voir également:

Students Are Literally ‘Hiding from Scary Ideas,’ Or Why My Mom’s Nursery School Is Edgier Than College

Safe spaces are infantilizing and insulting.

Robby Soave
Mar. 22, 2015

My mother is a nursery school teacher. Her classroom is a place for children between one and two years of age—adorable little tykes who are learning how to crawl, how to walk, and eventually, how to talk. Coloring materials, Play-Doh, playful tunes, bubbles, and nap time are a few of the components of her room: a veritable « safe space » for the kids entrusted to her expert care.

We’ll come back to that in a minute.

Judith Shulevitz—formerly of The New Republic, where her eminently reasonable and fact-based perspective has been replaced by mean-spirited blathering—writes that college students now fear perspectives that clash with their own so deeply that they are quite literally hiding from them.

In a must-read op-ed for The New York Times, Shulevitz provides examples of the most egregious instances. At Brown University last fall, for instance, the prospect of a debate between leftist-feminist Jessica Valenti and libertarian-feminist (and Reason contributor) Wendy McElroy was so horrifying to some students—including Sexual Assault Task Force member Katherine Byron—that the creation of a « safe space » was necessary. McElroy’s contrarian perspective on the existence of rape culture ran the risk of « invalidating people’s experiences » and « damaging » them, according to Byron.

The safe space she created, as described by Shulevitz, sounds familiar to me:

The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said.

It’s my mother’s classroom!

To say that the 18-year-olds at Brown who sought refuge from ideas that offended them are behaving like toddlers is actually to insult the toddlers—who don’t attend daycare by choice, and who routinely demonstrate more intellectual courage than these students seem capable of. (Anyone who has ever observed a child tackling blocks for the first time, or taking a chance on the slide, knows what I mean.)

Lest anyone conclude that Brown must be a laughable outlier, read the rest of Shulevitz’s essay:

A few weeks ago, Zineb El Rhazoui, a journalist at Charlie Hebdo, spoke at the University of Chicago, protected by the security guards she has traveled with since supporters of the Islamic State issued death threats against her. During the question-and-answer period, a Muslim student stood up to object to the newspaper’s apparent disrespect for Muslims and to express her dislike of the phrase “I am Charlie.” …

A few days later, a guest editorialist in the student newspaper took Ms. El Rhazoui to task. She had failed to ensure “that others felt safe enough to express dissenting opinions.” Ms. El Rhazoui’s “relative position of power,” the writer continued, had granted her a “free pass to make condescending attacks on a member of the university.” In a letter to the editor, the president and the vice president of the University of Chicago French Club, which had sponsored the talk, shot back, saying, “El Rhazoui is an immigrant, a woman, Arab, a human-rights activist who has known exile, and a journalist living in very real fear of death. She was invited to speak precisely because her right to do so is, quite literally, under threat.”

You’d be hard-pressed to avoid the conclusion that the student and her defender had burrowed so deep inside their cocoons, were so overcome by their own fragility, that they couldn’t see that it was Ms. El Rhazoui who was in need of a safer space.

Caving to students’ demands for trigger warnings and safe spaces is doing them no favors: it robs them of the intellectually-challenging, worldview-altering kind of experience they should be having at college. It also emboldens them to seek increasingly absurd and infantilizing restrictions on themselves and each other.

As their students mature, my mother and her co-workers encourage the children to forego high chairs and upgrade from diapers to « big kid » toilets. If only American college administrators and professors did the same with their students.

Voir encore:

In College and Hiding From Scary Ideas
Judith Shulevitz
The New York Times
March 21, 2015

KATHERINE BYRON, a senior at Brown University and a member of its Sexual Assault Task Force, considers it her duty to make Brown a safe place for rape victims, free from anything that might prompt memories of trauma.

So when she heard last fall that a student group had organized a debate about campus sexual assault between Jessica Valenti, the founder of feministing.com, and Wendy McElroy, a libertarian, and that Ms. McElroy was likely to criticize the term “rape culture,” Ms. Byron was alarmed. “Bringing in a speaker like that could serve to invalidate people’s experiences,” she told me. It could be “damaging.”

Ms. Byron and some fellow task force members secured a meeting with administrators. Not long after, Brown’s president, Christina H. Paxson, announced that the university would hold a simultaneous, competing talk to provide “research and facts” about “the role of culture in sexual assault.” Meanwhile, student volunteers put up posters advertising that a “safe space” would be available for anyone who found the debate too upsetting.

The safe space, Ms. Byron explained, was intended to give people who might find comments “troubling” or “triggering,” a place to recuperate. The room was equipped with cookies, coloring books, bubbles, Play-Doh, calming music, pillows, blankets and a video of frolicking puppies, as well as students and staff members trained to deal with trauma. Emma Hall, a junior, rape survivor and “sexual assault peer educator” who helped set up the room and worked in it during the debate, estimates that a couple of dozen people used it. At one point she went to the lecture hall — it was packed — but after a while, she had to return to the safe space. “I was feeling bombarded by a lot of viewpoints that really go against my dearly and closely held beliefs,” Ms. Hall said.

Safe spaces are an expression of the conviction, increasingly prevalent among college students, that their schools should keep them from being “bombarded” by discomfiting or distressing viewpoints. Think of the safe space as the live-action version of the better-known trigger warning, a notice put on top of a syllabus or an assigned reading to alert students to the presence of potentially disturbing material.

Some people trace safe spaces back to the feminist consciousness-raising groups of the 1960s and 1970s, others to the gay and lesbian movement of the early 1990s. In most cases, safe spaces are innocuous gatherings of like-minded people who agree to refrain from ridicule, criticism or what they term microaggressions — subtle displays of racial or sexual bias — so that everyone can relax enough to explore the nuances of, say, a fluid gender identity. As long as all parties consent to such restrictions, these little islands of self-restraint seem like a perfectly fine idea.

But the notion that ticklish conversations must be scrubbed clean of controversy has a way of leaking out and spreading. Once you designate some spaces as safe, you imply that the rest are unsafe. It follows that they should be made safer.

This logic clearly informed a campaign undertaken this fall by a Columbia University student group called Everyone Allied Against Homophobia that consisted of slipping a flier under the door of every dorm room on campus. The headline of the flier stated, “I want this space to be a safer space.” The text below instructed students to tape the fliers to their windows. The group’s vice president then had the flier published in the Columbia Daily Spectator, the student newspaper, along with an editorial asserting that “making spaces safer is about learning how to be kind to each other.”

A junior named Adam Shapiro decided he didn’t want his room to be a safer space. He printed up his own flier calling it a dangerous space and had that, too, published in the Columbia Daily Spectator. “Kindness alone won’t allow us to gain more insight into truth,” he wrote. In an interview, Mr. Shapiro said, “If the point of a safe space is therapy for people who feel victimized by traumatization, that sounds like a great mission.” But a safe-space mentality has begun infiltrating classrooms, he said, making both professors and students loath to say anything that might hurt someone’s feelings. “I don’t see how you can have a therapeutic space that’s also an intellectual space,” he said.

I’m old enough to remember a time when college students objected to providing a platform to certain speakers because they were deemed politically unacceptable. Now students worry whether acts of speech or pieces of writing may put them in emotional peril. Two weeks ago, students at Northwestern University marched to protest an article by Laura Kipnis, a professor in the university’s School of Communication. Professor Kipnis had criticized — O.K., ridiculed — what she called the sexual paranoia pervading campus life.

The protesters carried mattresses and demanded that the administration condemn the essay. One student complained that Professor Kipnis was “erasing the very traumatic experience” of victims who spoke out. An organizer of the demonstration said, “we need to be setting aside spaces to talk” about “victim-blaming.” Last Wednesday, Northwestern’s president, Morton O. Schapiro, wrote an op-ed article in The Wall Street Journal affirming his commitment to academic freedom. But plenty of others at universities are willing to dignify students’ fears, citing threats to their stability as reasons to cancel debates, disinvite commencement speakers and apologize for so-called mistakes.

At Oxford University’s Christ Church college in November, the college censors (a “censor” being more or less the Oxford equivalent of an undergraduate dean) canceled a debate on abortion after campus feminists threatened to disrupt it because both would-be debaters were men. “I’m relieved the censors have made this decision,” said the treasurer of Christ Church’s student union, who had pressed for the cancellation. “It clearly makes the most sense for the safety — both physical and mental — of the students who live and work in Christ Church.”

A year and a half ago, a Hampshire College student group disinvited an Afrofunk band that had been attacked on social media for having too many white musicians; the vitriolic discussion had made students feel “unsafe.”

Last fall, the president of Smith College, Kathleen McCartney, apologized for causing students and faculty to be “hurt” when she failed to object to a racial epithet uttered by a fellow panel member at an alumnae event in New York. The offender was the free-speech advocate Wendy Kaminer, who had been arguing against the use of the euphemism “the n-word” when teaching American history or “The Adventures of Huckleberry Finn.” In the uproar that followed, the Student Government Association wrote a letter declaring that “if Smith is unsafe for one student, it is unsafe for all students.”

“It’s amazing to me that they can’t distinguish between racist speech and speech about racist speech, between racism and discussions of racism,” Ms. Kaminer said in an email.

The confusion is telling, though. It shows that while keeping college-level discussions “safe” may feel good to the hypersensitive, it’s bad for them and for everyone else. People ought to go to college to sharpen their wits and broaden their field of vision. Shield them from unfamiliar ideas, and they’ll never learn the discipline of seeing the world as other people see it. They’ll be unprepared for the social and intellectual headwinds that will hit them as soon as they step off the campuses whose climates they have so carefully controlled. What will they do when they hear opinions they’ve learned to shrink from? If they want to change the world, how will they learn to persuade people to join them?

Only a few of the students want stronger anti-hate-speech codes. Mostly they ask for things like mandatory training sessions and stricter enforcement of existing rules. Still, it’s disconcerting to see students clamor for a kind of intrusive supervision that would have outraged students a few generations ago. But those were hardier souls. Now students’ needs are anticipated by a small army of service professionals — mental health counselors, student-life deans and the like. This new bureaucracy may be exacerbating students’ “self-infantilization,” as Judith Shapiro, the former president of Barnard College, suggested in an essay for Inside Higher Ed.

But why are students so eager to self-infantilize? Their parents should probably share the blame. Eric Posner, a professor at the University of Chicago Law School, wrote on Slate last month that although universities cosset students more than they used to, that’s what they have to do, because today’s undergraduates are more puerile than their predecessors. “Perhaps overprogrammed children engineered to the specifications of college admissions offices no longer experience the risks and challenges that breed maturity,” he wrote. But “if college students are children, then they should be protected like children.”

Another reason students resort to the quasi-medicalized terminology of trauma is that it forces administrators to respond. Universities are in a double bind. They’re required by two civil-rights statutes, Title VII and Title IX, to ensure that their campuses don’t create a “hostile environment” for women and other groups subject to harassment. However, universities are not supposed to go too far in suppressing free speech, either. If a university cancels a talk or punishes a professor and a lawsuit ensues, history suggests that the university will lose. But if officials don’t censure or don’t prevent speech that may inflict psychological damage on a member of a protected class, they risk fostering a hostile environment and prompting an investigation. As a result, students who say they feel unsafe are more likely to be heard than students who demand censorship on other grounds.

The theory that vulnerable students should be guaranteed psychological security has roots in a body of legal thought elaborated in the 1980s and 1990s and still read today. Feminist and anti-racist legal scholars argued that the First Amendment should not safeguard language that inflicted emotional injury through racist or sexist stigmatization. One scholar, Mari J. Matsuda, was particularly insistent that college students not be subjected to “the violence of the word” because many of them “are away from home for the first time and at a vulnerable stage of psychological development.” If they’re targeted and the university does nothing to help them, they will be “left to their own resources in coping with the damage wrought.” That might have, she wrote, “lifelong repercussions.”

Perhaps. But Ms. Matsuda doesn’t seem to have considered the possibility that insulating students could also make them, well, insular. A few weeks ago, Zineb El Rhazoui, a journalist at Charlie Hebdo, spoke at the University of Chicago, protected by the security guards she has traveled with since supporters of the Islamic State issued death threats against her. During the question-and-answer period, a Muslim student stood up to object to the newspaper’s apparent disrespect for Muslims and to express her dislike of the phrase “I am Charlie.”

Ms. El Rhazoui replied, somewhat irritably, “Being Charlie Hebdo means to die because of a drawing,” and not everyone has the guts to do that (although she didn’t use the word guts). She lives under constant threat, Ms. El Rhazoui said. The student answered that she felt threatened, too.

A few days later, a guest editorialist in the student newspaper took Ms. El Rhazoui to task. She had failed to ensure “that others felt safe enough to express dissenting opinions.” Ms. El Rhazoui’s “relative position of power,” the writer continued, had granted her a “free pass to make condescending attacks on a member of the university.” In a letter to the editor, the president and the vice president of the University of Chicago French Club, which had sponsored the talk, shot back, saying, “El Rhazoui is an immigrant, a woman, Arab, a human-rights activist who has known exile, and a journalist living in very real fear of death. She was invited to speak precisely because her right to do so is, quite literally, under threat.”

You’d be hard-pressed to avoid the conclusion that the student and her defender had burrowed so deep inside their cocoons, were so overcome by their own fragility, that they couldn’t see that it was Ms. El Rhazoui who was in need of a safer space.

Judith Shulevitz is a contributing opinion writer and the author of “The Sabbath World: Glimpses of a Different Order of Time.”

Voir de plus:

Trigger happy
The « trigger warning » has spread from blogs to college classes. Can it be stopped?
Jenny Jarvie
New Republic
March 4, 2014

The headline above would, if some readers had their way, include a « trigger warning »—a disclaimer to alert you that this article contains potentially traumatic subject matter. Such warnings, which are most commonly applied to discussions about rape, sexual abuse, and mental illness, have appeared on message boards since the early days of the Web. Some consider them an irksome tic of the blogosphere’s most hypersensitive fringes, and yet they’ve spread from feminist forums and social media to sites as large as the The Huffington Post. Now, the trigger warning is gaining momentum beyond the Internet—at some of the nation’s most prestigious universities.

Last week, student leaders at the University of California, Santa Barbara, passed a resolution urging officials to institute mandatory trigger warnings on class syllabi. Professors who present « content that may trigger the onset of symptoms of Post-Traumatic Stress Disorder » would be required to issue advance alerts and allow students to skip those classes. According to UCSB newspaper The Daily Nexus, Bailey Loverin, the student who sponsored the proposal, decided to push the issue after attending a class in which she “felt forced” to sit through a film that featured an “insinuation” of sexual assault and a graphic depiction of rape. A victim of sexual abuse, she did not want to remain in the room, but she feared she would only draw attention to herself by walking out.

On college campuses across the country, a growing number of students are demanding trigger warnings on class content. Many instructors are obliging with alerts in handouts and before presentations, even emailing notes of caution ahead of class. At Scripps College, lecturers give warnings before presenting a core curriculum class, the “Histories of the Present: Violence, » although some have questioned the value of such alerts when students are still required to attend class. Oberlin College has published an official document on triggers, advising faculty members to « be aware of racism, classism, sexism, heterosexism, cissexism, ableism, and other issues of privilege and oppression, » to remove triggering material when it doesn’t « directly » contribute to learning goals and « strongly consider » developing a policy to make « triggering material » optional. Chinua Achebe’s Things Fall Apart, it states, is a novel that may « trigger readers who have experienced racism, colonialism, religious persecution, violence, suicide and more. » Warnings have been proposed even for books long considered suitable material for high-schoolers: Last month, a Rutgers University sophomore suggested that an alert for F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby say, « TW: suicide, domestic abuse and graphic violence. »

What began as a way of moderating Internet forums for the vulnerable and mentally ill now threatens to define public discussion both online and off. The trigger warning signals not only the growing precautionary approach to words and ideas in the university, but a wider cultural hypersensitivity to harm and a paranoia about giving offense. And yet, for all the debate about the warnings on campuses and on the Internet, few are grappling with the ramifications for society as a whole.

Not everyone seems to agree on what the trigger warning is, let alone how it should be applied. Initially, trigger warnings were used in self-help and feminist forums to help readers who might have post traumatic stress disorder to avoid graphic content that might cause painful memories, flashbacks, or panic attacks. Some websites, like Bodies Under Siege, a self-injury support message board, developed systems of adding abbreviated topic tags—from SI (self injury) to ED (eating disorders)—to particularly explicit posts. As the Internet grew, warnings became more popular, and critics began to question their use. In 2010, Susannah Breslin wrote in True/Slant that feminists were applying the term « like a Southern cook applies Pam cooking spray to an overused nonstick frying pan »—prompting Feministing to call her a « certifiable asshole, » and Jezebel to lament that the debate has « been totally clouded by ridiculous inflammatory rhetoric. »

The term only spread with the advent of social media. In 2012, The Awl’s Choire Sicha argued that it had « lost all its meaning. » Since then, alerts have been applied to topics as diverse as sex, pregnancy, addiction, bullying, suicide, sizeism, ableism, homophobia, transphobia, slut shaming, victim-blaming, alcohol, blood, insects, small holes, and animals in wigs. Certain people, from rapper Chris Brown to sex columnist Dan Savage, have been dubbed “triggering.” Some have called for trigger warnings for television shows such as « Scandal » and « Downton Abbey. » Even The New Republic has suggested the satirical news site, The Onion, carry trigger warnings.

At the end of last year, Slate declared 2013 the « Year of the Trigger Warning,” noting that such alerts had become the target of humor. Jezebel, which does not issue trigger warnings, raised hackles in August by using the term as a headline joke: « It’s Time To Talk About Bug Infestations [TRIGGER WARNING]. » Such usage, one critic argued, amounted to « trivializing » such alerts and « trolling people who believe in them. » And in Britain, Suzanne Moore, a feminist columnist for The Guardian, was taken to task when she put a trigger warning on her Twitter bioline, mocking those who followed her feeds only to claim offense. Some critics have ridiculed her in turn: « Trigger warning, @Suzanne_moore is talking again. » (Moore’s Twitter bio now reads, « Media Whore. »)

The backlash has not stopped the growth of the trigger warning, and now that they’ve entered university classrooms, it’s only a matter of time before warnings are demanded for other grade levels. As students introduce them in college newspapers, promotional material for plays, even poetry slams, it’s not inconceivable that they’ll appear at the beginning of film screenings and at the entrance to art exhibits. Will newspapers start applying warnings to articles about rape, murder, and war? Could they even become a regular feature of speech? « I was walking down Main Street last night when—trigger warning—I saw an elderly woman get mugged. »

The « Geek Feminism Wiki » states that trigger warnings should be used for « graphic descriptions or extensive discussion » of abuse, torture, self-harm, suicide, eating disorders, body shaming, and even « psychologically realistic » depictions of the mental state of people suffering from those; it notes that some have gone further, arguing for warnings before the « depiction or discussion of any consensual sexual activity [and] of discriminatory attitudes or actions, such as sexism or racism. » The definition on the Queer Dictionary Tumblr is similar, but expands warnings even to discussion of statistics on hate crimes and self-harming.

As the list of trigger warning–worthy topics continues to grow, there’s scant research demonstrating how words « trigger » or how warnings might help. Most psychological research on P.T.S.D. suggests that, for those who have experienced trauma, « triggers » can be complex and unpredictable, appearing in many forms, from sounds to smells to weather conditions and times of the year. In this sense, anything can be a trigger—a musky cologne, a ditsy pop song, a footprint in the snow.

As a means of navigating the Internet, or setting the tone for academic discussion, the trigger warning is unhelpful. Once we start imposing alerts on the basis of potential trauma, where do we stop? One of the problems with the concept of triggering—understanding words as devices that activate a mechanism or cause a situation—is it promotes a rigid, overly deterministic approach to language. There is no rational basis for applying warnings because there is no objective measure of words’ potential harm. Of course, words can inspire intense reactions, but they have no intrinsic danger. Two people who have endured similarly painful experiences, from rape to war, can read the same material and respond in wholly different ways.

Issuing caution on the basis of potential harm or insult doesn’t help us negotiate our reactions; it makes our dealings with others more fraught. As Breslin pointed out, trigger warnings can have the opposite of their intended effect, luring in sensitive people (and perhaps connoisseurs of graphic content, too). More importantly, they reinforce the fear of words by depicting an ever-expanding number of articles and books as dangerous and requiring of regulation. By framing more public spaces, from the Internet to the college classroom, as full of infinite yet ill-defined hazards, trigger warnings encourage us to think of ourselves as more weak and fragile than we really are.

What’s more, the fear of triggers risks narrowing what we’re exposed to. Raechel Tiffe, an assistant professor in Communication Arts and Sciences at Merrimack College, Massachusetts, described a lesson in which she thought everything had gone well, until a student approached her about a clip from the television musical comedy, « Glee, » in which a student commits suicide. For Tiffe, who uses trigger warnings for sexual assault and rape, the incident was a « teaching moment »—not for the students, but for her to be more aware of the breadth of students’ sensitivities.

As academics become more preoccupied with students’ feelings of harm, they risk opening the door to a never-ending litany of requests. Last month, students at Wellesley College protested a sculpture of a man in his underwear because, according to the Change.org petition, it was a source of « triggering thoughts regarding sexual assault. » While the petition acknowledged the sculpture may not disturb everyone on campus, it insisted we share a “responsibility to pay attention to and attempt to answer the needs of all of our community members. » Even after the artist explained that the figure was supposed to be sleepwalking, students continued to insist it be moved indoors.

Trigger warnings are presented as a gesture of empathy, but the irony is they lead only to more solipsism, an over-preoccupation with one’s own feelings—much to the detriment of society as a whole. Structuring public life around the most fragile personal sensitivities will only restrict all of our horizons. Engaging with ideas involves risk, and slapping warnings on them only undermines the principle of intellectual exploration. We cannot anticipate every potential trigger—the world, like the Internet, is too large and unwieldy. But even if we could, why would we want to? Bending the world to accommodate our personal frailties does not help us overcome them.

Voir de même:

Student protests
The right to fright
An obsession with safe spaces is not just bad for education: it also diminishes worthwhile campus protests
The Economist
Nov 14th 2015

HALLOWEEN is supposed to last for one night only. At Yale University (motto: “Light and Truth”) it has dragged on considerably longer. As happens at many American universities, Yale administrators sent an advisory e-mail to students before the big night, requesting them to refrain from wearing costumes that other students might find offensive. Given that it is legal for 18-year-old Americans to drive, marry and, in most places, own firearms, it might seem reasonable to let students make their own decisions about dressing-up—and to face the consequences when photographs of them disguised as Osama bin Laden can forever be found on Facebook or Instagram. Yet a determination to treat adults as children is becoming a feature of life on campus, and not just in America. Strangely, some of the most enthusiastic supporters of this development are the students themselves.

In response to the Yale e-mail, a faculty member wrote a carefully worded reply. In it she suggested that students and faculty ought to ponder whether a university should seek to control the behaviour of students in this way. Yes it should, came the reply, in the form of a letter signed by hundreds of students, protests and calls for two academics to resign for suggesting otherwise. Tellingly, the complaint made by some students at Yale’s Silliman College, where the row took place, was that they now felt unsafe.

On the face of it this is odd. New Haven, which surrounds Yale, had 60 shootings in 2014, 12 of them fatal. Thankfully, there has never been a shooting at the university. The choice of words was deliberate, though. Last year a debate on abortion at Oxford University was cancelled after some students complained that hearing the views of anti-abortionists would make them feel unsafe. Many British universities now provide “safe spaces” for students to protect them from views which they might find objectionable. Sometimes demands for safe space enter the classroom. Jeannie Suk, a Harvard law professor, has written about how students there tried to dissuade her from discussing rape in class when teaching the law on domestic violence, lest it trigger traumatic memories.

Bodies upon the gears

Like many bad ideas, the notion of safe spaces at universities has its roots in a good one. Gay people once used the term to refer to bars and clubs where they could gather without fear, at a time when many states still had laws against sodomy.

In the worst cases, though, an idea that began by denoting a place where people could assemble without being prosecuted has been reinvented by students to serve as a justification for shutting out ideas. At Colorado College, safety has been invoked by a student group to prevent the screening of a film celebrating the Stonewall riots which downplays the role of minorities in the gay-rights movement. The same reasoning has led some students to request warnings before colleges expose them to literature that deals with racism and violence. People as different as Condoleezza Rice, a former secretary of state, and Bill Maher, a satirist, have been dissuaded from giving speeches on campuses, sometimes on grounds of safety.

What makes this so objectionable is that there are plenty of things on American campuses that really do warrant censure from the university. Administrators at the University of Oklahoma managed not to notice that one of its fraternities, Sigma Alpha Epsilon, had cheerily sung a song about hanging black people from a tree for years, until a video of them doing so appeared on the internet. At the University of Missouri, whose president resigned on November 9th, administrators did a poor job of responding to complaints of unacceptable behaviour on campus—which included the scattering of balls of cotton about the place, as a put-down to black students, and the smearing of faeces in the shape of a swastika in a bathroom.

Distinguishing between this sort of thing and obnoxious Halloween costumes ought not to be a difficult task. But by equating smaller ills with bigger ones, students and universities have made it harder, and diminished worthwhile protests in the process. The University of Missouri episode shows how damaging this confusion can be: some activists tried to prevent the college’s own newspaper from covering their demonstration, claiming that to do so would have endangered their safe space, thereby rendering a reasonable protest absurd.

Fifty years ago student radicals agitated for academic freedom and the right to engage in political activities on campus. Now some of their successors are campaigning for censorship and increased policing by universities of student activities. The supporters of these ideas on campus are usually described as radicals. They are, in fact, the opposite.

Voir également:

The Trapdoor of Trigger Words

What the science of trauma can tell us about an endless campus debate.

Katy Waldman

Photo illustration by Natalie Matthews-Ramo. Photos by Thinkstock.

As educators and students suited up for the fall semester last month, University of Chicago dean of students John Ellison sent a provocative letter to incoming freshmen about all the cushioning policies they should not expect at their new school. “We do not support so-called ‘trigger warnings,’ we do not cancel invited speakers because their topics might prove controversial, and we do not condone the creation of intellectual ‘safe spaces’ where individuals can retreat from ideas and perspectives at odds with their own,” Ellison wrote.

Ellison’s pre-emptive strike against trigger warnings, or alerts that professors might stamp on coursework that could provoke a strong emotional response, was the latest salvo in a yearslong and stormy conversation on college campuses—a kind of agon between “free speech” and “safe spaces.” The University of Chicago missive seemed to plant a flag in the former camp, declaring itself a Political Correctness Avenger, its cape of First Amendment verities fluttering in the wind.

Its side of the debate insists that students have embraced an ethos of personal fragility—that they are infantilizing themselves by overreacting to tiny slights. A splashy Atlantic cover story from September 2015 on the “coddling of the American mind” argued that universities were playacting at PTSD, co-opting the disorder’s hypersensitivity and hypervigilance. The other side protests administrators’ lack of awareness of marginalized groups; these students say they seek more inclusive, responsive, and enlightened spaces for learning. For them, the “tiny slights” have a name—microaggressions—and a high cost. They accumulate like a swarm of poisonous bee stings. As one outgoing college senior at American University told the Washington Post in May, “I don’t think it’s outrageous for me to want my campus to be better than the world around it. … I think that makes me a good person.”

The Atlantic piece cited Chinua Achebe’s Things Fall Apart and F. Scott Fitzgerald’s The Great Gatsby as two classic texts that have stirred calls for trigger warnings due to their racially motivated violence and domestic abuse, respectively. Students at Rutgers in 2014 beseeched a professor to append a trigger warning to descriptions of suicidal thinking in Mrs. Dalloway; students at Columbia did the same in 2015 for scenes of sexual assault in Ovid’s Metamorphoses. In some cases, the flags are meant to shepherd students away from high-voltage material; in others, they simply advise readers to be prepared. Often derided or ironized online by concerned citizens (and especially by free speech advocates), they are a response to something real: Scientists agree that triggers can awaken dormant memories and hijack the rational control board of the cortex, drowning awareness of the present moment in eddies of panic.

Enacted correctly, trigger warnings and related measures are not supposed to constrict academic horizons.

As Ali Vingiano recounts for BuzzFeed, trigger warnings were born not in the ivory tower but on the lady-blogosphere, where they prefaced message-board postings about topics like self-harm, eating disorders, and sexual assault. The advisory labels swam to LiveJournal in the early aughts, then spread across Tumblr, Twitter, and Facebook. By 2012, they speckled such feminist sites as Bitch, Shakesville, and xoJane, creating protective force fields around articles that touched on everything from depression to aggressive dogs. These internet “heads up” notes allowed vulnerable readers to tread lightly through and around subjects that reignited their pain. But they also acquired a sanctimonious, performative aura. “As practiced in the real world,” Amanda Marcotte wrote in Slate last year, “the trigger warning is less about preventive mental health care and more about social signaling of liberal credentials.”

Similarly, the vaudeville toughness of Ellison’s letter felt designed more to make a cultural point than to edify students. Enacted correctly, the measures Ellison invokes are not supposed to constrict academic horizons. They are meant to secure for minority students the same freedoms to speak and explore that white male students have enjoyed for decades.

A spokesman for the University of Chicago, Jeremy Manier, acknowledged on the phone that at issue were “intellectual safe spaces,” not safe spaces in general: The university has already thrown its support behind a “safe space program” for lesbian, gay, bisexual, and transgender students. Individual University of Chicago professors, Manier added, are also welcome to use trigger warnings if they so choose.

For all the furor they inspire, trigger warnings are relatively rare. According to a National Coalition Against Censorship survey last year of more than 800 educators, fewer than 1 percent of institutions have adopted a policy on trigger warnings; 15 percent of respondents reported students requesting them in their courses; and only 7.5 percent reported students initiating efforts to require trigger warnings.

What’s more, as the survey notes, while media narratives paint these cautions as forms of left-wing political correctness, a significant minority of trigger warnings arise on conservative campuses in response to explicit or queer content. NCAC executive director Joan Bertin told me that the survey yielded more than 94 reports of sex-related trigger warnings, including from art history teachers displaying homoerotic images and studio drawing teachers importuned to announce nudity and help “conservative students … feel more in control of the material.” A professor wrote in that he’d offered a trigger warning after “a Rastafarian student was very offended at my comparison of Akhenaten’s Great Hymn to Psalm 104.” Requests for advisory labels stemmed from representations of famine, gender stereotypes, childbirth, religious intolerance, spiders, and “sad people.”

Given the myths and emotions enveloping the issue of trigger warnings and safe spaces, it’s worth asking what science can tell us about the actual effects of verbal triggers on the body, brain, and psyche. Certain people experience certain words as dangerous. Should they have to listen to those words anyway?

* * *

During the winter of her freshman year in college, Lindsey met a guy, a junior, at a party. A week later, he asked her to another party and picked her up in his car. She didn’t realize something was wrong until he pulled into a parking lot and told her to get in the backseat. When she refused and asked to go home, he informed her that they weren’t going anywhere until she had sex with him. Then he climbed on top of her and raped her.

It took years for Lindsey to find her way to a therapist, where she discovered that the occasional flashbacks, phantom sensations of being touched, and breathlessness she experienced in the wake of this violation were symptoms of post-traumatic stress disorder. The episodes struck whenever she saw or read words associated with sexual violence: rape, molest, attack, even incest. She’d notice a tingling shock in her chest and “the feeling of fear, maybe a flash of a point of time during my assault, and sometimes it was like he was doing it again,” she says.

Several months ago, a friend of Lindsey’s was regaling her with stories about the movie Room, in which the young female protagonist is imprisoned for years in a shed and repeatedly raped. Lindsey hadn’t seen it, didn’t want to see it; yet when her friend said the word trapped, she detected the unwanted caress of her disorder across her body, felt her pulse begin to race.

Voir enfin:

Trigger Warnings, un outil pour mieux vivre ensemble sur Internet

Les Trigger Warnings, qu’est-ce donc ? Il s’agit d’une façon de prévenir les internautes qu’un contenu pourrait être choquant pour certaines personnes. Une évidence ? Pas forcément… Petite présentation.

— Publié initialement le 25 juin 2013

– Cet article contient dans sa première sous-partie de petites infos sur les films Les Mondes de Ralph et Iron Man 3.

Laissez-moi vous conter une petite histoire. Il y a quelques semaines, surfant tranquillement sur les eaux calmes des Internets français, je parcourais un site d’actualités lorsque, sous le choc d’une image violente et inattendue, je repoussai — physiquement, et violemment — mon ordi et fis volte-face.

Pourquoi donc ? Je venais de tomber sur une photo de la victime du cannibale de Miami. Un homme, certes vivant et, toutes proportions gardées, « bien » portant, mais qui a néanmoins été attaqué par une personne sous l’emprise de drogues ayant dévoré une partie de son visage. Visage que, donc, je vous laisse imaginer.

Après la stupéfaction et la douleur, je ressentis principalement de la colère. Quelle idée de poster une telle image sans AUCUN préavis, mis à part un titre sur lequel le regard glisse pendant qu’on fait défiler la page ! J’avais l’impression qu’on m’avait collé une baffe, et j’étais très énervée.

Ce qui m’amène à vous parler des Trigger Warnings, une « règle » visant justement à éviter ce genre de mauvaise surprise en ligne.

Qu’est-ce qu’une « trigger » ?

Une « trigger », ou en français un déclencheur, c’est un contenu — des mots, des images, un son, parfois même une odeur — qui déclenche chez quelqu’un ayant vécu un évènement traumatisant le souvenir de cet évènement, parfois suivi de moments très difficiles comme des crises d’angoisse, des flashbacks et d’autres éléments qui se retrouvent notamment dans le trouble de stress post-traumatique.

Pour prendre un exemple qui risque de ne pas déranger trop de monde : si vous êtes phobique, disons, des lapins et que vous étiez dans un parc à boire un Coca quand une boule de poils à oreilles vous a soudain sauté sur le pied, il est possible que le goût ou la vue du Coca vous cause un sentiment de malaise, sans forcément que vous ne vous en rendiez compte.

La plupart des déclencheurs concernent des choses plus sérieuses, comme des agressions, des viols, et d’autres traumatismes très violents.

« Triggers » au cinéma : Les Mondes de Ralph

Récemment, on a vu deux exemples réalistes, au cinéma, de personnes traumatisées réagissant à un déclencheur. Le premier est — et c’est assez surprenant — dans Les Mondes de Ralph, le dernier Disney, sorti pour Noël 2012.

Comme on le voit sur ce post Tumblr, le sergent Calhoun, une femme forte, guerrière et combative, réagit très violemment au surnom « Dynamite Gal » que lui donne innocemment Félix Fixe, un gentil réparateur, car cela la ramène directement à un énorme traumatisme : la mort de son compagnon pendant leur mariage.

Ce simple surnom suffit à provoquer chez elle une terreur soudaine, et pas moins vivace ni moins réelle que celle qui l’a emplie lors de l’évènement traumatisant. Félix n’utilisera d’ailleurs plus jamais ces termes et prendra soin de ne pas la choquer à nouveau, ce qui est la bonne chose à faire.

« Triggers » au cinéma : Iron Man 3

Plus récemment encore, dans Iron Man 3, Tony Stark est gravement traumatisé par un évènement très dur traversé pendant Avengers, dont l’action se situe à New York. Lorsque les gens — et ils sont nombreux à le faire — lui en parlent, il entre dans de violentes crises d’angoisse, se sent hautement vulnérable, a du mal à respirer et ressent le besoin impérieux de se mettre à l’abri dans une de ses armures.

Tony Stark fait un cauchemar lié à son traumatisme

À plusieurs reprises, il indique à divers personnages du film qu’il faut arrêter de lui parler de New York, que cela déclenche chez lui une grande angoisse qui peut le mettre en danger, mais aussi blesser les autres. Cependant, quelques personnages n’en tiennent pas compte et le film montre clairement que ce n’est pas une bonne attitude à avoir envers les personnes ayant traversé des évènements traumatisants.

Prendre en compte les autres pour ne pas les choquer

Forcément, c’est plus facile de ne pas provoquer de déclencheur chez quelqu’un que vous connaissez qu’en ligne. Impossible pour vous de savoir si un-e de vos abonné-e-s Tumblr va être choqué-e par un webcomic sur la culture du viol, ou si un-e de vos followers sur Twitter va jeter son smartphone à l’autre bout de la pièce en ouvrant votre lien pour découvrir le top 10 des pires insectes d’Amazonie.

La solution, c’est donc de prévenir que le contenu est sensible, surtout sur Twitter et Tumblr où, contrairement à Facebook, vous ne connaissez pas tou-te-s vos abonné-e-s. Mais comment faire ça de façon simple, limpide et surtout rapide ?

Les Trigger Warnings sur Tumblr

Sur Tumblr, on peut utiliser les tags « tw », « trigger warning », et préciser quel type de déclencheur contient le post (par exeple : « tw : blood » pour le contenu comportant du sang). Mais il faut utiliser ces tags de façon intelligente, pas comme sur cet exemple :

Ici, impossible de savoir à quel genre de contenu on a affaire. Les tags ne le précisent pas et le « Ne lisez pas ça » ne fait que générer un sentiment de curiosité.

Voici un exemple de Trigger Warning correctement utilisé :

On sait clairement que ce post parle de transphobie et les personnes ne voulant ou ne pouvant pas supporter ce genre de contenu peuvent aisément le contourner.

Une application Chrome, Tumblr Savior, permet d’éviter facilement les contenus sensibles, tant qu’ils sont correctement taggués. Il suffit d’indiquer à l’application quels tags intégrer dans la « Black List » et les posts comportant ces mots-clefs seront invisibles sur votre tableau de bord.

Autant prendre donc quelques minutes chaque jour pour correctement tagguer vos posts « sensibles » ; ce n’est pas grand-chose et ça peut éviter à un-e de vos gentil-le-s followers  des émotions pas très agréables alors qu’il/elle voulait juste traîner sur le Net comme vous et moi.

Les Trigger Warnings sur Twitter

Sur Twitter, les Trigger Warnings sont utiles car le nombre de caractères limité peut donner lieu à des mauvaises surprises. Pas toujours facile de prévenir du contenu caché derrière un lien ou une image en 140 lettres… De plus, avec les liens raccourcis (comme bit.ly, tinyurl…) il est souvent impossible de savoir sur quel site on va finir.

Bien sûr, vous pouvez continuer à tweeter « Voici une photo de ma chatte » et à troller tout le monde avec un cliché de Miaouss, votre persane de six mois, c’est une blague qui ne vieillit jamais (si). Mais comment protéger vos followers d’un contenu sensible ?

Au lieu de tweeter « OH. MON. DIEU. » et d’y ajouter le lien vers une image (probablement photoshoppée, de toute façon) de l’araignée-la-plus-grosse-du-monde-qui-peut-manger-un-lynx-adulte, c’est quand même plus sympa d’ajouter quelques hashtags (#Araignée #Insectes #Arachnophobie #Photoshop) histoire de prévenir que vous allez parler d’un contenu sensible qui risque de faire flipper une bonne partie de vos aimants followers.

Les limites des Trigger Warnings

Bien sûr, les Trigger Warnings ont leur limite. Si vous avez une phobie rare (des lapins ou des papillons par exemple), ou que vous ne supportez absolument PAS qu’on vous parle de patates, il y a peu de chances que vous tombiez sur des gens prêts à vous prévenir qu’ils viennent de poster un gif de lapin mangeant des pommes de terre pendant que de jolis petits papillons volent autour de lui.

C’est la vie.

Pour conclure, l’important est de se rappeler que les Trigger Warnings sont un outil simple pour vivre en communauté et prendre en compte les autres utilisateurs d’Internet, surtout ceux qui vous suivent sur les réseaux sociaux. Dites-vous que sans le savoir, vous avez peut-être déjà échappé à un contenu traumatisant (pour vous) grâce à une personne prévenante !

Voir par ailleurs:

La fin est proche
Rémi Bourgeot, Paul-François Paoli
Atlantico
15 Janvier 2017

La vraie fin de la fin de l’histoire, c’est maintenant. Mais voilà pourquoi la dissolution de nos démocraties libérales ne ressemblera probablement pas à ce que nous en imaginions

Atlantico : La demande d’autoritarisme est un phénomène qui touche une grande partie de l’occident et qui est loin d’épargner la France. L’élection de Donald Trump, le Brexit ou de manière générale la hausse des populismes sont autant d’expressions de cette demande. Angoisse économiques et sociales liées à la mondialisation, déterritorialisation des grands groupes du web (GAFA) et des flux de population… Quelles sont selon vous les causes et les raisons qui ont produit cette demande de la part des sociétés occidentale. Vivons-nous la fin de la « Fin de l’Histoire » comme elle a été conceptualisée par Francis Fukuyama ?

Rémi Bourgeot : L’ordre politico-économique actuel est paradoxal. Il faut commencer par reconnaître que les notions de mondialisation et de « gouvernance mondiale » vont, en fait, de pair avec celle de bureaucratie. Ce qui se prétend libéral a tendance à ne pas l’être du tout. L’invocation d’une forme d’autoritarisme constitue certes un symptôme du rejet du système actuel, mais ça n’est pas nécessairement le dernier mot du virage politique actuel. Nous vivons d’ores et déjà dans un système de bureaucratie absolue, qui, dans le même temps, aspire à ne plus rien gérer que de dérisoire et fait mine de « déréguler » en invoquant la mondialisation et ses avatars. Sur la base de l’économie administrée d’après guerre s’est construite une machine administrative qui, à partir des années 1970, a commencé, comme ivre de son propre pouvoir, à vaciller et à se prétendre libérale. Depuis 2008, « le roi est nu ». On assiste, en particulier dans le monde anglophone, à une prise de conscience des failles fondamentales du système de « gouvernance mondiale ». Trump et le Brexit sont des manifestations historiques de ce phénomène. Il suffit de s’amuser à lire le Financial Times ou le Wall Street Journal entre les lignes pour se convaincre que, malgré les dichotomies électorales, cette prise de conscience y touche autant l’élite financière que les classes populaires. On réalise enfin que les bureaucraties pseudo-libérales ne comprennent pas les marchés et ne font qu’aggraver des phénomènes de bulles à répétition. Dans le même temps, ce système bureaucratique repose en fait sur une destruction de l’élite traditionnelle et de l’élite scientifique qui, dans le cas français, se fait au profit de la « haute fonction publique ». On est très loin d’un système de démocratie libérale et même à l’opposé. Si l’on s’intéresse à la fulgurance de Fukuyama, on pourrait lui rétorquer que la démocratie libérale n’a simplement pas eu lieu… Exit la fin de l’histoire. Le populisme est, dans une certaine mesure, une réaction aux dérives et aux échecs de ce système de déresponsabilisation. La petite musique autoritaire des populistes occidentaux fait surtout écho au discrédit donc souffre l’antienne pseudo-libérale. Les partis traditionnels, s’ils sont sincères dans leur invocation du libéralisme, seraient bien inspirés de comprendre la nécessité d’un retour à un véritable système de gouvernement et de responsabilité, seul rempart contre l’extrémisme.

Paul-François Paoli : Il est très difficile de répondre de manière simple à votre question dont l’enjeu est très vaste. Je vais donc essayer de respecter la complexité sans esquiver la question. Les années 90 ont en effet été marquées par l’idée d’une « Fin de l’Histoire », une sorte de happy end qui aurait vu l’humanité entière s’acheminer vers un monde apaisé grâce à l’accroissement des richesses, la fin progressive de la misère et le développement de l’Etat de droit partout dans le monde. Cette idée d’un monde sans ennemi après la chute de l’Urss, où les valeurs libérales et démocratiques de l’Occident l’auraient définitivement emporté, s’est heurtée à l’irruption d’un nouvel antagonisme historique, celui qui oppose l’islam radicalisé à un Occident qui, loin d’être sûr de lui-même, est travaillé par une profonde fracture. Il y a donc deux fractures à prendre en compte: la fracture qui divise le monde islamique entre musulmans pacifiques et musulmans radicalisés et la fracture qui divise l’Occident entre ceux qui prétendent universaliser le modèle occidental et notamment le modèle américain- c’était le cas de la famille Bush et des néos conservateurs américains- et ceux qui pensent que l’Occident traverse une grave, très grave crise spirituelle et morale, une crise de légitimité liée notamment au recul des valeurs traditionnelles. Autrement dit la bataille a lieu sur tous les fronts et elle déchire chacun des camps.

La victoire de Trump est aussi la victoire d’une forme de critique de l’Occident libéral et post moderne par ceux qui récusent ce nouveau monde qui prétend ringardiser tous ceux qui y rechignent. Les Américains qui l’ont élu voudraient que leur pays renoue avec un imaginaire puissant celui d’un rêve américain, mais un rêve américain qui ne soit pas celui des minorités et du politiquement correct, notion qui est réellement née aux Etats-Unis et que les élites libérales et progressistes américaines ont exporté en Europe depuis les années 60. Un rêve américain accessible d’abord à ceux qui ont créé les Etats-Unis, à savoir les blancs eux-mêmes, qui seront peut-être la minorité de demain. La victoire de Trump signifie peut-être la fin d’une période marquée par la culpabilisation de l’américain blanc, qu’il soit pauvre, riche ou des classes moyennes, par les lobbys féministes et afro-américains. En Europe, la question est sensiblement différente, car l’angoisse qui aujourd’hui prédomine est liée à l’immigration et surtout à l’islam. Le Brexit a signifié le refus des classes populaires anglaises de voir l’Angleterre se mondialiser à l’aune d’une immigration sans limite. Il n’y a pas, à mon sens, de menace autoritaire en Europe. Dès lors qu’un gouvernement est élu par la majorité d’une population, la démocratie exige que les vœux de cette majorité soient pris en compte. Arrêter ou limiter les flux migratoires n’a rien à voir avec un principe dictatorial. Cela fait partie intégrante des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Est-ce que la perte des valeurs traditionnelles et d’un modèle, d’un cadre idéologique peuvent permettre d’expliquer, en partie, le fait de voir de jeunes gens aller s’engager dans les rangs de l’Etat Islamique ? Plus modérément, est-ce un facteur explicatif de la montée des extrémismes en Europe ? Comment analyser ce sentiment de dépossession de destin ?

Rémi Bourgeot : La question de l’islamisme en occident est double. On observe une sorte d’effet de résonance entre, d’un côté, la crise politico-religieuse qui ravage le monde arabe et y détruit des constructions étatiques aussi violentes que fragiles et, de l’autre, la crise propre aux démocraties occidentales. Ces deux crises simultanées sont pourtant d’une nature très différente. La plupart des pays développés font face à une dégénérescence spécifique de leur système étatique en une bureaucratie tentaculaire (publique et privée) qui, dans le même temps, s’est déresponsabilisée en invoquant la mondialisation. Mais cette « décadence » se manifeste à la suite d’un immense succès. Ce succès a notamment reposé sur l’alliance entre développement des institutions, facilité de financement et progrès technique. Les systèmes politiques occidentaux présentent pourtant désormais, malgré l’ultra-individualisme, des maux associés aux systèmes collectivistes. D’un côté, la standardisation de l’existence, l’isolement et l’extension continue du périmètre de la bureaucratie produisent un effet d’aliénation croissante, de sentiment d’inutilité et de crise psychique profonde dans la société et au cœur même de l’élite.

De l’autre, la logique bureaucratique et la dissociation géographique entre conception, production et consommation sapent le fonctionnement du capitalisme (entraînant une stagnation de la productivité) et la notion de citoyenneté. Les classes populaires, les jeunes, les sous-diplômés puis les surdiplômés… en fait plus personne à terme n’est appelé à être véritablement inclus dans un tel système en dehors d’un microcosme bureaucratique qui évoque celui du communisme. Dans ce contexte, l’appel électoral récurrent aux minorités par la classe des pseudo-progressistes est une imposture vouée à l’échec, comme l’a montré la déconvenue de Mme Clinton.

Paul-François Paoli : Les jeunes qui s’engagent dans le Djihad, si l’on en croit ceux qui ont étudié leurs motivations, notamment Olivier Roy ou Gilles Keppel, ont l’impression de vivre dans un monde factice et virtuel, celui d’Internet, un monde déréalisé. La motivation mystique, selon Olivier Roy qui a écrit un livre intéressant, Le Djihad et la mort, n’est en partie qu’un alibi. Ce que cherchent ces jeunes dans le Djihad c’est avant tout une forme d’excitation et de reconnaissance. La société où nous sommes -c’est une idée que je développe dans « Malaise de l’Occident, vers une révolution conservatrice » (Pierre Guillaume de Roux)- est une société de l’illusion et du simulacre. Nous pouvons tous croire que nous existons dans le regard des autres en envoyant un message sur Twitter ou sur Facebook. La société du spectacle mondialisée permet à des quidams de satisfaire leur narcissisme à peu de frais. Elle permet aussi d’exprimer une pulsion de mort qui va venger le quidam de son anonymat et du sentiment de nullité qui l’habite. L’islam radical est un moyen de reconnaissance pour ceux qui n’ont que la peur et la terreur pour enfin exister dans le regard des autres.

Faire peur est toujours mieux que faire pitié. Voilà ce que se disent ceux qui nous haïssent notamment parce que nous ne cessons de les plaindre. Le discours sur l’exclusion que la gauche tient depuis longtemps enferme les gens dans leur sentiment victimaire. Pour autant le malaise de notre civilisation est aussi profond que réel. Nous avons perdu le gout d’être nous-même et l’Europe multiculturelle des élites a contribué à la diffusion de ce sentiment. Ce n’est pas un hasard si le livre de Michel Onfray, qui n’est pas un homme de droite, s’intitule « Décadence ». Abrutis par le consumérisme les peuples européens ont peut-être perdu le gout de se défendre et cette absence de pugnacité ne peut que renforcer le mépris des islamistes.
Comment pourrait-on répondre de manière efficace à cette demande d’autoritarisme sans sacrifier nos démocraties selon vous ?

Rémi Bourgeot : La réponse la plus raisonnable c’est la démocratie libérale dans un cadre institutionnelle et géographique raisonnable (un cadre national, vu de façon apaisée, serait un bon candidat), pas l’ersatz brandi par une bureaucratie aux abois. Il faut d’abord voir la réalité de nos systèmes politico-économiques et analyser leurs échecs. La pire des approches consisteraient à prolonger le statu quo économique globaliste des quatre dernières décennies tout en invoquant la modernité et le progressisme. C’est l’approche suivie par un certain nombre d’acteurs politiques ultra-conformistes, d’Hillary Clinton aux Etats-Unis au courant Macron-Hollande en France.

La plupart des mouvements populistes européens apparaissent incapables de gouverner du fait de leur désorganisation et de leur ancrage dans une forme ou une autre d’extrémisme. Quoi que l’on pense du personnage de Donald Trump et des relents xénophobes de sa campagne, il faut reconnaitre que sa relative autonomie financière de milliardaire lui a permis de mettre les pieds dans le plat de la question de la localisation de la production industrielle. Il sera impossible de renouer avec la croissance, les gains de productivité et le plein emploi sans surmonter cette question. Le meilleur moyen de répondre à la tendance à l’autoritarisme, c’est d’y opposer un renouveau de l’idée de gouvernement. En Europe et en France en particulier, cela n’adviendra que lorsqu’un parti sérieux se résoudra à aborder simultanément la question du poids de la bureaucratie dans l’économie (sans s’égarer dans les manipulations du fonctionnaire Macron) et du rééquilibrage européen face à l’unilatéralisme allemand.

Paul-François Paoli : Je ne crois pas à l’avenir d’un régime autoritaire en France. Nous sommes des peuples individualistes et les Français n’ont jamais supporté une quelconque dictature. Le régime de Vichy, qui a duré 4 ans, était une plaisanterie à côté du national-socialisme et la dictature napoléonienne n’a été possible, quelques années durant, que parce que la gloire de Napoléon était telle que les Français ont accepté de limiter leurs libertés. Les libertés fondamentales d’opinion et de contestation sont inhérentes au tempérament gaulois et De Gaulle lui-même a dû en tenir compte, alors que son tempérament était autoritaire. Par contre je crois à la nécessité d’un Etat fort et respecté. Pour cela le prochain président devra jouir d’une majorité importante qui lui assure une légitimité durable.

Voir enfin:

Prospective inquiétante
Tous aux abris : voici à quoi ressemblera le monde en 2022 selon le renseignement américain
Philippe Fabry
Atlantico
14 Janvier 2017

Tous les quatre ans, un groupe d’analystes du NIC (National Intelligence Council) établit un rapport prévisionnel sur l’état du monde dans cinq ans. Pour chacune des grandes prévisions relevée dans ce document, nous avons demandé à Philippe Fabry de les juger possibles ou non.
La fin de la domination américaine, et avec elle de l’ordre mondial tel que nous le connaissons depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Philippe Fabry : Il est certain que l’on a observé, sous l’ère Obama, un relatif repli de l’hégémonie américaine qui a laissé le champ libre à l’émergence ou la réémergence de puissances régionales, dont certaines ont des ambitions mondiales : la Russie, la Chine, l’Iran sont les plus antagoniques à la puissance américaine.

Cependant, un tel repli n’est pas inédit et rien ne permet d’affirmer qu’il sera définitif, au contraire.

En effet, les Etats-Unis ont souffert durant la dernière décennie de deux traumatismes majeurs : d’une part un traumatisme psychologico-militaire, avec l’impasse de la politique américaine de « guerre contre la terreur » et de remodelage démocratique du Moyen Orient, en commençant par l’Irak, qui s’est soldée par un piteux retrait – lequel a gâché une victoire militaire authentique après le succès du surge – auquel a bien vite succédé le chaos terroriste islamiste; d’autre part un traumatisme économique, la crise de 2008 et ses conséquences. Tout ceci a provoqué une crise de conscience aux Etats-Unis, avec un doute important sur la légitimité et l’intérêt du pays à se projeter ainsi à travers le monde ; et aujourd’hui, hors des Etats-Unis, l’on se demande si le règne de l’Amérique ne touche pas à sa fin et s’il n’est pas temps d’envisager un monde « multipolaire » dans lequel il faudrait se repositionner, éventuellement en revoyant l’alliance américaine.

Mais à vrai dire, nous avons déjà connu la même chose il y a quarante ans : après la présidence de Nixon, dans les années 1970, le rêve américain semblait brisé par la guerre du Vietnam, qui avait coûté cher, économiquement et humainement, pour un résultat nul puisque le Sud-Vietnam fut envahi deux ans après le retrait américain et tout le pays bascula dans le communisme. La même année, en 1975, les accords d’Helsinki sont souvent considérés comme l’apogée de l’URSS et en 1979, l’Iran échappe à l’influence américaine. Nombreux à l’époque ont cru que c’en était fini de la puissance américaine et que les soviétiques, dont le stock d’armes nucléaires gonflait à grande vitesse, deviendraient le véritable hégémon mondial. En fait, la décennie s’achevait par l’élection de Ronald Reagan et America is back, et au cours des dix années suivantes, l’Union soviétique s’effondrait et l’Amérique triomphait.

Donc, s’il est certain que nous sommes actuellement dans une phase de repli de la puissance américaine, rien ne permet de dire qu’elle doit se prolonger. Au contraire, l’élection « surprise  » de Donald Trump, dont le slogan de campagne « Make America Great Again » était l’un des slogans de Reagan, m’apparaît comme un premier signe du retour du leadership américain, et je ne pense pas qu’il faudra attendre cinq ans pour le voir.

En revanche, il est certain que les puissances ennemies ou rivales des Etats-Unis, qui ont énormément profité du reflux américain, ont la volonté de l’exploiter plus avant, et que le retour d’une Amérique sûre d’elle-même ne sera pas pour leur plaire. Les réactions estomaquées qu’ont provoqué les premiers tweets de Donald Trump à propos de la Chine et de Taïwan ne sont qu’un aperçu de cette évolution.
L’affirmation de la puissance indienne.

Oui, l’Inde est le grand émergent d’aujourd’hui, d’un niveau comparable à ce qu’était la Chine au tournant du millénaire. Des usines commencent à quitter la Chine pour s’installer en Inde : la Chine perd des emplois au profit de l’Inde par délocalisation ! Des études démographiques, publiées il y a quelques mois, donnaient en outre une population indienne dépassant la population chinoise dès 2022. De plus, l’Inde peut espérer dans les années qui viennent une forme de soutien des Etats-Unis dans une sorte d’alliance de revers contre la Chine.

Par ailleurs, l’Inde commence à se comporter elle aussi en puissance régionale en se constituant un réseau d’alliances : elle vient ainsi de livrer des missiles au Vietnam, vieil ennemi de la Chine, en forme de représailles au soutien chinois au Pakistan, et surtout à la constitution du « corridor économique » sino-pakistanais dont le tracé passe par le Cachemire, territoire revendiqué par l’Inde.

La montée en puissance du rival indien, face à une Chine qui est encore elle-même une jeune puissance, est l’un des principaux défis à la stabilité de l’Asie dans les années qui viennent, car la Chine pourrait être tentée d’enrayer la menace indienne avant qu’elle ne soit trop imposante.

A ce propos, il faut voir que la Chine pourrait vouloir profiter de l’avantage démographique tant qu’il est de son côté pour tenter militairement sa chance. Il faut savoir que la population chinoise souffre d’un gros déséquilibre au plan des sexes : sur la population des 18-34 ans, la population masculine est supérieure de vingt millions à la population féminine. Cela signifie que la Chine peut perdre vingt millions d’hommes dans un conflit sans virtuellement aucune conséquence démographique à long terme, puisque ce sont des individus qui ne pourront pas, statistiquement, disposer d’un partenaire pour se reproduire. Pour des esprits froids comme ceux des dirigeants du Parti Communiste Chinois, cela peut sembler une fenêtre de tir intéressante.
L’accroissement de la menace terroriste.

C’est hélas très vraisemblable. Si l’Etat islamique ne devrait pas survivre longtemps comme entité territoriale, il a probablement de beaux jours devant lui comme réseau terroriste : son reflux territorial en Syrie et en Irak a été concomittant à un essaimage, en Libye notamment, et le réseau devrait se renforcer en Europe avec le retour des djihadistes ayat combattu au Moyen Orient.
Un retour des nationalismes.

A vrai dire, il s’agit ici plus d’un diagnostic que d’un pronostic : l’on a déjà commencé à observer ce retour des nationalismes en Europe avec le PiS en Pologne, la progression d’Alternative fur Deutschland en Allemagne, le Brexit… et bien sûr la montée du Front national en France. Parier sur la poursuite du mouvement en Europe dans les années qui viennent relève de l’évidence. La crise migratoire et l’expansion du terrorisme islamiste ont évidemment favorisé ce mouvement, de même que le manque de vision à l’échelle européenne et l’appel d’air désastreux d’Angela Merkel. Il faut ajouter à cela le fait que le fer de lance du populisme nationaliste sur le continent européen, la Russie de Poutine, finance et soutient le développement des discours les plus sommaires sur l’islam et l’immigration, bénéficiant certes du politiquement correct qui a empêché de débattre de certaines questions jusqu’à présent, mais également renforçant ce refus du débat de peur qu’il doive se faire dans les termes des populistes. Il en résulte une forme d’impasse intellectuelle et politique qui peut déboucher sur des formes de violence. Voilà pour l’Europe.

Par ailleurs, à l’échelle du monde, on observe également une montée des nationalismes : les ambitions des pays comme la Russie, la Chine, l’Iran, mais aussi la Turquie ou l’Inde en relèvent, évidemment.

On peut également parler, à propos de l’élection de Donald Trump, d’un retour d’une forme de nationalisme américain, et contrairement à ce qui a été beaucoup dit, la présidence de Trump ne sera certainement pas isolationniste : l’on assiste simplement à une mutation de l’impérialisme américain, qui risque de tourner le dos à l’idéalisme qui en était le fond depuis un siècle et la présidence de Woodrow Wilson, pour une forme plus pragmatique avec Trump et son souci de faire des « deals » avantageux. Deals qui peuvent impliquer, avant la négociation, d’imposer un rapport de force, comme il semble vouloir le faire avec la Chine – raison pour laquelle il cherche à ménager Poutine, afin de n’avoir pas à se soucier de l’Europe et d’avoir les mains libres en Asie.
Le changement de nature des conflits futurs.

C’est sans doute le point que je juge le plus contestable de ces prévisions.

Après huit décennies de paix nucléaire, nous nous sommes imprégnés de l’idée, en Occident, que de grandes guerres entre Etats sont impossibles en raison du risque d’anéantissement nucléaire. Or, l’escalade actuelle entre Russie et Etats-Unis en Europe de l’Est, où chacun installe du matériel et des troupes , montre que les forces conventionnelles revêtent encore un aspect important.

Par ailleurs, il s’est produit un changement important lors de l’affaire de Crimée : Vladimir Poutine a dit qu’il était prêt, lors de l’annexion de ce territoire, à utiliser l’arme nucléaire si l’Occident se faisait trop menaçant. C’est un événement d’une importance historique qui n’a pratiquement pas été relevé par les commentateurs : Vladimir Poutine a énoncé une toute nouvelle doctrine nucléaire, très dangereuse : il s’agit non plus d’une arme de dissuasion défensive, mais de dissuasion offensive. L’arme nucléaire est désormais utilisée par la Russie pour couvrir des annexions, des opérations extérieures, un usage qui n’a jamais été fait auparavant. C’est tout simplement du chantage nucléaire. Après des décennies de terreur face à l’idée de « destruction mutuelle assurée », le président russe a compris que l’effet paralysant de l’arme nucléaire pouvait être utilisé non seulement pour se défendre, mais pour attaquer, avec l’idée que les pays de l’Otan préfèreront n’importe quel recul au risque d’extermination atomique.

Et cela rend de nouveaux affrontements sur champs de bataille vraisemblables : après ne pas avoir osé, durant des décennies, s’affronter par crainte de l’anéantissement nucléaire, les grandes puissances pourraient être poussées à se battre uniquement de manière conventionnelle en raison des mêmes craintes. Cela peut paraître paradoxal mais est probable si Vladimir Poutine tente d’autres mouvements en agitant encore la menace nucléaire.

En revanche, le rôle éminent des cyberattaques me paraît incontestable, et si elles ne remplaceront pas la guerre conventionnelle, elle s’y surajoureront certainement.

Il faut voir, en effet, que généralement, les grandes guerres sont menées avec les armes qui ont terminé les guerres précédentes : les Prussiens ont gagné la guerre de 1870 grâce à leur forte supériorité d’artillerie, avec des canons chargés par la culasse alors que les canons français se chargeaient encore par la bouche ; la guerre de 1914-1918 fut d’abord une guerre d’artillerie, et donc de position et de tranchées, amenant un blocage qui ne fut surmonté que par le développement de l’aviation et des blindés. Aviations et blindés qui furent les armes principales de la Seconde Guerre mondiale débutée avec la Blitzkrieg allemande, et terminée par l’arme nucléaire.

A son tour, l’arme nucléaire a été l’arme principale de la Guerre froide : on dit, à tort, qu’elle n’a pas été utilisée, mais elle l’a, au contraire, été continuellement : par nature arme de dissuasion, elle servait en permanence à dissuader. De fait, elle a eu, à l’échelle mondiale, un rôle comparable à celui de l’artillerie en 1914 : la Guerre froide a été une guerre mondiale de tranchées, où les lignes ont peu bougé jusqu’à ce que les Etats-Unis surmontent le blocage en lançant l’Initiative de Défense Stratégique de Reagan, qui fit plier l’Union soviétique, incapable de suivre dans ce défi technologique et économique – tout comme l’Allemagne de 1918 avait été incapable de fabriquer des chars d’assaut dignes de ce nom.

Les armes principales du prochain conflit seront donc celles retombées de l’IDS : les missiles à très haute précision, notamment antisatellites, et celles reposant sur les technologies de guerre électronique en tous genres. L’on sait, depuis le virus Stuxnet, que les cyberarmes peuvent causer d’importants dégâts physiques, comparable à des frappes classiques. En 2014, une aciérie allemande a vu l’un de ses hauts fourneaux détruit par une cyberattaque. Des cyberattaques massives peuvent servir à déstabiliser un pays, notamment en attaquant les infrastructures essentielles : distribution d’eau et d’électricité, mais aussi à préparer, tout simplement, une invasion militaire classique. Elles peuvent aussi provoquer de telles invasions en représailles : un pays harcelé par des cyberattaques pourrait être tenté d’intervenir militairement contre le pays qu’il soupçonne de l’attaquer ainsi.

Ainsi donc, si je ne pense pas que les guerres à venir pourraient vraiment se limiter à des cyberattaques, sans confrontation physique, il me paraît certain que ce sont bien avec des cyberattaques massives que s’ouvriront les hostilités.


Antiracisme: Cette invention appelée blancheur (From Black lives matter to Jesse Williams: When all else fails, blame whiteness)

12 décembre, 2016

Protestors rally during a Black Lives Matter demonstration, Sunday, July 10, 2016, in Cincinnati. More than a thousand protested against the shootings of black men by police officers. (AP Photo/John Minchillo)

Protesters march on 5th Avenue during the Millions March NYC on December 13, 2014 in New York. Thousands of people marched in Washington and New York on Saturday to demand justice for black men who have died at the hands of white police, the latest in weeks of demonstrations across the United States. AFP PHOTO/DON EMMERT (Photo credit should read DON EMMERT/AFP/Getty Images)

A poster with photographs of Joanne Chesimard, a fugitive for more than 30 years, is on display during a news conference giving updates on the search of Chesimard, Thursday, May 2, 2013, in Newark, N.J. The reward for the capture and return of convicted murderer Chesimard, one of New Jersey¿s most notorious fugitives, was doubled to $2 million Thursday on the 40th anniversary of the violent confrontation that led to the slaying of a New Jersey state trooper. The FBI also announced it has made Chesimard, now living in Cuba as Assata Shakur, the first woman on its list of most wanted terrorists. (AP Photo/Julio Cortez) NJ Trooper Shot Cuba

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Justin Timberlake holding Janet Jackson's costume after he pulled it off at the 2004 NFL Superbowl MTV Halftime program at Reliant Stadium, in Houston, Texas on February 1, 2004. (AP Photo/David Drapkin)

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Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
L’amour, comme la violence, abolit les différences. René Girard
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
L’erreur est toujours de raisonner dans les catégories de la « différence », alors que la racine de tous les conflits, c’est plutôt la « concurrence », la rivalité mimétique entre des êtres, des pays, des cultures. La concurrence, c’est-à-dire le désir d’imiter l’autre pour obtenir la même chose que lui, au besoin par la violence. Sans doute le terrorisme est-il lié à un monde « différent » du nôtre, mais ce qui suscite le terrorisme n’est pas dans cette « différence » qui l’éloigne le plus de nous et nous le rend inconcevable. Il est au contraire dans un désir exacerbé de convergence et de ressemblance. (…) Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. (…) Ce sentiment n’est pas vrai des masses, mais des dirigeants. Sur le plan de la fortune personnelle, on sait qu’un homme comme Ben Laden n’a rien à envier à personne. Et combien de chefs de parti ou de faction sont dans cette situation intermédiaire, identique à la sienne. Regardez un Mirabeau au début de la Révolution française : il a un pied dans un camp et un pied dans l’autre, et il n’en vit que de manière plus aiguë son ressentiment. Aux Etats-Unis, des immigrés s’intègrent avec facilité, alors que d’autres, même si leur réussite est éclatante, vivent aussi dans un déchirement et un ressentiment permanents. Parce qu’ils sont ramenés à leur enfance, à des frustrations et des humiliations héritées du passé. Cette dimension est essentielle, en particulier chez des musulmans qui ont des traditions de fierté et un style de rapports individuels encore proche de la féodalité. (…) Cette concurrence mimétique, quand elle est malheureuse, ressort toujours, à un moment donné, sous une forme violente. A cet égard, c’est l’islam qui fournit aujourd’hui le ciment qu’on trouvait autrefois dans le marxisme. René Girard
I gotta have you naked by the end of this song. Justin Timberlake
Karim says his idea for what became YouTube sprang from two very different events in 2004: Janet Jackson’s « wardrobe malfunction, » during a Super Bowl show, and the Asian tsunami. USA Today
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Ma grand-mère (…) est une personne blanche typique. Barack Hussein Obama
Quand j’ai lu le livre de Houellebecq, quelques jours après les assassinats à Charlie Hebdo, il m’a semblé que ses intuitions sur la vie politique française étaient tout à fait correctes. Les élites françaises donnent souvent l’impression qu’elles seraient moins perturbées par un parti islamiste au pouvoir que par le Front national. La lecture du travail de Christophe Guilluy sur ces questions a aiguisé ma réflexion sur la politique européenne. Guilluy se demande pourquoi la classe moyenne est en déclin à Paris comme dans la plupart des grandes villes européennes et il répond: parce que les villes européennes n’ont pas vraiment besoin d’une classe moyenne. Les emplois occupés auparavant par les classes moyennes et populaires, principalement dans le secteur manufacturier, sont maintenant plus rentablement pourvus en Chine. Ce dont les grandes villes européennes ont besoin, c’est d’équipements et de services pour les categories aisées qui y vivent. Ces services sont aujourd’hui fournis par des immigrés. Les classes supérieures et les nouveaux arrivants s’accomodent plutôt bien de la mondialisation. Ils ont donc une certaine affinité, ils sont complices d’une certaine manière. Voilà ce que Houellebecq a vu. Les populistes européens ne parviennent pas toujours à développer une explication logique à leur perception de l’immigration comme origine principale de leurs maux, mais leurs points de vues ne sont pas non plus totalement absurdes. (…) ce qui se passe est un phénomène profond, anthropologique. Une culture – l’islam – qui apparaît, quels que soient ses défauts, comme jeune, dynamique, optimiste et surtout centrée sur la famille entre en conflit avec la culture que l’Europe a adoptée depuis la seconde guerre mondiale, celle de la «société ouverte» comme Charles Michel et Angela Merkel se sont empressés de la qualifier après les attentats du 22 Mars. En raison même de son postulat individualiste, cette culture est timide, confuse, et, surtout, hostile aux familles. Tel est le problème fondamental: l’Islam est plus jeune, plus fort et fait preuve d’une vitalité évidente. (…) Pierre Manent (…) a raison de dire que, comme pure question sociologique, l’Islam est désormais un fait en France. Manent est aussi extrêmement fin sur les failles de la laïcité comme moyen d’assimiler les musulmans, laïcité qui fut construite autour d’un problème très spécifique et bâtie comme un ensemble de dispositions destinées à démanteler les institutions par lesquelles l’Église catholique influençait la politique française il y a un siècle. Au fil du temps les arguments d’origine se sont transformés en simples slogans. La France invoque aujourd’hui, pour faire entrer les musulmans dans la communauté nationale, des règles destinées à expulser les catholiques de la vie politique. Il faut aussi se rappeler que Manent a fait sa proposition avant les attentats de novembre dernier. De plus, sa volonté d’offrir des accomodements à la religion musulmane était assortie d’une insistance à ce que l’Islam rejette les influences étrangères, ce qui à mon sens ne se fera pas. D’abord parce que ces attentats ayant eu lieu, la France paraîtrait faible et non pas généreuse, en proposant un tel accord. Et aussi parce que tant que l’immigration se poursuivra, favorisant un établissement inéluctable de l’islam en France, les instances musulmanes peuvent estimer qu’elles n’ont aucun intérêt à transiger. (…) L’Europe ne va pas disparaître. Il y a quelque chose d’immortel en elle. Mais elle sera diminuée. Je ne pense pas que l’on puisse en accuser l’Europe des Lumières, qui n’ a jamais été une menace fondamentale pour la continuité de l’Europe. La menace tient pour l’essentiel à cet objectif plus recent de «société ouverte» dont le principe moteur est de vider la société de toute métaphysique, héritée ou antérieure (ce qui soulève la question, très complexe, de de la tendance du capitalisme à s’ériger lui-même en métaphysique). A certains égards, on comprend pourquoi des gens préfèrent cette société ouverte au christianisme culturel qu’elle remplace. Mais dans l’optique de la survie, elle se montre cependant nettement inférieure. Christopher Caldwell
« Securing the historic Paris climate agreement. » The accord was never submitted to Congress as a treaty. It will be ignored by President-elect Trump. « Achieving the Iran nuclear deal. » That « deal » was another effort to circumvent the treaty-ratifying authority of Congress. It has green-lighted Iranian aggression, and it probably ensured nuclear proliferation. Iran’s violations will cause the new Trump administration to either scrap the accord or send it to Congress for certain rejection. « Reopening Cuba. » The recent Miami celebration of the death of Fidel Castro, and Trump’s victory in Florida, are testimonies to the one-sided deal’s unpopularity. The United States got little in return for the Castro brothers’ propaganda coup. « Destroying ISIL » and « dismantling al Qaeda. » We are at last making some progress against some of these « jayvee » teams, as Obama once described the Islamic State. Neither group has been dismantled or destroyed. Despite the death of Osama bin Laden, the widespread reach of radical Islam into Europe and the United States remains largely unchecked. « Ending combat missions in Afghanistan and Iraq. » The Afghan war rages on. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East. We are now sending more troops back into Iraq. (…) « Rebalancing to the Asia-Pacific region. » The anemic « Asia Pivot » failed. The Philippines is now openly pro-Russian and pro-Chinese. Traditional allies such Japan, Taiwan and South Korea are terrified that the U.S is no longer a reliable guarantor of their autonomy. (…) « Strengthening cybersecurity. » Democrats claimed Russian interference in the recent election. If true, it is proof that there is no such thing as « cybersecurity. » The WikiLeaks releases, the hacked Clinton emails and the Edward Snowden disclosures confirm that the Obama administration was the least cybersecure presidency in history. (…) « Making sure our politics reflect America’s best. » The 2016 presidential campaign was among the nastiest on record. WikiLeaks revealed unprecedented collusion between journalists and the Clinton campaign. Earlier, Obama had been the first president in U.S. history to refuse public campaign money. He was also the largest fundraiser of private cash and the greatest collector of Wall Street money in the history or presidential campaigns. (…) « Promoting immigrant and refugee integration and citizenship awareness. » The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored. The president’s refugee policy was unpopular and proved a disaster, as illustrated by the Boston Marathon bombings, the San Bernardino attack, the Orlando nightclub shooting and the recent Ohio State University terrorist violence. (…) So Obama now departs amid the ruin of the Democratic Party into a lucrative post-presidency: detached and without a legacy. Victor Davis Hanson
Si des gens noirs tuent des gens noirs chaque jour, pourquoi n’y aurait-il pas une semaine pour tuer des gens blancs? Sister Souljah (1992)
Pour accompagner le lancement de BET France et assurer l’animation d’un des programmes de la chaîne, Hedia Charni, Franco-Tunisienne, et Raphäl Yem, d’origine cambodgienne, ont été recrutés. Des choix que déplore Yan Boss. « Pour faire la promotion de la culture noire, il faut un minimum de Noirs à l’antenne. Vous ne pouvez pas ouvrir un restaurant halal et mettre des chinois à l’intérieur. » BET est un symbole fort lié à l’histoire des Afro-Américains. Fondée en 1980 par Robert Johnson, BET apparaît à une époque où les Noirs sont peu présents à la télévision américaine. Pour Yan Boss, le contexte français est similaire à celui des Etats-Unis dans les années 1980. (…) A la mi-octobre BET France avait tenté d’étouffer la polémique en affirmant que d’autres présentateurs issus de la « black culture » rejoindraient l’antenne. Seulement, l’emploi du terme « black » n’a pas non plus fait l’unanimité. Le Monde
Nous sommes des Noirs, il y a des Blancs. Moi, je ne dis pas “white”. J’ai le sentiment qu’en France, le Noir dérange. Christian Dzellat
During the finale of the Super Bowl XXXVIII halftime show, entertainers Justin Timberlake and Janet Jackson performed a song and dance routine to Timberlake’s song « Rock Your Body. » As Timberlake ended the duet by singing « gonna have you naked by the end of this song, » he tore away a portion of Jackson’s bustier, momentarily revealing her breast. The performers subsequently strained the credulity of the public by terming the episode a « wardrobe malfunction. » Chief Justice Roberts
What do we want? Dead cops. When do we want it? Now. Slogan (Millions March, New York, December 2014)
Pigs in a blanket, fry ’em like bacon. Bassem Masri
America is an empire that uses war to expand territory and power. American wars are unjust [and] destructive to Black communities globally . . . . The military industrial complex offers massive profits to private corporations from the death of our global diaspora . . . . The interlinked systems of white supremacy, imperialism, capitalism and patriarchy shape the violence we face. As oppressed people living in the US, the belly of global empire, we are in a critical position to build the necessary connections for a global liberation movement. Until we are able to overturn US imperialism, capitalism and white supremacy, our brothers and sisters around the world will continue to live in chains. Black Lives Matter
Black Lives Matter doesn’t condone shooting law enforcement. But I have to be honest: I understand why it was done. I don’t encourage it, I don’t condone it, I don’t justify it. But I understand it. Sir Maejor (BLM organizer)
The Black Panther Party emerged out of a love for their people and a devotion to empowering them. This powerful display of the human spirit, rooted in heart, is what compelled me to communicate this story accurately . . . . Nearly half a century later, we find our voices in a renewed chorus for justice and equality. We continue to witness a state apparatus that perpetuates a culture of fear and aggression with frequent and unwarranted displays of racial violence and oppression. Stanley Nelson
Le FBI a annoncé ce jeudi 2 mai avoir ajouté Joanne Chesimard à sa liste des «terroristes les plus recherchés», avec une récompense de 2 millions de dollars offerte pour sa capture. Joanne Chesimard a l’honneur douteux d’être la première femme sur la liste, qui existe depuis 2001 et sur laquelle ont figuré les noms tristement célèbres de Khalid Sheikh Mohammed, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri, et Adam Gadahn. Joanne Chesimard, qui était membre d’un groupe appelé la Black Liberation Army (l’Armée de libération noire), a été ajoutée à la liste quarante ans jour pour jour après la date où elle est accusée d’avoir tiré sur un policier d’Etat, et de l’avoir tué, sur une autoroute du New Jersey. (…) Joanne Chesimard, qui a désormais la soixantaine et est également connue sous le nom d’Assata Shakur –elle est aussi la marraine de feu Tupac Shakur–, a fini par être arrêtée et condamnée pour le meurtre de Werner Foerster. Elle est aussi devenue plus ou moins célèbre à cause des doutes sur sa culpabilité –elle nie avoir tué le policier– et des rumeurs selon lesquelles elle aurait été maltraitée en prison (elle est toujours relativement célèbre. En 2000, le rappeur Common a sorti une chanson sur elle, appelée A song for Assata, ce qui a mis le commentateur conservateur Bill O’Reilly très en colère). En 1979, Joanne Chesimard s’est échappée de prison. Les autorités pensent qu’elle est depuis 1984 cachée à Cuba, qui a pour habitude de donner asile aux fugitifs américains qui épousent des dogmes quasi-révolutionnaires. Slate
In too many places in this country, black boys and black men, Latino boys, Latino men . . . experience being treated differently by law enforcement—in stops and in arrests, and in charges and incarcerations. The statistics are clear, up and down the criminal-justice system; there’s no dispute. Barack Hussein Obama (2005)
We don’t really do a good job right now in collecting national data on a real-time basis, but we now have the tools and the technology to do it better. Barack Hussein Obama
The common assumption by the media and by the public was that the flash of nudity was an attention-grabbing publicity ploy; the question was by whom. Some signs seemed to point to MTV. Before the show, a few of the producers had entertained themselves by mock-ripping their clothes off at Timberlake’s final line. And in rehearsals, they had tried a move where Timberlake tore off Jackson’s kilt. Then there was an article on MTV’s website beforehand in which Jackson’s choreographer promised « shocking moments. » Marin Cogan
‘Stripping of cultures aside, the emblems that stood out most were the ones that came from Asia — specifically China. The dragon that Elsa Hosk wore wrapped around her body, the embroidered stiletto boots seen on Adriana Lima, the tail made of flames worn by Kendall Jenner. There’s a lot of talk of China as a dominant world power of the 21st century, and the U.S. government, Hollywood, and now Victoria’s Secret, it seems, are pivoting to face a new reality. But the Orientalism on display here doesn’t show an understanding or an attempt at dialogue. It doesn’t close any gaps. What condescension, for Victoria’s Secret to think that by wrapping a model in a dragon, it could connect directly with a new consumer in China. Don’t let yourself be hoodwinked by Victoria’s Secret’s brazen attempt to re-label what is clearly cultural appropriation by turning it into a celebration of ‘culture.The brand and its creative leads shamelessly cherry-picked imagery, breaking apart aesthetic references from wherever they wanted and stitching them back together again. They’re telling us its worldliness. It’s not, it’s a hack job. The fact is that even as the world gets more connected, a sexist, patriarchal, mostly white corporation continues to take what it wants for its own gain. Helin Jung
Nous savons qu’en cas d’al­ter­ca­tion, la police arrive toujours, d’une manière ou d’une autre, à désa­mor­cer le conflit, à désar­mer, et à ne pas tuer de Blancs. Ce qui va se passer, c’est que nous allons avoir des droits égaux et la justice dans notre propre pays. (…) Alors ne me parlez pas du progrès qui a été fait quand du personnel payé par l’Etat peut tirer depuis sa voiture sur un gamin de 12 ans seul dans un parc en plein jour. Qui peut le tuer et rentrer ensuite se faire un sandwich ? (…) On a passé des siècles à prier, des marques plein le corps. Et maintenant, nous payons pour nous barder le corps de marques [de vêtements] Il n’y a aucune guerre que nous n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement. (…) Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont. (…) On a fini de regarder et d’attendre pendant que cette invention appelée la blancheur nous utilise et abuse de nous; en enterrant les noirs hors de vue tout en extrayant notre culture, nos dollars, nos productions de divertissement comme s’il s’agissait de pétrole, d’or noir. Avilissant nos créations, puis les volant. Embourgeoisant notre génie, avant de nous essayer comme costume puis de jeter nos corps comme des pelures de fruits étranges. Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels. Jesse Williams
Jesse Williams a craché un discours raciste et haineux envers la loi et les blancs durant les BET Awards. Si ça avait été une personne blanche qui avait fait le même discours sur un afro-américain, il aurait été viré et réprimandé comme il le fallait, mais il n’y a eu aucun suivi concernant les actes de William. Aucun organisme ne s’est levé contre ses remarques racistes, et aucune action n’a été prise contre son attitude négative. Erin Smith
Le docteur sexy de la série médicale « Grey’s anatomy » s’est vu récompensé aux BET Awards, hier à Los Angeles, pour son engagement contre le racisme que connait les Etats-Unis. (…) En 2014, le jeune homme avait rejoint la marche de protestation qui dénonçait la mort du jeune afro-américain de 18 ans, Michael Brown, tué à Ferguson par un policier blanc. (…) Il a également produit cette année un film documentaire sur le mouvement militant « Black Lives Matter » (en français, « les vies Noires comptent »), intitulé « Stay Woke: The Black Lives Matter Movement« . C’est donc sans véritable surprise que l’on apprend la nomination de l’ancien instituteur pour le prix de l’humanitaire cette année. L’un des points forts de cette cérémonie qui récompensait les artistes afro-américains de l’année est donc le discours prononcé par Jesse Williams lors de sa remise de prix. L’acteur de Django Unchained et de Pulp fiction, Samuel L. Jackson a même avoué ne pas avoir entendu de pareil discours depuis les années 1960 (années qui ont marqué la combat pour l’égalité des droits avec Martin Luther King). Jesse Williams a ainsi débuté son discours en rappelant Tamir Rice, ce petit garçon de 12 ans, mort pour avoir osé jouer avec un pistolet en plastique devant un policier. (…) Le lauréat poursuit ensuite son discours en dénonçant fortement les violences commises par la police américaine, qui avait tué 967 personnes et dont 40% de victimes non armées étaient noires, sur la seule année 2015, selon le site d’information belge RTL Info. (…) Le « docteur Avery » a ensuite entamé une phase aux mots encore plus sévères, chewing-gum en bouche, mais digne des Black Panters, où il fait référence à l’esclavage qu’ont connu les communautés noires aux USA, notamment avec le commerce triangulaire du XVIIIème siècle et où il dénonce l’ironie de notre société de consommation. (…) sous un tonnerre d’applaudissements en brandissant son trophée. Nouvel Obs
Un discours «puissant» selon «Time». «L’un des plus mémorables» de l’histoire des prix, titre le «Washington Post». Jesse Williams, alias Jackson Avery de «Grey’s Anatomy», a reçu dimanche l’Humanitarian BET Award 2016, récompensant son engagement notamment contre le racisme. En effet, l’acteur est sur le devant de la scène depuis la mort le 9 août 2014 de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans –pas armé- par un policier blanc à Ferguson (Missouri). Il est notamment engagé en faveur du mouvement Black Lives Matter – né après ce drame et d’autres meurtres de Noirs par la police. Une cause qui lui tient vraiment à cœur comme en témoigne la tirade inspirée qu’il a délivrée en recevant son prix. Le métisse de 34 ans l’a dédiée à «tous les activistes, toutes les ONG de défense des droits de l’Homme, tous les parents qui se battent, les familles, les enseignants, les étudiants qui réalisent qu’un système construit pour nous diviser, nous appauvrir et nous détruire ne peut pas résister si nous le faisons.» Il a ensuite fait référence à Tamir Rice, qui aurait eu 14 ans samedi, mais aussi à d’autres victimes de ces «bavures», de Rekia Boyd à Eric Garner, en passant par Sandra Bland. Puis a élargi sa plaidoirie sur la cause des Noirs à notre époque. «Il n’y a aucune guerre que nous (les Noirs) n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement», a-t-il lancé, appelant les Afro-Américains à se battre pour obtenir l’égalité une bonne fois pour toutes. Et gare aux Blancs qui dénigreraient l’importance de cette lutte. «Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont», s’est-il emporté, ovationné par le public. «Et nous avons fini de regarder, et d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous ; (…) garde les Noirs hors de sa vue et son esprit, pendant qu’ils pillent notre culture, nos dollars, notre pétrole (…) ghettoïsent et dévalorisent nos créations puis les volent», a-t-il poursuivi avant de conclure : «Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels». Paris Match
“What we’ve been doing,” said Williams, “is looking at the data and we know that police somehow manage to de-escalate, disarm and not kill white people everyday.” The problem is that the “data” say the opposite. The police do kill whites every day. And given the fact that whites account for 10 percent of violent crime, but are 50 percent of those who die at the hand of the police, white people actually have more to complain about than Mr. Williams. “Adjusted for the homicide rate,” says criminology professor Peter Moskos, “whites are 1.7 times more likely than blacks to die at the hands of police.” The “data” from the Centers for Disease Control shows that in 2014, the latest year data are available, 131 blacks and 261 whites were killed by cops. From 1999 to 2013, the totals were 1,724 black and 3,160 white. As to 2015, there are as of yet no official numbers. But the Washington Post says — according to its own tally — that 965 people were killed by police and less than 4 percent were white cops killing unarmed black men. The top preventable cause of death for young white men is car accidents. For young black men it’s homicide — almost always by other young blacks. Nearly 50 percent of all homicides are black-on-black. As to Williams’ implied clam of anti-black racial profiling, a 2013 report by the DOJ’s National Institute of Justice found that any racial differences in traffic stops can be ascribed to « differences in offending »: blacks are more likely to commit traffic offenses — speeding, no license, no child restraint, DUI, headlights out, expired tags and so on.  (…) If « whiteness » is « extracting our culture, » should Snoop Dogg apologize for getting rich by selling rap to whites? And didn’t Run-D.M.C. « culturally extract » their hit, « Walk This Way, » from Aerosmith? White folk, rise up! Did Williams, born to a white mom and black dad, really whine about the “invention called whiteness »? His mom was « invented » while his black father was “magic”? So a half-white actor whined about oppression on a black awards show, on a cable channel owned by a corporation whose largest shareholder is a family headed by patriarch Sumner Redstone, — a Jew. Only in America. (…) Is it too much to ask for the names of the oppressors who operate the “system »? After all, we’ve had a black president for seven years, plus back-to-back black attorneys general. Is Obama complicit? (…) What does it say that Obama’s Department of Justice has not filed civil rights charges against any of the officers involved in the death of the blacks Williams cited. Larry Elder
Japanese prints had, as everybody is taught in class, an enormous influence on French Impressionist art in the middle of the 19th Century. They were, exactly, an exotic appropriation.Well, it turns out that they weren’t really exotic at all. They were the product of the Japanese infatuation with Western perspective drawing and graphics, which had only recently arrived in Japan on ships and boats as part of the Japanese opening to the West. The Japanese artists saw them, and saw expressive possibilities in them that the Western artists were too habituated to the system to notice. The Japanese appropriated Western perspective in ways that Westerners would never have imagined. Then the Japanese pictures got sent back to Europe, where they looked wonderfully exotic, and re-made the Western art they originally hailed from. It’s exactly the same process that happened in our own lifetime when Howlin’ Wolf and Big Bill Broonzy records sailed over to Liverpool and the suburbs of London and were heard by boys who barely understood their context but loved their attitude. Ten years later you got Mick Jagger and John Lennon. Innocent imitation is always the engine of cultural innovation. Nor is it just that the borrowings can be beautiful. The things we borrow show us the things we are. Having passed through Chuck Berry, The Beatles and the Stones could better claim their own distinctive Englishness. In the same way, distinctly English food – all those real beers and farmhouse cheddars – has only gotten better because restaurants that served real Italian food helped showed how wonderful a coherent seasonal market-based cuisine could be. If we want to be ourselves, we have to travel – and nowadays, we do much of our travelling internally. Adam Gopnik
The concept of cultural appropriation emerged in academia in the late 1970s and 1980s as part of the scholarly critique of colonialism. By the mid-1990s, it had gained a solid place in academic discourse, particularly in the field of sociology. Some of this critique was rightly directed at literal cultural theft — the pilfering of art and artifacts by colonial powers — or glaring injustices, such as white entertainers in the pre-civil rights years profiting off black musical styles while black performers’ careers were hobbled by racism. Critics such as Edward Said offered valuable insight into Orientalism, the West’s tendency to fetishize Asians as exotic stereotypes. But the hunt for wrongdoing has gone run amok. The recent anti-appropriation rhetoric has targeted creative products from art to literature to clothing. Nothing is too petty for the new culture cops: I have seen them rebuke a Filipina woman who purchased a bracelet with a yin-yang symbol at a fair and earnestly discuss whether it’s appropriation to eat Japanese, Indian or Thai food. Even Selena Gomez, a Latina artist, was assailed a couple of years ago for sporting a Hindu forehead dot, or bindi, in a Bollywood-style performance. In some social-justice quarters, the demonization of “appropriative” interests converges with ultra-reactionary ideas about racial and cultural purity. I once read an anguished blog post by a well-meaning young woman racked with doubt about her plans to pursue a graduate degree in Chinese studies; after attending a talk on cultural appropriation, she was unsure that it was morally permissible for a white person to study the field. This is a skewed and blinkered view. Yes, most cross-fertilization has taken place in a context of unequal power. Historically, interactions between cultures often took the form of wars, colonization, forced or calamity-driven migration and subordination or even enslavement of minority groups. But it is absurd to single out the West as the only culprit. Indeed, there is a paradoxical and perverse Western-centrism in ignoring the history of Middle Eastern and Asian empires or the modern economic and cultural clout of non-Western nations — for instance, the fact that one of the top three entertainment companies in the U.S. market is Japanese-owned Sony.It is also far from clear that the appropriation police speak for the people and communities whose cultural honor they claim to defend. The kimono protest, for instance, found little support from Japanese Americans living in the Boston area; indeed, many actively backed the museum’s exhibit, as did the Japanese consulate. Most critics of appropriation, including some anti-kimono protesters, say they don’t oppose engagement with other cultures if it’s done in a “culturally affirming” way. A Daily Dot article admonishes that “an authentic cultural exchange should feel free and affirming, rather than plagiarizing or thieving.” A recent post on the Tumblr “This Is Not China” declares that “cultural appropriation is not merely the act of wearing or partaking in cultural symbols & practices that do not belong to you, it’s a system of exploitation & capitalisation on cultural symbols & practices that do not a) originate from b) benefit c) circle back to the culture in question.” It makes sense to permit behaviors that encourage empathy and genuine interest while discouraging those that caricature or mock a sampled-from culture. But such litmus tests leave ample room for hair-splitting and arbitrary judgments. One blogger’s partial defense of “Kimono Wednesdays” suggests that while it was fine to let visitors try on the kimonos, allowing them to be photographed while wearing them was a step too far. This fine parsing of what crosses the line from appreciation into appropriation suggests a religion with elaborate purity tests. What will be declared “problematic” next? Picasso’s and Matisse’s works inspired by African art? Puccini’s “Orientalist” operas, “Madama Butterfly” and “Turandot”? Should we rid our homes of Japanese prints? Should I take offense at other people’s Russian nesting dolls? And while we’re at it, why shouldn’t a wide range of cultural minorities within Western society demand control over access to their heritage, too? Can Catholics claim appropriation when religious paintings of Jesus or the Virgin Mary are exhibited in a secular context, or when movies from “The Sound of Music” to “Sister Act” use nuns for entertainment?Appropriation is not a crime. It’s a way to breathe new life into culture. Peoples have borrowed, adopted, taken, infiltrated and reinvented from time immemorial. The medieval Japanese absorbed major elements of Chinese and Korean civilizations, while the cultural practices of modern-day Japan include such Western borrowings as a secularized and reinvented Christmas. Russian culture with its Slavic roots is also the product of Greek, Nordic, Tatar and Mongol influences — and the rapid Westernization of the elites in the 18th century. America is the ultimate blended culture. Cathy Young
Tout le monde a tendance à admettre que les styles et les idées ne viennent pas de nulle part, qu’à un moment tout est appropriation. Rien de ce que nous faisons en ce monde n’est unique. Nous sommes conditionnés par notre propre background culturel. (…)  on s’intéresse aujourd’hui énormément au cosmopolitisme, aux mélanges [mash-ups]. Pensez par exemple à la musique. Michael North
Miley Cyrus peut-elle « twerker » (danser en se déhanchant de manière sexuellement suggestive, un peu à la façon Mapouka de Côte d’Ivoire) ? Une femme blanche peut-elle porter des dreadlocks ? Des étudiants peuvent-ils organiser une « soirée tequila » en portant des sombreros ? Un mannequin de Victoria Secret peut-elle défiler coiffée de plumes comme jadis les Amérindiens ? Tous ces actes peuvent respectivement heurter les Afro-Américains, la communauté mexicaine et les descendants des Amérindiens. On parle alors d’ « appropriation culturelle » ou « cultural appropriation », une expression qui s’est imposée depuis plusieurs années dans les médias nord-américains, y compris dans le New York Times.  » (…)  Récemment, c’est le créateur américain Marc Jacobs qui a fait les gros titres après avoir affublé de dreadlocks des mannequins blanches, lors de son défilé printemps-été 2017. La polémique illustre la difficulté posée par la notion d’appropriation culturelle : la mode occidentale s’est toujours inspirée d’autre cultures (comme l’a fait Yves Saint Lauren avec sa collection africaine en 1967). (…) En septembre, la question de l’appropriation culturelle s’est manifestée dans un domaine où elle est présente de longue date : la littérature. L’auteur américaine (blanche) Lionel Shriver a causé la polémique après avoir pris fait et cause pour des étudiants américains qui avaient suscité l’indignation pour avoir organisé une fête sur le thème de la tequila, où ils s’étaient affublés de sombreros. Shriver, elle-même vêtue d’un sombrero pendant son discours, entendait défendre le droit des auteurs qui appartiennent à la culture dominante de se mettre, dans leurs livres, à la place des dominés au travers de leurs personnages fictifs. Pendant l’intervention, une écrivain d’origine soudanaise, Yassmin Abdel-Magied, a quitté la salle. Dans une tribune, elle a expliqué avoir trouvé les propos de Shriver offensants. Selon elle, l’attitude de l’auteur « découle de la suprématie raciale. » (…) Cet été, lors de la cérémonie des Black Entertainment Television Awards, qui récompensent acteurs, musiciens ou encore sportifs noirs, Jesse Williams, un acteur connu pour son rôle dans la série Grey’s Anatomy, a dénoncé dans un discours poignant l’appropriation de la culture afro-américaine par les blancs. Quelques jours plus tard, les médias américains conservateurs se sont saisis des propos de l’actrice et présentatrice noire Whoopi Goldberg (connue notamment pour son rôle dans le film Sister Act), qui estimait que les femmes noires se teignant les cheveux en blond faisaient aussi acte d’appropriation culturelle. (…) Dans le quartier hipster de Bushwick, haut lieu des mélanges et de musique éclectique, le club House of Yes s’est retrouvé sous le feu des critiques cet été après avoir organisé une soirée sur le thème de Bangkok. Au programme : ladyboys (transsexuels) et cocktails aux couleurs locales. Mais une flopée de commentaires négatifs sur la page Facebook de l’événement a forcé les gérants du club à changer le thème de la soirée. La « Nuit à Bangkok » est devenue un soirée « Métropole tropicale ». « Nous avons notamment reçu des messages de personnes qui se plaignaient au sujet des ladyboys, disant que nous sexualisions une culture, » raconte Kae Burke, l’une des gérantes du club. Celle-ci se décrit comme une « femme blanche américaine privilégiée » et précise qu’elle a travaillé en Thailande pendant trois mois, où son partenaire y vit actuellement. Elle ajoute également avoir « collaboré avec des Thailandais pour créer le concept de la soirée. » Burke a de l’empathie pour ceux qui se sont offusqués de l’appropriation de la culture thaïlandaise par sa soirée. Mais, en même temps, « nous organisons des fêtes dans un club. Nous n’essayons pas de créer une vision historiquement exacte du pays, » explique-t-elle. « Lorsqu’ils vont faire la fête, les gens veulent du `sex, drug and rock and roll`, pas entrer dans un musée. » France Télévisions
If black and Latino males are “treated differently,” we might ask, Differently from whom? Statistically, they are more likely to be arrested and incarcerated than white males, but that disparity is dwarfed by another: the disparity with black and Latino females. There are more than 10 times as many males incarcerated as females. Could that difference be explained by factors other than discrimination against males? Bearing in mind, then, that there might be reasons for disparities other than prejudice, let us consider the Washington Post’s database on the use of deadly force by police, since this is the issue around which Black Lives Matter and the larger national debate revolve. The Post found that police killed 990 people in 2015. Of these, 494 were white, 258 black, 172 Hispanic, and 38 “other.” This means there were twice as many whites killed as blacks. On the other hand, since there are five or six times as many whites as blacks in America, clearly blacks were more likely to be killed, roughly three times as likely. But people killed by police are almost invariably in the process of being arrested or about to be arrested. This suggests that the relevant baseline against which to compare police killings is not the proportions of blacks and whites in the general population, but rather their presence in the population of arrestees. The FBI compiles national data on arrests. For 2015, the ratio of white to black arrestees for all crimes was 70 percent to 27 percent, a ratio of about 2 1/2 to 1. If we use that as the baseline for comparison, then police kill blacks slightly more often than their numbers would warrant. However, the Washington Post lists Hispanics as a third category parallel to whites and blacks. Confusingly, the FBI, which assembles crime data, does not do so. In presenting racial statistics, it assigns Hispanics to either the white or black category while offering separate tables dividing populations between Hispanic and non-Hispanic without respect to color. When forced into the bivariate categories of black and white, Hispanics overwhelming categorize as white. (According to the census, 20 times more Hispanics self-identity as white than as black.) If those listed by the Post as Hispanic were instead assigned to one racial category or the other, it would bring the ratio of whites to blacks killed by police still into nearly perfect alignment with racial ratio of arrestees in FBI data. The one area in which the Post reported finding a greater racial disparity was among unarmed individuals killed by police. In 2015, police killed 38 blacks and 32 whites. This ratio is out of line with the racial ratios of arrestees, but it is hard to know what to make of it. For one thing, the numbers are small and thus perhaps of little significance. For another, the Post’s “unarmed” category includes arrestees “holding an object unlikely to inflict serious injury, such as a stick or a broom handle.” In the moment, that broomstick might have felt more threatening to the officer than it appeared to the Post researcher who sorted the data. “Unarmed” does not always tell the whole story. Michael Brown was unarmed, but had he overpowered Officer Wilson, Brown might have seized Wilson’s gun. Several officers are killed each year with their own weapons. So even an unarmed arrestee can present a threat to an officer. What makes this disparity particularly unlikely to reflect racial bias is the contrast with the numbers for arrestees who were armed. In this category, the Post found 406 whites and 188 blacks killed by police officers, a ratio closely reflecting the population of arrestees. If anti-black bias were at work, why would it cause police to kill unarmed black people but not armed ones? Moreover, scholarly examinations of police behavior point to only modest racial disparities in the treatment of suspects, with no clear pattern. For example, a Rand Corporation study of New York’s stop-and-frisk program in 2006 found that “black pedestrians were stopped at a rate that is 20 to 30 percent lower than their representation in crime-suspect descriptions.” However, “Hispanic pedestrians were stopped disproportionately more, by 5 to 10 percent.” Whites were slightly less likely to be frisked or arrested after being stopped but slightly more likely to receive a summons. More recently, Roland Fryer Jr. a 39-year-old African-American economist at Harvard, completed studies of Houston police, showing that they were somewhat (16 to 25 percent) more likely to use force against black suspects (handcuff them, push them to the ground, and the like) but somewhat (22 percent) less likely to shoot them. One other realm in which numbers have been tossed around in the search for racial bias is in the composition of police forces. The New York Times produced a database on “the race gap in America’s police departments.” Elaborate graphs were presented online showing the racial composition of “local police departments from 17 metropolitan areas, sorted so that departments with the largest percentage-point differences of white officers to white residents are at the top.” But according to Justice Department data, in the United States as a whole, the proportion of police who are black is 12 percent, exactly the black percentage in the population. While the Times compiled a list of cities in which blacks are “underrepresented” in police departments, the law of averages means there must be roughly as many where blacks are “overrepresented.” While it is surely beneficial to have ethnically diverse police departments, this has no bearing on the core issue of Black Lives Matter. Several studies have shown that black police officers are more likely to shoot, not less. The criminologist Heather Mac Donald cites the example of the Detroit Police Department, which was subject to federal oversight for 11 years, dating back to the George W. Bush administration, “for alleged abuse of civilians, including a pattern of unjustified shootings.” That department, she notes, is two-thirds black. There is precious little evidence that racial bias determines the use of lethal force or other actions of police. This is not to say that all killings by police are justified. The South Carolina policeman who fired five rounds into the back of a fleeing Walter Scott is being tried for murder, rightly so, and this, alas, is surely not the only incident of its kind. But the large disparities between the races in all manner of unhappy encounters with the criminal-justice system are accounted for mainly by disparities in the rates of criminal behavior. Although there are five to six times as many whites as blacks in America, more murders are committed by blacks than whites. Blacks, in fact, are about seven times more likely than whites to commit murder. The same seems to be true for robberies, based on the FBI’s national database of arrests. For other crimes, more whites than blacks are arrested. But controlling for population size, blacks are three times more likely to be arrested for aggravated assault, and other assaults, and 2.5 times more likely for rape, burglary, or larceny and other property crimes. Not only are blacks far more likely to run afoul of the law, their victims are mostly blacks. According to FBI statistics, blacks murdered nearly five times as many blacks as they murdered whites in 2015. Criminologist Peter Moskos prepared for his vocation by working for more than a year as a policeman in Baltimore’s roughest neighborhood. He offers this stunning datum: “Each year in Baltimore’s Eastern District approximately one in every 160 men aged 15 to 34 is murdered. At this rate, more than 10 percent of men in Baltimore’s Eastern District are murdered before the age of thirty-five.” Ironically, despite the specter of black-on-white crime, a white person is as likely to be killed by a police officer as by a black civilian. A black person on the other hand is about ten times more likely to be killed by another black civilian than by an officer. Anyone taking to heart the sanctity of black lives might well endorse stricter courts and policing rather than the reverse. (…) A 2014 study by the House Budget Committee found that the federal government alone had spent 799 billion dollars on such programs, meaning the total with state and local funds must exceed one trillion a year. All of these efforts including affirmative action presumably have contributed to a measurable narrowing of the disparities. How to narrow them further is a matter that deserves far-reaching consideration, but this inquiry will not be advanced by demagoguery including the absurd notion that American society, or any substantial part of it, doubts that black lives matter. Commentary

Attention: un racisme peut en cacher un autre !

« Puissant », « mémorable », « émouvant », « bouleversant », « poignant »

En cette fin de règne des catastrophiques années Obama et Hollande …

Où face à la montée des périls …

Comme du matraquage multiculturaliste ….

Ou de la censure anti-conservatrice de nos médias …

La réaction des peuples se voit traitée de tous les noms …

Et où de l’actuel supposé leader du Monde libre au premier rappeur venu ou à la création de  Youtube

Tout n’est que métissage et effacement des différences

Quelle meilleure illustration …

De l’étrange schizophrénie du monde dit progressiste …

Que les tombereaux d’éloges qui ont salué en juin dernier la récompense par une industrie fondée tout entière sur le succès de transfuges blancs à la Justin Timberlake ou Eminem

De l’auteur d’une vidéo encensant un mouvement se réclamant explicitement, entre deux appels au meurtre de policiers ou invitations à la Maison Blanche, d’une criminelle en fuite

Qui de par ses origines: fruit de l’union d’un père noir et d’une mère suédoise …

Comme de par sa position: docteur sexy, noir et aux yeux bleus, de la série médicale « Grey’s anatomy » …

Incarne littéralement à lui tout seul l’appropriation culturelle qu’il dénonce …

Et se paie en plus le luxe – véritable petit joyau de racisme à l’envers – de fustiger …

L’ « invention appelée blancheur » et son « système construit pour divi­ser, appau­vrir et détruire » ?

Enorme claque : Jesse Williams livre un incroyable discours sur le racisme aux Etats-Unis
Le docteur sexy de la série médicale « Grey’s anatomy » s’est vu récompensé aux BET Awards, hier à Los Angeles, pour son engagement contre le racisme que connait les Etats-Unis.
Laure Blachier
Nouvel Obs
28/06/2016

Vous le connaissez sûrement sous le nom de « Docteur Jackson Avery« , mais c’est bien son interprète, Jesse Williams, qui a été récompensé hier au BET Awards pour son engagement contre le racisme. Il a ainsi reçu le prix de l’humanitaire.

Un prix mérité
L’acteur de 34 ans s’était déjà fait remarquer par sa forte mobilisation quant à la question d’inégalité raciale. En 2014, le jeune homme avait rejoint la marche de protestation qui dénonçait la mort du jeune afro-américain de 18 ans, Michael Brown, tué à Ferguson par un policier blanc. Cette tragédie avait ensuite été suivie d’une série d’événements tristement similaires.

Mais l’implication de Jesse Williams ne s’est pas arrêtée là. Il a également produit cette année un film documentaire sur le mouvement militant « Black Lives Matter » (en français, « les vies Noires comptent »), intitulé « Stay Woke: The Black Lives Matter Movement« . C’est donc sans véritable surprise que l’on apprend la nomination de l’ancien instituteur pour le prix de l’humanitaire cette année.

Un discours émouvant et fort

L’un des points fort de cette cérémonie qui récompensait les artistes afro-américains de l’année est donc le discours prononcé par Jesse Williams lors de sa remise de prix. L’acteur de Django Unchained et de Pulp fiction, Samuel L. Jackson a même avoué ne pas avoir entendu de pareil discours depuis les années 1960 (années qui ont marqué la combat pour l’égalité des droits avec Martin Luther King).

Jesse Williams a ainsi débuté son discours en rappelant Tamir Rice, ce petit garçon de 12 ans, mort pour avoir osé jouer avec un pistolet en plastique devant un policier.

Hier, ça aurait du être le quatorzième anniversaire du jeune Tamir Rice.

Le lauréat poursuit ensuite son discours en dénonçant fortement les violences commises par la police américaine, qui avait tué 967 personnes et dont 40% de victimes non armées étaient noires, sur la seule année 2015, selon le site d’information belge RTL Info.

Alors ne me parlez pas du progrès qui a été fait quand du personnel payé par l’Etat peut tirer depuis sa voiture sur un gamin de 12 ans seul dans un parc en plein jour. Qui peut le tuer et rentrer ensuite se faire un sandwich ?

Le « docteur Avery » a ensuite entamé une phase aux mots encore plus sévères, chewing-gum en bouche, mais digne des Black Panters, où il fait référence à l’esclavage qu’ont connu les communautés noires aux USA, notamment avec le commerce triangulaire du XVIIIème siècle et où il dénonce l’ironie de notre société de consommation.

Le truc, c’est que nous gagnons tous de l’argent ici, mais ça ne suffit pas à arrêter tout ça. Dédier nos vies à gagner de l’argent et le donner uniquement pour se barder le corps de marques de vêtements, alors qu’on a passé des siècles à prier avec des vraies marques sur le corps… et maintenant nous payons pour avoir ces marques sur nous.

C’est ensuite une ode à la liberté qu’entame, Jesse Williams, qui rappelle bien qu’elle n’a jamais été aussi fragile aux Etats-Unis, avançant que les changements de mentalité sont beaucoup trop lents.

« Il n’y a pas de guerre où nous ne sommes pas battus, et ne sommes pas morts en première ligne. Il n’y a aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucune taxe qu’ils ne nous ont pas prélevé et nous les avons toutes payées. Mais la liberté est toujours conditionnelle ici. ‘Vous être libres !’ Continuent-ils de dire. Mais elle serait vivante, si elle n’avait pas agit aussi librement justement. La liberté vient dans l’au-delà, mais l’au-delà est une arnaque : nous, nous la voulons maintenant !

Nous maintenons ce pays à flot de crédits pour des siècles et nous en avons marre d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous, en enterrant les Noirs loin des yeux et loin du coeur, pendant qu’ils nous soutirent notre culture, nos dollars, nos divertissements… Comme le pétrole ! De l’or NOIR justement. Ils nous enferment dans des ghettos, dévalorisent nos créations, les volent, embourgeoisent notre génie, avant d’abonner nos corps comme des écorces de fruits étranges.

C’est pensé, c’est comme ça. Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels.

A ainsi conclu Jesse Williams sous un tonnerre d’applaudissements en brandissant son trophée.

Meilleur des discours (intégralité du discours de Jesse Williams)

Cette soirée a été aussi marquée par la prestation étonnante de Beyoncé et de Kendrick Lamar qui ont également rendu hommage à Martin Luther King en ouvrant la cérémonie sur une partie de son discours I have a dream. 

Voir aussi:

Vidéo – Jesse Williams, son boule­ver­sant discours contre le racisme
Gala

Jesse Williams a boule­versé les spec­ta­teurs et télé­spec­ta­teurs du BET Awards avec son discours. L’acteur de Grey’s Anatomy a notam­ment dénoncé les violences poli­cières dont sont victimes les Afros-améri­cains, sous les hour­ras de la foule.

Ce week-end, Jesse Williams (aussi connu sous le nom de Dr Avery dans la série Grey’s Anatomy) a pratique­ment volé la vedette à Beyoncé et Kendrick Lamar aux BET Awards. Non pas grâce à ses compé­tences de méde­cin sur petit écran, mais pour son soutien au mouve­ment Black Lives matters. Pour cela il a reçu l’Hu­ma­ni­ta­rian Award, un prix qui récom­pense chaque année un artiste pour son impli­ca­tion liée aux droits civiques et aux ques­tions sociales. Alors qu’il monte sur scène, le comé­dien s’est fendu d’un discours boule­ver­sant. Et a notam­ment dénon­cé les persé­­cu­­tions poli­­cières dont sont victimes les Afro-améri­­cains. “Nous savons qu’en cas d’al­ter­ca­tion, la police arrive toujours, d’une manière ou d’une autre, à désa­mor­cer le conflit, à désar­mer, et à ne pas tuer de Blancs. Ce qui va se passer, c’est que nous allons avoir des droits égaux et la justice dans notre propre pays”, a-t-il sommé.

Jesse Williams a notam­ment dédie son prix “aux acti­vistes, aux avocats des droits civiques, aux parents en diffi­culté, aux familles, aux ensei­gnants, aux étudiants qui se rendent compte qu’un système construit pour divi­ser, appau­vrir et détruire ne peut pas tenir si nous y résis­tons”.

Le comé­dien s’est ensuite lancé dans une diatribe enflam­mée, où il a mis en avant les injus­tices et les décon­si­dé­ra­tions auxquelles font face les Noirs-Améri­cains. “On en a marre d’at­tendre pendant que cette inven­tion appe­lée ‘blan­cheur’ use et abuse de nous, enter­rant les Noirs loin des yeux et loin du cœur pendant qu’ils nous soutirent notre culture, nos dollars, nos diver­tis­se­ments, comme le pétrole – l’or noir juste­ment! Ils nous enferment dans des ghet­tos, déva­lo­risent nos créa­tions, les volent embour­geoisent notre génie.”

Plus tard lors de la soirée, Samuel L. Jack­son a salué le discours de Jesse Williams. “Le speech de Jesse ressemble à ceux des acti­vistes des années 60. Ce frère a raison, et il dit vrai.”

Voir également:

Le poignant discours de Jesse Williams contre le racisme
Paris Match
27/06/2016

L’acteur Jesse Williams, récompensé dimanche pour son engagement, a livré un discours enflammé pour l’égalité raciale.

Un discours «puissant» selon «Time». «L’un des plus mémorables» de l’histoire des prix, titre le «Washington Post». Jesse Williams, alias Jackson Avery de «Grey’s Anatomy», a reçu dimanche l’Humanitarian BET Award 2016, récompensant son engagement notamment contre le racisme. En effet, l’acteur est sur le devant de la scène depuis la mort le 9 août 2014 de Michael Brown, un jeune Noir de 18 ans –pas armé- par un policier blanc à Ferguson (Missouri). Il est notamment engagé en faveur du mouvement Black Lives Matter – né après ce drame et d’autres meurtres de Noirs par la police. Une cause qui lui tient vraiment à cœur comme en témoigne la tirade inspirée qu’il a délivrée en recevant son prix.

Le métisse de 34 ans l’a dédiée à «tous les activistes, toutes les ONG de défense des droits de l’Homme, tous les parents qui se battent, les familles, les enseignants, les étudiants qui réalisent qu’un système construit pour nous diviser, nous appauvrir et nous détruire ne peut pas résister si nous le faisons.» Il a ensuite fait référence à Tamir Rice, qui aurait eu 14 ans samedi, mais aussi à d’autres victimes de ces «bavures», de Rekia Boyd à Eric Garner, en passant par Sandra Bland. Puis a élargi sa plaidoirie sur la cause des Noirs à notre époque.

« La liberté est toujours conditionnelle ici »

«Il n’y a aucune guerre que nous (les Noirs) n’ayons pas combattue, (…) aucun travail que nous n’ayons pas fait, aucun impôt que nous n’ayons pas payé. (…) Mais la liberté est en quelque sorte toujours conditionnelle ici. Vous êtes libre, continuent-ils à nous dire, mais elle aurait été en vie si elle n’avait pas agi librement», a-t-il lancé, appelant les Afro-Américains à se battre pour obtenir l’égalité une bonne fois pour toutes. Et gare aux Blancs qui dénigreraient l’importance de cette lutte. «Si vous critiquez la résistance, notre résistance, alors vous feriez mieux d’avoir un argumentaire solide sur la critique de notre oppression. Si vous n’êtes pas intéressés par l’égalité Noirs-Blancs, alors gardez-vous de conseiller ceux qui le sont», s’est-il emporté, ovationné par le public.

«Et nous avons fini de regarder, et d’attendre pendant que cette invention appelée blancheur use et abuse de nous ; (…) garde les Noirs hors de sa vue et son esprit, pendant qu’ils pillent notre culture, nos dollars, notre pétrole (…) ghettoïsent et dévalorisent nos créations puis les volent», a-t-il poursuivi avant de conclure : «Ce n’est pas parce que nous sommes magiques que nous ne sommes pas réels».

Voir encore:

The Twisted Fantasy World of Jesse Williams
His white mother was « invented » while his black father was “magic”?
Larry Elder
Frontpage magazine
July 5, 2016

According to Time Magazine, actor Jesse Williams, in accepting a humanitarian award from Black Entertainment Television, gave a “powerful” speech about police misconduct and black oppression. The speech ran nearly 4 minutes.

The take-way? The police routinely and illegally use deadly force against blacks while treating similarly situated whites in a different, less deadly way. Williams insisted that the facts back up this claim. “What we’ve been doing,” said Williams, “is looking at the data and we know that police somehow manage to de-escalate, disarm and not kill white people everyday.”

The problem is that the “data” say the opposite. The police do kill whites everyday. And given the fact that whites account for 10 percent of violent crime, but are 50 percent of those who die at the hand of the police, white people actually have more to complain about than Mr. Williams. “Adjusted for the homicide rate,” says criminology professor Peter Moskos, “whites are 1.7 times more likely than blacks to die at the hands of police.”

The “data” from the Centers for Disease Control shows that in 2014, the latest year data are available, 131 blacks and 261 whites were killed by cops. From 1999 to 2013, the totals were 1,724 black and 3,160 white. As to 2015, there are as of yet no official numbers. But the Washington Post says — according to its own tally — that 965 people were killed by police and less than 4 percent were white cops killing unarmed black men.

The top preventable cause of death for young white men is car accidents. For young black men it’s homicide — almost always by other young blacks. Nearly 50 percent of all homicides are black-on-black. As to Williams’ implied clam of anti-black racial profiling, a 2013 report by the DOJ’s National Institute of Justice found that any racial differences in traffic stops can be ascribed to « differences in offending »: blacks are more likely to commit traffic offenses — speeding, no license, no child restraint, DUI, headlights out, expired tags and so on.

So much for “the data.”

Williams also said:

“This invention called whiteness uses and abuses us, burying black people out of sight and out of mind while extracting our culture, our dollars, our entertainment like oil — black gold — ghettoizing and demeaning our creations then stealing them, gentrifying our genius and then trying us on like costumes before discarding our bodies like rinds of strange fruit. The thing is though … the thing is that just because we’re magic doesn’t mean we’re not real.”

Um-m, could you repeat that?

If « whiteness » is « extracting our culture, » should Snoop Dogg apologize for getting rich by selling rap to whites? And didn’t Run-D.M.C. « culturally extract » their hit, « Walk This Way, » from Aerosmith? White folk, rise up! Did Williams, born to a white mom and black dad, really whine about the “invention called whiteness »? His mom was « invented » while his black father was “magic”? So a half-white actor whined about oppression on a black awards show, on a cable channel owned by a corporation whose largest shareholder is a family headed by patriarch Sumner Redstone, — a Jew. Only in America.

Williams also talked about “the activists, the civil rights attorneys, the struggling parents, the families, the teachers, the students that are realizing that a system built to divide and impoverish and destroy us cannot stand if we do.” He proclaimed: “The burden of the brutalized is not to comfort the bystander. … If you have a critique for the resistance, for our resistance, then you better have an established record of critique of our oppression.”

Is it too much to ask for the names of the oppressors who operate the “system »? After all, we’ve had a black president for seven years, plus back-to-back black attorneys general. Is Obama complicit? Williams said:

“I don’t want to hear anymore about how far we’ve come when paid public servants can pull a drive-by on 12-year-old playing alone in a park in broad daylight, killing him on television and then going home to make a sandwich. Tell Rekia Boyd how it’s so much better to live in 2012 than it is to live in 1612 or 1712. Tell that to Eric Garner. Tell that to Sandra Bland. Tell that to Dorian Hunt.”

What does it say that Obama’s Department of Justice has not filed civil rights charges against any of the officers involved in the death of the blacks Williams cited?

Not everything Williams said was incoherent or factually wrong, At the beginning of his speech he actually put his finger on the real problem in the black community. He said, “For the black women in particular who have spent their lifetimes dedicated to nurturing everyone before themselves — we can and will do better for you,”

He appeared to be urging black fathers to step up.

Seventy-one percent of black children were born to unmarried mothers in 2014, as opposed to 25 percent in 1965. Obama said, “Children who grow up without a father are five times more likely to live in poverty and commit crime, nine times more likely to drop out of schools and 20 times more likely to end up in  prison.” In an interview with Kweisi Mfume, then the president of the NAACP, I asked, “As to the presence of white racism or the absence of black fathers, which poses the bigger threat to the black community?” Without hesitation, Mfume said, “The absence of black fathers.”

Rant about that, Mr. Williams.

Voir de plus:

Culture & Civilization
The Truth About Black Lives Matter
The movement paints a false and disturbing portrait of America in order to justify its even more disturbing aims
Joshua Muravchik
Commentary
Nov. 16, 2016

A Call to Arms

On September 20, a police officer in Charlotte, North Carolina, shot and killed Keith Lamont Scott, a 43-year-old black man whom police said they had observed sitting in a parked car with a marijuana cigarette and a pistol. Members of Scott’s family immediately contradicted this description of events on social media, claiming he had no gun and had been holding only a book. In the flash of a muzzle, Charlotte became the stage for the next act in a wrenching national drama about race and law enforcement.

Charlotte is a vibrant, growing, integrated metropolis, the very image of the “new South.” The officer involved was black, as was the police chief. The chief had in fact come to his post expressing skepticism about police treatment of blacks and had instituted innovative community-relations programs and training to address the problem of “implicit bias.”

Nonetheless, within hours of the shooting, protestors bearing handmade signs saying “It was a book” filled the streets. Before long, the protests had devolved into riots. Police cars, city buses, and private vehicles were smashed, as were office buildings and the city’s convention center. Trucks were looted and burned. Ten young African-American men set upon a white man, robbing, beating, and stomping him—and landing him in the hospital. A 26-year-old black man was shot dead by someone else in the crowd. Although 16 police officers received injuries, only one rioter was arrested.

Charlotte’s demonstrators had taken to the streets spontaneously. But the national protest movement that has emerged on this issue over the past two years does have a group, or coalition of groups, at its core, and it is called Black Lives Matter.

The Black Lives Matter website and the Twitter hash tag #BlackLivesMatter had been launched in 2013 by Alicia Garza, Patrisse Cullors, and Opal Tomeki—all in their thirties and all veteran activists. Cullors, a performance artist based in Los Angeles, founded Dignity and Power Now, which she says has “achieved . . . victories for the abolitionist movement.” The word “abolitionist” here refers to a vision of doing away entirely with the law-enforcement and criminal-justice systems. Garza is an officer of the National Domestic Workers Alliance, having previously run a San Francisco group called People Organized to Win Employment Rights (POWER). She, too, speaks of abolishing the criminal-justice system, albeit more tentatively than she speaks of abolishing the present economic system. Opal Tomeki, who describes herself as a “believer and practitioner of liberation theology,” is the New York–based executive director of Black Alliance for Just Immigration.

They were inspired to create Black Lives Matter out of anguish over the acquittal of George Zimmerman, a neighborhood-watch volunteer, ethnically white and Hispanic, who had shot to death the black 17-year-old Trayvon Martin in February 2012. During its first year, the group drew little attention. Then came Ferguson.

In that Missouri city, on August 14, 2014, Michael Brown was shot dead by a white police officer. The 18-year-old and 300-pound Brown, described as a “gentle giant,” carried no weapon at the time of his death. And according to individuals who said they had witnessed the shooting, he had either been gunned down while running from the officer or facing him with his hands raised, pleading, “Hands up, don’t shoot.”

The next day, Ferguson was convulsed in rioting, and protests broke out in other cities. Black Lives Matter sponsored a series of “Freedom Rides” to Ferguson, and its Internet messages went viral. Suddenly it found itself at the center of what the New York Times called “the most formidable American protest movement of the 21st century.” On the ground in Ferguson, new leaders emerged, notably DeRay Mckesson, a former school administrator who became a peripatetic protestor in cities across the Midwest, the South, and his home town of Baltimore, and Johnetta Elzie, a 26-year-old Ferguson native.

President Obama embraced the group, inviting Mckesson, Elzie, and other Ferguson protestors to the White House on more than one occasion and appointing one, Brittany Packnett, to a task force on policing. He spoke in defense of the now ubiquitous slogan when others asked, Don’t all lives matter? And he went out of his way to defend the group at a memorial service two years later for five Dallas policemen murdered by a black sniper at a Black Lives Matter demonstration.

Those competing to succeed Obama followed his cue. Hillary Clinton met with a delegation of Black Lives Matter activists who, according to Time, inspired her to denounce “mass incarceration” and propose a “new New Deal” for ethnic minorities. Her rival for the Democratic presidential nomination, Bernie Sanders, also met with activists who came away saying that the senator was “very open to being pushed” toward their point of view. The campaign of Republican aspirant Jeb Bush claimed that he, too, had met with the group, but this was later disputed by activists.

The entertainment and news media lavished attention on the new movement. Beyoncé, Rihanna, Pharrell Williams, and dozens of others made a video of support while actor Jesse Williams won the Black Entertainment Network’s Humanitarian Award for a separate video that he had made about Black Lives Matter. He stole the show at BET’s annual award ceremony with a speech decrying “this invention called whiteness [that] uses and abuses us, burying black people out of sight,” an observation aired live to an audience of 7.2 million on BET, MTV, Comedy Central, and nine other U.S. networks and streamed online before being rebroadcast in the UK, France, and Africa.

The New York Times Magazine ran a cover story on Black Lives Matter while the Washington Post undertook a mammoth investigatory project to compile a complete data base on fatal police shootings, ferreting out twice as many as shown in FBI reports. In 2015, Time named Black Lives Matter a runner-up for its annual “Person of the Year.”

Where the journalists and entertainers go, philanthropists are likely to follow, and so it was in this case even as a variety of groups and advocates jostled for the Black Lives Matter banner. Google announced a half-million dollar grant to Cullors to monitor and combat police brutality. George Soros’s Open Society Institute gave $650,000 in 2015 to “groups at the core of the burgeoning #BlackLivesMatter movement.” And the Ford Foundation announced it was spearheading a consortium of donors pledging to raise $100 million over six years for the Movement for Black Lives, a self-described “united front” of the original Black Lives Matter together with some two dozen other kindred organizations.

In announcing its grant, Ford enthused: “The Movement for Black Lives has forged a new national conversation about the intractable legacy of racism, state violence, and state neglect of black communities in the United States.” But is that an accurate or complete description of the legacy of race relations with which we live? Is it true, as Black Lives Matter asserts and its very name suggests, that American society as a whole deems black lives to be devoid of value? Is it true, as it further asserts, that the deaths of blacks at the hands of police reflect racism and worse? And if these things are not true, then what is Black Lives Matter really after?

To explore this we must first look more closely at the story of Ferguson. The New Yorker’s Jelani Cobb labeled it “a case study of structural racism in America and a metaphor for all that had gone wrong since the end of the civil-rights movement.” Ferguson is a paradigm, to be sure, but not exactly for the things Cobb suggests it represents.

Ferguson

While a local grand jury declined to indict Darren Wilson, the officer who shot Michael Brown, Obama’s Justice Department conducted its own painstaking investigation with an eye to bringing charges under federal civil-rights law. What it found, perhaps to its own surprise, was not merely ambiguity, which might have prompted the grand jurors to vote against an indictment. Rather, the evidence lent decisive support to Officer Wilson’s contention that he had acted in self-defense, and it showed that the widely circulated narrative about Brown and the actions that led to his death was a tissue of lies.

A video from a convenience-store surveillance camera captured the first act in this drama. It shows Brown reaching across the counter and brazenly helping himself to boxes of cigarillos without offering to pay, then walking to the exit. When the diminutive clerk tries to head him off, Brown shoves the man away, then menacingly turns on him until the man backs off.

The clerk called police, and the robbery was broadcast on police radio. Officer Wilson heard the call just as Brown and his accomplice, Dorian Johnson, were walking toward the officer’s SUV, which Wilson then maneuvered to block their path. The Justice Department report details what happened next:

Brown . . . reached into the SUV through the open driver’s window and punched and grabbed Wilson. This is corroborated by bruising on Wilson’s jaw and scratches on his neck, the presence of Brown’s DNA on Wilson’s collar, shirt, and pants, and Wilson’s DNA on Brown’s palm . . . .Wilson [said] that he responded . . . by withdrawing his gun because he could not access less lethal weapons while seated inside the SUV.

At this point, the conflict intensified:

Brown then grabbed the weapon and struggled with Wilson to gain control of it. Wilson fired, striking Brown in the hand. Autopsy results and bullet trajectory, skin from Brown’s palm on the outside of the SUV door as well as Brown’s DNA on the inside of the driver’s door corroborate Wilson’s account.

The forensic evidence supported the officer’s account:

According to three autopsies, Brown sustained a close range gunshot wound to the fleshy portion of his right hand . . . . Soot from the muzzle of the gun found embedded in the tissue of this wound coupled with indicia of thermal change from the heat of the muzzle indicate that Brown’s hand was within inches of the muzzle of Wilson’s gun when it was fired. The location of the recovered bullet . . . also corroborates Wilson’s account of the struggle over the gun and when the gun was fired, as do witness accounts that Wilson fired at least one shot from inside the SUV.

Brown ran and Wilson began to pursue him, but Brown stopped after about a block and turned around, heading back toward Wilson. No one knows why, although the marijuana later found in his system may have influenced his judgment. Brown’s accomplice Johnson, meanwhile, had disappeared in a different direction. The report continues:

Several witnesses stated that Brown appeared to pose a physical threat to Wilson as he moved toward Wilson . . . . While credible witnesses gave varying accounts of exactly what Brown was doing with his hands as he moved toward Wilson—i.e., balling them, holding them out, or pulling up his pants—and varying accounts of how he was moving—i.e., “charging,” moving in “slow motion,” or “running”—they all establish that Brown was moving toward Wilson when Wilson shot him. Although some witnesses state that Brown held his hands up at shoulder level with his palms facing outward for a brief moment, these same witnesses describe Brown then dropping his hands and “charging” at Wilson.

The autopsy results confirm that Wilson did not shoot Brown in the back as he was running away because there were no entrance wounds to Brown’s back . . . . [S]ome of those accounts are inaccurate because they are inconsistent with the physical and forensic evidence; some of those accounts are materially inconsistent with that witness’s own prior statements with no explanation, credible or otherwise, as to why those accounts changed over time. Certain other witnesses who originally stated Brown had his hands up in surrender recanted their original accounts, admitting that they did not witness the shooting or parts of it, despite what they initially reported either to federal or local law enforcement or to the media.

The Justice Department reviewed physical evidence—crime scene, autopsy, DNA, dispatch recordings, ballistics, fingerprints, and audio recordings of the gunfire—and interviewed witnesses who saw or claimed to have seen the shooting. Eight of them confirmed Wilson’s testimony. The one white among them was disregarded as unreliable. But the other seven—five blacks and two identified as “bi-racial”—were deemed credible in that their versions were consistent internally and with the physical evidence.

These witnesses were almost all reluctant. According to the report, signs had been posted around the neighborhood that read “snitches get stitches.” Residents seemed to believe it. One of the seven “repeatedly refused to give formal statements to law enforcement for fear of reprisal should the . . . neighborhood find out that his account corroborated Wilson.” The report goes on: “Served with a county grand jury subpoena [he] refused to appear. . . . explain[ing] that he would rather go to jail than testify.” Another phoned in his account, but “prosecutors and investigators tried to no avail to interview” him. Another, when called before the grand jury, initially claimed memory loss. Another “was reluctant to identify herself and ultimately met with [detectives] in a library parking lot.” Yet another initially offered a version contrary to physical evidence; when confronted on this by FBI interrogators, she replied, “You’ve got to live the life to know it,” explaining that “she feared offering an account contrary to the narrative reported in the media that Brown had held his hands up in surrender.” In short, fear hung over the neighborhood.

The Justice Department interviewed 23 other witnesses who contradicted Wilson and inculpated him. But in the case of all 23—two whites and the rest black—investigators concluded that their stories were untrustworthy. Either their accounts changed upon retelling or were flatly contradicted by physical evidence or by well-established facts. Some may have been confused. Others were simply lying either to feel important or out of ulterior motives. Chief in the latter category was Dorian Johnson, Brown’s accomplice in the convenience-store robbery.

That Johnson was a practiced liar was already established by a prior conviction for “a crime of dishonesty” and illustrated charmingly when he told the New Yorker’s Jake Halpern that “before entering the [convenience store] he and Brown ‘never talked about stealing things’ [but] were instead immersed in a discussion ‘about the Bible and God.’” However, Johnson told Department of Justice investigators “that just prior to going to [the store], Brown engaged in a 25-minute conversation about marijuana” with a local contractor. (The stolen cigarillos were intended for use in smoking marijuana.)

It was Johnson who, according to the Justice Department report, “made multiple statements to the media immediately following the incident that spawned the popular narrative that Wilson shot Brown execution-style as he held up his hands in surrender,” a narrative that gave rise to the meme “hands up, don’t shoot.”

It is difficult to gauge how much of black Ferguson was represented by the witnesses who came forth with true accounts, and how much by those who circulated false narratives or rioted following the shooting and the grand jury’s non-indictment decision. This second round of mayhem was directly instigated by Brown’s stepfather, who can be seen on video addressing a rally, exhorting those gathered to “burn this bitch down.”

Clearly, however, a considerable part of the black community felt alienated from the police, and a second Justice Department report concluded that “Ferguson’s approach to law enforcement both reflects and reinforces racial bias.” In sustaining its accusation of “racism,” the report instanced six racially pointed jokes found in the email of police or city officials. If such reprehensible items were common, they might add up to a culture of racism, but a total of six over six years of email exchanges among scores of individuals amounts to much less.

Among arrestees who were armed, 406 whites and 188 blacks were killed by police in 2015, a ratio closely reflecting the population of arrestees.

The report’s focus rested on the city’s reliance for a significant part of its revenue on fines for petty violations, largely automobile-related. This practice is common in Missouri and elsewhere, and it puts a disproportionate burden on poor people, therefore on blacks. Such behavior raises the question of whether justice can be blind if it is self-interested. For these reasons, long before the events in Ferguson, some states had begun passing laws limiting the authority of municipalities to levy fines.

The report also noted that a large majority of the city’s officers are white while a majority of its citizenry is black, and that blacks “experience disparate impact in nearly every aspect of Ferguson’s law enforcement system,” notably that “African Americans account for 85 percent of vehicle stops, 90 percent of citations, and 93 percent of arrests made by FPD officers, despite comprising only 67 percent of Ferguson’s population.”
In relying on “disparate impact” as a measure of discrimination, the Ferguson report provided a microcosm of an argument that goes to the heart of much national debate about race and criminal justice. President Obama deployed it in a 2015 speech: “In too many places in this country, black boys and black men, Latino boys, Latino men . . . experience being treated differently by law enforcement—in stops and in arrests, and in charges and incarcerations. The statistics are clear, up and down the criminal-justice system; there’s no dispute.” This sense of certainty comported oddly with the president’s own lament five months later at a White House forum on race and criminal justice that “we don’t really do a good job right now in collecting national data.” There is, moreover, much to dispute about how to interpret “the statistics,” as the president’s formulation, itself, unwittingly illustrated.

If black and Latino males are “treated differently,” we might ask, Differently from whom? Statistically, they are more likely to be arrested and incarcerated than white males, but that disparity is dwarfed by another: the disparity with black and Latino females. There are more than 10 times as many males incarcerated as females. Could that difference be explained by factors other than discrimination against males?

Bearing in mind, then, that there might be reasons for disparities other than prejudice, let us consider the Washington Post’s database on the use of deadly force by police, since this is the issue around which Black Lives Matter and the larger national debate revolve.

Crime and Policing by the Numbers

The Post found that police killed 990 people in 2015. Of these, 494 were white, 258 black, 172 Hispanic, and 38 “other.” This means there were twice as many whites killed as blacks. On the other hand, since there are five or six times as many whites as blacks in America, clearly blacks were more likely to be killed, roughly three times as likely. But people killed by police are almost invariably in the process of being arrested or about to be arrested. This suggests that the relevant baseline against which to compare police killings is not the proportions of blacks and whites in the general population, but rather their presence in the population of arrestees.

The FBI compiles national data on arrests. For 2015, the ratio of white to black arrestees for all crimes was 70 percent to 27 percent, a ratio of about 2 1/2 to 1. If we use that as the baseline for comparison, then police kill blacks slightly more often than their numbers would warrant. However, the Washington Post lists Hispanics as a third category parallel to whites and blacks. Confusingly, the FBI, which assembles crime data, does not do so. In presenting racial statistics, it assigns Hispanics to either the white or black category while offering separate tables dividing populations between Hispanic and non-Hispanic without respect to color. When forced into the bivariate categories of black and white, Hispanics overwhelming categorize as white. (According to the census, 20 times more Hispanics self-identity as white than as black.) If those listed by the Post as Hispanic were instead assigned to one racial category or the other, it would bring the ratio of whites to blacks killed by police still into nearly perfect alignment with racial ratio of arrestees in FBI data.

The one area in which the Post reported finding a greater racial disparity was among unarmed individuals killed by police. In 2015, police killed 38 blacks and 32 whites. This ratio is out of line with the racial ratios of arrestees, but it is hard to know what to make of it. For one thing, the numbers are small and thus perhaps of little significance. For another, the Post’s “unarmed” category includes arrestees “holding an object unlikely to inflict serious injury, such as a stick or a broom handle.” In the moment, that broomstick might have felt more threatening to the officer than it appeared to the Post researcher who sorted the data. “Unarmed” does not always tell the whole story. Michael Brown was unarmed, but had he overpowered Officer Wilson, Brown might have seized Wilson’s gun. Several officers are killed each year with their own weapons. So even an unarmed arrestee can present a threat to an officer.

What makes this disparity particularly unlikely to reflect racial bias is the contrast with the numbers for arrestees who were armed. In this category, the Post found 406 whites and 188 blacks killed by police officers, a ratio closely reflecting the population of arrestees. If anti-black bias were at work, why would it cause police to kill unarmed black people but not armed ones?

Moreover, scholarly examinations of police behavior point to only modest racial disparities in the treatment of suspects, with no clear pattern. For example, a Rand Corporation study of New York’s stop-and-frisk program in 2006 found that “black pedestrians were stopped at a rate that is 20 to 30 percent lower than their representation in crime-suspect descriptions.” However, “Hispanic pedestrians were stopped disproportionately more, by 5 to 10 percent.” Whites were slightly less likely to be frisked or arrested after being stopped but slightly more likely to receive a summons. More recently, Roland Fryer Jr. a 39-year-old African-American economist at Harvard, completed studies of Houston police, showing that they were somewhat (16 to 25 percent) more likely to use force against black suspects (handcuff them, push them to the ground, and the like) but somewhat (22 percent) less likely to shoot them.

One other realm in which numbers have been tossed around in the search for racial bias is in the composition of police forces. The New York Times produced a database on “the race gap in America’s police departments.” Elaborate graphs were presented online showing the racial composition of “local police departments from 17 metropolitan areas, sorted so that departments with the largest percentage-point differences of white officers to white residents are at the top.” But according to Justice Department data, in the United States as a whole, the proportion of police who are black is 12 percent, exactly the black percentage in the population. While the Times compiled a list of cities in which blacks are “underrepresented” in police departments, the law of averages means there must be roughly as many where blacks are “overrepresented.”1

While it is surely beneficial to have ethnically diverse police departments, this has no bearing on the core issue of Black Lives Matter. Several studies have shown that black police officers are more likely to shoot, not less. The criminologist Heather Mac Donald cites the example of the Detroit Police Department, which was subject to federal oversight for 11 years, dating back to the George W. Bush administration, “for alleged abuse of civilians, including a pattern of unjustified shootings.” That department, she notes, is two-thirds black.

There is precious little evidence that racial bias determines the use of lethal force or other actions of police. This is not to say that all killings by police are justified. The South Carolina policeman who fired five rounds into the back of a fleeing Walter Scott is being tried for murder, rightly so, and this, alas, is surely not the only incident of its kind. But the large disparities between the races in all manner of unhappy encounters with the criminal-justice system are accounted for mainly by disparities in the rates of criminal behavior.

Although there are five to six times as many whites as blacks in America, more murders are committed by blacks than whites. Blacks, in fact, are about seven times more likely than whites to commit murder. The same seems to be true for robberies, based on the FBI’s national database of arrests. For other crimes, more whites than blacks are arrested. But controlling for population size, blacks are three times more likely to be arrested for aggravated assault, and other assaults, and 2.5 times more likely for rape, burglary, or larceny and other property crimes.

Not only are blacks far more likely to run afoul of the law, their victims are mostly blacks. According to FBI statistics, blacks murdered nearly five times as many blacks as they murdered whites in 2015. Criminologist Peter Moskos prepared for his vocation by working for more than a year as a policeman in Baltimore’s roughest neighborhood. He offers this stunning datum: “Each year in Baltimore’s Eastern District approximately one in every 160 men aged 15 to 34 is murdered. At this rate, more than 10 percent of men in Baltimore’s Eastern District are murdered before the age of thirty-five.”

Ironically, despite the specter of black-on-white crime, a white person is as likely to be killed by a police officer as by a black civilian. A black person on the other hand is about ten times more likely to be killed by another black civilian than by an officer. Anyone taking to heart the sanctity of black lives might well endorse stricter courts and policing rather than the reverse.

The Agenda

Black Lives Matter is aware of its critics’ arguments and on its website responds thus: “The continued focus on black-on-black crime is a diversionary tactic . . . . To reduce violent crime we must fight to change systems rather than demonizing people.” Indeed, changing the system is the essential goal of Black Lives Matter; police violence is a wedge issue around which to rally support. “Neither our grievances nor our solutions are limited to the police killing of our people,” the group declares. “We seek not reform but transformation.”

BLM proclaims the goal of a “radical transformation of American democracy” and the “radical organization and self-determination of our communities.” Yet the term “radical” scarcely captures the full extreme of its views. “Black Lives Matter is an ideological and political intervention,” declares a founding statement, “in a world where Black lives are systematically and intentionally targeted for demise.” It goes on: “Black folks . . . face . . . deadly oppression” and “genocide.” In another statement the group explains: “We came together because we were tired of Black death at the hands of the state . . . . Death by a system designed to kill Black people.” Hence the slogan: “End the war on Black people.”

This past summer, the Movement released a full-blown platform. It called for “reparations for past and continuing harms . . . . inflicted on Black people.” These would take the form of “full and free access for all Black people (including undocumented and currently and formerly incarcerated people) to lifetime education,” “a guaranteed minimum livable income for all Black people,” “corporate and government reparations focused on healing ongoing physical and mental trauma, and ensuring our access and control of food sources, housing and land.”

Additional planks “demand” “independent Black political power and Black self-determination in all areas of society . . . remaking the current U.S. political system in order to create a real democracy where Black people and all marginalized people can effectively exercise full political power.” The document’s writers further demand “direct democratic community control of local, state, and federal law enforcement agencies” and “a restructuring of the economy to ensure Black communities have collective ownership.”

The group’s foreign-policy plank was no less extreme. It called for ending aid to Israel, which it described as an “apartheid state” engaged in “genocide . . . against the Palestinian people.” Some liberal Jewish groups expressed anguish, feeling compelled to draw a line against a black movement that they otherwise wished to embrace. But BLM’s view of Israel was of a piece with its view of the United States:

America is an empire that uses war to expand territory and power. American wars are unjust [and] destructive to Black communities globally . . . . The military industrial complex offers massive profits to private corporations from the death of our global diaspora . . . . The interlinked systems of white supremacy, imperialism, capitalism and patriarchy shape the violence we face. As oppressed people living in the US, the belly of global empire, we are in a critical position to build the necessary connections for a global liberation movement. Until we are able to overturn US imperialism, capitalism and white supremacy, our brothers and sisters around the world will continue to live in chains.

It is hard to understand why liberal Jewish groups felt torn in rejecting a movement with views such as these. Radical Jewish groups, however, experienced no distress: They embraced it all. Jewish Voice for Peace endorsed the platform “in its entirety, without reservation.”

The radicalism of Black Lives Matter consists not only of extreme far-left rhetoric. The movement also exhibits an ambiguous attitude toward the use of violence. Its “freedom rides” to Ferguson often featured the implicitly threatening slogan, “no justice, no peace,” and its platform applauds “the bravery of those in Ferguson,” an apparent reference to rioters who vandalized property and burned businesses.

At a December 2014 New York protest called Millions March, which brought out large numbers of Black Lives Matter supporters, one contingent of marchers chanted, “What do we want? Dead cops. When do we want it? Now.” And another contingent assaulted and injured two isolated police officers on the Brooklyn Bridge who were trying, without using any weapon, to restrain a marcher from heaving a garbage can onto people below.

Days later, Ismaaiyl Brinsley, a BLM sympathizer, ambushed and killed two policemen (one Hispanic, the other Asian) in Brooklyn after declaring his intention on Instagram to put some “pigs in a blanket.” Hours later on the streets of St. Louis, a small contingent of marchers taunted police by chanting, “Pigs in a blanket, fry ’em like bacon.” The chant was reportedly led by Bassem Masri, a Palestinian American whom the New York Times identified as “perhaps Ferguson’s most famous live-streamer.” His face shrouded in a kaffiyeh, Masri also shouted that the police could not stand up to the “real men” of the “Palestinian resistance.” In August 2015, BLM marchers in St. Paul also broke into the “pigs in a blanket” chant.

Brinsley’s act, in declared retaliation for the death of Eric Garner after being put in a choke hold by a New York City officer trying to arrest him, was the first of a series of murders intended to retaliate for police killings of black civilians. In July 2016, five officers were killed and seven others wounded by a sniper in Dallas at a BLM protest, and in Baton Rouge days later, three officers were killed and three wounded in an ambush. In September in Phoenix, a black man ran over three police officers in an unprovoked vehicular attack, but all survived their injuries.

When the Dallas attack occurred, President Obama held a press conference in Poland, where he was attending a NATO meeting. He insisted: “Americans of all backgrounds are rightly outraged . . . . That includes protestors.” But in truth, Black Lives Matter expressed no outrage. Rather it merely dissociated itself from the murders and went on the offensive, declaring, “To assign the actions of one person to an entire movement is dangerous and irresponsible.” It did not so much as offer condolences to the fallen officers’ families. And the organizer of a BLM rally in Atlanta told CBS: “Black Lives Matter doesn’t condone shooting law enforcement. But I have to be honest: I understand why it was done.” He did not elaborate, but if the system is, as Black Lives Matter says, “designed to kill Black people” and is engaged in “genocide” against them, violence would be a reasonable response.

In the Footsteps of the Panthers

BLM applauds, and in some cases lionizes, an earlier generation of black militants whose entire métier was violence, in particular the murder of police officers.

The founding Black Lives Matter group treats Assata Shakur as something of patron saint. The group’s website features a quote from her, and Patrisse Cullors, one of its three co-leaders, recited the quote in a television interview, explaining:

This is how we close out every meeting, every event, every action. This is from our beloved Assata Shakur, who is on the FBI[’s] most wanted list, and she is a powerful leader who we are inspired by. Many of us have “Assata taught me” sweaters.

Indeed, according to the New York Times, “T-shirts and hoodies that read ‘ASSATA TAUGHT ME’ . . . .became part of [Black Lives Matter’s] protest iconography.”

The core of the ‘black liberation movement,’ which supplanted the civil-rights movement, was the Black Panther Party. BLM sees itself in its direct line of descent.

Assata Shakur, the former Joanne Chesimard, is the one female on the FBI’s list of Most Wanted Terrorists. She was convicted of murdering New Jersey state trooper Woerner Foster in 1973 and served several years in prison before being broken out by some of her comrades in the Black Liberation Army and finding her way to Cuba, where she has lived since. She was believed by law-enforcement officials to have been involved in more of the group’s crimes than the one murder for which she was convicted. Newsday quoted an unnamed former BLA “soldier” who described her as “the soul of the group. She was very active, and she was very strong.”

The Black Liberation Army, an outgrowth of the Black Panther Party, is accused by the Fraternal Order of Police of the murder of 13 police officers. The BLA did not dispute that it engaged in such activity. Rather, members described these actions as merely “soldiers fighting soldiers.”

Such braggadocio masked a still more vicious reality. Investigative journalist Bryan Burrough captured something of the group’s sick sadism in recounting for Politico the January 1972 murders of New York police officers Greg Foster (who was black) and Rocco Laurie, a crime for which the BLA took credit in a letter to news organizations:

A moment after the officers passed, the three [BLA “soldiers”] turned and drew pistols [and] began firing directly into their backs. Foster was hit eight times . . . Six bullets hit Rocco Laurie. . . . As the two men lay dying, their three assassins marched calmly toward them. A witness later claimed one of the shooters, hollered, “Shoot ’em in the balls,” and . . . all three again opened fire. Three bullets were fired directly into Greg Foster’s eyes; two more were shot into Rocco Laurie’s groin. When both men lay still, two of the assassins . . . ran toward a waiting Chrysler, while the third man, apparently intoxicated by the moment, reportedly danced a jig over the dead men’s bodies.

Shakur is not the only cop-killer whose cause is championed by the Movement for Black Lives. Its platform contains a call to “cease all current investigations and cold cases into former activists,” specifically listing “activists and freedom fighters . . . of the ’60s and ’70s.” The list included Imam Jamil Al Amin, Kamau Sadiki, and the San Francisco Eight. Al Amin, the former H. Rap Brown, had opened fire on two black police officers who were attempting to arrest him on a warrant. He killed one and wounded the other and was convicted of murder. Sadiki, the former Freddie Hilton, was a BLA member convicted of the ambush murder of Atlanta policeman James R. Greene. The San Francisco Eight were former BLA members charged in 2010 with the murder of a police sergeant who died at his desk in Ingleside, California, in 1971 when the station was bombed.

The Black Lives Matter website explains that the group is “working to (re)build the black liberation movement.” It does not mention the civil-rights movement, which vanquished Jim Crow by awakening the nation’s conscience and securing passage of the Civil Rights Act of 1964, the Voting Rights Act of 1965, and the Fair Housing Act of 1968. Having achieved its key goals, that movement was largely supplanted by the “black liberation movement,” which gave voice to black rage but accomplished little else.

The core of this later movement was the Black Panther Party, and Black Lives Matter sees itself in its direct line of descent. The parallel between Black Lives Matter and the Panthers was expressed by Ferguson organizer Johnetta Elzie, who, said the New York Times, “often wore dark lipstick, . . . oversize sunglasses and a leather jacket . . . channeling a Black Panther.” It was drawn explicitly by Stanley Nelson, the maker of The Black Panthers: Vanguard of a Revolution, a two-hour Public Broadcasting documentary aired this year. This film, like the Movement for Black Lives, was financed by the Ford Foundation, on whose website Nelson explained: “Given the events in this country over the last year and a half or so, using the Panthers as an organizing tool seemed natural.” Thus, rather than give time on camera to any Panther detractors, Nelson produced what The Daily Beast’s cultural editor Michael Moynihan called a “hagiography.” In a statement issued to accompany the film, Nelson left little doubt that this was precisely his intent:

The Black Panther Party emerged out of a love for their people and a devotion to empowering them. This powerful display of the human spirit, rooted in heart, is what compelled me to communicate this story accurately . . . . Nearly half a century later, we find our voices in a renewed chorus for justice and equality. We continue to witness a state apparatus that perpetuates a culture of fear and aggression with frequent and unwarranted displays of racial violence and oppression.

The connection was also drawn by the New York Times, which gave over much of the front page of its Arts section to a breathless review of Power to the People, “an important new book” of photos of the Black Panthers by an ardent devotee, Stephen Shames, in collaboration with former party chairman, Bobby Seale. The book, intoned the Times, “has much to say about the current racial crisis.” The reviewer continued: “During the past half-century much has changed, yet little has changed, as the campaign to end systemic racism and violence against minorities, exemplified by the Black Lives Matter movement, remains as vital as ever.”

Yet the truth about the Panthers could scarcely be uglier. Their signature slogan was “Off the pig,” meaning murder policemen, and murder they did. Party founder and guiding spirit Huey Newton was convicted of shooting to death an Oakland officer, a conviction that was overturned on the technicality that the judge had failed to inform the jury that it had the option of finding “involuntary manslaughter” if it believed Newton was impaired when firing. But Hugh Pearson, the black author of the most complete and dispassionate history of the Panthers, found two unrelated Newton associates who each said that Huey had confessed to them he had indeed murdered the officer.

Eldridge Cleaver, the party’s other most powerful leader, also gunned down a policeman, leading to a siege and protracted shootout in which one Panther was killed while trying either to surrender or escape. Typical of much racial discourse that persists to this day, a luminous list of literati at the New York Review of Books—Susan Sontag, Norman Mailer, Jessica Mitford, John Gunther, and scores more—rushed to declare that the Panthers “were victims of an attack by Oakland police.” But David Hilliard, the party’s chief of staff, acknowledged the true story in his memoirs: “Eldridge . . . gives me the plan . . . . We’ll transport a cache of guns from my house to West Oakland, catch a policeman on the way, and gun him down.”

The principal victims of Panther violence, however, may not have been police but black civilians. In Soul on Ice, the book that made him famous, Cleaver describes the act of raping white women as his personal “insurrection,” while explaining that he first raped a number of black women “for practice.” Newton, too, raped at least one black woman, a story recounted in the left-leaning New Times by liberal journalists who also detailed, as has Hugh Pearson, the toll of Panther violence. It ranged from Newton’s murder of a 17-year-old black prostitute and the pistol-whipping of a black tailor to a deadly feud between the Panthers and a rival armed group called US.

Panther apologists make much of the group’s health and education programs, but these were rackets. When an organization of legitimate black-owned businesses offered to provide food for the Panthers’ ballyhooed breakfast program, Newton insisted that it would take only cash.

Arguably, in fact, the victims of the Panthers’ most extreme violence were Panthers—those who dissented or were members of rival factions or were seen by Newton as competitors. Alex Rackley, to cite just one example, was accused of spying for the authorities. He was bludgeoned and scalded with boiling water over several days before being taken out and shot. Three Panthers confessed to the crime. Several others were gunned down in internecine struggles. Male party members were “disciplined” by terrible beatings and bullwhippings, females by being forced into prostitution.

The Real America

While Black Lives Matter is run by people who nonetheless seem to embrace the Panthers’ legacy, many of its adherents and sympathizers are motivated simply by revulsion over the various publicized cases in which police have killed blacks, and by the dismay at the situation that these events symbolize—enduring inequality between black and white in America. How to redress this inequality and to reduce the number of lethal acts by police are important questions. But their consideration is impeded rather than advanced by rhetoric about a “war on blacks” or the claim that endemic racism lies at the root of these problems.

In truth, this society has made enormous efforts to eliminate racial disparities and to compensate for the historical injustices done to blacks through slavery and discrimination. For some 40 years now, under the rubric “affirmative action,” blacks have received preference in admission to colleges and universities and in many jobs. In addition, federal, state, and local governments have spent immense sums toward the goal of assisting those in need. These programs affect more whites than blacks in absolute numbers, but relative to population, they affect more blacks, and this was often the intent. The entire “war on poverty” was initiated by the Johnson administration out of the momentum and spirit of the civil-rights revolution of the 1960s, that is, with the goal of closing the racial gap very much in mind. (Hilariously, Hugh Pearson reports that in 1967, “Newton, Seale, and Bobby Hutton took their paychecks from the antipoverty program and opened up the first Black Panther office.”)

A 2014 study by the House Budget Committee found that the federal government alone had spent 799 billion dollars on such programs, meaning the total with state and local funds must exceed one trillion a year. All of these efforts including affirmative action presumably have contributed to a measurable narrowing of the disparities. How to narrow them further is a matter that deserves far-reaching consideration, but this inquiry will not be advanced by demagoguery including the absurd notion that American society, or any substantial part of it, doubts that black lives matter.
1 The Times shifted between speaking of blacks and of “minorities.” It’s true that “minorities” as a whole are somewhat underrepresented, primarily because only 12 percent of police officers are Hispanic although Hispanics make up about 16 percent of the population. Does this disparity bespeak discrimination? A vastly larger percentage of Hispanics than of blacks or whites are immigrants, meaning that deficits in English fluency and educational background alone likely account for all or most of the shortfall of Hispanic police.

Voir de même:

Black Lives Matter: A Movement Built on Lies
When facts don’t matter
Frontpage mag
July 12, 2016

The clown show known as Black Lives Matter is akin to a paranoid maniac who: (a) dreams that his spouse is having a torrid, illicit affair; (b) then berates and beats his spouse upon waking up; and (c) finally, when reminded that it was all just a dream, becomes even more enraged at the betrayal he supposedly suffered while he slept. There’s really no point to continuing the charade of calling Black Lives Matter by the phony name it has exploited since its inception. If black lives truly mattered to the know-nothings who comprise this movement, they would have something—anything—to say about the fact that approximately 5,500 of the 6,095 black victims of homicide in 2014 were killed not by white devils, not by satanic ghouls in blue uniforms, but by other blacks. Instead, all they give us is a silent, collective yawn punctuated with a raised middle finger. So from this point forward, Black Lives Matter will be called by its correct name, “Facts Don’t Matter.”

The mouthpieces of Facts Don’t Matter say their mission is to demand “an immediate end” to “the murder of Black people” by the hordes of racists who purportedly comprise our nation’s police forces. They tell us that African Americans are a hunted and endangered species, mowed down by blue-uniformed white sadists who are animated by bloodlust, bigotry, and dreams of genocide. But wait. It turns out that of all the people who have been killed by police in the United States in recent years, about 42% were white, 20% were Hispanic, and 32% were black—even as blacks committed nearly 39% of the types of serious crimes most likely to result in a violent confrontation with police. Last year was typical: 494 whites and 258 blacks were killed by police. And what do the race-obsessed demagogues at Facts Don’t Matter have to say about this? Nothing. Facts Don’t Matter.

Facts Don’t Matter tells us that police are particularly inclined to gun down, in cold blood, African Americans who are unarmed and pose no threat to anyone. Of course, “unarmed” victims are sometimes shot while they’re physically assaulting an officer or trying to take away his gun. But still, let’s play along and look at—if you’ll excuse the expression—the facts. In 2015, there were 38 unarmed blacks and 32 unarmed whites who were shot and killed by police. These figures are roughly proportional to the respective numbers of violent crimes committed by blacks and whites nationwide. So why the outrage? Because Facts Don’t Matter. Remember?

And does it matter that statistically, the likelihood of a police officer being killed by a black male is 18.5 times greater than the likelihood of an unarmed black male being killed by a cop? Nope. Facts Don’t … well, you know how it goes.

The plain truth is that if you search for evidence of systemic racism in police shootings, you won’t find it anywhere outside the imaginations of the Facts Don’t Matter racists and the imbeciles who support them. The premise underlying Facts Don’t Matter’s mission is a lie, founded on a fantasy, stapled to a hallucination, wrapped inside a fairy tale, strapped to the wing of a unicorn.

But naturally, none of this prevented Barack Obama—in the aftermath of the recent police shootings in Minnesota and Louisiana—from doing what he does best: lament America’s intransigent white racism, and foment black hatred and mistrust of police officers. This is where the President always shines, and dutifully he trotted out several old favorites from his well-worn collection of hackneyed platitudes:

  • “[T]here’s a big chunk of our citizenry that feels as if, because of the color of their skin, they are not being treated the same.”
  • “[T]he data shows that black folks are more vulnerable to these kinds of incidents. There is a particular burden that is being placed on a group of our fellow citizens.”
  • “[T]hese fatal shootings are not isolated incidents. They are symptomatic of the broader challenges within our criminal justice system, the racial disparities that appear across the system year after year, and the resulting lack of trust that exists between law enforcement and too many of the communities they serve.

A few hours later, a dozen officers were gunned down at a Facts Don’t Matter rally in Dallas, and five of them lay lifeless in pools of their own blood.

This atrocity was just a natural extension of the toxic and deadly anti-police climate that Obama had previously helped cultivate with many similar statements over the years. And not surprisingly, law-enforcement officers throughout urban America have responded to this troubling climate by becoming less proactive in apprehending criminal suspects, particularly for low-level offenses. This, in turn, has led to a dramatic rise in crime rates in a number of U.S. cities. For 2015 as a whole, America’s 56 largest cities experienced a 17% rise in homicides; in 10 heavily black cities, murders increased by more than 60%. During the first quarter of this year, homicides in the nation’s 63 largest cities increased by another 9%, while non-fatal shootings were up 21%. In other words, immense harm has been done to the very same “black lives” on whose behalf Facts Don’t Matter claims to work.

If Barack Obama were something other than a racist Marxist revolutionary, he would state clearly and unequivocally that the Facts Don’t Matter movement is nothing more than a horde of know-nothing degenerates who should be ostracized as the moral equivalents of cross-burning Klansmen. But that’s a bit much to expect from a man who has made yet another prominent racist, Al Sharpton, his leading adviser on matters of race. So instead, Obama doffs his hat to the Facts Don’t Matter clowns, and treats them like dignitaries. Leaders of Facts Don’t Matter have visited the Obama White House many times since 2013, meeting with not only the President, but also with the First Lady and a number of high-level administration officials.

In September 2015, for instance, Facts Don’t Matter leader Brittany Packnett—fresh off her seventh visit to the Obama White House—told reporters that the President had “offered us a lot of encouragement” while urging the activists to “‘keep speaking truth to power.’” The following month, Obama lauded Facts Don’t Matter for addressing “a specific problem that’s happening in the African-American community that’s not happening in other communities.” Two months after that, he described Facts Don’t Matter as a positive force that was shining “sunlight” on the fact that “there’s no black family that hasn’t had a conversation around the kitchen table about driving while black and being profiled or being stopped” by police. And at a Black History Month event at the White House this past February, Obama welcomed Facts Don’t Matter representatives and extolled their “outstanding work.”

This is the pathetic condition to which the our nation has sunk under Barack Obama: The President of the United States openly and unequivocally supports a racist terror group that is committed to the slaughter of police officers and the breakdown of law-and-order—and, by logical extension, to a steep and swift rise in death-by-homicide rates among civilians in dozens of cities across the country. And he’s done it all in the name of “racial justice.” People don’t get any uglier—or dumber—than this.

Voir aussi:

L’appropriation culturelle fait débat dans l’Amérique post-Trump
France Télévisions, Washington, D.C.
22 novembre 2016

Depuis l’élection de Donald Trump, certains Américains redoutent la libération de la parole raciste. Dans ce contexte, nous revenons sur la notion d’ « appropriation culturelle » – l’appropriation de la culture d’une minorité par les blancs. Régulièrement critiquée par les médias conservateurs comme Breitbart (pro-Trump), elle s’est imposée depuis longtemps dans le débat public aux Etats-Unis.

Miley Cyrus peut-elle « twerker » (danser en se déhanchant de manière sexuellement suggestive, un peu à la façon Mapouka de Côte d’Ivoire) ? Une femme blanche peut-elle porter des dreadlocks ? Des étudiants peuvent-ils organiser une « soirée tequila » en portant des sombreros ? Un mannequin de Victoria Secret peut-elle défiler coiffée de plumes comme jadis les Amérindiens ?

Le twerk de Miley Cyrus
Tous ces actes peuvent respectivement heurter les Afro-Américains, la communauté mexicaine et les descendants des Amérindiens. On parle alors d’ « appropriation culturelle » ou « cultural appropriation », une expression qui s’est imposée depuis plusieurs années dans les médias nord-américains, y compris dans le New York Times. « Je définis l’appropriation culturelle comme l’utilisation, sans autorisation, d’un élément d’une culture » minoritaire par la culture dominante, explique George Nicholas, un professeur canadien qui travaille sur les questions de propriété intellectuelle et d’héritage culturel.

Le dreadlock-gate chez Marc Jacobs

Récemment, c’est le créateur américain Marc Jacobs qui a fait les gros titres après avoir affublé de dreadlocks des mannequins blanches, lors de son défilé printemps-été 2017. La polémique illustre la difficulté posée par la notion d’appropriation culturelle : la mode occidentale s’est toujours inspirée d’autre cultures (comme l’a fait Yves Saint Lauren avec sa collection africaine en 1967). Alors, à quel moment ces emprunts deviennent-ils « inappropriés » ? « Depuis toujours, les sociétés humaines ont emprunté des éléments les unes aux autres. Le moment où cela devient problématique, c’est lorsque les héritages sont utilisés de manière systématique et sans que les héritiers de la culture puissent donner leur avis, » estime Nicholas, qui conseille aux designers de travailler avec les peuples concernés et partager leurs recettes avec eux.

En septembre, la question de l’appropriation culturelle s’est manifestée dans un domaine où elle est présente de longue date : la littérature. L’auteur américaine (blanche) Lionel Shriver a causé la polémique après avoir pris fait et cause pour des étudiants américains qui avaient suscité l’indignation pour avoir organisé une fête sur le thème de la tequila, où ils s’étaient affublés de sombreros. Shriver, elle-même vêtue d’un sombrero pendant son discours, entendait défendre le droit des auteurs qui appartiennent à la culture dominante de se mettre, dans leurs livres, à la place des dominés au travers de leurs personnages fictifs. Pendant l’intervention, une écrivain d’origine soudanaise, Yassmin Abdel-Magied, a quitté la salle. Dans une tribune, elle a expliqué avoir trouvé les propos de Shriver offensants. Selon elle, l’attitude de l’auteur « découle de la suprématie raciale. »

« Tous les lecteurs devraient se sentir offensés par le coup de Lionel Shriver avec le sombrero » juge Michael North, un professeur de littérature anglo-américaine qui travaille notamment sur la littérature post-coloniale, ajoutant que les bons auteurs se doivent d’éviter l’emploi de tels stéréotypes et « fausses généralisations ».

Pour autant, il ne porte pas un regard négatif sur les auteurs blancs qui se mettent dans la peau de personnages de couleur.  « Il existe des cas typiques dans la littérature, où un auteur anglo-saxon blanc a écrit des romans sous le nom de plume d’un amérindien, en s’appropriant l’expérience de groupes sans en avoir le droit, » raconte North. « Mais c’est aussi ridicule que de critiquer une auteur parce qu’elle écrit au sujet d’un homme. Aux Etats-Unis, on présuppose souvent que l’on n’a pas le droit de s’approprier l’expérience des autres peuples. » Il cite Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, parues en 1884. Le livre, concède-t-il, est très controversé aux Etats-Unis ou certains le qualifient de raciste, notamment car il emploie le mot « nègre ». Selon lui, cette critique « est en partie liée au fait que Twain mettait en scène un personnage Afro-Américain en s’exprimant pour son compte. »

Histoire et melting pot

Pourquoi la notion d’appropriation culturelle est-elle si courante aux Etats-Unis ? North met cela sur le compte d’une société très hétérogène, historiquement composée de nombreux migrants (et de leurs enfants). Selon le dernier recensement, 77% des Américains s’identifient comme blancs. Les minorités les plus nombreuses sont les hispaniques ou Latinos (17,6%) et les noirs (13,3%). « Nous avons aussi une histoire particulière avec les questions de race – une histoire exceptionnellement difficile » qu’il faut prendre en compte, affirme North.

Les plaies de cette histoire récente sont encore ouvertes. Cet été, lors de la cérémonie des Black Entertainment Television Awards, qui récompensent acteurs, musiciens ou encore sportifs noirs, Jesse Williams, un acteur connu pour son rôle dans la série Grey’s Anatomy, a dénoncé dans un discours poignant l’appropriation de la culture afro-américaine par les blancs. « On a fini de regarder et d’attendre pendant que cette invention appelée la blancheur [whiteness] nous utilise et abuse de nous; en enterrant les noirs hors de vue tout en extrayant notre culture, nos dollars, nos productions de divertissement comme s’il s’agissait de pétrole, d’or noir. Avilissant nos créations, puis les volant. Embourgeoisant notre génie, avant de nous essayer comme costume puis de jeter nos corps comme des pelures de fruits étranges. »

Quelques jours plus tard, les médias américains conservateurs se sont saisis des propos de l’actrice et présentatrice noire Whoopi Goldberg (connue notamment pour son rôle dans le film Sister Act), qui estimait que les femmes noires se teignant les cheveux en blond faisaient aussi acte d’appropriation culturelle. « Tout le monde s’approprie des choses… Les Japonais, les noirs, les Espagnols, nous nous approprions tous quelque chose les uns aux autres, » déclarait-elle alors. La sortie de Goldberg a déclenché une avalanche de critique sur les réseaux sociaux.

« Tout le monde a tendance à admettre que les styles et les idées ne viennent pas de nulle part, qu’à un moment tout est appropriation, » estime de son côté le professeur North. « Rien de ce que nous faisons en ce monde n’est unique. Nous sommes conditionnés par notre propre background culturel. » Le spécialiste de la littérature pointe du doigt une « étrange incohérence »: « on s’intéresse aujourd’hui énormément au cosmopolitisme, aux mélanges [mash-ups]. Pensez par exemple à la musique. » Dans le même temps, la société américaine est plus sensible que jamais à l’appropriation culturelle.

Une nuit à Bangkok

Et en effet, cette incohérence peut donner lieu à des situations incongrues. Dans le quartier hipster de Bushwick, haut lieu des mélanges et de musique éclectique, le club House of Yes s’est retrouvé sous le feu des critiques cet été après avoir organisé une soirée sur le thème de Bangkok. Au programme : ladyboys (transsexuels) et cocktails aux couleurs locales. Mais une flopée de commentaires négatifs sur la page Facebook de l’événement a forcé les gérants du club à changer le thème de la soirée. La « Nuit à Bangkok » est devenue un soirée « Métropole tropicale ». « Nous avons notamment reçu des messages de personnes qui se plaignaient au sujet des ladyboys, disant que nous sexualisions une culture, » raconte Kae Burke, l’une des gérantes du club. Celle-ci se décrit comme une « femme blanche américaine privilégiée » et précise qu’elle a travaillé en Thailande pendant trois mois, où son partenaire y vit actuellement. Elle ajoute également avoir « collaboré avec des Thailandais pour créer le concept de la soirée. »

Burke a de l’empathie pour ceux qui se sont offusqués de l’appropriation de la culture thaïlandaise par sa soirée. Mais, en même temps, « nous organisons des fêtes dans un club. Nous n’essayons pas de créer une vision historiquement exacte du pays, » explique-t-elle. « Lorsqu’ils vont faire la fête, les gens veulent du `sex, drug and rock and roll`, pas entrer dans un musée. »

Certains commentaires sont cinglants. « Les mêmes difficultés que les Thaïlandais combattent sur notre propre sol sont perpetuées, consommées et mises à profit… sur le sol américain, »  écrit อาลียา วัชร (ou alia vajra) sur Facebook. Elle cite des passages de la description de la soirée, dont certains font notamment allusion à la prostitution et au trafic sexuel.  « Quid de ceux qui n’ont jamais visité la Thailande ? (…) vos `features’ comme le thé glacé, le Pad Thai, les criquets frits et les allusions sexuelles, etc, seront [leur première impression ] d’une culture et d’un peuple qui est tellement plus complexe, » écrit-elle. « Bien que ce soit parti d’une bonne intention et d’une volonté de s’amuser, cela donne le sentiment d’être dégradant et réducteur. » Elle qualifie la description de l’événement de « propagande raciste ».

Le mot d’excuse de House of Yes, qui transforme le thème de la soirée, « One night in Bangkok », en « Métropole tropicale ».

« Les choses ont changé, » conclut quant à elle, Kae Burke, la gérante du club. « Les gens sont beaucoup plus sensibles aux questions culturelles qu’il y a dix ans. Il y des personnes qui recherchent des raisons de se plaindre. Et nous, nous devons naviguer dans cette sorte de cri permanent et faire en sorte de respecter les sensibilités de chacun. Nous voulons être sexy et drôles et ne pas nous prendre trop au sérieux. Mais certaines choses ne sont tout simplement plus drôles. »

Voir également:

Les coiffes amérindiennes dans les défilés font-elles du tort à une culture menacée ?
Ils dénoncent l’« appropriation culturelle », l’usage d’éléments folkloriques à des fins commerciales, pour « protéger » les cultures dominées. Jusqu’à museler la création ?
Violaine Morin
Le Monde
30.09.2016

Depuis plusieurs années, le débat sur « l’appropriation culturelle » ressurgit régulièrement. Dans l’industrie de la mode, la musique, le cinéma, la cuisine et les arts, l’usage d’un objet ou d’un motif venu d’ailleurs, d’un ornement, d’une mélodie, d’un instrument, d’un ingrédient, est dénoncé par certains comme un emprunt abusif à une culture dominée par la culture dominante (soit la culture occidentale).

Le rapport de force entre les deux cultures distingue l’appropriation culturelle de l’assimilation ou du métissage. La minorité n’a pas le choix d’accepter ou non l’appropriation par la majorité, il ne s’agit donc pas d’un échange d’égal à égal. On parle de « métissage » lorsque des éléments d’une culture donnée sont adoptés par une autre sans contexte de violence ou encore d’« assimilation » lorsqu’un membre d’une minorité adopte les codes culturels de la communauté dominante.

L’appropriation culturelle, elle, perpétue une forme d’oppression qui trouve ses origines dans la conquête ou la colonisation. Le terme est d’ailleurs apparu aux Etats-Unis dans les années 1980, avec l’essor des études post-coloniales, un champ de la recherche universitaire au croisement de la sociologie, de l’anthropologie et de l’histoire. L’un des cas d’appropriation culturelle les plus régulièrement soulevés est celui des éléments de la culture amérindienne, cette population ayant été victime de l’oppression puis de l’extermination par les colons d’origine européenne aux Etats-Unis.

Au cours du processus d’appropriation culturelle, le sens de l’élément emprunté se perd. A un deuxième niveau, l’appropriation peut donc être perçue comme irrespectueuse ou insultante par les membres de la communauté d’origine. L’élément est réduit à sa valeur esthétique et folklorique, dans le seul but de signifier l’exotisme. Et potentiellement de rapporter de l’argent, car c’est aussi la reconduction de « l’exploitation » de l’un par l’autre – l’un s’enrichissant aux dépends de l’autre – qui pose problème.

Des coiffes amérindiennes aux tatouages polynésiens

Les cas les plus emblématiques se trouvent dans l’industrie de la mode, qui emprunte des codes esthétiques, des motifs et des savoir-faire aux cultures traditionnelles. Un objet récurrent de discorde est la « coiffe » amérindienne. Cet élément de costume traditionnel n’est évidemment pas qu’un atour, il a un sens spirituel et social, souvent réservé aux anciens ou aux chefs de tribu. En 2012, un scandale a éclaté après un défilé de la maison de lingerie Victoria’s Secret, où l’une des mannequins portait une coiffe. Le chanteur Pharell Williams a également dû faire des excuses publiques après avoir porté une coiffe amérindienne en couverture du magazine Elle.

Mais d’autres polémiques plus récentes ont de nouveau agité ceux qui militent contre l’appropriation culturelle, de la collection Valentino à l’automne 2015 jusqu’à l’affaire des dreadlocks dans le défilé de la dernière collection Marc Jacobs à la Fashion Week de New York.

Le nouveau film d’animation de Walt Disney, qui sortira en novembre au cinéma, a lui aussi provoqué un débat, dans une tout autre région du monde. L’histoire de Vaiana, la légende du bout du monde, est située dans les îles polynésiennes et leur emprunte notamment la légende du demi-dieu Maui. A la mi-septembre, un costume du demi-dieu vendu dans les boutiques Disney a fait scandale. Le costume n’est plus en vente sur le site mais des captures d’écran diffusées par des médias anglo-saxons permettent de comprendre assez vite le problème : pour « ressembler » à Maui, qui n’est vêtu que d’un pagne et d’un collier, le costume est un simple tissu imprimé de nombreux tatouages.

Une aberration pour les Polynésiens, comme l’explique Arieta Tegeilolo Talanoa Tora Rika, journaliste originaire des îles Fidji et Tonga et fondatrice du site d’information Talanoa.com. Dans une interview à la BBC, la journaliste explique que les tatouages « racontent une histoire personnelle » et sont censés rappeler à ceux qui les portent leurs « valeurs » et leur identité. « Porter les marques d’un peuple ou d’un lieu auquel vous n’êtes pas relié physiquement ou spirituellement est considéré comme très irrespectueux. »

Dénoncer tout et son contraire

Les détracteurs de ce concept pourraient arguer du fait que les cultures modernes sont le fruit de métissages, et que l’on en vient à taxer d’« appropriation culturelle » à peu près tout et son contraire. Un exemple célèbre de « débordement » est l’affaire des cours de yoga dispensés aux étudiants en situation de handicap à l’université d’Ottawa, survenue à l’automne 2015. L’université a été obligée de supprimer un cours qui existait depuis de nombreuses années à la suite d’accusations d’appropriation culturelle.

Au-delà de la volonté légitime de protéger une culture menacée, ces attaques pourraient donc virer à la censure. Dans une tribune publiée par le Washington Post à l’été 2015, la journaliste russo-américaine Cathy Young accuse les « flics de la culture » d’ignorer l’histoire, de museler l’expression artistique et d’être un frein à la diversité.

« A une époque, ces critiques étaient destinées à des représentations vraiment injurieuses : les acteurs de cabaret grimés pour ressembler à des Africains, les caricatures, les expositions ethnologiques », déplore l’auteur, qui invite à faire la différence entre dénoncer des injustices réelles et traquer la moindre référence. Elle rappelle que le « métissage » se fait souvent au prix d’un rapport de force et d’une certaine violence : la colonisation, la guerre, la conquête territoriale sont les contextes historiques dans lesquels les cultures se sont mélangées.

Derrière la dénonciation de « l’appropriation culturelle », Cathy Young voit le spectre d’idées réactionnaires sur une supposée pureté raciale ou culturelle. « Quand on attaque les gens qui s’aventurent hors de leurs propres expériences culturelles, on entrave notre capacité à développer une tolérance et une compréhension de l’autre. »

Voir de plus:

To the new culture cops, everything is appropriation
Their protests ignore history, chill artistic expression and hurt diversity
Cathy Young
The Washington Post
August 21, 2015

Cathy Young is the author of two books, and a frequent contributor to Reason, Newsday, and RealClearPolitics.com.
A few months ago, I read “The Orphan’s Tales” by Catherynne Valente. The fantasy novel draws on myths and folklore from many cultures, including, to my delight, fairy tales from my Russian childhood. Curious about the author, I looked her up online and was startled to find several social-media discussions bashing her for “cultural appropriation.”There was a post sneering at “how she totally gets a pass to write about Slavic cultures because her husband is Russian,” with a response noting that her spouse isn’t even a proper Russian, because he has lived in the United States since age 10. In another thread, Valente was denounced for her Japanese-style LiveJournal username, yuki-onna, adopted while she lived in Japan as a military wife. In response to such criticism, a browbeaten Valente eventually dropped the “problematic” moniker.Welcome to the new war on cultural appropriation. At one time, such critiques were leveled against truly offensive art — work that trafficked in demeaning caricatures, such as blackface, 19th-century minstrel shows or ethnological expositions, which literally put indigenous people on display, often in cages. But these accusations have become a common attack against any artist or artwork that incorporates ideas from another culture, no matter how thoughtfully or positively. A work can reinvent the material or even serve as a tribute, but no matter. If artists dabble outside their own cultural experiences, they’ve committed a creative sin.To take just a few recent examples: After the 2013 American Music Awards, Katy Perry was criticized for dressing like a geisha while performing her hit single “Unconditionally.” Last year, Arab-American writer Randa Jarrar accused Caucasian women who practice belly dancing of “white appropriation of Eastern dance.” Daily Beast entertainment writer Amy Zimmerman wrote that pop star Iggy Azalea perpetrated “cultural crimes” by imitating African American rap styles.And this summer, the Museum of Fine Arts in Boston has been dogged by charges of cultural insensitivity and racism for its “Kimono Wednesdays.” At the event, visitors were invited to try on a replica of the kimono worn by Claude Monet’s wife, Camille, in the painting “La Japonaise.” The historically accurate kimonos were made in Japan for this very purpose. Still, Asian American activists and their supporters besieged the exhibit with signs like “Try on the kimono: Learn what it’s like to be a racist imperialist today!” Others railed against “Yellow-Face @ the MFA” on Facebook. The museum eventually apologized and changed the program so that the kimonos were available for viewing only. Still, activists complained that the display invited a “creepy Orientalist gaze.”

These protests have an obvious potential to chill creativity and artistic expression. But they are equally bad for diversity, raising the troubling specter of cultural cleansing. When we attack people for stepping outside their own cultural experiences, we hinder our ability to develop empathy and cross-cultural understanding.

* * *

The concept of cultural appropriation emerged in academia in the late 1970s and 1980s as part of the scholarly critique of colonialism. By the mid-1990s, it had gained a solid place in academic discourse, particularly in the field of sociology.

Some of this critique was rightly directed at literal cultural theft — the pilfering of art and artifacts by colonial powers — or glaring injustices, such as white entertainers in the pre-civil rights years profiting off black musical styles while black performers’ careers were hobbled by racism. Critics such as Edward Said offered valuable insight into Orientalism, the West’s tendency to fetishize Asians as exotic stereotypes.

But the hunt for wrongdoing has gone run amok. The recent anti-appropriation rhetoric has targeted creative products from art to literature to clothing. Nothing is too petty for the new culture cops: I have seen them rebuke a Filipina woman who purchased a bracelet with a yin-yang symbol at a fair and earnestly discuss whether it’s appropriation to eat Japanese, Indian or Thai food. Even Selena Gomez, a Latina artist, was assailed a couple of years ago for sporting a Hindu forehead dot, or bindi, in a Bollywood-style performance.

In some social-justice quarters, the demonization of “appropriative” interests converges with ultra-reactionary ideas about racial and cultural purity. I once read an anguished blog post by a well-meaning young woman racked with doubt about her plans to pursue a graduate degree in Chinese studies; after attending a talk on cultural appropriation, she was unsure that it was morally permissible for a white person to study the field.

This is a skewed and blinkered view. Yes, most cross-fertilization has taken place in a context of unequal power. Historically, interactions between cultures often took the form of wars, colonization, forced or calamity-driven migration and subordination or even enslavement of minority groups. But it is absurd to single out the West as the only culprit. Indeed, there is a paradoxical and perverse Western-centrism in ignoring the history of Middle Eastern and Asian empires or the modern economic and cultural clout of non-Western nations — for instance, the fact that one of the top three entertainment companies in the U.S. market is Japanese-owned Sony.

It is also far from clear that the appropriation police speak for the people and communities whose cultural honor they claim to defend. The kimono protest, for instance, found little support from Japanese Americans living in the Boston area; indeed, many actively backed the museum’s exhibit, as did the Japanese consulate.

Most critics of appropriation, including some anti-kimono protesters, say they don’t oppose engagement with other cultures if it’s done in a “culturally affirming” way. A Daily Dot article admonishes that “an authentic cultural exchange should feel free and affirming, rather than plagiarizing or thieving.” A recent post on the Tumblr “This Is Not China” declares that “cultural appropriation is not merely the act of wearing or partaking in cultural symbols & practices that do not belong to you, it’s a system of exploitation & capitalisation on cultural symbols & practices that do not a) originate from b) benefit c) circle back to the culture in question.”

It makes sense to permit behaviors that encourage empathy and genuine interest while discouraging those that caricature or mock a sampled-from culture. But such litmus tests leave ample room for hair-splitting and arbitrary judgments. One blogger’s partial defense of “Kimono Wednesdays” suggests that while it was fine to let visitors try on the kimonos, allowing them to be photographed while wearing them was a step too far. This fine parsing of what crosses the line from appreciation into appropriation suggests a religion with elaborate purity tests.

What will be declared “problematic” next? Picasso’s and Matisse’s works inspired by African art? Puccini’s “Orientalist” operas, “Madama Butterfly” and “Turandot”? Should we rid our homes of Japanese prints? Should I take offense at other people’s Russian nesting dolls?

And while we’re at it, why shouldn’t a wide range of cultural minorities within Western society demand control over access to their heritage, too? Can Catholics claim appropriation when religious paintings of Jesus or the Virgin Mary are exhibited in a secular context, or when movies from “The Sound of Music” to “Sister Act” use nuns for entertainment?

Appropriation is not a crime. It’s a way to breathe new life into culture. Peoples have borrowed, adopted, taken, infiltrated and reinvented from time immemorial. The medieval Japanese absorbed major elements of Chinese and Korean civilizations, while the cultural practices of modern-day Japan include such Western borrowings as a secularized and reinvented Christmas. Russian culture with its Slavic roots is also the product of Greek, Nordic, Tatar and Mongol influences — and the rapid Westernization of the elites in the 18th century. America is the ultimate blended culture.

So don’t let anyone tell you that there is art, literature or clothing that does not belong to you because of your racial, ethnic or religious identity. In other words: Appropriate away.

Voir aussi:

In the Beginning, There Was a Nipple
Ten years ago, 90 million people watching Super Bowl XXXVIII saw Janet Jackson’s breast for nine-sixteenths of a second. Our culture would never be the same
Marin Cogan
ESPN The Magazine
01/28/14

This story appears in ESPN The Magazine’s Feb. 3 Music Issue.

IF OUR CHILDREN or our children’s children ever dig up a time capsule from the beginning of the new millennium, they will find that in February 2004, America collectively lost its damn mind. Here’s what they’ll see: Janet Jackson on a stage in the middle of Houston’s Reliant Stadium, wearing a leather kilt and bustier, surrounded by dancers in corsets and bikini tops and bowler hats and helmets, looking like a ragtag steampunk army of cabaret chorus girls and Highlander extras and BDSM enthusiasts. They’re grinding their hips, Janet is caressing her corseted torso and 71,000 Super Bowl spectators are screaming themselves hoarse for the beatboxing of a 23-year-old white boy. Justin Timberlake emerges from an elevated platform beneath the stage in too-big khakis and a too-big jacket — pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! pfff-ti-pff-ti-chk! — and a brass band blasts him into « Rock Your Body, » a song from his first solo album. He and Janet are romping across the stage, pausing their cat-and-mouse game every so often to work her booty into his hips. They’re singing call and response:

Talk to me boy …

No disrespect I don’t mean no harm

Talk to me boy …

I can’t wait to have you in my arms

Talk to me boy …

They’re marching up the steps, to a platform in the middle of the stage.

Hurry up ’cause you’re taking too long

Talk to me boy …

Better have you naked by the end of this song.

You know what happens next. Justin reaches over, grabs a corner of Janet’s right breast cup and gives it a hard tug. Her breast spills out. It’s way more than a handful, but a hand is the only thing Janet has available to cover it, so she clutches it with her left palm. The breast is on television for 9/16 of a second. The camera cuts wide. Fireworks explode from the stage. Cue the end of halftime. Cue the beginning of one of the worst cases of mass hysteria in America since the Salem witch trials.

Justin Timberlake never fully explained his role in exposing Janet Jackson, and Jackson said later she was upset that he remained mostly silent when people blamed her for Nipplegate. David Phillip/AP Images

THE WOMAN WHO planned the show wasn’t on the field to see her months of work go up in flames. Salli Frattini, an executive producer at MTV, which was contracted by the NFL to produce the halftime concert, was supervising from the production truck outside the stadium. She and her crew were riding high on the adrenaline of pulling off a 12-minute spectacular of music and choreography and pyrotechnics. When it ended, the truck erupted with cheering and high-fiving and hugging. The euphoria lasted just a few seconds before the phone rang. The officiating booth was calling, wanting to know whether they’d really just seen Janet Jackson’s boob.

The man on the phone was Jim Steeg, who had been head of special events for the NFL since the late 1970s, overseeing the evolution of the halftime show from a small-scale production featuring marching bands and dancing snowflakes and local heritage celebrations to full-scale rock extravaganzas starring the likes of Diana Ross, Michael Jackson and Aerosmith. When Nipplegate happened, Steeg was sitting next to the league’s head of officiating, who was TiVo-ing the event. « He rewound it for me, and then I immediately called Salli, » he says. « You could hear everyone screaming and hollering because what they pulled off and accomplished was over. I said to Salli, ‘Did you see what just happened?' »

« We were like, ‘Uh, we’re playing that back right now,' » Frattini says. « There was lots of chaos in the truck, and we played it back and we were like, ‘Oh, s — . What just happened?' »

Frattini stepped out of the truck and immediately ran into then-CBS Sports president Sean McManus. He looked her in the eye and asked gravely, « Did you guys know? » Frattini promised she had no idea that Jackson was going to be exposed. « Okay. That’s what I needed to know, » she remembers him saying.

Whether Frattini or the higher-ups at MTV, CBS and/or the NFL knew what was coming remains one of the enduring mysteries of the event — at least that’s the generous explanation for why millions of people watched the clip with the same intensity as that of JFK conspiracy theorists poring over the Zapruder footage. To this day it remains the most watched video in the history of TiVo, becoming such a touchstone that « wardrobe malfunction » soon earned a dictionary definition and Nipplegate became a household word. (For the record, not much areola was even visible underneath Jackson’s large starburst nipple shield.)

Wardrobe Malfunction The behind the scenes story of the Super Bowl XXXVIII halftime show.

The common assumption by the media and by the public was that the flash of nudity was an attention-grabbing publicity ploy; the question was by whom. Some signs seemed to point to MTV. Before the show, a few of the producers had entertained themselves by mock-ripping their clothes off at Timberlake’s final line. And in rehearsals, they had tried a move where Timberlake tore off Jackson’s kilt. Then there was an article on MTV’s website beforehand in which Jackson’s choreographer promised « shocking moments. »

To this day, everyone involved maintains the conspiracists have it wrong. The mock-ripping? That was their natural response to Timberlake’s closing lyric — « better have you naked by the end of this song » — not in anticipation of anything he might do. The tearing off of the kilt? It didn’t look good, so members of the production team say they killed it and never discussed another option. The article? The site was later updated with an editor’s note: « At the time of this report, MTV thought that the ‘shock’ was going to be the as-yet-unannounced appearance of Justin Timberlake as part of Janet’s performance. Janet Jackson’s subsequent performance was not what had been rehearsed, discussed or agreed to with MTV. »

In an on-camera apology after the event, Jackson backed up the producers, insisting she decided on the big reveal after the final rehearsal, without the knowledge of anyone at MTV. Timberlake was meant to pull off a piece of the costume, she later explained, but it was supposed to reveal only a lacy red undergarment; unfortunately, as it played out, that undergarment came off in Timberlake’s hand too. Timberlake also apologized but never offered his own version of events other than to coin the term « wardrobe malfunction. »

After the show, MTV producer Alex Coletti tried to find Jackson. « I tried to get in touch to make sure she was okay, » he says. « Her entire camp stopped answering the phones. I finally got to her tour manager, and they were already at the airport. » At first, Coletti assumed the singer was so mortified that she fled immediately. Then a new thought dawned on him. « No, she set us up and she’s out of here, » he says. « That was the last time I’ve seen or heard from Janet Jackson. »

Ultimately, it didn’t matter to the NFL whether the producers knew: The league decided that MTV would never again be involved in a halftime show. Says NFL corporate communications VP Brian McCarthy: « We turned over the keys to MTV, and they crashed the car. »

On Capitol Hill, then-FCC chairman Michael K. Powell called the halftime show « a new low for prime-time television. » Now he says the outrage was overblown. Michael Kleinfeld/UPI Photo/Landov

MICHAEL POWELL, THEN the chairman of the Federal Communications Commission, was watching the game at a friend’s house in northern Virginia. He’s a football fan and was excited to relax and watch the game after a rough couple of weeks. « I started thinking, Wow, this is kind of a racy routine for the Super Bowl! » he says, his voice pitching up in bemusement. « He was chasing her kind of with this aggressive thing — not that I personally minded it; I just hadn’t seen something that edgy at the Super Bowl. »

Then it happened. Powell and his friend gave each other quizzical looks. « I looked and I went, ‘What was that?’ And my friend looks at me and he’s just like, ‘Dude, did you just see what I did? Do you think she … ?’ And I kept saying, ‘My day is going to suck tomorrow.' » Powell went home and watched the moment again on TiVo. The same thought kept running through his mind: Tomorrow is going to really suck, he remembers thinking. « And it did. »

Typically, the FCC’s work is of little interest to people outside of the community of businesses, lawyers, lobbyists and Hill staffers involved in telecommunications policy. But L. Brent Bozell had been on a mission to make on-air indecency a cause for national outrage, and Jackson’s breast was his biggest opportunity yet.

Nine years earlier, Bozell had founded the Parents Television Council, an advocacy group dedicated to forcing advertisers, networks and the FCC to keep sleaze out of family-friendly TV programming. Just a year before Super Bowl XXXVIII, Bono, accepting a Golden Globe for best original song, called the moment « really, really f — ing brilliant » on a live NBC broadcast. PTC members filed a complaint, triggering an FCC investigation. Nine months later, Powell’s group determined that Bono’s fleeting F-word didn’t warrant a network fine. The PTC vehemently disagreed, and with its encouragement, members of Congress took to the House floor to call for action against indecency on TV. Two months before the Super Bowl, the Senate unanimously passed a resolution calling on the commission to reconsider the Bono decision (the FCC reversed its judgment in 2004 but still did not issue a fine) and to more strictly police indecency standards generally.

« We realized we’d really hit a nerve out there, and we weren’t alone in this thinking, » Bozell says. « That was all before Janet Jackson. Jackson was what lanced the boil. »

Previously, Powell says the FCC received only a handful of indecency complaints a year. It received 540,000 about Janet Jackson’s breast. The PTC launched a campaign to punish everyone involved. « An outraged public needs to make this backlash long and commercially painful, » Bozell wrote in an article. « The NFL needs to back off its trend of treating its fans with the lowest common denominator of sleaze. CBS affiliates need to worry about license revocations if these offenses keep repeating themselves. And MTV … ought to just be thrown out with the rest of the rusty garbage. »

Powell, a Republican whose father is Colin Powell, the then-secretary of state, hates when people remember the Nipplegate controversy as Republican-driven. For one of the only moments in recent memory, Congress was united, passing a bipartisan bill increasing the maximum fine for incidents of indecency from $32,500 to $325,000. In a Texas congressional race several months after the Super Bowl, a Democrat circulated newspaper clips about his Republican opponent — who’d written an op-ed decrying Jackson’s behavior — streaking as a college student.

Michael Powell himself immediately decried the show in no uncertain terms. « Like millions of Americans, my family and I gathered around the television for a celebration, » he said in a public statement. « Instead, that celebration was tainted by a classless, crass and deplorable stunt. » He announced an investigation of the show, promising it would be « thorough and swift. » He made the rounds in the media to underscore his point.

Today, Powell runs the National Cable and Telecommunications Association, the major trade association for the cable-TV industry. He loves reading about the latest developments in behavioral economics, neuroscience and mindfulness. He’s 50, but he looks no older than 35, dressed in gem-toned pants and glasses that look like they came from Warby Parker. Sitting in his office at the NCTA’s sleek modern building in DC, he does not look like a man who wants to spend his time policing boobs on TV. He does not sound like a man who wants to spend his time policing boobs on TV. Since leaving the FCC in 2005, he has declined almost every interview request to talk about boobs on TV. But 10 years later, Powell is finally ready to admit that he never wanted to police boobs on TV.

« I think we’ve been removed from this long enough for me to tell you that I had to put my best version of outrage on that I could put on, » he says, shrugging his shoulders and rolling his eyes. « Part of it was surreal, right? Look, I think it was dumb to happen, and they knew the rules and were flirting with them, and my job is to enforce the rules, but, you know, really? This is what we’re gonna do? »

Powell was driven in part by fear: The indecency statute is part of the criminal code, so someone convicted of broadcasting indecency could be imprisoned — as could an artist, at least theoretically. « As a leader, I thought that was really wrong, » Powell says. « I didn’t want this snowball, this juggernaut, to turn into pressure to go after Janet and Justin Timberlake. I thought we were getting into dangerous territory. » Launching an investigation into the halftime production quickly gave him some ground to stand on when members of Congress started asking why he wasn’t going after Jackson. Frattini and her team had to hand over their laptops; the government wanted access to every document and every bit of communication among the show’s creators. The FCC found nothing to suggest they had planned the moment and settled on a combined $550,000 fine for the 20 Viacom-owned stations — then the largest against a broadcaster in the commission’s history. Powell ended up testifying on the wardrobe malfunction more than anything else in his entire career, including his confirmation hearings. « I ended up testifying for nine hours on just this, » he says. « On 9/16 of a second. »


OF COURSE, OUR children and our children’s children will never need to dig up an actual time capsule to find out about the wardrobe malfunction. As soon as they hear about the time Janet Jackson’s breast was exposed on live TV, they’ll watch it online. And the reason they’ll watch it online is that in 2004, Jawed Karim, then a 25-year-old Silicon Valley whiz kid, decided he wanted to make it easier to find the Jackson clip and other in-demand videos. A year later, he and a couple of friends founded YouTube, the largest video-sharing site of all time.

Across the web, the moment went viral, back when that phenomenon was still somewhat novel. (Facebook was launched three days after the halftime show.) « Janet Jackson » became the most searched term and image in Internet history. And « we put TiVo on the map, » says MTV producer Coletti — TiVo enrolled 35,000 new customers in the aftermath of Nipplegate. When Coletti was having trouble with his service, he let slip to a customer service rep that he was the guy who produced the Super Bowl halftime show. TiVo gave him lifetime service and a special number to call in case he had any trouble.

The moment created other seismic cultural changes as well. Howard Stern — already a shock jock goliath with an audience of millions he built, in part, on testing the boundaries of the FCC — was dropped from Clear Channel two months following the Super Bowl, after the FCC fined the company $495,000 for a broadcast in which Stern discussed « sexual » and « excretory activity. » « Janet Jackson’s breast got me in a lot of trouble, » Stern told his listeners. Six months later, he signed a contract with fledgling satellite radio, framing the decision as an opportunity to break free from broadcast’s conservative constraints. As of early 2014, SiriusXM had 24.4 million subscribers, and Stern is credited as the media figure most responsible for introducing a new era in radio.

While Timberlake’s career as a solo artist took off after the Super Bowl, Jackson’s suffered. When her album Damita Jo debuted the month following the halftime show, low play counts led to online rumors that she’d been blacklisted by Viacom, the parent company of MTV and VH1. The record was her lowest-selling album since 1984. She withdrew from the Grammys under pressure, while Timberlake performed and accepted two awards. Throughout the controversy, the bodice-ripped Jackson suffered much more than the bodice-ripping Timberlake. « I personally thought that was really unfair, » Powell says. « It all turned into being about her. In reality, if you slow the thing down, it’s Justin ripping off her breastplate. »

Some critics saw gender and race at play and thought Timberlake ducked the heat. In a 2004 remix of the Jadakiss song « Why? » rapper Common asks, « Why did Justin sell Janet out and go to the Grammys? » Timberlake himself said he believed Jackson had taken a disproportionate amount of the backlash. « I probably got 10 percent of the blame, » he told MTV. « I think America’s probably harsher on women, and I think America is, you know, unfairly harsh on ethnic people. » After initially apologizing for the incident, Jackson told Oprah in 2006 she regretted taking the blame for an unplanned accident. Informed of Timberlake’s comments, Jackson smiled uncomfortably and confirmed that she felt her co-star hadn’t done enough to defend her. « Certain things you just don’t do to friends, » she said.

Clearly, it remains a sore subject for both artists. Jackson told Oprah she would never comment on the controversy again. When recently asked by The Mag about what he had taken away from the incident, Timberlake laughed nervously as his representative signaled to end the interview. « I take that I chose not to comment on it still, after 10 years, » he said. « I’m not touching that thing with a 10-foot pole, » he quickly added.

Meanwhile, for the people behind the media spectacle, the controversy never really went away. After the incident, Frattini and Coletti both left MTV to start their own production companies. « That was the last year I did the [MTV Video Music Awards], » Coletti says. « I’d produced six VMAs, all the highest-rated ones at the time. And all of a sudden, I wasn’t that guy anymore. »

The incident transformed how they work too: Frattini says she’s warier of talent, insists on knowing everything about their wardrobe before they perform and is careful to note every step of her production work in writing, cognizant that if anything goes wrong, government investigators may be reviewing her notes.

The wardrobe malfunction changed live television production too. Before then, most broadcasters employed audio delays only, but many began delaying video as well. The Grammys broadcast the Sunday after the Super Bowl used a five-minute delay, which Frattini says was an extreme example of a larger trend. Longer delays are more expensive and require more effort, but they became part of the cost of putting on live television.

Meanwhile, the NFL created contracts with more specific language about appropriate conduct, including wardrobe, and set stiff penalties for breaking them. The next six Super Bowl halftime performers were middle-aged men. One year after the league broke that streak with the Black Eyed Peas at Super Bowl XLV, M.I.A. raised her middle finger during Madonna’s 2012 performance and was sued by the NFL for $1.5 million.

The most common assumption was that the flash of nudity was just an attention-grabbing ploy. The question was by whom. David Drapkin/AP Images

THE MOST LASTING impact of the wardrobe malfunction was the way it highlighted the government’s inability to regulate indecency in our new digital democracy. The FCC has never had major control over regulating the media — the First Amendment prevents the commission from having a say over what appears in the newspaper, on cable networks or online. But in 1978, the Supreme Court ruled that because broadcasting was « uniquely intrusive, » the FCC had an obligation to regulate indecent content during the hours when children might be watching. The idea, Powell says, was that « you never know what’s going to come on, and so your kid can be in the audience, and then boom! By the time they get hit with it, the harm is done and your kid is blind. »

That gives broadcasters an amorphous obligation to act « in the public interest » and puts the FCC in the awkward position of judging indecency. It’s hard to imagine a legal theory less well-suited to the modern era, when TV guides are as anachronistic as rotary phones because everyone watches on demand, online and on their phones. « The Internet and YouTube have exploded the notion of balkanized living rooms — the Supreme Court’s original thesis that you can have this sanctity of your home and nothing should be able to invade you in that way, » Powell says. « I just think that’s probably a bygone era. »

As society has reached a consensus that there’s no way to control everything children see, the number of indecency complaints has decreased significantly. When Miley Cyrus twerked at the Video Music Awards last summer, the FCC received only 161 complaints (of course, as a cable channel, MTV doesn’t answer to the commission anyway). The moment became fodder for celebrity bloggers and morning show chatterboxes but was never treated as a problem that needed to be legislated away. The PTC dutifully issued a statement denouncing MTV for « sexually exploiting young women, » but no national outcry resulted. Perhaps not coincidentally, CBS never actually paid a fine in connection with Nipplegate — an appeals court ruled in 2008 and again in 2011 that CBS could not be held liable for the actions of contracted performing artists and that the FCC had acted arbitrarily in enforcing indecency policies. The Supreme Court declined to hear the case in 2012.

So for Powell, the halftime show represents « the last great moment » of a TV broadcast becoming a national controversy — the last primal scream of a public marching inexorably toward a new digital existence: « It might have been essentially the last gasp. Maybe that was why there was so much energy around it. The Internet was coming into being, it was intensifying. People wanted one last stand at the wall. It was going to break anyway. I think it broke.

« Is that all good? Probably not, but it’s not changeable either. We live in a new world, and that’s the way it is.

« They said the same thing when books became printed, right? They said it was the end of the world.

« But it wasn’t. »

Voir de même:

Zeitgeist
Justin Timberlake Finally Gets Called Out, 12 Years after Nipplegate
Emmanuel Hapsis
KQED

June 27, 2016

Nipplegate Revisited: Why America Owes Janet Jackson a Huge Apology
Justin Timberlake means a lot of things to people. Maybe he was your first crush back in the NSYNC days. Maybe he emboldened you to try out an all-denim look or an edgy Ramen noodle hairstyle. Or maybe he taught you a lesson about the Teflon nature of white male privilege and how, for some, nothing bad sticks.

But times are a-changing. Last night at the BET Awards, Jesse Williams delivered a speech that will blast your understanding of what getting goosebumps feels like to all-new stratospheric levels.

If you don’t have time to watch it in full, make time. If that’s not possible for some reason (nosy boss, bad internet connection, what have you), here are some choice lines that’ll give you an idea of what we’re working with here:

“Police somehow manage to deescalate, disarm and not kill white people everyday. So what’s going to happen is we are going to have equal rights and justice in our own country or we will restructure their function and ours.”
“The burden of the brutalized is not to comfort the bystander. That’s not our job, alright – stop with all that. If you have a critique for the resistance, for our resistance, then you better have an established record of critique of our oppression. If you have no interest in equal rights for black people, then do not make suggestions to those who do. Sit down.”
“We’ve been floating this country on credit for centuries, yo, and we’re done watching and waiting while this invention called whiteness uses and abuses us, burying black people out of sight and out of mind while extracting our culture, our dollars, our entertainment like oil – black gold, ghettoizing and demeaning our creations then stealing them, gentrifying our genius and then trying us on like costumes before discarding our bodies like rinds of strange fruit. Just because we’re magic doesn’t mean we’re not real.”
Justin Timberlake was presumably watching at home and felt moved, as anyone should. He decided to tweet from his glass house.Seems harmless. Jesse does deserve props for that speech. But there is an absurd lack of self-awareness at work here. One of the major points of Jesse’s speech is that black art is so often devalued, only to be appropriated by white people and reevaluated as suddenly worthy. No one knows this better than Justin Timberlake, who has made a career out of co-opting black culture and gaining the kind of success that is rarely afforded to those who originated it.

Twitter helpfully pointed this out for him:This is where Justin should have logged off. But no:

A one-two punch of condescension (“sweet soul”? really?!) and #AllLivesMatter / #We’reAllAfrican sentiment? Plus, a sardonic “bye” send-off? Justin, you are not Beyonce and people on Twitter speaking truth are not Felicia.

Yes, Justin, we are all human beings and should be treated equally, but that’s not our current reality. When someone from a marginalized group expresses his or her feelings on their lived experience, it is not appropriate to step in and say something that makes their message about you. Sometimes the best way to be an ally is to know when to stop talking and start listening.

For over a decade, Justin has gotten away with being mediocre (his last single, which is horrible, went straight to #1) and being a coward (lest we forget how he left Janet Jackson out to dry, after ripping her Super Bowl Halftime outfit). Judging by the response to an essay I wrote earlier this year about Nipplegate, it seems like many have forgotten. For those who missed it, here’s something to chew on:

When he sings, “Better have you naked by the end of this song,” he was supposed to pull Janet’s bustier to reveal a red lace bra, but both pieces ended up ripping off.

Then everyone got insanely mad at Justin for messing up. Oh, wait, sorry, I forgot about the patriarchy for a second. Let me try that again: then everyone got insanely mad at Janet for having breasts and no one ever really mentioned Justin again. For example, The Washington Post’s Tony Kornheiser wrote, “What Janet Jackson did was bizarre, deliberately flopping out of her costume like that.” Justin’s grabbing hand is entirely erased from the scene.

The senseless sexism didn’t end there. Janet was disinvited from that year’s Grammys. Meanwhile, Justin was not only allowed to attend, but also performed. Janet was blacklisted from radio and music video channels for the next several years, leading to multiple album flops, while Justin got to be goofy on SNL and become a movie star.
And what’s worse is that Justin let Janet take all the heat, more concerned with making it as a solo artist than doing the right thing. Granted, the way America so easily absolved him of any wrongdoing wasn’t really up to him and speaks to a national legacy of racism and sexism that’s far bigger than one single boy band member. But what was up to him was whether or not he used his privilege to highlight the unfair advantage he enjoys in this world and the hypocrisy of it all.

If Twitter had been around back in 2004, maybe Janet and Justin’s career trajectories would have taken different courses. Maybe so many wouldn’t have kept quiet as Justin moonwalked away from the mess he helped create, using Janet’s brother’s appropriated dance moves to boot. There’s no way to know.

Today, Justin apologized for his tweet and says he feels “misunderstood.” So does Janet. So do many African Americans. So do most people who aren’t straight white dudes.

It’s time for Justin to take a seat and some of his own medicine, the same dose he prescribed for Britney, another woman he used and then discarded to get to where he is today: Cry me a river.

Voir de plus:

Surprise! There’s a third YouTube co-founder
Jim Hopkins

USA TODAY

10/11/2006

SAN FRANCISCO — Jawed Karim doesn’t begrudge the spotlight on YouTube co-founders Chad Hurley and Steve Chen this week after they negotiated the video website’s sale to Google for about $1.7 billion.
After all, Hurley and Chen took the germ of an idea — famously hatched at a San Francisco dinner party — and turned it into a Silicon Valley company that became a global phenomenon in less than a year.

Still, Karim, 27, would like more people to know that he was YouTube’s third co-founder — and, he says, the guy who first suggested the idea that became the company. « It took the three of us, » he said Wednesday.

The story of YouTube’s birth, like that of many companies, is more nuanced than the one widely known. In many accounts, Hurley and Chen take center stage. If he’s mentioned at all, Karim is cast in a bit part, ending when he assumed an advisory role after leaving YouTube last year for graduate computer studies at Stanford.

Other entrepreneurs lost their place in history, too, says James Hoopes, a business history professor at Babson College near Boston. Historians and journalists « like to write about personalities, » so they often focus on individuals, brushing aside other co-founders. Popular wisdom, for example, says Bill Gates and Sam Walton single-handedly started Microsoft and Wal-Mart, respectively, but they were co-founders.

Karim says his idea for what became YouTube sprang from two very different events in 2004: Janet Jackson’s « wardrobe malfunction, » during a Super Bowl show, and the Asian tsunami.

YouTube fizzled in an early version, Karim says: A dating site called Tune In Hook Up drew little interest. The founders later developed the current site, now broadcasting 100 million short videos daily on myriad subjects.

YouTube says Karim was part of the « core » team that developed the idea for the company and notes that he is listed as one of three founders on its website. « There’s no question about that, » spokeswoman Julie Supan says.

Karim is one of the company’s biggest stockholders and is in line to get millions of dollars in Google shares when the deal announced Monday closes. He declined to reveal his stake, or the stakes of the other founders and venture-capital investors at Sequoia Capital.

Karim grew up in West Germany, and his family immigrated to Minnesota when Karim started high school. His Bangladeshi father is a chemist at 3M, and his German mother is a biochemistry research professor at the University of Minnesota. Karim got his bachelor’s in computer science and engineering in 2004 at the University of Illinois at Urbana-Champaign.

Hurley, 29, Chen, 28, and Karim met as early employees at PayPal, the payment service sold to eBay in 2002. The three, newly rich after leaving PayPal, talked about a start-up of their own, possibly a database venture, Karim says.

Voir par ailleurs:

Is this lingerie RACIST? Victoria’s Secret come under fire for ‘cultural appropriation’ over Chinese themes in blockbuster Paris show

Victoria’s Secret has been accused of ‘cultural appropriation’ and showcasing ‘racist’ underwear at its fashion show last night.

A whole host of famous faces including Kendall Jenner and Gigi Hadid were among the Victoria’s Secret Angels who modelled the lingerie company’s designs on the runway.

They wore elaborate creations, donning wings, tails, and statement jewellery as they walked the catwalk in Paris.

However, the exotic lingerie has fallen foul of some, who were unimpressed by the Asian and Mexican influences to some of the designs, and accused the brand of ‘cultural appropiation’.

In a piece entitled ‘Why Can’t Victoria’s Secret Stop Designing Racist Lingerie?’, which appears to have since been taken down online, Helin Jung criticised the brand in Cosmopolitan magazine.

Victoria’s Secret was also criticised for that giant dragon that Angel Elsa Hosk wore wrapped around her body

She accused the company of being condescending towards customers in China by borrowing from the country’s culture.

‘Stripping of cultures aside, the emblems that stood out most were the ones that came from Asia — specifically China,’ she wrote.

‘The dragon that Elsa Hosk wore wrapped around her body, the embroidered stiletto boots seen on Adriana Lima, the tail made of flames worn by Kendall Jenner.

‘There’s a lot of talk of China as a dominant world power of the 21st century, and the U.S. government, Hollywood, and now Victoria’s Secret, it seems, are pivoting to face a new reality.

‘But the Orientalism on display here doesn’t show an understanding or an attempt at dialogue. It doesn’t close any gaps.

‘What condescension, for Victoria’s Secret to think that by wrapping a model in a dragon, it could connect directly with a new consumer in China,’ Jung continued.

The exotic lingerie has fallen foul of some, who were unimpressed by the Asian and Mexican influences to some of the designs

The critical article has faced a fierce backlash with Twitter users rushing to defend the brand

‘The brand and its creative leads shamelessly cherry-picked imagery, breaking apart aesthetic references from wherever they wanted and stitching them back together again. They’re telling us its worldliness. It’s not, it’s a hack job,’ she added.

‘The fact is that even as the world gets more connected, a sexist, patriarchal, mostly white corporation continues to take what it wants for its own gain,’ she continued, ending by telling VS to stick to ‘thongs that don’t have cultural references.’

It is not the first time the brand has come under fire for something similar – in 2012 Victoria’ Secret attracted criticism after Karlie Kloss modelled a Native American-style headdress on the runway.

However, the article has faced a fierce backlash with Twitter users rushing to defend the brand.

Twitter users have criticised the article and defended the Victoria's Secret collection

Twitter users have criticised the article and defended the Victoria’s Secret collection

Sophie Sandor did not agreed that the catwalk show was 'racist, sexist  and patriarchal'

Sophie Sandor did not agreed that the catwalk show was ‘racist, sexist  and patriarchal’

Robby Soave wrote: ‘Not to be dramatic or anything but this article makes me fearful that we are entering a new Dark Ages.’

While Sophie Sandor ‏wrote: ‘Helin Jung tries to argue that Victoria’s Secret’s annual fashion show was racist, sexist & patriarchal. I’m searching for the reasons why.’

Victoria’s Secret has not yet responded to Cosmopolitan‘s allegation.

Footage from the event will air in 190 countries around the world, including the UK, on December 5.

Voir aussi:

Keith Ellison Will Help Republicans

The candidate to run the Democratic Party backed Farrakhan and always votes left.

There are two reasons. The first is that Mr. Ellison’s selection would mean the Democratic Party would be led by a left-winger’s left-winger, handing an early assist to the GOP and the Trump administration for the 2018 midterms.

After cataloging every vote cast by every congressman, the nonpartisan National Journal ranks the five-term Minnesota Democrat as among the House’s most left-wing members during his 10 years in Congress, and tied for the most liberal congressman in 2013 , 2011and 2008.

That’s why he went all-out for Sen. Bernie Sanders in the Democratic presidential primary. In return Mr. Ellison earned the backing of the avowed “democratic socialist,” as well as support from Sens. Elizabeth Warren and Harry Reid.

But this still leaves Mr. Ellison with a fundamental problem. This year’s exit polls found 28% of voters wanted the next president to continue Barack Obama’s policies while 47% wanted the new president to be more conservative. Only 17% said he should be more liberal. Mr. Ellison stands as the vanguard of that 17%, hardly the place to launch a decimated Democratic Party to political recovery.

He is unlikely to emphasize recruiting candidates who mirror the values of the flyover states that Democrats have been losing from the top of the ballot to the bottom. When then-Rep. Rahm Emanuel led the Democratic Congressional Campaign Committee in 2006, he knew his party could not regain the House majority unless it nominated candidates who could win moderate and even mildly conservative districts. So he refused to insist on ideological purity, even on issues like abortion and guns that are articles of faith to the Democratic left. But Keith Ellison is no Rahm Emanuel.

Nor is Mr. Ellison likely to craft a message that attracts middle-class voters in the political center. Instinctively, he’d rather appeal to avid readers of the Nation and Huffington Post.

Then there’s Mr. Ellison’s praise as a young man for the poisonous Nation of Islam leaderLouis Farrakhan. In a Nov. 30 interview with NPR, Mr. Ellison dismissed criticism of his support for Mr. Farrakhan as a “smear,” while acknowledging “at the time I didn’t pay close enough scrutiny to some of the other things he was saying.”

Here’s the problem with his explanation: Mr. Ellison defended the Nation of Islam founder for a decade, even calling him in a 1997 statement before the Minnesota Initiative Against Racism “a tireless public servant of Black people.” Ten years is a long time for Mr. Ellison to fail to grasp he was praising a bigot and anti-Semite.

This leaves the impression Mr. Ellison is not only radical but also duplicitous, especially after a transcript of a 2010 fundraising speech surfaced in which he said that while the U.S. should “be friends with Israel,” the U.S. “can’t allow another country to treat us like we’re their ATM.” He also complained that America’s Middle East policy “is governed by what is good or bad through a country of seven million people.”

Given all this, Mr. Ellison’s selection would further strain the Democratic Party’s relationship with the Jewish community, one of the party’s most loyal constituencies.

Mr. Ellison’s appearance at a 2000 fundraiser for the Legal Defense Fund of domestic terrorist Sara Jane Olson of the Symbionese Liberation Army, and his opposition to seeking extradition from Cuba of convicted cop killer Assata Shakur, may have contributed to the unease of some labor leaders. Officials of the firefighters and some of the building trades and hospitality industry unions have objected to the AFL-CIO’s efforts to jam through an endorsement of him.

Longer term, however, choosing Mr. Ellison as DNC chairman would likely catalyze a counter-reaction to the Sanders-Warren wing of the Democratic Party. It could lead more reasonable liberals to organize—sooner rather than later—an effort to reinvigorate their party as the Democratic Leadership Council did following Walter Mondale’s crushing 1984 defeat. That work eventually resulted in the 1992 election of Bill Clinton as president.

While the GOP might make short-term gains while Mr. Ellison is DNC chairman, the country would be better served in the long run by a healthy two-party system. That means Democratic Party leaders should pick a chairman who can actually rebuild the party instead of marching even further to the left and deeper into the political wilderness.

Mr. Rove helped organize the political-action committee American Crossroads and is the author of “The Triumph of William McKinley” (Simon & Schuster, 2015).

Voir encore:

BET France, une chaîne consacrée à la culture afro où « le Noir dérange »
Critiquée pour son absence d’animateurs noirs, la nouvelle chaîne BET France pose une nouvelle fois la question de la visibilité des Noirs dans les médias français.

Jacques-Alexandre Essosso (contributeur Le Monde Afrique)

Le Monde

28.10.2015

« Plein de journalistes noirs galèrent à trouver des emplois, ne serait-ce qu’un petit stage. Alors si même BET [Black Entertainment Television], une chaîne noire, s’y met, il y a un problème. » Pour Christian Dzellat, fondateur du portail d’information communautaire Nofi, l’absence d’animateurs noirs sur une chaîne consacrée à la culture afro est une insulte.

Le 21 octobre, après plusieurs jours de contestation, il est parvenu à rencontrer Thierry Cammas, président-directeur général de MTV Networks France (propriétaire de BET France), et Michael D. Armstrong, vice-président de BET US. Le soir même, Christian Dzellat a rapporté sur sa page Facebook que la nouvelle chaîne de télévision s’engageait à commencer une campagne de recrutement de « talents issus de la communauté noire ».

Appel au boycott
Le lendemain, la chaîne a formulé les mêmes engagements auprès du collectif Boycott BET France et du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN). « Ils nous ont expliqué qu’il s’agissait d’une erreur de communication. Nous en doutons un peu, mais au moins ils ont pris en compte nos revendications », souligne Yan Boss, le porte-parole du collectif. Le mouvement a cessé ses actions mais reste vigilant.

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Boycott BET France est à l’origine de la contestation. Le 14 octobre, le groupe a créé une page Facebook pour dénoncer le casting de la chaîne. En quelques jours, la page a rassemblé 5 000 likes, soit 4 000 de plus que la page officielle de la chaîne. L’objectif était d’interpeller la version française de BET et le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) pour leur faire part de leur mécontentement. La presse américaine a également eu vent de la polémique, le magazine Ebony lui a consacré un article. Sollicité par Le Monde Afrique, BET France n’a pas souhaité s’exprimer. « Nous avons envoyé une bonne dizaine de courriers au CSA. Lors de notre entretien, le patron de la chaîne nous a dit qu’il avait eu une réunion avec eux à la suite de cela », explique Yan Boss.

Loin de l’idée initiale
Pour accompagner le lancement de BET France et assurer l’animation d’un des programmes de la chaîne, Hedia Charni, Franco-Tunisienne, et Raphäl Yem, d’origine cambodgienne, ont été recrutés. Des choix que déplore Yan Boss. « Pour faire la promotion de la culture noire, il faut un minimum de Noirs à l’antenne. Vous ne pouvez pas ouvrir un restaurant halal et mettre des chinois à l’intérieur. »

BET est un symbole fort lié à l’histoire des Afro-Américains. Fondée en 1980 par Robert Johnson, BET apparaît à une époque où les Noirs sont peu présents à la télévision américaine. Pour Yan Boss, le contexte français est similaire à celui des Etats-Unis dans les années 1980.

Hedia Charni et Raphäl Yem ne sont pas les cibles directes de la page appelant au boycott. Mais dans un paysage audiovisuel français qui laisse déjà peu de places aux Noirs, leur mise en avant sur une chaîne dédiée à la culture afro divise. « Il peut y avoir des personnes qui ne sont pas noires mais au moins pour le lancement, envoyez un signal fort pour dire on vous respecte », développait Christian Dzellat avant de rencontrer la direction de BET France.

« Tout se fait sans nous »
Cette absence de Noirs à la télévision, Claudy Siar l’observe depuis de nombreuses années. L’animateur de radio a été délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer entre 2011 et 2012. « Nous sommes tous piégés dans ce concept de la diversité qui n’a fait que marginaliser une frange de la population française. Il y a un peuple de la normalité, français et blanc, et la diversité (asiatiques, noirs, arabes…) », regrette celui qui est aussi l’actuel vice-président du Conseil représentatif des Français de l’outre-mer (Crefom).

A la mi-octobre BET France avait tenté d’étouffer la polémique en affirmant que d’autres présentateurs issus de la « black culture » rejoindraient l’antenne. Seulement, l’emploi du terme « black » n’a pas non plus fait l’unanimité. « Nous sommes des Noirs, il y a des Blancs. Moi, je ne dis pas “white”. J’ai le sentiment qu’en France, le Noir dérange », dénonce Christian Dzellat.

BET France a repris en main sa communication et devrait bientôt annoncer l’arrivée de nouveaux visages à l’antenne. Mais pour Claudy Siar le problème ne s’arrête pas à la question des animateurs. « Y a t-il à la tête de ce média des gens qui peuvent défendre la culture noire ? (…) Tout se fait sans nous, dans notre dos, contre notre volonté. »

Voir aussi:

Facebook accusé de manipuler les sujets tendance, la polémique fait rage
AFPQC  |  Agence France-Presse
10/05/2016

Facebook est accusé d’avoir manipulé les sujets présentés comme des tendances sur son site, aux dépens notamment des conservateurs américains, ce que réfute le réseau social, sous le feu des critiques.

La rubrique « Trending », qui n’existe pas dans la version française de Facebook, est une petite pastille qui se trouve en haut à droite de la page et mentionne les sujets dont on parle le plus sur le réseau social.

Les thèmes choisis sont, en théorie, identifiés par un algorithme qui repère le nombre total de mentions mais aussi une forte augmentation sur un court laps de temps, à l’instar de ce qui se voit sur d’autres réseaux sociaux, Twitter en premier lieu.

Mais selon le site d’information Gizmodo, spécialisé dans la technologie et affilié au groupe Gawker, ce service fonctionne en réalité comme une rédaction qui opère des choix éditoriaux affirmés, certains individuels, d’autres collectifs.

Des personnalités conservatrices, telles que les républicains Mitt Romney (candidat en 2012), Ted Cruz et Scott Walker (candidats à l’investiture républicaine en 2016), ou l’éditorialiste radio Glenn Beck, lui aussi conservateur, ont ainsi été écartés de la liste sur décision individuelle alors que leur nom faisait surface sur Facebook, selon des témoignages cités par Gizmodo.

Les journalistes présents s’attachaient également à ne pas utiliser de sites réputés conservateurs comme source et n’intégraient un sujet aux tendances que s’il avait été traité par des médias considérés comme plus neutres, comme le New York Times, la BBC ou la chaîne d’information CNN.

Ce traitement éditorialisé n’était pas le résultat d’instructions données par l’encadrement mais de l’initiative de jeunes journalistes orientés par leurs opinions politiques marquées à gauche, assurent tous les témoins cités.

En revanche, des consignes ont bel et bien été données, selon les prestataires interrogés par Gizmodo, pour que des sujets qui ne suscitaient pas d’activité suffisante soient pourtant intégrés aux tendances.

Il s’agissait principalement de nouvelles traitées par les médias de référence, concernant notamment la Syrie ou le mouvement protestataire américain Black Lives Matter.

Gizmodo cite également l’exemple de l’attaque de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, relevée alors qu’elle ne faisait pas l’objet d’un intérêt global suffisant.

Règles rigoureuses

Les anciens prestataires indiquent que l’évolution de l’algorithme a eu pour effet de réduire sensiblement les interventions forcées durant leur passage au sein de Facebook de mi-2014 à fin 2015.

« Nous nous sommes penchés sur le sujet et avons conclu que ces allégations étaient infondées », a indiqué à l’AFP un porte-parole de Facebook.

Dans un message posté sur le réseau social, le responsable des « trending topics », ces fameuses tendances d’actualité, Tom Stocky, a assuré que son équipe était soumise à des « règles rigoureuses (…) pour assurer la cohérence et la neutralité » de la rubrique.

« Le travail de nos éditeurs est enregistré et vérifié, et violer ces règles peut être un motif de licenciement », a-t-il ajouté.

Les accusations de Gizmodo ont déclenché une vive polémique, nourrie par les médias identifiés comme conservateurs.

Le New York Post a même dédié sa Une au sujet mardi: « Vous ne lirez pas ça sur Facebook. Le site censure les informations ».

« Je me demande si le sondage Quinnipiac qui situe Trump au coude-à-coude avec Hillary (Clinton) en Floride, Ohio et Pennsylvanie est une tendance sur Facebook », a ironisé, sur Twitter, Ari Fleischer, ancien porte-parole de la Maison Blanche sous George W. Bush.

« Facebook est une société privée qui peut faire ce qu’elle veut. Si elle veut mettre en avant un sujet ou un point de vue, c’est son droit comme c’est celui de Fox News ou du New York Times », considère Joel Kaplan, doyen associé de la Newhouse School de l’université de Syracuse.

« Je pense aussi que c’est une bonne chose que tout média ou agrégateur insiste sur un sujet dont il pense qu’il est important », ajoute-t-il.

La polémique pose la question de l’influence d’une plateforme consultée quotidiennement par 1,09 milliard d’internautes.

Pour Joel Kaplan, elle est limitée: « Les gens abordent l’information avec leurs biais et leur grille de lecture. C’est lorsque les gens font passer ce qu’ils ont vu à leurs amis que son impact est le plus grand. »

Dans ce cas seulement, « cela peut faire une différence », selon lui.

Voir de plus:

Assessing the Obama Legacy—Against His Own Mileposts
Victor Davis Hanson
Natinal review
December 8, 2016
The president’s stated priorities have not turned out well. In his 2016 State of the Union address, President Obama summarized his achievements. That same night, the White House issued a press release touting Obama’s accomplishments. Now that he will be leaving, how well did these initiatives listed in the press release actually work out?
“Securing the historic Paris climate agreement.” The accord was never submitted to Congress as a treaty. It will be ignored by President-elect Trump. “Achieving the Iran nuclear deal.” That “deal” was another effort to circumvent the treaty-ratifying authority of Congress. It has green-lighted Iranian aggression, and it probably ensured nuclear proliferation. Iran’s violations will cause the new Trump administration to either scrap the accord or send it to Congress for certain rejection.
“Securing the Trans-Pacific Partnership.” Even Democratic presidential nominee Hillary Clinton came out against this failed initiative. It has little support in Congress or among the public. Opposition to the TTP helped fuel the Trump victory.
“Reopening Cuba.” The recent Miami celebration of the death of Fidel Castro, and Trump’s victory in Florida, are testimonies to the one-sided deal’s unpopularity. The United States got little in return for the Castro brothers’ propaganda coup.
“Destroying ISIL” and “dismantling al Qaeda.” We are at last making some progress against some of these “jayvee” teams, as Obama once described the Islamic State. Neither group has been dismantled or destroyed. Despite the death of Osama bin Laden, the widespread reach of radical Islam into Europe and the United States remains largely unchecked. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East.
“Ending combat missions in Afghanistan and Iraq.” The Afghan war rages on. The precipitous withdrawal of all U.S. peacekeepers in 2011 from a quiet Iraq helped sow chaos in the rest of the Middle East. We are now sending more troops back into Iraq. “Closing Guantanamo Bay.” This was an eight-year broken promise. The detention center still houses dangerous terrorists.
“Rebalancing to the Asia-Pacific region.” The anemic “Asia Pivot” failed. The Philippines is now openly pro-Russian and pro-Chinese. Traditional allies such Japan, Taiwan, and South Korea are terrified that the U.S is no longer a reliable guarantor of their autonomy. “Supporting Central American development.” The once-achievable promise of a free-market, democratic Latin America is moribund. Dictatorships in Venezuela, Cuba, and Nicaragua remain impoverished bullies. All have been appeased by the U.S.
“Strengthening cybersecurity.” Democrats claimed Russian interference in the recent election. If true, it is proof that there is no such thing as “cybersecurity.” The WikiLeaks releases, the hacked Clinton e-mails and the Edward Snowden disclosures confirm that the Obama administration was the least cybersecure presidency in history. Share article on Facebook share Tweet article tweet “Growing the Open Government Partnership.” The NSA scandal, the hounding of Associated Press journalists, some of the WikiLeaks troves, and the corruption at the IRS all reveal that the Obama administration was one of the least transparent presidencies in memory.
“Honoring our nation’s veterans.” Obama’s Department of Veteran Affairs was mired in scandal, and some of its nightmarish VA hospitals were awash in disease and unnecessary deaths. Secretary of Veterans Affairs Eric Shinseki was forced to resign amid controversy. Former Homeland Security Secretary Janet Napolitano apologized for issuing an offensive report falsely concluding that returning war vets were liable to join right-wing terrorist groups. The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored.
“Making sure our politics reflect America’s best.” The 2016 presidential campaign was among the nastiest on record. WikiLeaks revealed unprecedented collusion between journalists and the Clinton campaign. Earlier, Obama had been the first president in U.S. history to refuse public campaign money. He was also the largest fundraiser of private cash and the greatest collector of Wall Street money in the history of presidential campaigns.
“Protecting voting rights.” Riots followed the recent presidential election. Democrats, without merit, joined failed Green Party candidate Jill Stein’s recount in key swing states they lost. Progressives are berating the constitutionally guaranteed Electoral College. State electors are being subject to intimidation campaigns. “Strengthening policing.” Lethal attacks on police are soaring.
“Promoting immigrant and refugee integration and citizenship awareness.” The southern U.S. border is largely unenforced. Immigration law is deliberately ignored. The president’s refugee policy was unpopular and proved a disaster, as illustrated by the Boston Marathon bombings, the San Bernardino attack, the Orlando nightclub shooting, and the recent Ohio State University terrorist violence.
Note what Obama’s staff omitted: his doubling of the U.S. debt in eight years, the unworkable and soon-to-be-repealed Affordable Care Act, seven years of anemic economic growth, record labor nonparticipation, failed policy resets abroad, and a Middle East in ruins. Why, then, has the president’s previously sinking popularity suddenly rebounded in 2016? More Barack Obama Obama’s Second Term Was a Complete Failure Obama’s Mixed Anti-Terror Legacy A Response to Brian Beutler Obama disappeared from our collective television screens, replaced by unpopular candidates Clinton and Trump, who slung mud at each other and stole the limelight. As a result, Obama discovered that the abstract idea of a lame-duck Obama was more popular than the cold reality of eight-year President Obama. He wisely adjusted by rarely being heard from or seen for much of 2016. So Obama now departs amid the ruin of the Democratic party into a lucrative post-presidency: detached and without a legacy. —

Victor Davis Hanson is a classicist and historian at the Hoover Institution, Stanford University, and the author, most recently, of The Savior Generals.

Voir enfin:

De la construction sociale de la race à l’abolition de la blancheur (Whiteness)

En finir avec la blancheur
David Roediger

Parti des Indigènes de la république

17 novembre 2014

Nous publions, ci-dessous, la traduction d’une allocution faite par David Roediger durant le Socialist Week à l’Université Iowa State, durant l’automne 1992. Ce texte a aussi servi d’introduction au recueil d’articles de D.Roediger Towards the Abolition of Whiteness, publié pour la première fois en 1994 aux éditions Verso. Bien évidemment, la date à laquelle David Roediger a prononcé cette allocution n’est pas anodine. D’une part, cela permet de comprendre le contexte politique dans lequel ce texte fut produit ainsi que les références utilisées par Roediger, comme notamment les attaques de Bill Clinton contre la rappeuse américaine Sister Souljah, lorsque cette dernière avait déclaré, suite aux émeutes de Los Angeles en 1992 : « (…) si des gens noirs tuent des gens noirs chaque jour, pourquoi n’y aurait-il pas une semaine pour tuer des gens blancs ». D’autre part ce texte est également intéressant en cela que les analyses de la question raciale en France sont très récentes par rapport à un pays comme les États-Unis. David Roediger est considéré comme l’un des précurseurs de ce que l’on nomme les whiteness studies (études sur la blancheur), même si lui-même récuse cette position de précurseur, écrivant que :

« Les bonnes raisons pour renier cette place de fondateur (ou de co-fondateur) des critical whiteness studies sont nombreuses. Produire une telle généalogie revient à faire du moment de publications de travaux sur la blancheur par des blancs, dans les années 1990, l’origine d’une  »nouvelle » ère d’investigations scientifiques, alors que dans les faits des écrivains et militants de couleur ont étudié depuis longtemps les identités et les pratiques des blancs, en tant que problèmes devant être historicisés, analysés, théorisés et contrés.[1] »

En effet, bien que les whiteness studies aient été institutionnalisées au début des années 1990, grâce notamment à deux ouvrages majeurs The Wages of Whiteness. The Making of the American Working Class (1991) de David Roediger et How the Irish became White (1995) de Noël Ignatiev, celles-ci se placent dans une longue tradition théorique et n’ont pas été « inventées » par les blancs. S’il nous semble primordial de publier cette traduction c’est pour plusieurs raisons. D’une part, David Roediger est un auteur dont certains textes devraient nous servir de références théoriques mais également nous aider à développer notre pensée décoloniale. Bien qu’hélas les textes de David Roediger disponibles en français soient trop rares[2]. D’autre part, les travaux de David Roediger permettent de réaffirmer l’importance de la race lorsque l’on analyse les contradictions de classes, sans pour autant appeler abstraitement à une « articulation ». En effet, comme l’écrit Sadri Khiari « Dire que finalement toutes les exploitations et les oppressions s’adossent et se chevauchent les unes les autres ne suffit pas à en résoudre l’équation, en l’occurrence que, s’il y a sans doute des intérêts communs à tous les opprimés, il y a également des conflits d’intérêts entre eux.[3] ». C’est d’ailleurs l’un des apports principaux de Roediger, puisque dans son ouvrage The Wages of Whiteness, il s’interroge sur la raison pour laquelle les ouvriers blancs tiennent tant à leur blancheur. C’est cela qui lui a fait développer l’idée (qu’il reprend à W.E.B. Du Bois) d’un salaire de la blancheur dont bénéficient même les ouvriers blancs. Pourtant, bien que les analyses de Roediger soient le plus souvent brillantes et très utiles à notre compréhension du racisme, dans le texte que nous reproduisons ci-dessous, il importe de pointer deux faiblesses : d’une part Roediger semble considérer la race comme un pur produit idéologique, « ontologiquement vide » comme il l’écrit lui-même, refusant par-là de percevoir la réalité matérielle de la race – et donc son autonomie vis-à-vis de la question de la classe ; d’autre part Roediger semble offrir comme solution aux blancs de simplement refuser d’être blancs, d’être des traitres à leur race en somme. Pourtant, il semble évident, comme l’a noté Satnam Virdee dans son essai Racism, Class and the Dialectic of Social-Transformation, que dissoudre le « club » des blancs ne suffira pas à dissoudre la blancheur. Une telle analyse semble, en effet, ignorer les structures qui produisent et reproduisent le racisme dans la société capitaliste. Même si une majorité de blancs rejetaient leur blancheur, ils bénéficieraient toujours des privilèges liés à celle-ci. C’est d’ailleurs ce que précise Roediger à la fin de son texte lorsqu’il écrit que « en un certain sens, les blancs ne peuvent pas totalement renoncer à leur blancheur, même s’ils le souhaitent », prenant l’exemple de l’héroïne italo-américaine du film Jungle Fever.

Mais l’intérêt de ce texte réside dans le fait de rappeler qu’être blanc, c’est également faire partie d’une race sociale (une race dominante). Car, analyser la race blanche est un point qui manque hélas bien trop souvent à nos analyses politiques. Parmi les militants et théoriciens politiques qui prennent en compte la question raciale comme une question systémique, trop nombreux sont ceux qui utilisent le terme « racialisation » pour parler en réalité des non-blancs, comme si les blancs n’étaient pas une race. Cette question, n’est pas qu’un simple problème de vocabulaire mais interroge réellement notre théorie politique et les conséquences pratiques qui en découlent. En effet, nous utilisons régulièrement les expressions « rapport de forces », « lutte des races », etc. … Or, un rapport, une lutte, nécessite un camp contre lequel nous luttons. Considérer que seuls les indigènes sont racialisés revient en quelque sorte à individualiser les blancs en ne nous focalisant que sur leurs attitudes et non sur la race sociale qu’ils forment. Les blancs pourraient être racistes ou non. Or, puisque nous analysons le racisme à partir des privilèges qu’ont les blancs, il est important de garder en tête que leurs privilèges découlent de leur race sociale. Nous proposerons donc de parler « d’indigénisation » et de garder le terme « racialisation » pour parler du processus historique qui a permis la naissance des races sociales blanches et non-blanches. Par ailleurs, ce texte pose des questions importantes et notamment celle du fossé entre la « mode » des études sur la race et la pratique politique. Notre but n’est bien évidemment pas de faire de l’anti-intellectualisme primaire mais bien de nous interroger sur le lien entre théorie et pratique décoloniale.

Bien que ce texte comporte donc quelques faiblesses, nous pensons qu’il est important de le publier et de nous intéresser à son économie générale plutôt qu’à certains points qui peuvent sembler vieillis ou peu pertinents pour notre situation. Nous espérons ainsi, humblement, par ce texte participer à la continuation de notre réflexion et de notre théorie décoloniale en vue de faire progresser notre organisation politique, donc notre pratique.

Selim Nadi, membre du PIR

De la construction sociale de la race à l’abolition de la blancheur (Whiteness)

David Roediger

Une plaisanterie circulant parmi les universitaires Africains-Américains met l’accent sur la distance entre les modes académiques d’études sur la race et la vie dans « le monde réel ». « J’ai remarqué, dit cette blague, que mes recherches démontrant que la race est une construction sociale et idéologique ne m’aident pas vraiment à trouver un taxi tard le soir ». Cet humour est assez ironique en cela que la plaisanterie ne rejette pas l’idée qu’il est important d’écrire sur, et d’analyser la construction sociale de la race, mais elle met l’accent sur le fait que la race peut être plus facilement démystifiée sur le papier que désarmée dans la vie réelle.

La problématique soulevée par « la blague du taxi » fait partie intégrante d’un questionnement plus large de récentes études critiques se basant sur le fait que les attentes de ces travaux, bien que se voulant populaires et politiques, n’ont jusqu’à présent pas abouti à des résultats pouvant endiguer l’avancée de la réaction aux États-Unis. Parmi les critiques les plus importantes au sein de ces « nouveaux travaux », on trouve une tendance à voir principalement le manque d’impact politique comme une preuve que ce ne sont pas uniquement les études postmodernes, mais également les travaux universitaires mettant l’accent sur le genre ou la race, qui seraient au mieux frileusement apolitiques et au pire obscènement hypocrites dans leur radicalisme. De telles attaques nécessitent une réponse, car elles marquent effectivement un point à travers la critique du jargon hyper-académisé que l’on trouve dans les écrits les plus récents, mais également parce que les intellectuels radicaux devraient se tenir à un minimum d’engagement politique. Il serait aisé de démontrer que les critiques de ces nouveaux travaux manquent elles-mêmes bien souvent de propositions politiques cohérentes au-delà d’un vague populisme et d’une nostalgie pour un marxisme qui ne peut pas survivre dans un monde où les femmes et les personnes de couleur forment de plus en plus le corps de la classe ouvrière et de la gauche. De la même manière, il serait facile d’arguer qu’il est injuste d’attendre du petit nombre d’enseignants à l’université qu’ils influent sur les habitudes des conducteurs de taxis américains. Ce qui est plus compliqué, mais pourtant nécessaire, pour ceux d’entre nous qui pensent que ces récents travaux contribuent modestement au changement radical, est d’être bien plus précis sur la manière dont cela se produit et sur les implications politiques de nos travaux.

En relevant ce défi, j’aimerai me focaliser en particulier sur les implications politiques découlant de l’idée que la race acquiert son sens par les actions des êtres humains dans des contextes historiques et sociaux concrets, et n’est pas une catégorie biologique ou naturelle. Le développement de cette perception de la race constitue un accomplissement majeur pour les récents travaux, accomplissement qui traverse largement les frontières disciplinaires. Les étudiants peuvent ainsi apprendre cette leçon en biologie par les écrits de Stephen Jay Gould ou Donna Haraway ; en histoire via les études percutantes de Alexander Saxton et Edmund Morgan ou encore par l’essai majeur de Barbara Field ; en sociologie avec Richard Williams ; en littérature avec les travaux de Toni Morrison ou Hazel Carby ; dans les études féministes (women studies) avec bell hooks ou Vron Ware ; dans les études religieuses avec Cornel West ; dans les cours sur les Africains-Américains en lisant l’indispensable Slave Culture de Sterling Stuckey. La théorie post-structuraliste a enrichi le travail de certains de ces universitaires et a fait connaître les études d’Eric Lott, Colette Guillaumin et Coco Fusco, chacun ouvrant des dimensions importantes dans la « dénaturalisation » de la race.

Les étudiants commençant à comprendre que la race ne prend tout son sens que dans les sociétés humaines, plutôt que dans l’ADN, sont ceux qui relient généralement tout ce qu’ils ont appris dans un certain nombre de domaines. Cela prend souvent du temps avant que le déclic ne se produise. Même au sein d’étudiants à la sensibilité de gauche, l’idée que la race est naturelle est tellement enracinée que l’on retrouve souvent la proposition selon laquelle l’éducation libérale [N.d.T : dans le présent texte, le terme « libéralisme » est à comprendre dans son sens anglo-saxon] et même radicale doit s’efforcer d’enseigner que la race n’est pas quelque chose de très important, mais est néanmoins une réalité matérielle. Lorsque les étudiants « pigent » cela, ils sont souvent extrêmement enthousiastes. Voir la race comme une catégorie faisant constamment l’objet de luttes et de réassignation, leur fait ainsi prendre conscience que les possibilités d’action politique, en particulier, et de capacité d’agir (agency) des humains sont bien plus larges que ce qu’ils pensaient. Ils réfléchissent ainsi à la manière par laquelle les structures d’oppression sociale ont contribué à la voie tragique qui a donné tout son sens à la race. Ils en viennent ainsi souvent à accuser ces structures. Concernant le degré limité, mais important, auquel ces choses arrivent, un coup d’œil à l’extravagant cauchemar du Reader’s Digest/New Republic permet d’appréhender ce qui s’incarne dans l’éducation supérieure américaine « politiquement correcte ».

Mais, aussi importante que soit cette transformation, elle sert le plus souvent à se frayer une voie à travers les séminaires universitaires plutôt qu’à travers le reste de notre quotidien. Tout comme le suggère la plaisanterie d’ouverture de ce texte, en raison même de son manque de substance, la race est une idéologie très puissante. Si les étudiants espèrent que le potentiel de la race leur ouvrira la voie simplement car elle permet une démystification intellectuelle importante du concept, ils seront très vite déçus. Plus important encore, l’idée que la race est construite socialement est si fondamentale que par elle-même elle implique des conclusions politiques spécifiques. En l’absence d’un large mouvement étudiant ou ouvrier au sein duquel ils pourraient « tester » la manière de passer de vues générales à des actions spécifiques, les étudiants ayant ouvert les yeux concernant la race risquent d’apparaître sur le devant de la scène durant la campagne de Clinton, avec l’accent qu’il met à vouloir rassembler tous les Américains. Ils risquent ainsi de terminer dans de petites sectes socialistes, où l’acceptation que la race est une catégorie naturelle est contre-balancée par une insistance plus grande sur l’idée que la race est également manipulée et mise en avant par les employeurs et les politiciens afin de diviser les ouvriers – insistance qui légitime un argument sonnant comme une totale démystification de la race, basée en fait sur une seule compréhension de classe. Sur les campus, les étudiants ayant été éclairés par la race se trouvent en général en train de militer pour l’expansion des études afro-américaines, car ils sont fascinés par la manière dont l’idéologie raciale a conditionné l’histoire et la vie quotidienne. Inversement, ils arguent que tout ce qui est spécifique racialement (race-specific) est illusoire et dangereux. Ceux qui s’en prennent à l’existence de la race comme catégorie naturelle, quant à eux, développeront souvent des positions politiques confuses. L’édition spéciale de Newsweek sur la rébellion de Los Angeles de 1992, par exemple, suit la voie progressiste selon laquelle le « concept véritable de race » serait une « relique scientifiquement absurde » puisqu’« il n’y pas de catégorie telle que  »noirs » ou  »blancs » … qui ne définissent aucunement une race ». Puis, ce même article propose plus ou moins aléatoirement un ensemble de solutions familières et confuses contre la crise urbaine, les incitations fiscales pour les entreprises, les aides sociales, les zones franches industrielles, l’entraide, les valeurs familiales et l’accroissement des forces de police.

Bien évidemment, aucun texte des intellectuels radicaux ne peut se substituer à un mouvement pacifique dans lequel les idées peuvent être mises à l’épreuve de la réalité. Mais il incombe néanmoins à ceux d’entre nous qui défendent l’idée que la race est une construction sociale de reconnaître que c’est là une percée intellectuelle vitale afin de dire que nous pensons que cette percée peut avoir une visée politique. La présente introduction débute par le court récit d’exemples d’Angleterre et d’Afrique. Cette section veut montrer que l’idée que la race est une construction sociale « fonctionne » assez largement, en aidant à clarifier certaines questions, mais qu’elle n’aide pas, en elle-même, pour autant, à résoudre la question de la direction à prendre concernant la race et la classe. Revenant aux États-Unis, ce texte critique la tentative de minimiser l’accent mis sur la prétendue « division » ou « illusion » de la question raciale dans les luttes politiques américaines. Il défend l’idée selon laquelle l’implication politique centrale résultant de l’idée que la race est construite socialement est la nécessité politique de s’attaquer à la blancheur (whiteness) en tant qu’idéologie destructrice plutôt que de s’attaquer au concept de race de manière abstraite. Bien que reconnaissant le passé tragique et le barrage à la création d’une classe ouvrière non-blanche, le présent essai arrive à la conclusion que la conscience de la blancheur (whiteness) contient également les éléments d’une critique de cette conscience et que nous devrions encourager des politiques basées sur des signes allant vers l’abandon populaire de la blancheur.

Notes transatlantiques sur la construction sociale de la race

Il est aujourd’hui quasiment impossible de voyager loin sans se heurter à l’éclatante évidence que la race est une idéologie construite socialement plutôt qu’une catégorie déterminée biologiquement. Dans la région Ashanti du Ghana, où ces lignes sont écrites, nous sommes salués dans la rue par des enfants qui chantent « Oburoni koko maakye ». Les Ashantis anglophones traduisent souvent cela par « bonjour homme rouge-blanc ». De la même manière, oburon wawu, termes généralement utilisé pour les habits occidentaux, est traduit de manière charmante par « l’homme blanc qui est mort ». Quoi qu’il en soit, oburoni dérive du terme Aburokeyre, le mot Akan pour « de l’autre côté de l’eau » et n’est donc pas l’équivalent de l’usage du terme blanc par les Euro-Américains. Les nombreux Chinois, Coréens et Japonais qui vivent désormais au Ghana sont généralement également qualifiés de oburoni. Mais en débattant de la traduction, les Ashantis pointeront le fait que ce n’est pas juste parce qu’ils viennent « de l’autre côté de l’océan » mais bien parce qu’« ils sont blancs » – c’est-à-dire qu’ils sont perçus comme ressemblant et agissant comme des Européens et des Américains. Les visiteurs Afro-Américains présentent un cas intriguant car ils ont littéralement traversé l’océan pour rejoindre les Ashantis. Dans la plupart des cas aujourd’hui, ce ne sont que les visiteurs ayant la peau la plus claire qui seront appelés oburoni. Mais récemment, il y a apparemment eu une tendance à leur accoler ce terme en utilisant ce dernier dans son sens originel. Il est ainsi intriguant qu’un spectateur britannique des discours de Malcolm X au Ghana sur la célébration de son pèlerinage à la Mecque me disait que les Ghanéens étaient surpris qu’un oburoni puisse dire de telles choses. En effet, l’un de ses auditeurs se rappelle qu’écoutant Malcolm, il le qualifiait d’homme blanc aux idées stupéfiantes. Bien que de forts éléments de liesse traversent de telles caractérisations, elles doivent nous alerter sur la complexité et la réalité de la construction sociale de la race.

D’autres expériences transatlantiques montrent la manière dont la construction sociale de la race pénètre la politique. En 1984, lorsque nous vivions dans le quartier londonien de Brent, des immigrés et descendants d’immigrés de diverses nationalités se désignaient souvent eux-mêmes de « Noirs », car cette catégorie « raciale » se rapprochait de ce que le travail brillant de A. Sivanandan a caractérisé de « couleur politique » des opprimés. Les Indiens d’Asie, les Pakistanais, les Malaisiens, les Turcs, les Chinois, les Bangladais, les Arabes et même les Chypriotes et quelques Irlandais s’identifiaient ainsi. Alors que je faisais une tournée de conférences en Afrique du Sud, en 1989, nous avons remarqué la manière par laquelle les opposants à l’apartheid définissaient la catégorie inter-raciale (mixed-race), créée par le gouvernement, de « colorés » (coloured) comme une simple création idéologique, en prenant toujours soin d’utiliser l’expression « soi-disant colorés ». Nombreux furent ceux, au sein de la population « soi-disant colorée » qui insistèrent sur le fait qu’ils étaient des Africains. Lors de cette même visite en Afrique du Sud, le fils d’un ouvrier africain du port de Cape Town nous raconta une histoire qui, plus tard, illustrera magnifiquement de quelle manière la race est une idéologie produite, et reproduite. L’indication « RÉSERVÉ AUX BLANCS » (WHITES ONLY), comme le racontait son père, n’apparut sur le bord de mer de Cape Town qu’après avoir observé des marins blancs américains esquiver les équipements « réservés aux Européens ».

Chacun de ces exemples est précieux en cela qu’il montre que l’idée que la race est construite socialement est valable et importante. Mais ils permettent également de pousser nos discussions vers la complexité permettant à de tels savoirs d’avoir une application politique. En les étendant, et en les sondant, on voit que chaque exemple soulève ses propres problématiques. Nous devons, par exemple, réfléchir au fait que depuis le début des années 1980, les initiatives visant à bâtir une identité pan-noire (pan-Black identity) au sein des opprimés britanniques furent confisquées et même démantelées par une résurgence aiguë des particularismes ethniques. Comment les militants politiques, armés par la connaissance qu’ils ont que la race est une catégorie idéologique et mouvante devraient-ils évaluer ce changement ? Était-ce le résultat inévitable de la tentative de bâtir des résistances basées sur « l’illusion » de la « couleur politique » ? Le particularisme ethnique est-il une identité plus historique, voire plus « réelle », liée à la survie d’une tradition inventée de négritude (Blackness) commune ? Ou, comme le maintient avec force Sivanandan, la vraie possibilité d’unifier les exploités autour d’une conscience liée à la « couleur politique », basée sur la classe et la race, a-t-elle été renversée par des politiques publiques délibérées et par l’opportunisme dans les rangs des leaders ethniques (ethnic leaders) ?

On retrouve le même type de problèmes dans l’exemple sud-africain. Dans mes anciennes conférences là-bas, je tentais désespérément d’étendre l’expression « soi-disant colorés » à toutes les constructions raciales, je parlais ainsi de « soi-disant blancs » et de « soi-disant noirs ». Afin de mettre en lumière le fait que ces catégories étaient également produites historiquement, cela apparaissait alors sans doute comme une stratégie justifiable. Pourtant, en tant que contribution au débat politique au sein du mouvement de libération sud-africain, ce fut moins pertinent. Les meilleurs militants réclamaient alors un programme complet de discrimination positive (affirmative action) dans les écoles, les structures du mouvement et dans la société plus largement, tenant au fait que la voie vers le non-racialisme incluait de prendre en considération la race. Cependant, j’offrais une formulation qui risquait de conforter les idées de ceux qui croyaient qu’un futur non-racial pouvait émerger de l’ignorance de politiques basées sur la race et qui défendaient l’idée que la race était inutile et contre-productive. Aussi puissante qu’elle soit, l’idée que la race est une construction sociale ne nous informe pas de manière magique sur les stratégies à adopter pour surmonter l’oppression race-classe.

Le tournant de l’exemple ghanéen apparaît comme étant plus prosaïque. Lorsque nous marchions dans Kumasi, spécialement dans les quartiers où nous n’avions jamais été auparavant, les habitants criaient parfois jovialement, en anglais, « Eh, vous êtes blancs ! ». Cela me frappait comme si j’étais un exemple déroutant, et surprenant, de non sequitur, avant que je ne réalise que l’on ne voyait quasiment aucun blanc marcher sur une longue distance ici. Le fond de leur pensée était en réalité « Eh, vous êtes blancs et vous vous promenez ici ! » ou « Eh, vous êtes blancs et devez avoir une voiture ! ». Bien que ce commentaire semblait porter purement « sur la couleur » ou « sur la race », il portait en réalité sur un comportement qui faisait qu’il était important de tenir compte de la couleur. Ainsi, bien que la race soit construite idéologiquement, elle est construite à partir du véritable schéma, prévisible et répété, de la vie réelle. En effet, comme le montrent Barbara Fields et Walter Rodney, c’est l’interconnexion avec la réalité qui donne à la race un intérêt aussi puissant et idéologique. Les blancs ne sont pas biologiquement programmés pour avoir une voiture ou une moto, mais au Ghana il est rare qu’ils en manquent, et c’est ce qui rend la race si importante dans un endroit si chaud, montagneux et poussiéreux, où même marcher est un travail. Dire cela revenait « en réalité » à prédire que les revenus des propriétaires de voitures, leur liens avec les entreprises multinationales et leur rôle dans les organisations humanitaires, les projets des missionnaires ou la recherche académique ne dissoudraient que difficilement la perception de l’interconnexion entre une voiture et la couleur de peau. Comme le remarque la magistrale History of Guyanese Working People de Rodney, les perceptions du monde en terme de race ont prospéré car elles semblaient « constituées des expériences de la vie quotidienne des gens ». La race est donc à la fois irréelle et une réalité visible. Sa démystification ne peut donc pas être accomplie par des exemples intellectuels hermétiques, mais seulement par une lutte politique et culturelle très compliquée.

Pourquoi continuer à parler de la race ?

L’évidence que la race est construite socialement, qu’elle est idéologiquement puissante et traversée par la complexité, est désormais mieux acceptée, mais reste toujours aussi fascinante. Électoralement, comme l’ont montré Thomas et Mary Edsall ainsi que d’autres, la blancheur est devenue, pour reprendre l’expression de Sivanandan, une « couleur politique » qui éblouit la coalition disparate de la nouvelle droite (New Right) et leur permet d’attirer assez de votes des classes moyennes et ouvrières blanches effrayées et aigries, pour régner. De la réalisation de la législation des droits civiques du milieu des années 1960, jusqu’à 1992, seul un démocrate a occupé la maison blanche, et il a, après une manœuvre politique astucieuse, salué l’importance de la « pureté ethnique ». Depuis la « négligence » de Willie Horton, même l’engagement démocrate mitigé pour les droits civiques s’est évanoui du parti, si enclin à la suspicion d’être « laxiste sur la race » que son leadership s’est engagé pour huit ans dans une recherche plus ou moins ouverte à un candidat blanc inattaquable dans ce qui était appelé une stratégie sudiste (Southern strategy) mais qui est mieux comprise en tant que stratégie des banlieues.

La blancheur exerce une telle force politique, malgré son complet discrédit en tant que « couleur culturelle », malgré le fait qu’elle soit devenue le sujet de plaisanterie des comiques de stand-up qui mettent en avant la vacuité de la « culture blanche » dans une nation où beaucoup de ce qui est nouveau, excitant, excellent et populaire – dans la musique, la mode, l’éloquence, la danse, la langue vernaculaire, le sport et de plus en plus dans la littérature, les films et les essais – vient des Afro-Américains, des Asiatiques-Américains ou des communautés Latinos. Nous faisons face, en bref, à une folle et ahurissante situation dans laquelle l’attrait pour la blancheur est pitoyablement maigre mais où l’effectivité de cet attrait pour la blancheur – de Howard Beach à Simi Valley jusqu’aux urnes électorales – est à son paroxysme. Le grand écrivain américain Ralph Ellison avait vu cela arriver il y a déjà une dizaine d’années et formulait alors une question qui touche directement le cœur de la politique et de la culture américaine moderne, de manière très précise :

Que fait, par ailleurs, un jeune blanc qui, avec un transistor radio collé à son oreille, braillant un air de Stevie Wonder, hurlant des épithètes raciales à de jeunes noirs tentant de nager sur une plage publique – et cela au nom de la sainteté ethnique de ce qui a été déclaré comme le territoire du quartier ?

Incapable de répondre à cette question et fatigué après une longue période de règles réactionnaires au niveau racial, nous avons toutes les chances d’être tentés de glisser de l’idée que le race est une construction idéologique à la conclusion qu’il est largement temps de dénoncer celle-ci comme un piège et une illusion et de revenir à des politiques populistes de réformes économiques. Ainsi, s’attarder sur la race, ou réclamer des remèdes « spécifiques à la race » (race-specific) est suspecté d’être contre-productif et même malveillant. L’article fermement matérialiste de Barbara Fields dans la New Left Review sur les origines du racisme américain se clôt par la critique, étonnamment idéaliste, d’une mère ayant demandé à son enfant de quatre ans si une playmate est « noire » puis qui se mit à rire lorsque l’enfant lui répondit qu’elle était « brune ». « Le rire bienveillant de la jeune femme fut provoqué par l’innocence d’une jeunesse, corrompue bien trop tôt », écrit Fields, « mais malgré toute sa bienveillance, son rire accélère cette corruption ». Fields argue que la femme, de même que les intellectuels radicaux qui mettent en avant la race comme un « tragique fléau » aux États-Unis, donne une réalité à la race. Elle suggère plutôt qu’en faisant cela ils sont comme le Ku Klux Klan et les meurtriers blancs de l’adolescent noir Yusef Hawkins. D’autres disent que nous devrions refréner nos discussions sur les questions raciales car seules les questions économiques peuvent générer des succès électoraux. Les propositions concrètes varient largement sur ce qui devrait être mis en avant à la place de la race. Fields propose ainsi la stratégie intéressante, mais totalement fantasque, de la discrimination positive basée sur la classe, alors que pour William Julius Wilson et les nombreux penseurs politiques influents autour du journal libéral American Prospect, les questions pouvant désarmer la race sont celles dans lesquelles la classe moyenne blanche a un intérêt direct, notamment l’emploi et l’assurance santé.

De telles stratégies s’adaptent à l’humeur consternée et démoralisée du libéralisme américain contemporain, et elles font massivement appel aux électeurs Afro-Américains qui sont prêts à tout sauf au Reaganisme (malgré le taux de participation électorale très bas et le peu d’alternatives, ils supportent généralement la candidature de Bill Clinton). Néanmoins, selon moi, les initiatives évitant une discussion frontale sur la race n’ont que peu de chances de réussir, même dans leurs propres conditions limitées. L’absence d’un vote libéral des travailleurs – à la fois car peu d’ouvriers sont organisés, mais aussi parce qu’une majorité de ceux venant de foyers blancs, contenant un syndicaliste, ont voté pour Reagan et Bush lors des trois dernières élections – laisse présager d’une alliance peu propice en cours, modérément progressive et basée sur la classe. Les démocrates ne pourront pas non plus être plus silencieux sur la justice raciale qu’ils ne l’ont été lors des récentes campagnes. La réticence de Clinton à commenter les rebellions de Los Angeles est une opération standard (exception faite durant la campagne de Jackson) concernant la race dans les politiques présidentielles démocrates post-1972, et non pas un phénomène nouveau. La stratégie consistant à ignorer la race a, en ce sens, été réellement tentée.

De même, les républicains ne s’engagent pas plus dans des débats ouverts sur la race. Ils formulent leur appel à un « vote de blancs » en termes de réformes sociales, d’écoles de quartier, de dureté face aux crimes et aux naissances « illégitimes ». Dans la course pour devenir gouverneur du Mississippi de 1991, le gagnant de l’aile droite du parti républicain Kirk Fordice, conclut une campagne de publicité contre les aides publiques par une photographie d’une femme noire et de son bébé. Il invitait littéralement les Mississipiens à voter contre les Afro-Américains, mais fit cela sans parler directement de race. Dans le sillage des rebellions de Los Angeles de 1992, la déclaration la plus essentielle de Bush fut : « Pour tous ceux qui se soucient de notre jeunesse, il est douloureux qu’en 1960, le pourcentage de naissances chez les mères célibataires fut de 5% – et que désormais il soit de 27% ». Comme le correspondant américain du journal londonien Observer, Andrew Stephen, le nota, « Pour les millions d’Américains qui entendirent cette importante déclaration, ce qu’il disait en réalité était  »je parle, bien évidemment, des noirs ». ». Même le très célébré Willie Horton en commentant la campagne de 1988 de Bush ne dit rien sur la race. Durant la campagne de 1992, Dan Quayle réussi à instrumentaliser l’hostilité contre les mères noires bénéficiants de l’aide sociale en parlant, entre autres, du personnage de sitcom blanc Murphy Brown. Une attention sérieuse envers la race est donc déjà absente des politiques américaines, et c’est logiquement la droite qui en bénéficie.

Mais le contenu positif des programmes de réformes économiques ne risque-t-il par de sevrer les électeurs blancs des politiques basées sur la race, ouvrant ainsi la voie à des expériences dans les campagnes électorales susceptibles de traverser les frontières raciales (racial lines) pour nourrir l’idée selon laquelle la race ne doit pas diviser les ouvriers ? Une telle stratégie a sous-tendu une large partie de l’approche de la race et de la classe qu’avait la gauche blanche américaine durant les dernières décennies. Les syndicats furent notamment perçus comme inculquant aux ouvriers blancs que leurs intérêts économiques coïncident avec ceux des Africains-Américains et que mettre leurs organisations en danger par des assauts « prématurés » contre le racisme, fut perçu comme allant contre les intérêts non seulement de la justice de classe mais également de l’égalité raciale.

Dans la mesure où nous arguons que la blancheur et les diverses sortes « d’ethnicités blanches » sont des réactions à l’aliénation, un cas intéressant de cette stratégie, issue d’une longue tradition, consistant à surmonter la race en mettant en lumière la classe, peut être présenté ici. Nous pourrions insister, comme je le fais dans Wages of Whiteness, sur le rôle de l’impuissance dans le travail et l’engendrement d’un règlement qui leur fait croire qu’ils sont des « ouvriers blancs », ou nous pourrions suivre « Reification and Utopia in Mass Culture » de Frederic Jameson en insistant sur la manière dont l’aliénation produite par des structures bureaucratiques et une culture commercialisée aide à assurer un ersatz d’ethnicité chez les blancs. Dans tous les cas, il semble que la participation à d’authentiques luttes contre l’oppression et l’impuissance soit un antidote utile contre la blancheur. Lorsque par exemple, une supportrice « blanche de droite » de la tentative de David Duke de devenir gouverneur de Louisiane en 1991 stoppa sa litanie contre le mythe « des noirs et de l’aide sociale » (« Ils achètent de nouvelles voitures chaque année … ») dans une interview avec USA Today, elle ajouta : « L’État ne va pas s’occuper de moi ». Peut-être que s’il y avait un large mouvement pour un système de santé décent cette femme pourrait s’y joindre, mettre la pression sur l’État, gagner une sorte de pouvoir et, au cours de sa lutte aux côtés des pauvres noirs, remettre en question le mythe qu’elle récitait jusqu’alors.

Il est difficile d’imaginer une assaut efficace contre la suprématie blanche qui ne tiendraitpas compte des millions de petits miracles de ce type, et qui n’inclurait pas un ralliement autour des griefs liés à la classe. Mais plus problématique encore est la tendance à supposer que la redécouverte de la mise en lumière de questions économiques règle tous les problèmes, ou même à appréhender les questions de stratégie politique en ne tenant compte ni de la race ni de la classe. Le dossier historique des réalisations antiracistes à partir de réformes économiques est bien mince. Du National Labor Union jusqu’aux populistes de la CIO, peu importe ce que nous souhaitons qu’ils aient réalisé et peu importent leurs autres réalisations, de telles coalitions ne surent pas répondre aux attentes lorsque la justice raciale fut en jeu. Ce dossier ne montre d’ailleurs pas non plus que les luttes communes peuvent « enseigner » une humanité commune sur le long terme. L’aile Tom Watson des populistes apprit spectaculairement la leçon de l’unité noirs-blancs et, plus spectaculaire encore, l’oublia aussitôt. L’expérience de la défaite – et il n’y a aucune garantie que les mouvements de classe vont gagner – entraine avec elle une recrudescence de la suprématie blanche. La convention agonisante du National Labor Union envisageait sérieusement certaines propositions de l’intellectuel sudiste raciste Hinton Rowan Helper pour dégager les noirs des États-Unis, tandis que le Knights of Labor, si brillamment égalitariste dans ses heures les plus glorieuses, commença à décliner après avoir accepté une résolution pour coloniser les Afro-Américains en vue d’aider « le prolétariat blanc ». Le motif pour lequel la meilleure issue dans un nouvel effort de réformes économiques minimise l’emphase immédiate sur la justice raciale reste flou, en particulier étant donné que la substance des réformes mollassonnes sur l’offre des néolibéraux, qui sont le fer de lance des stratégies économiques, est rarement ce par quoi les grandes transformations dans la conscience politique sont faites.

Les partisans de l’importance croissante mise dans l’appel au réformisme économique et au silence continu autour de la race ont parfois internalisé une sorte de marxisme qui entend mettre l’accent sur la réalité objective des rapports de classe comme quelque chose s’opposant à l’idéologie de la race. Je n’ai aucun problème avec cette distinction, cependant en l’appliquant nous devons imaginer que les ouvriers voient objectivement le monde à travers leur expérience de classe, dans une part de leur cerveau, et subjectivement à travers le filtre distordant de la race d’autre part. À un certain niveau de conscience, la classe est tout sauf un reflet fidèle de la réalité objective. De plus, la manière subjective par laquelle les ouvriers blancs perçoivent et définissent la classe est, aux Etats-Unis, totalement façonnée par leur blancheur. Deux récentes études sur les ouvriers du New Jersey confirment par ailleurs ce point. Dans l’excellente étude sociologique de David Halle sur les ouvriers du secteur chimique, les ouvriers blancs s’identifient comme des « travailleurs » ou des « classes moyennes ». Ils ont tendance à voir leurs voisins blancs comme eux en termes de classe, que ces voisins soient ou non des ouvriers salariés. Ils voient les ouvriers noirs qui ont les mêmes emplois qu’eux – des travailleurs qui sont, plus que les voisins blancs, plus nombreux à partager une appartenance à l’AFL-CIO avec les ouvriers du secteur chimique – comme différents en termes de classe, comme des «fainéants» et des « intrus ». Plus frappante encore est la récente étude de Katherine Newman sur le déclin industriel, qui se base sur des entretiens avec d’anciens ouvriers blancs dont l’usine a fermé à Elizabeth, dans le New Jersey. Nombre de ces ouvriers analysent cette austère expérience de classe en disant que leur employeur fut forcé de partir car il était impossible de faire des profits tout en employant des noirs et des hispaniques. Un mouvement espérant déborder David Duke simplement en popularisant un type de plans contre le chômage et pour le système de santé qui bénéficierait aux blancs les plus durement touchés, qui forment une large part de sa circonscription, pour attaquer de front le problème que beaucoup des pauvres blancs accusent l’État Providence de bénéficier à « ces gens là » serait illusoire. En tant qu’étude influente citée par le Edsalls elle a, pour un secteur clé de l’électorat blanc, « redéfini virtuellement tous les symboles et thèmes progressistes en termes raciaux et péjoratifs ». Dans une telle situation, on peut aisément arguer qu’attaquer le racisme est une condition préalable à des réformes se basant sur la classe tout comme les réformes se basant sur la classe sont une précondition pour attaquer le racisme.

Il y a environ un demi-siècle, C.L.R. James critiquait la stratégie de la gauche traditionnelle concernant la race et la classe en écrivant que «  le slogan  »Noirs et Blancs, unissez-vous dans votre lutte » est irrécusable en principe … Mais il est souvent trompeur et parfois même offensant face à la réalité multiple, tumultueuse et souvent meurtrière de la réalité des rapports raciaux aux États-Unis ». Nombre de ceux souhaitant défendre aujourd’hui une emphase unique sur les griefs économiques communs devraient récuser des termes comme « luttes », lorsqu’ils mentionnent la race dans leurs slogans et devraient même carrément récuser ce terme de leurs slogans. Mais nous devrions tout de même partager le malaise de James avec toutes les stratégies politiques qui supposent que les griefs de classe aux États-Unis ne peuvent être combattus sans porter une attention complète à la race.

Le théoricien britannique Terry Eagelton a jugé que le genre et la nation, tout comme la classe, sont des identités socialement construites basées sur l’aliénation qui « annule les particularité de la vie individuelle dans un collectif anonyme ». Mais il a refusé de suivre « certaines des théories poststructuralistes contemporaines » en concluant que nous devrions par conséquent supposer que l’on peut « faire le tour » de ces identités plutôt que de « couper à travers elles ». Il argua que « puisque la vérité demeure que les femmes sont opprimées en tant que femmes – de telles catégories, bien que pouvant être ontologiquement vides, continuent à exercer une force implacable » – nous devons lutter pour le (et parler du) genre. Nous devons poursuivre une stratégie politique « prônant l’anéantissement des catégories les plus métaphysiques ». Je suggérerais, quant à moi, que la race est une autre de ces catégories « ontologiquement vide » et « métaphysique » à laquelle nous devons nous confronter pour l’abolir. Beaucoup de gauchistes ou de libéraux admettraient peut-être la vérité qui réside dans cette critique de l’économisme, mais continueraient cependant à arguer que, que cela vous plaise ou non, des politiques « spécifiquement raciales » ont été en pratique complètement discréditées par leur inapplicabilité. En faisant un sérieux effort pour localiser « l’aile gauche des possibles », ils pointent les réalités démographiques et les schémas du vote des blancs et mettent ainsi l’accent sur les dangers d’une « démarche solitaire » des minorités qui s’organiseraient autour de griefs spécifiques. En effet les Edsalls et d’autres écrivains récents qui soutiennent des stratégies économiques ne le font pas par rejet de l’importance de la suprématie blanche mais – comme le meilleur exemple récent de telles stratégies, Bayard Rustin – sans prendre en compte l’influence néfaste du racisme. Lors d’un important débat public – durant les récentes élections sénatoriales – avec le politicien démocrate de Caroline du Nord Harvey Grant, une victime de l’offensive contre la race de Jesse Helm, l’historien populiste Lawrence Goodwyn défendit les réformes économiques comme la seule stratégie démocrate viable car il ne voyait aucun autre moyen de se sortir du racisme de l’électorat américain.

En s’opposant à un tel économisme nous devons être assez humbles pour admettre qu’il a triomphé comme stratégie contre la réaction car les alternatives existant contre cette-dernière se sont montrées bien moins attrayantes. Un libéralisme se basant sur la poursuite d’une discrimination positive incomplète ne s’est pas montré plus attractif qu’un libéralisme basé sur des créations d’emplois ou un système de santé d’emplois incomplets. Les tentatives de combiner et de transcender ces deux approches au sein d’une coalition arc-en-ciel (Rainbow Coalition) se sont largement montrées paralysantes. Les initiatives pour unir les ouvriers autour de revendications économiques révolutionnaires, plutôt que réformistes, ont eu une audience bien moindre que les appels de David Duke. En tentant de stopper un Duke, ou un Georges Bush, les opposants à la réaction se mettent à graviter autour de réformes économiques presque par défaut. Soutenir le pâle populisme d’Eddie Edwards en Louisiane ou Bill Clinton au niveau national n’est pas tant la « politique du moins pire » que le dernier recours existant.

Mais aussi compréhensible que soit ce « dernier recours », il n’en reste pas moins une impasse. Cette stratégie échoue généralement, même selon ses propres termes, en n’empêchant pas les Helms, Bush et Reagan d’accéder à la victoire (elle n’arrive même pas à empêcher Duke de gagner une majorité des « votes des blancs »). Plus sérieusement, la prudence et la peur de discussions ouvertes sur la race, alimentées par une attention constante aux « possibilités » électorales immédiates nous aveuglent quant aux vraies tensions au sein de la suprématie blanche. Cela nous laisse dans l’incapacité d’évaluer la façon dont un vrai questionnement sur la blancheur dans la culture américaine ouvre l’opportunité de mobiliser les gens dans une opposition bien plus effective à la fois aux oppressions de race et de classe. Tirer avantage de telles possibilités requiert non seulement que nous continuions à parler de la race, mais également que nous nous intéressions à un aspect généralement négligé lorsque l’on s’intéresse à la race aux États-Unis, la question de savoir pourquoi les gens pensent qu’ils sont blancs et si oui ou non ils devraient arrêter de penser cela.

Vers un dépérissement de la blancheur

Lorsque les habitants des États-Unis parlent de la race, ils parlent, généralement, uniquement des Afro-Américains, des Amérindiens, des hispano-américains et des Asiatiques-Américains. Lorsque les blancs entrent dans le débat, c’est uniquement car ils se « comportent » d’une certaine manière envers les non-blancs. On suppose généralement que les blancs « n’ont pas de race », bien qu’ils puissent être racistes. Les propositions les plus critiques des récents travaux universitaires sur la construction sociale de la race sont survenus précisément parce que les écrivains ont voulu s’attaquer à l’idée qu’il suffirait d’expliquer pourquoi les gens sont considérés comme des Noirs, des Asiatiques, des Amérindiens ou des Hispaniques et non pas à ce que Theodore Allen a magistralement nommé « l’invention de la race blanche ». Coco Fusco résume cette importante idée et sa portée politique en écrivant que : « les identités raciales ne concernent pas seulement les Noirs, les Latinos, les Asiatiques, les Amérindiens, etc. … ; elles sont également blanches. Ignorer l’ethnicité blanche revient à donner encore plus de puissance à son hégémonie en naturalisant celle-ci. ».

Afin de contribuer de la manière la plus complète possible à l’émergence d’une nouvelle société, les militants qui s’appuient sur les idées voyant la race comme une construction sociale doivent focaliser leur énergie politique à exposer, démystifier et défaire l’idéologie bien particulière de la blancheur, plutôt que de parler de la race en général. En défendant cette position, trois points majeurs méritent que l’on s’arrête dessus. Le premier est que, bien que ni la blancheur ni la négritude (Blackness) ne soient des catégories raciales scientifiques (ou naturelles), la première est infiniment plus fausse que la seconde, et c’est justement cette fausseté qui la rend si dangereuse. Le deuxième point est qu’en considérant que la blancheur et la négritude sont « la même chose » nous sapons ce qui est devenu, via la notion de « racisme inversé » (reverse racism), un instrument majeur renforçant le refus populaire chez les blancs de s’attaquer à la fois au racisme et à eux-mêmes. Le dernier point est que la blancheur est désormais une forme particulièrement cassante et fragile de l’identité sociale et qu’elle peut être combattue.

L’analyse moderne la plus pénétrante sur la blancheur est de loin un essai de seulement deux pages publié dans un magazine de société (lifestyle magazine). Écrivant dans Essence en 1984, James Baldwin réfléchissait sur le fait d’ « Être  »blanc » et autres mensonges » (On Being  »White » and Other Lies) et mit immédiatement le doigt sur ce qui fait de la blancheur une catégorie à part en tant que phénomène social américain. « La crise du leadership dans la communauté blanche est assez remarquable – et terrifiante – » écrivit Baldwin dès le début de son texte, « car il n’y a, en fait, aucune communauté blanche ». Il ne s’agit pas simplement de dire que la blancheur est oppressive et illusoire ; mais qu’elle n’est rien d’autre que cela. Nous parlons de la culture et de la communauté Afro-Américaines, et c’est très bien comme cela. En effet, la construction de divers groupes ethniques africains au sein du peuple Afro-Américain, si lucidement décrite par Sterling Stuckey, est l’authentique histoire d’un melting pot américain. Dans son attaque passionnée du concept de race Afro-Américaine et de race blanche, Barbara Fields caractérise les Afro-Américains de « nation ». C’est précisément ce que les blancs ne sont pas. Il y a bien une culture américaine, mais elle est assez « mulâtre » (Mulatto), pour reprendre la fine description qu’en fait Albert Murray. S’il y a une culture sudiste elle est encore plus métissée que la culture américaine. Il y a des chansons irlando-américaine, des quartiers italien-américains, des traditions slaves-américaines, des villages allemands-américains, etc. … Mais de telles cultures ethniques sont toujours menacées d’être englouties par le mensonge de la blancheur. La blancheur désigne, de Little Big Horn jusqu’à Simi Valley, non pas une culture mais précisément une absence de culture. C’est une attente assez vide, et donc terrifiante, que celle de bâtir une identité à partir de ce que quelqu’un n’est pas et de se demander comment freiner cela.

Quasiment aucune initiative de gauche n’a interpellé les ouvriers blancs afin de critiquer, et encore moins d’abandonner, leur blancheur. Le commentaire magnifique de Baldwin dans le film The Price of the Ticket selon lequel « tant que vous pensez que vous êtes blancs, il n’y a aucun salut pour vous », semble plus poétique que politique pour les radicaux qui ont trop longtemps confiné leurs luttes à encourager les blancs à s’unir aux noirs et qui ont trouvé qu’il était difficile de désarmer le racisme, et encore plus de penser à abolir la blancheur. Pourtant une politique hautement poétique est exactement ce qui est requis dans une situation où les ouvriers qui s’identifient comme blancs sont tenus de battre en retraite face à une réelle unité de classe et un antiracisme conséquent. Dans un essai fascinant de 1974, soulignant les conditions requises à l’émergence d’une unité des luttes des travailleurs, le grand théoricien vivant à Londres A.Sivanandan s’opposa aux formulations habituelles des rapports entre race et classe, écrivant que « en recouvrant son sens de l’oppression, à la fois de l’aliénation technologique et d’une culture blanche, la classe ouvrière blanche arrive à une certaine conscience de l’oppression raciale ». Sur ce point, le rejet de l’oppression raciale par les ouvriers blancs ne doit pas uniquement émaner de la participation commune à la lutte des classes, ou même à la lutte antiraciste, aux côtés des noirs, mais également d’une critique de la culture vide de la blancheur elle-même. Rejeter la blancheur fait ainsi partie d’un processus qui permet à la fois de renforcer la lutte contre le racisme et de recouvrir un vrai « sens de l’oppression » au sein des ouvriers blancs.

Tant qu’elle n’implique par une critique de la blancheur, la remise en cause du racisme se montre généralement superficielle et limitée. En effet, à ce point de jonction horrifiant dans les rapports de race, la plupart des blancs se décrivent eux-mêmes comme « non-racistes ». Même la suprématie blanche de David Duke, qui se traduit par la National Association for the Advancement of White People, permet à leurs soutiens de sentir que, comme l’un d’eux le déclarait à USA Today, ils ne font que la « même chose » que les Noirs dans la NAACP. Même certains membres assumés du Klan se décrivent désormais comme « non-racistes ». À St Louis, de jeunes blancs appellent les noirs « nègres » en partant du postulat « non raciste » qu’ils décrivent des attitudes et non pas de la génétique. « Les noirs sont gentils et polis », disent-ils, « mais les nègres sont de la vermine ». Il est facile de voir de tels raisonnement comme de la pure hypocrisie, notamment venant de la bouche de David Duke, mais nous devrions également affronter le fait que de nombreux blancs se sentent totalement étrangers à ceux que l’on nomme « intolérants » ou « racistes ». Pour la plupart des étudiants blancs ces termes impliquent le fait d’être « extrémistes », « violents » ou « en dessous de la moyenne ». La plupart de ces étudiants sont persuadés de ne pas être concernés par ces termes.

L’expression destructrice de « racisme inversé » grandit de plus en plus avec l’assurance qu’ont les blancs d’avoir dépassé la race. Ils sont persuadés de voir le monde à partir du seul mérite, alors que les multiculturalistes, les défenseurs de la discrimination positive, les pécheurs amérindiens, les nationalistes noirs et les leaders libéraux « ramènent la race dans le débat ». Une analyse qui se contente simplement de démystifier les conceptions de la race, sans se concentrer sur la critique de la blancheur, court le risque de renforcer ces notions très répandues.

Toute la lutte contre le concept de « racisme inversé » est en fait terriblement difficile lorsque nous échouons à questionner réellement la blancheur et qu’au lieu de cela nous restons sur le terrain politique habituel. Les conservateurs, comme le disait bizarrement Martin Luther King, occultant le fait qu’il était lui-même un défenseur de la discrimination positive, croient réellement en des normes sans race se basant ainsi sur un « contenu individuel ». Nous tentons donc d’argumenter à partir d’exemples historiques pour un auditoire qui n’est pas forcément disposé à voir sur le long terme. Nous pensons que le racisme implique le pouvoir systématique de dominer et que puisque les personnes de couleur n’ont pas un tel pouvoir, le racisme inversé n’est pas un concept pertinent. Pourtant, cet argument tout à fait valable tombe souvent dans les oreilles d’un sourd puisque les premiers à croire en l’idée d’un « racisme inversé » sont généralement les blancs persuadés d’être eux même sans pouvoir. Souvent, désespérés, nous commençons notre dernière phrase par « Mais vous refusez de voir que … ».

Mais ceux qui se sentent victimes du « racisme inversé » voient bien, eux. Ils voient bien, avec juste la bonne dose d’aveuglement, que le fait qu’ils soient blancs (mais non racistes) et qu’ils aient des privilèges de blancs, leur demande d’ouvrir les yeux. Lors du procès de la Simi Valley, ils virent Rodney King se faire rouer de coups, mais comme l’a montré un juré, d’une façon ou d’une autre King semblait tout de même « contrôler » la situation et menacer les policiers blancs. Lorsque Bill Clinton fit référence à sa blancheur, lors de sa comparution devant la coalition arc-en-ciel afin de s’en prendre à la rappeuse Sister Souljah, il espérait faire appel à des vues partagées par de nombreux blancs. Ou peut-être que ce n’était là que sa façon de voir. Il s’en prit au commentaire de Sister Souljah selon qui il est banal que de jeunes noirs de South Central à Los Angeles qui s’attaquent et se tuent mutuellement, puissent envisager de faire la même chose aux blancs pendant une semaine. En lui-même, le commentaire de Souljah n’est rien d’autre qu’un exercice introductif à la sociologie, mais le son de cloche de Clinton semblait comparer Souljah à David Duke. Sa demande que les auditeurs imaginent une situation qui serait inversée et que Duke fasse le même commentaire que Souljah était d’une certaine manière totalement absurde. Qu’est ce qui serait « inversé » dans cette situation? Duke irait-il à Simi Valley ou à Beverly Hills en disant qu’il est banal que des blancs qui s’attaquent entre eux toute l’année veuillent attaquer des noirs pendant une semaine ? La situation ne peut tout simplement pas être inversée. La police n’isole pas les blancs pour les harceler racialement et les brutaliser. On ne tue pas des centaines de jeunes blancs dans des guerres contre la drogue ou des guerres de gangs. Seuls les blancs peuvent prendre le commentaire de Clinton au sérieux. Et c’est d’ailleurs ce qu’ils font.

Mais l’incident de Sister Souljah doit également nous alerter sur le fait que nous ne devons pas capituler devant la blancheur. La coalition arc-en-ciel, devant laquelle a parlé Clinton, arrive à mobiliser des dizaines de milliers de blancs non seulement autour de politiques sociales démocratiques mais également autour de l’idée que la lutte contre le Reaganisme devrait inclure des personnes de couleur en tant que constituante centrale et comme leaders. Le succès le plus spectaculaire de la coalition arc-en-ciel dans la mobilisation de jeunes ouvriers blancs vers l’idée que le style de lutte du mouvement de libération noir était bien plus en phase avec leurs conditions sociales que n’importe quelle politique blanche – la mobilisation d’ouvriers automobiles du Midwest dans des rassemblements impressionnants en 1988 – ne s’est pas, il est vrai, toujours traduit en votes. La désorganisation de cette coalition, son manque de démocratie et sa timidité politique combinés au pouvoir continu de la mentalité raciale chez les blancs ont limité l’étendue jusqu’à laquelle les ouvriers blancs acceptent les non-blancs politiquement, mais la possibilité qu’ils puissent faire cela dans une organisation se mobilisant à la fois sur les questions de classe et de race, était clairement présente.

Nous pourrions penser que beaucoup de blancs aiment des artistes hip-hop comme Sister Souljah bien plus qu’ils n’apprécient Bill Clinton. L’énorme popularité de la musique et du style hip-hop dans la jeunesse blanche a souvent été décrite comme une fascination pour la violence et le sexisme au sein des jeunes hommes blancs de banlieue ; pourtant il semble que cela aille bien plus loin. La variété des messages des rappeurs attirent des hommes et des femmes des classes moyennes et ouvrières blanches, du collège à l’âge adulte. Contrairement au rock, qui amena les blancs à la musique Afro-Américaine mais qui dilua rapidement les influences noires de ce style musical, les blancs s’approprient le hip-hop sans pour autant vouloir le changer. En cela, le parallèle est plus proche de l’attrait de la classe ouvrière blanche pour la musique soul des années 1960 et 1970 (et c’est toujours le cas, voir notamment le film The Commitments) et peut-être pour le reggae également. Le hip-hop offre aux jeunes blancs non seulement la spontanéité, l’expérimentation, l’humour, le danger, la sexualité, les mouvements physiques et la rébellion, qui sont absents de ce que l’on considère comme la culture blanche, mais le hip-hop offre également une critique explicite et sévère de la blancheur.

Il serait bien évidemment ridicule de clamer que chaque fan de hip-hop blanc puisse trouver le chemin de sortie de la blancheur, sans parler du racisme. Il n’y a pas de solution miracle au racisme en Amérique et il est important de pointer les limites, comme les possibilités. Le « guido » de la sous-culture dans le New York Italo-américain, très bien décrit dans les récents écrits de Donald Tricarico, est un exemple ambigu de ces possibilités et de ces limites. Les Guidos ont pour la plupart adopté les codes du hip-hop et affirmé une identité italo-américaine distincte contre les « prétendants » blancs américains. Ils parlent d’eux même comme étant des Guinéens tournant les insultes anti-italiens, anti-noirs comme autant de signes honorifiques. Mais la rupture avec le racisme est loin d’être complète. Comme le souligne Tricario, en de nombreux points, les Guidos, « résistent à l’identification avec les jeunes noirs » et « mordent la main-même qui a nourri leur style ».

Historiquement, l’utilisation d’une image (souvent distordue) d’un mode de vie Afro-Américain afin d’exprimer une critique de la « culture blanche », ou le désir d’un mode de vie différent, n’a jamais réellement été un antidote au racisme. Ce vaudeville reflète de tels désirs sous le masque noir (blackface) tout en continuant à mépriser les Afro-Américains dans une parfaite illustration de la sage observation de Herman Melville que «  … l’envie et l’empathie, deux passions irréconciliables en théorie, se rejoignent néanmoins pour ne former plus qu’une ». En un sens, plus ce désir est fort, plus la réaffirmation de la blancheur et de la suprématie est forte. L’usage de la culture Afro-américaine pour critiquer la blancheur, comme le montre Norman Mailer, de manière largement involontaire, dans « The White Negro », n’est jamais sans superficialité, superstition et paternalisme. La perte de la blancheur peut avoir la même beauté que dans le film de John Waters Hairspray ou la même faiblesse et arrogance que dans Soul Man. Et ces deux extrêmes n’apparaissent pas qu’entre, mais aussi au sein, des individus blancs. Finalement, en un certain sens, les blancs ne peuvent pas totalement renoncer à leur blancheur, même s’ils le souhaitent. L’héroïne italo-américaine du film de Spike Lee Jungle Fever est un exemple de traitre à sa race ; pourtant lorsque la police arrive, elle reste blanche.

Mais même en prenant en compte tous ces problèmes, on ne peut pas ignorer les implications politiques du questionnement de masse de la blancheur comme une mode ainsi qu’une possibilité aux États-Unis. Dans diverses situations, y compris la campagne de Duke, les blancs avouent leur confusion quant à savoir si cela vaut vraiment la peine d’être blanc. Nous devons affirmer que cela n’en vaut pas la peine et que nombre d’entre nous ne souhaitent pas être blancs. Des initiatives contre un Duke ou un Bush ne devraient pas seulement être orientées vers une classe ou vers l’antiracisme, mais devraient en un sens être explicitement anti-blancs, avec une attention particulière sur la mise en lumière de la manière dont la blancheur installe une sorte d’apathie chez les blancs dans les politiques et la misère de la vie quotidienne. Lorsqu’un Clinton favorise la blancheur, nous ne devrions pas le laisser s’en tirer à si bon compte, pour la simple raison que ses commentaires sont racistes. Notre opposition devrait se focaliser sur le contraste entre la banqueroute des politiques blanches et les possibilités de non-blancheur. Nous devrions pointer non seulement que les blancs et les personnes de couleurs ont souvent des intérêts communs mais que les personnes de couleur agissent en faveur de ces intérêts bien plus conséquemment – dans la politique, au travail, et de manière très forte dans les luttes communautaires – précisément parce qu’ils ne sont pas embourbés dans la blancheur. Nous devrions transformer le « racisme inversé » d’un juron en une injonction (renversez le racisme!), faire campagne pour la discrimination positive sur la base à la fois de lutte pour la justice et du combat contre les privilèges qui reproduisent tragiquement la blancheur. Les coalitions pour des réformes économiques doivent être considérées non seulement comme des relais pour des mobilisations de classe et pour désarmer le racisme, mais également comme des lieux où les blancs apprennent que les non-blancs font généralement plus de connections entre la classe et la communauté que les blancs et tiennent donc une place centrale dans les mouvements insurgés. Si même MTV réalise qu’il existe une audience de masse pour la critique de la blancheur, nous ne pouvons pas ne pas nous rallier à, et ne pas apprendre d’un engagement constitutif à son abolition.

David Roediger

Notes

[1]David ROEDIGER, Accounting for the Wages of Whiteness. U.S. Marxism and the Critical History of Race » In : Wulf D. HUND, Jeremy KRIKLER et David ROEDIGER (dir.), Wages of Whiteness & Racist Symbolic Capital, Lit Verlag, 2011.

[2]On peut cependant noter : Elizabeth ESCH et David Roediger, « Pour déracialiser il faut penser la race », Période, http://revueperiode.net/pour-deracialiser-il-faut-penser-la-race-et-la-classe/ , Juin 2014. Ainsi que : David Roediger, « L’éclipse de la race et de la classe » In : Félix BOGGIO ÉWANJÉE-ÉPÉE et Stella MAGLIANI-BELKACEM (dir.), Race et capitalisme, Syllepse, 2012.

[3]Sadri KHIARI, « Les mystère de « l’articulation » races-classes », Parti des Indigènes de la République, http://indigenes-republique.fr/les-mysteres-de-l-articulation-races-classes/ , Juin 2011.

Voir de plus:

Joanne Chesimard, première femme sur la liste des «terroristes les plus recherchés» du FBI

Soupçonnée d’être cachée à Cuba, la sexagénaire condamnée pour avoir tué un policier est aussi la marraine de feu le rappeur Tupac Shakur.

Le FBI a annoncé ce jeudi 2 mai avoir ajouté Joanne Chesimard à sa liste des «terroristes les plus recherchés», avec une récompense de 2 millions de dollars offerte pour sa capture.

Joanne Chesimard a l’honneur douteux d’être la première femme sur la liste, qui existe depuis 2001 et sur laquelle ont figuré les noms tristement célèbres de Khalid Sheikh Mohammed, Oussama ben Laden, Ayman al-Zawahiri, et Adam Gadahn.

Joanne Chesimard, qui était membre d’un groupe appelé la Black Liberation Army (l’Armée de libération noire), a été ajoutée à la liste quarante ans jour pour jour après la date où elle est accusée d’avoir tiré sur un policier d’Etat, et de l’avoir tué, sur une autoroute du New Jersey.

«Joanne Chesimard est une terroriste intérieure qui a tué un agent des forces de l’ordre en l’exécutant», a dit l’agent spécial Aaron Ford dans un communiqué de presse.

«Aujourd’hui, date de l’anniversaire de la mort de Werner Foerster, nous voulons que le public sache que nous ne nous arrêterons pas jusqu’à ce que cette fugitive soit devant la justice.»

Joanne Chesimard, qui a désormais la soixantaine et est également connue sous le nom d’Assata Shakur –elle est aussi la marraine de feu Tupac Shakur–, a fini par être arrêtée et condamnée pour le meurtre de Werner Foerster. Elle est aussi devenue plus ou moins célèbre à cause des doutes sur sa culpabilité –elle nie avoir tué le policier– et des rumeurs selon lesquelles elle aurait été maltraitée en prison (elle est toujours relativement célèbre. En 2000, le rappeur Common a sorti une chanson sur elle, appelée A song for Assata, ce qui a mis le commentateur conservateur Bill O’Reilly très en colère).

En 1979, Joanne Chesimard s’est échappée de prison. Les autorités pensent qu’elle est depuis 1984 cachée à Cuba, qui a pour habitude de donner asile aux fugitifs américains qui épousent des dogmes quasi-révolutionnaires.

En 2005, elle a été designée «terroriste intérieure» par le FBI. Cette appellation aussi vague que flexible lui a probablement été appliquée parce que ses crimes étaient fondés sur une idéologie anti-gouvernement. A l’époque, une récompense d’un million de dollars avait été offerte pour sa capture. Une récompense qui a donc doublé.

Mais à quoi bon? Si Joanne Chesimard est bien à Cuba, elle est hors d’atteinte du FBI. Le gouvernement cubain ne va pas la laisser tomber. Par ailleurs, si le FBI était réellement intéressé par le fait d’alerter le public et de lui demander de guetter Joanne Chesimard, l’agence aurait probablement rendu très clair le fait qu’elle se fait désormais appeler Assata Shakur. A la place, le FBI l’appelle «Joanne Chesimard» dans tout son communiqué de presse, et note seulement à la fin que ce n’est plus son nom d’usage.

Ce communiqué montre en fait que les listes des criminels les plus recherchés du FBI servent autant aux relations publiques qu’à attraper des criminels. Elles sont des rappels symboliques que certains crimes sont trop horribles pour être oubliés, peu importe la date à laquelle ils ont été commis.

Les agents des forces de l’ordre n’aiment particulièrement pas qu’on oublie les gens qui ont été condamnés pour meurtre de policier, puis se sont échappés de prison, et sur qui on a écrit des chansons. Comme la branche du FBI de Newark l’a dit dans un autre communiqué:

«La justice n’a pas de date d’expiration, et notre détermination à capturer Joanne Chesimard ne diminue pas avec le temps qui passe. Au contraire, elle augmente encore plus quand on sait que cette tueuse continue à vivre libre.»

Je doute fort que le FBI s’attende à ce qu’ajouter Joanne Chesimard à sa liste des terroristes les plus recherchés l’aide à l’attraper. C’est probablement un geste symbolique, quelque chose qui fera plaisir à la police d’Etat du New Jersey, rassurera la famille de Werner Foerster, et dira au monde que si vous êtes condamné pour le meurtre d’un policier, le FBI ne vous lâchera pas jusqu’à ce que vous soyez au tribunal. D’une manière ou d’une autre.

Justin Peters

Traduit par Cécile Dehesdin

Voir encore:

 pop music

American music has always been a great and complex exchange. But who, exactly, gets to borrow from whom, and under what conditions, has become increasingly controversial. Paul Simon’s Graceland album — about to celebrate its 30th anniversary — was criticized at the time of its release for Simon’s use of “African” musical elements. Now? It’s almost impossible to imagine a white musician even attempting a similar experiment. The cultural stakes are too fraught, a point underscored by Grey’s Anatomy actor and activist Jesse Williams during a speech at the BET Awards in June in which he criticized white “gentrification” of black culture. What sounds to one listener like homage can sound to another like theft or, more politely, appropriation. And with the white-rapper likes of Macklemore and Iggy Azalea earning Best Rap Album Grammy nominations (as well as millions of dollars) — that can be hard to swallow for those who see hip-hop as a black form.

The appropriation issue, recently renewed and given a new energy by the passionate rhetoric of Black Lives Matter, has been around since at least the early 20th century. But are we just talking in circles? Is there a way forward? Here, New York pop-music critic Craig Jenkins and Vulture music columnist Frank Guan wrestle with the subject.

What is gained and what is lost by an increased sensitivity to cultural appropriation? What does acceptable cultural borrowing look like? Is it possible? Or even particularly desirable?

Craig Jenkins: I’m glad to have Gracelandto point to, because for me it’s an example of cultural exchange that — for all the complaints about the exploitative implications of a then-floundering white American folk musician sneaking off to South Africa and coming back with mountains of cash and the Grammy for Album of the Year — effected a net good. Sure, Simon broke boycotts intended to pressure the apartheid ruling power, but Graceland also put a human face on the struggle and introduced millions of Americans to the rich music of Africa. He helped make Ladysmith Black Mambazo international stars in the process.

If you’re an artist dabbling in a culture you weren’t born into, you should make yourself a conduit of the people’s art and journey. Simon’s Graceland move is leagues more mindful than the similarly culturally voracious move of someone like Iggy Azalea, for instance, who it’s clear is reveling in the language and mannerisms of hip-hop without expressing much concern for the history of the culture, the plight of the people in the cities that fuel it, or her own curious place in it. When she walks off with a string of chart-toppers — while remaining unapologetic in the face of conversations about how her path has been made easier by being an attractive white woman in the entertainment business — it feels like she’s made off with them at black art’s expense.

In response to Williams’s speech, Justin Timberlake made a gaffe on Twitter for which he was roasted online and for which he was compelled to apologize. This attests to a third kind of cultural borrowing in pop music that’s quickly coming under fire as politically savvy people are finding a voice on Twitter. Timberlake is a white artist who gives all appearances of being “down” with black culture, who benefits from a light coat of black inner-city flavor, but, as a former child star, reverts to media-coached, America’s-sweetheart mode when controversy arises. I think about Justin Bieber turning very publicly to Jesus when his hip-hop-inflected bad-boy persona started drawing court cases. I wonder how we would’ve weathered Gwen Stefani’s and Fergie’s squeaky-clean early-aughts hip-hop incarnations in this climate. Or Madonna’s “La Isla Bonita” video. I think I know acceptable cultural exchange when I see it, and it looks like collaboration, not costume, like advocacy, not avoidance. But I wonder if these nuances matter anymore.

Frank Guan: It seems to me that the question of what constitutes “permissible” borrowing of black-American music is something that black Americans decide among themselves through a continuous process of informal dialogue. If their music is rooted in their social position and represents a mode of political resistance, then it’s not just chords or rhythms or postures that are at stake for black Americans when their culture is (sometimes beautifully, but most times ineptly) replicated by the white majority for its own benefit: Their spiritual identities are on the line in a way that white Americans’ would not be if a black musician adopted, say, a Burt Bacharach tune for his or her own purposes. To my mind, great art fails to embody a better world, but it carries the promise of such a world and encourages its audience to be worthy of it. Mediocre art, on the other hand, reiterates the world as it already is: Lacking transformative energy, it can only reflect the stinginess and squeamishness of its society of origin.

In the end, I suspect that the more profoundly one is influenced by an artist from a different culture, the more one recognizes the foreign artist as someone intelligent enough to understand the consequences of choices of technique and feeling, and as someone mature enough to accept those consequences. It’s hard to do all that without accepting the other artist as, at the very least, a fellow human being. And it’s very hard to imagine anyone who could seriously resent the existence of albums like Graceland or the Talking Heads’ Afro-beat-indebted Remain in Light (or of individual songs like Bowie’s James Brown–influenced “Fame” or Kurt Cobain’s version of “Where Did You Sleep Last Night,” a traditional Appalachian song made famous by Lead Belly) simply because the artists are white while their musical influences are black. Quality matters in itself, but in these cases the excellence of the music testifies to the depth of the artists’ engagement with, and acceptance of, black humanity. Likewise, regarding the more recent artists that Craig cites, it’s difficult not to suspect that the lack of quality reflects a carelessness and obliviousness regarding black people so typical in society that its aesthetic reiteration, however profitable, is ultimately pointless.

Perhaps a more interesting question has to do with why, in the 30 years between now and Graceland, the number of instances where white musicians combine the genius of black musical culture with their own seems to have diminished. Is it just the ascendance of hip-hop, or is there something more at work?

Jenkins: I don’t think musicians are ever going to stop dabbling and borrowing, especially where there’s money to be made. Look at all the country guys talk-singing over programmed drums in the last three years. What is going to happen — is happening already — is that artists who employ aspects of, let’s say, hip-hop, without having to don the social and political stigmas that come with blackness, are going to have to do more reading about and listening to and speaking out for the culture that inspires them. The relationship needs to be reciprocal, and for many stars who’ve gotten very rich through some measure of cultural siphoning, it isn’t. And people are tired of that. And they have a means of carrying their displeasure directly to the offending parties and drumming up bad press without much effort. You used to have to mail off a letter when you were mad at a musician. Now a simple tweet will suffice.

There are nuances to being an ally, too. Many rap fans found Macklemore’s advocacy for black and gay rights a touch disingenuous, particularly after he made a big show of regretting having won Grammys he thought would go to Kendrick Lamar. He came off as too considerate to be believed, and that was just as upsetting for people as “Thrift Shop” burning up charts and racking up Grammys. For all his faults, Eminem in the first few years of his fame (before he became crabby and exasperating) is an example of a white rapper who approached the intersection of his race and fame smartly. He tapped Dr. Dre as his mentor, lent his stardom to lesser-known artists through his Shady Records label, and worked doggedly at his craft. If all of this seems like coincidence, consider his care in choosing sparring partners: Insane Clown Posse, Everlast, Fred Durst, Moby, *NSYNC — see a pattern?

It’s like a cookout. Come, laugh, and eat till you’re stuffed. And, especially if you’re thoughtful enough to bring something to the table and to show some respect, you’ll be fine.

Guan: Agreed: It’s not what you take so much as what you give back. It might be possible to interpret Jesse Williams’s speech, and other statements along those lines, as the assertion of some kind of total embargo on the importation of black culture by nonblack people, but I don’t think that’s really the issue. The issue concerns a very specific set of artists, occupying a superior social position to the artists and culture whose posturing and sounds they mimic, who leverage their status to garner fame and fortune — a fame and fortune they then deploy to obscure their lack of cultural intelligence and/or aesthetic value.

To take your cookout analogy and run with it, Craig, there’s a difference between, on the one hand, borrowing (hopefully with the appropriate level of tact and gratitude) someone else’s wine to add flavor to a dish of your own creation and, on the other hand, simply watering down that wine and then selling it to your well-off friends at a markup. I can’t be mad at the RZA and the rest of the Wu-Tang Clan for re-creating Asian martial-arts films in their own image, because they’re clearly doing something new and excellent; moreover, as far as I can tell, they’ve always been forthright about what they owe to Chinese culture. Or take the instrumental to A$AP Rocky’s “Peso,” which sounds like alternate background music for Chun-Li’s stage in the Street Fighter video game. It sounds heavenly, and that’s enough; it doesn’t matter that “Peso” helped pave the way for Rocky to be rich and famous. Who knows, it might not even matter that the four Englishmen in Led Zeppelin achieved enormous wealth and celebrity in part by copying the blues (and Celtic music, and Indian music, and funk, and reggae) so long as their music is superb. It’s arguable, at the very least, and there’s no way to win that argument decisively. But a demonstrably mediocre pilferer of other people’s music who, by capitalizing on easy access to a larger, wealthier, less-discerning core audience, converts their social superiority into bogus cultural achievement? In such a case I think we can firmly conclude that, speaking morally or aesthetically, we could stand to hear a lot less.

The question of who gets to speak about what (and how) only seems to get harder to answer and more tortured. The recent online arguments over who should be allowed to pass judgment on Beyoncé’s most recent album and who shouldn’t aren’t quite the same thing as the appropriation debate, but they’re touching on similar issues. How has the conversation about appropriation affected the way we talk about, and understand, artists?

Jenkins: Appropriation, underrepresentation, and disenfranchisement are all different parts of the same beast, and when people tire of fighting against the one, the patience to weather the others evaporates. The hand-wringing about who should write about the Beyoncé album, for instance — I caught flak for writing about it here, myself — was about black women in media feeling like there isn’t enough space for them in arts journalism. When you juxtapose these writers’ sentiments with black artists’ feeling constrained in their success by their race, it, to me, looks to be a different version of the same thing.

Another recent, poignant example: Kanye West taking umbrage at the reviews of The Life of Pablo in February. The album got rave reviews, but after earning a rare 9.0 (out of 10) from Pitchfork, West went off on Twitter, saying, “Pitchfork, the album is a 30 out of 10,” which a lot of people understandably took for another bit of textbook Kanye haughtiness. But his follow-up tweet was more pointed: “To Pitchfork, Rolling Stone, New York Times, and any other white publication. Please do not comment on black music anymore … I love love love white people but you don’t understand what it means to be the great grandson of ex slaves and make it this far.” The response from the majority of music blogs, which mystified me, was to run the remarks as another Kanye outburst and move along. This was a missed opportunity to unpack what it means for a prominent black artist to view outlets that cover his music as “white publications” covering a culture they weren’t born into. What he’s saying, albeit crassly, is that there are aspects of blackness that are not universally understood, and that this should be taken into consideration, however loosely, in the coverage of music. This isn’t a new sentiment: Prince used to send music publications scrambling because he would specifically request black journalists to do his interviews. (Never the easiest subject to cover, Prince also used to forbid journalists, of any race, to record the interviews they’d done with him.)

Now, cordoning off the coverage of music and the creation of music by race might solve one problem, but it creates others. It’s a bad idea, ultimately, because it doesn’t allow for the freest exchange of ideas. (I say this as a black Harlemite who, in the space of four days, followed up going to a Garth Brooks show with a Schoolboy Q concert.) We have to be respectful of and curious about our differences, and constantly and vigilantly look for ways to promote inclusiveness, and one day — maybe — the nagging feeling that the arts (and the thinking and writing about those arts: that is, their criticism) could stand to look a little more representative of the society they come from will start to fade away.

Guan: A critic who shares a social background with the artist they’re reviewing has an innate advantage over a critic who doesn’t. Criticism is a blend of formal analysis and empathy, and a social group defines itself in part by a higher capacity for empathy for those within it than without.

With that being said, cultural advantages aren’t necessarily decisive. Receptiveness to art is as much a personal matter, something to be tested and improved in solitude, as it is a matter of group solidarity. And, as much as I wish it weren’t the case, bad writing and slipshod thinking are the only things that are irrefutably capable of transcending all social and cultural boundaries.

In the end, the challenge for writers — and listeners — is the same: to be maximally receptive and convincing when presenting one’s perspective. When it comes to writing about black musicians, the obstacles are different for the white writer who’s socially empowered but culturally peripheral and for the black writer who’s socially peripheral but culturally at home. The former needs to develop literacy in black culture; the latter has to find a way to express specific cultural knowledge while also remaining accessible. Neither is an easy task.

Of course, it’s hard for any people who are socially dispossessed not to feel extra possessive when it comes to their cultural icons and their reception by a more socially dominant audience, particularly when there’s ample evidence of those same icons being celebrated (and dismissed) by the majority in an ignorant way. It’s kind of bleak right now: You have a tug-of-war between black cultural preeminence and white social dominance, and it’s hard to see how either side can give way.

*This article appears in the July 25, 2016 issue of New York Magazine.

Voir de même:

A Point of View: When does borrowing from other cultures become ‘appropriation’?

Adam Gopnik

  • BBC
  • 11 March 2016

A series of cases where Westerners (mainly white people) have been accused of stealing other people’s cultures, leads Adam Gopnik to wonder what wrong has been committed.

You may have heard of the current kerfuffle here in America about the sin of what is being called « cultural appropriation ». Some students at Bowdoin, a small liberal arts college in chilly Maine, were punished recently for wearing Mexican sombreros at a Mexican theme party. They had appropriated Mexican culture as a white person’s prerogative.

Then, at the Boston Museum of Fine Arts, the practice of trying on a kimono for a selfie in front of a Monet painting of a French woman wearing a kimono was declared verboten for Boston, so to speak. It was a form of cultural appropriation of what belongs to Japan, while a production of Gilbert and Sullivan’s « Mikado » was closed down for the same reason. It showed only a racist stereotype of Japan, as imperially imagined by Victorians. There have been more incidents, many at liberal arts colleges, involving Chinese food and the art form we wrongly call « belly dancing » and even the hugely popular practice of yoga. They belong to Others, and we cannot have them, or take them, for ourselves.

Now, I am not about to launch into a tirade against the « politically correct ». I am old enough to recall that political correctness actually began as a term of self-mockery used by the hyper-sensitive, ruefully, against themselves, lightly guying their own good efforts at eliminating the casual sadism of daily interactions. « I guess I’m just being a little politically correct here, but… » someone almost always a woman) would say in the 1980s, and then point out an instance of unconscious sexism somewhere in the room. And in truth, « politically correct » is almost always these days synonymous with « sensitively courteous ». We know this because when someone says « I am not going to be politically correct! », what he – and it is always a he – really means is, « I am not going to be sensitively courteous to anyone’s feelings except my own and that of my gang! » We have a demonstration of this principle every night on our screens over here these days, and it is a nightmare.

Nonetheless, I would be lying if I did not say that the practice we call PC has its absurd aspects. It is funny because it puts more weight on the words we use than the actions we take, always a mistake. My son’s dormitory at his liberal arts college has a live-in resident of deliberately indeterminate gender who wants to be referred to neither as « he » nor « she » – they are imprisoning patriarchal categories – nor as « it « (that would be an objectifying put-down) but as « they » and  » them ». This is at least convivial. When he – no, she – no, they – are there, it’s always a party.



There is something funny about this undue weight given to words, because we can’t be endlessly sensitive and attentive and courteous in every interaction we have in life. People who try end up seeming insipid and exasperating rather than entirely admirable. My own wife, Martha, for instance, who does try to be so in every exchange, is, though much loved, also famous for the length of time it takes her to extricate herself from a social occasion, having first to be certain that she has been nice to everyone. This leads her, perversely, to avoid many social occasions for fear of wearing herself out from attentiveness – the price of such niceness can be very high. Prolonged punctiliousness is exhausting to all, particularly to husbands – er, mates – er, partners – er, co-habitating life colleagues.

But the idea that cultures – recipes or poses or even hats – belong to one group rather than another is something worse than a moment in a comedy of manners – or, rather, it misses the way that a larger comedy of manners has always shaped what we mean by culture. Cultural mixing – the hybridisation of hats, if you like – is the rule of civilisation, not some new intrusion within our own. Healthy civilisations have always been mongrelised, cosmopolitan, hybrid, corrupted and expropriated and mixed. Healthy societies seek out that kind of corruption because they know it is the secret of pleasure. They count their health in the number of imported spices on their shelves.



One of my favourite stories of how healthy cultural hybrids happen involves Japan and the West, though not, in this case, the Mikado. You know those beautiful 19th Century Japanese prints, by Hiroshige or Hokusai or their friends, poetically depicting everyday events, or favourite places, all in charming comic book colour, with Mount Fuji often delicately if secretively included in every view (like a kind of sublime Where’s Wally). Those delicate black-edged figures and long almost cartoonish faces, those startling juxtapositions of foreground and distance, that informal and haiku-like lyricism – Japanese prints had, as everybody is taught in class, an enormous influence on French Impressionist art in the middle of the 19th Century. They were, exactly, an exotic appropriation.

Well, it turns out that they weren’t really exotic at all. They were the product of the Japanese infatuation with Western perspective drawing and graphics, which had only recently arrived in Japan on ships and boats as part of the Japanese opening to the West. The Japanese artists saw them, and saw expressive possibilities in them that the Western artists were too habituated to the system to notice. The Japanese appropriated Western perspective in ways that Westerners would never have imagined. Then the Japanese pictures got sent back to Europe, where they looked wonderfully exotic, and re-made the Western art they originally hailed from. It’s exactly the same process that happened in our own lifetime when Howlin’ Wolf and Big Bill Broonzy records sailed over to Liverpool and the suburbs of London and were heard by boys who barely understood their context but loved their attitude. Ten years later you got Mick Jagger and John Lennon. Innocent imitation is always the engine of cultural innovation.

Nor is it just that the borrowings can be beautiful. The things we borrow show us the things we are. Having passed through Chuck Berry, The Beatles and the Stones could better claim their own distinctive Englishness. In the same way, distinctly English food – all those real beers and farmhouse cheddars – has only gotten better because restaurants that served real Italian food helped showed how wonderful a coherent seasonal market-based cuisine could be. If we want to be ourselves, we have to travel – and nowadays, we do much of our travelling internally.

If all you know is your provincial culture, you don’t know enough to know if your culture is provincial or not. When it ceases to be, you’re not wise enough to recognise it. Appropriation is far more often empowering than oppressing. There’s no cheaper way to get the drop on a bad guy than to borrow his hymns and habits and make them your own. That’s what diaspora Jews have done throughout their history. It’s how German bred with Hebrew to become Yiddish and Yiddish became the great language of Jewish folk tale and protest.

So cultures cannot be corrupted enough, civilizations cannot be appropriated too often. Nor is this only seen in heroic acts of original innovation. It’s a nightly act of healthy practice. Last night, for instance, I made a Burmese curry, which combines Indian spices – cumin and turmeric – with the Chinese technique of stir-frying. The ingredients came from our local New York City Greenmarket – and I always mix butter in with the cooking oil, a habit picked up in Paris. The recipe also calls for yogurt, but my wife, of Icelandic extraction, prefers skyr, and it’s all put together by me, while I amuse no one but myself by doing my very bad international accents. So it’s actually a Jewish-Icelandic-Chinese-Indian-Burmese -French emigre-New York state stir-fry. All in one pot, and five minutes.

That’s the norm of cooking. That’s the norm of life. Blurring the boundaries of culture is what cooking does. When we do the same thing in ways that last longer than dinner, we call it art. Done often enough, it makes what we call civilisation.

So wear sombreros and kimonos and Mormon underwear beneath, if you so like. Eat Chinese food with Indian spices and French butter and celebrate the range of being human. We are mixed in nature, many in our very essence. We can’t help it. To be human is to be hybrid. It is as close to a rule of life as you can ever hope to find.

Voir enfin:

In defence of cultural appropriation

Our cultures show that we can select who we are and who we want to be – but can they also be misused?

Yo Zushi

Kim Jong-il may have been the Dear Leader but Elvis was the King. On a visit to North Korea, the English journalist Michael Breen found that few ordinary citizens of the Democratic People’s Republic had ever heard of Presley (or even Charlie ­Chaplin). Yet there in one of the 17 palaces and mansions owned by the dictator, among his collection of 20,000 DVDs that included Friday the 13th and Rambo, was a prized cache of Elvis movies – mostly cornball romances. Elsewhere were littered Elvis records. Kim liked to wear ten-centimetre platform shoes and had a fondness for American-style shades. Clifford Coonan, writing for the Independent, was not alone in comparing his “bouffant hair” with that of the King.

For all Kim’s possible (and laughable) debt to Elvis when it came to his personal appearance, his regime was unenthusiastic about North Koreans’ adoption of “foreign” fashions. “People who wear others’ style of dress and live in others’ style will become fools and [their] nation will come to ruin,” the state-owned Rodong Sinmun newspaper warned in 2005, during a months-long government campaign to halt the infiltration of “corrupt, capitalist ideas” into communist hearts through shoes, hairstyles and clothing. Your “ideological and mental state”, said the host of the radio show Dressing in Accordance With Our People’s Emotion and Taste, was manifested in what you wore and the way you wore it. So choose your trousers wisely – or else.

The policing of appearance is nothing new. In the mid-1920s, the then Mexican president, Plutarco Elías Calles, forbade Catholic priests from wearing clerical collars outdoors; more recently, on 14 September 2010, the French Senate passed the Loi interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, better known in the English-speaking world as “the burqa ban”. What is curious, however, is that the latest round of strictures on how individuals can present themselves comes not from repressive, dictatorial regimes or panicked politicians but from those who consider themselves progressives: liberals united against the menace of “cultural appropriation”.

In August, a student committee at Western University in Canada announced a ban on the wearing of cultural symbols such as turbans, dreadlock wigs and ethnic headdresses by white volunteers during orientation week. The sale of Native American headdresses has also been proscribed at Glastonbury Festival, after an online petition that garnered just 65 signatures persuaded organisers that offering them as a “costume” was insensitive. (The Canadian festival Bass Coast has similarly issued a prohibition on guests wearing the war bonnets.) Pharrell Williams came under fire on Twitter when he posed in a feather headdress for an Elle cover in 2014 – a striking image that the magazine initially boasted was the singer’s “best-ever shoot” – and was forced to apologise. “I respect and honour every kind of race, background and culture,” he said. “I am genuinely sorry.”

From Katy Perry’s adoption of geisha garb at the 2013 American Music Awards to Lena Dunham’s cornrows and their supposed flaunting of racial identity theft, all cultural cross-pollination now seems to be fair game for a drubbing at the hands of the new race activists. Recently in the Guardian, Julianne Escobedo Shepherd denounced the adoption of the Mexican-American chola style – dark-outlined lips, crucifixes, elaborate fringes, teardrop tattoos – by fashion labels and the pop star Rihanna as a “fashion crime” that amounted to an “ignorant harvesting” of the self-expression of others; she then mocked Sandra Bullock’s admission that she would “do anything to become more Latina”. Back off, whitey.

At a time of heightened racial tensions across the world, with police shootings of black men in the United States and Islamophobia (and phobias of all kinds) seemingly on the rise, this rage against cultural appropriation is understandable: no right-minded liberal wants to cause unnecessary offence, least of all to minorities. Yet simply to point out instances of appropriation in the assumption that the process is by its nature corrosive seems to me a counterproductive, even reactionary pursuit; it serves no end but to essentialise race as the ultimate component of human identity.

I’m Japanese but I felt no anger when I read that the Museum of Fine Arts in Boston was holding kimono try-on sessions to accompany its recent exhibition “Looking East: Western Artists and the Allure of Japan” – after all, it was a show that specifically set out to examine the orientalist gaze. However, some protesters (carrying signs that read “Try on the kimono, learn what it’s like to be a racist imperialist today!” and “This is orientalism”) evidently did. Their complaints against the show, which was organised in collaboration with NHK, Japan’s national broadcaster, swiftly led to the cancellation of the “Kimono Wednesday” sessions. “We thought it would be an educational opportunity for people to have direct encounters with works of art and understand different cultures and times better,” said Katie Getchell, the justifiably surprised deputy director of the museum.

“Stand against yellowface!” the protesters declaimed on blogs and on Facebook. Elsewhere, the white rapper Iggy Azalea – like Elvis and Mick Jagger before her – was accused of “blackfacing” her way to stardom, after she became the fourth solo female hip-hop artist ever to reach the top of the Billboard Hot 100 with her 2014 single “Fancy”. At the end of that year, the African-American rapper Azealia Banks suggested that Azalea’s “cultural smudging” was yet another careless instance of cross-racial stealing; that white adoption of a historically black genre had an “undercurrent of kinda like, ‘Fuck you.’ There’s always a ‘fuck y’all, niggas. Y’all don’t really own shit . . . not even the shit you created for yourself.’”

Many of those calling out cultural appropriation of all kinds – from clothing and hair to musical genres – seem to share this proprietorial attitude, which insists that culture, by its nature a communally forged and ever-changing project, should belong to specific peoples and not to all. Banks is doubtless correct to feel this “undercurrent” of racial persecution by an industry that prefers its stars to be white and what they sell to be black, yet there is also truth in the second part of that undercurrent: “Y’all don’t really own shit.” When it comes to great movements in culture, the racial interloper is not wrong. None of us can, or should, “own” hip-hop, cornrows, or the right to wear a kimono.

Speaking to the website Jezebel, the law professor Susan Scafidi of Fordham University in New York explained that appropriation involves “taking intellectual property, traditional knowledge, cultural expressions or artefacts from someone else’s culture without permission”. Yet such a definition seems to assume the existence of mythical central organisations with absolute mandates to represent minority groups – a black HQ, an Asian bureau, a Jewish head office – from which permissions and authorisations can be sought. More troubling is that it herds culture and tradition into the pen of a moral ownership not dissimilar to copyright, which may suit a legalistic outlook but jars with our human impulse to like what we like and create new things out of it.

Elvis, Kim Jong-il’s hero, liked black music. While other kids dashed around at school picnics, the juvenile Presley would sit off by himself, “plunking softly at that guitar”, as one teacher later recalled. He shared with the Sun Records founder, Sam Phillips, the opinion that African-­American music was of that magic kind in which “the soul of man never dies”, and when he launched into a hopped-up version of Arthur Crudup’s blues “That’s All Right” at the tail end of a recording session in 1954, it was a natural, uncalculated act of cultural appropriation. “Elvis just started singing this song, jumping around and acting the fool,” remembered the guitarist Scotty Moore, who played on the single that many credit as the foundation stone of rock’n’roll.

It wasn’t the first of its kind. Rock’n’roll grew organically out of the miscegenation of rhythm’n’blues and hillbilly music, and other contenders for that title include Goree Carter’s “Rock Awhile” (1949) and Jackie Brenston’s “Rocket ‘88’” (1951). Both Carter and Brenston were black – but they are now largely forgotten. The smoking gun in the periodically revived argument that Elvis should be condemned for having participated in interracial plundering is Phillips’s often quoted remark: “If I could find a white man who had the Negro feel, I could make a billion dollars.” Yet the studio owner’s remark was, if anything, more a groan of exasperation than the blueprint for a robbery. He had tried to make a billion dollars before he recorded Elvis, with B B King, Howling Wolf and other black musicians; indeed, it was Phillips who recorded Brenston’s song. The racism wasn’t in the studio or cut into the record grooves. It was out there, woven into American life in the 1950s.

That tainted life was altered for the better by the emergence of rock’n’roll, whose enormous popularity forced many previously white-oriented labels to sign African-American artists and changed for ever the social interactions of black and white teenagers. It gave them a common culture based less on skin colour than on the spirit of youth, frightening reactionaries who were perturbed precisely by what they viewed as an unnatural cultural appropriation. After Elvis performed the “Big Mama” Thornton song “Hound Dog” on national television on 5 June 1956, Congressman Emanuel Celler stated disapprovingly, “Rock’n’roll has its place: among the coloured people.” Many white fans of the music, appropriators all, could not help but realise that their place and that of “coloured” fans were one and the same.

What was so with rock’n’roll goes also for rap, fashion and even that packet of tortilla chips you ate at the movies or the shish kebab you had on the way home. Appropriation tests imaginary boundaries. It questions them and exposes, just as Judith Butler did in relation to gender, the performative aspects of our racial and cultural identity: much of our yellowness, brownness, blackness or whiteness is acted out and not intrinsic to our being. It shows that we can select who we are and who we want to be. By opposing it unilaterally under the banner of racial justice, activists often end up placing themselves on the side of those who insist on terrifying ideals of “purity”: white and black should never mix and the Australian-born Iggy Azalea should leave rap alone. She should stick to performing . . . what, exactly? Perhaps she should consult a family tree. But how far back is she expected to go? And should we impose some sort of one-drop rule?

It is true that cultural appropriation can hurt those whose traditions, religions and ways of life have been lifted, taken out of context and repackaged as a new aesthetic trend or exotic bauble. The feather headdress, for instance, has deep symbolic value to many Native Americans and to see it balancing on the wobbly head of a drunk, white festivalgoer might feel like an insult. Yet is it a theft at all, when that original value is still felt by the Native American tribe? Little of substance has been taken away. To the white reveller, those feathers probably signify something as simple as: “I am trying my best to have fun.” There is no offence intended. If it channels anything of the headdress’s origins, it is no doubt a distant echo of some ancient myth that placed “Indians” as the other, the sworn enemies of the “cowboys”.

Appropriations of this sort can, if unchallenged, entrench negative racial mythologies. But such myths are part of the language of human culture and their potential for harm can only truly be diffused by putting forward stronger, newer narratives about ourselves and by tackling the systemic injustices that oppress us: in law, in government, in the workplace. I can live in the knowledge that the Mikado myth continues to have some currency and that films, songs and books still toy with the orientalist fantasy of Japan. That is partly because their sting has been dulled by an ever-increasing understanding in the west of what real life in east Asia is like. I accept that our culture can be transformed and absorbed into the folklore of another people – and when this happens, we have only a limited claim on that folklore. Like it or not, it becomes theirs as much as ours. Sometimes, we have to let culture do its thing.

Yo Zushi’s latest album, “It Never Entered My Mind”, is released by Eidola Records

Yo Zushi is a sub-editor of the New Statesman. His work as a musician is released by Eidola Records.


Livres: Les sionistes ont même inventé l’école ! (2,000 years of schooling and they put you on the day shift: History confirms De Gaulle’s « elite, domineering people » qualification of the Jewish people)

16 novembre, 2016
Un livre aux éditions Albin Michel
Le salut vient des Juifs. Jésus (Jean 4:22)
 Et ces commandements, que je te donne aujourd’hui, seront dans ton coeur. Tu les inculqueras à tes enfants. Deutéronome 6: 6-7
Fais de l’étude de la Torah ta principale occupation. ShammaÏ (10 avant JC)
On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de Juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu des peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’incessants, d’interminables, frictions et conflits. Certains même redoutaient que les Juifs, jusqu’alors dispersés, mais qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tous temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent, une fois rassemblés dans le site de leur ancienne grandeur, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles. De Gaulle (conférence de presse du 27 novembre 1967)
Twenty years of schoolin’ And they put you on the day shift. Bob Dylan
You who build these altars now to sacrifice these children, you must not do it anymore. Leonard Cohen
And what can I tell you my brother, my killer What can I possibly say? I guess that I miss you, I guess I forgive you I’m glad you stood in my way.If you ever come by here, for Jane or for me Well your enemy is sleeping, and his woman is free.  Yes, and thanks, for the trouble you took from her eyes I thought it was there for good so I never tried. Leonard Cohen
The problem with that song is that I’ve forgotten the actual triangle. Whether it was my own – of course, I always felt that there was an invisible male seducing the woman I was with, now whether this one was incarnate or merely imaginary I don’t remember, I’ve always had the sense that either I’ve been that figure in relation to another couple or there’d been a figure like that in relation to my marriage. I don’t quite remember but I did have this feeling that there was always a third party, sometimes me, sometimes another man, sometimes another woman. It was a song I’ve never been satisfied with. It’s not that I’ve resisted an impressionistic approach to songwriting, but I’ve never felt that this one, that I really nailed the lyric. I’m ready to concede something to the mystery, but secretly I’ve always felt that there was something about the song that was unclear. So I’ve been very happy with some of the imagery, but a lot of the imagery. Leonard Cohen
Now I’ve heard there was a secret chord that David played, and it pleased the Lord. Leonard Cohen
Je suis juif… un Juif n’a-t-il pas des yeux ? Un Juif n’a-t-il pas des mains, des organes, des proportions, des sens, des émotions, des passions ? N’est-il pas nourri de même nourriture, blessé des mêmes armes, sujet aux mêmes maladies, guéri par les mêmes moyens, réchauffé et refroidi par le même été, le même hiver, comme un chrétien ? Si vous nous piquez, ne saignons-nous pas ? Si vous nous chatouillez, ne rions-nous pas ? Si vous nous empoisonnez, ne mourons-nous pas ? Shakespeare (Le Marchand de Venise)
Combattez ceux qui rejettent Allah et le jugement dernier et qui ne respectent pas Ses interdits ni ceux de Son messager, et qui ne suivent pas la vraie Religion quand le Livre leur a été apporté, (Combattez-les) jusqu’à ce qu’ils payent tribut de leurs mains et se considèrent infériorisés.Coran 9:29
Des théologiens absurdes défendent la haine des Juifs… Quel Juif pourrait consentir d’entrer dans nos rangs quand il voit la cruauté et l’hostilité que nous manifestons à leur égard et que dans notre comportement envers eux nous ressemblons moins à des chrétiens qu’à des bêtes ? Luther  (1519).
Nous ne devons pas […] traiter les Juifs aussi méchamment, car il y a de futurs chrétiens parmi eux. Luther
Si les apôtres, qui aussi étaient juifs, s’étaient comportés avec nous, Gentils, comme nous Gentils nous nous comportons avec les Juifs, il n’y aurait eu aucun chrétien parmi les Gentils… Quand nous sommes enclins à nous vanter de notre situation de chrétiens, nous devons nous souvenir que nous ne sommes que des Gentils, alors que les Juifs sont de la lignée du Christ. Nous sommes des étrangers et de la famille par alliance; ils sont de la famille par le sang, des cousins et des frères de notre Seigneur. En conséquence, si on doit se vanter de la chair et du sang, les Juifs sont actuellement plus près du Christ que nous-mêmes… Si nous voulons réellement les aider, nous devons être guidés dans notre approche vers eux non par la loi papale, mais par la loi de l’amour chrétien. Nous devons les recevoir cordialement et leur permettre de commercer et de travailler avec nous, de façon qu’ils aient l’occasion et l’opportunité de s’associer à nous, d’apprendre notre enseignement chrétien et d’être témoins de notre vie chrétienne. Si certains d’entre eux se comportent de façon entêtée, où est le problème? Après tout, nous-mêmes, nous ne sommes pas tous de bons chrétiens. Luther (Que Jésus Christ est né Juif, 1523)
Les Juifs sont notre malheur (…) .Les Juifs sont un peuple de débauche, et leur synagogue n’est qu’une putain incorrigible. On ne doit montrer à leur égard aucune pitié, ni aucune bonté. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer! Luther
Juifs. Faire un article contre cette race qui envenime tout, en se fourrant partout, sans jamais se fondre avec aucun peuple. Demander son expulsion de France, à l’exception des individus mariés avec des Françaises ; abolir les synagogues, ne les admettre à aucun emploi, poursuivre enfin l’abolition de ce culte. Ce n’est pas pour rien que les chrétiens les ont appelés déicides. Le juif est l’ennemi du genre humain. Il faut renvoyer cette race en Asie, ou l’exterminer. Pierre-Joseph Proudhon (1849)
Observons le Juif de tous les jours, le Juif ordinaire et non celui du sabbat. Ne cherchons point le mystère du Juif dans sa religion, mais le mystère de sa religion dans le Juif réel. Quelle est donc la base mondaine du judaïsme ? C’est le besoin pratique, l’égoïsme. Quel est le culte mondain du Juif ? C’est le trafic. Quelle est la divinité mondaine du Juif ? C’est l’argent. Karl Marx
L’argent est le dieu jaloux d’Israël devant qui nul autre Dieu ne doit subsister.Karl Marx
Dans les villes, ce qui exaspère le gros de la population française contre les Juifs, c’est que, par l’usure, par l’infatigable activité commerciale et par l’abus des influences politiques, ils accaparent peu à peu la fortune, le commerce, les emplois lucratifs, les fonctions administratives, la puissance publique . […] En France, l’influence politique des Juifs est énorme mais elle est, si je puis dire, indirecte. Elle ne s’exerce pas par la puissance du nombre, mais par la puissance de l’argent. Ils tiennent une grande partie de de la presse, les grandes institutions financières, et, quand ils n’ont pu agir sur les électeurs, ils agissent sur les élus. Ici, ils ont, en plus d’un point, la double force de l’argent et du nombre. Jean Jaurès (La question juive en Algérie, Dépêche de Toulouse, 1er mai 1895)
Nous savons bien que la race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n’est pas par la force du prophétisme, nous savons bien qu’elle manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corset, d’extorsion. Jean Jaurès (Discours au Tivoli, 1898)
Parmi eux, nous pouvons compter les grands guerriers de ce monde, qui bien qu’incompris par le présent, sont néanmoins préparés à combattre pour leurs idées et leurs idéaux jusqu’à la fin. Ce sont des hommes qui un jour seront plus près du cœur du peuple, il semble même comme si chaque individu ressent le devoir de compenser dans le passé pour les péchés que le présent a commis à l’égard des grands. Leur vie et leurs œuvres sont suivies avec une gratitude et une émotion admiratives, et plus particulièrement dans les jours de ténèbres, ils ont le pouvoir de relever les cœurs cassés et les âmes désespérées. Parmi eux se trouvent non seulement les véritables grands hommes d’État, mais aussi tous les autres grands réformateurs. À côté de Frédéric le Grand, se tient Martin Luther ainsi que Richard Wagner. Hitler (« Mein Kampf », 1925)
Le 10 novembre 1938, le jour anniversaire de la naissance de Luther, les synagogues brûlent en Allemagne. Martin Sasse (évêque protestant de Thuringe)
Avec ses actes et son attitude spirituelle, il a commencé le combat que nous allons continuer maintenant; avec Luther, la révolution du sang germanique et le sentiment contre les éléments étrangers au Peuple ont commencé. Nous allons continuer et terminer son protestantisme; le nationalisme doit faire de l’image de Luther, un combattant allemand, un exemple vivant « au-dessus des barrières des confessions » pour tous les camarades de sang germanique. Hans Hinkel (responsable du magazine de la Ligue de Luther Deutsche Kultur-Wacht, et de la section de Berlin de la Kampfbund, discours de réception à la tête de la Section Juive et du département des films de la Chambre de la Culture et du ministère de la Propagande de Goebbels)
Là, vous avez déjà l’ensemble du programme nazi. Karl Jaspers
Tout ce qui se passe dans le monde aujourd’hui est la faute des sionistes. Les Juifs Américains sont derrière la crise économique mondiale qui a aussi frappé la Grèce.Mikis Theodorakis (2011)
Les enfants de Trump doivent reprendre l’entreprise avec le conflit d’intérêt, ils pourront vendre des gratte-ciels au gouvernement israélien. Des immeubles luxueux à construire dans les territoires occupés, que le Président des États-Unis les aidera à occuper et il leur enverra des Mexicains pour nettoyer les chiottes. Charline Vanhoenacker
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans.Emmanuel Sivan
Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux..Christophe Lebold
Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il faut cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire…(…) Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… [Ma chanson préférée ?] serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne (…) La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… (…) C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen…Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel.  (…) Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère…Christophe Lebold
Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année. Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Jonathan Aleksandrowicz
Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009. Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste. (…) Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008. Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons. Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley. Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir. RFI
Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… (…) De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ». Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »… Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination. Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher. (…) « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ». Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions). Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité). Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte » Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions). Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret. Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions). Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2). Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse. Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)… Dominique Cerbelaud
C’est à regret que je parle des Juifs : cette nation est, à bien des égards, la plus détestable qui ait jamais souillé la terre. Voltaire (Article « Tolérance »)
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne!” … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Ce projet a causé la désertion de 80 à 100 000 personnes de toutes conditions, qui ont emporté avec elles plus de trente millions de livres ; la mise à mal de nos arts et de nos manufactures. (…) Sire, la conversion des cœurs n’appartient qu’à Dieu …Vauban (« Mémoire pour le rappel des Huguenots », 1689)
Dans la dispute entre ces races pour savoir à laquelle revient le prix de l’avarice et de la cupidité, un protestant genevois vaut six juifs. A Toussenel, disciple de Fourier, 1845
Qu’ils s’en aillent! Car nous sommes en France et non en Allemagne! … Notre République est menacée d’une invasion de protestants car on choisit volontiers des ministres parmi eux., … qui défrancise le pays et risque de le transformer en une grande Suisse, qui, avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. Zola (Le Figaro, le 17/5/1881)
Si le Décalogue consacre son commandement ultime à interdire le désir des biens du prochain, c’est parce qu’il reconnaît lucidement dans ce désir le responsable des violences interdites dans les quatre commandements qui le précèdent. Si on cessait de désirer les biens du prochain, on ne se rendrait jamais coupable ni de meurtre, ni d’adultère, ni de vol, ni de faux témoignage. Si le dixième commandement était respecté, il rendrait superflus les quatre commandements qui le précèdent. Au lieu de commencer par la cause et de poursuivre par les conséquences, comme ferait un exposé philosophique, le Décalogue suit l’ordre inverse. Il pare d’abord au plus pressé: pour écarter la violence, il interdit les actions violentes. Il se retourne ensuite vers la cause et découvre le désir inspiré par le prochain. René Girard
De même que pour les juifs, ce sont les mêmes qui dénoncent les sorcières et qui recourent à leurs services. Tous les persécuteurs attribuent à leurs victimes une nocivité susceptible de se retourner en positivité et vice versa. René Girard
Ils ont tout, c’est connu. Vous êtes passé par le centre-ville de Metz ? Toutes les bijouteries appartiennent aux juifs. On le sait, c’est tout. Vous n’avez qu’à lire les noms israéliens sur les enseignes. Vous avez regardé une ancienne carte de la Palestine et une d’aujourd’hui ? Ils ont tout colonisé. Maintenant c’est les bijouteries. Ils sont partout, sauf en Chine parce que c’est communiste. Tous les gouvernements sont juifs, même François Hollande. Le monde est dirigé par les francs-maçons et les francs-maçons sont tous juifs. Ce qui est certain c’est que l’argent injecté par les francs-maçons est donné à Israël. Sur le site des Illuminatis, le plus surveillé du monde, tout est écrit. (…) On se renseigne mais on ne trouve pas ces infos à la télévision parce qu’elle appartient aux juifs aussi. Si Patrick Poivre d’Arvor a été jeté de TF1 alors que tout le monde l’aimait bien, c’est parce qu’il a été critique envers Nicolas Sarkozy, qui est juif… (…)  Mais nous n’avons pas de potes juifs. Pourquoi ils viendraient ici ? Ils habitent tous dans des petits pavillons dans le centre, vers Queuleu. Ils ne naissent pas pauvres. Ici, pour eux, c’est un zoo, c’est pire que l’Irak. Peut-être que si j’habitais dans le centre, j’aurais des amis juifs, mais je ne crois pas, je n’ai pas envie. J’ai une haine profonde. Pour moi, c’est la pire des races. Je vous le dis du fond du cœur, mais je ne suis pas raciste, c’est un sentiment. Faut voir ce qu’ils font aux Palestiniens, les massacres et tout. Mais bon, on ne va pas dire que tous les juifs sont des monstres. Pourquoi vouloir réunir les juifs et les musulmans ? Tout ça c’est politique. Cela ne va rien changer. C’est en Palestine qu’il faut aller, pas en France. Karim
Ce sont les cerveaux du monde. Tous les tableaux qui sont exposés au centre Pompidou appartiennent à des juifs. A Metz, tous les avocats et les procureurs sont juifs. Ils sont tous hauts placés et ils ne nous laisseront jamais monter dans la société. « Ils ont aussi Coca-Cola. Regardez une bouteille de Coca-Cola, quand on met le logo à l’envers on peut lire : « Non à Allah, non au prophète ». C’est pour cela que les arabes ont inventé le « Mecca-cola ». Au McDo c’est pareil. Pour chaque menu acheté, un euro est reversé à l’armée israélienne. Les juifs, ils ont même coincé les Saoudiens. Ils ont inventé les voitures électriques pour éviter d’acheter leur pétrole. C’est connu. On se renseigne. (…) Si Mohamed Merah n’avait pas été tué par le Raid, le Mossad s’en serait chargé. Il serait venu avec des avions privés. Ali
Certains trouvent encore intolérable d’admettre que le peuple juif se soit trouvé, à trois reprises, plus ou moins volontairement, un élément essentiel au patrimoine de l’humanité: le monothéisme, le marché et les lieux saints. Car il n’est pas faux de dire, même si c’est schématique, que les juifs ont été mis en situation d’avoir à prêter aux deux autres monothéismes, et à les partager avec eux, leur dieu, leur argent et leurs lieux saints. Et comme la meilleure façon de ne pas rembourser un créancier, c’est de le diaboliser et de l’éliminer, ceux qui, dans le christianisme et l’islam, n’acceptent toujours pas cette dette à l’égard du judaïsme, se sont, à intervalles réguliers, acharnés à le détruire, attendant pour recommencer que le souvenir de l’élimination précédente se soit estompé. Jacques Attali
Nobel Prizes have been awarded to over 850 individuals, of whom at least 22% (without peace prize over 24%) were Jews, although Jews comprise less than 0.2% of the world’s population (or 1 in every 500 people). Overall, Jews have won a total of 41% of all the Nobel Prizes in economics, 28% in medicine, 26% in Physics, 19% in Chemistry, 13% in Literature and 9% of all peace awards… Wikipedia
Luther rend nécessaire ce que Gutenberg a rendu possible : en plaçant l’Écriture au centre de l’eschatologie chrétienne, la Réforme fait d’une invention technique une obligation spirituelle. François Furet et Jacques Ozouf
After the Reformation, Protestant regions arose from the backwaters of Europe to displace the Catholic countries as the economic powerhouses. By 1700 prior to the full-fledged industrial revolution–Protestant countries had overtaken the Catholic world in terms of income. A strong Protestant-Catholic income gap became well established over the next 250 years. There were no signs of convergence until the 1960s. This is not, however, a simple vindication of the “Protestant ethic” thesis. … A number of alternative hypotheses … might account for the economic dominance of Protestant Europe. They include (1) secularization – freeing the economy from religious controls; (2) the growth of education (and the Protestant emphasis on literacy – ability to read the bible); (3) the dismal consequences of the Catholic Counter-Reformation; (4) the importance of the Atlantic (slave) trade in creating an autonomous business class that would demand modernizing institutional reforms.  (…) The Reformation was a crucial cultural moment in the development of capitalism … The Reformation made literacy a central part of religious devotion. In the Catholic Church, the clergy interpreted (channeled?) the word of God for believers. The bible was thought to be too complex to be understood by the common folk. (Indeed, even much of the clergy did not have direct access to the bible.) Protestantism, in contrast, spread the notion of a “priesthood of all believers”. All Christians should study the bible, connecting with their religion in a much more personal and private way. This is a tall order when only a tiny fraction of the population is literate, and the bible is written in Latin. Protestants worked hard on both these fronts, translating the bible into the vernacular (the languages that people actually spoke), and evangelizing for mass education. Rather suddenly, and for completely non-economic reasons, the medieval reign of ignorance was rejected, in its place were demands for investment in human capital.  Scotland is a great example of this. A founding principle of the Scottish Reformation (1560) was free education for the poor. Perhaps the world’s first local school tax was established in 1633 (strengthened in 1646). In this environment grew the Scottish En lightenment: David Hume, Francis Hutcheson, Adam Ferguson, and the godfather of modern economics, Adam Smith. By this time, Scottish scholarship stood so far above that of other nations that Voltaire wrote, “we look to Scotland for all our ideas of civilization”. An attractive feature of this thinking about Protestantism is its amenability to quantitative empirical testing. Did Protestant countries invest more heavily in education? … at least in 1830, Protestant countries had much higher primary school enrollment: 17% in Germany, 15% in the US, 9% in the UK, 7% in France, and only about 3% or 4% in Italy and Spain … While Protestant countries were aspiring to the ideal of a “priesthood of all believers”–nurturing a social norm of literacy and personal scholarship, Catholic Europe reacted viciously to the Reformation and devoted a hundred or so years to the brutal containment and control of “thought, knowledge, and belief”. The emphasis here is not so much on literacy per se. In Landes’ view, the Reformation did not simply give a “boost to literacy,” but more importantly “spawned dissidents and heresies, and promoted the skepticism and refusal of authority that is at the heart of the scientific endeavor”. While Protestants were translating the bible and agitating for public education, the Counter-Reformation (the Inquisition) was burning books, burning heretics, and imprisoning scientists. The Catholic reaction to the Reformation – in large part driven by the Spanish Empire – was to terrorize the principle of free thought. Though in many ways the birthplace of modern science, “Mediterranean Europe as a whole missed the train of the so-called scientific revolution” (Landes 1998:180). In a climate of fear and repression, the intellectual and scientific center of Europe shifted northward.  Perhaps the Reformation, rather than creating a new “spirit of capitalism,” simply led to the relocation capitalist activity. Without any religious strife, the industrial revolution might well have taken root wherever medieval capitalism was strongest (Italy, Belgium, Spain, etc). The religious wars and Counter-Reformation “convulsed” the centers of old medieval capitalism, leading to a mass migration of capital and entrepreneurial skill. Perhaps the most promising lead for historical research is to study the patterns of capital mobility and migration following the Reformation. Splitting Europe into two religious worlds produced striking dynamics that I believe go far beyond Weber’s thesis. The Protestant world, it seems, nurtured a contentious spirit of heresy and critical thought, popular literacy, and a laissez faire business morality; Catholism burned books, imprisoned scientists, stifled thought, and demanded stringent orthodoxy. All of this condemned the old prosperous regions of Europe to become the periphery (the “Olive Belt”). The backward regions that revolted from Rome became the destination for capitalist migration, and here, the institutions of modern capitalism gradually took shape. Finally, it no doubt helped that at around the same time, the center of commerce and trade shifted from the Mediterranean to the Atlantic, adding a new “opportunity of geography” to the Protestant regions.  Cristobal Young
Pour ses promoteurs, il existe dans la France de la Troisième République un  » complot protestant « , mené par des étrangers de l’intérieur. Ce  » péril  » menace l’identité française et cherche sournoisement à  » dénationaliser  » le pays. Leurs accusations veulent prendre appui sur l’actualité : la guerre de 1870, la création de l’école laïque, les rivalités coloniales, l’affaire Dreyfus, la séparation des églises et de l’État. Derrière ces événements se profilerait un  » parti protestant  » qui œuvrerait en faveur de l’Angleterre et de l’Allemagne. Mais, à coté de l’actualité, la vision de l’histoire constitue également un enjeu et les antiprotestants, en lutte contre l’interprétation universitaire de leur époque, tentent une révision de la compréhension d’événements historiques comme la Saint-Barthélemy et la Révocation de l’Édit de Nantes. Ils accusent les protestants d’intolérance et érigent des statues à Michel Servet, victime de Calvin au XVIe siècle. La réaction protestante à ces attaques se marque non seulement par une riposte juridique, mais aussi par une auto-analyse plus critique que dans le passé. Cet axe se termine par une réflexion plus large sur la condition minoritaire en France et la manière dont la situation faite aux minorités est révélatrice du degré de démocratie de la société française. (…) L’antisémitisme de cette époque concentre deux traditions hostiles aux juifs : l’une, religieuse, qui les accuse de  » déicide « , l’autre, économique, qui les accuse de  » spéculation financière « . La conjonction de ces deux traditions engendre des thèses raciales sur une lutte éternelle entre l’  » aryen  » et le  » sémite « , alors que les accusations raciales antiprotestantes, quand elles existent, n’atteignent pas ce degré d’intensité. L’anticléricalisme est l’envers du cléricalisme : deux camps de force égale se trouvent en rivalité politico-religieuse et leurs arguments dérivent souvent dans des stéréotypes où la haine n’est pas absente. La haine anticléricale se développe lors de la lutte contre les congrégations. Mais, à partir de 1905, la séparation des églises et de l’État constitue un  » pacte laïque  » et permet un dépassement de l’anticléricalisme. (…) Paradoxalement, plus le groupe visé est faible, plus la haine à son encontre est forte. À ce titre, l’antiprotestantisme apparaît comme une haine intermédiaire entre l’anticléricalisme et l’antisémitisme. Mais, partout, à l’origine des haines, se trouve une vision conspirationniste de l’histoire : les pouvoirs établis et les idées qui triomphent sont le résultat de  » menées occultes « , d’ « obscurs complots ». Jean Bauberot
 L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXe siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de surveiller les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles […] En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Yuri Slezkine
The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.) (…) By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium. Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so. All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route. This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars. Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War). And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away. Steven Weiss
Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem. You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South? Paul Solman
The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings. (…) the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets: capital already accumulated as craftsmen and trade networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors. Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage. They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East. Maristella Botticini
The chief editor of the Journal des économistes (…) claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. (…) The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals. The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. (…) Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. (…) The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers. Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity. (…) Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance. 1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence. 2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles? 3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it. Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions. Cristiana Facchini
What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?” Botticini and Eckstein (…) systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce. The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. (…) As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah. Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine. It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm. Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.”  The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. (…) Botticini and Eckstein (…) On the contrary (…) insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending. Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization. The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles (…) Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses. They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.
Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity (…) Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E. This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E. Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel. There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate. If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water. (…) Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. » This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and EugenicsDiana Muir Appelbaum and Paul S. Appelbaum
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay. So how exactly have the Jews survived? According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality. Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner. Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics. If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education. If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed. The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews. When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles. The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe. European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews. If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing. Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved. Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school. Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492. Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews. The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries. With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild. Eggpen
Why has education been so important to the Jewish people? Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population. (…) Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.” (…) In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education. (…) From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers. “During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.” Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities. (…) The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says. “When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.” Jewish News Service
En fait, ce que nous avons voulu démontrer, ma collègue Maristella Botticini, de la Bocconi, et moi, c’est que l’obligation d’étudier a un coût, et oblige donc l’individu rationnel à rechercher une compensation pour obtenir un retour sur investissement. Dans le cas des juifs, le problème se pose après la destruction du Temple de Jérusalem, en 70 de l’ère courante. La caste des prêtres qui constituait alors l’élite perd le pouvoir au profit de la secte des pharisiens, qui accorde une grande importance à l’étude. C’est de cette secte que vont sortir les grands rabbis, ceux qui vont pousser les juifs à se concentrer sur l’étude de la Torah, un texte dont la tradition veut qu’elle ait été écrite par Moïse sous la dictée de Dieu. Vers l’an 200, obligation est ainsi faite aux pères de famille d’envoyer leurs fils dès l’âge de 6 ans à l’école rabbinique pour apprendre à lire et étudier la fameuse Torah. Or l’essentiel des juifs sont des paysans, et pour les plus pauvres, cette obligation pèse très lourd car elle les prive de bras pour travailler aux champs. Beaucoup vont alors préférer se convertir au christianisme, d’où, on le voit dans les statistiques de l’époque, une baisse drastique de la population juive au Proche-Orient à partir du IIIe siècle alors que, jusqu’à la destruction du Temple, cette religion était en augmentation constante et multipliait les convertis. Pour ceux qui ont accepté le sacrifice financier que représente la dévotion, il va s’agir de valoriser leur effort. Or autour d’eux, ni les chrétiens ni, plus tard, les musulmans n’imposent à leurs enfants d’apprendre à lire et à écrire. Les juifs bénéficient donc d’un avantage compétitif important. C’est ainsi un juif converti à l’islam qui a servi de scribe à Mahomet et aurait mis par écrit pour la première fois le Coran. (…) Notre étude, fondée sur l’évolution économique et démographique du peuple juif, de l’Antiquité à la découverte de l’Amérique, remet en cause en fait la plupart des théories avancées jusqu’ici. Si les juifs sont médecins, juristes ou banquiers plus souvent qu’à leur tour, ce n’est pas parce qu’ils sont persécutés et condamnés à s’exiler régulièrement, comme l’a avancé l’économiste Gary Becker, ou parce qu’ils n’avaient pas le droit d’être agriculteurs, comme l’a soutenu Cecil Roth. Car si dans certains pays, on les a empêchés de posséder des terres, c’était bien après qu’ils aient massivement abandonné l’agriculture, et s’ils ont pu être persécutés, cela ne justifie pas qu’ils soient devenus médecins ou juristes : les Samaritains, très proches des juifs et eux aussi traités comme des parias, sont demeurés paysans. De même, contrairement à ce que dit Max Weber, ce n’est pas parce qu’un juif ne peut pas être paysan du fait des exigences de la Loi juive. Les juifs du temps du Christ la respectaient alors qu’ils étaient majoritairement occupés à des travaux agricoles et à la pêche. C’est dans l’Orient musulman, sous les Omeyyades et les Abbassides, à un moment où ils sont particulièrement valorisés, que les juifs s’installent massivement dans les villes et embrassent des carrières citadines. Pourquoi ? Parce qu’ils peuvent alors tirer parti du fait d’être lettrés. D’un point de vue purement économique, il est alors beaucoup plus rentable de devenir marchand ou scientifique que de labourer la terre. D’où notre théorie : si les juifs sont devenus citadins et ont occupé des emplois indépendants de l’agriculture, c’est d’abord parce qu’ils étaient formés. Et s’ils étaient formés, c’est que leur religion exigeait qu’ils le soient. (…) ces professions étaient beaucoup plus rentables que le travail de paysan. Pour un juif du Moyen Âge, l’apprentissage de la Torah allait de pair avec le fait de faire des affaires. Rachi, le grand commentateur du Talmud, était un entrepreneur qui possédait des vignes. Ses quatre fils, tous érudits, se sont installés dans quatre villes différentes où ils ont tous fait du business, notamment de prêts d’argent, tout en étant rabbins. Grâce à leur connaissance des langues et leurs réseaux familiaux, les juifs ont pu rentabiliser leur formation, le fait de savoir lire et écrire, mais aussi raisonner, plus aisément que d’autres communautés. (…) Il est essentiel que la culture fasse partie intégrante de l’éducation quotidienne. Et en cela, la mère joue un rôle essentiel, toutes les études le montrent. C’est elle qui transmet les valeurs fondamentales. La probabilité que vous alliez à l’université est plus importante si votre mère a été elle-même à l’université. Donc, le fait que la mère ait un minimum d’éducation a représenté très tôt un avantage compétitif par rapport aux autres communautés religieuses où la femme n’en recevait pas. Nous étudions actuellement la période allant de la Renaissance à l’Holocauste. Et nous avons déjà découvert ceci : en Pologne, au XVIIe siècle, la population juive a fortement progressé par rapport à la population chrétienne. Pourquoi ? Tout simplement parce que la mortalité infantile y était plus faible. Conformément à l’enseignement du Talmud, les enfants bénéficiaient en effet d’un soin tout particulier. Les femmes gardaient leur enfant au sein plus longtemps que les chrétiennes, et elles s’en occupaient elles-mêmes. Voilà un exemple tout simple des effets que peut avoir l’éducation. Zvi Eckstein
Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc… (…) S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté.  (…) c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir. (…) C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée. André Burguière

Vous avez dit « peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur » ?

Et si de Gaulle ou le premier Mohamed venu de nos banlieues avaient vu juste ?

Thanksgiving, le panier à trois points, l’Amérique, Superman, les droits civiques, le soft power, le génocide, la fête nationale, l’humour, la musique populaire, le désir, l’école …

Isaiah Berlin, Jerome Kern, Richard Rodgers, Harold Arlen, Hammerstein, Gershwin, Bernstein, Copland, Glass, Robert Zimmerman (alias Bob Dylan), Leonard Cohen, Elvis Presley, David Marks (Beach boys), Simon & Garfunkel, Jefferson Airplane, The Mamas & the Papas, Robby Krieger, Phil Spector, Melanie (Safka), Joey Ramone, Randy Meisner, Randy Newman, Lou Reed, Iggy Pop, (né James Osterberg) Beastie Boys, Pat Benatar (née Patricia Mae Andrzejewski), Blood, Sweat & Tears, David Lee Roth, Blue Öyster Cult, Kiss, Guns N’ Roses, The Cars, Harry Connick, Jr., Country Joe and the Fish, Neil Diamond, Chris Isaak, Janis Ian, Billy Joel, Carole King (née Carole Klein), Carly Simon, Linda Ronstadt, Courtney Love, Juice Newton (née Judith Kay Cohen), Pink, Barbra Streisand, Leonard Cohen, Abel Meeropol (« Strange fruit » pour Billie Holliday), Benny Goodman …

Goldwyn, Mayer, Warner, Cohn (Columbia), Zukor (Paramount), Fritz Lang, Ernst Lubitsch, Erich von Stroheim, Greorge Cukor, Cecil B. DeMille, Stanley Donen, Otto Preminger, Hedy Lamarr, frères Marx, Douglas Fairbanks (né Douglas Ullman), Fred Astaire (né Frederick Austerlitz), Danny Kaye, Paulette Goddard, Kirk Douglas, Michael Douglas, Dustin Hoffman, Robert Wise, Jerry Lewis, Mel Brooks, Sydney Pollack, Milos Forman, Stanley Kubrick, Steven Spielberg, Oliver Stone, Woody Allen, Scarlett Johansson, Natalie Portman, Sarah Michelle Gellar, Kate Hudson, Gwyneth Paltrow, Joaquin Phoenix, Winona Ryder, Alicia Silverstone, Tori Spelling, Patricia Arquette, Lisa Bonet, Phoebe Cates, Robert Downey Jr., David Duchovny, Daryl Hannah, Lisa Kudrow, Jennifer Jason Leigh, ulia Louis-Dreyfus, Cindy Margolis, Sarah Jessica Parker , Sean Penn, Adam Sandler, Rob Schneider, Ben Stiller, Rosanna Arquette, Jamie Lee Curtis, Carrie Fisher, Jerry Seinfeld, Howard Stern, Debra Winger , James Caan, Richard Dreyfuss, Harrison Ford, Goldie Hawn, Henry Winkler, Elliott Gould, Harvey Keitel, Leonard Nimoy, Gene Wilder, Lauren Bacall, Lenny Bruce, Tony Curtis, Paul Newman, Shelley Winters, Peter Falk, Lee J. Cobb, Sammy Davis, Jr., Marilyn Monroe (par conversion)…

Joe Shuster et Jerome Siegel (Superman), Joe Simon (Captain America), Bill Finger et Bob Kane (Batman), Stan Lee (Spider-Man, X-Men, The Hulk, Fantastic Four), Jack Kirby (Captain America, Hulk), Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Ralph Bakshi (Fritz the Cat), Art Spiegelman (Maus), Harvey Kurtzman, Al Jaffee, Al Feldstein, Will Elder et William Gaines (MAD) …

Capa, Man Ray, Fischer, Kasparov, Houdini, « Bugsy » Siegel

Einstein, Bohr, Hertz, Charpak, Cohen-Tanoudji, Bergson, Pasternak, Bellow, Singer, Canetti, Brodsky, Gordimer, Kertész, Pinter, Modiano, Dylan, Samuelson, Leontief, Friedman, Solow, Becker, Stieglitz, Kaufman, Cassin, Kissinger, Begin, Wiesel, Rabin, Peres …

Mahler, Mendelssohn, Schoenberg, Bernstein, Glass, Offenbach, Strauss …

Kafka, Proust, Heine, Zweig, Salinger, Rand, Miller, Heller, Mailer, Roth, Asimov, Auster, Hitchens …

Disraeli, Goldwater, Blum, Mendes-France, Mandel, Bloomberg, Miliband, Bernanke, Emanuel, Weiner …

Pissaro, Chagall, Modigliani, Soutine, Rivera, Kahlo, Lichtenstein, Rothko, Freud …

Marx, Freud, Spinoza, Ricardo, Trotsky, Chomsky, Arendt, Adorno, Jonas, Aron, Cassirer, Derrida, Durkheim, Lévi-Strauss, Fromm, Husserl, Benjamin, Wittgenstein, Jankelevitch, Levinas, Finkielkraut …

Rothschild, Rockerfeller, Levi Strauss, Zuckerberg, Ellison, Dell, Calvin Klein, Ralf Lauren,  Madoff,  Soros, Ivanka Trump …

Abraham, Moïse, Salomon, Jésus, Saul de Tarse (alias Paul)  …

A l’heure où, entre le prix Nobel de Bob Dylan et l’hommage planétaire à Léonard Cohen, la chanson populaire reçoit littéralement ses lettres de noblesse …

Et où l’ONU comme nos premiers humoristes venus n’ont que les juifs à la bouche …

Comment ne pas voir …

Derrière la forêt que cachent ces deux formidables arbres …

A savoir sans compter notre Jean-Jacques Goldman national contraint devant le trop-plein de célébrité (et d’imposition ?) de s’exiler à Londres …

La confirmation – sans parler des prix Nobel de science (24% pour moins de 0.2% de la population mondiale) – dans un domaine de plus …

Du fameux mot du général de Gaulle comme, de nos banlieues aux territoires dits « occupés », de l’intution des nouveaux damnés de la terre …

Surtout lorsque l’on comprend avec l’éclairant ouvrage de Maristella Botticini et Zvi Eckstein …

L’avance plus que millénaire suite à la destruction de leur Temple par les Romains et, abandonnant peu à peu l’agriculture, le réinvestissement dans l’étude de la « patrie portable » qu’était devenue leur Torah …

Qu’ils avaient prise dans l’alphabétisation de leurs enfants et, la surinstruction aidant, dans la spécialisation dans les professions les plus profitables (artisanat, commerce, prêt et médecine) …

D’où aussi la multimillénaire et souvent meurtrière jalousie que, comme plus tard leurs cousins protestants, ils ont inévitablement suscitée tout au long de leur histoire dans les sociétés où ils avaient le malheur de prospérer… ?

Comment l’éducation a façonné l’histoire juive
André Burguière
Mediapart
16 mars 2016

Avec leur remarquable « La poignée d’élus », les historiens Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui dédramatise la dispersion du peuple juif. Dans le sillage de Marc Bloch, ils montrent que la  religion concerne aussi l’infrastructure des sociétés, pas seulement leur superstructure.

Une avalanche de livres récents sur l’histoire du peuple juif a mis à mal l’image romantique du juif errant cherchant vainement, à travers le monde, un refuge et un toit loin de la Terre Sainte, après la destruction du Grand Temple de Jérusalem par Titus, le fils de l’Empereur Vespasien. Armés d’une solide connaissance des sources, Maristella Botticini et Zvi Ekcstein développent avec brio une thèse qui finit de dédramatiser la dispersion du peuple juif.

Au début de l’ère chrétienne, la population juive, présente en Palestine, en Mésopotamie et sur la rive africaine de la Méditerranée compte  prés de 6 millions d’âmes. Cinq siècles plus tard, il n’en reste à peine plus d’un million. La désintégration du monde urbain et la peste justinienne (au VI° et VII° siècles) ont provoqué un fort recul du peuplement dans tout le bassin méditerranéen mais pas au point d’expliquer un tel effondrement. En réalité, l’anéantissement des activistes juifs (les résistants de Massada) par l’intervention romaine, la disparition des zélotes ainsi que des notables religieux qui assuraient le service du Grand Temple, avaient fortifié en Palestine le pouvoir de la seule élite juive épargnée, les Pharisiens, c’est-à-dire les lettrés. Pour faire face au danger que le christianisme et la romanisation faisaient courir à la survie du judaïsme, les Pharisiens imposèrent une nouvelle forme de dévotion. Tout chef de famille, pour rester fidèle à la foi judaïque, se devait d’envoyer ses fils à l’école talmudique, afin de perpétuer et d’approfondir, par un travail cumulatif de commentaire, la connaissance de la Torah. Cette nouvelle obligation religieuse a eu des répercussions socio-économiques considérables. Envoyer ses fils à l’école représentait un investissement coûteux qui n’était pas à la portée de la majorité des juifs, simples paysans comme les autres populations du Moyen-Orient au milieu desquelles ils vivaient. Ceux qui n’en avaient pas les moyens et restèrent paysans, s’éloignèrent du judaïsme. Ils  se convertirent souvent au christianisme.  C’est ce qui explique l’effondrement de la population juive durant l’Antiquité tardive. Ceux qui tenaient au contraire à remplir leurs obligations religieuses, durent choisir des métiers plus rémunérateurs. Ils devinrent commerçants, artisans, médecins et surtout financiers. Les juifs ne se sont pas tournés vers ces métiers urbains parce qu’on leur interdisait l’accès à la terre, comme on l’a dit souvent, mais pour pouvoir gagner plus d’argent et utiliser en même temps leurs compétences de lettrés. Ils étaient capables désormais de tenir des comptes, écrire des ordres de paiement, etc…

A partir du IX° siècle, la diaspora juive se reconstitue mais avec une répartition géographique différente. Toujours très présente en Mésopotamie et bientôt dans tout le monde musulman, elle commence à s’installer dans l’Europe chrétienne où elle tisse un réseau de plus en plus dense de petites communautés juives qui recouvre le réseau urbain en plein réveil. Les « juiveries » sont de taille modeste car les juifs craignent de se faire concurrence dans ces métiers très spécialisés. En revanche, le grand nombre de ces implantations qui peuvent se mettre en réseau, fait leur force. Dans un espace où la circulation est difficile, risquée, le fait d’avoir des correspondants, à l’autre bout du monde connu, en qui l’on peut avoir pleine confiance parce que la moindre irrégularité commerciale ou financière les exclurait de leur communauté, a donné aux juifs un avantage considérable.

S’ils s’imposent partout dans le crédit, ce n’est pas parce que l’Eglise interdisait aux chrétiens le prêt à intérêt (en réalité l’islam et le judaïsme lui imposaient des restrictions comme le christianisme), mais parce qu’ils ont à la fois la compétence et le réseau pour assurer le crédit, faire circuler les ordres de paiements et les marchandises précieuses du fond du monde musulman aux confins de la chrétienté. A part quelques cas assez rares d’intolérance religieuse, comme dans l’Espagne wisigothique, les juifs n’ont guère été l’objet de persécutions religieuses avant le XII° siècle. L’historien Berhard Blumenkranz avait daté les premiers pogroms de juifs en Occident (par exemple dans la vallée du Rhin) de la mise en mouvement des premières croisades.

Mais c’est souvent à la demande des seigneurs ou évêques locaux qu’ils étaient venus s’installer dans les villes chrétiennes, parce qu’on recherchait leur savoir faire pour développer les échanges et l’activité bancaire. Les premières mesures d’expulsion des juifs par des princes chrétiens à la fin du XIII° siècle semblent avoir été guidées par la volonté de mettre la main sur leurs richesses beaucoup plus que par le désir de les convertir.

Ce sont paradoxalement les mongols, pourtant eux-mêmes assez éclectiques au plan religieux et parfois tentés par le judaïsme, qui ont interrompu ce premier âge d’or de la diaspora juive, à partir du milieu du XIII° siècle, en ravageant le monde musulman. L’effondrement des principales villes a ruiné l’activité des juifs qui animaient les circuits d’échanges économiques et financiers. Ruinés, les juifs sont redevenus paysans et, ne pouvant plus assumer l’investissement scolaire exigé par le rabbinat, ils se sont assez vite islamisés. Cet effondrement a créé un véritable court circuit avec le réseau des implantations juives de l’Europe chrétienne. Il y aura, à l’époque moderne, un nouveau cycle de la diaspora juive qui va même gagner le Nouveau Monde ; mais un cycle au rythme heurté, perturbé par les expulsions, les procès de l’Inquisition et d’autres manifestations de l’intolérance chrétienne, en attendant des horreurs bien pires encore.

La façon dont Maristella Botticini et Zvi Eckstein ont rebattu les cartes de l’histoire, ô combien singulière, du peuple juif en lui appliquant un modèle inspiré par la réflexion économique, sera peut-être critiquée par certains spécialistes pour son schématisme démonstratif. Mais elle est fascinante. Marc Bloch, voulant critiquer le réductionnisme de certaines interprétations marxistes du rôle de l’Eglise au Moyen-Âge, affirmait que pour comprendre certaines époques, il fallait renoncer  à considérer que la  religion concerne toujours la superstructure et l’économie l’infrastructure. C’est parfois l’inverse. Ce livre nous en fournit une magnifique démonstration.

C’est pour des raisons religieuses que le judaïsme s’est imposé brusquement un investissement éducatif coûteux qui le singularise parmi les grandes religions du livre. Car ni le Christianisme qui  s’est donné une élite particulière, à l’écart du monde, vouée à la culture écrite, ni l’Islam n’ont imposé à leur peuple de croyants un tel investissement dans l’alphabétisation. Cet investissement a eu l’effet d’une véritable sélection darwinienne.  Il a provoqué une réorientation complète de l’activité économique du monde juif  en même temps  qu’il faisait fondre sa masse démographique. Il a surtout fait fleurir, par le miracle de l’éducation, des aptitudes intellectuelles précieuses qui en ont fait durablement une minorité recherchée et jalousée.

* Maristella Botticini et Zvi Eckstein, La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive 70-1492 , Albin Michel, 425 p., 30 euros.

Voir aussi:

Pourquoi les Juifs sont-ils plus souvent médecins que paysans ?

Dans « Une poignée d’élus », deux économistes expliquent les heureuses conséquences de l’apprentissage des textes sacrés par les enfants. Interview.

Catherine Golliau

Le Point
05/04/2016

Bob Dylan, le juif errant prix Nobel de littérature

Jonathan Aleksandrowicz

Actualité juive

13/10/2016

Enorme surprise ! Bob Dylan, l’auteur-compositeur-interprète qui a traversé la musique populaire de la seconde moitié du XXè siècle, vient d’être récompensé par le prix Nobel de littérature.

On attendait le Syrien Adonis, le Japonais Murakami, voire le Norvégien Jon Fosse. Le jury du prix Nobel de littérature a choisi de prendre tout son monde à contrepied pour 2016 en faisant d’un chanteur populaire mais grand poète le récipiendaire de la distinction. Bien sûr, certain regretteront avec justesse que Philip Roth n’ait encore une fois pas été récompensé, mais la retraite du vieux patron des lettres américaines l’a probablement écarté pour toujours des débats tenus secrets durant 50 ans des jurés du Nobel. Quant au très vendeur Murakami, la réputation de « superficialité » de ses textes selon le petit monde du livre remet aux calendes grecques la figuration de son nom au palmarès, même s’il est chaque année le grandissime favori des bookmakers.

Bob Dylan, donc. Le sale gosse de la folk-music, celui qui donne désormais des concerts où il assure le strict minimum, limitant ses interactions avec le public. Un choix fort pour le jury du Nobel, le désignant « pour avoir créé dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine de nouveaux modes d’expression poétique ». Plus que la tradition de la musique américaine, c’est celle des troubadours et trouvères, ces poètes-conteurs-chanteurs du Moyen-Âge que Bob Dylan a d’abord incarné. Né dans le Minnesota en 1941 à deux pas de la route 61 qui inspirera l’un de ses albums les plus emblématiques « Highway 61 revisited », celui qui est d’abord Robert Zimmerman  pour l’état-civil et Shabbtaï à sa circoncision, vient d’une famille juive d’Odessa qui a fui les pogroms du début du XXè siècle. La petite communauté juive locale est dit-on, très unie par les épreuves vécues en Europe de l’Est. Le signe de l’errance, de la fuite. Il en est le porteur, il l’assume à la première occasion en filant à New York à la première occasion, abandonnant ses études à l’université dès la première année.

Hobboes

Là-bas, à Greenwich Village, il n’est pas le plus doué de tous les folkeux qui écument le quartier, mais il est le plus assidu. « Avec le temps, la goutte fend les rocs les plus résistants » dit le Talmud. Pour ce faire, il fréquente de longues heures les bibliothèques afin de dénicher les chansons folkloriques les plus anciennes. Les Etats-Unis sortent de peu de la Seconde guerre mondiale et la crise des années 1930 est derrière elle, mais son imaginaire collectif est encore tributaire des Hobboes, ces vagabonds, clochards célestes, que le « Jeudi noir » a mis sur les routes et les rails en quête d’un travail plus à l’ouest. La conquête de l’ouest au XIXe siècle s’est poursuivie avec l’espoir à l’ouest. Les lecteurs de John Steinbeck se souviendront des « Raisins de la colère ». Ces Hobboes, donc, figures mythiques du rêve américain, sans le sou mais les yeux dans les étoiles, affamés mais libres, ont souvent une guitare à la main et la bouche pleine de chansons pour rythmer les nuits de leur infortune. Ils deviennent la source d’inspiration principale de Bob Dylan qui à l’origine chante des reprises. Suivre cette tradition, la dépoussiérer, mais rien n’y ajouter.

Pourtant, le jeune homme écrit déjà des poèmes, de longs poèmes qu’il met en musique. Ecrite dix minutes dans un café, « Blowin’ in the wind » devient l’une des premières Protest Songs qui portent les luttes d’émancipation aux Etats-Unis. Car Bob Dylan, c’est d’abord la figure de la contre-culture américaine. Avant Woodstock, son Flower Power et son Summer of Love, Bob Dylan est le chantre des Beatniks : un artiste engagé, le « prophète-poète » de cette jeune génération d’après-guerre, chantant même avec sa grande complice de l’époque Joan Baez à la Marche de Washington. Encore cette idée de mouvement, la marche, cette impossibilité de tenir en place qui force à l’errance. Mais « The times they are a changin’ », car il opère dès 1965 un tournant plus rock, que le monde Folk dont il est issu ne lui pardonne pas. Exit la guitare sèche et l’harmonica, « Highway 61 revisited », plus musclé, résonne de guitares électriques, et comporte notamment la célébrissime « Like a rolling stone », élue morceau rock du XXe siècle ! D’une durée de presque sept minutes, Bob Dylan raconte dans ses « Chroniques » qu’elle comportait bien plus de strophes à l’origine. Situation identique pour l’ultra-repris « Knocking on heaven’s door » qui fait partie de la bande-originale du film de Sam Peckinpah « Pat Garrett and Billy the Kid » dans lequel il tient un rôle muet de lanceur de couteaux pas malhabile de ses mains.

Audace

Des chansons à rallonge, des poèmes aux strophes sans fin, Bob Dylan pourtant admet lui-même que l’inspiration a tendance à se tarir et qu’il lui faut user de moyens intenses pour la faire jaillir du rocher. Ses « Chroniques » évoquent d’ailleurs avec intensité son errance lorsqu’il dut enregistrer deux albums à Nashville. Une véritable traversée du désert, d’autant que le « poète-prophète » est bientôt surnommé le « poète-profit » à cause d’un style jugé commercial. Qu’importe, encore un contrepied : sa voix usée le pousse à chaque fois à réinterpréter ses chansons et le fan distrait serait bien incapable de reconnaître ses titres préférés lors d’un concert s’il n’est pas capable d’attention. Les strophes qui s’étiraient en longueur se brisent en même temps que sa voix comme si chaque nouvelle scène portait la possibilité d’errer autour d’une chanson comme autour d’un idéal que l’on n’atteint jamais. Détresse à cause d’un horizon de sens toujours fuyant ? Une réponse peut-être, dans la conversion au christianisme évangélique à la fin des années 1970 : le beatnik assagi par la grâce d’une nouvelle naissance ! Les fans sont déçus, les musiciens le raillent ? Lui n’en a cure ! Que les filles et « les garçons ne pleurent pas », parce que même le chant demeure pour lui une aventure personnelle, et la Bible abonde en prophètes qui se mirent le peuple à dos. L’errance ne s’achève pas là, puisqu’il fait son retour au judaïsme. Enfin la terre promise ? Pas sûr, tant pour lui, tout vient à se faner…

Le choix des jurés du Nobel est donc extrêmement audacieux. C’est une icône populaire qui se trouve récompensée, un chanteur avant que d’être un poète, un homme qui a su sans cesse se poser des questions. On a désormais hâte d’entendre son discours de réception du prix qui sera sans nul doute la curiosité des soirées de remise.

Voir encore:

Leonard Cohen et son Dieu
Dominique Cerbelaud
La Croix
22/10/2016

À l’occasion de la sortie du nouvel album de Leonard Cohen, « You want it darker », le théologien Dominique Cerbelaud évoque la quête spirituelle du chanteur canadien.

Vendredi 21 octobre 2016, Leonard Cohen, 82 ans, offre un nouvel album à son public, intitulé You want it darker (« Tu voudrais qu’il fasse plus sombre »). C’est l’occasion de revenir sur son œuvre de chanteur, entreprise voici un demi-siècle. C’est à 1967, en effet, que remonte le premier disque du Montréalais, Songs of Leonard Cohen (« Chansons de Leonard Cohen »), qui comportait notamment le titre Suzanne – une chanson qui devait assurer à tout jamais sa notoriété.

De fait, le public français connaît Cohen surtout comme chanteur (rappelons cependant son œuvre de poète et de romancier), mais il ne garde souvent mémoire que des compositions les plus anciennes, sans guère prêter attention à l’œuvre ultérieure – sinon pour quelques chansons cultes comme Hallelujah ou Closing Time. Ce corpus, qui compte aujourd’hui environ cent cinquante titres, mérite pourtant qu’on s’y arrête : il s’agit, comme on dit si bien, de « chansons à textes », longuement mûries et soigneusement composées, d’une densité et d’une richesse rares. On se propose de le survoler ici sous l’angle des thématiques religieuses, qui représentent à n’en pas douter l’une des grandes préoccupations de Leonard Cohen.

D’autres thèmes y apparaissent avec insistance, et en tout premier lieu celui de la relation amoureuse, décliné inlassablement : « À cause de ces quelques chansons/dans lesquelles j’évoque leur mystère/ les femmes ont été d’une gentillesse exceptionnelle /envers mon grand âge » (Because of, album Dear Heather). Ainsi parlait le septuagénaire, avec une belle modestie : en réalité, c’est dans bon nombre de textes qu’il célèbre le mystère de la femme, sous toutes ses figures et dans tous ses états. Et les femmes, de toute évidence, lui en savent gré.

Qu’elle soit nommée (depuis les mythiques Suzanne, Nancy et Marianne jusqu’aux plus récentes Heather et Alexandra), ou que, le plus souvent, elle reste anonyme, la femme est en effet omniprésente du début à la fin du corpus cohénien.

Le personnage biblique de David, dont le nom en hébreu signifie « bien-aimé », pourrait représenter à cet égard le « modèle » de Leonard. La tradition attribue à ce roi poète et musicien tout l’ensemble du livre des Psaumes. Mais le texte biblique nous fait connaître aussi le nom d’un certain nombre de femmes de ce grand polygame : Ahinoam, Abigayil, Mikal, Égla, Avital, Bethsabée, Abishag… Laissons aux biographes le soin de faire la liste de celles qu’a pu connaître le Canadien errant… si tant est que cela ait de l’importance dans son parcours de créateur.

Des allusions très précises à la tradition juive

Et nous voilà déjà dans le texte biblique !

De fait, les compositions de Cohen regorgent d’allusions scripturaires, qui témoignent d’une fréquentation assidue du Livre saint : on y retrouve bien des personnages (Adam, Samson, David ou Isaac), des épisodes (notamment ceux du Déluge ou de la sortie d’Égypte), des réminiscences de tel ou tel prophète voire, justement, de tel ou tel psaume. Ainsi, la chanson By the Rivers Dark (album Ten New Songs) propose une relecture hardie du ps.136-137 : « Vers les sombres fleuves j’allais, errant / j’ai passé ma vie à Babylone / et j’ai oublié mon saint cantique / je n’avais pas de force à Babylone ».

Mais il y a plus : sans jamais s’y attarder, Cohen distille à l’occasion des allusions très précises à la tradition juive, tant liturgique que mystique –et notamment à la kabbale. On trouve par exemple des allusions au thème de la « brisure des vases » dans la chanson Anthem (album The Future) : « il y a une fissure, une fissure en toute chose / c’est comme ça que la lumière pénètre »…

Parmi les figures juives du passé, il en est une qui ne laisse pas tranquille le juif Leonard Cohen : c’est celle de Jésus. L’homme de Nazareth apparaît avec une fréquence étonnante dans le corpus des chansons (j’en relève pour ma part une douzaine d’occurrences, explicites ou non). « Jésus pris au sérieux par beaucoup, Jésus pris à la blague par quelques-uns » (Jazz Police, album I’m Your Man) : et par toi-même, Leonard ? Cela reste quelque peu indécidable. S’il avoue ne rien comprendre au Sermon sur la montagne (Democracy, album The Future), et évoque « le Christ qui n’est pas ressuscité / hors des cavernes du cœur » (The Land of Plenty, album Ten New Songs), notre auteur, à propos de Jésus, se parle ainsi à lui-même : « tu veux voyager avec lui / tu veux voyager en aveugle / et tu penses pouvoir lui faire confiance / car il a touché ton corps parfait avec son esprit » (Suzanne, album Songs of Leonard Cohen). Et comment comprendre cette double injonction : « Montre-moi l’endroit où le Verbe s’est fait homme / montre-moi l’endroit où la souffrance a commencé » (Show me the Place, album Old Ideas) ? Il y a là un singulier mélange de dérision et de fascination.

Curieusement, les figures de la sainteté chrétienne suscitent chez lui une sympathie plus immédiate : celles de la vierge Marie –si c’est bien elle qu’il faut reconnaître dans Notre-Dame de la solitude (Our Lady of Solitude, album Recent Songs) ; de François d’Assise (Death of a Ladies’ Man, dans l’album homonyme) ; de Bernadette de Lourdes (Song of Bernadette, chantée par Jennifer Warnes dans son album Famous Blue Raincoat) ; et surtout de Jeanne d’Arc (Last Year’s Man et Joan of Arc, toutes deux dans l’album Songs of Love and Hate). C’est le lieu de rappeler que le jeune Leonard Cohen a acquis, à Montréal, une bonne culture chrétienne. Certains aspects de la piété catholique, comme le culte du Sacré-Cœur ou les visions de sœur Faustine, continuent d’ailleurs à le toucher.

Ajoutons que depuis de longues années, l’auteur-compositeur s’intéresse au bouddhisme zen, et qu’il a effectué à ce titre de longs séjours au monastère de Mount Baldy, près de Los Angeles. Cependant, les thèmes religieux extrême-orientaux n’apparaissent guère dans le corpus des chansons, sinon à l’état de traces…

Un ton élégiaque

Mais au-delà de ces contenus, il faut tenter d’évoquer le ton, ou plutôt les tons dont il use pour les décliner.

Nous avons déjà rencontré la modulation élégiaque : c’est celle de la célébration de l’amour, toujours recommencée. Des paysages s’ébauchent ici, ou plutôt des évocations, où l’on trouve bon nombre de clairs de lune, de cloches qui carillonnent et de chants d’oiseaux. Sans oublier le fleuve, souvent présent chez ce natif de Montréal…

Nous avons également capté au passage les accents mystiques.

Rappelons à cet égard que l’emblème juif le plus communément répandu s’appelle « sceau de Salomon » ou « bouclier de David ». Il se constitue de deux triangles entrelacés qui dessinent une étoile à six branches. C’est celui qui figure par exemple sur le drapeau de l’État d’Israël.

Or Leonard s’est confectionné, au fil du temps, son propre « sceau » à partir non pas de deux triangles, mais de deux cœurs.

Comment interpréter un tel logo ? On peut voir dans l’assemblage de ces deux cœurs l’union du masculin et du féminin, une sorte de yin-yang judaïsé.

Mais on peut aussi en proposer une autre lecture car ce dessin est apparu pour la première fois sur la couverture de la deuxième édition du Book of Mercy (Livre de la Miséricorde), le recueil de prières juives composé par Leonard. Aujourd’hui enrichi et compliqué d’éléments adventices, il s’accompagne parfois de la légende « Order of the Unified Heart », ce qui renvoie clairement à l’univers religieux. Dès lors, les deux cœurs ne représentent-ils pas celui de l’homme… et celui de Dieu ? Cet Ordre religieux d’un nouveau genre, Leonard en est d’ores et déjà le grand prêtre : n’est-ce pas la fonction primordiale du prêtre d’assurer ainsi la double médiation, de la terre vers le ciel et du ciel vers la terre ? Or « prêtre » se dit en hébreu… « cohen ».

Il faut citer à ce propos la superbe chanson qui s’adresse ainsi à l’Être divin : « Que ta miséricorde se déverse / sur tous ces cœurs qui brûlent en enfer / si c’est ta volonté / de nous faire du bien » (If it Be Your Will, album Various Positions).

Ici s’unissent bel et bien le cœur de l’homme (il s’agit d’une prière d’intercession) et celui de Dieu (prêt à répandre sa tendresse sur l’humanité).

Or selon un adage de la tradition juive : « la porte de la prière est parfois fermée, mais la porte de la miséricorde reste toujours ouverte ».

Une compassion intense envers les souffrants

Leonard a compris cette leçon. Et s’il n’adopte le ton de la prière que de manière exceptionnelle (par exemple dans Born in Chains et You Got Me Singing, deux chansons de l’album Popular Problems), il témoigne fréquemment d’une véritable compassion envers tous ceux qui crient : « de grâce, ne passez pas indifférents » (Please, Don’t Pass me by, album Live Songs), qu’il s’agisse de l’enfant encore à naître, de l’exclu, du handicapé, bref de tous les « pauvres » au sens biblique du terme. « Et je chante ceci pour le capitaine / dont le navire n’a pas été bâti / pour la maman bouleversée / devant son berceau toujours vide / pour le cœur sans compagnon / pour l’âme privée de roi / pour la danseuse étoile / qui n’a plus aucune raison de danser » (Heart With no Companion, album Various Positions).

Du reste, au-delà de toutes les formes religieuses, il convient de souligner que plusieurs textes de notre Juif errant évoquent la rencontre de Dieu. Ces expériences mystiques, que l’auteur suggère avec discrétion, peuvent avoir pour cadre une église (Ain’t no Cure for Love, album I’m Your Man), mais aussi une simple chambre (Love Itself, album Ten New Songs), voire un lieu indéterminé (Almost Like the Blues, album Popular Problems). Pudeur cohénienne, mais aussi sans doute réticence juive à mettre un nom sur le « Sans-Nom ». « J’entends une voix qui m’évoque celle de Dieu », dit-il (Closing Time, album The Future) : n’est-ce pas elle qu’il faut reconnaître dans Going Home (album Old Ideas) : « J’aime parler avec Leonard… » ? Mais ce dialogue d’amour entre Leonard et son Dieu restera secret.

Chéri par les femmes, le David biblique apparaît également comme l’élu de Dieu, lequel déclare : « J’ai trouvé David, un homme selon mon cœur » (Actes des apôtres, 13, 22). Et notre barde de Montréal, comme en écho : « J’ai appris qu’il y avait un accord secret / que David jouait pour plaire au Seigneur » (Hallelujah, album Various Positions).

Mystique et critique

Outre les deux tonalités que l’on vient d’évoquer, la lyrique et la mystique, il existe un troisième registre, non moins prégnant chez Leonard : c’est celui du constat désabusé, parfois même désespéré pour ne pas dire nihiliste. Donnons-en quelques échantillons : « Les pauvres restent pauvres et les riches s’enrichissent / c’est comme ça que ça se passe / tout le monde le sait » (Everybody Knows, album I’m Your Man) ; « De parcourir le journal / ça donne envie de pleurer / tout le monde s’en fiche que les gens / vivent ou meurent » (In my Secret Life, album Ten New Songs) ; « Je n’ai pas d’avenir / je sais que mes jours sont comptés / le présent n’est pas si agréable / juste pas mal de choses à faire / je pensais que le passé allait me durer / mais la noirceur s’y est mise aussi » (The Darkness, album Old Ideas) ; « J’ai vu des gens qui mouraient de faim / il y avait des meurtres, il y avait des viols / leurs villages étaient en feu / ils essayaient de s’enfuir » (Almost Like the Blues, album Popular Problems).

Et rien n’échappe à cet acide corrosif, pas même l’amour des femmes. Nous voilà loin de la célébration de l’éros, comme si l’on était passé du Cantique des Cantiques… au livre de Qohélet : « Vanité des vanités, dit Qohélet ; vanité des vanités, tout est vanité » (Qohélet, 1, 2).

Mais justement, ces deux textes bibliques se présentent comme écrits par le même Salomon, ce qui ne manquera pas de rendre perplexes les commentateurs : comment le fils de David a-t-il pu composer deux ouvrages d’esprit aussi diamétralement opposé ? Les rabbins ont imaginé une réponse : c’est le jeune Salomon, amoureux et optimiste, qui a écrit le Cantique ; devenu vieux, blasé et pessimiste, il a composé le livre de Qohélet. Mais tout cela relève du même genre littéraire : la littérature de sagesse.

Somme toute, il en va de même pour Leonard, qui déploie à son tour les différents aspects d’une moderne sagesse. Du reste, mystique et critique peuvent chez lui aller de pair : « Tu m’as fait chanter / quand bien même tout allait de travers / tu m’as fait chanter / la chanson ‘Alléluia’ » (You Got me Singing, ibid.)…

Qu’il me soit permis de citer pour finir un souvenir personnel. Lors de ma première rencontre avec Leonard (une après-midi entière dans le jardin d’un hôtel particulier parisien), je lui ai posé la question : « Leonard, tu es juif ; tu es en train de parler avec un prêtre catholique ; on sait que tu t’intéresses beaucoup au bouddhisme : comment tout cela tient-il ensemble ? »

Réponse : « Oui, je suis juif, et cela a beaucoup d’importance pour moi ; j’ai des amis catholiques, et j’ai grand plaisir à parler avec eux ; je fais des séjours au monastère de Mount Baldy. Mais tu vois, pour moi, tout cela ce sont des chemins. Ce qui importe, c’est le but. La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu »…

Y a-t-il beaucoup de célébrités, dans le monde du show-biz, qui pourraient dire en toute vérité : « La seule chose qui m’intéresse, c’est Dieu » ?

Voir enfin:

Leonard Cohen, mort d’un artiste légendaire

Le poète et chanteur canadien Leonard Cohen s’est éteint à l’âge de 82 ans, a annoncé son entourage ce 10 novembre. Amoureux des mots, monstre sacré de la musique, il laisse derrière lui une carrière de plus de cinquante ans de succès qui ont traversé les générations. « Tu nous manqueras », a dit le Premier ministre canadien Justin Trudeau, dans un vibrant hommage au musicien disparu.

Leonard Cohen est mort, a annoncé son entourage ce 10 novembre 2016, quelques jours après la sortie de son dernier album You want it darker, hanté par la mort. L’homme, au visage d’acteur qui ne se défaisait que rarement de son chapeau et de sa guitare ou de son harmonica, avait 82 ans.

Né à Montréal le 21 septembre 1934, Leonard Cohen se met à la guitare dès l’adolescence et forme, quelques années plus tard le groupe de country music Buckskin Boys. Etudiant à l’université de Montréal, le musicien, qui est aussi homme de lettres, publie ses premiers poèmes dans une revue étudiante. Il n’a que 18 ans quand est édité un recueil de ses poésies. Le nom de Leonard Cohen commence à se répandre.

Le jeune homme ne cache pas son amour pour les romanciers français comme Camus et Sartre, pour le poète espagnol Federico Garcia Lorca, l’Irlandais William Butler Yeats, et pour la Bible, « les poésies de la Bible », confiait-il.

Leonard Cohen s’envole pour Londres à la fin des années 1960 puis décide de s’installer sur une île grecque, Hydra, lieu propice à l’inspiration, en 1960. Là-bas, il acquiert une maison qu’il gardera quarante ans et continue d’écrire des poèmes et des romans. En 1966, à la publication de Beautiful Losers même si le nombre de ventes n’est pas énorme, le Boston Globe déclare que « James Joyce n’est pas mort. Il vit sous le nom de Leonard Cohen ».

« Suzanne »

Puis Leonard Cohen se lance dans la chanson. Il côtoie Joan Baez, Bob Dylan, Lou Reed, etc. C’est grâce au titre très minimaliste « Suzanne », l’ex-épouse d’un de ses amis, qu’il parvient à fouler les planches de la scène musicale en 1967, aux Etats-Unis où il s’est installé. La même année il sort son premier album, Songs of Leonard Cohen, salué par la critique européenne.

Mais il faut attendre Songs from a Room (1969), pour que la future star planétaire soit reconnue, avec, entre autres, les titres « Bird on the Wire », « Story of Isaac » et « The Partisan ». Leonard Cohen va ensuite composer plus d’une dizaine d’albums, et sortir de nombreux live. Son très spirituel et mystique (et planétairement connu) « Hallelujah » sort en 1984 sur l’album Various Positions. Le changement de ton apparaît, ainsi que les synthétiseurs, en 1988 sur I’m Your Man. Pour ses 80 printemps sort Popular Problems, un album empreint de blues encensé par la critique internationale. Le charme inconditionnel de Leonard Cohen opère, encore et toujours.

Durant toute sa carrière d’écrivain, de musicien, de compositeur, Leonard Cohen n’aura presque écrit et chanté que les mêmes thèmes. L’amour et la passion bien sûr et l’espoir, mais aussi religion, la rédemption, la sexualité, la drogue, l’imperfection de la condition humaine et la solitude, un sujet dont il ne se défait que rarement, lui qui avouait être chroniquement en dépression.

Un homme mystique et charismatique

Leonard Cohen a grandi au sein d’une famille juive d’ascendance polonaise. Son grand-père était rabbin et son père, décédé alors qu’il n’a que 9 ans, a été le créateur du journal The Jewish Times. « Monsieur Cohen est un juif observant qui respecte le shabbat même lorsqu’il est en tournée », écrit le New York Times en 2009.

Parallèlement à sa judéité, Leonard Cohen se retire de la vie publique durant près de cinq ans (1994-1999) dans un monastère bouddhiste près de Los Angeles, en plein désert californien. Certains se demandent alors comment il peut être à la fois juif pratiquant et bouddhiste. « Pour commencer, dans la tradition du Zen que j’ai pratiquée, il n’y a pas de service de prière et il n’y a pas d’affirmation de déité. Donc, théologiquement, il n’y a pas d’opposition aux croyances juives », racontera l’artiste.

En 1996, Leonard Cohen est ordonné moine zen, il porte le nom de Jikan, « le silencieux ». Il faudra attendre 2001 pour retrouver le chanteur et poète, avec le sublime Ten New Songs, coécrit avec Sharon Robinson. Le compositeur, toujours très énigmatique, avoue devoir prendre son temps pour écrire, il est en quête perpétuelle de réflexion… et de perfection.

Pour sa carrière multiforme, Leonard Cohen se voit décerner de nombreuses récompenses, dont celle en 2003 de compagnon de l’Ordre du Canada, de membre du Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens en 2006, membre du Rock and Roll Hall of Fame en 2008.

Des centaines de reprises et une influence sur de nombreuses générations

Parce que Leonard Cohen est un homme « à part » dans la chanson, allant de la musique folk à la pop en passant par le blues et l’électro, il n’a eu de cesse d’inspirer de nombreux artistes qui ont aussi repris, et parfois traduit, ses propres chansons.

Plus de 1 500 titres du poète chanteur ont été repris. Il en va ainsi de dizaines d’artistes de renommée mondiale, dont Nina Simone, Johnny Cash, Willie Nelson, Joan Baez, Bob Dylan, Nick Cave, Peter Gabriel, Alain Bashung, Graeme Allwright, Suzanne Vega, sans oublier la version bouleversante d’ « Hallelujah » par Jeff Buckley.

Leonard Cohen a de son côté très rarement repris des titres dont il n’était pas l’auteur. Parmi eux, sa réinterprétation de « La complainte du partisan » (dont la musique est signée Anna Marly, coautrice avec Maurice Druon et Joseph Kessel du « Chant des partisans »). « The Partisan », sera aussi repris à son tour par Noir Désir.

Le 29 juillet 2016, Marianne Ihlen, la muse norvégienne de Leonard Cohen pour qui il compose « So, long, Marianne » disparaît à l’âge de 81 ans. Leonard Cohen, deux jours avant la mort de « la plus belle femme qu’il ait jamais connue », lui écrit une lettre. « Eh bien, Marianne, voici venu le temps où nous sommes vraiment si vieux que nos corps partent en morceaux, et je crois que je vais te suivre très bientôt. Sache que je suis si près derrière toi qu’en tendant ta main, tu peux toucher la mienne (…) Je veux seulement te souhaiter un très bon voyage. Adieu, ma vieille amie. Mon amour éternel, nous nous reverrons. » So long, Leonard Cohen.

Voir par ailleurs:

The Chosen Few
Has an emphasis on education been bad for the Jewish population?
Steven Weiss
Slate
Nov. 9 2012

Jews, as a whole, have done very well for themselves in the West since World War II: Besides the aforementioned Nobel prizes, American Jews, according to one of the largest studies, are nearly twice as likely to have a college degree as the average American and more than four times as likely to have a graduate degree. This translates into a serious economic advantage: American Jews are roughly 33 percent more likely to be employed in a high-status job category, and Jewish households here report around 25 percent higher income than the average American household.

While examining such a phenomenon would have been unthinkable a few decades ago—when Jews generally tended to be more frightened of raising the kinds of topics anti-Semites like to talk about—the past decade or so has seen a wellspring of effort devoted to tackling what’s variously described as Jewish « literacy, » « superiority, » or any number of other things, including « chosenness. »

The core theory usually derives from a mix of two themes that stand out in Jewish history: an emphasis on education and a tendency to be persecuted. For the former, the rabbis of the Talmud and thereafter were fierce advocates of universal primary education, with the best-known example being a Jewish boy indicating his achievement of Jewish adulthood by reading publicly from the Torah at a bar mitzvah. (Universal primary education was boys-only until at least the late 19th century.) In regard to persecution, a common notion is that Jews weren’t allowed to own land throughout much of their history in exile and thus were forced to invest in a form of personal capital that could be of value across geographies. There are other theories, too, some even including a notion of simple genetic superiority, by way of an idea that Jewish communities modified natural selection through upholding scholars as examples of the proper way to be, providing them the choicest wives and expecting them to have many children.

The problem with so many of the theories thus far expounded is that they have gaping holes in logic or evidence so large that let’s just say they’d never make it into the Talmud. By far the largest fault with them is the reality that many of these arguments rely on an idea of the Jewish past that we don’t have any good reason to think is true; just because the rabbis desired it doesn’t mean it was necessarily so. And our overall received notions of a Jewish community that was fiercely observant and often Orthodox also have little evidence to back them up. (And, as Alana Newhouse revealed a couple of years ago, even the images we have of a fiercely pious Jewish shtetl have been largely manipulated.)

Maristella Botticini and Zvi Eckstein started jawing over the issue of the Jews’ economic history in the Boston University cafeteria 12 years ago, and the resulting research, conferences, and communication since has produced the first of a two-volume work, The Chosen Few, that tackles these issues in a way no one has before, taking an interdisciplinary approach to this basic question.

By combining a very thorough look at the historical record with new economic and demographic analyses, the authors summarily dismiss a great many of the underlying assumptions that have produced theories around Jewish literacy in the past. Where many tied the Jewish move into professional trades to the European era when Jews were persecuted, Botticini and Eckstein bring forward evidence that the move away from the unlettered world of premodern agriculture actually happened a thousand years earlier, when Jews were largely free to pursue the profession of their choice. And where so many have simply taken as a given universal literacy among Jews, the economists find that a majority of Jews actually weren’t willing to invest in Jewish education, with the shocking result that more than two-thirds of the Jewish community disappeared toward the end of the first millennium.

Botticini and Eckstein pore over the Talmud and notice the simple fact that it’s overwhelmingly concerned with agriculture, which, in conjunction with archaeological evidence from the first and second century, paints a picture of a Jewish past where literacy was the privilege of an elite few. But these rabbis were also touting a vision of a future Judaism quite different from that which had been at least symbolically dominant for much of Jewish history to that point. Where a focus on the Temple in Jerusalem, with ritual sacrifices and the agricultural economy they required being the standard to that point, these rabbis—broadly speaking, the Pharisees—sought to emphasize Torah reading, prayer, and synagogue. When the sect of Judaism that emphasized the Temple—broadly, the Sadducees—was essentially wiped out by the Romans shortly after the time of Jesus, the Pharisaic leaders, in the form of the sages of the Talmud, were given a mostly free hand to reshape Judaism in their own image. Over the next several hundred years, they and their ideological descendants codified the Talmud and declared a need for universal Jewish education as they did so.

All of this history is widely known and understood, but what Botticini and Eckstein do differently is trace this development alongside the size of the Jewish population and their occupational distribution. The Jewish global population shrunk from at least 5 million to as little as 1 million between the year 70 and 650. It’s not surprising that a conquered people, stifled rebellions, and loss of home would lead to population shrinkage, but Botticini and Eckstein argue that « War-related massacres and the general decline in the population accounted for about half of this loss. » Where did the remaining 2 million out of 3 million surviving Jews go? According to them, over multiple generations they simply stopped being Jewish: With the notion of Jewish identity now tied directly to literacy by the surviving Pharisaic rabbis of the Talmud, raising one’s children as Jews required a substantial investment in Jewish education. To be able to justify that investment, one had to be either or both an especially devoted Jew or someone hoping to find a profession for his children where literacy was an advantage, like trade, crafts, and money lending. For those not especially devoted and having little hope of seeing their children derive economic benefit from a Jewish education, the option to simply leave the Jewish community, the economists argue, was more enticing than the option to remain as its unlettered masses. Two-thirds of the surviving Jewish population, they assert, took that route.

This distinct twist of the population story, which accompanies research showing a shift from nearly 90 percent of the Jewish population engaging in agriculture to nearly 90 percent engaging in professional trades over that same several hundred years, addresses a key problem of previous theories of Jewish literacy: determining what happened to those who wouldn’t be scholars.

Botticini and Eckstein bring other evidence of Jewish tradition generating success in trade. An extrajudicial system of rabbinical courts for settling disputes allowed for the development of the kind of trust required for commercial enterprises to grow. A universal language of Hebrew eased international negotiations. And in a devastating critique of the theory that persecution actually pushed this economic shift along, the economists examine the societies in which Jews originally developed this bias toward trades and find Jews faced no particular discrimination that would have made them less successful in agriculture. In fact, they show, Jews were often discriminated against precisely because of their emphasis on trade, such as in their expulsion from England in 1290, which only came after they were repeatedly told to give up the profession of money lending (eventually echoed in Ulysses S. Grant’s order to expel the Jews from the territory under his command during the Civil War).

And so the Jewish people have grown into a people of two intertwined legacies: a culture in which the Jewishly literate continue to pass the torch and one in which an emphasis on trades was necessary to continue to do so for all but the most fervently devoted. When a given family stopped being devoted or wealthy enough, it simply faded away.

The astonishing theory presented here has great implications for both the Jewish community and the broader world today. For an American Jewish community in which more than 75 percent of day school students are now Orthodox and the top concern for most Orthodox families in repeated surveys is finding a way to pay for ever-increasing tuition costs, the price of admission to the highly affiliated Jewish community is not just a large amount of ritual observance but also a basic need to join the 1 percent—or nearly so. Frequently, one can hear Orthodox Jews joke that $250,000 a year is « minimum wage » for the community; certainly, this overstates things but only by so much. In the New York area, elementary school often carries a price tag of $15,000-$25,000 in post-tax dollars per year; at the high-school level, some tuition rates are well into the $30,000 range. Outside of the New York area, tuition is generally lower, but so is the average income. And as Botticini and Eckstein predicted for their medieval models, modern American Jews who are fiercely devoted but without high incomes will endure significant financial sacrifice to maintain their Jewish lifestyles: The ultra-Orthodox enclave of Kiryas Joel, N.Y., is the poorest city in the country, and ultra-Orthodox communities broadly are frequently both poor and heavy recipients of government assistance.

And for most of the 80 to 90 percent of families representing the non-Orthodox portion of the Jewish community in America, the cost of Jewish education has simply meant great numbers growing up without the ability to read Hebrew or engage with the Bible and other Jewish texts.

Here we see precisely the same dichotomy that Eckstein and Botticini saw in the early years of post-Temple rabbinic Judaism: The especially devoted and wealthy provide their children with a Jewish education, but many others see too high a price in either or both of time and money and so choose a different path.

And yet, so many of today’s unlettered Jews have been able to retain at least some sense of Jewish identity, where their predecessors 1,500 years ago could not. A majority of American Jews today are unaffiliated with the synagogues the Pharisaic rabbis emphasized, and yet 79 percent report feeling « very positive » about being Jewish. In part, Botticini and Eckstein would likely argue, that’s because of America’s unique tolerance of Jews, which removes the economic disincentive of maintaining an identity as a Jewish minority even when one doesn’t have a very strong connection to Judaism.

At the same time, today’s unaffiliated Jews no longer face an economic disadvantage relative to those attending Jewish schools: The aim for universal literacy in America broadly, and increasingly in all corners of the world, has led to the same kinds of professional opportunities for many people in the way that Jews used to have largely to themselves. Or, as Eckstein put it in an interview with me, « Almost everybody has become Jewish, because almost everybody is literate. »

Voir aussi:

Maristella Botticini

April 18, 2013

A note from Paul Solman: Nine years ago, someone sent me an academic paper that put forward a radically new explanation of why Jews have been so successful economically. Written by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein, the paper explained Jewish success in terms of early literacy in the wake of Rome’s destruction of the Temple in 70 C.E. and the subsequent dispersion of Jews throughout the Roman empire – Jews who had to rely on their own rabbis and synagogues to sustain their religion instead of the high priests in Jerusalem.

You may know a similar story about the Protestant Reformation: the bypassing of the Catholic clergy and their Latin liturgy for actual reading of Scripture in native languages and the eventual material benefits of doing so. Why is Northern Europe — Germany, Holland, England, Sweden — so much more prosperous than Southern Europe: Portugal, Italy, Greece, Spain? Why do the latter owe the former instead of the other way around? Might it have something to do with the Protestant legacy of the North, the Catholic legacy of the South?

Botticini and Eckstein have spent their careers studying not Christianity, but Judaism. And they have now come out with a book elaborating on their novel thesis: “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492,” published by the Princeton University Press.


Maristella Botticini and Zvi Eckstein: Imagine a dinner conversation in a New York or Milan or Tel Aviv restaurant in which three people–an Israeli, an American, and a European — ask to each other: “Why are so many Jews urban dwellers rather than farmers? Why are Jews primarily engaged in trade, commerce,
entrepreneurial activities, finance, law, medicine, and scholarship? And why have the Jewish people experienced one of the longest and most scattered diasporas in history, along with a steep demographic decline?”


Most likely, the standard answers they would suggest would be along these lines: “The Jews are not farmers because their ancestors were prohibited from owning land in the Middle Ages.” “They became moneylenders, bankers, and financiers because during the medieval period Christians were banned from lending money at interest, so the Jews filled in that role.” “The Jewish population dispersed worldwide and declined in numbers as a result of endless massacres.”

Imagine now that two economists (us) seated at a nearby table, after listening to this conversation, tell the three people who are having this lively debate: “Are you sure that your explanations are correct? You should read this new book, ours, “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History,” and you would learn that when one looks over the 15 centuries spanning from 70 C.E. to 1492, these oft-given answers that you are suggesting seem at odds with the historical facts. This book provides you with a novel explanation of why the Jews are the people they are today — a comparatively small population of economically successful and intellectually prominent individuals.”

Suppose you are like one of the three people in the story above and you wonder why you should follow the advice of the two economists. There are many books that have studied the history of the Jewish people and have addressed those fascinating questions. What’s really special about this one?

To understand the spirit of the study we’ve undertaken, one should borrow two tools: a magnifying glass and a telescope. With the magnifying glass, the reader will be like a historian, who focuses on a place and a time period, painstakingly digs through the sources, and carefully documenting the historical trajectory of the Jews there. A thousand such scholars will offer a detailed description of the history of the Jews in hundreds of locales throughout history.

But with the telescope, the reader will be like an economist, who assembles and painstakingly compares the information offered by the works of the historians, creates a complete picture of the economic and demographic history of the Jewish people over 15 centuries, and then uses the powerful tools of economic reasoning and logic to address one of the most fundamental questions in Jewish history:

Why are the Jews, a relatively small population, specialized in the most skilled and economically profitable occupations?

In doing so, the “alliance” of the historians and the economists offers a completely novel interpretation of the historical trajectory of the Jews from 70 to 1492. In turn, this may help us understand several features of the history of the Jewish people from 1500 up to today, including the successful performance of the Israeli economy despite the recent economic crisis.

The journey of “The Chosen Few” begins in Jerusalem, following the destruction of the Second Temple in the year 70, continues in the Galilee during the first and second centuries, moves to Babylon in Mesopotamia during the fourth and fifth centuries, and then to Baghdad in the second half of the first millennium when the Muslim Abbasid empire reaches its economic and intellectual apex.

At the turn of the millennium, the historical voyage reaches Cairo, Constantinople, and Cordoba, and soon after the whole of western and southern Europe, then turns back to Baghdad in the 1250s during the Mongol conquest of the Middle East before ending in Seville in 1492.

During these 15 centuries, a profound transformation of Judaism coupled with three
historic encounters of the Jews — with Rome, with Islam, and with the Mongol Conquest — shaped the economic and demographic history of the Jewish people in a unique and long-lasting way up to today.

Let’s first start describing the profound transformation of Judaism at the beginning of the first millennium, which has been amply documented by scholarly works. In the centuries before 70, the core of Judaism was centered around two pillars: the Temple in Jerusalem, in which sacrifices were performed by a small elite of high priests, and the reading and the study of the Written Torah, which was also restricted to a small elite of rabbis and scholars. (It was the power of this elite that the Jew Yeshua ben Josef, later know as Jesus Christ, so often decried.)

The destruction of the Temple in 70 at the end of the first Jewish-Roman war was the first of the three external events which permanently shaped the history of the Jewish people. Momentously, it canceled one of the two pillars of Judaism, shifting the religious leadership within the Jewish community from the high priests in Jerusalem to a much more widely dispersed community of rabbis and scholars. In so doing, it transformed Judaism into a religion whose main norm required every Jewish man to read and to study the Torah in Hebrew himself and, even more radically, to send his sons from the age of six or seven to primary school or synagogue to learn to do the same.

In the world of universal illiteracy, as it was the world at the beginning of the first millennium, this was an absolutely revolutionary transformation. At that time, no other religion had a similar norm as a membership requirement for its followers, and no state or empire had anything like laws imposing compulsory education or universal literacy for its citizens. The unexpected consequences of this change in the religious norm within Judaism would unfold in the subsequent centuries.

To understand what happened to the Jewish people in the eight centuries after 70, “The Chosen Few” asks the reader to travel back in time to a village in the Galilee around the year 200. What would the reader see?

They would see Jewish farmers, some rich, some poor who have to decide whether to send their children to primary school as their rabbis tell them to do. Some farmers are very attached to Judaism and willing to obey the norms of their religion, others are not very devout and consider whether or not to convert to another religion. In this rural economy, educating the children as Judaism requires is a cost, but brings no economic benefits because literacy does not make a
farmer more productive or wealthier.

Given this situation, what would economic logic predict? What would likely happen to Judaism and the Jewish people? Given a high preference for religious affiliation, some Jews will educate their children and will keep their attachment to their religion. Other Jews, however, will prefer their material well-being and will not educate their children. Furthermore, a portion of this latter group will likely convert to other religions with less demanding requirements. And so, over time, even absent wars or other demographic shocks, the size of the Jewish population will shrink because of this process of conversions.

But are the predictions of the economic theory consistent with what really happened to the Jews during the first millennium? The historical evidence assembled in our book says yes. The implementation of this new religious norm within Judaism during the Talmud era (third to sixth centuries) determined two major patterns from 70 C.E. to the early 7th century.

The first of these trends was the growth and spread of literacy among the predominantly rural Jewish population. The second: a slow but significant process of conversion out of Judaism (mainly into Christianity) which, caused a significant fall in the Jewish population — from 5 to 5.5 million circa 65 to roughly 1.2 million circa 650. War-related massacres and epidemics contributed to this drastic drop, but they cannot by themselves explain it.

At the beginning of the 7th century, the Jews experienced their second major historic
encounter — this time with Islam. In the two centuries after the death of Mohammed, in 632, the Muslim Umayyad and, later, Abbasid caliphs, established a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India and China, with a common language (Arabic), religion (Islam), laws, and institutions. Concomitant with the ascent of this empire, agricultural productivity grew, new industries developed, commerce greatly expanded, and new cities and towns developed. These changes vastly increased the demand for skilled and literate occupations in the newly established urban empire.

How did this affect world Jewry? Between 750 and 900, almost all the Jews in Mesopotamia and Persia — nearly 75 percent of the world’s remaining 1.2 million Jews — left agriculture, moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire, and entered myriad skilled occupations that provided higher earnings than as farmers. Agriculture, the typical occupation of the Jewish people in the days of Josephus in the first century, was no longer their typical occupation seven to eight centuries later.

This occupational transition occurred at a time in which there were no legal restrictions on Jewish land ownership. The Jews could and did own land in the many locations of the vast Abbasid Muslim Empire. And yet, Jews moved away from farming. This is of vital importance.

Modern explanations of why the Jews became a population of craftsmen, traders, shopkeepers, bankers, scholars, and physicians have relied on supposed economic or legal restrictions. But these do not pass the test of the historical evidence.

This is one of our main and novel messages: mass Jewish literacy was key. It enabled Jews — incentivized Jews — to abandon agriculture as their main occupation and profitably migrate to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb.

The tide of migrations of Jews in search of business opportunities also reached Christian Europe. Migrations of Jews within and from the lands of the Byzantine Empire, which included southern Italy, may have set the foundations, via Italy, for much of European Jewry. Similarly, Jews from Egypt and the Maghreb settled in the Iberian Peninsula, and later, in Sicily and parts of southern Italy.

The key message of “The Chosen Few” is that the literacy of the Jewish people, coupled with a set of contract-enforcement institutions developed during the five centuries after the destruction of the Second Temple, gave the Jews a comparative advantage in occupations such as crafts, trade, and moneylending — occupations that benefited from literacy, contract-enforcement mechanisms, and networking and provided high earnings.

Once the Jews were engaged in these occupations, there was no economic pressure to convert, which is consistent with the fact that the Jewish population, which had shrunk so dramatically in earlier times, grew slightly from the 7th to the 12th centuries.

Moreover, this comparative advantage fostered the voluntary diaspora of the Jews during the early middle ages in search of worldwide opportunities in crafts, trade, commerce, moneylending, banking, finance, and medicine.

This in turn would explain why the Jews, at this point in history, became so successful in occupations related to credit and financial markets. Already during the 12th and 13th centuries, moneylending was the occupation par excellence of the Jews in England, France, and Germany, and one of the main professions of the Jews in the Iberian Peninsula, Italy, and other locations in western Europe.

A popular view contends that both their exclusion from craft and merchant guilds and usury bans on Muslims and Christians segregated European Jews into moneylending during the Middle Ages. But our study shows, with evidence we have come upon during more than a decade of research, that this argument is simply untenable.

Instead, we have been compelled to offer an alternative and new explanation, consistent with the historical record: the Jews in medieval Europe voluntarily entered and later specialized in moneylending and banking because they had the key assets for being successful players in credit markets:

  • capital already accumulated as craftsmen and traders,
  • networking abilities because they lived in many locations, could easily communicate with and alert one another as to the best buying and selling opportunities, and
  • literacy, numeracy, and contract-enforcement institutions — “gifts” that their religion has given them — gave them an advantage over competitors.

With these assets, small wonder that a significant number of Jews specialized in the most profitable occupation that depended on literacy and numeracy: finance. In this sector they worked for many centuries. As they specialized, just as Adam Smith would have predicted, they honed their craft, giving them a competitive advantage, right up to the present.

But what if the economy and society in which the Jews lived, suddenly ceased being urban and commercially-oriented and turned agrarian and rural, reverting to the environment in which Judaism had found itself centuries earlier?

The third historic encounter of the Jews — this time with the Mongol conquest of the Middle East — offers the possibility to answer this question. The Mongol invasion of Persia and Mesopotamia began in 1219 and culminated in the razing of Baghdad in 1258. It contributed to the demise of the urban and commercial economy of the Abbasid Empire and brought the economies of Mesopotamia and Persia back to an agrarian and pastoral stage for a long period.

As a consequence, a certain proportion of Persian, Mesopotamian, and then Egyptian, and Syrian Jewry abandoned Judaism. Its religious norms, especially the one requiring fathers to educate their sons, had once again become a costly religious sacrifice with no economic return. And so a number of Jews converted to Islam.

Once again, persecutions, massacres, and plagues (e.g., the Black Death of 1348) took a toll on the Jewish population in these regions and in western Europe. But the voluntary conversions of Jews in the Middle East and North Africa, we argue, help explain why world Jewry reached its lowest level by the end of the 15th century.

The same mechanism that explains the decline of the Jewish population in the six centuries after the destruction of the Second Temple, that is, accounts for the decline of the Jewish communities of the Middle East in the two centuries following the Mongol shock.

None of this was planned. The rabbis and scholars who transformed Judaism into a religion of literacy during the first centuries of the first millennium, could not have foreseen the profound impact of their decision to make every Jewish man capable of reading and studying the Torah (and, later, the Mishna, the Talmud, and other religious texts).

However, an apparently odd choice of religious norm–the enforcement of literacy in a mostly illiterate, agrarian world, potentially risky in that the process of conversions could make Judaism too costly and thus disappear–turned out to be the lever of the Jewish economic success and intellectual prominence in the subsequent centuries up to today. This is the overall novel message of “The Chosen Few.”


Maristella Botticini is professor of economics, as well as director and fellow of the Innocenzo Gasparini Institute for Economic Research (IGIER), at Bocconi University in Milan.

Zvi Eckstein is the Mario Henrique Simonson Chair in Labor Economics at Tel Aviv University and professor and dean of the School of Economics at IDC Herzliya in Herzliya, Israel.

Their current book, “The Chosen Few,” won the National Jewish Book Award for scholarship. Addressing the puzzles that punctuate Jewish history from 1492 to today is the task of the next journey, which the authors will take in their next book, “The Chosen Many.”

Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492

Maristella Botticini, Zvi Eckstein

Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2012, pp. xvii-323 (Kindle Edition).
(Heb. Transl. Haim Rubin, Tel Aviv, 2012; It. Transl. Università Bocconi Editore, Milano, 2013)

Cristiana Facchini

The Return of the Grand Narrative

In 1899, Henry Dagan published a short collection of interviews under the title Enquête sur l’antisemitisme.1 All the most prominent French and Italian intellectuals of socialist beliefs were asked a few questions about the rise and spread of anti-Semitism. Amongst the many different answers given for it, a particular one emerged.

Most likely owing to a common socialist culture, the intellectuals that took part in this project explained that the rise of new forms of anti-Semitism could be better understood through the economic prism, therefore presenting anti-Semitism as a response to the economic struggle intensified by capitalism, and ultimately as a form of resentment that spread amongst impoverished middle classes. The chief editor of the Journal des économistes established a parallel that was almost a myth. He claimed that anti-Semitism and hatred against the Jews were to be compared to the expulsion of the Huguenots from France in seventeenth century, as economic and religious persecution usually ran parallel. The religious persecutions of the Huguenots could be explained as economic persecution that applied perfectly to Jews of the nineteenth century. According to this explanation, Catholic religious intolerance caused the expulsion of the most dynamic factions of society, and thus provoked the decline of Catholic nations. Surprisingly enough, this explanation was grounded in seventeenth century Jewish thought, an argument that was originally elaborated by Simone Luzzatto, a learned and sophisticated Venetian rabbi, in an attempted plea for tolerance of the Jews according to the doctrine of raison d’état.2 The decline of Catholic countries was later to be explained as the result of the expulsion of Jews and the rise of new mercantile nations that preached religious tolerance, namely, those of Protestant leaning. How these arguments developed since the early modern period cannot be explored here. Nevertheless, they provide an ideal framework for the understanding of recent trends in historiography of the Jews and Judaism.

Religion and economy have been at the core of scholarly debate and public discussion since the inception of modernity as such. The groundbreaking work of Max Weber and his underlining critique of Marxist interpretation of religion and economy played – and in some ways continue to play – a key role in addressing research in the field of religion and economic modernization. Weber also assigned a significant role to Judaism, although his work contributed to fueling an enormous debate and some resentful reactions, especially from Jewish intellectuals.3 Ever since, historians have been debating the relationship between religion and economy, with each historiographical tradition opposing, criticizing, supporting or correcting Weber’s hypothesis.4

Scholarly research on the economic behavior of religious minorities, and more precisely of merchant communities, has attracted a lot of attention. Works such as Yuri Slezkin and Francesca Trivellato, to mention just a few, analyzed the role of religious and ethnic minorities and the services they provided for their host communities from different angles.5 Historiography on port-cities has suggested that religious minorities – and Jews especially – offered highly specialized services, which added to shaping a certain path to modernity.6

While the above-mentioned works dealt with early modern and modern Jewish history, certainly providing  a ‘grand narrative,’ works that embrace the long sweep of Jewish history, or even the whole notion of Judaism, are much rarer in the context of postmodern narratives. In this sense, the book of Maristella Botticini and Zvi Eckstein is a novelty in the recent historiographical setting, and therefore calls for a short commentary.

The Chosen Few is a book that encompasses the history of the Jews from the destruction of the Second Temple (70 CE) to the expulsion from Spain in 1492. Attempts to write a comprehensive history of Judaism are very rare: there are a few excellent exceptions, with the most outstanding examples being sociologist Shemuel N. Eisenstadt’s Jewish Civilization and Judaism by Catholic theologian Hans Kung. Both perspectives are culturally charged, the first one being from a Jewish standpoint, and the second from a Christian stance. Nevertheless, both are interesting as they convey modes of understanding Judaism in its extraordinary long history and in holistic terms: as a complex religious system, and subsequently, as a civilization that coped with many challenges of various natures.

Ancient Judaism underwent a form of seismic modification that, as Botticini and Eckstein describe, redefined the religious structure of Judaism. The most typical example is the disappearance of the sacrificial system that was organized around the temple of Jerusalem following its destruction in 70 CE. The political collapse of ancient Judaism is the starting point of the Chosen Few, which aims at understanding the epochal changes of rabbinical Judaism, and more precisely, the kind of culture Judaism prompted after what might aptly be called the great “trauma” of the collapse of its ancient and central structure. The Chosen Few deals with the relationship between religious rules and literacy, and accordingly, it attempts to investigate the transformation that Judaism underwent through a relatively long formative period. More precisely, the authors are interested in reassessing some tenets of Jewish history, from late antiquity to the early Renaissance, as they claim in their book.

The Chosen Few is divided into ten chapters, each one dealing with a specific topic: the first one introduces the general theme of the book, and particularly deals with the issue of demography; the second aims at assessing whether or not the Jews were a persecuted minority; the third chapter progresses through a chronological path and deals with the introduction of new rules related to religious literacy as a feature of ancient Judaism; chapter  four is mainly theoretical, whereas chapter five delves into the consequences of literacy from 200-650. The sixth chapter follows up on and analyzes the transformation of Jews from farmers into merchants (750-1150); the seventh deals with migration and the eighth with the key issue of segregation and money-lending (1000-1500); the ninth introduces a lesser-known topic, which is the impact of the Mongol conquest, and finally, the last chapter summarizes the results and offers new insight into future research.

The table of contents clearly reflects major trends in historiography of the latest decades, although both authors address one of the main issues that have been on the agenda of historians and social scientist since the nineteenth century, when historiography on Jews and Judaism developed into a more or less professional discipline. How and why did Jews turn to certain specific professions, namely money-lending, medicine, trade, and a few other specialized urban occupations? The debate over Jews, Judaism and economy is an important part of Western thought, not to mention the very problematic essay composed by Marx on the “Jewish Question”, which fired, along with other writings on religion, the scholarly and public debate on religion and its role in society. These questions reflected a different problem as well, which was related to the process of political emancipation of the Jews in European society. The issue over role of the Jews in the past was twofold, and reflected changes in the process of Jewish integration throughout the nineteenth and early twentieth century. On one hand, supporters of Jewish emancipation suggested that the Jewish economic structure and specialization should also be changed, and that Jews must be permitted to practice professions that they were previously barred from, due to religious hatred. Political emancipation and reforms, like the ones implemented in the Hapsburg Empire, contributed to a great extent in shifting the professional position of the Jews. These achievements and their relatively successful integration into the fabric of modern society incited resentment and new forms of anti-Semitism.

Historians and Jewish historiography in particular underlined how Jews were pushed by legal restrictions and impediments into despised and risky professions, namely to the performance of what was considered “polluted activities.” This was especially true in Christian societies where, though often with a certain ambivalence, some economic activities were forbidden for specific social groups. Authors of The Chosen Few challenge a set of these historical explanations, and expressly claim that they are retroactive historiographical answers that may not be applicable to the history of the Jews in late antiquity and the medieval period. Let us briefly follow the authors on their journey.

The first assumption is that Jews in the ancient world (200b BCE – 200 CE) who lived in Eretz Israel were mainly occupied in agricultural activities. In a time span of a few centuries however, Jews of the Diaspora had dramatically changed their economic and professional position. How had that come into being? The change is particularly indebted to the introduction of a rule that proved to be central, according to Botticini and Eckstein’s account.  It is precisely the rule attributed to Yehoshua ben Gamla, a priest mentioned in the early rabbinic texts, according to which a compulsory obligation to teach Torah to children was enforced as a communal regulation. In comparative terms, this norm was introduced in the background of a religious world that was modeled after the rules of ancient religions, which focused on sacrificial offerings and temple activities, initiation and magic, fasting and prayers.7 Despite their different beliefs and ritual structure, Roman and Greek religions, alongside Zoroastrianism, mysteries religions, Orphic and Dionysian cults, and Mithraism never implemented a law that imposed significant textual knowledge of a written sacred tradition. For historians of religion this is an important innovation indeed, even though the imminent spread of Christianity and Islam would introduce a great number of additional transformations to the religious world of late antiquity.8 We will not discuss the issue extensively; suffice it to note that literacy was not one of the primary interests of other religious groups, which preserved, transmitted and elaborated religious memory in different ways and through other means.

Compulsory Jewish education, the goal of which was primarily religious and not universal, contributed to redefining the borders of Judaism when the “religious market” was fluid and very diverse. In chapter four, the authors apply some known theories based on choice analysis and economic behavior. Moreover, they highlight how a religious system is defined according to its appeal and capability to attract or sustain its members. Religion is one of the many commodities that are available on a relative free market, and it is likely to attract or reject on the basis of its appeal. Men and women will choose according to their expectations and needs. “Religious affiliation typically requires some costly signal of belonging to a club or network,”9 and rabbinic Judaism required literacy and education. According to this norm, Jewish farmers had to send their children to school where the teaching of the Torah was enforced. In other words, it meant they had to invest time and resources in religious literacy, rather than having the help of their children in working the land. Any farming society would be well-acquainted with this problem.

On the basis of this assumption, the authors elaborate a model, which aims to explain the demographic crisis of Judaism between the first and seventh century, and the pattern of conversion. According to the model, the high cost of the norm was likely to drive away Jewish families that were unwilling to receive such low benefits or that were not wealthy enough to support such a request. The idealized Galilean village of around 200 CE, as it is envisioned by the authors, depicts several situations that are likely to provide an explanation for patterns of conversion in late antiquity. The religious farmer, whether wealthy or less so, would perform the norm because the benefits of belonging to the group were higher than the cost of literacy. Yet both the wealthy and the less affluent farmer might also choose to not obey the norm for a number of reasons, and thus would have to accept the social stigma that came with the label of am ha-aretz.10 Ultimately, they might decide to convert and join a different religious group, especially one of the many Christian sects that proliferated in the late antiquity period, and that were quite familiar, particularly those still following certain Jewish rules (as the Ebionites did). Rich and poor were likely to pay the cost of compulsory religious literacy and belong to the group; or, they might avoid the cost and live on the margin of the religious group, ultimately deciding to convert to another religion.

This theory is fascinating and offers new insight into what can be termed self-segregation rules, focusing, in this case for example, on literacy more than the laws of purity. It also provides an explanatory theory for conversion that is applicable to societies that are relatively open and pluralistic in their religious organization. Examples of microhistory, which are not provided for this period, might shed light on the opportunities, constraint and options made available to a small or larger group of Jews. Their choices would be determined by a number of factors that would influence their actions and practice.

The implementation of the rule of religious education spread during the Talmudic period (200-650) when the society of farmers became literate. Talmudic literature, Gaonic responsa and archeological evidence from synagogues indicate a strong emphasis on universal education.

The implementation of rule over education coincides with the demographic decline detected by scholars. Although figures vary, there is a scholarly consensus on the dramatic drop of the Jewish population between the fall of the temple and the end of the Talmudic period. The causes of this decline were usually attributed to the impact of wars, famine, plague and changes in fertility rates. However, Botticini and Eckstein claim that these explanations are not supported by evidence, and the only explanation for the demographic demise of the Jewish population is conversion. As the theory suggests, conversion of Jews to Christianity escalated as a result of religious rules that enforced increased literacy in the framework of a farming society.

In the following centuries major changes took place in the religion and culture of the Jews, and the structure of the Jewish Diaspora was reconfigured. What were the consequences of this process? From chapter six onward, the theory defined in the previous chapters is used to explain the main, though inadvertent, changes in the social structure of Judaism. The world of literate farmers was destined to develop into a world of urban professionals composed of merchants, doctors, craftsmen, and artisans. As a part of the old Diaspora vanished in highly Hellenized areas, a new Diaspora rose in those regions that underwent a religious revolution around the seventh century CE. The majority of Jews now lived in Mesopotamia and Persia, where they slowly abandoned agriculture and moved to villages in order to practice new professions. This transformation reached its apex after the establishment of the Abbasid Empire.11 “This occupational transition took about 150 years: by 900 the overwhelming majority of the Jews in Mesopotamia and Persia were engaged in a wide variety of crafts, trade, moneylending and medicine.”12

The rise of Islam and the establishment of a world-wide, highly urbanized and dynamic empire offered the ideal setting for the benefits enhanced by literacy. The authors claim that, in the changing context of the Muslim caliphate, religious literacy had “spillover effects,” meaning that skills acquired by learning to read and write might improve the ability to count, write contracts and letters, and therefore bolster practices of law-enforcement. The improvement in technology, science and art that accompanied the development of a sophisticated empire contributed to the dissemination of literacy at large, and these main changes in society contributed to reinforcing literacy among Jews. Using ample evidence from the Cairo Geniza and specifically Shelomo Goitein’s research, the authors highlight that literacy was spread among Jewish communities of the Muslim world, where, one should add, seventy percent of Jewry lived.

Following Avner Greif, the authors stress how rabbinic Judaism, with Talmudic and responsa literature, were able to build a system of legal protection which operated as a contract-enforcement mechanism, even in the absence of a state. In this sense, a common language and high literacy contributed to transforming Jewish settlements and their professional landscape radically, prompting a change that, according to Botticini and Eckstein, would continue in the following centuries.

The following chapters are devoted to describing the formation of a voluntary Diaspora, and focus on the rise of Western European Jewry. How did Jews arrive to the Christian countries of Western Europe?

Chapter seven and eight address the question of how the Diaspora came into being, and how Jews willingly moved from different areas – mainly to cities – in search of better social conditions and professional options. The arrival of Jews into the diverse and parceled Christian kingdoms of the Middle Ages suggests that Jews were invited, in small groups, to offer their highly specialized services. A parallel development in the cultural and religious milieu took place in the same period, with the emergence of the great rabbinic centers of France and Ashkenaz that contributed to normalizing support for these new settlements. By the year 1000, charters show that Jews could own land, and were involved in the fields of craft, trade and medicine in general, with highly specialized urban professions. However, money-lending was not a distinctively Jewish occupation. How did Jews become involved in money-lending?

The answer follows the path of argumentation which was set forth earlier. The authors explore different historical explanations, according to which Jews were pushed into money-lending: one suggests that they were thrust into it because of the exclusive membership of Christian guilds (Roth); another one emphasizes persecutions and portable capital as driving forces that produced this professional specialization, and the last explanation is given by Haym Soloveitchik, which regards the laws on buying and selling wine in medieval Europe. Because wine was a profitable commodity, Jewish involvement with this business needed to be formally and legally sanctioned from within the Jewish community. According to Soloveitchik, laws regulating wine trade and consumption were gradually softened by eminent rabbis – particularly Rashi –    and the strict rules that forbade Jews to drink, buy and sell wine produced by Gentiles was slowly lifted.

Botticini and Eckstein offer some historical examples of a Jewish preference for money-lending. Both English and French cases illustrate how Jews became preeminent in money-lending and how later, between the thirteen and the fourteenth century, they were slowly replaced by Christians, especially Lombards and Florentines. Jews were expelled from England in 1290, more than a century after the appearance of ritual murder libels. In France, after reaching a key role in money-lending, Jews were expelled at the end of fourteenth century, and the same pattern is traceable throughout German lands and elsewhere, with the exception of the Italian states and the Iberian Peninsula.

“We show that the entry and then specialization of the Jews in lending money at interest can be explained by their comparative advantage in the four assets that were and still are the pillars of the financial intermediation: capital, networking, literacy and numeracy, and contract enforcement institutions.”13 This is the leitmotif that supports the whole narrative, which is a grand narrative on Judaism: literacy and economic performances. An inadvertent revolution was launched by rabbis in the midst of a great trauma, and with the collapse of the ancient politeia, and through compulsory religious education of male children, a great transformation that would subsequently be well-suited for the social and economic integration in developed empires and economies was triggered. The theory is certainly intriguing and attractive, and at times very convincing. “Lachrymose history” is not part of this story, which instead highlights the positive and creative effort of Judaism in Muslim and Christian lands. Moreover, a number of historical certainties are challenged and a different explanation is offered, on the basis of microanalysis or detailed accounts of historical material. A wide and impressive amount of secondary literature is described and thoroughly discussed, along with a number of primary sources.

Ultimately, as I have already said, the book is both a historical account of Judaism, and a history of the Jews covering a relatively long historical period and which offers a fairly new interpretation through the lens of economic history. Such an undertaking indicates a certain interest in the return of grand narratives, after a period of postmodern historical practices that made a narrative of any kind impossible.

Nevertheless, as with every grand narrative that aims at providing one unique explanation for historical facts, this one provokes a number of questions and possible critical responses. I will mention only three problems that may be of some relevance.

1. First of all, one must recall that the Diaspora did not begin after the fall of Jerusalem, but rather, was a conspicuous and relevant component of ancient Judaism. Jews lived in metropolises, like Rome and Alexandria, and were likely engaged in urban activities. Historiography on Christianity has stressed that Christianity spread first and foremost in the great urban centers of the Roman Empire, although the movement of Jesus was mainly throughout villages. The fascinating theory of conversion offered by the authors is therefore interesting, but needs to be supported by more evidence.

2. Considering the wide scope of the book and the claim to a universal and general explanatory theory of Judaism, some comparison with other similar groups was needed. In which way did Judaism in the Muslim empire differ from Christian minorities, which in turn were endowed with similar trades? How then are Armenians, Greek Orthodox, or various sectarian religious groups to be evaluated when they competed with Jews and performed similar roles?

3. Theory and history are somehow disconnected in this book. The theory the authors offer is applied to very different historical, social and religious contexts. One wonders if the organization of economy in the Muslim empire and the one in Medieval Christian Europe does not bear multiple and dissimilar features, resulting in a perpetually different relationship with Judaism, when not directly influencing it.

Anachronism is generally inevitable, but my impression is that it strikes as too strong an element in this narrative. Is it possible to assume, with the help of economic theory and modeling, that a peasant in the ancient world would behave exactly as a contemporary peasant in a third world country? The long journey back in time requires, among other things, identification with a world that might have been radically different. Moreover, this long journey is often an intricate path into a labyrinth, which the historian is impelled to explore in its multiple directions.

Cristiana Facchini, Alma Mater Studiorum Università di Bologna


[1] Enquête sur l’antisemitisme, ed. Henry Dagan, (Paris: Stock 1899).
[2] See Simone Luzzatto, Scritti politici e filosofici di un ebreo scettico nella Venezia del Seicento, a cura di Giuseppe Veltri (Milan: Bompiani, 2013); Jonathan Karp, The Politics of Jewish Commerce. Economic Thought and Emancipation in Europe, 1638-1848 (Cambridge: Cambridge University Press, 2008).
[3] Max Weber, Ancient Judaism (New York: Free Press, 1952).
[4] I refer, for example, to Catholic scholars who have tried to show how Catholicism fueled economic modernity, following Weber’s path but attempting to amend it. Trevor Roper offered a different interpretation of Weber’s theory, claiming that modernity and capitalism were initiated by merchant communities who practiced a form of “erasmianism.” Sombart opposed his interpretation of capitalism as a byproduct of Judaism, although with an anti-Semitic twist.
[5] Yuri Slezkine, The Jewish Century (Princeton – Oxford: Princeton University Press,  2004); Francesca Trivellato, The Familiarity of Strangers: The Sephardic Diaspora, Livorno, and Cross-cultural Trade in the Early Modern Period (New Haven: Yale University Press, 2009).
[6] For a more complex view on minorities and port-cities see: Tullia Catalan, “The Ambivalence of a Port-City. The Jews of Trieste from the 19th to the 20th Century,” Quest. Issues in Contemporary Jewish History 2/2011: 69-98.
[7] These ritual settings relating to different religious systems appeared in the ancient world (chap. 3).
[8] For a brief introduction to these themes: Guy G. Stroumsa, The End of Sacrifice: Religious Transformations of Late Antiquity (Chicago: Chicago University Press, 2009).
[9] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, pos. 2334.
[10] There is a lot of literature on ammei ha-aretz, “people of the land.” Botticini and Eckstein affirm that they are those people/Jews unwilling to perform the norm of learning the Torah.
[11] Botticini, Eckstein, The Chosen Few, Chapter 5.
[12] Chapter 5, pos. 3326.
[13] Chapter 8, pos. 6131.
Voir également:

The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492
By Maristella Botticini and Zvi Eckstein
Princeton University Press, 323 pages, $39.50

What if most of what we thought we know about the history of the Jewish people between the destruction of the Second Temple and the Spanish Expulsion is wrong? This intriguing premise informs The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492, an ambitious new book by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein.

Seventy-five years after historian Salo Baron first warned against reducing the Jewish past to “a history of suffering and scholarship,” most of us continue to view medieval Jewish history in this vein. “Surely, it is time to break with the lachrymose theory of pre-Revolutionary woe, and to adopt a view more in accord with historic truth,” Baron implored at the end of his 1928 Menorah Journal article “Ghetto and Emancipation: Shall We Revise the Traditional View?”

Botticini and Eckstein could not agree more, and in the book they systematically dismantle much of the conventional wisdom about medieval Jewish history. For example, they explore how the scattered nature of the Jewish Diaspora was driven primarily by the search for economic opportunity rather than by relentless persecution. They also demonstrate that war-related massacres only account for a fraction of the Jewish population declines from 70 to 700 C.E. and from 1250 to 1400 C.E., and cast serious doubt on the theory that widespread conversion to Christianity and Islam during these periods was motivated primarily by anti-Jewish discrimination. Likewise, they show that restrictions on Jewish land ownership and membership in craft guilds in Christian Europe — factors that are often cited to explain medieval Jews’ proclivity for trade and moneylending — postdated by centuries the Jews’ occupational shift from agriculture to commerce.

The authors are hardly alone among scholars in advancing their case. But in consolidating a vast secondary literature into a concise and compelling argument, they provide a commendable service. Their demolition job is not an end in itself, however. Rather, it affords them with an opportunity to advance their own unifying theory of Jewish history to fill the explanatory void.

As the subtitle of their book suggests, the authors look to education to explain the across-the-board transformation of Jewish life in the first 15 centuries of the Common Era. Specifically, they zero in on the rabbinic injunction that required fathers to teach their sons how to read and study the Torah.

Literacy, they argue, was the engine that drove the train of Jewish history. It facilitated the economic transformation of the Jews from farmers to craftsmen, merchants and financiers. It encouraged their mobility, as they went in search of locations that presented the prospect of profitability. It determined their migration patterns, specifically their congregation in bustling city centers throughout the Muslim world, where they were able to thrive in myriad urban occupations such as banking, cattle dealing, wine selling, textile manufacturing, shopkeeping and medicine.

It also explained their scattered settlement in scores of small communities throughout Christian Europe, where the demand for skilled occupations was far more limited. It was even indirectly responsible for Jewish population decline. Botticini and Eckstein suggest that illiterates were regarded as outcasts in Jewish society and that a substantial percentage chose to escape denigration and social ostracism by embracing Christianity and Islam, where illiteracy remained the norm.

Once the occupational and residential transformation from farming was complete, the authors argue, there was no going back. Jews paid a high premium for their literate society. Jewish cultural norms required the maintenance of synagogues and schools, and presumed that families would forgo years of their sons’ potential earnings to keep them in school. When urban economies collapsed, as they did in Mesopotamia and Persia as a result of the Mongol conquest, the practice of Judaism became untenable, and the result was widespread defection through conversion to Islam. Accordingly, the Jews became “a small population of highly literate people, who continued to search for opportunities to reap returns from their investment in literacy.” And thus they remained up to the present day.

Botticini and Eckstein’s argument seems tailor-made for the present American environment of stagnant, if not declining, economic resources. In an age where steep day school tuition has (unintentionally) become a form of birth control in modern Orthodox circles and contributed to sluggish enrollment rates among the non-Orthodox, Jewish practice is once again in danger of becoming unsustainable. American Jewish assimilation is often understood as a function of Jewish apathy, but perhaps part of the problem is that Judaism is pricing itself out of the market.

The authors’ theory may leave some a little queasy, including those who have rationalized the Jewish proclivity for moneylending in medieval England, France and Germany as a logical response to antagonistic authorities who systematically cut them off from other avenues of economic opportunity. Many of these same defenders of Jewish honor have been quick to insist that nothing particular to Judaism itself promoted moneylending.

Botticini and Eckstein have little patience for this sort of apologetics. On the contrary, they insist, Jews were naturally attracted to moneylending because it was lucrative and because they possessed four significant cultural and social advantages that predisposed their success. First and foremost was rabbinic Judaism’s emphasis on education; literacy and numeracy were prerequisite skills for moneylending.

Jews were also able to rely on other built-in advantages, including significant capital, extensive kinship networks, and rabbinic courts and charters that provided legal enforcement and arbitration mechanisms in the cases of defaults and disputes. The authors add that while maltreatment, discriminatory laws and expulsions were frequently motivated by the prevalence of Jews in moneylending, they played little or no role in promoting this occupational specialization.

The relevance of cultural determinism is the subject of vigorous debate in intellectual circles, as evidenced by the recent brouhaha over Republican presidential candidate Mitt Romney’s remarks about the differences in wealth between Israel and the Palestinian territories being the result of cultural differences. Most scholars would probably dismiss Romney’s argument as “dangerously out of date,” as Jared Diamond recently wrote in The New York Times. At the same time, Diamond and others warn against mono-causal explanations for socioeconomic historical trends, and such concern is warranted for “The Chosen Few” as well.

Of particular concern is the relative paucity of evidence that Botticini and Eckstein marshal for their literacy argument. Talmudic pronouncements on the importance of education can easily, and inaccurately, be read as descriptive rather than prescriptive, and the authors arguably overestimate the influence of the rabbis on the behaviors and self-definition of the Jewish masses.

They seem to be on firmer ground once they have recourse to the variegated documents in the Cairo Genizah, but they devote almost no attention to Jewish educational trends in Christian Europe. They also have little to say on the extent to which instruction in arithmetic and the lingua franca supplemented a school curriculum designed to promote facility in reading and interpreting Hebrew and Aramaic holy books. Instruction in these areas would have a direct impact on the Jews’ ability to function in an urban economy. Undoubtedly, Jewish school attendance rates and curricular norms varied by location and over time.

To be fair, the history of Jewish education remains an understudied subject, leaving Botticini and Eckstein relatively few secondary sources from which to draw evidence. One can say that their economic theory is plausible, particularly if it is advanced in conjunction with other factors.

But the jury must remain out in the absence of more conclusive hard evidence. Hopefully, the fascinating and elegant argument set forth in “The Chosen Few” will encourage historians to interrogate literary sources and archaeological evidence in search of a clearer picture about Jewish educational norms, Jewish literacy and its impact on the demographics and socioeconomic trajectory of Jewish life in the Middle Ages.

Jonathan B. Krasner is Associate Professor of the American Jewish Experience at Hebrew Union College – Jewish Institute of Religion, in New York.

 Voir encore:

TROUBLESOME INDEED: JEWS, GENES & INTELLIGENCE
Paul S. Appelbaum, Diana Muir Appelbaum

GeneWatch 27-2
May-July 2014
Jews play a disproportionate role in A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, an extended argument by Nicholas Wade for the impact on modern life of genetic differences among races. Why are Jews so important to the story? Because, well, says Wade, Jews are such a really smart race. Of course, there’s an irony here. The last time genes were used to explain why some whole peoples prosper and others don’t – during the Progressive Era’s eugenics movement – Jews were held up as a people of innately low physical, moral, and intellectual capacity. Now, Wade and others tell us that Jews are endowed by evolution with superior verbal and mathematical ability (albeit not spatial intelligence; in Wade’s view, Jews stopped hunting so long ago that Jewish genes can’t find their way out of a paper bag).

Wade, a respected science writer, casts himself as a new Darwin, announcing that « human evolution has been recent, copious and regional. » He points out that natural selection for certain genes has enabled human groups in the Himalayas, Andes and the Ethiopian plateau to evolve capacities to thrive at high altitudes. Moreover, other genetically transmitted traits, such as the ability to tolerate the lactose in cow’s milk, have spread across geographic regions. So far, so good, but note that this is pretty much as far as the really solid evidence for recent, regional human evolution goes.

Wade is after bigger game. He wants to argue that events like the bifurcation of the world into farmers and hunter-gatherers, which began about 10,000 B.C.E., or the « rabbinical requirement for universal male literacy » may have produced genetic adaptations favoring specific kinds of social and emotional intelligence within particular ethnic or racial groups. And for Wade that includes « a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[1]

Operating on a global scale, Wade argues that the regional (or if you prefer, racial) evolution of mental capacities can answer such big questions as: Why is European civilization more prosperous than other cultures?  Max Weber fingered the Protestant Ethic as the cause, while Jared Diamond argued for environment in Guns, Germs and Steel.  Wade relies on the thesis of a remarkable 2007 book by economic historian Gregory Clark, A Farewell to Alms: A Brief Economic History of the World, which was reviewed for the New York Times by… Nicholas Wade. Clark suggested that the Industrial Revolution happened when « [t]hrift, prudence, negotiation and hard work were becoming values for communities that previously had been spendthrift, impulsive, violent and leisure loving. » Then he startled the academic world by proposing a novel causative mechanism for this shift.

Clark proposes that most English girls from successful families married men less prosperous than their fathers, and that these children of prosperity out-reproduced the offspring of the poor, giving England bumper crops of penniless youth endowed with the virtues that created the industrial revolution. Clark acknowledges that this was a cultural phenomenon – modestly fixed parents taught their children the virtues that had made grandpapa rich – but he argues that an overlooked key to success lay in upscale genes.

Reviewers asked for evidence, and Clark produces it in a new book, The Son Also Rises, in which a multi-lingual phalanx of research assistants mine a diverse array of data seeking out peculiar surnames. It turns out that everyone from banking moguls to registered paupers can bear surnames shared by a mere handful of people. By tracing rare surnames over time, Clark demonstrates that when a man with an odd surname owned substantial property in England in the 1300s, or was a Swedish intellectual in the 1600s, or passed the Imperial Chinese examinations to become a Mandarin during the Song Dynasty, people with that surname were more successful than average for the next 400 or even 1,000 years.

Clark finds more social mobility in the 1400s than you probably imagine, and less today than you probably wish.  Accomplishment, he thinks, runs in families, and high status « is actually genetically determined. »[2] Whether he proves his case is a different matter.

After all, the child of successful parents is likely to be taught real skills, such as good grammar, vocabulary, and a « proper » accent, and he or she may also benefit from ineffable advantages. Given that even in egalitarian Sweden, people from old families with aristocratic names like Rosenkrantz and Guildenstern or Latin ones like Linnaeus do better than Swedes with « peasant » names like Johnsson, it could be that just having an impressive surname contributes to success. Moreover, a growing body of data supports the idea that success is largely dependent on believing that success is possible. Amy Chua and Jeff Rubenfeld tap into something like this in The Triple Package: How Three Unlikely Traits Explain the Rise and Fall of Cultural Groups in America, proposing that a sort of superiority complex accounts in part for the success of certain immigrant groups, including Jews and Chinese.

But Nicholas Wade’s just-so story about Ashkenazi success relies on a bold 2012 book, The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by economists Maristella Botticini and Zvi Eckstein. Here he finds evidence that Jews « adapted genetically to a way of life that requires higher than usual cognitive capacity, » representing « a striking example of natural selection’s ability to change a human population in just a few centuries. »[3]

Botticini and Eckstein argue that most ancient Jews were farmers who did not need literacy to earn a living.  When Judaism re-formed around text study following the destruction of the Temple in 70 C.E., parents were forced to pay school fees if they wanted their children to stay Jewish.  According to Botticini and Eckstein, over the next six centuries the Jewish population plummeted from 5.5 to 1.2 million because only boys from families with an unusual degree of commitment, or those whose sons had the brains and diligence to pore over legal texts, paid to send their children to school. Everyone else converted to Christianity, a dramatic selection event that Wade describes as possibly « the first step toward a genetic enhancement of Jewish cognitive capacity. »[4] And so it might be if there were evidence that it happened – and if there actually is a gene for diligence.

It is not clear why we should assume that families with « low-ability sons » converted to Christianity while those with « smart and diligent » sons paid for an expensive Torah education not calculated to lead to a high-earning career.[5] Why not assume that parents of smart and diligent sons would have improved their prospects by converting (see late 19th-century Germany, for example), or by having them taught Greek or Latin?  After all, that is what almost everybody else in the Roman Empire did. The first and second centuries teemed with now-forgotten religions: the cult of Isis, the Dionysian Mysteries and Mithraism were wildly popular and growing fast. The real question is why a million or so Jews remained Jewish in a late Roman world where persecution of non-Christians and the advantages of joining the new imperial church drove other, more popular religions to extinction?

Botticini and Eckstein support their model with « archaeological discoveries that document the timing of the construction of synagogues » in which children could be educated. They explain that « the earliest archaeological evidence of the existence of a synagogue in the Land of Israel » dates to the mid-1st century C.E.[6] This is an enormous misstatement of fact. A number of pre-destruction Palestinian synagogues have been identified, the earliest uncovered so far, in Modi’in, dating to the early 2nd or late 3rd century B.C.E.

Which brings us to the question of whether Botticini and Eckstein’s selection event ever occurred.  Some numbers cited by Botticini and Eckstein are just plain wrong.  For example, they summarize the findings of ancient historians Seth Schwartz and Gildas Hamel, and of archaeologist Magen Broshi, as « the Land of Israel hosting no more than 1 million Jews. »[7] Schwartz actually wrote: « Palestine reached its maximum sustainable pre-modern population of approximately one million in the middle of the first century. Probably about half of this population was Jewish. »  Thus, Botticini and Eckstein miscite Schwartz’s « about half of » for a population of one million Jews.  They then guess that there were, in fact, 2.5 million Jews in Israel.

There are no accurate counts of ancient Jewry. Estimates that no more than 1 million people could have lived in the Land of Israel in the first century were derived from arable acreage and crop yields. And there is no evidence suggesting that ancient Israel had the capacity to import the gargantuan volumes of falafel mix that would have been required to feed a population of over a million.  (Rome imported wheat on that scale; Israel didn’t.) Botticini and Eckstein choose, without offering a rationale, one contemporary demographer’s « cautiously » offered estimate of 4.5 million Jews total in the ancient world. Then they blithely add up to a million more Jews, to reach their 5 – 5.5 million number. But graphing an unsubstantiated number, as they do, does not make the number accurate.

If we accept more conservative estimates of 2 or even 2.5 million Jews worldwide before the year 70, loss of a million or so during and after the brutal Roman-Jewish Wars, when it is assumed that many Greek- and Latin-speaking God-fearers fell away from Judaism, is not surprising.  Judged by the evidence they provide, Botticini and Clark’s elegant model in which the choices of ancient Jewish farmers facing high tuition bills produced a dramatic selection event doesn’t hold water.

But Wade is a man in search of data to support his theory of recent, regional evolution.  Ashkenazi Jews are among the most intensively studied of ethnic genetic clusters, and he tracks them down the Rhine Valley like a bloodhound. The Ashkenazi Jewish community was founded by a mere handful of Jews living along the Rhine about a thousand years ago, and founder effects can be genetically powerful.  It is not absurd to regard Ashkenazim as a large cousinhood – something like the Darwins and Wedgwoods, two intertwined families that have produced generation after generation of accomplished offspring.  Because the number of founders was so small, and Jews married one another, genetic characteristics could have been amplified within the community.

However, Clark does not flag the founder effect as the cause of Ashkenazi success. He posits a centuries-long selection, beginning as described by Botticini and Eckstein and continuing because only the successful could afford to pay the punitive taxes imposed on Jews by Muslim and Christian governments. « There must have been some selection based on talent. »[8]

Perhaps there was.  The actual evidence, however, is spotty, and the sources for the event provided by Botticini and Eckstein are sometimes downright creepy.  Botticini and Eckstein support their hypothesis with the information, repeated by Clark that, « passages by early Christian writers and Church Fathers indicate that most Jewish converts to Christianity were illiterate and poor. »[9] This information, however, is cited to outdated work by Adolf von Harnack, turn-of-the-century German theologian whose anti-Judaism prepared the way for Nazi anti-Semitism and who, as President of the Kaiser Wilhelm Society, created the infamous Institute for Anthropology, Human Heredity and Eugenics.

There are good reasons to be suspicious of arguments suggesting powerful selection effects over brief time frames for cognitive abilities. To be sure, intelligence – at least the form most frequently measured by psychologists – has a clear genetic component. But years of research have failed to identify any genes that account for this effect. The dominant explanation is that intelligence, like height, may be determined by the cumulative effect of scores, perhaps hundreds of genes, each of which makes an incremental contribution to cognitive ability. To further complicate things, those genes may interact to amplify or negate their influences on intelligence, and it is certain that environment plays a key role. Indeed, recent evidence indicates that genetic effects on intelligence are stronger in high socioeconomic circumstances, which presumably allow maximization of individual potential, but fade away in poor families.

With scores of genes likely involved, most distributed widely in the population, selection for or against particular genes becomes more difficult and time-consuming. The rapid selection event on which Wade (following Botticini and Eckstein) relies hence strains credulity from a biological perspective. Although some guesses about how the Jews got their disproportionate share of Nobel prizes put forward in these books could be right (after all, it’s awfully hard to disprove an untestable theory), there is very little evidence to support them and good reasons to doubt their validity.

Diana Muir Appelbaum is an author and historian.

Paul S. Appelbaum is Dollard Professor of Psychiatry, Medicine & Law at Columbia University, where he directs a center on the ethical, legal and social implications of advances in genetics.

ENDNOTES

1. A Troublesome Inheritance: Genes, Race and Human History, by Nicholas Wade, Penguin Press, 2014, p. 212.

2. The Son Also Rises: Surnames and the History of Social Mobility, by Gregory Clark, Princeton University Press, 2014, p. 281.

3. The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, by Maristella Botticini and Zvi Eckstein, Princeton University Press, 2012, p. 199.

4. Wade, p. 211.

5. Botticini and Eckstein, p. 93 and p. 82.

6. Ibid., p. 103-4.

7. Ibid., p. 274.

8. Clark, p. 230.

9. Ibid., p. 231.

Voir de plus:

 10/07/2013
David Mamet writes that there are two kinds of places in the world: places where Jews cannot go, and places where Jews cannot stay.

So how exactly have the Jews survived?

According Maristella Botticini and Zvi Eckstein, authors of The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History, 70-1492 (Princeton University Press, 2012), the answer has as much to do with economics as with spirituality.

Five major events rocked the Jewish world during those 1,422 years: the destruction of the Second Temple, the rise of Christianity; the birth of Islam; birth of modern Christian Europe; and the Mongol invasion. Since Jews who aren’t university professors (and there are some) often view events through a lens of “Is this good or bad for the Jews?” I’ll summarize the authors’ findings in that manner.

Destruction of the Temple and the rise of Christianity—bad for the Jews. After the year 70, the priests who ran the Temple were no longer in the ascendency, yielding power to the Jewish rabbis and scholars who ultimately wrote the Talmud over the next few centuries. Most Jews (and most of everyone else) were farmers back then. After the destruction of the Temple, the worldwide Jewish population dwindled not just because of war and massacre, but because of economics.
If you were devout and wealthy, you were likely to pay for your sons’ Jewish education.

If you were spiritual but didn’t have much money, you became a Christian or joined one of the other popular groups that didn’t require an expensive Jewish education. What good is a son who can read the Torah if you just want him to help harvest pomegranates? So economics dictated who stayed and who strayed.

The rise of the Islamic empire: surprisingly, good for the Jews.

When Muhammad appeared in the seventh century, Jews began to move from farms into new Moslem-built cities including Baghdad and Damascus. There they went into trades that proved far more lucrative than farming, most notably international trade and money lending. In those arenas, Jews had enormous advantages: universal literacy; a common language and religious culture; and the ability to have contracts enforced, even from a distance of thousands of miles.

The Moslem world then stretched from the Spain and Portugal to halfway across Asia. Anywhere in the Arab ambit, Jews could move, trade, or relocate freely and benefit from their extensive religious and family networks. According to thousand-year-old documents found in the Cairo Genizah, business documents linking Jewish traders across the Arab world would have Jewish court decisions written on the back. So Jews could send money or goods thousands of miles, certain their investments would be safe.

European Christianity from the year 1,000: not so good for the Jews.

If Islamic culture offered Jews a warm welcome, Western Europe was a mixed blessing.

Seemingly every few dozen miles in Western Europe, a different prince or king was in charge, with different laws, different requirements for citizenship, and different attitudes about the Jews. Some places were extremely welcoming of Jews; others less so. Monarchs might boot out their Jewish populations in hard economic times, so that Gentile citizens wouldn’t have to repay their loans, only to welcome them back when the economy improved.

Contrary to common belief, Botticini and Eckstein write, Jews weren’t forced into money lending because they were forced out of guilds. Under Muslim and Christian rule alike, Jews went into finance centuries before the guilds were even founded. In other words, Jews chose careers in finance the same way the best and the brightest in modern American culture head for Wall Street and business school.

Western Europe, therefore, was a mixed blessing for the Jews. On the upside, they could do business, live their Jewish lives, and establish some of the finest Talmudic academies in Jewish history. Alas, Jews were also subject to massacres and expulsions, which happened with terrifying regularity across the centuries, culminating in the Spanish Inquisition of 1492.

Meanwhile, back in the Middle East: the thirteenth-century Mongol invasion: bad for the Jews. Oh, really, really bad for the Jews.

The relative freedom and safety the Jews enjoyed under Muslim rule came to an abrupt halt in the early 13th century, when Genghis Khan and his marauders attacked and leveled most of urban civilization that the Moslems had so painstakingly built up over the centuries.

With the destruction of cities and urban institutions, those Jews fortunate enough to survive the Mongol invasion had no option other than going back to farming. Some stayed; some converted to Islam. So the numbers of Jews in formerly Arab lands would remain low for hundreds of years, until all traces of Mongol civilization were wiped out and the world began to rebuild.

The poet Ogden Nash once wrote, “How odd of God/To choose the Jews.” If you’ve ever wondered how the Chosen People survived the vagaries of history, reading The Chosen Few will give you answers you cannot find anywhere else.

Voir enfin:

Authors examine education’s impact on Jewish history

August 8, 2014

Why has education been so important to the Jewish people?

Author Maristella Botticini says a unique religious norm enacted within Judaism two millennia ago made male literacy universal among Jews many centuries earlier than it was universal for the rest of the world’s population.

“Wherever and whenever Jews lived among a population of mostly unschooled people, they had a comparative advantage,” Botticini tells JNS.org. “They could read and write contracts, business letters, and account books using a common [Hebrew] alphabet while learning the local languages of the different places they dwelled. These skills became valuable in the urban and commercially oriented economy that developed under Muslim rule in the area from the Iberian Peninsula to the Middle East.”

Emphasizing literacy over time set Jews up for economic success, say Botticini and Zvi Eckstein, authors of the 2012 book “The Chosen Few: How Education Shaped Jewish History.”

An economic historian, Botticini earned a B.A. in Economics from Università Bocconi in Milan and a Ph.D. in Economics from Northwestern University. After working at Boston University, she returned to Italy and works at her alma mater. An economist, Eckstein received his B.A. from Tel Aviv University and his Ph.D. from the University of Minnesota. He spent five years as the Bank of Israel’s deputy governor, and is now dean of the School of Economics at the Interdisciplinary Center in Herzylia.

In their book, which they describe as a reinterpretation of Jewish social and economic history from the years 70 to 1492 A.D., Botticini and Eckstein say that Jews over those years became “the chosen few”—a demographically small population of individuals living in hundreds of locations across the globe and specializing in the most skilled and urban occupations. These occupations benefit from literacy and education.

“Our book begins with the profound and well-documented transformation of the Jewish religion after the destruction of the Second Temple in 70 [AD] at the end of the first Jewish-Roman war,” Eckstein tells JNS.org. “Judaism permanently lost one of its two pillars—the Temple in Jerusalem—and consequently the religious leadership shifted from the high priests, who were in charge of the Temple service, to the rabbis and scholars, who had always considered the study of the Torah, the other pillar of Judaism, the paramount duty of any Jewish individual.”

The Jews’ new religious leadership set their people on a path to become “a literate religion, which required every Jewish man to read and study the Torah and every father to send his sons to a primary or synagogue school to learn to do the same,” says Eckstein.

From an economic point of view, the authors write, it was costly for Jewish farmers living in a subsistence agrarian society to invest a significant amount of their income on the rabbis’ imposed literacy requirement. A predominantly agrarian economy had little use for educated people. Consequently, a proportion of Jewish farmers opted not to invest in their sons’ religious education and instead converted to other religions, such as Christianity, which did not impose this norm on its followers.

“During this Talmudic period (3rd-6th centuries), just as the Jewish population became increasingly literate, it kept shrinking through conversions, as well as war-related deaths and general population decline,” Botticini tells JNS.org. “This threatened the existence of the large Jewish community in Eretz Israel (the land of Israel) and in other places where sizable Jewish communities had existed in antiquity, such as North Africa, Syria, Lebanon, Asia Minor, the Balkans, and Western Europe. By the 7th century, the demographic and intellectual center of Jewish life had moved from Eretz Israel to Mesopotamia, where roughly 75 percent of world Jewry now lived.”

Like almost everywhere else in the world, Mesopotamia had an agriculture-based economy, but that changed with the rise of Islam during the 7th century and the consequent Muslim conquests under the caliphs in the following two centuries. Their establishment of a vast empire stretching from the Iberian Peninsula to India led to a vast urbanization and the growth of manufacture and trade in the Middle East; the introduction of new technologies; the development of new industries that produced a wide array of goods; the expansion of local trade and long-distance commerce; and the growth of new cities.

“These developments in Mesopotamia increased the demand for literate and educated people—the very skills Jews had acquired as a spillover effect of their religious heritage of study,” Eckstein says.

Between 750 and 900, almost all Jews in Mesopotamia and Persia—nearly 75 percent of world Jewry—left agriculture and moved to the cities and towns of the newly established Abbasid Empire to engage in skilled occupations. Many also migrated to Yemen, Syria, Egypt, and the Maghreb; to, from, and within the Byzantine Empire; and later to Christian Europe in search of business opportunities.

“Once the Jews were engaged in these skilled and urban occupations, they rarely converted to other religions, and hence, the Jewish population remained stable or grew between the 8th and the 13th centuries,” Botticini says.

The book does not whitewash the persecution that took place during the 15 centuries of Jewish history it examines, Eckstein says.

“When [persecution of Jews] happened, we record [it] in our book,” he says. “[But] what we say is something different. There were times and locations in which legal or economic restrictions on Jews did not exist. Not because we say so, but because it is amply documented by many historians. Jews could own land and be farmers in the Umayyad and Abbasid Muslim empire. The same is true in early medieval Europe. If these restrictions did not exist in the locations and time period we cover, they cannot explain why the Jews left agriculture and entered trade, finance, medicine. There must have been some other factor that led the Jews to become the people they are today. In ‘The Chosen Few’ we propose an alternative hypothesis and we then verify whether this hypothesis is consistent with the historical evidence.”

Botticini says the key message of the book “is that even in very poor communities or countries, individuals and families should invest in education and human capital even when it is costly and it seems to bring no economic returns in the short-run.”

“Education and human capital endow those individuals and those communities that invest in them with skills and a comparative advantage that pays off and can bring economic well-being and intellectual achievements in many dimensions,” she says.

“A motto in which we strongly believe [is] go to the local public library and borrow a book and read it,” adds Botticini. “Even when you end up disagreeing with or not liking a book, it is never a waste of time reading a book. Reading and studying are precious gifts. This is the bottom line message of ‘The Chosen Few.’”

Christophe Lebold, une vie de Léonard…

Salon littéraire

Maître de conférences à l’Université de Strasbourg et metteur en scène de théâtre, Christophe Lebold a une autre corde vibrante à son arc zen : il est l’auteur d’une somme monumentale consacrée à Leonard Cohen.

En janvier 2012, un poète de soixante-dix-huit ans sortait de sa retraite et renouait avec une renommée internationale de rock star distraitement abandonnée au seuil d’un monastère zen : serial séducteur notoire vivant en ermite et « chanteur sans voix » réputé plutôt « déprimant », l’immense Leonard Cohen venait de publier un nouvel album haut de gamme nourri de poésie délicatement ciselée et de grâce, Old Ideas. Un retour en majesté qui fait passer sur le monde, une fois encore, en sombres mélopées infiniment hypnotiques, comme un frisson de beauté – celle-là même que toute sa vie il a cherché à voir de près, jusqu’à s’y brûler parfois sans pour autant être carbonisé…

Broyer du noir pour faire advenir la lumière ?

Leonard Cohen a son biographe à Strasbourg. Un de plus ? Le 15 mai dernier, Christophe Lebold proposait à l’auditorium de l’espace culturel de Vendenheim une soirée autour du film d’Armelle Brusq. La documentariste brosse une manière de portrait intimiste du célébrissime auteur-compositeur et chanteur canadien (dont chacune des chansons depuis 1967 est devenue un grand « classique ») suspendu entre la discipline de son monastère zen et l’appel obsédant d’une œuvre à accomplir encore – serait-ce pour de pressantes raisons fiscales…

Auteur de la dernière biographie en date de Leonard Cohen, la plus complète aussi, Christophe Lebold confie les raisons d’une attirance pour un pessimiste radical réputé « déprimant » dont l’œuvre se veut un « manuel pour vivre avec la défaite » : « Léonard Cohen a changé fondamentalement quelque chose à ma manière de voir le monde et de vivre. Ses chansons, sa poésie et ses romans m’accompagnent depuis vingt ans. Il nous révèle que la noirceur est au centre du processus de création. Il se fait alchimiste pour nous apprendre à changer le noir en lumière. Broyer du noir pour faire advenir la lumière… C’est ce qu’il nous rappelle : si nos cœurs semblent destinés à être brisés, c’est parce la lumière du monde ne peut entrer que par cette brisure… ».

 L’amour libérateur

Le père de Christophe Lebold était un cheminot voyageur passionné de rock et de littérature fantastique. L’année de la naissance de son fils, il achète New skin for the old ceremony, le dernier album du poète-crooner canadien qui venait de sortir. L’enfance du petit Chris se passe à La Walck-Pfaffenhoffen, chez ses grands-parents dans une plénitude semi-bucolique baignée par les mélodies envoûtantes de Leonard, ses inflexions de poésie véritable et ses colonnes de mots envoyées vers le ciel : « J’ai ressenti très tôt tout le pouvoir de la musique des mots et l’attrait pour le Verbe, bien avant d’avoir le vocabulaire pour le formuler : le langage a une capacité à illuminer nos vies. J’ai perçu très tôt un appel dans son œuvre, qui me ramenait au plus profond de moi-même. Mais c’est à l’âge de quatorze ans, au collège, que je me suis véritablement immergé dans l’œuvre de Leonard, en étudiant l’anglais. Depuis, ça ne m’a plus jamais quitté. D’abord, c’est une voix de plus en plus grave et caverneuse au fil de ses douze albums qui dépose des prières pleines d’humour noir, d’abord sur un rock acoustique épuré puis sur fond de synthétiseurs. Immédiatement, j’ai su que lorsqu’il serait question d’écrire sur quelqu’un ou de faire des recherches approfondies, ce serait sur lui et personne d’autre…».

Après avoir succombé à une irrésistible attirance pour la littérature dite « classique » puis russe et japonaise ainsi que pour les mystiques rhénans, Christopher Lebold voyage beaucoup (en train…) et se découvre cet autre point commun avec ce Léonard Cohen dont l’immense ombre poétique s’étend sur lui depuis sa naissance : « C’est un grand arpenteur de villes, un mélange de juif errant et de passant baudelairien, un artiste du passage qui réintroduit de la légèreté et un passeur de lumière… ».

Différents stades de gravité jusqu’à cette ardente profondeur…

En 1995, le magazine Les Inkorruptibles consacrait (après bien d’autres…) sa Une à Léonard Cohen : le journaliste Gilles Tordjman l’avait visité dans son monastère zen sur le Mount Baldy (le « mont chauve » en Californie) pour nous le révéler en « guerrier de la spiritualité » voire comme « l’un des derniers grands mystiques de notre époque ».

Son nom ne signifie-t-il pas « prêtre » en hébreu ? Leonard n’était pas né pour la futilité mais pour la lutte avec l’ange ou l’abîme – et pour nous apprendre à jouer de tous les registres de la gravité comme le rappelle son biographe enthousiaste : « Il a réinventé des figures très anciennes dans le rock : celle du grand prêtre juif, sa fonction sacerdotale, ainsi que celle du poète mystique et du troubadour – bref, tous les registres de la vie du cœur… Son rock  est précis tant dans les textes que les sons, avec sa voix monocorde qui entre en résonance avec de petites valses obscures et des chœurs angéliques. Vingt ans après, il transforme le crooner en figure spirituelle et toujours nous reconnecte à ce que nous avons de plus profond : le cœur…Il a un talent naturel pour la gravité, il utilise cette disposition fondamentale (physique par sa voix grave, culturelle par son nom et psychologique (ses tendances à tutoyer les abîmes de la dépression). Il voit les corps tomber dans un monde soumis aux lois de la gravité, il est dans le jeu avec la gravité et nous donne des armes spirituelles avec son pouvoir de changer une chose en son contraire, une charge lourde en légèreté. Ce visionnaire de la gravité sait utiliser le pessimisme pour nous rendre plus vivants et plus joyeux...».

 Dans les concerts de ce grand initié, dit-on, il se fait un tel silence que l’on entendrait « une métaphore tomber » – l’on y sent même s’ouvrir, à la manière d’une fleur japonaise dans l’eau, quelque chose comme une ardente profondeur…

Convertir le monde à Leonard ?

En 1997, Christophe Lebold fait un mémoire de master sur Beautiful Loosers (Les Perdants magnifiques), le second roman de Léonard Cohen, « écrit sous acide » sur l’île d’Hydra et paru en 1966.

Un septennat plus tard, alors qu’il est attaché temporaire d’enseignement et de recherche, il soutient sa thèse intitulée Ecritures, masques et voix pour une poétique des chansons de Léonard Cohen et de Bob Dylan. La différence entre ces deux créateurs ? « Chez Dylan, il y a profusion du langage alors qu’il cinq ans de réécriture à Cohen pour enlever tout ce qui n’est pas nécessaire… ».

Maître de conférences depuis 2005, il enseigne la littérature américaine et anime un cours consacré à la poétique des singer-songwriters. Il confie le tiercé gagnant des œuvres du Canadien errant qu’il préfère : « Avec Songs of Léonard Cohen (1967), I am your man (1988) et Ten new songs (2001), on a les trois versions de Cohen : le troubadour, le crooner et le maitre zen. Et on a ses trois formes de gravité : celle du poète, noire et désespérée, puis celle, ironique et sismique portée par cette voix grave qui fait trembler le monde et, enfin, à partir de 2000, cette gravité aérienne d’un maître zen angélique qui nous instruit sur notre lumière cachée. Avec ces trois albums, on peut convertir tout le monde à Léonard Cohen… ». Sa chanson préférée ? « Ce serait Everybody knows (1988) qui sonne comme une lamentation de Jérémie sur l’état du monde, avec l’ironie d’un crooner postmoderne »…

A ce jour, le créateur de Suzanne (1967) a publié douze albums – mais il y a aussi ceux tirés de ses huit tournées mondiales, sans oublier ses deux romans et ses neuf recueils de poèmes depuis Let Us Compare Mythologies paru en 1956.

Si Christophe Lebold dévore les grandes œuvres de la littérature mondiale (notamment Proust et Dostoïevski, des « révélations absolues »), il ne franchit pas pour autant le pas vers l’écriture personnelle et fait l’acteur au sein de la compagnie de théâtre La compagnie des gens : « Je n’ai pas ressenti l’appel de la page blanche comme absolu : cela m’amuse plus de dire des textes sur scène…La vie du perfectionniste Leonard capable de réécrire ses chansons vingt ans après me montre à quel point l’écriture est un travail de chiffonnier… ».

En mai 2013 et 2014, la troupe a donné des représentations du spectacle Saint François d’Assise, paroles d’oiseaux, de saints et de fous – qui doit beaucoup aux textes d’un autre troubadour de chevet de Christophe Lebold, le héraut de La grande vie Christian Bobin dont il a adapté les textes : « J’ai voulu faire évoluer Saint-François d’Assise sous le regard de Jean-Claude Van Damme… ».

Un pessimisme lumineux

Sur les traces de Leonard Cohen, il étudie depuis l’an 2000 la voie du zen : « Dans nos vies sursaturées de prétendues informations, de bavardages incessants, de gadgets électroniques et de surconsommation où tout est organisé pour détruire nos vies intérieures, il est important de retrouver un sens de la puissance lumineuse du verbe, car il peut illuminer nos vies de façon concise : ce n’est plus de l’érudition gratuite, ça nous rend plus vivants, plus affûtés et plus précis. Rien de tel pour cela que la compagnie d’un homme aussi drôle et profond que Leonard pour s’affûter : son pessimisme est lumineux. Il nous fait du bien en utilisant des chansons douces comme des armes spirituelles et il nous reconnecte directement par le verbe et le sens mélodique, sur des airs de valses obsédantes, à nos cœurs et à tout ce qui est mystérieux (l’amour ou son absence, l’abîme ou Dieu). Fréquenter ce contrebandier de lumière est quelque chose de merveilleux, il nous apprend aussi à transformer quelque chose en son contraire, c’est aussi une activité à notre portée… ».

Mais à quoi tient l’immense succès planétaire d’un poète aussi profond qui s’est toujours refusé aux veuleries en vogue et dont chacun des chansons pourtant nous est si instantanément familière ? « C’est un poète de la qualité qui opérait sur un médium de masse. Dans les sixties, le rock a cherché des poètes pour se légitimer : il y avait lui, Dylan et les Beatles. Les gens n’en sont pas revenus que ce métaphysicien du cœur brisé leur parle de leur condition d’être en chute libre– et  leur propose d’entendre une miséricorde angélique, un appel à l’élévation…C’est sur cette brisure du cœur que l’on peut fonder une vraie fraternité… Son premier album n’a pas pris une ride en quarante-sept ans : déjà minimaliste, il est tranchant et aussi indémodable qu’une calligraphie zen… ».

Le biographe de Leonard Cohen l’a rencontré une fois dans sa vie pendant trois minutes, en tout et pour tout : « Nous avions convenu par mail des rendez-vous qui n’ont jamais abouti car il est très pris… Un soir, j’étais à Liverpool pour un colloque sur la musique populaire où je faisais une intervention sur mon sujet de prédilection. En sortant de l’université, je marche et à un moment je lève les yeux et je vois ledit sujet venir à ma rencontre… C’était bien Leonard, avec son regard à la fois perçant et si bienveillant, et nous n’avions pas  rendez-vous ! C’était hautement surréaliste et ça s’est passé comme dans une de ses chansons : le « hasard » a tellement bien fait les choses qu’il a mis la ville où j’allais parler de lui sur sa liste de concerts planétaires… ».

Un poète venait de passer – le mot de la fin s’éternise dans une histoire sans fin… « Leonard est un éveillé qui suspend son départ pour nous éveiller à ce que nous avons d’essentiel. Je pense à ce koan zen : un âne regarde un puits jusqu’à ce que le puits regarde l’âne… Leonard peut faire ça, son œuvre a cette force de transformation absolue. Un maître, c’est quelqu’un qui vous libère… ». Et si dans l’immense et fervente communauté des inconditionnels entrés dans le cercle de lumière du très paradoxal Leonard Cohen se levait, au bord de l’absolu vertige, une armée d’éveilleurs à son image ?

Une première version de cet article a paru dans Les Affiches-Moniteur

Christophe Lebold, Leonard Cohen, l’homme qui voyait tomber les anges, éditions Camion Blanc, 720 p., 36 €


Racisme: Vous avez dit pompiers pyromanes ? (Black lies matter: When all else fails, play the race card)

25 septembre, 2016
colin-kaepernick-time-coverofficer-brentley-vinsonramirezsep23Les Européens disent maintenant au revoir à M. Bush, et espèrent l’élection d’un président américain qui partage, le croient-ils, leurs attitudes sophistiquées de postnationalisme, post-modernisme et multiculturalisme. Mais ne soyez pas étonné si, afin de protéger la liberté et la démocratie chez eux dans les années à venir, les dirigeants européens commencent à ressembler de plus en plus au cowboy à la gâchette facile de l’étranger qu’ils se délectent aujourd’hui à fustiger. Natan Sharansky
On appelle cela « l’effet Ferguson » : des policiers mis en cause après la mort d’un homme noir, entraînant une sorte de dépression collective. Leurs collègues hésiteraient désormais à procéder à des arrestations, tétanisés à l’idée de devenir les acteurs involontaires de vidéos virales. Résultat : ils ne font plus leur travail et le taux de criminalité est en hausse. C’est la théorie du directeur du FBI. James Comey le reconnaît, il s’appuie sur son intuition, car aucune statistique fédérale n’existe aux Etats-Unis, ni sur le crime en général, ni sur les personnes tuées par la police. Les seules données disponibles sont compilées par des associations ou des journaux. RFI
Il y a un an, quelques personnalités se risquèrent à nommer le phénomène, mais sans avoir les preuves statistiques à l’appui. L’un des protagonistes fut James Comey, le directeur du FBI : comment croire à sa parole dans la mesure où il représente le pouvoir policier ? Obama s’en était ému et avait dénoncé cette funeste théorie : non, les protestations de Black Lives Matter n’avaient eu aucun impact sur le comportement des forces de police. La théorie de l’Effet Ferguson posait en effet que comme les policiers avaient été stigmatisés, ils n’osaient plus prendre de risques, de peur d’être accusés de bavures. Plutôt que de risquer le scandale, ils passeraient désormais leur chemin autant que possible, pour ne pas se trouver au milieu d’une fusillade où ils auraient à sévir par balle. En conséquence, les voyous se tirent dessus sans que plus personne ne les arrête.Rosenfeld, un criminologue réputé qui s’était d’abord opposé à cette théorie, vient de retourner sa veste après avoir épluché les chiffres. Les hypothèses de base ne fonctionnent pas pour expliquer une telle flambée de violence. Sur les 56 plus grandes villes des États-Unis, les homicides ont augmenté de 17% entre 2014 et 2015. Les deux tiers de l’augmentation se concentrent sur une dizaine de villes, celles où les afro-américains représentent une plus large part de la population : Baltimore, Chicago, Houston, Milwaukee, Cleveland, Washington, Nashville, Philadelphia, Kansas City et St Louis. Le saut d’homicides y est de +41% sur un an ! François Desouche
La chaîne de télévision australienne Channel 7 a diffusé ce samedi la vidéo d’une femme en burkini se faisant « chasser » d’une plage de Villeneuve-Loubet par des baigneurs. Selon un témoin, la scène est montée de toute pièce. Selon une vidéo diffusée par une chaîne de la télévision australienne, Zeynab Alshelh, une étudiante de 23 ans, aurait été forcée de quitter une plage de Villeneuve-Loubet où elle s’était installée. En cause? Son burkini, jugé provocateur par d’autres baigneurs. L’histoire a été reprise par tous les médias et notamment par l’AFP. Mais selon une mère de famille qui se trouvait sur la plage à ce moment-là, la scène qui s’est déroulée sous ses yeux était plus que suspecte. « Nous étions installés sur la plage avec mes enfants, quand nous avons vu la caméra débarquer à quelques mètres de nous, explique-t-elle. Ce n’est qu’après qu’un homme et deux femmes en burkini sont arrivés. Ils ont marché quelques minutes le long de la plage, puis sont venus s’installer juste devant l’équipe télé ». Alors, un coup monté? « On s’est immédiatement posé la question. C’est d’ailleurs pour ça que tous les gens sur la plage regardent dans la direction de la caméra. » Mais la vidéo diffusée par la chaîne australienne va plus loin. On y voit un homme se diriger vers la caméra et lâcher: « Vous faites demi-tour et vous partez ». Tel qu’est monté le reportage, cette invective semble dirigée à l’encontre des deux femmes en burkini. Une impression appuyée par la voix off de la vidéo qui confirme: « Nous avons été forcés de partir, car les gens ont dit qu’ils allaient appeler la police. » Mais il n’en est rien. « L’homme sur la vidéo est mon oncle, atteste notre témoin. Il n’a jamais demandé à ce que ces trois personnes quittent la plage. Il s’adressait à la caméra pour demander au cameraman de partir. Il y avait des enfants sur la plage, dont les nôtres, et on ne voulait pas qu’ils soient filmés. » La suite de la vidéo montre le même homme en train de téléphoner. « Oui, il appelait la police. Pas pour les faire intervenir pour chasser ces personnes, mais pour demander comment on pouvait faire pour empêcher la caméra de nous filmer, surtout nos enfants ». Et d’ajouter: « A aucun moment des gens sont venus demander aux femmes en burkini de quitter la plage. » Une version corroborée par un autre témoin de la scène. « On voyait que c’était scénarisé, c’était trop gros pour être vrai et ça puait le coup monté », raconte Stéphane. Ce père de famille était dans l’eau avec ses enfants, au niveau de la plage privée Corto Maltese, quand il a vu débarquer la petite équipe sur la plage. « L’homme et les deux femmes sont arrivés presque en courant pour s’installer. En 10 secondes, ils avaient déplié leurs serviettes et planté leur parasol. Ils se sont mis en plein milieu du couloir à jet-ski de la plage privée. Comme ils gênaient, le propriétaire de la plage est sorti leur demander de se pousser. » Ce n’est qu’après que Stéphane aperçoit la journaliste et son cameraman « planqués » derrière les voitures, en train de filmer. Il raconte qu’à ce moment-là, le propriétaire de la plage a fait entrer le petit groupe dans son restaurant. « Ils sont ressortis au bout d’un moment. L’homme et les deux femmes ont continué à marcher le long de la plage en direction de la Siesta. Des fois, ils se posaient. Puis ils repartaient. » Le journaliste et le cameraman, qui avaient fait mine de partir, étaient en fait toujours cachés derrière les voitures. « On aurait dit qu’ils attendaient des réactions ». Stéphane assistera de loin à la scène du baigneur qui pressera les journalistes de quitter les lieux. « J’ai vu ce monsieur au téléphone. Mais j’étais trop loin pour entendre ce qu’il disait. » Le petit groupe finira par quitter les lieux. « Il y avait un véhicule qui les attendait en haut de la plage, comme pour les exfiltrer au cas où… » Nice-Matin
The Seven Network and the pugnacious Muslim Aussie family it flew to the French Riviera with the aim of provoking beachgoers into a “racist” reaction to the “Aussie cossie” burkini owe the traumatised people of Nice and France a swift apology. The cynical stunt pulled by the Sunday Night program, where it spirited Sydney hijab-proselytising medical student Zeynab Alshelh and her activist parents off to a beach near Nice to “show solidarity” with (radically conservative) Muslims, featured the 23-year-old flaunting her burkini in an obvious attempt to bait Gallic sun lovers into religious and ethnically motivated hatred. Except according to the French people filmed against their will, the claimed “chasing off the beach” that made international headlines never occurred because Seven used hidden camera tactics, selective editing and deliberate distor­tion to reach its predeter­mined conclusions. (…) The manipulation is the latest example of calculated French-bashing fuelled by collusion between the goals of political Islam and compliant media outlets seeking culture clash cliches. (…) No one was hounded off the beach, despite the scripted whining of Seven’s solemn-faced presenter Rahni Sadler and her well-rehearsed talent the Alshelhs. The swimming public were upset to see the camera crew filming them and their children without permission in a country where privacy is legally protected and paparazzi do not have the same rights as they do in Australia to film without consent. (…) The shameful Seven report went viral globally thanks to an international media thirsty for stereotypes about France’s unsubstantiated rising tide of Islamophobia. It was dishonest sensationalism that deliberately skewed complex issues surrounding secularism a la francaise and surging religious fundamentalism of the Islamist variety in the context of ever-present terrorist threats and a state of emergency. The Australian
C’est avec un chapelet et une croix autour du cou que Marina Nalesso, présentatrice du journal télévisée de 13h30 à la télévision publique italienne, la Rai, un des plus regardés, a dirigé dernièrement son programme d’informations. Elle le fait, a-t-elle-expliqué à Fanpage « par foi et pour rendre témoignage. » Ces dernières semaines des centaines de messages louangeurs et d’estime ont fleuri sur Facebook. Mais elle a été aussi attaquée violemment par des athées, des musulmans ou des laïcs convaincus. Un lynchage auquel a pris part également un conseiller de Turin appartenant au Parti Démocrate au pourvoir actuellement, Silvio Viale. Medias-Presse-info
Un homme armé a tué vendredi soir quatre femmes et un homme dans un centre commercial de l’Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis. Après 24 heures de cavale, le suspect, Arcan Cetin, 20 ans, né en Turquie, a été arrêté. (…) Le FBI, la police fédérale, a fait savoir qu’il n’y avait à ce stade aucun indice d’ « acte terroriste ». Le Figaro
L’avenir ne doit pas appartenir à ceux qui calomnient le prophète de l’Islam. Barack Obama (siège de l’ONU, New York, 26.09.12)
Je crois qu’en ce moment nous sommes tous confrontés à un choix. Nous pouvons choisir d’aller de l’avant avec un meilleur modèle de coopération et d’intégration. Ou nous pouvons nous retirer dans un monde profondément divisé, et finalement en conflit, sur lignes séculaires de la nation et de la tribu et de la race et la religion. (…) Et comme ces vrais problèmes ont été négligés, d’autres visions du monde sont avancées à la fois dans les pays les plus riches et les plus pauvres: fondamentalisme religieux, politiques tribales, ethniques, sectaires, populisme grossier venu parfois de l’extrême gauche mais le plus souvent de l’extrême droite qui cherche à revenir à un temps jugé meilleur et plus simple.(…) Compte tenu de la difficulté qu’il y a à forger une véritable démocratie (…), il n’est pas surprenant que certains soutiennent que l’avenir appartient aux hommes forts, aux verticales du pouvoir plutôt qu’aux institutions fortes et démocratiques. (…) Nous voyons la Russie tenter de récupérer la gloire perdue par la force ; des puissances asiatiques vouloir revenir sur des revendications soldées par l’Histoire ; et en Europe et aux États-Unis, des gens s’inquiéter de l’immigration et de l’évolution démographique en laissant entendre que d’une certaine manière les gens qui apparaissent comme différents corrompent le caractère de nos pays. Barack Hussein Obama (ONU, 20 septembre 2016)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Part of the reason that our politics seems so tough right now, and facts and science and argument does not seem to be winning the day all the time, is because we’re hard-wired not to always think clearly when we’re scared. Barack Obama
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
Et, bien sûr, ce qui est également la routine est que quelqu’un, quelque part, va commenter et dire, Obama a politisé cette question. Eh bien, cela est quelque chose que nous devrions politiser. Il est pertinent de notre vie commune ensemble, le corps politique. Obama
Mon nom ne sera peut-être pas sur les bulletins de vote, mais notre progrès dépend de ce bulletin de vote. Je le prendrai comme une insulte personnelle, une insulte à mon héritage si la communauté afro-américaine baisse la garde et ne s’active pas lors de ces élections. Vous voulez m’adresser des adieux chaleureux ? Alors allez voter. Barack Hussein Obama (devant la fondation du Caucus noir du Congrès)
Pour généraliser, en gros, vous pouvez placer la moitié des partisans de Trump dans ce que j’appelle le panier des pitoyables. Les racistes, sexistes, homophobes, xénophobes, islamophobes. A vous de choisir. Hillary Clinton
 Je ne vais pas afficher de fierté pour le drapeau d’un pays qui opprime les Noirs.  Colin Kaepernick
C’est vraiment dégoûtant la façon dont il a été traité, la façon dont les médias ont traité cette affaire, dira-t-elle après la partie. Étant homosexuelle, je sais ce que veut dire regarder le drapeau américain en étant consciente qu’il ne protège pas toutes les libertés. Megan Rapinoe
Le joueur de football américain Colin Kaepernick, au cour d’une polémique aux Etats-Unis depuis qu’il boycotte l’hymne américain avant les matches de son équipe, est à la Une du prestigieux hebdomadaire américain Time, un honneur rare pour un sportif. Le quarterback des San Francisco 49ers apparaît, en couverture du magazine publié mercredi, un genou posé à terre, geste qu’il utilise lors de l’hymne américain pour protester contre l’oppression dont est victime, selon lui, la communauté noire aux Etats-Unis, en référence aux bavures policières visant des noirs ces derniers mois. La photo de Kaepernick est accompagnée du titre « Le combat périlleux ». Son boycott a fait tache d’huile au sein de la Ligue nationale de football américain (NFL) mais aussi dans d’autres sports, comme le football et le basket: toutes les joueuses de l’équipe d’Indiana ont ainsi posé un genou à terre mercredi lors de l’hymne américain, joué traditionnellement avant toutes les rencontres sportives aux Etats-Unis. Kaepernick, qui affirme avoir reçu des menaces de mort, est loin de faire l’unanimité au sein de la population américaine. Selon un sondage publié mercredi par la chaîne de télévision ESPN, il est désormais le joueur de NFL le moins apprécié pour 29% des 1100 personnes interrogées. AFP
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
« More whites are killed by the police than blacks primarily because whites outnumber blacks in the general population by more than five to one, » Forst said. The country is about 63 percent white and 12 percent black. (…) A 2002 study in the American Journal of Public Health found that the death rate due to legal intervention was more than three times higher for blacks than for whites in the period from 1988 to 1997. (…) Candace McCoy is a criminologist at the John Jay College of Criminal Justice at the City University of New York. McCoy said blacks might be more likely to have a violent encounter with police because they are convicted of felonies at a higher rate than whites. Felonies include everything from violent crimes like murder and rape, to property crimes like burglary and embezzlement, to drug trafficking and gun offenses. The Bureau of Justice Statistics reported that in 2004, state courts had over 1 million felony convictions. Of those, 59 percent were committed by whites and 38 percent by blacks. But when you factor in the population of whites and blacks, the felony rates stand at 330 per 100,000 for whites and 1,178 per 100,000 for blacks. That’s more than a three-fold difference. McCoy noted that this has more to do with income than race. The felony rates for poor whites are similar to those of poor blacks. « Felony crime is highly correlated with poverty, and race continues to be highly correlated with poverty in the USA, » McCoy said. « It is the most difficult and searing problem in this whole mess. » PunditFact
America is coming apart. For most of our nation’s history, whatever the inequality in wealth between the richest and poorest citizens, we maintained a cultural equality known nowhere else in the world—for whites, anyway. (…) But t’s not true anymore, and it has been progressively less true since the 1960s. People are starting to notice the great divide. The tea party sees the aloofness in a political elite that thinks it knows best and orders the rest of America to fall in line. The Occupy movement sees it in an economic elite that lives in mansions and flies on private jets. Each is right about an aspect of the problem, but that problem is more pervasive than either political or economic inequality. What we now face is a problem of cultural inequality. When Americans used to brag about « the American way of life »—a phrase still in common use in 1960—they were talking about a civic culture that swept an extremely large proportion of Americans of all classes into its embrace. It was a culture encompassing shared experiences of daily life and shared assumptions about central American values involving marriage, honesty, hard work and religiosity. Over the past 50 years, that common civic culture has unraveled. We have developed a new upper class with advanced educations, often obtained at elite schools, sharing tastes and preferences that set them apart from mainstream America. At the same time, we have developed a new lower class, characterized not by poverty but by withdrawal from America’s core cultural institutions. (…) Why have these new lower and upper classes emerged? For explaining the formation of the new lower class, the easy explanations from the left don’t withstand scrutiny. It’s not that white working class males can no longer make a « family wage » that enables them to marry. The average male employed in a working-class occupation earned as much in 2010 as he did in 1960. It’s not that a bad job market led discouraged men to drop out of the labor force. Labor-force dropout increased just as fast during the boom years of the 1980s, 1990s and 2000s as it did during bad years. (…) As I’ve argued in much of my previous work, I think that the reforms of the 1960s jump-started the deterioration. Changes in social policy during the 1960s made it economically more feasible to have a child without having a husband if you were a woman or to get along without a job if you were a man; safer to commit crimes without suffering consequences; and easier to let the government deal with problems in your community that you and your neighbors formerly had to take care of. But, for practical purposes, understanding why the new lower class got started isn’t especially important. Once the deterioration was under way, a self-reinforcing loop took hold as traditionally powerful social norms broke down. Because the process has become self-reinforcing, repealing the reforms of the 1960s (something that’s not going to happen) would change the trends slowly at best. Meanwhile, the formation of the new upper class has been driven by forces that are nobody’s fault and resist manipulation. The economic value of brains in the marketplace will continue to increase no matter what, and the most successful of each generation will tend to marry each other no matter what. As a result, the most successful Americans will continue to trend toward consolidation and isolation as a class. Changes in marginal tax rates on the wealthy won’t make a difference. Increasing scholarships for working-class children won’t make a difference. The only thing that can make a difference is the recognition among Americans of all classes that a problem of cultural inequality exists and that something has to be done about it. That « something » has nothing to do with new government programs or regulations. Public policy has certainly affected the culture, unfortunately, but unintended consequences have been as grimly inevitable for conservative social engineering as for liberal social engineering. The « something » that I have in mind has to be defined in terms of individual American families acting in their own interests and the interests of their children. Doing that in Fishtown requires support from outside. There remains a core of civic virtue and involvement in working-class America that could make headway against its problems if the people who are trying to do the right things get the reinforcement they need—not in the form of government assistance, but in validation of the values and standards they continue to uphold. The best thing that the new upper class can do to provide that reinforcement is to drop its condescending « nonjudgmentalism. » Married, educated people who work hard and conscientiously raise their kids shouldn’t hesitate to voice their disapproval of those who defy these norms. When it comes to marriage and the work ethic, the new upper class must start preaching what it practices. Charles Murray
The furor of ignored Europeans against their union is not just directed against rich and powerful government elites per se, or against the flood of mostly young male migrants from the war-torn Middle East. The rage also arises from the hypocrisy of a governing elite that never seems to be subject to the ramifications of its own top-down policies. The bureaucratic class that runs Europe from Brussels and Strasbourg too often lectures European voters on climate change, immigration, politically correct attitudes about diversity, and the constant need for more bureaucracy, more regulations, and more redistributive taxes. But Euro-managers are able to navigate around their own injunctions, enjoying private schools for their children; generous public pay, retirement packages and perks; frequent carbon-spewing jet travel; homes in non-diverse neighborhoods; and profitable revolving-door careers between government and business. The Western elite classes, both professedly liberal and conservative, square the circle of their privilege with politically correct sermonizing. They romanticize the distant “other” — usually immigrants and minorities — while condescendingly lecturing the middle and working classes, often the losers in globalization, about their lack of sensitivity. On this side of the Atlantic, President Obama has developed a curious habit of talking down to Americans about their supposedly reactionary opposition to rampant immigration, affirmative action, multiculturalism, and political correctness — most notably in his caricatures of the purported “clingers” of Pennsylvania. Yet Obama seems uncomfortable when confronted with the prospect of living out what he envisions for others. He prefers golfing with celebrities to bowling. He vacations in tony Martha’s Vineyard rather than returning home to his Chicago mansion. His travel entourage is royal and hardly green. And he insists on private prep schools for his children rather than enrolling them in the public schools of Washington, D.C., whose educators he so often shields from long-needed reform. In similar fashion, grandees such as Facebook billionaire Mark Zuckerberg and Univision anchorman Jorge Ramos do not live what they profess. They often lecture supposedly less sophisticated Americans on their backward opposition to illegal immigration. But both live in communities segregated from those they champion in the abstract. The Clintons often pontificate about “fairness” but somehow managed to amass a personal fortune of more than $100 million by speaking to and lobbying banks, Wall Street profiteers, and foreign entities. The pay-to-play rich were willing to brush aside the insincere, pro forma social-justice talk of the Clintons and reward Hillary and Bill with obscene fees that would presumably result in lucrative government attention. Consider the recent Orlando tragedy for more of the same paradoxes. The terrorist killer, Omar Mateen — a registered Democrat, proud radical Muslim, and occasional patron of gay dating sites — murdered 49 people and wounded even more in a gay nightclub. His profile and motive certainly did not fit the elite narrative that unsophisticated right-wing American gun owners were responsible because of their support for gun rights. No matter. The Obama administration and much of the media refused to attribute the horror in Orlando to Mateen’s self-confessed radical Islamist agenda. Instead, they blamed the shooter’s semi-automatic .223 caliber rifle and a purported climate of hate toward gays. (…) In sum, elites ignored the likely causes of the Orlando shooting: the appeal of ISIS-generated hatred to some young, second-generation radical Muslim men living in Western societies, and the politically correct inability of Western authorities to short-circuit that clear-cut connection. Instead, the establishment all but blamed Middle America for supposedly being anti-gay and pro-gun. In both the U.S. and Britain, such politically correct hypocrisy is superimposed on highly regulated, highly taxed, and highly governmentalized economies that are becoming ossified and stagnant. The tax-paying middle classes, who lack the romance of the poor and the connections of the elite, have become convenient whipping boys of both in order to leverage more government social programs and to assuage the guilt of the elites who have no desire to live out their utopian theories in the flesh. Victor Davis Hanson
Barack Obama is the Dr. Frankenstein of the supposed Trump monster. If a charismatic, Ivy League-educated, landmark president who entered office with unprecedented goodwill and both houses of Congress on his side could manage to wreck the Democratic Party while turning off 52 percent of the country, then many voters feel that a billionaire New York dealmaker could hardly do worse. If Obama had ruled from the center, dealt with the debt, addressed radical Islamic terrorism, dropped the politically correct euphemisms and pushed tax and entitlement reform rather than Obamacare, Trump might have little traction. A boring Hillary Clinton and a staid Jeb Bush would most likely be replaying the 1992 election between Bill Clinton and George H.W. Bush — with Trump as a watered-down version of third-party outsider Ross Perot. But America is in much worse shape than in 1992. And Obama has proved a far more divisive and incompetent president than George H.W. Bush. Little is more loathed by a majority of Americans than sanctimonious PC gobbledygook and its disciples in the media. And Trump claims to be PC’s symbolic antithesis. Making Machiavellian Mexico pay for a border fence or ejecting rude and interrupting Univision anchor Jorge Ramos from a press conference is no more absurd than allowing more than 300 sanctuary cities to ignore federal law by sheltering undocumented immigrants. Putting a hold on the immigration of Middle Eastern refugees is no more illiberal than welcoming into American communities tens of thousands of unvetted foreign nationals from terrorist-ridden Syria. In terms of messaging, is Trump’s crude bombast any more radical than Obama’s teleprompted scripts? Trump’s ridiculous view of Russian President Vladimir Putin as a sort of « Art of the Deal » geostrategic partner is no more silly than Obama insulting Putin as Russia gobbles up former Soviet republics with impunity. Obama callously dubbed his own grandmother a « typical white person, » introduced the nation to the racist and anti-Semitic rantings of the Rev. Jeremiah Wright, and petulantly wrote off small-town Pennsylvanians as near-Neanderthal « clingers. » Did Obama lower the bar for Trump’s disparagements? Certainly, Obama peddled a slogan, « hope and change, » that was as empty as Trump’s « make America great again. » (…) How does the establishment derail an out-of-control train for whom there are no gaffes, who has no fear of The New York Times, who offers no apologies for speaking what much of the country thinks — and who apparently needs neither money from Republicans nor politically correct approval from Democrats? Victor Davis Hanson
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
In another eerie ditto of his infamous 2008 attack on the supposedly intolerant Pennsylvania “clingers,” Obama returned to his theme that ignorant Americans “typically” become xenophobic and racist: “Typically, when people feel stressed, they turn on others who don’t look like them.” (“Typically” is not a good Obama word to use in the context of racial relations, since he once dubbed his own grandmother a “typical white person.”) Too often Obama has gratuitously aroused racial animosities with inflammatory rhetoric such as “punish our enemies,” or injected himself into the middle of hot-button controversies like the Trayvon Martin case, the Henry Louis Gates melodrama, and the “hands up, don’t shoot” Ferguson mayhem. Most recently, Obama seemed to praise backup 49ers quarterback and multimillionaire Colin Kaepernick for his refusal to stand during the National Anthem, empathizing with Kaepernick’s claims of endemic American racism. (…) Even presidential nominee and former Secretary of State Hillary Clinton is not really defending the Obama administration’s past “red line” in Syria, the “reset” with Vladimir Putin’s Russia, the bombing of Libya, the Benghazi tragedy, the euphemistic rebranding of Islamic terrorism as mere “violent extremism,” the abrupt pullout from (and subsequent collapse of) Iraq, or the Iran nuclear deal that so far seems to have made the theocracy both rich and emboldened. (…) Racial relations in this country seem as bad as they have been in a half-century. (…) Following the Clinton model, a post-presidential Obama will no doubt garner huge fees as a “citizen of the world” — squaring the circle of becoming fabulously rich while offering sharp criticism of the cultural landscape of the capitalist West on everything from sports controversies to pending criminal trials. What, then, is the presidential legacy of Barack Obama? It will not be found in either foreign- or domestic-policy accomplishment. More likely, he will be viewed as an outspoken progressive who left office loudly in the same manner that he entered it — as a critic of the culture and country in which he has thrived. But there may be another, unspoken legacy of Obama, and it is his creation of the candidacy of Donald J. Trump. Trump is running as an angry populist, fueled by the promise that whatever supposed elites such as Obama have done to the country, he will largely undo. Obama’s only legacy seems to be that “hope and change” begat “make America great again.” Victor Davis Hanson
Hillary Clinton’s comment that half of Donald Trump’s supporters are “racist, sexist, homophobic, xenophobic, Islamophobic”—a heck of a lot of phobia for anyone to lug around all day—puts back in play what will be seen as one of the 2016 campaign’s defining forces: the revolt of the politically incorrect. They may not live at the level of Victor Hugo’s “Les Misérables,” but it was only a matter of time before les déplorables—our own writhing mass of unheard Americans—rebelled against the intellectual elites’ ancien régime of political correctness. (…) Mrs. Clinton’s (…) dismissal, at Barbra Streisand’s LGBT fundraiser, of uncounted millions of Americans as deplorables had the ring of genuine belief. Perhaps sensing that public knowledge of what she really thinks could be a political liability, Mrs. Clinton went on to describe “people who feel that the government has let them down, the economy has let them down, nobody cares about them . . . and they’re just desperate for change.” She is of course describing the people in Charles Murray’s recent and compelling book on cultural disintegration among the working class, “Coming Apart: The State of White America, 1960-2010.” This is indeed the bedrock of the broader Trump base. Mrs. Clinton is right that they feel the system has let them down. There is a legitimate argument over exactly when the rising digital economy started transferring income away from blue-collar workers and toward the “creative class” of Google and Facebook employees, no few of whom are smug progressives who think the landmass seen from business class between San Francisco and New York is pocked with deplorable, phobic Americans. Naturally, they’ll vote for the status quo, which is Hillary. But in the eight years available to Barack Obama to do something about what rankles the lower-middle class—white, black or brown—the non-employed and underemployed grew. A lot of them will vote for Donald Trump because they want a radical mid-course correction. (…) The progressive Democrats, a wholly public-sector party, have disconnected from the realities of the private economy, which exists as a mysterious revenue-producing abstraction. Hillary’s comments suggest they now see much of the population has a cultural and social abstraction. (…) Donald Trump’s appeal, in part, is that he cracks back at progressive cultural condescension in utterly crude terms. Nativists exist, and the sky is still blue. But the overwhelming majority of these people aren’t phobic about a modernizing America. They’re fed up with the relentless, moral superciliousness of Hillary, the Obamas, progressive pundits and 19-year-old campus activists. Evangelicals at last week’s Values Voter Summit said they’d look past Mr. Trump’s personal résumé. This is the reason. It’s not about him. The moral clarity that drove the original civil-rights movement or the women’s movement has degenerated into a confused moral narcissism. (…) It is a mistake, though, to blame Hillary alone for that derisive remark. It’s not just her. Hillary Clinton is the logical result of the Democratic Party’s new, progressive algorithm—a set of strict social rules that drives politics and the culture to one point of view. (…) Her supporters say it’s Donald Trump’s rhetoric that is “divisive.” Just so. But it’s rich to hear them claim that their words and politics are “inclusive.” So is the town dump. They have chopped American society into so many offendable identities that only a Yale freshman can name them all. If the Democrats lose behind Hillary Clinton, it will be in part because America’s les déplorables decided enough of this is enough. Bret Stephens
It doesn’t matter that the cop who killed Keith Scott is black (…) As of Wednesday morning, the most recent story of a black man killed by police is that of Keith Scott in Charlotte. Scott was killed Tuesday and details of the incident are still scant. One of the few bits of information shared by officials and reported by media, however, is that Bentley Vinson, the officer who killed Scott, was also black. As the country struggles to make sense of Scott’s death in relation to the estimated 193 other black people killed by police so far this year (and 306 in 2015), Vinson’s race is being used by some to dismiss charges that Scott was the victim of racist policing. To reduce the role of anti-blackness in policing to merely the race of officers involved in fatal police encounters is misguided, however. It betrays a profound misunderstanding of the ways racism and anti-blackness work within systems, assumes that black people are free of anti-black bias, and that black officers somehow transcend the police cultures in which they’re steeped. (…) Studies have shown that black people are not only capable of anti-black bias but that those who’ve been tested for racial bias are evenly split when it comes to pro-white and pro-black attitudes. Even more, research on the impact of police force diversity on officer-involved homicides has found no relationship between the racial representation of police forces and police killings in the cities they serve. In fact, one study revealed that the best way to predict how many police shootings might occur in a city is to look at the size of its black population. All of that without mentioning the troubling accounts from black police officers of the racism they experience on the force and the pressure they often face to engage in race-based policing in the communities they serve. Ice Cube put it simply in 1988 on N.W.A.’s Fuck tha Police, “But don’t let it be a black and a white one, ‘cause they’ll slam ya down to the street top. Black police showing out for the white cop.” What a 19-year-old Cube understood nearly 30 years ago seems to still elude members of the media and even policymakers today. That’s that there are a number of factors that impact how police officers—yes, even black officers—engage black civilians and suspects, the least of which is shared characteristics. To be sure, America could benefit from more diversity in its police force, especially in communities of color. According to the Bureau of Labor Statistics, nearly 65 percent of the nation’s 3,109,000 law enforcement officers are white. That number jumps to 70 percent for patrol officers and nearly 80 percent for police supervisors. But, while we’re concerned with the race of cops, we should be as concerned with the culture, policy, and practices that guide their actions. The issue at hand isn’t the personal feelings of cops who encounter black civilians but the deadly system of policing that criminalizes blackness, actively profiles black people, over-policies our neighborhoods as a matter of policy, and that uses force against us at three times the rate of whites. That is the ugly state of American policing and that truth doesn’t suddenly change when the boys in blue are black. Donovan X. Ramsey
Brentley Vinson, l’agent lui-même noir qui a abattu la victime, a été suspendu en attendant les résultats d’une enquête administrative, mais la situation ne s’est pas calmée à Charlotte. Deux nuits de violences se sont succédées depuis, et l’Etat d’urgence a été déclaré sur place. Terence Crutcher et Keith Lamont Scott font partie de la longue liste des 822 personnes tuées cette année lors d’une intervention policière aux Etats-Unis, selon le site Mapping Police Violence. Ils font également partie des 214 Noirs américains tués en 2016 par des policiers. Si ces chiffres sont très éloignés des 351 victimes blanches, il convient de les remettre en perspective. Comme l’indique le Washington Post, les Blancs constituent 62% des Américains, mais seulement 49% des victimes policières. Au contraire, les Noirs font partie à 24% des victimes policières, alors que le nombre d’Afro-Américains dans la population totale n’est que de 13%. Le site ProPublica, qui a analysé des chiffres du FBI concernant la période 2012-2012, écrit qu’un adolescent noir a 21 chances de plus d’être tué par la police qu’un adolescent blanc. Si la majorité des Afro-Américains tués en 2016 étaient armés (…), 48 d’entre eux ne l’étaient pas (..) Une étude du Washington Post a démontré qu’en 2015, un Noir non-armé avait sept fois plus de chances d’être abattu qu’un blanc.Impossible cependant d’expliquer ces disparités sans prendre un compte la dimension sociale du phénomène. Comme l’explique Vox, la police patrouille en majorité dans les quartiers aux taux de crimes élevés, où la population noire est plus importante que dans la moyenne américaine. Mais des études ont aussi montré qu’à l’entrainement sur des plateformes de simulation, les policiers tiraient plus rapidement sur des suspects noirs. Un biais qui conduirait à des erreurs d’autant plus importantes sur le terrain. JDD
L’économiste noir nous explique ici que la meilleure façon de lutter contre les violences policières et les ‘mauvaises écoles’ se trouve dans les données, et non dans l’expérience personnelle. (…) Le plus jeune Afro-américain titulaire d’une chaire à l’université d’Harvard explique ses dernières recherches sur les inégalités raciales à travers l’utilisation de la force par la police américaine. Adolescent, Fryer s’est retrouvé face aux armes pointées par des policiers “six ou sept” fois. “Mais, dit-il en traçant une courbe descendante de gauche à droite, il y a une tendance inquiétante, les gens parlent des races aux États-Unis en se basant uniquement sur leur expérience personnelle.” Avec sa voix teintée d’un soupçon d’accent du sud des États-Unis, il poursuit : “Je m’en fiche, de mon expérience personnelle, ou de celle des autres. Tout ce que je veux savoir, c’est comment cette expérience nous amène aux données chiffrées, pour nous aider à savoir ce qui se passe vraiment.” L’année dernière, comprendre ce qui se passe vraiment a conduit Roland Fryer, 38 ans, à remporter la médaille John Bates Clark, récompense annuelle décernée à un économiste américain de moins de 40 ans. La médaille est considérée comme le prix le plus prestigieux en économie, après le prix Nobel. (…) Roland Fryer me raconte qu’il a passé deux jours l’an dernier à suivre les policiers durant leurs rondes à Camden, dans le New Jersey (lors du premier jour de patrouille, une femme a succombé à une overdose devant lui). Roland Fryer cherchait à comprendre si les meurtres de Michael Brown et de Eric Garner, deux jeunes Afro-américains dont la mort a provoqué d’énormes manifestations, s’inscrivaient dans un modèle de répétitions identifiable, comme le mouvement activiste Black Lives Matter l’affirmait. Après une semaine de patrouilles, il a collecté plus de six millions de données des autorités, dont celles de la ville de New York, sur les victimes noires, blanches et latino de violences policières. (…) une fois les facteurs de contexte pris en compte, les Noirs ne sont pas plus susceptibles selon ces données d’être abattus par la police. Ce qui soulève la question : pourquoi ce tollé en 2014 à Ferguson, dans le Missouri, où le jeune Michael Brown a été abattu ? (…) “Ce sont les données” dit Fryer. “Maintenant, une hypothèse pour expliquer ce qui est arrivé à Ferguson – pas la fusillade, mais la réaction d’indignation – : ce n’était pas parce que les gens faisaient une déduction statistique, pas à propos de l’innocence ou de la culpabilité de Michael, mais parce qu’ils détestent cette putain de police.” Il poursuit : “la raison pour laquelle ils détestent la police est que si vous avez passé des années être fouillés, jetés à terre, menottés sans motif réel, et ensuite, vous entendez qu’un policier a tiré dans votre ville, comment pouvez-vous croire que c’était autre chose que de la discrimination ?” “Je pense que cela a à voir avec les incentives et les récompenses” ajoute Fryer. Les officiers de police, explique-t-il, reçoivent souvent les mêmes récompenses indépendamment de la gravité des crimes qu’ils traitent, et ils ne sont pas sanctionnés pour l’utilisation de “la force de bas niveau” sans raison valable [aux États-Unis, les moyens de pression de la police sont classés du plus bas niveau (injonction verbale) au plus haut niveau (arme létale), ndt]. Cela encourage un comportement agressif. Financial Times
In 1978, the eminent sociologist William Julius Wilson argued confidently that class would soon displace race as the most important social variable in American life. As explicit legal barriers to minority advancement receded farther into the past, the fates of the working classes of different races would converge. By the mid 2000s, Wilson’s thesis looked pretty good: The black middle class was vibrant and growing as the average black wealth nearly doubled from 1995 to 2005. Race appeared to lose its salience as a political predictor: More and more blacks were voting Republican, reversing a decades-long trend, and in 2004 George W. Bush collected the highest share of the Latino (44 percent) vote of any Republican ever and a higher share of the Asian vote (43 percent) than he did in 2000. Our politics grew increasingly ideological and less racial: Progressives and the beneficiaries of a generous social-welfare state generally supported the Democratic party, while more prosperous voters were more likely to support Republicans. Stable majorities expressed satisfaction with the state of race relations. It wasn’t quite a post-racial politics, but it was certainly headed in that direction. But in the midst of the financial crisis of 2007, something happened. Both the white poor and the black poor began to struggle mightily, though for different reasons. And our politics changed dramatically in response. It’s ironic that the election of the first black president marked the end of our brief flirtation with a post-racial politics. By 2011, William Julius Wilson had published a slight revision of his earlier thesis, noting the continued importance of race. The black wealth of the 1990s, it turned out, was built on the mirage of house values. Inner-city murder rates, which had fallen for decades, began to tick upward in 2015. In one of the deadliest mass shootings in recent memory, a white supremacist murdered nine black people in a South Carolina church. And the ever-present antagonism between the police and black Americans — especially poor blacks whose neighborhoods are the most heavily policed — erupted into nationwide protests. Meanwhile, the white working class descended into an intense cultural malaise. Prescription-opioid abuse skyrocketed, and deaths from heroin overdoses clogged the obituaries of local papers. In the small, heavily white Ohio county where I grew up, overdoses overtook nature as the leading cause of death. A drug that for so long was associated with inner-city ghettos became the cultural inheritance of the southern and Appalachian white: White youths died from heroin significantly more often than their peers of other ethnicities. Incarceration and divorce rates increased steadily. Perhaps most strikingly, while the white working class continued to earn more than the working poor of other races, only 24 percent of white voters believed that the next generation would be “better off.” No other ethnic group expressed such alarming pessimism about its economic future. And even as each group struggled in its own way, common forces also influenced them. Rising automation in blue-collar industries deprived both groups of high-paying, low-skill jobs. Neighborhoods grew increasingly segregated — both by income and by race — ensuring that poor whites lived among poor whites while poor blacks lived among poor blacks. As a friend recently told me about San Francisco, Bull Connor himself couldn’t have designed a city with fewer black residents. Predictably, our politics began to match this new social reality. In 2012, Mitt Romney collected only 27 percent of the Latino vote. Asian Americans, a solid Republican constituency even in the days of Bob Dole, went for Obama by a three-to-one margin — a shocking demographic turn of events over two decades. Meanwhile, the black Republican became an endangered species. Republican failures to attract black voters fly in the face of Republican history. This was the party of Lincoln and Douglass. Eisenhower integrated the school in Little Rock at a time when the Dixiecrats were the defenders of the racial caste system.(…) For many progressives, the Sommers and Norton research confirms the worst stereotypes of American whites. Yet it also reflects, in some ways, the natural conclusions of an increasingly segregated white poor. (…) The reality is not that black Americans enjoy special privileges. In fact, the overwhelming weight of the evidence suggests that the opposite is true. Last month, for instance, the brilliant Harvard economist Roland Fryer published an exhaustive study of police uses of force. He found that even after controlling for crime rates and police presence in a given neighborhood, black youths were far likelier to be pushed, thrown to the ground, or harassed by police. (Notably, he also found no racial disparity in the use of lethal force.) (…) Getting whipped into a frenzy on conspiracy websites, or feeling that distant, faceless elites dislike you because of your white skin, doesn’t compare. But the great advantages of whiteness in America are invisible to the white poor, or are completely swallowed by the disadvantages of their class. The young man from West Virginia may be less likely to get questioned by Yale University police, but making it to Yale in the first place still requires a remarkable combination of luck and skill. In building a dialogue around “checking privilege,” the modern progressive elite is implicitly asking white America — especially the segregated white poor — for a level of social awareness unmatched in the history of the country. White failure to empathize with blacks is sometimes a failure of character, but it is increasingly a failure of geography and socialization. Poor whites in West Virginia don’t have the time or the inclination to read Harvard economics studies. And the privileges that matter — that is, the ones they see — are vanishing because of destitution: the privilege to pay for college without bankruptcy, the privilege to work a decent job, the privilege to put food on the table without the aid of food stamps, the privilege not to learn of yet another classmate’s premature death. (…) Because of this polarization, the racial conversation we’re having today is tribalistic. On one side are primarily white people, increasingly represented by the Republican party and the institutions of conservative media. On the other is a collection of different minority groups and a cosmopolitan — and usually wealthier — class of whites. These sides don’t even speak the same language: One side sees white privilege while the other sees anti-white racism. There is no room for agreement or even understanding. J. D. Vance
Par son geste, Kaepernick a emboîté le pas à d’autres joueurs professionnels luttant contre les discriminations raciales ou la violence des armes à feu, parmi lesquels les stars du basket-ball Dwyane Wade, LeBron James ou Carmelo Anthony. Mais, contrairement à ces piliers de la NBA, Kaepernick a délivré son message à un moment très sensible. Aux Etats-Unis s’attaquer au Stars and Stripes (le drapeau) ou au Star-Spangled Banner (l’hymne national) est un jeu très dangereux. La chanteuse Sinead O’Connor en avait fait les frais en 1990, excluant de se produire dans le New Jersey si l’hymne américain était joué en préambule. L’Irlandaise avait été la cible d’une campagne de rejet, bannie par plusieurs radios. Un quart de siècle plus tard, Colin Kaepernick se retrouve vilipendé sur les réseaux sociaux, des Américains exigeant de la Ligue nationale de football américain (NFL) sa suspension, voire son licenciement. Accusé de bafouer un symbole et de politiser son sport, Colin Kaepernick s’inscrit aussi dans une lignée d’athlètes protestataires noirs qui ont marqué les Etats-Unis. Inhumé en juin entouré d’hommages planétaires, la légende de la boxe Mohamed Ali avait payé de plusieurs années d’interruption de carrière son refus d’aller combattre au Vietnam. Egalement gravés dans la mémoire collective sont les poings gantés de noir de Tommie Smith et John Carlos, sur le podium du 200 mètres des jeux Olympiques de Mexico de 1968. Ces deux athlètes, dénonçant la ségrégation raciale théoriquement abolie mais encore bien présente alors, ont été boycottés par les médias et honnis durant des décennies, avant d’être réhabilités tardivement. Francetv
Critics have claimed that corner-clearing and other forms of so-called broken-windows policing are invidiously intended to “control African-American and poor communities,” in the words of Columbia law professor Bernard Harcourt. This critique of public-order enforcement ignores a fundamental truth: It’s the people who live in high-crime areas who petition for “corner-clearing.” The police are simply obeying their will. And when the police back off of such order-maintenance strategies under the accusation of racism, it is the law-abiding poor who pay the price. (…) A 54-year-old grandmother (…) understands something that eludes the activists and academics: Out of street disorder grows more serious crime. (…) After the Freddie Gray riots in April 2016, the Baltimore police virtually stopped enforcing drug laws and other low-level offenses. Shootings spiked, along with loitering and other street disorder. (…) This observed support for public-order enforcement is backed up by polling data. In a Quinnipiac poll from 2015, slightly more black than white voters in New York City said they want the police to “actively issue summonses or make arrests” in their neighborhood for quality-of-life offenses: 61 percent of black voters wanted such summons and arrests, with 33 percent opposed, versus 59 percent of white voters in support, with 37 percent opposed. The wider public is clueless about the social breakdown in high-crime areas and its effect on street life. The drive-by shootings, the open-air drug-dealing, and the volatility and brutality of those large groups of uncontrolled kids are largely unknown outside of inner-city areas. Ideally, informal social controls, above all the family, preserve public order. But when the family disintegrates, the police are the second-best solution for protecting the law-abiding. (That family disintegration now frequently takes the form of the chaos that social scientists refer to as “multi-partner fertility,” in which females have children by several different males and males have children by several different females, dashing hopes for any straightforward reuniting of biological mothers and fathers.)This year in Chicago alone, through August 30, 12 people have been shot a day, for a tally of 2,870 shooting victims, 490 of them killed. (By contrast, the police shot 17 people through August 30, or 0.6 percent of the total.) The reason for this mayhem is that cops have backed off of public-order enforcement. Pedestrian stops are down 90 percent. (…) “Police legitimacy” is a hot topic among academic critics of the police these days. Those critics have never answered the question: What should the police do when their constituents beg them to maintain order? Should the cops ignore them? There would be no surer way to lose legitimacy in the eyes of the people who need them most. Heather Mac Donald
La promesse d’une Amérique post-raciale n’a pas été tenue. Il y a quelques jours à peine, Barack Obama a même invité la communauté noire à s’opposer en bloc à Donald Trump le 8 novembre, en disant qu’il serait vexé si elle ne soutenait pas Hilary Clinton. On a beau croire et dire que l’Amérique entretient un rapport décomplexé avec les statistiques ethniques, il n’en demeure pas moins que cet appel explicite au vote ethnique et communautariste ramène l’Amérique a son clivage originel. De son côté, même s’il ne joue pas explicitement la carte raciale, Donald Trump est le candidat de la classe moyenne blanche qui ressent son déclassement symbolique et économique dans une Amérique convertie au multiculturalisme et au libre-échangisme. Il canalise politiquement un ressentiment qui s’accumule depuis longtemps. Aussi fantasque et inquiétant soit-il, il se présente comme le porte-parole d’une Amérique périphérique en révolte. La question de l’immigration est centrale dans la présente présidentielle. On le sait, le mythe américain est celui d’une nation d’immigrants. Il suffirait d’embrasser le rêve américain et les valeurs américaines pour adhérer à la nation. On oublie pourtant l’existence d’une nation historique américaine, qui s’est transformée au fil des vagues d’immigration successives, mais qui n’est pas pour autant un simple amas d’individus indéterminés. Il existe un noyau culturel américain. Aujourd’hui, l’Amérique est confrontée à l’hispanisation des États du sud. Une bonne partie de cette immigration massive est clandestine et on compte plusieurs millions de sans-papiers dans le pays. Rares sont ceux qui croient possible ou qui souhaitent leur expulsion systématique. Mais tous savent qu’une politique d’amnistie jouerait le rôle d’une pompe aspirante pour de nouvelles vagues de clandestins. De grands pans de l’électorat américain sont traversés par une forme d’angoisse identitaire, qu’on ne saurait réduire mesquinement à une forme de panique morale, comme s’il était globalement paranoïaque. On peut y reconnaître la hantise de déclassement d’un empire qui avait pris l’habitude de sa supériorité mondiale. On y verra aussi, toutefois, une peur de la dilution de l’identité américaine et de sa submersion démographique, semblable à celle qui se manifeste dans les pays européens. En s’en prenant violemment il y a quelques jours à la moitié des électeurs de Trump pour les qualifier de racistes, de sexistes, d’homophobes, de xénophobes et d’islamophobes, Hillary Clinton a certainement procuré satisfaction à la frange la plus radicale de la base démocrate, qu’on trouve dans les universités et les médias. Mais un tel mépris de classe de la part de la représentante par excellence des élites américaines pourrait lui coûter cher chez ceux qui se sentent exclus du système politique et qui rêvent de punir la classe politique. Le pays du 11 septembre n’est pas épargné non plus par les nouveaux visages du terrorisme islamiste, comme on l’a vu notamment à Orlando et à San Bernardino. L’Amérique ne se sent plus à l’abri dans ses frontières. L’islamisme a prouvé à plus d’une reprise sa capacité à frapper en son cœur n’importe quelle société occidentale. Le grand malaise de Barack Obama lorsque vient le temps de nommer l’islam radical, par peur de l’amalgame, affaiblit moralement le président américain, qui semble incapable de faire face à l’ennemi qui le désigne. On en trouve de moins en moins pour célébrer cette dissolution du réel dans une rhétorique inclusive qui, pour ne blesser personne, se montre incapable de nommer le principal péril sécuritaire qui pèse sur notre époque. Obama est ici victime d’une illusion caractéristique de l’universalisme radical. (…) Il ne sert à rien de faire aujourd’hui un réquisitoire contre Obama, d’autant que sa présidence ne fut pas sans grandeur. Appelé à présider une Amérique déclinante dans un contexte mondial impossible, il aura, comme on dit, fait tout son possible pour la pacifier. Si on peut faire le bilan d’un échec relatif de sa présidence, on ne saurait toutefois parler d’une faillite morale. Mathieu Bock-Côté

Vous avez dit pompiers pyromanes ?

A l’heure où semble se confirme l’hypothèse de la provocation délibérée et d’un véritable coup monté d’une porteuse de burkini australienne prétendant avoir été chassée par des baigneurs de Villeneuve-Loubet le 18 septembre dernier et où en Italie une présentatrice de la télévison se voit fustigée pour le port d’une croix pendant qu’après la première olympienne, c’est à la première présentatrice voilée que se prépare l’Amérique …

Où, 15 ans après le 11 septembre et un nouveau massacre, le leader du Monde libre ne peut toujours pas donner un nom à la principale menace qui pèse sur ledit Monde libre …

Mais appelle explicitement au vote ethnique et communautariste alors que son ancienne secrétaire d’Etat et candidate de son parti qualifie de racistes, sexistes, homophobes, xénophobes et islamophobes la moitié des électeurs de son adversaire …

Pendant que les médias gratifient de leur couverture pour son antipatriotisme un sportif noir également élevé par des blancs …

Et qu’un mouvement antiraciste dénonce sytématiquement contre toute évidence le prétendu « racisme policier » …

Qui prendra la peine de rappeler que la dernière victime en date dudit « racisme » est comme dans bien d’autres cas aussi noire que celui qui l’a abattu ?

Et qui aura le courage de reconnaitre contre ceux qui s’accrochent à sa prétendue « grandeur » pour se refuser à faire un « réquisitoire » ou parler de « faillite morale » …

Qu’une présidence qui n’ayant jamais eu de mots assez durs pour rabaisser son propre pays et en fustiger les manquements  …

N’a sans compter la hausse du nombre d’homicides lié à l’effet Ferguson qui décourage les policiers d’entrer dans certains quartiers …

Fait en réalité qu’ajouter de l’huile sur le feu et enhardir les ennemis de la liberté ?

L’échec du grand rêve d’Obama
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
24/09/2016

FIGAROVOX/ANALYSE – Sur fond d’émeutes raciales, Barack Obama a livré un plaidoyer pour le multiculturalisme et contre le populisme lors de son dernier discours à l’assemblée générale de l’ONU. Pour Mathieu Bock-Côté, la fin de sa présidence est cependant marquée par la révolte de l’Amérique périphérique.
Mathieu Bock-Côté est docteur en sociologie et chargé de cours aux HEC à Montréal. Ses travaux portent principalement sur le multiculturalisme, les mutations de la démocratie contemporaine et la question nationale québécoise. Il est l’auteur d’Exercices politiques (VLB éditeur, 2013), de Fin de cycle: aux origines du malaise politique québécois (Boréal, 2012) et de La dénationalisation tranquille: mémoire, identité et multiculturalisme dans le Québec post-référendaire (Boréal, 2007). Mathieu Bock-Côté est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et à Radio-Canada. Son dernier livre, Le multiculturalisme comme religion politique vient de paraître aux éditions du Cerf.

Dans son dernier discours à l’assemblée générale de l’ONU, Barack Obama a cru devoir livrer un plaidoyer militant contre le populisme qui partout monterait en Occident. En toile de fond de son intervention, il avait naturellement en tête la poussée de Donald Trump, dont on ne peut exclure l’élection à la Maison-Blanche, dans quelques semaines, et qui a mené une campagne portant principalement sur les périls de l’immigration massive et la reconstruction des frontières américaines. On peut croire, toutefois, qu’il visait aussi les mouvements populistes qui progressent sur le vieux continent et qui témoignent de semblables préoccupations. Ce discours en forme d’avertissement permettait à Obama de rappeler les fondements de sa philosophie politique: l’Amérique est un pays d’immigrants et multiculturel. Il a aussi pour vocation de servir d’exemple à l’humanité entière, pour peu qu’il soit à la hauteur de ses idéaux.

Cette mise en garde n’est pas surprenante. L’Amérique n’a rien du paradis multiculturel qu’Obama entendait construire à l’aube de sa présidence, quand on l’imaginait dans les traits du grand réconciliateur d’une nation divisée. La renaissance des tensions raciales, ces derniers mois, plombe une fin de présidence déjà décevante. Si le récit médiatique radicalise une situation déjà difficile, en présentant systématiquement des policiers blancs pourchassant de jeunes noirs, et n’hésitant pas à ouvrir le feu sur eux, on doit néanmoins convenir que la multiplication des bavures rouvre la vieille plaie mal guérie de la ségrégation raciale. En juillet, à Baton Rouge, en Louisiane, cela a même poussé dans une logique de guerre civile un jeune noir qui a assassiné trois policiers blancs. Dans un pays violent, l’Américain moyen a le réflexe de s’armer. Les gated communities se multiplient aussi. La méfiance règne.

La promesse d’une Amérique post-raciale n’a pas été tenue. Il y a quelques jours à peine, Barack Obama a même invité la communauté noire à s’opposer en bloc à Donald Trump le 8 novembre, en disant qu’il serait vexé si elle ne soutenait pas Hilary Clinton. On a beau croire et dire que l’Amérique entretient un rapport décomplexé avec les statistiques ethniques, il n’en demeure pas moins que cet appel explicite au vote ethnique et communautariste ramène l’Amérique a son clivage originel. De son côté, même s’il ne joue pas explicitement la carte raciale, Donald Trump est le candidat de la classe moyenne blanche qui ressent son déclassement symbolique et économique dans une Amérique convertie au multiculturalisme et au libre-échangisme. Il canalise politiquement un ressentiment qui s’accumule depuis longtemps. Aussi fantasque et inquiétant soit-il, il se présente comme le porte-parole d’une Amérique périphérique en révolte.

La question de l’immigration est centrale dans la présente présidentielle. On le sait, le mythe américain est celui d’une nation d’immigrants. Il suffirait d’embrasser le rêve américain et les valeurs américaines pour adhérer à la nation. On oublie pourtant l’existence d’une nation historique américaine, qui s’est transformée au fil des vagues d’immigration successives, mais qui n’est pas pour autant un simple amas d’individus indéterminés. Il existe un noyau culturel américain. Aujourd’hui, l’Amérique est confrontée à l’hispanisation des États du sud. Une bonne partie de cette immigration massive est clandestine et on compte plusieurs millions de sans-papiers dans le pays. Rares sont ceux qui croient possible ou qui souhaitent leur expulsion systématique. Mais tous savent qu’une politique d’amnistie jouerait le rôle d’une pompe aspirante pour de nouvelles vagues de clandestins.

De grands pans de l’électorat américain sont traversés par une forme d’angoisse identitaire, qu’on ne saurait réduire mesquinement à une forme de panique morale, comme s’il était globalement paranoïaque. On peut y reconnaître la hantise de déclassement d’un empire qui avait pris l’habitude de sa supériorité mondiale. On y verra aussi, toutefois, une peur de la dilution de l’identité américaine et de sa submersion démographique, semblable à celle qui se manifeste dans les pays européens. En s’en prenant violemment il y a quelques jours à la moitié des électeurs de Trump pour les qualifier de racistes, de sexistes, d’homophobes, de xénophobes et d’islamophobes, Hillary Clinton a certainement procuré satisfaction à la frange la plus radicale de la base démocrate, qu’on trouve dans les universités et les médias. Mais un tel mépris de classe de la part de la représentante par excellence des élites américaines pourrait lui coûter cher chez ceux qui se sentent exclus du système politique et qui rêvent de punir la classe politique.

Le pays du 11 septembre n’est pas épargné non plus par les nouveaux visages du terrorisme islamiste, comme on l’a vu notamment à Orlando et à San Bernardino. L’Amérique ne se sent plus à l’abri dans ses frontières. L’islamisme a prouvé à plus d’une reprise sa capacité à frapper en son cœur n’importe quelle société occidentale. Le grand malaise de Barack Obama lorsque vient le temps de nommer l’islam radical, par peur de l’amalgame, affaiblit moralement le président américain, qui semble incapable de faire face à l’ennemi qui le désigne. On en trouve de moins en moins pour célébrer cette dissolution du réel dans une rhétorique inclusive qui, pour ne blesser personne, se montre incapable de nommer le principal péril sécuritaire qui pèse sur notre époque. Obama est ici victime d’une illusion caractéristique de l’universalisme radical.

Huit ans plus tard, l’optimisme radieux des premiers mois de la présidence d’Obama semble bien éloigné. L’Amérique misait sur cet homme exceptionnellement doué pour la parole publique pour tourner une page de son histoire et transcender ce qu’on appellera son péché originel. La tâche était probablement trop grande et les fractures américaines, plus profondes qu’on ne le pensait. Peut-être dirons-nous quand même un jour qu’il a marqué une étape majeure dans l’émancipation de la communauté noire, même si l’histoire n’avance pas aussi vite qu’on le souhaiterait. Il ne sert à rien de faire aujourd’hui un réquisitoire contre Obama, d’autant que sa présidence ne fut pas sans grandeur. Appelé à présider une Amérique déclinante dans un contexte mondial impossible, il aura, comme on dit, fait tout son possible pour la pacifier. Si on peut faire le bilan d’un échec relatif de sa présidence, on ne saurait toutefois parler d’une faillite morale.

Voir aussi:

People Who live in High-Crime Areas Ask the Cops to Enforce No-Loitering Policies
Heather Mac Donald
National review
August 31, 2016
What should the police to do when their constituents beg them to maintain order? Ignore them? It is starting to dawn on at least some members of the press that law-abiding residents of inner-city areas desperately want the police to maintain order in their neighborhoods.
“Please help me,” a gas station owner in West Baltimore begged his local police commander during a recent police-community meeting attended by a Washington Post reporter. The gas station’s parking lot had been overrun with loiterers and had been the site of a fatal gang shooting, following a Justice Department report that had accused the Baltimore Police Department of racism.
The Justice Department had singled out for particular opprobrium the police practice of trying to “clear corners” of loiterers and trespassers in high-crime areas. Such loitering enforcement merely oppresses minority communities, according to the federal lawyers. Black Lives Matter activists, academics, and the press have leveled that same charge repeatedly over the last two years. (See, for instance, an op-ed titled “Romanticizing Broken Windows Policing,” by New York Times columnist Charles Blow, or the New York Times editorial “Broken Window, Broken Lives.”) These critics have claimed that corner-clearing and other forms of so-called broken-windows policing are invidiously intended to “control African-American and poor communities,” in the words of Columbia law professor Bernard Harcourt.
This critique of public-order enforcement ignores a fundamental truth: It’s the people who live in high-crime areas who petition for “corner-clearing.” The police are simply obeying their will. And when the police back off of such order-maintenance strategies under the accusation of racism, it is the law-abiding poor who pay the price.
The Post reporter, to his credit, accurately captured the demands of those vulnerable residents:
The 40 or so longtime residents who gathered in a West Baltimore church basement on this August night — many of whom were older black women afraid to walk to the store or leave their homes at night — had come to urge police to clear their corners of miscreants and restore order to their crime-plagued community.
A 67-year-old social worker worried that if the convenience stores in her neighborhood received permission to operate around the clock, they would become hangouts for youth. “We’ll need more police to watch it,” she told the commanders. When crowds of teens hang out on corners, she said, residents have no option but to call the police.
The Washington Post is not the only newspaper to belatedly notice the grassroots source of order-maintenance policing. The Baltimore Sun wrote a story on “corner-clearing” after the Justice Department report, and stumbled across the same inconvenient fact: It is locals who urge the police to enforce trespassing and loitering laws. A 54-year-old grandmother told the Sun why she had posted a “No Loitering” sign in her window: “If I come home from work, ain’t nobody supposed to be sitting on my steps,’ Sophia McMurray said. “I don’t even sit on my steps.” Ms. McMurray understands something that eludes the activists and academics: Out of street disorder grows more serious crime. She doesn’t want groups of teens hanging out, she said, because she wants her “grandkids to be in a safe environment.”
The Sun also heard from the beleaguered owner of a local copy store. After the Freddie Gray riots in April 2016, the Baltimore police virtually stopped enforcing drug laws and other low-level offenses. Shootings spiked, along with loitering and other street disorder. The scene outside the copy store got so threatening that the owner, June Crisp, painted the admonition “No loitering. No sitting on steps. Violators will be arrested” on the steps leading to his store and obtained an official No Loitering placard from his local councilman.
“After the riots, it got bad, like the drug dealers were having conventions on this block,” Crisp told the Sun. “All this drug activity, it scares people away. Legitimate people, honest people.” Crisp calls the police if the people hanging out in front of his store don’t leave. “You’ve got to do what you’ve got to do,” he told the paper. “I’m trying to make money. I’m trying to pay my bills.”
It is impossible to attend a police-community meeting in a high-crime area without hearing some variant on these heartfelt requests for public order. Through hard experience, the law-abiding residents of gang- and drug-plagued areas perceive large groups of people hanging out as a threat. In April 2016, a 17-year-old girl in Coney Island, Brooklyn, Ta’Jae Warner, tried to protect her brother from a group of girls gathered outside her apartment building who were threatening to kill him; one of the group knocked Ta’Jae unconscious, and she hit her head on the pavement. She was taken off life support four days later and died.
On March 25, 2016, two groups of youths were fighting on a street corner on Chicago’s West Side. One of the teens started shooting at his rivals, instead hitting 13-year-old Zarriel Trotter, an innocent bystander, in his back near his spine. The bullet punctured Zarriel’s intestines.
In a community-council meeting in the 41st precinct of the South Bronx in June 2015 that I attended, residents complained repeatedly about large groups of youth hanging out on corners. “There’s too much fighting,” one woman said. “There were more than 100 kids the other day; they beat on a girl about 14 years old.” Another man asked: “Why are they hanging out in crowds on the corners? No one does anything about it. Can’t you arrest them for loitering? They’re perched there like birds.” A middle-aged man wondered: “Do truant officers exist anymore?”
At a meeting in the 23rd precinct in East Harlem in 2015 that I observed, residents asked why the police hadn’t stopped a recent stampede of youth down Third Avenue.
Several years ago, an elderly lady in the 32nd precinct in Harlem proudly reported to her precinct commander that her building had just gone co-op. But kids had colonized her stoop. “What ever happened to loitering laws?” she ask