Commémorations: A un moment trop de mémoire tue la mémoire (Spot the mistake: Repentance in the West, impunity in the East)

27 mai, 2015
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Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
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Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. Mais les tours détruites occupaient autant d’étrangers que d’Américains. Et par leur efficacité, par la sophistication des moyens employés, par la connaissance qu’ils avaient des Etats-Unis, par leurs conditions d’entraînement, les auteurs des attentats n’étaient-ils pas un peu américains ? On est en plein mimétisme. René Girard
Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots. Jean Jaurès
D’ailleurs, qui a jamais cru que le général de Gaulle, étant appelé à la barre, devrait se contenter d’inaugurer les chrysanthèmes ? Charles De Gaulle
Je suis moi aussi contre les euromissiles, seulement je constate que les pacifistes sont à l’Ouest et les euromissiles à l’Est. Mitterrand
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe. Vladimir Poutine (à Bill Clinton, novembre 1999)

Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres.
Alexandre Prokhanov
Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe. Vladimir Soloviev
Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon. Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire. L’Humanité
Le combat contre la barbarie nazie célébré aujourd’hui. Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Pierre Brossolette et Jean Zay reposeront dans la crypte qui reste close aux résistants communistes, ainsi en a décidé François Hollande. Le PCF rend hommage à tous les combattants de l’ombre. L’Humanité
Tout se passe comme si, à l’heure actuelle, s’effectuait une distribution des rôles entre ceux qui pratiquent le repentir et l’autocritique – les Européens, les Occidentaux – et ceux qui s’installent dans la dénonciation sans procéder eux-mêmes à un réexamen critique analogue de leur propre passé – en particulier les pays arabes et musulmans. Tout indique même que notre mauvaise conscience, bien loin de susciter l’émulation, renforce les autres dans leur bonne conscience. Jacques Dewitte
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Le parlement français a adopté à l’unanimité une loi déclarant que « la traite transatlantique et de l’Océan Indien, perpétué à partir du 15ème siècle contre des Africains, Amérindiens, Malgaches et Indiens, constitue un crime contre l’humanité »: les siècles d’esclavage avant le 15e siècle et l’esclavage d’autres peuples ne constituant apparemment pas un tel crime, du moins en France. Pourquoi le parlement français devrait-il dénoncer l’esclavage post-15e siècle comme « crime contre l’humanité » mais pas celui qui a construit les Pyramides et le Parthénon et la plupart des autres grands monuments de l’Antiquité? Les millions d’Européens et d’Américains qui, aux 17e et 18èmes siècles, ont été enlevés et asservis par les Etats barbaresques de l’Afrique du nord n’ont-il pas eux aussi droit à des excuses, de la part par exemple de Khadafi ou du roi du Maroc? (…) Les agents de la fourrière deviendront-ils la Gestapo du 22e siècle, nos zoos son goulag, rappelés avec honte? Verra-t-on le magazine Hartford Courant qui a fait d’abjectes excuses pour avoir publié aux 18e et 19e siècles des pubs pour des ventes d’esclaves se confondre en excuses au siècle prochain pour avoir présenté des pubs de chiots à vendre? Gorman Beauchamp
Ce n’est pas une chose que nous devions approuver. La charia ne nous requiert pas d’approuver le port du coquelicot. Il est question ici de la Seconde Guerre Mondiale, et elle n’a rien à voir avec les musulmans. Il n’est pas permis aux musulmans de participer à quoi que ce soit qui est visiblement du nationalisme britannique. Anjem Choudary
Dire qu’il y a des commémorations qui seraient dignes d’être célébrées par la communauté nationale et d’autres qui ne le seraient pas, c’est prendre le risque d’ouvrir cette concurrence des mémoires. Patrick Lozès (président du Conseil représentatif des associations noires de France)
A un moment trop de mémoire tue la mémoire. André Kaspi
Il n’est pas sain qu’en l’espace d’un demi-siècle, le nombre de commémorations ait doublé. Il n’est pas admissible que la Nation cède aux intérêts communautaristes et que l’on multiplie les journées de repentance pour satisfaire un groupe de victimes. Rapport Kaspi
Puisqu’il est maintenant redevenu à la mode de se référer au modèle américain, prenons-en de la graine. Les communautés porteuses de mémoire, de valeurs et de traditions se rappellent à l’attention de la nation en paradant dans les rues le jour qui leur convient : ainsi, New York pavoise en vert en mars, à la Saint-Patrick et en bleu et blanc en mai pour Yom Haatzmaout (indépendance d’Israël), et tout le monde est content. Rien n’empêche les officiels de se montrer au peuple ces jours-là, et aux amis des groupes concernés de faire la fête avec eux, ce qui ne manque pas de se produire, surtout à la Saint-Patrick largement plus arrosée que son homologue juive. En France, rien n’empêche les dépositaires des mémoires spécifiques de se manifester publiquement à une date qui leur semblera adéquate : s’ils savent s’y prendre, il verront affluer à leurs cérémonies le ban et l’arrière-ban de la République, et tous leurs amis, qui sont plus nombreux qu’ils ne le pensent. Luc Rosenzweig
Hors-la-loi est une suite d’Indigènes qui s’imposait, d’autant plus que le film précité se termine à Sétif où Abdelkader débarqua. Hors-la-loi va sans doute rétablir une vérité historique confinée dans les coffres. Je voudrais, à travers le cinéma, mettre la lumière sur une partie de l’histoire commune des deux nations. N’étant pas un documentaire historique, cette nouvelle œuvre cinématographique sera interprétée par de grands acteurs tels Djamel Debbouze, Samy Naceri, Roschdy Zem, Sami Bouadjila, Larbi Zekkal, Ahmed Benaïssa, Chafia Bouadraâ et Mourad Khan, pour ne citer que ceux-là. Plus de 12 000 figurants prendront en outre part au tournage qui aura lieu à Sétif, Kherrata, en France et en Allemagne. (…) Jacques Chirac, l’ex-président français, qui a été invité par mes soins à assister à l’avant-première de Indigènes, a été prié de réparer cette injustice subie par ces anciens combattants indigènes, lesquels ne percevaient que 5 ou 10 euros par trimestre. Le chef de l’Etat, qui n’est pas resté insensible devant le sacrifice de plus de 150 000 Algériens, a usé de tout son pouvoir pour qu’une loi soit votée à cet effet. J’espère que Hors-la-loi, dont une bonne partie sera consacrée aux événements du 8 Mai 45, fera la lumière sur ce pan de l’histoire commune aux deux pays. On va tout déballer à travers ce film ! (…) En tant que cinéaste, l’essentiel pour moi est de rétablir la vérité historique qu’on ne doit en aucune manière occulter. Rachid Bouchareb (El Watan, 21.06.09)
Un des grands problèmes de la Russie – et plus encore de la Chine – est que, contrairement aux camps de concentration hitlériens, les leurs n’ont jamais été libérés et qu’il n’y a eu aucun tribunal de Nuremberg pour juger les crimes commis. Thérèse Delpech
Taiwan est un des rares problèmes stratégiques qui puisse provoquer une guerre mondiale aussi sûrement que l’Alsace-Lorraine au début du siècle dernier. Thérèse Delpech
Je crois aux principes affirmés à Nuremberg en 1945 : ’Les individus ont des devoirs internationaux qui transcendent les obligations nationales d’obéissance. Par conséquent, les citoyens ont à titre privé le devoir de violer les lois domestiques pour empêcher des crimes contre la paix et l’humanité d’avoir lieu.’ Edward Snowden
En politique étrangère, la France a, en quelque sorte, chaussé les bottes de la défunte Union Soviétique : même politique d’obstruction à l’ONU, même démagogie tiers-mondiste, même alignement sur le monde arabe, même ambition de prendre la tête d’une coalition d’Etats « anti-impérialistes » dirigée contre Washington. (…) L’analogie avec l’Union Soviétique va plus loin qu’il n’y paraît. En effet, la diplomatie française est moins inspirée par une Realpolitik cynique (d’où les échecs évoqués plus haut) que par une vision idéologique des choses. Son antiaméricanisme est la projection sur la scène internationale de son jacobinisme interne. La malsaine communion française dans l’anti-américanisme révèle le début de dérive totalitaire de notre pays, déjà perceptible au moment du deuxième tour des élections : Bush a remplacé Le Pen dans la fonction d’ennemi du peuple. L’ »antibushisme » peut se comparer à l’ »antifascisme » des années Trente et Quarante: il camoufle un consensus obligatoire de type communiste. Les dirigeants français, comme ceux de l’URSS brejnévienne, compensent par un ruineux activisme extérieur leur incapacité à lancer des réformes indispensables à l’intérieur, réformes impossibles car elles remettraient en cause les dogmes socialistes qui fondent l’étatisme français. Dans les deux cas, l’activisme extérieur accélère et accuse la crise interne. On a vu ce qu’il est advenu de l’URSS. En France, les indices d’une déliquescence de l’Etat se multiplient depuis deux ans, et l’affaire irakienne a servi de révélateur. Les dirigeants français ont cherché à justifier leur position sur la question irakienne en faisant valoir que la France refusait le « choc des civilisations » et favorisait, par conséquent, l’intégration des musulmans français. Certes, le président Chirac a été acclamé dans les banlieues. Mais l’antiaméricanisme officiel a favorisé la jonction explosive entre une mouvance trotskiste virulente, une mouvance islamiste, une mouvance anti-mondialiste et une mouvance tiers-mondiste. Ce cocktail vénéneux abreuve non seulement les jeunes des banlieues mais les lycéens et les étudiants, expédiés dans les manifestations pour la paix par leurs enseignants gauchistes, au nom de « l’engagement ». Dans ce sens, les orientations de la diplomatie française ne font que refléter la tiers-mondisation galopante de la France, à commencer par la tiers-mondisation des esprits. Le président Chirac défie Bush, mais capitule devant les banlieues. (…) La deuxième explication de la politique chiraquienne tient à l’inquiétude de la classe politique devant l’échec de plus en plus patent de l’ »intégration républicaine ». Au lieu de faire face au péril, on se réfugie dans la dénégation. On déclare que la France ne croit pas au « choc des civilisations », comme s’il suffisait de refuser le mot pour effacer la chose. Pour plus de sécurité on abolit jusqu’au concept de civilisation. C’est pourquoi on cherche à refouler à tout prix que la France partage la même civilisation que les Etats-Unis, en cultivant, à grande fanfare, nos relations avec la francophonie. C’est pourquoi aussi la droite française mène une politique de gauche, s’imaginant que le consensus obligatoire la mettra à l’abri du débordement des zones de non-droit. L’antiaméricanisme joue un rôle central dans ce dispositif. Notre politique étrangère exprime donc une sorte de capitulation préventive. La France prend l’initiative de rompre avec le camp occidental dans l’espoir d’éviter une épreuve de force avec sa jeunesse ensauvagée et fanatisée, après avoir failli au devoir de la civiliser. Cette couardise profonde est dissimulée derrière le panache brandi du petit pays qui s’oppose au grand. Le mythe d’Astérix camoufle une réalité nettement plus sordide. L’anti-américanisme rend possible cette imposture, et la continuation d’une politique qui risque de rendre notre mal sans remède, et d’y faire sombrer toute l’Europe. Françoise Thom
La Russie a su nous instiller une culpabilité corrosive pour avoir gagné la guerre froide. Elle s’est constamment posée en victime, au point que le refrain de la diplomatie française a été pendant des années qu’ »il ne fallait pas humilier la Russie ». Au nom de ce principe, cette dernière a bénéficié d’une indulgence exceptionnelle, dont elle a usé et abusé. Quel autre pays au monde peut en effet se permettre de raser des villes, de spolier les étrangers, d’assassiner les opposants hors de ses frontières, de harceler les diplomates étrangers, de menacer ses voisins, sans provoquer autre chose que de faibles protestations ? La raison en est que la Russie se pose constamment en victime, et elle a réussi à persuader les Occidentaux qu’ils étaient responsables de la débâcle des premières années de l’après-communisme, alors que la cause de ce fiasco tenait à l’héritage du communisme et aux caractéristiques de la nouvelle élite qui a émergé sur les ruines de l’Etat soviétique. De même que Hitler jouait à fond sur la culpabilité suscitée en Europe par le traité de Versailles, de même les Russes paralysent notre volonté en nous faisant endosser la faute de leurs déboires pendant les années Eltsine. Ainsi tout est bon : nous avons élargi l’OTAN, nous avons fait la guerre à la Yougoslavie, nous avons proclamé l’indépendance du Kosovo. En réalité, le tournant de la Russie vers ce qui allait devenir la dictature poutinienne a été pris avant ces événements. Il remonte à la crise de l’automne 1993, lorsque Boris Eltsine a donné la troupe contre la Douma et fait adopter une nouvelle Constitution qui mettait un terme à la séparation des pouvoirs et fermait à la Russie la voie de la démocratie libérale à l’européenne, – et cela, dès cette époque, au nom d’un renouveau impérial. Les propagandistes du Kremlin ont parfaitement assimilé la phraséologie occidentale et ils la manipulent en maîtres. Encore une fois, le précédent de Hitler, qui sut jusqu’en 1938 dissimuler ses projets de conquêtes sous le slogan du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » et du « droit du peuple allemand à l’autodétermination », est particulièrement instructif : les régimes autoritaires savent concentrer le mensonge en un rayon laser dévastateur qu’ils braquent sur les centres nerveux des démocraties pétrifiées. (…) Nous devons nous rappeler ce qu’il a réalisé en quelques années : la mise au pas totale du pays, la redistribution de la propriété au profit de son clan, l’organisation d’une propagande systématique de haine contre les Occidentaux, l’occultation des crimes du communisme, la réhabilitation de Staline, un lavage de cerveau quotidien des citoyens russes visant à leur inculquer la paranoïa, le culte de la force et l’esprit de revanche. La Russie que nous voyons agir aujourd’hui en Géorgie atteste du succès de cette entreprise de création d’un homme nouveau qui n’a rien à envier à son précédent bolchevik. C’est devant cette Russie dangereuse que nous nous trouvons. Cessons de nous accuser et de trouver à la Russie mille excuses, qui ne servent qu’à justifier notre lâcheté. Elle nous dit qu’elle défend ses intérêts légitimes en envahissant un pays indépendant. Et dans les chancelleries occidentales, nombreux sont ceux qui sont prêts à lui reconnaître implicitement une « sphère d’influence », pour la « rassurer, apaiser » son complexe d’encerclement (c’est par les mêmes arguments que les Anglo-Saxons ont justifié l’abandon de la Pologne à Staline en 1944-1945). A ceux-là il faut rappeler que, une semaine avant de lancer l’opération d’annexion de la Géorgie, la Russie avait discrètement cédé à la Chine les territoires contestés qui avaient failli mener à une guerre entre les deux pays en 1969. Et dans ce cas les patriotes russes de service, toujours prêts à revendiquer les terres des pays voisins, sont restés muets. La conclusion est simple : la Russie poursuit de sa vindicte les Occidentaux et les pays qui s’orientent vers l’Europe et les Etats-Unis. Elle se prétend encerclée par l’OTAN et ne se soucie nullement d’une Chine autrement agressive, dynamique et dangereuse pour sa « sphère d’influence ». Ce qu’elle hait et redoute, c’est la liberté. Elle guette avidement chez nous les signes de faiblesse, d’aveuglement, de corruption et de capitulation préventive – et elle n’a que trop d’occasions de se réjouir. Or chaque démission en appellera d’autres plus grandes. Françoise Thom
La politique de « redémarrage » des relations russo-américaines proposée par le président Obama a été interprétée à Moscou comme l’indice de la prise de conscience par les Américains de leur faiblesse, et par conséquent comme une invitation à Moscou de pousser ses pions (…) Le contrat d’achat des Mistrals présente un triple avantage: d’abord, la Russie acquiert des armements de haute technologie sans avoir à faire l’effort de les développer elle-même ; deuxièmement, elle réduit à néant la solidarité atlantique et la solidarité européenne ; troisièmement, elle accélère la vassalisation du deuxième grand pays européen après l’Allemagne. Un expert russe a récemment comparé cette politique à celle de la Chine face aux Etats-Unis : selon lui, à Washington le lobby pro-chinois intéressé aux affaires avec la Chine est devenu si puissant que les Etats-Unis sont désormais incapables de s’opposer à Pékin; la même chose est déjà vraie pour l’Allemagne face à la Russie et elle le sera pour la France après la signature du contrat sur les Mistrals. (…) Aujourd’hui, Moscou (…) se pose en rempart de la civilisation « du Nord », ce qui ne manque pas de sel quand on se souvient avec quelle persévérance Moscou a défendu le programme nucléaire iranien, contribuant grandement à l’émergence de cette « menace » du Sud, et avec quel enthousiasme elle célébrait, il y a un an encore, le naufrage de la civilisation occidentale. (…) On l’a vu dans les années 1930, la présence d’un Etat revanchard sur le continent européen peut réduire à néant toutes les tentatives de fonder un ordre international sur le droit et l’arbitrage. Françoise Thom
En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée. Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien ! Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne. (…) Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler. Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2. Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage. Françoise Thom
Pour résumer, c’est attirance-répulsion. Surtout parmi les classes éduquées qui rêvent d’envoyer leurs enfants dans les universités américaines et en même temps peuvent être emplies de ressentiment à l’égard d’une Amérique qu’elles perçoivent comme hostile, pour beaucoup à cause de la propagande de leur gouvernement. Du communisme comme justificatif du pouvoir il ne reste rien. Le nouveau dogme est un nationalisme fondé sur l’exacerbation d’un sentiment victimaire vis-à-vis du Japon et des Etats-Unis. En Chine, à Singapour, en Corée du Sud, on constate une forte ambivalence typique de certaines élites, par ailleurs fortement occidentalisées, pour qui le XXIe siècle sera asiatique. Dans les années 1960, au Japon, a émergé une nouvelle droite ultranationaliste, dont les représentants les plus virulents étaient professeurs de littérature allemande ou française. Ils voulaient se sentir acceptés, légitimes en termes occidentaux, et se sentaient rejetés. C’est ce que ressentent aujourd’hui les nationalistes chinois. (…) L’obstacle à surmonter, en Chine, est que le confucianisme rejette la légitimité du conflit. L’harmonie est caractérisée par un ordre social ou règne l’unanimité. Donc la plus petite remise en cause apparaît instantanément menaçante. (…) Le plus grand obstacle est l’alliance entre les élites urbaines et le Parti communiste. Les deux ont peur de l’énorme masse paysanne ignorante. Ces élites ont une telle histoire récente de violence et une telle peur d’un retour du chaos qu’elles préfèrent un ordre qui leur assure la croissance, au risque d’avancer vers la démocratie. Pour le pouvoir, la grande faiblesse de ce système est que, le jour où l’économie cesse de croître et que l’enrichissement des élites urbaines s’arrête, l’édifice s’écroule. Dans ce cas, tout pourrait advenir, d’une alliance entre démocrates, ressortissants des nouvelles élites, et une fraction du parti, jusqu’à un coup d’Etat militaire. Ian Buruma
D’une certaine manière, le système chinois diffère du soviétique dans la mesure où il est encore plus intrusif : il pénètre plus profondément les rouages de l’administration et des institutions d’Etat. C’est comme si, chez vous, tous les ministres, tous les directeurs de journaux – de L’Expansion à Libération -, tous les présidents des chaînes de télévision, tous les responsables des grandes organisations – qu’il s’agisse d’universités ou de cabinets d’avocats -, tous les PDG des grandes entreprises, publiques comme privées, étaient nommés par un parti. Une fois que vous avez compris cela, vous mesurez le pouvoir du département de l’organisation centrale. (…) Lorsqu’on parle de la Chine, en Occident, c’est essentiellement en termes économiques, alors qu’il s’agit d’économie politique. Nombre de nos économistes ne l’ont pas compris. Ils savent manier les chiffres, mais ils ne sont pas formés pour penser politiquement. Or il faut penser l’économie chinoise en termes politiques, sinon il est impossible de comprendre ce qui s’y passe. Certains ont aussi intérêt à ne pas trop comprendre. Les règles du jeu que les Chinois voudraient imposer aux experts étrangers sont très claires : en aucun cas ils ne doivent exposer le vrai rôle du parti. Ceux qui acceptent de se plier à ces règles ne cherchent évidemment pas la transparence. Il est significatif qu’en Occident on présente Hu Jintao comme le « président chinois » alors que son titre le plus important est celui de secrétaire général du PC. Richard McGregor
Il va sans dire que nombre de pays en développement envient le succès de la Chine. Quel pays pauvre refuserait trois décennies de croissance à 10%? Et quel despote ne voudrait pas d’une croissance à 10%, tout en ayant l’assurance de rester au pouvoir pour longtemps? (…) Par ailleurs, la Chine est parvenue à ce résultat en ignorant délibérément les conseils de l’Occident; elle a su tirer parti des avantages du marché, sans pour autant succomber à l’ensemble de ses charmes. Pendant des années, les banquiers du monde entier se sont rendus à Pékin pour prêcher la bonne parole de la libéralisation financière, conseillant aux dirigeants chinois de laisser flotter leur monnaie et d’ouvrir leur compte de capital. Comment reprocher aux Chinois d’avoir compris que cette recommandation était évidemment motivée par des intérêts personnels? Une théorie à la mode veut que le succès de la Chine ait donné naissance à un nouveau «consensus de Pékin», qui remettrait en cause l’importance de l’économie de marché et de la démocratie —les deux marques de fabrique du «consensus de Washington». Le consensus de Pékin proposerait ainsi un système économique pragmatique et une politique autoritariste prête à l’emploi. Mais observez le modèle chinois de plus près, et vous verrez qu’il n’est pas si simple de le l’imiter. La plupart des pays en développement n’ont pas la tradition et la complexité bureaucratique de la Chine; la structure du parti lui donne une capacité à mobiliser des ressources et à diriger ses fonctionnaires qu’ils ne peuvent égaler. La République démocratique du Congo pourrait-elle établir et administrer un département de l’organisation? En Chine, l’autoritarisme ne pourrait fonctionner sans les ressources du parti. Richard McGregor
L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction. L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste. Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. (…) Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique. Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme. L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941. La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant. Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures. La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée. Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage. Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction. Laurent Murawiec
En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre… Hamlaoui Mekachera
Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme. Jean-Jacques Mirassou (sénateur PS)
Un proche de Hollande: « Son discours au Panthéon sera le plus important du quinquennat ». Quand on parle non-stop, tout est nivelé… D. De Monvalon
S’inspirant du bicentenaire de la Révolution française, qui avait attiré 33 chefs d’Etat à Paris, le 14-Juillet 1989, la Mission du centenaire espérait organiser de grandes commémorations officielles internationales. Le rapport rendu le 15 septembre 2011 par M. Zimet au président Nicolas Sarkozy prévoyait d’inviter les chefs d’Etat des pays belligérants pour le centenaire de l’attentat de Sarajevo et pour le 14-Juillet. Ceux-ci ont préféré se rendre aux célébrations du 70e anniversaire du Débarquement, le 6 juin. Les tensions géopolitiques en Europe de l’Est et au Moyen-Orient montrent que le monde n’en a pas fini avec les conséquences du premier conflit mondial. « La mémoire de la Grande Guerre ravive les plaies des minorités, explique l’historien Rémi Dalisson. Le problème des nationalités, mis sous le boisseau pendant l’ère communiste, resurgit aujourd’hui. On le voit avec la redécouverte du nationalisme en Hongrie, l’éclatement des frontières en Ukraine. Dans ce contexte, il est difficile d’inviter des chefs d’Etat à Paris, où furent conclus les traités de paix en 1919-1920. La seconde guerre mondiale est plus facile à commémorer : on peut mettre tout le monde à la même table pour célébrer la victoire contre le nazisme. » Le Monde
Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements. La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record. Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme. Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. (…) Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration. Maxime Tandonnet
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres. (…) La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique. On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore. Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ». Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ». De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République. Bruno Roger-Petit
En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective (…) nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier de l’historien … Pierre Nora

Attention: une mémoire peut en cacher une autre !

Paris (11 janvier), Shoah (27 janvier), déportation (Stuthof, 27 avril), victoire des Alliés (8 mai), abolition de l’esclavage (10 mai),  Résistance (27 mai), morts d’Indochine (8 Juin), Jean Moulin (17 juin), appel de De Gaulle (18 juin), Justes de France (16 Juillet), harkis (25 Septembre), morts d’Algérie (5 Décembre) …

Au lendemain du Grand Pardon australien pour un prétendu « génocide »

Et en cette journée, française et déjà contestée par le parti des prétendus « 75 000 fusillés », de la panthéonisation de quatre résistants (en trois ans – dont deux cercueils vides – contre une sous de Gaulle, aucune sous Pompidou et Giscard, deux sous Chirac, une sous Sarkozy mais sept sous Mitterrand) …

Où, reprenant une tradition typiquement corrézienne de bouchage de trous d’agenda présidentiel et  de trous d’air sondagiers notre Inaugurateur-en-chef des chrysanthèmes devrait,  nous dit-on, prononcer son « discours le plus important du quinquennat »

Pendant que de l’autre côté de l’Atlantique le Flagellant-en-chef ne manque jamais de rappeler au monde nos croisades, inquisition et esclaves …

Face à un monde musulman dont, avec les papiers récemment publiés de Ben Laden, on mesure la véritable obsession de l’Occident …

Et, encouragés par le repentancisme occidental et l’impunité de leur quelque 100 millions de victimes au compteur, aux successeurs des communismes soviétique et chinois, toujours plus revanchistes et menaçants dans leur sphère auto-revendiquée d’influence …

Comment ne pas voir …

Avec ce doublement, sans compter les lois liberticides, des commémorations françaises en vingt ans …

Que « trop de mémoire », pour reprendre le mot de l’historien André Kaspi, finit par « tuer la mémoire » ?

Et surtout comment ne pas apercevoir …

L’inévitable envers de cette débauche unilatérale de repentir et d’autocritique …

A savoir tant les revendications toujours nouvelles et plus radicales, au niveau intérieur, du communautarisme mémoriel …

Que l’escalade de dénonciation et de revanchisme, au niveau extérieur, de nos grands amis démocrates du côté de la Russie, de la Chine ou des pays musulmans ?

La leçon d’histoire de Pierre Nora à Hollande, Taubira et Vallaud-Belkacem
Bruno Roger-Petit
Challenges
26-05-2015

Dans Le Figaro, l’historien membre de l’Académie française, dénonce la confusion entre mémoire et histoire. Un diagnostic qui vaut rappel à l’ordre républicain pour la gauche au pouvoir?

A la veille de la cérémonie de Panthéonisation de quatre figures de la Résistance, il faut lire Pierre Nora dans Le Figaro de ce mardi. L’historien dresse un tableau accablant des lieux de l’histoire telle qu’elle est devenue : un gadget mémoriel pour politiques en mal de profondeur et en quête de sens.

Et si Pierre Nora cite Christiane Taubira, directement désignée comme l’une des responsables de ce drame français, à travers une révision imposée de l’histoire du 18e siècle du fait de la loi qui porte son nom, le message vaut aussi pour François Hollande, Manuel Valls et Najat Vallaud-Belkacem, les promoteurs et défenseurs d’une réforme d’une Collège qui heurte de plein fouet l’héritage républicain. « La réforme du Collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans » avance Pierre Nora.

On ne peut plus jouer avec la confusion Mémoire et Histoire dans la France d’aujourd’hui sans prendre le risque de désintégrer le lien républicain noué à partir de 1789, c’est la conséquence potentielle de « l’atomisation de la vie de l’esprit » propre à la France universitaire de l’époque, si bien diagnostiquée par Nora. Un exemple lui suffit pour convaincre de la nocivité intellectuelle de la confusion Histoire et Mémoire entretenue, avec une certaine forme d’inconscience, par les responsables politiques de la gauche de gouvernement.

Une atteinte à l’histoire
Revenant sur les mots choisis dans le programme d’histoire de 4e et 3e inscrits dans la réforme du Collège, l’historien démontre que présenter le 18e siècle comme « Un Monde dominé par l’Europe : empires coloniaux, échanges commerciaux et traites négrières » est une atteinte à l’histoire : « La ‘domination’, condamnable, a remplacé ‘l’expansion’, dont la domination n’est que l’un des effets. Les empires coloniaux sont nés des rivalités entre puissances européennes ; quant aux traites négrières, si atroces qu’elles aient été, elles ne sont pas le trait majeur du 18e siècle ; mais leur étude est l’un des effets de la loi Taubira… »

L’enfer historique est parfois pavé des bonnes intentions de la mémoire. Comme le discerne Nora : « Nous sommes face au péché de moralisme et d’anachronisme où Marc Bloch voyait la pire dérive du métier d’historien ». Et c’est ainsi que l’on décide d’enseigner l’histoire aux collégiens d’aujourd’hui.

Pourquoi en sommes-nous là ? Selon Nora parce que « Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé ‘l’accélération de l’histoire’. Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. (…) L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire (…) nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire. »

Comment ne pas penser, à lire Nora évoquer l’inflation de commémorations, ultime transformation de l’histoire en mémoire, à la cérémonie qui doit se tenir ce mercredi au Panthéon, sous les auspices de François Hollande, où quatre figures de la Résistance au nazisme, vont entrer dans le Temple des grands Hommes? S’agira-t-il d’Histoire? Sans doute pas. Car François Hollande, à l’instar de Christiane Taubira et Najat Vallaud-Belkacem est lui aussi prisonnier de la confusion.

Le goût des commémorations
On sait le goût de François Hollande pour les commémorations. Depuis le 6 juin dernier, de l’ile de Sein à l’anneau de Notre Dame de Lorette, le président ne rate pas un chrysanthème. Et le discours qui va avec. Commémoration du Débarquement, de 14-18, de la Libération de Paris… François Hollande a célébré tout ce qu’il était possible de célébrer… René Coty et Vincent Auriol ont trouvé leur maitre. Nul plus que François Hollande n’aura passé plus de temps à commémorer et célébrer, dans une désespérante tentative d’accrocher l’entrée dans l’histoire à travers la célébration de la mémoire des autres.

Depuis quelques jours, parvient de l’Elysée l’écho que François Hollande s’apprête à délivrer le discours le plus important de son quinquennat. C’est fixer la barre très haut au regard de l’histoire, justement. Du reste, un président est-il le mieux placé pour discourir? Depuis quelques jours, à mesure que l’on approche de la cérémonie, on rappelle le fameux discours de Malraux, prononcé lors de l’entrée de Jean Moulin au Panthéon. Mais personne ne remarque l’essentiel ; à savoir que ce jour-là, le général de Gaulle lui-même s’était effacé derrière son ministre de la Culture. C’est que le général, sachant que l’on célébrait d’abord et avant tout la mémoire d’un Grand homme, avait compris qu’il fallait un poète pour se faire, et non un président en fonction.

Un bon coup événementiel
La quadruple Panthéonisation de la semaine participe de la confusion de l’époque entre Histoire et Mémoire dénoncée par Nora. Les uns et les autres, par exemple, ont été choisis pour des questions d’équilibre qui sont la marque de l’époque : parité homme femme, représentation politique, jusqu’à la prise en compte des engagements spirituels, Zay ayant été ajouté après Brossolette, de manière à ne froisser personne. L’entrée au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle, Jean Zay et Pierre Brossolette, telle qu’elle se présente à suivre les préparatifs de la cérémonie, tient plus du bon coup événementiel que de la reconnaissance historique.

On devine, parce qu’on l’a déjà vu à l’œuvre, que François Hollande, parlant des héros de la Résistance, parlera de la France d’aujourd’hui. La confusion encore.

Les quatre héros de la Seconde guerre mondiale semblent être devenus les otages d’une séquence de télé-réalité mémorielle dont on devine qu’elle est faite pour servir celui qui va parler d’eux. « Moi président, je suis Brossolette… Moi président, je suis de Gaulle… Moi président, je suis Zay… Moi président, je suis Tillion ».

Ainsi l’entrée au Panthéon ne relève-t-elle pas de l’histoire, mais de la construction d’une mémoire au service d’un présent, celui de François Hollande et de la gauche de gouvernement au pouvoir. L’événement, notamment sur les réseaux sociaux, est mis en scène comme un divertissement. Comme si les héros de la Résistance étaient comme des personnages de fiction, aux aventures distrayantes, et que c’est à ce titre qu’il convenait de les (re)découvrir. Constatant cet étrange phénomène, on ne peut que souscrire à la sentence de Pierre Nora : « Le passé épouse chaque jour un peu plus les caractéristiques d’un jeu vidéo ».

De la réforme du Collège aux commémorations permanentes, François Hollande et ses ministres, s’ils veulent bien faire un effort pour encore être républicains, devraient méditer le dernier message de Pierre Nora : « L’histoire n’a l’air de servir à rien parce qu’elle sert à tout. Elle est au collectif ce que la mémoire est aux individus ». Et le « collectif », c’est la République.

Voir aussi:

Pierre Nora: «La France vit le passage d’un modèle de nation à un autre»
Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
25/05/2015

FIGAROVOX/EXTRAIT – L’académicien Pierre Nora revient sur la polémique autour des nouveaux programmes d’histoire. Une controverse qui traduit, selon lui, une profonde crise identitaire.

Pierre Nora est un historien français, membre de l’Académie française, connu pour ses travaux sur le «sentiment national» et sa composante mémorielle. Il a notamment dirigé l’ouvrage collectif: Les lieux de mémoire .
LE FIGARO: Le débat sur la réforme du collège a été très tendu. Que révèle-t-il de notre société?

Pierre NORA: Ce qui frappe, c’est l’emballement progressif à partir d’une mesure qui paraissait un simple ajustement à la société déjà décidé de longue date. En fait, cette réforme du collège a été une étincelle qui a mis le feu aux poudres. Un peu comme la décision du mariage pour tous (qui paraissait aussi une mesure «évidente») a réveillé un volcan dans les profondeurs de la société. Entre ces deux épisodes du quinquennat de François Hollande, il y a quelque chose de semblable. Le mariage pour tous concerne la famille, la réforme du collège a fait prendre conscience aux Français du naufrage où plongeaient l’école et l’enseignement depuis vingt ou trente ans. Or la famille et l’école sont ce qui reste quand il n’y a plus rien. Malgré la décision d’application destinée à couper court, le problème demeure. C’est la grande vertu de cette réforme du collège et de la polémique qu’elle a déclenchée: une prise de conscience collective.

Vous êtes depuis longtemps l’un des acteurs et observateurs de la vie intellectuelle en France. Considérez-vous qu’elle s’est détériorée ces dernières années?

Peut-être le débat s’est-il déplacé des enjeux idéologiques et politiques vers des enjeux biologiques, scientifiques, et climatiques, mais pour ce qui est de la vie intellectuelle en général, on ne peut malheureusement que constater un rétrécissement des horizons et des curiosités. Depuis le déclin et la fin des grandes idéologies rassembleuses. Il y a aussi certainement une atomisation de la vie de l’esprit, où chacun travaille dans sa discipline, sans qu’aucun courant ne réunisse les milieux de pensées isolés. Il y a aussi, à coup sûr, une provincialisation nationale, qui résulte du recul de la langue française à travers le monde, comme en témoigne le nombre très faible des traductions à l’étranger.

Ma discipline, l’histoire, qui, il y a trente ans, était la curiosité du monde entier, est devenue la cinquième roue de la charrette internationale. Nous payons l’effondrement du système universitaire, qui était le terreau de la vie intellectuelle. Cela nous ramène à la question du collège. C’est-à-dire la grande incertitude sur le message éducatif. Cela étant, s’il n’y a plus de grands courants unificateurs, il me semble que l’on observe deux orientations principales de la vie intellectuelle. Une radicalisation à gauche, dans ce que Régis Debray appelait «la basse intelligentsia», et une orientation de la «haute intelligentsia», sinon vers la droite politique, du moins vers une sorte de réaction conservatrice.

L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre.
Le culte de l’instant est le contraire de la mémoire. Sommes-nous en train de perdre la mémoire?

Je dirais tout l’inverse. Nous vivons au contraire sous l’empire de la mémoire et même la tyrannie de la mémoire. Ce phénomène est lié à la dictature du présent. À quoi est-ce dû? Essentiellement à ce qu’on a appelé «l’accélération de l’histoire». Le changement va de plus en plus vite dans tous les domaines et nous coupe de tout notre passé. Cela ressemble à ce qui s’est passé au lendemain de la Révolution française, le basculement qui a fait baptiser tout le passé de la France sous le nom d’«Ancien Régime». La coupure du monde contemporain dans les années 1970-1980 a été plus sourde, mais plus radicale encore. L’arrivée d’un monde nouveau nous a brutalement arrachés au passé, aux traditions, au sentiment de la continuité, à une histoire avec laquelle nous étions de plain-pied, dont on héritait et qu’on cherchait à transmettre. Ce régime a disparu au profit du couple présent-mémoire. Nous sommes dans tous les domaines sollicités, pour ne pas dire condamnés à la mémoire. Un exemple entre mille: ces chefs d’entreprise qui ne voulaient entendre parler que de l’avenir se sont mis à engager des archivistes, à collectionner leurs produits anciens. Les archives elles-mêmes sont moins fréquentées par les historiens que par les familles en quête de leur généalogie. Toutes les institutions de mémoire se multiplient, à commencer par les musées. Les expositions temporaires débordent de visiteurs. Et nous vivons une inflation de commémorations, qui sont l’expression ultime de cette transformation de l’histoire en mémoire.»

(…)

Voir également:

Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. Fabrice d’Almeida

Panthéonisation : gare à la fuite dans la commémoration!
Maxime Tandonnet
Le Figaro

26/05/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Quatre résistants de la Deuxième Guerre mondiale vont entrer au Panthéon ce mercredi. Maxime Tandonnet déplore que le choix des personnalités honorées par cette commémoration soit à l’unique discrétion du président de la République.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l’exercice de l’État pour FigaroVox. Il est haut fonctionnaire, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des présidents de la République , Perrin, 2013. Son dernier livre Au coeur du Volcan, carnet de l’Élysée est paru le 27 août. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Décidée par François Hollande le 21 février 2014, la cérémonie solennelle de transfert au Panthéon des cendres de Pierre Brossolette, Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Antonioz et Germaine Tillion a lieu ces 26 et 27 mai 2015.

La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France.

Le Panthéon était voulu par Napoléon Ier comme le lieu du culte de la Nation, où sont inhumées les cendres de 76 personnalités. Il faut voir dans l’hommage solennel rendu à une personnalité dont les restes sont transférés au Panthéon, une contribution au roman ou récit national. La mise en valeur de la mémoire d’un homme ou d’une femme exprime un message symbolique en faveur de l’unité et de la fierté nationale autour des héros qui ont façonné l’histoire de France. Ce message contraste d’ailleurs avec la tendance générale, à long terme, de l’enseignement de l’histoire, qui tend à réduire la part réservée à aux grands hommes et aux événements.

La panthéonisation est un choix personnel du président de la République qui fait partie de son «domaine réservé». Certaines cérémonies ont eu un impact historique considérable. Ainsi, le transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 décembre 1964, marqué par le célèbre discours d’André Malraux, renvoie à la mythologie des premières années de la Ve République et la politique de grandeur du général de Gaulle. Les présidents de la République dits «de gauche», sont davantage portés sur les transferts des cendres: un sous de Gaulle, aucun sous Pompidou, Giscard d’Estaing, deux sous Chirac, un sous Sarkozy (Aimé Césaire) mais sept sous Mitterrand (en 14 ans de mandat) et quatre sous Hollande, en trois ans, ce qui, par année accomplie à l’Elysée, constitue un record.

Le choix des personnalités qui font l’objet de cet hommage n’est jamais neutre, correspondant à un message. À travers le choix d’André Malraux en 1996, Jacques Chirac célébrait le gaullisme et la Ve République. La panthéonisation d’Alexandre Dumas en 2002 était placée sous le signe du «métissage». Fabrice d’Almeida, professeur d’Histoire à l’Université Panthéon-Assas soulignait pour sa part, en février 2014, le caractère consensuel de la décision de l’actuel chef de l’État: «Ce choix est très intéressant. Il y a chez François Hollande la volonté d’unir des familles politiques de sensibilités diverses et de faire consensus au moment où le pays est divisé à bien des égards. La droite avec la famille gaulliste est représentée par Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. L’entrée de Pierre Brossolette et de Jean Zay devrait satisfaire la gauche. Avec cet équilibre, ni la droite, ni la gauche n’ont de raison de se plaindre.» À cela s’ajoute le choix de deux femmes, particulièrement justifié comme symbole d’égalité homme/femme.

Il semble pourtant légitime de s’interroger sur les limites de cette cérémonie telle qu’elle est conçue de nos jours. La solennité d’une panthéonisation, son caractère grandiose et le déploiement d’honneurs soulèvent des questions au regard de personnalités telles que Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle, ou d’autres, aux caractères si profondément simples, généreux et indépendants. Qu’en eussent-elles pensé? Le risque de momifier ainsi une mémoire bien vivante dans la conscience nationale n’est pas à exclure. Dans deux cas sur quatre, les dépouilles mortelles ne feront pas l’objet, à la demande des familles, d’un transfert effectif: le choix de la discrétion et simplicité du cimetière familial, plutôt que la majesté du Panthéon, relativise la portée de la cérémonie. En outre, dès lors que la panthéonisation est élargie à une liste de personnalités, le choix de certains hommes ou femmes se traduit par l’exclusion d’autres qui ont aussi tout donné à la Nation. Aussi est-on en droit de réagir à l’absence, dans la liste des panthéonisés, d’Honoré d’Estienne d’Orves, premier grand résistant fusillé à 41 ans, père de quatre enfants.

L’arbitraire dans le choix qui est ainsi effectué, sur des critères non précisés, soulève des interrogations… Il se prête à tort ou à raison, au soupçon de partialité ou de récupération, ne serait-ce qu’à travers l’exploitation médiatique des images de la cérémonie. Que ce soit sous ce mandat présidentiel ou un autre, rien ne serait plus triste que de voir l’œuvre ou le sacrifice de personnalités de l’histoire, faire l’objet d’une suspicion d’arrière-pensée partisane ou électoraliste, bien évidemment malgré elles. L’histoire de France et la mémoire de ses héros n’appartiennent à personne, pas même au président de la République, quel qu’il soit. Il est étrange que le choix des personnalités auxquelles cet hommage est rendu ne donne pas lieu à un débat ou à un échange national. Il serait pour le moins logique qu’à l’avenir, une commission d’historiens, d’intellectuels, voire de parlementaires de tous bords, présente des propositions sur les personnalités ayant vocation à être panthéonisées. Enfin, cette cérémonie devrait garder un caractère strictement exceptionnel, limité à un voire deux cas pour chaque mandat présidentiel, afin d’éviter tout risque de prêter le flanc à la critique d’une fuite dans la commémoration.

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Le PCF rend hommage à toute la Résistance, demain, mercredi 27 mai (PCF)
L’Humanité

26 Mai, 2015

Le PCF participera demain à la journée nationale de la Résistance. Dans tout le pays, les militants communistes vont prendre des initiatives pour commémorer l’unité de la résistance, le courage des résistants et le rôle majeur qu’ils ont joué dans la Libération de la France.

Le PCF salue les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon.

Pierre Laurent, secrétaire national du PCF participera à la cérémonie. Nous exprimerons aussi demain notre incompréhension du choix présidentiel d’honorer toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste. La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire. C’est pour cela qu’à partir de 19h30 aura lieu sous la coupole du siège national du PCF une grande soirée d’hommage à toute la résistance avec la présentation du dictionnaire des fusillés et une pièce de théâtre consacrée à Marie-Claude Vaillant-Couturier. Pierre Laurent y prendra la parole, ainsi que Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire.

« Résister hier et aujourd’hui » – Journée nationale de la Résistance

Mercredi 27 mai 2015 à 19h30

En présence de Pierre Laurent

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Même la panthéonisation de quatre résistants crée la polémique

L’Express

26/05/2015
A priori consensuel, le choix de François Hollande de rendre hommage à quatre figures héroïques de la Résistance ne va pas sans polémique, notamment au sujet de Jean Zay.
Mercredi, François Hollande fera entrer au Panthéon quatre grandes figures de la Résistance: Jean Zay, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillion. Des sommités, censées permettre à la Nation de communier dans le consensus républicain.

Mais aussi héroïques soient-elles, ces personnalités n’ont pas permis à l’Elysée d’éviter totalement les polémiques. Dès mars 2014, un Comité national d’Entente, qui regroupe une quarantaine d’associations d’anciens militaires, condamne le choix de Jean Zay. Peu importe que ce ministre radical du Front populaire ait démissionné pour rejoindre l’armée française pour se battre contre les nazis. Peu importe qu’il ait fait partie des parlementaires qui ont refusé de se soumettre aux Allemands et ont embarqué pour le Maroc. Peu importe qu’il ait été ensuite emprisonné par le régime de Vichy et assassiné par la Milice. Il a commis, selon ces mécontents, une « faute inexcusable », « celle de l’atteinte au symbole par excellence de notre patrie, de notre pays, de notre nation, le Drapeau ». En cause: un poème antimilitariste de Jean Zay, écrit en 1924 dans la foulée de la Première Guerre mondiale.

Pour Poisson, « un contre-signal d’unité nationale »

Dans ce texte, le jeune homme s’adresse au drapeau français: « Terrible morceau de drap coulé à ta hampe, je te hais férocement, Oui, je te hais dans l’âme, je te hais pour toutes les misères que tu représentes, Pour le sang frais, le sang humain aux odeurs âpres qui gicle sous tes plis Je te hais au nom des squelettes (…) Et n’oublie pas, malgré tes généraux, ton fer doré et tes victoires, Que tu es pour moi de la race vile des torche-culs ». Un poème pacifiste que le régime de Vichy utilisera déjà contre lui pour prouver son soi-disant antipatriotisme.

Le 20 mai dernier, c’est le député du parti chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson qui y va de son opposition sur son blog. « À l’heure où notre peuple a besoin de retrouver sa cohésion, le sens de ce qui unit les Français, l’intégration de Jean Zay au Panthéon est un contre-signal d’unité nationale. » Et le parlementaire des Yvelines de demander au gouvernement « de renoncer purement et simplement à la mise à l’honneur de Jean Zay à cette occasion ».

Le PCF surpris qu’il n’y ait pas de communistes

L’année dernière, c’est le député d’extrême droite Jacques Bompard qui s’était offusqué du choix de Jean Zay pour des raisons similaires. Dans une question adressée au ministre des Anciens combattants, il lui demandait de « marquer son attachement au drapeau français en annulant l’entrée au Panthéon » du résistant.

Dans un tout autre registre, le Parti communiste exprime lui également son « incompréhension » face au choix de François Hollande. Tout en prenant soin de saluer « les quatre grandes personnalités qui vont faire leur entrée au Panthéon », le PCF s’étonne que soient honorées « toutes les sensibilités politique de la résistance à l’exception de la sensibilité communiste ». « La Résistance était une et indivisible, l’hommage qu’on lui rend se devait d’être aussi unitaire », s’offusquent les communistes qui rendront hommage à 19h30 au siège du PCF à Marie-Claude Vaillant-Couturier, une résistante de leur bord politique. Jean-Marc Todeschini, le secrétaire d’État chargé des anciens combattants et de la Mémoire, y assistera.

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Commémoration de la guerre d’Algérie: l’UMP ne digère pas le 19 mars
Laure Equy

Libération

9 novembre 2012

DÉCRYPTAGE Les sénateurs de l’opposition ont saisi le Conseil constitutionnel pour tenter d’invalider le texte, voté jeudi, qui fixe la journée d’hommage aux victimes de la guerre d’Algérie. La date choisie continue de faire débat.

«Séance de repentance», «non sens historique», «faute politique»,… Au lendemain de l’adoption au Sénat d’une proposition de loi faisant du 19 mars la journée nationale «à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats en Tunisie et au Maroc», la droite ne décolère pas. Christine Boutin (parti chrétien démocrate) dénonce des «décisions à la fois inutiles et dangereuses» qui «réveillent de veilles rancœurs», le député (UMP) Jacques Myard accuse un gouvernement d’«apprentis sorciers» de «réécrire l’histoire et (de) rouvrir des plaies toujours sanglantes». Et les sénateurs UMP ont saisi, ce vendredi, le Conseil constitutionnel pour tenter de faire censurer le texte. Invoquant un «brouillage démocratique», ils rappellent que la proposition de loi remonte à janvier 2002, lorsqu’elle avait été adoptée par les députés – à majorité de gauche -, avant de prendre la poussière dans les placards du Sénat. A trois mois de la présidentielle, le Premier ministre de l’époque, Lionel Jospin, avait renoncé à présenter le texte au Sénat. Depuis plus de dix ans, les parlementaires et associations d’anciens combattants et de rapatriés d’Algérie se déchirent sur la date à laquelle doit se tenir cet hommage.

C’est bien le choix du 19 mars, en référence au cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian du 18 mars 1962, qui hérisse la droite. Pour elle, c’est oublier les dizaines de milliers de victimes, harkis et pieds noirs, tuées après le cessez-le-feu en Algérie. «Une insulte adressée à l’ensemble des personnes ayant subi la violence du FLN», s’insurge Christine Boutin. Autre problème pour les détracteurs du 19 mars: comment imaginer commémorer une défaite de la France? «Cela divise trop. L’Algérie a fait imprimer des timbres où il était inscrit « 19 mars: fête de la victoire »», déplore le sénateur (UMP) Jean-Claude Carle.

«On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage»
Pour le rapporteur du texte, Alain Néri, il n’est pas question d’occulter les massacres commis dans les mois qui ont suivi les accords d’Evian. Le socialiste fait valoir que pour les deux précédentes «générations du feu», «les combats ont aussi continué après le 11 novembre 1918 et après le 8 mai 1945», sans que les dates de commémoration des deux guerres mondiales soient contestées. «On ne fête pas la fin de la guerre, on rend hommage, c’est différent», explique-t-il. Surtout il estime que le 19 mars a le mérite d’«avoir une portée historique et symbolique».

Comprendre: pas comme le 5 décembre, choisi en 2003 pour rendre «hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord». Que s’est-il passé un 5 décembre? Pas grand chose. Ce jour-là en 2002, le chef de l’Etat, Jacques Chirac, avait inauguré le mémorial du quai Branly (Paris), dédié aux militaires «morts pour la France». «Le 5 décembre renvoie seulement à un trou dans l’agenda du Président. Les victimes et leurs familles méritent autre chose qu’une date de mascarade», s’irrite Alain Néri. Au groupe UMP, on assume le choix d’une «date neutre historiquement parlant qui a l’avantage de n’offenser personne» et on ajoute que depuis février 2012, on commémore, le 11 novembre, «tous les morts pour la France» dans l’ensemble des conflits. «Une commémoration doit être faite dans le rassemblement et en toute sérénité, avec le 19 mars c’est l’inverse», souligne Jean-Claude Carle.

«Hollande voulait partir en Algérie avec cette loi votée»
L’opposition n’en démord pas, si la gauche revient sur ce dossier, malgré un calendrier commémoratif qui a été étoffé, ce serait pour «faire repentance». Elle en veut pour preuve le voyage de François Hollande en Algérie en décembre. «Il semble que ce soit pour faire un usage diplomatique de ce texte que [le président de la République] en brusque l’examen», accuse Joëlle Garriaud-Maylam (UMP). «Il voulait partir en Algérie avec cette loi votée et donner des signes à son aile gauche ainsi qu’à la Fnaca, même si 40 autres associations étaient contre», complète Jean-Claude Carle. La Fédération nationale des anciens combattants d’Algérie (350.000 adhérents) était favorable depuis longtemps à une journée d’hommage le 19 mars, mais une quarantaine d’autres associations s’y opposait.

Le sénateur UMP veut croire que le Conseil constitutionnel rejettera la proposition de loi en raison de ces «dix années de stand by» entre Assemblée et Sénat et du «changement de contexte»: «depuis l’Assemblée s’est renouvelée deux fois et il y a eu une alternance au Sénat.» Mais selon Alain Néri, «le réglement du Sénat prévoit que des textes déposés sans avoir été mis en discussion n’ont pas une durée de validité limitée»

Voir de même:

Le 27 mai, future « journée nationale de la Résistance »?

Thomas Wieder

Le Monde

27.03.2013

Pour la deuxième fois depuis l’élection de François Hollande à la présidence de la République, la liste des commémorations nationales pourrait s’allonger. Quatre mois après l’instauration du 19 mars comme « journée nationale » en mémoire des victimes de la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc, une nouvelle date pourrait intégrer le calendrier des célébrations officielles : celle du 27 mai, qu’une proposition de loi du groupe socialiste, examinée jeudi 28 mars au Sénat, vise à transformer en « journée nationale de la Résistance ».

Comme cela avait été le cas pour le 19 mars, c’est la gauche qui a pris l’initiative d’instituer cette nouvelle commémoration. Mais, cette fois, elle ne devrait pas se heurter à l’opposition de la droite, à la fois parce que la mémoire de la Résistance est beaucoup moins clivante que ne l’est celle de la guerre d’Algérie, et parce que la date retenue est des plus consensuelles.

LARGE ASSENTIMENT

Le 27 mai correspond en effet à ce jour de 1943 où les représentants des principaux mouvements de résistance, des deux grandes centrales syndicales et des différents partis politiques hostiles à la collaboration ont participé, autour de Jean Moulin, à la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR). En somme, c’est une date qui renvoie aux Français une image d’unité et de gloire. Sa signification est très différente de celle du 19 mars, qui correspond à l’anniversaire des accords signés à Evian en 1962, donc à la fin d’une guerre peu glorieuse, voire à la fin d’un monde pour tous ceux qui n’ont jamais accepté la fin de l’Algérie française.

En toute logique, donc, la proposition de loi sur le 27 mai devrait rencontrer un large assentiment. A la différence de ce qui s’était passé pour le 19 mars, « une grande majorité des membres du groupe UMP devraient voter « pour » », pronostique ainsi Bernard Fournier, sénateur UMP de la Loire.

Si l’issue du vote ne fait guère de doute, c’est aussi parce que la gauche ne souhaite pas politiser le débat. Jean-Jacques Mirassou, sénateur PS de Haute-Garonne et auteur de la proposition de loi, insiste en effet sur la portée civique de l’initiative. « Célébrer le CNR, c’est bien sûr évoquer son fameux programme mis en place à la Libération , mais c’est surtout rendre hommage au volontarisme politique, et donc donner une leçon d’optimisme », plaide-t-il.

PAS DE REVENDICATION MASSIVE

Souhaitée depuis plusieurs années par l’Association nationale des anciens combattants et amis de la Résistance (Anacr), marquée à gauche, la création de cette journée nationale ne faisait toutefois pas l’objet d’une revendication massive. « Nous n’étions pas spécialement demandeurs, mais nous sommes pour, et tant qu’à choisir une date, celle du 27 mai est sans doute la meilleure », explique ainsi Pascal Convert, directeur général de la Fondation de la Résistance. « Je n’étais pas au courant de cette initiative, mais je trouve que la date est excellente, alors oui, pourquoi pas », estime quant à lui Daniel Cordier, ancien secrétaire et biographe de Jean Moulin.

Ce sont les historiens, en réalité, qui sont les plus sceptiques. « On célèbre déjà la mémoire de la Shoah le 27 janvier, les victimes de la déportation le dernier dimanche d’avril, la victoire des Alliés le 8 mai, Jean Moulin le 17 juin, l’appel de De Gaulle le lendemain, les victimes de Vichy et les Justes en juillet, cela fait déjà beaucoup : à un moment trop de mémoire tue la mémoire », estime ainsi André Kaspi, auteur en 2008 d’un rapport sur la modernisation des commémorations.

Spécialiste de la Résistance et de sa mémoire, Olivier Wieviorka partage son avis: « Le politique n’a-t-il pas mieux à faire qu’accorder une journée ? A la limite, ne serait-il pas plus judicieux de réfléchir à un vrai lieu de mémoire pour la Résistance, comme il y a Verdun ou la tombe du soldat inconnu pour la guerre de 1914 ? »

Voir aussi:

Russia is so desperate to hide its military involvement in Ukraine that it has brought in mobile crematoriums to destroy the bodies of its war dead, say U.S. lawmakers who traveled to the war-torn country this spring.

The U.S. and NATO have long maintained that thousands of Russian troops are fighting alongside separatists inside eastern Ukraine, and that the Russian government is obscuring not only the presence but also the deaths of its soldiers there. In March, NATO Deputy Secretary General Alexander Vershbow told a conference, « Russian leaders are less and less able to conceal the fact that Russian soldiers are fighting — and dying — in large numbers in eastern Ukraine. »

Hence the extreme measures to get rid of the evidence. “The Russians are trying to hide their casualties by taking mobile crematoriums with them,” House Armed Services Committee Chairman Mac Thornberry told me. “They are trying to hide not only from the world but from the Russian people their involvement.”

Thornberry said he had seen evidence of the crematoriums from both U.S. and Ukrainian sources. He said he could not disclose details of classified information, but insisted that he believed the reports. “What we have heard from the Ukrainians, they are largely supported by U.S. intelligence and others,” he said.

Representative Seth Moulton, a former Marine Corps officer and a Democrat on the Armed Services Committee, was with Thornberry on the Ukraine trip in late March. He tweeted about the mobile crematoriums at the time, but didn’t reveal his sources. He told me this week the information didn’t come just from Ukrainian officials, whose record of providing war intelligence to U.S. lawmakers isn’t stellar.

“We heard this from a variety of sources over there, enough that I was confident in the veracity of the information,” Moulton said, also being careful not to disclose classified U.S. intelligence.

Both Thornberry and Moulton agreed with Vershbow’s assessment that Russian President Vladimir Putin was struggling to keep up the ruse that he has no soldiers fighting inside Ukraine. Moulton said the mounting evidence of dead Russian soldiers is causing a domestic backlash for Putin. Russian and Ukrainian bloggers and activists have been compiling lists of Russian soldiers killed in Ukraine, including details of their service and circumstances of their deaths. New organizations in Russia representing soldiers’ families have sprung up to publicly challenge Putin’s narrative.

“Russia is clearly having a problem with their home front and the casualties they are taking from the war,” Moulton said. “The fact that they would resort to burning the bodies of their own soldiers is horrific and shameful.”

There had been unconfirmed reports of Russia using mobile crematoriums in Ukraine for months, including leaked videos purporting to show them. But never before have U.S. lawmakers confirmed that American officials also believe the claims.

The head of Ukraine’s security service, Valentyn Nalyvaichenko, said in January that seven truck-mounted crematoriums crossed into his country over a four-day period. « Each of these crematoriums burns 8-10 bodies per day, » he said.

The next month, Ukrainian President Petro Poroshenko held up the passports of several Russian soldiers and intelligence officers he said were captured or killed in Ukraine, rejecting the Russian assertions that these troops had accidentally wandered over the border.

For many in Washington, the Russian casualties represent a rare vulnerability for Putin — one that should be exploited through providing weapons to the Ukrainian military. This is a position held by the top U.S. military commander in Europe, General Philip Breedlove, Secretary of State John Kerryand many top lawmakers in both parties.

Yet, in the face of European resistance, President Barack Obama said in March that he was still pondering providing defensive arms to Ukraine. More than two months later, he has yet to make a decision. The result has been a de facto policy of limiting U.S. assistance to Kiev to non-military items. Even that assistance has been delivered late, or in many cases not at all.

Thornberry said arming the Ukrainians would raise the price Putin pays for his aggression. As long as Putin feels the cost of his Ukraine policy is manageable, Russian fueled instability will continue, he said.

The recently passed House version of next year’s national defense authorization act contains explicit authorization for appropriations to support Ukraine’s military and provide it with defensive lethal weapons. This goes further than the action Congress took last year in passing the Ukrainian Freedom Support Act, which Obama signed but still has not acted on with regard to lethal support for Ukraine. The new legislation would set aside money specifically for the arms, and provide for increased production of items the Ukrainians want including Javelin anti-tank missiles.

“We’re doing anything we can possibly think of to get at legislatively forcing it to happen.  How do we force the president to provide weapons to a country if he doesn’t want to? » Thornberry said. « I can’t find anyone who is against this except for President Obama.”

Moulton said that the West has a moral obligation to help the Ukrainians, and under current conditions, the Ukrainian military simply can’t face down the heavy weapons Russia continues to pour into Ukraine. He also said that if Putin isn’t confronted now, he will only become more aggressive later. “When a bear comes out of hibernation, he doesn’t have a few blueberries and go back to sleep. He is hungry for more,” said Moulton.

The Obama administration is understandably concerned that giving the Ukrainians arms will fuel the fire and risk a retaliatory Russian escalation. But if that’s the decision, Obama should let the Ukrainians and the American public know it. He then must come up with an alternative to the current, failing approach to stopping Putin’s murderous mischief.

Voir aussi:

Guerre d’Algérie, un jour qui ne fait pas date
Jean-Dominique Merchet

Libération

18 septembre 2003

Controverse sur le 5 décembre pour commémorer en France la fin du conflit.

La «journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Afrique du Nord» aura lieu le 5 décembre, a annoncé hier le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. Cette date a été approuvée hier en Conseil des ministres. Pourquoi le 5 décembre qui ne correspond à aucun événement connu de la guerre d’Algérie ? Uniquement parce que, l’an dernier, Jacques Chirac était libre ce jour-là ! Le président de la République avait alors inauguré un mémorial, quai Branly à Paris, consacré aux 24 000 militaires «morts pour la France». «En fonction de l’agenda du Président, ça aurait aussi bien pu être le 4 ou le 6 décembre…», dit Hamlaoui Mekachera.

Cessez-le-feu. «C’est bien la première fois que l’inauguration d’un monument devient une date historique», s’insurge Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca (fédération nationale des anciens combattants d’Algérie). Cette organisation, qui revendique 370 000 adhérents, milite pour la reconnaissance officielle du 19 mars 1962, date du cessez-le-feu au lendemain des accords d’Evian. Fêté en Algérie comme la victoire contre la France, le 19 mars est un chiffon rouge pour les autres associations d’anciens combattants. «La guerre ne s’est pas terminée à la date du cessez-le-feu. Il y a encore eu des milliers de morts après», explique Pierre Durr, secrétaire général de la Fédération nationale des combattants et prisonniers de guerre. C’est aussi l’avis du secrétaire d’Etat, qui était officier à l’époque. «Il nous fallait une date neutre», reconnaît Pierre Durr. D’où l’idée de l’inauguration du mémorial par Chirac, approuvée par neuf associations d’anciens combattants sur douze.

«C’est parfaitement arbitraire, constate l’historien Guy Pervillé, auteur d’un Atlas de la guerre d’Algérie (La Découverte). Ceux qui ne veulent pas du 19 mars n’ont toujours pas trouvé une autre date à commémorer.» Au regard du droit, il en existe pourtant une : le 2 juillet 1962. C’est la date limite pour l’attribution de la carte de combattant d’Afrique du Nord. «Mais c’est aussi l’indépendance de l’Algérie ! Difficile de commémorer cela en France», affirme Pierre Durr. D’autres vétérans célèbrent le 16 octobre 1977, quand un soldat inconnu d’Algérie a été inhumé à Notre-Dame de Lorette.

Le gouvernement voulait mettre de l’ordre dans ces histoires de calendrier. La gauche avait failli le faire en janvier 2002. Une proposition de loi socialiste avait été adoptée en première lecture par les députés, reconnaissant le 19 mars, mais, devant le concert de protestations à quelques mois des élections, le gouvernement Jospin avait reculé. En demandant que le texte soit approuvé par plus de 70 % des parlementaires. Revenue au pouvoir, la droite crée une commission. Présidée par l’historien Jean Favier, elle regroupe les représentants du monde combattant. Le 22 janvier 2003, ils remettent leur rapport, proposant la date du 5 décembre, contre l’avis de la Fnaca.

«Trahis». «Nous ne nous associerons pas aux cérémonies du 5 décembre et nous continuerons de notre côté à commémorer le 19 mars», prévient Jean-Louis Cerceau, vice-président de la Fnaca. «Une commémoration doit rassembler. Or, le 19 mars n’aurait jamais fait l’unanimité, remarque Guy Pervillé. Pour certains anciens d’Algérie, c’est la date à partir de laquelle ils se sont sentis trahis par la métropole.» Seul point d’accord entre tous : personne ne réclame que cet «hommage national» devienne un jour férié chômé supplémentaire. Dommage.

Voir encore:

Etats-Unis. La bibliothèque de Ben Laden, un reflet de son obsession de l’Occident
Courrier international
21/05/2015

Livres, articles, lettres, rapports et un certain nombre de documents sur la France… La Direction nationale du renseignement américain a décidé de déclassifier la liste des documents trouvés dans la résidence du chef d’Al-Qaida à Abbottabad.

“La bibliothèque d’Oussama Ben Laden reflète la fixation qu’il faisait sur l’Occident”, titre le New York Times. Et pour cause, dans la liste déclassifiée des documents trouvés à Abbottabad lors du raid de mai 2011 publiée sur le site de la Direction nationale du renseignement américain figurent de nombreux ouvrages américains plutôt critiques à l’égard de la politique étrangère de la Maison-Blanche, des livres conspirationnistes et de nombreux articles et rapports sur différents aspects de la politique et de la société américaines.

Pour le quotidien, qui note également la présence dans cette bibliothèque de livres sur le djihad mais aussi sur l’art de la calligraphie ou la nutrition, ces ouvrages “montrent la fascination d’Oussama pour l’Ouest et les efforts qu’il faisait pour essayer de comprendre l’Amérique (pour mieux la combattre) et son besoin de confirmer ses croyances en la rapacité et la corruption américaine (peut-être pour mieux justifier les attentats d’Al-Qaida)”.

Une sorte d’étudiant en terrorisme
Le New York Times rappelle que le chef d’Al-Qaida avait étudié l’anglais dans une école de style occidental à Djeddah, en Arabie Saoudite, et que ses lectures suggèrent qu’“il a passé ses dernières années à plancher – comme une sorte d’étudiant en terrorisme spécialisé dans l’impérialisme américain”.

Enfin, le quotidien new-yorkais souligne qu’un grand nombre de documents retrouvés à Abbottabad concernent la France, “dont un rapport sur les inégalités de salaires en France, et un autre sur la gestion des déchets nucléaires dans l’Hexagone”.

Voir aussi:

Au Panthéon, les cercueils des deux résistantes seront vides
Laure Dautriche avec Cécile Bouanchaud

26 mai 2015

Les familles de Geneviève de Gaulle et de Germain Tillion ne souhaitent pas que les dépouilles quittent le caveau familial. Mais les cercueils ne seront pas vraiment vides.
Le Panthéon va accueillir mercredi quatre grands noms de la résistance. Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Jean Zay vont en effet faire leur entrée dans ce temple des Grands hommes. A cette occasion, François Hollande prononcera un discours pour célébrer l’esprit de résistance. Et dès mardi, une cérémonie d’hommages est prévue en fin d’après midi à la Sorbonne, où les cercueils seront veillés toute la nuit par des militaires. Deux des cercueils ne contiendront toutefois aucune dépouille. Les familles de Germaine Tillion et de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ont préféré que les dépouilles restent dans les caveaux familiaux. Mais c’est avant tout le symbole qui compte.

Les corps restent avec les dépouilles familiales. Ainsi, leur esprit sera au Panthéon, mais pas leur corps. L’Elysée a d’ailleurs accepté « avec une grand compréhension » la demande des deux familles. La mère de Germaine Tillion étant morte dans les chambres à gaz, « nous n’avons jamais pu faire notre deuil, faute de corps », racontent ses proches. Ils ne veulent donc pas revivre cette situation avec Germaine Tillion. La dépouille de l’ethnographe et ethnologue restera donc au cimetière de Saint-Maur-des-Fossés, dans le Val-de-Marne.

Une poignée de terre en guise de dépouille. La famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, elle, refuse que sa dépouille quitte le petit cimetière de Haute-Savoie, où elle est enterrée avec son mari. Leurs enfants ne veulent pas les séparer. « Elle avait une sépulture avec mon père, résistant savoyard, dans un petit village de Haute-Savoie, où il se sont mariés », détaille sa fille Isabelle. Dans le cercueil de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au Panthéon, il y aura donc une poignée de terre mise dans une petite boite sculptée par un des enfants de cette résistante du réseau du musée de l’homme.

« J’avais entendu que la famille d’Aimé Césaire avait fait la même démarche pour que sa sépulture reste en terre de Martinique. Il nous semblait vraiment important de respecter cet état, cette situation. On est allé dans l’intimité la plus absolue, la plus familiale, prendre une poignée de terre au cimetière de ce petit village, qu’on a mis dans une boîte, en y ajoutant quelques petits souvenirs. Maman était quelqu’un d’assez discret, très aimante, d’extrêmement humain, donc on y va presque sur la pointe des pieds », confie sa fille, Isabelle Anthonioz-Gaggini, qui a écrit un ouvrage sur les deux femmes panthéonisées.

« Les femmes ont joué un rôle prépondérant » dans la résistance. Cette dernière s’enthousiasme donc que les deux femmes, très peu nombreuses dans le temple républicain, entrent au Panthéon. « Mais par contre, ça me semble important que tout le monde sache que les femmes ont joué un rôle vraiment prépondérant à ce moment là de l’histoire et que ce rôle doit être dans nos mémoires, compte-tenu de tout ce qui continue à se passer aujourd’hui en matière de droits de l’Homme », réagit-elle.

D’autres cercueils sans dépouille. Au Panthéon, les quatre cercueils seront tous dans la même crypte, à part, pas très loin d’André Malraux et de Jean Moulin. Des cercueils presque vides, il y en a d’autres. En 1920, la famille de Léon Gambetta n’a donné au Panthéon que son « cœur » et elle a gardé le reste de sa dépouille. Pour Jean Moulin, qui est mort torturé par les nazis, son corps n’a jamais été retrouvé et ce sont ces « cendres présumées  » qui sont là au Panthéon.

Voir enfin:

Commémorations nationales : 55 % des Français estiment que François Hollande assume bien ses fonctions de président de la République
Selon un sondage Ifop pour Atlantico 62% des Français trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations. Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président. Un chiffre qui témoigne de la persistance du sentiment républicain en France.

Sondage Ifop-Atlantico
11 Août 2014
Info Atlantico

Atlantico : Le président de la République a été présent à de nombreuses commémorations cet été, que ce soit pour le débarquement de Normandie, ou plus récemment avec le 100ème anniversaire du début de la Première guerre mondiale. Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 62% des Français trouvent qu’il est légitime pour un président de la République d’y participer. Comment les Français ont-ils perçu la participation de François Hollande à ces événements historiques ?
Jérôme Fourquet : En dépit d’une polémique médiatique sur un excès de commémoration et une éventuelle stratégie de communication qui s’apparenterait à une stratégie de diversion, près de deux tiers des français (62%), trouvent normal et légitime que le président participe à ces commémorations.

Seuls 32% d’entre-eux estiment qu’il s’agit d’une stratégie de communication visant à masquer l’absence de résultat du président.

Les sensibilités politiques individuelles s’y retrouvent : ainsi, les sympathisants de gauche estiment à 78% qu’il est normal et légitime quand ceux du Front National sont à 44%, et 59% à l’UMP. Cela signifie que même dans les camps les plus opposés à François Hollande, soit l’UMP et le FN, il y a un sentiment d’approbation à ce que le représentant du peuple français participe aux commémorations du débarquement de Normandie, et au centenaire du début de la Grande Guerre qui a traumatisé et changé en profondeur notre pays. Dans les institutions de la Vème république, il est communément admis et partagé, au-delà des clivages politiques, qu’un pays comme la France se doit d’être présent lors de ce type de cérémonie

Quelle est l’influence des sensibilités politiques des Français ?
Le fait que les sympathisants FN remettent en cause la capacité de François Hollande à représenter le peuple français renvoie à un déficit d’incarnation et de « présidentialité » qui lui est reproché depuis le début de son mandat. L’idée d’un président normal accolé aux polémiques de l’affaire Gayet-Closer a laissé des traces.

La question porte donc moins sur l’intensité des commémorations, que sur sa capacité à bien représenter la France, de manière plus globale, c’est-à-dire sur le style de sa présidence.

Le président sera d’ailleurs présent lors des commémorations du débarquement de Provence sur le Charles de Gaulle le 15 aôut, mais à la lueur de ce sondage, on peut penser qu’il n’y aura pas matière à relancer la polémique.

Les résultats de ce sondage montrent aussi que le sentiment républicain existe encore dans ce pays, puisqu’une large majorité estime qu’il est normal qu’il y participe.

Néanmoins, dans cette séquence si consensuelle, on aurait pu imaginer qu’à la deuxième question il ait eu des scores plus élevés. On voit que 45% estiment qu’il n’a pas bien fait son travail. Les 45% de mécontents montrent qu’il y a encore beaucoup d’efforts à accomplir pour que François Hollande soit pleinement reconnu dans sa fonction présidentielle sous la Vème République.

A quel point ces résultats pourraient influencer sa cote de popularité, à l’aube d’une rentrée politique qui s’annonce difficile ?
Je pense qu’il est assez illusoire de s’attendre à un regain dans les cotes de popularité. Les 45% de Français qui lui dénient de bien assurer sa prestation illustre le lien très dégradé qui le lie avec les Français. Ils attendent plus qu’un beau discours, François Hollande est attendu sur le front économique, pour sortir de la crise, ils attendent de lui qu’il passe un cap, ainsi qu’une certaine autorité pour mettre à bien les réformes. Dans quelques jours, l’Insee publiera l’activité économique au premier semestre, et les bruits de couloirs disent qu’ils ne sont pas bons.

Les membres du gouvernement ont donc commencé à préparer le terrain, en prévenant que la croissance risquait d’être atone, et que les engagements déficitaires ne seront pas tenus. C’est bien là-dessus que les français élaboreront leur opinion sur le président.

En début d’année 2013, lorsque François Hollande a décidé d’envoyer une force militaire au Mali, on avait pu voir la polémique, en partie équivalente sur le fait qu’il voulait endosser les habits de commandant en chef pour grimper dans les sondages. Au final, le gain de popularité n’avait été que d’un point. Les Français font donc la part des choses. Après le 15 août en revanche, François Hollande sera confronté sur des sujets beaucoup plus réels puisqu’il sera confronté à son bilan, et il lui sera difficile d’invoquer l’héritage et l’ardoise laissés par ses prédécesseurs après deux ans et demi de mandat.

Que penser de l’opinion des sympathisants du Front national, réputés attachés aux évènements qui fondent l’histoire de la France ?
L’élément moteur qui explique ce rejet, c’est que c’est dans cet électorat, l’idée du complot est le plus répandu que dans les autres formations. Les électeurs du FN sont donc plus prompts à voir dans un certain nombre d’actions du gouvernement une stratégie de diversion. C’est l’électorat qui est le plus inquiet pour le pays, dans sa situation sociétale, sociale et économique. Si vous écoutez Marine Le Pen qui est, et c’est heureux pour elle, assez en phase avec son électorat, ces représentations ne sont que des paroles. On va être dans une lecture très pessimiste de l’histoire, et elle dit clairement que les gouvernants ont refusé à gouverner et qu’il s’agit de « discours de façade ». Le décalage avec le réel, la capacité à faire respecter une interdiction de manifester, ramener l’ordre dans les banlieues est jugé trop important. De même, Marine Le Pen illustrait bien cette idée en disant que François Hollande n’était qu’un « sous-préfet » de Bruxelles, le ramenant alors à une fonction qui ne serait qu’honorifique, comme son homologue allemand en Alsace pour l’anniversaire du début de la Grande Guerre.

Voir par ailleurs:

Un seul empereur sous le ciel ?

Laurent Murawiec

L’Esprit des Nations

Editions Odile Jacob, 2001, pp. 102-106

L’idée d’une Chine naturellement pacifique et trônant, satisfaite, au milieu d’un pré carré qu’elle ne songe pas à arrondir est une fiction.

L’idée impériale, dont le régime communiste s’est fait l’héritier, porte en elle une volonté hégémoniste. La politique de puissance exige de « sécuriser les abords ». Or les abords de la Chine comprennent plusieurs des grandes puissances économiques du monde d’aujourd’hui : la « protection » de ses abords par la Chine heurte de plein fouet la stabilité du monde. Et ce, d’autant qu’elle est taraudée de mille maux intérieurs qui sont autant d’incitations aux aventures extérieurs et à la mobilisation nationaliste.

Que veut la République Populaire ? Rétablir la Chine comme empire du Milieu. Comme l’écrit un idéologue du régime : « La renaissance de l’esprit chinois sera comme la cloche du matin pour l’ère du [monde centré sur l’océan] Pacifique. Toute gloire à la Grande Chine. L’avenir appartient à l’esprit chinois modernisé au nom du siècle nouveau. » À cet avenir glorieux, à la vassalisation par la Chine, les Etats-Unis sont l’obstacle premier.

La Chine de ne veut pas de confrontation militaire, elle veut intimider et dissuader, et forcer les Etats-Unis à la reculade. Deng l’avait fortement exprimé devant Henry Kissinger : « La Chine ne craint rien sous le Ciel ni sur la Terre. » De même, avec précision, le général Mi Zhenyu, commandant en second de l’Académie des sciences militaires : [En ce qui concerne les Etats-Unis,] pendant une période de temps assez considérable, nous devons absolument entretenir notre soif de vengeance […]. Nous devons celer nos capacités et attendre notre heure. » Qu’est-ce qu’une grande stratégie chinoise ?

L’ « Esquisse d’un excellent stratège chinois » de l’universitaire taiwanais Chien Chao l’avait montré : « Il attend patiemment l’occasion propice, en alerte, observant et analysant constamment la situation. Quand il agit, ses actions tendent à être indirectes et trompeuses, et souvent il essaie d’atteindre son but en utilisant une tierce partie. Quelques fois exagérera-t-il et mentira, mais toujours il feindra. Il fait de son mieux pour stopper l’avance de son adversaire. Il pourra attirer, éprouver et menacer l’adversaire, mais, à moins que cela ne soit absolument nécessaire, il ne lancera pas de choc frontal réel avec lui. S’il le doit, il agira avec promptitude et voudra prendre rapidement le contrôle de l’adversaire. Il est toujours disposé à abandonner ou à se retirer, car cela n’est qu’un pas en arrière avant de revenir. »

Pékin a récupéré Hong-Kong – l’argent, la finance, les communications. L’étape suivante, c’est Taïwan – la technologie avancée, l’industrie, d’énormes réserves monétaires. Si Pékin parvient à imposer la réunification à ses propres conditions, si un « coup de Taïwan » réussissait, aujourd’hui, demain ou après-demain, tous les espoirs serait permis à Pékin. Dès lors, la diaspora chinoise, riche et influente, devrait mettre tous ses œufs dans le même panier ; il n’y aurait plus de centre alternatif de puissance. La RPC contrôlerait désormais les ressources technologiques et financières de l’ensemble de la « Grande Chine ». Elle aurait atteint la masse critique nécessaire à son grand dessein asiatique.

Militairement surclassés, dénués de contrepoids régionaux, les pays de l’ASEAN, Singapour et les autres, passeraient alors sous la coupe de la Chine, sans heurts, mais avec armes et bagages. Pékin pourrait s’attaquer à sa « chaîne de première défense insulaire » : le Japon, la Corée, les Philippines, l’Indonésie. La Corée ? Privée du parapluie américain, mais encore menacée par l’insane régime nord-coréen, elle ferait face à un choix dramatique : soit accepter l’affrontement avec le géant chinois, se doter d’armes nucléaires et de vecteurs balistiques, et d’une défense antimissiles performante, soit capituler, et payer tribut, tel un vassal, au grand voisin du sud. Elle pourrait théoriquement s’allier au Japon pour que les deux pays – dont les rapports ne sont jamais faciles – se réarment et se nucléarisent ensemble. Il est également possible – c’est le plan chinois – qu’ils se résolvent tous deux à capituler. Le Japon, géant techno-industriel, nain politico militaire, archipel vulnérable, serait confronté au même dilemme.

L’Asie du Sud-Est, sans soutien américain ni contrepoids à la Chine en Asie du Nord, est désarmée. Tous montreraient la porte aux Etats-Unis, dont les bases militaires seraient fermées, en Corée et au Japon. Les Etats-Unis seraient renvoyés aux îles Mariannes, Marshall et à Midway – comme l’entendait le général Tojo, le chef des forces armées impériales du Japon et l’amiral Yamamoto, le stratège de l’attaque de Pearl Harbour en 1941.

La Chine est-elle maîtresse de l’Asie ? Reste à neutraliser l’Inde, l’égale démographique, la rivale démocratique, anglophone, peu disposée à s’en laisser compter. Mais il faut la clouer sur sa frontière occidentale par l’éternel conflit avec le Pakistan islamiste et nucléaire. La Chine doit neutraliser l’Inde, ou l’attaquer, avant que ses progrès économiques et militaires ne lui confèrent une immunité stratégique. La Mongolie « extérieure » est récupérée, Pékin ne s’étant jamais accommodé de son indépendance ni de sa soumission à la Russie. Plus loin, le traité de Pékin de 1860, qui donna à la Russie les territoires de l’Extrême-Orient russe, pourra être effacé ou abrogé, la faiblesse russe allant s’aggravant.

Au XXIe siècle, l’hégémonie asiatique, c’est le tremplin vers la domination mondiale. Harold Mackinder, le géopoliticien britannique, affirmait il y a un siècle que la domination du cœur de l’Eurasie, c’était la domination du monde. Les déplacements tectoniques intervenus dans l’économie et la politique mondiale font de l’Asie peuplée, riche et inventive, le pivot de la domination mondiale. Tel est le grand dessein chinois, à un horizon qui peut être placé entre 2025 et 2050. Pour qu’il réussisse, la condition nécessaire est l’élimination des Etats-Unis comme facteur stratégique majeur dans l’Asie-Pacifique. Objectera-t-on qu’il y a là une bonne dose d’irréalisme ? Le PNB du Japon de 1941 ne se montait guère qu’à 20 pour cent de celui des Etats-Unis. L’erreur de calcul est commune dans les affaires internationales, et fournit souvent la poudre dont sont faites les guerres. L’aptitude à se méprendre du tout au tout sur les rapports de force est caractéristique des dictatures.

La Pax Sinica désirée par le nouvel hégémon bute sur bien d’autres obstacles. La course au nationalisme des dirigeants du régime est non seulement le produit atavique d’une tradition dont nous avons démonté les ressorts – «  de même qu’il n’y a pas deux soleils dans le ciel, il ne peut y avoir qu’un empereur sur terre », dit le Livre des rites confucéen – elle est également le produit d’une fuite en avant provoquée par les multiples crises qui affligent la Chine. Le régime devrait résoudre la quadrature du cercle pour maîtriser ces crises : la perspective est improbable. L’échec probable rend possible l’ouverture d’un nouveau cycle de crise systémique. L’agressivité nationaliste du régime en serait aggravée.

Jamais ses chefs n’ont été isolés de la société, jamais la Chine n’a été aussi anomique qu’elle ne l’est devenue sous la férule de Jiang Zemin. L’absurde méga-projet de barrage des Trois-Gorges sur le Yangzi en est l’éclatante démonstration : ce chantier pharaonique absorbe des investissements gigantesques au détriment de bien des projets plus réalistes, dans le but de résoudre en quelque sorte d’un seul d’un coup la pénurie d’électricité nationale. Les études de faisabilité et d’impact environnemental ont été bâclées : nul ne sait ce qui adviendra de ce bricolage géant sur le géant fluvial de Chine du Sud. Les risques de catastrophe écologique sont considérables. Des millions de villageois ont été délogés. La corruption s’est emparée du projet, au point de menacer la stabilité et la solidité du barrage : le sable a remplacé le béton dans un certain nombre d’éléments du barrage.

Une société moderne ne peut être gérée sur la base des choix arbitraires de quelques centaines de dirigeants reclus, opérant dans le secret et en toute souveraineté. Ce que les tenants, aujourd’hui déconfits, des « valeurs asiatiques », n’avaient pas compris, dans leurs plaidoyers pro domo en faveur d’un despotisme qu’ils prétendaient éclairé, c’est que les contre-pouvoirs, les contrepoids, que sont une opposition active, une presse libre et critique, des pouvoirs séparés selon les règles d’un Montesquieu, l’existence d’une société civile et de multitudes d’organisations associatives, font partie de la nécessaire diffusion du pouvoir qui peut ainsi intégrer les compétences, les intérêts et les opinions différentes. Mais, pour ce faire, il convient de renoncer au modèle chinois, c’est-à-dire au monolithisme intérieur. La renonciation au monolithisme extérieur n’est pas moins indispensable : la Chine doit participer à un monde dont elle n’a pas créé les règles, et ces règles sont étrangères à l’esprit même de sa politique multimillénaire. La Chine vit toujours sous la malédiction de sa propre culture politique. La figure que prendra le siècle dépendra largement du maintien de la Chine, ou de l’abandon par elle, de cette culture, et de sa malédiction.

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Beijing warns US: ‘We will fight back’ as battle of words escalates over South China Sea
China reveals ‘active defence’ military strategy after US flies surveillance jet over disputed territory
Jamie Fullertone
Beijing
The Independent
26 May 2015

China has upped its military posturing, issuing a strategy paper saying Beijing would “surely counterattack if attacked” by an enemy amid concerns from the US and neighbouring countries over its developments in the South China Sea.
The release of the document came shortly after Beijing lodged a complaint against the US for flying a surveillance jet over disputed territory in the South China Sea, where China is building artificial islands.

Chinese state media reported that the white paper, issued by the state council, the country’s cabinet, underscored that Beijing was committed to world peace and believed that a world war was unlikely. But it added that “small-scale wars, conflicts and crises are recurrent in some regions”. The state-owned news agency Xinhua highlighted one particular phrase, which appeared in the “Strategic Guideline of Active Defence” section: “We will not attack unless attacked, but we will surely counterattack if attacked.”

Much to the concern of its neighbours and the US, China, the dominant powerhouse in the region, has been building artificial islands and buildings in the disputed South China Sea, where the Philippines, Vietnam, Malaysia, Brunei and Taiwan all have overlapping claims.

In one area, the Spratly islands, the US says China has created 2,000 acres of land, with satellite images showing what appears to be an airstrip.

The paper said that China’s armed forces would work to “resolutely safeguard China’s sovereignty [and] security and development interests” and work towards “realising the Chinese dream of achieving the great rejuvenation of the Chinese nation”.

The white paper on China’s military strategy said it would fight back if attacked (Reuters)

Announcing its release, the People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun appeared to be referring to the US when he said that “outside powers” were attempting to “tarnish the Chinese military’s reputation and create an atmosphere of exaggerated tension.” He added: “We cannot eliminate the possibility that this is to create excuses for the actions that certain countries may be planning to take.”

Although President Barack Obama recently said that China was acting like a “bully” towards its neighbours in the South China Sea, the US refrained from having a physical presence in the disputes until it flew a spy plane over the region. The move sparked a diplomatic row, and the Chinese foreign ministry spokeswoman Hua Chunying called the flyover “provocative behaviour”.

China’s rampant land reclamation efforts in the sea have alarmed its neighbours and the US over Beijing’s potential military ambitions there. But despite satellite images showing runways and helipads, Beijing has never acknowledged that the building work is military in nature.

People’s Liberation Army spokesman Yang Yujun holds a copy of the annual white paper during a news conference in Beijing (Reuters)

On Tuesday, it compared the building efforts to simple road construction.
“Every day all around China, there are all kinds of construction projects being started [such as] building homes, paving roads, building bridges, opening new farmland, etc,” Mr Yang said. “Looking from the angle of sovereignty, China’s development of construction on its islands is no different at all from all the other types of construction going on around the country.”

Taiwan’s President Ma Ying-jeou proposed a peace initiative yesterday for the South China Sea, asking claimants to cast aside disputes and concentrate on sharing resources instead. “We demand that freedom of navigation and overflight be respected in the South China Sea,” he said, urging a resolution before “major conflict breaks out.”

The statement was rebuffed by Ms Hua, who said in response: “We believe Chinese people on both sides of the Strait have a duty to jointly protect China’s territorial sovereignty and maritime rights and interests and safeguard the stability of the South China Sea region.”

Voir aussi:

US-China war ‘inevitable’ unless Washington drops demands over South China Sea
Warning from state-run China newspaper as Beijing reveals plans for development of disputed South China Sea islands
Julian Ryall, Tokyo
26 May 2015

China’s armed forces are to extend their operations and its air force will become an offensive as well as defensive force for the first time, in a major shift in policy that will strengthen fears of accidental conflict.
A policy document by the state council, or cabinet, said China faced a “grave and complex array of security threats”, justifying the change.
The People’s Liberation Army, including its navy and air force, will be allowed to “project power” further beyond its borders at sea and more assertively in the air in order to safeguard its maritime possessions, the white paper stated.

The navy will add “open seas protection” to a traditional remit of “offshore waters defence”, it said.
The posture risks escalating the tension over disputed islands in the South China Sea and elsewhere in the Pacific, where the United States is determined to protect the interests of allies like Taiwan and the Philippines.

Only last week, a US aircraft ignored repeated warnings from the Chinese military to fly a reconnaissance mission over the islands.

Global Times, a tabloid newspaper run by the Communist Party, said that China might have to “accept” there would be conflict with the United States.

“If the United States’ bottom line is that China has to halt its activities, then a US-China war is inevitable in the South China Sea”, said the paper, which is often seen as a mouth-piece of hardline nationalists in the government in Beijing.

State media reported on Tuesday that Beijing had begun building two lighthouses on reefs in the Spratly Islands, a smattering of outcrops that are claimed by an array of countries including not only China but also Vietnam and the Philippines.

Last month, satellite imagery revealed the Chinese had almost completed an air strip on another reef – Fiery Cross – while they are turning another rock, Mischief Reef, into a full island through land reclamation.

The Global Times article described the construction of runways, harbour facilities and buildings on the disputed Spratly Islands as the nation’s “most important bottom line”.

Speaking at a press conference in Beijing, Yang Yujun, a spokesman for the Defence Ministry, dismissed international criticism of China’s policies in the South China Sea, claiming the work was the same as building roads and homes on mainland China and that it would benefit “the whole of international society”.

“From the perspective of sovereignty, there is absolutely no difference”, he said, adding that “some external countries are also busy meddling in South China Sea affairs”.

Analysts say neither Washington nor Beijing appear to be in the mood to back down and that there is a serious risk of a minor incident in airspace around the islands escalating rapidly.

“I think the concern has to be that China misjudges the situation”, said Robert Dujarric, director of the Institute of Contemporary Asian Studies at the Japan campus of Temple University.

“Neither party wants a war if it can be avoided, but there are red lines for both sides”, he said. “I worry whether Beijing considers the US to be a declining power and assumes that Washington will back down if it shoots down a US observation aircraft”.

Washington chose to “de-escalate” a major crisis that blew up after a Chinese fighter collided with a US Navy intelligence-gathering aircraft off Hainan Island in April 2001.

However, Prof. Dujarric said there would be a different response if a similar incident were to occur in what Washington insists is international air space over the South China Sea.

Recent developments have provoked new concerns in the region, with Ma Ying-jeou, the president of Taiwan, calling for the different nations laying claim to the South China Sea to put their differences aside and carry out joint development of natural resources.

Voir enfin:

La guerre cachée  du Kremlin contre l’Europe

Françoise Thom*

* Historienne, spécialiste de la Russie. Auteur, entre autres nombreuses publications

POLITIQUE INTERNATIONALE

« Vous avez l’Amérique du Nord et celle du Sud, vous avez l’Afrique et  l’Asie. Vous pourriez au moins nous laisser l’Europe » (Vladimir Poutine à Bill Clinton en novembre 1999) (1).

« Oubliez l’intangibilité des frontières. Pour tout empire les frontières sont flottantes, on peut et on doit les déplacer. Plus on contrôle d’espace, moins on risque de se faire bouffer par d’autres » (Alexandre Prokhanov) (2).

« Il y a encore de nombreuses terres à réunir sous le drapeau russe ». (Vladimir Soloviev) (3).

Une ambition de puissance qui ne date pas d’hier

En 1945-1946, au fur et à mesure que Staline révélait de plus en plus ouvertement son intention de soviétiser les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, en violation des engagements de Yalta, les Occidentaux oscillaient entre deux interprétations du comportement soviétique. Pour les uns, le dictateur du Kremlin agissait de la sorte à cause du traumatisme qu’avait constitué l’attaque allemande qui, pensait-on, avait provoqué chez lui un profond sentiment d’insécurité. Afin de le ramener à de meilleures dispositions, il convenait de le rassurer, de donner des garanties de sécurité à l’URSS. Mais pour un deuxième groupe d’experts, l’URSS était intrinsèquement expansionniste en raison de son idéologie et son avancée en Europe devait être stoppée.

Cette dernière analyse finit par l’emporter. Ce fut le début de la politique d’endiguement et, heureusement pour l’Europe occidentale, de la guerre froide, grâce à laquelle les Européens de l’Ouest

Aujourd’hui, un débat similaire divise les experts et les décideurs face au comportement de plus en plus ouvertement agressif et provocateur qu’affiche la Russie. Selon nombre d’observateurs, les Occidentaux sont les premiers responsables de la fâcheuse évolution du Kremlin. Ils ont humilié la Russie en faisant tomber le communisme, en rapprochant l’Otan de ses frontières, en intervenant en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. La liste des griefs russes ne cesse de croître et d’embellir. La Russie demande seulement qu’on « la respecte » et qu’on « prenne en compte ses intérêts nationaux » : si ces conditions sont remplies, tout ira bien !

Ce point de vue était largement majoritaire jusqu’aux récents événements ukrainiens. Il était activement encouragé par les propagandistes du Kremlin — un peu comme, dans les années 1930,  Hitler et ses diplomates ne cessaient de mettre en avant l’« humiliation du traité de Versailles » pour paralyser la volonté de résistance des puissances occidentales. Cette vision des choses se trouve à l’origine des erreurs de la politique occidentale dont nous payons le prix aujourd’hui. En effet, elle ne résiste guère à l’examen des faits. En 1994-1995, on attribue le nationalisme croissant de la politique russe aux bombardements des Serbes par l’Otan ; à partir de 1997, on accuse l’élargissement de l’Otan ; en 1999, la guerre du Kosovo. Tous ces raisonnements reposent sur le présupposé que l’évolution de la Russie est déterminée par des facteurs externes, qu’elle se produit en réaction à des pressions ou à des initiatives venant de l’extérieur. Or une analyse de la politique étrangère russe post-soviétique dans la durée dément ce schéma explicatif simpliste. Lorsque l’on se penche sur les années Eltsine, on s’aperçoit que le glissement de la politique russe vers le nationalisme néo-soviétique a commencé presque dès le début de cette période, et est dû à une dynamique politique interne.

Dès mars 1993, Boris Eltsine exigeait que « les organisations

internationales, y compris l’ONU, reconnaissent à la Russie des

droits particuliers en tant que garante de la paix et de la stabilité

sur le territoire de l’ex-URSS ». À partir de l’arrivée d’Evguéni

Primakov aux Affaires étrangères en janvier 1996, la diplomatie

russe prend une tournure néo-soviétique de plus en plus mar-
quée. Un nouvel accent est mis sur les relations avec les voisins

de la Russie  : avec les pays d’Europe centrale et orientale que

M­oscou avait négligés depuis la fin du Pacte de Varsovie, mais

aussi avec le Moyen-Orient, l’Asie du Sud et l’Extrême-Orient.

Les axes eurasiatiques de l’action russe se dessinent clairement :

« partenariat stratégique » avec la Chine (4) en 1996 ; création à

l’automne 1997 d’une troïka Eltsine-Kohl-Chirac dans laquelle la

Russie voit l’embryon d’un directoire européen à vocation anti-
américaine (« la première victoire presque inconditionnelle [de la

Russie] en politique étrangère » (5) selon la presse de l’époque) ;

Françoise Thom 71

consolidation de l’emprise russe sur la CEI, marquée notamment

par un accord de réintégration signé avec le Bélarus en avril 1997 ;

un traité d’amitié avec l’Arménie en août 1997, prévoyant une

alliance militaire entre les deux pays, et donc des bases russes en

Arménie. Le  1er décembre 1999, la  Douma adopte en première

lecture un  projet de  loi intitulé «  Modalités pour l’adhésion à

la  Fédération de Russie et la  création au  sein de  la  Fédération

d’une nouvelle formation territoriale ». Cette loi réglemente non

seulement le  redécoupage des  «  sujets  » de  la  Fédération, mais

aussi l’inclusion éventuelle d’États étrangers ou de  territoires

appartenant à des États étrangers (article 4) (6). On le voit : les

ingrédients de la politique de Poutine étaient déjà présents durant

les années Eltsine. Ce qui manquait à l’époque à la diplomatie

russe, c’étaient les moyens, la discipline et la persévérance.

Première phase : la mobilisation de l’opinion en Russie

On a répété à l’envi que Poutine et la caste tchékiste qui l’en-
toure ne sont pas des stratèges, qu’ils ne font qu’« improviser ».

L’analyse de la politique conduite depuis 1999 révèle au contraire

un esprit de suite et une obstination dans la poursuite des objectifs

Commençons par le premier acte. Pour les siloviki (les offi-
ciers des structures de sécurité), l’étape préalable à la restauration

du grand empire eurasien détruit par l’impéritie de l’ancienne

nomenklatura communiste est le retournement de l’opinion

en Russie même. Il fallait un choc pour inciter la société russe

à faire bloc derrière la nouvelle élite tchékiste. Du 4  au16  sep-
tembre 1999, quatre mystérieuses explosions meurtrières se pro-
duisent dans des villes de Russie (deux à Moscou), faisant plus

de 300 morts. Poutine, qui vient d’être nommé premier ministre,

attribue ces attentats plus que suspects (7) aux Tchétchènes. Sa

rhétorique musclée suscite une vague patriotique qui lui permettra

de se présenter en chef de guerre et de se faire élire président en

mars 2000, en pleine guerre contre la Tchétchénie.

Le nouveau chef de l’État et la secte de l’ex-KGB propulsée

avec lui au Kremlin peuvent se féliciter : désormais, le rétablis-
sement de la grande puissance russe est un objectif partagé par

l’opinion. La Russie a cessé de se débobiner avec l’écrasement

de la rébellion tchétchène. À présent, elle peut entamer la phase

de reflux, récupérer les terres perdues avec la chute de l’URSS.

Comme l’écrit Alexandre Prokhanov, l’un des idéologues en vogue

à l’époque du troisième mandat de Vladimir Poutine, entamé en

2012 : « À la fin des années 1990 et au début des années 2000, il

fut décidé de renoncer à l’idée mort-née de l’État national.

Après la deuxième guerre de Tchétchénie commença la renais-
sance de l’empire russe. Après avoir écrasé les séparatistes, le

Kremlin recolla le pays grâce à de nouvelles agrafes d’acier — les

districts fédéraux — et rectifia les Constitutions et les lois locales.

(…) Maintenant, la Russie est prête à revenir dans les régions d’où

elle avait reflué à l’époque de sa faiblesse » (8).

L’exaltation patriotique et les succès économiques — dus à

la hausse du prix des hydrocarbures — font accepter à la majorité

de la population la mise au pas du pays, l’asservissement de la

presse, le grignotage inexorable des libertés. La première moda-
lité de la « guerre hybride » qui fera ses preuves en Ukraine en

2014  est appliquée contre la société russe durant cette période

initiale du régime poutinien : se camouflant derrière l’Inspection

fiscale, le parquet, des partis bidons, voire des oligarques, n’agis-
sant jamais à visage découvert, le Kremlin éradique et neutralise

tous ses adversaires et fait de la Russie une parfaite table rase.

Le pays devient un tremplin monolithique à partir duquel ­Poutine

peut se consacrer à la phase suivante  de son grand dessein : la

réintégration autour de Moscou de l’espace ex-soviétique. Car

« le véritable critère de la souveraineté et de l’indépendance d’un

État est sa capacité à être le noyau et le centre de rassemble-
ment d’autres États, à court terme et à long terme » (9).

Dans un premier temps, les hommes du Kremlin ont un sens

aigu de la faiblesse de la Russie. Ils sont conscients que leur projet

visant à reconstituer l’empire n’est réalisable que si les États-Unis

et l’UE sont neutralisés. La « guerre contre le terrorisme » per-
mettra un rapprochement avec l’administration Bush. Aux

­Européens Poutine propose un « partenariat énergétique » que les

intéressés saisissent avec empressement. Dès 2000, les dirigeants

russes envisagent d’utiliser les Européens de l’Ouest pour for-
cer les pays d’Europe centrale et orientale à déférer aux volon-
tés de Moscou. Par exemple la Pologne, toujours rebelle : « La

­Russie préfère prendre toutes les décisions à Bruxelles et dans les

capitales ouest-européennes, dans la certitude que les partenaires

européens aînés pourront agir sur la Pologne. Il se peut que la

position arrogante des négociateurs russes soit payante et que les

Polonais cèdent devant les pressions conjointes des Russes et des

Mais, d’emblée, Moscou donne la préférence à sa politique

traditionnelle de priorité aux relations bilatérales avec les États

européens, ce qui permet la mise en concurrence de ceux-ci pour

l’obtention des faveurs de Poutine. Dès 2004, Sergueï Markov,

un expert proche du Kremlin, explique qu’il est souhaitable pour

Moscou d’avoir affaire « non à la bureaucratie européenne, mais

aux locomotives de l’intégration, surtout l’Allemagne et la France,

de même que l’Espagne, l’Italie et l’Angleterre » car « les bureau-
crates européens considèrent la Russie comme un problème et

n’ont pas peur d’entrer en conflit avec elle » (11).

Poutine sait que les contrats gaziers entraînent une dépen-
dance durable entre consommateurs et producteurs. En liant les

pays européens à Gazprom, il travaille à créer dans chacun d’entre

eux un lobby pro-russe proche du pouvoir, capable de bloquer

toute initiative jugée indésirable à Moscou et de faire passer les

initiatives voulues par le Kremlin. Dans la logique de rapport

des forces qui est la sienne, la Russie préfère avoir affaire à des

États européens isolés, car elle est alors en mesure d’obtenir ce

qu’elle veut grâce au parti russe bien implanté dans chaque capi-
tale européenne : très vite, en Europe, on comprend que ceux qui

servent les intérêts russes sont généreusement rétribués. Hommes

politiques, industriels, journalistes et experts se pressent pour

bénéficier de la manne. Le calcul de Moscou est de créer une

situation où les grands pays d’Europe (l’Allemagne, l’Italie, la

France pour le gaz) dépendront des hydrocarbures russes, et de

former un « politburo européen » regroupant ces pays et leurs diri-
geants « schröderisés ». Grâce à ce réseau de relations bilatérales

patiemment tissé, la Russie se retrouverait alors en position domi-
nante — un peu comme le Pacte de Varsovie était venu, en 1955,

couronner les accords bilatéraux entre l’URSS et les démocraties

À partir de 2004, la politique de Poutine va s’infléchir, sous

l’influence de l’enlisement américain en Irak, de l’augmen-
tation du prix des hydrocarbures, de l’élargissement de l’UE

et de l’éclatement de plusieurs «  révolutions de couleur  » dans

l’espace post-soviétique. Comme le président russe et sa cote-
rie de siloviki ne comprennent ni la liberté ni la complexité des

74 POLITIQUE INTERNATIONALE

phénomènes sociaux, ils voient dans ces révolutions le résultat

de complots ourdis par des puissances hostiles à la Russie, au

premier rang desquelles les États-Unis. Ils en tirent la conclusion

que ceux-ci n’ont pas l’intention de laisser l’Europe à la ­Russie,

contrairement à ce que donnait à penser l’attitude europhobe des

néo-conservateurs de l’entourage du président Bush. Poutine en

conçoit un violent ressentiment contre l’Amérique. Ce glissement

vers un affrontement avec Washington (dont les Américains ne

sont guère conscients) s’accompagne d’une activation de la poli-
tique européenne. La Russie s’efforce de faire main basse sur les

infrastructures énergétiques de son «  étranger proche  » et des

nouveaux membres de l’UE. Parallèlement, elle cherche à obtenir

un accès aux réseaux de distribution dans les pays de l’UE. Dès

2005, après la signature avec l’Allemagne d’un accord en vue de

la construction du Northstream (un pipeline reliant directement

les deux pays sous la mer Baltique), elle se considère comme une

superpuissance énergétique. Elle peut se permettre de fermer les

robinets du gaz aux pays insoumis et de forcer les autres à lui

abandonner des pans toujours plus importants de leur souverai-
neté en échange de rabais sur la facture gazière.

Avec la crise des subprimes en 2007-2008, les dirigeants

russes pressentent non seulement le recul des États-Unis mais la

défaite de l’Occident tout entier. Désormais, au révisionnisme

post-soviétique s’ajoute un révisionnisme néo-soviétique  : de

même que l’URSS ne s’était jamais résignée à l’ordre européen

de l’après-guerre — qui reposait sur la coopération puis sur la

construction d’un espace commun sous la garantie de sécurité

apportée par les États-Unis —, la Russie de Poutine ambitionne

de subvertir cet ordre européen des années 2000  qui l’empêche

de s’assurer une position dominante sur le continent. Les adeptes

russes de la géopolitique sont persuadés que l’Union soviétique

a implosé parce que Moscou n’avait pas réussi à instaurer son

contrôle sur le « Rimland » de l’Europe, c’est-à-dire sur les pays

ouest-européens. La reconstitution du « grand espace » eurasien

doit donc englober l’Europe occidentale si l’empire est bâti pour

durer. C’est pourquoi la réintégration de l’espace ex-soviétique doit

nécessairement s’accompagner d’un démantèlement de l’Union

européenne et de l’effilochage du lien transatlantique : autrement

dit de la destruction de tout l’ordre européen de l’après-guerre.

La crise géorgienne offre à la Russie la première occasion

de mesurer les progrès de sa stratégie. En avril 2008, lors du

sommet de Bucarest de l’Otan, Moscou remporte un grand suc-
cès  : la France et l’Allemagne bloquent le Membership Action

Program (MAP), l’étape préalable de l’élargissement de l’Alliance

atlantique à la Géorgie et à l’Ukraine. Pour le Kremlin, le test

est positif  : Paris et Berlin ont pris le parti de Moscou contre

Washington. Il est maintenant possible d’aller plus loin. Le

président Medvedev, tout juste élu, propose la mise en place d’un

nouveau système de sécurité en Europe. Cette démarche résulte

de l’évaluation faite à Moscou de la nouvelle «  corrélation des

forces ». Aux yeux des dirigeants russes, l’effacement américain

est acquis ; il faut que l’Europe en prenne acte et donne une forme

institutionnelle à la situation qui s’est créée. Pour les Russes, le

droit est toujours la codification d’un rapport des forces. Celui-ci

ayant évolué au détriment des États-Unis et en faveur de la Russie,

l’architecture de sécurité européenne doit être modifiée en consé-

quence. En s’adressant aux États européens « en qualité d’États

nationaux, en excluant les considérations de bloc ou de grou-
pements » (12), le pacte proposé par Medvedev a vocation à mar-
ginaliser les structures existantes auxquelles la Russie n’est pas

en mesure de dicter sa volonté, à savoir l’Otan et l’UE. Tel est le

contexte de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 qui poursuit

deux objectifs : montrer que la Russie estime désormais avoir les

mains libres pour agir dans l’espace ex-soviétique comme bon lui

semble ; et prouver à tous les alliés des États-Unis que la protec-
tion américaine est devenue une fiction. À Moscou, l’Otan est

perçue « non comme un bloc militaire mais comme un club poli-
tique amorphe et mou » qui étale sa faiblesse en Afghanistan (13) :

preuve que les innombrables experts qui font valoir que l’élargis-
sement de l’Otan serait vu à Moscou comme une « menace » sont

loin du compte. La Russie ne prend plus l’Otan au sérieux en tant

que force militaire depuis longtemps. Si elle s’oppose à son élar-
gissement, ce n’est pas parce qu’elle craint pour sa sécurité mais

parce que l’adhésion à l’Otan rend les pays limitrophes moins

vulnérables au chantage et à la subversion russes.

2008-2014 : la reprise en main de l’« étranger proche »

La crise de 2008-2009 frappe la Russie de plein fouet et dissipe

quelque peu l’euphorie patriotique qu’avait suscitée le démembre-
ment de la Géorgie. Mais au Kremlin, on se console en consta-
tant que les circonstances sont propices aux ambitions russes  :

la montée du populisme anti-européen  ; le rejet des politiques

d’austérité  ; la vogue du souverainisme et du protectionnisme  ;

et la flambée de xénophobie dans nombre de pays de l’Union

européenne. Autant de phénomènes dont on se félicite à Moscou.

Comme l’a dit Marine Le Pen, visiblement bien briefée par ses

mentors moscovites : « La crise donne la possibilité de tourner le

dos à l’Amérique et de se tourner vers la Russie » (14).

Les suites de la guerre russo-géorgienne conduisent le

Kremlin à une double conclusion. D’un côté, l’Union européenne

semble plus que jamais un obstacle aux ambitions russes. En mai

2009, en effet, l’UE instaure le Partenariat oriental, auquel sont

invités l’Arménie, l’Azerbaïdjan, le Bélarus, la Géorgie, la

Moldavie et l’Ukraine ; et en juillet 2009, elle adopte le troisième

paquet énergétique qui prévoit la dissociation de la production et

de l’acheminement des ressources énergétiques — une mesure

qui vise avant tout l’empire Gazprom. En revanche, la politique

de rapprochement bilatéral avec les États européens paraît por-
ter ses fruits. Les Américains se désintéressent de l’Europe et se

lancent dans la politique du « reset », comme s’il ne s’était rien

passé en Géorgie. Nombre d’États européens, la France en tête, se

ruent dans la coopération militaire avec la Russie, appâtés par le

faux dégel impulsé à ces fins par Medvedev, l’homme de paille de

Les responsables russes prévoient de créer l’Union eurasienne

en janvier 2015. La perspective de faire renaître le grand empire

continental dont la Russie entend être la force dirigeante confère

une nouvelle urgence à la tâche à laquelle le Kremlin travaille

depuis longtemps : l’éclatement de l’Union européenne. Car, tant

que cette dernière subsiste, l’Union eurasienne ne peut qu’être

fragilisée par ce pôle d’attraction dont la force se fait encore sen-
tir malgré la crise de 2008-2009. « Si l’Union européenne est une

pure zone d’occupation par les États-Unis, l’Union eurasienne,

elle, se présente en tant qu’alternative à l’occupation améri-
caine » (15). Dans l’esprit des hommes du Kremlin, l’heure du

bras de fer avec l’UE et les États-Unis approche. Comme l’a dit

Sergueï Markov  : « En 1939, nous avons conclu un pacte avec

le diable pour diviser le front occidental solidaire. Aujourd’hui,

notre tâche est de détruire le front commun entre les États-Unis et

l’Union européenne — un front où, en guise de voix de l’Europe,

nous entendons seulement l’écho de Washington » (16).

Après le lancement par l’UE du Partenariat oriental, Moscou

décide de précipiter la signature de l’Union douanière entre la

Russie, le Bélarus et le Kazakhstan en janvier 2010. Cette date

coïncide avec une grande victoire de Vladimir Poutine : son favori

Viktor Ianoukovitch, un ancien repris de justice multirécidiviste,

est élu à la présidence de l’Ukraine. Il est instructif d’examiner

la façon dont la Russie a, au cours des années suivantes, noyauté

l’Ukraine. Kiev est d’abord appâté par une substantielle baisse des

ministre ukrainien de l’Éducation nationale, Dmitri Tabatchnik,

qui considère que le « monde russe » contribue à la renaissance

spirituelle des Ukrainiens, joue un rôle important dans ce pro-
cessus. Non content d’imposer la conception russe de l’histoire

ukrainienne en faisant réécrire les manuels d’histoire, il patronne

la création d’une multitude de centres de culture russe qui ser-
vent de points d’appui à la subversion de l’État ukrainien par les

services de Moscou. À partir de 2010, le Centre de coordination

des organisations de compatriotes russes chapeaute 116 groupes

dispersés sur le territoire de toute l’Ukraine (17). À l’été 2012,

le Comité des relations avec les Russes de la CEI est invité à

intensifier son activité. Il est alors décidé de regrouper dans une

organisation unique — «  Notre patrie l’Union eurasienne  » —

tous les groupes pro-russes actifs sur le territoire de la CEI. Il est

aussi question de recruter des « bataillons slaves » sous l’égide de

cette organisation. Des « cabinets du monde russe » sont ouverts

à Sébastopol, Kherson, Kharkov et Lougansk. De 2010 à la chute

de Ianoukovitch en février 2014, la Russie va systématiquement

phagocyter l’État ukrainien, détruisant son armée, ses services

secrets, sa police et son économie (à l’exception des industries

travaillant pour le complexe militaro-industriel russe).

L’Ukraine passée sous le contrôle russe, le moment est venu

d’accélérer la défection des États de la périphérie de l’UE. Le

Kremlin va utiliser à cette fin ses atouts habituels : le pétrole et le

au lieu de 330 auparavant. Le

La stratégie de grignotage de l’UE à la périphérie

L’examen des méthodes de Moscou dans un certain nombre

de pays nous en apprend beaucoup sur l’approche russe. Comme

on va le voir, des méthodes similaires sont, en effet, appliquées

En avril 2010, le président Medvedev annonce que le prix

du gaz russe vendu à l’Ukraine sera réduit de 30 %. En échange,

l’Ukraine s’engage à ne pas exporter vers la Pologne le gaz de

pays tiers, tant que Varsovie ne sera pas parvenue à un accord

avec Moscou. Medvedev annonce que les pays que le Kremlin

considère comme ses «  partenaires  » recevront un «  traitement

préférentiel  ». L’offre est étendue à la Pologne. Façon, pour la

Russie, de tester la capacité de l’UE à imposer le troisième paquet

énergétique. Le président Kaczynski s’oppose à la signature de

ce contrat avec Gazprom. Sur ce, le 10 avril 2010, se rendant à

Katyn pour y commémorer le massacre des officiers polonais

commis par l’Armée rouge en 1940, le président polonais périt

dans un accident d’avion au-dessus de Smolensk, avec 95  per-
sonnes représentant une bonne partie de l’élite anti-russe de la

Pologne, y compris les officiers supérieurs de l’état-major polo-
nais formés aux États-Unis. La Russie, chargée de l’enquête sur

les causes de la catastrophe, fournit une foule d’explications

contradictoires, sans parvenir à convaincre les sceptiques : car la

mort de Lech Kaczynski est littéralement providentielle pour le

Kremlin. Le 29 octobre 2010, malgré les objections de l’UE, le

premier ministre Donald Tusk signe le contrat avec Gazprom, qui

prévoit la livraison de 11  milliards de m3 de gaz russe pendant

vingt ans. Gazprom a obtenu gain de cause sur l’essentiel  : le

maintien de son monopole sur le gazoduc Yamal-Europe traver-
sant la Biélorussie et la Pologne. Désormais, la Russie a barre

sur la Pologne. Gazprom se sent assez puissant pour circonvenir

le gouvernement comme en témoigne l’affaire du mémorandum

signé en avril 2013 avec EuroPolGaz, l’opaque compagnie gérant

le secteur polonais du gazoduc Yamal-Europe. Ce document enga-
geait les deux parties à construire un gazoduc de transit permet-
tant de contourner l’Ukraine en échange d’une baisse des prix du

gaz russe à la Pologne. Ce mémorandum fut signé à l’insu du gou-
vernement polonais et le premier ministre Tusk, dont la position

avait évolué entre-temps, dut intervenir pour faire avorter l’affaire

et enquêter sur les différents leviers que Gazprom avait utilisés

Succès encore plus éclatant en Hongrie  : le 29  mai 2010,

Viktor Orban devient chef du gouvernement. Il a l’intention de

laisser filer le déficit public, mais se heurte à l’opposition de

Bruxelles. Poutine saute sur l’occasion et parvient à retourner cet

ancien anticommuniste en faisant miroiter un gros contrat avec

Rosatom, l’Agence fédérale russe de l’énergie atomique. Il s’agit

d’agrandir la centrale nucléaire hongroise de Paks. Les Russes

s’engagent à financer le projet en prêtant 10 milliards d’euros à la

Hongrie. Le 3 mars 2015, le Parlement hongrois porte de quinze

à trente ans la durée pendant laquelle cet accord nucléaire avec la

Russie devra rester secret, alors que l’opposition dénonce l’opacité

des transactions ayant débouché sur ce contrat attribué sans appel

d’offres. En outre, la Hongrie achète 50 % de son gaz à la Russie.

Poussé par son ami Poutine, Orban va maintenant s’arranger pour

rendre la vie impossible aux grands groupes d’énergie européens

qu’il force à quitter le pays. Un départ qui se fait au bénéfice d’un

petit cercle de proches qui profitent de la générosité de Gazprom

et des gros contrats avec la Russie (19). Ainsi, le rapprochement

économique avec la Russie se traduit par une « poutinisation » du

régime qui s’appuie de plus en plus sur des oligarques proches du

pouvoir et prospérant grâce aux largesses du Kremlin. Orban n’a

plus rien à refuser à Moscou. Encouragé par le Kremlin, il soutient

l’irrédentisme hongrois en Ukraine, n’hésitant pas depuis mars

2010 à distribuer des passeports hongrois aux citoyens ukrainiens

d’origine hongroise (ils sont environ 150 000) : « Les Hongrois

établis dans le bassin des Carpates sont en droit de prétendre à la

double nationalité et à l’autonomie (…). Voilà en clair ce que nous

attendons de la nouvelle Ukraine » (20).

Le Parti des droits civiques (SPO) de Milos Zeman, qui

échoue de peu aux élections législatives de 2010, est financé par la

compagnie pétrolière russe Lukoil. En 2013, Milos Zeman est élu

président de la République. En 2014, il sera de ceux qui condam-
neront les sanctions prises contre la Russie, estimant que la guerre

en Ukraine est une « guerre civile » (21).

La Slovaquie dépend de Gazprom pour 60 % de ses appro-
visionnements en gaz. Depuis l’arrivée au pouvoir des sociaux-
démocrates (ex-communistes) de Robert Fico en 2006, ce pays a

épousé les positions de la Russie sur la question du Kosovo et sur

la guerre russo-géorgienne. Bratislava a manifesté une mauvaise

volonté évidente lorsque l’UE a tenté d’organiser un approvision-
nement de l’Ukraine en gaz « de revers », afin de contourner le

chantage de Gazprom (22). En 2014, Fico a estimé que les sanc-
tions édictées contre la Russie étaient « absurdes ».

Le cas de la Serbie est particulièrement instructif car ce pays

revêt une importance énorme aux yeux de Moscou, pour des rai-
sons historiques et géopolitiques. Après la chute de Milosevic en

2000, les gouvernements serbes avaient poursuivi une politique

plutôt pro-occidentale. Mais, en 2008, la Serbie signe un accord

gazier et pétrolier avec la Russie. La compagnie GazpromNeft

acquiert le bloc de contrôle de la grande compagnie pétrogazière

serbe Naftna Industrija Srbije (NIS). En échange, GazpromNeft

promet d’investir 500 millions d’euros dans la modernisation de

NIS jusqu’en 2012. Le montant total de la transaction est d’en-
viron 2 milliards d’euros. Gazprom s’engage à construire sur le

territoire de la Serbie un tronçon de 400  km du gazoduc South

Stream (23). Il s’agit du plus grand investissement étranger des

dernières décennies dans l’économie de la république. Selon le

président Medvedev, cet accord « jette les fondements du régime

de sécurité énergétique dans l’Europe unie  ». Igor Tomberg, le

commentateur russe de ces accords, souligne que le président

Medvedev « luttera pour transposer en dehors du pays la souve-
raineté russe (sic), c’est-à-dire pour accroître l’influence de la

Russie dans le monde. Les instruments employés pour cela restent

très traditionnels : les ressources énergétiques et les grands projets

d’infrastructures dans le complexe combustibles-énergie » (24).

La satisfaction de Medvedev se comprend : par cet accord, la

Russie prend le contrôle de la distribution d’énergie dans un pays

central de son dispositif d’expansion économique en Europe du

Sud-Est. À partir de ce moment, la Serbie devient dépendante de

Moscou. Or elle formule sa demande pour engager le processus

d’adhésion à l’Union européenne le 23 décembre 2009. Moscou

semble alors hésiter entre deux politiques : torpiller l’adhésion de

la Serbie à l’Union européenne ; ou bien autoriser cette dernière

à y entrer, dans l’idée de faire de la Serbie un cheval de Troie

russe au sein de l’UE. À l’initiative de l’idéologue de l’eurasisme

Alexandre Douguine  (25), une succursale du mouvement de la

jeunesse poutinienne Nachi (26) est créée en 2010 en Serbie, qui

milite pour le rattachement de la Serbie à l’Union eurasienne (27).

En 2011, un centre russo-serbe de lutte contre les désastres natu-
rels est établi à Niš. En Occident, on soupçonne qu’il s’agit d’une

couverture pour les services spéciaux russes désireux d’espion-
ner la mise en œuvre du programme de défense antimissile amé-

ricain en Europe. Après la visite d’Angela Merkel en Serbie en

août 2011, les relations entre Moscou et le gouvernement Tadic se

dégradent. Le 2 mars 2012, le Conseil européen accorde le statut

de candidat officiel à la Serbie grâce à l’appui de la France, de

Moscou réagit sans tarder. À l’été 2012, à l’instigation du

Kremlin, les deux forces sur lesquelles s’appuyait le régime

­Milosevic — le Parti progressiste (issu du Parti radical lié aux

ultranationalistes russes) et le Parti socialiste (ex-communiste),

l’allié traditionnel de Moscou — forment une coalition et arrivent

au pouvoir. Le Parti socialiste a largement bénéficié, dans sa cam-
pagne, de l’argent de Gazprom. En mai 2012, Tomislav Nikolic, le

nouveau président serbe — d’abord membre du Parti radical, puis,

après la scission de celui-ci en 2008, du Parti progressiste qui

regroupe l’aile du Parti radical favorable à l’adhésion à l’Union

européenne —, choisit Moscou pour sa première visite à l’étran-
ger. En août 2012, Aleksandar Vucic, le nouveau ministre de la

Défense, également un ancien du Parti radical passé au Parti pro-
gressiste, se rend à Moscou et rencontre Dmitri Rogozine, vice-
premier ministre, responsable du complexe militaro-industriel

russe. La Russie commence à infiltrer l’armée serbe. En mai 2013,

le président Nikolic signe une Déclaration de partenariat straté-

gique  avec la Russie. Le ministre russe des Affaires étrangères

Sergueï Lavrov se rend le 16 juin à Belgrade et annonce la mise en

place d’« une coopération globale en matière de sécurité », notam-
ment en prévision de la présidence serbe de l’OSCE  (28). Un

important accord de coopération militaire est signé en novembre

2013. Ce qui se passe en Serbie rappelle en tous points ce à

quoi on a assisté en Ukraine à partir de l’arrivée au pouvoir de

En 2013, Nikolaï Patrouchev, le chef du Conseil de sécurité

russe, un proche de Poutine, se rend en Serbie. Le résultat de cette

visite ne tarde pas à se concrétiser. Des agents russes apparte-
nant à ce que l’on a appelé l’« orchestre de Poutine » pénètrent

toutes les institutions stratégiques serbes, le cabinet présidentiel,

le gouvernement, les cercles des affaires, le secteur de l’énergie,

les services spéciaux, les médias, sans oublier le monde univer-
sitaire où les ultranationalistes proches des eurasiens russes sont

Cette politique d’infiltration se double d’une politique de

«  relations publiques  » aux accents nettement panslavistes et

eurasiens (l’ambassade russe a d’ailleurs ouvert à Belgrade un

Centre d’études eurasiennes). L’Église orthodoxe serbe — qui a

décoré Leonid Rechetnikov, l’ancien chef du secteur des Balkans

au SVR (service de renseignement extérieur russe) — encourage

la dérive pro-russe  (29). Nikolic va jusqu’à recevoir Alexandre

Zaldostanov, le chef des Loups de la nuit, un gang de motards pro-
tégé par le président Poutine (Zaldostanov, surnommé le « chirur-
gien », que Poutine considère comme « son frère », est connu pour

son antisémitisme). Sous Aleksandar Vucic, qui devient président

en avril 2014, la Serbie est en voie de poutinisation rapide : même

conspirationnisme, même hostilité envers l’Occident, même auto-
ritarisme. Belgrade refuse de s’associer aux sanctions de l’UE

contre la Russie, ce qui reviendrait à « perdre le Kosovo » selon

la formule de Vucic (mai 2014) (30). En octobre 2014, Gazprom-
Neft promet d’investir un milliard de dollars supplémentaire dans

la société pétrolière serbe NIS, malgré les difficultés économiques

de la Russie : preuve de l’importance de la Serbie dans la straté-

gie du Kremlin. En novembre 2014, la Serbie et la Russie organi-
sent des manœuvres militaires communes. L’intérêt russe pour le

noyautage des élites serbes est d’autant plus grand que le 1er jan-
vier 2015, la Serbie a pris pour un an la présidence de l’OSCE.

Notons aussi qu’en Bosnie-Herzégovine Moscou s’efforce

de s’appuyer sur la Republika Srpska pour dominer tout le pays :

elle encourage les velléités de sécession de cette dernière, surtout

depuis l’annexion de la Crimée. De même, la Russie est le plus

important investisseur étranger au Monténégro. Elle contrôle un

tiers des sociétés de ce pays (31), mais n’est pas encore parvenue

à transformer cette pénétration économique en alignement poli-
tique : fin 2014, le Monténégro a refusé l’installation d’une base

russe (32) malgré les milliards que faisait miroiter Moscou.

Le scénario est celui que nous commençons à connaître. Dans

un premier temps, profitant des difficultés traversées par la Grèce,

Moscou a massivement investi dans les infrastructures touristiques

et énergétiques du pays. La préparation d’une relève pro-russe

au gouvernement grec commence en 2012. Le leader d’extrême

droite Panos Kammenos fonde en février 2012 un parti nationa-
liste, les Grecs indépendants. Cette formation s’est construite sur

des thèses conspirationnistes, dénonçant la « déshellénisation

du pays ».  Le rapprochement entre Alexandre Tsipras, chef du

parti d’extrême gauche Syriza, et Kammenos s’est esquissé en

mai 2012. Kammenos se rend souvent à Moscou. Il est en relation

avec l’oligarque Konstantin Malofeev (33), un proche du Kremlin

placé sur la liste des sanctions européennes pour avoir très géné-

reusement aidé les séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine.

La Russie cultive aussi Nikos Kotzias, autre fréquent visiteur à

Moscou qui deviendra ministre des Affaires étrangères dans le

Parallèlement se déploie en Grèce une campagne idéolo-
gique anti-américaine et anti-UE, notamment dans le milieu

universitaire. Comme par hasard, Kammenos fonde un Institut

d’études géopolitiques qui s’associe à l’Institut russe des études

stratégiques (RISI), un think tank rattaché à l’Administration pré-

sidentielle russe, connu pour avoir élaboré la politique de dépeçage

de l’État ukrainien. En avril 2013, Alexandre Douguine est invité

par Nikos Kotzias à l’Université du Pirée afin de participer à une

conférence portant sur « la vision eurasiste de la politique inter-
nationale » (34). « En Grèce, nos partenaires potentiels pourraient

être les gauchistes de Syriza, qui refusent l’atlantisme, le libéra-
lisme et les forces de la finance mondiale  », écrivait Alexandre

Douguine en 2013 sur le site Contre-courant (35).

Dès février 2015, Panos Kammenos, devenu ministre de la

Défense du gouvernement constitué par le parti Syriza, est invité

à Moscou « pour discuter de coopération stratégique ».

La mainmise progressive sur la Grèce est complétée par une

politique d’expansion à Chypre. 50 000 Russes y vivent à l’année.

La découverte de gisements gaziers en 2011  a décuplé l’intérêt

de Moscou pour l’île. La Russie a octroyé à Nicosie un prêt de

2,5 milliards d’euros en 2011, aide conditionnée à un accroisse-
ment de l’influence des oligarques russes sur des banques chy-
priotes.  La communauté russe est tellement importante dans la

ville de Limassol, située dans le sud de Chypre, que les Russes

l’ont rebaptisée «  Limassolgrad  ». C’est en 2013  que Chypre

engage les premières négociations portant sur l’ouverture à la

marine russe d’une base à Limassol et la mise à la disposition

de l’aviation russe de la base de Paphos. Moscou parvient à un

accord avec Chypre fin février 2015. « L’apparition au centre de

la ­Méditerranée d’une base à partir de laquelle peuvent agir des

avions russes et où plusieurs dizaines d’appareils peuvent être

transférés dans des délais très courts modifie considérablement

l’équilibre des forces dans la région  », commentent les médias

La politique d’effritement de l’Union européenne par la péri-
phérie est complétée par un redoutable dispositif dont les ten-
tacules s’étendent au cœur de tous les pays européens. Il s’agit

d’un nouveau Komintern rassemblant au service du Kremlin les

partis d’extrême droite et d’extrême gauche, la droite chrétienne

traditionnelle, les « antiglobalistes » de toutes espèces, les « sou-
verainistes », les europhobes, les adversaires de la « finance inter-
nationale », des irrédentistes encore fort actifs dans certains pays

d’Europe centrale et orientale, etc. C’est Alexandre Douguine qui

est chargé de coordonner ce nouveau Komintern et d’en faire une

Les services russes s’intéressent depuis longtemps à l’ex-
trême droite européenne. Voilà plus de vingt ans qu’Alexandre

Douguine cultive des relations et des échanges avec toute une

nébuleuse d’adeptes de cette tendance. Le premier voyage de

Jean-Marie Le Pen à Moscou remonte à 1991  (37). Le chef du

Front national revient dans la capitale russe en 2003, à l’invi-
tation  de Sergueï Babourine, l’un des leaders de la mouvance

«  communo-patriote  ». Il y rencontre alors le père Tikhon (le

confesseur de Poutine) et Vladimir Krioutchkov, l’ancien chef

du KGB. Il revient à Moscou en juin 2005, invité cette fois par

le mouvement nationaliste Rodina. À l’été 2012, la Russie aide

au lancement sur Internet d’une chaîne de télévision francophone

imaginée par d’anciens cadres du Front national  : ProRussia.tv,

dont le nom est tout un programme. En juin 2013, Marine Le

Pen est reçue à M­oscou par le président de la Douma, Sergueï

­Narychkine, un ancien tchékiste proche de Poutine. Elle rencontre

également Dmitri Rogozine. Le Front national reçoit en 2014 un

crédit de 9  millions d’euros d’une banque russe contrôlée par

Les pays d’Europe centrale et orientale se caractérisent par

une grande instabilité politique et des gouvernements de coalition

fragiles. D’où l’utilité pour Moscou de pouvoir compter sur des

petits partis certes minoritaires, mais d’autant plus dociles qu’ils

dépendent du financement russe. En Hongrie, le parti d’extrême

droite Jobbik (38), dirigé par Gabor Vona, dont le but déclaré est

de « délivrer la Hongrie de l’esclavage euro-atlantique » (39), peut

apporter son soutien à Orban au cas où les libéraux le mettraient

en difficulté. Jobbik milite pour une intégration de la Hongrie

dans l’Union eurasienne. En Bulgarie, le parti d’extrême droite

Ataka (40) a menacé les sociaux-démocrates de retirer son soutien

à la coalition gouvernementale si celle-ci appuyait la politique de

Au fur et à mesure que s’aggrave la crise entre l’UE et la

Russie, Moscou cherche à mobiliser sa cinquième colonne et à

l’exploiter au maximum. Le néo-Komintern compte aussi dans

ses rangs le parti de la Liberté en Autriche, le Vlaams Belang en

Belgique, la Ligue du Nord en Italie, sans oublier Aube dorée

en Grèce. Début 2014, un partenariat se noue entre l’oligarque

­Malofeev et Alexandre Douguine. Ce dernier sert en quelque sorte

de chasseur de têtes : il indique à Malofeev les personnalités et

partis dignes de recevoir les subventions russes. Le 16 mars 2014,

sur ordre de Moscou, les séparatistes de Crimée improvisent un

référendum. Les seuls « observateurs » ayant consenti à donner

leur caution à cette farce proviennent de l’extrême droite euro-
péenne, rassemblés par l’Observatoire eurasien de la démocra-
tie et des élections créé à Bruxelles par le néo-nazi belge Luc

Michel (41). Aymeric Chauprade, alors conseiller pour l’interna-
tional de Marine Le Pen, se rend à Moscou et assure à la télévision

russe que tout s’est déroulé selon les règles. Il en profite pour

rencontrer l’inévitable Malofeev. Lors des élections au Parlement

européen en mai 2014, 24  partis populistes de droite raflent un

quart des sièges : 15 d’entre eux sont d’orientation pro-russe (42).

Fin mai 2014, une conférence financée par Malofeev réunissant

les personnalités d’extrême droite cultivées par Moscou se tient à

Vienne. L’ambition de Douguine est de rassembler une élite inter-
nationale européenne au service du futur empire eurasien.

À l’instar du Komintern, qui possédait une section chargée

des opérations secrètes, Douguine a développé ses réseaux clan-
destins. L’Union de la Jeunesse eurasienne, fondée en 2005 pour

«  former un bouclier humain face au bulldozer de la révolution

orange  », ressemble à l’organisation secrète du Komintern. On

peut lire dans le catéchisme de cette organisation : « Nous sommes

des bâtisseurs d’empire d’un type nouveau et nous ne serons

satisfaits que lorsque nous aurons le pouvoir sur le monde. Car

nous sommes les maîtres de la Terre, parce que nous sommes les

enfants et les petits-enfants des maîtres de la Terre. Les peuples

et les pays s’agenouillaient devant nous, notre main s’étendait sur

la moitié du monde, nos semelles foulaient les montagnes et les

vallées de tous les continents du globe terrestre. Cette puissance,

nous la restaurerons » (43). En avril 2014, l’Union de la Jeunesse

eurasienne infiltre en Ukraine des activistes chargés de s’emparer

du Parlement et d’autres édifices gouvernementaux, en se faisant

passer pour des membres de l’«  extrême droite  » ukrainienne.

Douguine est également l’un des organisateurs du mouvement

séparatiste du Donbass. Les services ukrainiens ont intercepté

l’un de ses entretiens téléphoniques avec une militante locale,

dans lequel Douguine donnait ses instructions  : «  Ne cherchez

pas une entente avec Kiev, agissez radicalement… Le Kremlin est

décidé à soutenir résolument l’indépendance de l’est et du sud de

Mais aux yeux de Douguine et de ses protecteurs en haut

lieu, la destruction de l’Ukraine ne fait qu’annoncer un dessein

beaucoup plus ambitieux que Douguine lui-même a évoqué avec

candeur dans une interview télévisée en avril 2014  : «  Nous

devons conquérir l’Europe. L’élite européenne a déjà pensé livrer

l’­Europe à une Russie conservatrice forte et sûre d’elle. Nous

pouvons déjà compter sur une cinquième colonne européenne. Ce

sont des intellectuels européens qui veulent consolider leur iden-
tité européenne. (…) Quant aux forces armées européennes, elles

sont nulles, l’Europe est faible. Et pour ce qui concerne l’Otan,

nous avons pu constater, en Ossétie du Sud, qu’en cas d’interven-
tion musclée elle ne réagit pas. Nous ne voulons qu’un protecto-
rat sur l’Europe. Nous n’avons pas besoin de faire la guerre pour

cela. Le soft power suffira. Nous proposerons aux Européens de

les sauver des gays, des Pussy Riot, des Femen. (…) Les Euro-
péens se rendent compte qu’ils sont dégénérés. L’Europe se hait

et est fatiguée du nihilisme. Nous dirons aux Européens  : “La

repentance, c’est fini. Vous n’arrivez pas à venir à bout de l’im-
migration, nous le ferons pour vous.” L’Europe entrera dans notre

union eurasiatique (…). Nous avons l’expérience de l’expansion

en Europe, celle du Komintern et de l’infiltration des ­Parlements

européens. Aujourd’hui, nous pouvons trouver d’autres parte-
naires. (…) Annexer l’Europe, c’est un grand dessein digne de la

Russie. (…) Nous prendrons leurs technologies d’un seul coup :

plus besoin de gaz et de pétrole pour les obtenir au compte-
gouttes. Voilà la modernisation et l’européanisation de la Russie.

Le soft power suffira : trouver une cinquième colonne, propulser

au pouvoir les gens que nous contrôlons, acheter avec l’argent

de Gazprom des spécialistes de la réclame (…). Nous utiliserons

les ONG comme eux le font contre nous (…). Le tsar russe ou le

président russe doivent être un tsar européen ou un président de

l’Europe  »  (45). Rien dans le comportement russe tel que nous

venons de le dépeindre ne dément l’existence d’une telle ambi-
tion. Au contraire, la politique russe semble se conformer en tous

points aux grandes lignes esquissées par Douguine…

Une gigantesque machine de propagande

Tout comme l’action du Komintern était épaulée, dans les

années 1930, par la machine de propagande communiste, le néo-
Komintern d’aujourd’hui s’appuie sur un impressionnant disposi-
tif visant à imposer les vues du Kremlin sur la situation mondiale.

La pièce maîtresse de ce dispositif est la chaîne Russia Today,

fondée en 2005, dont le budget atteint 300  millions de dollars

en 2010, 445  millions en 2014, et doit augmenter de 41  % en

2015 (46) (de 2007 à 2014, le Kremlin a dépensé 50 milliards de

dollars pour la propagande russe à l’étranger)  (47). Comme l’a

dit Poutine en 2013  lors d’un entretien avec les journalistes de

RT, cette chaîne est devenue «  une arme formidable permettant

de manipuler l’opinion publique  »  (48). Clé du succès de RT  :

elle se présente comme « anti-establishment », prétend dévoiler

les coulisses de la politique mondiale, ce qu’on cache au grand

public, avec bien entendu un fort penchant pour le complotisme

(par exemple, à en croire RT, la CIA a trempé dans les attentats

du 11  Septembre et dans ceux de Boston, prétexte à rogner les

libertés du peuple américain) et l’irrationalisme. Contrairement à

la propagande communiste handicapée par la langue de bois et la

nécessité de coller aux dogmes, la propagande poutinienne peut se

livrer à son travail de sape sans avoir à se soucier d’un agenda posi-
tif. L’essentiel est de discréditer les Occidentaux, d’introduire un

coin entre les citoyens et leur gouvernement, de semer la zizanie.

Le deuxième volet du dispositif de propagande poutinien

concerne Internet et les réseaux sociaux «  qui sont favorables

à Poutine, à la différence des médias établis » (49). C’est après

les manifestations de l’automne-hiver 2011 que l’administration

présidentielle russe décide d’utiliser les réseaux sociaux pour

manipuler et désorganiser l’opposition. La tâche est confiée à

Viatcheslav Volodine, le nouveau chef de l’Administration prési-
dentielle. L’opération est considérée comme un grand succès ; si

grand, d’ailleurs, qu’il est décidé, à l’automne 2013, d’appliquer

cette expérience à l’étranger (50). La Russie entretient désormais

une armée de « trolls du Net » dont la tâche est de dénigrer les

adversaires du Kremlin et de donner l’impression que la ligne

pro-russe a le soutien de la majorité  (51). Ces trolls poutiniens

arpentent le web, chargés de discréditer les publications considé-

rées comme anti-russes et de figurer de vastes mouvements d’opi-
nion spontanés favorables aux thèses russes.

Le livret de la propagande russe a été complété au moment de

la guerre contre l’Ukraine. Cette propagande s’organise autour de

deux grands axes. Le premier est l’anti-américanisme, ingrédient

essentiel de l’idéologie poutinienne. C’est le seul élément trans-
national de l’ancien dispositif idéologique soviétique qui subsiste,

l’anti-américanisme étant largement répandu et exploitable dans le

monde. Le messianisme russe s’est identifié à lui : la Russie se voit

comme le point de ralliement et l’état-major de toutes les forces

anti-américaines de la planète. La tâche historique de la Russie,

répètent les plumitifs du Kremlin, est de faire échouer ceux qui

ambitionnent de mettre en place une domination mondiale. Grâce

à Washington, «  Poutine est devenu un leader global contre la

domination hégémonique des États-Unis et les nouvelles valeurs

du post-modernisme » (52). Le droit international n’existe pas :

c’est une fiction dont les Américains se servent pour justifier leur

hégémonisme, tout comme la démocratie. Le conflit ukrainien

est causé par la volonté d’expansion américaine en Ukraine. Les

­Américains voulaient se venger du fait que Poutine les avait empê-

chés de bombarder la Syrie. Ils détestent Poutine car il constitue

l’obstacle principal à leur hégémonie globale. Notons qu’en pré-

sentant le conflit ukrainien comme le résultat d’une rivalité géopo-
litique entre la Russie et les États-Unis Moscou laisse également

entendre aux Européens que « ce n’est pas leur guerre » (53).

Bref, les Occidentaux sont les responsables de la crise

ukrainienne. Ils ont tout fait pour rendre l’Ukraine anti-russe. Ils ont

violé l’accord du 21 février 2014 et laissé choir ­Ianoukovitch (54).

Quant au gouvernement ukrainien, il s’agit d’une « junte fasciste ».

L’armée ukrainienne est une légion étrangère de l’Otan. La solu-
tion du conflit ukrainien se trouve dans une coopération entre les

Européens et Moscou, les premiers ayant enfin compris qu’il fal-
lait « tenir compte des intérêts nationaux russes » en Ukraine en

se faisant les instruments de la politique du Kremlin pour imposer

Le second axe est la prétendue « défense des valeurs tradi-
tionnelles ». La Russie se pose en championne de la chrétienté,

en rempart contre l’islam. Elle seule n’a pas oublié ses racines

chrétiennes, elle seule s’oppose à la propagande de l’homosexua-
lité, etc. Comme l’explique le patriarche Kirill, « la Sainte Russie

reste l’idéal spirituel et moral de notre peuple. Cet idéal s’exprime

dans la sainteté. D’ordinaire, les peuples ont d’autres idéaux,

liés à l’existence profane, à la richesse, au pouvoir, au prestige.

Mais, pour notre peuple, l’idée nationale est la sainteté  »  (55).

Les peuples européens étant nivelés par l’eudémonisme, la Russie

guerrière reprendra le flambeau de la civilisation européenne. Sous

sa direction, l’Europe peut s’extraire de la spirale de la décadence

dans laquelle elle est engagée. En France, les réseaux du Kremlin

ont immédiatement compris tout le profit qu’ils pouvaient tirer

de la « Manif pour tous ». Un think tank financé par la Russie et

implanté à Paris, l’Institut de la démocratie et de la coopération,

dirigé par une historienne, Natalia Narotchnitskaia, s’est hâté

d’organiser dans la capitale française un colloque sur la défense

de la famille auquel a participé Christine Boutin (4 juillet 2013).

Ce qu’oublient les poutinolâtres, c’est que les chiffres de

la pratique religieuse régulière ne sont pas plus élevés en Russie

qu’en France et que l’avortement est encore une pratique de masse

en Russie (880 000 répertoriés dans les statistiques en 2014, mais

on peut penser que les chiffres réels sont plus élevés).

Ce qu’ils oublient, aussi, c’est que les dirigeants russes uti-
lisent les idées de manière instrumentale, exactement comme à

l’époque communiste. Les thèmes de campagne sont mis en avant

pour faire pencher en faveur de Moscou le rapport des forces, aussi

bien en politique intérieure qu’en politique étrangère. On exploite

des slogans qui permettent de ratisser large, comme la campagne

contre le mariage gay qui rappelle l’« antifascisme » dans l’uti-
lisation qu’en faisait le Komintern dans les années 1930  ou la

« lutte pour la paix » dans les années 1950. De même, la rhéto-
rique anti-islamique — simple produit d’exportation comme le

prouve, par exemple, la réaction russe à l’attentat contre Charlie

Hebdo (56). On se souvient qu’après le pacte germano-soviétique

de 1939 l’« antifascisme » a, du jour au lendemain, été remplacé

dans la presse communiste par la dénonciation des « fauteurs de

guerre franco-britanniques  ». Ceux qui croient à l’engagement

russe contre l’islam pourraient fort bien avoir une surprise simi-
laire un de ces jours  : la passion dominante en Russie étant la

haine de l’Occident, on peut tout à fait concevoir un retour à la

politique d’alliance de l’orthodoxie avec l’islam qu’a longtemps

préconisée Alexandre Douguine. Cette approche purement ins-
trumentale des idées explique pourquoi la mouvance pro-russe

englobe harmonieusement l’extrême droite et l’extrême gauche,

les nostalgiques du communisme et les libertariens radicaux. On

remarquera que les propagandistes du Kremlin et Poutine lui-
même recyclent et amplifient les critiques formulées en Occident

contre la mondialisation, la perte de l’identité nationale, la bureau-
cratie de l’UE, etc., tout à fait comme à l’époque communiste ils

empruntaient des thèmes développés par la gauche occidentale et

les répercutaient largement grâce aux réseaux kominterniens.

Comment expliquer le succès de la propagande russe ? La

raison profonde tient à ce qu’elle exploite le malaise de l’homme

post-moderne qui se sent pris par des forces qui le dépassent —

la globalisation, la finance internationale, etc. — et s’imagine

que la politique n’a plus lieu d’être puisque, croit-il, les déci-
sions se font ailleurs. Les idéologues poutiniens personnalisent ce

mal cosmique, lui façonnent un visage — les États-Unis… ou la

bureaucratie de Bruxelles ! — et redonnent un sens au politique

en désignant un ennemi. Le complotisme fait le reste : désormais,

la complexité du monde disparaît, tout a une explication simple

lorsque l’on sait où regarder. On constate aujourd’hui en Russie

les résultats de cette irradiation de l’esprit par la propagande : la

population russe semble avoir perdu la capacité de lier la cause

et les effets. Frappée de plein fouet par la crise économique due

à la politique de Poutine, elle l’explique par les agissements des

États-Unis et exprime un soutien redoublé au maître du Kremlin.

La sur-réalité créée par le régime est acceptée sans une hésitation.

Le 1er mars 2014, la Douma vote à l’unanimité l’autorisation au

président Poutine d’envoyer des troupes en Ukraine : pas une voix

discordante, pas une question. On a l’impression que le lavage de

cerveau a pour résultat de débrancher jusqu’à l’instinct de conser-
vation des peuples, en Russie et en Europe. Imagine-t-on qu’après

Munich la France ait vendu des bombardiers à la Wehrmacht et

qu’elle ait entraîné sur son sol les officiers du Reich ? Et pourtant,

nous avons vendu des Mistral à la Russie quelques mois après

l’amputation de la Géorgie, alors que le comportement de plus en

plus agressif du Kremlin sautait aux yeux. Le pire est que la sur-
réalité créée par la propagande russe s’impose aussi à l’extérieur

des frontières de la Russie, grâce au pilonnage de l’« orchestre du

Kremlin ». Les adeptes du « parti russe » deviennent insensibles

au démenti des faits, un peu comme s’ils appartenaient à une secte

faisant bloc autour de son gourou. On trouve souvent chez eux

l’extrême agressivité qui caractérise les médias russes.

Si puissante soit-elle, la propagande a ses limites. Et depuis

les succès de l’exploitation du gaz de schiste aux États-Unis à

partir de 2009, le Kremlin a pris conscience que l’arme énergé-

tique n’était pas aussi infaillible qu’il se l’imaginait auparavant. Il

a donc entrepris de se donner les moyens de faire la guerre.

C’est à partir de l’été 2007 que la Russie commence à mul-
tiplier les démonstrations de force militaire. En mai, elle teste un

nouveau missile balistique intercontinental. Elle reprend ses vols

de bombardiers stratégiques, renouant avec une tradition héritée

de la guerre froide, et ne cesse de violer l’espace aérien des pays

de l’Otan. En septembre 2008, le président Medvedev annonce une

réforme militaire radicale qui prévoit une amélioration de la capa-
cité de déploiement des troupes, des systèmes de commandement

et de contrôle, ainsi que de l’entraînement  ; le développement

d’un armement de haute technologie ; l’amélioration de la situa-
tion matérielle des militaires ; le développement d’une flotte de

sous-marins armés de missiles de croisière ; et la création d’un

système de défense dans l’espace. En janvier 2009, les stratèges

russes décident de procéder à une expansion navale en dehors de

l’espace post-soviétique en installant des bases dans les territoires

amis. De 2011 à 2014, le budget militaire a augmenté de 20 % par

an. En 2013, le budget militaire russe s’élevait à 68,8  milliards

de dollars, en 2014 à près de 100 milliards de dollars. Il est prévu

d’augmenter les dépenses militaires de 30 % en 2015 par rapport

à 2014. Celles-ci représentent actuellement 19 % du budget fédé-

ral (57). En 2013, Poutine s’est engagé à allouer 718 milliards de

dollars d’ici à 2020  au réarmement des forces russes, citant en

exemple le « bond » réalisé par Staline dans les années 1930. En

outre, Moscou projette de renouveler tout son arsenal nucléaire

Non contente de dénoncer le traité limitant les forces conven-
tionnelles en Europe (11 mars 2015), la Russie se prépare à une

confrontation nucléaire. N’oublions pas que depuis 2004  les

manœuvres russes près de la Baltique mettent en œuvre l’arme

nucléaire tactique  (58). Au cours des manœuvres de septembre

2010 auxquelles ont participé 13 000 militaires sur le territoire du

Bélarus et à Kaliningrad, Moscou et Minsk ont simulé des opéra-
tions offensives visant la Pologne et prévoyant une frappe nucléaire,

l’assaut des plages et une attaque du gazoduc Yamal-Europe. En

2014, Moscou a décidé de déployer en Crimée des bombardiers

Backfire qui disposent d’un rayon d’action de plus de 2 500 km et

sont armés de missiles de croisière X-22 d’une portée de 500 km.

Conséquence  : la Russie est capable d’infliger des frappes à

l’Europe entière. Aux yeux des stratèges russes, la combinaison

de ces bombardiers et des missiles Iskander-M, d’une portée de

500 à 2 000 km, neutralisera les éléments du bouclier antimissile

américain qu’il était prévu de déployer en Pologne et en ­Roumanie

en 2018-2020 (59). Un investissement de 1,75 milliard de dollars

est prévu en faveur de la flotte de la mer Noire. Par surcroît, la

Russie est en train de procéder à une militarisation accélérée de

l’Arctique. Elle réclame un « élargissement de sa souveraineté »

dans la zone arctique, c’est-à-dire le contrôle de 1,2 million de km2

supplémentaires (60). Elle vient de se doter d’un Commandement

militaire du Nord et d’une unité spéciale capable de combattre en

climat polaire. Elle se donne ainsi les moyens de contrôler la voie

de la mer du Nord. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là : en

janvier 2015, Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense,

a annoncé que le Kremlin avait l’intention d’ouvrir des bases au

Vietnam, à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua (61).

L’État russe, comme l’État soviétique avant lui, n’est au

fond qu’une gigantesque armée qui s’appuie sur une gigantesque

police (en 2014, la Russie a dépensé pour la police et les services

secrets 55 milliards de dollars, soit 14 % du budget fédéral — à

titre de comparaison, ce chiffre avait été de 35 milliards de dollars

en 2011) et sur un appareil de propagande tentaculaire. En face

de cet État-garnison rassemblé autour de son chef se trouve une

Europe minée de l’intérieur, démoralisée, divisée, affaiblie par la

crise, handicapée par la relative médiocrité de sa classe politique,

inconsciente même du danger dans lequel elle se trouve.

Depuis 2013, la Russie a perdu l’illusion qu’elle pourrait

devenir une grande puissance économique. Vers la fin 2014, elle a

aussi compris que la Chine, uniquement soucieuse de ses propres

intérêts, ne l’aiderait pas. Elle a donc absolument besoin d’une

Europe soumise pour assurer l’intendance. Pour y parvenir, elle

mise de plus en plus sur l’intimidation militaire. Galvanisée par

quinze ans de lavage de cerveau nationaliste, elle n’hésite plus

à se livrer à un chantage nucléaire. Dmitri Kisselev, l’un des as

de la propagande poutinienne, déclare à la chaîne de télévision

«  R­ossia  » le 16  mars 2014  : «  La Russie est le seul pays du

monde qui puisse réellement transformer les États-Unis en cendres

radioactives  », insinuant qu’Obama avait flanché devant cette

menace et adopté un profil bas dans la crise ukrainienne parce

qu’il avait pris conscience de la puissance russe.

De son côté, Poutine multiplie les déclarations martiales. Le

17 avril 2014, répondant à une question du même Dmitri Kisselev

sur la politique de l’Otan qui « nous donne l’impression d’étouf-
fer  », il déclare  : «  C’est nous qui les étoufferons tous, vous

n’avez pas à avoir peur. Nous n’avons pas peur, je n’ai pas peur

et personne ne doit avoir peur. » Tout à l’euphorie de l’annexion

de la Crimée, Poutine explique pourquoi la Russie doit aller de

l’avant  : « Comme un aspirateur, notre pays a absorbé d’autres

nations, d’autres peuples, d’autres ethnies — ce qui n’a pas seule-
ment formé notre code culturel commun, mais un code génétique

exceptionnellement puissant. Car les gènes se sont mélangés pen-
dant des millénaires et des siècles. Ce code génétique est presque

certainement l’un de nos avantages concurrentiels dans le monde

extérieur. Il est très souple, résistant. (…) Le Russe ou celui qui

appartient au monde russe est persuadé que l’homme a une voca-
tion morale supérieure. C’est pourquoi il n’est pas tourné vers

lui-même, mais vers l’extérieur. (…) Alors que l’Occidental, lui,

est tourné vers lui-même, vers la réussite personnelle. (…) Il me

semble que seul notre peuple pouvait formuler le proverbe : “Une

mort glorieuse est belle.” On me dira : la mort est épouvantable.

Eh bien, non. Une mort glorieuse, c’est une mort pour ses proches,

pour son peuple, pour la Patrie… » (62).

Ces épanchements récents de Poutine révèlent des accents

nouveaux dans l’idéologie du maître du Kremlin. À ses yeux, la

supériorité du peuple russe est biologique. Poutine est un adepte

de la théorie de la «  passionarnost’  », qu’on peut traduire par

« élan vital ». Face à l’Europe avachie se dresse la Russie guer-
rière, portée par la « passionarnost’ » qu’incarne son chef. Dans

le documentaire commémorant l’annexion de la Crimée projeté

à la télévision russe le 15  mars dernier, Poutine se souvient du

dialogue imaginaire qu’il menait avec les Occidentaux durant ces

journées dramatiques : « Au nom de quoi iriez-vous vous battre là-

bas ? Vous ne le savez pas ? Quant à nous, nous le savons. Et nous

sommes prêts à tout… » Et de préciser qu’il avait donné l’ordre de

mettre les forces nucléaires en état d’alerte. Outre le « triomphe

de la volonté », on voit aussi poindre un thème inquiétant, large-
ment répercuté dans les médias russes : celui de la guerre comme

« régénération » de la société. Ces inflexions récentes ne laissent

pas d’inquiéter. Avec l’Ukraine, Poutine a montré qu’il préférait détruire ce qu’il ne pouvait contrôler.

Un dernier mot. L’heure est venue pour les Européens de tirer la leçon des désastreux accords de Minsk 2  (63). Car les puissances européennes n’ont pas à devenir les instruments de Moscou dans l’asservissement des nations voisines. Face à l’État-garnison russe, l’UE doit faire bloc et parler d’une seule voix. Les Européens vont devoir commencer à pratiquer une vertu depuis longtemps oubliée : celle du courage.

(1) Cité in : André Fontaine, « Pourquoi l’Occident soutient Poutine », Le Monde, 20 mars

(2) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut » (« Nous devons nous étendre, faute de quoi nous

nous ferons bouffer »), Argumenty i Fakty, 29 octobre 2008.

(4) La Chine vient à ce moment-là de provoquer une crise dans ses relations avec les États-Unis en envoyant des missiles balistiques à quelques kilomètres des grandes villes

94 POLITIQUE INTERNATIONALE

(5) N. Kučin, Novoe Vremia, n° 42, 26 octobre 1997.

(6) Gazeta.ru, 25 février 2000. (7) À Riazan, le FSB a été pris en flagrant délit le 22 septembre en train d’installer des

(8) A. Prokhanov, « Rasti, inače sožrut », art. cit.

(11) Sergueï Markov, Interfax, 24 février 2004.

(12) http://www.kremlin.ru/appears/2008/06/05/1923_type63374type63376type63377_

(13) Interview de D. Rogozine à Zavtra, 20 août 2008.

(14) Cité in : Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révélations sur les réseaux russes des Le

Pen », Le Nouvel Observateur, 27 novembre 2014.

(15) V. Korovin, regnum.ru, 27 décembre 2014.

(18) Vladimir Socor, « Polish Government Sheds Light on Gazprom-EuroPolGaz MOU »,

Eurasia Daily Monitor, Volume 10, n° 80, 29 avril 2013.

(19) Charles Haquet, « Viktor Orban, le petit Poutine de Budapest », L’Express, 21 février

(21) Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », Newsweek, 16 février

(22) L’Ukraine a signé en 2012 un contrat avec l’Allemand RWE en vue de lui acheter du

gaz à un prix moins élevé que celui imposé par le géant gazier russe, tout en important éga-
lement du gaz à partir de la Hongrie. En avril 2014, la Slovaquie et l’Ukraine sont parve-
nues à un accord sur les livraisons à Kiev de gaz en provenance de l’Europe occidentale en

utilisant le vieux gazoduc de réserve de Vojany en Slovaquie orientale, de faible capacité,

faute de pouvoir mettre en œuvre les gazoducs existants contrôlés par Gazprom. Il s’agit

de donner la possibilité à certains pays européens de rétrocéder à l’Ukraine une partie du

gaz qu’ils achètent à la Russie à des tarifs moindres que ceux qui sont désormais imposés

http://www.leblogfinance.com/2014/04/lukraine-saccorde-avec-la-slovaquie-pour-rece- voir-du-gaz-russe.html

(23) South Stream devait passer par la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie, la Slovénie, la Grèce

(24) http://fr.sputniknews.com/opinion/20080227/100140136.html#ixzz3TnEwuyih

(25) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « L’idéologue de Poutine »,

(26) Mouvement de jeunesse fondé officiellement le  15  avril  2005  pour empêcher une

(27) http://openrevolt.info/2014/03/10/eurasian-serbia-interview-with-vjekoslav-

(28) http://www.stopfake.org/en/putin-seeks-to-influence-radical-parties-in-bid-to-desta- bilise-europe/

(29) Jelena Milić, « The Russification of Serbia », New Eastern Europe, 16 octobre 2014.

(30) Bodo Weber et Kurt Bassuener, « The Western Balkans and the Ukraine crisis — a

changed game for EU and US policies ? », DPC Policy Paper, septembre 2014.

http://www.democratizationpolicy.org/pdf/briefs/DPC%20Policy%20Paper%20Wes-
tern%20Balkans%20&%20Ukraine%20crisis.pdf

(32) http://www.balkaneu.com/government-refuses-russias-request-set-military-base-

http://www.b92.net/eng/news/region.php?yyyy=2015&mm=01&dd=28&nav_id=93007

Françoise Thom 95

(33) Voir l’entretien qu’il a accordé à Politique Internationale : « Russie : le credo ortho- doxe », n°145, automne 2014.

(35) http://www.tdg.ch/monde/Syriza-quels-liens-avec-les-nationalistes-russes/story/

(36) http://fr.sputniknews.com/french.ruvr.ru/2014_01_15/La-Russie-derange-l-OTAN-

(37) Voir à ce propos et pour ce qui va suivre Vincent Jauvert, « Poutine et le FN : révéla-

(38) Le Jobbik adopte une orientation pro-russe en 2008 sous l’influence de Bela Kovacs,

son conseiller en politique étrangère. Kovacs était en poste à Moscou en 1988. Très lié aux

milieux d’affaires russes, il a adhéré au Jobbik en 2005. Devenu milliardaire, il se rend à

Moscou tous les mois. En mai 2014, le parquet hongrois a ouvert une enquête contre lui,

l’accusant d’espionner les institutions européennes pour le compte de Moscou. Son épouse

russo-autrichienne est soupçonnée d’être un agent du contre-espionnage russe.

Voir http://www.heraldscotland.com/news/world-news/hungary-s-far-right-backed-by-

(39) Cité in : Owen Matthews, « The Kremlin’s Campaign to Make Friends », art. cit.

(40) Ataka a été créée en 2005. Sa direction compte un grand nombre d’ex-officiers de la

Sécurité d’État de l’époque communiste. http://www.riskandforecast.com/post/in-depth-

(41) Anton Shekhovtsov, « The Kremlin’s marriage of reason with the European far-right »,

(42) Owen Matthews, “The Kremlin’s Campaign to Make Friends”, art. cit.

(43) Vladimir Abarinov, «  Okkultnaja ličnost  » [Une personnalité occulte], grani.ru,

(44) Oleg Shynkarenko, « Alexander Dugin : The Crazy Ideologue of the New Russian

(45) Newsland, 12 avril 2014. Interview de A. Douguine sur tv.russia.ru. Douguine fait

actuellement partie du Conseil consultatif du président de la Douma Sergueï Narychkine.

(46) http://euromaidanpress.com/2014/09/23/russia-to-increase-budget-by-2-2-times-for-
its-main-propagandists-russia-today-and-dmitry-kiseliov/

(48) Simon Shuster, « Inside Putin’s on-air machine », Time, 5 mars 2015.

(49) Sergei Markov, « Russia Must Stop U.S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014. « Moscou s’efforcera d’alléger la pression [américaine] et de trouver un sou- tien à l’étranger en amplifiant sa campagne d’information parmi les centaines de millions

de citoyens de l’UE qui sympathisent avec la position de Poutine contre Washington et

qui apprécient son soutien aux valeurs traditionnelles rejetées par les élites européennes »,

(51) Chris Elliott, « The readers’ editor on… pro-Russia trolling below the line on Ukraine

(52) Sergei Markov, « Russia Must Stop U. S. Expansion in Ukraine », Moscow Times, 19 mars 2014.

(53) Monika Garbačiauskaitė, « Historian Timothy Snyder : Ukrainian crisis is not about

Ukraine, it’s about Europe» », DELFI, 12 novembre 2014.

(54) Cet accord signé par Ianoukovitch et les leaders de l’opposition grâce à une médiation

européenne prévoyait une élection présidentielle anticipée ; une révision de la Constitution

visant à réduire les pouvoirs présidentiels et à augmenter ceux du Parlement dans l’esprit

de la Constitution de 2004 ; et la formation d’un gouvernement d’union nationale. La fuite

(55) I. Jakovenko, « Mediafrenia », Eženedelny Žurnal, 29 juillet 2014.

96 POLITIQUE INTERNATIONALE

(56) Le 19 janvier 2015, Ramzan Kadyrov, le satrape de Poutine en Tchétchénie, a organisé

une manifestation monstre contre Charlie Hebdo. À Moscou, les rares manifestants pro-

(57) Vladimir Ryzhkov, « Russia is Burdened by the Weight of Empire », Moscow Times,

(59) http://www.regnum.ru/news/polit/1784592.html#ixzz2xoLViTTO

(60) Business Insider, 2  décembre 2014. Voir également  : http://www.aif.ru/politics/

(62) Conférence de presse du 17 avril 2014 : http://www.regnum.ru/news/polit/1792501.

(63) Négociés par les dirigeants allemand, français, ukrainien et russe, signés le 12 février,

ces accords prévoient un cessez-le-feu à partir du 15 février, le retrait « de toutes les armes

lourdes par les deux parties », la mise en place d’une bande démilitarisée d’une largeur

de 50 à 140 kilomètres, la reprise par Kiev du financement des territoires sous contrôle

rebelle, et une réforme constitutionnelle d’ici à fin 2015, préparant une «  décentralisa- tion », en accord avec les représentants des régions de Donetsk et de Lougansk. Par ces

accords, la Russie obtient l’essentiel  : l’assurance d’une ruine prolongée de l’Ukraine

obligée d’assumer le fardeau économique des enclaves pro-russes aux mains des réseaux

mafieux et l’assurance que l’État ukrainien sera faible, avec pour Moscou la perspective de

contrôler le gouvernement de Kiev grâce aux régions de l’Est.


Polémique Ménard: Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques (No demographics, please, we’re French)

6 mai, 2015
https://i0.wp.com/www.ons.gov.uk/ons/resources/figure5religionbyethnicity_tcm77-310415.pnghttps://i1.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/4/44/Census-2000-Data-Top-US-Ancestries.jpghttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/db/Religions_of_the_US.PNGhttps://i2.wp.com/si.wsj.net/public/resources/images/NA-BH463_numbgu_NS_20100813185901.gifhttps://i2.wp.com/upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/0c/Religions_of_the_United_States.png https://i1.wp.com/i.dailymail.co.uk/i/pix/2014/05/06/article-2620957-1D97975900000578-999_634x572.jpg
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Il y a plus d’un siècle, Jean Jaurès définissait par ces mots sa vision du vivre-ensemble entre citoyens issus des deux rives de la Méditerranée : « l’action socialiste se produira, en chaque pays, avec d’autant plus de force et d’autorité qu’elle sera universelle et universellement probe, et que nul ne pourra y soupçonner un piège ». A l’heure où les crises économique, écologique et sociale s’abattent de concert sur notre pays et où de trop longues années de mauvaise gouvernance favorisent la montée des haines et du rejet de l’autre, il nous incombe de revenir aux valeurs fondatrices de notre pacte républicain et du projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. Ces jours-ci, nous célébrerons la grande fête de solidarité et de partage qu’est l’Aïd-al-Fitr. A l’issue du mois de jeûne du Ramadan, temps fort de joie, d’échange de vœux et de présents, elle illumine la vie et les demeures de millions de nos compatriotes de culture musulmane. Issue d’une longue tradition et porteuse de riches héritages culturels, par les valeurs qu’elle porte et l’idéal social qu’elle vise, elle s’inscrit pleinement dans cette démarche d’universalité. François Hollande (31 août 2011)
En ce début du XXI° siècle, un nouveau péril terrifiant vient assombrir encore davantage l’avenir de ce malheureux continent que l’on pourrait croire décidément voué au malheur. C’est une explosion démographique à venir, inouïe, sans précédent dans l’histoire du monde. Ce phénomène, selon les prévisions des Nations Unies, pourrait porter la population africaine au chiffre véritablement hallucinant de 4,2 milliards de personnes, soit autour de 47 % de la population mondiale prévue pour la fin de ce siècle. En 2100, un homme sur deux sur la planète vivrait en Afrique ! Cela alors que l’Afrique n’est, de toute évidence, nullement préparée à affronter ce prodigieux défi démographique. En conséquence, l’Afrique, naguère sous-peuplée, va-t-elle devenir un continent maudit, surpeuplé et affamé, livré à tous les déchirements que la misère extrême peut engendrer ? Sans compter que son déversoir naturel serait inévitablement une Europe d’abord réticente, puis un jour peut-être, hostile. Yves-Marie Laulan (Institut de Géopolitique des Populations)
Dans sa lettre aux musulmans à l’occasion de l’Aïd-al-Fitr, François Hollande évoque le « projet socialiste pour bâtir cette société enfin véritablement universelle. ». Quel est exactement ce projet ? (…) Il ne s’agit pas d’un projet secret, mais d’une utopie à moyen-long terme, qui est plus ou moins distillée dans les réflexions de Terra Nova, la Nouvelle Civilisation de Martine Aubry, le projet du Parti Socialiste pour 2012, ou bien encore dans cette petite phrase de François Hollande. (…) Mais (…) comment faire pour « bâtir cette société véritablement universelle » ? Eh bien puisque l’exportation n’a pas fonctionné, tentons le pari de l’importation ! (…) Cela fait quelque temps déjà que l’extrême-gauche prône en quelque sorte la création d’une « nouvelle civilisation » sur nos terres. Ceci en faisant venir en masse des immigrés, en important de nouveaux « prolétaires » pour remplacer ceux qui font défaut en France, afin de faire exploser le système capitaliste (si c’est sous le poids des prestations sociales, c’est bien vu !). Mais aussi pour mettre à mal l’ordre établi dans notre société judéo-chrétienne et blanche, donc  « fondamentalement raciste ». Stéphane Buret
La basilique de Saint-Denis, où reposent les rois de France, n’est qu’à quelques stations de RER ou de métro du coeur de Paris. Mais en vingt minutes de trajet, on change radicalement de monde. Je me souviens m’y être rendue il y a dix ans, trois mois après la réélection de Jacques Chirac. À la sortie du métro, les jeunes filles voilées étaient déjà nombreuses devant l’université. À l’entrée de la basilique, alors occupée par des sans-papiers, trois femmes voilées de noir, assises derrière une longue table qui barrait l’accès de la nef, contrôlaient les visiteurs. Ce jour-là, j’ai pensé que si j’avais dû habiter là-bas, j’aurais probablement voté FN. Christine Clerc
Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société (…)  sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique. Hervé Le Bras
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde (03.12.09)
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Si les bobos vantent la diversité, ce sont les ouvriers français qui ont été au contact des immigrés dans la capitale. Ce sont eux qui ont amorti l’intégration. Michèle Tribalat
Jean-François Revel explique très justement, dans La connaissance inutile, que les scientifiques ne sont pas plus raisonnables que le commun des mortels dès qu’ils s’éloignent de leur domaine d’études : « le travail scientifique , par sa nature particulière, comporte et impose de façon prédominante des critères impossibles à éluder durablement (…) Un grand savant peut se forger ses opinions politiques ou morales de façon aussi arbitraire et sous l’empire de considérations aussi insensées que les hommes dépourvus de toute expérience du raisonnement scientifique. (…) Vivre à une époque modelée par la science ne rend aucun de nous plus apte à se comporter de façon scientifique en dehors des domaines et des conditions où règnent sans équivoque la contrainte des procédures scientifiques. »(..) « le chercheur scientifique n’est pas un homme par nature plus honnête que l’ignorant. C’est quelqu’un qui s’est volontairement enfermé dans des règles telles qu’elles le condamnent, pour ainsi dire, à l’honnêteté. »(…) Yan van Beek, un chercheur néerlandais parle de la lecture morale selon laquelle un savoir n’est pas jugé en fonction de son mérite factuel mais en raison de ses conséquences sociales, politiques ou morales. Des normes existent et sont d’autant plus difficiles à transgresser qu’elles touchent certains sujets. Il ne faut sous-estimer l’ignorance. La méconnaissance des faits et la préférence pour le politiquement correct se conjuguent pour expliquer pourquoi il n’est nul besoin d’être sous le joug d’un pouvoir autoritaire pour voir fleurir des versions officielles sur de nombreux sujets. Les médias ont une arme plus terrible encore que le dénigrement : le silence. Une thèse qui n’est pas connue ne risque pas d’être populaire. Cependant, le pluralisme ne garantit pas la vérité. Vous pouvez mettre la plus grande diversité des incompétences devant une caméra, il est peut probable qu’il en sorte quelque chose d’instructif. Il manque un véritable attachement à la liberté d’expression, un goût de la vérité, une plus grande confiance dans l’aptitude de la société à réagir sainement aux informations. Il faudrait également que les médias cessent de vouloir réformer l’opinion publique pour l’informer. Michèle Tribalat
L’avantage fécond, sans être colossal, appliqué à une structure par âge beaucoup plus jeune, est loin d’être négligeable et favorise les croyants les plus impliqués. Combiné à une immigration dont on ne voit pas bien qu’elle puisse se réduire dans les années qui viennent, à une rétention élevée due à une endogamie religieuse très importante et à une « réislamisation » des jeunes générations, il donne à la confession musulmane un dynamisme tout à fait incongru dans un pays très fortement laïcisé, en voie de déchristianisation avancée et qui a pris l’habitude de penser cette sécularisation galopante comme à la fois progressiste et inexorable. On a, j’ai moi-même, longtemps pensé que l’islam ne ferait pas exception à ce puissant courant. Rien n’est moins sûr. Un contexte très sécularisé peut, au contraire, être le ferment d’un durcissement identitaire et religieux, l’islam n’étant pas perçu comme ringard, à la différence de l’intégrisme catholique, et bénéficiant d’un « climat relativiste », propice à son expansion. Michèle Tribalat
En 1992, on (…) observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse. Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages. (…) L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement. (…) L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps. (…) Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement. (…) j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques. Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées. L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam. (…) après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native. (…) Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN. Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste. La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques. Michèle Tribalat
My name is Jamaal; I’m white. Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow). (…) Halfway through my first year teaching, the principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job. (…)  They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up.  But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity. Jaamal Allan
Nous sommes à un tournant identitaire car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.explique Christiane Taubira (députée PRG de Guyane, 2005)
Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre. Christiane Taubira (2007)
Ce qu’il a fait est un crime contre la République ! Il y a une procédure judiciaire qui suivra son cheminement. Le destituer est possible dans la loi, c’est une décision qui peut être prise mais ce n’est pas à moi qu’il appartient de la prendre. Christiane Taubira (sur Robert Ménard, 2015)
Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! (…) Ce qu’il faut retenir, c’est que ce sont des gens qui ne sont pas républicains et ne conçoivent pas que l’on fasse société en étant différent ce sont des gens qui passent leur temps à regarder la société en la fragmentant et en cherchant un bouc-émissaire, un ennemi intérieur, quelqu’un sur qui concentrer la haine. (…) Lorsque l’on passe son temps à créer de la haine dans une société, on ne peut pas être républicain ! Christiane Taubira (sur la famille Le  Pen, 2015)
« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine  (…) pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre… Manuel Valls (2009)
Belle image de la ville d’Evry… Tu me mets quelques Blancs, quelques Whites, quelques Blancos… Manuel Valls (Evry, 06.06.09)
Evidemment avec les stands qu’il y avait là, le sentiment que la ville, tout à coup, ça n’est que cela, (…) ça n’est que cette brocante, alors que j’ai l’idée au fond d’une diversité, d’un mélange, qui ne peut pas être uniquement le ghetto. On peut le dire, ça ? (…) On a besoin d’un mélange. Ce qui a tué une partie de la République, c’est évidemment la ghettoïsation, la ségrégation territoriale, sociale, ethnique, qui sont une réalité. Un véritable apartheid s’est construit, que les gens bien-pensants voient de temps en temps leur éclater à la figure, comme ça a été le cas en 2005, à l’occasion des émeutes de banlieues. Manuel Valls (Direct 8)
Je l’assume totalement. Je veux lutter contre le ghetto. C’est quoi le ghetto? On met les gens les plus pauvres, souvent issus de l’immigration – et pas seulement – dans les mêmes villes, dans les mêmes quartiers, dans les mêmes cages d’escalier, dans les mêmes écoles. (…) Je l’assume parce que je suis républicain et que je lutte contre tous les communautarismes. (…) Ca arrange beaucoup de gens qu’il y ait des ghettos (…) moi, je veux les casser, c’est ça l’émancipation de ces quartiers qui méritent de représenter demain l’avenir de ce pays. Manuel Valls
Honte au Maire de Béziers. La République ne fait AUCUNE distinction parmi ses enfants. Manuel Valls (05.05.15)
Le fichage d’élèves dans les écoles est contraire à toutes les valeurs de la République. Il y a des principes dans la République et quand ils sont gravement atteints, les tribunaux en sont saisis et des sanctions seront prononcées par les juges compétents. François Hollande (Ryad, 05.05.15)
On a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer. Patrick Lozès (Cran)
 Il y a 64,6 % d’enfants de confession musulmane à Béziers. (…) Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. Robert Ménard
Il y a tout un tas de pays où il y a de statistiques ethniques et ils ne sont pas moins démocratiques, pas moins républicains que les autres ! Robert Ménard
Ils sont où les enfants de nos ministres ? Dans quelle écoles ? Robert Ménard
En un mot, la gauche, elle n’a pas de leçons à nous donner et à me donner. Je voudrais juste rappeler. Quand Manuel Valls en 2008 [2009 en fait, ndlr] se plaint qu’il y a trop de noirs et d’arabes sur les marchés de sa ville et qu’il demande à un membre de son cabinet, je le cite : ‘tu me mets quelques blancs, quelques white, quelques blancos’. Qui tient ces propos ? C’est Manuel Valls. Quand Martine Aubry affirme, c’était en 2012, qu’il y a 35% de Maghrébins à Lille et que c’est génial, elle le sait  comment ? Au faciès ? Quand Jack Lang écrit en 2014 l’an dernier au premier ministre  pour liui dire que les deux tiers des prisonniers en France sont des musulmans. Il le sait comment ? Par l’opération du Siant-Esprit ?  Robert Ménard
La mairie de Béziers ne constitue pas et n’a jamais constitué de fichiers des enfants scolarisés dans les écoles publiques de la ville. Le voudrait-elle qu’elle n’en a d’ailleurs pas les moyens. Il ne peut donc exister aucun « fichage » des enfants, musulmans ou non. Le seul fichier existant à notre connaissance recensant les élèves des écoles publiques de la ville est celui de l’Éducation nationale. C’est donc à elle, et elle seule, de rendre publique cette liste. Elle ne le fera certainement pas au prétexte de motifs juridiques. Mairie de Béziers
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014. D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie. Le Monde
La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête. Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul? Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer! S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti? Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite? (…) Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui. (…) Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus. (…) Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus. On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme. Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés. Le fourre-tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence. (…) Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Philippe Bilger
Le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée, sans le consentement exprès de l’intéressé, des données à caractère personnel qui, directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou les appartenances syndicales des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à l’orientation ou identité sexuelle de celles-ci, est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende. Est puni des mêmes peines le fait, hors les cas prévus par la loi, de mettre ou de conserver en mémoire informatisée des données à caractère personnel concernant des infractions, des condamnations ou des mesures de sûreté. Code pénal (Article 226-19, modifié par LOI n°2012-954 du 6 août 2012 – art. 4)
Les discriminations sont encore plus dommageables quand elles sont implicites. Esther Dufilo
Il serait ironique que des associations qui ont pour objectif de défendre les droits et les libertés cherchent à imposer une censure préalable de la recherche. Il est toujours dangereux que des acteurs politiques prétendent dire quelle est la «bonne» science ! Remplacer l’enquête, comme le suggère la pétition, par du «testing» à grande échelle n’a pas de sens. Le testing a toute son utilité pour révéler des pratiques discriminatoires ouvertes. Il ne permet pas de reconstruire et comparer des trajectoires socioprofessionnelles, d’aller à la racine des inégalités et de repérer leur imposition, fût-elle involontaire. Du reste, en choisissant de présenter des candidats «noirs», «arabes» ou «maghrébins» et «français blancs», le testing manipule les catégories par lesquelles se construisent les discriminations. Collectif de chercheurs français et étrangers
En France, on ne devrait pas pouvoir à la fois se vanter d’avoir réussi à faire barrage aux statistiques ethnoraciales et espérer connaître la situation des Noirs. Pourtant, manifestement, dans ce pays, on sait sans avoir besoin de compter. Michèle Tribalat
Chaque fois que l’on construit des catégories statistiques, il y a un débat. L’histoire des catégories socioprofessionnelles en France le montre. Quand on a créé la catégorie «cadre», la catégorie «ouvriers», les marxistes ont dit «cela ne reflète pas les vrais rapports d’exploitation entre la bourgeoisie et le prolétariat».Aujourd’hui, on connaît les Français par acquisition, par le lieu de naissance des parents et des grands-parents, mais il y a des catégories de personnes qui sont de longue date en France et qui échappent à cette statistique. Utiliser des catégories plus fines permettrait d’avoir un reflet assez fidèle de la population française.(…) Le prénom ou le patronyme d’un individu …C’est un moyen détourné qui tient plutôt du bricolage et qui ne vaut que dans la mesure où d’autres indicateurs plus directs ne sont pas disponibles.Si vous cherchez à mesurer les discriminations dans une entreprise, vous allez constituer un échantillon sur la base des prénoms. Vous retiendrez des personnes certainement susceptibles d’être discriminées parce qu’elles s’appellent Mohamed ou Fatoumata. Mais vous passerez à côté d’un Patrick pourtant noir car antillais ou d’origine africaine. (…)  L’une des solutions est de passer par l’autodéfinition. Votre père est asiatique, votre mère noire, mais comment vous définissez-vous ? Georges Felouzis (Bordeaux-II)
Selon le rapport confidentiel que s’est procuré le Figaro, quelque 300 000 Africains pénètreraient chaque année clandestinement dans l’Union européenne. 80% d’entre eux utiliseraient les services d’organisations de trafiquants, dont les revenus pour ce type d’activité sont estimés à 300 millions de dollars, soit 237 millions d’euros, par an. (…) «Les groupes criminels d’Afrique de l’Ouest, en majorité nigérians, sont souvent décrits comme des réseaux, précise le rapport, les experts de chaque zone pouvant être associés rapidement à d’autres de manière transversale. [Une telle] flexibilité rend ces groupes extrêmement résistants à l’action des forces de l’ordre : il est virtuellement impossible de décapiter une organisation criminelle en Afrique, parce que sa structure est essentiellement horizontale. Le système du «havalah» est très fréquemment employé : ce mode traditionnel de transfert de fonds dans le monde arabe, qui se pratique par le biais d’intermédiaires et sans aucune trace écrite, permet notamment aux groupes criminels de racketter facilement les familles d’immigrants, en exigeant d’elles des sommes supplémentaires ou des recouvrements d’avances de paiement. Rapport ONUDC (2006)
Un chiffre étonnamment stable: contrairement à ce que l’on croit souvent, la proportion d’immigrés ne varie guère depuis le début des années 1980. Le Monde
Cet article du 4 décembre montre que les bons sentiments et la volonté pédagogique de redresser l’opinion publique qui pense mal conduisent à des catastrophes. Ils conduisent à piétiner la déontologie minimale de tout journaliste qui se respecte dont le devoir est d’informer et non de consoler ou de rassurer. Le Monde vient de faire la démonstration que les chiffres peuvent être manipulés et, à l’opposé de ses intentions sans doute, conforte ainsi ceux qui pensent que les médias ne disent pas la vérité sur la question de l’immigration. Michèle Tribalat
On a voulu rester sobre pour ne pas choquer les sensibilités de l’Insee, pour que ce soit publiable par eux mais ils ont pas envie de le traiter. Toute nouvelle avec des infos de type forte concentration au delà de ce qu’on aurait pu imaginer, l’Insee préfère ne pas informer plutôt que de risquer de publier une nouvelle sensible. Par peur de réveiller le racisme en France. Michèle Tribalat
Just under a year ago, France’s Marine Le Pen told TIME her far-right National Front Party would be in power within a decade. That’s a nightmarish prospect for millions who regard her France-for-the-French message as mere jingoism—and it seemed like a stretch. Her prediction, however, no longer seems preposterous. Le Pen has spun gold from voter exasperation, mixing charm and ambition to rack up wins in European Parliament and local elections with an anti-Europe, anti-immigration campaign. That’s made her Europe’s leading right-winger, giving like-minded politicians across the continent a dose of electability. And this month she finally split from her father, National Front founder Jean-Marie Le Pen, over his noxious anti-Semitism. Le Pen has strong allure for many French, who have hit the wall with asphyxiating political elitism and near zero growth. To stop her race for the Élysée Palace in its tracks, France’s lackluster leaders will need to overhaul their ineffectual, gutless style and mount a more appealing revolution of their own. Vivienne Walt (Marine Le Pen, France’s nationalist force, The 100 most influential people, Time, April 16, 2015)
Lorsqu’il s’agit de fichiers nominatifs, la crainte est de voir se constituer un « fichage ethnique » potentiellement dangereux si, par exemple, arrivait au pouvoir un gouvernement raciste qui voudrait mener des politiques défavorables à certaines catégories de la population. Mais si un tel gouvernement venait au pouvoir, il n’aurait pas forcément besoin de tels fichiers pour mener à bien ce type de politiques (…) L’autre inconvénient, c’est que l’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le communautarisme. Le modèle français s’efforce de ne prendre en compte que les individus, dans ce qu’ils ont à la fois d’universel et de particulier (nous sommes tous des individus, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs, et nous sommes tous différents), et non les groupes, qu’ils soient ethniques, raciaux ou religieux. L’officialisation des catégories ethniques risque d’alimenter le séparatisme et les affrontements (idéologiques, politiques…) entre groupes, ce qui n’est pas l’effet recherché. Pierre-Yves CussetLe refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux. Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne. Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté. Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument. (…) Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés. (…) Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain. C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence. (…) Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir. (…) Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas. (…) la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises. Robert Castel

Pas de statistiques ethniques, s’il vous plait, nous sommes français !

En ces temps étranges …

Où une ministre prénomme sa fille Térébenthine

Mais où certains prénoms doivent encore être manipulés avec soin …

Pendant que d’autres peuvent contribuer à régler le problème du chômage …

Et où, pour avoir osé évoquer le taux d’élèves d’origine musulmane dans sa commune à partir  de la consultation des registres d’élèves de l’Education nationale, un maire se voit immédiatement fustigé et menacé de poursuites judiciaires pour « fichage » …

Tant par un président qui, pour cause de gros contrats et faillite économique, flatte la croupe des pires régimes politiques de la planète …

Qu’un premier ministre qui il n’y a pas si longtemps se plaignait de la ghettoïsation de sa ville et appelait de ses voeux la relance du débat sur les statistiques ethniques …

Alors qu’à l’instar de la Grande-Bretagne ou des Etats-Unis et certes non sans leurs propres dérives, nombre d’autres états publient régulièrement tant les statistiques ethniques que religieuses de leur population …

Comment ne pas voir avec un entretien du feu sociologue Robert Castel …

Les évidentes limites d’une telle « cécité volontaire » …

Qui non seulement empêche d’agir sérieusement sur un problème dont on ne peut mesurer l’ampleur …

Mais surtout ne peut que « redoubler l’injustice » de la discrimination pour ceux qui en sont victimes  ?

France : peut-on retourner la race contre les racistes ?
Entretien avec Robert Castel, Sociologue. Robert Castel est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Il vient de publier La Discrimination négative. Citoyens ou indigènes? (La République des idées et Le Seuil, 2007).
et Gwénaële Calvès, Juriste. Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La Discrimination positive (PUF-QSJ, nouvelle édition à paraître en avril 2008).
Propos recueillis par Yann Mens

Alternatives Internationales

mars 2008

Alternatives Internationales : La République française se veut aveugle à toute distinction fondée sur l’origine, la race ou la religion, selon les termes de la Constitution. Cette position de principe est-elle encore tenable aujourd’hui, notamment pour lutter contre les discriminations ?

Robert Castel : Je suis très attaché au modèle républicain. Et le refus de principe de l’Etat de prendre en compte ces différences part de bonnes intentions puisqu’il vise précisément à ne pas appliquer de traitement discriminatoire à telle ou telle catégorie de la population. Mais cette cécité volontaire devient dangereuse. Car, dans la société, les discriminations fonctionnent et elles sont aujourd’hui fondées sur des critères ethniques ou, pour parler plus clairement, raciaux.

Ces discriminations, qui ont pris une importance croissante – ou du moins dont on devient de plus en plus conscient – depuis une dizaine d’années, mettent en péril le pacte qui fonde la République. Lorsqu’au XIXe siècle, la République interdisait aux petits Bretons, par exemple, de parler leur langue à l’école, elle voulait leur offrir une véritable possibilité de promotion sociale, en échange de cette impossibilité d’exprimer leur identité culturelle en public. Le français était un sésame exigé d’eux. Dès lors qu’ils l’avaient appris, ils n’étaient pas l’objet de discriminations parce qu’ils étaient nés en Bretagne.

Aujourd’hui, pour les jeunes gens issus de l’immigration ou des DOM-TOM, la situation est tout à fait différente et même opposée. Non seulement ils ne sont pas reconnus a minima dans leur différence, mais ils se voient stigmatisés en raison de celle-ci. Ils voient s’opposer des barrières, par exemple à l’emploi, en raison de leur patronyme. Ils peuvent être l’objet de contrôles de police plusieurs fois par jour simplement à cause de la couleur de leur peau… Si de telles discriminations ne sont pas énergiquement combattues, ces jeunes risquent de s’approprier le stigmate dont ils sont frappés, de se replier sur une identité ethnique ou raciale mythifiée, et de se réfugier dans le communautarisme. Quelle que soit par ailleurs l’ampleur non négligeable de la politique menée par l’Etat en faveur des quartiers en difficulté.

Ce combat contre la discrimination exige de prendre en compte ce critère racial. Non pas pour instaurer une discrimination positive au sens d’établir des quotas de recrutement dans l’administration, l’université, les entreprises, etc. Mais par exemple pour établir des statistiques ethniques qui permettent de mesurer l’ampleur de la discrimination négative. Et donc de la combattre résolument.

Gwénaële Calvès : La lutte contre les discriminations, selon moi, n’implique aucunement de renoncer au principe de cécité à l’origine, la race ou la religion. La discrimination n’est pas une offense faite à « l’Autre », c’est une offense faite au « Même ». Elle prend pour cible des Français dont la République doit, plus que jamais, affirmer qu’à ses yeux ils sont des Français comme les autres, égaux en droits et également protégés contre la violence et l’arbitraire – notamment l’arbitraire policier que vous avez évoqué. Sur un plan plus pragmatique, je ne vois pas à quoi servirait la consécration officielle de ce que vous appelez le « critère racial ». Ce n’est pas sur la victime qu’il faut mettre le projecteur, c’est sur celui qui discrimine ! Exalter la diversité pour lutter contre les discriminations, c’est prendre le risque de cautionner les fantasmes racistes qui voudraient enfermer certains d’entre nous dans une culture ou identité « autre », « différente », « étrangère »…

R. C. : Je ne suis pas le moins du monde favorable à une exaltation de la diversité, car elle favorise le communautarisme. Mais il faut bien constater qu’une partie de la population, et notamment les jeunes issus de l’immigration, sont aujourd’hui traités de façon discriminatoire en raison de leur race présumée, ce qui est contradictoire avec le respect des droits auxquels nous sommes également attachés.

N’est-il pas dangereux d’utiliser un concept comme la race, fût-ce pour combattre le racisme ?

R. C. : Il faut employer un terme aussi chargé avec beaucoup de précautions, mais aussi voir la réalité en face : c’est souvent sur l’appartenance présumée d’un individu à une race que se fondent ceux qui se rendent coupables de discrimination négative. Il faut cependant préciser que le concept de race a largement perdu, dans la tête même de nombreux racistes, la connotation biologique qu’il avait au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est moins le caractère génétique ou l’apparence physique que la différence culturelle qui, souvent, fonde le racisme : des traits culturels sont supposés se transmettre de génération en génération et constituer une spécificité quasiment immuable d’un groupe humain.

C’est d’ailleurs parce que la « race » est aujourd’hui perçue comme culturelle, plutôt que comme biogénétique, que l’on emploie l’euphémisme d’« ethnie » pour en parler. Pour combattre la discrimination, je crois qu’il peut être utile d’employer le concept de race, en le faisant avec beaucoup de prudence.

G. C. : C’est ce que fait déjà le droit français ! L’expression en vigueur est celle d’appartenance « vraie ou supposée » à « une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminées ». La formule, par son ambiguïté, peut satisfaire ceux qui accordent une forme de réalité à ces constructions sociales. Et elle est assez ouverte pour saisir la variété des racismes, qu’ils soient biologisants, culturalistes, xénophobes… L’analyse des fondements du racisme, d’un point de vue juridique, est d’ailleurs sans intérêt. Ce qui compte, c’est de réprimer des comportements, pas de sonder les reins et les cœurs.

Ne faut-il pas établir des statistiques ethniques pour mesurer l’ampleur de la discrimination, et ainsi mieux la combattre, comme on peut le faire dans le cadre du respect de la parité ?

G. C. :La distinction entre les hommes et les femmes ne peut pas servir de modèle à l’établissement de statistiques ethniques. Elle repose sur un critère que personne ou presque ne conteste, car il renvoie à une réalité sociale très largement admise, et il n’a rien de stigmatisant. D’autre part, et c’est le plus important d’un point de vue juridique, ce critère ne pose pas de problème d’application : c’est un critère stable dans le temps, et compréhensible par tous – rares sont ceux qui hésitent à se classer dans une catégorie ou une autre.

La question des statistiques ethniques se pose de manière tout à fait différente. Ici, les critères de classement sont éminemment problématiques. Il faudrait, d’abord, les choisir, ce qui supposerait de privilégier soit la couleur de la peau, soit l’apparence physique, soit l’origine géographique, soit encore un mélange de tout ça… Il faudrait, ensuite, créer un consensus autour de ces critères. Si celui qui est perçu comme métis ou comme indien se classe dans la catégorie « Noir », ou inversement, la nomenclature n’a guère d’utilité.

De la même manière, si ceux qui estiment avoir des origines multiples (ils sont nombreux…) choisissent de cocher plusieurs cases, on se sera donné beaucoup de mal pour rien. Par ailleurs, il faut bien comprendre qu’il est assez vain d’ethniciser l’appareil statistique national. On obtiendrait des données trop globales pour être utiles à l’évaluation des phénomènes discriminatoires. Si on veut caractériser une situation de discrimination à l’échelle, par exemple, d’un secteur professionnel ou d’un bassin d’emploi (et a fortiori d’une entreprise), il faut disposer de données beaucoup plus fines. En effet, la discrimination n’existe que toutes choses égales par ailleurs. Les membres du groupe discriminé ont-ils, en moyenne, le même âge que les autres ? Ont-ils les mêmes qualifications ? Disposent-ils, aussi souvent que les autres, du permis de conduire ? Etc. Si on veut faire des statistiques ethniques, il faut en faire sérieusement. Cela suppose d’être littéralement obsédé par la race, en introduisant cette donnée dans tous les systèmes de gestion, d’enquête et de comptage. Je crois qu’il faut avoir conscience de la violence qui serait faite aux individus.

R. C. :Pourquoi parler d’obsession ? Cela consiste simplement pour un antiraciste à prendre au sérieux la question de la race, qui occupe une place inquiétante dans notre société. Nous avons en France de nombreuses données sociales. Pourquoi pas sur un sujet si central pour l’avenir de la cohésion nationale ? Bien sûr, les statisticiens doivent être extrêmement prudents dans la conception de telles catégories et leur maniement. Mais dans la mesure où ceux qui discriminent ne le font généralement pas de façon explicite, mais de manière inavouée (ce que l’on appelle la discrimination indirecte), il me semble que seules des statistiques portant sur les grands nombres, sur l’ensemble du personnel d’une usine ou d’un corps de métier, sur une région ou l’ensemble du territoire, peuvent permettre d’évaluer l’ampleur du phénomène, afin que les responsables politiques soient mis dans l’obligation d’agir.

G. C. : Les enquêtes dont nous disposons démontrent assez clairement que la discrimination existe…

R. C. : Mesurer l’ampleur globale des discriminations est une forme de reconnaissance pour les groupes qu’elles frappent. Si vous êtes discriminé, on redouble l’injustice en prétendant de surcroît que vous ne l’êtes pas.

G. C. : Je ne crois pas. Ce qu’il faut reconnaître, pour le sanctionner et le réparer, c’est le préjudice subi par les individus qui demandent justice. La lutte contre les discriminations doit être centrée sur les auteurs de discrimination, afin de les sanctionner. Il faut donc inciter les victimes à porter plainte, pour que la police mène une enquête et que la justice instruise le dossier comme pour n’importe quel type de délit. Il reste beaucoup de progrès à faire pour que le droit de la non-discrimination soit enfin perçu comme une arme offerte à chacun d’entre nous pour se défendre contre l’arbitraire.

Aux Etats-Unis, de puissantes associations, comme la NAACP (Association nationale pour l’avancement des gens de couleur), disposent de juristes et d’avocats chevronnés pour aider les victimes à se pourvoir devant les tribunaux et à monter leur dossier, ce qui n’est hélas pas le cas en France, où les associations équivalentes sont bien moins outillées. Le droit devrait aussi être utilisé comme un levier pour l’action collective. Le travail remarquable qu’une association comme le Gisti (Groupement d’information et de soutien des immigrés) a réalisé, depuis trente-cinq ans, pour faire progresser le droit des étrangers, n’a guère d’équivalent en matière de lutte contre les discriminations.

R. C. : On peut effectivement regretter que de telles modalités existent beaucoup moins en France. Cependant, la lutte contre les discriminations ne se réduit pas à réparer au coup par coup les torts faits aux victimes. Elle passe aussi par des mesures de politique générale qui doivent imposer le respect des règles de la citoyenneté (le traitement à égalité des citoyens) à toute la population, minorités ethniques comprises.

Robert Castel est sociologue, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, auteur de La discrimination négative. Citoyens ou indigènes ? (éd. La République des idées-Le Seuil, 2007).

Gwénaële Calvès est professeure de droit public à l’université de Cergy-Pontoise. Elle est notamment l’auteur de La discrimination positive (PUF-QSJ, 2008).

Propos recueillis par Yann Mens

Voir aussi:

Polémique Robert Ménard : que dit la loi sur les statistiques ethniques ?
Métro news

05-05-2015

SUJET SENSIBLE – Provoquant un nouveau tollé, le maire de Béziers, Robert Ménard, a annoncé lundi soir sur France 2 avoir recensé le nombre d’enfants de confession musulmane dans sa commune, en fonction de leurs prénoms. Une pratique illégale de fichage ethnique qui lui vaut d’être sous le coup d’une enquête préliminaire. Pour autant, les statistiques ethniques, souvent controversées, ne sont pas toujours interdites en France. Explications.

« Le maire a les noms classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Robert Ménard sait bien que la pratique n’a rien de légal. Mais cela n’a pas empêché le maire de Béziers, élu avec le soutien du Front national, de révéler, lundi soir sur France 2, qu’il a classé les enfants de sa commune en fonction de leurs prénoms. Le but ? Savoir qui est de confession musulmane et qui ne l’est pas. Résultat, selon ses calculs : 64,6% des élèves seraient issus de familles musulmanes dans les écoles de sa ville. Des chiffres qui permettent à l’élu d’affirmer dès le lendemain, lors d’une conférence de presse que, « oui, il y a trop d’immigration en France ».

Ces révélations placent le fondateur de Reporters sans frontières sous le feu des critiques. Et le procureur de la République de Béziers d’annoncer l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». Car en France, à la différence du Royaume-Uni ou du Brésil, les statistiques ethniques sont interdites. Elles sont contraires à la loi « Informatique et libertés », votée le 6 janvier 1978. D’après ce texte, « il est interdit de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses, ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. » C’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui veille d’ailleurs au respect de ces dispositions.

Des conclusions « douteuses »

Toutefois, des exceptions existent. La Cnil autorise ainsi la détention de ces informations à partir du moment où la personne concernée a donné son accord écrit. Les associations à caractère religieux sont autorisées à tenir des fichiers regroupant leurs membres. À ce titre, le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) publiait en 2007 un sondage – qui a fait beaucoup de bruit – sur les populations noires en France et les discriminations dont elles se disaient victimes.

Les statisticiens, eux aussi, échappent à la règle. Ils peuvent mener des études sur la diversité, tout en garantissant l’anonymat des personnes. L’Ined (Institut national des études démographiques) par exemple, ne s’en prive pas, au risque là aussi, de susciter la polémique. Michèle Tribalat, démographe, tente dès les années 1990 de catégoriser les ethnies, selon des données qu’elle qualifie « d’objectives » comme le lieu de naissance des parents ou encore la langue parlée. Mais pour beaucoup de ses confrères, les conclusions qu’elle en tire sont plus que « douteuses ».

En attendant, le procédé extrêmement raccourci de Robert Ménard selon lequel « les prénoms disent les confessions » ne bénéficie d’aucune dérogation au regard de la loi française. Au cas où la justice reconnaît l’existence d’un fichier ethnique à la mairie de Béziers, l’élu risque une peine de cinq ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende.

Voir également:

Valls pour des statistiques ethniques
Le Figaro/AFP
12/12/2009

Le député PS Manuel Valls a annoncé aujourd’hui qu’il déposerait début 2010 une proposition de loi préconisant le recours aux statistiques ethniques, à l’issue d’un colloque sur la diversité organisé à Evry avec le Cran (Conseil représentatif des associations noires de France).

« Il faut relancer le débat sur les statistiques ethniques et je présenterai un projet de loi en ce sens à l’Assemblée nationale en début d’année prochaine », a indiqué le député-maire d’Evry. « Pour certains, les statistiques ethniques mettraient en cause les valeurs de la République, alors qu’au contraire, c’est l’absence de mesures concrètes qui est à craindre », a-t-il expliqué assurant qu’il y a « des députés prêts à suivre ».

L’annonce a été soutenue par le président du Cran, Patrick Lozès, invité du colloque, pour qui « on a besoin de savoir quelle est la réalité pour que les choses puissent changer ». C’est à la suite de propos controversés sur l’absence d’habitants « blancs » sur un marché d’Evry le 7 juin dernier que Manuel Valls avait rencontré les responsables du Cran et décidé d’organiser à Evry ce colloque intitulé « Faire des égaux – Pour un nouveau dialogue sur la diversité en France ».

Voir encore:

Polémique Ménard, guerre des Le Pen : le réquisitoire de Philippe Bilger
Philippe Bilger
Le Figaro

05/05/2015

La classe politique s’indigne contre Robert Ménard à cause du fichage ethnique des écoliers auquel il aurait procédé – il dément l’avoir fait – à Béziers dont le parquet a naturellement ouvert une enquête.

Mais cette classe politique, gauche et droite confondues, si prompte à s’émouvoir, peut-elle se dire si remarquable? Que va-t-elle devenir quand elle n’aura plus sous l’opprobre le FN tel qu’elle l’a toujours obscurément désiré, formellement républicain mais avec des relents racistes et antisémites et des nostalgies historiques nauséabondes comme dirait le Premier ministre qui place cet adjectif partout, croyant qu’il est une argumentation à lui seul?

Comme on le sent, son malaise, devant les péripéties mélodramatiques qui se déroulent au FN depuis plusieurs jours et dont elle ne sait si elle doit s’en réjouir ou les déplorer!

S’en réjouir, parce que la victoire de la fille sur le père pourrait affaiblir ce parti?

Les déplorer, parce que débarrassé des provocations lassantes du père, la fille pourrait enfin changer le nom du parti et conduire celui-ci sur une voie qui contraindrait ses adversaires à faire preuve d’intelligence politique et non plus seulement d’une réprobation morale souvent hypocrite?

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.
Il n’y a que des imbéciles – et malheureusement Rama Yade a démontré qu’elle en était une en tournant en dérision les affrontements aussi bien familiaux que stratégiques entre Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen – pour ne pas percevoir l’importance de la «déchirure» qui, risquant de modifier le FN, va sans doute faire bouger les lignes autour de lui.

Sur le plan psychologique, les ressorts sont aisément analysables avec une personnalité limpide pour le pire et le meilleur comme l’est celle du père. Une inaptitude à céder la place, à se contenter d’exister comme président d’honneur et à demeurer dans une ombre d’autant plus insupportable que la présidente du parti, dans la lumière, a choisi de mettre en œuvre, sous l’influence, pour lui, de Iago-Philippot, une dédiabolisation réussie sur les plans intellectuel et électoral.

Aujourd’hui, à cause de la pauvreté de la réplique antagoniste – UMP et PS -, un grand nombre de Français, lassés par l’offre politique classique, se sentent l’envie d’essayer le FN sur la palette large qui est mise à leur disposition et qui pour l’essentiel les a déçus.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats
Ce n’est pas prétendre que demain le FN, même autrement baptisé, volera de succès en succès jusqu’à la victoire pour sa candidate en 2017. Je ne crois absolument pas à cette élection et j’irais même jusqu’à soutenir que pour le second tour, tout n’est pas perdu malgré l’inéluctabilité toute d’impuissance avec laquelle on annonce la présence de Marine Le Pen dans la joute finale.

Sous l’égide sans partage de Marine Le Pen, malgré les foucades périphériques du père qui vont continuer et l’aura de la nièce, conservatrice revendiquée, le FN aura à arbitrer entre des alternatives qui, en tenant pour acquise l’injuste représentation parlementaire, imposeront des choix délicats.

Il faudra considérer cependant, une fois pour toutes, que le père et la fille ont des personnalités différentes, que lui voulait provoquer et qu’elle souhaite conquérir. Que le FN sans lui ne sera pas le même que le FN sous l’emprise enfin totalement libre de sa fille. Que ce ne sera pas seulement la façade qui sera changée mais la substance et qu’avec elle on passera d’un populisme vulgaire à un projet politique, aussi discutable qu’il soit. Contre elle, la bouche en cœur et le cœur à la bouche ne suffiront plus.

On ne peut pas, par ailleurs, avoir à juste titre dénoncé les saillies historiquement partiales et extrémistes du père et continuer à tenir pour rien l’adhésion de la fille au corpus honorable de la vérité sur les monstruosités historiques. Si elle a attendu longtemps pour tirer les conséquences qui convenaient, il n’est pas absurde de concevoir que longtemps dans sa tête et sa sensibilité, la fille a plus pesé que la responsable du FN, l’affection que le réalisme.

Il me semble toutefois que deux écueils de taille vont devoir être surmontés et des choix clairs opérés.

Le fourre -tout idéologique qui mêle, dans un vaste vivier, une vision et un programme de fermeté et d’autorité en matière de sécurité et de justice – c’est sa droite – à une conception économique, financière et européenne atypique, par certains côtés plus «mélenchonienne» que le modèle -c’est sa gauche, voire son extrême gauche – contraindra un jour ou l’autre le FN à déchirer le voile et à sortir de l’ambiguïté. Ce qui est bon pour une conquête, pour une candidate ne le sera évidemment pas si les portes du pouvoir semblent accessibles. Il y aura à arbitrer et à choisir l’ordre prioritaire dans ce désordre et la tonalité dominante dans cet entrelacs qui aujourd’hui attrape tout mais demain fera peur par son incohérence.

De la même manière, même s’il progresse de plus en plus par ce mélange qui fait de lui un parti à la fois inscrit dans l’espace officiel – malgré ses deux députés seulement et à cause de sa forte présence médiatique – et un mouvement encore imprégné d’une forme de dissidence, il se devra de forcer sur les rêves d’officiel ou de se camper sur les aspirations à l’atypique.

Pour l’instant, il gagne sur les deux tableaux. Officiel, il mériterait davantage. Populiste, il attire les réfractaires, les laissés pour compte, les désespoirs civiques. Le bord de la route est empli d’adhérents du FN et les cités exsangues et mortes aussi. Et les victimes des crimes et des délits ne sont pas consolées par François Hollande et Christiane Taubira.

Il est manifeste qu’une fois les soubresauts, polémiques, aigreurs et désaveux dépassés, le FN se renforcera grâce à Marine Le Pen et si en face on n’a pas compris que l’adversaire ayant changé, il convenait aussi de substituer à l’éthique indignée et vaine un affrontement politique et de permettre au pays de respirer autrement que par le seul recours, pour l’avenir, à l’espoir que le FN représenterait. Toutes les autres espérances ayant été saccagées par le réel, la violation des engagements et l’amateurisme. Je rejoins Jérôme Fourquet qui, sur ce plan, a eu l’analyse la plus fine et la plus objective.

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière ?
La plus objective?

Pourquoi l’hostilité politique se traduirait-elle par de l’indifférence démocratique? Pourquoi, pour la cause commune, n’aurait-on pas le droit de se féliciter, pour une certaine conception de la République, de l’éviction du père et de l’autorité de la fille? Faut-il absolument tout haïr tout le temps au point de ne plus rien voir?

J’ai commencé par Robert Ménard et je vais finir par les Femen. Aurait-il été honteux pour le Premier ministre, adversaire du FN, de déclarer le 1er mai, qu’un parti avait le droit de manifester, que des folles n’avaient pas à créer du désordre et qu’on n’avait pas à les chasser de cette manière?

Serait-ce trop demander des politiques que de savoir, parfois, pour être respectés, penser contre eux-mêmes pour la cause républicaine? On ne s’en porterait que mieux.

Voir de même:

Robert Ménard, un habitué des mesures polémiques
Le Monde

05.05.2015

Il est un feuilleton à lui tout seul. Depuis son arrivée à la tête de la mairie de Béziers, en mars 2014, Robert Ménard n’a cessé de provoquer son opposition en prenant des mesures polémiques.

Dernière en date : des statistiques ethniques déterminant le taux d’écoliers de confession musulmane dans la sous-préfecture de l’Hérault, statistiques dont il a révélé l’existence sur le plateau de « Mots croisés », sur France 2, lundi 4 mai. Des chiffres dont il a assuré qu’ils n’étaient pas issus d’une forme de fichage ethnique, interdit par la loi, mais de la consultation des registres d’élèves fournis par l’éducation nationale, l’identification de la confession reposant sur « les prénoms » des enfants, avait-il précisé sur France 2.

Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Béziers pour établir s’il y a eu violation de la loi. Des perquisitions ont suivi dans l’après-midi à la mairie héraultaise.

C’est la première fois que la justice se penche sur la gestion de l’élu, proche du Front national. Avant, ses mesures étaient restées dans le cadre de ses attributs de maire, tout en faisant grand bruit.

Couvre-feu pour les mineurs
Premier coup d’éclat du maire : l’instauration d’un couvre-feu pour les mineurs, « du 15 juin au 15 septembre, durant les week-ends et les périodes de vacances scolaires », dans certains quartiers de Béziers pour les moins de 13 ans non accompagnés. Après avoir envisagé des amendes contre les mineurs, la mairie avait été obligée de choisir de poursuivre les parents en cas de manquements.

Ni crachats, ni linge aux fenêtres, ni paraboles, ni crottes de chien
En tout début de mandat, il avait multiplié les arrêtés prévoyant des sanctions contre les incivilités sur la voie publique : interdiction de l’accrochage de linge aux fenêtres, balcons et façades dans le centre sauvegardé de la ville au nom de son « attractivité économique et touristique ». Il avait également prévu de sanctionner par des amendes les crachats, au motif que « c’est dégoûtant », les crottes de chien, car elles donnent « une image déplorable de [la] ville », ou encore l’installation de paraboles.

« Les gens, quand vous leur dites, ils comprennent, mais tant qu’il n’y a pas de menace de sanction, ils ne le font pas », avait justifié le maire, qui ajouta : « Quand vous leur expliquez, les gens vous écoutent : c’est juste du laisser-aller auquel il faut mettre un point final. »

Des blouses à l’école

La mesure avait fait un flop, après avoir fait grand bruit : Robert Ménard avait proposé d’offrir une blouse à tous les écoliers de la ville. Mais cela devait se faire sur la base du volontariat des élèves et de leurs parents. Finalement, selon Midi libre, à l’automne, 1 250 blouses avaient été livrées, mais les élèves d’une seule école privée en portaient.

Une crèche à la mairie
A Noël, l’installation d’une crèche à la mairie provoqua la colère de la Ligue des droits de l’homme, qui a saisi la justice pour que cette « atteinte à la laïcité » soit réparée. Le tribunal administratif de Montpellier avait refusé de statuer dans l’urgence, repoussant sa décision à l’année suivante.

Un historien polémique pour écrire la ville
Selon les informations du Monde, le maire de Béziers envisageait de confier à l’écrivain Renaud Camus, condamné pour « provocation à la haine religieuse et à la violence » et inventeur de la théorie du « grand remplacement », la rédaction d’un livre sur la ville.

Le revolver, « un nouvel ami » de la police
Enfin, en février, c’est la campagne vantant le nouvel armement de la police municipale qui provoqua l’agacement des opposants à la mairie. Flanquée d’un revolver, l’affiche placardée dans les rues affirmait que « désormais la police municipale a un nouvel ami ». Une campagne de « shérif de pacotille », selon Sébastien Denaja, député socialiste de l’Hérault.

La mairie avait alors signé une convention avec l’Etat lui permettant d’armer ses policiers municipaux de pistolets 7.65 automatiques, en plus de « gilets pare-balles, bâtons de défense, bombes lacrymogènes et casques », selon Midi libre.

Voir de même:

Pourquoi Robert Ménard n’a pas le droit de ficher les écoliers musulmans de Béziers
Delphine Roucaute et Samuel Laurent

Le Monde

05.05.2015

Robert Ménard, maire d’extrême droite de Béziers, proche du Front national, aime les polémiques et n’a pas peur d’afficher ses actions. Lorsqu’il arme la police municipale, il le fait savoir par des affiches montrant un revolver avec le slogan : « Désormais, la police municipale a un nouvel ami ».

Et lorsqu’il est invité de France 2 et qu’on lui demande comment il peut évaluer la proportion de musulmans parmi les écoliers de sa ville, l’édile de Béziers ne cache pas sa méthode : « Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait. » Il précise même : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence. »

Si l’on en croit le maire, les services municipaux de Béziers recensent donc les prénoms en fonction de leur consonance et de leur origine supposée. Ils établissent ainsi un ratio par « confession » présumée (en clair, le petit Ahmed est présumé musulman et la petite Léa, non). Une enquête préliminaire a été ouverte.

Pourquoi n’est-il pas légal de faire des statistiques ethniques ?
Robert Ménard l’a lui-même reconnu : il n’a pas droit de faire ce genre de statistiques. En effet, selon la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés, dite « loi informatique et libertés », le traitement de données « relatives aux origines des personnes » est interdit. L’article 8 spécifie bien que :

« Il est interdit de collecter ou de traiter des données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appartenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci. »
La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) précise que « [ces] critères ne peuvent pas être utilisés pour opérer des tris et s’adresser à des populations ciblées ». Le non-respect de cette interdiction peut entraîner, en application du code pénal, une peine de cinq ans de prison et jusqu’à 300 000 euros d’amende. La CNIL peut également sanctionner les responsables de ce genre de fichiers délictueux par des amendes.

La loi prévoit toutefois une dizaine de cas dans lesquels cette collecte serait autorisée, notamment en cas de consentement de la ou les personnes visées, de traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine, de données déjà publiées par la personne concernée ou de recherches nécessaires dans des cadres juridique ou médical.

La démarche de M. Ménard ne semble, à l’évidence, correspondre à aucune de ces dérogations. Pire, elle repose sur le détournement de données récoltées par la mairie dans le cadre de la scolarisation des enfants. Des données qui ont tout sauf une visée de statistiques ethniques.

Pourquoi la méthode employée est-elle discutable ?
Les services municipaux de Béziers n’ont donc pas le droit de procéder à un tel fichage, pour des raisons de protection des enfants et de respect de la vie privée de leurs familles. Mais outre le fait qu’il est illégal, il présente de grands risques d’erreur.

Un enfant prénommé Ahmed sera ainsi présumé « musulman », même si ses parents ne sont pas croyants ou pratiquants. De même, si une petite Fatima d’origine portugaise dont les parents sont catholiques fréquente les cantines biterroise, elle sera logiquement classée parmi les « musulmans » sur le fichier.

On peut évidemment aussi s’interroger sur l’emploi que comptent faire M. Ménard et ses services de telles statistiques.

Quels sont les antécédents de Robert Ménard ?
Une telle initiative n’est pas anodine de la part de Robert Ménard. Elle se rajoute à la longue liste des polémiques qui marquent son mandat à la mairie de Béziers, depuis son élection en 2014.

Lire aussi : Les méthodes d’extrême droite de l’ancien président de Reporters sans frontières

D’abord, c’est l’interdiction d’étendre du linge aux fenêtres donnant sur les rues du centre-ville en journée, puis l’établissement d’un couvre-feu pour les mineurs de moins de 13 ans dans certains quartiers, la suppression de l’accueil matinal des enfants de chômeurs, l’inauguration d’une crèche dans sa mairie, la publicité sur l’armement de ses policiers, la commande d’un livre sur Béziers à l’écrivain Renaud Camus, chantre de la théorie du « grand remplacement » et héraut des identitaires ou le changement d’un nom de rue pour effacer le souvenir de la guerre d’Algérie.

Mardi 5 mai, le parquet de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour « fichage illégal ». La mairie de Béziers a démenti tout fichage, renvoyant à l’Education nationale et contredisant de fait le maire lui-même.

Voir de même:

Michèle Tribalat, démographe et Cassandre
Intégration et islam : peut-on tout dire?
Propos recueillis par Gil Mihaely
Causeur
17 mars 2015

Causeur. En 1995, vous publiez Faire France, qui offre une vision franchement optimiste de l’intégration des immigrés et de leurs enfants. Puis, à la fin des années 1990, vous semblez changer d’avis ou au moins d’état d’esprit. En 1999, sur la base d’une enquête menée l’année précédente à Dreux, vous publiezVoyage au cœur du malaise français. Que vous est-il, ou que nous est-il arrivé ?

Michèle Tribalat. Je travaille sur l’immigration depuis quarante ans. Les questions de mesure et de méthode m’ont toujours plus intéressée que la nature des résultats. Mon évolution est directement liée aux études successives que j’ai menées.

En 1992, les résultats de l’enquête statistique « Mobilité géographique et insertion sociale (MGIS) » (qui était la base statistique de Faire France) incitaient à un certain optimisme.

Cette enquête reposait sur trois échantillons tirés du recensement de 1990 : un premier composé d’immigrés appartenant aux grands courants migratoires, un échantillon dit témoin de la population de France métropolitaine et un troisième échantillon portant sur des enfants nés en France de parent(s) immigré(s).

On y observait une sécularisation importante des jeunes d’origine algérienne, des unions mixtes en nombre non négligeable pour les débuts de vie en couple de ces jeunes, une certaine mobilité sociale, ainsi qu’un recul des pratiques matrimoniales traditionnelles. La sécularisation des jeunes d’origine algérienne paraissait prometteuse.

Je n’ai pas, alors, anticipé le mouvement de désécularisation que je décris dans mon dernier livre (Assimilation. La fin du modèle français, Éditions du Toucan, 2013), qui a coïncidé avec la réislamisation des jeunes. Combiné à une forte endogamie religieuse, il ne favorise pas la mixité ethnique des mariages.

Pourquoi n’avez-vous rien vu venir ? Est-ce parce que vous manquiez de données ?

L’enquête MGIS était rétrospective et recueillait l’histoire des individus sur le temps long, autrement dit, le passé. Elle ne pouvait donc, en aucun cas, répondre aux interrogations sur l’évolution récente et les phénomènes émergents. Il aurait fallu mener des enquêtes de ce type régulièrement.

Je ne l’ai pas obtenu pour le recensement de 1999 et il a fallu attendre 2008 pour qu’une nouvelle enquête statistique soit entreprise. Pendant ce temps, les médias continuaient à commenter les résultats de 1992, laissant croire que ces résultats seraient éternellement pertinents. Et ils en faisaient souvent un usage inapproprié.

Exemple, j’avais mis en garde contre l’extrapolation du taux de mixité lors des débuts de vie en couple des jeunes d’origine algérienne pour évaluer le taux de mariages mixtes : une copine c’est une chose, une épouse une autre. Je n’ai guère été entendue. Par ailleurs, ces résultats nationaux étaient trop souvent opposés aux perceptions communes, qui se forgent souvent dans l’environnement local.

L’observation nationale fait la moyenne de situations locales extrêmement contrastées et ne constitue donc pas un outil suffisant à la description du réel. Différents niveaux de réalité peuvent coexister de manière contradictoire. Il est possible que des situations locales évoluent mal sans que les données nationales n’en rendent compte, au moins pendant un certain temps.

Donc, c’est l’enquête sur Dreux qui vous a « ouvert les yeux » ? Avez-vous forgé de nouveaux outils d’observation ou, à tout le moins, revu vos méthodes de travail ?

Non, en un sens, c’est parce que j’avais compris l’importance de l’observation locale pour détecter à temps d’éventuelles dérives que je me suis retrouvée à Dreux.

Mon idée était que, pour y parvenir, il fallait se porter sur des lieux où la concentration ethnique est très élevée et construire des outils d’observation rigoureux dans quelques communes soigneusement sélectionnées.

J’avais donc élaboré, en 1996, un projet d’observatoire de la vie locale que je comptais proposer à des élus locaux. J’ai eu un premier contact positif avec André Gerin pour étudier la faisabilité d’un tel projet à Vénissieux.

Puis, en 1997, l’institut de sondage IPSOS m’a proposé de prendre en charge une étude commandée par le député-maire de Dreux, Gérard Hamel, dont l’aboutissement pouvait être la mise en place d’un tel observatoire. L’observation était locale mais l’enjeu national : ce qui se passait à Dreux était peut-être annonciateur de difficultés à grande échelle.

Suite à ce travail, un rapport a été remis au maire en 1998 et a abouti à la publication du Voyage au cœur du malaise français. En revanche le projet d’observatoire local a capoté. Comme l’indique la postface de Gérard Hamel, celui-ci n’était pas très content des conclusions de l’enquête et n’avait aucune envie de prolonger l’observation.

Il ne voulait pas voir ce qu’il voyait, en somme. Comment en êtes-vous venue à intégrer la dimension culturelle, ethno-religieuse, dans vos travaux de démographe ?

Ma formation démographique m’a conduit très tôt à me poser des questions de méthode et, avec le temps, j’ai essayé de faire en sorte que l’appareil statistique français soit adapté.

Avec Bernard Aubry, j’ai également utilisé les recensements et les enquêtes annuelles de recensement qui les ont remplacés, pour construire des indicateurs de concentration ethnique et de voisinage, qui ont révélé de grandes disparités géographiques.

Aujourd’hui, la catégorie des immigrés est entrée dans les mœurs statistiques françaises et l’Insee a introduit le pays de naissance et la nationalité de naissance des parents dans la plupart de ses grandes enquêtes. Le dernier pas à franchir est l’introduction de ces données dans les enquêtes annuelles de recensement.

N’étant ni anthropologue ni sociologue, je traite des origines ethniques ou de l’affiliation religieuse sous l’aspect démographique, par exemple pour observer comment certaines pratiques évoluent avec l’âge.

C’est ainsi que j’ai pu montrer que l’importance accordée à la religion était plus grande chez les jeunes adultes musulmans que chez les plus vieux, alors qu’on observait le phénomène inverse chez les catholiques.

Classer n’implique aucune fixité de comportement dans le temps. Classer, c’est ce que fait la statistique tout le temps. Je ne vois pas pourquoi les variables culturelles et religieuses seraient écartées d’emblée avant d’avoir été étudiées.

L’introduction de la religion dans l’enquête « Trajectoires et origines » de 2008, ce qui n’avait pas été possible en 1992, nous a appris beaucoup de choses. Il a ainsi été possible d’estimer le nombre de musulmans, et pour un démographe, les nombres comptent, d’estimer leur potentiel démographique et d’analyser l’évolution de leur rapport à la religion selon l’âge, notamment à travers une transmission croissante de l’islam.

Votre travail sur Dreux marque un double virage dans votre œuvre : vous découvrez que l’intégration des enfants d’immigrés marque sérieusement le pas et subissez vos premiers procès en sorcellerie…

Il faut dire que j’avais connu un certain état de grâce médiatique. À la parution de l’étude « Mobilité géographique et insertion sociale », l’accueil de la presse avait été dithyrambique.

Dans Le Monde du 24 mars 1995, Philippe Bernard écrivait :

« C’est une révolution salutaire dans l’approche de la question des immigrés en France qu’inaugure l’enquête de l’Institut national d’études démographiques (INED) sur l’insertion des populations d’origine étrangère… Cette démarche inédite a permis d’embrasser, bien au-delà des seuls étrangers, la population des jeunes Français de première et parfois de deuxième génération suivant l’immigration. Plutôt que de continuer à manier un vocabulaire hypocrite propice aux manipulations, l’étude saisit la question ethnique à bras-le-corps, transgressant un tabou sans pour autant encourir la moindre suspicion de xénophobie ou de ségrégation. »

Et, en prime, Philippe Bernard reprenait l’expression Français de souche sans guillemets !

À la fin des années 1990, le ton de la presse a changé. Moi, j’ai le sentiment d’avoir évolué avec les résultats de mes recherches. Certains ont préféré voir dans cette évolution personnelle somme toute normale au cours d’une existence un revirement idéologique.

Par exemple, dans un article publié dans Le Monde du 17 juin 2003, Xavier Ternisien préconisait de me psychanalyser pour trouver la raison cachée de ces changements. D’autres y ont vu la persistance d’un racisme jusque-là passé inaperçu.

Pourtant, en 1998, l’année de la remise du rapport sur Dreux, sortait un livre que j’avais coécrit avec Pierre-André Taguieff – Face au Front national. Arguments pour une contre-offensive – dans lequel je démontais les supercheries statistiques du rapport Milloz de 1997 – « L’immigration sans haine ni mépris. Les chiffres qu’on vous cache ».

Ma réponse à cet auteur proche du FN me vaudra même, en 1999, le prix Lyssenko, décerné par le Club de l’Horloge, c’est dire si j’étais d’extrême droite ! Mais les procès en sorcellerie que vous évoquez n’avaient rien de spontané. Un collègue de l’INED avait allumé la mèche.

Au-delà de conflits de bureau, que vous reprochait-on ?

En 1998, Hervé Le Bras sortait l’artillerie lourde dans un livre intitulé Le Démon des origines. Il y réglait ses comptes avec l’INED en général et avec moi en particulier, après une histoire interne qui n’avait pas tourné à son avantage.

Dans ce livre, il revenait sur un ouvrage collectif, publié sous ma direction, en 1991, dans lequel il croyait déjà déceler les racines du mal qui me rongeait.

« Les plus dangereux éléments de l’extrême droite ne sont donc pas ses noyaux durs, mais les pseudopodes qu’elle émet dans des directions éloignées et variées qui permettent aux venins idéologiques du Front national de se répandre dans une large partie de la société », écrivait-il en désignant l’INED comme l’un de ces pseudopodes.

Le Bras distinguait les opportunistes des autres, qui « se trouvent sous l’emprise d’une sorte de fanatisme démographique, telle M. Tribalat, la prophète de l’assimilation et de la population “de souche”. Ce dernier groupe est de loin le plus dangereux car il agit masqué, peut-être à l’insu de ses membres qui sont persuadés, soit de leur mission, soit que la poursuite de leur intérêt personnel par tous les moyens n’a pas de conséquence politique ».

En gros, j’étais un relais de la pensée frontiste, probablement à mon insu mais aussi par… ambition personnelle !

Plusieurs mois durant, le livre de Le Bras a été le prétexte de salves savamment orchestrées dans la presse, dont les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire n’étaient évidemment pas absentes.

On a même vu circuler à l’INED un document anonyme qui fournissait de prétendues informations sur moi et sur des personnalités liées au Front national – j’y étais traitée de nataliste conservateur et l’on mettait en cause, pour insuffisance professionnelle, ma nomination comme directeur de recherche.

De cette époque date l’étiquette de démographe « douteuse » ou « contestée » que la presse aime m’accoler encore aujourd’hui. Ajoutez à cela que Marine Le Pen a déclaré en 2010 avoir aimé mon livre Les Yeux grands fermés, et vous comprendrez que mon compte était bon !

Si Marine Le Pen vous fait les yeux de Chimène, c’est qu’elle cherche une caution scientifique à sa critique de l’immigration. Que pensez-vous du diagnostic frontiste sur la question ?

Si le FN a, depuis longtemps, fait de l’immigration étrangère son cheval de bataille, jusqu’au début des années 2000, son discours constant sur la question n’avait pas grand-chose à voir avec l’évolution réelle des flux migratoires.

En effet, après le cycle migratoire des Trente Glorieuses, la France a connu vingt-cinq ans de « plat » migratoire, avec une proportion d’immigrés n’évoluant pas et une population immigrée qui augmentait au rythme de la population native.

Le FN contestait alors farouchement les « chiffres officiels ». Ensuite nous sommes passés à un nouveau cycle. Le cycle migratoire des années 2000, équivalent en intensité de celui des Trente Glorieuses, a offert des opportunités nouvelles au FN.

Loin de les contester, Marine Le Pen utilise d’ailleurs volontiers les chiffres donnés par le ministère de l’Intérieur sur l’immigration étrangère. Mais je crois que le diagnostic du FN sur l’impuissance politique est juste.

La France n’a pas vraiment la maîtrise de la politique migratoire, qui est une compétence partagée avec l’UE et la Commission européenne est favorable à une politique migratoire très généreuse compte tenu de ses anticipations démographiques.

Partager certains de ses constats ne signifie pas donner quitus au Front national. Approuvez-vous le programme de Marine Le Pen en matière d’immigration et de contrôle des frontières ?

Marine Le Pen propose de diviser par 20 le nombre d’entrées légales en cinq ans pour ne laisser entrer que 10 000 étrangers par an, tout en réduisant à zéro toute immigration clandestine. Quel genre d’État faut-il pour y arriver vraiment ? Telle est la question.

En fait, elle déclare vouloir en finir avec tous les droits accordés a priori aux immigrants, même sous certaines conditions. Elle compte interdire le regroupement familial, dont il faut souligner qu’il n’est pas la part la plus importante des flux familiaux, contrairement aux conjoints de Français.

Comment limiter les flux de ces derniers ? Il ne suffit pas de sortir de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Restent de sérieux obstacles : la Cour de justice de l’UE, qui garantit le respect des traités et dont les décisions font jurisprudence pour les juridictions nationales, mais aussi la jurisprudence du Conseil d’État.

Bref, si l’objectif visant à limiter le nombre d’entrées d’étrangers est légitime, cela implique de prendre toute une série de décisions qui ne seront pas sans effet sur les droits des citoyens.

Que faut-il en conclure ? La politique migratoire restrictive que nombre de Français demandent explicitement est-elle irréalisable ?

En l’état du droit français et plus largement européen, oui.

Voir par ailleurs:

6 Words: ‘My Name Is Jamaal … I’m White’
NPR
May 06, 2015

Jamaal Allan is a teacher in Des Moines, Iowa. His name has taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.
Courtesy of Jamaal Allan
NPR continues a series of conversations from The Race Card Project, in which thousands of people have submitted their thoughts on race and cultural identity in six words.

People make a lot of assumptions based on a name alone.

Jamaal Allan, a high school teacher in Des Moines, Iowa, should know. To the surprise of many who have only seen his name, Allan is white. And that’s taken him on a lifelong odyssey of racial encounters.

Those experiences prompted him to share his six words with The Race Card Project: « My name is Jamaal … I’m white. »

Allan grew up in southern Oregon, in a house on 18 acres with a commune on one side and a llama ranch on the other.

The origins of his name weren’t that remarkable, Allan tells NPR Special Correspondent Michele Norris.

« My parents decided they wanted less traditional names for their children. … My dad was a Los Angeles Lakers fan and they had had a player named Jamaal Wilkes, and that name kind of came up, » he says.

His mother — who was pregnant with Allan’s sister at the time — fell in love with the sound of the name. Their parents named his sister Madera, and they named their son Jamaal — « just to spice things up a bit, I guess, » he says.

As Allan wrote for a blog called The Poetry Question:

« Growing up I never thought twice about my name (of course I was next door to a commune, hanging out with Orly, Oshia, Lark Song, River Rocks, Sky Blue, and more than one Rainbow).

« In a high school soccer game I was called ‘a white man with a [horrific racial expletive deleted] name.’

« In January of 2002 I flew to London. I was randomly selected for additional passenger screening. It was me, Muhammad, Abdul, Tariq, and an old white haired lady named Jenny Smith. Seriously. I’m not sure what was faster, Jenny Smith’s pat down or the dropping of the TSA agent’s face when I responded to the name Jamaal. »
Jamaal means « beauty » in Arabic.

« Learning the meaning behind it and, well, the beauty that comes in the sound of the name, I like that quite a bit, » Allan says.

It’s also a name that give him an unusual perspective on questions of identity, race and cultural stereotypes.

When he goes out in Des Moines for drinks with friends who are black, the waitress or bartender often hands his debit card to someone else — someone black.

« They’re making an assumption based on the name on the card and not paying attention to who handed it to them, » Allan says. « They say, ‘Jamaal, oh that must be the black guy sitting here.’ « 

‘We Could Use Some Diversity Here’

These kinds of assumptions also spill over into his professional life as a teacher.

« People usually don’t bring it up on a first day, but after I’ve developed a rapport with the students and they feel comfortable having open conversations, they’ll say, ‘You know, when class started I thought you were going to be black,’  » Allan says.

And he uses that as a jumping-off point for more questions: Why you would assume that and what did that mean? And were you disappointed? What were your thoughts when you actually saw me?

Many people have written to The Race Card Project about how people make assumptions about their identity, based on their name.

Race-neutral name, foot in the door — Meredith, Texas

Your name doesn’t match your face — Kimberly Jackson, New York, N.Y.

My name sounds black, I’m not — Lynea Ramse, Nashville, Tenn.

You judge me by my name? — Chaka Babarovich, Anacortes, Wash.
The question of someone’s name, particularly if it has ethnic overtones, can have real consequence. One study found that after responding to 1,300 classified ads, applicants with black-sounding names were 50 percent less likely to get a callback than white-sounding names with comparable resumes.

But the opposite was at work in Allan’s case. The principal who hired him told him he was lucky to get the job because they hadn’t been planning to take another student teacher. Then Allan’s application showed up.

« They scanned through it … and they saw someone named Jamaal who played basketball, listed Muhammad Ali among his heroes and inspirations, and thought, ‘We could use some diversity here, so let’s bring this guy on, I think he’d be good for some of our younger minority male students,' » he says. « And, well, then I showed up. »

If someone argued that the only reason Jamaal Allan got the job was affirmative action — well, the joke would be on them.

The school got diversity with Allan, but not necessarily the kind they thought. Not many people can say they grew up between a commune and a llama ranch.

« They said we need more diversity, we need someone who resonates well and connects with some of the young male students here, » Allan says. « It may not have been because of how I look, but through actions, that was exactly what they got. »

On Allan’s first day of work, he showed up at school and introduced himself to one of the secretaries.

« And she said, ‘Oh, you’re Jamaal, I expected you were going to be’ — and there was a very long, very pregnant pause, » Allan recalls. « And the word she came up with was ‘taller.’ « 

« I just sort of chuckled and said, ‘Yeah, I get reactions like that a lot.’ « 

Voir aussi:

Ethnic minorities ‘will make up one third of the population by 2050′ as Britain’s melting pot continues to grow

One in four children under ten is already from a minority group
Over next few decades the proportion will soar, Policy Exchange says
Currently 14 per cent of the UK population are from ethnic minorities
James Chapman

The Daily Mail

5 May 2014

Britain’s black and ethnic minority communities could account for almost a third of the population by 2050, according to a report published today.

The number of people from minority groups could as much as double by then, it says.

One in four children under the age of ten in the UK is already from a minority group and over the next few decades the proportion will soar, according to think-tank Policy Exchange.

Currently, eight million people, or 14 per cent of the UK population, are from ethnic minorities. But they now account for 80 per cent of population growth, while the white population remains constant.

Experts predict that as a result, by the middle of the century between 20 per cent and 30 per cent of the population – up to 16million people – will be from a minority community, the report says.

Ethnic minority communities predominantly live in three main cities, with 50 per cent living in London, Manchester and Birmingham alone. They are seven times more likely to live in an urban area than someone who is white.

But over time, ethnic minorities will move out of deprived inner city areas and into suburbs and surrounding towns, echoing the way that white groups migrated in the past with the growth of the middle classes, the report predicts.

Ethnicities are increasingly mixing: one in eight multi-person households contains people from more than one ethnic group.

The report draws on survey, census, academic and polling data to build up a comprehensive picture of the five largest black and minority ethnic (BME) groups in the UK – Indian, Pakistani, Bangladeshi, Black African and Black Caribbean.

Indians are he largest minority group in the UK, with 1,412,958 people accounting for 2.5 per cent of the population. Britain is home to the second largest Indian population in the western world outside India, after only the US.

There are 989,628 Black Africans in the UK. They are the fastest growing of the main ethnic groups, and also the most diverse, coming from countries both inside and outside the Commonwealth.

There are 1,124,511 Pakistanis in the UK, 447,201 Bangladeshis and 594,825 Black Caribbeans.

Minorities account for only 5 per cent of the total over-60 population, but 25 per cent of those under ten. Almost 30 per cent of pupils in state primary schools and around 25 per cent of pupils at secondary schools are classified as being from a minority ethnic group.

‘With such a youthful age structure, it is likely the UK’s BME population will represent a larger proportion of the UK’s population over time,’ the report says. All groups except Indians have unemployment rates that are more than double the rate of the white population.

People from ethnic minority backgrounds also have a far stronger association with being British than the white population, the report says.

It argues that politicians should stop treating ethnic minorities as one homogeneous group and start appealing to the varied political views and concerns of non-white Britons.

Rishi Sunak, co-author of the report, said: The UK is now home to a melting pot of different cultures and traditions. These communities will continue to become an ever more significant part of Britain, especially in future elections.

‘However, ethnic minorities are not one homogeneous political group. From education to employment, housing to trust in the police, politicians from all parties must understand the different issues affecting individual communities.’

Voir aussi:

Que sont les statistiques ethniques ?
Musée de l’histoire de l’immigration

Un repérage ethnique des citoyens
Historiquement, le terme d’« ethnie » fait partie du vocabulaire de l’administration coloniale et des pays de ségrégation (l’Inde, par exemple) pour identifier et recenser les populations. L’Afrique du Sud de l’apartheid et les États-Unis de la ségrégation raciale l’ont également adopté. En France, les principes républicains se sont opposés au repérage ethnique ou racial des citoyens, à l’exception des lois de Vichy de 1940 sur le statut des Juifs.

Aujourd’hui, la réalité des « quartiers sensibles » et les phénomènes de discrimination raciste ont conduit à engager un débat public pour ou contre la constitution de statistiques ethniques.

Les arguments pour…
Les arguments favorables aux statistiques ethniques sont principalement :

L’exemple des pays anglo-saxons ;
La lutte contre les inégalités visant des catégories discriminées comme les Blacks ou les Beurs ;
La nécessité de prendre des mesures de « discrimination positive » pour réparer des inégalités persistantes.
… et les arguments contre
Les arguments contre la constitution de statistiques ethniques reposent sur :

Le lien historique entre ségrégation raciale et statistique ethnique ;
L’abandon du système par certains pays (les Pays-Bas, par exemple, ont mis fin à leur « politique d’émancipation des minorités ethniques ») ;
Le caractère arbitraire et réducteur de la définition « ethnique » ou « raciale » de catégories à part de population ;
Le « labelling » ethnique vise uniquement les situations de domination sociale, culturelle et politique ;
La catégorie ethnique renforce les phénomènes de discrimination et de victimisation par l’assignation identitaire à une origine ou une appartenance réelle ou supposée ;
L’ethnicisation se fait au détriment du bien commun, de l’intérêt général, de la communauté des citoyens et elle nie le métissage croissant des sociétés modernes.
Vers un « oui, mais » ?
Deux rapports récents (2007), du Haut Conseil à l’intégration (HCI) et de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), soulignent les dangers des statistiques ethniques mais posent les conditions de la mesure de la diversité en prenant en compte la question des discriminations.

En savoir plus : Avis au Premier Ministre du Haut Conseil à l’intégration (HCI) sur « Les indicateurs de l’intégration. Statistiques ethniques, enquêtes sur les patronymes, mesure de la diversité, baromètre de l’intégration », publié dans le Rapport 2007 du HCI ; et le rapport de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) du 15 mai 2007 sur la Mesure de la diversité et protection des données personnelles.

URL source: http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/que-sont-les-statistiques-ethniques
Liens:
[1] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/les-mots/qu-est-ce-qu-un-immigre
[2] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-evaluer-l-immigration-legale-en-france
[3] http://www.histoire-immigration.fr/histoire-de-l-immigration/questions-contemporaines/politique-et-immigration/comment-compte-t-on-les-immigres-en-france
[4] http://www.histoire-immigration.fr/2010/9/la-statistique-des-autres-compter-les-immigres-et-les-coloniaux
[5] http://www.strategie.gouv.fr/content/statistiques-ethniques
[6] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/104000077/index.shtml

Le retour du débat sur les statistiques ethniques
Pour aller plus loin
Comment lutter contre les discriminations ?
Chômage : discriminations sans frontières , Alternatives Economiques n∞ 251.
De la discrimination positive par Eric Keslassy
Démographie : Faut-il analyser les discriminations ?
Des CV anonymes pour lutter contre les discriminations
Des discriminations de mieux en mieux évaluées , Alternatives Economiques Hors-série n∞ 078.
Discrimination : des emplois bien français
Discrimination : la RATP ouvre ses portes
Discrimination : un phénomène très répandu
Discrimination positive et justice sociale par Simon Wuhl , Alternatives Economiques n∞ 265.
Discriminations : 4 % de Noirs en France , Alternatives Economiques n∞ 256.
Discriminations : contrôles au faciès ? , Alternatives Economiques n∞ 272.
Discriminations : la galère des jeunes issus de l’immigration , Alternatives Economiques n∞ 246.
Statistiques ethniques : la Cnil se prononce , Alternatives Economiques n∞ 259.
Statistiques ethniques : pro et anti s’affrontent , Alternatives Economiques n∞ 257.
À lire également
L’état de la mondialisation 2010
Sommaire du numéro

Climat : comment enrayer le réchauffement?
Sommaire du numéro

Menaces sur la reprise
Sommaire du numéro
Le député d’Evry Manuel Valls s’apprête à déposer une proposition de loi visant à autoriser les « statistiques ethniques ». Il relance ainsi un débat complexe, illustré par ces échanges entre la juriste Gwenaele Calvès, attachée au « principe de la cécité à l’origine », et le sociologue Robert Castel, qui plaide pour de telles statistiques pour combattre les discriminations…

Voir encore:

Ethnic minorities
Into the melting pot
The rapid rise of mixed-race Britain is changing neighbourhoods—and perplexing the authorities
The Economist

Feb 8th 2014

ZADIE SMITH, a novelist born to a black Jamaican mother and a white British father, recently recalled that when she was growing up in Willesden Green, a London district with a large immigrant population, “nothing could be more normal than a mixed-race girl”. The surprise, she said, was entering publishing and finding that people thought it unusual. Nobody could get that impression now: Britons are mixing at extraordinary speed.

The 2011 census revealed a country that is decreasingly white and British: England’s ethnic-minority population grew from 9% of the total in 2001 to 14%. But the biggest single increase was in the number of people claiming a mixed-ethnic background. This almost doubled, to around 1.2m. Among children under the age of five, 6% had a mixed background—more than belonged to any other minority group (see chart). Mixed-race children are now about as common in Britain as in America—a country with many more non-whites and a longer history of mass immigration.

As Britain’s mixed-race population swells, another group appears destined to shrink. The Labour Force Survey reveals that 48% of black Caribbean men and 34% of black Caribbean women in couples are with partners of a different ethnic group—with higher proportions still among younger cohorts. Black Caribbean children under ten years old are outnumbered two-to-one by children who are a mixture of white and black Caribbean.

Rob Ford of Manchester University points out that Caribbean folk are following an Irish pattern of integration, in that their partners are often working-class. The Irish parallel also suggests they will eventually be fully absorbed into the British population. Polls show that adults who are a mixture of white and black Caribbean tend to see themselves not so much as black, Caribbean or even as British, but rather as English—the identity of the comfortably assimilated.

Indians, who began arriving in large numbers in the 1960s, were slower to mix. They are now doing so—but along Jewish, rather than Irish, lines. For them, assimilation follows education: according to research by Raya Muttarak and Anthony Heath, Indians with degrees are far more likely to marry whites. Indians are not so much marrying into the white majority as into its suburban middle class, says Shamit Saggar at the University of Essex.

Their children are quietly transforming Britain’s suburbs and commuter towns. Whereas Asians are still concentrated in cities such as Leicester and in London boroughs like Tower Hamlets and Harrow, mixed Asian and white children are widespread (see maps). In Chiltern, an affluent commuter district in Buckinghamshire, 5% of children under five years old were mixed Asian and white in 2011—more than in most of London. Their parents may have met at university or while working in the capital. Within Birmingham, too, mixed Asian and white children are especially common in the largely middle-class white suburbs of Edgbaston, Moseley and Harborne.

Still warming up

Pakistanis and Bangladeshis mostly remain in cities, and are mixing more slowly. Just 8% of Pakistani men and 7% of Bangladeshi men in couples are with people of a different ethnic group, and the proportions for women are smaller. Oddly, older Pakistani men are more likely to have partners of another ethnicity, perhaps because many early migrants were single men. But even these groups are assimilating: another study finds that Pakistanis and Bangladeshis born in Britain are far likelier to socialise with whites than their parents were.

Britain’s newer minorities are blending into the larger population, too, but in ways that defy easy categorisation. Mixed black- African and white children are particularly common in working-class suburbs and commuter towns such as Croydon and Southend-on-Sea, possibly because black Africans are rarely tied to city centres through social-housing tenancies. They are also mixing with new immigrants from continental Europe. Most of the 21,000 children born to Polish mothers in 2012 had Polish fathers; but of the rest, 23% had African or Asian fathers.

Such esoteric partnerships can confuse the authorities. Last November the Home Office invited journalists to accompany officers on a raid of an apparent sham wedding between an Italian man and a Chinese woman in north London. After interrogating the bride, groom and guests, the officers emerged sheepishly to admit that the union was probably real.

As race becomes less clear-cut, schools, hospitals and police forces, which record people’s ethnic identity at almost every opportunity, will have to deal with more fragmented definitions. So too will researchers trying to measure racial injustices. Confusingly, police officers now record the ethnicity of the people they stop and search according to two separate systems: observed ethnic appearance (which does not include a mixed-race category) and self-identified ethnicity (which does).

Politicians in the habit of treating Britain’s ethnic groups as distinct “communities” will also have to adapt. The shrewder black and Asian politicians have already built power bases that do not depend on ethnic block votes (see Bagehot). Speeches such as the one made by Tony Blair in 2007 about the culture of black youth violence will look silly when so many black teenagers have white parents too. Crude racist politics, thankfully now rare in Britain, ought to become almost impossible as more white families acquire non-white members. Englishness, which has remained distinctly a white identity for many, may become less exclusive.

Most of all, the rise of mixed-race Britain shows that Britain is capable of absorbing even large numbers of newcomers. For the young, who are used to having people of all backgrounds in their midst, race already matters far less than it did for their parents. In a generation or two more of the melting pot, it may not matter at all.

Voir de plus:

The Numbers Guy
Estimates of Religious Populations Require a Bit of Faith
Carl Bialik
WSJ

Aug. 14, 2010

In the debate over a plan to build an Islamic center near Ground Zero in New York, one number has been elusive: the population of Muslims in the city. Commentators have cited figures that have been all over the map—from 600,000 in the city’s five boroughs to between 600,000 and 800,000 in Manhattan alone.

That is because no one knows for sure how many Muslims, or Jews, or Christians, live in New York or anywhere else in the U.S. The Census Bureau doesn’t ask Americans to disclose their faith, and the surveys and studies that attempt to fill in the gap come up with different numbers—particularly when it comes to relatively small religious groups. That leaves the U.S. behind much of the world when it comes to understanding the religious beliefs of its inhabitants, and has sparked controversy about the number of Muslims in the country.

These are important numbers because « religion is very consequential in how people see the world, view politicians, and view social, economic and even environmental issues, » says Barry Kosmin, a sociologist at Trinity College and a principal investigator with the American Religious Identification Survey, which has surveyed Americans about their faith three times in the past decade.

The Numbers Guy Blog
Elusive Numbers: U.S. Population by Religion
National censuses in at least 70 countries, including the U.K. and Canada, ask about religion, according to United Nations data. « The census question on religious affiliation is used to measure cultural and religious diversity in Canada, » Peter Frayne, spokesman for Statistics Canada, wrote in an email. It is used, among other things, to monitor discrimination, diversity and the need for faith-based schools, Mr. Frayne says.

The U.S. Census Bureau debated including a question on religion in the late 1950s and again in 1976. But each time it decided not to. The census director in 1976, Vincent P. Barabba, decided to exclude such a question, concerned that including it would lead to a controversy over the separation of church and state that could impede the bureau’s work. Later that year, Congress passed a law prohibiting mandatory questions about religion.

« It’s a tough trade-off, » says Mr. Barabba, who is now retired. « You want to collect everything that’s of interest in society. [However,] you want to be careful about which ones you ask. »

That opens the door for controversy about true population counts. There is particularly sharp disagreement about the U.S. Muslim population. Several surveys have arrived at figures of 2.4 million or lower. But Ibrahim Hooper, spokesman for the Council on American-Islamic Relations, says those surveys have « real weaknesses, » and cites an estimate of seven million. He referred further questions to Ihsan Bagby, associate professor of Islamic studies at the University of Kentucky.

Prof. Bagby surveyed mosques in 2000 to arrive at a figure of two million active Muslims, including those who attend religious services on high holy days. That suggests to Prof. Bagby a true count of about four million or five million in 2000, including those who identify as Muslim but don’t attend mosques. He has found the number of mosques has increased by more than 50% to 1,900 since 2000, though it is unclear if that reflects population growth or construction to address existing demand.

Columbia University researchers estimating New York City’s Muslim population a decade ago used a figure of five million to seven million for the national population in arriving at their count of 600,000—later revised to 700,000—because they figured, based on studies of mosque affiliation, that one in 10 American Muslims live in New York.

But general population surveys suggest a much lower number of Muslims. The American Religious Identification Survey asks simply, « What is your religion, if any? » In 2008, the survey found 1.3 million adult Muslims in the U.S.

That survey, though, may undercount non-Christian groups, because members of some such minority groups may be reluctant to respond. Also, the survey is conducted only in English and Spanish. Surveys that focus on non-Christian groups can help produce more statistically reliable results. For instance, a Pew survey in 2007 of American Muslims also conducted interviews in Arabic, Farsi and Urdu. The survey also drew respondents more heavily from places expected to have more Muslims to produce a greater sample size and learn more demographic details about the population. Then researchers weighted the results to correct for the oversampling.

This may have helped the survey arrive at a larger number of Muslims than many other polls: 1.4 million adults and 2.35 million total Muslims. Yet even this survey had shortcomings, for instance, not dialing cellphones, though many Muslims are young immigrants who may be more likely to eschew landlines, according to the Pew report.

Similar issues have afflicted efforts to count the number of American Jews. Jewish groups funded a survey a decade ago that found the total population was 5.2 million. Brandeis University researchers reanalyzed the data and found because of groups that were underrepresented in the survey, the true population likely was between six million and 6.4 million.

Not all religion researchers are interested in more reliable population counts. « I don’t think it matters that much, » says Daniel A. Madigan, associate professor of theology at Georgetown University. How people self-identify doesn’t indicate much about their involvement in the religion, nor attitude toward it. « The actual numbers don’t translate necessarily into anything else. »

Voir enfin:

Marine Le Pen dans le top 100 des personnalités les plus influentes
Le Point

22/04/2015

VIDÉO. La présidente du Front national et députée européenne a été distinguée par l’hebdomadaire américain « Time » dans la catégorie des « leaders » du monde.

La présidente du parti français d’extrême droite Front national Marine Le Pen, désignée par l’hebdomadaire américain Time comme l’une des 100 personnalités influentes du monde, a salué mardi la reconnaissance d' »un mouvement politique important qui monte ».

Cette distinction, « c’est un symbole qu’outre-Atlantique on considère que le Front national est un mouvement sérieux, un mouvement de gouvernement, et que peut-être dans quelques mois il y aura en France des changements importants », a expliqué Mme Le Pen en arrivant à la soirée de gala organisée à New York par le magazine Time en l’honneur de ces personnalités. « Comme je suis la seule représentante politique de la France, il était de bon ton que je sois présente », a ajouté Mme Le Pen, hélée par des journalistes à l’entrée du Time Warner Center, à quelques pas de Central Park.
« Leaders » du monde
Marine Le Pen a été placée par Time parmi les « leaders » du monde, une catégorie où figurent aussi les présidents américain, russe et cubain Barack Obama, Vladimir Poutine et Raul Castro, ainsi que le Premier ministre grec Alexis Tsipras, la chancelière allemande Angela Merkel ou encore le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong-un. L’économiste français Thomas Piketty fait également partie des personnalités retenues, tout comme le pape François, la starlette Kim Kardashian ou encore le patron d’Apple Tim Cook.

Cette nomination a été l’occasion pour Mme Le Pen de passer quelques jours à New York, avant de se rendre à la soirée de gala accompagnée de son compagnon Louis Aliot. Vêtue d’une robe longue bleu nuit et d’une cape de velours noir, elle y a fait une arrivée remarquée sur tapis rouge, un peu après la styliste Diane von Fürstenberg, l’actrice Mia Farrow et le chanteur de country Tim McGraw, et avant la skieuse Lindsey Vonn ou encore l’actrice Julianne Moore.
Il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole »
« Je suis fière pour mon pays, je suis fière que les millions de Français qui font un choix différent de l’UMP et du PS soient présents un peu ce soir », a également déclaré Mme Le Pen. « Vous voyez la France des oubliés, ce soir, elle n’est pas oubliée. » Elle a assuré au micro de la radio Europe 1 qu’il ne s’agissait « pas d’une occasion frivole » : « Il y a évidemment une partie des gens qui sont des artistes, mais il y a aussi une partie des gens dont la pensée influence le monde, dont les actes, dont les décisions influencent le monde, c’est ça qui m’intéresse au plus haut point », a-t-elle assuré.

Voir enfin:

Les statistiques « ethniques » : état des lieux, état des problèmes
Pierre-Yves Cusset
2006
Ce document de travail vise à faire le point sur l’état du droit et des pratiques en matière de statistiques « ethniques » ou « relatives aux origines ». On présente ainsi l’état du droit et des pratiques statistiques en France, afin de mettre en évidence les possibilités et les limites de notre système statistique, notamment en termes de mise au jour des différentes formes de discrimination et de ségrégation sur critères ethniques. La troisième partie du document est consacrée à la mesure de la discrimination indirecte et de la diversité ; quelques dispositifs de suivi statistique de la diversité ethnique, adoptés à l’étranger, y sont présentés.La collecte, le traitement et la diffusion de données sont ici comme ailleurs encadrés par la loi et régulés, au moins pour ce qui est de la statistique publique, par des instances garantes des principes déontologiques propres au métier de statisticien. On présente dans cette partie l’état du droit en matière de « données à caractère personnel » et de « données sensibles » (1.1.), tel qu’il ressort de la nouvelle loi Informatique et liberté du 6 août 2004 et de l’avis de la CNIL formulé en juillet 2005 sur la mesure de la diversité des origines par les employeurs. Puis, après un bref rappel historique relatif à la prise en compte des variables liées aux origines par l’appareil statistique français (1.2.), on dresse un tableau récapitulatif de la façon dont est prise en compte aujourd’hui la variable « origine » dans les grandes enquêtes de la statistique publique.L’état du droit• La rénovation de la loi Informatique et libertéLa loi du 6 août 2004, dont l’un des objectifs était de transposer la directive européenne 95/46 du 24 octobre 1995 sur la « protection des personnes physiques à l’égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation des données », a profondément remanié la loi Informatique et liberté de 1978.Le champ matériel de cette loi s’étend désormais à toute opération automatisée ou non (collecte, enregistrement, organisation, conservation, adaptation ou modification, extraction, consultation, utilisation, communication par transmission, diffusion ou toute autre forme de mise à disposition, rapprochement ou interconnexion, verrouillage, effacement ou destruction) portant sur des « données à caractère personnel », entendues comme « toute information relative à une personne physique identifiée ou qui peut être identifiée directement ou indirectement ou par référence à un numéro d’identification ou à plusieurs éléments qui lui sont propres ».La loi retient une acception large de la notion de donnée à caractère personnel puisqu’elle précise que « pour déterminer si une personne est identifiable, il convient de considérer l’ensemble des moyens en vue de permettre son identification dont dispose ou auxquels peuvent avoir accès le responsable du traitement ou tout autre personne ». Autrement dit, sont visées toutes les données se rapportant à une personne identifiable, même par des moyens indirects.La loi subordonne, à son article 6, la collecte et le traitement de ces données à un certain nombre de conditions : − la loyauté et la licéité des traitements ; − le strict respect des finalités pour lesquelles les données ont été recueillies ; toutefois, des retraitements peuvent être réalisés ultérieurement à des fins statistiques ou à des fins de recherche scientifique ou historique sous réserve qu’ils respectent les conditions de licéité, les formalités préalables à la mise en œuvre des traitements et les obligations imposées aux responsables des traitements et, enfin, s’ils ne sont pas utilisés pour prendre des décisions à l’égard des personnes concernées ; − le caractère adéquat, pertinent et non-excessif du traitement au regard des finalités poursuivies ; − l’exactitude et la complétude des données ; − la durée limitée de leur conservation, proportionnée à la finalité du traitement.• Le cas des « données sensibles »La loi réserve un sort particulier aux données dites sensibles. L’article 8-I prohibe en principe toute collecte de « données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ou l’appar10 > Les statistiques « ethniques » : état des lieuxtenance syndicale des personnes, ou qui sont relatives à la santé ou à la vie sexuelle de celles-ci».Toutefois, cette règle souffre dix catégories d’exception qui tiennent soit à la finalité du traitement, soit aux conditions de collecte des données, soit encore à la nature de l’organisme qui réalise le traitement.Il s’agit : − des traitements de données sensibles pour lesquels la personne concernée a donné son consentement exprès (sauf dans les cas où un texte de niveau législatif prévoit que l’interdiction ne peut être levée) ; − des traitements portant sur des données ayant été rendues publiques par la personne concernée ; − les fichiers des associations et organismes à caractère religieux, philosophique, politique ou syndical (seules les données sensibles correspondant à l’objet de l’association peuvent être collectées, et ce uniquement pour les membres entretenant avec l’organisme des contacts réguliers) ; − des traitements nécessaires à la constatation, à l’exercice ou à la défense d’un droit en justice ; − des traitements nécessaires aux fins de médecine préventive, des diagnostics médicaux, de l’administration des soins ou de traitements ou de la gestion des services de santé, et mis en œuvre par un professionnel de santé ou par une autre personne tenue au secret professionnel ; − des traitements nécessaires à la sauvegarde de la vie humaine ; − des traitements de données de santé à des fins de recherche médicale ; − des traitements de données de santé pouvant faire l’objet « à bref délai », d’un procédé d’anonymisation reconnu conforme à la loi par la CNIL ; − des traitements statistiques réalisés par l’INSEE ou par un service statistique ministériel, après avis du Conseil national de l’information statistique (CNIS) ; − des autres traitements de données sensibles justifiés par l’intérêt public et autorisés par la CNIL ou par décret en Conseil d’État pris après avis de la CNIL.La CNIL veille avec une particulière attention au respect de ces dispositions, comme le montrent par exemple ses prises de position sur les traitements portant sur les patronymes (cf. encadré).• La position de la CNIL sur la mesure de la diversité des origines par les employeursLa CNIL a adopté lors de sa séance du 5 juillet 2005 une série de recommandations 2. Elle recommande aux employeurs de ne pas recueillir de données relatives à l’origine raciale ou ethnique, réelle ou supposée de leurs employés ou de candidats à l’embauche, même avec l’accord de ces derniers. La CNIL constate en effet qu’il n’existe ni référentiel national de typologies « ethnoraciales », ni indicateurs « ethno-raciaux » diffusés par la statistique publique qui pourraient servir aux employeurs de base de comparaison fiable (indicateurs nationaux ou par bassin d’emploi). La CNIL ajoute que l’adoption d’un tel référentiel est du ressort du législateur.La CNIL estime également que l’analyse de la consonance du nom ou du prénom, de la nationalité ou de l’adresse des personnes aux fins de classement dans des catégories « ethno-raciales » n’est pas pertinente, encore une fois en raison de l’absence d’un référentiel national de typologies « ethnoraciales » et en l’absence d’un lien fiable entre ces données et l’appartenance à une catégorie raciale ou ethnique déterminée.Elle autorise en revanche l’utilisation de données relatives à la nationalité et au lieu de naissance du salarié, données qui figurent dans les fichiers de gestion du personnel. L’employeur doit faire la déclaration d’un tel traitement des fichiers de gestion du personnel à la CNIL et en informer les employés. Toutefois, les statistiques produites ne doivent pas porter sur des groupes de moins de dix personnes afin de garantir l’anonymat et les fichiers de données individuelles constitués pour la réalisation de l’étude doivent être détruits à l’issue de la production des résultats statistiques.En revanche, les fichiers de gestion du personnel ne peuvent en aucun cas contenir, même au motif de mesure de la diversité, de données telles que la nationalité d’origine d’un employé ou d’un candidat à un emploi, de même que la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

Enfin la CNIL admet la réalisation d’enquêtes ad hoc par questionnaires anonymes. Par anonyme, il faut comprendre que le questionnaire ne doit pas permettre d’identifier directement (par le nom) ou indirectement (via un numéro, la désignation d’un poste particulier ou par recoupement d’informations) la personne qui y répond. Là encore, aucun résultat statistique ne doit concerner des groupes de moins de dix personnes. Les questionnaires individuels doivent être détruits à l’issue de la phase d’exploitation des réponses. Le recours à des questionnaires permet en revanche de recueillir et de traiter des données indisponibles (car interdites) dans les fichiers de gestion du personnel, et en particulier la nationalité d’origine de l’individu et la nationalité ou le lieu de naissance de ses parents.

La prise en compte progressive des origines dans la statistique française : de la nationalité à l’« ethnicité »

L’émergence d’une forme de reconnaissance par la statistique des origines des individus s’est faite par étapes3. L’introduction dans le recensement d’une question relative à la nationalité des habitants remonte à 1851 (elle ne fut abandonnée qu’une fois, en 1856). La formulation de la question n’a pas varié entre 1871 et 1946. La nationalité est alors enregistrée en trois catégories : Français de naissance, Français par naturalisation (ou par « assimilation »), et étrangers. Si les étrangers doivent indiquer leur nationalité précise, les « naturalisés » ne doivent signaler que le caractère acquis de leur nationalité française. Ce n’est qu’en 1962 que leur nationalité antérieure leur sera demandée.

Pendant l’entre-deux guerres et jusqu’en 1946, à la lecture des tableaux publiés à partir des informations tirées du recensement, on note un vif intérêt pour la catégorie des « naturalisés », même si l’État français ne reconnaît pas de différences de statut entre citoyens français selon le mode d’acquisition de la nationalité. Il est vrai que l’importance numérique de cette catégorie a nettement augmenté depuis la fin du XIXe siècle : les naturalisés sont 202 000 en 1896, 517 000 en 1936 et 833 000 en 1946. L’information relative à la nationalité antérieure des naturalisés n’étant alors pas disponible, les services statistiques attribuent une « origine » aux naturalisés en fonction du lieu de naissance des individus, tout au moins pour ceux qui sont nés hors de France (c’est le cas de 85 % des naturalisés en 1931, mais de seulement 65 % en 1946). L’enregistrement des « Français par acquisition » et l’exploitation qui est faite de cette catégorie dans les tableaux de présentation du recensement répond déjà au besoin d’étudier l’assimilation des étrangers dans la population française.

Après la Deuxième Guerre mondiale, les flux de population en provenance d’Algérie sont assez importants (le « stock » s’élève à 200 000 en 1954) pour qu’on lui réserve un traitement particulier. Le bulletin du recensement de 1954 ne permet pas de séparer les « Français d’Algérie » des « Français musulmans ». Cette dernière catégorie naît avec la loi organique du 20 septembre 1947 qui étend la citoyenneté française à l’ensemble des habitants d’Algérie mais qui continue à les distinguer selon leur statut (civil ou personnel). Pour reconstruire cette distinction, les services du recensement suivent une règle de chiffrement inédite : ils classent en « musulmans originaires d’Algérie » les personnes nées en Algérie ayant à la fois un nom et un prénom à consonance arabe ou berbère et en « Français de naissance originaire d’Algérie » ceux qui ont un « prénom chrétien ou israélite ». Le même principe de recours au nom et prénom est appliqué en 1962, alors même que l’Algérie vient d’accéder à l’indépendance. Les catégories décrivant les migrants d’Algérie distinguent cette fois « rapatrié français de naissance », « Français musulman ayant choisi de conserver la nationalité française », « Français musulman devenu Algérien ». Alors qu’en 1954, on cherchait à retrouver les catégories juridiques existantes, avec le recensement de 1962, le critère juridique semble donc s’effacer derrière le critère « ethnique ». Il faut attendre le recensement de 1968 pour retrouver une distinction par nationalité clarifiée.

La catégorie « immigrée », elle, ne se stabilise vraiment qu’au début des années 1990. La démographe Michèle Tribalat 4 a joué un rôle pionnier en recommandant l’usage d’un concept précis pour catégoriser la population immigrée, après que de nombreux travaux eurent montré les limites et les erreurs liées à l’usage exclusif de la nationalité pour traiter de questions relatives à l’immigration. La nouvelle catégorie, adoptée par le Haut Conseil à l’intégration en 1991, combine le lieu de naissance et la nationalité de naissance, les immigrés étant définis comme les personnes résidant en France, nées étrangères à l’étranger. La reconstitution de la catégorie « immigré » ne pose pas de véritable problème. Le plus souvent, on dispose directement du lieu de naissance et de la nationalité de l’individu. Si ce n’est pas le cas, on établit une catégorie plus ou moins proche en rassemblant les étrangers et les Français par acquisition.

Cela dit, la catégorie « immigré » reste insuffisante pour qui ne s’en tient pas à l’analyse de l’immigration mais s’intéresse aussi à la question plus vaste et de plus en plus prégnante des « relations interethniques ». L’étude de cette réalité suppose pour le moins de construire une catégorie « population issue de l’immigration ». Pour ce faire, et à condition de ne pas aller au-delà de la fameuse « seconde génération », ou « première génération née en France » pour reprendre la typologie de M. Tribalat, il faut disposer du lieu de naissance des parents. Or, avant l’enquête Etude de l’histoire familiale (EHF) de 1999, complémentaire au recensement, cette variable ne figurait dans aucune enquête à large échantillon 5.

Conscient de cette lacune, le Haut Conseil à l’intégration, dans son rapport de 1993, recommande le développement d’études sur des populations définies par leurs origines, à condition que l’utilisation des catégories d’origine soit réservée à des enquêtes spécifiques telles l’enquête Mobilité géographique et insertion sociale réalisée par l’INED en 1992 en collaboration avec l’INSEE.

Hors ces enquêtes spécifiques, et avant l’enquête EHF de 1999, les démographes et autres statisticiens s’en sortent donc en « bricolant », tentant par divers moyens de surmonter le handicap lié à l’absence de catégorie statistique stable s’ajustant précisément à l’objet « seconde génération » (et a fortiori à « l’ethnicité »). Par exemple, dans l’étude de L.-A. Vallet et J.-P. Caille sur les « élèves étrangers ou issus de l’immigration », réalisée à partir du panel de la DEP, l’une des stratégies utilisées a consisté à construire une catégorie « groupe d’appartenance de l’élève » qui combinait la nationalité et le lieu de naissance de l’élève et la langue parlée à la maison 6.

Aujourd’hui, comme on va le voir maintenant, la question sur le lieu de naissance des parents tend à être plus fréquente dans les grandes enquêtes publiques.

Un exemple de refus par la CNIL d’un traitement reposant sur la constitution d’un échantillon à partir des patronymes

La CNIL a refusé d’autoriser la réalisation par la SOFRES, mandatée par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), d’un sondage d’opinion par téléphone, à partir d’un échantillon résultant d’un tri sur les patronymes. Le refus tient à la méthode de collecte employée et non à l’objet du sondage qui consistait à « objectiver, mesurer et analyser l’état de l’opinion de la communauté juive de France ».

Pour effectuer cette enquête par téléphone, la SOFRES entendait constituer l’échantillon des personnes à interroger selon la méthode patronymique suivante : − identifier d’abord une liste d’environ 160 noms à consonance juive sur la base d’un Guide des patronymes juifs; − procéder ensuite à une sélection aléatoire, au sein du fichier des abonnés au téléphone, d’environ 15 000 personnes portant un des patronymes identifiés ; − tirer enfin, sur la base de cette liste, un échantillon de cinq cents personnes qui seraient interrogées par téléphone.

Lors de sa séance du 2 février 2006, la CNIL a estimé que, la constitution de l’échantillon des personnes à interroger reposant uniquement sur un tri par leur nom, le traitement ainsi mis en œuvre se heurtait au principe posé par l’article 8 de la loi Informatique et libertés d’interdiction de collecte ou de traitement de données faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques ou les appartenances religieuses des intéressés.

En l’espèce aucune des dérogations prévues par la loi ne pouvait être invoquée,

le consentement préalable des personnes concernées ne pouvant être recueilli. La CNIL a refusé par ailleurs d’autoriser le recours à un procédé d’anonymisation de la base d’exploitation des réponses par la SOFRES, jugeant que le traitement envisagé ne répondait pas aux conditions posées par l’article 6 de la loi aux termes duquel les données doivent être « adéquates, pertinentes et non-excessives au regard des finalités pour lesquelles elles sont collectées ».

En effet, la CNIL conteste le postulat selon lequel les personnes ayant un nom figurant dans le Guide des patronymes juifs seraient présumées appartenir à la « communauté juive » et souligne les risques liés à une sélection de ce type.

Le CRIF et la SOFRES ont déposé une nouvelle demande d’autorisation le 21 mars 2006. Dans cette demande, les modalités de constitution de l’échantillon reposent sur l’établissement d’une liste des 50 noms juifs les plus fréquents parmi le fichier des 50 000 donateurs de l’Appel Unifié Juif de France qui devait servir ensuite de base à la sélection aléatoire au sein du fichier des abonnés au téléphone portant l’un des 50 patronymes juifs sélectionnés.

La CNIL a également refusé d’autoriser cette étude en considérant que, même dans ces conditions, la méthode de sélection par le nom n’était pas admissible, l’établissement d’un lien entre un nom et l’appartenance à la communauté juive restant contestable dans son principe.

Source : http://www.cnil.fr

2. Ces recommandations sont consultables sur le site de la CNIL : http://www.cnil.fr.

3. Ce paragraphe s’appuie essentiellement sur SIMON P. (1998), « Nationalité et origine dans la statistique française », Population, n° 3, p. 541-568. On ne traite pas ici du cas particulier de la statistique coloniale. Pour approfondir la question, on pourra se reporter à RALLU J.-L. (1998), « Les catégories statistiques utilisées dans les DOM-TOM depuis le début de la présence française », Population, n° 3, p. 589-608, ou bien à KATEB

K. (1998), « Gestion statistique des populations dans l’empire colonial français : quelques éléments relatifs à l’histoire des populations d’Algérie (1830-1960) », Histoire & Mesure, vol. 13, n° 1-2.

4. TRIBALAT M. (1989), « Immigrés, étrangers, Français : l’imbroglio statistique », Population et Sociétés, n° 242, p. 17-29.

Voir par ailleurs:

La bombe migratoire
Régions
Marianne Payot

L’Express

01/12/2005

François Baroin n’a pas été pris au dépourvu. En évoquant, dès le mois de juillet, lors d’une visite à Mayotte, puis deux mois plus tard dans Le Figaro Magazine, l’éventualité d’une remise en question du droit du sol «pour certaines collectivités d’outre-mer», le ministre (UMP) de l’Outre-Mer savait qu’il allait déclencher une polémique. Ou tout du moins l’espérait-il? «Ce débat, je l’ai voulu, explique-t-il aujourd’hui, il était indispensable et volontairement provocateur. Comme toutes ces collectivités sont loin, il faut parler fort.»

L’enjeu d’une telle fronde? Les flux d’immigration considérables qui touchent en premier lieu Mayotte et la Guyane, où 1 habitant sur 3 serait un étranger. Mais aussi la Guadeloupe, en proie, depuis deux ans, à un afflux massif d’Haïtiens. «Si l’on avait dans l’Hexagone un même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins, souligne le ministre, chiraquien dans l’âme. L’outre-mer avait besoin d’un message clair et rassurant de la France.» D’où, en guise de ballon d’essai, ses propos iconoclastes. Cela dit, Baroin sait parfaitement que la – difficile – acquisition de la nationalité française n’est pas, de loin, l’unique moteur de l’immigration ultramarine. Un enfant né en France de parents étrangers ne peut en effet obtenir la nationalité française qu’à sa majorité (ou, par anticipation, à partir de 13 ans) et à condition qu’il vive encore en France et que ses parents et lui-même le réclament.

Autant de démarches longues et compliquées, impraticables par la plupart des Comoriens qui déferlent sur l’ «île aux parfums» (Mayotte) et par les Haïtiens, Dominicains, Brésiliens, Surinamiens? qui «investissent» les départements français d’Amérique (DFA). «Seul un millier de « nos » étrangers ont acquis la nationalité française», rappelle le président (PSG [Parti socialiste guyanais]) du conseil régional, Antoine Karam. «En fait, affirme Victorin Lurel, son homologue PS de Guadeloupe, plutôt que le droit du sol, qui a eu la vertu d’émanciper les esclaves, c’est le droit du sang qui devrait être remis en cause. Ou, en tout cas, mieux encadré: il faut sanctionner les paternités fictives.»

La «faute originelle» de ces collectivités? Constituer de – relatifs – îlots de prospérité dans des environnements plus que sinistrés. Ainsi de l’île de Mayotte, confetti de 374 kilomètres carrés perdu dans l’océan Indien – la Réunion est à 1 500 kilomètres! – mais toute proche de ses «s?urs» de l’Union des Comores, l’un des Etats les plus pauvres de la planète. De même la Guyane peut-elle «s’enorgueillir» de détenir un PIB par habitant de cinq à dix fois supérieur à celui de ses voisins, le Brésil et le Suriname. Quant à Haïti, à l’économie exsangue et à l’instabilité politique chronique, il voit essaimer ses misérables ressortissants tout à la fois en Guyane et aux Antilles.

Pour enrayer cette volumineuse immigration économique et sociale, le premier réflexe voudrait qu’on empêche ces visiteurs d’entrer dans l’ «eldorado» français. Une tâche guère aisée: des centaines d’embarcations – les kwassa-kwassa à Mayotte (lire l’article Mayotte : marée humaine ) et les saintoises en Guadeloupe – déversent nuitamment leur lot de boat people sur les côtes des îles, tandis qu’en Guyane les? 3 000 kilomètres de frontière – de fleuves et de forêt – sont franchis allègrement par les clandestins hors des points de contrôle. Une porosité qui fait la joie des passeurs: l’Haïtien en proie au rêve guadeloupéen devra ainsi débourser environ 2 500 dollars, comprenant l’acheminement en voiture jusqu’à Saint-Domingue, puis l’avion pour la Dominique et, enfin, le bateau vers Grande-Terre. L’Anjouanais, lui, s’acquittera de 150 à 200 dollars pour franchir les 70 kilomètres du lagon et gagner Mayotte. A ses risques et périls: 200 personnes meurent chaque année dans «le plus grand cimetière de l’océan Indien», selon l’expression de Mansour Kamardine, le député (UMP) de l’île.

C’est à ces réseaux que tente donc de s’attaquer la police aux frontières (PAF) des différentes collectivités. «Nous en avons démantelé 33 en un an», annonce fièrement le commissaire Garcia, de Guyane. Mais le pain quotidien de ses 224 hommes, ce sont les interpellations dans la rue (baptisées prosaïquement «ramassage»), auxquelles s’adonnent également les gendarmes – spécialisés notamment dans la lutte contre l’orpaillage clandestin – puis les reconduites à la frontière. Une mission facilitée par le régime «d’exception» qui prévaut ici, tout comme à Saint-Martin (et dont tous les élus de Guadeloupe réclament à cor et à cri l’extension à l’archipel entier): depuis 1993, en effet, les arrêtés de reconduite ne peuvent plus faire l’objet de recours suspensifs et les contrôles d’identité peuvent s’effectuer dans un périmètre de 20 kilomètres au-delà des frontières.

Aussi suffit-il, pour faire du «chiffre», d’aller, par exemple, faire un tour du côté du marché de Saint-Laurent-du-Maroni, la ville frontière de l’Ouest guyanais. On y trouve nombre de Surinamiens qui seront embarqués le soir, avec le sourire, de l’autre côté du fleuve? D’où ils reviendront très vite, afin de vendre, côté français, quelques épices, de visiter un proche ou encore de se faire soigner (lire l’article Guyane : bousculade à la maternité ) – une réalité tellement ubuesque que les autorités recherchent actuellement une solution originale. Les autres (Brésiliens, Haïtiens, Péruviens, Chinois…) séjourneront, eux, au centre de rétention administrative (CRA) de Cayenne. Vétuste, surchargé, il devrait, Nicolas Sarkozy vient de l’annoncer, être agrandi l’année prochaine. Tout comme celui des Abymes, en Guadeloupe, beaucoup plus décent, mais dont les 20 places se révèlent souvent insuffisantes.

Parallèlement, la France s’agite sur le front diplomatique, afin de multiplier les accords de réadmission. Car les Etats ne sont pas toujours prompts à accepter le retour de leurs ouailles ni à favoriser le transit sur leur territoire de ressortissants étrangers. Après le Brésil en 2001 et le Suriname fin 2004, c’est avec la Guyana que le Quai d’Orsay, épaulé par le ministre délégué au Tourisme, Léon Bertrand, par ailleurs maire (UMP) de Saint-Laurent-du-Maroni, s’efforce de poser des jalons. Un accord d’autant plus nécessaire que les Guyaniens jouissent ici d’une mauvaise réputation, souvent justifiée (ils représentent près de 28% de la population carcérale de Cayenne).

«Nous avons créé lors de ma visite, fin octobre, un climat de confiance, qui devrait, à terme, déboucher sur l’installation d’un consulat, souligne, satisfait, Bertrand. Avec des contreparties, bien sûr, comme l’aide à la formation de leur police, confrontée à une forte criminalité et au trafic de drogue.» C’est ce même principe de donnant-donnant qui régit les négociations conduites ces jours-ci avec la Dominique, plaque tournante de l’émigration vers l’archipel guadeloupéen. Pour Haïti, gros «exportateur» de clandestins, c’est Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération et prédécesseur de François Baroin, qui est montée en première ligne en septembre. Dans le dessein d’aider financièrement le pays afin de fixer, à terme, les Haïtiens sur leur terre.

Tournant identitaire
Pourquoi un tel branle-bas de combat? Par peur de désordres sociaux. Rien à voir avec nos banlieues – durant les trois semaines d’émeutes en métropole, l’outre-mer est restée remarquablement calme. On craint, en revanche, les mouvements d’humeur de citoyens, qui se multiplient çà et là. A Mayotte, ce sont plusieurs milliers de Mahorais qui descendent dans la rue pour manifester contre l’immigration; en Guadeloupe, une pétition, diligentée par une petite radio surfant sur la xénophobie, a recueilli 40 000 signatures enjoignant notamment aux autorités d’endiguer l’ «invasion étrangère». En Guyane, enfin, un collectif dit «des mille lettres» déverse son courroux sur les ondes et dans les squats – qu’il n’hésite pas évacuer manu militari.

L’immigré, responsable de tous les maux: chômage, délinquance, carence de logements… L’antienne n’est pas nouvelle. «Nous sommes à un tournant identitaire, explique Christiane Taubira, députée (PRG) de Guyane, car nous sommes devenus minoritaires, nous, les Guyanais. En fait, nous payons aujourd’hui les plans de peuplement lancés dans les années 1970 pour noyer les mouvements indépendantistes d’alors et sécuriser le centre spatial. Jacques Chirac, le ministre de l’Agriculture de l’époque, a joué les apprentis sorciers.» Même son de cloche du côté d’Antoine Karam, qui pointe, par ailleurs, les défaillances de l’Etat en termes d’aménagement du territoire et de lutte contre les occupations illégales, tout en s’inquiétant d’une Guyane «en voie de palestinalisation» – en clair, des communautés vivant séparées sur un même territoire.

A 1 500 kilomètres de là, le Guadeloupéen Victorin Lurel en appelle à une véritable coopération avec Haïti, la Dominique et Antigua-et-Barbuda. L’autre député de gauche de l’archipel, Eric Jalton, craint pour sa part les débordements: «Le jour où un Haïtien violentera une Guadeloupéenne, cela mettra le feu aux poudres!» «Le Haïtien est tout sauf une racaille, proteste André Théodore, délégué général de l’association de Haïtiens Tèt Kole, affolé par l’anathème jeté sur ses 13 000 compatriotes légaux de Guadeloupe. Il est dans le besoin, mais pas dans la violence. Son problème, c’est de trouver du travail.»Et du travail, il en trouve. Déclaré ou pas. Sur les champs de canne à sucre, dans les bananeraies, sur les chantiers? Car ici, comme partout, règne une bonne dose d’hypocrisie. On crie à l’invasion et on emploie, au noir et pour 30 euros par jour, une main-d’?uvre malléable à souhait. «Vous avez aussi des marchands de sommeil qui louent des taudis 800 euros la semaine», s’indigne Gérald Coralie, président de la Ligue des droits de l’homme. Dieunie Fanfan, consul d’Haïti aux Antilles, ne sait plus où donner de la tête. Avec ses maigres moyens, elle doit s’occuper de sa communauté, épauler les plus démunis, s’escrimer pour donner une image moins dramatique de son pays? Choquée par les rabatteurs de Port-au-Prince qui rackettent les candidats à l’exil à coups de 3 000 dollars le faux passeport, elle exhorte ses concitoyens à ne plus tenter l’aventure.

L’accalmie, c’est ce que souhaitent aujourd’hui tous les protagonistes, afin d’éviter les drames. Ici, en outre-mer, une nouvelle politique d’immigration est à inventer. La paix sociale est à ce prix.

Voir enfin:

Questions internationales (1)
Les territoires français d’outre-mer s’alarment de l’afflux d’immigrés clandestins

Jean Piel

RFI

20/04/2007

(MFI) Alors que l’immigration est l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale en France, deux collectivités d’outre-mer – la Guyanne et Mayotte – comptent plus de 20 % de clandestins. Le renforcement des contrôles de police depuis 2005 n’a pas inversé la tendance. Dirigeants politiques locaux et population dénoncent ce qu’ils considèrent être un facteur de chômage et d’insécurité, mais profitent aussi de ces clandestins.

Quelle est l’importance de l’immigration clandestine en Guyane et à Mayotte ?

La scène se répète plusieurs fois par jour. Dissimulés sous les branchages de l’épaisse végétation, des gendarmes surveillent le fleuve Maroni qui sépare la Guyane du Surinam. Dès qu’une embarcation accoste sur la rive française du fleuve, ils interviennent. La plupart du temps, il s’agit d’un clandestin qui sera immédiatement refoulé… Avant de retenter sa chance quelques heures plus tard.
A 15 000 kilomètres de là, sur l’île de Mayotte dans l’océan Indien, le scénario est le même. Quotidiennement, les forces de l’ordre envahissent le bidonville de Cavani et arrêtent les immigrés comoriens qui n’ont pas eu le temps de s’enfuir dans la forêt voisine. Ils seront expulsés le soir même sans autre forme de procès vers Anjouan, la plus proche île de l’archipel des Comores indépendantes.
Depuis plusieurs années, les collectivités françaises d’outre-mer – Guyane et Mayotte en tête – sont confrontées à un afflux d’immigrés clandestins. En Guyane, on estime leur nombre à 35 000, soit 20 % de la population ; 59 % de ceux arrêtés sont des récidivistes. Ces immigrés viennent en majorité du Surinam, du Guyana et du Brésil.
Le constat est le même à Mayotte où les clandestins sont estimés à 50 000, soit le tiers de la population. Tous viennent des Comores, distantes de 80 kilomètres par la mer. « Mayotte est devenu le premier port d’entrée de clandestins en France », s’alarme Ali Souf, le président de l’association des maires de l’île. Comme le déclarait en 2005 François Baroin, alors ministre de l’Outre-mer et aujourd’hui ministre de l’Intérieur : « Si l’on avait en métropole le même taux d’immigration, cela équivaudrait à 15 millions de clandestins. »

Comment expliquer cette immigration clandestine ?

Par la ruée vers l’or, au sens propre comme au figuré. Au sens propre puisque environ 7 000 clandestins en Guyane sont des orpailleurs qui travaillent dans les mines d’or ou cherchent un filon en solo. Au figuré, dans la mesure où ces collectivités françaises d’outre-mer représentent des îlots de prospérité au milieu de régions sinistrées et instables politiquement. Ainsi le PIB par tête de la Guyane est 5 à 10 fois supérieur à celui de ses voisins brésilien, surinamais ou haïtien. Les possibilités d’y trouver un petit boulot sont nombreuses, comme vendeur à la sauvette ou domestique. « Je suis exploité, mais au moins je suis payé. J’ai été expulsé 7 fois ; je suis prêt à l’être encore 20 fois car je n’ai pas d’autres choix que de travailler en Guyane pour nourrir ma famille », témoignait dans Le Monde un Brésilien employé dans une exploitation agricole.
Si la Guyane abrite la base spatiale de Kourou et 200 entreprises associées, ce n’est pas le cas de Mayotte, région peu industrialisée, qui vit de la pêche et de l’agriculture. Néanmoins, Mayotte est nettement plus riche que les Comores dont l’économie est en ruine, qui ne sont pas autosuffisantes au plan alimentaire et dépendent de l’argent envoyé par la diaspora. Le PIB par tête est de 500 dollars par an aux Comores et de 4 000 dollars à Mayotte.
Certains observateurs expliquent aussi cette immigration par un facteur culturel. Ainsi la Guyane accueille des habitants de nombreuses origines pour lesquels la notion de frontière serait relative. On peut citer les Créoles, les Amérindiens, les H’mongs (d’origine laotienne), les Békés… Pour sa part, Mayotte est la seule île de l’archipel à avoir choisi de rester française lors du référendum d’autodétermination de décembre 1974 ; les trois autres îles ont opté pour l’indépendance. Mais jusqu’en 1993, les Comoriens pouvaient facilement s’installer à Mayotte. Cette année-là, le gouvernement d’Edouard Balladur a instauré un sauf-conduit spécial pour entrer sur l’île aux parfums, comme on surnomme Mayotte. « Les Comoriens ont toujours voyagé librement d’une île à l’autre. Ce visa fait de nous des étrangers dans notre archipel. Pour nombre d’habitants d’Anjouan ou de Mohéli, la notion de visa est difficile à comprendre, tout comme ils font mal la différence entre un Mayotte français et des îles indépendantes. Pour eux, c’est leur territoire », s’insurgeait un clandestin interviewé par Le Journal de la Réunion.
Mais l’argument culturel laisse dubitatif ceux qui vivent dans les DOM-TOM. Selon eux, les clandestins savent ce qu’est un visa et ont conscience du potentiel économique de Mayotte et de la Guyane. Ils sont séduits par le meilleur niveau de protection sociale qu’offrent les collectivités françaises. Même si le revenu minimum d’insertion (RMI) n’a pas cours à Mayotte. Avec 7 600 naissances par an, la maternité de Mamoudzou – capitale de Mayotte – est la première de France ; 80 % des mères sont en situation irrégulière. Même cas de figure à Maripasoula, un gros bourg sur les rives du fleuve Maroni, en Guyane, où l’on compte 4 457 habitants, mais 18 000 dossiers médicaux au dispensaire. Quant aux écoles, elles sont surchargées et comptent en moyenne 40 % d’élèves étrangers. « En ayant un enfant né en France ou qui y est scolarisé, le but des parents est d’obtenir un titre de séjour, puis la nationalité grâce au droit du sol », accusent les partisans d’un contrôle strict de l’immigration. « N’exagérons rien. Moins de mille étrangers enregistrés à Cayenne ont obtenu la citoyenneté française depuis dix ans. Et on ne peut pas reprocher à une mère de vouloir accoucher dans les meilleures conditions ou de faire soigner au mieux sa famille », réplique Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane.
Ce flux migratoire est évidemment facilité par la géographie. La Guyane compte 3 000 kilomètres de frontière, souvent noyés au milieu de la forêt amazonienne. Un simple fleuve la sépare du Brésil et du Surinam. Il serait illusoire de vouloir tout contrôler, même si les moyens de la gendarmerie ont été renforcés depuis 2005. Quant aux 80 km d’océan entre Mayotte et les Comores, les patrouilles maritimes ne peuvent pas en assurer une surveillance totale. Les candidats à l’exode embarquent de nuit sur de frêles embarcations, des kwassa kwassa, malgré les risques encourus. Depuis 1995, plus de 1 000 Comoriens se sont noyés, faisant de ce bras de l’Océan Indien l’un des plus grands cimetières maritimes au monde.

Comment ces immigrés clandestins sont-ils accueillis par la population locale ?

« La xénophobie est croissante en Guyane. Jusqu’à présent, cela n’a pas dégénéré. Mais je redoute le jour où les Guyanais décideront de faire justice eux-mêmes. L’Etat doit rétablir son autorité sur le territoire ». Cette déclaration de Jean Cesto, conseiller municipal de Matoury, résume l’opinion d’une grande partie de la population. Les immigrés clandestins ne sont pas les bienvenus. Le sentiment est le même à Mayotte où plusieurs manifestations rassemblant des milliers de Mahorais ont réclamé l’arrêt de « l’invasion étrangère ». Dans les deux régions, des milices musclées ont incendié des squatts occupés par des clandestins.
Les immigrés sont accusés de tous les maux : insécurité, chômage, carence des logements… Le refrain est connu. Mais dans des régions où les clandestins sont effectivement nombreux, il prend un relief particulier. D’autant qu’à Cayenne comme à Mamoudzou, le taux de chômage dépasse les 26 %. En matière de délinquance, les DOM-TOM connaissent des chiffres plutôt faibles. Sauf la Guyane, où les statistiques sont dignes de celles de la région parisienne. Et 28 % des détenus pour vols ou agressions sont originaires du Guyana. Pire : on a enregistré, en 2006, 84 meurtres (souvent des règlements de compte entre orpailleurs) pour 200 000 habitants alors que Paris – 2,1 millions d’habitants – n’a connu la même année que 52 assassinats. « Les classes sont surchargées et le niveau baisse. Les hôpitaux n’arrivent plus à faire face à l’afflux de patients. Les rues sont peu sûres et l’emploi manque. Tout ça à cause des clandestins », entend-t-on, de façon quelque peu simpliste, à Cayenne et Mamoudzou.
Les élus ne sont pas en reste, quelle que soit leur affiliation politique. Réunis en congrès en novembre dernier, les maires de Guyane, de Guadeloupe et de Mayotte ont réclamé un renforcement de la lutte contre l’immigration clandestine. « Pour éviter qu’un jour la situation ne devienne incontrôlable et que des violences contre les étrangers ne dégénèrent », se sont-ils justifiés. « Ici, l’immigration est un thème électoral majeur. C’est à celui qui montrera le plus de fermeté. Personne n’exprime de problèmes de conscience face à des situations de détresse comme en métropole. Les électeurs approuvent le durcissement des lois contre les immigrés, et ils sont peu nombreux à se dire choqués quand des milices organisent des battues contre les clandestins », reconnaît Ali Souf, le président de l’association des maires de Mayotte. Le discours est le même en Guyane où nombre d’élus ont approuvé, en juillet 2005, la proposition de François Baroin de remplacer, dans les DOM-TOM, le droit du sol par le droit du sang (voir article ci-joint). « Si cette proposition contribue à soulever le dossier de l’immigration en Guyane, tant mieux. Peu importe le tollé qu’elle a provoqué. Je suis prêt à inviter mes amis du Parti socialiste et de SOS-Racisme à venir deux mois en Guyane au lieu d’y passer 48 heures », avait alors déclaré Antoine Karam, le président du conseil régional de Guyane, pourtant membre du PS.
Ce même Antoine Karam a récemment dénoncé une « palestinisation de la région », évoquant le repli des communautés sur elles-mêmes. La crainte de perdre son identité s’exprime de vive voix. « Les enfants comoriens susceptibles d’acquérir la nationalité française par le droit du sol seront bientôt plus nombreux que les Mahorais », s’alarme Ali Souf. « Nous sommes à un tournant identitaire. Les Guyanais de souche sont devenus minoritaires sur leur propre terre », lui répond en écho Christiane Taubira, député et membre du Parti radical de gauche.
Evidemment les immigrés clandestins trouvent des défenseurs. A l’instar de l’avocat guyanais Gérald Coralie : « Les gens crient à l’invasion, mais emploient des clandestins comme jardinier ou domestique pour 20 euros par jour. Des marchands de sommeil louent des taudis 800 euros par mois. C’est le règne de l’hypocrisie. » Quant à Ali Souf, il n’a pas de mots assez durs contre « ceux qui se plaignent mais font construire leur maison dix fois moins cher par des Comoriens, puis les dénoncent à la police une fois les travaux effectués ». Un ancien commandant de gendarmerie se rappelle de « ces Guyanais qui vont acheter illégalement du poisson au Brésil pour le revendre sur le marché de Cayenne, puis se plaignent de la concurrence déloyale des clandestins ».
Du côté des politiques, on souligne que les écoles surchargées et les hôpitaux débordés tiennent aussi au manque d’investissement de l’Etat français dans les infrastructures. La conclusion revient à Daniel Bergeron, conseiller général UMP de Guyane : « Il est certain que les immigrés clandestins posent un problème et sont trop nombreux. Il est tout aussi certain qu’on a fermé les yeux pendant des années et que beaucoup en profitent. Mais bien malin celui qui arrêtera l’immigration en Guyane. Même en durcissant les lois, les clandestins ont trop intérêt à être là tant que la région d’où ils viennent sombrent dans la misère.

COMPLEMENT:

‘I’m a white guy with a black name': Caucasian Oregon man given Arabic name by parents says he has suffered a lifetime of prejudice 
Jamaal Allan revealed most people are surprised that he’s white
He said his name seemed to get him selected for an airport security check
Most waiting staff, he said, hand his debit card to one of his black friends
Ted Thornhill

The Daily Mail

7 May 2015

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian
A white man called Jamaal Allan has revealed how his name has led to him being racially stereotyped throughout his life.

Jamaal, a high school teacher who grew up in southern Oregon, revealed that most people he meets are always surprised when they discover he’s Caucasian.

He said that one of the most common responses to his name is ‘I never would’ve guessed your name was Jamaal’.

In a blog post he aired his thoughts on this, writing: ‘Really, are you frequently good at guessing people’s names?’

Another reaction to his name, he said, is ‘you don’t look like a Jamaal’. He asked in response: ‘And how exactly does one look like a name?’

He wrote that some people, after meeting him, say ‘I thought you’d be…’ and then pause with ‘a sudden realization they are on the verge of sounding racist’, before finding a word such as ‘taller’ or ‘older’ to end the sentence with.

Others are outright racist.

He explained that at a high school soccer game he was called ‘a white man with a horrific racial expletive deleted name’.

And his name once appeared to get him selected for a random security check while on a trip to London in 2002, as the others picked out by officials were called Muhammad, Abdul and Tariq.

He also explained that waitresses and waiters usually hand his credit card back to a black person at his table when he’s dining out.

His name, which means ‘beauty’ in Arabic, did have one very positive effect on his life, though – because it landed him his teaching job at Des Moines, Iowa.

Jamaal said: ‘The principal who had hired me confided that I was lucky to have gotten the job…

‘They had not been planning to take another student-teacher when my application showed up. But, in his words, as they scanned through it and saw a Jamaal who plays basketball and counts Muhammad Ali among his heroes he thought, we could use a little diversity.’

He told NPR recently that his dad was a fan of the Los Angeles Lakers basketball team and that he was named after one of their players, Jamaal Wilkes.


Emeutes de Baltimore: Attention, un casseur peut en cacher un autre ! (As crime falls and policing shifts more towards social work, America’s police culture at pains to catch up)

2 mai, 2015
https://pbs.twimg.com/media/CD3V4WFWMAEdRHY.jpg:largehttps://i1.wp.com/36.media.tumblr.com/5487a52eb3c4305ec0a2603cdb581552/tumblr_nnh3260nyH1qi4t89o1_1280.jpg A rioter stands atop a burning car as another man pours fuel onto the fire while Baltimore firefighters behind them fight fires in multiple burning buildings set ablaze by rioters during clashes in Baltimore on April 27, 2015. Fan riot after San Francisco Giants 2014 World Series win
Michael Chikliss (The Shield, US TV series, 2002-2008)

Do I look like a social worker ?

https://scontent-cdg.xx.fbcdn.net/hphotos-xtp1/v/t1.0-9/s480x480/11068304_1083447255015533_7201690011362494321_n.jpg?oh=1d4c8ca789db853b58b402182f8674d3&oe=55D193F1

We gonna be burning an a-looting tonight (…) burning all illusion tonight … Bob Marley
Do you know that Negroes are 10 percent of the population of St. Louis and are responsible for 58% of its crimes? We’ve got to face that. And we’ve got to do something about our moral standards. We know that there are many things wrong in the white world, but there are many things wrong in the black world, too. We can’t keep on blaming the white man. There are things we must do for ourselves. Dr. Martin Luther King Jr. (St Louis, 1961)
La notion des années 1960 selon laquelle les mouvements sociaux seraient une réponse légitime à une injustice sociale a créé l’impression d’une certaine rationalité des émeutes. Les foules ne sont toutefois pas des entités rationnelles. Les émeutes de Londres ont démontré l’existence d’un manque de pensée rationnelle des événements du fait de leur caractère tout à fait spontané et irrationnel. Les pillards ont pillé pour piller et pour beaucoup ce n’était pas nécessairement l’effet d’un sentiment d’injustice. Au cours des émeutes danoises il y avait d’un côté un sens de la rationalité dans les manifestations de jeunes dans la mesure où ils étaient mus par une motivation politique. Cependant, les autres jeunes qui n’étaient pas normalement affiliés à  l’organisation « Ungdomshuset » se sont impliqués dans le  conflit et ont participé aux émeutes sans en partager les objectifs. Ils étaient là pour s’amuser et l’adrénaline a fait le reste. Les émeutes peuvent assumer une dynamique auto-entretenue qui n’est pas mue par des motifs rationnels. Lorsque les individus forment une foule, ils peuvent devenir irrationnels et être motivés par des émotions que génèrent  les émeutes elles-mêmes. L’aspect intéressant des émeutes  de Londres était de confirmer l’inutilité du traitement du phénomène de foule par  une stratégie de communication. La méthode rationnelle n’aboutit à rien contrairement à la forme traditionnelle de confinement. Cela montre bien qu’à certains moments, la solution efficace est de ne pas gérer les foules par le dialogue. Christian Borch
Le discours de l’excuse s’est alors trouvé survalorisé, les prises de position normatives ont été rejetées comme politiquement incorrectes et les policiers ont fait office de boucs émissaires. Lucienne Bui Trong
J’ai participé aux émeutes, j’ai renversé une voiture, fracassé la Banque de Montréal, les arrêts d’autobus… Une grosse soirée! Sienna St-Laurent (14 ans)
Je ne sais pas, je voulais me sentir cool. Sienna St-Laurent (émeutière de Vancouver, juin 2011)
Tous sur les Champs, on va tout casser. Cris de casseurs du Trocadéro (mai 2013)
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Les gens pensaient que parce que nous avions élu Obama, la société américaine était devenue post-raciale, que la couleur de la peau n’avait plus aucune importance. Avec l’affaire Trayvon Martin, nous assistons à un réveil et à une mobilisation. Geraldine Thompson (historienne et représentante démocrate de l’Etat de Floride)
C’est une honte que l’homme n’ai pas été ligoté à une voiture avant d’être traîné le long de la rue. C’est la seule rétribution à offrir à ce genre d’individu (…) Nous devons continuer à twitter, à marcher et à lutter pour Trayvon Martin afin que demain cela n’arrive pas à nos enfants. Ce crime ne doit pas rester impuni (…) Oubliez son arrestation. Le fait qu’il n’ait pas encore été abattu est une vraie honte. Voilà ce que je ressens personnellement à propos de ce sujet. Mike Tyson
Nous avons également donné de l’espace à ceux qui voulaient détruire.  Stephanie Rawlings-Blake (maire de Baltimore)
But what about all the other young black murder victims? Nationally, nearly half of all murder victims are black. And the overwhelming majority of those black people are killed by other black people. Where is the march for them? Where is the march against the drug dealers who prey on young black people? Where is the march against bad schools, with their 50% dropout rate for black teenaged boys? Those failed schools are certainly guilty of creating the shameful 40% unemployment rate for black teens? How about marching against the cable television shows constantly offering minstrel-show images of black youth as rappers and comedians who don’t value education, dismiss the importance of marriage, and celebrate killing people, drug money and jailhouse fashion—the pants falling down because the jail guard has taken away the belt, the shoes untied because the warden removed the shoe laces, and accessories such as the drug dealer’s pit bull. (…) There is no fashion, no thug attitude that should be an invitation to murder. But these are the real murderous forces surrounding the Martin death—and yet they never stir protests. The race-baiters argue this case deserves special attention because it fits the mold of white-on-black violence that fills the history books. Some have drawn a comparison to the murder of Emmett Till, a black boy who was killed in 1955 by white racists for whistling at a white woman. (…) While civil rights leaders have raised their voices to speak out against this one tragedy, few if any will do the same about the larger tragedy of daily carnage that is black-on-black crime in America. (…) Almost one half of the nation’s murder victims that year were black and a majority of them were between the ages of 17 and 29. Black people accounted for 13% of the total U.S. population in 2005. Yet they were the victims of 49% of all the nation’s murders. And 93% of black murder victims were killed by other black people, according to the same report. (…) The killing of any child is a tragedy. But where are the protests regarding the larger problems facing black America? Juan Williams
 … virtual hailstorms of racist graffiti and nooses materializ[ed] on college campuses, all of which invariably end up having been put there by the alleged victims, the [mainstream media] didn’t even pause before conjuring a racist plot in the shooting death of Trayvon Martin in Florida last month. Like Captain Ahab searching for the Great White Whale, the [MSM] is constantly on the hunt for proof of America as « Mississippi Burning. »Over St. Patrick’s Day weekend, the month after Martin was killed, gangs in Chicago shot 10 people dead, including a 6-year-old girl, Aliyah Shell, who was sitting with her mother on their front porch. One imagines MSNBC hosts heaving a sign of relief that little Aliyah was not shot by a white man, and was thus spared the horror of being a victim of racism. As it happens, Trayvon Martin wasn’t shot by a white man either, but by George Zimmerman, a mixed-race Hispanic who lives in a diverse (47 percent white) gated community and tutors black kids. But Hispanic is close enough for the NFM. They’re chasing the Great White Whale of racist America and don’t have time to check to see if the whale is actually a guppy.… On the basis of little else, the media conjured a Hollywood script: A « white » man was « stalking » a little black kid — who could be Obama’s son! — confronted him, beat him senseless as the small black child screamed for help, and finally shot the kid dead, « just because he was black. »Two weeks of nonstop hysteria later, it turns out that every part of that gripping plot is based on nothing that could be called a reasonable assumption, much less a fact. Ann Coulter
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Would Trayvon be alive today had he been walking home—Skittles and ice tea in hand—wearing a polo shirt with an alligator logo? Possibly. And does this make the ugly point that dark skin late at night needs to have its menace softened by some show of Waspy Americana? Possibly. (…) Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
We can’t ignore the fact that the city is burning, but we need to be talking about why it’s burning and not romanticize peace and not romanticize marching as the only way to function. I’m not saying we should be hurting, I’m not saying we should be killing people, but we do have to understand that resistance looks different ways to different people and part of what it means to say black lives matter, is to assert our right to have rage – righteous rage, righteous indignation in the face of state violence and extrajudicial killing. Freddie Gray is dead. That’s why the city is burning and let’s make that clear. It’s not burning because of these protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray and that’s a distinction we have to make.(…) I’m not saying we should see the destruction of black communities as positive. I’m saying that we can’t have too narrow a perception of what the destruction of black communities mean and it seems we exhausted more of our moral outrage tonight and not the 364 days before tonight. I think we should be strategic in how we riot. Marc Lamont Hill
The public want us to come up and deal with a neighbour who is mowing their lawn at 3am. They want us to deal with their disruptive child. They want us to deal with the crazy person who is walking down the street shouting. American police officer
We’ve never had a population who are so well-armed. Ron Teachman (chief of police in South Bend, Indiana)
When you go to a police academy, the first thing they say to you is that it’s dangerous and you could get killed out there. Jim Bueermann (retired police chief and head of the Police Foundation)
The public needs to be educated better. We can’t let our guard down because we’re making ourselves less safe. Lieutenant
At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system. (…) Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, ‘You deal with this’.  Ta Nehisi Coates (The Atlantic)
The ten seconds you see of a man being hit with a baton, it looks horrible, but you don’t always know what that man was doing. Any use of force looks horrible even if it’s completely necessary. American police officer
The media take one incident and they magnify it to the point where people think that must be all law enforcement and it really hurts officers. American police officer
If I take a punch and I’m knocked out, they could take my gun. We need to stay a step ahead of them, so we sometimes use a higher-level of force. American police officer
Another worries that the fear of being criticised or indicted for using force may make cops put themselves in danger. “I think what’s happening now is that some younger officers are more reluctant to use force and they might lose a tactical advantage and be killed. American police officer
If the person is not receptive and is not willing to be coherent, all of the training in the world will fail. American police officer
Sometimes an officer feels they are left with no other choice to use force and they find out after the fact that the person was bipolar or whatever and they didn’t recognise it. American police officer
If somebody is fighting with the police and they end up getting shot, I guarantee you, there is a point where the officer gave lawful orders and you have to stop resisting. American police officer
It’s all about numbers now. Does an officer spend two shifts working on a burglary or does he go out and write 20 speeding tickets? American police officer
The people who get promotions, the people who get specialised jobs, are the people who get arrests. American police officer
It seems to me that the biggest challenge will involve changing America’s police culture. In Britain, and across Europe, police officers also spend a lot of time dealing with mental illness, drug use and the rest of it. But the number of deaths in custody per year across Britain is rarely more than handful. The annual number of people shot and killed by police has, in recent years, typically been zero. Some of this cannot be replicated: Britain is a small country with extremely tight gun-control laws and, as a result, extremely little gun crime. But some of it I think is the result of a better police culture. Since the early 1990s, when the Metropolitan Police in London was accused of being institutionally racist in an official inquiry, police services in Britain have become much more community-oriented. Problems remain, but cops increasingly do think of themselves as performing a social service. Not all of America’s 18,000 police forces suffer from the same problems, and there are certainly good examples of reform. Still, America’s police forces are largely made up of people who think of themselves as “a thin blue line (wand) ” against the bad guys. Only when that mentality changes will policing really be able to move past these scandals. The Economist
The bigger problem for Baltimore is that lawnessness is not limited to nights like tonight. As one young woman standing taking photos said to me, West Baltimore is “always like this. Well not like this, but you know, shootings”. This is a city where a young black man is killed almost every day—not by police officers, but by other young black men. The failure of the police in this city is that they cannot enforce the law even at the best of times. At their worst, as the death of Mr Gray seems to suggest, Baltimore’s police are simply another source of the lawlessness. The Economist
The reality of the job (…) is far less glamorous. (…) As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up. The gap may help to explain why American police are so embattled. (…) No one knows how many people die in contact with America’s roughly 18,000 law-enforcement agencies. The FBI publishes reports, but police forces are not required to submit data. The incomplete FBI figures show that at least 461 people died in “justifiable homicides” in 2013, an increase of 33% since 2005. Other sources suggest the true number could be as high as twice that. In Britain, by contrast, police shot and killed precisely no one in 2013. American police resort to violence more partly because they meet it more. (…) Twenty-six police officers were killed with guns in the line of duty in 2013, far more than in any other rich country. Yet fewer police officers are killed now than in the past, and the number who are shot is less than the number who die in traffic accidents. Over time, suggests Mr Bueermann, a justified alertness to danger may have warped into a belief that the swift use of force is the only thing keeping cops safe. (…) force is often used to subdue low-level offenders (…), not just dangerous people. And it is unclear that armed policing is the best way to deal with all problems. At least half of all Americans shot and killed by police each year are mentally ill, says a report from the Treatment Advocacy Centre and the National Sheriffs’ Association. Police officers also spend time dealing with drug addicts, domestic disputes and, increasingly, the enforcement of civil penalties against people who have not paid motoring fines or child support. Such people are not muggers or rapists, yet cops often treat everyone as a threat. What is the solution? Many cops are pessimistic: they feel they are scapegoated for social problems (…) But improvements are being made. Sue Rahr, the director of Washington state’s police academy, says that cops need to be taught how to talk to people again. “When you approach a situation like RoboCop, you’re going to create hostility that wasn’t there before”. Since 2012, the state’s training has emphasised that people can be persuaded to obey commands, not just forced to. Military-style drills have been ditched. (…) Sadly, as the Gainesville video shows, not every police force is catching on. And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games. The Economist

 Attention: un casseur peut en cacher un autre !

En ces temps étranges …

Où le plus rapide prix Nobel de l’histoire peut, dans la plus grande indifférence, commander tranquillement de son bureau l’élimination de milliers de terroristes à des dizaines de milliers de kilomètres de distance …

Tout en prétendant négocier de l’autre côté avec les véritables casseurs du Moyen-Orient …

Et où l’on ne peut plus avoir un suicide réussi sans entrainer 149 autres victimes avec  soi …

Ou, comme l’a bien compris la maire même de Baltimore, regretter ou fêter la défaite ou victoire de son équipe favorite, sans détruire, de Vancouver à San Francisco ou Paris, une partie du quartier de ses voisins …

Comment ne pas voir …

A l’heure où, à l’instar du Pompier-pyromane de la Maison Blanche et de la dernière couverture de Time magazine comparant les émeutes post-mort de Martin Luther King à celles d’aujourd’hui, nos médias et nos habituels chasseurs d’ambulances nous refont le coup  du rien n’a changé en 50 ans …

Et faisant mine d’oublier le simple attrait, pour la plupart des casseurs de nos émeutes, de l’adrénaline ou de l’occasion de pillage impuni …

Tentent de faire passer pour une question de racisme dans une ville à 80% noire, maire, chef de la police, procureur et conseil municipal compris …

Un réel problème, comme le rappelle The Economist, de formation et de changement de conditions de travail d’une bonne partie apparemment de la police américaine …

Où, victime en quelque sorte de son propre succès, une force de police formée et entrainée principalement à combattre la criminalité  avec les techniques et les armes qui vont avec…

Se voit de plus en plus confrontée …

Face à la baisse de ladite criminalité et à des délits se réduisant de plus en plus, malgré certes une population de plus bien armée, à des infractions du code de la route ou des affaires familiales par une part toujours plus grande de déficients mentaux …

A des tâches qui ressemblent de mois en moins à celles que glorifient à longueur de soirée nos séries télévisées …

Et de plus en plus à celles, nettement plus prosaïques mais autrement plus complexes, d’une assistante sociale  ?

Wanted: cops with people skills
When law enforcement is just about force, people are killed
The Economist

Apr 25th 2015

WASHINGTON, DC

To the sound of electric guitars, heavily armed police officers fire assault rifles, drive squad cars fast and pull their guns on fleeing crooks. “Are you qualified to join the thin blue line?” asks a narrator, in the sort of breathless voice you might expect in a trailer for “Fast & Furious 7”. The advert’s aim is not to sell movie tickets, however, but to recruit police officers in Gainesville, a city of 127,000 in Florida.

Would-be cops who take this video seriously are likely to be disappointed. The reality of the job, as one officer from a large west-coast agency explains, is far less glamorous. “The public want us to come up and deal with a neighbour who is mowing their lawn at 3am. They want us to deal with their disruptive child. They want us to deal with the crazy person who is walking down the street shouting.” As crime has fallen across America since the 1990s, policing has shifted more towards social work than the drama seen on TV. Police culture, however, has not caught up.

The gap may help to explain why American police are so embattled. The latest controversy is the death of Freddie Gray, a 25-year-old man from Baltimore who died on April 19th after being arrested (six officers have since been suspended). That followed the killing on April 4th in South Carolina of a 50-year-old man, Walter Scott, who was shot in the back by a police officer after running away from his car (the officer was charged with murder after a video of the killing emerged). In another case in Tulsa on April 2nd, a 73-year-old reserve police officer killed a man when he accidentally fired his gun instead of his taser. All three victims were black.

No one knows how many people die in contact with America’s roughly 18,000 law-enforcement agencies. The FBI publishes reports, but police forces are not required to submit data. The incomplete FBI figures show that at least 461 people died in “justifiable homicides” in 2013, an increase of 33% since 2005. Other sources suggest the true number could be as high as twice that. In Britain, by contrast, police shot and killed precisely no one in 2013.

American police resort to violence more partly because they meet it more. “We’ve never had a population who are so well-armed,” points out Ron Teachman, the chief of police in South Bend, Indiana. Twenty-six police officers were killed with guns in the line of duty in 2013, far more than in any other rich country. “When you go to a police academy, the first thing they say to you is that it’s dangerous and you could get killed out there,” says Jim Bueermann, a retired police chief and the head of the Police Foundation, a think-tank.

Yet fewer police officers are killed now than in the past, and the number who are shot is less than the number who die in traffic accidents. Over time, suggests Mr Bueermann, a justified alertness to danger may have warped into a belief that the swift use of force is the only thing keeping cops safe. At its worst, this manifests itself in a fiercely defensive culture. For example, in Seattle last year more than 100 cops sued the Department of Justice to protest against a revised use-of-force policy, arguing that it would cripple morale and endanger cops (the case, which was not supported by the city’s police union, was thrown out).

Talking about Eric Garner, a bootleg-cigarette-seller who died in New York last year when a policeman put him into a chokehold, one street cop argues that the police should not be blamed: “He was continuously fighting with the officer. What really killed him?” This cop says that officers have to subdue people forcefully, because the alternative is to let criminals do as they please. If there is a problem, he says, it is that too many cops are not well trained in how to use force safely and so rely on brute violence or, worse, their guns. Another, a lieutenant, adds that he thinks that “the public needs to be educated better. We can’t let our guard down because we’re making ourselves less safe.”

Yet force is often used to subdue low-level offenders like Garner, not just dangerous people. And it is unclear that armed policing is the best way to deal with all problems. At least half of all Americans shot and killed by police each year are mentally ill, says a report from the Treatment Advocacy Centre and the National Sheriffs’ Association. Police officers also spend time dealing with drug addicts, domestic disputes and, increasingly, the enforcement of civil penalties against people who have not paid motoring fines or child support. Such people are not muggers or rapists, yet cops often treat everyone as a threat.

What is the solution? Many cops are pessimistic: they feel they are scapegoated for social problems (“You’re all fucking unreasonable!” exclaims one.) But improvements are being made. Sue Rahr, the director of Washington state’s police academy, says that cops need to be taught how to talk to people again. “When you approach a situation like RoboCop, you’re going to create hostility that wasn’t there before”. Since 2012, the state’s training has emphasised that people can be persuaded to obey commands, not just forced to. Military-style drills have been ditched. Ms Rahr now serves on a task force created by Barack Obama to spread such ideas.

Sadly, as the Gainesville video shows, not every police force is catching on. And as Ms Rahr admits, if you try to recruit cops by telling them they are social workers, fewer may apply. At least part of the glamour of the job is the promise that you get the chance to use violence against bad people in a way that ordinary civilians never can, except in video games.

Voir aussi:

Protests in Baltimore
It’s chaos
D.K.

The Economist

Apr 28th 2015

BALTIMORE

WHAT is happening tonight in Baltimore is perhaps best described not as a riot but as anarchy. Though there are police lines, there are few protesters or people fighting the police or hurling stones. Indeed, where the police are lined up, the people standing around are mostly taking photos on their phones. Drive a few blocks in any direction, though, and suddenly it feels lawless. Groups of young men, boys really, wearing bandanas and hoodies, stand on street corners next to derelict buildings, staring at anyone passing, and occasionally throwing projectiles at cars. Young women hurry home carrying bags of stolen loot: food, clothes, and bottles of beer and liquor. On the occasional street here and there cars burn freely. Shops, of which there are not many in this abandoned corner of the inner city, are ravaged, their windows smashed, their shelves picked over. Cars hurtle through red lights at high speed, music blaring, boys leaning out of the windows. And everywhere the intense smell of smoke and the buzz of helicopters overhead.

Tonight’s events began, as riots so often have in American history, as a protest. A week ago Freddie Gray, a 25-year-old black man, died in hospital, a week after he collapsed into a coma after being arrested and aggressively bundled into a police van in West Baltimore. Six police officers have been suspended. Today, at Mr Gray’s funeral, 2,000 people gathered in West Baltimore to hear eulogies to the young man. Hundreds of teenagers marched out of high school in protest at police brutality; within hours, a police cruiser had been set on fire. By late afternoon a branch of CVS, a drug store, had been looted and was alight and hundreds of riot cops were massing in West Baltimore. By 8pm, when darkness set, the fires and looting were spreading. Larry Hogan, Maryland’s new Republican governor, soon signed a state-of-emergency declaration. By 11pm the National Guard was being deployed and the city announced a curfew for all residents.

So far, however, the riots seem both enormous and minor. The scale of the destruction is tremendous. But while scores of people have been injured, and shots have been fired, so far, miraculously, nobody seems to have been killed. Baltimore will be damaged, and many of the businesses that have been burned will never reopen. The flow of people who have been moving back to this long-suffering city, gentrifying its more difficult corners, will surely grow thin. But as bleak as it all looks now, in a few years Baltimore, and this night of sudden lawlessness, will once again disappear from the national consciousness.
America’s police kill too many people. How some police forces are trying to change

The bigger problem for Baltimore is that lawnessness is not limited to nights like tonight. As one young woman standing taking photos said to me, West Baltimore is “always like this. Well not like this, but you know, shootings”. This is a city where a young black man is killed almost every day—not by police officers, but by other young black men. The failure of the police in this city is that they cannot enforce the law even at the best of times. At their worst, as the death of Mr Gray seems to suggest, Baltimore’s police are simply another source of the lawlessness.

Voir également:

American politics : Policing in America
What the cops say
D.K.

The Economist

Apr 27th 2015

WASHINGTON, DC

FEW doubt that there is something seriously wrong with policing in America. Far too many people, chiefly young black men, are dying at the hands of police. Every new police scandal invites more hand-wringing over a law-enforcement system that often seems racist and unjust. In Baltimore over the weekend protests over the mysterious death of Freddie Gray, a 25-year old man who died while in police custody in Baltimore on April 19th, turned violent.

Yet few also doubt that most police officers are decent people who “risk their own safety for ours every single day,” as President Barack Obama put it recently. According to one poll, three quarters of people, including a majority of African Americans, say that they approve of the job being done by their local police department. Police officers in general seem to be thought of as decent people doing good work—and yet policing, as a practice, is widely distrusted.
What explains this contradiction?

In the Atlantic, Ta Nehisi Coates argues that part of the reason is simply that police officers are expected to do too much. “At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system,” he writes. “Vexing social problems” such as homelessness, drug use and mental illness are now handled by armed men and women, who are trained to enforce compliance, not offer therapy. “Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, ‘You deal with this’,” Mr Coates observes. Naturally this creates problems. In New York over the weekend, police officers killed a robbery suspect with a history of mental illness.

I have a lot of sympathy with Mr Coates’s view. Certainly police officers cannot solve social problems. And better regulation of cops and a proliferation of body cameras will not make America’s dark history of racialised oppression go away. But I think Mr Coates’s take—that the problems of American policing are structural and inevitable—is ultimately too pessimistic. It discounts the importance of police training, which can have a big impact on when and how often officers pull the trigger. So it is worth asking whether there is something in particular about America’s policing culture that leads an over-reliance on violence.

In search of an answer, I set out to interview a rough cross-section of American cops. I wanted to know what they think of the debate about policing that has gripped the country since the protests in Ferguson last year. My research led to this piece in the paper. But having transcribed six or seven hours’ worth of interviews with half a dozen cops from police forces across America, I felt I could add a little more. I particularly wanted to get across what ordinary street-level cops think, because their voice seems so absent from much of this debate. (As an aside, line-level cops are generally barred from speaking to the media; the ones I spoke to insisted on their anonymity, including the force they work for.)

My first, inescapable finding is that almost all cops think they get a hard time from the media. As one lieutenant from an urban Midwestern force put it, “it sometimes feels like the only voice you ever hear is criticising you… If you watch the TV news, our good work only gets two seconds. When we do something bad, it gets two minutes.” Another officer, this one a veteran from a north-eastern suburban force, says that he thinks that the media—and the rise of smart-phones—makes policing look worse than it is. “The ten seconds you see of a man being hit with a baton, it looks horrible,” he says, “but you don’t always know what that man was doing. Any use of force looks horrible even if it’s completely necessary.” A third cop says that media coverage of abuses in some places undermines cops everywhere: “The media take one incident and they magnify it to the point where people think that must be all law enforcement and it really hurts officers”.

Second, cops think that the public underestimates the threats to their life—and why the use of force is sometimes necessary. Most of the officers I interviewed say that guns poison policing in America. “They’re literally everywhere,” says one. “And the problem with dealing with guns is that if I’m talking to you and you’ve got a gun, action always beats reaction.” One female street cop points that having to carry a firearm automatically escalates violent situations. “If I take a punch and I’m knocked out, they could take my gun,” she says. “We need to stay a step ahead of them, so we sometimes use a higher-level of force.” Another worries that the fear of being criticised or indicted for using force may make cops put themselves in danger. “I think what’s happening now is that some younger officers are more reluctant to use force and they might lose a tactical advantage and be killed.”

Third, many cops seem to largely agree with Mr Coates’s view that the public have unrealistic expectations of what they can do. One from a Californian force argues that police officers cannot be expected to deal with social problems, like mental illness or drug addiction, without resorting to force. “If the person is not receptive and is not willing to be coherent, all of the training in the world will fail.” Another says that mental illness is a particular problem because cops do not know how to identify it. “Sometimes an officer feels they are left with no other choice to use force and they find out after the fact that the person was bipolar or whatever and they didn’t recognise it.” Cops who are expected to be tough enforcers of the law are not the right people to deal with people who are mentally ill, most concluded—but they have been made so by cuts to other services.

Several of the half a dozen cops I interviewed argued, in one way or another, that if people did not resist arrest, they would not be hurt by police officers. “If somebody is fighting with the police and they end up getting shot, I guarantee you, there is a point where the officer gave lawful orders and you have to stop resisting,” says one. Another argues that people need to get used to cops acting forcefully: “I would say that we need to train the public.” These cops—a significant minority—seemed to suggest that the use of force is always justified when people resist arrest or disobey orders.

Can things be improved? Part of the problem, admitted one officer, is that a narrow focus on criminal behaviour sometimes misses the big picture. “We arrest drug users and dealers and people who do all of these awful things. The problem is that those people don’t always do those things all of the time. They’re also people who are loved by people,” she says. This would seem to strengthen the argument for community policing, whereby officers get to know not just the criminals on their beat but also the business owners, teachers and local families. This approach to law-enforcement, which often involves getting officers out of their cars and on the streets to mingle with the community they are working to protect, can build trust and reduce crime. But many cops in America are deeply sceptical of community policing (“boutique policing”, one called it to me).

Another problem is that officers are often judged according to how many people they arrest, not how many crimes they prevent. “It’s all about numbers now”, laments one suburban cop. “Does an officer spend two shifts working on a burglary or does he go out and write 20 speeding tickets?” There are few incentives for trying to solve problems, explains another:  “The people who get promotions, the people who get specialised jobs, are the people who get arrests.” New ways for assessing performance, with data that measures crime prevention, could encourage new and less violent forms of law enforcement.

It seems to me that the biggest challenge will involve changing America’s police culture. In Britain, and across Europe, police officers also spend a lot of time dealing with mental illness, drug use and the rest of it. But the number of deaths in custody per year across Britain is rarely more than handful. The annual number of people shot and killed by police has, in recent years, typically been zero. Some of this cannot be replicated: Britain is a small country with extremely tight gun-control laws and, as a result, extremely little gun crime. But some of it I think is the result of a better police culture. Since the early 1990s, when the Metropolitan Police in London was accused of being institutionally racist in an official inquiry, police services in Britain have become much more community-oriented. Problems remain, but cops increasingly do think of themselves as performing a social service.

Not all of America’s 18,000 police forces suffer from the same problems, and there are certainly good examples of reform. Still, America’s police forces are largely made up of people who think of themselves as “a thin blue line (wand) ” against the bad guys. Only when that mentality changes will policing really be able to move past these scandals.

Voir encore:

Baltimore Riots Explode Leftist Race Myths

Ben Shapiro

28 Apr 2015

As rioters rushed through the streets of Baltimore, torching police vehicles, looting local stores, and attacking police officers and reporters alike, some intrepid leftists justified the activity.
Marc Lamont Hill stated on MSNBC, “There shouldn’t be calm tonight. I think there can be resistance to oppression, and when resistance occurs, you can’t circumscribe resistance.” He added that the riots should be called “uprisings. The city is not burning because of those protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray.” Sally Kohn of CNN tweeted, “Looting is a real shame. But FAR MORE shameful is pattern of police violence against black community! Perspective, people. #BaltimoreRising.”

Baltimore’s riots have prompted a state of emergency in the city, as well as the calling of the National Guard. But the riots should also demonstrate conclusively that leftist myths about what drives race riots are just that: myths. It turns out that all the excuses given for the riots in Ferguson simply do not apply to the situation in Baltimore.

The “White Police” Myth. As rioters tore up Ferguson last year in the aftermath of the justifiable shooting of Michael Brown by Officer Darren Wilson, media members rushed to explain that the disproportionate whiteness of the police force was to blame. Media outlet after media outlet after media outlet after media outlet blamed the unrest on the failure of the police department to reflect the community. But as of 2010, “Half of the sworn command staff are minorities,” according to the Baltimore Sun. And in Baltimore County, 55 percent of new applicants to the police department are minority, a number the police department has been attempting to boost. Racially reflecting the community, in other words, doesn’t seem to be helping.

The “Evil Police Chief” Myth. In Ferguson, the media targeted as its chosen villain Chief Thomas Jackson, who is white. After the Department of Justice found that the Ferguson Police Department had serious racial problems thanks in part to its disproportionate whiteness, Jackson stepped down. Media found Jackson particularly galling because Jackson released footage of Michael Brown strong-arm robbing a convenience store minutes before his confrontation with Wilson. It is difficult to blame the riots in Baltimore on similar circumstances. The police chief, Anthony Batts, who is black, said in February that crime should be addressed “through social justice as a whole,” and added that “Leadership should be focused not just on crime-fighting, but tackling racism.” He then stated, “When I go to Baltimore, on the East Coast, I’m dealing with 1950s-level black-and-white racism.”

The “Evil Mayor” Myth. As Ferguson burned, media focused in on Ferguson Mayor James Knowles, a white man. They suggested that Knowles didn’t understand his own community thanks to his race, exacerbating racial tensions. He’s currently at risk of recall. The same is not true in Baltimore, where Mayor Stephanie Rawlings-Blake runs the show. Rawlings-Blake, who is black, said a month ago, “To this day, if I go out with a mixed crowd, people are automatically suspicious, questioning: ‘How do you know this person?’ We have a long way to go…Baltimore, like many other cities, still faces the challenges of racism.” As the riots spun out of control, she infamously commented, “It’s a very delicate balancing act, because, while we tried to make sure that they were protected from the cars and the other things that were going on, we also gave those who wished to destroy space to do that as well.” That didn’t stop the riots.

The “Disproportionate White Power Structure Myth.” The nation watched the recent local elections in Ferguson, Missouri, of the City Council with baited breath. That’s because the media suggested that the power structure in Ferguson, being disproportionately white, had somehow contributed to shadowy racism within the city. The Washington Post complained, “while Ferguson is 67 percent black, five of the six council members and the mayor are all white.” Not so in Baltimore, where the nine of the 15 council members are black. The mayor is black. The police chief is black. Baltimore burns anyway.

The “Not Enough Government” Myth. In Ferguson, the media and governmental actors suggested that lack of governmental intervention led to the riots. Education Secretary Arne Duncan wrote an open letter in December 2014 suggesting just that:

We should take away from Ferguson that we need a conversation to rebuild those relationships, throughout the country, and that need is urgent.  It needs to involve everyone – our young people, our parents, our schools, our faith communities, our government officials, and the police.  It needs to happen now.
Lack of government is not the problem in Baltimore. Every single member of the Baltimore City Council is a Democrat. All 15 of them. The mayor is a Democrat. Baltimore has not had a Republican mayor since 1967. The tax rates in Baltimore are astronomical; the city carries the fourth highest tax rate of any city in the nation. The poverty rate within the city is nearly 25 percent. Households in Baltimore earn approximately 56 percent of the overall state average. Crime rates, of course, are out of control.

Modern race riots do not occur because of the supposed white superstructure or a legacy of governmental underservice. They occur because valueless rioters act in valueless ways. Baltimore is evidence that glossing over lack of values with leftist pabulum about social justice doesn’t stop cities from burning.

Ben Shapiro is Senior Editor-At-Large of Breitbart News and author of the new book, The People vs. Barack Obama: The Criminal Case Against The Obama Administration (Threshold Editions, June 10, 2014). He is also Editor-in-Chief of TruthRevolt.org. Follow Ben Shapiro on Twitter @benshapiro.

Voir de plus:

Black and White No Longer

Richard Thompson Ford

The American interest

August 10, 2012

American society is neither post-racial nor stuck fast in a racist past, but fantasies of monolithic racial communities are distorting our national conversation on race and public policy.

African Americans were once united and to some extent even defined by the experiences of slavery, Jim Crow and the quotidian humiliations dealt out by an overtly and habitually racist society. But today overt racism is almost universally condemned, and Americans grow more racially tolerant with each generation. African Americans now occupy some of the nation’s most coveted and prestigious positions. Black culture, once treated with contempt, now produces much of the nation’s most celebrated popular music and many of its most emulated celebrities. Although racism is an enduring feature of American society, for a growing cadre of successful and well-positioned blacks it is more an annoyance than a serious threat to personal well-being. By contrast, today’s poor blacks endure social conditions that are arguably worse than those of the era of Jim Crow-style racism. For members of the black underclass, broken families, malnutrition, joblessness, crime and entanglement with the criminal justice system are endemic and devastating problems; opportunities for upward social mobility are arguably more limited today than at any time since Reconstruction. But is this because of racism, or other institutional deficiencies?

This divergence in experiences and life chances now divides the black community as sharply as the color line once divided Americans. The fracturing of the black community is a challenge to conventional ways of thinking about race, identity and social justice, even as it opens some new possibilities for human flourishing and for a more just society. Although we still typically think in terms of a single black experience, a unified black community and a common black identity, these assumptions ever more starkly spite the facts of daily life. Our failure to come to grips with the new realities of race in America has distorted our analysis of social problems and undermined our efforts to find viable solutions. Increasingly desperate attempts to cling to outdated ideas of racial identity and solidarity have bred a fundamentally dishonest racial conversation that warps individual psychological development and confounds cross-racial understanding.

Police in New York City stopped more than 680,000 people last year; 84 percent were black or Latino. The overwhelming majority (88 percent) of the stops did not result in an arrest.1 For young men in New York’s tougher neighborhoods, police stops are a regular occurrence. One young man told a New York Timesreporter he was stopped more than sixty times before he turned 18 years old.2 And although some officers are courteous in their questioning and respectful in searches, all too often the stops include insults, threats and physically rough treatment. For instance, when two Latino teenagers stopped by police in Queens complained and asked why, the officers shouted expletives and told them to “shut up”: “Say one word and I’m going to make your parents pick you up in jail. You guys are a bunch of immigrants”, one officer barked.

New York’s controversial stop-and-frisk policy is the new face of racial profiling. Of course, police deny that they target people based on race. Instead the stops focus on high-crime neighborhoods (where a disproportionate number of minorities live) or on specific suspect descriptions (a disproportionate number of which specify a minority race). Police also have probable cause to stop and question anyone they reasonably suspect of committing a crime, such as carrying a concealed weapon or narcotics. Many of the reasons police cite for such suspicions are vague, to say the least: “furtive” movements is the most common. Dress and demeanor also certainly play a role. Young men in baggy pants, basketball shoes and hoodie sweatshirts fit the profile, so to speak, although more conventional attire is no guarantee of immunity. There are good reasons to believe that stop-and-frisk policies reduce crime, to the benefit of the disproportionately minority residents of high crime neighborhoods. But there is also no doubt that the costs of the practice fall disproportionately on innocent minorities living in those neighborhoods, a fact of which the courts are increasingly taking notice.3

The face of racial profiling looked very different three years ago, in the summer of 2009, when Harvard Professor Henry Louis Gates Jr. returned home after an overseas trip and found his front door was jammed. He forced it open with the help of his driver. One of Gates’s neighbors saw the men forcing the door and called the police to report a burglary. Cambridge police officer James Crowley responded to the call and demanded (or “asked”, depending on which account of events you believe) that Gates come outside to answer some questions. Gates refused and a confrontation ensued, which ended in Gates being placed under arrest for disorderly conduct. Predictably, many commentators described the incident as a case of “racial profiling”, connecting it to the controversial traffic and pedestrian stop-and-frisk policies that disproportionately affect racial minorities. But the clash between Gates and Crowley was very different in both its causes and its effects than the stops conducted in poor minority neighborhoods by New York police and countless other police departments. Describing them both as instances of “racial profiling”—with the clear implication that the main cause of both encounters is simply police racism—encourages misleading diagnoses of both kinds of incidents.

Race still matters in casual encounters, long-term relationships, job opportunities and run-ins with the law. But increasingly the way race matters differs depending on one’s wealth, social standing, education and acculturation. The once iron law of racism is now a mesh of flexible guidelines, full of loopholes and exceptions. Yet almost everyone—from politicians to civil rights advocates to academic commentators—continues to think of race as a simple trait and racism as a unified phenomenon. Instead of looking with fresh eyes on the new and more complex racial problems of today, we analyze today’s problems using the ideas, diagnoses and prescriptions of the past. So racial disparities in criminal sentencing and incarceration are a “New Jim Crow” and voter ID laws are like “poll taxes.” Not only do we reflexively think of new racial problems as nothing other than subtler versions of old ones, we also think that all racial problems flow from a singular cause: racism. That’s how a police officer responding to a report of a break-in becomes a case of racial profiling.

The Gates case, of course, did not involve “profiling” at all: The police were responding to a call reporting a possible burglary at Gates’s address. Perhaps Officer Crowley assumed the worst because Gates is black, and maybe he would not have sought to arrest a white man under similar circumstances. But that account doesn’t square easily with the fact that Crowley had been hand-picked by a black police commissioner to teach recruits how to avoid racial profiling.

Moreover, it’s well known that many police demand deference and submission from anyone they encounter while on duty and find reasons to arrest those who challenge them, regardless of race. Those who dare to question or disagree with an officer are held “in contempt of cop” according to the common argot among police and civil libertarians. This is a serious civil rights violation: Police are not entitled to arrest anyone who disagrees with them. All too often they do it anyway, but it is very different from racial profiling, and very different from the type of police racism residents of inner-city neighborhoods confront on a regular basis.

The resentment engendered by traffic stop and stop-and-frisk practices stems from the dysfunctional relationship between police and minority communities. Decades of blatant and pervasive racial discrimination, poor urban planning and failed economic and labor policies have left blacks disproportionately jobless and trapped in poor ghettos across the United States. Faced with few opportunities and sustained by few positive role models, disturbing numbers of people in those neighborhoods turn to gangs and crime for money, protection and esteem. Rather than improving those neighborhoods and helping the people who live in them join the prosperous mainstream, we as a society have given the police the dirty job of quarantining them from the rest of us. Frankly, we shouldn’t be surprised if bigots and power-hungry sadists are drawn to a job with such a mandate. Moreover, even otherwise decent, fair-minded officers, faced with the day-to-day task of controlling some of society’s most isolated, desperate and angry populations, might develop some ugly racial generalizations. In a sense, police racism is as much a symptom as a cause of the larger injustices faced by disadvantaged blacks.

As a result, poor blacks living in inner cities suffer numerous tense and humiliating encounters with police, each run-in made worse in turn by the cumulative effect of past run-ins and by the knowledge that any encounter might end in arrest, violence or death. Contrast this with Professor Gates’s world: It would be surprising if he ever had another negative encounter with the police. And that’s not just because the scandal over the Crowley incident will deter racist officers; it’s because Gates doesn’t live in the kind of neighborhood where most police abuses occur, and because he doesn’t demonstrate the demeanor that provokes police suspicion.

In the retelling, the Gates-Crowley confrontation somehow became a social justice parable crossed with 1970s cinéma vérité, with Gates, played by Sidney Poitier, the dignified African American high achiever, who despite his accomplishments and status faces harassment at the hands of a bigoted cop; or, alternatively, Crowley, played by a young Michael Douglas or Clint Eastwood as an honest, plain-spoken and hard-working public servant besieged by mau-mauing opportunists and cowardly, politically correct politicians. But these morally loaded archetypes don’t describe the most serious racial problems.

Most of the people who used the Gates incident as an example of racial profiling did so with the best of intentions. Their hope was that the arrest of an exemplary black man—well-educated, dignified, refined—would dramatize the long-troubled relationship between police and minority communities and the much more severe problem of police abuse suffered by less fortunate blacks. If even a distinguished Harvard Professor suffers from racial profiling, just imagine how bad it must be for the typical black person! But the Gates encounter, while troubling for its own reasons, lacked almost every feature that is distinctively bad about most encounters between poor blacks and police.

In order to confront today’s racial injustices, we need to move beyond the much-too-neat and false equivalences we have inherited from earlier times. We have to confront the fracturing of the black community and question the idea that race in and of itself explains much of what ails our inner cities and the black and brown people who live in them.

When Barack Obama was inaugurated as the nation’s first black President, a surprising number of people believed the day marked the beginnings of a post-racial society. Several racial scandals and a beer summit later, it’s clear that America is post-racial in the same way the milieu of the television show Mad Menis post-modern: We haven’t moved past race, but our relationship to it has become exaggerated and stylized. We experience racial identity—both our own and that of others—at one remove: hypercritical, affected and self-conscious. We are so afraid of complications we sense but don’t fully understand that we yearn for a script of some kind to play our part. From the predictable racial scandals that are a staple of talk radio and television news to the caricatures of black masculinity offered by professional musicians and athletes, today’s race relations are insincere in a profound but mostly accidental way. We are reciting lines written for characters we were supposed to be, wish we were or are afraid of becoming.

Consider rap music, which sells an “authentic” black experience to a largely white audience. The hip hop subculture’s obsession with racial authenticity—the relentless focus on “street cred” and “keepin’ it real”—amounts to overcompensation for what are basically contrived racial performances. Perhaps it’s enough to point out that the supposedly street-hardened hip hop gangsters telling ever grittier tales of black urban life are, in the final analysis, professional entertainers who are well compensated for selling a mystique. It would all be harmless fun, except that too many impressionable young people, particularly young black men, take the show seriously and seek to act out the romance of the urban primitive. As life imitates art, the persona of the black urban hustler effectively produces its own authenticity. If there weren’t legions of young black men living the dangerous and destructive life depicted in gangster rap music before it became the soundtrack of American youth culture, there are now.

So if the characters in the hip hop narrative are not authentic, which characters are? It’s hard to say what counts as “authentically” black on the other side of this funhouse looking glass. It’s hard even to know what the question could mean. Perhaps this disorientation began after the simple idea of biological race was discredited. Thankfully we’ve rejected the one-drop rule, opening up the possibility of mixed racial identities and some degree of individual choice in racial identification. Most sensible people now agree that race is not a simple matter of biological or genetic inheritance. Anyone who attended a decent liberal arts college or four-year university since the early 1980s has been told repeatedly that race is not a simple biological fact but instead a “social construction.”

This new complexity not only has made race relations more fluid; it has also made racial identity much less certain and thereby weakened the boundaries that defined the black community and the bonds that kept it together. It has given rise to the persistent, nagging suspicion that, stripped of its biological foundation, race is simply a pernicious fiction that we should reject outright; but would that make racial solidarity a holdover from an unfortunate chapter of the past that has outlived its usefulness? It is easy to see the benefits of debunking race as a biological fact—much easier, in fact, than to jettison the psychological stability of racial affinities.

In response to these threats to identity and solidarity, many people settled on the idea that racial identity is a question of culture. The black community is defined not by its common blood but by its common norms, practices and beliefs. But increasingly the idea of a “black culture” looks questionable, too: Given the difference between rich and poor, well-educated and culturally deprived, long-suffering descendants of American slaves and recent immigrants from the West Indies and the African continent, there are, as Professor Gates himself once put it, at least “1,000 ways to be black.”

The new consensus seems to be that what joins these discrete and increasingly divergent black communities is the struggle against racism. For instance, the cultural critic Touré insists that, “There is no consensus on what it means to be black and never has been.” But a few sentences later he assumes just such a consensus, writing that “just because someone gets expelled from the race the way, say, Clarence Thomas has doesn’t mean they don’t continue to battle racism on a daily basis, so what does expulsion really mean?”4 Battling racism, then, is the defining and unifying black experience (even if there is no such factual thing as race).

But is it? As late as the 1980s it would have been reasonable to insist that all black people—even the wealthiest and most powerful, suffered from racism “on a daily basis.” But frankly, it’s hard to imagine that in 2012 most wealthy and socially privileged black people—much less an Associate Justice of the Supreme Court—find much in the way of overt racism to battle. When they do encounter racism, it is typically of the subtle, ambiguous and relatively inconsequential variety—mild slights, snubs or concealed contempt. We can be certain that no bigoted potential employer will deny Clarence Thomas a job, no bigot will call him a nigger, no power-hungry police officer will rough him up for sport, no paranoid vigilante will shoot him as he walks home from the convenience store. These kinds of injustices and indignities, once the defining features of the black experience, are now familiar only to a portion of African Americans.

Today’s race relations are a good news, bad news story. The good news is really pretty good: Since the civil rights legislation of the 1960s, life has gotten much better for blacks with the resources, skills and socialization necessary to enter the American mainstream. Racism has consistently and steadily declined, and opportunities for well-educated blacks have expanded even more quickly than a rapidly expanding economy. American racism is in steady decline as the aging white supremacists influenced by Birth of a Nation or Father Coughlin are replaced by a generation raised on The Cosby Show and Oprah Winfrey. Legally enforced segregation is a thing of the past: Today the law prohibits race discrimination by government, employers and landlords. Wall Street banks, white-shoe law firms and ivy-league universities aggressively seek out minority race applicants. For well-educated blacks, acculturated to the norms of the prosperous American mainstream, racism is rarely a serious impediment to success, esteem and well-being. Yes, there are still the vexations caused by petty insults and slights, but for many blacks the once ubiquitous iron law of white supremacy is now an occasional and petty hindrance; the once arrogant and terrifying bigot is little more than a pathetic annoyance; the menacing Jim Crow has been reduced to an irritating mosquito.

The bad news, as already suggested, is that things have actually gotten worse for those blacks without such advantages—just as, by the way, they have gotten worse for whites without the resources, skills, socialization and education to stick to the mainstream. But it has been worse for poor blacks in large part because the exodus of the more successful blacks left poor blacks without economic capital and positive role models. A changing economy shed many of the once plentiful, well-paid, blue-collar jobs. The War on Poverty morphed into a war on the poor: social welfare programs yielded to a “tough love” that slashed benefits and pushed millions into homelessness and abjection, and a zero-tolerance approach to law enforcement led to the incarceration of unprecedented numbers of black men. Many of America’s cities are as racially divided as they were during the era of southern Jim Crow segregation, racial discrimination in employment and housing stubbornly persists, racial stereotypes are a staple of popular culture, and hardly a month goes by without a new race scandal to occupy the intense if fleeting attention of the mass media. Racist cops, prejudiced employers and bigoted landlords seem to have little trouble knowing whom to discriminate against. In these and many other respects racism and race seem as blatant and implacable as ever.

Yet today “racism” does not describe a single attitude or phenomenon but a number of distinct and often unrelated social problems. The joblessness, isolation and despair that afflicts poor blacks in inner-city ghettos is different in kind, not simply degree, from the subtle bigotry, ambiguous slights and “soft” exclusion encountered by black people lucky enough to write books, teach at elite universities or serve as an Associate Justice of the Supreme Court. The success of the blacks who can tell the good news story does not suggest any improvement in the dire circumstances of the blacks who must live out the bad news story. Nor are the benefits of policy reforms designed to help the former group likely to trickle down to the latter group. The idea of a single American black community is an anachronism. Today there are at least two black communities that are joined by a shared history—no small thing—but increasingly divided by lifestyle, values, norms of behavior and life prospects.

Most middle-class blacks of my generation were taught that all blacks are joined in unavoidable struggle against a common enemy and that we had both a personal interest and a moral obligation to keep faith and solidarity with other blacks, especially the less fortunate. “There but for the grace of God go I”, we said whenever a black person suffered an injustice that we had been spared. This ethos had the considerable virtue of encouraging emotional empathy and political solidarity with the less fortunate. But it also encouraged a distorted image of the contemporary racial landscape. It suggested that it is wise and virtuous to emphasize potential racial threats and, conversely, naive and blameworthy to downplay them. And the imperative of solidarity requires us not only to sympathize with other blacks but also to see our social situation as continuous with theirs, to see their plight as our plight and their injuries and deprivations as our own. This keeps our attention relentlessly focused on the perils of life in a racist society and on the victims of that racism. So we effectively define the black experience as one of constant peril and in terms of the suffering of the most disadvantaged, victimized and unfortunate blacks: poor blacks living in violent inner-city neighborhoods, victims of police harassment and brutality, gang members, criminal recidivists.

At best, this is a useful fiction that encourages us to work to improve the plight of the disadvantaged. But at worst it’s a way of staking a claim to sympathy for injuries suffered by other people. Consequently, public policy too often addresses only the problems faced by the most vocal and influential members of minority groups. For instance, preferences for minority-owned businesses and affirmative action in higher education are thought to help “disadvantaged minorities”, but few of the benefits of these policies trickle down to poorly educated and low-skilled minorities. If such policies are to be defended (and I believe many should be), they must be justified in terms of their true effects and their true beneficiaries—not in terms of “the disadvantaged” or “racial justice” generally. Meanwhile, the truly disadvantaged are in desperate need of policies closely tailored to the unique problems they face.

In the 1970s sociologist Nathan Glazer argued that the black experience was best understood in comparison to the experiences of other distinctive ethnic groups in American society, such as the Irish, Italians or Jews.5 Like blacks, these groups were the targets of pervasive discrimination and prejudice, and yet they eventually assimilated into the prosperous mainstream of American society and have largely shed the stigma they bore in the past. With the benefit of civil rights legislation, the hypothesis went, blacks too would take their place in this nation of minorities, and the distinctive stigma of black race—W.E.B. DuBois’s badge of insult—would fade to insignificance. Time has not been kind to this hypothesis. Indeed, some three decades later, Glazer himself repudiated it: “[E]ven after taking account of substantial progress and change, it is borne upon us how continuous, rooted and substantial the difference between African Americans and other Americans remains.”6

But maybe Glazer’s thesis wasn’t mistaken, just incomplete and premature. Today Americans are learning to distinguish between elite blacks, whom they increasingly treat like members of any other ethnic group, and the underclass, whom they continue to treat as a despised and inferior race. By and large, today’s successful blacks are those who assimilate (or, increasingly, those, like the President, who never picked up distinctively black affectations in the first place.) The patterns of speech, posture and dress of the black underclass, according to Glazer, “suggest the possibility of trouble to the dominant caste” and hence can inspire negative reactions in employers and police officers who might react favorably to blacks with more bourgeois cultural styles.

Ironically, the affectations of poor urban blacks are also the coveted indicia of cool young men of all races, thanks to the popularity of black popular music. The style of society’s most stigmatized and underprivileged group sells luxury goods. It’s the soundtrack of choice on haute couture runways, in exclusive clubs and at fashionable parties. The top rap musicians are among the highest paid celebrities in the world and enjoy the lifestyle once reserved for A-list Hollywood stars, captains of industry and European aristocrats.

All this is despite the fact that much of the point of gangsta rap is to suggest trouble to the dominant caste. Rap lyrics chronicle and often glamorize crime, violence and rough treatment of women; the most popular rap artists emphasize their criminal backgrounds in a competition for all-important “street cred”; rap fashion sense is deliberately rough, slouchy and unrefined; and rap artists are responsible for popularizing the playful use of the racial epithet “nigger”, reminding us of an ugly and overt racism that many people would prefer to forget. Rap’s crowning post-racial victory has been to sell this angry countercultural fantasy image to the mainstream. The black elite and even more so the striving middle classes typically avoid any underclass affectations like a disease, but the clothing and speech patterns of gangster rap are studied and emulated in the leafy suburbs of the privileged classes.

To some extent this is the old story of the glamour of the outlaw and the charisma of the troubadour. Just as Al Capone charmed law-abiding citizens nationwide from a Chicago courtroom, so rapper “thugs” seduce the impressionable with ostentatious wealth, swagger and bravado. And just as young men once copied the style and panache of Rat Pack crooners and rock and roll stars, today’s kids want to be like rappers and ballers. Kids look up to Jay-Z and 50 Cent because they’re first-rate entertainers—like Frank Sinatra, Elvis Presley and John Lennon before them.

That’s show business. But for the young person in search of identity and belonging, it creates an environment filled with mixed signals. On the one hand, mainstream authority figures—teachers, parents, police—discourage such affectations. On the other hand, the media sends the opposite message: The affectations of the ghetto are cool, high status and symbols of wealth, prestige and privilege. For blacks, ghetto cool comes with distinctive risks. The focus on “street cred” and authenticity leads the credulous and the impressionable to try to live out the gangsta lifestyle. Indeed, as economist Roland Fryer has shown, young black men self-consciously cultivate the gangsta image because it offers social status and popularity—ironically, “keeping it real” often begins as a contrived affectation, a deliberate put-on.

Here, perhaps, we have an illuminating gloss on the now well-known phenomenon that black students ostracize and ridicule their high-achieving peers for “acting white.” One explanation for this disturbing trend holds that blacks, convinced that discrimination would render their educational accomplishments largely irrelevant, develop an “oppositional culture” in reaction to white racism. A competing explanation, however, is that blacks, aware of the humiliating under-performance of their race, engage in a self-destructive form of “therapeutic alienation” from mainstream white society and its norms. Harvard economist Roland Fryer has offered a new and more convincing explanation, one that focuses on the fracturing of the black community: The “acting white” insult is an embattled group’s implicit strategy for disciplining members most likely to abandon the group.7 As anti-discrimination laws and the decline of racial prejudice opened new opportunities, blacks with educational credentials and acculturation to mainstream norms could find jobs, housing and companionship outside the group. Assimilation and educational achievement effectively send two signals to two different audiences. For employers, landlords and potential neighbors, the message is, “I am a person who is capable and willing to work hard and conform to mainstream expectations—a good employee, tenant or neighbor.” But to the racial group, many of whom are likely to remain stuck in poverty, the message is, “ I am preparing to leave you behind in favor of better opportunities.” The “acting white” insult discourages blacks from investing in the skills and acculturation that will lead to success and esteem in mainstream society by making those skills a mark of shame within the racial group.

Fryer’s account explains some otherwise puzzling features of the “acting white” idea. For instance, the “acting white” problem is most pronounced in raciallyintegrated public schools. This is hard to understand if the problem stems from an oppositional culture or from therapeutic alienation, both of which should be most pronounced among the most desperate and isolated blacks. But it makes perfect sense if the problem stems from the possible defection of talented members of the group, for it’s precisely in integrated settings that the risk of defection is greatest and most apparent.

These phenomena are not subtler versions of some familiar racial injury that finds in roots in slavery or Jim Crow; they are as much the result of the decline of racism as of its persistence. Black gangsta culture is cool in large part because it has been accepted and embraced by the mainstream. Jay-Z and Kanye West can drink champagne in Paris and wear designer clothing in the company of beautiful women because they are popular with a multiracial audience—an audience that barely existed for black artists in mid-century America and that existed only for a highly assimilated and unthreatening few until very recently.

The defining feature of cool is the ability to transgress but remain just inside the mainstream, to threaten but not truly destabilize, to be intriguing and titillating rather than actually menacing. Gangster rap can strike this balance because racism is still prevalent, but also in decline, because the racial stereotype of the black thug is still in circulation, but is less universally believed in and less thoroughly reviled. Also, of course, at some level everyone understands that it’s all for show: The gangsta rapper offers a controlled and domesticated thrill without real danger, like an amusement park roller coaster or a roaring lion in a circus. But for the unfortunate kids who emulate gangster rappers, the delicate balance is thrown off: They are simply threatening and off-putting living embodiments of a still powerful stereotype that gangsta rap helps to perpetuate.

Similarly, the “acting white” slur emerges as a reaction to expanded opportunities for blacks. It’s only when the more successful blacks might be able to leave the less successful behind that there is the need to reinforce distinctive in-group behavior. Even in today’s unfavorable economic climate, blacks with a good education and socialization to mainstream norms have more and better opportunities than ever before. But those who, through bad luck and bad decisions, don’t have these crucial assets don’t want their more impressive peers to abandon them.

This suggests a remarkable opportunity and a serious challenge for American race relations and racial policies.

The opportunity: For the first time in American history, it’s plausible that a solid majority of Americans actually wants a racially just society. Of course there are many serious disagreements about what that would mean and how to achieve it. But the hard-core racists—those who will fight to defend a social hierarchy based on race—are a rapidly dwindling minority. Many have overestimated the significance of Barack Obama’s election as a barometer of race relations, but just as many have underestimated it. Obama’s election does not suggest that racism is a relic of the past, but it does prove that racists no longer have a stranglehold on American politics as they did during the long ascendency of the Republican Party’s “Southern strategy”, which successfully undermined Democrats by associating them with civil rights and racially tinged social welfare policies.

The challenge: The fracturing of the black community means that simple analyses, policies and prescriptions focused on a monolithic evil called “racism” will not do. A black kid stopped and frisked by aggressive police in Queens is facing a largely different problem than a black professor confronting an overzealous cop near Harvard Square. The success and esteem enjoyed by black rappers tells us very little about the reception that the black high school student who mimics them is likely to receive. The typically subtle and ambiguous racism that well educated and acculturated blacks confront is not of a piece with the racial injustices that keep poor blacks caught in a cycle of poverty, isolation and crime.

We need new ideas based on the more complex and varied nature of racial injustice today. These ideas need to confront the specifics of varied forms of racial inequality rather than painting them all with the same broad brush as simple racism and proposing the familiar but often unworkable civil rights solution of prohibiting “discrimination.” For example, if employers shun and police target young black and Latino men who adopt gang-banger fashions and affectations, there are at least two potential solutions. One is to prohibit the predictable reactions of employers and police as forms of racial discrimination. The other is to try to change the social pressures that lead young men to make self-defeating decisions. So far we have only tried the first approach, with limited enthusiasm and even more limited success. Fryer’s analysis suggests that the latter approach, while more arduous, is much more likely to succeed. But of course looking at the problem in terms of the complex social dynamics of an underprivileged group would undercut the simple solidarity narrative that insists all blacks are united by a struggle against a common enemy, and it would pull the rug out from under the comfortable moral story that blames mean-spirited racists for all racial inequality.

It’s harder than ever before to say what it means to be black in America today. Or more precisely, there are many different answers, which have less and less in common with each passing day. For a black community that has long defined itself in terms of the injustices it has suffered collectively, this threatens an identity crisis, even as it promises new freedoms and broadened horizons.

1Julie Dressner and Edwin Martinez, “The Scars of Stop and Frisk”, New York Times, June 12, 2012.

2Dressner and Martinez, “The Scars of Stop and Frisk.”

3Russ Buettner and William Glaberson, “Courts Putting Stop-and-Frisk Policy on Trial”, New York Times, July 10, 2012.

4Touré, Who’s Afraid of Post-Blackness? (Free Press, 2011), p. 24.

5Glazer, Affirmative Discrimination: Ethnic Inequality and Public Policy (Basic Books, 1975).

6Glazer, “In Defense of Preference”, The New Republic, April 6, 1998.

7Fryer, “‘Acting White’: The social price paid by the best and brightest minority students”,Education Next (Winter 2006); Fryer and Paul Torelli, “An Empirical Analysis of ‘Acting White’”,Journal of Public Economics (June 2010).

Richard Thompson Ford is George E. Osborne Professor at Stanford Law School and author of several books, including Rights Gone Wrong: How Law Corrupts the Struggle for Equality and The Race Card: How Bluffing about Bias Makes Race Relations Worse.

 Voir de plus:

Politics
The Myth of Police Reform

The real problem is the belief that all our social problems can be solved with force.

Ta-Nehisi Coates

The Atlantic

Apr 15, 2015

There is a tendency, when examining police shootings, to focus on tactics at the expense of strategy. One interrogates the actions of the officer in the moment trying to discern their mind-state. We ask ourselves, « Were they justified in shooting? » But, in this time of heightened concern around the policing, a more essential question might be, « Were we justified in sending them? » At some point, Americans decided that the best answer to every social ill lay in the power of the criminal-justice system. Vexing social problems—homelessness, drug use, the inability to support one’s children, mental illness—are presently solved by sending in men and women who specialize in inspiring fear and ensuring compliance. Fear and compliance have their place, but it can’t be every place.

When Walter Scott fled from the North Charleston police, he was not merely fleeing Michael Thomas Slager, he was attempting to flee incarceration. He was doing this because we have decided that the criminal-justice system is the best tool for dealing with men who can’t, or won’t, support their children at a level that we deem satisfactory. Peel back the layers of most of the recent police shootings that have captured attention and you will find a broad societal problem that we have looked at, thrown our hands up, and said to the criminal-justice system, « You deal with this. »

Last week I was in Madison, Wisconsin, where I was informed of the killing of Tony Robinson by a police officer. Robinson was high on mushrooms. The police were summoned after he chased a car. The police killed him. A month earlier, I’d been thinking a lot about Anthony Hill, who was mentally ill. One day last month, Hill stripped off his clothes and started jumping off of his balcony. The police were called. They killed him. I can’t see the image of Tamir Rice aimlessly kicking snow outside the Cleveland projects and think of how little we invest in occupying the minds of children. A bored Tamir Rice decided to occupy his time with a airsoft gun. He was killed.

There is of course another way. Was Walter Scott’s malfunctioning third-brake light really worth a police encounter? Should the state repeatedly incarcerate him for not paying child support? Do we really want people trained to fight crime dealing with someone who’s ceased taking medication? Does the presence of a gun really improve the chance of peacefully resolving a drug episode? In this sense, the police—and the idea of police reform—are a symptom of something larger. The idea that all social problems can, and should, be resolved by sheer power is not limited to the police. In Atlanta, a problem that began with the poor state of public schools has now ending by feeding more people into the maw of the carceral state.
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Blue Lives Matter

There are many problems with expecting people trained in crime-fighting to be social workers. In the black community, there is a problem of legitimacy. In his 1953 book The Quest For Community, conservative Robert Nisbet distinguishes between « power » and « authority. » Authority, claims Nisbet, is a matter of relationships, allegiances, and association and is « based ultimately upon the consent of those under it. » Power, on the other hand, is « external » and « based upon force. » Power exists where allegiances have decayed or never existed at all. « Power arises, » writes Nesbit, « only when authority breaks down. »

African Americans, for most of our history, have lived under the power of the criminal-justice system, not its authority. The dominant feature in the relationship between African Americans and their country is plunder, and plunder has made police authority an impossibility, and police power a necessity. The skepticism of Officer Darren Wilson’s account in the shooting of Michael Brown, for instance, emerges out of lack of police authority—which is to say it comes from a belief that the police are as likely to lie as any other citizen. When African American parents give their children « The Talk, » they do not urge them to make no sudden movements in the presence of police out of a profound respect for the democratic ideal, but out of the knowledge that police can, and will, kill them.

But for most Americans, the police—and the criminal-justice system—are figures of authority. The badge does not merely represent rule via lethal force, but rule through consent and legitimacy rooted in nobility. This is why whenever a liberal politician offers even the mildest criticism of the police, they must add that « the majority of officers are good, noble people. » Taken at face value this is not much of a defense—like a restaurant claiming that on most nights, there really are no rats in the dining room. But interpreted less literally the line is not meant to defend police officers, but to communicate the message that the speaker is not questioning police authority, which is to say the authority of our justice system, which is to say—in a democracy—the authority of the people themselves.

Thus it was not surprising, last week, to see that the mayor of North Charleston ordered the use of body cameras for all officers. Body cameras are the least divisive and least invasive step toward reforming the practices of the men and women we permit to kill in our names. Body cameras are helpful in police work, but they are also helpful in avoiding a deeper conversation over what it means to keep whole swaths of America under the power of the justice system, as opposed to the authority of other branches of civil society.

Police officers fight crime. Police officers are neither case-workers, nor teachers, nor mental-health professionals, nor drug counselors. One of the great hallmarks of the past forty years of American domestic policy is a broad disinterest in that difference. The problem of restoring police authority is not really a problem of police authority, but a problem of democratic authority. It is what happens when you decide to solve all your problems with a hammer. To ask, at this late date, why the police seem to have lost their minds is to ask why our hammers are so bad at installing air-conditioners. More it is to ignore the state of the house all around us. A reform that begins with the officer on the beat is not reform at all. It’s avoidance. It’s a continuance of the American preference for considering the actions of bad individuals, as opposed to the function and intention of systems.

Voir de même:

CNN Tonight
April 27, 2015
10:51 p.m. Eastern

MARC LAMONT HILL: No, there shouldn’t be calm tonight. Black people are dying in the streets. They’ve been dying in the streets for months, years, decades, centuries. I think there can be resistance to oppression and when resistance occurs, you can’t circumscribe resistance. You can’t schedule a planned resistance. You can’t tell people where to die in, where to resist, how to resist and how to protest. Now, I think there should be an ethics attached to this, but we have to watch our own ethics and be careful not to get more upset about the destruction of property than the destruction of black bodies and that seems to be to me – to me what’s happening over the last few hours and that’s very troublesome to me. We also have to be very careful about the language we use to talk about this. I’m not calling these people rioters. I’m calling these uprisings and I think it’s an important distinction to make. This is not a riot. There have been uprisings in major cities and smaller cities around this country for the last year because of the violence against black female and male bodies forever and I think that’s what important here. I agree with you, Don. We can’t ignore the fact that the city is burning, but we need to be talking about why it’s burning and not romanticize peace and not romanticize marching as the only way to function. I’m not saying we should be hurting, I’m not saying we should be killing people, but we do have to understand that resistance looks different ways to different people and part of what it means to say black lives matter, is to assert our right to have rage – righteous rage, righteous indignation in the face of state violence and extrajudicial killing. Freddie Gray is dead. That’s why the city is burning and let’s make that clear. It’s not burning because of these protesters. The city is burning because the police killed Freddie Gray and that’s a distinction we have to make.

(….)

JONES: Well, I think he was taking more of an agnostic view that we need to give some space for a range of tactics. I would say – I would disagree. I think we should be showing moral leadership and saying, you know – I keep hearing riots are the language of the unheard. The reality is, in this situation, the voices, at least about police brutality, have been heard. Certainly CNN and other news agencies have been giving space to those voices. So –

LEMON: For hours and hours and hours of coverage daily.

JONES: And so, it’s going to be a tough conversation to have, but I want to say: Yes it is true. Dr. King said riots are the language of the unheard. It is, in fact true, and important that people recognize that the conditions in Baltimore for black teens are worse than conditions for teens in Nigeria. So, the outrage should be of course about the incredible injustice both from the police, but also the economic deprivation and I want to have a conversation. But I do want to be able to draw a line to say that the righteous outrage – we can take a moral position, as a part of this movement. Black lives matter, but you know what? Black jobs matter, and black businesses matter, and black neighborhoods matter and I don’t think it’s appropriate for us to give any kind of suggestion that the destruction of black communities is a positive or can be positive in this context.

(….)

HILL: I’m not saying we should see the destruction of black communities as positive. I’m saying that we can’t have too narrow a perception of what the destruction of black communities mean and it seems we exhausted more of our moral outrage tonight and not the 364 days before tonight. I think we should be strategic in how we riot.

LEMON: Marc, I got to tell you this. I understand – yes, we should be outraged and we get that, we understand that and we devote so much coverage, not only this network, but other networks that I’ve seen, to talk about all of those issues that we’ve seen. We’ve exhausted many times the viewer with that, and we should continue to, but we’re trying to figure out exactly what is leading to what we’re seeing tonight and I agree with Van Jones, we cannot give credence to people who want to go out and burn down buildings and to hurt people.

(….)

HILL: What I’m saying is we can’t pathologize people who, after decades and centuries of police terrorism, have decided to respond in this way and when we use the language of thugs, when we use the language of riots, we make it seem as if it’s this pathological, dysfunctional, counter-productive –

LEMON: I haven’t heard anybody say thugs.

HILL: Are you serious? That’s all I’ve heard stuff.

LEMON: If anyone said thugs on this air, I haven’t heard that. I’ve haven’t heard thugs and that’s not come out of my mouth.

Voir enfin:

San Francisco Giants fans take to streets after World Series win
Reuters

October 30, 2014

SAN FRANCISCO, Oct 30 (Reuters) – Fans of the San Francisco Giants took to the streets to celebrate on Wednesday night after their team won the baseball World Series, topping the Kansas City Royals, but the festivities were marred by raucous fans and fires.

Hundreds, many clad in the team’s orange and black, flooded Valencia Street in San Francisco’s Mission District after the final out in the seventh game of the baseball championship. Some perched themselves on bus stops, while others set off fireworks, hugged, high-fived and cheered with beer and champagne in the middle of the street.

« (Pitcher Madison) Bumgarner blew my mind tonight! » said Beau Adams, a San Francisco native sporting a Giants tattoo.

« The balance of superstition and belief and pride and confidence makes it all come together, » he added.

As the celebrations dragged on late into the night, fans set fires in the streets while others gawked as people took turns jumping over each other. Police, many in riot gear, were out in force and broke up the more unruly demonstrations.

Fans embrace in the Mission district after the San Francisco Giants beat the Kansas City Royals to w …
KTVU, a local television station, reported police made numerous arrests during the night after some threw bottles at officers, but did not provide an exact tally.

The TV station also said two people were shot in the city during the late-night festivities, though it was unclear whether the shooters or the victims were revelers themselves.

Police department officials could not be immediately reached for comment.

The San Francisco Municipal Transportation Agency late Wednesday suspended all bus service in the city due to safety concerns.

It was the eighth World Series title for the Giants, and the third in five seasons after victories in 2010 and 2012.

Bumgarner was named the Most Valuable Player of the World Series after sealing the Giants’ 3-2 game seven victory over the Royals, with five shutout innings of relief.

« I think (Bumgarner) should be president, » said lifelong Giants fan, Nacho Ramone, after the win. (Writing and additional reporting by Curtis Skinner)


Elections israéliennes: Attention, un racisme peut en cacher un autre ! (From America’s Social worker in chief to Israeli Arabs and Left, guess who the common enemy is ?)

25 mars, 2015
A woman walks past a Joint Arab List campaign billboard in Umm el-FahmLe plan de la nouvelle liste arabe unie en Israël : « Faire exploser l’Etat juif de l’intérieur » !https://i0.wp.com/images1.ynet.co.il/PicServer4/2015/01/03/5793204/579320101001355640360no.jpg ObasPour Obama, le terrorisme est, à la racine, un produit de la désintégration sociale. La guerre est peut-être nécessaire pour contenir l’avancée de l’Etat islamique, mais seulement une réforme sociale peut vraiment s’en débarrasser. Ajoutez à cette vision le vécu d’un parfait ‘outsider’, moitié blanc et moitié noir avec une enfance et une famille dispersée autour du monde, et on commence à voir le profil d’un homme avec une empathie automatique pour les marginaux et un sens presque instinctif que les plus importants problèmes du monde sont enracinés, non pas dans l’idéologie, mais dans des structures sociales et économiques oppressives qui renforcent la marginalisation. Cette sensibilité est plus large que n’importe quelle orthodoxie économique, et elle est enracinée dans la dure expérience du Sud de Chicago. Après avoir pris la tête de la plus importante superpuissance du monde en janvier 2009, ce travailleur social s’est mis à construire une politique étrangère qui traduisait ses impressions en actions géopolitiques.(…) Le monde était un énorme Chicago, ses problèmes essentiels pas totalement différents de ceux des Noirs du Sud de Chicago, et les solutions à ces problèmes étaient enracinées dans la même capacité humaine à surpasser les divisions sociales et les inégalités. Voilà en quoi consistait le « provincialisme » d’Obama, sa vision d’un monde qui favorisait les désavantagés et les opprimés, qui percevait les conflits idéologiques et politiques entre les gouvernements comme secondaires par rapport à des crises plus universelles et en fin de compte sociales qui troublaient un monde déjà tumultueux. (…) C’était cette vision humanitaire expansive qui a conduit Obama à faire sa première erreur stratégique majeure au sujet d’Israël. C’était, en effet, en Israël que son récit des affaires du monde s’opposait directement aux réalités impitoyables de la géopolitique. (…) Le conflit israélo-palestinien semblait avoir beaucoup en commun avec les maladies sociales américaines qu’il avait combattues toute sa vie d’adulte : un conflit entre deux communautés divisées, renforcé par l’intolérance, des récits mutuellement exclusifs de victimisation et d’absence d’empathie et d’espoir. L’engagement énergique et premier d’Obama pour la paix israélo-palestinienne n’était pas enraciné dans les calculs stratégiques habituels qui conduisent une politique étrangère, mais cela correspondait très bien à la nouvelle sensibilité qui définissait maintenant sa présidence. Mais la géopolitique n’est pas du travail social. Et ce qui est vrai à Chicago ne l’est peut-être pas à Jérusalem. La première tentative majeure d’Obama dans le conflit – obtenir un gel de 10 mois de la construction d’implantations en dehors de Jérusalem – a donné le ton pour les cinq prochaines années d’efforts. La Maison Blanche d’Obama était désorientée et frustrée quand il est apparu clairement que la mesure sans précédent de « construction de la confiance » de Netanyahu avait en réalité éloigné les Palestiniens de la table des négociations. Le conflit israélo-palestinien n’est pas un combat contre l’injustice sociale ou économique, mais entre des identités nationales. Même s’il veut un accord de paix avec Israël, comme Obama le croit sincèrement, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas doit manœuvrer dans les limites du récit national palestinien qui rejette la cause nationale juive comme étant irrémédiablement illégitime. Abbas ne peut tout simplement pas faire de compromis, il doit être perçu comme un vainqueur. Alors, le fait que la Maison Blanche ait demandé et obtenu un gel sans précédent des implantations d’Israël ne prouvait pas aux Palestiniens qu’Israël était prêt au compromis, mais plutôt que leurs propres dirigeants demandaient moins de l’occupant détesté que la Maison Blanche ouvertement pro-Israélienne. La Maison Blanche, un bastion de sionistes de son propre aveu, avait sans effort obtenu une concession qu’aucun dirigeant palestinien n’avait même jamais demandée. Dans son tout premier effort de renforcer la confiance entre les parties, la Maison Blanche d’Obama a désastreusement réduit la marge de manœuvre politique intérieure des dirigeants palestiniens. Cette erreur initiale a établi la dynamique qui a contrecarré les efforts les plus concertés de l’Amérique pour relancer les négociations. Chaque fois que la pression américaine sur Israël augmentait, la pression intérieure sur les dirigeants palestiniens pour élever leurs exigences et conditions préalables augmentait rapidement aussi.(…) L’aversion du président Obama pour Netanyahu est intense et … Il y a peu de doute que cette hostilité soit devenue personnelle – un dirigeant juif américain a affirmé que c’est le président Obama lui-même qui a donné l’interview à The Atlantic, dans laquelle un responsable anonyme s’est moqué de Netanyahu en le qualifiant de « chickenshit » [poule mouillée] – mais ses origines sont plus profondes qu’une antipathie personnelle. (…) Lorsque Netanyahu insiste pour parler de l’histoire juive à l’Assemblée générale de l’ONU, tout en refusant d’aborder la dépossession palestinienne, quand il rejette d’emblée et à plusieurs reprises l’idée qu’une éventuelle réadaptation de l’Iran pourrait être plus souhaitable qu’une confrontation permanente, Obama entend des échos de ces militants de Chicago dont le chauvinisme a fait plus de mal que de bien à leurs communautés. (…) Selon Netanyahu, à moins que le mouvement national palestinien n’accepte qu’il y a une certaine légitimité à la création d’une patrie juive en Israël, les dirigeants palestiniens demeureront gelés sur place et incapables de compromis pour la paix. Pendant ce temps, les concessions israéliennes à une direction palestinienne qui continue de rejeter la légitimité même d’Israël ne feront que renforcer cette impulsion de rejet en soutenant l’illusion que la victoire finale contre l’existence d’Israël est possible. Pour Netanyahou, toute la stratégie américaine qui commence par des concessions israéliennes, au lieu de chercher un changement dans la vision de base de l’autre côté, met la charrue avant les bœufs – et garantit un échec continu. Sur l’Iran, l’évaluation de Netanyahu des capacités stratégiques d’Obama est tout aussi peu flatteuse. En abandonnant les sanctions sur lesquelles les États-Unis avaient toutes les cartes et autour desquelles le monde était uni en opposition aux ambitions nucléaires iraniennes, Obama a concédé beaucoup et obtenu très peu. On ne peut faire confiance à un pays de la taille de l’Europe occidentale avec un dossier d’installations entières et qui ment à répétition aux inspecteurs de l’AIEA et au Conseil de sécurité des Nations unies. (…) Pour les deux hommes, l’écart est plus profond que la fracture démocrates-républicains, plus profond que la question palestinienne, plus profond encore que la bataille sur l’Iran. Obama a cherché à introduire une nouvelle conscience dans les affaires mondiales, une conscience qui a défini son identité politique. Netanyahu défend les anciennes méthodes – dont dépendent, selon lui, la sécurité nationale. Haviv Rettig Gur
Sur le long terme, Obama et son entourage ont toujours fantasmé sur une réconciliation globale entre les Etats-Unis et l’islamisme, qu’il s’agisse de l’islamisme sunnite des Frères musulmans ou de l’islamisme chiite iranien. C’était le sens, dès 2009, du discours-manifeste du Caire, prononcé, il ne faut pas l’oublier, au moment même où le pouvoir des mollahs écrasait dans le sang un « printemps iranien ». Cela a été également le sens, par la suite, de la temporisation d’Obama sur la question du nucléaire iranien : Washington s’est prononcé en faveur de sanctions économiques de plus en plus lourdes, mais n’a pas envisagé sérieusement une action militaire contre l’Iran ni accordé de feu vert à une éventuelle action militaire israélienne. (…) A un autre niveau, à plus court terme, Obama a sans doute vu dans un rapprochement avec l’Iran le moyen d’effacer ou de faire oublier ses échecs répétés au Moyen-Orient : en Libye, en Egypte et finalement en Syrie. Une Grande Puissance, c’est un pays qui peut faire la guerre et qui, par voie de conséquence, est en mesure d’imposer sa volonté à d’autres pays. Et « pouvoir faire la guerre », en amont, cela suppose à la fois des moyens techniques (une armée, des armements, des technologies), et des moyens politiques ou moraux (une vision du monde, des objectifs, une détermination). L’Amérique d’Obama a toujours les moyens techniques d’une Très Grande Puissance, mais elle s’est comportée en Syrie, à travers ses tergiversations et finalement sa capitulation diplomatique devant la Russie de Poutine, comme si elle n’en avait plus les moyens politiques ou moraux. Ce que les alliés traditionnels des Etats-Unis ne sont pas près de pardonner au président sur le plan international (des Etats du Golfe à la France de Hollande), ni les Américains eux-mêmes en politique intérieure.(…) Les clés d’Obama se trouvent dans son livre autobiographique, Les Rêves de mon père. Deux faits, qu’il rapporte avec beaucoup de franchise : d’abord, un drame intime : il n’a pratiquement pas connu son père ; ensuite, un drame identitaire : l’Amérique traditionnelle – anglo-saxonne, judéo-chrétienne, blanche – est pour lui une sorte de pays étranger. Il est certes né aux Etats-Unis, mais il n’y a pas passé son enfance. Il n’a pas été élevé dans la foi chrétienne, mais dans un mélange d’humanisme athée et d’islam libéral. Et bien que sa mère soit blanche, il a toujours été considéré comme un Noir. Comment surmonte-t-il ces deux drames ? A travers l’action politique en vue d’une Amérique nouvelle, multiraciale, multireligieuse, multiculturelle. En fait, il veut enfanter cette nouvelle Amérique qui lui ressemblerait, être à la fois son propre père et celui d’une nation remodelée à son image. Ce qui passe, entre autre choses, par une réconciliation – fusionnelle – avec un islam qui est le contraire même de l’Amérique traditionnelle. Ce n’est là qu’un fantasme. La politique rationnelle d’Obama se réfère à d’autres considérations, d’autres raisonnements. Mais les fantasmes sont souvent aussi puissants ou plus puissants que la rationalité. Et qui plus est, les fantasmes personnels du président actuel recoupent ceux d’une bonne partie de la société américaine : les Noirs, les non-Blancs en général, mais aussi les milieux blancs d’extrême-gauche, une partie des élites intellectuelles… (…) Qui peut encore soutenir sérieusement qu’Israël est au cœur de tous les problèmes du Proche Orient et que tout passe, dans cette région, par la « résolution » du « problème palestinien » ? Depuis près de quatre ans, le monde arabe et islamique n’en finit pas de se décomposer et de se recomposer sous nos yeux, entraîné par ses pesanteurs propres. Une analyste géopolitique, Robin Wright, vient même de prédire dans le New York Times, le quotidien le plus pro-Obama des Etats-Unis, le remplacement de cinq Etats moyen-orientaux (la Syrie, l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Libye, le Yemen) par quinze nouveaux Etats à caractère ethnoreligieux. Voilà qui merite au moins autant d’attention que les articles promouvant le « nouvel Iran » du président Rouhani. Et qui relativise le « processus de paix » Jérusalem-Ramallah. Michel Gurfinkiel
Obama est le premier président américain élevé sans attaches culturelles, affectives ou intellectuelles avec la Grande-Bretagne ou l’Europe. Les Anglais et les Européens ont été tellement enchantés par le premier président américain noir qu’ils n’ont pu voir ce qu’il est vraiment: le premier président américain du Tiers-Monde. The Daily Mail
In early February, the Pentagon declassified a 386-page report from 1987, exposing for the first time ever the actual depth of top-secret military cooperation between the United States and Israel — including, amazingly, information about Israel’s unacknowledged nuclear program. In view of the caustic tension that has increased lately between Washington and Jerusalem, the timing of the publication’s declassification, after a long legal process, might raise a few eyebrows. I have some knowledge about the build-up process of Israel’s nuclear capacity and after reading the report in question I must express my astonishment: I have never seen an official American document disclosing such extensive revelation on subjects that until now were regarded by both administrations as unspeakable secrets.(…) The request to publish the report was initiated three years ago by the American journalist Grant Smith. His plea was based on the Freedom of Information Act and while the Pentagon had lingered Smith filed a lawsuit. A District Court judge for the District of Columbia compelled the Pentagon to address his request. Although the report reveals quite a wide compilation of new facts about Israel’s most covert defense industry, to my astonishment its declassification produced no media reverberation whatsoever, not in Israel (except on the Ynet news website), nor in the States. The mainstream Israeli media was probably busy with the dramatic election campaign and in the United States only the progressive weekly magazine, The Nation, and quite a few professional websites and blogs — some of them explicitly anti-Israel — showed any interest. In the light of Iran’s nuclear talks, the declassification’s timing could prove troublesome for Israel. It makes it much harder to maintain the policy of ambiguity about Israel’s nuclear program and, subsequently, helps Iran’s argument that it shouldn’t be denied its own ambitions. Michael Karpin
La Déclaration Balfour, le Mandat pour la Palestine, et tout ce qui a été fondé sur eux, sont déclarés nuls et non avenus. Les prétentions à des liens historiques et religieux des Juifs avec la Palestine sont incompatibles avec les faits historiques et la véritable conception de ce qui constitue une nation. Le judaïsme, étant une religion, ne constitue pas une nationalité indépendante. De même que les Juifs ne constituent pas une nation unique avec son identité propre ; ils sont citoyens des Etats auxquels ils appartiennent. (…) Le sionisme est un mouvement politique lié de façon organique à un impérialisme international et antagoniste à toute action pour la libération et à tout mouvement progressiste dans le monde. Le sioniste est raciste et fanatique dans sa nature, agressif, expansionniste, colonial dans ses buts, et fasciste dans ses méthodes. Israël est l’instrument du mouvement sioniste, et la base géographique de l’impérialisme mondial placé stratégiquement au sein du foyer arabe pour combattre les espoirs de libération, d’unité, et de progrès de la nation arabe. Charte de l’OLP (articles 20 et  22)
Je suis prêt à accepter une troisième partie qui contrôle l’exécution de l’accord, par exemple les forces de l’OTAN, mais je n’accepterai pas qu’il y ait des Juifs dans ces forces ni un Israélien sur la Terre de Palestine. Mahmoud Abbas
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Nous avons rappelé que ce genre de discours était contraire aux traditions d’Israël. Bien que ce pays soit fondé sur une terre historiquement juive, et sur le besoin de créer une nation juive, la démocratie israélienne repose sur la notion que tous ses citoyens sont égaux en droits. C’est ce qui fait la grandeur de cette démocratie. Si cela venait à changer, je pense que cela donnerait des arguments à ceux qui ne veulent pas d’un Etat juif, et que cela affaiblirait la démocratie israélienne (…) Disons que nous lui faisons confiance quand il dit que cela n’arrivera pas tant qu’il sera Premier ministre. C’est pourquoi nous devons explorer d’autres options afin d’empêcher que la région ne sombre dans le chaos. J’ai eu l’occasion de parler hier à M. Netanyahu. Je l’ai félicité pour sa victoire, et je lui ai réaffirmé mon attachement  à une solution à deux États qui est, de notre point de vue, la seule garantie sur le long terme de la sécurité d’Israël, en tant qu’État juif et démocratique. Je lui ai également rappelé qu’après ses récentes déclarations, il serait difficile de croire qu’Israël est sérieusement attaché à la poursuite des négociations. Cependant, nous continuerons d’insister sur le fait que, du point de vue des États-Unis, le statu quo est intenable, a poursuivi le président américain. Nous sommes attachés à la sécurité d’Israël, mais il n’est pas possible de poursuivre cette voie éternellement, avec l’implantation de nouvelles colonies. C’est un facteur d’instabilité dans la région. (…) Il faut tout d’abord que les Iraniens démontrent clairement qu’ils ne fabriquent pas de bombes nucléaires, et qu’ils nous laissent toute latitude pour nous en assurer. (…) Il n’y aura pas d’accord tant que tout n’aura pas été résolu. (…) Je dois avouer que les Iraniens n’ont pas fait jusqu’ici les compromis que j’estime indispensables pour parvenir à cet accord. Mais ils se sont montrés ouverts, ce qui laisse la porte ouverte à la recherche d’une solution (…). Je vais devoir démontrer au peuple américain, mais aussi aux Israéliens et au reste du monde, que nous avons mis en place des mécanismes qui empêcheront l’Iran d’accéder à la bombe atomique (…) Il est évident que beaucoup d’Israéliens se méfient, à juste titre, de leur voisin iranien. L’Iran a tenu des propos ignobles et antisémites, et menacé Israël d’annihilation. C’est précisément pour cela que j’ai dit, avant même de devenir président, que l’Iran ne devait pas disposer de l’arme nucléaire. Barack Obama
Moi, je revendique la stigmatisation de Marine Le Pen. Manuel Valls
Le gouvernement de droite est en danger. Les électeurs arabes se rendent en masse aux scrutins. Les ONGs de gauche les amènent en autobus. Netanyahou
Malgré les différences et la compétition entre nous, notre ennemi direct est le sionisme. Ayman Odeh (liste arabe unie)
Quand on dit « gauche » en France, on associe cela à des idées bien précises sur l’égalité entre les citoyens, la laïcité, une redistribution des richesses… Mais, en Israël, la définition de gauche se fait à partir d’un positionnement pour ou contre une solution avec les Palestiniens. Vous pouvez donc trouver quelqu’un comme Tzipi Livni, qui est ultralibérale dans le domaine économique, mais qui veut un arrangement avec les Palestiniens. On la situe à gauche alors que sur toutes les autres valeurs, elle en est loin. Herzog est un travailliste, mais vraiment conservateur. Il n’est pas de gauche. La seule liste aujourd’hui qui a le potentiel pour devenir une alternative démocratique de gauche, c’est la Liste commune (formée de tous les partis arabes et des communistes – ndlr). Je ne sais pas si ce potentiel existant va se transformer en une véritable alternative. Herzog représente une vision plus agréable que celle de Netanyahou. Il n’y a pas d’alternative, sur aucun plan. Quand Herzog appelle sa liste « Union sioniste », ça sonne très patriotique. Mais quand vous écoutez avec des oreilles israéliennes, cela signifie « pas d’Arabes »(…) Nous sommes un pays qui adore catégoriser les gens : religieux, non religieux, ashkénazes, séfarades, ­sionistes, post-sionistes, sionistes malgré eux… Le sionisme a été un mouvement national gagnant pour les juifs qui a créé une révolution fantastique dans l’existence juive, a donné naissance à une horrible tragédie pour les Palestiniens et a expiré en 1948. Le but du sionisme a été de transformer le peuple juif d’une structure de diaspora en une structure souveraine. Cela n’a été qu’un échafaudage. À partir de 1948, nous aurions dû n’être que des Israéliens, quelle que soit l’origine. Mais si ce n’est pas suffisant et que vous avez besoin du sionisme pour définir quelque chose, cela signifie que vous discriminez quelqu’un. Oui, ­aujourd’hui, en Israël, le sionisme est un outil de discrimination. Avraham Burg (ancien président travailliste de la Knesset et ex-président de l’Agence juive mondiale)
Bien que je ne crois pas que les remarques jour de l’élection du Premier ministre aient été anti-arabe ou racistes, la déclaration de Netanyahu pose la question dans l’esprit des gens sur la façon dont la communauté arabe est considérée par les dirigeants d’Israël et de sa place dans la société israélienne. Il est important de se rappeler que sous la surveillance du Premier ministre Netanyahu, il y a eu un effort important par le gouvernement israélien pour intégrer les Arabes israéliens dans la société en général , en particulier en investissant des milliards de shekels dans l’amélioration des possibilités d’éducation et d’emploi pour les Arabes israéliens. Malheureusement, tout au long de la campagne électorale récente, il y a eu trop de déclarations extrêmes et de division. Nous réitérons notre appel aux Israéliens de toutes les affiliations politiques à travailler pour guérir ces blessures et de promouvoir l’intégration de tous en Israël. Abraham Foxman (directeur national de l’Anti-Defamation League)
The Knesset elections results present the naked truth: All of the left-wing movements, the media and many of the voters of the Zionist Union, Meretz and others are living in a bubble, and know very little – if anything – about life outside the bubble. The leftists enhance each other in conversations at cafés and restaurants, in the Tel Aviv salons, in cinematheques and different cultural clubs. The people living outside Tel Aviv and the Jerusalem Cinematheque, outside the academia and the newspaper and television’s news desks have completely different views. The facts were painfully presented on Tuesday evening to those who in the past few weeks believed the stories about the left-wing bloc’s meteoric rise and the right-wing bloc’s collapse. Those living in the bubble should spend the next few years far away from Tel Aviv, and get to know the people in the periphery, in order to believe that the State of Israel will continue to exist long after the Zionist Union leaders disappear from the political map. The left likes to withdraw into itself, to hold internal discussions, to engage in internal quarrels, and shows contempt and disregard towards the voice of « Masuda from Sderot. » But the thing is that in one day of elections, the vote of Masuda from Sderot equals the vote of the president of the Hebrew University in Jerusalem. (…) These many votes were collected by Benjamin Netanyahu on Tuesday into the right-wing bloc, the natural place for all the different deprived groups. Even if Isaac Herzog joins the government, even if he becomes a senior government member, all the good deeds he and his friends have done and have promised to do – starting from housing to supporting the needy – won’t help them. Once again, we have painfully realized that the northern Tel Aviv neighborhood of Tzahala completely misunderstands Sderot. Eitan Haber
Sur les 8 millions de citoyens de l’Etat juif, 1,2 millions de musulmans profitent pleinement des avantages de la démocratie dans laquelle ils vivent, y compris du droit de diffamer publiquement Israël comme un État raciste, et même de contester son existence ! Ayman Odeh, chef de la nouvelle liste arabe unie en cours de constitution pour les prochaines élections à la Knesset, a annoncé récemment que « notre ennemi direct est le sionisme » ce qui signifie tout simplement qu’Israël doit cesser d’exister en tant qu’Etat juif ! (…) La résolution de San Remo de 1920 a confirmé « qu’en vertu de la Déclaration Balfour, le gouvernement britannique avait entrepris de favoriser la création d’un foyer national juif en Palestine, sans préjudice des droits civils et religieux des communautés non-juives existantes.» Cette résolution a été réaffirmée en mai 1947 par les Nations Unies résolution 181 qui « impose la partition de la Palestine sous mandat britannique en un État juif et un Etat arabe. » La déclaration d’indépendance de l’état d’Israël en mai 1948, rédigée avec ces résolutions antérieures à l’esprit, affirme tout d’abord l’évidence que « la terre d’Israël [Palestine] a été le berceau du peuple juif » et poursuit en disant que « cette reconnaissance par les Nations Unies, du droit du peuple juif à établir son Etat, est irrévocable. Ce droit est le droit naturel du peuple juif à être maître de son destin, comme toutes les autres nations, dans leur propre État souverain. » La communauté internationale, à l’exception des ennemis d’Israël, a accepté le droit historique des Juifs de vivre sur leurs terres, mais avec des réserves concernant les frontières actuelles, étant donné qu’elles ont été établies le long des lignes d’armistice. Pour sa part, Israël essaie, tant en théorie qu’en pratique, de garantir les droits de ses minorités. En revanche, le dirigeant arabe-palestinien Mahmoud Abbas lors de la dernière convention de l’OLP le 3 mars a répété son engagement à deux principes sans compromis : Oui à une Palestine arabe « Judenrein » et non à un Etat juif ! Selon le dirigeant arabe-palestinien, s’il y a la paix dans cette région les Juifs ne sauraient être autorisés à vivre dans un futur « Etat palestinien » et Israël ne devrait pas continuer d’exister comme un État juif. Et pourtant, c’est Israël qui est étiqueté comme raciste, malgré le fait que les arabes israéliens jouissent de droits pleins et équitables. Tsvi Sadan

Gauche antisioniste, arabes islamistes, Obama, même combat !

A l’heure où derrière un Travailleur social en chef sans attaches ni racines et apparemment prêt à tout

Pour renflouer un bilan non seulement vide mais s’annonçant, de la Syrie à la Libye et de l’Irak au Yemen, chaque jour un peu plus désastreux

Et tenté devant l’impasse de ses pourparlers avec les mollahs de vouloir non seulement punir celui par qui le scandale est arrivé

Mais de lui imposer un accord avec une entité palestinienne n’ayant toujours pas renoncé à l’élimination de tout Etat juif …

L’ensemble de nos belles âmes, israéliens compris, n’ont pas de mots assez durs …

Pour dénoncer le racisme des propos du premier ministre israélien à la veille des élections de la semaine dernière …

Pendant que pour diviser la droite et se maintenir au pouvoir de l’autre côté de l’Atlantique, une gauche à nouveau aux abois revendique explicitement la « stigmatisation » d’un quart des électeurs …

Devinez …

Ce qu’avaient choisi comme « ennemi direct » « malgré leurs différences et compétition » …

Tant le propre chef de file d’une Liste unifiée ouvertement ethnique …

Réunissant, avec la bénédiction de nos belles âmes, des groupes aussi hétéroclites que des Arabes nationalistes, communistes ou islamistes …

Que l’ancien président travailliste de la Knesset et soutien de ladite liste …

Dans une élection où la gauche elle-même avait senti le besoin de se qualifier de « sioniste » ?

Le plan de la nouvelle liste arabe unie en Israël : « Faire exploser l’Etat juif de l’intérieur » !
Tsvi Sadan

Europe Israël

mar 10, 2015

Sur les 8 millions de citoyens de l’Etat juif, 1,2 millions de musulmans profitent pleinement des avantages de la démocratie dans laquelle ils vivent, y compris du droit de diffamer publiquement Israël comme un État raciste, et même de contester son existence ! Ayman Odeh, chef de la nouvelle liste arabe unie en cours de constitution pour les prochaines élections à la Knesset, a annoncé récemment que « notre ennemi direct est le sionisme » ce qui signifie tout simplement qu’Israël doit cesser d’exister en tant qu’Etat juif !

Si la Cour suprême israélienne ne fait rien pour arrêter l’objectif déclaré de ce parti : Démanteler l’Etat d’Israël et le fait qu’Israël a été reconnu comme un État juif par la communauté internationale.

La résolution de San Remo de 1920 a confirmé « qu’en vertu de la Déclaration Balfour, le gouvernement britannique avait entrepris de favoriser la création d’un foyer national juif en Palestine, sans préjudice des droits civils et religieux des communautés non-juives existantes.»

Cette résolution a été réaffirmé en mai 1947 par les Nations Unies résolution 181 qui « impose la partition de la Palestine sous mandat britannique en un État juif et un Etat arabe. »

La déclaration d’indépendance de l’état d’Israël en mai 1948, rédigée avec ces résolutions antérieures à l’esprit, affirme tout d’abord l’évidence que « la terre d’Israël [Palestine] a été le berceau du peuple juif » et poursuit en disant que « cette reconnaissance par les Nations Unies, du droit du peuple juif à établir son Etat, est irrévocable.

Ce droit est le droit naturel du peuple juif à être maître de son destin, comme toutes les autres nations, dans leur propre État souverain. »

La communauté internationale, à l’exception des ennemis d’Israël, a accepté le droit historique des Juifs de vivre sur leurs terres, mais avec des réserves concernant les frontières actuelles, étant donné qu’elles ont été établies le long des lignes d’armistice. Pour sa part, Israël essaie, tant en théorie qu’en pratique, de garantir les droits de ses minorités.

En revanche, le dirigeant arabe-palestinien Mahmoud Abbas lors de la dernière convention de l’OLP le 3 mars a répété son engagement à deux principes sans compromis : Oui à une Palestine arabe « Judenrein » et non à un Etat juif !

Selon le dirigeant arabe-palestinien, s’il y a la paix dans cette région les Juifs ne sauraient être autorisés à vivre dans un futur « Etat palestinien » et Israël ne devrait pas continuer d’exister comme un État juif.

Et pourtant, c’est Israël qui est étiqueté comme raciste, malgré le fait que les arabes israéliens jouissent de droits pleins et équitables.

Bien que les fausses accusations de racisme font que beaucoup d’Israéliens se joignent au chœur des « viva Palestina » dans une vaine tentative d’apaisement, il n’en est pas moins que certains refusent d’éteindre les lumières.

Le ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman a raison quand il dit que la liste du nouveau parti United Arab, qui partage la vision d’Abbas et bénéficie également maintenant de sa bénédiction, expose un nouveau plan arabe-palestinien pour « faire exploser Israël de l’intérieur ».

Si habilement, cette nouvelle faction arabe qui partage le rêve d’Abbas d’une « Palestine Judenrein » et joue la carte du racisme, a incité Lieberman d’avertir que ce parti « nous prépare une intifada intérieure d’Israël. »

Malheureusement, on dira qu’avec l’expérience du passé, seuls quelques-uns prendront cet avertissement au sérieux.

Voir aussi:

Odeh: racist Israeli laws to benefit joint Arab list
Daoud Kuttab

Al Monitor

February 17, 2015

The Arab-Jewish party Hadash (the Democratic Front for Peace and Equality) has been a small but permanent fixture in the Israeli parliament for years. It usually won four or five of the 120 Knesset seats in elections, providing a fig leaf to Israeli democratic claims without being able to influence either internal or external policies. In 2013, Hadash won four seats. This « problem » is set to change in the coming elections, ironically, as a result of the Israeli right’s attempts to keep Palestinian Arabs out of the Knesset.

Ayman Odeh, the head of the joint list of all the Arab parties in Israel, told Al-Monitor that the combination of racist policies and changes to the election law helped produce this unprecedented list. The unification was created as a result of “raising the threshold and an increase in racist policies and practices, which appeared in racist laws as well as the unprecedented assault on Gaza in the summer of 2014.”

Although he is not sure that the unification of democratic and peace forces in Israel will succeed in removing the government of Prime Minister Benjamin Netanyahu, Odeh says, “This new experiment is still in its early stage.” However, the Haifa lawyer hopes that “this experience succeeds and continues because of the possibility of defeating the right wing.”

While focusing on the goal of removing the ruling right-wing government in Israel, the head of the Arab list is not very excited about the existing alternatives to Netanyahu. He tells Al-Monitor, “Our fight against the occupation, racism and discrimination constitutes a democratic alternative against the nationalist camp led by Netanyahu and the Zionist Camp led by [Isaac] Herzog and [Tzipi] Livni.”

Odeh is hoping that at the very least, their efforts, along with other democratic forces in Israel, can slow or stop what he calls a “deterioration toward fascism,” which he concludes is the result of the occupation. “Ending the occupation and establishing an atmosphere of peace are the first step in ending the racial discrimination against Arab citizens as a national minority,” he says.

Odeh is aware of the challenges ahead but has focused his attention on the need to encourage Arabs to participate in the elections that will not include any competition between Arab parties. He is hoping to increase the participation of Palestinian citizens in Israel from 56% in 2013 to 70% or more in this round.

The text of the full interview follows:

Al-Monitor:  What are the most important factors for the success of the unification of Palestinian citizens in Israel in preparation for the next electoral cycle?

Odeh:  There are a number of factors. The first is an attempt to deny the Arab and democratic representation in parliament by raising the threshold, and the second is the increase in racist policies and practices, which appeared in racist laws and schemes and last summer’s war on Gaza. The joint Arab list reflects the unity of Palestinians against the Israeli ruling establishment and the partnership with the Jewish powers, which fight occupation, racism and discrimination, and thus constitutes a democratic alternative against the nationalist camp led by Netanyahu and the Zionist Camp led by Herzog and Livni.

Al-Monitor:  The Democratic Front for Peace and Equality has always emphasized the parallel process of the paths of equality and peace. Will the list continue in the same process, or will equality be a priority due to the rise in racial attacks?

Odeh:  We believe that one of the main reasons for the increase in levels of racism is the overall crisis of the Israeli rulers due to the impasse they reached on the political and socio-economic levels. The deterioration toward fascism is the result of this crisis, and therefore, our issues cannot be separated from the major cause of our people. As the poet Tawfiq Ziad said, « The tragedy that I live is but my share of your tragedies. » The parallelism of these two tracks and their connection should be highlighted. Ending the occupation and establishing an atmosphere of peace is the first step in halting the racial discrimination against Arab citizens as a national minority and not as individuals, and defeating the right-wing racial program by developing an alternative political program, based on different foundations and one that eliminates hostility to the Palestinian people under occupation and to the Arab citizens in Israel, too.

Al-Monitor:  Are voters and the Israeli political system on the verge of change in dealing with the Arab population, or do we expect very little progress?

Odeh:  All Israeli governments were bad, racist and hostile to the rights of our people, but Netanyahu and his partners have escalated in recent years the tone of incitement to the Arab population. We cannot predict the outcome today, and despite the progress of the right-wing parties in the polls, overthrowing Netanyahu is still possible. The same applies to the party of [Avigdor] Liberman, who is already in full swing due to the alleged corruption scandal that was unveiled recently, and even Meretz, which lost a lot of votes in favor of the Zionist Camp led by Herzog and Livni.

We say that the Arab population may have a decisive weight after the election, and this relates primarily to raising the participation in the vote from 56% in the last election to 70% or more in this election.

We are confident of our progress and of the increase in our representation, and we will boldly demand the reinforcing of the status of the Arab population and setting our issues in priorities, because we are tired of the government delays. We will call in the Knesset to obtain the chair of key committees and develop an action plan that includes the enactment of laws and provisions guaranteeing equality for Arab citizens.

Al-Monitor:  There are signs that many are betting on the presence of an opposition front to the extreme right in the next election. How do you see your role in the fight against the right?

Odeh:  It is premature to bet now on restoring the experience of the « blocking vote » during the Rabin era [1992-95]. But certainly we don’t depend on Herzog and Livni. At the same time, we are not neutral concerning Netanyahu’s return to power — especially after the war perpetrated in Gaza — nor concerning [Naftali] Bennett’s [Jewish Home], which openly calls for the annexation of Area C to Israel and stands behind the settlement activities in the West Bank and occupied Jerusalem.

We recall that to this day, any Israeli withdrawal from an inch of Palestinian land has occurred through the political weight of the Arabs in the Knesset. The equation is that any progress and any breakthrough require the political weight of the Arab population. Our battle against the right is in full force and we are determined to topple him.

Al-Monitor:  What are the main challenges that you personally see in presiding over a joint list for the first time, especially with the presence of personalities from different parties’ ideology in your list?

Odeh:  Despite the difference and competition between us, our direct enemy is Zionism. I think everyone is aware of the size of the tasks ahead of us and everyone behaves according to the required responsibility.

The biggest challenge was the formation of this list and the engagement in this partnership to overcome the increase of the threshold rate and other obstacles imposed by the right, and the bet on our existence and our representation in parliament. This new experiment is still in its early stage, and we in the front want this experience to succeed and continue because of the possibility of defeating the right.

Al-Monitor:  How do you assess Avraham Burg joining Hadash? Will his participation reduce the gap between Arabs and Jews?

Odeh:  When a Jewish man, born in the house of a Zionist leader from the Mifdal party, joins Hadash, and having presided over the Jewish Agency, then abandons Zionism and adopts the front’s positions, this is considered a critical national gain and has its impact on the Jewish community and on the progressive circles, both on the quantitative and qualitative levels. Each breakthrough we accomplish in the Zionist consensus is a net gain for the cause of justice for our people. Overall, despite the induction of the ruling establishment and its arms and horns on the joint list, it has the support of the Jewish community and a wide range of anti-Zionism fighting against the occupation, racism and fascism forces. Burg’s positive step confirms the credibility of our position and our way, because this man has previous fixed convictions.

Al-Monitor:  There is fear of indifference among Arabs in Israel. What are the practical steps to prevent it, and what percentage do you hope to achieve from the Arab participation in the elections?

Odeh:  This fear is justified, especially in the absence of the usual rivalry within the Arab community. We are aware that the main challenge is to raise the percentage of the vote to 70%, and if we succeed in this, we can raise the representation from the current 12 seats to 14 or 15 seats.

Al-Monitor:  The Palestinian issue is at a delicate stage. Is there an opportunity for the joint list to bridge the gap between the Palestinian leadership and the next government?

Odeh:  The Palestinian issue is undergoing its finest and most dangerous stage in recent decades, due to Israeli and US policies and also in light of regional developments. This requires arranging the Palestinian house and promoting national unity and popular resistance against the occupation. This is our position, and the Palestinian leadership and all factions know it. This is a prerequisite for the realization of the rights of our people and for attempts to prevent the establishment of the state of Palestine.

Overthrowing Netanyahu may change the regional atmosphere and create a new opportunity to reassess serious dialogue on the path of negotiations and peace, but Netanyahu’s staying may drag the region into a new abyss, especially with the growth of racism and fascism in Israel.

Al-Monitor:  The law declaring the Jewishness of the state failed in the past year. Will the current elections strengthen the issue or terminate the discussion? What is your role in dealing with the subject?

Odeh:  We believe that the issue of a Jewish state formed a convenient way out for Netanyahu, lest the political issue [of negotiations] and economic topics be part of the electoral agenda. From our side, we will confront each piece of legislation or action that affects our rights and legitimacy in our country, through the unification among the Palestinian minority on the one hand and strengthening the partnership with the rational forces of democracy in Israeli society on the other hand.

Al-Monitor:  There is a serious US-Israeli disagreement on Netanyahu’s invitation to the White House without any coordination. What is your take on this?

Odeh:  We believe that this dispute is in the trenches, the enemies of the Palestinian people. Therefore, it should not be overly relied upon because Israel has been and remains a tool of US dominance in the region and a front claw for the imperial interests and plans, regardless of the internal contradictions between them.

On the other hand, Israel’s international isolation may create better ground to overthrow Netanyahu, because it concerns the economic and cultural elites and the military and security as well. Perhaps the time has come for the [Barack] Obama administration to think about stopping Netanyahu’s arrogance; the failure of [US Secretary of State John] Kerry’s efforts proved to the US administration who Netanyahu is, and this crisis comes now to reconsider what is certain and sustained with this administration. The question remains whether there will be a change in the US mentality toward Netanyahu and whether there will be any intention of an actual realization of the rights of the Palestinian people to establish an independent state.

Voir également:

Avraham Burg : « Aujourd’hui, en Israël, le sionisme est un outil de discrimination »
Entretien réalisé par 
Perre Barbancey
L’Humanité/Reuters

Mardi, 17 Mars, 2015

Entretien L’ancien président travailliste de la Knesset et ex-président de l’Agence juive mondiale a rejoint le mouvement Haddash et appelle à voter pour la liste judéo-arabe, baptisée Liste commune.
Jérusalem, envoyé spécial.

Pensez-vous que ces élections vont marquer un changement dans la société israélienne ?

Avraham Burg Les élections ­expriment la réalité contemporaine. Mais tout est plus long que les mandats donnés par un vote. Il y a un changement profond au sein de la société israélienne. Les partis ne sont plus les mêmes. Tout bouge ici, comme un continent. Comment cela finira-t-il ? Difficile à dire. Mais, il y a encore un an, personne ne donnait la moindre chance à quelqu’un comme Isaac Herzog, de l’Union sioniste. ­Netanyahou est ­hystérique. J’ai l’impression – et que cela arrive cette fois-ci ou à la prochaine élection – que la profonde frustration de la société israélienne, fatiguée de ne pas avoir d’espoir, qui en a marre d’être désespérée, d’être sacrifiée économiquement à cause d’un Iran virtuel (allusion à la campagne de Netanyahou – ndlr), marque un fait : le temps de Netanyahou est terminé.

Vous avez vous-même été président de la Knesset, en tant que travailliste. Ce Parti travailliste est aujourd’hui allié à Tzipi Livni et n’apparaît plus sous son nom mais comme « Union sioniste ». Ce qui fait dire à certains qu’il n’y a plus de gauche en Israël. Que s’est-il passé ?

Avraham Burg Quand on dit « gauche » en France, on associe cela à des idées bien précises sur l’égalité entre les citoyens, la laïcité, une redistribution des richesses… Mais, en Israël, la définition de gauche se fait à partir d’un positionnement pour ou contre une solution avec les Palestiniens. Vous pouvez donc trouver quelqu’un comme Tzipi Livni, qui est ultralibérale dans le domaine économique, mais qui veut un arrangement avec les Palestiniens. On la situe à gauche alors que sur toutes les autres valeurs, elle en est loin. Herzog est un travailliste, mais vraiment conservateur. Il n’est pas de gauche. La seule liste aujourd’hui qui a le potentiel pour devenir une alternative démocratique de gauche, c’est la Liste commune (formée de tous les partis arabes et des communistes – ndlr). Je ne sais pas si ce potentiel existant va se transformer en une véritable alternative. Herzog représente une vision plus agréable que celle de Netanyahou. Il n’y a pas d’alternative, sur aucun plan. Quand Herzog appelle sa liste « Union sioniste », ça sonne très patriotique. Mais quand vous écoutez avec des oreilles israéliennes, cela signifie « pas d’Arabes ».

Est-ce à dire que la notion même de sionisme est un problème ?

Avraham Burg Nous sommes un pays qui adore catégoriser les gens : religieux, non religieux, ashkénazes, séfarades, ­sionistes, post-sionistes, sionistes malgré eux… Le sionisme a été un mouvement national gagnant pour les juifs qui a créé une révolution fantastique dans l’existence juive, a donné naissance à une horrible tragédie pour les Palestiniens et a expiré en 1948. Le but du sionisme a été de transformer le peuple juif d’une structure de diaspora en une structure souveraine. Cela n’a été qu’un échafaudage. À partir de 1948, nous aurions dû n’être que des Israéliens, quelle que soit l’origine. Mais si ce n’est pas suffisant et que vous avez besoin du sionisme pour définir quelque chose, cela signifie que vous discriminez quelqu’un. Oui, ­aujourd’hui, en Israël, le sionisme est un outil de discrimination.

Vous portez une kippa, mais vous dites maintenant ne plus croire en dieu. Cela est-il dû à votre expérience en Israël ou à une évolution philosophique de votre pensée ?

Avraham Burg Cela vient de ma vie en Israël, de moi-même et de mon engagement avec le monde. Je suis né dans un système orthodoxe en Israël. Le ­judaïsme n’est pas une religion. C’est une culture. La religion a été une partie centrale de la judaïté. Mais seulement une partie. Le fait d’être juif n’est pas un choix de dieu. Y a-t-il quelque chose au-delà de mon existence ? Je n’en sais rien et je ne le saurai jamais. Mais ça ne m’intéresse pas. Je suis intéressé par ma vie d’être humain. Je suis un juif accidentel. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je n’aurais pas subi la circoncision ni célébré ma bar-mitsva. Mais le monde n’est pas accidentel, pas plus que l’humanité ou que les valeurs. J’essaie d’appréhender le monde à travers ma subjectivité. Comme vous. Et, tous ensemble, nous créons une mosaïque mondiale. Être juif est un profond engagement culturel. Ce n’est pas dieu qui est au centre, mais l’être humain.

Quelle est la signification de la volonté de Netanyahou de définir Israël comme un État juif ?

Avraham Burg C’est un vide théorique. En réalité, c’est impossible. Quelle est la source de l’autorité dans une société ­démocratique ? Les citoyens. Mais, pour les tenants d’un État juif, la source de l’autorité est dieu pas les hommes. ­Aucune société, aucun État ne peut vivre avec deux sources d’autorité aussi contradictoires. C’est pour cela que c’est une ­déclaration vide et dangereuse. Il faut un État d’Israël véritablement laïque.

C’est aussi pour cela que vous avez décidé de soutenir la Liste commune ?

Avraham Burg Exactement. C’est le seul comportement possible pour quelqu’un qui pense que la citoyenneté est la façon d’organiser la société.

Voir encore:

Israel’s left is living in a bubble

Op-ed: Elections results reveal the naked truth: Leftists know very little about life outside Tel Aviv, the academia and the media.

Eitan Haber

Ynet

03.18.15

The Knesset elections results present the naked truth: All of the left-wing movements, the media and many of the voters of the Zionist Union, Meretz and others are living in a bubble, and know very little – if anything – about life outside the bubble.

The leftists enhance each other in conversations at cafés and restaurants, in the Tel Aviv salons, in cinematheques and different cultural clubs. The people living outside Tel Aviv and the Jerusalem Cinematheque, outside the academia and the newspaper and television’s news desks have completely different views.

The facts were painfully presented on Tuesday evening to those who in the past few weeks believed the stories about the left-wing bloc’s meteoric rise and the right-wing bloc’s collapse.

Those living in the bubble should spend the next few years far away from Tel Aviv, and get to know the people in the periphery, in order to believe that the State of Israel will continue to exist long after the Zionist Union leaders disappear from the political map.

The left likes to withdraw into itself, to hold internal discussions, to engage in internal quarrels, and shows contempt and disregard towards the voice of « Masuda from Sderot. » But the thing is that in one day of elections, the vote of Masuda from Sderot equals the vote of the president of the Hebrew University in Jerusalem. It’s the same opportunity, it’s the same envelop – only the vote is different.

These many votes were collected by Benjamin Netanyahu on Tuesday into the right-wing bloc, the natural place for all the different deprived groups. Even if Isaac Herzog joins the government, even if he becomes a senior government member, all the good deeds he and his friends have done and have promised to do – starting from housing to supporting the needy – won’t help them.

Once again, we have painfully realized that the northern Tel Aviv neighborhood of Tzahala completely misunderstands Sderot.

Voir par ailleurs:

VIDÉO. Barack Obama répond au Huffington Post: Israël, Palestine, Netanyahu, nucléaire iranien
Le HuffPost
21/03/2015

INTERNATIONAL – « Il faut tout d’abord que les Iraniens démontrent clairement qu’ils ne fabriquent pas de bombes nucléaires, et qu’ils nous laissent toute latitude pour nous en assurer ». Dans un entretien vendredi 20 mars avec Sam Stein pour The Huffington Post, Barack Obama réitère son objectif d’obtenir un accord sur le dossier du nucléaire iranien « dans les semaines à venir ».

« Il n’y aura pas d’accord tant que tout n’aura pas été résolu », a aussi indiqué le président américain, réfutant les rumeurs selon lesquelles une première ébauche de l’accord circule parmi les cercles autorisés. Les grandes puissances et Téhéran reprendront mercredi 25 mars leurs négociations, après une semaine de tractations marathon qui n’ont pas permis de sceller d’accord avant l’échéance du 31 mars.

« Je dois avouer que les Iraniens n’ont pas fait jusqu’ici les compromis que j’estime indispensables pour parvenir à cet accord. Mais ils se sont montrés ouverts, ce qui laisse la porte ouverte à la recherche d’une solution (…). Je vais devoir démontrer au peuple américain, mais aussi aux Israéliens et au reste du monde, que nous avons mis en place des mécanismes qui empêcheront l’Iran d’accéder à la bombe atomique », a aussi dit Barack Obama au Huffington Post.

Le président Obama a promis qu’il ferait tout, y compris militairement, pour empêcher Téhéran d’obtenir la bombe. Mais depuis 2013, il mise sur la diplomatie et a fait d’un rapprochement avec la puissance chiite une priorité. Ce qui met en rage Israël et le Congrès américain.

« Il est évident que beaucoup d’Israéliens se méfient, à juste titre, de leur voisin iranien, a aussi commenté le président américain. L’Iran a tenu des propos ignobles et antisémites, et menacé Israël d’annihilation. C’est précisément pour cela que j’ai dit, avant même de devenir président, que l’Iran ne devait pas disposer de l’arme nucléaire ».

Autres sujets de politique étrangère évoqués durant l’entretien, la victoire de Benjamin Netanyahu aux élections législatives anticipées du mardi 17 mars et la création d’un Etat palestinien. « Disons que nous lui faisons confiance quand il dit que cela n’arrivera pas tant qu’il sera Premier ministre. C’est pourquoi nous devons explorer d’autres options afin d’empêcher que la région ne sombre dans le chaos », a dit Barack Obama au Huffington Post.

« J’ai eu l’occasion de parler hier (jeudi 19 mars, ndlr) à M. Netanyahu. Je l’ai félicité pour sa victoire, et je lui ai réaffirmé mon attachement  à une solution à deux États qui est, de notre point de vue, la seule garantie sur le long terme de la sécurité d’Israël, en tant qu’État juif et démocratique, a indiqué Barack Obama. Je lui ai également rappelé qu’après ses récentes déclarations, il serait difficile de croire qu’Israël est sérieusement attaché à la poursuite des négociations ». Benjamin Netanyahu a à nouveau rejeté durant les derniers jours de sa campagne la solution à deux États.

« Cependant, nous continuerons d’insister sur le fait que, du point de vue des États-Unis, le statu quo est intenable, a poursuivi le président américain. Nous sommes attachés à la sécurité d’Israël, mais il n’est pas possible de poursuivre cette voie éternellement, avec l’implantation de nouvelles colonies. C’est un facteur d’instabilité dans la région ».

Le président américain a aussi critiqué les propos de Benjamin Netanyahu qui avait dénoncé le « danger » d’un vote massif des Arabes israéliens aux élections législatives. « Nous avons rappelé que ce genre de discours était contraire aux traditions d’Israël. Bien que ce pays soit fondé sur une terre historiquement juive, et sur le besoin de créer une nation juive, la démocratie israélienne repose sur la notion que tous ses citoyens sont égaux en droits. C’est ce qui fait la grandeur de cette démocratie. Si cela venait à changer, je pense que cela donnerait des arguments à ceux qui ne veulent pas d’un Etat juif, et que cela affaiblirait la démocratie israélienne », a commenté Barack Obama.

Interview traduite par Bamiyan Shiff pour Fast for Word

Voir de plus:

Département d’Etat américain : Obama estime que Netanyahu n’est pas sincère
Israel-flash

mar 24, 2015

Visiblement la hargne d’Obama contre Israël ne faiblit pas.

Rappel des faits

L’administration du président américain Barack Obama a rejoint les membres arabes de la Knesset lundi et s’est interrogée quand des excuses adressées par le Premier ministre Benjamin Netanyahu au dirigeants arabes en Israël pour sa mise en garde contre le vote arabe.

NDLR – on signale tout de même qu’avec l’aide de certaines ONG de gauche financées par l’étranger, des transports ont été organisés pour permettre à certains arabes de voter. Ce qui est une ingérence flagrante.Nous sommes d’ailleurs satisfaits que le Congrès ait demandé une enquête à ce sujet.

C’était la deuxième fois la semaine dernière que l’administration Obama et la Liste arabe unie ont publié des déclarations étonnamment similaires reprochant à Netanyahu ses propos pendant la campagne électorale. Certains députés arabes et Obama lui-même ont mis en doute la sincérité des clarifications que Netanyahu a apporté sur la question palestinienne. Netanyahu a donc tenté de faire amende honorable auprès des leaders arabes lundi en accueillant les chefs des communautés arabes et d’autres israéliens représentant des minorités à sa résidence officielle à Jérusalem.

Il a saisi cette occasion pour présenter des excuses concernant son avertissement le jour du scrutin aux électeurs de droite que les Arabes israéliens allaient voter en masse et ont utilisés des autobus financés par les organisations et des donateurs étrangers. « Je sais que mes commentaires la semaine dernière ont offensé certains citoyens israéliens et des membres de la communauté arabe d’Israël « , a t-il dit. « Cela n’a jamais été mon intention. Je m’excuse pour cela.  » a déclaré M. Netanyahu et mes actions en tant que premier ministre, y compris les investissements importants réalisés au sein des communautés minoritaires d’Israël, ont prouvé que je n’ai rien contre les Arabes.

Sa déclaration le jour du scrutin visait simplement à souligner qu’aucune entité étrangère ne devrait interférer dans le processus démocratique d’Israël.

« Je me considère comme le premier ministre de chaque citoyen d’Israël, sans préjugés fondés sur la religion, l’origine ethnique ou le sexe , « a t-il dit.

«Je considère chaque citoyen comme partenaire dans la construction d’un État plus sûr, plus prospère et une nation qui profite aux besoins et aux intérêts de tous nos citoyens. »

Obama a déclaré ce week-end qu’il prévoyait une réévaluation de sa relation avec Israël.

« Quand il dit une chose un jour et une autre chose un autre jour, il est impossible de dire si il est sincère », a déclaré la porte-parole adjointe du Département d’Etat Marie Harf aux journalistes. « Nous ne pouvons savoir ce qu’il a l’esprit. »

Quant à la tête liste arabe unie Ayman Odeh, celui-ci a considéré que la déclaration de Netanyahu était inacceptable et que des excuses sincères devraient venir sous forme d’adoption de lois visant à rendre les allocations de financement de l’Etat plus égalitaire. Il a dit qu’après la réunion avec les dirigeants arabes, Netanyahu a rencontré le dirigeant Bayit Yehudi Naftali Bennett et lui a parlé de faire avancer une législation nationaliste. « C’est juste un autre zigzag par un homme connu pour ses zigzags, » a dit Odeh. « Il doit retourner les mandats qu’il a reçus pour cette incitation. Nous attendons de véritables excuses, ce qui signifie une égalité réelle.  »  Ahmed Tibi a déclaré que les commentaires du premier ministre étaient « une expression de tristesse, pas des excuses. » Il a dit que « quand il s’agit de Juifs, Netanyahu s’excuse, mais quand il s’agit d’ arabes, il n’est que désolé.  » Dans un autre communiqué, la liste commune a dit: «Malheureusement, le racisme de Netanyahu et son gouvernement commence et se termine avec cette incitation. » « La législation raciste et d’exclusion et la discrimination politique font également partie du plan de travail de Netanyahu pour la prochaine Knesset, « . « Donc nous n’avons pas d’autres choix que de rejeter ces excuses et continuer notre lutte pour l’égalité pour la population arabe. »

L’Union sioniste, qui devrait diriger formellement l’opposition, n’a pas rejoint l’administration Obama et la liste commune sur la critique des excuses de Netanyahu .

Le directeur national de l’Anti-Defamation League, Abraham Foxman s’est félicité de la sensibilisation et des excuses de Netanyahu à la communauté arabe israélienne. « Bien que je ne crois pas que les remarques jour de l’élection du Premier ministre aient été anti-arabe ou racistes, la déclaration de Netanyahu pose la question dans l’esprit des gens sur la façon dont la communauté arabe est considérée par les dirigeants d’Israël et de sa place dans la société israélienne », a déclaré Foxman. « Il est important de se rappeler que sous la surveillance du Premier ministre Netanyahu, il y a eu un effort important par le gouvernement israélien pour intégrer les Arabes israéliens dans la société en général , en particulier en investissant des milliards de shekels dans l’amélioration des possibilités d’éducation et d’emploi pour les Arabes israéliens. Malheureusement, tout au long de la campagne électorale récente, il y a eu trop de déclarations extrêmes et de division. Nous réitérons notre appel aux Israéliens de toutes les affiliations politiques à travailler pour guérir ces blessures et de promouvoir l’intégration de tous en Israël.  » Reuters et Ariel Ben Solomon ont contribué à ce rapport.

résumé et adapté par la rédaction d’Israël-flash source JPost

Voir de plus:

En Israël, les partis arabes forment une alliance historique
Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

Le Monde

10.02.2015

Ils ont levé les bras et fait le V de la victoire, alors que la campagne a à peine commencé. Jamais encore, dans l’histoire politique d’Israël, les partis représentant les électeurs arabes (minorité constituant 20 % de la population du pays) n’étaient parvenus à présenter une liste unique aux élections législatives. Ce sera le cas le 17 mars. Le parti communiste Hadash et les trois formations arabes – le Mouvement islamique, Ta’al (Mouvement arabe pour le renouveau) et les nationalistes de Balad – ont officialisé leur alliance le 22 janvier, après de longues semaines de tractations. Les rivalités et les différends idéologiques n’ont pas disparu, une stratégie commune peine à émerger, mais voilà une rare bonne nouvelle pour cet électorat négligé.

C’était une question de survie. En 2014, la barre minimale pour entrer à la Knesset (le Parlement israélien) est passée de 2 % à 3,25 %, menaçant les petites formations. « L’union est devenue pour nous un cas de force majeur », explique Ahmed Tibi, leader du parti Ta’al. Les sondages promettent à la liste unifiée un résultat supérieur aux 11 sièges que les partis arabes détenaient séparément dans la Knesset sortante. Or, le Likoud du premier ministre Benyamin Nétanyahou et le Camp sioniste (centre gauche), composé des travaillistes et de Hatnoua, sont au coude-à-coude. Les députés arabes pourraient donc jouer un rôle déterminant lors de la formation d’une coalition, dès le lendemain du scrutin.

Soutien négocié
Pour autant, la liste unie n’est pas prête à rejoindre un gouvernement de centre gauche. « Je devrais, dans ce cas-là, porter la responsabilité pour toutes les actions du gouvernement, souligne Ahmed Tibi. Par exemple, s’il continue à détruire des maisons arabes en Israël, à confisquer nos terres, ou s’il décide de bombarder à nouveau Gaza. » En revanche, la liste arabe pourrait négocier son soutien à un tel gouvernement, pour mettre fin à l’ère Nétanyahou. « On peut discuter de cette possibilité après le vote, dit M.Tibi, dans le cadre de négociations sur le budget, les infrastructures, le logement, la question de prisonniers, la mosquée Al-Aqsa. »

Le sort de Haneen Zoabi (Balad) empêche pour le moment tout rapprochement entre le Camp sioniste et la liste arabe unie. Le Camp sioniste veut priver de mandat cette députée à la réputation sulfureuse. Elle s’est fait connaître en 2010 en montant à bord du navire turc Mavi-Marmara, qui avait tenté de briser le blocus de la bande de Gaza par Israël. Par ses outrances, Haneen Zoabi est un repoussoir parfait pour la droite nationaliste et elle permet à l’opposition de donner des gages de patriotisme à peu de frais, en la critiquant. Fin juillet 2014, le comité d’éthique de la Knesset lui avait interdit de s’adresser à ses pairs pendant six mois. Elle avait déclaré que les kidnappeurs de trois adolescents juifs en Cisjordanie, dont le sort avait ému le pays, n’étaient pas des terroristes.

Double frustration
Depuis quinze ans, une double frustration frappe les Arabes israéliens. La première vient de l’Etat, qui les exclut des emplois dans les entreprises publiques et l’administration, ne respecte pas leur mémoire et leurs droits à la propriété, et n’assure pas leur sécurité. Ces citoyens s’estiment discriminés et toujours suspectés d’un manque de loyauté vis-à-vis de la communauté nationale. Ils comprennent également que la création de plus en plus hypothétique d’un Etat palestinien ne réglerait pas leurs problèmes.

L’autre frustration émane de leurs propres élus arabes. Malgré une dynamique unitaire, leurs formations semblent condamnées à un rôle traditionnel de figurantes. Elles ne participent pas au pouvoir. La majorité juive les tolère mais ne remet pas en cause son propre monopole politique et symbolique. Le Septième Œil, site spécialisé dans l’analyse critique des médias, a ainsi noté un détail significatif. Il a fallu attendre début février pour que le visage d’Ayman Odeh, leader de la liste arabe unie, figure sur le bandeau de présentation des articles consacrés à la campagne, dans le quotidien Israel Hayom.

« Les députés arabes n’ont pas d’influence sur la politique d’Israël, souligne Amal Jamal, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv. Ils vont aux élections pour débattre uniquement de l’allocation des ressources. Ils arrivent à la Knesset sans l’expérience des grands groupes industriels, ni celle de l’armée. Ils n’ont donc pas de réseaux et ne peuvent influer sur la politique de l’électricité, de l’eau, de la santé. C’est pour cela qu’ils se réfugient dans l’idéologie : pour masquer leur impotence. »

 Voir de même:

Israel Elections
Netanyahu warns: The Left is busing Arabs to vote, the Right is in danger

Lahav Harkov

03/17/2015

LIVE BLOG: Building Israel’s coalition
Kahlon votes in Haifa:’First time I am not voting Lik…

Tibi says Netanyahu is inciting against Arab voters who are taking advantage of their natural and democratic right as citizens.
Benjamin Netanyahu

Netanyahu delivers a statement in Har Homa. (photo credit:REUTERS)

Funding from foreign governments to get more Israeli Arabs to vote worked, which means all right-wing voters must make sure to go to the polls, Prime Minister Benjamin Netanyahu warned on Tuesday.

“The right-wing government is in danger. Arab voters are going en masse to the polls. Left-wing NGOs are bringing them on buses,” he said.

Netanyahu’s message, delivered in a video on Facebook, came shortly after the Joint (Arab) List announced that as of 11 a.m., 10 percent of Israeli Arabs had voted, as opposed to 3 percent at the same time in the last election. After the prime minister issued his warning, the party decided to stop releasing Arab voting numbers.

“We only have you,” a visibly tired Netanyahu pleaded. “Go to the polls, bring your friends and family, vote Mahal [Likud] to close the gap between us and Labor [Zionist Union].”

“With your help and God’s help, we will form a nationalist government that will protect the State of Israel,” he added.

MK Ahmed Tibi (Ta’al) responded to Netanyahu’s message, saying that the prime minister is in a panic.

“He is inciting against Arab voters who are taking advantage of their natural and democratic right as citizens,” he said. “Netanyahu and [the] Likud are afraid, and therefore I call on more and more of the Arab public to go to the polls so Netanyahu will continue panicking. Change is coming.”

Netanyahu later clarified that “what’s wrong is not that Arab citizens are voting, but that massive funds from abroad from left-wing NGOs and foreign governments are bringing them en masse to the polls in an organized way, thus twisting the true will of all Israeli citizens who are voting, for the good of the Left.”

Likud sent an SMS to voters that “voting percentages tripled among the Arab population! The concern is coming true: The call by [Palestinian Authority President Mahmoud Abbas] and American money are bringing Arabs to the polls. Go vote!” The SMS included a link to a Channel 1 news report that Abbas encouraged Arab MKs to form one party and recommend Zionist Union leader Isaac Herzog as prime minister.

Other right-wing parties soon jumped on the bandwagon, with Yisrael Beytenu chairman Avigdor Liberman writing on Facebook that “Netanyahu knows that if masses of Arabs go to the polls, only a strong Liberman can stop them.”

Bayit Yehudi sent an SMS to voters that “it is important to spread the word: There are high voter rates in the Arab population. We are worried that the Arab party of [MKs Ahmed] Tibi and [Haneen] Zoabi will surpass Bayit Yehudi as the third-biggest party and hurt the right-wing bloc. Make sure to get everyone out of the house and vote Bayit Yehudi.”

The Joint List passed Bayit Yehudi and was third-largest party in many polls in the past few months.

MK Shelly Yacimovich (Labor) wrote on Facebook that “no Western leader would dare let such a racist text come out of his mouth.”

“Imagine if the prime minister or president of any democratic country would warn that his government is in danger because, for example, ‘black voters are going en masse to the polls.’ Horrifying, right? “It looks like what bothers Bibi [Netanyahu] is that Israeli citizens are going to vote in high numbers and simply want to replace him democratically,” she added.

Meanwhile, complaints about Netanyahu’s comments filled social media, and was even made into a meme, showing the prime minister’s head on the body of a character from the TV show Game of Thrones who is known for saying “Brace yourself, winter is coming,” with the caption: “Brace yourselves, the Arabs are voting.”

Voir enfin:

Analyse
Pourquoi Obama et Netanyahu se détestent
L’inimitié entre les deux dirigeants sur l’accord iranien atteint un sommet, mais le discours de Netanyahu à Washington n’est qu’un épisode de plus d’une relation haineuse plus longue et plus profonde qui ne s’arrêtera pas une fois la crise résolue
Haviv Rettig Gur

The Times of Israel

4 mars 2015

Haviv Rettig Gur Haviv Rettig Gur est le correspondant des affaires politiques pour le Times of Israel.

En novembre 2009, la chancellière allemande Angela Merkel a invité le président américain Barack Obama, toujours dans sa première année de fonction, à assister au 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin.

La commémoration annuelle rappelle aux Européens la défaite finale des excès idéologiques sanglants du 20e siècle, le dépassement d’une terrible histoire, plus que tout autre chose grâce à la puissance et à l’idéalisme américain. Il est difficile de penser à une histoire plus pro-américaine que celle expérimentée et dont se souviennent autant de millions d’Européens ce jour-là.

Les dirigeants de l’Europe étaient tous présents, du Premier ministre britannique aux présidents de la France et de la Russie. Pourtant, Obama était absent.

Le président était occupé, selon la Maison Blanche, citant « des engagements pour un voyage à venir en Asie ». Les Européens ont été choqués. « Barack est trop occupé », pouvait-on lire sur la Une acerbe du quotidien allemand Der Spiegel.

L’événement ne se confrontait pas avec son emploi du temps, mais plutôt avec ses sensibilités en terme de politique étrangère. Obama avait voyagé à Copenhague un mois avant l’événement pour faire du lobby auprès du Comité Olympique International afin d’accorder les jeux d’été de 2016 à sa ville natale de Chicago, et devait ensuite retourner en Europe un mois après la commémoration pour accepter son Prix Nobel de la paix à Oslo.

Son itinéraire de voyage en tant que président signifiait quelque chose de sa vision du monde et de l’Amérique. La commémoration du sauvetage par l’Amérique de l’Europe n’avait pas une très haute place dans cette vision.

Il était tout aussi significatif que le premier voyage d’Obama au Moyen Orient, en avril 2009, ait été la Turquie. « La démocratie turque est votre propre réussite. Aucune puissance étrangère ne vous y a forcé », avait-t-il déclaré au Parlement turc dans une critique évidente de son prédécesseur à la Maison Blanche.

Sa propre expérience de vie, a-t-il dit aux législateurs, a joué dans sa décision d’aller à Istanbul. « Les Etats-Unis ont été enrichis par des Américains musulmans, a-t-il déclaré. Beaucoup d’autres Américains ont des musulmans dans leur famille ou ont vécu dans un pays à majorité musulmane. Je le sais bien puisque je suis l’un d’entre eux. »

Son deuxième voyage au Moyen Orient l’a conduit au Caire, le 4 juin 2009, où il a donné son célèbre discours aux musulmans du monde, un discours qui reconnaissait que l’Amérique avait trop souvent été une partie du problème dans le monde musulman plutôt qu’un élément de la solution.

Voyage après voyage, quelque chose d’important sur les priorités et les sensibilités d’Obama devenait clair. Et pour les Israéliens, tout comme les Allemands avant eux, il était difficile de ne pas noter que les itinéraires de voyage d’Obama, et avec eux ses priorités politiques, semblaient les ignorer.

Chicago

Lors d’une récente réunion du Conseil des Relations Etrangères avec Israël, l’ancien éminent directeur général du ministère des Affaires étrangères, le Professeur Shlomo Avireni, a qualifié la politique étrangère d’Obama de « provinciale ». C’était un choix étrange de mot pour décrire les politiques d’un président avec une apparence aussi cosmopolite et autant d’envie de s’impliquer dans le monde.

Avineri touchait pourtant quelque chose du doigt.

Les remarquables mémoires d’Obama, les « Rêves de mon père », comportent un récit puissant sur ses expériences en tant que jeune travailleur social perspicace et enthousiaste dans le Sud de Chicago qui lui ont inculqué la sensibilité qui allait ensuite définir sa présidence.

Dans ce récit autobiographique, il décrit sa réaction en entendant les enfants d’un quartier pauvre de Chicago divisés en « bons garçons et mauvais garçons, la distinction n’avait pas de sens dans ma tête ». Si un enfant en particulier « finissait dans un gang ou en prison, cela démontrerait-il quelque chose de son essence, un gêne imprévisible… ou simplement les conséquences d’un environnement difficile ? »

« Dans chaque société, les jeunes hommes vont avoir des tendances violentes », lui avait déclaré à la fin des années 1980 un éducateur dans un lycée avec des élèves majoritairement noirs de Chicago. « Soit ces tendances sont dirigées et canalisées vers des objectifs créatifs soit ces tendances détruisent les jeunes hommes, ou la société, ou les deux ».

Le livre est rempli de telles méditations qui font écho à travers la rhétorique d’Obama comme président.

Dans son dernier discours à l’Assemblée générale des Nations unies, il a affirmé que « si les jeunes vivaient dans un endroit où le seul choix se situe entre la dictature d’un Etat et l’attrait d’un extrémisme souterrain, aucune stratégie contre-terroriste ne pouvait fonctionner ».

Pour Obama, le terrorisme est, à la racine, un produit de la désintégration sociale. La guerre est peut-être nécessaire pour contenir l’avancée de l’Etat islamique, mais seulement une réforme sociale peut vraiment s’en débarrasser.

Ajoutez à cette vision le vécu d’un parfait ‘outsider’, moitié blanc et moitié noir avec une enfance et une famille dispersée autour du monde, et on commence à voir le profil d’un homme avec une empathie automatique pour les marginaux et un sens presque instinctif que les plus importants problèmes du monde sont enracinés, non pas dans l’idéologie, mais dans des structures sociales et économiques oppressives qui renforcent la marginalisation.

Cette sensibilité est plus large que n’importe quelle orthodoxie économique, et elle est enracinée dans la dure expérience du Sud de Chicago.

Après avoir pris la tête de la plus importante superpuissance du monde en janvier 2009, ce travailleur social s’est mis à construire une politique étrangère qui traduisait ses impressions en actions géopolitiques.

« Lui et ses conseillers sentaient qu’il était impératif non seulement d’introduire un récit post-Bush mais aussi une compréhension post-11 septembre de ce qu’il fallait faire dans le monde », a noté James Traub dans un article récent de Foreign Policy.

« Ils considéraient que les grandes questions devant les Etats-Unis n’étaient pas des questions traditionnelles d’Etat à Etat, mais de nouvelles problématiques qui cherchaient à promouvoir des biens internationaux et demandaient une coopération globale, le changement climatique, l’approvisionnement en énergie, les Etats faibles et en effondrement, la non-prolifération nucléaire. C’était précisément sur de telles questions que l’on avait besoin de rassembler le soutien des citoyens et des dirigeants. »

Le monde était un énorme Chicago, ses problèmes essentiels pas totalement différents de ceux des Noirs du Sud de Chicago, et les solutions à ces problèmes étaient enracinées dans la même capacité humaine à surpasser les divisions sociales et les inégalités.

Voilà en quoi consistait le « provincialisme » d’Obama, sa vision d’un monde qui favorisait les désavantagés et les opprimés, qui percevait les conflits idéologiques et politiques entre les gouvernements comme secondaires par rapport à des crises plus universelles et en fin de compte sociales qui troublaient un monde déjà tumultueux.

Jérusalem

C’était cette vision humanitaire expansive qui a conduit Obama à faire sa première erreur stratégique majeure au sujet d’Israël. C’était, en effet, en Israël que son récit des affaires du monde s’opposait directement aux réalités impitoyables de la géopolitique.

Dans son discours du Caire, tout en promettant de défendre Israël et de garantir l’alliance de l’Amérique avec l’Etat juif, Obama a aussi dit au monde musulman que les implantations d’Israël étaient illégitimes et suggérait que la prétention juive envers Israël était enracinée dans la dévastation de l’Holocauste plutôt que dans l’attachement juif millénaire à la terre.

Cette insulte à la légitimité du régime politique juif en Israël, à la fois dans la rhétorique et dans l’itinéraire de voyage, était totalement inattendue. Cela a eu lieu juste quelques mois avant qu’il n’insulte involontairement les Allemands pour la commémoration de la chute du mur de Berlin.

Dans les deux cas, il y avait une même raison : un Israël prospère et puissant, comme l’Europe, ne faisait pas partie du monde qu’Obama essayait de sauver. En raison de son succès, Israël n’était pas pertinent dans sa vision de la politique étrangère.

Avec une exception : l’injustice sociale, économique et politique imposée par Israël contre les Palestiniens sans défense.

Le conflit israélo-palestinien semblait avoir beaucoup en commun avec les maladies sociales américaines qu’il avait combattues toute sa vie d’adulte : un conflit entre deux communautés divisées, renforcé par l’intolérance, des récits mutuellement exclusifs de victimisation et d’absence d’empathie et d’espoir.

L’engagement énergique et premier d’Obama pour la paix israélo-palestinienne n’était pas enraciné dans les calculs stratégiques habituels qui conduisent une politique étrangère, mais cela correspondait très bien à la nouvelle sensibilité qui définissait maintenant sa présidence.

Mais la géopolitique n’est pas du travail social. Et ce qui est vrai à Chicago ne l’est peut-être pas à Jérusalem. La première tentative majeure d’Obama dans le conflit – obtenir un gel de 10 mois de la construction d’implantations en dehors de Jérusalem – a donné le ton pour les cinq prochaines années d’efforts.

La Maison Blanche d’Obama était désorientée et frustrée quand il est apparu clairement que la mesure sans précédent de « construction de la confiance » de Netanyahu avait en réalité éloigné les Palestiniens de la table des négociations.

Le conflit israélo-palestinien n’est pas un combat contre l’injustice sociale ou économique, mais entre des identités nationales. Même s’il veut un accord de paix avec Israël, comme Obama le croit sincèrement, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas doit manœuvrer dans les limites du récit national palestinien qui rejette la cause nationale juive comme étant irrémédiablement illégitime. Abbas ne peut tout simplement pas faire de compromis, il doit être perçu comme un vainqueur.
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Alors, le fait que la Maison Blanche ait demandé et obtenu un gel sans précédent des implantations d’Israël ne prouvait pas aux Palestiniens qu’Israël était prêt au compromis, mais plutôt que leurs propres dirigeants demandaient moins de l’occupant détesté que la Maison Blanche ouvertement pro-Israélienne.

La Maison Blanche, un bastion de sionistes de son propre aveu, avait sans effort obtenu une concession qu’aucun dirigeant palestinien n’avait même jamais demandée.

Dans son tout premier effort de renforcer la confiance entre les parties, la Maison Blanche d’Obama a désastreusement réduit la marge de manœuvre politique intérieure des dirigeants palestiniens.

Cette erreur initiale a établi la dynamique qui a contrecarré les efforts les plus concertés de l’Amérique pour relancer les négociations. Chaque fois que la pression américaine sur Israël augmentait, la pression intérieure sur les dirigeants palestiniens pour élever leurs exigences et conditions préalables augmentait rapidement aussi.

L’organisation sociale ne lutte pas contre ces couches idéologiques et identitaires, avec la logique impitoyable des conflits ethniques, et les Israéliens n’ont pas tardé à croire qu’Obama ne pouvait les voir.

Après 2010, Obama est resté un personnage bien vu dans la culture populaire israélienne, mais selon les sondages, il a perdu un élément plus important que sa popularité : il était considéré comme dangereusement naïf.

Les Israéliens ont confiance en ses intentions, mais pas en son jugement.

La politique étrangère d’Obama s’est développée au cours des six années de sa présidence.

Son optimisme initial a été tempéré par la réalité en Ukraine, en Syrie et dans d’autres pays en crise. Les décideurs américains peinent encore à trouver des façons de traduire la vision qui définit sa présidence en action géopolitique intelligente.

Bruyamment applaudi partout où il allait, Obama a passé ces premières années tranquillement et a brûlé accidentellement les ponts avec certains des plus proches alliés de l’Amérique.

Six ans plus tard, le lustre est parti. Le zèle optimiste pour un engagement mondial s’est fondu dans une poignée de principes minimalistes : tuer tous les terroristes qui menacent les Américains, éviter les guerres coûteuses, rester près des alliés stables.

Washington

La Maison Blanche d’Obama déteste Benjamin Netanyahu. C’est une animosité que les observateurs de longue date des relations américano-israéliennes soulignent souvent, mais tentent rarement d’expliquer.

L’aversion du président Obama pour Netanyahu est intense, et le sentiment filtre parfois dans les rangs des conseillers et des hauts fonctionnaires des deux bords.

Il y a peu de doute que cette hostilité soit devenue personnelle – un dirigeant juif américain a affirmé que c’est le président Obama lui-même qui a donné l’interview à The Atlantic, dans laquelle un responsable anonyme s’est moqué de Netanyahu en le qualifiant de « chickenshit » [poule mouillée] – mais ses origines sont plus profondes qu’une antipathie personnelle.

La rhétorique de Netanyahu au cours des six dernières années est dominée par des platitudes sempiternelles sur l’histoire juive et les droits des Juifs.

Même quand il offre un rameau d’olivier rhétorique, comme dans son célèbre discours en 2009 à l’université Bar-Ilan, il refuse d’adopter un langage qui accepte comme une question de principe la légitimité de visions concurrentes.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prie au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 février 2015 (Crédit : AFP/Pool/Marc Sellem)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prie au mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem le 28 février 2015 (Crédit : AFP/Pool/Marc Sellem)

Les heures avant son décollage pour son voyage controversé cette semaine à Washington, Netanyahu a pris le temps de prier au mur Occidental à Jérusalem et de faire un pèlerinage sur la tombe de son père, expert en histoire juive et en persécution, dont l’intérêt pour la souffrance juive à travers les âges a beaucoup influencé la vision du monde de Netanyahu.

Pour Obama, Netanyahu est Rafiq al Shabazz, un ancien membre d’un gang qui s’est converti à l’islam et est devenu militant de la communauté noire du sud de Chicago dans les années 1980.

Dans « Les Rêves de mon père« , Obama rappelle comment Shabazz expliquait les problèmes communautaires : « Les gens de l’extérieur de notre communauté font de l’argent sur notre dos et sont irrespectueux envers nos frères et sœurs. Fondamentalement, ce que vous avez ici sont des Coréens et des Arabes dirigeant les magasins, des Juifs possédant encore la plupart des bâtiments. Maintenant, dans le court terme, nous sommes ici pour faire en sorte que les intérêts des personnes noires soient entendus, vous comprenez. Quand nous entendons que l’un des Coréens maltraite un client, nous sommes sur l’affaire. Nous insistons pour qu’ils nous respectent et apportent une contribution à la communauté. »

Shabazz considérait les intérêts noirs dans des termes étroitement sectoriels, ne comprenant pas ce qu’Obama savait : dans une économie interconnectée, que ce soit à Chicago ou dans le monde, la prospérité future et la vitalité sociale des Noirs, des Coréens, des Arabes et des Juifs est inextricablement liée.

Lorsque Netanyahu insiste pour parler de l’histoire juive à l’Assemblée générale de l’ONU, tout en refusant d’aborder la dépossession palestinienne, quand il rejette d’emblée et à plusieurs reprises l’idée qu’une éventuelle réadaptation de l’Iran pourrait être plus souhaitable qu’une confrontation permanente, Obama entend des échos de ces militants de Chicago dont le chauvinisme a fait plus de mal que de bien à leurs communautés.

Les horizons sectaires de Netanyahu, son pessimisme profond sur les Palestiniens et la région, la politique pure et dure qui reflète le scepticisme de ses électeurs – pour Obama, ces attributs incarnent tous les maux du monde.

L’ « adversaire mortel » de l’Amérique et du monde, a dit Obama, n’est pas un ennemi géopolitique, mais la perte de l’espoir, le triomphe de l’apathie et le broyage des structures sociales (et, par extension, géopolitiques) qui inhibent les opportunités et soutiennent les inégalités.

Netanyahu, un allié trop proche et trop bruyant pour être ignoré, s’irrite contre la vision du monde d’Obama et fustige constamment la consciente largesse d’esprit qu’est devenue l’identité politique d’Obama.

Selon Netanyahu, à moins que le mouvement national palestinien n’accepte qu’il y a une certaine légitimité à la création d’une patrie juive en Israël, les dirigeants palestiniens demeureront gelés sur place et incapables de compromis pour la paix.

Pendant ce temps, les concessions israéliennes à une direction palestinienne qui continue de rejeter la légitimité même d’Israël ne feront que renforcer cette impulsion de rejet en soutenant l’illusion que la victoire finale contre l’existence d’Israël est possible.

Pour Netanyahou, toute la stratégie américaine qui commence par des concessions israéliennes, au lieu de chercher un changement dans la vision de base de l’autre côté, met la charrue avant les bœufs – et garantit un échec continu.

Sur l’Iran, l’évaluation de Netanyahu des capacités stratégiques d’Obama est tout aussi peu flatteuse. En abandonnant les sanctions sur lesquelles les États-Unis avaient toutes les cartes et autour desquelles le monde était uni en opposition aux ambitions nucléaires iraniennes, Obama a concédé beaucoup et obtenu très peu.

On ne peut faire confiance à un pays de la taille de l’Europe occidentale avec un dossier d’installations entières et qui ment à répétition aux inspecteurs de l’AIEA et au Conseil de sécurité des Nations unies.

Un monde qui ne pouvait guère tolérer la perspective d’une guerre serait devenu intolérant, même vis-à-vis d’une restauration des sanctions. Le barrage avait été violé, et personne ne pouvait garantir qu’il pourrait être rétabli si l’Iran violait l’accord.

L’argument favori de la Maison Blanche pour défendre l’accord – que le choix devant les puissances occidentales était de conclure un accord ou d’aller à la guerre – prouve pour Netanyahu l’incompétence qu’il a constatée dans la stratégie de la Maison Blanche. L’argument équivalait à déclarer aux Iraniens que les Etats-Unis ont besoin d’un accord beaucoup plus qu’eux.

Obama a été le premier à se rendre dans la capitale de l’autre et à le rabrouer devant son propre peuple.

Quand Obama est finalement arrivé en Israël en tant que président, en mars 2013, il a ostensiblement refusé une invitation à s’adresser devant le Parlement israélien et a donné à la place une discours public à de jeunes Israéliens au Centre international de conférences de Jérusalem.
Le président américain Barack Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la foule lors de la visite d’Obama à Ramallah, le 31 mars 2013 (Credit : Issam Rimawi/Flash90)

Le président américain Barack Obama et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas saluent la foule lors de la visite d’Obama à Ramallah, le 31 mars 2013 (Credit : Issam Rimawi/Flash90)

C’était un discours « pour le peuple d’Israël », pas son leadership, a dit la Maison Blanche – un peu comme le discours du Caire a été adressé aux musulmans et non aux gouvernements. « Je peux vous promettre ceci », a déclaré Obama aux Israéliens à propos de leur Premier ministre, « les dirigeants politiques ne pourront jamais prendre des risques si le peuple ne les pousse pas à prendre des risques ».

Netanyahu a considéré la Maison Blanche d’Obama comme un échec ; aveuglée par sa pompeuse auto-assurance, on ne peut lui faire confiance pour gérer avec compétence la sécurité mondiale.

Obama a vu Netanyahu comme un obstacle, un partisan hypocrite dont la politique étroite obstrue la route de progrès significatifs sur tous les sujets où il est impliqué.

Pour les deux hommes, l’écart est plus profond que la fracture démocrates-républicains, plus profond que la question palestinienne, plus profond encore que la bataille sur l’Iran.

Obama a cherché à introduire une nouvelle conscience dans les affaires mondiales, une conscience qui a défini son identité politique. Netanyahu défend les anciennes méthodes – dont dépendent, selon lui, la sécurité nationale.

Voir enfin:

US Declassifies Document Revealing Israel’s Nuclear Program
Obama revenge for Netanyahu’s Congress talk? 1987 report on Israel’s top secret nuclear program released in unprecedented move.
Ari Yashar, Matt Wanderman
Arutz Sheva 7

3/25/2015

In a development that has largely been missed by mainstream media, the Pentagon early last month quietly declassified a Department of Defense top-secret document detailing Israel’s nuclear program, a highly covert topic that Israel has never formally announced to avoid a regional nuclear arms race, and which the US until now has respected by remaining silent.

But by publishing the declassified document from 1987, the US reportedly breached the silent agreement to keep quiet on Israel’s nuclear powers for the first time ever, detailing the nuclear program in great depth.

The timing of the revelation is highly suspect, given that it came as tensions spiraled out of control between Prime Minister Binyamin Netanyahu and US President Barack Obama ahead of Netanyahu’s March 3 address in Congress, in which he warned against the dangers of Iran’s nuclear program and how the deal being formed on that program leaves the Islamic regime with nuclear breakout capabilities.

Another highly suspicious aspect of the document is that while the Pentagon saw fit to declassify sections on Israel’s sensitive nuclear program, it kept sections on Italy, France, West Germany and other NATO countries classified, with those sections blocked out in the document.

The 386-page report entitled « Critical Technological Assessment in Israel and NATO Nations » gives a detailed description of how Israel advanced its military technology and developed its nuclear infrastructure and research in the 1970s and 1980s.

Israel is « developing the kind of codes which will enable them to make hydrogen bombs. That is, codes which detail fission and fusion processes on a microscopic and macroscopic level, » reveals the report, stating that in the 1980s Israelis were reaching the ability to create bombs considered a thousand times more powerful than atom bombs.

The revelation marks a first in which the US published in a document a description of how Israel attained hydrogen bombs.

The report also notes research laboratories in Israel « are equivalent to our Los Alamos, Lawrence Livermore and Oak Ridge National Laboratories, » the key labs in developing America’s nuclear arsenal.

Israel’s nuclear infrastructure is « an almost exact parallel of the capability currently existing at our National Laboratories, » it adds.

« As far as nuclear technology is concerned the Israelis are roughly where the U.S. was in the fission weapon field in about 1955 to 1960, » the report reveals, noting a time frame just after America tested its first hydrogen bomb.

Institute for Defense Analysis, a federally funded agency operating under the Pentagon, penned the report back in 1987.

Aside from nuclear capabilities, the report revealed Israel at the time had « a totally integrated effort in systems development throughout the nation, » with electronic combat all in one « integrated system, not separated systems for the Army, Navy and Air Force. » It even acknowledged that in some cases, Israeli military technology « is more advanced than in the U.S. »

Declassifying the report comes at a sensitive timing as noted above, and given that the process to have it published was started three years ago, that timing is seen as having been the choice of the American government.

US journalist Grant Smith petitioned to have the report published based on the Freedom of Information Act. Initially the Pentagon took its time answering, leading Smith to sue, and a District Court judge to order the Pentagon to respond to the request.

Smith, who heads the Institute for Research: Middle East Policy, reportedly said he thinks this is the first time the US government has officially confirmed that Israel is a nuclear power, a status that Israel has long been widely known to have despite being undeclared.

Voir par ailleurs:

Iran might attack American troops in Iraq, U.S. officials fear

As a March 31 deadline approaches for a nuclear deal with Iran, some worry about Iranian mischief.

Michael Crowley

Politico

3/25/15

As negotiations on a possible nuclear deal approach a March 31 deadline, U.S. officials are increasingly alarmed about Iran’s expanding military presence in Iraq — and the threat it may pose to American soldiers in the country.

Two scenarios are of particular concern, officials say. One is that a collapse of the nuclear talks could escalate tensions between Iran and the U.S., emboldening Iranian hard-liners and potentially leading to attacks on Americans in Iraq.

The other is that increased U.S. efforts to oust Syrian president Bashar Assad, a close ally of Tehran, could provoke retaliation from Iran. White House officials who oppose greater involvement in Syria’s civil war often cite concern for the safety of Americans in Iraq as a reason for caution, sources said.

In either case, U.S. officials fear, Iran could direct the Iraqi Shiite militias under its control to attack U.S. troops aiding the fight against the Islamic State in Iraq and the Levant.
Ashraf Ghani and Barack Obama are shown in the Oval Office on March 24, 2015. | Getty

“The current [nuclear] negotiations likely have a restraining effect, but there are other incentives and national interests at stake for the Iranians,” said a senior U.S. military official. “This is something that we are continually assessing. [Iran’s] history as regional provocateurs and exporters on terrorism demands it.”

President Barack Obama has dispatched 3,000 troops to Iraq as trainers and advisers to Iraqi forces battling ISIL. Many are now in close proximity to heavily armed Shiite militias with direct ties to Tehran. At times, the militias have even fought in tacit cooperation with the U.S.

But while Iran may be the enemy of America’s enemy, U.S. military officials don’t consider it a friend. They bitterly recall Iran’s role during the Iraq war, when roadside bombs sent by Tehran to Shiite militias who fought the U.S. occupation killed hundreds of American troops. Some of those same militias have now remobilized to battle the Islamic State of Iraq and the Levant, a Sunni Muslim group that considers Shiites apostates and that has seized vast swaths of territory in northern Syria and western Iraq.

In particular, the U.S. holds responsible Maj. Gen. Qassem Suleimani, who commands Iran’s secretive Quds Force. Suleimani and other Iranian commanders are now in Iraq directing Shiite fighters against ISIL

“We declare to the world, we have Iranian advisers, and we’re proud of them, and we thank them deeply for participating with us,” Hadi Al-Amari, leader of the Shiite paramilitary force Hashd Al-Shaabi, told CNN earlier this month.

The allegiances of many Iraqi Shiite fighters are no secret. Some openly display posters of Iran’s Supreme Leader, Ali Khamenei, who recently commended a Tehran crowd for chanting “Death to America.”

The concern is that those fighters, under the direction of Suleimani, may again train their sights on American troops.

“The U.S. military is very concerned that the Iranians will come after American personnel in Iraq,” says Kenneth Pollack, a former CIA analyst and Brookings Institution scholar close to the Pentagon. “It’s clearly something that’s been on their mind for a while.”

One military official said there is no imminent Iranian threat to Americans in Iraq, who operate from the U.S. Embassy in Baghdad and from joint command centers with Iraqi and Kurdish forces.

But sources said the potential danger is factored into U.S. military planning. Debates about troop levels in Iraq, for instance, are shaped in part by concerns that a larger force creates a bigger potential target for Iran.

While not in front-line combat roles, the Americans could be vulnerable to attacks on their compounds. Ducking and covering from rocket and mortar fire was a routine part of life for Americans stationed in Iraq during the U.S. occupation there.

“That’s a fresh memory for people,” said Derek Chollet, who left a top Pentagon post in January and is now with the German Marshall Fund.

Iran’s ability to harm American troops in Iraq has also shaped another major Obama administration debate, sources said: whether to step up efforts to depose Syria’s Assad.

The Obama administration says its priority is to defeat ISIL — despite pressure from Arab allies who want to go after Assad more directly — and calls that the sole mission of the Sunni rebels it is training and equipping under a nascent Pentagon program based in Saudi Arabia.

“Multiple [officials] have told me they’re worried about retaliation in Iraq, which does seem to be influencing our Syria policy,” says Robert Ford, who served as Obama’s liaison to the Syrian rebels until last summer. “Basically, they’re afraid that if they provide serious help to the armed opposition against Assad, the Iranians will have their surrogates in Iraq attack us.”
Sen. Mike Enzi, R-Wyo. gives a victory speech during his election party, Tuesday, Nov. 4, 2014, at the Bell Nob Golf Course Clubhouse in Gillette, Wyo. (AP Photo/Tim Goessman)

Iran has spent billions of dollars to help the Syrian dictator, a longtime conduit for Iranian influence in the region, survive that country’s sectarian civil war.

Obama officials believe that Iran has avoided threatening American troops in Iraq because they welcome the U.S. air campaign against ISIL, which has massacred Shiites and attacked their shrines.

Iran has also avoided actions that could derail the nuclear talks, which are headed for a key deadline at the end of this month when negotiators from the U.S. and five other nations hope to reach a framework agreement with Iran limiting its nuclear program in return for sanctions relief.

But many Republicans in Congress want to derail what they fear will be a bad deal with Iran. Obama has warned that the collapse of the nuclear talks would increase the chance of possible U.S. military action against Iran. Such talk in Washington would increase the risk to the Americans based in Iraq.

Even if a nuclear deal is struck, Iran can tolerate an American presence in neighboring Iraq for only so long, according to Ford, who served as political counselor to the U.S. Embassy in Baghdad from 2004 to 2006.

“They don’t want American troops in Iraq,” Ford said. “They’re going along with it now because they need us. But as soon as the Islamic State is contained or degraded sufficiently they will want us to leave — and they will encourage us by a variety of means, including mortar strikes and rocket strikes.”

Ominously perhaps, Amari, the Shiite militia leader, told CNN that Iraq doesn’t need America’s help in defeating ISIL.

Persistent fears that Iran may try to target Americans in Iraq underscore the difficulty of thawing relations between Washington and Tehran. So do other Iranian activities opposed by the U.S., including Iran’s support for Hezbollah in Lebanon and for the Houthi rebels who recently ousted Yemen’s government.

“It does point up the fact that we have a huge problem with Iran outside of the nuclear space,” said Chollet. “And that will continue to exist even if we get a nuclear deal.”

Voir enfin:

 Arab Press Harshly Criticizes Obama Administration For Allying With Iran, Turning Its Back On Arab Friends, Leading Region To Disaster
MEMRI

March 23, 2015

Against the backdrop of the current U.S.-Iran nuclear negotiations and the war on the Islamic State (ISIS), in recent weeks dozens of articles in the Arab press, and particularly in the Saudi press, have harshly criticized the Obama administration’s policy in the region – especially its Iran policy, which they term « destructive », « idiotic », « dangerous » and « narrow-minded. »

Expressing apprehension at the prospect of a U.S.-Iran nuclear agreement that would strengthen Iran at the expense of the Sunni countries, which are long-time U.S. allies, some writers stated that because President Obama seeks a nuclear agreement with Iran for his own personal glory, while the cost of such an agreement does not matter to him. They wrote that Obama disregards Iran’s actions, and is giving it and the organizations affiliated with it a free hand to operate in Syria, Iraq, Yemen and Bahrain, and by doing so is allowing Iran to further expand in the region.

Some of the writers argued that the U.S. policy in Iraq and Syria that had given Iran freedom to operate in those countries had given rise to ISIS, since the U.S.-Iran alliance had humiliated the Sunni Arabs and created optimal conditions for the group to emerge.

One writer even called on the Arab countries and Turkey to confront the Obama administration, thwart its policy in the region, and come out strongly against any agreement it signs with Iran that does not absolutely prevent it from possessing nuclear weapons. Another speculated that the countries of the region could be better off finding someone else to rely on rather than the U.S.

The following are translated excerpts from several articles:

Saudi Intellectual: Obama Has Allied With Shi’ite Militias Against Sunni Militias

Saudi political commentator Khaled Al-Dahil argued in the London-based daily Al-Hayat that Obama’s policy in the region is destructive, and that the Arabs must not remain silent about it. He wrote that the Obama administration is allowing Iran and its militias in Syria and Iraq a free hand, and helping it fight Sunni organizations in the region, with the aim of pacifying it in advance of the signing of the nuclear agreement. : »… The Obama administration realizes quite well that the war on ISIS as it is currently being waged has destructive sectarian repercussions, which if not dealt with will blow up in everyone’s face. But has this administration…done a thing to correct how this war is being conducted?…Certainly not! This administration has acted, and continues to act, contrary to the fears that it itself has expressed. [It does] this because of its wish to ally with Iran, as part of the war on ISIS – in an alliance that will be secret until a nuclear agreement [with Iran] is reached and [U.S.-Iran] relations are normalized.

« Obama sees several advantages in this war [against ISIS]: It reassures Iran and gives it the sense that the U.S. seeks to rescue it from an additional enemy [ISIS], after saving it from the Taliban and from Saddam Hussein. Similarly, Obama hopes that in this way he will succeed in persuading Iran to make the necessary concessions in order to arrive at the longed-for nuclear agreement.

« However, Obama has gone further than that: together with Russia, he has given Iran a free hand in Syria to support the Syrian regime and crush the local opposition. Thus, the American president’s opportunism is very clearly exposed. As a skilled attorney and politician, he knows that ISIS, as a sectarian organization, is the natural and direct outcome of the sectarian wars that began with the American invasion of Iraq. [On the other hand], President Obama himself has called the Iranian regime theocratic – that is, a sectarian regime… – because a religious political regime is by definition, and necessarily, a sectarian regime. Furthermore, it was the Iranian regime that defined itself as sectarian in its [own] constitution (see sections 12, 71, and 115 of Iran’s constitution). This means that… Obama is fighting the sectarian ISIS with a sectarian policy and sectarian tools…

« True, Obama has not allied formally with Iran for the war on ISIS, but he has allied de facto with Iran… [and] with its militias and the militias under its influence. That is why the Obama administration disregards all Iran’s military and intelligence activity in Syria and Iraq – from its dispatching of Islamic Revolutionary Guards Corps (IRGC) fighters and its financing and training of Iraqi Shi’ite militias, to the fight against ISIS, whether by means of [Iranian] airstrikes against it or by means of these [same] militias.

« It is striking that the Obama administration has deployed over 3,000 troops to train the so-called Hashd Sha’bi [Popular Mobilization] Forces – a group of Shi’ite militias that was formed after the collapse of the Iraqi army and Mosul’s fall to ISIS last year. That is, the Obama administration has allied de facto with Shi’ite militias to fight Sunni militias…

« The Houthi takeover in Yemen opens an additional front in the Sunni-Shi’ite war. Is it conceivable that the U.S. could partner with Iran in the war against the Sunnis in Yemen, as it has essentially already done in Iraq and Syria?…

« There is nothing to warrant remaining silent about this American policy, because it is the main factor that generated the terrorism in Afghanistan. This terrorism further intensified following the U.S. invasion of Iraq, and it split [into several streams] as a result of the American silence in the face of the holocaust being perpetrated in Syria by means of the Russia-Iran alliance with the regime there. It is wrong [for us] to remain silent in light of a policy that is dragging the region into more destructive religious wars just because Mr. Obama aspires to reach an agreement with the Iranians… »[1]

Iran shoots at « Iraqi Sunnis » and « Syrian Sunnis » with U.S. sponsorship (Al-Watan, Saudi Arabia, March 18, 2015)

Obama’s Policy On Iran Nuclear Issue – « Gambling With The Future Of The Region »

In a second article, Al-Dakhil again attacked Obama, arguing that the deal that he was trying to make with Iran was based on the groundless assumption that within a few years Iran was going to change. He added that Obama was gambling with the future of the region:

« President Obama’s recklessness in reaching a nuclear agreement with Iran is manifested in the assumption on which he bases his justification of this agreement, and on the wording of the agreement that will apparently be agreed upon. The Israelis did well to expose the reckless aspect of this assumption, because with the exception of the five parties that are actually negotiating with Iran, it is they who know the most about the details of the American position on this issue. Israel is the Americans’ closest and most important ally, and the one that is the most fearful about the upsetting of the balance of power [in the region] that will result if Iran or any Arab or Islamic country possesses nuclear weapons…

« Why does Obama consider it necessary to reach such an agreement? Because the president’s objective is to tie the Iranians’ hands for 10-15 years, in hopes that by then, Iran will have a new leadership, and will become a different country – perhaps a democratic country with less of a desire for nuclear weapons. Obama seems to be basing his policy on this risky issue on hope, not on political considerations; thus, he is gambling with the future of the region…

« At the same time, the Arab countries must deal with the other aspect of the American position, which is no less idiotic and dangerous. This aspect is reflected in Obama’s response to events in the region – [a response] based on a nearly absolute belief that the danger currently threatening the world is Sunni extremism and the terrorism emanating from it, and that the only option for stabilization is through cooperation with Iran. It is nearly certain that this perception, along with the hope that Iran will change, is what is impelling Obama to reach an agreement with Iran.

« However, this perception is superficial and faulty – because it is based on dreams that are more like delusions, and it also wants to see only the Sunni side of the sectarian equation that is stirring up the region… »[2]

Iranian Journalist: Proponents Of The Deal With Iran Rely On A Fatwa By Khamenei Nobody Has Ever Seen

Amir Taheri, a Paris-based Iranian author and journalist, argued in a similar vein that American proponents of the deal with Iran base their position on groundless assumptions, including on the claim that Khamenei issued a fatwa banning nuclear weapons – a fatwa that nobody has ever seen. The following are excerpts from a translation of his article published in the English edition of Al-Sharq Al-Awsat:[3] « Campaigning for a deal on the Iranian nuclear issue, the pro-mullah lobby in the West, especially in the United States, often cites three claims in support of President Barack Obama’s appeasement of Tehran. The first is that a deal will help the ‘reformist’ wing of the regime led by former president Akbar Hashemi Rafsanjani—which already controls the presidency through Hassan Rouhani—to capture other levers of power and embark on a genuine program of change aimed at returning Iran to normality. Rafsanjani is cast as a moderate, a turbaned version of Deng Xiaoping, capable of closing the chapter of the revolution and forging business-like relations with the US. Much is made of Rafsanjani’s recent statements that he has always favored collective leadership and that once the Supreme Guide Ali Khamenei is shown the door, he would press for a collegial system and the end of ‘one-man rule’ in Iran.

« The first step in that direction was supposed to come last Monday when Rafsanjani sought to get himself elected president of the Assembly of Experts… Capturing [it] was supposed to be the first step in a victorious march that would enable the Rafsanjani faction to win control of the Islamic Consultative Assembly or Majlis, the 290-member ersatz parliament. However the Assembly of Experts elected Ayatollah Muhammad Yazdi—one of Rafsanjani’s oldest foes and a close associate of Khamenei—as its new president with 47 votes to 24. The Rafsanjani faction’s hopes of winning control of the parliament next year are unlikely to prove any better. Several polls show that even if the faction manages to mobilize all those who voted for Rouhani—33 percent of those eligible to vote—it still would not be enough to secure a majority of the 230 seats on offer.

« The second claim, paradoxically, is built on a fatwa supposedly issued by Khamenei forbidding the use of nuclear weapons. Thus, while Obama hopes that Rafsanjani will eventually evict Khamenei, he is basing his policy on a fatwa issued by the latter. Since no one, and certainly not Obama, has seen the fatwa in question it is hard to assess its political importance. However in real terms the fatwa, supposing it does exist, is nothing more than an opinion and is thus devoid of legal authority.

« The third claim is that the nuclear project is popular with the Iranian people and that by accepting a nuclear Iran the US would gain popularity there. However, ultimately there is no evidence to back that claim. The issue has never been properly discussed in any public forum, not even in the Majlis. In fact, successive governments, including under the Shah, have suppressed a number of reports warning against the dangers of a nuclear project, especially with reference to the threat that earthquakes pose to nuclear installations on almost all parts of the Iranian Plateau…

« Obama’s hope is that by making a deal he will enable Rafsanjani’s ‘moderate’ faction to win the power struggle in Tehran and initiate a change of behavior by the Khomeinist regime. That, many agree, is nothing but an illusion. In his address to the US Congress, Israeli Prime Minister Benjamin Netanyahu also seemed to share this sentiment. As Aristotle observed 25 centuries ago, character is action. In other words: You are what you do! A regime’s nature dictates its behavior. As Sa’adi Shirazi—the famous poet of Shiraz—noted almost eight centuries ago, a scorpion does not sting because it wants to be a bad boy; it does so in accordance with its nature. »

The 5+1: « We’ll give Iran another month… two months… 13 months… 14 months… » Following the explosion: « The extension has expired » (Al-Quds Al-Arabi, London, March 17, 2015)

Senior Saudi Journalist: Obama Leading Region To Disaster

Tariq Al-Homayed, the former editor of Al-Sharq Al-Awsat and currently a columnist for the daily, likewise wrote that U.S. Secretary of State John Kerry’s recent visit to Saudi Arabia, which was aimed at reassuring the Saudis about the imminent U.S.-Iran nuclear agreement, not only failed to reassure it but also revealed the deep disagreement between the two countries and the dangers of the agreement. Stressing that the inevitable response to an Iranian nuclear bomb will be an Arab nuclear bomb, he warned that the countries of the region could « fall victim to the naïveté of a few people in Washington » and that President Obama is not aware of the gravity of his actions that could lead the entire region into genuine disaster.

He wrote: « What is now clear is that the American president either is striving to attain personal glory, the outcome of which cannot be assessed, or he does not comprehend the implications of his actions. [The latter] possibility is more likely.

« The truth is that a bad agreement with Iran is a disaster, and constitutes international recognition of Iran’s occupation of the countries of the region and international approval of Iran’s sponsorship of terror. Therefore, the region is facing a real disaster, and we do not know how matters will develop by the end of the presidential term of Obama, who is leading the entire region to real disaster. It is inconceivable that there will be a nuclear Iran in the region while the rest of the countries of the region stand by. The response to the existence of an Iranian bomb will undoubtedly be an Arab nuclear bomb. Otherwise, our countries will appear to have welcomed the Iranian game, and will have fallen victim to the naïveté of some people in Washington. Therefore, Kerry’s Riyadh visit is worrisome and not reassuring, and all the relevant countries in the region must consider every possible option in responding to this absurd American move that can release the [Ayatollah Ruhollah] Khomeini genie – which will bring to the region nothing but destruction and civil war. »[4]

Former Jordanian Minister: U.S. Handed Iraq, Syria Over To Iranian Occupation, Leading To Rise Of ISIS

Former Jordanian information minister Saleh Al-Qallab also harshly attacked the U.S.’s regional policy and accused it of handing Syria and Iraq over to the Iranian occupation and of being responsible for the rise of ISIS. In his column in the London-based Saudi daily Al-Sharq Al-Awsat, Al-Qallab claimed that the U.S. was conspiring with Iran, enabling it to take over strategic countries and areas in the region, and kept silent in the face of the harm done to Sunnis, with the unconvincing pretext of wanting the nuclear negotiations to succeed.

Al-Qallab wrote: « …The Americans should know that their reputation in the region… is poor and that those whom they consider their friends [among the Arab countries], and who are indeed [their friends], have grown tired of them, of their policy, and of their behavior, and repeatedly say – if not loudly then with a whisper – ‘Allah save us from our friends; our enemies we can handle ourselves.’ We can assume that the decision-makers in the U.S. know that the reason for increasingly strong ties between Egypt and Russia, especially in the military field, is the consequence of the Obama administration’s betting on the MB organization in Egypt and elsewhere as the [force] capable of combating extremism and terrorism in this region. If this isn’t a foolish policy, then it is certainly… a plot meant to prevent the Arab ummah from standing on its own feet and taking the place that it deserves at this decisive historical moment…

« Barack Obama is acting strangely. Contrary to the U.S.’s interests in this region, which is… a Sunni region from Tetouan in Morocco to Saif Sa’ad in Iraq, Obama shamelessly said that he wants to work with a single decision-maker – the leader of the Iranian revolution, Ali Khamenei, and that he [only] wants to work with one country – the all-powerful Iran – to redraw the future of this region. This means that the U.S. president ‘washed his hands’ of all the U.S.’s friends and allies from the time of the Cold War and the inter-bloc struggle…

« Is the American position regarding the events in Yemen nothing less than a conspiracy and a plot [with Iran] done in broad daylight? Do Obama and his government officials not understand that by remaining silent in the face of Houthi actions they will enable Iran to rule the Straits of Hormuz, Bab El-Mandeb and the Arabian Sea – which could become the Persian Sea – and the Red Sea? …

« The U.S., whether by conspiring [with Iran] or out of political stupidity and narrow-mindedness, is the one who enabled Iran to occupy Iraq during the term of the ill-reputed Paul Bremer. Obama’s hesitancy and unstable position [also] led the U.S. to abandon the Syrian opposition, thus handing Syria to the commander of the Iranian Qods Force, Qassem Soleimani. [The U.S.] is responsible, obviously along with the Assad regime, for the appearance of all those terrorist organizations that did not exist before, at the early stages of the Syrian people’s uprising in March 2011, which started as a peaceful uprising [in demand of] just and reasonable democratic reforms.

« Truthfully, is the U.S. not responsible for the creation of ISIS and for the fact that it has managed to get so far after [the U.S.] cleared the way for it? After all, [the U.S.] is the country that invaded Iraq, cut off its limbs, and dismantled its institutions and army… in order to take vengeance on Sunni Arabs, humiliate them, and damage their honor, which forced them to become a demographic hotbed for ISIS and all these terrorist organizations, which bred like locusts.

« The U.S., which has been forced to return shame-faced to Iraq, is suspiciously silent in the face of the harm done to Sunni Arabs, and consents to the Iranian occupation of Iraq, all under the unconvincing pretext of wanting the Iranian nuclear negotiations to succeed. This, while ISIS hasn’t lost even one percent of the Iraqi and Syrian territory it conquered while the Americans watched from the sidelines… »[5]

« Iranian expansion » (Al-Watan, Saudi Arabia, March 6, 2015)

Bahraini Journalist: U.S. Wrong To Separate Iranian Nukes From Regional Terrorism

Bahraini journalist and writer Sawsan Al-Sha’er also criticized the fact that nuclear negotiations between the U.S. and Iran take place while the U.S. ignores Iran’s expansionist policy, which has caused its Sunni allies to exclude themselves from the struggle against terrorism. She wrote in Al-Sharq Al-Awsat: « The U.S.’s efforts to wrap up the Iranian nuclear dossier in any way and by any means have caused it to ignore Iran’s regional expansionist policy…The American administration’s policy of separating the struggle against terrorism from the Iranian issue and Iran’s ambitions is what sabotaged the role of its Sunni allies… in the struggle against terrorism. [This policy] is what prevented the popular participation of [most of the region’s Sunnis] in the efforts to combat terrorism, and contributed to sparking sectarian sensitivity, which made the task of combating terrorism more difficult…

« The statements by the Democratic [U.S.] administration that it does not see the role Iran plays in Bahrain, Iraq, and Yemen are very much an insult to logic and intelligence and an attempt to block out the sun with a sieve, and indicate a disconnect from reality. [This,] since Iran’s support for Shi’ite militias in these countries is not confined to considerable political support, but also includes training and financing them, as well as dispatching IRGC commanders to run the battlefronts. »[6]
« The War on Terror! » (Al-Watan, Saudi Arabia, March 2, 2015)

Lebanese Journalist: We Need Unified Arab Front Along With Turkey To Thwart Obama’s Regional Policy, Oppose Iran Deal

‘Ali Hamada, a journalist for the Lebanese daily Al-Nahar, warned of the nuclear agreement between Iran and the superpowers and called on Arab countries, along with Turkey, to directly confront the Obama administration and work to thwart its regional policy. He wrote: « The Arab front, [which includes] the Arab Gulf states, Jordan and Egypt, and which is in conflict with Iran, must give some serious thought to the day after [Iran signs] an agreement [with the superpowers] on March 24, 2015. Turkey, whose vital political and economic interests intersect those of the Arab front… should seriously address this issue [as well], and form strategic ties with the Arab front states in order to create a balance, in light of the grand strategic turn that will happen in the region once Iran possesses an agreement regarding its nuclear [program].

« The Barak Obama administration has already proven that it is determined to continue building a strong alliance with Iran at the expense of the Arab region and Turkey. Therefore, we must confront the Americans directly and without hesitation. Honestly, we cannot [just] stand by and watch the current American strategic shift. The Arab front, which is facing the explicit Iranian occupation of the Arab east, must be firm and confront the Obama administration with resolve and explicit positions. In an understanding with Turkey, it must come out strongly against any nuclear agreement with Iran that does not completely prevent Tehran from possessing nuclear weapons and that will cause it to further attack the entire Arab east.

« We will not dwell on the stream of official and unofficial Iranian statements by high-ranking officials regarding the so-called ‘Iranian Empire.’ More important than expressing positions and making statements is to work towards a direct confrontation, starting with breaking the Obama administration’s regional strategy and circumventing it with regards to the Syrian campaign by massively arming the rebels… There is no escaping [the need to] thwart the Obama administration’s regional policy. »[7]

Saudi Journalist: Gulf States Will Consider Replacing U.S. Alliance With Russian Alliance

Saudi journalist ‘Abdallah Nasser Al-‘Otaibi criticized the U.S. in the London daily Al-Hayat, and wondered whether its regional allies should seek alternatives to it: « The big problem of the moderate countries in the region is that Russia’s local allies are currently the victors. Iran is spreading in all directions with Russia’s backing in the UN Security Council; Bashar Al-Assad is still harvesting the souls of Syria’s sons with open and direct support from the Kremlin; the Houthis act like they own Yemen under the auspices of a Russian veto [in the Security Council]; and meanwhile, the countries considered the U.S.’s regional allies are suffering defeat after defeat…

« The U.S. should know that constantly taking a neutral position and occasionally negotiating with regional powers [i.e. Iran] behind the backs of its allies will damage the historic alliance that has existed since the 1940s, and will cause its regional allies to consider shaking hands with the other global power [i.e. Russia]. At the same time, the regional allies should openly tell the Americans that the demands and conditions for renewing their alliance are to address their problems and help them solve them in an acceptable fashion. There is no alternative but to strongly push in this direction by formulating a strategy for dialogue with the U.S. on the conditions for the alliance [between it and its regional partners] and the commitments on both sides. It is not enough that from time to time, the Gulf states express their displeasure with the American partner in light of the grand achievements made by Russia’s regional allies. They must switch… to a response that penetrates all the American elites… »[8]

Saudi Government Daily: U.S. Must Stop The Deception, Be Clear On Iran Policy

« The Saudi government daily Al-Watan stated in an editorial: The secretary of Iran’s Supreme National Security Council, [Ali Shamkhani,] boasted two days ago that Iran is now on the shores of the Mediterranean and the Bab Al-Mandab Straits and that it prevented the fall of Baghdad, Damascus and Erbil to the Islamic State [ISIS] organization. This proves that Iran no longer conceals its imperialist policy, and that it has found an opportunity to penetrate Arab states thanks to the chaos created by the Bashar Al-Assad regime in Syria and by the Houthis in Yemen, [and as happened] and is still happening in Iraq [after] the U.S. destroyed its infrastructures and allowed Iran to do as it pleased [there]…

« The extent of U.S. collusion with Tehran is apparent from the suspicious [U.S.] silence towards the unusually [extensive] deployment of Iranian forces in Iraq under the pretext of fighting the ISIS organization. If we add to this the IRGC deployment on Syrian territory to support the Assad regime, then all these things become totally clear and add up to one conclusion: that Tehran is playing its own game while exploiting the weakness of various countries in its attempt to gain time for realizing as much as possible of its Persian [Empire] dream.

« This declaration [by Ali Shamkhani] is not the first and definitely will not be the last. Four days ago, [Ali Younesi], the advisor to Iranian President [Hassan Rohani], said that Iran has now become an empire [again], as it was throughout the course of history, and that its capital is Baghdad, which is the center of our civilization, culture and identity, as it was in the past. [His statement] reveals the truth about the Iranian aspirations to restore the glory of the [Persian] Empire and take revenge on the Arabs…

« All the aforesaid shows the importance of opposing Iran’s policy and its schemes in the Arab region. To this end, there is no choice but for the GCC countries and the Arab League to begin cooperating immediately in order to pressure the international community in every possible way to limit Iranian expansion. The U.S. must choose between two options: to continue with its undeclared game with Iran, or to alter its policy and decide in favor of its interests with the Arabs. It must stop the deception and be clear about everything pertaining to Iran, for the current situation can no longer be taken lightly. »[9]

Endnotes:

[1]Al-Hayat (London), February 15, 2015.
[2]Al-Hayat (London), February 22, 2015.
[3] Aawsat.net, March 13, 2015.
[4] Al-Sharq Al-Awsat (London), March 7, 2015.
[5]Al-Sharq Al-Awsat (London), February 12, 2015.
[6]Al-Sharq Al-Awsat (London), February 3, 2015.
[7]Al-Nahar (Lebanon), March 10, 2015.
[8]Al-Hayat (London), February 23, 2015.
[9]Al-Watan (Saudi Arabia), March 13, 2015.

 

 


Polémique Cukierman: Contrairement au christianisme, c’est en se rapprochant de ses textes que l’islam est sanglant et meurtrier (It’s islam, stupid !)

27 février, 2015
https://i2.wp.com/www.washingtonpost.com/rw/2010-2019/WashingtonPost/2015/01/27/Foreign/Graphics/foreignFighters-Jan14-GS.jpgsaudiflagQu’est ce qui porte plus préjudice à l’islam, ces caricatures ou bien les images d’un preneur d’otage qui égorge sa victime devant les caméras, ou encore un kamikaze qui se fait exploser au milieu d’un mariage à Amman? Jihad Momani (hedomadaire jordanien Shihane, 2006)
Nous montons sur nos grands chevaux mais souvenons-nous que pendant les croisades et l’Inquisition, des actes terribles ont été commis au nom du Christ. Dans notre pays, nous avons eu l’esclavage, trop souvent justifié par le Christ. Barack Hussein Obama
Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye. Il dénonce l’appel au meurtre et à la haine religieuse des terroristes. Communiqué de l’Elysée
Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée. Mgr Pascal Gollnisch (l’Œuvre d’Orient)
Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison. Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison. Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. » C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Élysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays. (…) D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays. Diocèse de Blois
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
Il y a bien, autre tabou, un rapport particulier de l’islam avec la violence. A l’origine, Mahomet fut un chef religieux et militaire allant de succès en succès par les armes, tandis que Jésus fut un homme seul et pourchassé ayant comme seule arme le verbe. Cette ambiguïté persiste avec la présence de nombreux versets du Coran appelant au meurtre des non-musulmans, versets sans équivalents dans les textes judéo-chrétiens. Ce qui se traduit par une dissymétrie fondamentale: les religions chrétiennes furent sanglantes et meurtrières en s’éloignant de leurs textes tandis que l’islam le fut en se rapprochant des siens. (…) D’où le non-dit sur les caricatures représentant le Prophète en guerrier: elles correspondent bien à une facette historique de Mahomet à laquelle Al-Qaeda et consorts restent fidèles et il n’est pas douteux que les images télévisées répétées d’égorgements au nom d’Allah l’entretiennent auprès du plus grand nombre (…) Car, depuis la défaite des partisans des «Lumières de l’islam», puis la chute de l’Empire ottoman, la réaction fondamentaliste n’a cessé de se répandre, bénéficiant depuis les années 1970 du renfort des pétrodollars. (…) Et l’un de ses vecteurs – la volonté d’imposer ses tabous et ses croyances aux autres – s’oppose radicalement au principe de relativisation religieuse des Lumières et ne cesse de progresser, puisqu’il ne vaut plus seulement pour les pays de culture musulmane, mais revendique désormais son application dans les pays issus des Lumières, comme vient de le symboliser l’affaire de la représentation du Prophète: comprenons bien que les manifestants islamistes sont hostiles non aux caricatures des religions (qu’ils pratiquent régulièrement au détriment du christianisme et du judaïsme dans leurs journaux et leurs sites avec un sens de l’ignominie sans commune mesure avec les pauvres croquis danois), mais aux caricatures de l’islam, qui, seul, mérite d’être défendu. Le paradoxe tragique est de voir les responsables européens céder du terrain à ceux qui combattent les valeurs des Lumières, au détriment des musulmans condamnés à vivre en Occident parce qu’ils souhaitent une modernisation de l’islam. (…) si l’Europe avait fini par reconnaître et aider les dissidents du communisme, les dissidents de l’islam ne bénéficient pas de la même attention: ils ne sont pas écoutés, à l’instar de la députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, dont le discours récemment prononcé à Berlin fut sans doute la parole la plus fidèle aux Lumières ayant émané d’un élu européen ces dernières années. De même, cette Europe, qui n’a cessé de dire, à la suite de Raymond Aron, que le sous-développement du bloc de l’Est s’expliquait par l’absence de liberté, estime inconvenant de reconnaître que celui des pays musulmans résulte aussi de cette absence de liberté, malgré les énormes revenus du pétrole. D’où l’usage rhétorique de la responsabilité du colonialisme dans ces pays qui constituent aujourd’hui la seule partie du monde uniformément résistante à la démocratie, à l’écart des échanges scientifiques et culturels, celle qui possède le moins de chercheurs et où l’on traduit le moins de livres.  Alors que les élites européennes entretiennent «une forme d’autocensure par rapport à la critique de l’islam», comme l’observe Stéphane Rozès, de l’institut CSA, les populations européennes viennent de découvrir son influence liberticide sur le sol européen. Il y a bien «opposition de valeurs» entre l’Occident et la littéralité du Coran, estime Yves Charles Zarka, professeur à la Sorbonne et l’un des rares à écrire publiquement ce que la plupart de ses collègues disent en privé. Deux conceptions antagonistes de la vie dans la cité et de la liberté individuelle, ainsi que l’a formulé lui-même le Premier ministre turc en dénonçant l’ «arrogance culturelle» de l’Europe, qui aurait cherché, selon lui, avec les caricatures, à «mettre à l’épreuve la patience du monde islamique et sa conception de la liberté». Eric Conan

C’est l’islam, imbécile !

Au lendemain de la polémique surréaliste qui a suivi les propos du président du CRIF sur l’origine principalement musulmane des violences intercommunautaires actuelles …

Comme celle visant un chercheur rappelant la part des sympathisants de l’extrême-gauche dans les opinions antisémites …

Et où, avec leur nouveau saccage du musée de Mossoul et contre les « tués au hasard » et croisés et inquisiteurs de Barack Obama comme les « Egyptiens égorgés » de François Hollande, nos djihadistes ne savent plus quoi inventer pour démontrer l’origine religieuse de leurs exactions …

Pendant qu’en Grande-Bretagne, on découvre l’identité, nouvelle victime de l’islamophobie occidentale, de l’égorgeur en chef de l’Etat islamique, informaticien anglo-koweiti issu d’une famille aisée de Londres …

Comme l‘attrait et l’étendue – quelque 20 000 combattants d’une cinquantaine de pays – de la mondialisation du djihad

Comment ne pas voir avec  le magistral article de l’Express d’Eric Conan il y a neuf ans …

Qu’il y a bien un « tabou » du « rapport particulier de l’islam avec la violence » …

A savoir que, contrairement au christianisme, c’est bien « en se rapprochant de ses textes » que l’islam est « sanglant et meurtrier » ?

N’éteignons pas les Lumières
Eric Conan
L’Express
27/04/2006

A l’heure où la Bibliothèque nationale de France leur consacre une remarquable exposition, comment se portent les idées qui ont fondé nos sociétés de liberté? Force est de constater que ces dernières les oublient, voire les renient, comme le montre l’actualité récente, des polémiques sur le blasphème à l’affaire Ilan Halimi

La grande exposition Lumières! Un héritage pour demain, présentée actuellement à la Bibliothèque nationale de France, à Paris, réjouit le visiteur par sa qualité et sa richesse. Mais elle l’inquiète aussi un peu, sachant la propension de l’époque à muséifier et à commémorer ce qu’elle ne parvient plus à faire vivre dans le présent: les Lumières deviendraient-elles assez lointaines et exotiques pour se voir mises sous vitrines et visitées ainsi que d’autres merveilles du passé, comme on le fait pour Bonnard ou les Splendeurs de la cour de Saxe?

Les précisions de l’historien Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF, renforcent cette inquiétude: «Notre intention est de faire sortir les documents exposés du champ de l’érudition; et de les faire servir à l’examen de notre temps, pour la lucidité et pour l’action.» Au moins l’aveu est franc: devenus affaire d’érudits, les grands textes des Lumières auraient déserté la vie publique et manqueraient aussi bien à la lucidité qu’à l’action. L’actualité récente – affaire des caricatures de Mahomet, martyre d’Ilan Halimi, procès d’Outreau, voyage de Jacques Chirac en Arabie saoudite, etc. – confirme cruellement cette analyse.

Les nombreuses pièces rassemblées par cette exposition – lettres de Rousseau, édition originale de Critique de la faculté de juger, de Kant, fiche de police de Voltaire, gravures anticléricales – témoignent de la rupture que représenta le mouvement des Lumières, volonté de s’émanciper des contraintes de la religion et de la tradition avec cette conviction nouvelle que la connaissance, la curiosité et la critique ne détruisaient pas mais libéraient. Ces documents révèlent la naissance d’un individu qui se veut autonome, animé par une finalité propre et non plus seulement divine, recherchant le «bonheur» et non plus seulement le salut. Ces traces émouvantes montrent aussi que, pendant longtemps, ces idées luttaient, frémissaient, se cachaient, souffraient face à des ennemis qu’elles ne désarmèrent qu’au terme d’un long combat.

L’intérêt de cette exposition – le roman national dût-il en souffrir – est aussi d’insister sur la dimension européenne de cette «révolution des droits de l’homme». D’un bout à l’autre de l’Europe, ses acteurs et ses militants échangeaient, s’aidaient et s’accueillaient au gré de leurs incessants exils de dissidents et de proscrits: les Lumières s’appelèrent aussi Enlightenment, Aufklärung, Iluminismo.

Mais revenir aux sources et aux exigences des Lumières, c’est aussi mesurer leur oubli croissant dans nos sociétés habituées à la paix qu’elles nous ont longtemps garantie. En concevant cette exposition, son commissaire, le philosophe Tzvetan Todorov, déjà sensibilisé aux bienfaits pratiques des Lumières par son passé d’exilé de l’Est, avait l’intuition de l’urgence de rappeler les conditions non négociables de leur respect à «un moment historique marqué par le 11 septembre, par les attaques d’un certain fanatisme religieux contre la laïcité, contre l’égalité des hommes et des femmes».

Sa lucidité se voit malheureusement vérifiée depuis quelques mois: revenir en détail, à la lumière des Lumières et de leurs principes (liberté d’expression, autonomie de l’individu, universalité et égalité entre humains), sur ce qui a été fait, dit et écrit par les garants de ces principes en Europe et en France permet de constater l’importance des dégâts: oubli, trahison, reniement.
L’abandon de la liberté d’expression, attaquée dans son principe mais guère défendue

«L’idée de critique est consubstantielle aux Lumières», rappelle Tzvetan Todorov. Et elle ne peut pas avoir de limites, puisqu’elle repose sur le subjectivisme: par définition, l’usage, par les uns, de leur liberté d’expression déplaira aux autres, mais ce déplaisir, qui peut aller jusqu’à la souffrance morale, est le prix de cette liberté pour tous. La liberté d’expression est un droit mais aussi un devoir: supporter celle des autres. Une partie non négligeable de la vie culturelle doit beaucoup à l’usage illimité de cette liberté, certains mouvements, comme le surréalisme, ayant largement sollicité le blasphème et la provocation anticatholique.

Se contenter de réclamer, comme l’a fait Jacques Chirac, d’exercer cette liberté d’expression «dans un esprit de responsabilité» – formulation typiquement soviétique, c’est donc la nier dans son principe. En 1989, Jacques Chirac avait déjà traité de «fumistes» Salman Rushdie, auteur des Versets sataniques, et Martin Scorsese, auteur de La Dernière Tentation du Christ. Mais parler de «provocation», à propos de l’initiative de Charlie Hebdo de publier des caricatures de Mahomet, atteste la nouveauté: cet hebdomadaire qui a fait depuis des décennies de la provocation un style et un fonds de commerce jusqu’alors toléré par tous se voit soudainement condamné au plus haut niveau et ses responsables se retrouvent, en plein Paris, sous protection policière. Cette position nouvelle – «Les croyants doivent avoir droit au respect de leur croyance», selon la formule de Jean-Marie Le Pen – a été partagée par l’immense majorité de la classe politique française, à quelques exceptions près: Nicolas Sarkozy à droite («Je préfère l’excès de caricature à l’excès de censure») ou Jean Glavany à gauche («Rien ne doit nous amener à composer avec cette liberté fondamentale»).

Même recul au niveau européen. Se comportant d’emblée en coupable, Javier Solana, chargé des Affaires extérieures de l’Union européenne, a fait une tournée dans les pays arabes pour enregistrer sans un mot d’objection la demande de l’Organisation de la conférence islamique (rassemblement de pays qui, pour la plupart, n’ont jamais connu de liberté d’expression) d’un «code de conduite pour les médias européens» définissant «les limites de la liberté d’expression dans le domaine des symboles religieux».

Le président en exercice de l’Union européenne, l’Autrichien Wolfgang Schüssel, a renvoyé dos à dos dessinateurs danois et foules hystériques appelant à leur décapitation en parlant de «spirales des provocations» et le Parlement européen a voté, le 20 février, une résolution stigmatisant la responsabilité première des dessinateurs dans les violences en assurant sa «sympathie à l’égard de ceux qui se sont sentis offensés par les caricatures du Prophète Mahomet». En ajoutant que la liberté d’expression devait désormais se fonder «sur le respect pour les droits et les sensibilités des autres». Même ligne pour le Conseil des ministres, qui a fini, après quelques longues semaines de réflexion, par adopter le 27 février un texte expliquant: «Le Conseil est conscient que ces caricatures ont blessé et choqué des musulmans dans le monde entier, et il le déplore.»

Ces résolutions officielles constituent pour l’Europe un tournant historique: ainsi la liberté d’expression ne devrait plus seulement être encadrée par les lois de chaque pays et les textes européens issus des Lumières mais désormais limitée par la sensibilité de tous. Cette restriction nouvelle, dans un monde ou la communication devient mondiale et immédiate, vide de tout sens le principe de la liberté d’expression. C’est en effet à la dynamique même de l’affaire danoise – des musulmans s’estimant agressés à des dizaines de milliers de kilomètres par des dessins publiés au Danemark – que les dirigeants européens veulent soumettre leur continent. Au lieu de réaffirmer les principes de la liberté d’expression, ils manifestent de la «sympathie» pour ceux qui les nient. Ce qui signifie un reniement de la ligne défendue par la Cour européenne des droits de l’homme, dont la jurisprudence précisait jusqu’alors: «La liberté d’expression vaut non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives et indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent l’Etat ou une fraction quelconque de la population.»

La panique aura été le ressort de toute cette histoire, comme l’a souligné la voix minoritaire de José Manuel Barroso: «N’acceptons pas la peur dans notre société.» Car, on l’a vite oublié, la publication des dessins danois ne constituait pas une provocation mais une réaction à une peur déjà là: c’est parce qu’un éditeur pour enfants ne trouvait plus, comme dans le passé, de dessinateurs osant dessiner Mahomet qu’un quotidien a demandé à une association d’illustrateurs de relever le défi, n’obtenant, d’ailleurs, que 12 volontaires sur ses 40 membres.

Retour à la responsabilité collective contre l’autonomie de la liberté individuelle

«Un gouvernement démocratique ne peut jamais s’excuser au nom d’un journal libre et indépendant.» La réaction immédiate et restée invariable d’Anders Fogh Rasmussen, Premier ministre danois, position typique des Lumières, aurait dû entraîner un mouvement de solidarité européen autour des Danois agressés en tant que danois et tenus responsables de ce que fait chaque Danois. Il ne vient à l’idée de personne dans une démocratie de faire l’amalgame entre les assassins du 11 septembre 2001, des attentats de Londres, Madrid, Amman ou Bali et tous les musulmans. Mais les responsables européens ont trouvé normal que le gouvernement danois, les diplomates danois, les touristes danois, les entreprises laitières danoises, les fabriques de jouets danoises subissent les lourdes conséquences d’un boycott justifié par le ressort archaïque de la haine collective – «Tu es responsable de ce que ton semblable a fait» – qui anime racismes et antisémitisme. «On ne peut plus tolérer ne serait-ce que le mot « danois »», comme l’explique Kazem Jalali, porte-parole de la Commission parlementaire iranienne des Affaires étrangères pour justifier le boycott lancé le 23 janvier en Arabie saoudite et suivi par les chambres de commerce de Dubaï, du Qatar et d’Egypte.

Au lieu de se solidariser financièrement et symboliquement avec le Danemark en déclarant que tous les produits danois étaient des marchandises européennes, l’Europe a baissé la tête en abandonnant un petit pays dont l’histoire, dans les périodes tragiques, aurait à en remontrer à beaucoup d’autres.

Au lieu de condamner les violations du droit international que constituèrent les mises à sac des représentations diplomatiques danoises – dont chaque Etat membre de l’ONU doit assurer la protection – et de rappeler ses représentants en signe de solidarité, l’Union européenne a préféré manifester sa compréhension pour la «souffrance» des casseurs et boycotteurs.

Cette démission faite de peur et d’intérêts mélangés s’est accompagnée de lâchetés du type de celles dont on se gaussait jusqu’ici avec mépris dans les livres d’histoire consacrés aux heures sombres de l’Europe. La firme Nestlé a pris les devants en publiant un encart publicitaire en première page du quotidien panarabe Asharq al-Awsat pour préciser que son lait en poudre Nido, très diffusé au Moyen-Orient, «n’est ni produit au Danemark ni importé du Danemark», comme le faisaient sous l’Occupation certains commerçants affichant «magasin non juif» sur leur devanture. Et Carrefour a laissé 18 de ses supermarchés franchisés des pays arabes (Arabie saoudite, Egypte, Qatar, Oman, Emirats arabes unis) souiller sa marque en annonçant que leurs rayons avaient été purifiés de tout produit danois et en se lavant les mains de cette infamie par un communiqué avalisant ces «décisions commerciales adaptées à leurs situations locales afin de mieux répondre aux attentes de leurs clients».

Retour de l’obscurantisme contre la Raison: les croyances mises à égalité avec la vérité

L’un des fondements des Lumières a été brutalement contesté par l’affaire danoise: la distinction entre les réalités et les croyances, le discours religieux et le discours scientifique, opposition devenue une évidence en Europe, mais qui anima le XVIIIe siècle, ainsi que le montrent nombre de documents de l’exposition Lumières! témoignant d’une lutte alors vive entre le raisonnement scientifique et l’obscurantisme, dont nous avons perdu le souvenir.

L’exemple le plus clair – et le plus odieux – de cette différence culturelle a été fourni par l’argument lancé par l’Iran (mais repris partout, y compris dans certains journaux européens) selon lequel, puisqu’on pouvait plaisanter sur Mahomet, on pouvait plaisanter sur l’existence d’Auschwitz. Ce sophisme permet de mesurer le gouffre d’incompréhension qui sépare les sociétés issues des Lumières – où la réalité et sa critique constituent les principales sources du débat – des sociétés où tout relève de la croyance et où la croyance la plus absolue reste la foi religieuse: le travail de la Raison lui étant subordonné, la vérité n’a guère de statut. Et la certitude que le judéocide est un mythe et Auschwitz une supercherie n’appartient pas aux seuls islamistes militants, mais constitue une croyance quasi générale dans les sociétés du Moyen-Orient, devenues les principaux lieux d’édition des Protocoles des Sages de Sion, faux antisémite utilisé par les nazis et aujourd’hui sanctifié par la charte du Hamas.

Cette incompréhension envers le principe de la Raison n’est plus simplement une particularité exotique. En effet, elle a resurgi au cour de l’espace scolaire européen, certains élèves contestant le contenu des cours d’histoire, de sciences, de lettres ou de philosophie au nom du primat de leurs croyances religieuses. Un nouvel exemple de cette absence de limite entre réalité et mensonge vient d’être fourni par le film turc La Vallée des loups – Irak mettant en scène un médecin juif prélevant des organes sur les détenus de la prison américaine d’Abou Ghraib au profit de patients juifs de New York, Londres et Tel-Aviv. Ce film, qui connaît un énorme succès en Turquie, est projeté depuis quelques semaines sur les écrans français après avoir obtenu du Centre national du cinéma une autorisation exceptionnelle de projection.

La confiance dans la Raison décline au sein même des élites, qui ont de plus en plus tendance à vouloir protéger la vérité par la loi et la justice plus que par le débat. Cela a commencé en France avec la loi Gayssot, donnant l’impression que l’argumentation était impuissante face à Faurisson et, depuis, le débat public laisse de plus en plus la place à des procédures judiciaires d’excommunication.

L’universalisme décline sous l’influence du relativisme culturel: le principe de l’égalité devant la loi s’applique à géométrie variable

C’est le grand retour du maurassisme: la tribu, le groupe, le sang, la race priment de plus en plus sur l’individu autonome, émancipé de toute dépendance, qu’avaient voulu les Lumières. Le «droit à la différence» en vogue dans les années 1980 en Europe – y compris en France, où le modèle républicain fut quasiment mis entre parenthèses – a conforté la dynamique communautaire d’Européens d’immigration récente et venus d’horizons étrangers aux principes des Lumières. La suspension de ces principes pour certaines parties de la population en raison de leurs origines s’est ainsi répandue, de la polygamie reconnue par le Conseil d’Etat en 1980 au refus des organisations musulmanes de respecter la liberté de conscience (droit de changer de religion) accepté par le ministère de l’Intérieur en 1999.

L’ «origine» prend de plus en plus le pas sur la volonté: l’individu ne s’appartient plus, il est renvoyé à une détermination étouffante. La petite-fille de Maurice Papon perd son emploi parce que son ascendance pèse plus lourd que ses mérites et talents. Le Figaro nous annonce que TF 1 confie la présentation du journal de 20 heures «à une « minorité visible »». Des élèves allemands venus dans des collèges de Seine-Saint-Denis dans le cadre d’échanges pédagogiques viennent d’être rapidement et discrètement rapatriés par le rectorat de Créteil après avoir été agressés à coups de pierres aux cris de «sales Boches!», expression qui avait disparu du paysage depuis quelques décennies.

Cette lecture par les origines, qui défait l’unicité du genre humain proclamée par les Lumières, s’insinue partout, au point de modifier des réactions qui ne devraient obéir qu’au prisme des droits de l’homme. Le comportement très variable de la presse et des politiques selon l’origine des auteurs ou victimes de faits divers constituent un bon indicateur de cette dérive. Sohane Benziane, 17 ans, qui a été brûlée vive par des machos, le 4 octobre 2002, dans un local à poubelles de la cité Balzac de Vitry, n’a eu droit ni à une manifestation de la Ligue des droits de l’homme ni à un communiqué de l’Elysée. Comme s’il était définitivement admis que les droits de la femme étaient culturellement contingents et que le sort barbare de Sohane correspondait à une manière de traiter les femmes relevant d’une jurisprudence qui ne nous regardait pas.

L’affaire Ilan Halimi aura illustré, de manière inverse, ce même empire de la lecture par les origines. Parce que, au contraire de celui de Sohane, le martyre d’Ilan Halimi a bénéficié d’un émoi communautaire, la dimension antisémite du crime a été mise en avant au travers d’un hommage officiel rendu à la synagogue. Les responsables de l’Etat se sont d’autant plus associés à cette lecture qu’ils se sentent désarmés – et peut-être davantage responsables – face à la dimension barbare du crime, révélatrice d’une culture de la violence brute qui s’est installée dans certaines parties du territoire. L’échec de la manifestation qui a suivi pourrait s’expliquer par cette communautarisation: si les Français juifs sont malheureusement habitués à l’inquiétude que provoque chez eux depuis quelques années l’installation d’un antisémitisme désormais banalisé, beaucoup de non-juifs peuvent avoir le sentiment que la menace de violences est désormais générale mais que les victimes qui ne peuvent être rattachées à un syndicat de défense des origines sont délaissées et oubliées. «Les juifs doivent résister à la tentation paranoïaque et mégalomaniaque de se croire les victimes exclusives de la nouvelle férocité», comme le souhaite Alain Finkielkraut.

Ainsi, l’agression d’une assistante sociale dans un centre d’IVG de Schiltigheim, qui a subi réellement ce que la mythomane du RER D avait inventé (violemment frappée, elle a eu son tee-shirt arraché, «Mohamed» a été écrit sur son ventre et «sale juive» sur le mur de son bureau), n’a plus guère suscité d’intérêt après qu’un enquêteur eut précisé étrangement: «Cette affaire ne s’inscrit pas dans un contexte raciste, l’assistante sociale n’est pas juive.» De même, Chahrazad, brûlée à 60% par un amoureux éconduit en novembre 2005, ne comprend pas que «des policiers soient allés jusqu’en Côte d’Ivoire pour chercher le meurtrier d’Ilan Halimi», alors que son agresseur est toujours en fuite: «Les enquêteurs sont venus me voir une seule fois, en janvier, et, depuis, plus rien. C’est comme si ce n’était qu’une voiture qui avait brûlé.»

A tous les niveaux, attitudes, jugements ou sanctions varient désormais en toute incohérence en fonction de l’origine des protagonistes. Victimes, mais aussi auteurs. David Irving a été lourdement condamné (trois ans de prison ferme) le 21 février dernier à Vienne pour des propos négationnistes tenus il y a dix-sept ans, alors qu’il avait plaidé coupable et les avait reniés et regrettés à l’audience. Mais, dans le même temps, radios, télés satellitaires et sites Internet islamistes déversent, à flot continu et en toute impunité, des insanités négationnistes bien pires.

C’est le règne du deux poids, deux mesures. Un père catholique refusant une liaison entre sa fille et un jeune musulman sera, à juste titre, voué aux gémonies de l’inhumanité raciste, tandis qu’un père musulman interdisant à la sienne de fréquenter un catholique ou un juif ou refusant de serrer la main d’une enseignante bénéficiera d’une tolérance bienveillante justifiée par sa différence culturelle. De même, le président de l’Association des imams de France peut exposer sans problème dans Libération l’infériorité naturelle de la femme et sa nécessaire soumission à l’homme, tandis que pour avoir simplement défendu le respect des femmes au foyer Christine Boutin fut renvoyée illico à Vichy.

Les Lumières savaient identifier leur ennemi («Ecrasons l’infâme»), l’Europe pense qu’il suffit d’affirmer n’avoir plus d’ennemis pour qu’ils disparaissent

Les textes et les lettres des acteurs des Lumières attestent leur inquiétude et leur attention à tout ce qui s’oppose à leurs idées. La faiblesse intrinsèque des sociétés européennes qui vivent sur leur héritage consiste à projeter régulièrement leurs propres valeurs (négociation, délibération, raison et démocratie) en direction de ceux qui les nient. Qu’il s’agisse de la politique d’ «apaisement» face au nazisme ou du pacifisme face au bloc soviétique, la tendance à l’aveuglement sur la réalité ou la dangerosité de ses ennemis semble constituer le revers d’une confiance en soi européenne faite d’un mélange d’arrogance universaliste et d’inconscience naïve.

Une nouvelle illustration en est fournie par le débat sur le «vrai islam» ou l’ «islam des Lumières». Cette préférence pour un islam rêvé est une manière de détourner les yeux de l’islam réel, comme une partie des élites détournèrent longtemps les yeux du communisme réel. Or la dynamique de l’islam mondial, depuis une vingtaine d’années, le pousse à une radicalisation et la tendance actuelle n’est pas au rapprochement, mais à l’éloignement, ainsi que le rappelle Abdelwahab Meddeb dans un texte passionnant mais pessimiste du catalogue de l’exposition Lumières!

Il y eut un mouvement des Lumières au sein des élites musulmanes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Epoque où, parmi bien d’autres, le mufti d’Egypte Muhammad Abduh affirmait que, en cas de conflit entre la Raison et la tradition religieuse, «c’est à la Raison qu’appartient le droit de décider». De même, Qasim Amin revendiqua l’égalité de l’homme et de la femme dans une société totalement mixte. Et Ali Abderraziq proposa de renoncer au système de pouvoir de l’Etat islamique pour adopter la forme des Etats européens, séparant pouvoirs spirituel et temporel. Ce mouvement des Lumières a échoué. Abdelwahab Meddeb souligne que la rupture nécessaire, trop forte, fut d’autant plus considérée comme une trahison qu’elle consistait à s’aligner sur un univers européen de culture chrétienne censé être en retard par rapport à l’islam, qui se voit comme la forme ultime du monothéisme.

Et il y a bien, autre tabou, un rapport particulier de l’islam avec la violence. A l’origine, Mahomet fut un chef religieux et militaire allant de succès en succès par les armes, tandis que Jésus fut un homme seul et pourchassé ayant comme seule arme le verbe. Cette ambiguïté persiste avec la présence de nombreux versets du Coran appelant au meurtre des non-musulmans, versets sans équivalents dans les textes judéo-chrétiens. Ce qui se traduit par une dissymétrie fondamentale: les religions chrétiennes furent sanglantes et meurtrières en s’éloignant de leurs textes tandis que l’islam le fut en se rapprochant des siens. C’est pourquoi les partisans d’un islam pacifique proposent de réformer le Coran en le purgeant de ses versets violents contre les infidèles. Mais, pour l’instant, ces réformateurs y laissent souvent leur vie.

D’où le non-dit sur les caricatures représentant le Prophète en guerrier: elles correspondent bien à une facette historique de Mahomet à laquelle Al-Qaeda et consorts restent fidèles et il n’est pas douteux que les images télévisées répétées d’égorgements au nom d’Allah l’entretiennent auprès du plus grand nombre, comme le souligne Pascal Bruckner: «Si tous les musulmans ne sont pas terroristes, une majorité de terroristes se réclament de l’islam, entachent la réputation de leurs coreligionnaires, traînent leur religion dans la boue, le sang, les massacres.»

Car, depuis la défaite des partisans des «Lumières de l’islam», puis la chute de l’Empire ottoman, la réaction fondamentaliste n’a cessé de se répandre, bénéficiant depuis les années 1970 du renfort des pétrodollars. «L’islamisme, c’est l’islam quand il fonctionne comme une idéologie et une stratégie de pouvoir», selon la formule de Jean Daniel. Et l’un de ses vecteurs – la volonté d’imposer ses tabous et ses croyances aux autres – s’oppose radicalement au principe de relativisation religieuse des Lumières et ne cesse de progresser, puisqu’il ne vaut plus seulement pour les pays de culture musulmane, mais revendique désormais son application dans les pays issus des Lumières, comme vient de le symboliser l’affaire de la représentation du Prophète: comprenons bien que les manifestants islamistes sont hostiles non aux caricatures des religions (qu’ils pratiquent régulièrement au détriment du christianisme et du judaïsme dans leurs journaux et leurs sites avec un sens de l’ignominie sans commune mesure avec les pauvres croquis danois), mais aux caricatures de l’islam, qui, seul, mérite d’être défendu.

Le paradoxe tragique est de voir les responsables européens céder du terrain à ceux qui combattent les valeurs des Lumières, au détriment des musulmans condamnés à vivre en Occident parce qu’ils souhaitent une modernisation de l’islam. Ainsi du philosophe Abdennour Bidar, qui demande que le «choix de sa pratique, de sa croyance, de sa religion, de son mode de vie, bénéficie d’une véritable et entière reconnaissance dans la culture musulmane, ce qui n’est pas le cas»: «Aucune légitimité réelle n’a jamais été donnée à l’initiative individuelle de celui qui choisirait de ne pas respecter telle ou telle prescription de la charia.»

Mais si l’Europe avait fini par reconnaître et aider les dissidents du communisme, les dissidents de l’islam ne bénéficient pas de la même attention: ils ne sont pas écoutés, à l’instar de la députée néerlandaise d’origine somalienne Ayaan Hirsi Ali, dont le discours récemment prononcé à Berlin fut sans doute la parole la plus fidèle aux Lumières ayant émané d’un élu européen ces dernières années. De même, cette Europe, qui n’a cessé de dire, à la suite de Raymond Aron, que le sous-développement du bloc de l’Est s’expliquait par l’absence de liberté, estime inconvenant de reconnaître que celui des pays musulmans résulte aussi de cette absence de liberté, malgré les énormes revenus du pétrole. D’où l’usage rhétorique de la responsabilité du colonialisme dans ces pays qui constituent aujourd’hui la seule partie du monde uniformément résistante à la démocratie, à l’écart des échanges scientifiques et culturels, celle qui possède le moins de chercheurs et où l’on traduit le moins de livres.

Alors que les élites européennes entretiennent «une forme d’autocensure par rapport à la critique de l’islam», comme l’observe Stéphane Rozès, de l’institut CSA, les populations européennes viennent de découvrir son influence liberticide sur le sol européen. Il y a bien «opposition de valeurs» entre l’Occident et la littéralité du Coran, estime Yves Charles Zarka, professeur à la Sorbonne et l’un des rares à écrire publiquement ce que la plupart de ses collègues disent en privé. Deux conceptions antagonistes de la vie dans la cité et de la liberté individuelle, ainsi que l’a formulé lui-même le Premier ministre turc en dénonçant l’ «arrogance culturelle» de l’Europe, qui aurait cherché, selon lui, avec les caricatures, à «mettre à l’épreuve la patience du monde islamique et sa conception de la liberté».

Car cette revendication d’une différence de valeurs n’est pas niée: il suffit d’écouter, ou de lire. Ainsi de cette invraisemblable Déclaration islamique universelle des droits de l’homme, régulièrement invoquée par les organisations islamiques mais rarement consultée. Adoptée le 19 septembre 1981 à Paris, lors d’une réunion organisée par l’Unesco, cette déclaration parle pourtant d’or. C’est la négation de celle de 1789: «Les droits de l’homme de l’islam sont fortement enracinés dans la conviction que Dieu, et Dieu seul, est l’auteur de la Loi et la source de tous les droits de l’homme.» Elle se borne donc, dans la plupart des domaines, à s’en remettre à la charia.

Ce qui empêche de la lire pour ce qu’elle est, c’est un refus permanent de voir ce qui est sous les yeux. Un journal télévisé peut ainsi expliquer que les «protestations contre les caricatures dégénèrent en violences interconfessionnelles» parce que, dans plusieurs pays, les manifestants s’en sont pris à des chrétiens pour se venger des Danois. Les Verts allemands, très pointilleux sur l’homophobie, protestent contre une question posée aux nouveaux immigrés turcs pour s’assurer de leur tolérance envers les homosexuels. L’AFP, Canal + et France 2, qui ne nous avaient pas habitués à ces pudeurs, décident de censurer les «paroles provocatrices» de Fofana et les images le montrant faisant le signe de la victoire. Et, après la punition par le feu de Chahrazad, à Neuilly-sur-Marne, la Ligue des droits de l’homme publie un communiqué dénonçant «la violence et l’archaïsme des rapports de sexe dans lesquels vit encore la société française» ?
Les Lumières, fragiles, peuvent s’éteindre si elles ne sont pas défendues

Dernière différence qui nous sépare des artisans des Lumières: ils avaient conscience de la fragilité et de la contingence de leurs valeurs, parce qu’ils avaient connu l’absolutisme et le poids des préjugés qui lui préexistaient. Ils savaient qu’il fallait défendre avec conviction, et en permanence, l’esprit des Lumières. En Grande-Bretagne, où une chaîne de télévision a récemment annulé la diffusion d’un documentaire sur les abus contre les filles musulmanes pour éviter d’ «augmenter la tension communautaire», Tony Blair vient d’expliquer que son action politique était «dictée par sa conscience religieuse» et que «Dieu seul le jugerait», ce qui constitue une négation de la représentation politique se soumettant à la délibération démocratique et à la Raison.

Nous n’en sommes pas encore là en France. Mais dans ce pays où la prétention du religieux à primer ne fut défaite, non sans violence, que par la loi de 1905, l’oubli des politiques, à commencer par le président de la République, de célébrer solennellement le centenaire de cette loi – afin de «ne pas heurter les sensibilités religieuses», comme on l’expliquerait en haut lieu – constitue le signe évident d’un déficit de conviction. Dans un pays ou un directeur de journal peut désormais être licencié pour blasphème et où le producteur d’Arte Daniel Leconte, qui a reçu plusieurs fois Salman Rushdie, en vient à avouer qu’il «serait aujourd’hui difficile de refaire ces émissions», l’attitude de Jacques Chirac à l’égard de Charlie Hebdo ainsi que son pathétique périple de VRP en Arabie saoudite sans un mot contre le boycott des produits danois, confirme cette défaillance. Il n’est donc pas étonnant que le président de la République vienne de recevoir – non pas d’islamistes, mais de l’intégralité des représentants de l’ «islam modéré» du Conseil français du culte musulman mis en place par Nicolas Sarkozy – une pétition lui demandant une loi rétablissant l’interdiction du blasphème, abrogée en 1791. Cette demande que soit réprimée «l’insulte et la diffamation sur Dieu et ses prophètes» n’est d’ailleurs pas dénuée de menaces, puisqu’elle précise qu’une telle loi est désormais nécessaire pour empêcher la «diffusion d’un esprit malsain risquant de porter atteinte à l’ordre public». Un député UMP s’est déjà empressé de traduire cette requête en proposition de loi édictant que «tout discours, cri, menace, écrit imprimé, dessin ou affiche outrageant, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure».

Voltaire n’est plus là pour répliquer. Qui reprendra sa réponse, que l’on peut lire sous une vitrine à l’exposition Lumières!: «Le droit de dire et d’imprimer ce que nous pensons est le droit de tout homme libre, dont on ne saurait le priver sans exercer la tyrannie la plus odieuse»?

Voir aussi:

Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison.

Blois, le 20 février 2015

D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ?

« Nommer les victimes »

Il y a quatre-vingts ans, en Allemagne, le régime nazi persécutait les Juifs, et la volonté d’Hitler était de les supprimer tous. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils étaient juifs, et pour aucune autre raison.

Il y a trois jours, le groupe Daech en Lybie décapitait froidement 21 coptes égyptiens. Pourquoi ? Pas parce qu’ils étaient égyptiens, mais parce qu’ils étaient coptes, c’est-à-dire chrétiens, et pour aucune autre raison.

Au cas où on en aurait douté, ceux qui ont vu la vidéo diffusée sur internet pouvaient y lire que ces 21 malheureux étaient mis à mort parce qu’ils faisaient partie, je cite, « du peuple de la croix fidèle à l’Église égyptienne ennemie. »

C’est pourquoi personne ne peut être fier du communiqué de l’Élysée condamnant, je cite, « avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens ». Non, personne ne peut être fier de ce communiqué, parce qu’il ne fait pas honneur à notre pays.

Comme l’a rappelé Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient : « Quand on porte atteinte à des juifs danois ou français, il est bien sûr important de rappeler qu’ils sont danois ou français, mais il faut aussi souligner qu’ils ont été tués parce que juifs. En Libye, il est très clair que c’est contre des chrétiens que Daech a voulu agir, que leur foi était visée ».

D’où vient le fait qu’il paraît impossible à certains de nos dirigeants de reconnaître qu’il y a des pays où les chrétiens sont persécutés ou même assassinés parce qu’ils sont chrétiens, et non parce qu’ils sont égyptiens ou libyens ? Reconnaître cela serait-ce attentatoire à la laïcité ? J’affirme aujourd’hui haut et fort que si – ce qu’à Dieu ne plaise – certaines personnes le pensent, même et surtout si elles ont de hautes responsabilités au sommet de l’État, ce n’est pas à leur honneur, ni à l’honneur de la France. Et la situation du monde est trop grave en ce moment pour que, chrétiens ou non, nous puissions nous résigner à avoir honte de notre pays.

Voir encore:

Qui est Mohammed Emwazi, le bourreau anglais qui se cachait derrière « Jihadi John » ?
Métronews

26-02-2015 21:03

TERRORISME – Le bourreau masqué qui apparaît dans plusieurs vidéos d’exécutions de l’Etat Islamique et se faisait surnommer « Jihadi John » a été identifié par la presse. Diplômé en informatique, il est issu d’une famille aisée de Londres.

Il se cachait derrière le surnom « Jihadi John », un pseudo qu’on lui a attribué alors qu’il surveillait des otages occidentaux, à la tête d’un petit groupe de djihadistes se faisant appeler « Les Beatles ». Depuis août 2014, il est apparu dans de nombreuses vidéos d’assassinats revendiquées par l’Etat Islamique (EI), proférant des menaces avec un fort accent de la banlieue de Londres. Ce jeudi, les journaux britanniques et américains ont révélé son identité. Il s’agit de Mohammed Emwazi.

Âgé de 26 ans, le djihadiste présumé né au Koweit a été élevé dans l’ouest de Londres, au sein d’une famille aisée. Diplômé en informatique de la faculté de Westminster, il aurait gagné la Syrie en 2012 avant de rejoindre l’Etat Islamique. Mais la première fois qu’il est repéré par les autorités britanniques, c’est en 2009, lors d’un voyage en Tanzanie au cours duquel il est soupçonné de vouloir se rendre en Somalie. Il n’y parviendra pas : rattrapé par la police, il est emprisonné et ramené vers la Grande-Bretagne.

Figure incontournable

Ce que l’on connait surtout de lui, à présent, c’est sa silhouette. Toujours vêtu de noir et armé d’un couteau, le visage couvert, il apparaît dans au moins sept vidéos d’exécutions. Décidément pas à cours d’alias, il adopte pour nom de guerre Jalman Al-Britani dès sa première apparition dans une vidéo : celle de l’assassinat de James Foley. Suivent celles de Steven J. Sotloff, de David Cawthorne Haines, du chauffeur de taxi britannique Alan Henning et du travailleur social américain Peter Kassig. Devenu figure incontournable du groupe EI, on l’a vu dernièrement dans la vidéo avec les otages japonais, peu avant qu’ils ne soient tués.

Son identification par la presse a été confirmée par Shiraz Maher, l’un des experts britanniques des mouvements djihadistes. Pour lui, le parcours de Mohammed Emwazi démontre que les djihadistes ne sont pas uniquement issus de la pauvreté et de l’exclusion.

Du côté de Scotland Yard, on se refuse à confirmer le nom du suspect, faisant valoir que « l’enquête est toujours en cours » et ne voulant pas compromettre la traque d’un des combattants les plus recherchés de l’EI.


Polémiques Reynié-Cukierman: Ils ont dit la vérité, ils doivent être exécutés (French researcher and community leader castigated for spilling the beans on the reality of Muslim and leftist antisemitism)

25 février, 2015

Il est tout à fait légitime pour le peuple américain d’être profondément préoccupé quand vous avez un tas de fanatiques vicieux et violents qui décapitent les gens ou qui tirent au hasard dans un tas de gens dans une épicerie à Paris. Barack Hussein Obama
Le Président de la République condamne avec la plus grande fermeté l’assassinat sauvage de 21 ressortissants égyptiens, otages de Daech en Libye. Il dénonce l’appel au meurtre et à la haine religieuse des terroristes. Il exprime sa préoccupation face à l’extension des opérations de Daech en Libye et rappelle la détermination de la France et de ses alliés à lutter contre ce groupe. Le Président de la République présente ses sincères condoléances au peuple égyptien et s’associe au deuil national que le président Sissi a décrété en République Arabe d’Egypte. François Hollande (commuiniqué de l’Elysée, 15.02.15)
C’est le comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français… qui pense dans la langue de la finance internationale. Jean-Luc Mélenchon (sur Pierre Moscovici, 23.03.13)
Je pense qu’à partir du moment où un mouvement d’extrême droite fait 45% et professe la haine de l’autre ce n’est pas anodin. (…) Il faut bien comprendre qu’à partir du moment où l’on stigmatise tel ou tel dans la vie, dans la société, eh bien, ça se termine comme ça. Jean-Christophe Cambadélis
La France comprend trois foyers d’expression de l’antisémitisme très forts. Le premier, ce sont les proches du Front National et les électeurs de Marine Le Pen […] Le deuxième groupe, c’est parmi les Français musulmans […] Et puis le troisième groupe ce sont les proches du Front de gauche et les électeurs de Jean-Luc Mélenchon 2012, où là aussi on trouve, à un dégré moindre, et sur des ajustements ou, je dirais des agencements différents, l’expression d’un antisémitisme fort. (…) On a [dans ce groupe] une adhésion beaucoup plus forte que la moyenne à des préjugés qui relèvent de cet antisémitisme anticapitaliste et antiglobalisation. Cette idée que les juifs contrôlent l’économie. Qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite. Dominique Reynié
Toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans, et bien sûr c’est une toute petite minorité de la communauté musulmane et les musulmans en sont les premières victimes. Roger Cukierman
En octobre 2004, dans son rapport intitulé Chantier sur la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, Jean-Christophe Rufin notait une diminution du rôle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites et, en revanche, une augmentation de celui d’une frange de la jeunesse issue de l’immigration. (…) L’intérêt de la seconde enquête est de vérifier l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme, avancée il y a presque quinze ans par Pierre-André Taguieff et reprise par Jean-Christophe Rufin dans son rapport de 2004. Il s’agit donc de savoir si les musulmans vivant en France sont plus ou moins susceptibles que la moyenne de la population nationale à partager des préjugés contre les Juifs, voire à développer une vision antisémite. (…) Enfin, pour comprendre ce regain des mauvaises pensées, il faut compter avec l’influence majeure d’un nouvel acteur, le Web, dont le rôle est rapidement devenu déterminant dans le domaine de l’information mais aussi de l’engagement politique, de la mobilisation militante et de la prise de parole en général et de type protestataire en particulier. La force du Web est décuplée par ses vertus apparentes et pour partie réelles: égalitarisme, spontanéisme, authenticité, immédiateté, universalité… Mais ce nouvel espace public est fortement porté par la possibilité singulière d’émettre des messages, des opinions, de les recevoir, de les partager, sans avoir nécessairement à décliner son identité, c’est-à-dire sans devoir engager sa responsabilité. Dans toute l’histoire de la liberté de la presse et de la liberté d’opinion, c’est une situation inédite. Ces outils offrent aux antisémites et aux racistes un statut d’extraterritorialité et, finalement, une impunité de fait, qui ne permet plus aux États de droit ni d’assurer la défense des valeurs humanistes ni de punir ceux qui se rendent coupables de les transgresser. (…) Il y a les opinions et il y a les agressions. En France, jamais nous n’avons réussi à descendre au-dessous de la barre de 400 actes antisémites par an depuis le début des années 2000, et l’année 2014 connaît une augmentation impressionnante (+ 91 %). Ainsi, de janvier à juillet 2014, comparativement à la même période en 2013, on a relevé 527 actes antisémites contre 276. La moitié des actes racistes sont des actes contre les Juifs, qui représentent probablement moins de 1 % de la population. Sur le Web, on note l’installation d’un antisémitisme déchaîné. Au cours de l’été 2014, lors des manifestations contre l’intervention israélienne dans la bande de Gaza, des slogans «Mort aux Juifs !» ont été entendus à Paris, place de la République; à Sarcelles, ces cris ont débouché sur la mise à sac de commerces au motif qu’ils appartenaient à des Juifs. Une synagogue a été attaquée. Il en va de même pour les actes atroces commis récemment: l’assassinat, en 2006, d’Ilan Halimi par le gang de Youssouf Fofana; celui, en 2012, de Jonathan Sandler et des enfants Gabriel Sandler, Arieh Sandler et Myriam Monsonego par Mohammed Merah, également meurtrier des malheureux Imad Ibn Ziaten, Mohamed Legouad et Abel Chennouf; puis, en 2014, la tuerie de Bruxelles perpétrée par Mehdi Nemmouche. Ne confondons pas ces drames avec des faits sans cause. Ils sont de notre époque et nous disent donc nécessairement de quoi elle est faite. (…) Parmi les informations que nous apporte cette enquête, l’un des points à retenir est certainement le fait que 16 % seulement des personnes interrogées se disent d’accord avec l’affirmation selon laquelle, en France, «il y a plus de problèmes d’antisémitisme que de problèmes de racisme». Autrement dit, 59 % des personnes estiment le contraire, ce qui s’oppose à l’évidence des données sur les agressions antisémites. En France, les actes antisémites constituent 50 % de tous les actes racistes, tandis que la communauté juive représente moins de 1 % de la population nationale. Il faut donc noter que, du point de vue du public, les agressions antisémites ne suscitent pas l’écho et la mémorisation auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de la nature des faits et de leur gravité (…) Selon notre enquête, de tous les partis politiques et des publics qu’ils fédèrent autour d’eux, les sympathisants du Front national et les électeurs de Marine Le Pen constituent l’univers politique et partisan où l’on trouve, et de très loin, le plus d’opinions antisémites et xénophobes. Les sympathisants du FN et ses électeurs ressemblent davantage au discours du fondateur du parti qu’au discours plus policé que sa nouvelle présidente s’efforce de mettre en scène. (…) Les musulmans répondants sont deux à trois fois plus nombreux que la moyenne à partager des préjugés contre les Juifs. La proportion est d’autant plus grande que la personne interrogée déclare un engagement plus grand dans la religion. Ainsi, lorsque 19 % de l’ensemble des personnes interrogées indiquent adhérer à l’idée selon laquelle «les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de la politique», le taux grimpe à 51 % pour l’ensemble des musulmans. Cette question permet d’illustrer les effets de la pratique religieuse sur l’adhésion aux items antisémites: en effet, l’adhésion à cet item est de 37 % chez les personnes qui déclarent une «origine musulmane», de 49 % chez les musulmans croyants» et de 63 % chez les «musulmans croyants et pratiquants». (…) l’idée selon laquelle le sionisme « est une organisation internationale qui vise à influencer le monde», si typique de la vision antisémite, suscite un niveau d’approbation très élevé parmi les musulmans interrogés (44 %), contre 16 % en moyenne de la population âgée de 16 ans et plus. On voit encore ici que la proportion croît avec le degré d’implication religieuse. L’existence d’un complot sioniste est de 30 % chez ceux qui déclarent une «origine musulmane», de 42 % chez les « musulmans croyants » et de 56% chez les «musulmans croyants et pratiquants ». (…) Les préjugés contre les Juifs sont plus répandus au sein de la mouvance du Front de gauche que dans l’ensemble de la société française, mais ils sont moins répandus que dans la mouvance du Front national. Dominique Reynié
Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit ! L »‘islamo-fascisme » cautionné par Roger Cukierman, c’est une « terminologie d’une autre siècle et d’autres horizons que les nôtres. Dalil Boubakeur
Considérer que toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulman sont des déclarations irresponsables et inadmissibles quii contreviennent au principe même du vivre ensemble. Communiqué du Conseil français du Culte Musulman (CFCM)
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen. Daniel Schneidermann
Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère. Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».(…) Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ». Daniel Schneidermann
Et voilà que Roger Cukierman s’avise soudainement (…) de dire des banalités : d’abord, les violences antijuives sont très majoritairement commises par des musulmans, deuxio que Marine Le Pen, sur ce point est irréprochable – bon, je n’aurais peut-être pas dit irréprochable, mais je dois être plus politique que lui. Ces propos déclenchent un charivari indescriptible et la défection bruyante de Boubakeur. Mais le véritable scandale, celui qui déclenche des réactions furibardes de Jack Lang à Sarkozy, c’est le quitus accordé à Cukierman à Marine Le Pen, comme si, en la lavant du soupçon d’antisémitisme, il risquait de faire sauter la dernière digue qui empêche pas mal d’électeurs, et pas seulement les juifs, de voter FN. L’indignation enfle de toutes parts jusqu’à ce que, le lendemain, Cukierman fasse piteusement repentance en jurant qu’on l’a mal compris et en affirmant que Marine Le Pen n’est finalement pas si irréprochable que cela. La franchise de Cukierman me semble à vrai dire plus honorable que sa reddition. Qu’il ait été lynché pour avoir dit des vérités ou en tout cas des choses raisonnables prouve, si besoin est, que le déni de réel est en passe de devenir un devoir civique. Elisabeth Lévy
Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar. S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. Bruno Le Maire
Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes. On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad. Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat. (…) Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique. Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer… (…) L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Luc Rosenzweig
The Toulouse massacre did not bring French anti-Semitism to a halt. It actually increased. (…) The immediate reason for Jewish pessimism in France (…) may be the Toulouse massacre last March: the murder in cold blood of three Jewish children and a Jewish teacher by Mohamed Merah, a Muslim terrorist, on their school’s premises. This crime, instead of instilling more compassion and understanding towards the Jewish community, has actually generated more anti-Jewish violence and hate talk, as if Merah was not seen as a vile thug but rather as a model by parts of the population. There were no less than six cases of aggravated assault on Jewish youths or rabbis in France from March 26 to July 5, including one case in Toulouse again. According to the Representative Council of French Jewish Organizations (CRIF), anti-Semitic incidents of all sorts have increased by 53% compared to the same period last year. (…) The connection between Muslim immigration — or Muslim-influenced Third World immigration — and the rise of a new anti-Semitism is a fact all over Europe. Muslims come from countries (or are culturally attuned to countries) where unreconstructed, Nazi-style Jew-bashing dominates. They are impervious to the ethical debate about the Holocaust and the rejection of anti-Jewish stereotypes that were gradually incorporated into the European political discourse and consciousness in the second half of the 20th century (to the point that lessons on the Holocaust are frequently dropped from the curriculum at schools with a plurality or a majority of Muslim pupils), and are more likely than non-Muslims to engage in assaults, attacks, or harassment practices directed at Jews. Moreover, Muslim anti-Semitism reactivates in many places a dormant, but by no means extinct, non-Muslim European anti-Semitism. Once Muslims are unopposed, or at least unprosecuted, when they challenge the historical veracity of the Holocaust or when they refer to the The Protocols of the Elders of Zion as an authentic document, a growing number of non-Muslims feel free to do the same. (…) Muslim immigration is nurturing European anti-Semitism in more surprising ways as well. One unintended and ironic consequence of European Islam’s demographic growth is that Jews are frequently amalgamated with Muslims. Many people use a widespread concern about a growing influence of Islam in Europe as a way to hurt Jews as well, or to hit them first. (…)  to wrest Europe or any historically Christian part of the world from Christianity; recognizes the supremacy of state law over religious law in non-ritual matters; and sees Western democracy — a polity based on the rule of law — as the most legitimate political system. But Europeans are not culturally equipped to understand such nuances or to keep them in mind (far less than the Americans, who are more religious-minded, more conversant in Biblical matters, and more familiar with the Jewish way of life). (…) And what usually originates as a reaction against difficulties linked to radical brands of Islam quickly evolves into a primarily anti-Jewish business. (…) Earlier this year in France, during the last months of the conservative Sarkozy administration, a debate about the rapidly growing halal meat industry led to attacks against the kosher meat industry as well, complete with uncomely remarks about “old-fashioned rituals” by then-Prime Minister François Fillon. While Fillon subsequently “clarified” his views, the Sarkozy administration upheld its support for some kind of “tagging” of “ritually slaughtered meat,” a European Union-promoted practice that would prompt commercial boycott of such food and thus make it financially unaffordable for most prospective buyers. Since kosher meat regulations are much stricter than halal meat regulations, religious Jews would be more hurt at the end of the day than religious Muslims. (…) In Germany, a rare case of malpractice by a German Muslim doctor in a Muslim circumcision led a court in Cologne to ban circumcision on children all over Germany on June 19, on the quite extravagant grounds that only legal adults may decide on issues irreversibly affecting their body, except for purely medical reasons. Which is tantamount, in the considered issue, to denying parents the right to pass their religion to their children. Conservative Chancellor Angela Merkel immediately filled a bill to make religious circumcision legal in Germany, and it was passed on July 19 by the Bundestag (somehow, German conservatives are nowadays more genuinely conservative than, say, their French counterparts). But according to a YouGov poll for the DPA news agency released at about the same moment, 45% of Germans support the ban, while only 42% oppose it. In an even more ominous instance, Judaism has been singled out in a protracted intellectual debate in France since early June, as the fountainhead, past and present, of totalitarianism and political violence and thus as a more dangerous religion than radical Islam. Michel Gurfinkiel
Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès (…) Aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français. Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (…). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël. Lucien Oulahbib
Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ? Brice Couturier
Roger Cukierman (…) n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans (…) Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir. (…) Le CRIF (…) paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste (dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! Gilles-William Goldnadel 

Attention: un scandale peut en cacher un autre  !

A l’heure où contre les clients d’une épicerie parisienne « tués au hasard » de Barack Obama et les « Egyptiens égorgés » de François Hollande …

Nos djihadistes ne savent plus quoi inventer pour démontrer l’origine religieuse de leurs barbaries …

Pendant qu’en France comme Grande-Bretagne et sans compter le double jeu de nos prétendus amis saoudiens et qataris, il semble bien que contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire, ce soit non l’incitation du FN que les attaques djihadistes comme les déchainements de violence verbale des manifestations anti-israéliennes qui entrainent les regains d’actes antisémites …

Et qu’un chercheur et un responsable communautaire se voient mis au pilori pour avoir, dix ans après le Rapport Rufin, rappelé l’évidence …

A savoir la surreprésentation des musulmans dans les violences intercommunautaires …

Comme, sans compter le quitus ô combien coupable accordé sur ce point précis à la présidente du FN, celle des Français d’origine musulmane et des proches de l’extrême-gauche dans les opinions antisémites …

Comment ne pas se demander avec le journaliste de radio Brice Couturier …

Si ce n’est pas « parce que le nouvel anti-judaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité » ?

Et ne pas voir, avec l’avocat Gilles-William Goldnadel, le vrai scandale que « de tels propos puissent faire encore scandale » ?

Goldnadel : le scandale est que les propos de Cukierman fassent encore scandale !
Propos recueillis par Vincent Tremolet de Villers
Le Figaro
24/02/2015

FIGAROVOX/ENTRETIEN- L’avocat Gilles-William Goldnadel réagit aux polémiques provoquées par les déclarations de Roger Cukierman sur le Front National et les musulmans. Il revient sur le dîner du Crif.

Gilles- William Goldnadel est avocat et écrivain. Il est président de l’association France-Israël. Il tient une chronique hebdomadaire sur FigaroVox.

Le diner du Crif a provoqué une sérieuse polémique entre Roger Cukierman et le CFCM. M. Boubakeur a-t-il eu raison de ne pas se rendre au dîner? Roger Cukierman a-t-il eu tort de pointer du doigt les musulmans?

Il me semble que Roger Cukierman avait pris la précaution de préciser que les jeunes musulmans visés étaient ultra minoritaires. Dès l’instant ou il n’a fait que dire une triste évidence – tous les islamistes étant musulmans – et dans les circonstances actuelles, la décision de M. Boubakeur est déplorable et étonnante venant d’une personnalité aussi respectable.

En ce qui concerne l’antisémitisme Marine Le Pen est elle selon vous «irréprochable» comme l’a dit Roger Cukierman?

Je vis ce qui s’est passé hier comme une régression intellectuelle et politique surréaliste après une saignée de janvier qui a montre dramatiquement ce que je dis depuis des lustres: la violence anti-juive est le produit de l’islamo-gauchisme. La détestation d’Israël ( comme l’a reconnu enfin Hollande hier) est son moteur moderne. L’antisémitisme issu de l’extrême droite, pour exister encore, est subalterne. Ce qui est scandaleux, c’est que les propos de Roger Cukierman fassent encore scandale: cela prouve la force de frappe de l’idéologie gauchisante: depuis qu’elle est présidente du FN, Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père, elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah. Ne pas en prendre acte c’est se montrer, en creux , nostalgique de l’extrême droite d’antan et des petits frissons shoatiques. En ce qui concerne le FN , en revanche, celui ci n’a pas achevé son aggiornamento. Il conserve en son sein des personnalités notoirement antisémites ou proches du Hezbollah. Il doit choisir.

Depuis qu’elle est présidente du FN , Marine Le Pen n’a fait effectivement aucune déclaration anti juive qu’on puisse lui reprocher. Au rebours de son père , elle est sortie définitivement de l’ambiguïté a l’égard de la réalité et des horreurs de la Shoah.

François Bayrou refuse de s’y rendre, le FN n’y est jamais invité, Nicolas Sarkozy y est resté une demi heure…Ce qui devait être un dîner de rassemblement n’est-il pas devenu un rendez vous politicien et même polémique?

Je ne me rends plus aux dîners du CRIF depuis trois ans. Celui-ci paie a présent son tribut au politiquement correct et au fait d’avoir choisi de faire, à chaque fois, un pas en avant, un pas en arrière. J’exhorte depuis trop longtemps la communauté organisée à sortir de son hémiplégie morale et politique. Il est littéralement insensé après tout ce qui c’est passé, que le Parti Communiste ( dont de nombreuses municipalités ont fait citoyens d’honneur des terroristes tueurs de juifs) et les Verts ( dont certains membres ont participé aux manifestations sur Gaza qui ont viré a la haine et aux exactions anti juives ) soient invités et pas le FN! J’ai toujours dit a Roger Cukierman: «ou tous les extrêmes ou aucun!»… Quand on est incohérent et louvoyant, on le paye. La facture est arrivée.

Voir aussi:

A nouveau, l’antisémitisme tue en France 
Brice Couturier

France Culture

23.02.2015

Après la destruction du Temple et de la ville de Jérusalem par le général romain Titus, fils de l’empereur Vespasien, en l’an 70 de notre ère, et l’extermination d’un quart de la population vivant alors en Palestine, les Juifs survivants furent dispersés aux quatre coins de la Méditerranée. Comment un peuple peut-il survivre à 19 siècles de dispersion, « comme autant de fines gouttelettes d’huile sur les eaux profondes des autres civilisations », selon l’expression de Fernand Braudel ? Par quel miracle, a-t-il ensuite réchappé à l’entreprise d’extermination hitlérienne ? Puis à son expulsion, au cours des années 50 et 60, des pays arabes où les Juifs vivaient depuis des siècles ? Shmuel Trigano a une explication : les Juifs sont à la fois un peuple et une église – le judaïsme. Ca aide à persister. « Quand le peuple se dispersa dans l’exil, c’est l’église qui prédomina et assura l’unité des dispersés. » (Quinze ans de solitude, p. 31) Et réciproquement.

Les Juifs de France furent émancipés par la Révolution à titre individuels, en tant que citoyens. C’était sous-entendre qu’ils allaient se fondre dans cette humanité sans appartenances dont avaient rêvée nos philosophes. Comme on sait, les choses se passèrent autrement : les citoyens devinrent des patriotes et notre Révolution déboucha sur une idéologie toute nouvelle, le nationalisme. Toute l’Europe s’y convertit au cours du XIX° siècle, amenant les Juifs à se demander où était leur place au juste dans cette configuration nouvelle, l’Etat-nation. L’empereur Napoléon 1°, en tirant les conséquences, leur commanda de s’organiser, face à son Etat, sous la forme d’un Consistoire. C’est à cette occasion que naît, d’après vous, la légende du « complot juif mondial ».

Si on ajoute le fait que les Juifs, après avoir longtemps hésité sur la meilleure façon d’échapper aux persécutions – ont été le dernier peuple en Europe à vouloir s’émanciper par la construction d’un Etat-nation, mais qu’ils y sont parvenus au moment même où en Europe, cette conception avait du plomb dans l’aile pour cause de guerres mondiales, on conçoit que la situation n’est pas simple.

C’est que nous vivons sous l’empire de l’idéologie de la déconstruction, que vous avez remarquablement décrite dans un petit livre à recommander, « La nouvelle idéologie dominante ». Et que cette idéologie sape de manière prioritaire la démocratie représentative dans le cadre de l’Etat-nation, pour lui substituer le dialogue entre des communautés, la « démocratie participative » qui offre une prime aux minorités. Minorités, qui « ne sont plus définies en fonction d’un critère quantitatif, mais qualitatif : elles désignent une situation réputée dominée et victime ».

Les Juifs pourraient facilement s’intégrer dans ce jeu nouveau, eux que l’histoire européenne reconnaît depuis quelques temps comme les victimes les plus absolues du XX° siècle. C’est un jeu que vous refusez, Shmuel Trigano, car il enclenche un processus de concurrence victimaire avec d’autres « minorités ». Et qu’une telle histoire, outre qu’elle confinerait les Juifs à ce statut de victimes, ferait d’eux les simples objets d’une histoire écrite par leurs persécuteurs.

En outre, comme vous le montrez, la Shoah, en passant du registre de l’histoire des Juifs d’Europe à une forme de sacralité occidentale, est devenue une abstraction qu’on se jette à la tête. Le plus formidable paradoxe de notre époque « post-moderniste » étant qu’elle puisse aujourd’hui resservir contre l’Etat d’Israël, devenu, pour l’idéologie dominante, « le paria des nations », alors qu’il s’agit sans doute de la seule démocratie pluriculturelle du Moyen Orient.

Pour en revenir à notre pays, il y a eu une montée des actes antisémites depuis une quinzaine d’années. Elle fut d’abord niée, afin, disait un ancien ministre de l’Intérieur, de « ne pas jeter de l’huile sur le feu ». Puis, il y eut l’enlèvement, la torture et le meurtre d’Ilan Halimi. Les enfants et professeurs assassinés par Mohamed Merah, à l’école Ozar Hatorah Toulouse. Le crime du musée juif de Bruxelles, commis par un Français, Mehdi Nemmouche. Le dernier en date, celui de Amedi Coulibaly, contre des clients du supermarché cacher de la Porte de Vincennes. La semaine dernière, 250 tombes d’un cimetière juif alsacien ont été profanées. Selon Le Monde, le meneur de la bande est connu comme « militant anti-fasciste ». Dans quel monde vivons-nous pour que l’antifascisme new look puisse inspirer un regain d’antisémitisme ?

Longtemps, on a nié que l’antisémitisme puisse tuer en France. Longtemps, on l’a guetté du côté de l’extrême droite, qui avait, en effet, une longue tradition de haine des Juifs. Est-ce parce que le nouvel antijudaïsme criminel ne vient plus de ce côté, qu’on a tant cherché à en nier la réalité ?

 Voir aussi:

Le président du CRIF crève, enfin, l’abcès
Lucien SA Oulahbib

Resiliencetv

Le 24/2/2015
Car il y en a plus qu’assez d’entendre, pratiquement, de la part de certains dirigeants musulmans français que ce serait en quelque sorte à cause de certains (là-aussi) de leurs concitoyens juifs français qu’il y aurait eu des meurtres opérés par des individus se réclamant de l’islam.

Parce que s’offusquer des propos du Président du CRIF revient dire à cela. Déjà en niant l’évidence : ces individus qui ont tué l’on fait systématiquement au nom de l’islam, et ils ne sont pas les seuls à le faire ces temps-ci dans le monde ; or, rétorquer, et ce principalement, et avec colère en plus, ce qui est un comble, que l’on n’est pas concerné, revient en fait à s’en laver les mains, surtout en mettant en équivalence le fracas de stèles, des insultes verbales et écrites, et la balle qui fracasse la tête d’un enfant comme ce fut le cas à Toulouse.

Si tant de gens de part le monde tuent au nom de l’islam, c’est bien parce qu’ils cherchent à légitimer leur acte, or, indiquer que d’autres tuent aussi bien au nom d’autres légitimations n’effacent en rien ces actes effectués au nom de l’islam. Simplement celui-ci, et d’ailleurs son histoire le prouve amplement, n’est pas exempt de tels conflits et contradictions, surtout lorsque toute réforme en son sein a été tuée dans l’oeuf, à la différence des autres religions qui ont dû évoluer. Au tour de l’islam de le faire ou de se démettre puisque sa « paix » ne peut être celle des cimeterres comme naguère…

Il ne faut donc quand même pas pousser, car, aujourd’hui, il n’y a pas de tuerie au nom de Jésus ou de YHVH, ni même au nom d’Israël puisque si morts d’enfants il y a eu à Gaza comme le dénoncent les tueurs de juifs en France, à Copenhague, à Bruxelles, ces morts n’ont jamais été fait sciemment mais par accidents non voulus suite au refus forcené des Arabes à refuser le fait juif pensé en tant que Nation indépendante et non pas seulement en tant que peuple du « livre » qui doit être toléré mais dominé parce que déviant comme l’indiquent les textes coraniques ; rappelons que c’est bien les arabo-musulmans qui ont refusé la partition de 1947 et non les Juifs, et, aujourd’hui, en Syrie il y aurait 210.000 tués, 3 millions de Syriens exilés, 10 millions en exode au sein même du pays, soit une situation bien pire qu’en 47 en Palestine ; aussi, dire déjà cette vérité, là, de la part de ces dirigeants musulmans seraient un bien grand pas en avant vers ce fameux « vivre ensemble » dont se réclament ces dirigeants musulmans français.

Car si, en effet, il n’y a pas eu, en France, de délation opérée par des musulmans sous Vichy contre les Juifs, il ne s’ensuit pas qu’en Algérie, en Égypte, en Syrie, en Irak, au Maroc, et ce sous loi islamique, il n’y ait pas eu des délations et des meurtres de Juifs ; la preuve ? Outre ces divers pogromes dont a parlé un Albert Memmi, des centaines de milliers ont dû s’enfuir d’Algérie parce qu’ils ne voulaient pas devenir des citoyens de seconde zone comme le sont devenus les Algériens eux-mêmes qui l’ont prouvé en venant massivement en France (alors que les Marocains et Tunisiens leur étaient préférés concernant l’embauche comme l’a démontré Daniel Lefeuvre dans son livre Pour en finir avec la repentance coloniale). N’oublions pas tous les juifs qui ont été jetés dehors des pays arabo-musulmans depuis la naissance d’Israël.

Aussi ces dirigeants musulmans français qui refusent de voir la réalité de leurs ouailles devraient cesser de montrer la paille nichée dans l’oeil de leur voisin au lieu de se préoccuper de la poutre qui se trouve plantée dans leur propre oeil. Aussi « pacifique » soit-il.

Voir aussi:

Les vieillards se lâchent : contrer Cukierman
Daniel Schneidermann
Rue 89

24.02.15

Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson (1), après Dumas (2), voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère (3)).
Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses (4). Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».
Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu’elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur « les Noirs et les arabes » (5). Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC (6), tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu’il en soit autrement.
Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de…Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c’est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de « Français de souche, comme on dit », première occurence remarquable du terme (7) dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l’oreille, s’intepréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s’est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c’est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s’arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ».

Antisémitisme : le nommer, hélas
Daniel Schneidermann
Rue 89

19.02.15

Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons d’être méfiant à l’égard de Dominique Reynié, politocrate omniprésent, et de sa tambouille sondagière. Ses attaques assez ignobles contre Mélenchon, proférées sur le complaisant plateau de France Inter (1) sans déclencher d’autre réaction qu’une timide objection de Thomas Legrand. Les questions à la mords moi le noeud de son sondage Internet. Ses phrases qu’il faudrait découper au scalpel pour en analyser les manipulations, comme par exemple sa dénonciation de « cette idée que les juifs contrôlent l’économie, qu’il y a un capitalisme cosmopolite, que le monde de la finance est un monde cosmopolite ». Ces trois propositions (relisez-les bien) énoncées toutes les trois dans la même phrase, passez muscade, sans déclencher, cette fois, la moindre objection de Patrick Cohen.
Bien sûr, on a toutes les bonnes raisons de se boucher les oreilles aux cris d’orfraie du CRIF, à sa manière de délégitimer toute critique de la politique israélienne en la faisant passer pour de l’antisémitisme. Et si ce n’était que le CRIF ! On se souvient des discours gouvernementaux français contre les manifs pro Gaza, l’été dernier. Manifester contre les bombardements de Netanyahu, bien entendu, c’était faire preuve d’un antisémitisme exacerbé.
Bien sûr bien sûr bien sûr. Tous ces « bien sûr », c’étaient nos Bien sûr d’avant Charlie. Et d’avant l’Hyper Kacher -car il ne faut pas oublier l’Hyper Kacher, derrière Charlie. Epoque confortable, où on pouvait s’abriter derrière des Bien sûr. Mais il y a eu Charlie. L’inconcevable est advenu. On ne l’imaginait même pas, et c’est là. Il y a mille leçons à en tirer, dont une : on n’a plus le droit de s’abriter derrière des Bien sûr, quels qu’ils soient, où qu’ils soient. L’après Charlie nous oblige, dans notre appréhension du paysage, à une certaine humilité du regard. Et notamment, à regarder en face ce que nous mettent sous les yeux même ceux que l’on avait toutes les bonnes raisons de ne pas vouloir écouter. A admettre, par exemple, que les cinq ados du cimetière de Sarre-Union ont bien crié Heil Hitler dans le cimetière, si l’on en croit, selon le procureur, leurs aveux de garde à vue (attention aux aveux de garde à vue, je sais, mais en attendant le procès, on n’a pas d’autres éléments pour l’instant). Heil Hitler. Cinq ados, dont la veille encore, leurs copains de classe expliquaient à toutes les caméras du pays à quel point ils étaient sympas, bons camarades, travailleurs en classe, et tout et tout.
Admettre, donc, que se développe bien un antisémitisme mutant, certainement pour une part borborygmatique, inconscient de lui-même, certainement aussi pour une part provoqué par le CRIF et ses hurlements au loup, par les démonstrations tarabiscotées à la Reynié, donc créé, en coproduction avec les soralo-dieudonnistes, par ceux-là même qui voulaient le combattre, oui. Mais tout de même admettre qu’il est là, maintenant, installé, stagnant, incrusté, sur des territoires évidemment limités, sans doute très distincts les uns des autres, mais solidement tenus. L’admettre, et le nommer, puisqu’on ne peut pas nommer autrement le fait de détruire des tombes juives en criant « Heil Hitler ». Le regarder en face comme un des fléaux de la société, pas le seul, parmi bien d’autres, mais avec toute sa glorieuse place, conquise de haute lutte, sur le podium des bonnes raisons de poursuivre le combat. Comme dit un bon auteur, on n’a pas fini de rire.

Tribune libre
« Devrais-je faire semblant ? »
Azzouzi Abdel-Rahmène

Le Monde des religions

10/02/2015

Abdel-Rahmène Azzouzi est urologue, chef de service au CHU d’Angers. Membre du Conseil municipal de la ville d’Angers, il a décidé de mettre fin au mandat qu’il occupait depuis 2008. Dans une lettre ouverte – que nous publions ici et qui n’engage que son auteur – à ses collègues et amis élus de la ville, il explique sa décision : celle d’un élu de confession musulmane qui ne se reconnaît plus dans la lecture des valeurs républicaines que font nos dirigeants successifs.

Chers collègues et amis,

Il faudrait peut-être que je continue à faire semblant de partager un chemin commun avec vous dans une France qui chaque jour renie un peu plus ses valeurs républicaines. Je ne le ferai pas car beaucoup trop nous sépare. Devrais-je faire semblant d’accepter votre absence de réaction, alors que toute une partie de nos concitoyens vit déjà dans une situation d’exception et que des lois visant implicitement les Français musulmans se succèdent ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre adhésion religieuse à une laïcité qui est devenue en réalité l’arme ultime et exclusive contre les musulmans de France ? Devrais-je faire semblant d’accepter votre mutisme lorsque l’école de la République s’attaque avec violence à des enfants de 8 et 10 ans parce que musulmans ? Devrais-je faire semblant d’accepter que vous détourniez le regard lorsque la police française, institution républicaine où le racisme est endémique, tout comme dans l’armée française, interroge ces mêmes enfants, comme on interroge des criminels, sous la bienveillance de la ministre de l’Éducation ? Devrais-je faire semblant d’accepter qu’une mère de famille, parce que musulmane, se voit retirer brutalement ces cinq enfants un matin, à 6h00, par ces mêmes forces de police qui vont jusqu’à refuser qu’elle allaite son bébé de 3 mois ? Devrais-je accepter dans la mort de Bertrand Bilal à Joué-les-Tours que le parquet fasse obstruction à la justice en refusant de nommer un juge d’instruction, empêchant ainsi de réfuter la version officielle de djihadisme reprise machiavéliquement par le ministre de l’Intérieur et le Premier ministre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer la politique islamophobe de l’État français qui, premier pourfendeur de la laïcité, s’immisce en permanence dans la gestion du culte musulman pour mieux l’empêcher de s’organiser, tel que le fait le préfet Burdeyron qui privilégie la gestion du culte musulman angevin par le consulat du Maroc plutôt que par les dignitaires angevins d’obédience musulmane ? Devrais-je faire semblant d’ignorer cette lecture de la laïcité à géométrie variable par le gouvernement français qui demande aux musulmans d’être invisibles dans l’espace sociétal français, mais qui termine ce merveilleux élan républicain du 11 janvier dans la synagogue de la Victoire, en présence des Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères du gouvernement israélien sous les cris de « Bibi » et de nombreux drapeaux israéliens agités dans un lieu de culte par des citoyens français de confession juive ? Devrais-je continuer de feindre l’approbation lorsqu’à longueur de temps, et malgré le tsunami qui vient de s’abattre sur la France, les médias continuent, comme si de rien n’était, à inviter les mêmes Zemmour, Finkelkrault, Fourest et autre Pelloux pour nous prodiguer les règles d’un vivre-ensemble dont ils n’auront jamais le secret ? Devrais-je faire semblant d’accepter l’ostracisation permanente de Tariq Ramadan, intellectuel contemporain hors norme, pendant que Zemmour sature les plateaux des médias, mais aussi les salles municipales de France et de Navarre ? Devrais-je faire semblant d’ignorer l’apartheid médiatique et politique dans lequel sont tenus des milliers d’intellectuels et d’experts français de confession musulmane qui pourraient apporter la contradiction, voire la construction, dans les innombrables débats et questions qui les concernent directement et dont les Français sont  abreuvés jusqu’à plus soif ? Devrais-je faire semblant d’ignorer que la discrimination à l’emploi et aux logements dont sont victimes les Français de confession musulmane est la règle plutôt que l’exception ? Devrais-je faire semblant de soutenir aux prochaines élections cantonales la nuée de candidats et candidates locaux tous plus blancs les uns que les autres, comme pour mieux signifier, génération après génération, que les minorités n’auront jamais vocation à représenter l’ensemble de leurs concitoyens, ce qui me donnent la nausée ?

Insidieusement, la France est probablement devenue la nation démocratique la plus islamophobe du monde et vous, élus du peuple de France, vous en portez, que vous le vouliez ou non, que vous en soyez conscients ou inconscients, une part de responsabilité. Parce que vous avez trop longtemps détourné le regard, des millions de Français de confession musulmane vivent quotidiennement dans le malaise et l’incertitude. Je vous reproche, toutes ces années, d’avoir laissé vos hauts responsables politiques, mais également les grands médias nationaux installer progressivement le poids d’une culpabilité imaginaire sur les épaules, déjà chargées par l’Histoire, de vos concitoyens français d’obédience musulmane majoritairement issus des colonies de feu l’Empire français.

Honte sur ces puissants, mais lâches, de jeter en pâture toute une partie de la population française, parce que musulmane, à la vindicte populaire. Et si ce n’était cet attachement viscéral aux véritables valeurs de la République, qui n’ont plus cours dans notre présente société asservie par l’argent, mais également à cette incompressible volonté de donner corps à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, véritable patrimoine génétique du digne et généreux peuple de France, alors notre lien à la France serait pour le moins conflictuel. Je n’ai, en effet, aucune appétence pour les États malveillants et ceux qui les servent.

Parce que la France est cette nation particulière dans laquelle vivent pacifiquement de citoyens athées, chrétiens, juifs et musulmans, pendant longtemps, j’ai cru que nous finirions, à force de bonne volonté, par construire une Terre d’Andalousie, fruit du génie français qui aurait pu servir de modèle de société dans un monde en perte de repères et de sérénité. Mais le camp des éradicateurs est activement à l’œuvre et couvre les voix et actes du camp des conciliateurs. Ce qui en ressortira sera le fruit de vos actions ou inactions et celui de vos combats ou capitulations. Ceux qui ne s’obstinent pas à construire la paix obtiennent la guerre. Aussi petite fut ma contribution, mon retrait n’est pas une défaite pour moi mais pour vous. À présent, je m’en lave les mains et après toutes ces années de luttes et d’avertissements sans succès, je m’en retourne à mon épouse, à mes enfants et à mes deux ânes. Fraternellement.

Pr Azzouzi Abdel-Rahmène,
Chef de service d’urologie – CHU d’Angers,
Ex-conseiller municipal de la ville d’Angers.

Perspectives
Il y a dix ans, un rapport entendait lutter contre le racisme et l’antisémitisme : le rapport Rufin

Marc Knobel, Historien, directeur des Etudes au CRIF

Trop libre

octobre 24, 2014

C’est dans une actualité bouillonnante qu’en juin 2004, le ministre de l’Intérieur confie à Jean-Christophe Rufin, écrivain, médecin, ancien président de Médecins sans frontières et président d’Action contre la faim, une mission : approfondir la connaissance des mécanismes qui peuvent conduire à des actes ou à des menaces de caractère raciste ou antisémite. En octobre suivant, Rufin remet à Dominique de Villepin, ministre de l’Intérieur de l’époque, son rapport, intitulé « Lutte contre le racisme et l’antisémitisme ». Il y recense les dispositifs existants de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, et s’interroge sur la façon de les faire évoluer pour répondre à l’accroissement des violences au cours des dernières années. Il propose notamment de revoir la publication des chiffres consacrés aux violences antisémites et racistes : une concurrence entre des chiffres « notablement différents » publiés par les ministères concernés, qui n’utilisent pas les mêmes instruments de mesure, est nocive, soutient-il. Il suggère de mettre en œuvre des médiations aux niveaux politique, policier, judiciaire et scolaire, pour agir contre les manifestations du racisme, et notamment contre le « racisme organisé ».

A l’occasion du dixième anniversaire de la publication de ce rapport, nous revenons succinctement sur ce rapport, en exposant les grandes lignes concernant la lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

Racisme : les grandes lignes du rapport

Constat opéré par Jean-Christophe Ruffin : les formes d’expression du racisme sont nombreuses et complexes. Les violences, insultes et actes d’intimidation sont les plus spectaculaires, ceux qui laissent des traces et peuvent être confirmés par des témoins. Mais d’autres phénomènes, plus silencieux, constituent une forme aussi grave, parfois plus, du racisme : la discrimination dans le travail, l’accès au logement, l’éducation. Ainsi va le racisme, qui en fait un sujet déroutant, à aborder avec prudence. Les « frottements » de la vie en société, particulièrement dans les grandes villes, peuvent faire exploser des paroles à caractère raciste et provoquer un grand tapage, constate le rapporteur (page 37).

La réponse politique

Selon le rapporteur, il faudrait à tout prix équilibrer soigneusement les réactions politiques lorsqu’un acte grave est porté à la connaissance des autorités. « La réactivité aux actions antisémites a été forte », écrit-il, « trop forte sans doute si l’on observe les affaires survenues pendant l’été », précise-t-il. « Au contraire, l’impression chez beaucoup de membres de communautés qui subissent elles aussi des agressions est que l’attention qui leur est portée n’est pas suffisante ». Mais, ajoute-t-il aussitôt, en réalité, ces démarches politiques « à chaud » n’ont que peu d’influence sur les actions de fond qui doivent être menées. « L’essentiel est ailleurs : dans le symbole. Les victimes ne voient dans la réaction politique ni une protection (il est en général trop tard), ni une condamnation des coupables (il est en général trop tôt) mais plutôt comme le baromètre du respect que leur témoigne la nation. Le politique ne doit pas se mobiliser seulement en fonction de la gravité des actes commis ; il doit surtout rassurer ceux qui, dans l’épreuve, mesurent la fragilité de leur intégration citoyenne » (p.38).

La réponse policière

Jean-Christophe Ruffin le souligne d’emblée : « ce n’est pas faire injure aux forces de police que de leur rappeler qu’en matière de racisme, ils se doivent d’être irréprochables ». De grands efforts de formation et d’information ont été menés ces dernières années, rappelle-t-il et la police est consciente de ces impératifs déontologiques. C’est ainsi que l’amélioration de l’accueil et de l’écoute a permis aux policiers d’accompagner la mutation de plus en plus sociale de leur métier. « Reste que la création dans les postes d’un référent anti discrimination, demandée conjointement par nous et par le chantier « égalité des chances » devrait encore améliorer la prise en charge des victimes du racisme » (p.39). Reste également qu’il y aurait certainement beaucoup à attendre de la poursuite « d’un recrutement policier plus diversifié au regard des origines ethniques. Le programme des « Cadets de la République » ouvre ainsi les carrières policières à des jeunes issus des quartiers difficiles. La mixité d’origine dans le recrutement policier semble avoir, à terme, des effets favorables ».

La réponse judiciaire

C’est certainement dans ce domaine que la législation actuelle montre ses limites (non pas dans les principes mais dans les procédures), selon Jean-Christophe Ruffin. En effet, toute injure, diffamation ou incitation à la haine raciale, dès lors qu’elles sont publiques, tombent sous le coup de la loi de 1972 et de ce fait se trouvent placées dans le cadre procédural très particulier de la loi sur la presse de 1881. « On aboutit ainsi à des résultats paradoxaux : pour des événements relativement bénins (ce qui ne veut pas dire tolérables) on enclenche une procédure d’une grande lourdeur vu les protections qu’elle garantit, qui aboutit trop souvent à l’abandon des poursuites pour diverses raisons de nullité ». « On prend un marteau pour écraser une mouche et finalement on se tape sur le doigt », ironise le rapporteur.

La réponse scolaire

Là encore, il faut faire preuve de discernement dans la judiciarisation des comportements racistes à l’école. Il est capital de distinguer ce qui est superficiel, tel que les injures proférées entre groupes dans le cours de la vie scolaire et ce qui peut devenir une véritable persécution par la mise à l’écart, la stigmatisation violente et parfois l’agression physique d’un élève ou d’un groupe minoritaire et vulnérable. Cette dimension de protection est essentielle dans la réponse scolaire et la judiciarisation qui s’y attache, souligne le rapporteur.

Lutter contre l’organisation raciste

Premier point développé par Jean-Christophe Ruffin : contrairement aux actes antisémites, où la participation de ce courant est devenue minoritaire, l’extrême droite continue de porter une importante responsabilité dans des actes de violence raciste. Un certain partage des tâches existe en la matière entre les idéologues qui stigmatisent l’étranger et les hommes de main prêts à passer à l’acte.

Le pôle légaliste composé des grands partis d’extrême droite se garde évidemment de toute participation directe à des violences. L’action est menée sur les marges, par des éléments isolés ou groupusculaires. Même au sein de ces groupuscules, il faut encore distinguer entre doctrinaires et activistes. On parvient ainsi à tracer les contours de la subtile géographie de ces milieux. L’absence de coordination centralisée donne à ces réseaux une large autonomie et une spécificité locale. Pour agir sur ces activistes d’extrême droite, une approche très locale est donc nécessaire, élaborée en référence aux situations particulières, note Jean-Christophe Ruffin.

Le cas des violences racistes en Corse fait l’objet d’un chapitre spécifique : pour Rufin comme pour Villepin, elle est le fait de microgroupes mafieux se livrant à des rackets, «très isolés dans l’ensemble de la population».

Sur les réseaux virtuels, Internet constitue, en matière de racisme, un réseau de tags planétaires autrement plus dangereux. En matière d’organisation du racisme, au sens du regroupement et de l’articulation d’opinions d’origines diverses, la « toile » constitue sans doute le principal défi, note avec justesse Ruffin.

Le rapport propose enfin un débat national sur la migration économique afin de «sortir du mythe de l’immigration zéro». L’idée étant de «décriminaliser l’image de l’étranger nourrie de stéréotypes désastreux à base de parasitisme, fraude et paresse».

Antisémitisme : les grandes lignes du rapport

Selon Rufin, trois formes d’antisémitisme soulignent des responsabilités spécifiques et appellent des réponses individuelles. Les chiffres représentent la partie visible, quantifiable, de la violence antisémite. Mais que recouvrent ces actes ? Qui les commet ? Qui les inspire ? Qui en tire profit ? Pourquoi se sont-ils multipliés ces dernières années ? Et surtout, comment les réduire et restaurer un climat de confiance ? Les explications généralement mises en avant sont les suivantes :

–          la baisse tendancielle de l’extrême droite dans la responsabilité des violences antisémites ;

–          la montée d’un « nouvel » antisémitisme qui serait le propre de jeunes issus de l’immigration, en particulier maghrébine. Leurs passages à l’acte semblent étroitement corrélés aux évènements du Moyen-Orient.

Le rapport avance que ces explications, sans être fausses, ne rendent pas compte de la complexité des faits. Surtout, elles ne permettent pas de tirer de conclusions pour l’action. C’est pourquoi, il préfère aborder ces questions selon trois niveaux de responsabilités :

1)      L’antisémitisme comme pulsion :

Les auteurs des violences, dont la majorité « ne peut être cataloguée ni à l’extrême droite, ni parmi les délinquants connus des quartiers difficiles » (la plupart des jeunes interpellés dans ces quartiers pour actes antisémites ne sont pas d’origine maghrébine, mais originaires de pays sans lien avec la question israélo-arabe), selon le rapporteur. « Le trait commun semble plutôt à rechercher du cote du déracinement, de la perte de repère, de l’échec social et de la confusion identitaire. ≫ Cette affirmation soulève la question des sources utilisées par le rapporteur, en particulier concernant les pays d’origine des agresseurs ? Si ces derniers n’ont aucun lien avec le conflit israélo-palestinien, comment expliquer alors que les agressions se multiplient chaque fois que les tensions s’intensifient en Israël ?

2)      Les manipulateurs : l’antisémitisme comme stratégie et par procuration

Selon Rufin, les manipulateurs sont l’extrême droite et les milieux terroristes. Que dit-il à ce sujet ? Que l’on peut être « agacé par les jugements à l’emporte-pièce, en particulier à l’étranger, « quand ils font de la France un pays globalement antisémite ». Il a raison. De plus, les Juifs sont admirablement intégrés dans la société française: « la République a su secréter quand il le fallait les anticorps nécessaires pour combattre l’antisémitisme. Cela ne signifie pas pour autant que les préjugés aient disparu », certes. La nouveauté selon Rufin est que ces préjugés « n’ont plus à s’exprimer directement par des propos, des écrits ou des actes. Il suffit de laisser agir les jeunes irresponsables des banlieues difficiles », écrit-il. Ainsi Rufin veut-il définir un « antisémitisme par procuration ». Selon lui, « il est le fait de personnes qui ne se rendront elles-mêmes coupables d’aucune exaction, qui ne manipuleront pas directement des auteurs de passage à l’acte, ne les inciteront pas ouvertement à agir, mais dont pourtant les opinions, les propos et quelquefois simplement le silence viendront a l’appui de ces violences ». Par ailleurs, il soutient ensuite que l’antisémitisme menace la République car il la frappe en son cœur : ses valeurs : la fraternité et le vivre ensemble.

A toutes ces questions et réflexions, Rufin apporte les réponses suivantes :

« La création d’un observatoire national de l’antisémitisme, doté de compétences universitaires pluralistes, serait un moyen d’approfondir ces questions et de nourrir le débat public sur des bases plus sérieuses. » L’idée est intéressante, mais pas nouvelle. Un tel observatoire a déjà été créé par SOS Racisme en 1989 en vue d’analyser et de répertorier les comportements antisémites en France, et présidé par le politologue et historien des idées Pierre-André Taguieff. Mais, celui-ci a quitté son poste en 1991, en raison de désaccords avec l’institution sur la conception de l’antiracisme.
Une réflexion d’ensemble doit également être menée sur l’enseignement de la Shoah, avec les associations et fondations qui œuvrent dans ce domaine. Il est à la fois nécessaire de le renforcer et, peut-être de le réorienter en fonction des circonstances présentes, de façon a mieux rendre sensible en quoi, que l’on soit juif ou non, chacun est concerné.
Lutter contre « l’esprit de Durban » et Rufin a bien raison. Durban a officialisé, légitimé l’antisémitisme. Lutter contre l’esprit de Durban, c’est pointer du doigt l’esprit criminel qui prévalait lors de cette conférence, et qui a prévalu depuis, faisant d’Israël, des Juifs, des sionistes, les responsables de tous les maux de l’Humanité, la quintessence du mal, d’un mal absolu.
Sur « l’esprit de Durban », Rufin fait l’analyse suivante : qu’un discours dominant émerge : l’antisionisme. Pour Rufin « cet antisionisme revêt différentes formes d’expression qui servent d’écran les unes aux autres et contribuent à le banaliser. » Cet antisionisme moderne « est né au confluent des luttes anticoloniales, antimondialisation, antiracistes, tiers-mondistes et écologistes ». Un antisionisme qui est fortement représenté « au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte », explique-t-il. Dans cette représentation du monde, « Israël, assimilé aux Etats-Unis et à la mondialisation libérale, est présenté comme un Etat colonial et raciste qui opprime sans fondement un peuple innocent du Tiers-Monde. »

Il précise aussitôt que cet antisionisme « n’est pas la simple critique d’une politique, mais bien une remise en cause des fondements même de l’Etat d’Israël. » L’antisionisme est en effet amalgamé à des thématiques auxquelles les jeunes sont sensibles: l’avenir de la mondialisation, les dangers écologiques, la pauvreté croissante du Tiers-Monde. Par ailleurs, l’intervention de penseurs « islamistes modérés », dont le « discours reste ambigu complète cette identification et la prolonge ». Derrière les critiques violentes qui assimilent le sionisme au nazisme, « on entend, en écho subliminal, la voix interdite mais bien relayée des terroristes islamistes qui généralisent le combat et affirment « qu’il faut attaquer les Juifs partout où ils se trouvent ». Ainsi se trouve constitué l’une des mécanique les plus redoutables aujourd’hui qui fait d’un antisionisme en apparence politique et antiraciste l’un des facteurs facilitateurs du passage à l’acte, l’un des instruments de l’antisémitisme par procuration ».

De fait, quelle est l’attitude à adopter face à l’antisionisme ? Ruffin répond qu’elle est difficile à déterminer et les Juifs sont sans doute les plus mal places pour agir. « Il a été maintes fois souligne qu’on ne devait ni ne pouvait assimiler les Juifs de France à Israël. Le soupçon de double allégeance est un des thèmes classiques de l’antisémitisme. Beaucoup de juifs français se sentent mal à l’aise lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur Israël. Ce d’autant qu’ils sont souvent divises quant à leur jugement sur la politique de son gouvernement. Autant l’antisémitisme les trouve mobilisés, autant l’antisionisme les prend au dépourvu car il joue sur le caractère complexe, intime et à certains égards paradoxal du lien entre Israël et les Juifs de France », précise-t-il. De fait, l’antisionisme radical « enferme les Juifs dans un piège redoutable : il les désigne ici à la vindicte de ceux qui s’identifient aux victimes de l’Etat d’Israël », observe-t-il.

Ce serait alors une grande lâcheté que de laisser la communauté juive se débattre seule dans ces sables mouvants. « Si l’on estime que l’antisémitisme a reculé grâce au droit (en particulier la loi de 1972), il faut tenter d’appliquer la même méthode à la nouvelle judéophobie et il revient aux autorités politiques d’en prendre l’initiative. »

Les réactions au rapport Ruffin et la polémique

Les associations, globalement favorables au rapport Rufin sont divisées néanmoins sur l’une de ses propositions: la pénalisation de l’antisionisme radical au même titre que l’antisémitisme. Les critiques, notamment de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et du MRAP, portent sur un point très particulier : la proposition de « punir les accusations de racisme » portées contre « des groupes, institutions ou Etats ≫, à commencer par Israël. Cet « antisionisme radical » peut en effet, selon Rufin, s’apparenter a de l’antisémitisme.

Dans l’édition de Libération du 22 octobre 2004, le président de la LDH, Michel Tubiana, parle d’un vrai « dérapage ». Jean-Christophe Rufin, dit-il, « joue au pompier pyromane », et son rapport instaure un déséquilibre au profit du problème de l’antisémitisme. Reprochant à l’auteur de « ne prendre aucune distance » et de « réintroduire le débat sur le conflit du Proche-Orient », Tubiana souligne que la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) tomberait sous le coup de la loi si cette proposition était adoptée. Le MRAP, qui se dit pourtant globalement satisfait de l’analyse et des propositions du rapport, émet également de fortes réserves sur ce point. Enfin, dans Le Monde diplomatique du 21 octobre 2004, le journaliste Dominique Vidal tout en reconnaissant dans le rapport Rufin « un certain nombre de suggestions positives » (en particulier celles qui prennent en compte les propositions de la CNDCH et des associations antiracistes –, souligne selon lui deux erreurs: « séparer radicalement l’antisémitisme des autres formes de racisme » par « une hiérarchisation implicite des racismes » visant à présenter l’antisémitisme comme « un “racisme” en quelque sorte supérieur aux autres ». Et « assimiler antisémitisme, “antisionisme radical” et critique de la politique du gouvernement israélien, pour placer sur le banc des accusés “l’extrême gauche altermondialiste et verte” » directement visée par la partie du rapport qui propose le vote, par le Parlement, d’une nouvelle loi destinée à punir « ceux qui porteraient sans fondement à l’encontre de groupes, d’institutions ou d’Etats des accusations de racisme ≫. En conclusion, Vidal trouve paradoxal que Jean-Christophe Rufin se fasse ainsi « le héraut du délit d’opinion ».

Dans Le Monde du 2 novembre 2004, Jean-Christophe Rufin s’efforce de désamorcer la polémique naissante avec les associations par une mise au point : il appelle à « pacifier le débat sur le racisme et l’antisémitisme » : « En France, aujourd’hui, il existe un nombre important de personnes, la plupart du temps jeunes, voire très jeunes, souvent issues de l’immigration – pas nécessairement maghrébine, contrairement aux idées reçues –, que la perte de repères, la frustration sociale et de nombreuses discriminations rendent vulnérables à des idéologies dangereuses qui les mènent vers la violence. L’existence de ce public chauffe a blanc doit nous inciter tous a la responsabilité. Les mots, dans ce contexte, peuvent tuer… Ceux qui ont l’oreille des jeunes, parce qu’ils traitent de questions qui les passionnent, telles que l’écologie, l’avenir du tiers monde et de la mondialisation, me paraissent avoir un devoir de vigilance dans leurs propos. Sans doute la formalisation de cette idée a-t-elle pris, dans mon rapport, une manière trop abrupte. Le fait d’évoquer la possibilité de créer de nouveaux outils juridiques était probablement maladroit. La présentation simplifiée de cette proposition a pu laisser croire, a tort, qu’il s’agissait d’attenter à la liberté d’opinion. Je m’en excuse auprès de ceux qui ont pu être abusés de bonne foi. »

En revanche, dans la communauté juive et a SOS Racisme, le rapport est accueilli avec satisfaction, qualifié de « travail d’analyse important », dont « l’auteur a essayé de comprendre et de trouver des propositions originales, juge Haïm Musicant, directeur général du CRIF. Il dénonce d’une manière très fine les antisémites par procuration qui se cachent derrière une forme d’antisionisme ». L’UEJF approuve surtout le fait que soient analysées les « différences d’origine, de nature et d’expression » entre racisme et antisémitisme, « qui doivent donc faire l’objet de traitements spécifiques ». « Ce rapport permet de sortir une fois pour toute du discours simpliste et inopérant de la lutte contre l’intolérance », selon son président, Yonathan Arfi. « C’est une bonne analyse de ce nouvel antisémitisme qu’on voit poindre dans la société française, un antisémitisme d’extrême-gauche qu’on ne connaissait pas il y a quelques années ≫, affirme Assane Fall, secrétaire général de SOS-Racisme, qui regrette par ailleurs que le rapport occulte « les discriminations, alors que c’est la réalité quotidienne de millions de personnes dans notre pays ».

Au-delà de cette polémique, que reste-t-il du rapport Ruffin, dix ans plus tard ?

A notre connaissance, ce rapport ne donnera lieu à aucune mesure concrète, comme toujours (ou presque) en France. Car, et en vérité, nous souffrons dans ce pays de cette étrange « maladie » : une surabondance de rapport sur toutes sortes de sujets mais qui, au final, se retrouvent dans quelques tiroirs fermés de ou des ministères et par là-même sont totalement oubliés.

Voir enfin:

Nos amis les émirs
Notre pays déroule le tapis rouge aux monarques saoudiens ou qataris, principaux financiers des mouvements djihadistes.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

——

1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.
Luc Rosenzweig
Causeur
20 février 2015

L’image de François Hollande défilant, le 11 janvier, boulevard Voltaire au centre d’une impressionnante rangée de chefs d’État et de gouvernement accourus pour manifester leur solidarité avec la France meurtrie ne doit pas faire illusion. Une fois l’effusion émotionnelle dissipée, la plupart des participants étrangers à la marche n’étaient plus du tout « Charlie ».

Ils s’empressaient de faire savoir, de vive voix, ou en laissant libre cours à des manifestations antifrançaises parfois violentes, leur hostilité à la laïcité à la française et au principe du droit au blasphème englobant fâcheusement les symboles de toutes les – autres – religions.

Derrière le spectacle de l’unanimité, les divergences, sur les moyens nécessaires pour lutter contre le terrorisme mondialisé en vue de son éradication, sur les alliances à nouer pour atteindre cet objectif, et sur les priorités stratégiques et tactiques, demeurent et même s’approfondissent.

La politique extérieure de la France, notamment son positionnement dans les conflits en cours au Proche et Moyen-Orient (Israël-Palestine, chiites-sunnites), affiche une remarquable continuité depuis la présidence Chirac.

Elle repose sur quelques constantes : soutien massif et inconditionnel aux monarchies pétrolières du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis) dans leur conflit avec les chiites, opposition frontale à l’Iran et refus de prendre en compte les intérêts de la Russie dans la région, donc de l’associer à la recherche de solutions.

On peut donc parler de chiraco-hollandisme diplomatique, version actualisée de la politique arabe de la France gaullienne définie dans la fameuse conférence de presse du 27 novembre 1967 : lâchage d’Israël en rase campagne, alliance avec les dictatures « laïques » d’Égypte, d’Irak et de Syrie et du Maghreb.

Après la déconfiture de ces dictatures, consécutive à l’intervention de la coalition conduite par les États-Unis en Irak en 2003, en Libye en 2011, puis en Égypte1 et au Yémen lors des « printemps arabes » de 2012, les alliés de la France dans la région se réduisent aux royaumes pétroliers du Golfe, indispensables clients des grandes industries françaises (aéronautique, armement, agroalimentaire), mais aussi principaux agents de diffusion de l’islamisme radical au Proche-Orient, en Afrique, et en Europe.

Il fallait bien que les contradictions inhérentes à ce positionnement finissent par éclater : on ne peut à la fois envoyer des militaires français au Mali, au Niger ou en Centrafrique pour faire obstacle à la création de califats djihadistes dans ces pays ou à leurs frontières et cajoler les régimes qui financent et arment ces mêmes djihadistes.

On arrive à l’absurdité d’une France participant à la coalition contre Daesh autorisant des frappes aériennes en territoire irakien, alors qu’elle refuse les mêmes frappes contre les mêmes ennemis en territoire syrien, au motif que cela favoriserait Bachar el-Assad.

Par ailleurs, seuls les naïfs et les ignorants (ce qui finit par faire du monde) peuvent être surpris par les violentes manifestations antifrançaises intervenues au Niger et au Mali à la suite de la publication du Charlie historique post-attentat.

L’anthropologue français Jean-Pierre Olivier de Sardan, ancien dirigeant de la Gauche prolétarienne, qui a passé une grande partie de sa vie au Niger, l’explique de manière lumineuse dans Marianne :

« Une idéologie salafiste radicale a en effet peu à peu fait son trou au sein de la société nigérienne. Elle a pu se développer en surfant sur la vague wahhabite, qui a déferlé sur le Niger et les pays sahéliens depuis une bonne vingtaine d’années, promue par l’Arabie saoudite et le Qatar, à coups de financements massifs, de formations de clercs et de propagande médiatique. (…)

Cet islam rigoriste de culture arabe tourné vers le passé s’est aussi immiscé de façon visible dans tous les espaces publics (le refus du code de la famille, les serments des juges sur le Coran, le voilage croissant des femmes ou la présence de mosquées au sein même de tous les bâtiments publics n’en sont que quelques signes parmi beaucoup d’autres). »

Cela vaut également pour le Mali. On est loin du film Timbuktu, encensé par la presse française, car il valide l’idée réconfortante mais fallacieuse d’une résistance générale de la société civile malienne au discours et aux pratiques salafistes et djihadistes.

Il eut été plus honnête de justifier l’engagement militaire français par le souci de préserver des intérêts vitaux de la France dans la région, notamment ceux d’Areva, que de se draper dans les habits du sauveteur d’un islam « modéré » qui serait celui des musulmans subsahariens.

Mais la guerre idéologique menée par nos « amis » saoudiens et qataris est une guerre mondiale. Pendant que des « Louvre Abu Dhabi » ou « Sorbonne-Qatar » sont en chantier dans des conditions financières et de contenu pour le moins opaques, les monarchies du Golfe investissent des millions d’euros dans des institutions « culturelles » islamiques en France et en Europe pour y diffuser l’islam des wahhabites ou des Frères musulmans, dont la compatibilité avec la laïcité française est pour le moins problématique.

Ainsi, à Lyon, le recteur de la grande mosquée, Kamel Kabtane, farouche opposant au CFCM de Dalil Boubakeur, met les pouvoirs publics sous pression : il veut son « Institut des cultures musulmanes » accolé à la Grande Mosquée, un projet pharaonique à 800 millions d’euros. Si l’État, la Région, la Ville ne mettent pas la main à la poche, le Qatar est disposé à le financer…

Peu à peu, cette alliance diabolique isole la France de ses alliés naturels, en Europe et aux Etats-Unis, alors qu’Obama, Cameron et Merkel partagent la conviction qu’il ne sera pas possible de faire échec à Daesh, AQMI, Boko Haram sans coopérer avec l’Iran (et son allié Bachar el-Assad), la Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan.

L’étrange convergence entre Hollande et Sarkozy dans le déni du double jeu des monarchies pétrolières, notamment du Qatar, commence à faire des vagues en France même. Fait rarissime, un débat sur la politique extérieure de l’Élysée surgit, non pas dans les marges d’extrême gauche ou d’extrême droite du spectre politique, mais en son centre.

Ainsi François Fillon déclare-t-il sans ambages :

« Il faut élargir nos alliances. Tant que l’on n’entame pas une discussion sérieuse avec la Russie, il n’y a aucun espoir, à court terme, d’obliger Bachar el-Assad à quitter le pouvoir en Syrie.

Quand il s’est agi de combattre le nazisme, nous n’avons pas hésité à nous allier avec Staline. Poutine n’est pas Staline mais, aujourd’hui, malgré nos différends, nous avons le devoir commun d’éteindre l’incendie qui nous menace tous.

Il faut aussi discuter avec l’Iran, qui est un grand pays et qui va monter en puissance dans la région. »

Bruno Le Maire est encore plus explicite :

« Je ne comprends pas que la France puisse être membre de l’OTAN et qu’un des pays membres, la Turquie, refuse de lutter contre Daesh. Je ne comprends pas qu’on puisse avoir des doutes sur un double jeu du Qatar.

S’il y a des doutes sur le Qatar, le Qatar doit lever ces doutes. Je ne comprends pas que tant de chefs d’État qui viennent défiler n’envoient pas de soldats au Mali.

Je ne comprends pas que l’Europe soit si faible. (…) En 2012, j’ai demandé une mission d’information parlementaire sur les liens entre le Qatar et des réseaux terroristes. Elle m’a été refusée. »

Pendant ce temps, au PS, c’est l’encéphalogramme plat. Il y a bien longtemps que l’on a cessé, Rue de Solférino, d’avoir la moindre idée sur la politique extérieure, et que l’on a délégué ce fardeau aux professionnels du Quai, à leur marionnette Fabius et aux diplomates détachés à l’Élysée.

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1. Le retour de militaires nassériens au pouvoir au Caire n’a pas rétabli les liens franco-égyptiens tissés sous Moubarak. Ces gens-là sont vindicatifs, et gardent en mémoire le lâchage, par Paris, du raïs au profit des Frères Musulmans.


Caricatures danoises: C’est la démocratie, imbécile ! (Flemming Rose: The cartoons are including, rather than excluding, Muslims)

16 février, 2015
https://i0.wp.com/cartoons.internet-share.com/wp-content/uploads/sites/16/2015/01/tumblr_nhuhtoZ97o1u7jsm4o1_500.jpg03.02.06: Steve Bell on Muslim outrage at Mohammed cartoonshttps://i0.wp.com/zombietime.com/mohammed_image_archive/extreme_mohammed/Crybaby_Muhammad.jpg

https://i0.wp.com/media.20minutes.fr/2014/chomage_1.jpg

Soyez fils de votre Père qui est dans les cieux (qui) fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons et (…) pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Jésus (Matthieu 5: 45)
Il n’y a que l’Occident chrétien qui ait jamais trouvé la perspective et ce réalisme photographique dont on dit tant de mal: c’est également lui qui a inventé les caméras. Jamais les autres univers n’ont découvert ça. Un chercheur qui travaille dans ce domaine me faisait remarquer que, dans le trompe l’oeil occidental, tous les objets sont déformés d’après les mêmes principes par rapport à la lumière et à l’espace: c’est l’équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes. On cesse de représenter en grand les gens importants socialement et en petit les autres. C’est l’égalité absolue dans la perception. René Girard 
En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres: c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Il faut vous y faire, vos concitoyens ont le droit de caricaturer votre prophète. Sinon, il existe des tas de pays où on ne court aucun risque de tomber sur Charlie Hebdo… (…) les quelques semaines de lucidité qui ont suivi les attentats nous ont révélé que l’antisémitisme, le complotisme et le rejet de la France étaient bien plus répandus que ce que je croyais moi-même. (…) L’origine de notre interminable crise identitaire, ce n’est pas l’islam mais notre incapacité collective à définir ce qui nous rassemble et à le défendre. Ainsi refuse-t-on avec constance qu’un pays puisse avoir une politique migratoire conforme à ses intérêts. Nous aimons l’Autre, se récrie-t-on. Qui oserait dire le contraire? Seulement, quand il arrive que l’Autre, lui, nous aime moins que ce qu’on voudrait, on fait mieux que le comprendre, on l’approuve. On l’applaudit. Pourquoi aimerait-on un pays qui, non content d’avoir commis des crimes effroyables dans le passé, s’acharne à les répéter? Quelques semaines après des attentats islamistes, de quoi débat la France? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son «islamophobie», au point qu’on finit par penser que l’islamophobie a tué à Paris. Le président nous a appelés à être «fiers d’être français». Avec un mot Manuel Valls a clos la séquence: «apartheid», le mot a été répété avec gourmandise par des journalistes ravis de tant d’audace. Et le plus consternant est que le Premier ministre l’ait prononcé pour câliner son aile gauche et faire plaisir aux intéressés. Que certains membres d’un parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on caresse une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non? La France a fabriqué Merah, Nemouche et les autres. La faute à l’apartheid. Vous verrez, certains exigeront bientôt qu’on organise «Vérité et Réconciliation» pour leur demander pardon d’avoir si mal accueillis leurs parents. (…) ce n’est pas en leur apprenant l’arabe qu’on va régler le problème. Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française – ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu «à la dure», en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés – on aura pas mal avancé. Mais le plus important, c’est d’arrêter d’entretenir la jeunesse, notamment musulmane, dans l’illusion qu’on lui devait quelque chose qu’on ne lui a pas donné. Rien n’est plus délétère que ce ressentiment, encouragé et légitimé par le discours public. Est-il si insupportable d’envisager que les intéressés aient une part de responsabilité dans ce qui leur arrive? Si beaucoup ont du mal à trouver leur place dans la société française, est-ce exclusivement à cause du racisme congénital des Français? Oui, c’est difficile de trouver du boulot et c’est plus difficile pour la jeunesse immigrée. Comment peut-on oublier les milliards investis dans la politique de la ville, l’arsenal juridique qui sanctionne le racisme et les discriminations, les repentances diverses et variées? Personne n’est colonisé en France. En réalité, les pleureuses professionnelles et les donneurs de leçons qui adorent se battre la coulpe sur la poitrine des autres méprisent nos concitoyens musulmans en les supposant incapables d’intégrer le monde des Lumières. Pour ces humiliés, disent-ils, l’islam est la dernière source de dignité. C’est aimable pour tous ceux dont la dignité réside dans leur contribution au bien commun. Cette condescendance parée de générosité me révolte. (…) Très vite, il est devenu clair que cette unanimité ne faisait que masquer de profonds malentendus. La gauche et les médias sont revenus à leur ritournelle habituelle: le FN, voilà l’ennemi! Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les «intentions funestes de ce parti pour la démocratie» et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Oui, la France pourrait être une chance pour l’islam comme elle a été une chance pour les juifs. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais simplement les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. C’est en leur mentant qu’on les insulte. (…)  Voilà des années que certains débats sont interdits: en apparence ils ont lieu, mais tout point de vue contraire à la doxa est d’emblée criminalisé. On vous laisse parler en agitant la clochette «Attention, salaud!» Du coup, les mots n’ont plus de sens: par exemple, il est communément admis que la proposition «être contre l’immigration» (ou pour une réduction drastique des flux migratoires) est synonyme de «être raciste». C’est totalement stupide d’un point de vue logique, mais peu importe, le journaliste standard le répètera comme il a répété que si on était contre le mariage homo on était contre l’égalité. Cette fois, le journaliste standard a décidé, enchanté de sa trouvaille, que l’existence d’un apartheid en France était une vérité scientifique et que les attentats islamistes n’avaient rien à voir avec l’islam. On est en train de monter d’un cran dans la censure: on n’interdit pas seulement des opinions mais des réalités déplaisantes. Ainsi Arno Klarsfeld est-il mis en examen pour avoir dit: «Une partie des jeunes de banlieue est antisémite». Cela aurait dû au moins nous faire hurler de rire, et j’attends l’audience avec impatience au cas où la Justice se donnerait le ridicule de statuer sur le droit d’affirmer que la pluie mouille. Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel: d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable… (…) je suis atterrée par les condamnations à des peines fermes pour «apologie du terrorisme». En France, on ne va pas en prison pour ses idées, même si elles sont atroces. Et je préfèrerais qu’on arrête les aspirants-terroristes plutôt que les grandes gueules. Que Dieudonné soit condamné quand il va trop loin (c’est-à-dire souvent…) et surtout qu’on l’oblige à payer ses amendes). Mais je ne veux pas qu’on l’empêche de parler. Je veux vivre dans un monde où je peux être heurtée par les propos des autres. La loi qui pénalise les délits d’opinion doit être appliquée avec sagesse. Or, je le répète, aujourd’hui, certains nous somment de ne pas voir ce que nous voyons. Eh bien moi, je ne renoncerai jamais au droit de voir – ni d’ailleurs à celui de parler et de penser. Elisabeth Lévy
Culpabilisés par leur niveau de vie (…) taraudés par la mauvaise conscience d’être des nantis, [les Scandinaves] ont ouvert les vannes de l’immigration. (..) Le problème est de sauvegarder la laïcité face à une religion turbulente. Dès lors, l’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Emeutes au Danemark en 2008, quasi-émeutes en Norvège en 2009, aux cris de «mort aux Juifs» ; émeutes en Suède en 2013. Les pays scandinaves ont déjoué plusieurs tentatives d’attentats. (…) Le royaume danois fut donc pionnier des structures d’accueil de dé-radicalisation, avec psychologues aux petits soins et réinsertion par l’emploi de type discrimination positive à la clé. En prime, les autorités politiques et les élites prenaient avec des pincettes les caricaturistes «droitisés» de 2005, et des manifestants avaient brandi des pancartes «Sorry» pour amadouer le monde musulman. Ce profil bas n’a pas payé, car il brosse de l’Occident un tableau dont la noirceur et la pusillanimité justifient révolte et violence. Les frères Kouachi étaient d’anciens combattants des émeutes des banlieues de 2005 et l’un des deux auteurs des attentats de Boston, du printemps 2013, avait écrit sur son Facebook: «Je ne discute pas avec les idiots qui disent que l’islam c’est du terrorisme». Cette phrase, exacte au pied de la lettre, est discutable dans son esprit, puisqu’elle vise à rabaisser ceux qui doutent que l’on puisse découpler complètement le djihadisme de l’islam. (…) L’intégration existe (…) ce n’est pas forcément une question de modèle. C’est une question d’affirmation de soi. Le Royaume-Uni s’est repris en main. En Allemagne, Espagne et Italie, l’immigration choisie freine les processus de sécession agressive. Le djihadisme offre à de jeunes adultes le mythe du guérillero à cartouchière dans une variante proche de celle qui poussait les jeunes de 20 ans des années 30 vers le communisme ou le catholicisme politique: la défense d’un grand récit savant injustement calomnié et mal-aimé. C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, «religion de paix mal interprétée», que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main. Alexandre Devecchio
It was a project for the art world I noticed that you can’t criticize the Muslim world.  You can make jokes about religion, especially if you don’t have any unpleasant motives. Lars Vilks
In every art exhibition, you’ll see that you have a political statement against Bush and against Israel, but you never have any sort questioning about Islam. Which actually then were more interesting subject after the caricatures. So I wanted to add something to that discussion. Why are you so one sided again, in the art world. Lars Vilks
Combien de politiques qui n’ont aujourd’hui que la liberté d’expression à la bouche, ont, lors de la publication des caricatures danoises, soutenu la liberté d’expression sans restriction, sans invoquer l’esprit de responsabilité, de mesure, de respect, le caractère inopportun ou provocateur des dessins? Beaucoup ont joué la stratégie de l’apaisement. La dénonciation aujourd’hui de l’atteinte à la liberté par la mosquée de Paris et l’UOIF, qui appellent à manifester demain, aurait plus poids si elles n’avaient pas poursuivi Charlie Hebdo en justice alors qu’il exerçait précisément sa liberté. N’oublions pas non plus qu’il s’est trouvé une association musulmane de Seine-Saint-Denis, l’UAM-93, pour demander un vote sur une loi condamnant le blasphème, demande relayée et soutenue par Eric Raoult. Ce que cherche à obtenir sans relâche l’Organisation de la coopération islamique (OCI) aux Nations unies. Et que dire de l’Union européenne qui a abandonné le Danemark en rase campagne quand celui-ci devait faire face à la rage orchestrée contre lui en 2005-2006? Flemming Rose (qui a eu été à l’origine de la publication des caricatures dans le Jyllands-Posten) raconte, dans son livre Tyranny of Silence, que l’UE avait, au contraire, dépêché Javier Solana au Moyen-Orient pour tenter de calmer la colère. Ce dernier s’apprêtait à signer un accord avec l’OCI le 26 janvier 2006 visant à bannir la diffamation des religions. Finalement l’UE ne fut pas représentée lors de la réunion au Qatar. Mais l’Espagne, la Turquie et Koffi Anan signèrent cet accord avec l’OCI alors que cette dernière avait contribué à allumer la mèche. Le gouvernement français appelle à manifester demain en hommage aux victimes des attentats meurtriers. Cet appel est incongru en ce qu’il se substitue à la société civile et, d’une certaine manière, la court-circuite. L’État n’a pas à manifester dans la rue, il doit réfléchir à ce qui arrive et prendre des mesures. Et pas seulement des mesures de sécurité. Au lieu d’arpenter le pavé parisien, on aimerait que ces politiciens français et européens s’engagent à protéger la liberté d’expression, par exemple en introduisant l’équivalent d’un 1er amendement à l’américaine, et à cesser les politiques d’apaisement conduites jusque-là vis-à-vis de l’islamisme. Cette protection de la liberté d’expression est d’autant plus nécessaire que les attentats récents vont avoir un effet de sidération sur tous ceux qui sont amenés à s’exprimer sur l’islam que ce soit sérieusement ou non. Les exemples d’autocensure sont déjà légion. Ils sont appelés à se multiplier. On pourrait même soutenir que l’idée de subversion artistique, littéraire ou autre est morte avec les dessinateurs et journalistes de Charlie Hebdo à partir du moment où il existe un périmètre interdit sous peine de mort. On peut juste espérer, avec Flemming Rose, que les Occidentaux cesseront de camoufler leur peur derrière des justifications morales ou humanitaires. Michèle Tribalat
La liberté de publier ne signifie pas la liberté de publier n’importe quoi. Jyllands-Posten ne publierait jamais d’images pornographiques ou des images montrant en détail des cadavres; des jurons trouvent rarement leur place dans nos pages. Nous ne sommes donc pas des fondamentalistes dans notre support de la liberté d’expression. Mais l’histoire des caricatures est différente. Les exemples précédents sont liés à l’exercice d’une retenue pour des raisons éthiques et de bon goût; appelons cela la mise en page. Par contraste, j’ai lancé l’histoire des caricatures pour répondre à plusieurs incidents d’autocensure en Europe, incidents causés par les peurs croissantes et les sentiments d’intimidation ressentis en adressant des problèmes liés à l’Islam. Et je suis plus que toujours persuadé que c’est un thème que nous, Européens, devons confronter, afin de pousser les Musulmans modérés à s’exprimer. L’idée n’était pas de provoquer gratuitement – et certainement, notre intention n’était pas de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman. Notre but était simplement de faire reculer des limites que nous nous imposons nous-mêmes et qui semblaient devenir de plus en plus étroites. Fin septembre, un humoriste danois a dit dans une interview avec Jyllands-Posten qu’il n’avait aucun problème à uriner sur une Bible devant une caméra, mais qu’il n’oserait pas faire la même chose avec le Coran. Cet aveu a été le point culminant d’une série d’instances troublantes d’autocensure. En septembre dernier, un écrivain pour enfants danois avait de la peine à trouver un illustrateur pour publier un livre sur la vie de Mahomet. Trois personnes ont refusé le travail par peur des conséquences. La personne qui a finalement accepté a insisté pour garder son anonymat, ce qui, selon moi, est une forme d’autocensure. Des traducteurs européens d’un livre critique de l’Islam ne voulaient pas que leur nom apparaisse à côté du nom de l’auteur, une politicienne néerlandaise née en Somalie qui, elle-même, vit cachée. Environ à la même époque, la galerie d’art Tate à Londres a retiré une oeuvre par l’artiste d’avant- garde John Latham montrant le Coran, la Bible et le Talmud déchirés en morceaux. Le musée a expliqué qu’ils ne voulaient pas envenimer la situation après les attentats de Londres. (Quelques mois plus tôt, un musée de Göteborg en Suède, a enlevé une peinture contenant un motif sexuel et des citations du Coran afin de ne pas offenser les Musulmans.) Finalement, fin septembre, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen a rencontré un groupe d’imams dont l’un d’entre eux a demandé au premier ministre d’intervenir auprès de la presse afin de produire une présentation plus positive de l’Islam. Ainsi, au cours de deux semaines, nous avons observé une demi-douzaine de cas d’autocensure, opposant la liberté d’expression à la peur de confronter des questions concernant l’Islam. Tout celà constituait une information légitime à publier, et Jyllands-Posten a décidé de le faire en adoptant le principe journalistique bien connu: montrer mais ne rien dire. J’ai écrit à des membres de l’association danoise des caricaturistes, leur demandant de “dessiner Mahomet comme ils le voyaient”. Nous ne leur avons certainement pas demandé de se moquer du prophète. Douze des 25 membres actifs ont répondu. Nous avons une tradition satirique lorsque nous parlons de la famille royale et d’autres personnes publiques et ceci est visible dans les caricatures. Les caricaturistes ont traité l’Islam comme ils traitent le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme et d’autres religions. Et en traitant les Musulmans au Danemark comme des égaux, ils ont démontré un point: nous vous intégrons dans la tradition danoise de la satire parce que vous faites partie de notre société, et vous n’êtes pas des étrangers. Les caricatures incluent, plutôt qu’excluent les Musulmans. (…) Une caricature – montrant le prophète avec une bombe dans son turban – a attiré les critiques les plus sévères. Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. (…) Je reconnais que certaines personnes ont été offensées par la publication des caricatures, et Jyllands-Posten s’en est excusé. Mais nous ne pouvons pas nous excuser pour notre droit à publier certains sujets, même des sujets offensifs. On ne peut pas publier un journal si on est paralysé par la crainte d’une insulte. Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets, pour autant qu’ils respectent la loi et le code éthique du journal. Le fait que d’autres rédacteurs feraient d’autres choix fait partie de l’essence même du pluralisme. En tant qu’ancien correspondant en Union Soviétique, je suis très sensible à des demandes de censure basées sur la notion d’insulte. C’est un truc populaire des mouvements totalitaires: taxer chaque critique ou appel au débat d’insulte et punir les offenseurs. C’est ce qui est arrivé aux activistes des droits de l’homme et a des écrivains comme Andrei Sakharov, Vladimir Bukovsky, Alexander Soljenitsyne, Natan Sharansky, Boris Pasternak. Le régime les a accusés de propagande anti-Soviétique, de la même manière que certains Musulmans décrivent 12 caricatures parues dans un journal danois comme anti-Islamiques. La leçon de la guerre froide est la suivante: si vous cédez a des impulsions totalitaires une seule fois, de nouvelles demandes suivront. L’Occident a prévalu dans la guerre froide, parce que nous avons défendu nos valeurs fondamentales et n’avons pas apaisé des tyrans totalitaires. Flemming Rose
The tragic events also expose our own hypocrisies, the delusions and evasion we take to keep peace in the short term, along with the destructive culture of grievance that politicians have been eager to exploit. (…) The crisis began innocently enough. A children’s writer could not find an illustrator for a book about the Prophet Mohammed. Several illustrators declined to do it due to fear; then the one who agreed insisted on anonymity. We observed several more examples of self-censorship or calls for censorship when it came to the treatment of Islam in the public domain. Theatres, comedians, translators and museums were censoring themselves. My point was not to provoke or mock anyone, but simply to start a debate about self-censorship in our treatment of Islam compared with other religions. By proposing a practical demonstration – Show, Don’t Tell, a time-honoured journalistic principle – we wanted to let readers form their own opinion. As we soon found out, fears of violence for ridiculing a religious symbol were far from fantasy. I could never have imagined being condemned as a racist and finding myself on an Al Qaeda hit list. I was constantly asked to apologise for subsequent events, finding myself blamed for the lethal over-reaction of others. Following the French tragedy, I have been asked again and again my reaction. And the harsh truth is that mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’. I find it strange that people who welcome diversity when it comes to culture, religion and ethnicity fail to welcome the same diversity when it comes to expressing ourselves. These people are basically saying that the more multicultural society becomes, the less freedom of expression we need. This seems a twisted stance. It should be the other way round – the more different we are, it seems to me, the more we need an open and free exchange of opinions. Unfortunately, governments defend restrictions on free speech on the grounds of keeping the peace and avoiding clashes between different groups. So they ban hate speech and blasphemy. In 2004, Theo van Gogh was killed in Amsterdam after making a controversial film about Islamic culture. The Dutch minister of justice responded by saying his life could have been saved if Holland had tougher laws on hate speech. But it is not only governments that advocate this blinkered approach. The human rights industry also defends limitations on speech, referring to the protection of human dignity and vulnerable identities. I was once asked to join a panel discussion organised by Amnesty International and the Danish Institute of Human Rights under the banner Victims of Free Speech. I suggested there were only victims of crime in a society based on the rule of law and the idea that people exerting long-held statutory rights were ‘victims’ was nonsense. There was anger at my comments. Westergaard’s cartoon of the Prophet has been criticised for being racist or stigmatising Muslims. I strongly disagree. He depicted Mohammed as representative of Islam in the same way images of Jesus refer to Christianity, Karl Marx to Marxism, and Uncle Sam to the US. Portraying Marx with blood on his hands, the crucified Christ holding a beer, or the Christian God armed with a bomb does not mean you think that all Marxists are bloodthirsty murderers or that Christians are drunkards or terrorists. Westergaard’s cartoon attacks a hardline religious doctrine, not a particular group within society. I would make a similar point about cartoons lampooning the Prophet Mohammed in Charlie Hebdo. Philippe Val, former editor-in-chief of Charlie Hebdo, was once asked if they hadn’t crossed a line with cartoons mocking the Prophet. ‘What kind of civilisation are we if we cannot ridicule those who bomb trains and airplanes and commit mass murder against innocent civilians?’ he responded. Yes indeed, what kind of civilisation are we? This is the key question for the coming days, weeks and months of hot debate. Do we want to live in a tyranny of silence – or do we defend the right to offend? These cartoons can be offensive to some; they are designed to stir debate. But labelling such images racist – an opinion aired in the US and UK – is misleading and dangerous. If you characterise race and religion as similar, you risk supporting those sinister forces who claim that apostasy is impossible and abandonment of religion a capital offence. Many Muslims believe they are born into their faith and it would be a serious crime to quit Islam. They treat religion as if it is a race. We should not accept that logic. Flemming Rose

Nous étions danois et nous ne le savions pas !

Au lendemain d’une nouvelle démonstration

Dans l’un des pays à la politique d’immigration la plus généreuse mais aussi, par habitant, aux djihadistes les plus nombreux …

Que sans compter les discours de l’excuse des sociologues, les mêmes haines et les mêmes textes finissent immanquablement par produire les mêmes effets

Qui se souvient un mois à peine après le prétendu sursaut parisien du mois dernier …

De l’insidieuse chape d’autocensure et la véritable « tyrannie du silence » qui étaient alors en train de s’installer au Danemark et en Europe ?

Et qui ne voit derrière leur dénonciation de l’instrumentalisation criminelle de la religion …

Comme de la véritable assignation à résidence religieuse et identitaire dans laquelle on enfermait ainsi les immigrés …

Que, comme le rappellent tant Flemming Rose que Lars Vilks, les premières caricatures ne revendiquaient pas autre chose …

Que la base et l’essence de toute démocratie …

A savoir, à l’instar de cet équivalent pictural du Dieu qui fait briller son soleil et tomber sa pluie sur les justes comme sur les injustes dont parlait René Girard à propos de la découverte occidentale de la perspective …

L’égalité absolue de traitement et la pleine intégration des musulmans dans la tradition danoise et occidentale ?

‘Jihadis want to assassinate me. But I refuse to be condemned to a tyranny of deathly silence': Cry of defiance from Danish editor who printed first controversial cartoons Flemming Rose is the Foreign Editor of Jyllands-Posten in Denmark He was put on a jihadi hit-list after publishing anti-Islam cartoons in 2005 His cartoonist colleague survived an assassination attempt in his home Here, he reflects on the Charlie Hebdo massacre in Paris Flemming Rose, Foreign Editor Of Jyllands-posten

The Mail On Sunday

11 January 2015

It was late on a Tuesday afternoon six years ago when the phone rang. A voice that had become familiar from Denmark’s Security and Intelligence Service said two men planning to assassinate me had been arrested in Chicago.

The FBI had foiled another planned attack on my paper Jyllands-Posten, which specifically targeted myself and the cartoonist Kurt Westergaard.

The terrorists turned out to be an American and a Canadian, both of Pakistani origin.

One was linked to atrocities the previous year in Mumbai; he had already visited Denmark twice on planning missions and had purchased his ticket back to Copenhagen.

A year later, Westergaard was fortunate to escape the next attempt on his life.

The 73-year-old artist was watching a film with his young granddaughter when a Somali man with an axe broke in to his home to kill him.

They dived into a safe room he had been forced to put in his house. His assailant was shot and captured by police.

For a decade we have had to live in the shadow of such threats after I commissioned a dozen cartoons depicting the Prophet Mohammed.

This was a decision that provoked a storm around the world, with republication of the cartoons in scores of other papers. Yet in spite of the assassination attempts, it was all too easy to be lulled into thinking the threat was abstract, as life continued.

All that changed last week. People were killed in Paris because of cartoons mocking Islam. Our worst nightmare has come true.

These murders challenge democracies in the most sickening style. They present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy.

But the tragic events also expose our own hypocrisies, the delusions and evasion we take to keep peace in the short term, along with the destructive culture of grievance that politicians have been eager to exploit.

I knew two of the killed cartoonists at Charlie Hebdo. I had appeared on a panel about threats to free speech with Stephane Charbonnier (aka Charb) and worked on a comic project with Georges Wolinski. I liked them a lot. They were funny and easy-going. Now they are dead.

I also appeared as a witness in a 2007 court case after two Muslim organisations in France accused Charlie Hebdo of inciting religious hatred by publishing cartoons of the Prophet Mohammed.

Among them was the one by Westergaard that became the most infamous of our cartoons – a simple image of the Prophet with a bomb tucked in his turban.

Yet I stumbled almost accidentally into sparking what came to be known as the cartoon crisis, leading to riots, protests and dozens of deaths around the world.

I had taken a post as cultural editor of my paper after years on the road as a foreign correspondent. Among my postings was Moscow, where I was struck by dissidents who stood apart from Soviet society on the strength of their belief in freedom.

The crisis began innocently enough. A children’s writer could not find an illustrator for a book about the Prophet Mohammed. Several illustrators declined to do it due to fear; then the one who agreed insisted on anonymity.

We observed several more examples of self-censorship or calls for censorship when it came to the treatment of Islam in the public domain. Theatres, comedians, translators and museums were censoring themselves.

My point was not to provoke or mock anyone, but simply to start a debate about self-censorship in our treatment of Islam compared with other religions.

These murders…present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy. By proposing a practical demonstration – Show, Don’t Tell, a time-honoured journalistic principle – we wanted to let readers form their own opinion. As we soon found out, fears of violence for ridiculing a religious symbol were far from fantasy.

I could never have imagined being condemned as a racist and finding myself on an Al Qaeda hit list. I was constantly asked to apologise for subsequent events, finding myself blamed for the lethal over-reaction of others.

Following the French tragedy, I have been asked again and again my reaction. And the harsh truth is that mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’. I find it strange that people who welcome diversity when it comes to culture, religion and ethnicity fail to welcome the same diversity when it comes to expressing ourselves.

These people are basically saying that the more multicultural society becomes, the less freedom of expression we need. This seems a twisted stance. It should be the other way round – the more different we are, it seems to me, the more we need an open and free exchange of opinions.

Unfortunately, governments defend restrictions on free speech on the grounds of keeping the peace and avoiding clashes between different groups. So they ban hate speech and blasphemy.

In 2004, Theo van Gogh was killed in Amsterdam after making a controversial film about Islamic culture.

The Dutch minister of justice responded by saying his life could have been saved if Holland had tougher laws on hate speech.

The harsh truth is that the mass murder in Paris has exposed hypocrisy, even as all those good people declare ‘Je Suis Charlie’ But it is not only governments that advocate this blinkered approach. The human rights industry also defends limitations on speech, referring to the protection of human dignity and vulnerable identities.

I was once asked to join a panel discussion organised by Amnesty International and the Danish Institute of Human Rights under the banner Victims of Free Speech.

I suggested there were only victims of crime in a society based on the rule of law and the idea that people exerting long-held statutory rights were ‘victims’ was nonsense. There was anger at my comments.

We need to grow thicker skins if freedom of speech is to survive in a multicultural world. Westergaard’s cartoon of the Prophet has been criticised for being racist or stigmatising Muslims. I strongly disagree. He depicted Mohammed as representative of Islam in the same way images of Jesus refer to Christianity, Karl Marx to Marxism, and Uncle Sam to the US.

Portraying Marx with blood on his hands, the crucified Christ holding a beer, or the Christian God armed with a bomb does not mean you think that all Marxists are bloodthirsty murderers or that Christians are drunkards or terrorists.

Westergaard’s cartoon attacks a hardline religious doctrine, not a particular group within society. I would make a similar point about cartoons lampooning the Prophet Mohammed in Charlie Hebdo.

Philippe Val, former editor-in-chief of Charlie Hebdo, was once asked if they hadn’t crossed a line with cartoons mocking the Prophet. ‘What kind of civilisation are we if we cannot ridicule those who bomb trains and airplanes and commit mass murder against innocent civilians?’ he responded.

Yes indeed, what kind of civilisation are we? This is the key question for the coming days, weeks and months of hot debate.

Do we want to live in a tyranny of silence – or do we defend the right to offend? These cartoons can be offensive to some; they are designed to stir debate.

But labelling such images racist – an opinion aired in the US and UK – is misleading and dangerous.

If you characterise race and religion as similar, you risk supporting those sinister forces who claim that apostasy is impossible and abandonment of religion a capital offence.

‘These murders challenge democracies in the most sickening style. They present a terrible threat to the free speech that is the foundation of true democracy': Above, tributes to victims of the Paris terror attacks Many Muslims believe they are born into their faith and it would be a serious crime to quit Islam. They treat religion as if it is a race. We should not accept that logic.

Identity is a key issue in the modern world. It is no longer easy to answer questions such as: Who am I? Who are we as a community? How do we protect our identity?

But identity politics has become a growing challenge to free speech. We seem more concerned with protecting the sensibilities of groups rather than defending the historic democratic rights that we are entitled to as human beings.

The killers in Paris sincerely believed that human beings at Charlie Hebdo deserved to die because of their offensive cartoons. They felt this was justified by their militant interpretation of Islam.

But the killings were also taking place within a grievance culture that incites people to take offence every time somebody says something they do not like.

The assumption is that there isn’t any REAL difference between words and deeds, between a verbal insult and physical violence.

Yet I believe those who support this point of view are playing into the hands of both Islamists and the growing swathe of xenophobic political parties across Europe.

Instead of sending people to sensitivity training when they say something offensive, perhaps we should all be sent to insensitivity training.

We need to grow thicker skins if freedom of speech is to survive in a multicultural world.

Flemming Rose is author of The Tyranny Of Silence: How One Cartoon Ignited A Global Debate On The Future Of Free Speech.

Voir aussi:

Cartoonist: Art World One-Sided Against Israel, Bush, Avoids Islam Lars Vilks Breitbart Pam Key 15 Feb 201528 Sunday on CNN, artist Lars Vilks discussed the Copenhagen terror attack that killed two and injured three others. In a free speech debate held by the cartoonist who has been under death threats since his 2007 caricatures of Muhammad, he said the art world is one sided.

Vilks said, “In every art exhibition, you’ll see that you have a political statement against Bush and against Israel, but you never have any sort questioning about Islam. Which actually then were more interesting subject after the caricatures. So I wanted to add something to that discussion. Why are you so one sided again, in the art world.”

When Vilks was asked if he feels he “contributed to this sentiment that has inspired some people to resort to violence to express their anger,” he replied, “Well, when you pose a question on the political responsibility, I mean, the religious symbols they are carrying, at least in this case, they’re carrying political decisions, certain dogmas, so if you question the basic symbols of this, it’s part of a political conversation. If you have people that want to go out and have guns and start murdering people, the thing is, you should put these people in prison. Because you cannot accept people murdering and trying in that way to stop the discussion you have concerning our questions about what you do with the freedom of speech in a democracy.”

Artist says Prophet picture meant to stir debate Reuters

Sep 18, 2007 (Reuters) – A Swedish artist threatened with death over his drawing of a dog with the head of Islam’s Prophet Mohammad said on Tuesday he drew the picture to spark debate about freedom of expression in the art world.

Showing the original picture at a debate in the Swedish capital, Lars Vilks said he had wanted to test the boundaries of freedom in art.

« It was a project for the art world, » Vilks said.

« I noticed that you can’t criticize the Muslim world. »

Muslim countries including Iran and Pakistan have expressed anger over the drawing, and Sweden’s prime minister has met ambassadors from 22 Muslim countries to defuse the row.

Abu Omar al-Baghdadi, leader of the self-styled Islamic State in Iraq, offered up to $150,000 on Saturday for the murder of Vilks.

In an audiotape posted on the Internet, Baghdadi offered a lower bounty for the death of the editor of daily Nerikes Allehanda, which published the drawing last month.

Vilks, who has been told by police he is no longer safe living at home, said the response to his drawing had been much bigger than he had anticipated.

He said the drawing was humorous and that he did not see it as negative.

« You can make jokes about religion, especially if you don’t have any unpleasant motives, » he said.

Top Swedish firms such as truck maker Volvo, mobile network builder Ericsson and retailer Ikea were also threatened unless an apology was forthcoming for the drawing.

The controversy follows violent protests in the Muslim world last year over the publication by a Danish newspaper of cartoons some Muslims felt insulted the Prophet Mohammad. More than 50 people died across Asia, Africa and the Middle East.

Pourquoi j’ai publié ces caricatures Flemming Rose The Washington Post 19 février 2006

Puéril. Irresponsable. Expression haineuse. Une provocation juste pour le plaisir de provoquer. Un gag de pub. Les critiques des douze caricatures du prophète Mahomet que j’ai décidé de publier dans le journal Jyllands-Posten n’ont pas mâché leurs mots.

Ils disent que la liberté d’expression n’implique pas la permission d’insulter les sentiments religieux de personnes et, de plus, ils ajoutent que les médias s’autocensurent constamment. En conséquence de quoi, “nous vous prions de ne pas nous donner de leçons en ce qui concerne la liberté d’expression sans limites”. Je suis d’accord pour dire que la liberté de publier ne signifie pas la liberté de publier n’importe quoi. Jyllands-Posten ne publierait jamais d’images pornographiques ou des images montrant en détail des cadavres; des jurons trouvent rarement leur place dans nos pages. Nous ne sommes donc pas des fondamentalistes dans notre support de la liberté d’expression.

Mais l’histoire des caricatures est différente.

Les exemples précédents sont liés à l’exercice d’une retenue pour des raisons éthiques et de bon goût; appelons cela la mise en page. Par contraste, j’ai lancé l’histoire des caricatures pour répondre à plusieurs incidents d’autocensure en Europe, incidents causés par les peurs croissantes et les sentiments d’intimidation ressentis en adressant des problèmes liés à l’Islam. Et je suis plus que toujours persuadé que c’est un thème que nous, Européens, devons confronter, afin de pousser les Musulmans modérés à s’exprimer. L’idée n’était pas de provoquer gratuitement – et certainement, notre intention n’était pas de provoquer des manifestations violentes dans le monde musulman.

Notre but était simplement de faire reculer des limites que nous nous imposons nous-mêmes et qui semblaient devenir de plus en plus étroites. Fin septembre, un humoriste danois a dit dans une interview avec Jyllands-Posten qu’il n’avait aucun problème à uriner sur une Bible devant une caméra, mais qu’il n’oserait pas faire la même chose avec le Coran. Cet aveu a été le point culminant d’une série d’instances troublantes d’autocensure. En septembre dernier, un écrivain pour enfants danois avait de la peine à trouver un illustrateur pour publier un livre sur la vie de Mahomet. Trois personnes ont refusé le travail par peur des conséquences. La personne qui a finalement accepté a insisté pour garder son anonymat, ce qui, selon moi, est une forme d’autocensure. Des traducteurs européens d’un livre critique de l’Islam ne voulaient pas que leur nom apparaisse à côté du nom de l’auteur, une politicienne néerlandaise née en Somalie qui, elle-même, vit cachée.

Environ à la même époque, la galerie d’art Tate à Londres a retiré une oeuvre par l’artiste d’avant- garde John Latham montrant le Coran, la Bible et le Talmud déchirés en morceaux. Le musée a expliqué qu’ils ne voulaient pas envenimer la situation après les attentats de Londres. (Quelques mois plus tôt, un musée de Göteborg en Suède, a enlevé une peinture contenant un motif sexuel et des citations du Coran afin de ne pas offenser les Musulmans.)

Finalement, fin septembre, le premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen a rencontré un groupe d’imams dont l’un d’entre eux a demandé au premier ministre d’intervenir auprès de la presse afin de produire une présentation plus positive de l’Islam. Ainsi, au cours de deux semaines, nous avons observé une demi-douzaine de cas d’autocensure, opposant la liberté d’expression à la peur de confronter des questions concernant l’Islam. Tout celà constituait une information légitime à publier, et Jyllands-Posten a décidé de le faire en adoptant le principe journalistique bien connu: montrer mais ne rien dire. J’ai écrit à des membres de l’association danoise des caricaturistes, leur demandant de “dessiner Mahomet comme ils le voyaient”. Nous ne leur avons certainement pas demandé de se moquer du prophète. Douze des 25 membres actifs ont répondu. Nous avons une tradition satirique lorsque nous parlons de la famille royale et d’autres personnes publiques et ceci est visible dans les caricatures. Les caricaturistes ont traité l’Islam comme ils traitent le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme et d’autres religions. Et en traitant les Musulmans au Danemark comme des égaux, ils ont démontré un point: nous vous intégrons dans la tradition danoise de la satire parce que vous faites partie de notre société, et vous n’êtes pas des étrangers. Les caricatures incluent, plutôt qu’excluent les Musulmans.

Les caricatures en aucun cas ne démonisent les Musulmans, et ne veulent pas créer de stéréotype. En fait, elles diffèrent l’une de l’autre tant dans la manière dont elles représentent le prophète que dans leur but. Une caricature se moque de Jyllands-Posten, représentant ses rédacteurs culturels comme une bande de provocateurs réactionnaires. Une autre suggère que l’auteur du livre pour enfants, ne pouvant pas trouver d’illustrateur, a rendu ce problème public juste pour se faire de la publicité à bon marché. Une troisième a mis la tête de la présidente du parti “Danish People’s Party “, parti au programme anti-immigratoire, dans une rangée de personnages, comme si elle était suspectée d’activités criminelles.Une caricature – montrant le prophète avec une bombe dans son turban – a attiré les critiques les plus sévères. Des voix furieuses prétendent que la caricature dit que le prophète est un terroriste ou que tous les musulmans sont des terroristes. Je lis cette caricature différemment: certains individus ont pris la religion musulmane en otage en commettant des actes terroristes au nom du prophète. Ce sont ceux-ci qui ont donné une mauvaise image à cette religion. La caricature évoque aussi le conte d’Aladin et l’orange qui est tombée dans son turban, lui assurant ainsi la fortune. Cela suggère que la bombe vient du monde extérieur et n’est donc pas une caractéristique inhérente au prophète. Parfois, Jyllands-Posten a refusé de publier des caricatures satiriques de Jésus, mais pas parce que nous appliquons des règles différentes. En fait, le même caricaturiste qui a dessiné Mahomet avec une bombe dans son turban a dessiné une caricature de Jésus sur la croix avec des billets de dollars dans ses yeux et une autre avec l’étoile de David attachée à la mèche d’une bombe. Cependant, lors de leur publication, nous n’avons pas vu d’ambassades incendiées ni reçu de menaces de mort.

Jyllands-Posten a-t-il insulté l’Islam ou manqué de respect? Ce n’était certainement pas son intention. Mais que signifie “respect”? Lorsque je visite une mosquée, je montre mon respect en enlevant mes chaussures. Je suis les coutumes de la même manière que je le ferais dans une église, une synagogue ou tout autre lieu saint. Mais lorsqu’un croyant demande que moi, non croyant, je respecte ses tabous sur le domaine public, il ne demande pas mon respect, mais ma soumission. Et ceci est incompatible avec une démocratie laïque. C’est exactement à cause de cela que Karl Popper dans son ouvrage « La Société ouverte et ses ennemis » insiste sur le fait qu’il ne faut pas être tolérant avec l’intolérant. Nulle part d’autre que dans une démocratie, où la liberté d’expression est un droit fondamental, ne coexistent autant de religions de manière pacifique. En Arabie Saoudite, vous pouvez être arrêté pour avoir porté une croix ou pour avoir une Bible dans votre valise, alors qu’au Danemark, pays laïque, les Musulmans peuvent avoir leurs propres mosquées, cimetières, écoles, stations de télévision et de radio.

Je reconnais que certaines personnes ont été offensées par la publication des caricatures, et Jyllands-Posten s’en est excusé. Mais nous ne pouvons pas nous excuser pour notre droit à publier certains sujets, même des sujets offensifs. On ne peut pas publier un journal si on est paralysé par la crainte d’une insulte. Je suis offensé par des sujets dans le journal chaque jour: traductions des discours de Osama bin Laden, photos de Abu Ghraib, de personnes qui insistent pour qu’Israël soit effacé de la surface de la terre, de gens qui prétendent que l’Holocauste n’a pas existé. Mais cela ne signifie pas que j’hésiterai à publier ces sujets, pour autant qu’ils respectent la loi et le code éthique du journal. Le fait que d’autres rédacteurs feraient d’autres choix fait partie de l’essence même du pluralisme. En tant qu’ancien correspondant en Union Soviétique, je suis très sensible à des demandes de censure basées sur la notion d’insulte. C’est un truc populaire des mouvements totalitaires: taxer chaque critique ou appel au débat d’insulte et punir les offenseurs. C’est ce qui est arrivé aux activistes des droits de l’homme et a des écrivains comme Andrei Sakharov, Vladimir Bukovsky, Alexander Soljenitsyne, Natan Sharansky, Boris Pasternak. Le régime les a accusés de propagande anti-Soviétique, de la même manière que certains Musulmans décrivent 12 caricatures parues dans un journal danois comme anti-Islamiques. La leçon de la guerre froide est la suivante: si vous cédez a des impulsions totalitaires une seule fois, de nouvelles demandes suivront. L’Occident a prévalu dans la guerre froide, parce que nous avons défendu nos valeurs fondamentales et n’avons pas apaisé des tyrans totalitaires.

Depuis la publication des caricatures, le 30 septembre, un débat constructif concernant la liberté d’expression, la liberté de religion, ainsi que le respect pour les immigrants et les croyances individuelles s’est instauré au Danemark et en Europe. Jamais auparavant, autant de Musulmans danois ont participé à un dialogue public – dans des rencontres communales, lettres aux rédacteurs, opinions de lecteurs et débats à la radio et à la télévision. Nous n’avons pas eu d’émeutes anti-musulmanes, de Musulmans fuyant le pays et nous n’avons pas vu de Musulmans commettant des actes violents. Les imams radicaux qui ont informé leurs collègues au Moyen-Orient de manière erronnée concernant la situation des Musulmans au Danemark ont été marginalisés. Ils ne sont plus les porte-paroles de la communauté Musulmane au Danemark, parce que des Musulmans modérés ont eu le courage de s’exprimer contre eux. En janvier, Jyllands-Posten a publié trois pages complètes d’interviews et de photos de Musulmans modérés, disant ne pas être représentés par les imams. Ils insistent sur le fait que leur foi est compatible avec une démocratie laïque moderne. Un réseau de Musulmans modérés, respectant pleinement la constitution, a été établi, et le parti anti-immigration “People’s Party” a appelé ses membres à faire la différence entre les Musulmans radicaux et modérés, c’est à dire entre les Musulmans propageant la charia et les musulmans acceptant la tradition de la loi laïque. La face du Danemark musulman a changé, et il devient clair que ce n’est pas un débat entre “eux” et “nous”, mais entre ceux qui sont attachés à la démocratie au Danemark et ceux qui ne le sont pas.

Ceci est le genre de débat que Jyllands-Posten a espéré produire, lorsqu’il a choisi d’explorer les limites de l’autocensure en appelant des caricaturistes à remettre en question un tabou musulman. Avons nous réussi? Oui et non. Certaines défenses de notre liberté d’expression faites avec esprit, nous ont inspirés. Mais les tragiques manifestations à travers le Moyen-Orient et l’Asie ne sont pas ce que nous avions attendu et encore moins désiré. De plus, le journal a reçu 104 menaces, 10 personnes ont été arrêtées, des caricaturistes ont été forcés de se cacher à cause de menaces pesant sur leur vie et les bureaux de Jyllands-Posten ont été évacués plusieurs fois à cause d’alertes à la bombe. Ceci est un climat qui encourage peu à modérer l’autocensure.

Je pense cependant que les caricatures ont leur place dans deux histoires différentes, l’une en Europe et l’autre au Moyen-Orient. La politicienne néerlendaise d’origine somalienne, Ayaan Hirsi Ali, dit que l’intégration des Musulmans dans les sociétés européennes a été accélérée de 300 ans par la parution des caricatures; peut-être ne devrons nous pas rééditer la bataille du Siècle des Lumières en Europe. L’histoire du Moyen-Orient est plus complexe, mais a en fait très peu à voir avec les caricatures.

Flemming Rose est le rédacteur culturel du journal danois Jyllands-Posten

Elisabeth Lévy : « la France peut être une chance pour l’islam comme elle l’ a été pour les juifs » Alexandre Devecchio Le Figaro

13/02/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Charlie Hebdo, marche du 11 janvier, liberté d’expression : à l’occasion de la sortie du dernier numéro de Causeur intitulé , Islam de France est-il trop tard ?, Elisabeth Lévy répond aux questions de FigaroVox.

Elisabeth Lévy est journaliste et directrice de la rédaction du magazine «Causeur». Dans son numéro de Février, le magazine revient sur les attentats qui ont frappé la France et s’interroge sur le rapport entre Islam et République. PROPOS RECUEILLIS PAR: ALEXANDRE DEVECCHIO

FigaroVox: Le nouveau numéro de Causeur s’intitule Islam de France est-il trop tard?. Selon vous, tout est foutu?

Elisabeth Lévy: Si je pensais que c’est foutu je serais en train de préparer ma valise, pas le prochain Causeur!

Ah bon, vous aussi vous allez faire votre alyah?

Oui, à Melbourne ou en Patagonie. Blague à part, j’ai le sentiment, comme beaucoup de Français, y compris beaucoup de Français de souche récente, qu’il est minuit moins le quart et que, si nous ne changeons pas de discours et de politique très vite, il sera effectivement trop tard: le pays, c’est-à-dire la culture que nous habitons disparaîtra et cèdera la place à un territoire morcelé dont les habitants ne sauront plus imaginer un avenir commun, faute d’une histoire volontairement partagée.

Vous y allez fort, chère Elisabeth! Si on vous comprend, et en paraphrasant Manuel Valls, la France avec les musulmans ne serait plus la France!

Pardon, mais c’est vous qui charriez grave! Je n’ai rien dit de tel! Je crois au contraire que même les Français les plus à cran sur les questions identitaires seraient atterrés s’ils se réveillaient demain dans la France blanche et catholique dont ils sont soupçonnés de rêver. La pluralité des origines et des croyances de nos concitoyens atteste de la capacité du génie national à fabriquer des Français avec n’importe qui. Encore faut-il être d’accord sur les modalités de la coexistence des cultures dont seuls les ravis de la crèche sans-frontiéristes croient qu’elle est un conte de fées. Que la France soit une nation «multiethnique», ce n’est pas une question, qu’elle soit un pays multiculturel, c’est une autre affaire: l’égalité entre les individus, ne suppose nullement l’égalité des pratiques et des modes de vie sur notre sol. Autrement dit, n’importe quelle citoyenne française jouit des mêmes droits que moi, mais ma minijupe a plus de droits que ta burqa. En conséquence, ce n’est pas «l’islam», et encore moins «les» musulmans, qui menacent l’identité française, mais notre incapacité à énoncer fermement et clairement la règle du jeu: qui s’adapte à qui, quels sont les principes et les règles sur lesquels nous ne transigerons pas, quelles sont les différences qui nous enrichissent et celles que nous refusons…

je connais pas mal de juifs religieux qui préfèreraient ne pas voir sur nos murs des dames en petite tenue mais qui ne demandent pas qu’on interdise la publicité pour la lingerie. En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres : c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Rien que ça! Vous ne croyez pas qu’on en a soupé des séminaires, des débats et des discussions?

D’abord, si vous êtes satisfait par le débat public, vous n’êtes pas difficile – j’y reviendrai. Cela dit, je ne parle pas de débat, je parle de loi et de règles, et aussi de modes de vie. La laïcité, qui impose à tous les citoyens, croyants en premier lieu, une gymnastique mentale permanente. Il faut vivre sur deux pieds, accepter que ce que l’on tient pour une vérité sacrée à la maison soit à l’extérieur un objet de libre examen, donc de critique, voire de moquerie: je connais pas mal de juifs religieux qui préfèreraient ne pas voir sur nos murs des dames en petite tenue mais qui ne réclament pas qu’on interdise la publicité pour la lingerie. En France, on peut être choqué, agressé, blessé par l’opinion ou les mœurs des autres: c’est ce qu’Alain Finkielkraut appelle la douleur de la liberté. Il faut vous y faire, vos concitoyens ont le droit de caricaturer votre prophète. Sinon, il existe des tas de pays où on ne court aucun risque de tomber sur Charlie Hebdo… Je ne m’attarde pas sur l’égalité hommes-femmes qui impose de tolérer, même si c’est douloureux, que sa fille ou sa sœur mène la vie qui lui plaît. De même, on n’impose pas ses croyances et son mode de vie, même aux membres de son groupe: on a le droit d’être musulman ou d’origine musulmane et de manger pendant le ramadan. Enfin, il faut évoquer l’antisémitisme, non pas parce qu’il concerne les juifs, mais parce qu’il révèle la difficulté de nombreux musulmans (qui trouvent au minimum qu’ «on en fait trop sur la Shoah») à «changer de généalogie» pour reprendre l’expression de Malika Sorel. On en fait peut-être trop et surtout on fait certainement mal: il reste que l’extermination des juifs est un événement central de l’histoire européenne. Vous voulez entrer dans la famille, soyez les bienvenus. Mais alors, cet héritage est aussi le vôtre, ce qui n’a rien à voir avec la culpabilité.

Mais sur tous ces points, la majorité des musulmans de France est d’accord avec vous!

La majorité, j’aimerais en être sûre, un très grand nombre c’est indéniable: ce sont ceux-là que nous devons aider. En attendant, les quelques semaines de lucidité qui ont suivi les attentats nous ont révélé que l’antisémitisme, le complotisme et le rejet de la France étaient bien plus répandus que ce que je croyais moi-même. Certes, l’entre-soi et la progression de la pratique religieuse – qui se traduit par un certain séparatisme de fait – ne sont pas l’apanage des musulmans. Cela me désole que beaucoup de jeunes juifs vivent dans un milieu exclusivement juif. Mais le mélange culturel ne se décrète pas ; le respect de la loi et de la règle commune, si. Or, une certaine interprétation de l’islam, intolérante et teintée de ressentiment, devenue la norme dans nos banlieues, a tendance à transformer le séparatisme en sécession. On n’est pas obligé d’aimer nos valeurs libérales. Mais l’Etat doit garantir à tous ses citoyens le bénéfice de ces valeurs. Un très grand nombre de nos concitoyens musulmans savent ce qu’ils y ont gagné, il nous faut convaincre les autres – ou les obliger à respecter les formes républicaines, au besoin en adoptant l’excellente idée de Malek Boutih, qui propose de mettre «les quartiers» sous tutelle de l’Etat afin d’en finir avec les accommodements déraisonnables concédés par des élus locaux dépassés.

Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu « à la dure », en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés on aura pas mal avancé. Une partie des élites françaises et des musulmans eux-mêmes n’ont-ils pas été trop longtemps trop soumis face au communautarisme et à l’islamisme? Dans ce contexte, le scénario du livre de Houellebecq vous paraît-il crédible?

Je dirais que Houellebecq est au moins plausible et vous renvoie à un excellent texte de Causeur consacré au duo Plenel/Ramadan. Ce qui est sûr c’est que, comme Zemmour, il frappe là où ça fait mal: sur notre ventre mou. L’origine de notre interminable crise identitaire, ce n’est pas l’islam mais notre incapacité collective à définir ce qui nous rassemble et à le défendre. Ainsi refuse-t-on avec constance qu’un pays puisse avoir une politique migratoire conforme à ses intérêts. Nous aimons l’Autre, se récrie-t-on. Qui oserait dire le contraire? Seulement, quand il arrive que l’Autre, lui, nous aime moins que ce qu’on voudrait, on fait mieux que le comprendre, on l’approuve. On l’applaudit. Pourquoi aimerait-on un pays qui, non content d’avoir commis des crimes effroyables dans le passé, s’acharne à les répéter? Quelques semaines après des attentats islamistes, de quoi débat la France? Du mal qu’elle a fait à ses enfants d’immigrés. De ses promesses non tenues. De ses idées rances. Et bien sûr, de son «islamophobie», au point qu’on finit par penser que l’islamophobie a tué à Paris. Le président nous a appelés à être «fiers d’être français». Avec un mot Manuel Valls a clos la séquence: «apartheid», le mot a été répété avec gourmandise par des journalistes ravis de tant d’audace. Et le plus consternant est que le Premier ministre l’ait prononcé pour câliner son aile gauche et faire plaisir aux intéressés. Que certains membres d’un parti de gouvernement exigent, comme prix de leur loyauté, que leur chef se livre au dénigrement public de leur pays, ne semble surprendre personne. Pas plus que le fait que l’on caresse une communauté dans le sens du poil en lui expliquant qu’elle est faite de sous-citoyens. Oh oui, je t’ai fait mal…, c’est bon, non? La France a fabriqué Merah, Nemouche et les autres. La faute à l’apartheid. Vous verrez, certains exigeront bientôt qu’on organise «Vérité et Réconciliation» pour leur demander pardon d’avoir si mal accueillis leurs parents.

Dans ce dossier, vous vous insurgez contre «le lamento de la relégation». Sans tomber dans l’idéologie victimaire, ces attentats doivent-il néanmoins nous conduire à nous interroger sur notre propre modèle de civilisation? Le fait que l’islam soit si attractif pour une partie de la jeunesse, y compris pour ceux qui ne sont pas de culture musulmane, ne vous interpelle-t-il pas?

Bien sûr, mais ce n’est pas en leur apprenant l’arabe qu’on va régler le problème. Le jour où l’école sera capable de transmettre à tous ce cadeau qu’est la culture française – ce qui suppose d’enseigner un tout petit peu «à la dure», en arrêtant de se demander si Balzac n’est pas discriminatoire pour nos enfants d’immigrés – on aura pas mal avancé. Mais le plus important, c’est d’arrêter d’entretenir la jeunesse, notamment musulmane, dans l’illusion qu’on lui devait quelque chose qu’on ne lui a pas donné. Rien n’est plus délétère que ce ressentiment, encouragé et légitimé par le discours public. Est-il si insupportable d’envisager que les intéressés aient une part de responsabilité dans ce qui leur arrive? Si beaucoup ont du mal à trouver leur place dans la société française, est-ce exclusivement à cause du racisme congénital des Français? Oui, c’est difficile de trouver du boulot et c’est plus difficile pour la jeunesse immigrée. Comment peut-on oublier les milliards investis dans la politique de la ville, l’arsenal juridique qui sanctionne le racisme et les discriminations, les repentances diverses et variées? Personne n’est colonisé en France. En réalité, les pleureuses professionnelles et les donneurs de leçons qui adorent se battre la coulpe sur la poitrine des autres méprisent nos concitoyens musulmans en les supposant incapables d’intégrer le monde des Lumières. Pour ces humiliés, disent-ils, l’islam est la dernière source de dignité. C’est aimable pour tous ceux dont la dignité réside dans leur contribution au bien commun. Cette condescendance parée de générosité me révolte.

Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les « intentions funestes de ce parti pour la démocratie » et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Vous affirmez que la France peut être une chance pour l’islam. Mais le pays des Lumières a-t-il aujourd’hui autre chose à proposer qu’un suicide collectif? La grande manifestation du 11 janvier qui aurait pu devenir dans l’imaginaire collectif l’équivalent du sacre de Reims ou de la Fête de la Fédération a été réduite à un slogan: «Je suis Charlie». Vous-êtes-vous sentie Charlie?

Tant qu’ «être Charlie» signifiait qu’on était prêt à se battre pour défendre la possibilité du monde commun et des libertés qui vont avec, sans aucun doute. Et puis je l’avoue, je me fais facilement avoir par ces moments de fusion collective sur fond de drapeau tricolore et de Marseillaise. Très vite, il est devenu clair que cette unanimité ne faisait que masquer de profonds malentendus. La gauche et les médias sont revenus à leur ritournelle habituelle: le FN, voilà l’ennemi! Que l’on combatte le FN, fort bien, mais quand j’entends les mêmes dénoncer les «intentions funestes de ce parti pour la démocratie» et traiter de racistes tous ceux qui demandent à l’islam de France fasse son aggiornamento, je me demande qui est dingue. Oui, la France pourrait être une chance pour l’islam comme elle a été une chance pour les juifs. Dire cela, ce n’est pas insulter les musulmans, mais simplement les inviter à réaliser la synthèse entre le public et le privé, le laïque et le religieux, l’individu et le groupe, que beaucoup d’autres ont faite avant eux. C’est en leur mentant qu’on les insulte.

Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel : d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable… On pouvait penser que le choc des attentats allait déciller certains regards, que le réel ne pouvait plus être reporté à une date ultérieure, pour reprendre la formule de Philippe Muray. Un mois plus tard qu’en est-il?

Eh bien justement, il est de nouveau reporté sine die. Et c’est la seule chose qui pourrait finir par me décourager. Voilà des années que certains débats sont interdits: en apparence ils ont lieu, mais tout point de vue contraire à la doxa est d’emblée criminalisé. On vous laisse parler en agitant la clochette «Attention, salaud!» Du coup, les mots n’ont plus de sens: par exemple, il est communément admis que la proposition «être contre l’immigration» (ou pour une réduction drastique des flux migratoires) est synonyme de «être raciste». C’est totalement stupide d’un point de vue logique, mais peu importe, le journaliste standard le répètera comme il a répété que si on était contre le mariage homo on était contre l’égalité. Cette fois, le journaliste standard a décidé, enchanté de sa trouvaille, que l’existence d’un apartheid en France était une vérité scientifique et que les attentats islamistes n’avaient rien à voir avec l’islam. On est en train de monter d’un cran dans la censure: on n’interdit pas seulement des opinions mais des réalités déplaisantes. Ainsi Arno Klarsfeld est-il mis en examen pour avoir dit: «Une partie des jeunes de banlieue est antisémite». Cela aurait dû au moins nous faire hurler de rire, et j’attends l’audience avec impatience au cas où la Justice se donnerait le ridicule de statuer sur le droit d’affirmer que la pluie mouille. Cependant, le plus rigolo, c’est Plenel: d’après lui, rien ne serait arrivé si on n’avait pas laissé Finkielkraut dire qu’il y a un problème avec l’islam. En somme, il aurait suffi de ne jamais nommer le problème pour qu’il n’existe pas. Et on continue à lui parler comme s’il était raisonnable…

Mais vous ne voudriez pas qu’on autorise l’expression du racisme ou de l’antisémitisme?

Certes, mais pour autant, je suis atterrée par les condamnations à des peines fermes pour «apologie du terrorisme». En France, on ne va pas en prison pour ses idées, même si elles sont atroces. Et je préfèrerais qu’on arrête les aspirants-terroristes plutôt que les grandes gueules. Que Dieudonné soit condamné quand il va trop loin (c’est-à-dire souvent…) et surtout qu’on l’oblige à payer ses amendes). Mais je ne veux pas qu’on l’empêche de parler. Je veux vivre dans un monde où je peux être heurtée par les propos des autres. La loi qui pénalise les délits d’opinion doit être appliquée avec sagesse. Or, je le répète, aujourd’hui, certains nous somment de ne pas voir ce que nous voyons. Eh bien moi, je ne renoncerai jamais au droit de voir – ni d’ailleurs à celui de parler et de penser.

Voir enfin:

Attentats de Copenhague : pourquoi le modèle d’intégration danois a lui aussi échoué Le Figaro 16/02/2015

FIGAROVOX/ANALYSE – Marc Crapez explique pourquoi le modèle multiculturel danois n’a pas suffit à préserver le pay scandinave du terrorisme.

Marc Crapez est chercheur en science politique associé à Sophiapol (Paris-X). Son dernier ouvrage, Un besoin de certitude a été publié chez Michalon. Vous pouvez également retrouver ses chroniques sur son site. Après la France, c’est le Danemark qui est touché par le terrorisme islamiste. A première vue, ce «petit» pays peut apparaître comme une cible inattendue. Pourquoi a-t-il été visé selon vous?

Marc Crapez: Les islamistes ne font pas plus de différence entre petit et grand pays qu’entre petit et grand Satan. C’est d’abord un individu en particulier, un dessinateur suédois, qui était visé. Et ce n’était pas la première fois. Les caricaturistes rendent fous de rage les fondamentalistes, la représentation de leur prophète étant prohibée.

Ensuite, n’oublions pas que des attentats ont récemment été déjoués en Belgique et au Canada. Il existe toutefois une spécificité danoise, ou plutôt scandinave, voire au-delà si l’on inclut le Canada dans la liste des pays culpabilisés par leur brutalité passée envers les peuples Lapons ou Esquimaux (le Danemark possédait le Groënland). Conjoncturellement, la Scandinavie est aussi culpabilisée par le fou nazi Breivik. Et le Danemark par son fort parti populiste (voir le portrait au vitriol d’un politicien de cette obédience dans la série télévisée Borgen). Enfin, il suffit de regarder les télévisions scandinaves pour constater que ces pays sont culpabilisés par leur niveau de vie. Taraudés par la mauvaise conscience d’être des nantis, ils ont ouvert les vannes de l’immigration.

Néanmoins, la police paraît efficace: cible ratée et assassins (ou une partie d’entre eux) rapidement mis hors d’état de nuire. Aux Etats-Unis, c’est une femme, officier de police américaine qui, malgré une blessure, avait neutralisé le terroriste Nidal Malik Hasan en 2009…

L’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Après les attentats qui ont frappé Paris, certains ont mis en cause le modèle d’intégration français, allant parfois jusqu’à suggérer que celui-ci était fondé sur une forme de discrimination institutionnelle . Le Danemark, pourtant réputé pour son modèle multiculturel et son ouverture à l’immigration, est lui aussi victime de l’islamisme. Les Français et plus largement les Européens ont-ils vraiment fait le bon diagnostic face à l’islam radical? L’intégration est-elle réellement le problème?

L’intégration républicaine peut mieux convenir à un pays, et le multiculturalisme à un autre. Le problème est de sauvegarder la laïcité face à une religion turbulente. Dès lors, l’intégration ne fonctionne plus si les flux d’arrivants sont trop massifs et si la propagande victimaire domine. Emeutes au Danemark en 2008, quasi-émeutes en Norvège en 2009, aux cris de «mort aux Juifs» ; émeutes en Suède en 2013.

Les pays scandinaves ont déjoué plusieurs tentatives d’attentats. Au Danemark, ce fut notamment le cas en 2010 et 2012, avec l’arrestation de Somaliens, dont un djihadiste formé chez les Shebab. Le royaume danois fut donc pionnier des structures d’accueil de dé-radicalisation, avec psychologues aux petits soins et réinsertion par l’emploi de type discrimination positive à la clé. En prime, les autorités politiques et les élites prenaient avec des pincettes les caricaturistes «droitisés» de 2005, et des manifestants avaient brandi des pancartes «Sorry» pour amadouer le monde musulman.

Ce profil bas n’a pas payé, car il brosse de l’Occident un tableau dont la noirceur et la pusillanimité justifient révolte et violence. Les frères Kouachi étaient d’anciens combattants des émeutes des banlieues de 2005 et l’un des deux auteurs des attentats de Boston, du printemps 2013, avait écrit sur son Facebook: «Je ne discute pas avec les idiots qui disent que l’islam c’est du terrorisme». Cette phrase, exacte au pied de la lettre, est discutable dans son esprit, puisqu’elle vise à rabaisser ceux qui doutent que l’on puisse découpler complètement le djihadisme de l’islam.

C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, « religion de paix mal interprétée », que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main Peut-on néanmoins totalement nier que l’extrémisme prospère sur l’échec de l’Intégration? Dans ces conditions, quel modèle, faut-il défendre?

L’intégration existe. En Suède, une présentatrice vedette est d’origine somalienne ; au Danemark, d’origine palestinienne (et voilée) ; en Norvège une femme d’origine pakistanaise est devenue ministre de la Culture. Ce n’est pas forcément une question de modèle. C’est une question d’affirmation de soi. Le Royaume-Uni s’est repris en main. En Allemagne, Espagne et Italie, l’immigration choisie freine les processus de sécession agressive.

Le djihadisme offre à de jeunes adultes le mythe du guérillero à cartouchière dans une variante proche de celle qui poussait les jeunes de 20 ans des années 30 vers le communisme ou le catholicisme politique: la défense d’un grand récit savant injustement calomnié et mal-aimé. C’est parce que des sociologues nous font sans arrêt la leçon sur l’islam, «religion de paix mal interprétée», que des jeunes hommes croient devoir se porter à son secours les armes à la main.

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DANEMARK Sur les 28 allocataires, 15 auraient été enjoints de rembourser… Le Danemark a payé des allocations chômage à des combattants de Daesh 20 Minutes avec AFP 28.11.2014

Le Danemark a payé des allocations chômage à 28 personnes parties combattre en Syrie pour le groupe Daesh, ont affirmé jeudi les services de renseignements danois (PET).

Ces services ont indiqué au quotidien BT que sur ces 28 allocataires, 15 ont été enjoints de rembourser, huit font encore l’objet d’une enquête, et cinq ont échappé à cette injonction faute de preuves suffisantes. «C’est incroyablement important que nous ne soyons pas naïfs», a déclaré au journal la ministre de la Justice Mette Frederiksen, interrogée sur des données provenant du recoupement de fichiers de plusieurs administrations.

L’une des plus grosses proportions de djihadistes dans la population Le Danemark est l’un des pays les plus généreux au monde dans l’indemnisation du chômage, qui peut atteindre 801 couronnes (108 euros) par jour pendant deux ans. Il n’a pas été précisé si les bénéficiaires en question touchaient autant, ni s’ils étaient tous Danois ou si certains étaient étrangers.

Parmi les pays occidentaux comportant le plus grand nombre de djihadistes par rapport à leur population totale, le Danemark se situe en deuxième place, derrière la Belgique. Selon le PET, «plus de 100» habitants du pays l’ont quitté dans le but de combattre en Syrie, mais un spécialiste danois du Moyen-Orient, Naser Khader, a appelé à revoir à la hausse cette estimation qui date de juin.

«Le nombre augmente dans beaucoup de pays, donc pourquoi ce ne serait-il pas le cas au Danemark?», a-t-il déclaré au quotidien Berlingske. La Belgique estime à 300 le nombre de ses ressortissants dans les rangs de Daesh, et la France, à un millier.

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Attentats de Copenhague et Paris : deux attaques, des similitudes frappantes Nouvel Obs 15-02-2015

Entre les attentats de Copenhague et de Paris, les similitudes sont frappantes. Même s’il faudra attendre d’en savoir plus sur le profil du tireur de la capitale danoise pour évoquer un éventuel mimétisme, la police soupçonne le tueur, dont elle n’a pas encore révélé l’identité, d’avoir voulu imiter les attentats parisiens.

François Hollande estime ce dimanche 15 février que « les mêmes cibles » ont été frappées au Danemark et lors des attentats de Paris en janvier, événements entre lesquels il y a, selon lui, « un lien qui n’établit pas un réseau mais une même détermination des terroristes à frapper les valeurs de la liberté, du droit, de la protection que chaque citoyen, quelle que soit sa religion, doit pouvoir trouver ».

Je suis frappé par le mimétisme de la séquence, d’abord une attaque contre le symbole de la liberté d’expression, ensuite une attaque contre des Juifs, et puis l’affrontement par rapport aux policiers », relève, lui aussi, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius. Deux attaques, des cibles identiques Première similitude : cibler la liberté d’expression Comme les frères Kouachi qui ont tué à la kalachnikov le 7 janvier à Paris 12 personnes au siège de « Charlie Hebdo », l’hebdomadaire satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet, un assaillant a mitraillé samedi à Copenhague un centre culturel où se tenait un débat intitulé « Art, blasphème et liberté », tuant un homme. Parmi les invités, un artiste suédois qui a, lui aussi, caricaturé le prophète de l’islam.

C’était la même intention que ‘Charlie Hebdo’, sauf qu’ils n’ont pas réussi à entrer », résume l’ambassadeur de France au Danemark, François Zimeray, présent lors du débat. Deuxième similitude : cibler la communauté juive Comme Amedy Coulibaly qui a tué quatre Juifs le 9 janvier dans un supermarché casher parisien, l’assaillant du Danemark s’en est pris ensuite à une synagogue. Il y a mortellement blessé un Juif, avant d’être abattu quelques heures plus tard par la police, comme les forces de l’ordre françaises ont tué les trois tireurs parisiens, au terme d’une traque plus longue.

Troisième similitude : mourir en martyr Enfin, comme Amedy Coulibaly et les frères Kouachi qui s’étaient préparés à mourir en martyr en tirant sur la police avant d’être abattus, l’auteur présumé des attentats de Copenhague a été tué, après avoir ouvert le feu sur les forces de l’ordre dans le quartier populaire de Nørrebro.

« Des cibles à haute valeur symbolique » Le mode opératoire semble similaire, les cibles aussi, on peut penser qu’il s’agit du même genre de djihad individuel », explique une source proche des forces d’élite françaises. « Il y a des similitudes », acquiesce Jean-Charles Brisard, expert des questions liées au terrorisme, « mais elles relèvent de tendances lourdes qu’on observe depuis plusieurs années ». Parmi elles, « des cibles à haute valeur symbolique » qui remplacent les « attentats aveugles », des « armements de moins en moins sophistiqués » au lieu d’explosifs « dont les terroristes se méfient car ils sont davantage surveillés par les services de renseignement ».

Pour ce spécialiste, ce type d’attaques « nécessite beaucoup moins de préparatifs que les attentats » commis par le passé, ce qui les rend plus difficiles à détecter. Pour autant, « il faut faire attention aux raccourcis » car « on ne sait pas grand-chose du tireur de Copenhague », prévient la source proche des forces d’élite.

L’imitation, un phénomène redouté Les tueurs français se réclamaient de mouvements djihadistes, Al-Qaïda ou le groupe Etat islamique (EI). Les enquêteurs n’excluent pas qu’ils se soient rendus en Syrie, et au moins un des Kouachi est allé en 2011 au Yémen, autre bastion du djihadisme international.

Quant à l’assaillant du Danemark, lui aussi déjà connu des services de renseignement, les enquêteurs ignorent s’il a été en Syrie ou en Irak mais pensent qu’il « peut avoir été inspiré par la propagande militante islamiste diffusée par l’Etat islamique ou d’autres organisations terroristes ». Le Danemark est un des pays les plus concernés par les départs pour le jihad en Syrie en proportion de sa population.

Selon la source proche des forces d’élite, le risque « d’imitation » est une crainte réelle des services antiterroristes.

C’est d’ailleurs l’intention des organisations djihadistes : par leur vidéos de propagande et leurs recrutements sur internet ils veulent que des personnes se reconnaissent dans les actions comme les attentats de Paris, qu’elles les reproduisent. » Avant même les attaques parisiennes, plusieurs hommes convertis aux thèses djihadistes étaient passés à l’acte, comme le Français Mehdi Nemmouche qui a tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles en mai, le Canadien Michael Zehaf-Bibeau qui a tué un militaire à Ottawa en octobre, ou encore Man Haron Monis, auteur en décembre d’une prise d’otages à Sydney qui s’est soldée par la mort de deux personnes et de l’attaquant.

Qu’ils aient agi seuls ou qu’ils se revendiquent d’un groupe, ces hommes semblent avoir mis en pratique les consignes diffusées par Al-Qaïda ou l’EI : passez à l’action là où vous vivez, en faisant le plus de bruit possible.

G.S. avec AFP

Voir enfin:

Attentats de Paris et Copenhague : les mêmes racines de la terreur Céline Lussato Nouvel Obs 16-02-2015

« Je suis frappé par le mimétisme de la séquence, d’abord une attaque contre le symbole de la liberté d’expression, ensuite une attaque contre des Juifs, et puis l’affrontement par rapport aux policiers ». A l’instar du ministre Français des Affaires étrangères Laurent Fabius, la plupart des commentateurs auront dressé ces deux derniers jours un parallèle entre les attaques qui ont frappé, à Paris puis Copenhague, des défenseurs de la liberté d’expression puis des membres ou des symboles de la communauté juive.

Mais au-delà des cibles elles-mêmes, et dans la limite de ce que l’enquête de police a pour le moment dévoilé, de nombreuses similitudes rapprochent les deux pays, faisant d’eux des cibles pour le terrorisme.

#La défense de la liberté d’expression, le droit au blasphème Le caricaturiste Lars Vilks qui, un an après les dessins qui ont enflammé le monde lors de leur publication en 2005 dans le « Jyllands-Posten » avait lui-même caricaturé le prophète Mahomet, était, semble-t-il, la cible de l’attentat de samedi à Copenhague.

« La France comme le Danemark ont une conception assez solide de la liberté d’expression », souligne Xavier Landes, chercheur en philosophie politique et économique au Centre for the Study of Equality and Multiculturalism (CESEM) de l’Université de Copenhague.

Le Danemark comporte encore dans son corpus une loi sur le blasphème. Mais celle-ci n’a plus donné lieu à condamnation depuis 1938. La France et le Danemark sont deux pays qui, dans les dernières années, se sont moins retenus que d’autres en matière de liberté d’expression : le Danemark en 2005 au travers les caricatures de Mahomet publiées dans le ‘Jyllands Posten’, la France via « Charlie Hebdo » depuis des années. Et c’est cette liberté d’expression poussée à l’extrême qui est, semble-t-il, l’étincelle qui a déclenché les deux fusillades. » Ce, même si, depuis 2005 et les réactions très violentes dans le monde contre le Danemark, beaucoup de Danois considéraient avoir fait la preuve de la liberté d’expression et, conscients aussi de la volonté de provocation du quotidien conservateur de droite, n’avaient pas spécialement poussé à renouveler ce genre de caricatures.

Lire Copenhague : à Paris, des centaines de « Je suis Danois » #La cible affichée de mouvements islamistes Un certains nombres de caricaturistes avaient déjà été la cible d’attaques dans le pays. En 2010, Kurt Westergaard, un dessinateur du « Jyllands Posten », avait été agressé par un homme armé d’une hache qui s’était introduit chez lui avant d’être arrêté à temps par la police danoise. Et Lars Vilks était sur la liste des « Most Wanted » du magazine d’Aqpa (al-Qaïda dans la Péninsule arabique) à la gauche de Charb de « Charlie Hebdo ».

« Les caricaturistes danois ont été exposés depuis des années. Mais, le pays lui-même l’est aussi en raison de sa participation à beaucoup de coalitions internationales qui sont intervenues au Moyen-Orient », ajoute Xavier Landes. « Le Danemark », explique le chercheur, « est un paradoxe : il apparaît comme un pays à la limite du pacifisme mais qui, au regard de sa taille, intervient beaucoup à l’étranger ». Et la presse se fait d’ailleurs régulièrement écho d’attentats déjoués sur le sol danois :

Le plus connu est celui, évité à quelques heures près, contre la plus grande station de métro de la ville, il y a quelques années ». Lire Copenhague : ne pas « répondre à la haine par la haine » #L’échec de la lutte contre les discriminations S’il on veut s’attarder sur les causes socio-économiques des passages à l’acte, on peut, là aussi, établir un parallèle entre la France et le Danemark. « Les facteurs de discriminations, d’inégalité socio-économique, d’inégalité d’opportunité présents en France et dont on a parlé au lendemain des attentats jouent aussi au Danemark. Les populations récemment arrivées dans le pays ont toutes les peines du monde à s’intégrer dans la société », affirme Xavier Landes. « Le Danemark est resté en effet un pays très homogène ethniquement jusque dans les années 1960 et l’est devenu moins en 40 ans. Or la communauté danoise est très soudée, ce qui a créé une barrière de verre qui a rendue plus difficile l’intégration des derniers arrivés ». Un parallèle avec la France limité par le fait que l’hexagone n’a pas une vision ethnique de l’intégration. « Mais le problème d’intégration est pourtant bien réel également en France, même si ses ressorts ne sont pas les mêmes ».

#Le départ de djihadistes au combat « Le Danemark est, en proportion de sa population, le pays d’Europe qui envoie le plus de djihadistes en Syrie », affirme Xavier Landes. Un point à malheureusement porter également à l’actif de la France d’où partent de nombreux jeunes vers la Syrie ou l’Irak pour combattre. « Ces départs en masse doivent nous pousser à nous questionner : pour avoir la démarche de partir d’un pays riche ou la santé et l’éducation sont gratuites pour aller se battre dans une guerre d’un tel sommet de barbarie, il faut qu’il y ait eu un puissant ressort qui ait conduit ces hommes et ces femmes ». Un ressort, semble-t-il, présent dans les deux pays.

LA LIMITE DU PARALLELE #La manifestation d’un violent antisémitisme Le parallèle entre les deux pays est là beaucoup plus compliqué. Si l’antisémitisme est ancien en France, avec une manifestation à droite comme à gauche avant la seconde guerre mondiale et une résurgence ces dernières années, il n’est historiquement pour ainsi dire pas présent au Danemark. « S’il y a eu de l’antisémitisme dans les têtes au Danemark, cela n’a jamais empêché les Danois de considérer les juifs comme leurs concitoyens », explique Xavier Landes, soulignant que « durant la seconde guerre mondiale, quoi que le Danemark soit sous protectorat allemand, presqu’aucun juif n’a été déporté, la population les ayant aidé à s’échapper en masse ». Aujourd’hui encore, et alors que la communauté juive comporte moins de 10.000 personnes dans tout le pays, les manifestations d’antisémitisme sont rarissimes en dehors de quelques incidents liés à l’actualité proche-orientale. Même le parti d’extrême droite ne tient guère de propos antisémites. « S’en prendre à une synagogue au Danemark est du mimétisme. Ce n’est pas comme s’il y avait des tensions inter-communautaires très fortes : il n’y en a pas ! », appuie le chercheur.

#Un sécularisme à deux vitesses Tandis que la France revendique et applique son modèle laïc, le Danemark présente lui un modèle plus séculier tout en ayant une préférence pour la religion historique du peuple danois : « l’Eglise luthérienne nationale danoise ».

« Une situation qui peut attiser de l’incompréhension ou des crispations. Il y a eu notamment des tensions autour de la construction d’une grande mosquée à Copenhague : comment se fait-il qu’un Etat qui se dit séculier mais finance une Eglise en particulier au travers du système de taxation, traine les pieds – sans parler de financer – pour autoriser la construction de cette mosquée ? », raconte Xavier Landes. De quoi développer des rancœurs.