Violences sexuelles: Attention, une ronde victimaire peut en cacher une autre (From stoning to Taharrush gamea and gang rape: With mass Muslim immigration, Europe rediscovers the violence it thought it had outgrown)

22 janvier, 2016

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Panama City, Florida USA March 2004 Young Americans party in Florida for spring break 2004. A male hard body, bikini, and wet tee shirt contest are held every afternoon in Club La Vela on the beach. Hundreds of kids are worked into a frenzy with the latest music as they drink the afternoon away screaming at those who enter the contest.

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Alors les scribes et les pharisiens amenèrent une femme surprise en adultère; et, la plaçant au milieu du peuple, ils dirent à Jésus: Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse, dans la loi, nous a ordonné de lapider de telles femmes: toi donc, que dis-tu? Ils disaient cela pour l’éprouver, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, s’étant baissé, écrivait avec le doigt sur la terre. Comme ils continuaient à l’interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. Et s’étant de nouveau baissé, il écrivait sur la terre. Quand ils entendirent cela, accusés par leur conscience, ils se retirèrent un à un, depuis les plus âgés jusqu’aux derniers; et Jésus resta seul avec la femme qui était là au milieu. Alors s’étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit: Femme, où sont ceux qui t’accusaient? Personne ne t’a-t-il condamnée? Elle répondit: Non, Seigneur. Et Jésus lui dit: Je ne te condamne pas non plus: va, et ne pèche plus. Jean 8: 3-11
Un jour propice arriva, lorsque Hérode, à l’anniversaire de sa naissance, donna un festin à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée. La fille d’Hérodias entra dans la salle; elle dansa, et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille: Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Il ajouta avec serment: Ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Étant sortie, elle dit à sa mère: Que demanderais-je? Et sa mère répondit: La tête de Jean Baptiste. Elle s’empressa de rentrer aussitôt vers le roi, et lui fit cette demande: Je veux que tu me donnes à l’instant, sur un plat, la tête de Jean Baptiste. Le roi fut attristé; mais, à cause de ses serments et des convives, il ne voulut pas lui faire un refus. Il envoya sur-le-champ un garde, avec ordre d’apporter la tête de Jean Baptiste. Le garde alla décapiter Jean dans la prison, et apporta la tête sur un plat. Il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. Marc 6: 24-28
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Matthieu 12 : 43-45
La même force culturelle et spirituelle qui a joué un rôle si décisif dans la disparition du sacrifice humain est aujourd’hui en train de provoquer la disparition des rituels de sacrifice humain qui l’ont jadis remplacé. Tout cela semble être une bonne nouvelle, mais à condition que ceux qui comptaient sur ces ressources rituelles soient en mesure de les remplacer par des ressources religieuses durables d’un autre genre. Priver une société des ressources sacrificielles rudimentaires dont elle dépend sans lui proposer d’alternatives, c’est la plonger dans une crise qui la conduira presque certainement à la violence. Gil Bailie
Nous avons offert des sacrifices humains à vos dieux du sport et de la télévision et ils ont répondu à nos prières. Terroriste palestinien (Jeux olympiques de Munich, 1972)
L’acte surréaliste le plus simple consiste, revolvers au poing, à descendre dans la rue et à tirer, au hasard, tant qu’on peut dans la foule. André Breton
Il faut avoir le courage de vouloir le mal et pour cela il faut commencer par rompre avec le comportement grossièrement humanitaire qui fait partie de l’héritage chrétien. (..) Nous sommes avec ceux qui tuent. Breton
Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique. Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix. Jean Lambert
Le Mardi gras (…) marque l’apogée du carnaval; un mannequin de paille, incarnant Carnaval, est jugé puis condamné à mort, généralement brûlé dans un grand brasier, parfois noyé ou décapité. Bouc émissaire de tous les maux de l’année passée, sa destruction marque le renouveau de l’année. Encyclopédie Encarta
Carnaval est (…) l’occasion d’expulser ses ennemis: pour les pauvres ce sont les riches; pour les dirigeants, les séditieux. L’arme utilisée est la satire, le monde à l’envers; le jugement du mannequin, puis sa destruction par le feu, est le mal que l’on détruit. (…) Sur les deux rives du Rhône, flambent alors les révoltes de paysans frappés par la misère, dépossédés de leurs terres. Le commerce est déstabilisé par les Guerres de Religion, les artisans romanais du cuir et du drap sont ruinés par la hausse des prix des peaux et de la laine. A ce tableau inquiétant, s’ajoutent les souvenirs de la Saint Barthélémy 1572 : les Protestants (Huguenots) recrutent encore chez ces artisans opposés à une bourgeoisie catholique; les autorités locales dénonçant l’influence des protestants. (…) En 1579, l’explosion paysanne est relayée par les citadins. De la simple diminution des impôts, les révoltés en exigent bientôt la disparition, alors que la noblesse est exemptée et que les riches trouvent des accommodements. Romans patrimoine
L’exemple de Romans fait apparaître le carnaval comme un « outil social » dont disposent les différents groupes au sein d’une collectivité pour exprimer les tensions et les antagonismes qui les dressent les uns contre les autres. Le carnaval n’est pas rite d’intégration ou rite de subversion; il est par essence ambivalent et présente simultanément les deux aspects; seul le contexte dans lequel il se déroule détermine le pôle qui l’emporte. Suzanne Chappaz-Wirthner
La violence le long de la ligne de tramway bordée de chênes Uptown a troublé ce qui avait été jusque là une journée de festivités plutôt paisible dans laquelle des centaines de milliers de personnes avaient fait la fête dans les rues en ce dernier jour du carnaval. NYT (sur les six victimes du Mardi gras de la Nouvelle–Orléans hier soir)
Les carnavals sont un type de fête relativement répandu en Europe et en Amérique. Ils consistent généralement en une période où les habitants de la ville sortent déguisés (voire masqués ou bien maquillés) et se retrouvent pour chanter, danser, faire de la musique dans les rues, jeter des confettis et serpentins, défiler, éventuellement autour d’une parade. Héritier de rituels antiques tels que les Lupercales et la Guillaneu, ils sont traditionnellement associés au calendrier chrétien et se déroulent entre l’Epiphanie, soit le 6 janvier, et le Mardi gras, une fête mobile entre le 3 février et le 9 mars. (…) Le mot « carnaval » apparaît sous cette forme en français en 1549 pour exprimer le sens de « fête donnée pendant la période du carnaval». Il vient de l’italien carnevale ou carnevalo. Il a pour origine carnelevare, un mot latin formé de carne « viande » et levare « enlever »2. Il signifie donc littéralement « entrée en carême ». (…) Les saturnales des Romains et les fêtes dionysiaques en Grèce sont des précédents historiques du carnaval. Le carnaval est une tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles. L’historien des religions Mircea Eliade écrit : « Toute nouvelle année est une reprise du temps à son commencement, c’est-à-dire une répétition de la cosmogonie. Les combats rituels entre deux groupes de figurants, la présence des morts, les saturnales et les orgies, sont autant d’éléments qui dénotent qu’à la fin de l’année et dans l’attente du Nouvel An se répètent les moments mythiques du passage du chaos à la cosmogonie »10. Eliade écrit encore : « Alors les morts pourront revenir, car toutes les barrières entre morts et vivants sont brisées (le chaos primordial n’est-il pas réactualisé ?) et reviendront puisqu’à cet instant paradoxal le temps sera suspendu et qu’ils pourront donc être de nouveau contemporains des vivants »10. Eliade souligne que les peuples ont « d’une manière profonde le besoin de se régénérer périodiquement en abolissant le temps écoulé et en réactualisant la cosmogonie ». Dans l’essai Le Sacré et le Profane Mircea Eliade écrit : « L’abolition du temps profane écoulé s’effectuait au moyen des rites qui signifiaient une sorte de « fin du monde ». L’extinction des feux, le retour des âmes des morts, la confusion sociale du type des saturnales, la licence érotique, les orgies, etc. symbolisaient la régression du cosmos dans le chaos ». (…) Les masques prennent les caractéristiques des êtres surnaturels qui sont les démons et les esprits des éléments de la nature, c’est pourquoi le masque a une fonction apotropaïque. À la fin le temps et l’ordre du cosmos, bouleversés pendant le carnaval, sont reconstitués (nouvelle création, nouvelle cosmogonie) par la cérémonie de la lecture du « testament » et par les « funérailles » du carnaval qui souvent consistent en la brûlure du « Roi Carnaval » représenté par un mannequin ou une poupée de chiffon. D’autres fois l’image du carnaval est noyée ou décapitée (à propos de la mort rituelle du carnaval voir Le Rameau d’or écrit par James George Frazer). Wikipédia
Ce que je veux de toi, Paris, ce que je veux, ce sont tes femmes. Ni bourgeoises, ni grandes dames. Mais les autres… l’on m’a compris! Le Brésilien (La Vie parisienne, Jacques Offenbach, 1866)
Une armée de jeunes filles qui sont là pour danser ce divin chahut parisien, comme sa réputation l’exige […] avec une élasticité lorsqu’elles lancent leur jambe en l’air qui nous laisse présager d’une souplesse morale au moins égale. Guide des plaisirs de Paris,1898)
On a donné ce nom à une sorte de danse épileptique ou de delirium tremens; qui est à la danse proprement dite ce que l’argot est à la langue française. Dictionnaire de la danse de Desrat
Ce fut vers 1822 que les jeunes gens qui se rendaient à La Chaumière…, commencèrent à danser ce que l’on appela d’abord la chahut et ensuite le cancan. Le cancan néglige, dédaigne, repousse tout ce qui pourrait rappeler le pas, la règle, la régularité de la tenue ; c’est encore, c’est surtout le dégingandage des danseurs et des danseuses. Le crayon de Gavarni peut plus facilement en fournir l’image que la plume en donner l’idée. Comment de l’état de prohibition policière, de proscription sociale où il resta pendant dix ans, le cancan put-il passer à l’état public, toléré, avoué, recherché même, où il est aujourd’hui ? Comment la police a-t-elle pu permettre de l’exécuter sur les théâtres secondaires ? C’est qu’en 1830, une révolution s’était accomplie, et que, comme toutes les choses de son temps, le cancan s’était trouvé mêlé à la politique. Chahuter n’était-ce pas encore pour les étudiants et les commis faire de l’opposition au pouvoir ? A. Delaforest (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, 1853)
Dernière figure du quadrille, le cancan, ou coincoin, est une danse, un galop exécutée en couple, dans les bals et cabarets, inventée au début du XIXe siècle, qui apparut d’abord sous le nom de chahut ou chahut-cancan. Elle faisait partie des danses très mal vues par les autorités et les défenseurs de la morale traditionnelle. À l’époque, les femmes portaient, sous leurs jupons, des culottes fendues. Par la suite, on a dérivé du cancan une forme touristique et très édulcorée, baptisée French cancan, que les femmes dansent en rang, face au public, en portant des culottes fermées. Comme nombre de danses populaires ses origines sont obscures. (…) Outre plus tard Franz Lehar, si le compositeur Jacques Offenbach écrivit ses œuvres (à la réputation vivace et légère) à cette même époque, les cancans qu’on veut lui attribuer ne sont que des détournements de ses morceaux. Le cas le plus célèbre est celui du galop infernal, issu de son Orphée aux Enfers, que les arrangeurs se permettent souvent de renommer French cancan. Ils le font de manière abusive, car le French cancan (fabrication touristique d’origine anglaise, concoctée à partir du cancan original), n’existait pas quand Offenbach composait. (…) Les règles du cancan, par le fait qu’il est issu de la culture populaire, sont assez souples suivant les danseuses. Il n’y a d’ailleurs pas d’école qui l’enseigne hormis celles de Grille d’Égout et Nini Pattes en l’air : cela ne fait que participer à l’éparpillement des styles, des intentions. Cependant, les figures principales s’installent durablement. On peut ainsi citer celles dont le nom est issu du vocabulaire militaire : le port d’armes, la mitraillette, l’assaut, le pas de charge, ou des jeux enfantins : le saute-mouton, les petits chiens, etc. L’ensemble reste d’ailleurs uniforme : une danse exclusivement féminine, basée sur le célèbre pas, cuisse remontée et jambe vers le bas (…)  Tout le monde peut pratiquer le cancan à condition d’avoir une certaine souplesse. (…) Le cancan cristallise l’image d’une société parisienne frivole et canaille, proche de celle décrite caricaturalement dans La Vie parisienne d’Offenbach. Sur une scène, des femmes montrent leurs dessous, soulèvent leurs dentelles : la provocation mêlée de complicité fait fureur. Les bas noirs, jarretelles et frou-frou prennent des surnoms très imagés et largement connotés sexuellement. Le cancan peut être vu par certains comme symbolisant une première ébauche de libération sexuelle et d’émancipation de la femme, qui est cette fois-ci celle qui séduit. Il peut aussi être vu par d’autres comme un simple aspect annexe et spectaculaire de la prostitution. Quantité de caricatures et textes du XIXe siècle soulignent souvent de manière appuyée le caractère vénal des femmes qui participent aux bals du Carnaval de Paris. Certes celles qui étaient émancipées pouvaient être considérées de façon péjorative comme des prostituées mais la prostitution était certainement également présente dans les bals. (…) Depuis ses débuts, la popularité de cette danse ne s’est pas démentie, de la Russie aux Amériques. En Amérique du Nord elle est surtout interprétée par les artistes de cirque ou dans le cadre de carnavals. Elle est aussi couramment jouée dans les fêtes d’anniversaires et de remises de diplômes, non pas sous sa forme originelle, mais sous une forme très pudique. En Amérique du Sud, elle est très populaire au Brésil, où elle a évolué sous forme de street dance. Elle est interprétée sur scène, dans la revue Formidable, au Moulin rouge, en 2009, les danseuses portent des strings à la place des culottes fendues d’origine, Valentin est toujours présent. En musique plusieurs compositeurs intégrèrent le cancan dans leurs œuvres, comme Franz Lehár dans La Veuve joyeuse (1905), ou encore Cole Porter dans sa comédie musicale Can-Can (1954), dont s’est inspiré Walter Lang pour son film Can-Can (1960). Au cinéma en 2007: Harry Potter, dans Harry Potter et l’Ordre du Phénix de David Yates (…) on trouve une reprise du Galop infernal (« Offenbach’s Infernal Gallop »). Wikipedia
COMING SOON? Cardio striptease Gyms are hardly fields of dreams, but in New York and Los Angeles many now allow patrons to indulge their fantasies. The traditional workout with a mat and halter top is long gone, replaced by fusion classes such as yoga disco and punk-rock aerobics. In one gym close to New York University, the seductive lighting and suggestive gyrations mark a new arrival « cardio striptease ». A mixture of dance and aerobics, the class uses pounding pop music to whip up a seductive rhythm among 30 young women and a solitary male. Given the scant nature of gym attire, participants don’t exactly have much clothing to strip, so imagination plays a key role. « Touch, touch, touch! » cries instructor Annie Tsarouhis, as she drills her charges in the choreographed gestures and caresses of the striptease art. « Yeah! You’re getting hot! » For one hour, the students whirl towels or shirts above their heads, roll their shoulders, grind their hips and mime removing their underwear in front of a chair seating an imaginary man. « It increases your self-confidence, » Tsarouhis insists. « It’s a way for women not to be ashamed of their sexuality, and may even help them in their personal lives. » Jeff Costa, who invented it and taught it at the West Hollywood Crunch, presents it as an exercise in empowerment: « Your body is a work in progress. This is celebrating you at the moment, » he says. Only the last 25 minutes of each session are devoted to the actual removal of clothes  » also reportedly excellent for stretching and energising multiple muscle groups simultaneously. Even then, nudity is optional  » as are poles and tables. And if US promoters have their way, it will soon be coming to a gym near you. The Age
Le bizutage (Europe), ou initiation (Amérique du Nord), est un ensemble de pratiques, épreuves, traitements ritualisés et imposés, destiné à symboliser l’intégration d’une personne au sein d’un groupe social particulier : étudiants, militaires, professionnels, etc. Ce genre de pratiques a souvent fait l’objet de l’attention des médias, à la suite d’incidents, ou plus simplement de par la nature dégradante et humiliante de nombreux bizutages. Refuser la soumission au bizutage expose parfois à la possibilité de subir de l’ostracisme par la suite. (…) La définition donnée du bizutage, provenant de l’article 14 de la loi du 17 juin 1998, est : « Le fait pour une personne, d’amener autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations, ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatif. ». Ainsi, contrairement à l’idée répandue, cette interdiction s’applique également « en cas de consentement de la personne ». Le Code pénal français punit les actes de bizutage de six mois de prison et 7500 euros d’amende. Les peines sont doublées lorsqu’ils affectent une personne fragile physiquement et mentalement3. Ces rites en sont parfois arrivés aux limites de la brimade, voire du racket (« taxe » des 3/2 par les 5/2 en taupe dans les années 1960). Pour désigner le bizutage, les termes de bahutage (Saint-Cyr) ou absorption (École polytechnique) sont également employés. Certains établissements, comme l’École des mines de Nancy, avaient aboli le bizutage-brimade dès 1957, et l’avaient remplacé par une série d’« exploits » que les nouveaux devaient accomplir pour prouver leur esprit débrouillard ou farceur (faire sonner à minuit les cloches de la cathédrale, par exemple). Les filières concernées par le bizutage sont principalement les écoles d’ingénieurs, écoles de commerce, écoles militaires, facultés de médecine, pharmacie et classes préparatoires. Le bizutage peut aller de la vente de bonbons déguisé en sac poubelle à la bastonnade en passant par l’exhibitionnisme, l’ivresse, l’absorption de liquide peu ragoûtant, l’introduction d’objets dans l’anus ou le traçage de croix gammées sur la peau. (…) Au Moyen Âge, les étudiants novices nouvellement arrivés à l’université de Paris étaient surnommés « béjaunes ». Ceux-ci formaient une confrérie particulière et avaient pour chef l’Abbé des Béjaunes. Le jour des Innocents, cet abbé, monté sur un âne, conduisait sa confrérie par toute la ville. Le soir, il réunissait tous les béjaunes et les aspergeait avec des seaux d’eau. C’était ce qu’on appelait le baptême des béjaunes. On forçait aussi les nouveaux étudiants à payer une bienvenue aux anciens ; on nommait cette taxe droit de béjaune. Un décret de l’Université abolit cet usage, en 1342, et il fut défendu d’exiger le droit de béjaune, sous peine de punition corporelle. Le bizutage ritualisé et prolongé, à la manière des étudiants médiévaux, se réintroduisit au XIXe siècle dans les classes préparatoires des lycées, notamment dans les années 1840 chez les candidats à Saint-Cyr où le terme « bizut », transformation de « béjaune », serait réapparu vers 1843. Depuis 1928, les gouvernements successifs en France ont vainement tenté de mettre fin au bizutage à travers plusieurs circulaires (1928, 1944, 1945, 1954, 1962, 1964) et lois (1998) (…) En 1968, de larges débats ont été consacrés (dans certaines facultés, en particulier Lettres, de plusieurs villes au sein des assemblées générales à la suppression et au boycott des pratiques des humiliations dominatrices et particulièrement sexistes, au moment où le mouvement revendicatif se battait pour obtenir, par exemple, le droit de visite dans les résidences universitaires réservées aux filles. Par la loi n° 98-468 du 17 juin 1998 relative à la prévention et à la répression des infractions sexuelles ainsi qu’à la protection des mineurs, créée par Ségolène Royal, Ministre déléguée à l’Enseignement scolaire du Gouvernement Jospin, le bizutage devient un délit. Malgré cela, le bizutage reste toujours présent dans une majorité d’écoles sous la forme de « week-ends d’intégration » (WEI) fortement alcoolisés. En 2010, le Ministère de l’Éducation nationale adresse une lettre de rappel à l’ordre à l’ensemble des représentants d’établissement du supérieur. Wikipedia
En Amérique du Nord, un congé d’une durée d’une semaine ou deux a lieu traditionnellement, selon les régions, à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il est appelé selon les régions congé de mars, congé du printemps, pause de mars, pause du printemps, relâche du printemps, semaine de relâche, vacances du printemps ou vacances d’hiver (March Break, Spring break ou Study Week en anglais). Certains étudiants se rendent dans un pays tropical ou une station de ski alors que de nombreuses familles en profitent pour faire des activités de plein air. (…) Le congé tire son origine d’un entraînement de natation organisé en 1936 à la piscine Casino de Fort Lauderdale par un entraîneur de natation de l’Université Colgate, Sam Ingram. Un premier College Coaches’ Swim Forum est organisé au même endroit en 1938, attirant déjà, selon une source, 300 nageurs. Le film Where the Boys Are, sorti en 1960, a pour sujet des étudiants en vacances à Fort Lauderdale10. Au cours des années 1970 et 1980, des beuveries et toutes sortes d’excès deviennent de plus en plus fréquents10. La situation pousse le maire de Fort Lauderdale, Robert Dressler, à introduire un règlement contre la consommation d’alcool en public dans sa ville et même à annoncer à l’émission Good Morning America que les étudiants en vacances ne sont plus les bienvenus dans sa ville. Cette décision pousse de nombreux étudiants, déjà 370 000 en 1985, à se rendre plus au sud, même dans les Antilles. Des campagnes de sensibilisations ont lieu par la suite contre les problèmes de santé et de sécurité associés aux excès. (…) Son but est officiellement de permettre aux étudiants de s’avancer dans leurs travaux et aux enseignants ou professeurs de corriger les copies. Les élèves n’ont normalement jamais de devoir et profitent de cette semaine pour se relaxer et voyager, ce qui n’est pas vrai pour la majorité des universitaires, qui eux ont des travaux importants et des examens de mi-session au retour de la semaine de lecture.(…)  La destination privilégiée des étudiants nord-américains est le Mexique, avec les villes de Cancún, Acapulco, Puerto Vallarta ou Tijuana et la Floride (Miami). (…) Les excès liés à ce congé ont inspiré le film Losin’ It10 (1983). En 1986, MTV diffuse le premier Spring Break Special en direct de Daytona Beach10. Cette émission annuelle contribue à populariser davantage les beuveries et la sexualité associée à ce congé. Joe Francis produit la série de films Girls Gone Wild (en) de la fin des années 1990 à 2007, lorsqu’une série de scandales, notamment de pornographie juvénile, mettent fin au projet. Le film d’horreur Piranha 3D (2010) se déroule aussi durant le spring break en Arizona. Dans le film Spring Breakers qui est sorti le 6 mars 2013 avec Selena Gomez, Ashley Benson et Vanessa Hudgens, les jeunes filles se payent un spring break avec de l’argent volé dans un fast food ce qui entraîne leur arrestation par la police. Wikipedia
A university in New Mexico is investigating the women’s soccer team after reports that freshmen players were forced to strip naked, guzzle alcohol and were sprayed with urine during an ugly hazing incident Sunday. The University of New Mexico in Albuquerque cancelled the team’s first game scheduled for Friday as it investigates the allegations, which were reported by one of the players’ families, NBC affiliate KOB reports. Two of the players were so intoxicated they needed treatment at a local hospital, the station reports, and at least two players have left the team and dropped out of school since the incident. « We are continuing to interview student-athletes and investigate what happened on Sunday night, » UNM Vice President of Athletics Paul Krebs told the station Tuesday. NBC news
S’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir dans toute l’histoire du public rock, ça serait « A POOOOIL ». Confliktarts
Quelqu’un a crié ‘à poil’ et ça a dérapé. Syndicaliste (Air France)
A poil signifie « tout nu, totalement dévêtu, sans aucun vêtement ». Exemple : Lorsque l’organisateur de la soirée cria dans son microphone « Et maintenant tout le monde à poil », les invités se divisèrent en deux groupes : ceux qui se prêtèrent au jeu et ceux qui parurent offusqués. Dictionnaire français (linternaute)
Une formulette d’élimination, ou comptine, est une chansonnette enfantine permettant de désigner une personne, avec un semblant de hasard, dans un groupe généralement constitué de jeunes enfants. (…) Le plouf-plouf (ou pouf-pouf, ou ploum-ploum, ou trou-trou etc.) permet de choisir un joueur en éliminant successivement tous les autres. Un des participants joue le rôle de meneur. Tous les enfants se mettent en cercle, souvent accroupis, avec un pied au centre de façon que les pointes des chaussures se touchent. Le meneur commence par plouffer, en pointant du doigt deux fois de suite vers le centre du cercle, et en disant « plouf-plouf ». Il chante ensuite une comptine, en pointant du doigt successivement tous les enfants du cercle à chaque temps de la comptine. L’enfant désigné en dernier est éliminé, et le processus recommence avec les participants restants. Wikipedia
« Vive les vacances Plus de pénitences Les cahiers au feu La maîtresse au milieu ! » Chansonnette de fin d’année
Lépreux et Juifs eurent à subir, tout au long du Moyen Age, des statuts d’exclusion typiques du racisme. Mais c’est le sort dont furent victimes, en France du Sud-Ouest et en Espagne du nord, les ” cagots “, qui peut passer pour le paradigme du racisme. Delacampagne y insiste : il n’y a pas d’” énigme ” des ” cagots ” : faux lépreux et vrais parias, ces intouchables ne se distinguaient en rien (ils pratiquaient même le catholicisme) des populations qu’ils avoisinaient… Robert Redeker
Les cagots sont devenus des intouchables dans une société organisée sous l’ Ancien Régime selon un authentique système de castes. Annie Quartararo
La lapidation est une nécessité pour conserver la sanctification de la famille. Zahra Shojaii (féministe iranienne, conseillère du président Khatami aux affaires des femmes, juillet 2002)
Les crimes d’honneur sont des actes de violence, le plus souvent des meurtres, commis par les membres masculins d’une famille à l’encontre de ses membres féminins, lorsqu’ils sont perçus comme cause de déshonneur pour la famille tout entière. Une femme peut être la cible d’individus au sein de sa propre famille pour des motifs divers, comprenant : le refus de participer à un mariage arrangé, le refus des faveurs sexuelles, la tentative de divorce — que ce soit dans le cadre de la violence conjugale exercée par son mari ou dans un contexte avéré d’adultère. La simple interprétation selon laquelle son comportement a « déshonoré » sa famille est suffisante pour enclencher une représaille. Human Rights Watch
En général, en Occident, le crime d’honneur varie en fonction de la géographie. Peu coutumier de nos jours dans les régions du Nord, il devient plus intense en descendant vers le Sud (sociétés méditerranéennes et/ou musulmanes, etc..) où les codes d’honneur propres à telle ou telle société traditionnelle ont conservé plus d’importance. C’est ainsi que la vengeance par la justice privée, plus connue sous le nom de vendetta fait partie de la culture de certains groupes ethniques qui se situent dans les Balkans (notamment les régions peuplées d’albanophones), en Turquie (Anatolie, Kurdistan, etc..), le sud de l’Italie et les îles de la Méditerranée (Corse, Sardaigne, Sicile, Crète). Avec l’immigration musulmane (notamment pakistanaise, turque/kurde et arabe), les crimes d’honneur sont réapparus en Europe. En Italie, en 2006, Hina Saleem (it), une jeune pakistanaise de 21 ans, est assassinée à Sarezzo (Lombardie) par ses parents et des membres de sa famille qui n’acceptaient pas sa relation avec un Italien et sa vie jugée « trop occidentale ». Hina s’était également opposée à un mariage arrangé. Toujours en Italie, en 2009, Sanaa Dafani, une jeune marocaine de 18 ans résidant avec sa famille à Pordenone (N.-E.), est égorgée par son père qui lui reprochait d’être « trop occidentale » et d’avoir une relation avec un Italien11. Il sera condamné définitivement à 30 ans de prison en 201212. En 2010 à Modène (Italie), un pakistanais, aidé de son fils, « punit » à coups de barre d’acier et de pierre son épouse et sa fille qui refusaient un mariage arrangé. La mère succombera à ses blessures13. En Allemagne, en 2005, Hatun Sürücü, une jeune Allemande d’origine turque, est tuée à Berlin par son frère pour « s’être comportée comme une Allemande ». En Belgique, en 2007, Sadia Sheikh, une pakistanaise de 20 ans, est assassinée à Charleroi (Région wallonne) par des membres de sa famille pour avoir refusé un mariage arrangé15. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur16. En Grande-Bretagne, l’association IKWRO (Iranian and Kurdish Women’s Rights Organisation)) a recensé 2823 agressions (séquestrations, coups, brûlures, homicides) commises en 2010 contre des femmes sous prétexte de « venger l’honneur d’une famille ». Wikipedia
Les crimes d’honneur ne sont pas réservés aux provinces reculées du Pakistan, de la Turquie ou de l’Inde. En Europe occidentale aussi, des jeunes femmes sont torturées et tuées par des membres de leur famille à cause de leurs fréquentations, de leur façon de s’habiller ou de leur refus de se soumettre à un mariage forcé. En clair, parce que leur attitude laisse planer un doute sur leur virginité. C’est le constat de la fondation suisse Surgir, spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Très prudent dans sa volonté de ne « stigmatiser » aucune communauté, le rapport publié par Surgir établit un lien direct entre ces assassinats et l’immigration, tout en soulignant que, « majoritairement pratiqué au sein des communautés musulmanes, le crime d’honneur l’est aussi par les communautés sikhs, hindoues et chrétiennes ». Entre 15 000 et 20 000 femmes sont tuées chaque année dans le monde, selon les estimations des organisations non gouvernementales, par un cousin, un frère ou un père craignant l’opprobre de la communauté. « Plus qu’un permis de tuer, c’est un devoir de tuer », écrit Surgir, qui note que « le déshonneur [d’une fille] est une menace d’exclusion sociale pour toute la famille élargie ». Dans le cas de communautés immigrées, la crainte de l’assimilation peut renforcer ce besoin de protéger le groupe, alors que le mariage mixte et l’émancipation des jeunes générations sont perçus comme des menaces. Aucune statistique précise n’existe sur le sujet et la loi du silence est de mise dans les familles. Les chiffres avancés par la fondation reposent sur des estimations policières, quand celles-ci distinguent violences domestiques et violences liées à l’honneur, et sur l’étude de coupures de presse. Aux Pays-Bas, la police estime que treize meurtres ont été commis en 2009 au nom de l’honneur ; au Royaume-Uni, une douzaine de cas sont recensés chaque année ; en Allemagne, soixante-douze jeunes filles ont été tuées en dix ans ; en France, depuis 1993, une dizaine de cas ont été évoqués dans les médias, en grande majorité dans les communautés indiennes, pakistanaises, sri-lankaises, kurdes et turques. (…) La fondation Surgir appelle les autres Etats européens à prendre des mesures – le code pénal italien prévoit notamment une réduction de la peine pour les crimes commis sur fond de « traditions culturelles » – tout en soulignant qu’un durcissement des législations entraîne systématiquement une hausse des suicides maquillés et pousse les familles à désigner un meurtrier mineur qui sera moins sévèrement jugé. Le Monde
Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. Nazir Afzal
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Violeur pakistanais
En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes d’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur (…) lorsque l’information était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles. On dénombre 31% de victimes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de ces victimes (49%) a un emploi, avec une forte représentation de la catégorie cadres et professions intellectuelles supérieures. (…)  Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour lesquelles l’information était disponible, 255 étaient intoxiquées au moment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. (…) Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondissement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autres lieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche). L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. (…) On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici. Le Parisien
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu' »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne. Le Monde
Depuis la fin des années 1970 et la révolution iranienne, nous vivons une politisation de l’islam. Celle-ci avait dès le départ un ennemi principal  : l’émancipation de la femme. Quand, maintenant, des hommes de plus en plus nombreux viennent chez nous imprégnés de cette culture et, qui plus est, que certains sont victimes de guerres civiles, cela crée un problème qu’on ne peut pas simplement ignorer.  Alice Schwarzer 
Je suis choquée qu’après Cologne le mouvement féministe allemand dominant ait pris très vite une position xénophobe et antiarabe. Les violences dont sont victimes les femmes lors des fêtes de la bière sont mille fois pires. Mais, ici, ce qui est en jeu, c’est le fantasme du viol de la femme allemande par l’étranger . (…) Je suis violemment pour qu’on puisse porter le voile. Le dogme de la laïcité à la française est le résultat historique de la lutte entre la République et l’Eglise. Cela n’a rien d’universel. Forcer les femmes à se découvrir est une attitude néocoloniale. Ce sont les colons français au Maghreb qui ont commencé.  Barbara Vinken
Contrairement à la France, qui estime ses valeurs universelles, l’Allemagne, depuis le nazisme, ne peut plus se permettre de vouloir imposer sa culture. Les Allemands n’osent même pas critiquer d’autres modes d’expression culturelle . Béatrice Angrand (secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse)
Les jeunes féministes allemandes sont d’autant moins enclines à critiquer le voile qu’un certain nombre d’entre elles, musulmanes, le défendent. La rappeuse Reyhan Sahin, par exemple, une spécialiste de la « sémiotique de l’habillement », est détestée par de nombreux musulmans, mais son travail universitaire sur « la signification du voile musulman en Allemagne » a été très remarqué. « Pour elle, le voile est un signe d’émancipation », note Sonja Eismann. Certaines féministes, d’ailleurs, le portent. Le Monde
Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite.  Simone de Beauvoir 
Alors que la société allemande s’indigne face au récit terrifiant de la nuit de Cologne, durant laquelle des agressions sexuelles de masse ont été commises sur des femmes par des bandes d’hommes dont la plupart seraient d’origine étrangère, plusieurs voix féministes se sont élevées pour rappeler que la culture du viol n’est pas un phénomène importé mais bel et bien ancré dans la culture allemande depuis des siècles. La Fête de la bière de Munich en est l’un des exemples les plus criants. (…) chaque année, plusieurs dizaines d’agressions sexuelles ont lieu durant l’Oktoberfest. Et ce malgré une présence policière renforcée –300 policiers déployés sur la trentaine d’hectares de la «Wiesn», comme les Bavarois appellent la grande «prairie» verte sur laquelle ont lieu les festivités– et la mise en place il y a quelques années d’une vingtaine de caméras de surveillance et de puissants projecteurs à l’extérieur des «tentes à bière», de manière à ne pas laisser de zones plongées dans l’ombre la nuit venue. (…) Pour les femmes qui se rendent dans ces tentes à bière à l’ambiance surchauffée, les paroles vulgaires, les mains baladeuses, les demandes insistantes font partie intégrante de l’Oktoberfest. «Le viol est seulement la partie émergée de l’iceberg», insiste Maike Bublitz, pédagogue au Frauennotruf München. Il existe même un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences. «Il y a bien plus de violations des limites, qui vont du fait de tripoter les femmes aux abus sexuels. Il y a une vaste palette d’agressions sexuelles.»(Le nombre d’agressions sexuelles et de viols est pourtant bien plus élevé que celui que laissent entrevoir les statistiques policières, estiment les représentantes des associations présentes sur les lieux, qui estiment que pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols. Beaucoup de femmes continuent à avoir honte de signaler une agression aux autorités ou sont découragées par la perspective d’une longue et douloureuse procédure judiciaire qui n’a de toute façon que très peu de chances de déboucher sur une condamnation. Moins d’1% des hommes coupables de viol sont, en effet, condamnés par la justice allemande, comme le rappelait il y a quelques années une campagne d’information lancée par une association féministe allemande qui réclame depuis des années une réforme du paragraphe 177 du code pénal allemand, qui jusqu’à présent ne reconnaît l’existence d’un viol que dans trois cas de figure –lorsque le rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime ne peut se défendre. Le fait que l’Oktoberfest attire un public international n’est aussi pas étranger à ce faible taux de plaintes déposées, indique Kristina Gottlöber: «Ces touristes ne savent pas comment fonctionne la procédure judiciaire en Allemagne. Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis. Doit-elle rester sur place, prendre un avocat, quels sont les coûts? Elles veulent simplement rentrer chez elles et oublier l’agression.» (…) Ni la police, ni les associations qui travaillent sur le terrain estiment que les violences sexuelles dont l’Oktoberfest est le théâtre chaque année sont comparables avec l’ampleur extraordinaire des harcèlements de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du Réveillon. Mais Maike Bublitz signale que ce type de violences commises en groupes ont déjà été rapportées durant l’Oktoberfest: «Il y a eu quelques cas où des femmes ont été encerclées par plusieurs hommes et harcelées, tripotées, touchées à l’entrejambe, comme ce qu’on a pu entendre au sujet de Cologne. Cela nous a été rapporté par des femmes au “security point”.» Les agressions ont lieu partout, de jour comme de nuit, rapportent la police et les associations. À l’intérieur des chapiteaux, dans les toilettes, aux abords des manèges, mais surtout sur la fameuse «Kotzhügel», cette «colline de la gerbe» située en bordure des chapiteaux où les visiteurs alcoolisés au dernier degré ont pour habitude de venir vider leurs estomacs et de piquer un somme, voire les deux en même temps, comme on peut le voir sur les fameuses photos prises sur place par les visiteurs chaque année dont nous vous parlions en 2013. Une pratique consistant à déshabiller et photographier sous leur jupe les femmes ivres endormies sur place est d’ailleurs apparue ces dernières années, rapportent les associations. «Nous savons qu’il y a des hommes qui viennent exprès à l’Oktoberfest parce qu’ils pensent qu’ils auront beau jeu», explique Maike Bublitz.(…) L’Oktoberfest n’est d’ailleurs pas la seule grande fête populaire allemande où des agressions sexuelles ont lieu de manière récurrente. Cologne, justement, accueille chaque année au début du mois de février un des plus grands défilés costumés au monde, qui attire chaque année 1,5 million de visiteur. La maire de la capitale rhénane, Henriette Reker, a d’ailleurs annoncé quelques jours après la fameuse nuit où des centaines de femmes ont été agressées qu’un important dispositif policier allait être déployé cette année pour assurer la sécurité des femmes durant le carnaval de Cologne. Les agressions sexuelles y sont pourtant légion depuis des années. En 2014, des féministes ont d’ailleurs lancé un tumblr baptisé «KonsensKarneval» listant et dénonçant les consignes diffusées à l’attention des femmes par les différentes municipalités et commissariats allemands à l’occasion du carnaval. Leur slogan:«Mon costume n’est pas une invitation. » Slate
Si la culture est un joli mot quand il s’agit de création artistique, c’est un gros mot, pour certains, quand il s’agit de cerner et de corriger des pratiques personnelles – éducation, religion, mode de vie, conception de la famille – qui expliqueraient la difficulté d’une communauté à s’intégrer. Pour preuve, le tollé provoqué par le sociologue Hugues Lagrange quand il a publié son livre Le Déni des cultures (Seuil, 2010). Des artistes qui ont adopté cette approche culturelle ont également été critiqués. La Belge Sofie Peeters, une étudiante en cinéma, a diffusé sur Internet en 2012 son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle est filmée en caméra cachée en train de marcher dans un quartier de Bruxelles, à majorité musulmane. Sur ses pas, on entend « salope », « chienne », « putain »… Les réactions ? Manipulation, stigmatisation, procédé manichéen… Il existe un spectacle de danse dont le titre résume ce débat : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous, Occidentaux, parler des ravages du multiculturalisme sans se faire traiter de réactionnaires ? Michel Guerrin
La cour d’appel de Montpellier a décidé ce jeudi du maintien en détention provisoire des deux hommes, de 18 et 22 ans soupçonnés d’avoir violé cette jeune fille de 18 ans. Tous les deux sont en prison depuis leur mise examen début janvier pour viol et diffusion d’images pornographiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où une enquête a été ouverte pour viol en réunion et diffusion d’images pornographiques. La vidéo en question, un montage d’un peu moins de 5 minutes diffusé début janvier sur plusieurs réseaux sociaux dont Snapchat et Facebook, montraient une relation sexuelle particulièrement brutale le 2 janvier au soir de deux hommes avec une jeune femme. On y voit les deux hommes, dont on n’aperçoit jamais le visage, en survêtement, boire du whisky et fumer des joints avec leur victime présumée, apathique, qui paraît droguée ou alcoolisée. Les images sont accompagnées de commentaires écrits dégradants sur la jeune femme, tout au long de la relation sexuelle. C’est l’identification de l’un des deux hommes qui avait permis de remonter jusqu’au trio, dans un appartement de Perpignan. (…) Les deux suspect avaient fait appel de celle-ci, niant avoir violé leur victime. Pour sa part, la jeune femme de 18 ans n’a pas déposé de plainte.  Les trois protagonistes, qui se connaissaient, s’étaient réunis pour, selon leurs témoignages rapportés par le parquet «pour faire la fête», au cours d’une soirée particulièrement alcoolisée. Le Parisien
Ce devait être un concours de strip-tease avec un voyage aux Etats-Unis à gagner pour la candidate la moins timide. Le jeu a sordidement viré à l’agression sexuelle et au viol collectif. (…) Ce soir-là, l’établissement organisait un concours appelé American Party en référence au film « American Pie ». Une cliente de 27 ans a remporté le prix en terminant sans soutien-gorge et en string. C’est à ce moment qu’une dizaine de spectateurs l’ont rejoint sur scène. Elle s’est retrouvée plaquée au sol puis violée. Le Parisien (La Réunion, mai 2015)
Une partie de striptease organisée dans la boîte de nuit Le Chapiteau à Montvert les Bas a dérapé. Un concours de striptease organisé dans le but de remporter un billet aller-retour pour les Etats-Unis a vu se succéder sur la scène des jeunes femmes du public. Dans l’esprit de cette « american party », le cadeau allait revenir à la jeune fille la plus entreprenante sur le podium. Malheureusement, l’organisation de la discothèque se serait laissée déborder par les agissements de certains de ses clients à tel point que le propriétaire du Chapiteau indique n’avoir rien constaté d’anormal sur le moment. Ce soir-là donc, après avoir enlevé tous ses vêtements, à l’exception de son string, une jeune femme a été entourée par un groupe d’une douzaine d’hommes. Dans l’attroupement et l’euphorie alcoolisée de cette american party, la cliente, une ancienne gogo danseuse de l’établissement, a été victime d’attouchements sexuels puis de pénétrations digitales. Il était vers 1h30 du matin dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai. La victime a porté plainte contre X pour viol en réunion dès le 1er mai à la brigade territoriale de gendarmerie de Petite Ile mais les investigations ont été transférées aux enquêteurs de la police nationale, compétente pour le territoire sur lequel est intervenue cette affaire. Zinfos 974
Ne crie pas comme ça, on va finir par croire que je te viole. Adolescent congolais
Ces deux affaires sont très similaires, constate Éric Maillaud. Dans les deux cas, on a des victimes qui se mettent en danger, sans avoir conscience du risque qu’elles prennent, en aggravant encore la situation en consommant de l’alcool et des stupéfiants. On ne peut pas vraiment parler de préméditation chez les agresseurs, mais ce qui est sûr, c’est que l’hypothèse que la soirée puisse se conclure par une relation sexuelle est envisagée dès le départ du côté masculin.  Éric Maillaud
Pour expliquer cette coutume, on peut y voir un sous-produit des lapidations rituelles. Lapider une victime, c’esr recouvrir son corps de pierre. Lorsqu’on jette beaucoup de pierres sur un vivant, non seulement il meurt mais ces pierres prennent tout naturellement la forme tronconique du « tumulus » qu’on retrouve, plus ou moins géométrisée, dans les pyramides sacrificielles ou funéraires de nombreux peuples. (…) le tombeau est inventé à partir du moment où la coutume de recouvrir les cadavres de pierres se répand en l’absence de toute lapidation. René Girard
‘Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux Que des chiens dévorants se disputaient entre eux D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ?’ Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons. Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous. Nous. Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts… … nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort. Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ? Michel Serres
Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard qui peut servir d’éclairage. Comme F.Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre à quel point une formule comme « Regarde-moi dans les yeux ! » peut être vécue comme agressive lorsque le maître, outré, croit ainsi provoquer les aveux de l’élève ! Donc, sans regarder cette troupe d’excités, Jésus s’absorbe dans une autre occupation : « il trace des traits sur le sol ». (…) Le verbe « graphein » qui a donné « graphie » pointe aussi bien l’écriture que le dessin. Dommage pour les commentateurs ultérieurs qui y voyaient la relativisation de la Loi de l’Ancien Testament, destinée à être dépassée, puisqu’écrite sur le sable. Mais le terme « gué » n’a pas ce sens : c’est la « terre », ou le « sol », ce socle qui nous est commun, que nous soyons agresseurs ou agressés. Il est possible d’ailleurs que Jésus ait su lire, mais non écrire, ce qui était courant à l’époque. Tout au plus, mais c’est là l’interprétation que me suggère mon enthousiasme, pourrait-on comprendre que l’activité graphique, par la concentration qu’elle requiert, oblige à prendre du recul, et contribue à la résolution du conflit ! (…) Les peintres quant à eux, astreints à rassembler dans une image immobile un développement narratif, anticiperont souvent la suite, et inscriront dans leur représentation la parole de Jésus : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ». Cette phrase est un coup de génie, parce que c’est aussi la solution la plus simple. D’abord l’énonciation se fait au singulier, sans pour autant désigner nommément quelqu’un. La spirale du « défoulement », toujours collectif, est rompue. Mais avec un grand doigté, par un protagoniste qui prend le risque calculé de l’accompagner : « Allez-y, lapidez-la, mais… ». La phrase reprend très certainement la disposition juridique du Deutéronome relative aux témoins, mais en procurant un éclairage aigu sur son fondement. En matière de lapidation, c’est « commencer » qui est la grande affaire ! Le fait de pointer ainsi la nature du phénomène suffit apparemment à l’inverser : le cercle mortel se défait, et les agresseurs s’en vont, « à commencer par les plus vieux »… Jean-Marc Muller
Les arts ne sont jamais que la reproduction de cette crise-là, de ce dénouement-là, sous une forme plus ou moins voilée.Tout commence toujours par des affrontements symétriques finalement résolus dans des rondes victimaires. René Girard
Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication. (…) Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour. (…) Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ».  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50) (…) Livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité. (…) Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants. (…) En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme. René Girard
La loi mosaïque prescrit la lapidation des condamnés à mort. J’interprète ce mode d’exécution, bien entendu, comme l’imitation rituelle d’un meurtre fondateur, c’est-à-dire d’une première lapidation qui, dans un passé lointain, a réconcilité la communauté. C’est parce que la communauté s’est réconciliée qu’elle a fait de cette violence unanime un modèle rituel, un modèle d’unanimité. Tout le monde doit jeter des pierres. C’est ainsi, de toute évidence, que la thèse mimétique doit expliquer l’existence d’une lapidation institutionnelle, telle qu’on la trouve beaucoup plus tard codifiée dans le Lévitique. La lapidation n’était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècle de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévère. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. Il est soupçonné de mépriser la Loi. S’il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S’il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. A plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans les scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meutre fondateur ne peut manquer d’intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui. Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable « bien en vue », ils ne l’exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l’adultère. Ils veulent pousser jusqu’à son terme fatal l’emballement mimétique qu’ils ont déclenché. Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d’un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu’il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d’écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge. Ce n’est pas dans le dessein d’écrire que Jésus se penche, c’est parce qu’il s’est penché qu’il écrit. Il s’est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c’est son propre regard, son propre défi qu’elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L’affrontement mènerait tout droit à la violence, c’est-à-dire à la mort de la victime qu’il s’agit de sauver. Jésus évite jusqu’à l’ombre d’une provocation. Et enfin, il parle : « Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose. La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient. En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable. Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire. La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation. (…) A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements politiques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques. Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule. Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’afir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue. La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse. Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps. Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une l’autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté. Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été. Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante. Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents. Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. » René Girard

Et si emportés par leur zèle dévoyé d’antiracistes, nos Clémentine Autain avaient mis le doigt sur quelque chose ?

Lapidations, crimes d’honneur, jeunes filles condamnées à être violées pour atteinte à l’honneur d’une famille, maroquinades françaises, noir-américaines ou soviétiques, furie de syndicalistes, enfants agressées sexuellement par centaines et en toute impunité par des réseau d’anglo-pakistanais, agressions sexuelles de masse à l’occasion de fêtes religieuses, viol collectif « consensuel » « socialisé » sur internet, concours de strip-tease en boite de nuit ou soirées trop arrosées qui virent au viol collectif, débordements de carnavals, bizutages militaires ou étudiants, concours de teeshirt mouilé des spring breaks américaines, cardio striptease de nos salles d’aerobics, cancans de nos revues pigalliennes, chahuts de nos années lycées, rondes ou jeux d’élimination de nos enfances …

Au lendemain des récentes agressions sexuelles du Nouvel An où une Europe complètement désarmée redécouvre, à mi-chemin entre le viol-châtiment pour des infidèles ne respectant pas le code de l’honneur et  le viol-festif d’opportunité, la violence non plus du Zeus déguisé du gentil mythe de nos érudits mais du taureau de l’immigration musulmane …

Et en cette journée de l’ouverture du salon de l’auto de Bruxelles où, suite à certaines dérives, la Ministre de l’Egalité des Chances belge part en guerre contre les hôtesses trop sexy …

Comment ne pas repenser à ces magistrales analyses girardiennes sur la femme adultère de l’Evangile ou sur la décollation de Jean-Baptiste …

Où le théoricien des systèmes sacrificiels et des phénomènes de bouc émissaire nous rappelait combien …

Nos arts et rituels apparemment les plus innocents pouvaient vite retrouver l’alcoolisation aidant …

Leur vérité jusqu’ici dissimulée ou oubliée de « rondes victimaires » ?

D’où, en nos sociétés déchristianisées et bientôt notre planète livrées à l’irrésistible travail de sape de la mondialisation et donc désormais dépourvues de rituels de remplacement non-victimaires tels que l’eucharistie, le « péril de priver la violence mimétique de tout exutoire » ?

La femme adultère sauvée de la lapidation

René Girard

Quand Ces Choses Commenceront

« […] – On retombe sur le mystère de ce Dieu tout-puissant et omniscient qui laisse sa créature libre… qui fait comme s’Il ne savait pas où elle va… »
– Si je donne l’impression que Dieu joue avec nous au chat et à la souris, ou au tigre si vous préférez, je me suis mal expliqué. Pour essayer de comprendre les rapports entre l’appel qui vient de Dieu d’une part et, d’autre part, le jeu du mimétisme et de la liberté, je vous propose une petite explication de texte. Nous allons prendre un des plus grands récits évangéliques, celui de la femme adultère sauvée de la lapidation. C’est un texte un peu mystérieux, car il ne figure pas dans les plus anciens manuscrits de Jean. Beaucoup de commentateurs pensent qu’il rappelle le style de Luc plus que celui de Jean, et cela me semble assez juste. « De toute façon, dit la Bible de Jérusalem, personne ne doute de sa canonicité ». Le voici :

« … Les scribes et les Pharisiens lui amènent alors une femme surprise en adultère et, la plaçant bien en vue, ils disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Moïse nous a prescrit dans la Loi de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils disaient cela pour lui tendre un piège, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol. Comme ils insistaient, il se redressa et leur dit : « Que celui de vous qui est sans péché lui jette la première pierre ! » Et, se baissant à nouveau, il se remit à écrire sur le sol. A ces mots, ils se retirèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et Jésus resta seul avec la femme, qui était toujours là. Alors, se redressant, il lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? – Personne, Seigneur, répondit-elle. – Moi non plus, lui dit Jésus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus. » »

La loi mosaïque prescrit la lapidation des condamnés à mort. J’interprète ce mode d’exécution, bien entendu, comme l’imitation rituelle d’un meurtre fondateur, c’est-à-dire d’une première lapidation qui, dans un passé lointain, a réconcilité la communauté. C’est parce que la communauté s’est réconciliée qu’elle a fait de cette violence unanime un modèle rituel, un modèle d’unanimité. Tout le monde doit jeter des pierres. C’est ainsi, de toute évidence, que la thèse mimétique doit expliquer l’existence d’une lapidation institutionnelle, telle qu’on la trouve beaucoup plus tard codifiée dans le Lévitique.

La lapidation n’était requise que pour les épouses adultères, pas pour les époux. Au premier siècle de notre ère, cette prescription était contestée. Certains la jugeaient trop sévère. Jésus se trouve confronté à un dilemme redoutable. Il est soupçonné de mépriser la Loi. S’il dit non à la lapidation, le soupçon paraît confirmé. S’il dit oui, il trahit son propre enseignement, entièrement dirigé contre les contagions mimétiques, les emballements violents dont cette lapidation, si elle avait lieu, serait un exemple, au même titre que la Passion. A plusieurs reprises, Jésus est menacé de lapidation dans les scènes qui annoncent et préparent la Passion. Le révélateur et le dénonciateur du meutre fondateur ne peut manquer d’intervenir en faveur de toutes les victimes du processus qui finalement aura raison de lui.

Si les hommes qui interpellent Jésus ne désiraient pas susciter la lapidation, ils ne placeraient pas la coupable « bien en vue », ils ne l’exhiberaient pas complaisamment. Ils veulent que rayonne sur la foule, sur les passants éventuels, la puissance du scandale qui émane de l’adultère. Ils veulent pousser jusqu’à son terme fatal l’emballement mimétique qu’ils ont déclenché.

Pour préparer son intervention, pour la rendre décisive, Jésus a besoin d’un peu de recueillement, il a besoin de gagner du temps, et il écrit dans la poussière avec son doigt. On se demande toujours ce qu’il a pu écrire. Cette question me paraît oiseuse. Il faut la laisser aux entichés de langage et d’écriture. Il ne faut pas toujours recommencer le moyen âge.

Ce n’est pas dans le dessein d’écrire que Jésus se penche, c’est parce qu’il s’est penché qu’il écrit. Il s’est penché pour ne pas regarder ceux qui le défient du regard. Si Jésus renvoyait ce regard, la foule se sentirait à son tour défiée, c’est son propre regard, son propre défi qu’elle croirait reconnaître dans les yeux de Jésus. L’affrontement mènerait tout droit à la violence, c’est-à-dire à la mort de la victime qu’il s’agit de sauver. Jésus évite jusqu’à l’ombre d’une provocation.

Et enfin, il parle : « Que celui qui se croit sans péché lui jette la première pierre ! » Pourquoi la première pierre ? Parce qu’elle est seule décisive. Celui qui la jette n’a personne à imiter. Rien de plus facile que d’imiter un exemple déjà donné. Donner soi-même l’exemple est tout autre chose.

La foule est mimétiquement mobilisée, mais il lui reste un dernier seuil à franchir, celui de la violence réelle. Si quelqu’un jetait la première pierre, aussitôt les pierres pleuvraient.

En attirant l’attention sur la première pierre, la parole de Jésus renforce cet obstacle ultime à la lapidation. Il donne aux meilleurs de cette foule le temps d’entendre sa parole et de s’examiner eux-mêmes. S’il est réel, cet examen ne peut manquer de découvrir le rapport circulaire de la victime et du bourreau. Le scandale qu’incarne cette femme à leurs yeux, ces hommes le portent déjà en eux-mêmes, et c’est pour s’en débarrasser qu’ils le projettent sur elle, d’autant plus aisément, bien sûr, qu’elle est vraiment coupable.

Pour lapider une victime de bon coeur, il faut se croire différent d’elle, et la convergence mimétique, je le rappelle, s’accompagne d’une illusion de divergence. C’est la convergence réelle combinée avec l’illusion de divergence qui déclenche ce que Jésus cherche à prévenir, le mécanisme du bouc émissaire.

La foule précède l’individu. Ne devient vraiment individu que celui qui, se détachant de la foule, échappe à l’unanimité violente. Tous ne sont pas capables d’autant d’initiative. Ceux qui en sont capables se détachent les premiers et, ce faisant, empêchent la lapidation.

Cette imitation comporte une dimension authentiquement individuelle. La preuve, c’est le temps plus ou moins long qu’il requiert suivant les individus. La naissance de l’individu est naissance des temps individuels. Aussi longtemps qu’ils forment une foule, ces hommes se présentent tous ensemble et ils parlent tous ensemble pour dire exactement la même chose. La parole de Jésus dissout la foule. Les hommes s’en vont un à un, suivant la différence des temps qu’il faut à chacun pour entendre la Révélation.

Comme la plupart des hommes passent leur vie à imiter, ils ne savent pas qu’ils imitent. Même les plus capables d’initiative n’en prennent presque jamais. Pour savoir de quoi un individu est capable, il faut une situation exceptionnelle, telle la lapidation manquée.

« Les plus vieux » renoncent les premiers. Peut-être ont-ils le sang moins bouillant que leurs cadets, peut-être la proximité de la mort les rend-elle moins stricts avec autrui, plus stricts avec eux-mêmes. Peu importe en définitive. Seule importe la distinction entre les premiers et tous les autres.

Une fois les plus vieux sortis, les moins vieux et même les plus jeunes sortent de la foule, de plus en plus vite à mesure que les modèles se multiplient. Qu’il s’agisse de jeter des pierres ou, au contraire, de n’en pas jeter, le commencement seul a du prix. La vraie différence est là.

Pour les premiers imitateurs de ceux qui ont commencé, on peut encore parler de décision, mais en un sens qui s’affaiblit toujours plus vite à mesure que le nombre des décidés augmente. La décision initiale, dès qu’elle est imitée, redevient vite contagion pure, mécanisme social.

A côté des temps individuels, donc, il y a toujours un temps social dans notre texte, mais il singe désormais les temps individuels, c’est le temps des modes et des engouements poliques, intellectuels, etc. Le temps reste ponctué par des mécanismes mimétiques.

Sortir de la foule le premier, renoncer le premier à jeter des pierres, c’est prendre le risque d’en recevoir. La décision en sens inverse aurait été plus facile, car elle se situait dans le droit fil d’un emballement mimétique déjà amorcé. La première pierre est moins mimétique que les suivantes, mais elle n’en est pas moins portée par la vague de mimétisme qui a engendré la foule.

Et les premiers à décider contre la lapidation ? Faut-il penser que chez eux au moins il n’y a aucune imitation ? Certainement pas. Même là il y en a, puisque c’est Jésus qui suggère à ces hommes d’afir comme ils le font. La décision contre la violence resterait impossible, nous dit le christianisme, sans cet Esprit divin qui s’appelle le Paraclet, c’est-à-dire, en grec ordinaire, « l’avocat de la défense » : c’est bien ici le rôle de Jésus lui-même. Il laisse d’ailleurs entendre qu’il est lui-même le premier Paraclet, le premier défenseur des victimes. Et il l’est surtout par la Passion qui est ici, bien sûr, sous-entendue.

La théorie mimétique insiste sur le suivisme universel, sur l’impuissance des hommes à ne pas imiter les exemples les plus faciles, les plus suivis, parce que c’est cela qui prédomine dans toute société. Il ne faut pas en conclure qu’elle nie la liberté individuelle. En situant la décision véritable dans son contexte vrai, celui des contagions mimétiques partout présentes, cette théorie donne à ce qui n’est pas mécanique, et qui pourtant ne diffère pas du tout dans sa forme de ce qui l’est, un relief que la libre décision n’a pas chez les penseurs qui ont toujours la liberté à la bouche et de ce fait même, croyant l’exalter, la dévaluent complètement. Si on glorifie le décisif sans voir ce qui le rend très difficile, on ne sort jamais de la métaphysique la plus creuse.

Même le renoncement au mimétisme violent ne peut pas se répandre sans se transformer en mécanisme social, en mimétisme aveugle. Il y a une lapidation à l’envers symétrique de la lapidation à l’endroit non dénuée de violence, elle aussi. C’est ce que montrent bien les parodies de notre temps.

Tous ceux qui auraient jeté des pierres s’il s’était trouvé quelqu’un pour jeter la première sont mimétiquement amenés à n’en pas jeter. Pour la plupart d’entre eux, la vraie raison de la non-violence n’est pas la dure réflexion sur soi, le renoncement à la violence : c’est le mimétisme, comme d’habitude. Il y a toujours emballement mimétique dans une direction ou dans une l’autre. En s’engouffrant dans la direction déjà choisie par les premiers, les « mimic men » se félicitent de leur esprit de décision et de liberté.

Il ne faut pas se leurrer. Dans une société qui ne lapide plus les femmes adultères, beaucoup d’hommes n’ont pas vraiment changé. La violence est moindre, mieux dissimulée, mais structurellement identique à ce qu’elle a toujours été.

Il n’y a pas sortie authentique du mimétisme, mais soumission mimétique à une culture qui prône cette sortie. Dans toute aventure sociale, quelle qu’en soit la nature, la part d’individualisme authentique est forcément minime mais pas inexistante.

Il ne faut pas oublier surtout que le mimétisme qui épargne les victimes est infiniment supérieur objectivement, moralement, à celui qui les tue à coups de pierres. Il faut laisser les fausses équivalences à Nietzsche et aux esthétismes décadents.

Le récit de la femme adultère nous fait voir que des comportements sociaux identiques dans leur forme et même jusqu’à un certain point dans leur fond, puisqu’ils sont tous mimétiques, peuvent néanmoins différer les uns des autres à l’infini. La part de mécanisme et de liberté qu’ils comportent est infiniment variable. Mais cette inépuisable diversité ne prouve rien en faveur du nihilisme cognitif ; elle ne prouve pas que les comportements sont incomparables et inconnaissables. Tout ce que nous avons besoin de connaître pour résister aux automatismes sociaux, aux contagions mimétiques galopantes, est accessible à la connaissance. »

Voir aussi:

René Girard en vert : « Une seule réponse : le christianisme »

Article rédigé par Entretien, le 18 mars 2005

René Girard vient d’être élu à l’Académie française. Avec lui, c’est un intellectuel chrétien de grande envergure qui rejoint les Immortels. Né en 1923, ancien élève de l’École des chartes, sa première grande étude concernait le mimétisme et la violence du désir chez les plus fameux romanciers européens, de Cervantès à Dostoïevski (Mensonge romantique et vérité romanesque, 1961).

Une dizaine d’années plus tard, Girard livrait une étude sur la tragédie grecque, et formulait pour la première fois l’hypothèse que l’origine des religions se trouvait dans le phénomène du bouc émissaire (la Violence et le Sacré, 1972). C’est cette hypothèse que Girard n’a cessé d’affiner dans trois ouvrages où apparaît la véritable originalité de la révélation biblique : le mécanisme du bouc émissaire est mis en lumière et par là-même rendu inefficace ; les ordres culturels fondés sur le principe du meurtre fondateur ne résistent pas au jour que jette sur eux le christianisme quand ils entrent en contact avec lui (Des choses cachées depuis la fondation du monde, (1978), le Bouc émissaire (1983), la Route antique des hommes pervers (1985)).

En 2000, René Girard publie ce qu’il assure être son dernier ouvrage, une véritable apologie du christianisme pour notre temps, Je vois Satan tomber du ciel comme l’éclair (Grasset). À l’occasion de son élection à l’Institut, nous sommes heureux de diffuser les extraits d’un entretien accordé à Edouard Husson pour Liberté politique, en avril 2000.

LIBERTE POLITIQUE. – Dans Je vois Satan tomber comme l’éclair, vous récapitulez toute votre œuvre et montrez que même les plus anti-chrétiens des Occidentaux ne cessent d’être déterminés par le souci biblique par excellence, le souci des victimes innocentes de la violence collective. Si la révélation biblique en sait long sur le désir mimétique, elle nous dit beaucoup aussi sur le phénomène du bouc émissaire.

RENE GIRARD. – J’ai travaillé sur la tragédie grecque, en particulier sur le mythe d’Œdipe avant de m’intéresser aux textes bibliques. Il s’est passé là quelque chose d’extraordinaire. Parallèlement à mes propres recherches et sans que nous nous soyons consultés, un jésuite autrichien, le père Schwager, a commencé à travailler sur les Psaumes. Et il a repéré un thème fondamental chez beaucoup d’entre eux : un individu assiégé par ses ennemis appelle Dieu à l’aide. Ou il proclame son innocence ou que seul Dieu est juge de ses péchés — et non la communauté composée de pécheurs comme lui. Schwager, en prolongeant mes analyses de la Violence et le Sacré, mettait le doigt sur la différence fondamentale de la révélation biblique. L’individu des Psaumes ou Job refusent de donner leur approbation au lynchage dont ils sont menacés. Lorsqu’on lit l’Œdipe roi de Sophocle, le poète tragique nous montre une parfaite symétrie de la violence et puis brusquement, Œdipe est chargé de toute la violence qui divise la communauté.

Comme les victimes émissaires du monde entier, il est soudain accusé des forfaits les plus terribles, ceux qui menacent de dissolution l’ordre social tout entier : le parricide et l’inceste et il ne s’y oppose pas. Job se trouve dans la même situation qu’Œdipe : lui qui régnait sur les esprits et les cœurs, le voici accusé par ses  » amis  » des pires forfaits. Ses faux amis veulent en fait qu’il consente au lynchage qu’on lui réserve. Mais Job, à la différence d’Œdipe, ne rentre pas dans le jeu. Il invoque le Paraclet, l’avocat de la défense des victimes.

Les Évangiles achèvent la révélation biblique en ce qu’ils dévoilent définitivement les mécanismes de la violence individuelle et collective.

Le lynchage collectif est l’aboutissement du mécanisme par lequel nous pensons nous débarrasser de la violence en l’expulsant vers l’extérieur. Dans les constructions juridiques des  » païens « , il est ritualisé. Si la Loi d’Israël se différencie de celle des  » païens « , c’est parce qu’elle doit mener à l’intériorisation de la conscience de la violence. À nos propres yeux, nous sommes toujours pacifiques et ce sont les autres qui sont violents. C’est toujours l’autre qui a commencé. Dénoncer les fautes de l’autre est une des formes de la rivalité mimétique qui me permet d’affirmer ma supériorité sur l’autre et de justifier ma violence contre lui. La loi des nations païennes est toujours finalement inefficace parce que la violence expulsée finit par revenir. Tout l’enseignement prophétique consiste à prêcher le renoncement individuel à la violence, seule garantie de son éradication.

Tel est le sens de l’épisode de la femme adultère.

Oui, Jésus s’appuie sur la Loi pour en transformer radicalement le sens. La femme adultère doit être lapidée : en cela la Loi d’Israël ne se distingue pas de celle des nations. La lapidation est à la fois une manière de reproduire et de contenir le processus de mise à mort de la victime dans des limites strictes. Rien n’est plus contagieux que la violence et il ne faut pas se tromper de victime. Parce qu’elle redoute les fausses dénonciations, la Loi, pour les rendre plus difficiles, oblige les délateurs, qui doivent être deux au minimum, à jeter eux-mêmes les deux premières pierres. Jésus s’appuie sur ce qu’il y a de plus humain dans la Loi, l’obligation faite aux deux premiers accusateurs de jeter les deux premières pierres ; il s’agit pour lui de transformer le mimétisme ritualisé pour une violence limitée en un mimétisme inverse. Si ceux qui doivent jeter  » la première pierre  » renoncent à leur geste, alors une réaction mimétique inverse s’enclenche, pour le pardon, pour l’amour.

Jésus réussit à provoquer un bon mimétisme…

Jésus sauve la femme accusée d’adultère. Mais il est périlleux de priver la violence mimétique de tout exutoire. Jésus sait bien qu’à dénoncer radicalement le mauvais mimétisme, il s’expose à devenir lui-même la cible des violences collectives. Nous voyons effectivement dans les Évangiles converger contre lui les ressentiments de ceux qu’ils privent de leur raison d’être, gardiens du Temple et de la Loi en particulier.  » Les chefs des prêtres et les Pharisiens rassemblèrent donc le Sanhédrin et dirent : « Que ferons-nous ? Cet homme multiplie les signes. Si nous le laissons agir, tous croiront en lui ».  » Le grand prêtre Caïphe leur révèle alors le mécanisme qui permet d’immoler Jésus et qui est au cœur de toute culture païenne :  » Ne comprenez-vous pas ? Il est de votre intérêt qu’un seul homme meure pour tout le peuple plutôt que la nation périsse  » (Jean XI, 47-50).

Est-ce à cause de ce dévoilement de la  » loi du monde  » que l’évangéliste ajoute :  » Ces mots, ce n’est pas de lui-même qu’il les prononça ; étant grand-prêtre cette année-là, il était inspiré  » ?

Oui, livrée à elle-même, l’humanité ne peut pas sortir de la spirale infernale de la violence mimétique et des mythes qui en camouflent le dénouement sacrificiel. Pour rompre l’unanimité mimétique, il faut postuler une force supérieure à la contagion violente : l’Esprit de Dieu, que Jean appelle aussi le Paraclet, c’est-à-dire l’avocat de la défense des victimes. C’est aussi l’Esprit qui fait révéler aux persécuteurs la loi du meurtre réconciliateur dans toute sa nudité.

Les Évangiles sont donc le contraire des mythes, selon vous : ils disent le meurtre du bouc émissaire tel qu’il s’est réellement passé.

Ils utilisent une expression qui est l’équivalent de  » bouc émissaire  » mais qui fait mieux ressortir l’innocence foncière de celui contre qui tous se réconcilient : Jésus est désigné comme  » Agneau de Dieu « . Cela veut dire qu’il est la victime émissaire par excellence, celle dont le sacrifice, parce qu’il est identifié comme le meurtre arbitraire d’un innocent — et parce que la victime n’a jamais succombé à aucune rivalité mimétique — rend inutile, comme le dit l’Épître aux Hébreux, tous les sacrifices sanglants, ritualisés ou non, sur lesquels est fondée la cohésion des communautés humaines. La mort et la Résurrection du Christ substituent une communion de paix et d’amour à l’unité fondée sur la contrainte des communautés païennes. L’Eucharistie, commémoration régulière du  » sacrifice parfait  » remplace la répétition stérile des sacrifices sanglants.

Le christianisme ne dit pas qu’il faut renverser les frontières par la violence. Il respecte les ordres sociaux tels qu’ils sont.

En même temps, le devoir du chrétien est de dénoncer le péché là où il se trouve. Le communisme a pu s’effondrer sans violence parce que le monde libre et le monde communiste avaient accepté de ne plus remettre en cause les frontières existantes ; à l’intérieur de ces frontières, des millions de chrétiens ont combattu sans violence pour la vérité, pour que la lumière soit faite sur le mensonge et la violence des régimes qui asservissaient leurs pays. Encore une fois, face au danger de mimétisme universel de la violence, vous n’avez qu’une réponse possible : le christianisme.

Propos recueillis par Edouard Husson. Texte intégral dans Liberté politique n° 12, printemps 2000, « De la violence et du pardon »

Voir par ailleurs:

Clémentine Autain: comparaison et déraison
Doit-on salir les libérateurs d’Auschwitz pour blanchir les salafistes?
Marc Cohen
Causeur
15 janvier 2016

Deux jours après le fameux tweet de Clémentine Autain évoquant les « deux millions de viols » commis par l’Armée Rouge en Allemagne en 1945, pour relativiser les horreurs du Jour de l’An à Cologne, je reste sidéré.

On a beau s’attendre à tout, venant d’une personnalité politique en lutte pour sa reconnaissance sociale, on n’y croit pas. On a tort.

Dans le combat de cette soi-disant « gauche de la gauche » contre la prétendue « islamophobie », tous les coups sont permis.

Au nom de quels objectifs inavouables peut-on comparer des viols commis en temps de paix et des crimes sexuels de guerre?

Au nom de quel dévoiement du féminisme peut-on reprendre au compte du progressisme la petite musique de nuit des nostalgiques du nazisme ? Car ce genre d’excuse comparative est un exercice de première année d’étudiant en rhétorique négationniste. « Il y a eu Auschwitz, dont les chiffres ont été truqués, mais les viols de l’Armée Rouge, ça c’est du lourd ! »

C’est de cette rhétorique réviso chimiquement pure que Clémentine Autain nous a resservi là, et dont elle a osé se servir pour faire taire ceux et surtout CELLES qui s’indignaient de la passivité de certaines pseudo-féministes face aux atrocités de Cologne. Recyclant au passage un argumentaire fantasmatique sorti tout droit du cerveau de Goebbels.

La thématique du « soldat barbare mongolo-juif bolchevik » qu’il faut bloquer à tout prix sur la rive droite de l’Oder pour l’empêcher de violer « nos femmes et nos filles » a été martelée par la propagande nazie dès l’été 1944. Son objectif était double : mobiliser les Allemands face à l’avancée de l’Armée Rouge et bien sûr, entamer le processus de négation des innombrables crimes contre l’humanité commis par les nazis depuis 1933.

Pour les nazis, le vrai et seul coupable, c’est l’Autre, c’est le youdo-rouge ivre de sang pur germanique. Voilà avec quels arguments la « légitime défense » allemande s’est dispensée de toute considération humaine tant vis-à-vis de six millions de juifs d’Europe assassinés que vis-à-vis des populations civiles soviétiques (des milliers d’Oradour) ou des prisonniers de guerre de l’Armée Rouge qu’on extermina systématiquement par les assassinats ciblés, la faim, l’absence de soins et l’esclavage (un traitement de défaveur qu’eurent aussi à subir les prisonniers noirs français ou américains, souvent abattus dès leur capture). Le tout dans l’indifférence générale de 99,99 % des gentils Allemands.

Très malheureusement, cette polarisation hitlérienne sur les deux millions de viols commis par l’Armée Rouge  (il serait plus raisonnable de parler de plusieurs centaines de milliers de crimes, mais sans doute est-ce moins vendeur) fut abondamment relayée dans l’immédiat après-guerre par nombre d’historiens fantaisistes anglo-saxons soucieux avant tout de réintégrer une Allemagne très superficiellement dénazifiée dans le Camp du Bien.

Alors on a écrit de longs chapitres sur les femmes allemandes violées, sur les fameux « Komm Frau ! » lancés par les soldats russes à leurs malheureuses victimes blondes et pulpeuses. Tout comme chez nous, en France, on a droit régulièrement aux lamentos des belles âmes sur les pauvres tondues de la Libération. Ce fut autrefois un exercice très pratiqué par les nostalgiques du nazisme, c’est aujourd’hui un baratin classique du journalisme compassionnel.

Baratin, oui, baratin. Certes, il y a eu plusieurs centaines de milliers de viols de civiles et de militaires allemandes par des soldats de l’Armée Rouge. C’est absolument incontestable et absolument honteux. Comme le sont tous les viols de guerre. Comme a été, est, et sera toujours infâme chaque viol.

N’empêche,  je vais vous dire ma vérité. Les femmes allemandes violées, c’est grave. Les femmes françaises tondues, c’est triste. Mais elles ont survécu. Elles ont eu des dizaines d’années pour exposer l’ampleur de leur ressentiment. Des millions d’autres femmes n’ont pas eu cette chance. Des millions d’autres femmes juives notamment. Elles ne furent que quelques dizaines de milliers à survivre à l’enfer inventé pour eux par les nazis, par les Allemands. Nombre de ces survivantes furent libérées, comme à Auschwitz, par l’Armée rouge. Cette Armée rouge que tu oses salir aujourd’hui, Clémentine Autain, dans ton misérable combat pour empêcher qu’on dise leur fait à tes amis salafistes.

Je ne sais pas, Clémentine Autain, si tu as commis cette horreur par bêtise ou par calcul, par inculture ou par méchanceté. Ce que je sais, c’est que tu n’as plus rien à voir avec le communisme, ni avec l’antifascisme.

À moins, à moins que… Regarde bien cette photo de combattantes volontaires de l’Armée Rouge, Clémentine. Ces femmes te regardent. Salue-les. Implore leur pardon. C’est ta dernière chance de salut ici-bas. Ou alors va jouer aux billes avec tes potes barbus ou si tu préfères avec leurs amis négationnistes qui chantent le même refrain que toi.

Cologne passée au crible culturel
Michel Guerrin

Le Monde

22.01.2016

Après les agressions sexuelles de Cologne, le 31 décembre 2015, un débat est né des violences perpétrées par des hommes arabes. Une musique répandue en Europe, qui repose sur la culpabilité du fort face au faible, de celle aussi liée au passé nazi, vise à relativiser les faits : ce n’étaient pas vraiment des viols, il y a peu de témoignages, les femmes devraient garder leurs distances, la nuit du jour de l’An est folle en Allemagne, stigmatiser revient à donner les clés à l’extrême droite, il y a aussi beaucoup de viols commis chaque année par des Allemands. « Il se passe des choses mille fois pires aux fêtes de la bière », a même osé une féministe allemande (lire notre supplément « Culture & idées »).

Il s’est pourtant passé quelque chose d’ahurissant à Cologne. Nous en sommes à 766 plaintes de femmes, dont plus de la moitié pour délit sexuel – et toutes les victimes ne sont pas allées à la police. Des faits similaires ont été constatés dans d’autres villes allemandes, en Autriche, en Finlande ou en Suisse. Trop d’inconnues entourent cette nuit de la Saint-Sylvestre, aussi des observateurs sévères des sociétés musulmanes, comme l’écrivain algérien Boualem Sansal, restent pour l’instant dans « la sidération ».

Cologne résonne pourtant avec ce qui a pu être constaté en Egypte. On pense au film de Mohamed Diab Les Femmes du bus 678 (2011), et la façon dont des femmes subissent des attouchements. On pense à une enquête de l’écrivain et ancien journaliste du Monde Robert Solé qui décrivait les viols collectifs à répétition en Egypte (« Culture & idées » du 27 avril 2013). Des dizaines voire des centaines d’hommes se jettent sur une ou plusieurs femmes pour arracher leurs vêtements, les toucher, les pénétrer avec leurs doigts. Cette folie collective porte le nom de « taharosh ». Elle a souvent lieu lors de fêtes religieuses. Cela ressemble à ce qui s’est passé lors du soulèvement place Tahrir, au Caire, en 2011. Et cela ressemble à Cologne.

Désenchantement
On voit bien que l’Allemagne bascule de la générosité vers le désenchantement depuis le 31 décembre. « Je suis secouée dans mes convictions », a confié une féministe dans Le Monde du 14 janvier. Sans doute se dirige-t-on vers une observation plus vigilante des agressions sexuelles par des migrants, dont certaines furent minimisées, voire cachées, comme en Suède en 2014 et 2015, mais sans tomber dans le racisme et la stigmatisation. La voie est étroite. Elle passe par la prise en compte des « pratiques culturelles » des migrants, et la vérification si celles-ci cadrent avec nos modes de vie. Pas simple.

Quand la femme musulmane est souvent assimilée à un butin que l’on cache ou que l’on pille, que l’on bannit de la rue le soir, on imagine le choc pour un migrant qui débarque en Europe. On ne fera pas de dessin. Aussi, la journaliste Astrid Wirtz, du Kölner Stadt-Anzeiger, principal journal de Cologne, appelle les étrangers « à respecter nos valeurs » : ne pas porter le niqab, accepter les critiques de la religion, aller à des cours de gymnastique, participer à la vie publique… « C’est le prix pour la protection que nous leur offrons. » La Norvège a lancé un programme visant à apprendre « les codes culturels européens » aux migrants hommes. La sociologue Chahla Chafiq (Le Monde du 15 janvier) propose « d’intégrer dans l’accueil des migrants, au même titre que dans les autres champs de l’action sociale, la prévention des violences sexistes et sexuelles ».

Oslo a lancé un programme visant à apprendre « les codes culturels européens » aux migrants hommes
Mais la plupart des pays européens rechignent à adopter de tels programmes. Par peur d’être taxés d’islamophobie. Car, si la culture est un joli mot quand il s’agit de création artistique, c’est un gros mot, pour certains, quand il s’agit de cerner et de corriger des pratiques personnelles – éducation, religion, mode de vie, conception de la famille – qui expliqueraient la difficulté d’une communauté à s’intégrer. Pour preuve, le tollé provoqué par le sociologue Hugues Lagrange quand il a publié son livre Le Déni des cultures (Seuil, 2010).

Des artistes qui ont adopté cette approche culturelle ont également été critiqués. La Belge Sofie Peeters, une étudiante en cinéma, a diffusé sur Internet en 2012 son court-métrage Femme de la rue, dans lequel elle est filmée en caméra cachée en train de marcher dans un quartier de Bruxelles, à majorité musulmane. Sur ses pas, on entend « salope », « chienne », « putain »… Les réactions ? Manipulation, stigmatisation, procédé manichéen… Il existe un spectacle de danse dont le titre résume ce débat : Can We Talk About This ? « Pouvons-nous parler de ça ? » Pouvons-nous, Occidentaux, parler des ravages du multiculturalisme sans se faire traiter de réactionnaires ? C’est le sujet de cette pièce conçue par Lloyd Newson et sa troupe, DV8, qui se conclut par le témoignage d’une femme : « Je veux être libre, il vaut mieux que je me taise. »

« Du réfugié, on voit son statut, pas sa culture », affirme l’écrivain algérien Kamel Daoud
L’écrivain algérien Kamel Daoud joue les médiateurs à partir d’une formule choc dans le journal italien La Repubblica du 10 janvier : « Du réfugié, on voit son statut, pas sa culture. » Et d’expliquer : « En Occident, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité. Sa culture est ce qui lui reste face au déracinement et au choc des nouvelles terres (…). Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Kamel Daoud en conclut : ne fermons pas les portes aux migrants, car nous irons vers un crime contre l’humanité, mais ne fermons pas les yeux, car nous avons « des valeurs à imposer, à défendre et à faire comprendre ».

Voir aussi:

Enquête inédite sur les viols à Paris

EXCLUSIF.L’étude dévoilée par «le Parisien»-«Aujourd’hui en France» brosse un portrait-robot du violeur, âgé de 34ans et plutôt sans emploi. Les victimes sont en général jeunes et agressées dans les quartiers festifs de la capitale.

C’EST UNE RADIOGRAPHIE inédite d’un crime pourtant grave et répandu que publie cematin l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Les chercheurs ont disséqué toutes les caractéristiques des viols commis à Paris sur une période précise (2013 et 2014) ayant donné lieu à une plainte. En exploitant les données de la cellule opérationnelle de rapprochements et d’analyse des infractions liées (Co-rail) de la PJ parisienne, le rapport dresse un panorama complet de ce crime passible de la cour d’assises.

L’étude se base sur un échantillon de 688 viols (598 sur majeurs et 90 sur mineurs). En moyenne, seuls 10% des viols commis en France font l’objet d’une plainte. On estime en moyenne que, chaque année, 84000 femmes de 18 à 75 ans sont victimesd’un viol ou d’une tentative. Portrait-robot du violeur

Sur l’ensemble des faits dénoncés, les services de police ont été en mesure d’identifier 322 personnes : que des hommes. Seules quatre femmes ont été mises en cause mais unique-ment pour des faits sur mineurs.

L’âge moyen du violeur est de 34 ans*. De manière plus globale, 59% des mis en cause ont moins de 34 ans (dont une très faible proportion de mineurs : 3,4% ). Une analyse plus fine indique que, lorsque l’in-formation était disponible, plus de la moitié d’entre eux (52%) sont de nationalité étrangère (sans précision sur le pays d’origine) et 44% sont sans emploi. Dans près de la moitié des cas (48%),ils étaient déjà connus des services de police dont 1/5 pour des infractions sexuelles.

Les victimes, jeunes et éduquées

93 % des victimes de viols (soit 553 personnes) sont des femmes. « Concernant l’âge des victimes, on peut remarquer que plus la tranche d’âge est élevé, moins il y a de victi-mes»,analysel’étude.Silamoyenne d’âge de ces dernières à Paris est de 30 ans, plus de 40% d’entre elles avaient moins de 25 ans au moment des faits. On dénombre 31% de victi-mes de nationalité étrangère, dont un tiers d’Européennes. La moitié de cesvictimes(49%)aunemploi,avec une forte représentation de la caté-gorie cadres et professions intellec-tuelles supérieures.

Les violeurs semblent profiter de la faiblesse de leurs proies puisque, sur les 513 victimes de viol pour les-quelles l’information était disponi-ble, 255 étaient intoxiquées au mo-ment des faits. Dans la très grande majorité des cas, il s’agit de consommation d’alcool. « Quand il y a consommation d’alcool, on constate que, si les faits sont contestés, c’est plus difficile de faire tenir les procédures lorsque les victimes sont très alcoolisées », commente Me Martine Moscovici, avocate au barreau de Paris, spécialisée dans ce domaine.

Des quartiers plus dangereux que d’autres

Les chercheurs de l’ONDRP ont pu reconstituer une cartographie du viol dans la capitale. Si l’on rapporte le nombre de faits déclarés à la population, on enregistre les taux les plus élevés dans les Ier, Xe et XIe arrondis-sement et les plus faibles dans les VIIe et XVe arrondissements. Au-delà de ces limites administratives, c’est dans le secteur Folie-Méricourt (XIe) et à proximité de la station de métro Belleville (Xe, XIXe, XXe) que l’on enregistre le plus grand nombre de viols commis. « Le quartier des Halles et l’axe boulevard de Sébastopol-quartier République présentent également une densité élevée de viols par rapport au reste du territoire parisien», ajoutent les auteurs qui citent également d’autreslieux: la gare du Nord, la gare Montparnasse, l’axe place de Clichy-place Pigalle et le boulevard Barbès. Sans surprise, on apprend que la plupart des viols sont commis la nuit (73%) et le week-end (40% de viols le samedi et le dimanche).

Souvent des liens avec l’auteur

L’étude indique que, dans la moitié des cas (49 %), les victimes entretenaient un lien (amical ou sentimental) avec l’agresseur. Ce chiffre peut paraître élevé, mais il est en deçà des statistiques globales selon lesquelles la victime connaît son agresseur dans 90 % des cas. Une différence qui s’explique sans doute par le fait que l’étude de l’ONDRP repose sur les faits déclarés aux autorités. « C’est beaucoup plus facile de porter plainte contre un inconnu que contre son conjoint. Le viol intrafamilial est un tabou encore difficile à lever », explique la militante féministe Caroline De Haas.

On constate enfin que, dans près de trois quarts des cas (74 %), les viols commis à Paris en 2013 et 2014 l’ont été dans des espaces privés, à commencer par les lieux d’habitation (57 %). Seuls 12 % ont été commis sur la voie publique. « Même s’il frappe l’opinion publique, le viol crapuleux n’est pas la norme », rappelle Me Moscovici.

TIMOTHÉE BOUTRY * Tous les chiffres qui suivent portent sur les viols sur majeurs.

Inde : un conseil de village condamne deux jeunes filles à être violées

Les deux jeunes filles, qui se sont enfuies de leur village pour échapper à la sentence, demandent la protection des autorités indiennes.
Francetv info

29/08/2015

Le conseil du village veut déshonorer leur famille. Menakhsi Kumari, 23 ans, et sa petite soeur de 15 ans ont été condamnées le 31 juillet à être violées et exhibées nues dans leur village, au nord de l’Inde, rapporte Amnesty International. Les deux jeunes filles se sont enfuies et ont demandé protection à la cour suprême d’Inde, le 20 août dernier, selon le magazine Time (en anglais).

Une pétition en ligne récolte 85 000 signatures
Cette sentence a été prononcée après le départ de leur grand frère, Ravi, qui s’est enfui avec une jeune femme mariée appartenant à une caste supérieure, selon Slate. Ravi Kumari est issu de la plus basse caste indienne, celle des Intouchables. Sa compagne fait en revanche partie des Jasts, largement représentés au sein du conseil du village qui a décidé de punir la famille et de piller leur maison.

Amnesty International a lancé une pétition demandant aux autorités indiennes d’accorder leur protection aux deux jeunes filles. L’ONG qualifie la sentence qui pèse contre elles de « punition abominable et injuste ». La pétition en ligne avait recueilli plus de 85 000 signatures, samedi.

Voir également:

Les événements de Cologne divisent les féministes allemandes
Frédéric Lemaître (Berlin, correspondant)

LE MONDE CULTURE ET IDEES

21.01.2016

Les violences faites aux femmes durant la nuit de la Saint-Sylvestre semblent l’occasion, pour les jeunes féministes allemandes, de tuer non pas le père, mais la mère. Un manifeste publié au lendemain de cette nuit au cours de laquelle plus de cinq cents femmes ont été agressées, voire violentées, notamment à Cologne, provoque en effet un véritable schisme dans le mouvement féministe. Signé par plusieurs responsables politiques, dont la ministre chargée de la famille et des femmes, Manuela Schwesig (Parti social-démocrate), mais aussi par l’icône de la gauche américaine Angela Davis, ce manifeste dénonce « la violence sexuelle et le racisme. Toujours. Partout. #Sans exception  ».

Ce hashtag (#ausnahmslos) est d’ailleurs le mot-clé de l’appel. Alors que les auteurs de ces attaques semblent tous d’origine étrangère – ce qui provoque d’énormes débats en Allemagne sur l’accueil des réfugiés –, le manifeste est très clair.

« En tant que féministes de différents secteurs de la société, nous nous engageons depuis de nombreuses années pour l’équité entre les sexes et pour une société ouverte et juste, nous nous engageons contre le sexisme et la violence sexuelle. Ce faisant, nous avons appris combien il est important de s’élever également contre le racisme et d’autres formes de discrimination. (…) Il est dommage pour tous que des préoccupations féministes soient utilisées par des populistes pour jeter l’opprobre contre certaines catégories de la population comme cela est le cas dans les débats autour de ce qui s’est passé à la Saint-Sylvestre.
La violence sexuelle ne peut pas seulement être instrumentalisée quand les auteurs sont supposés être les autres, les hommes musulmans, noirs, arabes ou nord-africains, en clair tous ceux que les populistes de droite considèrent comme non-Allemands. Elle ne doit pas seulement attirer l’attention quand les victimes (supposées) sont des femmes blanches. »

Alice Schwarzer, papesse contestée

Lancé par une activiste allemande de 35 ans, Anne Wizorek, le manifeste #ausnahmslos est l’aboutissement d’une longue prise de distance entre des jeunes féministes et celle qui a longtemps été l’égérie de leurs mères. Car ce texte radical est en totale contradiction avec l’analyse d’Alice Schwarzer, la papesse du féminisme allemand. Agée de 73 ans, elle est une véritable star en Allemagne. Ancienne élève de Michel Foucault à Vincennes, proche de Simone de Beauvoir, cofondatrice du Mouvement de libération de la femme (MLF), cette amie de l’actrice Romy Schneider a, dès son retour en Allemagne, au milieu des années 1970, introduit dans ce pays le féminisme français de ces années-là.

Grâce à la revue Emma, une publication fondée en 1977 qu’elle dirige toujours, cette intellectuelle incarne depuis quarante ans la cause des femmes allemandes. La force de ses convictions n’a d’égale que son mépris pour ses contradicteurs. Alice Schwarzer est violemment contre la pornographie, la prostitution et le port du voile. Un triptyque auquel on doit ajouter Les Verts (coupables d’être favorables à une légalisation de la prostitution) et, surtout au fil des années, l’islam. « Depuis la fin des années 1970 et la révolution iranienne, nous vivons une politisation de l’islam, affirme Alice Schwarzer. Celle-ci avait dès le départ un ennemi principal  : l’émancipation de la femme. Quand, maintenant, des hommes de plus en plus nombreux viennent chez nous imprégnés de cette culture et, qui plus est, que certains sont victimes de guerres civiles, cela crée un problème qu’on ne peut pas simplement ignorer. »

Installée à Cologne, Alice Schwarzer a symboliquement implanté sa PME dans une tour du Moyen Age, vestige des remparts qui entouraient la ville. Manifestement, elle n’entend abandonner ni ses positions ni sa position. Mais sa critique de l’islam a été mal reçue, y compris chez des femmes qui, traditionnellement, la soutenaient. « Je suis choquée qu’après Cologne le mouvement féministe allemand dominant ait pris très vite une position xénophobe et antiarabe. Les violences dont sont victimes les femmes lors des fêtes de la bière sont mille fois pires. Mais, ici, ce qui est en jeu, c’est le fantasme du viol de la femme allemande par l’étranger  », note Barbara Vinken, une intellectuelle dont le livre Die deutsche Mutter (« La mère allemande  », non traduit, Piper, 2001) reste une référence pour nombre de féministes.

Pas d’opposition de principe au port du voile
D’ailleurs, durant toutes ces années, Alice Schwarzer a-t-elle vraiment bien défendu la cause du féminisme allemand  ? L’Allemagne n’est-elle pas l’un des pays européens où il est le plus difficile, pour une femme, de concilier vie professionnelle et vie familiale  ? Les écarts de salaires hommes-femmes ne sont-ils pas très élevés  ? L’Allemagne n’a-t-elle pas été un des derniers pays européens à autoriser la vente de la pilule du lendemain dans les pharmacies ? Au fil des années, les jeunes Allemandes se sont en tout cas de moins en moins reconnues dans celle qui a l’âge, pour certaines, d’être leur grand-mère. En 2012, l’essayiste Miriam Gebhardt a d’ailleurs publié un livre au titre ravageur  : « Alice au pays de personne. Comment le mouvement des femmes allemand a perdu les femmes » (DVA, 2012, non traduit).

A vrai dire, la relève avait commencé à apparaître quatre ans plus tôt. En 2008, avec la création d’un trimestriel qui, sans le dire explicitement, se voulait le porte-parole de ce « nouveau féminisme ». Son nom  : Missy Magazine. Créée à Berlin par une bande de copines, cette revue fait inévitablement penser au journal français Causette, même s’il est « davantage axé sur la culture pop », précise Sonja Eismann, l’une des fondatrices. La distance avec Alice Schwarzer saute aux yeux. Si elles sont contre l’exploitation du corps de la femme, elles font remarquer qu’il y a aussi une pornographie féminine. De même, la prostitution est un thème qui fait débat dans le magazine. Enfin, pour Missy, il n’y a aucune raison de s’opposer par principe au port du voile.

C’est sans doute sur ce point que les positions des jeunes féministes allemandes sont le plus éloignées de celles d’Alice Schwarzer. « Je suis violemment pour qu’on puisse porter le voile, tempête Barbara Vinken. Le dogme de la laïcité à la française est le résultat historique de la lutte entre la République et l’Eglise. Cela n’a rien d’universel. Forcer les femmes à se découvrir est une attitude néocoloniale. Ce sont les colons français au Maghreb qui ont commencé. »

De son côté, Béatrice Angrand, secrétaire générale de l’Office franco-allemand pour la jeunesse et auteure de L’Allemagne (Le Cavalier Bleu, 2009), fait observer que « contrairement à la France, qui estime ses valeurs universelles, l’Allemagne, depuis le nazisme, ne peut plus se permettre de vouloir imposer sa culture. Les Allemands n’osent même pas critiquer d’autres modes d’expression culturelle ».

Les jeunes féministes allemandes sont d’autant moins enclines à critiquer le voile qu’un certain nombre d’entre elles, musulmanes, le défendent. La rappeuse Reyhan Sahin, par exemple, une spécialiste de la « sémiotique de l’habillement », est détestée par de nombreux musulmans, mais son travail universitaire sur « la signification du voile musulman en Allemagne » a été très remarqué. « Pour elle, le voile est un signe d’émancipation », note Sonja Eismann. Certaines féministes, d’ailleurs, le portent – c’est le cas de quatre des vingt-deux inspiratrices du manifeste #ausnahmslos et notamment de la blogueuse Kübra Gümüsay, très engagée dans les mouvements antiracistes, qui se définit comme « germano-turque » et « féministe ».

Anne Wizorek, un vent de fraîcheur sur la « scène féministe »

Jusqu’à présent, la plupart de ces jeunes féministes allemandes, à l’exception de l’équipe de Missy, étaient des individualités qui évoluaient hors de toute structure féministe. « C’est vrai que le mouvement allemand est moins militant qu’en France, explique Julia Korbik, 28 ans, auteure de « Stand up ! Le féminisme pour les débutants et les confirmés », un essai remarqué lors de sa publication en 2014 (Rogner & Bernhard, non traduit).

« Beaucoup de jeunes ont même une mauvaise image du féminisme. Elles jugent qu’elles n’en ont pas besoin et reprochent aux féministes d’être agressives vis-à-vis des hommes. Mais il n’est pas impossible qu’Anne Wizorek parvienne à prendre le relais d’Alice Schwarzer. »

Avant le manifeste #ausnahmslos, Anne Wizorek s’était fait connaître par un premier coup d’éclat. En 2013, elle avait remporté un réel succès en lançant le #aufschrei (cri d’indignation) pour inciter les femmes à dénoncer le sexisme au quotidien. Née en 1981 en Allemagne de l’Est, elle dit n’avoir été nullement influencée par Alice Schwarzer. C’est sans doute exagéré, mais il est vrai que les Allemandes de l’Est pouvaient, plus facilement que celles de l’Ouest, concilier vie familiale et vie professionnelle, une réalité dont elles étaient plutôt fières mais qui, au moment de la réunification, fut dénigrée à l’Ouest, où les crèches socialistes ont toujours été regardées avec suspicion. Dans le panthéon d’Anne Wizorek, Simone de Beauvoir occupe une place beaucoup moins importante que les Américaines Jacklyn Friedmann et Jessica Valenti (auteure du blog Feministing) ou que Laurie Penny, une activiste britannique de la scène féministe et altermondialiste, très écoutée en Allemagne.

Anne Wizorek juge les combats d’Alice Schwarzer dépassés. De son côté, Alice Schwarzer juge un peu vaines certaines revendications de ce qu’elle appelle « la scène féministe berlinoise », notamment la bataille pour le Gender-Gap, ce signe qui, dans certains termes comme « politicien_ne », symbolise le fait que certaines personnes ne se reconnaissent ni comme homme ni comme femme. Dans un entretien croisé au Spiegel (du 16 janvier), les deux femmes ont du mal à cacher le mépris qu’elles se portent mutuellement. « Je ne suis pas arrivée au féminisme par Alice Schwarzer. Ça n’a rien à voir avec elle. Elle fait son truc, moi le mien », affirme Anne Wizorek, avant d’ajouter en la regardant  : « Je n’aimerais pas être ton héritière. » La réponse est tout aussi cinglante  : « Me voilà soulagée. » Comme l’a écrit Simone de Beauvoir  : « Si l’on vit assez longtemps, on voit que toute victoire se change un jour en défaite. »

Voir encore:

VIDEO. Viol présumé diffusé sur internet : les deux suspects maintenus en détention
Le Parisien
14 Janv. 2016
Le quartier de Perpignan (Pyrénées-Orientales) où ont été tournées au cours d’une soirée alcoolisée des scènes s’apparentant à un viol diffusées ensuite sur internet.   BFMTV
Ce n’est pas parceque la jeune femme victime du viol  présumé de Perpignan mis en ligne sur internet n’a pas porté plainte que l’affaire n’est pas prise au sérieux.

La cour d’appel de Montpellier a décidé ce jeudi du maintien en détention provisoire des deux hommes, de 18 et 22 ans soupçonnés d’avoir violé cette jeune fille de 18 ans. Tous les deux sont en prison depuis leur mise examen début janvier pour viol et diffusion d’images pornographiques à Perpignan (Pyrénées-Orientales), où une enquête a été ouverte pour viol en réunion et diffusion d’images pornographiques.

Une soirée trés alcoolisée

La vidéo en question, un montage d’un peu moins de 5 minutes diffusé début janvier sur plusieurs réseaux sociaux dont Snapchat et Facebook ,
montraient une relation sexuelle particulièrement brutale le 2 janvier au soir de deux hommes avec une jeune femme. On y voit les deux hommes, dont on n’aperçoit jamais le visage, en survêtement, boire du whisky et fumer des joints avec leur victime présumée, apathique, qui paraît droguée ou alcoolisée. Les images sont accompagnées de commentaires écrits dégradants sur la jeune femme, tout au long de la relation sexuelle. C’est l’identification de l’un des deux hommes qui avait permis de remonter jusqu’au trio, dans un appartement de Perpignan.

Dans son arrêt rendu jeudi, la cour d’appel de Montpellier juge que la détention provisoire est «l’unique moyen d’empêcher la concertation entre les deux auteurs, la pression sur la victime et mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public». Les deux suspect avaient fait appel de celle-ci, niant avoir violé leur victime. Pour sa part, la jeune femme de 18 ans n’a pas déposé de plainte.  Les trois protagonistes, qui se connaissaient, s’étaient réunis pour, selon leurs témoignages rapportés par le parquet «pour faire la fête», au cours d’une soirée particulièrement alcoolisée.

La Réunion : le strip-tease en boîte de nuit tourne au viol collectif

07 Mai 2015

Le Parisien

Ce devait être un concours de strip-tease avec un voyage aux Etats-Unis à gagner pour la candidate la moins timide. Le jeu a sordidement viré à l’agression sexuelle et au viol collectif.

Depuis le week-end dernier, les policiers de la sûreté départementale de la Réunion sont saisis d’une enquête sur les faits qui se sont déroulés dans la nuit du 30 avril au 1er mai au Chapiteau, boîte de nuit de Saint-Pierre, principale ville du sud de l’île.

Ce soir-là, l’établissement organisait un concours appelé American Party en référence au film « American Pie ». Une cliente de 27 ans a remporté le prix en terminant sans soutien-gorge et en string. C’est à ce moment qu’une dizaine de spectateurs l’ont rejoint sur scène. Elle s’est retrouvée plaquée au sol puis violée.

Les enquêteurs ont visionné les bandes de vidéosurveillance et ont récupéré des images tournées avec des téléphones portables pour identifier les agresseurs.

Voir de même:

Enquête sur un viol en réunion à la discothèque Le Chapiteau

Zinfos 974

6 Mai 2015

Les policiers de la sûreté départementale ont en charge une affaire de viol collectif intervenu la semaine dernière dans une célèbre discothèque du sud. Une info du Journal de l’Ile.

Une partie de striptease organisée dans la boîte de nuit Le Chapiteau à Montvert les Bas a dérapé.

Un concours de striptease organisé dans le but de remporter un billet aller-retour pour les Etats-Unis a vu se succéder sur la scène des jeunes femmes du public. Dans l’esprit de cette « american party », le cadeau allait revenir à la jeune fille la plus entreprenante sur le podium.

Malheureusement, l’organisation de la discothèque se serait laissée déborder par les agissements de certains de ses clients à tel point que le propriétaire du Chapiteau indique n’avoir rien constaté d’anormal sur le moment.

Ce soir-là donc, après avoir enlevé tous ses vêtements, à l’exception de son string, une jeune femme a été entourée par un groupe d’une douzaine d’hommes.

Dans l’attroupement et l’euphorie alcoolisée de cette american party, la cliente, une ancienne gogo danseuse de l’établissement, a été victime d’attouchements sexuels puis de pénétrations digitales. Il était vers 1h30 du matin dans la nuit du jeudi 30 avril au vendredi 1er mai.

La victime a porté plainte contre X pour viol en réunion dès le 1er mai à la brigade territoriale de gendarmerie de Petite Ile mais les investigations ont été transférées aux enquêteurs de la police nationale, compétente pour le territoire sur lequel est intervenue cette affaire.

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Viols collectifs : l’affaire de Rochdale et son équation raciale
Benoît Vitkine

Le Monde

19.11.2012

Elle était aussi seule que peut l’être une adolescente de 15 ans. Peu d’amis, pas de petit copain, des liens distendus avec une famille décrite comme « fragile ». Craintive et seule dans le morne décor de briques rouges du quartier d’Heywood, celui des « petits Blancs » pauvres de Rochdale, ancienne ville ouvrière à une vingtaine de kilomètres de Manchester, dans le nord-ouest de l’Angleterre.

Cette nuit d’août 2008, « Girl A », comme elle sera désignée plus tard lors d’un procès dont l’écho continue de faire trembler les fondements du multiculturalisme britannique, avait bu pour se donner du courage. Au Balti House, un petit kebab-épicerie de la grand-rue d’Heywood, le ton monte entre l’adolescente et deux des hommes qui la violent régulièrement depuis plusieurs semaines, Kabeer Hassan, 25 ans, et Shabir Ahmed, 59 ans. Les deux sont des employés du Balti House, et quand Girl A brise la vitre du comptoir de la petite boutique, ils ne craignent pas d’appeler la police.

En garde à vue, Girl A peut enfin parler. Pendant six heures, elle raconte son calvaire. Un mois auparavant, elle a commencé à fréquenter un groupe d’hommes qu’elle retrouve au Balti House ou au Saleem’s Kebab House. Ils sont bien plus âgés qu’elle, souvent pères de famille, chauffeurs de taxi ou employés de fast-foods : des hommes installés. Ils la traitent avec considération, lui offrent des cigarettes, de la nourriture, de l’alcool, piochés dans les réserves du magasin. La nuit venue, ils la raccompagnent en taxi, gratuitement.

Rapidement, vient le moment de « payer ». Shabir Ahmed, le chef du groupe, emmène Girl A, saoûle, dans un appartement abandonné au-dessus du magasin. « Je t’ai payé de la vodka, tu dois me donner quelque chose. » La jeune fille résiste, elle est violée par Shabir Ahmed. Les agressions se poursuivent jusqu’à l’épisode du Balti House, trois semaines plus tard.

CALVAIRE

Cette nuit-là, la jeune fille présente aux policiers ses sous-vêtements, sur lesquels des traces de l’ADN de Shabir Ahmed seront retrouvées. Malgré la précision de son récit, aucune enquête sérieuse n’est menée. Les services du procureur de la Couronne de la région Nord-Ouest ne donnent pas suite. Adolescente perturbée, ayant des penchants pour l’alcool et sexuellement active, Girl A ne saurait être considérée comme « un témoin crédible devant une cour ». Son calvaire reprend alors de plus belle. Elle est violée jusqu’à quatre ou cinq fois par semaine, parfois par cinq hommes différents la même nuit.

Le dossier n’est rouvert qu’à l’été 2009. Lors du procès, qui se tient en mai 2012 à Liverpool, cinq victimes témoignent, sur les 47 identifiées par la police. L’une raconte avoir été violée par vingt hommes la même nuit. Une autre décrit une soirée passée à vomir sur un canapé pendant que deux hommes abusent d’elle.

Une autre encore, 13 ans au moment des faits, que les viols ne cessèrent que lorsqu’elle tomba enceinte d’Adil Khan, 42 ans. Neuf hommes sont condamnés, pour les faits de viol, agressions sexuelles ou conspiration commis entre 2007 et 2009, à des peines allant de quatre à dix-neuf ans de prison pour Shabir Ahmed, considéré comme le chef du groupe, celui-là même qui intimait à ses victimes : « Call me Daddy ! »

A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. Et c’est le procureur grâce auquel le dossier a été rouvert, Nazir Afzal, plus haut magistrat d’origine pakistanaise du royaume, qui s’est fait un nom en luttant contre les mariages forcés dans la communauté pakistanaise, qui donne le ton : « Il s’agit avant tout d’une question de genre, d’hommes qui croient qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent de femmes vulnérables. Mais vous ne pouvez pas non plus faire l’impasse sur le facteur racial. C’est l’éléphant au milieu de la pièce. »

« FACTEUR RACIAL »

Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise.

Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %.

Chercheurs et associations rappellent que les agressions sexuelles en général restent le fait d’hommes blancs à 95 %, et mettent en garde contre la faiblesse des échantillons étudiés. Mais les chiffres sont lancés. Et repris en boucle.

En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ».

Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ».

« ELLES SONT PARFAITEMENT ENTRAÎNÉES »

L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. »

Chaque jour, des militants d’extrême droite se réunissent devant le tribunal, brandissant des affichettes : « Nos enfants ne sont pas de la viande halal. » Et quand les médias parlent prudemment de « gang asiatique », les commentaires des internautes trahissent un climat délétère. A Rochdale, le 23 février, 150 émeutiers s’en prennent à la police, à des chauffeurs de taxi pakistanais et aux kebabs d’Heywood.

Rochdale se croyait prémunie contre un tel climat. La ville de 100 000 habitants, sinistrée depuis la fin des industries textiles, cumule des indicateurs sociaux et économiques inquiétants et une population immigrée importante (près de 20 % d’habitants d’origine pakistanaise), mais elle n’a jamais été le théâtre d’émeutes raciales. Rochdale a même élu, dès 2003, un maire d’origine pakistanaise.

Devant le bâtiment de style gothique-victorien de la mairie, réminiscence des années de gloire de Rochdale, un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. »

A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. »

VULNÉRABLES

Race contre classe ? Les violeurs étaient tous pakistanais d’origine, les adolescentes toutes blanches. Mais les agresseurs étaient aussi tous des hommes installés habitant Rochdale même, alors que les victimes venaient toutes de familles pauvres d’Heywood, quartier déshérité. Pour autant, la thèse du « facteur racial » va s’imposer.

L’ancien ministre de l’intérieur Jack Straw s’interroge sur les raisons qui poussent des hommes « d’héritage pakistanais » à considérer les jeunes Blanches comme « de la viande fraîche ». Ann Cryer évoque les mariages arrangés, qui feraient arriver sur le sol britannique de jeunes hommes peu éduqués, arrachés à leurs campagnes du Pakistan. Tous enjoignent aux responsables de la communauté pakistanaise d’agir.

Mohammed Shafiq, 33 ans, est l’un d’eux. Natif de Rochdale, il dirige la Fondation Ramadhan, promouvant le dialogue entre les religions. Dès 2007, il a commencé à parler des abus commis sur des adolescentes par des membres de la communauté pakistanaise, ne récoltant qu’un silence gêné et des menaces de mort. Il a réalisé un documentaire sur le sujet pour la BBC.

Mohammed Shafiq estime qu' »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ».

Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. »

Au Regal Moon, le pub le plus fameux de Rochdale, « Sam », retraité du textile, résume la teneur du débat : « Les premiers mois, on n’entendait que des remarques racistes sur les Pakistanais, et puis ça s’est calmé. On sait tous, ici, qu’une fois l’agitation retombée, on sera bien obligés de vivre ensemble comme on l’a toujours fait. »

Benoît Vitkine

Un rapport gouvernemental accusé de minimiser le facteur racial des agressions

Publié mercredi 21 novembre, le rapport du Commissariat aux enfants sur l’exploitation sexuelle a encore un peu plus alimenté la polémique sur le caractère racial d’un certain nombre d’agressions commises en Angleterre. L’enquête menée par la vice-commissaire Sue Berelowitz montre que 2 409 enfants ont été victimes entre 2010 et 2011 (sur une période de quatorze mois) de crimes sexuels commis par des agresseurs agissant en bandes. Le rapport identifie par ailleurs 16 500 autres enfants susceptibles d’avoir été abusés.

Les statistiques contenues dans le rapport indiquent que les agresseurs, quand leur origine ethnique a été déterminée, sont à 43 % blancs et à 33 % d’origine asiatique. Mais le document estime que la « publicité » donnée à des affaires comme celle de Rochdale a pour conséquence que « les données sont collectées de façon plus assidue lorsque les agresseurs sont identifiés comme ‘asiatiques’, ‘pakistanais’ ou ‘kurdes' ». Mme Berelowitz a été immédiatement accusée par plusieurs personnalités, y compris le ministre de l’éducation, Michael Gove, d’avoir cherché à minimiser cet aspect de la question.

Voir de plus:

ANNECY- Les deux victimes se sont rendues chez leurs agresseurs

Deux soirées trop arrosées se terminent en viols collectifs
C’est en attendant un bus, en centre-ville d’Annecy, qu’une jeune fille de 17 ans et demi a été abordée par trois jeunes et s’est laissée entraîner dans une soirée qui allait virer au cauchemar.

Stéphane Bouchet

Le Dauphiné

05/10/2011 à 06:01

Le mois de septembre s’est tristement terminé, à Annecy. Jeudi et vendredi derniers, deux plaintes ont été déposées pour des agressions sexuelles en réunion. L’une concerne une jeune fille de 17 ans et demi, l’autre une femme de 45 ans. Dans les deux cas, le scénario identique. Avec un point commun central, l’alcool…

La première affaire concerne une jeune fille, venue travailler en alternance dans un commerce d’Annecy.

Jeudi soir, à la sortie de son travail, elle attend son bus, près du centre Courier, lorsqu’elle est abordée par trois jeunes garçons. La discussion s’engage, sympathique.

Originaire d’un autre département, la jeune fille réside seule à Annecy et n’a que peu d’amis. Aussi, lorsque les trois jeunes lui proposent de prendre un verre, elle accepte.

« Arrête de crier, on va croire que je te viole ! »
Mais au lieu d’aller dans un bar, ils la conduisent dans le studio de l’un d’eux. Là, les verres de vodka mélangée à des boissons énergétiques se remplissent et se vident. On fume des “joints”, on met de la musique, on danse… et la soirée vire au cauchemar.

La jeune fille, mineure, aura des relations sexuelles avec les trois garçons. Deux quittent ensuite les lieux, mais le troisième n’en a pas eu assez et décide de recommencer, malgré les cris de la victime, qui ira porter plainte le lendemain. Le locataire du studio sera retrouvé sans problème. Âgé de 16 ans et demi, d’origine congolaise, il est placé sous tutelle du conseil général en tant que mineur étranger isolé.

« Il n’a absolument pas conscience d’avoir commis un viol, explique le procureur d’Annecy, Éric Maillaud. Pour ce jeune homme, la jeune fille qui est venue de son plein gré dans l’appartement et qui a bu de l’alcool était consentante. »

Au point que lors du deuxième rapport, alors que sa victime lui crie ”Arrête, arrête !”, il prononcera cette phrase stupéfiante : « Ne crie pas comme ça, on va finir par croire que je te viole. »

Il a été mis en examen pour viol et placé sous contrôle judiciaire, dans un centre éducatif renforcé. Les deux autres jeunes sont encore recherchés comme témoins.

Alcool, drogue et agression
Vendredi soir, c’est presque le même scénario qui s’est répété. La victime, cette fois-ci, est âgée de 45 ans. Ses quatre agresseurs, deux fois moins.

Là encore, la femme s’est rendue volontairement chez l’un d’eux, rencontré en boîte quelque temps auparavant, pour boire un verre. Là encore, l’alcool a coulé à flots et le cannabis a “tourné”.

Les quatre hommes présents ont ensuite eu des relations sexuelles avec elle, alors qu’elle était noyée dans les brumes de l’alcool. Ce n’est qu’au petit matin qu’elle a pris conscience de ce qui s’était passé et est allée déposer plainte pour viol. Les quatre individus (dont deux mineurs) ont été arrêtés, placés en garde à vue au commissariat d’Annecy puis présentés au procureur Maillaud hier. Pour eux, la victime était consentante au moment des faits. Ils ont tous été mis en examen pour viol en réunion et placés sous contrôle judiciaire.

« Ces deux affaires sont très similaires, constate Éric Maillaud. Dans les deux cas, on a des victimes qui se mettent en danger, sans avoir conscience du risque qu’elles prennent, en aggravant encore la situation en consommant de l’alcool et des stupéfiants. »

« On ne peut pas vraiment parler de préméditation chez les agresseurs, mais ce qui est sûr, c’est que l’hypothèse que la soirée puisse se conclure par une relation sexuelle est envisagée dès le départ du côté masculin. » Et l’alcool, qui désinhibe et abolit le discernement, des victimes comme des agresseurs, est un moyen de faciliter les choses…

Voir aussi:

Bizutage : A l’université du Nouveau-Mexique, des joueuses de l’équipe féminine de football urinent sur les nouveaux membres
Vous pensez le football féminin moins beauf et grossier que celui masculin ? Eh bien, vous avez tout faux.

Melty campus

Dans l’équipe féminine de football de l’université du Nouveau-Mexique on aime aussi jouer au football pour la 3ème mi-temps. En effet, l’université a lancer une enquête sur des incidents de bizutages pour le moins particuliers… Un porte-parole de l’université s’est confié au site de l’Huffington Post. Apparemment, dans l’équipe de football féminine, certaines nouvelles arrivantes étaient forcées de se déshabiller, de boire de grosses quantités d’alcool et… de se faire faire pipi dessus par des joueuses plus anciennes de l’équipe. Le bizutage va beaucoup trop loin. Peut-être que l’équipe sera bannie de l’université, comme l’ont été ces 3 fraternités du Connecticut, suite à des bizutages aussi. La décision tombera dans quelques jours.

L’histoire s’est ébruitée quand, il y a quelques jours, la police du campus a trouvé une étudiante de l’équipe de football féminine complètement ivre et ayant du mal à respirer dans son dortoir. Elle a été emmenée à l’hôpital. C’est une fois hospitalisée et hors de danger que la jeune étudiante à raconter les bizutages qu’elle avait subis. Le porte-parole du département des sports de l’université, prend cette affaire très au sérieux et tient à mener une enquête rigoureuse pour ne pas accuser à tort l’équipe féminine de football. Pour éviter ce genre de bizutage, meltyCampus a la solution ! On se fait un match en attendant ?

Les hôtesses du Salon de l’Auto de Bruxelles adoptent un style plus chic et glamour: voici les filles les plus sexy!
G. Bark

Sudinfo

La présence de jolies filles permet-elle d’augmenter les ventes de voitures ? A en croire les agences de marketing, elle permet, en tout cas, de faciliter le contact entre vendeurs et visiteurs…

Au salon 2016, c’est Suzuki qui joue à nouveau cette carte à 100%. La marque fait appel à une équipe massive d’hôtesses, accompagnées de quelques stewards. Reste que, de façon générale, les tenues sexy qui ont par le passé provoqué la colère de Joëlle Milquet et des envies compulsives chez certains visiteurs, ont été laissées au placard.

Pour l’exemple, chez Suzuki, on a repris la thématique du Far-West et des saloons. Mais cette année, les robes sont longues et couvrent davantage. Reste que parmi l’équipe, on retrouve des stars de la télé. Vous y croiserez notamment Ginie de « Secret Story » ou encore Serena des « Chtis ». « Nos fans s’arrêtent et nous reconnaissent », concède Ginie. « Le salon, ça permet de gagner en une dizaine jours l’équivalent d’un mois de salaire. »

Si les tenues sont moins sexy, cela n’empêchera pas certains visiteurs de déraper. Ainsi, plusieurs hôtesses nous racontent que des pervers tentent de prendre des photos sous les jupes. Notamment… « Nous avons vu certains spécimens l’an dernier », confirme Ginie. « La sécurité reste toujours à proximité et intervient dès qu’il y a un problème. »

Voir également:

Milquet au Salon de l’Auto: les hôtesses n’ont qu’à bien se tenir!
Viktoria Thirionet

7 sur 7
8/01/13

L’an dernier, Joëlle Milquet, qui est également Ministre de l’Egalité des Chances, s’était dite choquée par l’utilisation de jeunes hôtesses en tant que femmes objets au Salon de l’Auto. La ministre se rendra dans les prochains jours au Heysel et gare aux décolletés trop profonds!
Les jolies hôtesses court vêtues font partie du folklore du Salon de l’Auto. L’an dernier, leur charme avait cependant éveillé la libido de deux visiteurs qui avaient cédé à la pulsion d’un plaisir solitaire dans un véhicule d’exposition, une dérive inacceptable pour un évènement auquel assiste chaque année de nombreuses familles.

Joëlle Milquet avait réagi en envoyant une lettre à Pierre Hermant, directeur général du Salon de l’Auto et de la Febiac, appelant à « s’interroger sur l’image que l’on donne de la femme mais aussi le rôle qu’on leur attribue dans notre société ».  « Le Salon de l’Auto est un lieu où l’on se rend en famille, il convient de s’interroger sur la transmission de stéréotypes. Il faut éviter de telles pratiques », avait prévenu la ministre, qui demandait que les exposants signent une charte allant dans ce sens.

S’il a bien été demandé aux exposants de se montrer plus responsables et plus sages, en revanche, il n’y aura pas de code de conduite, indique Joost Kaesemans, porte-parole de la Febiac à Sudpresse. « Tout cela est un non-problème! On ne va pas faire la police! On organise le Salon depuis près de cent ans sans problème. L’an passé, on est tombé sur un malade, c’est tout! »

Chez Suzuki, sur le stand dont les hôtesses avaient justement éveillé le désir des deux hommes, il semble qu’on ait toutefois retenu la leçon. « On veut éviter de choquer Mme Milquet et d’autres personnes. Cette année, nous avons donc prévu de faire travailler des mannequins féminins et masculins. Comment les hôtesses seront-elles habillées? On dévoilera tout ça jeudi », promet le porte-parole de Suzuki qui annonce tout de même une « surprise ».

Du côté de Joëlle Milquet, on attend de voir pour croire: « La ministre ira de toute façon au Salon et verra, par elle-même, s’il faut encore améliorer les choses », indique sa porte-parole Dorothée Klein.

Voir encore:

Joëlle Milquet s’attaque aux tenues sexy des hôtesses
7 sur 7
23/01/12

A la suite d’une série de plaintes pour comportements inappropriés envers les hôtesses, Joëlle Milquet a mis en garde les organisateurs du Salon de l’auto pour ne pas utiliser les femmes comme des objets. « A côté des voitures clinquantes, il y a des femmes bimba », a lancé la Ministre de l’Egalité des chances, qui travaille actuellement à un projet de loi s’attaquant aux stéréotypes entre femmes et hommes.

« Madame Milquet estime que les hôtesses ont leur place à ce genre d’évènements, notamment pour accueillir les candidat-acheteurs. Mais les organisateurs devraient faire attention à leurs tenues sexy. On donnerait ainsi une meilleure image de la femme », explique sa porte-parole. « Il ne faut pas donner une image dégradante de la femme. Je ne suis pas contre le fait qu’il y ait des hôtesses, qu’elles soient bien habillées, mais que l’on n’utilise pas la femme comme un objet, au même ordre que la voiture. C’est un peu dérangeant », a-t-elle commenté dans l’Invité sur RTL TVI.

Lutter contre le sexisme
« Votre numéro de gsm est-il dans le catalogue? », « Faites-vous partie des options? », « Etes-vous à vendre avec la voiture? »… Voilà un florilège des questions raboteuses dont font l’objet les hôtesses du Salon de l’Auto. Dès la première journée, deux personnes ont été arrêtées au stand Suzuki parce qu’elles étaient en train de se masturber devant les demoiselles aux courbes avantageuses.

Ces incidents auraient donc incité Joëlle Milquet à s’attaquer au problème. La semaine dernière, « Madame Non » avait déjà levé le voile sur ses intentions de lutter contre le sexisme. « En ce qui concerne le respect de la femme, cela commence par l’injure, le stéréotype. Il suffit de voir la génération de mes enfants pour mesurer les combats à mener: changer l’image de supériorité de l’homme sur la femme, accepter la culture et la religion de l’autre. Je dois tout le temps rectifier le tir », déclarait-elle dans La Libre Belgique. (mb)

Voir de même:

Les hôtesses du Salon de l’Auto victimes de pervers
7 sur 7
20/01/12

Au Salon de l’Auto, il y a les voitures, mais il y a aussi les hôtesses. Visiblement, certains sont davantage intéressés par les courbes avantageuses de ces dernières plutôt que celles des voitures.

Ainsi, au stand Suzuki, deux hommes ont été arrêtés parce qu’ils étaient en train de se masturber, relate Sud Presse. « J’ai appris par quelqu’un du stand qu’ils ont retrouvé deux hommes dans une voiture qui se masturbaient en regardant les hôtesses », explique un témoin d’un stand voisin. Mercredi, un autre homme a été mis dehors parce qu’il tentait de photographier les sous-vêtements des jolies demoiselles.

Pipi sur un siège
Il n’y a pas que les pervers qui se distinguent au Salon de l’Auto. Chez Volkswagen, on a par exemple retrouvé une voiture avec de l’urine sur l’un des sièges. « Un accident suite à un besoin pressant ou un acte volontaire? Nous n’avons pas pu déterminer les intentions de cette personne qui n’a pas été prise sur le fait. En tous les cas, le siège a été nettoyé puis remplacé par un autre », a indiqué Joost Kaesemans, responsable presse du Salon de l’Auto. (JC)

Comment réagir lorsqu’on vous crie « A POOOOOOIIL » ?
Confliktarts

fx 4

05 Février 2013

Etude et décryptage d’une pratique universelle.

Ce sont sans aucun doute les mots qui ont étés prononcés le plus de fois dans les salles de concerts depuis que les concerts existent. Bien avant les pourtant mythiques « une autre», « pooopoolopopopooooo » et autres «vazy, j’peux jouer un peu sur ta batterie après le concert ?», s’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir dans toute l’histoire du public rock, ça serait « A POOOOIL ». Aujourd’hui, je vous propose de décrypter la pratique et de trouver les meilleures manières d’y réagir.

Pourquoi crie t-on « A POOOOOOIL » à chacun de vos concerts ?

1-Parce que votre musique attire les fêtards

On ne va pas se mentir, lorsqu’on crie « A POOOOOOIL » c’est qu’on aime faire la fête. Du coup, si lors de vos concerts, un énergumène vous invite à vous déshabiller, c’est simplement pour vous faire partager son envie de participer à une orgie. Grisé par la proximité de cette foule que vous faites danser dans la sueur et les vapeurs d’alcool, notre ami n’a sans doute qu’une seule envie, celle de vous voir vous dévêtir afin que la salle entière se mette à vous imiter. Alors si l’on vous crie « A POOOOOOIL », c’est parce qu’on pense que vous êtes une sorte de gourou que tout le monde suivra, quoi qu’il fasse. Raël et Shoko Asahara n’ont qu’à bien se tenir, le jour où vous vous mettrez enfin nu sur scène, le monde changera de visage…

2-Parce que vous êtes plutôt sexy

Évidemment, une autre piste pour expliquer l’utilisation du sacro-saint « A POOOOOOIL » en concert, est celle de votre indéniable sex-appeal. Si vous êtes un garçon, vous êtes beau. Si vous êtes une fille, et bien vous êtes belle. Si vous êtes autre chose, vous êtes bizarre, mais on vous en veut pas, on aime tout le monde. Reprenons. Vous étiez en train d’annoncer le titre du prochain morceau lorsque un doux « A POOOOOOIL » est venu chatouiller vos oreilles. Pas de doute, quelqu’un veut avoir la confirmation que vous êtes bien un canon de la beauté, et que, contrairement au reste du peuple, vous n’avez besoin d’aucun artifice pour séduire. Vous êtes l’incarnation d’Apollon, de Vénus (ou d’autre chose de très beau, comme par exemple : une chaise), et l’on vous rappelle à l’ordre : vous n’avez besoin de rien pour inonder le monde de votre beauté, tout vêtement, tout bijou sur votre peau sonne comme une insulte à la douceur de votre physique, alors on vous en supplie, déshabillez-vous pour rendre justice à votre grâce.

3-Parce qu’il y a quelqu’un qui pense être spécial dans la salle.

Vous jouez depuis 7 minutes et 23 secondes lorsque, accoudé au comptoir, un être attentif et plutôt observateur remarque que personne n’a encore crié « A POOOOOOIL » dans la salle. Se sentant donc investi d’une mission céleste pour rétablir l’ordre du monde, il se raclera la gorge pour lâcher un « A POOOOOOIL » des plus salvateurs, non sans esquisser un petit sourire satisfait après coup. C’est ainsi, lorsque personne n’a encore crié « A POOOOOOIL », il y aura toujours un malin qui se sentira spécial en étant le premier à scander la formule. Ce type de personne n’est motivé par aucune envie de vous voir nu, ni aucune intention orgiaque, mais juste par le plaisir d’être premier. Et le soir, lorsqu’il sera rentré chez lui, et lorsque l’extase commencera à retomber, il comblera le manque en commentant « First » sur un maximum de vidéos YouTube.

Comment éviter d’avoir à subir les « A POOOOOOIL »

1-Jouez du jazz

Vous avez déjà entendu quelqu’un crier « A POOOOOOIL » devant les succès de Duke Ellington, les standards d’Oscar Peterson, de Lionel Hampton ou de Scott Hamilton ( salut Michel, si tu nous lis…) ? Et bien non ! Et pourquoi ? C’est parce que le public Jazz n’est pas marrant, il n’est pas rigolo, il n’est pas composé de petits boute-en-train qui pouffent de rire à la seule idée d’un corps dénudé. Non le public de Jazz est bien au dessus de ça. Les plus farceurs d’entre eux crieront « BRAVO », mais attention, ça reste tout de même exceptionnel.

2-Jouez devant personne

La meilleure manière pour éviter les lourdeaux à vos concerts, c’est de tout faire pour jouer devant personne. Alors entraînez-vous à ne faire aucune promo lorsque vous jouez quelque part. Mieux : refusez toute proposition de concert. Bien au chaud dans votre salle de répète vous serez à tout jamais à l’abri des pénibles. Mais attention toutefois, si jamais votre guitariste est un petit clown, il se pourrait qu’il lance un « A POOOOOOIL » impromptu lorsque votre batteur se mettra torse-nu après 2h30 de blast-beat à 320bpm. Dans ce cas, pas le choix, virez votre guitariste.

3-Jouez nu

Analysez la situation : pourquoi crie t-on « A POOOOOOIL » ? C’est uniquement parce qu’on veut que la personne à qui l’on adresse cet ordre se déshabille. Or, si vous ne portez aucun vêtement, personne n’aura de raison de crier « A POOOOOOIL ». Donc pour éviter les balourds, arborez la plus belle des tenues de scène lorsque vous vous produisez en concert. Jouez nu.

Que répondre à quelqu’un qui crie « A POOOOOOIL »

1-Rien

Vous entendez bien « A POOOOOOIL » mais vous n’y prêtez aucune attention, laissant alors l’agitateur dans l’embarras le plus complet. Comme on dit dans le métier : « il se sentira bien con, le con ». Et si par hasard vous êtes le charisme incarné, profitez du silence quasi-religieux qui suit chaque « A POOOOOOIL » pour tétaniser d’un seul regard l’auteur de l’attentat, et puis faites le pleurer de honte, si l’envie vous en prend.

2-« Toi d’abord »

Vous avez vu Les Tontons Flingueurs 23 fois, Les Bronzés Font du Ski 12 fois, bref, vous êtes un champion de la répartie. Vous pourrez donc profiter de votre talent pour entamer un dialogue avec le terroriste. Attention, à ce petit jeu là, vous n’avez ABSOLUMENT pas le droit de perdre sous peine de vous couvrir de ridicule. Il paraît qu’un jour Michael Jackson a répondu « Toi d’abord » à un jeune fan qui lui avait lancé « A POOOOOOIL », et que le jeune fan avait magistralement rétorqué par une attaque en justice pour détournement de mineur. Une sombre affaire. Donc assurez vous d’être en forme, d’avoir une répartie inattaquable et un bon avocat avant de répondre à ce type d’injonctions.

3-« D’accord »

Vous êtes à l’écoute de votre public ? Vous êtes toujours là pour signer un autographe, toujours disponible pour une photo ? Alors lorsqu’il s’agit d’une demande aussi sincère qu’un « A POOOOOOIL » lancée par un membre de votre public, n’hésitez pas une seconde et déshabillez vous sur le champ. Vous gagnerez à coup sur l’estime du reste de l’audience dans ce geste fou et pourtant tellement simple. Faites quand même attention à ne pas prendre froid.

A la fête de la bière à Munich, on boit, on chante, on viole
Annabelle Georgen

Slate

19.01.2016

Alors que la société allemande s’indigne face au récit terrifiant de la nuit de Cologne, durant laquelle des agressions sexuelles de masse ont été commises sur des femmes par des bandes d’hommes dont la plupart seraient d’origine étrangère, plusieurs voix féministes se sont élevées pour rappeler que la culture du viol n’est pas un phénomène importé mais bel et bien ancré dans la culture allemande depuis des siècles. La Fête de la bière de Munich en est l’un des exemples les plus criants.

Six millions de visiteurs annuels, 35 chapiteaux, 107.000 places assises, sept millions de litres de bière à 10,40 euros le litre écoulés chaque année, 878 mètres d’urinoirs… Le site officiel de la Fête de la bière de Munich n’est pas avare de statistiques en tout genre quand il s’agit de faire la promotion de cette immense fête populaire.

Mais il est d’autres chiffres qu’on ne fanfaronne pas: chaque année, plusieurs dizaines d’agressions sexuelles ont lieu durant l’Oktoberfest. Et ce malgré une présence policière renforcée –300 policiers déployés sur la trentaine d’hectares de la «Wiesn», comme les Bavarois appellent la grande «prairie» verte sur laquelle ont lieu les festivités– et la mise en place il y a quelques années d’une vingtaine de caméras de surveillance et de puissants projecteurs à l’extérieur des «tentes à bière», de manière à ne pas laisser de zones plongées dans l’ombre la nuit venue.

Il faut imaginer ces immenses chapiteaux bondés, quadrillés de tables et bancs, où la bière coule à flots dès 10 heures du matin, portée à bout de bras, par chopes d’un litre, par des serveuses accortes revêtues de l’habit traditionnel, au son de la musique à boire des orchestres bavarois. «Il y a certains visiteurs qui sont déjà totalement ivres à midi», explique Kristina Gottlöber, membre de l’association munichoise Imma, spécialisée dans l’aide aux jeunes filles et aux jeunes femmes.

Pour les femmes qui se rendent dans ces tentes à bière à l’ambiance surchauffée, les paroles vulgaires, les mains baladeuses, les demandes insistantes font partie intégrante de l’Oktoberfest. «Le viol est seulement la partie émergée de l’iceberg», insiste Maike Bublitz, pédagogue au Frauennotruf München. Il existe même un numéro d’urgence destiné aux femmes victimes de violences. «Il y a bien plus de violations des limites, qui vont du fait de tripoter les femmes aux abus sexuels. Il y a une vaste palette d’agressions sexuelles.»

Les représentantes des associations présentes sur les lieux estiment que, pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols
Ces deux associations sont présentes chaque année à l’Oktoberfest, où elles tiennent une permanence chaque soir entre 18 heures et 1 heure du matin. Le «security point» s’adresse aux femmes victimes de violences ou qui ne se sentent tout simplement pas en sécurité. Baptisée «Sichere Wiesn für Mädchen und Frauen» («prairie sûre pour les filles et les femmes»), cette initiative a été lancée en 2003. L’année précédente, treize plaintes pour viol avaient été déposées durant l’Oktoberfest, se souvient Kristina Gottlöber.

Deux plaintes pour viol déposées chaque année
Ces trois dernières années, deux plaintes pour viol ont été déposées à chaque Fête de la bière, d’après les statistiques de la police de Munich. À ces plaintes se sont ajoutées 18 plaintes pour infractions sexuelles en 2015, 10 en 2014, 14 en 2013. «Insultes à caractère sexuel, attouchements comme le fait de toucher les seins ou l’entrejambe d’une femme, agressions sexuelles…», énumère Gottfried Schlicht, porte-parole de la police de Munich, qui ne cesse de mettre ces chiffres en regard du nombre total d’infractions rapportées durant l’Oktoberfest, qui dépasse chaque année le millier, insistant sur le fait que les vols et les blessures corporelles sont bien plus répandus que les infractions sexuelles.

Le nombre d’agressions sexuelles et de viols est pourtant bien plus élevé que celui que laissent entrevoir les statistiques policières, estiment les représentantes des associations présentes sur les lieux, qui estiment que pour une plainte pour viol déposée, il y a en réalité dix à vingt viols. Beaucoup de femmes continuent à avoir honte de signaler une agression aux autorités ou sont découragées par la perspective d’une longue et douloureuse procédure judiciaire qui n’a de toute façon que très peu de chances de déboucher sur une condamnation.

Lire
Moins d’1% des hommes coupables de viol sont, en effet, condamnés par la justice allemande, comme le rappelait il y a quelques années une campagne d’information lancée par une association féministe allemande qui réclame depuis des années une réforme du paragraphe 177 du code pénal allemand, qui jusqu’à présent ne reconnaît l’existence d’un viol que dans trois cas de figure –lorsque le rapport sexuel est obtenu par la violence, sous la menace ou lorsque la victime ne peut se défendre.

Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis
Le fait que l’Oktoberfest attire un public international n’est aussi pas étranger à ce faible taux de plaintes déposées, indique Kristina Gottlöber:

«Ces touristes ne savent pas comment fonctionne la procédure judiciaire en Allemagne. Une Américaine peut se demander si elle doit ou pas porter plainte quand elle sait qu’elle rentre le surlendemain aux États-Unis. Doit-elle rester sur place, prendre un avocat, quels sont les coûts? Elles veulent simplement rentrer chez elles et oublier l’agression.»
Enfermées dehors
En 2015, 196 femmes se sont rendues au «security point». Le cas «classique»: elles quittent le groupe d’amis avec lequel elles se trouvent à l’intérieur d’un des chapiteaux pour aller aux toilettes ou fumer une cigarette et se retrouvent enfermées dehors à leur retour, les tentes devant régulièrement fermer leurs portes pour éviter qu’elles ne soient trop bondées. Bien souvent, elles ont laissé leur sac à l’intérieur, avec dedans leur portable, leur argent, etc. Les associations se chargent alors d’organiser leur retour à l’hôtel en toute sécurité, explique Kristina Gottlöber:

«On accompagne les femmes au métro, on peut aussi les ramener en voiture chez elles, à l’hôtel, à la gare ou si c’est nécessaire, les conduire auprès des institutions. Nous travaillons également en étroite collaboration avec une entreprise de taxis munichois, ce qui nous permet de pouvoir être sûre d’obtenir un taxi, ce qui est difficile à l’Oktoberfest en raison du grand nombre de gens. Nous avons des bons pour payer le taxi pour les femmes dont le sac se trouve à l’intérieur d’un chapiteau ou a été volé.»
Ni la police, ni les associations qui travaillent sur le terrain estiment que les violences sexuelles dont l’Oktoberfest est le théâtre chaque année sont comparables avec l’ampleur extraordinaire des harcèlements de masse qui ont eu lieu à Cologne durant la nuit du Réveillon. Mais Maike Bublitz signale que ce type de violences commises en groupes ont déjà été rapportées durant l’Oktoberfest:

«Il y a eu quelques cas où des femmes ont été encerclées par plusieurs hommes et harcelées, tripotées, touchées à l’entrejambe, comme ce qu’on a pu entendre au sujet de Cologne. Cela nous a été rapporté par des femmes au “security point”.»
Un “Stop!” et un “Arrêtez cela!” distincts indiquent que les limites sont atteintes. Il arrive parfois qu’une situation sympa et amusante devienne désagréable
Sur la «colline de la gerbe»
Les agressions ont lieu partout, de jour comme de nuit, rapportent la police et les associations. À l’intérieur des chapiteaux, dans les toilettes, aux abords des manèges, mais surtout sur la fameuse «Kotzhügel», cette «colline de la gerbe» située en bordure des chapiteaux où les visiteurs alcoolisés au dernier degré ont pour habitude de venir vider leurs estomacs et de piquer un somme, voire les deux en même temps, comme on peut le voir sur les fameuses photos prises sur place par les visiteurs chaque année dont nous vous parlions en 2013. Une pratique consistant à déshabiller et photographier sous leur jupe les femmes ivres endormies sur place est d’ailleurs apparue ces dernières années, rapportent les associations. «Nous savons qu’il y a des hommes qui viennent exprès à l’Oktoberfest parce qu’ils pensent qu’ils auront beau jeu», explique Maike Bublitz.

Sur le site de l’action «Sichere Wiesn» sont d’ailleurs listés plusieurs conseils à l’attention des femmes, tels que:

«Fais confiance à ton intuition et n’hésite pas à dire non si quelque chose te semble désagréable. Personne n’a besoin de subir des attouchements ou de se faire draguer lourdement. Un “Stop!” et un “Arrêtez cela!” distincts indiquent que les limites sont atteintes. Il arrive parfois qu’une situation sympa et amusante devienne désagréable. Ici aussi, n’hésite pas à dire “Stop!”.»
Ou encore:

«L’alcool en quantité raisonnable! Bois en quantité raisonnable pour garder la tête claire si tu bois de l’alcool. Note bien que la bière servie à l’Oktoberfest est plus forte que la bière habituelle. Commande de l’eau ou un panaché (moitié bière, moitié limonade) entre deux bières. Tu n’es pas obligée de fournir une contrepartie si quelqu’un offre la tournée.»
Culpabilisation sous-jacente des victimes
Le fait que ces règles de comportement s’adressent aux femmes, donc aux victimes potentielles, et non aux hommes, les coupables potentiels, hérisse bien des féministes. En 2013, une sociologue et une informaticienne munichoises ont lancé la campagne d’information «I frog di» («Ich frage dich», «je te demande» en dialecte bavarois) pour protester contre cette culpabilisation sous-jacente des victimes. Sur les flyers qu’elles ont distribué durant l’Oktoberfest, qui reprenait le motif traditionnel des petits cœurs en pain d’épices ornés d’un message que les visiteurs ont coutume de s’offrir durant les festivités, elle écrivaient notamment:

«Cette année encore, l’initiative “Prairie sûre pour les femmes et les filles” s’engage pour l’autoprotection des femmes concernées. C’est bien et important. Mais la responsabilité d’une agression relève uniquement des agresseurs: personne n’a le droit de toucher l’autre sans sa permission, de l’approcher ou de faire quoi que ce soit que l’autre personne n’aime pas explicitement.»

Il ne faut pas penser que si quelqu’un porte un décolleté plongeant, cela signifie qu’il est permis de dépasser les bornes

Brigit Treml
Suite à cette action, une campagne de prévention s’adressant spécifiquement aux visiteurs masculins de l’Oktoberfest, baptisée «Wiesn Gentlemen», a été lancée par l’association munichoise Condrobs. Elle consiste essentiellement à rappeler sur un ton distrayant quelques règles de savoir-vivre à respecter sur place, telles que «il prend ses distances quand elle dit «non»», «il n’utilise pas la situation quand elle est soûle», «il aide dans les situations difficiles» et «il ne jette pas de chope par terre». «Nous voulons demander à tous ceux qui se rendent à la Fête de la bière, en particulier les hommes, de faire la fête de manière calme, d’être respectueux vis-à-vis des autres et en particulier des femmes. Il ne faut pas penser que si quelqu’un porte un décolleté plongeant, cela signifie qu’il est permis de dépasser les bornes», insiste Brigit Treml, vice-présidente de l’association.

«Mon costume n’est pas une invitation»
L’Oktoberfest n’est d’ailleurs pas la seule grande fête populaire allemande où des agressions sexuelles ont lieu de manière récurrente. Cologne, justement, accueille chaque année au début du mois de février un des plus grands défilés costumés au monde, qui attire chaque année 1,5 million de visiteur. La maire de la capitale rhénane, Henriette Reker, a d’ailleurs annoncé quelques jours après la fameuse nuit où des centaines de femmes ont été agressées qu’un important dispositif policier allait être déployé cette année pour assurer la sécurité des femmes durant le carnaval de Cologne.

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Après Cologne, les conséquences d’une insécurité culturelle devenue réalité

Lire
Les agressions sexuelles y sont pourtant légion depuis des années. En 2014, des féministes ont d’ailleurs lancé un tumblr baptisé «KonsensKarneval» listant et dénonçant les consignes diffusées à l’attention des femmes par les différentes municipalités et commissariats allemands à l’occasion du carnaval. Leur slogan:

«Mon costume n’est pas une invitation.»
Annabelle Georgen

Voir enfin:

Réponse au discours de réception de M. René Girard

Michel Serres

Le 15 décembre 2005

Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entre eux

D’où parviennent jusqu’ici ces aboiements ? Reconnaissons-nous, de même, dans le récit de Théramène, les chevaux emportés qui traînent le cadavre d’Hippolyte sur la plage, écartelé ? Qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?

Merci, Monsieur, de nous avoir fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d’animaux enragés, nos propres vociférations ; d’avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en cet attelage emballé, en ce noeud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés ; d’avoir révélé, enfin, en ces corps déchiquetés, les victimes innocentes des lynchages que nous perpétrons.

Tiré de Racine, ce bestiaire hominien eût pu s’échapper, furieux, de l’Antiquité grecque, où des femmes thraces dépècent Orphée, de la Renaissance anglaise ou de notre xviie siècle classique, où chaque tragédie porte en elle, imagée ou réelle, une trace immanquable de cette mise à mort. Les Imprécations de Camille, chez Corneille, réunissent contre Rome tous les peuples issus du fond de l’univers et dans Shakespeare, les sénateurs, assemblés, plantent leurs couteaux croisés dans le thorax de César. L’origine de la tragédie, que Nietzsche chercha sans la trouver, vous l’avez découverte ; elle gisait, tout offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos signifie, en effet, le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres, et dont l’Agneau de Dieu inverse l’image. Merci d’avoir porté la lumière dans la boîte noire que nous cachons parmi nous.

Nous.

Nous, patriciens, au marais de la Chèvre, assemblés en cercles concentriques autour du roi de Rome ; nous, parmi les ténèbres d’un orage parcouru d’éclairs ; nous, découpant Romulus en morceaux, et, la clarté revenue, fuyant, honteux, chacun dissimulant, dans le pli de sa toge, un membre du roi de Rome dépecé ; nous, soldats romains, pressés autour de Tarpeia, jetant nos bracelets, nos boucliers sur le corps virginal de la vestale chaste ; nous, lapidateurs de la femme adultère ; nous, persécuteurs, lançant pierre après pierre sur le diacre Étienne, dont l’agonie voit les cieux ouverts…

… nous, bannissant ou élisant tel candidat en inscrivant son nom sur des tessons de terre cuite, souvenir oublié de ces pierres de lapidation ; nous, désignant un chef par nos suffrages, sans nous remémorer que ce mot fractal signifie encore les mêmes fragments, jetés sur l’élu ; de ces pierres assassines, nous bâtissons nos villes, nos maisons, nos monuments, notre Coupole ; nous, désignant roi ou victime, parmi nos fureurs temporairement canalisées par ce suffrage même ; nous, vos confrères, qui, de nos suffrages, vous avons élu ; nous, sagement assis autour de vous, debout, discourant de notre Père Carré, mort.

Grâce à vous, je vois pour la première fois le sens archaïquement sauvage de cette cérémonie, les cercles concentriques des sièges, fixés au sol, immobilisés, séparés ; j’entends le silence du public, apaisé de fascination, vous écoutant, vous, élu, debout ; je découvre aussi pour la première fois cette chapelle ronde autour du tombeau de Mazarin, tous deux faits des pierres d’une lapidation gelée, reproduisant, comme en modèle réduit, les pyramides d’Égypte, résultats elles aussi, elles sans doute parmi les premières, d’une lapidation longue, celle du corps de Pharaon, accablé couché sous ce monceau. Les institutions élèvent-elles nécropoles et métropoles à partir de ce supplice primitif ? La Coupole en dessine-t-elle encore le schéma oublié ?

Que signifie le sujet que nous appelons toi ou moi ? Sub-jectus, celui qui, couché, jeté dessous, jeté sous les pierres, meurt sous les boucliers, sous les suffrages, sous nos acclamations. Et quelle abominable glu colle les collectifs en ce sujet pluriel que nous nommons nous ? Ce ciment se compose de la somme de nos haines, de nos rivalités, de nos ressentiments. Sans cesse renée, mère mimétique de soi-même, marâtre des groupes, la violence, molécule de mort aussi implacablement repliquée, imitée, reprise, reproduite que les molécules de la vie, voilà le moteur immobile de l’histoire. Profonde leçon de grammaire élémentaire et de sociologie politique : vous, sous la boîte noire des pierres, voici le bouc émissaire ; nous, dans la boîte noire de la nuit, voilà, sans qu’ils le sachent, d’anciens persécuteurs. Leçon d’anthropologie et d’hominisation, j’y reviendrai.

D’où provient cette violence ?

Observez nos habits verts. Pourquoi un groupe parade-t-il ainsi, en uniforme ? Pourquoi femmes et hommes suivent-ils une mode vestimentaire, intellectuelle, parleuse ? Pourquoi ne désirons-nous passer pour d’exceptionnelles singularités qu’à la condition de faire comme tout le monde ? Pourquoi ladite correction politique exerce-t-elle tant de ravages sur la liberté de pensée ? Pourquoi faut-il tant de courage pour dire ce qui ne se dit pas, penser ce qui ne se pense pas, faire ce qui ne se fait pas ? Pourquoi l’obéissance volontaire fonde-t-elle les pouvoirs ? Pourquoi nous prosternons-nous devant les grandeurs d’établissement, dont la cérémonie d’aujourd’hui donne un si parfait exemple ?

Vous avez découvert, aussi, cette autre et première glu dont l’adhérence fait une bonne part du lien social et personnel : le mime, dont les gestes et 3 conduites, les paroles, les pensées nous rapprochent de nos cousins les singes, chimpanzés ou bonobos, sur lesquels, Aristoteles dixit, nous l’emportons en imitation. Combien de fois, observant, dans un ministère, une réception officielle, ou, dans un hôpital, la visite d’un professeur de médecine au chevet d’un malade, n’ai-je pas vu, de mes yeux vu, de grands anthropoïdes se livrant aux jeux dérisoires de la hiérarchie, où le mâle dominant parade face aux dominés ou à ses femelles soumises ? L’imitation produit la dominance plus ou moins féroce que nous exerçons ou subissons.

Anthropologique et tragique, le modèle que vous proposez à notre méditation, en illuminant notre expérience, part du mime et du désir qui en découle. Tel aime la maîtresse de son ami ou l’ami de sa maîtresse ; tel autre jalouse la place de son proche voisin ; quel enfant ne s’écrie « moi aussi » dès que frère ou soeur reçoivent un cadeau, et quel adulte peut se défendre d’un même réflexe ? L’état d’égaux crée une rivalité qui, en retour, nous transforme en jumeaux, réattisant à la fois la haine et l’attirance. Le paysage entier des sentiments violents, des émotions de base, divers et coloré en apparence, jaillit de cette gémellité uniforme et pourtant productive. Nous désirons le même, le désir nous fait mêmes, le même fait le désir, qui se reproduit, monotone, sur la double carte de Tendre et de Haineux, que vous dessinez avec le pinceau du mime.

Mieux encore, ce mimétisme jaillit du corps, du système nerveux comprenant ces neurones miroirs, découverts récemment par des cognitivistes italiens et dont nous savons aujourd’hui qu’ils s’excitent aussi bien lorsque nous faisons un geste qu’au moment où nous voyons un autre le faire, comme si la représentation équivalait à l’acte. Ainsi le mime devient-il l’un des formats universels de nos conduites. Nous imitons, nous reproduisons, nous répétons. La replication propage et diffuse le désir individuel et les cultures collectives comme les gènes de l’ADN reproduisent et disséminent la vie : étrange dynamisme de l’identique dont l’automatisme redondant, repliqué indéfiniment, va se répétant.

Vous avez mis la main sur l’un des grands secrets de la culture humaine, spécialement de celle que nous connaissons aujourd’hui, dont les codes envahissent le monde exponentiellement plus vite que ceux de la vie – trois milliards huit cent millions d’années pour l’une, quelques millénaires à peine pour l’autre – parce que ses grandes révolutions – tailles de la pierre au paléolithique, écriture dans l’Antiquité, imprimerie à la Renaissance, industrie de chaînes et de séries depuis quelques siècles, nouvelles technologies, plus récemment – inventèrent toutes, sans exception, des replicateurs, codes ou opérations de codage dont la surabondance envahissante caractérise notre société de communication et de publicité. Ces replicateurs, dont la similitude excite et reproduit le mimétisme de nos désirs, semblent imiter, à leur tour, le processus de reproduction de l’ADN vivant.

Les objets qui nous entourent désormais, voitures, avions, appareils ménagers, habits, affiches, livres et ordinateurs… tous proposés à nos désirs, comment les nommer, sinon des reproductions d’un modèle, à peu de variations près. Que dire, aussi, de ce que l’inculture de nos élites appelle management, pour les entreprises privées, ou de l’administration, pour les services publics, sinon que l’effroyable lourdeur de leur organisation a pour but de rendre homogène et reproductible toute activité humaine et de donner ainsi le pouvoir à ceux qui n’en ont aucune pratique singulière ? Et que dire des marques, partout propagées, dont nous connaissons l’origine : les traces de pas que laissaient en marchant, imprimées sur le sable des plages, les putains d’Alexandrie, révélant ainsi leur nom et la direction de leur lit ? Le long de leur marche dupliquée, ne revenons-nous pas au désir ? Quel président d’une grande marque, aujourd’hui partout repliquée, se sait, – s’il ne le sait pas, je jouis de le lui apprendre – se sait, dis-je, fils de ces putains d’Alexandrie ? Nous avons créé un environnement où le succès lui-même, où la création elle-même, dépendent désormais de la reproduction plus que de l’inimitable.

Le danger majeur que courent nos enfants, le voilà : les fils de putains, à qui je viens de rappeler leur digne lignée, les plongent dans un univers de codes repliqués ; nous les écrasons de redondance. La crise de leur éducation, la voici : fondé naturellement sur l’imitation, l’apprentissage enseigne à devenir des singularités inimitables. Tonitruants, les médias, la publicité, le commerce et les jeux répètent, au contraire : imitez-moi, devenez les véhicules automatiques de la répétition de nos marques, pour que votre corps et vos gestes répétés multiplient en les répétant nos succès commerciaux ; timide et quasi sans voix face à ces potentats, l’éducation leur souffle : n’imitez personne que vous-mêmes, devenez votre liberté. Devenue pédagogique, notre société a donc rendu l’éducation contradictoire. La crise de la création, la voici enfin : dans un univers de replicateurs, de modes et codes reproducteurs, de clones bientôt, l’oeuvre inimitable reste cachée jusqu’à la fondation d’un nouveau monde. Ainsi nous avez-vous révélé comment le désir personnel et la culture humaine amplifient l’un des secrets de la vie, de la naissance, de la nature.

Aveuglés par la monotonie du même, nous voyons mal la répétition. Comprenons-nous, par exemple, comment les techniques, sorties du corps, reproduisent, d’abord, les fonctions simples de nos organes : le marteau frappe comme le poing ; la roue tourne comme les articulations des genoux et des chevilles ; le nouveau-né tète au biberon comme au sein… imitent, ensuite, les systèmes : les machines à feu miment la thermodynamique de l’organisme ; télescopes, microscopes, miment les systèmes sensoriels… miment, ensuite, certains tissus : les réseaux de voies ferrées, maritimes, aériennes, électroniques imitent le tissu nerveux… miment, enfin, l’imitation même de l’ADN… ?

Voilà un autre mimétisme caché : appareillées du corps, les techniques finissent par entrer dans son secret de se reproduire pareillement. Elles se ramènent donc à des bio-technologies. Partis du corps, les appareils, bien nommés, y reviennent aujourd’hui. Leur histoire raconte comment les objets que nous fabriquons explorent, les unes après les autres, les performances de la vie. J’ai appelé cela, jadis, l’exo-darwinisme des techniques ; grâce à vous, je comprends qu’il continue, qu’il imite, culturellement, le darwinisme naturel. Je vous nomme désormais le nouveau Darwin des sciences humaines.

Je veux, par deux aveux, compléter le tableau du mimétisme tel que vous le décrivez : le premier concerne nos psychologies. Si, d’exercice ou de nécessité, nous cherchions, le plus loyalement du monde, ce que nous désirons vraiment, ou ici et maintenant, ou globalement pour notre vie entière, n’entrerions-nous point, pour longtemps, dans une autre boîte noire, intime, où nous nous égarerions, sans trouver, en ce fond sombre de nous-mêmes, le plus petit élément de réponse à cette exigence, immédiate ou large, de plaisir ou de bonheur ? Face à l’inquiétude induite par un tel égarement, nous nous précipitons vers l’imitation parce que nous ne pouvons pas ne pas combler, au plus vite, un vide aussi angoissant.

Aussi difficile que se présente, d’autre part, la morale la plus austère, ne constitue-t-elle pas, elle aussi, un substitut facile à la même absence ? Évidence plus que paradoxe : la route malaisée de la morale, comme le chemin aisé du mime, semblent des voies d’accès plus accessibles que la quête inaccessible de l’authentique plaisir. Puisque je ne sais pas ce que je veux, autant désirer ce que les autres paraissent vouloir ou ce que des normes féroces m’imposent.

Deuxième aveu, plus logique à la fois et plus personnel : il ne se présente pas de cas, dit Karl Popper quelque part, où certaines théories, le marxisme et la psychanalyse par exemple, se trouvent en défaut. Voilà des théories qui ont toujours raison ; mauvais signe, car, exact ou rigoureux, le savoir se reconnaît à ce qu’il connaît toujours des lieux où il défaille. Il n’y a donc de science que falsifiable. Or, çà et là, nous entendons dire que votre modèle, trop universel, tombe sous ce couperet. Il n’y aurait, dit-on, aucune exception à votre théorie du double et de la rivalité mimétique. On ne pourrait que la vérifier ; or, je le répète, pour qu’elle puisse entrer en science, il faudrait la falsifier.

Aussitôt, je m’y emploie. Voici déjà presque trente ans que, me prétendant votre ami, je reçois de vous des marques d’amicale réciprocité. En public, ce soir, je puis jurer les dieux devant les autels du monde, et sans risque de parjure, que je n’ai jamais ressenti ombre de jalousie ni de ressentiment à votre égard, quelque admiration que je vous porte. Veuillez donc me considérer comme un monstre, comme un double sans rivalité, donc falsificateur de votre modèle ; de la sorte, nous pouvons l’admettre dans l’exactitude rigoureuse du savoir. Quoi de plus réjouissant, vous en conviendrez, qu’un ami vrai joue assez au faux ami pour pouvoir démontrer, en la falsifiant, la vérité décrite par son ami ?

Et puisqu’il s’agit là de vous et de moi, pourquoi ne pas avouer, en entrant plus avant dans les confidences, que, cependant, je vous jalouse sur un point ? Vous naquîtes en Avignon, expression qui m’induit, et voilà l’exception, en rivalité mimétique ; car issu, moi aussi, moi toujours votre double, d’une ville dont le nom commence par un A, je ne bénéficie pas, comme vous et certain de nos amis né, par chance, en Haïti, de la préposition en dont l’euphonie évite à vos compatriotes l’hiatus dont l’horreur haïssable hante qui habita à Agen. Je me laisse brûler, là, par les feux de l’envie. Mais si, vous avantageant et me punissant, ce point de grammaire nous sépare, deux ponts, comme il se doit, nous rassemblent : alors que vous dansez sur celui d’Avignon, nous nous enorgueillissons de notre Pont-Canal.

Quasi jumeaux, nous naquîmes donc sous la même latitude, mais seuls les Parisiens, gens de peu d’oreille, croient que nous parlons, avec le même accent, une même langue d’Oc. Alors qu’ils croient la France coupée seulement en Nord et Sud, ils ne la voient pas, comme nous, séparée aussi en Est et Ouest : nous, Celtes et même Celtes-Ibères et, vous, Gaulois latinisés d’Arles ou de Milan, promis au saint Empire romain-germanique ; nous, atlantiques, versés vers un océan ouvert, vous, continentaux d’une mer intérieure ; nous, de la barre pyrénéenne, vous de l’arc alpin ; nous aquitains, gallois ou bretons, humides et doux, vous, méditerranéens venteux, piquants et secs ; nous, Basques ou Gascons, cousins des Écossais, Irlandais, Portugais ; vous, Provençaux, voisins rhodaniens du Rhin et du Pô ; vous, Zola, Daudet, Giono ; nous, Montaigne ; vous, Cézanne ; nous, Fauré.

Si l’espace nous sépare, il nous a unis aussi. À la fin de la dernière guerre, vous avez émigré, terrifié, comme je le fus, des folies criminelles de nations européennes. Pour mieux la penser, sans doute, vous mettiez, instinctivement, de la distance entre votre corps et cette mortelle violence. Et, de même que je parle avec une certaine émotion de la France rurale d’avant la coupure du conflit, vous parlez souvent avec la même nostalgie des États-Unis que vous connûtes alors, pays, comme le nôtre, à culture rurale et chrétienne, avant qu’il ne s’américanise. En cherchant la paix, vous deveniez, parmi les tout premiers, ce que nous devons tous devenir désormais : métis de culture et citoyens du monde.

Je ne vous rejoignis que vingt ans après. Vous souvenez-vous des paquebots, de ces traversées bénies dont la durée ne coûtait au corps aucun décalage horaire ? En le perdant, l’on gagnait du temps, alors que nous en perdons, maintenant, en croyant le gagner, entassés dans des aéronefs. De ce moment, j’ai en partie partagé votre errance de campus en campus et d’Est en Ouest. Vous souvenez-vous des blizzards de Buffalo, des hivers où nous cassions la glace sur la route où les congères, accumulées par la neige des Grands Lacs, nous interdisaient parfois de sortir de nos maisons ? Vous souvenez-vous des automnes lumineux de Baltimore, d’étés indiens où les rouges du feuillage renvoient au ciel une clarté que son azur ne connaît pas ? Vous souvenez-vous des chaleurs humides du Texas, des forêts de Caroline ? Avec quelle tristesse, la vieillesse venue, devrai-je bientôt me passer de vous retrouver, comme depuis plus de vingt ans, sur les bords du Pacifique, entre la baie de San Francisco et l’Océan ?

De même que votre pensée connecte plusieurs disciplines, votre vie traversa lentement cet immense continent. Vous en connaissez l’espace, vous en savez, mieux que personne, les moeurs, les vertus, les excès, la grandeur, les émotions, les religions, la politique, la culture. Jour après jour, j’ai appris les États-Unis en vous écoutant et je souhaite souvent qu’à la suite d’Alexis de Tocqueville, dont j’occupe le fauteuil, vous écriviez demain une suite, contemporaine et magnifique selon ce que j’entendis, de la Démocratie en Amérique. Les souvenirs de votre vie nous doivent ce dernier ouvrage-là.

Vous avez traversé la mer pour vous évader de la violence ; vous, principalement, et moi, votre double dans l’ombre, n’en parlons pas pour rien, en effet. Dès 1936, nous avions tous deux autour de dix ans, je n’en perdrai jamais la souvenance, nous autres, enfants rares issus des rescapés de la première guerre mondiale, recevions déjà les réfugiés d’Espagne, rouges et blancs, jumeaux échappés des atrocités d’une guerre civile qui annonçait la reprise des horreurs subies par nos parents. Souvenez-vous, alors, de la suite en cataracte, souvenez-vous des réfugiés du Nord, poussés par la Blitzkrieg de 39, souvenez-vous des bombardements, des camps de la mort et de l’Holocauste, des luttes civiles entre Résistants et Miliciens, de la Libération, joyeuse mais abominable de ressentiment sanglant, souvenez-vous d’Hiroshima et de Nagasaki, catastrophes pour la raison et le monde. Ainsi formée par ces atrocités, notre génération dut, en plus, porter les armes dans les guerres coloniales, comme en Algérie. Nous partageâmes une enfance de guerre, une adolescence de guerre, une jeunesse de guerre, suivant une paternité de guerre. Les émotions profondes propres à notre génération nous donnèrent un corps de violence et de mort. Vos pages émanent de vos os, vos idées de votre sang ; chez vous la théorie jaillit de la chair. Voilà pourquoi, Monsieur, vous et moi, mêlée à notre corps de guerre, avons reçu dès cet âge une âme de paix.

Un jour les historiens viendront vous demander d’expliquer l’inexplicable : cette formidable vague qui submergea notre Occident pendant le xxe siècle, dont la violence sacrifia, non seulement des millions de jeunes gens, pendant la première guerre mondiale, puis des dizaines de millions autour de la seconde – selon la seule définition de la guerre qui tienne et selon laquelle des vieillards sanguinaires, de part et d’autre d’une frontière, se mettent d’accord pour que les fils des uns veuillent bien mettre à mort les fils des autres, au cours d’un sacrifice humain collectif que règlent, comme les grands prêtres d’un culte infernal, ces pères enragés que l’histoire appelle chefs d’états – et qui, pour couronner ces abominations d’un pic d’atrocité, sacrifia, dis-je, non seulement ses enfants, mais, par un retournement sans exemple, sacrifia aussi ses ancêtres, les enfants de nos ancêtres les plus saints, je veux dire le peuple religieux par excellence, le peuple à qui l’Occident doit, sous la figure d’Abraham, la promesse de cesser le sacrifice humain. En l’atroce fumée sortie des camps de la mort et qui nous étouffa tous deux en même temps que l’atmosphère occidentale, vous nous avez appris à reconnaître celle qui sortait des sacrifices humains perpétrés par la sauvagerie polythéiste de l’Antiquité, celle, tout justement, dont le message juif, puis chrétien, tenta désespérément de nous délivrer. Ces abominations dépassent largement les capacités de l’explication historique ; pour tenter de comprendre cet incompréhensible-là, il faut une anthropologie tragique à la dimension de la vôtre. Nous comprendrons un jour que ce siècle a élargi, à une échelle inhumaine et mondiale, votre modèle sociétaire et individuel.

Derechef, d’où vient cette violence ? Du mime, disiez-vous. Il pleut du même dans les champs du désir, de l’argent, de la puissance et de la gloire, peu d’amour. Il pleut du mime comme il pleuvait jadis, dans le vide, du même, atomes, paroles ou lettres, pour la fondation du monde.

Or quand tous désirent le même, s’allume la guerre de tous contre tous. Nous n’avons encore rien à raconter que cette jalousie haineuse du même qui oppose doubles et jumeaux en frères ennemis. Quasi divinement performative, l’envie produit, devant elle, indéfiniment, ses propres images, à sa ressemblance. Les trois Horaces ressemblent aux Curiaces triples ; les Montaigus imitent les Capulets ; saint Georges et saint Michel miment le Dragon ; l’axe du Bien agit symétriquement, selon l’image, à peine inversée, de l’axe du Mal. Ainsi généralisé, couvrant tout l’espace par l’imitation, le conflit risque de supprimer les guerriers jusqu’au dernier. Épouvantés de cette possible éradication de l’espèce par elle-même, tous les belligérants se retournent, parmi cette crise, contre un seul. Des humains en foule tuent l’humain unique, en un geste d’autant plus répété que les meurtriers ne savent ce qu’ils font.

Jusqu’ici, nous n’avons rien à raconter parce que le récit, redondant, répète toujours la même ritournelle, ce cauchemar monotone de mime et de meurtre que communément l’on appelle l’histoire. Il n’y a rien à raconter parce que, aveugles ou hypocrites, nous cachions, sous les mille circonstances multicolores de l’histoire – le verbe historier signifie ce bariolage enjolivé d’un décor de racontars – cette uniformité d’un message sans aucune information. Du kaléidoscope de ses fureurs, de ses oripeaux d’arlequins, l’histoire couvre son vide d’information, issu de la monotonie repliquée de la violence.

Alors, mais alors seulement commence le récit : celui que racontent à la fois le Livre des Juges (XI, 34-40) ou la tragédie grecque et qu’à mon tour, enfin, je puis relater. Si je gagne cette guerre, supplie Jephté, général des armées, j’offrirai au Seigneur en holocauste la première personne que je rencontrerai. Si les vents se lèvent à nouveau pour virer mes voiles vers Troie, prie Agamemnon, amiral de la flotte, je sacrifierai, sur les autels de Neptune, le premier qui viendra vers moi. Une bonne brise enfle la voilure des vaisseaux de guerre grecs et ce père, roi des rois, voit venir vers soi sa propre fille Iphigénie. L’armée juive écrase les fils d’Ammon et, dansant et jouant du tambourin pour fêter la victoire, sort de sa maison, à Miçpa, la fille de Jephté soi-même courant, joyeuse, vers son père triomphant, mais déchirant ses vêtements. Dans les plaines mornes des batailles et chamailles des mêmes contre les mêmes, tous deux désirant le même, sans nouvelles donc et sans information, montent, alors, et jusqu’au ciel, le plus improbable des messages, le comble de l’horreur et de la cruauté. Les plus nobles des pères deviennent les pires.

La vie, le temps, les circonstances et l’histoire tirent au hasard ces premières venues. Le dieu Baal et le Minotaure terré au labyrinthe de Crète dévorent les premiers nés des notables de Carthage ou d’Athènes. Les fils et les filles, toujours les enfants. La victime de la violence paraît se tirer à la courte paille, mais, toujours, le sort tombe sur le plus jeune, sur le mousse… voilant ainsi le secret, que j’avais deviné, de la guerre : le meurtre de la descendance, dont l’organisation, par ces pères ignobles, se cache sous l’aléa.

En cette deuxième monotonie du sacrifice humain, désormais sans cesse repris, la première vraie nouvelle vint d’Abraham, notre ancêtre, au moins adoptif, qui, appelé par l’ange du Seigneur (Genèse, XXII, 10-13), arrêta son poing au moment où il allait égorger Isaac, son fils. Cela montre, mieux encore, qu’Agamemnon et Jephté avaient sacrifié leur fille de gaieté de coeur et cachaient cette abomination sous le prétexte du hasard et du premier venu, comme d’autres ailleurs, le dissimulaient dans la nuit, à l’occasion d’un orage. La pitié, la piété monothéistes consistent, nouvellement, en l’arrêt du sacrifice humain, remplacé par la vicariance d’une victime animale. L’éclair de la violence bifurque et, miséricordieusement, épargne l’enfant. Au passage, pour venir en aide à votre idée sur la domestication des animaux, aviez-vous remarqué l’enchevêtrement des cornes du bélier dans le buisson ? Cette attache veut-elle dire que la bête avait quitté déjà la sauvagerie ?

La deuxième vint de la Passion de Jésus-Christ ; à l’agonie, celui-ci dit : Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. Ici, la bonne nouvelle porte sur l’innocence de la victime, l’horreur du sacrifice et le dessillement des bourreaux aveugles. La troisième vient de vous, qui dévoilez cette vérité, à nos yeux comme aux leurs cachée.

Moins connue à ce jour, quoique assourdissante, la quatrième exigerait de longs développements. Par l’imprimé, la parole et les images, les médias d’aujourd’hui, reprennent le sacrifice humain, le représentent et le multiplient avec une frénésie telle que ces répétitions recouvrent notre civilisation de barbarie mélancolique et lui font subir une immense régression en terme d’hominisation. Les technologies les plus avancées font reculer nos cultures aux ères archaïques du polythéisme sacrificiel.

Vous dites aussi que le dévoilement du mécanisme victimaire en a usé le remède. De fait, nous ne disposons plus de rituels pour tuer des hommes. Sauf sur nos écrans, tous les jours ; sauf sur nos routes, souvent ; sauf dans nos stades et nos rings de boxe, quelquefois. Mais, j’y pense, cette loi souveraine qui nous fit passer du meurtre à la boucherie, cette loi, dis-je, qui dérive notre fureur de la victime humaine à la bête, notre violence ne la dérive-t-elle pas, aujourd’hui, sur ces objets dont je viens de dire qu’ils sortent, justement, de nos corps, par un processus copié de votre mimétisme ? Voici quelques semaines, nous connûmes en France, pour la seconde fois, des révoltes sans morts, des violences déchaînées sans victimes humaines. Avons-nous vu, nous, vieillards, témoins des horreurs de la guerre et à qui l’histoire enseigna, contre le message d’Abraham et de Jésus, le bûcher de Jeanne d’Arc ou celui de Giordano Bruno ; avons-nous vu les révoltés en question ne brûler, par mimétisme, que des automobiles ; avons-nous observé la police, postée devant eux, épargner aussi les vies humaines ? Je vois ici une suite immanquable de votre anthropologie, où la violence collective passa, jadis, de l’homme à l’animal et, maintenant, de la bête, absente de nos villes, à des objets techniques. Parmi ces révoltes fument des chevaux-vapeur.

Comme un revenant, le sacrificiel ne cesse donc de nous hanter. Pourquoi ? Enfants, l’on nous enseignait à l’école que Zeus, Artémis et Apollon peuplaient le panthéon des religions antiques. Fausses, ces appellations font oublier qu’aux yeux des anciens existaient seulement les divinités spécifiques des villes. Couverte de seins, l’Artémis d’Éphèse se distinguait de l’amazone chasseresse d’une autre cité ; Apollon régnait à Delphes et Athéna sur la communauté exclusive des athéniens ; ces noms propres unifiaient un collectif local.

Ces ancêtres croyaient-ils aux déités ainsi nommées ? Non. Aucun verbe, dans leur langue, ne désignait une foi. Ils y croyaient, certes, mais seulement au sens où certains, moi compris, participons parfois avec chaleur aux exploits de notre équipe régionale ou nationale de rugby, au sens où un concitoyen confesse sa confiance en la République. Cette créance transit l’appartenance. À l’ombre du Parthénon, Athéna symbolise un territoire éponyme comme une équipe de football ou autres partis désignent d’autres niches. Il arrive que l’on y brandisse un étendard sanglant devant de féroces soldats, dont des paroles racistes disent encore le sang impur. De ces appartenances découle tout le mal du monde. Des conflits perpétuels entre villes et empires éradiquèrent la Grèce, l’Égypte et Rome et, en trois guerres successives, les nationalismes d’Occident faillirent s’en suicider. Par bonheur, notre génération inventa une Europe qui, pour la première fois de l’histoire occidentale, vit en paix depuis soixante ans. Votre polythéisme meurtrier du sacré, je le généralise en religions belliqueuses et militantes de l’appartenance. La Foi les délaisse, usées.

Les polythéismes et les mythes associés collent les collectifs avec une efficacité sanglante, mais cette solution, toujours temporaire et donc à recommencer sans cesse, s’use, pendant que ces sociétés en périssent. L’Antiquité mourut de ses religions. Quand le judéo-christianisme parut, il enracina peu à peu la Foi dans les individus. Avant saint Augustin et Descartes, saint Paul invente l’ego universel.

Il y a deux sortes de religions : les anthropologies et les sociologues épuisent le sens de celles qui fondent l’appartenance, où règnent la violence et le sacré. Inversement, pour celles de la personne, les expressions « sociologie, politique des religions » sentent l’oxymore. La distinction monothéisme-polythéisme ne se réduit point à la croyance en un ou plusieurs dieux, mais désigne une séparation plus radicale entre croyance et foi, entre social et individuel. Quand l’Évangile recommande la dissociation entre Dieu et César, il distingue la personne de son collectif. L’Empereur maîtrise le nous ; Dieu s’adresse au moi, source ponctuelle sans espace de ma Foi en Lui. Je dois l’impôt à la société dominée par le pouvoir impérial ; je sauve mon âme. Pour n’avoir aucune place dans le monde, la nouvelle religion fonde sa sainteté dans l’intime de l’intérieur.

Cependant, elle fonde aussi une Église, qui s’enferme, d’abord, dans les catacombes, à côté des tombes, non pas seulement pour échapper aux persécutions de Rome, mais pour se cacher d’une société violente usée jusqu’à la corde, pour tenter de constituer un collectif nouveau, laissant l’appartenance sacrée pour la communion des saints. Je vois les premier chrétiens, dames patriciennes, esclaves, étrangers de Palestine ou d’Ionie, sans distinction de sexe, de classe ni de langue, ne cessant de focaliser leur regard et leur attention fervente sur l’image de la victime innocente, en partageant une hostie symbolique plutôt que les membres épars d’un lynchage. Si nous comprenions ce geste, ne changerions-nous pas de société ?

Que l’Église ait réussi ou non un tel pari, l’histoire, trop brève, peut-elle en juger ? Je sais seulement que toute société, celle-là autant que les autres, se trouve, aussitôt que née, empêtrée dans la nécessité de gérer sa violence inévitable. Aucun collectif n’échappe à cette loi d’airain, pas même celui des théologiens, philosophes, scientifiques, historiens, académiciens… aussi persécuteur que n’importe quel groupe en fusion. La puissance sociétaire de la violence et du sacré l’emporte sur les vertus douces des individus et dévaste vite la communion des saints. Peut-elle échapper au mimétisme, à la rivalité, aux mécanismes aveugles du bouc émissaire ? Ceux qui prétendent se battre pour Dieu tombent alors et n’assassinent que pour un fantôme de César. Au milieu des guerres de religion, Montaigne notait qu’il ne trouvait pas un furieux sur mille qui avouât tuer pour sa Foi. La violence revient toujours parmi nous et aussi bien parmi le divin. Nous vivons, aujourd’hui encore, le retour de ces revenants.

Considérer la religion comme un fait de société ou d’histoire, loin de caractériser une approche scientifique, fait, au contraire, partie de la régression contemporaine vers les religions sacrificielles de l’Antiquité. Le savoir, là, s’adonne au même aveuglement que les médias ; dans les deux cas, Dieu mort, nos conduites reviennent aux religions archaïques ; depuis que le monothéisme se tait, nous errons, redevenus polythéistes, parmi les revenants du sacrifice humain.

Pourquoi tous les jours, à midi et le soir, la télévision représente-t-elle avec tant de complaisance cadavres, guerres et attentats ? Parce que le public se coagule par la vue du sang versé. Rats pour les autres hommes, nous autres, hommes, béons devant la violence et ses revenants. Le polythéisme sacrificiel colle si bien le collectif que je l’appellerais volontiers le « naturel du culturel ». Les prophètes écrivains d’Israël connaissaient bien ce retour fatal du sacrifice, dans une société qui n’arrive point à vivre la difficulté d’un monothéisme qui l’en prive.

Comme aux temps bibliques, cela nous arrive aujourd’hui. Un prophète seul peut le rappeler ; nous devons vous écouter.

Il y a deux sortes de religions. Presque naturellement, les cultures engendrent celles du sacré, qui se distinguent de celles que ces collectifs mêmes peuvent à peine tolérer parce que, saintes, elles interdisent le meurtre. Rare et difficile à vivre par son exception insupportable, le monothéisme porte la critique la plus dévastatrice des polythéismes courants, sans cesse revenants dans leur fatalité. Le saint critique le sacré, comme le monothéisme l’idolâtrie.

Vous décollez la foi des crimes de l’histoire, y compris de ceux perpétrés au nom du divin, non pas pour justifier la religion, mais pour rétablir la vérité, dont voici le critère : ne jamais verser le sang.

Méditant ainsi, vous portez la raison en des matières de violence qui semblaient l’exclure. Elle n’appartient, de droit, à personne, à aucun savoir, à nulle institution, mais se conquiert seulement d’exercice. Il paraît, certes, aisé de la pratiquer dans les sciences exactes ; or vous l’introduisez dans des domaines autrement difficiles. On entend souvent, aujourd’hui, réduire la religion à un fidéisme fade et irrationnel en dehors de tout rationalisme ; comme si, venue d’un coeur au douceâtre écoeurant, la foi tournait le dos à la raison. Vous renouez, au contraire, avec la plus haute de nos traditions où l’une cherche l’autre en les réconciliant.

Vous le faites, de plus, en suivant un chemin d’une longueur peu commune. Je mesure l’importance de votre hypothèse avec l’extension de son rayonnement ; elle a renouvelé, en effet la critique littéraire : j’ai tenté de faire entendre, en commençant, que nous lisons désormais autrement la tragédie, grecque, renaissante et classique ; mais nous quittons un exercice qui, fermé sur soi, resterait vain, pour mieux penser, grâce à vous, les tragédies que nous vivons ; elle a renouvelé l’histoire : nous interprétons désormais autrement la fondation de Rome, les conflits, les mouvements de foule, les révolutions ; mais nous quittons un exercice qui, fermé sur soi, resterait vain, pour mieux comprendre, grâce à vous, l’horreur de notre xxe siècle ; elle a renouvelé, de même, la psychologie : si le triangle à la française rafraîchit la lecture des romans du xviiie et du xixe siècles et leurs mensonges romantiques, nous quittons aussitôt un exercice qui, fermé sur soi, resterait vain, car votre mimétisme permet de mieux interpréter le narcissisme, les relations amoureuses, l’homosexualité, de relire même la psychanalyse ; de mieux comprendre aussi les mécanismes du désir et de la concurrence qui modèlent notre économie ; nous entrons plus avant, grâce à vous, dans l’anthropologie, l’histoire des religions et la théologie, en redonnant son importance au sacrifice, en resituant les religions juive et chrétienne par rapport aux divers polythéismes ; mais nous quittons aussitôt un exercice qui, fermé sur soi, resterait vain, pour mieux saisir enfin les monotones nouveautés de l’âge contemporain. Pour comprendre notre temps, nous disposons non seulement du nouveau Darwin de la culture, mais aussi d’un docteur de l’Église.

Votre pensée, décidément, me ramène toujours aux temps présents. J’ai hâte de les rejoindre.

Je disais tantôt que l’espace nous sépare et nous unit ; mais le temps aussi nous rassemble ; nous naquîmes tous deux à la pensée par celle d’une femme dont je veux évoquer la vie et le visage par reconnaissante piété ; sensiblement au même âge, nous lûmes Simone Weil ; son génie et les atrocités de la guerre firent de cette femme inspirée, juive à la fois et chrétienne, la dernière des grandes mystiques, l’ultime philosophe pour qui l’héroïsme et la spiritualité avait autant, sinon plus de densité que la vie même. Je me souviens de réunions, en Californie, entre Allemands et Français, ennemis en des temps effacés de nos mémoires, devenus amis depuis, qui avouaient de concert avoir commencé à méditer sous l’égide douce de cette héroïne qui voua son existence à la sainteté.

De fait, pourrions-nous vivre, écrire et penser seuls, nous autres faibles mâles, sans d’autres saintes femmes ? Votre oeuvre, Monsieur, convertit qui la lit à la certitude du péché originel, dont la constante traînée dans l’histoire, nous oblige sans cesse à gérer parmi nous une violence irrépressible. Face à ce modèle dur, votre vie s’accompagna d’une deuxième image féminine, plus douce, plus aimable, irremplaçable. Outre ses douze apôtres mâles, Jésus-Christ lui-même eut besoin de saintes femmes, et, parmi elles, d’une Marie-Madeleine, pour répandre sur lui le parfum, et d’une Marthe pour le quotidien des jours. Voilà deux figures de l’inspiratrice nécessaire à qui se jette, assoiffé, par le désert de l’oeuvre. La verseuse du nard précieux, accapareuse de la meilleure part, reçut, dans l’histoire sainte, assez d’éloges et fit le modèle d’assez de représentations profanes pour que je la passe sous silence au profit, enfin, de la seconde, dont nul ne dit mot. Toujours à la peine, jamais à l’honneur.

Je la vois américaine, porteuse d’une tradition chrétienne aussi ancienne que l’immigration, solide, loyale, généreuse et douce, retirée. Vous incarnez, Madame, les vertus que nous admirons, depuis des siècles, dans la culture de votre pays : la fidélité, la constance et la force, le conseil, la justesse de jugement, la finesse dans l’appréhension des sentiments d’autrui, le dévouement, le ressaut vif après l’épreuve, le dynamisme et la lucidité devant les choses de la vie. Sans vous, sans votre présence inimitable, peu de gens le savent, qu’ils l’apprennent aujourd’hui, les grandes pensées que j’ai la lourde charge de louer ce soir, n’auraient sûrement pas vu le jour. Avec vos enfants et vos petits-enfants, dont je vois en ce moment les visages amis, vous incarnez, de plus, le lien entre ce qui se passa naguère dans le Moyen Ouest de votre Nouveau Monde et ce qui se dit aujourd’hui, à Paris, en des habits antiques. Voici : un citoyen français, professeur à Stanford University, reçoit sous la Coupole, l’une des plus anciennes institutions de France, un citoyen américain, français de naissance, professeur lui-même dans la même université. Il ne s’agirait que d’un double, si vous n’assistiez point à la séance et complétiez le triangle, pour une nouvelle et miraculeuse fois sans mimétisme ni rivalité. Vous liez nos deux personnes, par l’affection que je porte à votre mari et à vous-même ; vous liez aussi nos deux pays, dont je célèbre l’infiniment précieuse amitié. Qu’elle ait connu l’épreuve de nuages passagers, la plus serrée des relations le dirait d’elle-même.

Sur vos épaules repose le pont du monde. La paix règnera, l’humanité se construira, mêlée, moins à l’aide des traités entre nations, moins par la politique, le droit ou les échanges commerciaux que par d’humbles liens amoureux tissés par les femmes aux mariages sans frontières. Alors, dans leur foyer sonnent, ô merveille, deux langues maternelles. L’harmonie à venir s’ouvre sur cette musique métisse, multipliant les chanterelles et les passerelles entre les cultures. Madame, j’entends depuis longtemps le pont de votre voix.

Monsieur, je reviens vers vous, qui avez inventé l’hypothèse la plus féconde du siècle. J’ai pris un temps de repos en ces confidences parce que j’avais du mal à soutenir l’élévation vers la grandeur des choses que vous dites. À retenir une seule des leçons que j’en tire, voici celle sur laquelle je voudrais finir.

Des « lambeaux pleins de sang et des membres affreux » dont j’agitais l’horreur en mon commencement, vous avez généralisé les actions sacrificielles auxquelles s’adonnent les cultures connues. L’hémoglobine dégouline du corps des victimes humaines et animales, bref de ces meurtres collectifs dont vous nous dégoûtez irrémédiablement. Or, en jugeant la victime coupable et en innocentant les assassins, les fables qui les relatent mentent. Vous nous enseignez donc que la fausseté accompagne le crime et le mensonge l’homicide, l’un suivant l’autre comme son ombre. Du sang versé naissent des dieux, antiques ou contemporains, toujours faux. Jumeaux, l’erreur et le meurtre demeurent inséparables. Sublime rationalisme.

Inversement, innocenter la victime amène à ne pas tuer en dévoilant la vérité. Cherches-tu le vrai ? Tu ne tueras point ! La révélation d’innocence équivaut, alors, à une généalogie de la vérité, à qui l’Occident, par le monothéisme juif, la géométrie grecque et le christianisme judéo-grec, tous trois critiques des mythes, doit sa maîtrise unique des raisons et des choses. De la vérité découle la morale. Rationalisme sublime.

Du coup, vous m’avez appris ceci, qui a changé ma vie, de distinguer le saint du sacré, ni plus ni moins que le faux du vrai. Théologie, éthique, épistémologie parlent, en trois disciplines, d’une seule voix.

Écoutez la circonstance qui m’advint voici quelque quinze ans, et qui, à mes yeux, passa pour une expérience quasi cruciale du bien fondé de votre hypothèse. Jamais je n’eus devant moi des étudiants comparables aux prisonniers de Fresnes ou de la Santé ; contrairement aux élèves ordinaires, ils disposent de temps et donc forcent de mutisme et d’attention. À l’aise en ces lieux, j’avais en commun avec eux d’avoir vécu, de longues années d’adolescence, pensionnaire en des lycées aux architectures pareilles à leur enfermement. Ils me demandèrent, un jour, de parler du sacré. L’un d’eux protestait, prétendant que, rouleau d’écriture, ciboire, pierre noire… il se réduisait à une simple convention. Arbitraire ou non, c’était la question. Fidèle à une méthode dont l’exigence refuse le cours magistral, je leur demandai de se préparer à y répondre en méditant sur la mort quelques instants, à part. Me reprenant vite, je rectifiai ma proposition, ajoutant : non seulement la mort que vous et moi allons subir, de toute nécessité, mais aussi celle que l’on peut donner, par accident ou de volonté. Alors, trois d’entre eux se levèrent soudain, comme piqués d’un aspic : « Moi, moi, je sais le sacré ! ». Il s’agissait des condamnés pour meurtre. Jamais je n’obtins un silence aussi contemplatif, extatique et prolongé devant l’évidence. Les faux dieux nous visitaient.

Le saint se distingue du sacré. Le sacré tue, le saint pacifie. Non violente, la sainteté s’arrache à l’envie, aux jalousies, aux ambitions vers les grandeurs d’établissements, asiles du mimétisme et ainsi nous délivre des rivalités dont l’exaspération conduit vers les violences du sacré. Le sacrifice dévaste, la sainteté enfante.

Vitale, collective, personnelle, cette distinction, recouvre celle, cognitive, du faux et du vrai. Le sacré unit violence et mensonge, meurtre et fausseté ; ses dieux, modelés par le collectif en furie, suent le fabriqué. Inversement, le saint accorde amour et vérité. Surnaturelle généalogie du vrai dont la modernité ne se doutait pas : nous ne disons vrai que d’innocemment aimer ; nous ne découvrirons, nous ne produirons rien qu’à devenir des saints.

Au cours de réunions où je regrettais que vous n’assistiez pas, notre compagnie hésita, récemment, à définir le mot religion. Vous en dites deux familles : celles qui unissent les foules forcenées autour de rites violents et sacrés, générateurs de dieux multiples, faux, nécessaires ; celle qui, révélant le mensonge des premières, arrête tout sacrifice pour jeter l’humanité dans l’aventure contingente et libre de la sainteté, pour lancer l’humanité dans l’aventure contingente et sainte de la liberté.

Je veux finir par ce que sans doute peu de gens peuvent ouïr de leur vivant ; que je n’ai encore prononcé devant personne : Monsieur, ce que vous dites dans vos livres est vrai ; ce que vous dites fait vivre.

Le sacrifice épuisé, nous ne nous battrons plus que contre un ennemi : l’état où nous désirions réduire l’ennemi lorsque, jadis, nous nous battions. Alors, seul adversaire en ce nouveau combat, la mort, vaincue, laisse place à la résurrection ; à l’immortalité.

Madame la Secrétaire perpétuelle, permettez-moi maintenant, comme entorse au règlement, de quitter, sur le mot terminal, le vouvoiement cérémoniel. En notre compagnie, fière de te compter parmi nous, entre, maintenant, mon frère.

L’épisode dit de la « femme adultère ».

INTRODUCTION

Dissipons d’abord une ambiguïté : le titre de la formation pourrait sembler racoleur pour qui ne connaît pas cet extrait de l’Evangile de saint Jean… et même pour qui se souvient de l’avoir lu. Mais quel rapport entre l’infidélité conjugale et l’enseignement du fait religieux à l’école primaire ? Eh bien aucun. Et si vous attendez un exposé sur l’adultère, vous serez déçus aussi ; il vaudra mieux lire l’ouvrage d’Aldo Naouri, à paraître en septembre 2006, dont le quotidien Le Monde a publié de « bonnes feuilles » au cours de cet été. Même s’il sera permis de se demander pourquoi, s’agissant d’un récit exemplaire de condamnation sociale hâtive et de pardon, le récit sacré retient précisément une « faute » de ce type-là plutôt qu’une autre.

Alors pourquoi ce choix en juin 2004, date qui a marqué ma première participation à cet enseignement nouvellement inscrit dans le programme[1] ? D’abord des circonstances déterminées par l’actualité. Amnesty International venait de faire campagne pour sauver Amina, une jeune femme musulmane menacée de lapidation après avoir mis au monde un enfant hors mariage. On en était au début de la guerre en Irak, et le terrible attentat de Madrid avait remis au premier plan la menace terroriste en Europe, contribuant à confondre Islam, obscurantisme et violence aveugle. Ensuite, surtout, un fait divers qui nous avait marqués dans l’Académie de Strasbourg. Dans une école maternelle d’Altkirch, une petite fille avait été la victime de la « violence » sidérante de deux camarades de sa classe, dans un coin non surveillé de la cour de récréation. L’affaire, hypermédiatisée, avait pris des proportions énormes, non seulement dans la presse locale, mais dans les journaux nationaux. Il m’a semblé alors que ce récit de Jean pouvait être intéressant à lire parce qu’il contient quelques pistes, très simples, pour nous aider, le moment venu, à maîtriser des situations conflictuelles, voire potentiellement explosives. Et là, nous sommes quand même plus proches de nos enjeux professionnels !

Mon choix essaye aussi de répondre à un problème posé par cette formation. Notre mission se borne à l’enseignement non de la religion, normalement confiée en Alsace et en Moselle à des formateurs spécialisés, mais au « fait ». Mais qu’est-ce qu’un « fait » ? En l’occurrence, aussi loin que l’on puisse remonter, il s’agit non de « faits » mais de croyances, qui ont évidemment eu dans notre civilisation un impact énorme. Les formateurs d’histoire-géographie sont mieux placés que moi pour faire l’inventaire, ne serait-ce par exemple qu’à Colmar, de ces traces inscrites dans l’espace urbain. Mais ce n’est pas forcément dépasser la limite qui m’est imposée par le principe de laïcité si je m’aventure (un peu) sur le versant « subjectif ». Non pas pour faire partager une croyance, mais à mieux comprendre les faits par l’intentionnalité qui leur préside. Il y a là de ma part une option, sans doute contestable, en tous cas défendable : celle d’une lecture « anthropologique ». Le fait religieux « fait sens » d’abord en tant que fait humain , donc d’un point de vue subjectif. Cette subjectivité devient alors une dimension essentielle. Le philosophe Paul Ricoeur évoque ce problème pour qui se donne pour but de comprendre la pensée de la Bible : corpus foisonnant de « faits » qui sont des textes inséparables des communautés de lecteurs qui les ont produits, traduits, réécrits : « entrer dans ce cercle, c’est participer au moins en imagination et sympathie à l’acte d’adhésion par lequel une communauté historique se reconnaît fondée et, si l’on peut dire, comprise, en tous les sens du mot, dans et par ce corpus si particulier de textes »[2]. En quelque sorte, c’est se donner le droit de lire le texte biblique exactement comme un récit de fiction, l’imagination et la sympathie relevant alors de la même posture de lecteur que celle que nous induisons, avec nos élèves, lorsque nous entrons avec eux dans un album ou un roman de jeunesse. Ecrivains et peintres ne s’en sont pas privés comme on le verra dans la dernière partie.

Il n’y a donc dans mon entreprise aucun prosélytisme, puisqu’on n’ira pas au-delà. L’adhésion en elle-même relève de l’engagement intime de chacun.

Le fait : approche textuelle

Voici le texte, dans la TOB (traduction œcuménique de la Bible) aujourd’hui scientifiquement reconnue (sans en exclure d’autres) :

Le fait religieux procède de textes, aussi loin que l’on puisse remonter.

L’historien, dans sa quête des origines, ne peut être que déçu. Les faits ne nous sont accessibles que par des textes, dont les plus anciennes versions connues sont des écrits postérieurs de plusieurs décennies, voire de plusieurs siècles aux événements qu’ils rapportent. Contrairement à l’Islam qui n’a pas intégré jusqu’à présent les méthodes de la critique historique, l’exégèse fonde ses interprétations sur une étude scientifique des textes. Ces derniers n’ont eux-mêmes rien d’historique au sens moderne du terme. Ils fondent un ensemble de croyances.

Les indices archéologiques.

Forts de ce constat, les premières approches « positivistes » des Ecritures en ont conclu, un peu vite, à l’absence de faits : tout aurait été inventé. En effet, de Jésus, le fondateur du christianisme, on sait très peu de choses : à peu près rien de sa naissance et de sa jeunesse ; les premières informations précises concernent les trois dernières années de sa vie (dite « publique ») et sa mort (la Passion), mais il s’agit là d’un récit plus théologique qu’historique, tout comme celui de sa naissance, popularisé par le folklore de Noël . Mais l’existence de Jésus, un temps mise en doute, ne semble plus vraiment contestée aujourd’hui. L’archéologie moderne a trouvé des preuves épigraphiques des données historiques évoquées par les évangiles : en 1961, une stèle découverte à Césarée porte les noms de Tibère et de Pilate, gouverneur de Judée de 26 à 36, qui, toujours d’après les textes, condamna Jésus au supplice de la crucifixion.

Plus récemment, en 2002, l’archéologue français André Lemaire a découvert un ossuaire sur lequel une inscription en araméen semble correspondre à trois personnages des Evangiles : « Jacques, fils de Joseph, frère de Jésus ». Mais en 2003, les scientifiques ont dû relativiser la portée de la trouvaille : l’inscription serait postérieure à l’ossuaire, dont la provenance est inconnue.

Avant d’évoquer les textes dits « canoniques » (ceux que les Eglises ont retenus pour leur portée théologique), on peut faire un bref inventaire des textes d’auteurs non chrétiens rédigés à l’époque de Jésus. Non suspects de complaisance envers cette nouvelle religion qui allait bientôt s’imposer au judaïsme, puis à tout le monde romain, ces témoignages sont a priori fiables. L’historien juif Flavius Josèphe, mort en 100 de notre ère, rapporte dans ses « Antiquités juives » le martyre de Jacques, « frère de Jésus, dit le Christ ». Ce texte remonte à 93-94, et son authenticité paraît sérieuse. Il y a chez le même auteur d’autres mentions, plus explicites, mais ces passages peuvent avoir été retouchées par des auteurs chrétiens. Flavius Josèphe est plus neutre (plus « objectif » dirions-nous aujourd’hui selon nos catégories scientifiques qui n’existaient pas à cette époque) que les historiens latins, comme Pline le Jeune, Tacite et Suétone, qui évoquent la naissance d’une nouvelle secte, se réclamant d’un certain Christos (« celui qui a reçu l’onction »), mais dans des termes polémiques, voire méprisants. Un roman de Marguerite Yourcenar, Les Mémoires d’Hadrien, reconstitue de manière magistrale, cette naissance du christianisme du point de vue de ses adversaires romains, mais aussi juifs), qui font preuve moins d’une hostilité fanatique que d’une incompréhension d’hommes cultivés, mais incapables d’empathie parce qu’ils sont sur d’autres bases..

Les textes canoniques.

Le mot « kanon » évoque en grec l’idée de norme juridique. Le corpus de textes qui contient aujourd’hui l’ensemble dit « canonique » était au départ plus large. La détermination de l’ensemble de 27 livres que nous découvrons aujourd’hui en ouvrant le « Nouveau Testament » remonte à l’aube du III° siècle. Pour comprendre ce processus, il faut prendre en compte le fait que les adeptes de la nouvelle religion « chrétienne » n’ont pas éprouvé au départ la nécessité de posséder des textes. Dans ce domaine leur référence était l’Ancien Testament. Leur lien avec le judaïsme est longtemps resté très fort, leur foi nouvelle s’appuyant par contre sur l’autorité de ceux qui avaient été les premiers témoins de Jésus dit le Christ : les apôtres. Ces témoignages « apostoliques » restèrent longtemps des traditions orales. Elles furent fixées par écrit dans un contexte souvent polémique, lorsqu’il fallut défendre cet héritage premier contre de nouvelles interprétations. Ainsi s’éclaire une constante dans le Nouveau Testament : ses livres sont pour la plupart désignés par le nom d’un témoin direct (un « apôtre ») : l’évangile de Marc, le deuxième épître de Jean, etc. Ce n’est pas l’exactitude historique qui garantit pour les lecteurs de l’époque la fiabilité de ces textes, mais leur filiation apostolique. Ce terme de « filiation » ne signifie pas que les apôtres soient « auteurs » au sens moderne : les textes dans leur état actuel peuvent résulter de transmissions orales.

En même temps que s’affirme ce Canon, prolifèrent des textes dits « apocryphes », autrement dit secrets ou cachés. Le terme n’était pas forcément péjoratif. Il pouvait désigner des ouvrages utiles, mais qui ne devaient pas être lus en public lors des liturgies (rites de prière publique). Mais comme ils servaient aussi à alimenter des controverses, et que leurs auteurs les rattachaient aussi à des apôtres, les textes apocryphes furent assez rapidement considérés comme véhicules d’erreur. Le monde romain, grande machine à unifier, où le christianisme se développa, ne fut pas pour peu dans la marginalisation de la littérature apocryphe. De ce fait, pour des raisons techniques liées à la reproduction des textes manuscrits, les apocryphes furent beaucoup moins bien conservés, et souvent nous n’en possédons que des fragments. Cette situation alimente la spéculation, et le dernier exemple en a été le débat récent, après le succès du Da Vinci Code, autour de l’Evangile dit de Judas… qui remonte tout de même au IV° siècle !

Les épîtres et les évangiles

En ouvrant un Nouveau Testament, on découvre d’abord les quatre évangiles (vies de Jésus) : Matthieu, Marc, Luc et Jean, puis les Actes des Apôtres (première histoire de la prédication), puis la série des épîtres : d’abord les 14 de Paul, puis une série d’autres, dites pastorales, attribuées à d’autres apôtres, et enfin un grand texte poétique, qui raconte la fin du monde : l’Apocalypse, attribué à l’apôtre Jean. Cet ordre est trompeur. Chronologiquement, ce sont les épîtres de Paul qui ont été produites les premières. Ce sont des lettres (« épître » vient du latin « epistola » qui a donné en français « épistolaire »), adressées entre 50 et 58 aux premières communautés de convertis. Il s’agit non de récits mais de traités de théologie, d’une importance inégale. La première dans l’ordre est la fameuse « épître aux Romains », qui est un monument de la culture occidentale.

La reconnaissance des quatre évangélistes comme les auteurs de référence s’est faite assez rapidement. Pour autant, s’ils ont été les compagnons de Jésus crucifié vers 33, ils ne peuvent pas avoir été écrits par eux. Le plus ancien est celui de Marc, écrit à Rome vers 65. L’Evangile de Matthieu d’adresse à des Juifs, et a été produit en Palestine entre 75 et 90. Les lecteurs de l’évangile de Luc sont des communautés de culture grecque, entre 65 et 80. C’est le même Luc qui aurait composé les « Actes ». L’évangile de Jean remonte à 90-100 et est donc le plus tardif.

Les trois premiers évangiles : Matthieu, Marc et Luc ont de grandes similitudes, c’est pourquoi on les appelle les « synoptiques ». En général dans les éditions modernes, des notes en marge renvoient le lecteur à ces correspondances. L’exégèse a fait l’hypothèse de sources communes : un « proto » évangile de Marc et une source commune à Matthieu et à Luc, appelée par les allemands (pionniers en la matière) « die Quelle », la source. L’évangile de Jean, si sa trame est la même, ne raconte pas les mêmes épisodes, et son écriture est très différente.

L’exégèse et l’épisode dit de la «femme adultère »

Jean-Marc Muller

Cet évangile de Jean pose des problèmes de toutes sortes. Ses parties narratives sont entrecoupées de longs développements théologiques, fortement influencées par une philosophie « gnostique », en vogue à cette époque. Son propos est de rendre compte de l’événement de l’Incarnation du Verbe pour le salut des hommes. Entendons : comment Dieu s’est fait homme en Jésus. Mais le récit de la Passion (procès et mort de Jésus) est d’une meilleure qualité historique que ceux des synoptiques. Le passage de la femme adultère a intrigué les exégètes. Dans les plus anciens manuscrits, il est à une autre place et parfois même absent. Le verset initial : « Et ils allèrent chacun chez soi » n’a pas la forme d’une amorce de récit. Et le style évoque plutôt Luc. D’un point de vue scientifique, cette attribution est hautement probable, et on peut même situer en Luc 21,38, la place où le texte devrait s’emboîter :

« Pendant le jour, il était dans le Temple à enseigner ; mais pendant la nuit il s’en allait le passer en plein air sur le mont dit des Oliviers. Et dès l’aurore, tout le peuple venait à lui dans le Temple pour l’écouter ».

En effet, le lieu où se passe la scène est le Temple, et les peintres innombrables qui ont essayé la représenter ont donné souvent une grande importance à ce détail…

Pour l’enseignement du fait religieux, ce texte est un exemple qui permet ainsi d’illustrer la genèse des textes fondateurs. Ils ne sont pas tombés du ciel, et je n’hésite pas à l’écrire : le Coran, qui leur est postérieur, pas davantage. Ce mot de Coran évoque d’ailleurs par son étymologie une transmission orale. Ils ont été longtemps médités, reformulés, réélaborés par des communautés, qui parlaient l’araméen et le grec avant d’être écrits en grec, puis traduits en latin. Pour achever d’esquisser cette complexité, il faudrait dire un mot des manuscrits. Il existe dans le monde environ 2000 manuscrits grecs de référence, et les plus anciens datent du 4° siècle. Les deux plus importants sont le Sinaïticus, conservé au British Museum, et le Vaticanus. Mais on possède quelques fragments remontant au 3° et au 2° siècle, qui attestent la fiabilité de ces manuscrits de référence.

L’épisode de la femme adultère : quels rapports avec le « fait religieux » ?

  1. Le point de vue juridique

Dans mon introduction, j’évoquais l’histoire d’Amina, une affaire emblématique qui avait il y a quelques années défrayé la chronique. Cette jeune nigériane était devenue mère d’un enfant conçu hors mariage, et le gouvernement islamique menaçait d’appliquer la « charia », et précisément de la condamner à la lapidation. Du moins c’est ainsi que l’affaire fut médiatisée. Largement diffusée sur internet, elle est même inséparable du média qui l’a fait connaître. En effet Amina fut acquittée, mais des messages pour la sauver circulèrent longtemps après cette fin heureuse. Amnesty International dut faire beaucoup d’efforts pour arrêter la déferlante des mails. Ainsi, un fait qu’il n’est pas question de nier contribua à une construction : de proche en proche furent confondus charia, Islam, oppression de la femme. Il y eut « folklorisation » du fait religieux musulman. Ici quelques mises au point s’imposent et nous le ferons d’abord en nous appuyant sur l’article « adultère » de l’Encyclopédia Universalis. La répression violente de l’adultère est une constante de toutes les sociétés antiques, et notamment de celles qui sont réparties sur le pourtour de la Méditerranée. Elle marque un territoire déterminé par le code de l’honneur ; là s’impose un code archaïque de la famille, d’où une tension non résolue avec la loi qui régit la société. Corollairement, l’adultère de la femme est toujours puni plus sévèrement que celui de l’homme : l’amant complice, lui-même mari volage ou non, s’en sort en général assez bien ! Ce déséquilibre se maintient en France jusqu’aux codes napoléoniens, qui jugent plus sévèrement l’incartade de la femme que de l’époux !

Conclusion : c’est dans les structures sociales qu’il faut rechercher les racines de l’oppression et non pas dans le « fait religieux ».

Voilà qui est un peu surprenant, puisqu’il est possible de citer des dizaines de textes de condamnation de l’adultère tant dans le judaïsme, que le christianisme et dans l’Islam. Certes, mais pour nous en tenir au contexte de la Bible, qui est l’arrière-plan du récit, les textes peuvent être interprétés comme des tentatives de réguler autant que faire se peut des pratiques qui relevaient par ailleurs, depuis des temps immémoriaux, d’une vengeance à l’évidence justifiée. La condamnation de l’adultère est formulée de façon plutôt générale, et la responsabilité de l’homme n’est pas occultée. Un passage comme Deutéronome, XXII, 23-29 n’est pas précisément obscurantiste, si on le situe dans son contexte. Très important : la lapidation ne pouvait se faire que si les premières pierres étaient lancées par des témoins. On retrouve mention implicite de cette disposition juridique dans l’épisode que nous allons voir de plus près.

Pour mieux cerner encore ce qui dans ce texte concerne le « fait religieux », c’est sur une lecture de femme d’aujourd’hui que nous pouvons nous appuyer. Théologienne, France Quéré rassemble dans un recueil « Les femmes de l’évangile » (Seuil Paris, 1982) une série d’analyses qui invitent à retrouver la fraîcheur des textes enfouis sous 2000 ans de contention entre la religion et les femmes ! D’abord, fait observer Quéré, les Pharisiens en veulent moins à la femme qu’à Jésus lui-même. En effet, la coutume de lapider les femmes infidèles était à l’époque tombée en désuétude, et les Juifs n’avaient pas le droit de mettre quelqu’un à mort sans en référer à l’occupant romain. Surtout, une lapidation dans l’enceinte du Temple paraît impensable. Leur véritable adversaire est ce trublion qui réinterprète la religion à sa façon et surtout l’affiche dans un comportement qui met à mal leur autorité. C’est lui qu’ils aimeraient lapider, et la fin du long chapitre 8 de l’évangile de Jean le dit explicitement : « Ils ramassèrent alors des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se déroba et sortit du Temple » (8,59).

Quant à la stratégie mise en œuvre par Jésus pour sortir du piège, la théologienne la qualifie d’ironique. « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre » est une façon de reprendre, avec des spécialistes du droit, l’argument juridique : que les témoins se manifestent ! mais en même temps ces témoins sont interpellés en tant que fauteurs potentiels, façon de suggérer : « Où est l’amant ? ». Cette finesse de Jésus prend ces juristes à revers : comment ces gens si respecteux du code pourraient-ils se conduire en assassins hors la loi ? En quelque sorte les voilà « contraints au pardon », ce qui semble explicite dans la formule : « Moi non plus, je ne te condamne pas ». Quant à la femme, Jésus abandonne avec elle toute ironie, et la laisse libre de reconnaître ou non si faute il y avait…

  1. 2. Le point de vue anthropologique

Si nous voulons aborder le « fait religieux » autrement que sous la forme d’une collection de savoirs, forcément émiettés et terriblement lacunaires, une voie peut être l’approfondissement d’un texte assez bien choisi pour qu’il rende le « religieux » intelligible. Ce postulat d’intelligibilité fonde le christianisme par essence. Il ne saurait y avoir contradiction, en toute dernière instance, entre ce message « religieux » et la rationalité, et ce malgré le contentieux historique lourd entre l’Eglise et la philosophie des Lumières[3]. Ce texte en est une illustration magnifique. Il suffit de le lire en oubliant qu’il nous a été transmis par une institution religieuse pour qu’il nous devienne singulièrement utile, et pour commencer sur le plan professionnel. Voilà une situation dite de « conflit » et qui pourrait dégénérer en « violence ». Cette fois c’est l’analyse du philosophe René Girard[4] qui peut servir d’éclairage. Comme F.Quéré, il observe que l’épisode marque une étape dans un drame qui aboutira à l’explosion de violence du Golgotha, lieu où Jésus mourra crucifié. Mais au cours de cette scène qui se déroule au Temple, la spirale de violence est enrayée. Cette spirale, que Girard nomme aussi « l’escalade » est toujours mimétique ; elle procède d’un entraînement mutuel et aboutit dans un cercle fermé, où, comme dans un chaudron, la tension monte, les pulsions violentes convergeant vers une victime placée sans défense « au milieu du groupe ». La réponse apportée par cet artiste de la non violence qu’est Jésus tient ici d’abord à une attitude. « Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer des traits sur le sol ». Les yeux baissés évitent ainsi la rencontre des regards. Or c’est de leur croisement que procède la violence mimétique. Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre à quel point une formule comme « Regarde-moi dans les yeux ! » peut être vécue comme agressive lorsque le maître, outré, croit ainsi provoquer les aveux de l’élève ! Donc, sans regarder cette troupe d’excités, Jésus s’absorbe dans une autre occupation : « il trace des traits sur le sol ».

Le verbe « graphein » qui a donné « graphie » pointe aussi bien l’écriture que le dessin. Dommage pour les commentateurs ultérieurs qui y voyaient la relativisation de la Loi de l’Ancien Testament, destinée à être dépassée, puisqu’écrite sur le sable. Mais le terme « gué » n’a pas ce sens : c’est la « terre », ou le « sol », ce socle qui nous est commun, que nous soyons agresseurs ou agressés. Il est possible d’ailleurs que Jésus ait su lire, mais non écrire, ce qui était courant à l’époque. Tout au plus, mais c’est là l’interprétation que me suggère mon enthousiasme, pourrait-on comprendre que l’activité graphique, par la concentration qu’elle requiert, oblige à prendre du recul, et contribue à la résolution du conflit !

Les peintres quant à eux, astreints à rassembler dans une image immobile un développement narratif, anticiperont souvent la suite, et inscriront dans leur représentation la parole de Jésus : « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre »[5]. Cette phrase est un coup de génie, parce que c’est aussi la solution la plus simple. D’abord l’énonciation se fait au singulier, sans pour autant désigner nommément quelqu’un. La spirale du « défoulement », toujours collectif, est rompue. Mais avec un grand doigté, par un protagoniste qui prend le risque calculé de l’accompagner : « Allez-y, lapidez-la, mais… ». La phrase reprend très certainement la disposition juridique du Deutéronome relative aux témoins, mais en procurant un éclairage aigu sur son fondement. En matière de lapidation, c’est « commencer » qui est la grande affaire ! Le fait de pointer ainsi la nature du phénomène suffit apparemment à l’inverser : le cercle mortel se défait, et les agresseurs s’en vont, « à commencer par les plus vieux »…

L’épisode de la femme adultère dans la littérature et la peinture

Il y aurait avec un tel sujet de quoi alimenter des années de recherche… Dans cet apport, je ne retiendrai que deux exemples.

Dans son Jésus comme un roman… (Bayard Jeunesse, 2001), Marie-Aude Murail raconte la vie de Jésus comme celle d’un personnage de fiction, donc hors de toute intention théologique, mais avec une grande sobriété et un respect scrupuleux des textes. Le narrateur est l’apôtre Pierre, ce qui est certes inventé, mais conforme à l’essence des Evangiles, qui se donnent comme des « témoignages ». Voici le chapitre intitulé La femme condamnée.

A chacun d’apprécier le travail de l’écrivain. J’avoue que je le préfère largement à celui de Eric-Emmanuel Schmitt, dans L’Evangile selon Pilate, et cela pour la raison inverse ; cette fiction débridée n’ajoute rien, voire altère la force des textes d’origine. Et surtout Schmitt, que cette outrecuidance n’arrête pas, écrit l’histoire de Yéchoua-Jésus… à la première personne, ce qui me paraît un non sens théologique. Ce jugement qui n’engage que moi ne doit pas dissuader de lire le livre. Voici le passage qui évoque l’épisode de la femme adultère.

En peinture, parmi des représentations innombrables, et facilement téléchargeables sur le web, je n’ai retenu qu’un seul tableau, celui de Nicolas Poussin. Ici le commentaire s’impose, s’agissant d’une œuvre particulièrement codée. Je me servirai pour cela d’une étude de Joséphine Le Foll, dans un ouvrage collectif (Le Christ et la femme adultère, Dominique Meens, Joseph Caillot, Joséphine Le Foll, Desclee de Brouwer, 2001). Lire ce commentaire.

LA PERTINENCE ANTHROPOLOGIQUE DU CHRISTIANISME

Joseph Bosshard

René Girard : « Je vois Satan tomber comme l’éclair », Grasset, 1999
Depuis Mensonge romantique et vérité romanesque paru en 1961 et La violence et le sacré en 1972, René Girard produit une œuvre qui frappe autant par son originalité que par sa cohérence. D’emblée il proposa de réfléchir sur le mimétisme du désir humain : au delà des besoins essentiels, nous désirons ce que nous désigne le désir d’autrui. En conséquence le conflit est toujours en germe et avec lui la violence, susceptible par ses emballements de détruire le groupe social. La désignation et l’expulsion d’un bouc émissaire permettent aux sociétés archaïques d’évacuer leur violence et de retrouver la paix. Le mythe constitue un souvenir déformé de cet événement. Dans ses livres suivants, René Girard construit une apologie du christianisme novatrice et ambitieuse qui se rattache aux considérations anthropologiques précédentes. Avec Je vois Satan tomber comme l’éclair, cette apologie trouve un nouveau développement ; la distinction majeure entre les univers mythique et biblique est approfondie, sans complexe par rapport aux canons en usage dans les milieux universitaires. L’originalité de ce dernier ouvrage tient dans l’ordre inhabituel des étapes du raisonnement. Plutôt que de critiquer les mythes puis de souligner la spécificité judéo-chrétienne, René Girard part cette fois-ci du texte biblique dont il utilise ensuite les termes pour  » pénétrer l’opacité des mythes « .

Girard considère qu’en réfléchissant de façon maladroite aux circonstances historiques de la rédaction de leurs Ecritures, les chrétiens en sont venus à passer largement à côté de la pertinence de l’enseignement christique et de la réflexion qu’il contient sur l’univers mythique. C’est de cet enseignement dont il est question dans les premiers chapitres du présent ouvrage. Les notions évangéliques de scandale et de Satan sont ainsi pleinement réhabilitées grâce aux éclaircissements de René Girard qui montre que ces termes sont techniques, qu’ils sont porteurs d’un contenu tout à fait rationnel. Ainsi le terme scandale désigne  » un obstacle paradoxal qu’il est presque impossible d’éviter : plus le scandale nous repousse, en effet, plus il nous attire. Le scandalisé met d’autant plus d’ardeur à s’y meurtrir qu’il s’y est plus meurtri précédemment.  » Pour Girard, il s’agit ni plus ni moins de ce que la psychanalyse a de meilleur, de ce qu’elle appelle la  » compulsion de répétition « . C’est pourquoi Jésus nous met en garde solennellement :  » Si ta main te scandalise, coupe-la … ; si ton oeil te scandalise, arrache-le « . Il ne s’agit nullement de l’expression d’un masochisme, mais d’une exigence visant à produire des relations de gratuité véritable avec autrui, à éviter à tout prix l’engendrement des rivalités mimétiques, notamment avec l’enfant :  » Quiconque accueille un petit enfant … c’est moi qu’il accueille … malheur à celui par qui le scandale arrive « .

Puis vient un commentaire du discours que Jésus, dans l’Evangile de Jean, consacre au diable, qui correspond au Satan des Evangiles synoptiques. Par  » le diable « , Jésus désigne le processus homicide qui s’empare des hommes :  » Vous avez pour père le diable et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Dès l’origine ce fut un homicide « . En effet, les scandales individuels sont autant de regards accusateurs qui finissent par se tourner mimétiquement vers une même cible. Alors s’élaborent les motifs d’accusation et le temps est mûr pour la violence. Le terme Satan, que l’on rencontre déjà dans le Livre de Job, signifie d’ailleurs l’accusateur public. C’est pourquoi Jésus dit au début de la Passion :  » l’heure de Satan est arrivée « . Satan désigne le principe d’ordre et de désordre qui régit les sociétés humaines par la violence collective : de cette violence collective naît un nouvel ordre qui suppose la croyance mythique, c’est à dire la croyance dans la culpabilité de la victime et dans le caractère mérité de son expulsion. Satan désigne donc un principe et non une personne :  » L’interprétation qui reconnaît en Satan le mimétisme conflictuel permet pour la première fois de ne pas minimiser le prince de ce monde sans le doter d’un être personnel que la théologie traditionnelle à juste titre lui refuse. « 

Au passage, Girard s’en prend fermement à l’accusation de judéophobie que certains portent sur les Evangiles :  » Le fait que Jésus s’adresse à des Juifs est beaucoup moins important que ne se l’imaginent ceux qui n’ont qu’un souci en tête : convaincre les Evangiles d’antisémitisme. […] Au-delà des interlocuteurs immédiats de Jésus, qui sont des Juifs inévitablement, c’est l’humanité entière qui est visée, comme toujours dans les Evangiles.  »
Et pour bien nous convaincre de la pertinence anthropologique des Evangiles, René Girard a disséqué avec une formidable minutie un texte de Philostrate, auteur grec du IIIe siècle après Jésus-Christ, qui relate l’histoire d’un gourou du siècle précédent nommé Apollonius de Tyane. A l’occasion d’une crise sociale dans la ville d’Ephèse, Apollonius parvient à déchaîner la vindicte populaire contre un mendiant. Le lecteur moderne est frappé par l’insensibilité et la parfaite bonne conscience avec laquelle la population exerce sa violence ; dès lors le parallèle avec l’épisode de la femme adultère sauvée de la lapidation ainsi qu’avec la Passion s’impose à l’esprit. Il ressort donc que la différence essentielle entre le mythique et le biblique tient à ce que des événements analogues sont racontés selon des points de vue non seulement différents, mais tout à fait opposés. Dans son argumentation, René Girard convoque quelques personnages bibliques : Job, le Serviteur de Yahvé dans Isaïe, Jean-Baptiste dans les Evangiles, et Joseph fils de Jacob. Ainsi il propose une analyse comparée de l’histoire de Joseph et du mythe d’Œdipe. Œdipe est accusé d’inceste, tandis que Joseph est accusé de vouloir séduire la femme de Putiphar dont il est quasiment le fils adoptif. Mais la grande différence provient de ce que dans le cas d’Œdipe, Sophocle prend l’accusation au sérieux tandis que la Bible nous montre que Joseph n’est absolument pas coupable de ce dont on l’accuse. Bref, le mythe c’est la foule qui accuse ; la Bible c’est le contraire.  » L’inversion du rapport d’innocence et de culpabilité entre victimes et bourreaux est la pierre d’angle de l’inspiration biblique. « 

Dans la dernière et très importante partie de son livre, René Girard s’interroge sur le monde moderne et son rapport au christianisme. Selon lui, l’univers contemporain se caractérise par un souci des victimes hérité du christianisme, mais que nous ne percevons pas comme tel : le souci de la violence, le souci des victimes nous apparaissent à tort comme des données universelles en vigueur depuis toujours alors qu’il n’en est rien. Tout ce que notre civilisation a élaboré pour contrecarrer l’arbitraire des conditions sociales prend sa source dans le christianisme. Le christianisme n’a pas inventé la compassion, mais lui a donné une force historique.
Cependant, sous l’influence de Nietzsche il est de bon ton aujourd’hui de considérer les mythes avec sympathie et les textes judéo-chrétiens avec dédain. La vénération des milieux universitaires pour l’univers mythique de la Grèce antique trahit une volonté de se départir du christianisme, sans pour autant rejeter le parti pris systématique en faveur des victimes hérité du christianisme. C’est pourquoi l’on ne voit communément dans le passé chrétien que persécutions, oppressions et inquisitions, et l’on considère les interdits comme un moyen d’empêcher les gens de s’amuser.
Les deux types de totalitarismes que nous avons connus récemment se définissent l’un et l’autre par rapport au christianisme. Le nazisme n’est rien d’autre que le parti-pris nietzschéen pour Dionysos contre le Christ, la volonté clairement anti-juive et anti-chrétienne de se débarrasser avec force de ce souci des victimes qui nous empêche d’exercer notre volonté de puissance. Quant à l’autre totalitarisme, Girard pense de lui qu’il consiste à se prévaloir du souci des victimes, mais de façon pour le moins maladroite. Aujourd’hui, la problématique chrétienne est toujours déjà là dans les mises en accusation que nous nous portons les uns aux autres.  » Le souci des victimes est devenu un enjeu paradoxal des rivalités mimétiques, des surenchères concurrentielles.  » Le totalitarisme au nom de la victime se nourrit de ce qu’évoquait Milan Kundera dans Le livre du rire et de l’oubli : la volonté que  » l’humanité soit enfin libérée du fardeau asservissant de la tradition judéo-chrétienne  » pour accéder à « l’universel ». Mais cette perception de l’universel est chimérique parce qu’elle est fondée sur ce que Maurice Clavel appelait le dogme de l’innocence. Non que Girard soit sourd aux requêtes d’une plus grande justice sociale – notre homme a échangé sur ce thème avec des théologiens de la Libération – mais il se méfie des motivations réelles qui fondent les militances politiques. L’homme est toujours persuadé de ne se battre que pour des idées, mais au cœur de la bataille se trouve la rivalité mimétique.

Il s’agit de comprendre, comme le souligne le théologien anglais James Alison , que Girard donne un contenu anthropologique au dogme fondamental du christianisme que constitue le péché originel. Si la théorie mimétique de Girard est reçue avec tant de difficultés, cela provient peut-être de ce que chacun ne perçoit pas ce qu’elle implique en termes de remise en cause personnelle quant à ses propres motifs de satisfaction. Tout se passe comme si l’acquisition des savoirs académiques ne rentrait guère en ligne de compte dans l’intelligence de l’amour.
En négligeant la force de transformation du monde que contient le christianisme face à l’enfermement des esprits dans les structures de la violence, l’homme de notre temps est cet être qui, usant dans une certaine mesure et bénéficiant d’un antidote contre un mal absolu, prétend l’insignifiance et du mal et de l’antidote.

Le parallèle entre Blaise Pascal et René Girard se justifie singulièrement. L’un comme l’autre ont construit une apologie du christianisme qui se fonde sur une réflexion anthropologique, autour de la notion de mondanité pour Pascal, de rivalité mimétique pour Girard. L’un comme l’autre considèrent que l’espérance véritable ne saurait être fondée sur autre chose que la lucidité sur l’homme : en conséquence ce n’est pas faire oeuvre de pessimisme que de regarder de face la question du mal. L’un comme l’autre montrent que la notion globalisante de religion est très dangereuse. On trouve cette intuition girardienne dans certains aphorismes pascaliens :  » Sur ce que la religion chrétienne n’est pas unique. – Tant s’en faut que ce soit une raison qui fasse croire qu’elle n’est pas la véritable, c’est au contraire ce qui fait voir qu’elle l’est.  » Autrement dit, le christianisme trouve une validité en ce qu’il fonctionne à l’inverse de l’univers religieux non-biblique. Pascal écrit également :  » Il ne faut pas confondre et égaler les choses qui ne se ressemblent que par l’obscurité et non pas par la clarté, qui mérite qu’on révèle les obscurités.  » Ce qui était intuition chez Blaise Pascal devient explication avec René Girard, à condition de comprendre par clarté évangélique l’anthropologie du désir mimétique. C’est parce que la Bible et les Evangiles disent la vérité sur les hommes et sur leurs sociétés qu’il faut les prendre au sérieux quant à ce qu’ils disent de Dieu.

L’histoire du christianisme est jalonnée par quelques penseurs qui construisent par leur génie l’intelligence de la foi chrétienne. Il y eut Augustin de Tagaste, Thomas d’Aquin, Blaise de Clermont-Ferrand. Mais l’importance de leur contribution n’apparaît pas toujours pleinement de leur vivant. Il est très difficile aux hommes de reconnaître le génie de leurs contemporains là où il se trouve, justement à cause de ces rivalités mimétiques dont sont habités les prétendants à la vérité. En conséquence peut-être faudra-t-il attendre la prochaine génération pour que les chrétiens mesurent l’importance de l’apport girardien. Cependant le temps presse car le relativisme à outrance fragilise aujourd’hui l’Eglise jusqu’en son clergé. Il serait donc opportun d’accélérer les choses, d’autant que notre homme est encore en excellente santé. Par accélérer les choses nous n’entendons pas qu’il faudrait assassiner René d’Avignon, mais plutôt que les chrétiens devraient relever la tête sans attendre et réaliser la chance que représente un tel penseur.
En ces temps où nombre d’organes de presse confient leurs tribunes de réflexion sur les questions religieuses aux Bouvard et Pécuchet de l’exégèse télévisée, le nouveau livre de René Girard – Je vois Satan tomber comme l’éclair – est une bouffée d’oxygène salvatrice, un sursaut d’intelligence inespéré. Et cette oeuvre essentielle s’adresse à tous car elle ne suppose pas pour être comprise l’expérience préalable de la foi.

La violence et le sacré,
à partir de René Girard

Jean Lambert

11 janvier 2003

On parle beaucoup de la violence aujourd’hui, trop peut-être. Dans cette ambiance, peut-on considérer les idées de René Girard comme encore d’actualité ou, au contraire, seraient-elles dépassées ?

La réponse, évidemment, doit prendre en compte l’évolution récente de la pensée de René Girard, notamment à partir de son dernier livre : Celui par qui le scandale arrive, qui fait montre d’une évolution intéressante. Il y a aussi de nouvelles études sur la  » spirale mimétique  » de René Girard. La même philosophe, …….. Demessine, philosophe politique, qui mène l’interview dans Celui par qui le scandale arrive, est aussi celle qui a réuni tout dernièrement un ensemble d’études sur le mimétisme, ce qui manifeste un nouvel intérêt pour la pensée de René Girard.

Pour commencer, notre exposé rappellera le noyau de la théorie girardienne. Nous dirons ensuite quelques mots de l’évolution récente de la pensée de René Girard. A partir de là, enfin, nous bifurquerons sur deux questions :

  • cette théorie mimétique est-elle toujours pertinente pour l’anthropologie biblique ?
  • comment cette théorie peut-elle nous aider, aujourd’hui, à comprendre les questions de la violence?

Au préalable, et comme entrée en matière, nous partirons d’une constatation.

L’homme a perdu les régulations instinctives de la violence. La violence, un problème essentiellement humain

Quand deux loups, deux mammifères, deux mâles se battent pour la domination, ils ne s’entre-tuent pas … Le mâle qui tient l’autre à la gorge, ne l’égorge pas. Il attend d’obtenir les signes de la soumission. Quand il les a, il s’arrête et fait de l’autre soit un compagnon, soit un exclu. Autrement dit, il y a une régulation de la violence dans les espèces animales.

Or cette régulation de la violence, on peut dire tout à la fois que, dans l’espèce humaine, elle n’existe pas et qu’elle existe. Gilles Deleuze disait, dans un petit livre remarquable : l’homme n’a pas d’instincts ; il fait des institutions . Formule ramassée pour dire que, là où la régulation est précodée dans les espèces animales, tout se passe comme si, dans l’espèce humaine, cet encodage, cette régulation des instincts avait disparu et, parce qu’elle a disparu, elle a laissé place à la culture, c’est à dire à l’élaboration des institutions. Formule un peu rapide, pour dire finalement que c’est parce que nous sommes dépourvus d’instincts que nous sommes devenus intelligents. Bergson, après tout, l’avait déjà dit.

Or ce qui est intéressant c’est de se placer à cette charnière. C’est précisément ce que nous dit aujourd’hui René Girard : maintenant, je m’intéresse à Darwin, à l’hominisation, à la sélection naturelle, etc.., je veux voir en quoi ma théorie mimétique, ma théorie du sacrifice, du bouc émissaire, est pertinente pour comprendre cette évolution de l’homme.

Comment se fait-il, d’abord, que, ayant perdu nos régulations instinctuelles, particulièrement dans la gestion de nos comportements avec nos congénères, nous ayons gardé trace de beaucoup de ces comportements mammifères ? On pourrait, par exemple, dire que la politique est  » mammifère « , qu’elle est le jeu de la domination et de sa régulation. Quand deux êtres humains se rencontrent, l’un se redresse, dresse les pattes antérieures, regarde l’autre et attend qu’il baisse les yeux, le col et les épaules et dise  » je suis ton dominé « . Il suffit de voir deux chefs d’Etat qui se serrent la main. Nous sommes ainsi mammifères par 80 % de nos comportements.

Et cependant nous ne le sommes pas. La régulation instinctive de notre violence s’est perdue ; nous sommes devenus, comme le dit Nietzsche, le plus bel animal de proie. Ce qui veut dire que nous n’avons plus la chance de pouvoir rester des animaux, de fonctionner dans les limites de notre codage instinctuel. Que sommes-nous, sitôt que nous sortons des limites de notre espèce ? nous sommes … des meurtriers, des assassins ; nous sommes pire que l’animal, plus bas que la bête. Toute l’histoire est là, et particulièrement l’histoire tragique du siècle dernier, pour montrer que nous sommes capables de bien pire que le lion ; l’animal ne fait pas souffrir l’animal, il ne met pas à mort son congénère, même si, ici ou là, il y a des exceptions liées à des questions de territoires, de générations et surtout de reproduction. Paul Ricœur disait : ce qui reste incompréhensible pour moi, c’est que l’homme fasse souffrir l’homme . On est bien là devant le problème radical de la violence humaine.

Car la violence est finalement un problème humain. Ce n’est pas un problème cosmique, ni biologique. C’est un problème spécifiquement et exclusivement humain. Que faisons-nous avec nos congénères ? Les animaux ont des règles biologiques. Nous les avons perdues. A leur place, dit-on, nous avons mis des règles institutionnelles, la loi, la politique, le droit, la régulation des conflits par la non-violence. Sans doute, mais sitôt que nous dérogeons à la loi, à la règle culturelle, nous voyons qu’il nous reste l’impossibilité d’être animal et que notre seule possibilité est la cruauté. Une question doit nous hanter maintenant : est-il vrai, comme le soutiennent certains, qu’il y a un principe de cruauté chez l’être humain ? Qu’est-ce que cela voudrait dire ? L’animal ne torture pas et ne prend pas plaisir à faire souffrir son congénère. Nous, oui ; et cela sans exception.

La théorie de René GIRARD (une théorie anthropologique)

Là-dessus, Girard propose une théorie, dont il précise bien qu’elle est anthropologique. Son souci est de se situer parmi les anthropologues comme quelqu’un qui réfléchit à l’anthropologie du 19ème siècle et qui essaie d’en extraire le meilleur. Ces gens-là (Frazer et les autres) ont eu d’excellentes intuitions ; même s’ils se sont un peu trompés, il faut reprendre le dossier là où ils l’avaient laissé et le retravailler. Ces intuitions sont en quelque sorte une théorie en deux volets : la théorie du désir mimétique et la théorie du mécanisme sacrificiel. Un premier volet de psychologie inter-individuelle ; un second volet d’anthropologie sociale et culturelle.

La théorie du désir mimétique

Passons assez vite sur la théorie mimétique. Le désir humain n’est pas le besoin, que nous partageons avec l’animal ; le désir, c’est ce qui fait que nous manquons. Nous avons comme l’animal des besoins : nourriture, vêtement etc.. Mais nous avons en plus ce manque à être qui fait que nous sommes des humains et qui s’appelle le désir. Qu’est-ce que le désir ? Girard rappelle que ce n’est pas une structure à deux termes (un sujet qui désire un objet) mais une relation à trois termes : le sujet qui désire ; le modèle qui est imité ; et l’objet qui est désiré par les deux. Le désir est triangulaire. On désire toujours par imitation du désir d’un autre. L’idée n’est pas propre à René Girard : on la trouve déjà chez Aristote, chez Platon. C’est la théorie bien connue de la mimesis (l’imitation). Mais il était essentiel de rappeler, comme le fait Girard, le poids considérable de l’imitation dans les rapports inter-humains. Girard élargit fortement cette théorie puisqu’il dit : les hommes ne savent pas ce qu’ils désirent, sinon imiter.

Cette théorie a beaucoup d’intérêt. Elle permet d’expliquer beaucoup de mécanismes. On l’a utilisée dans l’économie. Qu’est-ce que le grand magasin, la grande surface ? Ce n’est pas mettre beaucoup de marchandises devant les chalands ; c’est mettre beaucoup de chalands les uns en face des autres, ce qui fait que lorsque vous voyez quelqu’un tendre la main vers un filet d’oranges vous vous dites aussitôt : ah oui, moi aussi, il me faut des oranges. L’idée est de mettre des clients en rapport les uns avec les autres pour que le désir des uns accroisse le désir des autres. On peut aussi expliquer de cette manière les mécanismes de l’éducation. Qu’est-ce que se construire pour un enfant, sinon imiter des adultes, ses parents d’abord, d’autres ensuite ? Prenez quinze enfants, mettez-les dans une pièce, puis prenez quinze ballons tous identiques et mettez-les dans la pièce ; il ne se passera pas longtemps avant que les enfants ne se battent tous pour le même ballon. Cela nous montre déjà la suite de l’histoire : le désir mimétique engendre la violence.

On peut en dire autant de la mode – ou de la propagande ou de la publicité – dont les mécanismes peuvent s’éclairer de la même manière. Qu’est-ce que la mode, sinon se distinguer en étant tous pareils ? et qu’est-ce que se distinguer, si ce n’est l’effort pour être au-dessus des autres tout en étant semblable ? Effort qui me poussera toujours à cultiver la petite différence grâce à laquelle je serai pareil, mais pas tout à fait. On voit là comment on entre dans une lutte.

La théorie mimétique est à la fois très simple et très compliquée ; c’est une dialectique très fine du même et de l’autre (Michel Serres). La relecture de la mimesis par René Girard a consisté à bien analyser le jeu subtil de la différenciation et de l’indifférenciation. Nous passons notre temps à essayer de nous différencier et en même temps à nous imiter. Or si nous nous imitons, nous nous ressemblons et se ressembler c’est en quelque sorte disparaître, s’identifier. Notre effort sera donc aussi de se re-distinguer. C’est dans cette tension du même et de l’autre que la violence va s’engendrer.

Comment ? prenons un exemple qui a beaucoup frappé René Girard. Vous marchez sur un trottoir et quelqu’un vient vers vous en sens inverse, sur la même ligne. Vous partez un peu vers votre droite, il part un peu vers sa gauche, vous repartez un peu vers votre gauche, il repart vers sa droite, vous repartez vers votre droite, il repart vers sa gauche …. Cela n’a l’air de rien et pourtant Girard soulignait que c’est cela le même et l’autre et tout d’un coup cela se rétrécit et finalement la trajectoire devient la même chose.

– mimétisme et rivalité

L’explication peut être simple : si j’imite le désir d’un autre pour acquérir le même objet, j’entre évidemment en rivalité avec lui. Autrement dit, imiter, c’est rivaliser. Et Girard nous dit que cette théorie du désir mimétique, il l’a retrouvée chez tous les grands écrivains. Chez Dostoïevski par exemple dans L’éternel mari, histoire de ce veuf qui fréquente les anciens amants de sa femme et particulièrement l’un d’entre eux, un don Juan à succès. Ce veuf retombe amoureux d’une jeunesse et il se décide à lui offrir un cadeau ; il invite son ami à venir acheter avec lui le cadeau, à le conseiller ; puis à venir offrir le cadeau avec lui à la jeune personne ; et arrive ce qui doit arriver, le don Juan à succès séduit la belle et notre veuf constate son désastre, plein de désir, dit Dostoïevski. Et qu’est tout notre théâtre de vaudeville, ce triangle avec toujours la mari, la femme et l’amant ? est-ce autre chose que la mise en scène, comique ou tragique, du désir mimétique, du mimétisme du désir ? Nous ne savons désirer qu’en imitant le désir d’un autre.

Il n’y a pas d’autonomie de nos désirs. Nous ne savons pas ce que nous voulons. Notre désir est toujours en quelque sorte sous la dépendance, sous l’influence du désir des autres, par le biais de la culture, des parents, du milieu social, de l’éducation etc.. Nous avons appris à désirer ceci ou cela. Et même lorsque nous croyons être superbement autonomes, nous dit Girard, en réalité nous imitons, non pas par le biais d’une médiation externe (le modèle des autres), mais par une médiation interne : le modèle est en moi mais je le cache, et plus je le cache, plus j’imite, comme Julien Sorel dans le Rouge et le Noir qui avait pour modèle Napoléon. Cache ton modèle, c’est le secret de la violence. Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es … qui tu hais … qui tuer. Ce n’est pas que nous ayons un instinct de violence. La logique même du mimétisme du désir fait que nous entrons dans une concurrence, celle du commerce, des échanges, de la propagande, de la publicité, dans tous les milieux, y compris intellectuels … cette concurrence qui fait que nous rivalisons. D’où une deuxième conclusion de René Girard : les hommes désirent moins ceci ou cela que de rivaliser.

En résumé : premier temps, je ne désire qu’en fonction d’un modèle ; deuxième temps, nous ne désirons pas tant ceci ou cela, par imitation, que de rivaliser.

– mimétisme, rivalité et violence

Vient alors finalement le moment ou l’objet même est oublié. On ne sait plus pourquoi on s’imitait. C’est le face-à-face qui devient l’enjeu. Il n’y a plus qu’une relation duelle entre le sujet et le modèle et donc leur rivalité. C’est, nous dit René Girard, la figure caractéristique dans les mythes des jumeaux, la lutte des identiques et des doubles. Dans les mythes mêmes, les monstres, tout ce qui est dualité, ne sera pas autre chose que ce danger majeur pour notre culture que deux doubles arrivent à se constituer l’un par rapport à l’autre. On le voit bien aujourd’hui dans le domaine politique ou militaire. Plus rien ne peut arrêter les deux qui sont face à face.

Michel Serres prend un exemple humoristique : que la plus jolie femme du monde se promène nue sur les Champs-Elysées, il y aura quelques sifflets, quelques quolibets … et rien d’autre ; cela se passera bien. Mais que deux citoyens en viennent aux mains parce que l’un garait sa voiture et que l’autre lui a pris la place, alors ils sortent de leur voiture, ils s’échauffent, la foule se rassemble, on prend partie pour l’un ou pour l’autre et bientôt ils s’entre-tuent : on le voit bien dans certains faits divers. Ce n’est pas la libido, ce n’est pas l’éros qui est le fond du problème, comme le pensent certains ; c’est la pure rivalité dans le mimétisme qui est source de la violence.

On est donc devant une situation qui peut être catastrophique : si chacun de nous est pris ainsi dans le mimétisme du désir, de proche en proche, nous imitant les-uns les autres (nous sommes tous à la fois imitateurs et imités, à la fois sujet et modèle) nous sommes tous mutuellement pris dans ce filet. La situation est telle que de proche en proche elle s’auto-alimente, on oublie bientôt les objets de la rivalité et il ne reste plus que la pure rivalité qui s’emballe. La violence est comme le feu sur la lande, comme les épidémies, elle est contagieuse, elle se généralise très très vite. On sait combien il suffit d’un tout petit déclencheur pour que la violence gagne le collectif qui est menacé de disparition.

Pourquoi ? parce que nous n’avons plus les mécanismes régulateurs de l’instinct qui font que le loup n’égorge pas son rival qu’il tient à la gorge. Nous, nous poussons la violence jusqu’au bout.

Un mécanisme régulateur : le sacrifice ou l’expulsion d’une victime

Alors, dit Girard, les sociétés ont inventé un mécanisme régulateur, tout à fait remarquable, qu’il situait, lorsqu’il en a parlé la première fois, à la naissance du néolithique, il y a dix mille ou douze mille ans. Aujourd’hui il va beaucoup plus loin et parle de centaines de milliers ou de millions d’années, enquêtant sur le passage de l’hominisation. (j’avais dit moi-même à Michel Serres que le problème religieux, c’était la mémoire de l’hominisation ; et il avait répondu : très intéressant, mais il faudrait le démontrer). Or voilà que René Girard est précisément parti sur cet aspect de la question.

Les sociétés humaines ont donc mis en place un mécanisme régulateur. Un mécanisme , il est important de le souligner. Est-il conscient ou inconscient ? C’est une sorte d’automatisme acquis, pour éviter que la violence ne dégénère et que de proche en proche, dans sa furie, elle n’emporte le collectif. Contagion qui dans les mythes est la maladie (la peste de Thèbes), les plaies d’Egypte, tous les signaux par lesquels les textes mythiques ou légendaires montrent une confusion généralisée, un désordre, un  » chaos  » qui se répand et qui menace l’existence même du collectif.

Pour y faire face, les sociétés ont mis en place le sacrifice, le mécanisme sacrificiel. C’est bien, c’est clair, c’est intelligent, c’est rationnel, c’est élégant. Mieux vaut  » qu’un seul meure, plutôt que tout le peuple « . Que fait le berger au gué, lorsque le loup menace de l’autre côté ? Il prend la brebis la plus impotente, la plus inutile, la lance au loup pour sauver le reste (ce n’est pas tout à fait ce que fait le bon berger ! – c’est là toute la différence). Il s’agit de faire converger sur l’un d’entre nous, l’un du collectif, la violence disponible en chacun et d’expulser du collectif cette victime, qui devient ainsi la victime émissaire, le fameux bouc émissaire. Cette expulsion étant généralement une mise à mort, mais pas toujours. L’essentiel est que la victime soit chassée.

Ce deuxième geste est très important par les conséquences que, selon René Girard, on peut en déduire. La première conséquence, comme le disait très bien Michel Serres, est que René Girard nous explique comment on passe du collectif au groupe. Personne ne nous a expliqué la naissance de la société. Nous partons tous du fait que la société existe. Bien sûr il y a la théorie des contrats, la théorie de Hobbes, etc..mais comment est-on passé de l’état de collectif à l’état de groupe constitué ou de groupe social organisé ? La formule du sacrifice c’est tous contre un. C’est l’unanimité. Il faut que la violence de tous converge sur la victime émissaire. Ensuite, nous sommes dans la situation tous moins un, lorsque la victime a été chassée ou mise à mort. Qu’est-ce que c’est qu’un groupe social organisé ? c’est tous moins un qui oublie moins un. C’est un collectif qui a expulsé l’un de ses membres et qui l’a oublié.

Oublié ! Vraiment oublié ? Rome a commencé par la place du Capitole (a rapprocher de caput, tête). C’est quoi, cette tête que l’on trouve enterrée sous la place de Rome, selon ce que nous dit Tite-Live, sinon celle de la victime ? C’est quoi, le Soldat Inconnu ? c’est quoi, nos tombeaux au centre de chaque village ? Bien sûr c’est l’histoire, qui mérite d’être honorée en l’occurrence. Deux ou quatre millions de morts, la première guerre … et combien pour la seconde ? Bien sûr, c’est de l’histoire. Mais par ailleurs, sur quel rituel anthropologique ancien, archaïque se conjugue la mémoire, la construction du souvenir ? la thèse est un peu celle-ci : en toute société, la naissance du groupe social constitué se fait au prix de l’expulsion d’un de ses membres, mais nous l’avons à la fois oublié et pas oublié, oublié et célébré, oublié et conservé. Nous sommes dans la méconnaissance de cet enchaînement. Nous ne voulons pas très bien savoir que le collectif s’organise sur la mise à mort de l’un (ou plusieurs) d’entre nous.

– une victime prise au hasard

Cette victime, qui est-elle ? La réponse de Girard est qu’elle est prise au hasard. Le choix de la victime se fait au hasard. Encore faut-il le démontrer. Car les mythes, les légendes, les contes, semblent insinuer que nous allons aider le hasard. Comment choisir l’un d’entre nous, puisque nous sommes tous des doubles dans la lutte mimétique ? Sitôt que l’un d’entre nous se signale un peu aux autres par un petit détail, attention, tous les regards vont se porter vers lui ! Alors la victime choisie  » au hasard  » c’est bien sûr …. le bossu, le tordu, le rouquin, comme dans les cours de récréation celui qui louche, qui bégaie un peu, celui qui boîte, qui a le pied bot (Œdipe = pied enflé), celui qui présente la plus petite distinction possible qui le mette déjà à l’écart de sa parfaite ressemblance avec tous les autres, une pointe d’accent, l’étranger, le bistre, le noir ……Autrement dit nous demandons à la nature d’aider notre élection au hasard de la victime. Mais fondamentalement c’est le hasard, cela peut-être l’un d’entre nous. Comme dit la chanson, le sort tomba sur le plus jeune.

La victime est souvent femme, comme par hasard, depuis le fond des âges. Rappelez-vous comment Michel Serres raconte :  » Agamemnon part pour Troie faire la guerre. Il descend au Pirée. Mais les vents sont défavorables. Alors, pour obtenir des vents favorables, Agamemnon fait un vœu : je fais sacrifier, en retournant à Athènes, le premier venu.. Et qui vient vers lui, ce matin-là, dans l’aube fraîche, pour lui dire au revoir, cheveux au vent et ceinture flottant ? sa fille, Iphigénie. Et, le salaud, …. il la tue. Le mythe montre bien ici que la règle ne souffre pas d’exception, fût-on le père de la première venue. Démonstration : que ce matin-là, le premier venu soit le premier venu , la probabilité en est de un sur un, c’est-à-dire totale, absolue ; mais que ce matin-là, la première venue, sur cette route, soit la fille du roi, la probabilité c’est e, c’est un sur l’infini, c’est infime. La rencontre de deux probabilités telle que l’une est égale à 1 et l’autre égale à e , est ce que l’on appelle, en mathématiques modernes, le hasard. Le mythe grec fonctionne rigoureusement selon la règle du hasard. Il l’énonce : la victime est choisie au hasard « .

Ce qui peut conduire à se poser beaucoup de questions sur nos élections. Certains théoriciens se sont amusés à imaginer le modèle d’une société où le choix de toutes les fonctions serait fait par tirage au sort. Il a été démontré que cela ne serait pas beaucoup plus  » pagailleux  » que l’autre fonctionnement, au soi-disant mérite, avec des élections supposées bien raisonnées et bien réfléchies.

– la victime, symbole du un, de l’unité. Victime et pouvoir.

La victime, aussi, c’est la naissance de l’unité, au sens mathématique du terme, du un. Un contre tous. Nous sommes tous indifférenciés, dans la lutte mimétique au sein du collectif en feu. Et voilà qu’ émerge  » un « , différent de tous les autres. C’est l’apparition du un, de l’unité. C’est l’apparition du calcul et de la rationalité : mieux vaut qu’un seul meure plutôt que tout le peuple, un vaut pour tous.

C’est aussi, en un certain sens, la naissance du politique : sitôt que l’on distend un peu le moment qui sépare le choix de la victime du moment prévu pour son exécution, pendant ce temps là, la victime règne, elle est royale. Qu’est-ce que le roi ? pas autre chose que l’élu du collectif en attente ou en sursis de son expulsion. La vieille monarchie – à laquelle je suis férocement hostile – reposait un peu sur cette logique. Le choix du roi, c’était le hasard génétique. Quel meilleur hasard que le hasard génétique qui désigne sans désigner, qui désigne précisément le premier venu. Avec la consanguinité cela donne des choses assez navrantes. Cela ne veut pas dire que tout roi a le sort d’Henri IV ou de Louis XVI. Mais ce que l’histoire montre bien, c’est que, d’une certaine façon, le roi ne meurt jamais et qu’il est toujours en attente de sa mort. La République fait peut-être un peu mieux : elle prévoit tout simplement la mort du roi. Au bout de cinq ans (ou sept ans) : au revoir Monsieur, vous n’êtes qu’un citoyen.

Chez les Aztèques, la victime sacrificielle était justement celle qui, une fois le choix fait, recevait tous les honneurs, régnait, gouvernait, avait tous les avantages, tous les plaisirs …. et puis vient le jour de la mise à mort. Dans certains rituels tibétains, lors de la fête, tel mendiant est élu pour pouvoir quêter librement et peut devenir millionnaire en peu de temps : il peut aller partout et partout, on doit lui donner. Mais la rançon de cela, c’est que, à l’heure prévue, il a intérêt à quitter Lhassa et à fuir, car on va le poursuivre et il sera mis à mort. Certains en réchappent.

On a donc bien trace, ici ou là, de ces rituels qui font que, pendant un temps, celui à qui on confie la responsabilité de gérer le collectif n’est pas autre, finalement, qu’une victime en sursis. Cela vaut pour tout et pour tous, pour le conférencier, pour le maître d’école, le professeur (les cahiers au feu, la maîtresse au milieu) … Quiconque est en position de focaliser vers lui un collectif, est un mis à mort potentiel. Il faut le savoir quand on exerce le métier de l’enseignement. Il faut le savoir d’ailleurs dans beaucoup de métiers : la responsabilité, d’une manière ou d’une autre, est une mort en sursis où le collectif vous attend. Ce n’est pas une question de vengeance ; c’est une question de logique, c’est la question de l’origine du pouvoir.

– la victime, futur héros qui a apporté la paix

Enfin le dernier point, à propos de la victime, c’est l’ambivalence de la situation. Une fois la victime expulsée, le collectif va faire sa paix. Le groupe est constitué. Mais cette paix est provisoire, on le devine bien. Bientôt, le mimétisme va reprendre et s’emballer ; de proche en proche la violence va renaître et bientôt il faudra faire de nouveaux sacrifices, et donc de nouvelles victimes. Autrement dit, les sociétés marchent au sacrifice (comme une voiture à l’essence). Qu’importe la victime, pourvu qu’on ait le sacrifice. Cependant celle qui, hier, était la pire d’entre nous, la sorcière, celle qu’il fallait tuer, brûler, unanimement, demain, dans la mémoire des bourreaux, va devenir la sainte. Ah, sainte Jeanne ! qui nous a valu une telle paix, hier brûlée comme sorcière, demain honorée comme sainte. Il y a donc après le sacrifice, dans la mémoire des bourreaux, apothéose de la victime, voire divinisation de la victime. Celle qui peut le moins va, pour un temps, pouvoir le plus.

Mais on le voit, cette ambivalence du sacré, ce changement de position, de la pire qu’il fallait éliminer à la meilleure qui, dans la mémoire des bourreaux, nous a apporté la paix, fait que la victime change du tout au tout, du négatif vers le positif. Ce serait la source de l’héroïsation et même de la divinisation, l’origine des dieux. Les dieux sont des victimes ressuscitées dans la mémoire d’un groupe, que l’on honore pour être responsables de la fondation du groupe, de la naissance du social constitué, organisé.

Deux exemples : le premier est élémentaire. Voilà des enfants désordonnés dans la cour de récréation. La maîtresse dit : venez, on va faire une ronde en chantant et on va tous s’asseoir. Elle prend son foulard et va le placer derrière un des enfants. Celui-ci doit se lever et courir après elle, qui doit venir prendre sa place. C’est le jeu de la  » chandelle « . Avec un quasi-objet, je marque l’un quelconque du collectif qui devient le bourreau et poursuit celui ou celle qui devient alors victime ; et la victime doit prendre la place du bourreau. Si elle ne le peut pas, si elle est rattrapée avant, alors elle va au centre objet des quolibets, clouée au pilori, et ne peut quitter sa place que si une autre la remplace. Ainsi, depuis le fonds des âges, dans les écoles, nous apprenons aux enfants le mécanisme sacrificiel, et on ne l’avait pas vu. La mémoire de nos rituels se perpétue, y compris dans les jeux les plus innocents de l’éducation. Ce jeu aurait dix mille ans ; on le trouve chez les Berbères et il date du néolithique.

Autre exemple : le film la Règle du jeu de Jean Renoir (1939). Dans un jeu de lutte mimétique, valets et patrons se livrent à des jeux d’imitation, jusqu’à ce que la confusion s’en mêle dans le château où tous sont invités, avec des quiproquos, à des jeux de double ; et finalement un coup de feu part , l’un est mort, celui précisément qui était venu de l’extérieur, et cette disparition fait que le collectif va retrouver sa paix.

Pertinence de la théorie mimétique et victimaire, au regard de l’anthropologie biblique

Quelle est la pertinence de ce double modèle, la théorie mimétique et le mécanisme victimaire, par rapport à l’anthropologie biblique ?

Toutes les sociétés, selon Girard, énoncent en quelque sorte ce mécanisme victimaire et ce mimétisme du désir et tous les groupes le font en approuvant la bonté, la validité, l’efficacité du mécanisme. C’est une bonne chose que ce mécanisme, c’est une bonne chose que le sacrifice, puisque cela permet d’engendrer la paix dans un collectif autrement menacé de disparition.

Toutes les cultures, sauf une.

Singularité de la culture judéo-chrétienne

C’est là le point particulier. Sauf une, qui dénonce le sacrifice, en proclament l’innocence de la victime. Toutes les sociétés voient ce mécanisme, dans leurs mythes, leurs rituels par son bon côté, celui de l’efficacité : il est bon qu’un seul meure pour tout le peuple . Une seule culture, dit René Girard, la judéo-chrétienne (ou chrétienne ?), ne se place pas du point de vue des bourreaux et des persécuteurs, mais du point de vue de la victime et dénonce le mécanisme en défendant l’innocence de la victime.

C’est toute la lecture que Girard va faire du  » biblique « . La culture judéo-chrétienne nous dit :  » Mais la victime est innocente . Vous ne l’aviez pas vu .Vous vous réconciliez sur la mort de l’un d’entre vous, mais cette victime n’y est pour rien. « 

C’est la lecture que Girard va faire des prophètes, mais aussi de beaucoup d’autres textes de l’Ancien Testament, par exemple le jugement de Salomon, auquel il revient souvent. Voilà deux femmes qui se battent mimétiquement pour le même enfant. La différence construite par le jugement du roi met en évidence que l’une veut la vie de l’enfant, tandis que l’autre veut la mort de l’enfant, c’est-à-dire continuer le mimétisme, ce qui engendre meurtre et violence. On voit bien ici comment le texte décode ce mécanisme. Et aussi Job et beaucoup d’autres passages. Et bien sûr, ajoute René Girard, les Evangiles sont en grande partie construits sur la révélation du mécanisme sacrificiel, révélation où, pour la première fois dans la culture mondiale, il est clairement dénoncé. Tout en ayant toutes les apparences d’un sacrifice traditionnel classique, romain pourrait-on dire, la Passion du Christ en est l’exact inverse ; elle le retourne comme un doigt de gant :  » Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font  » . La Passion nous montre que Jésus est une victime innocente. Innocence de la victime qui précisément met en évidence la violence des bourreaux et celle des persécuteurs.

Et là – surtout dans  » Les choses cachées depuis la création du monde  » – Girard se livre à une réhabilitation de la victime, de toutes les victimes ; à la démonstration que la victime est réhabilitée dans le texte biblique ; que Jésus révèle le meurtre fondateur dans les Evangiles et que la Passion met cela en évidence dans une sorte de non-violence radicale de celui qui pousse le mécanisme jusqu’à son extrême limite et qui, au lieu de se révolter et se livrer à la violence ( » Pierre, remets ton épée au fourreau « ), subit le mécanisme victimaire au lieu de l’effectuer , de l’approuver . Girard réinterprète de la même manière le discours d’Etienne dans les Actes et il conclut, ce qui est le plus intéressant : maintenant que cette révélation est proposée, c’est le texte lui-même qui est devenu victime, c’est le texte chrétien, qui révèle le mécanisme sacrificiel fondateur, qui est devenu lui-même un bouc émissaire, ce dont on ne saurait s’étonner. Il est naturel qu’on ne veuille pas entendre et reconnaître ici le caractère performant de la Révélation chrétienne. Il est tout à fait logique que les hommes ne veuillent pas entendre ce récit qui leur révèle leur propre violence et qu’ils le combattent.

N.B. : Sur ce point, Girard a bien sûr été très attaqué, pour avoir déplacé son discours du mécanisme anthropologique au texte lui-même.

Autres exemples de lecture  » girardienne « 

Dans le même sens, on peut ré-interpréter, à la lumière de la théorie de René Girard, beaucoup d’épisodes, particulièrement bibliques (1). Par exemple II Samuel 21. Comment David va exterminer les descendants de Saül, pour fonder sa propre dynastie. Il y a là une espèce de meurtre sacrificiel étonnant, généralisé, lequel renvoie, dans une bonne exégèse, à des choses que l’on trouve dans des textes d’Ougarit, concernant la vierge Anath qui se livre aussi à une extermination ; reprise ici de vieux thèmes liés à des sacrifices agraires. On a donc dans le texte biblique une trace très profonde de rituels sacrificiels anciens, de sacrifices humains transformés en sacrifice végétaux, et aussi probablement de pratiques sacrificielles qui sont à la naissance du politique.

Un autre passage est intéressant, en Actes 1, 18 : la seconde mort de Judas. Il faut la lire finement. Première mort de Judas : il se pend. Seconde mort, assez horrible : il est poussé et tombe en avant, ses viscères se répandent sur le champ du sang et il y a là une mort bizarre, qui va en quelque sorte être escamotée. Escamotage que l’on peut rapprocher d’un autre, en Actes 5,1, le meurtre caché d’Ananias et Saphira. Confondus de simonie par Pierre, l’un après l’autre, placés devant lui, tombent morts, curieusement, puis on passe aux obsèques. Cela fait penser à la mort de Romulus : les sénateurs sont là, ils entourent Romulus, et tout d’un coup il a disparu ; probablement diasparagmos, lynché et dépecé.

Tout cela pour souligner qu’à la fondation du christianisme, les textes nous rappellent que ces premiers chrétiens ne sont que des hommes et rien que des hommes ; et que le mécanisme sacrificiel fonctionne toujours, à l’origine du pouvoir (aujourd’hui, quand des militants trahissent la cause au commencement du parti, que font les responsables du parti ? ils les éliminent, physiquement). Expulsion victimaire. Ce texte à l’origine de la communauté chrétienne, actes 5,1, est intéressant : le sacrifice est escamoté, selon toutes les règles d’un escamotage du mécanisme sacrificiel, parce qu’on ne veut pas le montrer ; le texte y fait à peine allusion. Mais alors pourquoi ce texte a-t-il été conservé ? pourquoi n’avoir pas nettoyé le texte complètement ? Justement pour bien montrer que les premiers disciples ne sont que des hommes et que c’est bien en tant qu’hommes qu’ils doivent prendre en charge le message qui leur a été transmis.

Dans le cas de la deuxième mort de Judas, c’est assez intéressant. Le fait d’être poussé en avant et de répandre ses viscères, selon le terme grec extrêmement technique et précis, et ensuite que ces viscères soient répandus, est l’exact inverse d’un sacrifice grec. Si on prend toutes les étapes de l’opération, tel que le texte des Actes les présente, et si l’on sait par ailleurs ce qu’est le sacrifice grec du bœuf, tout est à l’inverse. Le bœuf n’est jamais poussé, la mise à mort est discrète (elle n’est jamais montrée sur les décors peints sur les vases ou autres objets), le bœuf est ensuite soigneusement éviscéré, avec une répartition très codée. Tout le récit des Actes est donc empreint comme d’une ironie formidable par rapport à toute la logique antérieure du sacrifice, remémorée pour une dernière fois à propos de l’expulsion de Judas. C’est assez étonnant.

Trois questions qui subsistent

Première question

Girard en arrive maintenant (surtout dans son dernier livre : Je vois Satan tomber comme l’éclair ) à identifier le mimétisme et le mal. Le mimétisme, c’est la  » chute « . Les animaux ne sont pas vraiment mimétiques parce qu’ils ont l’instinct qui les empêche de l’être totalement. Mais nous, n’ayant plus cet instinct, nous commençons avec le mal radical et le mal radical c’est le mimétisme, c’est la comparaison, c’est l’imitation. Que vaut cette explication ? Selon nous, elle est insuffisante. Peut-on, comme cela, passer du concept théologique de mal radical à son éclairage par une donnée anthropologique telle que le mimétisme humain, fût-elle forte et universelle ?

Deuxième question

Si l’on considère que le christianisme révèle le mécanisme victimaire et que Jésus est le révélateur de cette violence en chacun de nous, lorsqu’il nous propose la règle de l’amour en lieu et place de la règle du meurtre et de la violence, on aboutit alors à quelque chose d’un peu embarassant : c’est que l’on fait ainsi, en quelque sorte, une apologétique chrétienne, qui se veut démonstrative. Girard nous démontrerait que le christianisme est vrai, scientifiquement. Cela gêne un peu. Au point que René Girard revient dans son dernier ouvrage, à grand renfort, sur la grâce, en soulignant largement qu’on ne peut pas comprendre la portée et le contenu du message chrétien et son côté révélateur de la violence humaine fondamentale, sans une révélation c’est à dire sans une grâce particulière, au sens paulinien du terme. Girard, au fond, a senti cette critique d’une apologétique un peu trop facile: si tu es si démonstratif que cela, tout le monde devrait être chrétien ; si ta démonstration est si rationnelle, qu’est-ce qu’un christianisme qui découlerait rationnellement des écritures saintes ? C’est une question qui peut laisser perplexe.

Troisième et dernière question

Girard dit qu’il s’intéresse maintenant à l’hominisation et au passage de l’animalité à l’humanité ; en quelque sorte le passage de l’instinct, pour l’animalité, à la loi et au droit , pour l’humanité, pour réguler la violence. Mais entre les deux, qu’est-ce qui a permis cette transition, qui s’étend sur des millions d’années ou des centaines de milliers d’années (allez savoir le temps qu’a pris l’hominisation ! on n’est pas encore très au clair sur ce sujet). C’est pourtant dans cet immense intervalle que s’est produit quelque chose de très important. C’est là que s’est mis en place le mécanisme sacrificiel, le religieux. En quelque sorte le religieux aurait accompagné, aurait opéré le passage de l’animalité à l’humanité et nous conserverait la mémoire de ce passage. Le religieux, sans doute, n’est pas uniquement cela, mais anthropologiquement il est cela. Le religieux aurait permis ce passage en particulier parce qu’il aurait permis de faire, au fur et à mesure, la bonne sélection des bonnes solutions culturelles et aurait conservé la meilleure, c’est-à-dire le sacrifice, la solution la plus efficace, la plus économique. De telle sorte que, perdant progressivement notre instinct, nous aurions gagné progressivement nos institutions. C’est là une idée extrêmement intéressante et on attend là-dessus les travaux complémentaires de René Girard.

Mais cela pose une question, par rapport à ce que disent les anthropologues contemporains et les psychanalystes à propos de la fonction symbolique. C’est-à-dire cette loi intraitable – ce que Lacan appelait l’Autre – par laquelle on entre dans l’ordre humain et qui est la loi du langage, qui est le fait que l’on ne choisit pas ses parents, pas son nom, pas les règles de grammaire et du langage ; que je ne choisis pas ma filiation, que je ne choisis pas la mort, que je bute sur la différence sexuée ….etc.. C’est-à-dire qu’il y a un certain nombre de traits de cette fonction symbolique qui font que je suis un être humain, et pas un animal. C’est cela, la fonction symbolique, qui constitue mon humanité et en marque en réalité les limites et les fondements.

Aujourd’hui, pourrait-on dire, ce qui manque aux jeunes, ou ce qui manque dans la violence sociale, ce n’est pas tant l’autorité (pour justifier des politiques autoritaristes et sécuritaires), c’est la transmission de la fonction symbolique. Rien de plus criminel que de laisser croire à des enfants et à des jeunes qu’ils sont nés sans père, c’est-à dire qu’ils sont leur propre père, c’est-à-dire encore que le monde commence avec leurs choix, comme veut le leur faire croire la publicité ; qu’il leur faut oublier la filiation.

C’est pour cela que le clonage est, par un certain côté, un crime contre l’humanité. Il limite l’inattendu de l’évolution, l’imprévisible de la création . Le Paraclet, le Saint-Esprit, c’est l’inattendu de la création. Nul ne sait ce qui va venir. La vie invente à profusion des formes nouvelles, dans un hasard génétique extraordinaire. Si on supprime ce hasard, où va-t-on ? limitation de l’humanité, de l’évolution, de la vie, du Paraclet ? Elle est d’une pauvreté intolérable, cette idée qu’on puisse se  » re-produire « . Nous ne nous re-produisons pas, nous  » pro-créons « .

Pour comprendre tout cela, il faut bien mesurer ce qu’est la fonction symbolique : c’est une sorte de transcendance anonyme qui dépasse les individus et régit les rapports entre humains. On pourrait même dire que les plus athées ou les plus agnostiques de nos savants sont bien obligés de rencontrer là une règle, une loi, un principe structurant de l’espèce humaine.

La question que l’on peut alors poser est de savoir quel rapport il y a entre, d’une part, cette espèce de transcendance par principe au cœur de l’espèce humaine et, d’autre part, la genèse progressive que Girard nous propose et nous promet de pouvoir construire peu à peu, qui marquerait l’apparition du mécanisme sacrificiel comme le régulateur des relations humaines.

En d’autres termes, comment concilier la mise en évidence d’un mécanisme  » anonyme  » (puisque les hommes l’utilisent sans savoir d’où il vient et sans en être vraiment conscients) d’origine anthropologique, par en-bas, à partir de l’animalité, avec le fait que, que jusqu’à maintenant, chez les auteurs de l’anthropologie  » canonique « , on a l’affirmation d’une espèce de transcendance  » en soi  » tout à la fois  » vide  » (ce n’est pas Dieu), mais en même temps loi fondamentale, fondatrice de toutes les lois. Comment l’évolutif et le transcendant peuvent-ils se recouvrir ?


(1) cf. Jean Lambert,  » Comment faire corps ? Fondation et morts suspectes dans quelques textes bibliques  » in Fondements et crises du pouvoir, de S. Franchet d’Espérey et div. – Ed. Ausonius – Bordeaux 2003

Montgomery Clift, Derrida et Lévinas. Subjectivité et sacrifice.
Jean-Christophe Goddard
(Université de Toulouse Le Mirail)

Dans le dernier chapitre de la Violence et le sacré, René Girard prévient que les phénomènes les plus essentiels de toute culture humaine continueront d’échapper à la pensée moderne tant qu’elle ne comprendra pas le caractère opératoire du bouc émissaire et de ses succédanés sacrificiels, c’est-à-dire leur caractère de processus réel. Cet avertissement est des plus importants. Il porte en lui la promesse d’une terrible lucidité.

Il est remarquable qu’il soit presque immédiatement suivi d’une évocation du cannibalisme et du regret que celui-ci n’ait encore, à l’instar de l’inceste, trouvé son Freud et été élevé, malgré les efforts du cinéma contemporain, au rang de mythe majeur de la modernité. Le jugement est peut-être sévère et il n’est pas certain que le mythe cannibale, ou, pour être plus précis, le mythe du dépeçage omophage, n’ait pas été au cœur sinon au principe de l’essor du cinéma mondial. Il se pourrait même que ce soit son caractère central, c’est-à-dire précisément son efficacité comme mythe, qui en masque la présence ou qui oblige à la minimiser. On songera à la comptine cruelle sur laquelle s’ouvre M. le Maudit et par laquelle, au centre de la ronde enfantine, comme au centre du film, est ouvert l’espace victimaire : le sort de la prochaine victime est bien d’y être mangé.

Exemplaire, à cet égard, est la pièce de Tennessee Williams, portée à l’écran par Mankiewicz en 1959, Soudain l’été dernier, en laquelle le thème oedipien incestueux est résolument replacé dans la perspective de la violence dionysiaque omophage. Certes Montgomery Clift, auquel John Huston confiera en 1962 le rôle de Freud, n’est pas le Freud du cannibalisme. Il n’en reste pas moins que, dans Soudain l’été dernier, faisant accoucher Elisabeth Taylor d’une vérité incroyable, que « personne n’a cru», que « personne ne peut croire », « personne, personne au monde », le docteur Clift met à nu ce que le sacré désigne comme « la vérité de l’homme » et que le mécanisme de la victime émissaire empêche d’apparaître en la posant hors de l’homme dans la divinité. La vérité est que le sex-appeal de Liz Taylor provoquant sur la plage, dans son maillot transparent, le désir homosexuel, c’est-à-dire l’emballement mimétique indifférenciant de ce que Nietzsche appelait, dans La naissance de la tragédie, la « très jeune » foule dionysiaque, la « bande d’enfants nus » de
Cabeza de Lobo, a mécaniquement, comme la danse de Salomé – à laquelle Girard a consacré un remarquable texte –, pour effet le déchaînement de la violence sacrificielle unanime contre son cousin Sébastien . « Ils avaient arraché, coupé des morceaux de son corps avec leurs mains, ou avec des couteaux ou peut-être avec les boîtes de conserve déchiquetées qui leur servaient à faire de la musique », raconte Liz Taylor, « ils avaient arraché des lambeaux de son corps et les avaient enfoncés dans leurs petites bouches avides et goulues ». C’est cette « histoire » incroyable que Katharine Hepburn, la mère de Sébastien, véritable Jocaste moderne, demande vainement à Clift d’extirper par lobotomie du cerveau de sa nièce. Il est remarquable que le dernier mot de la pièce de Tennessee Williams revienne au personnage que joue Clift invitant pensivement, « les yeux dans le vague », à se demander si sa patiente « ne dit pas la vérité… ».

La violence et le sacré de René Girard est tout entier une réponse à cette invitation. Il atteste que Liz Taylor ne mentait pas. Mais il ouvre aussi sur une compréhension de ce que pouvait signifier en 1959 la représentation cinématographique, c’est-à-dire universelle, d’une telle histoire. Car, si les succédanés du bouc émissaire sont bien des processus réels, la représentation universelle du sacrifice de Sébastien opère effectivement sur la société universelle impliquée par le phénomène cinématographique. Comprendre le caractère opératoire du bouc émissaire, c’est comprendre que le spectacle de son sacrifice visible aux yeux de tous, rituellement répété au fil des séances, permet d’obtenir des résultats – selon l’expression même de Girard – « hautement concrets » – et d’abord celui de concentrer toutes les tensions intérieures à une société pour « rendre sa vigueur à un ordre culturel déprimé et fatigué », comme l’est celui de la société mondiale d’après-guerre. Le film de Mankiewicz n’est pas ainsi une simple représentation de la vérité : il est déjà la mise en œuvre de cette vérité sous la forme ambiguë qu’elle revêt nécessairement ; à savoir sous la forme d’une occultation de ce qu’elle révèle et répète – et répète d’autant plus efficacement qu’elle l’occulte. Au point de faire croire que le cinéma est un simple loisir.

Toute cette histoire est en réalité l’histoire de ces figures mythiques et comme telles opératoires que sont dans l’Amérique de la fin des années cinquante « Liz » et « Monty ». N’est-il pas manifeste que le rapport de
Catherine (la nièce de Sébastien) et de Sébastien est exactement celui qu’entretiennent publiquement Elisabeth Taylor et Montgomery Clift depuis environ une dizaine d’année au moment de la rédaction de la pièce de Tennessee  Williams ? A savoir, un puissant attachement amoureux contrarié par l’homosexualité de Monty et progressivement transfiguré en protection maternelle infaillible. « On nous prenait parfois pour un couple en voyage de noce, mais on s’apercevait vite que nous avions des…des cabines séparées », confie Catherine dans la pièce. En 1961, dans les Misfits, John Huston fera allusion à la possessivité de la mère de Monty (dans la scène de la cabine téléphonique au tout début de l’épisode du rodéo) ; mais, il est clair qu’en 1959, dans Soudain l’été dernier, cette mère possessive – «il était à moi ! » s’écrie Violette Venable dans la pièce – est tout simplement incarnée, avec une précision qui vaut plus qu’une simple allusion, par la figure glaciale de Katharine Hepburn : comme Sunny, la mère de Montgomery Clift, Violette voyage seule à travers le monde avec son fils pour le soustraire à toute vie sociale. Tennessee Williams – pour lequel Montgomery Clift avait joué la première fois en 1945 – et Mankiewicz pouvaient-ils ignorer que Monty, séparé de sa jumelle, avait vécu des années en couple avec sa mère ? La figure incestueuse de Sunny ne devait-elle pas inspirer l’écriture sinon la mise en scène de Soudain l’été dernier ?

Monty, véritable Œdipe moderne menait alors à travers le film de Mankiewicz, publiquement et, déjà miné par l’alcool, plus ou moins consciemment, l’enquête qui, à travers l’interrogatoire de Liz Taylor, devait le
conduire à révéler sa propre monstruosité: non pas l’inceste, ni l’homosexualité, mais de concentrer sur soi et d’apaiser par son propre sacrifice la violence unanime. Monty est si peu le Freud du cannibalisme qu’il est
en réalité Sébastien lui-même, toujours filmé de loin ou de dos, sans visage – comme une simple indication du lieu qui revient en propre au sujet du sacrifice. Dans la pièce, la mère de Sébastien précise que son fils, « à la recherche de Dieu » ou plutôt d’une « image claire et nette de Dieu », avait trouvé cette image dans le spectacle d’oiseaux déchiquetant et dévorant la chair de jeunes tortues de mer sur les Îles Galapagos. Une image que sa nièce interprète comme une « image qu’il avait de lui-même » : une image de lui-même « comme victime d’une sorte de sacrifice ! un sacrifice offert à quelque chose de terrifiant », à une sorte de dieu cruel. Et c’est cette image de soi que Sébastien proprement accomplit dansla scène du dépeçage cannibale ; une scène que la nièce décrit comme une agression par « une nuée de petits moineaux noirs et déplumés ».

La figure absente, effacée et excessivement présente de Sébastien, qu’aucun acteur interprète, est en réalité celle de l’acteur américain mythique, en lequel s’incarne et prend forme le cannibalisme comme mythe moderne. C’est cette figure qui opère le processus réel à l’œuvre dans la représentation cinématographique.

C’est par une telle figure de l’indifférenciation – dont la différence est précisément de réaliser en soi le neutre, le quelconque, le pauvre en différence – qu’est possible l’établissement et le rétablissement incessant de l’ordre social différencié.

Arthur Miller dit avec une précision déconcertante l’efficacité de telles figures. Il faut prendre au sérieux dans les Misfits – dont Miller fut le scénariste – la scène du bivouac dans la plaine sauvage. Elli Wallach (Guido), parlant de Marilyn Monroe (Roslyn), y soutient qu’elle possède plus et mieux que la connaissance, une « sollicitude (care) » qui la met en harmonie avec toutes choses, au point que « ce qui arrive à n’importe qui lui arrive aussi ». A Marilyn qui proteste en affirmant qu’elle est « juste nerveuse », Wallach rétorque : « s’il n’y avait pas des gens nerveux sur terre, on en serait encore à se manger entrenous ». Le sujet
nerveux (Marilyn, Monty…) : celui dont la présence active et auto-destructrice préserve la communauté des violences intestines, assure l’évacuation de la Violence en individuant et, pour ainsi dire, en condensant en
soi l’abaissement généralisé des différences, qui est au principe de la guerre et que la guerre intensifie – qu’a intensifié à l’extrême que l’on sait la seconde guerre mondiale.

Ce que Soudain l’été dernier nous apprend, c’est que le bouc émissaire est une image de soi – que c’est sous la forme d’une image de soi, c’est-à-dire d’une figure de la subjectivité librement revendiquée, que le bouc émissaire opère et produit son effet dans la société mondiale en crise depuis les années trente. Cette image de soi ou cette figure de la subjectivité est ainsi au cœur de la production littéraire et intellectuelle du siècle. «Dès qu’un grand écrivain apparaît, la platitude est ébranlée », écrit encore Girard dans le dernier chapitre de La violence et le sacré. C’est-à-dire est ébranlé le processus par lequel la culture propre à la socialité différenciée minimise la violence même de l’acte sacrificiel qui la fonde. Au tout début de Mort à crédit, Céline n’écrit-il pas qu’il va « raconter des histoires » telles que ceux qui sont « repartis loin, très loin dans l’oubli se chercher une âme […] reviendront, exprès, pour [le] tuer, des quatre coins du monde » ? A-t-il fait autre chose ? N’avons-nous jamais été tenté de nous agréger au groupe ha ineux de ses assassins potentiels, à moins que minimisant la violence de sa position, nous n’ayons choisi, comme Gide, de n’y voir qu’une exagération comique. Impossible, en réalité, de distinguer chez Céline l’acte d’écrire et l’attraction sur soi de la Violence unanime. Séparer l’homme de l’écrivain, le salaud du romancier, reviendrait à séparer le bénéfique du maléfique qui agissent pourtant de concert dans le processus réel du bouc émissaire. Comprendre le caractère opératoire du bouc émissaire, c’est aussi comprendre cette inséparabilité : da ns le dernier chapitre de la Violence et le sacré, Girard félicite ainsi Derrida d’avoir, en refusant de séparer les deux sens opposés de pharmakon (poison et remède) exhumé, ré vélé le jeu de la violence qui habite le discours philosophique.

Pour bien comprendre le rapport de la violence et de la philosophie, il faut toutefois s’en remettre à l’article consacré en 1964 par Derrida à Lévinas sous le titre : Violence et métaphysique. Derrida y soutient que
la violence, « ou plutôt l’origine transcendantale d’une violence irréductible », est la nécessité « à laquelle aucun discours ne sa urait échapper dès sa plus jeune origine ». Cette « violence transcendantale » consiste dans l’instauration de soi-même comme autre de l’autre : dans la position de deux origines séparées du monde ; une dissymétrie originaire, pré-éthique, qui seule permet, pour Derrida, ultérieurement la dissymétrie inverse, la non-violence éthique que promeut Lévinas. Or, cette violence est une moindre violence. La doctrine derridienne de la violence est bataillienne – du moins selon une certaine lecture de Bataille. La moindre violence du discours s’oppose en effet avant tout à « la pire violence du silence primitif et prélogique d’une nuit inimaginable qui ne serait même pas le contraire du jour, d’une violence absolue qui ne serait même pas le contraire de la non-violence : le rien ou le non sens purs » – un non sens auquel, d’après Derrida, on est reconduit par la violence de l’hyperbole démonique du Cogito cartésien en son moment inaugural et propre, lorsque la différence du singulier, du séparé, ne peut s’éprouver que comme la différence solitaire d’une ouverture excédant follement la totalité du sens déterminé. Cette pire violence est celle de la dépense pure, anéconomique du sacrifice bataillien. C’est la puissance menaçante d’une telle violence absolue que Derrida oppose en fin de compte à Lévinas en défendant la violence relative du discours, qui commence avec la profération du Cogito, et qui reprend la dépense anéconomique dans une économie de la différa nce – car seule cette profération et cette économie permettent la séparation et de parler l’un à l’autre. La violence de la philosophie est d’abord l’expulsion de cette folie – ou, si l’on veut, l’expulsion du sujet nerveux qui par sa participation et sa sollicitude universelles, comme Marilyn, excède toute communication possible dans l’ordre de la connaissance.

Le reproche fait par Derrida à Lévinas est de ne pas avoir compris la nécessité de fonder la relation éthique à l’autre dans la violence transcendantale et économique de la séparation du même et de l’autre moyennant l’auto-position du même. Le reproche est juste. Mais, il ne révèle pas une insuffisance de l’éthique lévinassienne. Il met plutôt à jour son intention et sa signification fondamentales : écrire une philosophie en tièrement du point de vue de ce qui, afin même de le rendre possible, est originairement expulsé du discours philosophique. Ecrire une philosophie du point de vue de cette subjectivité originellement expiatrice qui prend sur soi et réalise en elle-même par la totale substitution à autrui – en deçà de toute position de soi – la violence pure d’un débordement de l’essence – c’est-à-dire de l’intérêt à être.

Là encore, le bouc émissaire est une image de soi ou plutôt un accomplissement subjectif. Les éléments principaux du chapitre IV d’ Autrement qu’être, que Lévinas présente comme le germe de l’ensemble de l’ouvrage, ont d’abord été exposés lors d’une conférence faite à la Faculté Universitaire de Saint Louis le 30 novembre 1967, avant de donner lieu à publication dans la Revue philosophique de Louvain en octobre 1968.

Ils sont donc postérieurs à l’article de Derrida et y répondent d’une manière inattendue. Dans ce texte central, Lévinas oppose la pseudo-transcendance, la fausse altérité du non-moi posé activement par le Moi auto-positionnel de Fichte à la transcendance absolue du non-moi subie dans la souffrance par un Moi exposé sans réserve à l’autre, et la perspective ainsi ouverte d’une authentique « fraternité humaine » – celle qui nous établit dans la proximité (pour reprendre la lettre de l’exergue) « des millions et des millions d’humains de toutes confessions et de toutes nations, victimes de la même haine de l’autre homme, du même antisémitisme », que celui dont furent victimes « les six millions d’assassinés par les nationaux-socialistes », mais aussi dans « la responsabilité de ce dont, dans le persécuté, il n’y eut pas volonté », c’est-à-dire la « responsabilité de la persécution même qu’il subit ». Ainsi exposée concrètement au poids de l’êt re, à la maladie, à la souffrance, à la mort, « sous le poids de l’univers – responsable de tous», la subjectivité lévinassienne est exclusivement « sujétion » ; et cette sujétion est ce qui la contraint à se contracter toujours plus en soi – et donc à être soi. Expressément articulée à la violence extrême de la guerre mondiale, la philosophie lévinassienne du sujet offre, d’une manière exemplaire, les éléments théoriques permettant de comprendre comment le sacrifice, le dépeçage par une nuée de rapaces goulus, l’exposition sans réserve à la Violence, puisse être à l’orée des années 60 une image positive de soi – et passer pour le ferment d’une nouvelle fraternité.

La substitution sacrificielle à l’autre jusque dans la responsabilité de la persécution subie refoule, rejette le sujet dans « le plein de l’un » ; elle le contracte au point de « l’empêcher de ce scinder, de se séparer de soi pour se contempler ou pour s’exprimer » ; à tel point que le Moi lévinassien est « absolument moi », « unicité exceptionne lle », « je unique et élu ». Cette plénitude ne va pas toutefois sans une fissure. Une fissure qui n’a rien à voir avec la fissure du Je fêlé kantien dont parle Deleuze en 1968 dans Différence et répétition, et qui tient à la passivité du moi à l’égard de son auto-activité – c’est-à-dire est liée à son auto-affection ou au
to-monstration. C’est à force d’être compacté sous le poids du monde que le Moi lévinassien finit par « étouffer », par se fendre et par éclater. Cette fission n’a rien à voir non plus avec la scission dialectique hégelienne – et le chapitre d’Autrement qu’être auquel nous faisons référence porte distinctement la mar que de l’anti-hégélianisme qui lui est contemporain et notamment de l’anti-hégélianisme affiché par Derrida dans l’article de 1967 sur l’hégélianisme sans réserve, paru en mai, quelques mois avant la conférence de Lévinas à la Faculté Universitaire de Saint-Louis.

L’éclatement, l’ouverture du plein ne va en aucun cas jusqu’à la séparation qui permettrait le retour à soi ou le jeu de l’auto-monstration. Le Soi « ne cesse de se fendre », écrit Lévinas. La singularisation extrême du retour à soi et l’universalisation de l’éclatement sont parfaitement simultanés, conjoints dans une même « stance », le Sujet lévinassien se tenant constamment dans « l’entre-deux » de son individuation et de son
effacement. Or, il est remarquable que cette « stance », ou station, est précisément celle de la victime sacrificielle, « immolée » pour tous, dont Lévinas construit ici l’identité subjective. La réponse de Lévinas à Violence et métaphysique est alors précisément de décrire la substitution en usant du vocabulaire bataillien par lequel Derrida désignait en mai 1967 l’idéal subjectif à opposer à la négativité hégélienne: la « dépense
débordant les ressources », la « dépense sans compter », la « gratuité » opposée à l’économie restreinte de la compta bilité. Ce que, dans le premier chapitre d’Autrement qu’être, en 1970, Lévinas condense dans l’expression de « sacrifice sans réserve », « sans retenue ». C’est donc le risque d’une toute autre violence que la violence inhérente au discours philosophique que veut prendre Lévinas.

Et Derrida peut bien lui reprocher son imprudence. Ce risque, le livre de René Girard l’éclaire, en 1972, par l’éclairage qu’il porte sur le processus réel à l’œuvre à travers l’émergence dans l’ensemble de la culture, élevée par la guerre au rang de culture mondiale, de cette figure singulière de la  subjectivité qu’est la substitution totale dans la concentration sur soi de la Violence unanime.
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Régionales 2015: Attention, une image peut en cacher une autre (Not surprising they get bitter: It’s pure, arrogant elitism, stupid !)

15 décembre, 2015

sarkozychirac_metroDepuis 1975, les pays riches ont versé 16.500 G$ en aide internationale. L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 800 G$. Pourtant, son PIB réel par habitant a stagné et cette région demeure la plus pauvre de la planète malgré son potentiel économique énorme, ses réserves de pétrole et ses ressources minières importantes. Si certains pays sont pauvres, ce n’est pas parce que l’aide internationale est insuffisante, c’est parce que leurs régimes politiques, viscéralement corrompus, font obstacle à la croissance. D’ailleurs, il est à présent de notoriété publique que l’aide internationale qui a transité par des organisations gouvernementales a surtout servi à enrichir la classe politique des pays récipiendaires, parmi laquelle figurent des dictateurs et autres despotes de tout acabit. (…) dans les faits, le Fonds vert de l’ONU consiste à prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres sous couvert de changements climatiques.  Nathalie Elgrably-Lévy
Quand un homme politique ou un chef de parti au Royaume-Uni est battu ou s’il échoue, il démissionne. Il n’y a pas de règles, rien d’écrit—nous n’avons même pas de Constitution — mais c’est une tradition. Moyennant quoi notre classe politique est régulièrement renouvelée, et laisse émerger de nouvelles têtes. En mai, Ed Milliband, le chef des travaillistes, a rendu les clés du Labour après sa défaite aux législatives. A seulement 45 ans !  (…) Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Souvenez-vous des ex-Premiers ministres comme John Major et Gordon Brown, qui ont disparu après leur défaite. Ou de David, le frère aîné d’Ed Miliband, qui avait perdu contre lui en 2010 pour diriger le Labour : il travaille dans le monde associatif à New York ! Le revers de la médaille, est-ce un certain manque d’expérience ? Peut-être, mais ce système me semble quand même plus sain parce qu’il y a moins de professionnels de la politique et des profils plus variés. Perdre devient moins grave : on passe à autre chose, et on laisse la place sans trop s’accrocher. [La vie politique] est frappée d’une sorte de paralysie, d’une difficulté à évoluer avec les changements du monde. Une chose me frappe : les trois principaux candidats à la présidentielle de 2017 seront les mêmes qu’en 2012 ! On retrouvera peut-être aussi Bayrou et Mélenchon. Si ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes, l’offre politique est limitée. Cela explique en partie la désillusion des Français envers leurs élus. (…) Alain Juppé qui brigue la tête de l’Etat à plus de 70 ans, c’est difficilement concevable chez nous. Comme le retour de Nicolas Sarkozy après son échec. Manuel Valls est considéré comme un jeune… et il a 53 ans ! (…) Régler ce type de problème avec des lois, c’est absurde. Il faut plus procéder par l’exemple, comme Bruno Le Maire qui a démissionné de la fonction publique. Ou mettre en pratique le non-cumul des mandats (il s’appliquera en France en 2017). Les Britanniques se sont étonnés que Claude Bartolone puisse rester président de l’Assemblée en faisant campagne. Sophie Pedder (The Economist)
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Obama
Soljenitsyne était une baderne passéiste absurde et pontifiante, machiste, homophobe, et confis en bigoteries nostalgiques de la grande Russie féodale et croyante.(…) C’était un perroquet utile de la propagande « occidentale ». Utile car au contraire de tous ceux qui avaient dénoncé avant lui le goulag et les camps staliniens, Soljenitsyne était une voix de droite parmi les plus réactionnaire. Jean-Luc Mélenchon (sénateur membre du bureau national du PS, 04/08/08)
Quand Pécresse fait des affiches disant « nous ne voulons pas devenir la Seine-Saint-Denis de Bartolone », c’est du racisme là aussi. Se rend-elle compte de l’opprobre qu’elle jette sur un million et demi d’habitants ? (…)  Elle tient les mêmes propos que le FN, elle utilise une image subliminale pour faire peur. Avec un discours comme celui-là, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche qu’elle défend en creux. Claude Bartolone
Marion Maréchal-Le Pen is the new deserved “It Girl” of French politics and a clear voice of courage and common sense in a country and continent in need of both. In 2012, she earned the distinction of being France’s youngest elected Member of Parliament. Last week she handily won the first round of a race for the leadership of a large important region in southeastern France that’s home to the beautiful port city of Marseilles. Unfortunately, she lost the run-off election today because the two establishment Parties joined forces to defeat her. (…) For some time now, I’ve admired the bold style of Marine Le Pen, who wrestled control of the leadership of her populist party in order to purge it of any trace of anti-Semitism, which it had unfortunately been tainted with in the past. But I’m especially impressed with the courage of her young niece who is a devout Catholic and unapologetically pro-life – not an easy thing for a politician to be in a country that’s aggressively secular. More importantly, young Marion Maréchal-Le Pen is unashamed to champion France’s Judeo-Christian identity and heritage as something worth preserving and fighting for. She publicly proclaims it, setting an example for even American politicians to be so bold. With France (and indeed all of Europe) caught up in an existential crisis against radical Islam, these are the sentiments they need in their leadership. The Charlie Hebdo attacks last January and the Paris attacks last month were a tragic wake up call for France. The forces of civilization are engaged in a great war against the Death Cult that is radical Islam. This year the conflict reached the shores of France, which has become the Western Front of this Great War, thanks in part to the migrant crisis overwhelming the European Union. (…) To this, Marion Maréchal-Le Pen declares that France is not an Islamic land, but Muslims are welcome to become French citizens “only on condition that they bend to the customs and the way of life that Greek, Roman and 16 centuries of Christianity fashioned. » What she’s saying should not be controversial. It’s common sense. The western values enjoyed by every French citizen regardless of their religion are necessarily rooted in those 16 Christian centuries. Our understanding of human rights and human dignity comes from the Judeo-Christian worldview that shaped modern Europe. If you transplant to your shores a foreign population that’s hostile to the very things your country stands for, you won’t have a country for very long. This is the hard truth. You can’t maintain a peaceful liberal democracy with people who want to impose Sharia law on you. But for some reason saying this out loud is considered “hate speech” or xenophobia in Europe. They can even press criminal charges against you for it! We see members of a Death Cult gun down Parisians in a café and concert hall, slaughter cartoonists at their desks, shoot up a Jewish market, sell women and girls into sexual slavery, stone gays to death, crucify and behead Christians, and declare their intention to infiltrate and destroy western countries. But the Left reserves its harshest criticism not for the murderous Death Cult, but for any leader offering commonsense solutions to curtail the terrorists’ ability to wage war on the innocent. The Left wraps itself in political correctness and multiculturalism like a suicide vest. They’d rather blow up the whole country than admit the stupidity of thinking a nation can remain the same after inviting in millions of people who despise its values. (…) But their dangerous ideology is being “mugged by reality.” People are waking up. Young Marion Maréchal-Le Pen built her electoral win last week by going to the rural small business owners – the average French citizens who have been ignored by their elite politicians and have had enough. We see the same thing happening here in America. Call it the rise of the populists. Pundits are already seeing the similarities between Marion and Marine Le Pen, Donald Trump, and Sen. Ted Cruz (R-TX). All are non-establishment candidates taking on corrupt, entrenched, and detached political elites who are more interested in preserving their own power than in defending their countries. It’s time to wake up, America. Nowhere in Europe or America is safe from this Great War against the Death Cult. San Bernardino wasn’t a one-off phenomenon. ISIS is already here. According to a House Homeland Security report, over 250 people in the U.S. have attempted to join ISIS (that we know about), and 82 have been caught in ISIS plots. Meanwhile, the FBI has nearly 1,000 open cases involving ISIS that we know of. We don’t have a handle on this situation now, but our insane politicians want to import more so-called “refugees.” Forgive me if I’m a little skeptical about the refugee part. We just learned that ISIS is forging fake Syrian passports, and we already know that two of the Paris attackers entered Europe posing as refugees. We have no way to vet anyone coming to our country. This is why we need to seal the borders. And we must speak candidly about the need for those coming here to assimilate to our values, as immigrants have always done in the past. (…) When Marion Maréchal-Le Pen speaks of France’s 16 centuries of Judeo-Christian history and heritage, her rhetoric isn’t about “hate” or xenophobia. It’s about love – that deep love of country we call patriotism. Sarah Palin
Quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose. Qu’est-ce que le Front national pour le peuple, et notamment pour la fraction du peuple qui vote pour lui ? Un parti de classe, plus populaire et plus prolétarien que le Parti communiste ne le fut jamais au faîte de sa splendeur : 46,5 % des ouvriers, 41,5 % des employés, 41,4 % des chômeurs, une place croissante chez les paysans et une forte domination chez les jeunes (34,8 % chez les 18-24 ans). Le vote du Front national représente l’idéal rêvé de la sociologie bipolaire du marxisme : l’alliance du prolétariat et des classes moyennes contre les classes dirigeantes. A l’inverse, la « résistance » républicaine, comme dirait Jean-Christophe Cambadélis, est constituée par les cadres moyens et supérieurs, les patrons, les bobos, les intellectuels à haut revenu. Sociologiquement, nous sommes dans la lutte des classes du milieu du XXe siècle. Et le programme du Front national, revu par Marine Le Pen et Florian Philippot, ne dément pas cette posture : défense de l’emploi et des services publics, retraite à 60 ans, protectionnisme, hostilité à l’Europe libérale, laïcité. C’est, à des détails près, le programme de la CGT, du Parti communiste et du Front de gauche. La seule différence notable porte sur l’immigration et la sécurité ; c’est là, à n’en pas douter, que se fait la décision chez les électeurs : 28 % pour le FN, contre 4 % au Front de gauche, soit un rapport de un à sept. C’est dire que c’est là le point décisif ; il ne sert à rien de tenter de l’escamoter en se retranchant derrière le conditionnement économique et social. A l’inverse, qu’est-ce que le Front national pour la classe politique ? Un parti fasciste ou protofasciste. Depuis quelques jours, on entend beaucoup évoquer Vichy, la Résistance, les bruns – c’est-à-dire le nazisme. C’est en brun que le FN est représenté sur les cartes en couleurs du Monde. Au soir du premier tour, on a même avancé que le FN était contraire à notre Constitution : en ce cas, il faut l’interdire au plus vite. (…) Le vote Front national est pour partie croissante une réponse au mépris dans lequel les élites tiennent aujourd’hui le peuple, et le clivage que l’on a vu éclater dimanche soir était, hélas, un clivage de classe. Il pouvait pourtant espérer, ce peuple, que l’admirable sang-froid dont il fait preuve depuis janvier, son refus de répondre aux provocations, à la violence émanant de l’islamisme radical, lui vaudraient quelque satisfecit. Pas du tout. Nos professeurs de morale attendent toujours le pogrom antimusulman qui justifierait rétrospectivement la suspicion dans laquelle ils tiennent depuis des années les classes populaires. (…) Il est temps, si l’on veut le combattre efficacement, d’analyser à nouveaux frais ce phénomène d’extrême droite qui ne touche pas seulement la France mais l’Europe tout entière ; faire la part de ce qui relève des effets de la mondialisation sur les classes populaires, de leur paupérisation relative par rapport à un capitalisme prédateur et de ce que Laurent Bouvet appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène de désappropriation identitaire, fruit d’un brassage de populations d’ampleur inédite, n’a rien à voir avec le fascisme. S’il vous plaît, pas d’amalgame ! Jacques  Juillard
Le Front national (véritable vote de classes), à lui seul, capte près des trois quarts des votes des classes populaires, est logiquement surreprésenté sur ces territoires. Les logiques économiques accentuent cette rupture entre ces deux France puisque désormais l’essentiel des créations d’emplois se concentrent dans les grandes villes, et qu’au contraire l’emploi se désertifie dans la France périphérique. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire les catégories populaires ne vivent pas là où se créé l’emploi. Cette situation se cristallise et se renforce au rythme de l’évolution du prix du foncier suit, ce qui contribue à ce que les grandes métropoles, et les gagnants de la mondialisation, s’enferment telles des citadelles médiévales derrière le mur invisible de l’argent. (…) Il n’y a plus de zone de contact entre les classes populaires et la bourgeoisie urbaine (bourgeoisie traditionnelle ou bobos). Les personnes qui habitent dans les petites villes, les villes moyennes ou les zones rurales n’ont pas les moyens de la mobilité, et la mobilité des classes supérieures se réalisent essentiellement entre les métropoles nationales et internationales sans véritable contact avec le pays profond. (…) Les décideurs politiques (…) n’arrivent pas à prendre en compte la réalité de la France populaire et périphérique car, in fine, la «boutique» tourne très bien sans les classes populaires. Le système économique créé beaucoup richesses, le problème est qu’aujourd’hui l’économie ne fait plus société. (…) Jusqu’à maintenant, la stratégie des partis de gouvernement a été de considérer qu’avec un peu de redistribution et de péréquation, et sans véritable projet économique complémentaire, on allait contenter la France périphérique, un peu sur le modèle ce qui a été fait pour en banlieue. Cette stratégie atteint ses limites dans la France périphérique car on ne parle pas ici d’un problème à la marge mais de celui d’une majorité des classes populaires. Il est impossible de faire société en laissant de côté une majorité de la population. (…) 56 % des moins de 35 ans ont voté pour les listes de droite ou du FN. Chez les 18-24 ans, la droite et le FN atteignent même 61 % des suffrages! Le FN fait mieux que le PS auprès des plus jeunes: 23 % contre 19 %. (…) Cependant, il existe deux jeunesse populaires, celle des banlieues et celle de la France périphérique. La réislamisation de la jeunesse de banlieue – un islam identitaire qui ne passe pas forcément par la mosquée – est parallèle au réveil identitaire des jeunes de milieux populaires de la France périphérique. Ce n’est pas la religion qui en est le vecteur, car cette France est largement déchristianisée, mais le vote FN. (…) Dans un contexte de mondialisation, (…) les catégories modestes s’inquiètent de la montée du chômage et de la dégradation du modèle social, mais également de l’insécurité culturelle conséquence d’une instabilité démographique liée à l’intensification des flux migratoires. Nous assistons en fait au retour du conflit social et du conflit culturel. Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un «peuple Benetton» a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent. Des attentats au vote FN, c’est la fin du rêve d’une société mondialisée et apaisée, des tensions identitaires à la résurgence du conflit de classe, c’est le rêve d’un société libérale apaisée par le marché qui s’effondre sous nos yeux. (…) Le FN est un baromètre, qui mesure l’inaction des partis au pouvoir. Il est la conséquence de l’amplification de la fracture sociale, spatiale et identitaire. Le débat autour des intellectuels qui feraient le jeu du FN est absurde. Zemmour ou Onfray n’ont aucune influence sur le vote des milieux populaires! En estimant que le vote FN est impulsif, l’expression d’une colère irréfléchie, on dénie aux classes populaires le droit de faire leur propre diagnostic. En faisant intervenir des personnalités telles que Pierre Gattaz, Laurence Parisot, Bernard-Henri Lévy ou Dany Boon pour dire que le FN n’est pas républicain, économiquement nul ou crypto-fasciste, on fait progresser une défiance qui porte non seulement sur les politiques mais aussi sur les médias et les élites en général. (…) Le vote FN devrait continuer à progresser. A terme cela provoquera soit l’implosion des partis traditionnels, soit leur recomposition interne. Christophe Guilluy
En définitive, par goût du réel, on se résoudra à constater que rien n’a changé chez Nicolas Sarkozy. L’homme n’a jamais réussi à épouser le sens du sacré, à assimiler le sens tragique de l’Histoire, sinon lors de la parenthèse enchantée de 2007. Sa passion pour le ballon rond un soir d’élection où l’on demande au peuple français de se prononcer en dit long sur sa conception de la politique. Et à revoir cette séquence pour le moins indécente, on ne peut s’empêcher de penser qu’à l’expression de la souveraineté populaire à laquelle on le sent décidément hermétique, Nicolas Sarkozy ne se sent dans son élément que dans le sport. Le malheur est que ce sport a été transformé par la fameuse jurisprudence de l’arrêt Bosman où la libre circulation des joueurs a bouleversé la sociologie du football, au point que les entraineurs sont devenus des coachs, les présidents de club, des nababs du pétrole ou de la finance ; les agents de joueurs, des grands frères ; et les joueurs eux-mêmes des voyous tenant d’une main l’escort et de l’autre la Ferrari. Incompréhensible donc, à moins que Nicolas Sarkozy entende toujours devenir président mais de la Ligue 1. Théophane Le Méné

Attention: une image peut en cacher une autre !

Au lendemain d’une élection régionale où, eternel bouc emissaire mais avec quelque 7 millions de voix cette fois, le premier parti de France se voit voué aux gémonies et privé de tout mandat …

Par un pouvoir et ses alliés d’une extrême-gauche néo-stalinienne qui, dix mois à peine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hypercacher, n’a pas su voir arriver la pire attaque terroriste de son histoire et n’hésite pas à reprendre à son compte au nom de l’antiracisme les pires accusations racistes

Tout en prétendant redécouvrir, après les avoir abandonnés à une droite nationale honnie, les vertus cachées de symboles nationaux sur lesquels il a si longtemps craché …

Pendant que sur fond d’une véritable invasion de l’Europe par les crieurs d’Allah  akbar, une énième conférence prétendue historique n’a rien d’autre à proposer pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques que de « prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres » …

Quelle image plus révélatrice du mépris de nos élites pour la plèbe que celle de ce chef du parti de la droite et habitué des publi-conférences aux pays financiers du djihad qui en pleine soirée électorale rejoint le président qatari du PSG pour un match de son club préféré ?

Et comment ne pas y revoir la désinvolture d’un autre responsable, Golfeur-en-chef de son état, qui par son abandon de l’Irak et son inaction depuis a non seulement conduit à la création du pire mouvement terroriste de l’histoire mais n’arrivant toujours pas à nommer l’ennemi, a mis pas moins de quatre jours à reconnaitre la nature  terroriste du récent attentat de San Bernardino ?

Nicolas Sarkozy, président… de la ligue 1 ?
Théophane Le Méné
Le Figaro
14/12/2015

FIGAROVOX/HUMEUR – Nicolas Sarkozy était dans les tribunes du Parc des Princes lors de la soirée du deuxième tour des élections régionales. Un choix étonnant dont Théophane Le Mené ne s’est toujours pas remis.

Théophane Le Méné est journaliste.

C’était plus fort que lui. Quelque chose d’incoercible et que l’on peine à expliquer. Comme cette attraction à laquelle on ne saurait résister lorsque l’âge nous exempte de tout sens de la responsabilité. Comme ce penchant dans lequel on cède lorsque la désinvolture écrase la retenue. Comme ce stupéfiant qui annihile toute forme de raison dès lors qu’on y a goûté. On peut être enfant, dilettante ou stupéfait et verser dans la poésie, la littérature, l’aventure, le voyage et dans bien d’autres champs qui convoquent tout autant la légèreté que l’obsession. Mais à ceux qui se veulent premier magistrat de France, c’est la lourde cape de la responsabilité, de l’ascèse, de la circonspection ; et seulement elle. Malgré tout cela, Nicolas Sarkozy n’aura pu s’empêcher de se précipiter au Parc des Princes pour assister au match PSG-Lyon, alors même que tombaient les premiers résultats des élections régionales. Que la Normandie et l’île de France ne savaient pas si elles étaient bleues ou roses. Que la recomposition politique était visible en direct sur les plateaux de télévision.

Par goût de la provocation, on pourrait admirer cette liberté suprême qui confine à l’indifférence. Mais on remarquera que l’ancien président en fit un usage quelque peu déplacé lorsque devenu clef de voûte des institutions, il préféra prendre villégiature dans un yacht plutôt que dans une abbaye – il l’avait pourtant promis. Par goût des passions populaires et de la France gouailleuse, on pourrait objecter que Nicolas Sarkozy signifiait ici la beauté spécifique du football et l’humanité de ses héros, convoquant Albert Camus dont il est, dit-on, un grand lecteur («Tout ce que je sais de la morale, c’est au football que je le dois») ou bien encore Pier Paolo Pasolini («Le football est la dernière représentation sacrée de notre temps»). Mais il y a le football des gradins et le football des loges. Et puis il y a ce qu’en dit Eduardo Galeano dans «Football, ombre et lumière»: «L’histoire du football est un voyage triste, du plaisir au devoir. A mesure que le sport s’est transformé en industrie, il a banni la beauté qui naît de la joie de jouer pour jouer. […] Le football professionnel condamne ce qui est inutile, et est inutile ce qui n’est pas rentable.»

En définitive, par goût du réel, on se résoudra à constater que rien n’a changé chez Nicolas Sarkozy. L’homme n’a jamais réussi à épouser le sens du sacré, à assimiler le sens tragique de l’Histoire, sinon lors de la parenthèse enchantée de 2007. Sa passion pour le ballon rond un soir d’élection où l’on demande au peuple français de se prononcer en dit long sur sa conception de la politique. Et à revoir cette séquence pour le moins indécente, on ne peut s’empêcher de penser qu’à l’expression de la souveraineté populaire à laquelle on le sent décidément hermétique, Nicolas Sarkozy ne se sent dans son élément que dans le sport. Le malheur est que ce sport a été transformé par la fameuse jurisprudence de l’arrêt Bosman où la libre circulation des joueurs a bouleversé la sociologie du football, au point que les entraineurs sont devenus des coachs, les présidents de club, des nababs du pétrole ou de la finance ; les agents de joueurs, des grands frères ; et les joueurs eux-mêmes des voyous tenant d’une main l’escort et de l’autre la Ferrari. Incompréhensible donc, à moins que Nicolas Sarkozy entende toujours devenir président mais de la Ligue 1.

Voir aussi:

Pas d’amalgame !

Jacques Julliard

Marianne

12 décembre 2015

Ma conviction, la voici : quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose.

Non, ce n’est pas possible. Il n’y a pas 28 % de fascistes en France. Quelque chose ne colle pas dans le ton apocalyptique des titres et des commentaires au lendemain des régionales du dimanche 6 décembre. Il est vrai qu’au chapitre des apocalypses à répétition nous sommes servis depuis un mois. Il y a eu d’abord le 13 novembre et la perspective pour la France de vivre en permanence sous la menace du terrorisme le plus barbare. Quelques jours après, réunion à Paris de la conférence sur le climat : nous voici, nous-mêmes ou nos enfants, menacés d’être grillés vifs dans les prochaines décennies. Et voilà que depuis ce dimanche le fascisme est à nos portes. « Ça se rapproche », titre Libé. Le samedi, on nous assurait que le Front national n’était pas fasciste. Le lundi, le drapeau brun flottait sur la marmite.

Ma conviction, la voici : quand le peuple et la classe politique parlent du Front national, ils ne parlent pas de la même chose.

Qu’est-ce que le Front national pour le peuple, et notamment pour la fraction du peuple qui vote pour lui ? Un parti de classe, plus populaire et plus prolétarien que le Parti communiste ne le fut jamais au faîte de sa splendeur : 46,5 % des ouvriers, 41,5 % des employés, 41,4 % des chômeurs, une place croissante chez les paysans et une forte domination chez les jeunes (34,8 % chez les 18-24 ans). Le vote du Front national représente l’idéal rêvé de la sociologie bipolaire du marxisme : l’alliance du prolétariat et des classes moyennes contre les classes dirigeantes. A l’inverse, la « résistance » républicaine, comme dirait Jean-Christophe Cambadélis, est constituée par les cadres moyens et supérieurs, les patrons, les bobos, les intellectuels à haut revenu.

Sociologiquement, nous sommes dans la lutte des classes du milieu du XXe siècle. Et le programme du Front national, revu par Marine Le Pen et Florian Philippot, ne dément pas cette posture : défense de l’emploi et des services publics, retraite à 60 ans, protectionnisme, hostilité à l’Europe libérale, laïcité. C’est, à des détails près, le programme de la CGT, du Parti communiste et du Front de gauche. La seule différence notable porte sur l’immigration et la sécurité ; c’est là, à n’en pas douter, que se fait la décision chez les électeurs : 28 % pour le FN, contre 4 % au Front de gauche, soit un rapport de un à sept. C’est dire que c’est là le point décisif ; il ne sert à rien de tenter de l’escamoter en se retranchant derrière le conditionnement économique et social.

A l’inverse, qu’est-ce que le Front national pour la classe politique ? Un parti fasciste ou protofasciste. Depuis quelques jours, on entend beaucoup évoquer Vichy, la Résistance, les bruns – c’est-à-dire le nazisme. C’est en brun que le FN est représenté sur les cartes en couleurs du Monde. Au soir du premier tour, on a même avancé que le FN était contraire à notre Constitution : en ce cas, il faut l’interdire au plus vite.

En finira-t-on un jour avec cet increvable antifascisme inventé lors du congrès d’Amsterdam (1932) par Willy Münzenberg, qui était quelque chose comme le ministre de la Culture du Komintern et le nonce apostolique de Staline auprès des infidèles ? Voilà bientôt un siècle qu’on nous le sert à toutes les sauces. Inénarrable couteau suisse multi-usage, témoin de la paresse d’esprit et de l’ignorance crasse de gens qui n’en persistent pas moins à se prétendre intellectuels.

L’antifascisme universel n’est pas seulement inopérant. Il est néfaste, car il dispense de réfléchir à la nature des phénomènes nouveaux que nous rencontrons. A quoi bon analyser ce qui se passe, à la façon de Marx ou de Tocqueville, de Max Weber ou de Raymond Aron, de Gramsci ou de Furet, puisque de toute façon on retombera toujours sur une variante du fascisme de papa ! Aujourd’hui, le néoantifascisme de ces frères ignorantins s’appelle dénonciation de ce racisme et de cette islamophobie, dont on accable les électeurs du Front national, et plus généralement le peuple. Voulez-vous que je vous le dise ? Le vote Front national est pour partie croissante une réponse au mépris dans lequel les élites tiennent aujourd’hui le peuple, et le clivage que l’on a vu éclater dimanche soir était, hélas, un clivage de classe. Il pouvait pourtant espérer, ce peuple, que l’admirable sang-froid dont il fait preuve depuis janvier, son refus de répondre aux provocations, à la violence émanant de l’islamisme radical, lui vaudraient quelque satisfecit. Pas du tout. Nos professeurs de morale attendent toujours le pogrom antimusulman qui justifierait rétrospectivement la suspicion dans laquelle ils tiennent depuis des années les classes populaires.

En attendant, tout peut arriver dimanche. Les socialistes peuvent sortir vainqueurs de plusieurs triangulaires. En somme, nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise ! Pourtant, je ne peux m’empêcher de voir dans le retrait unilatéral en faveur des candidats de droite comme un suicide en direct du Parti socialiste. Et un formidable aveu d’impuissance.

Il est temps, si l’on veut le combattre efficacement, d’analyser à nouveaux frais ce phénomène d’extrême droite qui ne touche pas seulement la France mais l’Europe tout entière ; faire la part de ce qui relève des effets de la mondialisation sur les classes populaires, de leur paupérisation relative par rapport à un capitalisme prédateur et de ce que Laurent Bouvet appelle l’insécurité culturelle. Ce phénomène de désappropriation identitaire, fruit d’un brassage de populations d’ampleur inédite, n’a rien à voir avec le fascisme. S’il vous plaît, pas d’amalgame ! On ne vaincra pas le Front national sans l’identifier.

Voir également:

La grande farce des élections régionales
André Bercoff
Le Figaro
11/12/2015

FIGAROVOX/TRIBUNE – André Bercoff estime que la campagne menée par les socialistes vis-à-vis du Front national est farcesque et grotesque.

André Bercoff est journaliste et écrivain. Son dernier livre Bernard Tapie, Marine Le Pen, la France et moi est paru en octobre 2014 chez First.

La politique comme champ de ruines ou espace de renouveau possible? La tambouille électorale considérée comme un des beaux arts ou l’expression d’un peuple qui utilise enfin son droit de vote autrement que comme gadget plus ou moins utile? Chacun aura compris que les régionales, cette année, sont beaucoup plus que les régionales. Le découpage des apprentis sorciers n’a pas tenu une seconde devant le brutal retour à la réalité.

C’est là que le bât blesse. Pire: il saigne. Quand on conjure des citoyens de gauche de voter résolument pour des représentants du bord opposé, qu’ils conspuaient abondamment il y a encore quarante-huit heures ; quand on accepte que pendant six ans, pas un élu de son propre camp ne siègera à tel ou tel conseil régional, c’est qu’il y a vraiment quelque chose de pourri dans le royaume de la soi-disant démocratie des urnes. Ce que signale cette campagne de décembre 2015, c’est à la fois l’éloge du reniement ajouté au déni du réel: cela fait beaucoup pour des millions d’hommes et de femmes qui auraient encore le toupet d’avoir des convictions.

Il faut être clair : quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec le Front National et Dieu sait s’il en existe est-il pour autant un parti factieux ? Antirépublicain ? Prépare-t-il la France à une dictature auprès de laquelle celle d’un Hitler ou d’un Staline n’aurait été qu’une aimable bluette ?

Car enfin il faut être clair: quelles que soient les divergences que l’on peut avoir avec le Front National – et Dieu sait s’il en existe – est-il pour autant un parti factieux? Antirépublicain? Prépare-t-il la France à une dictature auprès de laquelle celle d’un Hitler ou d’un Staline n’aurait été qu’une aimable bluette? Quelle est cette bien-pensance généralisée et omniprésente qui prétend combattre le nazisme – vaincu, rappelons-le, depuis soixante-dix ans – en faisant l’impasse sur les véritables totalitarismes d’aujourd’hui? Qui sont ces vertueux qui veulent faire barrage de leur corps à la bête immonde, sans jamais avoir demandé son interdiction? De deux choses l’une: ou le Rassemblement Bleu Marine veut la fin de la République et des libertés et l’on vote une loi pour l’interdire, ou c’est un parti comme les autres et on l’affronte avec les armes de la démocratie qui ne sont pas, loin s’en faut, rouillées ou hors d’usage.

Cette tragi-comédie médiocre, jouée par des acteurs sans talent, opère en réalité des ravages. Ce n’est pas par hasard qu’on en arrive à un Bartolone reprochant à une Pécresse de «défendre Versailles, Neuilly et la race blanche», dans un exercice de masochisme et de haine de soi qui masque évidemment des préoccupations électorales au ras des pâquerettes. Quand le corps politique n’a plus ni colonne vertébrale, ni constance, ni fidélité, la porte est grand ouverte à l’extension du domaine de la salivation aussi imbécile qu’illimitée.

Le dramaturge allemand Bertolt Brecht le disait il y a longtemps: quand le peuple gronde contre son gouvernement, celui-ci, excédé, ne pense plus qu’à dissoudre le peuple. Tout se passe comme si le présent enfumage, entre COP21 et état d’urgence du côté du pouvoir et, de l’autre bord, querelles intestines et fantasmes primaires du côté de la droite, sait qu’il ne fera rien oublier. Ni chômage ni précarité, ni violence ni insécurité, ni identité malheureuse et encore moins angoisse de l’avenir. Evidence: les princes qui nous gouvernent ou qui aspirent à le faire, n’ont rien à se reprocher, ne font aucune autocritique, ne rendent aucun compte de leurs errements, de leurs aveuglements, de leurs impuissances: ils vont, impavides, moutons d’un Panurge dont ils ont oublié depuis longtemps la légitimité, obsédés par une seule préoccupation: garder le poste. Le pouvoir. Le fromage. Jusqu’en 2017 et au-delà. Et après eux, le déluge.

Bon vote.

Voir également:

Régionales : un mauvais travail de « pros »
Ivan Rioufol

le 14 décembre 2015

Les professionnels de la politique ont emporté une victoire tordue et illisible, à l’issue du second tour des Régionales. « La défaite pour tous », titre judicieusement La Croix, ce lundi. « Il y a des victoires qui font honte aux vainqueurs », a commenté, hier soir, Marion Maréchal Le Pen, vaincue par Christian Estrosi (46,2% contre 53,8%). Lui et Xavier Bertrand, qui écrase Marine Le Pen (57,8% contre 42,2%), peuvent assurément dire merci au PS, qui s’était désisté après le premier tour. Philippe Richert (LR), vainqueur de Florian Philippot en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine (48,4% contre 36,1%), bénéficie aussi de ce « front républicain », imposé de Paris par l’appareil socialiste et le gouvernement. Mais le PS pourrait également dire merci au FN, car c’est grâce à sa présence que les socialistes peuvent décrocher quatre régions. Seule la victoire (51,4%) de Jean-Yves Le Drian en Bretagne, proche de François Hollande, a su faire l’économie de petits arrangements. Quant à la victoire sur le fil (43,8% contre 42,2%) de Valérie Pécresse en Ile-de-France, elle doit beaucoup aux voix du FN qui ont fait faux bond à Wallerand de Sant Just. Bref, si le FN n’a, lui, décroché aucune région, il est en progression de 800.000 voix et est partout en embuscade, au point de dérégler toutes les alliances. Il va néanmoins devoir s’interroger sérieusement sur les lacunes de son programme et les raisons de son isolement, qui ne le rendent pas crédible pour les seconds tours. Le PS et les Républicains ont pour leur part un grave problème de clarification à résoudre. L’impression de magouilles et de tricheries qui ressort de ce scrutin trituré par des « pros » oblige à des corrections. Mais il est peu probable que les partis, ces canards sans tête, soient à la hauteur des enjeux.

A peine Claude Bartolone avait-il remis, après son échec, son mandat de président de l’Assemblée nationale que Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, s’est empressé, ce lundi sur Europe 1, de lui demander de rester à son poste. Les changements espérés attendront. Alors que la société vire à droite, le premier secrétaire du PS a également demandé au gouvernement d’accentuer une politique contre le « précariat dans les quartiers et des banlieues » afin d’y « assécher l’abstention », appuyant ainsi la politique communautariste encouragée par les idéologues du parti. Les Républicains, eux, se bouffent déjà le nez pour savoir s’il faut ou non avancer l’échéance des primaires. Tous, hier soir, ont assuré qu’ils avaient bien compris le message des urnes. « C’est notre dernière chance », a dit Xavier Bertrand ; « on ne peut pas continuer comme avant », a assuré Bruno Le Maire ; « Il faut débattre au fond des choses », a promis Nicolas Sarkozy. Alain Juppé a parlé d’un « devoir de lucidité » et François Fillon d’un « programme de rupture ». Mais cela fait des années que les mêmes engagements sont pris par les mêmes hommes après chaque élection. L’urgence est d’ouvrir ce monde clos à la société civile, en attente de réelles alternances. Ce n’est pas le chemin que propose, en tout cas, Jean-Pierre Raffarin. Pour lui : « Nous devons travailler avec le gouvernement car le FN est un adversaire commun ». La diabolisation, qui a davantage fonctionné dimanche que je ne l’aurai cru, s’annonce comme le sempiternel alibi de ceux qui n’ont toujours rien à dire. Ils ne veulent pas comprendre qu’ils doivent céder la place.

Voir encore:

Régionales, la défaite pour tous
Aucun parti ne peut revendiquer une victoire décisive après le second tour des élections régionales. Ni le Front national, ni Les Républicains, ni le Parti socialiste.
La Croix
13/12/15

Une France en bleu et rose. À l’issue du second tour d’élections régionales pleines d’incertitudes, la forte mobilisation des électeurs hier a profité aux Républicains mais aussi au Parti socialiste qui se partageront pour les six années à venir la gestion de 12 des 13 régions métropolitaines, la Corse ayant donné la majorité aux nationalistes.

Le front républicain appelé de ses vœux par la gauche après le premier tour a semble-t-il parfaitement fonctionné. La participation a bondi de près de 9 points entre les deux tours pour s’élever à 58,3 %,contre 50,08% au premier tour.

Une mobilisation des électeurs particulièrement forte dans les régions où le FN était en position de force, notamment dans le Nord-Pas de Calais-Picardie et en Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca), où après le retrait des listes PS, Xavier Bertrand et Christian Estrosi l’emportent nettement sur Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen.

Un échec pour Marine Le Pen
En Alsace-Champagne-Ardenne Lorraine, malgré le maintien de la liste de Jean-Pierre Masseret, Philippe Richert, tête de liste LR-UDI-MoDem l’emporte avec 48,4 % des voix contre 36,3 % des voix à Florian Philippot. Dans les autres régions où le FN était arrivé en tête – Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté et Languedoc-Roussillon –, la mobilisation des abstentionnistes a profité au PS qui conserve ces régions.

En Ile-de-France, la candidate de la droite et du centre Valérie Pécresse (LR) est gagnante devant le chef de file de la gauche rassemblée Claude Bartolone (PS), par 43,80% des voix, contre 42,18%. Le FN Wallerand de Saint Just obtient 14,02%.

En Normandie, dans une triangulaire très incertaine jusqu’au bout, le centriste Hervé Morin a battu de justesse le président socialiste sortant de Haute-Normandie Nicolas Mayer-Rossignol, avec 36,43% des voix contre 36,08%. Le FN Nicolas Bay, qui avait talonné M. Morin au premier tour, finit à 27,50%.

Une fois de plus comme aux élections départementales du mois de mars, le FN qui avait créé la stupeur à l’issue du premier tour en arrivant en tête dans six régions sur 13, n’est pas parvenu à transformer l’essai. Un échec pour sa présidente Marine Le Pen qui a accusé dimanche soir « les campagnes de calomnies et de diffamation » menées par ses opposants et « les dérives d’un système à l’agonie ».

« Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté »
Si le premier ministre Manuel Valls et le président des Républicains, Nicolas Sarkozy, se sont tous deux réjouis que les Français se soient mobilisés pour empêcher l’extrême droite de l’emporter dans une région. Le résultat sonne quand même comme une demi-défaite pour l’ancien président de la République.

La droite qui ne gérait jusque-là que l’Alsace, a gagné six régions, ce qui est un bon résultat, mais la mobilisation des électeurs a surtout profité à la gauche qui conserve cinq régions.

Aucun triomphalisme cependant de part et d’autre. « Le danger de l’extrême droite n’est pas écarté », a insisté le premier ministre Manuel Valls qui a souhaité que les responsables politiques « montrent que la politique ne reprenne pas comme avant », notamment dans le Nord et en Paca où la droite l’a emporté grâce au retrait des listes socialistes. Ce résultat « ne doit pas nous faire oublier l’avertissement qui nous a été adressé au premier tour », a expliqué de son côté Nicolas Sarkozy qui souhaite « répondre aux grandes questions que se posent les Français ».

Alain Juppé a appelé son parti à la « lucidité »
Le président des Républicains qui ressort affaibli de ce scrutin a appelé dimanche « à l’unité et l’union de la droite » dans la perspective de 2017. Il sait que le débat sur la ligne de son parti va s’ouvrir dès maintenant. Nathalie Kosciusko-Morizet a critiqué hier soir la stratégie du « ni-ni » défendu par l’ancien chef de l’État.

« Si les électeurs avaient appliqué le ni-ni, nos candidats dans le Nord-Pas-de-Calais et en région Paca auraient été battus » a-t-elle affirmé sur TF1. De son côté, Alain Juppé a appelé son parti à la « lucidité » et à prendre garde « aux mauvaises réponses ».

La gauche, elle, a limité les pots cassés en conservant la gestion d’au moins cinq régions, mais ce résultat ne doit pas masquer un nouveau revers électoral pour le PS qui a atteint un niveau très bas dans certains de ses bastions historiques et va disparaître complètement des assemblées régionales dans le Nord-Pas de Calais-Picardie et en PACA. Pour l’exécutif, c’est le prix à payer pour apparaître comme le seul opposant au Front national dans la perspective de l’élection présidentielle.

Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, l’a cependant invité à infléchir sa politique dans les 18 mois qui viennent afin de préserver une union de la gauche indispensable pour figurer au second tour en 2017.

Voir de même:

Christophe Guilluy : «Le FN est le baromètre de l’inaction des partis au pouvoir»

Alexandre Devecchio et Eléonore de Vulpillières

09/12/2015

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Le géographe, auteur de La France périphérique, analyse le premier tour des élections régionales et explique la montée impressionnante du FN.

Christophe Guilluy est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics. Il est l’auteur de La France périphérique» (Flammarion, 2014)

Comment analysez-vous les résultats du premier tour des régionales? Ces derniers symbolisent-ils les fractures françaises?

Christophe Guilluy: D’élection en élection, on s’aperçoit que la France périphérique (celle des petites villes, des villes moyennes et des zones rurales) est un phénomène réel, qui se cristallise. Cette grille de lecture sociale et spatiale explique la recomposition politique à laquelle on assiste depuis deux décennies. La carte politique traditionnelle s’efface au profit d’une dichotomie France périphérique où vit 60 % de la population/ France des métropoles, qui se renforce partout, dans toutes les régions, y compris celles où le Front national a fait un score plus faible. Par exemple, en Bretagne où le parti de Marine Le Pen a fait 18%: un score modeste par rapport au 40% de Marine Le Pen dans le Nord Pas-de-Calais, mais très important par rapport à l’audience que le FN emportait autrefois dans cette région. La dynamique provient des zones rurales, des petites villes et des agglomérations de taille moyenne, des territoires où se concentre la très grande majorité des classes populaires et situés à l’écart des métropoles mondialisées. Le Front national (véritable vote de classes), à lui seul, capte près des trois quarts des votes des classes populaires, est logiquement surreprésenté sur ces territoires.. Les logiques économiques accentuent cette rupture entre ces deux France puisque désormais l’essentiel des créations d’emplois se concentrent dans les grandes villes, et qu’au contraire l’emploi se désertifie dans la France périphérique. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire les catégories populaires ne vivent pas là où se créé l’emploi. Cette situation se cristallise et se renforce au rythme de l’évolution du prix du foncier suit, ce qui contribue à ce que les grandes métropoles, et les gagnants de la mondialisation, s’enferment telles des citadelles médiévales derrière le mur invisible de l’argent.

Il n’y aura pas de retour en arrière. Les couches populaires vivant dans la France périphérique ont peu d’espoir de mobilité. Certains jeunes pourront certainement tirer leur épingle du jeu et aller s’installer en ville, mais ce phénomène restera marginal. A l’heure des métropoles mondialisées, de l’hyper-mobilité, le processus de sédentarisation des zones périphériques est en marche.

«La précarisation sociale des classes populaires n’a ainsi pas empêché le PIB de croître sans interruption ces trois dernières décennies. C’est la principale différence entre la lutte des classes aux XIXe etXXe siècles, et le clivage social que nous observons aujourd’hui»

Christophe Guilluy

Peut-on dire qu’il existe désormais deux France?

Oui, Il n’y a plus de zone de contact entre les classes populaires et la bourgeoisie urbaine (bourgeoisie traditionnelle ou bobos). Les personnes qui habitent dans les petites villes, les villes moyennes ou les zones rurales n’ont pas les moyens de la mobilité, et la mobilité des classes supérieures se réalisent essentiellement entre les métropoles nationales et internationales sans véritable contact avec le pays profond.

On assiste à une fragilisation du tissu des PME qui concerne tout le territoire français, pas uniquement le Nord et le Sud-Est. Les décideurs politiques ne savent pas comment réinjecter de l’emploi sur ces territoires, amorcer une politique sociale ou disperser les pôles d’enseignement supérieur… Ils n’arrivent pas à prendre en compte la réalité de la France populaire et périphérique car, in fine, la «boutique» tourne très bien sans les classes populaires. Le système économique créé beaucoup richesses, le problème est qu’aujourd’hui l’économie ne fait plus société. La précarisation sociale des classes populaires n’a ainsi pas empêché le PIB de croître sans interruption ces trois dernières décennies. C’est la principale différence entre la lutte des classes aux XIXe etXXe siècles, et le clivage social que nous observons aujourdhui. Autrefois, les classes ouvrières étaient intégrées économiquement, elles vivaient donc là où se créait la richesse dans des villes industrielles. Le patronat avait besoin d’elles. Aujourd’hui, les classes populaires ne font plus partie du projet économique où alors à la marge , comme dans les grandes métropoles des emplois précaires et peu rémunéré sont occupés par des catégories populaires immigrées.

Jusqu’à maintenant, la stratégie des partis de gouvernement a été de considérer qu’avec un peu de redistribution et de péréquation, et sans véritable projet économique complémentaire, on allait contenter la France périphérique, un peu sur le modèle ce qui a été fait pour en banlieue. Cette stratégie atteint ses limites dans la France périphérique car on ne parle pas ici d’un problème à la marge mais de celui d’une majorité des classes populaires. Il est impossible de faire société en laissant de côté une majorité de la population.

35 % des jeunes entre 18 et 24 ans viennent de voter Front national. Parallèlement à la fracture territoriale et sociale, ces élections révèlent-t-elles une fracture générationnelle?

56 % des moins de 35 ans ont voté pour les listes de droite ou du FN. Chez les 18-24 ans, la droite et le FN atteignent même 61 % des suffrages! Le FN fait mieux que le PS auprès des plus jeunes: 23 % contre 19 %. En fait, nous le disions avec le sociologue Guérin depuis des années, le vieillissement de la population est le rempart au vote «populiste». Un sondage Ipsos réalisé après les attentats montre que les plus de 60 ans sont deux fois moins tentés par le vote FN en raison des attentats que les plus jeunes: 5,7 % contre 10,6 % chez les 35-59 ans. Une partie d’entre eux sont sans doute effrayés par les propositions économiques du parti de Marine Le Pen, notamment la sortie de l’Euro. Il y a une vraie cohérence de classe dans le vote de la jeunesse. Les jeunes de la France périphérique (ruraux , de petites villes et de villes moyennes) touchées par le chômage,la précarité et la fin de l’ascension sociale ne votent pas comme les jeunes de la bourgeoisie urbaine mondialisée

Cependant, il existe deux jeunesse populaires, celle des banlieues et celle de la France périphérique. La réislamisation de la jeunesse de banlieue – un islam identitaire qui ne passe pas forcément par la mosquée – est parallèle au réveil identitaire des jeunes de milieux populaires de la France périphérique. Ce n’est pas la religion qui en est le vecteur, car cette France est largement déchristianisée, mais le vote FN.

«Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un “peuple Benetton” a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent»

Christophe Guilluy

Vous parlez de «réveil identitaire». Ces élections ne traduisent-elles pas avant tout des clivages sociaux?

Dans un contexte de mondialisation, les gens ont le sentiment que les politiques sont impuissants dans le domaine économique et social. Ils se déplacent d’abord pour protester contre l’immigration. Si leur premier ressort était seulement la question sociale, ils voteraient pour le Front de gauche. Les catégories modestes s’inquiètent de la montée du chômage et de la dégradation du modèle social, mais également de l’insécurité culturelle conséquence d’une instabilité démographique liée à l’intensification des flux migratoires. Nous assistons en fait au retour du conflit social et du conflit culturel. Le rêve de la mondialisation heureuse et d’un «peuple Benetton» a échoué ; cet échec est en train de revenir à la face des partis traditionnels avec une force sans précédent. Des attentats au vote FN, c’est la fin du rêve d’une société mondialisée et apaisée, des tensions identitaires à la résurgence du conflit de classe, c’est le rêve d’un société libérale apaisée par le marché qui s’effondre sous nos yeux.

«La consolidation d’un parti musulman en banlieue n’est pas à exclure non plus. On note que l’Union des Démocrates Musulmans Français a réalisé une percée dans certaines villes de Seine-Saint-Denis ou des Yvelines»

Christophe Guilluy

Croyez-vous à «un réveil citoyen» au deuxième tour?

Le fameux «réveil citoyen des abstentionnistes» qui iraient à mains nues faire barrage au FN fait partie de la pensée magique des partis de gouvernement et plus généralement des classes dominantes. La réalité, c’est que le profil sociologique de l’abstentionniste est le même que celui de l’électeur du FN. Le gros bataillon des votants de LR (retraités et bourgeosie traditonnelle) ou du PS (fonctionnaires et bourgeois urbains) sont des couches qui ont toujours voté. S’il y a une réserve de voix chez les abstentionnistes, elle se trouve du côté du FN.

Le FN est un baromètre, qui mesure l’inaction des partis au pouvoir. Il est la conséquence de l’amplification de la fracture sociale, spatiale et identitaire. Le débat autour des intellectuels qui feraient le jeu du FN est absurde. Zemmour ou Onfray n’ont aucune influence sur le vote des milieux populaires! En estimant que le vote FN est impulsif, l’expression d’une colère irréfléchie, on dénie aux classes populaires le droit de faire leur propre diagnostic. En faisant intervenir des personnalités telles que Pierre Gattaz, Laurence Parisot, Bernard-Henri Lévy ou Dany Boon pour dire que le FN n’est pas républicain, économiquement nul ou crypto-fasciste, on fait progresser une défiance qui porte non seulement sur les politiques mais aussi sur les médias et les élites en général.

Cela va-t-il entrainer une recomposition politique?

Le vote FN devrait continuer à progresser. A terme cela provoquera soit l’implosion des partis traditionnels, soit leur recomposition interne. Sur le terrain, on observe que les élus locaux sont conscients des réalités, ils ne sont pas déconnectés des problèmes des gens comme peuvent l’être les caciques des partis. Pourquoi, dès lors, les habitants n’ont-ils pas voté pour eux ces dernières élections? Parce qu’ils ont compris que ces élus n’avaient aucun pouvoir au sein de leur propre parti et que les décisions étaient prises par les ténors qui sont élus dans les grandes métropoles. S’ils ne veulent pas être balayés par le FN, les élus de la France périphérique devront porter le fer à l’intérieur de leur appareil et faire naître des consensus au-delà des frontières partisanes… Le paysage politique peut radicalement changer s’il y a une clarification idéologique. Si le PS et Les Républicains assument leur statuts de partis ds grandes métropoles, il y a des place pour d’autre partis à côté du FN pour représenter la France périphérique. La consolidation d’un parti musulman en banlieue n’est pas à exclure non plus. On note que l’Union des Démocrates Musulmans Français a réalisé une percée dans certaines villes de Seine-Saint-Denis ou des Yvelines, ce qui souligne, comme pour les classes populaires de la France périphérique, un processus de désaffiliation des couches populaires de banlieues, qui ne sont désormais plus un électorat captif pour la gauche. Nizarr Bourchada a rassemblé notablement sur sa candidature 5 ,90% des voix à Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, se classant en quatrième position, devant Emmanuel Cosse d’Europe Ecologie Les Verts.

Voir de plus:

Quand l’UMP se déchire, Sarkozy… s’envole pour Abou Dhabi

Au lendemain de l’élimination du candidat UMP dans le Doubs, l’ancien président a donné une conférence rémunérée.

L’INFO. Lundi dernier, l’UMP s’est réveillée avec la gueule de bois. Alors qu’il avait jusque-là remporté toutes les législatives partielles organisées depuis l’arrivée de la gauche au pouvoir, le principal parti d’opposition a, cette fois, vu son candidat être éliminé dès le premier tour dans le Doubs, laissant un socialiste affronter la candidate du FN. Trouble dans les rangs. Et la question de la consigne de vote – « ni-ni » ou front républicain – va très vite diviser les ténors jusqu’à la décision du bureau national, mardi soir. Que faisait Nicolas Sarkozy pendant ce temps-là ? Il donnait  une conférence rémunérée à Abou Dhabi, a révélé jeudi l’hebdomadaire Marianne. Ce que son entourage a confirmé à Europe 1 jeudi matin, dénonçant au passage « une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal ».

« Une conférence très privée… et surtout très rémunérée« . Selon le magazine, l’ex-président de la République « répondait à l’invitation du Cheikh Mansour et du fonds souverain IPIC ». Aux Emirats arabes unis, il a « consacré son temps à une quinzaine de personnes triées sur le volet » et le matin, « il a aussi été reçu par le prince héritier qui l’a invité au Majlis, le Parlement de l’Emirat ». Et si Marianne évoque une conférence « très privée… et surtout très rémunérée », le magazine n’avance aucun chiffre.

« Cela n’aurait rien changé aux discussions ». Interrogé mercredi en fin de soirée, l’entourage de Nicolas Sarkozy n’a, pour l’heure, pas réagi. Mais un proche du président de l’UMP a toutefois confirmé l’information auprès de Marianne, tout en minorant la portée. Le bureau politique du parti « était convoqué le mardi, on a respecté le jour de la convocation. Nicolas Sarkozy était joignable toute la journée (de lundi, Ndlr), cela n’aurait rien changé aux discussions le lendemain ».

Un choix assumé. Depuis qu’il est revenu sur la scène politique, ce n’est pas la première fois que Nicolas Sarkozy fait parler de lui avec ses très chères conférences internationales. Mais l’ancien président n’a jamais eu l’intention d’y mettre fin. Europe1.fr s’était posé la question avant même l’annonce de sa candidature à la présidence de l’UMP. La réponse apportée par un de ses fidèles était alors sans équivoque : « Il sait que ça va faire polémique, mais c’est sa façon de dire ‘n’oubliez pas ma stature internationale’. Il parle avec Hervé Mariton pour la présidence de l’UMP, mais il parle aussi à Obama ! » confiait alors ce proche, pour qui « sa stature est au-dessus de celle de François Hollande ».

Voir de plus:

EXCLU – Sarkozy à Abou Dhabi ? « Il ne s’en est jamais caché »
05 février 2015

Benjamin Bonneau, avec le service politique

Le patron de l’UMP confirme s’être rendu à Abou Dhabi pour y donner une conférence. Et dénonce « une hystérie inquiétante ».
L’INFO. Mardi soir, le bureau politique a mis Nicolas Sarkozy en minorité sur la question de la consigne de vote pour le second tour de la législative partielle. Un signe incontestable de l’affaiblissement de son autorité. La révélation, jeudi par Marianne, de sa visite à Abou Dhabi, dès le lundi – soit au lendemain de l’élimination du candidat UMP dans le Doubs -, pour y donner une conférence rémunérée, n’est donc pas de nature à réconcilier le patron de l’UMP avec ses troupes. Contacté par Europe 1, l’entourage de l’ancien chef de l’Etat s’est expliqué.

« Une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal ». « Nous n’avons aucun problème à confirmer. Il ne s’en est jamais caché, il assistait à un événement public avec le prince héritier », assure-t-on dans son entourage. « Quant au sujet du bureau politique, il se réunit tous les 15 jours, le mardi, jour où les élus sont à paris. Ce n’était pas un BP extraordinaire. Par ailleurs, on est dans un monde moderne où les gens sont joignables ou qu’ils soient. Bref, il y a une hystérie inquiétante sur quelque chose de banal », conclut-il.

Voir encore:

Vue d’Europe, la classe politique française est trop sclérosée
LE FAIT DU JOUR. Anglais, Italien ou Espagnol, trois observateurs avisés formulent le même constat : la classe politique française est trop poussiéreuse.
C.D.S.

Le Parisien

15 Déc. 2015

Ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes »
Sophie Pedder, journaliste à«The Economist
SOPHIE PEDDER, auteur du «Déni français » (Ed. JC Lattès), est correspondante à Paris du magazine britannique
« The Economist ».
Qu’y a-t-il de différent entre la vie politique française et britannique ?
Sophie Pedder: C’est essentiellement culturel. Quand un homme politique ou un chef de parti au Royaume-Uni est battu ou s’il échoue, il démissionne. Il n’y a pas de règles, rien d’écrit—nous n’avons même pas de Constitution — mais c’est une tradition. Moyennant quoi notre classe politique est régulièrement renouvelée, et laisse émerger de nouvelles têtes. En mai, Ed Milliband, le chef des travaillistes, a rendu les clés du Labour après sa défaite aux législatives. A seulement 45 ans !
Son successeur, Jeremy Corbyn, l’actuel chef du Labour, est pourtant un vieux de la vieille…

Il y a des exceptions, mais elles sont rares. Souvenez-vous des ex-Premiers ministres comme John Major et Gordon Brown, qui ont disparu après leur défaite. Ou de David, le frère aîné d’Ed Miliband, qui avait perdu contre lui en 2010 pour diriger le Labour : il travaille dans le monde associatif à New York ! Le revers de la médaille, est-ce un certain manque d’expérience ? Peut-être, mais ce système me semble quand même plus sain parce qu’il y a moins de professionnels de la politique et des profils plus variés. Perdre devient moins grave : on passe à autre chose, et on laisse la place sans trop s’accrocher.
La vie politique vous paraît si figée chez nous ?
Elle est frappée d’une sorte de paralysie, d’une difficulté à évoluer avec les changements du monde. Une chose me frappe : les trois principaux candidats à la présidentielle de 2017 seront les mêmes qu’en 2012 ! On retrouvera peut-être aussi Bayrou et
Mélenchon. Si ce sont toujours les mêmes visages, les mêmes programmes, l’offre politique est limitée. Cela explique en partie la désillusion des Français envers leurs élus.
Comment expliquez-vous cette paralysie politique française ?
Il y a l’idée chez vous qu’il faut avoir échoué, être couvert de cicatrices, pour pouvoir diriger. Alain Juppé qui brigue la tête de l’Etat à plus de 70 ans, c’est difficilement concevable chez nous. Comme le retour de Nicolas Sarkozy après son échec. Manuel
Valls est considéré comme un jeune… et il a 53 ans !

Que faut-il changer alors ? Limiter l’âge des élus ?
Régler ce type de problème avec des lois, c’est absurde. Il faut plus procéder par l’exemple, comme Bruno Le Maire qui a démissionné de la fonction publique. Ou mettre en pratique le non-cumul des mandats (il s’appliquera en France en 2017). Les Britanniques se sont étonnés que Claude Bartolone puisse rester président de l’Assemblée en faisant campagne.

Propos recueillis par CHARLES DE SAINT SAUVEUR
@cdesaintsauveur

Voir enfin:

Sous le vernis
Nathalie Elgrably-Lévy
Journal de Québec

6 décembre 2015
Sans même attendre la conférence de Paris, Justin Trudeau a annoncé que le Canada octroiera 2,65 milliards $ sur cinq ans au Fonds vert pour le climat (mis sur pied et géré par l’ONU) pour aider les pays en développement à lutter contre les changements climatiques et à s’y adapter.

Le geste peut sembler noble, voire admirable. Personne n’est contre la vertu! Mais il faut se méfier des vernis qui scintillent et des analyses superficielles. Le premier ministre aurait dû en être conscient et pousser sa réflexion au-delà du premier degré. Il aurait alors compris que son élan de générosité est naïf, irresponsable, irraisonné et carrément absurde.
7000 autobus

Naïf: M. Trudeau pense-t-il sérieusement que les pays en développement, où les populations vivent dans l’extrê­me pauvreté, où des dizaines de milliers d’enfants meurent quotidiennement de malnutrition et de diverses maladies, se soucient de réduire leurs émissions de carbone? Leurs priorités sont ailleurs, et c’est normal! S’il faut absolument dépenser cet argent pour des mesures environnementales, pourquoi donc ne pas le dépenser au Canada? Avec 2,65 G$, il pourrait y avoir environ 7000 nouveaux autobus sur les routes.

Prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres.

Irraisonné: Non seulement l’initiative de M. Trudeau sera inefficace du point de vue environnemental, mais elle échouera également à apaiser la pauvreté. Depuis 1975, les pays riches ont versé 16,500 G$ en aide internationale. L’Afrique subsaharienne a reçu plus de 800 G$. Pourtant, son PIB réel par habitant a stagné et cette région demeure la plus pauvre de la planète malgré son potentiel économique énorme, ses réserves de pétrole et ses ressources minières importantes. Si certains pays sont pauvres, ce n’est pas parce que l’aide internationale est insuffisante, c’est parce que leurs régimes politiques, viscéralement corrompus, font obstacle à la croissance. D’ailleurs, il est à présent de notoriété publique que l’aide internationale qui a transité par des organisations gouvernementales a surtout servi à enrichir la classe politique des pays récipiendaires, parmi laquelle figurent des dictateurs et autres despotes de tout acabit.
Irresponsable: M. Trudeau nous a déjà promis trois années de déficit totalisant 25,1 G$ pour financer les infrastructures et modifier le fardeau fiscal de la classe moyenne. Est-il donc sage d’ajouter la contribution inattendue au Fonds vert, laquelle viendra nécessairement alourdir les déficits et gonfler la dette des Canadiens? Cette question est d’autant plus pertinente que nous payons déjà une multitude de taxes vertes: taxes sur le carburant et les combustibles fossiles, hausse de la taxe sur l’assurance auto, hausse des droits d’immatriculation pour les véhicules énergivores, taxe supplémentaire à l’achat de certains véhicules, taxe sur le carbone et taxes sur les appareils électroniques, les pneus, etc. N’est-ce pas suffisant pour une population dont les émissions de carbone totalisent à peine 1,6 % des émissions mondiales?
Le physique plutôt que l’intellect
Absurde: Dans les faits, le Fonds vert de l’ONU consiste à prendre l’argent des pauvres vivant dans les pays riches pour l’envoyer aux dirigeants immensément riches des pays pauvres sous couvert de changements climatiques. Le plus regrettable, c’est que le premier ministre du Canada, dont le rôle est de veiller aux intérêts des Canadiens, adhère à ce principe avec enthousiasme et désinvolture.

Voilà ce qui arrive quand on choisit un premier ministre pour son physique plutôt que pour son intellect!

Marion Maréchal-Le Pen and 16 Centuries of Christian France

I have a political crush, but one I couldn’t vote for today – because she ran for office in France.

Marion Maréchal-Le Pen is the new deserved “It Girl” of French politics and a clear voice of courage and common sense in a country and continent in need of both.

In 2012, she earned the distinction of being France’s youngest elected Member of Parliament. Last week she handily won the first round of a race for the leadership of a large important region in southeastern France that’s home to the beautiful port city of Marseilles. Unfortunately, she lost the run-off election today because the two establishment Parties joined forces to defeat her.

But despite today’s tough losses, Marion and her aunt Marine Le Pen, the leader of the National Front (FN) Party, have established themselves and their supporters as a force to be reckoned with in France’s 2017 presidential race, in which Marine is sure to be a contender with her talented niece right behind her.

For some time now, I’ve admired the bold style of Marine Le Pen, who wrestled control of the leadership of her populist party in order to purge it of any trace of anti-Semitism, which it had unfortunately been tainted with in the past. But I’m especially impressed with the courage of her young niece who is a devout Catholic and unapologetically pro-life – not an easy thing for a politician to be in a country that’s aggressively secular.

More importantly, young Marion Maréchal-Le Pen is unashamed to champion France’s Judeo-Christian identity and heritage as something worth preserving and fighting for. She publicly proclaims it, setting an example for even American politicians to be so bold. With France (and indeed all of Europe) caught up in an existential crisis against radical Islam, these are the sentiments they need in their leadership.

The Charlie Hebdo attacks last January and the Paris attacks last month were a tragic wake up call for France. The forces of civilization are engaged in a great war against the Death Cult that is radical Islam. This year the conflict reached the shores of France, which has become the Western Front of this Great War, thanks in part to the migrant crisis overwhelming the European Union.

Was anyone surprised that the mastermind of the Paris attacks entered the country by posing as a Syrian “refugee”? The Islamic State bragged that they were going to exploit Europe’s open borders! Is this not the clearest warning to politically correct pundits and politicians in our own homeland who think we can filter the nefarious out from the future flood of young, strong, able-bodied immigrants claiming “refugee” status? It’s common sense to encourage these young men to stay and fight for their countries and families during this time made tumultuous in part by our utter lack of border security and vetting processes.

The migrant crisis has made a mockery of any idea of national sovereignty. The EU’s open border policy means that all of Europe is now forced to bear the burden of Germany’s insane decision to welcome in those untold millions of mostly fighting age young Muslim men who have zero interest in assimilating to secular western values, as heretofore mentioned.

To this, Marion Maréchal-Le Pen declares that France is not an Islamic land, but Muslims are welcome to become French citizens “only on condition that they bend to the customs and the way of life that Greek, Roman and 16 centuries of Christianity fashioned.”

What she’s saying should not be controversial. It’s common sense. The western values enjoyed by every French citizen regardless of their religion are necessarily rooted in those 16 Christian centuries. Our understanding of human rights and human dignity comes from the Judeo-Christian worldview that shaped modern Europe. If you transplant to your shores a foreign population that’s hostile to the very things your country stands for, you won’t have a country for very long. This is the hard truth. You can’t maintain a peaceful liberal democracy with people who want to impose Sharia law on you.

But for some reason saying this out loud is considered “hate speech” or xenophobia in Europe. They can even press criminal charges against you for it!

We see members of a Death Cult gun down Parisians in a café and concert hall, slaughter cartoonists at their desks, shoot up a Jewish market, sell women and girls into sexual slavery, stone gays to death, crucify and behead Christians, and declare their intention to infiltrate and destroy western countries. But the Left reserves its harshest criticism not for the murderous Death Cult, but for any leader offering commonsense solutions to curtail the terrorists’ ability to wage war on the innocent.

The Left wraps itself in political correctness and multiculturalism like a suicide vest. They’d rather blow up the whole country than admit the stupidity of thinking a nation can remain the same after inviting in millions of people who despise its values.

I guess it’s not surprising really. The Left in Europe and America has always had a self-destructive hatred for the things that make a country great and worth living in: free markets, free speech, a civil society grounded in Judeo-Christian values, a strong national defense, and sovereign borders. They’re constantly attacking every one of these things. That’s undeniable.

But their dangerous ideology is being “mugged by reality.” People are waking up. Young Marion Maréchal-Le Pen built her electoral win last week by going to the rural small business owners – the average French citizens who have been ignored by their elite politicians and have had enough.

We see the same thing happening here in America. Call it the rise of the populists. Pundits are already seeing the similarities between Marion and Marine Le Pen, Donald Trump, and Sen. Ted Cruz (R-TX). All are non-establishment candidates taking on corrupt, entrenched, and detached political elites who are more interested in preserving their own power than in defending their countries.

It’s time to wake up, America. Nowhere in Europe or America is safe from this Great War against the Death Cult. San Bernardino wasn’t a one-off phenomenon. ISIS is already here. According to a House Homeland Security report, over 250 people in the U.S. have attempted to join ISIS (that we know about), and 82 have been caught in ISIS plots. Meanwhile, the FBI has nearly 1,000 open cases involving ISIS that we know of.

We don’t have a handle on this situation now, but our insane politicians want to import more so-called “refugees.” Forgive me if I’m a little skeptical about the refugee part. We just learned that ISIS is forging fake Syrian passports, and we already know that two of the Paris attackers entered Europe posing as refugees. We have no way to vet anyone coming to our country. This is why we need to seal the borders.

And we must speak candidly about the need for those coming here to assimilate to our values, as immigrants have always done in the past.

Our country isn’t 16 centuries old, but our Founders were under the influence of nearly 18 centuries of Judeo-Christian thought and time-tested truths when they drafted our Constitution. We would do well to remember that our Constitution is incompatible with Sharia, and anyone who wants to live under Sharia should settle elsewhere.

When Marion Maréchal-Le Pen speaks of France’s 16 centuries of Judeo-Christian history and heritage, her rhetoric isn’t about “hate” or xenophobia. It’s about love – that deep love of country we call patriotism.

Mark Twain believed patriotism was personified in the story of a young French woman who “found a great nation lying in chains, helpless and hopeless” and led it “from victory to victory” until it was free. “With Joan of Arc love of country was more than a sentiment – it was a passion,” Twain wrote. “She was Patriotism embodied.”

As Marion faces the political battles ahead, I wouldn’t be surprised if she says a prayer to France’s Patron Saint, for Marion is a reminder of her – Joan of Arc.


Islam: Attention, une violence peut en cacher une autre (Violence is hardly the whole problem)

12 décembre, 2015
FortuneWheelDotConnectingIl vous faut abandonner les armes que vous avez car elles n’ont aucune utilité pour vous sauver vous ou l’humanité. Vous inviterez Herr Hitler et signor Mussolini à prendre ce qu’ils veulent des pays que vous appelez vos possessions…. Si ces messieurs choisissent d’occuper vos maisons, vous les évacuerez. S’ils ne vous laissent pas partir librement, vous vous laisserez abattre, hommes, femmes et enfants, mais vous leur refuserez toute allégeance. Gandhi (conseil aux Britanniques, 1940)
Dans l’expression ‘gouvernement islamique’, pourquoi jeter d’emblée la suspicion sur l’adjectif ‘islamique’ ? Le mot ‘gouvernement’ suffit, à lui seul, à éveiller la vigilance. Foucault (dec. 1978)
Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. NPA
Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique. Michel Onfray
 Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. Julien Salingue (chercheur sur la question palestinienne)
La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État. Les Indigènes de la République
Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? Politis
Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier. Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe. C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». (…) Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad. Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker ! Le Soir
L’assimilation, maladroite (…) de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme. Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur. (…) Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris. Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos. De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus. Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires. (…) C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales. On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. (…) Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable. Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques. (…) On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis. Laurent Bouvet
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.(…) La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. Pascal Bruckner
Les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre. Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ». C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs. Régis Soubrouillard
Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. (…) Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ? En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre. Elie Barnavi
L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. (…) Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. (…) Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes. Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. (…) Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats. Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes. Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes. Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique. Daniel Pipes
Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message. That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West. Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals. Daniel Pipes

Cachez cette religion que je ne saurai voir !

Enseignement du suprémacisme islamique dans les mosquées, déferlement de l’antisémitisme dans les rues, menaces contre toutes critiques de l’islam, mutilations génitales féminines, crimes d’honneur, polygamie, mariages forcés, phobie des chiens d’aveugle, des piscines mixtes et des homosexuels, charia, viols collectifs, maladies exotiques …

A l’heure où,  comme il y a onze mois, le déni et l’excusisme reprennent tranquillement le dessus après le choc de voir la barbarie jusqu’ici réservée aux seules rues israéliennes atteindre celles de Paris ou de San Bernardino

Et où, de Marine Le Pen à Donald Trump et sur fond de clientélisme ethnique, c’est à nouveau les lanceurs d’alertes qui font figure d’ennemis publics numéro un …

Pendant qu’avec la bénédiction voire l’incitation de nos dirigeants et de nos amis turcs, les nouveaux milliers de crieurs d’Allah akbar que dépose chaque semaine sur nos côtes se transforment en centaines de milliers et bientôt millions dans nos villes …

Qui rappelle avec Daniel Pipes …

La véritable violence au quotidien que ne peut que renforcer dans nos sociétés …

Cet apport incontrôlé de millions de fidèles d’une religion explicitement totalitaire et conquérante ?

Trump: You Should Ban Islamists, Not Muslims
Daniel Pipes
Washington Times
December 11, 2015

Donald Trump, the leading Republican presidential candidate, called on Dec. 7 for « a total and complete shutdown of Muslims entering the United States until our country’s representatives can figure out what is going on. » Replace one word in this formulation and it goes from outrageous to brilliant.

Reacting to massacres by Muslims in Paris and San Bernardino, Trump pointed to a Muslim hatred « beyond comprehension » for the West. Therefore, he concluded, « Until we are able to determine and understand this problem and the dangerous threat it poses, our country cannot be the victims of horrendous attacks by people that believe only in Jihad. »

The negative responses, domestic and international, Muslim and non-Muslim, came in fast and furious – and rightly so, as Trump’s crude blast is unconstitutional, unacceptable, unworkable, and unstrategic.

Unconstitutional: Every Western basic law is secular, disallowing a religious test for immigration, rendering Trump’s statement less an exercise in practical policy making than a gadfly provocation.

Unacceptable: Beyond legalities, secularism represents a Western core value, up there with freedom of speech, a value hardly anyone accepts gutting for reasons of momentary expediency.

Unworkable: Islam is not a permanent identity like skin color. Nothing prevents Muslims from renouncing Islam or converting to another religion. Unless Trump extends his « total and complete shutdown » to former Muslims – which is even more unconstitutional – he just encourages the already-existing phenomenon of Muslim conversions of convenience (as symbolized by a church in Berlin).

Unstrategic: Trump’s presidential campaign once again is counterproductive; he simultaneously makes conservatives look like idiots and brings adoring attention to those who oppose his views, in this case radical Muslim groups like the Council on American-Islamic Relations (widely known as CAIR), which has enjoyed an unprecedented cornucopia of media coverage to spread its deceitful message.

That said, Trump has raised a critical and urgent issue that all Westerners must face, as symbolized by the recent tsunami of illegal immigration to Europe and the huge strains it has created. Simply put, Muslims present a disproportionately large source of problems, as becomes clear when they are compared with Hindu immigrants, who are roughly the same in number but generally fit quietly into the West.

Violence is the headline topic relating to Muslims, whether large-scale plots (Paris) or sudden jihad syndrome lone wolves (San Bernardino), but violence is hardly the whole problem. Muslim hostility toward non-Muslims takes many other forms, such as teaching Islamic supremacism in mosques, spewing antisemitism in the streets, and threatening anyone who dares publicly to criticize Islam. Issues concerning women include female genital mutilation, honor killings, polygyny, and forced marriages. Islamic mores lead to strong antipathies against seeing-eye dogs, mixed swimming pool usage, and homosexuals.

Polls show widespread – and legitimate – concern about these issues as well as growing impatience with governmental dismissal of those concerns. When Germany’s Angela Merkel welcomes an unlimited number of illegal immigrants or Barack Obama ridicules concerns about Syrian immigrants, populist voices like that of Donald Trump inevitably find followers.

Indeed, he is just the latest anti-immigrant figure to find a message that increasingly resonates. Geert Wilders’ PVV in the Netherlands wins 39 out of 150 seats in parliament in a recent survey, up from his current 15 and almost twice that of any other party. In the French regional elections a week ago, Marine le Pen’s National Front led in 6 out of 13 districts. This upward trend will continue until one of these ostracized insurgent parties gains over 50 percent of the vote and enters office. In this sense, Trump stands at the cutting edge.

How to deal with Muslim immigration in a responsible and uncontroversial manner? I offer two suggestions. First, replace the « Muslims entering the United States » in Trump’s formulation with « Islamists entering the United States. » Islamists are those Muslims who seek to apply Islamic law, oppress women and non-Muslims, and establish a worldwide caliphate. They make up about 10-15 percent of the Muslim population; they, not Muslims in general, are the barbarians who « believe only in Jihad. »

Second, engage in serious research into all would-be visitors and immigrants, not the pro-forma review that prevails these days. Doing so requires money and time, as well as creative inquiries to smoke out ideological proclivities, but each person entering the country must be checked to make sure no Islamists are allowed in, ever, at all, even for brief visits, thereby increasing our common security.

Voir aussi:

Pourquoi le massacre de Paris n’aura qu’un impact limité
Daniel Pipes
Philadelphia Inquirer
17 novembre 2015

Version originale anglaise: Why the Paris Massacre Will Have Limited Impact
Adaptation française: Johan Bourlard

L’assassinat de plus de 127 innocents vendredi à Paris par un gang djihadiste a de nouveau frappé les Français et déclenché de nouvelles manifestations de solidarité, d’introspection et de colère. En fin de compte, la violence islamiste à l’encontre des Occidentaux se résume à deux questions : Dans quelle mesure ces dernières atrocités en date vont faire changer l’opinion publique et dans quelle mesure vont-elles pousser l’Establishment à continuer à nier la réalité ?

Comme ces deux questions le laissent entendre, la population et les professionnels évoluent dans des directions opposées, l’une vers la droite, les autres vers la gauche. Au final, cette distorsion réduit de beaucoup l’impact de tels événements sur la politique.

L’opinion publique se positionne contre les islamistes en particulier et plus généralement contre l’islam dès que le nombre de victimes est suffisamment élevé. Les trois mille morts américains du 11-Septembre apparaissent comme le nombre de victimes de loin le plus important. Néanmoins, de nombreux autres pays ont eu leur lot – les attentats à la bombe de Bali dirigés contre l’Australie, l’explosion de trains en Espagne, le massacre dans l’école de Beslan en Russie, l’explosion dans les transports publics en Grande-Bretagne.

Les chiffres bruts ne sont pas les seuls critères à prendre en considération. D’autres facteurs peuvent démultiplier l’impact d’une attaque au point d’en faire pratiquement l’équivalent politique d’un carnage massif : 1) Le renom des victimes comme le Néerlandais Theo Van Gogh et le journal français Charlie Hebdo ; 2) le statut professionnel des victimes comme des soldats ou des officiers de police ; 3) la visibilité de l’événement, comme l’attentat à la bombe du marathon de Boston.

Outre les 27.000 attentats et plus commis en lien avec l’islam dans le monde depuis le 11-Septembre, soit plus de 5 par jour (selon le décompte opéré par TheReligionOfPeace.com), le boom récent de l’immigration illégale en provenance du Moyen-Orient a accentué les sentiments de vulnérabilité et de crainte. Les discours entendus vont toujours dans le même sens et jamais une voix ne s’est fait entendre pour dire : « Avant j’avais des inquiétudes par rapport à l’islamisme mais plus maintenant. »

Ces affaires rendent les Occidentaux plus inquiets à propos de l’islam et de tout ce qui s’y rapporte de près ou de loin comme la construction de minarets où l’infibulation féminine. D’une manière générale, un virage à droite est en train de s’opérer. Des sondages d’opinion européens montrent que 60 à 70 % des électeurs sont préoccupés par ces questions. Les populistes comme Geert Wilders aux Pays-Bas ou comme le parti des Démocrates suédois grimpent dans les sondages.

Mais quand elle touche l’Establishment – les politiciens, la police, la presse et les professeurs – cette violence implacable a un effet contraire. Ceux qui sont en charge de gérer les suites de ces attaques vivent dans une bulle de déni public (ce qu’ils disent en privé est une autre affaire) où ils se sentent forcés d’affirmer que l’islam n’a rien à voir avec la violence de peur qu’en admettant le contraire cela ne crée davantage de problèmes.

Ce groupe de spécialistes des 4 P font ouvertement semblant de croire en un mystérieux virus « extrémiste et violent » qui semble ne toucher que des musulmans et incite ces derniers à commettre des actes gratuits d’une violence barbare. Parmi les nombreuses déclarations grotesques des politiciens, celle que je préfère par-dessus tout est celle de l’ancien gouverneur du Vermont, Howard Dean, qui disait à propos des djihadistes de Charlie Hebdo : « Ils sont aussi musulmans que moi ».

Ce défi au bons sens s’est maintenu après chaque atrocité et je prédis qu’il perdurera après le massacre de Paris. Ce n’est qu’au bout de pertes véritablement massives de vies humaines, peut-être des centaines de milliers, que les professionnels se sentiront obligés de revenir sur leur attitude profondément ancrée de déni par rapport à la composante islamique des vagues d’attentats.

Cette attitude a pour effet quasi-systématique de masquer les craintes des électeurs ordinaires, dont l’opinion a dès lors un impact négligeable sur la politique. Les inquiétudes à propos de la charia, des viols collectifs, des maladies exotiques et des bains de sang sont écartées et considérées comme du « racisme » et de « l’islamophobie », comme si l’insulte apportait de réelles solutions aux problèmes.

Encore plus surprenant, les professionnels répondent au virage à droite pris par l’opinion publique en virant eux-mêmes vers la gauche, en encourageant une immigration accrue en provenance du Moyen-Orient, en instituant de nouvelles mesures tendant à réprimer les « discours de haine » et à supprimer toute critique de l’islam, et en fournissant davantage d’aide aux islamistes. Cette attitude frappe non seulement l’Establishment de gauche mais également, chose plus surprenante, celui de droite (comme l’Allemande Angela Merkel). Seuls les dirigeants d’Europe centrale et orientale comme le Hongrois Viktor Orbán osent parler honnêtement des vrais problèmes.

Il est certain que la voix des électeurs finira par se faire entendre mais cela prendra des décennies et se fera dans de proportions plus faibles que ce qui aurait dû se passer dans un cadre démocratique.

Dans ce contexte, le carnage de Paris fera probablement bouger de façon importante les sentiments de l’opinion publique dans une direction et les politiques de l’Establishment dans la direction tout à fait opposée, ce qui ne donnera au massacre récent qu’un impact limité.

Voir également:

Donald Trump: pourquoi il représente une réelle menace

Maroun Labaki
Le Soir
9 décembre 2015

Notre attention était ailleurs. Ces dernières semaines, nous avons eu les larmes aux yeux, puis la peur au ventre. Ensuite, nous avons douté. Normal. Et, dimanche soir, comme une gifle, nous avons reçu les dernières nouvelles de cette France ébranlée, abîmée, qui s’est largement laissé séduire par un sourire carnassier .

Nous n’avons pas vu grandir le monstre. Cette fois, il ne s’agissait pas de Daesh, que des mains alliées sinon amies avaient tranquillement nourri dans le désert irakien, cependant que l’Europe faisait de l’introspection en scrutant les dernières convulsions du Printemps arabe.

C’est une autre menace, d’une autre nature. Mais elle est bien réelle et immense. Donald Trump a été plus loin que jamais, et plus bas que le caniveau, lundi soir, en suggérant que les Etats-Unis ferment leurs frontières aux musulmans, « jusqu’à ce que nous soyons capables de déterminer et de comprendre ce problème ». Le milliardaire sulfureux, candidat à l’investiture républicaine pour la présidentielle 2016, persiste et signe. « J’ai des amis musulmans, ce sont des gens très bien, mais ils savent qu’il y a un problème, et on ne peut plus le tolérer », a-t-il notamment déclaré depuis.

Les réactions n’ont évidemment pas tardé. « Donald Trump, vous ne comprenez rien. Cela affaiblit notre sécurité », a tweeté Hillary Clinton, sa possible future adversaire démocrate.

Mais le mal est fait.

Donald Trump bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle. Il est – ou était jusqu’aux derniers sondages, de lundi – le candidat à l’investiture le plus populaire parmi les républicains. C’est peut-être le futur président des Etats-Unis ! Le monde entier a les yeux rivés sur lui. Voilà pourquoi son message de rejet a déjà fait des ravages, de Brooklyn à Jakarta, en passant par Molenbeek, Le Caire et Islamabad.

Nous, Européens, ne participerons pas à l’élection du prochain président américain. Nous sommes pourtant tellement concernés… Vladimir Poutine au Kremlin et Donald Trump à la Maison-Blanche ? Au secours, Jean-Claude Juncker !

Nous devons nous en remettre à l’intelligence des Américains. Et espérer que Donald Trump finisse par dire la bêtise de trop.

Voir encore:

Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d’Israël
CCLJ
1 décembre 2015

Publié dans Regards n°831

Bien que les sociétés européennes soient confrontées depuis des années à l’islam radical, nombreux sont ceux qui se complaisent encore dans le refus de voir la réalité de cette idéologie mortifère.

Etrange et omniprésente pathologie, qui frappe aussi bien individus et collectivités. Il s’agit du rejet de la réalité, ou d’un pan de la réalité. Je vois, mais je ne perçois point, ou plutôt je refuse de percevoir ; je sais, mais je ne veux pas savoir. S’agissant des individus, le déni est du ressort de la psychologie, voire, dans des cas extrêmes, de la psychiatrie. En politique, il prend le masque grotesque de l’idéologie.

Oui, il y aurait un épais ouvrage savant à consacrer au rôle du déni dans la série de malheurs qui ont fait la trame de notre modernité. Fallait-il se complaire dans la cécité volontaire pour ne pas voir la réalité du totalitarisme soviétique et renvoyer ceux qui s’obstinaient à la décrire telle qu’elle était dans l’enfer des ennemis du progrès et de l’émancipation des peuples. Et que de souffrances l’humanité ne se serait-elle pas épargnées si l’on avait consenti à voir dans Mein Kampf ce qu’il étalait au grand jour, à savoir un programme d’action qui allait être méthodiquement exécuté à la face des démocraties sceptiques.

Au prix de quelques dizaines de millions de victimes, et sauf exception, ces deux cas classiques sont bien connus désormais. Ce qui est extraordinaire est que, avec une constance admirable, l’on s’obstine à retomber dans les vieilles ornières. C’était « Le drapeau de la Résistance flotte sur Phnom Penh » (Libération du 17 avril 1975) hier, c’est « Pour les musulmans » (Edwy Plenel, La Découverte), aujourd’hui. Reconnaissons-le, ce déni-là est surtout de gauche et se pare des oripeaux d’un progressisme de bon aloi.

Cela fait des années que le monde se mesure au phénomène de l’islam radical, et de bons esprits n’en ont toujours pas compris les tenants et les aboutissants. Voici ce que m’écrit, après le massacre du vendredi 13 novembre, une amie française qui travaille avec moi sur un projet d’exposition sur les relations multiséculaires entre l’islam et l’Europe : « …cette relecture violente et haineuse des textes cristallise l’abandon culturel et social que vivent certaines populations immigrées et ghettoïsées en Europe, qui n’ont plus que cela à quoi se raccrocher, car exclus de l’école et du monde du travail, exclus de la République. Des jeunes qui ont la haine et sont perdus, car abandonnés par la société sans aucun outil de réflexion, nourris par les jeux vidéo où l’on tire dans le tas sur des ennemis virtuels… »

Il reste à expliquer comment et pourquoi « l’abandon social et culturel » en Europe rend compte des massacres des yézidis et des chrétiens au Proche et au Moyen-Orient, des décapitations de journalistes et du meurtre systématique de musulmans qui ne se reconnaissent pas dans l’idéologie de l’Etat islamique. Un « abandon social et culturel » qu’il serait stupide de nier, mais qui est tout de même relatif. Après tout, la France a englouti des milliards d’euros dans sa « politique de la Ville », notamment dans des équipements culturels sur l’ensemble du territoire – pas de quartier « sensible » sans sa bibliothèque, son centre culturel, son stade et sa piscine. Il faudra aussi expliquer pourquoi un certain Mohammed Emwazi, rejeton d’une famille riche originaire du Koweït établie en Grande-Bretagne lorsqu’il avait 8 ans, et qui a fait d’excellentes études dans une université anglaise prestigieuse, est devenu le bourreau global Jihadi John. Et aussi pourquoi environ 20 % des candidats au départ en Syrie sont des Français « de souche » sans histoire, issus des classes moyennes. Enfin, il faudra expliquer pourquoi d’autres populations anciennement colonisées n’ont pas produit de monstres de cet acabit. Selon cette logique, les Vietnamiens, les Chinois, les Indiens, que sais-je encore, auraient dû mettre le monde à feu et à sang. Mieux, ou pis, s’il y a un collectif humain qui aurait dû se muer en peuple de kamikazes, c’est bien le peuple juif, non ?

En fait, l’explication sociologiste, oublieuse de l’histoire et de ses ressorts culturels profonds, est révélatrice du déni massif des clercs face à une crise de civilisation que des intellectuels musulmans -Abdennour Bidar, Abdelwahab Meddeb, Kemal Daoud, Boualem Sansal et tant d’autres- s’efforcent d’identifier et de combattre.

Il reste à dire un mot de la Belgique, formidable cas de déni collectif. Cela fait des années que je fréquente cet attachant pays, et que de fois n’ai-je entendu des amis belges comparer favorablement leur pays à la France pour ce qui concerne l’intégration des immigrés. Ici, on ne rejette pas les immigrés dans la périphérie des grandes villes, ici, on sait s’y prendre, ici, on leur fait une place dans la cité… Peut-être. Vu de Molenbeek, ce n’est pas évident.

Voir de plus:

Laurent Bouvet : Bartolone ou le clientélisme ethno-culturel de la gauche Terra Nova
Alexandre Devecchio
Le Figaro
10/12/2015

FIGAROVOX/ ENTRETIEN – Laurent Bouvet réagit aux accusations de Claude Bartolone contre Valérie Pécresse. Pour le politologue, le candidat PS a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova.

Laurent Bouvet est professeur de science politique à l’UVSQ-Paris Saclay. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

En meeting et dans Le Nouvel Observateur, Claude Bartolone a accusé Valérie Pécresse de défendre «la race blanche». Que vous inspirent ces propos?

De l’étonnement! On ne peut en effet se commettre dans de tels arguments dans un débat démocratique. Pour trois raisons, au moins, concernant Claude Bartolone.

D’abord parce qu’en sa qualité de président de l’Assemblée nationale, il se doit d’une certaine réserve au moins dans son expression, a fortiori à l’égard d’une députée de l’assemblée qu’il préside. Ce ton lié à ce mélange des genres est problématique.

Ensuite parce que l’on peut difficilement, en tant que candidat socialiste, reprocher une telle chose à une élue d’un parti (Les Républicains), pour lequel on appelle ouvertement à voter dans d’autres régions, comme en PACA ou dans le Nord. La campagne étant médiatisée nationalement, cela n’aidera pas nécessairement les camarades socialistes locaux de M. Bartolone. Il y a là, au mieux, une forme d’inconséquence.

Enfin parce que l’usage, abusif, de telles expressions participe de l’agitation identitaire dans le débat public que M. Bartolone et le PS sont les premiers à reprocher, à juste titre à Nadine Morano ou au FN.

Après l’affaire Morano, vous dénonciez une dérive identitaire inquiétante du débat. Cette nouvelle affaire est-elle comparable?

Ce n’est pas strictement comparable dans la mesure où ici c’est utilisé comme désignation péjorative mais le fond du problème, la résurgence identitaire dans le débat politique, est le même.

L’assimilation, maladroite donc, de Mme Pécresse à Mme Morano, est clairement destinée à montrer que la droite serait à l’image de Mme Morano, raciste, alors que le PS défendrait l’antiracisme.

Or il n’est pas certain, outre le caractère fallacieux d’une telle imputation, que cela fonctionne politiquement comme le souhaiterait son auteur.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV figurent sur les listes de la gauche des candidats qui ont soutenu et défilé avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la « Marche pour la dignité » à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Claude Bartolone s’inscrit-il dans la stratégie du think thank Terra Nova?

Le candidat PS à la région a clairement axé sa campagne sur la stratégie Terra Nova. C’est-à-dire l’appel à la «banlieue», avec tout ce que cela suppose de réduction et d’illusion, et à Paris.

Il a pour cela multiplié les clins d’œil et les allusions, n’hésitant pas à déployer une forme de clientélisme ethno-culturel assez étonnant dans ses propos.

De la même manière, il a favorisé clairement sur ses listes, la mise en avant d’une forme de diversité identitaire qui tranche avec la faible diversité sociale des profils de ses colistiers – dont la grande majorité est issue du secteur public et en particulier du milieu des collaborateurs politiques et d’élus.

Depuis la fusion des listes avec le Front de gauche et EELV, on constate que cette stratégie est encore renforcée dans la mesure où figurent sur les listes de la gauche désormais pour le 2nd tour, des candidats qui ont soutenu et défilé, par exemple, avec des militants islamistes et avec les Indigènes de la République lors de la «Marche pour la dignité» à Paris le 31 octobre dernier, dont les slogans étaient clairement et profondément identitaires.

Peut-on aller jusqu’à parler d’un appelle au «vote ethnique»?

Il faudrait pour cela regarder de près les résultats, notamment au niveau territorial. Après le 1er tour, on constate tout de même qu’il n’y a pas eu de forte mobilisation en banlieue notamment, là où on trouve supposément davantage d’électeurs qui correspondent à ce que vous appelez un «vote ethnique».

Que cela révèle-t-il sur la gauche? Comment peut-on dans le même temps appeler au Front républicain et de l’autre diaboliser ainsi l’adversaire?

Je ne sais pas. Je trouve cela assez paradoxal comme je vous le disais plus haut.

Il me semble que cela traduit une forte incertitude doctrinale du PS, de M. Bartolone et de son équipe en particulier. Incertitude qui conduit, sur la base d’un manque de réflexion sur ce type de questions, à réduire la politique à de la tactique électoraliste et à du clientélisme à courte vue.

C’est en quelque sorte ici une combinaison du résultat dont témoigne depuis des années l’aveuglement stratégique à la Terra Nova et de la gestion par la gauche de collectivités locales et de territoires sur le mode du clientélisme ethno-culturel. Ce qui a forgé une sorte de vision identitaire – assez symétrique à celle du FN – de la politique, réduisant tout ou presque à cette dimension, spécialement la prise en compte des difficultés sociales.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

Quelles peuvent-être les conséquences à long terme pour la gauche?

Les conséquences sont, hélas, déjà là. On voit l’effet de l’évolution que je viens de décrire rapidement sur l’attitude du PS vis-à-vis de la montée en puissance du FN. Une attitude qui se présente comme une fermeté sur les principes, les fameuses «valeurs» mais qui ne renvoie qu’à une forme de tentative désespérée de limiter par un «barrage» – le terme est parlant! – la montée d’un flot incontrôlable.

Il est donc déjà bien tard sinon trop tard. Et ce n’est certainement pas entre deux tours d’une élection que l’on peut infléchir voire réorienter des années voire des décennies d’absence de réflexion, de refus de voir les choses telles qu’elles sont et de considérations politiques purement tactiques.

Assiste-t-on durant ces régionales au suicide de la gauche, voire de la classe politique tout entière?

Suicide n’est pas un terme politique. On assiste bien néanmoins, comme à chaque élection depuis 2012, à la mise à jour de l’état réel de la politique française. Ce que nombre de responsables politiques mais aussi de journalistes ou même de chercheurs tentent de masquer ou d’oublier à longueur d’années ressurgit régulièrement en pleine lumière, à travers le vote de nos concitoyens. Ce ne sont pas là des sondages ou des extrapolations, c’est l’expression démocratique du peuple.

On peut continuer à tenter de mettre la poussière sous le tapis ou à détourner le regard en racontant des choses sur la société française telle qu’on voudrait qu’elle soit plutôt que de la décrire et de la considérer telle qu’elle est. Mais le réel nous rattrape, et cela devient de plus en plus clair et précis.

La prochaine étape étant la présidentielle, je ne saurais trop conseiller, comme j’essaie de le faire depuis des années à mon modeste niveau, avec d’autres, à tous ces responsables politiques et commentateurs d’ouvrir enfin les yeux et de lâcher les moulins à prière qu’ils ont commencé à faire tourner, sans succès, dans les années 1980.

Voir par ailleurs:

Islamo-gauchistes: c’est la faute à la France!
La France est forcément coupable, ou alors elle l’a bien cherché

Régis Soubrouillard

Causeur

11 décembre 2015

Après le 7 janvier, déjà, le délai de décence n’avait pas été très long. Et nombreux étaient ceux, parmi les rangs de la gauche radicale, à laisser entendre, ou parfois même à dire ouvertement, que les dessinateurs de Charlie avaient eu la plume un peu lourde quand il s’agissait du Prophète, laissant trop souvent s’exprimer un humour aux relents « islamophobes ». Les dessinateurs étaient morts pour avoir un peu trop dessiné, les policiers pour avoir un peu trop protégé. Et les juifs… Parce qu’ils étaient un peu trop juifs.

Bref, tout bien pesé, les sacrifiés des 7 et 11 janvier l’avaient sans doute un peu cherché, sinon dûment mérité.

Au Bataclan, ne se tenait pas une réunion de dessinateurs de prophètes et aux terrasses des cafés visés ne se pressaient que des jeunes et innocents leveurs de coudes. Difficile, donc, de défendre l’hypothèse que ceux-là aient dépassé les bornes.

Dix mois après Charlie, l’argument des provocations supposées « islamophobes » s’est écrasé sur les terrasses parisiennes.

Pourtant, la cohorte désormais connue des piètres penseurs, qui trouvent systématiquement des excuses à des hordes de terroristes fanatisés et aiment à présenter les bourreaux en victimes, n’a pas tardé à dégainer ses nouveaux éléments de langage : le prêt-à-penser de la victimisation du poseur de bombes.

C’est le NPA qui a d’abord expliqué que la guerre menée par l’État islamique à l’Occident n’était qu’une réponse aux bombardements menés par l’armée française contre l’organisation terroriste. L’argument pourrait s’entendre si dans son communiqué le parti d’Olivier Besancenot ne mettait pas sur un pied d’égalité la violence des attentats parisiens et les bombardements de l’armée française.

« Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie, suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement. La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen », écrit ainsi le parti d’Olivier Besancenot.

Dans la géopolitique ultrarudimentaire qui sert de vision du monde au NPA, les bombardements effectués par l’armée d’un État démocratique contre un groupe terroriste n’ont ainsi pas plus de sens que le massacre aveugle d’innocents venus écouter un concert. Dans ce monde binaire où tout se vaut, et où le terrorisme serait légitimé par la politique étrangère des puissances occidentales, le NPA pratique le révisionnisme historique en faisant de l’État islamique un simple golem de l’« axe du Bien », niant le contexte local, le rôle joué par les monarchies du Golfe dans sa montée en puissance, et occultant par ailleurs totalement le conflit géant interne à l’islam.

Sur son blog, Julien Salingue, chercheur sur la question palestinienne, a publié, lui, dès le samedi 14 novembre, un billet de la même eau intitulé « vos guerres, nos morts », devenu, depuis, le hashtag de ralliement de tous les néopacifistes (« leurs guerres, nos morts ») :« Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. »

Depuis, Michel Onfray s’est lui aussi rallié à ce camp de la paix et du juste « retour de bâton ». Dans une « mise en perspective » en 140 signes, le philosophe estime que « Droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique ». Une prise de position qui a tellement plu à l’État islamique qu’il s’est permis de la relayer dans une de ses vidéos.

Le site Acrimed, qui a abandonné depuis longtemps la salutaire critique des médias pour la propagande, a laborieusement tenté de relativiser les prises de positions des uns et des autres, ne voyant là que des voix « dissidentes » ou « discordantes » que le « parti des éditorialistes faucons » ne saurait entendre. L’argument est un peu court.

Le débat est légitime, encore faudrait-il ne pas se tromper de sujet. Si le terrorisme ne se combat pas par la guerre – c’est même sans doute un contresens que de croire que des bombes suffiront à anéantir un tel adversaire –, la mécanique intellectuelle qui consiste à faire peser la responsabilité des victimes sur les dirigeants occidentaux relève, en l’espèce, de la mystification. C’est un autre combat que mènent ici les bataillons islamo-gauchistes : contre le virage – largement critiquable – atlantiste et néoconservateur de la diplomatie française, et encore plus sûrement contre la prise de distance de cette même diplomatie avec les Palestiniens dès la fin de la présidence Chirac. Cette partie minoritaire de l’extrême gauche, avec laquelle Mélenchon garde ses distances, se trompe de cible, focalisée sur la question palestinienne, le contexte social et l’histoire coloniale. Autant de procédés peu glorieux qu’elle partage, en l’occurrence, avec les recruteurs de l’État islamique chargés d’attirer les jeunes Occidentaux.

Cette gauche radicale a d’autres ressources dans sa besace, dont l’« excusisme » reste l’argument suprême. Et le suspense n’a pas duré longtemps quant à savoir qui allait nous expliquer en premier que les kamikazes n’étaient en fait que de pauvres victimes d’une société qui n’aurait eu de cesse de les rejeter.

Les Indigènes de la République, particulièrement virulents à l’égard de Charlie Hebdoaccusé de fascisme anti-islamique, ont joué l’effet « double lame » : la politique étrangère française s’expliquerait par l’« islamophobie » qui caractérise la politique intérieure française. « La France connaît le retour de flamme d’une politique étrangère belliciste en Libye, au Mali, en Syrie, en Irak […], motivée par la stratégie du “choc de civilisations” et son corrélat interne que sont le racisme et l’islamophobie d’État ». La boucle est bouclée.

Dans la chronique du Yéti intitulée « notre irresponsable part de responsabilité »,l’hebdomadaire Politis a, lui, préféré dénoncer la stigmatisation et la ghettoïsation sur notre sol des populations musulmanes. En tirant, de facto, la conclusion suivante : « Faut-il s’étonner ensuite que le chaos que nous avons semé au Moyen-Orient nous frappe de plein fouet ? Sous forme d’actions solitaires isolées pour commencer, sous forme maintenant d’attaques simultanées organisées en meute, avec la volonté de tuer un maximum de gens ? »

Sur son blog, l’économiste Paul Jorion a accueilli le billet d’un certain Anton Klimm, auteur de l’analyse sociologique la plus indigente qui soit : « Est-il légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du “bon” côté et d’autres, du “mauvais” ? » Entendant par là d’un côté « des jeunes performants » et de l’autre « les assassins, sans moyens financiers » qui se « voient barrer l’accès à la fortune dès la naissance ». Suffisant, selon l’intéressé, pour tenter d’expliquer un tel passage à l’acte.

De plateaux télé en interviews dans L’Humanité ou L’Obs, le sociologue Raphaël Liogier, icône des milieux islamo-gauchistes depuis un livre au titre plein de promesses Le Mythe de l’islamisation, développera partout sa thèse des « ninjas de l’islam ». Le djihadisme n’aurait ainsi rien à voir avec l’islamisme, mais résulterait avec d’un manque de reconnaissance, desproblèmes de virilité ou encore de l’absence du père. sans jamais L’auteur oublie de s’interroger sur le rôle éventuel du religieux dans ces failles spécifiques. Les bouddhistes, les juifs, les chrétiens n’auraient-ils pas de problèmes de virilité ? Évoquant un « djihadisme sans islamisme », Raphaël Liogier conteste totalement que le fondamentalisme islamiste est soit un projet politique et religieux qui se nourrit de l’islam.

Dans le même déni, Edwy Plenel avait déjà été d’une formidable ambiguïté pendant tout le mois de janvier, lors de ses sorties médiatiques après les attentats de Charlie Hebdo,incapable d’énoncer clairement sa pensée tellement pleine de sous-entendus : « On peut être Charlie et on peut ne pas l’être tout à la fois. On peut être Charlie en disant qu’évidemment nous sommes du côté de ceux qui ont été massacrés. Et on a tout à fait le droit de ne pas être Charlie en disant : “Je ne suis pas obligé d’apprécier.” »

Le danger n’était déjà pas alors le terrorisme mais la laïcité ou la stigmatisation des populations musulmanes. À trop fréquenter des Tariq Ramadan et à fustiger régulièrement ceux qu’il appelle désormais les « laïcards », celui qui défendait autrefois mordicus le dessinateur Siné dans son droit à la caricature et à la provocation n’avait eu de cesse de louvoyer : « Aujourd’hui, en France, il y a une forme de laïcisme, d’interprétation sectaire, dogmatique, dominante, exclusive de la laïcité qui fait que moi qui suis areligieux, je veux aussi défendre la liberté de ceux qui croient. De ceux qui ont des croyances, des convictions qui, pour moi, sont des opinions ».

Transformé en Gandhi d’opérette, dépourvu de ses arguments sur le caractère provocateur des caricatures et le « laïcisme », Plenel n’est pas tombé dans l’outrance des Besancenot et autres Indigènes de la République. Bien plus préoccupé par le « virage sécuritaire » que par la menace islamiste, le fondateur de Mediapart s’est contenté d’un appel à « faire société ». La belle affaire ! L’équivalent sociétal de la fête des voisins serait donc la réponse au terrorisme islamiste… Et pourquoi pas tendre l’autre joue ! À peu près aussi indigent que tous les Jean Moulin de bistrots qui prétendent résister à l’ennemi en retournant boire un coup.

Sa recette ? Edwy Plenel n’en dit évidemment pas un mot, se perdant en de vaines paroles –« la peur est notre ennemie » – pour mieux nier qu’en l’occurrence l’ennemi est identifié : le radicalisme musulman qui recouvre pour l’essentiel le salafisme djihadiste. Dans sa prose angélique, Plenel évite soigneusement le sujet quand même le président de la République, d’une prudence de Sioux jusque-là, a fini par lâcher le mot interdit, évoquant pour la première fois des « jeunes islamistes radicalisés » devant le rassemblement des maires de France.

Non, les islamistes radicaux ne sont pas des victimes de la misère ni de la colonisation, encore moins de l’islamophobie, et ne sauraient servir de prolétariat de substitution à une certaine gauche de la gauche en panne de sublimation politique. Dépossédée du monopole de l’utopie politique révolutionnaire par la nature radicale de l’intégrisme islamique, une partie de l’extrême gauche pourrait être contrainte à un véritable aggiornamento par les événements du 13 novembre.

Face à une société en voie de désintégration, incapable d’incarner ses propres valeurs, d’assumer son identité nationale, l’État islamique propose, en effet, l’alternative d’un projet autrement plus mobilisateur : une identité totale, défendue par les armes, dans un combat sans retour. Autant dire que, sans autre combustible spirituel que les pauvres pis-aller de la consommation et de l’accomplissement de soi, l’Occident ne fait pas le poids contre une lutte spirituelle, politique, identitaire et militaire à haute teneur en exaltation. En 2005, Jean Baudrillard annonçait déjà cette fracture dans Libération : « Une bonne part de la population se vit ainsi, culturellement et politiquement, comme immigrée dans son propre pays, qui ne peut même plus lui offrir une définition de sa propre appartenance nationale. Tous ces exclus, ces désaffiliés, qu’ils soient de banlieue, africains ou français “de souche”, font de leur désaffiliation un défi, et passent à l’acte à un moment ou à un autre ».

C’est bien le rapport de tous ces « déracinés » à la nation, seul véritable référent politique comme l’a prouvé le retour quasi instantané aux frontières intérieures au moment de l’agression, qu’interrogent les attaques du 13 novembre. Quant aux sans-frontiéristes, qui ont systématiquement œuvré à dénigrer la nation française, ils devraient peut-être s’interroger sur leurs responsabilités. Leur rêve néo-tiers-mondiste s’est fracassé le 13 novembre sur des terrasses parisiennes. Il est parfois des retours au réel ravageurs.

Voir de même:

Leurs guerres, nos morts: la barbarie impérialiste engendre celle du terrorisme

14 novembre 2015

Les attentats horribles qui ont eu lieu à Paris vendredi soir, faisant plus de 120 morts, des dizaines de blessés, cette violence aveugle, suscitent la révolte et l’indignation. Le NPA les partage et exprime sa solidarité aux victimes, à leurs proches. Ce drame est d’autant plus révoltant qu’il frappe des victimes innocentes, que les attaques meurtrières visaient la population.

Cette barbarie abjecte en plein Paris répond à la violence tout aussi aveugle et encore plus meurtrière des bombardements perpétrés par l’aviation française en Syrie suite aux décisions de François Hollande et de son gouvernement.

Ces bombardements sont censés combattre l’État islamique, les terroristes djihadistes, en fait, avec l’intervention et les bombardements russes, ils protègent le régime du principal responsable du martyr du peuple syrien, le dictateur Assad.

Et ce sont là aussi les populations civiles qui en sont les premières victimes condamnées à survivre sous la terreur ou à fuir au risque de leur vie.

La barbarie impérialiste et la barbarie islamiste se nourrissent mutuellement. Et cela pour le contrôle des sources d’approvisionnement en pétrole.

Dans une intervention pitoyable, Hollande s’est décomposé en direct et a bafouillé quelques mots sur la République. Lui qui joue les va-t-en guerres et porte une responsabilité immense dans ce nouveau drame réclame de la « confiance ». Il a décrété l’état d’urgence sur tout le territoire, estimant que la réponse à apporter était de piétiner les libertés fondamentales. Il a été immédiatement soutenu par Sarkozy. Les autorités politiques peuvent ainsi désormais interdire des réunions publiques et contrôler la presse.

Une nouvelle fois, les principaux responsables de ce déferlement de violence barbare appellent à l’union nationale. Ils tentent de retourner la situation dramatique à leur avantage pour étouffer l’indignation et la révolte. Ils ont pour cela un bouc émissaire tout trouvé, les musulmans. Nous refusons toute union nationale avec les responsables des guerres, la bourgeoisie, Hollande, Sarkozy et Le Pen. Nous dénonçons le racisme que distille l’État au nom de prétendues « valeurs de la république » au moment même où, sous couvert de lutte contre le terrorisme, ce sont les droits démocratiques qui sont menacés. Nous demandons la levée de l’État d’urgence.

La seule réponse aux guerres et au terrorisme est l’unité des travailleurs et des peuples, par delà leurs origines, leur couleur de peau, leurs religions, par delà les frontières pour se battre ensemble contre ceux qui veulent les faire taire, les soumettre, pour en finir avec ce système capitaliste qui engendre la barbarie.

Pour mettre fin au terrorisme, il faut mettre fin aux guerres impérialistes qui visent à perpétuer le pillage des richesses des peuples dominés par les multinationales, imposer le retrait des troupes françaises de tous les pays où elles sont présentes, en particulier en Syrie, en Irak, en Afrique.
Montreuil, le 14 novembre 2015

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté
Le Figaro
08/12/2015

Ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne …
Depuis une quinzaine d’années, on le sait, on a assisté à la multiplication des phobies. Elles contribuent à la psychiatrisation de la vie politique. La dissidence est associée à une forme de dérèglement psychique, et on assistera à la multiplication des interdits moraux et idéologiques. L’inquiétude devant l’immigration massive ou le multiculturalisme sera assimilée à la xénophobie. Celle par rapport à la difficile intégration de grandes populations musulmanes en France sera quant à elle assimilée à l’islamophobie. La critique de l’intégration européenne relèvera de l’europhobie. À ce catalogue des phobies, il faudrait aussi ajouter l’homophobie et la transphobie, dont on a beaucoup parlé ces dernières années. Le nouveau régime issu de mai 68 exige qu’on s’enthousiasme devant sa promesse d’un avenir diversitaire radieux ou qu’on passe pour fou. Devant le déni de réel des élites médiatiques, certains cherchent la protestation la plus vigoureuse, même si elle est excessive. L’idéologie soixante-huitarde, qui prend forme aujourd’hui à travers la sacralisation de la diversité, a besoin du mythe du fascisme pour poursuivre son implantation. Il lui permet d’associer ainsi aux pires horreurs du vingtième siècle la simple défense des valeurs traditionnelles et des institutions qui les pérennisaient. Dès lors, le progressisme dominant propose son alternative funeste: multiculturalisme ou barbarie. Le désaccord populaire est toujours rabattu sur le fascisme, comme s’il représentait la dernière étape avant la conversion décomplexée à l’extrême-droite. En fait, il s’agit de désarmer mentalement le commun des mortels devant ce qui est quand même une entreprise sans précédent d’ingénierie sociale et identitaire visant à modifier en profondeur l’identité du peuple français et de la civilisation européenne. Encore aujourd’hui, on peine à traduire politiquement les clivages nés dans la dynamique des radical sixties. Qu’on le veuille ou non, la distinction entre la gauche et la droite structure encore la vie politique, surtout en France qui, à sa manière l’a inventé. Elle n’est pas sans profondeur anthropologique non plus: la gauche et la droite ne sont pas des notions complètement insensées. Mais il faut bien convenir que ce clivage n’est pas parvenu à donner une véritable forme politique aux enjeux qui touchent à la nature même de la communauté politique. Ils ne s’expriment vraiment clairement qu’avec les référendums européens, pour ensuite se dissiper une fois que le système partisan reprend ses droits. Une frange importante du peuple, dans les circonstances, semble privilégier une politique tribunicienne pour se faire entendre, même si, paradoxalement, elle l’isole politique dans les marges. On s’est demandé cet automne pourquoi les intellectuels avaient aujourd’hui plus d’influence que les politiques dans la vie publique. Naturellement, leur parole est plus libre. Ils ne sont pas en position de responsabilité. On les suspecte moins, conséquemment, de dissimuler une part de réalité et d’être lié par une attache partisane. Mais l’essentiel était ailleurs: ne cherchant pas à s’inscrire dans un clivage politique usé, ils parviennent plus aisément à réaliser les synthèses nécessaires et à formuler une vision de l’époque et de ses enjeux délivrée de l’écartèlement habituel et exagéré entre ce que la gauche et la droite de gouvernement croient devoir être. Plus souvent qu’autrement, ils expriment une forme de conservatisme qui est peut-être d’abord et avant tout un patriotisme de civilisation. Ce créneau est aujourd’hui idéologiquement majoritaire en France, même s’il demeure vitupéré médiatiquement.  Si on laisse de côté le grand récit antifasciste maintenu artificiellement en vie par le système médiatique, on découvre une autre histoire de l’émergence du populisme européen. Sa vitalité politique repose sur un double abandon dont se sont rendus coupables les partis de gouvernement. La droite a sacrifié le patriotisme conservateur qui était la marque distinctive du RPR des bonnes années pour se convertir à un libéralisme moderniste qui n’a jamais suscité l’enthousiasme au-delà du cercle étroit des élus de la mondialisation heureuse. La gauche a renoncé à la défense du peuple pour se convertir à la cause de la diversité et à la sacralisation des minorités, en leur prêtant la vertu rédemptrice autrefois réservée au prolétariat. Le Front national a récupéré ces deux créneaux. En un mot, les élites françaises ont sacrifié la fonction protectrice du politique, ou sa part conservatrice, si on préfère. Elles ont ainsi renoncé à certaines aspirations fondamentales au cœur de la cité. Elles ont négligé le besoin d’enracinement au cœur de l’âme humaine. Les enjeux sociétaux ont émergé ces dernières années. Ils rappellent que la politique ne saurait être victime de réductionnisme économique sans s’appauvrir existentiellement. Les hommes, quoi qu’on en pense, ne se représentent pas la société comme une simple association contractuelle d’individus sans liens véritables entre eux. Ils veulent habiter un monde commun, noué dans l’histoire et la culture. Mais on a assisté, à bien des égards, à sa dissolution dans la seule logique des droits. Plus encore, les grandes réformes sociétales ont été présentées comme relevant de la fatalité historique. Ce sentiment d’impuissance entretenu par le mythe de la fatalité historique revalorise, par effet de contraste, ceux qui croient que la politique n’est pas sans lien et qui misent sur cette dernière pour infléchir autrement le cours de l’histoire, et reconstruire ce qui n’aurait pas dû être déconstruit. Les partis politiques qui prétendent, d’une manière ou d’une autre, sortir la politique de la seule logique de l’extension des droits et du traitement gestionnaire des problèmes sociaux retrouvent aisément un écho populaire. Ils laissent croire, en quelque sorte, que l’homme a une maîtrise sur son destin, même s’ils font preuve souvent de démagogie en laissant croire que cette volonté est toute-puissante et peut s’affranchir des pesanteurs de l’époque. On s’est émerveillé, ces dernières semaines, de la réhabilitation de la Marseillaise et du Tricolore, suite aux carnages du 13 novembre. Personne ne s’en désolera, naturellement. Il y avait là une forme de sursaut patriotique absolument admirable, à mille lieux du réflexe pénitentiel dans lequel le système médiatique se complaît spontanément. Mais une certaine autocritique aurait été la bienvenue: pourquoi les élites, et les élites de gauche, en particulier, avaient-elles abandonné les symboles nationaux? Car le Front national avait moins confisqué la nation qu’on ne lui avait concédée. C’est moins sur son programme spécifique qu’il est parvenu à croître, au fil des ans – d’autant que ce programme est assez changeant et ne se caractérise pas exactement par un souci de rigueur – que sur un désir de nation auquel il était à peu près le seul à répondre explicitement, aussi déformée sa réponse soit-elle. Il faut voir plus large. C’est à une crise de légitimité qu’on assiste, en fait. Une crise de régime, si on veut, qui touche toutes les sociétés occidentales même si encore une fois, même si c’est en France qu’elle prend une portée civilisationnelle. La France devient le théâtre des grandes contradictions qui traversent le monde occidental. Le pouvoir semble impuissant à affronter une crise de civilisation à peu près sans précédent et se contente de disqualifier ceux qui le rappellent à ses devoirs et l’invitent à ne pas se contenter d’incantations humanitaires devant des problèmes comme la crise des migrants. Il se permet même de persécuter ceux qui dénoncent son impuissance. Ainsi, ils sont de plus en en plus nombreux à défiler régulièrement devant les tribunaux pour avoir nommé la part de réel qui heurte l’idéologie dominante. C’est, à certains égards, le seul ressort qui lui reste. Il y a certainement d’excellentes raisons de s’opposer au Front national, mais la réduction de sa progression à la renaissance d’une forme de fascisme intemporel, qui serait la tentation diabolique de la civilisation européenne, n’en est pas vraiment une. Elle rassure certainement une frange significative des élites politiques et intellectuelles, qui peuvent dès lors prendre la pose avantageuse de la résistance contre la bête immonde, mais elle rend à peu près incompréhensible et inintelligible le pourrissement de la situation qui a pourtant propulsé le Front national au rang de premier parti de France. Et pour tout dire, la meilleure manière de lui faire barrage ne consiste certainement pas à pousser encore plus loin la politique qui a contribué à sa croissance.

Les limites de l’antifascisme carnavalesque
Mathieu Bock-Côté

Le Figaro
08/12/2015

Pascal Bruckner : « Notre pays souffre désormais de nanisme »
L’essayiste explique le succès du Front national par sa capacité à porter mieux qu’aucune autre force politique le « discours de la plainte ».
Propos recueillis par Sébastien Le Fol
Le Point

09/12/2015
On est toujours surpris par ce qu’on attend. On annonce la victoire du Front national depuis au moins quinze ans et, quand elle survient, à l’occasion des régionales, on feint d’être terrassé par l’étonnement. C’était le spectre brandi par la gauche et la droite à chaque consultation pour intimider leurs adversaires et les menacer du pire ; voilà que le spectre débarque, il n’est plus un fantasme, mais une réalité. Du Désert des Tartares surgit l’ennemi tant redouté mais aussi tant désiré. Toute une frange du pays espère cette arrivée au pouvoir du parti de Marine Le Pen. Par besoin de clarté : les uns pour voir s’il incarne vraiment l’alternative dont il se réclame ; les autres par une sorte de résistantialisme rétrospectif, volonté de rejouer la dramaturgie de la Seconde Guerre mondiale. On le veut, ce « fascisme », pour s’opposer à lui, solder enfin les comptes, laver, soixante-dix ans après, l’affront de la collaboration. Pas de chance : le vrai fascisme est ailleurs, dans cette conjonction de religiosité et de terreur de masse incarnée à l’échelle mondiale par le djihadisme. Quoi qu’on pense du Front national et de la sottise de ses propositions, il y a entre lui et les soldats de l’islam radical une différence fondamentale : il joue le jeu de la démocratie et de la persuasion quand les kamikazes égorgent et tuent, à commencer par les musulmans.

Pour stopper ce parti, la gauche a misé sur l’antiracisme et la diabolisation. La droite, elle, l’a assimilé à un mouvement d’extrême gauche. Les deux stratégies semblent avoir échoué. Pourquoi, selon vous ?

Le terrorisme et l’immigration ne constituent, pour l’extrême droite, que des arguments ou des ingrédients, comme à Calais. Le FN progresse parce qu’il porte, mieux qu’une autre force politique, le discours de la plainte. Il n’est pas facile d’être français aujourd’hui, c’est-à-dire les héritiers d’un passé glorieux dont les péripéties soulignent par contraste notre petitesse. Comme si notre pays, qui se crut jadis le phare du monde, réalisait soudain qu’il a cessé de fixer les règles du jeu. Quelque chose lui a échappé, il a vieilli sans se régénérer. Pour le dire crûment, ça n’est plus ici que ça se passe. La France étouffait jadis dans des frontières trop étroites, elle souffre désormais de nanisme dans un monde trop vaste. Le Front national, en ne cessant de répéter que France rime avec souffrance, en martelant avec une jubilation morose que nous sommes des malheureux, des victimes universelles, traduit ce sentiment de déclassement éprouvé par nos compatriotes. La gauche et l’extrême gauche voudraient rejeter le Front national dans les ténèbres. Elles ont substitué la démonologie à la discussion politique. Voyez Jean-Christophe Cambadélis : son seul argument consiste à dire que le FN, c’est Vichy. Mettez-vous dans la tête d’un électeur. Vichy évoque quoi ? Une eau minérale un peu salée, une villégiature à la fois désuète et charmante du Massif central. Et très lointainement la capitale du gouvernement de Pétain. Rien qui n’appelle l’effroi ou la peur, alors que les attentats, les massacres parlent à tout le monde. On ne saurait imaginer pire décalage. Ou encore, comme le dit le Parti communiste, le FN serait mauvais car hostile à l’ »Autre ». Mais qui est cet Autre, que signifie cette mystique de l’altérité qui se développe parallèlement à celle du respect ? En quoi le souci des siens, de sa communauté serait-il a priori plus détestable que l’idolâtrie de l’étranger qui brille dans son inaltérable splendeur ? La seule réponse appropriée au Front national n’est pas celle de l’exorcisme, mais celle du réalisme : discuter point par point son programme, très proche de celui du Front de gauche – sortie de l’euro, retraite à 60 ans, etc. -, et en montrer les limites, les insanités. »

« 2) La gauche donne le sentiment d’avoir rompu avec son angélisme. Son virage sécuritaire est-il un vrai tournant idéologique et philosophique ou bien une simple réponse aux événements ?

Que la gauche se range enfin aux avis d’un certain nombre d’intellectuels, d’observateurs qui depuis dix ou quinze ans pointent la menace islamiste est hélas un peu tardif, mais quand même salutaire. Spontanément, face aux tueries, ce qui nous vient aux lèvres, ça n’est plus « L’Internationale », c’est La Marseillaise, cet hymne que notre génération avait cru jeter aux orties, c’est le drapeau que tout le monde conspuait il y a encore quelques mois, c’est la défense du mode de vie à la française. C’est toujours un défaut de patrie qui attise le nationalisme, jamais un excès. Beaucoup de temps a été perdu depuis janvier, beaucoup de débats imbéciles, d’anathèmes lancés contre les mauvais philosophes par la presse bien-pensante (c’est-à-dire celle qui ne pense pas mais ânonne son catéchisme), alors que gauche et droite auraient dû se mobiliser contre la barbarie. Penser l’événement du 13 novembre et en tirer toutes les conséquences, c’est ce qui au final départagera les intellectuels, les partis et les gouvernants. Ne pas faiblir, ne pas faillir, abattre la main impitoyable de l’État sur les terroristes et leurs complices, c’est ce que l’on demande aujourd’hui au gouvernement. C’est « Le chant des partisans  » qu’il faudrait apprendre aux écoliers, plus encore que La Marseillaise : l’ennemi doit connaître en effet le prix du sang et des larmes. En France comme en Syrie, en Irak, au Sahel ou en Libye. Aucune complaisance ni hésitation ne seront tolérées.

Dans son nouveau livre, Gilles Kepel pointe la polarisation entre « la kalach du djihadiste et le [Charles] Martel du FN ». Il y voit l’aboutissement de la stratégie préconisée par les théoriciens de l’islamisme, qui ambitionnent de provoquer une guerre civile en Europe. Redoutez-vous un tel scénario ?

Jusqu’à présent, les Français se sont conduits avec une dignité remarquable. Aucun appel à la vengeance, aucun cri de haine, en dépit de quelques actes isolés, montés en épingle. Mais Gilles Kepel a raison : une haine imbécile, attisée par les bons résultats de la droite extrême, risque demain de se transformer en actes de vengeance à l’égard de nos compatriotes musulmans pris comme cibles. Je l’avais signalé dans vos colonnes au mois de juin. On peut voir aussi se développer l’anomie sociale, se multiplier des éruptions de violence, comme à Air France, des révoltes de casseurs qui, comme à Moirans ou sur l’autoroute A1, s’en prennent aux biens publics, des mini-émeutes dirigées contre l’État, la justice ou tel groupe. L’état d’urgence doit aussi réprimer ces actes d’insubordination qui ajoutent le chaos à la confusion actuelle.

Le courant souverainiste, antieuropéen et antilibéral, est-il devenu majoritaire dans le pays ? Comment le discours libéral et réformiste, faisant la pédagogie de la mondialisation, peut-il à nouveau redevenir audible ?

Le fantasme qui travaille la France de 2015, ce n’est pas l’expansion, c’est la séparation. On se trompe en décrivant notre pays comme une puissance qui rêve de dominer ou vibrerait de nostalgie coloniale. C’est au mieux un pays en panne de destin et qui tente de survivre. Le souvenir des gloires d’hier s’accompagne d’un renoncement intégral aux mentalités qui les conditionnaient. Puisque, dans la vulgate antilibérale dominante, tout ce qui va mal chez nous est dû à la malignité de puissances étrangères – la finance, la mondialisation, l’empire américain, Bruxelles, l’euro, la Chine et j’en passe -, le rêve est de se barricader derrière les frontières pour se protéger du monde extérieur. Un peu comme les émeutiers en 2005 défendaient leurs cités contre l’intrusion de la police et des services de l’État. Mimétisme d’assiégés enfermés ici ou là dans leurs villages gaulois. Comment sortir de la peur, du repli ? Bien sûr, de meilleurs chiffres du chômage redonneraient confiance à nos compatriotes. On n’échappe à la névrose d’échec que par une série de petites victoires progressives, de petits pas qui nous rendent la maîtrise de notre destin. Hormis cela, je vois deux autres issues possibles. Le retour des expatriés, qui rapportent chez nous leur savoir-faire, leur goût d’entreprendre, eux qui ont porté avec succès les couleurs de la France aux quatre coins du monde. Mais, dans l’immédiat, nous sommes condamnés à faire confiance à François Hollande. Non parce qu’il est le meilleur, mais parce qu’il est là encore pour quinze mois. L’année 2016 sera cruciale : pour réorganiser l’islam de France, démanteler les réseaux terroristes, remporter éventuellement, avec nos alliés, une victoire sur le terrain contre Daech, accélérer les réformes nécessaires sur le plan économique. Mieux vaut harceler, persuader, influencer le gouvernement actuel plutôt qu’attendre mai 2017 et une hypothétique alternance. Nous n’avons plus le temps. C’est le seul effet positif de ces mauvais résultats. Puisque la gauche a senti le vent du boulet, elle se décidera peut-être à changer. Il faut croire en la pédagogie de la réalité. »

Why Won’t We Call This Islamist Terrorism?
November 19, 2015

victorhanson
This isn’t an attack on “humanity.”  It’s a war against the West.
by Victor Davis Hanson // Politico (Europe Edition)

President Obama summed up the jihadist killing in Paris as “an attack not just on Paris.” But rather, he assured us, “This is an attack on all of humanity and the universal values we share.”

People place flowers and light candles in tribute for the victims of the 13 November Paris attacks at the foot of the statue on Place de la Republique in Paris, France, 14 November 2015. At least 120 people have been killed in a series of attacks in Paris on 13 November, according to French officials. EPA/IAN LANGSDON
But is that assumption true?

Certainly, the president seems as unable to utter the targeted “West” and “Western” as he is the targeter “radical Islam” or “jihadist.”

Were the suicide bombers and the AK-47 shooters who slaughtered the innocent in Paris seeking to destroy the ideology of communist China?

Was their deadly message aimed at the protocols of Cuba, North Korea, or Venezuela? The Islamist terrorists — how careful were the president and the American news media to use the generic “they” and the non-specific “the terrorists” — did not seem too concerned with “all of humanity.” By the pattern of their attacks, our enemies seem not to share with the president that all of humanity embraces “universal values.”

Certainly the Vietnamese and Ecuadorians are more safe than those in Paris, New York, or Fort Hood. Communist Chinese profiteers in Africa or cartoonists in Beijing are not on the targeting list of ISIS.

Instead, radical Muslims and jihadists abroad overwhelmingly focus on Westerners. In the Middle East, when they don’t find them so ubiquitously any more, they kill and torture other religious and tribal groups who do not adhere to their particular brand of fundamentalist Sunni or Shiite Islam.

At home, the agendas of the tea party, Occupy Wall Street, anti-abortionists, Black Lives Matter, radical feminists, Christian fundamentalists and revolutionary atheists do not manifest themselves in blowing up restaurants and massacring innocents. Abroad, Christian crusaders are not desecrating mosques. Kurdish militias are not beheading civilians on videos. Jewish “militants” are not cutting off hands in religious courts, and Sufi clerics are not blowing up UN world heritage sites.

To the degree the Paris killers seek existential resonance, they are clearly attacking the expressions and manifestations of quite singular Western values of consensual government, human rights, equality of the sexes, freedom of expression and religion, and the bounty that follows from free market economics and the sanctions of private property. They hate not humanity so much as they do the West — and for an apparent variety of reasons that transcend the usual boilerplate of supporting Israel, buying oil from plutocratic sheiks and thuggish theocrats, or occasionally bombing or droning an unhinged terrorist or dictator.

* * *

The West is powerful, far more powerful than the alternatives, and its reach threatens, both insidiously and overtly, its antitheses. The treatment by radical Islamists of Christians, women, minorities, and homosexuals reminds us that inclusivity and diversity are not their creed. In fact, Islamists despise diversity as proof of our impurity and apostasy.

Yet radical Muslims, like moths to a flame, gravitate toward the affluent and leisured West — the recruiting grounds of ISIS are often in Europe and North America — as if they too want the security of civilized landscapes, but not the institutions that birth and nurture them. As nihilists, non-integrating Muslim fundamentalists in the West would turn their adopted enclaves into something similar to what they fled in the Middle East — and then move on when they found the water dangerous, medical care nonexistent, and safety for their children iffy.

The more the West welcomes in migrants from the Middle East who break immigration laws and issue demands on their hosts upon arrival, the more radical Muslims see such hospitality as weakness to be despised rather than as magnanimity to be appreciated. They see Western refinement in Thucydidean terms as endangering muscularity; like good parasites they feed off their hosts with the expectation that the meal provider will last for quite some time.

Western affluence and popular culture threaten to obliterate the 7th-century of the madrassa, and not by intent, but, far worse, by indifference. Young male Middle Easterners, in Mohamed Atta fashion, in London, Paris, and Berlin, as good addicts hate the provider of their pleasure — whether expressed benignly in Parisian soccer matches and rock concerts or in more tawdry fashion by the likes of Miley Cyrus and the Kardashians — and would hate them even more if they were to withdraw it.

Even the most clever jihadists cannot make the technology they use to destroy Westerners — from jetliners to plastic explosives to cell phones and the Internet; their religious figures damn Western technology as proof of our decadence and then see their youth hooked on it in addictive fashion. Their reaction to Western popular bounty is of course schizophrenic, true of most passive-aggressives, who alternate between bouts of inferiority and superiority. What did these weak, atheistic, and ambiguous Westerners do, they snarl to themselves, to obtain such extravagant but also decadent lifestyles? Are they wealthy and cocky, and we of the Middle East poor and miserable, because they choose Mammon over Allah, or because as imperialists and colonialists they robbed the treasures of the caliphate and have been living off our bounty ever since?

* * *

By any historical measure, radical Islamists like Al Qaeda and ISIS are weak, lacking the manpower, technology and economic power of the West. But they see willpower, zealotry, and suicidal nihilism as force multipliers in their war against the current postmodern West. And as they grow, they are dismissed by Western leaders such as Barack Obama and John Kerry with assurances that they are “contained” and “their days are numbered.”

The more our intelligence and government technocrats assure us that the Muslim Brotherhood is largely “secular” or that the Fort Hood terrorist Major Hasan’s labors represented “workplace violence,” or that a right-wing video stirred up the spontaneous “rioters” in Benghazi, the more Islamists up the ante — in part due to strategic arrogance that follows the loss of Western deterrence, but also in part due to sick curiosity over just how far one has to go to rile up these “Eloi:” blow up the finale of the Boston Marathon, shoot up  soldiers at a military base, butcher cartoonists in Paris, or something akin to 9/11 and Friday’s massacre in Paris? Will all that ever earn more than campus trigger warnings about “Islamophobia”?

If the president recently announced that global warming was the world’s greatest threat, if John Kerry sees climate change as the catalyst for the implosion of the Middle East (have four years of crippling drought forced Californians to strap on suicide belts?), and if Al Gore is perched high above the fray in the Eiffel Tower tweeting about earth in the balance, the jihadists are far more earthly.

Both before September 11 and afterward, they lost fear of Western retaliation. Before 9/11 they killed hundreds, like a sheep shearer who was careful to keep his periodic sheering reasonable and profitable. After 9/11, they grasped that even when bombed, invaded, and defeated at home, their long wars eventually exhaust Westerners, who, it turns out, can live with an occasional blown-up jet or shot-up rock concert, but not with a constabulary force in Iraq.

ISIL will assume that after the Paris attack, European and American leaders will, in time, remind Westerners of the dangers of right-wing nativists and xenophobes and “overreaction.” They will focus on the need to condemn abstract terrorism and extremism, and the need to reach out and embrace our common humanity. And such Islamist cynicism will be largely spot on about our leadership and culture — in the fashion that Osama bin Laden once blamed us for global warming and the lack of campaign finance reform.

Waging The War on ‘Terror,’ Vichy-style
November 15, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

A few hours before the catastrophic attack in Paris, President Obama had announced that ISIS was now “contained,” a recalibration of his earlier assessments of “on the run” and “Jayvees” from a few years back. In the hours following the attack of jihadist suicide bombers and mass murderers in Paris, the Western press talked of the “scourge of terrorism” and “extremist violence”. Who were these terrorists and generic extremists who slaughtered the innocent in Paris — anti-abortionists, Klansmen, Tea-party zealots?

Middle Eastern websites may be crowing over the jihadist rampage and promising more to come, but this past week in the United States we were obsessed over a yuppie son of a multi-millionaire showboating his pseudo-grievances by means of a psychodramatic hunger strike at the University of Missouri and a crowd of cry-baby would-be fascists at Yale bullying a wimpy teacher over supposedly hurtful Halloween costumes. I guess that is the contemporary American version of Verdun and the Battle of the Bulge.

This sickness in the West manifests itself in a variety of creepy ways — to hide bothersome reality by inventing euphemisms and idiocies likely “workplace violence” and “largely secular,” jailing a “right-wing” video maker rather than focusing on jihadist killers in Benghazi, deifying a grade-school poseur inventor who repackaged a Radio Shack clock and wound up winning an invitation to the White House, straining credibility in Cairo to fabricate unappreciated Islamic genius. Are these the symptoms of a post-Christian therapeutic society whose affluence and leisure fool it into thinking that it has such a huge margin of security that it can boast of its ‘tolerance’ and empathy — at the small cost of a few anonymous and unfortunate civilians sacrificed from time to time? Is deterrence a waning asset that has now been exhausted after seven years of Obama administration apologetics and contextualizations?

Our premodern enemies have certainly got our postmodern number. Newsmen compete to warn us not of more jihadists to come or the nature of the Islamist hatred that fuels these murderers, but instead fret about Western “backlash” on the horizon, about how nativists and right-wingers may now “scapegoat” immigrants. Being blown apart may be one thing, but appearing illiberal over the flying body parts is quite another. Let’s hurry up and close Guantanamo Bay so that it will stop “breeding” terrorists; and let’s hurry up even more to restart the “peace talks” to remind ISIS that we are nice to the Palestinians.

Hundreds of thousands flock to Europe not in gratitude at its hospitality but largely contemptuous of those who would be so naive to extend their hospitality to those who hate them. Barack Obama recently called global warming our greatest threat; Al Gore — recently enriched by selling a TV station to carbon-exporting Persian Gulf kleptocrats — is in Paris in Old Testament mode finger-pointing at our existential enemy — carbon. John Kerry, hours before the Paris attacks, announced that the days of ISIS “are numbered.” Angela Merkel welcomes hundreds of thousands of young male Muslims into Europe, and the more they arrive with anything but appreciation for their hosts, the more Westerners can assuage their guilt by turning the other cheek and announcing their progressive fides.

To preserve our sense of progressive utopianism, we seem willing to offer up a few hundred innocents each year to radical Islam. The slaughter might cease in a few years if we were to name our enemies as radical Muslims and make them aware that it could well be suicidal for their cause to kill a Westerner — or at least remind the Islamic world in general that it is a rare privilege to migrate to the West, given that immigration demands civic responsibilities as well as rights and subsidies, and is predicated on legality rather than the power of the stampede. But then to do that we would no longer be Westerners as we now define ourselves.​

Obama Has Just Begun
December 6, 2015
Victor Davis Hanson

National Review Online

How much damage can he do in his last year of office?

Insidiously and inadvertently, Barack Obama is alienating the people and moving the country to the right. If he keeps it up, by 2017 it will be a reactionary nation. But, counterintuitive as it seems, that is fine with Obama: Après nous le déluge.

By sheer force of his personality, Obama has managed to lose the Democratic Senate and House. State legislatures and governorships are now predominantly Republican. Obama’s own favorable ratings rarely top 45 percent. In his mind, great men, whether Socrates or Jesus, were never appreciated in their time. So it is not surprising that he is not, as he presses full speed ahead.

Obama certainly has doubled down going into his last year, most recently insisting on letting in more refugees from the Middle East, at a time when the children of Middle Eastern immigrants and contemporary migrants are terrorizing Europe. What remaining unpopular executive acts might anger his opponents the most? Close down Guantanamo, let thousands more refugees into the United States, free thousands more felons, snub another ally, flatter another enemy, weigh in on another interracial melodrama, extend amnesty to another million illegal aliens, make global warming laws by fiat, expand Obamacare, unilaterally impose gun control? In lieu of achievement, is the Obama theory to become relevant or noteworthy by offending the public and goading political enemies?

An Obama press conference is now a summation of all his old damn-you clichés — the fantasy strawman arguments; the caricatures of the evil Republican bogeymen; the demagogic litany of the sick, the innocent, and the old at the mercy of his callous opponents; the affected accentuation (e.g., Talîban; Pakîstan, Îslám, Latînos, etc.) that so many autodidacts parade in lieu of learning foreign languages; the make-no-mistake-about-it and let-me-be-clear empty emphatics; the flashing temper tantrums; the mangled sports metaphors; the factual gaffes; and the monotonous I, me, my, and mine first-person-pronoun exhaustion. What Obama cannot do in fact, he believes he can still accomplish through invective and derision.

In the 2016 election campaigns, most Democratic candidates in swing states will have distanced themselves from the last eight years. Otherwise, they would have to run on the patently false premise that American health care is more affordable and more comprehensive today than it was in 2009; that workforce participation is booming; that scandals are a thing of the past; that the debt has been addressed; that Obama has proved a healer who brought the country together; that immigration at last is ordered, legal, and logical; that the law has never been more respected and honored; that racial relations are calmer than ever; that the campuses are quiet; that the so-called war on terror is now over and won with al-Qaeda and ISIS contained or on the run; that U.S. prestige aboard has never been higher; that our allies appreciate our help and our enemies fear our wrath; that Iran will now not go nuclear; that Israel is secure and assured of our support; and that, thanks to American action, Egypt is stable, Libya is ascendant, Iraq is still consensual, and the Middle East in general is at last quiet after the tumultuous years of George W. Bush.

The hordes of young male migrants abandoning the Middle East for the West are merely analogous to past waves of immigrants and should be uniformly welcome. For Obama,  there is no connection between them and his slashing of American involvement in the Middle East — much less any sense of responsibility that his own actions helped produce the crisis he now fobs off on others.

If an American president saw fit to attack fellow Americans from abroad, and lecture them on their illiberality, there are better places from which to take such a low road than from Turkey, the embryo of 20th-century genocide, and a country whose soccer crowds were recently shouting, “Allahu akbar!” during what was supposed to be a moment of silence offered to the Paris dead. Surely an American president might suggest that such grassroots religious triumphalism about mass death is much more reprehensible behavior than are his own fellow citizens’ demands to vet the backgrounds of refugees.

If you suggested to Obama that, in his search for a contrarian legacy, he should do something to stop the slaughter in the Middle East and be careful about letting in more unexamined refugees, in answer, he would be more likely to do less than nothing abroad and vastly expand the influx of migrants. Getting under his critics’ skin is about all that is left of a failed presidency.

Many of our observers still do not quite grasp that Obama will end his presidency by  , — and that his resentment will lead to some strange things said and done.

Few foresaw this critical element of the Obama character. The tiny number of prescient pundits who warned what the Obama years would entail were not the supposedly sober and judicious establishment voices, who in fact seemed to be caught up in the hope-and-change euphoria and missed entirely Obama’s petulance and pique: the Evan Thomases (“he’s sort of god”), or the David Brookses (“and I was looking at his pant leg and his perfectly creased pant, and I’m thinking, a) he’s going to be president and b) he’ll be a very good president.” “It is easy to sketch out a scenario in which [Obama] could be a great president.”), or the Chris Matthewses (“the feeling most people get when they hear Barack Obama’s speech. My, I felt this thrill going up my leg. I mean, I don’t have that too often.”), or the Michael Beschlosses (“Uh. I would say it’s probably — he’s probably the smartest guy ever to become President.”), or the Chris Buckleys (“He has exhibited throughout a ‘first-class temperament,’ pace Oliver Wendell Holmes Jr.’s famous comment about FDR. As for his intellect, well, he’s a Harvard man”), or the Kathleen Parkers (“ . . . with solemn prayers that Obama will govern as the centrist, pragmatic leader he is capable of being”), or the Peggy Noonans (“He has within him the possibility to change the direction and tone of American foreign policy, which need changing; his rise will serve as a practical rebuke to the past five years, which need rebuking; his victory would provide a fresh start in a nation in which a fresh start would come as a national relief.”).

In truth, it was the loud, sometimes shrill, and caricatured voices of talk radio, the so-called crazy Republican House members, and the grassroots loudmouths of what would become the Tea Party who had Obama’s number. They warned early on that Barack Obama’s record was that of a petulant extremist, that his writing presaged that he would borrow and spend like no other president, that his past associations gave warning that he would use his community-organizing skills cynically to divide Americans along racial lines, that nothing in his past had ever suggested anything other than radicalism and an ease with divisive speech, that his votes as a state legislator and as a U.S. senator suggested that he had an instinctual dislike of the entrepreneur and the self-made businessman, and that his past rhetoric advised that he would ignore settled law and instead would rule by fiat — that he would render immigration law null and void, that he would diminish the profile of America abroad, and that he would do all this because he was an ideologue, with no history of bipartisanship but a lot of animus toward his critics, and one who saw no ethical or practical reason to appreciate the more than 60 years of America’s postwar global leadership and the world that it had built. Again, the despised right-wingers were right and the more moderate establishment quite wrong.

Abroad, from Obama’s post-Paris speeches, it is clear that he is now bored with and irritated by the War on Terror. He seems to have believed either that Islamist global terror was a minor distraction with no potential for real harm other than to bring right-wingers in backlash fashion out of the woodwork, or that it was an understandably radical manifestation of what was otherwise a legitimate complaint of Islam against the Western-dominated global system — thus requiring contextualization rather than mindless opposition.

A lot of ambitious and dangerous powers are watching Obama assume a fetal position, and may well as a consequence act foolishly and recklessly this next year. Not only Russia, China, and North Korea, but also Hamas, Hezbollah, Iran, ISIS, and assorted rogue states may take chances in the next 14 months that they would otherwise never have entertained (given that America is innately strong and they are mostly in comparison far weaker) — on the premise that such adventurism offers tangible advantages without likely negative consequences and that the chance for such opportunities will not present itself again for decades to come.

At home, Obama feels liberated now that he is free from further elections. He thinks he has a legitimate right to be a bit vindictive and vent his own frustrations and pique, heretofore repressed over the last seven years because of the exigencies of Democratic electioneering. Obama can now vent and strike back at his opponents, caricaturing them from abroad, questioning their patriotism, slandering them for sport, and trying to figure out which emblematic executive orders and extra-legal bureaucratic directives will most infuriate them and repay them for their supposed culpability for his failed vero possumus presidency.

The more contrarian he becomes, and the more he opposes the wishes of the vast majority of the American people, all the more Obama envisions himself speaking truth to power and becoming iconic of something rather than the reality that he is becoming proof of nothing.

Hold on. We haven’t seen anything yet.


Attentats de Paris: Le nouveau mensonge romantique du tout-festif (Who will love the Devil and his song?)

1 décembre, 2015
Eagleseagles-death-metal-paris-muslim-terror-attacks-kiss-devil-song-was-playing-november-2015-933x445.jpg?w=590&h=277Who’ll love the Devil? Who’ll song his song? Who will love the Devil and his song? Eagles Of Death Metal
Lorsque l’esprit impur est sorti d’un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n’en trouve point. Alors il dit: Je retournerai dans ma maison d’où je suis sorti; et, quand il arrive, il la trouve vide, balayée et ornée. Il s’en va, et il prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui; ils entrent dans la maison, s’y établissent, et la dernière condition de cet homme est pire que la première. Il en sera de même pour cette génération méchante. Jesus (Matthieu 12 : 43-45)
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
J’ai vu passer les dernières notes de synthèse avant les attentats. Le Bataclan était identifié comme cible potentielle depuis 2011 ! En juillet dernier, un djihadiste interrogé a lâché que les salles de concert rock étaient des cibles prioritaires. Mais rien n’a été pris au sérieux. C’est là qu’on a appris que le Bataclan était dans le viseur des islamistes. Notre hiérarchie préconise des mesures mais elle n’est pas écoutée. Il n’y a même pas eu une voiture de police à proximité ! Policier du renseignement intérieur
Il est impossible dans le contexte actuel d’accueil des réfugiés et d’absence de contrôles aux frontières de suivre tous les suspects, de faire des filatures, des planques, avec d’aussi faibles moyens. En face, ils sont très pros. Policier
Ce sont les politiques qui nous ont mis dans cette situation. Ils ont traîné. Dès l’affaire Merah, on pouvait agir, mais l’élection présidentielle a eu lieu entre-temps et la gauche a mis trois ans à comprendre que la menace était réelle ! Les médias disent n’importe quoi. On raconte que les Turcs nous ont prévenus de la radicalisation d’Omar Ismaïl Mostefaï. C’est n’importe quoi ! Commissaire
Comment Abdelhamid Abaaoud, considéré comme un “émir” de l’État islamique chargé des opérations terroristes en France, en Italie et en Espagne, a-t-il pu faire des allers-retours entre la France et la Syrie, sans être inquiété ? Dans Dabiq, la revue de l’État islamique, Abaaoud clamait fièrement : « J’ai pu aller et venir malgré le fait que j’étais pourchassé par tous les services de renseignements. […] Mon nom et mon image sont connus de tous ; […] j’ai pu rester dans leur pays, préparer des opérations contre eux et repartir sain et sauf. (…) Comment Samy Amimour, sous contrôle judiciaire, à qui on a retiré son passeport et sa carte d’identité pour motif de préparation d’un projet terroriste, a-t-il pu récupérer ses papiers après avoir signalé une perte au commissariat ? Pourquoi la justice ne s’est-elle pas inquiétée, quand il a cessé de pointer au commissariat alors qu’il y était contraint ? (…) Autre dysfonctionnement : le lendemain des attentats, Salah Abdeslam, qui a été condamné à de la prison ferme, a été contrôlé par la gendarmerie nationale à Cambrai puis par la police belge, qui le connaissait bien et l’avait classé dans la catégorie 36.2 (délinquant de droit commun). Il n’a pas été arrêté. La police belge n’avait pas pris soin de transmettre ses informations aux autorités françaises… Un agent de la DGSI explique : « Tant qu’il n’y aura pas de fichier commun aux pays de l’Union européenne, de telles erreurs se reproduiront. » Aujourd’hui visé par un mandat d’arrêt international, l’homme court toujours. (…) Enfin, le troisième terroriste qui s’est fait exploser au Stade de France, porteur d’un passeport syrien au nom de Mohammad al-Mahmod, a été contrôlé en Grèce, le 3 octobre. L’homme se serait glissé parmi des migrants, en profitant de l’absence de contrôles aux frontières. Valeurs actuelles
Au lendemain même des attentats de novembre, la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI, ex-DCRI) croyait Abdelhamid Abaaoud, coordinateur de ces attaques, en Belgique. Alors qu’il était en région parisienne depuis deux mois, si l’on en croit les déclarations d’un témoin clé qui a conduit le Raid jusqu’au repaire des tueurs à Saint-Denis. Cette source précieuse déclare même, selon Valeurs actuelles, qu’Abaaoud et au moins un de ses complices «sont rentrés quand Hollande a fait rentrer les réfugiés». Le Figaro
Vous allez dans certaines petites villes de Pennsylvanie où, comme dans beaucoup de petites villes du Middle West, les emplois ont disparu depuis maintenant 25 ans et n’ont été remplacés par rien d’autre (…) Et il n’est pas surprenant qu’ils deviennent pleins d’amertume, qu’ils s’accrochent aux armes à feu ou à la religion, ou à leur antipathie pour ceux qui ne sont pas comme eux, ou encore à un sentiment d’hostilité envers les immigrants. Barack Hussein Obama
Nous qui faisions les malins avec notre tradition, nous qui moquions la ringardise de nos pères, découvrions en lisant Girard que ce vieux livre poussiéreux, la Bible, était encore à lire. Qu’elle nous comprenait infiniment mieux que nous ne la comprenions. Ce que Girard nous a donné à lire, ce n’est rien moins que le monde commun des classiques de la France catholique, de l’Europe chrétienne, celui dont nous avions hérité mais que nous laissions lui aussi prendre la poussière dans un coin du bazar mondialisé. Nous pouvions grâce à lui nous plonger dans les livres de nos pères et y trouver une merveilleuse intelligence du monde. Avec lui, nous nous découvrions tout uniment fils de nos pères, français et catholiques. Car ce que nous apprend René Girard, c’est que nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, que nous avons pour vivre et exister besoin du désir des autres, que nous ne sommes pas ces être libres et sans attaches que les catastrophes du XXe siècle auraient fait de nous. « C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu. » Cette phrase de Céline qui m’a longtemps trotté dans la tête adolescent était tout un programme. Elle plaisait beaucoup à Sartre qui l’a mise en exergue de La Nausée. Elle donnait à la foule des pékins moyens dans mon genre une image très avantageuse d’eux-mêmes, au moment de l’effondrement des grands récits. Nous n’appartenions à rien ni à personne. Nous étions seulement nous-mêmes, libres et incréés. La lecture attentive de Girard balaye ces prétentions infantiles, qui pourtant structurent encore la psyché de l’Occident. Non, nous ne sommes pas à nous-mêmes nos propres pères. Non, nous ne sommes pas libres et possesseurs de nos désirs. Comme le dit l’Eglise depuis toujours, nous naissons esclaves de nos péchés, de notre désir dit Girard, et seul le Dieu de nos pères peut nous en libérer.  Prouver cette vérité constitue toute l’ambition intellectuelle de Girard, une vérité bien particulière puisqu’elle appartient à la fois à l’ordre de la science et à celui de la spiritualité. (…) Or, pour avoir raison aujourd’hui, pour gagner la compétition médiatique, il faut s’affirmer victime de la violence du monde, de l’Etat, du groupe. « Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton, un auteur selon le goût de René Girard. À quelques heureuses exceptions près, l’université s’est pendant longtemps gardée de se pencher sérieusement sur l’œuvre d’un penseur que son catholicisme de mieux en mieux assumé rendait de plus en plus hérétique. Cependant, à court de concept opératoire pour penser le réel, la sociologie a aujourd’hui recours jusqu’à la nausée (qui lui vient facilement) au concept du bouc émissaire pour expliquer à peu près tout et son contraire : la façon dont on traite la religion musulmane et la condition féminine en Occident par exemple. Typiquement, le girardien sans christianisme, cet oxymoron  qui prolifère aujourd’hui, s’efforce de découvrir la violence, les boucs émissaires et le ressentiment partout, sauf là où cela ferait vraiment une différence, la seule différence qui tienne, c’est-à-dire en lui-même. C’est ainsi que les bien-pensants passent leur temps à dénoncer le racisme dégoutant du bas-peuple de France sans paraître voir le racisme de classe dont ils font preuve à cette occasion.  Ce girardisme sans christianisme est le pire des contresens d’un monde qui pourtant n’en est pas avare : le monde post-moderne est plein de concepts girardiens devenus fous. Emmanuel Dubois de Prisque
André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. (…) une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça. Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique.  (…) La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres. Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». (…) La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit. Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. (…) Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé. Autre exigence, débusquer le Diable. (…) Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses. Régis de Castelnau    
Regardez les photos des spectateurs quelques instants avant le drame. Ces pauvres enfants de la génération bobo, en transe extatique, « jeunes, festifs, ouverts, cosmopolites… » comme dit le “quotidien de révérence”. Mais ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois. Mais comment ne pas le voir ? C’est tellement évident ! Même déracinement, même amnésie, même infantilisme, même inculture… Les uns se gavaient de valeurs chrétiennes devenues folles : tolérance, relativisme, universalisme, hédonisme… Les autres, de valeurs musulmanes devenues encore plus folles au contact de la modernité : intolérance, dogmatisme, cosmopolitisme de la haine… Les uns portent le maillot du PSG – « Fly Emirates » en effaçant le berceau de Louis XIV, et les autres profitent du même argent pour se faire offrir un costume en bombes. Une minute avant leur mort, les uns et les autres étaient penchés sur leurs smartphones, comme accrochés au sein de leur nourrice. Ce n’est pas le retour du Moyen Âge, contrairement à ce que disent les crétins, c’est la postmodernité dans toute son absurdité. Le drame de l’humanisme athée, qui aime le diable, la mort, la violence, et qui le dit… et qui en meurt ! (…) On peut écarter d’un revers de la main dédaigneux ces faits en estimant qu’ils relèvent d’un humour au second degré. Lorsqu’un membre du groupe revendique son goût pour les armes, la pornographie et la méthamphétamine… (Wikipedia), il ne fait que dealer un cocktail particulièrement efficace pour le contrôle social. Pas besoin de complot, pas besoin de police, l’appât du gain des trafiquants, les névroses sociales pullulantes et l’intérêt du système financier suffisent à faire le boulot. Des milliers de romans de science-fiction l’ont mieux dit que tous les sociologues. Voilà d’ailleurs en grande partie pourquoi vous ne pouvez pas faire la moindre remarque critique sur le sujet, sans vous faire agonir de sottises. Les chiens de garde veillent… Ne parlons même pas des propos consternants de premières communiantes chez ces rockers revenus peureusement à la maison : « Bien que nous soyons désormais rentrés chez nous et en sécurité, nous sommes horrifiés et tentons toujours de comprendre ce qu’il s’est passé… », avant de remercier servilement la police et le FBI… Ils vénéraient Satan mais n’étaient visiblement pas impatients de le rencontrer. Ah, ils peuvent s’afficher avec leurs tatouages virils, leurs admiratrices en bikini et leurs grosses motos, « c’est rien que des demi-sels » comme dirait Audiard, des aigles déplumés, bien loin de la mère des Maccabées, « cette femme héroïque qui parlait avec un courage viril » comme dit l’Écriture Sainte ces jours-ci. Pour finir, le sordide et les intérêts bien compris. Ils vont gagner au grattage après le tirage. Les victimes ne sont même pas enterrées qu’un journaliste du système peut tranquillement expliquer : « Lancée dans la foulée des attaques terroristes ayant frappé Paris vendredi 13 novembre, la campagne visant à porter la chanson Save A Prayer au sommet des ventes de singles britanniques bat son plein » (Le Figaro). C’est nous les complotistes, les obscurantistes, les réactionnaires, mais eux, ils peuvent tranquillement se repaître sur le dos des morts, ça ne gêne personne ! À vomir ! Il n’y a pas que ceux qui tiennent les kalachnikovs qui sont des monstres. Hervé Benoît
La grande force de Philippe Muray fut dès lors, notamment dans deux articles sur René Girard (« La résurrection Girard », Art Press 1978, dans Ultima necat I ; « René Girard et la nouvelle comédie des méprises », dans Essais, Belles Lettres) d’appliquer à notre temps (quoi donc de plus politique ?) les découvertes de son inspirateur. Notre société, qui a fait du principe de précaution l’alibi de toutes ses lâchetés et le prétexte juridique de toutes ses reculades, illustre à merveille la thèse centrale de l’auteur de La Violence et le Sacré : il faut, pour que tout continue à fonctionner sans heurt, un bouc émissaire. Qu’un avion s’écrase ou qu’un écolier, quelque part, souffre d’une indigestion, il faut identifier celui que l’on sacrifiera, cuisinier, intendant ou chef de bureau. Stéphane Ratti
C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. (…) Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). (…) Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper. Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec 350 personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche, meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches). C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néo- fascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé. Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs. Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle. À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines. À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’autodivinisation communautaire débouchant sur une volonté d’autodestruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée. Philippe Muray
Chassez le diable: il revient au galop !

Divinisation des minorités victimes, mimétisme concurrentiel multipliant sans cesse les nouvelles catégories de martyrs (femmes, animaux, enfants, homosexuels, les jeunes, immigrés, handicapés physiques ou mentaux, obèses, etc.), chasse aux responsables des catastrophes humaines ou naturelles, imprécations contre les « survivances inadmissibles des âges farouches » s’accrochant à leurs religion, armes ou nations (évangéliques ou teaparty américains, Israéliens ou  Européens rescapés du communisme), dénonciation obsessionnelle des adversaires véritablement indéfendables (néo- fascisme), interminable chasse aux sorcières rétroactives de notre histoire, fascination pour  la convivialité et l' »interactivité » totale, réinvention de la fête comme néosacré, glorification de la musique « fédératrice »comme « bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique », charité chrétienne devenue folle et tournant au désir de fusion quasi-suicidaire face à l’actuelle invasion de masses potentiellement infinies de migrants …

A l’heure où l’ensemble de la planète se réunit à Paris au nom de la nouvelle religion écologique …

Et où, derrière une prise de conscience que l’on espère salutaire sur l’avenir de la planète, fusent tant les « propos consternants de premières communiantes » que les excommunications de la nouvelle police de la pensée

Et au lendemain de cette dernière fête qui à Paris elle aussi finit comme on le sait par tourner mal …

Et qui a vu le renvoi d’un prêtre ayant eu le malheur de rappeler comment au moment de leur mort tragique …

Nos jeunes nouveaux  martyrs de la mixité et du métissage entamaient leur hymne parodique au diable et à sa chanson …

Certains croyant même que les explosions des armes automatiques faisaient partie du spectacle …

Comment ne pas repenser non seulement aux analyses du plus lucide des observateurs de notre modernité, René Girard, tout récemment disparu ….

Mais aussi à ces paroles quasi-prophétiques, que republie à l’occasion de la sortie de son journal aujourd’hui Causeur, de l’un de ses plus fidèles disciples Philippe Muray ?

RENÉ GIRARD ET LA NOUVELLE COMÉDIE DES MÉPRISES

Philippe Muray

L’Atelier du roman, no 16, 1998

Sans préambule, sans précautions, sans préliminaires oratoires, et avec une espèce de brutalité magnifique, René Girard, en 1961, dès la première page de Mensonge romantique et vérité romanesque, précipitait ses lecteurs sur la piste de l’hypothèse mimétique, c’est-à-dire dans l’enfer du désir, dans les pièges de l’amour et les constructions en miroir de la rivalité ; et entreprenait de démontrer que les plus grands chefs-d’œuvre romanesques n’avaient jamais fait, au cours des siècles, que révéler cette hypothèse, sans qu’elle cesse toutefois de constituer le secret le mieux caché, le plus efficacement protégé de l’histoire du genre humain.

Il affirmait, textes à l’appui, que nous désirions intensément mais que nous ne savions pas exactement quoi ; que nous attendions toujours d’un autre, même si nous ne cessions de prétendre le contraire, qu’il nous dise ce qu’il fallait désirer ; et que cette comédie du désir du modèle désignant au sujet, qui ne veut rien savoir de cette désignation, l’objet devenu désirable parce qu’il est désiré, constituait la substance même du Rouge et le Noir comme de Don Quichotte, de la Recherche du temps perdu comme des Démons.

Le roman était la levée perpétuelle de ce secret de Polichinelle, et Mensonge romantique, à son tour, devenait un fabuleux « roman » sur le secret de l’imitation généralisée, constamment divulgué par les grands romans, puis aussitôt recouvert, réenterré, recamouflé sous l’éternel besoin d’illusion des hommes.

Un peu plus tard encore, dans ses œuvres ultérieures, Girard allait dévoiler les rapports sacrificiels qui constituent le lien social depuis la nuit des temps ; mais il ne quitterait pas vraiment pour autant la question du roman, c’est-à-dire de la réalité humaine et de la succession infinie de ses masques à arracher : car de même qu’au fondement de toute société il y avait un meurtre, et pas un meurtre imaginaire ou fabuleux mais un meurtre réel, de même dans les rapports entre les êtres il y avait un rival précis, un rival vivant et concret, haï et aimé, un obstacle adoré en même temps que détesté, et c’était d’avoir porté leur éclairage sur son existence obstinément déniée que les plus grandes œuvres romanesques puisaient la lumière qui nous est parvenue.

Contre toutes les pensées dominantes des sciences humaines d’alors, structuralisme, lacanisme, derridisme, etc., qui ne cessaient d’ajourner le réel, de le remettre à plus tard, au lendemain, aux calendes, à la Saint-Glinglin, René Girard seul le plaçait au centre de sa réflexion, au cœur de sa recherche, que ce soit sous la forme de la victime oubliée, mythifiée mais constitutive de toute civilisation, que sous l’apparence du rival abhorré autant qu’adoré qui nous désigne l’objet à désirer, et dont nous mettrons ensuite tout le romantisme, tout le lyrisme, toute l’énergie du monde à nier l’existence ; mais que les romanciers géniaux mettront tout leur génie, en revanche, à dévoiler. Parce qu’un grand romancier, disait encore Girard, ne partage jamais intégralement les illusions de ses personnages.

L’expérience romanesque détruisait sans relâche le mythe de la souveraineté personnelle, lui-même construit sur la base déniée de notre dépendance servile à l’égard d’autrui. Les romanciers avaient toujours travaillé dans la même direction : il s’agissait de traverser une illusion. Et puisque cette illusion, la plupart du temps, se retrouvait divinisée par l’esprit romantique, l’illusion que Girard analysait sans relâche était, pour finir, d’essence religieuse. Entre la croyance et le roman, il ne restait plus rien. Rien que ce champ sans limites des mensonges humains qu’on appelle la vie.

Les thèses girardiennes sont-elles à même de nous faire comprendre ce monde nouveau qui veut passer pour naturel, et donc feint d’ignorer qu’il ne va pas de soi ? Les forces au travail repérées dans des univers aussi hétérogènes que ceux de Proust, Stendhal, Cervantès ou Dostoïevski, sont-elles encore identifiables aujourd’hui ? Par temps posthistorique, les schémas girardiens peuvent-ils être éclairants ? Comment apprécier girardiennement une société telle que la nôtre ? Qu’a-t-elle à nous dire ? Que peut-on en apprendre et en révéler à partir de lui ?

Si notre temps est celui du progressif désinvestissement de la scène du désir, ou de son explosion par saturation ou surexposition, ce qui revient au même, que reste-t-il au juste de ses conclusions ? Et, pour parler franchement, que serait un roman qui se composerait de moments de « lucidité », au sens où Girard ne cesse de les repérer dans les romans d’autrefois, concernant la nouvelle illusion collective de notre temps ? Un roman qui décrirait « à la Girard » la troublante et progressive décomposition de l’humanité en proie à la perte de toutes les différences, et le camouflage délirant de ce désastre par la présentation constamment positive qui en est faite ? Est-il possible, en somme, de partir du Girard de 1961, pour tenter de soumettre à ses concepts le monde dit réel d’aujourd’hui ? Ou encore de retourner son commentaire des romans d’hier en commentaire romanesque de notre époque ?

C’est dans des conditions d’effacement généralisé de la plupart des conflits jusque-là à l’œuvre dans les rapports humains que l’on peut voir s’avancer cette nouvelle civilisation, qui semble à la fois parodier les moments les plus « évangéliques » de la pensée girardienne et illustrer en même temps les plus sombres de ses visions. Si les sentiments que Stendhal appelait « modernes » (l’envie, la jalousie et la haine impuissante) fleurissent plus que jamais, ce n’est pas parce que les natures envieuses ou jalouses, Girard le disait déjà très bien, se sont fâcheusement multipliées ; c’est parce que ce qu’il nomme la médiation interne (il y a médiation interne lorsque les sphères du sujet et du médiateur pénètrent si profondément l’une dans l’autre qu’on peut les dissimuler ou les méconnaître sans risque d’être jamais obligé d’en avouer l’existence) triomphe dans un univers où ne cessent de s’écrouler les dernières démarcations entre les individus.

Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchages, on le sait, que médiatiques). Girard a consacré des centaines de pages à décrire les effets dévastateurs de la « crise indifférenciatrice » sur les sociétés dites primitives. Notre temps vit une apothéose d’indifférenciation comme il ne s’en était encore jamais vu ; mais cette apothéose, loin d’être racontée comme une crise, est au contraire considérée, la plupart du temps, comme une sorte d’approche de la perfection. On ne persécute plus, désormais, qu’au nom des victimes (au nom des minorités ensublimées de divergences identitaires et de sacro-saints particularismes) ; et ce n’est qu’à partir des instruments culturels destinés à les supprimer que se créent de nouvelles formes de victimisation. Les boucs émissaires, au lieu de les entretenir puis de les sacrifier en période de calamités, se retrouvent transformés en objets d’adoration perpétuelle. En même temps que se développe un nouveau mimétisme concurrentiel qui se résume à découvrir sans cesse de nouvelles catégories de martyrs (les femmes, les animaux, les enfants, les homosexuels, les jeunes, les immigrés, les handicapés physiques ou mentaux, les obèses, etc.) afin d’occuper son temps libre à lutter contre les dernières discriminations qui pourraient encore les frapper.

Les catastrophes, pour leur part, un avion qui tombe avec 350 personnes à bord, un incendie, une inondation ou une avalanche, meurtrières, représentent des aubaines qu’aucune autre société n’avait connues puisqu’elles permettent, mais sur de nouvelles bases, et parce que plus rien ne peut arriver par hasard, par intervention divine ou par l’indifférence de Dieu, la réouverture de la chasse : la chasse aux responsables ; c’est-à-dire la création de néo-boucs émissaires à partir de motifs objectivement incontestables (en même temps, bien entendu, que les derniers vrais chasseurs sont traités comme des survivances inadmissibles des âges farouches).

C’est aussi dans ces conditions que l’on croit devoir s’obséder sur des adversaires véritablement indéfendables (le néo- fascisme, par exemple), sans voir que cet affrontement obsessionnel implique un sol commun, une identité, une gémellité, un objet de désir partagé.  Suivant toujours René Girard, on peut observer que simultanément à la chasse aux néo-coupables et à la transformation des victimes en néo-dieux, nous réinventons à tour de bras d’autres boucs émissaires, mais cette fois dans l’Histoire, c’est-à-dire dans le passé, c’est-à-dire dans ce qui a précédé cette disparition de la réalité (et de l’Histoire) à laquelle nous participons quotidiennement de si bon cœur. Le ton d’assurance invraisemblable avec lequel nous traquons tant de « sorcières » rétroactives est l’indice de notre fascination non dépassée ; et l’occasion, comme toujours, de nous mettre en valeur : ce que nos pères ont fait, nous ne l’aurions pas fait. Au nom de l’éradication définitive de la violence, nous tournons notre violence non liquidable contre nos ancêtres ; et nous tirons de l’inoffensive confrontation avec leurs fantômes un sentiment éclatant de supériorité actuelle. Le groupe, comme de juste, et toujours pour vérifier les thèses girardiennes, se recristallise vertueusement aux dépens de coupables passés dont nul ne saurait, sans se discréditer, prendre la défense une seconde. Nous baignons, dirait Girard, dans l’illusion parfaite de notre indépendance métaphysique, ou dans le mirage de notre autotranscendance, c’est-à-dire dans le triomphe de notre vanité de masse, et toujours dans le leurre de notre autonomie ; laquelle se manifeste sous bien des aspects, à commencer par celui de cette « interactivité » totale qui fait aujourd’hui miroiter aux yeux des utilisateurs des possibilités infinies de « créativité » ou de « démocratie directe » enfin débarrassées des derniers médiateurs.

Mais cette plénitude illusoire, sur les ruines des anciennes hiérarchies, et dans l’abolition de toutes les différences comme de toutes les oppositions, camoufle une crise des doubles gravissime à laquelle nul n’a trouvé encore la moindre issue ; si ce n’est dans l’étonnante réinvention actuelle de la fête comme néosacré, ou comme resacralisation à marches forcées d’un univers en débâcle.

À mesure que ce monde devenait plus franchement invivable, et les rapports entre les êtres plus nettement impossibles, la fête est apparue comme le seul remède universellement préconisable. Des activités festives classiques, dans les civilisations primitives ou antiques, de l’orgie, de la bacchanale ou du carnaval en tant qu’effacements passagers des différences induisant aux transgressions, Girard a souvent parlé au fil de son œuvre. Mais la fête telle qu’aujourd’hui on la vante n’a plus beaucoup de rapport avec les festivités interruptrices du passé, quoique la possession ou la transe en tant que mimesis hystérique y soient observables ; et que la musique, toujours glorifiée comme « fédératrice » parce que sans « message explicite », dans laquelle chacun peut s’abîmer comme dans une sorte de vaste bouddhisme ultime, cotonneux et décibélique, y joue comme dans les « bacchanales meurtrières » de jadis le rôle essentiel de propagatrice de la contagion uniformisante ou unanimisante (celle-ci se présentant, bien entendu, sous les couleurs flatteuses d’un système instable où les positions ne cessent de permuter). La fête a changé en devenant le monde, auquel elle dicte maintenant ses lois et son rythme. Elle n’a même plus besoin de « tourner mal » comme autrefois, donc de retourner pour se conclure à ses origines de violence, puisqu’elle se veut sans fin comme sans origines.

À la peste sacrificielle, d’ailleurs fort heureusement éliminée, succède la peste conviviale. Et ce phénomène de la fête, devenue depuis quelques années l’obsédant rond-point auquel ne cesse de retourner notre société comme pour y trouver la réponse à une question qu’elle se pose, sans doute celle de sa mutation, ou même de sa disparition, peut être interprété de différentes manières : en tant que « commémoration de la crise sacrificielle » que fut dans son ensemble l’Histoire désormais terminée (et vécue en bloc comme une épouvante) ; en tant qu’agglomérat de Moi divinisés qui ont décidé de noyer romantiquement, et une bonne fois pour toutes, dans l’effervescence festive continuelle, le redoutable problème que pose à chacun l’existence d’autrui ; comme métaphore géante mais déniée du désir de mort de l’Europe actuelle ; comme affirmation de soi aboutissant à la négation de soi ; ou encore comme volonté d’autodivinisation communautaire débouchant sur une volonté d’autodestruction personnelle par indifférenciation violente mais positivée.

Dans tous les cas, quoi qu’il en soit, entre l’hypercollectif et l’infra-individuel, entre l’infiniment petit des sous-unités humaines qui s’éclatent, au sens propre, et l’infiniment grand du festif global devenu civilisation, c’est toute la mimesis désirante que l’on voit s’accomplir, grandir, enfler, se dilater, s’étendre et disparaître dans le même mouvement.

Commence alors sans doute un « mensonge romantique » d’un nouveau type qui ne ressemble plus que de fort loin à celui que Girard avait étudié. Mais sans Girard, qui le saurait ? •

Voir aussi:

Bonne nouvelle : René Girard avait un fils spirituel

Stéphane Ratti

Revue des deux mondes

Le Figaro du vendredi 6 novembre 2015 consacre un beau dossier à René Girard qui vient de disparaître. La présentation de la pensée de l’auteur de Mensonge romantique et vérité romanesque y est délivrée de manière magistrale par les meilleurs auteurs. Trop, sans doute.

Car on oblitère ainsi un certain nombre de problèmes et l’on tait des vérités dérangeantes. Il me paraît, par exemple, un tantinet rapide d’affirmer, comme le fait Jean-Luc Marion, que René Girard, parti en 1947 outre-Atlantique pour intégrer une université américaine, « aurait fait la même carrière dans n’importe quel pays du monde », en France notamment. Certes enseigner aux États-Unis n’est pas en soi une condition suffisante pour produire des chefs-d’œuvre, cela se saurait. Mais, à l’inverse, on doit se demander si l’Université française aurait pu offrir à René Girard, par le biais d’une chaire, les conditions matérielles et intellectuelles propices et nécessaires à l’écriture d’ouvrages iconoclastes. Rappelons que René Girard était chartiste et que les chartistes, chez nous, conservent les archives, mais écrivent rarement de grands livres d’anthropologie religieuse, parce qu’ils ont autre chose à faire. Le dernier chartiste Prix Nobel de littérature fut, si je ne m’abuse, Roger Martin du Gard.

« On n’aime pas en France qu’un philosophe se pique de littérature ou qu’un historien se fonde sur les Évangiles. »

Et puis l’Université française, telle une mappemonde striée de méridiens, est traversée par des lignes (de fracture) : autrement dit elle est subdivisée en sections, celles que, dans sa sagesse, a tracées le Ministère de l’Enseignement Supérieur et que gère le Conseil National des Universités. Des lignes, il y en a plus de soixante-dix (on en crée de temps en temps ou on en supprime au gré des besoins). Dans quelle section aurait donc pu postuler à un poste de professeur des Universités René Girard ? Il n’était pas historien de l’Antiquité (21e section), ni philologue (8e), moins encore philosophe (17e). Aurait-il été le bienvenu en 10e section au titre de la littérature comparée ? Ou encore aurait-il pu postuler en tant que spécialiste de Cervantès dans la maison des romanistes ? On lui aurait bien trouvé quelques poux dans la tête pour éviter le risque de la contamination idéologique. On n’aime pas en France qu’un philosophe se pique de littérature ou qu’un historien se fonde sur les Évangiles. Cela dit afin d’illustrer l’absurdité de ces cases bien françaises où l’administration aime à ranger ses affiliés.

Mais il y a beaucoup plus : René Girard a des ennemis et un fils spirituel, ce dernier sinon inconnu du moins méconnu. Ses ennemis sont notamment au Monde dont la version Diplomatique publie en ligne le 5 novembre 2015 un article méprisant sous le titre : « René Girard, l’homme d’une seule idée ». Ce qui gêne son auteur, comme cela intriguait déjà l’inénarrable René Pommier, un autre contempteur, c’est que l’inventeur de la thèse du désir mimétique ait un beau jour, de lui-même, spontanément, découvert une vérité universelle. Si personne n’y avait jamais songé auparavant, c’est que l’idée était forcément fausse : voyez l’œuf de Colomb qui, à beaucoup, parut frelaté.

Venons-en au fils spirituel méconnu de René Girard : il n’est autre que le défunt Philippe Muray. L’auteur de L’Empire du Bien a fréquenté René Girard et l’a moult fois interrogé au cours de rencontres privées et prolongées. C’est ce que nous apprend le Journal intime de Muray, Ultima necat, dont les deux premiers volumes viennent de paraître (1) aux Belles Lettres. Muray écrit à la date du 2 novembre 1978 : « Déjeuner avec Girard. Ses réponses à mes questions sur les miracles, le massacre des innocents, l’extinction du langage dans l’extinction de la violence ».

« Philippe Muray doit à René Girard cette idée si simple et si difficile à la fois : après l’Incarnation et le grand Pardon, comment une littérature est-elle encore possible ? »

On reproche encore à René Girard de mépriser la chose politique et de ne pas faire de l’invention de la démocratie le B-A-BA de l’histoire de l’Humanité. Au fond, c’est le déni du relativisme historique et de la notion de progrès portée par son œuvre qui gêne profondément les tenants du camp des Lumières. Sébastien Lapaque l’a justement souligné, la grande découverte de René Girard est celle qu’il fit « de l’identité de tous les hommes », frères en désirs, en faiblesses, bref en humanité.

Comment faire dès lors une place au relativisme ou à l’historicisme ? Philippe Muray doit à René Girard cette idée si simple et si difficile à la fois : après l’Incarnation et le grand Pardon, comment une littérature est-elle encore possible ? Après l’illumination du Verbe johannique, comment encore avoir recours à de misérables verba ?

La grande force de Philippe Muray fut dès lors, notamment dans deux articles sur René Girard (« La résurrection Girard », Art Press 1978, dans Ultima necat I ; « René Girard et la nouvelle comédie des méprises », dans Essais, Belles Lettres) d’appliquer à notre temps (quoi donc de plus politique ?) les découvertes de son inspirateur. Notre société, qui a fait du principe de précaution l’alibi de toutes ses lâchetés et le prétexte juridique de toutes ses reculades, illustre à merveille la thèse centrale de l’auteur de La Violence et le Sacré : il faut, pour que tout continue à fonctionner sans heurt, un bouc émissaire. Qu’un avion s’écrase ou qu’un écolier, quelque part, souffre d’une indigestion, il faut identifier celui que l’on sacrifiera, cuisinier, intendant ou chef de bureau.

Il est tout de même curieux d’affirmer, comme le fait Jean-Luc Marion, que René Girard, n’a jamais été persécuté en France. Il n’est guère venu se montrer à l’Académie et il est facile de l’excuser en raison de son âge avançant. Il a été élu à l’âge de quatre-vingts ans. Plus tôt, c’était trop tôt ? Mais surtout René Girard est LE théoricien de la persécution et il n’a jamais abstrait la construction de sa pensée de sa situation personnelle : chrétien, il pensait en chrétien, persécuté il pensait donc en Français… intégré ? « C’est une immense force, pour une pensée, que d’être capable de prendre en compte ses propres conditions de possibilité » écrit lucidement Olivier Rey dans le dossier du Figaro. Se doutait-il qu’il apportait ainsi à notre lecture un argument majeur ?

Dans son essai sur René Girard, en 1998, Muray écrivait : « Nous vivons, selon toute apparence, la deuxième phase girardienne de la tentative d’échapper aux effets destructeurs de la violence et de la contagion mimétiques : après le sacrifice (le lynchage, le meurtre) qui expulse momentanément la violence, nous voilà dans le rejet de la violence ; ou dans son abolition interminable (il n’y a plus de lynchage, on le sait, que médiatique). » Bonne nouvelle : René Girard avait un fils spirituel. Mauvaise nouvelle : Philippe Muray est décédé.

Philippe Muray nous était connu comme l’atroce et jubilatoire pourfendeur de l’Homofestivus, celui qui ne supporte pas le vide de son existence et, à défaut de le penser, panse son mal en se le dissimulant : aveugle, il s’encombre l’esprit et se divertit. La fête de Muray, c’est le divertissement pascalien. On soupçonnait l’auteur des Exorcismes spirituels d’être la proie de tourments métaphysiques, mais la forme si brillante et donc si lumineuse de ses Essais (réunis en un magnifique recueil de 1800 pages aux Belles Lettres) étourdissait son lecteur et le laissait admiratif, comme ébloui par l’éclat de la pensée et la force de l’expression. On sait désormais de manière sûre, après avoir lu les deux premiers volumes de son Journal intime, titré Ultima necat, que l’obsession centrale de la vie de Muray fut la mort. Et la mort sous toutes ses formes : la médiocrité intellectuelle, le vide littéraire, la vanité des Grands, la vacuité générale, la vanité de tout sauf celle du travail. La sévérité de Muray pour autrui est à la mesure de son immense culture et de sa perspicacité impitoyable (l’acuité visuelle de ses observations : la triste réalité lui sautait aux yeux), la seconde étant servie par la première. Ce Journal est pascalien de bout en bout, mais celui d’un Pascal qui, en tout cas à la date de 1988, clôture du second volume, n’a pas fait d’autre Pari que celui de la littérature.

« L’obsession centrale de la vie de Muray fut la mort. Et la mort sous toutes ses formes. »

Muray débute son Journal le 17 août 1978 et il déclare le quitter définitivement le 31 décembre 2004, deux ans avant sa disparition en 2006. Les Belles Lettres nous annoncent une édition intégrale, ce qui promet une somme magnifique, magistralement servie par la fabrication matérielle de volumes solides et élégants de près de 600 pages chacun, dotés d’index qui donnent le tournis tant y sont variés la qualité, le nombre et le genre des sources invoquées, antiques et contemporaines, philosophiques et cinématographiques, picturales (Muray écrivit un Rubens) et littéraires.

Il semble que Muray ait fini par entrevoir ce que d’autres grands auteurs n’ont jamais compris de leur vivant : la part jugée par eux annexe de leur œuvre comptera pour la suite davantage que la portion publiée de leur vivant. Le Journal de Gide survit aux illisibles Faux Monnayeurs et celui de Roger Martin du Gard a peut-être plus de qualité que celui de son héros le Lieutenant-Colonel de Maumort, qui est aussi le titre de son roman impossible et inachevé. Muray cesse d’écrire le Journal parce qu’il prend une trop grande part : l’œuvre risquerait de dévorer le reste, pensait-il ; il pouvait devenir « véritable ». Il y a de fortes chances pour que ce soit désormais le cas et on peut prendre le pari qu’il y aura plus à dire dans les années à venir sur le Journal que sur les écrits plus circonstanciés.

Mais ce n’est pas que l’actualité ne soit pas présente dans ces pages, l’on y voit même errer les ombres de Bernard Pivot ou de Jack Lang, tous deux voués par Muray, de leur vivant, au Styx des Tartuffe. Mais on se gardera de confondre l’auteur avec un Goncourt misérable : il n’y a pas l’once d’une méchanceté cancanière dans le Journal ni la moindre anecdote piquante. Ni la jalousie ni la vanité n’habitaient l’âme de cet homme qui était libre de tout attachement institutionnel ou universitaire. Il payait chèrement cette liberté, contraint qu’il était, pour vivre, de rédiger, sous pseudonyme, plusieurs volumes par an de polars alimentaires pour la collection « Brigade Mondaine ». Il lui fallait de quinze jours à un mois plein pour venir à bout de ces pensums renouvelés plusieurs fois par an. Il n’en parle jamais sinon pour signaler que la torture avait pris fin.

« Muray se sentait sacrifié par son temps parce que, pour sa part, il n’acceptait pas de lui sacrifier quoi que ce soit. »

On suit au fil des pages le programme intellectuel rigoureux que se fixe Muray : articles de commande, romans inachevés, biographies, essais, conférences. On ne sait laquelle est la plus exigeante, de l’ambition ou de l’ascèse. Impossible de résumer les 1200 pages des deux premiers tomes. Mais s’il y avait un fil directeur à mettre en évidence, je dirais ceci : comment échapper au nihilisme, comment l’écriture est-elle encore possible après l’Incarnation, si « aucune parole n’est impossible à Elohim » (Ultima necat, 29 octobre, 1986) que reste-t-il à l’humain trop humain scriptor ? S’il n’a rien de divin en lui, à peine démiurge, au moins lui reviendrait-il de susciter en son lecteur ce « mouvement d’âme » (27 septembre 1986) propre à confesser le Seigneur comme l’écrivait saint Augustin ? Muray pensait, en effet, qu’il n’y avait littéralement pas de littérature avant le christianisme et que ce dernier l’avait à son tour rendue partiellement improbable. On mesure la difficulté à penser pareille aporie.

Muray savait que l’existence d’autrui était en soi un problème et, averti par Pascal, il se méfiait des « rôles » : « Nous voulons vivre dans l’idée des autres, dans une vie imaginaire et nous nous efforçons pour cela de paraître. Nous travaillons à embellir et à conserver cet être imaginaire et nous négligeons le véritable ».

Muray se sentait sacrifié par son temps parce que, pour sa part, il n’acceptait pas de lui sacrifier quoi que ce soit. Christique, il cherchait dans la littérature une « cicatrisation ». Pascalien, il se consacra à rechercher « le véritable ».

(1) Philippe Muray, Ultima necat I, Journal intime 1978-1985 et Ultima necat II, Journal intime 1986-1988, Les Belles Lettres, Paris, 2015, 621 et 580 pages, 35 € le volume.

 Voir par ailleurs:

Climat: au bout des Lumières, le tunnel?
Gare à qui blasphème la nouvelle foi écologique!
Régis de Castelnau
Causeur
30 novembre 2015

André Malraux, au travers d’une citation si souvent galvaudée, nous avait prévenus que le XXIe siècle « serait religieux ou ne serait pas ». L’espérance communiste, religion de substitution, fut la grande passion du XXe siècle. Se prétendant matérialiste et scientifique, elle se revendiquait de l’héritage des Lumières. L’imposture s’est effondrée. La chute de l’URSS et La fin de l’histoire nous annoncèrent que pour notre Foule sentimentale, l’horizon indépassable était l’extension indéfinie de la sphère marchande. Le problème, comme l’a relevé Alain Souchon, c’est que cette foule « a soif d’idéal, attirée par les étoiles, les voiles, que des choses pas commerciales ». Les religions en place y ont vu une opportunité pour essayer de reprendre du poil de la bête. La montée de l’islam politique a été considérée comme le principal symptôme de ce qu’annonçait Malraux. Mais en fait, de nouvelles croyances ont surgi. Et c’est là que « les Lumières » ont commencé à baisser.

Par leur engagement contre les oppressions religieuses et politiques, les représentants du mouvement des Lumières se voyaient comme une élite avancée, œuvrant pour un progrès du monde. Affrontant à l’aide de la raison l’irrationnel, l’arbitraire, l’obscurantisme et la superstition des siècles passés, ils voulaient procéder au renouvellement du savoir, de l’éthique et de l’esthétique de leur temps. Ébranlant les certitudes anciennes, ils ont tracé une route empruntée par les deux siècles suivants, qui accouchèrent à partir de cet élan des révolutions industrielle, scientifique et technique, remises en cause désormais par de nouvelles croyances.

La plus intéressante est celle qui prend racine dans la prise de conscience écologique. D’abord, parce que les prémices qui y poussent sont fondés. L’humanité, devenue espèce invasive, pourrait voir son succès reproductif remis en cause par les raisons mêmes qui l’ont produit. En un mot, nous foutons le bordel dans notre maison. Depuis quatre milliards d’années la planète en a vu d’autres, et dans les cinq prochains elle en verra d’autres. Mais là, il s’agit de nous-mêmes et de nos enfants, et ce serait une bonne idée de s’en préoccuper. En tentant de préférence d’échapper aux mauvaises habitudes, comme le retour à la pensée magique, l’effacement de la raison, la peur de la science et de la technique, et la sacralisation de nouveaux totems. Malheureusement, une nouvelle religion s’impose : celle de Gaïa, notre planète, la déesse mère, dont on nous serine absolument tous les jours qu’il faut la respecter et la sauver. Beaucoup y voient une nouvelle idéologie. C’est plus que ça.

Ainsi le nouveau culte de la planète-mère semble bien lié à la mondialisation. Nos identités de rattachement ne sont pas si nombreuses. Depuis une trentaine d’années, aux anciennes de la famille et du territoire national est venue s’ajouter celle de l’appartenance à un monde globalisé. Et cette appartenance a besoin de ciment et de foi. Le culte de la planète mère va-t-il faire l’affaire ? L’utilité politique de croyances communes, pour souder une société politique, est une évidence historique. À Constantinople, l’empereur Théodose, pragmatique, avait fait du christianisme la religion de l’Empire Romain en 380 après J.-C. Recevant une délégation d’évêques venus de Gaza pour se plaindre du manque de piété de leurs ouailles, il avait répondu : « Certes, mais les impôts rentrent bien, c’est le principal. »

La première étape de cette transformation fut de disqualifier la science dont le « culte » nous avait conduits à cette situation angoissante : montée de la pensée magique, succès étonnant de charlatans médiatiques, expression de peurs irrationnelles, auxquelles intellectuels et scientifiques ont tenté de réagir. L’anathème est immédiatement tombé : « scientistes » ! La science – coupable de tous les maux puisqu’à l’origine du développement invasif de l’espèce humaine – s’est retrouvée disqualifiée. Et avec elle la méthode scientifique a été invalidée. Un relativisme ravageur en a fait un récit parmi d’autres.

Les OGM, par exemple, dont le refus relève d’un réflexe de peur de la manipulation du vivant. La démarche des opposants ne reposait pas sur une démarche scientifique. La science a démontré que la nature procède elle-même à la modification génétique, jusqu’à la création d’OGM « naturels ». Et que leur utilisation déjà ancienne n’a jamais eu de conséquences négatives ni sur la santé ni sur l’environnement. Au contraire, si l’on pense à l’affaire du  « riz doré ». Au discours scientifique, furent alors opposés des discours directement politiques ou religieux. Les OGM c’est le capitalisme prédateur pour les uns, la manipulation du vivant donc de l’œuvre de Dieu pour les autres. Ou les deux à la fois. Vade retro Satanas !

La question du « réchauffement climatique » représente une autre étape et le clou suivant enfoncé sur le cercueil de la pensée des Lumières. Nous ne nous prononcerons pas ici sur la réalité de ce réchauffement et sur le caractère anthropique de son origine. De toute façon, le débat raisonné est désormais impossible, il sera bientôt interdit.

Car derrière lui se profilent enjeux économiques, géostratégiques et politiques, au cœur desquels se trouve la contradiction économique entre le Nord et le Sud.

Singulière ruse de l’Histoire, l’Occident a inversé l’équation. La nouvelle religion reposera sur la science – mais une science officielle figée, non discutable – en rassemblant laboratoires et scientifiques de nombreux pays, dans une instance intergouvernementale, par conséquent politique. Sur la base d’une orientation fixée au préalable, le GIEC est devenu le support de l’expression d’une « vérité scientifique » qui doit s’imposer à tous. La bonne foi des scientifiques du GIEC n’est pas en cause. Simplement, les budgets, les subventions, les carrières sont fonctions du camp choisi. Les sceptiques ou les opposants sont vilipendés, ostracisés, ridiculisés. Et bien sûr systématiquement accusés d’être payés par les lobbies. Le réchauffement climatique est peut-être une réalité, mais il est aujourd’hui interdit ne serait-ce que d’en douter. Et là se loge le renversement. Le nouveau dogme est fondé sur la science, mais au détriment de la méthode scientifique qui impose le doute et la remise en cause. Nous avions eu sous Staline la « science prolétarienne », il faut désormais adhérer à la « science citoyenne », où ce qui compte est moins la compréhension d’une réalité scientifique difficile  que l’adhésion du plus grand nombre. Une équipe de chercheurs s’est penchée sur les rapports du GIEC et leurs synthèses, rédigés à l’attention des gouvernants. Ils en ont conclu que « même des textes d’Albert Einstein » étaient plus faciles d’accès, et « ils sont si difficiles à comprendre qu’il faut un doctorat au minimum pour en saisir les recommandations ». Qu’à cela ne tienne, l’argument d’autorité devrait suffire.

Comme toujours, il faut à la nouvelle religion culpabiliser l’homme, d’où vient tout le mal, et lui indiquer le chemin de la rédemption. Identifier les hérésies, chasser et punir les hérétiques. Les sceptiques, dubitatifs, interrogatifs sont des « connards » nous dira NKM, doivent être fichés affirme Corinne Lepage, virés de leur boulot dit-on à France2, sont des « négationnistes » assènent les ahuris, des criminels méritant la prison salivent les amateurs de punitions. En attendant pire. Il s’agit d’un phénomène classique, dont la religion chrétienne a donné un bon exemple lorsqu’elle est devenue religion de l’empire romain. Il y eut beaucoup plus d’exécutions pour hérésie dans les trois siècles qui suivirent son avènement comme religion d’État que de martyrs chrétiens dans les trois qui l’ont précédé.

Autre exigence, débusquer le Diable. Jacques Ellul, précurseur et gourou post-mortem l’avait vu dans l’avènement de la « technique ». Pour les OGM, ce sera Monsanto qui, pour gagner du temps, aurait dû s’appeler Monsatan. Pour le réchauffement, les anges déchus sont plus nombreux : lobbies pétroliers, scientifiques dévoyés, Chinois avides de consommation, Africains corrompus… Et enfin, il faudra béatifier quelques originaux, adeptes de fausses sciences et de nouvelles ascèses.

Le débat est rendu très difficile, sinon impossible, par l’utilisation massive de l’argument d’autorité. Car cette fois-ci, le dogme est nous dit-on s.c.i.e.n.t.f.i.q.u.e. Situation assez étonnante, on voit dans un phénomène aux connotations religieuses évidentes l’affirmation d’une vérité non plus révélée, mais désormais prouvée. J’avais pourtant retenu de l’enseignement des Lumières qu’il y avait des méthodes, des hypothèses, des découvertes et des théories scientifiques, mais pas de vérité  définitive. Ce retour de la pensée magique veut nous dire le contraire.

Voir enfin:

A Rhetorical Question

Why conciliate Muslims but antagonize pro-lifers?

James Taranto
The Wall Street Journal
Nov. 30, 2015

Well, that was predictable. “Abortion rights advocates say the connection is clear,” reports the Washington Post:

Over the summer, a little-known antiabortion group called the Center for Medical Progress released a series of covertly filmed videos purporting to show that Planned Parenthood illegally sells fetal tissue, or “baby parts,” as abortion foes refer to it, for research. The century-old nonprofit agency has denied wrongdoing, and state and congressional investigations have so far failed to produce proof supporting the allegations.

Nevertheless, the casual and sometimes graphic conversations about abortion procedures captured on the videos have provided fodder for conservatives on Capitol Hill, in governor’s mansions and on the presidential campaign trail to seek to strip the organization of government funding. The efforts have led to sometimes passionate commentary on the part of conservatives and Republicans against abortion and sharply critical of Planned Parenthood, striking a tone that abortion rights advocates say created an atmosphere that put clinic workers and patients at risk.

Post hoc ergo propter hoc: On Friday a man started shooting at a Planned Parenthood clinic in Colorado Springs, Colo. By the time the suspect, Robert Dear, was in custody, he had allegedly killed a policeman and two civilians.

“Why is it the same knee-jerk Republicans freaking out about ISIS are fostering terrorism in the homeland? Recruiting and influencing loonies to do their dirty work to eliminate the evil scourge known as abortion?” rants Bob Lefsetz, “a music industry analyst and critic,” in New York’s Daily News, a tabloid that of late has degenerated into a slightly more high-toned version of Salon.

We’ve heard this before. And at least this time there is evidence, albeit far from conclusive, of a political motive: An anonymous “senior law enforcement official” tells the New York Times “that after Mr. Dear was arrested, he had said ‘no more baby parts’ in a rambling interview with the authorities.” But also: “The official said that Mr. Dear ‘said a lot of things’ during his interview, making it difficult for the authorities to pinpoint a specific motivation.”

President Obama rushed to politicize the crime. But interestingly, not only did he frame it solely as part of his lame-duck effort to combat “gun violence” by restricting the lawful purchase of firearms; he pooh-poohed the suggestion that it was political in nature: “We don’t yet know what this particular gunman’s so-called motive was.”

Colorado’s Gov. John Hickenlooper was a bit less circumspect. He told CNN: “Certainly it’s a form of terrorism, and maybe in some way it’s a function of the inflammatory rhetoric we see on all—so many issues now, there are bloggers and talk shows where they really focus on trying to get people to that point of boiling over. Just intense anger. Maybe it’s time to look at how do we tone down that rhetoric.”

While disavowing any effort to “limit free speech,” the governor said “the United States of America ought to begin a discussion” on how to “begin to tone back the inflammatory rhetoric.”

Such a conversation, it seems safe to surmise, would quickly degenerate into a shouting match. Planned Parenthood itself responded to the shooting with harsh denunciations of its critics, as the Washington Times reports:

“We’ve experienced so much hateful language, hateful speech,” Vicki Cowart, president and CEO of Planned Parenthood Rocky Mountains, said on ABC’s “This Week” program on Sunday. “I think politicians have been in that conversation, and I mean, you know that the airwaves are full of anti-abortion language, of anti-Planned Parenthood accusations, much of which is false in nature . . . the tirades against Planned Parenthood in the last few months have really been over the top.”

National Review’s Jim Geraghty notes that the left is rather selective in blaming political rhetoric for acts of violence—for example, insisting there is no connection between Black Lives Matter protesters’ foul antipolice rhetoric and actual attacks on cops. On the other hand, Colorado Springs isn’t the first time the left has blamed a terroristic act on a video.

But there’s an additional problem with the video-made-him-do-it theory of the case. The CMP videos, at least the parts of them we’ve seen, can’t be called “hate speech” by any stretch. They are not harsh denunciations of Planned Parenthood; they are exposés. The words and actions that horrify abortion foes—as well as decent people with more permissive views on abortion—are uttered and described by current and former Planned Parenthood employees and business associates.

We were struck by the contrast between the left’s responses to the Paris and Colorado Springs attacks. The former brought out a display of empathy toward Muslims; the latter, of antipathy toward pro-life Americans.

Hillary Clinton: “Muslims are peaceful and tolerant people and have nothing whatsoever to do with terrorism.” It would be at least as true to say that pro-life Americans are peaceful and tolerant people and have nothing whatsoever to do with terrorism—but instead Mrs. Clinton responded to Colorado Springs with this false choice: “We should be supporting Planned Parenthood—not attacking it.”

“I cannot think of a more potent recruitment tool for ISIL than some of the rhetoric that’s been coming out of here during the course of this debate [over accepting Syrian refugees],” President Obama said Nov. 17. “ISIL seeks to exploit the idea that there is a war between Islam and the West.”

Why wouldn’t a similar logic apply to the demonization of pro-life Americans in the aftermath of Colorado Springs? That’s not a rhetorical question: The logic doesn’t apply because the attacks were very different. The ones in Paris were carried out by an organization that unmistakably has religious motives and political goals. By all accounts the Colorado Springs killer was a lone nut. There is no antiabortion terrorist organization to which to recruit anyone.

Whatever the merits of his refugee policy, the president is right to reject “the idea that there is a war between Islam and the West,” although it would be fatuous to deny that that is how Islamic supremacists see the matter. To judge by the reactions to Colorado Springs, though, many on the left really do regard Americans who oppose abortion—almost all of whom do so peaceably—as their enemy.


Conflit israélo-palestinien: Attention, un révisionnisme peut en cacher un autre ! (It’s an empire thing, stupid !)

2 novembre, 2015

PETIT JOURNAL

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Imaginons deux enfants dans une pièce pleine de jouets identiques. Le premier prend un jouet, mais il ne semble pas fort intéressé par l’objet. Le second l’observe et essaie d’arracher le jouet à son petit camarade. Celui-là n’était pas fort captivé par la babiole, mais – soudain – parce que l’autre est intéressé cela change et il ne veut plus le lâcher. Des larmes, des frustrations et de la violence s’ensuivent. Dans un laps de temps très court un objet pour lequel aucun des deux n’avait un intérêt particulier est devenu l’enjeu d’une rivalité obstinée. René Girard
C’était une cité fortement convoitée par les ennemis de la foi et c’est pourquoi, par une sorte de syndrome mimétique, elle devint chère également au cœur des Musulmans. Emmanuel Sivan
Le choix du lieu lui-même est extrêmement symbolique : lieu sacré juif, où restent encore des ruines des temples hérodiens, laissé à l’abandon par les chrétiens pour marquer leur triomphe sur cette religion, il est à nouveau utilisé sous l’Islam, marquant alors la victoire sur les Chrétiens et, éventuellement, une continuité avec le judaïsme. (…) Enfin, l’historien Al-Maqdisi, au Xe siècle, écrit que le dôme a été réalisé dans la but de dépasser le Saint-Sépulcre, d’où un plan similaire, mais magnifié. De cette analyse on a pu conclure que le dôme du Rocher peut être considéré comme un message de l’Islam et des Umayyades en direction des chrétiens, des Juifs, mais également des musulmans récemment convertis (attirés par les déploiements de luxe des églises chrétiennes) pour marquer le triomphe de l’Islam. Wikipedia 
L’Esplanade des Mosquées ou Mont du Temple ou encore Esplanade du Temple est le premier lieu saint du judaïsme, et le troisième de l’islam sunnite (après La Mecque et Médine). Située dans la vieille ville de Jérusalem sur le mont du Temple, elle est aussi appelée « mont de la Maison [de Dieu] » par les juifs (en hébreu : הר הבית, har ha bayit), « mont du Temple » par les chrétiens, en référence au Temple de Jérusalem, et « Noble Sanctuaire » (en arabe : الحرم الشريف al-Ḥaram aš-Šarīf) par les musulmans. Elle constitue, depuis le VIIe siècle un haut lieu de l’islam réunissant la mosquée Al-Aqsa et le dôme du Rocher (ainsi que la petite mosquée du Bouraq). En contre-bas se trouve le mur des Lamentations vestige du mur occidental du Second Temple. (…) Selon Jérôme Bourdon, l’expression « Esplanade des Mosquées » est une ancienne appellation utilisée par la presse française qui n’a pas d’équivalent dans d’autres langues. Pour les juifs, c’est le mont du Temple, pour les musulmans le Haram al Sharif, c’est-à-dire le Noble Sanctuaire4. La presse anglophone utilise plutôt « Mont du temple » (Temple Mount) ou plus récemment « Haram al-Sharif ». Un exemple de cette différence d’appellation entre anglophones et francophones est donné par l’ouvrage de Bill Clinton My life qui évoque page 923 le Mont du Temple (Temple Mount) quand la traduction française « Ma vie » parle, page 965, de « l’esplanade des Mosquées » Le mont a une signification très importante dans le judaïsme (le lieu le plus sacré) et le christianisme. Selon le Talmud, c’est du sol de ce lieu que Dieu rassemble l’argile qui forme Adam. C’est là qu’Adam puis, selon son exemple, Caïn, Abel et Noé font leur holocauste. La tradition juive place aussi à cet endroit, le dôme du Rocher actuel et le mont Moriah de la Bible, le geste sacrificiel d’Abraham (…) Le roi David achète cette terre pour y construire un autel permanent (II Samuel 24:24). Le roi Salomon réalise ce vœu en construisant à cet endroit le premier Temple en -950, détruit par Nabuchodonosor II en -586, date qui marque l’exil des Juifs à Babylone. Le second Temple y est établi à partir de -516, après le retour d’exil. Il est détruit par Titus Flavius Vespasianus en 70, à l’exception du mur ouest, aujourd’hui connu comme le mur des Lamentations, lieu de prière le plus important des juifs contemporains. C’est aussi le site du troisième Temple de Jérusalem lors du retour du Messie selon la tradition juive. Wikipedia
La Porte dorée (שער הרחמים, Sha’ar Harahamim) est la plus ancienne ouverture pratiquée dans les fortifications de la vieille ville de Jérusalem et date du Ve siècle. Appelée aussi Porte de la Miséricorde ou encore Porte de la Vie éternelle, elle est située au milieu de la muraille Est et c’est la seule qui permettait d’accéder directement au Mont du Temple, de l’extérieur de la ville. Elle aurait été utilisée à des fins rituelles dans les temps bibliques. Cette porte est fermée depuis 1541, sur l’ordre de Soliman le Magnifique, car, selon la tradition juive, c’est par celle-ci que le Messie entrera dans Jérusalem. Un cimetière fut également établi devant celle-ci, car les musulmans auraient été convaincus par la prophétie d’Élie, précurseur du Messie, qui annonçait que, lors de son retour tant attendu par les juifs, le nouveau prophète n’oserait pas pénétrer dans un tel lieu étant donné que celui-ci était un Cohen. En effet, l’entrée des cimetières est théoriquement interdit à cette lignée sacerdotale pour cause d’impureté (Lv 10,6, Lv 21,1–5; 44,20-25). Wikipedia
Si Israël est un occupant dans son pays, le christianisme, qui tire sa légitimité de l’histoire d’Israël, l’est aussi comme le serait tout autre État infidèle. Bat Ye’or
Israël existe et continuera à exister jusqu’à ce que l’islam l’abroge comme il a abrogé ce qui l’a précédé. Hasan al-Bannâ (préambule de la charte du Hamas, 1988)
Les enfants de la nation du Hezbollah au Liban sont en confrontation avec [leurs ennemis] afin d’atteindre les objectifs suivants : un retrait israélien définitif du Liban comme premier pas vers la destruction totale d’Israël et la libération de la Sainte Jérusalem de la souillure de l’occupation … Charte du Hezbollah (1985)
La libération de la Palestine a pour but de “purifier” le pays de toute présence sioniste. Charte de l’OLP (article 15, 1964)
Les nazis ont probablement tué moins d’un million de Juifs et le mouvement sioniste a participé au massacre. Abou Mazen (alias Mahmoud Abbas, thèse, 1982)
Ce sera une guerre d’extermination, un massacre dont on parlera comme des invasions mongoles et des croisades. Azzam Pasha (président de la ligue arabe, le 14 mai 1948)
Tuez les Juifs partout où vous les trouverez. Cela plaît à Dieu, à l’histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. (…) [L]es Allemands n’ont jamais causé de tort à aucun musulman, et ils combattent à nouveau contre notre ennemi commun […]. Mais surtout, ils ont définitivement résolu le problème juif. Ces liens, notamment ce dernier point, font que notre amitié avec l’Allemagne n’a rien de provisoire ou de conditionnel, mais est permanente et durable, fondée sur un intérêt commun. Haj Amin al-Husseini (mufti de Jérusalem, discours sur Radio Berlin, le 1er mars 1944)
Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen – en particulier les méchants et sales Français – ou un Australien ou un Canadien, ou tout […] citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l’État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n’importe quelle manière. (…) Tuez le mécréant qu’il soit civil ou militaire. (…) Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le. Abou Mohammed al-Adnani (porte-parole de l’EI)
Nous vous bénissons, nous bénissons les Mourabitoun (hommes) et les Mourabitat (femmes). Nous saluons toutes gouttes de sang versées à Jérusalem. C’est du sang pur, du sang propre, du sang qui mène à Dieu. Avec l’aide de Dieu, chaque djihadiste (shaheed) sera au paradis, et chaque blessé sera récompensé. Nous ne leur permettrons aucune avancée. Dans toutes ses divisions, Al-Aqsa est à nous et l’église du Saint Sépulcre est notre, tout est à nous. Ils n’ont pas le droit de les profaner avec leurs pieds sales, et on ne leur permettra pas non plus. Mahmoud Abbas
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, vous ne vous êtes pas demandé depuis combien de temps cette occupation israélienne s’est prolongée sur notre terre : 67 ans (soit, depuis la création d’Israël), combien de temps pensez-vous que cela peut encore durer. Mahmoud Abbas
Cet accord (…) doit inclure (…) un accès libre aux Lieux saints et aux institutions culturelles et l’utilisation du cimetière du Mont des oliviersAccord entre la Transjordanie et Israël (3 avril 1949)
Les Lieux Saints seront protégés contre la profanation et contre toute atteinte, ainsi que contre tout ce qui peut prévenir la liberté d’accès des croyants des différentes religions à leurs lieux sacrés, et tout ce qui peut heurter leurs sentiments à l’égard de ces lieux. Loi fondamentale sur Jérusalem (30 juillet 1980)
Nous ne sommes pas venus pour conquérir les lieux saints des autres ou restreindre leurs droits religieux, mais pour assurer l’intégrité de la ville et y vivre avec d’autres dans la fraternité. Moshe Dayan
C’est une mosquée depuis mille trois cents ans, les Juifs doivent se contenter de la visiter et de prier devant les tombes. Moshe Dayan
Avec les troubles que connaît Israël autour du mont du Temple (« l’esplanade des Mosquées » des musulmans et des journalistes), le conflit du Proche-Orient s’embrase en son cœur le plus profond, en dévoilant qu’il n’est ni national ni territorial comme le voudraient bien les utopies de gauche, mais religieux, une guerre de religion découlant du scandale inadmissible que représente pour l’islam la souveraineté d’un peuple qui n’a le droit de (sur)vivre que comme « dhimmi ». La rumeur que les « Juifs » veulent détruire la mosquée El Aksa est un vieux leurre, manipulé cycliquement depuis les émeutes de 1929 et destiné à susciter la fureur musulmane et à la focaliser sur les Juifs. C’est un mensonge éhonté, du type de ceux qui donnaient naissance à des pogroms. C’est en effet à des actes pogromiques brutaux que nous avons assisté ces derniers jours, comme dans les temps anciens. Je pense notamment à la scène de la femme poignardée appelant au secours sous les lazzis, les crachats et les coups des commerçants des échoppes environnantes. Celà montre bien jusqu’où peut aller le penchant suprématiste, même « sous occupation ». C’est ce que fait entendre la « Liste unie » des députés arabes israéliens qui décrètent (Hanan Zoabi dixit) que c’est toute la montagne qui est une mosquée. Au déni musulman de la sainteté du lieu pour le judaïsme s’ajoute l’intolérance qui veut interdire aux Juifs l’accès non pas aux mosquées mais aux immenses terrasses de la montagne. Le plus piquant c’est que ceux qui hurlent à la profanation des Juifs (Abbas a parlé de « leurs pieds sales… »), sont aussi ceux qui ont effectué en catimini d’immenses excavations sous le mont pour construire sans permis une mosquée souterraine de 12 000 places dans un lieu dénommé « les écuries de Salomon », en détruisant des vestiges inestimables des temples juifs de l’antiquité, à l’instar des destructions de monuments façon Etat islamique. Ceci dit, l’Etat d’Israël retire les fruits amers d’une démission et d’une négligence. La première commence avec Moshe Dayan qui, en 1967, a remis les clefs du mont du Temple au Waqf jordanien, à une puissance qui avait profané tous les lieux saints juifs et interdit aux Juifs tout accès à leurs sites. (…) Mais la situation découle aussi de deux négligences israéliennes : tout d’abord avoir laissé se développer depuis plus de 10 ans la « Ligue du nord », un mouvement islamiste israélien qui est le maître d’œuvre de la crise cyclique « les Juifs vont détruire El Aqsa » et qui stipendie les émeutiers installés dans la mosquée avec armes et munitions.  (…) La deuxième négligence israélienne est de ne pas avoir intenté une procédure en inconstitutionnalité de la Liste arabe unifiée à la Knesset qui est une liste non politique mais ethnique rassemblant des islamistes aux communistes, sur une base ethnico-religieuse, ce qu’une démocratie normale (Cour Suprême ?) ne devrait pas accepter car c’est là le contraire du multipartisme, une forme d’irrédentisme national. Shlomo Trigano
Irrecevable encore, la formule « cycle de violences », ou « spirale des représailles », qui, en renvoyant dos à dos les kamikazes et leurs victimes, entretient la confusion et vaut incitation à recommencer. Insupportable, pour la même raison, la rhétorique de l’« appel à la retenue », ou de l’invitation à ne pas « enflammer la rue », qui renverse, elle aussi, l’ordre des causes et fait comme si le militaire ou le civil en situation de légitime défense avaient les mêmes torts que celui qui a pris le parti de mourir après avoir semé la plus grande terreur autour de lui. Étranges, oui, ces indignations embarrassées et dont on ne peut s’empêcher de penser qu’elles seraient probablement plus fermes si c’était dans les rues de Washington, de Paris ou de Londres que l’on se mettait à occire le premier venu ou à lancer des voitures béliers sur les arrêts de bus. Plus qu’étrange, troublante, la différence de ton entre ces réactions et l’émotion mondiale, la solidarité internationale sans faille ni nuance, suscitées, le 22 mai 2013, par la mort d’un militaire, en pleine rue, à Londres, assassiné à l’arme blanche et selon un scénario pas très différent de celui qui a cours, aujourd’hui, à Jérusalem et Tel-Aviv. (…) Et insupportable enfin, la petite mythologie en train de se constituer autour de cette histoire de poignards : l’arme du pauvre, seulement ? Celle dont on se sert parce qu’elle est là, sous la main, et qu’il n’en est point d’autre ? Quand je vois ces lames, je pense à la lame de la mise à mort de Daniel Pearl ; je pense à celle des décapitations d’Hervé Gourdel, James Foley ou David Haines – je pense que les vidéos de Daesh ont, décidément, fait école et que l’on se trouve là au seuil d’une barbarie qu’il faut inconditionnellement dénoncer si l’on ne veut pas qu’elle exporte partout, je dis bien partout, ses procédures. Bernard-Henri Lévy
Jérusalem est surtout devenue « sainte » depuis que les Juifs sont de retour dans leur unique ville sainte, sainte depuis 3000 ans ! La mosquée Al Aqsa, le soi-disant 3ème Lieu saint de l’islam, à ne pas confondre avec le Dôme du rocher, est le nom de la mosquée « la plus lointaine » citée dans le coran à propos du voyage nocturne de Mahomet qui aurait été transporté à la mosquée Al Aqsa sur sa monture Al Burak et serait monté au ciel où il aurait rencontré les précédents prophètes juifs et chrétien. Historiquement cela ne peut pas être à Jérusalem puisque la mosquée Al Aqsa a été construite bien après la mort en 632 de Mahomet ! (…) Ce n’est que tardivement, qu’après avoir construit une mosquée sur l’esplanade du Temple juif, puis l’avoir nommée Al Aqsa qu’elle est devenue miraculeusement la mosquée Al Aqsa du coran comme l’islam en a la spécialité, puisque d’après lui, même Adam et Eve étaient musulmans et à fortiori tous les personnages de la bible hébraïque et ceux des Evangiles, même Jésus est un prophète musulman et donc il est palestinien ! Jérusalem apparaît 669 fois dans la Bible juive, 154 fois dans la Bible chrétienne mais pas une seule fois dans le Coran, ni Jérusalem, ni Al Qods, le nom arabe de Jérusalem ! Il n’y a jamais eu de pèlerinage à Jérusalem pour les musulmans contrairement aux pèlerinages pratiqués dans leurs autres villes saintes ! Jérusalem n’a jamais été la capitale d’un pays arabe ou même d’une province arabe ! Danilette
Une résolution sur la Palestine critiquant notamment la politique d’Israël à Jérusalem a été votée mercredi à l’Unesco, dans une version expurgée d’une revendication initiale sur le Mur des Lamentations qui avait suscité la colère de l’Etat hébreu. Soumis par un groupe de pays arabes aux 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), le texte a recueilli 26 voix en sa faveur, tandis que six délégations ont voté contre, 25 se sont abstenues et une dernière était absente au moment du vote, selon des sources diplomatiques. Les Etats-Unis, l’Allemagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la République tchèque et l’Estonie sont les six pays qui s’y sont opposés. La France s’est pour sa part abstenue, d’après les mêmes sources. La résolution votée, dont l’AFP a pris connaissance du contenu, « condamne fermement les agressions israéliennes et les mesures illégales limitant la liberté de culte et l’accès des musulmans au site sacré de la mosquée al-Aqsa ». Elle « déplore vivement » en outre les « irruptions persistantes d’extrémistes de la droite israélienne sur le site » et « exhorte Israël » à « prendre les mesures nécessaires pour empêcher les agissements provocateurs qui violent (son) caractère sacré ». (…) Toute référence a en revanche été abandonnée à la « place Al Buraq », nom employé par les musulmans pour désigner les abords du Mur des Lamentations, révéré par les juifs, en contrebas de l’esplanade des Mosquées. La rédaction initiale du texte, déposé par l’Algérie, l’Egypte, les Emirats arabes unis, le Koweït, le Maroc et la Tunisie, avait suscité mardi l’ire d’Israël et l’inquiétude de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, opposée à une remise en cause du statut des Lieux saints de Jérusalem. Dans un paragraphe finalement supprimé, les auteurs du texte affirmaient que « la place Al Buraq fait partie intégrante de la mosquée al-Aqsa ». Israël avait dénoncé « une tentative honteuse et trompeuse de réécrire l’Histoire » et Mme Bokova avait « déploré » les initiatives susceptibles d’être « perçues comme des modifications au statut de la Vieille Ville de Jérusalem et de ses remparts », appelant le Conseil à « prendre des décisions qui n’alimentent pas davantage les tensions sur le terrain ». (…) En vertu de ces règles tacites, les juifs peuvent se rendre sur le site, à la fois troisième lieu saint de l’islam et le plus révéré du judaïsme, sous le nom de mont du Temple, mais seuls les musulmans ont le droit d’y prier. Ces dernières semaines, à l’occasion des fêtes juives du mois de septembre, les tensions ont atteint un niveau rarement égalé autour du site, de violents affrontements ayant gagné l’esplanade même. Les Palestiniens qualifient la recrudescence des visites de juifs de tentative israélienne de prendre le contrôle du lieu saint, actuellement sous la garde de la Jordanie. Israël de son côté assure vouloir maintenir le statu quo et ne pas vouloir céder aux appels d’une frange minoritaire mais de plus en plus audible parmi ses citoyens. I24news
Tout le monde se demande ce que nous devrions faire. Nous frapperons à toutes les portes possibles, afin de faire entendre la voix de Jérusalem. Nous avançons, avec l’aide d’Allah. Nous vous saluons, ainsi que tous les hommes et femmes au ribat [sur la ligne de front]. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. Chers frères, nous sommes tous ici au nom de Jérusalem. Je vous le dis en toute honnêteté, un Etat palestinien sans Jérusalem n’existera jamais. L’Etat palestinien doit inclure sa capitale, la noble Jérusalem – avec sa capitale, Jérusalem-Est, qui a été occupée en 1967. Nous n’autorisons aucune de leurs mesures. Toutes ces divisions… La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales. Nous ne leur permettrons pas de le faire, et nous ferons tout en notre pouvoir pour protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement. La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis. Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres. Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous. Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter. Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation. Mahmoud Abbas (Conseil des droits de l’homme de l’ONU)
I think those who are saying it’s another intifada are wrong. The first two intifadas were organized. In the First Intifada, you had the children of the stones, but you also had the Tanzim [the militant faction of the Fatah movement] that really guided the destruction. The truth of the Second Intifada is that [former Palestinian Authority President Yasser] Arafat was behind it to begin with. There was a kind of infrastructure that was behind it, and that’s not the case here. (…) Abu Mazen hasn’t helped with the things he’s said, and he’s added to the image that’s out there, to the narrative that’s out there, that the Israelis are going to change the status quo at the Temple Mount. And that’s completely fallacious. It’s just — it’s a lie. But it has taken on a life of its own, and that requires a dedicated effort on the part of Palestinian leadership to say, “It’s completely untrue.” But they’ve refused to do that and we need to get the Palestinians to say very clearly, “That’s not happening.” Whether that could bring this to an end, I don’t know. [Kerry’s response] It was a mistake to say that. It was a mistake because it implies that if tomorrow there were no settlements, this issue would be solved. Really? Is that what’s driving them? The idea that there is frustration against Israelis is true. But there is also frustration against their own leadership. There’s anger that the other Arabs are not paying attention to them. There’s frustration over unemployment. There’s a lot of things affecting Palestinians. And when Kerry said that, it looks like he’s trying to make an alternative explanation or an excuse. (…) one of the problems is that the president has been very good when it comes to security issues, but because he looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them. “They’re too weak to criticize” is what I say in the Obama chapter. And if they are too weak to criticize, they are too weak to be held accountable, too weak to be responsible. They’re too weak to have a state. Well, if you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible. Now Kerry’s statement has been walked back, and that’s good. But I’m afraid that it reflects a kind of instinct. The first instinct, instead of criticizing this for what it is, is to want to look for another explanation. And I have a problem with that. That doesn’t mean that I don’t think having a stalemate [in peace negotiations] is something you can take comfort in as never producing these kinds of explosions. But I think, first things first, when something like this happens, you have to say, “This is wrong.” You have to let them know that terror is never acceptable under any circumstances, and that this is going to get the Palestinians nothing. (…) the American approach ought to recognize the choices are not binary between solving everything or doing nothing. (…)  When the president comes in, he thinks we have a major problem with Arabs and Muslims. And he sees that as a function of the Bush administration – an image, fairly or not, that Bush was at war with Islam. So one of the ways that he wants to show that he’s going to have an outreach to the Muslim world is that he’s going to give this speech in Cairo. So he wants to reach out and show that the US is not so close to the Israelis, which he thinks also feeds this perception. That’s why there’s an impulse to do some distancing from Israel, and that’s why the settlement issue is seized in a way. Now, I had no problem with saying we should limit settlement activity. But the idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake. (…) The reason why a limitation on settlement activity was preferable was because it was something we could define. A complete freeze puts us in a position where we’re framing an objective we couldn’t achieve. Part of the appeal of the settlement freeze to the president was that it was a way he can show distance from the Israelis in a way that also mattered to the Arabs. And that’s one thing if you can deliver it, but if you can’t, you’re actually worse off. (…) Abbas is then the one who says, “The Americans put me up a tree. I never said that this was a condition. The Americans created this condition.” Now it wasn’t true that we made it a condition for negotiations. That wasn’t true. But by putting it out there publicly the way we did, how can Abu Mazen go into negotiations when we haven’t produced this? So it became an excuse for him. He didn’t have to do anything until we delivered this. (…) The first time I raised that issue [calling settlements “illegitimate”] to the president it was news to him because it really had not been raised to him before. He used that language in the Cairo speech and I said this to him afterword, in July when I got there. He understands that every administration has had a problem with settlements, which is true. But he doesn’t know that this kind of terminology is really different. Since the Reagan administration, the US made a policy that settlements were a political issue and not a legal issue. So he doesn’t use that term in future meetings, but he does put it back in for one of his UN speeches. When I raised an objection, Dennis McDonough [then deputy national security adviser] says he can’t look like he’s retreating. (…) The other thing is that they [Obama and Netanyahu] have different worldviews. I mean they have fundamentally different worldviews. To give you an illustration, even though the president says this is a transaction and not a transformation with Iran, I think he believes that this deal will not only constrain the Iranian program in a real way that has not been achieved until now, but more than that, it will be empowering, at least potentially, the more pragmatic forces within Iran and those around [Iranian President Hassan] Rouhani. (…) The deal itself buys you 15 years. One of my main concerns is what happens after year 15, when they basically can have as large a program as they want, and the gap between threshold status and weapon status becomes very small. To deal with that vulnerability you have to bolster your deterrence in a way that convinces them there is a firewall between threshold status and weapons status. They have to be convinced of that. The more you make it clear that for any misbehavior they pay a price, and it’s the kind of price that matters to them, the more likely they are to realize the firewall is real, and the less likely they are to ever test it. I would like to see us do things that to create that firewall and the legitimacy of it in the eyes of the rest of the world. So if [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force. And everybody knows that and accepts that, and it becomes legitimate. (…) We’re already seeing them ratchet it up in Syria. Everyone is focusing on what the Russians are doing, but Iran is adding significant numbers of Revolutionary Guard forces to the ground, it’s not just Hezbollah forces. I think this is a harbinger of things to come. What I say is that she [Susan Rice] reflects a mindset that has been in every administration; it’s not unique to her. It tends to look at Israel through a lens that is more competitive, more combative, that sees Israel more in problematic terms. The difference is that you had her predecessor [Donilon] whose mindset was very different. He saw Israel through a collaborative-partnership premise and prism.(…) The administration thought they had done something good. And the prime minister’s reaction was to call it a “historic mistake” and to look like he’s already campaigning against it. Meanwhile [the administration] thinks they’ve done something that’s in Israel’s interest. Look at what had they been hearing leading up to it. They had been hearing that Iran poses the greatest threat of the 21st Century. The prime minister kept saying, “The clock is ticking, what are you going to do about it?” So they think they have stopped the clock. Then they see this outpouring against it. (…)  distancing the US from Israel has never achieved the objective of bringing the US closer to Arabs. Our relationship to Israel is not what drives their behavior toward us. Dennis Ross
Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles. On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ». Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète. (…) Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre. Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein. Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées. (…) Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires. Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation… Bat Ye’or
Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est essayé récemment, et assez lamentablement, à une forme de réécriture de l’histoire qui visait à donner au grand Mufti de Jérusalem le rôle d’instigateur de la solution finale. Ce dernier n’était en réalité qu’un suppôt d’Hitler, enthousiasmé par l’idée que le meurtre de juifs puisse être le point central du programme politique du Führer. Ce dérapage a donné lieu à un petit miracle : les dirigeants d’un monde arabe dans lequel le négationnisme et le révisionnisme de la Shoah se portent à merveille, ont été offusqués de ce qu’on les accuse d’être à l’origine d’un génocide dont ils contestent pourtant souvent l’ampleur, voire même la réalité. Une autre forme de révisionnisme a connu un renouveau ces dernières années, et la dernière poussée de terrorisme palestinien est à ce titre édifiante. Il s’agit de nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël, au mépris non seulement de l’histoire et de l’archéologie, mais aussi, et surtout, de la tradition islamique. Il n’y aurait pas de « Mont du Temple » et pas de Mont Moriah – il n’y aurait que l’Esplanade des Mosquées et le Haram al Sharif ou « Noble Sanctuaire ». On peut tout à fait considérer en bon laïc que toutes ces histoires de lieux saints ne sont que des sornettes, mais alors il faut s’abstenir de préférer une sornette à une autre, surtout lorsque l’une des sornettes précède toutes les autres de quelques millénaires. (…) Il ne serait pas venu à l’esprit du Calife Omar, qui a construit la première mosquée sur le Mont du Temple au VIIe siècle, de nier le lien consubstantiel entre ce lieu et le judaïsme. La tradition islamique rapporte que c’est même un rabbin yéménite fraîchement converti à l’islam qui lui indiqua le lieu précis de la « pierre de la fondation » sur laquelle est bâti aujourd’hui le Dôme du Rocher. (…) L’une des preuves les plus absurdes de cette réécriture bien tardive de l’histoire nous vient des revirements du Waqf, l’organisme en charge de la gestion des lieux saints musulmans à Jérusalem. Les guides publiés et distribués par le Waqf aux visiteurs avant la création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissaient de cette filiation avec le premier et le deuxième Temple juif et en particulier avec la figure du roi Salomon. Le nouveau guide publié et diffusé l’an dernier nie tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif. Le comble est probablement l’affirmation dans cette dernière publication que le roi Salomon n’était pas juif mais bien… musulman (ce qui est bien sûr difficile à réconcilier avec la chronologie étant donné que son règne précède l’avènement de l’islam d’à peu près 1 500 ans.). Un autre exemple du ridicule et de l’incohérence de ce nouveau révisionnisme nous a été donné lors de la profanation du Tombeau de Joseph, un lieu saint juif qui jouxte la ville de Naplouse en Cisjordanie. En 2000, ce tombeau a été le lieu d’affrontements très violents et profané une première fois par une foule palestinienne en colère. Tsahal s’est par la suite retirée de ce lieu et les Palestiniens ont décrété qu’il s’agissait en réalité du tombeau d’un cheikh musulman et ont repeint le dôme du tombeau en vert, couleur de l’islam. Mais cette islamisation tardive du tombeau de Joseph n’a pas suffi à le protéger puisqu’une foule vient de brûler le tombeau une seconde fois, confirmant ainsi son caractère juif de la manière la plus absolue qui soit. (…) Il faut écouter Mahmoud Abbas déclarer en arabe que les lieux saints de Jérusalem n’appartiennent qu’aux Palestiniens et que « les juifs n’ont pas le droit de souiller les lieux saints de leurs pied sales » et que « chaque goutte de sang versé pour Jérusalem est propre et pure ». Il finit sa déclaration en assurant que les égorgeurs iront tous « au paradis » ce qui devrait rassurer tout un chacun. Il est triste de voir Abu Mazen, qui a débuté sa carrière en commettant une thèse de doctorat révisionniste sur la Shoah, la finisse en versant dans une autre forme de révisionnisme, le révisionnisme du Temple. La « judaïsation de Jérusalem » aujourd’hui décriée est, un peu comme la christianisation du Vatican ou l’islamisation de la Mecque, un phénomène auquel on ferait mieux de s’habituer. (…) Il n’y aura pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence. Ceux qui pensent que la création d’un Etat palestinien indépendant mettra fin au conflit devraient se promener quelques heures dans la vieille ville de Jérusalem avec une kippa après le prêche du Vendredi. Si tant est qu’ils survivent à l’expérience, ils constateront qu’on y tue des juifs, pas des occupants. Noam Ohana
On nous dit que l’islam serait une « religion ». Mais il me semble que la caractérisation de l’islam comme religion est totalement erronée et empêche de comprendre comment il fonctionne. Mon avis est que l’islam est d’abord un empire, bien avant d’être une religion.  (…) Décrire l’islam comme étant un empire permet de comprendre beaucoup mieux sa logique. Comme tout empire, il aspire à s’étendre naturellement, tant qu’il ne vient pas buter sur un obstacle, un autre pays ou un autre empire. Le jihad ou guerre sainte est simplement un instrument de conquête. Prétendre que le jihad ne ferait pas partie de l’islam ou les jihadistes et mujahhidines seraient de mauvais musulmans est totalement absurde. C’est la nature même d’un empire d’être impérialiste. (…) Il ne faut donc pas s’étonner que l’islam, structure impériale, propageant une langue et un code juridique, a toujours été incapable de tolérer quoi que ce soit d’autre que lui-même, sauf de façon provisoire et bancale. L’islam ne peut pas être dissout, modéré ou mélangé à autre chose, sauf à se renier lui-même en tant que structure impériale, langue de référence et droit. Aborder la problématique de l’islam en France, comme le fait Bernard Cazeneuve, par le petit bout de la lorgnette des « lieux de culte » est une pure absurdité. D’ailleurs, ces « lieux de culte » s’appellent souvent al-fath ‘la conquête’. L’islam ne se cache même pas d’être un empire conquérant. Il suffit de lire le nom qui est écrit sur le fronton des mosquées. Ici à Paris. (…) L’empire-islam, structure temporelle propageant arabe et sharia, comme langue et droit de référence, propage aussi une « religion ». Mais on se demande un peu en quoi elle consiste au juste. C’est une espèce d’ersatz monothéiste sur base d’hérésie judéo-nazaréenne simplifiée, une sorte de low-cost théologique, dont le fonds de commerce principal est la haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens. L’islam n’est pas en tant que tel une révélation, puisqu’il affirme qu’Allah est de toute façon inconnaissable et incompréhensible pour l’humanité. Ce postulat ruine toute possibilité de révélation. Tout laisse à penser que les fables romanesques autour de Mahomet et du Qoran sont des inventions rétrospectives, destinées à donner une légitimité religieuse à des conquêtes militaires déjà réalisées. Le Qoran n’est qu’un bricolage tardif et incohérent, juxtaposant des fragments de lectionnaire chrétien, du droit tribal bédouin et quantités d’imprécations haineuses, dont certaines devraient logiquement tomber sous le coup de la loi en France. En conclusion, la première des taqiyas ou dissimulations de l’empire-islam est de cacher sa vraie nature : empire temporel conquérant et belliqueux, sous couvert de « religion », qui n’est qu’un alibi et un prétexte, au demeurant médiocre. Fortunin Revengé

Attention: un révisionnisme peut en cacher un autre !

Négationnisme de la Shoah et déni d’y être pour quelque chose, négation du lien du peuple juif avec Jérusalem comme la terre d’Israël et silence du coran sur Jérusalem qui mentionne pourtant le Temple de Salomon, guides pré-création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissant de la filiation avec les temples juifs et  le roi Salomon et guide actuel niant tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif, affirmation de la musulmanité dudit roi Salomon alors que comme on le sait  l’islam date du VIIe siècle,  transformation du Tombeau de Joseph en tombeau d’un cheikh musulman (repeint pour l’occasion en vert) et profanation dudit tombeau …

En ces temps étranges …

Où un peuple se voit interdit, à coups d’armes blanches et de  statu quo, de prier sur son principal lieu saint …

Au nom des droits à y prier d’un autre peuple dont c’est le troisièm e lieu saint …

Et qui pour ce faire en appelle à la protection de l’ONU pour ses assassins contre leurs victimes …

Où au nom des droits d’une religion datant du VIIe siècle de notre ère chrétienne, l’on prétend islamiser l’ensemble des tombeaux des patriarches d’une religion datant, elle, d’au moins 3 000 ans …

Alors qu’à la tête du monde libre, comme le confirme l’un de ses anciens conseillers, un président américain ouvertement pro-arabe et anti-israélien vient de donner les clés du Moyen-Orient et de l’arme nucléaire à un régime qui appelle explicitement à l’annihialtion de la seule vraie démocratie de la région …

Comment ne pas voir …

Avec Noam Ohana aussi bien que Fortunin Revengé …

Et devant tant d’incohérences qu’on ose à peine qualifier de « théologiques »  …

Non seulement qu’il n’y aura « pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence » …

Mais surtout tant qu’on n’aura pas compris, derrière ces arguties prétendument religieuses, la vraie nature hégémonique d’un islam …

Qui comme tout empire ne peut qu’ « aspirer à s’étendre naturellement » …

Ladite religion en question et son fonds de commerce principal de haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens …

Servant respectivement de légitimation rétrospective et de ciment commode pour rallier les troupes ?

Un nouveau révisionnisme cherche à nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël
Noam Ohana

Le Monde

30.10.2015

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou s’est essayé récemment, et assez lamentablement, à une forme de réécriture de l’histoire qui visait à donner au grand Mufti de Jérusalem le rôle d’instigateur de la solution finale. Ce dernier n’était en réalité qu’un suppôt d’Hitler, enthousiasmé par l’idée que le meurtre de juifs puisse être le point central du programme politique du Führer.

Ce dérapage a donné lieu à un petit miracle : les dirigeants d’un monde arabe dans lequel le négationnisme et le révisionnisme de la Shoah se portent à merveille, ont été offusqués de ce qu’on les accuse d’être à l’origine d’un génocide dont ils contestent pourtant souvent l’ampleur, voire même la réalité. On se référera au livre de Gilbert Achcar, fervent défenseur de la cause palestinienne, qui parle dans son ouvrage « Les Arabes et la Shoah » de ce négationnisme comme de « l’antisionisme des imbéciles ».

Une autre forme de révisionnisme a connu un renouveau ces dernières années, et la dernière poussée de terrorisme palestinien est à ce titre édifiante. Il s’agit de nier le lien du peuple juif avec la terre d’Israël, au mépris non seulement de l’histoire et de l’archéologie, mais aussi, et surtout, de la tradition islamique.

Bill Clinton ahuri

Il n’y aurait pas de « Mont du Temple » et pas de Mont Moriah – il n’y aurait que l’Esplanade des Mosquées et le Haram al Sharif ou « Noble Sanctuaire ». On peut tout à fait considérer en bon laïc que toutes ces histoires de lieux saints ne sont que des sornettes, mais alors il faut s’abstenir de préférer une sornette à une autre, surtout lorsque l’une des sornettes précède toutes les autres de quelques millénaires.

L’un des épisodes les plus pathétiques de l’échec des négociations de paix à Camp David en 2000 était une scène largement documentée qui a vu Yasser Arafat tenter de convaincre un Bill Clinton ahuri que cette histoire de Temple juif était un mythe et qu’il n’y a en réalité aucun lien entre les juifs et Jérusalem. Sans rentrer dans un développement théologique, il semble essentiel de rappeler ici une évidence : c’est parce que Jérusalem est sainte pour les juifs qu’elle l’est devenue pour les chrétiens puis pour les musulmans.

Si le Coran est largement silencieux sur Jérusalem (le nom même de la ville n’y figure pas), la tradition islamique est truffée de références explicites au fait que le Noble Sanctuaire, la Mosquée d’Al-Aqsa et le Dôme du Rocher ont été érigés sur le lieu exact du Temple de Salomon.

Il ne serait pas venu à l’esprit du Calife Omar, qui a construit la première mosquée sur le Mont du Temple au VIIe siècle, de nier le lien consubstantiel entre ce lieu et le judaïsme. La tradition islamique rapporte que c’est même un rabbin yéménite fraîchement converti à l’islam qui lui indiqua le lieu précis de la « pierre de la fondation » sur laquelle est bâti aujourd’hui le Dôme du Rocher.

Le théologien Ibn Taymiyya (XIIIe siècle), considéré comme l’une des références religieuse centrales du courant wahhabite et salafiste, était si convaincu du lien entre ce lieu saint et les juifs qu’il s’en méfiait. Il était fermement opposé à ce qu’il percevait comme une exagération de l’importance de l’Esplanade et du Caveau des Patriarches à Hébron par rapport à la Mecque et à Médine.

Salomon n’était pas juif mais bien musulman

L’une des preuves les plus absurdes de cette réécriture bien tardive de l’histoire nous vient des revirements du Waqf, l’organisme en charge de la gestion des lieux saints musulmans à Jérusalem. Les guides publiés et distribués par le Waqf aux visiteurs avant la création de l’Etat d’Israël s’enorgueillissaient de cette filiation avec le premier et le deuxième Temple juif et en particulier avec la figure du roi Salomon. Le nouveau guide publié et diffusé l’an dernier nie tout lien entre le Mont du Temple ou même le Mur de Lamentations et le peuple juif. Le comble est probablement l’affirmation dans cette dernière publication que le roi Salomon n’était pas juif mais bien… musulman (ce qui est bien sûr difficile à réconcilier avec la chronologie étant donné que son règne précède l’avènement de l’islam d’à peu près 1 500 ans.).

Un autre exemple du ridicule et de l’incohérence de ce nouveau révisionnisme nous a été donné lors de la profanation du Tombeau de Joseph, un lieu saint juif qui jouxte la ville de Naplouse en Cisjordanie. En 2000, ce tombeau a été le lieu d’affrontements très violents et profané une première fois par une foule palestinienne en colère. Tsahal s’est par la suite retirée de ce lieu et les Palestiniens ont décrété qu’il s’agissait en réalité du tombeau d’un cheikh musulman et ont repeint le dôme du tombeau en vert, couleur de l’islam. Mais cette islamisation tardive du tombeau de Joseph n’a pas suffi à le protéger puisqu’une foule vient de brûler le tombeau une seconde fois, confirmant ainsi son caractère juif de la manière la plus absolue qui soit.

On entend déjà les protestations de ceux qui nient que ce nouveau révisionnisme soit la cause du sang versé. Les attaques à l’arme blanche des dernières semaines ne seraient pour eux qu’une « réponse compréhensible à l’occupation ». Mais alors comment expliquer le parallèle frappant avec le massacre d’Hébron en 1929 ?

Le Grand Mufti de Jérusalem, à qui personne ne peut voler le crédit dans ce cas précis, avait mené une campagne assez similaire à celle menée aujourd’hui par le leadership politique et religieux palestinien en prétendant que les juifs s’apprêtaient à détruire les Mosquées sur le Mont du Temple. La rumeur se répandait moins vite qu’avec les réseaux sociaux mais tout aussi bien et des émeutes d’une extrême violence éclatèrent. À Hébron – ou l’accès au Caveau des Patriarches était formellement interdit aux juifs depuis le XIIIe siècle – le carnage a fait 67 victimes civiles massacrées au couteau et à la hache, dont une douzaine de femmes et trois enfants de moins de cinq ans. Il n’y avait pas à l’époque « d’occupation » et pourtant les mêmes causes avaient produits les mêmes effets, sauf qu’il n’y avait personne pour défendre ces malheureux. Ce massacre mit fin à une présence juive millénaire dans la ville.

Il faut écouter Mahmoud Abbas déclarer en arabe que les lieux saints de Jérusalem n’appartiennent qu’aux Palestiniens et que « les juifs n’ont pas le droit de souiller les lieux saints de leurs pied sales » et que « chaque goutte de sang versé pour Jérusalem est propre et pure ». Il finit sa déclaration en assurant que les égorgeurs iront tous « au paradis » ce qui devrait rassurer tout un chacun. Il est triste de voir Abu Mazen, qui a débuté sa carrière en commettant une thèse de doctorat révisionniste sur la Shoah, la finisse en versant dans une autre forme de révisionnisme, le révisionnisme du Temple.

Survie spirituelle du peuple juif

La « judaïsation de Jérusalem » aujourd’hui décriée est, un peu comme la christianisation du Vatican ou l’islamisation de la Mecque, un phénomène auquel on ferait mieux de s’habituer.

Pourtant les juifs Israéliens, aujourd’hui maîtres à Jérusalem, ont une responsabilité particulière. Ils se doivent de préserver les lieux saints musulmans et d’en garantir l’accès. Ils ont une dette, non pas à l’égard des Palestiniens, mais bien à l’égard de ces musulmans, qui ont, au-delà des persécutions bien réelles infligées aux communautés juives d’Orient, permis la continuité du culte synagogale et donc contribué à la survie spirituelle du peuple juif en exil. C’est à eux qu’il faut penser en regardant l’Esplanade des Mosquées et pas aux révisionnistes qui prétendent que la présence juive souille ce lieu sacré. C’est aux familles musulmanes qui ont abrité des familles juives pendant le massacre d’Hébron en 1929 au péril de leur vie qu’il faut penser, et pas au royaume hachémite qui parle de liberté des cultes mais qui interdit aux juifs tout accès aux lieux saints de 1948 à 1967, y compris au Mur des Lamentations.

Il n’y aura pas de solution politique durable au conflit israélo-palestinien tant que le monde arabo-musulman ne se sera pas réconcilié avec l’antériorité de la présence juive en Terre Sainte et donc la légitimité de cette présence. Ceux qui pensent que la création d’un Etat palestinien indépendant mettra fin au conflit devraient se promener quelques heures dans la vieille ville de Jérusalem avec une kippa après le prêche du Vendredi. Si tant est qu’ils survivent à l’expérience, ils constateront qu’on y tue des juifs, pas des occupants.

Noam Ohana est franco-israélien, diplômé de Sciences Po et de Stanford, il écrit sur le conflit Israélo-Arabe depuis 2005 et a publié “Journal de Guerre” (Denoël ; 2007).

Voir aussi:

L’islam est d’abord un empire avant d’être une religion
Fortunin Revengé

Media-presse-info

1 novembre 2015

Il existe différents types d’empires. Personnellement, je distinguerais deux classes principales : les empires intégrateurs et les empires prédateurs. Dans un empire prédateur, les territoires et peuples soumis sont essentiellement opprimés et spoliés, sans véritable espoir de faire partie du noyau dur de l’empire. A l’inverse, dans un empire intégrateur, les territoires et peuples conquis finissent par acquérir une citoyenneté et une culture équivalentes à celles de l’empire lui-même. La Rome antique peut être pris comme exemple presque parfait d’empire intégrateur qui a particulièrement bien réussi. A l’origine, Rome n’était que quelques cabanes sur les collines du Latium. Et ensuite, de conquête en conquête, l’empire romain a inclus des espaces de plus en plus vastes, autour de la Méditerranée. On se rappelle de l’édit de Caracalla en 212, qui donne la pleine citoyenneté à tous les habitants de l’empire. Deux mille ans plus tard, la politique mise en oeuvre par Rome est un succès linguistique et culturel extraordinaire, puisque les langues romanes issues du latin sont parlées aux quatre coins de la planète.

L’islam empire ou religion ?

On nous dit que l’islam serait une « religion ». Mais il me semble que la caractérisation de l’islam comme religion est totalement erronée et empêche de comprendre comment il fonctionne. Mon avis est que l’islam est d’abord un empire, bien avant d’être une religion. Et on peut ajouter que l’empire-islam est intégrateur : quantité de peuples ou tribus qui n’étaient ni arabes ni musulmans en Afrique du Nord et au Proche-Orient ont maintenant un sentiment d’appartenance arabo-musulmane. A l’inverse, l’empire-islam s’est refusé pendant des siècles à intégrer les gens de race noire, car ceux-ci étaient destinés à la castration et à l’esclavage. Ils étaient dans la partie de l’empire livrée à la prédation.

Décrire l’islam comme étant un empire permet de comprendre beaucoup mieux sa logique. Comme tout empire, il aspire à s’étendre naturellement, tant qu’il ne vient pas buter sur un obstacle, un autre pays ou un autre empire. Le jihad ou guerre sainte est simplement un instrument de conquête. Prétendre que le jihad ne ferait pas partie de l’islam ou les jihadistes et mujahhidines seraient de mauvais musulmans est totalement absurde. C’est la nature même d’un empire d’être impérialiste.

Par ailleurs, l’empire-islam a un intérieur et un extérieur : l’espace conquis ou dar el-islam, maison de l’islam, et l’espace à conquérir ou dar el-harb, maison de la guerre. C’est lumineusement simple. Aucune religion, nulle part dans le monde, ne raisonne dans ces termes. Seul un empire conquérant et belliqueux peut le faire. Il ne faut donc pas s’étonner que la très grande majorité des conflits depuis la seconde guerre mondiale implique des musulmans, d’un côté ou même des deux côtés.

On peut aussi noter que la « musulmanité » ressemble à la nationalité : elle se transmet héréditairement. On naît musulman de parents musulmans. Nul besoin de baptême ou de démarche active. La « musulmanité » est même beaucoup plus forte que la nationalité, puisqu’on ne choisit pas d’être musulman et qu’on ne peut pas cesser de l’être, alors qu’on peut renoncer à telle ou telle nationalité. Renoncer à la « musulmanité » équivaut à une condamnation à mort par l’empire-islam. Parler de Français de « confession » musulmane est un nonsens. Il s’agit de musulmans, qui accessoirement sont de nationalité française ou franco-quelque chose. La « musulmanité » n’est pas une confession mais une supra-nationalité inaliénable. L’appartenance héréditaire à l’empire-islam prime toute autre considération. La notion d’islam de France est une pure faribole.

L’islam est un empire, une structure temporelle, qui propage en particulier une langue de référence, l’arabe (classique), et cet empire propage aussi un droit, à savoir la sharia. On ne comprend pas la place de la sharia si on ne voit pas que l’islam est d’abord un empire temporel, qui est organisé par des principes juridiques. Les catégories habituelles de la pensée occidentale moderne : liberté de culte, liberté de religion, laïcité, sont totalement étrangères à l’empire temporel-islam. Dire que l’islam ne fait pas la distinction entre spirituel et temporel, contrairement au christianisme, n’est pas faux, mais très mal dit. L’islam est de toute façon d’abord temporel.

Il ne faut donc pas s’étonner que l’islam, structure impériale, propageant une langue et un code juridique, a toujours été incapable de tolérer quoi que ce soit d’autre que lui-même, sauf de façon provisoire et bancale. L’islam ne peut pas être dissout, modéré ou mélangé à autre chose, sauf à se renier lui-même en tant que structure impériale, langue de référence et droit. Aborder la problématique de l’islam en France, comme le fait Bernard Cazeneuve, par le petit bout de la lorgnette des « lieux de culte » est une pure absurdité. D’ailleurs, ces « lieux de culte » s’appellent souvent al-fath ‘la conquête’. L’islam ne se cache même pas d’être un empire conquérant. Il suffit de lire le nom qui est écrit sur le fronton des mosquées. Ici à Paris.

Par rapport à d’autres empires, l’islam a néanmoins une particularité distinctive. C’est un empire relativement décentralisé et polycentrique. Rome était le centre de l’empire romain. L’empire-islam n’a pas clairement de centre, même si, évidemment, la Mecque a une prééminence. Mais il faut en même temps noter que l’oumma, la communauté des musulmans, c’est-à-dire en clair les sujets de l’empire-islam, est une structure multipolaire, qui comprend en particulier des Arabes, mais aussi des Turcs et des Perses. La structure interne de l’empire-islam n’est pas pyramidale et l’hétérogénéité ethnique bloque l’émergence d’un pouvoir strictement hiérarchique et centralisé. C’est ce qui fait l’originalité de l’islam, parmi les empires. Néanmoins, on peut considérer que le wahhabisme saoudien et autres mouvements salafistes constituent une tentative d’imposer une organisation interne, beaucoup moins décentralisée et beaucoup plus autoritaire, que l’islam traditionnel. Mais il est probable que la cassure ethno-religieuse entre sunnites et shiites est et restera insurmontable, même si, en son temps, l’empire ottoman avait plus ou moins réussi à aggréger les trois épicentres arabe, turc et perse, pendant un certain temps.

L’empire-islam, structure temporelle propageant arabe et sharia, comme langue et droit de référence, propage aussi une « religion ». Mais on se demande un peu en quoi elle consiste au juste. C’est une espèce d’ersatz monothéiste sur base d’hérésie judéo-nazaréenne simplifiée, une sorte de low-cost théologique, dont le fonds de commerce principal est la haine inexpiable des Juifs et des Chrétiens. L’islam n’est pas en tant que tel une révélation, puisqu’il affirme qu’Allah est de toute façon inconnaissable et incompréhensible pour l’humanité. Ce postulat ruine toute possibilité de révélation. Tout laisse à penser que les fables romanesques autour de Mahomet et du Qoran sont des inventions rétrospectives, destinées à donner une légitimité religieuse à des conquêtes militaires déjà réalisées. Le Qoran n’est qu’un bricolage tardif et incohérent, juxtaposant des fragments de lectionnaire chrétien, du droit tribal bédouin et quantités d’imprécations haineuses, dont certaines devraient logiquement tomber sous le coup de la loi en France.

En conclusion, la première des taqiyas ou dissimulations de l’empire-islam est de cacher sa vraie nature : empire temporel conquérant et belliqueux, sous couvert de « religion », qui n’est qu’un alibi et un prétexte, au demeurant médiocre.

Voir enfin:

Interview/’If you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible’

Dennis Ross: US must move from distance to detente with Israel
Eric Cortelless
The Times of Israel
October 27, 2015

WASHINGTON – Veteran United States diplomat Dennis Ross claims there is one consistent argument within presidential administrations, from Harry Truman to Barack Obama.

“There is a remarkable continuity over the concern that too close a relationship with Israel will harm US ties with the Arabs, so there is always a constituency in each administration that feels the US needs to create distance with Israel to gain responsiveness from the Arab world,” said Ross, who most recently worked in the Obama administration as an adviser on the Middle East.

That historical perspective sits at the core of Ross’s new book, “Doomed to Succeed: The U.S.-Israel Relationship from Truman to Obama,” which provides a history of the relationship, deconstructing each administration’s policies on the Jewish state.

The most comprehensive and lively chapters are about the administrations in which Ross worked, most notably, that of President Barack Obama. Ross, a religious Jew, gives a personal account of the fissures within Obama’s inner circle and the debates over how to manage the US relationship with Israel.

Perhaps the most provocative moment of the book is when National Security Adviser Susan Rice complains to Abe Foxman, former head of the Anti-Defamation League, that Prime Minister Benjamin Netanyahu “did everything but use ‘the n-word’ in describing the president” during an angry phone call in November 2013 after the interim nuclear agreement was forged with Iran.

The episode, Ross told The Times of Israel this month, reflects the frustration that can erupt when differences are mismanaged, and when there’s an attitude inside the administration that sees Israel competitively rather than collaboratively.

Given the current tension between Washington and Jerusalem following the Iran nuclear showdown, Ross recommended that the US and Israel should form a “joint consultative committee” to oversee the deal’s implementation and monitor Iran’s involvement in the region.

In his Washington Institute for Near East Policy office, where he now serves as the William Davidson Distinguished Fellow, Ross spoke about his new book, the current violence sweeping Israel and about the current state of the US-Israel alliance. He also shared his policy recommendations for the future.

What do you make of the current violence in Israel, this wave of terror?

Well, I think those who are saying it’s another intifada are wrong. The first two intifadas were organized. In the First Intifada, you had the children of the stones, but you also had the Tanzim [the militant faction of the Fatah movement] that really guided the destruction. The truth of the Second Intifada is that [former Palestinian Authority President Yasser] Arafat was behind it to begin with. There was a kind of infrastructure that was behind it, and that’s not the case here.

What do you think is Mahmoud Abbas’s role?

Abu Mazen hasn’t helped with the things he’s said, and he’s added to the image that’s out there, to the narrative that’s out there, that the Israelis are going to change the status quo at the Temple Mount. And that’s completely fallacious. It’s just — it’s a lie.

But it has taken on a life of its own, and that requires a dedicated effort on the part of Palestinian leadership to say, “It’s completely untrue.” But they’ve refused to do that and we need to get the Palestinians to say very clearly, “That’s not happening.” Whether that could bring this to an end, I don’t know.

What was your response when Secretary of State John Kerry began linking frustration over settlements to the violence?

It was a mistake to say that. It was a mistake because it implies that if tomorrow there were no settlements, this issue would be solved. Really? Is that what’s driving them?

The idea that there is frustration against Israelis is true. But there is also frustration against their own leadership. There’s anger that the other Arabs are not paying attention to them. There’s frustration over unemployment. There’s a lot of things affecting Palestinians. And when Kerry said that, it looks like he’s trying to make an alternative explanation or an excuse.

In your book you say that is a tendency of the Obama administration.

Yeah, one of the problems is that the president has been very good when it comes to security issues, but because he looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them. “They’re too weak to criticize” is what I say in the Obama chapter. And if they are too weak to criticize, they are too weak to be held accountable, too weak to be responsible. They’re too weak to have a state. Well, if you want the Palestinians to have the responsibility of a state, you have to hold them responsible.

‘Because [President Obama] looks at the Palestinians as being weak, there is this reluctance to criticize them’

Now Kerry’s statement has been walked back, and that’s good. But I’m afraid that it reflects a kind of instinct. The first instinct, instead of criticizing this for what it is, is to want to look for another explanation. And I have a problem with that.

That doesn’t mean that I don’t think having a stalemate [in peace negotiations] is something you can take comfort in as never producing these kinds of explosions. But I think, first things first, when something like this happens, you have to say, “This is wrong.” You have to let them know that terror is never acceptable under any circumstances, and that this is going to get the Palestinians nothing.

There’s an old diplomatic adage, “Never waste a crisis.” Do you see a way to take this crisis and turn it into an opportunity?

‘The greatest single problem we have is the growing disbelief on the part of Israelis and Palestinians, alike, in the other, and the purposes of the other’

I don’t know, because I think part of the problem is that there’s such a high level of disbelief. I have worried about and said publicly that the greatest single problem we have is the growing disbelief on the part of Israelis and Palestinians, alike, in the other, and the purposes of the other.

But the American approach ought to recognize the choices are not binary between solving everything or doing nothing. We should be focused on how do you work to diffuse tension? How do you begin to create some sense of belief again on each side? How do you change the realities on the ground? And how do you create the conditions for peacemaking? Because they don’t exist today.

Shifting to President Obama, you say in the book is that there has always been a debate within each president’s administration about whether the US needs to distance itself from Israel to gain responsiveness from the Arab world. And you make the point that Obama made a very deliberate decision to take the approach of distance.

When the president comes in, he thinks we have a major problem with Arabs and Muslims. And he sees that as a function of the Bush administration – an image, fairly or not, that Bush was at war with Islam. So one of the ways that he wants to show that he’s going to have an outreach to the Muslim world is that he’s going to give this speech in Cairo.

‘The idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake’

So he wants to reach out and show that the US is not so close to the Israelis, which he thinks also feeds this perception. That’s why there’s an impulse to do some distancing from Israel, and that’s why the settlement issue is seized in a way.

Now, I had no problem with saying we should limit settlement activity. But the idea that there should be a complete settlement freeze, including natural growth, was a mistake.

Why, exactly?

Well, I was in the State Department at that time and was working on Iran. But the president asked me about it. When [then US special envoy for Middle East Peace George] Mitchell and I go to brief him for a meeting with Bibi, Mitchell lays out the key to the meeting, which was to get the settlement freeze. The president then asked me what I thought, and I said, “You’re asking Bibi to do what none of his predecessors have done. He’s the head of a right-center government and he’s supposed to do what none of the Labor prime ministers have done? What’s he supposed to say? How’s he supposed to justify that?”

The reason why a limitation on settlement activity was preferable was because it was something we could define. A complete freeze puts us in a position where we’re framing an objective we couldn’t achieve. Part of the appeal of the settlement freeze to the president was that it was a way he can show distance from the Israelis in a way that also mattered to the Arabs. And that’s one thing if you can deliver it, but if you can’t, you’re actually worse off.

Do you think there was also a miscalculation of the Palestinian political dynamic? Because the settlement freeze was imposed by the US and not delivered through Abbas, he couldn’t sell it as a Palestinian victory, so he still looked weak in the eyes of Palestinians.

Not only that. Abbas is then the one who says, “The Americans put me up a tree. I never said that this was a condition. The Americans created this condition.”

Now it wasn’t true that we made it a condition for negotiations. That wasn’t true. But by putting it out there publicly the way we did, how can Abu Mazen go into negotiations when we haven’t produced this? So it became an excuse for him. He didn’t have to do anything until we delivered this.

You talk in the book about the implications of Obama calling settlements “illegitimate” in the Cairo speech. You say you told him later not to use that term because, while past administrations recognized settlements as a political problem, they wouldn’t call them “illegitimate” because it undercuts the American negotiating position, which is that they’re seeking to keep the major settlement blocs in place with mutually-agreed land swaps.

That’s right. The first time I raised that issue to the president it was news to him because it really had not been raised to him before. He used that language in the Cairo speech and I said this to him afterword, in July when I got there. He understands that every administration has had a problem with settlements, which is true. But he doesn’t know that this kind of terminology is really different.

Since the Reagan administration, the US made a policy that settlements were a political issue and not a legal issue. So he doesn’t use that term in future meetings, but he does put it back in for one of his UN speeches. When I raised an objection, Dennis McDonough [then deputy national security adviser] says he can’t look like he’s retreating. But Obama is much more careful about it himself after that conversation.

What’s your diagnosis of the Bibi-Obama relationship?

Well their meetings would almost always be quite good — at a high level, serious, thoughtful. The problem would always emerge afterword, when one or the other would do something that would make the other feel betrayed over what had been in the meeting itself. So that contributed over time to a kind of mutual distrust.

The other thing is that they have different worldviews. I mean they have fundamentally different worldviews. To give you an illustration, even though the president says this is a transaction and not a transformation with Iran, I think he believes that this deal will not only constrain the Iranian program in a real way that has not been achieved until now, but more than that, it will be empowering, at least potentially, the more pragmatic forces within Iran and those around [Iranian President Hassan] Rouhani.

Netanyahu sees this as empowering Iran to do more in the region. In effect, I see them each as seeing this deal as a potential game changer, but they define the game very differently. Obama sees the game as being changed because you may be able to alter the reality within Iran, which will change their behavior over time in the region for the better.

Now I think people tend to focus too much on the personal side, and I’m not saying the personal side doesn’t matter, but for me, as I’ve pointed out, we’ve had previous periods where presidents and prime ministers have had real problems personally.

What are your thoughts on the Iran deal now that it’s done?

The deal itself buys you 15 years. One of my main concerns is what happens after year 15, when they basically can have as large a program as they want, and the gap between threshold status and weapon status becomes very small.

‘If [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force’

To deal with that vulnerability you have to bolster your deterrence in a way that convinces them there is a firewall between threshold status and weapons status. They have to be convinced of that. The more you make it clear that for any misbehavior they pay a price, and it’s the kind of price that matters to them, the more likely they are to realize the firewall is real, and the less likely they are to ever test it.

I would like to see us do things that to create that firewall and the legitimacy of it in the eyes of the rest of the world. So if [Iran] is going to dash toward a weapon the answer is not sanctions, it’s force. And everybody knows that and accepts that, and it becomes legitimate.

Are you worried about the deal’s implementation?

Well, I would like to see a joint consultative committee between the United States and Israel on the implementation. That’s not to replace what’s done with the other members [of the P5+1], but because the Israelis will be looking at everything with a microscope, I think it would be reassuring to the Israelis and it would send a message that we are really going to hold the Iranians to what they are obligated to do.

But I would also like that committee to be a forum for contingency planning to deal with options for when the Iranians ratchet up what they will do in the region. We’re already seeing them ratchet it up in Syria. Everyone is focusing on what the Russians are doing, but Iran is adding significant numbers of Revolutionary Guard forces to the ground, it’s not just Hezbollah forces. I think this is a harbinger of things to come.

Given given the nature and intensity of the divide between the US and Israel on this deal, there has been a lot of rhetoric saying this moment is the worst in the U.S.-Israel alliance —

It’s not.

That’s what I wanted to ask you about. You write in the book about other moments that were considerably worse, during the Eisenhower administration, the Reagan administration after the invasion of Lebanon in 1982 —

‘People who are saying this is the lowest point don’t know the history’

This is the lowest point since the siege of Beirut and then Sabra-Shatila. I mean, look, Reagan threatens the future of the relationship. Reagan, who has an emotional connection. Eisenhower actually contemplates the use of force against the Israelis to get the IDF out of the Sinai. So people who are saying this is the lowest point don’t know the history.

One of the reasons for writing the book is to put everything in perspective, but also to draw the lessons from the past, to apply them to the next administration. Because so many of the assumptions are where we have always started off. This whole issue of distancing. I mean, it’s embedded in the psychology of every administration, at least a significant constituency of every administration, without really seeing the constant pattern that this is not what drives Arab behavior toward the United States.

That psychology seems to be reflected in your depiction of Susan Rice in the book.

I wasn’t singling her out. I was showing a contrast between her approach and the Tom Donilon [former national security adviser] approach.

What I say is that she reflects a mindset that has been in every administration; it’s not unique to her. It tends to look at Israel through a lens that is more competitive, more combative, that sees Israel more in problematic terms.

The difference is that you had her predecessor [Donilon] whose mindset was very different. He saw Israel through a collaborative-partnership premise and prism.

And what does the N-word anecdote reflect?

The administration thought they had done something good. And the prime minister’s reaction was to call it a “historic mistake” and to look like he’s already campaigning against it. Meanwhile [the administration] thinks they’ve done something that’s in Israel’s interest. Look at what had they been hearing leading up to it. They had been hearing that Iran poses the greatest threat of the 21st Century. The prime minister kept saying, “The clock is ticking, what are you going to do about it?” So they think they have stopped the clock. Then they see this outpouring against it.

Her reaction is, she’s angry. And she’s trying to encapsulate that anger. The way she expresses it is by saying, essentially, “Look what he did in response to us?”

Now the flip side of that is, I was in Israel that day and spoke to Bibi, who interpreted Obama as saying he had taken the military option off the table. I then say to him, “Look, I know that’s wrong. I know he didn’t say that.” But this is the way the prime minister understood what he heard. Here again I draw the contrast. I contacted Kerry who said he would talk to the prime minister because that was absolutely not the case. But I said, “The problem isn’t you. He thinks he heard this from the president.”

Now, if Donilon had still been the national security adviser, who had this collaborative relationship, he would have known there was a misunderstanding and would have tried to clear it up himself or arranged another phone call. And if misunderstandings aren’t cleared up right away they only get worse. And if you have a difference already and you superimpose a misunderstanding on it, the difference becomes worse.

What are you looking to come out of Bibi-Obama meeting on November 9?

I do think there will be an instinct to mend fences. Partly because I think, in the president’s case, a lot of the Democrats who stood by him on the Iran deal would like to see him do what he told them he would do. He offered them reassurances that the security arrangement is sacrosanct, that he’s going to maintain the qualitative military edge. I think they’re going to want to see signs that all of these things matter to the president and that he’s going to address them. I also think the prime minister, for his own reasons, needs to show that he really approaches America in a non-partisan way.

Being in the early stages of a presidential election, candidates are starting to flesh out their policy views toward Israel. What’s the biggest reason they should see a close relationship with Israel as a strategic asset for the United States?

Because distancing the US from Israel has never achieved the objective of bringing the US closer to Arabs. Our relationship to Israel is not what drives their behavior toward us.

But the best case is to look at the region. The state system is under assault. The character of conflict is over the most fundamental thing it can be over – identity and who is going to be able to define it.

We need one pillar of democracy and stability in that region, given all the uncertainty, all the conflicts and the terrible nature of those conflicts, of the turmoil we are going to see. Israel is that one pillar.


Antiracisme: Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, ce sont des terroristes (Dying of encouragement: From Palestine to US and French ghettos, the same culture of excuses produces the same results)

2 novembre, 2015
Obama & friendsAbbasi want to stab jewTarantinoDemo
harper-flanaganCoulibaly

djihadistes-francaisLe quartier parisien de Barbès, lorsque la manifestation interdite de juillet 2014 - Crédits photo: JACQUES DEMARTHON/AFPhttp://www.youtube.com/watch?v=TYqrXVNfYUI

Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. Exode 20: 16

Le faux témoin ne restera pas impuni, Et celui qui dit des mensonges périra. Proverbes 19: 9
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Ce qui se vit aujourd’hui est une forme de rivalité mimétique à l’échelle planétaire. Lorsque j’ai lu les premiers documents de Ben Laden, constaté ses allusions aux bombes américaines tombées sur le Japon, je me suis senti d’emblée à un niveau qui est au-delà de l’islam, celui de la planète entière. Sous l’étiquette de l’islam, on trouve une volonté de rallier et de mobiliser tout un tiers-monde de frustrés et de victimes dans leurs rapports de rivalité mimétique avec l’Occident. René Girard
When it came to treating her citizens of African decent fairly, America failed. She put them in chains. The government put them in slave quarters, put them on auction blocks, put them in cotton fields, put them in inferior schools, put them in substandard housing, put them in scientific experiments, put them in the lowest paying jobs, put them outside the equal protection of the law, kept them out of their racist bastions of higher education and locked them into position of hopelessness and helplessness. The government gives them the drugs, builds bigger prisons, passes a three-strike law, and then wants us to sing “God Bless America.” No, no, no. Not “God Bless America”; God Damn America! That’s in the Bible, for killing innocent people. God Damn America for treating her citizen as less than human. God Damn America as long as she keeps trying to act like she is God and she is supreme! Jeremiah Wright
America’s chickens are coming home, to roost.  Violence begets violence.  Hatred begets hatred, and terrorism begets terrorism. Jeremiah Wright
Obama demande pardon pour les faits et gestes de l’Amérique, son passé, son présent et le reste, il s’excuse de tout. Les relations dégradées avec la Russie, le manque de respect pour l’Islam, les mauvais rapports avec l’Iran, les bisbilles avec l’Europe, le manque d’adulation pour Fidel Castro, tout lui est bon pour battre la coulpe de l’Amérique. (…) Mais où Obama a-t-il donc appris ces inepties ? D’où vient cet amoncellement de mécomptes du monde, d’idées fausses et difformes? D’où provient ce prurit du je-vous-demande pardon ? On est habitué au Jimmycartérisme, qui se mettait à quatre pattes devant Khomeiny (« un saint »), l’URSS, Cuba, le tiers monde, le terrorisme musulman. D’où vient qu’Obama ait – dirigeant d’une république – courbé la tête devant le roi d’Arabie ? C’est là qu’il convient de se souvenir de l’homme qui fut son pasteur pendant vingt ans, ce qui est très long quand on n’en a pas encore cinquante : le pasteur Jeremy Wright, de l’Eglise de la Trinité à Chicago, dont Obama ne se sépara que contraint et forcé, pour cause de déclarations insupportablement anti-américaines et antioccidentales, délirantes et conspirationnistes, et qui « passaient mal» dans la campagne.(…) C’est Wright qui fait du diplômé de Harvard qui est maintenant un agitateur local (community organizer), un politicien en vue à Chicago. N’oublions pas que la carrière politique locale d’Obama est lancée par les fanatiques de la haine de l’Amérique, les ultragauchistes terroristes des Weathermen, à Chicago, qui répètent et confirment la même antienne idéologique. Tous les aquariums où a nagé le têtard avaient la même eau. Obama est la version manucurée de Wright : il est allé à Harvard. Il n’éructe pas, il ne bave pas, il ne montre pas le poing. Il n’émet pas de gros mots à jet continu comme le fait son gourou. Elégant, Il est tout miel – mais les dragées, même recouvertes de sucre, n’en sont pas moins au poivre. Le fond est identique. Wright insulte l’Amérique, Obama demande pardon : dans les deux cas, elle est coupable. Wright est pasteur, Obama est président. Plus encore, cette déplorable Amérique a semé le désordre et le mal partout dans le monde. Au lieu de collaborer multilatéralement avec tous, d’œuvrer au bien commun avec Poutine, Chavez, Ahmadinejad, Saddam Hussein, Bachir al-Assad, et Cie, l’insupportable Bush en a fait des ennemis. Quelle honte ! Il faut réparer les torts commis. L’Amérique ne trouvera sa rédemption que dans le retrait, la pénitence, la contrition, et une forme de disparition. (…) Il faut, à tout prix, trouver des terrains d’entente avec tous. Il faut aller loin, très loin, dans les concessions : l’autre côté finira bien par comprendre. Kim Jong-Il, Hugo Chavez, l’ayatollah Khamenei, Assad, le Hamas, on trouvera les compromis nécessaires à un deal avec les avocats des partie adverses. Sans entente, on retombe dans les errements de l’Amérique honnie. L’Amérique, quelle horreur, se laisse aller à défendre ses alliés contre ses ennemis. On se bat au Vietnam et en Corée contre le communisme agresseur. On se bat contre le Communisme soviétique. Que croyez-vous que l’Obama de la campagne électorale ait signifié à Berlin, en disant, non sans délire, que le monde avait gagné la Guerre froide « en s’unissant » comme s’il n’y avait un qu’un seul camp dans cette guerre ! L’Amérique doit être réduite dans ses prétentions et dans sa puissance. Le monde doit être réduit à un seul camp, celui des faiseurs de paix, avec lesquels l’entente est toujours trouvable. Il n’y a pas d’ennemis, il n’y a que des malentendus. Il ne peut y avoir d’affrontements, seulement des clarifications. (…) Notons à propos que la mêlée des «réalistes»de la politique étrangère, qui préconise justement de se débarrasser des alliés afin de s´arranger avec les méchants, est aux anges, et participe à la mise en oeuvre de l´obamisterie. Ah! finalement, on ne s´embarrasse plus d´autre chose que la «stabilité» à court terme. (…) Obama ne sépare ni le blanc du noir, ni l´ami de l´ennemi. Il a gratuitement offensé les Anglais en méprisant la «relation spéciale». Il a offensé le Japon, en ne se souciant pas de lui ni du survol de son territoire par le missile nord-coréen. Il n´a pas eu un mot pour l´allié taïwanais. Il prépare avec acharnement une crise avec Israel. Il a montré à la Tchéquie et à la Pologne, sur l´affaire de la défense anti- missiles, qu´il ne faut pas compter sur Washington et qu´ils seront sacrifiés sur l´autel du «nouveau départ» avec Moscou. Pour tous, la leçon est brutale: à l´ère d´Obama, mieux vaut être un ennemi qu´un ami: ami, on vous jettera aux orties. Ennemi, on fera tout pour vous plaire. Laurent Murawiec
Savez-vous que les Noirs sont 10 pour cent de la population de Saint-Louis et sont responsables de 58% de ses crimes? Nous avons à faire face à cela. Et nous devons faire quelque chose au sujet de nos normes morales. Nous savons qu’il y a beaucoup de mauvaises choses dans le monde blanc, mais il y a aussi beaucoup de mauvaises choses dans le monde noir. Nous ne pouvons pas continuer à blâmer l’homme blanc. Il y a des choses que nous devons faire pour nous-mêmes. Martin Luther King (St Louis, 1961)
Only Malcolm X’s autobiography seemed to offer something different. His repeated acts of self-creation spoke to me; the blunt poetry of his words, his unadorned insistence on respect, promised a new and uncompromising order, martial in its discipline, forged through sheer force of will. All the other stuff, the talk of blue-eyed devils and apocalypse, was incidental to that program, I deceided, religious baggage that Malcolm himself seemed to have safely abandoned toward the end of his life. And yet, even as I imagined myself following Malcolm’s call, one line in the book stayed me. He spoke of a wish he’d once had, the wish that the white blood that tan through him, there by an act of violence, might somehow be expunged. I knew that, for Malcolm, that wish would never be incidental. I knew as well that traveling down the road to self-respect my own white blood would never recede into mere abstraction. I was left to wonder what else I would be severing if and when I left my mother and my grandparents at some uncharted border. Barack Hussein Obama (Dreams of my father)
La fusillade dans l’église a été le point de basculement… mais ma colère s’est construite sur la durée. Je suis une poudrière humaine depuis un bon moment. Juste en attente d’un BOUM. Bryce Williams (Vester Lee Flanagan)
En abattant froidement deux de ses confrères journalistes en plein direct avant de se donner la mort, Vester Lee Flanagan, décrit comme violent, n’a négligé aucun détail. S’il a filmé son crime et diffusé lui-même la vidéo en ligne, l’homme, qui s’est suicidé après son acte, a également pris le temps de rédiger un long manifeste décousu faxé mercredi à la chaîne ABC News pour justifier son passage à l’acte. ABC News, qui explique avoir reçu le Fax « près de deux heures » après les coups de feu ayant coûté la vie à deux journalistes de la chaîne de télévision locale WDBJ7, a publié de très brefs extraits et résumé le contenu du manifeste sur son site internet. « Il dit qu’il a souffert de discrimination, de harcèlement sexuel et de bizutage au travail. Il dit avoir été attaqué par des hommes noirs et par des femmes blanches et raconte avoir été attaqué pour le fait qu’il est un homme noir et homosexuel ». Le manifeste, dont l’auteur dit « être Bryce Williams », nom sous lequel travaillait le tueur, affirme que son sentiment d’ostracisation était doublé d’une vive colère après la tuerie de Charleston en juin. Ce massacre, commis par un jeune Blanc de 21 ans partisan de la « suprématie blanche » dans une église fréquentée par la communauté noire, avait fait neuf morts parmi les fidèles. (…) Né en 1973 et diplômé de l’université d’Etat de San Francisco en 1995 après une enfance passée à Oakland, en Californie, Vester Lee Flanagan dit avoir subi toute sa vie des discriminations. Il avait d’ailleurs poursuivi la chaîne en justice pour discriminations raciale et sexuelle, des accusations qui ont abouti à un non-lieu, et sont balayées par Jeffrey Marks, directeur général de WDBJ7. Ce dernier, qui qualifie M. Williams d’« homme malheureux », affirme l’avoir licencié « après de nombreux incidents liés à sa violence ». Le Monde
As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them. His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting. On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight. Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments. Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later. Chris Harper
« J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil. Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés». D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée». Le Figaro
Amedi, 27 ans, rencontre Sarkozy cet après-midi Il a passé toute sa vie dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny et il rencontrera aujourd’hui Nicolas Sarkozy. Amedi Coulibaly, 27 ans, travaille en contrat de professionnalisation à l’usine Coca-Cola de sa ville natale. Accompagné de neuf autres personnes, comme lui en formation en alternance, il va rendre visite au président de la République, qui souhaite rencontrer des entreprises engagées en faveur de l’emploi des jeunes. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher » « Cela me fait plaisir, souriait hier Amedi. Je ne sais pas ce que je vais lui dire. Déjà, je vais commencer par Bonjour ! » Il lui racontera surtout son parcours professionnel, son poste actuel, qui se termine le 30 septembre. « A la limite, si le président peut aider à me faire embaucher… », souffle-t-il. Mais la mission d’Amedi ne s’arrêtera pas à un simple salut et à raconter son histoire. Unique garçon entouré de neuf soeurs, il est chargé de rapporter de nombreux « autographes et photos pour la famille ! ». Il risque d’être intimidé par le protocole. « A Grigny, nous n’avons pas l’habitude d’aller souvent à l’Elysée. Les réceptions, je ne connais pas, déclare-t-il. En plus, dans les cités, auprès des jeunes, Sarkozy n’est pas vraiment très populaire. Mais cela n’a rien de personnel. En fait, c’est le cas de la majorité des politiques. » Mais pas question pour lui de revendiquer quoi que ce soit une fois en face de Nicolas Sarkozy : « Le rencontrer en vrai, c’est impressionnant. Qu’on l’aime ou pas, c’est quand même le président. »Le Parisien (15 Juil. 2009)
The absurdity of Jesse Jackson and Al Sharpton is that they want to make a movement out of an anomaly. Black teenagers today are afraid of other black teenagers, not whites. … Trayvon’s sad fate clearly sent a quiver of perverse happiness all across America’s civil rights establishment, and throughout the mainstream media as well. His death was vindication of the ‘poetic truth’ that these establishments live by. Shelby Steele
Before the 1960s the black American identity (though no one ever used the word) was based on our common humanity, on the idea that race was always an artificial and exploitive division between people. After the ’60s—in a society guilty for its long abuse of us—we took our historical victimization as the central theme of our group identity. We could not have made a worse mistake. It has given us a generation of ambulance-chasing leaders, and the illusion that our greatest power lies in the manipulation of white guilt. Shelby Steele
Tout le monde se demande ce que nous devrions faire. Nous frapperons à toutes les portes possibles, afin de faire entendre la voix de Jérusalem. Nous avançons, avec l’aide d’Allah. Nous vous saluons, ainsi que tous les hommes et femmes au ribat [sur la ligne de front]. Nous saluons chaque goutte de sang versé pour la cause de Jérusalem. Ce sang est du sang propre et pur, versé au nom d’Allah, avec l’aide d’Allah. Chaque martyr aura sa place au Paradis, et tous les blessés seront récompensés par Allah. Chers frères, nous sommes tous ici au nom de Jérusalem. Je vous le dis en toute honnêteté, un Etat palestinien sans Jérusalem n’existera jamais. L’Etat palestinien doit inclure sa capitale, la noble Jérusalem – avec sa capitale, Jérusalem-Est, qui a été occupée en 1967. Nous n’autorisons aucune de leurs mesures. Toutes ces divisions… La mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre sont nôtres. Elles sont entièrement nôtres, et ils n’ont pas le droit de les souiller de leurs pieds sales. Nous ne leur permettrons pas de le faire, et nous ferons tout en notre pouvoir pour protéger Jérusalem. Mahmoud Abbas
Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement. La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis. Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres. Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous. Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter. Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation. Mahmoud Abbas (Conseil des droits de l’homme de l’ONU)
C’est extrêmement important d’accélérer ce processus (…) si Israël pense bénéficier d’impunité, qu’est-ce qui l’empêchera de multiplier les victimes ? (…) Nous espérons que la Cour conclura bientôt … qu’elle a une base solide et assez de preuves pour prouver qu’Israël a commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité (…) Le nouveau document remis à Mme Bensouda « fait référence aux exécutions extra-judiciaires, aux destructions de maisons et punitions collectives, montrant des exemples de cas d’agressions par Israël sur ces 40 derniers jours … Riyad al-Maliki (ministre palestinien des Affaires étrangères)
Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili. (…) Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main. Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays. A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants. Jack Lang
Je ne peux qu’imaginer ce qu’endurent ses parents. Et quand je pense à ce garçon, je pense à mes propres enfants. Si j’avais un fils, il ressemblerait à Trayvon. Obama
There is nothing more painful to me at this stage in my life than to walk down the street and hear footsteps and start thinking about robbery. Then look around and see somebody white and feel relieved. . . . After all we have been through. Just to think we can’t walk down our own streets, how humiliating. Jesse Jackson
How do we turn pain into power? How do we go from a moment to a movement that curries favor? (…) The blood of the innocent has power.  Jesse Jackson
Hollywood: the only town where you can die of encouragement. Pauline Kael
Before Reservoir Dogs, everything was constantly a big build up to a huge let down. Pauline Kael used to say that Hollywood is the only town where people ‘can die of encouragement’ and that kind of was my situation. Quentin Tarentino
Quand je vois des meurtres, je ne reste pas là sans rien faire… Il faut appeler les meurtriers des meurtriers. Quentin Tarantino
Je suis un être humain doué de conscience. Si vous estimez que des meurtres sont commis, alors vous devez vous insurger contre cet état de fait. Je suis ici pour dire que je suis du côté de ceux qui ont été assassinés. Quentin Tarantino
Ce n’est pas étonnant que quelqu’un qui gagne sa vie en glorifiant le crime et la violence déteste les policiers. Les officiers de police que Tarantino appelle des meurtriers ne vivent pas dans une de ses fictions dépravées sur grand écran. Ils prennent des risques et doivent parfois même sacrifier leur vie afin de protéger les communautés des vrais crimes. (…) Il est temps de boycotter les films de Quentin Tarantino. Patrick Lynch (président d’une association d’agents des forces de l’ordre de New York)
When I read what my son said, it upset me. [We] have three cousins from the NYPD. I’ve seen and heard the things they go through, and to see them so discredited like this is really sad. The police getting such a bad rap, especially coming from my own son, is really sickening to me. It would really be great if he issued a public apology for the statements he made. I’m just disappointed in [Quentin] and anyone who comes down against any police department anywhere. If anyone breaks the law, they should be tried and prosecuted. But don’t go out in public and call them murderers and killers. Yes, there have been police officers guilty of crimes, but you can’t condemn a whole department just because of a few bad apples. Tony Tarantino
I love my son and have great respect for him as an artist but he is dead wrong in calling police officers, particularly in New York City where I grew up, murderers, He is a passionate man and that comes out in his art but sometimes he lets his passion blind him to the facts and to reality. I believe that is what happened when he joined in those anti-cop protests. I wish he would take a hard, dispassionate look at the facts before jumping to conclusions and making these kinds of hurtful mistakes that dishonor an honorable profession. We have many friends and relatives who have served honorably in the NYPD and the LAPD and clearly, they risk their lives to keep the rest of us safe. Cops are not murderers, they are heroes. Tony Tarantino
I totally disagree with everything he said. And I thought the timing of the whole thing was horrible. The men and women of the NYPD do a phenomenal job and don’t get enough credit. Whenever someone says something like [what Quentin said], it makes police officers’ jobs a lot harder. It’s much more dangerous today than in my time. You hear about shootings constantly. It’s gotten very bad for police officers to do their job. And my heart goes out to them. Anthony Massaro (cousin de Tony Tarentino)
The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group. In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.” Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender. You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations. Breitbart
Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions. (…) Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population. L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant. Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse. Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police. Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution». 20 minutes
Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification. Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent. Barack Hussein Obama
Let me say something at the outset. The questions that have been asked so far in this debate illustrate why the American people don’t trust the media. This is not a cage match. And, you look at the questions – Donald Trump, are you a comic book villain? Ben Carson, can you do math? John Kasich, will you insult two people over here? Marco Rubio, why don’t you resign? Jeb Bush, why have your numbers fallen? How about talking about the substantive issues people care about? The contrast with the Democratic debate where every fawning question from the media was – ‘Which of you is more handsome and wise?’ And let me be clear. The men and women on this stage have more ideas, more experience, more commonsense, than every participant in the Democratic debate. That debate reflected a debate between the Bolsheviks and the Mensheviks. And nobody watching at home believes that any of the moderators has any intention of voting in a Republican primary. The questions that are being asked shouldn’t be trying to get people to tear into each other. It should be ‘What are your substantive solutions to people that are hurting?’  Ted Cruz
Les Israéliens ne savent pas que le peuple palestinien a progressé dans ses recherches sur la mort. Il a développé une industrie de la mort qu’affectionnent toutes nos femmes, tous nos enfants, tous nos vieillards et tous nos combattants. Ainsi, nous avons formé un bouclier humain grâce aux femmes et aux enfants pour dire à l’ennemi sioniste que nous tenons à la mort autant qu’il tient à la vie. Fathi Hammad (responsable du Hamas, février 2008)
Ils croient qu’ils sont opprimés en raison de leur foi islamique, mais en réalité c’est l’État-providence lui-même qui a créé cette classe de perdants. Gunnar Heinsohn
Another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian. (…) Yassir Arafat’s feckless leadership has done immense damage to the Palestinians, from his financial corruption, to his addiction to honor and violence, to his systematic mendacity and incapacity to make the shift from “guerrilla” to statesmen. And yet European leaders have lionized him, even at the height of his terrorist activities in the 1970s. (…) The UN has spent up to 40% of its time condemning Israel, illustrating the dangers of anti-Zionism as a Weapon of Mass Distraction. By giving the irredentist Palestinian cause international support, they have strengthened precisely the forces most dedicated to victimizing Palestinians. And of course, Palestinians, not understanding who was benefited from such one-sided condemnations, cheered on the process. (…) Chirac’s whole foreign policy, and specifically his role in the failure to staunch the violence in early October 2000 that led to the disastrous “Second Intifada,” was itself only a continuation of so much of French foreign policy in the Middle East. They, like so many “pro-Palestinian” diplomats, have betrayed everyone but the warmongers. (…) Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society. (…) The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict. (…) But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.) (…) Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.” Richard Landes
Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles. On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ». Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète. (…) Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre. Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein. Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées. (…) Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires. Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation… Bat Ye’or
La situation a évolué dans le mauvais sens. Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. Il n’y a pas d’efficacité car il y a une mécompréhension du problème. Au-delà des clivages, la question des banlieues a toujours été vécue comme: ‘Ce sont des quartiers pauvres et modestes, quand l’économie ira mieux, ça ira mieux dans les quartiers’. Or, l’aspect économique n’est pas le coeur du problème, qui est beaucoup plus vaste. Malek Boutih (député socialiste des Essones, ancien président de SOS-Racisme)
Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté. (…) Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles. (…) Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs. (…) Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling. Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible». Le Figaro
Nous avons collectivement abdiqué. Au nom du communautarisme, nous avons abandonné le modèle républicain. Au nom du différentialisme, l’école a arrêté de jouer son rôle d’assimilation. Pour le dire de manière un peu caricaturale, on a préféré construire des salles de sport en banlieue plutôt que des bibliothèques. Le Comte de Bouderbala, d’origine kabyle, résume ça très bien à travers un sketch où il explique qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, on organise un concert de rap. Et d’ironiser sur les fautes de grammaire et de syntaxe des rappeurs. Sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. Une partie des enfants d’immigrés aspire à l’excellence alors que les élites, en particulier de gauche, consciemment ou inconsciemment les tirent vers le bas. Jeannette Bougrab
Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis. Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer. Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens. (…) C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants. On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques. (…) Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective… Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution. Laurent Bouvet
Dans ce paysage brouillé et opaque, une illumination: le 26 octobre, aux Mureaux, le ministère de la Culture et de la Communication instaure un diplôme national supérieur professionnel de la danse hip-hop. Il va également encourager, de manière sonnante et trébuchante, la réalisation d’œuvres de street art dans le cadre de la commande publique. Il va enfin soutenir le développement de toutes les créativités grâce au Buzz Booster. Quand Fleur Pellerin entend le mot «culture urbaine», elle sort, sous les bravos, son carnet de chèques. (…) Tout se passe comme si, désormais, le moindre cri contestataire, qu’il soit graphique, sonore ou audiovisuel, doit être dans tous les sens du terme, «assisté» par l’Etat providence. André Bercoff
La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. (…)  En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille. (…) On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives. (…)  ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés. (…) Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte. (…) L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés. (…) Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés». (…) Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir. Christophe Guilluy

Attention: une victimisation peut en cacher une autre !

A l’heure où, perversion des perversions et cynisme des cynismes, le président non élu de l’Autorité palestinienne en appelle à la « protection » de ceux qui depuis un mois multiplient les assassinats à l’aveugle au couteau de boucher ou à la voiture-bélier dans les rues israéliennes …

Et où, après les pétages de plomb de Virginie ou d’Orégon et une série de meurtres de policiers, l’un des plus violents cinéastes de l’histoire (une NRA à lui tout seul !) se permet de traiter les policiers de meurtriers …

Pendant que dix ans après les émeutes qui ont détruit en France quelque 300 bâtiments publics et 10 000 voitures mais aussi tué deux hommes qui avaient le malheur d’être un peu trop blancs, nos gouvernants rachètent à nouveau la paix sociale à coups de  stèle, noms de rue et autres  BEP de hip hop ou de street art …

Comment ne pas voir …

Les mêmes causes produisant les mêmes effets …

Des ghettos américains aux ghettos français …

Et de Gaza à Ramallah ou Jérusalem-est ou en Syrie-Irak …

Les tristes fruits de la même culture de l’excuse et, jusqu’aux allocations pour djiahdistes, de la même politique des bons sentiments

A savoir  éclipsant les pourtant réels progrès derrière les milliards et les bonnes paroles

Et se retournant contre ceux là mêmes qu’elles étaient censées servir …

Les émeutiers devenus meurtriers ou terroristes ?

Les banlieues : des sas, non des ghettos

Brice Couturier

France Culture

30.10.2015

Carlo Rosselli, intellectuel et politique italien, assassiné en France en 1937 sur ordre de Mussolini, écrivait dans son livre Socialisme libéral : le socialisme, c’est « quand la liberté arrive dans la vie des gens les plus pauvres ». Lui fait écho, quelques décennies plus tard, le concept de capability, forgé par Amartya Sen, qui le définit comme « liberty to achieve », liberté d’accomplir quelque chose, qu’on rend aussi par « liberté substantielle ».

C’est de cette liberté-là que parlait Manuel Valls lorsqu’il a déploré que les habitants de certaines banlieues soient « assignés à leur lieu de résidence », s’y « sentent bloqués, entravés dans leurs projets ». Sans doute a-t-il eu tort de parler « d’apartheid ». La République française ne pratique par la discrimination raciale géographique sur une base légale. Et si certains quartiers sont perçus comme des lieux de relégation, des enclaves, mal desservies par les transports publics, leur population n’y est aucunement fixée.

C’est ce que démontre le géographe Christophe Guilluy, qui propose de remplacer le mot de ghetto, inadéquat, par celui de sas. « On y entre beaucoup et on les quitte beaucoup », dit-il, des fameux « quartiers sensibles ». A la différence des ghettos américains, où des populations noires et pauvres sont confinées de manière définitive, nos banlieues « créent de la classe moyenne ». Les jeunes, aussitôt diplômés, les quittent pour accéder à des zones d’habitat plus sûres.

L’impression de pauvreté que provoquent les zones urbaines sensibles est partiellement fondée – le chômage y est deux fois plus élevé que dans la France entière -, mais elle est surtout relative : fixées à la périphérie des grandes métropoles mondialisées et gentryfiées, elles accueillent surtout des primo-arrivants. Aux uns, très qualifiés, les professions bien rémunérées, aux autres, la précarité ou l’économie informelle. Le contraste entre ces deux mondes, géographiquement voisins, mais culturellement et financièrement aux antipodes, accentue le sentiment de décrochage. Il y a aussi beaucoup de pauvreté dans les petites villes et les villages, mais elle est moins visible.

Beaucoup d’argent a été consacré à la politique de la ville. Le Programme national de rénovation urbaine a utilisé 43 milliards d’euros d’argent public. La Cour des comptes critique ce qu’elle appelle « une politique de moyens et non de résultats ». Mais enfin, de nombreuses « barres », construites dans les années 1960, ont été remplacées par des habitations modernes et dotées d’équipements collectifs de qualité.

Pour quels résultats ? Sur les banlieues, vous rencontrez deux sons de cloche. Les uns, comme Malek Boutih, député socialiste des Essones, jugent que la situation s’est dégradée depuis les émeutes de 2005. « La situation a évolué dans le mauvais sens », disait-il récemment sur une radio. « Je pense qu’il y a un toboggan dans lequel on est installés depuis plusieurs années et qui nous amène à l’irréparable, puisque maintenant, ces quartiers produisent des terroristes. Dix ans après, ce ne sont plus des émeutiers, non, ce sont des terroristes. » Pour l’ancien président de SOS-Racisme, les banlieues, les quartiers sont le miroir grossissant de la société tout entière et celle-ci est en crise grave, en proie au chômage et au communautarisme.

Pour d’autres, les choses s’arrangent. Le comte de Bouderbala dit dans un sketch qu’à chaque émeute en Seine-Saint-Denis, les pouvoirs publics ont réagi en organisant un concert de rap… La ministre de la culture a récemment annoncé la création d’un Diplôme national supérieur de danse hip-hop. Elle a promis de consacrer un budget au financement d’œuvres de street-art. Comme dit Jeannette Bougrab, maître des requêtes au Conseil d’Etat, elle dont les parents, arrivés d’Algérie, ne savaient ni lire, ni écrire, « sous couvert d’antiracisme, on a enfermé ces populations dans leur milieu social et culturel. » Alors que les familles attendent du système éducatif qu’il tire leurs enfants vers les qualifications. De son côté, le politologue Laurent Bouvet, estime qu’il y a quelque condescendance à ne vouloir reconnaître comme talents, chez les jeunes des quartiers que les performances sportives et les cultures urbaines.

Quelque chose, pourtant, se passe dans les quartiers : c’est là que s’inventent de nouvelles façons de travailler, souvent en phase avec la révolution numérique. Saviez-vous que c’est en Seine-saint-Denis que se créent le plus d’entreprises en France ? Les associations, les fondations, les entreprises y poussent comme des champignons, en phase avec la jeunesse et le dynamisme de leurs habitants. Pour se développer, elles ont besoin de deux choses : de la sécurité et un accès au financement. Bref, de la capability, comme dirait Amartya Sen….

Voir aussi:

Christophe Guilluy : «Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne»
Guillaume Perrault

Le Figaro

11/09/2014

Christophe Guilluy est géographe et consultant auprès de collectivités locales et d’organismes publics. En 2010, son livre connaissent un réel succès critique et plusieurs hommes (sic) politiques de droite comme de gauche affirment s’inspirer des analyses de ce dernier essai. Un documentaire intitulé La France en face, réalisé par Jean-Robert Viallet et Hugues Nancy, diffusé sur France 3 le 27 octobre 2013, est également très fortement inspiré de ce livre.

Notre pays connaît une crise économique et politique de grande ampleur. Les travaux du géographe Christophe Guilluy permettent de dépasser la conjoncture et d’éclairer les causes profondes du mal français. Dans son nouvel ouvrage, La France périphérique – Comment on a sacrifié les classes populaires (Flammarion), en librairie le 17 septembre, l’auteur démontre comment la mondialisation a entraîné une recomposition des catégories sociales et a bouleversé l’organisation de l’espace français.

LE FIGARO. – Vous critiquez un amalgame entre milieux populaires et banlieues. Pourquoi ?

Christophe GUILLUY. – La focalisation sur le « problème des banlieues » fait oublier un fait majeur : 61 % de la population française vit aujourd’hui hors des grandes agglomérations. Les classes populaires se concentrent dorénavant dans les espaces périphériques : villes petites et moyennes, certains espaces périurbains et la France rurale. En outre, les banlieues sensibles ne sont nullement « abandonnées » par l’État. Comme l’a établi le sociologue Dominique Lorrain, les investissements publics dans le quartier des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) sont mille fois supérieurs à ceux consentis en faveur d’un quartier modeste de la périphérie de Verdun (Meuse), qui n’a jamais attiré l’attention des médias. Pourtant, le revenu moyen par habitant de ce quartier de Villiers-sur-Marne est de 20 % supérieur à celui de Verdun. Bien sûr, c’est un exemple extrême. Il reste que, à l’échelle de la France, 85 % des ménages pauvres (qui gagnent moins de 993 € par mois, soit moins de 60 % du salaire médian, NDLR) ne vivent pas dans les quartiers « sensibles ». Si l’on retient le critère du PIB, la Seine-Saint-Denis est plus aisée que la Meuse ou l’Ariège. Le 93 n’est pas un espace de relégation, mais le cœur de l’aire parisienne. L’État prend conscience – avec retard – de cette réalité. Début 2014, le gouvernement a réorienté la politique de la ville pour prendre également en compte la France des sous-préfectures.

Comment expliquer que les catégories populaires (ouvriers, employés) et les classes moyennes inférieures (artisans et une partie des commerçants) aient déserté les métropoles ?
Le marché foncier crée les conditions d’accueil des populations dont la ville a besoin. En se désindustrialisant, les grandes villes ont besoin de beaucoup moins d’employés et d’ouvriers mais de davantage de cadres. C’est ce qu’on appelle la gentrification des grandes villes, symbolisée par la figure du fameux « bobo », partisan de l’ouverture dans tous les domaines. Confrontées à la flambée des prix dans le parc privé, les catégories populaires, pour leur part, cherchent des logements en dehors des grandes agglomérations. En outre, l’immobilier social, dernier parc accessible aux catégories populaires de ces métropoles, s’est spécialisé dans l’accueil des populations immigrées. Les catégories populaires d’origine européenne et qui sont éligibles au parc social s’efforcent d’éviter les quartiers où les HLM sont nombreux. Elles préfèrent déménager en grande banlieue, dans les petites villes ou les zones rurales pour accéder à la propriété et acquérir un pavillon. On assiste ainsi à l’émergence de « villes monde » très inégalitaires où se concentrent à la fois cadres et catégories populaires issues de l’immigration récente. Ce phénomène n’est pas limité à Paris. Il se constate dans toutes les agglomérations de France (Lyon, Bordeaux, Nantes, Lille, Grenoble), hormis Marseille.

La mixité sociale des HLM dans les grandes villes est donc un vœu pieux ?

On a du mal à formuler certains faits en France. Dans le vocabulaire de la politique de la ville, « classes moyennes » signifie en réalité « population d’origine européenne ». Or les HLM ne font plus coexister ces deux populations. L’immigration récente, pour l’essentiel familiale, s’est concentrée dans les quartiers de logements sociaux des grandes agglomérations, notamment les moins valorisés. Les derniers rapports de l’observatoire national des zones urbaines sensibles (ZUS) montrent qu’aujourd’hui 52 % des habitants des ZUS sont immigrés, chiffre qui atteint 64 % en Île-de-France. Cette spécialisation tend à se renforcer. La fin de la mixité dans les HLM n’est pas imputable aux bailleurs sociaux, qui font souvent beaucoup d’efforts. Mais on ne peut pas forcer des personnes qui ne le souhaitent pas à vivre ensemble. L’étalement urbain se poursuit parce que les habitants veulent se séparer, même si ça les fragilise économiquement. Par ailleurs, dans les territoires où se côtoient populations d’origine européenne et populations d’immigration extra-européenne, la fin du modèle assimilationniste suscite beaucoup d’inquiétudes. L’autre ne devient plus soi. Une société multiculturelle émerge. Minorités et majorités sont désormais relatives.

Observe-t-on une ascension sociale dans une partie de la population d’origine étrangère ?

Oui, car ces personnes habitent là où on produit les deux tiers du PIB du pays et où se crée l’essentiel des emplois, c’est-à-dire dans les métropoles. Une petite bourgeoisie issue de l’immigration maghrébine et africaine est ainsi apparue. Dans les ZUS, il existe une vraie mobilité géographique et sociale : les gens arrivent et partent. Ces quartiers servent de sas entre le Nord et le Sud. Ce constat ruine l’image misérabiliste d’une banlieue ghetto où seraient parqués des habitants condamnés à la pauvreté. À bien des égards, la politique de la ville est donc un grand succès. Les seuls phénomènes actuels d’ascension sociale dans les milieux populaires se constatent dans les catégories immigrées des métropoles. Cadres ou immigrés, tous les habitants des grandes agglomérations tirent bénéfice d’y vivre – chacun à leur échelle. En Grande-Bretagne, en 2013, le secrétaire d’État chargé des Universités et de la Science de l’époque, David Willetts, s’est même déclaré favorable à une politique de discrimination positive en faveur des jeunes hommes blancs de la « working class » car leur taux d’accès à l’université s’est effondré et est inférieur à celui des enfants d’immigrés.

En France, ouvriers et employés sont-ils moins nombreux en 2014 qu’en 1980 ?

La baisse de la proportion d’ouvriers est réelle, mais elle s’est accompagnée d’une augmentation de la proportion d’employés. Les catégories populaires – qui comprennent aussi les petits agriculteurs – n’ont donc nullement disparu. Elles sont désormais moins visibles, puisqu’elles vivent loin des grands centres urbains où se concentrent décideurs publics et privés. Si l’on considère l’ensemble du territoire national, la part des catégories populaires dans la population française est restée à peu près stable depuis un demi-siècle. Le problème social et politique majeur de la France, c’est que, pour la première fois depuis la révolution industrielle, la majeure partie des catégories populaires ne vit plus là où se crée la richesse. Au XIXe siècle, lors de la révolution industrielle, on a fait venir les paysans dans les grandes villes pour travailler en usine. Aujourd’hui, on les fait repartir à la « campagne ». C’est un retour en arrière de deux siècles. Le projet économique du pays, tourné vers la mondialisation, n’a plus besoin des catégories populaires, en quelque sorte.

En définitive, « le peuple », aujourd’hui, qui est-ce ?

Actuellement, 50 % des salariés gagnent moins de 1 650 euros net par mois. Par ailleurs, les frontières sociales entre classes populaires et classes moyennes inférieures – artisans et commerçants, patrons de TPE – ont disparu. Ceux-ci ont conscience d’un vécu commun qui bouleverse les définitions classiques du «peuple». La fronde des «bonnets rouges» illustre ce phénomène. La révolte n’est pas partie des grandes métropoles de l’Ouest, mais des petites villes qui en étaient le plus éloignées. La contestation n’était pas seulement sociale, mais aussi identitaire. Des ouvriers, des employés, des agriculteurs, des chauffeurs routiers et des chefs de petites entreprises ont défilé ensemble, ce qui a beaucoup déconcerté Jean-Luc Mélenchon.

Vu l’ampleur colossale des dépenses publiques et sociales, n’est-il pas injuste de prétendre qu’on a «sacrifié» les classes populaires ?
Certes, il y a beaucoup de redistribution des métropoles vers la France périphérique. Le revenu n’est pas en chute libre. La présence d’une part importante d’emplois publics et parapublics et le développement des services à la personne ont aussi permis de limiter les effets de la désindustrialisation. Mais la France des catégories populaires ne se résume pas à la question des bas revenus ou de la pauvreté. Considérées dans leur ensemble, depuis le début des années 2000, les catégories populaires n’ont plus de perspectives d’ascension sociale. En dépit de certaines réussites individuelles brillantes, ce qui se joue, c’est le sentiment de ne plus être intégré au projet économique, de ne pas vivre sur les territoires qui comptent et qui créent de l’emploi. C’est l’immense différence avec la « classe moyenne » des Trente Glorieuses dont les revenus relatifs n’étaient pas plus élevés mais dont l’intégration économique et une forme d’ascension sociale étaient assurées. C’est dans ce contexte qu’il faut poser la question des revenus et de l’impôt. L’absence d’intégration économique des catégories modestes explique le paradoxe français : un pays qui redistribue beaucoup de ses richesses mais dont une majorité d’habitants considèrent à juste titre qu’ils sont de plus en plus fragiles et déclassés.

Qu’appelez-vous la «contre-société» qui, selon vous, apparaît dans la France des fragilités sociales ?

Dans la France périphérique, le champ des possibles est beaucoup plus restreint en raison d’une mobilité sociale et géographique très faible. Un déplacement régulier vers le travail en voiture à 20 kilomètres de chez soi coûte environ 250 euros par mois, soit le quart du smic. Surtout, quand on perd son travail dans une ville de taille moyenne, on sait qu’on éprouvera beaucoup de difficultés à vendre son logement pour se rapprocher d’un bassin d’emplois dynamique. Les catégories populaires qui vivent dans ces territoires sont d’autant plus attachées à leur environnement local qu’elles sont, en quelque sorte, assignées à résidence. Elles réagissent en portant une grande attention à ce que j’appelle le «village» : sa maison, son quartier, son territoire, son identité culturelle, qui représentent un capital social. La contre-société s’affirme aussi dans le domaine des valeurs. La France périphérique est attachée à l’ordre républicain, réservée envers les réformes de société et critique sur l’assistanat. L’accusation de «populisme» ne l’émeut guère. Elle ne supporte plus aucune forme de tutorat – ni politique, ni intellectuel – de la part de ceux qui se croient «éclairés».

On assiste donc à une guerre culturelle des deux France ?

Sans aucun doute. Il devient très difficile de fédérer et de satisfaire tous les électorats à la fois. Dans un monde parfait, il faudrait pouvoir combiner le libéralisme économique et culturel dans les agglomérations et le protectionnisme, le refus du multiculturalisme et l’attachement aux valeurs traditionnelles dans la France périphérique. Mais c’est utopique. C’est pourquoi ces deux France décrivent les nouvelles fractures politiques, présentes et à venir.

Voir également:

Laurent Bouvet : l’égalité selon le PS, faire de la banlieue une entité à part
Alexandre Devecchio
Le Figaro
27/10/2015
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Après la visite de Manuel Valls aux Mureaux, Laurent Bouvet juge inefficace et «ghettoïsante» la politique que mènent les socialistes en direction des banlieues.

Laurent Bouvet est directeur de l’Observatoire de la vie politique (Ovipol) à la Fondation Jean-Jaurès. Son dernier ouvrage, L’insécurité culturelle, est paru chez Fayard.

LE FIGARO. – Dix ans après les émeutes nées à Clichy-sous-Bois, le président et le Premier ministre ont annoncé une batterie de mesures. Ces dernières vous semblent-elles à la hauteur de l’enjeu?

Laurent BOUVET. – Le catalogue de mesures présenté par le gouvernement à l’occasion du comité interministériel qui s’est tenu aux Mureaux est à la fois touffu, car il reprend nombre de mesures déjà en vigueur, en durcit d’autres, en généralise également, et assez pauvre car il ne comporte que des mesures techniques à la fois disparates et, surtout, insuffisantes au regard des défis.

Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part.
Le plus frappant est tout de même la poursuite d’une politique qui a déjà trente ans, sans vision ni idée neuve. Cette politique a consisté à faire de la banlieue une entité à part, en y menant des interventions publiques spécifiques, à l’aide de moyens financiers massifs, notamment en matière de rénovation urbaine – on a favorisé les lieux plutôt que les personnes selon le vieil adage de la sociologie urbaine. Ce qui a contribué à renforcer la «ghettoïsation» que les mêmes responsables publics, nationaux et locaux, de gauche comme de droite, qui l’ont mise en oeuvre ne cessent par ailleurs de dénoncer.

Chacun peut aujourd’hui constater que la situation des «banlieues» – en fait de ces quartiers urbains qui cumulent les difficultés de tous ordres – ne s’est pas améliorée. Qu’il s’agisse du chômage, notamment des jeunes, de la réussite scolaire, de la délinquance ou du «vivre ensemble» dont la place dans le discours semble inversement proportionnelle à la réalité vécue ou ressentie par nos concitoyens.

Certaines peuvent prêter à sourire: la création d’un diplôme national supérieur professionnel (DNSP) de danse hip-hop qui doit permettre la professionnalisation des danseurs dans ce domaine ; le soutien à la réalisation d’oeuvres réalisées par des artistes de street-art dans le cadre de la commande publique en 2015 et 2016 ; le soutien au développement du «Buzz Booster», dispositif dédié au repérage de jeunes talents du rap… Cela traduit-il finalement une forme de condescendance d’une certaine gauche à l’égard des habitants des banlieues?

C’est symboliquement le plus terrible car c’est la représentation la plus criante de cette politique qui exclut au lieu d’inclure. A gauche comme à droite d’ailleurs, même si la gauche semble s’être fait une spécialité depuis les années 1980 de cette manière de considérer nos concitoyens vivant dans ces quartiers difficiles, les plus jeunes en particulier, comme des artistes ou des sportifs avant tout! Comme s’il n’y avait que l’art (et un art spécifique bien évidemment que l’on retrouve inscrit dans ces prescriptions de politiques publiques culturelles sorties tout droit des années 1980) ou le sport comme horizon, et donc comme si les quelques artistes ou sportifs connus issus de ces quartiers résumaient à eux seuls le modèle d’intégration que la République a à proposer à une partie de ses enfants.

On est au coeur du sujet. Ce dont nous avons tous besoin, que l’on vive dans un de ces quartiers ou dans une zone périurbaine lointaine, en centre-ville ou à la campagne, c’est de commun. C’est de pouvoir nous projeter ensemble dans des représentations et des réalisations communes, certainement pas d’être sans cesse renvoyé par les médias et, a fortiori, par les responsables politiques à des marqueurs identitaires de toutes natures qui apparaissent comme indélébiles, surtout s’ils sont inscrits et renforcés dans les politiques publiques.

Plus largement, qu’est-ce que cela dit du rapport actuel du PS à la République?

On remarquera d’abord que le PS est resté, pour des raisons idéologiques (le tournant européen et libéral) et sociologiques (le faible renouvellement de son personnel politique et les voies très étroites de renouvellement quand il existe), un parti des années 1980. C’est dans ces années-là que le PS s’est détaché de l’idée républicaine.

Ce parti comme l’essentiel de la gauche ne conçoit plus désormais la République que comme une incantation en forme d’exorcisme contre le Front national. Mais c’est une République sans contenu ni substance puisque tout ce qui fait la spécificité républicaine à la française a été délaissé ou même tout simplement abandonné: le lien indispensable entre souveraineté nationale et souveraineté populaire ; la laïcité comme ferment de notre contrat social ; l’idée de solidarité liée à celle d’identité collective…

Cet abandon de la République, auquel on a assisté aussi à droite sous d’autres formes – le fait que le principal parti de la droite s’approprie le label «Les Républicains» en dit long à ce sujet -, est aujourd’hui une des causes fondamentales de la progression du FN. Les républicains de tous bords ont laissé à ce parti – issu de la tradition antirépublicaine d’extrême-droite! – tout un champ de manoeuvre politique autour de la solidarité, de la nation ou de la laïcité. Le PS porte, à gauche, en tant que parti dominant depuis 30 ans, une part de responsabilité majeure dans cette évolution.

Voir encore:

Angleterre : le ministre veut plus de blancs à l’université
Quentin Blanc
Le Figaro étudiant

07/01/2013

Le secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur envisage une discrimination positive en faveur des jeunes garçons blancs issus des classes populaires à l’université, alors que le nombre d’inscrits a fortement chuté.

David Willets, secrétaire d’État britannique de l’Enseignement supérieur ,a déclaré en ce début d’année qu’il aimerait voir les jeunes blancs issus des classes populaires être considérés comme un groupe prioritaire pour le recrutement dans les universités anglaises, aux côtés des autres catégories défavorisées. «Il y a un impressionnant gâchis de talents de certains jeunes gens qui pourraient vraiment bénéficier d’un passage à l’université mais qui n’y vont pas».

Le bureau pour un accès équitable (OFFA), chargé de s’assurer que les universités anglaises favorisent les inscriptions de personnes défavorisées, «prend en compte de nombreux critères, comme la classe sociale ou l’origine ethnique, lorsqu’ils mettent en place des critères d’accès. Je ne vois donc pas pourquoi ils ne pourraient pas cibler les garçons blancs issus des classes populaires», a expliqué David Willets à The Independent .

À l’heure actuelle, les établissements possèdent des informations sur l’origine sociale et les résultats scolaires des candidats, et peuvent savoir si le candidat était le premier de sa famille à aller à l’université. En revanche, si l’origine ethnique figure sur les formulaires d’inscription, elle n’est pas communiquée aux services d’admission.

Les filles plus nombreuses que les garçons à l’université
Les déclarations du secrétaire d’Etat à l’enseignement britanniques interviennent alors que les inscriptions à l’université chutent au Royaume-Uni, avec une baisse de 6,3 % en 2012 ,les jeunes hommes étant particulièrement touchés. Ils étaient 54.000 de moins en 2012 qu’en 2011, ce qui représente une diminution de 13%, quatre fois plus que les filles.

Les difficultés des enfants issus des classes populaires anglaises ne sont pas nouvelles. Elles sont manifestes dès la sixième. Seuls 66% des enfants bénéficiant de la gratuité dans les cantines avaient acquis le niveau attendu en maths et en anglais à ces examens, contre 82% des autres enfants. Les «petits blancs» sont particulièrement touchés, puisqu’ils n’étaient que 60% à y parvenir, contre 68% de noirs.

Il faut se mobiliser pour «convaincre certains groupes de gens que l’université est aussi pour eux», estime Sally Hunt, secrétaire générale de l’University and College Union, un syndicat de professeurs. Mais l’augmentation des droits d’inscription constitue de fait une barrière importante, selon elle. «Nous avons besoin que nos plus brillants élèves puissent poursuivre leurs rêves. Cependant, la politique du gouvernement actuel a fait de l’université une option bien plus coûteuse qu’auparavant, ce qui est confirmé par la chute des inscriptions enregistrées».

La hausse des droits d’inscription pointée du doigt
Les enseignants sont d’ailleurs nombreux à mettre en cause les frais de scolarité, qui ont bondi, l’année dernière, de 4000€ à plus de 10.000€ dans la plupart des universités, afin de compenser la baisse de la contribution du gouvernement, qui passera en 2014 de 4,6 milliards à 2 milliards de livres sterling .

Sur BBC Radio 4, David Willets s’est défendu de vouloir laisser des jeunes sur le côté: «Quand les droits d’inscription à l’université ont augmenté, l’une des choses que nous avons fait avec l’argent supplémentaire était de dire aux universités: vous devez investir un tiers de cet argent pour tendre la main aux plus défavorisés et améliorer leur accès au supérieur. Cet argent représente des centaines de millions de livres qui sont aujourd’hui disponibles pour remplir cet objectif. Nous voulons les voir utilisés aussi efficacement que possible».

Voir de plus:

Protéger les Palestiniens pour les laisser poignarder les Israéliens

Mahmoud Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens afin qu’ils puissent continuer à assassiner les civils israéliens avec des couteaux, des pierres, des voitures-béliers, toutes sortes d’ustensiles.
On doit protéger les assassins, non les victimes. Il a été entendu et applaudi.

Bat Ye’or

Dreuz

31 octobre 2015

C’est une nouvelle mode adoptée par les tueurs de s’en prendre dans le dos aux passants, aux femmes, aux enfants, aux civils désarmés, dans les autobus, les foules, les rues, n’importe où. Pour tuer. Nulle doute que cette mode fera certainement beaucoup d’adeptes, comme celles des détournements d’avions, des massacres, des prises d’otages, du terrorisme international, modes initiées aussi par les Palestiniens et que l’Europe appelle « résistance » quand ses victimes sont israéliennes ou juives, et partout ailleurs « terrorisme ».

Aujourd’hui ce modèle breveté palestinien s’est répandu sur toute la planète.

Moi je l’appelle jihadisme, car les tueries et la terreur constituent depuis treize siècles les stratégies du jihad. L’Europe devrait le savoir, elle qui n’a cessé d’en subir les attaques par terre et par mer. Mais il est vrai qu’elle a décrété qu’Israël était le danger – un peu comme les nazis qui déclaraient que les juifs les menaçaient pour se donner le prétexte de les exterminer – et qu’elle a choisi de se complaire dans une amnésie d’amoureuse béatitude palestinophile arrosée de pétrodollars.

Que la démarche d’Abbas rejoigne celle de la France, ne doit pas surprendre.

Arafat, la créature de la France, lui permit de maintenir le conflit ouvert, de s’opposer à toute paix séparée, à toute solution qui aurait compromis l’élimination d’Israël par sa réduction à une exiguïté territoriale indéfendable. Acharnée à lui arracher lambeaux par lambeaux des pans de son histoire, de ses monuments, de ses terres, la France tente d’écraser enfin sous l’infamie le peuple à la nuque raide, sorti vainqueur de la Shoah et de la dhimmitude. Même les chrétiens du Liban furent sacrifiés à ce dessein.

Mahmoud Abbas évoque 70 ans de souffrance, d’injustice et d’occupation…

On le comprend, son peuple est si frustré de voir des Israéliens libres ! C’est qu’il pense avec nostalgie aux treize siècles de dhimmitude des indigènes juifs et chrétiens victimes du jihad, des expropriations par les envahisseurs arabes, des femmes et des enfants violés et enlevés au cours des siècles, comme Boko Haram le fait maintenant, des esclaves sexuelles dhimmis, des rançons et de l’extorsion fiscale, de l’esclavage, des massacres et pillages périodiques, des lois discriminatoires, des expulsions des villes et des villages, des vêtements spécifiques pour les dhimmis, de leurs lieux de culte islamisés, pillés, détruits, de la destruction de leur culture (comme le fait l’Etat islamique maintenant), faits divers quotidiens de la dhimmitude en Terre sainte islamisée.

Jamais il n’y eut de temple juif à Jérusalem, rien que des mosquées, Jésus allait prier à la mosquée. Les juifs sont des pilleurs d’histoire – de l’histoire musulmane. L’Europe en est aussi convaincue et a voté pour l’islamisation des lieux saints juifs, débaptisant le Mont du Temple en esplanade des mosquées.

Le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs
Abbas plaide pour un retour aux temps de la dhimmitude dont la Syrie, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen sont les prototypes. Ça c’était le bon vieux temps, quand juifs et chrétiens rasaient les murs, les yeux baissés, cédant le chemin aux musulmans, désarmés car ils n’avaient pas le droit de se défendre… le temps de la tolérance sous la charia, du vivre-ensemble harmonieux et dans la paix de l’islam.

Abbas demande à l’ONU de lui restituer ces privilèges.

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Qu’il se rassure, il aura derrière lui toute l’Europe qui respecte les droits de l’homme – sauf ceux des Israéliens. Mais sont-ils des hommes ? L’Europe hésite entre colons et singes, colons en tous cas !

D’ailleurs c’est peut-être elle qui a suggéré à Abbas cette démarche ? Sans doute en a-t-elle assez de payer des milliards à ses ONGs pour diffuser au plan planétaire la haine d’Israël.

D’autant plus que tout le monde le sait maintenant. Grâce aux révélations de NGO Monitor, on connait les montants fabuleux versés par chaque Etat, les Eglises, les fondations et l’Union européenne ainsi que les ONGs récipiendaires.

Il faut en finir avec Israël, car les centaines de milliers d’immigrants musulmans qui accourent en Europe et qu’elle accueille à bras ouverts avec une sollicitude attendrissante auront besoin de ces fonds pour leur nouvelle installation…

Voir de même:

A Genève, Mahmoud Abbas demande une protection internationale «urgente»
Lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme, durant laquelle Israël ne pouvait pas répliquer, le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien»

Le Temps

28 octobre 2015

Le président palestinien Mahmoud Abbas a appelé mercredi à Genève l’ONU à créer de toute urgence «un régime de protection internationale du peuple palestinien». La situation dans les territoires est la pire depuis 1948, a-t-il dit.

«Je m’adresse au Conseil de sécurité, en lui demandant plus urgemment que jamais de mettre en place un régime de protection internationale du peuple palestinien immédiatement», a déclaré Mahmoud Abbas lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’ONU convoquée à sa demande.

«La situation des droits humains dans le territoire palestinien, y compris à Jérusalem-Est, est la plus critique et la pire depuis», s’est exclamé Mahmoud Abbas. «Cela requiert une intervention forte et décisive, avant qu’il ne soit trop tard, de l’ONU et de ses Etats membres», a déclaré le président palestinien.

Espoirs «annihilés»
«Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous», a-t-il lancé. Pour Mahmoud Abbas, «il est inacceptable d’imaginer que la situation actuelle persiste car cela annihilera tous les espoirs d’une paix fondée sur une solution de deux Etats».

Mahmoud Abbas a accusé les «forces d’occupation» israéliennes d’avoir «récemment intensifié leurs pratiques criminelles au point de mener des exécutions extrajudiciaires contre des civils palestiniens sans défense». Depuis le 1er octobre, les territoires palestiniens, Jérusalem et Israël sont le théâtre d’une spirale de violences dans le cadre de la «guerre des couteaux» qui fait craindre une troisième Intifada.

«Le désespoir profond, les pressions, le sentiment d’insécurité dans lesquels vit la population palestinienne depuis longtemps sont des facteurs qui exacerbent la frustration de la jeunesse et la poussent à se révolter», a averti le président palestinien.

Des ovations, et pas de réponse
La communauté internationale se doit d’agir pour veiller au respect du droit international, a encore dit le président palestinien, en demandant que la déclaration adoptée l’an dernier à Genève par les Etats parties aux Conventions de Genève sur le respect de ces Conventions dans les territoires occupés soit pleinement appliquée.

«Il ne sert plus à rien de perdre du temps dans des négociations stériles. Il faut mettre fin à l’occupation», a lancé Mahmoud Abbas, dans un discours ovationné debout par la plupart des Etats présents. Les membres du Conseil des droits de l’homme, dont Israël, ne pouvaient pas répondre au discours du président palestinien, dans le cadre de cette réunion spéciale dite «de courtoisie» – ce n’est donc pas une session extraordinaire.

Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme évoque une «catastrophe»
S’exprimant avant Mahmoud Abbas, le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a pour sa part estimé que la crise entre Israël et les Palestiniens était «extrêmement dangereuse» et allait mener à une «catastrophe» si rien n’est fait pour que cessent immédiatement les violences.

Il a dénoncé la montée de la peur qui peut mener à «une confrontation plus large et plus terrible». «Il faut cesser les attaques terroristes, que les gens ne soient plus poignardés. Les actions des colons à Jérusalem-Est doivent cesser, l’emploi excessif de la police israélienne doit cesser, les démolitions de maison doivent cesser, et le blocus de Gaza aussi», a dit le haut-commissaire.

Il a par ailleurs dénoncé un «recours disproportionné à la force» par les forces de sécurité israéliennes «qui nous amènent à soupçonner fortement des exécutions extrajudiciaires».

Voir de plus:

Abbas demande à l’ONU de protéger les Palestiniens
Conseil des droits de l’hommeLe chef de l’Autorité palestinienne poursuit sa bataille diplomatique devant le Conseil des Droits de l’homme.
Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne Image: EPA
Alain Jourdan

28.10.2015

Mahmoud Abbas, continue sa tournée en Europe et poursuit son offensive diplomatique pour tenter de gagner des soutiens et affaiblir Israël. Ce mercredi, c’est à la tribune du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève que le président de l’Autorité palestinienne a lancé de nouveau un appel à la communauté internationale. «Chacun doit assumer ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard», a-t-il prévenu avant de réclamer «la mise en place d’urgence d’un régime spécial de protection international pour les Palestiniens».

Mahmoud Abbas a rejeté la responsabilité des événements qui agitent Jérusalem et les territoires occupés sur Israël, son armée et ses colons. «C’est la conséquence de l’étau mis sur la population: le doublement des colonies, les constructions illicites sous la mosquée Al-Aqsa, l’édification d’un mur pour aliéner les quartiers palestiniens, les exécutions extrajudiciaires…», a expliqué le président de l’Autorité palestinienne. Il a affirmé qu’Israël avait protégé «les forces extrémistes qui s’en prennent aux sites religieux chrétiens et musulmans».

«Toute tentative de remise en cause du statu quo de 1967 pourrait avoir de très graves conséquences. Cela risquerait de transformer ce conflit politique en un conflit religieux», a mis en garde Mahmoud Abbas avant d’exhorter l’ONU à faire respecter toutes les résolutions adoptées ces dernières années. «Le temps n’est-il pas venu pour la communauté internationale de cesser de parler de la cause palestinienne, de prendre enfin des mesures pratiques et de lancer des procédures qui iraient dans le sens de la justice?», a-t-il lancé. Et d’ajouter un peu plus tard: «Nous avons vécu 70 ans de souffrance, d’injustice et de perpétuation (…) de la plus longue occupation de l‘histoire moderne, c’est assez!»

Pour le président de l’Autorité palestinienne, «la paix est encore à portée de main» mais plus pour longtemps. «La formule à appliquer est simple. Israël doit mettre un terme à l’occupation de nos terres, stopper l’oppression et empêcher les colons de commettre des actes criminels», a-t-il expliqué. Et d’ajouter: «Nous réclamons l’unité de notre terre et de notre peuple, nous refusons toute solution autre intérimaire ou partielle».

Pendant près de quarante minutes, devant un parterre de diplomates très attentifs, Mahmoud Abbas a étiré son argumentaire, assurant que le futur Etat palestinien veillerait à respecter tous les plus hauts standards du droit international.

Comme à New York, le 30 septembre dernier, le chef de l’Autorité palestinienne a répété qu’un accord était sans valeur dès lors que l’une des deux parties ne le respectait pas. «Nous n’aurons pas la sécurité et la stabilité tant que l’occupation israélienne continuera et tant que la Palestine n’aura pas son indépendance avec Jérusalem Est pour capitale, dans le respect des frontières de 1967», a martelé Mahmoud Abbas.

Voir enfin:

Palestine : nouvelles données transmises à la CPI
Le Monde.fr avec AFP et Reuters

31.10.2015

C’est le troisième dossier déposé depuis le début de l’année. L’Autorité palestinienne a transmis vendredi 30 octobre à la Cour pénale internationale (CPI) de nouveaux éléments pour tenter d’obtenir l’adjonction des dernières violences dans les territoires palestiniens à l’enquête liée au conflit de l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Après une réunion avec la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, le ministre palestinien des affaires étrangères, Riyad Al-Maliki, a déclaré que le nouveau dossier contenait des preuves d’« exécutions extrajudiciaires, de démolition d’habitations, de sanctions collectives », y compris des faits remontants aux quarante derniers jours.

Depuis le 1er octobre, une vague de heurts, d’agressions et d’attentats anti-israéliens a fait 63 morts (dont un Arabe israélien), côté palestinien, et neuf, côté israélien, dans les territoires à Jérusalem et en Israël. La moitié des Palestiniens tués ont été abattus en commettant des attentats.

Un rapport d’Amnesty international, publié le 27 octobre, recense quatre cas avérés où des Palestiniens « ont été délibérément abattus par les forces israéliennes alors qu’ils ne posaient pas de danger immédiat à leur vie, dans ce qui apparaît comme des exécutions extrajudiciaires. »

Visite à Gaza impossible
L’Autorité palestinienne a adhéré à la CPI au début de l’année, suscitant des protestations de la part d’Israël, des Etats-Unis et de plusieurs pays européens. Dès janvier, la CPI a ouvert une enquête préliminaire sur la guerre de cinquante jours qui a fait 2 100 morts, côté palestinien, pour la plupart des civils, et plus de 70 morts côté israélien, presque exclusivement des soldats, à l’été 2014 dans la bande de Gaza.

Mais les responsables de La Haye n’ont pas encore pu se rendre sur place, les Israéliens leur défendant d’accéder à l’enclave palestinienne. Le ministre palestinien rapporte qu’ils « ont promis qu’ils poursuivraient leurs efforts pour obtenir les autorisations (…) d’une visite ».

Centaines de logements dans des colonies, « légalisés » par Israël
Dans le climat de tension exacerbée entre Israéliens et Palestiniens, le gouvernement a légalisé rétroactivement vendredi près de 800 logements dans des colonies de Cisjordanie occupée. Les habitations se trouvent dans les colonies de Yakir (377 logements), Itamar (187) et Shiloh (94), dans le nord de la Cisjordanie, et de Sansana (97) dans le sud du territoire palestinien, selon des informations publiées sur le site du ministère de l’intérieur israélien.

La décision date d’il y a deux semaines mais vient juste d’être rapportée dans la presse israélienne. Pour la communauté internationale, toutes les colonies israéliennes en Cisjordanie sont illégales, mais Israël fait la distinction entre colonies « légales » et sauvages.

« Même si cela n’a pas l’impact de l’annonce de nouvelles constructions, il s’agit indéniablement d’un gage accordé aux colons par (Benjamin) Nétanyahou », le premier ministre israélien, a déclaré à l’AFP Hagit Ofran, une des responsables de l’organisation israélienne anticolonisation La Paix maintenant.

Voir par ailleurs:

Londres a sous-estimé l’islamisme au nom du politiquement correct
Fayez Nureldine
Sputnik

01.11.2015

Le ministre des Affaires étrangères britannique a avoué que le gouvernement britannique fermait les yeux sur la propagation de l’activité extrémiste dans le pays au nom de « multiculturalisme ».

La Grande-Bretagne a réalisé trop tard le danger lié à l’extrémisme islamiste, a annoncé le ministre britannique des Affaires étrangères Philip Hammond lors d’une visite au Bahreïn.

Selon lui, la montée en puissance des tendances extrémistes est le « défi principal » du monde contemporain.

« En Grande-Bretagne, nous l’avons réalisé un peu trop tard, mais nous devons résister à toutes les formes d’extrémisme, et pas uniquement celles qui impliquent de la violence », a-t-il déclaré.

« Nous avons reconnu à contrecœur le lien entre une forme agressive d’extrémisme et toutes les autres formes d’extrémisme. Pendant des décennies, nous avons à tort fait une différence entre ces deux formes. Au nom de multiculturalisme, nous avons toléré et même salué des idées, un modèle de comportement et l’activité d’organisations qui semaient la division et l’intolérance », a souligné le chef de la diplomatie britannique.

Philip Hammond a expliqué que la stratégie de lutte antiterroriste du gouvernement comprendra entre autre l’examen des raisons de ce qui pousse « des jeunes hommes et femmes à refuser un bon travail et des perspectives afin de mourir sous le drapeau noir de l’Etat islamique ».

« Personne ne devient terroriste en une nuit. C’est tout un processus de radicalisation, c’est une voie qui commence par des expériences naïves avec un système des valeurs simplifié et qui finit par l’autodestruction », a-t-il ajouté.

Il est à noter qu’un département spécial d’analyse de l’extrémisme a été créé au sein du ministère de l’Intérieur du Royaume-Uni afin de détecter les terroristes potentiels.

Au Royaume-Uni, les terroristes potentiels se comptent par milliers
Auparavant, les médias britanniques ont rapporté, en se référant à des sources au sein des services de renseignement, que près de 3.000 islamistes prêts à perpétrer des attentats à tout moment se trouvent sur le territoire du Royaume-Uni. La moitié des suspects habite à Londres, mais d’autres régions sont qualifiées de « problématiques », notamment le comté des Midlands de l’Ouest et la ville de Manchester (nord-ouest).

Selon les dernières informations, plus de 28.000 ressortissants d’Europe, d’Asie et d’Amérique ont rejoint les rangs des organisations djihadistes Al-Qaïda et Etat islamique, des hommes âgés de 15 à 35 ans pour la plupart, principalement motivés par l’idéologie extrémiste. Les autres raisons qui les poussent à se joindre aux djihadistes sont la rémunération ainsi que la lassitude liée à la vie quotidienne dans leurs pays d’origine.

Début 2014, le groupe djihadiste Etat islamique cherche à créer un califat sur les territoires irakiens et syriens tombés sous son contrôle. Il est à noter que les terroristes visent également les pays occidentaux. Ainsi, le nombre d’attentats dans les pays européens s’est considérablement accru en 2015.

Voir encore:

Was Chris Mercer Harper Inspired by Vester Flanagan?
Sam Prince

October 1, 2015

A blog post allegedly written by reported Umpqua Community College gunman Chris Mercer Harper seems to idolize Vester Flanagan, the man who killed two WDBJ7 TV reporters on-camera last month. A post written on August 31, in a blog allegedly operated by Harper, states:

A transcript reads:

As I’m sure you all know, a few days ago there was a shooting in Virginia. A man named Vester Flanagan opened fire on two former colleagues on live tv. He also recorded his own footage of the event. While reading about the event, I read some excerpts of his manifesto the media was releasing. And I have to say, anyone who knew him could have seen this coming. People like him have nothing left to live for, and the only thing left to do is lash out at a society that has abandoned them.

His family described him as alone, no partner/lover. A victim not only of his own perception but also of our social media soaked enviroment. He posted the footage on facebook and twitter as well tweeting while he was running from the cops because he wanted the world to see his actions, much like many others post menial and trivial details of their life online and expect us to see it. Only his was at least a bit more interesting.

On an interesting note, I have noticed that so many people like him are all alone and unknown, yet when they spill a little blood, the whole world knows who they are. A man who was known by no one, is now known by everyone. His face splashed across every screen, his name across the lips of every person on the planet, all in the course of one day. Seems the more people you kill, the more your’re in the limelight.

Sorry if this seems a bit disjointed, but these are just my thoughts on the matter. I thought I’d post this seeing as how my last blog post generated some good comments.

Also, if anyone gets the chance, go on youtube and see the footage of him shooting those people. It’s a short video but good nonetheless. Will post more later
Flanagan opened fire during a live interview with a member of the local Chamber of Commerce. Cameraman Adam Ward, 27, and reporter Alison Parker, 23, of WDBJ 7 TV, were killed. The woman being interviewed, Vicki Gardner, was also shot and wounded, the Roanoke Times reports, but recovered. Gardner is the executive director at the Smith Mountain Lake Regional Chamber of Commerce.

Most notably, Flanagan posted video of the shooting on his Facebook and Twitter pages. The video shows him approaching the victims, and pointing a gun at them. He is behind them for several moments as Parker interviews Gardner. He holds the gun out until Ward turns the camera back toward Parker and Gardner, and then begins firing. The camera then shakes and drops as he opens fire. The camera continues recording, with a black screen, as screams and several more gunshots are heard. Flanagan fired 15 times, emptying the entire magazine of the Glock handgun he was carrying. He purchased the gun legally two weeks before the shooting.

Flanagan was later confronted by police in Fauquier County, about three hours away from where the shooting occurred.

Voir enfin:

Monde
VIDEO. Etats-Unis: Un policier a été abattu d’une balle dans la tête à New York
FAITS DIVERS Il était âgé de 33 ans…

20 Minutes avec AFP

21.10.2015

La balle l’a frappé en pleine tête. Et il n’a pas survécu. Un policier new-yorkais âgé de 33 ans est mort dans la nuit de mardi à mercredi. Originaire du Guyana en Amérique du Sud, Randolph Holder travaillait dans la police de New York depuis cinq ans.

Son père et son grand-père étaient également policiers au Guyana, a précisé le chef de la police Bill Bratton lors d’une conférence de presse. Randolph Holder s’était rendu à Harlem avec plusieurs collègues après des coups de feu dans un parc près d’un quartier HLM.

Le suspect a été arrêté
Une victime sur place a affirmé qu’un homme armé venait de lui voler son vélo. Le suspect à vélo a été localisé, et un échange de coups de feu a suivi, durant lequel le policier, qui était en civil, a été atteint d’une balle en pleine tête. Il est décédé peu après, a raconté le chef de la police.

Un suspect a été arrêté. Il a été blessé à la jambe lors d’un échange de coups de feu, a précisé Bratton. Trois autres hommes ont également été interpellés, soupçonnés d’avoir participé aux événements de la nuit.

Bratton a rendu hommage à Randolph Holder, soulignant qu’après avoir «reçu un appel, il avait couru vers le danger. C’est la dernière fois qu’il répondra à cet appel», a-t-il ajouté. Randolph Holder est le quatrième policier new-yorkais tué depuis décembre 2014.

Quatrième policier tué
Deux agents des forces de l’ordre, Wenjian Liu, 32 ans, et Rafael Ramos, 40 ans, avaient été tués par balle le 20 décembre 2014 alors qu’ils étaient assis dans leur voiture à Brooklyn. Leur meurtrier, qui semblait vouloir venger ainsi la mort de deux noirs tués par la police aux Etats-Unis, s’était ensuite suicidé.

En mai dernier, un autre policier de 25 ans, Brian Moore, avait été tué par balle dans sa voiture dans le quartier du Queens. Un suspect a été arrêté et inculpé.

Voir de même:

New York: Deux policiers abattus dans leur voiture, Obama condamne
ENQUETE Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, 28 ans, a tiré à plusieurs reprises sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture, à travers la fenêtre du passager, les atteignant à la tête…

20.12.2014

Le président américain Barack Obama a condamné ce dimanche «inconditionnellement» l’assassinat à New York de deux policiers abattus de sang froid par un homme seul, à un moment où la mort de Noirs non armés entre les mains de la police a exacerbé les tensions.

«Je condamne inconditionnellement le meurtre aujourd’hui de deux policiers à New York. Deux hommes courageux ne rentreront pas chez eux ce soir retrouver leurs proches, et pour cela il n’y a aucune justification», a déclaré le président Obama dans un communiqué. «Aujourd’hui, je demande aux gens de rejeter la violence et les mots qui blessent et de préférer les mots qui guérissent», a ajouté le président.

Contexte tendu
Les deux policiers -Wenjian Liu, marié depuis deux mois et Rafael Ramos- ont été tués par balles samedi après-midi à Brooklyn dans leur voiture, «assassinés» par un homme noir de 28 ans qui s’est ensuite suicidé, a annoncé la police de New York. Le double meurtre, commis en plein jour dans la plus grande ville des Etats-Unis absorbée par les préparatrifs de Noël, a choqué la population.

L’attaque a eu lieu à Brooklyn, dans le quartier de Bedford Stuyvesant à 14h50 locales (20h50 à Paris), dans un contexte tendu du fait de manifestations à répétition à New York, après la récente décision d’un grand jury de ne pas poursuivre un policier impliqué dans la mort d’Eric Garner, père de six enfants soupçonné de vente illégale de cigarettes mort en juillet dernier lors d’une interpellation musclée à Staten Island, et après la mort d’un autre Noir non armé, tué dans la cage d’escalier obscure d’une HLM de Brooklyn le 20 novembre par un policier débutant.

«Purement et simplement assassinés»
Le tueur, Ismaaiyl Brinsley, a tiré à plusieurs reprises à travers la fenêtre du passager sur les policiers, qui étaient assis dans leur voiture de patrouille et n’ont pas eu le temps de sortir leur arme, les atteignant à la tête. «Ils ont été tués par balle, sans avertissement. Ils ont été purement et simplement assassinés», a déclaré, très ému, le chef de la police Bill Bratton, lors d’une conférence de presse.

Le meurtrier, qui n’aurait pas de lien terroriste, était venu de Baltimore, à 300 km au sud de New York. Pourchassé par d’autres policiers alors qu’il s’enfuyait à pied, il a mis fin à ses jours sur un quai de métro à proximité, a ajouté le chef de la police. Selon Bill Bratton, il avait auparavant posté sur les réseaux sociaux des commentaires très hostiles à la police.

Police traumatisée
Il y mentionnait Eric Garner et Michael Brown, un jeune noir tué par la police à Ferguson (Missouri) en août, selon les médias locaux. Le double meurtre a profondément traumatisé la plus importante force de police des Etats-Unis, dont deux membres avaient déjà été attaqués le 24 octobre par un homme armé d’une hachette. Le maire de New York Bill de Blasio, démocrate dont les relations sont difficiles avec sa police, a dénoncé samedi soir un «assassinat ressemblant à une exécution».

Le procureur de l’Etat de New York Eric Schneiderman a évoqué un «acte affreux de violence» et de nombreux policiers des différents commissariats de New York ont exprimé leur choc sur Twitter, envoyant condoléances et prières aux familles des victimes. C’est la septième fois depuis 1972 que des policiers travaillant à deux sont ainsi tués à New York, selon Bill Bratton.

Le meurtrier avait aussi blessé par balle samedi matin son ex-petite amie à Baltimore, avant de partir pour New York, a indiqué Bill Bratton. Il a expliqué que Brinsley utilisait apparemment le compte instagram de la jeune femme pour ses commentaires anti-police.

Voir par ailleurs:

Report: ‘Desperate’ Harvey Weinstein ‘Wants Tarantino to Apologize’ For Cop Hate

John Nolte

31 Oct 2015

Page Six reports that no less than Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” has joined much of the rest of the world in expressing his anger at director Quentin Tarantino’s anti-cop hate rhetoric. According to the report, Weinstein, who probably has close to $80 million invested in the three-hour Western, is “desperate” for “Tarantino to apologize, or at least walk back his comments.”

Apparently, Weinstein is said to be considering “conciliatory moves, such as special screenings of “The Hateful Eight” for police officers and their families.”

But it is hard to imagine Tarantino being okay with that.

Why would the director want “murderers” and their families to enjoy a free screening of one of his movies?

Last weekend, at an anti-cop hate rally in New York, that’s what Tarantino repeatedly called police officers: “murderers.” And now the roof is caving in as one powerful, big city police union after another joins a boycott against “The Hateful Eight,” which hits theaters this Christmas.

It is no secret that Weinstein has had one of his worst years ever at the box office. After publicity costs, “Paddington” probably didn’t break even. Same with “Woman In Gold.” The Weinstein Company desperately needs “Hateful Eight” to not just refill the company coffers but to be in Oscar contention.

Weinstein is no stranger to controversy. Like his director, Weinstein has been afflicted with the bubble-dumbness that comes with years of living in the provincial world of left-wing Hollywood. In 2009, Weinstein led the charge in one of Hollywood’s worst public relations debacles ever — in defense of Roman Polanski, a man who fled justice and has never paid a price for drugging, raping, and sodomizing a 13 year-old girl.

As the American population has increased over the last 15 years, ticket sales have flat-lined.  Hollywood is the only business in the world that regularly insults half its customers and then deludes themselves into believing it doesn’t matter.

It does. And in the age of New Media, where the corrupt legacy media can no longer bottleneck or manipulate information inconvenient to Hollywood’s bottom line, the problem is only going to get worse.

Voir aussi:

Roof Caves In On Cop-Hater Tarantino: 1,000 Police Organizations Join ‘Hateful Eight’ Boycott

John Nolte

31 Oct 2015

The chickens have come home to roost for director Quentin Tarantino, a thousand of them in fact, as the National Association of Police Organizations announces that it, and the 1,000 police units and associations it represents, will join the boycott against “The Hateful Eight.”

Add to that number nearly a quarter of a million law enforcement officers represented by this group.

In a cynical attempt to boost his standing with the left-wing black media, the sheltered, out-of-touch Tarantino joined a Black Lives Matter-affiliated anti-cop hate rally and called police officers “murderers.”

Harvey Weinstein, producer of “The Hateful Eight,” is reportedly “furious” at Tarantino and “desperate” to see the director apologize for his objectively appalling comments. Weinstein has somewhere around $80 million invested in the three-hour Western, and after a lousy year, desperately needs a box office hit and an Oscar contender.

You can’t succeed in Hollywood at the level Tarantino has without being smart. His problem is that he’s bubble-dumb, so shielded and removed from real life that he thought spewing anti-police hate at a hate rally was good public relations.

Mr. Tarantino needs to turn off CNN, grow a beard, and move to Wyoming for a year.

Provincialism does not become him personally, nor does it become his art.

Voir enfin:

Palestinian Suffering

Richard Landes

The Augean stables

PALESTINIAN SUFFERING

Few people have suffered more constant misery and daily oppression in the last 50 years than the Palestinians. The key issue, however, concerns not the amount — although it has obviously been grossly exaggerated — but the source of that suffering. There are wildly varying accounts of who is to blame. Our purpose here is not to assess how much blame to assign – that everyone must do on their own – but to list the major contributors to Palestinian suffering, and what is the nature of that contribution. We welcome comment, further examples, suggestions, links, reflections, additions.

ISRAEL:

The most obvious source of Palestinian suffering is the Israelis. According to the dominant Palestinian “victim” narrative, the Zionists came into the region, took their land, and, when war broke out in 1948, drove almost a million of them from their homes and relegated those who remained to second-class citizenship. The dominant Israeli narrative has argued that they came as civilians, purchasing property, developing the economy, clearing malaria-infested swamps. Israelis claim that most of the refugees were created by the Arab armies that sought to destroy Israel and urged the Arab inhabitants to leave. Arabs, whose own leaders openly declared their intention to massacre Israelis, naturally believed that the Israelis would do the same to them.

Recently Israeli “new” or “post-Zionist” historians have questioned the Israeli version, arguing that there were concerted efforts to drive out Arab populations, as well as some actual massacres of Arab civilians. This revisionist work has received sharp criticism from historians who argue that these writers have misrepresented, even distorted the contents of the archives on which they base their work. (That Israeli historians would distort history to criticize their own country may strike some as bizarre if not inexplicable, but such a move combines both hyper-self-criticism with therapeutic history: If we apologize, maybe they’ll stop hating us.) Not surprisingly, the Palestinian reaction to Israeli post-Zionism has been more favorable: they think it confirms their narrative, and affirms their grievances.

Since the conquest of the West Bank and Gaza Strip in the 1967 war, over 2 million Palestinians have come under the military rule of Israel; and since the two uprisings of 1987-92 and 2000-?, the hostilities have produced a particularly onerous situation, in which Palestinian suffering most obviously derives from Israeli actions – curfews, check-points and shut-downs. To those who do not know the history of the conflict, the image of the Palestinian David throwing rocks and the Israeli Goliath in his tanks and planes seems not only accurate but poetically ironic.

the new intifada
Book cover for The New Intifada: Resisting Israel’s Apartheid

Most observers who, consciously or unconsciously accept the way that Arab and Palestinian leadership have framed the struggle in terms of zero-sum outcomes, stop here. This is the foundation of both the Politically-Correct and the Post-Colonial Paradigms (PCP1 & 2). For the politically correct, who would not dream of challenging the Arab mind-set, there is no need to go further. Indeed some, exceptionally self-critical Israelis go still farther in the same direction: It is the Arabs who have sought peace and the Israelis who have rebuffed them. Obviously, Israeli victories mean Palestinian defeats; obviously Israeli presence means Palestinian displacements; obviously Israeli independence is a Palestinian Naqba. Obviously Israel and its ally America are the greatest contributors to Palestinian suffering. And were this the only way to conceive of the conflict, such a narrative might well be true.

But from the perspective of progressive, positive-sum interactions and the civil society such interactions foster, this can hardly be the whole story. On the contrary, when Zionists first came to Palestine the population was under a million. Today it pushes 10 million. Modern civil society and the culture of abundance that it produces can create many new opportunities for all involved. This need not have been a zero-sum conflict, and while some Zionists, observing the growing dominion of al Husseini, argued for kicking Arabs out, many more continued to argue for a productive collaboration. So we now turn to the other sources of Palestinian suffering, those who have either forced or encouraged the Palestinians to see it only as a zero-sum game, and to see the Israelis only through the lens of their own political rules: Dominate or be dominated.

ARAB POLITICAL CULTURE:

The contribution of Arab political culture to the suffering of Palestinians is less evident to those who do not know the history of the conflict. Arab political culture before Zionism was among the most autocratic and exploitative of the many “traditional” political cultures: With Turkish administrators, wealthy Arab landlords living in Egypt, and Bedouin tribes raiding whenever they could, the plight of the Palestinian peasant had involved plenty of suffering. That kind of suffering continues endemically throughout the Arab world today, regardless of whether the populace lives in an oil-rich state or not.

It is characteristic of prime-divider societies run by adherents of the dominating imperative.

But the Arab-Israeli conflict has increased the role of Arab political culture in the specific suffering of the Palestinians as a people. Fundamentally committed to zero-sum outcomes in this conflict – Israel should not exist, and nothing short of the elimination of the “Zionist entity” could resolve the conflict – Arab political culture has consistently chosen wars they lose to resolution in this conflict. In the inability to succeed in this goal, Arab political culture has largely preferred negative-sum solutions than exploring mutually beneficial solutions.

In 1958, Ralph Galloway, former UNWRA director wrote:

“The Arab states do not want to solve the refugee problem. They want to keep it as an open sore, as an affront to the United Nations, and as a weapon against Israel. Arab leaders do not give a damn whether Arab refugees live or die.”

One might even make a more damning assertion: they do care; they want and need them to suffer.

ARAB LEAGUE:

Thus when the UN resolution of 1947 created two states, with the Palestinian one significantly greater than the Israeli, which consisted of three scarcely contiguous units, the largest of which was desert wilderness, the Arab League, without consultation with the Palestinian people (just coordination with the Nazi ally al-Husseini, rejected the partition and prepared for a war of annihilation.

The ensuing disaster (al-Naqba) produced a much larger and contiguous Israel with a substantial minority of Arab residents, and a widely dispersed population of Arab war refugees. At this point, rather than negotiate the best possible situation for the refugees, the Arab League unanimously chose to continue the war and confine the Palestinian refugees to camps, as a weapon against Israel. The Palestinians became the sacrificial pawn of Arab politics, forced to live in squalor, indoctrinated with Nazi-inspired propaganda in their schools, and held up to the world as an example of Israeli crimes against humanity. And of course, the worse they suffer, the worse the crime.

But whose crime?

This state of affairs beggars the liberal imagination. Indeed many observers just assume that it was the Israelis who put the refugees in camps and kept them there. Michael Moore speaks about a visit to the refugee camps in 1988:

Although in my life I had already traveled through Central America, China, Southeast Asia, and other parts of the Middle East. I wasn’t ready for what I saw in the refugee camps in the Occupied Territories. I had never encountered such squalor, debasement, and utter misery. To force human beings to live in these conditions – and deo so at the barrel of a gun, for more than forty years — just made no sense. Stupid White Men, p. 178.

Now Moore seems to presume that it’s the Israelis who have done this to the Palestinians. (His next paragraph goes into how badly the Jews have been treated in the past and how sad that they should turn around and do it to someone else — the favorite formula of those attracted to moral Schadenfreude.) He seems to have no awareness that for the first (and critical) half of the Palestinian experience of refugee confinement, it was Arab rulers and Arab guns who kept them in misery, and that once Israel took over they tried to move these unfortunate victims out into decent housing, and it was the Arabs who pushed UN Resolutions insisting that they be returned to the squalor of the camps.

How much more nonsensical is that — it’s the Arabs who want their misery, not the Israelis?

Unless one thinks in terms of Domineering Cognitive Egocentrism, and the Honor-Jihad Paradigm.

After the second Naqba of 1967, with the Israelis offering to return most of the conquered territories in exchange for peace, the Arab League met at Khartoum and issued the “Three No’s” – “No negotiations, no recognition, no peace!” In the context of contributing to Palestinian suffering, this decision of the Arab League — with Arafat, al-Husseini’s nephew, representing the Palestinian people’s “interests” — reveals perhaps more than anything, the “incomprehensible” skew of this conflict. To save the “honor” of the Arab nation and not have to recognize or make peace with this rebellious, tiny, Dhimmi people, these Arab leaders preferred to leave over two million Arabs under Israeli rule. And given how for an Arab Muslim, it is a stain to one’s honor to live under the rule of another people — above all, a people who should be subject — they knew that this “occupation” they were sanctioning, would poison the Israeli’s world no matter how beneficent or economically advantageous Israeli rule might prove.

And when the Palestinians threatened the stability of the Hashemite kingdom in Jordan – the only Arab country to offer them citizenship – King Hussein’s troops massacred as many as 10,000 Palestinian men, women and children in one month, remembered in Palestinian lore as Black September. PLO troops fled to Israel rather than fall into Jordanian hands. Many Palestinians and other Arabs acknowledge their victimization by their “fellow” Arabs. Current Palestinian Authority Prime-Minister Mahumud Abbas said in 1976 that,

…the Arab armies entered Palestine to protect the Palestinians from Zionist tyranny but, instead, they abandoned them, forced them to emigrate, and to leave their homeland, and threw them into prisons similar to the ghettos in which the Jews used to live.” (Falastin a-Thaura, March 1976).

However, such honest remarks by Palestinians are tempered partly by their desire to enlist support from the very Arabs who victimized them, partly by their fear of reprisal, partly by their honor-bound need to believe that the Israelis are their greatest enemies.

PALESTINIAN LEADERSHIP: Palestinian political culture, from the earliest period of Zionist settlement, has fostered the zero-sum mentality whenever possible. The uprising of 1936-9, supposedly fighting the British and the Zionists, ended up killing far more Arabs (vendettas, looting) than either English or Jews. The Peel Commission (1939) asked Arab rioters why, despite the increased levels of prosperity brought to Palestine by their arrival, they attacked the Jews, one Arab responded:

You say we are better off: you say my house has been enriched by the strangers who have entered it. But it is my house, and I did not invite the strangers in, or ask them to enrich it, and I do not care how poor it is if I am only master of it.” (Weathered by Miracles, p. 207)

The pattern whereby the Palestinians suffered more from the militant policies of their leadership than Israelis became a standard feature of all the “uprisings,” from the “nationalist uprising” of 1936-39, to the “intifada” of the late 1980s and the “second intifada” of 2000. In general, terrorists almost never limit their aggression to the “enemy”, and since their own populations do not have the protection that enemies can mobilize, they tend to suffer the daily impositions of their “militants” far more. And until it becomes completely unbearable, most people in such terror-dominated societies stay silent.

“SECULAR” PALESTINIAN LEADERSHIP: The degree to which Palestinian leadership has followed the lead of Arab League politics in victimizing its own people can best be seen in the formation of the PLO in 1964. Rather than demand the West Bank and the Gaza Strip, governed by Jordan, as a sovereign nation in which they might begin the long-overdue process of getting people out of the refugee camps and into decent housing and work situations, they ignored the plight of their brethren, and focused on the elimination of the Zionist entity. National Liberation consistently took second place to the annihilation of another nation.

The widespread practice of executing “collaborators” without trial, even women, has throttled any “moderate” Palestinian leadership from emerging. Rape and sexual assault of women is a common form of intimidating other Palestinians into cooperation and as a way of rewarding one’s “soldiers” for their efforts. Palestinians themselves often acknowledge how much of their suffering derives from the corruption of their own leaders, but rarely do they take it the further step to wonder whether this is not merely corruption or violence, but also an endemic problem of their political culture.

ISLAMIC POLITICAL CULTURE: The emergence of a powerful culture of Jihad in Palestinian circles (Islamic Jihad and Hamas) have intensified the dynamic of self-inflicted suffering. Promoting a culture of death that encourages youth to die trying to kill Israelis has contributed immeasurably to the casualties among Palestinian youth, whether intentionally or unintentionally. The notion that suffering in this world wins rewards in the world to come gives a particularly powerful motivation to self-destruction. Indeed, Islamic Jihad gives a new meaning to positive-sum outcomes within the framework of negative-sum behavior: if a Muslim dies in battle with the infidel, he goes to heaven; if he succeeds in winning the Jihad, his reward is in this world as well. The war begun in October 2000, in which Islamic Jihad has played a particularly prominent role, has inflicted immense suffering on the Palestinians, perhaps more than almost any earlier catastrophic rush to violence.

INTERNATIONAL FOREIGN POLICY

Once one factors in the ways in which Arab political culture thrives on victimizing the Palestinians, one becomes aware of another source of Palestinian suffering: the “support” the Palestinian leadership gets from outsiders, particularly 1) the Europeans, 2) the UN, 3) the “progressive left,” and 4) the media. For the last three decades, since the mid-1970s, these parties have become increasingly anti-Israel and, supposedly, pro-Palestinian.

The mistake appears in the very formulation. By falling into the zero-sum formulations of the Arab and Palestinian leadership, these major world forces reinforce the very figures who have most to win from victimizing the Palestinians.

LEFT:

The role of the Left may be the single most striking illustration of the ironic reversals in this conflict. One might argue in the last decade that the Palestinians have become the “chosen people” of the Left, in that anyone who is more critical of them than of the Israelis is considered a right-wing neo-conservative (at best). And yet, the Palestinians have hardly flourished under this “progressive” solicitude. Rather than urging the Palestinians to develop the kind of qualities necessary for a progressive state that takes care of its citizens and encourages freedom of thought and expression (e.g., public self-criticism, protection of dissidents), the Left has systematically “explained” Palestinian violence as the result of Israeli (and American) policies. As a result, the Left reinforces the most regressive and fascist elements in Palestinian culture, even as they claim to work for peace and civil society.

MEDIA:

The contribution of the Media to Palestinian suffering may be the most subtle, but also the most pervasive. The nature of media coverage – if it bleeds it leads – has always favored violence, and in particular fed the need of terrorists for attention. Its superficial and dramatic news has encouraged the systematic victimization of Arabs for the purposes of international sympathy. By ignoring or playing down the Palestinian calls for genocide against Israel and hatred of the West, while at the same time portraying Israel as the cause of war and of whatever damage Palestinians do to themselves, the media have contributed to a profound misunderstanding of the sources of – and therefore the solutions to – the conflict.

But the principle “if it bleeds it leads” actually takes second seat in the MSM coverage of the Arab-Israeli conflict to who commits the violence. When Israeli kills a Palestinian child, it receives a good deal of coverage; when the Palestinians kill Palestinian children, newsreports are laconic at best. (Google Palestinians kill Palestinian child and you get only entries on Israelis killing Palestinian children.)

Given the extraordinary sensitivity of Arab honor-shame culture to public disapproval, one might even argue that the sympathy and understanding that the media grant to the most depraved of Palestinian terrorists, represents an enormous opportunity cost. When 500 Palestinian intellectuals denounced suicide terrorism, they did so because it did not serve the Palestinian cause — indeed it lost them international sympathy. Were the international community to have condemned it with even greater insistence, these voices would have had even greater strength. When the media mis-reported the outbreak of Oslo War in late 2000, arousing world-wide support for the Palestinians in their struggle for “freedom”, they encouraged Arafat to believe that “the whole world is behind him” so that he had no need to work to lessen the violence. By promoting and diffusing stories of alleged atrocities committed by Israel without a solid background check, the media reinforce the hate-mongering propaganda of the Palestinian leadership. “Balancing” negative coverage of the Arabs with unfounded accusations of the Israelis, for example, balancing stories of “honor killings” with accusations of rape of Palestinian women by Israelis and seizing on Palestinian accusation of “massacres.”

There is no question how much Palestinians have suffered and continued to suffer, but there are many sources to this suffering. To truly sympathize and help improve the wretched condition of Palestinians, one must understand the wide range the factors that cause their suffering. One way to conceive of this problem is to ask, what if the Palestinians had their own state? Would their conditions improve? To judge by their conditions under Jordanian rule (1948-67), or their conditions in Lebanon when the PLO had power (1970-82), or Gaza after withdrawal (2005-), or by the fate of other Arab peoples ruled over by their own elites… no. If the state and its governors are committed to ruling for the people, if they pursue positive-sum strategies both domestically and with the Israeli neighbors, then we can hope for a dramatic improvement in their condition. But for that to happen, we progressives would need to put our shoulders behind a very different wheel.

Can we do it? What’s preventing us?

Voir par ailleurs:

En Syrie, un djihadiste occidental sur trois serait français
Edouard de Mareschal
Le Figaro
05/09/2014

INFOGRAPHIE – Plus de 3000 Occidentaux seraient partis combattre aux côtés des djihadistes en Syrie. Parmi eux, entre 700 et 900 sont français.

Le djihad attire de plus en plus d’Occidentaux. Fin mai, ils étaient au moins 3000 à avoir rejoint les rangs des islamistes radicaux qui combattent en Syrie, selon le Soufan Group, un organisme de renseignement basé à New York. La France est la plus «représentée» en nombre de tous les pays occidentaux. Elle compte 700 ressortissants sur place, selon des données compilées par The Economist. Une estimation plus basse que celle des services du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, selon lesquels 900 Français étaient concernés à la mi-août. Vient ensuite la Grande-Bretagne, avec 400 ressortissants actuellement en Syrie. Puis l’Allemagne (270 ressortissants), talonnée par les Belges, avec 250 ressortissants.

10 à 15% de femmes
Mais lorsqu’on regarde la proportion de combattants par rapport à la population de leurs pays d’origine, le classement est sensiblement différent. La Belgique arrive largement en tête, avec 22 ressortissants partis au djihad pour un million d’habitants. Le Danemark arrive en deuxième position, avec 17 ressortissants pour un million d’habitants. La France arrive en troisième position: on compte 11 Français partis en Syrie pour un million d’habitants. Il est important pour l’État islamique de compter des Occidentaux dans ses rangs. Le choc provoqué par l’accent londonien de(s) assassin(s) de James Foley et Steven Sotloff en est la meilleure illustration. «Des otages libérés des griffes de l’État islamique ont dit qu’ils avaient été gardés par trois anglophones. Les djihadistes étrangers peuvent également contacter par e-mail les familles d’otages dans leurs propres langues pour demander des rançons», explique l’hebdomadaire.

Le Soufan Group estime que jusqu’en mai, quelque 12.000 combattants issus de 81 pays différents avaient rejoint le djihad en Syrie. Mais ce chiffre doit être bien plus important aujourd’hui. Car depuis que l’État islamique a fondé le «califat» le 29 juin, «le recrutement a explosé», assure le journal. «La Syrie a attiré des combattants plus vite que n’importe quel autre conflit dans le passé, que ce soit la guerre d’Afghanistan dans les années 1980 ou celle d’Irak après l’invasion américaine de 2003.» La guerre sainte prônée par l’État islamique fait venir essentiellement des hommes en dessous de 40 ans. Mais elle séduit de plus en plus de femmes. Elles représentent environ 10 à 15% de ceux qui voyagent en Syrie, estime-t-on au Centre international d’étude sur la radicalisation, un groupe de réflexion basé à Londres.

Mais les plus gros pourvoyeurs de combattants étrangers pour l’État islamique restent les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Parmi les plus notables, on trouve la Tunisie, qui dénombre pas moins de 3000 ressortissants actuellement en Syrie. L’Arabie saoudite en compte 2500, la Jordanie 2089… La présence de ces étrangers dans les rangs des radicaux islamistes laisse leurs gouvernements respectifs dans l’embarras. Car ils sont difficiles à tracer à leur retour, à l’image de Mehdi Nemmouche, qui aurait passé un an à combattre en Syrie avant de commettre la tuerie du Musée juif de Bruxelles en mai dernier.

Voir enfin:

Le casse-tête juridique de la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie
Eugénie Bastié
Le Figaro
05/11/2014

Eric Ciotti a annoncé lundi sa volonté de radier du RSA une personne partie faire le djihad en Syrie. Une décision qui semble légale mais qui sera difficile à généraliser, les conseils généraux et les CAF ne disposant pas de l’identité des personnes concernées.

Coup de com’ ou vraie décision politique? Lundi, le président du Conseil général des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a annoncé une mesure inédite en France: «j’ai décidé de procéder à la radiation d’un allocataire du RSA identifié comme étant parti en Syrie pour combattre dans les rangs de l’Etat islamique».

Pour mettre en œuvre sa décision, il s’appuie sur un cadre juridique bien précis. En effet, une des conditions essentielles pour pouvoir toucher le RSA est de «résider en France de manière stable et effective». L’article R.262-5 du Code d’action sociale et des familles précise ce critère: une résidence stable et effective signifie une résidence permanente. La personne qui touche le RSA peut accomplir hors de France un ou plusieurs séjours «dont la durée de date à date ou la durée totale par année civile n’excède pas trois mois». Normalement, le département aurait donc dû attendre trois mois après le départ de la personne pour la Syrie avant de la suspendre ou la radier. Mais pour Eric Ciotti, il était hors de question de donner un centime de plus à des «terroristes». «Les personnes parties à l’étranger dans la perspective de mener une guerre aux côtés d’un état terroriste n’ont pas vocation à continuer à bénéficier de la solidarité nationale» a-t-il argumenté.

Il a donc mis en avant un récent avis du Conseil d’Etat pour élargir les critères d’appréciation de la condition de résidence stable ou effective. Celui-ci précise en effet qu’«il y a lieu de tenir compte de son logement, de ses activités ainsi que de toutes circonstances particulières relatives à sa situation, parmi lesquelles le nombre, les motifs et la durée d’éventuels séjours à l’étranger et ses liens personnels et familiaux».

«La décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale»
Pour Virginie Ribeiro, avocate spécialiste du RSA, la décision du député parait tout à fait fondée juridiquement. «Dans le cadre du contexte actuel, et étant donné la gravité d’un départ pour la Syrie, la décision de M. Ciotti paraît à la fois légitime et légale car elle a pour objectif le maintien de l’ordre public».

Faut-il, dans ce cas, faire une loi pour généraliser la suppression des allocations aux djihadistes partis en Syrie? «Ce n’est pas nécessaire. Je pense que la décision de M. Ciotti sera suivie», estime Virginie Ribeiro. «L’article du CASF, combiné à la jurisprudence du Conseil d’Etat, me paraissent suffisants. On peut bien sûr envisager que la personne en question intente un recours devant le tribunal administratif à son retour de Syrie, mais étant donné les circonstances, il y a peu de chances que sa plainte soit entendue».

Théoriquement, la décision d’Eric Ciotti pourrait donc être appliquée dans tous les départements. Mais pratiquement, une difficulté subsiste: les noms des personnes parties en Syrie ne sont ni forcément connus, ni, quand c’est le cas, communiqués aux conseils généraux.

Le député Alain Marsaud (UMP) a déposé le 10 octobre dernier avec Thierry Mariani une résolution à l’Assemblée nationale pour la «création d’une commission d’enquête aux abus de versements des prestations sociales aux Français ayant quitté le territoire dans le but de participer au djihad». Selon lui, il avait déjà prévenu le ministre de l’Intérieur Manuel Valls au mois de juin qui «ignorait totalement le sujet».

Croiser les fichiers de la CAF avec ceux des renseignements
«J’ai pris contact avec des directeurs de Caf [Caisse d’allocations familiales]qui m’ont confirmé qu’en effet certaines personnes continuaient à recevoir des allocations alors qu’elles étaient parties pour la Syrie. Ainsi un couple recevait 2200 euros par mois pour partir faire le djihad aux frais de la République!», assure le député UMP. Selon lui, les personnes concernées établissent des procurations à des tiers qui touchent l’argent en numéraire puis les renvoient aux personnes dans les pays d’accueil.

Mais, comme les conseils généraux, la CAF n’a pas connaissance des noms des personnes parties pour le djihad. Alain Marsaud demande donc qu’«il soit possible de croiser des fichiers des caisses d’allocations avec ceux des services de sécurité». Pour l’instant ce n’est pas possible, «sous prétexte d’attaque aux libertés individuelles», déplore-t-il. Il propose également d’allouer «davantage de moyens aux Caisses d’allocations familiales afin que les versements d’indemnités de toutes sortes à ces individus puissent être rapidement stoppés».

D’après M. Marsaud, plusieurs centaines de personnes seraient concernées «Tous les gens qui sont partis là-bas sont plus ou moins allocataires, le temps qu’on s’en aperçoive, ils ont déjà touché plusieurs mois, c’est de l’argent qui va directement dans la poche de terroristes! Je dis donc bravo à M. Ciotti et j’invite tous les présidents de conseils généraux soucieux du bien public à suivre son exemple». Il s’étonne d’ailleurs que son projet de résolution «n’ait pour l’instant reçu aucun soutien ni encouragement du groupe UMP à l’Assemblée».

Voir par ailleurs:

Moyen-Orient
Jack Lang : “Un musée destiné à une Palestine libre et souveraine”
Yasmine Youssi
Télérama
29/10/2015

L’Institut du monde arabe va participer à la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Il propose son hospitalité aux collections, en attendant qu’elles puissent être exposées. Jack Lang nous en dit plus.

Le 16 octobre dernier, l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, signait avec l’intellectuel Elias Sanbar, actuel ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, un partenariat en vue de la création du Musée national d’art moderne et contemporain de Palestine. Jack Lang revient pour nous sur la genèse et la nécessité d’une telle institution.

Comment est née l’idée de ce musée?

C’est le poète palestinien Elias Sanbar qui a imaginé la préfiguration de ce Musée national d’art moderne et contemporain. Nous nous connaissons depuis de longues années et j’ai énormément de respect pour lui. Elias est un homme de paix. Avec l’aide de Gérard Voisin et d’Ernest Pignon-Ernest, il a réuni une centaine d’œuvres remarquables données par d’autres artistes, essentiellement français. Il y a là des tableaux d’Henri Cueco, de Gérard Fromanger, des œuvres de Tardi ou de Barthélémy Toguo, des photos d’Henri Cartier-Bresson ou de Robert Doisneau. Restait à stocker ces œuvres avant l’édification et l’ouverture du musée dans une Palestine que nous espérons libre et souveraine. Je me suis alors dit que l’Institut du monde arabe pouvait offrir l’hospitalité à cette collection en attendant qu’elle puisse être exposée.

Faudra-t-il attendre la création d’un Etat Palestinien pour découvrir cette collection?

Pas forcément. Il existe plusieurs hypothèses et la décision finale revient bien sûr aux Palestiniens. Ça serait une bonne chose que ces œuvres soient présentées au public à l’IMA ou ailleurs. Il n’est pas exclu qu’elles le soient à Ramallah, avant la création d’un Etat palestinien auquel je crois. Même si les deux situations n’ont rien à voir, la préfiguration de ce musée m’a rappelé celle du Musée de la résistance Salvador Allende au Chili.

En 1975, deux ans après le coup d’Etat de Pinochet, de grands artistes latino-américains avaient eu la même idée et avaient ainsi constitué une collection. Le peintre surréaliste Roberto Matta avait donné des œuvres, tout comme le peintre et sculpteur d’origine argentine Julio Le Parc, et bien d’autres encore. Comme je présidais le Festival de théâtre universitaire de Nancy, je leur avais proposé d’y organiser la première exposition de la collection en 1977. Une fois nommé ministre de la Culture, j’ai souhaité que le Centre Pompidou présente la collection. Et lorsque Pinochet a été vaincu, la France a financé le transfert des œuvres à Santiago du Chili. Le musée est désormais installé au sein du bâtiment jadis occupé par la police politique du dictateur.

N’y a-t-il pas d’autres priorités que la construction d’un musée en Palestine?

Lorsque l’on mène un combat, tout est important. Aujourd’hui la situation est très difficile. Elle n’a même jamais été aussi désespérante. Le gouvernement israélien est totalement hostile à une Palestine libre. Les Palestiniens sont pour leur part divisés, ce qui les pousse à commettre des actes de désespoir d’une extrême violence. Vus de Loin, ils apparaissent comme un pauvre peuple abandonné, alors que c’est un peuple combattant, combattif, créatif, qui regorge de talents, et qui prend son destin en main.

Mettre en place un musée national d’art moderne et contemporain est un signe de combat. D’autres s’engagent également sur la voie de la culture. Tel l’homme d’affaires palestinien Omar Qattan, avec qui l’IMA a noué des liens, et qui inaugurera en mai prochain à Rammallah un musée destiné à rayonner sur toute la Palestine, dédié à sa culture, à son histoire. Il est important de montrer cela. De donner une image positive du pays.

A l’Institut, nous mettons beaucoup l’accent sur la Palestine. Nous y avons par exemple organisé une conférence de la coopération décentralisée, réunissant maires et élus français et palestiniens pour qu’ils travaillent sur des sujets concrets. Nous réfléchissons aussi à un grand événement qui donnerait à voir cette richesse culturelle. Car c’est par le biais de la culture que nous parviendrons à faire comprendre au monde que ce peuple ne demande qu’à vivre et à éduquer ses enfants.

Vous dites que le partenariat de l’IMA avec le Musée national d’art moderne et contemporain est un geste de soutien à la création d’un Etat palestinien. S’agit-il du soutien de la France, de l’IMA ou de Jack Lang ?

Des trois à la fois.

Voir par ailleurs:

Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation (1/2)
Alexandre Devecchio

  • Le Figaro
  • 14/08/2015

 

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – En 2002, Georges Bensoussan a dirigé Les territoires perdus de la République. A l’occasion de la republication de ce livre controversé, il analyse le phénomène de déliquescence de la nation que des politiques, conscients mais impuissants, ne réussisent pas à endiguer.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO @AlexDevecchio

A lire aussi: Georges Bensoussan: «Nous assistons à l’émergence de deux peuples» (2/2)

FIGARO. – La première édition des Territoires perdus de la République date de septembre 2002. Vous y dénonciez les maux qui rongent l’école, mais aussi la société française: la violence, l’islamisme, l’antisémitisme. A l’époque, le livre avait été accueilli par un long silence médiatique. Rétrospectivement, comment expliquez-vous cette omerta?

Georges BENSOUSSAN. – L’omerta fait partie des problèmes dénoncés dans le livre. Il y a peur de dire ce que l’on voit comme si dire le réel, c’était le faire exister. A l’époque, nous constations que l’intégration d’une partie des populations de banlieues, progressivement reléguée dans des cités et frappée par le chômage de masse, était en panne. Après avoir fonctionné jusque dans les années 80, l’intégration s’est bloquée à la fin des années 90, ce que l’on constate aujourd’hui avec la hausse des unions endogames. Or, il semblait difficile en France de faire ce simple constat car on risquait d’être accusé de racisme, de stigmatiser et d’amalgamer des populations. C’est d’ailleurs l’accusation qui nous fut d’emblée imputée. Une culture d’une partie de la gauche dominante (à distinguer de la gauche antitotalitaire dans la lignée d’Orwell) nous a enfermés dans la frilosité. Il est devenu presque impossible de dénoncer certains périls sans être accusé d’appartenir au camp du mal. Pourtant, les sept auteurs de la première édition, tout comme les treize de la seconde, venaient tous, quasiment sans exception, des rangs de la gauche. Le silence médiatique autour de ce livre, puis sa stigmatisation, était révélateur d’un climat de terrorisme intellectuel qui n’a d’ailleurs rien de nouveau. Les réactions qui ont entouré Les territoires perdus de la République sont de même nature que celles qui ont entourées les débats politiques français des années 50-60, quand une pensée antitotalitaire était accusée de faire le jeu de la bourgeoisie. Pour s’en convaincre, il faut relire les joutes qui opposèrent Albert Camus, Raymond Aron ou Arthur Koestler à toute une partie de la gauche. Une gauche qui était à l’époque dominée culturellement par le Parti communiste. Nombre d’intellectuels se posaient moins la question de la vérité que celle de savoir de qui «on faisait le jeu». Aujourd’hui, certains intellectuels de gauche n’entendent pas, disent-ils, pas faire le jeu du FN, comme leurs aïeux autrefois, communistes ou proches du PC (les «compagnons de route»), ne voulaient pas faire le jeu du grand capital. Pour un intellectuel, une seule question devrait se poser: les faits sont-ils avérés ou non? Dans les années 1940 en Angleterre, Orwell avait été confronté au même problème. Bien que venant des rangs de la gauche travailliste, il se voyait reprocher de faire le jeu des conservateurs anglais. Les blocages auxquels nous nous sommes heurtés avec ce livre sont les mêmes que ceux qui ont marqué le XXe siècle, c’est le débat entre totalitarisme et antitotalitarisme.

Vous écrivez que nous sommes passés des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation … De septembre 2002 aux attentats de janvier 2015, avons-nous perdu une décennie?

En 2002, nous étions encore habités par le mot «République», agité comme un talisman, comme un sésame salvateur. Or, la République est d’abord une forme de régime. Elle ne désigne pas un ancrage culturel ou historique. La nation, elle, est l’adhésion à un ensemble de valeurs et rien d’autre. Ce n’est pas le sang, pas le sol, pas la race. Peut être Français, quelle que soit sa couleur de peau ou sa religion, celui qui adhère au roman national selon la définition bien connue d’Ernest Renan: «Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis.» Nous avions un peu délaissé cette définition pour mettre en avant les valeurs de la République. Nous avons fait une erreur de diagnostic. Nous n’avions pas vu que la nation, et non seulement la République, était en train de se déliter. Une partie de la population française, née en France, souvent de parents eux-mêmes nés en France, a le sentiment de ne pas appartenir à celle-ci. Alors qu’ils sont français depuis deux générations pour beaucoup, certains adolescents dans les collèges et lycées, comme aussi certains adultes, n’hésitent plus à affirmer que la France n’est pas leur pays. Ajoutant: «Mon pays c’est l’Algérie…» (ou la Tunisie, etc…). Les incidents lors de la minute de silence pour les assassinés de Merah comme pour ceux de janvier 2015 furent extrêmement nombreux. On a cherché comme toujours à masquer, à minimiser, à ne pas nommer. Dans la longue histoire de l’immigration en France, cet échec à la 3° génération est un fait historique inédit. Certains historiens de l’immigration font remarquer, à juste titre, qu’il y eut toujours des problèmes d’intégration, même avec l’immigration européenne. Mais pour la première fois dans l’Histoire nous assistons à un phénomène de désintégration, voire de désassimilation. C’est pourquoi, ce n’est pas la République seule qui est en cause, mais bien la nation française: notre ancrage historique, nos valeurs, notre langue, notre littérature et notre Histoire. Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d’assister en France à l’émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile. Dans le cadre de la préparation d’un nouvel ouvrage, j’ai été frappé en écoutant plusieurs de mes interlocuteurs de voir que l’expression «guerre civile», qui aurait fait ricaner il y a dix ans ou surpris il y a cinq ans, est aujourd’hui dans les bouches d’un grand nombre, tant d’élus de terrain, de policiers, de médecins hospitaliers (service des urgences par exemple) ou de banlieue. Le sentiment que deux peuples sont en train de se former, côte à côte, et qui se regardent souvent avec hostilité, ce sentiment-là est aujourd’hui partagé par beaucoup.

Pourquoi, selon vous, personne n’est descendu dans la rue au moment de l’affaire Merah?

En mai 1990, après la profanation du cimetière juif de Carpentras, des centaines de milliers de Français étaient descendus dans la rue, y compris le président de la République. En 2012, une génération plus tard, pour Ilan Halimi en 2006, en mémoire aux victimes de Merah en 2012, de Nemmouche en 2014, il n’y avait plus personne, sauf des juifs. La montée du communautarisme, du repli sur soi et de l’indifférence sont patents, signe d’un morcellement de la société française, d’un repli sur soi moins hédoniste que désespéré est en train de l’emporter qui multiplie les gestes et les mots du découragement: «on ne peut rien y faire», «ça ne changera jamais», «c’est trop tard», etc…. Mais aussi, hélas, et le fait n’est pas nouveau, le massif «ce n’est pas notre affaire». Cela posé, la raison essentielle de cette désaffection est peut être ailleurs: l’affaire Merah témoignait d’un antisémitisme qui ne venait pas d’où on l’attendait, l’extrême droite. De là un malaise général. Souvenons-nous de la période qui sépare les meurtres de la mort de Merah sous les balles du GIGN. Il s’est écoulé une semaine durant laquelle un grand nombre des bien-pensants de ce pays, et en particulier les spécialistes du déni de réalité, étaient convaincus que l’assassin était un néo-nazi, un Breivik à la française. Le fait que Mohammed Merah fût musulman en a gêné plus d’un. Ainsi, l’ennemi n’était pas le bon. Pour descendre dans la rue, il fallait qu’il soit conforme, breveté d’extrême droite et blanc. Une certaine instrumentalisation de l’histoire, mais pas cette histoire elle-même évidemment, a paralysé la réflexion politique. On n’a cessé de rejouer les années noires en télescopant les situations jusqu’à voir dans tout immigré clandestin un Juif du Vel d’Hiv en 1942, comme s’il fallait racheter la mollesse et l’indifférence des aïeux. De surcroît, troublant était le fait que Merah était français, né en France… et qu’il était au collège au moment de la première édition des Territoires perdus de la République. Je veux dire par là que cela interroge l’Education nationale, et notamment cette idée un peu simple selon laquelle un bon enseignement de la Shoah ( ce qui est le cas en France) suffirait à endiguer racisme et antisémitisme.

Aujourd’hui, les politiques et les médias ont-ils suffisamment ouvert les yeux?

Les élus de terrain, tant de droite que de gauche, sont conscients des réalités. Mais beaucoup ont peur de parler. A fortiori du coté des hommes politiques dont le courage n’est pas la qualité première à l’exception de quelques-uns. Comme s’ils craignaient, en parlant, de faire sauter un baril de poudre tant la situation leur parait (et ici ils ont raison) dangereuse. La France est en effet l’un des pays d’Europe parmi les plus exposés au risque de conflits internes.

La peur d’être taxé de racisme joue son rôle dans la paralysie française. Et la désespérance du plus grand nombre dont la parole est d’emblée invalidée au nom d’un antiracisme dévoyé. Cette crainte va jusqu’à reprendre un discours concocté par l’adversaire sans s’interroger sur la pertinence des «mots». Ainsi du mot «islamophobie», un terme particulièrement inepte en effet qui réintroduit en France la notion de blasphème. On peut s’opposer à la religion, qu’elle soit juive, catholique ou musulmane, sans être raciste. Le combat laïque c’est le refus qu’une religion quelle qu’elle soit prévale sur la loi civile. Ce combat difficile a finalement été gagné en France entre 1880 et 1905. Céder sur ce plan c’est détricoter deux siècles de Révolution française pour parler comme François Furet et plus d’un siècle d’une histoire de France qui a fait de la République non seulement un régime mais une culture. Il nous faut comprendre que le mot islamophobie, forgé par des associations musulmanes, crée à dessein de la confusion pour culpabiliser les tenants du combat républicain. Pour faire entendre, en bref, que ce seraient des racistes à peine dissimulés. En invoquant à contre-emploi le racisme et en usant d’un antiracisme défiguré ( celui-là même qu’on a vu à Durban en 2001 où l’on entendait le cri de «One Jew, one bullett»), il s’agit de faire taire toute voix dissidente. En instrumentalisant l’histoire au passage, c’est ce que Leo Strauss appelait la Reductio ad Hitlerum.

L’un des premiers soucis de la classe médiatique et politique après les crimes de Merah et les attentats de janvier 2015 fut d’éviter les «amalgames». Comme si les premières victimes des violences étaient les Français d’origine maghrébine ou les musulmans. Près de soixante-dix ans plus tôt, en novembre 1945, après les terribles pogroms qui venaient d’ensanglanter la communauté juive de Tripoli en Libye (plus de quarante assassinats dans des conditions atroces), les dignitaires musulmans de la ville estimaient que les premières victimes étaient moins les juifs qu’eux-mêmes, car disaient-ils, ils risquaient d’être désormais «montrés du doigt». En revanche, il n’y eut pas condamnation publique de ces actes. Comme aujourd’hui. Quand en avril 2012 l’imam Chalghoumi organisa une manifestation de protestation contre les agissements de Merah, il ne réunit qu’une cinquantaine de personnes.

Vous faites référence au monde imaginé par Orwell dans son roman d’anticipation 1984. Notre système peut-il vraiment être qualifié de totalitaire?

Nous ne sommes pas dans un système totalitaire, mais dans un système d’avachissement de la démocratie que Tocqueville avait annoncé. Cet avachissement est marqué par le triomphe de l’intérêt individuel et le désintérêt pour la chose publique. Dans le contexte historique particulier qui est celui de la France, cela se traduit par une pensée a-critique et frileuse, même si cette frilosité, voire cette lâcheté ne sont pas chose nouvelle. On n’en finirait pas de faire la généalogie du déclin de ce qui fut jadis la «Grande Nation». Nul doute qu’à cet égard le XX° siècle français, jusqu’à nos jours même, paie l’énorme saignée de la Grande Guerre. De ce désastre-là, la France ne s’est jamais remise. Elle avait gagné la guerre mais perdu ses hommes et à long terme son vouloir vivre national. Toutes les campagnes françaises se font l’écho d’une tragédie qui naturellement appelait dans son sillage une immigration de peuplement qui, chaque jour plus nombreuse, a atteint un seuil tel que la machine à intégrer s’est finalement enrayée. Un pays est capable d’intégrer des minorités par capillarité. C’est moins vrai quand il s’agit depuis 40 ans de flux démographiques de masse.

Vous reprochez à l’Etat et notamment à l’école d’avoir fait trop de concession aux revendications communautaires. Que pensez-vous du débat actuel sur les menus de substitution?

Il est posé de manière caricaturale car on voit bien la volonté de certains politiques de surfer sur la polémique. Il pose cependant une question de fond comme il est symptomatique aussi d’un danger qui guette la société française. Il faut rappeler d’abord que la cantine n’est pas obligatoire. Introduire les menus de substitution dans les écoles, c’est donner prise à des pratiques communautaires qui n’auront dès lors aucune raison de s’arrêter. Là est le risque, c’est ce premier pas qui permettra tous les autres et qui conduira à détricoter le tissu laïque et à nous engager sur un chemin contraire à celui qui depuis deux siècles a fait la nation française.

Le terreau des réalités que vous décrivez est-il social ou culturel?

Les deux. Les causes sociales sont une évidence. Mais celui qui y réduirait son analyse se condamnerait à ne rien entendre à la complexité de la situation comme l’a bien montré Hugues Lagrange. En banlieue, le taux de chômage des moins de 25 ans avoisine parfois les 40- 50%. L’arrivée d’une immigration de masse à partir de 1975, au moment où les Trente Glorieuses s’achevaient, est un premier jalon dans cette histoire. On peut d’ailleurs se demander pourquoi, sept ans seulement après Mai 1968, la bourgeoisie française a favorisé cette immigration de masse à laquelle le PCF s’opposait dès 1980, ce qu’on a souvent oublié. Pourquoi est-ce sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’homme du retour au pouvoir de la droite libérale non gaulliste, qu’a été mis en place le regroupement familial alors que les emplois se faisaient de plus en plus rares? Dès lors qu’il ne s’agissait plus d’une immigration de travail, mais d’immigration familiale progressivement reléguée dans des cités, l’intégration était compromise. Conjugué au chômage, à la pauvreté, au confinement géographique des mêmes cultures et des mêmes nationalités, le facteur culturel, dégradé en repli identitaire, ne pouvait que jouer sur fond de frustration et de ressentiment.

Un repli identitaire qui a d’abord concerné des populations jeunes et nombreuses, venues d’un monde musulman en expansion et qui, au même moment, trouvait son expression politique dans l’islamisme et non plus dans le nationalisme arabe qui avait échoué. Ajoutez à cela l’environnement médiatique, la télévision par câble, satellite et internet qui a favorisé la diffusion des thèses islamistes et d’un antisémitisme virulent qui viennent du Moyen-Orient. La conjonction de ces facteurs, démographiques, sociaux, culturels et médiatiques a divisé le pays. La réaction aux attentats de janvier 2015, loin de montrer une nation unie, a mis en lumière deux pays cote a cote mais qui ne font plus nation. Ce phénomène, je le redis, est nouveau dans la longue histoire de l’immigration en France. Pour certains, ce fossé pourra se combler demain. J’en suis moins convaincu, il semble que la situation ait atteint un seuil d’irréversibilité.

Le risque n’est-il pas de sombrer dans une forme d’essentialisation?

C’est effectivement le principal reproche qui nous est fait. Cependant, la culture est tout sauf une essence. Ce qui est essence s’appelle «la race». Lorsqu’on est né dans un groupe ethnique, on n’en sort pas. On restera toujours ethniquement parlant Juif du Maroc ou Sénégalais peul. En revanche, la culture s’acquiert. Elle est dynamique. On peut être Juif du Maroc ou Sénégalais peul, lorsqu’on vit en France et qu’on finit par aimer ce pays, on devient français. La culture est le contraire absolu de l’essence. L’histoire culturelle, c’est l’histoire des mentalités, des croyances, de la mythologie, des valeurs d’une société qui permet de comprendre l’imaginaire des hommes d’un temps donné. Cette histoire n’est pas fixe. Il suffit pour s’en convaincre de réfléchir à la conception de l’enfant dans la culture occidentale, à l’image qu’on s’en faisait au Moyen-Age, au XVIIIe siècle, au XXe siècle. Il s’agit là d’un processus dynamique, rien d’un fixisme.

Mais si la culture est le contraire de la race, pourquoi une telle frilosité à faire de l’histoire culturelle, une telle peur de nommer les problèmes culturels par leurs noms? Dans un domaine moins polémique, pourquoi certains ont-ils encore peur de dire que le nazisme est un enfant de l’Allemagne et pas seulement de l’Europe? Qu’il y a dans le nazisme des éléments qui n’appartiennent qu’à la culture allemande traditionnelle depuis Luther et même bien avant. Les grands germanistes français du XX° siècle le savaient, depuis Edmond Vermeil jusqu’à Rita Thalmann et plus près de nous Edouard Husson. Est-ce faire du racisme anti-allemand que le dire? Est-ce faire du racisme que constater dans la culture musulmane, le Coran et les hadiths sont présents des éléments qui rendent impossible la coexistence sur un pied d’égalité avec les non musulmans. Je ne parle pas de la tolérance du dhimmi. Je parle d’égalité et de culture du compromis et de la négociation. Travaillant plusieurs années sur l’histoire des juifs dans le monde arabe aux XIXe et au XXe siècle (pour juifs en pays arabes. Le grand déracinement, 1850-1975, Tallandier, 2012), j’avais constaté l’existence d’une culture arabo-musulmane, du Maroc à l’Irak, entachée d’un puissant antijudaïsme, et ce bien avant le sionisme et la question d’Israël et de la Palestine. Il existe en effet, et de longue date, une culture arabo-musulmane anti-juive, souvent exacerbée par la colonisation ( mais qui n’en fut toutefois jamais à l’origine). Il fallait faire de l’histoire culturelle pour comprendre comment, pourquoi et quand la minorité juive qui s’était progressivement émancipée grâce à l’école, s’était heurtée à une majorité arabo-musulmane aux yeux de laquelle l’émancipation des juifs était inconcevable et irrecevable. Il n’était question alors ni de sionisme, ni d’Israël ni de Gaza. Et encore moins de «territoires occupés» qui, pour les ignorants et les naïfs, constituent le cœur du problème actuel. Ce conflit entre une majorité qui ne supporte pas que le dominé de toujours s’émancipe, et le dominé de toujours qui ne supporte plus la domination d’autrefois, se traduit par un divorce, et donc un départ. Il s’agit là d’histoire culturelle. Où est le racisme?

Voir enfin:

Georges Bensoussan : «Nous assistons à l’émergence de deux peuples» (2/2)

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN – Georges Bensoussan évoque la montée en puissance de l’antisémitisme et du racisme anti-blanc dans les banlieues. L’auteur des Territoires perdus de la République analyse les nouvelles fractures françaises.

Georges Bensoussan est historien, spécialiste d’histoire culturelle de l’Europe des XIXe et XXe siècles, et en particulier des mondes juifs. Il a dirigé l’ouvrage Les Territoires perdus de la République (Mille et une nuits, 2002) rassemblant les témoignages d’enseignants et chefs d’établissements scolaires.

PROPOS RECUEILLIS PAR ALEXANDRE DEVECCHIO

A lire aussi: Des territoires perdus de la République aux territoires perdus de la nation (1/2)

Dans Les territoires perdus de la République, vous évoquiez pour la première fois l’antisémitisme des banlieues. En quoi se distingue-t-il de l’antisémitisme traditionnel?

L’antisémitisme traditionnel en France est originellement marqué par l’Eglise, l’extrême droite et le nationalisme: c’est l’antisémitisme de l’affaire Dreyfus qui connaît son acmé sous Vichy. L’antisémitisme nouveau est un antisémitisme d’importation. Il est lié à la fois à la culture traditionnelle des pays magrébins, à l’islam et au contexte colonial. En Algérie, le décret Crémieux qui permit aux juifs de devenir Français dès 1870 attise la jalousie des musulmans. En Tunisie et au Maroc, les juifs n’étaient pas français mais leur émancipation par le biais de l’école leur a donné une large avance sur le plan scolaire et social sur la majorité musulmane. Cela s’est terminé par le départ de la minorité juive. Cet antisémitisme-là s’est transposé sur notre territoire par le truchement de l’immigration familiale ( c’est cela qui a été importé et pas le conflit israélo-palestinien comme le répètent les médias). Un antisémitisme qui préexistait toutefois auparavant (mais en mode mineur) comme le rappellent les affrontements survenus à Belleville en juin 1967 ou le Mouvement des Travailleurs arabes au début des années 1970.

Paradoxalement, cet antisémitisme ne s’est pas dilué, mais enkysté. C’est dans les familles qu’il se transmet et s’apprend. Arrivé à l’école, l’affaire est déjà jouée. Nouveau par les formes et l’origine, il épouse parfois le vocabulaire de l’antisémitisme traditionnel. Par exemple, le mot «youpin», qui avait tendance à disparaître en France, est réutilisé dans des milieux de banlieues qui ne le connaissaient pas. Bref, les différentes branches de l’antisémitisme sont en train de se conjuguer. L’extrême droite traditionnelle qui connait un renouveau, une certaine ultra gauche qui par le biais de l’antisionisme a parfois du mal à maquiller son antisémitisme (l’enquête Fondapol d’octobre 2014 menée par Dominique Reynié était édifiante à cet égard). On a oublié que l’antisémitisme plongeait de longues racines à gauche, depuis Proudhon jusqu’aux propos de Benoît Frachon en juin 1967, secrétaire général de la CGT. Mais la branche la plus massive, et de loin, est la branche arabo-islamiste. Celle-là seule passe aux actes, elle insulte, frappe et tue. Elle n’est d’ailleurs pas seulement arabo-islamiste car elle déborde aujourd’hui dans les banlieues. Nombre de jeunes qui ne sont pas issus de l’immigration arabo-musulmane adoptent pourtant le code culturel de l’antisémitisme, lequel est devenu un code d’intégration dans les cités. Ainsi, ici, l’intégration à la France se fait-elle à rebours, en chassant la part juive de la société française. Adopter ces clichés et ce langage c’est se donner plus de chances d’être intégré dans l’économie sociale des banlieues. Et pour parler comme la banlieue, il faut parler «anti-feuj».

Certains vont jusqu’à comparer les sort des musulmans aujourd’hui à celui des juifs hier. La sacralisation de la Shoah nous empêche-t-elle de comprendre le présent?

En tant qu’historien, je suis frappé par la stupidité d’une telle comparaison. Je n’ai pas souvenir dans l’histoire des années 30 d’avoir entendu parler de l’équivalent juif de Mohammed Merah, de Mehdi Nemmouche ou des frères Kouachi se mettant à attaquer des écoles françaises, des boutiques ou des Eglises. Assistait-on dans les années 1930 à un repli communautaire des juifs? Tout au contraire, s’agissait-il d’une course éperdue vers l’intégration et l’assimilation. Les juifs cherchaient à se faire le plus petit possible. Ils étaient 330 000, dont 150 000 juifs étrangers qui vivaient dans la crainte d’être expulsés. Beaucoup étaient des réfugiés de la misère, d’autres fuyaient le nazisme et les violences antisémites d’Europe orientale. Aujourd’hui, place Beauvau, on estime la minorité musulmane entre six et dix millions de personnes. Ils n’ont pas été chassés par un régime qui veut les exterminer mais sont venus ici, dans l’immense majorité des cas, pour trouver des conditions de vie meilleures. Les situations sont incomparables, ne serait-ce qu’au regard des effectifs concernés: en Europe, aujourd’hui, un musulman sur quatre vit en France.

Cette question est toutefois intéressante à un autre titre: pourquoi une partie de la population française d’origine maghrébine est-elle habitée par un mimétisme juif, une obsession juive, voire une jalousie sociale comme si l’histoire du Maghreb colonial se perpétuait ici? L’histoire de la Shoah est-elle en cause? Elle n’a pas été surestimée, il s’agit bien de la plus profonde coupure anthropologique du siècle passé, et elle dépasse de loin la seule question antisémite. En réalité, c’est la trivialisation de cette tragédie historique qui a produit des effets pervers. Car la Shoah, elle, au-delà de toutes les instrumentalisations, reste une question d’histoire cardinale qui interroge politiquement toutes les sociétés. Qu’est-ce qu’un génocide? Comment en est-on arrivé-là? Pourquoi l’Allemagne? Pourquoi l’Europe? Pourquoi les juifs? Comment une idéologie meurtrière se met-elle en place? Comment des hommes ordinaires, bons pères de famille, deviennent-ils parfois des assassins en groupe? Cette césure historique, matrice d’un questionnement sans fin, a été rabaissée à un catéchisme moralisateur («Plus jamais ça!») et à une avalanche assez niaiseuse de bons sentiments qui, pédagogiquement, ne sont d’aucune utilité. Et qui fait que nous passons parfois à côté des mécanismes politiques qui régulent des sociétés de masse d’autant plus dangereuses qu’anomiées. Le discours de la repentance a pu stériliser la pensée et frapper de silence des questions jugées iconoclastes. Comme les questions d’histoire culturelle évoquées tout à l’heure. Comme si invoquer le facteur culturel à propos de minorités dont l’intégration est en panne serait emprunter le «chemin d’Auschwitz». Cet affadissement a paralysé la réflexion politique, enté sur la conviction erronée que les situations se reproduisent à l’identique. Or, si les mécanismes sont les mêmes, les situations ne le sont jamais. Le travail de l’historien illustre sans fin le mot d’Héraclite: «On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve…»