Yom Kippour/5779: Attention, un Grand Pardon peut en cacher un autre (Yokes and chains: How much more mass immigration will the West have to endure to atone for its historical wrongs ?)

19 septembre, 2018
Et le bouc sur lequel est tombé le sort pour Azazel sera placé vivant devant l’Éternel, afin qu’il serve à faire l’expiation et qu’il soit lâché dans le désert pour Azazel. (…) Car en ce jour on fera l’expiation pour vous, afin de vous purifier: vous serez purifiés de tous vos péchés devant l’Éternel. Ce sera pour vous un sabbat, un jour de repos, et vous humilierez vos âmes. C’est une loi perpétuelle. Lévitique 16:10-31
Parce qu’aujourd’hui, chez les juifs, c’est le Kippour. Aujourd’hui dans le monde entier, tous les juifs, ils pardonnent à ceux qui leur ont fait du mal. Tous les juifs, sauf un. Moi. Moi, je pardonne pas. Raymond Bettoun
Le monde moderne n’est pas mauvais : à certains égards, il est bien trop bon. Il est rempli de vertus féroces et gâchées. Lorsqu’un dispositif religieux est brisé (comme le fut le christianisme pendant la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices qui sont libérés. Les vices sont en effet libérés, et ils errent de par le monde en faisant des ravages ; mais les vertus le sont aussi, et elles errent plus férocement encore en faisant des ravages plus terribles. Le monde moderne est saturé des vieilles vertus chrétiennes virant à la folie.  G.K. Chesterton
Aujourd’hui on repère les boucs émissaires dans l’Angleterre victorienne et on ne les repère plus dans les sociétés archaïques. C’est défendu. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Nous sommes entrés dans un mouvement qui est de l’ordre du religieux. Entrés dans la mécanique du sacrilège : la victime, dans nos sociétés, est entourée de l’aura du sacré. Du coup, l’écriture de l’histoire, la recherche universitaire, se retrouvent soumises à l’appréciation du législateur et du juge comme, autrefois, à celle de la Sorbonne ecclésiastique. Françoise Chandernagor
Malgré le titre général, en effet, dès l’article 1, seules la traite transatlantique et la traite qui, dans l’océan Indien, amena des Africains à l’île Maurice et à la Réunion sont considérées comme « crime contre l’humanité ». Ni la traite et l’esclavage arabes, ni la traite interafricaine, pourtant très importants et plus étalés dans le temps puisque certains ont duré jusque dans les années 1980 (au Mali et en Mauritanie par exemple), ne sont concernés. Le crime contre l’humanité qu’est l’esclavage est réduit, par la loi Taubira, à l’esclavage imposé par les Européens et à la traite transatlantique. (…) Faute d’avoir le droit de voter, comme les Parlements étrangers, des « résolutions », des voeux, bref des bonnes paroles, le Parlement français, lorsqu’il veut consoler ou faire plaisir, ne peut le faire que par la loi. (…) On a l’impression que la France se pose en gardienne de la mémoire universelle et qu’elle se repent, même à la place d’autrui, de tous les péchés du passé. Je ne sais si c’est la marque d’un orgueil excessif ou d’une excessive humilité mais, en tout cas, c’est excessif ! […] Ces lois, déjà votées ou proposées au Parlement, sont dangereuses parce qu’elles violent le droit et, parfois, l’histoire. La plupart d’entre elles, déjà, violent délibérément la Constitution, en particulier ses articles 34 et 37. (…) les parlementaires savent qu’ils violent la Constitution mais ils n’en ont cure. Pourquoi ? Parce que l’organe chargé de veiller au respect de la Constitution par le Parlement, c’est le Conseil constitutionnel. Or, qui peut le saisir ? Ni vous, ni moi : aucun citoyen, ni groupe de citoyens, aucun juge même, ne peut saisir le Conseil constitutionnel, et lui-même ne peut pas s’autosaisir. Il ne peut être saisi que par le président de la République, le Premier ministre, les présidents des Assemblées ou 60 députés. (…) La liberté d’expression, c’est fragile, récent, et ce n’est pas total : il est nécessaire de pouvoir punir, le cas échéant, la diffamation et les injures raciales, les incitations à la haine, l’atteinte à la mémoire des morts, etc. Tout cela, dans la loi sur la presse de 1881 modifiée, était poursuivi et puni bien avant les lois mémorielles. Françoise Chandernagor
Les « traites d’exportation » des Noirs hors d’Afrique remontent au VIIe siècle de notre ère, avec la constitution d’un vaste empire musulman qui est esclavagiste, comme la plupart des sociétés de l’époque. Comme on ne peut réduire un musulman en servitude, on répond par l’importation d’esclaves venant d’Asie, d’Europe centrale et d’Afrique subsaharienne. Olivier Pétré-Grenouilleau
A la différence de l’islam, le christianisme n’a pas entériné l’esclavage. Mais, comme il ne comportait aucune règle d’organisation sociale, il ne l’a pas non plus interdit. Pourtant, l’idée d’une égalité de tous les hommes en Dieu dont était porteur le christianisme a joué contre l’esclavage, qui disparaît de France avant l’an mil. Cependant, il ressurgit au XVIIe siècle aux Antilles françaises, bien que la législation royale y prescrive l’emploi d’une main-d’oeuvre libre venue de France. L’importation des premiers esclaves noirs, achetés à des Hollandais, se fait illégalement. Jean-Louis Harouel
Jusqu’ici – mais la vulgate perdure – les synthèses à propos de l’Afrique se limitaient ordinairement à une seule traite: la traite européenne atlantique entre l’Afrique et les Amériques, du XVe siècle à la première partie du XIXe siècle. En fait, jusqu’à la seconde moitié du de ce siècle puisque l’abolition ne met pas fin à la traite qui se poursuit illégalement. Or, le trafic ne s’est borné ni à ces quatre siècles convenus ni à l’Atlantique. La traite des Africains noirs a été pratiquée dans l’Antiquité et au Moyen Age; elle s’est prolongée jusqu’au XXe siècle et se manifeste encore sous divers avatars en ce début de XXIe siècle; elle s’est étendue à l’océan indien et au-delà; elle a été le fait non seulement des Européens, mais des Arabes et des Africains eux-mêmes. Pourtant, le programme de « La Route de l’esclave », élaboré par l’UNESCO et qui visait à briser le silence historique et scientifique observé sur la traite, véhicule, pour des raisons idéologiques (sous la pression des représentants du monde et des états africains), les mêmes distorsions. En effet, l’emploi du singulier (« La Route ») exclut de la reconnaissance et de la construction mémorielle aussi bien la traite interne à l’Afrique, la plus occultée, que les routes transsaharienne et orientale et montre à quel point l’histoire des traites est aujourd’hui un enjeu politique, en raison principalement des réparations que seul le Nord, parmi les régions impliquées, se devrait de verser. Roger Botte
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
Le Parlement européen a approuvé, le 12 septembre 2018, par 448 contre 197 (avec 48 abstentions), le rapport de l’eurodéputée Sargentini constatant des « risques graves » de violation des « valeurs » de l’Union, selon les termes des articles 2 et 7 du Traité sur l’Union européenne. C’est le début d’une longue procédure qui pourrait, comme dans le cas de la Pologne le 20 décembre dernier, aboutir à l’adoption de sanctions (suspension des droits de vote) pour la Hongrie. (…) Toutefois (…) il est possible que les européistes aient remporté une victoire à la Pyrrhus. Au lendemain du vote, c’est toute l’Europe du groupe de Višegrad (V4) qui risque de se considérer comme mise à l’index. La Pologne, déjà visée en décembre dernier par la procédure de l’article 7, la Tchéquie et la Slovaquie ne peuvent que se solidariser avec la Hongrie au sein du V4. Et la coalition de gouvernement en Autriche ÖVP-FPÖ visée par l’article 7 en 1999 peut elle aussi, à terme, bloquer le processus. Mais surtout, ce revers au Parlement de Strasbourg consacre a contrario le leadership de la Hongrie en étendard d’un mouvement profond sur les échiquiers politiques nationaux qui dépasse le cadres de l’Europe centrale et orientale, comme en témoigne les convergences avec la Ligue de Salvini en Italie ou les Démocrates Suédois à Stockholm. (…) À Varsovie et à Rome, à Stockholm et à Athènes, la Hongrie peut maintenant fédérer tous ceux dénoncent les décisions de l’UE concernant la répartition obligatoire des réfugiés, tous ceux qui prétendent défendre l’identité de l’Europe contre l’islam et tous ceux qui promeuvent un retour des souverainetés nationales. Ce vote peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la construction européenne. Il peut aussi devenir l’événement fondateur d’un leadership orbanien dans les opinions publiques des États membres. The Conversation
Dans ce livre, Douglas Murray analyse la situation actuelle de l’Europe dont son attitude à l’égard des migrations n’est que l’un des symptômes d’une fatigue d’être et d’un refus de persévérer dans son être. Advienne que pourra ! « Le Monde arrive en Europe précisément au moment où l’Europe a perdu de vue ce qu’elle est ». Ce qui aurait pu réussir dans une Europe sûre et fière d’elle-même, ne le peut pas dans une Europe blasée et finissante. L’Europe exalte aujourd’hui le respect, la tolérance et la diversité. Toutes les cultures sont les bienvenues sauf la sienne. « C’est comme si certains des fondements les plus indiscutables de la civilisation occidentale devenaient négociables… comme si le passé était à prendre », nous dit Douglas Murray. Seuls semblent échapper à celle langueur morbide et masochiste les anciens pays de la sphère soviétique. Peut-être que l’expérience totalitaire si proche les a vaccinés contre l’oubli de soi. Ils ont retrouvé leur identité et ne sont pas prêts à y renoncer. Peut-être gardent-ils le sens d’une cohésion nationale qui leur a permis d’émerger de la tutelle soviétique, dont les Européens de l’Ouest n’ont gardé qu’un vague souvenir. Peut-être ont-ils échappé au complexe de culpabilité dont l’Europe de l’Ouest se délecte et sont-ils trop contents d’avoir survécu au soviétisme pour se voir voler leur destin. Cette attitude classée à droite par l’Europe occidentale est vue, à l’Est, comme une attitude de survie, y compris à gauche comme en témoigne Robert Fico, le Premier ministre de gauche slovaque : «  j’ai le sentiment que, nous, en Europe, sommes en train de commettre un suicide rituel… L’islam n’a pas sa place en Slovaquie. Les migrants changent l’identité de notre pays. Nous ne voulons pas que l’identité de notre pays change. » (2016) Il y a un orgueil à se présenter comme les seuls vraiment méchants de la planète. Tout ce qui arrive, l’Europe en est responsable directement ou indirectement. Comme avant lui Pascal Bruckner, Douglas Murray brocarde l’auto-intoxication des Européens à la repentance. Les gens s’en imbibent, nous dit-il, parce qu’ils aiment ça. Ça leur procure élévation et exaltation. Ça leur donne de l’importance. Supportant tout le mal, la mission de rédemption de l’humanité leur revient. Ils s’autoproclament les représentants des vivants et des morts. Douglas Murray cite le cas d’Andrews Hawkins, un directeur de théâtre britannique qui, en 2006, au mi-temps de sa vie, se découvrit être le descendant d’un marchand d’esclaves du 16ème siècle. Pour se laver de la faute de son aïeul, il participa, avec d’autres dans le même cas originaires de divers pays, à une manifestation organisée dans le stade de Banjul en Gambie. Les participants enchainés, qui portaient des tee-shirts sur lesquels était inscrit « So Sorry », pleurèrent à genoux, s’excusèrent, avant d’être libérés de leurs chaines par  le Vice-Président  gambien. « Happy end », mais cette manie occidentale de l’auto-flagellation, si elle procure un sentiment pervers d’accomplissement, inspire du mépris à ceux qui n’en souffrent pas et les incitent à en jouer et à se dédouaner de leurs mauvaises actions. Pourquoi disputer aux Occidentaux ce mauvais rôle. Douglas Murray raconte une blague de Yasser Arafat qui fit bien rire l’assistance, alors qu’on lui annonçait l’arrivée d’une délégation américaine. Un journaliste présent lui demanda ce que venaient faire les Américains. Arafat lui répondit que la délégation américaine passait par là à l’occasion d’une tournée d’excuses à propos des croisades ! Cette attitude occidentale facilite le report sur les pays occidentaux de la responsabilité de crimes dont ils sont les victimes. Ce fut le cas avec le 11 septembre. Les thèses négationnistes fleurirent, alors qu’on se demandait aux États-Unis qu’est-ce qu’on avait bien pu faire pour mériter cela. Cette exclusivité dans le mal que les Occidentaux s’arrogent ruissèle jusques et y compris au niveau individuel. Après avoir été violé chez lui par un Somalien en avril 2016, un politicien norvégien, Karsten Nordal Hauken, exprima dans la presse la culpabilité qui était la sienne d’avoir privé ce pauvre Somalien, en le dénonçant, de sa vie en Norvège et renvoyé ainsi à un avenir incertain en Somalie. Comme l’explique Douglas Murray, si les masochistes ont toujours existé, célébrer une telle attitude comme une vertu est la recette pour fabriquer « une forte concentration de masochistes ». « Seuls les Européens sont contents de s’auto-dénigrer sur un marché international de sadiques ». Les dirigeants les moins fréquentables sont tellement habitués à notre autodénigrement qu’ils y voient un encouragement. En septembre 2015, le président Rouhani a eu le culot de faire la leçon aux Hongrois sur leur manque de générosité dans la crise des réfugiés. Que dire alors de la richissime Arabie saoudite qui a refusé de prêter les 100 000 tentes climatisées qui servent habituellement lors du pèlerinage et n’a accueilli aucun Syrien, alors qu’elle offrait de construire 200 mosquées en Allemagne ? La posture du salaud éternel, dans laquelle se complait l’Europe, la désarme complètement pour comprendre les assauts de violence dont elle fait l’objet et fonctionne comme une incitation. Beaucoup d’Européens, ce fut le cas d’Angela Merkel, ont cru voir, dans la crise migratoire de 2015, une mise au défi de laver le passé : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas » (A. Merkel, 31 août 2015). N’était-ce pas là l’occasion d’une rédemption de l’Allemagne qu’il ne fallait pas manquer ?  Douglas Murray décrit ces comités d’accueils enthousiastes qui ressemblaient à ceux que l’on réservait jusque là aux équipes de football victorieuses ou à des combattants rentrant de la guerre. Les analogies avec la période nazie fabriquent à peu de frais des héros. Lorsque la crise migratoire de 2015 survient il n’y a pas de frontière entre le Danemark et la Suède. Il suffisait donc de prendre le train pour passer d’un pays à l’autre. Pourtant, il s’est trouvé une jeune politicienne danoise de 24 ans – Annika Hom Nielsen – pour transporter à bord de son yacht, en écho à l’évacuation des juifs en 1943, des migrants qui préféraient la Suède au Danemark mais qui, pourtant, ne risquaient pas leur vie en restant au Danemark. Si beaucoup de pays expient l’expérience nazie, d’autres expient leur passé colonial. C’est ainsi que l’Australie a instauré le « National Sorry Day » en 1998. En 2008, les excuses du Premier ministre Kevin Rudd aux aborigènes furent suivies de celles du Premier ministre canadien aux peuples indigènes. Aux États-Unis, plusieurs villes américaines ont rebaptisé « Colombus Day » en « Indigenous People Day ». Comme l’écrit Douglas Murray, il n’y a rien de mal à faire des excuses, même si tous ceux à qui elles s’adressent sont morts. Mais, cette célébration de la culpabilité « transforme les sentiments patriotiques en honte ou à tout le moins, en sentiments profondément mitigés ». Si l’Europe doit expier ses crimes passés, pourquoi ne pas exiger de même de la Turquie ? Si la diversité est si extraordinaire, pourquoi la réserver à l’Europe et ne pas l’imposer à, disons, l’Arabie saoudite ? Où sont les démonstrations de culpabilité des Mongols pour la cruauté de leurs ascendants ? « il y a peu de crimes intellectuels en Europe pires que la généralisation et l’essentialisation d’un autre groupe dans le monde».  Mais le contraire n’est pas vrai. Il n’y a rien de mal à généraliser les pathologies européennes, et les Européens ne s’en privent pas eux-mêmes. Michèle Tribalat

Attention: un Grand Pardon peut en cacher un autre !

En cette journée pénitentielle de l’Expiation

Où pour s’assurer un bon nouveau départ dix jours après leur Nouvel An, nos amis juifs font en quelque sorte leur examen de conscience pour l’année précédente …

Comment ne pas repenser …

A cette institution qui donna au monde le terme et la théorie pour débusquer l’un des phénomènes les plus prégnants de notre modernité …

Mais aussi ne pas s’inquiéter …

De ces étranges perversions des vertus judéo-chrétiennes dont le monde moderne est décidément devenu si friand …

D’un Occcident et d’une Europe qui …

A l’image de ces processions de nouveaux flagellants

Qui des Etats-unis et du Royaume-Uni refont à l’envers le tristement fameux voyage de la seule traite atlantique

Pour, chaines aux pieds et jougs autour du cou, demander pardon – cherchez l’erreur ! – aux actuels descendants des esclavagistes africains

N’ont pas de mots assez durs pour fustiger les erreurs de leur propre passé …

Mais aussi, entre leurs classes populaires et les pays tout récemment délivrés du joug communiste, ces peuples …

Qui devant la véritable invasion migratoire qui leur est imposée, ne veulent tout simplement pas mourir ?

Film follows Camano Island family’s effort to atone
Krista J. Kapralos
Herald
February 19, 2008

“So sorry.”

Members of the Lienau family of Camano Island have walked hundreds of miles, over the course of four years and on four continents, to say those words.

Sometimes, there is more explanation:

“I want to apologize on behalf of the United States for the enslavement of African children,” Jacob Lienau said in 2006, when he was just 14 years old, in a stadium in Gambia.

“We’re apologizing for the legacy of the slave trade, particularly where Christians were involved,” Shari Lienau, mother of nine children, said at a Martin Luther King Jr. Day march in Everett that same year.

“I wanted to say I was sorry,” Anna Lienau said two years ago, when she was 12 years old and saving money to travel to Africa to apologize.

But most often, there are just the two simple words, and sometimes they’re not even spoken. When Michael and Shari Lienau and their children march, they wear black T-shirts with “So Sorry” emblazoned in white block letters.

It was in 2004 that filmmaker Michael Lienau and his family first joined Lifeline Expedition, an England-based organization dedicated, for the past seven years, to traveling the world and apologizing for the part of white Europeans and Americans in the African slave trade. The expedition has attracted a loyal group concerned with the long-term effects of slavery on relations among whites and blacks. In historic slave ports in the United States, South America, Caribbean islands, Great Britain and Africa, members of the group, including several Lienau children, allow themselves to be chained and yoked together in a jarring acknowledgment of the practice of human trade.

Michael Lienau documented many of the Lifeline Expedition’s trips and recently completed production on “Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom.”

The documentary will be shown Wednesday at Everett Community College as part of Black History Month.

Reporter Krista J. Kapralos: 425-339-3422 or kkapralos@heraldnet.com.

See the documentary

“Yokes and Chains: A Journey to Forgiveness and Freedom,” a documentary by Camano Island filmmaker Michael Lienau, is scheduled for 11 a.m. Wednesday at the Parks Building at Everett Community College, at 2000 Tower St., Everett.

To see a trailer for the documentary, go to http://www.yokesandchains.com. To read a 2006 Herald article on the Lienau family and the Lifeline Expedition and see photographs, go to http://www.heraldnet.com/article/20060521/NEWS01/605210777.

Voir aussi:

‘My ancestor traded in human misery’
Mario Cacciottolo
BBC News

Sorry is often said to be the hardest word but Andrew Hawkins felt compelled to apologise to a crowd of thousands of Africans.

His regret was not for his own actions but offered on behalf of his ancestor, who traded in African slaves 444 years ago.

Sir John Hawkins was a 16th Century English shipbuilder, merchant, pirate and slave trader.

He first captured natives of Sierra Leone in 1562 and sold them in the Caribbean. His cousin was Sir Francis Drake, who joined him on expeditions.

Hawkins is famed for reconstructing the design of English ships in the 1580s and commanded part of the fleet which repelled the Spanish Armada in 1588.

‘Family joke’

But it was his drive to acquire and sell African slaves which prompted Hawkins’s distant relation to take his own journey to that continent several centuries later.

Andrew Hawkins, of Liskeard, Cornwall, is a 37-year-old married father-of-three who runs a youth theatre company and claims to be the sailor’s descendant.

« It had always been part of the verbal history of our family, that we were related to Sir John Hawkins.

« It was a standing joke in the family that we had a pirate in the family.

« When I was a child I was quite pleased to learn of this family link and in Plymouth John Hawkins is a bit of a local hero.

« His picture used to be up in a subway there, along with Plymouth heroes. As a boy I used to be pleased to see it and to think I was related to him. »

‘Unjustifiable’

But in 2000 Andrew’s perspective was forever altered when he learned the truth about his ancestor.

« I heard David Pott, from the Lifeline Expedition, speak in 2000 and he mentioned how Hawkins was the first English slave trader.

« It was a bit of a shock and it really challenged me, particularly because Hawkins named his ships things like Jesus of Lubeck and the Grace of God.

SIR JOHN HAWKINS

Born Plymouth, 1535
Cousin of Sir Francis Drake
Famed for voyages to West Africa and South America
Trades slaves in the Caribbean in 1562, beginning England’s participation in slave trade
Helped fight the Spanish Armada in 1588 (Photo: National Maritime Museum)
« That really offended me, particularly the latter name. God’s grace has nothing to do with being chained up in the hold of a ship, lying in your own excrement for several months.

« So often things are done in the name of God that are horrific for mankind and I think God would consider what Sir John Hawkins did to be an abomination.

« It’s quite shocking that he could think it was justifiable. »

Andrew says slavery was never justifiable, even in the 16th Century, when people often say society « didn’t know any different ».

He says: « We don’t try to justify the Jewish Holocaust but this was an African Holocaust.

« We have to face our history and our own personal consequences. I went to show people that I didn’t think what happened was right and not everybody thought it was acceptable. »

Andrew and his fellow members from the Lifeline Expedition made their apology at The International Roots Festival, held in the Gambia in June.

This event, which runs for several weeks, encourages Africans to discover their ancestral identity.

Crowd hushed

The group of 27 spoke up at a football stadium in the capital Banjul, at the end of the festival’s opening ceremony.

They made their way to the stadium by walking through the streets laden in yokes and chains, before eventually speaking their words of atonement.

They included people from European nations such as England, France and Germany but there were also representatives from Jamaica, Barbados, Mali, the Ivory Coast and Sierra Leone.

The apologists walked to the stadium in chains and yokes
« Black people came to apologise because black people sold black people to Europeans, » Andrew said.

Andrew estimates the 25,000-capacity stadium was about two-thirds full, with delegates from African nations, Gambian vice-president, Isatou Njie-Saidy, and Rita Marley, widow of reggae legend Bob Marley, among the crowd.

He says: « The crowd died down to a hush. Some were looking at us, others were reading through their programmes to work out what we were doing.

« One lady at the front must have realised because she started applauding, then everyone did the same.

« That was a moving moment, because I wasn’t sure if they would be happy to see us. »

Multi-lingual apology

The group apologised in French, German and English – the languages of the nations responsible for much of the African slave trade.

It’s never too late to say you’re sorry

Andrew Hawkins
The apology had not been rehearsed. Andrew said: « It’s hard to remember what I said. I did say that as a member of the Hawkins family I did not accept what had happened was right.

« I said the slave trade was an abomination to God and I had come to ask the African people for their forgiveness. »

‘Emotional responses’

Vice-president Njie-Saidy joined them on stage and, in an impromptu speech, said she was « touched » by the apology before coming forward to help the group out of their chains.

Andrew says: « I was really overwhelmed with her generosity because she chose to forgive us, which is a very powerful thing.

« Afterwards people came on to the pitch to talk to us and there were some very emotional responses. »

But does Andrew really believe it was worth apologising for events that happened more than four centuries ago, on behalf of a relative who is so very distant?

« Yes. It’s never too late to say you’re sorry, » he said.

Voir également:

The March of the Abolitionists
Can reconciliation and forgiveness be achieved by wearing the yokes and chains of imprisonment? The abolition marchers believe their 250-mile walk will go at least some way toward promoting a greater understanding of our role in the slave trade.

Campaigners call it ‘an act of apology’ and as such, the March of the Abolitionists is being billed as the first major public event to mark the 200th anniversary of the Abolition of the Slave Trade Act.

Image: Lifeline Expedition website
Beginning in Hull on Friday 2nd March, hundreds of people will don yokes and chains and attempt the 250-mile journey from Humberside to London – the gruelling route taken by enslaved Africans during the period of the Atlantic Slave Trade.

Marching through the county
The abolition marchers’ route will link up sites throughout the country that played a significant role in the slave trade in the United Kingdom.

In Cambridgeshire, these include Wisbech, the birthplace of abolitionist Thomas Clarkson; Cambridge, where both Clarkson and William Wilberforce were educated; and Soham, where the African abolitionist Olaudah Equiano was married.

You’re welcome to walk with the marchers as they pass through your part of the county.

Route details
Monday 12th March – Holbeach to Wisbech
Tuesday 13th March – Wisbech to Wimblington
Wednesday 14th March – Wimblington to Sutton
Thursday 15th March – Sutton to Soham
Friday 16th March – Soham to Cambridge
Saturday 17th March – Cambridge to Royston
Sunday 18th March – Royston (rest day)
Monday 19th March – Royston to Buntingford
The march will culminate in an Anglican Apology event in Greenwich on Saturday 24th March.

Why and who?
The March of the Abolitionists is an initiative of the Lifeline Expedition in partnership with Anti-Slavery International, CARE, Church Mission Society, the Equiano Society, Northumbria Community, Peaceworks, USPG, Wilberforce 2007 (Hull) and Youth With A Mission. The march is also associated with the Set All Free and Stop the Traffik coalitions.

Image: Lifeline Expedition website
Marchers include a number of children aged between five and 15, two of whom will occasionally wear the yokes and chains.  The organisers stress that these children are aged 12 and 15 and have chosen to wear the yokes after seeing pictures of enslaved children.

The march of the Abolitionists aims to bring about an apology for the slave trade, and especially the role of the Church, and so help people deal with its legacy; to raise greater awareness of the true history of both slavery and abolition; remember and celebrate the work of both the black and white abolitionists; and promote greater understanding, reconciliation and forgiveness.

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Immigration: Attention, une vérité qui dérange peut en cacher une autre ! (Better green than dead: What other unconvenient truth ?)

10 août, 2018

 
feux Quand les mille ans seront accomplis, Satan (…) sortira pour séduire les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog, afin de les rassembler pour la guerre; leur nombre est comme le sable de la mer. Et ils montèrent sur la surface de la terre, et ils investirent le camp des saints et la ville bien-aimée. Jean (Apocalypse 20: 7-9)
Le titre m’est venu de la lecture de l’Apocalypse, du chapitre 20, qui annonce qu’au terme de mille ans, des nations innombrables venues des quatre coins de la Terre envahiront « le camp des saints et la Ville bien-aimée ». Jean Raspail
Le 17 février 2001, un cargo vétuste s’échouait volontairement sur les rochers côtiers, non loin de Saint-Raphaël. À son bord, un millier d’immigrants kurdes, dont près de la moitié étaient des enfants. Cette pointe rocheuse faisait partie de mon paysage. Certes, ils n’étaient pas un million, ainsi que je les avais imaginés, à bord d’une armada hors d’âge, mais ils n’en avaient pas moins débarqué chez moi, en plein décor du Camp des saints, pour y jouer l’acte I. Le rapport radio de l’hélicoptère de la gendarmerie diffusé par l’AFP semble extrait, mot pour mot, des trois premiers paragraphes du livre. La presse souligna la coïncidence, laquelle apparut, à certains, et à moi, comme ne relevant pas du seul hasard. Jean Raspail
Qu’est-ce que Big Other ? C’est le produit de la mauvaise conscience occidentale soigneusement entretenue, avec piqûres de rappel à la repentance pour nos fautes et nos crimes supposés –  et de l’humanisme de l’altérité, cette sacralisation de l’Autre, particulièrement quand il s’oppose à notre culture et à nos traditions. Perversion de la charité chrétienne, Big Other a le monopole du Vrai et du Bien et ne tolère pas de voix discordante. Jean Raspail
Ce qui m’a frappé, c’est le contraste entre les opinions exprimées à titre privé et celles tenues publiquement. Double langage et double conscience… À mes yeux, il n’y a pire lâcheté que celle devant la faiblesse, que la peur d’opposer la légitimité de la force à l’illégitimité de la violence. Jean Raspail
Aucun nombre de bombes atomiques ne pourra endiguer le raz de marée constitué par les millions d’êtres humains qui partiront un jour de la partie méridionale et pauvre du monde, pour faire irruption dans les espaces relativement ouverts du riche hémisphère septentrional, en quête de survie. Boumediene (mars 1974)
Un jour, des millions d’hommes quitteront le sud pour aller dans le nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire. Houari Boumediene (ONU, 10.04.74)
Nous avons 50 millions de musulmans en Europe. Il y a des signes qui attestent qu’Allah nous accordera une grande victoire en Europe, sans épée, sans conquête. Les 50 millions de musulmans d’Europe feront de cette dernière un continent musulman. Allah mobilise la Turquie, nation musulmane, et va permettre son entrée dans l’Union Européenne. Il y aura alors 100 millions de musulmans en Europe. L’Albanie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. La Bosnie est dans l’Union européenne, c’est un pays musulman. 50% de ses citoyens sont musulmans. L’Europe est dans une fâcheuse posture. Et il en est de même de l’Amérique. Elles [les nations occidentales] devraient accepter de devenir musulmanes avec le temps ou bien de déclarer la guerre aux musulmans. Kadhafi (10.04.06) 
Comme jadis avec le communisme, l’Occident se retrouve sous surveillance idéologique. L’islam se présente, à l’image du défunt communisme, comme une alternative au monde occidental. À l’instar du communisme d’autrefois, l’islam, pour conquérir les esprits, joue sur une corde sensible. Il se targue d’une légitimité qui trouble la conscience occidentale, attentive à autrui : être la voix des pauvres de la planète. Hier, la voix des pauvres prétendait venir de Moscou, aujourd’hui elle viendrait de La Mecque ! Aujourd’hui à nouveau, des intellectuels incarnent cet oeil du Coran, comme ils incarnaient l’oeil de Moscou hier. Ils excommunient pour islamophobie, comme hier pour anticommunisme. (…) Comme aux temps de la guerre froide, violence et intimidation sont les voies utilisées par une idéologie à vocation hégémonique, l’islam, pour poser sa chape de plomb sur le monde. Benoît XVI en souffre la cruelle expérience. Comme en ces temps-là, il faut appeler l’Occident « le monde libre » par rapport au monde musulman, et comme en ces temps-là les adversaires de ce « monde libre », fonctionnaires zélés de l’oeil du Coran, pullulent en son sein. Robert Redeker
Si je regarde vers l’avenir, je suis empli de sombres présages ; tel le poète romain, il me semble voir le Tibre écumer d’un sang abondant. Enoch Powell (20 avril 1968)
La fonction suprême de l’homme d’Etat est de protéger la société de malheurs prévisibles. Il rencontre dans cette tâche des obstacles profondément ancrés dans la nature humaine. L’un d’entre eux est qu’il est d’évidence impossible de démontrer la réalité d’un péril avant qu’il ne survienne : à chaque étape de la progression d’un danger supposé, le doute et le débat sont possibles sur son caractère réel ou imaginaire. Ces dangers sont en outre l’objet de bien peu d’attention en comparaison des problèmes quotidiens, qui sont eux incontestables et pressants : d’où l’irrésistible tentation pour toute politique de se préoccuper du présent immédiat au détriment de l’avenir. Par-dessus tout, nous avons également tendance à confondre la prédiction d’un problème avec son origine, ou même avec le fauteur de trouble. Nous aimons à penser : « Si seulement personne n’en parlait, sans doute rien de tout cela n’arriverait…» Cette habitude remonte peut-être à la croyance primitive que le mot et la chose, le nom et l’objet, sont identiques. Dans tous les cas, l’évocation des périls à venir, graves mais évitables (si l’on s’attache à les résoudre), est la tâche la plus impopulaire de l’homme politique. La plus nécessaire aussi. (…) Sur la lancée actuelle, dans 15 ou 20 ans, il y aura en Grande-Bretagne, en comptant les descendants, 3,5 millions d’immigrés du Commonwealth. Ce chiffre n’est pas de moi : c’est l’évaluation officielle donnée au Parlement par les bureaux de l’état-civil. Il n’y a pas de prévision officielle semblable pour l’an 2000, mais le chiffre avoisinera les 5 à 7 millions, soit environ un dixième de la population, quasiment l’équivalent de l’agglomération londonienne. Cette population ne sera bien sûr pas uniformément répartie du nord au sud et d’est en ouest. Dans toute l’Angleterre, des régions entières, des villes, des quartiers, seront entièrement peuplés par des populations immigrées ou d’origine immigrée. Avec le temps, la proportion des descendants d’immigrés nés en Angleterre, et donc arrivés ici comme nous, augmentera rapidement. Dès 1985, ceux nés en Angleterre [par rapport à ceux nés à l’étranger] seront majoritaires. C’est cette situation qui demande d’agir avec la plus extrême urgence, et de prendre des mesures qui, pour un homme politique, sont parmi les plus difficiles à prendre, car ces décisions délicates sont à considérer dans le présent, alors que les dangers à écarter, ou à minimiser, ne se présenteront qu’aux élus des générations futures. Lorsqu’un pays est confronté à un tel danger, la première question qui se pose est celle-ci : « Comment réduire l’ampleur du phénomène ? » Puisqu’on ne peut entièrement l’éviter, peut-on le limiter, sachant qu’il s’agit essentiellement d’un problème numérique ? Car en effet, l’arrivée d’éléments étrangers dans un pays, ou au sein d’une population, a des conséquences radicalement différentes selon que la proportion est de 1% ou 10%. La réponse à cette simple question est d’une égale simplicité : il faut stopper, totalement ou presque, les flux d’immigration entrants et encourager au maximum les flux sortants. Ces deux propositions font partie de la plate-forme officielle du Parti Conservateur. Il est à peine concevable qu’en ce moment même, rien qu’à Wolverhampton, entre 20 et 30 enfants immigrés supplémentaires arrivent chaque semaine de l’étranger, soit 15 à 20 familles supplémentaires dans 10 ou 20 ans. « Quand les Dieux veulent détruire un peuple, ils commencent par le rendre fou » dit le dicton, et assurément nous devons être fous, littéralement fous à lier, en tant que nation, pour permettre chaque année l’arrivée d’environ 50 000 personnes à charge et qui plus tard accroîtront la population d’origine immigrée. J’ai l’impression de regarder ce pays élever frénétiquement son propre bûcher funéraire. (…) Le troisième volet de la politique du Parti Conservateur est l’égalité de tous devant la loi : l’autorité publique ne pratique aucune discrimination et ne fait aucune différence entre les citoyens. Ainsi que M. Heath [leader du parti conservateur] l’a souligné, nous ne voulons pas de citoyens de première ou de seconde «classe». Mais cela ne doit pas signifier pour autant qu’un immigré ou ses descendants doivent disposer d’un statut privilégié ou spécifique, ou qu’un citoyen ne soit pas en droit de discriminer qui bon lui semble dans ses affaires privées, ou qu’on lui dicte par la loi ses choix ou son comportement. Il n’y a pas plus fausse appréciation de la réalité que celle entretenue par les bruyants défenseurs des lois dites « contre les discriminations ». Que ce soit nos grandes plumes, toutes issues du même moule, parfois des mêmes journaux qui, jour après jour dans les années 30, ont tenté d’aveugler le pays face au péril croissant qu’il nous a fallu affronter par la suite. Ou que ce soit nos évêques calfeutrés dans leurs palais à savourer des mets délicats, la tête dissimulée sous les draps. Ces gens-là sont dans l’erreur, dans l’erreur la plus absolue, la plus complète. Le sentiment de discrimination, de dépossession, de haine et d’inquiétude, ce ne sont pas les immigrés qui le ressentent, mais bien ceux qui les accueillent et doivent continuer à le faire. C’est pourquoi voter une telle loi au Parlement, c’est risquer de mettre le feu aux poudres. Le mieux que l’on puisse dire aux tenants et aux défenseurs de cette loi, c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. (…) alors qu’arriver en Grande-Bretagne signifie pour le migrant accéder à des privilèges et à des équipements ardemment recherchés, l’impact sur la population autochtone du pays est bien différent. Pour des raisons qu’ils ne comprennent pas, en application de décisions prises à leur insu, pour lesquelles ils ne furent jamais consultés, les habitants de Grande-Bretagne se retrouvent étrangers dans leur propre pays. Leurs femmes ne trouvent pas de lits d’hôpital pour accoucher, leurs enfants n’obtiennent pas de places à l’école, leurs foyers, leurs voisins, sont devenus méconnaissables, leurs projets et perspectives d’avenir sont défaits. Sur leurs lieux de travail, les employeurs hésitent à appliquer au travailleur immigré les mêmes critères de discipline et de compétence qu’au Britannique de souche. Ils commençent à entendre, au fil du temps, des voix chaque jour plus nombreuses qui leur disent qu’ils sont désormais indésirables. Et ils apprennent aujourd’hui qu’un privilège à sens unique va être voté au Parlement. Qu’une loi qui ne peut, ni n’est destinée à les protéger ni à répondre à leurs doléances, va être promulguée. Une loi qui donnera à l’étranger, au mécontent, à l’agent provocateur, le pouvoir de les clouer au pilori pour des choix d’ordre privé. Parmi les centaines de lettres que j’ai reçues après m’être exprimé sur ce sujet il y a 2 ou 3 mois, j’ai remarqué une nouveauté frappante, et je la trouve de très mauvaise augure. Les députés ont l’habitude de recevoir des lettres anonymes, mais ce qui me surprend et m’inquiète, c’est la forte proportion de gens ordinaires, honnêtes, avisés, qui m’écrivent une lettre souvent sensée, bien écrite, mais qui préfèrent taire leur adresse. Car ils craignent de se compromettre ou d’approuver par écrit les opinions que j’ai exprimées. Ils craignent des poursuites ou des représailles si cela se savait. Ce sentiment d’être une minorité persécutée, sentiment qui progresse parmi la population anglaise dans les régions touchées du pays, est quelque chose d’à peine imaginable pour ceux qui n’en ont pas fait directement l’expérience. (…) L’autre dangereuse chimère de ceux qui sont aveugles aux réalités peut se résumer au mot « intégration ». Être intégré, c’est ne pas se distinguer, à tous points de vue, des autres membres d’une population. Et de tout temps, des différences physiques évidentes, particulièrement la couleur de peau, ont rendu l’intégration difficile, bien que possible avec le temps. Parmi les immigrés du Commonwealth venus s’installer ici depuis 15 ans, il existe des dizaines de milliers de personnes qui souhaitent s’intégrer, et tous leurs efforts tendent vers cet objectif. Mais penser qu’un tel désir est présent chez une vaste majorité d’immigrés ou chez leurs descendants est une idée extravagante, et dangereuse de surcroît. Nous sommes arrivés à un tournant. Jusqu’à présent, la situation et les différences sociales ont rendu l’idée même d’intégration inaccessible : cette intégration, la plupart des immigrés ne l’ont jamais ni conçue ni souhaitée. Leur nombre et leur concentration ont fait que la pression vers l’intégration qui s’applique d’habitude aux petites minorités, n’a pas fonctionné. Nous assistons aujourd’hui au développement de forces qui s’opposent directement à l’intégration, à l’apparition de droits acquis qui maintiennent et accentuent les différences raciales et religieuses, dans le but d’exercer une domination, d’abord sur les autres migrants et ensuite sur le reste de la population. Cette ombre, au départ à peine visible, obscurcit le ciel rapidement. Et on la perçoit désormais à Wolverhampton. Elle donne des signes d’expansion rapide. (…) Le projet de Loi sur les Relations Raciales constitue le terreau idéal pour que ces dangereux éléments de discorde prospèrent. Car voilà bien le moyen de montrer aux communautés d’immigrants comment s’organiser et soutenir leurs membres, comment faire campagne contre leurs concitoyens, comment intimider et dominer les autres grâce aux moyens juridiques que les ignorants et les mal-informés leur ont fournis. Je contemple l’avenir et je suis rempli d’effroi. Comme les Romains, je vois confusément « le Tibre écumant de sang ». Ce phénomène tragique et insoluble, nous l’observons déjà avec horreur outre-Atlantique, mais alors que là-bas il est intimement lié à l’histoire de l’Amérique, il s’installe chez nous par notre propre volonté, par notre négligence. Il est déjà là. Numériquement parlant, il aura atteint les proportions américaines bien avant la fin du siècle. Seule une action résolue et immédiate peut encore l’empêcher. Je ne sais si la volonté populaire exigera ou obtiendra de telles mesures. Mais ce que je sais, c’est que se taire devant cette situation serait une trahison majeure. Enoch Powell (1968)
On peut parler aujourd’hui d’invasion arabe. C’est un fait social. Combien d’invasions l’Europe a connu tout au long de son histoire ! Elle a toujours su se surmonter elle-même, aller de l’avant pour se trouver ensuite comme agrandie par l’échange entre les cultures. Pape François
According to the agreement, Kuwait will get 900 million litres of water daily, Shaikh Ahmad said, without providing the financial details of the agreement. Earlier reports have said the project foresees building a pipeline to channel water from the Karun and Karkheh rivers in southwestern Iran to Kuwait at a cost of $2 billion. The Kuwaiti minister said the project is « vital » for Kuwait and is classified as « one of the highly important strategic projects ». Al Jazeera (2003)
Farmers accuse local politicians of allowing water to be diverted from their areas in return for bribes. While the nationwide protests in December and January stemmed from anger over high prices and alleged corruption, in rural areas, lack of access to water was also a major cause, analysts say. In Syria, drought was one of the causes of anti-government protests which broke out in 2011 and led to civil war, making the Iranian drought particularly sensitive. Approximately 97 percent of the country is experiencing drought to some degree, according to the Islamic Republic of Iran Meteorological Organization. Rights groups say it has driven many people from their homes. A United Nations report last year noted, “Water shortages are acute; agricultural livelihoods no longer sufficient. With few other options, many people have left, choosing uncertain futures as migrants in search of work.” In early January, protests in the town of Qahderijan, some 10 km (6 miles) west of Isfahan, quickly turned violent as security forces opened fire on crowds, killing at least five people, according to activists. One of the dead was a farmer, CHRI said, and locals said water rights were the main grievance. Hassan Kamran, a parliamentarian from Isfahan, publicly criticised energy minister Reza Ardakanian this month, accusing him of not properly implementing a water distribution law. “The security and intelligence forces shouldn’t investigate our farmers. The water rights are theirs,” he told a parliamentary session. In early March, Ardakanian set up a working group comprising four ministers and two presidential deputies to deal with the crisis. Since the January protests, Rouhani has repeatedly said the government will do what it can to address grievances. But there is no quick fix for deeply rooted environmental issues like drought, observers say. Reuters
Les médias sont rares à s’intéresser à la question, mais l’Iran fait face à une grande catastrophe, sauf si des mesures techniques sont immédiatement prises: la pénurie d’eau devient dramatique. L’Occident se polarise sur le programme nucléaire ou sur le maintien des sanctions économiques contre l’Iran mais élude le problème de l’eau, qui risque d’entraîner une agitation sociale en Iran avec pour conséquence une migration des populations. Pour camoufler la véritable rupture avec le gouvernement, les contestations sont pour l’instant étouffées dans les grandes villes. (…) Le problème ne date pas d’aujourd’hui puisque des mises en garde ont été publiées dès 2014. (…) En cause: l’absence d’investissements depuis plusieurs années dans les infrastructures des réseaux de distribution d’eau potable alors que la sécheresse sévit dans le pays et que plusieurs rivières iraniennes se sont asséchées. La seule mesure prise par les autorités consiste à rationner l’eau dans la capitale de huit millions d’habitants, avec pour conséquence les nombreuses protestations qui se sont élevées contre les coupures d’eau. (…) Il y a bien sûr des raisons climatiques qui expliquent cette pénurie mais les négligences du pouvoir sont immenses. Par manque d’eau, seules 12% des terres (19 millions d’hectares) sont exploitées pour l’agriculture alors que l’ensemble des terres arables est évalué à 162 millions d’hectares. Or, si des solutions techniques évoluées ne sont pas mises en place, la quantité d’eau n’augmentera pas dans les années à venir alors que le pays connaît une croissance démographique et une urbanisation accélérée. Par ailleurs, l’Iran n’a pas été économe de son eau. À force de pompages désordonnés, son sous-sol s’est vidé et la pluie n’est pas suffisamment abondante pour remplir les nappes souterraines. De nombreux puits ont été creusés illégalement par les Iraniens malgré une eau puisée polluée. L’agriculture iranienne n’est plus suffisante pour permettre une indépendance alimentaire vis-à-vis de l’étranger. À peine 40% des eaux usées sont traitées tandis que le reste est déversé dans les lacs et les rivières, aggravant la pollution. Par ailleurs, les sanctions ont aggravé la disponibilité de produits chimiques pour les installations d’eau. (…) Mais au lieu de prendre des mesures structurelles, le gouvernement a usé de l’arme du rationnement. Eshagh Jahanguiri, le premier vice-président, a prévenu: «Il y aura d’abord des coupures d’eau et, ensuite, des amendes pour les gros consommateurs.» C’est la meilleure manière de se mettre à dos la population qui menace le régime. Jacques Benillouche
Depuis le lancement de la « marche du retour » (tentative d’invasion) par les Palestiniens et les 2 mois d’émeutes et de tentatives d’infiltration terroristes à la frontière de Gaza qui s’en sont suivis, l’attention médiatique a été à juste titre portée sur le bilan humain suite à l’agression du Hamas. Dès le début des violences palestiniennes, Israël est universellement condamné pour le nombre de victimes, la grande majorité des personnes tuées étant pourtant des membres du Hamas. Néanmoins, un autre aspect de l’histoire, qui a été rapporté mais dans une bien moindre mesure, est le phénomène des cerfs-volants incendiaires utilisés par le Hamas et ses membres. Le Hamas a adopté la politique de la terre brûlée, une tactique consistant à pratiquer les destructions les plus importantes possibles, détruire ou à endommager gravement ressources, moyens de production, infrastructures, bâtiments ou nature environnante, de manière à les rendre inutilisables. À maintes et maintes reprises, les terroristes ont attaché des engins incendiaires à des cerfs-volants qui sont normalement des jouets pour enfants. En raison des vents soufflant habituellement d’ouest en est, beaucoup de ces engins ont en fait atterri dans les champs et les forêts israéliennes, les conditions météorologiques extrêmement chaudes et sèches favorisant le départ d’incendies massifs. Les rapports indiquent que des milliers de dounams [1/10e d’hectare] de cultures et de plantes ont été détruits à cause de cette forme de terrorisme – le terrorisme agricole. Bien que le terrorisme agricole ne soit pas une nouvelle tactique, il a pris de l’ampleur, tant dans le sud à la frontière avec Gaza qu’au cours des dernières semaines dans toute la Judée et la Samarie. Le Djihad des forêts : les Arabes palestiniens lancent des incendies de terreur depuis les années 1920. Il n’y a rien de nouveau dans l’utilisation des feux pour la terreur. À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les incendies criminels palestiniens représentaient environ le tiers de tous les incendies de forêt en Israël. En 2016, de nombreux incendies se sont déclarés dans le nord d’Israël. Les Arabes célèbrent ces incendies sur les réseaux sociaux. La plupart des incendies criminels à la fin des années 1980 étaient directement liés au soulèvement palestinien (la première Intifada). Dans les années 1920, 1930 et 1940, les Palestiniens ont brûlé des centaines d’hectares (Emek en 1936), des maisons et des juifs. En 1929, sous l’impulsion du Mufti pro nazi Al Husseini de nombreux pogroms anti Juifs eurent lieu et la forêt Balfurya dans le nord fut incendiée. Le New York times rapportait en octobre 1938 que plusieurs Juifs avaient été poignardés puis brûlés par un groupe terroriste arabe à Tibériade – Les victimes du massacre : Jacob Zaltz,  M. Kabin et sa soeur, Joshua Ben Arieh sa femme et son fils, les trois enfants de Shlomo Leimer, âgés de 8, 10 et 12 ans, Shimon Mizrahi, sa femme et ses cinq enfants, âgés de 1 à 12 ans. Lors du massacre d’Hébron de 1929, des Arabes tuèrent environ 67 Juifs, en blessèrent 53 et pillèrent des maisons et des synagogues. Après avoir brûlé des centaines de pneus près de la clôture et tenté de pénétrer les kibboutz avoisinants dans l’unique but de massacrer des civils Israéliens, les terroristes de Gaza ont trouvé une nouvelle arme contre Israël : les cerfs-volants incendiaires et les ballons à l’hélium. Israël Hayom a cité la semaine dernière des personnes impliquées dans le domaine qui ont spéculé que, puisqu’il n’y a pas beaucoup de magasins de jouets à Gaza, la seule source logique pour cette quantité d’hélium seraient les hôpitaux de Gaza qui utilisent normalement l’hélium à des fins médicales. Utiliser les hôpitaux pour promouvoir le terrorisme n’est pas nouveau à Gaza. Durant l’Opération Bordure protectrice de 2014, l’hôpital Al-Shifa dans le quartier de North Rimal à Gaza a été décrit par le Washington Post comme un « quartier général de facto pour les dirigeants du Hamas ». Depuis le début des manifestations dites pacifiques par les médias, Les dégâts causés à la flore, aux cultures et à la faune sont considérables, certaines estimations indiquant que les pertes se chiffrent à plusieurs millions de dollars. Selon un rapport du JNS, « les responsables de l’Autorité israélienne pour la nature et les parcs ont estimé qu’au moins un tiers de la réserve naturelle de Carmia a été détruite, avec des dommages significatifs pour les plantes et la faune locales ». Le passage de Kerem Shalom a même été incendié à trois reprises. Ce passage voit quotidiennement passer plus de 6000 tonnes de marchandises et près de 190 camions chaque jour. Selon un haut responsable local de la sécurité, éteindre les pneus en feu n’est pas si simple car ils sont souvent remplis d’explosifs, dans l’espoir de blesser ou de tuer des pompiers. En conséquence, l’armée doit intervenir pour aider les pompiers, ce qui retarde  les efforts de lutte contre l’incendie. Une autre forme de terrorisme agricole est le vol. Deux semaines à peine avant l’incendie des vergers de cerisiers de Kfar Etzion, les Arabes des villages voisins, au milieu de la nuit, avaient pillé les récoltes près du même endroit, volant des tonnes de fruits. Les estimations indiquent qu’environ 50,000 € de cerises ont été volés. Ces criminels ont envoyé un message clair, ils ont peint une croix gammée nazie sur un rocher dans le verger. Ceci est encore une autre similitude avec les cerfs-volants dans le sud, souvent décorés avec des croix gammées. Aussi horrible que soit le terrorisme agricole, les responsables de la sécurité sont conscients que ce type de terrorisme n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen plus sinistre et abjecte. La crainte est qu’une prochaine fois, l’un de ces incendies puisse se propager dans les communautés elles-mêmes, mettant des maisons et des vies en danger. (…) La nouvelle terreur de Gaza  est le cerf-volant. Les Gazaouis attachent des chiffons enflammés ou une sorte de bombe incendiaire à un cerf-volant ou à un ballon à l’hélium pour les laisser tomber en territoire israélien et brûler les cultures et habitations. On n’est pas dans dans la recherche scientifique ou médicale mais dans la recherche de la terreur. Cela a été extrêmement efficace pour frapper les champs Israéliens dans le Néguev, devenant une arme terroriste dévastatrice. Ce phénomène de terrorisme agricole découle des violences qui ont eu lieu à la frontière de Gaza depuis le début des manifestations du mois de mars. Depuis plusieurs semaines, les Gazaouis lancent régulièrement des cerfs-volants équipés d’objets incendiaires, comprenant souvent du charbon de bois et des sacs de sucre pour assurer une longue et lente brûlure. Plus de 700 cerfs-volants et ballons ont été lancés à partir de Gaza, déclenchant plus de 400 incendies. Les dommages causés par ces incendies à l’agriculture israélienne près de la frontière de Gaza est estimée à 3 millions de dollars. Netanyahu a demandé l’avancement d’un plan pour utiliser les fonds de l’Autorité palestinienne pour payer les dommages causés. L’objectif du Hamas est de détruire complètement Israël, et paralyser l’économie Israélienne en brûlant ses récoltes. (…) Le terrorisme aux cerfs-volants n’est qu’une autre tentative des Palestiniens de détruire Israël avec une arme de choix différente. Les Palestiniens ont utilisé les bombes, les détournements d’avions, les roquettes, les mortiers, les bombes humaines, les armes automatiques, les couteaux, les bulldozers, les voitures béliers, les cocktails molotov, les pierres, les tunnels terroristes, les haches, maintenant ce sont des cerfs-volants et des ballons incendiaires. Les provocations récentes du Hamas où des milliers de Gazaouis tentèrent de démolir la barrière frontalière et d’entrer en Israël avec des cocktails Molotov et d’autres armes improvisées font partie d’une tactique macabre du Hamas appelée « l’enfant mort » pour qu’Israël tue autant de Gazaouis que possible afin que les titres commencent toujours, et souvent se terminent, avec le nombre de Palestiniens tués. Le Hamas envoie délibérément des femmes et des enfants sur la ligne de front comme ce fut le cas avec l’infirmière Razzan Al Najjar (qui dans une vidéo reconnaissait être venu tenir un rôle de bouclier humain), tandis que leurs propres et vaillant combattants se planquent dans leurs bunkers ou derrière ces boucliers humains. Jean Vercors (Dreuz)
More ink equals more blood,  newspaper coverage of terrorist incidents leads directly to more attacks. It’s a macabre example of win-win in what economists call a « common-interest game. Both the media and terrorists benefit from terrorist incidents, » their study contends. Terrorists get free publicity for themselves and their cause. The media, meanwhile, make money « as reports of terror attacks increase newspaper sales and the number of television viewers ». Bruno S. Frey (University of Zurich) et Dominic Rohner (Cambridge)
Comme au bon vieux temps de la Terreur, quand les gens venaient assister aux exécutions à la guillotine sur la place publique. Maintenant, c’est par médias interposés que la mort fait vibrer les émotions (…) Les médias filment la mort comme les réalisateurs de X filment les ébats sexuels. Bernard Dugué
Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos. While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch. At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models. Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic. James Alan Fox (Northeastern University)
Voyez comme c’est devenu énorme, en seulement quelques jours… Voyez à quelle vitesse cet incendie du ‘Mendocino Complex’ est monté dans le classement des sinistres. Scott Mclean (Département des forêts et de la protection contre les incendies de Californie)
Holy Fire 2018: Man arrested on suspicion of arson as ‘DOOMSDAY’ fire spreads. California authorities have charged a 51-year-old man with felony arson for allegedly starting the Holy Fire that has been ripping through the Orange and Riverside counties in Southern California as locals describe « doomsday » scenario. » The Express
Deux foyers qui ravagent le nord de la Californie ont formé ensemble, lundi 6 août, le plus grand incendie de l’histoire de cet État de l’ouest des États-Unis, annoncent les autorités. Appelés « incendie du Mendocino Complex », les deux brasiers ont réduit en cendres plus de 114 850 hectares – une superficie proche de la taille de l’immense ville de Los Angeles – et ne sont maîtrisés qu’à 30% environ, a annoncé Calfire, le service californien de lutte contre les incendies. (…) Le « Mendocino Complex » a surpassé en superficie détruite l’incendie Thomas, qui avait détruit 114 078 hectares en décembre 2017. L’incendie Carr, qui sévit également dans le nord de la Californie, a tué sept personnes et détruit plus de 1 600 bâtiments, dont un millier de logements. (…) L’autre grand incendie de la région, surnommé « Ferguson », qui a provoqué la fermeture partielle du parc national de Yosemite, en pleine saison touristique, était contenu à 38%. Plus de 14 000 pompiers combattent les divers incendies en cours dans l’État de Californie. Plusieurs milliers de personnes ont été évacuées depuis le début de cette série de sinistres. Francetv info
A wildland fire is devouring thousands of acres of grass and brush and some rustic cabins as well in Orange and Riverside counties. It’s dubbed the Holy fire, because it started in the Holy Jim Canyon area, near a road with that name. The Orange county register
Unlike hurricanes, wildfires are not named from a predetermined list. They are named by officials, who choose names based on “a geographical location, local landmark, street, lake, mountain, peak, etc.,” the California Department of Forestry and Fire Protection said. Officials said that quickly coming up with a label provides firefighters another way to locate the blaze and allows officials to track and prioritize incidents by name. A Twitter hashtag that identified the devastating fires in San Diego in 2007 — #sandiegofire — proved useful as people used it to organize information about road closures and evacuations, officials said. (…) Even names that would seem to have little to do with geography often tie back to location somehow. The 2007 Witch Fire, which destroyed about 1,650 structures, had nothing to do with sorcery, but it did originate in an area of San Diego County known as Witch Creek. (…) during the summer of 2015, there were so many fires, officials named one in southeast Idaho “Not Creative,” according to reports. A spokeswoman for the Idaho Department of Lands rationalized the choice to NPR, saying the name was selected after a long day of firefighting and after officials realized there were no significant landmarks nearby. Then there is the 416 Fire. The blaze, which has blackened more than 50,000 acres in Colorado since June, was named by the Durango Interagency Dispatch Center after its “system-generated number,” officials explained. The conflagration was the 416th “incident” in the San Juan National Forest — where the dispatch center is — this year, officials said. (…) The process of naming hurricanes is much more complicated. An international panel of meteorologists actually names the storms years in advance. Meteorologists use six lists of alphabetically arranged female and male names, which are used in rotation. (The 2018 list will be used again in 2024.) But if a storm is so destructive that using its name again would seem insensitive, a committee can remove the name from the list and select a replacement. For instance, Katrina will not be used again. The World Meteorological Organization said the names are never in reference to a particular person. Instead, the group said, the names are meant to be “familiar to the people in each region” because, just as with fires, the point is for the public to be able to remember them. NYT
Selon l’Office for national Statistics, l’usage criminel d’arme blanche, ayant ou non provoqué la mort, est à + 22% de septembre 2016 à sept. 2017 ; usage d’arme à feu, + 11%. La criminalité en général, + 14% (au plus haut depuis 15 ans). Pourquoi cette explosion criminelle dans un pays naguère paisible ?  Cause profonde, l’abolition des gouvernements vraiment « libéraux » ou « conservateurs » en Europe, remplacés par de factices-unanimes petits soldats de la mondialisation heureuse façon DGSI (Davos-Goldman-Sachs-Idéologie). Ainsi Theresa May ou François Hollande, David Gauke ministre conservateur de la Justice à Londres aujourd’hui, ou la libertaire Mme Taubira à Paris naguère, mêmes politiques laxistes et effets pervers. Car c’est la conservatrice Mme May qui, ministre de l’Intérieur, massacre dès 2010 la police britannique, amputant d’un coup son budget de – 18%. En 2015, Mme May dédaigne les alertes des syndicats et cadres de la police, les accusant avec mépris de « crier au loup ». Il y avait en 2010 144 353 policiers dans les rues (Angleterre + Galles) ; en 2015, il en restait 122 859,  – 21 494. Or sur 5 ans, cette décimation fait 4,5 millions de jours d’enquête en moins – à l’immense joie de bandits ainsi laissés la bride sur le cou. Résultat, l’effondrement des taux d’élucidation des polices britanniques. En 2015 encore, Scotland Yard faisait inculper 26% des assaillants au poignard, 11% en 2018. Robberies (braquages, agressions) : 6% d’élucidation en 2017, 94% de crimes impunis. A l’origine de l’explosion criminelle, des gangs toujours plus audacieux et structurés. Or paralysée par le « politiquement correct », Mme May interdit pour l’essentiel aux policiers de fouiller ces jeunes gangsters souvent issus de l’immigration africaine ou ouest-asiatique – comme la majorité des victimes d’homicides et 70 à 80% des gangsters en cause. Les bandits ne s’en cachent d’ailleurs pas, le principal gang juvénile de Londres s’étant lui même baptisé Mali Boys. Face à ce réel criminel, Mme May a empilé formalités absurdes et interdits bienséants – conférant aux gangsters une quasi-impunité. Qui dit explosion dit explosif : c’est l’énorme retour de la cocaïne sur la scène branchée britannique, dans une jeunesse dorée post-crise certes vegan, bobo et fan de café équitable – mais carburant à la coke,  d’où, de mortelles guerres de territoires entre gangs. Ultime cause de l’explosion criminelle : une justice laxiste. L’Angleterre ne poursuit désormais plus les vols en boutiques de moins de 250 euros ; déficit pour le commerce, 7 milliards d’euros – bien sûr répercutés sur les prix. Cette hugolienne mesure coûte à chaque ménage 300 euros par an – déjà l’insécurité dans leur cité, là encore, les pauvres trinquent. (…) Ultime folie: à des policiers abasourdis, le (conservateur) secrétaire d’Etat britannique aux prisons annonce une forte diminution des incarcérations de moins d’un an. Or on l’a vu, la peine réelle pour possession/usage d’une arme blanche est de sept mois et demi de prison ferme ; ce pour moins de 50% des condamnés adultes, et moins de 15% des mineurs – les autres échappant déjà à toute incarcération. Cherchez l’erreur… Xavier Raufer
Dans le cadre d’une enquête pour retrouver un père suspecté d’avoir enlevé son enfant, la police du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, a (…) découvert un campement dans lequel onze enfants étaient retenus dans de terribles conditions. Au moins l’un d’entre eux y a été entraîné à l’usage des armes à feu dans le but de le préparer à des tueries de masse, bien que l’objectif précis de cette préparation reste à établir. La dépouille d’un enfant de 4 ans a été retrouvée sur place. L’enquête débute en décembre 2017, dans le comté de Jonesboro, en Géorgie, sur la côte est des États-Unis. Siraj Wahhaj, père de 39 ans, est recherché après la disparition de son fils. La mère affirme à la police que l’enfant, âgé de 3 ans, est allé au parc avec lui et n’en est jamais revenu. Le garçon souffre d’épilepsie, ainsi que de problèmes cognitifs et de développement, explique-t-elle. D’après le Telegraph, elle aurait également évoqué ses craintes d’un «exorcisme» que le père voudrait pratiquer sur son fils, avant de finalement revenir sur ces propos en évoquant une mauvaise traduction du terme. Plusieurs proches du garçonnet, dont son grand-père, imam d’une mosquée de Brooklyn, à New York, lancent une campagne via les réseaux sociaux pour le retrouver, raconte le National Post. (…) Jeudi, de nouvelles informations sont venues ajouter au sordide de l’affaire: au moins un des onze enfants retrouvés a été entraîné à l’usage des armes à feu. «Un tuteur temporaire de l’un des enfants a déclaré que l’accusé avait entraîné l’enfant à tirer avec un fusil d’assaut pour se préparer à de futures fusillades en milieu scolaire», précise le bureau du procureur. Selon CNN, ce dernier mentionne par ailleurs, dans les motivations pour le maintien en prison de Siraj Wahhaj, sa «planification et sa préparation de futures tueries dans des écoles».  (…) Mardi, le shérif du comté de Taos a indiqué que le groupe était «considéré comme extrémiste de la foi musulmane», sans toutefois revenir plus en détails sur ce point. L’homme arrêté avec Siraj Wahhaj, identifié comme Lucas Morten et âgé de 40 ans, a d’abord été inculpé pour hébergement de fugitif, avant que des charges liées à la maltraitance des enfants ne soient ajoutées. Les trois femmes ont été libérées en attendant la suite de l’enquête. Leurs liens avec les protagonistes restent imprécis: selon les sources, elles sont présentées comme étant des mères de certains enfants, ou des sœurs de l’un des deux hommes, ou encore une épouse de l’un d’eux. Le Figaro
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)
Les immigrés sont une excellente affaire pour l’Etat français: ils rapportent une grosse douzaine de milliards d’euros par an et paient nos retraites. Juan Pedro Quiñonero (ABC)
L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites. Comité d’orientation des retraites
Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques. Xavier Chojnicki
Maintenant, je me sens carrément isolée, je suis une toute petite minorité. C’est difficile de devenir une minorité chez soi, vous savez (…). Ce qui est nouveau, c’est que les Français d’origine étrangère se replient sur leur origine, ne se sentent plus français. Et moi, Française, je me sens mal (…) Même mes fils sont d’une autre culture que moi. Pour eux, être français, ça ne veut rien dire. Ils n’ont plus de nationalité, ils s’identifient de manière vague à une religion, celle qui est majoritaire. Ils observent les gestes de l’islam, une façon musulmane d’être et de parler, ils sont fiers d’appartenir à la majorité. Ils ne veulent pas être français, ils ne veulent pas s’intégrer dans la société, ils voudraient être blacks et beurs comme tout le monde, mais ils ne se comportent pas comme des musulmans. Tant de choses incohérentes. Christine C. (47 ans, cinq enfants, 28 ans de Courneuve, Le Monde, 12.11. 05)
L’explosion de l’immigration extra-européenne est venue paradoxalement des restrictions à l’entrée légale de travailleurs dans les années 1970. (…) à la fin des «Trente Glorieuses» (1944-1974), les gouvernements de droite comme de gauche, saisis de peur par la montée du chômage, ont multiplié les obstacles à l’entrée de nouveaux travailleurs au nom d’une certaine forme de «préférence nationale».(…) Depuis cette époque, les lois européennes organisent la prise en charge des étrangers qui se présentent au titre du regroupement familial ou de l’asile politique. Mais elles rejettent ceux qui prétendent travailler, créer des richesses et ne pas rester à la charge du pays d’accueil !… On convient d’appeler «clandestin» (ou plus pudiquement «sans-papier») un jeune Africain qui traverse au péril de sa vie le détroit de Gibraltar pour s’embaucher dans une exploitation agricole ou une entreprise de construction… Mais on considère comme immigrante régulière l’adolescente turque, nord-africaine ou noire qui est vendue par son père à un sien cousin déjà installé en Europe et présentée par ce dernier au consulat de son pays d’adoption comme son «épouse» légitime…(…)De la sorte, le mariage et le «regroupement familial» sont devenus le prétexte à une immigration clandestine déguisée. Cette immigration est de loin la plus importante et la plus pernicieuse car les femmes concernées et leurs enfants sont voués à la relégation dans des logements sociaux avec peu d’espoir d’assimiler un jour les valeurs et le mode de vie du pays d’accueil. L’assimilation est d’autant plus utopique que la majorité des enfants d’immigrants reviennent dans le pays d’origine de leurs parents pour y prendre un conjoint (98% des jeunes Turcs de France seraient dans ce cas). Chaque nouvelle génération effectue ainsi un retour à la case départ, vidant de son sens le concept de «deuxième ou troisième génération». Avec pour conséquence l’émergence de sociétés séparées et d’une ségrégation de fait. (…) La riche culture que les Français ont reçue en héritage est confrontée au développement d’une contre-culture archaïque (rejet de l’école, vocabulaire primaire, violence gratuite). Les chansons des rappeurs de banlieue expriment sans équivoque la montée de la haine. Ces paroles d’un racisme outrancier valent à leurs auteurs la compréhension énamourée de la bourgeoisie, comme si le mal-vivre excusait toutes les violences, y compris l’apologie du racisme et du meurtre ! (…) Ces violences sont attisées par l’attitude de la classe dominante, blanche, bourgeoise et bien-pensante. Celle-ci dénigre sa propre Histoire et jette Napoléon, Corneille et La Fontaine dans les poubelles de l’Histoire. Elle prive les nouveaux-venus d’un modèle dont ils pourraient tirer fierté. Elle «victimise» d’autre part les pauvres diables en peine de s’insérer dans le pays où ils ont cherché refuge. (…) La fracture nationale fait au moins l’affaire des classes supérieures qui tirent parti de leurs atouts (éducation, héritage) pour renforcer leur position sociale comme le démontre le chercheur Éric Maurin. Dans les «ghettos blancs» du VIIe arrondissement, de Neuilly, de Saint-Germain-en-Laye ou Chevreuse… les privilégiés considèrent avec détachement les troubles qui agitent le reste du pays. Qu’ont-ils à craindre ?… De l’École Alsacienne au lycée Henri IV, leurs enfants bénéficient d’un parcours fléché qui leur garantit de conserver leur statut social et les préserve de tout mélange. Les revenus de ces classes supérieures progressent à qui mieux mieux tandis que les classes moyennes voient les leurs stagner ou régresser sous le fardeau d’un État boulimique et impotent. À l’autre extrémité de l’échelle sociale, les enfants des classes populaires et immigrées n’ont plus guère l’espoir d’accéder un jour aux premières places de la fonction publique et des grandes entreprises. Depuis un quart de siècle, l’ascenseur social est en panne et les clivages culturels, religieux et linguistiques qui se mettent en place rendent plus minces encore leurs chances de promotion. (…) La très grande majorité des immigrants qui affluent en Europe par-dessus la Méditerranée ou le Bosphore n’ont pas de qualification professionnelle. Ils sont exclus des emplois légaux et grossissent l’économie souterraine (travail au noir, réseaux esclavagistes…), à moins qu’ils ne se cantonnent dans des emplois précaires (vigiles, nurses, aides-ménagères…). Quant aux diplômés du tiers monde qui quittent leur pays, ils choisissent unanimement les États-Unis et le Canada, assurés de pouvoir y travailler et développer leurs talents dans d’excellentes conditions et sans restrictions administratives (la moitié des 180.000 immigrants qu’a reçus le Canada en 2005 avaient un niveau d’études supérieures. Sans commentaire !). (…) Des démographes mandatés par l’ONU ont publié en 2000 un rapport mi-sérieux, mi-ironique où ils faisaient valoir que la France aurait besoin de 25 millions d’immigrants d’ici 2025 pour combler les postes vacants dans les entreprises… en l’absence de toute réforme d’envergure et à supposer que l’on trouve dans le tiers monde les compétences indispensables aux besoins d’une économie moderne. Il va de soi que l’entrée d’un aussi grand nombre d’immigrants ruinerait les fondations sociales, historiques et culturelles de la France et de l’Europe, et l’on comprend le désarroi des citoyens auxquels leurs leaders présentent cette éventualité comme une chance à saisir ! (…) Il est antinomique de faire venir de l’étranger des laveurs de carreaux, des infirmières ou des bûcherons et de prétendre résorber le chômage massif chez les jeunes Français issus des précédentes vagues de travailleurs immigrés. Les petits (et grands) patrons de la restauration jurent leurs grands dieux qu’ils ne trouvent personne à qui confier leur plonge ou même leur cuisine en-dehors d’Africains de la brousse n’ayant jamais touché la queue d’une poêle. Comment est-il possible dans ces conditions que McDonald’s arrive à recruter des jeunes dans les banlieues ou les milieux estudiantins pour des travaux similaires ? Les petits (et grands) patrons du bâtiment expliquent de la même façon qu’ils ne trouvent personne pour les emplois de manœuvres ou même de maçons et doivent recourir à des travailleurs africains. Mais comment se peut-il que les centres de tri d’ordures ménagères arrivent à recruter du personnel dans les milieux populaires pour des travaux autrement plus pénibles ? (…) Les sociétés de gardiennage recourent désormais de façon presque systématique à des immigrés africains… mais les entreprises de logistique trouvent bien à employer des jeunes Français dans des tâches autrement plus éprouvantes. Et que dire des musées ? La plupart, y compris les plus prestigieux, confient désormais la garde de leurs salles à des personnes étrangères qui souvent maîtrisent à peine la langue française. (…) La France n’échappera sans doute pas au retour des internats surveillés ni à l’apprentissage dès 14 ans (au lieu de 16) pour lutter contre la déscolarisation (pourquoi pas aussi des études surveillées dans les écoles jusqu’en fin de soirée pour dissuader les enfants de traîner dans les rues, selon une suggestion de feu Françoise Dolto ?). Un service civique obligatoire et universel devrait compenser la suppression hâtive du service militaire, qui était le seul lieu où les jeunes déclassés pouvaient rencontrer des Français d’autres milieux que le leur. Ce service civique devrait privilégier les échanges entre jeunes Français(es) de milieux différents, les plus favorisé(e)s instruisant les autres (alphabétisation, instruction civique, tenue d’un ménage, apprentissage de la conduite automobile, formation professionnelle…). André Larané
La version originale de cet article a donné une représentation inexacte de ce qui est arrivé à la petite fille après la photo. Elle n’a pas été emmenée en larmes par les patrouilles frontalières ; sa mère l’a récupérée et les deux ont été interpellées ensemble. Time
Sur le plateau de la NBCNews, l’ancien président du Comité national du parti Républicain, Michael Steele, vient de comparer les centres dans lesquels sont accueillis les enfants de clandestins aux Etats-Unis à des camps de concentration. Il s’adresse alors aux Américains : « Demain, ce pourrait être vos enfants ». La scène résume à elle seule la folie qui s’est emparée de la sphère politico-médiatique après que Donald Trump a ordonné aux autorités gardant la frontière mexicaine d’appliquer la loi et de séparer les parents de leurs enfants entrés illégalement aux Etats-Unis. Passons sur la comparaison. Aussi indécente que manipulatrice : ces enfants ne sont pas enfermés en attendant la mort. Quant à la mise en garde, elle est grotesque. Aucun Américain ne se verra subitement séparé de ses enfants. A moins d’avoir commis un crime ou un délit puni de prison. Quand un citoyen lambda est condamné à une peine de prison, personne ne s’offusque jamais de cette séparation … Jusqu’à ce que cela touche des clandestins. Leur particularité étant de n’avoir aucun logement dans le pays dont ils viennent de violer la frontière, leurs enfants sont donc pris en charge dans des camps, en attendant que la situation des adultes soit examinée. Aux frais des Américains. (…) Reste que les parents, prévenus de la loi que nul n’est censé ignorer, sont les premiers responsables du sort qui menace leurs enfants, en choisissant de la violer. Ce sont eux qui font payer leur délit à leur propre progéniture. Les clandestins sont des adultes tout aussi responsables que n’importe quel autre adulte : leur retirer leur capacité de décision, leur liberté et donc leur responsabilité n’est pas exactement les respecter. Mais (…) remontons à 2014, époque bénie du président Barack Obama. Cette année-là, 47.017 mineurs sont appréhendés, alors qu’ils traversent la frontière… seuls. Des enfants, envoyés par leurs parents qui n’ont apparemment pas eu peur de s’en séparer pour leur faire prendre des risques inconsidérés. Comment est-ce possible ? L’administration américaine d’alors avait affirmé que les étrangers envoyaient leurs enfants seuls, persuadés qu’ils seraient ainsi mieux traités que des adultes. Le New York Times avait donné raison à l’administration : « alors que l’administration Obama a évolué vers une attitude plus agressive d’expulsion des adultes, elle a, dans les faits, expulsé beaucoup moins d’enfants que par le passé. » Les clandestins le savent, tout comme ils connaissent aujourd’hui les risques qui pèsent sur leurs propres enfants. On apprend également qu’à l’époque, les enfants mexicains sont directement reconduits de l’autre côté de la frontière et que les autres sont « pris en charge par le département de la Santé et des Services humanitaires qui les place dans des centres temporaires en attendant que leur processus d’expulsion soit lancé. » En 2013, 80 centres accueillaient 25 000 enfants non accompagnés. Et ce, dans les mêmes conditions aujourd’hui dénoncées. Si similaires d’ailleurs que certains ont voulu critiquer la politique migratoire de Donald Trump en usant de photos datant de… 2014 ! Rien n’a changé. A un détail près. Les enfants dont on parle en ce mois de juin 2018 sont parfois accompagnés d’adultes. Comme sous l’administration Obama, les enfants sont séparés de ces adultes lorsqu’il y a un doute sur le lien réel de parenté, en cas de suspicion de trafic de mineurs ou par manque de place dans les centres de rétention pour les familles. Restent les enfants effectivement accompagnés de leurs parents et malgré tout séparés de ces derniers qui partent en prison. Chaque mois, 50.000 clandestins entrent aux Etats-Unis, parmi lesquels 15% de familles. Une fois arrêtés, les clandestins sont pénalement poursuivis avant toute demande d’asile. (…) Mais il a suffi de quelques images, publiées en même temps que la sortie du très attendu rapport sur la possible partialité du FBI lors des dernières élections présidentielles américaines, pour que l’opinion politico-médiatique hurle au scandale. Jusqu’à la première dame du pays, Mélania Trump, qui a confié « détester » voir les clandestins séparés de leurs enfants. Le Président lui-même a fini par douter publiquement : «Le dilemme est si vous êtes mou, ce que certaines personnes aimeraient que vous soyez, si vous êtes vraiment mou, pathétiquement mou… le pays va être envahi par des millions de gens. Et si vous êtes ferme, vous n’avez pas de coeur. C’est un dilemme difficile. Peut-être que je préfère être ferme, mais c’est un dilemme difficile.» Donald Trump a subi l’indignation générale (à moins d’en profiter), au point de montrer au monde que même lui avait du cœur en annonçant la signature d’un décret mettant fin à cette séparation forcée. Tout le monde s’est félicité du résultat de la mobilisation : enfin, les enfants vont pouvoir rejoindre leurs parents en prison ! Quelle victoire… Charlotte d’Ornellas
L’humoriste Yassine Belattar (…) est venu à Nantes, pour rencontrer les proches d’Aboubakar Fofana, tué le 3 juillet par un tir policier, parler aux animateurs du quartier du Breil où a eu lieu le drame, aux avocats de la famille… Sans mettre en avant sa nouvelle casquette de membre du Conseil présidentiel des villes. L’humoriste issu des banlieues franciliennes a une voix qui porte, quitte à faire grincer des dents, et il n’est pas du genre à la fermer quand un sujet lui tient à cœur. « Ça sert à quoi, sinon, d’être artiste ? » Jordan, 24 ans, habitant du Breil et  «meilleur ami» d’Aboubakar se tient à ses côtés. Ils partagent la même indignation.  « Pendant 48 heures, notre ami s’est fait traiter de voyou. Il a été insulté sur les réseaux sociaux. Des commentaires racistes se sont réjouis de sa mort ! Une double peine pour sa famille,  se désole le jeune Nantais.  « Tout ça parce que la police – via les médias- a laissé croire qu’il avait été tué dans un acte de légitime défense »,  renchérit Yassine. Ils racontent : «  Ce garçon de 22 ans vivait à Nantes depuis un an et neuf mois. Ok, il avait fait des conneries à Garges-lès-Gonesses, difficile d’y échapper quand on grandit dans l’une des banlieues les plus mal famées de France. Mais, fort d’une famille très unie, aimante, il était parti à Nantes pour se reconstruire, trouver du travail. Et il est victime d’un fait divers affreux. »  Yassine Belattar ajoute : « Je suis tombé de ma chaise quand je me suis rendu compte que le policier avait menti ! » Le drame a provoqué cinq nuits d’émeutes à Nantes : 175 voitures brûlées, une trentaine de bâtiments public et commerces dégradés ou ravagés par des incendies… Un choc pour la ville.  « En banlieue parisienne, ça aurait été bien pire, affirme Belattar.  Ici, les habitants espèrent encore dans la justice, les associations sont présentes dans des quartiers qui ne sont pas éloignés du centre-ville. Mais la violence n’est pas une solution. Ce n’est pas en brûlant une bibliothèque qu’on va faire revivre Aboubakar. Le problème des émeutes, c’est qu’au bout d’un moment, ça devient comme une espèce de jeu pour des très jeunes gens. Et dans cinq ans, à cause de ça, le gamin qui aura marqué Breil sur son CV ne va pas forcément se faire rappeler ». Ils ne veulent pas évoquer les suites judiciaires de cette affaire, pour laisser le champ aux avocats de la famille. Mais l’humoriste, confirmant que le CRS auteur du tir est d’origine maghrébine, balaie l’hypothèse d’un homicide raciste :  « Pour nous, ce n’est pas un Rebeu qui a tué un Noir. C’est un policier qui a tué un jeune. Voilà le problème. »  Jordan et lui espèrent que le « mensonge » initial du policier, provoquera un déclic,  « un renouveau »,  dans les relations devenues détestables entre les forces de l’ordre et les jeunes.  « C’est peut-être l’occasion d’ouvrir une nouvelle page. Il faut qu’ils se parlent. Qu’ils crèvent l’abcès pour de vrai. Oui, des policiers n’en peuvent plus de se faire insulter. Oui, certains peuvent friser le  burn-out . Oui, les gens des quartiers se font maltraiter, insultés eux aussi et ont peur de la police, contrairement aux gens des centres-villes, martèle l’humoriste. Ouest France
Les médias convenus n’aiment guère qu’on les critique : pour un peu, on en deviendrait complotiste. Mais sans voir aucunement de complot, on est bien obligé de trouver la trace de l’idéologie sommaire que l’on ne reconnaît que trop dans l’unanimisme de leurs mensonges et de leurs silences. La première semaine d’août nous en apporte les preuves les plus caricaturales. C’est ainsi que l’ensemble de la presse française aura rapporté uniment qu’une jeune athlète noire nommée Daisy Osakue, née à Turin de parents nigérians et qui avait reçu un jet d’œuf sur la cornée avait été victime « d’un attentat raciste ». La palme académique revenant au journal Le Monde qui, se saisissant de l’événement, y voyait dans un éditorial le signe définitif « d’une inquiétante montée du racisme en Italie » en imputant la responsabilité principale au vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur, le détesté par lui, Matteo Salvini. De là à penser, idéologiquement et politiquement, que l’occasion était trop belle pour la presse convenable de régler son compte au détestable, il n’y a qu’un pas qu’il est difficile de ne pas vouloir franchir. Rien n’explique sinon pourquoi la presse se serait saisie avec un si vorace appétit d’une affaire aussi modeste dans laquelle le procureur de Turin, dès le début avait fait montre d’une bien plus grande prudence en faisant observer que d’autres victimes blanches avaient fait l’objet du même type d’agression dans les mêmes moments. Mais on ne fait pas d’omelettes idéologiques sans casser quelques œufs sur la tête du public. C’est dans ces tristes conditions que le 3 août, les Décodeurs du Monde reconnaissaient que l’hypothèse raciste avait perdu grandement de sa consistance. Simple question, en passant, n’appelle-t-on pas cela un fake, un peu infect ? et celui-ci, une fois encore, n’émane pas d’une télévision russe ou de la fâcheuse sphère, mais de la presse sévère. Après le mensonger tumulte, la discrétion complice : le samedi soir 28 juillet, un jeune homme, Adrien Perez, fêtait son anniversaire dans une discothèque de Meylan près de Grenoble. À la sortie de l’établissement au petit matin celui-ci prêtait secours à un ami agressé par trois voyous dont deux frères, Younes et Yanis El Habib, et mourait sous leurs couteaux. La presse convenue a fait profil bien plus bas que pour un lancer d’œuf à l’étranger, mais le père d’Adrien n’a pu se retenir : « En tuant notre fils, ils ont détruit notre vie, je ne pardonnerai jamais. » Lorsque j’écris que la presse a fait profil bas, je suis trop bon : l’audiovisuel de service public s’est montré comme toujours très idéologique. C’est ainsi que France 3 Rhône-Alpes a voulu retenir que ce père ne voulait pas être catalogué comme « raciste » et ne désirait pas « que les politiques récupèrent cette affaire ». Raciste ? Tiens ! C’est vrai, pourquoi non ? Si on doit questionner continûment la présence du racisme. Mais aucun danger : on aura fait un tintamarre pour rien à Turin, mais la question sera interdite d’être posée dans l’Isère. Quant à la « récupération politique », que France 3 se rassure, aucun danger d’émeute, quand bien même le Juge de la Liberté a refusé de suivre les réquisitions du parquet et a laissé libre le troisième suspect, le peuple restera calme. Il ne bouge pas le peuple. Il regarde la télévision, le peuple. Il n’y a que lorsque ce sont les délinquants qui sont victimes d’accidents du travail, que l’on brûle les édifices, que l’on blesse la police, et que l’on hurle au racisme. Tout de même, entre les marches blanches avec bougies victimaires et les saccages, il devrait désormais exister un juste milieu pour la juste colère. Les marches dignes ne seraient plus forcément silencieuses. Gilles-William Goldnadel
Mais le peuple, c’est pas le peuple qui  gouverne, c’est pas le peuple qui décide de quelle loi on doit faire à un instant T. Si on écoutait le peuple on aurait encore la peine de mort, nous aurions l’alcool au volant et peut-être d’autres excèsC’est pas au peuple de décider si on doit recevoir ou pas ces migrants, c’est au gouvernement pour qui le peuple a voté. (…) Même s’il y a des manifestations contre les migrants, ça ne change rien au fait qu’on doit au moins les accueillir … Jimmy Mohamed (médecin urgentiste, RMC, 14.08.2018)
Les pays du Nord subventionnent les pays du Sud, moyennant l’aide au développement, afin que les démunis puissent mieux vivre et – ce n’est pas toujours dit aussi franchement – rester chez eux. Or, ce faisant, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s’installer ailleurs. C’est l’aporie du « codéveloppement », qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu’il finance leur déracinement. Il n’y a pas de solution. Car il faut bien aider les plus pauvres, ceux qui en ont le plus besoin ; le codéveloppement avec la prospère île Maurice, sans grand risque d’inciter au départ, est moins urgent… Les cyniques se consoleront à l’idée que l’aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de « rente géopolitique » à des alliés dans l’arrière-cour mondiale. Dans un reportage au long cours titré The Uninvited, « les hôtes indésirables », Jeremy Harding, l’un des rédacteurs en chef de la London Review of Books, a pointé avec ironie le dilemme du codéveloppement : « des pays nantis – par exemple, les pays membres de l’UE – qui espèrent décourager la migration depuis des régions très pauvres du monde par un transfert prudent de ressources (grâce à des accords bilatéraux, des annulations de dettes et ainsi de suite) ne devraient pas être trop déçus en découvrant au bout d’un certain temps que leurs initiatives ont échoué à améliorer les conditions de vie dans les pays ciblés. Car un pays qui réussirait effectivement à augmenter son PIB, le taux d’alphabétisation de ses adultes et l’espérance de vie – soit un mieux à tout point de vue – produirait encore plus de candidats au départ qu’un pays qui se contente de son enterrement en bas du tableau de l’économie mondiale. » Les premiers rayons de prospérité pourraient bien motiver un plus grand nombre d’Africains à venir en Europe. Pourquoi ? Les plus pauvres parmi les pauvres n’ont pas les moyens d’émigrer. Ils n’y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d’y participer. À l’autre extrême, qui coïncide souvent avec l’autre bout du monde, les plus aisés voyagent beaucoup, au point de croire que l’espace ne compte plus et que les frontières auraient tendance à disparaître ; leur liberté de circuler – un privilège – émousse leur désir de s’établir ailleurs. Ce n’est pas le cas des « rescapés de la subsistance », qui peuvent et veulent s’installer sur une terre d’opportunités. L’Afrique émergente est sur le point de subir cet effet d’échelle : hier dépourvues des moyens pour émigrer, ses masses sur le seuil de la prospérité se mettent aujourd’hui en route vers le « paradis » européen. Stephen Smith
Douglas Murray, qui vient de publier un livre remarquable appelé The Strange Death of Europe* (La mort étrange de l’Europe) (…) y décrit le suicide de son propre pays, et écrit que les choses a ses yeux sont devenues irréversibles. Il attribue cela à deux causes: l’acceptation d’une immigration de masse musulmane, et l’acceptation d’une immigration de masse musulmane, et l’imposition des idées politiquement correctes qui a créé une multitude de bombes à retardement en train d’exploser.Il serait très tard pour qu’un gouvernement britannique agisse : il faudrait au minimum enfermer en prison tous les gens qui sont sur les listes de suspects, expulser ceux qui ne sont pas de nationalité britannique, interdire le retour sur le territoire des Musulmans partis se former au djihad à l’étranger, fermer toutes les écoles musulmanes et la plupart des mosquées, armer la police, et ce ne serait qu’un début. Le gouvernement britannique n’agira pas. La situation est à peine meilleure en France (où il faudrait appliquer des mesures identiques), ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas désespérée, et Douglas Murray parle aussi de la France où existent près de six cent zones de non droit et plus de deux mille mosquées où on évoque positivement le djihad. Elle compte une proportion inquiétante de Musulmans antisémites et de Musulmans approuvant les actions de l’Etat Islamique. La situation est pire en Belgique qu’au Royaume Uni, et la situation s’aggrave en Scandinavie.  L’Europe est en guerre parce que l’islam radical lui a déclaré la guerre, et elle opte pour l’aveuglement volontaire, l’apaisement et la défaite préventive.  Dans les journaux de tous les pays d’Europe, on évoque en ce moment le ramadan, et on vante les charmes de celui-ci. Le ramadan est une phase de djihad exacerbé, et on le constatera cette année encore, mais il ne faut pas le dire, bien sûr. Ce qui s’est passé à Londres était une nuit de ramadan. Tuer des infidèles pour plaire à Allah et finir en shahid pour rejoindre le paradis d’Allah peut faire partie des joies du ramadan pour un Musulman. Il existe des Musulmans occidentalisés qui s’éloignent du Coran et qui vivent leur vie paisiblement, mais les Musulmans qui respectent pleinement le Coran peuvent légitimement tuer des infidèles. L’assimilation des Musulmans au monde occidental serait une vaste tâche, presque impossible à accomplir. Pour l’heure, en Europe, c’est l’Occident qui se fait avaler par l’islam. Parmi les aspects les plus abjects des pseudo-debats de ces derniers jours sur le climat, il y avait le fait qu’on mène ces débats comme si une semaine plus tôt des enfants n’avaient pas été assassinés à Manchester. Les gens rassemblés pour une minute de silence à Manchester avaient chanté une chanson appelée Don’t look back in anger (ne regarde pas en arrière avec colère). Ils n’étaient pas en colère et, avec leurs bougies, leurs fleurs et leurs petits cœurs en papier rose, ils faisaient acte de soumission. Ils ne regardaient pas en arrière vers les victimes. Les dirigeants européens réservaient, eux, leur colère à Donald Trump et ne regardaient pas en arrière eux non plus.  Parmi les aspects les plus grotesques des pseudo-débats de ces derniers jours sur le climat, il y avait cette prétention cuistre et arrogante des dirigeants européens de sauver la terre alors qu’ils sont totalement incapables de sauver leur propre civilisation et sont en train de la détruire. La terre, dont ils prétendent se préoccuper n’est pas en danger. La civilisation européenne, elle, est bien davantage qu’en danger : elle est quasiment morte, et les dirigeants européens d’aujourd’hui sont ses fossoyeurs. Guy Millière
Ce n’est pas une si mauvaise affaire : s’il y a un peu plus de décapitations en Europe que de coutume, au moins bénéficierons nous d’un plus grand nombre de cuisines. Douglas Murray
Dans ce livre, Douglas Murray analyse la situation actuelle de l’Europe dont son attitude à l’égard des migrations n’est que l’un des symptômes d’une fatigue d’être et d’un refus de persévérer dans son être. Advienne que pourra ! « Le Monde arrive en Europe précisément au moment où l’Europe a perdu de vue ce qu’elle est ». Ce qui aurait pu réussir dans une Europe sûre et fière d’elle-même, ne le peut pas dans une Europe blasée et finissante. L’Europe exalte aujourd’hui le respect, la tolérance et la diversité. Toutes les cultures sont les bienvenues sauf la sienne. « C’est comme si certains des fondements les plus indiscutables de la civilisation occidentale devenaient négociables… comme si le passé était à prendre », nous dit Douglas Murray. Seuls semblent échapper à celle langueur morbide et masochiste les anciens pays de la sphère soviétique. Peut-être que l’expérience totalitaire si proche les a vaccinés contre l’oubli de soi. Ils ont retrouvé leur identité et ne sont pas prêts à y renoncer. Peut-être gardent-ils le sens d’une cohésion nationale qui leur a permis d’émerger de la tutelle soviétique, dont les Européens de l’Ouest n’ont gardé qu’un vague souvenir. Peut-être ont-ils échappé au complexe de culpabilité dont l’Europe de l’Ouest se délecte et sont-ils trop contents d’avoir survécu au soviétisme pour se voir voler leur destin. Cette attitude classée à droite par l’Europe occidentale est vue, à l’Est, comme une attitude de survie, y compris à gauche comme en témoigne Robert Fico, le Premier ministre de gauche slovaque : «  j’ai le sentiment que, nous, en Europe, sommes en train de commettre un suicide rituel… L’islam n’a pas sa place en Slovaquie. Les migrants changent l’identité de notre pays. Nous ne voulons pas que l’identité de notre pays change. » (2016) Il y a un orgueil à se présenter comme les seuls vraiment méchants de la planète. Tout ce qui arrive, l’Europe en est responsable directement ou indirectement. Comme avant lui Pascal Bruckner, Douglas Murray brocarde l’auto-intoxication des Européens à la repentance. Les gens s’en imbibent, nous dit-il, parce qu’ils aiment ça. Ça leur procure élévation et exaltation. Ça leur donne de l’importance. Supportant tout le mal, la mission de rédemption de l’humanité leur revient. Ils s’autoproclament les représentants des vivants et des morts. Douglas Murray cite le cas d’Andrews Hawkins, un directeur de théâtre britannique qui, en 2006, au mi-temps de sa vie, se découvrit être le descendant d’un marchand d’esclaves du 16ème siècle. Pour se laver de la faute de son aïeul, il participa, avec d’autres dans le même cas originaires de divers pays, à une manifestation organisée dans le stade de Banjul en Gambie. Les participants enchainés, qui portaient des tee-shirts sur lesquels était inscrit « So Sorry », pleurèrent à genoux, s’excusèrent, avant d’être libérés de leurs chaines par  le Vice-Président  gambien. « Happy end », mais cette manie occidentale de l’auto-flagellation, si elle procure un sentiment pervers d’accomplissement, inspire du mépris à ceux qui n’en souffrent pas et les incitent à en jouer et à se dédouaner de leurs mauvaises actions. Pourquoi disputer aux Occidentaux ce mauvais rôle. Douglas Murray raconte une blague de Yasser Arafat qui fit bien rire l’assistance, alors qu’on lui annonçait l’arrivée d’une délégation américaine. Un journaliste présent lui demanda ce que venaient faire les Américains. Arafat lui répondit que la délégation américaine passait par là à l’occasion d’une tournée d’excuses à propos des croisades ! Cette attitude occidentale facilite le report sur les pays occidentaux de la responsabilité de crimes dont ils sont les victimes. Ce fut le cas avec le 11 septembre. Les thèses négationnistes fleurirent, alors qu’on se demandait aux États-Unis qu’est-ce qu’on avait bien pu faire pour mériter cela. Cette exclusivité dans le mal que les Occidentaux s’arrogent ruissèle jusques et y compris au niveau individuel. Après avoir été violé chez lui par un Somalien en avril 2016, un politicien norvégien, Karsten Nordal Hauken, exprima dans la presse la culpabilité qui était la sienne d’avoir privé ce pauvre Somalien, en le dénonçant, de sa vie en Norvège et renvoyé ainsi à un avenir incertain en Somalie. Comme l’explique Douglas Murray, si les masochistes ont toujours existé, célébrer une telle attitude comme une vertu est la recette pour fabriquer « une forte concentration de masochistes ». « Seuls les Européens sont contents de s’auto-dénigrer sur un marché international de sadiques ». Les dirigeants les moins fréquentables sont tellement habitués à notre autodénigrement qu’ils y voient un encouragement. En septembre 2015, le président Rouhani a eu le culot de faire la leçon aux Hongrois sur leur manque de générosité dans la crise des réfugiés. Que dire alors de la richissime Arabie saoudite qui a refusé de prêter les 100 000 tentes climatisées qui servent habituellement lors du pèlerinage et n’a accueilli aucun Syrien, alors qu’elle offrait de construire 200 mosquées en Allemagne ? La posture du salaud éternel, dans laquelle se complait l’Europe, la désarme complètement pour comprendre les assauts de violence dont elle fait l’objet et fonctionne comme une incitation. Beaucoup d’Européens, ce fut le cas d’Angela Merkel, ont cru voir, dans la crise migratoire de 2015, une mise au défi de laver le passé : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas » (A. Merkel, 31 août 2015). N’était-ce pas là l’occasion d’une rédemption de l’Allemagne qu’il ne fallait pas manquer ?  Douglas Murray décrit ces comités d’accueils enthousiastes qui ressemblaient à ceux que l’on réservait jusque là aux équipes de football victorieuses ou à des combattants rentrant de la guerre. Les analogies avec la période nazie fabriquent à peu de frais des héros. Lorsque la crise migratoire de 2015 survient il n’y a pas de frontière entre le Danemark et la Suède. Il suffisait donc de prendre le train pour passer d’un pays à l’autre. Pourtant, il s’est trouvé une jeune politicienne danoise de 24 ans – Annika Hom Nielsen – pour transporter à bord de son yacht, en écho à l’évacuation des juifs en 1943, des migrants qui préféraient la Suède au Danemark mais qui, pourtant, ne risquaient pas leur vie en restant au Danemark. Si beaucoup de pays expient l’expérience nazie, d’autres expient leur passé colonial. C’est ainsi que l’Australie a instauré le « National Sorry Day » en 1998. En 2008, les excuses du Premier ministre Kevin Rudd aux aborigènes furent suivies de celles du Premier ministre canadien aux peuples indigènes. Aux États-Unis, plusieurs villes américaines ont rebaptisé « Colombus Day » en « Indigenous People Day ». Comme l’écrit Douglas Murray, il n’y a rien de mal à faire des excuses, même si tous ceux à qui elles s’adressent sont morts. Mais, cette célébration de la culpabilité « transforme les sentiments patriotiques en honte ou à tout le moins, en sentiments profondément mitigés ». Si l’Europe doit expier ses crimes passés, pourquoi ne pas exiger de même de la Turquie ? Si la diversité est si extraordinaire, pourquoi la réserver à l’Europe et ne pas l’imposer à, disons, l’Arabie saoudite ? Où sont les démonstrations de culpabilité des Mongols pour la cruauté de leurs ascendants ? (…) Les mesures prises pour sauver les étrangers en mer, au plus près des côtes libyennes ont été vite connues et intégrées par les passeurs, pour accélérer leur business et empiler toujours plus de migrants dans des embarcations dangereuses. L’information circule à grande vitesse, comme ce fut le cas avec les déclarations d’Angela Merkel ne fixant aucune limite au nombre d’étrangers qu’elle était prête à accueillir. (…) La traite est impitoyable. Les passeurs n’hésitent pas à envoyer des vidéos mettant en scène les abus et les tortures de migrants, via leurs smartphones, à destination des familles pour recueillir plus d’argent. L’identification des migrants est très difficile et le rythme des arrivées ne permet pas une vérification approfondie. Beaucoup arrivent sans papiers. Ceux qui débarquaient à Lesbos connaissaient le prix du taxi pour Moria. Et, à Malmö, c’est dans les poubelles en ville que l’on retrouvait nombre de papiers d’identité abandonnés. (…) On a toléré de musulmans « offensés et en colère » beaucoup plus qu’on ne l’aurait fait pour d’autres. C’était déjà le cas en 1989, après la publication des versets sataniques de Salman Rushdie. Ainsi, Cat Stevens, « rebaptisé » Yusuf Islam après sa conversion, déclara lors d’une émission télévisée de la BBC que Salman Rushdie méritait la mort et qu’il regrettait que les portraits en flammes que l’on voyait lors des manifestations ne soient pas « la chose en vrai », autrement dit Salman Rushdie lui-même. Il ne fut pas poursuivi pour ses propos. (…) Partout en Europe, se trouvèrent des « idiots utiles » qui ont non seulement protégé et défendu l’indéfendable mais ont été des activistes de la cause. C’est ce qui causa l’assassinat de Pim Fortuyn par un Végan, défenseur de la cause animale, qui croyait ainsi venir en aide aux musulmans.  La radicalisation des propos à l’égard de Pim Fortuyn de la part de ses opposants, qui franchirent rapidement le point Godwin, l’ont, en quelque sorte, désigné à la vindicte. (…) Mais celle qui symbolise le mieux le malaise européen est sans doute Ayaan Hirsi Ali. Voilà une jeune femme qui incarne la résistance à l’extrémisme religieux, qui aurait dû être la coqueluche des intellectuels européens et qui a été lâchement abandonnée. Somalienne, réfugiée aux Pays-Bas, alors qu’elle fuyait un mariage forcé, Ayaan Hirsi Ali apprit la langue de son nouveau pays tout en travaillant et put ainsi entreprendre des études à l’Université de Leiden. Elle en sortit diplômée et devint chercheur. Sans parler de son engagement politique. Son parcours est d’autant plus remarquable qu’elle était, adolescente, favorable à l’exécution de Salman Rushdie. Le 11 septembre 2001 l’amena à remettre en cause ses convictions religieuses et à les abandonner. Le parcours exemplaire qu’elle avait construit depuis son arrivée en Hollande aurait dû en faire un modèle d’intégration. Menacée, Ayaan Hirsi Ali finit par se voir accorder une protection policière. Alors qu’elle représentait tout ce qu’un pays européen pouvait souhaiter de ses migrants, elle se vit retirer sa nationalité néerlandaise par la ministre de l’immigration et de l’intégration qui appartenait au même parti qu’elle, sous l’allégation de fausse déclaration. Décidément, la Hollande avait fait son choix. Elle refusait d’assurer la protection d’une femme qui défendait tout ce que les Européens avaient si précieusement acquis. Comme l’écrit Douglas Murray : « le pays qui avait laissé entrer des centaines de milliers de musulmans sans espérer d’eux qu’il s’intégrassent et qui abritait en son sein quelques spécimen des prêcheurs les plus radicaux en Europe, privait de sa citoyenneté l’un des seuls immigrants qui avait montré à quoi pourrait ressembler un immigrant pleinement intégré. » Ayaan Hirsi Ali, ne recevant finalement aucune de protection en Europe, finit par s’installer aux Etats-Unis. (…) Les viols collectifs d’enfants à Rotherham et à Oxfordshire ont été passés sous silence par la police par peur des accusations de racisme et par peur de nuire aux relations intercommunautaires. Ces situations de viols passés sous silence ou minimisés se sont multipliées en Europe dans la foulée de la vague migratoire de 2015. Un musulman du nord de l’Angleterre qui s’était insurgé contre  les viols collectifs de filles blanches par des membres de sa communauté a reçu des menaces de mort. (…) Si l’on intensifie l’aide au développement, on tarira à la source les flux migratoires nous dit-on. Qui peut être contre l’aide au développement ? Seulement, on sait aussi que lorsque le niveau de vie s’accroît les ressources pour partir aussi, favorisant ainsi les flux migratoires. Après la tuerie de Nice, les débats en France se sont enflammés sur le burkini. Pour Douglas Murray, c’était une manière de faire diversion, pour parler de la chose, sans toucher à l’essentiel du problème. On avait déjà fait la même chose en d’autres circonstances, avec la loi sur le voile à l’école par exemple. Au lieu de viser le voile, il avait fallu viser les autres religions en même temps, alors que tout le monde savait de quoi il retournait. Si l’on ne peut porter le voile à l’école, on ne peut pas non plus porter une grande croix en bois, dont personne ne se rappelait en avoir jamais vue à l’école ! Lorsque des « innocents » se conduisent mal, comme cela a été le cas par exemple avec les viols collectifs en Suède, en Allemagne ou en Autriche, des politiques et même des policiers, sans parler des médias, cherchent généralement à enterrer l’affaire. L’auto-défiance est telle que l’on craint plus la réaction à la chose que la chose en elle-même. « En Allemagne en 2016, comme en Grande-Bretagne au début des années 2000, la crainte des conséquences que pourrait avoir l’identification des origines raciales des agresseurs l’emporta sur la détermination des policiers de faire leur travail. » On ne peut pas ici ne pas évoquer l’affaire Sarah Halimi battue à mort, torturée et défenestrée le 4 avril 2017. Il a fallu plus de deux mois pour que l’affaire sorte dans la presse… et encore timidement. Il ne fallait pas perturber la période électorale ! Le déni creuse l’écart entre « les gens », comme dirait Jean-Luc Mélenchon, et les élites politiques et médiatiques. Les premiers savent que les élites leur mentent. Ils savent aussi ce qu’elles semblent ignorer : le nombre compte. Pour Douglas Murray, «  La radicalisation trouve ses origines dans une communauté particulière et tant que celle-ci s’accroît, la radicalisation fera de même ». « Les politiques européens ne peuvent admettre ce que chaque migrant traversant la méditerranée sait et que la plupart des Européens ont fini par comprendre : une fois en Europe, vous y restez. » Le déni, le mensonge venant d’en haut encouragent la radicalisation en bas. Il déresponsabilise aussi les migrants et les incite à plus d’audace. En octobre 2016, deux journaux allemands, Le Freitag et le Huffington Post Deutschland publiaient un article d’un jeune Syrien de 18 ans qui disait en avoir marre des Allemands en colère et des chômeurs racistes : « Nous, réfugiés, … ne voulons pas vivre dans le même pays que vous. Vous pouvez, et je pense que vous devriez, quitter l’Allemagne. L’Allemagne n’est pas faite pour vous. Pourquoi vivez-vous ici ?… Allez chercher une autre patrie. » Ce type d’arrogance est encouragé par des attitudes comme celles du président de district de Kassel qui, en octobre 2015, lors d’une réunion publique, déclara à ses concitoyens qui n’étaient pas d’accord avec l’accueil de 800 réfugiés, qu’ils étaient libres de quitter l’Allemagne. L’obsession de la race est partout, chez les politiques, dans le sport, à la télévision. Douglas Murray raconte ce qu’ont donné à Londres, les répercussions du mouvement américain « Black Lives Matter ». Les manifestants chantaient le slogan « Hands Up, Don’t Shoot » lors de manifestations encadrées par des policiers sans arme. Quelques semaines plus tard, on vit dans les rues de Londres un type armé d’une machette juché sur les épaules de trois autres clamant les slogans de « Black Lives Matter ». Dans Hyde Park, la manifestation se termina par un policier poignardé et quatre autres blessés. Douglas Murray s’inquiète du pouvoir pris par les associations antiracistes qui luttent contre les discriminations. Elles ont cherché à prendre de plus en plus d’influence et à gagner des sources de financement. Elles savaient bien que ce ne serait possible que si le problème n’était pas résolu. Ce qui a eu pour effet de faire croire que les discriminations s’étaient aggravées – et méritaient d’être plus vivement combattues – alors que les choses s’amélioraient. (..) Douglas Murray se demande combien de temps une société fondée sur ce qui est sorti de la tradition chrétienne peut survivre sans se référer aux croyances qui lui ont donné naissance. Pour les Églises d’Europe, le message de la religion est devenu une forme de politique de gauche, d’action en faveur de la diversité et du bien être social. Ainsi, en Suède, l’archevêque Antje Jeckelen a déclaré que Jésus se serait opposé aux restrictions que la Suède a fini par mettre à l’immigration après la ruée de 2015. Après avoir perdu la croyance religieuse, et même le sens des métaphores bourrées de références à la religion, nous dit Douglas Murray, nous sommes sur le point d’abandonner le rêve d’une extension illimitée de valeurs que nous croyions universelles. Et, le trou creusé par la religion risque de s’agrandir. « Les étrangers qui viennent en Europe apportent leur propre culture au moment précis où notre culture a perdu la confiance qui lui permettrait de plaider sa cause ». Combien de temps cela peut-il durer, se demande Douglas Murray, et qu’est-ce qui se profile après ? Pourquoi les Européens devraient-ils être les seuls à porter les malheurs du monde ? Que deviendra l’Europe si cette fuite en avant continue ? Pourquoi les Européens devraient-ils être les seuls à ne pas pouvoir se préoccuper d’abord de leurs intérêts et de leur avenir, comme le font la plupart des autres peuples du monde ? Il faudrait, nous dit Douglas Murray, que ceux qui gouvernent reconnaissent leurs erreurs, qu’ils cessent de dire qu’ils veulent changer de fond en comble la société, qu’ils reconnaissent enfin les problèmes que la société a perçu bien avant eux, que la diversité c’est bien, mais à dose raisonnable, sans quoi, en plus des problèmes vécus par les autochtones, ce sont les problèmes du monde entier qui se retrouvent en Europe. (…) Ne faudrait-il pas réserver l’ostracisme aux vrais partis fascistes comme Aube dorée et permettre aux autres partis dits d’extrême droite d’évoluer ?  En Hollande et au Danemark, les politiciens hostiles à l’immigration vivent sous protection policière. De quoi dissuader les vocations. C’est tellement plus facile et gratifiant de se montrer compatissant, généreux et ouvert. Les plus menacés sont ceux qui ont cru aux promesses de l’Europe (Hirsi Ali, Maajid Nawaz, Kamel Daoud…). Ceux qui défendent nos valeurs ont été abandonnés à leur sort. Ils paient l’addition du déni. Ce sont eux les premiers sacrifiés. Au lieu de représenter les modèles qu’ils auraient dû être, ils font figure d’anti-modèles. (…) Mais, les Européens risquent de ne pas pardonner un changement complet de notre continent. Michèle Tribalat
Les Européens se complaisent dans la détestation de soi, de leur civilisation, de leurs traditions et de leur Histoire. Celle-ci ne leur inspire que remords et aspiration à la repentance. Ils y trouvent élévation, exaltation et, au bout du compte, jouissance dans l’autoflagellation. C’est particulièrement vrai pour ce qui est de leur passé colonial pourtant glorieux. Ce masochisme se retrouve chez ce politicien norvégien qui, violé chez lui par un Somalien, exprima sa culpabilité d’avoir privé ce malheureux, en le dénonçant, de sa vie en Norvège. Il n’est certainement pas étranger à Angela Merkel qui a vu dans la crise migratoire de 2015 une occasion de laver le passé de l’Allemagne. Il y a cependant un point sur lequel nous souhaitons émettre une réserve. D. Murray parle des Européens. En fait pas tous, seulement certains. Une grande partie de nos populations ne partage pas ces sentiments. Ce sont les « élites », ou plutôt la caste dirigeante, qui frappent nos poitrines comme les deux présidents de la République française qui sont allés s’avilir outre-Méditerranée en dénonçant la colonisation française comme un crime contre l’humanité. L’objectif est l’inclusion forcée de cultures qui ne sont pas celles de l’Europe, l’acceptation imposée de religions et de coutumes qui ne sont pas les nôtres, la soumission empressée à des règles juridiques et sociales qui nous sont étrangères, voire qui nous répugnent. C’est le refus de l’assimilation et une politique d’implantation sur notre territoire de communautés souvent hostiles qui mènera à des partitions. En un mot c’est le multiculturalisme. Pour qu’il aboutisse il est indispensable d’exalter l’autre. C’est particulièrement vrai avec l’islam. Plus la réalité fait douter de la « religion de paix et de tolérance », plus on vante les mérites passés des civilisations islamiques. Comme l’a déclaré l’érudit Chirac à Philippe de Villiers stupéfait : l’Europe doit autant à l’islam qu’au christianisme. La conséquence évidente et tragique est que l’Europe ne peut plus rien opposer à l’immigration massive. En particulier D. Murray se demande combien de temps une société fondée sur la tradition chrétienne peut survivre sans se référer à celle-ci. Or pour les Eglises d’Europe devenues des ONG compassionnelles, le message de religion est celui d’une forme de politique de gauche et d’action en faveur de la diversité et du bien-être social. Murray cite à juste titre des noms de dissidents qui, ayant engagé leur propre vie, peuvent être qualifiés de résistants. C’est le cas de Salman Rushdie, victime d’une fatwa de mort, de Pim Fortuyn, assassiné par un défenseur de la cause animale (sic) et de Ayaan Hirsi Ali, Somalienne réfugiée aux Pays-Bas qui abandonna la religion islamique. Menacée, elle a bénéficié d’une protection policière. Murray aurait également pu citer le cas de Robert Redeker menacé de mort à la suite de l’une de ses tribunes consacrée à l’islam et à la liberté d’expression parue dans Le Figaro en 2006. Il est un peu étonnant que D. Murray n’ait pas cité Enoch Powell, homme politique et écrivain britannique dont le célèbre discours du 20 avril 1958 marqua la fin de sa carrière politique, ainsi que Christopher Caldwell, journaliste américain, auteur de Une révolution sous nos yeux / Comment l’islam va transformer la France et l’Europe. Mais surtout le contenu de l’ouvrage de D. Murray se retrouve depuis plusieurs années dans les nombreuses publications parues en France sur l’invasion migratoire. A tout seigneur tout honneur, Jean Raspail fut et demeure un visionnaire stupéfiant de ce qui arrive à l’Europe, avec son Camp des saints. Renaud Camus, créateur du concept du Grand Remplacement, impose son talent littéraire et son intransigeance. Eric Zemmour ne fut pas pendu mais tout de même condamné pour avoir dit la vérité. J.Y. Le Gallou, auteur de Immigration : la catastrophe. Que faire ?, Gérard Pince dans Le Choc des ethnies, Guillaume Faye dans Comprendre l’islam et Malika Sorel Sutter, auteur de Décomposition française peuvent être considérés comme les dissidents les plus marquants. Mais il existe beaucoup d’autres auteurs qui, en France, ont élevé ou élèvent leur voix sur le thème de l’invasion migratoire et de l’islam, à commencer par Michèle Tribalat elle-même, ce qui, semble-t-il, ne lui vaut pas que des éloges à l’INED. Quant à l’évaluation du coût financier de l’immigration, sans citer Polémia, il faut évoquer les travaux de Pierre Milloz, qui fut un pionnier dans les années 1990, et l’excellent et dense petit ouvrage de G. Pince : Les Français ruinés par l’immigration. Tous ces dissidents se heurtent aux obstacles et aux contraintes qu’élèvent les immigrationnistes et le politiquement correct. (…) L’arrivée de migrants est inévitable, nous ne pouvons rien y faire, il faut se résigner car de toute façon la responsabilité nous incombe. C’est la version migratoire du sens de l’histoire. (…) Sans crier gare et sans consulter les populations des natifs au carré les dirigeants européens les mettent devant le fait accompli. D. Murray cite Tony Blair mais c’est la crise migratoire de 2015 qui vit Merkel appeler sans concertation à l’accueil d’un million de migrants en Europe. On appelle réfugiés syriens des migrants économiques érythréens. Les chiffres de l’immigration illégale sont ignorés. Il est affirmé que la France n’est plus une terre de forte immigration. On prétend, comme Lamassoure le fit dans le Figaro, que les terroristes, citoyens français de papier, sont au fond nos propres enfants. Pratique courante, les informations dérangeantes, même monstrueuses, sont occultées. L’affaire Sarah Halimi, les viols de la Saint-Sylvestre en Allemagne ont été cachés et ne sont apparus au grand jour que grâce à la réinfosphère. L’un des cas les plus graves fut celui de viols collectifs de nombreuses jeunes filles en Angleterre qui furent tus par les autorités britanniques pendant des années. Si des faits graves se produisent, on enflamme les débats sur des sujets secondaires. Après la tuerie de Nice ce fut l’affaire du burkini. Comme après Charlie-Hebdo et le Bataclan, on manipule l’opinion et on dérive les sentiments des parents et des témoins vers les marches blanches, les bougies, les pleurnicheries afin d’éviter le ressentiment et les appels à la résistance et au châtiment. La diversité est représentée comme un bien et indispensable pour combler le déficit démographique européen et permettre le paiement des retraites. Le racisme, quand ce n’est pas le nazisme, est soulevé face à la moindre objection. Et pourtant, comme l’a dit Harouel « Plutôt fasciste que mort ». Douglas Murray s’inquiète du pouvoir pris par les associations antiracistes qui luttent contre les discriminations. Elles ont cherché à prendre de plus en plus d’influence et à gagner des sources de financement. Murray cite le cas du journaliste suédois licencié pour avoir évoqué dans un article un sondage largement hostile à l’immigration. En France, sur le fondement des lois mémorielles liberticides, les condamnations pénales pleuvent en contradiction avec la liberté d’expression. (…) D. Murray évoque « l’étrange mort de l’Europe» Non. Si l’Europe et sa civilisation inégalée sont en grand danger elles ne sont pas encore mortes. L’émergence du populisme, l’élection de D. Trump, le Brexit, la détermination de la Russie à défendre des valeurs traditionnelles et la résistance des pays de Visegrad laissent apparaître un réel espoir. Mais le temps presse et la course contre la montre peut être perdue. Polemia
Douglas Murray, qui est journaliste, s’interroge sur les raisons du « suicide » de l’Europe, qui est le seul continent à avoir ouvert ses portes à des populations nouvelles qui n’ont pas été assimilées et qui sont en passe de bouleverser totalement sa vieille « civilisation », plus que la Seconde Guerre mondiale l’a fait. L’auteur explique que, jusqu’en 1945, les migrations étaient soit faibles (comme en Italie), soit facilement absorbées (comme les Irlandais en Angleterre). Mais, ensuite, elles sont devenues massives et ont changé de nature. La Grande-Bretagne, notamment, a vu s’installer chez elle nombre de personnes originaires des Caraïbes et du Pakistan, au point que les « Anglais de souche » sont devenus minoritaires en 2015 à Londres (leur « ethnie « ne représente plus que 44 % des habitants de la capitale). Selon Murray, en Europe occidentale, deux phénomènes se conjuguent. Les « Blancs » ne font plus d’enfants (en moyenne 1,38 par femme alors qu’il en faudrait 2,1 pour que la population « caucasienne » ne diminue pas ), alors que l’immigration s’est accentuée ces dernières années. Il y a, chaque année en Grande-Bretagne, 770.000 naissances par an et 300.000 nouveaux migrants. Un démographe de l’université d’Oxford, cité dans le livre, avance même que si rien ne change, en 2060, les « Blancs » constitueront moins de 50 % de la population britannique. L’auteur rappelle qu’en 1968, le député conservateur Enoch Powell avait prononcé un discours prémonitoire, dans lequel il prévoyait un avenir sombre à son pays si on n’arrêtait pas l’immigration. Mais alors qu’il était soutenu par 75 % des Britanniques, il avait été marginalisé et réduit au silence. Douglas Murray insiste sur ce paradoxe : en Europe occidentale, la majorité des citoyens ne supportent plus les problèmes liés aux migrants (dont les attentats), mais les gouvernements (même de droite !) n’agissent pas, car ceux qui s’opposent à l’immigration sont taxés de racistes et de fascistes et aucun gouvernement de l’Europe occidentale n’ose rejeter ce jugement moral. Douglas Murray démonte les arguments des partisans de l’immigration : elle serait nécessaire, vu le manque d’enfants chez les « Blancs », et elle serait bénéfique sur le plan économique, car les nouveaux venus créeraient de la richesse. Mais M. Murray souligne que, selon les sondages, les « Blancs » feraient sans problème deux ou trois bébés s’ils étaient aidés financièrement. Par ailleurs, en Grande-Bretagne, de 1995 à 2001, lorsqu’on fait les comptes, les immigrants auraient, au final, coûté de 125 à 170 milliards d’euros (pour les soins, la scolarisation des enfants et les aides sociales). Autre argument faux selon l’auteur : il serait impossible d’arrêter l’immigration. La preuve du contraire est donnée par le Japon et les pays de l’Europe de l’Est, qui n’accueillent que très peu de réfugiés et contrôlent leurs frontières. (…) Mais il fustige les pays du Golfe si riches qui n’accueillent aucun réfugié. Pour Douglas Murray, il semble y avoir une prise de conscience des gouvernants et certains faits sont, désormais, mis en avant, alors qu’ils étaient systématiquement étouffés autrefois. Les viols de milliers d’adolescentes non musulmanes par des gangs de Pakistanais sont enfin réprimés et on reconnaît publiquement que 95 % des agressions sexuelles en Suède, en Allemagne ou en Autriche sont commis par des réfugiés. La parole est plus libre et ceux qui rejettent l’immigration ont maintenant le droit de s’exprimer. Mais n’est-il pas déjà trop tard ? Boulevard Voltaire
Somme magistrale (numéro 1 des ventes en Angleterre), ce livre documenté, rigoureux, fait le point sur la descente aux enfers d’une Union européenne qui aspire à faire de son espace civilisationnel, par l’immigration de masse, le bien du monde, la propriété de toutes les ethnies. A lire impérativement pour tous ceux qui veulent comprendre quelque chose à cette mécanique de l’auto-extinction d’une brillante civilisation. Pourquoi les dirigeants, les élites européennes aspirent-elles à dissoudre leur peuple dans le grand brassage des peuples du monde ? Près de 6 millions de juifs ont été méthodiquement exécutés avec la complicité active ou passive de la quasi-totalité des gouvernements européens. Lorsque les horreurs de la Shoah ont été connues de tous, un intense sentiment de culpabilité s’est emparé des élites dirigeantes européennes. Celles-ci ont répandu l’idée que les Etats-nation étaient responsables de ce drame (pas les nazis !) puis que les Européens étaient coupables de tous les malheurs de la planète (l’esclavage, le colonialisme, l’impérialisme…), enfin que l’homme blanc en général était l’ennemi de la nature dont la folie met en péril son existence même. Se concevant comme des êtres foncièrement mauvais, porteurs d’une sorte de péché originel, les dirigeants européens ont mis en place des politiques fondées sur l’obsession de l’auto-flagellation. Tous répètent en boucle : nous sommes coupables et nous devons payer pour tous les crimes commis. Portons sur nos épaules toute la misère du monde. Accueillons tous les migrants victimes, pour l’essentiel, du fanatisme musulman, de la corruption de leurs élites. Par un mécanisme bien connu en psychiatrie, il s’est produit un déplacement dans la représentation collective du vécu des événements passés et présents : à l’analyse, aux explications lucides et rationnelles des événements et des crimes réellement commis (le massacre organisé des populations juives ; les crimes commis ici ou là..), on a substitué une causalité diabolique par laquelle le coupable auto-proclamé est toujours l’Européen et uniquement lui, devenu ainsi l’incarnation universelle du mal. Dans ce scénario délirant, les autres peuples sont par définition et a priori innocents. L’esclavage est attribué aux seuls occidentaux. Oubliés les Africains qui y ont participé activement ; ignorés les Arabes qui ont été de grands esclavagistes… idem pour le colonialisme dépeint uniquement comme un tissu de crimes commis contre les peuples par les seuls européens. Oublié que tous les peuples dominants ont colonisé d’autres peuples ; oublié que les musulmans ont colonisé, envahi, converti par le glaive de très nombreux pays et qu’ils continuent à le faire ; oubliés les innombrables crimes perpétrés au nom de l’Islam et de son prophète. La projection de ce scénario sur la scène mondiale a conduit à désigner les Américains comme coupables a priori (origine colonisation européenne) tout comme Israël dès lors qu’une partie de sa population est d’origine européenne. Europe-Etats-Unis-Israel-Australie-Canada… devaient se prosterner, se mettre à genoux devant tous les autres peuples et demander pardon. Dans ce délire pathologique, on va jusqu’à inculquer l’idée que nous sommes responsables y compris lorsque nous sommes victimes : responsables des crimes terroristes islamiques ; responsables des viols commis par des « migrants »… Ceux, rares, très rares, qui osent mettre en cause ce masochisme politique, sont exclus, marginalisés, traînés devant les tribunaux, persécutés, contraints à se cacher voire sont assassinés. Pour les élites européennes, il n’existe qu’un seul remède, qu’une seule solution pour absoudre ses fautes : la mort, la disparition méthodique des peuples européens, la destruction totale de la civilisation occidentale. Et puis, la chape de plomb du sentiment de culpabilité qui pèse sur la conscience européenne a commencé à se fissurer. En dépit d’une censure étouffante, d’une propagande digne des pays totalitaires, des voix de plus en plus nombreuses s’expriment. Des États refusent le suicide de masse que l’Union européenne a inscrit dans son programme. En Hollande, en Hongrie, en Pologne, en Italie… on refuse d’absorber la pilule de cyanure que représente l’immigration de masse. Aux États-Unis, ex bastion de la culture de la faute ayant atteint son point culminant sous Obama, le Président Trump opère une véritable révolution, libérant la politique du carcan de la culpabilité. En Israël, le gouvernement Netanayou ose l’impensable aux yeux des masochistes professionnels de la faute : il fait inscrire dans le marbre de la loi, le caractère juif de l’Etat d’Israël, mettant fin ainsi à deux mille ans de honte de soi. Pour les spécialistes de la repentance, le scandale est extrême ! Quoi ? Serait-ce possible ? Les Américains n’ont plus honte d’être américains ? Quoi! Les Juifs ne se cachent plus ! Ils n’ont plus honte d’exister ? Ils ont même un État dont ils sont fiers ? Sydney Touati
Si on peut se poser une question ici, ce n’est pas de savoir pourquoi il a fallu plus de vingt-quatre heures au Royaume-Uni pour trouver des lumières aux couleurs de la Belgique mais pourquoi, après soixante-sept années de terrorisme, le Royaume-Uni n’a toujours pas trouvé les simples lumières bleues et blanches qu’il faudrait pour projeter le drapeau d’Israël sur un espace public. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu des tas d’occasions. Les ennemis d’Israël nous ont donné bien plus d’occasions pour des affichages lumineux que ce qui a été offert à ceux qui se sont entichés de lumières par les disciples de l’État Islamique. (…) Quand Israël est attaqué les marches qui mènent aux ambassades d’Israël à Londres ou dans d’autres capitales européennes ne sont pas couvertes de fleurs, d’ours en peluche ou de bougies, ni de messages de condoléances griffonnés. En fait, chaque fois que des Israéliens sont attaqués et assassinés il y a bien des réponses devant les ambassades d’Israël. Elles ont tendance à être moins obsédées par les ours en peluche, elles consistent en foules vociférant leur rage contre Israël et devant être retenues par la police locale pour ne pas faire preuve de plus d’antagonisme encore. Il est possible que certains pensent qu’Israël n’est tout simplement pas sur le même continent que l’Europe et que, bien qu’elle est essentiellement une société occidentale, nous ne nous en sentons pas suffisamment proches. Chaque fois qu’une atrocité terroriste est commise en Europe, il y en a toujours qui demandent pourquoi le deuil, disons pour Paris ou Bruxelles, est plus marqué que pour Ankara ou Beyrouth. Mais la question Paris/Bruxelles est rarement posée, voire jamais, à propos de Jérusalem. On pourrait laisser de côté les grandes considérations et dire que c’est parce qu’en Israël les victimes sont juives. Mais il y a aussi une explication qui est toute aussi exacte. C’est qu’Israël est considéré comme différent parce que lorsqu’Israël est attaqué par des terroristes, pour un grand nombre en Occident, Israël n’est pas considéré comme étant une victime innocente. On le considère comme un pays qui, d’une certaine manière, a pu attirer cette violence sur lui. (…) Eh bien, quel choc devra subir le reste du monde un jour. Parce que si on autorise qu’une « excuse » soit donnée pour une représentation faussée d’extrémistes islamistes, il faudra alors en autoriser pour les autres. On devra, par exemple, accepter la parole de l’État Islamique, pour qui la Belgique est une nation de « croisés », qui mérite d’être attaquée car elle est impliquée dans une « croisade » contre l’État Islamique en Irak et en Syrie (ISIS). On devra accepter que pour avoir résisté aux extrémistes islamiques au Mali et en Syrie, ces extrémistes islamiques ont le droit d’attaquer les gens en Belgique, en France, au Sierra Leone, au Canada, aux États-Unis et en Australie. On devra accepter que des Européens puissent être tués pour avoir publié une caricature, simplement parce que un groupe terroriste étranger le dit et puis accepter que les caricaturistes l’ont bien cherché. (…) Cela peut prendre un certain temps avant que nous en prenions conscience, mais nous sommes tous dans le même bateau. Cela peut prendre aussi un certain temps avant que les villes européennes aillent prendre ces ampoules bleues et blanches, mais si nous commençons à demander où sont passés ces ampoules, nous pourrions non seulement comprendre dans quelle situation difficile se trouve Israël, mais aussi comprendre quelle est la nôtre aujourd’hui. Douglas Murray
We’re used to the idea of slow, incremental cultural and societal change. I use the famous example of the ship of Theseus. As bits fall off, you put bits on, but it remains recognizably the ship of Theseus. That isn’t the case when you have migration at the levels at which Europe has had it in recent decades, particularly not at the level of 2015, when Germany added an extra 2 percent of – to its population in a single year alone. And it’s also very unlikely, it seems to me, that people who come with very different attitudes are not going to change the continent significantly. (…)Take an example like – let’s say 2015 across the continent of Europe. The numbers that came that year from across sub-Saharan Africa, North Africa, the Middle East and the Far East were far in excess of any of the migration that was seen during the Jewish migrations into Europe. And secondly, that the claims that were made about Jews were erroneous claims, whereas the people who did warn that some – obviously not all, but some – of the Muslim immigrants will bring serious security challenges with them has been demonstrated time and again by events. So, you know, you can hear ugly echoes whilst also being able to differentiate the difference between facts and lies. (…) And the people arriving are bringing a very literal faith with them. (…) Let me give you one very quick example. In Britain, we, some decades ago, came to a fairly straightforward accommodation and belief towards tolerance towards people who were of sexual minorities. If you – if you look now at all opinion surveys of the people who’ve come in most recently, they have very, very different views. A poll carried out a couple of years ago found that among U.K. Muslims there was zero – zero – belief that homosexuality was a permissible lifestyle choice. And a poll taken just last year in Britain found that 52 percent of British Muslims wanted being gay in the U.K. to be made illegal now. Now, there are people who won’t bake your wedding cake if you’re gay. There are some ultra-Protestants who won’t marry you in their churches. But these are people who actually want to make it a crime punishable in law in the 21st century in Britain. So I’m afraid that everyone has to concede – liberal or conservative or whatever – that some of the people who the liberals and their attitude towards immigration have brought here have more illiberal attitudes than anyone else in the country. And this is a big problem. (…) I am intolerant – I have to say, I am intolerant of people who want to put me, as a gay man, in prison. Yeah. Yeah, I’m intolerant of that. (…) everyone agrees that the colonial era was wrong. I’m not an apologist for empire. But in that case, how long does the reverse colonialism happen for? And if you see it as some kind of blowback for colonialism, then what is the end point of this anti-colonialism? (…) The problem is that this isn’t borne out by the facts across Europe. For instance, I mean, where was the Swedish empire across Africa or in the Middle East? Where was it? (…) And so why did Sweden take in 2 percent of its population in addition in one year alone, 2015? It makes no sense. We can all find excuses and reasons for why this is happening. I think it’s much better to look at it in the round and see the very complex picture this actually presents and the very complex future it’s setting up for us. (…) The first solution is very straightforward. It is that you slow down the flow. I don’t say no migrants into Europe. I don’t say that at all. But you’ve got to massively slow down the flow because a society doesn’t have a hope of remaining cohesive when you have migration at these levels. The second thing is you work on the people who are already here more. The third thing is that you make it clear that as well as speaking the language of inclusion in our politics, we have to speak the language of exclusion – what it is that we won’t tolerate as well as what it is that we do and what it is we will be tolerant of. There’s a whole set of other things. One of them is a very basic one, which is to try to shrug off what I diagnose as, among other things, the guilt-ridden complex that Europe has. I’m not advocating that we become sort of, you know, patriotic nationalists. You’ve got to find a balance here. And one of the balances has to be arrived at by recognizing a very simple fact, which is that Europe cannot be the home for everybody in the world who wants to move in and call it home. Douglas Murray
Murray begins with some sweeping stuff about European neighbourhoods becoming indistinguishable from their inhabitants’ native Pakistan, before narrowing things down to the fact that London is no longer a majority white British city. Before long, inevitably, we are reminded of the “prophetic foreboding” of Enoch Powell’s “rivers of blood” speech. Murray never quite spells out why it matters so terribly that people should come here from abroad – what is supposedly so awful about black and brown Londoners, including second or third generation immigrants, or indeed white people born overseas. There are token mentions ogayf pressure on public services, and a grand assertion that the evidence suggesting immigration has economic benefits is all either wrong or fiddled by New Labour. (Anyone familiar with recent Labour history will find mildly surreal Murray’s account of how he imagines the party, and the immigration minister Barbara Roche in particular, tackled immigration.) But this fearless scourge of political correctness seems oddly reluctant to pinpoint precisely why people coming from India, the Caribbean or eastern Europe was such a ghastly prospect. He has rather fewer inhibitions, however, regarding more recent immigrants from predominantly Muslim Middle Eastern countries. Chapter after chapter circles around the same repetitive themes: migrants raping and murdering and terrorising; paeans to Christianity; long polemics about how Europe is too “exhausted by history” and colonial guilt to face another battle, and is thus letting itself be rolled over by invaders fiercely confident in their own beliefs. (…) The book regurgitates the same misleading myths as Nigel Farage about immigration turning Sweden into the rape capital of Europe. (The unexciting truth is that Swedish rape laws are among the strictest in the world, and that the numbers soared when these laws were tightened to change the way incidents were counted; the high number of rape allegations is best seen not as proof of Sweden being dragged into the gutter but of its radically feminist approach to prosecuting.) He triumphantly dismisses any polling suggesting immigrants actually want to integrate by suggesting that pubs “very often close” when Muslim migrants move in – presumably in a different way than pubs all over Britain are closing, crippled by everything from cheap supermarket booze and stagnating wages to the smoking ban – and that if they really wanted to be British they would go out and “drink lukewarm beer like everybody else”. Be more Nigel Farage, or else. (…) Yet (…) For a book that argues that Europe is in mortal danger, there are surprisingly few concrete suggestions for averting it. Murray proposes tougher curbs on immigration, suggests refugees should be given only temporary refuge and be sent home when it’s safe (a direction in which the Home Office is already moving) and bangs the drum for stronger Christian faith. But if he really does think Muslims are as inherently dangerous as his book suggests, why not a Trump-style ban? Why not refuse to take refugees at all, or do so only following an intensive programme of cultural re-education along his approved lines? More surprising, however, is the author’s inability to define the culture supposedly in jeopardy. If Europe should more aggressively defend its unique identity, the least one might expect is a clear definition of this precious thing it’s supposed to be defending: the values, experiences and ideas in danger of being lost. But apart from beer and churchgoing, padded out with scorn for anyone trying to distinguish between Islam or Muslims in general and Islamist terrorists in particular, there’s little here to cling to. At one point the author is reduced to suggesting that he thinks the future Europe will stand or fall on its “attitude to church buildings”. The frustrating thing is that Europe isn’t perfect. It has struggled to cope with unprecedented flows of migrants in recent years, and to integrate those already here. It is confused in some ways about what it stands for. It is politically fractured, most recently by Brexit – which this book doesn’t really cover – but before that by the euro crisis, its treatment of Greece and the alienation of many of its citizens from creaking, remote political EU institutions that do not seem up to the huge economic challenges ahead. Europe isn’t dying, but it isn’t ageing well, and all that is ripe for critical analysis. The Guardian
The author does hit on some unfortunate truths. The migrant crisis of 2015 was unexpected, but also badly managed by the European Union. Laws to combat anti-Islamic hate speech tend to clamp down on free expression, and worsen the tensions. The policy of isolating anti-migrant parties tended to make them even more popular: when the Sweden Democrats were first elected into parliament with 5% of the vote in 2010, other politicians “treated the new MPs as pariahs”. The party is now one of the most popular in Sweden, scoring 24% in recent opinion polls. In some places the police or social services have indeed failed to act against pathologies in Muslim communities, fearful of being tarred with racism. (…) But (…) he cites polls showing that voters worry about the number of immigrants, but not those showing that people vastly overestimate those numbers. He is prone to exaggeration: housing shortages in Sweden are “largely caused by immigration”, rather than decades of under-construction; NGO boats rescuing migrants in the Mediterranean do so “minutes” after they leave the north African shore (in reality, it takes hours or even a day for refugee boats to be found, which is why around 5,000 died or went missing on that crossing last year). He puts nearly all of the blame for the migration crisis on the shoulders of Angela Merkel, the German chancellor, who in 2015 “opened a door that was already ajar”. (…) Mrs Merkel was indeed temporarily damaged by the migration crisis, with her poll ratings falling. But her party still looks set to win the elections this autumn, and allies have won local elections, while support for a far-right party has fallen. Mr Murray argues that Marine Le Pen’s National Front, one of a handful of “thoughtful and clearly non-fascist parties” often described as on the “far right”, should be accepted into the mainstream. Yet Ms Le Pen’s bleak vision did not convince France’s voters to make her president, while her party now looks much diminished. Mr Murray is right to point out that many European politicians have not yet come to grips with how to manage migration in the coming decades. But Europe is a long way off from its last gasp. The Economist

Cachez cette invasion que je ne saurai voir  !

A l’heure où de la Californie à Grèce et de la Suède au Portugal …

Oubliant commodément, entre cycles climatiques, sururbanisation et bétonisation, une myriade d’autres facteurs possibles …

Et sans compter, comme en Israël depuis des mois et dans la plus grande indifférence, les pyromanes

Ou en Iran nos amis les mollahs détourneurs et voleurs d’eau

On nous bassine ou nous anathémise avec un changement climatique encore largement hypothétique …

Entre deux égorgements (pardon: agressions au couteau), émeutes ou marches silencieuses

Ou retour aux pissotières comme  il y a 50 ans pendant qu’on exporte des sanisettes futuristes en Amérique …

Sans parler, entre deux « fake news » (pardon: « erreurs de formulation »), de l’effet contaminateur et incitatif comme pour les fusillades de lycées de nos apprentis-sorciers de médias, leurs interviews des suspects et leurs fascinantes listes de records (jusqu’à littéralement jouer avec le feu entre scénarios du jugement dernier et des noms d’incendies comme Holy fire !) …

Pendant qu’aux Etats-Unis, on découvre par hasard un camp d’entrainement d’enfants, fusils d’assaut et champ de tir compris, pour futures fusillades scolaires créé par le fils d’un ancien membre de la Nation of islam de Farrakhan et  imam d’une mosquée de Brooklyn impliqué dans le premier attentat du World Trade Center

Retour avec la récente traduction française du bestseller de l’an dernier du journaliste britannique Douglas Murray …

Qui montre exemple après exemple et après les prophéties de Powell ou de Raspail

Comment à coups de prétendue inéluctabilité, politique du fait accompli, déni, complicité, camouflage des informations dérangeantes, diversion, chantage au racisme, propagande, intimidation ou répression

Et sans compter, derrière les intérêts bien compris de quelques uns, l’effet paradoxal de l’aide

L’Europe contribue à sa propre disparition …

Sidney Touati
Dreuz
4 août 2018
« Là où un musulman a prié, la terre appartient à l’islam »

Cet article est librement inspiré d’un ouvrage dont je recommande la lecture. Il s’agit du livre de Douglas Murray : L’étrange suicide de l’Europe*.

Somme magistrale (numéro 1 des ventes en Angleterre), ce livre documenté, rigoureux, fait le point sur la descente aux enfers d’une Union européenne qui aspire à faire de son espace civilisationnel, par l’immigration de masse, le bien du monde, la propriété de toutes les ethnies.

A lire impérativement pour tous ceux qui veulent comprendre quelque chose à cette mécanique de l’auto-extinction d’une brillante civilisation.

Pourquoi les dirigeants, les élites européennes aspirent-elles à dissoudre leur peuple dans le grand brassage des peuples du monde ?

Près de 6 millions de juifs ont été méthodiquement exécutés avec la complicité active ou passive de la quasi-totalité des gouvernements européens.

Lorsque les horreurs de la Shoah ont été connues de tous, un intense sentiment de culpabilité s’est emparé des élites dirigeantes européennes.

Celles-ci ont répandu l’idée que les Etats-nation étaient responsables de ce drame (pas les nazis !) puis que les Européens étaient coupables de tous les malheurs de la planète (l’esclavage, le colonialisme, l’impérialisme…), enfin que l’homme blanc en général était l’ennemi de la nature dont la folie met en péril son existence même.

Se concevant comme des êtres foncièrement mauvais, porteurs d’une sorte de péché originel, les dirigeants européens ont mis en place des politiques fondées sur l’obsession de l’auto-flagellation.

Tous répètent en boucle : nous sommes coupables et nous devons payer pour tous les crimes commis.

Portons sur nos épaules toute la misère du monde. Accueillons tous les migrants victimes, pour l’essentiel, du fanatisme musulman, de la corruption de leurs élites.

Psychiatrisation de la politique de l’Union européenne.

Par un mécanisme bien connu en psychiatrie, il s’est produit un déplacement dans la représentation collective du vécu des événements passés et présents : à l’analyse, aux explications lucides et rationnelles des événements et des crimes réellement commis (le massacre organisé des populations juives ; les crimes commis ici ou là..), on a substitué une causalité diabolique par laquelle le coupable auto-proclamé est toujours l’Européen et uniquement lui, devenu ainsi l’incarnation universelle du mal.

Dans ce scénario délirant, les autres peuples sont par définition et a priori innocents.

L’esclavage est attribué aux seuls occidentaux. Oubliés les Africains qui y ont participé activement ; ignorés les Arabes qui ont été de grands esclavagistes… idem pour le colonialisme dépeint uniquement comme un tissu de crimes commis contre les peuples par les seuls européens. Oublié que tous les peuples dominants ont colonisé d’autres peuples ; oublié que les musulmans ont colonisé, envahi, converti par le glaive de très nombreux pays et qu’ils continuent à le faire ; oubliés les innombrables crimes perpétrés au nom de l’Islam et de son prophète.

La projection de ce scénario sur la scène mondiale a conduit à désigner les Américains comme coupables a priori (origine colonisation européenne) tout comme Israël dès lors qu’une partie de sa population est d’origine européenne.

Europe-Etats-Unis-Israel-Austalie-Canada… devaient se prosterner, se mettre à genoux devant tous les autres peuples et demander pardon.

Dans ce délire pathologique, on va jusqu’à inculquer l’idée que nous sommes responsables y compris lorsque nous sommes victimes : responsables des crimes terroristes islamiques ; responsables des viols commis par des « migrants »…

Ceux, rares, très rares, qui osent mettre en cause ce masochisme politique, sont exclus, marginalisés, traînés devant les tribunaux, persécutés, contraints à se cacher voire sont assassinés.

Pour les élites européennes, il n’existe qu’un seul remède, qu’une seule solution pour absoudre ses fautes : la mort, la disparition méthodique des peuples européens, la destruction totale de la civilisation occidentale.

La Renaissance

Et puis, la chape de plomb du sentiment de culpabilité qui pèse sur la conscience européenne a commencé à se fissurer.

En dépit d’une censure étouffante, d’une propagande digne des pays totalitaires, des voix de plus en plus nombreuses s’expriment. Des États refusent le suicide de masse que l’Union européenne a inscrit dans son programme.

En Hollande, en Hongrie, en Pologne, en Italie… on refuse d’absorber la pilule de cyanure que représente l’immigration de masse.

Aux États-Unis, ex bastion de la culture de la faute ayant atteint son point culminant sous Obama, le Président Trump opère une véritable révolution, libérant la politique du carcan de la culpabilité.

En Israël, le gouvernement Netanayou ose l’impensable aux yeux des masochistes professionnels de la faute : il fait inscrire dans le marbre de la loi, le caractère juif de l’Etat d’Israël, mettant fin ainsi à deux mille ans de honte de soi.

Pour les spécialistes de la repentance, le scandale est extrême !

Quoi ? Serait-ce possible ?

Les Américains n’ont plus honte d’être américains ?

Quoi! Les Juifs ne se cachent plus !

Ils n’ont plus honte d’exister ? Ils ont même un État dont ils sont fiers ?

Les dirigeants masochistes de France, d’Allemagne, d’Angleterre, de Suède et d’ailleurs continuent à courber l’échine et à demander que leur peuple respectif soit martyrisé jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Puisque les dirigeants de l’Union européenne aspirent à mourir, alors qu’ils appliquent à eux-mêmes la thérapie qu’ils imposent par la contrainte aux autres. Qu’ils laissent enfin la place à ceux qui aiment sans complexe la vieille, la riche, la belle civilisation européenne, c’est-à-dire la grande majorité des citoyens.

Envoyons des fouets à Macron, à Merkel et autres masochistes.

Qu’ils se punissent puisque tel est le fondement de leur politique.

Qu’ils nous laissent vivre dans le cadre de notre culture européenne qui repose sur Jérusalem-Athènes-Rome.

Voir aussi:

DOUGLAS MURRAY

THE STRANGE DEATH OF EUROPE

IMMIGRATION, IDENTITY, ISLAM

Bloomsbury Continuum , 2017, 352 p.

UNE TRADUCTION FRANÇAISE EST SORTIE LE 25 AVRIL CHEZ L’ARTILLEUR

Michèle Tribalat

Dans ce livre, Douglas Murray analyse la situation actuelle de l’Europe dont son attitude à l’égard des migrations n’est que l’un des symptômes d’une fatigue d’être et d’un refus de persévérer dans son être. Advienne que pourra ! « Le Monde arrive en Europe précisément au moment où l’Europe a perdu de vue ce qu’elle est ». Ce qui aurait pu réussir dans une Europe sûre et fière d’elle-même, ne le peut pas dans une Europe blasée et finissante. L’Europe exalte aujourd’hui le respect, la tolérance et la diversité. Toutes les cultures sont les bienvenues sauf la sienne. « C’est comme si certains des fondements les plus indiscutables de la civilisation occidentale devenaient négociables… comme si le passé était à prendre », nous dit Douglas Murray.

Seuls semblent échapper à celle langueur morbide et masochiste les anciens pays de la sphère soviétique. Peut-être que l’expérience totalitaire si proche les a vaccinés contre l’oubli de soi. Ils ont retrouvé leur identité et ne sont pas prêts à y renoncer. Peut-être gardent-ils le sens d’une cohésion nationale qui leur a permis d’émerger de la tutelle soviétique, dont les Européens de l’Ouest n’ont gardé qu’un vague souvenir. Peut-être ont-ils échappé au complexe de culpabilité dont l’Europe de l’Ouest se délecte et sont-ils trop contents d’avoir survécu au soviétisme pour se voir voler leur destin. Cette attitude classée à droite par l’Europe occidentale est vue, à l’Est, comme une attitude de survie, y compris à gauche comme en témoigne Robert Fico, le Premier ministre de gauche slovaque : «  j’ai le sentiment que, nous, en Europe, sommes en train de commettre un suicide rituel… L’islam n’a pas sa place en Slovaquie. Les migrants changent l’identité de notre pays. Nous ne voulons pas que l’identité de notre pays change. » (2016)

LA COMPLAISANCE DES EUROPÉENS DANS LA DÉTESTATION DE SOI

Il y a un orgueil à se présenter comme les seuls vraiment méchants de la planète. Tout ce qui arrive, l’Europe en est responsable directement ou indirectement. Comme avant lui Pascal Bruckner, Douglas Murray brocarde l’auto-intoxication des Européens à la repentance. Les gens s’en imbibent, nous dit-il, parce qu’ils aiment ça. Ça leur procure élévation et exaltation. Ça leur donne de l’importance. Supportant tout le mal, la mission de rédemption de l’humanité leur revient.

Ils s’autoproclament les représentants des vivants et des morts. Douglas Murray cite le cas d’Andrews Hawkins, un directeur de théâtre britannique qui, en 2006, au mi-temps de sa vie, se découvrit être le descendant d’un marchand d’esclaves du 16ème siècle. Pour se laver de la faute de son aïeul, il participa, avec d’autres dans le même cas originaires de divers pays, à une manifestation organisée dans le stade de Banjul en Gambie. Les participants enchainés, qui portaient des tee-shirts sur lesquels était inscrit « So Sorry », pleurèrent à genoux, s’excusèrent, avant d’être libérés de leurs chaines par  le Vice-Président  gambien.

« Happy end », mais cette manie occidentale de l’auto-flagellation, si elle procure un sentiment pervers d’accomplissement, inspire du mépris à ceux qui n’en souffrent pas et les incitent à en jouer et à se dédouaner de leurs mauvaises actions. Pourquoi disputer aux Occidentaux ce mauvais rôle. Douglas Murray raconte une blague de Yasser Arafat qui fit bien rire l’assistance, alors qu’on lui annonçait l’arrivée d’une délégation américaine. Un journaliste présent lui demanda ce que venaient faire les Américains. Arafat lui répondit que la délégation américaine passait par là à l’occasion d’une tournée d’excuses à propos des croisades !

Cette attitude occidentale facilite le report sur les pays occidentaux de la responsabilité de crimes dont ils sont les victimes. Ce fut le cas avec le 11 septembre. Les thèses négationnistes fleurirent, alors qu’on se demandait aux États-Unis qu’est-ce qu’on avait bien pu faire pour mériter cela.

Cette exclusivité dans le mal que les Occidentaux s’arrogent ruissèle jusques et y compris au niveau individuel. Après avoir été violé chez lui par un Somalien en avril 2016, un politicien norvégien, Karsten Nordal Hauken, exprima dans la presse la culpabilité qui était la sienne d’avoir privé ce pauvre Somalien, en le dénonçant, de sa vie en Norvège et renvoyé ainsi à un avenir incertain en Somalie. Comme l’explique Douglas Murray, si les masochistes ont toujours existé, célébrer une telle attitude comme une vertu est la recette pour fabriquer « une forte concentration de masochistes ». « Seuls les Européens sont contents de s’auto-dénigrer sur un marché international de sadiques ».

Les dirigeants les moins fréquentables sont tellement habitués à notre autodénigrement qu’ils y voient un encouragement. En septembre 2015, le président Rouhani a eu le culot de faire la leçon aux Hongrois sur leur manque de générosité dans la crise des réfugiés. Que dire alors de la richissime Arabie saoudite qui a refusé de prêter les 100 000 tentes climatisées qui servent habituellement lors du pèlerinage et n’a accueilli aucun Syrien, alors qu’elle offrait de construire 200 mosquées en Allemagne ?

La posture du salaud éternel, dans laquelle se complait l’Europe, la désarme complètement pour comprendre les assauts de violence dont elle fait l’objet et fonctionne comme une incitation.

LA CULPABILILITÉ OCCIDENTALE

Beaucoup d’Européens, ce fut le cas d’Angela Merkel, ont cru voir, dans la crise migratoire de 2015, une mise au défi de laver le passé : « Le monde voit dans l’Allemagne une terre d’espoir et d’opportunités. Et ce ne fut pas toujours le cas » (A. Merkel, 31 août 2015). N’était-ce pas là l’occasion d’une rédemption de l’Allemagne qu’il ne fallait pas manquer ?  Douglas Murray décrit ces comités d’accueils enthousiastes qui ressemblaient à ceux que l’on réservait jusque là aux équipes de football victorieuses ou à des combattants rentrant de la guerre. Les analogies avec la période nazie fabriquent à peu de frais des héros. Lorsque la crise migratoire de 2015 survient il n’y a pas de frontière entre le Danemark et la Suède. Il suffisait donc de prendre le train pour passer d’un pays à l’autre. Pourtant, il s’est trouvé une jeune politicienne danoise de 24 ans – Annika Hom Nielsen – pour transporter à bord de son yacht, en écho à l’évacuation des juifs en 1943, des migrants qui préféraient la Suède au Danemark mais qui, pourtant, ne risquaient pas leur vie en restant au Danemark.

Si beaucoup de pays expient l’expérience nazie, d’autres expient leur passé colonial. C’est ainsi que l’Australie a instauré le « National Sorry Day » en 1998. En 2008, les excuses du Premier ministre Kevin Rudd aux aborigènes furent suivies de celles du Premier ministre canadien aux peuples indigènes. Aux États-Unis, plusieurs villes américaines ont rebaptisé « Colombus Day » en « Indigenous People Day ». Comme l’écrit Douglas Murray, il n’y a rien de mal à faire des excuses, même si tous ceux à qui elles s’adressent sont morts. Mais, cette célébration de la culpabilité « transforme les sentiments patriotiques en honte ou à tout le moins, en sentiments profondément mitigés ».

GÉNÉRALISATION ET ESSENTIALISATION : DES CRIMES TYPIQUEMENT EUROPÉENS

Si l’Europe doit expier ses crimes passés, pourquoi ne pas exiger de même de la Turquie ? Si la diversité est si extraordinaire, pourquoi la réserver à l’Europe et ne pas l’imposer à, disons, l’Arabie saoudite ? Où sont les démonstrations de culpabilité des Mongols pour la cruauté de leurs ascendants ?

« il y a peu de crimes intellectuels en Europe pires que la généralisation et l’essentialisation d’un autre groupe dans le monde».  Mais le contraire n’est pas vrai. Il n’y a rien de mal à généraliser les pathologies européennes, et les Européens ne s’en privent pas eux-mêmes.

L’EXALTATION DES AUTRES

Le pendant à l’autodénigrement et à la culpabilité européens est l’exaltation de l’Autre, même dans les circonstances les plus invraisemblables. Le multiculturalisme, qui fait une place particulière aux cultures apportées par les migrants, s’il est vu comme LA seule solution au problème posé par l’immigration massive, a l’avantage de tenir à distance les prétentions hégémoniques des cultures européennes, dont il faut toujours se méfier.

Afin de devenir vraiment multiculturels, les pays européens ont insisté sur leurs mauvais côtés, exaltant par ailleurs les apports extérieurs : « Changer le passé pour qu’il s’adapte aux réalités présentes ».

C’est particulièrement vrai avec l’islam. Plus la réalité faisait douter de la « religion de paix et de tolérance », plus on vanta les mérites passés des civilisations islamiques, notamment du temps de l’occupation du sud de l’Espagne présentée comme l’exemple même d’une société multiculturelle harmonieuse et heureuse !  Embellir le passé pour se donner des raisons d’espérer.

En 2010, une exposition londonienne, « 1001 Islamic Inventions », faisait l’inventaire de tout ce que le monde islamique avait apporté à l’Occident, c’est-à-dire à peu près tout.

Quelle chance pour les musulmans d’avoir une civilisation pareille ! Tout plutôt que la civilisation européenne. La Suède, à ce petit jeu, gagne le pompon.

Douglas Murray raconte que la ministre suédoise de l’intégration, Mona Sahlin, déclara en 2004, dans une mosquée kurde, que beaucoup de Suédois étaient jaloux des Kurdes parce qu’ils possèdent une culture riche et unificatrice quand les Suédois n’ont que des choses ridicules telles que le fête de la Nuit de la Saint-Jean.

Quand il fut demandé à Lise Bergh, la secrétaire d’État spécialisée sur les droits de l’homme, l’inclusion…, si cela valait le coup de préserver la culture suédoise, elle répondit : « Bon, qu’est-ce que la culture suédoise ? Et avec ça je pense que j’ai répondu à votre question. » Mais, nous dit Douglas Murray, généralement, ce type de question est soigneusement évité en Europe, en raison des difficultés sous-jacentes : « Quelles parts de leur culture les Européens devraient-ils abandonner volontairement ? Qu’est-ce qu’ils y gagneraient et à quelle échéance ? »

En 2015, Ingrid Lomfors, la patronne de l’équivalent suédois du Mémorial de la Shoa, déclarait lors d’une conférence en faveur de la politique du gouvernement « Sweden together », en présence du roi et de la reine, que l’immigration en Suède n’avait rien de neuf, que tout le monde était un migrant et que la culture suédoise n’existait pas. Le soir du 24 décembre 2014, le tout juste ex-Premier ministre de Suède, Fredrik Reinfeldt, déclarait à la télévision que les Suédois étaient sans intérêt et que les frontières étaient des constructions fictives.

Mais l’Allemagne pratique aussi, à l’excès, ce souci de l’Autre. Après l’attaque du train en Allemagne en juillet 2016, il s’est trouvé une parlementaire allemande du Parti vert pour demander pourquoi la police avait tué l’attaquant au lieu de le blesser.

LA CRISE MIGRATOIRE DE 2015

Douglas Murray, qui s’est rendu dans de nombreux points chauds, revient longuement sur cette crise migratoire. Sans entrer dans le détail, relevons un fait qui m’a frappé moi aussi : le rapport de masculinité élevé. On a su très vite qu’il s’agissait dans une grande majorité de jeunes hommes, y compris parmi les mineurs. Outre que cette arrivée de jeunes hommes et adolescents a modifié de façon visible le sex-ratio en Suède, on aurait pu se demander quel péril guettait les filles restées au pays. Pourquoi les familles étaient-elles si pressées de sauver leurs garçons et pas leurs filles ?

Les mesures prises pour sauver les étrangers en mer, au plus près des côtes libyennes ont été vite connues et intégrées par les passeurs, pour accélérer leur business et empiler toujours plus de migrants dans des embarcations dangereuses. L’information circule à grande vitesse, comme ce fut le cas avec les déclarations d’Angela Merkel ne fixant aucune limite au nombre d’étrangers qu’elle était prête à accueillir.

Le racisme dont les Européens s’enorgueillissent d’être les vrais coupables, n’épargne pas les frêles embarcations sur lesquelles sont entassés les migrants. Ce sont les Subsahariens qui sont mis aux endroits les plus périlleux et sont les premiers à se noyer. Des chrétiens ont été battus et jetés à la mer lorsque les autres passagers ont su qu’ils étaient chrétiens.

La traite est impitoyable. Les passeurs n’hésitent pas à envoyer des vidéos mettant en scène les abus et les tortures de migrants, via leurs smartphones, à destination des familles pour recueillir plus d’argent. L’identification des migrants est très difficile et le rythme des arrivées ne permet pas une vérification approfondie. Beaucoup arrivent sans papiers. Ceux qui débarquaient à Lesbos connaissaient le prix du taxi pour Moria. Et, à Malmö, c’est dans les poubelles en ville que l’on retrouvait nombre de papiers d’identité abandonnés.

L’exaltation suscitée par la crise migratoire de 2015 chez certains gouvernants, et tout particulièrement Mme Merkel, a conduit à certains retournements. En 2010, elle déclarait que le multikluti ne fonctionnait pas, mais en 2015, elle insistait sur le fait que tout allait bien se passer et que ce qui avait échoué par le passé avec des flux moins volumineux, allait réussir cette fois !

DE NOUVEAU UN PROBLÈME AVEC LA RELIGION : LES NOUVEAUX DISSIDENTS

Qui aurait pensé, il y a 20 ou 30 ans que l’Europe serait à nouveau déchirée par des débats sur la place de la religion ?

On a toléré de musulmans « offensés et en colère » beaucoup plus qu’on ne l’aurait fait pour d’autres. C’était déjà le cas en 1989, après la publication des versets sataniques de Salman Rushdie. Ainsi, Cat Stevens, « rebaptisé » Yusuf Islam après sa conversion, déclara lors d’une émission télévisée de la BBC que Salman Rushdie méritait la mort et qu’il regrettait que les portraits en flammes que l’on voyait lors des manifestations ne soient pas « la chose en vrai », autrement dit Salman Rushdie lui-même. Il ne fut pas poursuivi pour ses propos.

Peu de gens ont compris, en 1989, avec l’affaire Rushdie, que nous avions changé d’ère.

Partout en Europe, se trouvèrent des « idiots utiles » qui ont non seulement protégé et défendu l’indéfendable mais ont été des activistes de la cause. C’est ce qui causa l’assassinat de Pim Fortuyn par un Végan, défenseur de la cause animale, qui croyait ainsi venir en aide aux musulmans.  La radicalisation des propos à l’égard de Pim Fortuyn de la part de ses opposants, qui franchirent rapidement le point Godwin, l’ont, en quelque sorte, désigné à la vindicte. « Dans un entretien télévisé, peu de temps avant sa mort,  Fortuyn parla des menaces de mort qu’il recevait et déclara que, si quoi que soit lui arrivait, ses opposants politiques, qui l’avaient tellement démonisé, auraient leur part de responsabilité. »

Mais celle qui symbolise le mieux le malaise européen est sans doute Ayaan Hirsi Ali. Voilà une jeune femme qui incarne la résistance à l’extrémisme religieux, qui aurait dû être la coqueluche des intellectuels européens et qui a été lâchement abandonnée. Somalienne, réfugiée aux Pays-Bas, alors qu’elle fuyait un mariage forcé, Ayaan Hirsi Ali apprit la langue de son nouveau pays tout en travaillant et put ainsi entreprendre des études à l’Université de Leiden. Elle en sortit diplômée et devint chercheur. Sans parler de son engagement politique. Son parcours est d’autant plus remarquable qu’elle était, adolescente, favorable à l’exécution de Salman Rushdie. Le 11 septembre 2001 l’amena à remettre en cause ses convictions religieuses et à les abandonner. Le parcours exemplaire qu’elle avait construit depuis son arrivée en Hollande aurait dû en faire un modèle d’intégration. Menacée, Ayaan Hirsi Ali finit par se voir accorder une protection policière. Alors qu’elle représentait tout ce qu’un pays européen pouvait souhaiter de ses migrants, elle se vit retirer sa nationalité néerlandaise par la ministre de l’immigration et de l’intégration qui appartenait au même parti qu’elle, sous l’allégation de fausse déclaration. Décidément, la Hollande avait fait son choix. Elle refusait d’assurer la protection d’une femme qui défendait tout ce que les Européens avaient si précieusement acquis. Comme l’écrit Douglas Murray : « le pays qui avait laissé entrer des centaines de milliers de musulmans sans espérer d’eux qu’il s’intégrassent et qui abritait en son sein quelques spécimen des prêcheurs les plus radicaux en Europe, privait de sa citoyenneté l’un des seuls immigrants qui avait montré à quoi pourrait ressembler un immigrant pleinement intégré. » Ayaan Hirsi Ali, ne recevant finalement aucune de protection en Europe, finit par s’installer aux Etats-Unis.

Comme dans d’autres pays, c’est celui qui sonnait l’alarme qui fut considéré comme un gêneur. L’Europe semblait alors croire que le problème de l’extrémisme disparaîtrait avec ceux qui le dénonçaient, écrit Douglas Murray.

UN CLIMAT INTIMIDANT

La peur de se voir dénoncé comme raciste ou, pire, de risquer sa vie, conduit à faire silence sur des faits insoutenables.

Les viols collectifs d’enfants à Rotherham et à Oxfordshire ont été passés sous silence par la police par peur des accusations de racisme et par peur de nuire aux relations intercommunautaires. Ces situations de viols passés sous silence ou minimisés se sont multipliées en Europe dans la foulée de la vague migratoire de 2015. Un musulman du nord de l’Angleterre qui s’était insurgé contre  les viols collectifs de filles blanches par des membres de sa communauté a reçu des menaces de mort.

Avoir un avis sur la question peut être dangereux et cela ne concerne pas seulement les politiciens. La violence des réactions conduit à la clôture des débats. Toute vie peut être ruinée par la reconnaissance de ce qui arrive, sans parler de propositions visant à en changer le cours. Il est plus profitable d’ignorer le problème et de mentir. Il y a ce que les gens pensent et ce qu’ils croient qu’ils sont autorisés à penser. Mais, comme le fait remarquer Douglas Murray, il est périlleux d’ignorer ce que ressent la majorité des gens ou d’aller répétant qu’il est impossible d’y remédier.

Les opinions publiques ont bien compris que « ce qui se trouve en-dessous du terrorisme constitue un plus grand problème encore ». Cette prise de conscience effraie les élites pour lesquelles le pire ne peut appartenir qu’aux Européens. D’où la nécessité des les rééduquer. D’abord parce que c’est plus facile et que cela vous signale comme particulièrement vertueux. L’accusation de racisme si aisément dégainée et le parallèle avec le nazisme valorisent celui que s’y adonne et innocentent forcément la partie adverse. On ne peut qu’être innocent face à un nazi. Comme l’écrit Douglas Murray, « traiter quelqu’un de fasciste ou de raciste est un exercice sans risque qui ne peut apporter que des avantages politiques et personnels ».

DÉNI, MENSONGES ET CACHOTTERIES

L’immigration massive, sans toujours avoir été planifiée, est devenue une préoccupation des opinions publiques européennes. Pourtant, au Royaume-Uni, du temps de Tony Blair, il y eut une politique délibérée, du côté du Labour, de transformer la société. On apprit, plus tard, que Tony Blair avait favorisé l’immigration pour forcer les conservateurs à regarder la diversité en face (déclaration d’Andrew Neather, ancien porte-parole du gouvernement, en 2009). Toute idée de restriction de l’immigration était qualifiée de raciste. Au lieu de tenir compte des inquiétudes de l’opinion publique, les politiques ont répliqué en proférant des accusations en direction des inquiets. À des moments différents selon les pays, un éloge de la diversité et du multiculturalisme devint monnaie courante.

Le déni est le refuge de décideurs qui pensent qu’ils ne peuvent rien faire contre les arrivées massives de migrants. Ils cherchent donc à y accoutumer les opinions publiques et à présenter les choses sous un jour positif, tout en minimisant les inconvénients ou en les ignorant. Ce que ne peuvent faire les citoyens qui ont ce qu’ils ont sous les yeux.

Les dirigeants, qui ont pratiqué la politique du fait accompli, ne manquent pas d’arguments pour vanter une situation qu’ils n’ont rien fait pour éviter.

Les arguments bien connus en faveur du statu quo changent avec l’air du temps en fonction de la résistance qu’ils rencontrent. Et l’on passe sans mal d’un argument à l’autre : bénéfice économique, les emplois dont les natifs ne veulent pas, démographie… Et si tout cela ne marche pas vient l’argument de la diversité.

Il faut s’y faire / Rien de nouveau / Nous n’y pouvons rien

L’injonction « Adaptez-vous ! » peut très bien être teintée d’incitations à expier le passé : Tournez-la page, rien de nouveau, vous avez été horribles, maintenant vous n’êtes plus rien.

En Angleterre, la publication des résultats du recensement de 2011, qui montraient que les « White British » étaient désormais minoritaires à Londres, fit les délices « des trois quarts des participants » aux débats de NewsNight sur la BBC. Le maire de Londres Boris Johnson déclara : « Nous devons cesser de nous lamenter sur la digue qui a sauté (dam-burst). C’est arrivé. Il n’y a rien que l’on puisse y faire sauf faire en sorte que l’absorption soit la plus digeste possible. »

La diversité, c’est bon pour vous

Les Européens s’enrichissent en découvrant les cultures du monde. S’il y a une partie de vrai dans ce raisonnement, reste à prouver que tout cela n’est pas une question de dosage. Les Européens voyagent de plus en plus. Ils peuvent aimer découvrir les autres modes de vie sans que ceux-ci finissent par devenir les leurs. Rarement sont évoqués les côtés déplaisants et, lorsqu’ils le sont, ceux qui le font se voient rapidement voués aux gémonies. Douglas Murray résume la situation ainsi : « Ce n’est pas une si mauvaise affaire : s’il y a un peu plus de décapitations en Europe que de coutume, au moins bénéficierons nous d’un plus grand nombre de cuisines ».

L’Europe se dit heureuse de sa diversité et fière d’avoir des villes internationales. Mais qu’arrivera-t-il, se demande Douglas Murray, lorsque ce seront les pays qui seront internationaux ? De quoi le « nous » sera-t-il fait ?

Diversions et illusions

Si l’on intensifie l’aide au développement, on tarira à la source les flux migratoires nous dit-on. Qui peut être contre l’aide au développement ? Seulement, on sait aussi que lorsque le niveau de vie s’accroît les ressources pour partir aussi, favorisant ainsi les flux migratoires.

Après la tuerie de Nice, les débats en France se sont enflammés sur le burkini. Pour Douglas Murray, c’était une manière de faire diversion, pour parler de la chose, sans toucher à l’essentiel du problème.

On avait déjà fait la même chose en d’autres circonstances, avec la loi sur le voile à l’école par exemple. Au lieu de viser le voile, il avait fallu viser les autres religions en même temps, alors que tout le monde savait de quoi il retournait. Si l’on ne peut porter le voile à l’école, on ne peut pas non plus porter une grande croix en bois, dont personne ne se rappelait en avoir jamais vue à l’école !

Déni et camouflage des informations dérangeantes

Lorsque des « innocents » se conduisent mal, comme cela a été le cas par exemple avec les viols collectifs en Suède, en Allemagne ou en Autriche, des politiques et même des policiers, sans parler des médias, cherchent généralement à enterrer l’affaire. L’auto-défiance est telle que l’on craint plus la réaction à la chose que la chose en elle-même. « En Allemagne en 2016, comme en Grande-Bretagne au début des années 2000, la crainte des conséquences que pourrait avoir l’identification des origines raciales des agresseurs l’emporta sur la détermination des policiers de faire leur travail. » On ne peut pas ici ne pas évoquer l’affaire Sarah Halimi battue à mort, torturée et défenestrée le 4 avril 2017. Il a fallu plus de deux mois pour que l’affaire sorte dans la presse… et encore timidement. Il ne fallait pas perturber la période électorale !

La Suède est sans doute la championne du déni et de la politique anesthésiante.  Douglas Murray raconte la mésaventure d’Erik Mansson, rédacteur en chef de l’Expressen, en… 1993. Ce dernier rendit compte d’un sondage réalisé auprès des Suédois qui indiquait que 63 % des Suédois voulaient que les immigrants retournent chez eux. Erik Mansson écrivit que les Suédois avaient une opinion bien arrêtée sur la politique d’immigration et d’asile, différente de l’opinion de ceux qui les gouvernent et qu’il y avait là une bombe à retardement. Le principal résultat de cet article fut son licenciement par le journal.

Douglas Murray raconte sa rencontre avec un parlementaire allemand pour qui l’afflux des réfugiés se limite à une question de gestion bureaucratique. À part cela, accueillir 1 million de gens n’était pas un gros problème. D’ailleurs, d’après ce parlementaire, les réfugiés sont moins criminels que l’Allemand moyen. Lorsque Douglas Murray lui demanda pourquoi cette politique ne s’appliquait qu’aux Syriens et pas au reste du monde, le parlementaire lui dit que les flux avaient baissé et que, de toute façon, il refusait de répondre à une question purement théorique. Comme si ce flux s’était tari spontanément. Passer sous silence la fermeture des frontières et l’accord avec Erdogan permettait, écrit Douglas Murray, au parlementaire de ne pas s’écarter de sa rhétorique humanitaire.

Les méfaits du déni

Le déni creuse l’écart entre « les gens », comme dirait Jean-Luc Mélenchon, et les élites politiques et médiatiques. Les premiers savent que les élites leur mentent. Ils savent aussi ce qu’elles semblent ignorer : le nombre compte. Pour Douglas Murray, «  La radicalisation trouve ses origines dans une communauté particulière et tant que celle-ci s’accroît, la radicalisation fera de même ». « Les politiques européens ne peuvent admettre ce que chaque migrant traversant la méditerranée sait et que la plupart des Européens ont fini par comprendre : une fois en Europe, vous y restez. »

Le déni, le mensonge venant d’en haut encouragent la radicalisation en bas. Il déresponsabilise aussi les migrants et les incite à plus d’audace. En octobre 2016, deux journaux allemands, Le Freitag et le Huffington Post Deutschland publiaient un article d’un jeune Syrien de 18 ans qui disait en avoir marre des Allemands en colère et des chômeurs racistes : « Nous, réfugiés, … ne voulons pas vivre dans le même pays que vous. Vous pouvez, et je pense que vous devriez, quitter l’Allemagne. L’Allemagne n’est pas faite pour vous. Pourquoi vivez-vous ici ?… Allez chercher une autre patrie. » Ce type d’arrogance est encouragé par des attitudes comme celles du président de district de Kassel qui, en octobre 2015, lors d’une réunion publique, déclara à ses concitoyens qui n’étaient pas d’accord avec l’accueil de 800 réfugiés, qu’ils étaient libres de quitter l’Allemagne.

RACE ET ANTIRACISME

L’obsession de la race est partout, chez les politiques, dans le sport, à la télévision. Douglas Murray raconte ce qu’ont donné à Londres, les répercussions du mouvement américain « Black Lives Matter ». Les manifestants chantaient le slogan « Hands Up, Don’t Shoot » lors de manifestations encadrées par des policiers sans arme. Quelques semaines plus tard, on vit dans les rues de Londres un type armé d’une machette juché sur les épaules de trois autres clamant les slogans de « Black Lives Matter ». Dans Hyde Park, la manifestation se termina par un policier poignardé et quatre autres blessés.

Douglas Murray s’inquiète du pouvoir pris par les associations antiracistes qui luttent contre les discriminations. Elles ont cherché à prendre de plus en plus d’influence et à gagner des sources de financement. Elles savaient bien que ce ne serait possible que si le problème n’était pas résolu. Ce qui a eu pour effet de faire croire que les discriminations s’étaient aggravées – et méritaient d’être plus vivement combattues – alors que les choses s’amélioraient.

DES SOCIÉTÉS EUROPÉENNES ÉPUISÉES ?

Avec l’effacement des croyances religieuses, les Européens sont livrés à l’incertitude, se posent des questions sans réponses toutes prêtes. Les Européens ont expérimenté la recherche de l’absolu ailleurs (fascisme, nazisme, communisme) et cela n’a donné rien de bon. « La plupart des souffrances de l’Europe pendant le 20ème siècle sont venues d’un effort profane de l’époque d’atteindre un absolu politique ». Le rêve fasciste n’a pas peu fait pour entretenir la ferveur communiste. Si deux idéologies apparemment opposées (comme c’était le cas à l’époque) pouvaient mener là où elles avaient conduit, alors, peut-être que n’importe quoi d’autre peut y conduire aussi. Peut-être que toute idéologie et toute certitude sont le problème.

Les Européens ont tout essayé : « la religion et l’anti-religion, la croyance et la non-croyance, le rationalisme et la foi dans la raison… ces idées ont fait des centaines de millions de morts, pas seulement en Europe, mais partout où ces idées ont été appliquées. » Que peut faire une société après cela ? Douter, se méfier d’elle même, ne pas juger les autres ? Cette attitude si courante en Europe est une solution de facilité qui ne garantit pas sa survie.

La plupart des habitants du reste de la planète ne partagent pas cette attitude. Ils ne craignent pas de poursuivre leur intérêt propre. C’est aussi le cas en Europe de l’Est.

Si penser aux migrants d’aujourd’hui, c’est penser aux juifs d’hier, et réparer à travers les premiers le crime vis-à-vis des seconds, alors l’Europe ne peut rien opposer à l’immigration massive. Même si cette dernière, et plus encore surtout si cette dernière, est vue comme une punition. « Se ranger du côté des migrants, c’est se mettre du côté des anges. Parler en faveur des Européens, c’est se mettre du côté du diable. »

Douglas Murray se demande combien de temps une société fondée sur ce qui est sorti de la tradition chrétienne peut survivre sans se référer aux croyances qui lui ont donné naissance. Pour les Églises d’Europe, le message de la religion est devenu une forme de politique de gauche, d’action en faveur de la diversité et du bien être social. Ainsi, en Suède, l’archevêque Antje Jeckelen a déclaré que Jésus se serait opposé aux restrictions que la Suède a fini par mettre à l’immigration après la ruée de 2015.

Après avoir perdu la croyance religieuse, et même le sens des métaphores bourrées de références à la religion, nous dit Douglas Murray, nous sommes sur le point d’abandonner le rêve d’une extension illimitée de valeurs que nous croyions universelles. Et, le trou creusé par la religion risque de s’agrandir.

« Les étrangers qui viennent en Europe apportent leur propre culture au moment précis où notre culture a perdu la confiance qui lui permettrait de plaider sa cause ». Combien de temps cela peut-il durer, se demande Douglas Murray, et qu’est-ce qui se profile après ?

QUE FAIRE, COMME AURAIT DIT LÉNINE ?

Pourquoi les Européens devraient-ils être les seuls à porter les malheurs du monde ? Que deviendra l’Europe si cette fuite en avant continue ? Pourquoi les Européens devraient-ils être les seuls à ne pas pouvoir se préoccuper d’abord de leurs intérêts et de leur avenir, comme le font la plupart des autres peuples du monde ?

Il faudrait, nous dit Douglas Murray, que ceux qui gouvernent reconnaissent leurs erreurs, qu’ils cessent de dire qu’ils veulent changer de fond en comble la société, qu’ils reconnaissent enfin les problèmes que la société a perçu bien avant eux, que la diversité c’est bien, mais à dose raisonnable, sans quoi, en plus des problèmes vécus par les autochtones, ce sont les problèmes du monde entier qui se retrouvent en Europe.

Les politiciens devraient reconnaître le bien-fondé de certains griefs.

Alors que l’idée de grand remplacement de Renaud Camus est vouée aux gémonies, et quelquefois jugée à la 17ème chambre, le grand remplacement assumé et revendiqué par les Indigènes de la République et d’autres ne suscite pas la même désapprobation. Qu’ont dû penser les Allemands lorsque, lors d’une émission sur la télévision allemande, une jeune syrienne leur a dit qu’à l’avenir les Allemands ne seront plus blonds aux yeux bleus, mais d’origine immigrée ?

Ne faudrait-il pas réserver l’ostracisme aux vrais partis fascistes comme Aube dorée et permettre aux autres partis dits d’extrême droite d’évoluer ? Il serait bon, pour y arriver que le coût social lié à une fausse accusation de racisme, de nazisme… soit équivalent à celui encouru par ceux qui en sont vraiment coupables.

Il faudrait aussi une attitude plus juste à l’égard du passé européen : retenir les bons comme les mauvais moments.

CONCLUSION DE DOUGLAS MURRAY

Mais, ce qu’il faudrait faire ne ressemble guère à ce qui est le plus probable. Les politiciens continueront de préférer les bénéfices à court terme qu’ils tirent à paraître compatissants, généreux et ouverts, même si cela conduit, à long terme, à des problèmes nationaux. Ils continueront à garantir que l’Europe est le seul endroit au monde qui appartient à tout le monde. D’ici la moitié de ce siècle, alors que la Chine ressemblera encore à la Chine, l’Inde à l’Inde… L’Europe ressemblera, au mieux, à une version des Nations unies à grande échelle, écrit Douglas Murray.

En Hollande et au Danemark, les politiciens hostiles à l’immigration vivent sous protection policière. De quoi dissuader les vocations. C’est tellement plus facile et gratifiant de se montrer compatissant, généreux et ouvert. Les plus menacés sont ceux qui ont cru aux promesses de l’Europe (Hirsi Ali, Maajid Nawaz, Kamel Daoud…). Ceux qui défendent nos valeurs ont été abandonnés à leur sort. Ils paient l’addition du déni. Ce sont eux les premiers sacrifiés. Au lieu de représenter les modèles qu’ils auraient dû être, ils font figure d’anti-modèles.

De jour en jour, l’Europe perd toute possibilité d’un atterrissage en douceur en réponse à de tels changements. Une classe politique entière n’a pas réussi à apprécier ce que beaucoup d’Européens aiment dans ce qui a été notre Europe, écrit Douglas Murray. Prisonniers du passé et du présent, il semble que, pour les Européens, il n’y ait pas de réponse décente pour l’avenir. Mais, les Européens risquent de ne pas pardonner un changement complet de notre continent.

Voir de même:

« L’Etrange Mort de l’Europe : immigration, identité et islam » de Douglas Murray présenté par Michèle Tribalat (*)

Polemia

11 septembre 2017

♦ Douglas Murray est un écrivain, journaliste et commentateur politique britannique. Il exprime régulièrement à la télévision, à la radio et dans de nombreux périodiques un point de vue critique envers l’islam.

En 2017, son livre The Strange Death of Europe: immigration, identity and islam, est un grand succès de librairie en Grande-Bretagne.


  • Culpabilisme et exaltation des autres : l’Europe a perdu de vue ce qu’elle était

Culpabilisme et détestation de soi

Les Européens se complaisent dans la détestation de soi, de leur civilisation, de leurs traditions et de leur Histoire. Celle-ci ne leur inspire que remords et aspiration à la repentance. Ils y trouvent élévation, exaltation et, au bout du compte, jouissance dans l’autoflagellation. C’est particulièrement vrai pour ce qui est de leur passé colonial pourtant glorieux.

Ce masochisme se retrouve chez ce politicien norvégien qui, violé chez lui par un Somalien, exprima sa culpabilité d’avoir privé ce malheureux, en le dénonçant, de sa vie en Norvège. Il n’est certainement pas étranger à Angela Merkel qui a vu dans la crise migratoire de 2015 une occasion de laver le passé de l’Allemagne.

Il y a cependant un point sur lequel nous souhaitons émettre une réserve. D. Murray parle des Européens. En fait pas tous, seulement certains. Une grande partie de nos populations ne partage pas ces sentiments. Ce sont les « élites », ou plutôt la caste dirigeante, qui frappent nos poitrines comme les deux présidents de la République française qui sont allés s’avilir outre-Méditerranée en dénonçant la colonisation française comme un crime contre l’humanité.

L’exaltation des autres

L’objectif est l’inclusion forcée de cultures qui ne sont pas celles de l’Europe, l’acceptation imposée de religions et de coutumes qui ne sont pas les nôtres, la soumission empressée à des règles juridiques et sociales qui nous sont étrangères, voire qui nous répugnent. C’est le refus de l’assimilation et une politique d’implantation sur notre territoire de communautés souvent hostiles qui mènera à des partitions. En un mot c’est le multiculturalisme.

Pour qu’il aboutisse il est indispensable d’exalter l’autre. C’est particulièrement vrai avec l’islam. Plus la réalité fait douter de la « religion de paix et de tolérance », plus on vante les mérites passés des civilisations islamiques. Comme l’a déclaré l’érudit Chirac à Philippe de Villiers stupéfait : l’Europe doit autant à l’islam qu’au christianisme.

La conséquence évidente et tragique est que l’Europe ne peut plus rien opposer à l’immigration massive. En particulier D. Murray se demande combien de temps une société fondée sur la tradition chrétienne peut survivre sans se référer à celle-ci. Or pour les Eglises d’Europe devenues des ONG compassionnelles, le message de religion est celui d’une forme de politique de gauche et d’action en faveur de la diversité et du bien-être social.

  • Les nouveaux dissidents

Les dissidents de D. Murray

  1. Murray cite à juste titre des noms de dissidents qui, ayant engagé leur propre vie, peuvent être qualifiés de résistants. C’est le cas de Salman Rushdie, victime d’une fatwa de mort, de Pim Fortuyn, assassiné par un défenseur de la cause animale (sic) et de Ayaan Hirsi Ali, Somalienne réfugiée aux Pays-Bas qui abandonna la religion islamique. Menacée, elle a bénéficié d’une protection policière.
  2. Murray aurait également pu citer le cas de Robert Redeker menacé de mort à la suite de l’une de ses tribunes consacrée à l’islam et à la liberté d’expression parue dans Le Figaro en 2006.

Les dissidents que D. Murray aurait pu citer

Il est un peu étonnant que D. Murray n’ait pas cité Enoch Powell, homme politique et écrivain britannique dont le célèbre discours du 20 avril 1958 marqua la fin de sa carrière politique, ainsi que Christopher Caldwell, journaliste américain, auteur de Une révolution sous nos yeux / Comment l’islam va transformer la France et l’Europe.

Mais surtout le contenu de l’ouvrage de D. Murray se retrouve depuis plusieurs années dans les nombreuses publications parues en France sur l’invasion migratoire.

A tout seigneur tout honneur, Jean Raspail fut et demeure un visionnaire stupéfiant de ce qui arrive à l’Europe, avec son Camp des saints. Renaud Camus, créateur du concept du Grand Remplacement, impose son talent littéraire et son intransigeance. Eric Zemmour ne fut pas pendu mais tout de même condamné pour avoir dit la vérité.

J.Y. Le Gallou, auteur de Immigration : la catastrophe. Que faire ?, Gérard Pince dans Le Choc des ethnies, Guillaume Faye dans Comprendre l’islam et Malika Sorel Sutter, auteur de Décomposition française peuvent être considérés comme les dissidents les plus marquants. Mais il existe beaucoup d’autres auteurs qui, en France, ont élevé ou élèvent leur voix sur le thème de l’invasion migratoire et de l’islam, à commencer par Michèle Tribalat elle-même, ce qui, semble-t-il, ne lui vaut pas que des éloges à l’INED.

Quant à l’évaluation du coût financier de l’immigration, sans citer Polémia, il faut évoquer les travaux de Pierre Milloz, qui fut un pionnier dans les années 1990, et l’excellent et dense petit ouvrage de G. Pince : Les Français ruinés par l’immigration.

Tous ces dissidents se heurtent aux obstacles et aux contraintes qu’élèvent les immigrationnistes et le politiquement correct.

  • La dissidence face aux obstacles et aux contraintes selon D. Murray

L’inéluctabilité

L’arrivée de migrants est inévitable, nous ne pouvons rien y faire, il faut se résigner car de toute façon la responsabilité nous incombe. C’est la version migratoire du sens de l’histoire.

La politique du fait accompli

Sans crier gare et sans consulter les populations des natifs au carré les dirigeants européens les mettent devant le fait accompli. D. Murray cite Tony Blair mais c’est la crise migratoire de 2015 qui vit Merkel appeler sans concertation à l’accueil d’un million de migrants en Europe.

Le déni

On appelle réfugiés syriens des migrants économiques érythréens. Les chiffres de l’immigration illégale sont ignorés. Il est affirmé que la France n’est plus une terre de forte immigration. On prétend, comme Lamassoure le fit dans le Figaro, que les terroristes, citoyens français de papier, sont au fond nos propres enfants.

  • Complicité et camouflage des informations dérangeantes

Pratique courante, les informations dérangeantes, même monstrueuses, sont occultées. L’affaire Sarah Halimi, les viols de la Saint-Sylvestre en Allemagne ont été cachés et ne sont apparus au grand jour que grâce à la réinfosphère. L’un des cas les plus graves fut celui de viols collectifs de nombreuses jeunes filles en Angleterre qui furent tus par les autorités britanniques pendant des années.

La diversion

Si des faits graves se produisent, on enflamme les débats sur des sujets secondaires. Après la tuerie de Nice ce fut l’affaire du burkini.

Vous n’aurez pas ma haine

Comme après Charlie-Hebdo et le Bataclan, on manipule l’opinion et on dérive les sentiments des parents et des témoins vers les marches blanches, les bougies, les pleurnicheries afin d’éviter le ressentiment et les appels à la résistance et au châtiment.

La propagande

La diversité est représentée comme un bien et indispensable pour combler le déficit démographique européen et permettre le paiement des retraites.

L’intimidation

Le racisme, quand ce n’est pas le nazisme, est soulevé face à la moindre objection. Et pourtant, comme l’a dit Harouel « Plutôt fasciste que mort ».

Douglas Murray s’inquiète du pouvoir pris par les associations antiracistes qui luttent contre les discriminations. Elles ont cherché à prendre de plus en plus d’influence et à gagner des sources de financement.

La répression

Murray cite le cas du journaliste suédois licencié pour avoir évoqué dans un article un sondage largement hostile à l’immigration.

En France, sur le fondement des lois mémorielles liberticides, les condamnations pénales pleuvent en contradiction avec la liberté d’expression.

Le déni, le mensonge venant d’en haut encouragent la radicalisation des envahisseurs.

  • Le « Que faire ?» de D. Murray

L’auteur ne semble guère proposer de solutions. Tout au plus il ne fait qu’inviter les politiciens à reconnaître le bien-fondé de certains griefs. C’est timide. Qu’il lise les propositions de R. Camus et des Identitaires. En fait il ne va pas au bout de ses constats.

Ces politiciens, en réalité, n’y peuvent pas grand-chose. Soit ils subissent, soit ils exécutent consciemment une politique venue d’ailleurs. Celle-ci, inspirée par l’oligarchie mondialiste, théorisée par l’ONU et toutes les organisations internationales périphériques, relayée par l’Europe de Bruxelles, appliquée délibérément et obstinément par les gouvernements français depuis 40 ans, est déterminée à faire disparaître les verrous des Etats nations et à établir au sein de l’Europe un magma humain de consommateurs sans frontières subventionnés par les autochtones pour le plus grand profit de cette oligarchie.

  • Conclusion.

D. Murray évoque « l’étrange mort de l’Europe»

Non. Si l’Europe et sa civilisation inégalée sont en grand danger elles ne sont pas encore mortes.

L’émergence du populisme, l’élection de D. Trump, le Brexit, la détermination de la Russie à défendre des valeurs traditionnelles et la résistance des pays de Visegrad laissent apparaître un réel espoir.

Mais le temps presse et la course contre la montre peut être perdue.

Douglas Murray, The Strange Death of Europe : Immigration, Identity, Islam, (Anglais)), éditions Bloomsbury Continuum, 4 mai 2017, 352 pages.

(*) Note : Voir le site de Michèle Tribalat : http://www.micheletribalat.fr/435549315

Voir également:

Livre/ L’Étrange Suicide de l’Europe, de Douglas Murray

Ce livre fondamental, passionnant, très bien écrit, qui est (à juste titre !) numéro 1 des ventes en Grande-Bretagne, vient d’être traduit en français. Douglas Murray, qui est journaliste, s’interroge sur les raisons du « suicide » de l’Europe, qui est le seul continent à avoir ouvert ses portes à des populations nouvelles qui n’ont pas été assimilées et qui sont en passe de bouleverser totalement sa vieille « civilisation », plus que la Seconde Guerre mondiale l’a fait.

L’auteur explique que, jusqu’en 1945, les migrations étaient soit faibles (comme en Italie), soit facilement absorbées (comme les Irlandais en Angleterre). Mais, ensuite, elles sont devenues massives et ont changé de nature. La Grande-Bretagne, notamment, a vu s’installer chez elle nombre de personnes originaires des Caraïbes et du Pakistan, au point que les « Anglais de souche » sont devenus minoritaires en 2015 à Londres (leur « ethnie « ne représente plus que 44 % des habitants de la capitale). Selon Murray, en Europe occidentale, deux phénomènes se conjuguent. Les « Blancs » ne font plus d’enfants (en moyenne 1,38 par femme alors qu’il en faudrait 2,1 pour que la population « caucasienne » ne diminue pas ), alors que l’immigration s’est accentuée ces dernières années. Il y a, chaque année en Grande-Bretagne, 770.000 naissances par an et 300.000 nouveaux migrants. Un démographe de l’université d’Oxford, cité dans le livre, avance même que si rien ne change, en 2060, les « Blancs » constitueront moins de 50 % de la population britannique.

L’auteur rappelle qu’en 1968, le député conservateur Enoch Powell avait prononcé un discours prémonitoire, dans lequel il prévoyait un avenir sombre à son pays si on n’arrêtait pas l’immigration. Mais alors qu’il était soutenu par 75 % des Britanniques, il avait été marginalisé et réduit au silence. Douglas Murray insiste sur ce paradoxe : en Europe occidentale, la majorité des citoyens ne supportent plus les problèmes liés aux migrants (dont les attentats), mais les gouvernements (même de droite !) n’agissent pas, car ceux qui s’opposent à l’immigration sont taxés de racistes et de fascistes et aucun gouvernement de l’Europe occidentale n’ose rejeter ce jugement moral.

Douglas Murray démonte les arguments des partisans de l’immigration : elle serait nécessaire, vu le manque d’enfants chez les « Blancs », et elle serait bénéfique sur le plan économique, car les nouveaux venus créeraient de la richesse. Mais M. Murray souligne que, selon les sondages, les « Blancs » feraient sans problème deux ou trois bébés s’ils étaient aidés financièrement. Par ailleurs, en Grande-Bretagne, de 1995 à 2001, lorsqu’on fait les comptes, les immigrants auraient, au final, coûté de 125 à 170 milliards d’euros (pour les soins, la scolarisation des enfants et les aides sociales).

Autre argument faux selon l’auteur : il serait impossible d’arrêter l’immigration. La preuve du contraire est donnée par le Japon et les pays de l’Europe de l’Est, qui n’accueillent que très peu de réfugiés et contrôlent leurs frontières. Néanmoins, l’auteur est allé à la rencontre de migrants et, pour lui, certains d’entre eux ont des raisons valables de venir chez nous. Il comprend la réaction de Mme Merkel qui, en 2015, a fait preuve de générosité en ouvrant toutes grandes les frontières de l’Allemagne. Mais il fustige les pays du Golfe si riches qui n’accueillent aucun réfugié.

Pour Douglas Murray, il semble y avoir une prise de conscience des gouvernants et certains faits sont, désormais, mis en avant, alors qu’ils étaient systématiquement étouffés autrefois. Les viols de milliers d’adolescentes non musulmanes par des gangs de Pakistanais sont enfin réprimés et on reconnaît publiquement que 95 % des agressions sexuelles en Suède, en Allemagne ou en Autriche sont commis par des réfugiés. La parole est plus libre et ceux qui rejettent l’immigration ont maintenant le droit de s’exprimer. Mais n’est-il pas déjà trop tard ?

Voir de même:

NPR

NPR’s Robert Siegel talks to Douglas Murray about his new book, The Strange Death of Europe: Immigration, Identity, Islam. He argues that European civilization is dying as a result of immigration.

ROBERT SIEGEL, HOST:

The way the British writer Douglas Murray sees it, European civilization is in the process of suicide by immigration. Western Europe in particular, after encouraging immigration to fill low-wage jobs, now finds itself defending traditional values against those of largely Muslim immigrants and their descendants. Mr. Murray’s new book is called « The Strange Death Of Europe, » and he joins us from London. Welcome to the program.

DOUGLAS MURRAY: Very good to be with you.

SIEGEL: First, what does it mean in your view for Europe to die as opposed to change with changing populations?

MURRAY: We’re used to the idea of slow, incremental cultural and societal change. I use the famous example of the ship of Theseus. As bits fall off, you put bits on, but it remains recognizably the ship of Theseus. That isn’t the case when you have migration at the levels at which Europe has had it in recent decades, particularly not at the level of 2015, when Germany added an extra 2 percent of – to its population in a single year alone. And it’s also very unlikely, it seems to me, that people who come with very different attitudes are not going to change the continent significantly.

SIEGEL: Very different attitudes, you believe, being essentially Muslim attitudes, is what you’re – what you’re writing about here?

MURRAY: That is obviously the one that is – that Europe is finding it hardest to digest, yes.

SIEGEL: Let me cut to what, for me, is the chase here. As a Jew, I mean, I have to ask you – what is so different about contemporary opposition to Muslim immigrants from 19th and 20th century European anti-Semitism? Things were said about the Jews – that they wouldn’t fit in or would bring radical ideas from Eastern Europe with them into the West.

MURRAY: Well, the difference is the facts, isn’t it? That’s the first thing – and secondly, of course, the numbers. Take an example like – let’s say 2015 across the continent of Europe. The numbers that came that year from across sub-Saharan Africa, North Africa, the Middle East and the Far East were far in excess of any of the migration that was seen during the Jewish migrations into Europe.

And secondly, that the claims that were made about Jews were erroneous claims, whereas the people who did warn that some – obviously not all, but some – of the Muslim immigrants will bring serious security challenges with them has been demonstrated time and again by events. So, you know, you can hear ugly echoes whilst also being able to differentiate the difference between facts and lies.

SIEGEL: One fundamental difference that you write about is – you write that for, well, going on two centuries, in Britain and other parts of Europe, religious faith has been moving from the literal to the metaphorical.

MURRAY: Yes.

SIEGEL: And the people arriving are bringing a very literal faith with them.

MURRAY: Yes.

SIEGEL: And that seems to be one of the basic dissonances that you’re writing about.

MURRAY: Yes.

SIEGEL: Do you feel that’s what makes you and the people you grew up with fundamentally different from many of the people arriving now?

MURRAY: Let me give you one very quick example. In Britain, we, some decades ago, came to a fairly straightforward accommodation and belief towards tolerance towards people who were of sexual minorities. If you – if you look now at all opinion surveys of the people who’ve come in most recently, they have very, very different views. A poll carried out a couple of years ago found that among U.K. Muslims there was zero – zero – belief that homosexuality was a permissible lifestyle choice. And a poll taken just last year in Britain found that 52 percent of British Muslims wanted being gay in the U.K. to be made illegal now.

Now, there are people who won’t bake your wedding cake if you’re gay. There are some ultra-Protestants who won’t marry you in their churches. But these are people who actually want to make it a crime punishable in law in the 21st century in Britain. So I’m afraid that everyone has to concede – liberal or conservative or whatever – that some of the people who the liberals and their attitude towards immigration have brought here have more illiberal attitudes than anyone else in the country. And this is a big problem.

SIEGEL: Yeah. And you represent the other side of that coin, which is someone taking what would be described as a very – your critics would say a very intolerant attitude of immigrants. But you’re openly gay and…

MURRAY: Well, I am intolerant – I have to say, I am intolerant of people who want to put me, as a gay man, in prison. Yeah. Yeah, I’m intolerant of that.

SIEGEL: Yeah, there’s no – fair enough. But as a gay man, one of the – one of the traditional values that you’re saying is under assault is a degree of tolerance that’s developed in Britain and other European societies.

MURRAY: Of course. We all – we all know – it’s a grade-school question of the level at which you can decide to be tolerant of an intolerant belief.

SIEGEL: Do you accept, though, that there’s something odd and almost comical about a Brit saying, we never asked for Pakistanis to come to our country en masse when, in fact, no one on the Indian subcontinent, to my knowledge, ever asked Britain to come and set up an empire there and decide that it was fit to rule over hundreds of millions of people in that part of the world?

MURRAY: It’s one interpretation and usage of the word comic. Ironic, perhaps, you’d say. But no, if that is the comparison you’d like to make, then I would throw a question back to you.

SIEGEL: Yeah.

MURRAY: Which is everyone agrees that the colonial era was wrong. I’m not an apologist for empire. But in that case, how long does the reverse colonialism happen for? And if you see it as some kind of blowback for colonialism, then what is the end point of this anti-colonialism?

SIEGEL: Well, you’re using the construct of punishment. I was saying it’s a fairly natural consequence, just as the French have a very large population that are – originates in North Africa, where they had decided for some time they should rule.

MURRAY: Yeah, but this doesn’t – this doesn’t work…

SIEGEL: It’s human nature to do that.

MURRAY: The problem is that this isn’t borne out by the facts across Europe. For instance, I mean, where was the Swedish empire across Africa or in the Middle East? Where was it?

SIEGEL: Fair enough. That’s not the same.

MURRAY: And so why did Sweden take in 2 percent of its population in addition in one year alone, 2015? It makes no sense. We can all find excuses and reasons for why this is happening. I think it’s much better to look at it in the round and see the very complex picture this actually presents and the very complex future it’s setting up for us.

SIEGEL: If what you call the strange death of Europe is – if it remains a process rather than a condition, what would be your solution to reverse the process?

MURRAY: The first solution is very straightforward. It is that you slow down the flow. I don’t say no migrants into Europe. I don’t say that at all. But you’ve got to massively slow down the flow because a society doesn’t have a hope of remaining cohesive when you have migration at these levels. The second thing is you work on the people who are already here more. The third thing is that you make it clear that as well as speaking the language of inclusion in our politics, we have to speak the language of exclusion – what it is that we won’t tolerate as well as what it is that we do and what it is we will be tolerant of.

There’s a whole set of other things. One of them is a very basic one, which is to try to shrug off what I diagnose as, among other things, the guilt-ridden complex that Europe has. I’m not advocating that we become sort of, you know, patriotic nationalists. You’ve got to find a balance here. And one of the balances has to be arrived at by recognizing a very simple fact, which is that Europe cannot be the home for everybody in the world who wants to move in and call it home.

SIEGEL: Douglas Murray, author of « The Strange Death Of Europe: Immigration, Identity, Islam. » Thanks for talking with us today.

MURRAY: Great pleasure.

Voir de plus:

Drawbridge up
Fearing the “suicide” of Europe
A polemic on Islam and migration hits on unhappy truths, but paints only a partial picture
The Economist
Jun 17th 2017

The Strange Death of Europe: Immigration, Identity, Islam. By Douglas Murray. Bloomsbury; 343 pages; $26.00 and £18.99.

“EUROPE is committing suicide,” says Douglas Murray in the opening words of his book. The British journalist thinks cities such as London or Malmo in Sweden have been irrevocably changed by migration. European culture has been diminished by a mixture of self-abnegation and political correctness, while declining Christian values have left most western European countries unmoored. Strands of Islam, he feels, are bringing with them the kinds of prejudices any liberal society should abhor. Terrorism, sexual assault and female genital mutilation are, in his telling, all on the rise.

Mr Murray backs up this bleak vision with reporting from squalid refugee camps in Greece; from asylum shelters in Germany; and from a conference held by the Sweden Democrats, a right-wing political party. The central event in the book is the migration crisis of 2015, in which over 1m asylum-seekers from Syria, Afghanistan, Iraq and elsewhere came to Europe (most to Germany and Sweden). But Mr Murray’s views have also been formed by four decades in Britain. The Muslim population of England and Wales increased from 1.5m in 2001 to 2.7m in 2011.

The author does hit on some unfortunate truths. The migrant crisis of 2015 was unexpected, but also badly managed by the European Union. Laws to combat anti-Islamic hate speech tend to clamp down on free expression, and worsen the tensions. The policy of isolating anti-migrant parties tended to make them even more popular: when the Sweden Democrats were first elected into parliament with 5% of the vote in 2010, other politicians “treated the new MPs as pariahs”. The party is now one of the most popular in Sweden, scoring 24% in recent opinion polls. In some places the police or social services have indeed failed to act against pathologies in Muslim communities, fearful of being tarred with racism.

The book would benefit, however, from far more reporting. Meeting an Afghan asylum-seeker who had been tortured and raped by the Taliban, Mr Murray momentarily seems to understand the “generous instinct” that led European politicians to welcome refugees two years ago. But in support of his idea that Islam has no place in Europe, he lets fear trump analysis. He cites polls showing that voters worry about the number of immigrants, but not those showing that people vastly overestimate those numbers. He is prone to exaggeration: housing shortages in Sweden are “largely caused by immigration”, rather than decades of under-construction; NGO boats rescuing migrants in the Mediterranean do so “minutes” after they leave the north African shore (in reality, it takes hours or even a day for refugee boats to be found, which is why around 5,000 died or went missing on that crossing last year). He puts nearly all of the blame for the migration crisis on the shoulders of Angela Merkel, the German chancellor, who in 2015 “opened a door that was already ajar”.

As a result, he shows an incomplete picture of Europe today. Mrs Merkel was indeed temporarily damaged by the migration crisis, with her poll ratings falling. But her party still looks set to win the elections this autumn, and allies have won local elections, while support for a far-right party has fallen. Mr Murray argues that Marine Le Pen’s National Front, one of a handful of “thoughtful and clearly non-fascist parties” often described as on the “far right”, should be accepted into the mainstream. Yet Ms Le Pen’s bleak vision did not convince France’s voters to make her president, while her party now looks much diminished. Mr Murray is right to point out that many European politicians have not yet come to grips with how to manage migration in the coming decades. But Europe is a long way off from its last gasp.

Voir encore:

The Manchester Attack and the Death of Europe

A new book by Douglas Murray sheds light on the passivity and exhaustion that characterized the recent terror attack in the U.K.The terror attack in Manchester had any number of new disturbing elements. The choice of target, a concert full of young girls and their parents was especially heinous. There was the sophistication of the bomb and the subsequent investigation, which suggest an active terror network that may strike again. But what’s most troubling is that the public reaction to the attack was one of such passivity, and resignation. It expressed itself in the thousands of faux-serious commentators who counseled people that there was nothing that could be done to stop soft-target terror attacks. It expressed itself in the way that people reached for dumb clichés about responding with “hope, not hate.” Or in the way the British chattering class redirected their anger at right-wing provocateurs such as Katie Hopkins, who gamely played the role of opportunistic demagogue when her countrymen needed someone safe to hate.

This frighteningly passive, and frightfully boring, set of responses contrasts with the presence of Douglas Murray’s lively new book, The Strange Death of Europe, on the bestseller charts in the U.K. At first blush it looks like the latest in a long series of books with “Islam and immigration” figuring in the subtitle. But Murray’s book is informed by actual reporting across the Continent, and a quality of writing that manages to be spritely and elegiac at the same time. Murray’s is also a truly liberal intellect, in that he is free from the power that taboo exerts over the European problem, but he doesn’t betray the slightest hint of atavism or meanspiritedness.

Yes, Murray is quite good at piling up the numbers that outline the collapse of European populations and the explosion of migration in the past decades and especially over the past two years. He’s also quite good at batting down the facile arguments for allowing migration on this scale. Why must Germany turn to Eritrea for a work force when youth unemployment around the European Mediterranean is between 25 and 30 percent? But he distinguishes his book from others on precisely the deformed spirit and mind of Europe.

In a chapter on “Tiredness,” Murray jumps from different attempts to diagnose European exhaustion. It is partly found in the frenzy of activity urged on us by modern capitalism. “If the burden of working for little reward in an isolating society stripped of any overriding purpose can be recognised to have an effect on individuals, how could it not also be said to have an effect on society as a whole?” Murray asks, “Or to put it the other way around, if enough people in a society are suffering from a form of exhaustion, might it not be that the society they are living in has become exhausted?”

But it is also found in the loss of faith in the Christian religion and the decomposition of all national myths before revisionist scholarship. Europe suffers from “an exhaustion caused by a loss of meaning, an awareness that the civilisation was ‘no longer accumulating’ but living off a dwindling cultural capital.” Substitute faiths, whether in the high cultural visions of Wagner or the political theories of Marx, have also failed and been discarded.

Murray is especially pungent when he looks at the doubt-plagued, death-haunted, and deconstructed edifice of contemporary European philosophy. He recalls a conference in which the “full catastrophe of German thought” dawned on him:

A group of academics and others had gathered to discuss the history of Europe’s relations with the Middle East and North Africa. It soon became clear that nothing would be learned because nothing could be said. A succession of philosophers and historians spent their time studiously attempting to say nothing as successfully as possible. The less that was successfully said, the greater the relief and acclaim. No attempt to address any idea, history or fact was able to pass without first being put through the pit-stop of the modern academy. No generality could be attempted and no specific could be uttered. It was not only history and politics that were under suspicion. Philosophy, ideas and language itself had been cordoned off as though around the scene of a crime.

It may seem like a long way from a conference of German academicians to the morning chat shows on the BBC, but the sentimentality and emptiness of the bubbly TV anchor after the Manchester bombing are directly related to the pseudo-sophisticated nullity of the former. Nothing of substance can be said, because nothing should be known, because to know anything is to become dangerous to oneself and the world. And thus Europe’s story is to enthrone all of its opposite values, where there was national self-assertion, now there is national abasement. Where there were dons who guarded the West’s knowledge, now there are professors who guard against the possibility of knowing anything, where religiosity meant the reign of peace and looking forward to the life to come, now it means a reign of terror and the death of civilization itself. Europe is in a bad way, and I fear that if terror cannot wake it from sleep, neither will elegant books.

Voir aussi:

Yanis Varoufakis and Douglas Murray: why Europe is weary
Juliet Samuel
The Telegraph
6 May 2017

Juliet Samuel reviews The Strange Death of Europe by Douglas Murray (Bloomsbury) and Adults in the Room by Yanis Varoufakis (Bodley Head)

Europe is tired. It’s tired of crisis, tired of sameness and tired of change, tired of its elites and tired of its voters. Even the revolutionaries in the May Day parade last week in London seemed tired, their cheerful banners of Stalin and bobbing rows of hammers and sickles held by grey-bearded men in macs.

It might seem odd for Europe’s exhaustion to be the central argument in a polemic about immigration. But it was when I reached the chapter titled simply “Tiredness” in Douglas Murray’s book, The Strange Death of Europe, that I understood the nature of the “strange death” he describes. European civilisation, Murray argues, has left behind the rock-solid moral certainties of empire, passed through the disillusionment brought by two world wars and totalitarianism, and emerged sad and unsure.

What’s left is just a vague belief in human rights and democracy for all – but since Europe now views its own history as a source of guilt, it has no sense of how it arrived at these praiseworthy values. This, in turn, has led the Continent’s ruling elite into the fatal mistake of believing their values can only be truly enacted by inviting “the world” to participate in them: not abroad in imperial ventures, as before in earlier centuries, but in the form of mass migration into Europe.

The problem, Murray points out, is that much of “the world” neither understands nor particularly wants to embrace these values that Europeans take to be so self-evidently good, and because we are so busy negating and apologising for our history, we have forgotten how to promulgate them. By contrast, he says, the Islamic beliefs that many migrants bring with them are held with conviction and confidence.

The likely outcome, in Murray’s view, is that European civilisation, faced with this influx of energetic religious fervour and startlingly quick demographic change, will keep failing to confront the problems it brings – over women’s rights or anti-Semitism, for example – and will instead accept defeat and wither away. It is a compelling argument and, for any readers inclined to liberal views on immigration, a challenging one.

For those already convinced that Europe is doomed, there is plenty of fodder here; and indeed, the book sometimes strays into alarmism. Murray cites, for example, the astounding rise in the number of rapes in Sweden over the period when its Muslim population increased, from 421 in 1975 to 6,620 in 2014, but he fails to mention that over this period Sweden also enormously broadened its legal definition of rape. The figures do show a steady rise, but perhaps not quite of the magnitude that he suggests.

Despite his critique of European lethargy, Murray himself is not tired. In fact, he’s furious, which seems to be the only available alternative to tiredness. His most blistering rage is reserved for elites in denial. Over decades, he points out, politicians have consistently underestimated the number of immigrants or refugees who will come as a result of their policies; how many will stay; how many of those without a right to stay will actually be deported; and how difficult it will be to integrate those who remain.

Instead, intellectuals and leaders invented the idea of multiculturalism – and clung to it long after it was discredited, shutting down critics with counter-accusations of racism. This way of thinking, in its hideous extreme, contributed to cases such as the Rotherham child abuse ring. Voters witnessing this saga are, Murray suggests, understandably cynical and anxious about the demographic changes taking place around them.

He has a tendency toward fatalism and his argument unfortunately attaches too little importance to the differences between European countries’ experiences and what that might teach us about integration – Britain’s Muslim population, for example, is manifestly more integrated than France’s. But his overall thesis, that a guilt-driven and exhausted Europe is playing fast and loose with its precious modern values by embracing migration on such a scale, is hard to refute.

The sense that a tired Europe has lost its way is also a pervasive theme of Adults in the Room, an account by former Greek finance minister Yanis Varoufakis of his six months in office. Readers might have encountered Varoufakis as the leather-jacket-wearing, motorcycle-riding heart-throb of the Greek Left, who drove Greece to the edge of a tumultuous exit from the euro by trying and failing to stand up to its EU creditors.

Having covered the eurozone crisis as a reporter for some years, I came to the book a sceptic, familiar with Varoufakis’s love of dramatic gestures and ultra-Left-wing economics. Undeniably, Varoufakis has axes to grind, and this book reads at times as though he were imagining himself as a movie hero. Its first 200 pages could be usefully condensed. But at heart, Adults in the Room is a convincing critique of Germany’s brutal ideological domination of Europe through the euro, and its sacrifice of Greece on the altar of “discipline”.

The most jaw-dropping segments are the accounts of phone calls and closed-door meetings – often verbatim, courtesy of his secret recordings – between ministers and technocrats, from IMF chief Christine Lagarde to German finance minister Wolfgang Schäuble. We see duplicity and cynicism ruling supreme, as all of Europe’s power players tiptoe around the iron-fisted Schäuble, feeling forced to defend their own mistakes. Senior figures privately admit to Varoufakis that Greece’s bail-out programme is unrealistic, but they won’t lend their public support to his battle against its creditors.

The institutions governing the EU are portrayed as deformed by the crisis, with those who are formally meant to wield authority, like EU economics commissioner Pierre Moscovici, yielding meekly to German demands.

Whenever Varoufakis tries to present his analysis of Greece’s debt or engage his opponents in substantive argument, he is either sent on bureaucratic wild goose chases or frozen out by blank stares. Simultaneously, a vicious Brussels media campaign paints him as an incompetent narcissist full of half-baked ideas. Our own government, having just received a similar battering, should take note.

Varoufakis is somewhat blind to his own faults, implying incorrectly that Greece, after living well beyond its means for years, could have escaped any austerity if everyone had been clever enough to listen to him. He downplays the way radical Left-wing colleagues’ incompetence undermined any trust Greece’s creditors might have had in him – and he ignores the atmosphere of confusion and panic that informed the choices made by EU leaders early on in the crisis.

By the time he took the reins, however, the bureaucrats and politicians had simply dug in to defend their mistakes. The book’s most revealing moments take place during private exchanges between Varoufakis and Schäuble, or the “big bad Wolf”, as he’s known. Schäuble suggests that Greece take a time out from the euro, only to find himself undermined by his own chancellor, Angela Merkel.

The finance minister, Varoufakis recalls, “looked as if he had had the wind knocked out of him… he has been overcome by a genuine helplessness”.

Exhausted, Schäuble seemed out of ideas, his logic going around in circles. It becomes clear that he, and EU policy, were driven not by a great ideal but by fear, as Schäuble says: “The only way I can hold this thing [the euro] together is by greater discipline.” This German commitment to discipline might have been sorely needed to make the euro work, but it has now taken over totally from the European dream of democracy.

It is no coincidence that both these books, from radically different perspectives, arrive at similar conclusions about Europe’s sickness. The continent is old and out of ideas. Its leaders have conducted huge experiments with their societies – the euro and mass immigration – and are now struggling to deal with the consequences while taking their voters with them. The EU will probably muddle through for now. But “muddling through” is no way to sustain a great civilisation.

Voir également:

The Strange Death of Europe by Douglas Murray review – gentrified xenophobia
The rightwing journalist and commentator cites Enoch Powell and wants to protect white Christian Europe from ‘outsiders’
Gaby Hinsliff
The Guardian
Gaby Hinsliff
6 May 2017

Gentrification comes for everything eventually. Down-at-heel neighbourhoods, peasant cuisines, football: all have been polished up for middle-class consumption. So perhaps it was only a matter of time before someone gave xenophobia the same treatment.

Naked racism may still be unacceptable in polite society. But post-Brexit vote there’s a clear market emerging for a slightly posher, better-read, more respectable way of saying that you’d rather not live next door to Romanians or think Muslims are coming to rape your womenfolk. Think Daily Mail columnist Katie Hopkins, but with longer words, and for people who wouldn’t be seen dead on an English Defence League march – although one of the more ridiculous contentions in this book by the journalist Douglas Murray is that the EDL are actually terribly misunderstood chaps, who have a point, and aren’t really to blame for the way their rallies regularly end in violence.

So here it is; a book for all those who found David Goodhart’s recent arguments about “white self-interest” – or preferring one’s own ethnic grouping, which he says is definitely not the same as racism – just too woolly liberal. A proper book, with footnotes and everything, about how godless Europe is dying in front of our eyes; and all because it’s too knackered and feeble to resist the barbarian hordes, welcomed in by idiots who’d gladly trade a few beheadings for some colourful ethnic restaurants. (I paraphrase, but barely.) And it probably won’t even matter, for true believers, that it is all so badly argued.

Murray begins with some sweeping stuff about European neighbourhoods becoming indistinguishable from their inhabitants’ native Pakistan, before narrowing things down to the fact that London is no longer a majority white British city. Before long, inevitably, we are reminded of the “prophetic foreboding” of Enoch Powell’s “rivers of blood” speech. Murray never quite spells out why it matters so terribly that people should come here from abroad – what is supposedly so awful about black and brown Londoners, including second or third generation immigrants, or indeed white people born overseas. There are token mentions of pressure on public services, and a grand assertion that the evidence suggesting immigration has economic benefits is all either wrong or fiddled by New Labour. (Anyone familiar with recent Labour history will find mildly surreal Murray’s account of how he imagines the party, and the immigration minister Barbara Roche in particular, tackled immigration.)

But this fearless scourge of political correctness seems oddly reluctant to pinpoint precisely why people coming from India, the Caribbean or eastern Europe was such a ghastly prospect. He has rather fewer inhibitions, however, regarding more recent immigrants from predominantly Muslim Middle Eastern countries. Chapter after chapter circles around the same repetitive themes: migrants raping and murdering and terrorising; paeans to Christianity; long polemics about how Europe is too “exhausted by history” and colonial guilt to face another battle, and is thus letting itself be rolled over by invaders fiercely confident in their own beliefs.
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Much of this is familiar Ukip territory, of course. The book regurgitates the same misleading myths as Nigel Farage about immigration turning Sweden into the rape capital of Europe. (The unexciting truth is that Swedish rape laws are among the strictest in the world, and that the numbers soared when these laws were tightened to change the way incidents were counted; the high number of rape allegations is best seen not as proof of Sweden being dragged into the gutter but of its radically feminist approach to prosecuting.)

He triumphantly dismisses any polling suggesting immigrants actually want to integrate by suggesting that pubs “very often close” when Muslim migrants move in – presumably in a different way than pubs all over Britain are closing, crippled by everything from cheap supermarket booze and stagnating wages to the smoking ban – and that if they really wanted to be British they would go out and “drink lukewarm beer like everybody else”. Be more Nigel Farage, or else.

Yet even Murray seems to acknowledge at one point that in recent years Europe has had little choice but to respond to a flow of desperate migrants in its direction. There are two chapters that barely seem to fit with the rest of the book and they are the ones in which he travels to Greece and Sicily to meet the boat people come ashore, interviewing some to hear stories of why they came.

The tone is quiet reportage rather than rage, and all the better for it. At the end, he concedes that German chancellor Angela Merkel did hit on at leastpart of the answer “by recognising that our continent is probably doing the only thing that a civilised people can do in rescuing such people, welcoming them and trying to give them safety”. But before long the book is ripping into Merkel for taking them in. What, exactly, does he want?

For a book that argues that Europe is in mortal danger, there are surprisingly few concrete suggestions for averting it. Murray proposes tougher curbs on immigration, suggests refugees should be given only temporary refuge and be sent home when it’s safe (a direction in which the Home Office is already moving) and bangs the drum for stronger Christian faith. But if he really does think Muslims are as inherently dangerous as his book suggests, why not a Trump-style ban? Why not refuse to take refugees at all, or do so only following an intensive programme of cultural re-education along his approved lines?

More surprising, however, is the author’s inability to define the culture supposedly in jeopardy. If Europe should more aggressively defend its unique identity, the least one might expect is a clear definition of this precious thing it’s supposed to be defending: the values, experiences and ideas in danger of being lost. But apart from beer and churchgoing, padded out with scorn for anyone trying to distinguish between Islam or Muslims in general and Islamist terrorists in particular, there’s little here to cling to. At one point the author is reduced to suggesting that he thinks the future Europe will stand or fall on its “attitude to church buildings”.

The frustrating thing is that Europe isn’t perfect. It has struggled to cope with unprecedented flows of migrants in recent years, and to integrate those already here. It is confused in some ways about what it stands for. It is politically fractured, most recently by Brexit – which this book doesn’t really cover – but before that by the euro crisis, its treatment of Greece and the alienation of many of its citizens from creaking, remote political EU institutions that do not seem up to the huge economic challenges ahead. Europe isn’t dying, but it isn’t ageing well, and all that is ripe for critical analysis. Sooner or later, someone will write a terrific book about that. This isn’t it.

• The Strange Death of Europe is published by Bloomsbury. To order a copy for £14.24 (RRP £18.99) go to bookshop.theguardian.com or call 0330 333 6846. Free UK p&p over £10, online orders only. Phone orders min p&p of £1.99.

Voir par ailleurs:

Explosion des attaques au couteau et de la criminalité au Royaume-Uni : comme un air de déjà vu de ce coté ci de La Manche
La Grande-Bretagne subit une explosion criminelle.
Mêmes causes (taubiresques), mêmes effets
Atlantico
18 Juin 2018

La Grande-Bretagne subit une explosion criminelle. Etablissons-le *:

– du 1e janvier 2018 à fin mai, la métropole de Londres, fief de Scotland Yard (Metropolitan Police) recense 69 homicides, dont 43 à l’arme blanche. + 21 % sur les mêmes mois de 2017. Au même moment, New York enregistre  50 homicides.

– Londres encore : mai 2017 à mai 2018, 22 025 vols violents commis en scooter (moped crimes), 60 par jour, + 50% sur l’année d’avant. Le Far West disent les média

– De mai 2017 à mai 2018 (Pour tout le royaume) quelque 50 000 Robberies (vols à main armée plus vols avec violence), + 33% en un an.

– Selon l’Office for national Statistics, l’usage criminel d’arme blanche, ayant ou non provoqué la mort, est à + 22% de septembre 2016 à sept. 2017 ; usage d’arme à feu, + 11%. La criminalité en général, + 14% (au plus haut depuis 15 ans).

Pourquoi cette explosion criminelle dans un pays naguère paisible ?  Cause profonde, l’abolition des gouvernements vraiment « Libéraux » ou « conservateurs » en Europe, remplacés par de factices-unanimes petits soldats de la mondialisation heureuse façon DGSI (Davos-Goldman-Sachs-Idéologie). Ainsi Theresa May ou François Hollande, David Gauke ministre conservateur de la Justice à Londres aujourd’hui, ou la libertaire Mme Taubira à Paris naguère, mêmes politiques laxistes et effets pervers.

Car c’est la conservatrice Mme May qui, ministre de l’Intérieur, massacre dès 2010 la police britannique, amputant d’un coup son budget de – 18%. En 2015, Mme May dédaigne les alertes des syndicats et cadres de la police, les accusant avec mépris de « crier au loup ». Il y avait en 2010 144 353 policiers dans les rues (Angleterre + Galles) ; en 2015, il en restait 122 859,  – 21 494. Or sur 5 ans, cette décimation fait 4,5 millions de jours d’enquête en moins – à l’immense joie de bandits ainsi laissés la bride sur le cou.

Résultat, l’effondrement des taux d’élucidation des polices britanniques. En 2015 encore, Scotland Yard faisait inculper 26% des assaillants au poignard, 11% en 2018. Robberies (braquages, agressions) : 6% d’élucidation en 2017, 94% de crimes impunis.

A l’origine de l’explosion criminelle, des gangs toujours plus audacieux et structurés. Or paralysée par le « politiquement correct », Mme May interdit pour l’essentiel aux policiers de fouiller ces jeunes gangsters souvent issus de l’immigration africaine ou ouest-asiatique – comme la majorité des victimes d’homicides et 70 à 80% des gangsters en cause. Les bandits ne s’en cachent d’ailleurs pas, le principal gang juvénile de Londres s’étant lui même baptisé Mali Boys. Face à ce réel criminel, Mme May a empilé formalités absurdes et interdits bienséants – conférant aux gangsters une quasi-impunité.

Qui dit explosion dit explosif : c’est l’énorme retour de la cocaïne sur la scène branchée britannique, dans une jeunesse dorée post-crise certes vegan, bobo et fan de café équitable – mais carburant à la coke,  d’où, de mortelles guerres de territoires entre gangs.

Ultime cause de l’explosion criminelle : une justice laxiste. L’Angleterre ne poursuit désormais plus les vols en boutiques de moins de 250 euros ; déficit pour le commerce, 7 milliards d’euros – bien sûr répercutés sur les prix. Cette hugolienne mesure coûte à chaque ménage 300 euros par an – déjà l’insécurité dans leur cité, là encore, les pauvres trinquent.

Angleterre + Galles : 527 000 inculpations en 2016-2017, moins 65 000 sur 2015-2016 – alors que sur 2015-2017, les infractions connues y bondissent de + 750 000.

Et les infractions chaque jour plus nombreuses de possession et usage d’une arme

Voici les derniers chiffres (mars 2018) de l’ONS :

En 2017, la justice britannique a rendu 20 982 sentences pour infraction avec arme blanche (sous le niveau de la blessure physique) :

– 4 067 peines avec sursis,

– 7 628 peines de prison ferme (36% du total ; 43% des adultes et 14% des mineurs). Peine moyenne : 7,5 modestes mois en prison,

– 9 287 simples et platoniques « avertissements ».

Ultime folie: à des policiers abasourdis, le (conservateur) secrétaire d’Etat britannique aux prisons annonce une forte diminution des incarcérations de moins d’un an. Or on l’a vu, la peine réelle pour possession/usage d’une arme blanche est de sept mois et demi de prison ferme ; ce pour moins de 50% des condamnés adultes, et moins de 15% des mineurs – les autres échappant déjà à toute incarcération. Cherchez l’erreur…

________________

* D’usage, les statistiques criminelles de Londres concernent l’Angleterre et le Pays de Galles. Ecosse et Irlande du Nord publient leurs propres données qui aujourd’hui confirment les anglaises. Quand ces données concernent tout le royaume, nous précisons « ONS-Office for National Statistics« .

Voir de plus:

Gilles-William Goldnadel

Valeurs actuelles
6 août 2018

 

Edito. Chaque semaine, l’avocat Gilles-William Goldnadel livre aux lecteurs de Valeurs actuelles son regard sur l’actualité.

Les médias convenus n’aiment guère qu’on les critique : pour un peu, on en deviendrait complotiste. Mais sans voir aucunement de complot, on est bien obligé de trouver la trace de l’idéologie sommaire que l’on ne reconnaît que trop dans l’unanimisme de leurs mensonges et de leurs silences.

La première semaine d’août nous en apporte les preuves les plus caricaturales.

C’est ainsi que l’ensemble de la presse française aura rapporté uniment qu’une jeune athlète noire nommée Daisy Osakue, née à Turin de parents nigérians et qui avait reçu un jet d’œuf sur la cornée avait été victime « d’un attentat raciste ». La palme académique revenant au journal Le Monde qui, se saisissant de l’événement, y voyait dans un éditorial le signe définitif « d’une inquiétante montée du racisme en Italie » en imputant la responsabilité principale au vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur, le détesté par lui, Matteo Salvini. De là à penser, idéologiquement et politiquement, que l’occasion était trop belle pour la presse convenable de régler son compte au détestable, il n’y a qu’un pas qu’il est difficile de ne pas vouloir franchir. Rien n’explique sinon pourquoi la presse se serait saisie avec un si vorace appétit d’une affaire aussi modeste dans laquelle le procureur de Turin, dès le début avait fait montre d’une bien plus grande prudence en faisant observer que d’autres victimes blanches avaient fait l’objet du même type d’agression dans les mêmes moments. Mais on ne fait pas d’omelettes idéologiques sans casser quelques œufs sur la tête du public. C’est dans ces tristes conditions que le 3 août, les Décodeurs du Monde reconnaissaient que l’hypothèse raciste avait perdu grandement de sa consistance.

Simple question, en passant, n’appelle-t-on pas cela un fake, un peu infect ? et celui-ci, une fois encore, n’émane pas d’une télévision russe ou de la fâcheuse sphère, mais de la presse sévère.

Après le mensonger tumulte, la discrétion complice : le samedi soir 28 juillet, un jeune homme, Adrien Perez, fêtait son anniversaire dans une discothèque de Meylan près de Grenoble. À la sortie de l’établissement au petit matin celui-ci prêtait secours à un ami agressé par trois voyous dont deux frères, Younes et Yanis El Habib, et mourait sous leurs couteaux. La presse convenue a fait profil bien plus bas que pour un lancer d’œuf à l’étranger, mais le père d’Adrien n’a pu se retenir : « En tuant notre fils, ils ont détruit notre vie, je ne pardonnerai jamais. » Lorsque j’écris que la presse a fait profil bas, je suis trop bon : l’audiovisuel de service public s’est montré comme toujours très idéologique. C’est ainsi que France 3 Rhône-Alpes a voulu retenir que ce père ne voulait pas être catalogué comme « raciste » et ne désirait pas « que les politiques récupèrent cette affaire ».

Raciste ? Tiens ! C’est vrai, pourquoi non ? Si on doit questionner continûment la présence du racisme. Mais aucun danger : on aura fait un tintamarre pour rien à Turin, mais la question sera interdite d’être posée dans l’Isère.

Quant à la « récupération politique », que France 3 se rassure, aucun danger d’émeute, quand bien même le Juge de la Liberté a refusé de suivre les réquisitions du parquet et a laissé libre le troisième suspect, le peuple restera calme. Il ne bouge pas le peuple. Il regarde la télévision, le peuple.

Il n’y a que lorsque ce sont les délinquants qui sont victimes d’accidents du travail, que l’on brûle les édifices, que l’on blesse la police, et que l’on hurle au racisme. Tout de même, entre les marches blanches avec bougies victimaires et les saccages, il devrait désormais exister un juste milieu pour la juste colère. Les marches dignes ne seraient plus forcément silencieuses.

En mémoire d’Adrien.

Voir de même:

Plus de 20 incendies ont éclaté aujourd’hui en Israël, provoqués par des cerfs-volants incendiaires et des ballons à l’hélium envoyés par le Hamas depuis la bande de Gaza.
Jean Vercors
Dreuz
20 juin 2018

Depuis le lancement de la « marche du retour » (tentative d’invasion) par les Palestiniens et les 2 mois d’émeutes et de tentatives d’infiltration terroristes à la frontière de Gaza qui s’en sont suivis, l’attention médiatique a été à juste titre portée sur le bilan humain suite à l’agression du Hamas.

Dès le début des violences palestiniennes, Israël est universellement condamné pour le nombre de victimes, la grande majorité des personnes tuées étant pourtant des membres du Hamas.

Néanmoins, un autre aspect de l’histoire, qui a été rapporté mais dans une bien moindre mesure, est le phénomène des cerfs-volants incendiaires utilisés par le Hamas et ses membres. Le Hamas a adopté la politique de la terre brûlée, une tactique consistant à pratiquer les destructions les plus importantes possibles, détruire ou à endommager gravement ressources, moyens de production, infrastructures, bâtiments ou nature environnante, de manière à les rendre inutilisables.

À maintes et maintes reprises, les terroristes ont attaché des engins incendiaires à des cerfs-volants qui sont normalement des jouets pour enfants. En raison des vents soufflant habituellement d’ouest en est, beaucoup de ces engins ont en fait atterri dans les champs et les forêts israéliennes, les conditions météorologiques extrêmement chaudes et sèches favorisant le départ d’incendies massifs.

Les rapports indiquent que des milliers de dounams de cultures et de plantes ont été détruits à cause de cette forme de terrorisme – le terrorisme agricole.

Bien que le terrorisme agricole ne soit pas une nouvelle tactique, il a pris de l’ampleur, tant dans le sud à la frontière avec Gaza qu’au cours des dernières semaines dans toute la Judée et la Samarie.

Le Djihad des forêts : les Arabes palestiniens lancent des incendies de terreur depuis les années 1920. Il n’y a rien de nouveau dans l’utilisation des feux pour la terreur.

À la fin des années 1980 et au début des années 1990, les incendies criminels palestiniens représentaient environ le tiers de tous les incendies de forêt en Israël. En 2016, de nombreux incendies se sont déclarés dans le nord d’Israël. Les Arabes célèbrent ces incendies sur les réseaux sociaux.

La plupart des incendies criminels à la fin des années 1980 étaient directement liés au soulèvement palestinien (la première Intifada). Dans les années 1920, 1930 et 1940, les Palestiniens ont brûlé des centaines d’hectares (Emek en 1936), des maisons et des juifs. En 1929, sous l’impulsion du Mufti pro nazi Al Husseini de nombreux pogroms anti Juifs eurent lieu et la forêt Balfurya dans le nord fut incendiée. Le New York times rapportait en octobre 1938 que plusieurs Juifs avaient été poignardés puis brûlés par un groupe terroriste arabe à Tibériade – Les victimes du massacre : Jacob Zaltz,  M. Kabin et sa soeur, Joshua Ben Arieh sa femme et son fils, les trois enfants de Shlomo Leimer, âgés de 8, 10 et 12 ans, Shimon Mizrahi, sa femme et ses cinq enfants, âgés de 1 à 12 ans. Lors du massacre d’Hébron de 1929, des Arabes tuèrent environ 67 Juifs, en blessèrent 53 et pillèrent des maisons et des synagogues.

Après avoir brûlé des centaines de pneus près de la clôture et tenté de pénétrer les kibboutz avoisinants dans l’unique but de massacrer des civils Israéliens, les terroristes de Gaza ont trouvé une nouvelle arme contre Israël : les cerfs-volants incendiaires et les ballons à l’hélium.

Les hôpitaux de Gaza fournissent de l’hélium médical pour les ballons de terreur équipés de bombes incendiaires.

Israël Hayom a cité la semaine dernière des personnes impliquées dans le domaine qui ont spéculé que, puisqu’il n’y a pas beaucoup de magasins de jouets à Gaza, la seule source logique pour cette quantité d’hélium seraient les hôpitaux de Gaza qui utilisent normalement l’hélium à des fins médicales. Utiliser les hôpitaux pour promouvoir le terrorisme n’est pas nouveau à Gaza. Durant l’Opération Bordure protectrice de 2014, l’hôpital Al-Shifa dans le quartier de North Rimal à Gaza a été décrit par le Washington Post comme un « quartier général de facto pour les dirigeants du Hamas ».

Depuis le début des manifestations dites pacifiques par les médias, Les dégâts causés à la flore, aux cultures et à la faune sont considérables, certaines estimations indiquant que les pertes se chiffrent à plusieurs millions de dollars. Selon un rapport du JNS, « les responsables de l’Autorité israélienne pour la nature et les parcs ont estimé qu’au moins un tiers de la réserve naturelle de Carmia a été détruite, avec des dommages significatifs pour les plantes et la faune locales ».

Le passage de Kerem Shalom a même été incendié à trois reprises. Ce passage voit quotidiennement passer plus de 6000 tonnes de marchandises et près de 190 camions chaque jour.

Selon un haut responsable local de la sécurité, éteindre les pneus en feu n’est pas si simple car ils sont souvent remplis d’explosifs, dans l’espoir de blesser ou de tuer des pompiers. En conséquence, l’armée doit intervenir pour aider les pompiers, ce qui retarde  les efforts de lutte contre l’incendie.

Une autre forme de terrorisme agricole est le vol. Deux semaines à peine avant l’incendie des vergers de cerisiers de Kfar Etzion, les Arabes des villages voisins, au milieu de la nuit, avaient pillé les récoltes près du même endroit, volant des tonnes de fruits.

Les estimations indiquent qu’environ 50,000 € de cerises ont été volés. Ces criminels ont envoyé un message clair, ils ont peint une croix gammée nazie sur un rocher dans le verger.

Ceci est encore une autre similitude avec les cerfs-volants dans le sud, souvent décorés avec des croix gammées.

Aussi horrible que soit le terrorisme agricole, les responsables de la sécurité sont conscients que ce type de terrorisme n’est pas une fin en soi, mais seulement un moyen plus sinistre et abjecte. La crainte est qu’une prochaine fois, l’un de ces incendies puisse se propager dans les communautés elles-mêmes, mettant des maisons et des vies en danger.

Bien que nous soyons extrêmement reconnaissants pour la protection fournie par les forces de défense d’Israël et les équipes d’intervention rapide dans chaque communauté, nous sommes conscients qu’il est impossible que ces héros soient partout à tout moment, couvrant de vastes territoires.

L’armée en particulier reste occupée à déjouer les attaques quotidiennes de jet de pierres et de bombes incendiaires sur nos routes, ce qui d’ailleurs justifie rarement une couverture quelconque dans les médias traditionnels.

Un habitant d’un kibboutz près de Gaza déclarait « Avec l’approche de l’été et les températures toujours plus élevées, nous espérons que nos ennemis n’utiliseront pas le terrorisme agricole pour perturber nos vies, afin de nous nuire et nous infliger la peur, qui est l’objectif du terrorisme dans toutes ses formes ».

Il y a soixante-dix ans, Kfar Etzion et les communautés environnantes du Gush ont été entièrement brûlées par les colons arabes et à l’époque il n’y avait ni peuple palestinien ni de territoires occupés. Nous n’avons pas l’intention de laisser cela se produire aujourd’hui.

Le terrorisme agricole a aussi atteint les champs du kibboutz Mizra dans la vallée de Jezreel le mois dernier, quand des dizaines de palettes de tuyaux d’irrigation qui devaient être répartis sur 300 dunams de champs de tournesols ont été incendiés.

Au 4 juin, entre 9 000 et 17 500 dounams de terre (900 à 1750 hectares) ont été incendiés par la dernière forme de terrorisme sortant de la bande de Gaza.

La nouvelle terreur de Gaza  est le cerf-volant. Les Gazaouis attachent des chiffons enflammés ou une sorte de bombe incendiaire à un cerf-volant ou à un ballon à l’hélium pour les laisser tomber en territoire israélien et brûler les cultures et habitations. On n’est pas dans dans la recherche scientifique ou médicale mais dans la recherche de la terreur.

Cela a été extrêmement efficace pour frapper les champs Israéliens dans le Néguev, devenant une arme terroriste dévastatrice. Ce phénomène de terrorisme agricole découle des violences qui ont eu lieu à la frontière de Gaza depuis le début des manifestations du mois de mars. Depuis plusieurs semaines, les Gazaouis lancent régulièrement des cerfs-volants équipés d’objets incendiaires, comprenant souvent du charbon de bois et des sacs de sucre pour assurer une longue et lente brûlure. Plus de 700 cerfs-volants et ballons ont été lancés à partir de Gaza, déclenchant plus de 400 incendies.

Les dommages causés par ces incendies à l’agriculture israélienne près de la frontière de Gaza est estimée à 3 millions de dollars. Netanyahu a demandé l’avancement d’un plan pour utiliser les fonds de l’Autorité palestinienne pour payer les dommages causés.

L’objectif du Hamas est de détruire complètement Israël, et paralyser l’économie Israélienne en brûlant ses récoltes.

Le gouvernement israélien doit impérativement former une unité spéciale pour lutter contre le terrorisme agricole, ou du moins que le ministère de l’Agriculture finance des patrouilles de la même manière que les agents de sécurité protègent les bus, les centres commerciaux ou les écoles. Le terrorisme aux cerfs-volants n’est qu’une autre tentative des Palestiniens de détruire Israël avec une arme de choix différente. Les Palestiniens ont utilisé les bombes, les détournements d’avions, les roquettes, les mortiers, les bombes humaines, les armes automatiques, les couteaux, les bulldozers, les voitures béliers, les cocktails molotov, les pierres, les tunnels terroristes, les haches, maintenant ce sont des cerfs-volants et des ballons incendiaires.

Les provocations récentes du Hamas où des milliers de Gazaouis tentèrent de démolir la barrière frontalière et d’entrer en Israël avec des cocktails Molotov et d’autres armes improvisées font partie d’une tactique macabre du Hamas appelée « l’enfant mort » pour qu’Israël tue autant de Gazaouis que possible afin que les titres commencent toujours, et souvent se terminent, avec le nombre de Palestiniens tués. Le Hamas envoie délibérément des femmes et des enfants sur la ligne de front comme ce fut le cas avec l’infirmière Razzan Al Najjar (qui dans une vidéo reconnaissait être venu tenir un rôle de bouclier humain), tandis que leurs propres et vaillant combattants se planquent dans leurs bunkers ou derrière ces boucliers humains.

Là où il y a de la fumée, dit le dicton, il y a du feu. Mais si vous êtes Palestiniens et commettez des incendies de masse contre les Israéliens, il n’y aura pas de couverture médiatique. Aucun journaliste français en poste en Israël n’a rapporté le terrorisme agricole des Palestiniens.

La plupart des médias, malgré les dommages stupéfiants à l’économie et à la propriété d’Israël, ont ignoré ce qui devrait être une news de première page.

Les journalistes trop paresseux et surtout malhonnêtes ignorent les histoires qui illustrent la souffrance israélienne, préférant plutôt des reportages narratifs qui dépeignent les Israéliens comme des agresseurs et les Palestiniens comme des victimes éternelles. En effet, la presse semble souvent incapable d’écrire sur les crimes palestiniens lorsqu’Israël ne peut être blâmé.

Dans la même famille, je peux citer sans hésiter une seconde les hypocrites de l’Union Européenne, les diplomates des Nations Unies qui votent régulièrement des résolutions anti israéliennes mais aussi les écologistes fervents défenseurs des terroristes du Hamas et du mouvement d’inspiration nazie BDS qui n’ont toujours pas condamné cette pratique de la terre brûlée.

Avec les incendies qui font rage dans le sud d’Israël, il est devenu évident que de nombreux médias donnent aux lecteurs un bref reportage trop souvent biaisé sur le conflit israélo-palestinien et dansent autour d’histoires qui ne correspondent pas à leur récit préexistant. Ils soufflent de la fumée et ignorent le terrorisme agricole des Palestiniens envers « leur » prétendue terre qu’ils disent aimer.

Pendant qu’Israël investit pour faire fleurir le désert, le Hamas investit pour brûler la terre. C’est toute la différence !

Sources

Voir encore:

Un corps d’enfant retrouvé dans le campement sordide découvert aux États-Unis
Blandine Le Cain
Le Figaro
09/08/2018

Une perquisition de police pour retrouver un garçon disparu avait permis de découvrir un campement dans lequel onze enfants étaient retenus dans des conditions insalubres. Selon les premiers éléments de l’enquête, l’un des enfants a expliqué avoir été entraîné au maniement des armes à feu.

L’histoire a débuté avec des soupçons d’enlèvement d’enfant par son père, elle s’est transformée en sordide affaire d’entraînement aux armes d’enfants et adolescents séquestrés. Dans le cadre d’une enquête pour retrouver un père suspecté d’avoir enlevé son enfant, la police du Nouveau-Mexique, aux États-Unis, a en effet découvert un campement dans lequel onze enfants étaient retenus dans de terribles conditions. Au moins l’un d’entre eux y a été entraîné à l’usage des armes à feu dans le but de le préparer à des tueries de masse, bien que l’objectif précis de cette préparation reste à établir. La dépouille d’un enfant de 4 ans a été retrouvée sur place.

L’enquête débute en décembre 2017, dans le comté de Jonesboro, en Géorgie, sur la côte est des États-Unis. Siraj Wahhaj, père de 39 ans, est recherché après la disparition de son fils. La mère affirme à la police que l’enfant, âgé de 3 ans, est allé au parc avec lui et n’en est jamais revenu. Le garçon souffre d’épilepsie, ainsi que de problèmes cognitifs et de développement, explique-t-elle. D’après le Telegraph , elle aurait également évoqué ses craintes d’un «exorcisme» que le père voudrait pratiquer sur son fils, avant de finalement revenir sur ces propos en évoquant une mauvaise traduction du terme. Plusieurs proches du garçonnet, dont son grand-père, imam d’une mosquée de Brooklyn, à New York, lancent une campagne via les réseaux sociaux pour le retrouver, raconte le National Post . En vain.

Au fil des mois, les enquêteurs soupçonnent pourtant la présence du père et de son fils dans une propriété située dans un tout autre lieu, au Nouveau-Mexique, un État situé dans le sud du pays. L’endroit, un «campement de fortune entouré de pneus et d’un chemin de terre», est surveillé après un signalement de voisins, précise NBC, mais la police ne détecte pas la présence du duo et ne dispose pas des éléments suffisants pour obtenir un mandat de perquisition. À ce stade, le FBI, le bureau d’enquête fédéral, est impliqué dans les investigations.

Des occupants lourdement armés

La situation change le 2 août, lorsque les enquêteurs reçoivent, par le biais d’un intermédiaire, un message envoyé depuis l’intérieur de la propriété, dont les auteurs disent être affamés et avoir besoin de nourriture et d’eau. Le shérif de Taos, le comté où se trouve la propriété, planifie alors une intervention sur les lieux, tout en sachant que «les occupants étaient probablement armés et considérés comme extrémistes», selon ses propos rapportés par le National Post.

Lors de l’opération de police, le père du garçonnet et un autre homme sont découverts à proximité du lieu, au milieu des buissons du désert, détaille l’AFP. Ils sont munis d’un fusil semi-automatique, de cinq chargeurs de 30 balles pleins et quatre pistolets chargés. Trois femmes sont également arrêtées. Au total, onze enfants seront retrouvés, âgés de 1 à 15 ans. Ils ont été pris en charge par les autorités.

L’enfant de Siraj Wahhaj, en revanche, n’a pas été retrouvé lors de l’opération. Le père a refusé de donner une quelconque information à son sujet, selon le document du tribunal que le Telegraph a pu consulter. À l’issue de l’interrogatoire des suspects, les policiers sont néanmoins retournés sur les lieux. Ils ont alors retrouvé les restes d’un enfant de 4 ans, le jour du quatrième anniversaire de l’enfant recherché. L’identité n’a pas encore été confirmée, mais les enquêteurs pensent qu’il pourrait s’agir de cet enfant.

Restés sans nourriture depuis plusieurs jours

Le campement était confectionné avec des palettes, des bâches en plastique et d’autres déchets, avec très peu de nourriture et d’eau. Les enfants y étaient vêtus de guenilles. Les enquêteurs y ont découvert une caravane à moitié enterrée et un tunnel d’une trentaine de mètres et d’un peu moins d’un mètre de diamètre. Des couchages avaient été installés dans certaines cavités. «Les conditions de vie, de santé et de bien-être des enfants étaient profondément déplorables», a expliqué le shérif, ajoutant qu’ils n’avaient accès ni à l’eau potable, ni à de la nourriture, ni à l’électricité et qu’ils n’avaient probablement pas été nourris depuis plusieurs jours.

Jeudi, de nouvelles informations sont venues ajouter au sordide de l’affaire: au moins un des onze enfants retrouvés a été entraîné à l’usage des armes à feu. «Un tuteur temporaire de l’un des enfants a déclaré que l’accusé avait entraîné l’enfant à tirer avec un fusil d’assaut pour se préparer à de futures fusillades en milieu scolaire», précise le bureau du procureur. Selon CNN, ce dernier mentionne par ailleurs, dans les motivations pour le maintien en prison de Siraj Wahhaj, sa «planification et sa préparation de futures tueries dans des écoles». Aucun autre détail précis n’a été donné sur ce point.

Cinq arrestations, le rôle de chacun en question

Le père, Siraj Wahhaj, a été immédiatement placé en détention en vertu du mandat d’arrêt émis en Géorgie pour enlèvement d’enfant. Il est «un danger pour la communauté», a par la suite indiqué le bureau du procureur dans un document de justice consulté par l’AFP.

Mardi, le shérif du comté de Taos a indiqué que le groupe était «considéré comme extrémiste de la foi musulmane», sans toutefois revenir plus en détails sur ce point.

L’homme arrêté avec Siraj Wahhaj, identifié comme Lucas Morten et âgé de 40 ans, a d’abord été inculpé pour hébergement de fugitif, avant que des charges liées à la maltraitance des enfants ne soient ajoutées.

Les trois femmes ont été libérées en attendant la suite de l’enquête. Leurs liens avec les protagonistes restent imprécis: selon les sources, elles sont présentées comme étant des mères de certains enfants, ou des sœurs de l’un des deux hommes, ou encore une épouse de l’un d’eux. Elles ont comparu devant le tribunal de Taos, tout comme Siraj Wahhaj, mercredi.

Voir enfin:

Danger in overreacting to Santa Fe school shooting
James Alan Fox
USA Today
May 20, 2018

Today’s ghastly shooting at a high school in Santa Fe, Texas, claiming the lives of at least 10 victims, has many Americans, including President Trump, wondering when and how the carnage will cease. Coming on the heels of two other multiple fatality school massacres earlier this year, it is no wonder that many are seeing this type of random gun violence as the “new normal.”

Amidst the national mourning for the many innocent lives lost in these senseless shooting sprees, it is critical not to overreact and overrespond to the menacing acts of a few. It is, of course, of little comfort to those families and communities impacted in Santa Fe as well as Parkland, Florida, and Benton, Kentucky, but this is not routine. Schools are not under siege. Rather, this more likely reflects a short-term contagion effect in which angry dispirited youngsters are inspired by others whose violent outbursts serve as fodder for national attention. That should subside once we stop obsessing over the risk.

History provides an important lesson about how crime contagions arise and eventually play themselves out. Over the five-year time span from 1997 through 2001, America witnessed seven multiple-fatality school rampages with a combined 32 killed and 85 others injured, more such incidents and casualties than during the past five years.

Following the March 2001 massacre at a high school in Santee, California, the venerable Dan Rather declared school shootings an “epidemic.” Then, after the September 11, 2001 terrorist attack on America, the nation turned its attention to a very different kind of threat, and the school shooting “epidemic” disappeared.

More from USA TODAY opinion: Flashback: Here’s what it was like to watch my friends die in Room 1216

School shootings are not the new normal, despite statistics that stretch the truth

After Parkland shooting, reject ‘nothing can be done,’ look for new solutions: John Walsh

Summertime will soon bring a natural break to the heightened concern over school shootings. Hopefully, come September, we can deal with the underlying issues facing alienated adolescents who seek to follow in the bloody footsteps of their undeserving heroes, without inadvertently fueling the contagion of bloodshed.

Many observers have expressed concern for the excessive attention given to mass shooters of today and the deadliest of yesteryear. CNN’s Anderson Cooper has campaigned against naming names of mass shooters, and 147 criminologists, sociologists, psychologists and other human-behavior experts recently signed on to an open letter urging the media not to identify mass shooters or display their photos.

While I appreciate the concern for name and visual identification of mass shooters for fear of inspiring copycats as well as to avoid insult to the memory of those they slaughtered, names and faces are not the problem. It is the excessive detail — too much information — about the killers, their writings, and their backgrounds that unnecessarily humanizes them. We come to know more about them — their interests and their disappointments — than we do about our next door neighbors. Too often the line is crossed between news reporting and celebrity watch.

At the same time, we focus far too much on records. We constantly are reminded that some shooting is the largest in a particular state over a given number of years, as if that really matters. Would the massacre be any less tragic if it didn’t exceed the death toll of some prior incident? Moreover, we are treated to published lists of the largest mass shootings in modern US history. For whatever purpose we maintain records, they are there to be broken and can challenge a bitter and suicidal assailant to outgun his violent role models.

Although the spirited advocacy of students around the country regarding gun control is to be applauded, we need to keep some perspective about the risk. Slogans like, “I want to go to my graduation, not to my grave,” are powerful, yet hyperbolic.

As often said, even one death is one too many, and we need to take the necessary steps to protect children, including expanded funding for school teachers and school psychologists. Still, despite the occasional tragedy, our schools are safe, safer than they have been for decades.

James Alan Fox is the Lipman Professor of Criminology, Law and Public Policy at Northeastern University, a member of USA TODAY’s Board of Contributors and co-author of Extreme Killing: Understanding Serial and Mass Murder.


Harcèlement en ligne: Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont (As colonialism-themed bar learns colonialism will only yield to greater violence, cyberbullied journalist recalls the media’s social responsibility)

3 août, 2018

 


"Concerning Violence", un documentaire de Göran Hugo Olsson, © Happiness distribution
trump-targetPresque aucun des fidèles ne se retenait de s’esclaffer, et ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu’un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré. C’est de la même façon que le peuple chasse ou acclame les rois. Marcel Proust
Pour qu’il y ait cette unanimité dans les deux sens, un mimétisme de foule doit chaque fois jouer. Les membres de la communauté s’influencent réciproquement, ils s’imitent les uns les autres dans l’adulation fanatique puis dans l’hostilité plus fanatique encore. René Girard
L’inauguration majestueuse de l’ère « post-chrétienne » est une plaisanterie. Nous sommes dans un ultra-christianisme caricatural qui essaie d’échapper à l’orbite judéo-chrétienne en « radicalisant » le souci des victimes dans un sens antichrétien. (…) Jusqu’au nazisme, le judaïsme était la victime préférentielle de ce système de bouc émissaire. Le christianisme ne venait qu’en second lieu. Depuis l’Holocauste, en revanche, on n’ose plus s’en prendre au judaïsme, et le christianisme est promu au rang de bouc émissaire numéro un. René Girard
Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. Frantz Fanon
La violence du colonisé, avons-nous dit, unifie le peuple. De par sa structure en effet, le colonialisme est séparatiste et régionaliste. Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie. Le système colonial alimente les chefferies et réactive les vieilles confréries maraboutiques. La violence dans sa pratique est totalisante, nationale. De ce fait, elle comporte dans son intimité la liquidation du régionalisme et du tribalisme. Aussi les partis nationalistes se montrent-ils particulièrement impitoyables avec les caïds et les chefs coutumiers. La liquidation des caïds et des chefs est un préalable à l’unification du peuple. Frantz Fanon
Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre. Sartre (préface des « Damnés de la terre » de Franz Fanon, 1961)
Je voulais surtout sortir de la spéculation – à l’époque, les livres de Franz Fanon, notamment Les damnés de la terre, étaient à la mode et ils me paraissaient à la fois faux et dangereux. Pierre Bourdieu
Ce que Fanon dit ne correspond à rien. Il est même dangereux de faire croire aux Algériens ce qu’il leur dit. Cela les conduirait à une utopie. Et je pense que ces personnes [Sartre et Fanon] ont leur part de responsabilité dans ce que l’Algérie est devenue, parce qu’ils ont raconté des histoires aux Algériens, qui ne connaissaient souvent pas mieux leur pays que les Français qui en parlaient. C’est pourquoi les Algériens ont continué à avoir une vision illusoire, utopique et irréaliste de l’Algérie (…). Du fait de cette irresponsabilité, les textes de Fanon et de Sartre ont quelque chose de terrifiant. Il fallait être mégalomane pour se croire autorisés à dire de telles absurdités. Pierre Bourdieu
« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes. Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique. La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés. A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ? France info Martinique
La colonisation est un crime contre l’humanité. Emmanuel Macron
Le truc qu’ont ces joueurs en commun, c’est que si vous retracez leur histoire, leurs ancêtres ont tous appris à parler français de la même manière. Ils ont tous quelque chose en commun. Si on se demande pourquoi leur familles ont commencé à parler français et qu’on remonte leur histoire on comprend vite pourquoi. Trevor Noah
C’est un moment génial de l’histoire de France. Toute la communauté issue de l’immigration adhère complètement à la position de la France. Tout d’un coup, il y a une espèce de ferment. Profitons de cet espace de francitude nouvelle. Jean-Louis Borloo (ministre délégué à la Ville, avril 2003)
Venez, on fait un autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde. Medhi Meklat (décembre 2002)
J’espère qu’on m’accordera le crédit de la fiction. Ce personnage [de Marcelin Deschamps] n’a pu exister que sur Twitter parce que c’était justement l’endroit de la fiction. (…) C’était un travail littéraire, artistique, on peut parler de travail sur l’horreur, en fait. Mehdi Meklat
Nous sommes le Grand Remplacement. Sûrement pas celui que les fous peuvent fantasmer. Nous sommes un grand remplacement naturel, celui d’une génération face aux « autres », du cycle de la vie. Nous sommes le présent. Nous sommes le Grand Remplacement d’un système archaïque, qui ne nous parle plus et qui ne nous a jamais considéré comme ses enfants. Nous sommes radicaux dans nos idées : nous irons au bout de la beauté. Nous écrirons quand vous voudrez qu’on se taise, et nous nous battrons quand vous aurez décidé qu’il est l’heure qu’on s’endorme. Nous reprendrons notre place, prise par ceux qu’on autorise à penser. Nous ne voulons parler qu’en NOTRE nom. De NOS gouts et de NOS couleurs. Nous sommes le Grand Remplacement d’une génération qui s’active sur Internet pour contrer les coups bas. D’artistes, seul au front, pour porter tous les combats. De révoltés d’une société qui ne sait plus se regarder dans les yeux et écouter les coeurs qui se battent. (…) Nous n’avions pas peur de créer des réactions puisque nous n’avions été que cela jusqu’ici : il fallait réagir aux approximations et aux humiliations diverses. Tous les jours, nous devions entendre « islam » à la télévision. Nous devions accepter « les débats » qui n’allaient nulle part ailleurs. Nous devions comprendre que « l’islamophobie » n’existait pas et que certains hommes politiques voulaient radier les musulmans de l’espace public. D’ailleurs, nous devions éviter de dire « musulman » pour ne pas effrayer les effarouchés. Téléramadan est né de ces frustrations. De ces « analyses » qui n’apportaient aucune réflexion à longueur de journaux. De ces chaines de télé qui comblaient le vide par l’hostilité. De ces mots qu’on lançait comme des bombes pour faire sursauter les âmes. (…) Il est temps de grand-remplacer ce présent qui nous oppresse, qui nous divise. Nous voulons grand-remplacer le désespoir par un idéal : l’écoute et la réflexion. Téléramadan n’est pas une démarche militante. C’est une démarche politique qui passe par la littérature, le regard et la poésie. Laissez-nous la naïveté de dire qu’on est les potes de personne, mais les frères de tout le monde. Bismillah. [Au nom de Dieu] Mouloud Achour, Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah
Depuis le temps qu’on lutte et espère le grand remplacement de la vieille France Bravo Meklat et Badrou ! Edouard Louis
Sur France Inter, ils ont longtemps relayé la voix des oubliés des banlieues. Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois, les jeunes reporters du Bondy Blog nous bousculent par leur ton libre et combatif. Ils sont les invités de “Télérama” cette semaine. Télérama
Mise à jour : Que savions nous des tweets de Mehdi Meklat lorsque nous l’avons interviewé, avec son compère Badroudine, en octobre 2015 ? En aucun cas, nous n’avions eu connaissance de ses messages antisémites, homophobes et racistes, récemment ressurgis des tréfonds de Twitter. Sinon, nous ne l’aurions pas cautionné. Cela va sans dire. Alors pourquoi le préciser ? Parce qu’au regard de ce qu’on sait aujourd’hui, une remarque, publiée dans cet entretien vieux d’un an et demi, prête malheureusement à confusion : « vous participez au bruit ambiant, disions-nous, en publiant sur Twitter des blagues parfois limites »… Sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps, Mehdi Meklat postait en effet des plaisanteries en cascade. Beaucoup étaient très drôles, mais d’autres étaient lestées d’une provocation aux franges de l’agressivité, ou d’une pointe de misogynie potache. C’est à cela que nous faisions allusion en parlant de « blagues limite ». A rien d’autre. Avons-nous à l’époque manqué de prudence ? Nous aurions pu passer des heures, voire des jours, à fouiller parmi ses dizaines de milliers de tweets déjà publiés, afin de vérifier qu’il ne s’y trouvait rien d’inacceptable. Mais pourquoi l’aurions-nous fait ? Tout, alors, dans sa production professionnelle (chroniques radio, documentaire, livre), témoignait au contraire d’un esprit d’ouverture qui nous a touchés. En octobre 2015, à nos yeux, Mehdi Meklat n’était absolument pas suspect d’intolérance. Découvrir aujourd’hui ses tweets haineux fut un choc pour nombre de nos lecteurs. Pour nous aussi. Ils sont aux antipodes des valeurs que Télérama défend numéro après numéro, depuis plus de soixante ans. Télérama
« La tolérance devient un crime lorsqu’elle s’étend au mal », écrit Thomas Mann dans La Montagne magique. Meh­di Meklat n’a pas seulement été toléré, il a été porté au pinacle par les organes du gauchisme culturel. Ceux-ci l’avaient élevé au rang de chantre ­semi-officiel de la «  culture de banlieue  ». Soit, pour eux, un mélange de cynisme roublard et de vulgarité ; la banalisation de l’insulte et de la menace ; le sens du «  respect  » dû au plus fort, au plus menaçant, au plus dangereux ; le mépris des femmes et des faibles, la haine des homosexuels. Bref, le côté «  racaille  » dans lequel ces journalistes à faible niveau culturel imaginent reconnaître les héritiers de la bohème antibourgeoise d’antan. Et qui sait  ? Une nouvelle avant-garde pleine de promesses. Il y avait un créneau. De petits malins dotés d’un fort sens du marketing se sont engouffrés dans la brèche. Ils ont compris qu’il y avait des places à prendre dans les médias pour peu que l’on puisse étaler une origine outre-­méditerranéenne et que l’on se conforme aux stéréotypes construits par le gauchisme culturel : «  racaille  », mais politisé. De la gauche qu’il faut. Pas celle qui a hérité des Lumières le goût de la raison droite et du savoir qui émancipe. Non, la gauche branchouille qui a métamorphosé l’antiracisme en multiculturalisme ; l’indifférence envers les origines et les couleurs de peau en autant d’«  identités  » reposant étrangement sur des détails anatomiques ; l’émancipation envers les origines en assignations identitaires. Une gauche aussi into­lérante et violente que ce «  fascisme  » dont elle ne cesse de poursuivre le fantôme. (…) Depuis longtemps, un certain nombre d’intellectuels, comme Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut ou Georges Bensoussan, tentent de mettre en garde contre un des aspects les plus exécrables de cette soi-disant «  culture de banlieue  » : le racisme, l’antisémitisme. Mais leurs voix étaient couvertes, leurs propos dénoncés, quand ils n’étaient pas traînés en justice, comme Bensoussan et Pascal Bruckner, pour avoir dit que le roi est nu. (…) Il est entendu que, en Europe, en France, le racisme ne saurait provenir que de la société d’accueil. Du côté de l’immigration, il est convenu qu’on en est indemne et qu’on «  lutte pour ses droits  ». En outre, la théorie de la «  convergence des luttes  » implique que les combats des femmes, des homosexuels et des minorités ethniques se recoupent et se conjuguent, sous la direction éclairée d’une extrême gauche qui a trouvé dans ces «  minorités  » son prolétariat de substitution. (…) Mehdi Meklat avait franchi à une vitesse accélérée tous les échelons de la notoriété médiatique : rond de serviette chez Pascale Clark à France Inter, couverture de Télérama avec son compère Badrou («  les révoltés du Bondy Blog  »), «  textes  » publiés aux éditions du Seuil, adoubement par Christiane Taubira, qui a accepté de poser en couverture des Inrocks avec les deux compères sans se renseigner plus avant sur eux. Cette carrière fulgurante vient de dérailler alors qu’elle semblait toucher au sommet. Invité à La Grande Librairie sur France 5, l’«  enfant prodigue de Bondy  » est démasqué pour ses dizaines de milliers de tweets. Le dessinateur Joann Sfar et la journaliste Eugénie Bastié ont lancé une alerte : le héraut de la culture de banlieue avait tweeté des milliers de messages injurieux, menaçants, antisémites. Sous un pseudonyme – Marcelin Deschamps, que bien des gens connaissaient –, il avait appelé à tuer Charb et la rédaction de Charlie Hebdo, à «  enfoncer un violon dans le cul de madame Valls  », à «  enfoncer des ampoules brûlantes dans le cul de Brigitte Bardot. Jusqu’à ce qu’elle vomisse du sang  ». Il appelait à «  casser les jambes  » d’Alain Finkiel­kraut. Ajoutant : «  J’opte pour l’effet béquille pour Finkielkraut, car ainsi il pourra être immobilisé et souffrir dans l’indifférence générale.  » Il a tweeté : «  Sarkozy = la synagogue = les juifs = shalom = oui, mon fils = l’argent.  » Et «  LES BLANCS VOUS DEVEZ MOURIR ASAP  » (pour as soon as possible – dès que possible). On en est là  ? Oui, on en est là. Lentement mais sûrement, le niveau de tolérance envers les intolérants avait monté. La cote d’alerte était atteinte et nous ne l’avions pas vue. Si l’affaire Meklat pouvait au moins servir d’avertissement… Comme on le sait de triste expérience, le sort réservé aux juifs, dans toutes les sociétés, est comparable à ces canaris que les mineurs emportaient dans les mines de charbon. Le canari succombe par asphyxie avant que les mineurs aient pris conscience de la présence de gaz dans la galerie. Lorsque, dans une société donnée, la vie, pour les juifs, devient difficile ou dangereuse, c’est qu’elle est malade et menacée. C’est pourquoi il faut refuser absolument la banalisation de l’anti­judaïsme. Brice Couturier
Lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington (…) algré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah (…) a (…) étrillé le président américain dans son discours. Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres… Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » ! Le Parisien
J’ai été expulsée d’un restaurant ! Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment. Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison blanche)
La porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée. Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte. A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Le Parisien
I was asked to leave because I worked for President Trump. We are allowed to disagree but we should be able to do so freely and without fear of harm, and this goes for all people regardless of politics. Healthy debate on ideas and political philosophy is important, but the calls for harassment and push for any Trump supporter to avoid the public is unacceptable. Sarah Sanders (porte-parole de la Maison Blanche)
“La Première Plantation” est un cocktail-bar né de l’imagination de deux barmen passionnés, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry. Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été au croisement des rues Bossuet et Professeur Weill. Pas encore trentenaires, les deux compères se sont croisés au cours de leurs carrières déjà bien remplies. C’est d’une rencontre avec la ville de Berlin qu’est née leur envie d’ouvrir leur établissement. Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares, avec une carte qui évolue au rythme des saisons. La maison propose une sélection de vins, bières et cocktails sans alcool. Le Progrès
Envie de déguster un cocktail dans un endroit authentique et différent ? La Première Plantation saura vous satisfaire… (…) Ce bar à cocktails est un endroit vivant avec une atmosphère plutôt industrielle et végétale à la fois. Un mix surprenant où les clients seront accueillis chaleureusement et dans une ambiance assez funky ! (…) Les deux entrepreneurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry sont des habitués du domaine de la restauration. Sachez que ces professionnels ne vous décevront pas car, avant de se lancer dans La Première Plantation, ils ont participé à plusieurs concours en agitant leurs shakers préférés ! Gabriel Desvallées a été à la 3ème place nationale au trophée du bar en 2014, quant à Matthieu Henry, il est le vainqueur France et finaliste monde à la Bacardi Legacy en 2016. La Première Plantation est un endroit jeune, dynamique, à l’image des deux jeunes hommes. Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. Fourniresto
Une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché. Inside-lyon
Chaleur, douceur des îles, parfum des Caraïbes et cocktails au rhum. Plutôt que de parcourir des milliers de kilomètres jusqu’au bout du monde, on vous propose un dépaysant voyage à seulement quelques stations de métro. Prochain arrêt : La Première Plantation. (…) a décidé de changer la rue Bossuet en une majestueuse jungle tropicalo-industrielle. Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux. D’un côté, une luxuriante verdure nous plonge au fin fond de la forêt tropicale. De l’autre, des lampes suspendues et des tuyaux de cuivre créent une ambiance industrielle feutrée dans laquelle se perdre des heures durant. Pour sublimer cette déco de folie, LPP invite ses clients à déguster une immense et succulente carte de cocktails rares. (…) Avec un tel nom, l’adresse se devait de faire honneur à l’alcool le plus exotique qui soit : le rhum. Originaires du monde entier ou faits maison, les rhums made in LPP se dégustent à toutes les sauces. (…) Alors enfilez votre chemisette à fleurs, enfilez vos claquettes (sans chaussettes, pour l’amour du ciel…) et offrez-vous un voyage supersonique à La Première Plantation, ce petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. Le Bonbon
In 2016, Henry was the French representative at Bacardi Legacy; Desvallees came with him to Berlin, where Henry was to highlight his cocktail “The Epicurean.” They discovered the Monkey Bar at the 25hours Hotel, looking out over the Zoo, which would be the starting point of their inspiration for the new bar.(…)  La Première Plantation. The bar is a tribute to their common passion, rum, and a demonstration of their skills and prowess in a classical bar scene largely dominated by two personalities: Marc Bonneton, winner of Bacardi Legacy in 2011, and owner of L’Antiquaire and Redwood, and Arnaud Gosset, the musician barman, owner of Soda Bar, Monkey Club and Casa Jaguar. (…) But it hasn’t all been easy. They’ve had their fair share of hurdles so far, too: “We had to be tenacious to get the funding of our bar because we take the place of a hostess bar. A sulphurous reputation that must now be forgotten.” Such an unseemly beginning could be a sign of greater things to come – after all, the now successful Tiki bar Dirty Dick opened in an old brothel on rue Frochot, in the infamous Paris district of Pigalle. La Première Plantation will be the second Lyon bar specializing in rum after Redwood. The bar is marked by the identity of these audacious owners but also by the new codes of the French bar today: entrepreneurship, creativity, freedom, audacity and aestheticism. (…) It’s still a bit difficult to imagine the décor of this “street bar” with immaculate walls, but the architectural plans show a creative combination. Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar: a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel. “Here, the jungle takes precedence over the city in a colonial spirit of the eighteenth century,” the pair explain. The design is being overseen by Desvallees’s father, an architect. All in all, it’s a totally new concept and atmosphere, which reflects the creativity of a new generation of bartenders operating outside the Parisian landscape. Mixology
Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. (…)[cool] Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. (…) [et la partie esclaves] Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. Gabriel Desvallées
Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut. Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes. Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.  Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.  Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu. Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. S’agissant des photos dans les toilettes, ce sont d’anciennes gravures du 18e et 19e siècles de bouteilles de rhum, d’une maison victorienne et d’un champ de production d’ananas, ce qui n’a rien d’offensant envers quiconque. Notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne. En conclusion, nous ne pouvons que déplorer que ce quiproquo manifeste entre la journaliste et nous-mêmes l’ai conduite à rédiger un article dont les conséquences sont aujourd’hui gravement préjudiciables pour nous tant sur le plan professionnel que personnel. Nous espérons que ces explications dissiperons ce regrettable malentendu. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là. Nous sommes désolés (…) et n’avons aucune nostalgie de cette période là. (…) Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas. (…) le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines. (…) Nous sommes les victimes dans cette histoire. Henry Matthieu et Gabriel Desvallees (La Première Plantation)
Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement. (…) Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. (…) L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier. (…) Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. Julie Hainaut
Si la France se targue d’être le « pays des Droits de l’Homme », force est de constater qu’elle abrite encore en son sein une certaine nostalgie pour des temps coloniaux qui – faut-il le rappeler ? – furent tissés d’atrocités, de crimes contre l’humanité, de pillages et de barbarie. C’est en effet avec horreur, tristesse et déception que nous découvrions ce 12 septembre l’entretien promotionnel donné au Petit Bulletin par Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, les propriétaires du bar La Première Plantation. Dans l’établissement nouvellement ouvert, l’article nous décrit deux hommes déterminés à « retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, […] une période sympathique [où] il y avait du travail ». Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable. En faisant de cette histoire leur fonds de commerce, MM. Desvallées et Henry ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité. Au titre de la loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité et de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de presse, Chapitre IV, Paragraphe 1er, articles 23 et 24, nous rappelons que MM. Desvallées et Henry pourraient être condamnés à hauteur de 45000€ d’amende et cinq ans d’emprisonnement. Pour que ce crime cesse, nous exigeons la fermeture immédiate de La Première Plantation. Collectif Desracinées
Nous sommes à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s. Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli. Collectif Desracinées
La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »… Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire. Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. (…) « une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises » (…) « l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. » On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés. On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. (…) « une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » (…) [l’esclavage] « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » (…) L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certains avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournés en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin. En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir. On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. (…) Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon : « Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » Rebellyon
While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love. Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right. So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment. Sally Krantz
Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline. Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus. (…) When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant. Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing. Eater
A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme. La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”) The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.” Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.” Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.” She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms. The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.” The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” (…) Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change. This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC. Eater
La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence. Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ? L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite. C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence. Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne. Sylvie Thénault
L’article que nous avons publié mardi sur notre site, évoquant le bar La Nouvelle Plantation, a interpellé plusieurs de nos lecteurs, scandalisés par certains des propos tenus par les interviewés. L’ampleur prise par le bad buzz et les insultes voire menaces physiques envers les patrons du lieu qui en découlent nous amènent à revenir sur ce sujet. L’article en question, rédigé par Julie Hainaut, correspond à des faits : elle s’est rendue sur place, s’est présentée en tant que journaliste du Petit Bulletin et les propos cités, enregistrés, ont été prononcés lors de l’interview. Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale : nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article. Pour reprendre une citation fort connue d’Albert Londres, il est de notre devoir de porter la plume dans la plaie. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour.  Nous sommes retournés (Sébastien Broquet, rédacteur en chef du journal) voir les deux gérants de La Première Plantation, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, ce jeudi matin. Pour discuter, de nouveau, de leurs propos et de leur positionnement. Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage. Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. Nous avons aussi vu les photographies affichées dans les toilettes : contrairement à ce qui est déclaré dans l’interview par eux-mêmes (et retranscrit par nous), nous n’avons pas vu ce matin de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas. Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau : le Président de la République lui-même l’a clairement exprimé avant l’été (…) Les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. Sébastien Broquet
Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac. Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo. Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons (…) Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne. De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc. La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir. Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond  (…) Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ». Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. » Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme. La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage. Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux : Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté. Dalya Daoud
« Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation ». Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août. Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar. La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes. Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage. (…) Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». (…) Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il. Huffington Post
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. (…) « La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre. S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing. Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques : «Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ». Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes. Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter : »Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ». Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ». De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée. A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération). (…) Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». (…) De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation ». Les Inrocks
L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel. Eric Morain
Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre. Christophe Deloire (Reporters sans frontières)
Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes. Elodie Vialle (RSF)
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. (…) Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau. (…) RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi. RSF
Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques. (…) En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre. Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents. Gabrielle Périer (Causeur)
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants. Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook. Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin. Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. » LCI
Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ». Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent. On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître. Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance. Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ». Dalya Daoud
Je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe. Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite. Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur. Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence. Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien. Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot. Julie Hainaut
J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion. C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux. Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques. Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing. (…) Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe. J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher. Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression. (…) combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas. Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée. En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça. Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ». Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel. (…) Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie. Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer. (…) J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain. Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long. (…) J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr]. Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique. (…) J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends. (…) Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi. Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés. Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne. C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules. (…) Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise. Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles. Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique. Julie Hainaut

Attention: un harcèlement peut en cacher un autre !

En ces temps étranges où, pour tenter de juguler les forces que par leur imprudence et manque de jugement ils ont eux-mêmes déchainées …

Nos gouvernants multiplient, entre suppression du mot racisme de la constitution et criminalisation du harcèlement de rue ou de la désinformation sur les réseaux sociaux, les mesures aussi dérisoires les unes que les autres …

Pendant qu’entre deux appels à l’assassinat du président de l’autre côté de l’Atlantique, une porte-parole de la Maison Blanche se voit ridiculisée au Diner de la presse étrangère, expulsée d’un restaurant et peut-être pour la première fois dans l’histoire américaine, contrainte à une protection policière

Et qu’un humoriste métis sud-africain s’attribue en tant qu’Africain la Coupe du monde des Bleus tout en l’assignant dans la phrase d’après au colonialisme français

A l’heure où, malgré ou peut-être à cause de l’été et non sans rappeler la tristement fameuse chasse à l’homme anti-Fillon d’il y a deux ans, le feuilleton Benalla continue plus fort que jamais …

Et où l’association Reporters sans frontières pointe avec raison les ravages, entre militarisation étatique et agrégation spontanée de trolls, du cyberharcèlement des journalistes

Comment ne pas repenser …

A la fameuse formule de Proust sur la facilité avec laquelle la moindre blessure peut réveiller le goût du sang et la bande d’anthropophages qui, instinct d’imitation et absence de courage aidant, sommeillent dans notre société en général et en chacun de nous en particulier …

Que ce soit, d’un emballement à l’autre, pour aduler nos Mehdi Meklat appelant à « l’autodafé du Nouvel Obs avec leur dossier “antisémite” de merde » …

Ou lyncher nos Benalla et, derrière lui et après l’adulation qui l’a porté comme on sait au pouvoir, le président qu’il servait ?

Et surtout qui prend la peine de rappeler avec la journaliste lyonnaise Julie Hainaut …

Derrière l’inacceptable cyberharcèlement dont elle a été victime l’an dernier pour avoir relevé les problèmes éthiques que soulevait l’ouverture d’un bar à rhum (« La première plantation ») tentant de surfer sur la vogue de la décoration coloniale

Le lot tout aussi invraisemblable d’accusations d’apologie de l’esclavage et du colonialisme – jusqu’à l’invocation des appels au meurtre d’un Fanon – dont elle s’était bien malgré elle fait l’involontaire complice contre ces derniers pour leur maladresse finalement vite reconnue et réparée (rebaptisé L’Artchimiste) …

Et donc en fait la responsabilité sociale des journalistes qu’oublie tant de ses collègues ?

« Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing »
Entretien / Son article publié dans un journal culturel lyonnais avait suscité une véritable tempête. Médiatisée d’abord puis silencieuse avec le temps, cette bourrasque n’est pas finie ni moins violente aujourd’hui pour la journaliste
Dalya Daoud
Rue89Lyon
04/04/2018

Julie Hainaut, qui chronique entre autres l’ouverture de nouveaux spots dans la ville, avait pointé l’attitude désinvolte de jeunes patrons d’un bar à rhum qui estimaient que l’esthétique de la colonisation était « plutôt cool ».

Les tenanciers du lieu s’en étaient alors pris plein la figure et, depuis, ils ont tenté de faire amende honorable ; pendant ce temps, Julie Hainaut est quant à elle devenue la cible d’attaques de la part d’internautes racistes et/ou d’écervelés oisifs, de harceleurs. Un site clairement revendiqué « super-raciste », intitulé democratieparticipative, s’est montré le plus virulent.

On trouve sur cette plateforme hébergée en dehors de la France une multitude d’articles injurieux et répréhensibles pénalement. Ceux qui concernent Julie Hainaut n’ont de cesse de ré-apparaître.

Au climax, le conseiller spécial de Gérard Collomb -ministre dont personne ne peut ignorer l’origine lyonnaise– avait joint Rue89Lyon pour expliquer que l’affaire était prise très au sérieux. Le procureur de la République de Lyon n’a pas su de quoi il retournait lorsque nous l’avions joint. La DILCRAH (Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT) a aussi été informée, mais semble tourner autour de sa propre impuissance.

Julie Hainaut est régulièrement contactée par des personnes harcelées sur le web, lui demandant conseil ou aide. Ces derniers temps, elle voit aussi un entourage plus ou moins proche, las ou inquiet, lui demander de « lâcher l’affaire ».

« Sale pute à nègre, on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre »

Rue89Lyon : Le club de la presse de Grenoble vous a remis ce vendredi 23 mars un prix pour votre tribune publiée dans Libération, sur le cyberharcèlement. Le matin-même, vous avez reçu un mail de menaces particulièrement violent, dont l’expéditeur est sans doute rattaché au site néonazi « democratie participative ».  Cela signifie-t-il qu’il surveille toujours tout ce qui peut vous concerner ?

Julie Hainaut : J’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre » et « traitresse à ta race », une dose de « on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre », et un charmant « Sieg Heil » (salut fasciste) en conclusion.

C’était juste avant de me rendre à Grenoble pour recevoir le prix « Coup de cœur du jury » et participer à la table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux.

Je n’avais pas eu de mails aussi violents depuis quelques mois – les insultes et injures sont plus fréquentes, elles, mais les menaces de mort ou de viols sont assez sporadiques.

Et malgré ce que j’ai pu entendre, non, ça n’a rien de virtuel. Le harcèlement numérique n’est pas virtuel. Il est réel. Et ses effets sont très concrets. Le cyberharcèlement est aussi violent qu’un coup de poing.

« Le victim-blaming est insupportable. La victime n’est responsable ni de son harcèlement, ni de son agression »

Quel est l’impact aujourd’hui de ce type de pressions sur vous ?

Ça a été très violent, même si, là, je suis sortie du cœur de la tempête. Ce qui a été presque plus pénible à vivre, ce sont les gens qui m’ont dit que je devais m’y attendre, ou que j’avais provoqué, ou que j’aurais dû m’abstenir. Pire, ceux qui pensent que je l’ai fait exprès pour faire le buzz. C’est le même mécanisme que dire à une victime de viol que c’est sa faute parce qu’elle porte une jupe.

J’ai rencontré des journalistes spécialisés sur le cyberharcèlement, qui m’ont beaucoup aidée à sortir de ce mécanisme de culpabilité, à accepter que dans ce cas-ci, j’étais bel et bien une victime et que je n’avais rien à me reprocher.

Ce victim-blaming est insupportable. La victime n’est jamais responsable, ni de son harcèlement, ni de son agression.

« Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite »

On vous enjoint souvent de « sortir de cette histoire ».

Oui, combien de fois ai-je entendu cette phrase « Tu es passée à autre chose j’espère ? ». Je sais que ça ne part pas d’un mauvais sentiment mais je ne vois pas très bien le but. Nous sommes dans une société où tout va vite, une indignation succède à une autre, un buzz efface le précédent. Mais derrière ces histoires, il y a des humains. Et des sentiments, ça ne se zappe pas.

Et puis cette injonction à « passer à autre chose (et vite si possible) » suggère que si je n’y arrive pas, je stagne, je reste coincée.

En vérité je refuse de me résigner, je refuse de passer outre les propos sexistes, racistes, diffamatoires, injurieux, menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme et des crimes de réduction en esclavage. Je refuse que ça passe comme ça.

Je poursuivrai ces personnes jusqu’au bout, peu importe le temps que cela prendra. Refuser de « sortir de cette histoire » ne signifie pas « ne plus vivre ».

Refuser de « sortir de cette histoire », c’est avant tout vouloir que justice soit faite. Pour l’instant, c’est seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat intervenu dans un cadre professionnel.

Est-ce que le prix que vous avez reçu est important pour vous ?

Oui, clairement, et je tiens d’ailleurs à remercier le Club de la presse de Grenoble. Ça fait du bien de sentir que ma profession, mes confrères et consœurs sont à mes côtés et conscients du problème.

Dès le début j’ai été soutenue par le SNJ (Syndicat National des Journalistes), de nombreux médias, mais pas tous, hélas. Certains ont créé des titres alléchants. D’autres ont publié des informations erronées sans les vérifier – ce qui est pourtant l’essence même de notre métier –, ce qui a contribué à la vague de haine que j’ai subie.

Les journalistes ne devraient jamais oublier la responsabilité sociale qu’ils ont. Nous pouvons faire et défaire, sublimer ou abîmer. Sans déontologie ni éthique personnelle, nous pouvons être dangereux. Cet épisode m’aura en tout cas appris que pour beaucoup d’internautes, il est plus acceptable de tenir des propos racistes que de les dénoncer.

Depuis six mois, vous avez subi des attaques de la part d’activistes racistes, des menaces et des pressions directes ; vous avez tout tenté pour que le site pourvoyeur de ces propos répréhensibles ferme, en vain. Vous avez déposé quatre plaintes, que concernent-elles exactement et sur quel calendrier ?

J’ai déposé trois plaintes contre X pour injures publiques, diffamation et harcèlement en septembre, et une plainte pour menaces de mort il y a quelques jours. Je souhaite que le site ferme, bien évidemment. Mais je sais bien que s’il ferme demain, il rouvrira après-demain.

Le plus important est de retrouver le ou les auteurs. Les plaintes sont toujours au stade d’enquête. C’est long.

Vous avez remonté les sources pour tenter de trouver qui se cache derrière ce site néonazi : expliquez-nous ce que vous avez découvert.

J’ai fait mon enquête. J’ai vérifié et recoupé les infos, j’ai fait une veille sur les réseaux sociaux. Toutes les informations ont été fournies à la police, au Procureur de Lyon, au ministère de l’Intérieur et à la DILCRAH [Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT, ndlr].

Au-delà de mon cas, qui n’en est qu’un parmi tant d’autres – le site s’acharne sur tout type de personnes, d’inconnus à Omar Sy en passant par Jeremstar ou Aurélien Enthoven –, je considère que c’est une affaire dont devrait s’emparer la sphère politique.

Vous avez été contactée par un conseiller de Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, au lendemain des articles diffamatoires et injurieux publiés par ce site ; cela a-t-il abouti à d’autres échanges depuis ?

Effectivement, nous avons échangé en septembre suite au début du cyberharcèlement. Depuis, rien. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le recontacter en octobre, novembre et décembre, pour l’informer notamment de mails reçus par des personnes ayant également fait l’objet de menaces par le biais de ce site, se sentant isolées, démunies, et me demandant de l’aide.

J’ai encore reçu un mail la semaine dernière d’une victime complètement perdue, que l’on menace de mort, qui aurait déposé plainte, écrit au ministère de l’Intérieur, contacté des associations… en vain. Il s’est dit « humilié une seconde fois par ce silence ». Je le comprends.

« Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes »

Vous avez été plus récemment reçue par un membre de la DILCRAH. Quelle a été la teneur des échanges et est-ce que vous en ressortez satisfaite ? Cette délégation vous semble-t-elle dotée de ressources suffisantes et à la hauteur de l’opération de communication qui a accompagné son lancement ?

J’ai interpellé Frédéric Potier, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) sur Twitter, suite à l’un de ses tweets concernant le fameux site néonazi.

J’ai ensuite été reçue à Paris par Donatien Le Vaillant, le conseiller pour la justice et les relations internationales de la DILCRAH. Ils m’ont dit prendre l’affaire au sérieux. J’ai envie de les croire. Mais j’attends les actes.

« Le harcèlement sur Internet est un fléau qui touche particulièrement les femmes »

Les annonces politiques relatives à la lutte contre le cyberharcèlement et le racisme propagé notamment via le web ont été nombreuses ces dernières semaines. Avez-vous le sentiment qu’elles reflètent une réalité et un investissement concret, pensez-vous avoir été entendue ?

Lutter contre la cyberhaine sur internet est effectivement une bonne chose. Mettre en place des amendes contre les réseaux sociaux ne retirant pas de propos haineux sous vingt-quatre heures comme en Allemagne le serait aussi. La fermeture des comptes posant problème aussi. Eduquer contre les préjugés, aussi.

Mais il ne faut pas oublier le volet répression. Ces mesures ont été évoquées récemment, nous n’avons pas de recul pour voir si elles fonctionneront. Ce qui est certain, c’est que je constate qu’après six mois, le site « Democratie participartive » existe toujours, les personnes ayant alerté sur le sujet ne sont pas entendues, et le ou les auteurs n’ont pas été inquiétés.

Le harcèlement sur Internet est un fléau. Un fléau qui touche particulièrement les femmes, un rapport de l’ONU l’a dit en 2015, un rapport d’Amnesty vient de le rappeler. Et au début de l’année, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a remis un rapport accablant montrant que 73% sont victimes de violences en ligne.

C’est un problème politique. Ça n’est pas aux victimes de se battre seules.

« La police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux »

Vous êtes retournée au commissariat à l’issue du dernier mail de menace de mort, datant d’il y a quelques jours. Pensez-vous que les agents soient formés ?

Lors de mes quatre plaintes, je ne me suis pas sentie écoutée à chaque fois. On m’a demandé ce qu’était Twitter. Quand j’ai parlé de « cyberharcèlement », je n’ai pas vraiment eu l’impression d’avoir été comprise.

Je pense que la police n’est pas assez sensibilisée aux violences psychologiques, notamment via les réseaux sociaux. Encore une fois, elles sont numériques. Pas virtuelles.

Et la violence psychologique est tout aussi inacceptable que la violence physique.

Voir aussi:

Cyberharcèlement : les mots ont un sens

Pour avoir rapporté les propos choquants sur l’époque coloniale des propriétaires d’un bar lyonnais, la journaliste Julie Hainaut a été harcelée, insultée et menacée sur Internet. Elle revient sur l’affaire et les mots, de soutien ou violents, qu’elle a reçus et entendus
Julie Hainaut
Libération

 

Depuis une semaine, j’en ai lu, des mots. Des beaux, des moches, des violents. J’ai été fascinée, mais aussi pétrifiée, par tous ces gens qui ont un avis sur tout, surtout sur celui des autres. Ceux qui jugent sans chercher l’information à la source. Ceux qui confondent presse et publicité, liberté d’expression et libération de la parole, déontologie et conséquentialisme, devoir d’information et droit de se taire.

Je m’appelle Julie Hainaut, je suis journaliste freelance depuis dix ans. Je travaille pour divers médias, dont le Petit Bulletin, un hebdomadaire culturel lyonnais.

Le 12 septembre paraissait mon article intitulé «La Première plantation, ou l’art de se planter», dans lequel je m’indignais des propos des patrons d’un bar à cocktails. Dans ce lieu, dont le nom fait «référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises», les patrons affirment «chercher à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir, une période sympathique où il y avait du travail». Les mots ont un sens. Pas besoin d’être journaliste pour le savoir.

Ces mots prononcés avec légèreté – et enregistrés sur bande-son avec le consentement des intéressés – sur ce qu’il convient d’appeler un crime contre l’humanité m’ont heurtée. Beaucoup. J’ai d’abord cru à un humour un peu gras ou un manque de connaissance, mais après plusieurs perches lancées, ils me confirment le sérieux de leurs propos lorsque j’évoque la partie «esclave» de la colonisation. «Ah, on a mis quelques photos de gens dans les toilettes», me disent-ils. Certes.

J’ai réécouté l’interview dix fois. Puis je l’ai retranscrite et j’ai exprimé ma désapprobation dans mon papier, de la même manière que je l’ai fait pendant l’interview. Mon article provoquera ensuite un véritable tollé. Les propriétaires ont souhaité avoir un droit de réponse, qu’ils ont bien évidemment obtenu. «Contrairement à ce qui a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.»

«L’affaire» aurait pu s’arrêter là. Mais non. Sur les réseaux sociaux, la façon dont l’interview s’est déroulée sera réécrite. Je serais venue en plein service, sournoisement, poser des questions auxquelles ils n’ont pu répondre avec attention parce qu’ils étaient occupés à faire leur boulot. J’ai beau préciser – et donc me justifier d’avoir retranscrit des faits, l’essence même de mon métier – être venue avant l’affluence et que l’interview a bien été enregistrée, l’engrenage continue. De nombreuses associations, dont le CRAN (Conseil représentatif des associations noires), condamnent fermement ces propos. Mais beaucoup d’internautes semblent penser qu’il est plus acceptable de les tenir que de les dénoncer.

Je ne suis pas l’Elise Lucet de la tapenade, l’Albert Londres du gin tonic, la Florence Aubenas de l’espuma. Avec la casquette du Petit Bulletin, je ne traque pas le scoop, je ne dénonce pas des injustices. Je viens – en toute indépendance – mettre en lumière des endroits de ma ville où l’on consomme (du boire, du manger, du vêtement, de la culture). Et pourtant, cette semaine, je me suis retrouvée au cœur d’une tempête numérique et médiatique d’une violence inouïe.

Très vite, une quinzaine de médias ont relayé l’information, avec parfois des titres bien plus accrocheurs qu’informatifs, et parfois des propos déformés qui n’avaient au final plus beaucoup de rapport avec l’article initial. Au risque de me répéter, les mots ont un sens. Sur les réseaux sociaux, les simples commentaires sont devenus des appels à la haine. Contre les barmen d’abord, ce que je désapprouve fermement, bien évidemment. Contre moi ensuite.

Le 16 septembre, le site néonazi démocratieparticipative.biz publie un article intitulé «Lyon : une pute à nègres féministe veut détruire un bar à rhum « colonialiste », mobilisation !». Vient alors le temps des mots dénués de sens. Parce qu’à un moment, leur en donner, c’est leur faire trop d’honneur. Les fines plumes du site évoquent la «vaginocratie négrophile», me qualifient – entre autres – de «grosse pute», «vermine», «putain à nègre hystérique», «femelle négrophile», «hyène puante» et appellent à inonder mon fil Twitter et ma boîte mail, en dévoilant des photos volées, le tout illustré – entre autres – par une vidéo de Goebbels et un GIF d’Hitler. Je dépose immédiatement une plainte pour injure publique et diffamation. Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils «cherchent mon adresse». Je complète ma plainte pour harcèlement. Je respire difficilement, je dors peu, j’ai peur. «Il ne faut pas le dire, Julie, sinon ils ont gagné». Tant pis, je le dis. J’ai peur.

Un élan de soutien émerge sur Twitter. Ça fait du bien. Le site est signalé sur Pharos (la Plateforme d’harmonisation, d’analyse, de recoupement et d’orientation des signalements du ministère de l’Intérieur) et ferme. Puis renaît. Deux autres articles sont publiés. Il est désormais question de ma «négrophilie pathologique». Et c’est reparti. «Hyène terroriste», «pue-la-pisse», «prostituée». Vous en voulez encore ? J’en ai en stock. «Obsédée par les nègres», «serpillière à foutre africain». J’ai la nausée. Je complète néanmoins une nouvelle fois ma plainte, j’y dépose de nouvelles pièces, de nouveaux mots. Le site est signalé une nouvelle fois sur Pharos mais réapparaît par intermittence.

Savoir de quoi l’esthétisation de la période coloniale est le symptôme ne fait pas partie de mon domaine de compétence. Mais je sais que les mots ont un sens. Entre autres parce qu’ils provoquent des émotions. Et on sous-estime bien trop souvent leur haut pouvoir en nitroglycérine. Depuis une semaine, certains m’ont réconfortée, d’autres m’ont outrageusement blessée. J’ai vu des personnes applaudir, ravies de ce ramassis sexiste, raciste, diffamatoire et injurieux menaçant la liberté d’expression et mon intégrité physique tout en appelant à la violence sous fond d’apologie du nazisme. Tous ces mots pour mes mots à moi. Enfin, surtout leurs mots à eux. C’était assourdissant, tous ces mots. Pour tenir bon, j’ai dû très vite apprendre à vider de leur sens ceux qui m’écorchent et à voir toute la force que me confèrent ceux, mille fois plus nombreux, que m’adressent des inconnus en soutien.

Les mots ont un sens. Et c’est avec justesse qu’ils se doivent d’être choisis. Parce que des petits mots tout bêtes peuvent devenir de grosses blessures. Ces mots sur la partie la moins glorieuse de notre histoire, celle durant laquelle l’on enchaînait des humains, on les mutilait et pillait leur pays. Ou ces mots pour me décrire. Des mots d’une violence misogyne inouïe. Des mots tout sales et humiliants, pour se venger de celle qui les rapporte. Un peu de respect pour les mots. Ils sont puissants. Et dans ce flot d’insultes et de menaces de mort, le pouvoir des mots gentils m’est apparu comme une bouée de sauvetage. Merci pour vos mots, en réaction aux miens. J’ai appris que le meilleur est mille fois plus puissant que le pire. Mes batteries sont rechargées. Au boulot.

 

Le cyberharcèlement des journalistes existe, « Causeur » l’a rencontré!
Reporters sans Frontières découvre la lune
Gabrielle Périer
Causeur
1 août 2018

Jeudi 26 juillet, Reporters Sans Frontières a publié un rapport intitulé « Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut ». Celui-ci entendait, comme son nom l’indique, alerter sur les « trolls » usant d’injures et de menaces vis-à-vis des gens de la profession. Mais il avait aussi et surtout pour objet de dénoncer les Etats ayant une politique peu amène vis-à-vis du concept de liberté de la presse, en analysant plus spécifiquement leurs stratégies informatiques.

Armées de trolls et fake news

Même si ce rapport ne nous apprend pas grand-chose de fondamentalement nouveau, quelques points peuvent néanmoins renseigner le citoyen curieux. S’il tombe souvent dans une empathie psychologisante isolant des cas particuliers sans qu’une démonstration générale ne soit faite, on y lit cependant des développements intéressants sur le phénomène des « armées de trolls », équipes employées par certains Etats, comme la Chine ou l’Iran, pour propager des « fake news » et soutenir des idées sur les réseaux sociaux. Le raisonnement est poursuivi par un éclairage utile sur la façon dont se diffusent les informations sur Internet.

En revanche, on ne manquera pas de sourire devant les stratégies humoristiques mises en œuvre par les rédacteurs du rapport pour discréditer ceux qui n’ont pas leurs faveurs : par exemple, Donald Trump, évoqué dans un hasardeux photomontage page 17, voyant Hassan Rohani, Vladimir Poutine, Xi Jinping et Nicolas Maduro le congratuler pour ses déclarations sur les médias. En légende, on lit : « ‘Bravo Donald !’ : les prédateurs de la liberté de la presse saluent les efforts de Donald Trump pour dénigrer les journalistes ». La coalition des méchants despotes contre la presse libre et indépendante, c’est un peu gros, mais après tout, on ne s’offusquera pas : c’est de bonne guerre.

Journaliste ou militant?

Plus pernicieuse est la confusion volontaire faite entre les journalistes et les militants droits-de-l’hommistes. La figure du journaliste, censé être là pour informer ses concitoyens sur ce qui se passe autour d’eux, se mêle dans une brume évanescente à l’idée romancée du courageux justicier luttant contre la dictature. Un exemple parmi tant d’autres : page 9, on lit dans un encadré : « Au Pakistan, où 68% des journalistes ont été victimes de harcèlement en ligne, des femmes activistes et des féministes sont trollées et désignées comme étant des agents occidentaux ». On comprend ainsi que le journaliste, selon RSF, est investi d’une mission morale : propager les valeurs de liberté, de démocratie et de respect des droits humains. Tout comme les membres de Reporters Sans Frontières eux-mêmes d’ailleurs, qui n’hésitent pas à formuler des recommandations, au contenu si vague qu’il en est complètement venteux, aux Etats, aux institutions internationales et aux médias, dans la tradition prétentieuse de ce type d’ONG.Harceler des « salauds » en toute impunité : la horde contre Causeur

Le rapport de RSF n’a pas manqué d’être diffusé immédiatement par la presse. On a ainsi vu proliférer jeudi des articles parfaitement interchangeables, reprenant avec une unanimité confondante les différents points qui avaient été résumés dans une dépêche AFP. Tous les grands médias se sont ainsi saisis du sujet du cyberharcèlement des confrères, notamment quand il s’agit de consœurs. Découvre-t-on la lune ? Pas chez Causeur, où la polémique sur le Manifeste des 343 salauds contre la pénalisation des clients de prostituées avait provoqué une polémique pas toujours civilisée. Ainsi, le site « 343 connards » recensait les noms et les photos (mais pas les adresses, il y a des bottins pour ça) des méchants pétitionnaires et fournissait même un kit d’injures prêt à l’emploi sur Twitter. Il n’y avait plus qu’à cliquer sur leur photo pour que les individus incriminés reçoivent ce message lyrique : « Salut XXX, aucune femme n’est ta pute, connard!».

Au rythme de plusieurs dizaines de tweets par jour, est-ce du harcèlement ? Les auteurs de ce site qualifieraient sans doute plutôt leur geste d’ « initiative citoyenne », nimbés de leurs certitudes de militants féministes. Tout comme, à l’époque, les médias qui relayaient l’adresse du site d’insultes, comme pour inviter à passer y faire un tour. Des médias qui montrent aujourd’hui une si touchante résolution à dénoncer, à la suite de RSF, le cyberharcèlement lorsqu’il touche des journalistes… innocents.

Voir également:

RSF publie son rapport “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”

RSF
26 juillet 2018
Dans son nouveau rapport, Reporters sans frontières (RSF) révèle l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur les journalistes : le cyberharcèlement perpétré massivement par des armées de trolls, individus isolés ou mercenaires à la solde d’Etats autoritaires.

LIRE LE RAPPORT sur le harcèlement en ligne

Reporters sans frontières publie, ce 26 juillet, son nouveau rapport intitulé “Harcèlement en ligne des journalistes : quand les trolls lancent l’assaut”, dans lequel l’organisation s’alarme de l’ampleur d’une nouvelle menace qui pèse sur la liberté de la presse : le harcèlement en ligne massif des journalistes.

Leurs auteurs ? De simples “haters”, individus ou communautés d’individus dissimulés derrière leur écran, ou des mercenaires de l’information en ligne, véritables “armées de trolls” mises en place par des régimes autoritaires.

Dans les deux cas, l’objectif est le même : faire taire ces journalistes dont les propos dérangent, quitte à user de méthodes d’une rare violence. Pendant des mois, RSF a documenté ces nouvelles attaques en ligne et analysé le mode opératoire de ces prédateurs de la liberté de la presse qui ont su utiliser les nouvelles technologies pour mieux étendre leur modèle répressif.

“Le harcèlement en ligne est un phénomène qui se propage à l’échelle mondiale et qui constitue aujourd’hui l’une des pires menaces contre la liberté de la presse, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. On découvre que les guerres de l’information ne sont pas menées seulement entre pays sur le plan international mais que les prédateurs du journalisme mettent en place des armées de trolls pour traquer et affaiblir tous ceux qui recherchent honnêtement les faits. Ces despotes laissent leurs mercenaires cibler les journalistes et leur tirer dessus à balles réelles sur le terrain virtuel comme d’autres le font sur les terrains de guerre.”

Ce que révèle le rapport de RSF :

  • Difficile d’établir le lien direct entre les cabales en ligne à l’encontre des journalistes et les Etats. RSF a enquêté et documenté des cas de harcèlement en ligne de journalistes dans 32 pays, révélant ainsi des campagnes de haine orchestrées par des régimes autoritaires ou répressifs comme en Chine, en Russie, en Inde, en Turquie, au Vietnam, en Iran, en Algérie, etc.
  • RSF analyse et met en lumière le mode opératoire des Etats prédateurs de la liberté de la presse qui orchestrent ces attaques en ligne contre les journalistes en trois étapes :
  1. désinformation : le contenu journalistique est noyé sur les réseaux sociaux sous un flot de fausses nouvelles et de contenus en faveur du régime,
  2. amplification : ces contenus sont valorisés artificiellement via des commentateurs payés par les Etats pour laisser des messages sur les réseaux sociaux, ou bien via des programmes informatiques qui rediffusent automatiquement le contenu, les bots
  3. intimidation : les journalistes sont pris pour cibles personnellement, insultés et menacés de mort, pour les discréditer et les faire taire.
  • Les violentes campagnes de cyberharcèlement sont également lancées par des communautés d’individus ou des groupes politiques dans des pays dits démocratiques – au Mexique notamment, voire même dans des pays très bien notés au Classement mondial de la liberté de la presse, comme la Suède ou la Finlande.
  • Les conséquences sont parfois dramatiques : la plupart des journalistes victimes de cyberharcèlement interrogés par RSF sont pour beaucoup contraints à l’auto-censure face à cette vague de violence dont ils n’avaient pas imaginé l’ampleur.
  • En Inde par exemple, Rana Ayyub est la cible des soutiens du régime, les Yoddhas de Narendra Modi, qui attaquent la journaliste pour ses enquêtes sur l’accession au pouvoir du Premier ministre indien : “On m’a traitée de prostituée. Mon visage a été apposé à la photo d’un corps nu et la photo de ma mère a été prise sur mon compte Instagram et ‘photoshoppée’ de toutes les manières possibles.”
  • Aux Philippines, la journaliste Maria Ressa est également attaquée par les trolls, alors que le média qu’elle dirige, Rappler, doit faire face à un acharnement judiciaire. Depuis l’élection de Rodrigo Duterte à la présidence en 2016, les journalistes philippins qui mènent, comme elle, des enquêtes indépendantes sur le pouvoir sont constamment pris pour cible.
  • En France, deux individus ont été condamnés début juillet à six mois de prison avec sursis et 2000 euros d’amende pour avoir menacé en ligne la journaliste Nadia Daam. Un troisième, qui l’a menacée de mort à la suite du procès, a également été condamné à six mois de prison avec sursis.
  • Face à constat, Reporters sans frontières formule 25 recommandations envers les Etats, la communauté internationale, les plateformes, les médias et les annonceurs pour une meilleure prise en compte de ces nouvelles menaces numériques. RSF propose également dans son rapport un tutoriel intitulé “Journalistes : comment faire face aux armées de trolls”, dans lequel l’organisation rappelle les bonnes pratiques en matière de sécurité numérique.
Voir de même:
Procès des harceleurs présumés de Nadia Daam : le cyber-harcèlement à l’encontre des journalistes ne doit pas rester impuni
RSF
4 juin 2018
Alors que s’ouvre mardi le procès de deux cyber-harceleurs de la journaliste française Nadia Daam, Reporters sans frontières (RSF) regrette que la plupart des cas de harcèlement en ligne de journalistes ne donnent lieu à aucune poursuite judiciaire. Une condamnation « juste mais ferme ». C’est ce que réclame la journaliste française Nadia Daam à l’encontre des deux cyber-harceleurs poursuivis parmi les sept identifiés, ce mardi 5 juin devant le tribunal correctionnel de Paris. En novembre dernier, la journaliste avait porté plainte après avoir été victime de menaces en ligne à la suite de l’une de ses chroniques sur Europe1, dans laquelle elle dénonçait les méthodes de trolls. “L’enjeu, c’est de faire savoir qu’il y a des vrais gens d’un côté et de l’autre du clavier. Lorsque Nadia Daam reçoit des menaces de mort, cela n’a rien de virtuel pour elle. Et cela n’aura rien de virtuel non plus pour ses harceleurs, lorsqu’ils seront en chair et en os à la barre du tribunal. C’est la fin du virtuel et l’irruption du réel”, affirme à RSF son avocat, Eric Morain.

Des cabales en ligne destinées à museler les journalistes

Si RSF salue la tenue de ce procès, l’organisation rappelle que d’autres journalistes attendent toujours qu’une suite judiciaire soit donnée à leur affaire. C’est le cas de Julie Hainaut. En septembre dernier, la journaliste lyonnaise se retrouve plongée au coeur d’une tempête médiatique d’une violence inouïe pour avoir rapporté et désapprouvé, dans le petit Bulletin de Lyon, les propos néo-colonialistes des tenanciers d’un nouveau bar, “la première plantation”. “Je suis inondée d’insultes et de menaces. Ils “cherchent mon adresse”[…] Je respire difficilement, je dors peu. J’ai peur”, témoigne-t-elle dans Libération. Elle reçoit alors un courrier de soutien du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et porte plainte à trois reprises. Depuis, plus rien. “Je ne me sens pas écoutée”, témoigne la journaliste qui a reçu en mars de nouvelles menaces. Et a dû porter plainte de nouveau.

“Nous demandons à ce qu’une enquête approfondie soit menée sur les menaces en ligne reçues par Julie Hainaut, déclare Elodie Vialle, responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Au moment où les autorités légifèrent sur les violences sexistes et sexuelles parmi lesquelles figure le cyber-harcèlement, il est fondamental qu’elles prennent la mesure de la gravité de cette nouvelle menace qui pèse sur les journalistes. Les campagnes d’insultes, les menaces, la diffusion d’informations personnelles détournées dans l’objectif de nuire… toutes ces cabales en ligne ont pour objectif de faire taire les journalistes.”

RSF observe de plus en plus de cas de cyber-harcèlement. Un phénomène qui existe dans quasiment tous les pays et touche prioritairement les femmes journalistes et les journalistes d’investigation. RSF a ainsi récemment appelé les autorités indiennes à protéger Rana Ayyub, une journaliste d’investigation indienne victime de campagnes de harcèlement en ligne menées par les armées de trolls du Premier ministre indien Narendra Modi.

Voir de plus:

« L’esprit colonial, un esprit à la cool » : les gérants d’un bar lyonnais se défendent de faire l’apologie du colonialisme

BAD BUZZ – Visiblement, il s’agissait plutôt d’une énorme maladresse. Mais les deux gérants d’un bar appelé la Première plantation, située à Lyon, ont été vivement critiqués, accusées de faire l’apologie de l’esclavagisme, après des propos sur « l’esprit colonial ».
LCI

15 sept. 2017

L’histoire avait pourtant bien commencé. Ouverture d’un bar à cocktails, tourné vers le rhum, dans un quartier branché de Lyon. Une déco de bois brut, un esprit récup’, des supers cocktails. C’est d’ailleurs ce qui était mis en avant dans les magazines liftstyle qui ont parlé de la Première plantation à son ouverture. « La Première plantation, le bar à cocktail qui va te faire voyager très loin », titrait ainsi Le Bonbon. Carrément emballé : « Dans une déco réussie et envoûtante chargée de plantes et arbres exotiques du sol au plafond, La Première Plantation (LPP) est avant tout un bonheur pour les yeux », raconte le journaliste. Qui loue la « déco de folie », la « carte de cocktails rare », et n’hésite pas : « La Première Plantation, c’est un petit morceau de Bahamas où les cocktails sont encore meilleurs. » Le Progrès, quotidien local, est plus mesuré mais lui aussi bien conquis : « Un lieu décontracté à l’ambiance tropicale où l’on déguste des cocktails maison d’après des recettes originales à base d’ingrédients rares ».

Mais c’est un article paru ce mardi dans un guide de sorties locales, Le Petit bulletin, qui a déclenché la tornade. Intitulé « La Première Plantation ou l’art de se planter », la journaliste y raconte l’échange qu’elle a eu avec les jeunes gérants. Echange qui depuis a fait le tour du web. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », rapporte la journaliste dans son article.

Elle raconte encore, pas sûre d’avoir bien entendue, avoir demandé : « C’était cool, la colonisation ? » Ce à quoi les gérants ont répondu : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Elle s’est indignée : « Et la partie esclaves, là-dedans ? » Référence à la traite des Noirs dans les Antilles à laquelle le gérant répond benoîtement : « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. »

Réactions en chaîne
Forcément, les propos ont fait le tour du web. Sur la base de cet article, sont tombées des centaines de réactions outrées, dénonçant une « audace crasse », une « apologie de l’esclavagisme », une « horreur déprimante ». La page Facebook du lieu, qui a dû fermer depuis, a reçu un torrent d’insultes ou de commentaire négatifs. Des collectifs se sont aussi emparés de l’histoire, y voyant « une nouvelle manière de décomplexer la #négrophobie tout en faisant autrement l’apologie de la colonisation et de l’esclavage-négrier-occidentalo-chrétien ».  Le collectif Des Racinés a lancé une pétition, demandant la fermeture du lieu. « En faisant de cette histoire leur fond de commerce, les gérants ont décidé d’exploiter ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité », estime-il.  Ont aussi fleuri des appels à la violence contre les deux gérants.

Devant la tempête, d’autres tentent de raison garder. Et de tenter de discerner le vrai du faux. Comme Romain Blachier, élu local, qui a décidé de se « faire son idée par moi-même ».  Après entrevue, il penche pour l’ignorance des deux patrons, il est vrai, particulièrement malheureuse lorsqu’on se lance dans une affaire comme celle-là. « Ils m’ont confirmé être opposés au colonialisme, condamner tout racisme et ont sans doute été un peu maladroits et pas très au fait de l’Histoire tragique du colonialisme », écrit l’élu sur Facebook.

Ont-ils eux-mêmes été dépassés par l’ampleur du bad buzz qu’ils ont contribué à créer ? En tout cas, ils condamnent les réactions disproportionnées. Deux jours après, les journalistes du Petit bulletin ont mis en ligne un nouvel article, de mise au point.  Le rédacteur en chef explique être retourné dans le café pour s’expliquer. « Il ne s’agit pas ici de réfuter l’information initiale », précisent les journalistes sur leur site. « Nous assumons pleinement notre travail de journaliste et cet article […]. Faire de la période coloniale un argument de communication, c’est une plaie qu’il fallait mettre à jour. » Et détaillent leur entrevue avec les deux gérants : « Nous avons rencontré deux personnes abattues, conscientes de la maladresse totale des propos cités, mais réfutant – et nous les croyons totalement après cette rencontre – tout racisme ou toute ambiguïté de leur part sur l’esclavage. Aucun d’eux n’est raciste ou soupçonné de complaisance envers l’esclavage », précise le Petit bulletin.

Pour eux, le diagnostic est formel : « Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quant à leurs recherches sur cette époque, dont ils ont voulu mettre en valeur l’esthétique par leur décoration et surtout, leur passion : le rhum. » Précision, aussi, sur les »photos d’esclaves » dans les toilettes mentionnées par les barmans, que les journalistes ont retranscrit : les journalistes sont allés voir, et « n’ont pas vu de photos d’esclaves mais deux clichés encadrés : une maison de maître victorienne et un champ d’ananas », reconnaissent les journalistes. Qui plaident donc pour la clémence envers les deux gérants : « Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance », mais « les réseaux sociaux ont transformé cette information en vindicte populaire contre La Première Plantation : c’est indéfendable. »

 

Voir encore:

Retour sur la polémique autour du bar lyonnais accusé de faire l’apologie de l’esclavage

Fanny Marlier
Les Inrocks
15/09/17
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir ». Le bar à cocktail lyonnais « La Première plantation » est accusé de faire l’apologie de l’esclavage après des propos rapportés par une journaliste. On fait le point sur la polémique.

« La Première Plantation ». Sur le coup, on a pensé à une blague un peu douteuse, voire carrément déplacée… Mais non, c’est bien comme ça que des barmans du 6e arrondissement de Lyon ont décidé d’appeler leur nouveau bar à cocktails en « référence aux plantations de canne à sucre dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent les deux gérants dans un article du Petit Bulletin paru mardi 12 septembre.

S’ensuit un dialogue surréaliste : alors que la journaliste demande des explications concernant la qualification de « cool », les gérants assument : « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Quid des esclaves et des atrocités commis à leur égard ? « On a mis quelques photos dans les toilettes ». Des propos qui laissent paraître une nostalgie du temps des colonies, tout en s’en servant comme argument marketing.

« Nous écoutions à peine les questions »

Face aux vives réactions déclenchées sur la toile, la journaliste à l’origine de l’article a tenu à préciser, via Twitter, que les propos rapportés sont bel et bien authentiques :

«Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, ‘le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu’ mais bien des faits, justement. Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu ».

Elle précise aussi avoir bien vu les photos en question dans les toilettes.

Contactés par Les Inrockuptibles, les gérants de La Première Plantation fustigent « le manque de bon sens de la journaliste qui nous [leur] a posé des questions à 19h, en plein moment de rush ». « Nous écoutions à peine les questions car nous devions servir les clients en même temps », expliquent-ils avant d’ajouter :« Notre métier c’est le cocktail, nous ne possédons pas un doctorat en Histoire, nous avons donc un gros manque de connaissances à ce niveau là ». Tous deux se disent « désolés » de la tournure qu’a pris cette polémique et assurent n’avoir « aucune nostalgie de cette période là ».

Concernant les photographies disposées dans les toilettes ils expliquent : « Il n’y a pas de photographies d’esclaves, simplement celle d’une maison blanche victorienne, et celle d’un champ d’ananas ». Ils nous assurent que le nom du bar va être changé afin de « partir sur des bases saines ». Et concluent par : « Nous sommes les victimes dans cette histoire ».

De son côté la journaliste confirme avoir bien vu des photos d’esclaves, et assure que l’interview a été enregistrée.

« Négationnisme » et « apologie de crime contre l’humanité »

A la suite de la publication de l’article, le collectif des Raciné.e.s, une association féministe et décoloniale lyonnaise, a lancé une pétition en ligne (signée par 3 500 personnes à l’heure où nous écrivons ces lignes), notamment co-signée par la journaliste Amandine Gay, la créatrice de Paye ta Shnek Anaïs Bourdet, le youtubeur Usul, ou encore les journalistes Sihame Assbague, et Johanna Luyssen (Libération).

«Nous, des Raciné.e.s, qui sommes issus des migrations mais aussi de quatre siècles d’esclavage, nous, citoyens et enfants des départements français, sommes outrés de constater un tel mépris pour la dignité humaine la plus fondamentale. Par delà les déclarations outrancières des propriétaires, nous affirmons que le modèle d’affaires d’une entreprise qui s’attribue gratuitement, à des fins promotionnelles et décoratives, l’histoire douloureuse de siècles d’oppression, d’exploitation, de sévices et d’humiliations est inacceptable », dénoncent les signataires qui soulignent également l’exploitation de « ce qui pourrait au mieux être qualifié de négationnisme et, plus raisonnablement, d’apologie de crime contre l’humanité ».

Contacté par Les Inrockuptibles, le collectifdes Raciné.e.s se dit « à la fois consterné·e·s, en colère et, paradoxalement, désabusé·e·s ». Il ajoute :

«Ces propos sont aussi choquants qu’ils sont communs, malheureusement (…) Quant aux personnes qui, comme le prétendent les gérants, ignorent tout de la période coloniale, c’est une preuve de plus que le racisme de notre société est si ancré que l’on se permet d’ignorer des siècles d’histoire et de maintenir la mémoire de peuples entiers dans l’oubli.»

De son côté, Le Petit Bulletin a publié ce jeudi soir une mise au point et a laissé un droit de réponse aux gérants de « La Première Plantation » :

«Dépassés par la maladresse de leur propos, ils ne méritent certainement pas la violence du traitement qui leur est infligé aujourd’hui. Il était de notre devoir de journaliste d’écrire ce malaise ressenti par l’utilisation d’éléments évoquant l’époque coloniale pour décrire leur bar et son ambiance. Manipuler ces références à une époque douloureuse de l’histoire de France était pour le moins malvenu d’autant que le sujet est sensible et aujourd’hui débattu au plus haut niveau (…)»

Voir encore:

Polémique autour d’un bar lyonnais, « La Première Plantation », accusé de faire l’apologie de l’esclavage
« L’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir
Marine Le Breton
Huffington Post
14/09/2017

POLÉMIQUE – « Ce nouvel établissement idéal pour une soirée conviviale a ouvert cet été », écrivait le 11 septembre Le Progrès, à propos d’un nouveau bar lyonnais, « La Première Plantation« . Une première publicité plutôt élogieuse pour ce bar à cocktails du 6e arrondissement de la ville, qui a ouvert ses portes le 21 août.

Mais entre temps, un autre article a été publié dans Le Petit Bulletin de Lyon, offrant une bien moins bonne publicité au bar.

La journaliste qui a écrit l’article en question cite les deux créateurs du lieu racontant comment le nom du bar a été choisi. « Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir », expliquent-t-ils face à la journaliste qui dit être « restée interdite » et lui demande, « indignée », « c’était cool, la colonisation? » Réponse: « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante ». Et de préciser que des photos d’esclaves sont affichées dans les toilettes.

Les propos n’ont pas manqué de scandaliser sur les réseaux sociaux, qui accusent le bar de faire l’apologie de la colonisation et de l’esclavage.

Amandine Gay, La réalisatrice du documentaire « Ouvrir la voix », qui donne la parole aux femmes noires, a notamment fait toute une série de tweets pour dénoncer ces propos.

Une pétition dénonçant « l’apologie de l’esclavagisme » a également été lancée sur le site Change.org par Le Collectif Des Raciné.e.s.

La journaliste, devant les centaines de commentaires en réactions aux propos des créateurs du lieu, a tenu a préciser ce jeudi 14 septembre que les propos cités dans son article sont bel et bien authentiques:

Plusieurs internautes, ainsi que Le Progrès, soulignent que les avis ont été supprimés de la page Facebook du bar depuis.

Les gérants ont répondu aux critiques ce jeudi sur Facebook, expliquant n’avoir « jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons ». Ils précisent que « le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative » ou encore que « notre bar à cocktails est un hommage à la culture du rhum et à la culture caribéenne ». Au HuffPost, ils affirment que ce post sera publié dans Le Petit Bulletin, annoté par le directeur de la rédaction qui s’est rendu sur les lieux.

https://www.facebook.com/plugins/post.php?href=https%3A%2F%2Fwww.facebook.com%2Flapremiereplantation%2Fposts%2F275219106324041&width=500

Contacté par Le HuffPost, Matthieu Henry, l’un des deux créateurs du lieu, regrette cette polémique et ne cautionne pas tous les dires de la journaliste. « Nous n’avons pas voulu dire ces choses-là dans ce sens-là. Nous ne voulons en aucun cas faire l’apologie de l’esclavage mais de celle du rhum, de la culture caraïbéenne », précise-t-il. Par le « à la cool » cité dans l’article du Petit Bulletin, il voulait « parler du bar, du service, de notre attitude ». Il dément aussi que des photos d’esclaves soient affichées dans les toilettes. « Il s’agit de gravures de bouteilles de rhum, de champs d’ananas », ajoute-t-il.

Voir aussi:

La Première Plantation est un bar à cocktails qui a ouvert cet été dans le sixième arrondissement. Une dizaine d’articles de la presse généraliste ou spécialisée a célébré cette ouverture, sans interroger les gérants sur le choix du nom du lieu. Le 12 septembre, une journaliste du Petit Bulletin qui écrit sur les nouveaux lieux « branchés » a questionné les gérants qui ont alors tenu des propos racistes surréalistes en expliquant qu’il souhaitait rappeler l’esprit colonial, « un esprit à la cool », « une époque où l’on savait recevoir »…

Certain.es pensaient naïvement que les références au « temps béni des colonies » ou aux « bienfaits de la colonisation » et autres célébrations du « ya bon banania » appartenaient à un temps révolu ou à une autre génération ayant directement participé à la colonisation. Gabriel Desvallées et Matthieu Henry, jeunes trentenaires branchés nous rappellent le contraire.

Ces jeunes gens branchés ont choisi de faire du colonialisme la base de leur stratégie commerciale. Ils viennent d’ouvrir un bar à cocktails au 22 rue Professeur Weill, dans le sixième arrondissement de Lyon. Ils l’ont baptisé La Première Plantation. Pourquoi ? C’est Le Petit Bulletin qui le révèle dans un article intitulé « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Voici ce qu’ils ont confié à la rédactrice :

Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir.

On vomit à la lecture de ces propos racistes, qui nient l’esclavage et les violences intrinsèques du rapport colonial infligées par les grandes puissances européennes aux peuples des pays colonisés.
On pourrait donc, au bénéfice du doute, penser à l’ignorance des gérants du bar, mais pourtant ce n’est pas fini car ils surenchérissent, entre clichés, mépris et racisme. La rédactrice du Petit Bulletin écrit ainsi :

Peut-être avais-je mal entendu, finalement. (…) Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Pour ceux et celles qui douteraient de la réalité de ces propos, la journaliste les a confirmé sur twitter :

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L’indécence de ces propos est inqualifiable. Et leur violence rend inutile le moindre commentaire. Tout comme le font certain avec l’utilisation du Blackface pour faire rire, La Première Plantation appuie sa communication sur une idéologie fondée sur les clichés racistes. Ceux-ci sont tournées en dérision et même promus par cet établissement dont la démarche commerciale se conjugue avec une vision politique rance et réactionnaire, niant à la fois l’horreur historique de cette période et balayant d’un revers de main toutes les luttes d’esclaves ayant amené à sa fin.

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La colonisation en réalité

En 2017, les gérants d’un bar branché poussent ainsi le cynisme au point de faire de l’apologie du colonialisme et du mépris des ravages de l’esclavage des preuves de leur « coolitude ». De la rencontre du capitalisme hype et du racisme le plus bas du front ne peuvent naître que des horreurs, et elles font peur à voir.

On s’inquiète aussi que plusieurs médias se soient fait écho de l’ouverture du lieu, sans rien n’avoir trouvé à redire à ce choix commercial choquant. Petite revue de presse :

Fourniresto, le 21 août : « Ils sauront vous faire voyager à travers le décor décalé de leur bar et grâce à leur cocktails. »

- Inside-lyon, le 24 août : « une oasis tropicale où la nature a tous les droits ; Un bar sans chichis, magnifique mais à la cool ; on aime la déco tropico-industrielle, qui réussit le pari d’être belle, moderne et pas cliché »

- Mixology (en anglais), le 16 août : « Like a highly exotic trip without the kitsch side of the tiki bar : a real indoor jungle mixing palm trees and hanging succulent plants will contrast with rough walls and exposed beams, giving an industrial feel »

- Le Progrès, le 11 septembre : « idéal pour une soirée conviviale ».

Tous ces propos s’entendent donc à condition d’être blanc et raciste, sans doute…

Nous terminerons à l’adresse des patrons de ce bar qui n’ont rien compris à l’histoire par une citation de Franz Fanon :

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence. » [1]

Notes

[1Les Damnés de la Terre (1961), Frantz Fanon, éd. La Découverte poche, 2002, p. 61

Voir également:

L’« esprit cool » de la colonisation ou la pire stratégie marketing d’un bar lyonnais

Se démarquer de ses concurrents avec un style bien à soi, un objectif pour tout commerce cherchant à se faire connaître. La Première Plantation, bar à cocktails lyonnais ouvert cet été dans le 6e arrondissement à Lyon, vient de faire les frais de son positionnement : distiller un esprit colonial pour vendre du rhum, car la période selon eux était « à la cool » et « accueillante ».

Dalya Daoud
Rue89Lyon
15/09/2017

Tout démarre avec une chronique publiée dans le Petit Bulletin, hebdo culturel/loisirs (par ailleurs partenaire de Rue89Lyon), intitulée « La Première Plantation, ou l’art de se planter ». Dans sa rubrique dédiée aux restos et bons spots, il n’y a habituellement que des plans recommandés par la rédac.

Après sa visite, la journaliste sort estomaquée de son entrevue avec les néo-entrepreneurs. Ce ne sont pas les cocktails au rhum qui ne passent pas, mais les propos du duo.

Elle retranscrit leur projet dans les citations attribuées à l’un des deux patrons :

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

La journaliste s’étrangle :

« Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe.

Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ».« Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

« Invitation au voyage et à l’exotisme »

Après les échanges traditionnels avec la rédaction en chef, qu’impose le circuit de tout article de presse, il est décidé de publier le papier. Mais la désinvolture avec laquelle les barmen ont répondu choque et sont repris dans la presse en ligne.

De grosses salves de critiques mais aussi d’insultes, telles que le web sait les multiplier, sont écrites notamment sur la page Facebook de la Première plantation (elle a été complètement supprimée depuis). Des menaces pleuvent également. Le débat passe par moult circonvolutions : « oui mais les cocktails sont-ils bons ? » ; « comment ça, l’assiette végé n’est pas assez copieuse ? », etc.

La journaliste, qui collabore en tant que pigiste avec le Petit Bulletin, n’est pas épargnée : elle est accusée de façon lapidaire et violente de vouloir nuire personnellement au lieu ou encore tout simplement de mentir.

Après un rendez-vous avec le rédacteur en chef, les patrons du bar se fendent d’un droit de réponse, sans tellement de fioritures ni plus d’explications sur le fond :

« Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons. Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement. Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative. »

Les jeunes barmen continuent de patauger, en parlant d’ « invitation au voyage et à l’exotisme ». Avant de déplorer, évidemment, « les conséquences […] préjudiciables [pour eux] tant sur le plan professionnel que personnel ».

« Une méconnaissance de cette période de l’Histoire »

Le rédacteur en chef du Petit Bulletin fait, en introduction du droit de réponse, cette analyse :

« Les propos tenus lors de l’interview publiée mardi et le positionnement de leur lieu sont visiblement la conséquence d’une méconnaissance de cette période de l’Histoire, de légèreté sans doute quand à leurs recherches sur cette époque. »

Pas racistes, les petits gars, mais juste ignorants. Reste que la polémique ne désenfle pas, s’amplifie même avec les partages sur les réseaux sociaux. Les soutiens du bar sont parfois des personnes se présentant le bras levé ou tenant eux-mêmes des propos racistes, ce qui dessert encore la volonté des tenanciers de ne pas passer pour des défenseurs du colonialisme.

La journaliste et le rédacteur en chef trouvent leurs soutiens mais voient aussi leur travail descendu en flèche, devant assurer le service anti-trolls (qu’il ne faut pas nourrir, on le sait) très chronophage.

Depuis la parution de l’article sur La Première Plantation hier, des centaines de commentaires inondent les réseaux sociaux. La chroniqueuse parvient à conserver son calme et à tenter de donner des explications, toujours via les réseaux sociaux :

« – Les faits rapportés dans l’article ne sont pas, comme j’ai pu le lire, « le fruit de l’imagination de la journaliste qui veut nuire personnellement au lieu » mais bien des faits, justement.

– Je n’approuve en aucun cas l’appel à la violence envers les propriétaires du lieu. »

Puis encore :

« – L’interview a été enregistrée. Les propos de l’article sont avérés. Il n’y a aucune volonté de nuire, simplement celle de rapporter des faits et de vérifier l’info, l’essence même de mon métier.

– Les photos aujourd’hui affichées dans ces fameuses toilettes ne montrent pas d’esclaves. Celle le jour de ma venue, si. Mais la question n’est pas là. La réponse « On a mis des photos dans les toilettes » à la question « Et les esclaves ? » suffit à poser les choses. »

Une pétition a finalement été lancée par le collectif Des Raciné.e.s contre « l’apologie de l’esclavagisme à Lyon », pointant directement le bar, et a recueilli en quelques heures, ce vendredi matin, plus de 3300 signatures. Le bar la Première Plantation a certes fait parler de lui mais s’est en effet bien planté.

Voir de même:

La Première Plantation, ou l’art de se planter
Ne jamais se fier aux apparences : c’est ce qu’on retiendra de ce nouveau bar à cocktails spécialisé dans le rhum.
Julie Hainaut
Le Petit Bulletin
12 septembre 2017

Elle avait pourtant bien commencé, cette histoire. Lui et moi, on était fait pour s’entendre, c’était couru d’avance. Je rentrais de vacances, la tête dans les nuages, il était là, frais et dispo, prêt à me faire atterrir et revenir à la réalité en douceur.

Dès l’entrée, il m’avait séduite à coup de déco brute esprit récup’, de cocktails détonnants – le LPP Swizzle et The Epicurian sont idéaux pour contrer la canicule ou récupérer d’un jet lag –, et de mixtures improbables – la liqueur Falernum réalisée à partir de clous de girofles et de café, entre autres, est exquise.

L’assiette veggie (15 € pour trois artichauts marinés, cinq olives, deux grammes de courgettes marinées, une cuillère à café de houmous, une autre de tapenade) m’avait déçue, mais il avait su me réconforter : « les produits viennent d’Italie, la qualité est top » avait-il alors précisé, sous la houlette de ses deux créateurs, Gabriel Desvallées et Matthieu Henry.

Mais l’histoire s’est compliquée. Il disait avoir choisi de s’installer « dans un arrondissement underground. » Le 6e, underground, vraiment ? Il entendait imposer une ambiance de « jungle, là où les plantes prennent le dessus sur la ville ». À peine cinq se couraient après. Je n’ai rien dit, j’ai voulu laisser sa chance au produit.

Puis il a commencé à tenir des propos douteux.

« Mon nom, La Première Plantation, est une référence aux plantations de canne à sucre (le rhum en est issu) dans les colonies françaises. Je cherche à retranscrire l’esprit colonial, un esprit à la cool, une époque où l’on savait recevoir. »

Je suis restée interdite,  j’ai cru qu’il avait ajouté de la drogue dans l’un des cocktails, j’ai repris mes esprits et j’ai creusé. Peut-être avais-je mal entendu, finalement. Peut-être avait-il prononcé « l’esprit commercial » et que la chute de la pression atmosphérique dans l’avion avait eu raison de mon ouïe. Non. Il a persévéré. « C’était cool, la colonisation ? » me suis-je indignée. « Dans l’esprit, oui, carrément, ça représente une période sympathique, il y avait du travail à cette époque accueillante. » Je me suis offusquée : « et la partie esclaves, là-dedans ? ». « Ah, on a mis quelques photos dans les toilettes. » m’a-t-il rétorqué.

Des gouttes ont commencé à couler le long de mon visage – ce n’était pas la canicule mais un mélange de colère et de stupeur. J’ai quand même vérifié s’il n’y avait pas de caméra cachée – mon rédac chef est taquin –, il n’y en avait pas, j’ai payé, je suis allée me changer les idées à grand renfort de pintes et d’amis sur les quais, et je suis rentrée, la gorge nouée. Cette histoire qui avait si bien commencé avec des cocktails savoureux s’est mal terminée.

Voir de plus:

La Première Plantation
Droit de Réponse
Le Petit Bulletin
14 septembre 2017

Nous faisons suite à l’article posté le 12 septembre 2017 sur Le Petit Bulletin signé par madame Julie Hainaut.

Si nous acceptons les critiques constructives sur notre travail, en revanche cet article appelle de notre part les observations suivantes.

Nous sommes ouverts depuis le 21 août 2017, il s’agit de notre première affaire.

Notre volonté a été d’ouvrir un bar à cocktails, un lieu d’échanges, de partages, convivial autour du rhum, sa culture et son histoire.

Contrairement à ce que a été retranscrit dans l’article, notre établissement n’a jamais eu la volonté de faire une quelconque apologie de la période colonialiste, période que nous condamnons.

Le nom « Première Plantation » est une référence aux plantations de canne à sucre dont le rhum est issu.

Ce nom fait également référence au fait que cette ouverture est une première pour nous, une première plante, notre premier établissement.

Le mot plantation n’a dans notre esprit aucune connotation péjorative.

Henry Matthieu et Gabriel Desvallees, La Première Plantation
Voir encore:

Colonialism-Themed Bar in France Stokes Outrage

Backlash to La Première Plantation has been swift

A new bar in Lyon, France, is drawing anger for its nostalgic use of French colonialism (and its attendant atrocities, including slavery) as a theme.

La Première Plantation (“The First Plantation” in English) opened recently in the city’s wealthy and predominantly white sixth arrondissement. Various elements of the bar invoke French colonial activity in the Caribbean, from images of slaves in the bathrooms, to drinks with names like “Trader’s Punch.” The bar’s name references French sugar cane plantations — colonies like Saint-Domingue (now Haiti) were major producers of sugar, and from the mid-1600s, relied heavily on slaves for production and trade of sugar. Official descriptions of the bar say that “you’re not in the heart of Lyon, you’re in a new neighborhood: the Jungle District.”)

The bar started drawing negative attention after an article from local journalist Julie Hainaut, who wrote that she found the owners’ explanations of the bar’s concept to be “questionable.”

Speaking to Hainaut, owners Gabriel Desvallées and Matthieu Henry said “[they] wanted to revive the colonial spirit, a spirit of coolness, and a time when people really knew how to entertain.”

Hainaut wrote that she thought she had misheard (“I thought someone had drugged my cocktail”), and sought clarification by asking if colonialism was “cool.” The owners replied, “In its spirit, yes, it was a nice period.”

She then asked about the role that slaves played in French colonization. The owners noted in response that there were pictures of slaves in the bar’s bathrooms.

The backlash was swift. The bar’s Facebook (now deactivated) was inundated with negative reviews, and a local anti-racism collective Le Collectif des Raciné-e-s demanded the immediate closure of the bar, launching a petition that now counts thousands of signatures. The petition states that “colonial times were rife with atrocities, crimes against humanity, looting and barbarism… this period should in no way be described as ‘cool’ and used for commercial gain in a ‘trendy’ bar.”

The owners wrote a response to the criticism on Facebook, saying that they never intended to be apologists for colonization, and that “the word plantation has no negative connotations in our minds.” Henry spoke to the Huffington Post’s French edition, saying he refused to validate Hainaut’s report on the bar, implying that he had been quoted out of context.

Speaking to another local publication, Henry said the bar would change its name in response to the backlash, although with no mention of whether the theme would change.

This isn’t the first time an establishment has settled for some sort of colonial theme: in 2016, a Portland bakery-restaurant, Saffron Colonial, faced a similar response, although it arguably didn’t delve into the theme quite so heavily (that is, no pictures of slaves in the bathrooms). Similarly, that restaurant tried to deflect criticism by changing its name to British Overseas Restaurant Corporation, or BORC.

Voir de plus:

Controversial Colonial-Themed Restaurant Changes Name

Saffron Colonial is officially renamed British Overseas Restaurant Corporation

Before it even opened, Saffron Colonial on North Williams caused controversy when many in the Portland community accused it of glorifying colonialism, and now, owner Sally Krantz tells Eater she will change the name of her bakery and restaurant to BORC, which stands for British Overseas Restaurant Corporation. The new name is a play on British Overseas Airways Corporation (BOAC), a former British airline.

Two protests have been held at the restaurant formerly named Saffron Colonial, and among the recommendations presented by protestors were that Saffron Colonial change its name and remove all references to plantations from its menus.

In an email sent to Eater, Krantz explained why she made the name change:

While it would have been nice to keep my branding and have an accurate descriptor of the cuisine, I recognize that this is taking the focus off of what I want to do with food. My mission in opening this restaurant is to celebrate the wonderful multi-cultural aspects of food in a beautiful and multi-cultural part of Portland: my hometown, and a city that I love.

Highlighting historical recipes and the development of dishes through the light of different countries and their relationships with England was a personal journey for me, after living in Asia and being immersed in a large population of English Expats for 20 years. As I have said, I love history and historic recipes, how food has developed and changed over time, and have developed many of these recipes in conjunction with the people I worked with from all over Asia and England to get them exactly right.

So I’m hoping the new name, BORC, is a fun name to represent this concept. It is an acronym for British Overseas Restaurant Corporation and a tongue-in-cheek reference to the precursor to British Airways: BOAC, on which many Expatriates traveled. I’m sincerely hoping that this name change will allow us to focus on serving great food in a warm and positive environment.

When Eater asked Krantz whether the restaurant had removed all « colonial » and « plantation » references, Krantz said it had, adding that the words had each appeared only once at the restaurant: once on a chalk sign, and once on a cocktail menu. She says the chalkboard was erased prior to the protest and the cocktail menu was erased in response to the first protest, while the protesters were in the restaurant.

Since the Saffron Colonial controversy became public, Ristretto Roasters, who had been the restaurant’s coffee supplier and also sold Saffron Colonial baked goods in its cafes, severed ties with the bakery. Other local companies have been reported to have withheld or stopped distributing their goods to Saffron Colonial, including Steven Smith Teamaker and Ex Novo Brewing.

Voir encore:

Sylvie Thénault sur les violences coloniales : « Allons vers un travail collectif de connaissance du passé »

Sylvie Thénault est une historienne française spécialiste de la Guerre d’Algérie.
Penser le post-colonialisme
« Les écritures post-coloniales » se déroule du vendredi 2 au samedi 3 février 2018 au Théâtre National Populaire. Deux soirées pour penser le post-colonialisme en faisant dialoguer la littérature, l’histoire, la musique et la poésie.
Un événement organisé par la Villa Gillet avec le Théâtre National Populaire, l’Ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des lettres néerlandaises et Flanders Literature.
Tout le programme est ici.

La question de la portée des violences coloniales ainsi que celles des guerres d’indépendance dans l’après, une fois que la colonie s’est défait du joug pesant sur elle parfois depuis des dizaines d’années, comme dans le cas algérien, est couramment appréhendée sur le modèle du traumatisme psychologique, fondant une description en trois temps : traumatisme, oubli, résurgence.

Pourtant, la transposition de ce schéma à l’échelle collective interroge : en quoi, pourquoi et comment une société y répondrait-elle ?

L’analyse fine de la mémoire de certains événements – comme celle de la répression sauvage de la mobilisation des Algériens à Paris, le 17 octobre 1961 – plaide au contraire pour une approche privilégiant des mécanismes d’ordre socio-politique : la dispersion des groupes ayant vécu cette histoire, leur subalternité dans la société où ils vivaient, la confiscation de la parole par un pouvoir usant politiquement de l’histoire ou encore le confinement du souvenir de la répression dans des groupes ultra-minoritaires, à l’extrême gauche de l’échiquier politique, ont été les facteurs de l’absence de l’événement sur la place publique pendant une trentaine d’années avant que le mouvement antiraciste s’en empare, l’inclue dans son argumentaire et le fasse resurgir à la faveur de son combat contre l’extrême droite.

« Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés »

Sylvie Thénault, une spécialiste de la Guerre d’Algérie
Née en 1969, cette historienne française est agrégée d’histoire et directrice de recherche au CNRS, spécialiste de la guerre d’indépendance algérienne. Ses travaux portent sur le droit et la répression légale pendant la guerre d’indépendance algérienne. Elle a en particulier étudié des mesures ponctuelles, comme les couvre-feux en région parisienne et les camps d’internement français entre 1954 et 1962.

C’est donc à une histoire des usages politiques du passé et à une sociologie des témoins porteurs du souvenir que j’appelle, en tant qu’historienne. À l’échelle de la Cité, il y a occultation volontaire plus qu’oubli, entretien d’une mémoire souterraine plus que refoulement, combat pour la reconnaissance plus que résurgence.

Laissons aux spécialistes de la psyché le soin des consciences et des inconscients individuels blessés pour aller, au titre des sciences humaines et sociales, vers un travail collectif de connaissance et de remémoration du passé dans un objectif clair d’éducation citoyenne.

Voir enfin:

Le Martiniquais Frantz Fanon inspire un réalisateur suédois
« Les damnés de la terre » de Frantz Fanon est en filigrane de Concerning Violence, ce documentaire de Göran Hugo Olsson, qui s’est interrogé sur l’histoire des peuples africains pour accéder à l’indépendance. Un documentaire à voir actuellement à Madiana, Schoelcher.
Fabrice Théodose
France info Martinique
16/01/2015

« Concerning Violence » interroge les spectateurs sur le monde actuel, car le colonialisme est une donne fondamentale de la construction de l’Occident. Il s’agit d’une sorte d’essai filmique en 9 chapitres rythmé par la voix de Lauryn Hill. La chanteuse des Fugees, connue pour son engagement politique, a prêté sa voix à Frantz Fanon, en citant des extraits de ses textes.

Des entretiens et des archives nous replongent dans l’Afrique d’avant la décolonisation, plus particulièrement au Mozambique et en Angola. Le réalisateur a tenté d’illustrer les propos de l’essayiste martiniquais avec des images tournées par des cinéastes lors des luttes socialistes anti-impérialistes en Afrique.

Violence et décolonisation

« Le colonialisme n’est pas une machine à penser, n’est pas un corps doué de raison. Il est la violence à l’état de nature et ne peut s’incliner que devant une plus grande violence » (Franz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961).

La décolonisation s’est souvent faite dans le sang, avec des guerres d’indépendances menées avec passion par les anciennes colonies. C’est aussi cette violence de la colonisation, qui permet d’expliquer les tensions dans les pays concernés.

A travers ce film, le réalisateur a voulu aussi montrer l’écho que pouvait donner les propos de Fanon aux problèmes actuels de nos sociétés. La violence y est encore présente, tout comme elle l’était dans la période de colonisation et la quête à l’indépendance. N’y a-t-il pas une sorte d’hypocrisie entre les valeurs humanistes de l’Occident et cette colonisation violente qui a donné le monde actuel ?

« Concerning Violence » de Göran Hugo Olsson, lundi 19 janvier à Madiana, à 19h30

Voir parallèlement:

Harcèlement de rue: «Les policiers savent très bien que cette loi est purement inapplicable!»
Etienne Campion
Le Figaro
31/07/2018

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Fonctionnaire de police et déléguée syndicale de l’Unité SGP Police, Linda Kebbab fait entendre le point de vue des forces de l’ordre sur le projet de loi de Marlène Schiappa qui prévoit de punir d’amendes l’outrage sexiste. Elle dénonce une loi inapplicable qui relève de la communication.

Linda Kebbab est déléguée nationale de l’Unité SGP Police. Elle a contribué cette année au numéro hors-série d’«Actu Police»: Femmes flics, héroïnes nationales<
FIGAROVOX.- Le secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, prévoit l’application de la loi de «lutte contre les violences sexistes et sexuelles» dès l’automne, rendant le harcèlement de rue verbalisable. En tant que représentante des forces de l’ordre, êtes-vous favorable à cette loi, et est-elle applicable?

Linda KEBBAB.- Favorables à une loi pour défendre les femmes dans l’espace public, nous le sommes évidemment dans le principe, c’est une noble cause. D’ailleurs, avant que le ministère de l’Intérieur s’engage dans le label «Égalité professionnelle entre les femmes et les hommes», notre organisation syndicale était sur le sujet depuis longtemps: nous avons par exemple sorti un numéro d’«ActuPolice» à l’attention des femmes policières mettant en avant les difficultés rencontrées au sein des forces de l’ordre en matière de discrimination. Donc c’est évidemment un sujet qui nous touche et pour lequel on s’estime précurseurs, bien avant le ministère de l’Intérieur et le gouvernement…

En revanche, la façon dont le problème a été abordé nous trouble particulièrement et nous sommes très pessimistes quant à l’application de cette loi dans l’espace public.

D’abord parce qu’il s’agit d’une contravention et non pas d’un délit. Le délit peut être rapporté et donner lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire: chacun peut rapporter les faits pour un délit dont il a été témoin ou victime. Ce qui n’est pas le cas pour une contravention.

Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique.

Pour une contravention, il faut que l’agent de police ait constaté de ses propres yeux l’infraction, et qu’un citoyen la rapporte aux autorités ne changera rien. Aller dire à un agent de police qu’on s’est fait insulter ou harceler revient ainsi à lui rapporter qu’un chauffard a grillé un feu rouge: il sera d’accord pour dire que c’est mal, mais sans flagrant délit il ne pourra rien faire, hormis vous répondre qu’il n’a rien constaté. Car la contravention nécessite une constatation. Et en matière d’outrage sexiste, il est peu probable que les policiers déjà submergés – allons-nous devoir rallonger leurs journées? – puissent rester planqués au coin d’une rue ou patrouiller à pied dans l’attente de constater, et ce dans le plus grand des hasards, un outrage sexiste en flagrant délit. Croire qu’on pourra mettre en place une police du flagrant délit pour ce genre de contraventions est totalement utopique. Et les femmes ne pourront de toute façon pas saisir les policiers puisqu’il s’agit d’une contravention…

Comment les policiers perçoivent-ils ce potentiel nouveau rôle d’appréhension et de discernement de ce qui est, ou n’est pas, du harcèlement?

Les policiers disent tous qu’il s’agit d’une loi faite pour communiquer, totalement inapplicable, même si bien sûr ils ont conscience du problème et qu’ils ont l’habitude d’être sollicités pour cela. Mais c’est justement parce qu’ils ont conscience de ces réalités grâce au contact du terrain qu’ils considèrent que l’arrivée de cette loi relève de la pure communication: les policiers savent très bien qu’elle est purement inapplicable, ils ne l’affirment pas par plaisir! Et de toute façon, sauf si par hasard quelques cas ponctuels fonctionnent, ce n’est pas cela qui changera la société! Les policiers ont conscience que cette contravention ne modifiera en rien les rouages de la société et considèrent, de toute façon, que ce n’est pas à eux de le faire. Ce n’est en effet pas à eux de faire de la prévention et de l’admonestation – car si cette loi passe il s’agira bien pour les policiers de sermonner les dragueurs de rue… Les moyens n’ont pas été mis en amont dans l’éducation et la prévention et on nous demande à nous policiers d’expliquer à un homme comment il doit se comporter avec une femme!

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler !

Ce n’est pas aux policiers de faire de la pédagogie?

En effet, ce n’est pas leur travail. Et, de toute façon, même si nous le voulions, nous n’aurions pas les moyens pour le faire. Si on estime qu’il s’agit d’une vraie cause nationale, il aurait fallu en faire un délit pour permettre aux victimes de se plaindre et de vraiment pouvoir déposer plainte pour mesurer l’impact psychologique et les potentiels jours d’ITT afin de lancer des procédures judiciaires.

Et ce qui sera considéré comme du harcèlement chez certaines femmes ne le sera pas chez d’autres…

C’est une question de société pour laquelle on n’a pas trouvé de réponses et qu’on demande à la police de régler! On peut trouver scandaleux la «Tribune des cent femmes» et le droit d’importuner, mais si aujourd’hui une femme se fait siffler dans la rue et qu’un policier intervient, à quel moment la contravention devra être constatée? Quand l’homme aura répondu à la liste exhaustive des sifflements établis par le gouvernement? Mais comment fera-t-on si la jeune fille dit que c’est une drague qu’elle accepte? Le policier se trouvera en porte-à-faux… Ce n’est pas à un policier de résoudre des problèmes de société! Et les contraventions, qui sont des éléments objectifs (feu rouge grillé, tapage nocturne…), tiennent à des faits réprimés par la société dont on n’a pas à discuter. Tandis qu’un sifflement ou une remarque peuvent être acceptés par certaines femmes: ce n’est pas à un policier de le verbaliser.

Selon vous et au vu de votre expérience de terrain, comment faire pour lutter en profondeur contre le problème de la sécurité des femmes dans l’espace public?

C’est une question qui renvoie à l’éducation et à la prévention. Or, jamais dans cette loi il n’a été question de mesures éducatives et de prévention auprès des hommes. Les stages de sanctions complémentaires ne suffiront pas, et les policiers ne peuvent travailler que s’il y a une véritable œuvre de prévention en amont, ce qui n’est pas le cas. D’autant plus qu’ils ne peuvent dénoncer des pratiques qui sont à l’ordre du jour seulement depuis «#metoo»: on ne peut pas leur demander de devenir manichéens quant à des outrages qui n’étaient pas perçus comme tels il y a encore quelques mois.

L’« outrage sexiste » et les « regards appuyés » : il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

Par ailleurs, souvent dans les outrages sexistes, dès lors que la jeune fille se rebiffe, elle devient victime de violence. Comme pour le cas récent de Marie Laguerre, qui a eu raison de faire preuve de courage. Tout comme elle a eu aussi raison de dire que même les femmes policières sont victimes d’outrages, nous le constatons également à notre échelle. Il faut par ailleurs rappeler que dans le cas de cette femme qui a été agressée, si la police était intervenue et que l’homme avait été interpellé, cette affaire aurait pu rester à l’échelle de la contravention et être traitée entre les tapages nocturnes et les excès de vitesse… Elle est devenue un délit parce que l’homme, en lançant un cendrier au visage de Marie Laguerre, a fait usage d’une arme par destination. Ce qui a donné lieu à une circonstance aggravante.

Il est donc primordial que, au-delà des sifflements et des remarques de rue, le gouvernement prenne en compte la circonstance aggravante en fonction du genre de la personne atteinte. Car un homme qui frappe une femme aujourd’hui ne pâtit pas de circonstance aggravante, sauf lorsque c’est sa concubine.

On fait beaucoup de bruit pour des contraventions, mais la grosse erreur du gouvernement est d’être complètement passé à côté de cette question des circonstances aggravantes en fonction de l’appartenance à un genre, et de ne même pas y avoir songé.

Nous n’avons pas été entendus, hormis quelques invitations symboliques, le gouvernement ne prend absolument pas en compte le terrain et se contente de communiquer par des lois inapplicables. L’«outrage sexiste» et les «regards appuyés»: il faudrait un policier à chaque coin de rue, c’est parfaitement utopique…

La loi sur les fake news : vaine, liberticide ou utile ?

La proposition de loi, voulue par Macron et portée par les députés LREM, arrive devant l’Assemblée. Les avis sont souvent tranchés sur son utilité.

Thierry Noisette

Les députés lois examinent, à partir de ce jeudi 7 juin, en séance publique les deux propositions de loi « anti-fake news » (leur appellation officielle est « lutte contre les fausses informations »).

Il s’agit en fait d’un projet de loi maquillé en propositions, puisque l’on sait qu’il a été voulu par le président de la République et préparé au ministère de la Culture, même s’il est présenté formellement par des députés LREM.

Un texte examiné en accéléré

Lors de ses vœux à la presse, le 3 janvier, Emmanuel Macron déclarait : « En période électorale, en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge à travers une nouvelle action en référé. »

Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée sur ces deux textes (proposition de loi organique n° 772 et proposition de loi n° 799), ils ne feront donc l’objet que d’une seule lecture à l’Assemblée puis au Sénat.

Ce projet a suscité de nombreuses réactions, souvent critiques. Deux reproches sont fréquemment adressés aux deux textes : ils ajoutent encore une loi alors qu’il existe déjà dans le droit français un délit de diffusion de fausses nouvelles (article 27 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse), et ils vont confier à un juge, en procédure d’urgence, la tâche de déterminer si une nouvelle est fausse ou non.

Lors de l’audition de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, mardi 22 mai par les députés, rapporte Euractiv, le député Nouvelle Gauche Hervé Saulignac s’est inquiété : « Comment un juge en 48 heures peut-il qualifier une information ? […] Va-t-on remettre en cause le secret des sources ? »

« Un concept fourre-tout »

La rapporteure pour la commission des lois, Naïma Moutchou, a annoncé que des précisions seraient apportées au texte au travers d’amendements notamment pour définir clairement le terme de « fausse information ».

Nicolas Vanderbiest, animateur du blog Reputatio Lab, qui analyse les crises et l’e-réputation sur les réseaux sociaux, était très critique lors de l’annonce présidentielle, sur le terme même de fake news :

« C’est un mot qui ne devrait même pas exister. C’est un concept fourre-tout qui a le sens qu’on lui donne. Est-ce une rumeur ? Une fausse information ? Une opération de déstabilisation comme on a pu en voir pendant l’élection présidentielle ? »

Et il ajoutait sur son blog : « Il n’y a aucun accord sur la définition de fake news, ce mot étant une coquille vide. Ensuite parce que la réalité des fake news ne peut être combattue uniquement par une loi. Le parallèle avec le piratage est criant. C’est illégal, mais tout le monde le pratique. »

« Liberticide, démagogique »

L’avocat Emmanuel Pierrat, le 4 mars sur BFMTV (à 16h30), mettait en avant l’ancienneté des textes existants (la loi du 27 juillet 1849, article 4, interdisait déjà « la publication ou reproduction, faite de mauvaise foi, de nouvelles fausses, de pièces fabriquées, falsifiées, ou mensongèrement attribuées à des tiers, lorsque ces nouvelles ou pièces seront de nature à troubler la paix publique ») :

« Il y a déjà en droit français presque 400 textes qui encadrent la liberté d’expression. […] Depuis 1850, il existe un délit de fausses nouvelles en France. Quelle est l’utilité de créer un délit de fake news qui ressemble peu ou prou au délit de fausses nouvelles ? […] On rend le juge responsable de dire la vérité, et en urgence. […] C’est une loi liberticide, démagogique, qui ne servira à rien. »

Après l’annonce présidentielle de janvier, la présidente du Syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, déclarait à « Libération » : « Il ne paraît pas du tout évident de vérifier ce qui relève ou non de la fausse information dans le cadre de l’urgence. »

Les actuelles propositions de loi sur les fake news ont cependant une spécificité, celle de viser les périodes préélectorales et électorales (en imposant aux plateformes « des obligations de transparence renforcées en vue de permettre » aux autorités de détecter des campagnes de déstabilisation par la diffusion de fausses informations, et aux internautes de connaître l’annonceur des contenus sponsorisés.

« Ne pas ouvrir la boîte de Pandore »

Interrogé début mai par « le Nouveau Magazine littéraire », Pierre Haski, président de Reporters sans frontières et chroniqueur à « l’Obs », déclarait :

« Qu’un Etat veuille protéger son débat public d’une ingérence étrangère cachée ne me choque pas. Durant la campagne électorale américaine, 126 millions d’Américains ont été exposés à des contenus sponsorisés achetés par la Russie sans apparaître comme tel mais sous un prête-nom. Cela pose un grave problème démocratique dans la mesure où il y a manipulation d’un processus électoral. Si l’Etat français veut imposer un encadrement et une transparence de ces pratiques, je n’y suis pas opposé sur le principe. Mais il faudra être extrêmement vigilant sur la formulation d’un tel texte de loi pour ne pas ouvrir la boîte de Pandore. »

Lorsque « le Monde » retrace l’histoire de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et de sa répression des fausses nouvelles, il cite l’historien de la presse Patrick Eveno. Ce dernier note qu’en pratique, les poursuites contre les journaux accusés d’avoir publié des fausses nouvelles furent très rares :

« Il faut montrer qu’il y a eu une intention de ­publier une fausse nouvelle et faire le lien entre celle-ci et un trouble à la paix publique, ce qui est très compliqué. Si bien que le délit de fausse nouvelle a été peu invoqué par les parquets. Mais il l’a été pendant la guerre d’Algérie. En termes de droit, le juge est démuni : produire des fausses nouvelles afin de convaincre les gens de voter pour Macron ou Le Pen ne trouble pas la paix publique. »

Alors, inutile ou comblant un réel vide juridique ? Limité ou dangereux pour la liberté de la presse ? Les débats à l’Assemblée et au Sénat ne manqueront pas d’intérêt pour tenter de répondre à ces interrogations.

Et les réseaux sociaux ?

Reste aussi à savoir si ces textes ont une chance de répondre au défi du partage de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux : en mars, le sociologue spécialiste d’Internet Antonio Casilli le relevait dans « l’Obs » :

« Les modèles économiques des plateformes numériques ne favorisent pas tant la militance spontanée émanant de la base d’un parti, que des campagnes de propagande et de dénigrement montées de toute pièce. » « Les grands médias sociaux jouent un rôle extrêmement ambigu dans cette économie du clic. D’une part, Facebook et Google s’engagent depuis 2016 dans des remaniements réguliers de leurs algorithmes de référencement et de ciblage publicitaire afin de corriger les biais qui ont permis aux fake news de se répandre et ils s’adonnent depuis toujours à des ‘purges’ de faux profils, voire proscrivent les utilisateurs ayant recours aux plateformes de crowdturfing. Mais, d’autre part, le réseau de Mark Zuckerberg semble fonctionner grâce à des mécanismes d’achat de visibilité qui entretiennent de nombreuses similitudes avec le fonctionnement des usines à faux clics. »

Voir également:

Sur Twitter, les fake news se propagent beaucoup plus vite que la vérité

Elles se diffusent beaucoup plus rapidement et touchent davantage de gens : trois chercheurs du MIT décortiquent le mécanisme de propagation des fausses nouvelles.

Jean-Paul Fritz

L’ère Trump est celle des « fake news », mais peu d’éléments scientifiques étaient jusqu’à présent disponibles sur la manière dont elles se propagent. Aujourd’hui, trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, réparent ce manque en publiant une étude à grande échelle sur la diffusion des fausses nouvelles, ce que l’on désigne souvent par l’anglicisme « fake news ».

Dans cette étude, parue jeudi soir dans le magazine « Science », ces spécialistes des interactions homme-machine et de l’analyse des mécanismes des réseaux sociaux ont décortiqué la transmission de l’information, révélant des éléments pour le moins surprenants.

Après l’attentat de Boston

A l’origine de cette étude, un constat effectué par Soroush Vosoughi lors de l’attentat du marathon de Boston en avril 2013. « Twitter est devenu notre source principale d’informations », explique le chercheur. « J’ai réalisé qu’une bonne partie de ce que je lisais sur les réseaux sociaux était des rumeurs, des fausses nouvelles. » Avec son professeur de l’époque et d’autres collègues, il a commencé à étudier la propagation des nouvelles, vraies et fausses.

Dans l’étude publiée ce jeudi, plutôt que de se focaliser sur le chemin suivi par quelques événements significatifs, les chercheurs ont misé sur la quantité pour déterminer, indépendamment des thèmes véhiculés, ce qui pouvait différencier la propagation d’une fausse nouvelle par rapport à une vraie ou même une « mixte », une nouvelle comportant des éléments vrais et des éléments faux.

« Même si les expressions ‘fake news’ et ‘désinformation’ impliquent également une distorsion volontaire de la vérité, nous ne prétendons rien sur les intentions des pourvoyeurs des informations que nous avons analysées. Nous concentrons plutôt notre attention sur la véracité et sur les histoires qui ont été vérifiées comme vraies ou fausses, » avertissent les auteurs de l’étude.

Des rumeurs en cascade

Le mécanisme de diffusion d’une nouvelle sur les réseaux sociaux est organisé en « cascades ». Une cascade débute lorsqu’un utilisateur va diffuser une information, vraie ou fausse. Cette information sera ensuite reprise par d’autres utilisateurs dans une sorte d’effet boule de neige. Mais une même nouvelle peut faire l’objet de plusieurs cascades, lorsque des utilisateurs différents vont de manière indépendante commencer à diffuser la même information ou rumeur.

Par exemple, si je découvre une information intéressante sur un site et que j’en tweete le lien (ou que je le partage sur une autre plateforme), je démarre une cascade sur cette information qui va éventuellement provoquer des retweets qui eux-mêmes déclencheront d’autres retweets. Mais d’autres personnes peuvent avoir également tweeté le même lien de leur côté, déclenchant des cascades séparées.

Pour chaque cascade, les chercheurs ont notamment déterminé la profondeur (nombre de retweets par d’autres utilisateurs depuis l’origine), la taille (le nombre d’utilisateurs impliqués dans la cascade), la largeur (nombre maximum d’utilisateurs à un moment donné)…

« Plus loin, plus vite, plus largement »

Les auteurs de l’étude ont pu constater que les fausses nouvelles sont diffusées « significativement plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité dans toutes les catégories d’information ».

Pour une même cascade, les fausses informations ont ainsi touché beaucoup plus de personnes que les vraies. « Alors que la vérité est rarement diffusée à plus de 1.000 personnes, le top 1% des cascades de fausses nouvelles touche généralement entre 1.000 et 100.000 personnes », précise l’étude. Le constat est que beaucoup plus de personnes retweetent des informations fausses que la vérité. C’est cette diffusion virale, qui ne passe pas par les canaux habituels de transmission verticale d’informations, qui va faire la différence.

Les fausses nouvelles auraient ainsi 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que les véritables informations, et par un beaucoup plus grand nombre d’utilisateurs uniques.

La diffusion des fausses nouvelles est également rapide : « Il faut à la vérité à peu près six fois plus longtemps que la fausseté pour toucher 1.500 personnes », expliquent les scientifiques.

Les informations (vraies ou fausses) les plus diffusées appartiennent en premier à la catégorie politique. Viennent ensuite les légendes urbaines, les affaires, le terrorisme, la science, les loisirs et les catastrophes naturelles.  Ce n’est pas vraiment une surprise, mais les fake news politiques sont celles qui touchent le plus de monde et sont les plus virales : « Elles touchent 20.000 personnes en trois fois moins de temps qu’il en faut à une vraie nouvelle pour en toucher 10.000. »

Les influenceurs et les robots n’y sont pour rien

On pourrait croire que des influenceurs sont à l’origine de la propagation large et rapide des fausses nouvelles, mais il n’en est rien. Ce ne sont pas ceux qui ont le plus d’abonnés à leur fil Twitter, qui postent le plus souvent ou qui sont « vérifiés » qui expliquent ce mouvement, au contraire. Ceux qui diffusent les fausses nouvelles ont moins de « followers », suivent moins de personnes et sont moins actifs (et moins vérifiés).

Les robots, ces programmes automatisés qui font du retweet à la chaîne, sont aussi souvent suspectés. L’étude montre qu’ils n’y sont pas pour grand-chose. Les trois chercheurs ont identifié les « bots » et ont effectué des analyses avec et sans eux sans que cela ne change les résultats : « Les fausses nouvelles se diffusent plus loin, plus vite, plus profondément et plus largement que la vérité parce que les humains, et pas les robots, ont plus de chances de les répandre », affirme l’étude. Le terreau des fake news, ce serait donc monsieur et madame-tout-le-monde…

Les fausses nouvelles plus originales que les vraies ?

En modélisant les probabilités d’être retweeté, les auteurs ont donc découvert que les fausses informations avaient 70% de chances supplémentaires d’être retweetées que la vérité. Pourquoi un tel écart ? La réponse pourrait être « l’originalité ». « La nouveauté attire l’attention, contribue à une prise de décision productive et encourage le partage de l’information parce que la nouveauté met à jour notre compréhension du monde, » décryptent les auteurs.

Ils ont ainsi analysé les différences entre les tweets auxquels était exposé un échantillon d’utilisateurs avant qu’ils ne diffusent une information. En comparaison, « les fausses nouvelles étaient, de manière significative, plus originales que la vérité, en exhibant une unicité d’information nettement plus importante ».

« Les fausses nouvelles sont plus originales, et les gens ont plus de chances de partager des informations originales », explique Sinan Aral. Sur les réseaux sociaux, les personnes qui sont les premières à diffuser une information jusque-là inconnue attirent l’attention. Ils « semblent être au courant ». Même si l’information en question se révèle fausse.

Pour les auteurs, « même si nous ne pouvons pas affirmer que l’originalité provoque les retweets ou que la nouveauté est la seule raison pour laquelle les fausses nouvelles sont retweetées plus souvent, nous avons découvert que les fausses nouvelles sont plus novatrices et que cette information originale a plus de chances d’être retweetée ».

Ils ont également étudié les émotions associées aux fausses nouvelles (déterminées par le vocabulaire des utilisateurs qui les rediffusaient). Surprise et dégoût étaient en tête chez les fake news, alors que les véritables informations inspiraient davantage de tristesse, d’anticipation, de joie et de confiance. Pour les trois chercheurs, « les émotions exprimées en réponse aux fausses informations pourraient éclairer des facteurs additionnels, en plus de la nouveauté, qui inspirent les gens à partager des fausses nouvelles ».

Que faire contre les fake news ?

Si elle a pour ambition de décortiquer certains mécanismes de la diffusion des fake news, l’étude du MIT n’offre pas de solutions miracle. « Il faut davantage de recherches sur les explications comportementales des différences de diffusion entre les vraies et fausses nouvelles », admettent les auteurs. « Comprendre comment les fausses nouvelles se diffusent est la première étape pour les contenir. »

Pour Vosoughi, Roy et Aral, les résultats de leur étude donnent cependant une piste importante : il faut s’occuper du comportement des utilisateurs, alors que « s’il s’agissait juste de robots, nous aurions eu besoin d’une solution technologique ».

« Si des personnes diffusent volontairement des fausses nouvelles alors que d’autres le font sans le savoir, le phénomène est double et nécessite de multiples tactiques pour y répondre », suggère Soroush Vosoughi. 

En tant qu’utilisateur, on peut également appliquer une solution de bon sens suggérée par Deb Roy : « Réfléchir avant de retweeter. »

Une étude à grande échelle

Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral ont étudié la manière dont des nouvelles, fausses et vraies, ont été diffusées sur Twitter entre 2006 et 2017. Ils ont analysé le parcours de 126.000 d’entre elles, rediffusées plus de 4,5 millions de fois par 3 millions de personnes.

Pour déterminer si les nouvelles étaient vraies ou fausses, les trois chercheurs ont fait appel à six organisations indépendantes spécialisées dans le fact-checking. Le résultat est ce que certains qualifient déjà comme « la plus grande étude longitudinale [suivie dans le temps] jamais réalisée sur la diffusion des fausses nouvelles en ligne ».

Le but avoué des trois chercheurs est de répondre aux « deux des questions scientifiques les plus importantes : comment la vérité et la fausseté se diffusent de manière différente, et quels facteurs du jugement humain expliquent ces différences ».

Voir encore:

Washington : la comédienne anti-Trump en a-t-elle trop fait ?

Michelle Wolf a fait un discours très mordant lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison-Blanche.

Le Parisien
30 avril 2018

« Comme dit une star porno lorsqu’elle se met au lit avec Trump, finissons-en au plus vite ! » C’est ainsi que Michelle Wolf a commencé son discours, samedi, lors du traditionnel dîner des correspondants de la Maison Blanche à Washington.

Comme l’année dernière, Donald Trump avait rompu avec la tradition en refusant de participer à ce rituel où son administration est toujours plus ou moins vilipendée.

Malgré le contexte très formel et la présence de centaines d’invités, journalistes et politiques de tous bords, la comédienne de 32 ans, qui participe d’ordinaire au « Daily Show » de Trevor Noah, n’avait rien perdu de son mordant. Bien au contraire. Elle a donc étrillé le président américain dans son discours.

« Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières »

Seule représentante de l’administration Trump, la porte-parole Sarah Huckabee Sanders en a aussi pris pour son grade et c’est ce qui fait polémique. « Je vous adore dans le rôle de Tante Lydia dans La Servante écarlate », a balancé Michelle Wolf, en référence à ce personnage de matrone sadique interprétée par la sexagénaire Ann Dowd dans la série télévisée d’anticipation. Avant de la comparer au personnage de principal de « La Case de l’oncle Tom », controversé de nos jours car vu comme un esclave complice de ses maîtres…

Un peu plus tard, elle s’est moquée de la porte-parole en lançant : « Elle brûle les faits pour s’en faire du fard à paupières » !

« Une honte »

Selon des commentateurs, la comédienne serait allée un peu trop loin dans la « mise en boîte ». Même si certains ont trouvé cela « courageux », d’autres, pas tendres avec l’administration Trump, ont trouvé ces plaisanteries « pas drôles, voire méchantes ou insultantes ».

« J’ai complimenté son sens du maquillage, au contraire ! » a plaisanté la comédienne sur Twitter, répondant à ses critiques. Elle s’est permis également de répondre d’un « merci ! » au prédécesseur de Sarah Sanders, Sean Spicer qui avait écrit que ce discours était « une honte ».

Voir également:

Etats-Unis : un restaurant refuse de servir sa porte-parole, Donald Trump se venge sur Twitter

PERSONA NON GRATA – Par les temps qui courent, il ne fait pas bon travailler pour Donald Trump. Sarah Sanders, la porte-parole de la Maison-Blanche en a fait les frais vendredi en se faisant virer d’un restaurant où elle devait dîner. Ce qui a valu, lundi, un tweet matinal fracassant du président américain.
Virginie Fauroux
LCI
25 juin 2018

« J’ai été expulsée d’un restaurant ! ». Scandale outre-Atlantique, en pleine polémique sur la gestion de la crise migratoire, la porte-parole de la Maison blanche a indiqué qu’un restaurant de l’Etat de Virginie dans lequel elle souhaitait dîner vendredi soir avait refusé de la servir au motif qu’elle travaillait pour Donald Trump.

« Hier soir, la propriétaire du Red Hen à Lexington, en Virginie, m’a demandé de partir parce que je travaillais pour @POTUS (le président des Etats-Unis, ndlr) et je suis partie poliment », a expliqué Sarah Sanders sur son compte Twitter samedi matin. « Ses actions en disent beaucoup plus sur elle que sur moi. Je fais toujours de mon mieux pour traiter les gens, y compris ceux avec qui je ne suis pas d’accord, respectueusement et je continuerai à le faire », a-t-elle ajouté.

Trump en colère

Comme le rapporte CBS News, l’incident a été révélé sur Facebook par un homme affirmant être un employé de l’établissement, qui a précisé dans son message avoir servi Sarah Sanders « lors d’une durée totale de deux minutes ». Ce post a été tweeté par Brennan Gilmore, le directeur exécutif du groupe environnemental Clean Virginia.

La propriétaire du restaurant, Stéphanie Wilkinson, a confirmé l’information au Washington Post et expliqué qu’elle ne regrettait pas sa décision : « Je ne suis pas une grande fan de la confrontation », a-t-elle déclaré. « Mais il est grand temps dans notre démocratie que les gens prennent des mesures, même inconfortables, pour défendre leur moralité. J’aurais refait la même chose », a-t-elle poursuivi. « Nous pensons juste qu’il y a des moments où il faut être fidèle à ses convictions ».

La mésaventure de sa porte-parole a suscité la colère de Donald Trump, qui s’est vengé lundi dans un tweet, comme il en a l’habitude. « Le restaurant Red Hend devrait se concentrer sur le nettoyage de ses verrières, portes et fenêtres crasseux plutôt que de refuser de servir une personne bien comme Sarah Huckabee Sanders. J’avais une règle, si un restaurant est dégoûtant de l’extérieur, il l’est à l’intérieur ».

Voir enfin:

Politique migratoire de Trump : sa porte-parole protégée par le Secret service

Vendredi 22 juin, Sarah Sanders avait été congédiée d’un restaurant à cause des idées et de la politique de son patron.
J.Cl.
Le Parisien
27 juin 2018

Cinq jours après sa mésaventure du week-end, la porte-parole de la Maison-Blanche va bénéficier d’une protection officielle. Selon CNN, qui invoque deux sources distinctes, Sarah Sanders sera protégée à son domicile dès ce mercredi par le « Secret service ». La durée de cette protection n’est pas spécifiée.

Le « Secret service » assure habituellement la protection du président des États-Unis, du vice-président, de leurs familles, des anciens présidents, de la Maison-Blanche et des autres résidences officielles. Les collaborateurs des présidents ne sont en principe pas protégés à leur porte.

A l’origine de cette décision, la déconvenue dont Sarah Sanders a été l’objet et qui a fait polémique aux Etats-Unis. Vendredi soir, la « press secretary » de Donald Trump et son mari ont été priés de quitter le restaurant où ils comptaient dîner. La restauratrice et son personnel, opposés à la politique migratoire du président, notamment la séparation des familles de migrants lors de leur entrée clandestine sur le sol américain, les ont priés de sortir. Trump avait pris la défense de Sanders dans un tweet rageur.


Politiquement correct: Cachez cette race que je ne saurai voir ! (No race, please, we’re French)

6 juillet, 2018

Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
En Afrique, ils vont renverser le président, ils renversent le palais, ils rentrent dans le palais, ça se passe comme ça en Afrique, pourquoi ça devrait pas se passer comme ça en France. Assa Traoré
Il faut avoir à l’esprit qu’il n’y a pas un racisme, mais des racismes : il y a autant de racismes qu’il y a de groupes qui ont besoin de se justifier d’exister comme ils existent, ce qui constitue la fonction invariante des racismes. Il me semble très important de porter l’analyse sur les formes du racisme qui sont sans doute les plus subtiles, les plus méconnaissables, donc les plus rarement dénoncées, peut-être parce que les dénonciateurs ordinaires du racisme possèdent certaines des propriétés qui inclinent à cette forme de racisme. Je pense au racisme de l’intelligence. Le racisme de l’intelligence est un racisme de classe dominante qui se distingue par une foule de propriétés de ce que l’on désigne habituellement comme racisme, c’est-à-dire le racisme petit-bourgeois qui est l’objectif central de la plupart des critiques classiques du racisme, à commencer par les plus vigoureuses, comme celle de Sartre. Ce racisme est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné. Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent d’une essence supérieure. Tout racisme est un essentialisme et le racisme de l’intelligence est la forme de sociodicée caractéristique d’une classe dominante dont le pouvoir repose en partie sur la possession de titres qui, comme les titres scolaires, sont censés être des garanties d’intelligence et qui ont pris la place, dans beaucoup de sociétés, et pour l’accès même aux positions de pouvoir économique, des titres anciens comme les titres de propriété et les titres de noblesse. Pierre Bourdieu
Sciences humaines et sciences naturelles ne font pas bon ménage. Quand les biologistes s’aventurent dans les domaines de l’anthropologie et de la psychologie, ils extrapolent souvent abusivement des causes matérielles aux conséquences sociales. L’homme fait certes partie de la nature, mais les lois biologiques expliquent-elles tous les comportements ? L’hérédité est certes un facteur puissant, mais comment nier que l’histoire des sociétés comme celle des individus a un impact sur notre identité ? Les analyses sociobiologiques des arts et des cultures, à force de se croire capables de tout expliquer à leur aune, laissent souvent sceptique. Du côté des sciences humaines et sociales, c’est moins la boulimie que l’anorexie qui fait des ravages : penseurs et philosophes contemporains semblent avoir adopté pour devise la célèbre formule « Commençons par écarter tous les faits ». D’où vient cette cécité volontaire, obstinée, parfois loufoque, vis-à-vis des sciences naturelles ? En grande partie, bien sûr, de la catastrophe qu’a représentée, au XXe siècle, l’interprétation finaliste de la découverte darwinienne, qui a débouché sur l’idéologie nazie et sur sa traduction dans le réel. Hitler croyait au déterminisme biologique, Hitler était un salaud, donc le déterminisme biologique n’existe pas : le caractère spécieux du raisonnement saute aux yeux. On aurait pu aussi bien tirer la conclusion inverse à partir des pratiques adoptées en Russie communiste au cours des mêmes années, où l’on envoyait les généticiens dans les camps et idolâtrait l’agronome Trofim Lyssenko (1898-1976), d’après qui l’hérédité était inexistante et la nature des plantes pouvait être modifiée à volonté par les conditions environnementales et les hommes. Malgré ces excès, l’idée que l’intervention volontariste peut être utile n’a pas été pourfendue autant que celle de la pertinence du biologique. Certains domaines sont tout simplement désossés de toute influence biologique ; la thèse qui en résulte n’est pas bien différente d’une mythologie moderne. Ainsi de l’idée selon laquelle toutes les différences non physiologiques entre hommes et femmes seraient construites (« la théorie du genre », introduite depuis peu dans les manuels scolaires français). Dans le monde vivant, mâles et femelles diffèrent toujours biologiquement, y compris pour une partie de leurs comportements, car chaque sexe a une façon spécifique de se reproduire, ainsi chez les gorilles, chimpanzés et bonobos, dont nous sommes les plus proches cousins. Quelle force mystérieuse aurait effacé ces différences dans notre espèce à nous ? Les faits, quand on cherche à les connaître, nous montrent que déjà à la naissance – donc avant toute influence sociale – filles et garçons n’ont pas les mêmes comportements. Et comment ne pas reconnaître que le pic d’hormones de la puberté, que partagent les adolescents humains avec les adolescents chimpanzés, a une origine biologique et un effet marqué sur les comportements ? A cela s’ajoute bien évidemment une forte intervention sociale, qui aura le plus souvent tendance à exacerber les différences biologiques. Autre exemple : celui des différences entre groupes humains. Il existe une multitude de races de chiens, neuf sous-espèces de girafes, quatre de chimpanzés, quelques variétés de mésanges bleues, une liste impressionnante de sous-espèces de ratons laveurs. Quel que soit le mot employé, il s’agit là de différences génétiques. Et chez Homo sapiens ? La fiction actuellement à la mode nous assène que les différences génétiques entre groupes humains sont proches de zéro, que la notion de race est scientifiquement infondée. Idée aussi généreuse dans ses intentions politiques que farfelue sur le plan des faits. La diversité de l’espèce humaine est grande : une partie de notre héritage génétique est largement partagée, mais une autre est caractéristique de groupes géographiques. D’ailleurs, il suffit de séquencer le génome d’un inconnu pour savoir d’où proviennent ses ancêtres. Comment nommer ces différences ? Le mot « race » fait peur – il va du reste prochainement disparaître de la Constitution française, on se demande s’il sera suivi par « sexe » –, mais peu importe le terme, il s’agit de ne pas enseigner des inanités. Ces mythes modernes ont en commun avec les religions de reposer sur la dénégation tranquille de faits physiques et biologiques avérés et irréfutables. Ils ont aussi en commun avec les religions de nous flatter et nous rassurer sur notre statut « unique », « choisi », « élu » parmi les espèces terriennes : loin de faire partie du règne animal et de la nature, nous assurent-ils, les humains jouiraient d’un statut à part. Les races et les sexes, c’est bon pour les plantes et les animaux. Nous, on est supérieurs ! On décide de notre propre sort ! Cet orgueil inné de l’humain est particulièrement coriace en France, où il se combine avec la certitude nationale de disposer d’une intelligence exceptionnelle. Ainsi les faits biologiques ont-ils tendance, ici, à être instantanément traduits en concepts philosophiques. Si vous affirmez l’existence chez les humains de deux sexes, plutôt que d’un seul ou de toute une kyrielle, vous êtes aussitôt taxé d' »essentialisme ». Pourtant, dire que seules les femmes ont un utérus, ou que les hommes ont en moyenne un niveau de testostérone plus élevé qu’elles, ce n’est ni spéculer quant à l' »essence » de l’un ou l’autre sexe, ni promouvoir une idéologie sexiste, ni décréter l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, ni recommander que les femmes soient tenues à l’écart de l’armée et les hommes des crèches, c’est énoncer des faits ! Des faits qui, en l’occurrence, ont eu un impact décisif sur l’histoire de l’humanité – son organisation sociale (patriarcat), familiale (mariage, primogéniture), politique (guerre). Nier la différence des sexes, c’est s’interdire toute possibilité de comprendre, donc d’avancer. De même, affirmer que Homo sapiens, à partir d’une même souche africaine voici soixante-dix mille à cent mille années, a évolué de façon relativement autonome dans différentes parties du globe et s’est peu à peu diversifié en sous-espèces, ou variétés, ou – pardon ! – races différentes, ce n’est pas une opinion, encore moins un décret politique, c’est une simple réalité. Elle n’implique aucun jugement de valeur ; la génétique moderne se contente de décrire. (…) Notre identité biologique est elle-même le résultat, non seulement de l’hérédité, mais aussi de l’interaction avec le milieu dans lequel nous vivons. Depuis des millénaires, les populations humaines se sont adaptées au terrain, au climat et aux conditions de vie extrêmement variables d’une partie du globe à l’autre. Aujourd’hui, les différentes populations humaines n’ont ni la même pilosité, ni la même couleur de la peau, ni les mêmes maladies et systèmes de défense contre celles-ci. Les médecins savent qu’il existe une variation dans la réponse aux médicaments – les psychotropes par exemple – selon le groupe auquel appartient le malade. Les Inuits sont adaptés au froid, tout comme les sherpas de l’Himalaya sont adaptés à la vie en altitude. Même si des traits culturels interviennent également, ces adaptations sont génétiques. (…) Soulignons au passage que la différence des sexes est d’une autre nature que celle-là, car les sexes ne se métissent pas : en croisant un mâle et une femelle, on n’obtient ni un hermaphrodite ni une transsexuelle mais, dans la quasi-totalité des cas, un mâle ou une femelle. La connaissance du vivant n’a pas à se soumettre au choix politique entre droite conservatrice, qui exagère toujours le poids du donné, et gauche révolutionnaire, qui croit tout transformable. Il est temps de passer outre ces réponses simplistes à des questions infiniment difficiles, car si nous continuons à ignorer et à maltraiter le monde, nous risquons de compromettre nos chances de survie. L’antagonisme entre nature et culture est intenable. L’être humain est un animal pas comme les autres : pas facile d’accepter vraiment les deux parties de cette phrase en même temps ! Comme l’on ne disposera jamais d’un discours unique, capable de rendre compte de sa complexité, au lieu de se cantonner dans le sectarisme et le dogmatisme qui conduisent à la cécité réciproque, nous avons tout intérêt à partager nos différents savoirs. Ceux d’entre nous qui gagnent leur vie par la pensée devraient donner l’exemple en matière de modestie et de curiosité. Nancy Huston et Michel Raymond
« Quand j’avais 14 ans, mes parents m’ont kidnappée et emmenée au Pakistan où j’ai dû vivre un an et demi.» Confidence de la cinéaste Iram Haq. Elle vivait en Norvège et mariait sans difficultés la chaleureuse, gourmande, joyeuse culture familiale et la modernité sympathique, un peu brute de ses camarades d’école. Jusqu’à l’adolescence. Premiers troubles sensuels, premiers flirts, premières cachotteries… la routine qu’on a tous pratiquée. Sauf qu’avec un père et une mère fortement imprégnés du «déshonneur», la désobéissance d’une fille se paie cher. Ce film est à la fois un thriller et le portrait d’un écartèlement. On ne quitte pas le cerveau de la jeune Nisha -en réalité l’auteur du film. On vit d’abord avec elle dans cette Norvège avant-gardiste, accueillante envers d’autres cultures mais intraitable sur l’égalité homme-femme et la liberté de choix. Les assistantes sociales, rodées à la question, se doutent que quelque chose ne tourne pas rond dans la famille de Nisha… Mais celle-ci ne veut pas trahir ses parents, ne veut pas les faire apparaitre rétrogrades, pas trahir leur autorité, donc leur dignité… Jamais on n’a si bien donné à ressentir ce déchirement. Ensuite, la gamine se retrouve contre son gré dans sa famille pakistanaise et il lui est impossible de nier ce qu’elle est profondément. Nouveaux drames… On ressort de la salle bouleversé, complètement déboussolé. Non seulement c’est formidablement bien filmé, bien joué, vif, naturel, intense, mais ce film prenant pose des questions complexes et terrifiantes. Comment un père peut-il être fou de sa fille… et la maltraiter pareillement ? La réalisatrice avoue n’avoir presque plus revu ses parents pendant 26 ans. Et en découvrant ce qu’elle a vécu, on la comprend. Ca n’est que lorsque son père, en fin de vie, l’a contactée qu’ils ont renoué : «Il m’a demandé pardon, je ne m’y attendais pas du tout!» Le savoir réconcilie le spectateur avec ce personnage qu’on a envie d’étrangler. Rien n’est simple… Paris Match
La réalisatrice signe un film magnifique que l’on devine personnel : l’histoire de cette gamine, kidnappée par ses propres parents, et emmenée au Pakistan pour laver ce qu’ils considèrent comme une souillure, fut la sienne : on le sent dans chaque humiliation subie par l’héroïne, chaque ­obstacle qui l’empêche de devenir la femme libre qu’elle voudrait être. Plusieurs moments épouvantent : des policiers pakistanais ripoux forçant Nisha à se déshabiller pour avoir embrassé un jeune homme ou son père prêt à la précipiter dans le vide, plutôt que de subir une « honte » supplémentaire. Ce film est un vibrant appel à la survie. Télérama
Je vous demande de ne rien céder, dans ces temps troublés que nous vivons, de votre amour pour l’Europe. Je vous le dis avec beaucoup de gravité. Beaucoup la détestent, mais ils la détestent depuis longtemps et vous les voyez monter, comme une lèpre, un peu partout en Europe, dans des pays où nous pensions que c’était impossible de la voir réapparaître. Et des amis voisins, ils disent le pire et nous nous y habituons. Emmanuel Macron
On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. Emmanuel Macron
Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux. (…) « Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions. (…) Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. (…) En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même. (…) Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. (…) Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. (…) Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés. (…) Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes. (…) Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. François Héran
Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. François Héran (Collège de France)
Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. [Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline »] sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres (…) Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique. (…) On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… (…) Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir. (…) Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte ! (…) La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert. Yves Pascouau
Ce n’est pas une crise. Une crise, c’est un moment aigu dans des circonstances particulières. Ce à quoi nous assistons n’est, au contraire, que la poursuite d’une tendance de fond qui s’est amplifiée ces dernières années avec les migrations africaines et asiatiques notamment. Cette pression migratoire accrue n’est pas un accident, c’est un problème chronique structurel, un phénomène fondamental qui va troubler l’horizon européen pendant des décennies, bien au-delà de la question ponctuelle de tel ou tel bateau de migrants qui ne trouve pas de port d’accueil. Il faut regarder les choses en face : l’Europe représente un havre de paix, de prospérité et de protection sociale unique au monde, alors brite que 7% de la population mondiale. Nous ne sommes qu’un demi-milliard d’habitants et nous avons beaucoup plus que les autres. Marcel Gauchet
Les musulmans sont, de loin, ceux qui expriment le plus faible sentiment national. Plus la foi de ces jeunes est affirmée, plus leur adhésion à l’Etat est faible (…) seulement 30,7% des collégiens musulmans disent se sentir français, alors que leurs camarades catholiques répondent oui à 76,8%. L’Express
Il faut préciser que nous avons tout fait pour cela. Nous avons cassé tous les lieux où s’opérait le mixage social. Le rapport parle du service militaire, qui n’était d’ailleurs plus depuis longtemps le principal lieu de brassage : tous les jeunes des classes supérieures partaient en coopération et ne moisissaient plus dans les casernes. Mais plus encore : sous prétexte de principe de précaution, on a rendu le scoutisme carrément impraticable – or c’était un lieu suprême pour le brassage social. Il en va de même pour les écoles libres : en leur imposant cette limite non-écrite mais réelle des 20%, on en fait des écoles d’élite, alors que si elles pouvaient se développer elles seraient davantage des lieux d’éducation pour ceux qui en manquent. Car le problème aigu, c’est la place qu’a pris l’éducation dans la vie sociale. Ce qui importe est moins à présent de savoir que de savoir-être. On va embaucher un jeune moins en raison de son diplôme que parce qu’il sera arrivé à l’heure au rendez-vous et sans chewing-gum dans la bouche. Et cela ne s’apprend que dans la famille, ou bien dans une troupe scoute, ou bien dans certaines écoles plus attentives que d’autres… Il faut bien convenir que nos gouvernements ont tout fait pour déconsidérer tous ces lieux éducatifs et jeter sur eux la dérision. Evidemment E.Macron est le représentant typique de cette classe supérieure désormais détachée du peuple. Pour être élu il lui a fallu déborder largement cette couche sociale, qui demeure très restreinte. Mais il en demeure le prisonnier typique : apparemment il ignore que les autres classes existent, et ne les a jamais rencontrées. C’est inquiétant. Le « séparatisme social » qui s’est développé en France dans les catégories les plus favorisées a progressivement engendré un recul du sentiment d’appartenance à la communauté nationale. Et si le populisme pouvait être un outil qui, dosé avec une juste mesure, permettrait de renouer ce lien social perdu ? N’est-ce pas, dans un certaine mesure, ce qu’essaye de faire Emmanuel Macron avec le service civil pour renforcer la cohésion nationale ? Chantal Delsol
L’importance des réactions suscitées par le rapport Kepel révèle en filigrane le malaise de la société française face au surgissement d’une société multiculturelle encore impensée. Il faut dire que, en la matière, nous nous sommes beaucoup menti. Convaincus de la supériorité du modèle républicain, en comparaison du modèle communautariste anglo-saxon, nous nous sommes longtemps bercés d’illusions sur la capacité de la République à poursuivre, comme c’était le cas par le passé, « l’assimilation républicaine ». La réalité est que, depuis la fin des années 1970, ce modèle assimilationniste a été abandonné quand l’immigration a changé de nature en devenant familiale et extra-européenne (pour beaucoup originaire de pays musulmans). Alors que l’on continuait à s’enorgueillir du niveau des mariages mixtes, les pratiques d’évitement explosaient. Aujourd’hui, le séparatisme culturel est la norme. Il ne s’agit pas seulement d’un séparatisme social mais d’abord d’un séparatisme culturel. Pire, il frappe au coeur des classes populaires. Désormais, les classes populaires d’origine étrangère et d’origine française et d’immigration ancienne ne vivent plus sur les mêmes territoires. Les stratégies résidentielles ou scolaires concernent une majorité de Français, tous cherchent à ériger des frontières culturelles invisibles. Dans ce contexte, la fable des mariages mixtes ne convainc plus grand monde et ce d’autant plus que les chiffres les plus récents indiquent un renforcement de l’endogamie et singulièrement de l’homogamie religieuse. La promesse républicaine qui voulait que « l’autre », avec le temps, se fondît dans un même ensemble culturel, a vécu. Dans une société multiculturelle, « l’autre » reste « l’autre ». Cela ne veut pas dire « l’ennemi » ou « l’étranger », cela signifie que sur un territoire donné l’environnement culturel des gens peut changer et que l’on peut devenir culturellement minoritaire. C’est ce constat, pour partie occulté, qui explique la montée des partis populistes dans l’ensemble des pays européens. Si le rapport Kepel est « dérangeant », c’est d’abord parce qu’il nous parle d’un malaise identitaire qui touche désormais une majorité de Français. A ce titre, il faut relever l’importance de cette question pour l’ensemble des classes populaires d’origine française ou étrangère. C’est dans ce contexte qu’il faut lire la montée de l’abstention et de la défiance pour les grands partis aussi bien en banlieue que dans les espaces périurbains, ruraux et industriels. Si un islam identitaire travaille les banlieues, l’adhésion pour les thèses frontistes d’une part majoritaire des classes populaires de la France périphérique souligne que la question sociale est désormais inséparable de la question culturelle. Christophe Guilluy
Le sujet n’a pas été abordé pendant la campagne présidentielle, pas davantage que les enjeux, plus larges, du «commun», de ce que c’est aujourd’hui qu’être Français, des frontières du pays, de notre «identité nationale». Et que cette occultation n’a pas fait disparaître cet enjeu fondamental pour nos concitoyens, contrairement à ce qu’ont voulu croire certains observateurs ou certains responsables politiques. (…) il y a la crainte d’aborder des enjeux tels que l’immigration ou la place de la religion dans la société par exemple. Crainte de «faire le jeu du FN» dans le langage politique de ces 20 dernières années suivant un syllogisme impeccable: le FN est le seul parti qui parle de l’immigration dans le débat public, le FN explique que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale», donc parler de l’immigration, c’est dire que «l’immigration est une menace pour l’identité nationale»! La seule forme acceptable d’aborder le sujet étant de «lutter contre le FN» en expliquant que «l’immigration est une chance pour la France» et non une menace. Ce qui interdit tout débat raisonnable et raisonné sur le sujet. Enfin, les partis et responsables politiques qui avaient prévu d’aborder la question ont été éliminés ou dans l’incapacité concrète de le faire: songeons ici à Manuel Valls et François Fillon. Et notons que le FN lui-même n’a pas joué son rôle pendant la campagne, en mettant de côté cette thématique de campagne pour se concentrer sur le souverainisme économique, notamment avec la proposition de sortie de l’euro. Tout ceci a déséquilibré le jeu politique et la campagne, et n’a pas réussi au FN d’ailleurs qui s’est coupé d’une partie de son électorat potentiel. (…) L’opinion majoritairement négative de l’islam de la part de nos compatriotes vient de l’accumulation de plusieurs éléments. Le premier, ce sont les attentats depuis le début 2015, à la fois sur le sol national et de manière plus générale. Les terroristes qui tuent au nom de l’islam comme la guerre en Syrie et en Irak ou les actions des groupes djihadistes en Afrique font de l’ensemble de l’islam une religion plus inquiétante que les autres. Même si nos compatriotes font la part des choses et distinguent bien malgré ce climat islamisme et islam. On n’a pas constaté une multiplication des actes antimusulmans depuis 2015 et les musulmans tués dans des attaques terroristes depuis cette date l’ont été par les islamistes. Un deuxième élément, qui date d’avant les attentats et s’enracine plus profondément dans la société, tient à la visibilité plus marquée de l’islam dans le paysage social et politique français, comme ailleurs en Europe. En raison essentiellement de la radicalisation religieuse (pratiques alimentaires et vestimentaires, prières, fêtes, ramadan…) d’une partie des musulmans qui vivent dans les sociétés européennes – l’enquête réalisée par l’Institut Montaigne l’avait bien montré. Enfin, troisième élément de crispation, de nombreuses controverses de nature très différentes mais toutes concernant la pratique visible de l’islam ont défrayé la chronique ces dernières années, faisant l’objet de manipulations politiques tant de la part de ceux qui veulent mettre en accusation l’islam, que d’islamistes ou de partisans de l’islam politique qui les transforment en combat pour leur cause. On peut citer la question des menus dans les cantines, celle du fait religieux en entreprise, le port du voile ou celui du burkini, la question des prières de rue, celle de la présence de partis islamistes lors des élections, les controverses sur le harcèlement et les agressions sexuelles de femmes lors d’événements ou dans des quartiers où sont concentrées des populations musulmanes, etc. (…) Aujourd’hui, cette défiance s’étend à de multiples sujets, notamment aux enjeux sur l’identité commune et à l’immigration. Et, de ce point de vue, l’occultation de ces enjeux à laquelle on a pu assister pendant ces derniers mois, pendant la campagne dont cela aurait dû être un des points essentiels, est une très mauvaise nouvelle. Cela va encore renforcer cette défiance aux yeux de nos concitoyens car non seulement les responsables politiques ne peuvent ou ne veulent plus agir sur l’économie mais en plus ils tournent la tête dès lors qu’il s’agit d’immigration ou de définition d’une identité commune pour le pays et ses citoyens. Laurent Bouvet
Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion. Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates. (…) Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc. Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires. La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif. (…) Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties. Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte. Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines. (…) Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières. Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent. (…) Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple. On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire. (…) Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun. (…) Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine. Laurent Bouvet
Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse. Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré. Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie. Arnaud Benedetti
La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. (…) La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.). Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants. Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques. L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. (…) Les organisations féministes ont fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. (…)  Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause. (…)  L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique. (…) Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs. (…)  En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer. (…)  Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés? (…) on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux? Alexis Carré
Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain. (…) La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse. Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». (…)  Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien. (…) Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes. Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela. Causeur
Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières. Mme Monéger-Guyomarc’h
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre. Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires. (…) La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations. Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu. (…) La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ». Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur. (…) Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Le Monde
Nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel. Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort. (…) Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité. Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame. (…) Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine. (…) les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement. (…) L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre. Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France. Thibault de Montbrial
Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture. Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D. Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants. A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement. Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers. Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. (…) Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier. Le Parisien

Cachez cette race que je ne saurai voir !

Quartier « sensible », envoi de renforts policiers suite à un blessé par kalachnikov la semaine précédente, infraction routière,  contrôle de police, refus d’obtempérer d’un jeune conducteur d’origine (nord-)africaine, mandat d’arrêt (pour trafic de stupéfiants), multirécidiviste (vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs), tir apparemment accidentel du policier, décès du conducteur, nuits d’émeutes …

Au lendemain d’une « bavure » semblable à tant de « bavures » policières américaines

Où une France pourtant si prompte à crier au racisme et à la brutalité policière quand il s’agit des Etats-Unis

Mais qui, à l’exception toute récente des victimes des forces de l’ordre, interdit (statistiques ethniques) ou cache ses chiffres (homicides des DOMTOM) …

N’a évoqué à cette occasion ni l’une ou l’autre de ces deux accusations …

Et où à l’instar de la diversité d’une équipe nationale de football réduite à quatre joueurs d’origine non-africaine …

Entre séparatisme choisi (des élites) et séparatisme contraint (des autres, juifs compris) …

La « mixité ethnique » (pardon:  » sociale ») tant louée de nos belles âmes ressemble de plus en plus la fable qu’elle a probablement toujours été …

Et où en une Europe sous le coup d’une assimilation toujours plus illusoire de deux millions de migrants illégaux en deux ans …

Sans compter les autres millions qui ne vont manquer de s’amasser de l’autre côté de la Méditerranée …

La crise migratoire est si vite passée aux pertes et profits

Devinez quel mot infâme contre « cette nouvelle lèpre qui monte »

Nos valeureux parlementaires vont enfin bouter définitivement et contre toute évidence hors de notre constitution ?

LREM déchire la « race »: un vote dangereux et inutile
En pleine racialisation de la société française, la mesure interroge…
Stanislas François
Causeur
4 juillet 2018

Les députés (LREM, principalement) ont voté pour la disparition du mot « race » de la Constitution. En pleine racialisation de l’Etat et de la société française, la mesure interroge…

Le gouvernement a déposé, le mercredi 9 mai 2018, le projet de loi constitutionnelle pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace. Pêle-mêle, ce projet prévoit la création d’une chambre de la société civile en remplacement du Conseil économique, social et environnemental, la réduction du nombre de parlementaires, la suppression de la Cour de justice de la République, la création d’incompatibilités entre les fonctions ministérielles et l’exercice de certaines responsabilités locales, la simplification de la procédure législative ou encore l’inscription de la Corse dans la Constitution. Conformément à la procédure de révision de la Constitution, le Conseil d’Etat a donné un avis sur le projet de loi constitutionnelle le 3 mai dernier.

Le tour de passe-race des députés

Une mesure symbolique de cette réforme ne figure toutefois pas dans le projet déposé : la suppression du mot « race » de l’article 1er de la Constitution. Elle est issue d’un amendement parlementaire ajouté pendant les discussions sur le projet. Mercredi 27 juin, les députés ont donc décidé que le mot « race » serait ôté de l’article 1 de la Constitution, qui disposerait désormais que « la France assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion ». La mesure a été votée à l’unanimité en commission à l’Assemblée nationale, le 27 juin, et devrait, selon toute logique, être adoptée le 10 juillet prochain.

Ajouter des mesures à un texte dans le cadre des discussions parlementaires comporte un avantage considérable, cela permet d’éviter opportunément l’avis du Conseil d’Etat (qui ne peut porter que sur le projet présenté par le gouvernement) au cas où le Conseil mettrait en lumière les incohérences juridiques de tels ajouts. Et il y a effectivement lieu à discuter de la nécessité tant juridique que symbolique de cette mesure.

La suppression du mot « race » de la Constitution, c’est un peu comme le droit de vote des étrangers, cela fait des années qu’on en entend parler mais cela n’a jamais abouti. Promesse de campagne de François Hollande finalement abandonnée, cette mesure a été relancée par des députés LREM qui considèrent que le terme de « race » ne serait plus adapté à une société démocratique du XXIe siècle, qu’il rend la Constitution symboliquement violente, mal comprise (on se demande bien par qui) et infondée. Vraiment ? A y regarder de plus près, cette mesure apparaît pourtant aussi inutile que dangereuse.

La Constitution n’a pas le monopole de la « race »

Inutile car la Constitution n’est pas le seul texte qui interdit la distinction fondée sur la race. L’article 2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, l’article 14 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’article 21 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne adoptée en 2000 prohibent toute distinction fondée sur la « race ». Supprimez le mot « race », il demeurera malgré tout en vigueur au sommet de l’ordonnancement juridique. Les tribunaux français sont les juges de droit commun du droit international, en particulier de celui de l’Union européenne, rien ne les empêchera de se fonder sur ces textes, quand bien même le mot « race » aurait été expurgé de la Constitution.

A lire aussi: Niquez vos (prétendues) races !

Aussi, pour que la suppression du mot « race » soit effective, outre la suppression des textes de droit international, il conviendrait de procéder à une réécriture complète du code pénal dans lequel il figure toujours. Se borner à le supprimer de la seule Constitution, cela ne sert strictement à rien.

Si elle part d’un bon sentiment, cette démarche trahit une méconnaissance de l’histoire constitutionnelle de la France. L’introduction du terme « race » dans la Constitution en 1946, confirmée en 1958 n’a jamais eu pour objet ou pour effet d’exprimer une pensée raciste. Bien au contraire, il s’agissait, après l’horreur du nazisme, de nommer clairement son ennemi afin de mieux le combattre. La volonté de prohiber toute distinction de race s’inscrit dans la droite ligne de la Déclaration des droits de l’homme de 1789, selon laquelle les distinctions ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Vouloir supprimer le mot « race » en considérant d’une part qu’il affirme l’existence des races et d’autre part qu’il permet de valider le racisme, c’est manifestement ne rien comprendre à son utilité dans le texte suprême.

La sacralisation du racialisme

Supprimer le mot « race » est en plus dangereux. Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race », c’est-à-dire la suppression du principe selon lequel on ne distingue plus selon la race. C’est extrêmement préoccupant à une époque où justement les distinctions raciales à l’anglo-saxonne deviennent de plus en plus présentes.

Depuis 1998, on se gargarise bêtement devant une France prétendument « black, blanc, beur », la diversité est promue au rang de dogme et chacun est renvoyé à sa race. Le président de la République lui-même (ainsi que la ministre de la Culture et la présidente de France Télévisions) regrette la surreprésentation des « mâles blancs » et invite à l’Elysée un artiste s’affichant ostensiblement « noir et pédé ». En 2016, sous le slogan « les compétences d’abord », le gouvernement, en se chargeant de véhiculer des stéréotypes, prétendait lutter contre les discriminations à l’embauche par une campagne d’affichage dans laquelle chaque affiche fusionnait les visages d’un candidat blanc et d’un candidat de couleur : au visage blanc était associée une réponse positive de recruteur, au visage de couleur, une réponse négative. Il était insinué que les seuls blancs étaient favorisés et qu’ils devaient être nécessairement culpabilisés pour cela.

Du sommet de l’Etat jusqu’à la base, la société se racialise, le travail de sape du modèle français républicain est à l’œuvre et on glisse dangereusement vers une américanisation de la pensée (mais qu’importe après tout, pour notre chef de l’Etat, la culture française n’existerait pas).

Vouloir supprimer le mot « race », c’est vouloir supprimer l’expression qui lui est associée à savoir « sans distinction de race ». Sans distinction de race, nous pouvons justifier toutes les revendications farfelues, à commencer par les fameux ateliers racisés en non mixité qui sont particulièrement à la mode. Sans distinction de race, on banalise les discours effrayants comme celui tenu à l’occasion de la scène surréaliste survenue dans l’émission « Arrêt sur images », ce week-end, dans laquelle l’homme qui prétendait ne pas en être un regrettait aussi d’être considéré comme « blanc ». Comme s’il ne pouvait exister de débat sans composition raciale.

La Constitution n’est pas un tract 

Comme l’a très justement écrit l’essayiste Mathieu Bock-Côté : « Que pensent les députés qui se sont ralliés à cet amendement de cette effrayante racialisation des appartenances ? »

Certains défenseurs de cette suppression considèrent que c’est parce que les races n’existent pas que le mot doit disparaître. Soit, mais si la Constitution ne devait comporter que des notions qui existent, pourquoi ne supprimerions-nous pas celle qui donne au gouvernement le pouvoir de « déterminer et de conduire la politique de la nation » ? Pour beaucoup d’adeptes de la déconstruction du roman national, il n’existe pas de nation française et nous serions face à une fiction juridique. Mais peut-être devrions-nous aussi supprimer la référence à la parité au motif que pour certains la distinction homme-femme n’a aucune consistance et qu’ils ne s’y retrouvent pas ?

Tout cela n’a aucun sens. La Constitution n’est pas un essai biologique. C’est un texte de droit.

Voir aussi:

Bock-Côté : «La France fait un pas de plus vers le politiquement correct à l’américaine»
Alexandre Devecchio
Le Figaro
31/07/2017

ENTRETIEN – Mathieu Bock-Côté voit dans un amendement adopté mardi dernier par l’Assemblée une étape supplémentaire vers un multiculturalisme d’inspiration nord-américaine funeste pour la liberté d’expression. Il nous met en garde contre une « dérive orwellienne » qu’il constate déjà dans son propre pays.

C’est le plus Français des intellectuels québécois. Mathieu Bock-Côté scrute avec un mélange d’admiration et de crainte notre pays. Et s’interroge sur son devenir. La France va-t-elle conserver sa culture du débat? Rester la patrie des paroles et des idées dissidentes? Ou va-t-elle se soumettre à ce que le sociologue appelle le «nouveau régime diversitaire». Nouveau régime marqué par un politiquement correct tatillon qui, selon lui, imposerait une police du langage et de la pensée.

LE FIGARO – Les députés LREM ont voté un amendement à l’article 1 du projet de loi de moralisation de la vie politique prévoyant une «peine complémentaire obligatoire d’inéligibilité» en cas de manquement à la probité. La probité impliquerait «les faits de discrimination, injure ou diffamation publique, provocation à la haine raciale, sexiste ou à raison de l’orientation sexuelle» précise l’amendement. Que cela vous inspire-t-il?

Mathieu BOCK-CÔTÉ – Vous me permettrez et me pardonnerez d’être franc: j’en suis effaré. Et je pèse mes mots. Évidemment, tout le monde s’entend pour condamner le racisme, le sexisme ou l’homophobie. J’ajouterais que nos sociétés sont particulièrement tolérantes et ont beaucoup moins de choses à se reprocher qu’on veut bien le croire. Mais le problème apparait rapidement: c’est celui de la définition. À quoi réfèrent ces concepts? Nous sommes devant une tentative peut-être sans précédent d’exclure non seulement du champ de la légitimité politique, mais même de la simple légalité, des discours et des idées entrant en contradiction avec l’idéologie dominante. Il faut inscrire cet amendement dans un contexte plus large pour comprendre sa signification: nous sommes devant une offensive idéologique bien plus brutale qu’il n’y paraît.

Prenons l’exemple du racisme. On a vu à quel point, depuis quelques années, on a amalgamé le racisme et la défense de la nation. Pour la gauche diversitaire et ceux qui se soumettent à ses prescriptions idéologiques, un patriotisme historique et enraciné n’était rien d’autre qu’une forme de racisme maquillé et sophistiqué. Ceux qui voulaient contenir l’immigration massive étaient accusés de racisme. Ceux qui affirmaient qu’il y avait un lien entre l’immigration et l’insécurité étaient aussi accusés de racisme. De même pour ceux qui confessaient l’angoisse d’une dissolution de la patrie. Cette assimilation du souci de l’identité nationale à une forme de racisme est une des tendances lourdes de l’histoire idéologique des dernières décennies. On l’aura compris, on accuse de racisme ceux qui ne se plient pas à l’idéologie diversitaire. Quelle sort sera réservé à ceux qui avouent, de manière articulée ou maladroite, de telles inquiétudes?

Prenons l’exemple du débat sur le mariage pour tous aussi. Il ne s’agit pas de revenir sur le fond du débat mais sur la manière dont il a été mené. Pour une partie importante des partisans du mariage homosexuel, ceux qui s’y opposaient, fondamentalement, étaient homophobes. Ils n’imaginaient pas d’autres motifs à leur engagement. Comme toujours, chez les progressistes, il y a les intolérants et les vertueux. Deux philosophies ne s’affrontaient pas: il y a avait d’un côté l’ombre, et de l’autre la lumière. Doit-on comprendre que dans l’esprit de nos nouveaux croisés de la vertu idéologique, ceux qui ont défilé avec la Manif pour tous devraient être frappés d’inéligibilité? Posons la question autrement: faudra-t-il simplement proscrire juridiquement le conservatisme moral et social de la vie politique?

Prenons aussi le cas de la théorie du genre et de ses dérivés, comme l’idéologie transgenre, qui prétend abolir la référence au masculin et au féminin dans la vie publique, et qui émerge un peu partout dans le monde occidental. C’est pour plier à ses injonctions, par exemple, que le métro de Londres cessera de dire Ladies and Gentleman pour se tourner vers un fade «hello everyone». Celui qui s’oppose frontalement – ou même subtilement – à cette idéologie peut être accusé à n’importe que moment de sexisme ou de transphobie, comme c’est déjà le cas en Amérique du nord. Faudra-t-il aussi interdire la vie politique à ceux qui en seront un jour reconnus coupables? Faudra-t-il criminaliser tôt ou tard ceux qui continuent de croire que la nature humaine est sexuée?

Ce n’est pas d’hier qu’on assiste à une pathologisation du conservatisme, réduit à une série de phobies ou de passions mauvaises. Il est depuis longtemps frappé d’un soupçon d’illégitimité. Il y a une forme de fondamentalisme de la modernité qui ne tolère pas tout ce qui relève de l’imaginaire de la finitude et de l’altérité. Ce n’est pas d’hier non plus qu’on assiste à sa diabolisation: on le présente comme une force régressive contenant le mouvement naturel de la modernité vers l’émancipation. D’une certaine manière, maintenant, on entend le pénaliser. On l’exclura pour de bon de la cité. C’est une forme d’ostracisme postmoderne. Disons l’essentiel: cet amendement crée un climat d’intimidation idéologique grave, il marque une étape de plus dans l’étouffement idéologique du débat public. Et ne doutons pas du zèle des lobbies victimaires qui patrouillent l’espace public pour distribuer des contraventions idéologiques. On me dira que l’amendement ne va pas jusque-là: je répondrai qu’il va dans cette direction.

À mon avis, derrière cet amendement, il y a la grande peur idéologique des progressistes ces dernières années. Ils croyaient avoir perdu la bataille des idées. Ils croyaient la France submergée par une vague conservatrice réactionnaire qu’ils assimilaient justement à une montée du racisme, de la xénophobie, du sexisme et de l’homophobie. Ils se sont dit: plus jamais ça. Ils veulent reprendre le contrôle du débat public en traduisant dans le langage de l’intolérance la philosophie qui contredit la leur. Il s’agit désormais de verrouiller juridiquement l’espace public contre les mal-pensants.

LE FIGARO. – En France, le racisme n’est pas une opinion, mais un délit…

Mathieu BOCK-COTÉ. – Ce qu’il faut savoir, c’est que la sociologie antiraciste ne cesse d’étendre sa définition du racisme. Elle instrumentalise le concept noble de l’antiracisme à des fins qui ne le sont pas.

J’en donne deux exemples.

Pour elle, ou du moins, ceux qui s’opposent à la discrimination positive se rendraient coupables, sans nécessairement s’en rendre compte, de racisme universaliste, qui écraserait la différence et la diversité. Traduisons: le républicanisme est raciste sans le savoir, et ceux qui la soutiennent endossent, sans nécessairement s’en rendre compte, toutefois, un système raciste. Ils participeraient à la perpétuation d’une forme de racisme systémique.

Inversement, ceux qui soutiendraient qu’une communauté culturelle ou une religion particulière s’intègre moins bien que d’autres à la nation seront accusés de racisme différentialiste car ils essentialiseraient ainsi les communautés et hiérarchiseraient implicitement ou explicitement entre les différentes cultures et civilisation. Ainsi, une analyse sur la question ne sera pas jugée selon sa pertinence, mais disqualifiée parce qu’elle est à l’avance assimilée au racisme.

Je note, soit dit en passant, que les seuls militants décomplexés en faveur de la ségrégation raciale se retrouvent dans l’extrême-gauche anticoloniale, qui la réhabilite dans sa défense des espaces non-mixtes, comme si elle devenait légitime lorsqu’elle concerne les minorités victimaires. Mais ce racisme, apparemment, est respectable et trouve à gauche ses défenseurs militants …

Nous avons assisté, en quelques décennies, à une extension exceptionnelle du domaine du racisme: il faut le faire refluer et cesser les amalgames. En gros, soit vous êtes favorable au multiculturalisme dans une de ses variantes, soit vous êtes raciste. Multiculturalisme ou barbarie? On nous permettra de refuser cette alternative. Et de la refuser vigoureusement.

Il y a aujourd’hui une tâche d’hygiène mentale: il faut définir tous ces mots qui occupent une place immense dans la vie publique et surtout, savoir résister à ceux qui les utilisent pour faire régner un nouvel ordre moral dont ils se veulent les gardiens passionnés et policiers. Il faut se méfier de ceux qui traquent les arrière-pensées et qui surtout, rêvent de vous inculper pour crime-pensée.

LE FIGARO. – Cela rappelle-t-il le politiquement correct nord-américain? En quoi?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le politiquement correct n’est plus une spécificité nord-américaine depuis longtemps. Mais pour peu qu’on le définisse comme un dispositif inhibiteur qui sert à proscrire socialement la critique de l’idéologie diversitaire, on constatera qu’il s’impose à la manière d’un nouvel ordre moral, et qu’on trouve à son service bien des fanatiques. Ils se comportent comme des policiers du langage: ils traquent les mots qui témoigneraient d’une persistance de l’ancien monde, d’avant la révélation diversitaire. Ceux qui n’embrassent pas l’idéologie diversitaire doivent savoir qu’il y aura un fort prix à payer pour entrer en dissidence. On les traitera comme des proscrits, comme des parias. On leur collera une sale étiquette dont ils ne pourront plus se départir. Populiste, réactionnaire, extrême-droite: les termes sont nombreux pour désigner à la vindicte publique une personnalité insoumise au nouvel ordre moral. Dès lors, celui qui se présente dans la vie publique avec cette étiquette est disqualifié à l’avance: il s’agit d’une mise en garde adressée à l’ensemble de ses concitoyens pour leur rappeler de se méfier ce se personnage. C’est un infréquentable: on ne l’invitera, à la rigueur, que pour servir de repoussoir. On lui donnera la parole peut-être mais ce sera pour dire qu’il dissimule ses vraies pensées en multipliant les ruses de langage. Alors nos contemporains se taisent. Ils comprennent que s’ils veulent faire carrière dans l’université, dans les médias ou en politique, ils ont intérêt à se taire et à faire les bonnes prières publiques et à ne pas aborder certaines questions. La diversité est une richesse, et ceux qui bémoliseront cette affirmation n’auront tout simplement plus droit de cité. En France, le politiquement correct a pour fonction de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas globalement ce qu’on pourrait appeler la société néo-soixante huitarde. Avec cet amendement, le pays fait un pas de plus vers le politiquement correct en le codifiant juridiquement, ou si on préfère, en le judiciarisant: désormais, il modèlera explicitement le droit.

La liberté d’expression est pourtant un droit sacré aux États-Unis protégé par la constitution? Qu’en est-il au Canada?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Nous sommes à front renversé. Pour le dire rapidement, la liberté d’expression est juridiquement bien balisée chez nous mais la vie publique est écrasée par une forme de consensus idéologique diversitaire qui rend impossible des débats semblables à ceux qu’on trouve en France. Autrement dit, le contrôle de la parole dissidente s’exerce chez nous moins par le droit que par le contrôle social. Un politicien qui, clairement, s’opposerait au multiculturalisme, par ailleurs inscrit dans la constitution canadienne, verrait sa carrière exploser. On a le droit de dire bien des choses, mais personne ne dit rien – il faut néanmoins tenir compte de l’exception québécoise, où la parole publique est plus libre, du moins en ce qui concerne la question identitaire. Je note, cela dit, que ces dernières années, on a assisté à des tentatives pour judiciariser le politiquement correct. Inversement, en France, la liberté d’expression est soumise à mille contraintes qui me semblent insensées mais la culture du débat demeure vive, ce qui n’est pas surprenant dans la mesure où elle est inscrite dans l’histoire du pays et dans la psychologie collective.

Comment ce «politiquement correct» est-il né? Quels sont les conséquences sur le débat public?

Mathieu BOCK-COTÉ. – C’est un des résultats de la mutation de la gauche radicale engagée dans la suite des Radical Sixties. Il s’institutionnalisera vraiment dans les années 1980, dans l’université américaine. On connait l’histoire de la conversion de la gauche radicale, passée du socialisme au multiculturalisme et des enjeux économiques aux enjeux sociétaux. La lutte des classes s’effaçait devant la guerre culturelle, et la bataille pour la maîtrise du langage deviendra vitale, ce qui n’est pas surprenant pour peu qu’on se souvienne des réflexions d’Orwell sur la novlangue. Celui qui maîtrise le langage maîtrisera la conscience collective et certains sentiments deviendront tout simplement inexprimables à force d’être censurés.

Mais revenons à l’histoire du politiquement correct: dans les universités nord-américaines, on a voulu s’ouvrir aux paroles minoritaires, ce qui impliquait, dans l’esprit de la gauche radicale, de déboulonner les grandes figures de la civilisation occidentale, rassemblées dans la détestable catégorie des hommes blancs morts. Autrement dit, la culture n’était plus la culture, mais un savoir assurant l’hégémonie des dominants sur les dominés: on a voulu constituer des contre-savoirs idéologiques propre aux groupes dominés ou marginalisés. C’est une logique bien bourdieusienne. Les humanités ont été le terrain inaugural de cette bataille. Ce serait maintenant le tour historique des minorités (et plus exactement, de ceux qui prétendent parler en leur nom, cette nuance est essentielle) et ce sont elles qui devraient définir, à partir de leur ressenti, les frontières du dicible dans la vie publique. Ce sont elles qui devraient définir ce qu’elles perçoivent comme du «racisme», du «sexisme», de «l’homophobie». Et on devrait tous se soumettre à cette nouvelle morale. On invite même le «majoritaire» à se taire au nom de la décence élémentaire. On demeure ici dans la logique du postmarxisme: les nouvelles minorités identitaires sorties des marges de la civilisation occidentales sont censées incarner un nouveau sujet révolutionnaire diversifié.

Mais on a oublié qu’il peut y avoir un intégrisme victimaire et un fanatisme minoritaire, qui a versé dans la haine décomplexée de l’homme blanc, jugé salaud universel de l’histoire du monde. La société occidentale est soumise à un procès idéologique qui jamais, ne s’arrête. Je vous le disais tout juste: ces notions ne cessent de s’étendre et tout ce qui relève de la société d’avant la révélation diversitaire finira dans les déchets du monde d’hier, dont il ne doit plus rester de traces. Et il est de plus en plus difficile de tenir tête à ce délire. À tout le moins, cela exigera beaucoup de courage civique.

Et en ce moment, l’université nord-américaine, qui demeure la fabrique institutionnelle du politiquement correct, est rendue très loin dans ce délire: on connait le concept de l’appropriation culturelle qui consiste à proscrire les croisements culturels dans la mesure où ils permettraient à l’homme blanc de piller les symboles culturels des minorités-victimes. On chantait hier le métissage, on vante désormais l’intégrité ethnique des minorités victimaires. On veut aussi y multiplier les safe spaces, qui permettent aux minorités victimaires de transformer l’université en un espace imperméabilisé contre les discours qui entrent en contradiction avec leur vision du monde. C’est sur cette base que des lobbies prétendant justement représenter les minorités-victimes en ont appelé, à plusieurs reprises, à censurer tel discours ou tel événement. Pour ces lobbies, la liberté d’expression ne mérite pas trop d’éloges car elle serait instrumentalisée au service des forces sociales dominantes. Ils n’y reconnaissent aucune valeur en soi et croient nécessaire de transgresser les exigences de la civilité libérale, qui permettaient à différentes perspectives de s’affronter pacifiquement à travers le débat démocratique. Ces lobbies sont animés par une logique de guerre civile.

Ce qui est terrible, c’est que la logique du politiquement correct contamine l’ensemble du débat public. Elle vient de l’extrême-gauche mais en vient à redéfinir plus globalement les termes du débat politique. Tous en viennent à se soumettre peu à peu à ses exigences. Le politiquement correct entraine un appauvrissement effrayant de la vie intellectuelle et politique. Les thèmes interdits se multiplient: la démocratie se vide des enjeux essentiels qui devraient être soumis à la souveraineté populaire dans la mesure où on ne veut voir derrière elle que la tyrannie de la majorité. On psychiatrise de grands pans de la population en l’accusant de mille phobies. On présente le peuple comme une masse intoxiquée par de vilains préjugés et stéréotypes: il faudrait conséquemment le rééduquer pour le purger de la part du vieux monde qui agirait encore en lui.

On trouve de plus en plus de spécialistes du procès idéologique. Ils patrouillent l’espace public à la recherche de dérapages – ce terme est parlant dans la mesure où il nous dit que la délibération publique doit se faire dans un couloir bien balisé et qu’il n’est pas permis d’en sortir.

J’ajouterais une chose: les gardiens du politiquement correct ne se contentent pas d’un ralliement modéré aux thèses qu’ils avancent: ils exigent de l’enthousiasme. Il faut manifester de manière ostentatoire son adhésion au nouveau régime diversitaire en parlant son langage. Bien des journalistes militants se posent aussi en inquisiteur: ils veulent faire avouer aux hommes politiques ou aux intellectuels leurs mauvaises pensées. Ils les testent sur le sujet du jour en cherchant la faute, en voulant provoquer la déclaration qui fera scandale. Ils veulent prouver qu’au fond d’eux-mêmes, ce sont d’horribles réactionnaires.

LE FIGARO. – Est-il le corollaire du multiculturalisme?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Le multiculturalisme est traversé par une forte tentation autoritaire – pour ne pas dire plus. Il est contesté – plus personne ne croit sérieusement qu’il dispose d’une adhésion populaire. Il doit alors faire taire ses contradicteurs. Il le fait en les diabolisant. Ceux qui rapportent les mauvaises nouvelles à son sujet sont accusés de propager la haine. Une information qui ne corrobore pas les récits lénifiants sur le vivre-ensemble sera traitée au mieux comme un fait divers ne méritant pas une attention significative, au pire comme un fait indésirable qui révélerait surtout la psychologie régressive de celui qui en témoigne. D’ailleurs, on le voit avec les poursuites à répétition contre Éric Zemmour: on pensera ce qu’on voudra de ses idées, mais ce qui est certain, c’est qu’il est poursuivi pour ce qu’on appellera des crimes idéologiques. Il ne voit pas le monde comme on voudrait qu’il le voit alors on travaille fort à le faire tomber. Et on se dit qu’une fois qu’on sera débarrassé de ce personnage, plus personne ne viendra troubler la description idyllique de la société diversitaire. On veut faire un exemple avec lui. Je note par ailleurs que Zemmour n’est pas seul dans cette situation: Georges Bensoussan et Pascal Bruckner ont aussi goûté aux charmes de la persécution juridique. J’en oublie. Il s’agissait d’odieux procès.

Mais on peut aussi vouloir aller plus loin. Au Québec, en 2008, une universitaire bien en vue proposait au gouvernement de donner à certaines autorités devant réguler la vie médiatique le pouvoir de suspendre pour un temps la publication de journaux proposant une représentation négative de la diversité.

Tout cela pour dire que le multiculturalisme, pour se maintenir, doit diaboliser et maintenant pénaliser ceux qui en font le procès.

Mais il faut voir que le multiculturalisme ne fait pas bon ménage avec la liberté d’expression, dans la mesure où la cohabitation entre différentes communautés présuppose une forme de censure généralisée où chacun s’interdit de juger des traditions et coutumes des autres. On appelle cela le vivre-ensemble: c’est une fraude grossière. On le voit quand certaines communautés veulent faire inscrire dans le droit leur conception du blasphème ou du moins, quand elles veulent obliger l’ensemble de la société à respecter leurs interdits moraux, comme on a pu le voir dans l’affaire des caricatures. Je dis certaines communautés: il faudrait parler, plus exactement, des radicaux qui prennent en otage une communauté en prétendant parler en son nom.

Le génie propre de la modernité, c’est le droit d’examiner et de remettre en question n’importe quelle croyance, sans avoir à se soumettre à ses gardiens qui voudraient nous obliger à la respecter. Ce sont les croyants qui doivent accepter que des gens ne croient pas la même chose qu’eux et se donnent le droit de moquer leurs convictions les plus profondes, sans que cette querelle ne dégénère dans la violence. On nous demande de respecter la sensibilité des uns et des autres, comme s’il existait un droit de ne pas être vexé et un droit de veto accordé à chaque communauté pour qu’elle puisse définir la manière dont on se la représente.

LE FIGARO. – Ce type de disposition peut-il être également utilisé par les islamistes pour interdire toute critique de l’islam?

Mathieu BOCK-COTÉ. – Naturellement. C’est tout le sens de la querelle de l’islamophobie: il s’agit de transformer en pathologie haineuse et socialement toxique la simple critique d’une religion ou le simple constat de sa très difficile inscription dans les paramètres politiques et culturels de la civilisation occidentale.

Les islamistes excellent dans le retournement de la logique des droits de l’homme contre le monde occidental pour faire avancer des revendications ethnoreligieuses. De la même manière, ils sauront user de ces nouvelles dispositions pour présenter comme autant de propos haineux les discours qui cherchent à contenir et refouler leur influence, notamment en critiquant la stratégie de l’exhibitionnisme identitaire fondée en bonne partie sur la promotion du voile islamique dans l’espace public. On cherchera à faire passer toute critique un tant soit peu musclée de l’islamisme pour une forme de haine raciale ou religieuse méritant sanction juridique et politique. Soit dit en passant, en 2015-2016, le Québec est passé bien près d’adopter une loi qui aurait entrainé une pénalisation de la critique des religions en général et de l’islam en particulier. Elle était portée par une institution paragouvernementale officiellement vouée à la défense et la promotion des droits de la personne. On voit à quel point aujourd’hui, cette mouvance s’est retournée contre les idéaux qu’elle prétend servir.

Mais l’islamisme n’est pas l’islam, me direz-vous? C’est vrai. Mais il devrait être permis de critiquer aussi l’islam, à la fois dans son noyau théologique et dans ses différentes variétés culturelles, tout comme il est possible de critiquer n’importe quelle autre religion. À ce que j’en sais, la critique abrasive, la moquerie, l’humour, la polémique, appartiennent aussi au registre de la liberté d’expression en démocratie libérale. Il est à craindre que dans une société de plus en plus patrouillée médiatiquement par la bien-pensance progressiste, la critique de l’islam devienne tout simplement inimaginable.

On en revient à l’essentiel: la restauration de la démocratie libérale passe aujourd’hui par la restauration d’une liberté d’expression maximale, qui ne serait plus tenue sous la tutelle et la surveillance des lobbies qui participent à l’univers du politiquement correct. L’amendement dont nous parlons propose exactement le contraire. C’est très inquiétant.

Voir également:

Laurent Bouvet : «La défaite d’Hillary Clinton, dernier avertissement pour la gauche française»
Alexis Feertchak
Le Figaro
FIGAROVOX/ENTRETIEN – Hillary Clinton a perdu dans plusieurs États traditionnellement démocrates. Pour Laurent Bouvet, c’est l’ensemble des partis sociaux-démocrates qui ont perdu la confiance des catégories populaires en plébiscitant un multiculturalisme normatif.

Laurent Bouvet est professeur de Science politique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines. Il a publié L’Insécurité culturelle chez Fayard en 2015.

FIGAROVOX. – Donald Trump a déjoué la plupart des pronostics en battant Hillary Clinton à l’élection présidentielle américaine. Peut-on faire un parallèle entre les vies politiques américaine et française?

Laurent BOUVET. – Il est à la fois difficile de faire un parallèle tant les systèmes électoraux et les modes de scrutin sont différents (un seul tour, grands électeurs…) et évident qu’il y a des similitudes entre ce qui se passe en Europe, pas seulement en France, et aux États-Unis, où des leaders et des formations populistes ont le vent en poupe.

Ce qui vient de se passer avec Trump, c’est comme avec le vote en faveur du Brexit récemment au Royaume-Uni, l’expression de toute une partie des électeurs, des citoyens, contre des élites, contre un «système» politique, économique et médiatique, qu’ils estiment les tenir à l’écart, dont ils pensent qu’ils les ont «abandonnés» selon le mot qui revient souvent dans les enquêtes d’opinion.

Cette partie «abandonnée», «invisible» de nos sociétés démocratiques se rebiffe en quelque sorte en votant pour des leaders et des formations qui clament leur opposition à ce système ou qui prétendent être leur porte-voix contre celui-ci. Peu importe qu’ils soient eux-mêmes issus du système d’ailleurs. On peut constater que les critiques sociales sur la fortune d’un Trump ou le mode de vie d’une Le Pen n’ont aucune incidence sur leur électorat. Il ne s’agit plus d’un combat politique traditionnel articulé autour d’une vision de classe. C’est l’erreur de toute une partie de la gauche aujourd’hui qui continue de penser que les catégories populaires sont réductibles à la classe ouvrière d’antan et qu’elles devraient donc voter massivement pour leurs légitimes représentants. On a ainsi vu fleurir depuis la victoire de Trump, chez certains responsables de gauche en France notamment, l’idée que Bernie Sanders aurait battu Trump, lui, s’il avait été le candidat du parti démocrate plutôt que Clinton! L’illusion continue de fonctionner à plein alors que les cols-bleus de la Rust Belt (anciens états industriels du nord des États-Unis) ont massivement voté pour Trump et non pour Sanders aux primaires démocrates.

On a dit souvent que la candidature de Donald Trump était le baroud d’honneur des «petits blancs» face à un multiculturalisme transformé en projet politique. N’assiste-t-on pas à la cristallisation des mêmes clivages en France?

Attention d’abord à cette idée d’un «baroud d’honneur» de «petits blancs» face au caractère inexorable du projet multiculturaliste (on distingue bien ici le multiculturalisme de fait qui touche toutes les sociétés ouvertes aujourd’hui et le multiculturalisme normatif comme projet politique bien représenté aujourd’hui par les discours d’un Justin Trudeau, Premier ministre canadien par exemple). Il n’est pas du tout certain en effet que l’on assiste à une montée en puissance sûre et certaine du projet politique multiculturaliste dans les années qui viennent face aux réactions des populations auxquelles il est plus souvent imposé que proposé par une partie de leurs dirigeants, des médias, etc.

Je dirais plutôt que les réactions que l’on constate aujourd’hui dans de nombreux pays contre un tel projet en démontrent le caractère forcé et contraire à la volonté de pans entiers sinon de la majorité de la population dans les pays concernés. À la fois et indissociablement, comme on le comprend mieux maintenant visiblement, pour des raisons économiques et identitaires.

La réaction immédiate est évidemment portée par les leaders et les formations populistes mais dans le temps, elle peut être plus profonde et entraîner des modifications importantes du paysage politique au sein duquel le clivage autour du «commun», de ce qui fait et tient ensemble nos sociétés devient un enjeu majeur du débat politique, renvoyant aux marges à la fois la réaction populiste et les promoteurs du multiculturalisme normatif.

Finalement, l’insécurité culturelle est au cœur des inquiétudes occidentales de part et d’autre de l’Atlantique?

Cette forme d’inquiétude globale sur son propre devenir et sur le devenir de la société dans laquelle on vit, mêlant étroitement des éléments économiques, sociaux, culturels, que j’ai essayés, avec d’autres, de repérer et de préciser sous le terme d’insécurité culturelle, est en effet devenue un élément déterminant du comportement politique, électoral notamment, d’une partie croissante de la population de nos vieilles démocraties.

Pour une double raison, simple à comprendre même si elle est encore inaudible visiblement pour tout un tas d’observateurs et d’acteurs politiques: le sentiment d’abandon de la part des élites de pans entiers de la population et de territoires ; le mépris ostensiblement affiché par ces élites vis-à-vis de ces populations et évidemment durement ressenti par celles-ci. Nombre de nos concitoyens vivent aujourd’hui au quotidien cet abandon et ce mépris, et depuis de longues années. Ils ont pu à un moment continuer d’avoir espoir dans tel ou tel parti classique du jeu politique. Ils ont pu aussi cesser de participer à la vie politique (l’augmentation tendancielle des taux d’abstention dans les démocraties se vérifie partout désormais comme l’a bien montré ma collègue Pippa Norris notamment). Et évidemment ils ont commencé aussi à voter pour des leaders et des formations populistes qui mettent en scène cette insécurité culturelle, qui s’en font les champions en quelque sorte.

Nous en sommes aujourd’hui à une sorte de point de rupture électoral que l’on voit arriver depuis des années – et à propos duquel nous sommes un certain nombre à avoir alerté en vain -: l’accès au pouvoir, local et national, de leaders et formations populistes. L’insécurité culturelle n’est plus ni un fantasme ni une construction médiatique, c’est devenu une réalité politique aux conséquences aussi tangibles qu’incertaines.

Que dire de la gauche Clinton? Quelles leçons la gauche française peut-elle en tirer?

On peut y voir, outre l’échec d’une personnalité et d’un clan, d’une «machine» politique, au sens américain du terme, qui domine le Parti démocrate depuis près de 30 ans, la difficulté pour la gauche de gouvernement aujourd’hui, pour la social-démocratie en général, à conquérir et conserver le pouvoir sans pouvoir s’appuyer sur une base électorale suffisamment large dont font partie historiquement les catégories populaires, ou du moins une partie d’entre elles.

Le remplacement stratégique de ces catégories populaires par une coalition de groupes minoritaires, souvent désignés par un critère spécifique de leur identité culturelle (femmes, homosexuels, jeunes issus de l’immigration…) ne suffit pas à garantir la victoire de cette gauche qui se dit «progressiste». D’autant que son programme économique et social n’est plus principalement dirigé vers les catégories populaires mais plutôt vers des catégories sociales supérieures, diplômées, vivant dans les métropoles, profitant de la mondialisation et de l’ouverture des frontières.

Si bien que le clivage économique classique n’est plus opérationnel pour cette gauche puisqu’il s’est en quelque sorte inversé tandis qu’elle rejetait dans le même temps toute pertinence des interrogations «identitaires» ou culturelles de ces mêmes catégories populaires. Aujourd’hui, l’électorat de la gauche de gouvernement s’est donc considérablement réduit et cette réduction la prive de toute perspective de pouvoir dans les années qui viennent.

Trump, c’est aussi le rejet du libre-échangisme maximaliste, un partisan de l’État stratège, du protectionnisme intelligent. Il souhaitait également augmenter les impôts des plus riches et diminuer ceux des classes moyennes, etc. La gauche française, en se privant de ces outils traditionnels qui reposent sur l’État-nation, a-t-elle abandonné l’idée de faire des politiques économiques de gauche?

Le fait de ne pas ou plus vouloir réfléchir à certains enjeux, de disqualifier a priori certaines préoccupations et de ne plus se poser de questions par rapport à la réalité de l’évolution des relations internationales ou de l’économie a privé la gauche dans son ensemble d’une grande partie de sa capacité d’action. Et nos concitoyens l’ont parfaitement compris. D’autres forces politiques aussi, notamment chez les populistes, qui ont repris des thèmes autrefois chers à la gauche, comme ceux que vous mentionnez mais aussi comme le patriotisme ou l’attachement à la souveraineté du peuple.

On l’a particulièrement éprouvé ces dernières décennies avec la construction européenne. Par dogmatisme et par aveuglement idéologique, la gauche a très largement contribué à bâtir un monstre bureaucratique aussi inefficace qu’illégitime politiquement. La question européenne est devenue le Nœud Gordien de la gauche européenne contemporaine. Si elle ne parvient pas à le trancher, elle ne pourra retrouver son rôle historique d’émancipation collective des populations des pays européens. Celles-ci allant chercher les voies et moyens de cette émancipation ailleurs, souvent pour le pire.

Il ne faut pas oublier non plus le succès important de Bernie Sanders aux primaires démocrates. Mélenchon doit-il se réjouir de l’échec de la gauche Clinton?

Je ne suis pas certain que ce que l’on appelle la gauche de la gauche ou la gauche radicale (par opposition à la gauche de gouvernement) ait des raisons de se réjouir de l’échec de Clinton. Car même si Bernie Sanders a fait une excellente campagne et a su capter notamment l’attention de nombreux jeunes Américains, il n’a pas attiré à lui les suffrages des ouvriers de la Rust Belt. Cette gauche radicale pas plus que la gauche de gouvernement ne convainc les électeurs. En particulier parce que ses solutions économiques apparaissent souvent comme décalées par rapport au besoin de trouver de nouvelles solutions aux difficultés économiques que nous vivons. Et que ces solutions ne doivent pas nécessairement venir de la puissance et de l’argent publics.

Surtout si l’on considère la vision très largement répandue d’un multiculturaliste normatif au sein de cette gauche. On y rencontre parfois même, aujourd’hui, certains élus, certaines organisations très favorables à l’islam politique et à une critique très virulente de tout ce qui peut constituer notre commun.

Bref, il n’y a pas là de solution nouvelle à la crise structurelle de la gauche, et le talent indéniable d’un Mélenchon en France par exemple, qui a bien compris ces enjeux en infléchissant substantiellement son discours par rapport à 2012, ne suffira pas à convaincre nos concitoyens issus des catégories populaires notamment de voter pour lui en 2017.

Nous entrons pour la gauche dans son ensemble, partout dans les démocraties libérales, dans une phase de refondation indispensable. Et pour ce faire, il lui faudra quitter nombre des vieux habits endossés pendant des décennies en veillant à ne pas tout oublier de ce qui fonde son origine.

Voir de plus:

Comment le langage de la gauche identitaire détruit le bien commun
Alexis Carré
Le Figaro
FIGAROVOX/ANALYSE- Alexis Carré propose une généalogie des mouvements de la «gauche identitaire» venus des universités américaines désormais présents en France. Selon lui, leur rhétorique menace l’université et l’esprit républicain qui est censé y régner.

Alexis Carré est doctorant en philosophie politique à l’École normale supérieure. Il travaille à l’Institut pour la Justice. Retrouvez-le sur twitter.

La nouvelle rhétorique à gauche déconcerte. Des assemblées générales interdites aux hommes blancs à Tolbiac, aux manifestations contre le «racisme d’État» du mouvement Justice pour Adama, les mobilisations sociales se teintent de plus en plus d’une coloration identitaire, comme si le monde commun n’avait plus d’autre usage pour les militants que l’expression de leur particularité. Ce nouveau langage politique, apparu aux États-Unis, n’est pas resté confiné aux groupes les plus marginaux ; il a au contraire profondément imprégné le fonctionnement du parti démocrate. Alors même que la politique de segmentation électorale de ce dernier inspire ses homologues partout en Europe, des intellectuels progressistes américains, Mark Lilla, William Galston ou encore Yascha Mounk, l’accusent d’être à l’origine des difficultés de leur famille politique et d’avoir contribué à la montée d’un populisme de ressentiment. Les transformations politiques auxquelles ils s’opposent font, et feront de plus en plus, partie de notre quotidien. Aussi est-il plus important que jamais de voir en quoi la situation américaine éclaire notre avenir politique afin de pouvoir nous prémunir des dangers qu’il nous réserve.

La nouvelle forme d’activisme dont il est question est d’abord apparue sur les campus universitaires où elle a produit une génération de militants (désignés péjorativement sous le nom de Social Justice Warriors) moins préoccupés par l’exercice du pouvoir que par la critique de la domination et la défense des minorités dominées. Leur force de mobilisation est toutefois peu à peu devenue un objet de convoitise de la part des responsables démocrates confrontés à la perte d’influence des organisations professionnelles qui les soutenaient traditionnellement. C’est pour cette raison qu’au-delà des théories de Michel Foucault, Judith Butler ou encore Kimberlé Crenshaw qui sont à l’origine de ce mouvement, le «progressisme identitaire» a également engendré une stratégie électorale concrète, dont l’illustration en France fut le fameux rapport Terra Nova de 2011. Dans ce document, Olivier Ferrand constatait l’érosion du soutien des classes populaires à l’égard du parti socialiste, et invitait ce dernier à reconstituer une majorité grâce à l’agrégation de segments électoraux minoritaires rassemblés autour de problèmes identitaires et sociétaux (multiculturalisme, mariage homosexuel, droits des femmes etc.).

Ce qu’offrait cette myriade de mouvements associatifs aux partis progressistes, c’est effectivement un relais de transmission permettant de transformer les revendications identitaires de communautés spécifiques en soutien pour un programme gouvernemental garantissant séparément chacun de ces intérêts distincts. Le rêve d’une coalition arc-en-ciel rencontra peu de résistances auprès des responsables démocrates, ou de leurs confrères européens, tant il ne semblait comporter que des avantages. De tels groupes communautaires, caractérisés par un militantisme de terrain, permettaient en effet aux partis politiques de combler ce qu’ils pouvaient ressentir comme un déficit de représentation. Ils concernaient également des niches électorales (homosexuels, immigrés récents etc.) moins susceptibles d’être contestées par leurs adversaires. Et enfin, alors que le socialisme comme doctrine économique avait perdu une grande partie de sa capacité de mobilisation, ces mouvements constituaient la seule force neuve et conquérante d’un paysage politique fait de routines et de consensus décourageants.

Politisation de l’université et durcissement communautaire

Le soutien de cet électorat ne reposait toutefois plus sur les attentes et les intérêts collectifs d’une classe sociale — aspirant à organiser le travail et distribuer ses produits — ; il traduisait l’indignation de groupes constitués autour d’une identité de race ou de genre, ayant le sentiment d’être les victimes d’un système de domination, auquel ils entendaient résister et qu’ils souhaitaient éventuellement détruire. Se défiant du processus électoral et de ses compromissions, cette gauche, née de la contre-culture des années 60-80, trouva d’abord refuge dans les universités au moment où la droite américaine parvenait avec Reagan à porter un coup fatal aux équilibres de la sociale démocratie d’après-guerre. Leur démarche ne consistait plus à conquérir le pouvoir — ce qui aurait impliqué d’obtenir le consentement de leurs concitoyens à un moment où ceux-ci se détournaient résolument de leurs combats — mais à convertir à leurs idées ceux qui, par leur parcours, devaient accéder bientôt à la classe dirigeante. Ce n’est que dans un second temps que cette politique d’entrisme, d’hégémonie culturelle et de politisation de l’éducation supérieure put se cristalliser dans un ensemble d’engagements métapolitiques de construction communautaire [community building] destinés, par le vecteur des identités, à politiser certaines marges de la société autour de la revendication de droits spécifiques.

L’histoire du concept de «consentement explicite» illustre particulièrement bien cette stratégie. L’idée, de plus en plus populaire au sein des cercles féministes, que tout contact sexuel devrait être précédé, et ce dans ses différentes étapes, d’un «consentement verbal explicite et enthousiaste» fut formulée dans un premier temps en 1990 par un groupe d’étudiantes d’Antioch College dans l’Ohio. Le document issu de cette mobilisation, Politique de Prévention des Infractions Sexuelles [Sexual Offense Prevention Policy], fut à l’époque de sa publication la risée de tout le pays . Plus tard dans les années 90 une série de procès visant des établissements d’enseignement supérieur dans des affaires de harcèlement sexuel entre étudiants amenèrent la Cour Suprême à étendre la responsabilité des établissements à s’abstenir de discriminations d’accès à l’enseignement sur la base du sexe (connu sous le nom de Title IX) aux cas de harcèlement et d’agression sexuels. Une lettre de l’administration Obama de 2011, précisant les conditions d’application de cette extension, a entraîné la multiplication des bureaux de lutte contre le harcèlement sexuel au sein même des universités (Title IX offices). Par crainte de poursuites mettant en cause leur responsabilité, ces nouveaux organes ont été encouragés à définir de plus en plus restrictivement les limites du consentement. Chargés d’enquêtes internes, ils sont désormais capables de délivrer des sanctions disciplinaires sur la base de leur propre définition du harcèlement ou de l’agression sexuels. Ces mesures peuvent gravement affecter la vie des étudiants mis en cause, et ce, même dans les cas où le système judiciaire traditionnel n’est pas susceptible de réunir des preuves suffisantes pour engager des poursuites. Partant d’un problème effectivement légitime, les organisations féministes ont ainsi fini par imposer la création d’une forme de justice parallèle au service de leur conception des relations entre les sexes. Par effet de capillarité, cette prise de pouvoir au sein des campus a produit des chambres d’écho avec des sites d’information (The Huffington Post et Buzzfeed) et un foisonnement de blogs, de chaînes YouTube et de comptes tumblr au service de la cause.

Cette stratégie, qui va de l’université aux périphéries sans passer par la société, et son monde commun, a profondément modifié la physionomie de l’éducation supérieure, non seulement aux États-Unis, mais partout en Occident. Et si elle a effectivement décuplé l’influence et l’écho de ces revendications minoritaires, elle a aussi contribué à discréditer l’autorité des institutions dont elle cherchait à se servir. L’exclusion de certains conférenciers sur les campus universitaires en raison de leurs idées a particulièrement médiatisé ce processus. Les départements de sciences humaines ont, pour des raisons évidentes, souffert dans une plus large mesure, et plus tôt que les autres, de cette déstabilisation des savoirs. Il ne serait néanmoins pas inexact d’affirmer qu’elle affecte désormais tout le corps politique.

L’autoségrégation des progressistes

Pour Mark Lilla , William Galston et Yascha Mounk , les partis progressistes ont de fait beaucoup souffert de leur association avec ces nouvelles formes militantes qui ont peu à peu paralysé leur capacité à participer à la délibération démocratique en vue de diriger notre action collective. Cette paralysie a pris plusieurs formes. Dans un premier temps, ces mouvements n’ont accordé leur soutien aux partis traditionnels qu’en échange de mesures dont leurs adversaires conservateurs ne pouvaient accepter l’application sans se couper de leur base. Dans les pays où ils ont consenti à de tels compromis, de nouvelles formations ou un nouveau personnel politiques ont pris leur relai afin de cristalliser l’opposition à ces réformes. Ce premier phénomène de bipolarisation fut aggravé par le langage accusateur et agressif, essentiellement anti-pluraliste, dans lequel étaient exprimées les revendications progressistes. Si cette rhétorique leur a garanti bien des succès d’opinion auprès d’une partie non négligeable de la population (plutôt connectée, urbaine, diplômée et cosmopolite), elle a de manière croissante rendu impossible à ceux qui en étaient exclus (déconnectés, ruraux, déclassés et blancs) d’envisager avec elle une action, des intérêts ou un destin communs .

À mesure qu’ils cultivaient leur relation avec ces nouveaux alliés de la société civile les partis progressistes se sont donc coupés de leurs homologues politiques et, avec eux, de l’habitude de la délibération par laquelle s’organise le partage du gouvernement en régime pluraliste. À la puissance organisatrice de la parole politique, celle des adversaires qui s’accordent, et celle de la loi qui commande, a succédé le langage cathartique des professions de foi et des confessions publiques dont la fonction est l’expression des sentiments et la mise en cause des oppresseurs. Dans un tel contexte la conversation entre citoyens égaux, avec toutes les incertitudes et les tensions qu’elle comporte, a laissé place à la dénonciation, nécessairement inégalitaire, qui sépare la souffrance indiscutable de la victime et le privilège injustifiable du dominant. La conversation démocratique ne vise plus à déterminer les motifs et les moyens de l’action, on lui intime de protéger chacun contre l’opinion de tous les autres. En définitive, ces nouveaux militants se préoccupent moins de convaincre leurs concitoyens de la justesse de leur opinion que de persuader les juges de la leur imposer.

Ces effets sont encore plus visibles dans la vie interne des partis de gauche, tant celle-ci s’est éloignée du fonctionnement habituel des institutions dont ils prétendaient exercer le contrôle. Comme école de citoyenneté, ils ont peu à peu cessé de préparer leurs cadres à parler ou à diriger des gens qui ne leur ressemblaient pas ou qui n’appartenaient pas à leur électorat captif . De peur d’être accusé d’indifférence ou de collusion avec l’oppression dont ces communautés se disaient victimes, il est devenu dangereux pour eux de faire preuve de prudence ou de modération. Si de vivants espoirs et de réels problèmes ont pu justifier ces transformations, elles se sont finalement avérées beaucoup plus dangereuses que ne l’avaient anticipé les acteurs politiques qui croyaient en bénéficier.

Une antipolitique de la lutte

À y regarder de plus près, le nouvel activisme sur le soutien duquel ils comptaient repose sur la critique radicale des institutions et de leurs représentants. Ces derniers ne sauraient donc en emprunter la force sans en valider l’analyse, et valider cette analyse sans porter un coup fatal à leur propre légitimité. Celle-ci émane effectivement du dispositif libéral et démocratique, plus précisément de la capacité de la délibération collective à donner ses raisons à l’action commune, et donc de la capacité de chacun à comprendre et donc intégrer ou rejeter les motifs ainsi exposés. Or la critique de la domination à l’œuvre dans l’analyse en question nie la capacité du discours à exprimer autre chose que la particularité d’une identité inscrite dans les relations de pouvoir dont elle est l’effet. Il donne voix à la résistance de la victime ou à l’oppression du dominant, mais pas à une raison partagée. La parole résistante ainsi formulée se refuse d’emblée à la possibilité de la contradiction ou même du dialogue démocratique. On ne saurait que la reconnaître sans rien y ajouter, toute tentative de réponse relevant de l’appropriation ou de la négation par le dominant de la souffrance du dominé. Dans ce cadre, tout discours sur le bien commun ne saurait être que la dissimulation ou la justification du pouvoir exercé par les uns sur les autres (par les blancs sur les personnes de couleurs, par les hommes sur les femmes, ou encore par les hétérosexuels sur les personnes pratiquant d’autres sexualités). À la communauté d’action que suppose et engendre toute politique, cette nouvelle gauche oppose une antipolitique de la lutte fondée sur la communauté d’être des identités.

En recherchant l’aide de ces forces métapolitiques la gauche s’est en quelque sorte empêtrée dans sa propre querelle des investitures, soumettant constamment le pouvoir politique à l’inquisition jalouse d’une légitimité spirituelle résolument antipolitique, ayant le témoignage de la victime, et l’imaginaire qui en découle, pour seul critère de vérité. Pris au piège entre cette compréhension du monde et leurs impératifs électoraux, les progressistes ont souvent choisi d’obéir le plus silencieusement possible aux revendications identitaires tout en taisant la condamnation de la majorité des «déplorables» qu’elles contenaient implicitement. Ce divorce de la parole et de l’action a validé l’accusation d’hypocrisie portée à leur encontre, et alimenté la défiance de leur ancien électorat ouvrier.

Une politique fondée sur la défense des intérêts des classes populaires peut admettre des phases de tranquillité et de compromis dans la mesure où ces intérêts ne sont pas toujours en danger, et parce que ces catégories de populations ne sont pas toujours insatisfaites. Mais dès lors que la gauche doit ses succès électoraux à la défense des droits d’une minorité, ou d’un ensemble de minorités, elle est contrainte d’introduire sans cesse de nouveaux droits, et, par conséquent, de découvrir de nouvelles injustices, quitte à les exagérer, sous peine de voir son électorat se démobiliser, ou pire, passer à l’adversaire, une fois satisfaction obtenue. Proclamant des droits qui ont de moins en moins de sens, et condamnant des injustices qu’il est de plus en plus difficile de voir comme telles, les partis progressistes, prennent le risque de s’isoler, et d’isoler les catégories de population qui les soutiennent, du reste de la société. À titre d’exemple, Antioch College, cité plus haut, requiert désormais de tout visiteur la signature d’un protocole d’accord, signifiant l’adhésion au principe du consentement explicite. L’usage est même de requérir un tel consentement pour tout contact physique, quelle qu’en soit la nature. Dans l’article du New-York Times consacré à l’établissement, une jeune femme s’y indigne que sa mère ait osé l’embrasser à son retour de l’université sans lui en demander la permission. Quelle citoyenneté penser quand les gestes les plus élémentaires de la proximité humaine sont ainsi criminalisés?

La république et l’université

Face à cela, Lilla, Galston et Mounk partagent l’idée d’un retour au politique, c’est-à-dire à une parole partagée. Or cette parole partagée ne saurait se limiter à l’expression de particularités incommensurables, et de droits éternellement opposables, à une société conçue exclusivement comme l’instrument d’oppression des élites. Ce patriotisme civique a de puissantes racines historiques aux États-Unis et ailleurs. Mais si la cause n’est pas perdue, une telle réforme de nos comportements politiques requiert toutefois un retour à l’éducation libérale qui fut durant toute notre histoire le préalable indispensable à la citoyenneté. Car notre incapacité croissante au gouvernement de soi s’explique aisément par notre éloignement croissant d’une compréhension de soi permettant l’action commune. À cet égard, l’empire des sciences sociales sur notre éducation politique, ou l’empire de la critique de la domination sur les sciences sociales, sont indissociables de notre désarroi pratique. La participation politique, l’engagement de la majorité dans l’élaboration d’une action commune, supposent qu’une telle action soit en mesure de produire un certain bien que chacun recherche mais que nul ne peut obtenir isolément. À l’inverse on ne peut concevoir d’engagement politique sain sur l’idée que la société et la conversation publique dissimulent une structure de domination, dont le langage n’est que l’instrument des pouvoirs qui le mobilisent. L’université, par l’autorité qu’elle possède sur la gauche, et la gauche, par l’autorité qu’elle possède sur l’université, sont-elles prêtes à prendre leurs responsabilités face à ces nouveaux enjeux?

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«Dans une logique clanique, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures de l’État»
À Nantes, des individus ont mis le feu à des dizaines de voitures et à plusieurs bâtiments suite à la mort d’un jeune homme de 22 ans, tué par un policier.
Eugénie Bastié
Le Figaro
06/07/2018

GRAND ENTRETIEN – Après l’attaque d’un couple de policiers en Seine-et-Marne et les émeutes de nantes, l’avocat Thibault de Montbrial analyse les rapports tendus entre police et population.

LE FIGARO. – Deux gardiens de la paix ont été roués de coups à Othis (Seine-et-Marne) alors qu’ils sortaient de chez des amis. Que vous inspire cette attaque? Le nombre d’agressions envers les policiers est-il en hausse?

Thibault de MONTBRIAL. -Cette agression est insupportable. Elle s’est déroulée devant les enfants du jeune couple, en dehors des heures de service. Cela témoigne d’une évolution inquiétante: nous savions depuis l’attaque de Magnanville que les terroristes n’hésitaient pas à s’en prendre aux policiers dans leur vie privée, mais désormais cette logique s’étend aux voyous de droit commun, qui considèrent que le policier est un ennemi avec qui ils ont un contentieux personnel.

Avec le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, nous avons recensé au moins quatre incidents similaires depuis deux mois: le 12 mai, à Menton, des policiers qui allaient dîner au restaurant en dehors de leur service ont été pris à partie par une trentaine d’individus. L’un des policiers a eu trente jours d’ITT. Le 22 mai, à Grenoble, plusieurs CRS au repos ont été reconnus, attaqués et roués de coups par une dizaine d’individus. L’un des policiers a eu 45 jours d’ITT. Le 31 mai, à Orléans, deux individus en scooter ont suivi et menacé un policier hors service, qui a dû sortir son arme. Et samedi dernier, à Bugey, une quinzaine d’individus ont roué de coups (31 jours d’ITT) un policier devant chez lui, qui a dû tirer pour se dégager. L’attaque personnelle des policiers se banalise chez les délinquants. Cela touche aussi les gardiens de prison. On a même vu des magistrats menacés de mort.

Un homme de 22 ans a été abattu à Nantes alors qu’il fuyait un contrôle de police, ce qui a donné lieu à plusieurs nuits d’émeute dans les cités. Que dit cette ambiance des rapports entre police et population?

«Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag « La justice se fera avec la mort d’un CRS » à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame»

Je ne me prononce pas sur le fond de l’affaire, que je ne connais pas. Mais quand on sait que l’individu abattu était un délinquant chevronné, recherché par la police, qui conduisait une voiture signalée comme participant à un trafic, la première chose qui frappe est que le quartier a pourtant solidairement présenté l’individu comme un saint, faisant donc abstraction du profil de l’intéressé pour se camper unanimement dans une position clanique. C’est désormais soit l’adhésion totale, soit le rejet en bloc, «eux» ou «nous», il n’y a plus ni demi-mesure ni lucidité.

Ensuite, lors des émeutes, un policier a été touché au casque par un tir de .22LR. C’est la première fois depuis très longtemps qu’on tire à balles réelles sur des policiers en maintien de l’ordre. C’est extrêmement inquiétant. La police n’est plus perçue comme une autorité représentant la République mais comme une bande rivale contre laquelle tout est permis. Dans les quartiers, il y a plusieurs guets-apens par semaine contre les forces de l’ordre. Des photos de policiers circulent sur les réseaux sociaux, et on a même vu un tag «La justice se fera avec la mort d’un CRS» à Nantes. Tout converge vers l’imminence d’un drame.

Pendant la troisième nuit d’émeute, un lycée et une bibliothèque ont été incendiés. Pourquoi le moindre incident devient-il le prétexte à de telles destructions? Quelle est la logique?

Dans une logique tribale de territoire, les émeutiers s’en prennent aux infrastructures financées par l’État précisément pour sortir ces quartiers de la ghettoïsation. Six ou sept établissements publics ont été brûlés à Nantes, mais un commerce halal a été épargné: on est dans la logique clanique d’un rejet de l’État. Cela montre d’ailleurs les limites de la pacification des banlieues par l’argent, comme le préconisait le rapport Borloo. La solution passe par le rétablissement de l’ordre, en assumant ses conséquences inévitables. Les populations qui vivent dans ces quartiers, qui sont prises en otages par ces comportements claniques, ont tout à gagner au rétablissement de l’autorité républicaine.

La dénonciation de «bavures policières» donne lieu de plus en plus fréquemment à la mise en cause d’un «racisme d’État». Que vous inspire ce discours? Les violences policières envers les jeunes des cités sont-elles selon vous un véritable problème?

«Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes : elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles»

Ce discours est d’abord faux. Non, les forces de l’ordre ne sont pas racistes: elles font leur travail dans des conditions rendues chaque jour plus difficiles par le cumul du péril terroriste, de la logique de partition territoriale et du manque de moyens. Mais ce discours est politique: il est porté par des associations ou des personnalités militantes qui ont pour but d’exacerber les tensions communautaires. S’inspirant notamment des mouvements américains type Black Lives Matter, ces associations promeuvent une racialisation des tensions. On a vu la sœur d’Adama Traoré (jeune homme décédé lors de son interpellation par la police en juillet 2016) appeler dans un discours récent place de la République à envahir le Palais de l’Élysée «comme en Afrique», sans que cela n’émeuve personne. Ce sont des discours antirépublicains, sécessionnistes et racialistes qu’il faut combattre impitoyablement.

L’affaire Théo avait été très médiatisée, alors qu’on s’était rendu compte que la «victime» n’était pas aussi innocente. Que nous a enseigné cette affaire?

L’affaire Théo a été symptomatique d’une hystérisation du débat par les associations communautaires. À Nantes, comme pour l’affaire Théo, la justice a immédiatement réagi et engagé une procédure. Dans un fonctionnement républicain «normal», on en attendrait les résultats avec sang-froid, sans provoquer d’émeute pour réclamer une «justice» qui est précisément à l’œuvre.

Dans l’affaire Théo, les émeutiers n’ont pas cru la justice, qui faisait son travail. Et la visite du président Hollande au chevet de Théo a été une faute politique immense qui a marqué durablement l’esprit des policiers. Le rapport Grosdidier, remis cette semaine au Sénat, montre bien la crise profonde que traversent les forces de l’ordre. Il est plus que temps d’engager une réflexion en profondeur sur les moyens et les stratégies relatifs à la sécurité intérieure pour les années à venir. L’enjeu est vital pour la France.

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Sommet du 28 juin
Dernier bobard à la mode : la crise migratoire serait finie !
Hervé Nathan
Marianne
29/06/2018

Pour le célèbre démographe François Héran, les flux de migrants sont en train de s’éteindre. Et donc la « crise » n’est plus qu’une manipulation de l’extrême droite. Une vision myope du problème, en partie récupérée par Emmanuel Macron, mais qui défie la réalité des centaines de milliers d’étrangers, errant dans l’espace européen.

« Il n’y pas de crise migratoire, il n’y a qu’une crise politique ». C’est avec cette phrase bien péremptoire que le célèbre démographe François Héran, titulaire de la chaire du même nom au prestigieux Collège de France, envoie balader dans l’Obs les opinions publiques européennes. L’argumentaire se veut imparable puisque statistique : « La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017. » Conclusion, tout ceci n’est que mise en scène poussée par les droites xénophobes en Europe à qui la « figure du migrant sert de bouc émissaire ».

Certes, il reste bien quelques scories de la vague migratoire de 2015, par exemple, les personnes qui campent sur les trottoirs de Paris porte de la Chapelle. Mais pour le célèbre chercheur, ce ne sont plus que « des situations à régler ». Problème négligeable, voire secondaire si l’on comprend bien. Mais ce qu’évacue ainsi François Héran, c’est que les situations à régler se chiffrent en centaines de milliers d’individus. En 2017, Eurostat estimait à 619.000, dont 115.000 en France, le nombre de personnes en situation illégale sur le territoire de l’Union européenne. Et tout le monde s’accorde à estimer qu’il s’agit là d’une estimation très basse, puisqu’il s’agit des personnes ayaat reçu un ordre de quitter le territoire (OQTF). Par exemple, les migrants en situation irrégulière étaient 156.000 en Allemagne mais on pense que l’Allemagne a encore 300.000 déboutés du droit d’asile sur son sol (un chiffre identique à la France), fait qui provoque l’ultimatum du ministre de l’Intérieur Hosrt Seehofer vis-à-vis d’Angela Merkel. Le « problème politique », c’est donc bien celui des « dublinés » (voir encadré ci-dessous), que le conseil européen s’est montré dans l’incapacité de traiter ce 28 juin, et il a bien un rapport avec la réalité des migrations.

Déclarer forclose la crise des migrants engendrée par la guerre en Syrie, au motif que les flux traversant la Méditerranée se sont heureusement affaiblis, mais alors que plusieurs centaines de milliers de personnes errent en Europe, de pays en pays, est pour le moins imprudent. et surtout irréaliste quant à l’avenir. Les citoyens du XXIe siècle sont quand même informés de la dynamique démographique de l’Afrique subsaharienne, qui devrait passer de 1 milliard d’habitants en 2010 à 2,5 milliards en 2050.

Sans attendre des décennies, tant que des malheureux camperont sur les trottoirs à Paris, Rome ou Madrid (en Europe du Nord, tout le monde est à l’abri), les opinions publiques s’estimeront en situation de crise et aucun discours d’autorité, qu’il soit scientifique comme celui de François Héran, ou politique, comme celui du président Emmanuel Macron qui l’imite dans ses discours, ne sera audible. Pire ils attiseront le sentiment de délaissement des populations. En 2002, le Premier ministre socialiste s’était rendu malheureusement célèbre par son expression : « Il n’y a pas d’insécurité, mais un sentiment d’insécurité ». Dix sept-ans après, on tombe dans « il n’y a pas de crise des migrants, mais un sentiment de crise des migrants ». Avec le résultat politique que l’on sait !

Voir de plus:

Migrants : « Les derniers arrivés servent toujours de boucs émissaires »

Professeur au Collège de France, François Héran revient sur la longue et tumultueuse histoire des migrations… et de la xénophobie.

Nathalie Funes

L’Italie qui refuse l’accostage de l' »Aquarius », l’île de Malte qui renvoie le « Lifeline ». Ce n’est pas la première fois que des pays s’opposent au débarquement d’exilés…

L’histoire bégaie. En 1849 déjà, 200 libéraux polonais expulsés par l’Autriche quittent Trieste à bord du « Gian Matteo » et supplient la France de pouvoir débarquer à Marseille. Mais le gouvernement les refoule vers l’Algérie, sans leur accorder de statut. Cet épisode ouvre le livre de Delphine Diaz, « Un asile pour tous les peuples ? Exilés et réfugiés étrangers en France au cours du premier XIXe siècle » (1).

Je songe aussi au « Saint-Louis », parti de Hambourg en mai 1939 avec 963 juifs allemands et qui tente vainement d’accoster à Cuba, aux Etats-Unis et au Canada. Un sondage révèle que l’opinion publique américaine, à 84%, refuse de relever les quotas d’étrangers, et Roosevelt recule. Le bateau doit revenir en Europe. Il accoste à Anvers quelques semaines avant l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie. Nombre de passagers finiront dans les camps.

 

Le monde subissait alors les effets de la crise de 1929. Vous constatez un lien entre les périodes de récession économique et le rejet de l’étranger ?

C’est certain. La crise des années 1930 est la période la plus xénophobe de notre histoire en temps de paix. Deux ans avant le krach de 1929, la France avait adopté une loi de naturalisation très libérale : trois ans de séjour suffisaient pour devenir français…

Voir encore:

François Héran : « Sur les réfugiés, l’Europe doit changer d’échelle et d’approche »
Elsa Freyssen et Virginie Robert
Les Echos
03/09/15

INTERVIEW – Le démographe François Héran décrypte pour « les Echos  » les ressorts et l’origine des désaccords entre pays européens sur l’accueil des réfugiés. Malgré ses discours volontaristes, la France n’est, « dans les faits », pas « une grande terre d’asile » montre-il, chiffres à l’appui. Face à l’urgence actuelle, il estime que séparer « immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens « .

Pensez-vous, comme Angela Merkel, que les blocages de certains pays européens sur les réfugiés remettent en question les fondements de l’Europe ?

Le courage de Mme Merkel impressionne et laisse François Hollande sur place. Mais sa prise de position mêle la prédication, la stratégie et le réalisme. Elle veut doubler la suprématie économique de l’Allemagne d’un magistère moral, car elle sait qu’elle en a les moyens. Si elle prévoit sans frémir d’accueillir 800.000 réfugiés en 2015, c’est que ce chiffre a déjà été atteint en 1992. Cette année-là, comme les années suivantes, l’Allemagne accueillait à la fois les migrants fuyant les guerres de l’ex-Yougoslavie et les Russes ou Kazakhs d’origine allemande (ou supposés tels), qui bénéficiaient d’un droit au retour. Un tel surcroît dans un pays de 80 millions d’habitants augmente la population de 1 %. Angela Merkel sait aussi que, depuis les années 1970, l’Allemagne compte plus de décès que de naissances. Les projections démographiques annoncent une baisse de 20 % de la population active d’ici à quarante ans. L’intérêt se joint à la morale. L’Allemagne peut jouer sur les deux tableaux.

Un tel afflux est-il soutenable dans une Europe en crise économique ?

« Soutenable » est une notion relative. Sur les 4,5 millions de personnes qui ont fui la Syrie, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés, 40 % sont en Turquie, dans des conditions déplorables, et beaucoup d’autres en Jordanie, au Liban, en Egypte. N’arrivent en Europe que les plus jeunes et les plus instruits. Dans une Grèce en grande difficulté économique, l’afflux de réfugiés pose un sérieux problème. Mais pour l’Union européenne, avec ses 510 millions d’habitants, accueillir un million d’exilés, c’est seulement croître de 1/500. Ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les politiques redoutent les mouvements de population sans avoir la moindre idée des ordres de grandeur. Alain Peyrefitte a rapporté la réaction horrifiée du général de Gaulle apprenant qu’on allait peut-être devoir accueillir 10.000 rapatriés à la fin de la guerre d’Algérie. Or ils ont été près d’un million à gagner la métropole, qui comptait alors 47 millions d’habitants ! Les chiffres absolus impressionnent, mais, en démographie, il faut raisonner en proportions.

La Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, les pays Baltes bloquent tout plan d’accueil concerté au niveau de l’Europe…

Il subsiste en Europe un profond clivage Est-Ouest. Pendant des décennies, les pays communistes n’accueillaient qu’un nombre infime d’immigrés des « pays frères « . Les conditions d’accueil étaient draconiennes : on interdisait le regroupement familial et, si les femmes tombaient enceintes, on les enjoignait de repartir ou d’avorter. Cette volonté d’autarcie a créé un état d’esprit persistant. La Hongrie et son mur ne sont qu’un exemple. Voyez aussi le fossé qui sépare encore aujourd’hui l’ouest et l’est de l’Allemagne. Il n’y a quasiment pas de migrants ou d’enfants de migrants sur le territoire de l’ex-RDA — 4 % ou 5 % de la population — alors qu’on monte à 25 % dans les autres Länder. En Allemagne, les migrants sont à l’Ouest mais la xénophobie est à l’Est, car les populations de ces régions n’ont jamais été habituées à leur présence. Quand le Front national rêve d’un pays quasiment sans immigration, qu’elle soit légale ou non, il réactive le modèle communiste d’une société vivant sur elle-même.

De tels mouvements migratoires sont-ils si nouveaux dans l’histoire européenne ?

Ni pour l’Allemage ni pour la France. Des années 1880 aux années 1920, notre pays a accueilli 150.000 juifs russes fuyant les pogroms. En 1939, plus de 700.000 Catalans ont fui l’Espagne de Franco : nous les avons très mal accueillis, ce qui n’a pas dissuadé nombre d’entre eux de rejoindre la Résistance. A partir de 1973, en revanche, l’Etat a réservé à 170.000 boat people vietnamiens et cambodgiens un accueil digne de ce nom, avec des programmes de logement et d’emploi. Ces expériences étant plus anciennes que celles de l’Allemagne, la France est désemparée devant un afflux extraordinaire. Mais l’histoire montre que de grands Etats ont su mettre sur pied un plan d’urgence pour accueillir un flot imprévu de migrants. Le frein est d’abord politique.

A voir. VIDEO : François Héran : « Les réticences à l’Est face aux migrants est un héritage communiste  »

Paris est pourtant en pointe, aux côtés de Berlin, pour faire bouger l’Europe sur la question des réfugiés…

Dans les faits, la France reste en retrait. En dépit du travail accompli par les offices de sélection et d’accueil, la France n’est pas une grande terre d’asile. Sur les 200.000 entrées de migrants non-européens qu’elle enregistre chaque année, seuls 10 % sont des réfugiés, et cette part est stable depuis dix ans. La spécialité de la France, c’est l’accueil du flux continu de migrants ordinaires. Avant la crise actuelle, en 2012, nous étions en 12e position en Europe par le nombre de demandeurs d’asile rapporté au nombre d’habitants ! La Suède en recevait 5 fois plus, la Suisse 4 fois plus, la Norvège 2 fois plus, et je ne parle pas de Malte ou de Chypre. L’Allemagne enregistrait autant de demandes que nous, mais son taux de décisions positives était le double du nôtre : 29 % contre 15 %. Fin 2014, les taux ont progressé sous la pression de la crise syrienne : 42 %, contre 25 %, toutes origines confondues. Mais l’écart subsiste entre les deux pays.

Comment l’expliquer ?

Cette différence est ancienne. Sur les dernières décennies, les flux migratoires vers l’Allemagne ont une allure de montagnes russes, avec des pics impressionnants (en 1992, en 2002), où la part des réfugiés peut dépasser 50 % puis retomber à zéro. Rien à voir avec le solde migratoire de la France : nous accueillons en continu une migration issue de nos anciennes colonies, plus modérée que celle de l’Allemagne mais constante. Or, il faut le rappeler, c’est le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme qui alimente en France le gros de l’immigration. Sur les 200.000 titres accordés chaque année à des immigrés extracommunautaires, 10 % seulement le sont au titre du travail non saisonnier, les 90 % restants le sont en application d’un droit : le droit d’épouser un Français (50.000 entrées par an), le droit des étrangers de vivre en famille (35.000), le droit d’asile (18.000) et ce quasi-droit, désormais, d’étudier à l’étranger (plus de 60.000). Certes, l’immigration chez nous ne représente qu’un quart de l’accroissement annuel de la population ; c’est bien moins que chez nos voisins européens. Mais cela dure depuis des décennies. Résultat : un quart de la population vivant en France est soit immigrée, soit enfant d’immigré. La France peut logiquement demander que ce facteur soit pris en compte par la Commission européenne dans sa répartition des réfugiés.

Mais, s’agissant des réfugiés, la part prise en charge par la France vous paraît-elle suffisante ?

Non, bien sûr. Si la France devait accueillir en proportion autant de réfugiés que le chiffre annoncé par Mme Merkel pour l’Allemagne, cela représenterait 640.000 personnes. Divisé par deux, cela ferait encore 300.000 personnes à accueillir. Nous en sommes très loin. Même les chrétiens d’Orient n’ont été accueillis qu’au compte-gouttes.

A supposer qu’il soit un jour adopté, le plan Juncker est-il adapté à la situation ?

Quand le président de la Commission suggère de répartir les demandes d’asile entre les pays de l’Union au prorata de leur population et de leur richesse, il reprend les critères classiques d’Eurostat. La France a demandé qu’on tienne compte également du taux de chômage. Elle aurait pu soutenir aussi qu’elle prend continûment sa part de la migration économique ordinaire, et qu’en cela elle garantit l’exercice des droits de l’homme. Mais, surtout, l’Europe doit changer radicalement d’échelle et d’approche.

C’est-à-dire ?

La convention de Genève de 1951 sur le droit d’asile est exigeante : le demandeur doit démontrer qu’il est personnellement exposé à la persécution. D’où de laborieuses enquêtes au cas par cas pour différencier la demande d’asile de la migration économique. Manuel Valls a beau se cramponner à cette distinction, elle est inadaptée au cas des guerres civiles. Quand vous fuyez un pays où l’économie s’effondre, où les salaires ont été divisés par quatre, où les écoles et les boulangeries sont fermées, vous ne pouvez plus démontrer que vous êtes personnellement persécuté, alors que vous êtes bel et bien un exilé à la fois politique et économique. L’Organisation internationale des migrations parle de « migration mixte « . Le mur mental et administratif qu’on veut dresser entre immigration économique et immigration de refuge n’a plus de sens dans de telles extrémités. L’UE doit réviser ses catégories. On parle beaucoup aujourd’hui de « réfugié climatique ». Or le « réfugié économique « , plus tangible à mon sens, mériterait au moins autant d’attention.

Nicolas Sarkozy voudrait suspendre l’actuel accord de Schengen pour le remplacer par un accord de libre circulation réservé aux pays européens ayant la même politique migratoire. Qu’en pensez-vous ?

Rétablir au sein de l’Union des frontières intérieures ou des sous-Schengen serait une régression analogue à la sortie de l’euro. On le voit déjà entre la France et l’Angleterre, du fait que les Britanniques nous sous-traitent le contrôle des frontières de l’espace Schengen. Nous reproduisons le triste paradoxe de la frontière entre Etats-Unis et Mexique : deux grands pays liés par un accord de libre-échange mais séparés par un mur anti-migrants. Laurent Fabius vient de chapitrer la Hongrie pour avoir posé des barbelés à sa frontière, mais les barrières qui ceignent l’entrée du tunnel sous la Manche et le port de Calais ne valent pas mieux. Faut-il s’étonner que les hommes tentent de s’agripper aux marchandises pour pouvoir circuler avec la même liberté qu’elles ?

La question que vous posez va au-delà de la demande d’asile ; elle vaut aussi pour la migration ordinaire. Durant la campagne de 2012, Nicolas Sarkozy promit, s’il était élu, de diviser par deux les 200.000 entrées légales en France, alors qu’il n’avait pas réussi à faire bouger ce chiffre sous son mandat. Et Mme Le Pen de surenchérir en proposant de diviser ce chiffre par 10, puis par 20, autant dire en abolissant la migration légale. Ces annonces sont déconnectées de la réalité, puisque l’essentiel des entrées correspond à l’exercice d’un droit garanti par les conventions internationales. On ne peut interdire le regroupement familial ou mettre en cause le mariage avec des Africains ou des Asiatiques sans appliquer les mêmes mesures aux Américains ou aux Canadiens. Vous imaginez les rétorsions ? Ceux qui rêvent d’un pays sans migration semblent ignorer que la migration ne répond pas à la loi du marché mais à la logique des droits. Le modèle dont ils rêvent évoque celui des régimes soviétiques : un monde de coercition, où l’on vivrait entre soi, à l’écart des grands courants de circulation et d’échange.

Voir de plus:

« Il n’y a pas de crise migratoire, mais une crise politique »
Les discours xénophobes fleurissent sur la scène européenne. Pourtant, les flux migratoires n’ont rien de comparable à ceux de 2015. Entretien avec le chercheur Yves Pascouau.
Marie Campistron
L’Obs
27 juin 2018

Après l’odyssée de l' »Aquarius », un nouveau navire venant en aide aux migrants patientait ce mardi en mer, dans l’espoir qu’un port européen daigne bien l’accueillir. Accusé de transporter de la « chair humaine » (!) selon les mots du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, le bateau et ses 239 migrants à bord, s’était vu interdire l’accès aux côtes italiennes. Il pourra finalement accoster à Malte.

Le navire, propriété de l’ONG allemande « Lifeline », incarne le nouveau symbole d’un épuisant bras de fer entre les pays européens sur la prise en charge des migrants secourus en Méditerranée. Un sujet brûlant qui, après avoir nourri les discours xénophobes de l’Italie et de l’Autriche, fera l’objet d’un sommet européen, le 28 juin prochain.

Mais alors que l’Europe durcit sa ligne vis-à-vis de l’accueil des migrants, la situation observée à ses frontières n’a rien de comparable avec celle de 2015, souligne Yves Pascouau, chercheur spécialiste des questions européennes en matière d’immigration. Interview.

L’Union européenne s’écharpe sur la question migratoire. Pour autant, la situation n’est plus aussi explosive qu’en 2015…

Totalement. Bien sûr, il reste des situations à régler par rapport à la crise de 2015. Je pense notamment au quartier de La Chapelle à Paris où des personnes n’ont toujours pas vu leur situation régularisée. Pour autant, on assiste aujourd’hui à une maîtrise des flux migratoires, contrairement à 2015. La preuve, tous les chiffres sont à la baisse : un million de personnes qui étaient entrées dans l’espace Schengen en 2015, 500.000 en 2016, pour 204.000 en 2017.

Les affaires de « L’Aquarius » et du « Lifeline » masquent donc une réalité plus complexe…

Attention, ce sont des épiphénomènes si on se place face aux chiffres, mais évidemment pas si on regarde du côté de l’individu. Le parcours migratoire est un parcours individuel. On a trop souvent tendance à l’oublier, en le noyant derrière des chiffres plus ou moins grands. Oui, 629 personnes sur un navire ne représentent pas grand-chose… sauf pour celle ou celui qui est à bord.

A quoi correspondait le « pic » des flux migratoires de 2015 ?

Il y a eu cette année-là une arrivée massive de personnes qui avaient besoin d’une protection internationale : des Syriens, des Irakiens, des Érythréens, des Afghans… Beaucoup ont quitté la Syrie, en guerre depuis 2011, et se sont retrouvés en Turquie, au Liban, en Jordanie. De là, on a vu des « colonnes » de personnes remontant depuis la Grèce, la route des Balkans occidentaux pour atteindre l’Allemagne.

La logique de Berlin a alors été d' »endiguer » ces flux, c’est-à-dire d’empêcher les personnes d’entrer dans un parcours migratoire. La route des Balkans a été fermée. Un accord a également été passé entre l’Union européenne et la Turquie. En échange d’une aide de 3 milliards d’euros de l’UE, Ankara s’est engagé à contrôler les départs depuis ses côtes. Les flux depuis la Turquie vers la Grèce et l’Allemagne se sont alors considérablement taris.

Les chiffres ont donc significativement baissé. Peut-on encore parler de crise migratoire ?

Non, il n’y a pas de crise migratoire. D’ailleurs même en 2014, on n’employait pas cette expression. Les chiffres sont parlants : l’UE enregistrait plus d’1.3 million de demandes d’asile en 2015, contre 705.000 en 2017. La crise est aujourd’hui d’ordre politique.

Justement, malgré la baisse des flux migratoires, des discours de plus en plus extrémistes et xénophobes ont fleuri sur la scène européenne. Comment expliquer leur portée ?

On observe aujourd’hui l’arrivée au pouvoir d’une série de gouvernements hostiles à l’immigration. On l’a vu avec les sorties du ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, mais aussi les positions de son homologue autrichien, Sebastian Kurz… Certains Etats, à l’image de la Hongrie et de la Pologne, se définissent même comme des « démocraties illibérales ».

Ces mouvements populistes apportent une réponse simple à des questions complexes : la figure du migrant sert de bouc émissaire, comme cela a souvent été le cas avec les formations d’extrême droite. Ce type de discours est bien reçu par une partie de l’électorat qui, parce qu’il a mal vécu la mondialisation, a envie de renverser la table. Dès lors, ces lignes dures peuvent être payantes à court terme électoralement, mais à long terme, cela ne peut pas tenir.

Emmanuel Macron a affirmé que la France « n’a de leçon à recevoir de personne » sur le dossier des migrants car elle est le « deuxième pays d’accueil des demandeurs d’asile cette année ». Un argument qui mériterait selon vous, une nuance ?

En effet, car les chiffres sont toujours parlants… mais à condition de les regarder dans leur réalité. Si on prend les chiffres bruts, la France a enregistré 100.000 demandes en 2017. Il est alors facile pour le gouvernement de dire : « Regardez, on est le deuxième pays d’accueil, on est tolérants ». Mais si on rapporte le nombre de demandes d’asile déposées par rapport à taille de la population, la France se retrouve finalement en 16ème position par rapport à ses voisins européens. La leçon est un peu courte !

On constate aussi que la Suède accueille le plus de demandes d’asile si on rapporte ce chiffre à sa population. On entend pourtant rarement parler les autorités suédoises évoquer une « crise migratoire »…

La question migratoire n’est pas un sujet aussi inflammable en Suède qu’en France. Les Suédois ont une tradition d’accueil des personnes qui ont besoin d’une protection. En France, on a un problème avec la question migratoire, on ne veut pas en parler. Si bien que seuls les extrêmes s’en saisissent. L’espace de débat démocratique lui, est totalement désert.

Selon vous, que peut-on attendre du sommet du 28 juin ?

Il est très compliqué de savoir ce qui peut en sortir. Les 28 pays vont sans doute se mettre d’accord sur le renforcement du contrôle aux frontières extérieures de l’espace Schengen. Ils risquent de s’entendre aussi sur la création de zones/camps/centres – on verra bien le nom qui sera retenu – à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de l’UE. Sur tout le reste, c’est le grand point d’interrogation.

Propos recueillis par Marie Campistron

Voir de même:

Il n’y a pas de crise migratoire, mais…
Jean-Pierre Denis
La Vie
02/07/2018

Les chiffres ne souffrent guère discussion. Il n’y a pas de crise migratoire en Europe, mais un retour à l’ordinaire. La pression n’a rien à voir avec celle qui s’exerçait au moment où Angela Merkel prit la décision d’accueillir plus de un million de personnes en Allemagne, lâchant son fameux : « Nous y arriverons. » En 2015, 1,8 million de personnes ont illégalement franchi les limites de l’espace Schengen, et encore 511.000 l’année suivante. On évoque environ 20.000 entrées illégales depuis le début de l’année. L’épaisseur du trait à l’échelle de Schengen et de pays aussi importants que la France ou l’Allemagne. La montagne n’était qu’une aiguille abrupte, précédée et suivie de molles collines. Donc, oui, Emmanuel Macron a eu raison de le déclarer : « On ne peut pas parler aujourd’hui d’une crise migratoire. C’est une crise politique de l’Europe sur l’immigration. »

Mais à bien y réfléchir, la distinction opérée par le Président français est-elle si juste ? D’abord, si l’on élargit le cercle et que l’on regarde en Turquie, au Liban, en Libye, en Algérie, et plus loin dans la zone sahélienne, on voit bien que la crise migratoire n’a pas disparu. Elle s’est juste éloignée, avec son lot de trafics et d’exploitation, de violence et d’espérance. Ensuite, on doit se rappeler que la crise politique n’a pas surgi du néant mais peut se définir, justement, comme l’effet retard de la crise migratoire de 2015. Angela Merkel a fait alors une double erreur d’appréciation. La chrétienne-démocrate a pensé que les Allemands, hantés par les souvenirs du nazisme, accepteraient d’ouvrir leur pays et leur cœur. Et la fille de pasteur a estimé que la question relevait de la morale, celle qu’enseigne l’Évangile. Or c’est, hélas, plus compliqué. D’autant plus compliqué, précisément, que l’humanitaire a perdu de son importance au profit de l’identitaire.

En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique.

Les craquelures et les failles sont devenues des gouffres si profonds qu’ils menacent d’engloutir l’insubmersible Merkel. En France, en Allemagne, une coalition de circonstance unissant l’Église catholique, les ONG, les médias, les milieux économiques et culturels insiste sur l’universalisme et invoque encore l’humanitaire. Mais elle cède du terrain. Partout des partis nationalistes en croissance ou de vieux partis conservateurs en perte de vitesse prétendent défendre le peuple trahi. Dans l’Obs, Marcel Gauchet estime que la question migratoire est devenue la nouvelle question sociale. D’où le déclin de la social-démocratie. En Allemagne, pour la première fois depuis la guerre, un parti d’extrême droite est présent au Bundestag et dicte l’agenda politique, menant la coalition au pouvoir au bord de l’implosion. À l’échelle de l’Europe, et jusqu’aux États-Unis, tout l’édifice démocratique vacille.

Une deuxième faille, géographique, séparait l’Ouest et l’Est. Le gouvernement hongrois ressent ou présente les migrants, pourtant presque inexistants, comme une menace existentielle. Il veut leur opposer le rempart d’un christianisme néomaurrassien. Pour tout arranger, les élections en Autriche puis en Italie et la perspective des élections régionales en Bavière, dans le sud de l’Allemagne, ont brisé net la plaque occidentale. Voilà pourquoi, bien loin de se distinguer, la crise politique et la crise migratoire se rejoignent aujourd’hui sur une question et de plus en plus épineuse : comment gérer les flux migratoires internes, dans la zone Schengen ? Plus aucune règle ne fait consensus, plus aucune coordination n’est acceptée, plus aucune solidarité n’est envisageable, et les camps fermés que l’on annonce dans le sud de l’Allemagne offrent une solution peu crédible. Cette Europe du chacun pour soi et chez soi validée par le dernier Conseil européen est-elle encore l’Europe ?

Voir par ailleurs:

Lettre d’un « lépreux » ch’ti au président de la République
La « lèpre » n’est peut-être pas là où vous le croyez
David Duquesne
Causeur
5 juillet 2018

Emmanuel Macron a dénoncé dans un discours, fin juin, la « lèpre qui monte en Europe ». David Duquesne s’est senti visé. Il lui répond.

Monsieur le président de la République,

Je vous écris de mon Nord natal, du bassin minier précisément, une terre de souffrance généreuse dans ses sacrifices et dans l’accueil qu’elle aura réservé à des centaines de milliers de Polonais, d’Italiens ou de Nord-africains venus user leur santé dans nos mines et nos industries. Je voudrais vous parler des Ch’tis, des gens simples et attachants qui n’ont pas la chance d’avoir des origines extra-européennes et qu’on peut brocarder et humilier à loisir, ils ne menaceront personne de mort. Leurs grands-parents formaient le plus gros des bataillons de ceux qui remontaient le charbon.

Les plus pauvres d’entre eux vivent aujourd’hui dans des anciens corons et des cités HLM et subissent l’insécurité culturelle, physique, économique et n’ont pas tellement le droit de dire ce qu’ils voient et ce qu’ils vivent, ils subiraient autrement une forme de terrorisme intellectuel.

Dans certains milieux laïques, on dit d’eux qu’ils feraient partie de la tenaille identitaire.

Ils préfèrent se taire ou ne parlent qu’avec des personnes de confiance et ils votent souvent pour la « lèpre » puisqu’ils ne sont pas écoutés par les gens qui pensent bien et qui sont susceptibles de danser sur votre perron à la gloire d’une fellation ou d’une explosion. En terme d’enrichissement culturel, nous avons franchi un cap, atteint un sommet !

Les fiers et humbles descendants des mineurs, ces gueules noires qui ont sacrifié leurs vies dans les mines de charbon ont vécu 270 ans d’humiliations, de manifestations réprimées dans le sang, subi deux guerres sur leur sol et n’ont eu de cesse de se remettre à la tâche pour reconstruire leurs maisons, leurs cités, leurs villes.

Si les gamins des banlieues, qui brûlent des voitures et tirent à vue sur la police, avaient enduré le dixième du quart de ce que le peuple ch’ti a encaissé, notre pays serait à feu et à sang.

Le petit peuple laborieux de cette France périphérique n’a jamais décidé des guerres que les puissants aux affaires ont commencées ou déclarées.

Ils ne se sont jamais enrichis sur l’esclavage et la colonisation, ils sont justes responsables de leurs actes. En 1948, on envoyait les chars écraser les bicyclettes des mineurs en grève, des milliers furent blessés, il y eut de nombreux morts, mais aucun BHL pour demander une intervention pour libérer le bassin artésien de la cruauté des dirigeants de l’époque. Ils auraient pu fuir dans des barcasses en mer du Nord. Ils ont préféré continuer à participer à l’effort de solidarité nationale, toute l’économie française reposait sur les bras de ces femmes et de ces hommes au cœur vaillant.

Les ch’tis ont une identité culturelle qui fait partie de l’identité culturelle française, leur identité n’est pas un suprématisme ethnique ni un racisme. Cette identité culturelle, c’est leur épanouissement car c’est ce qui leur va le mieux et leur permet d’être heureux.

Leur identité, c’est ce qui leur reste, une fois qu’on leur a tout pris, à l’image de tous les Français qui ne vivent pas dans ces « villes-monde », où le bobo devise dans un Starbucks près d’un centre d’affaires, à quelques coudées seulement de quartiers où les lois de la République ne sont plus appliquées.

Ces enclaves où les prêches de religieux importés de pays liberticides, encouragent la partition culturelle, territoriale, quand ils n’encouragent pas le djihad.

La France des terroirs et des clochers n’est pas un nazisme, vous pourrez abuser de la qualification « identitaires », toutes les cultures ne se valent pas, elles n’ont rien de biologique ou d’ethnique, le racisme n’a rien à faire dans cette histoire !

Au contraire, humilier les Français sur leur histoire, leur culture, leur identité, leur religion historique, c’est un racisme hideux qui procède par l’inversion accusatoire et qui se soumet dans la collaboration avec les récipiendaires de la Charia et de l’indigénisme revanchard.

Le « barbensemblisme » de façade entre barbus hipsters et barbus salafistes n’est pas notre tasse de thé et nous goûtons peu l’entrisme des Frères musulmans dans toutes les strates de la société.

La lèpre n’est pas là où certains le croient.

Apres quatre décennies d’impéritie dans la gestion de l’immigration, des quartiers en partition sont séparés de la communauté nationale.

Cinq millions de personnes y vivent, dominées par des caïds qui régentent une économie parallèle. Les islamistes protégés par le service de sécurité local colonisent les cœurs d’enfants offerts par les élus. Des professeurs qui se censurent pour éviter les menaces physiques, des immeubles défigurés et abîmés par le civisme de quelques uns. Cette contre-société nous a été imposée, et vous et vos prédécesseurs l’avez accompagnée pour de sombres avantages économiques d’un côté et des gains électoralistes de l’autre. Cette contre-société n’est pas la France, n’est pas notre continuité historique, nous ne l’aimons pas car elle est l’antithèse de tout ce qui fonde notre socle républicain et nos valeurs communes.

Nos voisins d’Europe centrale, mais aussi allemands et italiens n’ont pas envie de connaître les joies d’un tel échec qui risque d’atomiser notre pays. Ils ne souffrent pas non plus du syndrome postcolonial.

Après 42 ans d’échec dans la gestion de l’immigration et d’importation de normes socioculturelles qui changent dangereusement la nature de portions importantes de notre territoire national, on peut être méfiant.

D’autant plus que les mêmes phénomènes s’observent à Cologne, Marseille, Londres, Malmö ou Amsterdam.

Plutôt que de lutter contre la peste islamiste et la gangrène des caïds, vous préférez insulter ceux qui attendent de l’État d’être protégés de ces entités dangereuses.

François Mitterrand a mis en place un épouvantail permettant de jouer avec les peurs, méfiez-vous de cet épouvantail, il y a fort à parier qu’une majorité de Français finissent par le retourner contre ces « élites » qui ont trahi leur peuple en recevant des communautés qu’elles ont encouragées à détester notre mode de vie, notre culture, notre histoire, nos enfants.

Je suis d’autant mieux placé par rapport à ce sujet que je suis moi-même issu de l’immigration nord-africaine et que j’ai joué le jeu de l’assimilation et de la méritocratie, refusant la victimisation perpétuelle, systématique.

Aujourd’hui, je suis trahi car je passe pour un traitre aux yeux de communautés qui haïssent la France, j’agace cette gauche qui refuse l’émancipation à une culture rétrograde et je peux être victime de racistes, heureusement très minoritaires.

Votre France, c’est le communautarisme, le séparatisme culturel et ethnique et à terme la libanisation du pays.

Votre Europe, c’est les « élites » contre le peuple.

Je vous invite, Monsieur le président, à revoir vos positions sur la gestion de l’immigration, de l’islamisme et des territoires perdus de la République, avant que le peuple ne redevienne souverain, car c’est vous qui lui êtes redevable et non l’inverse.

Le peuple français a été accueillant, bienveillant, patient, ne le poussez pas vers des issues radicales, une colère sourde traverse le pays, écoutez-la et soyez au rendez-vous de notre histoire et à la hauteur de notre nation.

Voir encore:

Le recours aux armes à feu par les policiers a fortement augmenté en France en 2017
L’inspection générale de la police nationale a pour la première fois rendu public, mardi, le nombre de personnes tuées lors d’interventions des forces de l’ordre.
Elise Vincent
Le Monde
27.06.2018

Ce sont des chiffres sensibles qu’a dévoilés, mardi 26 juin, l’inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », à l’occasion de la publication du dernier rapport annuel de sa patronne Marie-France Monéger-Guyomarc’h, qui doit bientôt quitter son poste après six ans de service. De fait, elle a annoncé une très forte hausse du recours aux armes à feu chez les policiers entre 2016 et 2017 (+ 54 %) ; et surtout pour la première fois de l’histoire de l’IGPN, le chiffre du nombre de morts et de blessés lors d’interventions policières. Entre juillet 2017 et mai 2018, elle recense 14 décès et une centaine de blessés. Des chiffres révélateurs d’un climat tendu sur le terrain. Un exercice nouveau de transparence pour l’institution alors que les violences policières sont devenues l’objet de forts clivages politiques et de tensions récurrentes dans les quartiers populaires.

Pour tous ces nouveaux indicateurs, l’IGPN a donné ses explications. « Ce recensement n’est pas le recensement des bavures policières », a tenu d’emblée à préciser Mme Monéger-Guyomarc’h avant d’en détailler la méthode de comptage.

La très forte hausse du recours aux armes à feu s’est ainsi traduite par quelque 394 utilisations, entre 2016 et 2017, selon l’IGPN. Ces tirs ont été essentiellement le fait de l’usage du pistolet dont les policiers sont porteurs en service, et beaucoup dans un cadre très particulier d’intervention, selon Mme Monéger-Guyomarc’h : le refus d’obtempérer des véhicules en mouvement. Tous ces coups de feu ont été considérés comme de la légitime défense. Ils pourraient néanmoins amener la maison police, soucieuse à demi-mot de cette évolution, à adapter ses formations.

Règles de la légitime défense élargies

Ce chiffre de 394 n’est en effet pas étranger à une nouvelle loi entrée en vigueur en février 2017. Celle-ci a élargi les règles de la légitime défense notamment dans un but de meilleure prévention du terrorisme. Depuis, les policiers peuvent faire usage de leur arme sans risquer d’être sanctionnés, en particulier en cas de la présence d’un véhicule « dont les occupants sont susceptibles de perpétrer, dans leur fuite, des atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique ou à celles d’autrui ». Ce point de la loi avait été particulièrement débattu, de crainte qu’il n’engendre une multiplication de l’usage des armes à feu.

Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas souhaité attribuer cette hausse des tirs à cette évolution législative. L’augmentation était « déjà sensible avant février 2017 », selon elle. D’après elle, il n’y a qu’un seul cas où la nouvelle loi a été utilisée stricto sensu durant l’année écoulée : lorsqu’à Montargis (Loiret), en août 2017, un homme d’une cinquantaine d’années a été tué à bord de sa voiture après avoir fait de violentes manœuvres et menacé de « tuer des fonctionnaires ».

La gendarmerie est elle aussi confrontée à cette progression de l’usage des armes. Selon les informations du Monde, entre 2016 et 2017, cette hausse a été de 15 %. Elle serait toutefois ponctuelle, ce chiffre ayant nettement diminué sur les dix dernières années de l’ordre de 20 %. En parallèle, le nombre d’agressions contre des gendarmes a explosé : + 68 %. Des chiffres qui font dire à la gendarmerie que « malgré l’augmentation des situations qui exigent de recourir aux armes, c’est le plus faible niveau de coercition qui est toujours recherché et utilisé ».

Autre exercice de transparence : la communication du nombre de tués ou de blessés sur l’année écoulée. Quelque quatorze personnes ont ainsi été tuées lors d’interventions policières entre le 1er juillet 2017 et le 31 mai 2018 (onze mois). Ce chiffre comprend les individus abattus après avoir commis un acte terroriste, quatre personnes ayant mis fin à leurs jours au moment où la police intervenait, ainsi que quelques personnes étant décédées en ayant pris la fuite lors d’une intervention de police (accident, noyade, etc.). Mme Monéger-Guyomarc’h n’a toutefois pas donné plus de détails sur ce dernier indicateur.

Hausse de l’usage des pistolets à impulsion électrique

Le comptage des blessés, lui, concerne seulement la période allant du 1er juillet au 31 décembre 2017. Il se limite par ailleurs aux personnes ayant eu des incapacités totales de travail d’au moins huit jours. Un critère destiné à permettre à l’IGPN de se concentrer sur les « blessés sérieux ». Le but : mieux identifier les cas dans lesquels peut être améliorée la doctrine d’emploi.

Les armes à feu ne sont pas les seules à faire l’objet d’un usage plus intensif dans le bilan de l’IGPN. Si le recours à la grenade à main de désencerclement, souvent utilisée lors des manifestations contre la loi travail en 2016, a connu une baisse de 8 %, l’emploi des pistolets à impulsion électrique et lanceurs de balles de défense ont connu, eux aussi une hausse : de respectivement 20 % et 46 %. Soit, en valeur absolue, 1 403 déclarations d’usage pour les premiers, et 2 495 pour les seconds. « Malgré sa très mauvaise réputation, le pistolet à impulsion électrique permet de faire baisser la pression et de sauver des vies », a insisté Mme Monéger-Guyomarc’h.

Lire aussi :   Les grenades de désencerclement, arme controversée du maintien de l’ordre

Ce bilan IGPN est enfin marqué par une hausse des enquêtes judiciaires à la suite d’allégations visant des fonctionnaires de police dans plusieurs catégories notables : « violences volontaires » (574 enquêtes ouvertes dans le bilan 2017 contre 543 au bilan en 2016), « violation du secret » (55 contre 47), et « vol » (125 contre 104). En matière « d’injures racistes », en revanche, il y a eu une légère baisse (de 42 à 32). Les enquêtes pour corruption quant à elles, sont stables (43). Le nombre total d’enquêtes ouvertes a été de 1 108, contre 1 015 au bilan 2016, soit un peu moins de 10 % d’augmentation.

Voir de plus:

Nantes : violences après la mort d’un jeune lors d’un contrôle de police

Un homme de 22 ans a été mortellement blessé par un policier lors d’un contrôle. Des violences ont éclaté dans trois quartiers sensibles de la ville
Jérémie Pham-Lê et Mehdi Pfeiffer
Le Parisien
04 juillet 2018

Un contrôle de police a dégénéré mardi soir, à Nantes (Loire-Atlantique), dans le quartier du Breil. Lors d’un contrôle effectué par des CRS, vers 20h30, « après des infractions commises par un véhicule », le jeune conducteur aurait refusé d’obtempérer et fait une marche arrière, percutant un policier. Un des collègues de celui-ci aurait alors tiré sur la voiture.

Le conducteur, âgé de 22 ans, aurait été touché au niveau de la carotide. Il est décédé à l’hôpital, vers 23 heures. Selon une source proche de l’enquête, il s’appelait Aboubakar F. , était natif de Garges-les-Gonesses, dans le Val d’Oise, et avait usurpé l’identité de Mamadou D.

Le jeune homme était connu de la police pour vol par effraction, menace de mort, vol en bande organisée et association de malfaiteurs. Il faisait l’objet d’un mandat d’arrêt pour vol en bande organisée et recel. Son véhicule avait été signalé dans le cadre d’une enquête pour trafic de stupéfiants.

Nantes : nuit de violences après le décès d’un jeune homme tué par la police A la suite du contrôle de police, des échauffourées ont éclaté dans le quartier du Breil entre plusieurs personnes encagoulées et la police, qui a été « prise à partie » avec des « jets de cocktails Molotov », selon le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-Christophe Bernard. Plusieurs bâtiments ont été incendiés, selon Ouest-France, ainsi que des véhicules en stationnement.

Trois quartiers touchés, jusqu’à 3 heures du matin

Les violences urbaines ont ensuite gagné les quartiers de Malakoff et des Dervallières, nécessitant la mobilisation de 200 membres des forces de l’ordre. Un peu avant 3 heures, ce mercredi matin, le calme semblait revenu dans les trois quartiers.

Aux Dervallières, une boulangerie, un coiffeur et un kebab ont été incendiés. La mairie annexe et la maison de la justice et du droit ont été détériorées. Les pompiers ont dû intervenir jusque très tard dans la nuit, au-delà de 3 heures ce mercredi matin.

Johanna Rolland, la maire PS de Nantes, s’est rendue aux Dervallières vers 2h30 pour appeler au calme. « Mes premières pensées vont à ce jeune homme mort, à sa famille, à tous les habitants de ce quartier, de nos quartiers », a-t-elle déclaré.

« La police et la justice dans son indépendance devront faire la clarté et la plus totale des transparences sur ce qui s’est passé ce soir », a-t-elle martelé, « mais l’urgence ce soir, c’est l’appel au calme dans nos quartiers ».

« Rien ne justifie de faire subir maintenant aux habitants, policiers et pompiers des incendies et violences », a réagi, moins diplomatiquement, François de Rugy, président de l’Assemblée nationale, député de Loire-Atlantique.

« Le SRPJ de Nantes et l’Inspection générale de la police nationale sont saisis de l’enquête afin de préciser la commission des faits et déterminer dans quelles circonstances le policier a été amené à faire usage de son arme », a précisé à l’AFP le procureur de la République de Nantes Pierre Sennès.

Il y a une semaine, au Breil, un tir de Kalachnikov dans la rue avait fait un blessé. A la suite de cet événement, des CRS avaient été envoyés en renfort dans le quartier.

Voir enfin

«Je ne suis pas un homme» : l’ultime naufrage du politiquement correct
Arnaud Benedetti
Le Figaro
05/07/2018
FIGAROVOX/TRIBUNE – Pour Arnaud Benedetti, l’épisode «Je ne suis pas un homme» ayant fait le tour des réseaux sociaux est l’expression absurde et tragicomique de la fin de course d’un certain conformisme idéologique.

Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne. Il vient de publier Le coup de com’ permanent (éd. du Cerf, 2018) dans lequel il détaille avec lucidité les stratégies de communication d’Emmanuel Macron.

Virale, la vidéo d’un responsable Inter-LGBT refusant d’être assimilé à sa masculinité fonctionne comme une formidable métaphore d’une fin d’époque. Sur le fond, la séquence dans sa drôlerie involontaire nous raconte l’effondrement d’une théorie dont le moteur poussé jusqu’à bout de chevaux engage son véhicule dans une spectaculaire sortie de route. Cette théorie n’est pas tant dans ses fondements celle du genre, pavillon désormais épouvantail de bien des revendications sociétales, que celle des tenants de la fameuse «construction sociale de la réalité», du titre éponyme de l’ouvrage désormais classique paru voici plus d’un demi-siècle sous la plume de Peter L. Berger et Thomas Luckmann, deux sociologues de la connaissance pour lesquels les stéréotypes, entre autres, contribuent au façonnage du monde, des identités, de tout ce qui relève à un degré ou un autre de ce que Durkheim appelait le «fait social». Cette thèse «constructiviste» qui voit in fine dans le regard des autres un puissant vecteur d’ordonnancement des sociétés fonctionnera très vite comme la boîte de Pandore de tous les apôtres de la déconstruction. Ces derniers verront dans l’analyse de Berger et Luckmann, non sans la surinterpréter voire la détourner, la porte étroite intellectuelle pour saper, subvertir, démonter les principes d’un «vieux monde» abhorré auquel ils veulent s’opposer et échapper. À partir du moment où ce sont les représentations sociales qui fondent le réel, il suffit de démonter celles-ci pour changer la société. Les soixante-huitards feront leur miel de ce parti pris! Ils dénonceront alors les mœurs de leurs pères à leurs yeux «aliénantes», «réactionnaires», «petite bourgeoises», autant de greniers poussiéreux dont ils rêveront de se débarrasser, accrochés qu’ils seront à leur imaginaire postadolescent nourri tout à la fois de Rimbaud et de Marcuse.

Au fur et à mesure des décennies, cette révolte libertaire s’est fait dogme, catéchisme, inquisition. Elle a alimenté un nouveau bréviaire, celui du «politiquement correct» qui, de manière inégale mais continue, a conditionné à son tour les réflexes de nombre des élites politiques, économiques, culturelles des sociétés occidentales, avec plus ou moins d’intensité selon les pays, mais avec cette même injonction à reconnaître pour inévitablement inéluctable la force irrésistiblement «progressiste» du sociétal, de ses groupes de pression et de ses revendications. La «contre-société» s’est muée en carcan sémantique d’abord, en sommation historiographique ensuite, en mise en demeure normative… Elle est devenue de facto le pouvoir. On ne compte plus les effets de cette nouvelle idéologie dominante sur le vocabulaire, les mémoires, les lois. Les dictionnaires, les livres d’histoire, les législations sont littéralement révisés pour faire stricto sensu droit aux exigences de cet agrégat de minorités rassemblées dans la même volonté d’imposer leur doxa à l’ensemble de l’espace public. Ainsi les mentions «père» et «mère» disparaissent au profit des neutralités lexicales «parent 1» et «parent 2» ; ainsi Jacques Chirac et Dominique de Villepin ne célèbrent pas Austerlitz en 2005 pour ne pas heurter les quelques activistes de la répression mémorielle et de l’anachronisme historique ; ainsi le législateur se fait traqueur de toutes les phobies réelles ou … supposées! Tout se passe comme si un aggiornamento sociétalement libertaire, inclusif, communautaire délimitait les termes du dicible et de l’indicible, du permis et de l’interdit, de l’acceptable et de l’inacceptable, du correct et de l’incorrect. La com’ et la publicité, dont le visionnaire Jacques Ellul avait compris la fonction éminemment propagandiste au service de l’hubris technicienne, ont balisé le terrain au quotidien, conditionnant, imprégnant, infusant une certaine idée de la mise au pas du verbe et de ses aspérités, du passé et de son irréductible altérité, de l’homme et de son aspiration au sacré.

L’emballement sociétal se radicalise à proportion que des résistances commencent à se faire jour, y compris parmi certains tenants prudents du «politiquement correct» . Cette radicalisation a ses icônes politiques dont la mairie de Paris, en France, constitue à sa façon le foyer. Elle s’incarne avec virulence dans l’obsession de la chasse symbolique au «mâle blanc cinquantenaire» , victime propitiatoire désignée de toutes les élites du postmodernisme. Elle se naufrage dans un excès de dénégation dont l’extrait de l’échange entre Daniel Schneidermann, producteur de l’émission d’Arrêts sur images et son interlocuteur autoproclamé «non-binaire (sic)» constitue en soi une expression anthologique de l’absurde, non pas d’un absurde existentiel, mais d’un absurde sociétal, stade ultime de l’infantilisme du politiquement correct qui achève ainsi sa course dans une tragi-comédie….

Voir par ailleurs:

Sexes et races, deux réalités

Alors que M. Hollande veut supprimer le mot « race » de la Constitution, la romancière Nancy Huston et le biologiste Michel Raymond soutiennent que réduire nos comportements à la nature ou à la culture, est une impasse.

Nancy Huston et Michel Raymond

Le Monde

Sciences humaines et sciences naturelles ne font pas bon ménage. Quand les biologistes s’aventurent dans les domaines de l’anthropologie et de la psychologie, ils extrapolent souvent abusivement des causes matérielles aux conséquences sociales. L’homme fait certes partie de la nature, mais les lois biologiques expliquent-elles tous les comportements ? L’hérédité est certes un facteur puissant, mais comment nier que l’histoire des sociétés comme celle des individus a un impact sur notre identité ? Les analyses sociobiologiques des arts et des cultures, à force de se croire capables de tout expliquer à leur aune, laissent souvent sceptique.

Du côté des sciences humaines et sociales, c’est moins la boulimie que l’anorexie qui fait des ravages : penseurs et philosophes contemporains semblent avoir adopté pour devise la célèbre formule « Commençons par écarter tous les faits« . D’où vient cette cécité volontaire, obstinée, parfois loufoque, vis-à-vis des sciences naturelles ? En grande partie, bien sûr, de la catastrophe qu’a représentée, au XXe siècle, l’interprétation finaliste de la découverte darwinienne, qui a débouché sur l’idéologie nazie et sur sa traduction dans le réel.

Hitler croyait au déterminisme biologique, Hitler était un salaud, donc le déterminisme biologique n’existe pas : le caractère spécieux du raisonnement saute aux yeux. On aurait pu aussi bien tirer la conclusion inverse à partir des pratiques adoptées en Russie communiste au cours des mêmes années, où l’on envoyait les généticiens dans les camps et idolâtrait l’agronome Trofim Lyssenko (1898-1976), d’après qui l’hérédité était inexistante et la nature des plantes pouvait être modifiée à volonté par les conditions environnementales et les hommes. Malgré ces excès, l’idée que l’intervention volontariste peut être utile n’a pas été pourfendue autant que celle de la pertinence du biologique.

UNE DIFFÉRENCE BIOLOGIQUE

Certains domaines sont tout simplement désossés de toute influence biologique ; la thèse qui en résulte n’est pas bien différente d’une mythologie moderne. Ainsi de l’idée selon laquelle toutes les différences non physiologiques entre hommes et femmes seraient construites (« la théorie du genre« , introduite depuis peu dans les manuels scolaires français). Dans le monde vivant, mâles et femelles diffèrent toujours biologiquement, y compris pour une partie de leurs comportements, car chaque sexe a une façon spécifique de se reproduire, ainsi chez les gorilles, chimpanzés et bonobos, dont nous sommes les plus proches cousins.

Quelle force mystérieuse aurait effacé ces différences dans notre espèce à nous ? Les faits, quand on cherche à les connaître, nous montrent que déjà à la naissance – donc avant toute influence sociale – filles et garçons n’ont pas les mêmes comportements. Et comment ne pas reconnaître que le pic d’hormones de la puberté, que partagent les adolescents humains avec les adolescents chimpanzés, a une origine biologique et un effet marqué sur les comportements ? A cela s’ajoute bien évidemment une forte intervention sociale, qui aura le plus souvent tendance à exacerber les différences biologiques.

Autre exemple : celui des différences entre groupes humains. Il existe une multitude de races de chiens, neuf sous-espèces de girafes, quatre de chimpanzés, quelques variétés de mésanges bleues, une liste impressionnante de sous-espèces de ratons laveurs. Quel que soit le mot employé, il s’agit là de différences génétiques. Et chez Homo sapiens ? La fiction actuellement à la mode nous assène que les différences génétiques entre groupes humains sont proches de zéro, que la notion de race est scientifiquement infondée.

« AUSSITÔT TAXÉ D’ESSENTIALISME »

Idée aussi généreuse dans ses intentions politiques que farfelue sur le plan des faits. La diversité de l’espèce humaine est grande : une partie de notre héritage génétique est largement partagée, mais une autre est caractéristique de groupes géographiques. D’ailleurs, il suffit de séquencer le génome d’un inconnu pour savoir d’où proviennent ses ancêtres. Comment nommer ces différences ? Le mot « race » fait peur – il va du reste prochainement disparaître de la Constitution française, on se demande s’il sera suivi par « sexe » –, mais peu importe le terme, il s’agit de ne pas enseigner des inanités.

Ces mythes modernes ont en commun avec les religions de reposer sur la dénégation tranquille de faits physiques et biologiques avérés et irréfutables. Ils ont aussi en commun avec les religions de nous flatter et nous rassurer sur notre statut « unique« , « choisi« , « élu » parmi les espèces terriennes : loin de faire partie du règne animal et de la nature, nous assurent-ils, les humains jouiraient d’un statut à part. Les races et les sexes, c’est bon pour les plantes et les animaux. Nous, on est supérieurs ! On décide de notre propre sort !

Cet orgueil inné de l’humain est particulièrement coriace en France, où il se combine avec la certitude nationale de disposer d’une intelligence exceptionnelle. Ainsi les faits biologiques ont-ils tendance, ici, à être instantanément traduits en concepts philosophiques.

Si vous affirmez l’existence chez les humains de deux sexes, plutôt que d’un seul ou de toute une kyrielle, vous êtes aussitôt taxé d' »essentialisme ». Pourtant, dire que seules les femmes ont un utérus, ou que les hommes ont en moyenne un niveau de testostérone plus élevé qu’elles, ce n’est ni spéculer quant à l' »essence » de l’un ou l’autre sexe, ni promouvoir une idéologie sexiste, ni décréter l’infériorité des femmes par rapport aux hommes, ni recommander que les femmes soient tenues à l’écart de l’armée et les hommes des crèches, c’est énoncer des faits ! Des faits qui, en l’occurrence, ont eu un impact décisif sur l’histoire de l’humanité – son organisation sociale (patriarcat), familiale (mariage, primogéniture), politique (guerre). Nier la différence des sexes, c’est s’interdire toute possibilité de comprendre, donc d’avancer.

L’IDENTITÉ, RÉSULTAT DE NOS INTERACTIONS

De même, affirmer que Homo sapiens, à partir d’une même souche africaine voici soixante-dix mille à cent mille années, a évolué de façon relativement autonome dans différentes parties du globe et s’est peu à peu diversifié en sous-espèces, ou variétés, ou – pardon ! – races différentes, ce n’est pas une opinion, encore moins un décret politique, c’est une simple réalité. Elle n’implique aucun jugement de valeur ; la génétique moderne se contente de décrire.

Le racisme hitlérien, scientifiquement aberrant, s’enracinait – comme toutes les autres formes de racisme – dans des convictions autrement anciennes et tribales.

Notre identité biologique est elle-même le résultat, non seulement de l’hérédité, mais aussi de l’interaction avec le milieu dans lequel nous vivons. Depuis des millénaires, les populations humaines se sont adaptées au terrain, au climat et aux conditions de vie extrêmement variables d’une partie du globe à l’autre. Aujourd’hui, les différentes populations humaines n’ont ni la même pilosité, ni la même couleur de la peau, ni les mêmes maladies et systèmes de défense contre celles-ci.

Les médecins savent qu’il existe une variation dans la réponse aux médicaments – les psychotropes par exemple – selon le groupe auquel appartient le malade. Les Inuits sont adaptés au froid, tout comme les sherpas de l’Himalaya sont adaptés à la vie en altitude. Même si des traits culturels interviennent également, ces adaptations sont génétiques.

DÉPASSER UNE CÉCITÉ RÉCIPROQUE

L’évolution ne s’arrête jamais. Ces différents groupes humains donneront-ils à l’avenir de véritables espèces ne pouvant plus se croiser ? C’est une possibilité, assez banale dans l’histoire des mammifères et plusieurs fois observée dans notre lignée évolutive récente. A l’inverse, si les reproductions entre les groupes actuels deviennent très fréquentes, cela pourrait homogénéiser l’ensemble. On en est bien loin, même aux Etats-Unis. A l’heure actuelle, donc, les groupes humains génétiquement différenciés existent.

Soulignons au passage que la différence des sexes est d’une autre nature que celle-là, car les sexes ne se métissent pas : en croisant un mâle et une femelle, on n’obtient ni un hermaphrodite ni une transsexuelle mais, dans la quasi-totalité des cas, un mâle ou une femelle. La connaissance du vivant n’a pas à se soumettre au choix politique entre droite conservatrice, qui exagère toujours le poids du donné, et gauche révolutionnaire, qui croit tout transformable. Il est temps de passer outre ces réponses simplistes à des questions infiniment difficiles, car si nous continuons à ignorer et à maltraiter le monde, nous risquons de compromettre nos chances de survie. L’antagonisme entre nature et culture est intenable. L’être humain est un animal pas comme les autres : pas facile d’accepter vraiment les deux parties de cette phrase en même temps !

Comme l’on ne disposera jamais d’un discours unique, capable de rendre compte de sa complexité, au lieu de se cantonner dans le sectarisme et le dogmatisme qui conduisent à la cécité réciproque, nous avons tout intérêt à partager nos différents savoirs. Ceux d’entre nous qui gagnent leur vie par la pensée devraient donner l’exemple en matière de modestie et de curiosité.


Télévision/Three girls: Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe (Political correctness gone wild: BBC Muslim gang rapes mini-series reveals how the police and social workers abandoned hundreds of British girls to Pakistani prostitution rings for years)

15 juin, 2018
 
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Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français.
Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l’épée. Car je suis venu mettre la division entre l’homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l’homme aura pour ennemis les gens de sa maison. Jésus (Matthieu 10 : 34-36)
Il n’y a plus ni Juif ni Grec, il n’y a plus ni esclave ni libre, il n’y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ. Paul (Galates 3: 28)
Depuis que l’ordre religieux est ébranlé – comme le christianisme le fut sous la Réforme – les vices ne sont pas seuls à se trouver libérés. Certes les vices sont libérés et ils errent à l’aventure et ils font des ravages. Mais les vertus aussi sont libérées et elles errent, plus farouches encore, et elles font des ravages plus terribles encore. Le monde moderne est envahi des veilles vertus chrétiennes devenues folles. Les vertus sont devenues folles pour avoir été isolées les unes des autres, contraintes à errer chacune en sa solitude. Chesterton
Il faut peut-être entendre par démocratie les vices de quelques-uns à la portée du plus grand nombre. Henry Becque
On a commencé avec la déconstruction du langage et on finit avec la déconstruction de l’être humain dans le laboratoire. (…) Elle est proposée par les mêmes qui d’un côté veulent prolonger la vie indéfiniment et nous disent de l’autre que le monde est surpeuplé. René Girard
Les images violentes accroissent (…) la vulnérabilité des enfants à la violence des groupes (…) rendent la violence ‘ordinaire’ en désensibilisant les spectateurs à ses effets, et elles augmentent la peur d’être soi-même victime de violences, même s’il n’y a pas de risque objectif à cela. Serge Tisseron
Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de “mariage” dans un code civil et laïque. Le “mariage”, valeur religieuse, sacrale, hétérosexuelle – avec voeu de procréation, de fidélité éternelle, etc. -, c’est une concession de l’Etat laïque à l’Eglise chrétienne – en particulier dans son monogamisme qui n’est ni juif (il ne fut imposé aux juifs par les Européens qu’au siècle dernier et ne constituait pas une obligation il y a quelques générations au Maghreb juif) ni, cela on le sait bien, musulman. En supprimant le mot et le concept de “mariage”, cette équivoque ou cette hypocrisie religieuse et sacrale, qui n’a aucune place dans une constitution laïque, on les remplacerait par une “union civile” contractuelle, une sorte de pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non imposé.(…) C’est une utopie mais je prends date. Jacques Derrida
C’est le sens de l’histoire (…) Pour la première fois en Occident, des hommes et des femmes homosexuels prétendent se passer de l’acte sexuel pour fonder une famille. Ils transgressent un ordre procréatif qui a reposé, depuis 2000 ans, sur le principe de la différence sexuelle. Evelyne Roudinesco
Il m’était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : « Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m’avez-vous choisi, moi, et pas d’autres gosses? » Mais s’ils insistaient, je les caressais quand même ». Daniel Cohn-Bendit (Grand Bazar, 1975)
La profusion de jeunes garçons très attrayants et immédiatement disponibles me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de réfréner ou d’occulter. (…) Je n’ai pas d’autre compte à régler que d’aligner mes bahts, et je suis libre, absolument libre de jouer avec mon désir et de choisir. La morale occidentale, la culpabilité de toujours, la honte que je traîne volent en éclats ; et que le monde aille à sa perte, comme dirait l’autre. Frédéric Mitterrand (”La mauvaise vie”, 2005)
Ce ne sont pas les différences qui provoquent les conflits mais leur effacement. René Girard
En présence de la diversité, nous nous replions sur nous-mêmes. Nous agissons comme des tortues. L’effet de la diversité est pire que ce qui avait été imaginé. Et ce n’est pas seulement que nous ne faisons plus confiance à ceux qui ne sont pas comme nous. Dans les communautés diverses, nous ne faisons plus confiance à ceux qui nous ressemblent. Robert Putnam
Illegal and illiberal immigration exists and will continue to expand because too many special interests are invested in it. It is one of those rare anomalies — the farm bill is another — that crosses political party lines and instead unites disparate elites through their diverse but shared self-interests: live-and-let-live profits for some and raw political power for others. For corporate employers, millions of poor foreign nationals ensure cheap labor, with the state picking up the eventual social costs. For Democratic politicos, illegal immigration translates into continued expansion of favorable political demography in the American Southwest. For ethnic activists, huge annual influxes of unassimilated minorities subvert the odious melting pot and mean continuance of their own self-appointed guardianship of salad-bowl multiculturalism. Meanwhile, the upper middle classes in coastal cocoons enjoy the aristocratic privileges of having plenty of cheap household help, while having enough wealth not to worry about the social costs of illegal immigration in terms of higher taxes or the problems in public education, law enforcement, and entitlements. No wonder our elites wink and nod at the supposed realities in the current immigration bill, while selling fantasies to the majority of skeptical Americans. Victor Davis Hanson
Who are the bigots — the rude and unruly protestors who scream and swarm drop-off points and angrily block immigration authority buses to prevent the release of children into their communities, or the shrill counter-protestors who chant back “Viva La Raza” (“Long Live the Race”)? For that matter, how does the racialist term “La Raza” survive as an acceptable title of a national lobby group in this politically correct age of anger at the Washington Redskins football brand? How can American immigration authorities simply send immigrant kids all over the United States and drop them into communities without firm guarantees of waiting sponsors or family? If private charities did that, would the operators be jailed? Would American parents be arrested for putting their unescorted kids on buses headed out of state? Liberal elites talk down to the cash-strapped middle class about their illiberal anger over the current immigration crisis. But most sermonizers are hypocritical. Take Nancy Pelosi, former speaker of the House. She lectures about the need for near-instant amnesty for thousands streaming across the border. But Pelosi is a multimillionaire, and thus rich enough not to worry about the increased costs and higher taxes needed to offer instant social services to the new arrivals. Progressives and ethnic activists see in open borders extralegal ways to gain future constituents dependent on an ever-growing government, with instilled grudges against any who might not welcome their flouting of U.S. laws. How moral is that? Likewise, the CEOs of Silicon Valley and Wall Street who want cheap labor from south of the border assume that their own offspring’s private academies will not be affected by thousands of undocumented immigrants, that their own neighborhoods will remain non-integrated, and that their own medical services and specialists’ waiting rooms will not be made available to the poor arrivals. … What a strange, selfish, and callous alliance of rich corporate grandees, cynical left-wing politicians, and ethnic chauvinists who have conspired to erode U.S. law for their own narrow interests, all the while smearing those who object as xenophobes, racists, and nativists. Victor Davis Hanson
Selon Stanley Cohen (1972), une « panique morale » surgit quand « une condition, un événement, une personne ou un groupe de personnes est désigné comme une menace pour les valeurs et les intérêts d’une société ». Le sociologue propose également qu’on reconnaisse dans toute « panique morale » deux acteurs majeurs : les « chefs moraux » (« moral entrepreneurs »), initiateurs de la dénonciation collective ; et les « boucs-émissaires » (« folk devils »), personnes ou groupes désignés à la vindicte. Des chercheurs spécialisés dans la culture numérique, tels Henry Jenkins aux Etats-Unis, ou Hervé Le Crosnier, maître de conférence à l’université de Caen, utilisent également le terme de panique morale pour désigner la peur disproportionnée des médias et d’une partie de la population face à la transformation induite par tout changement technologique, perçue comme un grand danger à la portée de chacun. Les « paniques morales » sont souvent liées à des controverses, et sont généralement nourries par une couverture médiatique intense (bien que des paniques semi-spontanées puissent exister. L’hystérie collective peut être une composante de ces mouvements, mais la panique morale s’en distingue parce que constitutivement interprétée en termes de moralité. Elle s’exprime habituellement davantage en termes d’offense ou d’outrage qu’en termes de peur. Les « paniques morales » (telles que définies par Stanley Cohen) s’articulent autour d’un élément perçu comme un danger pour une valeur ou une norme défendue par la société ou mise en avant par les médias ou institutions. L’un des aspects les plus marquants des paniques morales est leur capacité à s’auto-entretenir. La médiatisation d’une panique tendant à légitimer celle-ci et à faire apparaître le problème (parfois illusoire), comme bien réel et plus important qu’il n’est. La médiatisation de la panique engendrant alors un accroissement de la panique. Les effets de ce genre de réactions sont par ailleurs nombreux dans le domaine politique et juridique. (…) Le terme « panique morale » a été inventé par Stanley Cohen (en 1972 pour décrire la couverture médiatique des Mods et des Rockers au Royaume-Uni dans les années soixante. On fait remonter aux Middletown Studies, conduites en 1925 pour la première fois, la première analyse en profondeur de ce phénomène : les chercheurs découvrirent que les communautés religieuses américaines et leurs chefs locaux condamnaient alors les nouvelles technologies comme la radio ou l’automobile en arguant qu’elles faisait la promotion de conduites immorales. Un pasteur interrogé dans cette étude désignait ainsi l’automobile comme une « maison close sur roues » et condamnait cette invention au motif qu’elle donnait aux citoyens le moyen de quitter la ville alors qu’ils auraient dû être à l’église. Cependant, dès les années 30, Wilhem Reich avait développé le concept de peste émotionnelle qui, sous une forme plus radicale, est la base théorique de la panique morale. (…) Le risque lié aux paniques morales est multiple. Les plus importants sont de ne plus croire ce qui est rapporté par les médias ou même de ne plus croire les informations justes, constituant ainsi le terreau du complotisme qui se répand au XXIe siècle avec la prédominance des échanges sur internet. C’est aussi mettre sur un même plan d’importance des éléments pourtant très différents. Ainsi,  certaines paniques dites “mineures” par Divan Frau-Meigs pourraient se retrouver à une même importance que des paniques morales majeures (le traitement de l’obésité au même niveau que la peur du terrorisme par exemple). Wikipedia
It has been Cohen’s longstanding contention that the term moral panic is, for its utility, problematic insofar as the term ‘panic’ implies an irrational reaction which a researcher is rejecting in the very act of labelling it such. That was the case when he was studying the media coverage of the Mods and Rockers and when Young was studying the reaction to drug taking in the late 1960s and the early 1970s. Currently , Cohen has started to feel uncomfortable with the blanket application the term ’panic’ in the study of any reactions to deviance, as he argues for its possible use in ‘good moral panics’. Cohen discusses the changes that have occurred in society and how this has had re-directed the ‘moral panic’ analysis and has contributed to the development of the concept. To begin with, the modern moral entrepreneurs have adopted a status similar to the social analyst (in terms of class, education and ideology) and the likelihood for the two of them to perceive the problem in the same way has increased substantially. Secondly, the alliances between the various political forces has become more flexible and as a result, panics about ‘genuine’ victims (of natural disasters or terrorist attacks) are more likely to generate consensus that the ‘unworthy’ victims (the homeless). Thirdly, whereas the traditional moral panics where in nature elite-engineered, the contemporary ones are much more likely to populist-based, giving more space for social movements’ and victims’ participation in the process. Fourthly, in contrast to the old moral panics, the new ones are interventionist-focused. The new criminalizers who address the moral panics are either post-liberals who share a common background with a decriminalized generation, or are from the new right who argue for increased focus on private morality (sexuality, abortion, lifestyle). In addition, Cohen considers the possibility of certain moral panics being understood as ‘anti-denial’ movements. In contemporary times the denial of certain events, their cover-up, evasion and tolerance is perceived as morally wrong, and such denied realities should be brought to the public attention, which would result in widespread moral condemnation and denunciation. In this sense, it could be argued that certain panics should also be considered as ‘acceptable’ and thus a binarity between ‘good’ and ‘bad’ moral panics can be developed. Such as heuristic between ‘good’ and ‘bad’ can be useful as such a distinction in effect widens the scope of moral panic studies beyond those examples that are regarded as ‘inappropriate’ and ‘irrational’. Potentially, this could also lead to the questioning of the notions of rationality, disproportionality and other normative judgements that have characterised the studies of moral panics. Such an approach of analysing ‘moral panics’ is in contrast with the work of Critcher, to whom the concept of can be best understood in the relations of power and regulation. Whereas both Critcher and Cohen agree that each moral panic should be seen in a wider conceptual framework, the latter does not adopt Critcher’s suggestion that the term ‘moral’ panic should not be applied in cases where dominant elites reinforce dominant practices by way of scapegoating outsiders. By contrast to Critcher, Cohen accepts the possibility of counter-hegemonic moral panics. In addition, Critcher stresses the need to focus not only on the politics of moral panics, but also consider the economic factors that might limit or promote their development. Moving beyond moral panics, Hunt has argued that a shift has taken place in the processes of moral regulation over the past century, whereby the boundaries that separate morality from immorality have been blurred. As a result, an increasing number of everyday activities have become moralized and the expression of such moralization can be found in hybrid configurations of risk and harm. The moralization of everyday life contains a dialectic that counterposes individualizing discourses against collectivizing discourses and moralization has become an increasingly common feature of contemporary political discourse. Moral panics can also be seen as volatile manifestations of an ongoing project of moral regulation, where the ‘moral’ is represented as practices that are specifically designed to promote the care of the self. With the shift towards neo-liberalism, such regulatory scripts have taken the form of discourses of risk, harm and personal responsibility. As Hier the implementation of such a ‘personalization’ discourse is not straightforward due to the fact that moral callings are not always accepted. The moral codes that are supposed to regulate behaviour, expression and self-presentation are themselves contestable and their operation is not bound in a time-space frame. Thus, ‘moralization’ is conceptualized as a recurrent sequence of attempts to negotiate social life; a temporary ‘crisis’ of the ‘code’ (moral panic) is therefore far more routine than extraordinary. The problems with such an argument for expanding the focus of moral panics to encompass forms of moral regulation is that it is too broad and a more specific scope of moral regulation should be defined in order to conduct such analysis. Dimitar Panchev (2013)
« We do more workshops in middle schools than in high schools, » says Bell, executive director of Bebashi-Transition to Hope, the local nonprofit that works on prevention of HIV and other sexually transmitted diseases. « Teachers call us because their kids are acting out sexually. They’ll catch them in the bathroom or the stairwell. They hear that kids are cutting schools to have orgies. » (…) « We follow 200 teenagers with HIV, and the youngest is 12, » says Jill Foster, director of the Dorothy Mann Center for Pediatric and Adolescent HIV at St. Christopher’s Hospital for Children. « When we started doing HIV treatment in 1998, the average age of patients was 16 or 17. The first time we got a 13-year-old was mind-blowing. » (…) Because a recent report from the Centers for Disease Control and Prevention has identified Philadelphia as having the earliest age of sexual initiation – 13 – among cities participating in the study, she says, it’s crucial to make condoms available to younger kids. People gasp at that, says Foster, who diagnoses new HIV cases at a rate of two to three teens a month, up from one every four months just a decade ago. « But people have no idea how tough it is to be a kid who’s exposed to sexual media images and peer pressure. It’s routine for 12- and 13-year-olds to talk about sex. Younger kids hear them and they want to be part of that ‘older’ world, » she says. « They don’t have maturity or impulse control, so if we can get them to have condoms with them when they start having sex, they are going to be safer. « I wish it weren’t necessary, » she says. « Unfortunately, it is. » It would be easy to play the « appalled citizen » card and decry the inclusion of kids as young as 11 in Philadelphia’s STD-prevention campaign. But I won’t. Because there are two groups of children in this city: Those lucky enough to have at least one caring, available adult to guide them through sex-charged adolescence. And those left on their own. Like the child being raised by a single mom whose two jobs keep her from supervising her child. Or the kids being raised by a tired grandmom who’s asleep by 9 and doesn’t know that the kids have snuck out of the house. Or the homeless teen who crashes on couches and must choose between saying no to a friend’s creepy uncle or wandering the streets at night. These kids deserve protection from the fallout of STDs and unplanned pregnancy as much as kids from « good » families do – kids who, by the way, get in trouble, too. They just have more support to get them through it. « We know that sexual activity in young adolescents doesn’t change overnight, » says Donald Schwarz, a physician who worked with adolescents for years at Children’s Hospital of Philadelphia before being appointed city health commissioner in 2008. « But children need to be protected while we get our heads around whatever the long-term strategies should be here. » He mentions a recent, awful survey of sixth-graders in West Philly, which showed that 25 percent of the children, who were just 11 years old, had had sex. « Clearly, we don’t think it’s OK for 11-year-olds to be having sex, » says Schwarz. « But we don’t have the infrastructure in place to fix [that] problem fast. We can, however, make condoms available fairly quickly to whoever needs them. (…) There are no easy solutions. This is a complicated problem, exacerbated by generational poverty and family collapse that paralyzes our cities in ways too myriad to address in one column. Ronnie Polaneczky
Giving out free condoms at school is not a surefire way to avoid teenage pregnancy – or it might not be enough. Access to condoms in schools increases teen fertility rates by about 10 per cent, according to a new study by the University Of Notre Dame. However the increase happened in schools where no counseling was provided when condoms were given out – and giving out guidance as well as birth control could have the opposite effect, economists Kasey Buckles and Daniel Hungerman said in the study. Access to other kinds of birth control, such as the contraceptive pill, IUDs and implants, has been shown to lower teen fertility rates – but condoms might have opposite consequences due to their failure rate as well as the time and frequency at which they’re used. (…) Times have changed already and teenagers today are overall less likely to have sex and less likely to become pregnant, they wrote. Most of the free condoms programs in the study began in 1992 or 1993 and about two thirds involved mandatory counseling. The 10 per cent increased occurred as a result of schools that gave out condoms without counseling, Buckles and Hungerman said. ‘These fertility effects may have been attenuated, or perhaps even reversed, when counseling was mandated as part of condom provision,’ they wrote. Teenage girls were also more likely to develop  gonorrhea when condoms were given for free – and again, the increase happened as a result of schools giving out condoms without counseling. Access to contraceptives in general has been shown to lower teen fertility, Buckles and Hungerman noted, or in some cases had no effect at all. But condoms might have a different impact because of several factors, such as the fact that their failure rate is more important than that of other contraceptives. Condoms also rely ‘more heavily on the male partner’, which is an important factor given that an unplanned pregnancy will have different consequences for each gender, Buckle and Hungerman wrote. The time at which condoms are used could also explain why they have a different impact than other types of birth control. Condoms have to be used at the time of intercourse, whereas the pill, IUDs and implants are all taken in advance. Using condoms also results from a short-term decision rather than long-term. Free condom programs in schools could have led to two additional births per 1,000 teenage women so far, Buckle and Hungerman found. This could increase to 5 extra births per 1,000 teenage girls if the country’s entire high-school-aged population had access to condoms. Condom distribution programs could promote the use of condoms over more efficient birth control methods, drive schools to use their resources for condom distribution rather than more effective programs, or might encourage ‘risky’ sexual behaviors, Buckle and Hungerman wrote. Daily Mail
L’upskirt (anglicisme argotique, littéralement « sous la jupe ») est une forme d’érotisme ou de pornographie particulièrement présente sur Internet, constituée de photographies ou de videos prises sous les jupes des femmes (le plus souvent en contre-plongée en position debout, ou de face en position assise), dans le but de montrer leurs sous-vêtements, voire leurs parties génitales et/ou leurs fesses. Bien que les prises de vues puissent être faites avec le consentement des sujets, les spectateurs de ce type de scènes recherchent le plus souvent des clichés pris furtivement, notamment dans des lieux publics, et donc, selon toute vraisemblance, à l’insu des personnes représentées, ce qui fait de l’upskirt une forme de voyeurisme. L’avènement des téléphones mobiles équipés d’appareils photo et de caméras est souvent présenté comme étant à l’origine du développement de cette pratique, mais en réalité, l’upskirt existe depuis que la mode a démocratisé la minijupe, c’est-à-dire vers le milieu des années 60. Une telle pratique sans le consentement de la personne photographiée peut être considérée comme illégale dans certaines juridictions. Wikipedia
Critiqué par ses fans pour avoir accepté de chanter lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, Robbie Williams a terminé sa prestation en faisant un doigt d’honneur. Un geste, réalisé juste après avoir rajouté un «I did it for free» dans les paroles de «Rock DJ», qui a immédiatement été très commenté sur les réseaux sociaux. L’Equipe
il s’agit de respecter une souffrance. Samia Maktouf (avocate de familles de victimes de l’attentat islamiste du Bataclan en réaction à la programmation dans la salle d’un certain Médine ayant intitulé l’un de ses disques « Jihad »)
Finalement, Viktor Orban pourrait avoir gagné. Le maître de Budapest fut le premier à dresser des barbelés contre l’exode, celui des Syriens en août 2015. Sa prophétie n’est pas loin de se réaliser quand l’Italie, jusqu’ici ouverte à la misère du monde, renvoie en pleine mer un bâtiment chargé de 629 migrants africains. Basculement. Électrochoc. Malgré le trouble d’Angela Merkel et les blâmes d’Emmanuel Macron, la question pour l’Europe n’est plus de savoir si elle doit renforcer sa frontière commune. Mais si elle peut encore éviter le retour aux barrières nationales. En trois ans, l’exception hongroise s’est propagée à toute l’Europe centrale. Varsovie, Prague et Bratislava jurent avec Budapest que la religion musulmane n’est pas soluble dans l’UE. Tous applaudissent le coup de force italien. À ce quatuor de Visegrad, il faudrait désormais ajouter un trio d’acteurs qui va de l’extrême droite à la droite dure: l’Italien Matteo Salvini, l’Autriche de Sebastian Kurz et Horst Seehofer, monument bavarois et ministre allemand de l’Intérieur. Ces trois-là forment le nouvel «axe» anti-immigration que décrit le jeune chancelier autrichien, avant de prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet. La fronde dessine un périmètre curieusement semblable à celui de l’empire des Habsbourg. Elle est aussi pétrie de contradictions. Même s’ils partagent la hantise de l’islam, Viktor Orban et ses amis d’Europe centrale se garderont bien de rejoindre l’axe autrichien. Et inversement. À l’intérieur de l’axe alpin, la pire chose qui puisse arriver au chancelier Kurz serait que Matteo Salvini, nouvel homme fort du pouvoir romain, obtienne ce qu’il demande: le partage avec le reste de l’Europe – Autriche comprise – de tout ou partie des quelque 500.000 «irréguliers» qui croupissent en Italie. Quant au projet prêté à Horst Seehofer d’expulser d’Allemagne tous les migrants déjà enregistrés ailleurs dans l’UE, il n’inquiète pas que la Chancellerie à Berlin. Si cette foule doit vraiment retraverser la montagne, c’est bien évidemment en Autriche puis en Italie qu’elle aboutira. Là est le problème des slogans «populistes» et autres remèdes réputés nationaux. Sur le papier, ils sont identiques et se prêtent à de magnifiques alliances. Dans la réalité, ils sont incompatibles, sauf à fâcher les voisins et à cadenasser toutes les frontières. (…) Cynisme contre hypocrisie, Emmanuel Macron et Matteo Salvini ont vidé mardi leur aigreur à propos de l’Aquarius et des 629 clandestins repêchés au nord de la Libye. Du côté français comme du côté allemand, il apparaît que les deux semaines qui mènent au sommet vont décider si Rome penche vers l’ouest ou vers l’est. Paris admet que l’Union européenne a un problème quand l’Italie doit accueillir 80 % des migrants venus de Libye. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, reconnaît qu’il faut se forcer «à voir la réalité à travers d’autres regards européens». L’Élysée a confirmé jeudi des pistes déjà explorées pour rendre la réalité plus supportable à des Italiens confrontés, chez eux, à des centaines de points de fixation comparables à l’ex-ghetto de migrants à Calais. Il sera donc question d’aides financières démultipliées par l’UE et de mobilisation du contingent de gardes-frontières européens. Au-delà de ces palliatifs communautaires, la France et ses voisins doivent se préparer à deux exutoires plus vigoureux s’il faut vraiment soulager l’Italie, prévient Pierre Vimont, ex-pilier du Quai d’Orsay et conseiller de l’UE durant la crise de 2015-2016. D’abord l’accueil direct des rescapés de la Méditerranée sur leur territoire, sujet jusqu’ici tabou que l’Espagne a commencé de rompre en acceptant les passagers de l’Aquarius. (…) Ensuite, l’ouverture de «centres de tri» hors de l’UE (peut-être en Albanie), ce qui permettrait d’évacuer le problème italien. (…) Mais attention, prévient l’ambassadeur Vimont, «il ne s’agit pas de s’en laver les mains. Si la question africaine n’est pas réglée dans la durée, les migrants reviendront inévitablement frapper à notre porte». Le Figaro
C’est une information qui devrait compter dans les débats bioéthiques du moment. Un sondage Ifop commandé par Alliance Vita (1) et dévoilé aujourd’hui par La Croix souligne l’importance et la singularité de la figure du père aux yeux des Français. Pour l’association, il s’agit avant tout de braquer les projecteurs sur l’un des enjeux des discussions actuelles sur l’extension de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules, envisagée dans le cadre de la révision des lois de bioéthique. Ainsi, 93 % des Français considèrent que les pères ont un « rôle essentiel pour les enfants », tandis que les trois quarts d’entre eux adhèrent à l’affirmation selon laquelle « les rôles du père et de la mère sont différents et complémentaires » ; et 89 % jugent que « l’absence de père, c’est quelque chose qui marque toute la vie ». (…) À un moment où la question sur la PMA polarise toutes les attentions, selon ce sondage, 61 % des Français estiment qu’« il faut privilégier le besoin de chaque enfant d’avoir un père en réservant la PMA aux couples homme-femme ayant un problème médical d’infertilité ». Mais 39 % jugent plutôt qu’« il faut privilégier le désir d’enfant en permettant la PMA sans père pour les femmes seules ou les couples de femmes ». Des chiffres qui peuvent surprendre comparés aux autres enquêtes menées par l’Ifop, notamment celles publiées dans La Croix et L’Obs en janvier, ou encore cette semaine par Ipsos pour France Télévisions. Ces enquêtes donnaient systématiquement des proportions opposées quant à l’adhésion des Français à l’extension de la PMA : 60 % y étaient favorables, 40 % étaient contre.(…) Si les Français portent un regard très majoritairement positif sur le rôle des pères, il existe cependant des différences d’approche, notamment entre les hommes qui sont pères et ceux qui ne connaissent pas l’expérience de la paternité. Ainsi 58 % des pères sont tout à fait d’accord lorsqu’on leur demande si « l’absence de père est quelque chose qui marque toute une vie ». Le chiffre tombe à 41 % pour les hommes qui n’ont pas d’enfants. Soit une différence de 17 points. Autre intervalle notable : celui qui s’établit entre les générations : 39 % des 18-24 ans estiment qu’il ne faut pas étendre la PMA, alors qu’ils sont 78 % des plus de 65 ans. « C’est la preuve qu’au fur et à mesure des générations, les références traditionnelles vont être chamboulées », estime Jérôme Fourquet. La Croix
Tout dépend de la manière dont on pose la question : si on met en avant l’ouverture d’un droit, en demandant aux Français s’ils sont pour une extension de la PMA, ils y sont majoritairement favorables. En revanche, si on présente le droit de l’enfant à avoir un père, ils sont majoritairement opposés à une évolution de la loi. (…) Quelle que soit la question, vous avez 40 % de gens qui sont favorables, 40 % d’opposés, et 20 % qui oscillent. Ce sont ces derniers qui portent la tension éthique et dont la réponse peut varier selon la façon dont la question est posée. Jérome Fourquet
On assiste aujourd’hui à un grand affaiblissement de l’image du père dans nos sociétés. C’est aussi le cas pour celle de la mère. La paternité est par nature une expérience subjective, mais je vois aujourd’hui beaucoup de couples qui, au milieu de la trentaine, hésitent à être parents. Les naissances surviennent plus tard qu’auparavant : cela montre bien que l’aventure de la paternité est devenue quelque chose d’éminemment subjectif, et donc de plus fragile. Elle n’est plus portée par la société et ne bénéficie plus d’un soutien collectif. Jacques Sédat (psychanalyste)
Le militant nationaliste britannique Tommy Robinson a été arrêté à Leeds et presque immédiatement condamné à 13 mois de prison ferme alors qu’il tentait de filmer les suspects d’un procès dont les médias locaux n’ont pas le droit de parler. Un épais voile noir n’en finit plus d’envelopper la liberté d’expression dans les démocraties occidentales. Il se montre particulièrement oppressant dès lors qu’il s’agit de museler des opinions critiques au sujet de la crise migratoire, des dangers de l’islamisme et, plus largement, du dogme multiculturaliste comme modèle supposé de société. Ces opinions critiques, si elles peuvent en choquer moralement certains, ne constituent pourtant pas des délits, ou en tout cas, pas encore…Les voies employées sont multiples et complémentaires. Sur le plan répressif, on peut mentionner les fermetures abusives et arbitraires de comptes sur les réseaux sociaux, soit par décision hautement inquisitrice des autorités facebookiennes (comme ce fut le cas par exemple pour Génération identitaire dont le compte a été récemment clos sans autre forme de procès), soit sous pression d’activistes qui, en procédant à des signalements massifs se lancent dans des sortes de fatwas numériques et finissent promptement par obtenir la fermeture des comptes qui les dérangent. On pense notamment au truculent dessinateur Marsault, mais les cas semblables sont légion. La voie judiciaire est également très utilisée pour faire taire les récalcitrants. On a pu assister par exemple à la condamnation ubuesque d’Éric Zemmour pour ce qui finit par s’apparenter, ni plus ni moins, à du délit d’opinion et à l’introduction piano sano d’un délit d’islamophobie et de blasphème dans les cours européennes. Le sort actuel de l’activiste britannique, Tommy Robinson (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon), s’inscrit dans ce contexte sinistré. Le britannique de 35 ans, fondateur de l’English Defence League, hostile à l’islam radical et à la charia (ce qui peut plaire ou déplaire mais demeure une conviction de l’ordre de l’opinion et ne constitue donc pas un délit), est dans le collimateur des autorités de son pays. L’homme a été arrêté, le vendredi 25 mai, tandis qu’il diffusait une vidéo filmée en direct des abords du tribunal de Leeds où se tenait un procès mystérieux. Mystérieux car il existe une disposition du droit britannique permettant aux autorités judiciaires d’ordonner une « reporting restriction ». C’est-à-dire un embargo pendant lequel personne n’a le droit d’évoquer publiquement (journalistes inclus, donc) une affaire en cours de jugement. Cette mesure est décidée dans un but de bonne administration de la justice, de bon déroulement des procès, afin que l’émoi populaire suscité par telle ou telle affaire ne vienne pas nuire à la bonne et sereine marche d’une justice que l’on imagine naturellement impartiale, afin également d’en protéger les parties, plaignants ou accusés. Tommy Robinson, et c’est là son tort et sa limite, n’a pas souhaité se soumettre à cette curieuse loi d’airain, et s’est donc tout de même rendu au palais de justice pour y interpeller les accusés de ce qu’il a décrit comme étant supposément le procès des viols de fillettes dont les accusés sont des gangs pakistanais, notamment dans la région de Telford, exactions qui se sont produites pendant plusieurs décennies et qui ont mis un temps infini à être révélées puis prises en compte par des autorités surtout préoccupées par le risque de stigmatisation des communautés ethno-religieuses concernées, plutôt que par la protection des populations locales. Cette information sur la nature réelle du procès n’a pas pu être formellement vérifiée ni énoncée puisque, de toute façon, dans cette situation orwellienne, la presse n’est pas autorisée à en parler. Il s’agit donc ici de propos qu’on n’a pas le droit de tenir au sujet d’une affaire qu’il faut taire. Tommy Robinson a été interpellé et, dans une hallucinante et inhabituelle célérité, la justice l’a presque immédiatement condamné à une peine ferme de 13 mois de prison, sans que celui-ci n’ait pu avoir droit à un procès équitable ni consulter l’avocat de son choix. Tout ceci s’est déroulé sans que la presse n’ait vraiment le droit d’évoquer son cas, puisque les juges ont appliqué à sa condamnation une seconde « reporting restriction », sorte de couche supplémentaire dans le mille-feuille de silences et de censures nimbant déjà ce dossier décidément gênant. Au pays de l’Habeas corpus, cette affaire fait du bruit. Aussitôt, une pétition rassemblant vite plus de 500 000 signatures a circulé dans le monde entier, et l’émoi que l’on voulait mater s’est au contraire amplifié, par le biais notamment des réseaux sociaux dont on comprend bien qu’ils fassent l’objet de toutes les tentatives de restrictions et de lois liberticides à venir. Des personnalités aussi diverses que la demi-sœur de Meghan Markle ou le fils de Donald Trump, le leader néerlandais Geert Wilders, le chanteur Morrissey ou la secrétaire générale adjointe des Républicains, Valérie Boyer, et beaucoup d’autres célèbres ou anonymes, se sont émus et ont interpellé les autorités britanniques sur cette curieuse conception de la justice, expéditive pour les uns, anormalement complaisante et longue pour les autres. Des manifestants excédés ont même fini par s’en prendre à la police, samedi 9 juin, près de Trafalgar Square à Londres. Tommy Robinson se savait attendu au tournant ; il a toutefois bravé la loi en toute connaissance de cause, comme il l’avait déjà fait dans un précédent procès sur une affaire similaire, écopant alors de trois mois avec sursis, lesquels sont alors venus s’ajouter à la peine récemment prononcée pour « atteinte à l’ordre public ». On peut toutefois légitimement s’interroger sur plusieurs points qui choquent l’opinion publique ainsi que le bon sens. Tout d’abord, est-il judicieux bien que judiciaire, de la part des autorités britanniques, de décider de faire régner de nouveau le silence dans le traitement d’une affaire dans laquelle, précisément, c’est le silence complice des autorités qui est en partie mis en cause par les opinions publiques ? N’est-ce pas redoubler le mal et contribuer à rendre légitimes les soupçons d’étouffement de ces affaires pour des motifs idéologiques ? Peut-on encore parler du réel, le nommer, le montrer, sans encourir les foudres morales ni risquer l’embastillement ou le sort d’Oscar Wilde à la Reading Gaol ? Les démocraties occidentales qui se conçoivent pourtant comme « libérales » et s’opposent idéologiquement à ce qu’elles qualifient dédaigneusement de « démocraties illibérales » et populistes, ont-elles conscience de déroger, par ces silences complices et ces actions douteuses de musèlement, au libéralisme d’opinion qui fonde les régimes démocratiques et institue, normalement, les libertés fondamentales ? Ont-elles conscience de renforcer le fort soupçon de manipulation des opinions qui pèse de plus en plus sur elles, Brexit après Brexit, vote « populiste » après vote « populiste », rejet après rejet ? Ont-elles conscience que plus une censure s’applique, plus la réaction à cette censure est forte, que plus elles se conduisent ainsi, plus la colère et la révolte – qu’elles s’imaginent étouffer – grondent ? Ont-elles conscience que loin de protéger l’image des populations prétendument stigmatisées dans ces affaires, elles ne font que nourrir les interrogations et les soupçons à leur sujet ? (…) Les autorités ignorent-elles par ailleurs le sort réservé aux militants de ces mouvances hostiles à l’islam radical lorsqu’ils sont jetés ainsi en pâture dans des prisons tenues par les gangs que ces militants dénoncent précisément ? Kevin Crehan, condamné à 12 mois de prison pour avoir (certes stupidement) jeté du bacon sur une mosquée, n’a pas survécu à son incarcération. Tommy Robinson, lui-même précédemment incarcéré dans une affaire de prêt familial, a été victime de graves violences.  Sa sécurité fait-elle l’objet de garanties spécifiques au vu du contexte ? Enfin, le silence gêné de certains des principaux médias sur cette affaire ne pose-t-il pas de nouveau la question du pluralisme et de la liberté d’expression réelle dans le paysage médiatique occidental ? Anne-Sophie Chazaud (Causeur)
A man who drove a van into a crowd of Muslims near a London mosque has been found guilty of murder. Darren Osborne, 48, ploughed into people in Finsbury Park in June last year, killing Makram Ali, 51, and injuring nine others. Osborne, from Cardiff, was also found guilty of attempted murder and is due to be sentenced on Friday. (…) Police later found a letter in the van written by Osborne, referring to Muslim people as « rapists » and « feral ». He also wrote that Muslim men were « preying on our children ». The trial heard Osborne became « obsessed » with Muslims in the weeks leading up to the attack, having watched the BBC drama Three Girls, about the Rochdale grooming scandal. BBC
Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. Ahmed (violeur pakistanais)
A l’exception d’un demandeur d’asile afghan, tous sont d’origine pakistanaise. Toutes les filles sont blanches. L’équation est aussi froide et simple qu’explosive, dans un Royaume-Uni en proie au doute sur son modèle multiculturel. (…) Dans les semaines suivant le procès, les médias égrènent les noms de villes où des gangs similaires à celui de Rochdale sont démantelés : Nelson, Oxford, Telford, High Wycombe… Et, fin octobre, c’est à nouveau à Rochdale qu’un groupe de neuf hommes est appréhendé. Chaque fois, les violeurs sont en grande majorité d’origine pakistanaise. Les micros se tendent vers les associations ou les chercheurs spécialisés dans la lutte contre les abus sexuels. Selon leurs conclusions, entre 46 % et 83 % des hommes impliqués dans ce type précis d’affaires – des viols commis en bande par des hommes qui amadouent leurs jeunes victimes en « milieu ouvert » – sont d’origine pakistanaise (les statistiques ethniques sont autorisées en Grande-Bretagne). Pour une population d’origine pakistanaise évaluée à 7 %. (…) En septembre, un rapport gouvernemental conclura à un raté sans précédent des services sociaux et de la police, qui renforce encore l’opinion dans l’idée qu’un « facteur racial » a joué dans l’affaire elle-même, mais aussi dans son traitement par les autorités : entre 2004 et 2010, 127 alertes ont été émises sur des cas d’abus sexuels sur mineurs, bon nombre concernant le groupe de Shabir Ahmed, sans qu’aucune mesure soit prise. A plusieurs reprises, les deux institutions ont estimé que des jeunes filles âgées de 12 à 17 ans « faisaient leurs propres choix de vie ». Pour Ann Cryer, ancienne députée de Keighley, une circonscription voisine, aucun doute n’est permis : police et services sociaux étaient « pétrifiés à l’idée d’être accusés de racisme ». Le ministre de la famille de l’époque, Tim Loughton, reconnaît que « le politiquement correct et les susceptibilités raciales ont constitué un problème ». L’air est d’autant plus vicié que, à l’audience, Shabir Ahmed en rajoute dans la provocation. Il traite le juge de « salope raciste » et affirme : « Mon seul crime est d’être musulman. » Un autre accusé lance : « Vous, les Blancs, vous entraînez vos filles à boire et à faire du sexe. Quand elles nous arrivent, elles sont parfaitement entraînées. » (…) un employé de la mairie s’interroge. Anonymement. « Où est la limite du racisme ? Les agresseurs voyaient ces filles comme du « déchet blanc », c’est indéniablement raciste. Mais les services sociaux, des gens bien blancs, ne les ont pas mieux considérées. » A quelques rues de là, dans sa permanence, Simon Danczuk, député travailliste de Rochdale qui a été l’un des premiers à parler publiquement d’un « facteur racial », juge tout aussi déterminant ce qu’il appelle le « facteur social » : « Les responsables des services sociaux ont pu imaginer que ces filles de même pas 15 ans se prostituaient, alors qu’ils en auraient été incapables à propos de leurs propres enfants. » (…) Mohammed Shafiq estime qu’ »une petite minorité d’hommes pakistanais voient les femmes comme des citoyens de seconde catégorie et les femmes blanches comme des citoyens de troisième catégorie ». Mais, pour lui, les jeunes filles agressées étaient surtout vulnérables. « Le fait qu’elles traînent dehors en pleine nuit, qu’elles soient habillées de façon légère, renforçait les agresseurs dans leur idée qu’elles ne valaient rien, qu’elles étaient inférieures. Mais cela faisait surtout d’elles des proies faciles, alors que les filles de la communauté pakistanaise sont mieux protégées par leur famille, et qu’un abus sexuel y est plus difficilement dissimulable. » Le Monde
Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018. Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution. Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire. Télérama
Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails. (…) Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…(…) C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer. Simon Lewis
Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux. (…) Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs. (…) J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes. (…)  La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées. Philippa Lowthorpe
By date of conviction, we have evidence of such exploitation taking place in Keighley (2005 and 2013), Blackpool (2006), Oldham (2007 and 2008), Blackburn (2007, 2008 and 2009), Sheffield (2008), Manchester (2008 and 2013) Skipton (2009), Rochdale (two cases in 2010, one in 2012 and another in 2013), Nelson (2010), Preston (2010) Rotherham (2010) Derby (2010), Telford (2012), Bradford (2012), Ipswich (2013), Birmingham (2013), Oxford (2013), Barking (2013) and Peterborough (2013). This is based on a trawl of news sources so is almost certainly incomplete. (…) Ceop data about the ethnicity of offenders and suspects identified by those 31 police forces in 2012 is incomplete. The unit says: “All ethnicities were represented in the sample. However, a disproportionate number of offenders were reported as Asian.” Of 52 groups where ethnicity data was provided, 26 (50 per cent) comprised all Asian offenders, 11 (21 per cent) were all white, 9 (17 per cent) groups had offenders from multiple ethnicities, 4 (8 per cent) were all black offenders and there were 2 (4 per cent) exclusively Arab groups. Of the 306 offenders whose ethnicity was noted, 75 per cent were categorised as Asian, 17 per cent white, and the remaining 8 per cent black (5 per cent) or Arab (3 per cent). By contrast, the seven “Type 2 groups” – paedophile rings rather than grooming gangs – “were reported as exclusively of white ethnicity”. Ceop identified 144 victims of the Type 1 groups. Again, the data was incomplete. Gender was mentioned in 118 cases. All were female. Some 97 per cent of victims were white. Girls aged between 14 and 15 accounted for 57 per cent of victims. Out of 144 girls, 100 had “at least one identifiable vulnerability” like alcohol or drug problems, mental health issues or a history of going missing. More than half of the victims were in local authority care. The 27 court cases that we found led to the convictions of 92 men. Some 79 (87 per cent) were reported as being of South Asian Muslim origin. Three were white Britons, two were Indian, three were Iraqi Kurds, four were eastern European Roma and one was a Congolese refugee, according to reports of the trials. Considerable caution is needed when looking at these numbers, as our sample is very unscientific. There are grooming cases we will have missed, and there will undoubtedly be offences that have not resulted in convictions. (…) Ceop says: “The comparative levels of freedom that white British children enjoy in comparison to some other ethnicities may make them more vulnerable to exploitation. “They may also be more likely to report abuse. This is an area requiring better data and further research.” Channel 4 news
Child sexual exploitation is one of the most sickening crimes of our age, yet the scale is unknown because, by its very nature, boys and girls frequently go missing in an underworld of systematic abuse. Barnardo’s has 22 projects across the country dedicated to finding and helping these young people, and has been campaigning for years to bring the issue to the forefront of the government’s agenda. The past weeks have seen a welcome shift in recognition of this problem, but the focus has been on the ethnicity of abusers, based on two high-profile cases in particular parts of England. It’s crucial to recognise that just as the ethnicity of the perpetrators differs across the UK, so does that of the children. We need to pull away from the growing stereotypes: it is not just Asian men who commit this crime, nor are the victims only white – black and Asian girls are targeted too. They are used like puppets by these abhorrent men and women – groomed and manipulated to a point where they are brainwashed, raped and scarred for life. I have met some very brave girls and boys who we are helping to overcome the tragic childhood that they will never get back. One of them is Aaliyah. Her story isn’t unusual. As 14 she began to become estranged from her parents and started to go out a lot. She was introduced to men older than her, who would impress her with their flash cars and gifts. Desperate for love and attention the affection they showed her seemed very real, until it turned nasty. The unthinkable cruelty she suffered will never be forgotten – Aaliyah was physically and mentally abused, with one so-called boyfriend pulling her out of his car by her hair and threatening to cut her legs off with an axe before driving her to a hotel room, « to have his friends come over and do what they wanted to me ». We worked with more than a thousand children and young people like Aaliyah last year, and we believe that is likely to be the tip of the iceberg. Wherever we have looked for exploitation, we have found it. We need to use the momentum of current debate to highlight what really matters: protecting these vulnerable children. It is 16 years since Barnardo’s opened its first service dedicated to sexually exploited children in Bradford. Today we release a report, Puppet on a String, that highlights three new issues: trafficking around the UK is becoming more common; sexual exploitation is more organised and grooming more sophisticated, with technology being used to find, isolate and control victims; and increasingly younger children are being abused. Emma’s sexual exploitation began in a similar way to Aaliyah’s. When, aged 14, she met a man in his early 30s who showered her with gifts and attention, she fell in love, but soon her « boyfriend » began abusing her and forcing her to sleep with different men. Her words are heartbreaking: « I just hoped that one day one of the men would be a real boyfriend, that he’d like me for the real me and that he’d want to save me. But it never happened. » Anne-Marie Carrie
By now surely everyone knows the case of the eight men convicted of picking vulnerable underage girls off the streets, then plying them with drink and drugs before having sex with them. A shocking story. But maybe you haven’t heard. Because these sex assaults did not take place in Rochdale, where a similar story led the news for days in May, but in Derby earlier this month. Fifteen girls aged 13 to 15, many of them in care, were preyed on by the men. And though they were not working as a gang, their methods were similar – often targeting children in care and luring them with, among other things, cuddly toys. But this time, of the eight predators, seven were white, not Asian. And the story made barely a ripple in the national media. Of the daily papers, only the Guardian and the Times reported it. There was no commentary anywhere on how these crimes shine a light on British culture, or how middle-aged white men have to confront the deep flaws in their religious and ethnic identity. Yet that’s exactly what played out following the conviction in May of the « Asian sex gang » in Rochdale, which made the front page of every national newspaper. Though analysis of the case focused on how big a factor was race, religion and culture, the unreported story is of how politicians and the media have created a new racial scapegoat. In fact, if anyone wants to study how racism begins, and creeps into the consciousness of an entire nation, they need look no further. (…) the intense interest in the Rochdale story arose from a January 2011 Times « scoop » that was based on the conviction of at most 50 British Pakistanis out of a total UK population of 1.2 million, just one in 24,000 (…) Even the Child Protection and Online Protection Centre (Ceop), which has also studied potential offenders who have not been convicted, has only identified 41 Asian gangs (of 230 in total) and 240 Asian individuals – and they are spread across the country. But, despite this, a new stereotype has taken hold: that a significant proportion of Asian men are groomers (and the rest of their communities know of it and keep silent). But if it really is an « Asian » thing, how come Indians don’t do it? If it’s a « Pakistani » thing, how come an Afghan was convicted in the Rochdale case? And if it’s a « Muslim » thing, how come it doesn’t seem to involve anyone of African or Middle Eastern origin? The standard response to anyone who questions this is: face the facts, all those convicted in Rochdale were Muslim. Well, if one case is enough to make such a generalisation, how about if all the members of a gang of armed robbers were white; or cybercriminals; or child traffickers? (All three of these have happened.) Would we be so keen to « face the facts » and make it a problem the whole white community has to deal with? Would we have articles examining what it is about Britishness or Christianity or Europeanness, that makes people so capable of such things? (…) Whatever the case, we know that abuse of white girls is not a cultural or religious issue because there is no longstanding history of it taking place in Asia or the Muslim world. How did middle-aged Asian men from tight-knit communities even come into contact with white teenage girls in Rochdale? The main cultural relevance in this story is that vulnerable, often disturbed, young girls, regularly out late at night, often end up in late-closing restaurants and minicab offices, staffed almost exclusively by men. After a while, relationships build up, with the men offering free lifts and/or food. For those with a predatory instinct, sexual exploitation is an easy next step. This is an issue of what men can do when away from their own families and in a position of power over badly damaged young people. It’s a story repeated across Britain, by white and other ethnic groups: where the opportunity arises, some men will take advantage. The precise method, and whether it’s an individual or group crime, depends on the particular setting – be they priests, youth workers or networks on the web. (…) if the tables were turned and the victims were Asian or Muslim, we would have been subjected to equally skewed « expert » commentary asking: what is wrong with how Muslims raise girls? Why are so many of them on the streets at night? Shouldn’t the community face up to its shocking moral breakdown? (…) We have been here before, of course: in the 1950s, West Indian men were labelled pimps, luring innocent young white girls into prostitution. By the 1970s and 80s they were vilified as muggers and looters. And two years ago, Channel 4 ran stories, again based on a tiny set of data, claiming there was an endemic culture of gang rape in black communities. The victims weren’t white, though, so media interest soon faded. It seems that these stories need to strike terror in the heart of white people for them to really take off. What is also at play here is the inability of people, when learning about a different culture or race, to distinguish between the aberrations of a tiny minority within that group, and the normal behaviour of a significant section. Some examples are small in number but can be the tip of a much wider problem: eg, knife crime, which is literally the sharp end of a host of problems affecting black communities ranging from family breakdown, to poverty, to low school achievement and social exclusion. Joseph Harker
In May 2012, nine men from the Rochdale area of Manchester were found guilty of sexually exploiting a number of underage girls. Media reporting on the trial focused on the fact that eight of the men were of Pakistani descent, while all the girls were white. Framing similar cases in Preston, Rotherham, Derby, Shropshire, Oxford, Telford and Middlesbrough as ethnically motivated, the media incited moral panic over South Asian grooming gangs preying on white girls. While these cases shed light on the broader problem of sexual exploitation in Britain, they also reveal continuing misconceptions that stereotype South Asian men as ‘natural’ perpetrators of these crimes due to culturally-specific notions of hegemonic masculinity. Examining newspaper coverage from 2012 to 2013, this article discusses the discourse of the British media’s portrayal of South Asian men as perpetrators of sexual violence against white victims, inadvertently construing ‘South Asian men’ as ‘folk devils’. Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
In more inflammatory terms, the Mail Online referred to the perpetrators as a ‘small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens’ (Dewsbury 2012) Aisha K Gill (University of Roehampton) and Karen Harrison (University of Hull)
There is a small minority of Pakistani men who believe that white girls are fair game. And we have to be prepared to say that. You can only start solving a problem if you acknowledge it first. This small minority who see women as second class citizens, and white women probably as third class citizens, are to be spoken out against. (…) These were grown men, some of them religious teachers or running businesses, with young families of their own. Whether or not these girls were easy prey, they knew it was wrong. (…) In mosque after mosque, this should be raised as an issue so that anybody remotely involved should start to feel that the community is turning on them. Communities have a responsibility to stand up and say, ‘This is wrong, this will not be tolerated’. (…) Cultural sensitivity should never be a bar to applying the law. (…) Failure to be “open and front-footed” would “create a gap for extremists to fill, a gap where hate can be peddled.  (…) Leadership is about moving people with you, not just pissing them off. Baroness Warsi
The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community. It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration. (…) But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities. The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases. Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’. But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality. Commentators and politicians tip-toe around it, hiding behind weasel words. We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case. One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls. But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby. In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls. Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population. To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial. But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes. Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse. (…) Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity. Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’. In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia. What united them in their outlook was their twisted, corrupt mindset, which bred their misogyny and racism. (…) In the misguided orthodoxy that now prevails in many mosques, including several of those in Oxford, men are unfortunately taught that women are second-class citizens, little more than chattels or possessions over whom they have absolute authority. That is why we see this growing, reprehensible fashion for segregation at Islamic events on university campuses, with female Muslim students pushed to the back of lecture halls. There was a telling incident in the trial when it was revealed that one of the thugs heated up some metal to brand a girl, as if she were a cow. ‘Now, if you have sex with someone else, he’ll know that you belong to me,’ said this criminal, highlighting an attitude where women are seen as nothing more than personal property. The view of some Islamic preachers towards white women can be appalling. They encourage their followers to believe that these women are habitually promiscuous, decadent and sleazy — sins which are made all the worse by the fact that they are kaffurs or non-believers. Their dress code, from mini-skirts to sleeveless tops, is deemed to reflect their impure and immoral outlook. According to this mentality, these white women deserve to be punished for their behaviour by being exploited and degraded. On one level, most imams in the UK are simply using their puritanical sermons to promote the wearing of the hijab and even the burka among their female adherents. But the dire result can be the brutish misogyny we see in the Oxford sex ring. (…) It is telling, though, that they never dared to target Muslim girls from the Oxford area. They knew that they would be sought out by the girls’ families and ostracised by their community. But preying on vulnerable white girls had no such consequences — once again revealing how intimately race and religion are bound up with this case. (…) Horror over this latest scandal should serve as a catalyst for a new approach, but change can take place only if we abandon the dangerous blinkers of political correctness and antiquated multiculturalism. Dr. Taj Hargey (Imam of the Oxford Islamic Congregation)

Attention: un entrainement peut en cacher un autre !

Au lendemain de la diffusion sur Arte, un an après la Grande-Bretagne, de la mini-série britannique Three girls

Sur la découverte, contre les services de la police et des services sociaux, d’un trafic sexuel de jeunes mineures par notamment des réseaux d’origine pakistanaise qui a touché pendant des années une dizaine de villes britanniques …

A l’heure où les peuples européens commencent à se rebiffer contre la folie tant immigrationniste que « sociétale » que prétendent leur imposer à coup de sondages ventriloques des dirigeants eux-mêmes protégés des conséquences de leurs décisions …

Pendant qu’entre nos écrans, nos scènes musicales et les téléphones portables de nos jeunes, l’on rivalise de vulgarité et d’irrespect y compris pour les morts …

Comment ne pas voir une nouvelle illustration de ce politiquement correct …

Qui contre les membres mêmes de ces communautés les plus lucides comme la baronesse Warsi ou l’imam d’Oxford Taj Hargey, va jusqu’à nier l’évidence …

A savoir l’existence et la sur-représentation d’une partie des immigrés pakistanais et donc musulmans qui considèrent les femmes et les filles blanches comme des « proies faciles » et des « citoyennes de 3e zone » …

Mais aussi contre le discours déligitimateur de nos sociologues maitres ès « paniques morales » qui à force de crier au loup finissent par produire les passages à l’acte mêmes des individus ou des groupes qu’ils dénoncent …

La dimension éminemment salutaire de ce sursaut de lucidité …

Face tant à la conjonction de la désagrégation des familles blanches les plus fragilisées et de l’indéniable radicalisation des prêches de certains imams …

Qu’à cette perversion de la démocratie qui voudrait, entre deux distributions de préservatifs et bientôt de godemichés (pardon: de « sex toys » !) à des gamines de 11 ans

Imposer « au plus grand nombre », selon le mot d’Henry Berque, les « vices de quelques-uns » ?

Entretien
“Three Girls”, une série qui révèle “l’intolérable mépris envers les classes les plus pauvres”
Pierre Langlais
Télérama
14/06/2018

iaux : une minisérie de la BBC revient sur l’inaction des institutions britanniques dans l’affaire des adolescentes de Rochdale, victimes de trafic sexuel. Fruit d’un minutieux “travail de mémoire”, elle a contribué à libérer la parole outre-Manche.

Entre 2008 et 2010, quarante-sept adolescentes, pour les plus jeunes âgées d’à peine 13 ans, ont été victimes d’un réseau de trafic sexuel à Roch­dale, dans la banlieue de Manchester, dans le nord de l’Angleterre. Three Girls, minisérie de la BBC en trois épisodes, reconstitue le calvaire de trois d’entre elles dans un drame bouleversant, ­rigoureusement documenté. Une œuvre filmée à hauteur de ses jeunes héroïnes, doublée d’une dénonciation puissante des injustices sociales et des ratés institutionnels que l’affaire révéla, comme l’expliquent sa réalisatrice, Philippa Lowthorpe, et son producteur, Simon Lewis (1).

La presse britannique a largement relaté cette affaire à l’époque des faits. Qu’aviez-vous à ajouter ?

Simon Lewis : Les tabloïds se sont contentés de rester en surface. Three Girls creuse en profondeur les faits et leur impact sur les victimes. Nous voulions faire entendre leurs voix, trop longtemps ignorées. Il nous a ­fallu trois ans pour engager le dia­logue et obtenir leur confiance. Cela a été un véritable travail de mémoi­re, où chaque nouvelle discussion ­apportait son lot de détails.

C’est aussi l’histoire d’un terrible manquement des institutions…

Philippa Lowthorpe : Ces filles ont vécu l’horreur avant d’être humiliées par la police et les services sociaux, qui les ont traitées de menteuses et de gamines narcissiques. Personne n’a voulu les croire quand elles ont dénoncé leurs agresseurs ! Chacun des trois épisodes de la série s’attache à montrer les ratés de la police, puis de la justice et des services sociaux.

S.L. : Three Girls est aussi l’histoire d’un intolérable mépris envers les classes sociales les plus pauvres, que l’on refuse de voir et d’écouter. Les victimes de Rochdale étaient des « filles à problèmes », venant de familles avec des antécédents criminels. Elles avaient sans doute bien cherché ce qui leur arrivait…

Chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire.”

Comment condenser en trois heures une affaire qui a duré cinq ans [le procès a eu lieu en 2012, ndlr] ?

P.L. : Il a fallu imaginer une narration rapide, pleine d’ellipses, au risque de ne pas coller à l’ensemble des faits. Mais chaque scène, même la plus succincte, est inspirée par nos entretiens ou notre étude des archi­ves de l’affaire. Rien n’est gratuit ni n’a été imaginé pour manipuler les émotions des téléspectateurs.

Dans ce cas, pourquoi ne pas avoir choisi la forme documentaire ?

P.L. : J’ai commencé ma carrière en réalisant des documentaires et j’ai ­appliqué les mêmes techniques de ­recherche et de mise en scène. Mais nous ne pouvions pas montrer le ­visage des filles et de leurs familles, révéler leur identité. Nous avons donc dû tourner un drame au plus près des faits — les scènes de tribunal respectent mot pour mot les ­minutes du procès —, et l’écriture ­fictionnelle nous a permis d’être au plus près des émotions des dif­férents protagonistes.

“Three Girls” a été diffusé sur le service public. Le considérez-vous comme une œuvre d’utilité publique ?

P.L. : La série a été diffusée peu de temps avant les élections générales bri­tanniques [l’équivalent de nos légis­latives, ndlr], en mai 2017, et a sans doute profité de l’appétit politique du public. Plus de huit millions de télé­spectateurs l’ont suivie lors de sa ­diffusion sur la BBC, et nous avons été assaillis de demandes pour la diffuser dans des écoles ou des centres culturels. Avec, à chaque fois, une même envie d’apprendre des erreurs qui y sont dénoncées.

S.L. : C’est d’autant plus une œuvre d’utilité publique que la BBC nous a soutenus de bout en bout. La charte de la chaîne dit qu’elle doit « divertir, éduquer et informer ». Nous n’avons pas cherché à divertir, seulement à éduquer et informer.

(1) Interview réalisée dans le cadre du Festival de la fiction TV de La Rochelle, en septembre 2017.


on aime passionnément Three Girls, jeudi à 20.55 sur Arte et dès maintenant sur arte.tv.

Voir aussi:

Streaming
Regardez en replay “Three Girls”, mini-série puissante et nécessaire

Sébastien Mauge
Télérama
15/06/2018

Evocation juste et déchirante de la difficulté de la dénonciation de viols par des gamines de quinze ans dans le Nord de l’Angleterre, “Three Girls” est une œuvre puissante et nécessaire, inspirée de faits réels. A revoir en replay sur Arte.tv jusqu’au 21 juin 2018.

Holly, 15 ans, est nouvelle dans son lycée. Elle a peu d’amis, à part deux sœurs désœuvrées qu’elle suit souvent dans un restaurant pakistanais où les employés les traitent comme des reines. Holly ne voit pas le piège qui se referme, jusqu’à ce qu’un des commerçants la viole dans l’arrière-boutique. La police ne prête pas attention à ses dires. Même ses parents doutent d’elle et ne la voient pas s’enfoncer dans l’engrenage d’un réseau de prostitution.

Inspirée d’une histoire vraie, Three Girls nous plonge, avec un réalisme déchirant, dans l’horreur d’un trafic sexuel de grande ampleur, en n’éludant aucun aspect dérangeant, comme la terrible négligence des services sociaux et de la police. Une illustration supplémentaire de l’incommensurable difficulté de la dénonciation d’un viol, pour des victimes que la société juge, consciemment ou non, coupables (la retranscription des vraies paroles des avocats de la défense lors des scènes de procès est effarante). Three Girls est une œuvre formellement percutante, interprétée par des actrices formidables (Molly Windsor vient de remporter un Bafta pour le rôle de Holly). Une fois de plus, les Britanniques proposent une approche lucide et rigoureuse, quasi journalistique, de l’injustice et des défaillances de leurs institutions. Courageux et nécessaire.

The Oxford sex ring and the preachers who teach young Muslim men that white girls are cheap

The terrible story of the Oxford child sex ring has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community.

It is a sense of repulsion and outrage that I feel particularly strongly, working as a Muslim leader and Imam in this neighbourhood and trying  to promote genuine  cultural integration.

There is no doubt that the evil deeds of these men have badly set back the cause of cross-community harmony.

In its harrowing details, this grim saga of exploitation, misogyny, perversion and cruelty fills me not only with desperate sorrow for those girls and their families, but also with dread and despair.

Seven members of a paedophile ring were found guilty at the Old Bailey of a catalogue of child sex abuse charges: The case has brought shame not only on the city of dreaming spires, but also on the local Muslim community

If I were the judge in this case, I would hand out the harshest possible jail sentences to these monstrous predators, both to see that justice is done for their victims and to send out a message to other exploiters.

And when I say harsh, I mean it: none of this fashionable nonsense about prisoners being released only a quarter of the way through their sentences. There is no pattern of good conduct these men could follow behind bars that could possibly make up for all the terrible suffering they have inflicted on others.

Depravity

But apart from its sheer depravity, what also depresses me about this case is the widespread refusal to face up to its hard realities.

The fact is that the vicious activities of the Oxford ring are bound up with religion and race: religion, because all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim; and race, because they deliberately targeted vulnerable white girls, whom they appeared to regard as ‘easy meat’, to use one of their revealing, racist phrases.

Indeed, one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’.

Brothers Bassam Karrar (left) and Mohammed Karrar (right) were found guilty at the Old Bailey yesterday. It can not be ignored that all all the perpetrators, though they had different nationalities, were Muslim

But as so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to this reality.

Commentators and poli-ticians tip-toe around it, hiding behind weasel words.

We are told that child sex abuse happens ‘in all communities’, that white men are really far more likely to be abusers, as has been shown by the fall-out from the Jimmy Savile case.

One particularly misguided commentary argued that the predators’ religion was an irrelevance, for what really mattered was that most of them worked in the night-time economy as taxi drivers, just as in the Rochdale child sex scandal many of the abusers worked in kebab houses, so they had far more opportunities to target vulnerable girls.

‘As so often in fearful, politically correct modern Britain, there is a craven unwillingness to face up to the reality that their actions are tied up with religion and race’

But all this is deluded nonsense. While it is, of course, true that abuse happens in all communities, no amount of obfuscation can hide the pattern that has been exposed in a series of recent chilling scandals, from Rochdale to Oxford, and Telford to Derby.

In all these incidents, the abusers were Muslim men, and their targets were under-age white girls.

Moreover, reputable studies show that around 26 per cent of those involved in grooming and exploitation rings are Muslims, which is around five times higher than the proportion of Muslims in the adult male population.

To pretend that this is not an issue for the Islamic community is to fall into a state of ideological denial.

But then part of the reason this scandal happened at all is precisely because of such politically correct thinking. All the agencies of the state, including the police, the social services and the care system, seemed eager to ignore the sickening exploitation that was happening before their eyes.

Terrified of accusations of racism, desperate not to undermine the official creed of cultural diversity, they took no action against obvious abuse.

Brothers Anjum Dogar (left) and Akhtar Dogar (right) have been convicted of offences involving underage girls. one of the victims who bravely gave evidence in court told a newspaper afterwards that ‘the men exclusively wanted white girls to abuse’

Amazingly, the predators seem to have been allowed by local authority managers to come and go from care homes, picking their targets to ply them with drink and drugs before abusing them. You can be sure that if the situation had been reversed, with gangs of tough, young white men preying on vulnerable Muslim girls, the state’s agencies would have acted with greater alacrity.

Another sign of the cowardly approach to these horrors is the constant reference to the criminals as ‘Asians’ rather than as ‘Muslims’.

In this context, Asian is a completely meaningless term.  The men were not from China, or India or Sri Lanka or even Bangladesh. They were all from either Pakistan or Eritrea, which is, in fact, in East Africa rather than Asia.

Zeeshan Ahmed (left) and Kamar Jamil (right) were among those who were convicted at the Old Bailey